« Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, [...] qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. » (Testament de Louis XVI)
Christ Roi
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Patron des médecins, des sculpteurs et des peintres.
Saint Luc l'évangéliste en peintre, Guerchin, 1562
Né à Antioche en Syrie au Ier siècle, on ignore si, avant sa conversion, il était païen ou observait la religion juive ; cette dernière opinion est la plus généralement adoptée. (1)
Juif hellénisé (comme l'atteste sa maîtrise du grec hébraïsé de la Septante et de la Synagogue de la diaspora juive), la tradition le considère comme l'auteur de l'Évangile qui porte son nom ainsi que des Actes des Apôtres. (2)
Certaines traditions soutiennent que Luc est devenu disciple direct de Jésus avant l'Ascension, tandis que d'autres soutiennent qu'il n'est devenu croyant qu'après. Après la conversion de saint Paul, Luc l'accompagna comme médecin personnel – et, de fait, comme une sorte de biographe, puisque les voyages de Paul durant lesquels Luc l'accompagna occupent une grande partie des Actes des Apôtres.
Irénée de Lyon notait dans son livre Adversus Haereses (vers 180) : "De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci". Adv Haer 3,1,1
"Compagnon de voyage de Paul qu'il a probablement rencontré à Antioche où il était médecin, Luc n'a pas connu personnellement Jésus. Il appartient à la troisième génération de disciples, mais il s'inscrit dans une tradition de transmission, et il cherche à montrer que les évènements qu'il raconte après avoir fait un véritable travail d'historien, manifestent l'accomplissement du salut promis par Dieu aux hommes.
"Luc [...] appartenait donc à une communauté fondée par Paul. Leurs théologies sont très proches.
Dès les premiers chapitres (de son évangile), avec les récits de l'enfance, il montre que Jésus est le descendant de David, le Messie, le Christ, le Sauveur, le Seigneur et qu'en lui la bonne nouvelle prend sa plénitude de sens.
L'irruption du salut donné par Dieu se fait 'aujourd'hui' (le mot revient tout au long du récit), chaque fois qu'un cœur est prêt à l'accueillir.
[...] Poète, il est le seul des évangélistes, à faire entendre les hymnes de Zacharie, de Marie, des anges, et de Syméon." (Missel des dimanches 2025, Cerf, Édition collective es Éditeurs de liturgie, p. 179-180.)
L'historien des débuts de la vie de l'Église
Dans son Évangile, il exposa avec soin tout ce que Jésus a fait et enseigné, en scribe de la miséricorde du Christ, et, dans les Actes des Apôtres, il se fit l'historien des débuts de la vie de l'Église jusqu'au premier séjour de saint Paul à Rome. (Martyrologe romain)
Doué d'un caractère ferme et d'une belle intelligence, il fut très habile médecin (Col 4,14), et ne dédaignait pas, dans ses loisirs, de cultiver l'art de la peinture, pour lequel il avait un goût prononcé.
Il possédait une culture grecque vaste et une connaissance approfondie de la tradition et des observances juives, comme les observances alimentaires (Ac 10), le culte juif synagogal du sabbat à Antioche de Pisidie, composé de la lecture de la Loi et des Prophètes, et d'une parole d’exhortation qui est un commentaire homilétique de l'Écriture (Ac 13, 14-15).
On n'a pas connaissance dans l'Antiquité d'un païen aussi fin connaisseur du judaïsme et de la Septante. Une hypothèse récente établit que Luc viendrait de la mouvance des Craignant-Dieu, c'est-à-dire des païens attirés par le judaïsme et vivant dans son orbite. (3)
Pentecôte
Luc serait sûrement arrivé à l'une des premières charges de la cité, quand il renonça à son brillant avenir pour aller voir, en Judée, ce Jésus qui venait d'inaugurer sa vie publique, et dont le nom, la doctrine, les miracles, faisaient grand bruit dans tous les pays voisins. Il le vit, crut en sa mission divine, et prenant pour lui la parole du Maître : Que celui qui veut être mon disciple quitte tout et me suive, il suivit dès lors le Sauveur pas à pas dans ses courses apostoliques ; il fut témoin de sa Passion, de sa Résurrection, de son Ascension, reçut le Saint-Esprit au Cénacle, le jour de la Pentecôte - ou envoi de l'Esprit-Saint sur les Apôtres que Luc affiche comme l'évènement fondateur de la Chrétienté - (Ac 1,13-14), et partit pour évangéliser Antioche, sa patrie.
Plein d'enthousiasme pour le génie de saint Paul, Luc le prit pour son maître et se joignit à lui pour l'aider dans ses travaux ; il lui fut si fidèle, qu'il l'accompagna dans tous ses voyages et supporta patiemment avec lui fatigues, souffrances et persécutions.
Après la mort du grand apôtre, Luc continua son apostolat en Italie, dans les Gaules, la Dalmatie, la Macédoine. Il rédige en Grèce, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, ses deux ouvrages, l'Évangile qui porte son nom et les Actesdes Apôtres.
Son Évangile est surtout précieux par ses récits assez détaillés des mystères de l'Incarnation et de la Nativité du Sauveur, de l'Annonciation et de la Visitation. Les Actes des Apôtres servirent à faire disparaître beaucoup de mensonges qu'on répandait sur le christianisme naissant, et à confirmer les fidèles dans la foi.
"L'Évangile selon Luc + les Actes des Apôtres sont situés de manièrehabituelle dans les années 80, mais ils pourraient bien être aussi des années 60. L'Évangile selon Marc est situé autour des années 60 après l'avoir été autour des années 70, mais il pourrait bien être des années 50. L'Évangile selon Jean est situé autour des années 90, mais à cause de son caractère mystique et de certaines caractéristiques relevant de la topographie et de la chronologie il pourrait bien être des années 60." (4)
Les Actes des Apôtres sont la suite de l'Évangile selon Luc. D'un point de vue historien, ils ont été considérés comme rapportant des récits sur l'histoire des origines du christianisme. Leur premier objectif pourrait avoir été de montrer aux disciples de Jésus que le message de Pierre et de Paul est tout aussi légitime que celui de Jacques le Juste si ce n'est plus et de présenter les apôtres Pierre et Paul comme les continuateurs principaux de l'oeuvre de leur maître, le Messie Jésus.(5)
Cette oeuvre (Évangile selon Luc + Actes des Apôtres) attribuée à Luc, [...] présente l'activité religieuse du mouvement des disciples de Jésus à ses débuts."(6)
Pour les exégètes, l'auteur "lucanien" expose comment Dieu se détourne d'Israël qui refuse le Messie pour adopter l'universalité du monde gréco-romain, tout en situant l'Église dans l'exacte continuité d'Israël, dans une volonté de tenir ensemble les Judéens qui accueillent Jésus-Messie et les Gréco-Romains "craignant Dieu".(7)
Simon Claude Mimouni avance l'hypothèse que les élites judéennes disparues de certaines régions de la Diaspora romaine de langue grecque entre 70 et 135, voire après, consécutivement à la destruction du Temple de Jérusalem, "n'ont pas tout simplement adhéré au mouvement chrétien, [...] et n'existant plus désormais que comme chrétiennes. [...] Auquel cas, les Actes des Apôtres, quelques décennies plus tard auraient joué leur rôle auprès des Judéens de la Diaspora romaine." (8)
Les autorités chrétiennes de la seconde moitié du IIe siècle (150-200) ont intégré l'Évangile selon Luc au corpus des Évangiles, en constituant ainsi le "premier canon dont le document de Muratori pourrait en être le témoin principal." (9)
La tradition lui attribue plusieurs icônes de la mère du Christ, et l'un des portraits sacrés qui lui sont attribués – connu sous le titre "Le Salut du peuple romain" – subsiste encore aujourd'hui dans la basilique Sainte-Marie-Majeure.
Saint Luc, Évangéliste
Un tableau de la Vierge Marie fut retrouvé à Jérusalem quelques années après sa mort : on considère que saint Luc en est l'auteur. (10)
D'après une tradition, il aurait obtenu de Marie la grâce de faire son portrait [Selon la tradition, la représentation de "Notre-Dame du Perpétuel Secours" est tiré de ce premier dessin] ; le travail terminé, la Sainte Vierge l'aurait béni en disant : "Ma grâce sera toujours avec cette image."
Les Madones de saint Luc sont vénérées en plusieurs lieux.
C'est lui qui nous a parlé avec tant de délicatesse de la Mère de Dieu, la toute pure et toujours Vierge Marie dont il nous dit: "Elle méditait toutes ces choses en son cœur", ce qui veut dire qu'avec amour Marie relisait dans sa mémoire les faits et gestes du Seigneur, pour en approfondir toute la signification, comme saint Luc l'a fait en écoutant saint Paul et en nous transmettant cet évangile de la bonté de notre Père du ciel.(11)
Icône Salus Populi Romani. Après restoration. chapelle Pauline (ou Borghese) de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome. Selon la Tradition, elle est attribuée à l'évangéliste saint Luc.
Après le martyre de saint Paul en 67, Luc aurait prêché ailleurs en Méditerranée et aurait répandu son sang pour la foi, à l'âge de 84 ans, soit dans le Péloponnèse, soit en Bithynie.(12)
Saint Luc, fêté le 18 octobre, dans Christine Barrely, Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011. (13)
Les peintres et les médecins le regardent comme leur patron.
En France, l'Académie de Saint-Luc préfigurait avant la Révolution l'Académie des Beaux-Arts.
Saint Luc est représenté accompagné ou symbolisé par un taureau. (13)
"Je m’engage à suivre Luc, Saint Patron des soignants, en montrant par mon attention aux autres que le seul souhait du Sauveur est de nous guérir de notre mal intérieur par Sa Miséricorde pour pouvoir ainsi accéder au Royaume de l’amour éternel qui nous unit au Seigneur !" (Mgr JM LE GALL Twitter)(14)
Saint Luc peignant la Madone, Andrea Delitio, 1477
De la lignée des Sicambres, fils de sainte Salaberge, archidiacre de Laon dans l’Aisne au temps des rois mérovingiens, au VIIe siècle, Baudouin est assassiné par les gens d'Ebroïn, maire du palais de Neustrie qui le considérait comme un partisan du royaume ennemi, l'Austrasie.
En 679, l’armée d’Ébroïn écrase celle de Pépin II, maire du palais du royaume d’Austrasie. Pépin s’enfuit, mais son demi-frère Martin se réfugie à Laon. Pour éviter un siège difficile de la ville de Laon, Ébroïn envoya deux émissaires pour parlementer, mais il s’agit d’un piège. Les deux émissaires promirent la vie sauve à Baudouin et Martin contre leur reddition. À peine s'étaient-ils rendus qu'ils furent assassinés.
Une ruelle de Laon porte le nom de Fontaine-Saint-Bauduin, marquant l‘endroit où il aurait été assassiné en 679. (Auguste Matton, Dictionnaire topographique du département de l‘Aisne comprenant les noms de lieu anciens et modernes, vol. 2, p. 244, éd. Imprimerie nationale, 1871)
Il fut inhumé, comme martyr dans l’abbaye Notre-Dame de Laon par sa sœur, sainte Anstrude qui en était abbesse.
Son nom en étymologie germanique veut dire audacieux ou courageux (bald) et ami (win). Le saint est fêté le 17 octobre.
Saint Ignace, né vers 35 dans la province de Syrie et mort à Rome en martyr en 107 ou 113, disciple de Saint Jean l'évangéliste et de Saint Pierre, 2e successeur de Pierre à Antioche (troisième évêque d’Antioche), condamné à être dévoré par les fauves lors d'une persécution sous Trajan, dont on situe mal la date exacte [...], indique Daniel-Rops en 1965, peut-être dans le Colisée, alors en voie d'achèvement, lors des spectacles géants donnés par Trajan pour son triomphe sur les Daces, et où furent mis à mort dix mille gladiateurs et onze mille fauves. On connaît mal les conditions de son procès, dont on ne sait pas si l'initiative vint de la foule ou de quelque magistrat local. (DANIEL-ROPS, Histoire de l'Église du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 157.)
Enchaîné et mené au supplice, il fut conduit d'Antioche à Rome par Smyrne, Troade, Ostie. Il écrivit, pendant son long parcours, sept lettres, soit six à des Églises locales et une à l’évêque de l’une d’elles qui l’avait accueilli : Polycarpe de Smyrne. (1)(2)
"Les recherches actuelles montrent qu'Ignace a été victime d'une persécution qui a touché la communauté chrétienne d'Antioche en juillet 116, à la veille de la prise de Ctésiphon par les légions romaines de Trajan : [...] les Actes de Drosis, de la seconde moitié du IVe siècle, [...] donnent en dépit de leur caractère hagiographique [...] de précieuses informations historiques pour dénouer ce que l'on appelle le 'puzzle ignacien'", écrit Simon Claude MIMOUNI dans "Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme." (Bayard, Italie 2018, p. 202-203).
Le livre XI de la Chronique de Malalas et les Actes de Drosis attestent qu’à la suite du séisme d’Antioche, le 13 décembre 115 ap. J.-C., une persécution brève et violente, dont Ignace et Drosis furent victimes, s’abattit sur l’Église locale dans les derniers jours de juillet 116, à l’occasion des fêtes d’Apollon. (Étienne DECREPT, La persécution oubliée des chrétiens d’Antioche sous Trajan et le martyre d’Ignace d’Antioche, Revue d'Etudes Augustiniennes et Patristiques, volume 52, 2006, pp. 1-29.)
"Pour Antioche, un lien n'est pas à exclure entre le séisme de décembre 115 et la persécution de 116 : la communauté judéenne, chrétienne ou non, servant souvent de bouc émissaire lors des grandes catastrophes naturelles - sous les règnes de Néron et de Vespasien, par exemple, les Judéens de la ville, [...] ont été accusés, par deux fois, d'être les instigateurs des violents incendies qui l'ont ravagée." (Simon Claude MIMOUNI, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, ibid., p. 203.)
"On perd ensuite l'évêque d'Antioche sur le chemin de Rome. Tout cela qui court sur quelques mois, se passe à la fin du règne de Trajan. (+117)" (Écrits des Pères apostoliques, Texte intégral, Sagesses chrétiennes, Les Éditions du Cerf, Paris 2012, p. 152.)
"C'est au cours du long transport vers Rome qu'il écrivit sept lettres aux chrétiens des communautés qu'il rencontrait, les exhortant et les encourageant à poursuivre. On le représente en chasuble d'évêque."
"Saint Ignace est le deuxième successeur de Pierre (l’Apôtre de Jésus-Christ) comme évêque d’Antioche (Turquie actuelle, proche de la frontière syrienne) selon une liste communiquée par Eusèbe de Césarée, Ignace ne nous est guère connu que par ses Lettres qui ont été conservées et dont l'authenticité est indiscutable." (Régine PERNOUD,Les saints au Moyen Age, la sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ?, Plon, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 40).
Certains auteurs assurent qu'Ignace fut ce petit enfant que Notre-Seigneur plaça au milieu des Apôtres lorsque, pour leur donner une leçon d'humilité, Il leur dit: Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez jamais dans le royaume des Cieux. Ce qui est certain, c'est qu'il était un familier des premiers disciples du Sauveur, disciple lui-même de saint Jean, l'Apôtre bien-aimé. (Voir un peu plus bas, le tableau "Ignace d'Antioche : Les emprunts johanniques".)
Le premier credo
Dans son Épître aux Éphésiens (7,2) Ignace définit un credo ancien présentant les deux natures du Christ, à la fois homme et Dieu, né de Marie et né de Dieu en ces termes : "Il n'y a qu'un seul médecin, charnel et spirituel, engendré et inengendré, venu en chair, Dieu, en la mort vie véritable (né) de marie et (né) de Dieu, d'abord passible et maintenant impassible, Jésus-Christ notre Seigneur." Le texte est rythmé. Il n'est pas impossible qu'il soit emprunté à une hymne chrétienne de ce temps (analogue par exemple au Gloria in excelsis ou au Te Deum. (Les Écrits des Pères apostoliques, Texte intégral, Sagesses chrétiennes, Les Éditions du Cerf, Paris 2012, p. 160.)
Dans ce premier Credo donné dans l'Épîtreaux Éphésiens 7, 2, les termes "engendré" (γεννητός en grec) et "inengendré" (ἀγέννητος) sont utilisés pour décrire la nature duale de Jésus-Christ dans un passage christologique paradoxal. Le texte décrit le Christ comme un "médecin" qui est à la fois charnel et spirituel, engendré et inengendré, Dieu fait homme, etc. Plus précisément, "engendré" fait référence à la nature humaine du Christ, c'est-à-dire à sa naissance de la Vierge Marie (fils de Marie), tandis que "inengendré" souligne sa divinité éternelle, non créée et non issue d'une génération temporelle (fils de Dieu, existant de toute éternité). Cette formulation antithetique vise à souligner l'union hypostatique des deux natures en Christ, sans confusion, et à contrer les hérésies docétistes qui niaient sa véritable humanité. Certains interprètes y voient aussi une allusion à la génération éternelle du Fils par le Père, bien que le sens principal soit de distinguer le Christ des créatures (inengendré en tant que Dieu) tout en affirmant son incarnation (engendré en tant qu'homme).
Ignace semble bien être Syrien d’origine
Il n’est pas citoyen romain, car jamais un citoyen romain ne fut condamné aux bêtes. Rien n’indique qu’il soit Juif : il s’oppose avec fermeté aux coutumes juives et aux judaïsants (Lettre aux Magnésiens, 8 et 9) (1) :
VIII, 1. Ne vous laissez pas séduire par les doctrines étrangères ni par ces vieilles fables qui sont sans utilité. Car si maintenant encore nous vivons selon la foi, nous avouons que nous n'avons pas reçu la grâce. 2. Car les très divins prophètes ont vécu selon Jésus-Christ ; c'est pourquoi ils ont été persécutés. Ils étaient inspirés par sa grâce, pour que les incrédules fussent pleinement convaincus qu'il n'y a qu'un seul Dieu, manifesté par Jésus-Christ son Fils qui est son Verbe sorti du silence, qui en toutes choses s'est rendu agréable à celui qui l'avait envoyé.
IX, 1. Si donc ceux qui vivaient dans l'ancien ordre de choses sont venus à la nouvelle espérance, n'observant plus le sabbat, mais le jour du Seigneur, jour où notre vie s'est levée par lui et par sa mort, --quelques-uns le nient; mais c'est par ce mystère que nous avons reçu la foi, et c'est pour cela que nous tenons ferme, afin d'être trouvés de véritables disciples de Jésus-Christ, notre seul maître -- 2. comment pourrions-nous vivre sans lui, puisque les prophètes aussi, étant ses disciples par l'esprit, l'attendaient comme leur maître ? et c'est pourquoi celui qu'ils attendaient justement les a, par sa présence, ressuscités des morts. (Lettre aux Magnésiens, 8 et 9)
Il se fait témoin de la tradition essentielle de la foi chrétienne, en parlant des hérétiques docètes:
Ils s'abstiennent de l'Eucharistie et de la prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, la chair qui a souffert pour nos péchés, la chair que le Père a ressuscitée. (Ad Smyrn. 7, 1.)
Il met en garde les vrais fidèles contre les zélateurs des observances juives :
Apprenons à vivre selon le christianisme. Car celui qui s'appelle d'un autre nom en dehors de celui-ci, n'est pas à Dieu ! Rejetez donc le mauvais levain, vieilli et aigri ! (Cf. 1Co, 5: 6,7)" (Lettre aux Magnésiens 10:1,2)
Ignace fut un grand évêque, un homme d'une rare sainteté; mais sa gloire est surtout son martyre. Conduit devant l'empereur Trajan, il subit un long interrogatoire:
SAINT IGNACE
Patriarche d'Antioche, Martyr
Docteur de l'Eglise
(+ 116)
Empereur Trajan (98-117)
«C'est donc toi, vilain démon, qui insultes nos dieux?
-- Nul autre que vous n'a jamais appelé Théophore un mauvais démon.
-- Qu'entends-tu par ce mot Théophore?
-- Celui qui porte Jésus-Christ dans son coeur.
-- Crois-tu donc que nous ne portons pas nos dieux dans notre coeur?
-- Vos dieux! Ce ne sont que des démons; il n'y a qu'un Dieu Créateur, un Jésus-Christ, Fils de Dieu, dont le règne est éternel.
-- Sacrifie aux dieux, je te ferai pontife de Jupiter et père du Sénat.
-- Tes honneurs ne sont rien pour un prêtre du Christ.»
Trajan, irrité, le fait conduire en prison. «Quel honneur pour moi, Seigneur, s'écrie le martyr, d'être mis dans les fers pour l'amour de Vous!» et il présente ses mains aux chaînes en les baisant à genoux.
L'interrogatoire du lendemain se termina par ces belles paroles d'Ignace: «Je ne sacrifierai point; je ne crains ni les tourments, ni la mort, parce que j'ai hâte d'aller à Dieu.»
Condamné aux bêtes, il fut conduit d'Antioche à Rome par Smyrne, Troade, Ostie. Son passage fut partout un triomphe.
Pendant ce douloureux voyage, le saint évêque, exultant de joie, écrivit aux Églises sept lettres qui nous dévoilent son âme ardente et nous révèlent aussi ses préoccupations - assurer l’union des Églises à leurs évêques, leur union entre elles et la fuite de l’hérésie.
Il est aisé de retracer, d’après les détails donnés, l’itinéraire parcouru par le condamné (voir carte ci-dessous).
Il y eut trois escales plus importantes : Philadelphie, Smyrne et Troas.
A Smyrne, Ignace fut accueilli par l’évêque Polycarpe. Des délégations importantes d’autres Églises d’Asie s’empressèrent de venir le saluer.
Ignace fit couler partout des larmes de douleur et d'admiration:
"Je vais à la mort avec joie, pouvait-il dire. Laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours. Je suis le froment de Dieu; il faut que je sois moulu sous leurs dents pour devenir un pain digne de Jésus-Christ. Rien ne me touche, tout m'est indifférent, hors l'espérance de posséder mon Dieu. Que le feu me réduise en cendres, que j'expire sur le gibet d'une mort infâme; que sous la dent des tigres furieux et des lions affamés tout mon corps soit broyé; que les démons se réunissent pour épuiser sur moi leur rage: je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ."
Saint Ignace, dévoré par un lion, répéta le nom de Jésus jusqu'au dernier soupir. Il ne resta de son corps que quelques os qui furent transportés à Antioche.(Source : Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.) (2)
Origène (185-253)
Les démons aiment se faire passer pour les faux dieux du paganisme. [Origène, In Exod., homil. VI, n°5, (Patrologie Grecque de l'abbé Jacques-Paul Migne 12, 335).]
L'identification des démons avec les dieux païens est soutenue par Ps 96 [95]: 5 : "Tous les dieux des païens sont des démons." La Bible de Jérusalem traduit "néant, tous les dieux des nations"; la Vulgate utilisée par saint Thomas portait : "Omnes dii gentium daemonia."
(Source: Jean-Baptiste GOLFIER, Tactiques du diable et délivrances, Artège-Lethielleux, 2018, p. 93 et note 21, p. 130.)
"Comme saint Ignace a été disciple de saint Jean l'Évangéliste, et a souffert peu de temps après la mort de cet apôtre, ses écrits sont des monuments précieux de la doctrine et de la discipline de l'Église primitive; ils sont rassemblés dans le second tome des Pères apostoliques, de l'édition de Coletier. Les spécialistes sont unanimes pour reconnaître l'authenticité des lettres de Saint Ignace d'Antioche.
"[L]es Protestants, ils y ont trouvé la condamnation claire de plusieurs de leurs erreurs." (Encyclopédie théologique, Nicolas Bergier 1718-1790, publ. par M. l'abbé Migne, Ateliers catholiques au Petit-Montrouge, tome II, Paris 1850-1851, p. 1292).
Il n'y a pas d'Eglise sans évêques et sans sacerdoce
De même, que tous révèrent les diacres comme une nomination de Jésus-Christ, comme aussi l'évêque qui est l'image du Père, et les prêtres comme le Sénat de Dieu et l'assemblée des Apôtres : sans eux, il n'y a pas d'Église.
Saint Ignace d'Antioche, "Lettre aux Tralliens" (§3) (vers 107 ap. J.-C.)
Là où paraît l'évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l'Église catholique.
Lettre aux Smyrniotes VIII, 2 in Les Pères apostoliques, texte intégral, Cerf, 2012, p. 207-208
Tous ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ, ceux-là sont avec l'évêque; et tous ceux qui se repentiront et viendront à l'unité de l'Eglise, ceux-là seront aussi à Dieu, pour qu'ils soient vivants selon Jésus-Christ.
Ne vous y trompez pas, mes frères : si quelqu'un suit un fauteur de schisme, 'il n'aura pas d'héritage du royaume de Dieu.' (1 Co 6,9-10)
Lettre aux Philadelphiens III, 1-2 in Les Pères apostoliques, texte intégral, Cerf, 2012, p. 195
A tous ceux qui se repentent, le Seigneur pardonne, si ce repentir les amène à l'unité avec Dieu, et au sénat de l'évêque.
Lettre aux Philadelphiens III, 1-2 in Les Pères apostoliques, texte intégral, Cerf, p. 198
Le sénat de l'évêque dont parle Ignace est le presbyterium, le collège de prêtres qui entoure l'évêque et qui forme son conseil; Cf. Magn 6,1; Trall 3,1.
L'inventeur du mot "catholique" pour définir l'Église de Jésus-Christ
"De même, que tous révèrent les diacres comme une nomination de Jésus-Christ, et l'évêque comme Jésus-Christ, qui est le Fils du Père, et les prêtres comme le Sanhédrin de Dieu, et l'assemblée des apôtres. En dehors de cela, il n'y a pas d'Église".
Saint Ignace d'Antioche, "Lettre aux Tralliens" (§3) (vers 107 ap. J.-C.)
C'est à Ignace que l'on doit le mot grec «kajolik´ov», «catholicos» pour définir l'Eglise de Jésus-Christ (Encyclopédie Universalis). «Là où paraît l'évêque, que là soit la communauté, de même que làoù est le Christ Jésus, là est l’Église catholique», écrit Ignace d’Antioche qui le premier veut expliquer par ce mot l’universalité du salut.
Le terme grec, kajolik´ov, catholicos qui avait déjà chez les auteurs grecs (Aristote, Zénon, Polybe) le sens d’universel, de total, de général, est employé, depuis le début du IIe siècle, presque exclusivement par les auteurs chrétiens, et pour la première fois par Ignace d’Antiocheen 112 ap. J.-C.,dans sa Lettre aux chrétiens de Smyrne (VIII,2), pour désigner l’Église de Jésus-Christ.
Dès ce moment, le mot a un double sens: il désigne la foi catholique commune à toute l'Église déjà répandue dans de nombreux pays, par opposition aux communautés ayant assez tôt dévié de la foi apostolique (nicolaïtes, gnostiques de toutes obédiences, aujourd'hui protestants, francs-maçons etc....)
"À la suite d'Ignace d'Antioche, Clément d'Alexandrie, Tertullien ou d'autres auteurs chrétiens des premiers siècles emploient le mot 'catholique' pour qualifier une communauté locale en communion avec l'Église universelle, par opposition aux sectes ou aux hérésies. [...] Par exemple, saint Augustin écrit en tête d'une lettre à un hérétique : 'Honorato, episcopo partis Donati, Augustinus, episcopus Ecclesiae catholicae (à Honorat, évêque du parti de Donat, Augustin, évêque de l'Église catholique')." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je ?, 4e édition, Paris 2018, p. 4.)
Ignace salue l'Église catholique romaine plus particulièrement :
«Elle est aimée et illuminée par la volonté de Celui qui a voulu tous ceux qui existent selon la foi et l'amour de Jésus-Christ Notre Dieu… Sa charité la met au premier rang, c'est elle qui porte la loi du Christ et le nom du Père» (France QUÉRÉ, Les Pères apostoliques. Écrits de la primitive Église, cité inRégine Pernoud,Les saints au Moyen Age, la sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ?, Plon, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 40).
L’Église romaine, «présidente de l’alliance divine» chez Saint Ignace d'Antioche
Selon Ignace, une vénération spéciale entoure déjà l'église de Rome dès la fin du Ier siècle.
Saint Irénée de Lyon, un autre auteur contre les hérétiques écrit lui aussi : «L’ensemble des croyants de tous les pays, doit demeurer en accord avec l’Église de Rome». Au plan de la discipline et surtout de la foi, l’Église de Rome est un modèle pour les autres Églises ; on y vient de partout» (Saint Irénée de Lyon, Adversus haereses, III, 2.)
Dans sa Lettre aux Romains, Ignace explique que :«cette église préside dans la région de Rome». L'hérésie protestante est clairement condamnée dès la fin du Ier siècle... L'Église primitive était catholique et non protestante. Ceci est toujours bon à rappeler aux progressistes et autres marchands de sable expliquant qu'il faut revenir aux sources et aux premiers temps de l'Église !...
Ses lettres apostoliques développant une première théologie eucharistique le font ranger parmi les Pères apostoliques, première génération de Pères de l'Église. (4)
Les lettres d’Ignace « ont une importance incalculable pour l’histoire du dogme » (J. Quasten, Initiation aux Pères de l’Église, Paris 1955, 1, p.76.).
« Comme à ses grands docteurs, l’Église lui doit certains traits qui resteront acquis pour toujours : pour la doctrine de l’Incarnation et de la Rédemption, de l’Église ou de l’Eucharistie, Ignace a apporté à la construction du dogme catholique des pierres solides et bien appareillées qui resteront à la base de l’édifice. » (Th. Camelot, Ignace d’Antioche, Paris 1958, SC N° 10, p. 58.)
Elles soulignent les thèmes suivants :
. Unité de Dieu : Magn. 8, 2 - Il n’y a qu’un Dieu qui s’est manifesté par Jésus-Christ, son Fils qui est son Verbe sorti du silence ; Magn. 13, 1 - Ayez soin de vous tenir dans la foi et la charité avec le Fils, le Père et l’Esprit;Magn. 13, 2 - Soyez soumis à l’évêque… comme les apôtres le furent au Christ, au Père et à l’Esprit.
. Trinité : Éph. 9, 1 - Vous êtes les pierres du temple du Père, préparées par la construction de Dieu le Père, élevés jusqu'en haut par la machine de Jésus-Christ qui est la croix, vous servant comme câble de l'Esprit-Saint. (Les Pères apostoliques, Texte intégral, Sagesses chrétiennes, Cerf 1990, p. 160-161)
. Divinité de Jésus : Éph. 1, 1 Après vous être retrempés dans le sang de Dieu…;
Éph. 7, 2 Il n’y a qu’un seul médecin, à la fois chair et esprit, engendré et non engendré, Dieu fait chair, vraie vie au sein de la mort, né de Marie et de Dieu, d’abord passible et maintenant impassible, Jésus-Christ Notre-Seigneur.;
Rom. 3, 3 - Rien de ce qui est visible n’est bon. Même notre Dieu Jésus-Christ ne s’est jamais mieux manifesté que depuis qu’il est retourné au sein du Père;
Rom. 6, 3 - Permettez-moi d’imiter la passion de mon Dieu.
L'Incarnation du Christ par Piero di Cosimo (1505)
. Réalité de l’Incarnation : Magn. 8, 2 - Il n’y a qu’un Dieu et ce Dieu s’est manifesté par J.C., son Fils, qui est son Verbe sorti du silence, celui qui accomplit fidèlement les volontés de celui qui l’a envoyé.
Smyrn. 4, 1-2 - Il faut prier pour leur conversion (des docètes), chose bien difficile mais possible pourtant à Jésus-Christ, notre véritable vie. Si c’est seulement en apparence que Notre-Seigneur a agi, ce n’est aussi qu’en apparence que je suis chargé de fers. Alors pourquoi me suis-je voué à la mort, par le feu, le glaive, les bêtes ?.. C’est pour m’associer à sa passion que j’endure tout, et c’est lui qui m’en donne la force, lui qui s’est fait complètement homme.
. Rédemption : Trall., 2, 1 - Jésus-Christ est mort pour nous afin de vous préserver de la mort par la foi en sa mort;
Smyrn., 2, 1 - C’est pour notre salut qu’il a enduré toutes ces souffrances ;
Rom., 6, 1 - Il est mort pour nous, ressuscité à cause de nous. Il a été réellement percé de clous pour nous en sa chair sous Ponce-Pilate et Hérode le Tétrarque ;
Smyrn, 1, 2 - c’est au fruit de sa croix, à sa sainte et divine passion que nous devons la vie;
Trall., 11, 2 - Ceux qui sont plantés par le Père sont des rejetons de la croix et leur fruit est incorruptible.
.Eucharistie : Les luthériens ne croient pas que l'Eucharistie soit un sacrifice du Christ à Dieu le Père, c'est pourquoi ils ne sont pas en phase avec saint Ignace d'Antioche qui dit ce que dit l'Église catholique, comme dans sa Lettre aux Philadelphiens où il souligne l’unité dans la célébration de l’Eucharistie "car il n'y a qu'une seule chair de Notre-Seigneur Jésus-Christ :
Éph. 20, 2 -Si le Seigneur me révèle que chacun en particulier et tous ensemble, dans la grâce qui vient de son nom, vous vous réunissez dans une même foi, et en Jésus-Christ 'de la race de David selon la chair' (Rm 1,3), fils de l'homme et fils de Dieu, pour obéir à l'évêque et au presbyterium, dans une concorde sans tiraillements, rompant un même pain qui est remède d'immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus-Christ pour toujours. (Les Pères apostoliques, Texte intégral, Sagesses chrétiennes, Cerf 1990, p. 166-167)
Philad. 4 - Ayez donc soin de ne participer qu'à une seule eucharistie, car il n'y a qu'une seule chair de Notre Seigneur Jésus-Christ, et un seul calice pour nous unir en son sang, un seul autel, comme un seul évêque avec le presbyterium et les diacres, mes compagnons de service : ainsi tout ce que vous ferez, vous le ferez selon Dieu. (Les Pères apostoliques, Texte intégral, Sagesses chrétiennes, Cerf 1990, p. 195.)
Smyrn. 7, 1 - Ils (les docètes) s’abstiennent de l’Eucharistie et de la prière parce qu’ils ne veulent pas reconnaître dans l’Eucharistie la chair de Jésus-Christ notre Sauveur, cette chair qui a souffert pour nos péchés et que le Père, dans sa bonté, a ressuscitée.
Éph. 13, 1 - Ayez donc soin de tenir des réunions plus fréquentes pour offrir à Dieu votre Eucharistie et vos louanges.
. Église : Magn. 6, 1 - Je vous en conjure, accomplissez toutes vos actions dans cet esprit de concorde qui plaît à Dieu, sous la présidence de l’évêque qui tient la place de Dieu, des presbytres qui représentent le sénat des apôtres, des diacres, objets de ma particulière affection, chargés du service de Jésus-Christ qui était auprès du Père avant les siècles et qui s’est révélé à la fin des temps.
Trall. 3 - Vous devez tous révérer les diacres comme Jésus-Christ lui-même, l’évêque comme l’image du Père, les presbytres comme le sénat de Dieu et le collège des Apôtres ; sans eux, il n’y a point d’Église.
Philad. 7, 1 - Pendant mon séjour parmi vous, j’ai crié, j’ai dit bien haut d’une voix qui était la voix même de Dieu : Tenez-vous étroitement unis à votre évêque, au presbyterium et aux diacres… C’est l’Esprit qui disait bien haut : n’agissez jamais en dehors de votre évêque… aimez l’unité, fuyez les divisions.
Magn. 13, 2 - Soyez soumis à l’évêque et les uns aux autres, comme Jésus-Christ dans sa chair le fut à son Père, et comme les Apôtres le furent au Christ, au Père et à l’Esprit, et qu’ainsi votre union soit à la fois extérieure et intérieure.
Smym. 1, 2 - Par sa résurrection, il a levé son étendard sur les siècles pour grouper ses saints et ses fidèles, tant du sein du judaïsme que de celui de la gentilité en un seul et même corps qui est l’Église.
Éph. 3, 2 - Les évêques établis jusqu’aux extrémités du monde ne sont qu’un avec l’Esprit de Jésus-Christ.
myrn. 8, 2 - Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique.
. Virginité de Marie : Éph. 19, 2 - Le prince de ce monde n’eut connaissance ni de la virginité de Marie, ni de son enfantement, ni de la mort du Seigneur : trois mystères éclatants que Dieu opéra dans le silence.
Éph. 7, 2 - Il n’y a qu’un seul médecin… né de Marie et de Dieu.
Éph.18, 2 - Jésus-Christ a été selon le plan divin, porté dans le sein de Marie, issu du sang de David et aussi du Saint-Esprit...
Dans sa Lettre aux Ephésiens 19, Ignace fait mention d’une étoile miraculeuse "qui fit pâlir toutes les autres" et manifesta "les mystères éclatants que Dieu opéra dans le silence" (la virginité de Marie, son enfantement, la mort du Seigneur). Cette croyance, écho de celle qui se trouve dans l’Évangile de Matthieu, se retrouvera encore dans un évangile apocryphe (le Protévangile de Jacques) et dans Clément d’Alexandrie.
Bonté pour tous :
"Priez aussi sans cesse pour les autres hommes : on peut espérer les voir arriver à Dieu par la pénitence. Donnez-leur au moins la leçon de vos exemples.
"À leurs emportements, opposez la douceur, à leur orgueil, l’humilité ; à leurs blasphèmes, la prière ; à leurs erreurs, la fermeté dans la foi ; à leur caractère sauvage, l’humilité, sans jamais chercher à rendre le mal qu’ils vous font. Montrons-nous vraiment leurs frères par la bonté.
"Efforçons-nous d’imiter le Seigneur en rivalisant à qui souffrira davantage l’injustice, le dépouillement et le mépris."Lettre aux Éphésiens, 9,10
Humilité :
"Bien que je sois le dernier des fidèles dAntioche, Dieu a daigné me choisir pour le glorifier." Lettre aux Éphésiens, 21, 2
«Mes passions terrestres ont été crucifiées, il n’existe plus en moi de feu pour la matière il n’y a plus qu’une eau vive qui murmure au-dedans de moi « Viens vers le Père ». Lettre aux Romains, 7
Ignace d’Antioche : Les emprunts johanniques
d’après M.J. Lagrange, Évangile selon S. Jean, Paris, 1925, p. XXVI.
JEAN
IGNACE
Le vent souffle où il veut, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. 3, 8
On ne trompe pas l’Esprit, car il vient de Dieu, il sait d’où il vient et où il va, il pénètre les secrets les plus cachés. Ph. 7, 1
Le Fils ne peut rien faire de lui-même rien qu’il ne voit faire au Père. 5, 19 Le Père qui demeure en moi, accomplit les œuvres. 14, 10 En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. 15, 5
De même que le Seigneur, soit par lui-même, soit par ses apôtres, n’a rien fait sans le Père avec lequel il n’est qu’un, vous non plus, en dehors de l’évêque et des presbytres. Magn. 8, 1
Travaillez, non pour la nourriture périssable. 6, 27 Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel. 6, 33 Qui mange ma chair et boit mon sang. 6, 54
Je ne prends plus plaisir à la nourriture corruptible ce que je veux, c’est le pain de Dieu, ce pain qui est la chair de J.C., le Fils de David, et pour breuvage je veux son sang qui est l’amour incorruptible. Rom. 7, 3
J’ai manifesté ton nom… 17, 6 Le Verbe. 1, 1 Le Fils unique, lui, l’a fait connaître. 1, 18 Celui qui m’a envoyé est avec moi… Je fais toujours ce qui lui plaît. 8, 29
Il n’y a qu’un Dieu et ce Dieu s’est manifesté par J.C., son Fils, qui est son Verbe sorti du silence, celui qui accomplit fidèlement les volontés de celui qui l’a envoyé. Magn. 8, 2
… Pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un. 17, 22
Quel n’est pas votre bonheur à vous qui lui (Le. à l’évêque) êtes étroitement unis, comme 1’Eglise l’est à J.C. et J.C. à son Père, dans l’harmonie de l’universelle unité. Éph. 5, 1
Et le pain que moi je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde 6, 51 Si vous ne mangez la chair du Fils de l’Homme… vous n’aurez pas la vie en vous. 6, 53 Qui mange ma chair, je le ressusciterai. 6, 54
Ils s’abstiennent de l’Eucharistie et de la prière, parce qu’ils ne veulent pas reconnaître dans l’Eucharistie la chair de J.C. notre Sauveur… Cette chair qui a souffert pour nos péchés… ceux qui le nient n’ont pas la vie. Ils feraient mieux de pratiquer la charité (agapè) pour avoir part à la résurrection. Smyrn. 7, 1
«Je vous en prie, inspirez-vous toujours dans votre conduite, non de l’esprit de discorde, mais de la doctrine du Christ. J’ai entendu dire à certaines gens : "Ce que je ne trouve pas dans nos archives, je ne l’admets pas dans l’Évangile". Et quand je leur disais : "Mais, c’est écrit", ils me répondaient : "Là est justement toute la question". Mes archives à moi, c’est Jésus-Christ ; mes inviolables archives, c’est sa croix, sa mort, sa résurrection et la foi dont il est l’auteur. Voilà d’où j’attends, avec l’aide de vos prières, d’être justifié.» Lettre aux Philadelphiens, 8, 2
Le Christ crucifié (1632) par Diego Vélasquez (1632)
Il n’y a chez Ignace aucune opposition entre l’Ancien Testament et l’Évangile, c’est à plusieurs reprises qu’il parlera avec grand éloge des prophètes :
«Tout cela [L'Ancien Testament] n’a qu’un but : notre union avec Dieu, mais il y a dans l’Évangile un trait tout particulier : c’est l’avènement du Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ, sa passion et sa résurrection. Car les bien-aimés prophètes n’avaient fait que l’annoncer, tandis que l’Évangile est la consommation de la vie éternelle.» Lettre aux Philadelphiens, 9, 2
Contre quelle hérésie Ignace met-il en garde les chrétiens ?Ignace s’attaque à deux erreurs : le judéo-christianisme qui consiste à mêler les rites et les pratiques du judaïsme au christianisme et le docétisme qui ne voit dans le corps de Jésus-Christ qu’un fantôme sans réalité objective.
Alors qu'au milieu du Ier siècle, les disciples de Paul et de Jacques sont encore désignés comme "nazoréens" en Palestine, le terme de "chrétien" (1 P 4,16) est déjà utilisé à Antioche et à Rome. (Marie-Françoise BASLEZ, Bible et Histoire, Judaïsme, hellénisme, chritianisme, Folio Histoire, Saint-Amand 2003, p. 159 et 359.)
Le terme de "christianisme" "a toujours été, dès la première attestation du terme (dans les lettres d'Ignace d'Antioche aux chrétiens de Magnésie, Rome et Philadelphie, vers 115-120), une construction conceptuelle, servant notamment à tracer des frontières entre pratiques et croyances différentes." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 12.)
L'auteur des Actes des Apôtres relève le terme : "c'est à Antioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de 'chrétiens' (Ac 11,26).
Le texte ne dit pas si ce sont les disciples qui s'attribuèrent eux-mêmes ce nom ou si ce sont d'autres qui le firent. La seconde option est la plus probable : l'historien romain Tacite affirme explicitement qu'ils étaient appelés ainsi par le peuple (Annales 15,44); et lorsque le mot chrétien revient dans les Actes, il est employé par un non-chrétien, Hérode Agrippa; dans la première lettre de Pierre (4,16), on parle de l'éventualité que quelqu'un doive souffrir "comme chrétien", ce qui renvoie à une accusation avancée par des non-chrétiens.
Ignace oppose le terme Khristianismos à ioudaïsmosdéja existant utilisé par les Juifs pour désigner une attitude de forte adhésion identitaire à la Loi. On trouve cinq occurrences du terme dans les écris d'Ignace (quatre occurrence comme substantif, Khristianismos, une comme adjectif, Khristianos, qui avait déjà été assumé depuis longtemps à Antioche). Ignace emploie ce terme en opposition à l'identité qui se fonde sur l'observance judaïque (Lettre à l'Église deMagnésie 10, 1-3 ; aux Romains 3,3 ; à l'Église dePhiladelphie 6,1).
La présence de non-Juifs qui, lors de la célébration du culte, mangeaient à la même table que les Juifs rendait ces derniers impurs aux termes de la loi : ceci finit par entraîner les disciples de Jésus à Antioche, à faire prévaloir leur appartenance à Jésus sur leur appartenance au judaïsme. (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 22; 94-95)
Les Actes au chapitre 10 rapportent le récit de la conversation du centurion romain Corneille par Pierre, suivant la double révélation parallèle à Pierre et à Corneille, et qui révèle à Pierre qu'il ne faut pas considérer impur aucun être humain (Ac 10,28), ni déclarer impurs les aliments que Dieu a déclaré purs (Ac 11,9).
"Ignace polémique durement contre les groupes chrétiens présents à Antioche et en Asie, qui ne reconnaissent pas la réalité humaine de Jésus (c'est le cas des docètes, de docétisme, du grec dokeô, apparaitre, sembler, qui interprètent littéralement le verset de l’évangile selon Jean "Et la Parole se fit chair" Jn 1,14).
"Ignace les accuse de "judaïser" car ils célèbrent le samedi (sabbat) (Magn. 9,1) et non le jour de la Résurrection du Seigneur.
"Ces groupes ne reconnaissent pas l'autorité de l'évêque et mènent des activités ecclésiales en dehors de la présidence épiscopale." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 212-213.)
"L'hébraïsme du temps présent, [...] devenait désormais l'héritier de l'opposition à Dieu toujours active en Israël, et donc une branche morte, abandonnée de Dieu et de sa bienveillance ou, plutôt, s'étant elle-même obstinément, coupablement, détachée de Lui."(Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, ibid., p. 22.)
Jésus lui-même relativisa les sacrifices (Mt 9,13Je veux la miséricorde, non le sacrifice ; et 12,7) mais aussi la Loi en opposant sa parole ("Je vous dis") à la tradition (Mt 16,11Méfiez-vous donc du levain des pharisiens et des sadducéens ; et 19,9C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi). Sur des points de droit et d'usages, il fut amené à discuter des règles de séparation et de pureté rituelle (Mt 9,11les pharisiens disaient à ses disciples : "Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ?" ; et Mc 7,2-5Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : "Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures"), de la répudiation (Mt 19,8) et surtout du sabbat (Mc 2,24 Les pharisiens lui disaient : "Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Cela n’est pas permis" ; Mt 12,2Voyant cela, les pharisiens lui dirent : "Voilà que tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat !"; Lc 6,1Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs ; ses disciples arrachaient des épis et les mangeaient, après les avoir froissés dans leurs mains; 6-11Quant à eux, ils furent remplis de fureur et ils discutaient entre eux sur ce qu’ils feraient à Jésus.) (Marie-Françoise BASLEZ, Bible et Histoire, Judaïsme, hellénisme, christianisme, Folio Histoire, Saint-Amand 2003, p. 173.)
"L'idée s'affirme progressivement que l'Église universelle ne signifie pas seulement une communion dans la foi et dans l'amour, mais aussi une interdépendance sur le plan de la gestion des pouvoirs et une homogénéisation des doctrines." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, ibid., p. 215.)
Dans Contre les hérésies (livre IV, I, 6) publié un peu plus tard vers 180 ap. J.-C., saint Irénée de Lyon expliquera ce processus : les prophètes de l'Ancien Testament avaient averti Jérusalem de l'inutilité des sacrifices si son coeur était loin de Dieu (Israël en tant que fidèle à Dieu) : « Isaïe, dit [...] : 'Que m'importe la multitude de vos sacrifices ? dit le Seigneur. Je suis rassasié.' Puis, après avoir repoussé les holocaustes, sacrifices et oblations, ainsi que les néoménies, les sabbats, les fêtes et toute la suite des autres observances, il ajoute, en leur conseillant ce qui procure le salut : 'Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez la malice de vos cœurs de devant mes yeux ; cessez vos méchancetés, apprenez à bien faire ; recherchez la justice, sauvez celui qui souffre l'injustice, faites droit à l'orphelin et défendez la veuve : venez alors et disputons ensemble, dit le Seigneur.' [Isaïe 1, 11-17] [...] Si c'était par colère qu'il (Dieu) repoussât leurs sacrifices, comme de gens indignes d'obtenir sa miséricorde, il ne leur conseillerait pas ce par quoi ils pourraient être sauvés ; mais, parce que Dieu est miséricordieux, il ne les prive pas du bon conseil. C'est ainsi qu'après leur avoir dit par la bouche de Jérémie : 'Pourquoi m'apportez-vous l'encens de Saba et le cinnamome d'une terre lointaine ? Vos holocaustes et vos sacrifices ne m'ont pas été agréables' [Jérémie 6,20 et Isaïe, 1, 11], il ajoute : 'Ecoutez la parole du Seigneur, vous tous, Juda. Voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël : Redressez vos voies et vos habitudes de vie, et je vous ferai habiter en ce lieu. Ne vous fiez pas à des paroles mensongères qui ne vous seront d'aucun profit, en disant : C'est le temple du Seigneur, c'est le temple du Seigneur...' [Jr 7,4] 'Mais voici le commandement que je leur ai donné : Écoutez ma voix, et je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple ; marchez dans toutes mes voies que je vous prescrirai, pour que vous vous en trouviez bien. Mais ils n'ont pas écouté ni prêté attention; ils ont marché selon les pensées de leur cœur pervers, ils ont rétrogradé au lieu d'avancer.' [Jr 7,23-24] [...] Ainsi encore, chez le prophète Osée [6, 6], pour leur enseigner sa volonté, Dieu leur disait : 'Je veux la miséricorde plus que le sacrifice, et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.' [...] Malachie a parlé d'avance en ces termes : 'Je ne prends pas plaisir en vous, dit le Seigneur tout-puissant, et je n'agréerai pas de sacrifice de vos mains ; car du levant au couchant, mon nom est glorifié parmi les nations, et en tout lieu de l'encens est offert à mon nom, ainsi qu'un sacrifice pur : car mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur tout-puissant.' Il signifiait très clairement par là que le premier peuple cesserait d'offrir à Dieu, tandis qu'en tout lieu un sacrifice lui serait offert, pur celui-ci, et que son nom serait glorifié parmi les nations. Or, quel est le nom qui est glorifié parmi les nations, sinon celui de notre Seigneur, par l'entremise de qui est glorifié le Père et est glorifié l'homme? […] Ainsi donc, l'oblation de l'Église, que le Seigneur a enseigné à offrir dans le monde entier, est réputée sacrifice pur auprès de Dieu et lui est agréable. » (Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre IV, I, 6.)
Trésor de la collégiale Notre-Dame, Huy - médaillon émaillé de l'Arbre de Vie, art mosan vers 1160. Inscription sur le pourtour Misericordia et Veritas universae viae Domini - Tous les sentiers de Yahvé sont amour et fidélité pour qui garde son alliance et ses préceptes. (Bible de Jérusalem, Ps XXIV verset 10)
C'est dans cette lettre (Lettre aux Tralliens) que se rencontre pour la première fois l’image devenue si courante de « l’arbre de la croix », arbre de vie (D’après Th. Camelot, Ignace d’Antioche, Paris, 1944, SC N° 10, p. 120, note 1, « A notre connaissance », dit Camelot.):
«Fuyez les rameaux parasites et dangereux (= les incrédules) ils portent des fruits qui donnent la mort, si quelqu’un en goûte, il meurt sur-le-champ. Ceux-là ne sont pas la plantation du Père. S’ils l’étaient, ils apparaîtraient comme des rameaux de la croix, et leur fruit serait incorruptible.» (La mosaïque de l’abside de l’église de saint Clément à Rome est une illustration de ce thème.) Lettre aux Tralliens, 11, 1-2
La défense de la veuve et l'orphelin chez Saint Ignace d'Antioche
On trouve l'origine de la défense de la veuve et de l'orphelin dans l'Ancien Testament : "Le Seigneur protège l'étranger. Il soutient la veuve et l'orphelin" (Ps 145, 9) ; "Vous n'accablerez pas la veuve et l'orphelin" (Ex 22,21).
"Le métier du chevalier est de défendre les veuves, les orphelins et les impotents…" Cet extrait du Livre de l’ordre de chevalerie, œuvre du bienheureux Raymond Lulle (1235-1315), évoque quelques-unes des qualités du preux chevalier, héros et guerrier dont les exploits nourrissent encore notre imagination, tel Godefroy de Bouillon, Richard Cœur de Lion ou Pierre Terrail de Bayard, "sans peur et sans reproche". (Source)
Le culte d'Ignace répandu dès sa mort
Sa mémoire fut honorée et ses os vénérés peu après sa mort. "Ignace, évêque d'Antioche est condamné aux bêtes sous Trajan, sans doute en 116." (Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 339.)
Des reliques d’Ignace seraient conservées à Antioche et d’autres à Rome, à l’église de S. Clément.
Son culte se répandit aussitôt après sa mort. Saint Jean Chrysostome prononça à Antioche le panégyrique du saint martyr en son dies natalis, le 17 octobre : "Rome fut arrosée de son sang, vous avez recueilli ses dépouilles… Vous aviez envoyé un évêque, on vous a rendu un martyr", In sanct. mart. Ignatium, 5.
‘’Il est bon pour moi de mourir pour m’unir au Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre.
[…] N’allez pas parler de Jésus Christ, et désirer le monde.’’
(Lettre aux Romains 6, 1 et 7,1 in Les Pères apostoliques, Texte intégral, Cerf Sagesses chrétiennes, 2012, p. 190-191.)
(3) Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 610 ; (4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ignace_d%27Antioche ; (5) https://twitter.com/ChristianVenard/status/1581858784464424961/photo/1
Duchesse de Silésie et de Pologne, elle mena une vie de foi intense : jeûnes prolongés, endurance au froid, ascèse acceptée d'un commun accord par les deux époux dans leurs relations conjugales.
Edwige et son époux vécurent d’une manière très pieuse. Elle a une vie exemplaire, aidant les nécessiteux, marchant pieds-nus en toute saison, distribuant sa fortune à l’Église et aux pauvres.
Sa sœur Agnès a épousé Philippe Auguste, roi de France. Sa sœur Mechtilde, est devenue abbesse de Kissingen.
Avec courage, elle porta le veuvage et le deuil de six de ses enfants.
Elle se retira à l'abbaye de Trzebnicz chez sa fille, abbesse cistercienne. C'est là qu'elle décède le 14 octobre 1243 et où elle a été inhumée. Certaines de ses reliques sont conservées à l'abbaye d'Andechs.
Edwige est canonisée en 1267 par le pape Clément IV. Sainte Hedwige de Silésie est fêtée le 16 octobre.
Elle est la patronne de Berlin, de la Silésie et de sa capitale Wrocław, (l'ancienne Breslau), de Trzebnica (l'ancienne Trebnitz), du diocèse de Görlitz, d’Andechs et de Cracovie.
Sources : (1) ; (2 ) ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 62.
Thérèse d'Avila (en espagnol Teresa de Ávila), en religion Thérèse de Jésus, naquit en Espagne, de parents nobles et chrétiens. Teresa Sanchez Cepeda Davila y Ahumada est née dans la ville castillane d'Avila au cours de l'année 1515, troisième enfant d'une famille issue de marchands juifs convertis au christianisme sous le règne du roi Ferdinand et de la reine Isabelle. Son père Alphonsus était devenu un ardent catholique, avec une collection de livres spirituels du type que sa fille composerait plus tard elle-même.(2)
Dès l'âge le plus tendre, un fait révéla ce qu'elle devait être un jour. Parmi ses frères, il y en avait un qu'elle aimait plus que les autres ; ils se réunissaient pour lire ensemble la vie des saints : "Quoi ! lui dit-elle, les martyrs verront Dieu toujours, toujours ! Allons, mon frère, chez les cruels Maures, et soyons martyrs nous aussi, pour aller au ciel." Et, joignant les actes aux paroles, elle emmenait son petit frère Rodrigue ; ils avaient fait une demi-lieue, quand on les ramena au foyer paternel.(3) Une intuition lui dit que les biens éphémères d'ici-bas pèsent peu devant la joie éternelle.
Elle avait dès lors une grande dévotion à la Sainte Vierge. Chaque jour elle récitait le rosaire. Ayant perdu sa mère, à l'âge de douze ans, elle alla se jeter en pleurant aux pieds d'une statue de Marie et la supplia de l'accepter pour sa fille, promettant de la regarder toujours comme sa Mère.
Cependant sa ferveur eut un moment d'arrêt. De vaines lectures, la société d'une jeune parente mondaine, refroidirent son âme sans toutefois que le péché mortel la ternît jamais. Mais ce relâchement fut court, et, une vive lumière divine inondant son âme, elle résolut de quitter le monde. Elle en éprouva un grand déchirement de cœur ; mais Dieu, pour l'encourager, lui montra un jour la place qu'elle eût occupée en enfer, si elle s'était attachée au monde.
Un séraphin vint un jour la percer du dard enflammé de l'amour divin : Jésus la prit pour épouse. Ses révélations, ses écrits, ses miracles, ses œuvres, ses vertus, tout est sublime à la même hauteur.
Elle a notamment rédigé à la demande de ses supérieures : Le Château intérieur, Le Chemin de la perfection, Les Exclamations, Les Fondations.
Elle devint la réformatrice de l'Ordre du Carmel. Avec son proche collaborateur, le prêtre et écrivain canonisé plus tard sous le nom de Saint Jean de la Croix, elle a fondé ce que l'on appelle aujourd'hui l'Ordre des carmélites déchaussées - "déchaussées", c'est-à-dire pieds nus, symbolisant la simplicité à laquelle ils ont choisi de retourner l'ordre après une période de corruption. La réforme a rencontré une opposition féroce, mais a abouti à la fondation de 30 monastères au cours de sa vie.
Elle propose un retour des carmélites à leur règle de vie d'origine, une forme simple et austère de monachisme - fondée sur le silence et la solitude - qui avait reçu l'approbation papale au XIIe siècle et dont on pense qu'elle remonte au prophète Elie de l'Ancien Testament.
Pointe de son message spirituel, elle place au coeur de la prière l'humanité du Christ, un Christ souffrant sa Passion, seul chemin vers Dieu pour les êtres de chair que nous sommes. "On constate toujours que ceux qui se sont rapprochés le plus du Christ sont ceux qui ont dû supporter les plus grandes épreuves."
Et à ceux qui exhortent "à écarter toute représentation corporelle pour s'attacher à la contemplation de la seule divinité", elle répond résolument qu'ils font preuve de présomption car "nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps."
Celui qui prie ne reçoit pas toujours les grâces mystiques, celles-ci sont un don gratuit que nul effort ne peut provoquer, mais il lui suffit de se disposer à aimer Dieu et de se conformer à sa volonté;
Là est la richesse de son message : contemplation et action, amour de Dieu et amour du prochain, oraison et mission sont les deux faces d'une même réalité.
"Des œuvres, des œuvres !", réclame-t-elle avec insistance à ses filles. Le mérite d'une âme ne consiste pas dans les faveurs qu'elle reçoit mais dans les vertus qu'elle acquiert. Extase, ravissement, élévation, la sainte n'a pas attaché une importance excessive à ces faveurs, "nullement nécessaires à la perfection." C'est ce message qu'a retenu la France du XVIIe siècle, en mettant l'accent sur la volonté de purification et d'ascèse, plutôt que sur les grâces de la contemplation infuse.
Après avoir contemplé la transcendance, l'âme n'a plus que le désir de mourir pour n'être plus séparée de Dieu. "Je meurs de ne pas mourir", écrit Thérèse dans un magnifique poème, et Jean de la Croix reprendra la thème à sa manière.
"Être séparée de Dieu m'est si douloureux, écrit-elle également, que le plus grand sacrifice que je puisse lui offrir est de consentir à vivre pour lui." Et comment mieux vivre pour lui que d'accepter les souffrances d'un "monde en feu" ? "Seigneur, ou mourir ou souffrir...
Durant les dernières années de sa vie, Thérèse, "pauvre vieille toute cassée", souffre physiquement et moralement. Elle discerne du relâchement dans certains couvents. Des inflammations de gorge, des hémorragies lui donnent constamment de la fièvre.
Morte en 1582, son corps est retrouvé incorrompu et souple en 1583 (huit mois après sa mort), 1585, 1586, 1592, 1760 et... 1982.(4)
Lors de la translation des reliques de Sainte Thérèse qui eut lieu en 1760, le corps virginal fut trouvé toujours flexible et exhalant un suave parfum.(5)
Dans sa bibliothèque, on a retrouvé des auteurs stoïciens à côté de livres de dévotion.
En 2015, lors d'une exposition de reliques de Thérèse, la relique montrait un aspect noirci et "durci" des tissus (toujours complets).(6)
Canonisée en 1622 par Grégoire XV, Bossuet l'a comparée aux plus grands docteurs.
Paul VI l'a déclarée Docteur de l'Eglise en 1970, première femme avec la dominicaine du XIVe siècle Catherine de Sienne à recevoir ce titre.
En 2018, l'instruction sur la vie contemplative féminine "Cor Orans" "oblige les moniales à quitter périodiquement leur cloître pour les assemblées de la fédération et pour les réunions de formation obligatoire en dehors de leur couvent. Tout cela implique de fréquents déplacements, qui entraînent toujours une distraction et une perte du recueillement et de la solitude, sans compter les coûts financiers considérables qui vont à l'encontre de l'esprit de pauvreté des religieuses cloîtrées. Les religieuses jadis strictement cloîtrées seront ainsi transformées en une sorte de religieuses itinérantes ou voyageuses, qui n'auront de 'cloîtrées' ou 'contemplatives' que le nom. [...] À l'époque de la pseudo-réforme de Martin Luther et de ses disciples protestants, Dieu a fait don à son Église d'une nouvelle vie cloîtrée radicale de prière et de pénitence avec les Carmélites réformées, 'déchaussées', grâce à l'œuvre et à la mission de ce grand docteur de l'Église, sainte Thérèse d'Avila. Elle n'autorisait jamais, sous aucun prétexte, un affaiblissement de la vie religieuse cloîtrée, recueillie, solitaire, priante et pénitentielle de ses religieuses. [...] En dépit de sa belle rhétorique - pour partie sophistique - et de ses impressionnantes affirmations théoriques, Cor Orans aboutit en pratique à la destruction de la radicalité et de l'exclusivité de la vie cloîtrée et contemplative des moniales, détruisant ainsi l'œuvre de la grande sainte Thérèse d'Avila. Ce document transforme la vie cloîtrée des moniales en y introduisant la tiédeur et l'absence de recueillement que sainte Thérèse y avait trouvées avant sa réforme." (7)
Que rien ne te trouble. Que rien ne t'épouvante. Tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit.
Elève ta pensée, monte au ciel, ne t'angoisse de rien. Que rien ne te trouble. Suis Jésus-Christ d'un grand coeur. Et quoiqu'il arrive, que rien ne t'épouvante.
Tu vois la gloire du monde ? C'est une vaine gloire. Il n'a rien de stable. Tout passe.
Aspire au Céleste qui dure toujours. Fidèle et riche en promesses, Dieu ne change pas. Aimes-le comme il le mérite, bonté immense. Mais il n'y a pas d'amour de qualité sans la patience.
Que confiance et foi vivent et maintiennent l'âme.
Celui qui croit et espère obtient tout. Même s'il se voit assailli par l'enfer, il déjouera ses faveurs celui qui possède Dieu.
Efforçons-nous d'être les servantes du Seigneur, ne demandant rien, ne voulant rien, mais seulement pour faire sa volonté. C’est ce que signifie être une vraie servante, une vraie servante, comme notre Sainte Mère.
Vous faites un compliment à Dieu en lui demandant de grandes choses.
Sainte Thérèse d'Avila
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Sources: (1) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 1120-1130 ; (2) Catholic News Agency ; (3) L'Evangile au quotidien ; (4) Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 160 ; (5) Mgr Jean-Joseph GAUME, L'eau bénite au XIXe siècle, 1865, Rééd. Éditions Saint-Rémi, 2006, p. 102 ; (6) Wikipedia ; (7) Mgr Athanasius SCHNEIDER, Christus vincit, Le Triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps, Contretemps, Versailles 2020, p. 198-200
Le pape de l'indulgente bonté. C'était un esclave chrétien. Son maître lui avait donné à gérer une banque. Il la mit en faillite et, pour cette raison, fut condamné aux mines de Sardaigne. La maîtresse de l'empereur Commode, chrétienne de cœur et non pas de conduite, le connaissait et elle obtint sa grâce. Il se retira loin de Rome et reçut des subsides du pape saint Victor, ce qui lui permit de s'adonner à l'étude des Saintes Écritures. Affranchi, Calixte devint l'archidiacre du pape saint Zéphyrin et fonda le cimetière des catacombes qui porte son nom et où furent enterrés tous les papes du IIIe siècle. Les catacombes de Saint-Calixte sont les premières et les plus grandes de Rome. Traversées par une vingtaine de galeries à plusieurs niveaux, courant sous quinze hectares de terrain, y sont enterrés plus de 500 000 chrétiens dont des dizaines de martyrs et seize papes.
Calixte Ier Devenu pape à son tour, il autorisa, à l'encontre de la loi civile, les mariages entre esclaves et personnes libres.
Il fit recevoir à la pénitence, malgré les tenants de la rigueur, tous les pécheurs, si grandes soient leurs fautes. Il résista au schisme d'Hippolyte et il assouplit les normes d'entrée au catéchuménat. Celui-ci en deviendra enragé et son rigorisme le conduisit hors de l'Église.
Son parcours personnel influença son bref pontificat (218-222). Soufflant sur l’Eglise un vent de miséricorde envers les pécheurs. Serait-ce parce qu’il a lui-même été pardonné ? Calixte accueillit toute sorte de pécheurs. Son Eglise n’est pas la traditionnelle assemblée des saints, souligne Emanuela Prinzivalli, professeur en Histoire du Christianisme et des églises, mais une assemblée de saints et de pécheurs. "Son Église était une maison de miséricorde ouverte aux pécheurs, qui pouvait offrir à tous la possibilité de la réconciliation après le péché", résume l’historienne.
Saint Calixte mourut massacré sans qu'on sache pourquoi, victime d'une émeute dirigée contre les chrétiens. Après mille brimades et supplices, il fut défenestré, une grosse pierre attachée au cou. On le jeta ensuite dans un puits recouvert de décombres. Un prêtre l'en retira une quinzaine de jours plus tard. Mais la sédition des païens ne permit pas de transporter son corps jusqu’au cimetière de la Via Appia. Sa dépouille fut finalement déposée dans le cimetière de Calépode, sur la Via Aurélia, qui donna naissance à d'autres catacombes romaines.
Mémoire de saint Calliste Ier, pape et martyr. Alors qu’il était diacre, après un long exil en Sardaigne, il fut chargé par le pape saint Zéphyrin d’aménager, sur la voie Appienne, le cimetière qui porte son nom; élu pape, il défendit la pureté de la foi, réconcilia avec bienveillance les fidèles qui avaient failli dans la persécution et acheva son épiscopat par le témoignage plus éclatant du martyre, sans doute au cours d’une émeute contre les chrétiens au Transtévère, en 222. Il fut mis au tombeau au cimetière de Calépode, sur la voie Aurélienne. Martyrologe romain
Dieu aime à pardonner. Il faut donc que les enfants de Dieu soient, eux aussi, pacifiques et miséricordieux , qu'ils se pardonnent réciproquement comme le Christ nous a pardonnés et nous ne jugions pas de peur d'être jugés. Tertullien - traité de la pudeur
"Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous." Lc 11,41
Quelqu'un a demandé : "Pourquoi vous appelez-vous Père alors que Jésus a dit de ne pas le faire dans Matthieu 23 ?" Cette question n'est pas nouvelle. Elle est posée depuis les premiers siècles de l'Église. Et l'Église a toujours eu une réponse claire.
Jésus dit dans Matthieu 23:8-10 : "Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ."
Dans ce passage, "Rabbi" signifie "maître". Jésus n'interdit pas ces mots. Il met en garde contre l'orgueil spirituel, contre le fait d'aimer les titres et l'autorité plus que Dieu lui-même.
Si cela devait être considéré comme une interdiction stricte, personne ne pourrait appeler son père "père", personne ne pourrait appeler son professeur "professeur". Pourtant, les Écritures utilisent ces mots librement et avec respect ailleurs. Les apôtres l'avaient compris. Ils savaient que l'autorité appartient à Dieu seul, et que toute paternité ou tout enseignement dans l'Église doit renvoyer à Lui.
Paul écrit : "Car, dans le Christ, vous pourriez avoir dix mille guides, vous n’avez pas plusieurs pères : par l’annonce de l’Évangile, c’est moi qui vous ai donné la vie" (1 Co 4, 15).
Il s'agit là de paternité spirituelle, et non d'orgueil. Il appelle Timothée "mon fils dans la foi" (1 Tim. 1:2). Les premiers chrétiens considéraient l'Église comme une famille spirituelle, avec des pères et des mères dans la foi qui aidaient à former les nouveaux croyants.
L'Ancien Testament le montre également. Élisée s'écria vers Élie : "Mon père !... Mon père !... Char d’Israël" (2 Rois 2:12). Ce langage exprime la révérence et l'amour, et non la rivalité avec Dieu.
Dès les premiers siècles, les chrétiens appelaient leurs aînés "père". Saint Ignace d'Antioche, l'un des premiers évêques, utilisait ce terme aussi naturellement qu'il respirait. Il faisait partie intégrante de la vie de l'Église depuis ses débuts.
Saint Jean Chrysostome a averti que le titre de père n'est pas un honneur à revendiquer, mais une responsabilité à assumer. Enseigner, guider, aimer, prier pour les âmes confiées à ses soins.
Cette pratique n'est pas propre à Rome. Les Églises orthodoxe, copte, syriaque, vieille-catholique et autres Églises apostoliques utilisent toutes ce langage, qui appartient au patrimoine commun de la foi apostolique.
Éphésiens 3:14-15 dit : "C’est pourquoi je tombe à genoux devant le Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom." Toute paternité découle de Lui.
Ainsi, lorsque l'Église utilise le mot "père", il ne s'agit pas de revendiquer un pouvoir. Il s'agit de pointer au-delà du prêtre vers le véritable Père qui est aux cieux, dont toute paternité spirituelle est empruntée. Interpréter Matthieu 23 comme une interdiction contredirait les paroles des apôtres eux-mêmes et la manière dont vivait l'Église primitive. Jésus mettait en garde contre l'orgueil, et non contre les paroles qui expriment l'amour et la sollicitude spirituelle.
Lorsque les chrétiens appellent un prêtre "père", ils ne créent pas un rival à Dieu. Ils utilisent le langage de l'Église primitive, un langage de famille, de révérence et de responsabilité qui ramène toujours à Lui.
Géraud, Gérault ou Gérard, comte d’Aurillac (Cantal), était le fils de Géraud, d'origine mérovingienne, seigneurs d'Aurillac, et d'Adeltrude, d'origine carolingienne, qui fut également canonisée. Saint Arède était un de ses ancêtres.
Géraud d'Aurillac vécut de l'an 854 à l'an 909. Sa vie a été relatée par Odon, abbé de Cluny qui en a fait le modèle chevaleresque du seigneur chrétien mettant sa force et ses richesses au service de la justice et des humbles.
Seigneur laïque d'Aurillac, on l'a appelé "le bon Comte". Saint Géraud d'Aurillac ... Sa mère a été canonisée par l'Église comme modèle de mère chrétienne: sainte Adeltrude... il est le véritable fondateur de la ville d'Aurillac... dans un siècle barbare, il mit tous ses soins à faire régner le droit, la justice, la charité envers les plus pauvres..." (diocèse de Saint-Flour)
On lui apprit le métier des armes, la chevauchée et l'art de la chasse au faucon. Grand, agile et de belle apparence, il était de santé fragile et on lui enseigna aussi le chant, la grammaire et les Saintes Écritures. Il étonnait les clercs qui paraissaient à la table de ses parents par l'importance de ses connaissances. Il connaissait aussi le droit romain.
Quand il fut guéri, son père le destina au métier des armes. Il fut alors parfaitement à même de lui succéder comme seigneur d'Aurillac. Mais, Géraud résolut de suivre en tout l'Évangile après une tentative de mariage qui échoua. Il voulait rester constamment en présence de Dieu et faisait régner la justice sur ses terres. Il affranchit de nombreux serfs en leur donnant la propriété de leur terre, rendait la justice à jeun pour que le vin n'influe pas sur ses jugements. Il savait pardonner, tenait table ouverte pour les pauvres qu'il servait lui-même à sa table et donnait de nombreuses aumônes.
A la mort de ses parents, Géraud se retrouva à la tête d'un domaine considérable qui s'étendait dans le Rouergue. Ayant fait savoir qu'on pouvait lui adresser directement des requêtes, il assure sa protection aux habitants. S'appliquant à vivre selon les Évangiles, il donna à ses serfs la propriété de leur terre, accueillit les pauvres à sa table et s'efforça de limiter la violence des guerresen s'en remettant au jugement de Dieu. C'est ainsi qu'on le vit avant un combat, dire à ses hommes de charger comme lui en tenant leurs armes le manche en avant, et tous les ennemis être pris de panique devant une telle assurance.
On raconte qu'ayant appris que son bailli avait condamné à mort deux malfaiteurs, il les envoya chercher des lianes dans la forêt et de les rapporter pour se faire pendre. Ils ne revinrent jamais car il n'y avait pas de lianes dans la forêt et saint Géraud le savait.
Saint Géraud d'Aurillac, vitrail église Saint-Géraud d'Aurillac
Géraud est le fondateur de l'abbaye d'Aurillac, modèle de celle de Cluny. C'est dans cette abbaye fondée par Géraud que le jeune Gerbert d'Aurillac, sera instruit et s'initiera à la vie monastique. Extrêmement savant, celui-ci deviendra pape à l'époque de l'An Mil sous le nom de Sylvestre II.
Scirptoriummédiéval
L'abbaye d'Aurillac était dotée d'un scirptorium, où l'on enseignait les disciplines du trivium, (surtout la grammaire et la rhétorique) et le quadrivium (les quatre sciences mathématiques, arithmétique, musique, géométrie, astronomie.).
L'abbaye était constamment restée en contact avec la Catalogne, foyer intellectuel de premier plan où étaient conservées de nombreuses copies d'œuvres antiques comme celles d'Isidore de Séville ou de Boèce.
L'Abbaye de Cluny
Il mourut aveugle à Saint - Cirgues, au milieu de ses terres en Quercy, où se trouve encore le rocher en forme de prie-Dieu, d'où l'on peut contempler Lot, Aveyron et Cantal." (diocèse de Cahors)
Il est déclaré saint par la voix populaire, l'un des premiers reconnus par l'Église sans avoir été martyr ni être rentré sous les ordres. (source: "Saint Géraud, une pierre vivante du diocèse de Saint-Flour" 11e centenaire de la mort de Saint Géraud)
L'histoire de l'Espagne qu'ils tentent de cacher et de déformer
Les Archives générales des Indes contiennent un document publié à Grenade le 16 septembre 1501, essentiel à la compréhension de la politique d'Isabelle la Catholique au 16e siècle à l'égard du Nouveau Monde, rédigé par son secrétaire Gaspar de Gricio, dans lequel sont rassemblés quelques principes très avancés pour l'époque.
Dans ces instructions royales, le frère Nicolás de Ovando, commandeur de Lares et commandeur majeur de l'ordre d'Alcántara, fut désigné pour gouverner Hispaniola, l'actuelle République dominicaine et Haïti, avec des ordres très précis : les Indiens devaient être traités comme des hommes libres, instruits dans la foi chrétienne et jamais réduits en esclavage, confirmant ainsi qu'ils étaient des vassaux et des sujets libres de la Couronne de Castille. Isabelle interdisait strictement l’esclavage et ajoutait que tous ceux qui avaient été injustement réduits en esclavage devaient être libérés.
En 1537, une bulle papale [Veritas ipsa de Paul III] réaffirme le statut libre des Indiens et en 1542, Charles Ier promulgue les Nouvelles Lois des Indes, qui, en bref, confirment la nécessité de respecter les droits de la population indigène.
Ce document renverse la légende noire, un mantra que le monde anglo-saxon a inventé sur notre histoire, créant un récit qui n’est pas vrai.
Le 12 octobre 1492, deux mondes fusionnent en un seul, marquant l’origine du métissage et d’une politique d’intégration unique dans le monde colonial.
La première apparition mariale au monde n'a pas eu lieu à Lourdes, Fatima ou Guadalupe.
Cela arriva alors que la Vierge Marie était encore en vie.
Elle est apparue à un apôtre en Espagne et laissa derrière elle un pilier miraculeux qui subsiste aujourd'hui encore.
Notre-Dame du Pilier
C'était l'année 40 après J.-C.
Saint Jacques le Majeur, Apôtre, frère de saint Jean, était en Hispanie romaine (Espagne moderne). Sa mission était difficile. Le peuple résistait à l'Évangile. Ses disciples étaient peu nombreux et son cœur était fatigué.
La tradition dit que lorsqu'il était au plus bas du découragement, saint Jacques pria sur les rives de l'Ebre, près de Saragosse. Il supplia Dieu de faire un signe.
Soudain, une grande lumière apparut, et à l'intérieur, la Vierge Marie, entourée d'anges.
Ce n'était pas une vision.
Marie était encore vivante à Jérusalem, mais par la puissance de Dieu, elle y fut transportée, bilocation, pour fortifier l'Apôtre.
Elle se tint sur une petite colonne de jaspe, tenant l'Enfant Jésus dans ses bras.
Marie parla à Jacques : "Construisez une église ici en mon honneur, elle subsistera à partir de ce moment et jusqu'à la fin des temps afin que Dieu puisse faire des miracles et des prodiges par mon intercession pour tous ceux qui se placent sous mon patronage".
Et elle promit : "De ce pilier jailliront de grandes faveurs."
Encouragé, saint Jacques recommença à prêcher avec zèle.
Une petite chapelle a été construite à l'endroit même.
Elle est devenue la semence de ce qui est aujourd'hui la Basilique Notre-Dame du Pilier (Saragosse), la première église dédiée à Marie dans l'histoire.
Au fil des siècles, les miracles se sont multipliés.
Des soldats sauvés d'une mort certaine.
Les marins ont été épargnés du naufrage en invoquant son nom.
> Les aveugles guérirent.
> Des villes furent mises à l'abri des catastrophes.
Son pilier devint une forteresse de foi.
Aujourd'hui encore, les pèlerins touchent et embrassent le pilier de jaspe laissé par Notre-Dame. Cela fait près de 2000 ans, signe que Marie tient sa promesse.
Il est vénéré non seulement en Espagne, mais dans le monde catholique, en particulier dans les pays hispaniques.
Durant la guerre civile espagnole (1936-1939), les communistes ont largué trois bombes sur l'église depuis un avion, les bombes ont déchiré le toit et touché le sol, mais aucune d'entre elles n'a explosé. Les trois bombes aujourd'hui désactivées sont actuellement exposées dans l'un des murs de la basilique.
Notre Dame aurait également donné la petite statue en bois de l'apparition à Saint Jacques, qui se trouve maintenant sur le pilier sur lequel elle est arrivée.
Mère du Christ, pilier de l'Eglise, refuge de l'Espagne et de toutes les nations.
Puissions-nous, comme saint Jacques, sortir du découragement,
En cherchant ton intercession !
Notre Dame du Pilier, priez pour nous !
Saint Jacques l'Apôtre, priez pour nous ! (Trad West)
Avant de retourner en Judée, l'apôtre Jacques et huit témoins ont commencé à construire une église sur le site de l'apparition. Mais avant qu'elle ne soit terminée, Jacques ordonna l'un de ses disciples comme prêtre pour la servir, la consacra et lui donna le titre de Santa Maria del Pilar. De retour à Jérusalem, il y sera décapité par Hérode Agrippa, petit-fils d'Hérode.
La Vierge a disparu et le pilier est resté là. Jacques deviendra alors le protecteur de l'Espagne lors de la Reconquista.
Il s'agit de la première église dédiée en l'honneur de la Sainte Vierge.
Patronne de l'hispannité, la Vierge du Pilier est fêtée le 12 octobre. C'est le pape Clément XII qui, conscient de cette dévotion, établit le 12 octobre comme jour de célébration de la fête de la Vierge du Pilier.
Saragosse, tout au long de l'année, mais surtout pendant les fêtes du Pilar, est la ville d'où émerge l'union nationale et universelle. Depuis que Christophe Colomb a ouvert les portes du Nouveau Monde en 1492, les valeurs chrétiennes se sont répandues dans les nations d'Amérique, d'Afrique et d'Asie, désormais unies par le solide pilier d'un passé commun, d'une langue commune et d'une culture commune aussi riche que diverse.
En Espagne, le 12 octobre marque la journée du Patrimoine historique, fête nationale espagnole qui commémore la découverte de l'Amérique en 1492 par Christophe Colomb, jour où deux mondes fusionnent en un seul.
Wilfrid naît en Northumbrie (royaume du nord-est de l'Angleterre) aux alentours de l'an 633.
Depuis les invasions anglo-saxonnes au Ve siècle, l'Église était divisée comme le pays. L'Église celte refusait l'archevêque anglais de Cantorbéry et vivait pratiquement autonome. L'Église anglo-saxonne fondée par saint Augustin de Cantorbéry, cent ans auparavant, était soumise au siège romain. Ce fut grâce à saint Wilfrid et à quelques autres que l'unité fut entièrement rétablie.(1)
Tout jeune encore, Wilfrid résolut de se donner au Seigneur. Après un court séjour dans un couvent, s'apercevant que certains usages, contraires à ceux de Rome, s'étaient glissés dans les cérémonies, il se décida à visiter le tombeau des Saints Apôtres, afin de bien discerner la vérité au centre même de la lumière. Un saint moine, Benoît Biscop, le prit alors comme accompagnateur pour aller à Rome. Ils sont les premiers Anglo-Saxons connus à entreprendre ce pèlerinage(2). Bientôt le pieux pèlerin aura beaucoup d'imitateurs, et ce pèlerinage sera en grand honneur en Angleterre, grâce à son exemple. Le statut exact de Wilfrid est incertain : il est vraisemblablement devenu moine durant son séjour à Rome, ou bien plus tard en Francie.(3)
Après un séjour de quelques années dans les Gaules, où il se rendit pour poursuivre sa formation à Lyon et à Rome, Wilfrid rentra enfin dans sa patrie (658), où son dévouement aux usages de Rome lui attira des ennemis et des admirateurs. En 663, il est ordonné prêtre par l'évêque des Saxons de l'Ouest Agilbert, d'origine franque, un de ses protecteurs. Wilfrid est alors recommandé à Alhfrith, le fils d'Oswiu, par le roi de Wessex Cenwalh, qui le décrit comme un clerc versé dans la liturgie et les rites romains.(4)
Il a trente ans, quand le pieux roi Aldfrith (Alfred) lui fait accepter l'évêché d'York (665).
Peu avant 664, Alfred confia à Wilfrid une abbaye qu'il venait de fonder à Ripon. Cette communauté était constituée de moines de l'abbaye de Melrose qui suivaient les coutumes monastiques irlandaises. Wilfrid chassa rapidement l'abbé Eata et l'obédientiaire Cuthbert, qui refusaient d'adopter le rite romain ainsi que le calcul romain du jour de la fête de Pâques.
De son séjour à Lyon, Wilfrid garda les pratiques religieuses franques et romaines, en particulier dans les monastères fondés par Colomban qui suivent la règle de saint Benoît.(5) Il introduisit la règle de saint Benoît à Ripon, qui devint le premier monastère anglais à la suivre.
Le clergé autochtone, ou "celtique", utilise une méthode différente pour déterminer le jour de la fête de Pâques. D'après le récit qu'en fait Bède, le discours que fit Wilfrid au concile de Whitby (664) joua un rôle crucial dans la victoire du parti romain, en assimilant le calcul celtique du jour de la fête de Pâques à un péché.(6) Les membres du clergé qui refusèrent la décision du synode quittèrent la Northumbrie pour l'Irlande ou Iona, où le calendrier celtique continua à être suivi pendant plusieurs décennies
L'influence franque se ressent également en architecture dans la suite de la carrière de Wilfrid : il a recours à des maçons francs pour édifier ses églises et les consacre vraisemblablement lors de cérémonies calquées sur le rite franc.(7)
Le moine et historien Bède le Vénérable (672-735) relate ainsi que Benoît Biscop fit venir des maçons et des verriers de France afin de construire les bâtiments en pierre. Son idée était de construire un monastère modèle pour toute l'Angleterre, afin de partager sa connaissance et son expérience de l'Église catholique en Europe. Ce fut le premier édifice religieux à être construit en pierre, et l'utilisation du verre fut une découverte pour de nombreux Saxons du VIIe siècle. Le monastère fut finalement doté d'une grande bibliothèque pour l'époque – plusieurs centaines de volumes – et c'est là que Bède écrivit ses fameux ouvrages.
Sous sa houlette, l'Évangile prend, dans ce pays, un développement merveilleux : les monastères se multiplient, de magnifiques cathédrales s'élèvent sur le sol anglo-saxon ; le saint évêque préside lui-même à la construction de ces édifices grandioses qui ravissent d'admiration des populations, chez lesquelles l'on ne connaissait encore que les édifices de bois. Le saint évêque ne se bornait pas à l'organisation matérielle : il réformait les mœurs de son troupeau et faisait régner, avec Jésus-Christ, la paix, la justice et la charité.
Cathédrale de Ripon sur l'emplacement du monastère de S. Wilfried
Wilfrid œuvra en faveur de l'usage de la musique dans les cérémonies religieuses et envoie chercher un maître de musique dans le Kent pour que son clergé puisse découvrir la musique liturgique romaine, avec un double chœur fonctionnant par antiennes et réponses.
Il lutta aussi contre le paganisme, en fondant par exemple une église à Melrose sur un ancien lieu de culte païen.
Incapable de céder à la peur et de manquer à sa conscience, le vaillant pontife fut déposé et exilé plusieurs fois ; il convainquit la femme du roi de Northumbrie Egfrid (frère aîné d'Alfred), Etheldreda, d'entrer dans les Ordres (Etheldrède contracta un premier mariage en 652 avec Tonbert, chef des Gyrvians du Sud, ou fenmen. Cependant, elle réussit à persuader son mari de respecter un vœu de virginité qu'elle avait prononcé avant son mariage. À la mort de son mari en 655, elle se retira dans l'île d'Ely, que Tonbert lui avait donnée comme "cadeau du matin". Etheldrède se remaria ensuite en 660 à Egfrid, pour des raisons politiques). Egfrid ne le pardonna pas et l'empêcha de rester dans son diocèse (678). D'après la Chronique anglo-saxonne, Etheldrède fonda le monastère double d'Ely en 673 ; ce monastère sera détruit lors de l'invasion danoise de 870.
Saint Wilfrid connut ainsi l'emprisonnement puis, par deux fois, l'exil dont il profita pour évangéliser le Sussex, la Hollande et même l'Austrasie, cour de Dagobert II qui lui offrit l'évêché d'Argentoratum (Strasbourg), mais Wilfrid refusa et poursuivit sa route.
De 680 à 685 Wilfrid passe cinq années à prêcher dans le royaume des Saxons du Sud (Sussex ) pour convertir ses habitants au christianisme. Il fonde l'abbaye de Selsey sur un domaine que lui offre le roi Æthelwealh et collabore avec l'évêque de Londres Earconwald pour mettre sur un pied une organisation cléricale dans le royaume : c'est l'origine du futur diocèse de Selsey.
Il put enfin retourner dans son pays (685) et y passer les dernières années de sa vie dans son abbaye de Ripon où il mourut en 710. Wilfrid est inhumé près de l'autel de l'église de Ripon.
Le premier anniversaire de sa mort est célébré à l'abbaye de Ripon par une messe à laquelle assiste tous les abbés des monastères qu'il a fondés. Un miracle se serait produit à cette occasion : l'apparition d'une arche blanche dans le ciel, partant des pignons de l'église où il est inhumé.(8)
Peu après sa mort, Étienne de Ripon rédige une hagiographie de Wilfrid, la Vita sancti Wilfrithi, qui constitue la principale source des historiens modernes à son sujet. Il est rapidement l'objet d'un culte.(9)
Les fidèles viennent pour prier à la cathédrale de Ripon depuis plus de 1350 ans. La cathédrale elle-même est dans la continuité de ce culte, commencé au VIIe siècle, lorsque Wilfrid y construisit l'une des premières églises d'Angleterre.
Wilfrid est considéré comme un saint par l'Église catholique, l'Église orthodoxe et l'Église d'Angleterre. Il est généralement représenté comme un évêque vêtu de robes et muni d'une crosse, ou bien en train de prêcher ou de célébrer un baptême.
(2) Judith HERRIN, The Formation of Christendom, Princeton University Press, , p. 267-268
(3) D. H. FARMER, « Introduction », dans The Age of Bede: Bede – Life of Cuthbert, Eddius Stephanus – Life of Wilfrid, Bede – Lives of the Abbots of Wearmouth and Jarrow, The Anonymous History of Abbot Ceolfrith with the Voyage of St Brendan, London, Revised, , 9. 22
(4) D. P. KIRBY, The Earliest English kings, Routledge, , p. 87-88
(5) Simon COATES, Ceolfrid: history, hagiography and memory in seventh-and eighth-century Wearmouth-Jarrow, Journal of Medieval History, Informa, vol. 25, no 2, , p. 76-77
(6) Peter BLAIR, The World of Bede, Cambridge University Press, , p. 83-84
(7) Simon COATES, The Construction of Episcopal Sanctity in Early Anglo-Saxon England: the Impact of Venantius Fortunatus, Historical Research, Wiley-Blackwell, vol. 71, no 174, , p. 1-2
(8) Walter A. GOFFART, The Narrators of Barbarian History (A. D. 550–800): Jordanes, Gregory of Tours, Bede, and Paul the Deacon, Princeton, NJ, Princeton University Press,
À 22 ans, il est l'un des premiers évêques de l'ancien diocèse d'Uzès dans le Gard (France). Il était le disciple et ami de Césaire d'Arles. Il assista au Concile d'Orléans en 541. Son grand renom de docteur et d'orateur s'étendit jusqu'en Italie. Il meurt à l'âge de 37 ans. (1)
Né à Narbonne, en 516, Firmin, descendant de Clovis par sa mère, fils de Tonantius Ferreolus sénateur gallo-romain de Gaule narbonnaise, vint à l'âge de douze ans auprès de son parent Ruricius (Rorice), patrice et évêque. (2)
A Uzès, il s'était fait connaître et apprécier pour "sa profonde sagesse, sa rare vigilance, sa douce et ferme administration" comme coadjuteur auprès de son oncle Rorice, évêque octogénaire. Fort logiquement il lui succéda en 538 et fit profiter son diocèse de ses multiples qualités. "Travaillant de toutes ses forces à son salut et à celui des autres, écrit Marie de Parseval, au début du XXe siècle, dans la Dépêche du Midi, son zèle infatigable ne s'arrêta point aux limites pourtant étendues de son diocèse".
Il contribua au développement d'Uzès et à la construction de plusieurs églises (St Baudile et St Jullien). Il participa à deux conciles des évêques des Gaules, en 541 et en 549, à Orléans. Il y brilla "par sa science et sa piété" et se trouva rangé parmi "les plus illustres évêques de l'Eglise catholique'. Il participa également au Concile de Paris (553). Il décéda dans sa propriété de Firmignargues. Naît alors une bien belle légende. Son corps fut ramené à Uzès sur un char tiré par quatre boeufs. Traversant une épaisse forêt, le cortège fut attaqué par un énorme ours qui tua l'un des boeufs. L'animal qui ne se défend pas est saisi et attelé au char avec les trois boeufs. C'est porté par cet étrange attelage que le corps de l'évêque entra dans la cité pas encore ducale, et enseveli le 11 octobre 553, dans l'église Saint Baudile qui se trouvait au quartier actuel de la Perrine donna lieu à un important pèlerinage: le saint (on ne sait pas exactement quand il a été canonisé) avait la réputation de guérir les déments.
Thomas Platter, en 1597, dans ses Mémoires, témoigne que les reliques étaient encore "le but de fortes processions et pèlerinages pour exorciser les gens possédés de l'esprit malin'. Les autorités ecclésiastiques décidèrent de cacher les reliques qui ne réapparaîtront que 500 ans plus tard. Un bourg populeux s'était entre temps formé autour de la basilique. Les reliques du saint évêque disparurent à nouveau au cours des guerres de religion mais un bras avait été auparavant déposé en l'église Saint-Firmin du diocèse de Maguelonne, détruite elle aussi comme Saint-Baudile par les protestants.
Au début du XIXe siècle, raconte Lionel d'Albiousse dans son livre Histoire de la ville d'Uzès (1903), le propriétaire de terrain où était située cette dernière église, déterra une caisse en plomb sur laquelle était inscrit: Sanctus Firminus. Cest pourquoi des reliques de Saint-Firmin sont déposées dans une riche chasse que l'on peut voir à gauche, dès l'entrée dans la cathédrale. (3)
Châsse reliquaire S. Firmin dans la cathédrale saint-Théodorit à Uzès
Il est inhumé dans l'église Saint-Baudile à Nîmes (aujourd'hui disparue), qu'il avait fait construire au nord de la ville. (4)
Ton corps n'est pas le fruit du hasard. Il est conçu avec une précision inimaginable. Chaque cellule a été pensée pour tenir ensemble.
Au cœur de chaque cellule, il existe une protéine essentielle à la vie: la Laminine. C'est elle qui relie tes cellules, maintient les organes, et garde ton corps debout. Sans elle, tout s'effondrerait. Et quand les scientifiques l'ont observée au microscope ... ils ont vu une CROIX.
Schéma de la structure des laminines et des différentes liaisons avec d'autres moléculesLe rôle de la laminine dans la polarisation des cellules embryonnaires et l'organisation des tissus, Revue Developmental Cell Journal, mai 2023. Cf. https://www.cell.com/fulltext/S1534-5807(03)00128-X
Saint Ghislain de Mons († 681), ou saint Ghislain, en latin Gislenus, était moine dans le Hainaut. C'est un saint chrétien fêté le 10 octobre selon le martyrologe romain ainsi que selon le calendrier ecclésiastique orthodoxe.
En Belgique, près de Mons, l'agglomération qui se développa auprès de son abbaye prit le nom de Saint-Ghislain.
Saint Ghislain est le saint patron des femmes enceintes et de la petite enfance.
L'histoire de saint Ghislain nous est parvenue par des sources multiples datant des IXe et Xe siècles. Selon les hagiographies les plus anciennes, Ghislain est né en Grèce, à Athènes, au début du VIIe siècle. Son nom d'origine franque (Gisel, Gisle, Ghysel ou Ghyselen, qui signifie ''otage'') laisse penser que Ghislain est originaire d'une noble famille gauloise ou du moins, qu'il descend des Francs qui s'établirent en Grèce pendant les invasions barbares et qui assurèrent les fonctions d'ambassadeurs des premiers chefs mérovingiens.
Ghislain fait de brillantes études à Athènes, mère des Arts et des Belles-Lettres. Il y découvre l'exemple des saints Grégoire de Nazianze et Basile qui sont à l'origine de sa grande piété. À l'issue de ses études, Ghislain embrasse la vie religieuse dans un monastère de l'Ordre de saint Basile, où il est ordonné prêtre.
Un soir, Ghislain fait un songe dans lequel il reçoit un appel à se rendre à Rome pour y vénérer les tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. Accompagné de quelques frères, il se rend en pèlerinage à Rome en 648 comme le précise une antique tradition grecque. Il rencontre le Pape qui le conduit à travers les lieux saints. Lors de son pèlerinage, Ghislain a une apparition de saint Pierre qui l'envoie évangéliser la Gaule Belgique et bâtir une chapelle en son honneur et en celui de saint Paul. Saint Pierre lui promet qu'il gagnera beaucoup d'âmes à Dieu.
Ghislain se rend donc dans la province du Hainaut-Cambrésis accompagné des saints Lambert et Bellère. Sur la route, il s'arrête à Maastricht pour y rencontrer l'évêque saint Amand avec qui il se lie d'amitié. Le saint évêque lui accorde sa bénédiction pour la fondation de son monastère. Quelques semaines plus tard, saint Amand rendra visite à Ghislain. Le saint le recevra avec beaucoup de respect et de vénération, mais il sera affligé de ne pouvoir lui offrir à manger. Comme ils se promèneront le long de la rivière, un brochet en sortira et sautera jusqu'à leurs pieds. Ils ne pourront cependant s'accorder sur la cause du miracle, Ghislain l'attribuant à Amand, ce dernier l'attribuant à Ghislain.
La tradition raconte que Ghislain arrive d'abord en un lieu appelé Château-Lieu, où se trouve aujourd'hui la ville de Mons ; il croit qu'il doit bâtir son église à cet endroit et y fixer sa demeure. Or, un jour, une ourse, poursuivie par les chasseurs du roi Dagobert vient se cacher sous sa robe : les courtisans de Dagobert attribuent ce fait à la magie, mais le roi jugeant que la chose est ainsi arrivée par une intervention divine, s'approche de Ghislain. À s'être entretenu avec lui, Dagobert demande la bénédiction du saint et se retire. À peine Dagobert et sa suite partis, l'ourse s'enfuit emportant avec elle une mandelette de Ghislain qui renferme son petit meuble et les choses nécessaires pour le Saint-Sacrifice de la Messe. Ghislain juge que cet événement veut marquer quelque chose de mystérieux, c'est pourquoi il abandonne son travail, prend la route de l'ourse, et arrive à l'entrée d'une grande forêt. Il ne sait pas par où il doit y entrer, ne trouvant ni chemin, ni sentier. Dans cet embarras, il aperçoit un Aigle qui voltige au-dessus du bois. Il conçoit que cet oiseau veut lui indiquer la route qu'il doit continuer : en effet, il entre dans la forêt, marche droit à l'endroit que l'Aigle semble lui marquer, il voit l'ourse qui allaite ses petits et auprès d'elle la mandelette. Il n'en faut pas davantage pour lui faire comprendre que c'est à cet l'endroit que saint Pierre l'avait envoyé fixer et bâtir son église.
Un autre événement confirme le lieu choisi par Ghislain au Buisson de l'ourse. Après l'épisode de l'ourse, Ghislain n'a aucun bien pour fonder son monastère. Dagobert, Roi d'Austrasie, revient dans le Hainaut. Ghislain en étant informé, le reçoit avec ses religieux. Dagobert accueille favorablement cette démarche et, en guise de reconnaissance, lui cède toute la propriété du Buisson de l'Ourse pour dot et fondation de son abbaye : ce qui comprend aujourd'hui toute la ville de Saint-Ghislain et en plus la propriété d'une autre terre qui est aujourd'hui le village de Hornu.
Ghislain s'installe donc à Ursidongus (ou Ursidongue) qui signifie "buisson de l'ourse" (en patois : Bos d'ours, d'où Baudour). Il bâtit un monastère - quelques cellules et un oratoire - soumis à la Règle de saint Basile. Peu de temps après, son rayonnement attire à lui des habitants de toute la région à qui il enseigne les valeurs chrétiennes : certains s'engagent même à vivre sous sa conduite.
L'évêque de Cambrai, saint Aubert (ou Ablebert) – de qui dépendait Ursidongus - reçoit des échos de l'apostolat du saint et souhaite le rencontrer. Ghislain se met en route et passe la nuit chez un habitant de Roisin qui lui offre l'hospitalité. Le seigneur de Roisin trouve aussi chez Ghislain un guide spirituel et le convie à revenir chez lui quand il le voudra. Quelques jours plus tard, Ghislain se présente à l'évêque de Cambrai et lui demande sa bénédiction pour continuer son œuvre. Le saint évêque promet sa protection à Ghislain.
Sur le chemin du retour, Ghislain passe à nouveau la nuit chez son hôte à Roisin. Il le trouve tout en larmes : son épouse est sur le point d'accoucher et en grand péril de mort. Aussitôt Ghislain propose au seigneur de prendre sa ceinture et d'en ceindre son épouse. Elle et l'enfant qu'elle porte sont sauvés sur l'instant. Ce miracle fait la réputation de Ghislain. Il baptise l'enfant dans la chapelle du château sous le nom de Baudry, en souvenir du baudrier qui lui a sauvé la vie. Le seigneur de Roisin, reconnaissant, lui offre une partie de ses biens pour achever la construction de l'oratoire de son monastère.
Enluminure d'un livre de prières (milieu du XVe siècle) : saint Ghislain y est représenté à droite, portant une église.
En 653, saint Aubert, accompagné de saint Amand, consacre son église aux saints apôtres Pierre et Paul. Le lieu prend alors le nom de Celle-Saint-Pierre. Parmi les nombreuses personnes présentes, le comte Mauger - ou comte de Madelgaire - (futur saint Vincent de Soignies), époux de sainte Waudru (ou Vautrude), prend la résolution de quitter le monde pour vivre une vie de prière. Il en sera de même de Waudru qui, sous la conduite de Ghislain, décidera de fonder et de s'installer dans un monastère à Mons. Sa sœur, Aldegonde, suivra le même destin et fondera le monastère de Maubeuge dont elle deviendra abbesse et où elle se cloîtrera avec Adeltrude et Madelberte, les filles de Waudru qui lui succèderont à la crosse. Ghislain et Waudru garderont toujours une grande amitié l'un pour l'autre et se rencontreront régulièrement jusqu'à leur vieillesse où, ne pouvant plus faire le voyage entre Celle et Mons, ils bâtiront un petit oratoire en l'honneur du saint martyr Quentin, dans un lieu appelé Quaregnon, où ils se retrouveront jusqu'à la fin de leurs jours.
Vers 685 (ou 681), saint Ghislain sentant la mort arriver se communie lui-même pour s'y préparer. Il est ensuite attaqué par la fièvre et meurt dans les bras de ses frères. Il est enterré dans l'église de son monastère où il s'opère beaucoup de miracles par son intercession. Son monastère compte alors 300 frères.
Colin de Plancy dans sa Vie des saints en 25 volumes note que le pèlerinage ghislénien s'établit à Roisin aussitôt après la mort du saint. Les savants Bollandistes rapportent, citant les Annales du Hainaut, qu'aussitôt une chapelle fut érigée à Roisin pour perpétuer la mémoire du miracle et que "là prit son origine la coutume des futures mères d'invoquer la protection du Saint pour leur heureuse délivrance".
En l’an 808, l'abbé Eléfant est chargé par Charlemagne de construire une nouvelle église sur le tombeau de Ghislain. Les travaux prennent fin en 818 ou 822. C’est l’évêque de Cambrai, Halitgaire, qui la consacre, sous le règne de Louis le Débonnaire. Au fil des successions impériales, de nouvelles terres sont attribuées à l’abbaye de Saint-Ghislain qui en prend la charge et l’entretien. Ces marques de sympathie de la part des chefs laïcs sont sans cesse confirmées par les approbations papales ou royales. Le couvent est dévasté par les Normands en 881 et reste à l'état de ruines. En 894, Ghislain est exhumé par Étienne, évêque de Cambrai, pour être exposé à la vénération des fidèles.
En 929, un aveugle se rend sur les décombres de l'abbaye et y recouvre la vue.
En 933 ou 958, le couvent est changé en chapitre de chanoines réguliers. La règle bénédictine est introduite dans le monastère par l'abbé Gérard sur la demande de Fulbert, évêque de Cambrai, et de Gilbert, duc de Lorraine. Cinq ans après les travaux, un incendie détruit à nouveau le monastère, sans endommager les reliques.
Dicton
"Temps sec à la Saint-Ghislain nous annonce un hiver d'eau plein."
En Hannonie, entre 681 et 685, saint Ghislain, qui mena la vie monastique dans un couvent qu’il avait construit.
Directeur du Human Genome Project, Francis Collins a dirigé l'équipe qui a cartographié l'ADN humain en 2003, un exploit majeur de l'histoire scientifique.
Loin d'être athée, il affirme que la science révèle un ordre rationnel et une beauté qui pointent vers un créateur. Son livre The Language of God (2006), Le Langage de Dieu, expose comment la génétique, loin de contredire la foi, la renforce.
"Je crois que Dieu a voulu, en nous donnant l'intelligence, nous offrir l'opportunité d'explorer et d'apprécier les merveilles de sa création." (Entretien au Pew Research Center, 2008)
"Le Dieu de la Bible est aussi le Dieu du génome. Il peut être adoré à la cathédrale ou au laboratoire. Sa Création est majestueuse, impressionnante, complexe et belle." (Le Langage de Dieu, 2006)
Ancien athée, il s'est converti après avoir étudié la cohérence morale et rationnelle du christianisme.
Il fonde la fondation Biologos, qui promeut l'harmonie entre foi et science.
Pour lui, la découverte du génome humain n'est pas une preuve contre Dieu, mais "la lecture du langage par lequel Dieu a créé la vie."
Quand la science atteint ses limites, la foi n'est pas un refuge de l'ignorance, mais la continuité de la recherche de la vérité.
Venu d'Italie vers 250 ou 270, avec six compagnons pour évangéliser la France, Denis aurait été le premier évêque de Paris (Lutèce). Il fonda plusieurs églises en France, et fut martyrisé avec Rustique, Éleuthère, pendant la persécution de Dèce ou plus tardivement sous Valérien. C'est selon les uns, à Montmartre (mons Martyrum) ou sur l'Île de la Cité, selon les autres, qu'ils furent mis à mort. (1)
D'après les Vies de saint Denis écrites à l'époque carolingienne, décapité, Denis aurait marché vers le nord pendant six kilomètres, sa tête sous le bras, traversantMontmartre par le chemin qui sera nommé rue des Martyrs. À la fin de son trajet, il donna sa tête à une femme pieuse originaire de la noblesse romaine et nommée Catulla, puis s'écroula. On l'ensevelit à cet endroit précis et on y édifia une basilique en son honneur. La ville s'appelle à présent Saint-Denis.
A la même époque c'est le martyre de Saint Saturnin, évêque à Toulouse, qui fut attaché à un taureau furieux que l'on précipita du haut du Capitole. (2)
L'historien Grégoire de Toursraconte que vers 250 le pape avait envoyé Denis en Gaule avec six autres évêques pour y porter l'Évangile. Celui-ci se fixa à Lutèce (Paris) où il ne tarda pas à être mis à mort. C'est à lui ou à ses disciples que l'on doit la fondation des églises de Chartres, Senlis, Meaux, et de quelques autres. Il fit bâtir une église à Paris et convertir un grand nombre d'idolâtres. Arrêté durant la persécution entre les années 275 et 286, par l'ordre de Sisinnius Fescenninus, il fut mis en prison, et, après y avoir demeuré longtemps, il termina sa vie par le glaive, avec S. Rustique, prêtre, et S. Eleuthère, diacre. Les trois martyrs furent jetés dans la Seine; mais une femme chrétienne put les en faire retirer, et les enterra honorablement près du lieu où ils avaient été décapités. Les fidèles bâtirent une chapelle sur leur tombeau. Elle fut reconstruite plus tard par les soins de Sainte Geneviève, et enfin, le roi Dagobert y fonda la célèbre abbaye qui porte le nom du Saint Apôtre. (3)
Près de la basilique où reposait le premier évêque de Paris, une abbaye fut fondée au VIIe siècle et elle devint prestigieuse grâce aux largesses royales depuis Dagobert.
Le corps de Denis et celui de ses deux compagnons sont transférés dans l'abbaye de Saint-Denis. Elle contribua au rayonnement de son saint patron en le dotant d'une merveilleuse légende.
S. Denis de Paris ne doit pas être confondu avec Denis l'Aéropagite, évêque d'Athènes au Ier siècle.
Saint Denis de Paris, Portail de la Vierge, Notre-Dame de Paris
Retable de saint Denis, Dernière Communion et martyre de saint Denis, 1416, Henri Bellechose.
Sources : (1), (2) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 315; (3) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 284; (3)
Quelqu'un a récemment écrit que nous ne sommes pas tous enfants de Dieu, que seuls les baptisés sont véritablement fils et filles par adoption. La théologie est juste. Mais nous devons aussi nous demander : où et comment cette vérité est-elle le mieux exprimée ?
Il existe une différence entre la vérité théologique et le discours missionnaire. Les deux sont vrais, mais ils servent des moments différents. Lorsque vous êtes confronté à la souffrance, vous ne commencez pas par la précision. Vous commencez par la miséricorde.
Le Catéchisme a raison : par le baptême, nous renaissons, nous devenons de nouvelles créatures, nous sommes adoptés comme fils et filles de Dieu. C'est le moment de la filiation divine. C'est une terre sainte. Mais l'amour de Dieu est déjà à l'œuvre bien avant que l'eau ne touche la peau. L'Église appelle cela la grâce prévenante. La miséricorde qui précède la repentance, la foi, la compréhension. La grâce qui nous cherche alors que nous sommes encore éloigné.
Je pense à une femme que j'ai rencontrée il y a des années. Elle vivait sous un pont, couverte de bleus, squelettique à cause de sa dépendance. Elle avait perdu sa famille, ses enfants, son nom. Une nuit, elle s'est introduite dans une église, s'est assise au fond et a dit : "Dieu, si tu me vois encore, ne me laisse pas mourir comme ça."
Ou encore cet homme qui a tué quelqu'un lors d'une bagarre et qui dort désormais dans un refuge, terrifié à l'idée de fermer les yeux. Chaque nuit, il voit le visage de celui qu'il a assassiné. Et pourtant, chaque matin, avant de boire son café, il fait le signe de croix en murmurant : 'Je suis désolé.'
Ou encore cette jeune femme qui travaille dans la rue, les bras marqués par les traces de piqûres, serrant dans sa main un chapelet cassé qu'elle a trouvé dans une poubelle. Elle ne connaît pas les mots, mais elle le tient quand même, murmurant : 'Jésus, si tu existes, trouve-moi, s'il te plaît.'
Le théologien pourrait dire : "Ils ne sont pas encore enfants de Dieu." Mais le ciel les regarde et dit : "Ils sont à moi, et je les cherche déjà." L'amour du Père n'est pas lié à la chronologie. Sa miséricorde va plus vite que notre théologie.
Saint Augustin a dit : "Dieu nous aime d'abord afin que nous puissions L'aimer."
Cet amour n'a pas de conditions préalables. Il descend dans les ruelles les plus sombres, les chambres les plus solitaires, les couloirs des hôpitaux, les cellules des prisons, les motels où la honte cache son visage.
Avant que Corneille ne soit baptisé, le Saint-Esprit était déjà descendu sur sa maison. Avant que Saul ne devienne Paul, le Christ l'appelait déjà par son nom. Dieu agit toujours en premier.
Le jour où cette femme sous le pont sera baptisée, les cieux rugiront de joie. Mais le ciel se réjouissait déjà la nuit où elle a levé les yeux pour la première fois et murmuré : "Dieu, es-tu là ?"
C'est là le cœur de la mission : voir ce que Dieu voit avant de dire ce que nous savons. La théologie décrit comment la grâce agit. La mission voit où la grâce est déjà à l'œuvre.
Oui, le baptême fait de nous des enfants par adoption — c'est une vérité sacrée. Mais l'amour nous pousse à parler aux non-baptisés comme à des personnes déjà aimées, déjà désirées, déjà appelées à rentrer à la maison.
Car avant que nous soyons baptisés, avant que nous soyons fidèles ou même conscients, Dieu nous avait déjà regardés et avait dit : "Celui-ci est à moi." C'est là que la théologie et la miséricorde se rencontrent, là où le Père refuse de cesser de chercher ses enfants.
L'univers a eu un commencement et la croyance en Dieu n'a jamais été aussi logique
La théorie du Big Bang a été formulée par Georges Lemaître, prêtre catholique et astrophysicien belge dans es années 1920. Lemaître propose que l'univers a un commencement, à partir d'un "atome primitif" en expansion, ce qui constitue la base de la cosmologie moderne.
Les preuves modernes:
-Décalage vers le rouge des galaxies
-Fond diffus cosmologique (CMB)
-et expansion de l'univers confirmée par les observations d'Edwin Hubble
Ce modèle scientifique prouve que l'univers n'est pas éternel, que l'histoire est linéaire (et non cyclique), qu'il y a un point de départ temporel précis. Un concept compatible avec l'idée d'un Créateur.
"Existence de Dieu : ce qu'en disent les mathématiques"
Après quinze siècles de recherches menées par les plus grands penseurs, les mathématiques et l'informatique ont parlé : selon les règles de la logique, l'existence de Dieu est nécessaire !
Wakan Tanka pour les Sioux, Mulungu pour les Bantous, l'Éternel Ciel bleu pour les Mongols, YHWH, Allah, Odin, Brahma… Depuis la nuit des temps, quel que soit le nom qui lui est donné, les croyants en parlent avec ferveur, les athées avec conviction, les agnostiques avec distance. Christoph Benzmüller, informaticien allemand, professeur à l'université de Bamberg, est le premier à pouvoir l'affirmer avec certitude :
"Dieu, dans sa définition la plus répandue en métaphysique, existe nécessairement. On ne peut penser un monde dans lequel il n'existerait pas."
Cette assurance, ce chercheur de l'université de Berlin la tire des mathématiques, et de leur cœur même, la logique. Mieux : il la fonde sur la capacité de l'informatique à valider sans erreur possible les démonstrations. Parachevant des siècles de réflexions métaphysiques, son logiciel a vérifié la justesse de l'argument ontologique selon lequel l'existence de Dieu est nécessaire à tout système de pensée logique. Et l'ordinateur a parlé :
"L'énoncé 'Dieu existe' est une proposition vraie au sens logique et mathématique", assène Christoph Benzmüller.
Précisons que sa démarche n'est pas portée par la foi.
"Ce travail n'a pas pour but de servir une quelconque religion - aucun non-croyant ne se laissera d'ailleurs convaincre par une formule mathématique. Non, ce qui est intéressant, c'est d'investiguer la cohérence d'un concept, qu'on l'appelle Dieu ou non. Cela permet d'en apprendre plus sur les croyances qui y sont rattachées."
Ajoutons que cela ne concerne pas un Dieu à l'apparence définie - vieux, barbu et sage, bien souvent - ni un être dont la nature engendre forcément une action, tantôt créatrice, tantôt destructrice.
"Cette démonstration prouve l'existence logico-mathématique d'une entité abstraite présentant certaines propriétés, mais pas celle qui déclenche l'amour, et encore moins le fanatisme", commente Shahid Rahman, mathématicien et philosophe à l'université de Lille.
Soulignons surtout que ce travail ne valide pas la pertinence de la foi, mais sa cohérence.
Le théorème n'affirme pas que Dieu existe réellement. Juste qu'il est irrationnel de dire qu'il n'existe pas. Ce qui, en soi, est déjà renversant… Cette analyse des structures logiques de nos croyances permet de voir cette figure qui berce depuis toujours l'humanité - qui la hante, diraient d'autres - dans toute sa singularité. C'est un fait : que l'on y croie ou pas, Dieu a un statut bien supérieur aux autres entités peuplant notre esprit.
Prenez la licorne. Cette sorte de cheval cornu, apparu durant l'Antiquité, continue à vivre à travers la littérature et l'imaginaire enfantin. Certes, son existence n'est pas impossible - aucun principe évolutif n'interdit la sélection naturelle d'un tel animal. Mais tout esprit adulte et raisonnable est amené à penser que c'est un être totalement imaginaire. Il n'en va pas de même pour Dieu. L'argument ontologique le démontre : son existence dans notre esprit n'est pas seulement possible, mais nécessaire. Croire en Dieu, ce n'est donc pas comme croire aux licornes. Le concept a toujours été là, présent dans la nature avant même qu'on ne le formalise, à la manière du théorème de Pythagore. Contrairement à notre cheval cornu, aux lutins et autres trolls, Dieu n'est pas né de l'imagination, mais de la logique. "Il y a une différence fondamentale entre un objet imaginaire comme la licorne et Dieu : l'être d'une licorne inclut des contradictions, alors que les propriétés de l'être divin dont l'existence est ici démontrée n'en présentent aucune, dans les conditions de la logique", souligne Baptiste Mélès, chercheur en logique et philosophie de l'informatique au CNRS.
Une quête philosophique
Cela fait plus de mille ans que cette nécessité de l'existence divine est pressentie. Si les prémisses en sont attribuées au philosophe latin Boèce (480-524), c'est la formulation du moine bénédictin du XIe siècle Anselme de Cantorbéry (1033-1109) qui rend l'entreprise célèbre (voir p. 72-73). Que d'encre elle a fait couler ! Elle a été retravaillée par Descartes, Hegel et Leibniz, débattue par Pascal, Kant et Spinoza, mais elle a toujours tourné autour d'un argument à la simplicité déconcertante :
"Dieu a toutes les perfections, or l'existence est une perfection, donc Dieu existe."
Plus littéraires que logiques, de tels arguments peuvent sembler du domaine de la discussion philosophique, bien loin d'une approche logico-mathématique. C'est sans compter Kurt Gödel (1906-1978). Ce pur logicien est célèbre pour avoir prouvé, au début des années 1930, qu'il existe des vérités mathématiques non démontrables. Jusqu'alors, on pouvait croire que toute difficulté était surmontable. Eh bien non ! En s'appuyant sur le langage formel de la logique moderne, le mathématicien autrichien démontre que certaines vérités ne peuvent être atteintes. Auréolé d'un prestige inégalable, Kurt Gödel commence à travailler sur la fameuse preuve ontologique à partir des années 1940, d'abord à Vienne, puis à Princeton, aux États-Unis.
Car contrairement à ce prédisait Kant, qui déclarait "close et achevée" la logique philosophique traditionnelle, celle-ci n'a en fait jamais cessé d'évoluer et s'est même métamorphosée à la fin du XIXe siècle, après son union avec les mathématiques formelles. Le mathématicien allemand Gottlob Frege a notamment conçu, en 1879, un des premiers langages formalisés qui permettent de vérifier un raisonnement philosophique de la même manière qu'un calcul arithmétique. Suivi, en 1910, par le logicien américain Clarence Lewis, dont la logique modale explose au cours des décennies suivantes. "Des concepts tels que 'nécessité' ou 'possibilité', utilisés en théologie et en logique, acquièrent alors la respectabilité attachée à la calculabilité ou à tous les objets calculables, qui font autorité dans le milieu des sciences", commente le philosophe Frédéric Nef.
Kurt Gödel s'attache donc à traduire Dieu dans ce langage de la logique modale, suivant les règles du système logique K.
"En termes de rigueur, ce sont les moins suspectes car elles répondent au plus grand nombre de contraintes logiques", souligne Baptiste Mélès. Gödel s'inspire des raisonnements théologiques de Leibniz, précurseur de ces langages modernes, notamment de son concept de "perfections", qu'il transforme en "propriétés positives" - Dieu est alors défini comme celui qui les possède toutes. Il cherche les meilleurs axiomes, les postulats les plus minimalistes et féconds. Et, après des décennies de travail solitaire, il finit par être satisfait de son résultat.
Sa preuve ontologique circule pour la première fois en 1970 dans les couloirs de son université : 12 lignes cabalistiques contenant 5 axiomes, 3 définitions, 3 théorèmes et 1 corollaire (voir p. 71), menant à la conclusion que le mathématicien, selon la légende, aurait résumée à sa mère avec ces quelques mots tendres sur une carte postale : "Maman, tu vas être contente, Dieu existe !" Cette démonstration sera publiée officiellement en 1987, neuf ans après sa mort.
Un logiciel infaillible
Sauf qu'elle n'a pas mis fin à l'interminable débat commencé quinze siècles plus tôt… Si simple, concise et élégante soit-elle, elle a été âprement mise en doute et même modifiée par différents logiciens, en particulier sur le choix des axiomes, mais aussi l'exactitude de la preuve. C'est que, en logique, chaque étape apporte quantité de sous-problèmes plus complexes les uns que les autres. "De nombreuses théories manquent de précision, pointe Christoph Benzmüller. Car une hypothèse repose en grande partie sur l'intuition du chercheur. Et à l'époque de Gödel, certaines vérifications exigeaient un temps et une méthode encore hors de portée." Comme un nouveau pied de nez de la part d'une entité qui semble devoir rester inaccessible, le débat paraissait condamné à s'éterniser…
C'est là qu'interviennent les travaux de Christoph Benzmüller, spécialiste des outils de vérification automatique des preuves mathématiques. Ces logiciels qui permettent de valider chacune des étapes des raisonnements sont devenus ultra-puissants. "Grâce aux outils informatiques, nous pouvons vérifier la cohérence d'une proposition logique en très peu de temps", acquiesce le chercheur. À la croisée de la logique traditionnelle, des mathématiques et de l'informatique, le chercheur trace avec Edward Zalta, de l'université Stanford, les contours d'une nouvelle discipline : la métaphysique computationnelle, "une première étape dans la construction d'une inter face entre systèmes informatiques et concepts métaphysiques". En 2013, son logiciel, Leo-II, est fin prêt. Le rêve du philosophe allemand Gottfried Wilhelm Leibniz de faire de la logique un calcul algorithmique mécaniquement décidable n'est plus hors de portée. Et quel meilleur baptême que de se confronter au plus métaphysique de tous les concepts ?
La mort du libre arbitre
Le chercheur commence par encoder dans son logiciel la preuve ontologique de Gödel, dans sa forme symbolique telle qu'elle est présentée sur le manuscrit d'origine. Il appuie sur une touche et, en quelques secondes, le résultat tombe : Gödel s'est trompé ! Le théorème est inconsistant, les axiomes ne tiennent pas, la conclusion "Dieu existe" n'est pas valide… Stupéfaction ! Pas un seul des nombreux philosophes, logiciens et mathématiciens qui avaient pourtant décortiqué le travail originel de Gödel n'avait décelé cette faille. "La machine vient pallier les limites de l'humain qui ne peut pas opérer autant de calculs", avoue Yann Schmitt, philosophe à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbone. Mais pas de panique : au cours de l'histoire, plusieurs chercheurs ont légèrement reformulé le théorème de Gödel. En particulier Dana Scott, à qui le logicien avait permis de recopier sa démonstration de son vivant, et qui avait opéré un minuscule changement dans la huitième ligne. Avec son confrère Bruno Woltzenlogel-Paleo, Christoph Benzmüller insère ces quelques symboles dans Leo-II… qui valide la démonstration de l'existence nécessaire de Dieu. Gödel s'était à peine trompé !
Dans la foulée, le logiciel détecte un problème, déjà relevé par certains logiciens : la version de Dana Scott est juste, mais elle implique un effondrement modal. C'est-à-dire qu'elle demande d'accepter que tout ce qui existe existe nécessairement, que tout n'est que fatalité. Si vous possédez un vélo rouge, il ne pouvait en être autrement, jamais vous n'auriez pu posséder un vélo bleu à la place. Toute la subtilité de la logique modale, qui distingue le possible du nécessaire, s'écroule. Bref, Dieu existe, oui, mais pas le libre arbitre. Une telle conclusion ne convient pas à Christoph Benzmüller : "Certains chercheurs pensent que Gödel était satisfait de cet effondrement modal. Mais il me paraît incohérent d'utiliser un certain type de logique pour prouver un raisonnement, et d'admettre avec sa conclusion que cette même logique s'effondre."
Au final, seul l'humain décide
Le logicien se penche alors sur deux variantes de la théorie de Gödel. Celle développée dans les années 1990 par le philosophe Curtis Anderson, professeur à l'université de Californie, qui modifie le premier axiome de façon à ce que la négation d'une propriété négative, comme la fainéantise, ne donne pas forcément une propriété positive, instaurant le concept de propriétés "indifférentes". Et celle de Melvin Fitting, philosophe américain - qui reformule en 2002 le travail de Gödel dans un ordre supérieur de logique permettant de distinguer, par exemple pour le mot "chat", la désignation de celui de la voisine et celle de l'espèce en général. Christoph Benzmüller entre dans son logiciel de métaphysique computationnelle ces deux théorèmes reformulés. Et le résultat, publié il y a deux ans, est sans équivoque : ils sont validés, sans effondrement modal cette fois. Ouf ! le libre arbitre est préservé. La quête ontologique a atteint son terme.
Mais justement, en parlant de libre arbitre : que faire d'une telle vérité ? Ne reste-t-il plus qu'à admettre l'existence de ce Dieu logico-computationnel, non pas par foi, mais par raison ? "Il faut prendre ce travail hors normes avec un peu de distance, prévient Gérard Huet, logicien à l'Inria. 'Dieu existe, on en a une preuve' : c'est effectivement la conclusion de Gödel. Mais si l'on voulait être plus précis, nous devrions dire que 'l'union de toutes les essences positives est une notion cohérente'."
À ce titre, Dieu a un statut assez proche de concepts mathématiques dont la cohérence a été démontrée. "Celui de nombre réel est extrêmement fécond, mais pour autant, il me semble illusoire de chercher à savoir s'ils existent réellement", compare Olivier Gasquet, chercheur à l'Institut de recherche en informatique de Toulouse. Autrement dit, ce travail n'éclaire pas tant Dieu que l'idée que l'on s'en fait. "Il faut s'entendre sur la définition de départ, c'est-à-dire sur les axiomes logiques. Et cela, seul l'humain peut le décider. L'ordinateur ne peut pas, seul, aboutir à l'existence de Dieu", pointe Shahid Rahman.
Il existe des échappatoires, comme le rejet de la définition de départ de Gödel. On peut ne pas être d'accord avec la proposition "l'existence nécessaire est une propriété positive". Sans elle, Dieu disparaît ! "Mais le contraire est aussi possible, sourit Christoph Benzmüller. Si quelqu'un de profondément athée acceptait les axiomes et la logique, il serait irrationnel de sa part de ne pas en admettre la conclusion."
Les anthropologues, les neurologues, les psychologues avaient déjà avancé leurs arguments expliquant pourquoi l'humain est un animal de foi - c'est d'ailleurs le seul (voir p. 74). Ce travail de métaphysique computationnelle complète le tableau. Non pas que ce soit suivant un raisonnement conscient que les humains aient accédé à cette entité surplombant le monde de sa perfection. Mais la foi, et son incroyable universalité, a pu être influencée par cette nécessité de l'existence divine, inscrite dans la logique de la pensée. "Je pense en effet que ça a pu jouer un grand rôle, confirme Christoph Benzmüller. La cohérence d'un concept peut faciliter le fait d'y adhérer, même de façon inconsciente." Comme si parler, raisonner, c'était déjà faire exister Dieu. C'était déjà un peu y croire.
...
Et le diable, dans tout ça ?
Si Dieu passe brillamment le test de l'existence, qu'en est-il de son satané antagoniste ? Nous avons soumis la question à Christoph Benzmüller, qui s'est amusé à la passer au crible de la métaphysique computationnelle : "Ajoutons à la démonstration qu'une propriété est négative si et seulement si elle n'est pas positive, et définissons une entité comme étant le diable si et seulement si elle possède toutes les propriétés négatives. "
En quelques millisecondes, le logiciel Leo-II a rendu sa conclusion : l'existence du diable n'est pas possible ! "' Être tel que l'on est' est une propriété positive, donc 'ne pas être tel que l'on est' est une propriété négative logiquement possédée par le diable. Or il ne peut exister d'entité qui n'est pas identique à elle-même", commente le chercheur.
L'existence de Dieu démontrée en 12 étapes
1. Définition de Dieu
La démonstration commence par poser la définition de Dieu : être tel que Dieu signifie posséder toutes les "propriétés positives".
2. "Propriétés positives"
Ce premier axiome précise la notion de "propriété positive", inspirée de la notion de "perfection" de Leibniz : il pose qu'une propriété donnée, ou sa négation, est positive.
3. La positivité se transmet
Ce deuxième axiome pose que toute propriété engendrée par une propriété positive est aussi positive.
4. La positivité s'exprime
Ce premier théorème démontre que toute propriété positive est possiblement exemplifiée, c'est-à-dire exprimée par un être.
5. Être Dieu est positif
Ce troisième axiome pose qu'être tel que Dieu est une propriété positive.
6. Dieu est possible
Ce corollaire établit qu'être tel que Dieu est possiblement exemplifié. Autrement dit, Dieu est possible.
7. Nécessité des propriétés positives
Ce quatrième axiome pose que les propriétés positives le sont nécessairement.
8. Définition de l'essence
Ici est défini ce qu'est l'"essence" : une propriété "E" est l'essence d'un être si toutes les propriétés de cet être sont impliquées par "E". Dana Scott ajouta : et si cet être possède "E".
9. L'essence de Dieu
Ce second théorème établit qu'être tel que Dieu est l'essence de Dieu.
10. Nécessité de l'existence
Ici est définie l'existence nécessaire d'un être : c'est la nécessaire exemplification de son essence.
11. Exister nécessairement est positif
Ce cinquième et dernier axiome pose que l'existence nécessaire est une propriété positive.
12. Dieu existe
La conclusion s'impose : l'essence de Dieu est nécessairement exemplifiée. Autrement dit, Dieu existe.
Philosophe et homme politique latin, Boèce (480-524) est le premier à proposer un argument ontologique. En usant de la logique aristotélicienne, il écrit que "rien ne peut se penser de plus grand que Dieu" et conclut que la vision chrétienne de la nature divine est correcte.
C'est la formalisation de saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109) qui rend la preuve ontologique célèbre. S'inspirant des écrits de Boèce, ce moine bénédictin conclut en cinq propositions logiques que l'existence de Dieu ne peut pas se limiter au seul intellect, mais qu'il existe dans la réalité.
XVIIe
DESCARTES
Le philosophe et mathématicien français René Descartes (1596-1650) réduit l'argument à trois propositions. Surtout, il définit Dieu par le terme "parfait", et l'existence comme étant une propriété inhérente à la perfection, préfigurant ainsi les travaux de Leibniz et Godël.
XVIIIe
LEIBNIZ
La perfection telle que décrite par Descartes ne satisfait pas le philosophe allemand Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716). Il la transforme en des perfections, que Dieu posséderait toutes. Dieu commence à être perçu comme un objet mathématique doté de propriétés.
1970
GÖDEL
Le logicien autrichien Kurt Gödel (1906-1978) transforme le concept de perfections en propriétés positives. Il écrit une démonstration de l'existence de Dieu en langage mathématique, celui de la logique modale.
2018
À l'aide de son logiciel de vérification des preuves mathématiques, l'informaticien Christoph Benzmüller valide des versions légèrement modifiées de l'argument ontologique de Gödel.
Illustration: image de la paroisse S Pelagia in Guinzano diocesi di Pavia (sites en italien)
Nous avons le récit de sa mort grâce à saint Jean Chrysostome. Au début de la persécution de Dioclétien vers 302, les policiers se présentent au domicile de Pélagie qui n'a que 15 ans.
Elle est seule et ils viennent l'emmener car elle est chrétienne. Devant leur attitude dont elle sait que cela risque de se terminer par un viol avant d'être menée au tribunal, « Pélagie - écrit saint Jean Chrysostome - imagina une ruse si habile que les soldats n'en sont pas encore revenus. D'un air calme et gai, feignant d'avoir changé d'avis, elle les prie de la laisser se retirer un moment, juste le temps de revêtir la parure qui convient à une nouvelle épousée. Ils n'y voient aucun inconvénient. Quant à elle elle sort posément de la chambre, monte en courant sur le toit de la maison et se précipite dans le vide. C'est ainsi que Pélagie déroba son corps à la souillure, qu'elle délivra son âme pour lui permettre de monter au ciel et qu'elle abandonna sa dépouille mortelle à un ennemi désormais inoffensif. »
À Antioche de Syrie, vers 302, sainte Pélagie, vierge et martyre, dont saint Jean Chrysostome a chanté hautement les louanges.
Martyrologe romain
Sainte Pélagie parmi ses courtisans, Nonnus priant pour elle (manuscrit du xive siècle).
La prière du Rosaire n’est pas une condition du salut, ni le centre de la foi. De nombreux chrétiens fidèles vivent et meurent sans jamais le prier. Mais pour des millions de personnes, il est devenu l’un des chemins les plus riches vers la vie et la présence du Christ.
Fondamentalement, le Rosaire est un outil de méditation sur la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Chaque dizaine de grains est liée à un mystère des Écritures : l’Annonciation, la Crucifixion, la Résurrection, et bien d’autres (Luc 1, 26-38 ; Jean 19, 25-30).
Il ne s’agit pas d’une "vaine répétition". Jésus a mis en garde contre la prière vide du cœur (Mt 6,7), et non contre la prière sincère et répétée – Lui-même a prié les mêmes mots trois fois à Gethsémané: "Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux." (Mt 26,39-44).
La prière du Je vous salue Marie cache un secret bouleversant. La répétition des Je vous salue Marie donne un surcroît de puissance. Elle :
-purifie nos pensées en écartant les pensées intrusives
-donne du temps à Dieu (qui après l’offrande du cœur est peut-être la chose la plus précieuse que nous pouvons lui offrir)
-donne notre cœur à Dieu.
On n'a pas besoin de perles pour prier. Personne ne l'enseigne. Les perles aident à guider le rythme de la méditation - tout comme quelqu'un peut utiliser un journal, une chanson ou une bougie. Les outils ne limitent pas la prière ; ils l'approfondissent souvent.
C’était la coutume au Moyen-Âge, comme autrefois chez les Romains, pour les personnes nobles, de porter des couronnes de fleurs appelées chapels, qui plus tard furent transformées en ces diadèmes d’or qui ceignaient le front des rois. Ces couronnes étaient offertes aux personnages de distinction, à titre de redevance.
Les chrétiens orthodoxes, les anglicans et même certains protestants utilisent un chapelet. Les premiers moines chrétiens utilisaient des cordons noués pour compter leurs prières dans le désert égyptien.
Saint Jean Paul II a écrit : "Avec le Rosaire, le peuple chrétien s'assied à l'école de Marie et est amené à contempler la beauté du visage du Christ". C'est de la dévotion, c'est du discipulat.
Le Rosaire n'élève pas Marie au-dessus de Jésus, il nous conduit à Jésus en passant par Marie, comme elle l'a dit aux serviteurs de Cana : "Faites tout ce qu'il vous dira" (Jn 2,5). Marie se détache toujours d'elle-même et se tourne vers son Fils.
Les mystères du Rosaire sont imprégnés de récits de l'Écriture : l'Incarnation (Luc 1), la Visitation (Luc 1), la Nativité (Luc 2), la Passion (Jean 18-19), la Résurrection (Jean 20), et bien d'autres choses encore. On ne peut pas prier le Rosaire sans entrer dans les Évangiles. Satan déteste l'Incarnation, la Croix, la Résurrection et la sainte humilité de la Vierge. Le Rosaire proclame tout cela à la fois, avec amour et révérence.
Le Rosaire n'est pas une "répétition vaine".
C'est une artillerie implacable.
L'Église primitive a honoré Marie non pas parce qu'elle est en concurrence avec le Christ, mais parce qu'elle est la première à lui dire "oui". Saint Irénée (IIe siècle) l'appelait "la cause du salut pour elle-même et pour toute la race humaine" par l'obéissance.
St. Louis de Montfort a dit : "A Jésus par Marie". Le Rosaire suit ce modèle : nous méditons sur le Christ avec Marie, et non à sa place. Marie n'est pas le but, c'est Lui. Mais elle est une compagne fidèle sur le chemin.
Souveraine du Ciel et des âmes, la Vierge a droit aux mêmes hommages ; aussi l’Église nous fait-elle reconnaître le titre de Marie comme reine du Saint Rosaire, et nous exhorte-t-elle à lui offrir comme Fille du Père, Mère du Fils et Épouse du Saint-Esprit, un triple chapel ou trois couronnes de roses dont elle nous montre toutes les beautés dans l’Office de ce jour et auquel elle donne le nom de Rosaire.
Le Rosaire, comme dévotion privée, est constitué d’éléments pris dans le Cycle liturgique et comme solennité de l’Église il en fait partie intégrante.
Aussi cette prière a-t-elle valu, au cours des siècles, bien des grâces à la Chrétienté, et c’est spécialement pour rappeler l’insigne bienfait de la victoire de Lépante, dimanche 7 octobre 1571, dû à la récitation du chapelet, et où furent brisées les forces vives de l’Islamisme qui menaçaient d’envahir l’Europe, que fut instituée par le Pape saint Pie V sous le titre de Notre-Dame de la Victoire, rebaptisée Notre-Dame du Rosaire par le Pape Grégoire XIII.
Le Rosaire récité avec la méditation des mystères :
1) nous élève insensiblement à la connaissance parfaite de Jésus-Christ.
2) purifie nos âmes du péché.
3) nous rend victorieux de tous nos ennemis.
4) nous rend la pratique des vertus facile.
5) nous embrase de l’amour de Jésus-Christ.
6) nous enrichit de grâces et de mérites.
7) nous fournit de quoi payer toutes nos dettes à Dieu et aux hommes et enfin nous fait obtenir de Dieu toutes sortes de grâces.
Dans la liturgie, la fête du Très Saint Rosaire, miniature de l’année liturgique par la méditation des mystères et du bréviaire, par la récitation des 150 Ave comme il y a 150 psaumes terminés par le Gloria Patri, résume en un admirable triptyque les événements joyeux, douloureux et glorieux de Jésus et de Marie qui se sont succédé, dans le calendrier catholique.
1. La Fête "Notre-Dame du Rosaire"
En reconnaissance à Marie pour la victoire de Lépante sur les Turcs le 7 octobre 1571, le pape saint Pie V institua, en 1572, la fête "Notre-Dame de la victoire" le premier dimanche d’octobre.
Le 7 octobre 1571, l’Europe se préparaient à la conquête. Une vaste flotte ottomane s’avançait, certaine de la victoire. Mais à travers la chrétienté, des millions avaient prié le chapelet.
À Lépante, l'impossible se produisit :
le miracle de Notre-Dame de la victoire
Au XVIe siècle, les Ottomans dominaient la Méditerranée.
Ils avaient pris Constantinople, les Balkans, et pressaient en Hongrie. Leur marine était inégalée. (Norwich, Histoire de Venise)
L'Europe était divisée. La France s'était même alliée aux Ottomans contre les Habsbourgs. Peu pensaient que les Turcs pouvaient être arrêtés. (Fernand Braudel, Le Monde Méditerranéen)
En 1570, les Ottomans envahirent Chypre, un bastion vénitien.
Après un siège brutal, l'île tomba. Des milliers furent massacrés, beaucoup plus réduits en esclavage. (Nolan, bataille de Lépante)
Le pape St. Pie V vit le danger.
Si les Ottomans prenaient le contrôle total de la mer, l'Italie et l'Espagne pourraient être les suivantes. La chrétienté elle-même était en jeu.
(Pastor, histoire des papes)
Il a appelé à une ligue sainte: l'Espagne, Venise, les États pontificaux, Gênes, Malte et d’autres.
Son commandant - Don Juan d'Autriche,
âgé de 24 ans, fils illégitime de l'empereur Charles V, charismatique, intrépide et dévot. (Braudel)
Les chrétiens rassemblerent 206 galères et 80 000 hommes.
Les Ottomans ont répondu avec plus de 250 navires et 120 000 hommes, dont des janissaires d'élite. Les flottes convergeaient près de Lepanto. (Nolan)
Le 7 octobre, la Sainte ligue avanca sous la forme d'une croix.
Don Juan ordonna à chaque homme de se confesser et de recevoir la communion avant la bataille.
Pendant ce temps, à travers l'Europe, des millions de personnes priaient le chapelet. (Pastor)
Le choc fut apocalyptique.
Les canons tonnèrent, les navires entrerent en collision, les épées flamboyaient. La mer était devenue rouge de sang.
Au centre, le navire phare de Don Juan a affronté Ali Pacha. Les deux commandants se battirent sur le pont. (Norwich)
Au plus fort de la bataille, Ali Pacha fut frappé et sa bannière saisie.
Le centre ottoman s'effondra.
Un changement soudain de vent favorisa les chrétiens. Leurs flancs se regrouperent et forcerent l’ennemi a battre en retraite. (Braudel)
À la tombée de la nuit, plus de 200 navires ottomans avaient été coulés ou capturés, avec 25 000 morts.
Les chrétiens ne perdirent que 17 navires. Des milliers de chrétiens réduits en esclavage furent libérés des rames. (Nolan)
Le même jour, le pape Pie V à Rome aurait soudainement déclaré: "La flotte chrétienne est victorieuse!" - avant même que les nouvelles ne soient arrivées.
Il institua la fête de Notre-Dame de la victoire, qui deviendra plus tard la fête du chapelet.
En 1573, son successeur le pape Grégoire XIII l’intitula fête Notre-Dame du Rosaire.
Cette fête fut étendue à l’univers catholique par Clément XI, en action de grâces d’un nouveau triomphe, remporté en Hongrie sur les mêmes ennemis par Charles VI, en 1716.
Pie X, en 1913, en fixa la date au 7 octobre.
Notre Dame a souvent demandé aux hommes de réciter le chapelet, comme à Fatima où elle fera plusieurs fois la demande, par exemple le 13 octobre 1917 : "Je veux te dire que l’on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l’on continue toujours à réciter le chapelet tous les jours. La guerre va finir et les militaires rentreront bientôt chez eux."
Lors de la bataille de Lépante (1571), les chrétiens ont gagné lorsque les vents ont tourné en leur faveur. À l’heure de la victoire, le pape Pie V qui se trouvait à des centaines de kilomètres de là, au Vatican, se serait levé d’une réunion, se serait dirigé vers une fenêtre ouverte en s’exclamant : "La flotte chrétienne est victorieuse !" et aurait versé des larmes de joie et de reconnaissance envers Dieu.
La victoire de Lépante arrête l'incursion ottomane en Méditerranée et empêche son influence de se propager en Europe. Grâce à l'intervention de Notre-Dame, la main de Dieu empêche les musulmans d'Orient de vaincre l'Occident chrétien.
2. Le mois du Rosaire est le mois d’octobre
Sous le pontificat de Léon XIII, en 1886-87, la congrégation romaine des rites a fait du mois d’octobre le mois du Rosaire.
La dévotion au mois du rosaire avait déjà été approuvée par le pape Pie VII au début du XIX° siècle. Ceci est un peu exceptionnel, car l’Église est plus attentive aux temps liturgiques qu’aux mois de l’année. Cependant il en est de même pour le mois de mai.
Le mois du rosaire a été recommandé comme tel par le pape Benoît XVI le 12 octobre 2005. Le 20 octobre 2008 il a rappelé que le mois d’octobre est aussi le mois des missions. La pratique du chapelet, individuelle ou collective, est particulièrement importante durant ce mois.
3. Les équipes du Rosaire
Les équipes du Rosaire sont nées en 1955. Ce sont de petits groupes de personnes qui se réunissent chaque mois pour réciter et méditer. Ils se rassemblent soit au domicile d’un des membres, soit dans une salle de la paroisse.
Les membres de l’équipe méditent aussi chaque jour personnellement un mystère. Les équipes du Rosaire sont présentes dans de nombreux diocèses.
Tous les mois, le Secrétariat national envoie à chacun des membres des équipes du Rosaire un petit bulletin. On y trouve un texte de la parole de Dieu, un guide pour réfléchir sur le mystère et sur sa vie et enfin une prière de louange et d’intercession. Les membres des équipes du Rosaire participent au pèlerinage du Rosaire.
Le pèlerinage du Rosaire a été fondé en 1908. Il est organisé par les pères dominicains.
Il rassemble chaque année près de 40 000 personnes, si l’on excepte la période 1938 à 1948 où il a eu beaucoup de difficultés.
Préparé par les membres des équipes du Rosaire il est le pèlerinage à Lourdes le plus important de l’année en nombre de participants.
1. Date du pèlerinage du Rosaire
La date du pèlerinage du Rosaire est autour du 7 octobre. Elle résulte de la date de la fête Notre-Dame du Rosaire.
2. Retraite spirituelle
Tout au long du pèlerinage du Rosaire de nombreuses rencontres sont proposées : quatre journées de prière et de réflexion, animées par les dominicains. Tout en ayant une caractéristique mariale, cette prière a un centre christologique. Le pèlerinage du Rosaire est conçu comme une retraite spirituelle sur le thème de l’année. Il est différent du pèlerinage des assomptionnistes du 15 août qui est centré sur la fête de l’Assomption.
3. Thème annuel
Chaque année il y a un thème : en 2005 : "Venez à moi, vous tous qui peinez" ; en 2006 : "Lumière du Christ" ; en 2007 : "Laissez vous réconcilier", le pèlerinage du Rosaire célébrait sa centième édition.
4. Célébrations
Le déroulement quotidien du pèlerinage du rosaire comporte plusieurs célébrations : messe le matin, procession l’après-midi et procession aux flambeaux le soir).
5. Les malades
Les malades et handicapées ont aussi leur place au pèlerinage du Rosaire.
Le nombre des pèlerins malades et handicapés emmenés est habituellement d’environ 130 ces dernières années.
En 2007, 5000 hospitaliers (médecins, brancardiers, infirmières, accompagnateurs) étaient présents pour les 1800 personnes malades et handicapées inscrites au pèlerinage. Il y a un chemin de croix pour les malades et une célébration d’onction des malades.
Le Rosaire est l’hommage le plus agréable que l’on puisse offrir à la Mère de Dieu.
C'est une école de contemplation tranquille, qui a conduit des saints, des papes, des enfants et d'innombrables chrétiens ordinaires à un amour plus profond pour le Christ.
Si vous n'avez jamais prié le Rosaire, n'ayez pas peur d'essayer. C'est une promenade à travers l'Évangile en compagnie de celle qui connaissait le mieux Jésus. Et en le priant, beaucoup ont découvert non pas la gloire de Marie, mais celle du Christ.
Quelles sont les sources bibliques du Rosaire ?
Cette section s'adresse aux protestants qui aimeraient connaître les sources bibliques de la prière à Marie. Curieusement, lorsque l'on leur demande si les démons (qui n'ont pas la vie et sont en enfer) peuvent nous entendre, ils répondent que oui, mais les saints et les anges qui sont vivants au Ciel ne le pourraient pas. Pourtant, on imagine que la plupart d'entre eux, lorsqu'ils qui ont perdu un être cher, se sont rendus sur la tombe de la personne défunte et se sont retrouvés à parler à cette personne. Il devrait y avoir un certain réconfort à savoir que la personne, si elle est au paradis, peut nous entendre. Il n’y a pas d’objection à réciter le Rosaire ou à prier les saints en général, si l’on accepte qu’ils sont vivants au ciel
Les récits de la Transfiguration sont de bons témoignages sur la vie des saints.
Dans Matthieu 22:32, il dit que Dieu est "le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob" et qu’il n’est "pas le Dieu des morts, mais des vivants".
Le Rosaire est une prière méditative à Marie, mais aussi à Jésus-Christ, à Dieu le Père et à la Trinité dans son ensemble. De plus, c’est une méditation sur la vie de Jésus et de Marie si l’on prête attention aux mystères.
La première partie du Je vous salue Marie vient directement de l'Écriture. Cela consiste à décrire qui elle est. "Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous." C'est la salutation de l'ange Gabriel à Marie (Luc 1:28). Les paroles du messager de Dieu lui-même sont-elles problématiques ? "Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni." Cette phrase vient d'Élisabeth, la cousine de Marie, qui reconnaît le bien incroyable que Dieu a fait à Marie (Luc 1:42).
La deuxième moitié de la prière est celle où nous lui demandons quelque chose. "Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort." Que demandons-nous ? Simplement que Marie prie pour nous ! Si vous acceptez que les saints sont vivants au ciel, il ne devrait y avoir aucun problème à accepter qu’ils puissent entendre nos prières et prier à leur tour pour nous. (Cf.II M 15,12-14 ; Ap 5,8 ; Ap 8,4)
Au temps des rois d’Israël, la reine n’était pas l’épouse du roi, mais sa mère (il était même courant qu’un roi ait plus d’une épouse, mais il n’avait qu’une seule mère). Le peuple apportait ses requêtes à la reine mère (non à l'épouse) et elle les apportait à son tour à son fils, le roi. C’est ce que font les catholiques. Nous nous tournons vers notre reine, la mère de notre Seigneur, et lui demandons de prier pour nous.
Pouvons-nous simplement prier directement le Christ ? Oui, et nous le devons tout le temps. Mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas aussi nous tourner vers sa mère ou d’autres saints et leur demander de prier pour nous. Ils sont au paradis avec lui tout le temps. Nous sommes souvent occupés pendant la journée et nous devons dormir la nuit. Nous ne pouvons pas prier 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Eux ils le peuvent.
Note annexe : appeler Marie la Mère de Dieu est un autre sujet, mais cela signifie simplement que Jésus est Dieu et que Marie était sa mère. Cela n'implique pas du tout que Marie ait préexisté à Dieu. C'est un titre qui met l'accent sur la divinité du Christ.
Les Promesses de Notre-Dame à Saint Dominique et au bienheureux Alain de la Roche en faveur de la dévotion au rosaire
A tous ceux qui réciteront dévotement mon Rosaire, je promets ma protection toute spéciale et de très grandes grâces.
Celui qui persévérera dans la récitation de mon Rosaire recevra quelques grâces signalées.
Le Rosaire sera une armure très puissante contre l’enfer ; il détruira les vices, délivrera du péché, dissipera les hérésies.
Le Rosaire fera fleurir les vertus et les bonnes oeuvres et obtiendra aux âmes les miséricordes divines les plus abondantes ; il substituera dans les coeurs l’amour de Dieu à l’amour du monde, les élevant au désir des biens célestes et éternels. Que d’âmes se sanctifieront par ce moyen.
Celui qui se confie en moi par le Rosaire, ne périra pas.
Celui qui récitera pieusement mon Rosaire en considérant ses mystères, ne sera pas accablé par le malheur. Pécheur, il se convertira ; juste, il croîtra en grâce et deviendra digne de la vie éternelle.
Les vrais dévots de mon Rosaire seront aidés à leur mort par les secours du Ciel.
Ceux qui récitent mon Rosaire trouveront pendant leur vie et à leur mort, la lumière de Dieu, la plénitude de ses grâces et ils participeront aux mérites des Bienheureux.
Je délivrerai très promptement du purgatoire les âmes dévotes à mon Rosaire.
Les véritables enfants de mon Rosaire jouiront d’une grande gloire dans le Ciel.
Ce que vous demanderez par mon Rosaire, vous l’obtiendrez.
Ceux qui propageront mon Rosaire seront secourus par moi dans toutes leurs nécessités.
J’ai obtenu de mon Fils que tous les confrères du Rosaire aient pour frères, en la vie et à la mort, les Saints du ciel.
Ceux qui récitent fidèlement mon Rosaire sont tous mes fils bien-aimés, les frères et soeurs de Jésus-Christ.
La dévotion à mon Rosaire est un grand signe de prédestination.
« À la louange de la gloire de Dieu, Le Christ, Verbe du Père, depuis toujours a choisi par l'Esprit Saint des hommes pour les mener en solitude et se les unir dans un amour intime. Répondant à cet appel, maître Bruno, l'an du Seigneur 1084, entra avec six compagnons au désert de Chartreuse et s'y établit. » Statuts I.1 de l'ordre des Chartreux.
Né à Cologne vers 1030 Bruno vient de bonne heure étudier à l'école cathédrale de Reims. Promu docteur, Chanoine du Chapitre cathédral, il est nommé en 1056 écolâtre, c'est-à-dire Recteur de l'Université. Il fut un des maîtres les plus remarquables de son temps : « ...un homme prudent, à la parole profonde. »
Il se trouve de moins en moins à l'aise dans une cité où les motifs de scandale ne font pas défaut du côté du haut clergé et de l'Évêque lui-même. Après avoir lutté, non sans succès, contre ces désordres, Bruno ressent le désir d'une vie plus totalement donnée à Dieu seul. Chef de l'école épiscopale de Reims, dont l'évêque Manassès avait été déposé par Grégoire VII, il décida de se retirer du monde, avec six compagnons.
Après un essai de vie solitaire de courte durée, il vient dans la région de Grenoble, dont l'évêque, le futur Saint Hugues, lui offre un lieu solitaire dans les montagnes de son diocèse. Au mois de juin 1084 l'évêque lui-même conduit Bruno et ses six compagnons dans la vallée sauvage de Chartreuse qui donnera à l'Ordre son nom (l'Ordre des Chartreux). Ils y installent leur ermitage formé de quelques cabanes en bois s'ouvrant sur une galerie qui permet d'accéder sans trop souffrir des intempéries aux lieux de réunion communautaire : l'église, le réfectoire, la salle du chapitre. Ils y bâtirent un oratoire en l'honneur de la sainte Vierge, et se firent alentour chacun une cellule.
Après six ans de paisible vie solitaire, Bruno fut appelé par le pape Urbain II au service du Siège apostolique. Ne pensant pas pouvoir continuer sans lui sa communauté pensa d'abord se séparer, mais elle se laissa finalement convaincre de continuer la vie à laquelle il l'avait formée. Conseiller du pape, Bruno ne se sentit pas à l'aise à la cour pontificale. Il ne demeura que quelques mois à Rome. Avec l'accord du pape il établit un nouvel ermitage dans les forêts de Calabre dans le sud de l'Italie, avec quelques nouveaux compagnons. C'est là qu'il mourut le 6 octobre 1101. À l'approche de sa dernière heure, pendant que ses frères désolés entouraient son lit de planches couvert de cendres, Bruno parla du bonheur de la vie monastique, fit sa confession générale, demanda humblement la Sainte Eucharistie, et s'endormit paisiblement dans le Seigneur.
Un témoignage de ses frères de Calabre :
« Bruno mérite d'être loué en bien des choses, mais en cela surtout : il fut un homme d'humeur toujours égale, c'était là sa spécialité. Il avait toujours le visage gai, la parole modeste ; il montrait avec l'autorité d'un père la tendresse d'une mère. Nul ne l'a trouvé trop fier, mais doux comme l'agneau. »
Emblème et devise de l'Ordre des Chartreux
« Stat Crux dum volvitur orbis » (Le monde tourne, la croix demeure)
Quelques extraits des Statuts de l'ordre :
« Séparés de tous, nous sommes unis à tous car c'est au nom de tous que nous nous tenons en présence du Dieu vivant. » Statuts 34.2
« Notre application principale et notre vocation sont de vaquer au silence et à la solitude de la cellule. Elle est la terre sainte, le lieu où Dieu et son serviteur entretiennent de fréquents colloques, comme il se fait entre amis. Là, souvent l'âme s'unit au Verbe de Dieu, l'épouse à l'Époux, la terre au ciel, l'humain au divin ». (Statuts 4.1)
« La grâce du Saint-Esprit rassemble les solitaires pour en faire une communion dans l'amour, à l'image de L'Église, une et répandue en tout lieu. » Statuts 21.1
« Qui persévère sans défaillance dans la cellule et se laisse enseigner par elle tend à faire de toute son existence une seule prière continuelle. Mais il ne peut entrer dans ce repos sans passer par l'épreuve d'un rude combat : ce sont les austérités auxquelles il s'applique comme un familier de la Croix, ou les visites du Seigneur, venu l'éprouver comme l'or dans le feu. Ainsi, purifié par la patience, nourri et fortifié par la méditation assidue de l'Écriture, introduit par la grâce du Saint-Esprit dans les profondeurs de son cœur, il pourra désormais, non seulement servir Dieu, mais adhérer à lui ». (Statuts 3.2)
« Combinant la vie commune et l'isolement, la règle cartusienne, rédigée vers 1130 par Guigne, le cinquième prieur de la Chartreuse, aggravait les exigences bénédictines, établissant le silence presque perpétuel, l'abstinence complète de la viande et partageait le temps du moine entre la prière, le travail des champs ou la copie des manuscrits. A cause de son extrême sévérité, le développement de l'ordre fut lent, mais la qualité de sa vie religieuse ne se relâcha jamais pendant les siècles suivants. » (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 364-365.)
Saint Bruno, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 31
Sources
(1); (2) Mgr Paul Guérin, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 623-624; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 30.
Hénoch (trad. de l'hébreux) ou Enoch (trad. grecque) est l'un des rares personnages bibliques à être enlevé au Ciel sans mourir, comme le sera plus tard Elie. Il aurait été transporté dans les Cieux pour y recevoir des révélations extraordinaires et voyager à travers les orbes célestes. (Enoch 14,15) Il découvre le trône de Dieu et aperçoit des anges en prières.
"Une nuée m'enveloppa et je fus élevé jusqu'au Cieux. Je vis une maison bâtie de cristaux, un feu blamboyant entourait ses murs. (Enoch 14,8-9)
Un voyage qui nous parle du paradis, de l'enfer (Enoch 21,7) et d'un lieu intermédiaire (2 M 12,46; 1 Co 3,12-15) que les Chrétiens aujourd'hui appellent le Purgatoire (Enoch 22 et Enoch 39).
Hénok vécut en tout trois cent soixante-cinq ans.
Il avait marché avec Dieu, puis il disparut car Dieu l’avait enlevé.
Ce livre était cité par les premiers chrétiens, respecté par les Pères de l’Église… puis passé dans l'oubli.
Le Livre d’Hénoch(arrière grand-père de Noé), écarté dans la Bible officielle, parle d’anges déchus, de géants, de sorcellerie, d’un enfer brûlant… et même d’un Fils de l’Homme [mentionné aussi dans Daniel 7,13]: "Et voici, il y avait un être dont l'apparence ressemblait à celle d'un homme. Et l'ancien des jours s'assit sur son trône de gloire. Et cet homme fut amené devant Lui. Ce Fils de l'homme, c'est lui qui viendra juger les nations..." (Enoch 46)
Pourquoi a-t-il disparu ? Que révèle-t-il sur la fin du monde, le jugement dernier, et l’au-delà ?
Dans cette enquête, nous remontons le fil d’un texte perdu, redécouvert en Éthiopie, et retrouvé dans les manuscrits de la mer Morte.
Plongez dans l’un des livres les plus mystérieux du judaïsme ancien, à la frontière du canon biblique et de l’apocalypse interdite. Le livre d’Hénoch est-il une hérésie… ou une vérité effacée ?
"Dans la Bible, le mal vient du Péché originel, de Lucifer - Satan, qui tente Adam et Eve mais ultimement, ce sont les hommes qui pèchent et introduisent sur terre le mal. L'homme est pleinement responsable de sa chute.
Dans le Livre d'Hénoch, le mal vient d'abord d'une forme particulière d'anges déchus (les 199 Veilleurs) qui corrompent l'humanité, qui n'a presque plus le choix, en se voyant enseigné des arts divinatoires, l'astrologie (Barakel), la sorcellerie (Semyaza, l'ange déchu à la tête des Veilleurs), la forgerie d'armes et la guerre (Azaël, Enoch 8,1-2).
L'humanité est d'abord une victime dans le Livre d'Hénoch avant d'être un agent du péché. C'est cette vision qui, probablement, a semblé contredire la théologie chrétienne, qui elle, insiste sur la liberté, la responsabilité individuelle, et la dignité humaine de l'homme, qui devant Dieu, peut choisir entre le bien et le mal.
Le rôle de S. Augustin et de S. Jérôme au Ve siècle, deux figures majeures du christianisme, va accélérer l'exclusion du Livre d'Hénoch. S. Jérôme, traducteur de la Vulgate, refuse de l'inclure dans la Bible antique. S. Augustin, dans La Cité de Dieu, considère quant à lui que ce texte contient trop de spéculations sur les anges. Les conciles du IVe siècle, comme celui de Laodicée (364), établiront alors définitivement la liste des textes inspirés. Et Hénoch n'en fera pas partie.
Seule exception: l'église orthodoxe éthiopienne, loin de l'orbite culturelle romaine et des écrits culturels de S. Jérôme et de S. Augustin, conservera jusqu'à aujourd'hui encore, le Livre d'Hénoch dans son canon.
Ce Livre d'Hénoch, est-ce un simple texte apocalyptique du passé, ou une révélation destinée à notre temps?
Une chose est sûre : ce n'est qu'en étudiant la Bible et la tradition chrétienne de manière rigoureuse que l'on pourra voir la vérité. Et cette vérité est la suivante: le Fils de l'homme [dont parle le Livre d'Enoch 46] n'était-il pas Jésus ? Et les Cieux qu'a visité Hénoch n'étaient-ils pas ces cieux où la charité triomphera, où l'amour vaincra ?"
Le jour où l'Église fait mémoire de saint François d'Assise, le Pape a signé le document intitulé "Je t'ai aimé", qui sera présenté en Salle de presse du Saint-Siège le 9 octobre à 11h30.
Samedi matin 4 octobre, jour où l'Église commémore saint François d'Assise, le Pape Léon XIV a signé sa première exhortation apostolique, intitulée Dilexi te (Je t'ai aimé).
Le titre du document rappelle la quatrième et dernière encyclique du Pape François, Dilexit nos, "sur l'amour humain et divin du Cœur de Jésus-Christ", datée du 24 octobre 2024.
Le document sera présenté le 9 octobre 2025, à 11h30, en Salle de presse du Saint-Siège.
L'exhortation apostolique de Léon XIV a pour thème l'amour des pauvres.
Le texte de l'exhortation apostolique Dilexi te, signé le 4 octobre, se trouve sur le site du Vatican.
À l'occasion du 800e anniversaire de la mort de saint François d'Assise en 1226, le pape Léon XIV a proclamé une année jubilaire spéciale accompagnée d'indulgences plénières. (CNA)
Durant cette période de grâce, qui s'étendra jusqu'en janvier 2027, les fidèles auront la possibilité d'obtenir une indulgence plénière. Cette Année jubilaire franciscaine, considérée comme un don pour toute l'Église et une occasion de véritable renouveau spirituel, a été inaugurée par un décret émis par la Pénitencerie apostolique du Saint-Siège, le 10 janvier 2026.
Jusqu'au 10 janvier de l'année prochaine (2027), les fidèles peuvent obtenir cette grâce dans les conditions habituelles — confession sacramentelle, communion et prière aux intentions du pape — en effectuant un pèlerinage dans n'importe quelle église conventuelle franciscaine ou lieu de culte dédié à saint François, partout dans le monde. Les personnes âgées, les malades et ceux qui, pour des raisons sérieuses, ne peuvent quitter leur domicile, peuvent obtenir l'indulgence plénière en participant spirituellement aux célébrations du jubilé et en offrant à Dieu leurs prières, leurs peines ou leurs souffrances. Dans un monde où "le virtuel prend le pas sur le réel, où les désaccords et la violence sociale font partie du quotidien, et où la paix devient chaque jour plus précaire et plus lointaine, cette Année de Saint François nous incite tous, chacun selon ses possibilités, à imiter le pauvre d’Assise, à nous modeler autant que possible sur le modèle du Christ", stipule le décret.
À sa naissance en 1181 ou 1182, François naît Jean (Giovanni) à Assise, en Ombrie (Italie), dans une famille riche. Son père, Pietro de Bernardone, qui est marchand de draps,a l'habitude de voyager dans les régions au-delà des Alpes, en Bourgogne et en Champagne. Sa mère, Jeanne (Joanna) Pica de Bourlémont appartient à la noblesse provençale. À son retour de France, son père ajoute à son nom de baptême, celui de Francesco, "le Français", nom à l'époque "singulier et inhabituel", selon Thomas de Celano, que le pape Grégoire IX chargea de rédiger la première biographie. Veut-il offrir à son fils un nom dont l'étrangeté suggère une parenté avec ces terres d'au-delà des Alpes dont la civilisation fascine les villes italiennes, ou bien veut-il rendre hommage aux origines de sa mère ?
Joanna eut d'abord du mal à accoucher de François. Un moine qui passa et qui entendit ses cris entra dans la maison et lui fit savoir que son enfant ne pouvait voir le jour que dans une étable et qu'il convenait ensuite de le déposer sur de la paille, comme le fit autrefois Marie avec Jésus. Aussitôt dit, aussitôt fait et la bouverie des voisins, où la délivrance fut immédiate et sans douleurs, devint plus tard un lieu de culte, consacré par l'édification d'une église. Au moment de cette naissance, des habitants d'Assise entendirent des voix célestes. Un possédé aurait parcouru la ville et ses hurlements auraient été l'expression de l'épouvante des démons contrariés par la venue au monde de quelqu'un dont ils savaient déjà qu'il serait un de leurs pires ennemis.
Le jeune Francesco se pétrit de ces histoires héroïques qu'il trouve dans les livres que son père lui rapporte de ses voyages en France. Lesquels exactement? Nous n'en savons rien, à l'exception notable, toutefois, d'un renvoi explicite à la Chanson de Roland que S. François évoque pour indiquer à un novice qu'il est mieux d'agir que de parler.
Ces preux chevaliers dont le très jeune François découvre les exploits, mettent leur vie en danger pour défendre ceux qui sont pauvres et faibles et qui ont besoin d'être protégés contre les abus des puissants. Ils ont tous en commun la conviction qu'il y a quelque chose de plus précieux que la vie. Ils luttent contre le désordre du monde, souvent oeuvre d'un esprit démoniaque. Les prouesses guerrières ont vocation à contraindre le mal à se plier aux normes. Ce qui fait de chaque individu, si misérable fût-il, le détenteur d'une graine divine.
Le jeune Francesco, qui n'occupe que modérément son temps dans la boutique où il est censé apprendre les rudiments du métier auquel son père le destine, préfère s'initier au maniement des armes.
François se prépare à son entreprise militaire avec zèle dans l'espoir d'être adoubé chevalier par le comte Gentile. Il se procure des armes et se fait tailler des vêtements. Son père, ne voulant pas "contrarier le plaisir de son fils", lui donne sa bénédiction et une bonne somme d'argent. C'est alors que S. François a un songe. Quelqu'un l'appelle par son nom et lui dit de distribuer ses armes à ceux qui viendront l'épauler dans son combat. Une voix lui demande de qui, du serviteur ou du maître, il faut attendre le plus grand bien. Francesco comprend qu'il convient de se mettre au service non d'un noble, soumis à un autre, vassal lui aussi d'un plus grand que lui et ainsi de suite, mais d'un roi qui a autorité sur tous, sans que l'identité de celui-ci lui soit clairement désignée. Cette voix lui parle pendant son sommeil.
Un jour, il entendit, à l'évangile de la messe, ces paroles du sauveur : "Ne portez ni or ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâtons." "Voilà ce que je veux", s'écria-t-il. Une fois dehors, il jeta ses souliers et son bâton, remplaça sa ceinture par une corde, son manteau par un capuchon de laine. Maintenant, il était chevalier de l'Évangile. À partir de ce jour, on entendit François prêcher la pénitence et la paix.
Dès lors, il commença cette vie tout angélique et tout apostolique dont il devait lever l'étendard sur le monde. Il se fit pauvre, se soucia d'annoncer les messages de joie, d'espoir et d'amour contenus dans la Bible, et de porter la paix aux gens et à toute la création. On vit, à sa parole, des foules se convertir ; bientôt les disciples affluèrent sous sa conduite ; il fonda un ordre de religieux qui porta son nom, et un ordre de religieuses qui porte le nom de sainte Claire, la digne imitatrice de François.
"Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa sainteté, et le reste vous sera donné en surplus" (Mt, 6:33). C'est cet abandon spontané de l'enfant entre les mains d'un père miséricordieux qui guide la pauvreté franciscaine. Avant la Règle franciscaine, les moines observaient la pauvreté individuelle, mais possédaient un commun des biens fonciers. Le nouveau législateur exigeque ses religieux n'aient aucune propriété collective ni aucun revenu; c'est Dieu lui-même qui pourvoira à l'entretien de ses enfants.
François voulait voir ses frères passionnés de simplicité, de prière et de pauvreté. S'il témoignait un affectueux respect aux théologiens, leur science comme telle n'est jamais entrée dans son charisme. Il ne refusait ni l'étude ni la science à condition que les frères fussent libérés de tout esprit de possession. (Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 173.)
"Ceux qui l'avaient connu auparavant lui lançaient des reproches lamentables et le proclamait fou et dément." François se dépouille de tous ses vêtements, ne gardant qu'un cilice, et les remet à son père.
C'est dans la prière qu'il trouvait toute sa force pour aimer et pour aider les autres.
Sa conversion est accompagnée de plus d'un prodige
En 1205, un crucifix lui adresse la parole. Dans l'église Saint-Damien, à quelques centaines de mètres d'Assise, sur le chemin de Spolète, François s'arrête pour prier devant un crucifix en bois peint dans la tradition byzantine. La tradition a conservé la prière que le jeune homme qui cherche sa voie adresse à Dieu en s'agenouillant devant cette image :
"Ô Dieu haut et glorieux illumine les ténèbres de mon coeur. Et donne-moi la foi droite, l'espérance certaine et la charité parfaite, le sens et la connaissance, Seigneur, pour que, moi, je fasse ton saint et véridique commandement. Amen.
Une voix l'interpelle:
"François, va réparer ma maison, qui, tu le vois, se détruit tout entière." (Legenda major, de saint Bonaventure)
Miracle du Crucifix - St François priant devant le crucifix de l'église Saint-Damien, Fresque de Giotto 1297-1299, Basilique San Francesco, Assise
Un peu plus tard, Francesco guérit plusieurs lépreux en baisant leurs plaies. Son père fait une guerre acharnée à cette vocation extraordinaire, qui a fait de son fils, si plein d'espérance, un mendiant jugé fou par le monde.
Une autre fois, Thomas de Celano raconte qu'ému devant les appels suppliants d’une foule, dont un groupe de juifs, il ressuscita un enfant mort enseveli dans la boue après être tombé accidentellement dans les eaux du fleuve de la ville de Capoue. La foule et les parents de cet enfant implorèrent S. François pour qu'il ramène l'enfant à la vie. Dans ce passage, l’auteur précise que plusieurs juifs, accourus eux aussi sur les lieux de l’accident, pris de pitié, ont joint leurs voix à celles de la foule, priant saint François d’intervenir et de "redonner cet enfant à son père !" (Jacques Dalarun, Vers une résolution de la question franciscaine. La Légende ombrienne de Thomas de Celano, Fayard, Paris 2007.)
Rongé de doutes quant à l'avenir de ceux qui ont décidé de le suivre, François prie le Ciel de lui envoyer un signe pour le rassurer. Il lui répond aussitôt. Il voit une foule venir vers lui. Des centaines et des milliers de gens veulent se joindre à la petite communauté qui l'entoure.
Ils viennent de tous les pays et parlent une multitude de langues. Ils veulent, eux aussi, vivre selon les normes de pauvreté et de charité du Christ. "Dieu m'a montré la vérité", déclare S. François à ses compagnons.
"Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche"
L'entrée dans l'Ordre [de saint François] d'un autre homme de bien a porté à sept le nombre des enfants du serviteur de Dieu. Alors ce bon père a réuni tous ses fils, leur a parlé longuement du Royaume de Dieu, du mépris du monde, du renoncement à la volonté propre et de la mortification corporelle, et leur a annoncé son projet de les envoyer dans les quatre parties du monde.
(…) 'Allez, dit-il tendrement à ses fils, et annoncez la paix aux hommes ; proclamez la conversion pour qu'ils obtiennent le pardon de leurs péchés (Mc 1,4). Soyez patients dans la difficulté, assidus à la prière, courageux au travail ; soyez sans prétention dans vos sermons, sans écarts dans votre conduite et reconnaissants pour les bienfaits reçus. Si vous remplissez ce programme, ‘le Royaume des cieux est à vous' !' (Mt 5,3; Lc 6,20). Eux alors, humblement à genoux aux pieds du serviteur de Dieu, ont reçu cet envoi dans la joie spirituelle qui vient de la sainte obéissance. François a dit à chacun : "Abandonne au Seigneur tout souci, et il prendra soin de toi" (Ps 54,23). C'était sa phrase habituelle lorsqu'il envoyait un frère en mission. Quant à lui, conscient de sa vocation de modèle et voulant "mettre en œuvre" et pas seulement "enseigner" (Ac 1,1), il a pris un de ses compagnons et s'en est allé vers l'un des quatre points cardinaux. (Saint Bonaventure, franciscain, docteur de l'Église, Vie de Saint François, Legenda major, ch. 3, trad. Vorreux et Desbonnets, Documents, Éds. Franciscaines 1968, p. 585.)
Apprenant que Otton de Brunswick, à la fin du mois de septembre 1209 passait par Assise où il sera couronné empereur romain-germanique par Innocent III, S. Françoisrecommande à ses frèresd'éviter de le rencontrer. On raconte que François aurait, muni d'une clairvoyance prophétique, adressé à cet illustre hôte de la ville un message où il lui aurait fait savoir que sa gloire serait de courte durée. Il ne crut pas si bien dire : excommunié une année plus tard par celui-là même qui l'avait oint dans la cathédrale de Latran en octobre 1209, Otton IV sera défait en 1214 par Philippe II Auguste à Bouvines et perdra sa couronne acquise à coup de guerres, d'assassinats et de mariages.
François écrit une "Vie des Frères", un inventaire de consignes destiné à ceux qui veulent le suivre, qu'il décide de soumettre au pape Innocent III pour approbation. Cette Règle s'ouvre par une invocation du Père, du Fils et du Saint-Esprit, aussitôt suivie d'une déclaration d'allégeance au Saint-Père :
"Que frère François et quiconque sera le chef de cette religion promette obéissance et révérence au seigneur pape Innocent III et à ses successeurs."
Dans leurs prédications, les frères dont la mission est d'"accomplir le bien" ne doivent pas heurter les convenances des gens qui les écoutent. Sans oublier que rien ne vaut l'exemple, qui reste le meilleur argument pour conduire les gens vers Dieu. Dans tous les cas, les frères doivent rester humbles et ne jamais tirer orgueil de leurs actes dont l'éventuelle réussite ne se doit qu'à Dieu :
"Je supplie, dans la charité qu'est Dieu, tous mes frères, prédicateurs, orants, travailleurs, tant clercs que laïcs, de s'appliquer à s'humilier en tout, à ne pas se glorifier, à ne pas se réjouir en eux-mêmes, à ne pas s'exalter intérieurement des bonnes paroles et actions, et absolument d'aucun bien que Dieu fait ou dit ou opère en eux quelquefois et par eux, selon ce que dit le Seigneur : 'Cependant ne vous réjouissez pas en ceci, que les esprits vous sont soumis.'"
Seuls les vices et les péchés nous appartiennent, rappelle François aux frères. Tout ce qui est bien et lumineux en nous vient du Seigneur et il serait présomptueux de se flatter du bien que nous accomplissons; celui-ci est l'œuvre de Dieu qui se sert de nous pour le prodiguer.
Ainsi, toujours dans le bien que nous pouvons faire, la finalité est la gloire de Dieu, seul.
Accompagné de ses compagnons, François part pour Rome après avoir rédigé cette Vie des Frères (1209). En chemin, il a une vision. Il s'arrête près d'un arbre majestueux et, pendant qu'il en contemple la hauteur, il se sent emporté par une "force divine" qui lui permet d'en atteindre le sommet et lui donne la force nécessaire de ployer les branches pour leur faire atteindre la terre. S. François en conclut que son entreprise sera couronnée de succès et s'en réjouit.
Le songe d'Innocent III
Soumis à la Sainte Eglise dont il demande l'acquiescement, S. François veut réunir autour de lui des gens qui, clercs ou laïques, ne s'enferment pas entre les murs d'un monastère et restent proches des gens ordinaires, qui, surtout eux, ont besoin de ces nouveaux apôtres. En 1210, il vient se présenter devant le pape au palais de Latran. Toutes les sources parlent d'une manière ou d'une autre de la perplexité initiale d'Innocent III face à ce saint qui avait choisi de vivre d'aumônes et qui se présentait devant lui hirsute, mal habillé.
Le cardinal Jean de Saint-Paul, évêque de Sabina-Poggio Mirteto, ambassadeur du Vatican, réputé pour ses connaissances médicales, défend François et prend la parole :
"Ce pauvre nous demande d'approuver un genre de vie conforme aux conseils évangéliques. Si nous rejetons ses projets comme tropdifficiles et comme une nouveauté, nous nous exposons à agir contre l'Évangile du Seigneur. Car soutenir que l'observance des conseils et le voeu qu'on en fait sont quelque chose de nouveau ou de contraire à la raison, c'est blasphémer ouvertement contre Jésus-Christ, auteur de l'Évangile."
Giotto, Le Songe d'Innocent III
Innocent III écoute S. François, "prend le temps du discernement", puis lui offre "son assentiment", assorti de sa bénédiction et de quelques recommandations. Dans son sommeil, Innocent III avait vu un homme de petite taille, et misérablement vêtu, ressemblant à ce pauvre d'Assise qu'il avait reçu dans la journée, soutenir avec son dos la basilique pontificale Saint-Jean-de-Latran, en train de s'écrouler. Le pape ratifie la Vie des Frères, leur accorde licence de prêcher la pénitence avec la seule condition d'avoir obtenu préalablement l'accord de S. François, reconnu ainsi comme "ministre" de la communauté. Dans la fresque dessinée par Giotto, l'interprétation du songe n'est guère difficile : l'Église de la plenitudo potestatis et des regalia, les symboles du pouvoir royal, s'écroule si elle n'est pas portée par le saint. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 177.)
Content de l'habilitation du Pape, S. François se met aussitôt à l'oeuvre. Il s'adresse aux citoyens de Rome. Ceux-ci se passent leur chemin sans l'écouter et se montrent méprisants à son encontre, eux qui vivent dans la ville des deux plus grands apôtres, Pierre et Paul. Après plusieurs tentatives, toutes vaines, S. François leur dit :
"Pour votre honte, je vais annoncer le Christ aux animaux sauvages et aux oiseaux du ciel, afin qu'ils entendent les paroles salutaires de Dieu, ils y obéissent et acquiescent."
Saint François se rend en dehors des murs de la ville et s'arrête dans un champ où se trouvaient des corbeaux en train de se nourrir de cadavres, des grives, des pies et bien d'autres oiseaux. Il leur dit :
"Je vous ordonne au nom de Jésus-Christ, que les Juifs ont crucifié, dont les misérables Romains ont méprisé la prédication, que vous veniez à moi entendre la parole de Dieu, au nom de Celui qui vous a créés et, dans l'arche de Noé, vous a libérés des eaux du déluge !" (Roger de WENDOVER, Fleurs d'histoire, ibid., p. 3038)
Aussitôt tous ces oiseaux et bien d'autres font cercle autour de lui, raconte Roger de WENDOVER. Ils arrêtent de piailler l'écoutent sans broncher pendant toute une demi-journée sans détourner le regard. Les gens qui passent s'étonnent de voir cette assemblée. Ils s'arrêtent. Ils remarquent que ces oiseaux écoutent avec intérêt des mots qu'ils semblent comprendre. Ils écoutent eux aussi. Ils en sont touchés. Ils en parlent dans la ville dont les habitants, ébranlés par ce miracle attesté par des témoins nombreux et divers, commencent à se demander s'ils n'ont pas eu tort de traiter avec mépris celui que le pape lui-même leur avait recommandé en l'autorisant à prêcher, bien qu'il ne fût ni théologien ni prêtre, pas même moine soumis à la discipline d'un ordre reconnu. L'auteur bénédictin des Fleurs d'histoire, nous fait savoir qu'à la tête d'un grand nombre de citoyens des hommes d'Eglise viennent inviter S. François, "avec grande révérence à regagner la ville. Il les suit, content d'avoir attendri leurs coeursendurcis, par son discours aux oiseaux, et de les avoir rendus meilleurs peut-être.
Un jeûne de 40 jours
Un jour, en plein carême, S. François qui se trouve à l'ermitage de Sarteano, dans les environs de Sienne, entend une voix lui dire que Dieu ne pardonne jamais à ceux qui se tuent eux-mêmes par une trop dure pénitence.
François d'Assise affirme : "Que c'est tout autant un péché de soustraire sans discernement au corps ce qui lui est dû, que de lui offrir le superflu sous l'empire de la gourmandise". (François 2 Celano 22)
François met en évidence que le jeûne doit être pratiqué avec prudence, sous le regard de Dieu et pour le louer. Alors seulement, il est vertu de tempérance et conduit à Dieu. La tempérance n'est vertueuse qu'autant que l'amour de Dieu l'inspire. Il est donc nécessaire de pratiquer le jeûne du regard, de la parole, de l'ouïe, du soi-disant indispensable dans le quotidien. (Croire)
En 1211, François ressent le besoin de rester seul avec Dieu pendant le Carême, il prie "un homme qui lui est dévoué" et qui habite aux environs de Pérouse de l'amener de nuit, pour que personne ne s'en avise, sur une île inhabitée du lac Trasimène. Il se trouve un massif de ronces pour s'improviser un abri. Il y reste pendant quarante jours et quarante nuits, "sans rien manger ni boire", indiquent Les Fioretti, comme Jésus qui, après le baptême, s'était retiré dans le désert où il avait jeûné pendant quarante jours. S. François avait toutefois pris avec lui deux pains dont il avait mangé quelques miettes pour ne pas être tenté de se prendre pour le Christ. Tout émerveillé de constater que ces pains étaient à peine entamés au bout de quarante jours, le rameur qui vient le prendre et qui le dépose sur la berge, se considère délivré de son secret et en parle à ses concitoyens. Ceux-ci s'empressent de se rendre sur le lieu d'une si prestigieuse mortification. Au lieu où S. François célébra une pénitence si admirable se produisirent par ses mérites de nombreux miracles.
Parti prêcher dans les villes et les villages, "dans les cités et les places fortes" de l'Italie, S. François arrive à Tuscania, une petite localité d'origine étrusque à une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau de la mer Tyrrhénienne. Il est accueilli par un chevalier dont le fils unique est boîteux et "faible de tout son corps". Connaissant la réputation de cet homme qui est, dit-on, capable de guérir par ses prières, le père de l'enfant se jette à ses pieds et lui demande de lui rendre la santé. S. François prie d'abord longuement, avec ferveur. Puis pose sa main sur le malade, et le bénit. Il le prend dans ses bras et le relève. L'enfant se met à marcher et à courir dans la maison. Il est guéri.
En revenant de Viterbe à Spolète, S. François passant par Narni, rencontre un certain Pierre, paralysé, qui par son évêque, lui demande de l'aider. S. François fait le signe de croix au-dessus de lui. L'infirmité disparaît. Dans la même ville, une femme veut recouvrer la vue qu'elle a perdue. S. François fait le signe de croix devant chacun de ses yeux fermés. Quand elle les rouvre, elle voit.
Il renouvelle le miracle à Bevagna, une bourgade des environs de Pérouse, où il redonne la vue à une fillette, puis à Bologne, où il guérit un enfant borgne.
Un frère souffre d'un mal que Thomas de Celano avoue ne pas savoir nommer, d'autant plus que de l'avis de certains, c'est l'oeuvre d'un "méchant diable" qui a pris possession de lui et le tourmente pour affaiblir son âme. S. François prit pour la guérison du malade et le bénit. Celui-ci se remet de sa crise, et il n'a plus jamais souffert du "mal caduc".
Dans la ville fortifiée de San Gemini, où S. François arrive en compagnie de trois frères, il est reçu par un homme "qui honorait Dieu", mais dont la femme est "harcelée par un démon". Les quatre frères font leur prières. Quand ils ont fini, François se lève et crie d'une voix à faire peur : "Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, par obéissance je te l'ordonne, démon: sors d'elle et n'ose plus jamais l'entraver." (Thomas de CELANO, Vie du Bienheureux François [Vita prima], éd. cit. v. I, p. 551.)
Le bruit court que tout ce que S. François touche est investi de pouvoirs miraculeux. Une peste tue les bœufs et les moutons de la région de Rieti. Un homme qui vit "dans la crainte de Dieu" a une vision pendant son sommeil. On lui conseille d'arroser les bêtes avec l'eau dont S. François se lave les mains et les pieds. Par chance, celui-ci se trouve dans un ermitage voisin. Il s'assure de la complicité de quelques frères. Ceux-ci lui remettent l'eau de la bassine où S. François vient de se laver. Revenu chez lui, le paysan de Rieti asperge de cette eau ses animaux languissants. Le résultat est spectaculaire:
"Sitôt que l'aspersion atteignait si peu que ce soit les animaux malades et gisant à terre, ayant récupéré la vigueur première, ils se levaient immédiatement et se hâtaient vers les pâturages, comme s'ils n'avaient rien éprouvé de mal."
Ne pas blesser nos humbles frères les animaux est notre premier devoir envers eux, mais cela ne suffit pas. Nous avons une mission plus grande: les aider chaque fois qu'ils en ont besoin.
Le pouvoir de S. François sur les animaux est un sujet de stupéfaction tout aussi colporté et qui occupe autant les différents récits hagiographiques.
Dans les prédications de S. François, les animaux sont des créatures de Dieu qui sont invitées à louer leur Créateur. C'est exactement la position inverse de celles des cathares, où les créatures avaient été créées par un démiurge, c'est-à-dire un dieu malveillant qui aurait fait tomber les âmes et les esprits dans la matière. La louange de la Création est en cela en elle-même une prédication anti-cathare, qui veut signifier l'unicité de Dieu comme Créateur et Père de tous les êtres.
Aux environs de Bevagna, à quelques lieues d'Assise, dans la vallée de Spolète, S. François remarque une multitude d'oiseaux dans un champ: moineaux, corneilles, ramiers, hirondelles. Il court vers eux qui ne s'envolent pas. Au contraire, il a la sensation qu'ils l'attendent et se réjouissent de sa présence. Il les salue à son habitude : "Que le Seigneur vous donne la paix!" Il prêche comme à son habitude. Il leur dit :
"Mes frères les oiseaux, vous devez beaucoup louer votre Créateur et l'aimer toujours, lui qui vous a donnés des plumes pour vous revêtir, des pennes pour voler et tout ce dont vous avez eu besoin.
Dieu vous a rendus nobles parmi ses créatures et il vous a accordé d'habiter dans la pureté de l'air; car comme vous ne semez ni ne moissonnez, lui-même ne vous en protège et gouverne pas moins, sans que vous vous en souciez le moins du monde.
Les frères présents sur les lieux témoignent de la joie des oiseaux qui tendent le cou, déploient leurs ailes et font de leur mieux pour s'approcher de S. François qui passe parmi eux pour les toucher avec sa tunique. Il les bénit et leur donne licence de s'envoler, ce qu'ils font tandis que l'homme de Dieu et ses compagnons poursuivent leur chemin.
À Alviano, petit bourg fortifié sur une éminence de la rive gauche du Tibre, à mi-chemin entre Trevi et Orvieto, S. François qui veut s'adresser à la foule des gens venus l'écouter réclamer silence. En vain : des hirondelles en grand nombre font un tel vacarme que les gens n'entendent pas ses paroles. S. François s'adresse avec beaucoup d'égards aux hirondelles: elles ont suffisamment trissé, leur dit-il, et il est temps maintenant de lui laisser la parole. Il leur enjoint de se taire et d'écouter la parole du Seigneur. A la stupéfaction de tous, note Thomas Celano, non seulement les hirondelles se taisent mais elles restent sans bouger jusqu'à la fin de la prédication.
Lorsqu'une hirondelle s'agite et piaille tellement qu'elle empêche un étudiant de Parme de travailler. Au nom de S. François il lui demande de se taire et de venir se poser sur sa main. L'hirondelle obéit. L'étudiant lui caresse la tête, lui explique une fois encore qu'elle le gêne et la prie gentiment, en invoquant à nouveau S. François, d'aller chahuter ailleurs. L'hirondelle s'en va et ne revient plus.
Un autre jour, à Greccio, un paysan vient lui offrir un levreau qu'il avait pris au collet. S. François le remercie puis pose l'animal par terre et le délivre en lui recommandant d'éviter à l'avenir les pièges des hommes. Le levreau ne veut pas partir et se réfugie auprès de S. François. Il faudra qu'un frère le porte loin dans la forêt pour le décider à reprendre sa vie sauvage.
Réalisant un jour que toute la Création formait une grande famille, une sorte de fraternité universelle, François invita tous les humains à l'amour mutuel et au respect de notre mère la Terre, notre soeur la Lune, notre frère le Soleil...
Il s'adressait à tous les êtres, à la nature entière; Un jour il sauva un lièvre poursuivi par les chasseurs; il racheta un agneaux que le boucher s'apprêtait à tuer. La nature elle-même, il l'embrassait dans sa charité sans bornes : moissons, vignes, bois, pierres, le feu, l'eau, l'air, tous les éléments, il fraternisait avec eux, et les invitait tous à l'amour de Dieu.
L'histoire du loup de Gubbio "réduit par S. François à une grande douceur", est sans doute, avec le prêche aux oiseaux, le plus connu de ses miracles. Il fit promettre au loup de ne plus attaquer les hommes et les bêtes, au vu de gens perchés sur les remparts. S. François s'adressant à l'assemblée, atteste que les fléaux qui nous frappent sont une punition de nos péchés et affirme que la "flamme vorace de la Géhenne" est infiniment plus à craindre qu'un loup qui ne peut tuer que les corps. Depuis ce jour et jusqu'à sa mort, survenue deux années après, ce loup a vécu en toute liberté dans les rues de Gubbio. Il mendiait sa pitance de porte en porte, pour la grande joie des gens qui le nourrissaient volontiers. Par sa présence, il leur rappelait "la vertu et la sainteté mirifique de S. François."
Au début de l'année 1213 les frères sont une bonne centaine. Quatre ans plus tard en 1217, ils serontplus de mille. Le mouvement franciscain qui ne comptait une décennie plus tôt qu'une poignée de frères, a pris une ampleur telle que l'Ordre croît "comme un cèdre dans le paradis de Dieu qui élève la cime de ses mérites parmi les régions célestes des saints."
La rencontre entre S. Dominique et S. François
À l'occasion de l'ouverture le 11 novembre 1215 à Rome du IVe concile dans la basilique Saint-Jean-de-Latran en présence de quelques quatre cents évêques, S. Dominique fit le voyage de Rome pour obtenir l'approbation de l'Ordre des Frères-Prêcheurs. C'est là, alors qu'ils ne se connaissaient pas et ne se seraient pas rencontrés dans le tohu-bohu de ces quelques mille cinq cents personnes sans une grâce spéciale de Dieu, qu'ils se reconnurent, s'embrassèrent comme deux frères et lièrent une amitié profonde qui dura jusqu'à la mort.
S. Dominique vit François d'Assise en songe. Dans cette vision, il vit Jésus irrité contre le monde qui a perdu la foi et vit dans le péché. Pour l'apaiser la Vierge lui présente deux hommes dont la sainteté, lui dit-elle, est à même de racheter la mauvaise conduite des autres qui, par eux, retrouveront la voie de la vérité. Il se reconnaît dans l'un de ces hommes. Il se demande qui pourrait bien être l'autre qui a l'air d'un mendiant, vêtu d'une simple tunique de bure ? Le lendemain, dans une église dont la tradition n'a pas conservé le nom, S. Dominique reconnaît, habillé comme il l'avait vu dans son extase, ce deuxième homme que la Vierge recommandait si chaleureusement au Christ. S. Dominique se serait précipité vers S. François et l'aurait serré dans ses bras en lui disant : "Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble et nul ne pourra prévaloir contre nous."
S. Dominique, plus tard, aurait affirmé que tous les religieux devraient suivre l'exemple de S. François "tant est grande la perfection de sa sainteté."
En 1216, un religieux d'Oignes, du diocèse de Liège, qui vient d'être nommé évêque de Saint-Jean-d'Acre, Jacques de Vitry (1160-1240) traverse l'Italie et constate, surpris, l'ampleur d'un ordre dont il ignorait probablement l'existence. En route vers Rome, il note dans une de ses lettres, à propos des Frères mineurs, que "le Seigneur pape et les cardinaux les tiennent en grande révérence."
"Ceux-ci [les Frères mineurs] ne s'occupent nullement des affaires temporelles, mais, avec un désir fervent et et un zèle ardent, ils travaillent chaque jour à arracher aux vanités du monde les âmes en péril et à les condire avec eux. [...] Ils vivent selon la forme de l'Eglise primitive dont il est écrit 'à la multitude des croyants, il n'était qu'un coeur et qu'une âme'.
De nos jours, ils se rendent dans les cités et les villages en oeuvrant par l'action afin de gagner quelques-uns; la nuit, ils regagnent leur ermitage ou des lieux solitaires pour s'adonner à la contemplation.
[...] Grâce aux conseils d'hommes bons, ils font et promulguent leurs institutions saintes et confirmées par le seigneur pape. [...] Je suis persuadé que c'est pour faire honte aux prélats, qui sont comme des chiens muets, incapables d'aboyer, que le seigneur veut sauver de nombreuses âmes par de tels hommes simples et pauvres avant la fin du monde."
"Franciscains et Dominicains vivront des dons des fidèles, d'où leur appellation d'"ordres mendiants". [...] Ils remportent un succès particuliers dans les villes universitaires, dont ils attirent les étudiants, mais aussi des maîtres fameux." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 181.)
S. François en Orient
C'est en septembre 1219 que se situe la rencontre de S. François avec le sultan d'Egypte al-Malik al-Kâmil, neveu de Saladin. Tant d'amis avaient voulu l'accompagner qu'il fallut tirer au sort les douze qui seraient choisis : frère Illuminé d'Arce, frère Pierre de Catane, frère Léon, frère Elie, frère Césaire de Spire, en étaient, et frère Barbaro, l'un des premiers disciples. Ils font escale en Crète, à Chypre, puis à Saint Jean-d'Acre, d'où S. François s'empresse de rejoindre la cité de Damiette (en Egypte) pour évangéliser les infidèles (août 1219). Il en convertit un grand nombre, et en reçut même plusieurs dans son ordre.
S. François avait dans l'idée de voir le sultan se convertir vers la religion chrétienne, persuadé que la paix viendrait par la conversion et non par la guerre. Les Croisés tentèrent de l'en dissuader, lui décrivant la cruauté des infidèles. Al-Malik al-Kâmil aurait lui-même promis une pièce d'or à quiconque lui apporterait la tête d'un chrétien.
S'étant adjoint pour compagnon frère "Illuminé" ou "Lumineux", il s'était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des Sarrasins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d'injures, les rouant de coups et les liant de chaînes. Selon le chroniqueur Jourdain de Giano (1195-1262), pendant le supplice, S. François criait de toutes ses forces le nom du sultan qui, ayant entendu cet appel, aurait demandé qu'on lui amène les prisonniers. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, les gardes d'Al-Malik al-Kâmil les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c'était ce qu'avait désiré François.
Selon S. Bonaventure (1217-1274), si le sultan veut interroger ces chrétiens, c'est parce qu'"une disposition de la divine Providence, conformément au désir de l'homme de Dieu", l'y incite.
Le prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; François répondit :
"Je suis envoyé par Dieu pour dire au Sultan et à son peuple le chemin du salut et leur annoncer l'Evangile qui est la Vérité... Si vous voulez vous convertir au Christ, ton peuple et toi, c'est très volontiers que, pour son amour, je resterai parmi vous" (Saint Bonaventure, Legenda Minor, 9,8).
Le sultan accepta de l'écouter en présence de ses chefs religieux qu'il fit venir sous sa tente. Ceux-si déclarent : "Sire, tu es épée de la Loi et tu dois donc maintenir et garder la Loi. Nous te commandons par Dieu et par Mahomet qui nous donna la Loi, que tu leur fasses couper la tête, car nous n'écouterons pas ce qu'ils disent, et nous vous défendons d'écouter ce qu'ils disent". Le Sultan ne leur obéit pas, car, dit-il, ce serait mal récompenser ceux qui avaient mis leur vie en danger pour sauver son âme. Il leur proposa alors de rester auprès de lui et de leur donner "des terres et des possessions". Ils refusèrent. Il leur offrit "de l'or, de l'argent et des draps de soie en grande quantité". Ils ne voulurent qu'un peu de nourriture.
Puis François prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d'âme et une telle ferveur d'esprit qu'en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l'Évangile: "Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire". Le sultan commença par obliger les frères à marcher sur un tapis couvert de croix pour vérifier s'ils oseraient commettre un acte sacrilège en les piétinant. François déjoua le piège avec humour: "Ce n'est pas la croix du Christ que tu as posée là mais celles des deux brigands crucifiés à ses côtés!"
"Christ seul est Seigneur. En dehors de lui, il n'y a pas de salut."
Nous ne saurons pas grand chose de cet échange sinon que François aurait parlé de la Trinité. Il aurait aussi proposé de se livrer à une ordalie : François et le théologien musulman se jetteraient dans le feu; celui qui sortirait indemne prouverait la supériorité de son Dieu :
"Ordonne que soit allumé un très grand feu, lui dit S. François, et moi, j'entrerai dans le feu avec tes prêtres pour que tu connaisses ainsi quelle est la foi la plus certaine et la plus saine."
Fakhr al Din al-Farisi, homme "reconnu et d'un grand âge", quitta aussitôt la tente. Le Sultan al-Kamil doutant que ses "prêtres" acceptent d'affronter le feu, le pari ne fut pas tenté. S. François proposa d'aller tout seul dans les flammes à condition que le Sultan lui promît de passer avec son peuple au christianisme s'il sortait indemne du brasier. Le Sultan refusa, craignant une sédition des siens.
Témoin de cette ardeur et de ce courage, "le sultan écoutait François avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui" (Saint Bonaventure, Legenda Minor, 9,8). Il offrit de nombreux cadeaux à S. François, qui les rejeta "comme de la boue" : ce n'était pas des richesses du monde qu'il était avide, mais du salut des âmes. Le sultan n'en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d'ici-bas. Il aurait ordonné, selon Ange Clareno, que S. François et tous ses frères puissent accéder librement au Saint-Sépulcre "sans payer le moindre tribut". S. François n'avait pas besoin de cet encouragement pour le faire. Mais ces privilèges accordés aux frères ont duré des siècles.
Le sultan renvoya François avec une grande courtoisie en lui demandant de prier pour que lui-même Malek el-Kamil découvre la vérité. Il revint sain et sauf dans le camp chrétien qui s'en étonna.
"Il semble, souligne Albert Jacquard (Le Souci des Pauvres, éd. Flammarion, 1996) que le sultan n'oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l'expression d'une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu'il décida, dix années plus tard, alors qu'aucune force ne l'y contraignait, de rendre Jérusalem à l'empereur Frédéric II." (Traité de Jaffa, 1229)
La conversion du Sultan
Les Fioretti, recueil d'anecdotes, miracles et histoires merveilleuses de la vie de saint François, ajoutent cette anecdote relatant la conversion du Sultan :
"À la fin, saint François, voyant qu'il ne pourrait réaliser plus de fruits dans ces contrées, se décida, par révélation divine à retourner parmi les fidèles avec tous ces compagnons ; et les ayant réunis tous ensemble, il retourna près du Sultan et prit congé de lui. Alors le Sultan lui dit : 'Frère François, je me convertirai très volontiers à la foi du Christ, mais je crains de le faire maintenant ; car si les gens d'ici l'apprenaient ils me tueraient avec toi et tous tes compagnons ; et comme tu peux faire encore beaucoup de bien et que j'ai à achever certaines affaires de très grande importance, je ne veux pas causer maintenant ta mort et la mienne. Mais apprends-moi comment je pourrai me sauver, je suis prêt faire ce que tu m'imposeras.' Saint François dit alors : 'Seigneur, je vais maintenant vous quitter, mais après que je serai retourné dans mon pays et, par la grâce de Dieu, monté au ciel après ma mort, je t'enverrai, selon qu'il plaira à Dieu, deux de mes frères, de qui tu recevras le baptême du Christ ; et tu seras sauvé, comme me l'a révélé mon Seigneur Jésus-Christ. Et toi, en attendant, dégage-toi de tout empêchement, afin que quand viendra à toi la grâce de Dieu, elle te trouve disposé à la foi et à la dévotion.' Le Sultan promit de le faire et il le fit.
Après cela, saint François s'en retourna avec le vénérable collège de ses saints compagnons ; et quelques années plus tard saint François, par la mort corporelle, rendit son âme à Dieu. Et le Sultan, étant tombé malade, attendit la réalisation de la promesse de saint François et fit mettre des gardes à certains passages, ordonnant que si deux frères, portant l'habit de saint François, venaient à s'y montrer, on les lui amenait immédiatement. En ce même temps, saint François apparut à deux frères et leur commanda de se rendre sans retard près du Sultan et de lui procurer son salut, comme lui-même le lui avait promis. Ces frères se mirent immédiatement en route, et après avoir passé la mer ils furent par ces gardes menés près du Sultan. En les voyant, le Sultan eut une très grande joie et dit : 'Maintenant, je sais vraiment que Dieu m'a envoyé ses serviteurs pour mon salut, selon la promesse que, par révélation divine, m'a faite saint François.' Il reçut donc desdits frères l'enseignement de la foi du Christ et le saint baptême, et ainsi régénéré dans le Christ il mourut de cette maladie ; et son âme fut sauvée par les mérites et l'opération de saint François". (Fioretti, chapitre 24).
Le sultan mourut en 1238.
Dans la Règle présentée à Portioncule le 30 mai 1221, qui comporte 24 chapitres, S. François fournit des indications judicieuses quant à la manière dont les frères doivent agir chez les infidèles : ils ne doivent pas cacher qu'ils sont chrétiens; ne pas essayer de convertir ceux qui ne sont pas prêts à recevoir la parole des Evangiles; attendre un signe de Dieu pour prêcher.
Saint François finit cette Règle de 1221 dite non bullata par cette admonition : "Et de la part de Dieu tout-puissant et du seigneur pape, et par obéissance, moi, frère François, je prescris fermement et j'enjoins que personne ne retranche rien de ce qui est écrit dans cette vie ou que personne n'y ajoute aucun écrit et que les frères n'aient pas d'autre règle".
Saint François (XIXe), église Saint-Médard, Paris
S. François, Patron des écologistes
Si vous avez des hommes qui excluront n'importe laquelle des créatures de Dieu de l'abri de la compassion et de la pitié, vous aurez des hommes qui agiront de même avec leurs semblables.
"Le franciscanisme est une doctrine de réconciliation de la nature et de la grâce" (Ivan Gobry). Aussi S. François peut-il affirmer que "toute créature de Dieu est bonne, et il n'y a rien à rejeter de ce qui se prend avec actions de grâces; car tout est sanctifié par la parole divine et la prière". Nous sommes là aux antipodes du bouddhisme, du manichéisme et du jansénisme.
"Voici que je fais toutes choses nouvelles" (Ap 21:5). Dans le Christ, Dieu-Homme, la Création sensible est transfigurée, le monde est sanctifié, l'humanité est divinisée. C'est pourquoi l'Incarnation s'offre pour François comme le mystère-clé du christianisme.
Au terme de sa vie, S. François rédige ce qu'on appelle le "Cantique du frère Soleil" qui est l'aboutissement de ses enseignements sur le respect et l'amour que tous les humains doivent porter envers toutes les créatures de Dieu. Il rejoint ainsi les préoccupations de ceux et celles qui se soucient de la défense de la nature, des animaux et de l'environnement. C'est d'ailleurs pourquoi, en 1979, il est proclamé "patron des écologistes".
En 1221, S. François considère que "convertir le monde entier comme Dieu le veut" est une tâche plus importante que de laver les chancres des lépreux. Plus précisément, il acquiert la conviction que sa vraie mission, et celle des Frères, n'est pas de s'occuper de la chair qui souffre mais de secourir les âmes égarées.
C'est François d'Assise qui créa la première crèche que l'on retrouve souvent sous "l'arbre de Noël".
Nous sommes en 1223 et François se trouvait à Greccio, une ville de l'Italie. Il dit à l'un de ses amis, qui avait mis à la disposition des frères une grotte dans la montagne:
"Je veux faire mémoire de cet enfant qui est né à Bethléem et observer en détail, de mes yeux corporels, les désagréments de ses besoins d'enfant, comment il était couché dans une crèche et comment, à côté d'un boeuf et d'un âne, il a été posé sur le foin."
Et tous les habitants de la ville vinrent entourer les frères et assister à la Messe de Minuit. Ils étaient si nombreux, avec leurs cierges et leurs lanternes, que le bois était éclairé comme en plein jour. La Messe fut dite au-dessus de la mangeoire qui servait d'autel.
L'année suivante, les habitants de Greccio avaient raconté avec tant d'admiration les merveilles de cette belle nuit de Noël que, un peu partout, on se mit à reconstituer, dans des grottes ou des étables, la scène touchante de la naissance de Jésus. Et c'est pourquoi maintenant, nous avons partout des crèches à Noël.
L'amour du Christ et des mystères porta les Franciscains à la fréquentation des Lieux Saints, où ils s'établirent et dont ils devinrent les gardiens officiels, fournissant traditionnellement le Patriarche latin de Jérusalem. Ils y inaugurèrent le Chemin de Croix, pèlerinage avec stations sur les lieux mêmes où Jésus souffrit sa Passion; dès le XVe siècle, cet exercice est exécuté à domicile en s'attachant simplement par la pensée à l'itinéraire sacré.
En 1224, alors que S. François était en contemplation sur le mont Alverne en Toscane, le Christ lui apparut et lui imprima la stigmates de Sa Passion aux endroits du corps où Lui-même avait été blessé. Premier miracle de cette nature dans l'histoire chrétienne, la stigmatisation de S. François, bien qu'il la tînt secrète et qu'il n'en ait rien dit, fut rapidement connue du plus grand nombre et contribua à accroître sa réputation de sainteté. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 440.) S'étant livré à un jeûne de quarante jours en l'honneur de saint Michel archange, François reçut la stigmatisation le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix : un séraphin, formant avec ses ailes l'image du crucifix, lui imprima, aux mains, aux pieds et au côté, les stigmates des plaies du Sauveur causées par les clous et la lance.
Deux ans après, étant très gravement malade, il se fit transporter à l'église du Portioncule (basilique Sainte-Martie des Anges), le lieu où, bien des années auparavant, il comprit qu'il devait vivre "selon le saint Évangile", et où il mourut "en chantant", comme l'écrit son biographe, le samedi 3 octobre 1226. "Afin que là où il avait accueilli l'esprit de la grâce, là il rendit l'esprit de la vie." (Saint Bonaventure)
S. François demanda qu'on lui lise le 13e chapitre de l'Evangile de Jean : "Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père." Pendant ce temps, il récitait en boucle le psaume 142 (141) : "De ma voix j'ai crié vers le Seigneur, de ma voix j'ai supplié le Seigneur. Je répands ma plainte devant lui. Je lui raconte ma détresse..." Et qui finit par une supplique : "Tire mon âme de sa prison, afin que je célèbre ton nom!"
"Il avait réussi à spiritualiser l'amour des hommes et du monde, et à humaniser l'amour de Dieu, accomplissant à merveille l'impossible gageure chrétienne d'aimer Dieu à travers les hommes." (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, ibid., p. 441.)
Le soir où S. François passa du monde au Christ, alors que c'était déjà le crépuscule de la nuit suivante, des alouettes, oiseaux amis de la lumière du midi et qui ont horreur des ténèbres du crépuscule, vinrent sur le toit de la maison et tournèrent longtemps en faisant un grand bruit : nous ignorons si elles montraient de la joie ou de la tristesse en chantant à leur façon. Elles faisaient résonner une jubilation éplorée et des pleurs jubilants, soit qu'elles plaignaient les fis devenus orphelins, soit qu'elles indiquaient que le père approche de la gloire éternelle. Les gardiens de la cité qui protégeaient le lieu par des veilles attentives, furent pleins de stupeur et invitèrent tous les autres à admirer l'évènement.
Les funérailles furent un nouveau triomphe. Le corps fut d'abord ramené à Assise. La procession passa par Saint-Damien où sainte Claire et ses soeurs vénérèrent en pleurant la sainte dépouille; puis on déposa celle-ci dans l'église Saint-Georges où François avait fait ses humanités. Dès lors, les miracles se multiplièrent à la sépulture.
François fut canonisé par Grégoire IX, en 1228. Son corps, que l'on avait caché, afin de mieux s'en assurer la possession, dans la crypte de l'église bâtie en son honneur en 1230, fut découvert en 1818. Pie XII le proclama patron de l’Italie.
Dans son Testament, S. François indique : "Personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du Saint Évangile" (Thomas de CELANO, Vie du bienheureux François [Vita prima], in François d'Assise, Ecrits, vies, témoignages, éd. du VIIIe centenaire, éd. ibid., v. I, p. 589.) Il puisait directement dans l'Évangile une règle de vie. Ce rapport direct avec Dieu ne l'empêcha pas dans la nouvelle mouture de la Règle de 1221, qui compte 24 chapitres, de commencer par rappeler aux frères qu'ils étaient tenus à la plus grande révérence envers la sainte Eglise, le pape, les évêques et les prêtres. Et de leur léguer "trois paroles" dans son Testament : qu'ils s'aiment les uns les autres, qu'ils aiment et respectent "notre Dame sainte Pauvreté" et qu'ils se montrent toujours fidèles et respectueux de la Sainte Eglise.
Aujourd'hui, les Frères Mineurs se répartissent en trois branches : Franciscains, Capucins et Conventuels. À la fin de l'année 2009, les Franciscains étaient 14 525 dans le monde (dont 398 novices) présents dans 52 pays.
Crucifix de Saint-Damien, XIIe siècle, basilique Sainte-Claire, Assise (Italie). Selon Thomas de Celano (Vita Prima), c'est ce crucifix qui aurait parlé à François d'Assise et qui lui aurait dit : "Va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine !"
"Souviens-toi que lorsque tu quitteras cette terre, tu ne pourras emporter rien de ce que tu as reçu, seulement ce que tu as donné." —Saint François d'Assise.
Postérité
Quelques décades après la mort de S. François, les Franciscains ont envahi l'Université à Bologne, Oxford et Paris, surtout, et plus tard Cologne.
À partir de 1230, les œuvres d'Aristote, principales représentantes de la scolastique (philosophie développée et enseignée au "Moyen-Âge" dans les universités) sont traduites du grec en latin par le dominicain allemand Albert le Grand, véritable introducteur de la pensée du philosophe, et par Guillaume de Moerbeke, secrétaire de Thomas d'Aquin, et introduites dans les universités.
"Quand je connaîtrais tous les mystères, enseigne l'Apôtre, que je posséderais toute science, ...si je n'ai pas la charité, je ne suis rien!" (1 Co. 13:2) S. François consacre à cette parole une admonition, et une autre à celle-ci : "Le lettre tue, l'esprit vivifie" (2 Co. 3:6). À choisir entre la science et la charité, le choix est vite fait. Mais il arrive heureusement que les deux soient compatibles, et les faits l'ont prouvé dans la personne de nombreux saints franciscains. (Ivan Gobry, Saint-François d'Assise et l'esprit franciscain, Maîtres spirituels aux Editions du Seuil, 1957.)
Le premier docteur franciscain, l'Anglais Alexandre de Halès (+1245), fondateur de l'école franciscaine, installera avec lui l'ordre de S. François dans une chaire de la Sorbonne; il sera surnommé le Docteur Irréfragable. Il pensera, d'ailleurs comme un peu plus tard S. Thomas (et c'est probablement à lui que Thomas faisait allusion), que le péché était la raison de l'Incarnation, mais il pensera aussi que l'Incarnation se serait produite en toutes hypothèses pour le seul achèvement et la beauté de l'Univers... Ce sera également la position d'Albert le Grand, évêque de Ratisbonne en Allemagne, le maître de Thomas. Les disciples des fondateurs (scotistes franciscains et thomistes dominicains) exagéreront pourtant jusqu'à la caricature l'opinion respective d'Alexandre de Hales et de Thomas, alors que si Thomas donnera sa préférence au thème de l'Incarnation rédemptrice, il n'en restera pas à la seule libération du péché; comme l'explique le P. dominicain Jean-Pierre Torrell, dans une video, sur le "motif de l'Incarnation", "on ne tiendra pas suffisamment compte de la phrase 'la puissance de Dieu ne se limite pas à cela. Et même sans le péché, Dieu aurait pu s'incarner'"... Alexandre de Hales sera sinon l'auteur, du moins l'initiateur de la première Somme théologique. Un de ses élèves, S. Bonaventure (1217-1274), Maître régent de théologie de l'Université de Paris, sera surnommé le "second fondateur de l'ordre franciscain", et les élèves de S. Bonaventure défendront son esprit contre l'aristotélisme envahissant : Gauthier de Bruges, John (ou Jean) Peckham, Guillaume de la Mare, et Mathieu (ou Matteo) d'Aquasparta. S. Bonaventure donnera une valeur beaucoup plus cosmique et eschatologique, allant bien au-delà du seul intellect, à l'illumination de l'esprit par Dieu.
Les Anglais Robert Grossetête (1175-1253), à Lincoln, et Roger Bacon, à Oxford, surnommé Doctor mirabilis ("Docteur admirable") en raison de sa science prodigieuse, davantage portés vers l'expérience que vers la spéculation pure avaient identifié quelques erreurs commises par Aristote à propos des phénomènes naturels; ce qui ne les empêcha nullement de reconnaître l'importance de la philosophie d'Aristote.
Cependant, au XIIIe siècle, le grand docteur de l'Ordre franciscain sera Jean Duns Scot (1266-1308), professeur à Oxford, Paris et Cologne. Connu pour son angélologie, fierté de l'ordre franciscain, dans la lignée d'Augustin et Bonaventure, il mettra l'accent sur la volonté personnelle et la charité plutôt que sur l'intellectualisme (c'est-à-dire une vision métaphysique qui parce qu'elle exalte l'intellect humain, se voit souvent marquée par une pensée de la nécessité, de l'émanation, de la généralisation, voire du destin); et il s'attachera surtout à S. Augustin, dans l'esprit et dans le détail, tout en donnant aux problèmes théologiques des solutions plus nettes. La virtuosité de son argumentation, mais surtout la profondeur de ses raisonnements lui consacreront le surnom de Docteur subtil. Opposé à S. Thomas et à l'école thomiste quant au rôle de la liberté et de la grâce, il n'en sera pas pour cela le maître de Guillaume d'Ockham et du nominalisme.
Le scotisme, comme doctrine qui se caractérise par "le formalisme métaphysique, l'univocité de l'être, l'intuitionnisme et le volontarisme" (Etienne GILSON, L'Esprit de la philosophie médiévale, Paris, Vrin, 1960), bien qu'ayant influencé Ockham, s'opposera à son nominalisme comme doctrine qui nie la réalité des entités abstraites et n'attribue pas d’universalité aux catégories transcendantes, mais simplement à ce qui est construit par l'observateur.
Chez Duns Scot, l'univocité de l'être implique que tous les êtres sont dits "être" dans un même sens, et sont singuliers de par leur eccéité (essence particulière d'une chose qui permet de la distinguer de toutes les autres).
Thomisteset scotistes s'accorderont ainsi pour lutter ensemble contre le nominalisme de Guillaume d'Ockham qui poussera à l'extrême certaines des idées de Duns Scot (volontarisme et constructivisme) et aboutira à une sorte d'"empirisme anarchique." (DANIEL-ROPS)
La métaphysique du mal d'Augustin est passée tout entière, à peu près telle quelle, dans le thomisme et le scotisme. (E. GILSON, Espr. philos. médiév., 1931, p. 119).
Dialecticien autant que S. Thomas, partisan autant que lui de la méthode critique, Duns Scot ne part pas des mêmes principes que lui et n'aboutit pas aux mêmes conclusions. Pour lui, dans l'homme la volonté prime l'intelligence - d'où le terme de volontarisme dont on qualifie souvent sa doctrine - il ne suffit pas d'avoir démontré la vérité pour que tout se soumette à sa loi. Duns Scot insiste sur le caractère actif de l'âme, sur la liberté dont il défend le principe même dans le domaine spirituel. Est-il si sûr qu'on puisse en parlant du réel, comprendre vraiment et connaître qu'il y ait, dans la Création, des lois fixes que la raison peut repérer et analyser ? Le liberté de la toute-puissance divine ne s'oppose-t-elle pas à une telle fixité ? Que la science ait son domaine, oui, mais hors de son domaine, que vaut-elle ? Ainsi, plus fortement même que S. Bonaventure, Duns Scot apportait-il de l'eau au courant mystique au détriment du courant rationnel.
"Certains augustiniens (franciscains) usent d'ailleurs d'un argument qui n'est pas sans valeur. Ils accusent les scolastiques de sacrifier la religion à la philosophie, le Christ à Aristote. Ils n'ont pas tort en ce qui concerne les écoliers (particulièrement les averroïstes), mais ils se trompent en ce qui concerne la scolastique dominicaine puisque saint Thomas fait prédominer le Surnaturel sur la philosophie. Le thomisme sacrifie Aristote au Christ." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, tome 2, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. Cimes, 2e éd. revue et augmentée, Paris 2015, p. 308.)
Duns Scot ne s'oppose pas systématiquement à Thomas, mais plutôt aux thomistes de son temps, et surtout au séculier Henri de Gand, non pas comme une opposition frontale, mais par une démarche différente. Le scotisme donne une priorité à la volonté, devant les autres facultés, comme l'intelligence (Père Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Artège-Lethielleux, 2018, p. 124-126), ou la charité.
Le cistercien Humbert de Brouilly, le carme Gérard de Bologne, et surtout l'augustin Gilles de Rome (1247-1316) qui le premier, montrera que S. Augustin et S. Thomas n'étaient pas inconciliables, mais qu'ils se complétaient. L'action, selon Gille de Rome, est impuissantesans la charité, et la contemplation sans la grâce. Les deux démarches mystique et rationaliste ne sont pas contradictoires, mais complémentaires.
Contre saint Thomas, Scot pense que le péché de Lucifer n'a pas été l'orgueil. C'est une forme d'envie qui l'a fait pécher. Satan a pu désirer égaler Dieu d'un désir de concupiscence, autant que sa volonté l'a pu. Il n'a pas cherché à devenir l'égal de Dieu, ce qui est impossible, mais l'a parfaitement voulu. (Père Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Artège-Lethielleux, 2018, p. 125.)
Ce qui est le plus remarquable dans la théologie scotiste, c'est la place suréminente qu'elle reconnaîtra au Christ dans l'oeuvre de la Création et de la Rédemption: celui que St Jean dans l'Apocalypse appelle "l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin", est la cause, le chef et l'achèvement de toute la Création spirituelle et sensible. La fête du Christ-Roi sera la conséquence liturgique de cette conception. D'une telle dignité, la Mère du Christ est la première bénéficiaire: de là, l'affirmation de l'Immaculée-Conception de la Vierge, reprise des Pères, que le "Docteur marial" (un autre titre qu'on donna à Duns Scot) défendit contre toute l'Université, et qu'il fit triompher.
Le scotisme sera critiqué à la "Renaissance" par Érasme et Rabelais, qui joueront sur le double sens du qualificatif de "subtil" (synonyme de "fin, recherché", mais aussi d'"inutilement sophistiqué, obscur") attaché à Duns Scot pour railler l'excès de subtilité des scotistes. Il sera soutenu jusqu'au XVIIe siècle, en la personne de Bartolomeo Mastri. Jean Duns Scot sera béatifié par S. Jean-Paul II en 1993. Il est fêté le 8 novembre.
"L'Inquisition, avec ses procédures juridiques rédigées en lieu et place d'une justice seigneuriale coutumière, orale, est aussi fille de l'Université. Dominicains et Franciscains y apportent des procédures écrites et un rituel de l'interrogatoire, de la confrontation et de l'aveu qui ne vont pas tarder à se verser à la justice d'État : on en retrouvera la trace dans les procédures suivies encore aujourd'hui par les juges d'instruction français." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 182.)
Saint François d'Assise recevant les stigmates
Sources: (1) L'Evangile au quotidien; (2) Franciscain.org ; (3) Chiesa ; (4) Egliseinfo.catholique ; (5) Eleves.ens.fr : S. François et le Sultan, les Fioretti ; (6) Les saints Franciscains
Mgr Paul GUERIN, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 617-620
Ivan GOBRY, Saint-François d'Assise et l'esprit franciscain, Maîtres spirituels aux Editions du Seuil, 1957, p. 68-69; 77; 79;111
Stan ROUGIER, Saint François d'Assise ou la Puissance de l'amour, Albin Michel, Saint-Amand-Montrond 2009, p. 136-137
Virgil TANASE, Saint François d'Assise, Gallimard Folio Biographies, Malesherbes 2015
DANIEL-ROPS, L'Histoire de l'Eglise du Christ, tome IV, sous la direction de Jean DUMONT, Editions Bernard Grasset 1962-1965, p. 300-301.
Sur une haute montagne, le Christ a révélé sa divinité à trois de ses apôtres. La voix qui parle, c'est le Père disant de Jésus qu'il est son "Fils bien-aimé" et la nuée est le Saint-Esprit. Nous avons là une illustration de la Trinité dans la Bible....
Les hommes, unis par une même langue, ont voulu construire une tour pour atteindre le ciel, non par amour de Dieu, mais par orgueil, pour se faire un nom et éviter d’être dispersés. Dieu a confondu leur langage et les a dispersés sur la face de la terre.
Dans...
Saint Curé d'Ars, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 119.
On a dit de plus d'un personnage, de plu s d'un Saint, qu'ils furent les prodiges de leur siècle. Ceci n'est peut-être vrai de personne autant que du curé d'Ars...
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Sainte Marthe, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 141.
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