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Christ Roi

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24 janvier 2023 2 24 /01 /janvier /2023 00:00
Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 62.

Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 62.

François de Sales naquit au château de Sales, en Savoie, en 1567. Issu d’une vieille famille aristocratique du duché de Savoie, il choisit le chemin de la foi. Consacrant sa vie à Dieu, il renonça à tous ses titres de noblesse. Le futur saint était l'aîné de six frères et sœurs.

 

Lors de son baptême, il reçut le prénom de "François" en vénération pour François d'Assise.

 

Après ses premières années d'études, on l'envoya au collège des jésuites à Paris.

 

François aimait aller prier devant l'image de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, dans l'église aujourd'hui détruite de Saint-Étienne des Grès à Paris; ce fut là qu'il fit voeu de chasteté, et qu'il recouvra miraculeusement la paix de son âme, troublée par une horrible tentation de désespoir. En souvenir sera érigée en 1692 une chapelle Saint-François-de-Sales dans cette église (l'une des plus anciennes églises de Paris, fondée par Saint Denis, qui, malheureusement, sera détruite par les vandales révolutionnaires en 1792).

 

Après avoir fait son droit à Padoue, François embrassa l'état ecclésiastique. [1]

Saint François de Sales, évêque et Docteur de l'Eglise (+1622) Nommer ce saint, c'est personnifier la vertu de douceur ; il fut le saint aimable par excellence et, sous ce rapport particulièrement, le parfait imitateur de Celui qui a dit : "Apprenez de Moi que Je suis doux et humble de cœur." [2]

 

"Écartant le rigorisme desséchant d'une certaine Église, ce grand maître fut, comme d'aucuns l'ont dit, le 'saint de la douceur de Dieu', indulgent à l'égard de la faiblesse humaine, en un temps où le Dieu des chrétiens était encore le Dieu de l'Ancien Testament." [3]

 

Jeune homme, il mena la vie des anges. Prêtre, il se montra digne émule des plus grands apôtres, par ses travaux et par les innombrables conversions qu'il opéra parmi les protestants. Évêque, il fut le rempart de la foi, le père de son peuple, le docteur de la piété chrétienne, un Pontife incomparable. 

 

"On disait communément, écrit sainte Jeanne de Chantal, qu'il n'y avait pas de meilleur moyen de gagner sa faveur que de lui faire du mal, et que c'était la seule vengeance qu'il sût exercer." -- "Il avait un cœur tout à fait innocent, dit la même sainte ; jamais il ne fit aucun acte par malice ou amertume de cœur. Jamais on n'a vu un cœur si doux, si humble, si débonnaire, si gracieux et si affable qu'était le sien."

 

Les armes de François de Sales étaient celles de l'amour. C'est d'ailleurs l'une de ses devises : 

 

Rien par force, tout par amour.

François de Sales incarna de façon exemplaire, au cours d'une existence souvent harassante, les plus hautes vertus évangéliques au point d'être appelé le Docteur de l'amour. [4]
 

 

Reconstituons le contexte historique quelques années avant la prise de fonction de François. Berne, en Suisse, qui s'était déclaré pour la Réforme en 1528, dépêcha plusieurs "évangélistes" à Genève en 1530 (tels que Ami Perrin, Malbuisson, Clauder Roger et surtout Farel). La religieuse Jeanne de Jussie, du couvent de Sainte-Claire, relata ainsi les troubles qui secouèrent Genève à partir de l'arrivée des troupes et des "évangélistes" bernois : "Et le jour de Monsieur Saint François (d'Assise), un mardi [1530], à dix heures du matin, arrivèrent à Morges les fourriers des Suisses pour prendre logis pour l'armée. Le mercredi, jeudi et vendredi, arrivèrent les troupes des deux cantons de Berne et Fribourg, audit Morges, et firent de grands maux... ils commencèrent à piller, dérober, à fourrager les pauvres gens, et ne laissèrent blé, vin, chair ni meubles par les maisons et châteaux des nobles, et puis brûlèrent tout, qui ne fut pas petite perte... Non contents encore, ces hérétiques rompirent la sacristie et toutes les armoires... et prirent tous les ornements qu'ils trouvèrent et emportèrent tout avec l'horloge du couvent, toutes les couvertures et linges des frères, tellement qu'il ne resta chose aucune... Et tous les prêtres [catholiques] qu'ils trouvaient portant longue robe la leur ôtaient, les dépouillaient et battaient, à toutes les images qu'ils trouvaient tant en plate peinture (fresque) qu'en tableaux, ils leurs crevaient les yeux avec la pointe de leurs piques et épées, et crachaient contre... ils brûlèrent tous les livres, tant de la chanterie qu'autres..."

 

"Le lundi, environ midi [1530], l'armée entra dedans Genève, poursuit soeur Jeanne de Jussie; ils menaient dix-neuf grosses pièces d'artillerie... Les luthériens se firent ouvrir l'église cathédrale Saint-Pierre. Le prédicateur Guillaume Farel se mit en chaire et prêchait en langue allemande. Ses auditeurs sautaient par-dessus les autels comme chèvres et bêtes brutes... Ces chiens abattirent l'autel de l'Oratoire et mirent en pièces la verrière où était en peinture l'image de monsieur Saint Antoine... Ils rompirent aussi une belle croix de pierre... et au couvent des Augustins rompirent plusieurs belles images, et au couvent des Jacobins rompirent de belles croix de pierre...

 

Au mois d'août 1532, les hérétiques firent descendre les cloches du prieuré de Saint-Victor, et puis abattre jusqu'au fondement tout le monastère. En ce même mois, le jour de la Décollation de Saint Jean Baptiste, ils abattirent une petite et fort jolie église de Saint Laurent, et fut aussi abattue l'église de Madame Sainte Marguerite... 

 

L'an 1534,... la veille de Pentecôte, à dix heures de nuit, les hérétiques [luthériens] coupèrent les têtes à six images [statues] devant la porte des Cordeliers, puis les jetèrent dans les puits de Sainte-Claire. Le jour de la Saint-Denis fut découverte [le toit démonté] l'église paroissiale de Saint-Léger hors la ville, et puis entièrement rasée et abattue, et tous les autels rompus et mis en pièces. [5]

 

(En 1535) Expulsion des soeurs de Sainte-Claire. Le dimanche dans les octaves de la Visitation vinrent les syndics [réformés]... Le syndic ordonna à la mère abbesse d'ouvrir les portes (les Soeurs de Ste Claire ou Clarisses appartenaient à un ordre cloîtré). [L]es soeurs s'étant assemblées, Farel les harangua, ... vantant le mariage, la liberté. La mère abbesse l'arrêta mais fut expulsée. Le jour de monsieur saint Barthélémy, vinrent grandes compagnies tous en armes et bien embâtonnées [bien armés] et de toutes sortes d'armes.... ils vinrent heurter à la grande porte du couvent Sainte-Claire. La porte une fois ouverte, le chef de la troupe ordonna aux soeurs 'de par messieurs de la ville que plus ne dites aucun office, haut ni lus, et de ne plus ouïr la messe'. Il fut convenu entre la mère abbesse et le syndic que les soeurs quitteraient le couvent sans rien emporter... Le syndic promit de les conduire à la porte de la ville, sous bonne garde. La sortie se fit alors tant bien que mal, car plusieurs des soeurs étaient âgées et malades. ... Parties de Genève à cinq heures du matin, elles arrivèrent à Saint-Julien en fin de journée, où elles purent prendre du repos, avant de rejoindre Annecy, où le duc de Savoie leur avait fait préparer un couvent.

 

Le 5 août [1535], il (Farel) prêcha à Saint-Dominique et le 8 à Saint-Pierre. Après chacun de ses prêches, la foule de ses partisans abattit les statues et les croix, renversa les autels et les tabernacles, brûla les reliques et jeta les cendres au vent. [6]

Pierre de la Baume, le dernier évêque résidant avait quitté Genève le 1er octobre 1535, après que les syndics eurent publié un décret (le 27 août) par lequel ils ordonnaient 'que tous les citoyens et habitants eussent à embrasser la religion protestante, abolissant entièrement et absolument celle de la catholique'".

 

La théocratie genevoise

"Le 3 avril 1536, il fut donné un mois aux prêtres catholiques pour qu'ils se convertissent et, en attendant, il leur fut interdit de 'se mêler de dire la messe, de baptiser, confesser, épouser [marier]'. Le 5 avril, pareille défense fut faite aux chanoines. Enfin, le 21 mai 1536, 'le peuple réuni en Conseil général, adhérait unanimement à la Réforme religieuse'. En juin 1536, le Conseil abolit la célébration des fêtes, à l'exception du dimanche. Genève était une ville protestante".[7] La ville, dont l'évêque a été chassé, est devenue une république.

 

Le 2 novembre 1536, le bailli de Lausanne, jugeant que les réformés l'avaient emporté, se mit à la tête d'une troupe d'archers et fit le tour des paroisses du lausannois, 'parcourant les campagnes, rasant les chapelles, renversant les autels et abattant les croix... aux cris de 'À bas les papistes'". [8]

 

Appelé à Genève en 1536, Calvin en fut banni deux ans après, mais il y fut rappelé en 1540. Il exercera alors l'influence la plus absolue, faisant reconnaître comme loi d'État un formulaire réglant les principaux articles de foi. "De lourdes amendes punirent les catholiques qui restaient chez eux au lieu d'aller au prêche; harassés, traqués, les fidèles se lassèrent, beaucoup se soumirent pour avoir la paix. La Réforme, assez vite, régna en maître dans le Chablais." [9]

 

Fondateur de la théocratie genevoise, Calvin forge toute la future démocratie européenne. Du fer antique : l'Ancien Testament - la Loi, il forge une nouvelle Jérusalem terrestre. Calvin confond simplement la nouvelle Sion avec l'ancien Sinaï. Il ne voit pas ou ne veut pas voir la loi nouvelle de l'Évangile par rapport à l'Ancien Testament, à la Loi. "La fin de la loi est le Christ", dit l'apôtre Paul (Rom 10:4); "La fin du Christ, c'est la Loi", aurait pu dire Calvin.

"Composé de pasteurs et de laïcs (les "Anciens"), un consistoire est notamment chargé de la surveillance de la vie privée des citoyens. Jeux, spectacles, bals, chansons et tavernes sont interdits, toute infraction morale (adultère, violence, impiété) étant considérée comme un crime." [10]

 

"La profession de foi de 1536 doit être jurée par les habitants. [...] Pour Luther, la volonté humaine ne pouvait que faire le mal, pour Calvin, elle ne veut que le mal et sa responsabilité est entière.

[...] Dieu prédestine au salut (Traité de la prédestination, 1552).

Calvin fait exiler ses contradicteurs, l'humaniste Castellion, en 1544, le pasteur Bolsec, qui rejetait la prédestination, en 1551." [11]

 

Le 12 novembre 1537, le Conseil ordonne à tous ceux qui avaient refusé de jurer la Réformation [accepter le formulaire] de quitter la ville.

 

"Calvin inféode l'Église à l'État" : "Les seigneurs sont des dieux. Le peuple est Satan". Il "fait de l'État le serviteur et l'instrument de l'Église. À Genève il proscrit les jeux et le théâtre, impose l'assistance aux sermons, détermine les prénoms permis, règle la coupe des habits. [...] Les huguenots (de l'allemand eidgenosse, lié par serment), les huguenots de religion se transforment en huguenots d'État. [...] [L]'Église calviniste devient une coalition d'idées et d'intérêts, un parti et une armée." [12]

 

"Tous doivent prêter serment au nouveau Credo; ceux qui y manqueraient seront chassés de la ville; car, [...] l'Église, 'Cité de Dieu', et l'État, 'Cité des hommes', dans l'action, ne font qu'un, aux yeux de Calvin. Être ou ne pas être dans l'Église signifie être ou ne pas être dans l'État. Les dizenniers, ou hommes du guet, font irruption dans les maisons et traînent le peuple, par groupe de dix, à la prestation de serment.

"Plusieurs Eidgnots firent remarquer, en se gaussant, que Farel et Calvin 'qui étaient venus pour faire triompher le libre examen [la liberté de conscience] l'étouffaient à la première manifestation de dissidence'. Quelques-uns d'entre eux allèrent jusqu'à se moquer des 'deux papes qui étaient apparus pour ressusciter la lettre et qui l'emprisonnaient après la lutte de Lausanne.' Très vite ces propos se répandirent dans Genève, et firent rire, le peuple ne tarda pas à appeler leurs auteurs des libertins (car ils défendaient la liberté de penser), et le surnom leur resta ; injure qui devait bientôt se propager et dont on allait flétrir tout individu qui jouerait aux dés, qui n'aurait point éteint sa lumière après le signal du couvre-feu, qui boirait pendant les offices, danserait le dimanche, critiquerait les actes du syndic, ou garderait une image [pieuse] au logis.' (J.M. Aulin)." [13]

 

Après la théocratie de l'Ancien Testament, ici, à Genève, se manifeste à nouveau non pas un homme sacré, mais un peuple sacré; le but de l'État et de l'Église devient non plus la sainteté individuelle, mais la sainteté commune. 'Vous êtes un genre élu, une sainteté royale, un peuple saint.' (I P 2:9), dit Calvin aux Genevois. La ville grouille de limiers, dénommés 'Gardiens', dont l'oeil, tel 'l'oeil qui voit tout', pénètre partout (Ordonnances Ecclésiastiques de 1541). On ne juge pas seulement les actes, mais aussi les pensées et les sentiments. Toute tentative, même la plus secrète, de s'élever contre le 'Règne de Dieu', est soumise, en tant que 'trahison envers l'État', aux plus féroces châtiments de la loi: au fer et au feu. Tout le peuple genevois deviendra une sorte de Prisonnier de Chillon, et la Théocratie de Calvin - une ténébreuse prison souterraine dans l'azurée lumière du Léman." [14]

 

Calvin va plus loin que Luther : le salut est offert aux uns, refusé aux autres (Traité sur la Prédestination, 1552). En outre, la volonté humaine est totalement corrompue et l'homme ne peut sortir de cette corruption par aucune oeuvre. Seule la foi peut le sauver. "Ainsi, ... du plus profond pessimisme, le calvinisme débouche sur un certain orgueil, celui d'appartenir à une élite, d'être une sorte de nouveau peuple élu, donc d'être investi d'une mission de régénération du monde.

[...] La marque calviniste, même si elle déborde le milieu protestant, est présente dans la manie moderne de tout remettre en question, dans l'interventionnisme moralisateur à propos de tout, [...] dans ce besoin de décerner des bons et des mauvais points aux quatre coins du monde, dans ces discours politiques qui prennent souvent le ton du prêche. [...] Les conformismes qui pullulent aujourd'hui, dont celui du 'politiquement correct', voire du 'sexuellement correct', ne sont pas étrangers à l'influence protestante dans les milieux de la politique ou de l'édition", résume A. Richardt. [15] 

 

De 1541 à 1546 seulement, 76 citoyens sont bannis, et 58 genevois sont envoyés au bûcher par Calvin. [16] Ce qui fait quasiment une personne de la ville envoyée au bûcher tous les mois en cinq ans.

 

Les prisons étaient pleines de délinquants. Aimé Richardt, donne des "exemples de la tyrannie mesquine qu'exerçaient les ministres protestants" à Genève. "C'est ainsi que, en date du 20 mai 1537, nous trouvons : 'Une épouse étant sortie dimanche dernier avec les cheveux plus abattus [plus tombant sur les épaules] qu'il ne se doit faire, ce qui est un mauvais exemple et contraire à ce qu'on évangélise, on fait mettre en prison la maîtresse, les dames qui l'ont menée et celle qui l'a coiffée.'

 

Un autre jour, on saisit à un pauvre diable un jeu de cartes. 'Que va-t-on faire du coupable? Le mettre en prison?' La peine eût été trop douce aux yeux de Calvin. On le condamna donc à être exposé au pilori, son jeu de cartes autour du cou."

[...] Les rieurs ne manquèrent pas de protester... L'un demandait 'où le Saint-Esprit avait marqué dans l'Écriture la forme des coiffures des femmes?'. ... Un autre voulait savoir si la barbe de bouc que portait Farel ressemblait à celle d'Aaron !" [17]

 

Dmitri Mèrejkovski donne d'autres exemples de cette tyrannie : 

- un marchand fort connu, fut condamné à mort pour fornication; il monta sur l'échafaud en remerciant Dieu de ce qu'il allait être exécuté "suivant les lois sévères, mais impartiales de sa patrie";

- Le libertin athée Jacques Gruet fut le premier à être décapité le 26 juillet 1547, après avoir été torturé matin et soir, pendant un long mois, du 28 juin au 25 juillet. Sa tête fut clouée au pilori sur le Champel pendant de longs jours. La flamme des bûchers s'éleva.

Lors de la peste de 1543 à Genève, on brûla quinze sorcières; les sorciers, on les châtiait avec 'une plus grande sévérité' : après des tortures inouïes, on les écartelait ! Plusieurs s'étranglaient dans leur cachot pour échapper à la question.

On brûla également le médecin et ses deux aides de l'hôpital des pestiférés. Le 'Règne de Dieu' à Genève équivalut au règne du diable à Munster.

[...] En novembre 1545, les pasteurs de Genève faisant jeter au feu une de leurs fournées de sorcières, Calvin requit les Conseils de la ville, de 'commander aux officiers de la dicte terre de faire légitime inquisition contre telles hérégies, afin de extyrper telle rasse de la dicte terre.'" [18]

 

En 1555. Deux bateliers, les frères Comparet furent soumis à la question et condamnés à mort. "Je suis certainement persuadé que ce n'est pas sans un spécial jugement de Dieu qu'ils ont tous deux subi, en dehors du verdict des juges, un long tourment sous la main du bourreau" (le fer ayant glissé sur leurs vertèbres). Après l'exécution, les corps des deux frères, suivant la sentence, furent écartelés et l'une des quatre parties de chaque corps, fut clouée au pilori, devant la porte Cornavin, afin que quiconque pénétrait dans la ville sût ce qu'il en coûtait de ne pas se soumettre à la parole de Dieu ou à celle de Calvin.

 

Le 15 septembre 1555, sur le Champel, fut mis à mort ce même Berthelier qui, trois ans auparavant, presque à la veille de l'affaire Servet, avait causé un soulèvement des plus dangereux pour Calvin. Debout au pied de la chaire où prêchait Calvin, des indicateurs observaient la manière dont les gens l'écoutaient.

 

Deux personnes furent arrêtées parce qu'elles sourirent quand quelqu'un tomba, endormi, de son banc; deux autres, parce qu'elles avaient prisé.

 

On jeta en prison celui qui avait dit : "Il ne faut pas croire que l'Église soient pendue à la ceinture de maître Calvin!" On faillit brûler une vieille femme comme sorcière parce qu'elle avait regardé Calvin trop fixement.

 

Calvin est le maître à penser de la cité. "Je vous défends d'obéir au pape, répète-t-il, mais je veux que vous obéissiez à Calvin."

 

Une jeune femme fut condamnée à l'exil perpétuel parce qu'elle avait prononcé en sortant de l'Église : "Il nous suffit bien ce que Jésus-Christ a prêché !" 

 

Deux enfants, qui avaient mangé pour deux florins de gâteaux sur le parvis de l'église, furent fouettés des verges. On était jeté en prison pour la lecture de Amadis; pour le port de chaussures à la mode et de manches à gigots; pour trop bien tresser la chevelure, ce dont Dieu se trouvait 'grandement offensé'; pour un coup d'oeil de travers; pour avoir dansé ou avoir simplement regardé d'autres le faire. Plusieurs personnes qui avaient ri pendant un de ses prêches (de Calvin) furent jetées en prison.." [19] 

 

Le 3 juin 1555. "Ami Perrin fut condamné (ainsi que ceux des libertins qui s'étaient enfuis avec lui, Philibert Berthelier, Michalet, Vernat) par contumace, à avoir 'le poing du bras droit duquel il a intenté aux bâtons syndicaux coupé.' Il sera ensuite décapité puis 'la tête et le dit poing seront cloués au gibet et les corps mis en quatre quartiers (Annales Calviniani, O.C., 21, p. 608)."

 

"Les deux Comparet [...] qui, après avoir eu les têtes décapitées, furent mis en quartiers et les quartiers pendus chacun à une potence, aux quatre coins des franchises de la ville, et la tête d'un chacun d'eux avec l'un des quartiers. [...] L'on ne fit que couper les têtes à (François-Daniel) Berthelier et au Bastard [Claude Genève] sans les écarteler; la tête de Berthelier et son corps demeurèrent au gibet, aussi fut le corps du Bastard, mais sa tête fut clouée à un chevron sur la muraille du Mollard." [20]

 

L'épisode le plus connu de ces dérèglements meurtriers est celui de Michel Servet. Ce médecin aragonais professait publiquement que Dieu n'était pas trinitaire. Ignorant le ressort intime du régime de la ville-église, il eut l'audace d'en discuter avec le maître qui l'envoya brûler en 1555.

 

En 1594, le jeune François de Sales s'écriera :

C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut la recouvrer... il faut [les] renverser par des prières ardentes et livrer l'assaut par la charité fraternelle. [21]

Et dans son Introduction à la vie dévôte (III 23), en 1608, il dira : "Qui a gagné le cœur de l’homme a gagné tout l’homme."

Et "Bénis les coeurs tendres, car ils ne se briseront jamais."

"La mesure de l'amour est l'amour sans mesure."

 "L'amour ne nous trouvant pas égaux, il nous égale ; ne nous trouvant pas unis, il nous unit." (Traité sur l'amour de Dieu, 1616) 

 

Luther et Calvin "demandent" une Réforme extérieure. Saint François de Sales et l'Église catholique répondent par une Réforme intérieure.

En 1602, n'ayant rien dit dans ses sermons contre le calvinisme, François écrira encore : "Voyez-vous, ce sermon-là [sur le Dernier jugement] qui ne fut point fait contre l'hérésie respirait néanmoins contre l'hérésie, car Dieu me donna lors cet esprit en faveur des âmes. Depuis, j'ai toujours dit que qui prêche avec amour prêche assez contre les hérétiques, quoiqu'il ne dise un seul mot de dispute contre eux![22]

 

Le règlement de vie intérieure et de vie extérieure

 

En 1591, il avait rédigé sur les conseils de son confesseur, un 'règlement de vie intérieure et de vie extérieure', dont il observera l'esprit jusqu'à sa mort. Ce règlement est divisé en quatre parties:

l'exercice de préparation, qui consiste à "se prescrire au début de chaque journée l'acte mêlé de réflexions et de prières". François le jugeait indispensable, écrivant : "la prescription est comme un fourrier [préparateur] à toutes nos actions... Je la préférerais toujours à toute autre chose ..."

Fixer les exercices de piété qui doivent ponctuer la journée d'un étudiant chrétien en commençant la journée par une action de grâce "avec ces paroles du Psalmiste royal, David : Dès l'aube, vous serez le sujet de ma méditation."

Le repos spirituel ou l'"exercice du sommeil". "Comme le corps a besoin de prendre son sommeil pour délasser et soulager ses membres travaillés [fatigués], de même est-il nécessaire que l'âme ait quelque temps pour sommeiller et se reposer entre les chastes bras de son céleste Époux, afin de restaurer par ce moyen les forces et la vigueur de ses puissances spirituelles...."

Règles pour les conversations et rencontres. Cette dernière partie du règlement de vie intérieure cherche "à établir la liaison entre la vie du monde et la perfection chrétienne." C'est un thème que François reprendra dans son Introduction à la Vie dévôte (1608), l'une des œuvres majeures de la littérature Chrétienne. François établit la manière dont il entend régler ses relations avec ses semblables : "Je ne mépriserai jamais ni ne montrerai signe de fuir totalement la rencontre de quelque personne que ce soit... Surtout je serai soigneux de ne mordre, piquer, de me moquer d'aucun... J'honorerai particulièrement chacun, j'observerai la modestie, je parlerai peu et bon..." [23]

 

Charité en actes et bonnes oeuves : La foi mise en application

 

Saint François de Sales mettait en application ce qu'il prêchait. Évêque, il recommandera, une fois pour toutes, à ses domestiques, de prendre garde à ne renvoyer aucune personne qui demandait à lui parler... "Il recevait toujours chacun avec un visage doux et gracieux... quand ceux de sa maison, pour le détourner de tant recevoir, lui parlaient des rusticités et des insipidités d'autrui, il répliquait : et nous, que sommes-nous? Mgr de Sales recevra en cachettes les pauvres honteux, et nourrira beaucoup de personnes qui n'osaient mendier leur pain (Ier Procès, t. II et t. III, art. 46 et 27).

 

Ces activités charitables terminées; François prenait plaisir à se promener dans sa ville, s'arrêtant ça et là pour donner quelques pièces aux pauvres. Il s'arrêtait pour visiter les malades et des infirmes, puis se rendait à l'hôpital, où il donnait sa bénédiction aux plus proches de l'agonie. Après cela, il allait à la cathédrale pour y entendre des confessions, et s'en revenait paisiblement à sa maison. Encore quelques audiences, quelques lettres, et c'est enfin le recueillement du soir, suivi d'une légère collation, dont il s'abstenait le vendredi et le samedi. Puis François de Sales disait son chapelet à la Vierge Marie, "ne se couchant jamais, fût-il onze heures, minuit, qu'il n'eût satisfait à cette obligation à laquelle il employait une heure de temps" (1er Procès, t. II, art. 33) [24]

 

Le mercredi 14 septembre 1594, en la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, accompagné de son cousin Louis de Sales, François se mit en route pour la forteresse des Allinges, où il avait l'intention de s'installer dans un premier temps. Partout la route était "bordée de débris de calvaires épars dans les haies; des potences élevées à la place des croix; l'église de Boringe, l'église d'Avully démolies de fond en comble, l'église de Bons, transformée en un temple calviniste; l'église de Saint-Didier, celle de Fessy, celle de Lully, abandonnées, les portes grandes ouvertes, les voûtes crevées.. Les autels renversés, tous les presbytères en ruines. Plus un son de cloche nulle part... Et les gens du pays qui voyaient passer ces deux voyageurs en soutane, harassés, couverts de poussière, leur jetaient des regards de haine..." [25] Très vite, devant l'ampleur de la tâche, les deux cousins se partagèrent le travail : Louis évangélisera, avec la colline d'Allinges, les paroisses qui l'avoisinent... François concentrera ses efforts sur Thonon, centre de l'erreur. [26] 

Resté seul, il décida de prêcher presque tous les jours de la semaine, développant les vérités rejetées par les hérétiques, telles que l'origine divine de l'Église catholique, la réalité de l'Eucharistie et de la Messe. Peu à peu son auditoire s'accrut pour atteindre une douzaine, tous anciens catholiques devenus calvinistes par la force des choses.

La réaction des autorités réformées ne se fit pas attendre. Les principaux de Thonon [les chefs calvinistes] ayant assemblé leur conseil, se sont jurés que ni eux ni le peuple n'assisteraient jamais aux prédications catholiques... Loin de se décourager, François proposa de "rétablir la célébration du Saint Sacrifice [la Messe] le plus tôt qu'il pourra, afin que l'homme ennemi voie que, par ses artifices, il nous donne du courage au lieu de nous l'enlever." [27]

La besogne est rude, "les gens ont peur, le prêtre papiste est à l'index, et l'oeil de Genève surveille tout." [28]

 

 

Le 8 janvier 1595, François fut attaqué par un homme qui s'"est promis de le tuer et de porter sa tête à Genève"; miraculeusement, le mousquet de l'assassin fit long feu et l'homme s'enfuit.

Une autre atteinte se produisit un soir de février 1595. Accompagné de trois autres personnes, François remontait paisiblement vers la forteresse des Allinges lorsque deux hommes surgirent d'un buisson, et s'avancèrent vers lui, l'épée à la main. Sans perdre son sang-froid, le pieux missionnaire alla à eux et leur parla. Stupéfaits, les assaillants lui dirent qu'on les avait payés pour le tuer..., puis ils s'enfuirent. [29]

 

En juin 1595, l'abjuration de Poncet fit enrager les calvinistes, qui, selon Favre, étaient allés jusqu'à prétendre que "le prêtre papiste était un magicien qui veillait la nuit pour pratiquer des sortilèges sur la personne du converti". Les choses s'envenimèrent très vite, au point qu'un huguenot affirma par serment public avoir vu François au sabbat, dont il portait la marque, et dans les assemblées nocturnes des sorciers. Ce bruit courut tellement qu'on ne parlait que de tuer et de brûler les papistes... [30]

Dans le même temps, François inaugure une série de prédications sur l'Eucharistie, s'attaquant de front aux thèses des protestants (Luther rejetait la Transsubstantiation, n'admettant qu'une consubstantiation; Zwingli n'admettait qu'une présence figurative, et Calvin niait toute présence du Christ dans l'hostie).

En décembre 1595, le petit troupeau dépasse largement la centaine ! Mgr Trochu écrit : "Il y avait maintenant [à la fin 1595], dans la partie protestante de Chablais, environ 300 catholiques, dont 200 avaient été gagnés, un par un, en l'espace de quinze mois".[31]

"Le Chablais comptait 15 catholiques à Thonon en 1594. Ils sont plus de 25 000 en 1600." [32]

 

Cette situation déplaisait fort aux syndics [conseillers municipaux] de Thonon. Constatant que les tentatives de harassement du missionnaire (jets de pierre, insultes, accusations de sorcellerie...) avaient échoué, ils décidèrent de se tourner vers le pasteur calviniste Viret, en lui demandant de convaincre François d'erreurs doctrinales au cours d'une dispute publique. Viret occupait le poste de ministre à Thonon depuis plus de sept ans, "pour les gens du peuple, il était réputé grand savant, et il se drapait habilement dans cette légende"....  Viret battit le rappel des ministres du Chablais et du pays de Vaud, les appelant à son aide. Ils tombèrent d'accord pour proposer à François une conférence publique pensant que se sentant seul contre tous, il refuserait le combat. François accepta la rencontre. Cette réunion eut lieu en présence d'Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully, président du consistoire de Thonon, mais les pasteurs ne parvinrent pas à une entente. Il y eut "autant d'opinions que de têtes" [33]

 

Au jour et au lieu fixés, il y eut une foule... toute la ville de Thonon s'assembla. La foule attendit, puis commença à s'agiter; François, paisible, souriant, attendit aussi... Tout à coup, un homme, un seul, apparut : c'était Viret qui, confus, tint au peuple le discours suivant : "Mes collègues de Chablais et de Vaud, tout comme moi, étaient véritablement prêts à la dispute, mais après avoir mûrement considéré [réfléchi], ils ne jugent pas à propos de commencer une chose de si grandes importance sans le consentement et expresse permission de Son Altesse [le duc de Savoie], de peur que cette entreprise n'apporte plutôt du dommage que du profit, autant à un parti qu'à l'autre". Ébahie par cette dérobade, la foule hua le malheureux pasteur, pendant que François et plusieurs de ses amis riaient à gorge déployée ! Puis, le missionnaire restant seul maître du terrain, "prit en témoin tous les assistants qu'il ne tenait pas à lui que la dispute ne se fît".

 

Conséquence directe de la dérobade de Viret ? ....Un évènement de la plus haute importance se produisit le 19 février 1596. Ce jour-là, en l'église de Thonon, Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully, issu d'une vieille famille genevoise, président du Consistoire réformé, "un des plus savants et opiniâtres calvinistes de la province", confesse publiquement la foi catholique ! Il abjura le 26 août à Turin, en présence du nonce. Mis au courant, le pape Clément VIII lui adressa le 20 septembre un bref personnel de félicitations. [34]

 

En décembre 1596, François prit l'audacieuse décision de célébrer les trois messes de Noël dans l'église saint Hippolyte de Thonon, qui était devenue un temple protestant, et où François n'avait obtenu que le droit de prêcher. "Sonner la messe à Saint-Hippolyte après soixante ans de silence ! François savait que ce serait frapper un grand coup. La messe, symbole du papisme, la messe que Luther et Calvin ont rejetée, la messe dans leur temple, ce serait pour les protestants [de Thonon] le suprême scandale. Les syndics, en effet, se récrièrent; des bagarres éclatèrent, mais François tint bon... et mit lui-même "la main à la pâte" pour "parer l'église le mieux qui lui fût possible d'images, de tapis, de cierges, et de lampes". Les Visitandines ajoutent qu'"il fut trois jours et trois nuits sans dormir et presque sans manger". Et c'est ainsi, qu'au coeur de la Thonon protestante, François de Sales "à la minuit de la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, célébra le très saint sacrifice de la messe." [35] En janvier 1597, François reçut du duc de Savoie, Charles-Emmanuel, l'autorisation de dire les messes en public, et rétablit par conséquent la messe à Thonon.

Le 9 avril 1597, le successeur de Calvin à Genève (1564), le protestant Théodore de Bèze accepta de rencontrer saint François de Sales, qui s'était réfugié à Annecy. Lors de son entrevue avec lui, François lui posa trois questions :

 

La première question

 

Après les amabilités d’usage, François, avec un sens aigu de l’essentiel, pose une question très courte

Monsieur, peut-on faire son salut en l’Église romaine ?

Bèze voit tout de suite la difficulté : si l’Église catholique assure le salut de ses fidèles, pourquoi s’en séparer ? Il suffisait de l’améliorer par le dedans, comme avaient déjà fait tous les saints réformateurs depuis des siècles (saint Grégoire VII, saint François d’Assise, saint Dominique, sainte Catherine de Sienne, etc.) et comme avait aussi fait le concile de Trente. Mais si le salut est impossible dans l’Église romaine, quelle autre société religieuse a donc donné le Christ aux hommes et assuré leur salut, avant le protestantisme ? Théodore de Bèze demande à se retirer pour réfléchir. Après une longue réflexion, il revient pour répondre : "Vous m’avez demandé si l’on pouvait faire son salut dans l’Église romaine. Certes je vous réponds affirmativement ; il est ainsi sans doute, et on ne peut nier avec vérité qu’elle ne soit la Mère-Église." [36]

 

Les pasteurs calvinistes Rotan et Morlas avaient été obligés de faire la même réponse au roi Henri IV, qui leur avait posé la même question, quatre ans plus tôt.

 

Deuxième question

 

Nouvelle question de François de Sales :

Puisqu’il en est ainsi et que le salut éternel est en l’Église romaine, pourquoi avez-vous planté cette prétendue Réforme, prenons l’exemple en France, avec tant de guerres, de saccagements, de ruines, d’embrasements, de séditions, de rapines, de meurtres, de destructions de temples et autres maux, qui sont innombrables ?

Réponse de Théodore de Bèze, après un long silence : "Je ne veux point nier que vous ne fassiez votre salut en votre religion. Mais il y a ce malheur que vous embrouillez les âmes de trop de cérémonies et difficultés ; car vous dites que les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, qui toutefois ne sont que de bienséance. D’où arrivent plusieurs maux : les peuples, croyant à cette nécessité des bonnes œuvres par vos prédications et ne le faisant pas, ils se damnent misérablement parce qu’ils contreviennent à leur conscience. C’est pourquoi, afin de remédier à ces maux, nous avons tâché d’établir notre religion, en laquelle le chemin du ciel est rendu facile aux fidèles, ayant jeté ce fondement que la foi sauve sans les œuvres, que les bonnes œuvres ne sont point de la nécessité du salut, mais seulement, comme je vous ai déjà dit, de bienséance."

 

Conclusion et troisième question

 

François réplique alors :

Vous ne prenez pas garde qu’en rejetant les bonnes œuvres, vous tombez en des labyrinthes desquels vous aurez peine de sortir ! Pouvez-vous ignorer la raison pour laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ, en l’évangile de saint Matthieu, enseignant à ses Apôtres ce qu’il voulait qu’ils crussent du dernier Jugement, ne fait point de mention des péchés commis, mais dit tant seulement qu’il condamnera les mauvais parce qu’ils n’auront pas fait les bonnes œuvres. Voici ces paroles : « Allez, maudits, au feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges ; car j’ai eu faim, et vous ne m’avez point donné à manger… » Et le reste. (Mt 25:42-43) 

Voyez-vous que pour avoir manqué aux bonnes œuvres s’ensuit la damnation éternelle. Si elles n’étaient que de bienséance, comme vous dites, pensez-vous que ceux qui ne les auraient pas faites fussent punis d’une peine si rigoureuse ?

Quant à moi j’attends votre solution à cette difficulté, ou bien que vous soyez d’un même sentiment avec moi.

Théodore de Bèze ne put rien répondre. [37] 

Bèze se tut pendant un moment, puis "il se laissa aller à proférer des paroles indignes d'un philosophe" (on ignore ce que furent ces paroles indignes), précise Aimé Richardt. [38]

Intolérant, ce protestant fit une honteuse apologie du supplice de Michel Servet (un hérétique qui après avoir écrit en 1531 un livre "Des erreurs dans la doctrine de la Trinité", où il niait la consubstantialité du Fils au Père, fut condamné à être brûlé vif avec son livre, au lieu de Champel, le 27 octobre 1553). Or, dans un traité écrit à l'occasion du supplice de Servet, un certain Martin Bellius, avait en effet prôné la tolérance envers les hérétiques. Contre ce livre qu'il appelait un 'blasphème', Bèze écrivit une réfutation qu'il intitula Anti-Bellius. Il commença par réclamer du duc de Wurtemberg, auquel était dédié la dissertation de Bellius, une punition exemplaire de l'auteur. Puis il fit la théorie de l'extermination de tous les hérétiques : '... vaut mieux avoir un tyran, voire bien cruel, que d'avoir une licence telle que chacun fasse à sa fantaisie.'" [39] L'étonnant est qu'aussi bien Farel, qui conduisit Servet au bûcher, que Calvin avaient été eux-mêmes accusés de la même erreur une vingtaine d'années auparavant... En 1903, sur le Champel sera érigé un "monument expiatoire" au lieu même où fut brûlé Servet, avec l'inscription : "Fils respectueux et reconnaissants de Calvin... mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle... nous avons élevé ce monument expiatoire."[40] Ce qui veut dire que Servet fut brûlé "par erreur".

Relatant son entrevue avec Théodore de Bèze au pape Clément VIII, François lui écrivit : " Enfin [à la fin de notre entretien] je me retirai après avoir tenté tous les moyens de lui arracher l'aveu de sa pensée... alors je compris que je venais d'aborder un coeur de pierre, jusqu'ici inébranlable... je veux dire un coeur vieilli dans le mal." [41]

Devançant le rigorisme janséniste qui n'était pas encore paru, François de Sales conseilla une religieuse, la mère abbesse Angélique, qu'il rencontra le 5 avril 1619 et avec laquelle il entretint une correspondance nourrie. Il s'efforça souvent de tempérer les ardeurs de celle-ci, écrivant par exemple : "Manger peu, travailler beaucoup, avoir beaucoup de tracas d'esprit et refuser le dormir au corps, c'est vouloir tirer beaucoup de service d'un cheval qui est efflanqué, et sans le faire repaître... Ne vous chargez pas trop de veille et d'austérité..." Ou bien encore : "L'humilité, la simplicité de coeur... et la soumission d'esprit sont les solides fondements de la vie religieuse..., j'aimerais mieux que les cloîtres fussent remplis de tous les vices que du péché d'orgueil et de vanité..." Hélas, s'écrie l'abbé Fuzet, à la douce et riante figure de François de Sales... va succéder le sombre Saint-Cyran (ami de Jansénius, "d'extérieur humble et de coeur orgueilleux", écrit Aimé Richardt, il défendit le jansénisme), qui imposera à Angélique "une direction de crainte et de tremblement, une théologie de terreur, et un mysticisme obscur et exubérant". [42]

Le Saint patron des journalistes et des écrivains

 

On a dit, écrit Mgr Trochu, "si saint Paul revenait de nos jours, il se ferait journaliste. Or, c'est François de Sales qui, le premier en date, va le devenir. Il inaugure l'apostolat par la presse."

Il semble que cette vocation lui a été inspirée par Charles de Charmoisy [43] qui lui aurait conseillé de rédiger des articles destinés à remplacer les sermons, puis de les faire distribuer dans les foyers hérétiques. Ainsi, au lieu de prêcher pour une poignée de catholiques, il toucherait des centaines, voire des milliers de lecteurs. Convaincu, François se mit à la tâche: le 25 janvier 1595 parut une Épître à Messieurs de Thonon. Il réunira ces écrits dans un voulume qui sera publié sous le titre Controverses. Il fit imprimer ses écrits, comme le décrivent les Visitandines (Année sainte, manuscrit, p. 7) : "Chaque semaine, ce bon pasteur [François] envoya à Chambéry pour imprimer une nouvelle feuille qu'il faisait distribuer ensuite dans les maisons de Thonon et dans celles de la compagnie". Son ami, le sénateur Favre, s'occupait de la correction et de l'édition, ainsi que de l'expédition de ces feuilles volantes. Ces périodiques sont considérés aujourd'hui comme les premiers journaux catholiques au monde. 

Parmi ces Controverses, on trouve cette mise en garde aux Réformés : "Premièrement, Messieurs, vos devanciers et vous aussi, avez fait une faute inexcusable quand vous prêtates l'oreille à ceux qui s'étaient séparés de l'Église." (tels Luther, Zwingli, Calvin...)

"Vous dites que le peuple dévôt vous a appelés, mais quel peuple ? Car ou il était catholique, ou il ne l'était pas : s'il était catholique, comment vous eût-il appelés et envoyés prêcher ce qu'il ne croyait pas ?.... Quand Luther commença, qui l'appela ? Il n'y avait encore point de peuple qui pensait aux opinions qu'il a soutenues...."

Il s'en prend ensuite à ces pasteurs qui prétendent que chacun peut lire et interpréter les Écritures. "Mais ne serait-ce pas tout brouiller de permettre à chacun de dire ce que bon lui semblerait ? Il se faut ranger à l'Écriture, en laquelle on ne retrouvera jamais que les peuples aient pouvoir de se donner des pasteurs et prédicateurs."  [44]

Le résultat est là. Et quand en 1598, l'évêque vient examiner la tâche accomplie, il constate que la quasi-totalité des Chablaisiens ont réintégré la bergerie catholique. François a alors trente-deux ans. Sa mission du Chablais l'a rendu célèbre. [45]

 

Le 8 décembre 1602, François de Sales est ordonné évêque de Genève à Thorens par Mgr Vespasien Gribaldi, archevêque émérite de Vienne, et métropolitain de Genève. Nouvel évêque, il décide d'instituer le catéchisme afin de diffuser, de faire connaître et comprendre la foi catholique aux croyants de son diocèse. Ses fidèles l’appellent "l'aimable Christ de Genève". [46] Dans la petite ville qu'est alors Annecy - puisque Genève est aux mains de Théodore de Bèze -, il vit modestement, à la façon d'un moine plus que d'un dignitaire.

En 1603, François recommandait : "Dieu seul soit votre repos et consolation!" (Lettre à Mademoiselle de Soulfour, 16 janvier 1603: Œuvres complètes, XII, p. 163, cité in Lettre du pape Jean-Paul II, pour les 400 ans de l’ordination épiscopale de saint François de Sales, 23 novembre 2002).

En 1606, dans la querelle sur la prédestination "entre le molinisme (jésuites qui attaquaient la prédestination comme entachée de protestantisme), qui semble faire la part trop grande à l'homme, et le thomisme (dominicains qui ripostèrent en attaquant les jésuites de pélagianisme), qui centre tout sur Dieu, ... il suffisait, comme le dira Bossuet, 'de tenir les deux bouts de la chaîne", ce qu'avait conseillé de faire saint François de Sales [47], qui "fut consulté par Rome (vers la fin de 1606). Hélas, sa réponse est perdue. Charles-Auguste de Sales nous en donne une idée en écrivant : 'Il répondit son sentiment de la même façon qu'il l'a traité en son livre Traité de l'Amour de Dieu (L III, chap. V) :

Dieu a voulu premièrement, d'une vraie volonté, qu'encore après le péché d'Adam, tous les hommes fussent sauvés; mais en une façon et par des moyens convenables à la condition de leur nature douée du libre arbitre [liberté]; c'est-à-dire, il voulut le salut de tous ceux qui voudraient contribuer par leur consentement aux grâces et faveurs qu'il leur préparait, offrirait et départirait à cette intention. Or, entre ces faveurs, il voulut que la vocation [l'appel à la foi et à la vie chrétienne] fût la première et qu'elle fût tellement [assortie] à notre liberté que nous la puissions accepter ou rejeter à notre gré. [48]

C'est au cours de l'année 1608 que l'évêque de Genève, François de Sales, âgé de 41 ans et prêtre depuis 15 ans, écrivit son œuvre la plus connue, l'Introduction à la vie dévote. Pour François de Sales et ses contemporains, la dévotion désignait, grosso modo, ce que nous appelons aujourd'hui la vie spirituelle, considérée dans sa réalisation la plus authentique, et la plus fervente.

 

Saint Thomas d'Aquin définit la dévotion comme "un acte de la vertu de religion, dont le propre est de relier l'homme à Dieu."

 

Sa doctrine spirituelle est simple : 1. viser à plaire à Dieu et non aux hommes. - 2. Rien par contrainte, tout par amour. - 3. Ne rien demander, ne rien refuser. - 4.  Aller de l'intérieur à l'extérieur. - 5. Aller "tout bellement". 6. Avec douce diligence. 7. Ne penser qu'à aujourd'hui. 8. Recommencer chaque jour. 9. Profiter de toutes les occasions. - 10. Se guérir de ses imperfections. - 11. Vivre paisiblement. 12. Vivre joyeux. 13. Vivre en esprit de liberté.

 

Les éditions du Cerf ont publié en 2019 une très utile "Introduction à la vie dévote, mise en français contemporain", Collection Spiritualité LeXio. On trouvera le texte original de l'Introduction à la vie dévote dans Saint François de Sales, Oeuvres, Paris, Galimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1969, avec l'orthographe modernisée.

 

 

Le langage et le style utilisés étaient très simples pour l'époque, sans citations latines ni grecques, permettant une lecture beaucoup plus large que les traités spirituels qui existaient alors. L'ouvrage était destiné à des laïcs ne se destinant pas à la vie religieuse, et avait pour principal but de montrer qu'il était possible de mener une vie sainte tout en vivant dans le monde. Les vies des saints, et particulièrement de ceux qui ont vécu dans le monde, sont souvent prises comme exemple. Ce livre eut très vite un énorme succès : il fut réimprimé plus de quarante fois du vivant de François de Sales ; le roi de France Henri IV lui-même le lut et la reine Marie de Médicis en offrit un exemplaire "orné de diamants", au roi d'Angleterre.

 

Comment expliquer l'énorme succès que connut l'Introduction à la Vie dévôte (plusieurs centaines d'éditions) ?

 

"[L]'austérité de tels textes tels que le Combat spirituel ou l'Imitation de Jésus-Christ, [...] réservaient 'l'amour de Dieu à une élite contemplative' (André Ravier). Tout autre était cette Introduction à la Vie dévote que Vaugelas appellera 'le livre nécessaire', le livre en qui les gens qui vivent en la presse du monde reconnaîtront leur livre, parce qu'il a 'rendu la dévotion sociable'." [49] 

 

Il ose dire qu'on peut être chrétien sans être austère ni faire des oraisons prolongées, qu'on peut atteindre la perfection sans être du clergé mais en pratiquant son devoir d'état et en acceptant sa condition de vie qu'on soit "soldat, artisan, prince ou simplement marié'. Il répond à l'inquiétude qui habite tout chrétien de son temps : "Que notre âme soit en clarté, en ténèbres, en goût, en dégoût, il faut pourtant qu'à jamais la pointe de notre coeur qui est notre boussole, tende à l'amour de Dieu". [50] Le jeune Louis XIII se nourrira de la spiritualité de la Vie dévote de François de Sales qu'il se fera lire. [51]

 

Lorsque en 1607, François exposa ainsi la situation de son diocèse au pape Clément VIII, il écrivit : "Il y a douze ans, dans soixante-quatre paroisses voisines de Genève [les paroisses du Chablais] et pour ainsi parler, sous ses murs, l'hérésie occupait les chaires [les églises], elle avait tout envahi; à la religion catholique, il ne restait [rien]. Or, aujourd'hui, dans la même région, l'Église étend de toutes parts ses rameaux, avec des poussées si vigoureuses que l'hérésie n'y a plus de place. Jadis on avait peine à convoquer cent catholiques entre toutes les paroisses réunies : aujourd'hui on n'y verrait pas cent hérétiques....'" [52] 

 

"Il convertit, dit-on, plus de soixante-douze mille hérétiques, dont un assez grand nombre appartenaient aux classes élevées." [53]

 

 

"Ravissements, visions, lectures des âmes, parfums mystérieux, le saint vit des phénomènes incroyables. ses pénitents qui viennent à lui, il affirme voir 'clairement dans leur coeur comme au travers d'un cristal.' Il obtient la guérison de Jeanne de Chantal par la prière adressée à saint Charles Borromée (+1584) qu'il aime tant." [54]

 

 

Le dimanche 6 juin 1610, François de Sales fonde à Annecy avec Ste Jeanne de Chantal l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie, ordre monastique féminin de droit pontifical, initialement établi dans une modeste "maison de la Galerie". La cave de cet immeuble, conservée, a été aménagée en oratoire et de nombreux pèlerins viennent aujourd'hui encore visiter le berceau de cet ordre, dont les membres sont couramment appelées les "visitandines". En souvenir du jour où la Vierge Marie, enceinte du Christ s'en alla aider sa cousine Élisabeth âgée et enceinte de Jean-Baptiste, les religieuses auraient pour tâche principale de visiter les malades et les pauvres et de les réconforter.

En 1616, François publie le "Traité de l'Amour de Dieu". Son idée était d'écrire un livre sur la manière d'aimer Dieu dans l'observation des Dix commandements, en révélant aux âmes, "clairement et simplement les beaux secrets de l'amour de Dieu". [55] Cette publication sera suivie de l'édition post-mortem de ses Entretiens spirituels, en 1629.

L'aube de l'amour

Ô Jésus ! Que c'est un plaisir délicieux de voir l'amour céleste, qui est le soleil des vertus, quand petit à petit, par des progrès qui insensiblement se rendent sensibles, il va déployant sa clarté sur une âme, et ne cesse point qu'il ne l'ait toute couverte de la splendeur de sa présence, lui donnant enfin la parfaite beauté de son jour ! Ô que cette aube est gaie, belle, aimable et agréable ! Mais pourtant il est vrai que, ou l'aube n'est pas jour, ou si elle est jour, c'est plutôt l'enfance du jour que le jour même. Et de même, sans doute, ces mouvements d'amour, qui précèdent l'acte de la foi, requis à notre justification, ou ils ne sont pas amour à proprement parler, ou ils sont un amour commençant et imparfait, ce sont les premiers bourgeons verdoyants, que l'âme

aint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, II, 13

Le démon vaincu par le missionnaire du Chablais

 

"[S]i nous en croyons les biographes, il (S. François) délivra plus de quatre cents démoniaques du pouvoir de Satan. (Abbé Édouard, Un nouveau docteur de l'Église, saint François de Sales, Paris, Éd. Jules Vic, 1878, p. 43.) [56] 

 

"Dans son Traité de l'Amour de Dieu, François rapporte le terrible aveu que fit le démon : 'Je suis ce malheureux privé d'amour.'

 

"[...] 'Seul le diable est incapable d'amour!', écrit S. François (Traité de l'Amour de Dieu, VI, 14). [...] N'avez-vous pas remarqué l'air triste et patibulaire qu'affichent ceux qui s'adonnent à la violence et à la haine ?

"[...] Saint François nous a fait remarquer [...] que les démons sont pris d'effroi au contact du crucifix et à l'énonciation du nom de Jésus. [...] La croix est l'instrument de notre rédemption, l'emblème de la victoire du Christ, le don de la vraie vie; en fait, elle est tout ce que les démons ne pourront jamais aimer et posséder." [57]

 

"À certaines mauvaises langues qui accusaient le saint évêque d'accomplir des miracles avec ostentation, il donna cette réponse : "Ces bonnes gens n'ont-ils pas pris garde que la femme a dit son Pater et que Dieu l'a exaucée, la délivrant d'un si grand mal, afin qu'elle ne fût plus induite en tentation par le démon qui la possédait ? Si nous avions soin de le dire (le Notre Père) selon l'esprit et l'intention de Jésus-Christ, nous y trouverions le remède de tous nos maux. Et même, ajouta-t-il en souriant [pour répondre à ses détracteurs], je trouve le remède à ces attaques, en disant : 'Seigneur, pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.'"

 

"[...] Le Notre Père est une vraie prière d'exorcisme: ce sont les paroles mêmes de Jésus, paroles de libération, de l'unique Libérateur et Sauveur du monde. Il ne suffit pas de la réciter machinalement; mais il faut croire de toutes ses forces en la puissance libératrice de la prière de Jésus ! 

 

"[...] Souvent, un Pater prié avec foi se révèle bien plus efficace que de nombreuses et longues prières de délivrance !" [58]

 

Terrassé par un attaque d'apoplexie, Saint François de Sales mourut à Lyon le 28 décembre 1622, le jour des saints Innocents. Avant sa mort, il eut la joie de voir douze monastère de la Visitation se crééer et prospérer : Lyon, en 1615; Moulins, en 1616; Grenoble et Bourges, en 1618; Paris, en 1619; Montferrand, Nevers et Orléans, en 1620; Dijon, Bellay et Saint-Étienne en 1622. [59]

 

Alité, malade, quelques heures avant sa mort, saint François de Sales reçut la visite du vicaire général de Lyon, Ménard, qui l'interrogea alors : "Eh ! Monseigneur, que pensez-vous de la foi catholique ? Ne seriez-vous point huguenot ?... Oh ! Oh ! répondit François, Dieu m'en garde !" Puis, un religieux lui demanda : "Eh ! quoi, Monseigneur, vous voulez donc laisser vos filles de la Visitation orphelines ?" François lui répondit : "Celui qui a commencé, parfera, parfera, parfera [y pourvoiera]. [60] Alors qu'on le portait sur son lit, Mgr de Sales dit : Il se fait fait tard et le jour baisse... Jésus Maria !" Son agonie dura deux heures, sans qu'il prononce d'autres paroles et il rendit l'âme sur les huit heures du soir. Il était âgé de cinquante-cinq ans, quatre mois et sept jours, et était évêque-prince de Genève depuis vingt ans et vingt jours."

 

Le 24 janvier 1623, ses restes ont été transportés à Annecy et portés à la vénération des fidèles dans la basilique de la Visitation où l'on signale des guérisons miraculeuses; par la suite, le docteur de l'Église fut enterré dans l'édifice sacré qui porte son nom dans le centre-ville. Son coeur est toujours incorrompu, il est vénéré à Trévise dans le Monastère de la Visitation. [61]

 

"Selon de très nombreux témoignages il semble que saint François de Sales ait accompli plus de miracles après sa mort que durant sa vie terrestre. On a relevé, en effet, une telle profusion de miracles survenus devant son tombeau, qu'il n'a jamais été possible de tous les connaître ni de les comptabiliser !" [62]

 

Un premier miracle

 

Le vendredi 28 avril 1623, une fillette de huit ans (Françoise-Angélique de la Pesse) qui tentait de cueillir des fleurs sur une rive du Thieu (affluent du Lac d'Annecy), glissa et tomba dans l'eau, le courant l'emporta. Un certain Jean-Louis Daurillac, après plusieurs plongées, finit par remonter le petit corps et le déposa sur la rive. Un seul cri s'éleva alors des spectateurs atterrés : "Elle est morte ! ". Seule la mère invoqua François de Sales : Sa fille ! ... Il lui rendra sa fille !... Étant resté près de trois heures dans le fond de la rivière, le pauvre petit corps est froid. Un docteur (le docteur Grandis) l'examine et déclare que la fillette est morte. Il la recouvre d'un drap. Or, alors que des amies de la mère éplorée soulèvent ce drap pour dire un dernier adieu à Françoise-Angélique, l'enfant ouvre les yeux et joint les mains. "J'ai bien dormi", dit-elle. Miracle ! Miracle ! , s'écrient les dames; à ces cris, Mme de la Pesse accourt, enlace sa fille en éclatant en sanglots, alors que l'enfant s'étonne "que dans la maison on rie et pleure à la fois". Bientôt, a écrit la mère de Chaugy, les miracles que le Tout-Puissant opérait par l'intercession de son serviteur furent "si fréquents qu'on avait peine d'en tenir le compte". [63]

 

François disait : 

Je fais le signe puissant de la croix. Par ce signe puissant j'enchaîne le démon, je disperse toute terreur.

Le procès en béatification de François de Sales est ouvert par le Saint-Siège dès 1626. Il est déclaré bienheureux en 1661, saint en 1665, et est fêté le 24 janvier. 

Il est élevé à la dignité de Docteur de l'Église par le pape Pie IX, en 1877. 

 

À l'occasion du 400e anniversaire de la naissance de S. François de Sales, dans sa lettre Sabaudiae Gemma, Paul VI affirma que S. François de Sales fut "l'une des plus grandes figures de l'Église et de l'Histoire", "le protecteur des journalistes et des publicistes parce qu'il rédigea lui-même une première publication périodique. Nous pouvons qualifier d''œcuménique' ce saint qui écrivit les controverses afin de raisonner clairement et aimablement avec les calvinistes de son temps. Il fut un maître de spiritualité qui enseigna la perfection chrétienne pour tous les états de vie. Il fut sous ces aspects un précurseur du IIe concile œcuménique du Vatican. Ses grands idéaux sont toujours d'actualité." (Lettre apostolique Sabaudiae Gemma, 29 janvier 1967). 

 

À l’occasion des 400 ans de l’ordination épiscopale de saint François de Sales, Jean-Paul II rappela que "celui que le roi Henri IV appelait de manière élogieuse 'le phénix des Évêques', parce que, disait-il, 'c’est un oiseau rare sur la terre', après avoir renoncé aux fastes de Paris et aux propositions du roi de lui donner un siège épiscopal de renom, devint le pasteur et l’évangélisateur inlassable de sa terre savoyarde, qu’il aimait par-dessus tout, car, avouait-il, 'je suis Savoyard de toutes façons, de naissance et d’obligation'. 

 

Docteur de l’amour divin, François de Sales n’eut de cesse que les fidèles accueillent l’amour de Dieu, pour en vivre en plénitude, tournant leur cœur vers Dieu et s’unissant à Lui (cf. Traité de l’amour de Dieu: Œuvres complètes, IV, p. 40 ss). C’est ainsi que, sous sa conduite, de nombreux chrétiens marchèrent dans la voie de la sainteté; il leur montra que tous sont appelés à vivre une intense vie spirituelle, quelles que soient leur situation et leur profession, car "l’Église est un jardin diapré de fleurs infinies, il y en faut donc de diverses grandeurs, de diverses couleurs, de diverses odeurs, et, en somme, de différentes perfections. Que toutes ont leur prix, leur grâce et leur émail, et toutes, en l’assemblage de leurs variétés, font une très agréable perfection de beauté" (Traité de l’amour de Dieu: Œuvres complètes, IV, p. 111).

La perfection consiste à être conforme au Fils de Dieu, en se laissant conduire par l’Esprit Saint, dans une parfaite obéissance (cf. Traité de l’amour de Dieu: Œuvres complètes, XI, 15, V, pp. 291 ss): "Le parfait abandon entre les mains du Père céleste et la parfaite indifférence en ce qui regarde la divine volonté sont la quintessence de la vie spirituelle […]. Tout le retard dans notre perfection provient seulement du manque d’abandon, et il est sûrement vrai qu’il convient de commencer, de continuer et d’achever la vie spirituelle à partir de là, à l’imitation du Sauveur qui a réalisé cela avec une extraordinaire perfection, au début, durant et à la fin de sa vie" (Sermon pour le Vendredi Saint, 1622: Œuvres complètes, X, p. 389)."

Dans cette lettre, Jean-Paul II invitait "les pasteurs et les fidèles à se laisser enseigner par son exemple et par ses écrits, qui demeurent d'une grande actualité". (Zenit.org)

Vierge à l'Enfant avec saint François de Sales, Carlo Maratta, 1691, Forli, Pinacoteca Civica, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 57.

Vierge à l'Enfant avec saint François de Sales, Carlo Maratta, 1691, Forli, Pinacoteca Civica, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 57.

Citons quelques paroles de François lui-même :

 

"Soyez, disait-il, le plus doux que vous pourrez, et souvenez-vous que l'on prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu'avec cent barils de vinaigre. S'il faut donner en quelque excès, que ce soit du côté de la douceur."

 

"Je le veux tant aimer, ce cher prochain, je le veux tant aimer ! Il a plu à Dieu de faire ainsi mon cœur ! Oh ! Quand est-ce que nous serons tout détrempés en douceur et en charité !"

 

"Ayons toujours les yeux sur Jésus crucifié ; marchons à son service avec confiance, simplicité et sagesse. Il sera le protecteur de notre réputation, et s'il permet qu'elle nous soit enlevée, ce sera pour que nous jouissions de sa sainte humilité."

 

"Comme le dit le Docteur angélique, le meilleur moyen pour aimer Dieu, c'est de connaître ses bienfaits. (...) Si nous nous rappelons ce que nous avons fait lorsque Dieu n'était pas avec nous, nous devrons bien reconnaître que ce que nous faisons quand il est avec nous ne vient pas de nous."

 

"Ne cherchez pas à vouloir opposer la vertu contraire à la tentation que vous éprouvez, car ce serait encore discuter avec elle. Dirigez plutôt votre coeur vers Jésus-Christ, et dans un élan d'amour embrassez ses pieds sacrés. C'est le meilleur moyen de vaincre l'ennemi, aussi bien dans les grandes que dans les petites tentations."

 

"L'un des meilleurs usages que nous puissions faire de la douceur, c'est de l'appliquer à nous-mêmes, en ne nous étonnant jamais de nos imperfections. (....) Il faut pourtant nous garder de toute aigreur, de tout dépit, de toute colère. Il en est beaucoup qui pour s'être trop énervés, s'énervent encore d'avoir été énervés, ont du dépit d'en avoir eu, sont en colère de l'avoir été. Par là ils tiennent leurs coeurs dans un mécontentement permanent. (...) Ainsi lorsque notre coeur aura commis quelque faute, reprenons-le avec douceur et patience, avec plus de compassion que de passion, en l'encourageant à se réformer. Le repentir qu'il en concevra sera bien plus profond."

 

"Il nous faut garder une continuelle et inaltérable égalité de coeur."

 

"Pour recevoir la grâce de Dieu en nos coeurs, il faut qu'ils soient vides de notre propre gloire. (...) Ainsi l'humilité repousse Satan. Elle nous fait garder les grâces et les dons du Saint-Esprit. C'est la raison pour laquelle Notre-Seigneur, Sa Mère et tous les saints, entre toutes les vertus morales, ont aimé et honoré l'humilité plus que toutes les autres."

 

"Ne vous permettez jamais de vous mettre en colère ; n'ouvrez jamais la porte de votre cœur à cette passion sous quelque prétexte que ce soit."

 

"On fait toujours assez vite ce qu'on fait bien. Les bourdons font toujours plus de bruit et sont plus pressés que les abeilles, mais ils ne font que de la cire et pas de miel ; de même ceux qui se pressent avec une inquiétude ardente et une sollicitude bruyante, ne font jamais ni beaucoup ni bien."

 

 

PRATIQUE. Soyez doux : un zèle amer ne produit que du mal. 

 

Sources :

(1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 29 ; (2) L'Evangile au quotidien ; (3) Jean-Christian PETITFILS, Louis XIII, Perrin, Lonrai 2008, p. 264 ; (4) Wikipedia ; (5) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réforme, François-Xavier de Guibert, Paris 2013, p. 18-21 ; (6) Aimé RICHARDT, Calvin, François-Xavier de Guibert, Clamecy 2009, p. 76-78 ; (7) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 15 et 21 ; (8) RUCHAT, t. VI, p. 334 ; (9) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 76 ; (10) Jean SÉVILLIA, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 104 ; (11) Bartolomé BENNASSAR, Jean JACQUART, Le XVIe siècle, Armand Colin Poche, Paris 2013, p. 154-158 ; (12) Pierre GAXOTTE, de l'Académie française, Histoire des Français, Flammarion, Saint-Amand, 1972, p. 374; 377 ; (13) Aimé RICHARDT, Calvin, ibid., p. 91 ; (14) Dimitri MEREJKOVSKI, Calvin, Traduit du russe par Constantin Andronikoff, Nrf, Gallimard, Paris 1942, p. 19; 91-92; 113; 117- 118; 124-125 ; (15) Aimé RICHARDT, Calvin, ibid., p. 8; 223-234 ; (16) Yves-Marie ADELINE, Histoire mondial edes idées politiques, Ellipses, Paris 2007, p. 254 ; (17) Aimé RICHARDT, Calvin, ibid., p. 102-103 ; (18) Jean DUMONT, L'Église au risque de l'histoire, préface de Pierre CHAUNU de l'Institut, Éditions de Paris, 2002, p. 579 ; (19) Dimitri MEREJKOVSKI, Calvin, ibid, p.  118;157-158; 167; 176 ; (20) Aimé RICHARDT, Calvin, ibid., p. 180-181 ; (21) François ANGELIER, Saint François de Sales, Pygmalion, Paris, 1997, p. 100, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 23 ; (22) Oeuvres, t. VII, p. 73, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 131 ; (23) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 52-53 ; (24) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 206 ; (25) Cité in Charles-Auguste DE SALES, Histoire du Bienheureux François de Sales, Lyon 1634, p. 81, cité in Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 79 ; (26) Mgr TROCHU, Saint François de Sales, Lyon, 1955, p. 324, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 82 ; (27) Cité par André RAVIER, François de Sales, Nouvelle Cité, 2009, p. 77 ; (28) Mgr TROCHU, ibid., p. 333 ; (29) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 84 ; (30) Cité par Mgr TROCHU, Vie de Saint François de Salesibid., p. 372, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 90 ; (31) Mgr TROCHU, ibib, p. 393, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 92 ; (32) Samuel Pruvot, Nos Ancêtres les Saints, Petite histoire de la France missionnaire, Cerf, Paris 2017, p. 90-91 ; (33) Dom Jean de Saint-François, La Vie du bienheureux Messire François de Sales, 1624, p. 90, cité in, Aimé RICHARDT, ibid., p. 95 ; (34) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 95 ; (35) Charles-Auguste de SALES, ibid., p. 128, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 99 ; (36) Selon Aimé Richardt, qui rapporte cette discussion (p. 101-102), "on connaît l'essentiel des propos échangés par les deux hommes grâce surtout aux relations de Charles-Auguste de SALES, ibid., p. 130-134 ; (37) d'après Mgr Francis TROCHU, Vie de Saint François de Sales, t. 1, p. 462-465, Dominicains d'Avrillé ; (38) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 102 ; (39) Jean GUIRAUD, Histoire partiale, Histoire vraie, tome II, Moyen-Âge, Renaissance, Réfome, Quatrième édition, Gabriel Beauchesnes & Cie Éditeurs, Paris 1912 ; (40) Dimitri MEREJKOVSKI, Calvin, ibid., p. 153-154 ; (41) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 103 ; (42) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 215-216 ; (43) Mgr PICARD, La Mission de Saint François de Sales en Chablay, p. 86, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., 85 ; (44) Les Controverses, édition d'Annecy, p. 21-27, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 87 ; (45) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome VI, La Réforme catholique, Librairie Arthème Fayard, Éditions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 357-358 ; (46) Marguerite & Roger Isnard, Nouvel almanach du Comté de Nice, Serre Éditeur, 2006, p. 31 ; (47) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome VI, ibid., p. 324 ; (48) S. François de Sales, cité par André RAVIER, op. cit., p. 183, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 175 ; (49) Mère de CHAUGY, 2e Procès, t. IV, p. 791, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 186 ; (50) Des Premiers Martyrs à nos jours, Saints et Saintes de France, Hatier, Renens, 1988, p. 79 ; (51) Jean-Christian PETITFILS, ibib., p. 150 ; (52) Oeuvres, op. cit., t. XIII, p. 237, cité in, A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 143 ; (53) Mgr Paul GUERIN, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Argenté-sur-Plessis 2003p. 61 ; (54) Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Eglise catholique, Artège, Paris 2019, p. 261 ; (55) Mgr TROCHU, op. cit., t. II, p. 471, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 197 ; (56) Abbé EDOUARD, cité dans Gilles JEANGUENIN, Saint François de Sales, Son Combat contre le démon, Éditions de l'Émmanuel, Dijon 2009, p. 36 ; (57) Gilles JEANGUENIN, Saint François de Sales, Son Combat contre le démon, ibid.,, p. 22-23 ; (58) Gilles JEANGUENIN, Saint François de Sales, Son Combat contre le démon, ibid., p. 100-101; et 113 ; (59) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 196 ; (60) Charles-Auguste de SALES, op. cit., p. 576, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 231 ; (61) Un évêque modèle : Saint François de Sales, Corrispondenza Romana ; (62) Gilles JEANGUENIN, Saint François de Sales, Son Combat contre le démon, ibid., p. 102 ; (63) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 234.

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21 janvier 2023 6 21 /01 /janvier /2023 20:00
"Les prières funèbres peuvent paraître superflues quand il s’agit d’un chrétien qu’on croit avoir mérité la palme du martyre" (Pie VI sur le Saint Roi Martyr Louis XVI)

 

« Qui pourra jamais douter que ce monarque n’ait été principalement immolé en haine de la Foi et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques ? [...]

 

On s’est efforcé, il est vrai, de charger ce Prince de plusieurs délits d’un ordre purement politique. Mais, le principal reproche qu’on ait élevé contre lui, portait sur l’inaltérable fermeté avec laquelle il refusa d’approuver et de sanctionner le décret de déportation des prêtres, et la lettre qu’il écrivit à l’Évêque de Clermont pour lui annoncer qu’il était bien résolu de rétablir en France, dès qu’il le pourrait, le culte catholique. Tout cela ne suffit-il pas pour qu’on puisse croire et soutenir, sans témérité, que Louis fut un martyr ? [...]

 

Ah ! France ! Ah ! France ! toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la chrétienté et l’inébranlable appui de la foi, toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le siège apostolique, ne marche pas à la suite des autres nations, mais les précède toutes, que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion ! [...]

 

Ah ! encore une fois, France ! Tu demandais même auparavant un Roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du Royaume ne permettaient point de reconnaître un Roi qui ne fut pas catholique, et c’est précisément parce qu’il était catholique que tu viens de l’assassiner ! [...]

 

Nous célébrerons [un Service solennel] pour le repos de l’âme du Roi Louis XVI, quoique les prières funèbres puissent paraître superflues quand il s’agit d’un chrétien qu’on croit avoir mérité la palme du martyre, puisque Saint Augustin dit que l’Église ne prie pas pour les martyrs, mais qu’elle se recommande plutôt à leurs prières… »

 

Pie VI en réaction à la mort du Roi Louis XVI le 21 janvier 1793.

Discours du Pape Pie VI sur le martyre du roi Louis XVI

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21 janvier 2023 6 21 /01 /janvier /2023 18:11
Benoît XVI : sur le remède à l'auto-démolition de l'Occident. Entretien exclusif avec Marcello Pera

Dans un entretien exclusif donné à l'"Observatoire International Cardinal Van Thuan", cité par Stilum Curiae de Marco Tossati et traduit par GloriaTv, le philosophe et homme d'Etat italien Marcello Pera évoque le "grand" Joseph Ratzinger et résume la papauté de Benoît XVI en ces termes : "un saint pour avoir accompli un miracle collectif : avoir stoppé et inversé l'auto-démolition de l'Occident chrétien".

Veuillez trouver ci-dessous chers lecteurs notre traduction personnelle améliorée. 

Christ Roi.

 

***

 

Le dernier jour de l'année civile - le jour où l'Église célèbre saint Sylvestre, le pape de Constantin et du concile de Nicée - le pape Benoît XVI a mis fin à son pèlerinage terrestre.

 

Avec la mort de Benoît XVI, non seulement il nous laisse un excellent théologien et un grand intellectuel européen, mais c'est aussi la fin d'une époque, celle du Concile Vatican II (et des troubles de l'après-Concile), et peut-être aussi celle de l'Église comme âme d'une civilisation. Avec saint Sylvestre Ier, l'Église est devenue l'âme de l'Empire romain, de la Grande-Bretagne à l'Égypte, de la péninsule ibérique à la Syrie, de l'Atlantique à la mer Noire. Aujourd'hui, l'Église dirigée par Jorge Mario Bergoglio a complètement renoncé à façonner, informer et guider une civilisation. L'idée même de societas christiana ou de civilisation chrétienne est étrangère à la dérive théologico-idéologique et pastorale incarnée par le pontificat de François, qui semble plutôt proposer le paradigme inverse avec le monde, compris sociologiquement, élevé à une place théologique à laquelle conformer l’Église, la doctrine et la prédication.

 

Joseph Ratzinger, en revanche, en tant que théologien et Cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, puis en tant que Pontife Romain, a toujours eu à cœur l'identité chrétienne de l'Europe et de la Magna Europa, n'a jamais cédé à l'idée que la civilisation chrétienne devait être archivée comme quelque chose de dépassé, a toujours voulu réaffirmer l'inséparabilité de la foi et de la raison, de la foi et de la culture, et donc la nécessaire civilisation du christianisme.

 

Très chère au penseur Ratzinger était la rencontre providentielle entre la Révélation divine et le logos grec (et le ius romain), c'est-à-dire entre la Parole de Dieu et la spéculation rationnelle classique capable d'atteindre les sommets de la métaphysique ainsi que la rigueur de la dialectique et de la logique analytique, la loi morale naturelle et une véritable anthropologie-psychologie. Ratzinger s'est vigoureusement opposé au processus de déshellénisation du christianisme qui se déroulait dans l'Église depuis plus d'un demi-siècle ; en effet, il a réaffirmé la providentialité de la rencontre entre le classicisme gréco-romain et la Révélation biblique, rencontre dont est née la civilisation chrétienne.

 

Sur le plan moral et politique, Ratzinger-Bénoit XVI a dénoncé le mal du nihilisme qui ronge l'Occident moderne et post-moderne, a pointé du doigt la dictature du relativisme comme forme d'un nouveau totalitarisme sournois, et a enseigné avec force le caractère non négociable (non seulement sur le plan moral personnel mais aussi sur le plan public, juridique et politique) des principes naturels tels que la défense de la vie humaine de la conception à la mort naturelle, la reconnaissance du mariage comme union monogame et indissoluble d'un homme et d'une femme ouverts à la vie, la liberté éducative des parents qui ont de par Dieu la tâche (et non l'État) d'éduquer leur progéniture. Rigoureux et fort fut également le rejet par Ratzinger de l'idéologie du genre et de la prétention à légitimer moralement et à reconnaître légalement les unions homosexuelles.

 

Dans cette œuvre généreuse et grandiose, dans cette tentative intellectuellement puissante d'arrêter l'effondrement de la civilisation chrétienne, de consolider ses murs et de commencer sa reconstruction, Ratzinger a toujours recherché le dialogue avec la culture européenne et nord-américaine la plus sensible, même si elle n'était pas catholique. Ratzinger a essayé de construire un dialogue fructueux avec le monde laïc et non catholique sur la base d'un amour commun pour la vérité, la justice et la civilisation occidentale. C'est dans ce cadre que s'inscrivent la rencontre, la discussion, le dialogue et l'amitié avec Marcello Pera, éminent philosophe et homme politique libéral italien.

 

Nous remercions le sénateur Marcello Pera pour sa généreuse disponibilité et lui posons quelques questions pour mieux comprendre ce que Ratzinger a représenté par rapport à la culture européenne et occidentale, et donc quel vide la mort de Benoît XVI laisse dans l'Église et en Occident.

 

Monsieur le Président Pera, peu d'intellectuels laïcs en Italie peuvent dire qu'ils ont connu et apprécié Benoît XVI comme vous l'avez fait. Comment est née votre relation et qu'est-ce qui vous a frappé dans la pensée de Ratzinger ?

 

La rencontre est née précisément de ce qui m'avait frappé chez lui. Je cultivais les études épistémologiques (c'était ma discipline universitaire) et je m'étais toujours opposé aux idées dans lesquelles, après une longue parabole commencée avec le néo-positivisme logique, la philosophie des sciences avait fini par plonger après Popper. Par exemple, la thèse selon laquelle le choix des grands paradigmes scientifiques ne dépend pas de manière décisive de preuves spécifiques mais est le résultat d'un processus de "conversion", que la vérité des grandes idées scientifiques, par exemple celles de Galilée par rapport à celles de Ptolémée, est interne à chacune d'elles car elle dépend de critères contextuels, que les paradigmes sont donc incommensurables, car deux scientifiques appartenant à deux paradigmes différents travaillent dans deux "mondes différents", etc. En bref, je connaissais le problème du relativisme. Un jour d'août 2004, j'ai lu le livre de Joseph Ratzinger, Foi, Vérité, Tolérance, publié par Cantagalli, et j'ai fait une découverte choquante pour moi, manifestement ignorant de ce genre d'étude : que le relativisme était un courant de pensée répandu même dans la théologie chrétienne. L'autorité de Ratzinger, dont j'avais lu l'Introduction au christianisme comme tant d'autres, ne m'a pas fait douter qu'il avait raison. J'étais stupéfait et troublé : comment cela était-il possible ? Que s'était-il passé, dans la religion du Verbe révélé et incarné, pour que la vérité ne soit plus absolue ? À mon retour de vacances, j'ai poursuivi mes lectures et j'ai demandé une visite à M. Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Après avoir rencontré dans un petit salon un jeune homme blond qui était alors son secrétaire, je suis entré dans son bureau, qui, je m'en souviens, était moins de la moitié de la taille du mien au Sénat. Nous avons commencé à parler, sans grand préambule ni introduction, de philosophie, de théologie, de christianisme. Je me souviens des sujets, mais surtout le ton de mon interlocuteur, sa silhouette, sa douceur et surtout son regard m'ont impressionné. Dans ma vie, j'avais été familiarisé avec des figures comme Popper, Kuhn, Feyerabend, mais bien que je ressente leur autorité, aucun d'entre eux ne m'avait jamais impressionné de la même manière. Je n'avais aucun doute : Joseph Ratzinger était grand. Non seulement parce que j'ai ressenti l'ampleur et la profondeur de sa culture, mais aussi en raison d'un trait de caractère bien plus précieux : un homme qui sait se tenir sur un pied d'égalité avec les autres, qui discute et questionne, sans ton de cathedra. Les yeux n'ont pas trahi. Le sourire n'a pas menti.

 

En tant que laïc libéral, et même en tant que "grand libéral [...] certainement le plus illustre homme politique libéral-conservateur de l'Italie d'aujourd'hui", pour reprendre les termes que Mgr Crepaldi vous a réservés à Trieste, qu'avez-vous trouvé chez Ratzinger de stimulant, d'impliquant et de convaincant ? Y a-t-il eu une difficulté initiale à comprendre et à intégrer la pensée théologique de Ratzinger dans votre système de pensée, ou y a-t-il eu une convergence immédiate des idées ?

 

Aucune difficulté de compréhension, mais une consonance immédiate des idées. Il était clair pour moi que si le relativisme nuit à la science, parce qu'il la réduit uniquement à une "culture", une "tradition", un "récit", le relativisme théologique et religieux a des conséquences pernicieuses pour le christianisme. Si la vérité est relative, le Christ rédempteur de l'humanité n'a aucun sens. Pas seulement ça. Peu de temps s'est écoulé depuis le 11 septembre 2001 : si le christianisme n'était qu'une culture parmi d'autres, la civilisation chrétienne n'aurait aucun fondement ni mérite particulier. Alors les terroristes islamiques ont eu raison de nous considérer comme des impérialistes et de nous combattre en tant que "juifs et chrétiens". Souvenez-vous et réfléchissez : nous avons été considérés comme coupables non pas tant pour nos actes que pour notre être. Maintenant, on peut se qualifier de séculariste tant qu'on veut, on peut faire la sourde oreille et même contrecarrer le message du Christ tant qu'on veut, mais c'était un fait inacceptable : le christianisme était un ennemi ! Sauf que le christianisme n'est pas seulement une foi, c'est une foi qui a baptisé une civilisation : celle de la dignité des hommes, de la liberté, de la responsabilité, de l'égalité. Détruisez le christianisme et vous aurez détruit cette civilisation. Reléguez la foi chrétienne au rôle d'un récit et vous aurez perdu notre fondement. Et notre identité aussi : car si les autres vous frappent parce que vous êtes juif et chrétien et que vous ne donnez aucun poids à cet être, alors les autres sont quelqu'un et vous n'êtes personne, n'ayant rien à défendre. C'est la leçon, très personnelle, que j'ai tirée de la tragédie du 11 septembre et que j'ai renforcée lors de mes rencontres avec Ratzinger. Il avait de la lucidité et du courage.

Un problème subsiste cependant. Historiquement, je suis un homme de la modernité : je viens après le schisme protestant, la naissance de la science expérimentale, le cogito de Descartes, l'ego de Kant, etc. Et qui dit modernité dit raison. Même si je ne suis pas prêt à la considérer comme "notre seule règle et boussole", comme le disait Locke, il ne fait aucun doute que la raison est exigeante : elle ne peut rien admettre qui lui soit contraire. Elle doit encore avoir son mot à dire. Comprenons cela par un exemple (c'est celui de Kant) : même si une voix intérieure, dominante, me disait : "Je suis ton Dieu, suis-moi !", la raison doit avoir un moyen de s'en assurer, ou plus précisément de s'assurer qu'il ne s'agit pas de la voix d'un malin. Donc, ma foi doit s'entendre avec ma raison. Après tout, si Dieu m'a donné le don des deux, il doit y avoir un moyen - caché, difficile, laborieux comme vous voulez - de les concilier. Et là aussi Ratzinger a été grand : dans sa pensée, qui a toujours défendu l'" hellénisation " du christianisme, c'est le logos qui se révèle. La foi s'habille de raison, et la raison est perdue si elle ne reconnaît pas qu'elle opère sur des présupposés de la foi. La foi n'est pas rationnelle, ce qui est rationnel c'est le besoin de la raison pour la foi. Je n'ai jamais réussi à faire croire à Ratzinger que, ne serait-ce que pour cette raison précise - la raison qui cherche et produit la foi - Kant mérite d'être reconnu comme un chrétien moderne. Certes, il était luthérien, mais un luthérien authentique n'est-il pas un augustinien strict ? Quoi qu'il en soit, quel trésor de discussions j'ai perdu à jamais !

 

Politiquement, le Magistère de Benoît XVI aurait pu inspirer une identité culturelle chrétienne euro-occidentale renouvelée et s'offrir comme une pensée de référence pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans l'univers idéologique progressiste, dans le relativisme éthique et le globalisme apatride, c'est-à-dire pour les forces conservatrices et identitaires d'Europe, des États-Unis et d'Amérique latine. À votre avis, comment les forces politico-culturelles conservatrices/identitaires européennes et américaines ont-elles réagi à l'appel extrême de Benoît XVI ? Ont-ils été à la hauteur du défi ? Qu'est-ce qui, à votre avis, a empêché un réveil politico-culturel chrétien en Italie et en Europe tel qu'il correspondrait à l'appel de Benoît XVI ?

 

"Vous avez manqué une grande occasion", m'a-t-il dit un jour, alors qu'il était émérite et que nous, centre-droit, avions perdu le gouvernement. Je lui ai répondu avec sincérité et aussi avec amertume : "c'est vrai, mais l'Église ne nous a pas aidés non plus". Parce qu'il y avait déjà deux églises chrétiennes catholiques au moment de son pontificat : la sienne, celle du christianisme comme salut, et celle, sécularisée, du christianisme comme justice. Comme dans la fresque de l'école d'Athènes : l'un avec le doigt et le regard vers le haut, l'autre vers le bas. L'un voulant corriger le monde, l'autre allant à la rencontre et absorbant le monde, sous prétexte de "se mettre à jour". Benoît XVI avait le soutien de nombreuses personnes qu'il avait réunies sous le nom de "minorités créatives", il était soutenu par des intellectuels laïques, il était soutenu aux États-Unis par le président Bush. Mais le soutien a été timide, la peur, la circonspection et la prudence se sont insinuées. Jusqu'à ce que, après la leçon de Ratisbonne, tout s'écroule. Aucun chef d'État ou de gouvernement ne s'est levé pour défendre Benoît XVI, pour dire qu'il ne s'agissait pas de la liberté de culte de l'islam, mais des instruments violents que l'islam utilisait et ne reniait pas. Même ces jours-ci, j'ai lu par hasard une dame qui disait que Ratzinger avait cité Manuel le Paléologue "hors contexte" ! Et donc, par manque de courage, par peur et par lâcheté, par calcul et par ruse, les choses ont mal tourné. Le pape qui avait tenu les participants au Collège des Bernadins à Paris, à Westminster Hall à Londres, au Reichstag à Berlin, qui avait amené le président laïc Sarkozy à dire à Rome que la France est chrétienne, qui avait interpellé les laïcs sur les racines de l'Europe dans une salle du Sénat italien, a été abandonné. Il a été obligé de s'expliquer, de se justifier, d'ajouter des notes de bas de page. S'il s'agissait d'une guerre de civilisations, alors la civilisation chrétienne reculait. Il est difficile d'expliquer pourquoi les choses se sont passées ainsi. Je pense que la bombe à retardement qui a été déclenchée avec Vatican II, et que Woytila et Ratzinger avaient essayé de désamorcer avec leur herméneutique de la continuité, a finalement explosé. Les cataractes se sont ouvertes, au point qu'aujourd'hui nous sommes à la Terre Mère, c'est-à-dire à la renaissance du paganisme, et du syncrétisme. J'entends encore parler de Dieu, mais peu du Christ ; j'entends dire que la miséricorde et le pardon l'emportent sur le jugement ; je n'entends plus l'expression "péché originel". Nous revenons à la bonne vieille époque russe, celle de l'homme bon, angélique, incorruptible, victime irréprochable de la culture perverse. Ou à l'époque de Pelagius, de l'homme qui s'en sort par ses propres forces. Comme si la chute était un mythe. Avec la complicité coupable de l'Église, les laïcs sont en train de gagner.

 

Toutes les grandes batailles menées par Ratzinger-Benoît XVI, tant ecclésiales que politico-culturelles, semblent aujourd'hui perdues. L’Église semble être en proie à un processus révolutionnaire radical, tant l'enseignement de Benoît XVI est éloigné de ce que disent les Hiérarchies aujourd'hui. C'est précisément le sens de la marche qui a été inversé sur le plan doctrinal, liturgique, moral, socio-politique. Il n'y a pas moins de distance entre les avertissements de Ratzinger dans le domaine politico-culturel et l'état dans lequel se trouve l'Occident aujourd'hui. Voit-il encore possible une "re-conversion" de l'Occident au Christ, une nouvelle unité de la foi et de la raison, de la foi et de la culture, de la foi et de la politique, ou la dérive nihiliste et post-anti-chrétienne de l'Occident est-elle humainement imparable ? La parole de Benoît XVI était-elle une prophétie ou un rêve ?

 

L'histoire, excusez-moi, est une pute. Elle accompagne tous les clients qu'elle rencontre et change constamment de goût. Elle va donc changer à nouveau. Mais sur une conversion au Christ des peuples européens, j'ai des doutes, du moins pour les prochaines générations. Je crains que nous devions boire la coupe amère pendant un certain temps encore. Nous vivons dans une époque déchristianisée qui pense que la déchristianisation est une bonne chose. Nous pensons être de plus en plus libres, mais au contraire, l'absence de sens des limites, de l'interdit, du péché, nous rend plus esclaves. Nous sommes devenus des créateurs de droits fondamentaux : une contradiction pour ceux qui croient en ces droits, car s'ils sont fondamentaux, ils ne peuvent être créés par nos lois. Par conséquent, nos profanes rationalistes doivent démêler un dilemme et prendre position : soit les droits fondamentaux dépendent de lois positives et alors ils sont conventionnels et intéressés, comme les faveurs électorales, et ne sont donc pas des droits, soit s'ils sont fondamentaux, il existe une loi supérieure aux lois positives.

 

Fruit de nombreuses années d'étude, il publie en 2022 le volume Lo sguardo della Caduta. Augustin et l'orgueil de la laïcité (Morcelliana, Brescia), un dialogue intense entre elle et l'évêque d'Hippone dans lequel le libéral Marcello Pera cherche dans le vieil Augustin une réponse au mal qui ronge l'Occident aujourd'hui. Ratzinger peut sincèrement se dire disciple d'Augustin puisque sa pensée se situe dans la ligne augustinienne-bonaventurienne. Ratzinger et Pera sont-ils également unis par Augustin ? Et quel est le remède qu'Augustin offre à l'Occident malade ?

 

Si l'on pense à un remède politique, aucun. Augustin ne croit pas à la politique, et surtout pas que la politique puisse être une voie de salut. Il n'y a pas de recettes politiques dans l'Évangile, il n'y en a pas chez Paul, sauf "obéissez aux autorités", il ne peut pas y avoir d'État chrétien, même les gouvernants chrétiens ne peuvent pas en construire un. La raison en est simple : on n'atteint pas, ni même n'approche, la Cité de Dieu en utilisant des moyens séculiers. L'État ne sert qu'à nous défendre de nous-mêmes. Votre devoir est de croire et de convertir votre amour. L'effort est individuel : lorsqu'il devient collectif, nous en tirerions également un bénéfice politique, mais celui-ci ne serait jamais stable, car même la meilleure société terrestre est affectée par des vices et transitoire. Mais si dans le positif il n'y a jamais de certitude d'un royaume sur terre, dans le négatif il y a une certitude : si vous négligez l'effort de salut, si vous vous détournez de la vérité, si vous poursuivez des idoles profanes, alors il n'y aura pas non plus de société décente. C'est le cas en Occident. Tel qu'il est aujourd'hui, il est perdu. J'ai tiré beaucoup d'inspiration et de bénéfices de Ratzinger. Il est certain que Ratzinger a été très influencé par Augustin et Bonaventure. Par rapport aux autres, sa théologie politique est pauvre, et à juste titre.

 

Avez-vous parlé de cette interrogation d'Augustin et des réponses qu'Augustin vous a données avec Benoît XVI ? Les réponses de l'Augustin de Pera coïncident-elles avec celles de l'Augustinien Ratzinger ?

 

J'ai eu le temps de converser avec lui sur Augustin et Kant et sur ma critique de la raison séculière. Je le remercie encore de m'avoir encouragé. Je regrette d'être arrivé en retard pour poursuivre la discussion. C'est pourquoi je me compare à sa mémoire et à ses écrits.

 

Dans Le regard de la chute, il y a, à mon avis, beaucoup de Ratzinger, même ce que l'on pourrait identifier comme faiblesse/contradiction en ce qui concerne le rapport avec la modernité politique, le jugement sur le libéralisme. En effet, si Augustin est identifié comme le maître et le thérapeute dont il faut tirer la recette pour guérir l'Occident malade, et que la recette d'Augustin est résolument "non libérale", voire, sur des points fondamentaux, illibérale (dans le sens d'antithétique aux postulats de l'idéologie libérale), comment peut-on espérer faire tenir ensemble la démocratie libérale qui constitue l'identité politique de l'Occident avec le remède "non libéral" augustinien ? Guérir le mal de l'Occident avec la médecine d'Augustin ne signifierait-il pas précisément nier le système libéral-démocratique et, en général, l'idée moderne de l'individu, de la société, de l'État, de la politique, du droit, etc. Cela n'impliquerait-il pas la nécessité de libérer l'Occident de la prison idéologique de la modernité (donc aussi de l'idéologie libérale) pour le confier à nouveau à la Tradition chrétienne ?

 

Si vous voulez faire du libéralisme une cible, il est nécessaire, pour toucher la cible, de l'identifier précisément. Qu'entend-on par libéralisme? Une doctrine politique visant à sauvegarder la dignité et la liberté de l'homme contre l'ingérence de la société et de l'État. Le libéralisme s'oppose donc à l'État absolutiste, voire paternaliste, et est favorable aux droits inaliénables de l'homme. Il s'agit de droits, tels que l'égalité en valeur de l'homme, son irréductibilité en tant que simple moyen, sa liberté de pensée et de dévotion, qui sont fondamentaux en ce sens qu'ils ne sont créés par aucune autorité politique, mais respectés par elle comme limite de sa propre action. Comment sont-ils justifiés ? La position du libéralisme classique de Locke est bien connue : les droits fondamentaux sont justifiés parce que nous sommes créés, que nous sommes la propriété de Dieu et que nous lui sommes soumis, et Dieu ne pouvait pas vouloir que, en ce qui concerne "la vie, la liberté et la propriété", certains hommes soient soumis à d'autres ou aient moins de valeur que d'autres. Pourquoi ? Parce que Dieu nous aime et que nous devons être dignes de son amour. Ce libéralisme, évidemment, descend et s'inscrit dans un cadre chrétien, dont il accepte le premier enseignement : Dieu est caritas, amour donné à ses créatures, et nous devons l'honorer. Dans ce libéralisme, la priorité du devoir (envers Dieu) sur les droits prévaut clairement. C'est votre devoir envers Dieu qui donne lieu à mon droit d'être respecté par vous. Il est de mon devoir de ne pas supprimer une créature de Dieu qui donne naissance à mon droit à la vie. Et ainsi de suite.

Maintenant, changez quelque chose dans ce cadre. Supprimez le rôle de Dieu ou mettez-le de côté. Que deviennent désormais les droits fondamentaux de l'homme ? Rien de plus que des demandes d'individus ou de groupes accordées et protégées par l'État. Vous pouvez toujours les appeler fondamentaux, mais ce ne sont plus les mêmes : ce sont des libertés ou des licences garanties. En tant que telles, ils se multiplient, car ils n'ont plus de limite qui les restreigne : ce sont des désirs, puis des demandes, puis des revendications, puis des lois. Le régime politique qui tolère et permet tout cela s'appelle encore libéralisme, mais c'est une usurpation conceptuelle. C'est ce qui se passe en Europe et en Occident. Là où le christianisme disparaît, le libéralisme devient une anarchie éthique, la véritable "dictature du relativisme", comme l'ont appelée le pape Wojtila et le pape Ratzinger. Et vice versa. N'est-ce pas la meilleure preuve que le libéralisme et le christianisme sont conceptuellement congénères ? Et qu'un authentique libéral devrait défendre le christianisme ? Lorsqu'Augustin dit que l'État a besoin d'un lien social religieux, n'est-ce pas comme s'il disait aux libéraux d'aujourd'hui : au moins retournez à vos origines ?

 

L'Église de Léon XII, Grégoire XVI, le bienheureux Pie IX, Léon XIII, Saint Pie X ou Pie XI n'avait aucun problème à condamner la modernité idéologique et la démocratie libérale, mais avec Vatican II, la perspective a changé et le jugement est devenu résolument ambigu. Cette "ambiguïté de jugement" à l'égard de la modernité politique (et donc aussi à l'égard de la démocratie libérale) perdure tout au long de la période post-conciliaire, il suffit de penser au jugement de l'Église sur la démocratie ou les droits de l'homme. Ratzinger n'en est pas exempt non plus. Je vous demande, vous sachant capable de liberté de jugement et de véritable honnêteté intellectuelle, avec une franchise quelque peu provocante : les papes pré-conciliaires n'avaient-ils pas raison ? La démocratie libérale ne serait-elle pas le problème, la maladie dont souffre l'Occident ?

 

Parmi mes livres, il y en a un que je chéris : Droits de l'homme et christianisme. De toute évidence, personne, surtout parmi les hommes d’Église, ne veut le lire. Je ne me plains pas. Mais si l'on fait défiler le texte, on verra que je rends hommage à ces papes pour avoir été prophétiques. Ils ne sont plus à la mode, je comprends. Mais comment aller au fond de leur argument, à savoir que si l'on définit les droits de l'homme comme la propriété de l'homme, ceux-ci deviennent des droits positifs des États, qu'ils donnent et nient ? C'est, à mon avis, également ce qui se produit aujourd'hui sous la responsabilité de l'Église. Quand la constitution pastorale de l'Église dans le monde de ce temps ''Gaudium et Spes'' déclare "proclamer les droits de l'homme au nom de l'Évangile", elle prend elle aussi un raccourci dangereux : elle oublie qu'il faut d'abord passer par les devoirs de l'homme envers Dieu. Seuls ces devoirs rendent admissible le tri des droits. Sinon, il n'y a aucun moyen d'arrêter l'avortement, l'euthanasie, les mariages homosexuels, etc. À cet égard, j'aime rappeler Mazzini : "Certes, les droits existent ; mais lorsque les droits d'un individu entrent en conflit avec ceux d'un autre, comment peut-on espérer les concilier, les mettre en harmonie, sans recourir à quelque chose de supérieur à tous les droits ?" Je crois que Ratzinger était très clair sur cette priorité des devoirs sur les droits, mais il ne l'a pas toujours explicité clairement.

 

Benoît XVI a tenté l'exploit héroïque de sauver l'Occident de lui-même, d'empêcher son suicide. Il a également tenté de ressusciter l'Europe en la ramenant à son identité chrétienne... et tout cela, il ne l'a pas fait dans un contexte ecclésial solide et sûr, mais avec le rocher miné par les sables mouvants post-conciliaires. Il a tenté d'arracher l'Église au processus d'auto-démolition. C'était une bataille ad intra et ad extra. Que reste-t-il de tout cela ? Quel avenir voyez-vous pour l'héritage idéal de Joseph Ratzinger ?

 

Je m'attends à ce que Ratzinger devienne un saint pour avoir accompli un miracle... un miracle collectif, et s'il le sera, ce sera pour cette seule raison : avoir stoppé et inversé l'auto-démolition de l'Occident chrétien. C'était son engagement, ça a toujours été sa mission. Que Dieu, quand et comme il le veut, lui accorde le succès.

 

Merci, Monsieur le Président !

Don Samuel Cecotti

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15 janvier 2023 7 15 /01 /janvier /2023 21:14
https://www.catholicnewsagency.com/news/253342/filming-of-the-passion-of-the-christ-sequel-set-to-begin-this-spring

https://www.catholicnewsagency.com/news/253342/filming-of-the-passion-of-the-christ-sequel-set-to-begin-this-spring

De Francesca Pollio Fenton

 

Denver, Colorado, 15 janvier 2023 / 10h00

 

Le tournage de la suite très attendue de "La Passion du Christ" devrait commencer ce printemps. Le film, "La Passion du Christ : Résurrection", se concentrera sur les jours suivant immédiatement la crucifixion du Christ.

 

L'acteur, réalisateur et producteur Mel Gibson devrait commencer la production dans les prochains mois, selon World of Reel.

 

Alors que "La Passion du Christ" décrivait les scènes déchirantes et atroces de la crucifixion de Jésus, "Résurrection" se plongera dans les trois jours qui séparent sa mort de sa résurrection.

 

Jim Caviezel incarnera à nouveau Jésus. Reviennent également Maia Morgenstern en tant que Bienheureuse Vierge Marie, Christo Jivkov en tant que disciple Jean et Francesco De Vito en tant que disciple Pierre.

 

En 2016 , Gibson a révélé qu'il travaillait sur le projet depuis plusieurs années lorsqu'il a pris la parole lors de la Harvest Crusade du pasteur évangélique Greg Laurie dans le sud de la Californie.

 

"Cela s'appelle 'La Résurrection.' Bien sûr, c'est un sujet très vaste et il doit être examiné parce que nous ne voulons pas simplement en faire un simple rendu - vous savez, lisez ce qui s'est passé », a-t-il déclaré.

 

Caviezel a taquiné le projet en 2020 lors d'une interview avec Breitbart lorsqu'il a déclaré: "Mel Gibson vient de m'envoyer la troisième photo, le troisième brouillon. Ça arrive."

 

"Cela s'appelle 'La Passion du Christ : Résurrection.' Ce sera le plus grand film de l'histoire du monde", a déclaré Caviezel.

 

"La Passion du Christ" a rapporté plus de 612 millions de dollars dans le monde avec un budget de production de 30 millions de dollars. Cela en a fait l'un des films indépendants les plus réussis de l'histoire. C'était le premier film R-rated en Amérique du Nord à rapporter autant. Bien qu'il ait été nominé pour trois Oscars lors de la 77e cérémonie des Oscars, il n'a remporté aucun prix.

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15 janvier 2023 7 15 /01 /janvier /2023 00:00
Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Né vers 436 à Laon dans l'actuel département département de l'Aisne (Hauts-de-France), forteresse imprenable construite par les Romains et ancien promontoire sacré des druides (Laudunum ou Lugdunum, provenant du dieu Lau ou Lug, divinité celtique du Vème siècle avant J.C), Rémi illustre l'église des Gaules par son savoir, son éloquence, sa sainteté et ses miracles.

 

L'histoire de sainte Clotilde nous a appris comment le roi des Francs, Clovis, son époux, se tourna vers le Dieu des chrétiens à la bataille de Tolbiac, et remporta la victoire. Ce fut saint Rémi, né en 438 à Cerny-en-Laonnois, près de Laon, du comte Émile de Laon (Emilius) et de sainte Céline (Célinie), dans la bonne société gallo-romaine, qui acheva d'instruire le prince.

 

Selon la tradition, ce qui rendait les parents de Rémi surtout recommandables, c'était leur zèle pour la pratique des vertus chrétiennes. Ils furent très attentifs au choix de ceux qu'ils chargèrent de l'éducation de leur fils; aussi Dieu bénit leurs soins, et, dès l'âge de vingt-deux ans, Rémi s'était acquis une telle réputation de science et de vertu, qu'on crut pouvoir passer par-dessus les règles ordinaires en l'élevant - malgré sa jeunesse - sur le siège de Reims, à vingt-deux ans. Un épiscopat de soixante-dix ans, et une suite non interrompue de grandes actions ont rendu son nom célèbre ! Évêque de Reims, Rémi géra avec application son diocèse, mettant en application ce qu'il prêchait dès 486 à Clovis, secourant les pauvres et les pèlerins, protégeant les veuves, nourrissant les orphelins, rachetant les captifs, affranchissant de nombreux esclaves, et jouant un rôle de médiateur auprès des barbares.

 

Par exemple, dans la célèbre lettre qu'il adresse à Clovis en 482, lors de l'accession au pouvoir du roi à la mort de son père Childéric, Rémi recommande : 

Une grande nouvelle est venue jusqu'à nous : vous avez hérité du gouvernement de la Belgique seconde. Rien d'étonnant à ce que tu sois à tes débuts ce que tes parents ont toujours été. À ce poste dominant, et si élevé, où t'a porté ton mérite et ton active humilité. Tu dois avant tout veiller à ce que le Seigneur ne te retire pas sa faveur.

[...] Soulage les habitants de ta province, réconforte les affligés, veille sur les veuves, nourris les orphelins - fais mieux, instruis-les -.

[...] Que ton Palais reste ouvert à tous, pour que personne ne s'afflige d'être tenu à l'écart. Tu détiens de ton père quelque richesses : tu t'en serviras pour délivrer les captifs et les délier du joug de la servitude. Que celui qui paraît devant vous ne se sente pas étranger.

M.C. ISAÏA, Rémi de Reims, Mémoire d'un saint, histoire d'une église, Cerf, Paris 2010, p. 777.

L'histoire du retour des vases sacrés (vases de Soissons), sans doute des vases de Reims, qui avaient été volés puis rendus à Rémi, témoigne des bonnes relations qui existaient entre lui et le roi Clovis.

Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Le baptême de Clovis

 

La nuit avant son baptême, Rémi alla chercher le roi, la reine et leur suite dans le palais; il les conduisit à l'église, où il leur fit un éloquent discours sur les grands mystères de la religion chrétienne et la vanité des faux dieux. Le Saint prédit à Clovis et à Clotilde les grandeurs futures des rois de France, s'ils restaient fidèles à Dieu et à l'Église. (Cf. Testament de S. Remi)

Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Quand fut venu le moment du baptême le 25 décembre 496, avec 3.000 de ses guerriers francs, Rémi dit au roi :

 

"Courbe la tête, fier Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré."

 

 

Au moment de faire l'onction du Saint Chrême, le pontife, s'apercevant que l'huile manquait, leva les yeux au Ciel et pria Dieu d'y pourvoir. Tout à coup, un ange descendit d'en haut, portant une fiole pleine d'un baume miraculeux ; le saint prélat la prit, et fit l'onction sur le front du prince. Cette fiole, appelée dans l'histoire la "sainte Ampoule", exista jusqu'en 1793, époque où elle fut brisée par les révolutionnaires.

Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Outre l'onction du baptême, saint Rémi avait conféré au roi Clovis l'onction royale. Deux sœurs du roi, trois mille seigneurs, une foule de soldats, de femmes et d'enfants furent baptisés le même jour.  

 

Rémi envoya ce message à Clovis :

Secourez les malheureux, protégez les veuves, nourrisez les orphelins... Que votre tribunal reste ouvert à tous et que personne n'en sorte triste ! Toutes les richesses de vos ancêtres, vous les emploierez à la libération des captifs et au rachat des esclaves. Admis en votre palais, que nul ne s'y sente étranger ! Plaisantez avec les jeunes, délibérez avec les vieillards !

Missel du Dimanche 2019, Nouvelle traduction liturgique, Année C, Artège Bayard, Lonrai 2018, p. 157-158.

Le saint évêque aurait rendu la vue à deux aveugles, conjuré d'un seul geste de sa main un incendie allumé par les démons et qui menaçait d'embraser toute la ville de Reims.

 

Sa sollicitude allait aux plus humbles créatures de Dieu, tels ces moineaux qui venaient familièrement picorer dans sa main les miettes de son repas.

Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Saint Rémi s'éteignit, âgé de quatre-vingt-seize ans, l'an 533. La basilique rémoise où il fut enseveli passa dès le milieu du VIe siècle sous son vocable. Dès lors Rémi fut vénéré comme principal patron de la ville de Reims : en 546, les habitants, pour écarter une épidémie de peste venant de Germanie, avaient porté en procession la pièce de tissu (palla) recouvrant le tombeau du saint évêque. Sa réputation de thaumaturge assura le développement de son culte  dans les régions voisines, en Lorraine, où le village natal de Jeanne d'Arc porte son nom (Domrémy), et en Alsace (Eschau), mais aussi en Provence (Saint-Rémi-de-Provence) et dans les régions alpestres du Trentin, du Tyrol et de la Bavière. Une première Vie de Saint Rémi fut rédigée peu après sa mort. Avant que cette biographie primitive disparût - ce qui advint très tôt -, Grégoire de Tours put s'en inspirer dans les chapitres de son Histoire des Francs.

 

Il est l'un des cinq patrons catholiques de France, avec S. Martin, S. Denis, Ste Jeanne d'Arc et Ste Thérèse de Lisieux.


Dans le diocèse de Reims, il est fêté le 1er octobre conformément à une tradition locale qui remonte à la fin du VIe siècle.

Tombeau de Saint Remi dans la basilique Saint Remi à Reims (Marne - Champagne-Ardennes)

Tombeau de Saint Remi dans la basilique Saint Remi à Reims (Marne - Champagne-Ardennes)

En mémoire du baptême de Clovis, les évêques de Reims ont été depuis en possession d'un droit de sacrer les rois de France.

Sources : (1) (2), (3) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 276; (4) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 1022-1026.

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11 janvier 2023 3 11 /01 /janvier /2023 19:39

Le pape François a rencontré l'archevêque Georg Gaenswein, secrétaire de longue date du pape Benoît XVI

 

Par NICOLE WINFIELD Associated Press

https://abcnews.go.com/International/wireStory/pope-meets-benedicts-aide-amid-funeral-book-fallout-96309817

https://abcnews.go.com/International/wireStory/pope-meets-benedicts-aide-amid-funeral-book-fallout-96309817

ROME – Le pape François a rencontré lundi l'archevêque Georg Gaenswein, secrétaire de longue date du pape Benoît XVI, qui a joué un rôle clé dans les récentes funérailles de ce dernier, mais qui a suscité des remous en publiant des mémoires extraordinaires dans lesquelles il règle de vieux comptes, révèle des intrigues de palais et dépeint François sous un jour très défavorable.

 

Le Vatican n'a fourni aucun détail sur le contenu de l'audience privée, si ce n'est pour dire que cela s'est produit.

 

Les spéculations sur l'avenir de Gaenswein ont tourbillonné maintenant que son travail principal auprès de Benoît a pris fin après son décès le 31 décembre. Mais des questions ont également été soulevées sur ce que François fera avec Gaenswein après la publication cette semaine de son livre révélateur, "Rien que la vérité : Ma vie à côté du pape Benoît XVI".

 

Les spéculations sur l'avenir de M. Gaenswein vont bon train maintenant que son travail principal auprès de Benoît XVI a pris fin après le décès de ce dernier le 31 décembre. Mais des questions ont également été soulevées sur ce que François fera de Gaenswein après la publication cette semaine de son livre révélation, "Rien que la vérité : ma vie aux côtés du pape Benoît XVI".

 

Certains observateurs du Vatican voient le livre comme la première salve d'une nouvelle ère d'attaques anti-François de la droite conservatrice, pour qui Benoît est resté un point de référence nostalgique à la retraite. La mort de Benoît et les révélations post-mortem de Gaenswein ont fait disparaître la façade d'une heureuse cohabitation de deux papes.

 

Dans le texte, M. Gaenswein révèle des détails jusqu'alors inconnus sur certains des plus gros hoquets et du mauvais sang qui se sont accumulés au cours des dix dernières années pendant lesquelles Benoît XVI a vécu en tant que pape retraité après sa décision de 2013 de prendre sa retraite, le premier pape en six siècles à le faire.

 

Dans l'une des sections les plus explosives, Gaenswein dit qu'il était "choqué et sans voix" lorsque François l'a essentiellement renvoyé de son travail de jour en tant que chef de la maison papale en 2020 après un scandale autour d'un livre co-écrit par Benoît. François a dit à Gaenswein d'arrêter de venir au bureau et de se consacrer à prendre soin de Benoît, mettant essentiellement fin à son travail de "pont" entre les pontificats.

 

En imprimant des lettres auparavant secrètes entre les deux papes et en relayant des conversations privées avec les deux, Gaenswein a révélé que François avait refusé les supplications de Benoît de le reprendre. Aigri, Gaenswein a décrit François comme peu sincère, illogique et sarcastique en décidant de son sort, et a déclaré que Benoît XVI s'était même moqué de François lorsqu'il a été informé de la décision.

 

"Il semble que le pape François ne me fasse plus confiance et fasse de vous mon chaperon", a déclaré Gaenswein citant Benoît.

 

Gaenswein a également écrit sa consternation que des années plus tôt, François lui ait refusé le droit de vivre dans l'appartement du palais occupé par son prédécesseur. Après une rénovation plus longue que d'habitude, François a donné l'appartement à la place au ministre des Affaires étrangères du Vatican, forçant Gaenswein à continuer à vivre dans le monastère que Benoît appelait sa maison.

 

L'avenir de Gaenswein reste incertain, et ses mémoires vont certainement compliquer les relations avec le pape actuel qui décidera de son sort. En tant qu'archevêque, il pourrait techniquement être nommé à la tête d'un archidiocèse dans son Allemagne natale. Interrogé sur cette possibilité, le chef de la conférence des évêques allemands a déclaré la semaine dernière que ce n'était pas à lui (de le décider) mais à François. En outre, certains commentateurs du Vatican ont suggéré que Gaenswein pourrait être nommé ambassadeur du Vatican, pour diriger un sanctuaire important ou pour reprendre sa carrière universitaire.

 

Son livre est susceptible de lui faire gagner des points auprès des critiques traditionalistes de François, puisqu'il fait ce que Benoît a refusé de faire pendant 10 ans et révèle publiquement ce que le défunt pape aurait pensé des décisions de son successeur sur deux questions cruciales : Gaenswein écrit, par exemple, que Benoît pensait que la décision de François de rétablir les restrictions sur la célébration de l'ancienne messe en latin était une "erreur" et que son action auprès des catholiques divorcés et que son approche des catholiques divorcés et remariés civilement était "déroutante".

 

Il s'intéresse également à quelque chose d'autre lorsqu'il cite François disant qu'avoir Benoît au Vatican, c'était comme avoir un grand-père sage à la maison, vers qui il pouvait se tourner pour obtenir des conseils. Gaenswein a cité Benoît comme notant qu'il n'avait que neuf ans de plus que François et que "peut-être serait-il plus correct de m'appeler son 'frère aîné'".

 

Gaenswein, un avocat canoniste allemand de 66 ans, s'est tenu aux côtés de Benoît pendant près de trois décennies, d'abord en tant que fonctionnaire travaillant pour le cardinal Joseph Ratzinger de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis à partir de 2003 en tant que secrétaire personnel de Ratzinger. .

 

Il l'a suivi au palais apostolique lorsque Ratzinger a été élu pape, puis à la retraite lorsque Benoît a démissionné. À ce titre, il est resté le gardien, le confident et le porte-parole de Benoît XVI, et dans le nouveau livre, il semble désireux de remettre les pendules à l'heure pour défendre Benoît et lui-même une fois de plus.

 

Dans ce document, il ravive de vieilles poussières avec une couverture journalistique de lui ou de Benoît, de tout au type de papier à en-tête qu'il utilisait pour une phrase qu'il prononçait, suggérant qu'il avait gardé une trace de toutes ces années et, avec la mort de Benoît, sentait qu'il pouvait enfin parler. en dehors.

 

Bien qu'il n'y ait pas de livre de jeu décrivant comment un secrétaire d'un pape à la retraite devrait se comporter, publier un livre dans la semaine suivant sa mort qui critique son successeur, révèle une correspondance privée et nourrit de vieilles rancunes dans des détails finement documentés ne suit certainement pas la réserve typique de Protocole Vatican.

 

Austen Ivereigh, un biographe de François qui a co-écrit un livre avec lui, a noté dans une série de tweets lundi que le livre de Gaenswein semblait en fait violer une promesse fondamentale que Benoît avait faite lors de sa démission : qu'il obéirait à son successeur.

 

"Ces révélations sapent le serment de loyauté de Benoît envers François, auquel Benoît s'est tenu rigoureusement ; violer le devoir de confidentialité de Gaenswein envers les deux … et encourager ceux qui cherchent à tort à opposer l'héritage de Benoît XVI à François", a écrit Ivereigh.

______________________

Parmi les révélations, Benoît XVI a découvert Traditionis custodes (le document de François limitant l’usage de la liturgie romaine avant la réforme de 1970 que Benoît avait libéralisé), en feuilletant l'Osservatore romano : "Le 16 juillet 2021, Benoît XVI découvre, en feuilletant L'Osservatore Romano de l'après-midi, que le pape François a publié le motu proprio Traditionis custodes sur l'usage de la liturgie romaine avant la réforme de 1970." Benoît XVI, en particulier, a estimé qu'il était erroné d'interdire la célébration de la messe selon l'ancien rite dans les églises paroissiales, car il est toujours dangereux de coincer un groupe de fidèles pour les faire se sentir persécutés et leur inspirer le sentiment de devoir sauvegarder coûte que coûte leur identité face à « l'ennemi ».

( Source : https://rorate-caeli.blogspot.com/2023/01/rorate-exclusive-first-translation-of.html )

 

Lire aussi ce fil sur Le Forum catholique. "Vatican: les critiques du secrétaire personnel de Benoit XVI envers le pape François" (Le Figaro)

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3 janvier 2023 2 03 /01 /janvier /2023 00:00
Saint Nom de Jésus

Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l'enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l'ange lui avait donné avant sa conception "Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus." (Luc 1,31). Le Catéchisme de l’Église Catholique ajoute que "Jésus veut dire en hébreu : “Dieu sauve ”. Lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel lui donne le prénom de Jésus, exprimant à la fois son identité et sa mission" (CEC 430).

C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : "Jésus Christ est Seigneur" à la gloire de Dieu le Père.

Philippiens 2, 9-11

Les premiers disciples vont vénérer le nom de Jésus. Pierre l’invoque pour guérir l’infirme qui se trouvait à l’entrée du temple de Jérusalem (Ac 3,6). Dans les prières, dans leurs louanges, ils ne cessaient d’invoquer le nom de Jésus qui leur avait donné son Esprit. "Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père." (Col 3, 17). "Ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera." (Jn 16, 23).

 

Les pharisiens et docteurs de la loi ont voulu empêcher les Apôtres de prier au Nom de Jésus : "Ayant rappelé Pierre et Jean, ils leur interdirent formellement de parler ou d’enseigner au nom de Jésus" (Ac 4, 17-18). Mais ceux-ci refusent de cesser de prononcer ce saint Nom, car ils savent qu’il n’y a de salut en aucun autre : "En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver" (Ac 4, 11-12).

 

Au cours des siècles les chrétiens sont restés attaché au nom de Jésus et le prierons en l’appelant affectueusement par son nom.

Au Moyen-Age, la période de St François était particulièrement sensible à cette forme de piété. François lui-même aimait répéter le nom de Jésus comme nous le rappelle Celano : "le nom de Jésus était à ses lèvres doux comme le miel." (2C199).

Rien d’étonnant, donc, que parmi ses disciples, un frère, St Bernardin de Sienne développe une forme de prière qui consiste à répéter le Nom de Jésus le plus souvent possible durant la journée. Il nous a laissé un sigle qui reprend Le nom de Jésus en grec : IHS (IH-SOUS, interprété en latin par Iesus Hominum Salvator), bien souvent repris sur les portes de nos tabernacles et sur nos croix. Saint Bernardin de Sienne favorise une véritable dévotion pour ce "Saint Nom de Jésus" dont il fait représenter les initiales sur un tableau qu’il montre lors de ses prédications. Les conversions se multiplient et la vénération se répand dans toute la péninsule italienne.

Elle est encore renforcée lorsque saint Ignace de Loyola choisit le nom de Jésus pour celui de sa compagnie, dont le rayonnement rejaillit bientôt sur toute la chrétienté.

Au XVIIIe s., le pape Innocent XIII fait du Saint Nom de Jésus une fête de l’Église universelle que le pape Pie X fixe au deuxième dimanche après l’Épiphanie.

Saint Nom de Jésus

Ô Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu'aux cieux, ta splendeur est chantée

par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l'adversaire, où l'ennemi se brise en sa révolte.

A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas,

qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ?

Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur ;

tu l'établis sur les oeuvres de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds :

les troupeaux de boeufs et de brebis, et même les bêtes sauvages,

les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui va son chemin dans les eaux.

R/ O Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre !

Psaume 8

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2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 13:06
https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2022-12/le-testament-spirituel-du-pape-emerite-benoit-xvi.html

https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2022-12/le-testament-spirituel-du-pape-emerite-benoit-xvi.html

Extrait:

"Ce que j'ai dit auparavant à mes compatriotes, je le dis maintenant à tous ceux qui, dans l'Église, ont été affectés à mon service: restez fermes dans la foi! Ne vous laissez pas troubler! Il semble souvent que la science - les sciences naturelles d'une part et la recherche historique (en particulier l'exégèse des Saintes Écritures) d'autre part - soient capables d'offrir des résultats irréfutables en contraste avec la foi catholique. J'ai vécu les transformations des sciences naturelles depuis longtemps et j'ai pu voir comment, au contraire, des certitudes apparentes contre la foi se sont évanouies, se révélant être non pas des sciences, mais des interprétations philosophiques ne relevant qu'en apparence de la science; tout comme, d'autre part, c'est dans le dialogue avec les sciences naturelles que la foi aussi a appris à mieux comprendre la limite de la portée de ses revendications, et donc sa spécificité. Depuis soixante ans, j'accompagne le chemin de la théologie, en particulier des sciences bibliques, et avec la succession des différentes générations, j'ai vu s'effondrer des thèses qui semblaient inébranlables, se révélant de simples hypothèses: la génération libérale (Harnack, Jülicher etc.), la génération existentialiste (Bultmann etc.), la génération marxiste. J'ai vu et je vois comment, à partir de l'enchevêtrement des hypothèses, le caractère raisonnable de la foi a émergé et émerge encore. Jésus-Christ est vraiment le chemin, la vérité et la vie - et l'Église, avec toutes ses insuffisances, est vraiment son corps."

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31 décembre 2022 6 31 /12 /décembre /2022 21:11

"J’ai la douleur de vous annoncer que le pape émérite, Benoît XVI, est décédé aujourd’hui à 9h34 heures au Monastère Mater Ecclesiae, au Vatican". Communiqué de la salle de presse du Saint Siège. Que Dieu accueille son serviteur dans la paix éternelle.  (Source)

 

Nous retenons de Benoit XVI le Motu proprio Summorum pontificum qui permit la libéralisation de la messe tridentine célébrée par les traditionalistes jusque-là.

 

Mais beaucoup gardent en mémoire cette image de la foudre tombant sur le dôme de la basilique Saint-Pierre le jour de la résignation supposément volontaire de Benoit XVI, le 11 février 2016. Une foudre qui frappa de nouveau le dôme de la Basilique Saint-Pierre, huit mois plus tard, le 7 octobre 2016, à environ 09h20, en la fête de Notre-Dame du Saint Rosaire. 

 

"N'y voyez aucune superstition. La foudre est un phénomène naturel qui n'a pas de signification", peut-on lire justement dans ce message sur le Forum catholique, que nous partageons. "Cependant, la coïncidence entre ce phénomène naturel et cet acte inattendu et suspect (la crise bancaire immédiatement résolue après le retrait du Pape) est un fait marquant qui ne m'a jamais quitté. C'est très subjectif, je le sais bien, mais il n'est pas interdit d'exprimer pour une fois un sentiment personnel, surtout en ce deuil et en cette fin d'année."

"À ce sujet, il est également remarquable que le Pape soit passé de vie à trépas le 31 décembre, jour de la fête du pape saint Sylvestre Ier. Je ne veux pas y voir d'autre signe que celui-ci : l'espérance que Benoit XVI [lui qui a écrit la déclaration Dominus Iesus sur l'unicité et l'universalité de Jésus-Christ et de son Église. NdCR.] rejoigne les saints papes dans l'éternité bienheureuse, l'espérance qu'un saint pape gouverne l'unique Église saintement, selon la volonté du Tout-Puissant, pour sa plus grande gloire et pour notre salut."

 

De même, "un signe qui confirme en quelque sorte le rôle de katechon (2 Th 2, 6-7) exercé par Benoît XVI se trouve dans les paroles de la 1ère lecture de la messe d'aujourd'hui (forme ordinaire):

 

"Mes enfants, c’est la dernière heure et, comme vous l’avez appris, un anti-Christ, un adversaire du Christ, doit venir." Première épître de S. Jean (Source : Le Forum catholique )

La société moderne formule une croyance anti-chrétienne antichrist et punit ceux qui lui résistent avec l'excommunication sociale.

Benoît XVI. in Peter Seewald, Benedikt XVI, ein Leben, 2020

Benoît XVI, est décédé aujourd’hui à 9h34 heures au Monastère Mater Ecclesiae, au Vatican
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22 décembre 2022 4 22 /12 /décembre /2022 21:50

Vers 17h00 un vieux berger allemand est entré dans l'église et s'est posé devant l'autel. Tous les jours il venait assister à la messe. Le prêtre Don Donato s'intéressa à ce chien et voulut en savoir plus.

 

Comment est il possible qu'un animal assiste à la messe chaque jour ? Cette histoire s'est déroulée à  San Donaci une petite ville d'Italie dans l'église Santa Maria degli Angeli.

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20 décembre 2022 2 20 /12 /décembre /2022 01:00
Abraham, Isaac et Jacob

Vers 1850 avant Jésus-Christ, Abraham est, avec Isaac et Jacob, le peuple en marche dans l'attente du Messie (les Saints Patriarches).

 

Vers 1850 avant Jésus-Christ, Abraham, encore païen, habitait Our, en Chaldée. Dieu l'invita à quitter son pays pour aller vers la Palestine. ‘’Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom. Sois en bénédiction… En toi seront bénies toutes les familles de la terre.’’ Au long du voyage émaillé d'anecdotes, il grandit dans la foi et deviendra le Père des Croyants.

 

L’épouse d’Abraham s’appelait Saraï [‘’ma Princesse’’] ; stérile, elle n’avait pas d’enfant. Abraham prit sa femme, Sarah, son neveu Loth, tous les biens qu’ils avaient acquis et les serviteurs, esclaves et troupeaux. Ils partirent pour le pays de Canaan. (Gn 12,1-5) Abraham vient d’apprendre que Dieu est tout proche, qu’il est au cœur de l’homme et de sa vie, et qu’il a pour l’humanité des projets grandioses et mystérieux. Et Abraham ‘’partit sans savoir où il allait.‘’ (Hébreux 11,8). Arrivés au pays de Canaan, Abraham apprend que c’est à sa descendance que Dieu donnera ce pays (Gn 12,7). Mais, éclairé par l’Esprit-Saint, Abraham comprend que ‘’ce pays’’ n’est pas ‘’ce pays’’ : ‘’Par la foi, il vient résider en étranger dans la terre promise, habitant sous la tente […]. Car il attendait la ville munie de fondations qui a pour architecte et constructeur Dieu lui-même.’’ (Hébreux 11, 9-10), la Jérusalem céleste.

De campements en campements il avait gagné le sud palestinien quand une famine l’obligea à descendre en pays d’Égypte.

De retour en Canaan, Abraham vint avec ses tentes habiter au chêne de Mambré, qui sont à Hébron ; il y éleva un autel pour le Seigneur (Gn 13-14-18). Mais Abraham et Sarah prennent de l’âge… ‘’Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je m’en vais sans enfant, et l’héritier de ma maison, c’est Élièzer de Damas. Abram dit encore : Tu ne m’as pas donné de descendance, et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier.’’ (Gn 15,3) Dieu mène alors Abraham dehors : ''Contemple le ciel. Compte les étoiles. [...] Telle sera ta descendance.'' (Gn 15,5). Abraham eut foi dans le Seigneur et pour cela le Seigneur le considéra comme juste. Et Il répéta sa promesse : '' A ta postérité je donne ce pays.'' (Gn 15,18) L'alliance est scellé dans le sang d'un sacrifice, et Dieu, sous le symbole d'un feu, passe entre les victimes partagées. Abraham, lui, n'y passe pas : le contrat est unilatéral, c'est Dieu qui s'engage seul à l'égard du patriarche, sans réciprocité. Une pratique est assumée comme signe permanent et marquera la chair d'Abraham et des ses fils : la circoncision. ''Et ton nom ne sera plus Abraham [''père élevé''], mais Abraham [''Père des multitudes''], car je te ferai père d'une multitude de peuples.''

Dieu se présente un jour à Abraham sous l'apparence de trois hommes au chêne de Mambré : ''Voici que ta femme aura un fils.'' (Gn 18,1-15). À la date que Dieu avait dite, Sara donna un fils à Abraham. Abraham l'appela Isaac (Gn 21,2-3). C'est ce moment-là que Dieu choisit pour mettre Abraham à l'épreuve. ''Abraham - Me voici. - Prends ton fils, ton unique, Isaac, que tu aimes. Pars pour le pays de Moriyya, et là, tu l'offriras en holocauste sur celle des montagnes que je t'indiquerai.''. Abraham partit vers le lieu que Dieu lui avait indiqué (Mont Garizim). Même un mort, se disait-il, Dieu est capable de la ressusciter; aussi, dans une sorte de préfiguration de la résurrection du Christ, il retrouva son fils. (Hébreux 11, 17-19).

 

Isaac est âgé de 40 ans lorsqu'il épouse Rébecca. Il enterre son père Abraham dans la grotte de Makpéla, à côté de sa mère Sarah. Lorsqu'il a 60 ans, son épouse Rébecca lui donne deux fils jumeaux : Ésaü (l'aîné) qui devient un chasseur habile et Jacob plus calme restant sous des tentes. Isaac préfère Ésaü car il aime le gibier. 

 

À Beer-Sheva, Dieu lui renouvelle l'alliance conclue avec son père Abraham. Il s'y installe, bâtit un autel et creuse un puits. Isaac meurt âgé de 180 ans à Mambré, près de Hébron et est enterré par Ésaü et Jacob dans le caveau familial de la grotte de Makpéla.

 

Jacob (et Léa et Rachel) est le père des douze ancêtres éponymes d'Israël

 

Jacob eut douze fils, pères des douze tribus d'Israël (par sa première épouse Léa : Ruben, l'aîné, Siméon, le deuxième, Lévi, le troisième, Juda, le quatrième, Dan, le cinquième et Nephtali, le sixième, eus avec sa concubine Bilha, servante de Rachel, Gad, le septième et Aser, le huitième, eus avec Zilpa, servante de Léa, Issachar, le neuvième et Zabulon, le dixième, eus avec Léa, Joseph, le onzième et Benjamin, le douzième et dernier, eus avec Rachel, sa seconde épouse.)

 

Avant de mourir, il croisa les mains pour bénir les enfants de Joseph, il "posa sa main droite sur la tête d’Éphraïm qui était le cadet, et sa main gauche sur la tête de Manassé : il avait croisé ses mains ; or Manassé était l’aîné." (Gn 48,14).

 

Lors de la division en deux royaumes, les deux tribus de Juda et Benjamin formèrent le royaume de Juda, les autres tribus d'Israël formèrent le royaume du nord, le royaume d’Israël.

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 15:08
Mgr Schneider condamne les messages de "Maria Miséricorde divine"

Mgr Athanasius Schneider condamne les messages de "Maria Miséricorde divine" (Maria Divine Mercy), ainsi que la fausseté du soit-disant "Livre de la vérité".

 

Le soit-disant Livre de la vérité n'est vraiment pas une authentique prophétie. Il n'est pas reconnu par l'Église et représente une énorme tromperie, un piège dans lequel de nombreux catholiques sont tombés dans leur naïveté.

 

De nombreux éléments du contenu du 'Livre de la Vérité', la manière de parler, et les méthodes appliquées, contredisent le solide enseignement catholique traditionnel, ainsi que le sens et la signification pérennes de l'Église catholique.

 

Voici les critères négatifs communs que l'Église nous donne pour juger des apparitions ou des prophéties présumées : 

 

1. Une erreur manifeste concernant les faits.

2. Présence d'erreurs doctrinales attribuées à Dieu Lui-même o u à la Bienheureuse Vierge Marie ou à quelques saints dans leurs manifestations, compte tenu toutefois de la possibilité que le sujet ait ajouté, même inconsciemment, des éléments purement humains, ou quelque erreur d'ordre naturel à une authentique révélation surnaturelle.

3. Preuve d'une rechercher évidente de profit ou de gain.

4. Actes gravement immoraux commis par le sujet ou ses partisans lors de la survenance du fait ou en relation avec celui-ci.

5. Troubles psychologiques ou tendances psychopathiques chez le sujet, qui ont certainement influencé sur le fait surnaturel présumé, ou une histoire de psychose collective, ou autres choses de ce genre. Ce ne sont là que des critères possibles pour juger le soit-disant 'Livre de la Vérité'.

 

Des enquêtes doivent également être réalisées sur le prétendu récipiendaire des visions : quelles sont les vertus de la personne ? Quel était son niveau général avant et après la prétendue révélation ? Si une grande avancée dans la sainteté est constatée et qu'elle semble provenir de la révélation, il y a une bonne probabilité en faveur des révélations. Nous pouvons penser aux enfants de Fatima: comment ils ont progressé dans la sainteté.

 

Il faut aussi se méfier de l'œuvre de Satan : il peut réellement promouvoir de bonnes choses pendant un certain temps, pourvu qu'à la longue il y gagne.

 

Certaines révélations et apparitions semblant porter de bons fruits ont pourtant été découvertes, par la suite, comme étant évidemment fausses.

 

Notre Seigneur a dit à Sainte Marguerite-Marie : 

'Ecoutez ma fille, ne croyez pas et ne faites pas confiance à la légère à tout esprit, car Satan est en colère et il essaiera de vous tromper.

'Donc, ne faites rien sans l'approbation de ceux qui vous guident.

'Étant ainsi sous l'autorité de l'obéissance, les efforts de Satan contre vous seront vains, car il n'a aucun pouvoir sur l'âme obéissante.'

 

L'humilité est une clé majeure. Satan a la plus grande horreur de l'humilité. Pourtant Satan peut conduire une personne à une fausse humilité: l'orgueil se manifeste dans un esprit indépendant par rapport à l'Église, au supérieur, au directeur spirituel; dans l'opiniâtreté, dans le refus de se soumettre aux examens, et même dans la colère. L'orgueil pousse à vouloir publier les grâces que la personne croit avoir reçues, alors que cela n'est pas nécessaire. L'humilité conduit à vouloir les cacher, sauf en cas de réelle utilité.

 

L'information donnée par un prétendu voyant est-elle utile au salut des âmes ? Point d'interrogation...

 

S'il s'agit simplement de satisfaire la curiosité, il est peu probable que la révélation soit d'origine divine.

 

Certains supposés voyants agissent comme des mediums, donnent des informations sur les maladies, sur les événements politiques, etc. Certains sont très intelligents pour observer et peuvent travailler avec de petites choses. 

 

Sont également suspectes les révélations qui ne font qu'énoncer "les vérités de La Palice", c'est-à-dire qui ne font que mentionner des évidences et ne disent rien de nouveau ou d'intéressant.

 

Est-ce que dans les messages ou dans les prétendues révélations est en accord avec la dignité et la gravité de la Majesté divine ? C'est une question importante. Certaines révélations présumées dégénèrent en propos vulgaires. Parfois, Satan apparaît sous des formes repoussantes. Cependant Satan prend parfois aussi l'apparence d'un ange de lumière et même du Christ lui-même !

 

Les signes de l'esprit de Dieu sont les suivants : 

c'est encore avec l'enseignement de l'Église; c'est sérieux; cela donne la lumière à l'âme; docilité; discrétion; modestie; pas d'arrogance; pas d'exagérations; des pensées humbles; confiance en Dieu; droiture d'intention; patience dans la souffrance; abnégation; sincérité et simplicité dans la conduite; pas d'attachements même aux dons; un grand désir d'imiter le Christ en toutes choses; douceur, bonté, humilité,... [Nous ajouterions paix de l'âme. NdCR.] Ce sont les signes de l'esprit de Dieu. 

 

Les signes du mauvais esprits sont : 

esprit de fausseté ou de mensonge, suggestions de choses inutiles, de choses curieuses, de choses non pertinentes, agitation de l'âme [inquiétude, troubles de l'âme. NdCR.], esprit effronté et obstiné, nombreuses indiscrétions, orgueil, manque d'espoir, vanité, autosatisfaction, impatience, hypocrisie, faux-semblant, attachement aux choses terrestres, fausse charité dont le zèle amer, indiscrétion. Voilà donc les critères objectifs.

 

Je ne dis pas que ces critères s'appliquent tous au "Livre de la Vérité". Mais simplement, je donne cela comme critères pour juger des soit-disant révélations présumées.

 

Maintenant, concrètement, le ''Livre de la Vérité'' contenant aussi quelques affirmations vraies, et à cause de cela, le ''Livre de la Vérité'' séduit des catholiques bons et simples, provoquant ainsi une confusion encore plus grande parmi les bons au sein de l'Église d'aujourd'hui. C'est précisément la tactique et la stratégie du diable qui est celui qui sème la confusion. Nous devons être sensés et suivre les avertissements des Apôtres. Je cite la seconde lettre de Pierre 2,1 : ''il y eut aussi des faux prophètes parmi le peuple, comme on trouve aussi de faux enseignants parmi vous.'' Et dans Tite 1,9, l'Apôtre nous avertit que les fidèles doivent toujours parler et suivre la saine doctrine. Notre Seigneur nous avertit dans l'Évangile : ''Méfiez-vous des faux prophètes, et de nombreux faux prophètes se lèveront et en égareront beaucoup.'' Et l'apôtre Jean nous dit : "Ne croyez pas tout esprit mais éprouvez les esprits pour voir s'ils sont de Dieu. Car beaucoup de faux prophètes se répandent dans le monde.'' (1 Jn 4,1)

 

Les catholiques ne devraient suivre que les apparitions approuvées par l'Église. Dieu nous a donné pour notre temps difficile et confus tous les moyens nécessaires.

 

Nous avons encore les bons vieux catéchismes catholiques, la vie des saints, la Sainte Eucharistie, Notre-Dame, elle est la destructrice de toutes les hérésies. Nous avons la puissante arme spirituelle qu'est la prière du Rosaire. Dieu a donné pour notre temps la dévotion spéciale au Cœur immaculé, à travers Notre-Dame de Fatima. L'Église sera renouvelée non par de supposées prophéties douteuses sensationnalistes et volubiles, telles que le ''Livre de la Vérité", ou par des gourous spirituels, et des diseurs d'oracles. Mais l'Église sera renouvelée par la doctrine et la spiritualité catholiques traditionnelles intégrales, fortes, saines, solides, sobres, par la sacralité de la liturgie traditionnelle qui nous a été transmise, par la pénitence, des actes de réparation, et par la sainteté de vie.

 

Chers Frères et Sœurs, méfiez-vous des faux prophètes. Ne croyez pas au ''Livre de la Vérité''. Méfiez-vous des faux prophètes.

 

Que Dieu vous bénisse.

 

Mgr Athanasius Schneider.

 

(Fin de citation)

 

Pour en savoir davantage sur "Maria Divine Miséricorde" et les erreurs et hérésies contenues dans le ''Livre de la Vérité'', visitez ce lien : http://www.revueenroute.jeminforme.org/maria_divine_misericorde_mystique_ou_imposteur_1.php

 

Version Pdf brochure : http://www.revueenroute.jeminforme.org/PDF/Maria_Divine_Misericorde_mystique_ou_imposteur-version_integrale-livret.pdf

SOURCE : Zion Catholic Media, video sur https://gloria.tv/post/HxJAC2qm4ENk4kzZrL6kGQwuP

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13 décembre 2022 2 13 /12 /décembre /2022 21:07

Pas un mot des "démocrates" Us et européens à propos de la descente de militaires dans des églises et des monastères ukrainiens et l'arrestation politique de dizaines de prêtres en Ukraine :

"Ces gens commencent à se battre contre Dieu ! Ils ont commencé une guerre contre Dieu et le Ciel ! Ce ne sont pas de vrais Ukrainiens", a répondu un évêque ukrainien orthodoxe.

 

Le présentateur de Fox News, Tucker Carlson, a comparé le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy au dictateur communiste russe du XXe siècle Vladimir Lénine à la suite d'informations selon lesquelles le gouvernement ukrainien aurait interdit une branche de l'Église orthodoxe ukrainienne, notamment en menant des raids militaires contre des églises, des monastères et des couvents.

 

Carlson a critiqué CNN et le Los Angeles Times pour les comparaisons précédentes de Zelenskyy à George Washington et a suggéré : « Quoi que l'on pense de la guerre en Ukraine, il est assez clair que Zelenskyy n'a aucun intérêt pour la liberté et la démocratie. En fait, Zelenskyy est beaucoup plus proche de Lénine que George Washington. C'est un dictateur. C'est un dangereux autoritaire qui a utilisé 100 milliards de dollars des impôts américains pour établir un État policier à parti unique en Ukraine. Et ce n'est pas exagéré."

 

"Ces deux dernières années, Zelensky a interdit les partis d'opposition. Il a fermé de force les médias critiques. Il a arrêté ses opposants politiques. Il a envoyé des soldats dans les églises", a poursuivi Carlson.

 

"La police secrète de Zelenskyy a fait des descentes dans des monastères dans toute l'Ukraine, même un couvent, et a arrêté des dizaines de prêtres sans aucune justification et en violation flagrante de la constitution ukrainienne, qui n'a plus d'importance."

 

"Et à la lumière de cela, l'administration Biden n'a rien dit. Pas un seul mot. Au lieu de cela, elle continue d'exhorter Zelenskyy à obtenir plus d'argent des impôts. Alors, bien sûr, Zelenskyy est devenu beaucoup plus audacieux. Pourquoi ne le ferait-il pas ?", a demandé l'animateur de Fox News.

 

"La semaine dernière, il a annoncé son intention d'interdire une religion entière, l'Église orthodoxe ukrainienne, et de confisquer ses biens pour ne pas avoir été suffisamment fidèles à son régime", a-t-il déclaré.

 

Le 2 décembre, Reuters a rendu compte d'un décret publié par Zelenskyy, qui indiquait que le gouvernement de Kiev rédigerait une loi « pour interdire les églises associées à la Russie ».

 

Le Service de sécurité (SBU) avait déjà "perquisitionné au moins cinq paroisses appartenant à une branche de l'Église orthodoxe ukrainienne, qui jusqu'en mai était subordonnée à l'Église orthodoxe russe".

 

Non seulement cette branche n'était plus canoniquement affiliée aux autorités ecclésiastiques de Russie, mais elle avait condamné la Russie pour avoir envahi l'Ukraine, alors même que les dirigeants orthodoxes russes soutenaient "l'opération militaire spéciale" de leur pays.

 

"Un pays libre n'interdit pas une grande religion simplement parce qu'elle n'est pas entièrement conforme au programme politique de ceux qui sont au pouvoir", a déclaré Carlson. "Mais Zelenskyy fait cela, et son cabinet réfléchit maintenant à la manière de punir les chrétiens pour avoir pratiqué leur ancienne religion interdite en Ukraine. Je cite: "Des sanctions économiques et restrictives personnelles seront imposées à tout chrétien surpris en train de se livrer à un culte non autorisé."

 

"Aujourd'hui, l'Église orthodoxe ukrainienne a plus de mille ans. Avec le plein soutien de l'administration Joe Biden et du Congrès américain, Zelenskyy a décidé de les interdire", a rapporté l'animateur de télévision populaire.

 

Il a ensuite montré un clip d'un évêque orthodoxe répondant à ces raids, prêchant : "Frères et sœurs, ces gens commencent à se battre contre Dieu ! Ils ont commencé une guerre contre Dieu et le Ciel ! Ce ne sont pas de vrais Ukrainiens !"

 

Un autre évêque, identifié par Reuters comme étant le métropolite Kliment, a déclaré que son organisation "a toujours agi dans le cadre de la loi ukrainienne" et que, par conséquent, "l'État ukrainien n'a aucune base légale pour faire pression ou opprimer nos croyants".

 

En outre, l'ancien président russe Dmitri Medvedev a qualifié les autorités de Kiev de "satanistes" qui "sont devenus des ennemis déclarés du Christ et de la foi orthodoxe" et a conseillé que "l'ensemble du monde chrétien devrait les traiter comme tels".

 

Carlson a poursuivi son avertissement en disant : « Vous ne devez pas envoyer de soldats dans les églises. Vous ne devez pas arrêter des dizaines de prêtres pour avoir refusé de vous saluer. Vous n'avez pas le droit d'interdire des religions entières.

 

"Il n'y a absolument aucune justification à cela. L'Église orthodoxe ukrainienne n'est pas russe, elle est ukrainienne. Elle n'a aucun lien avec le gouvernement Poutine. Elle a même officiellement condamné l'invasion russe de l'Ukraine. Encore une fois, rien ne justifie la destruction et l'interdiction de cette église. Et pourtant, les nombreux partisans éminents de Zelenskyy en Occident sont restés silencieux, et ils devraient le savoir", a déclaré l'animateur de Fox News.

 

Il a également souligné l'hypocrisie flagrante de la plupart des législateurs chrétiens du Congrès américain qui soutiennent Zelenskyy avec une rhétorique qui affirme la nécessité de soutenir la "liberté" ukrainienne "peu importe le nombre de chrétiens [Zelenskyy] arrêtés, peu importe le nombre d'églises qu'il a confisquées".

 

"La réalité est que les Ukrainiens ne peuvent pas entendre les médias critiquer le gouvernement Zelensky parce qu'ils ont été interdits. Vous ne pouvez pas jouer de la musique de chanteurs russes. Non, ce n'est pas l'Afghanistan contrôlé par les talibans. C'est dans la 'démocratie' de l'Ukraine que nous soutenons", a-t-il dit. "Vous ne pouvez pas voter pour un parti d'opposition car ils ont tous été fermés. Et maintenant leurs églises sont prises d'assaut et leurs prêtres arrêtés ».

 

"Le fait que nos dirigeants appellent cela la" liberté "en dit long sur ce qu'ils prévoient ici", a conclu Carlson.

Sources: 

 

(1) https://www.lifesitenews.com/news/tucker-carlson-compares-zelensky-to-soviet-dictator-lenin-following-raids-on-ukrainian-orthodox-church/

(2) https://uncutnews.ch/nach-den-razzien-in-der-ukrainisch-orthodoxen-kirche-vergleicht-tucker-carlson-den-schauspieler-zelensky-mit-dem-sowjetischen-diktator-lenin/

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12 décembre 2022 1 12 /12 /décembre /2022 01:00
Notre-Dame de Guadalupe, Patronne de l'Amérique Latine (1531)

En 1531, une "Dame du ciel" apparut à un Indien à Tepeyac, une colline située au nord-ouest de l'actuelle ville de Mexico. Elle s’est identifiée comme étant la Sainte Vierge Marie toujours vierge, Mère du Vrai Dieu pour qui nous vivons, du Créateur de toutes choses, Seigneur du ciel et de la terre. Elle demanda la construction d'une église sur le site et soumit son souhait à l'évêque du lieu. Une image de la Vierge Marie fut gravée miraculeusement instantanément sur le tilma d'un indigène, un tissu de cactus de mauvaise qualité, qui aurait dû se dégrader en 20 ans mais qui ne montre aucun signe de pourriture 488 ans plus tard, et défie toujours la communauté scientifique sur son origine. L'image semble refléter dans ses yeux ce qui était devant la Vierge Marie en 1531. Les recherches scientifiques rendues possibles depuis cinquante ans environ, grâce aux progrès de nos techniques, obligent à reconnaître que l'on se trouve devant un phénomène totalement inexplicable.

 

La Vierge demande de faire construire une église où elle pourra manifester Dieu et Le donner aux hommes, écouter leurs pleurs, leur tristesse, les soigner et guérir toutes leurs peines. Son message d'amour et de compassion, ainsi que sa promesse universelle d'aide et de protection envers toute l'humanité, ainsi que l'histoire des apparitions, sont décrits dans "Nican Mopohua", un document du XVIe siècle rédigé en langue nahuatl réformé (aztèque). Voici l'histoire de Notre-Dame de Guadalupe.

 

Dans son livre « La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie (Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 237-247), le Père François Brune a proposé une traduction du « Nican Mopohua », le « livre qui raconte » (1), texte daté entre 1540 et 1560, d'après la traduction en espagnol du Père Mario Rojas Sanchez, considérée aujourd'hui comme la plus fidèle.

 

Le texte original contient certaines formes répétitives que l'on retrouve dans beaucoup de langues anciennes, y compris chez Homère (du genre « il prit la parole et dit »), ainsi que des changements fréquents de temps, le récit passant sans transition du passé au présent.

 

L'événement a lieu dix ans après la conquête de Mexico, alors que désormais les flèches et les boucliers étaient déposés et que partout régnait la paix entre les peuples, alors que la foi croissait, avec la connaissance de Celui pour lequel nous vivons : le vrai Dieu.

 

Très tôt, samedi matin, 9 décembre 1531, un pieux indien du nom de Juan Diego, habitant de Cuauhtitlan, membre du peuple de Chichimeca, baptisé à 50 ans par un des premiers missionnaires franciscains, le P. Pierre da Gand, et relevant en tout pour les choses de Dieu, de Tlatelolco, se rendait de son village à Mexico pour y satisfaire sa dévotion, s'instruire des Pères Franciscains dans sa nouvelle foi, en quête de Dieu et de ses commandements.

On savait peu de choses de Juan Diego avant sa conversion, jusqu'à ce que lors de sa canonisation en 2002, une étude anthropologique fût entreprise à la demande de la conférence des évêques catholiques du Mexique par Asunción García, anthropologue espagnol qui a pris en compte les archives disponibles. Selon cette étude anthropologique, il faudra revoir l'idée que Juan Diego ait été un Indien d'origine pauvre. Les traditions orales laissent penser au contraire qu'il s´agissait d´un noble (2), né d'une union royale entre Netzahualpilli, empereur d'Acolhuacan-Texcoco et la princesse Azcaxochitli. D'après la date exacte de sa naissance, les prêtres auraient reconnu en lui le futur prêtre de Tontantzin, la grande déesse Mère des dieux et de Quetzalcoatl, le dieu serpent. [...] Il avait été élevé par son oncle maternel, Axoquetzin, seigneur de diverses cités, et qu'il avait donc reçu une éducation princière. Il avait eu frère jumeau, destiné à devenir prêtre de Tlacanteculli, déeesse de la pluie. On avait la liste des personnalités indiennes et espagnoles qui avaient présidé à la cérémonie très solennelle de son baptême. [...] Il avait alors renoncé à l'une de ses deux épouses, dont on nous donnait les noms ainsi que ceux des enfants qu'elles lui avaient donnés. Il avait [...], avec un autre de ses frères, combattu comme capitaine aux côtés de Cortès, lors de la prise de Mexico. (3)

"Les recherches sur la vie de Juan Diego, [...] avaient considérablement progressé. On avait pu établir une généalogie. Il n'était pas du tout un pauvre paysan, mais le fils d'un empereur; avait été lui-même prêtre de Tonantzin, la Mère des Dieux et prêtre de Quetzalcoatl. [...] Cette généalogie princière était aujourd'hui remise en cause, [...] partiellement, mais [...] de toute façon, il ne s'agissait certainement pas d'un pauvre, mais d'un homme assez fortuné, possédant plusieurs bâtiments, des exploitations agricoles et des ateliers de tissage et de poteries, comportant un personnel assez important. [...] Une ascendance princière n'était pas, par ailleurs, formellement exclue." (4)   

Juan Diego est un homme religieux et dévoué, aimant le silence et s'infligeant des pénitences fréquentes. (5) Ce samedi qui constitue pour lui et les Franciscains un jour très important, car il est dédié plus particulièrement à la Vierge Marie, comme il passait au pied du Tepeyac, la plus haute des collines qui entourent la ville, l'aube pointait déjà. (6)

Notre-Dame de Guadalupe, église d'Irapuato, Mexique.

 

Il entendit chanter comme des chants d'oiseaux merveilleux et nombreux. Quand ils se turent, la colline sembla leur faire écho, résonnant de chants doux et délicieux. (7)

Juan Diego s'arrêta et il entendit qu'on l'appelait du sommet de la colline. La voix disait : « Juanito, Juan Dieguito ».

Alors, irrésistiblement attiré vers le sommet de la colline, il en fit l'ascension, dans une lumière resplendissante bordée d'un iris aux plus vives couleurs. Toute la nature autour participe de cet enchantement. 

Il ne sentait dans son cœur aucun trouble, aucune gêne ; bien au contraire, il se sentait joyeux et tout à fait heureux.

Puis il aperçut une Dame incomparablement belle, souriante et radieuse de bonté. Il admira combien sa parfaite grandeur dépassait toute mesure : ses vêtements brillaient comme le soleil au point de rayonner tout autour, et la pierre, le rocher sur lequel elle se tenait lançait des rayons. Sa splendeur était comme de pierres précieuses, comme un bracelet, le plus beau qui soit ; la terre étincelait avec les splendeurs de l'arc-en-ciel à travers la brume ; et les arbustes, les cactus et les autres petites herbes que l'on trouve généralement là semblaient des émeraudes, leur feuillage comme des turquoises et leurs tiges, leurs épines, leurs piquants luisaient comme de l'or. 

En sa présence, Juan Diego, tout ému, se sent aimé et se prosterne; il écoute son désir, ses paroles.

 

«Juan, Mon fils bien-aimé, dit l'Apparition, où vas-tu?

 

— Ma Dame, ma Reine, ma petite fille, je vais à ta maisonnette de Mexico Tlatilolco pour apprendre les choses de Dieu que nous donnent, que nous enseignent ceux qui sont les images de Notre Seigneur, nos prêtres.

 

— Ta dévotion m'est agréable, reprit l'Inconnue; Sache et tiens pour certain, mon fils le plus petit, que je suis la parfaite et toujours Vierge Sainte Marie, Mère de Dieu très vrai, par qui tout vit, Créateur des hommes, Maître qui est auprès de toutes choses (8), Seigneur du Ciel et Seigneur de la Terre.

Je veux et désire ardemment qu'on me construise ici mon petit temple sacré. (9)

Là, je le montrerai, je L'exalterai, je Le manifesterai, je Le donnerai aux hommes par tout mon amour personnel, mon regard compatissant, mon aide et mon salut. (10)

Car je suis vraiment votre Mère compatissante, la tienne et celle de vous tous qui êtes un en cette terre (11), et de toutes les autres souches d'hommes de toutes sortes qui m'aiment, m'appellent, me cherchent et se confient à moi, car là j'écouterai leurs pleurs, leur tristesse, pour les soigner, guérir toutes leurs peines, leurs misères, leurs souffrances.

Et pour que se réalise le souhait de mon regard compatissant et miséricordieux, va au palais de l'évêque de Mexico.

Tu lui diras que c'est moi qui t'envoie pour que tu lui révèles combien je désire qu'il me procure ici une maison, qu'il m'érige dans la plaine un temple ; tu lui raconteras tout ce que tu as vu et admiré et ce que tu as entendu. »

 

Et aussitôt, il se prosterna devant Elle et lui dit :

 

— « Ma Dame, ma petite fille, oui, je vais pour réaliser ta vénérable volonté, ton vénérable désir ; pour le moment, je te quitte, moi, ton pauvre Indien. »

 

Juan Diego se hâte de transmettre le message, mais le prélat le prend pour un illuminé et le congédie. Diego retourne au Tepeyac, y retrouve la Vierge qui le renvoie une seconde fois auprès de l'évêque. Cette fois, on lui ménage meilleur accueil, mais l'ecclésiastique exige quelque témoignage certain de la volonté du ciel.

 

Le dix décembre, Juan Diego revoit la Vierge qui promet le signe demandé pour le lendemain, mais Diego passe toute cette journée là auprès de son oncle gravement malade. Le douze décembre, pressé de trouver un prêtre à Mexico pour administrer les derniers sacrements au moribond, Diego passe rapidement devant la colline, mais au détour de la route, il se trouve subitement en présence de l'Apparition.

— «Ton oncle est guéri, dit la Très Sainte Vierge, va au haut de la colline cueillir des roses que tu donneras à l'évêque de Mexico.»

 

 

Ce n'était point la saison des fleurs, le gel redoublait et jamais la roche nue du Tepeyac n'avait produit de roses. L'humble paysan obéit néanmoins sans hésiter et trouva un merveilleux parterre de roses fraîches au sommet du monticule. Il en cueillit une brassée, et les tenant cachées sous son manteau, il s'achemina vers l'évêché.

 

Lorsque Juan Diego fut introduit devant le prélat, deux miracles au lieu d'un frappèrent les yeux de l'évêque stupéfait: la gerbe de roses vermeilles et l'image de l'Apparition peinte à l'insu de Diego sur l'envers de son paletot.

Aussitôt que leurs yeux rencontrèrent l'image bénie de la Sainte Vierge, tous les témoins du prodige tombèrent à genoux, muets de joie, sans pouvoir faire autre chose que d'admirer la beauté surhumaine de leur Mère du ciel. Se relevant, l'évêque enlève le manteau des épaules du pieux Mexicain et l'expose dans sa chapelle en attendant d'élever un sanctuaire qui puisse renfermer cette relique sacrée.

Tous les habitants la ville se rassemblèrent à l'évêché pour honorer l'image miraculeuse que Marie elle-même venait de léguer si gracieusement à ses enfants de la terre.

 

Le jour suivant, treize décembre, l'évêque de Mexico se rendit sur la colline de l'Apparition suivi d'un grand concours de peuple. Il voulait voir l'endroit exact où la Très Sainte Vierge s'était montrée à son fils privilégié, Juan Diego. Ce dernier ne crut pas pouvoir le déterminer avec précision. Marie vint le tirer d'embarras par un nouveau miracle: une source jaillit soudainement, désignant le lieu précis de l'Apparition. Depuis, cette source n'a cessé de couler et d'opérer des guérisons miraculeuses.

 

La Reine du Ciel se montra une cinquième fois à son humble serviteur et lui révéla le titre sous lequel elle désirait être invoquée.

— « On m'appellera, dit-elle: Notre-Dame de Guadalupe ». Le mot, venu d'Espagne, mais d'origine arabe, signifie Fleuve de Lumière. Guad en arabe ou guadal, tout comme oued, veut dire rivière, fleuve, cours d'eau (d'où les noms de nombreuses rivières en Espagne comme Guadalquivir). (12) 

En aztèque, le mot signifie "celle qui écrase le serpent". "Il se peut [..] que la mère de Dieu ait utilisé véritablement des termes nahualt, mais assez proches des sons espagnols de Gadalupe, pour que les Espagnols aient assimilé immédiatement le  nom. [...] La Vierge se serait présenté sous le nom nahuatl de 'coatlaxopeuh'. [...] Il ne fallait donc pas forcer beaucoup les rapprochements phonétiques. [...] Coa veut dire 'serpent', tla a la valeur d'un article et xopeuh est le verbe qui signifie 'écraser, piétiner'. La Vierge du Mexique se serait donc présentée sous le nom de 'celle qui écrase le serpent'," explique le P. François Brune. (13)

 

L'ouvrage composé par un collectif d'historiens sous la direction de Jean Sévillia, "L'Eglise en procès", précise que "toute une série de signes parlent aux Aztèques, car la dame apparue sur la colline de Tepeyac a des points communs avec la déesse Tonantzin. Pourtant c'est bien Marie qui se présente comme l''Immaculée Conception, la Mère du Vrai Dieu.' Cette belle métisse est enceinte, elle porte la ceinture des femmes aztèque. Des décorations sur sa robe, ainsi que des étoiles, des reflets dans ses yeux interrogent encore les savants." (14)

La permanence de ce tissu de cactus, intact jusqu'à nos jours, est le plus grands des mystères.

C'est une Vierge qui rappelle aux Espagnols Guadalupe, le sanctuaire d'Estrémadure en Espagne, où selon la légende, une statue qui aurait été sculptée par Saint Luc, aurait été transportée, de Constantinople au 4ème siècle, à Rome et Séville au VIe s., puis à Guadalupe en Estrémadure. Christophe Colomb vénérait la "Virgen de Guadalupe" et vint la remercier pour son aide lors de la découverte du "Nouveau monde".

C'est la Vierge de l'Apocalypse (chap.12) qui combat le Dragon des derniers temps.

[...] La Vierge de Guadalupe annonce la naissance d'un nouveau peuple dans un monde nouveau.

— «No estoy aqui yo que soy tu madre ?» ('Ne suis-je pas ici moi qui suis ta mère') demande-t-elle à Juan Diego.

 

Les conflits ne manqueront pas entre le clergé régulier et séculier, l'Église espagnole et l'Église créole. La formation et l'émergence d'une Église et de son clergé autochtone prendront un siècle. (15)

 

"On pourrait croire d'après le déroulement de cette histoire extraordinaire que l'attitude de l'évêque Zumarraga aurait imposé définitivement, et dans l'allégresse, le nouveau culte de Notre-Dame de Guadalupe. En réalité, [...] [l]es réactions furent très vite négatives. [...] 

 

[Q]ue la Sainte Vierge ait eu l'idée d'apparaître à un indigène à peine catéchisé était pour les missionnaires totalement invraisemblable. [...] Ils étaient venus jusqu'au Mexique pour apporter la vraie religion, le vrai Dieu. C'était à eux d'instruire le peuple. Et voilà que la Mère de Dieu aurait court-circuité leur autorité pour s'adresser directement à un indigène ?

[...] L'évêque avait dû se laisser abuser par quelque tour de sorcellerie indigène, [...] et sous l'apparence du nouveau culte, il s'agissait bien plutôt d'un retour souterrain au paganisme.

 

En effet, jusqu'à l'arrivée des Espagnols, un culte païen était célébré sur cette même colline, celui de la déesse Cihuacoatl que tout le monde appelle 'Tonantzin', signifiant 'Notre Mère'. 

[...] Il faut bien reconnaître que, là, les sceptiques avaient une raison très sérieuse de douter de la réalité des faits.

Près des montagnes, il y avait trois ou quatre endroits où se déroulaient habituellement des sacrifices solennels pour lesquels on venait de très loin. L'un d'eux se trouve ici à Mexico, où se dresse la petite colline du nom de Tepeacac et que les Espagnols appellent Tepeaquilla. Elle s'appelle maintenant Notre-Dame de Guadalupe; à cet endroit il y avait un temple dédié à la mère des dieux qu'ils appelaient Tonantzin; [...] [I]ls (y) faisaient de nombreux sacrifices en l'honneur de cette déesse. 

 

"La forme de sacrifice la plus constante, celle qui se déroulait précisément au Grand temple de Mexico, était ce que certains appellent [...] la 'cardiectomie', l'arrachement du coeur. [...] Le sacrificateur tendait alors le coeur vers le soleil. [...] La victime était aussitôt dépecée, tête, bras et jambes coupés, le tout jeté sur les marches et roulant jusqu'au bas de l'escalier. Les morceaux étaient alors partagés en fonction des rangs sociaux des spectateurs pour être mangés!" (16) Le film Apocalypto (2006) de Mel Gibson représente cette terrible scène. Avant l'arrivée des Espagnols, cette folie meurtrière avait tendance à s'aggraver. Certains spécialistes de la démographie du Mexique avancent des chiffres de victimes effarant, jusqu'à peut-être 250.000 par an. (17)

 

"On comprend mieux, par comparaison avec cette religion de terreur, tout ce que la Vierge de Guadalupe pouvait apporter d'amour et de douceur.

"[...] Voilà qui explique pourquoi la conquête fut relativement si facile. Tous les peuples soumis accueillirent les Espagnols en libérateurs, et de même furent-ils rapidement séduits par la prédication des missionnaires" franciscains, qui tout en affirmant que leurs dieux n'étaient que des "démons" ont eux-mêmes cherché à relever les aspects les plus nobles de leur religion." (18) Les Franciscains séparaient le bon grain de l'ivraie, appliquant ce conseil du Christ, qu'alors qu'un ennemi avait semé de l'ivraie dans le champ de blé, de ne pas enlever l'ivraie tant que la moisson n'était pas prête, sinon on risquait d'arracher également le bon grain. (Mt 13,29)

Les divinités païennes indigènes d'Amérique du sud avaient une double facette, une positive, une négative. Ainsi, les déesses de la fertilité (Tonantzin, Pachamama ou "Terre Mère") avaient une personnalité ambiguë, à la fois généreuse et fertile, mais aussi vindicative lorsqu’elle ne recevait pas leur dû, comme l’explique dans un article de La Croix, l’anthropologue Céline Geffroy Komadina, qui rappelle que « la relation qui s’établit entre elle et les hommes se trouve dans un équilibre si précaire que des manquements au protocole peuvent entraîner des représailles de cette divinité ». Aujourd'hui, si en Occident, la "Pachamama" est popularisée par le développement du chamanisme dans les mouvements de développement personnel et par toute une littérature new age amalgamant à l’excès les cultes de différents panthéons, amérindiens ou grecs (Gaïa) par exemple (le best-seller du développement personnel dans les années 1990, Les Quatre Accords toltèques, en est un exemple), dans les Andes, dans le même temps, le culte de "Pachamama" est devenu l’une des références principales des mouvements indigènes, indissociable du combat de défense de la terre, des langues et des cultures. L’opposition historique à des intérêts industriels, souvent américains, explique qu’elle soit également devenue une référence de l’écologie politique. En témoigne la Déclaration universelle des droits de la Terre-Mère, formulée en 2010 par les peuples amérindiens lors de la Conférence mondiale des peuples contre le changement climatique. Le culte rendu aujourd’hui à la Pachamama comprend ainsi une part de « réinvention de la tradition », mais traduit néanmoins pour de nombreux Amérindiens un rapport sincère à la terre. (Source : La Croix, L’étonnant regain de popularité de la Pachamama, divinité inca, Mikael Corre, le 19/11/2019 à 15:01 )

 

"Que l'Eglise, finalement ait 'baptisé' la Madone indienne est une preuve non seulement de courage mais de profonde humanité et d'amour de la vérité." (19)

Les chants aztèques célébraient l'amour et l'amitié. Les chants et les fleurs symbolisaient du bonheur de Dieu. "Les Indiens comprenaient que la Mère de Dieu, la nouvelle Tonantzin, loin de leur réclamer de nouveaux sacrifices, venait leur apporter le bonheur même de Dieu. C'est l'aspiration profonde de tout un peuple depuis des siècles qu'elle venait combler. Un accomplissement et une transfiguration de toutes les anciens croyances. (20)

Conformément à la demande de la Mère de Dieu, on éleva une grandiose basilique sur la colline du Tepeyac. Partout où les frères franciscains s'installaient, ils construisaient une église, une école et un hôpital. C'était l'amour des pauvres, des plus démunis, des plus faibles qu'ils apportaient dans ce monde où seul comptait la force. Les habitants les appelaient les pauvres de Dieu et préparaient pour les accueillir des voûtes de verdure tandis que le sol était tapissé de fleurs tropicales. Aussitôt, comme partout ailleurs, les frères faisaient jeter à l'eau ou brûler les statues des idoles, avec tous leurs ornements en or. Aux franciscains allaient bientôt se joindre des dominicains et des augustins. (21) Les Franciscains arrivèrent à Hispaniola (Saint-Domingue) dès la fin du XVe siècle. Les Dominicains y envoyèrent une mission de quatre religieux en 1510. En 1526, un contingent de frères mineurs dit des "Douze Apôtres" toucha le Mexique en mai 1524, et en juin 1526, une autre mission de dominicains, eux aussi au nombre de douze, arriva à Tenochtilan-Mexico. La décision de doter cette région d'un évêque ne fut prise que l'année suivante, et l'érection du diocèse devint effective en 1530. (22)

"Les religieux furent aussi les premiers, et longtemps les seuls à s'intéresser au passé indigène, à son histoire, à l'organisation et à la rationalité de son fonctionnement, au monde de ses croyances. [...] [I]l n'est que de voir l'intérêt témoigné aujourd'hui pour leur oeuvre par les linguistes, les anthropologues et les ethno-historiens pour en saisir tout l'intérêt et surtout la nouveauté dans l'histoire de la pensée européenne." (23)

 

Tout au cours des âges, d'innombrables et éclatants miracles témoignèrent de l'inépuisable bonté de Notre-Dame de Guadalupe. 

Une liste incroyable de miracles, de remèdes et d'interventions lui est attribuée. Chaque année, on estime que 10 millions de personnes visitent sa basilique, faisant de sa ville de Mexico le sanctuaire marial le plus populaire au monde et l’église catholique la plus visitée au monde après le Vatican. (24)

 

La Vierge de Guadalupe, Colline de Tepeyac, Mexico

 

 

 

 

Un très beau montage video réalisé par FFSP Bordeaux présente les miracles de Notre-Dame de Guadalupe. Miracles que les scientifiques, malgré toute la puissance de la science au XXIe siècle, n'expliquent pas.

 


 

Extraits :

 

"Comme signe miraculeux, alors que nous sommes en hiver, la Vierge Marie fait pousser des roses de Castille sur la colline et lui demande de les cueillir.

— «Toutes ces fleurs seront le signe que tu porteras à l'évêque..., lui dit-elle !». Juan conserva les roses dans son tilma (sorte de poncho), puis alla voir l'évêque.

 

"Lorsqu'ils déplia son tilma devant l'évêque, les fleurs tombèrent par terre... et l'image miraculeuse de la Vierge apparut sur le tissu. 

 

"Tous tombent à genoux pour contempler cette image venant du Ciel.

 

"Juan revoit son oncle, maintenant guéri. Celui-ci lui annonce avoir vu la même Dame au moment de sa guérison. La Vierge lui demande alors d'être appelée 'La Parfaite Vierge, Sainte Marie de Guadalupe.'

 

"En Espagne, le sanctuaire de Guadalupe était l'un des plus vieux du monde catholique; c'était un lieu de pèlerinage très populaire durant les années de conquête. Mais l'origine du nom 'Guadalupe' a toujours été matière à controverse. Il y a néanmoins une croyance qui veut que ce nom fut retenu en raison de la traduction des paroles de la Vierge à l'oncle de Juan Diego... du nahualt (langage employé au Mexique) à l'espagnol. La croyance veut que la Vierge employa le mot aztèque nahualt 'coatlaxopeuh' qui se prononce : 'quatlasupe'... et dont le son ressemble étrangement au mot espagnol 'Guadalupe'. 'Coa' veut dire serpent, 'tla' étant une syllabe accrochée à coa et voulant dire 'le'... alors que 'xopeuh' veut dire écraser ou piétiner. Notre-Dame a voulu se nommer 'celle qui écrase le serpent'.

 

"Grâce à l'image sainte de la Vierge, les pèlerins affluent rapidement à Tepeyac. De 1531 à 1541, neuf millions d'Indiens se convertissent à la foi catholique! Le visage de Notre Dame de Guadalupe est un mélange des races indienne et espagnole. La ceinture à double pan et la large robe désignent une femme enceinte. La robe est rose ornée de motifs indigènes et d'une cape bleue étoilée d'où sortent des rayons de lumière.

"Les éléments de cette image ont de nombreuses autres significations !

"L'image mesure 1,43 m depuis la tête jusqu'aux pieds. Toutes les proportions du corps humain y sont conservées à la perfection. Le visage est parfaitement ovale; les traits des yeux, du nez et de la bouche sont parfaits. On reconnait la Vierge de l'Apocalypse : "Elle reçut les deux ailes du grand aigle pour s'envoler au désert" (Ap 12,1-14)

 

"Malgré une étoffe de qualité inférieure, l'humidité de la région, et la vénération directe du public durant 116 ans sans aucune protection..., la conservation des couleurs est la même depuis près de 500 ans.

"Un orfèvre chargé de nettoyer le cadre de l'image en 1791, laisse tomber... une goutte d'acide citrique sur l'image. Cet acide corrode le cuivre et l'acier. Mais l'image n'a pas été transpercée et les traces de la réaction chimique s'effacent peu à peu depuis ce temps...

"En 1921, durant les persécutions, on fait exploser une bombe dans la basilique pour se débarrasser de l'image. L'explosion détruisit le marbre de l'autel, mais la vitre protégeant l'image ne fut même pas fêlée.

 

Notre-Dame de Guadalupe : le tilma en fibres de cactus est intact après 500 ans. Pigments colorés du tilma inconnus.

 

Les informations sensationnelles annonçant que l'image n'adhérerait pas à la toile, mais flotterait devant elle à quelques centièmes de millimètres de distance; le médecin qui aurait posé son stéthoscope sur le ventre de la Vierge dans cette image et constaté un battement correspondant à celui du coeur d'un bébé prêt de naître; la température du tissu qui serait celle d'un corps humain vivant, sont des fausses informations selon le Père François Brune qui rapporte que lors de son voyage à Mexico, "aucun des chercheurs" qu'il a rencontrés "n'a confirmé ces 'découvertes'. Ils [...] ont au contraire mis nettement en garde contre ces amateurs de sensations." (25)

 

Les conditions d'impression de l'image sur le tissu sont absolument incompréhensibles. La toile ne comporte aucun apprêt, de colle à poisson ou de poudre de craie comme il est d'usage pour toute peinture. 

Il est impossible qu'elle ait été peinte : les couleurs utilisées ne sont ni d'origine minérale, ni végétale, ni animale. Il n'y a aucune trace de pinceau. Deux fibres colorées prises dans l'image ont été analysées en 1936 par un prix Nobel de Chimie. Sa conclusion est formelle : il n'y a pas de colorants d'origine minérale, végétale ou animale. (26)

Le poncho en fibre de cactus aurait dû tomber en poussières en moins de 20 ans. Or, il est toujours en parfait état depuis bientôt 500 ans ! Avec le temps, l'humidité s'évapore et la peinture commence à se craqueler.

 

"Plus on s'éloigne de l'image, plus les détails sont clairs et plus elle paraît grande. Par exemple, les étoiles de la robe se voient à peine lorsqu'on regarde l'image de près; de loin, elles sont éblouissantes.

 

"Même si les paupières de la Vierge sont baissées, ses yeux ne sont pas complètement fermés.

"De nombreuses observations scientifiques au cours du XXe siècle nous ont permis de découvrir le reflet de... personnages dans les yeux de la Vierge sur le Tilma. En agrandissant deux mille fois les yeux, on aperçoit treize personnes très distinctement. Ces images représentent l'hypothèse selon laquelle la Vierge Marie aurait été corporellement présente dans la pièce, mais invisible aux yeux des hommes. Dans ses yeux se reflètent tous les assistants à la scène qui sont dans son champ de vision. Les reflets donnent une impression de profondeur qui était totalement impossible à peindre en 1531 !!! Nul peintre n'aurait pu respecter les lois d'optique à la perfection. De plus, ces lois ne furent découvertes que trois siècles plus tard.

 

"Lorsqu'on envoie un rayon lumineux de différentes façons dans l'un des yeux, celui-ci reflète la lumière exactement comme le ferait un oeil physique... comme si l'oeil imprimé était matériel !!!

 

Des recherches ont abouti à des constatations fantastiques. Les planétariums actuels reconstituent le ciel tel qu'il était en n'importe quel point du globe et à n'importe quelle époque. "Il y a quelques années, l'astronome Armando Garcia a calculé la carte du ciel du solstice d'hiver de cette année-là du 12 décembre 1531, à 10h40, heure de Mexico. Puis, il a projeté cette carte sur la manteau bleu de la Vierge Marie. Les résultats sont miraculeux. Toutes les principales étoiles des constellations se superposent avec celles de son manteau. Voici la carte du ciel superposée sur l'image entière de la Vierge. La constellation brillante aux pieds de la Vierge est Orion (planétarium Spitz Junior, construit par Armonic Reed Corporation, observatoire Laplace de Mexico) :

 

Notre-Dame de Guadalupe : carte du ciel le 12 décembre 1531 à 10h40.

 

Quantité d'autres observations durent faites par les astronomes. Ils utilisèrent aussi le planisphère Bravo et celui d'Accu Star et un autre réalisé par la marine des États-unis.

D'après le récit du Nican Mopohu, c'est à peu près à ce moment-là que Juan Diego a développé son manteau devant l'évêque Zumarraga, en laissant rouler à terre toutes les fleurs.

L'astronome Daniel Flores Guttierrez, astronome UNAM, a expliqué pour une émission KTO (un peu plus loin ci-dessous) que les étoiles sur le manteau de la Vierge représentent exactement la voûte céleste au jour du miracle, mais vu de l'espace et non de la terre, le 12 décembre 1531.

Une émission KTO présente l'ensemble des connaissances actuelles sur la Vierge du Mexique, la Vierge de Guadalupe :

Sur la tête de la Mère de Dieu apparaît la Couronne Boréale; sur sa poitrine, à la hauteur de ses mains jointes, le signe de la Vierge; sur son ventre, légèrement arrondi par une grossesse proche de son terme, le signe du Lion, dont l'étoile principale s'appelle Regulus, c'est-à-dire "le petit roi"; à la hauteur des genoux le signe des Gémeaux et, sous les pieds et l'ange soutenant la lune, le géant Orion. Nous avons donc deux symboles exprimant la même idée de la naissance du maître du monde. 

Sur le côté gauche de la cape (à droite pour nous observateurs), on voit les constellations du sud, quatre étoiles qui font partie de la constellation du Verseau (les constellations du Nord figurent sur le côté droit de son manteau, à gauche pour nous); les étoiles à l'Est se trouvent sur le haut de l'Image et celles à l'Ouest sur la partie inférieure.

Au-dessous, on observe la constellation de la Balance et à la droite une des étoiles du Scorpion. À hauteur du bras on remarque deux étoiles de la constellation du Loup, et à l'extrême celle de l'Hydre. Vers le bas on observe le carré légèrement incliné du Sagittaire. Et on observe parfaitement la Croix du Sud. Dans la partie inférieure, solitaire, resplendit Sirius. Du côté droit de la cape, on note la présence des constellations du Nord. Sur l'épaule de Marie, on peut voir un fragment de la constellation du Bouvier. En suivant vers le bas, on voit parfaitement la constellation de la Grande Ourse et l'entourant à droite la constellation de la Chevelure de Bérénice, et en dessous celle du Lièvre. À gauche, Thuban, qui est l'étoile la plus brillante de la constellation du Dragon. En-dessous deux autres étoiles faisant partie de la Grande Ourse, et un peu plus bas trois étoiles de la constellation du Taureau.

 

Le nombre d'or. Les grands artistes construisent leurs oeuvres selon des lignes géométriques qui échappent au regard mais qui sont sous-jacentes à la composition, mettant en valeur tel ou tel détail particulièrement signifiant. On retrouve ce nombre dans l'organisation de la matière, la disposition des atomes dans les divers composés chimiques, dans la forme des cristaux de différents minéraux. Ce nombre d'or, inscrit au coeur de toute harmonie est lui aussi miraculeusement inscrit dans les dimensions de l'Image, avec une partie manquante au haut de la toile. 

 

Juan Diego vécut en ermite dans une hutte près de la chapelle où l'image miraculeuse fut placée. Les documents de l'époque montrent qu'une de ses fonctions fut de raconter inlassablement les apparitions à tous les pèlerins qui venaient sur sa colline.

Il mourut, à 74 ans, un 9 décembre. Exactement 17 ans après la première apparition. L'évêque de Mexico meurt à 73 ans, le 12 décembre de la même année. Exactement 17 ans après le miracle des roses et de l'apparition de l'image.

 

Les apparitions de Notre-Dame de Guadalupe ont joué un rôle capital dans la formation du Mexique. Le rôle de la Guadalupe pendant la lutte pour l'indépendance en est une illustration éclatante. Son rôle est certainement appelé encore à se développer en un siècle d'incroyance et de sécularisme. Aujourd'hui, cette image miraculeuse est appelée à jouer un rôle véritablement universel.

 

En janvier 1737, une épidémie de peste désolait la ville de Mexico. Les autorités religieuses et civiles eurent l'idée de demander l'aide de la Vierge de Guadalupe. Le clergé refusa d'abord de s'adresser à Notre-Dame de Guadalupe; il cherchait plutôt à acclimater parmi les Indiens le culte des Vierges espagnoles auxquelles il était habitué. Cependant, les Indiens, eux, se sentaient davantage attirés par la Vierge de Guadalupe. Au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle, son culte s'était tellement développé parmi les Indiens et les métis qu'il était devenu, de fait, la manifestation religieuse la plus importante du Mexique.  Mais pour les autorités civiles, c'était un peu comme détrôner leur propre Vierge pour introniser à sa place celle des Indiens (rebeca Lopez Mora, Guadalupe de mexico, el fin de una epidemia y el inicio de un reinado, Historica, Coleccion V.) Beaucoup fuyaient la capitale et allaient s'établir sur les hauteurs de la Guadalupe. Leurs maisons étaient bientôt si nombreuses qu'elles réunissaient les deux agglomérations. Or, parmi ses habitants, on ne déplorait aucun décès dû à l'épidémie, ce qui démontrait le pouvoir de protection de l'image miraculeuse. [...] Des neuvaines étaient célébrées et l'image miraculeuse allait de paroisse en paroisse.

Le chapitre de la cathédrale entreprit alors les démarches pour que la Vierge de Guadalupe soit reconnue comme Patronne principale de la ville de Mexico. Un édit royal autorisa cette  reconnaissance le 27 avril 1737, soit 206 ans après l'apparition. Peu à peu, les autres cités du Mexique adoptèrent aussi la Vierge de Guadalupe comme Patronne et protectrice (1746). (27)

 

Benoît XIV proclame Notre-Dame de Guadalupe Patronne du Mexique le 25 avril 1754, en citant à son sujet le Psaume 147,20 : "Il (Dieu) n'en a fait autant pour aucune nation"; phrase aujourd'hui célèbre dans tout le Mexique.

En 1810, durant la guerre du Mexique pour l'Indépendance contre l'Espagne, son image précéda les Insurgés dans la bataille. (Niceto de ZAMACOIS, Historia de Mexico, Barcelona-Mexico, 1878-1882, VI, 253, cité in Eric R. WOLF, The Virgin of Guadalupe : A Mexican national symbol, p. 64 ). La bannière de la Guadalupe mène les insurgés ; et leur cause est appelée "sa loi." (Luis GONZALEZ y GONZALEZ, El Optimismo nacionalista como factor en la independancia de Mexico, Estudios de historiografia americana, Mexico 1948, p. 194, cité in Eric R. WOLF, The Virgin of Guadalupe : A Mexican national symbol, p. 68 ). Le Père Miguel Hidalgo y Costilla rejoignit les premiers groupes révolutionnaires en s'emparant de l'image de la Guadalupe pour en faire la bannière des Insurgés. "L'intuition de Hidalgo", écrit l'historien D. Luis Castillo Ledon, "d'adopter la Vierge de Guadalupe comme drapeau de l'armée libératrice, était, sans aucun doute, une grande pensée politique. Comme le mouvement qu'il venait de lancer devait s'appuyer sur les masses indigènes et métisses, il comprit que la seule idée de liberté était un peu abstraite pour entraîner les foules. Il fallait l'unir à la religion et adopter un symbole qui représentât, à la fois, les croyances de la multitude et le sentiment national." (28) Détail révélateur : à la fin de la guerre, le traité de paix fut appelé très officiellement "Traité de Guadalupe-Hidalgo".

 

En 1828, le Congrès de Mexico déclarait le 12 décembre, fête nationale.

Le 2 février 1848, c'est à la sacristie de la basilique de la Guadalupe que fut signé le traité de paix mettant fin à la guerre avec les États-Unis, et le traité porte aussi le nom de "traité de Guadalupe".

Emiliano Zapata et ses rebelles agrariens combattirent sous son emblème dans la Grande Révolution de 1910 (Antonio POMPA y POMPA, Album del IV centenario guadalupano, Mexico, 1938, p. 173, cité in Eric R. WOLF, The Virgin of Guadalupe : A Mexican national symbol, p. 64.

 

Le 4 août 1910, la Vierge de Guadalupe est proclamée Patronne de toute l'Amérique latine par Pie X. Pie XI renouvela cette proclamation.

 

En 1926, le pouvoir mexicain, alors aux mains d’un parti à la fois nationaliste, agrarien, socialiste et anticlérical, mit en œuvre, dans un pays dont l’immense majorité de la population est catholique, une législation s’attaquant à l’Église (nationalisation des lieux de culte et des biens ecclésiastiques, laïcisation forcée des écoles, interdiction du droit de vote et du droit d’être élu pour les membres du clergé, prohibition de l’habit ecclésiastique, expulsion des congrégations enseignantes, interdiction des organisations professionnelles catholiques, obligation pour les prêtres d’aller pointer dans les commissariats…) L’épiscopat se résout à suspendre le culte, sur tout le territoire mexicain, jusqu’à l’abrogation des lois antireligieuses. Mais les paysans, privés de messe et de curé, ne l’entendirent pas ainsi. Ils prirent les armes, quand ils en avaient, ou s’emparèrent de celles de l’armée gouvernementale. L’insurrection finira par toucher la moitié du pays, 50.000 hommes composèrent l’armée des Cristeros, sous le commandement du général Enrique Gorostieta Velarde et de prêtres. L’affrontement dura trois ans dans sa phase aiguë, mais se poursuivit de façon sporadique au cours des années 1930, laissant un bilan final de 250.000 victimes dans les deux camps. C’est une guerre qui, comme tous les conflits, possède ses coulisses géopolitiques et diplomatiques, de Washington – où les États-Unis veillent à la sécurité de leurs concessions pétrolières au Mexique – à Rome – où le pape souffre pour ses fidèles Cristeros mais, à la poursuite des combats, préfère un compromis permettant de rouvrir les églises. Les mexicains se battaient, derrière leurs drapeaux frappés de l’image de la Vierge de Guadalupe au cri de ¡Viva Cristo Rey! ("Vive le Christ Roi !"). (Jean Sévillia, Boulevard Voltaire, 12 mai 2014)

 

À partir de 1926, les autorités ecclésiastiques se préoccupèrent de conserver le cadre originel des apparitions. En raison des circonstances politiques, elles décidèrent de tenir secret le lieu exact où reposait la dépouille de Juan Diego. On peut cependant affirmer qu'elle se trouve dans les murs de la chapelle des Indiens ainsi que celle de Juan Bernardino.

 

En 1932, le gouvernement socialiste mexicain essaya d'interdire les pèlerinages. Les miracles dérangent ! Tout cela en vain : le régime mexicain a changé, le communisme a disparu.

 

Le 10 décembre 1933, Pie XI procédait solennellement à Rome au couronnement de l'image de la Guadalupe. Pie XII, Paul VI rendirent également hommage à la Vierge de Tepeyac.

 

Durant les terribles séismes de 1985, beaucoup vinrent se réfugier pour un temps au pied de la colline comme l'avaient fait les habitants en 1737.

 

"Béatifié le 6 mai 1990, Juan Diego est canonisé le 31 juillet 2002 par le pape Jean-Paul II. Saint Juan Diego est fêté le 9 décembre.

 

Depuis l'apparition, cinq basiliques se sont succédées sur la colline de Tepeyac.

 

"Dernier événement majeur sur la colline de Tepeyac... : le 24 avril 2007 à la basilique Notre-Dame de Guadalupe à Mexico, après la décision du conseil municipal de cette ville de légaliser l'avortement jusque-là interdit, un nouveau miracle est survenu. À la fin de la messe offerte pour les enfants avortés non-nés, l'assistance de la basilique se demandait ce qu'attendait d'elle la Très Sainte Vierge de Guadalupe. Tandis que beaucoup de fidèles prenaient des photographies de l'ayate de Tepeyac exposé et vénéré dans la Basilique, l'image de la Vierge a commencé à s'effacer pour donner place à une lumière intense qui émanait de son ventre, constituant un halo brillant ayant la forme d'un embryon.

"Avec un cadrage et un grossissement important il est possible d'apprécier la position de la lumière qui provient réellement du ventre de l'image de la Sainte Vierge et n'est ni un reflet, un artefact. L'ingénieur Luis Girault qui a étudié l'image ainsi réalisée a confirmé l'authenticité du négatif et a pu préciser qu'il n'avait été ni modifié ni altéré, par superposition d'une autre image par exemple. Il a découvert que l'image ne provient d'aucun reflet, mais sort littéralement de l'intérieur de l'image de la Vierge."

 

Le site accueille aujourd'hui 20 millions de pèlerins chaque année. C'est aujourd'hui le plus grand centre de pèlerinage catholique au monde.

La dévotion qui s'étendit à l'Amérique du Nord, Etats-Unis et Canada, commence maintenant à atteindre l'Europe.

 

Lors de son Voyage apostolique au Mexique du 12 au 18 février 2016, le Pape François s'est rendu au sanctuaire marial de Notre-dame de Guadalupe pour la prier et lui confier l'Année sainte du jubilé de la Miséricorde: 

Notes

 

(1) Document le plus ancien narrant les événements, aujourd'hui reconnu comme étant l'oeuvre d'Antonio Valeriano, un Indien cultivé qui enseignait alors au collège franciscain Santa Cruz de Tlatelolco.

(2) "La canonisation de Juan Diego, acte de justice pour les Amérindiens", Zenit,‎ 6 février 2002   

(3)  François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 114-115.

(4) François Brune, José Aste TÖNSMAN, Le Dernier miracle de la Vierge du Mexique, le Secret des Yeux, Editions du temps présent, Collection Mutation, Agnières 2011, p. 19-22.  

(5) Missel du Dimanche 2020, Nouvelle traduction liturgique, Année A, Artège Bayard Éditions, p. 89.

(6) Le Père M.R. Sanchez signale en note que cette insistance sur la nuit finissante et l'aube qui pointe signifie très clairement, dans la culture pré-hispanique, le commencement de toute choses, le salut de la civilisation, le début de quelque chose de très important pour le monde entier. On retrouverait le même symbole dans d'autres cultures, à commencer par le christianisme lui-même.

(7) La littérature ancienne nous apprend que la fondation des cités comportait toujours des chants.

(8) Littéralement "Maître du voisinage et de l'immédiateté", traduit parfois "maître du voisinage immédiat". L'idée semble Bien celle de la proximité de Dieu auprès de chacun. La mère de dieu reprend ici les termes mêmes qui étaient employés pour désigner une divinité, sans nom propre, en l'honneur de laquelle le roi de Texcoco avait érigé une tour sans statue. La Vierge marque bien ainsi que le vrai Dieu ne vient pas pour détruire mais pour réaliser ce que les Aztèques avaient pressenti. Le Père François Brune indique qu'il emprunte ces renseignements précieux au Frère Bruno Bonnet-Eymard, "La Vierge Marie au Mexique", La Contre-Réforme catholique au XXe siècle, supplément de septembre 1980, nouvelle édition en 1981, p. 3 ; "L'Étoile Notre-Dame", n° 55 de janvier 1998 ; Le Journal de la Confrérie de Notre-Dame de France, n°28, 1997.

(9) Dans son ouvrage, le P. François Brune signale que "le frère Bruno B.-E. nous précise que le terme employé ici est un diminutif du terme utilisé normalement pour désigner les deux temples qui se trouvaient au sommet du Grand temple de Mexico. La Mère de Dieu n'en demande pas tant."

(10) Les Indiens connaissaient déjà des divinités qui se présentaient comme « Mère de Dieu » ou « Mère des dieux » ou encore « Notre Mère ». Elles étaient vénérées pour elles-mêmes. La Vierge Marie, elle, ne fait que renvoyer vers le Créateur.

(11) L'appel à l'unité et l'harmonie entre les diverses ethnies composant le pays et ici extrêmement fort. Le Père François Brune y voit volontiers, « tant l'expression nahualt semble forte, une allusion à l'unité de toute l'humanité conçue comme un seul et unique être à l'image de la Sainte Trinité », la diversité dans l'unité.

(12) P. François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 123.

(13) P. François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 233-234.

(14) L'Eglise en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean SÉVILLIA, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 223-224.

(15) Bernard LAVALLÉ, Au nom des Indiens, Une Histoire de l'évangélistion de l'Amérique espagnole, Paris, Payot 2014.

(16) François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 90-91.

(17) François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 92.

(18) François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 98-99.

(19) François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 205-207; 224.

(20) François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 131-132.

(21) François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 102-103.

(22) Bernard LAVALLÉ, Au nom des Indiens, Une Histoire de l'évangélistion de l'Amérique espagnole, Payot, Paris, 2014, p. 67.

(23) Bernard LAVALLÉ, ibid., p . 368.

(24) In Defense Of The Cross

(25) François BRUNE, José Aste TÖNSMAN, Le Dernier miracle de la Vierge du Mexique, le Secret des Yeux, Editions du temps présent, Collection Mutation, Agnières 2011, p. 30-31.

(26) François BRUNE, José Aste Tönsman, Le Dernier miracle de la Vierge du Mexique, le Secret des Yeux, ibid., p. 39.

(27) François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 111 et p. 138.

(28) D. Luis CASTILLO LEDON, cité dans  François BRUNE, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008, p. 138.

 

Sources générales : (1) L'Évangile au quotidien ; (2) François Brune, La Vierge du Mexique, ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, Paris 2008; (3) François BRUNE, José Aste TÖNSMAN, Le Dernier miracle de la Vierge du Mexique, le Secret des Yeux, Editions du temps présent, Collection Mutation, Agnières 2011; (4) L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean SÉVILLIA, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 223-224; (5) Missel du Dimanche 2020, Nouvelle traduction liturgique, Année A, Artège Bayard Éditions, p. 89; (6) In Defense Of The Cross.

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11 décembre 2022 7 11 /12 /décembre /2022 08:00
Bon et saint troisième dimanche de l'Avent à tous ! La joie de l'espérance

Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit.

Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors.
Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité.

Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois.

Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui crée les cieux et les déploie, qui affermit la terre et ce qu’elle produit ; il donne le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent.

Livre d'Isaïe 42

Nous vivons des temps où le pessimisme et le découragement nous guettent. Pourtant la liturgie de ce dimanche nous invite à la joie.

Mais de quelle joie s'agit-il ? Isaïe nous le révèle : la joie est celle qu'engendre l'espérance. 

 

À ses frères découragés par l'aridité du présent, Isaïe lance un appel à se tourner vers l'horizon d'un nouvel exode plus merveilleux que le premier : avec la venue de Dieu, le désert refleurira, ouvrant la voie au cortège des rachetés qui reviennent vers la terre de la Promesse. (Is 35) Cette espérance fait bondir et crier de joie ceux qui accueillent comme une bonne nouvelle l'annonce de leur libération. Ce sera le retour de l'exil à Babylone qui aura duré de 597 à 538.

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose,

qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu.

...

dites aux gens qui s’affolent : "Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver."

Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds.

Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie.

... Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie.

Livre d'Isaïe 35,1-10

À Jean le Baptiste, emprisonné, déconcerté par ce qui pourrait paraître comme l'échec de sa mission, Jésus répond par la prophétie d'Isaïe. Il l'invite à porter le regard d'espérance sur les signes, déjà visibiles, de la Promesse qui s'accomplit. Prophète de la conversion, Jean doit lui-même se convertir à l'espérance que donne la foi. Les signes du Royaume sont là. En Jésus, Dieu tient sa promesse (évangile). Il suffit de regarder les miracles que fait Jésus. Ils nous parlent, au présent, du monde à venir, monde où l'amour de Dieu est plus fort que les forces de la mort. Ils renouvellent notre espérance et affermissent notre foi. Ainsi nous pouvons nous réjouir. 

Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux,

lui demanda : "Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?"

Jésus leur répondit : "Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez :

Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle."

Matthieu 11,2-5

Guérison de l'aveugle. Jn 9

Guérison de l'aveugle. Jn 9

il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes,

le Seigneur protège l'étranger. Il soutient la veuve et l'orphelin, il égare les pas du méchant.

D'âge en âge, le Seigneur régnera : ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Psaumes 145

Pourtant, comme les chrétiens auxquels s'adresse saint Jacques, nous pourrions être découragés face aux épreuves présentes. Nous avons à faire preuve de patience, à tenir dans l'espérance, même si le Royaume tarde à s'instaurer. Dieu a le temps. Il agit dans le temps et avec le temps. Il ne s'agit donc ni de se résigner, ni de désespérer mais de croire qu'aux creux de notre hiver germent déjà les moissons du Royaume (Lettre de Saint Jacques Apôtre 5, 7-10)

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche.

Jacques 5,7-8

Cette espérance est la source de notre foi.

 

L'amour vaincra !

"Laß, Seele, kein Leiden", Ne souffre pas, âme, ne souffre pas. J.-S. Bach

"Die Hoffnung wart' der rechten Zeit", L'espoir était au rendez-vous. J.-S. Bach

PRATIQUE

 

Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte.

Jacques, 5,9

Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres

Éphésiens 5, 21

Sources : Nouvelle Traduction du Missel Romain, Missel des Dimanches 2023, p. 119.

 

 

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8 décembre 2022 4 08 /12 /décembre /2022 00:00
"Voici que je fais toutes choses nouvelles" (Ap 21,5)
L'immaculée conception de Marie est un dogme de l'Eglise catholique, défini le 8 décembre 1854 par le pape Pie IX dans sa bulle Ineffabilis Deus, selon le quel la Vierge Marie a été conçue sans le péché originel.
 
Marie, mère de Jésus-Christ, fut conçue exempte du péché originel. Ce privilège accordé à la Sainte Vierge avait été prédit et figuré dès l'origine du monde dans les prophéties universelles d'une Vierge Mère d'un Sauveur, les prophéties druidiques en particulier en France, du collège national de la forêt des Carnutes sous l'appellation de "la Vierge qui enfantera".
 
En Gaule, la croyance des Carnutes en la Vierge-Mère était propre à annoncer le mystère de l'Incarnation. Le sanctuaire de la "Virgo paritura" se trouve sur le site de l'actuelle cathédrale de Notre-Dame de Chartres. Les sanctuaires d'"Anna" sont devenus ceux de sainte Anne (la mère de Marie), aïeule elle aussi, mais du vrai Dieu..., et que les Bretons nomment toujours "Mamm Goz", grand-mère !
 
Par Son Immaculée Conception, Marie devait écraser la tête du serpent qui a introduit le péché originel sur la terre. La foi à l'Immaculée Conception est immémoriale dans l'Église ; toutefois la proclamation officielle, définitive et infaillible de ce dogme ne date que du 8 décembre 1854, époque où le pape Pie IX, dans la Bulle Ineffabilis Deus, imposa cette croyance à tous les fidèles (magistère infaillible). Une immense acclamation de joie fit écho dans tout l'univers à la parole du Pontife, et le Ciel lui-même donna son témoignage quatre ans plus tard.
 
L'apparition de Lourdes eut lieu au commencement de l'année 1858; Marie venait dire au monde : "Je suis l'Immaculée Conception !"
Solennité de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie
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Fille digne de Dieu, beauté de la nature humaine, réhabilitation d'Ève notre première mère (Saint Jean de Damas v. 675-749, moine)

 

"Aujourd'hui le Créateur de toutes choses, Dieu le Verbe, a composé un ouvrage nouveau, jailli du coeur du Père pour être écrit, comme avec un roseau, par l'Esprit qui est la langue de Dieu... Fille toute sainte de Joachim et d'Anne, qui as échappé aux regards des Principautés et des Puissances et 'aux flèches enflammées du Mauvais' (Col 1,16; Ep 6,16), tu as vécu dans la chambre nuptiale de l'Esprit, et as été gardée intacte pour devenir épouse de Dieu et Mère de Dieu par nature...

"Fille aimée de Dieu, l'honneur de tes parents, les générations des générations te disent bienheureuse, comme tu l'as affirmé avec vérité (Lc 1,48).

"Fille digne de Dieu, beauté de la nature humaine, réhabilitation d'Ève notre première mère ! Car par ta naissance, celle qui était tombée est relevée...

"Si, par la première Eve 'la mort a fait son entrée' (Sg 2,24; Rm 5,12) parce qu'elle s'était mise au service du serpent, Marie, elle, qui s'est fait la servante de la volonté divine, a trompé le serpent trompeur et introduit dans le monde l'immortalité."

 

Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église, Homélie pour la Nativité de la Vierge, 7, 10 (trad. SC 80, p. 63 rev.)

 

Sainte Anne tenant dans ses bras Marie et le Christ

Statue en Albâtre de la Chapèle Sur Vire

 

 

La naissance de l'"Immaculée", la "mère du Beau" (S. André de Crète)

 

"Aujourd'hui, Adam offre Marie à Dieu en notre nom comme les prémices de notre nature. ... Aujourd'hui l'humanité, dans tout l'éclat de sa noblesse immaculée, reçoit le don de sa première formation par les mains divines et retrouve son ancienne beauté. Les hontes du péché avaient obscurci la splendeur et les charmes de la nature humaine; mais naît la mère du Beau par excellence, cette nature recouvre en elle ses anciens privilèges et est façonnée suivant un modèle parfait et vraiment digne de Dieu... Aujourd'hui de Juda et de David est sortie une jeune vierge, portant la marque du règne et du sacerdoce de celui qui, selon l'ordre de Melchisédec, a reçu le sacerdoce d'Aaron... Pour tout dire en un mot : aujourd'hui, la réformation de notre nature commence, et le monde vieilli, soumis à une transformation toute divine, reçoit les prémices de la seconde création."

(S. André de Crète, in P. Regamey, Les plus beaux textes sur la Vierge Marie)

 

La belle idée de Marie "Nouvelle Eve" se trouve déjà au IIe siècle chez S. Justin :

 

"Le Christ s'est fait homme par le moyen de la Vierge, afin que la désobéissance provoquée par le serpent prit fin par la même voie qu'elle avait commencé.

 

"En effet, Eve, Vierge et intacte, ayant conçu la parole du serpent, enfanta la désobéissance et la mort; la Vierge Marie, ayant conçu la foi et la joie, répondit: 'Qu'il me soit fait selon votre parole'. Il est donc né d'elle celui dont parlent les Ecritures. Par lui, Dieu ruine l'empire du serpent et de ceux, anges ou hommes qui lui sont devenus semblables, et affranchit de la mort ceux qui se repentent de leurs fautes et croient en lui."

 

Marie, en acceptant le message de l’Ange, a conçu "foi et joie" (Dialogue avec Tryphon, 100,5.)

 Basilique Sainte-Marie-Majeure, Rome

Basilique Sainte-Marie-Majeure, Rome

La définition dogmatique

 

La définition du dogme  de l'Immaculée Conception par Pie IX, le 8 décembre 1854, s'exprime ainsi: "Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine suivant laquelle, par une grâce et un privilège spécial de Dieu tout-puissant, et en vertu des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, la bienheureuse Vierge Marie a été préservée de toute tache du péché originel au premier instant de sa conception, est révélée de Dieu et doit, par conséquent, être crue fermement et constamment par tous les fidèles" (Denzinger, n° 1641).

Cette définition contient surtout trois points importants:

1° la bienheureuse Vierge Marie a été préservée de toute tache du
péché originel au premier instant de sa conception. [...] L'Eglise n'a pas défini quelle est la nature intime du péché originel, mais elle a fait connaître ses effets: inimitié ou malédiction divine, souillure de l'âme, état d'injustice ou de mort spirituelle, servitude sous l'empire du démon, assujettissement à la loi de la concupiscence, de la souffrance et de la mort corporelle, considérée comme peine du péché commun (IIe Concile d'Orange, Denz., 174, 175. - Concile de Trente, Denz., 788, 789). Ces effets supposentla privation de la grâce sanctifiante qu'Adam avait reçue avec l'intégrité de nature pour lui et pour nous, et qu'il a perdue pour lui et pour nous (Concile de Trente, Denz., 789).

2° c'est en vertu des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain que Marie a été préservée du péché originel, comme l'avait déclaré en 1661
Alexandre VII (Denz., 1100). On ne saurait donc plus admettre comme le soutinrent quelques théologiens au XIIIe siècle que Marie est immaculée en ce sens qu'elle n'a pas eu besoin de rédemption, et que la première grâce en elle est indépendante des mérites futurs de son Fils.

Selon la bulle Ineffabilis Deus, Marie a été rachetée par les mérites de son Fils, et de la façon la plus parfaite par une rédemption, non pas libératrice du péché originel déjà contracté, mais par une rédemption préservatrice

A l'idée de rédemption préservatrice se rattache celle-ci que Marie, fille d'Adam, descendant de lui par voie de génération naturelle, devait encourir la tache héréditaire et l'aurait encourue de fait, si Dieu n'avait pas décidé de toute éternité de lui accorder ce privilège singulier de la préservation en dépendance des mérites futurs de son Fils.

Ce point de doctrine était déjà affirmé par la liturgie dans l'oraison propre de l'Immaculée Conception, qui fut approuvée par
Sixte IV (1476) et où il est dit: "Ex morte ejusdem Filii tui praevisa, eam (Mariam) ab omni labe praeservasti". La Sainte Vierge a été préservée du péché originel par la mort future de son Fils, c'est-à-dire par les mérites de Jésus mourant pour nous sur la croix.

On voit dès lors que cette préservation de Marie diffère beaucoup de celle du Sauveur lui-même, car Jésus ne fut nullement racheté par les mérites d'un autre, ni par les siens; il a été préservé du péché originel et de tout péché à un double titre: premièrement par l'union personnelle ou hypostatique de son humanité au Verbe, ... et secondement de par sa conception viriginale, due à l'opération du Saint-Esprit, Jésus ne descend pas d'Adam par voie de génération naturelle (selon la parole de
S. Augustin, De Genesi ad litteram, liv. X, c. 19 et 20, le Christ fut en Adam "non secundum seminalem rationem", mais seulement "secundum corpulentam substantiam". Cela n'appartient qu'à lui seul.

3° La définition du dogme de l'Immaculée Conception propose cette doctrine comme révélée, et donc comme contenue au moins implicitement dans le dépôt de la Révélation, c'est-dire dans l'Ecriture et la
Tradition, ou dans l'une de ces deux sources.


Le témoignage de l'Écriture

La bulle Ineffabilis Deus cite deux textes de l'Ecriture: Gen., III, 15 et Luc, I 28, 42.

Dans le Genèse, ce privilège est implicetement ou confusément révélé comme en germe dans ces paroles de Dieu adressées au
serpent, figure du démon (Gen., III, 15): "Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité; celle-ci t'écrasera la tête et tu la mordras au talon". Celle-ci, c'est-à-dire la postérité de la femme, car dans le texte hébreu, le pronom est masculin et désigne les descendants de la femme; de même dans les Septantes et la version syriaqye. La Vulgate a mis ipsa qui se rapporte à la femme elle-même. Le sens d'ailleurs n'est pas essentiellement différent, car la femme sera associée à la victoire de celui qui représentera éminemment sa postérité en lutte avec le démon au cours des âges.

Par elles-mêmes ces paroles ne suffisent certainement pas à prouver que le privilège de l'Immaculée Conception est révélé, mais les Pères, dans leur comparaison d'Eve et Marie, y ont vu une allusion à cette grâce, c'est à ce titre que Pie IX cite cette promesse.

La
tradition chrétienne a vu dans cette promesse, qui a été appelée le protévangile, le premier trait qui sert à désigner le Messie et sa victoire sur l'esprit du mal. Jésus représente, en effet, éminemment la postérité de la femme, en lutte avec la postérité du serpent. 

La bulle Ineffabilis Deus cite aussi dans la salutation de l'ange à Marie (Luc I, 28): "Je vous salue, pleine de grâce, vous êtes bénie entre les femmes", et les mêmes paroles dites par sainte Elisabeth sous la révélation divine (Luc, I, 42). Pie IX ne dit point que ces paroles suffisent par elles-mêmes à prouver que le privilège de l'Immaculée Conception est révélé; pour qu'elles aient cette efficacité, il faut y joindre la tradition exégétique des Pères.

 

Jean Chrysostome et Grégoire de Nazianze, icône russe du XVIIIe siècle


 

Cette tradition devient explicite avec saint Ephrem le Syrien (+373) (Dict. Théol., art. Ephrem, col. 192) et chez les Pères grecs au lendemain du Concile d'Ephèse (431), en particulier chez deux évêques adversaires de Nestorius: saint Proclus, un des successeurs de S. Jean Chrysostome sur le siège de Constantinople (434-446) et Théodote, évêque d'Ancyre (430-439), puis chez S. Sophrone, patriarche de Jérusalem (634-638), André de Crète (+ 740), saint Jean Damascène, mort vers le milieu du VIIIe siècle, dont les témoignages sont assez longuement rapportés par le P. X.-M. Le Bachelet, Dict. Apol., art., Marie, col. 223-231.

A la lumière de cette tradition exégétique les paroles de l'ange à Marie:

 

"Je vous salue, pleine de grâce", ... la Sainte Vierge n'aurait pas reçu cette plénitude de grâce si son âme avait été un instant dans l'état de mort spirituelle par suite du péché originel, si elle avait été un instant privée de la grâce, détournée de Dieu, fille de colère, dans un état de servitude sous l'empire du démon. Saint Proclus dit qu'elle a été "formée d'un limon pur" (Orat. VI).

 

Théodote d'Ancyre dit que le "Fils du Très-Haut est issu de la Très-Haute" (Hom VI, in sanctam Mariam Dei genitricem, 11-12).


Jean Damascène S. Jean Damascène écrit que Marie est la fille très sainte de Joachim et d'Anne qui "a échappé aux traits enflammé du malin" (Hom. I in Nat., 7), qu'elle est un paradis nouveau "où le serpent n'a pas d'entrée furtive" (Hom. II in dormit., 2 col 725) qu'elle est exempte de la dette de la mort, qui est une des suites du péché originel (Hom. II in dormit., 3, col 728), elle doit donc être exempte de la déchéance commune.

Si Marie avait contracté le péché originel, la plénitude de la grâce aurait été restreinte en ce sens qu'elle ne se serait pas étendue à toute sa vie. L'Eglise, en lisant les paroles de la salutation angélique à la lumière de la tradition
 et avec l'assistance du Saint-Esprit, y a vu le privilège de l'Immaculée Conception, implicitement révélé, non pas comme l'effet dans la cause qui peut exister sans lui, mais comme une partie dans le tout; la partie est actuellement dans le tout au moins implicitement énoncée.


Le témoignage de la Tradition

 Justin, Les Vrais Pourtraits et Vies Hommes Illustres, 1584 Saint Irénée
 

Matthieu et Luc écrivent que Marie a conçu Jésus sans l'intervention d'aucun père humain, et qu'elle est demeurée vierge après la conception.

La Tradition, elle-même, affirme de plus en plus explicitement cette vérité. S. Justin  (Dial. cum Tryphone, 100), S. Irénée (Ad. Haereses, III, XXII, 3, 4; V, XIX), Tertullien (De Carne Christi, XVII) opposent Eve cause de la mort et Marie cause de la vie et du salut. Cette antithèse est constamment rééditée par les Pères (par exemple saint Cyrille de Jérusalem, saint Ephrem, saint Epiphane, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, etc.).

 

Au IVe siècle, il devient commun de considérer que Marie était, comme le disait saint Augustin, restée vierge "avant la naissance de Jésus, pendant sa naissance et pour toujours après sa naissance." (Source: Les grandes figures de L'Histoire, Jésus, Hors-série, n° 20, Oracom Éditions, Paru le 26-11-2021, p. 52.)

 

Saint Ephrem le Syriaque, mort en 373, dit : "Toutes deux innocentes, toutes deux saintes, Marie et Eve avaient été faites en tous points semblables, mais ensuite l'une est devenue cause de mort et l'autre cause de notre vie, 

 

Didyme d'Alexandrie, mort en 398, parle de "Vierge Immaculée, toujours et en tout".

 

Les Pères disent souvent de Marie qu'elle est immaculée, qu'elle a toujours été bénie de Dieu, au sens de sans tache, pour l'honneur de son Fils, qu'elle est intemerata, intacta, impolluta, illibata, entièrement sans souillure. 

 

Elle trouve place dans les documents les plus personnels du magistère suprême, en particulier dans la bulle Ineffabilis Deus de Pie IX. 

 

Mosaïque de la Basilique de Saint Ambroise de MilanSaint AugustinS. Ambroise dit de même de Marie qu'elle est exempte de toute souillure du péché "per gratiam ab omni integra labe peccati" (in Ps. CXVIII, 22, 30; P. L., XV, 1521), et S. Augustin que "au sujet seulement de la Sainte Vierge Marie, l'honneur du Seigneur ne permet pas de soulever la question du péché." (De natura et gratia XXXVI, 42; P. L. XLIV, 267).

 

Au Ve siècle, Saint Proclus, patriarche de Constantinople de 434 à 446, dit : "Le Verbe n'a pas été souillé en habitant le sein que Lui-même a créé sans déshonneur..."


 

Depuis le VIIe et le VIIIe siècle, on célèbre dans l'Église, surtout dans l'Église grecque, la fête de la Conception de la Bienheureuse Vierge Marie: en Sicile au IXe, en Irlande au Xe, presque dans toute l'Europe au XIIIe.

Le Concile de Latran de 649 (Denz., 256) appelle Marie, "immaculée".

En 1476 et 1483, Sixte IV
parle en faveur du privilège à propos de la Conception de Marie (Denz. 734 s.)

Le Concile de Trente (Denz., 792) déclare lorsqu'il parle du péché originel qui atteint tous les hommes, qu'il n'est pas de son intention d'y inclure la bienheureuse et immaculée Vierge Marie.

En 1567, Baius est condamné pour avoir enseigné le contraire (Denz., 1073). En 1661, Alexandre VII affirme le privilège en disant que presque tous les catholiques l'admettent, quoiqu'il ne soit pas défini (Denz., 1100). Enfin, le 8 décembre 1854 est promulgué la définition solennelle (Denz., 1641). (P. Reginald Garrigou-Lagrange O. P., La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, Les Editions du Cerf, Imprimatur 1941, rééd. Editions Saint-Rémi, p. 36-45).

 

 

 

En 1531, lors de l'apparition de la Vierge du Mexique sur la colline de Tepeyac près de Mexico, Notre-Dame de Guadalupe se présenta ainsi à un Indien : "Je suis la parfaite et toujours Vierge Sainte Marie, la Mère du vrai Dieu."

 

En 1858, quatre ans après la définition dogmatique, lorsque la Vierge apparaît la première fois à Lourdes à Bernadette Soubirous, celle-ci n’a pas encore fréquenté le catéchisme, les campagnes n'étaient pas encore au courant de cette définition. Elle lui déclare : "Je suis l'Immaculée conception."

Solennité de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie
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4 décembre 2022 7 04 /12 /décembre /2022 01:00

Dieu donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice, Qu'il gouverne ton peuple avec justice, qu'il fasse droit aux malheureux !

Psaume 71

Dietrich Buxtehude (vers 1637 - Lübeck, 9 mai 1707), musicien, organiste et compositeur allemand (peut-être d'ascendance danoise), établi à Lübeck, l'une des villes les plus actives sur le plan musical en son temps, a composé pour la liturgie au XVIIIe siècle, mais aussi pour des concerts spirituels ou profanes plaisant au public local, notamment les Abendmusiken, veillées musicales de l'Avent dont il fait une institution qui se perpétue jusqu'au XIXe siècle.

Bon 2e dimanche de l'Avent à tous ! Dietrich Buxtehude (1637-1707) - Abendmusik, veillées musicales de l'Avent

Dietrich Buxtehude-1637-1707- Abendmusik Passacaglia BuxWV 161

L'un des musiciens les plus reconnus en son temps, Buxtehude entretient de fructueuses amitiés musicales, comme avec Johann Adam Reinken, et attire de nombreux élèves parmi lesquels on compte Nicolaus Bruhns et sans doute Jean-Sébastien Bach. Son œuvre, dont une partie importante nous est parvenue, compte parmi les plus riches d'Allemagne pour la génération située après Sweelinck et Schütz, et avant Bach, avec celles de Reinken et de Pachelbel. Cette œuvre est devenue un classique du répertoire d'orgue. En ce qui concerne les nombreuses pièces de musique vocale, elles ont commencé à retrouver la faveur des interprètes et du public il y a 40 ou 50 ans environ, grâce, notamment, aux recherches effectuées autour de la musique baroque par les musicologues et les interprètes actuels.

Bon 2e dimanche de l'Avent à tous ! Dietrich Buxtehude (1637-1707) - Abendmusik, veillées musicales de l'Avent

Dietrich Buxtehude Prelude and Fugue in F sharp minor BuxWV 146, Bernard Foccroulle

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26 novembre 2022 6 26 /11 /novembre /2022 09:35
Source image : https://brunobertez.com/2022/11/25/levolution-de-la-gauche/

Source image : https://brunobertez.com/2022/11/25/levolution-de-la-gauche/

Le christianisme enseigne qu'avant de vouloir changer la société à l'extérieur (évolution), il faut commencer par se changer soi-même, à l'intérieur, en corrigeant ses défauts à l'aide des moyens de la foi. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu : 

 

(1) le ceinturon de la vérité autour des reins,

(2) la cuirasse de la justice 

(3) et les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix

 

"... afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes." (Ep 6,11-15).

 

Réformez-vous à l'intérieur en vue de la suppression du "mur de la haine" et de la "construction du temple saint du Seigneur" (Ephésiens 2,15-21).

 

L'évolution est un mouvement de l'intérieur vers l'extérieur alors que la révolution est un mouvement de l'extérieur vers l'intérieur... L'un émancipe, l'autre aliène ! 

 

300 ans que nous sommes aliénés par les élites et la révolution permanente : 1789,1793,1830,1871,WW1,1917,WW2,1968. *

 

Si bien qu'en vue d'un authentique progrès nous ne devrions pas parler de "révolution" qui nous fait revenir à l'âge des cavernes, mais d'"évolution" et de règne du Christ

* Sources de cette excellente réflexion :

 

https://twitter.com/ClaireLuminus/status/1596036407365074944?s=20&t=dQ5zyVpVl6MyG_F-xVj8AQ 

https://brunobertez.com/2022/11/25/levolution-de-la-gauche/

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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 01:00

Source Video : Gloria.tv

 

La fête du Christ Roi a été instituée en 1925 par le Pape Pie XI, avec l'encyclique "Quas Primas". Le Pape déclara qu'avec cette fête "c'est désormais à notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d'apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine, le laïcisme."

 

Pie XI faisait précéder la Toussaint par la fête du Christ Roi afin de montrer que la foi catholique vécue dans la Cité devait emprunter les chemins de sanctification suivis par les saints. Durant ces années au Mexique les "Cristeros" persécutés par le gouvernement franc-maçon se battaient pour la liberté religieuse et mouraient en criant "Viva Cristo Rey" ("Vive le Christ Roi").

 

Aujourd'hui, l'Église fête la solennité du Christ Roi le dernier dimanche de l'année liturgique pour montrer que le Christ est le "commencement et la fin" (Ap 1,8), le Maître du temps et de l'Histoire.

 

Cette fête est la conséquence liturgique de la conception théologique scotiste du XIVe siècle (ordre franciscain) reconnaissant au Christ une place suréminente dans l'œuvre de la Création et de la Rédemption. Celui que S. Jean dans l'Apocalypse appelle "l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin" (Ap 1,8), est la cause, le chef et l'achèvement de toute la Création spirituelle et sensible.

 

Solennité du Christ Roi

Mgr Louis-Édouard Pie (1815-1880), évêque de Poitiers, cardinal et prélat antilibéral du XIXe siècle, a expliqué la doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ. La parole du Christ "Mon Royaume n'est pas de ce monde" est souvent interprétée d'une manière erronée par les libéraux. Cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que la royauté du Christ vient d'en haut, et non de ce monde. Son pouvoir s'origine du Ciel et non d'ici-bas. Il s'agit d'un royaume spirituel, et non matériel. "Le Royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. [Ainsi, lorsque Jésus est livré par Judas et arrêté à la demande du grand prêtre Caïphe, "l’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. Alors Jésus lui dit : 'Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges'" (Mt 26: 51-53)]. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations." (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, O.M.C., Lecteur émérite en théologie, Editions Saint-Rémi, p. 30). Une prophétie tirée du livre du prophète Isaïe dans l'Ancien Testament, précise, par exemple : "Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit."

 

La prophétie d'Isaïe poursuit à propos du Messie : "Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois. Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui crée les cieux et les déploie, qui affermit la terre et ce qu’elle produit ; il donne le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent." (Is 42, 1-5.

Cela signifie que le Seigneur est doux et humble de coeur, et que Son règne social ne s'impose pas par la force, mais par "l'esprit". En effet, "qui vit par l'épée périra par l'épée" (Mt 26: 52). Au XVIe siècle, contre ceux qui avait imposé la religion protestante par la force à Genève en 1535-1536, et en avait chassé l'évêque catholique, saint François de Sales dont la devise était, "Rien par force, tout par amour", dit en 1594 : "C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut la recouvrer... il faut [les] renverser par des prières ardentes et livrer l'assaut par la charité fraternelle". 

 

"Ne voyons surtout pas dans le règne social du Christ une confusion du temporel et du spirituel. Le monde antique, païen ou juif, opère cette confusion, et l'empereur Constantin conservera une vision païenne du pouvoir où le Prince Souverain Pontife intervient dans les affaires religieuses (césarisme). De très bonne heure, c'est l'Occident pourtant qui admit la dualité des pouvoirs temporel (séculier) et spirituel (religieux) : "Duo quippe sunt potestates", en effet il y a deux pouvoirs, écrit le pape Gélase Ier à l'empereur Anastase au Ve siècle en 494 pour le réprimander de cette tendance des empereurs à vouloir dire la doctrine et décider pour l'Église.

 

Saint Augustin au Ve siècle distingue "les deux cités" (temporel et spirituel). La "réforme grégorienne" au XIe siècle corrigera ce défaut de l'empiètement des rois et des empereurs (Voir un peu plus bas). C'est le Christ qui distingue le temporel du spirituel : 'Rendez à César ce qui appartient à César' (Mc 12,17; Mt 22,21, Lc 20,25). Mais si Jésus affirme sa royauté spirituelle, le monde, lui, n'a pas droit à l'indifférence religieuse : "Je suis la lumière du monde" (Jn 8,12) (Gérard BEDEL, Le Cardinal Pie, Un défenseur des droits de Dieu, Clovis Diffusion, Suresnes 2015, p. 61). En Lituanie, en 2009, la laïcité n'empêche pas la Royauté sociale du Christ

"Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus, et n'est pas le Dieu des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu, dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est finalement dire que Christ n'est pas divin..., dire que l'Eglise est juge de la morale privée et n'a rien à voir avec la morale publique, c'est dire finalement qu'elle n'est pas divine..." (Cardinal Pie).

 

La thèse libérale moderne prétend fonder un contrat social indépendant de toute société extérieure à l'État. Dans ce système, tout vient de l'État et tout revient à l'État. Mais cette thèse qui prétend que l'État doit être purement laïque est une exagération de la parole du Christ et aboutit à rendre tout à César. "C'est-à-dire encore que, sous prétexte d'échapper à la théocratie imaginaire de l'Église, il faut acclamer une autre théocratie aussi absolue qu'elle est illégitime, la théocratie de César, chef et arbitre de la religion, oracle suprême de la doctrine et du droit..." (Cardinal Pie, Homélie sur le Panégyrique de saint Emilien, Nantes, 8 novembre 1859, III, p. 511-518 cité in Gérard Bedel, Le Cardinal Pie, ibid., p. 65-66.) Le pape Pie IX (1846-1878), a ainsi pu légitimement dénoncer un défaut majeur de l'État moderne, en ce qu'il se proclame "origine et source de tout droit", qui prétend jouir "d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 91.) 

 

La royauté de Jésus n'a rien à voir avec nos images habituelles des rois.

 

L'Évangile (Mt 21,1 - 9, Mc 11,1 - 10, Lc 19, 28 - 40) raconte qu'à proximité de la fête de la Pâque juive, Jésus décida de faire une entrée solennelle à Jérusalem (Rameaux). Il organisa son entrée en envoyant deux disciples chercher un ânon. Il entra à Jérusalem sur une monture pour se manifester publiquement comme le Messie que les juifs attendaient. C'est une monture modeste comme l'avait annoncé le prophète pour montrer le caractère humble et pacifique de son règne.

 

"Il est le Roi des cœurs, à cause de son inconcevable charité qui surpasse toute compréhension humaine (Eph 3:19) et à cause de sa douceur et de sa bonté qui attirent à lui tous les cœurs: car dans tout le genre humain il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais personne pour être aimé comme le Christ Jésus." (Quas Primas 4) 

 

Sur la Croix, alors que deux malfaiteurs étaient crucifiés avec lui, le peuple restait là à observer, les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : "Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu !" Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant :"Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !" Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : "Celui-ci est le roi des Juifs." L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : "N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi !" Mais l’autre lui fit de vifs reproches : "Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal." Et il disait : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume." Jésus lui déclara : "Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis." (Lc 23,35-40)

 

"Il est venu tout réconcilier, faisant la paix par le sang de sa croix (Col. 1:20); C’est lui, le Christ, qui est notre paix ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres par le moyen de la croix; en sa personne il a tué la haine (Ephésiens 2,14-16); il n'est pas venu pour être servi, mais pour servir (Mt 20:28).

 

"Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert... Moi je suis au milieu de vous comme le serviteur." (Lc 22,26-27); maître de toutes créatures, il a donné lui-même l'exemple de l'humilité et a fait de l'humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. (Mt 11,30)" (Quas Primas 15). Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes qu'il leur faille invoquer pour être sauvés (Ac 4:12).

 

De la lignée de David, choisi par Dieu et marqué par l'onction royale, Il est le pasteur et le roi qui refait l'unité du peuple. Ce royaume, Saint Paul en parle non pas comme d'un monde étranger, d'un au-delà, mais comme une réalité déjà présente dans laquelle nous sommes déjà introduits par le Christ et avec lui. Jésus a tout réconcilié par le sang de sa croix. Ce royaume est déjà commencé, malgré les violences et les ténèbres qui enserrent notre monde. (Col. 1, 13-20)

 

Prétendre que le Christ ne doit pas régner sur les sociétés revient à dire que le Christ serait mort en vain sur la Croix et que ses lois n'auraient pas à être suivies par les souverains et les nations. "Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. [...] C'est le droit de Dieu de commander aux états comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre." (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, ibid., p. 43-44; 73).

 

Devant Pilate lui demandant s'il était roi, Jésus répondit : "Tu l'as dit, je suis roi. Si je suis né et si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité, écoute ma voix." (Jn, 18:37).

 

Le titulus crucis, titre de la Croix que Pilate fit placer au-dessus de la tête du Christ lors de sa crucifixion est "Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm" (INRI), "Jésus de Nazareth, Roi des Juifs" (Jn 19, 19). L'inscription était en trois langues, en hébreu, en grec et en latin (Jn 19,20).

 

Le grand moyen de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du Ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, ibid., p. 86.)

 

Se manifestant aux Onze pendant qu'ils étaient à table, Jésus ressuscité leur dit : "Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création." (Mc 16,15). En montant au Ciel, lors de son Ascension, Jésus adressa encore ces paroles explicites à ses disciples : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre", leur commandant : "Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps." (Mt 28:18-19). "Garder" ce qu'Il a prescrit, "tout pouvoir" lui ayant été donné, "au ciel et sur la terre", sont les termes qu'emploie Jésus. Il y a un devoir d'évangéliser les nations sur la terre, c'est-à-dire d'apprendre aux nations, et à leurs souverains, à "garder" les enseignements du Christ. 

A Lui seul soit le gouvernement

 

La louange et la joie

 

Jusqu'à l'accomplissement des temps. Amen !

 

Les jours meilleurs arrivent !

 

Les bons temps arrivent !

 

Par le rachat du Sang du Christ !

 

Maintien dans la joie

 

Félicitations !

 

Et bonne fortune !

 

La Paix du Christ vient

 

Le Règne du Chrits arrive

 

Rendons grâce à Dieu. Amen.

 

La Grande guerre prouve la vanité de l'optimisme des "Lumières". Cherchant à rétablir la distinction des deux pouvoirs temporel et spirituel, opposant une "laïcité saine" à la "laïcité anticléricale", et constatant l'échec du système libéral moderne, cet athéisme public où tout vient de César et revient à César, et où une modernité crée des rapports sociaux injustes, méprise l'autorité spirituelle et conduit au "suicide de l'Europe civilisée" via des idées politiques autoritaires ou totalitaires, suite au conflit mondial de 1914, le pape Pie XI (1922-1939) instaure en 1925 la fête et la théologie du Christ-Roi comme remède. 

21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l'obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d'obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l'ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l'ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles."

(
Pie XI, Lettre encyclique Quas Primas instituant la fête du Christ-Roi, § 21., 1925)


La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ (Cardinal Pie)
 
P. THEOTIME DE SAINT JUST O.M.C.
LECTEUR EMERITE EN THEOLOGIE
LA ROYAUTÉ SOCIALE DE N. S. JESUS-CHRIST D’APRÈS LE CARDINAL PIE

 

Image du Christ, Roi des Nations; extrait de la magnifique tenture de l'Apocalyspe exposée au chateau d'Angers, rescapée des destructions de la Révolution dite française.(Merci aux divers responsables qui ont permis la mise en valeur de ce trésor)
Image du Christ, Roi des Nations; extrait de la magnifique tenture de l'Apocalyspe exposée au chateau d'Angers, rescapée des destructions de la Révolution dite française.(Merci aux divers responsables qui ont permis la mise en valeur de ce trésor)

 

{Editions de Chiré BP 1 86190 Chiré en Montreuil 05 49 51 83 04 /
Editions Sainte jeanne d'Arc les Guillots 18260 Villegenon 02 48 73 74 22 }


«JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...»

«METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU COEUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS ».

«JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR... » (CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493).

On a pu reprocher les empiétements de l'Église sur le pouvoir temporel des rois. Ceux-ci ont une explication historique simple : des empereurs de la Rome tardive ont prétendu intervenir dans la vie de la jeune Église chrétienne en nommant les évêques, en imposant des papes, en convoquant des conciles, en légiférant en matière de discipline ecclésiastique, en intervenant dans les débats doctrinaux

Les rois capétiens, les rois d'Angleterre, les empereurs du Saint empire romain germanique furent ainsi nombreux à intervenir dans la vie de l'Église, en désignant des évêques, légiférant en matière de discipline ecclésiastique. (Source: Dictionnaire du Moyen-Âge, sous la direction de Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink, Quadrige, Puf, 2002, p. 242).

Or, l'Église est seule maîtresse de sa morale et de son dogme (Cf. Saint Athanase, Saint Ambroise, Saint Jean Chrysostome, Saint Augustin). 

« Les siècles de la féodalité, longtemps définis comme des siècles de fer', correspondent en réalité au moment du "décollage" européen ». (Jean-Louis BIGET, Préface dans Florian MAZEL, 888-1180 Féodalités, Histoire de France, sous la direction de Joël Cornette, Folio, Gallimard, Trebaseleghe, Italie 2019, p. 10.) 

 

Voici donc comment l'Église s'est dégagée de l'ingérence et de l'influence des empereurs et des rois, ce qui a permis le développement inédit dans l'histoire d'une civilisation originale, distinguant le temporel du spirituel, le laïque du religieux, la civilisation occidentale :

 

Dans les sociétés païennes antiques, "ignorant des raisons de sa présence en ce monde, l'homme subissait totalement un destin qui lui était imposé par la volonté divine. Cette volonté s'exprimant au travers des prêtres (païens) qui étaient chargés de la servir, le pouvoir clérical (païen) était sans limite et pesait considérablement sur la direction de la cité jusqu'à se confondre avec elle. Pharaon, roi, dictateur ou tyran, les dirigeants antiques portaient en eux une partie de la vie divine. Ils étaient moitié fils de dieux ou de déesses, divinisés de leur vivant, tant on était convaincu que le pouvoir, même politique, échappait à la volonté de l'homme qui n'avait aucune prise sur sa destinée. L'État était une communauté religieuse, le roi un pontife, le magistrat un prêtre, la loi une formule sainte." (Fustel de Coulanges, La cité antique, Hachette 1967, p. 457).

Cette confusion totale du politique et du religieux, l'Empire romain, par l'intermédiaire d'Octave Auguste, le premier empereur, la portera à son sommet, en réalisant la fusion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel en sa personne.

"César, à cette époque, était le grand pontife, le chef et le principal organe de la religion romaine; il était le gardien et l'interprète des croyances, il tenait dans ses mains le culte et le dogme. Sa personne même était sacrée et divine" (Fustel de Coulanges, Ibid., p. 461.).

 

Or, "le christianisme n'est pas intégré au système étatique. Il ne s'accommode pas d'un mode politique, il en dénonce les travers et les injustices. Selon Jacques Ellul, même, ''le message du christ est forcément subversif à l'égard de tous les ordres sociaux, politiques, économiques, moraux et religieux.''

 

Le christianisme introduit une distinction inédite entre religion et politique. L'évêque Ossius de Cordoue (257-359) est de ceux qui veulent tenir l'État à distance dans les questions doctrinales  : 'Ne vous mêlez pas des affaires religieuses et ne donnez pas d'ordres à ce sujet : [...] Dieu a mis la royauté dans vos mains et nous a chargés des affaires de son Église.' [...] Les pouvoirs politiques et religieux doivent donc collaborer, bien qu'ils soient distincts." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je ?, 4e édition, Paris 2018, p. 22.)

 

Distinction (les "deux cités" de Saint Augustin) et coordination (des deux pouvoirs) est la double vérité sur laquelle s'appuie l'Église depuis Saint Augustin (Cf. Jacques CHEVALIER, De saint Augustin à saint Thomas d'Aquin: Histoire de la pensée, Préface de Serge-Thomas Bonino, Collection Philosophie européenne dirigée par Henri Hude, Editions Universitaires, vol. 3, 1992, p. 70.)

 

"Augustin conçut son ouvrage La Cité de Dieu, achevé vers 426, comme une démonstration de la compatibilité entre l'Empire et la foi. Il n'y a qu'une seule cité de Dieu, mais elle offre deux faces, l'une est terrestre, l'autre céleste, la seconde se révélant au fur et à mesure que la première s'efface. La cité de Dieu est à la fois l'Église réalisée, le ciel à venir et la communauté terrestre avec sa législation, gouvernée par le Christ. Mais cette conception mystique de l'Église laissait une liberté d'intervention concrète au profit des pouvoirs séculiers. [...] Le pape cherchait à préserver la liberté de l'Église romaine face aux empiétements impériaux, tout en reconnaissant la légitimité de l'autorité temporelle." (L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean Sévillia, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 73.)

 

Une tradition impériale de convocation des conciles d'évêques initiée par Constantin à Nicée en 325, Théodose Ier à Constantinople en 381, Théodose II à Constantinople en 449, poursuivie en Occident par certains rois de France, comme Clovis le 10 juillet 511 à Orléans, Clotaire II à Paris en 614, Pépin le Bref à Compiègne en 757, Charlemagne à Tours et Mayence en 813, Philippe le Bel en 1312 au concile de Vienne..., en Orient par les empereurs byzantins, comme Justinien II en 692 au concile in Trullo, le IIe concile de Nicée en 787, et les empereurs germaniques, comme Frédéric Barberousse au concile de Pavie en 1160, et Sigismond au concile de Constance en 1414), voyait les conciles de l'Église convoqués par les rois

 

Grégoire VII, Pape

Mille ans après sa fondation par le Seigneur à la Pentecôte, où saint Pierre prit la parole, la papauté est devenue presque malgré elle, de manière accidentelle, un pouvoir impliqué dans les querelles de ce monde (Les disciples du Christ ne sont pas DU monde, mais ils sont DANS le monde. Jn 17,14-18). Outre, le choix des évêques ou la convocation des conciles, "l'empereur germanique passait par-dessus le peuple romain et les notables pour nommer directement les papes

 

Le pape Saint Grégoire VII, l'un des plus grands Papes, fut au XIe siècle l'homme providentiel qui combattit tous les grands abus de cette époque. Sa "réforme grégorienne" régla les empiétements des empereurs d'Allemagne, c'est-à-dire un pouvoir politique trop envahissant, la vente des dignités ecclésiastiques (simonie), la contagion des mauvaises moeurs du clergé et dans le peuple. 

 

En 1122, le compromis du concordat de Worms, le premier de l'histoire, régla le problème: désormais, l'évêque serait élu librement par le clergé en présence de l'empereur ou de son représentant. En France, des procédures analogues furent mises en place pour l'élection des évêques.

L'Église n'a jamais enseigné la confusion des deux pouvoirs, ni l'absorption du temporel par le spirituel (théocratie), ni l'absorption du spirituel par le temporel (césarisme, gallicanisme, églises nationales), parce que ce sont des erreurs régulièrement condamnées par le Saint-Siège.

On adressait déjà cet absurde reproche (d'absorption du temporel) au pape Boniface VIII, qui, dans sa Bulle Unam, sanctam, définit contre les légistes courtisans de Philippe le Bel, déjà gallicans, la subordination (qui n'est pas absorption) de la puissance temporelle à la puissance spirituelle. "Il enseigne, disait-on, que le pape peut disposer des couronnes selon son bon plaisir..." - "Il y a quarante ans que j'étudie le doit, répondait le saint Pontife dans le Consistoire de 1303, et je sais apparemment qu'il y a deux puissances... Comment peut-on croire qu'une telle folie me soit venue à l'esprit?" (Boniface VIII, cité dans Mgr Gaume, Le dogme de l'infaillibilité.)

 

En réaction aux empiétements des pouvoirs temporels, la papauté au "Moyen-Âge" a cherché à affirmer "sa liberté tout en ouvrant la porte à une autonomie du politique, de la société, qui se serait développée grâce à cette séparation." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 17.)

"La réforme grégorienne va [...] en fait bien au-delà de la simple 'liberté' ou de la volonté de dégager les Églises des jeux politiques et de la corruption. La papauté grégorienne, veut rompre avec l'association organique des empereurs avec leurs évêques. Ce faisant, la réforme grégorienne commence à poser en des termes nouveaux la question des rapports entre pouvoir laïc et pouvoir religieux. Elle amorce à terme une forme de séparation avec les pouvoirs politiques et une laïcisation de ces derniers." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 135, 146-150.) "La réforme grégorienne fut une révolution qui agita l'Église durant un siècle et remit totalement en causes ses rapports avec le système politique. [...] Ainsi, bien avant la séparation de 1905, le principe de l'autonomie des pouvoirs séculier et spirituel était acquis, et ce en raison de l'insistance de la papauté." (L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean SÉVILLIA, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 80.)

 

Les ordres monastiques de Cluny (Xe siècle) puis de Citeaux (Cisterciens) diffusent les principes de la réforme du clergé et d'obéissance à l'Église romaine. (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 48.)

 

"Pour l'essentiel, c'est aux moines que l'on doit la transmission de l'héritage antique. [...] Le monachisme s'est répandu en Occident dès le IVe siècle, après que saint Martin a fondé le premier monastère d'Occident à Ligugé." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, ibid., p. 37.)

 

Ainsi, l'Europe a dominé le monde dès l'époque dite 'obscure' du "Moyen-Âge". L'explication première réside dans la foi des Européens en la raison, dans l'engagement manifeste de l'Église sur la voie d'une théologie rationnelle (scolastique XIe-XIVe siècle) qui a rendu possibles les progrès.

Au IIe siècle à Alexandrie, Clément enseigne de 190 à 202 dans le Didascalé (école philosophique chrétienne, sur le modèle des écoles d'Athènes) que Dieu donne à l'esprit humain les moyens de parvenir à la vérité. Élève de Clément, Origène († 254) assume dans le christianisme l'héritage de la rhétorique et de la philosophie antiques, en intégrant la philosophie platonicienne dans la théologie chrétienne.  (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, ibid., p. 23-24.)

 

Entre le Ve siècle et le IXe siècle, Boèce (480-524), philosophe romain chrétien contemporain de Clovis, répand les oeuvres d'Aristote en Occident. Son travail a été la source antique principale de la philosophie médiévale avant le XIIIe siècle. Son traité Logica vetus (logique ancienne) comprend entre autres ses traductions latines de l'Organon (Analytiques I et II), des Catégories, des Topiques, et De l'Interprétation d'Aristote, qu'il a transmis en Occident avant que soient connus les commentaires d'Averroès, philosophe andalou (1126-1198) au XIIIe siècle.

 

"La période n'est pas celle de 'l'infélicité des Goths', le long tunnel d'ignorance déploré par Rabelais et les humanistes. La convergence culturelle des élites 'barbares' et des élites gallo-romaines a permis leur fusion rapide. Au Ve et VIe siècles, aucune régression ne se discerne dans la culture des laïcs ni dans l'usage de l'écrit. [...] Monastères et églises jouent un rôle positif dans la conservation des oeuvres antiques. [...] La période du Ve au IXe siècle ne correspond donc nullement au degré zéro de la culture. Tout au contraire, elle assume un rôle primordial dans la transmission d'une grande part de la littérature latine à l'Occident des temps futurs. [...] À bien y regarder, on est donc amené à reconsidérer l'idée d'un déclin de cette noblesse sénatoriale dans la Gaule du Ve siècle en raison de l'hégémonie des chefs barbares. En vérité, la plupart des grandes familles ont maintenu leur position, entretenu un style de vie antique et participé à la transmission de la culture écrite." (Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX, La France avant la France 481-888, Histoire de France, Sous la direction de Joël Cornette, Folio Histoire, 2019, p. 19 et 40.)

 

"Dès les premiers temps, les Pères de l'Église ont enseigné que la raison était le don suprême de Dieu et le moyen d'accroître progressivement leur compréhension des Écritures et de la Révélation. En conséquence, le christianisme s'est trouvé orienté vers l'avenir, tandis que les autres grandes religions affirmaient la supériorité du passé. ... Comme l'enseigne Tertullien au IIe siècle : 'La raison est une chose qui vient de Dieu, pour autant qu'il n'y a rien que Dieu, qui a fait toute chose, n'ait pas fourni, disposé, ordonné par la raison, rien qu'il n'ait voulu comme devant être appréhendé et compris par la raison.' (De la Repentance, ch. I). Dans le même état d'esprit, Clément d'Alexandrie énonçait au IIe siècle une mise en garde : 'Ne croyez pas que nous disons que ces choses sont reçues seulement par la foi, mais aussi qu'elles doivent être affirmées par la raison. Car en vérité il n'est pas avisé de confier ces choses à la simple foi sans la raison, étant donné qu'assurément la vérité ne peut exister sans raison.' (Les reconnaissances de Clément : Livre II, ch. 69). (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 7, 22-23.)

Saint Augustin ne faisait qu'exprimer l'opinion générale lorsqu'il soutenait que la raison était indispensable à la foi  :  'Veuille le Ciel que Dieu ne haïsse pas en nous ce par quoi il nous a faits supérieurs aux animaux ! Veuille le Ciel que nous ne croyions pas de telle façon que nous n'acceptions pas ou ne cherchions pas de raisons, puisque nous ne pourrions même pas croire si nous ne possédions pas d'âmes rationnelles.' Saint Augustin reconnaissait que 'la foi doit précéder la raison et purifier le cœur et le rendre propre à recevoir et endurer la grande lumière de la raison'. Puis il ajoutait que, bien qu'il soit nécessaire 'que la foi précède la raison dans certains domaines de grande conséquence qui ne peuvent pas encore être compris, assurément la minuscule portion de raison qui nous persuade de ceci doit précéder la foi.' (In David C. Lindberg et Ronald L. Numbers, Gods and Nature : Historical Essays on the Encounter Between Christianity ans Science, Berkeley University of California Press, 1986, 27-28.) Les théologiens scolastiques avaient bien davantage foi dans la raison que la plupart des philosophes ne sont prêts à en avoir aujourd'hui. (R. W. Southern, Medieval Humanisme and Other Studies, Harper Torchbooks, New Yord, 1970, 49). (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 23.)

 

La scolastique primitive, du début du XIe siècle à la fin du XIIe siècle débute avec la figure d'Anselme de Cantorbéry, et l'école de Chartres. Les œuvres d'Aristote marquées par l'influence de Platon sont copiées par Jacques de Venise († 1147) et traduites du grec au latin par Albert le Grand (1193-1206), maître dominicain de Thomas d'Aquin, qui les introduit dans les universités, en même temps que les traités scientifiques grecs.

Saint Thomas d'Aquin formule l'aristotélisme chrétien en appliquant à la théologie les méthodes et les exigences du raisonnement philosophique. L'engagement chrétien en faveur de la raison culmine avec sa Somme théologique, publiée à Paris à la fin du XIIIe siècle. Il avançait que dans la mesure où l'entendement des humains n'est pas suffisant pour percevoir directement l'essence des choses, il leur est nécessaire de cheminer vers la connaissance pas à pas, au moyen de la raison. Il prônait ainsi l'utilisation de la philosophie, particulièrement des principes de la logique, dans une tentative d'élaboration de la théologie. 

Alexandre de Hales (1180-1245) surnommé le "Docteur irréfragable", Robert Grossetête (1175-1253) à Lincoln, un des représentants de la Première Renaissance, et Roger Bacon (1214-1294) à Oxford (Angleterre), surnommés le "Docteur admirable", davantage portés vers l'expérience que vers la spéculation pure, identifient quelques erreurs commises par Aristote à propos des phénomènes naturels, ce qui ne les empêche nullement de reconnaître l'importance de la philosophie d'Aristote. 

La scolastique tardive du XIVe siècle est représentée par la figure de Jean Duns Scot (1266-1308), à Oxford, Paris et Cologne, le "docteur subtil" qui donne une priorité à la volonté (d'où l'étiquette de "volontarisme") devant les autres facultés comme l'intelligence intellectualiste ou la charité.

 

Les apports du christianisme

 

"Le christianisme irrigue toutes les constructions sociales, il est le modèle d’explication des sociétés, des cultures et du système de pensée occidental dans ses structures conceptuelles. Il se présente comme la constituante essentielle de l’histoire des civilisations et des hommes. Cette assertion, indéniable aujourd’hui et scientifiquement acquise..." (Bénédicte Sère, Histoire générale du christianisme. Volume I : Des origines au xve siècle, dir. Jean-Robert Armogathe, Pascal Montaubin, Michel-Yves Perrin, Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 04 avril 2012. URL : http://journals.openedition.org/rhr/7840 )

 

"Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe." (Théodore ZELDIN, Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, Points Histoire, Paris-Mesnil 1981, p. 446.)

Le self-government rural ou la "démocratie" et des élections à la pluralité des voix dans chaque village était un usage courant sous l'"Ancien Régime". (Frantz FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, p. 33-35.)

"Les rois du vieux temps laissaient se gouverner leurs sujets à l'abri de leur autorité souveraine. [...] Dallington va jusqu'à définir la France sous le gouvernement de ses princes, 'une vaste démocratie'." (Frantz FUNCK-BRENTANO, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 525-526.)

Le parlement local était élu par la population locale. Chaque grande ville élisait ses dirigeants, désignés parfois sous le terme d'échevin. (Pierre GAXOTTE, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 9-10.) Mais, "dans certaines provinces, les sujets du roi pouvait naître, vivre et mourir sans avoir directement affaire à l’Etat." (Michel ANTOINE, Louis XV, Fayard, 1989).

Sous "l'Ancien Régime", "le principe des libertés nationales était posé dans cette maxime fondamentale de l'Etat français : Lex fit consensu populi et constitutione regis. "Consentement de la nation et décret du prince", voilà l'antique formule du pouvoir législatif en France, depuis l'établissement de la monarchie." (Mgr FREPPEL, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 33.)

"L'enseignement était obligatoire et gratuit. [...] Au cours de son livre L'École sous la Révolution, V. Pierre constate qu'il y avait en 1789 des écoles dans chaque paroisse 'et presque dans chaque hameau'." (Frantz-FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, pp. 50-51.)

La liberté et l'égalité sont des principes monarchiques français qui ont été dévoyés par l'oligarchie républicaine.  

"Dans le régime démocratique, [...] (e)n théorie, le nouveau citoyen se voit reconnaître un pouvoir de contribuer à la formation des décisions. [...] Mais en réalité, il a moins de prise sur la décision qu'il n'en a jamais eu (Voir Patrice Gueniffey, Le Nombre et la raison, La Révolution française et les élections, éd. de l'EHESS, Paris 1993, p. 208-213). En effet, la participation démocratique [...], constitue une double fiction dont l'effet est de transférer le pouvoir théoriquement possédé par les individus à une oligarchie composée de professionnels de la politique. Cette oligarchie trie les problèmes et définit les termes dans lesquels ils peuvent être résolus, médiation indispensable pour transmuer la poussière des volontés individuelles en 'volonté collective'." (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaireFayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206-210.)

"L'État de nos jours est plus directif que sous l'Ancien Régime. [...] La plus libérale des démocraties actuelles est bien plus absolue que la monarchie dite 'absolue'... En effet, l’autorité étatique y est beaucoup plus à même d’imposer sa volonté." (Jean-Louis Harouel, L’esprit des institutions d’Ancien Régime, Le miracle capétien, Perrin, 1987).

"Les théoriciens chrétiens proposaient depuis longtemps des théories sur la nature de l'égalité et sur les droits de l'individu. Le travail ultérieur de théoriciens politiques 'laïques' tels que John Locke a été explicitement fondé sur des axiomes égalitaires posés par les penseurs religieux." (Jeremy Waldron, God, Locke, and Equality, Cambridge University Press, 2002, cité in Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 11). 

"Beaucoup expriment également de l'admiration pour les œuvres de John Locke au XVIIe siècle comme étant une source majeure de la théorie démocratique moderne, apparemment sans se rendre compte le moins du monde que Locke fonda explicitement toute sa thèse sur les doctrines chrétiennes concernant l'égalité morale." (Jeremy Waldron, ibid.cité in Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, ibid., p. 119.)

Ainsi, ‘’le christianisme n'est pas seulement une foi, c'est une foi qui a baptisé une civilisation : celle de la dignité des hommes, de la liberté, de la responsabilité, de l'égalité. Détruisez le christianisme et vous aurez détruit cette civilisation. Reléguez la foi chrétienne au rôle d'un récit et vous aurez perdu notre fondement. Et notre identité aussi : car si les autres vous frappent parce que vous êtes juif et chrétien et que vous ne donnez aucun poids à cet être, alors les autres sont quelqu'un et vous n'êtes personne, n'ayant rien à défendre. C'est la leçon, très personnelle, que j'ai tirée de la tragédie du 11 septembre et que j'ai renforcée lors de mes rencontres avec Ratzinger. Il avait de la lucidité et du courage,’’ a pu ainsi expliqué le sénateur libéral italien, philosophe et universitaire, Marcello Pera, qui a rencontré à plusieurs reprises Benoît XVI après avoir lu le livre de Joseph Ratzinger, "Foi, Vérité, Tolérance".

 

Rappelons les progrès scientifiques et moraux dus au christianisme. Le christianisme est directement responsable des percées intellectuelles, politiques, scientifiques et économiques les plus significatives du dernier millénaire; la théologie chrétienne en est la source même. "Les autres grandes religions ont mis l'accent sur le mystère, l'obéissance, l'introspection ou la répétition. Seul le christianisme s'est ouvert à la logique et à la pensée déductive comme moyens d'accès aux lumières, à la liberté et au progrès. Au Ve siècle déjà, saint Augustin célébrait le progrès théologique et "l'invention exubérante". Les valeurs qui nous sont les plus chères aujourd'hui - le progrès scientifique, le règne de la démocratie, la liberté des échanges et de la circulation des hommes et des idées - doivent largement leur universalité au christianisme vu comme une tradition grandiose dont nous sommes tous les héritiers", écrit Rodney STARK dans son ouvrage "Le triomphe de la raison : pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, traduction de Gérard Hocmard, Paris, Presses de la Renaissance, 2007.) 

 

"Non seulement la science et la religion étaient compatibles, mais elles étaient inséparables : l'essor de la science a été le fait de penseurs chrétiens profondément religieux. (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 30.) 

 

Ceux qui participèrent aux grands progrès des XVI et XVIIe siècles, Newton, Kepler, et Galilée ont perçu leurs travaux comme étant 'au service' de la théologie. Ils considéraient la Création elle-même comme un livre qu'il fallait lire et comprendre. (David Lyle Jeffrey, By Things Seen : Reference and Recognition in Medieval Tought, Ottawa Université of Ottawa Press, 1979, 14). René Descartes justifiait sa recherche des 'lois' naturelles par le fait que de telles lois doivent nécessairement exister puisque Dieu est parfait et qu''il agit de manière aussi constante et immuable que possible', à la rare exception des miracles. (Œuvres, Livre VIII, ch. 61.)

 

Au VIIe siècle, les sacrifices humains en Europe étaient encore pratiqués dans certaines régions païennes comme la Frise où les enfants étaient "noyés dans la mer par la marée montante afin d'apaiser la colère des dieux" (Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX, La France avant la France 471-888, Histoire de France, Sous la direction de Joël Cornette, Folio Histoire, 2019, p. 276); en Suède où les habitants de l'île de Gotland sacrifiaient leurs enfants, en Norvège où on jetait les enfants sur des lances, en Islande où des êtres humains étaient jetés dans des fosses sacrificielles (blotgrafar, des puits à offrandes); en Suède encore à Uppsala où tous les neuf ans, des hommes étaient sacrifiés pendus dans un bois près du temple, ou noyés dans une source (Stéphane COVIAUX, La fin du Monde Viking, Passés Composés, Paris 2019, p. 158); au Danemark au Xe siècle, où l'archéologie témoigne de l'existence de sites dédiés aux sacrifices rituels, y compris humains, à Tisso, près de la grande halle, ou à Trelleborg. 

Ces sacrifices humains réalisés dans l'espoir de se concilier les dieux Odin, Thor et Freya, parce que leur sang avait davantage de prix, avaient disparu au XIIIe siècle dans la "Chrétienté", et au XVIe siècle dans le monde, en Amérique latine. "Ils ne cesseront définitivement qu'une fois le christianisme bien implanté." (Jean RENAUD, Les vikings, vérités et légendes, Perrin, 2019, p. 294-302.)

 

L'infanticide et l'exposition des enfants. L'anthropologue Laila Williamson note que "l'infanticide a été pratiqué sur tous les continents et par des gens de tous niveaux de complexité culturelle, des chasseurs-cueilleurs aux grandes civilisations, y compris nos propres ancêtres. Plutôt que d'être une exception, il a donc été la règle. (Laila Williamson, Infanticide: an anthropological analysis, in Kohl, Marvin (ed.). Infanticide and the Value of Life, NY: Prometheus Books, 1978, pp. 61–75.)

Une méthode d'infanticide fréquente dans l'Europe et l'Asie anciennes consistait simplement à abandonner le nourrisson , le laissant mourir par exposition (c'est-à-dire par Hypothermie, faim, soif ou attaque animale). [John Eastburn Boswell, "Exposition et oblation: l'abandon des enfants et la famille antique et médiévale". Revue historique américaine, 1984.]

Les Grecs historiques considéraient la pratique du sacrifice des adultes et des enfants comme barbare [26], cependant, l'exposition des nouveau-nés était largement pratiquée dans la Grèce antique , elle était même préconisée par Aristote dans le cas de la déformation congénitale - "Quant à l'exposition des enfants, qu'il y ait une loi interdisant à un enfant déformé de vivre. » [PM Dunn, "Aristotle (384–322 bc): philosopher and scientist of ancient Greece, 2006] En Grèce, la décision d'exposer un enfant appartenait généralement au père, bien qu'à Sparte, la décision ait été prise par un groupe d'anciens.

Cette pratique était également répandue dans la Rome antique. Selon la mythologie, Romulus et Remus , deux fils jumeaux du dieu de la guerre Mars, ont survécu au quasi-infanticide après avoir été jetés dans le Tibre. Selon le mythe, ils ont été élevés par des loups et ont ensuite fondé la ville de Rome.

Philon a été le premier philosophe à se prononcer contre. [The Special Laws. Cambridge: Harvard University Press. III, XX.117, Volume VII, pp. 118, 551, 549.] Une lettre d'un citoyen romain à sa sœur ou à une femme enceinte de son mari [Greg Woolf (2007). Ancient civilizations: the illustrated guide to belief, mythology, and art. Barnes & Noble. p. 386.], datant du 1er av. J.-C., montre la nature décontractée avec laquelle l'infanticide était souvent considéré.

Dans certaines périodes de l'histoire romaine, il était traditionnel qu'un nouveau-né soit amené au pater familias , le patriarche de la famille, qui déciderait alors si l'enfant devait être gardé et élevé, ou laissé mourir par exposition. [John Crossan, The Essential Jesus: Original Sayings and Earliest Images, p. 151, Castle, 1994, 1998] Les Douze Tables de droit romain l'ont obligé à mettre à mort un enfant visiblement déformé. Les pratiques concurrentes d' esclavage et d'infanticide ont contribué au «bruit de fond» des crises de la République.

L'infanticide est devenu une infraction capitale en droit romain en 374 après JC , mais les contrevenants étaient rarement, sinon jamais, poursuivis. [Samuel X. Radbill, 1974, "A history of child abuse and infanticide", in Steinmetz, Suzanne K. and Murray A. Straus (ed.). Violence in the Family. NY: Dodd, Mead & Co, pp. 173–179.]

La première maison d'enfant trouvé en Europe a été établie à Milan en 787 en raison du nombre élevé d'infanticides et de naissances hors mariage. L' hôpital du Saint-Esprit à Rome a été fondé par le pape Innocent III parce que les femmes jetaient leurs enfants dans le Tibre. [Richard Trexler, (1973). "Infanticide in Florence: new sources and first results". History of Childhood Quarterly. 1: 99.]

Contrairement à d'autres régions européennes, au Moyen Âge, la mère allemande avait le droit d'exposer le nouveau-né. [C.W. Westrup (1944). Introduction to Roman Law. London: Oxford University Press. p. 249.]

Au Haut Moyen Âge, l'abandon d'enfants non désirés a finalement éclipsé l'infanticide. Les enfants non désirés étaient laissés à la porte de l'église ou de l'abbaye, et le clergé était supposé prendre soin de leur éducation. Cette pratique a donné naissance aux premiers orphelinats. (Josiah Cox Russell, 1958, Late Ancient and Medieval Population, pp. 13-17.]

Le judaïsme interdisait l'infanticide. Tacite a enregistré que les Juifs "considèrent comme un crime de tuer tout enfant né tard". [Tacitus (1931). The Histories. London: William Heinemann. Volume II, 183.] Josephus , dont les travaux donnent un aperçu important du judaïsme du 1er siècle, a écrit que Dieu "interdit aux femmes de provoquer l'avortement de ce qui est engendré, ou de le détruire par la suite". [Josephus (1976). The Works of Flavius Josephus, "Against Apion". Cambridge: Harvard University Press. pp. II.25, p. 597.]

Dans les tribus païennes germaniques, John Boswell écrit que les enfants indésirables étaient exposés, généralement dans la forêt. "C'était la coutume des païens [teutoniques], que s'ils voulaient tuer un fils ou une fille, ils seraient tués avant d'avoir reçu de la nourriture." [Boswell, John (1988). The Kindness of Strangers. NY: Vintage Books.] Habituellement, les enfants nés hors mariage étaient disposés de cette façon.

Dans son Temps préhistoriques très influent, John Lubbock a décrit des os brûlés indiquant la pratique du sacrifice d'enfants dans la Grande-Bretagne païenne. [John Lubbock (1865). Pre-historic Times, as Illustrated by Ancient Remains, and the Manners and Customs of Modern Savages. London: Williams and Norgate. p. 176.]

Le dernier canto, Marjatan poika (Fils de Marjatta) de l'épopée nationale finlandaise Kalevala décrit un infanticide supposé. Väinämöinen ordonne que l'enfant bâtard de Marjatta se noie dans le marais.

Le Íslendingabók , une source principale pour la première histoire de l'Islande , raconte que lors de la conversion de l'Islande au christianisme en 1000, il a été prévu - afin de rendre la transition plus agréable pour les païens - que "les anciennes lois autorisant l'exposition des nouveau-nés resterait en vigueur". Cependant, cette disposition - comme d'autres concessions faites à l'époque aux païens - fut abolie quelques années plus tard.

Ce sont les principes chrétiens sur lesquels la civilisation occidentale a été fondée qui ont d'abord interdit, puis empêché pendant si longtemps et pendant tant de siècles le meurtre d'enfants. 

 

"Le christianisme a libéré les femmes." (Jacques Le Goff).

 

Le consentement dans le mariage est une révolution introduite avec l'institution du mariage chrétien qui revenait sur la pratique du mariage forcé hérité du droit romain où la femme romaine est une mineure, sous la coupe du pater familias, père de famille, puis du mari. Voici quelques lignes de Jacques Le Goff sur ce sujet :

 

À l'instar des nombreuses saintes qui furent persécuter et martyres pour avoir exercé leur liberté de consentement, comme sainte Thècle au Ier siècle, sainte Agathe au IIIe siècle, ou encore sainte Agnès au début du IVe siècle, "voyez [...] la réflexion qu'a menée l'Église sur [...] le mariage, afin d'aboutir à cette institution typiquement chrétienne formalisée par le IVe siècle concile de Latran en 1215, [...] un acte qui ne peut avoir lieu qu'avec l'accord plein et entier des deux adultes concernés (consentement). [...] Le mariage est impossible sans l'accord [...] de l'épouse : la femme ne peut pas être mariée contre son gré, elle doit avoir dit oui. (Michel SOT, La Genèse du mariage chrétien, L'Histoire n°63, pp. 60-65).

 

"[...] C'est une de mes idées favorites, confortée par le progrès des études historiques : le Moyen-Âge, [...] a été aussi et surtout un moment décisif dans la modernisation de l'Occident." (Jacques LE GOFF, L'histoire n° 245, cité dans La Véritable Histoire des Femmes, De l'Antiquité à nos Jours, Présenté par Yannick RIPA, L'Histoire, Nouveau Monde Éditions, Paris 2019, pp. 67-82.)

 

"À l'ère moderne, les découvertes scientifiques, l'essor du commerce [...] auraient achevé d'installer en Occident un mouvement de liberté et de progrès, à opposer à la stagnation des autres mondes, islamique, chinois, indien." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 15.)

 

Le christianisme a permis le "décollage européen" au "Moyen-Âge", le progrès économique, le progrès scientifique, technologique et matériel, et le progrès moral, dans la mesure où la papauté a travaillé à l'autonomie des pouvoirs temporel et spirituel ("réforme grégorienne" au XIe siècle), ce qui n'existe dans aucune autre ère de civilisation. (CfJean-Louis HAROUEL, Le Vrai génie du christianisme, Laïcité, Liberté, Développement, éditions Jean-Cyrille Godefroy, Clamecy 2012 ; Rodney STARK, Faux témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019.)

 

"L'une des incantations républicaines consiste à faire croire que la République a apporté l'égalité entre les citoyens. ... [J]e ne suis pas certain que les inégalités aient été plus criantes sous Louis XVI que sous notre république. Précisément parce que l'institution de la noblesse, cet ordre prestigieux auquel toute famille désireuse de se hisser dans la société rêvait d'accéder, empêchait par là même qu'elles continuent à s'enrichir interminablement (il était interdit à la noblesse de s'enrichir; l'honneur interdisait à la noblesse de sortir du rôle qui lui était dévolu, la noblesse pouvait se perdre par déchéance à la suite d'une condamnation infamante, ou par dérogeance, lorsqu'un noble était convaincu d'avoir exercé un métier roturier ou un trafic quelconque). Un Bill Gates était inimaginable à l'époque, ces fortunes qui dépassent la richesse de nombreuses nations n'existaient pas. [...] Rien de plus politique que d'arrêter, par un moyen aussi puissant que volontaire, par le motif de l'honneur, l'accroissement immodéré des richesses dans les mêmes mains. Ainsi l'institution de la noblesse empêchait-elle la constitution de fortunes insensées, aberrantes, outrancières, et ce n'est pas le moindre paradoxe que de voir dans l'ancienne monarchie un monde mieux armé pour prévenir ces aberrations. [...] Malgré l'évidence..., on continue de nous représenter la société sous l'Ancien Régime comme monde inégalitaire. Il l'était, sans aucun doute. Comme toute société. Il n'existe pas de société égalitaire. La société communiste, qui s'est imposée au prix d'une terreur jamais vue dans l'histoire, n'a pas réussi le pari de l'égalité, au contraire: elle a connu un éventail des revenus plus large que nos sociétés d'Europe occidentale. Il est d'ailleurs amusant de constater que la gauche, et plus généralement la république, aggrave, toujours les inégalités plutôt qu'elles ne les réduit. Par exemple, sous le septennat de Valery Giscard d'Estaing, l'éventail des revenus était moins large que sous son successeur François Mittérand. ... Aujourd'hui, ... [l]a moitié du patrimoine national (50%) est détenue par 10% des ménages. Et 40% des Français n'ont aucun patrimoine. 40% des Français sans patrimoine: ce chiffre était le même en 1800, au lendemain de la Révolution." (Yves-Marie ADELINE, Le Royalisme en question (1792-2002), Perspectives pour le XXIe siècle, Préface de Vladimir Volkoff, Postface de Jean Raspail, L'Âge d'Homme - Editions de Paris, Libres Mobiles, 2e édition corrigée, Paris 2002, p. 96-97). 

Au Ve siècle, avec nos premiers rois de France, la tradition royale était, sur les conseils de saint Rémi, qui baptisa Clovis, de soulager les habitants du pays, de réconforter les affligés, de veiller sur les veuves, de nourrir les orphelins (M.C. ISAÏA, Rémi de Reims, Mémoire d'un saint, histoire d'une église, Cerf, Paris 2010, p. 777), et pour ceux que la Providence avait particulièrement dotés de donner le plus largement possible aux pauvres. À l'instar de l'amour du prochain, la charité publique, commandée par la foi, et librement consentie, n'était pas (encore...) imposée par l'État. "Protège les Pauvres, ils te protégeront", tel était l'enseignement de Philippe Auguste à Saint-Louis.

 

La charité publique. C'est surtout sous la direction des évêques, protecteurs des faibles et des malheureux, que se développa le mouvement charitable; ils créèrent les Hôtels-Dieu que l'on retrouve à l'ombre de toutes les cathédrales. Dans la plupart des pays d'Europe, les maladreries étaient sous la juridiction directe des évêques. La dîme servait à alimenter la charité paroissiale, pendant plus de 1200 ans, le budget de l'Église fut en même temps celui de l'assistance et de la charité publiques. (Jean GUIRAUD, Histoire partiale histoire vraie, tome III, L'Ancien Régime, 5° édition, Gabriel Beauchesne & Cie Editeurs, Paris 1914, p. 210.)  

 

"Les principes consolants et la morale bienfaisante du christianisme, ses doctrines démocratiques et libérales, devaient concilier aux prêtres qui les enseignaient le respect et l’amour des peuples ; l’organisation de l’Église, sa hiérarchie, sa discipline, la tenue de ses conciles généraux et particuliers, la richesse de ses revenus et de ses aumônes, lui assuraient un ascendant considérable dans la société." Ainsi s’exprime l’historien Benjamin GUÉRARD, dans sa préface du Cartulaire de l’église Notre-Dame de Paris, publié en 1850. Guérard était loin d’être un "clérical" ; mais ses recherches et sa science approfondie du Moyen Age, étudié par lui aux sources, l’ont amené à tracer du rôle de l’Église dans la civilisation française et dans la conquête des droits et des libertés des citoyens un tableau d’une grande largeur de vues d’un grand intérêt. Le clergé n’eut une si grande influence sur les masses comme sur les individus que parce qu’il se montra d’abord et resta populaire dans la meilleure et la plus sympathique acception de ce mot, tant profané depuis, écrit Charles BARTHÉLEMY dans Erreurs et mensonges historiques ; c’est dans l’Église et par les actes du clergé, non moins que par sa voix, que furent promulgués et mis en pratique les grands principes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

 

Croix et Calvaire du Cher

L’asile, d’après la loi de l’empereur Théodose le Jeune (23 mars 431), comprenait non seulement l’intérieur du temple, mais encore toute l’enceinte du lieu sacré, dans laquelle étaient situés les maisons, les galeries, les bains, les jardins et les cours qui en dépendaient.

 

Le droit d’asile dans les églises fut confirmé par les rois des Francs et par les conciles.

 

Ceux qui se réfugiaient dans les asiles étaient placés sous la protection de l’évêque, devenu pour ainsi dire responsable des violences qui leur seraient faites. Les voleurs, les adultères, les homicides même n’en pouvaient être extraits, et ne devaient être remis aux personnes qui les poursuivaient qu’après que celles-ci avaient juré sur l’Évangile qu’elles ne leur feraient subir ni la mort, ni aucune mutilation. L’esclave réfugié n’était rendu à son maître qu’autant que celui-ci faisait serment de lui pardonner.

 

Les revenus ecclésiastiques étaient divisés en quatre parts. La première seule appartenait à l’évêque, la seconde était pour son clergé, la troisième pour les pauvres de l’Église, et la quatrième pour l’entretien des édifices consacrés au culte.

 

"Partout la part du pauvre était réservée dans les revenus ecclésiastiques, et lorsqu’elle ne suffisait pas, elle devait être accrue des autres fonds dont le clergé avait la disposition. Nourrir tous les indigents et secourir tous les malheureux, telle était la mission de l’Église, qui, pour la remplir, dut quelquefois se dépouiller de ses biens et mettre en gage jusqu’aux objets les plus précieux du culte", explique Guérard. Une des plus belles œuvres, à cette époque ; une des plus méritoires et qui atteste le mieux de sa charité, c’est celle du rachat des captifs. Les sommes que le clergé y consacrait, d’après l’injonction expresse des conciles, étaient souvent très considérables ; il lui était même permis, pour satisfaire à cette obligation, de mettre en gage jusqu’aux vases sacrés des églises.

Aussi, dans ces siècles de fer, où les populations étaient emmenées captives comme des troupeaux à la suite des armées et partagées comme un butin entre les soldats, on voit les évêques épuiser leurs trésors pour les délivrer des liens de l’esclavage.

Saint Épiphane, évêque de Pavie, délivre, en 494, dans les Gaules, par ses instances auprès du roi Gondebaud ou à prix d’argent, plus de six mille Italiens que les Bourguignons retenaient en captivité.

Le prêtre saint Eptade, originaire d’Autun, rachète plusieurs milliers d’Italiens et de Gaulois emmenés pareillement en esclavage par les Bourguignons, et ensuite une foule de captifs que les Francs de l’armée de Clovis avaient faits dans leur guerre contre les Visigoths.

En 510, saint Césaire, évêque d’Arles, distribue des vêtements et des vivres à une immense multitude de prisonniers francs et gaulois tombés au pouvoir des Goths, et les rachète ensuite avec le trésor de son église, que son prédécesseur Éonius avait amassé. Puis, ayant reçu de Théodoric, roi des Ostrogoths, trois cents sous d’or avec un plat d’argent du poids d’environ soixante livres, il vend le plat, achète la liberté des captifs dispersés dans l’Italie, et leur procure des chevaux ou des chars pour les ramener dans leurs foyers.

Dans le siècle suivant, saint Éloi rachetait les prisonniers saxons et les affranchissait devant le roi.

 

La fin de l'esclavage. Lors de la chute de Rome (476), l'esclavage était répandu partout en Europe; à la "Renaissance", il avait disparu partout en Europe. Le règne du Christ, le premier, a permis l'abolition de l'esclavage, bien avant que les États modernes ne portent de nouvelles législations d'abolition.

 

Benjamin Guérard nous révèle encore que "[...] l’Église, [...] en prenant à sa charge et pour ainsi dire chez elle les veuves, les orphelins et généralement tous les malheureux, ne pouvait manquer de les avoir dans sa dépendance ; mais ce qui devait surtout lui gagner le cœur de ses nombreux sujets, c’est qu’au lieu d’être humiliée ou embarrassée de leur cortège, elle s’en faisait honneur et proclamait que les pauvres étaient ses trésors. D'où l'expression médiévale "Nos Seigneurs les pauvres".

 

"Elle (l’Église) couvrait aussi de sa protection les affranchis, et frappait d’excommunication le seigneur et le magistrat qui opprimaient l’homme faible ou sans défense. Lorsque des veuves ou des orphelins étaient appelés en justice, l’évêque ou son délégué les assistait à la cour du comte et empêchait qu’on ne leur fît aucun tort. L’archidiacre ou le prévôt des églises devait visiter tous les dimanches les prisonniers et subvenir à leurs besoins avec le trésor de la maison épiscopale. Aux trois grandes fêtes de l’année, savoir : à Noël, à Pâques et à la Pentecôte, les évêques faisaient ouvrir les prisons aux malheureux qu’elles renfermaient.

 

"Ne perdons pas de vue que les institutions qui, dans les temps modernes, et principalement de nos jours, ont agité les peuples, les touchaient alors fort médiocrement et leur étaient non seulement indifférentes, mais encore incommodes, onéreuses, antipathiques. On préférait de beaucoup l’assemblée des fidèles à celle des scabins (échevins, magistrats) ou des hommes d’armes ; on fuyait les plaids et les champs de mars ou de mai pour accourir aux temples ; on était bien plus puni d’être privé dans l’église de son rang, de la participation aux offrandes, aux eulogies, à la communion, que du droit de porter les armes et de juger ; en un mot, on tenait bien plus à l’exercice de ses droits religieux qu’à celui de ses droits politiques, parce que l’État religieux était bien supérieur à l’état politique, et que, hors de l’Église, tous les devoirs et tous les droits de l’homme étaient à peu près méconnus", écrit l’historien Guérard.

 

Reprenant en 1877 ces propos de Guérard, Charles Barthélemy estime : "[...] où M. Guérard nous semble avoir le mieux compris et proclamé le grand rôle de l’Église dans la revendication des droits de l’homme, c’est dans cette page que lui a été dictée le spectacle des utopies dangereuses de 1848 :

 

"Ce qu’aucun gouvernement ne ferait aujourd’hui qu’en courant le risque de bouleverser la société, l’Église le faisait tous les jours dans le Moyen Age, sans la compromettre, et même en la rendant plus tranquille et plus stable. Quelle monarchie, quelle république pourrait, par exemple, proclamer impunément ce dangereux droit au travail qui paraît menacer notre civilisation ? Eh bien, l’Église osait plus encore. Des deux grandes classes dans lesquelles la population fut de tout temps divisée, savoir, les riches et les pauvres, l’Église ne craignait pas de se charger de la dernière. Elle mettait dans son lot tous ceux qui n’avaient rien, et s’inquiétant peu pour elle de leur nombre ni de leur exigence, elle leur disait que ses biens étaient à eux ; elle les installait chez elle ; elle s’obligeait à les nourrir et réglait leur part, sans craindre qu’ils n’en fussent bientôt plus contents et qu’ils ne voulussent à la fin tout avoir. Effectivement, malgré le danger de tels principes, le clergé sut rester riche au milieu de ces misérables et faire respecter par eux ses richesses et son autorité... Ce qui favorisait le plus le respect de l’Église, ce qui constituait véritablement sa force, c’était la foi de ses peuples ; et cet article de sa constitution : Beati qui lugent [Heureux ceux qui pleurent], ne les consolait pas moins que sa charité."

 

De son côté, l’historien et géographe Théophile-Sébastien LAVALLÉE (1804-1867) écrit dans son Histoire des Français : "La monarchie de l’Église fut le commencement de la liberté ; elle n’avait rien d’étroit et de personnel ; elle fut le plus beau triomphe de l’intelligence sur la matière, et eut la plus grande influence sur la révolution plébéienne qui enfanta les communes et les républiques du Moyen Age."

 

Puis (Barthélemy ) de citer un autre souverain, le roi saint Louis prodiguant quelques recommandations à son fils appelé à régner : "Cher fils, s’il advient que tu viennes à régner, pourvois que tu sois juste ; et si quelque querelle, mue entre riche et pauvre, vient devant toi, soutiens plus le pauvre que le riche, et quand tu entendras la vérité, ce fais-leur droit. Surtout, garde les bonnes villes et les coutumes de ton royaume dans l’état et la franchise où tes devanciers les ont gardées, et tiens-les en faveur et amour. »

 

Charles Barthélemy, regrettant d’avoir dû brossé trop rapidement un tableau des 'droits de l’homme au Moyen Age' (dans Erreurs et mensonges historiques, tome 8) conclut en citant le "publiciste et peu clérical" mais éminent historien, journaliste et homme politique Louis Blanc, député sous la IIIe République, s’exprimant ainsi au sujet des corporations d’ouvriers au Moyen Age : "La fraternité fut l’origine des communautés de marchands et d’artisans. Une passion qui n’est plus aujourd'hui dans les mœurs et dans les choses publiques rapprochait alors les conditions et les hommes : c’est la charité. L’Église était le centre de tout ; et quand la cloche de Notre-Dame sonnait l’Angelus, les métiers cessaient de battre. Le législateur chrétien avait défendu aux taverniers de jamais hausser le prix des gros vins, comme une boisson du menu peuple ; et les marchands n’avaient qu’après tous les autres habitants la permission d’acheter des vivres sur le marché, afin que le pauvre pût avoir sa part à meilleur prix. C’est ainsi que l’esprit de charité avait pénétré au fond de cette société naïve qui voyait saint Louis venir s’asseoir à côté d’Etienne Boileau, quand le prévôt des marchands rendait la justice." (Source: Droits de l’homme au Moyen Age, ou de l’action sociale du clergé. France pittoresque)

Aujourd'hui, selon un article du Figaro du 21/01/2014, "près de la moitié des richesses mondiales est détenue par 1% de la population". En 1789, la liberté & l'égalité ont été proclamées ensemble. "La démocratie fondée sur la conviction que le corps politique est le produit des volontés de chacun, et portant jusqu'à l'incandescence l'idée d'une création de l'homme par lui-même, est vouée à étendre sans cesse les droits des individus. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus inégaux, alors même qu'elle a posé en principe leur égalité. Elle se condamne donc à rendre sans cesse moins tolérable l'écart entre les promesses [...], les espérances qu'elle suscite et les accomplissements qu'elle offre." (Préface de Mona OZOUF dans François Furet, La Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. XXI.) Dans ce système, dit de "progrès", l'égalité des uns présuppose l'inégalité économique et sociale des autres; la charité publique et l'amour du prochain sont imposés par l'État. Une belle réussite du marché, mais une impasse totale pour les principes de 1789.

 

Le dualisme créé par la papauté depuis le Ve siècle (lettre de 494 de Gélase Ier à l'empereur Anastase) et amélioré par Grégoire VII (réforme grégorienne) ne sera fondamentalement remis en question que treize siècles plus tard, sous les "Lumières" et le "despotisme éclairé" de souverains comme l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche (1740-1780) et l'empereur Joseph II (1741-1790) - "joséphisme" - où les évêques seront désormais nommés sans contrôle du pape, la carte des diocèses et des paroisses modifiée par décret, les séminaristes placés sous tutelle de l'État (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 85), et par les révolutionnaires français qui imposeront la "constitution civile du clergé" du 12 juillet 1790 sans aucune concertation avec la papauté. "Les religieux deviendront des fonctionnaires de l'État" et "les évêques seront consacrés sans intervention du pape." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 337-338.) La "nation" déclarée souveraine s'arroge le droit d'intervenir seule dans l'organisation du culte. 

 

En 1905, la loi dite de "séparation de l'Église et de l'État", mise en oeuvre par l'obédience maçonnique du "Grand Orient" dit "de France", consacrera non le règne de la laïcité, mais le règne de César en réactualisant le monisme antique de confusion des deux pouvoirs, le temporel (républicain) et le religieux (franc-maçonnique). Et bien vite après César, le règne du marché... 

"Après sa naissance en Angleterre en 1717, la franc-maçonnerie a essaimé très rapidement, dans les trente ou quarante années, dans toute l'Europe; en France, on trouve une première Loge anglo-saxonne 'Amitié et Fraternité' à Dunkerque. La première 'Grande Loge française' est créée en 1738." (Serge ABAD-GALLARDO, conférence L'incompatibilité d'être franc-maçon et catholique, du 18 septembre 2018.) 

Les pouvoirs laïcs ont leur autonomie, de la même manière que le corps a son autonomie par rapport à l'âme; mais c'est quand même l'âme qui doit fournir ses règles de comportement au corps et le contrôler. En ce sens, le règne du Christ ne propose pas une théocratie : ni le pape ni l'Église ne prétend se substituer aux pouvoirs laïcs.

À ce titre, après un siècle de laïcisme où un même personnel politique temporel et spirituel dicte la loi d'une manière opaque, une nouvelle loi de séparation de la franc-maçonnerie et de l'État est urgente, pour consacrer une "saine et légitime laïcité" telle que définie par Pie XII (le terme a été expliqué par Jean-Paul II, dans Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 145-146.)

Et le signe de la Croix, lui-même, pourrait (re)devenir ce symbole du salut qu'il a toujours été partout et à toutes les époques, le symbole même d'une histoire et d'une laïcité sainement comprises !

 

La nouveauté du Concile Vatican II en question :

 

Thomas Tanase, dans son Histoire de la papauté, écrit :

Paradoxalement au XXe siècle, c'est la papauté elle-même qui reviendra sur mille ans de maturité de la réforme grégorienne, avec "un concile très occidental, dont le tempo sera donné par un épiscopat nord-européen, pour ne pas dire carolingien", [...] qui "voit arriver à maturité [...] la nouvelle théologie très critique envers l'incapacité du monde curial romain à se rendre compte des défis posés par l'areligiosité du monde contemporain".

Ce concile "adopte le 21 novembre 1964 la constitution Lumen gentium, qui pose les principes fondamentaux de ce que sera l'enseignement du concile."

Après la Révolution française, face à des institutions qui avaient découronné le Christ, l'Église avait cherché à conserver une légitime autonomie, particulièrement sous les pontificats de Léon XII (1823-1829), Pie VIII (1829-1830), Grégoire XVI (1831-1846) et Pie IX (1846-1878). Mais à  partir du pontificat de Léon XIII (1878-1903), elle a commencé à demander aux catholiques de s'engager dans les institutions modernes et à voter pour peser de tout leur poids dans les institutions afin de faire modifier les lois de laïcisation (encyclique Au milieu des sollicitudes, 1892, doctrine qualifiée à l'époque de "ralliement" à la république.) 

Le concile Vatican II, cherchant à s'ouvrir au monde, consacre l'engagement des laïcs dans la vie politique et les institutions modernes. Mais l'engagement des laïcs doit, aussi, se réaliser dans la vie de l'Église elle-même, "[c]omme tous ses fidèles ont été régénérés par le Saint-Esprit, ils sont tous appelés à un 'sacerdoce commun'.

"En d'autres termes, écrit Thomas Tanase, cette constitution [Lumen gentium] cherche à revenir sur la séparation entre clercs et laïcs progressivement montée en puissance depuis la réforme grégorienne, pour affirmer au contraire la participation de tous dans un rapport d'égalité à la vie de l'Église.[En conséquence, n'importe quel laïc aux idées subversives sur les sujets moraux comme la famille, le mariage, le divorce, la contraception, l'avortement, et d'autres sujets, peut entrer dans une paroisse et la démolir de l'intérieur, à la demande même de l'Église.] 

 

Dans l'encyclique Pacem in terris le 11 avril 1963, Jean XXIII avait explicitement dit que "les États sont "dépassés et incapables d'assurer le bien commun", et appelé "à la constitution d'une autorité publique de compétence universelle", dont les rapports avec les États, "les citoyens, les familles et les corps intermédiaires doivent être régis par le principe de subsidiarité", un avenir préfiguré par les Nations-Unies et la Déclaration universelle des droits de l'homme. Tous les catholiques étaient appelés à s'engager pour cette tâche."

"[...] La constitution Gaudium et spes, qui définit la place de l'Eglise dans le monde, [...] reprend les principes de Pacem in terris. [...] Tout sur terre doit être ordonné à l'homme comme à son centre et à son sommet.''

"[...] L'encyclique Populorum progressio de 1967 complétera Gaudium et spes, avec ... un idéal ecclésial fait désormais d'engagements, de mobilisations et de participation de tous." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté, ibid., p. 422- 431.)

 

L'engagement politique n'est pas la panacée, ni ce qu'on demande en priorité à l'Église. Et une question demeure. En confondant clercs et laïcs ("la participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte" de LG 34) en associant étroitement au temporel tous les croyants à la vie politique (LG 36), en liant désormais plus étroitement le sort des chrétiens à celui des empires, en demandant que les laïcs s'engagent résolument pour un modèle global et universel qui sert de base au nouvel ordre international, bien plus, en revenant sur mille ans de distinction nuancée et respectée des clercs et des laïcs, comment le laïque peut-il désormais respecter un ordre spirituel s'il est lui-même clerc et laïque ? Le désintérêt des croyants dans la pratique religieuse vient sans doute de ce relâchement dans la distinction des deux sphères temporelle et spirituelle tant au plan religieux qu'au plan politique.

 

Benoît XVI a rappelé en effet "qu'une "saine laïcité de l'État, en vertu de laquelle les réalités temporelles sont régies selon leurs règles propres", ne doit cependant pas oublier "les références éthiques qui trouvent leurs fondements ultimes dans la religion".

 

Quand la communauté civile écoute le message de l'Église, elle est "plus responsable", plus "attentive à l'exigence du bien commun". Son livre, L'Europe de Benoît dans la crise des cultures, fut présenté en grande pompe le 21 juin 2005 à Rome. C'est un recueil de trois conférences en italien – déjà publiées par ailleurs – données de 1992 à 2005. On peut y lire que le futur pape estime que la crise de l'Europe est due au développement d'une culture 'qui, de façon inconnue jusqu'ici, exclut Dieu de la conscience publique.'"(Source: Le Vatican : Hervé Yannou, Le Figaro, Benoît XVI veut réconcilier l'Europe autour des valeurs chrétiennes, 25 juin 2005).

 

Dans entretien donné à l'Observatoire Cardinal Van Thuan, le philosophe et homme d'état libéral italien Marcello Pera explique ainsi :

 

‘’Nous vivons dans une époque déchristianisée qui pense que la déchristianisation est une bonne chose. Nous pensons être de plus en plus libres, mais au contraire, l'absence de sens des limites, de l'interdit, du péché, nous rend plus esclaves. Nous sommes devenus des créateurs de droits fondamentaux : une contradiction pour ceux qui croient en ces droits, car s'ils sont fondamentaux, ils ne peuvent être créés par nos lois. Par conséquent, nos profanes rationalistes doivent démêler un dilemme et prendre position : soit les droits fondamentaux dépendent de lois positives et alors ils sont conventionnels et intéressés, comme les faveurs électorales, et ne sont donc pas des droits, soit s'ils sont fondamentaux, il existe une loi supérieure aux lois positives.

 

‘’… Dans Le regard de la chute, il y a, à mon avis, beaucoup de Ratzinger, même ce que l'on pourrait identifier comme faiblesse/contradiction en ce qui concerne le rapport avec la modernité politique, le jugement sur le libéralisme. En effet, si Augustin est identifié comme le maître et le thérapeute dont il faut tirer la recette pour guérir l'Occident malade, et que la recette d'Augustin est résolument "non libérale", voire, sur des points fondamentaux, illibérale (dans le sens d'antithétique aux postulats de l'idéologie libérale), comment peut-on espérer faire tenir ensemble la démocratie libérale qui constitue l'identité politique de l'Occident avec le remède "non libéral" augustinien ? Guérir le mal de l'Occident avec la médecine d'Augustin ne signifierait-il pas précisément nier le système libéral-démocratique et, en général, l'idée moderne de l'individu, de la société, de l'État, de la politique, du droit, etc. Cela n'impliquerait-il pas la nécessité de libérer l'Occident de la prison idéologique de la modernité (donc aussi de l'idéologie libérale) pour le confier à nouveau à la Tradition chrétienne ?

‘’Et que l'on veut faire du libéralisme une cible, il est nécessaire, pour faire mouche, de l'identifier précisément. Qu'entend-on par libéralisme ? Une doctrine politique visant à sauvegarder la dignité et la liberté de l'homme contre l'ingérence de la société et de l'État. Le libéralisme s'oppose donc à l'État absolutiste, voire paternaliste, et est favorable aux droits inaliénables de l'homme. Il s'agit de droits, tels que l'égalité en valeur de l'homme, son irréductibilité en tant que simple moyen, sa liberté de pensée et de dévotion, qui sont fondamentaux en ce sens qu'ils ne sont créés par aucune autorité politique, mais respectés par elle comme limite de son action. Comment sont-ils justifiés ? La position du libéralisme classique de Locke est bien connue : les droits fondamentaux sont justifiés parce que nous sommes créés, que nous sommes la propriété de Dieu et que nous lui sommes soumis, et Dieu ne pouvait pas vouloir que, en ce qui concerne "la vie, la liberté et la propriété", certains hommes soient soumis à d'autres ou aient moins de valeur que d'autres. Pourquoi ? Parce que Dieu nous aime et que nous devons être dignes de son amour. Ce libéralisme, évidemment, descend et s'inscrit dans un cadre chrétien, dont il accepte le premier enseignement : Dieu est caritas, amour donné à ses créatures, et nous devons l'honorer. Dans ce libéralisme, la priorité du devoir (envers Dieu) sur les droits prévaut clairement. C'est votre devoir envers Dieu qui donne lieu à mon droit d'être respecté par vous. Il est de mon devoir de ne pas supprimer une créature de Dieu qui donne naissance à mon droit à la vie. Etcétéra.

‘’Maintenant, il faut changer quelque chose dans ce cadre. Supprimer le rôle de Dieu ou le mettre de côté. Que deviennent désormais les droits fondamentaux de l'homme ? Rien de plus que des demandes d'individus ou de groupes accordées et protégées par l'État. On peut toujours les appeler fondamentaux, mais ce ne sont plus les mêmes : ce sont des libertés ou des licences garanties. En tant que telles, elles se multiplient, car elles n'ont plus de limite qui les restreigne : ce sont des désirs, puis des demandes, puis des revendications, puis des lois. Le régime politique qui tolère et permet tout cela s'appelle encore libéralisme, mais c'est une usurpation conceptuelle. C'est ce qui se passe en Europe et en Occident. Là où le christianisme disparaît, le libéralisme devient une anarchie éthique, la véritable "dictature du relativisme", comme l'ont appelée le pape Wojtila et le pape Ratzinger. Et vice versa. N'est-ce pas la meilleure preuve que le libéralisme et le christianisme sont conceptuellement congénères ? Et qu'un authentique libéral devrait défendre le christianisme ? Lorsqu'Augustin dit que l'État a besoin d'un lien social religieux, n'est-ce pas comme s'il disait aux libéraux d'aujourd'hui : retournez au moins à vos origines ?

 

‘’... Parmi mes livres, il y en a un que je chéris : Droits de l'homme et christianisme. De toute évidence, personne, surtout parmi les ecclésiastiques, ne veut le lire. Je ne me plains pas. Mais si l'on fait défiler le texte, on verra que je rends hommage à ces papes pour avoir été prophétiques. Ils ne sont plus à la mode, je comprends. Mais comment aller au fond de leur argument, à savoir que si l'on définit les droits de l'homme comme la propriété de l'homme, ceux-ci deviennent des droits positifs des États, qu'ils donnent et refusent ? C'est, à mon avis, également la responsabilité de l'Église aujourd'hui. Lorsque la constitution pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps ''Gaudium et Spes'' déclare qu'elle "proclame les droits de l'homme au nom de l'Évangile", elle prend elle aussi un raccourci dangereux : elle oublie qu'il faut d'abord passer par les devoirs de l'homme envers Dieu. Seuls ces devoirs rendent admissible le tri des droits. Sinon, il n'y a aucun moyen d'arrêter l'avortement, l'euthanasie, les mariages homosexuels, etc. À cet égard, j'aime rappeler Mazzini : "Certes, les droits existent ; mais lorsque les droits d'un individu entrent en conflit avec ceux d'un autre, comment peut-on espérer les concilier, les mettre en harmonie, sans recourir à quelque chose de supérieur à tous les droits ?"’’ (Marcello Pera, entretien à l'"Observatoire International Cardinal Van Thuan".)

 

"Les droits de Dieu et de l’homme s’affirment ou disparaissent ensemble", a pu dire Jean-Paul II.(Message au cardinal Antonio María Javierre Ortas à l'occasion du congrès pour le 1200ème anniversaire du couronnement de l'empereur Charlemagne, 16 décembre 2000)

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19 novembre 2022 6 19 /11 /novembre /2022 09:07
"Lorsque nous affirmons que le christianisme est d'un autre ordre que ce monde, cela ne revient pas à dire qu'il n'a aucun lien avec lui". "Le christianisme, école de sécession" (Abbé de Nedde)

Par l'abbé de Nedde (Fraternité sacerdotale Saint Pierre)

 

Extraits :

 

"'Mon Royaume n'est pas de ce monde'. En répondant ainsi à Pilate lors de son procès romain, le Christ affirme de manière incontestable quelle est la finalité ultime de l'être humain. Le Christ n'est pas seulement le Sauveur, Il est également le Verbe incarné, le Fils de Dieu qui vient révéler aux hommes leur destinée. Ils doivent donc œuvrer vers un but qui n'est pas dans ce monde : le Royaume des Cieux. Mais le corolaire immédiat d'une telle affirmation c'est qu'il nous faut affirmer 'le caractère antipolitique du Christianisme', pour reprendre l'expression de Jacques Ellul. Il ne s'agit pas d'une conception apolitique au sens où cela n'a aucun intérêt, non, le christianisme est antipolitique au sens où il s'intéresse d'abord et en premier lieu à la finalité ultime de l'être humain. Il relègue ainsi la politique à un autre ordre, subordonné et d'une valeur moindre. Cet enseignement sera constant dans l'Évangile. On voir d'abord Notre Seigneur rejeter la tentation de Satan qui veut lui offrir tous les royaumes de la terre. (Lc 4,8) On voit également le Christ refuser de répondre à la délicate question de l'impôt à César par cette formule extrêmement célèbre 'rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu'. Mais on pourrait également noter l'attitude extrêmement sceptique du Christ vis-à-vis des zélotes (les activistes politiques de l'époque) mais également le rejet dans une même erreur des positions adverses des pharisiens et des sadducéens quant à la question de la collaboration avec l'envahisseur romain. Cette énumération non-exhaustive permet de comprendre que le christianisme est une permanente contestation de tout pouvoir politique, au sens où sa valeur est systématiquement relativisée. Le christianisme s'intéresse au royaume des cieux. Et cela permet d'entrée de jeu de placer la politique sur un autre terrain que celui du christianisme. 

 

"Mais le chrétien est appelé à vivre dans le monde, à une époque donnée avec ses avantages et ses difficultés. Et c'est dans ce monde qu'il va devoir obtenir son salut. C'est pourquoi lorsque nous affirmons que le christianisme est d'un autre ordre, qu'il n'est pas la même chose que les réalités de ce monde, que la politique, cela ne revient pas à dire qu'il n'a aucun lien avec lui. 'Le christianisme ne méprise pas le temporel', pour reprendre la formule de Charles Péguy qui fustigeait les chrétiens qui, parce qu'ils n'avaient pas le courage d'être du monde croyaient qu'ils étaient de Dieu.

 

"En promouvant un homme nouveau le christianisme doit être le ressort intérieur qui guide l'action temporelle de l'homme. Ainsi, il ne faut pas chercher dans notre religion des réponses immédiates à des questions politiques : cela n'est pas son objet. En revanche, nous trouverons dans notre religion les clés qui permettront à l'homme d'agir et de choisir le meilleur.

 

"Dans l'optique de ce colloque sur le thème de la sécession et de la reconquête, nous ne pouvons pas demander au christianisme de répondre simplement. Ce n'est pas lui qui va répondre, pas plus que le Christ n'a répondu à ses apôtres quant à l'attitude vis-à-vis des Romains. Nous n'avons jamais entendu parler de sécession, de rebéllion, de reconquête : ce sont des termes absents de l'Évangile. En revanche, le christianisme forge un type d'homme capable d'aborder cette question. Et c'est cela que je vous propose de rechercher. Puiser aux sources du message chrétien pour trouver l'inspiration d'un agir temporel conforme à la finalité ultime de l'être humain.

 

"Mais cela exige évidemment une purification. Nous devons purifier le christianisme de toutes les scories, subversions et déformations qu'il a subi, notamment quant à la question politique.

 

"... Je commencerai donc par des écueils et par une citation de Kierkegaard, pour montrer combien le christianisme a pu être subverti, lui qui disait : 'l'histoire témoigne que de générations en générations existe une classe sociale hautement respectée (il désigne les prêtres) dont le métier consiste à faire du christianisme le contraire de ce qu'il est.

 

"Je vais donc ici dénoncer deux erreurs générales quant au rapport du christianisme au politique.

 

(1) Et la première c'est une appropriation du christianisme par le champ politique. Il s'agit là d'une subversion d'une subversion parce que ce sur quoi il faut se fonder c'est sur le caractère subversif du christianisme. J'emprunte cette pensée à Jacques Ellul : 'le message du christ est forcément subversif à l'égard de tous les ordres sociaux, politiques, économiques, moraux et religieux, et le christianisme a lui-même été subverti au point de devenir l'exact contraire de son impulsion première.' Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que le christianisme ne peut pas s'accommoder d'un mode politique. Pourquoi ? Parce qu'il sera toujours mal à l'aise. Nous ne sommes pas à notre place totalement dans ce monde au sens où le rôle des chrétiens n'est pas de s'accommoder avec ce monde mais d'en dénoncer les travers et les injustices. 

 

"Ainsi, lorsque le christianisme s'accommode avec un régime, lorsque il finit de dénoncer l'injustice c'est qu'il s'est installé et embourgeoisé.

 

"Les formes d'appropriation au cours des siècles ont été nombreuses. Et aujourd'hui l'on arrive à un stade ultime où l'on arrive à tout faire dire à Jésus-Christ.

 

"Jésus-Christ est devenu un prétexte pour parler de tout et de n'importe quoi dans les églises, disait Divo Barsotti. Et je crois qu'aujourd'hui, même certains marxistes pourraient se revendiquer du Christ. N'est-il pas Lui, le fils d'un artisan, le représentant de la classe prolétaire en lutte contre la classe dirigeante ?

 

"Même les capitalistes ont réussi au siècle dernier, et surtout au siècle précédent, à justifier et à cautionner toutes les puissances économiques par le christianisme. À chaque fois la même erreur est répétée : c'est l'instrumentalisation du christianisme à des fins politiques. Mais elle se base sur une erreur bien plus profonde : celle qui consiste à vouloir chercher dans l'Évangile une message politique qui n'y est pas.

 

(2) La deuxième erreur générale consiste à légitimer son propre agir politique, ses propres décisions ou les pouvoirs politiques par le christianisme.

 

"Évidemment, il y a ici un écueil très grave parce que l'Évangile ne traite pas de ces questions. L'Évangile traite du Royaume des cieux. Et certes il arrive au Christ d'aborder des thématiques qui vont toucher la vie quotidienne des gens. La question de l'impôt en est une. Mais à chaque fois que le Christ traite de cette question, n'oubliez pas que comme toujours en politique il s'agit d'une situation concrète. L'envahisseur romain n'est pas l'envahisseur d'aujourd'hui. L'impôt d'hier n'est pas celui d'aujourd'hui. On ne peut pas se contenter de transposer la réponse du Christ, qui, elle, est universelle, mais qui quant aux choses politiques concerne bien le concret. Comme toujours en politique, la politique n'a as la valeur du christianisme. Et c'est toujours un danger de vouloir chercher dans l'Évangile des réponses immédiates à des problèmes politiques. On finit forcément par fabriquer une religion du livre en voyant dans la Bible un pur code civil qui nous dit quoi faire.

 

"... Le problème des deux erreurs dont je viens de parler est qu'elles ont fabriqué un chrétien d'un certain type avec trois écueils : j'évoquerai d'abord le chrétien fuyard, puis le chrétien collabo, et enfin le chrétien réactionnaire, ou conservateur.

 

"Le chrétien fuyard. Le chrétien ne peut pas fuir la réalité de ce monde. Le courage et la force sont partie des vertus qui, elles, font partie de notre patrimoine.

 

"Le deuxième écueil me semble beaucoup plus grave. Il s'agit de la collaboration, de la collusion avec le pouvoir politique. Évidement, cela peut vous paraître complètement illusoire ou étranger à votre vision, mais le christianisme s'est laissé berner bien des fois. Et la démocratie chrétienne a été le doux rêve de certains, une illusion totale (une impasse ? Note du blog Christ-Roi.) Jean Madiran a très bien résumé la chose en parlant des démocrates chrétiens : 'ils avaient voulu christianiser la démocratie, ils ont démocratisé l'Église !' Ils sont devenus aujourd'hui, et l'Église catholique en est témoin, les nouveaux prêtres jureurs. Je répondrais à ces prêtres collabos une phrase de Saint Loup : 'On n'a jamais vu un peuple redevenir libre par la mansuétude de son oppresseur. Ce n'est pas en étant gentil avec notre oppresseur qu'il finira par se convertir.'

 

"Le problème de la collaboration c'est qu'elle peut aboutir à une trahison beaucoup plus grave : soumission et reddition ne font pas non plus partie de notre vocabulaire.

 

"Nous vivons dans un monde libéral ou post libéral, où le compromis est l'essence de la société. Pourquoi ? Parce que c'est un marché. Donc tout se monnaye. Nous ne pouvons pas vivre dans ce compromis. Et je citerais ici Dominique Venner, qui lui, n'avait pas peur, il préférait se mettre tout le monde à dos que se mettre à plat ventre. Dans les revers, ne jamais se poser la question de l'inutilité d'un combat perdu. 

 

 

"À côté de ce chrétien falsifié, il y a le chrétien réactionnaire ou conservateur. Ici les notions sont complexes parce que dans le côté réactionnaire comme dans le côté conservateur, on pourrait trouver des aspects proches de nos idées. Mais ce que je veux surtout dénoncer ici c'est l'immobilisme des chrétiens. Cela se base sur un concept qui est celui de vouloir conserver ce qu'on aime. C'est un réflexe naturel à l'être humain. Lorsqu'il aime une chose, il n'aime pas en être privé. Et en temps de crise, il aura tendance à vouloir s'accrocher à ce qu'il aime, ne pas vouloir le quitter. Mais Robert Dun disait que 'toute forme de peur engendre une crispation et la crispation un vieillissement.' Cela finit forcément par un attachement excessif aux ruines d'un empire déchu qui se caractérise souvent chez les chrétiens par un slogan beaucoup trop répété : 'c'était mieux avant.' C'est une chose qui ne peut pas non plus faire partie de notre patrimoine. Cela entraîne souvent chez les chrétiens un combat purement réactionnaire, qui se contente de déplorer un passé aimé et de subir les agressions d'un État ou de groupes de plus en plus offensifs, et agressions après agressions, ils assistent au délitement d'un monde qui leur a plu. 

 

"... Alors après cette partie sur les écueils, j'aimerais vous engager sur une autre voie.

 

"Revenir au message foncier de l'Évangile et poursuivre une intuition : voir dans le christianisme une école de sécession. Pour cela, il nous faut changer de point de vue. Trop souvent nous luttons contre le temps et le progrès qui avance. Je vous propose donc de ne pas être contre le temps mais d'être hors du temps.

 

"... Le christianisme ne fonde pas une nouvelle appartenance au monde terrestre, il fonde une nouvelle appartenance au Royaume des Cieux. Et c'est bien la nature de l'homme, son identité qui fonde cette appartenance. Il n'y a donc pas de place pour le chrétien dans le monde et le Christ Lui-même n'a pas eu une pierre où reposer sa tête. (Mt 8,20

 

"Quelle sera le rôle du christianisme ? D'aider l'homme à trouver sa place ou à occuper la place qui est la sienne dans ce monde, cette place qu'il a par la nature. Et il le fera en dénonçant justement les injustices de ce monde.

 

"...Depuis cent ans on a vu un nombre incalculable de livres parus ou de publications sur la place du chrétien dans l'entreprise, la place du chrétien dans la société : plus on parle de la place du chrétien et plus il semble qu'elle a disparu totalement !

 

"Et bien les chrétiens qui veulent exister devraient se rappeler que ce n'est pas un signe de santé que d'être bien intégré dans une société malade. La place du chrétien, elle sera dans les cieux. Sur terre, il ne l'occupe pas par sa religion : sa religion va l'aider à l'assumer.

 

"C'est pour cela que nous ne pouvons pas en permanence chercher à exister et à nous battre en permanence contre ce qui arrive. Il faut être hors du temps.

 

"Être hors du temps, c'est une intuition que je reprends d'un célèbre dialogue de Robert Dun et Saint Loup. Lorsque les deux s'étaient rencontrés, ils évoquaient leurs combats passés et ce qui comptait et qui faisait qu'ils n'avaient pas changé et qu'ils étaient toujours actifs, c'était le caractère hors du temps de ce qu'ils étaient.

 

"... C'est là en fait le théorie du pouvoir spirituel. La sécession, c'est le fait de se retrouver hors du temps, retrouver son identité, ce qui va fonder ensuite l'agir politique. Et il me semble que le christianisme est une parfaite école de sécession intérieure."

 

(Fin de citation)

 

Source video: https://gloria.tv/post/rPxUZCtuNwhz196w7zFxkePAG

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12 novembre 2022 6 12 /11 /novembre /2022 18:54

Ne crains pas d'aimer trop la Ste Vierge, jamais tu ne l'aimeras assez, et Jésus sera bien content puisque la Ste Vierge est sa Mère.

Ste Thérèse

Plusieurs mouvements marials et missionnaires se mobilisent pour que ce 8 décembre soit un immense "Merci Marie" dans tout le pays

En cette année du Centenaire de la proclamation de Marie patronne de France et de Jeanne d’Arc, patronne secondaire, plusieurs mouvements marials et missionnaires se mobilisent pour que ce 8 décembre soit un immense "Merci Marie" dans tout le pays. Ils relaient l’initiative de l’association Merci Marie, qui, à partir de Lyon, depuis 2002, invite à marquer spécialement la fête de l’Immaculée Conception par des veillées de prières remerciant la Sainte Vierge de sa protection et de toutes les grâces reçues.

 

La ville de Lyon vénère la Vierge Marie depuis le Moyen Âge et s’est mise sous sa protection en 1643. Le 8 décembre 1852, des feux d’artifice sont prévus pour l’installation d’une statue de la Vierge sur la chapelle de Fourvière, mais une pluie torrentielle s’abat sur la ville. À la tombée de la nuit, le ciel s’éclaircit et la pluie s’arrête. C’est alors qu’apparaissent aux fenêtres des lumignons qui se multiplient et illuminent la ville. L’événement d’une nuit est repris pendant quelques décennies : le soir du 8 décembre, les Lyonnais célèbrent la « Fête des lumières » pour la fête de l’Immaculée Conception. Mais le temps passant, le feu s’éteint.

 

La relance et le développement d’une belle tradition

En 2002, un petit groupe de catholiques bénévoles basé à Lyon décide raviver la flamme et de replacer Marie au centre de cette fête populaire, en faisant du 8 décembre un moment de véritable mission et d’évangélisation. Vingt ans plus tard, la tradition est fortement relancée à Lyon avec des fruits magnifiques et ce sont déjà des centaines de paroisses, d’établissements scolaires et de maisons de retraite qui se mobilisent maintenant partout en France pour se réapproprier cette belle fête mariale et en faire une fête missionnaire. En tous ces lieux, des multitudes de lumignons sont déposés au pied des statues de la Vierge et autant d’intentions de prières montent vers elle. Mais pourquoi ne pas faire plus ? Pourquoi pas partout ?

 

Honorer Marie partout en France !

C’est possible, car rien n’est plus simple qu’organiser une telle veillée près de chez vous. Voici la marche à suivre : tout d’abord, demander l’autorisation au responsable et fixer l’horaire de la veillée ; renseigner ce formulaire afin d’être répertorié sur la carte interactive et recevoir le kit gratuit Merci Marie ; puis commander des lumignons ; et enfin, le jour venu, être sur place pour illuminer autant que possible le lieu de prière et accueillir les visiteurs par un sourire. C’est très simple et à la portée de tout le monde, et les fruits peuvent être magnifiques.

 

Christiane, de l’institution Sainte-Geneviève d’Asnières (environ 2.000 élèves), se souvient de la veillée organisée : « La chapelle de notre école n’a jamais été aussi comble… il y avait des enfants partout ! Du jamais vu ! Et cela grâce notamment aux flyers que nous avons transmis aux familles la semaine dernière et quelle joie pour elles de recevoir ce petit signet tout simple avec cette image tellement belle à la fin de la messe ; il fallait voir les visages… »

 

Ce rendez-vous annuel avec la Vierge Marie donne la possibilité à tous ceux qui sont loin de l’Église de faire un petit geste pour dire « Merci Marie ».

 

À Aubiac, petit village de 1.000 habitants dans le Lot-et-Garonne, Maryline et le Père Olivier confient : « C’est la troisième année que nous organisons au sein de la paroisse Sainte Bernadette en Bruilhois qui regroupe 10 villages cette soirée de prière et de convivialité. Nous invitons les habitants d’Aubiac à décorer leur maison ou simplement à allumer une petite lumière et aux petits à apporter un jouet pour les enfants malades ou défavorisés. C’est toujours avec émotion et une grande joie que nous voyons les lumières s’allumer et un grand nombre de personnes et d’enfants arriver en procession avec leur petit lumignon à la messe. »

 

Ce rendez-vous annuel avec la Vierge Marie donne la possibilité à tous ceux qui sont loin de l’Église, à ceux que les anges conduisent et à ceux que l’Esprit Saint inspire, de venir, en cette grande fête de l’Immaculée Conception, faire un petit geste pour dire « Merci Marie ».

 

Une invitation à l’Île-Bouchard

Cette année, en plus, pour ceux qui le souhaitent, il est aussi proposé de rejoindre le sanctuaire de l’Île-Bouchard le 8 décembre pour une grande journée de prière qui se terminera par le dépôt de tous les engagements de consécration aux Cœurs unis de Jésus et Marie reçus depuis le début de cette année anniversaire. Messes, chapelets, conférence, veillée Merci Marie, le programme complet est disponible sur le site 100 étoiles pour Marie.

 

 

En savoir plus

 

J’organise une veillée pour dire « Merci Marie »

 

Source: https://fr.aleteia.org/2022/11/11/des-veillees-a-organiser-dans-toute-la-france-le-8-decembre-pour-dire-merci-marie/

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24 octobre 2022 1 24 /10 /octobre /2022 00:00
Saint Florentin, moine (VIIe siècle)

Au VIIe siècle, Saint Florentin, fils d'un Roi d'Écosse qui avait traversé les mers on ne sait comment, gardait humblement les porcs tout en multipliant miracles et guérisons à Bonnet (Lorraine).[1]

Selon sa légende, il aurait traversé la mer sur une croix. [2]

Dès le Moyen-Âge, ce village était devenu un lieu de pèlerinage très fréquenté et recommandé en cas de troubles mentaux: passer sous le gisant de Saint Florentin qui se trouve à l'intérieur de l'Église était et reste encore, parait-il très efficace!

L'ancien village a été abandonné par ses habitants qui l'ont rebâti là où il est actuellement, autour de la sépulture du saint.

Il avait souhaité être enterré sur la colline qui dominait son village.

Vingt-et-une des peintures murales de l'Église racontent cette vie légendaire.

Sources : 1, 2

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20 octobre 2022 4 20 /10 /octobre /2022 07:05
Lorsque vous êtes seul dans votre chambre, prenez votre crucifix

Lorsque vous êtes seul dans votre chambre, prenez votre crucifix, baisez respectueusement ses cinq plaies, dites-lui de vous faire un petit sermon, puis écoutez les paroles de vie éternelle qu'il adresse à votre cœur ; écoutez la supplication des épines, des clous, du précieux Sang. Oh, quel sermon éloquent !" (Saint Paul de la Croix)

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7 octobre 2022 5 07 /10 /octobre /2022 00:00

1. Fête Notre-Dame du Rosaire

En reconnaissance à Marie pour la victoire de Lépante sur les Turcs le 7 octobre 1571, le pape saint Pie V institua, en 1572, la fête "Notre-Dame de la victoire" le premier dimanche d’octobre. En 1573, son successeur le pape Grégoire XIII l’intitula fête Notre-Dame du Rosaire. Cette fête, célébrée d’abord par une Confrérie, puis dans toute l’Espagne, fut enfin étendue à toute l’Église en 1715 après une nouvelle victoire sur les Turcs.

 

Pie X, en 1913, en fixa la date au 7 octobre. 

 

Source image: https://twitter.com/ChristianVenard/status/1578230395891490816/photo/1

 

 

2. Le mois du Rosaire est le mois d’octobre

Sous le pontificat de Léon XIII, en 1886-87, la congrégation romaine des rites a fait du mois d’octobre le mois du Rosaire. La dévotion au mois du rosaire avait déjà été approuvée par le pape Pie VII au début du XIX° siècle. Ceci est un peu exceptionnel, car l’Église est plus attentive aux temps liturgiques qu’aux mois de l’année. Cependant il en est de même pour le mois de mai. Le mois d’octobre est donc traditionnellement le mois du Rosaire. C’est une dévotion officielle, et pas seulement une dévotion privée qui n’existe pas chez les orthodoxes et les protestants.

 

Le mois du rosaire a été recommandé comme tel par le pape Benoît XVI le 12 octobre 2005. Le 20 octobre 2008 il a rappelé aussi que le mois d’octobre est aussi le mois des missions. La pratique du chapelet, individuelle ou collective, est donc particulièrement importante durant ce mois.

 

Documents sur le mois du rosaire

 

Le mois d’octobre, mois du rosaire (catholique)

 

 

3. Les équipes du Rosaire

Les équipes du Rosaire sont nées en 1955. Ce sont de petits groupes de personnes qui se réunissent chaque mois pour réciter et méditer. Ils se rassemblent soit au domicile d’un des membres, soit dans une salle de la paroisse. Les membres de l’équipe méditent aussi chaque jour personnellement un mystère. Les équipes du Rosaire sont présentes dans de nombreux diocèses.

 

Tous les mois, le Secrétariat national envoie à chacun des membres des équipes du Rosaire un petit bulletin. On y trouve un texte de la parole de Dieu, un guide pour réfléchir sur le mystère et sur sa vie et enfin une prière de louange et d’intercession. Les membres des équipes du Rosaire participent au pèlerinage du Rosaire.

 

Le pèlerinage du Rosaire

 

Le pèlerinage du Rosaire a été fondé en 1908. Il est organisé par les pères dominicains. Il rassemble chaque année près de 40 000 personnes, si l’on excepte la période 1938 à 1948 où il a eu beaucoup de difficultés. Préparé par les membres des équipes du Rosaire il est le pèlerinage à Lourdes le plus important de l’année en nombre de participants.

 

 

1. Date du pèlerinage du Rosaire

La date du pèlerinage du Rosaire est autour du 7 octobre. Elle résulte de la date de la fête Notre-Dame du Rosaire.

 

2. Retraite spirituelle

Tout au long du pèlerinage du Rosaire de nombreuses rencontres sont proposées : quatre journées de prière et de réflexion, animées par les dominicains. Tout en ayant une caractéristique mariale, cette prière a un centre christologique. Le pèlerinage du Rosaire est conçu comme une retraite spirituelle sur le thème de l’année. Il est différent du pèlerinage des assomptionnistes du 15 août qui est centré sur la fête de l’Assomption.

 

3. Thème annuel

Chaque année il y a un thème : en 2005 : "Venez à moi, vous tous qui peinez" ; en 2006 : "Lumière du Christ" ; en 2007 : "Laissez vous réconcilier", le pèlerinage du Rosaire célébrait sa centième édition. 

 

4. Célébrations

Le déroulement quotidien du pèlerinage du rosaire comporte plusieurs célébrations : messe le matin, procession l’après-midi et procession aux flambeaux le soir).

 

5. Les malades

Les malades et handicapées ont aussi leur place au pèlerinage du Rosaire. Le nombre des pèlerins malades et handicapés emmenés est habituellement d’environ 130 ces dernières années. En 2007, 5000 hospitaliers (médecins, brancardiers, infirmières, accompagnateurs) étaient présents pour les 1800 personnes malades et handicapées inscrites au pèlerinage. Il y a un chemin de croix pour les malades et une célébration d’onction des malades.

Source image: https://twitter.com/SaintMontjoie/status/1578270202503929856/photo/1

Source image: https://twitter.com/SaintMontjoie/status/1578270202503929856/photo/1

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame_du_Rosaire

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4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 00:00
Saint François d'Assise, saint Patron de l'Italie († 1226)

À sa naissance en 1181 ou 1182, François naît Jean (Giovanni) à Assise, en Ombrie (Italie), dans une famille riche. Son père, Pietro de Bernardone, qui est marchand de draps, a l'habitude de voyager dans les régions au-delà des Alpes, en Bourgogne et en Champagne. Sa mère, Jeanne (Joanna) Pica de Bourlémont appartient à la noblesse provençale. À son retour de France, son père ajoute à son nom de baptême, celui de Francesco, "le Français", nom à l'époque "singulier et inhabituel", selon Thomas de Celano, que le pape Grégoire IX chargea de rédiger la première biographie. Veut-il offrir à son fils un nom dont l'étrangeté suggère une parenté avec ces terres d'au-delà des Alpes dont la civilisation fascine les villes italiennes, ou bien veut-il rendre hommage aux origines de sa mère ?

 

Joanna eut d'abord du mal à accoucher de François. Un moine qui passa et qui entendit ses cris entra dans la maison et lui fit savoir que son enfant ne pouvait voir le jour que dans une étable et qu'il convenait ensuite de le déposer sur de la paille, comme le fit autrefois Marie avec Jésus. Aussitôt dit, aussitôt fait et la bouverie des voisins, où la délivrance fut immédiate et sans douleurs, devint plus tard un lieu de culte, consacré par l'édification d'une église. Au moment de cette naissance, des habitants d'Assise entendirent des voix célestes. Un possédé aurait parcouru la ville et ses hurlements auraient été l'expression de l'épouvante des démons contrariés par la venue au monde de quelqu'un dont ils savaient déjà qu'il serait un de leurs pires ennemis.

 

 

Le jeune Francesco se pétrit de ces histoires héroïques qu'il trouve dans les livres que son père lui rapporte de ses voyages en France. Lesquels exactement? Nous n'en savons rien, à l'exception notable, toutefois, d'un renvoi explicite à la Chanson de Roland que S. François évoque pour indiquer à un novice qu'il est mieux d'agir que de parler.

Saint François d'Assise, saint Patron de l'Italie († 1226)

Ces preux chevaliers dont le très jeune François découvre les exploits, mettent leur vie en danger pour défendre ceux qui sont pauvres et faibles et qui ont besoin d'être protégés contre les abus des puissants. Ils ont tous en commun la conviction qu'il y a quelque chose de plus précieux que la vie. Ils luttent contre le désordre du monde, souvent oeuvre d'un esprit démoniaque. Les prouesses guerrières ont vocation à contraindre le mal à se plier aux normes. Ce qui fait de chaque individu, si misérable fût-il, le détenteur d'une graine divine.

 

Le jeune Francesco, qui n'occupe que modérément son temps dans la boutique où il est censé apprendre les rudiments du métier auquel son père le destine, préfère s'initier au maniement des armes.

 

François se prépare à son entreprise militaire avec zèle dans l'espoir d'être adoubé chevalier par le comte Gentile. Il se procure des armes et se fait tailler des vêtements. Son père, ne voulant pas "contrarier le plaisir de son fils", lui donne sa bénédiction et une bonne somme d'argent. C'est alors que S. François a un songe. Quelqu'un l'appelle par son nom et lui dit de distribuer ses armes à ceux qui viendront l'épauler dans son combat. Une voix lui demande de qui, du serviteur ou du maître, il faut attendre le plus grand bien. Francesco comprend qu'il convient de se mettre au service non d'un noble, soumis à un autre, vassal lui aussi d'un plus grand que lui et ainsi de suite, mais d'un roi qui a autorité sur tous, sans que l'identité de celui-ci lui soit clairement désignée. Cette voix lui parle pendant son sommeil.

 

Un jour, il entendit, à l'évangile de la messe, ces paroles du sauveur : "Ne portez ni or ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâtons." "Voilà ce que je veux", s'écria-t-il. Une fois dehors, il jeta ses souliers et son bâton, remplaça sa ceinture par une corde, son manteau par un capuchon de laine. Maintenant, il était chevalier de l'Évangile. À partir de ce jour, on entendit François prêcher la pénitence et la paix.

 

Dès lors, il commença cette vie tout angélique et tout apostolique dont il devait lever l'étendard sur le monde. Il se fit pauvre, se soucia d'annoncer les messages de joie, d'espoir et d'amour contenus dans la Bible, et de porter la paix aux gens et à toute la création. On vit, à sa parole, des foules se convertir ; bientôt les disciples affluèrent sous sa conduite ; il fonda un ordre de religieux qui porta son nom, et un ordre de religieuses qui porte le nom de sainte Claire, la digne imitatrice de François.

 

"Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa sainteté, et le reste vous sera donné en surplus" (Mt, 6:33). C'est cet abandon spontané de l'enfant entre les mains d'un père miséricordieux qui guide la pauvreté franciscaine. Avant la Règle franciscaine, les moines observaient la pauvreté individuelle, mais possédaient un commun des biens fonciers. Le nouveau législateur exige que ses religieux n'aient aucune propriété collective ni aucun revenu; c'est Dieu lui-même qui pourvoira à l'entretien de ses enfants.

 

François voulait voir ses frères passionnés de simplicité, de prière et de pauvreté. S'il témoignait un affectueux respect aux théologiens, leur science comme telle n'est jamais entrée dans son charisme. Il ne refusait ni l'étude ni la science à condition que les frères fussent libérés de tout esprit de possession. (Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 173.)

 

"Ceux qui l'avaient connu auparavant lui lançaient des reproches lamentables et le proclamait fou et dément." François se dépouille de tous ses vêtements, ne gardant qu'un cilice, et les remet à son père.

 

C'est dans la prière qu'il trouvait toute sa force pour aimer et pour aider les autres.

Sa conversion est accompagnée de plus d'un prodige

 

En 1205, un crucifix lui adresse la parole. Dans l'église Saint-Damien, à quelques centaines de mètres d'Assise, sur le chemin de Spolète, François s'arrête pour prier devant un crucifix en bois peint dans la tradition byzantine. La tradition a conservé la prière que le jeune homme qui cherche sa voie adresse à Dieu en s'agenouillant devant cette image :

"Ô Dieu haut et glorieux illumine les ténèbres de mon coeur. Et donne-moi la foi droite, l'espérance certaine et la charité parfaite, le sens et la connaissance, Seigneur, pour que, moi, je fasse ton saint et véridique commandement. Amen.

Une voix l'interpelle:

"François, va réparer ma maison, qui, tu le vois, se détruit tout entière." (Legenda major, de saint Bonaventure)

Miracle du Crucifix - St François priant devant le crucifix de l'église Saint-Damien, Fresque de Giotto 1297-1299, Basilique San Francesco, Assise

Miracle du Crucifix - St François priant devant le crucifix de l'église Saint-Damien, Fresque de Giotto 1297-1299, Basilique San Francesco, Assise

Un peu plus tard, Francesco guérit plusieurs lépreux en baisant leurs plaies. Son père fait une guerre acharnée à cette vocation extraordinaire, qui a fait de son fils, si plein d'espérance, un mendiant jugé fou par le monde.

 

Une autre fois, Thomas de Celano raconte qu'ému devant les appels suppliants d’une foule, dont un groupe de juifs, il ressuscita un enfant mort enseveli dans la boue après être tombé accidentellement dans les eaux du fleuve de la ville de Capoue. La foule et les parents de cet enfant implorèrent S. François pour qu'il ramène l'enfant à la vie. Dans ce passage, l’auteur précise que plusieurs juifs, accourus eux aussi sur les lieux de l’accident, pris de pitié, ont joint leurs voix à celles de la foule, priant saint François d’intervenir et de "redonner cet enfant à son père !" (Jacques Dalarun, Vers une résolution de la question franciscaine. La Légende ombrienne de Thomas de Celano, Fayard, Paris 2007.)

 

Rongé de doutes quant à l'avenir de ceux qui ont décidé de le suivre, François prie le Ciel de lui envoyer un signe pour le rassurer. Il lui répond aussitôt. Il voit une foule venir vers lui. Des centaines et des milliers de gens veulent se joindre à la petite communauté qui l'entoure.

Ils viennent de tous les pays et parlent une multitude de langues. Ils veulent, eux aussi, vivre selon les normes de pauvreté et de charité du Christ. "Dieu m'a montré la vérité", déclare S. François à ses compagnons.

 

"Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche"

L'entrée dans l'Ordre [de saint François] d'un autre homme de bien a porté à sept le nombre des enfants du serviteur de Dieu. Alors ce bon père a réuni tous ses fils, leur a parlé longuement du Royaume de Dieu, du mépris du monde, du renoncement à la volonté propre et de la mortification corporelle, et leur a annoncé son projet de les envoyer dans les quatre parties du monde.

(…) 'Allez, dit-il tendrement à ses fils, et annoncez la paix aux hommes ; proclamez la conversion pour qu'ils obtiennent le pardon de leurs péchés (Mc 1,4). Soyez patients dans la difficulté, assidus à la prière, courageux au travail ; soyez sans prétention dans vos sermons, sans écarts dans votre conduite et reconnaissants pour les bienfaits reçus. Si vous remplissez ce programme, ‘le Royaume des cieux est à vous' !' (Mt 5,3; Lc 6,20). Eux alors, humblement à genoux aux pieds du serviteur de Dieu, ont reçu cet envoi dans la joie spirituelle qui vient de la sainte obéissance. François a dit à chacun : "Abandonne au Seigneur tout souci, et il prendra soin de toi" (Ps 54,23). C'était sa phrase habituelle lorsqu'il envoyait un frère en mission. Quant à lui, conscient de sa vocation de modèle et voulant "mettre en œuvre" et pas seulement "enseigner" (Ac 1,1), il a pris un de ses compagnons et s'en est allé vers l'un des quatre points cardinaux. (Saint Bonaventure, franciscain, docteur de l'Église, Vie de Saint François, Legenda major, ch. 3, trad. Vorreux et Desbonnets, Documents, Éds. Franciscaines 1968, p. 585.)

 

Apprenant que Otton de Brunswick, à la fin du mois de septembre 1209 passait par Assise où il sera couronné empereur romain-germanique par Innocent III, S. François recommande à ses frères d'éviter de le rencontrer. On raconte que François aurait, muni d'une clairvoyance prophétique, adressé à cet illustre hôte de la ville un message où il lui aurait fait savoir que sa gloire serait de courte durée. Il ne crut pas si bien dire : excommunié une année plus tard par celui-là même qui l'avait oint dans la cathédrale de Latran en octobre 1209, Otton IV sera défait en 1214 par Philippe II Auguste à Bouvines et perdra sa couronne acquise à coup de guerres, d'assassinats et de mariages.

 

François écrit une "Vie des Frères", un inventaire de consignes destiné à ceux qui veulent le suivre, qu'il décide de soumettre au pape Innocent III pour approbation. Cette Règle s'ouvre par une invocation du Père, du Fils et du Saint-Esprit, aussitôt suivie d'une déclaration d'allégeance au Saint-Père :

"Que frère François et quiconque sera le chef de cette religion promette obéissance et révérence au seigneur pape Innocent III et à ses successeurs."

 

Dans leurs prédications, les frères dont la mission est d'"accomplir le bien" ne doivent pas heurter les convenances des gens qui les écoutent. Sans oublier que rien ne vaut l'exemple, qui reste le meilleur argument pour conduire les gens vers Dieu. Dans tous les cas, les frères doivent rester humbles et ne jamais tirer orgueil de leurs actes dont l'éventuelle réussite ne se doit qu'à Dieu :

 

"Je supplie, dans la charité qu'est Dieu, tous mes frères, prédicateurs, orants, travailleurs, tant clercs que laïcs, de s'appliquer à s'humilier en tout, à ne pas se glorifier, à ne pas se réjouir en eux-mêmes, à ne pas s'exalter intérieurement des bonnes paroles et actions, et absolument d'aucun bien que Dieu fait ou dit ou opère en eux quelquefois et par eux, selon ce que dit le Seigneur : 'Cependant ne vous réjouissez pas en ceci, que les esprits vous sont soumis.'"


Seuls les vices et les péchés nous appartiennent, rappelle François aux frères. Tout ce qui est bien et lumineux en nous vient du Seigneur et il serait présomptueux de se flatter du bien que nous accomplissons; celui-ci est l'œuvre de Dieu qui se sert de nous pour le prodiguer. 

Ainsi, toujours dans le bien que nous pouvons faire, la finalité est la gloire de Dieu, seul.

Saint François d'Assise, saint Patron de l'Italie († 1226)

File:Saint Francis of Assisi Church on West 31st Street, New York, NY mosaic.jpg

Accompagné de ses compagnons, François part pour Rome après avoir rédigé cette Vie des Frères (1209). En chemin, il a une vision. Il s'arrête près d'un arbre majestueux et, pendant qu'il en contemple la hauteur, il se sent emporté par une "force divine" qui lui permet d'en atteindre le sommet et lui donne la force nécessaire de ployer les branches pour leur faire atteindre la terre. S. François en conclut que son entreprise sera couronnée de succès et s'en réjouit.

 

Le songe d'Innocent III

 

Soumis à la Sainte Eglise dont il demande l'acquiescement, S. François veut réunir autour de lui des gens qui, clercs ou laïques, ne s'enferment pas entre les murs d'un monastère et restent proches des gens ordinaires, qui, surtout eux, ont besoin de ces nouveaux apôtres. En 1210, il vient se présenter devant le pape au palais de Latran. Toutes les sources parlent d'une manière ou d'une autre de la perplexité initiale d'Innocent III face à ce saint qui avait choisi de vivre d'aumônes et qui se présentait devant lui hirsute, mal habillé.

 

Le cardinal Jean de Saint-Paul, évêque de Sabina-Poggio Mirteto, ambassadeur du Vatican, réputé pour ses connaissances médicales, défend François et prend la parole :

 

"Ce pauvre nous demande d'approuver un genre de vie conforme aux conseils évangéliques. Si nous rejetons ses projets comme trop difficiles et comme une nouveauté, nous nous exposons à agir contre l'Évangile du Seigneur. Car soutenir que l'observance des conseils et le voeu qu'on en fait sont quelque chose de nouveau ou de contraire à la raison, c'est blasphémer ouvertement contre Jésus-Christ, auteur de l'Évangile."

 

Giotto, Le Songe d'Innocent III

 

Innocent III écoute S. François, "prend le temps du discernement", puis lui offre "son assentiment", assorti de sa bénédiction et de quelques recommandations. Dans son sommeil, Innocent III avait vu un homme de petite taille, et misérablement vêtu, ressemblant à ce pauvre d'Assise qu'il avait reçu dans la journée, soutenir avec son dos la basilique pontificale Saint-Jean-de-Latran, en train de s'écrouler. Le pape ratifie la Vie des Frères, leur accorde licence de prêcher la pénitence avec la seule condition d'avoir obtenu préalablement l'accord de S. François, reconnu ainsi comme "ministre" de la communauté. Dans la fresque dessinée par Giotto, l'interprétation du songe n'est guère difficile : l'Église de la plenitudo potestatis et des regalia, les symboles du pouvoir royal, s'écroule si elle n'est pas portée par le saint. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 177.)

 

Content de l'habilitation du Pape, S. François se met aussitôt à l'oeuvre. Il s'adresse aux citoyens de Rome. Ceux-ci se passent leur chemin sans l'écouter et se montrent méprisants à son encontre, eux qui vivent dans la ville des deux plus grands apôtres, Pierre et Paul. Après plusieurs tentatives, toutes vaines, S. François leur dit :

 

"Pour votre honte, je vais annoncer le Christ aux animaux sauvages et aux oiseaux du ciel, afin qu'ils entendent les paroles salutaires de Dieu, ils y obéissent et acquiescent."

 

Saint François se rend en dehors des murs de la ville et s'arrête dans un champ où se trouvaient des corbeaux en train de se nourrir de cadavres, des grives, des pies et bien d'autres oiseaux. Il leur dit : 

"Je vous ordonne au nom de Jésus-Christ, que les Juifs ont crucifié, dont les misérables Romains ont méprisé la prédication, que vous veniez à moi entendre la parole de Dieu, au nom de Celui qui vous a créés et, dans l'arche de Noé, vous a libérés des eaux du déluge !" (Roger de WENDOVER, Fleurs d'histoire, ibid., p. 3038)

 

Aussitôt tous ces oiseaux et bien d'autres font cercle autour de lui, raconte Roger de WENDOVER. Ils arrêtent de piailler l'écoutent sans broncher pendant toute une demi-journée sans détourner le regard. Les gens qui passent s'étonnent de voir cette assemblée. Ils s'arrêtent. Ils remarquent que ces oiseaux écoutent avec intérêt des mots qu'ils semblent comprendre. Ils écoutent eux aussi. Ils en sont touchés. Ils en parlent dans la ville dont les habitants, ébranlés par ce miracle attesté par des témoins nombreux et divers, commencent à se demander s'ils n'ont pas eu tort de traiter avec mépris celui que le pape lui-même leur avait recommandé en l'autorisant à prêcher, bien qu'il ne fût ni théologien ni prêtre, pas même moine soumis à la discipline d'un ordre reconnu. L'auteur bénédictin des Fleurs d'histoire, nous fait savoir qu'à la tête d'un grand nombre de citoyens des hommes d'Eglise viennent inviter S. François, "avec grande révérence à regagner la ville. Il les suit, content d'avoir attendri leurs coeurs endurcis, par son discours aux oiseaux, et de les avoir rendus meilleurs peut-être.

Un jeûne de 40 jours

 

 

Un jour, en plein carême, S. François qui se trouve à l'ermitage de Sarteano, dans les environs de Sienne, entend une voix lui dire que Dieu ne pardonne jamais à ceux qui se tuent eux-mêmes par une trop dure pénitence.

 

François d'Assise affirme : "Que c'est tout autant un péché de soustraire sans discernement au corps ce qui lui est dû, que de lui offrir le superflu sous l'empire de la gourmandise". (François 2 Celano 22)

 

François met en évidence que le jeûne doit être pratiqué avec prudence, sous le regard de Dieu et pour le louer. Alors seulement, il est vertu de tempérance et conduit à Dieu. La tempérance n'est vertueuse qu'autant que l'amour de Dieu l'inspire. Il est donc nécessaire de pratiquer le jeûne du regard, de la parole, de l'ouïe, du soi-disant indispensable dans le quotidien. (Croire)

 

En 1211, François ressent le besoin de rester seul avec Dieu pendant le Carême, il prie "un homme qui lui est dévoué" et qui habite aux environs de Pérouse de l'amener de nuit, pour que personne ne s'en avise, sur une île inhabitée du lac Trasimène. Il se trouve un massif de ronces pour s'improviser un abri. Il y reste pendant quarante jours et quarante nuits, "sans rien manger ni boire", indiquent Les Fioretti, comme Jésus qui, après le baptême, s'était retiré dans le désert où il avait jeûné pendant quarante jours. S. François avait toutefois pris avec lui deux pains dont il avait mangé quelques miettes pour ne pas être tenté de se prendre pour le Christ. Tout émerveillé de constater que ces pains étaient à peine entamés au bout de quarante jours, le rameur qui vient le prendre et qui le dépose sur la berge, se considère délivré de son secret et en parle à ses concitoyens. Ceux-ci s'empressent de se rendre sur le lieu d'une si prestigieuse mortification. Au lieu où S. François célébra une pénitence si admirable se produisirent par ses mérites de nombreux miracles.

 

Parti prêcher dans les villes et les villages, "dans les cités et les places fortes" de l'Italie, S. François arrive à Tuscania, une petite localité d'origine étrusque à une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau de la mer Tyrrhénienne. Il est accueilli par un chevalier dont le fils unique est boîteux et "faible de tout son corps". Connaissant la réputation de cet homme qui est, dit-on, capable de guérir par ses prières, le père de l'enfant se jette à ses pieds et lui demande de lui rendre la santé. S. François prie d'abord longuement, avec ferveur. Puis pose sa main sur le malade, et le bénit. Il le prend dans ses bras et le relève. L'enfant se met à marcher et à courir dans la maison. Il est guéri.

 

En revenant de Viterbe à Spolète, S. François passant par Narni, rencontre un certain Pierre, paralysé, qui par son évêque, lui demande de l'aider. S. François fait le signe de croix au-dessus de lui. L'infirmité disparaît. Dans la même ville, une femme veut recouvrer la vue qu'elle a perdue. S. François fait le signe de croix devant chacun de ses yeux fermés. Quand elle les rouvre, elle voit.

 

Il renouvelle le miracle à Bevagna, une bourgade des environs de Pérouse, où il redonne la vue à une fillette, puis à Bologne, où il guérit un enfant borgne.

 

Un frère souffre d'un mal que Thomas de Celano avoue ne pas savoir nommer, d'autant plus que de l'avis de certains, c'est l'oeuvre d'un "méchant diable" qui a pris possession de lui et le tourmente pour affaiblir son âme. S. François prit pour la guérison du malade et le bénit. Celui-ci se remet de sa crise, et il n'a plus jamais souffert du "mal caduc".

 

Dans la ville fortifiée de San Gemini, où S. François arrive en compagnie de trois frères, il est reçu par un homme "qui honorait Dieu", mais dont la femme est "harcelée par un démon". Les quatre frères font leur prières. Quand ils ont fini, François se lève et crie d'une voix à faire peur : "Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, par obéissance je te l'ordonne, démon: sors d'elle et n'ose plus jamais l'entraver." (Thomas de CELANO, Vie du Bienheureux François [Vita prima], éd. cit. v. I, p. 551.)

 

Le bruit court que tout ce que S. François touche est investi de pouvoirs miraculeux. Une peste tue les boeufs et les moutons de la région de Rieti. Un homme qui vit "dans la crainte de Dieu" a une vision pendant son sommeil. On lui conseille d'arroser les bêtes avec l'eau dont S. François se lave les mains et les pieds. Par chance, celui-ci se trouve dans un ermitage voisin. Il s'assure de la complicité de quelques frères. Ceux-ci lui remettent l'eau de la bassine où S. François vient de se laver. Revenu chez lui, le paysan de Rieti asperge de cette eau ses animaux languissants. Le résultat est spectaculaire:

"Sitôt que l'aspersion atteignait si peu que ce soit les animaux malades et gisant à terre, ayant récupéré la vigueur première, ils se levaient immédiatement et se hâtaient vers les pâturages, comme s'ils n'avaient rien éprouvé de mal."

 

Le pouvoir de S. François sur les animaux est un sujet de stupéfaction tout aussi colporté et qui occupe autant les différents récits hagiographiques.

 

Dans les prédications de S. François, les animaux sont des créatures de Dieu qui sont invitées à louer leur Créateur. C'est exactement la position inverse de celles des cathares, où les créatures avaient été créées par un démiurge, c'est-à-dire un dieu malveillant qui aurait fait tomber les âmes et les esprits dans la matière. La louange de la Création est en cela en elle-même une prédication anti-cathare, qui veut signifier l'unicité de Dieu comme Créateur et Père de tous les êtres.

 

Aux environs de Bevagna, à quelques lieues d'Assise, dans la vallée de Spolète, S. François remarque une multitude d'oiseaux dans un champ: moineaux, corneilles, ramiers, hirondelles. Il court vers eux qui ne s'envolent pas. Au contraire, il a la sensation qu'ils l'attendent et se réjouissent de sa présence. Il les salue à son habitude : "Que le Seigneur vous donne la paix!" Il prêche comme à son habitude. Il leur dit :

 

Afficher l'image d'origine "Mes frères les oiseaux, vous devez beaucoup louer votre Créateur et l'aimer toujours, lui qui vous a donnés des plumes pour vous revêtir, des pennes pour voler et tout ce dont vous avez eu besoin.

Dieu vous a rendus nobles parmi ses créatures et il vous a accordé d'habiter dans la pureté de l'air; car comme vous ne semez ni ne moissonnez, lui-même ne vous en protège et gouverne pas moins, sans que vous vous en souciez le moins du monde.

Les frères présents sur les lieux témoignent de la joie des oiseaux qui tendent le cou, déploient leurs ailes et font de leur mieux pour s'approcher de S. François qui passe parmi eux pour les toucher avec sa tunique. Il les bénit et leur donne licence de s'envoler, ce qu'ils font tandis que l'homme de Dieu et ses compagnons poursuivent leur chemin.

 

À Alviano, petit bourg fortifié sur une éminence de la rive gauche du Tibre, à mi-chemin entre Trevi et Orvieto, S. François qui veut s'adresser à la foule des gens venus l'écouter réclamer silence. En vain : des hirondelles en grand nombre font un tel vacarme que les gens n'entendent pas ses paroles. S. François s'adresse avec beaucoup d'égards aux hirondelles: elles ont suffisamment trissé, leur dit-il, et il est temps maintenant de lui laisser la parole. Il leur enjoint de se taire et d'écouter la parole du Seigneur. A la stupéfaction de tous, note Thomas Celano, non seulement les hirondelles se taisent mais elles restent sans bouger jusqu'à la fin de la prédication.

 

 

Lorsqu'une hirondelle s'agite et piaille tellement qu'elle empêche un étudiant de Parme de travailler. Au nom de S. François il lui demande de se taire et de venir se poser sur sa main. L'hirondelle obéit. L'étudiant lui caresse la tête, lui explique une fois encore qu'elle le gêne et la prie gentiment, en invoquant à nouveau S. François, d'aller chahuter ailleurs. L'hirondelle s'en va et ne revient plus.

 

Un autre jour, à Greccio, un paysan vient lui offrir un levreau qu'il avait pris au collet. S. François le remercie puis pose l'animal par terre et le délivre en lui recommandant d'éviter à l'avenir les pièges des hommes. Le levreau ne veut pas partir et se réfugie auprès de S. François. Il faudra qu'un frère le porte loin dans la forêt pour le décider à reprendre sa vie sauvage.

 

image007.jpg Réalisant un jour que toute la Création formait une grande famille, une sorte de fraternité universelle, François invita tous les humains à l'amour mutuel et au respect de notre mère la Terre, notre soeur la Lune, notre frère le Soleil...

 

Il s'adressait à tous les êtres, à la nature entière; Un jour il sauva un lièvre poursuivi par les chasseurs; il racheta un agneaux que le boucher s'apprêtait à tuer. La nature elle-même, il l'embrassait dans sa charité sans bornes : moissons, vignes, bois, pierres, le feu, l'eau, l'air, tous les éléments, il fraternisait avec eux, et les invitait tous à l'amour de Dieu.

 

L'histoire du loup de Gubbio "réduit par S. François à une grande douceur", est sans doute, avec le prêche aux oiseaux, le plus connu de ses miracles. Il fit promettre au loup de ne plus attaquer les hommes et les bêtes, au vu de gens perchés sur les remparts. S. François s'adressant à l'assemblée, atteste que les fléaux qui nous frappent sont une punition de nos péchés et affirme que la "flamme vorace de la Géhenne" est infiniment plus à craindre qu'un loup qui ne peut tuer que les corps. Depuis ce jour et jusqu'à sa mort, survenue deux années après, ce loup a vécu en toute liberté dans les rues de Gubbio. Il mendiait sa pitance de porte en porte, pour la grande joie des gens qui le nourrissaient volontiers. Par sa présence, il leur rappelait "la vertu et la sainteté mirifique de S. François."

 

Au début de l'année 1213 les frères sont une bonne centaine. Quatre ans plus tard en 1217, ils seront plus de mille. Le mouvement franciscain qui ne comptait une décennie plus tôt qu'une poignée de frères, a pris une ampleur telle que l'Ordre croît "comme un cèdre dans le paradis de Dieu qui élève la cime de ses mérites parmi les régions célestes des saints."

 

La rencontre entre S. Dominique et S. François

 

SAINT DOMINIQUE, Fondateur d'Ordre (1170-1221)

À l'occasion de l'ouverture le 11 novembre 1215 à Rome du IVe concile dans la basilique Saint-Jean-de-Latran en présence de quelques quatre cents évêques, S. Dominique fit le voyage de Rome pour obtenir l'approbation de l'Ordre des Frères-Prêcheurs. C'est là, alors qu'ils ne se connaissaient pas et ne se seraient pas rencontrés dans le tohu-bohu de ces quelques mille cinq cents personnes sans une grâce spéciale de Dieu, qu'ils se reconnurent, s'embrassèrent comme deux frères et lièrent une amitié profonde qui dura jusqu'à la mort.

S. Dominique vit François d'Assise en songe. Dans cette vision, il vit Jésus irrité contre le monde qui a perdu la foi et vit dans le péché. Pour l'apaiser la Vierge lui présente deux hommes dont la sainteté, lui dit-elle, est à même de racheter la mauvaise conduite des autres qui, par eux, retrouveront la voie de la vérité. Il se reconnaît dans l'un de ces hommes. Il se demande qui pourrait bien être l'autre qui a l'air d'un mendiant, vêtu d'une simple tunique de bure ? Le lendemain, dans une église dont la tradition n'a pas conservé le nom, S. Dominique reconnaît, habillé comme il l'avait vu dans son extase, ce deuxième homme que la Vierge recommandait si chaleureusement au Christ. S. Dominique se serait précipité vers S. François et l'aurait serré dans ses bras en lui disant : "Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble et nul ne pourra prévaloir contre nous."

 

S. Dominique, plus tard, aurait affirmé que tous les religieux devraient suivre l'exemple de S. François "tant est grande la perfection de sa sainteté."

 

En 1216, un religieux d'Oignes, du diocèse de Liège, qui vient d'être nommé évêque de Saint-Jean-d'Acre, Jacques de Vitry (1160-1240) traverse l'Italie et constate, surpris, l'ampleur d'un ordre dont il ignorait probablement l'existence. En route vers Rome, il note dans une de ses lettres, à propos des Frères mineurs, que "le Seigneur pape et les cardinaux les tiennent en grande révérence."

 

Afficher l'image d'origine "Ceux-ci [les Frères mineurs] ne s'occupent nullement des affaires temporelles, mais, avec un désir fervent et et un zèle ardent, ils travaillent chaque jour à arracher aux vanités du monde les âmes en péril et à les condire avec eux. [...] Ils vivent selon la forme de l'Eglise primitive dont il est écrit 'à la multitude des croyants, il n'était qu'un coeur et qu'une âme'.

De nos jours, ils se rendent dans les cités et les villages en oeuvrant par l'action afin de gagner quelques-uns; la nuit, ils regagnent leur ermitage ou des lieux solitaires pour s'adonner à la contemplation.

[...] Grâce aux conseils d'hommes bons, ils font et promulguent leurs institutions saintes et confirmées par le seigneur pape. [...] Je suis persuadé que c'est pour faire honte aux prélats, qui sont comme des chiens muets, incapables d'aboyer, que le seigneur veut sauver de nombreuses âmes par de tels hommes simples et pauvres avant la fin du monde."

 

"Franciscains et Dominicains vivront des dons des fidèles, d'où leur appellation d'"ordres mendiants". [...] Ils remportent un succès particuliers dans les villes universitaires, dont ils attirent les étudiants, mais aussi des maîtres fameux." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 181.)

 

S. François en Orient

 

C'est en septembre 1219 que se situe la rencontre de S. François avec le sultan d'Egypte al-Malik al-Kâmil, neveu de Saladin. Tant d'amis avaient voulu l'accompagner qu'il fallut tirer au sort les douze qui seraient choisis : frère Illuminé d'Arce, frère Pierre de Catane, frère Léon, frère Elie, frère Césaire de Spire, en étaient, et frère Barbaro, l'un des premiers disciples. Ils font escale en Crète, à Chypre, puis à Saint Jean-d'Acre, d'où S. François s'empresse de rejoindre la cité de Damiette (en Egypte) pour évangéliser les infidèles (août 1219). Il en convertit un grand nombre, et en reçut même plusieurs dans son ordre.

 

S. François avait dans l'idée de voir le sultan se convertir vers la religion chrétienne, persuadé que la paix viendrait par la conversion et non par la guerre. Les Croisés tentèrent de l'en dissuader, lui décrivant la cruauté des infidèles. Al-Malik al-Kâmil aurait lui-même promis une pièce d'or à quiconque lui apporterait la tête d'un chrétien.

 

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S'étant adjoint pour compagnon frère "Illuminé" ou "Lumineux", il s'était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des Sarrasins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d'injures, les rouant de coups et les liant de chaînes. Selon le chroniqueur Jourdain de Giano (1195-1262), pendant le supplice, S. François criait de toutes ses forces le nom du sultan qui, ayant entendu cet appel, aurait demandé qu'on lui amène les prisonniers. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, les gardes d'Al-Malik al-Kâmil les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c'était ce qu'avait désiré François.

 

Selon S. Bonaventure (1217-1274), si le sultan veut interroger ces chrétiens, c'est parce qu'"une disposition de la divine Providence, conformément au désir de l'homme de Dieu", l'y incite.

 

Le prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; François répondit :

 

"Je suis envoyé par Dieu pour dire au Sultan et à son peuple le chemin du salut et leur annoncer l'Evangile qui est la Vérité... Si vous voulez vous convertir au Christ, ton peuple et toi, c'est très volontiers que, pour son amour, je resterai parmi vous" (Saint Bonaventure, Legenda Minor, 9,8).

 

Le sultan accepta de l'écouter en présence de ses chefs religieux qu'il fit venir sous sa tente. Ceux-si déclarent : "Sire, tu es épée de la Loi et tu dois donc maintenir et garder la Loi. Nous te commandons par Dieu et par Mahomet qui nous donna la Loi, que tu leur fasses couper la tête, car nous n'écouterons pas ce qu'ils disent, et nous vous défendons d'écouter ce qu'ils disent". Le Sultan ne leur obéit pas, car, dit-il, ce serait mal récompenser ceux qui avaient mis leur vie en danger pour sauver son âme. Il leur proposa alors de rester auprès de lui et de leur donner "des terres et des possessions". Ils refusèrent. Il leur offrit "de l'or, de l'argent et des draps de soie en grande quantité". Ils ne voulurent qu'un peu de nourriture.

 

Puis François prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d'âme et une telle ferveur d'esprit qu'en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l'Évangile: "Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire". Le sultan commença par obliger les frères à marcher sur un tapis couvert de croix pour vérifier s'ils oseraient commettre un acte sacrilège en les piétinant. François déjoua le piège avec humour: "Ce n'est pas la croix du Christ que tu as posée là mais celles des deux brigands crucifiés à ses côtés!"

 

Nous ne saurons pas grand chose de cet échange sinon que François aurait parlé de la Trinité. Il aurait aussi proposé de se livrer à une ordalie : François et le théologien musulman se jetteraient dans le feu; celui qui sortirait indemne prouverait la supériorité de son Dieu :

 

"Ordonne que soit allumé un très grand feu, lui dit S. François, et moi, j'entrerai dans le feu avec tes prêtres pour que tu connaisses ainsi quelle est la foi la plus certaine et la plus saine"

 

Fakhr al Din al-Farisi, homme "reconnu et d'un grand âge", quitta aussitôt la tente. Le Sultan doutant que ses "prêtres" acceptent d'affronter le feu, le pari ne fut pas tenté. S. François proposa d'aller tout seul dans les flammes à condition que le Sultan lui promît de passer avec son peuple au christianisme s'il sortait indemne du brasier. Le Sultan refusa, craignant une sédition des siens. Témoin de cette ardeur et de ce courage, "le sultan écoutait François avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui" (Saint Bonaventure, Legenda Minor, 9,8). Il offrit de nombreux cadeaux à S. François, qui les rejeta "comme de la boue" : ce n'était pas des richesses du monde qu'il était avide, mais du salut des âmes. Le sultan n'en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d'ici-bas. Il aurait ordonné, selon Ange Clareno, que S. François et tous ses frères puissent accéder librement au Saint-Sépulcre "sans payer le moindre tribut". S. François n'avait pas besoin de cet encouragement pour le faire.

 

Le sultan renvoya François avec une grande courtoisie en lui demandant de prier pour que lui-même Malek el-Kamil découvre la vérité. Il revint sain et sauf dans le camp chrétien qui s'en étonna.

 

"Il semble, souligne Albert Jacquard (Le Souci des Pauvres, éd. Flammarion, 1996) que le sultan n'oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l'expression d'une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu'il décida, dix années plus tard, alors qu'aucune force ne l'y contraignait, de rendre Jérusalem à l'empereur Frédéric II." (Traité de Jaffa, 1229)

 

La conversion du Sultan

 

Les Fioretti, recueil d'anecdotes, miracles et histoires merveilleuses de la vie de saint François, ajoutent cette anecdote relatant la conversion du Sultan :



"À la fin, saint François, voyant qu'il ne pourrait réaliser plus de fruits dans ces contrées, se décida, par révélation divine à retourner parmi les fidèles avec tous ces compagnons ; et les ayant réunis tous ensemble, il retourna près du Sultan et prit congé de lui. Alors le Sultan lui dit : 'Frère François, je me convertirai très volontiers à la foi du Christ, mais je crains de le faire maintenant ; car si les gens d'ici l'apprenaient ils me tueraient avec toi et tous tes compagnons ; et comme tu peux faire encore beaucoup de bien et que j'ai à achever certaines affaires de très grande importance, je ne veux pas causer maintenant ta mort et la mienne. Mais apprends-moi comment je pourrai me sauver, je suis prêt faire ce que tu m'imposeras.' Saint François dit alors : 'Seigneur, je vais maintenant vous quitter, mais après que je serai retourné dans mon pays et, par la grâce de Dieu, monté au ciel après ma mort, je t'enverrai, selon qu'il plaira à Dieu, deux de mes frères, de qui tu recevras le baptême du Christ ; et tu seras sauvé, comme me l'a révélé mon Seigneur Jésus-Christ. Et toi, en attendant, dégage-toi de tout empêchement, afin que quand viendra à toi la grâce de Dieu, elle te trouve disposé à la foi et à la dévotion.' Le Sultan promit de le faire et il le fit.

Après cela, saint François s'en retourna avec le vénérable collège de ses saints compagnons ; et quelques années plus tard saint François, par la mort corporelle, rendit son âme à Dieu. Et le Sultan, étant tombé malade, attendit la réalisation de la promesse de saint François et fit mettre des gardes à certains passages, ordonnant que si deux frères, portant l'habit de saint François, venaient à s'y montrer, on les lui amenait immédiatement. En ce même temps, saint François apparut à deux frères et leur commanda de se rendre sans retard près du Sultan et de lui procurer son salut, comme lui-même le lui avait promis. Ces frères se mirent immédiatement en route, et après avoir passé la mer ils furent par ces gardes menés près du Sultan. En les voyant, le Sultan eut une très grande joie et dit : 'Maintenant, je sais vraiment que Dieu m'a envoyé ses serviteurs pour mon salut, selon la promesse que, par révélation divine, m'a faite saint François.' Il reçut donc desdits frères l'enseignement de la foi du Christ et le saint baptême, et ainsi régénéré dans le Christ il mourut de cette maladie ; et son âme fut sauvée par les mérites et l'opération de saint François". (Fioretti, chapitre 24).

Le sultan mourut en 1238.

 

Dans la Règle présentée à Portioncule le 30 mai 1221, qui comporte 24 chapitres, S. François fournit des indications judicieuses quant à la manière dont les frères doivent agir chez les infidèles : ils ne doivent pas cacher qu'ils sont chrétiens; ne pas essayer de convertir ceux qui ne sont pas prêts à recevoir la parole des Evangiles; attendre un signe de Dieu pour prêcher.

 

Saint François finit cette Règle de 1221 dite non bullata par cette admonition : "Et de la part de Dieu tout-puissant et du seigneur pape, et par obéissance, moi, frère François, je prescris fermement et j'enjoins que personne ne retranche rien de ce qui est écrit dans cette vie ou que personne n'y ajoute aucun écrit et que les frères n'aient pas d'autre règle".

Saint François (XIXe), église Saint-Médard, Paris

Saint François (XIXe), église Saint-Médard, Paris

S. François, Patron des écologistes

 

"Le franciscanisme est une doctrine de réconciliation de la nature et de la grâce" (Ivan Gobry). Aussi S. François peut-il affirmer que "toute créature de Dieu est bonne, et il n'y a rien à rejeter de ce qui se prend avec actions de grâces; car tout est sanctifié par la parole divine et la prière". Nous sommes là aux antipodes du bouddhisme, du manichéisme et du jansénisme.

 

"Voici que je fais toutes choses nouvelles" (Ap 21:5). Dans le Christ, Dieu-Homme, la Création sensible est transfigurée, le monde est sanctifié, l'humanité est divinisée. C'est pourquoi l'Incarnation s'offre pour François comme le mystère-clé du christianisme.

 

Au terme de sa vie, S. François rédige ce qu'on appelle le "Cantique du frère Soleil" qui est l'aboutissement de ses enseignements sur le respect et l'amour que tous les humains doivent porter envers toutes les créatures de Dieu. Il rejoint ainsi les préoccupations de ceux et celles qui se soucient de la défense de la nature, des animaux et de l'environnement. C'est d'ailleurs pourquoi, en 1979, il est proclamé "patron des écologistes".

 

 

En 1221, S. François considère que "convertir le monde entier comme Dieu le veut" est une tâche plus importante que de laver les chancres des lépreux. Plus précisément, il acquiert la conviction que sa vraie mission, et celle des Frères, n'est pas de s'occuper de la chair qui souffre mais de secourir les âmes égarées.

 

C'est François d'Assise qui créa la première crèche que l'on retrouve souvent sous "l'arbre de Noël".

 

Nous sommes en 1223 et François se trouvait à Greccio, une ville de l'Italie. Il dit à l'un de ses amis, qui avait mis à la disposition des frères une grotte dans la montagne:

 

"Je veux faire mémoire de cet enfant qui est né à Bethléem et observer en détail, de mes yeux corporels, les désagréments de ses besoins d'enfant, comment il était couché dans une crèche et comment, à côté d'un boeuf et d'un âne, il a été posé sur le foin."

 

Et tous les habitants de la ville vinrent entourer les frères et assister à la Messe de Minuit. Ils étaient si nombreux, avec leurs cierges et leurs lanternes, que le bois était éclairé comme en plein jour. La Messe fut dite au-dessus de la mangeoire qui servait d'autel.

 

L'année suivante, les habitants de Greccio avaient raconté avec tant d'admiration les merveilles de cette belle nuit de Noël que, un peu partout, on se mit à reconstituer, dans des grottes ou des étables, la scène touchante de la naissance de Jésus. Et c'est pourquoi maintenant, nous avons partout des crèches à Noël.

 

L'amour du Christ et des mystères porta les Franciscains à la fréquentation des Lieux Saints, où ils s'établirent et dont ils devinrent les gardiens officiels, fournissant traditionnellement le Patriarche latin de Jérusalem. Ils y inaugurèrent le Chemin de Croix, pèlerinage avec stations sur les lieux mêmes où Jésus souffrit sa Passion; dès le XVe siècle, cet exercice est exécuté à domicile en s'attachant simplement par la pensée à l'itinéraire sacré.

 

 

En 1224, alors que S. François était en contemplation sur le mont Alverne en Toscane, le Christ lui apparut et lui imprima la stigmates de Sa Passion aux endroits du corps où Lui-même avait été blessé. Premier miracle de cette nature dans l'histoire chrétienne, la stigmatisation de S. François, bien qu'il la tînt secrète et qu'il n'en ait rien dit, fut rapidement connue du plus grand nombre et contribua à accroître sa réputation de sainteté. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 440.) S'étant livré à un jeûne de quarante jours en l'honneur de saint Michel archange, François reçut la stigmatisation le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix : un séraphin, formant avec ses ailes l'image du crucifix, lui imprima, aux mains, aux pieds et au côté, les stigmates des plaies du Sauveur causées par les clous et la lance.

 

Deux ans après, étant très gravement malade, il se fit transporter à l'église du Portioncule (basilique Sainte-Martie des Anges), le lieu où, bien des années auparavant, il comprit qu'il devait vivre "selon le saint Évangile", et il mourut "en chantant", comme l'écrit son biographe, le samedi 3 octobre 1226. "Afin que là où il avait accueilli l'esprit de la grâce, là il rendit l'esprit de la vie." (Saint Bonaventure)

 

S. François demanda qu'on lui lise le 13e chapitre de l'Evangile de Jean : "Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père." Pendant ce temps, il récitait en boucle le psaume 142 (141) : "De ma voix j'ai crié vers le Seigneur, de ma voix j'ai supplié le Seigneur. Je répands ma plainte devant lui. Je lui raconte ma détresse..." Et qui finit par une supplique : "Tire mon âme de sa prison, afin que je célèbre ton nom!"

 

"Il avait réussi à spiritualiser l'amour des hommes et du monde, et à humaniser l'amour de Dieu, accomplissant à merveille l'impossible gageure chrétienne d'aimer Dieu à travers les hommes." (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, ibid., p. 441.)

 

Le soir où S. François passa du monde au Christ, alors que c'était déjà le crépuscule de la nuit suivante, des alouettes, oiseaux amis de la lumière du midi et qui ont horreur des ténèbres du crépuscule, vinrent sur le toit de la maison et tournèrent longtemps en faisant un grand bruit : nous ignorons si elles montraient de la joie ou de la tristesse en chantant à leur façon. Elles faisaient résonner une jubilation éplorée et des pleurs jubilants, soit qu'elles plaignaient les fis devenus orphelins, soit qu'elles indiquaient que le père approche de la gloire éternelle. Les gardiens de la cité qui protégeaient le lieu par des veilles attentives, furent pleins de stupeur et invitèrent tous les autres à admirer l'évènement.

 

Les funérailles furent un nouveau triomphe. Le corps fut d'abord ramené à Assise. La procession passa par Saint-Damien où sainte Claire et ses soeurs vénérèrent en pleurant la sainte dépouille; puis on déposa celle-ci dans l'église Saint-Georges où François avait fait ses humanités. Dès lors, les miracles se multiplièrent à la sépulture.

 

François fut canonisé par Grégoire IX, en 1228. Son corps, que l'on avait caché, afin de mieux s'en assurer la possession, dans la crypte de l'église bâtie en son honneur en 1230, fut découvert en 1818. Pie XII le proclama patron de l’Italie.

Dans son Testament, S. François indique : "Personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du Saint Évangile" (Thomas de CELANO, Vie du bienheureux François [Vita prima], in François d'Assise, Ecrits, vies, témoignages, éd. du VIIIe centenaire, éd. ibid., v. I, p. 589.) Il puisait directement dans l'Évangile une règle de vie. Ce rapport direct avec Dieu ne l'empêcha pas dans la nouvelle mouture de la Règle de 1221, qui compte 24 chapitres, de commencer par rappeler aux frères qu'ils étaient tenus à la plus grande révérence envers la sainte Eglise, le pape, les évêques et les prêtres. Et de leur léguer "trois paroles" dans son Testament : qu'ils s'aiment les uns les autres, qu'ils aiment et respectent "notre Dame sainte Pauvreté" et qu'ils se montrent toujours fidèles et respectueux de la Sainte Eglise.

 

Aujourd'hui, les Frères Mineurs se répartissent en trois branches : Franciscains, Capucins et Conventuels. À la fin de l'année 2009, les Franciscains étaient 14 525 dans le monde (dont 398 novices) présents dans 52 pays.

Crucifix de Saint-Damien, XIIe siècle, basilique Sainte-Claire, Assise (Italie). Selon Thomas de Celano (Vita Prima), c'est ce crucifix qui aurait parlé à François d'Assise et qui lui aurait dit : "Va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine !"

Crucifix de Saint-Damien, XIIe siècle, basilique Sainte-Claire, Assise (Italie). Selon Thomas de Celano (Vita Prima), c'est ce crucifix qui aurait parlé à François d'Assise et qui lui aurait dit : "Va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine !"

Postérité

 

Alexander of Hales Scholastic Innovator Quelques décades après la mort de S. François, les Franciscains ont envahi l'Université à Bologne, Oxford et Paris, surtout, et plus tard Cologne.

À partir de 1230, les œuvres d'Aristote, principales représentantes de la scolastique (philosophie développée et enseignée au "Moyen-Âge" dans les universités), sont traduites du grec en latin par le dominicain allemand Albert le Grand, véritable introducteur de la pensée du philosophe, et par Guillaume de Moerbeke, secrétaire de Thomas d'Aquin, et introduites dans les universités.

Le premier docteur franciscain, l'Anglais Alexandre de Halès (+1245), fondateur de l'école franciscaine, installera avec lui l'ordre de S. François dans une chaire de la Sorbonne; il sera surnommé le Docteur Irréfragable. Il pensera, d'ailleurs comme un peu plus tard S. Thomas (et c'est probablement à lui que Thomas faisait allusion), que le péché était la raison de l'Incarnation, mais il pensera aussi que l'Incarnation se serait produite en toutes hypothèses pour le seul achèvement et la beauté de l'Univers... Ce sera également la position d'Albert le Grand, évêque de Ratisbonne en Allemagne, le maître de Thomas.

Les disciples des fondateurs (scotistes franciscains et thomistes dominicains) exagéreront pourtant jusqu'à la caricature l'opinion respective d'Alexandre de Hales et de Thomas, alors que si Thomas donnera sa préférence au thème de l'Incarnation rédemptrice, il n'en restera pas à la seule libération du péché; comme l'explique le P. dominicain Jean-Pierre Torrell, dans une video, sur le "motif de l'Incarnation", "on ne tiendra pas suffisamment compte de la phrase 'la puissance de Dieu ne se limite pas à cela. Et même sans le péché, Dieu aurait pu s'incarner'"... Alexandre de Hales sera sinon l'auteur, du moins l'initiateur de la première Somme théologique. Un de ses élèves, S. Bonaventure (1217-1274), Maître régent de théologie de l'Université de Paris, sera surnommé le "second fondateur de l'ordre franciscain", et les élèves de S. Bonaventure défendront son esprit contre l'aristotélisme envahissant : Gauthier de BrugesJohn (ou Jean) PeckhamGuillaume de la Mare, et Mathieu (ou Matteo) d'Aquasparta.

S. Bonaventure donnera une valeur beaucoup plus cosmique et eschatologique, allant bien au-delà du seul intellect, à l'illumination de l'esprit par Dieu.

 

Les Anglais Robert Grossetête (1175-1253), à Lincoln, et Roger Bacon, à Oxford, surnommé Doctor mirabilis ("Docteur admirable") en raison de sa science prodigieuse, davantage portés vers l'expérience que vers la spéculation pure avaient identifié quelques erreurs commises par Aristote à propos des phénomènes naturels; ce qui ne les empêcha nullement de reconnaître l'importance de la philosophie d'Aristote.

 

Cependant, au XIIIe siècle, le grand docteur de l'Ordre franciscain sera