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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 15:36

Le débat sur la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est devenu l'une des plus grandes histoires dans le monde catholique. Dans cette remarquable chronique ''Demandez au Père'', un prêtre diocésain, le père Joseph Wilson explique pourquoi la Fraternité estime que l'Église se trouve dans un état de nécessité — et propose le discours que le pape Léon XIV aurait pu prononcer pour commencer à guérir des décennies de divisions. Que vous soyez d'accord ou non, il s'agit à ce jour de l'une des contributions à la conversation les plus réfléchies. Cf. Michael J. Matt sur X / The Remnant

 

Par : Père Joseph Wilson 4 juillet 2026

 

 

Dans cette édition de "Demandez au Père" (qui paraît dans chaque numéro du journal The Remnant), un prêtre diocésain examine l’argument de "l’état de nécessité" de la FSSPX, réfléchit à la crise plus large qui secoue l’Église et imagine le discours pastoral que le pape Léon XIV aurait pu prononcer pour unir les catholiques au lieu d’aggraver les divisions.

 

Cher Père, la situation au sein de l'Église est devenue encore plus confuse depuis la consécration des quatre évêques par la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX). Les quatre nouveaux évêques et ceux qui les ont consacrés ont été excommuniés ; il semble que les prêtres de la FSSPX aient été déclarés schismatiques et menacés d'excommunication, et même les laïcs qui "adhèrent" au schisme de la FSSPX sont menacés d'excommunication. Les réactions des commentateurs sont extrêmement diverses, même celles de commentateurs que je considère généralement comme orthodoxes et conservateurs. Que se passe-t-il ?

(Père Joseph Wilson) Cher lecteur, incroyable, n'est-ce pas ? Je ne connais aucune autre situation qui ait été aussi mal, voire désastreusement, gérée, même si le schisme entre l'Est et l'Ouest de 1054 pourrait en être un exemple.

 

La FSSPX affirme que l'Église traverse une crise extraordinaire et que son devoir de fidélité à Dieu l'a poussée à agir comme elle l'a fait. Le Saint-Siège semble nier cette ''crise extraordinaire''. Ce déni est pour le moins intéressant. Ces derniers jours, j'ai lu un article concernant une église catholique londonienne où une messe publique a été célébrée pour le cinquantième anniversaire d'un couple. Deux évêques étaient présents et concélébraient, le célébrant principal était un prêtre ami du couple, l'homélie a été prononcée par un cardinal de la Sainte Église romaine (Timothy Radcliffe, dominicain, créé cardinal par le pape François), et l'assemblée était composée de personnes venues de divers horizons, y compris des invités internationaux. Il s'agissait des noces d'or d'un couple homosexuel .

 

Le Saint-Siège peut édicter des normes et des protocoles à l'infini ; il ne s'agissait en aucun cas d'une "bénédiction non liturgique", spontanée et informelle. Je n'ai rien entendu concernant les mesures prises face à ce scandale.

 

"Franchement, je pense que nous assistons à l'émergence d'une occasion tragiquement manquée."

 

 

Le cardinal Robert McElroy, archevêque de Washington, a célébré la messe à l'université de Georgetown le 20 juin devant 500 participants à la conférence de sensibilisation des catholiques LGBTQ+. Il a cité comme un grand signe d'espoir l'affirmation de Léon XIV, lors de son voyage en Afrique, selon laquelle "l'unité ou la division de l'Église ne devrait pas reposer sur des questions sexuelles". Il a également évoqué le rapport controversé du Groupe d'étude 9 du Synode de 2024 qui, selon lui, propose un "nouveau paradigme" (semblant s'éloigner des principes du droit naturel pour se concentrer sur l'expérience vécue des croyants).

 

Mais non, nous ne sommes pas en situation de crise extraordinaire. Circulez, il n'y a rien à voir. Et ne vous inquiétez pas pour l'Allemagne non plus…

 

Franchement, je crois que nous assistons à l'émergence d'une occasion tragiquement manquée. Au lieu de discussions interminables sur la marche ensemble dans la synodalité, la théorie de la guerre juste et la bienveillance envers les migrants, je souhaiterais que le Saint-Père s'adresse à toute l'Église — évêques, prêtres, religieux et laïcs — avec sa compassion pastorale et dise :

 

"À la lumière des événements récents dans la vie de l’Église, je suggère qu’il est temps de faire une pause, de respirer profondément, d’invoquer l’aide infaillible du Saint-Esprit et d’entamer, en tant qu’Église, un dialogue large, profond et sincère sur les signes des temps, comme l’ont exhorté les Pères du Concile Vatican II. Vous vous souviendrez peut-être que deux de mes prédécesseurs, saint Jean-Paul II et Benoît XVI, ont exprimé la nécessité de poursuivre l’examen et l’interprétation des documents conciliaires à la lumière de toute la Tradition, et en particulier de l’enseignement des conciles et des papes précédents. Ce besoin n’a fait que s’accroître avec le temps. Des divisions sont apparues parmi nous, d’autant plus douloureuses qu’elles proviennent principalement de divergences entre croyants de bonne foi. Je tiens à présenter mes excuses à ceux qui ont été blessés et désédifiés par la persistance de cette situation. Aujourd’hui, conscient de mon devoir de fortifier les frères, j’appelle toute l’Église, clergé et fidèles, à une réflexion priante sur la crise que traverse l’Église, qui a été causée par des enseignements ambigus, voire erronés, et par une volonté manifeste, en de nombreux endroits, de promouvoir le changement tout en négligeant le respect de la Tradition sacrée, qui doit toujours être la marque distinctive des catholiques fidèles.

 

Je communiquerai prochainement avec le Collège des cardinaux et les présidents des différentes conférences épiscopales nationales afin de recueillir leurs réflexions sur l'état de l'Église. Je m'adresserai également aux supérieurs des communautés religieuses contemplatives de l'Église, les priant instamment d'accompagner cette démarche de leurs prières ferventes. Je serai aussi en contact avec les responsables de divers groupes et associations de fidèles, afin de solliciter leur point de vue sur ces questions. Après avoir reçu et médité les réflexions des cardinaux, des présidents des conférences épiscopales et des groupes de fidèles, j'annoncerai les modalités de la démarche visant à examiner et à clarifier la nécessité de parvenir à une "herméneutique de la continuité" cohérente et de la renforcer, pour reprendre la célèbre formule du pape Benoît XVI.

 

"Par ailleurs, je me souviens d’une autre phrase du pape Benoît XVI, dans sa Lettre aux évêques du 7 juillet 2007 accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum : "L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste." Il est tragique que la question de la sainte liturgie soit devenue une cause de division parmi nous. La situation dans l'Église est manifestement différente de celle qui prévalait lors de la publication, le 16 juillet 2021, de Traditiones Custodes par mon prédécesseur, le pape François, de bienheureuse mémoire. C'est pourquoi, afin de sauvegarder les droits des fidèles, je déclare abroger le motu proprio Traditiones Custodes, ainsi que la lettre aux évêques qui l'accompagnait, et rétablir pleinement en vigueur le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI et la lettre aux évêques qui l'accompagnait. Et puissions-nous tous nous souvenir de cette phrase si souvent attribuée à saint Augustin : "Dans l'essentiel, l'unité ; dans le non-essentiel, la liberté ; en toutes choses, la charité."

 

Si le Saint-Père agissait ainsi, je dirais qu'enfin un besoin crucial et de longue date de l'Église pourrait être comblé avec honnêteté et franchise.

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En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité.

Benoît XVI, Lettre du pape Benoit XVI aux évêques du 7 juillet 2007 accompagnant le Motu Proprio Sur l’usage de la Liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970

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25 juin 2026 4 25 /06 /juin /2026 09:00

À quelques jours avant les consécrations, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) émet une profession de foi de 154 points au pape Léon, et aux cardinaux  - Cf. LifeSite. Publiée le 24 juin, elle est accompagnée d’une lettre ouverte adressée au pape Léon XIV et à tous les cardinaux de l'Église. La profession de foi expose systématiquement ses positions doctrinales et son diagnostic de la crise dans laquelle est confrontée l'Église catholique. La lettre est signée par le Supérieur Général de la Fraternité, Don Davide Pagliarani, ainsi que par ses principaux collaborateurs : Monseigneur Alfonso de Galarreta, Christian Bouchacourt, Monseigneur Bernard Fellay et Franz Schmidberger. Dans le texte, les signataires expliquent qu'ils estiment que le moment est venu de présenter une "profession de foi catholique complète" à la lumière de la situation actuelle de l'Église.

"L’Église souffre aujourd’hui sous la pression de forces nouvelles, tant internes qu’externes, qui la poussent dans toutes les directions possibles, sauf – à notre avis – la bonne", disent-ils.

La Fraternité affirme que la réponse à cette crise ne se trouve ni dans de nouvelles solutions pastorales ni dans des adaptations au monde contemporain, mais dans un retour à la Tradition catholique.

"La Tradition renferme tous les remèdes aux maux les plus profonds dont souffrent l’Église et le monde", soulignent les auteurs du document.

Dans le même temps, ils expriment l'espoir que ce texte puisse un jour servir de base à une discussion doctrinale "franche, pacifique, fraternelle et charitable" avec le Saint-Siège. Cf. InfoVaticana

 

Note du blog Christ-Roi. Le pape Léon XIV a déclaré mardi 16 juin à propos de la FSSPX à Castel Gandolfo : "cependant, ils refusent d'accepter certains éléments fondamentaux de l'Égliseà commencer par plusieurs points du Concile Vatican II. S'ils font ce choix, je suis désolé. Mais nous devons aller de l'avant" (Cf. Michael Haynes sur X / Catholic Sat).

 

Léon XIV a ainsi révélé (involontairement) la véritable raison de la menace d’excommunication pesant sur la FSSPX qui n’est pas la consécration de nouveaux évêques sans mandat pontifical, mais le refus de certains textes du Concile Vatican II.

 

"Parmi les enseignements non définitifs de Vatican II, il y en a plusieurs - en particulier ceux concernant:

>la liberté religieuse,

>l'œcuménisme, [La formule "subsistit in" (LG 8) a remplacé l’expression traditionnelle selon laquelle l’Église catholique est le Corps mystique du Christ.

Une formule tout à fait claire et directe a été remplacée par une formule beaucoup moins claire, dont l'interprétation a fait l'objet de dizaines d'interprétations ultérieures. Au lieu de clarifier ce qui était déjà clair, on l'obscurcit.

"Car Dieu n'est pas un Dieu de confusion, mais de paix." (1 Corinthiens 14:33)

L’affirmation que l’Église du Christ "subsiste dans" l’Église catholique ouvre la porte au relativisme ecclésiologique et à la confusion œcuménique. La nouvelle insistance sur le ''Peuple de Dieu'' - couplé au synodalisme conçu comme un processus de dialogue permanent et au subsistit in- peut être interprétée de manière horizontale et anthropocentrique plutôt que verticale et Christocentrique : en occultant la constitution hiérarchique et divine de l’Église et en attirant l'attention vers une conception plus démocratique de l’Église, cette conception aboutit à la destruction des éléments fondamentaux de l’Église.]

>le dialogue interreligieux

>et la collégialité - dont les formulations sont ambiguës et difficiles à concilier avec les doctrines enseignées de manière cohérente par le Magistère depuis l'époque des Pères de l'Église jusqu'à la période précédant immédiatement le Concile. [La collégialité dilue la compréhension traditionnelle de la primauté papale en mettant l’accent sur l’autorité collective des évêques. Ce concept a ensuite servi de fondement à la synodalité et à la décentralisation de l’autorité.]

"Depuis le Concile Vatican II, l'Église catholique connaît un climat d'ambiguïté générale, d'imprécision et d'incertitude concernant des doctrines importantes telles que

>le caractère unique du Christ Rédempteur,

>le caractère unique de l'Église catholique,

>la structure monarchique divinement établie de l'Église (au niveau universel et local)

>et le caractère sacrificiel de la Sainte Messe. Il est indéniablement évident que ceux qui ont détenu le pouvoir administratif au Saint-Siège au cours des dernières décennies, et qui le détiennent encore aujourd'hui, exigent de la FSSPX comme condition sine qua non pour la pleine communion avec le Saint-Siège l'acceptation du climat de facto d'ambiguïté doctrinale et liturgique et de relativisme, qui a atteint son apogée avec le processus synodal actuel, extrêmement confus, dans toute l'Église. Depuis le Concile, avec certains des enseignements ambigus mentionnés, un processus est en cours pour établir, avec l'autorité du Pontife Romain, une soi-disant "Église de Vatican II" ou "Église conciliaire". Cette tendance, de nos jours sous le nouveau nom de "l'Eglise synodale", vise essentiellement à être une religion relativiste adaptée au monde.
 

"Le Saint-Siège exige que la FSSPX accepte des doctrines formulées de manière ambiguë et non définitives comme condition sine qua non pour la pleine communion avec le Saint-Siège et pour recevoir une régularisation canonique. Il s'agit notamment des enseignements concernant

>la liberté religieuse,

>l'œcuménisme,

>le dialogue interreligieux (y compris, par exemple, la déclaration de Lumen Gentium 16 selon laquelle les musulmans, avec les catholiques, "adorent le Dieu unique et miséricordieux"), 

>la collégialité épiscopale (telle qu'elle est comprise d'une manière qui diminue la structure monarchique divinement instituée par l'Église)

>et les réformes liturgiques associées au Novus Ordo Missae.
 

Le Saint-Siège demande également à la FSSPX de reconnaître officiellement les déclarations et les enseignements des papes post-conciliaires qui appartiennent au magistère dit authentique et quotidien. Il s'agit, par exemple, de

>certaines déclarations dans Amoris Laetitia qui sapent sérieusement et même contredisent la Révélation divine ;

>de la permission formelle du pape François pour les personnes divorcées et remariées de recevoir la Sainte Communion ;

>et de la Déclaration sur les bénédictions pour les couples de même sexe dans Fiducia Supplicans." Cf. Bishop Schneider: SSPX excommunications would be a historic mistake, LifeSiteNews
https://www.lifesitenews.com/opinion/bishop-schneider-sspx-excommunications-would-be-a-historic-mistake/

 

En matière de dogmatique, il doit y avoir unité, en matière d'opinions, la liberté, et en tout, charité.

 

Il est du devoir des autorités de l'Église d'indiquer aux fidèles quels sont très précisément les 'éléments fondamentaux de l'Église, à commencer par plusieurs points du Concile Vatican II'  - jugés hétérodoxes par la FSSPX - auxquels il faudrait adhérer ? Et quels sont les textes du concile Vatican II qui n'engagent pas la foi ?

 

Depuis 61 ans, ce travail de clarification n'a jamais été fait ni présenté aux catholiques, alors que le cardinal Robert Sarah a appelé il y a quelques jours à des clarifications de certaines parties de l'interprétation de Vatican II, venant ainsi confirmer la demande de clarification faite par la FSSPX.

 

Lire sur ce sujet

>Quelle est la raison du Concile Vatican II ? Réponse de Mgr Gherardini

>"Le concile Vatican II a été un catalyseur pour faire ressortir dans l’Église tout ce qui était latent avant lui dans le mouvement moderniste" - Mgr Schneider

>Cardinal Müller : C’est le progressisme, et non la tradition, qui divise l’Église

>"Le pape n’est pas un Führer" : le cardinal Müller s’exprime sur l’ultramontanisme

>"L'Église catholique n'est pas l'Église du Pape et les catholiques ne sont donc pas des papistes mais des chrétiens". Entretien exclusif avec le cardinal Gerhard Müller

>Sous le pape François, une réforme "très profonde" de l'idée de loi naturelle a été initiée - Archevêque Vincenzo Paglia

>Un changement de paradigme catholique n'est pas développement mais corruption - Cardinal Müller

Profession de foi catholique de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X

La direction de la FSSPX a publié une profession de foi catholique de 154 points avant les consécrations épiscopales prévues.

Le document faisait partie des communications envoyées au pape Léon XIV et aux cardinaux et était accompagné d'une lettre ouverte décrivant la nécessité d'adhérer à la tradition face au "contexte instable et extrêmement périlleux" dans lequel se trouve l'Église. Il a été signé par les pères Davide Pagliarani, Christian Bouchacourt et Franz Schmidberger et les évêques Alfonso de Galarreta et Bernard Fellay.
La lettre ouverte explique que:

Il n'appartient pas à la Fraternité Saint-Pie X d'indiquer la voie à suivre, mais plutôt la tradition de deux mille ans de l'Eglise, fidèlement gardée et transmise par le Siège apostolique à travers les siècles, et que beaucoup considèrent aujourd'hui, dans la pratique, comme une réalité dépassée, sujette à un développement perpétuel.

C'est au nom de cette même Tradition, et à sa seule lumière, que nous formulons aujourd'hui cette profession de foi catholique en réponse aux principales erreurs et aux plus graves dangers de notre temps.

Profession of Catholic Faith

Source : https://paxorbis.org/2026/06/25/sspx-profession-of-catholic-faith/ / SSPX.org / SSPX.org Pdf

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L'article 79 en français de la Profession de foi catholique de la FSSPX se lit comme suit :

 

"79. Je rejette pareillement les conceptions synodales qui tendent à transformer l’Église hiérarchique en une structure consultative, parlementaire ou démocratique, soumise aux opinions fluctuantes du peuple chrétien ou aux pressions du monde. La conscience collective des fidèles, les enquêtes pastorales, les sensibilités culturelles et les attentes du monde ne sont pas des sources de la Révélation. L’écoute légitime des âmes ne peut jamais devenir une adaptation continuelle de la vie de l’Église, de sa 12 doctrine et de sa constitution divine à l’esprit du monde, sous prétexte d’interpréter le « sensus fidei » du peuple de Dieu 79"

 

Lire aussi sur le sujet de l'Église synodale et le synodalisme :

 

2023: 

>Le pape François exprime ses "préoccupations" concernant le Chemin synodal allemand, affirmant qu'il menace l'unité de l'Église

>"La 'voie synodale' dans le schisme allemand." Un éclairage critique

2024: 

>L'ex-synode n'intéresse que ceux qui veulent remplacer l'enseignement catholique par l'hérésie

>Le cardinal Müller dénonce l'"idéologie" synodale", "une maladie théologique" et "une anthropologie absolument erronée" qui remonte au siècle des Lumières"

2025:

>Le podium synodal

>Le synodalisme est le résultat d’une erreur théologique. Küng contre Ratzinger

2026:

>Cardinal Rainer Maria Woelki : "Pour moi, le Chemin synodal est clos"

Profession de foi catholique de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X

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Traduction française de la Profession de foi de la FSSPX. (Site FSSPX.be)

 

 

Profession de foi catholique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pour éclairer les âmes face aux erreurs modernes

 

Au nom de la sainte et indivise Trinité,

Père, Fils et Saint-Esprit.

 

Préambule

 

1. Je professe et j’embrasse l’entière vérité de la foi catholique, telle qu’elle a été "reçue par les Apôtres de la bouche même de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou transmise comme de main à main par les Apôtres eux-mêmes sous la dictée de l’Esprit-Saint 1", puis conservée fidèlement et parvenue jusqu’à nous en une succession continue dans l’Église catholique, à travers la prédication des papes et des évêques, les écrits des Pères de l’Église et des théologiens, et les définitions des saints conciles 2.

 

2. Je reçois fermement toutes et chacune des vérités que l’Église infaillible a proposées comme divinement révélées et nécessaires au salut, soit par les définitions de son Magistère solennel, soit parl’unanimité de son Magistère ordinaire et universel 3. Je reçois également tout ce qui appartient à ladoctrine catholique en raison d’une connexion nécessaire avec le dépôt révélé 4, et je tiens pour sûres les vérités que l’Église a enseignées avec constance afin de préserver ce dépôt contre les erreurs 5.

 

3. Je rejette en conséquence toutes les erreurs contraires à cette foi, spécialement celles du libéralisme, de l’indifférentisme, du modernisme, de l’œcuménisme et du laïcisme, condamnées par les papes Pie IX 6, Léon XIII 7, saint Pie X 8, Pie XI 9 et Pie XII 10. Ces erreurs, en effet, obscurcissent la doctrine révélée, faussent la Tradition, défigurent la sainte liturgie, corrompent les mœurs, affaiblissent l’esprit missionnaire et désagrègent l’ordre social chrétien, nuisant gravement au salut des âmes.

 

4. Je professe cette foi et rejette toutes les erreurs qui lui sont contraires parce que je veux demeurer fidèlement soumis à la sainte Église catholique, apostolique et romaine, Maîtresse de vérité, ainsi qu’au Pape, Vicaire du Christ, dans l’attachement à la Rome éternelle qui a reçu mission de garder saintement et d’exposer fidèlement le dépôt révélé jusqu’à la fin des siècles.

 

5. J’ajoute que, dans la confusion présente, il ne suffit plus de rappeler quelques vérités isolées. Il devient indispensable de mettre en pleine lumière l’ordre entier de la doctrine catholique, dans sa cohérence surnaturelle et son harmonie lumineuse, sans omettre aucun dogme, sans diminuer aucune vérité, sans substituer à la foi reçue un langage équivoque ou tronqué qui, sous prétexte d’œcuménisme ou d’adaptation au monde, défigure cette doctrine avec une audace toujours plus grande.

 

6. La charité elle-même commande de professer cette doctrine avec clarté, patience et force, pour la gloire de Dieu, l’honneur de l’Église et le salut des âmes.

 

I. La Révélation divine, la foi et la Tradition

 

7. Je crois que Dieu, dans sa bonté, a appelé l’homme, par le don de la grâce, à obtenir la vision béatifique. Je tiens fermement et je professe que cette exaltation de l’homme dépasse les forces et les exigences de la nature humaine, et qu’elle est un don gratuit de Dieu, c’est-à-dire un don surnaturel 11.

 

8. Je crois que Dieu n’a pas laissé l’homme à ses seules forces naturelles, mais qu’il lui a révélé les mystères de sa vie divine et la destinée surnaturelle à laquelle il l’appelle. C’est ainsi que, après avoir parlé autrefois par les Prophètes dans l’ancienne Alliance, il a parlé définitivement par son Fils unique, Notre Seigneur Jésus-Christ, dans la nouvelle Alliance, avec laquelle la Révélation divine a reçu son parfait accomplissement 12.

 

9. Cette Révélation est la parole véridique de Dieu, confiée à l’Église comme un dépôt, et proposée aux hommes comme règle de foi sous la forme d’un corps de doctrine, dans lequel les mystères sont formulés d’une manière qui les rend intelligibles et exprimables par des mots 13. La Révélation n’est pas l’expression progressive d’une conscience religieuse, ni le fruit d’une expérience collective de la communauté croyante ; elle est la vérité même de Dieu se communiquant surnaturellement à l’intelligence des hommes pour leur salut 14.

 

10. Je crois que le dépôt de la foi a été achevé avec la mort du dernier Apôtre. Après les Apôtres, l’Église ne reçoit pas une nouvelle Révélation : elle garde, explique, défend et transmet le dépôt reçu 15.

 

11. Je reconnais les preuves externes de la Révélation, en particulier les miracles et les prophéties, comme des signes très certains par lesquels l’origine divine de la religion chrétienne est démontrée de manière adaptée à l’intelligence humaine, en tout temps et en tout lieu. Je reconnais également l’Église elle-même, par son unité, sa sainteté, sa catholicité, sa fécondité et sa stabilité invincible, comme un motif permanent de crédibilité et un témoignage irréfutable de sa mission divine.

 

12. Je professe que la foi est la soumission surnaturelle de l’intelligence, sous la motion de la grâce, à la vérité révélée extérieurement par Dieu. Elle ne repose ni sur l’évidence des choses vues, ni sur le jugement privé, ni sur l’expérience de ce qui est vécu, mais sur l’autorité même de Dieu qui parle et qui, étant la Vérité première, ne peut ni se tromper ni nous tromper. La foi n’est donc ni un sentiment religieux aveugle, ni une émotion de l’âme, ni une conviction intime produite par la conscience personnelle ou collective. Elle est la vertu surnaturelle qui surélève l’intelligence humaine et lui permet de connaître Dieu tel qu’il est, grâce au témoignage que Dieu donne de lui-même, en attendant la vision 16.

 

13. Je rejette par conséquent l’erreur du modernisme, telle qu’elle sévit encore actuellement, qui réduit la foi à une expérience intérieure, à une aspiration sensible, ou à une prise de conscience progressive de la communauté croyante. Une telle conception détruit la notion même de dogme et rend impossible l’obligation de croire, remplaçant la vérité divine par la sincérité subjective et livrant la doctrine aux fluctuations de l’histoire 17.

 

14. Je professe encore que le dépôt de la doctrine révélée par Dieu est renfermé dans ses deux sources que sont la Sainte Écriture et la Tradition 18. Je professe que la Tradition comporte plus d’une vérité révélée par Dieu qui ne se trouve pas dans l’Écriture, et que par conséquent l’Écriture doit être lue et comprise dans la dépendance de la Tradition 19.

 

15. Je professe que la Sainte Écriture, dont les livres ont été écrits intégralement, en toutes leurs parties, sous l’inspiration du Saint-Esprit, est véritablement la parole de Dieu, exempte de toute erreur et confiée à l’interprétation authentique du Magistère de l’Église, selon la norme de la Tradition et selon l’analogie de la foi 20.

 

16. Je rejette donc l’exégèse rationaliste, qui traite les livres saints comme des documents ayant seulement l’homme pour auteur, qui exclut a priori la possibilité du surnaturel, sépare artificiellement le Christ historique de la foi de l’Église, dissout les miracles dans le symbole, ou soumet l’Écriture aux hypothèses changeantes et aux manipulations des méthodes critiques naturalistes. La vraie science biblique doit se mettre au service de l’intelligence de la foi ; il ne lui appartient pas de se faire la règle, l’interprète ou le juge de la parole de Dieu 21.

 

17. Je professe enfin que la Tradition n’est pas une mémoire morte, mais la transmission vivante de la doctrine reçue des Apôtres. Elle demeure vivante par distinction d’avec la Révélation qui est close 22. Elle l’est à la fois dans l’activité du Magistère de l’Église enseignante et dans la profession de foi de l’Église enseignée, dont le "sentire cum Ecclesia" est le résultat produit par l’enseignement du Magistère 23. La Tradition peut se dire "vivante", non pas au sens où elle changerait de signification, mais au sens où le Magistère vivant propose à travers les siècles, d’une manière toujours plus claire et plus explicite, la même vérité selon la même signification 24. Ce qui a été cru par tous, partout et toujours, comme appartenant à la foi, ne peut être nié ni mis en doute par aucune mode théologique, aucune pression pastorale, aucune nécessité diplomatique, aucune prétendue exigence du monde moderne 25.

 

II. Dieu, principe et fin de toutes choses, Trinité sainte

 

18. Je professe l’existence d’un Dieu unique, personnel, vivant et vrai, principe premier et fin dernière de toutes choses, qui au commencement créa à partir de rien le ciel et la terre, les choses visibles et invisibles. Infiniment parfait, éternel et tout-puissant, immuable, incompréhensible dans son essence et souverainement libre dans ses œuvres, il est distinct du monde qu’il a créé librement, qu’il conservedans l’existence et qu’il gouverne par sa Providence 26.

 

19. Je professe que Dieu peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison à partir de ses créatures, comme la cause est connue par ses effets. La foi catholique reconnaît en effet que l’intelligence humaine est capable d’atteindre véritablement la réalité des choses, d’en connaître souvent les causes, et de parvenir à de vraies certitudes 27.

 

20. C’est pourquoi je rejette l’agnosticisme moderne, le scepticisme philosophique, le subjectivisme idéaliste, et toutes les doctrines qui limitent la portée de la connaissance humaine aux phénomènes sensibles ou aux constructions de la conscience, niant par là la possibilité même d’un Magistère ecclésiastique et d’une théologie véritable.

 

21. Je confesse qu’en l’unique nature divine subsistent trois Personnes réellement distinctes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible. Le Père est sans principe ; le Fils est engendré de toute éternité par le Père ; le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils comme d’un seul principe. Mais ces trois Personnes sont une seule et même substance divine : elles sont un seul Éternel et non pas trois Éternels ; un seul Dieu sage, bon, tout-puissant, et non pas trois dieux également sages, bons et tout-puissants ; elles ne font qu’un dans la volonté et la providence divine, et jouissent d’une seule et même gloire 28.

 

22. Je rejette les professions diminuées de la foi trinitaire qui, sous prétexte d’unité religieuse ou de prudence œcuménique, taisent volontairement ce que Dieu a révélé sur lui-même. Il ne suffit pas de dire avec les juifs et les musulmans que Dieu est un ; il ne suffit pas de reconnaître avec les ariens que le Fils est de même nature que le Père ; il ne suffit pas non plus de confesser avec les grecs schismatiques que le Saint-Esprit procède du Père en taisant le Filioque. Ce faux irénisme poursuit une concorde illusoire : en omettant de professer certaines vérités révélées, il substitue la confusion à la clarté et menace l’intégrité de la foi.

 

III. La création de l’homme et l’ordre surnaturel de la grâce

 

23. Je crois que Dieu a créé l’homme à son image, pourvu d’une âme spirituelle et immortelle, capable de connaître la vérité, d’aimer le bien connu par la raison naturelle, et de se tourner librement vers son Créateur. L’homme n’est donc pas le produit nécessaire d’une évolution aveugle, ni le simple résultat de forces matérielles ; il vient de Dieu comme de sa cause créatrice, dépend de Dieu qui le maintient dans l’être, et est ordonné à Dieu comme à sa fin 29.

 

24. Je professe que Dieu n’a pas destiné l’homme à sa seule perfection naturelle, mais l’a appelégratuitement à une fin surnaturelle qui dépasse absolument les forces et les droits de la nature créée : la vision béatifique, par laquelle l’âme verra Dieu face à face et participera à la vie intime de la Très Sainte Trinité. Que l’homme soit appelé à devenir enfant de Dieu, participant de la nature divine et héritier du Ciel, n’est pas l’accomplissement nécessaire de sa nature, mais un pur effet de la libéralité divine 30.

 

25. Je rejette donc toute doctrine qui dissout la distinction entre nature et grâce, qui fait de la vie surnaturelle une exigence de la nature humaine, ou qui présente la grâce comme un simple développement intérieur des capacités naturelles de l’homme. Une telle confusion ruine à la fois la gratuité du surnaturel et la réalité de la nature. Elle finit par réduire la foi à une anthropologie religieuse, et la Rédemption à une révélation de l’homme à lui-même.

 

26. Je professe également que la grâce ne détruit ni ne remplace la nature : elle la guérit, l’élève et la perfectionne tout en la conservant. L’ordre surnaturel ne remet en cause ni la raison, ni la loi naturelle, ni les créatures ; il les guérit et les subordonne à une fin plus haute 31. C’est pourquoi l’opposition moderne entre la liberté humaine et la grâce, entre la dignité de la personne et la dépendance envers Dieu, entre la culture et la foi, est radicalement fausse.

 

27. Je rejette le faux humanisme religieux qui célèbre l’homme en lui-même, comme si l’Incarnation avait révélé d’abord et seulement l’image de Dieu dans la création de l’homme, plutôt que la misère du péché et la miséricorde de Dieu s’abaissant vers le pécheur. L’homme n’est vraiment grand que lorsqu’il reçoit humblement la grâce qui le guérit et l’élève, fait pénitence pour ses péchés, se soumet à la vérité et vit en enfant de Dieu. En se séparant de Dieu, il ne s’exalte pas : il se perd.

 

28. Je professe que la dignité humaine, dans laquelle Dieu a établi sa créature au sommet du monde matériel, ne peut jamais être invoquée contre la loi de Dieu, contre la nécessité de la conversion, ou contre la soumission à la vérité révélée. Cette dignité est blessée par le péché : elle doit être restaurée et surélevée à la dignité des fils adoptifs de Dieu, par la grâce 32.

 

IV. Le péché originel et la condition de l’homme

 

29. Je crois que nos premiers parents furent établis par Dieu dans un état de justice et de sainteté originelles, et dotés des dons d’intégrité, d’impassibilité et d’immortalité. Par une faveur particulière de Dieu, ils possédaient non seulement l’intégrité de leur propre nature, mais encore les dons surnaturels qui les ordonnaient à la vie même de Dieu 33. Adam, chef et principe de l’humanité, reçut en outre le don de science.

 

30. Je professe que, par sa désobéissance, Adam a réellement commis le péché originel, qui se transmet à tous les hommes par génération. Ce péché est pour tous un péché de nature, qui les condamne à la mort, à la souffrance, à l’ignorance et à la concupiscence. Ayant été dépouillés de la grâce sanctifiante et des dons préternaturels, qu’ils ne peuvent plus transmettre à leur descendance, Adam et Ève ont été chassés du paradis terrestre 34.

 

31. En Adam, la nature de l’homme n’a cependant pas été détruite, mais seulement blessée : son intelligence, quoiqu’obscurcie, demeure capable de connaître la vérité 35 ; son libre arbitre, quoiqu’affaibli, demeure capable de vouloir et d’aimer le bien naturel 36. C’est pourquoi je rejette toutes les doctrines qui, dans un pessimisme désespéré, jugent l’homme irrémédiablement corrompu et incapable de tout bien.

 

32. Toutefois, je rejette pareillement toutes les doctrines qui, dans un optimisme insensé, minimisent le péché originel, exaltent naïvement la bonté native de l’homme, ou prétendent fonder la paix universelle sur le seul progrès moral, technique, politique ou culturel de l’humanité. Les tragédies de l’histoire, les désordres des sociétés et les ténèbres du cœur humain s’expliquent fondamentalement, d’abord et avant tout, par la blessure profonde du péché.

 

33. Je professe que l’homme a besoin d’être sauvé par une rédemption qui le délivre à la fois de ce péché originel et de l’ensemble de ses péchés personnels 37. Cette rédemption – ou ce rachat – nécessite le don de la grâce de Dieu dans le Christ : sans elle, l’homme ne peut pas se sauver lui-même par ses œuvres naturelles, sa culture, sa science ou sa sincérité religieuse 38. Sans la grâce sanctifiante du Christ, il demeure incapable d’atteindre sa fin surnaturelle 39.

 

34. Je rejette donc le naturalisme moderne, qu’il soit théorique (en philosophie ou en théologie) ou pratique (en morale, en politique ou en pastorale). Toute doctrine qui parle de fraternité, de paix, de dignité ou de progrès, sans reconnaître le péché, la Croix ni la nécessité de la grâce, bâtit sur un fondement illusoire et finit par tromper les âmes qu’elle prétend servir.

 

35. Je professe en même temps que la gravité du péché ne doit jamais conduire au désespoir, car Dieu, dans sa miséricorde, n’a pas abandonné l’homme après sa chute, mais dès les origines, lui a promis un Sauveur né de la Femme, dont il a préparé progressivement l’avènement à travers l’histoire du salut.

 

36. En tout cela, je professe que les faits rapportés par le livre de la Genèse touchant les fondements de la religion catholique sont à prendre au sens littéral historique : par exemple, la création de toutes choses faite par Dieu au commencement du temps ; la création particulière de l’homme ; la formation de la première femme à partir du premier homme ; l’unité du genre humain ; le bonheur originel des premiers parents dans l’état de justice d’intégrité et d’immortalité ; le commandement donné par Dieu à l’homme pour éprouver son obéissance ; la transgression du précepte divin, à l'instigation du diable sous la forme du serpent ; la déchéance des premiers parents de cet état primitif d'innocence ; ainsi que la promesse du Rédempteur à venir 40.

V. Jésus-Christ, Verbe incarné, unique Médiateur et Rédempteur

 

37. Je crois et professe que Notre Seigneur Jésus-Christ est le Verbe éternel de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, consubstantiel au Père selon la divinité et de même nature que nous selon l’humanité, semblable à nous hormis le péché 41. Il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, l’unique Sauveur du genre humain, l’unique Roi des âmes et des sociétés, promis par Dieu dans sa miséricorde à nos premiers parents et annoncé par les prophètes 42.

 

38. Je professe que lorsque vint la plénitude des temps, le Fils de Dieu s’est incarné, non pour confirmer l’homme dans sa dignité humaine ou pour lui révéler l’image de Dieu en lui-même, mais pour le sauver du péché et lui redonner accès à la vie éternelle. Né de la Vierge Marie, sans cesser d’être Dieu il a pris une nature humaine véritable, a vécu parmi nous, a enseigné la vérité, a accompli les prophéties, a manifesté sa divinité par ses miracles, puis s’est offert librement sur la Croix en sacrifice propitiatoire pour les péchés du monde 43.

 

39. Je professe que la Rédemption est une satisfaction véritable offerte à la justice divine, en réparation pour le péché d’origine et les péchés personnels. Le Christ, Prêtre et Victime dans son humanité sainte, nous a rachetés par son Sang. En portant nos péchés et en subissant la peine qui nous était due, il a offert à son Père un acte parfait d’obéissance, acte d’amour et de réparation, auquel la dignité de sa Personne divine conférait une valeur méritoire infinie 44.

 

40. Je rejette donc toute doctrine qui réduirait la Rédemption à une simple manifestation de l’amour de Dieu, à une solidarité du Christ avec les souffrances humaines, à une révélation de la dignité de l’homme, ou à une libération purement morale, politique ou sociale. La Croix n’est pas seulement un signe : elle est l’autel du sacrifice rédempteur. Le Christ n’a pas seulement annoncé le salut : il l’a mérité par son sacrifice. Sa passion volontaire et sa mort sur la Croix constituent l’unique sacrifice rédempteur par lequel l’humanité est réconciliée avec Dieu.

 

41. Je professe que le troisième jour il est ressuscité glorieux d’entre les morts, et que cette résurrection est proprement un fait historique. Elle est le signe le plus éclatant de sa victoire définitive sur le péché, la mort et l’enfer. Elle constitue le fondement de l’espérance chrétienne et le gage de notre propre résurrection. Elle représente aussi le principal motif de crédibilité de la divinité de Jésus-Christ 45.

 

42. Je crois que quarante jours plus tard il est monté aux cieux, qu’il siège désormais à la droite de son Père, qu’il gouverne invisiblement son Église par l’intermédiaire de son Vicaire, et qu’il intercède pour nous constamment, en attendant de revenir dans la gloire à la fin des temps, pour juger les vivants et les morts 46.

 

43. Je professe également que si le Christ est mort pour tous, tous ne sont pas sauvés par le fait même. Les mérites de la Passion doivent être appliqués aux âmes, ce qui a lieu ordinairement lorsque celles-ci reçoivent avec les dispositions requises les sacrements qui leur communiquent la grâce sanctifiante. Celui qui refuse les sacrements, les reçoit indignement, ou qui demeure volontairement dans le péché se ferme au salut que le Christ lui a acquis 47.

 

44. Je rejette donc le faux optimisme d’une rédemption universelle déjà réalisée en tout homme, indépendamment de sa conversion et de sa persévérance. Une telle doctrine détruit l’urgence de la prédication, affaiblit le zèle missionnaire, rend inutile la pénitence et contredit les paroles mêmes du Sauveur : "Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné."

 

45. Je professe enfin que Jésus-Christ est non seulement le Rédempteur des individus, mais le centre de toute l’histoire et le Roi de toute la Création. Tout a été créé par lui et pour lui ; tout doit être restauré en lui. Aucune culture, aucune société, aucune loi, aucune sagesse humaine ne trouve sa vraie perfection, complète et achevée, en dehors de son règne 48.

 

VI. La très sainte Vierge Marie dans l’économie du salut

 

46. Je crois que la très sainte Vierge Marie occupe dans l’histoire du salut une place unique voulue par Dieu de toute éternité, et que sa condition n’est donc pas la condition commune des autres créatures. Celui qui avait résolu de donner son Fils aux hommes avait aussi résolu de lui donner une Mère 49.

 

47. Je professe que la Bienheureuse Vierge Marie, par un privilège singulier, fut immaculée dès le premier instant de sa conception, afin d’être la digne Mère de Jésus-Christ : préservée du péché originel par prévision des mérites du Christ et ainsi rachetée d’une manière plus sublime, comblée de grâce dès le premier instant de son existence, Marie s’est toujours montrée parfaitement fidèle à la volonté de Dieu 50.

 

48. Je crois qu’elle demeura toujours vierge, avant, pendant et après l’enfantement ; sa virginité perpétuelle manifeste l’origine divine de son Fils et sa consécration totale à l’œuvre de Dieu 51.

 

49. Je professe que, véritablement Mère de Dieu et Mère des hommes, elle a été associée d’une manière unique et incomparable à l’œuvre rédemptrice de son divin Fils : nouvelle Ève auprès du nouvel Adam son "Fiat" a ouvert la voie à l’Incarnation ; sa fidélité silencieuse a accompagné toute la vie du Sauveur ; sa Compassion douloureuse au pied de la Croix l’a unie d’un seul cœur au sacrifice rédempteur 52.

 

50. Je professe qu’ainsi unie à son divin Fils, elle a mérité par convenance dans sa Compassion ce que le Christ a mérité par justice stricte dans sa Passion ; non comme cause principale de la Rédemption, mais comme associée subordonnée, dépendante et toute relative à son Fils, dans un seul et même acte du rachat de nos âmes. C’est en ce sens que la piété catholique, appuyée sur l’enseignement traditionnel des papes et des théologiens, l’appelle à juste titre, en raison de cette Compassion, "Corédemptrice", et par conséquent "Médiatrice universelle"53.

 

51. Je rejette par conséquent avec indignation la tendance moderne à diminuer les privilèges de la très sainte Vierge sous prétexte de prudence œcuménique, de dialogue avec les fausses religions, ou par crainte fallacieuse d’obscurcir l’unique médiation rédemptrice de Jésus-Christ. Affaiblir la doctrine mariale, ce n’est pas mieux honorer le Christ : c’est méconnaître l’ordre voulu par Dieu, qui a voulu venir à nous par Marie et nous conduire à lui par elle.

 

52. Je crois qu’au terme de sa vie terrestre, elle fut élevée corps et âme à la gloire céleste, où elle règne auprès du trône de Dieu, aux côtés de la sainte humanité de son divin Fils, sur les anges et sur les hommes, exerçant son rôle maternel de Dispensatrice de toutes les grâces 54.

 

53. Je professe enfin que le culte authentique et spécial rendu à sa Mère ne diminue en rien le culte dû à Dieu ; il l’accroît au contraire, parce qu’il reconnaît les merveilles de la grâce divine dans la créature la plus parfaite, et conduit les âmes plus sûrement à Jésus-Christ 55. La vraie restauration catholique ne peut être séparée de l’honneur rendu à celle qui écrase la tête du serpent.

 

VII. L’Église catholique, Corps mystique du Christ et unique arche du salut

 

54. Je crois fermement que, pour perpétuer et prolonger l’œuvre de la Rédemption jusqu’à la fin des siècles, Notre Seigneur Jésus-Christ a fondé une seule Église, visible, hiérarchique, indéfectible et nécessaire au salut. Cette Église, acquise par le Sang du Christ, confiée à Pierre et à ses successeurs, les Pontifes romains, n’est autre que l’Église catholique romaine 56.

 

55. Je professe que l’Église est une, sainte, catholique et apostolique. Elle est une par sa foi, son culte, son gouvernement et sa fin. Elle est sainte par son Fondateur, par sa doctrine, par ses sacrements et par les saints qu’elle ne cesse d’enfanter. Elle est catholique parce que, envoyée à tous les peuples et établie dans tout l’univers, elle est partout apte à procurer le salut aux hommes de toutes les conditions. Elle est apostolique parce qu’elle demeure fondée sur les Apôtres, conserve leur doctrine et poursuit leur mission, gouvernée par leurs successeurs 57.

 

56. Je professe que l’Église est identiquement société visible et Corps mystique du Christ. Le Christ en est la Tête ; les fidèles en sont les membres ; la vie surnaturelle acquise sur la Croix se communique en elle par les sacrements reçus dans la foi, et s’épanouit dans la charité 58.

 

57. Je professe que l’Église est l’Épouse immaculée du Christ. Le Christ l’a aimée jusqu’à se livrer pour elle, afin de la sanctifier et de se la présenter sans tache ni ride. Si ses membres peuvent pécher, ellemême, dans sa doctrine, ses sacrements, sa constitution divine et sa fin, demeure la gardienne fidèle et pure du dépôt révélé, et la dispensatrice des mystères de Dieu. Les fautes des hommes d’Église ne peuvent pas être imputées à l’Église en tant que telle ; elles viennent de ce que ces hommes n’ont pas vécu selon ses lois saintes. Aussi je rejette les accusations injustes et blasphématoires portées contre l’Église au nom des péchés de ses enfants, ainsi que les repentances qui semblent faire porter à l’Épouse du Christ les fautes de ceux qui l’ont trahie 59.

 

58. Je professe que l’Église est Mère des âmes. Elle les engendre à la vie divine par le baptême, les nourrit par l’Eucharistie, les relève par la pénitence, les fortifie par la confirmation, sanctifie les familles par le mariage, consacre les prêtres par l’ordre et assiste les mourants par l’extrême-onction. Sa maternité est surnaturelle et salvifique : elle donne aux hommes le pain de la saine doctrine, la grâce et les moyens de la vie éternelle 60.

 

59. Je professe que Dieu a voulu faire de l’Église le moyen nécessaire du salut ; de même qu’il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes que celui de Jésus-Christ, par lequel nous devions être  sauvés, de même il n’y a aucun salut surnaturel indépendamment de l’Église catholique. Car tout salut vient de Jésus-Christ ; et toute grâce salutaire, soit est donnée dans et par l’unique Église qu’il a fondée, soit ordonne celui qui la reçoit à cette même Église 61.

 

60. Cette vérité signifie que nul ne peut être sauvé sans le Christ et son Église, par une fausse religion en tant que telle, ni assuré de son salut en dehors de la structure visible de l’Église. Si des hommes sont sauvés sans appartenir à la société visible qu’est l’Église, Corps mystique du Christ, ils le sont par une ordination surnaturelle à l’unique Église du salut, et malgré les erreurs des fausses religions où ils se trouvent, dont ils se délivrent en ne refusant pas la grâce qui leur est offerte, et en y correspondant 62.

 

61. Je rejette donc le faux œcuménisme, reposant sur cette idée que le Saint-Esprit ne refuserait pas de se servir des communautés séparées comme de moyens de salut, comme si l’Église du Christ y était présente et agissante, ou comme si ces communautés possédaient en elles-mêmes une valeur salvifique, dont la vertu dériverait de la plénitude de grâce et de vérité confiée à l’Église catholique. Si quelque homme accède à la vérité révélée ou reçoit une grâce de sanctification en dehors des limites visibles de l’Église catholique, cette vérité et cette grâce appartiennent de droit à cette même Église, appellent sans équivoque à l’unité catholique, et le Saint-Esprit ne les donne pas en se servant comme de moyens de salut des communautés séparées en tant que telles, dont on ne saurait trop détourner les âmes 63.

 

62. Je rejette également l’idée selon laquelle les religions non chrétiennes reflèteraient un rayon de la vérité qui illumine tout homme, ou seraient des voies légitimes par lesquelles Dieu conduirait positivement les hommes au salut. Quelques fragments de vérité naturelle, ou des vestiges déformés de vérités anciennes, peuvent bien se rencontrer chez les adeptes de ces fausses religions ; mais celles-ci prises comme telles, et en tant qu’elles mêlent l’erreur à leur culte, sont l’œuvre du démon et ne peuvent être agréées par Dieu. Le Saint-Esprit ne se sert pas d’elles comme de voies de salut, et il ne se trouve en elles aucune vertu propre de l’unique Église du Christ, seule lumière qui éclaire tout homme dans les ténèbres 64.

 

63. Je rejette encore l’idée d’un « christianisme anonyme », selon laquelle tout homme qui mène une vie naturellement honnête, qu’il soit « croyant », athée ou agnostique, serait orienté vers le Christ et donc sauvé par lui, parce que « chrétien » sans le savoir 65.

 

64. Je professe enfin que l’ancienne Alliance a été accomplie, dépassée et rendue caduque par la Nouvelle Alliance, qui est l’accomplissement de la promesse faite à Abraham, dans le Christ et dans son Église. Les figures de l’ancienne Loi ont trouvé leur réalisation et leur cessation dans le sacrifice du véritable Agneau, Médiateur de la Nouvelle Alliance et Prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. De par la volonté éternelle de Dieu, la véritable descendance d’Abraham est le Christ, avec ceux qui lui appartiennent dans son Corps mystique qui est l’Église 66.

 

65. Je réprouve donc la nouvelle ecclésiologie, qui détruit l’élan missionnaire en relativisant l’unicité de  l’Église, seule arche du salut.

       

66. Je rejette également l’inculturation comprise comme l’adoption sans discernement des catégories religieuses, morales ou symboliques des cultures païennes et de leurs pratiques. L’Évangile peut assumer ce qui est naturellement bon, vrai et noble dans les peuples ; il ne peut jamais consacrer l’idolâtrie, la superstition, l’erreur ou les mœurs contraires à la loi naturelle. La mission de l’Église n’est pas un dialogue indéfini, une coopération humanitaire ou une reconnaissance mutuelle des traditions religieuses : elle est l’ordre reçu du Christ d’enseigner toutes les nations, de les baptiser et de leur apprendre à garder tout ce qu’il a commandé 67.

 

VIII. Le Saint-Esprit, sanctificateur des âmes et âme de l’Église

 

67. Je professe que le Saint-Esprit, troisième Personne de la Très Sainte Trinité, vrai Dieu avec le Père et le Fils, a parlé par les prophètes, inspiré les Écritures, sanctifié les justes, formé l’humanité du Verbe incarné dans le sein virginal de Marie, et a été envoyé visiblement à la Pentecôte pour manifester l’Église et la vivifier jusqu’à la consommation des siècles 68.

 

68. Je crois que, envoyé par le Père et le Fils, il demeure dans l’Église jusqu’à la fin des siècles, conformément à la promesse de Notre-Seigneur. Il est l’âme incréée de l’Église, non comme une forme substantielle qui abolirait la distinction entre le Christ et ses membres, mais comme le principe invisible et la cause efficiente de sa vie surnaturelle, de son unité de profession de foi et de culte, de la sainteté de son gouvernement et de son Magistère, et de sa fécondité en ses œuvres 69. 69. Je professe que toute la vie de l’Église dépend de son action. C’est lui qui assiste le Magistère ecclésiastique, spécialement celui du Pape, pour qu’il conserve, déclare et explique sans erreur le dépôt révélé : non pour qu’il invente de nouvelles doctrines, mais pour qu’il pénètre plus profondément, dans le même sens et la même signification, la vérité déjà révélée par Dieu aux Apôtres 70.

 

70. Je crois que c’est lui qui communique aux âmes, dans les sacrements, la grâce acquise par le Sauveur, habite en elles par cette grâce et les rend conformes au Christ ; lui qui éclaire les intelligences par sa sagesse, soutient les volontés par sa force, répand sa charité dans les cœurs ; lui qui suscite les bonnes œuvres, inspire la charité fraternelle et conduit les âmes vers leur perfection 71.

 

71. C’est lui qui a soutenu les martyrs, éclairé les docteurs, suscité les missionnaires, nourri la vie contemplative, fécondé les ordres religieux et fait fleurir la sainteté dans tous les états de vie. Les grandes œuvres de la civilisation chrétienne, fruits de la culture catholique, témoignent elles-mêmes de cette présence discrète mais féconde de l’Esprit de Dieu dans l’Église à travers les siècles.

 

72. Je réprouve donc toute prétention à invoquer le Saint-Esprit pour justifier des adaptations doctrinales en rupture avec la Tradition, des renversements moraux, ou des procédés synodaux par lesquels on met en discussion ce que l’Église a reçu de Dieu. L’Esprit de vérité ne peut inspirer aujourd’hui le contraire de ce qu’il a inspiré hier. Il n’invite pas l’Église à écouter le monde pour en recevoir les aspirations ; il la pousse au contraire à enseigner le monde, à le convertir et à le sanctifier. Son œuvre n’est ni de susciter des inspirations anarchiques, ni d’encourager la créativité doctrinale, ni de faire reposer la vie spirituelle sur la recherche de phénomènes charismatiques extraordinaires ; elle consiste à guider les âmes en éclairant leur foi et à les défendre contre leurs ennemis spirituels, pour achever en elles l’œuvre de leur salut et les conduire dans la lumière de l’éternité.

 

IX. Le Pontife romain, l’épiscopat et la constitution hiérarchique de l’Église

 

73. Je reconnais dans le Pontife romain le successeur de saint Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ, le Pasteur suprême et universel, chef visible de toute l’Église, possédant, par institution divine, un pouvoir de vraie et propre juridiction suprême, plénier, immédiat et universel, sur tous les pasteurs et sur tous les fidèles baptisés dans l’Église 72.

 

74. Je crois que cette autorité ne lui vient pas d’une délégation de la communauté, mais directement du Christ lui-même, qui a institué cette charge pour la garde de la doctrine de la foi, la sanctification des âmes et le gouvernement de l’Église 73.

 

75. Je reconnais qu’en raison de ce pouvoir propre et véritable, pasteurs et fidèles lui doivent respect et obéissance filiale dans tout ce qui relève de l’exercice légitime de sa charge. Ainsi, l’unité de communion avec le Pontife romain et l’unité de profession de la même foi étant sauvegardées, l’Église du Christ constitue un seul troupeau sous un seul pasteur suprême 74.

 

76. Je reconnais également que les évêques sont les successeurs des Apôtres, ce qui fait d’eux de véritables pasteurs de droit divin, possédant dans l’Église, de par la volonté du Christ, une juridiction particulière et subordonnée, qu’ils reçoivent immédiatement du Pontife romain 75. Unis à ce dernier dans la soumission à son autorité suprême, ils exercent légitimement leur propre autorité dans leurs diocèses respectifs, comme établis par le Saint-Esprit dans l’ordre hiérarchique voulu par le Christ 76.

 

77. Je reconnais encore que le corps des évêques, uni à son chef le Pontife romain et jamais sans ce chef, peut être le sujet extraordinaire et non permanent d’un pouvoir plénier et suprême sur l’Église universelle, mais que cela a lieu seulement dans l’acte d’un concile œcuménique, sur l’initiative et l’ordre du seul Souverain pontife, et dans les limites de sa volonté exclusive 77.

 

78. Je rejette en conséquence les conceptions collégialistes qui feraient du collège des évêques une personne morale permanente dans l’Église, ou un deuxième sujet du pouvoir suprême, distinct du successeur de Pierre. La constitution monarchique de l’Église est d’institution divine et intangible, et il en sera ainsi jusqu’à la fin des siècles, car nul ne peut redéfinir la fonction que le Christ lui-même a conférée à Pierre dans son Église 78.

 

79. Je rejette pareillement les conceptions synodales qui tendent à transformer l’Église hiérarchique en une structure consultative, parlementaire ou démocratique, soumise aux opinions fluctuantes du peuple chrétien ou aux pressions du monde. La conscience collective des fidèles, les enquêtes pastorales, les sensibilités culturelles et les attentes du monde ne sont pas des sources de la Révélation.

L’écoute légitime des âmes ne peut jamais devenir une adaptation continuelle de la vie de l’Église, de sa doctrine et de sa constitution divine à l’esprit du monde, sous prétexte d’interpréter le "sensus fidei" du peuple de Dieu 79.

 

X. Le Magistère, gardien du dépôt révélé

 

80. Je crois que le Pontife romain jouit de l’infaillibilité lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, accomplissant sa charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine concernant la foi ou les mœurs doit être tenue par l’Église universelle 80.

 

81. Je professe en outre que le pouvoir de Magistère dans l’Église est essentiellement ordonné à la garde du dépôt révélé et, par le moyen de celle-ci, au salut des âmes. Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils manifestent une doctrine nouvelle, mais pour qu’ils gardent saintement et exposent fidèlement le dépôt transmis par les Apôtres 81.

 

82. C’est pourquoi le magistère présent ne peut contredire substantiellement le magistère antérieur. Le magistère vivant n’est pas la prédication actuelle opposée à la prédication passée ; il est la prédication continuelle et ininterrompue de la même signification de la même vérité de foi à travers les siècles. Le pape et les évêques ne sont pas les maîtres de la Révélation ; ils en sont les gardiens et lui sont soumis comme le disciple l’est au maître. Ils ne peuvent ni changer la foi, ni modifier la constitution divine de l’Église, ni déclarer bon ce qui est contraire à la loi de Dieu 82.

 

83. Je rejette donc toute conception évolutive du dogme selon laquelle les vérités révélées changeraient de signification au cours de l’histoire. Il peut y avoir au sein de l’Église un progrès homogène dans l’intelligence, qui perçoit mieux, de façon plus distincte et plus explicite, le sens de la vérité révélée ; mais jamais une mutation du sens de cette vérité. Ce qui a déjà été enseigné par le Magistère vivant de l’Église enseignante, et cru dans la profession de foi de l’Église enseignée, ne peut devenir faux ; ce qui a été condamné comme contraire à la foi ne peut devenir légitime ; ce qui appartient à la constitution divine de l’Église ne peut être remodelé selon les catégories du monde moderne ou le contexte historicoculturel 83.

 

84. Je rejette donc la notion d’un nouveau magistère, qui prétendrait s’autoriser du temps présent pour imposer des doctrines opposées ou étrangères à la Tradition constante. Je rejette également l’opposition artificielle entre le Magistère d’hier et celui d’aujourd’hui, comme si le seul Magistère vivant de l’Épouse du Christ était celui du temps présent et pouvait, sous prétexte de mieux l’adapter, renier ce que l’Église a toujours enseigné, cru et condamné depuis l’époque des Apôtres.

 

85. Je tiens que, demeurant sauve la légitime liberté de recherche et d’opinion des théologiens relativement aux questions doctrinales ouvertes ou disputées, le Magistère de l’Église a le devoir légitime d’exercer un contrôle et, le cas échéant, une censure sur les publications, pour éviter que celles-ci ne mettent en danger la foi des fidèles. Je rejette donc l’accusation portée contre la sainte Église d’avoir manqué de charité, en anathématisant les hérésies et en excommuniant les hérétiques 84.

 

86. Je rejette aussi le dialogue perpétuel instauré dans l’esprit du dernier Concile, par lequel la hiérarchie renonce à exercer un véritable Magistère, et prétend tantôt recevoir son inspiration du "sens de la foi" du peuple des croyants, tantôt discuter d’égal à égal avec les adeptes des fausses religions, ou même avec les incroyants.

 

87. Je rejette enfin la conception subjectiviste du pluralisme théologique, qui découle d’une telle démission de la fonction magistérielle. Je tiens que l’Église n’est pas une assemblée en recherche permanente, mais qu’elle est la gardienne d’une vérité révélée par Dieu et transmise par les Apôtres, et que son Magistère authentique, assurant au cours de tous les siècles la transmission ininterrompue du dépôt révélé, est la règle prochaine et universelle de la vérité en matière de foi et de mœurs.

 

XI. L’ordre moral et la loi de Dieu

 

88. Je professe qu’il existe un ordre moral réellement fondé dans la sagesse éternelle de Dieu. Les actes humains sont bons ou mauvais selon leur conformité ou leur opposition à la loi divine, sainte et indéfectible. Les opinions individuelles, le consensus social, les intentions subjectives, les circonstances historiques, ne peuvent pas changer la valeur intangible de ces principes de la morale chrétienne 85.

 

89. De l’immense bonté par laquelle Dieu a élevé l’homme à l’ordre surnaturel, il s’ensuit que l’homme n’a qu’une fin ultime, surnaturelle, à laquelle il reste ordonné selon le dessein de Dieu, même après le péché. Cette fin surnaturelle assume, élève et perfectionne la fin de l’ordre naturel de l’homme 86.

 

90. La loi naturelle, inscrite par Dieu dans la nature de l’homme, reste connaissable par la droite raison et oblige tous les hommes. La loi positive révélée, d’ordre surnaturel, la confirme, l’élève et la précise en la dépassant. Il n’y a donc aucune opposition entre la loi de l’Évangile et la loi naturelle ; bien plus, la même grâce donne à l’homme la force d’être surnaturellement fidèle à leurs exigences respectives, et de jouir ainsi de cette liberté des enfants de Dieu par laquelle, délivré du pouvoir du péché, il peut tendre vers sa fin ultime 87.

 

91. Je rejette donc la morale de situation, selon laquelle les circonstances concrètes pourraient rendre bonnes des actions intrinsèquement mauvaises. En particulier je tiens qu’aucune circonstance ne pourra jamais légitimer le recours à la contraception, à l’avortement et à l’euthanasie. Je rejette toute doctrine qui prétendrait qu’une conduite objectivement contraire aux commandements de Dieu pourrait constituer, pour certains, la réponse généreuse actuellement demandée par Dieu. Dieu ne commande jamais le péché ni ce qui est impossible ; il ne bénit jamais le désordre moral et ne justifie jamais ce qui contredit sa propre loi ; mais à celui qui fait son possible, il ne refuse jamais sa grâce pour garder ses commandements 88.

 

92. Je professe que les unions adultères, les unions contre nature et toutes les situations publiques contraires à la loi divine ne peuvent être présentées comme des biens imparfaits, des dons de Dieu, des  étapes positives ou des réalités susceptibles d’être bénies en tant que telles. Une telle présentation trompeuse altère gravement les principes de la morale chrétienne, et porte atteinte à l’institution sacrée du mariage et au bien des familles 89.

 

93. Je rejette donc comme contraire à la foi et à la discipline constantes de l’Église la prétention d’admettre aux sacrements, et tout spécialement à la réception de la très sainte Eucharistie, ceux qui persistent publiquement dans de tels états sans renoncer à leur désordre. La vraie miséricorde appelle le pécheur à la conversion ; elle ne ratifie pas le péché sous prétexte d’accompagnement pastoral ou de discernement des situations particulières.

 

94. Je rejette pareillement la dissociation moderne entre doctrine et pastorale. Une pastorale qui contredit la doctrine n’est pas pastorale ; elle égare les âmes. La charité ne consiste pas à taire la vérité pour éviter la souffrance, mais à dire la vérité avec bienveillance pour conduire au salut. La médecine de l’Église ne peut guérir qu’en nommant le mal, en appelant à la pénitence et en offrant les remèdes de la grâce 90.

 

95. Je professe enfin que Dieu est non seulement l’auteur et la fin de l’ordre moral, mais aussi son gardien, son juge et le souverain rémunérateur du bien et du mal. L’oubli du jugement divin engendre une fausse miséricorde, sentimentale et impuissante, qui ne sauve personne parce qu’elle ne convertit personne.

 

XII. La royauté sociale du Christ et la civilisation chrétienne

 

96. Je professe que la Très Sainte Trinité peut et doit être reconnue et adorée non seulement par chaque homme en particulier, mais aussi par les familles, les institutions et les sociétés civiles. Aucune autorité humaine n’est indépendante de Dieu, car toute autorité vient de lui et doit s’exercer selon la loi éternelle 91.

 

97. Je professe que les sociétés civiles, comme les personnes, ont le devoir de reconnaître et d’honorer ce seul et unique vrai Dieu, qu’est Jésus-Christ, Verbe incarné, deuxième Personne de la Sainte Trinité, et de lui rendre le culte qui lui est dû, dans la vraie religion révélée et instituée par Lui 92.

 

98. Je professe que les autorités qui gouvernent ces sociétés doivent en procurer le bien commun en se conformant à la double loi divine, naturelle et révélée. L’usage de la liberté ne consiste pas à donner libre cours à tous les caprices de la concupiscence, mais à choisir la meilleure manière d’user des biens de ce monde en vue du salut éternel 93.

 

99. Je rejette ainsi le laïcisme moderne, qui prétend constituer la société comme si Dieu n’existait pas. Le refus public de reconnaître Dieu comme souverain Seigneur n’est pas une neutralité, mais une injustice sociale envers le Créateur et une cause profonde de désordre dans les peuples. En effet, une société qui refuse à Dieu l’honneur qui lui est dû détruit progressivement les fondements de sa propre justice : elle coupe la loi humaine de sa source éternelle et livre les peuples aux volontés changeantes de l’homme déchu 94.

 

100. Je professe que Notre Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il est le Verbe incarné et parce qu’il a racheté les hommes par son Sang, est Roi non seulement des individus, mais aussi des familles, des institutions, des peuples et des nations. Toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre : son règne ne se limite pas au for intérieur des consciences ou à la sphère privée ; il doit s’étendre au for externe, aux lois, aux mœurs, à l’éducation, à la culture et à la vie publique. Son Royaume est éternel et universel : royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix 95.

 

101. Je professe que la société civile, quoique parfaite en son ordre, ne possède pas tous les moyens nécessaires pour conduire l’homme à sa vraie perfection, laquelle demeure inaccessible à la nature humaine déchue sans le secours de la grâce guérissante et élevante 96.

 

102. C’est pourquoi je professe que ceux qui gouvernent la société doivent se soumettre à l’influence salutaire de l’Église, qui éclaire les intelligences par son Magistère, guérit et fortifie les volontés par la grâce des sacrements, et oriente l’homme vers sa vraie destinée surnaturelle, dont elle a la garde. Le bien de la société exige en conséquence que les chefs d’État reconnaissent leur droit et leur devoir de favoriser et de protéger la sainte Église, ainsi que de s’opposer par les lois de leur gouvernement à tout ce qui ferait obstacle à son influence nécessaire, qui est celle de l’unique vraie religion 97.

 

103. Je rejette donc le libéralisme politique et religieux : non seulement celui qui revendique pour l’erreur les mêmes droits que pour la vérité, et pour les faux cultes la même reconnaissance officielle et publique que pour le vrai ; mais aussi celui qui, au nom de la dignité humaine et d’une fausse liberté religieuse, attribue à chacun le droit d’agir publiquement selon sa conscience sans en être empêché par l’autorité civile, même lorsque cette conscience est erronée et s’oppose au bien commun ou à la vraie religion 98.

 

104. J’admets que l’erreur peut être en certains cas tolérée pour éviter de plus grands maux, ou pour préserver le bien plus grand de la paix civile, mais je professe qu’elle ne possède pas en elle-même un droit moral à être défendue ou encouragée au même titre que la vérité, ni même à n’être jamais entravée au nom d’une fausse liberté de conscience 99.

 

105. Je tiens également que, si l’homme possède une dignité ontologique qui l’élève au-dessus des êtres matériels, la dignité humaine à respecter n’est pas indifférente au vrai et au faux que professent les personnes, ni au bien et au mal qu’elles accomplissent : celui qui professe le faux ou accomplit le mal déchoit de sa dignité morale. C’est pourquoi, lorsque l’autorité légitime, pour défendre le bien commun contre des désordres graves, sanctionne les crimes selon les exigences de la justice, par des peines proportionnées, elle ne porte nullement atteinte à la dignité humaine 100.

 

 

106. Je rejette aussi cette forme moderne de personnalisme qui voudrait assigner pour mission à l’Église la sauvegarde de la dignité de la personne humaine, et l’instauration d’une fraternité universelle sur le fondement de cette dignité prétendument commune au genre humain – sans établir de distinction entre, d’une part, la vraie dignité du chrétien qui renonce au péché pour vivre selon la morale évangélique dans l’Église catholique, et d’autre part, la fausse dignité de ceux qui, égarés dans l’erreur et le vice, refusent la voie du salut 101.

 

107. Je réprouve la falsification qui en découle et qui tend à faire de l’Église, sinon la servante, du moins la collaboratrice du monde dans la réalisation de son idéal propre : celui d’une paix purement terrestre et temporelle, fondée sur un perfectionnement naturaliste de l’humanité, sans perspective surnaturelle. Cet idéal favorise l’indépendance de l’homme à l’égard de Dieu, de sa loi, de la vérité et du bien ; implique le mépris de la royauté sociale du Christ et de la Chrétienté ; et conduit finalement à l’athéisme et à la substitution de l’homme à Dieu 102.

 

108. Je rejette également le préjugé moderne qui présente la civilisation chrétienne comme oppressive, obscurantiste ou ennemie de la dignité humaine. Loin de détruire ce qu’il y a de bon dans les différentes cultures, l’ordre chrétien l’assume et le purifie. C’est ainsi que, à partir de la doctrine révélée et par le rayonnement de la théologie catholique, spécialement celle de saint Thomas d’Aquin, Docteur commun de l’Église, s’est constituée, sous la vigilance du Magistère, une véritable culture chrétienne de portée universelle, intégrant les meilleurs éléments des cultures grecque et latine. Fruit authentique de l’Évangile, elle a contribué à éduquer les peuples et à les faire croître dans la foi et les vertus chrétiennes.

Même si elle ne fut jamais parfaite, les hommes demeurant toujours pécheurs, cette civilisation fut néanmoins dans l’histoire la plus haute réalisation de l’ordre social chrétien 103.

 

109.À l’inverse, le refus moderne de la royauté sociale du Christ a produit un recul de la civilisation, à travers la laïcisation des institutions, la dissolution du mariage, la destruction de l’autorité, l’éducation sans Dieu, la tyrannie des passions et l’effacement progressif de l’esprit de sacrifice dans les nations autrefois catholiques. Contre cette apostasie publique, nous professons qu’il faut tout restaurer dans le Christ, qui est le seul Saint et, à travers son Corps mystique, le seul sanctificateur des âmes et des peuples 104.

 

XIII. Les sacrements de la Loi nouvelle

 

110. Je crois qu’il existe sept sacrements proprement dits de la Loi nouvelle, institués par Notre Seigneur Jésus-Christ pour conférer efficacement la grâce qu’ils signifient : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage 105.

 

111. Je professe que les sacrements doivent être célébrés validement, avec la matière, la forme et l’intention prescrites, en observant les rites liturgiques qui expriment clairement la foi catholique ; et qu’ils doivent être reçus avec les dispositions requises 106.

 

112. Je crois que le baptême est la porte de l’Église et qu’il est nécessaire au salut. Ordinairement, nul ne peut être sauvé sans le recevoir ; par ce sacrement, l’homme est lavé du péché originel, incorporé au Christ, marqué du caractère chrétien et rendu membre de l’Église 107. C’est pourquoi je réprouve la pratique qui consiste à différer sans motif grave le baptême des enfants qui n’ont pas l’usage de la raison 108. Cependant, celui qui, après l’âge de raison et sans faute de sa part, est empêché d’accéder à ce sacrement, peut se sauver de manière extraordinaire par le baptême de désir, c’est-à-dire par un acte surnaturel de foi et de charité parfaite qui l’ordonne à l’Église 109.

 

113. Je professe que la confirmation fortifie le baptisé par le don du Saint-Esprit, afin qu’il confesse courageusement la foi, résiste aux ennemis du salut et vive en témoin du Christ. Dans un temps de confusion, cette force surnaturelle est particulièrement nécessaire, car nul ne peut garder la foi sans combat 110.

 

114. Je professe que la pénitence remet les péchés commis après le baptême, moyennant les actes du pénitent que sont la contrition, la confession et la satisfaction. Je rejette fermement toute pastorale qui affaiblit le sens du péché, minimise la nécessité de la confession sacramentelle, ou réduit la satisfaction à une simple démarche de réparation à l’égard de soi-même ou d’autrui, sans référence à l’offense commise envers Dieu 111.

 

115. Je professe que l’extrême-onction soulage et fortifie les malades, remet les péchés s’il y a lieu, contribue puissamment à effacer la peine due au péché, et prépare l’âme chrétienne à paraître devant Dieu 112.

 

116. J’affirme que le mariage est l’union stable et indissoluble d’un homme et d’une femme, élevée par le Christ à la dignité de sacrement entre baptisés. Le but de cette union, établi par Dieu, ordonnateur de la nature, est double : la génération et l’éducation des enfants d’une part, qui constituent la fin primaire et principale du mariage ; le soutien mutuel des époux et le remède à la concupiscence d’autre part, qui en sont les fins secondaires, fins véritables et essentielles, mais naturellement subordonnées à la première 113.

 

117. Je rejette donc toute doctrine qui considère les unions contraires au mariage comme des participations réelles, quoiqu’imparfaites, de ce dernier ; ou qui, en voulant définir le mariage en fonction du seul amour des conjoints, détruit la hiérarchie des fins du mariage, au risque de légitimer le divorce, le refus d’avoir des enfants, et ainsi la contraception, pourtant contraire au droit naturel 114.

 

118. Je confesse que le sacrement de l’ordre imprime en celui qui le reçoit le caractère sacerdotal qui le configure au Christ Prêtre, et qu’aucune femme ne peut le recevoir, à quelque degré que ce soit. Par là, le prêtre reçoit le pouvoir d’offrir le sacrifice salutaire pour les vivants et pour les morts, de remettre les péchés et de sanctifier les fidèles. Je rejette ainsi toute confusion entre le sacerdoce, au sens vrai et propre des ministres du Christ, et le sacerdoce commun, dit au sens impropre des fidèles : les fidèles offrent spirituellement avec le prêtre et par le prêtre ; mais seul le prêtre dûment ordonné réalise et offre sacramentellement le sacrifice en la personne du Christ 115.

 

XIV. Le saint sacrifice de la Messe, la sainte Eucharistie et la liturgie catholique 116

 

119. Je professe que la Messe est véritablement, au sens propre du terme, un sacrifice. Elle n’est pas seulement un mémorial de la Cène ou de la Passion ; célébrée par un prêtre dûment ordonné, elle représente sacramentellement le sacrifice unique du Calvaire, et le renouvelle de manière non sanglante, sans le multiplier pour autant. La Victime est la même, le Prêtre principal est le même, seule la manière d’offrir diffère.

 

120. Dans la Messe, et par l’action de son ministre, Notre Seigneur Jésus-Christ s’offre lui-même à son Père en sacrifice d’adoration, d’action de grâces, de propitiation et d’impétration. En s’unissant à cette action du Christ, qui est identiquement celle du prêtre célébrant, l’Église rend à Dieu le culte parfait qui lui est dû, et applique aux âmes des vivants et des défunts les mérites du sacrifice de la Croix.

 

121. Je crois que, par les paroles de la consécration prononcées validement par un prêtre, le pain et le vin sont changés dans toute leur substance au Corps et au Sang du Christ, bien que leurs accidents sensibles demeurent. Ce changement admirable est justement appelé transsubstantiation.

 

122. Je crois que la très sainte Eucharistie occupe le centre de la vie de l’Église, et qu’elle contient véritablement, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. J’adore le Très Saint Sacrement de l’autel et rejette toute doctrine ou pratique qui affaiblit la foi en la présence réelle, diminue le respect dû à l’Eucharistie, banalise la communion ou altère le caractère sacré du sanctuaire.

 

123. Parce qu’elle est l’expression privilégiée de la foi, la liturgie est aussi l’école permanente où se forme l’âme chrétienne. Par son orientation, son silence, ses gestes, son canon, sa langue sacrée, son esprit d’adoration et sa structure théocentrique, la liturgie nourrit la foi et exerce une influence profonde sur les âmes. Par elle, les peuples apprennent à penser selon Dieu, à juger selon l’éternité, à aimer ce qui est saint, à mépriser ce qui passe et à ordonner leur vie entière au sacrifice du Christ. Elle façonne aussi les mœurs, inspire les arts, les institutions, les fêtes et les coutumes du peuple chrétien. C’est pourquoi, lorsque le culte divin devient prosaïque, creux, équivoque, profane ou anthropocentrique, il affaiblit l’intelligence même de la foi.

 

124. Je professe que la messe traditionnelle romaine, célébrée selon le rite en usage avant la réforme du Novus Ordo Missae, exprime avec une clarté incomparable la doctrine catholique du sacrifice, du sacerdoce et de la présence réelle. Mais je constate avec douleur que les réformes liturgiques contemporaines se sont éloignées considérablement de la liturgie traditionnelle, dans l’ensemble comme dans le détail : ce faisant, elles ont obscurci le caractère sacrificiel et propitiatoire de la Messe, favorisé une conception démocratique du culte, rapproché l’expression liturgique catholique des conceptions protestantes, et contribué ainsi de manière prépondérante à la perte du sens du sacré, à la corruption de l’esprit chrétien, à la diminution des vocations et à l’affaiblissement général de la foi 117.

 

125. Je rejette donc toute réforme ou tout usage liturgique qui, par omission, ambiguïté doctrinale ou orientation pratique, favorise l’hérésie, affaiblit la foi, s’éloigne de la doctrine catholique de la messe formulée au Concile de Trente, ou détourne les fidèles de l’adoration due à Dieu. Le culte public de l’Église doit exprimer la foi catholique sans équivoque.

 

126. Je suis certain, enfin, que la restauration catholique des peuples passe nécessairement par la restauration du culte divin, à travers la liturgie traditionnelle de toujours. Là où la Messe est célébrée comme le vrai sacrifice du Christ, renaissent la foi, la piété, la vie de la grâce, les familles chrétiennes, les vocations et le désir des biens éternels.

 

XV. La vie chrétienne, la sainteté et la perfection de la charité

 

127. Je crois que la vocation suprême de l’homme est la sainteté. Créé par Dieu, racheté par le Christ et sanctifié par l’action du Saint-Esprit, l’homme est appelé à participer à la vie même de Dieu par une conformité croissante à sa volonté, pour parvenir à l’union parfaite et définitive avec lui dans la gloire 118.

 

128. Je crois que la grâce sanctifiante fait de l’homme un enfant adoptif du Père, un membre de JésusChrist, un temple du Saint-Esprit et un héritier de la vie éternelle. Elle rend l’âme agréable à Dieu, lui communique une participation créée à la nature divine, la rend capable d’actes surnaturels et l’ordonne à la vision béatifique. Les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité unissent l’âme directement à Dieu ; les vertus morales infuses ordonnent sa conduite selon la loi divine ; les dons du Saint-Esprit la rendent apte à recevoir docilement ses inspirations, donnant aux vertus leur perfection ultime 119.

 

129. Je crois que la vie chrétienne comporte, pour une part très importante et non négligeable, un combat spirituel. Depuis la chute originelle, l’homme demeure exposé aux tentations du monde, de la chair et du démon. La grâce ne supprime pas ce combat : elle donne la force nécessaire pour le mener victorieusement 120.

 

130. Je crois que le chemin de la sainteté passe par l’imitation de Jésus-Christ, l’obéissance à ses commandements, la prière, les sacrements, la pénitence, le renoncement à soi-même, la fidélité au devoir d’état et l’amour de la Croix. Le disciple n’est pas au-dessus du Maître : s’il veut entrer dans la gloire, il doit marcher à la suite du Christ crucifié 121.

 

131. Je rejette donc le faux christianisme sans Croix, qui promet une paix terrestre sans conversion, une miséricorde sans pénitence, une fraternité sans dépendance à l’égard de la paternité de Dieu, et une sainteté sans héroïsme. L’Église n’a jamais canonisé la médiocrité, l’adaptation au monde ou la simple bonne volonté naturelle ; elle a proposé à l’imitation de ses fidèles des saints dont la foi fut intègre, la charité héroïque et la vie conformée à celle du Christ.

 

132. Je rejette donc toute réduction de la vie chrétienne à une vague philanthropie, à une sensibilité sociale ou à un engagement terrestre. La charité chrétienne ne se mesure pas d’abord à l’émotion partagée ou à l’utilité visible, mais à l’amour surnaturel de Dieu par-dessus tout et du prochain pour Dieu. La miséricorde corporelle elle-même perd sa vraie signification et sa valeur authentique lorsqu’elle n’est plus ordonnée à la miséricorde spirituelle et au salut éternel.

 

133. Je professe que la sainteté est le plus beau fruit de l’Église. Les martyrs, les confesseurs, les vierges, les moines, les missionnaires, les docteurs, les pasteurs et toutes les saintes âmes fidèles témoignent de la puissance de la vérité, de la fécondité de la grâce, et de la victoire du Christ sur le péché.

 

XVI. Les fins dernières et l’espérance chrétienne

 

134. Je crois que la vie présente est un temps de préparation à l’éternité et donc d’épreuve. L’homme n’a pas ici-bas sa demeure définitive : il est créé pour une destinée surnaturelle qui dépasse infiniment les biens passagers de ce monde. Je crois à la vie après la mort, où l’on entre par la séparation de l’âme et du corps 122.

 

135. Je crois qu’au terme de sa vie terrestre, chacun comparaîtra d’abord devant le tribunal du Christ pour le jugement particulier et recevra, selon ses pensées, paroles, actions et omissions, la sentence de sa destinée éternelle 123 ; je crois aussi qu’à la fin des temps, Notre Seigneur Jésus-Christ reviendra dans sa gloire pour présider le jugement général 124.

 

136. Je soutiens avec amour et tremblement que, dans les œuvres de Dieu, resplendissent à la fois la miséricorde et la justice. Le péché de l’homme a porté atteinte à la gloire du Créateur, l’homme est devenu le débiteur de Dieu, et la justice divine exige réparation ; mais, dans sa plus grande miséricorde, Dieu nous a donné un Rédempteur qui, en tant que Chef de l’humanité, a offert lui-même, pour les péchés du monde entier, une satisfaction qui appelle le concours de la nôtre.

 

137. Je me confie dans l’infinie miséricorde de Dieu : il n’est aucun péché qu’il ne puisse pardonner ni aucune misère qu’il ne veuille soulager ; mais je réprouve fermement cette miséricorde sans justice que prêche le nouvel humanisme, celle d’un dieu qui ne châtie pas le péché, ne condamne personne et n’exige aucune conversion, justifiant plutôt le péché que le pécheur.

 

138. Je professe que les âmes qui meurent en état de péché mortel sont condamnées à l’effroyable abîme de l’enfer, peine éternelle de la privation de Dieu et peine éternelle du feu. Je rejette toute doctrine qui nie l’éternité de l’enfer, diminue la réalité des peines éternelles, ou laisse entendre que tous les hommes seront finalement sauvés, l’enfer demeurant vide 125.

 

139. Je crois que les âmes qui meurent en état de grâce, mais sont encore redevables de peines temporelles, sont purifiées au purgatoire. Je professe donc la nécessité de prier pour les défunts, de leur appliquer les suffrages de l’Église, et je rejette les mensonges qui promettent à tous l’entrée immédiate dans la maison du Père, éteignant ainsi la pieuse coutume de l’Église de prier constamment pour les morts 126.

 

140. Je rejette particulièrement le faux langage pastoral qui, par crainte de troubler les consciences, tait le jugement, l’enfer et la nécessité de la pénitence. Il n’y a pas de charité à cacher aux hommes le péril éternel où les met le péché. La prédication des fins dernières appartient à la miséricorde de l’Église, parce qu’elle réveille les âmes et les tourne vers le salut.

 

141. J’affirme enfin que les âmes qui meurent dans l’amitié de Dieu, parfaitement purifiées, entrent immédiatement dans la vie éternelle et jouissent de la vision béatifique. Elles contemplent Dieu face face, tel qu’il est, et possèdent en lui leur repos éternel. La vie chrétienne est ordonnée à cette béatitude ; toute pastorale qui réduit le bonheur humain au bien-être terrestre, à la paix sociale ou à l’épanouissement seulement psychologique, trahit la fin surnaturelle de l’Évangile 127.

 

142. L’espérance chrétienne n’est donc ni optimisme terrestre, ni incertitude mêlée de crainte. Elle est attente confiante du Royaume éternel, fondée sur les promesses de Dieu et nourrie par la grâce. Elle donne au chrétien de travailler ici-bas sans oublier que sa patrie est au Ciel, et de combattre les erreurs du temps sans perdre la paix de l’âme.

 

XVII. La crise moderne et le devoir de confesser la foi

 

143. Je crois que l’Église, assistée par la Providence divine, demeure indéfectible jusqu’à la fin des siècles. La promesse du Christ ne peut faillir : les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle.

 

144. Je crois cependant que l’histoire de l’Église connaît des périodes d’épreuve, où la profession de la vraie foi se trouve gravement diminuée, où les erreurs se répandent, où la discipline s’affaiblit et où de nombreuses âmes sont entraînées vers l’égarement.

 

145. Je reconnais en particulier que les erreurs modernes représentent une menace redoutable pour l’ensemble de l’ordre catholique, et que leur pénétration dans la vie de l’Église, à la faveur du Concile Vatican II et des réformes post-conciliaires, a provoqué une crise d’une gravité exceptionnelle : l’agnosticisme attaque la connaissance de Dieu ; le naturalisme attaque la nécessité de la grâce ; le subjectivisme attaque le motif surnaturel de la foi ; le relativisme attaque l’immutabilité du dogme ; la morale de situation attaque la loi divine ; le libéralisme attaque la royauté sociale du Christ ; le faux œcuménisme attaque l’unicité de l’Église ; la collégialité et la synodalité attaquent la constitution divine de l’Église dans sa hiérarchie ; l’anthropocentrisme liturgique attaque le saint sacrifice de la messe.

 

146. La crise actuelle ne saurait donc être réduite à un simple conflit de sensibilités, de préférences liturgiques ou d’options pastorales. Elle touche aux fondements mêmes de la foi et de la morale, du sacerdoce et du culte, de l’Église et de la royauté du Christ.

 

147. Ces erreurs ne demeurent pas abstraites, elles ont produit des fruits visibles : affaiblissement de la prédication doctrinale, effacement de l’esprit missionnaire, banalisation du péché, crise de la famille, ruine de la liturgie, perte du sens de Dieu, raréfaction des vocations, apostasie silencieuse des nations chrétiennes et confusion profonde des fidèles.

 

148. C’est pourquoi il ne suffit plus aujourd’hui d’affirmer les vérités catholiques en termes généraux, sans dénoncer parallèlement les erreurs qui tentent de les corrompre. La charité envers les âmes exige la clarté de la vérité totale, sans aucune ambiguïté.

 

149. Cette crise ne peut être surmontée que par la restauration de toutes choses en Jésus-Christ, par le retour à la foi, à la vie de grâce, au culte divin et à la quête de la sainteté.

 

150. Dans ces circonstances douloureuses, sans juger quiconque ni usurper l’autorité de l’Église, je ne puis pas ne pas confesser la foi dont on diminue la profession, rappeler la Tradition que l’on bannit, défendre la morale, garder la liturgie, proclamer les droits du Christ.

 

Conclusion

 

151. Fidèle à la Rome éternelle qui garde le dépôt transmis par les Apôtres, je veux conserver intégralement cet héritage, sans diminution, sans altération et sans crainte, non comme une opinion particulière dans l’Église d’aujourd’hui, mais comme la foi reçue de l’Église une, sainte, catholique, apostolique et romaine.

 

152. Car cette foi ne m’appartient pas : je l’ai reçue pour y demeurer fidèle, en vivre, la transmettre et, si Dieu le demande, souffrir pour elle, dans l’attente confiante du triomphe de la vérité et de la grâce, pour le salut des âmes et la gloire de la Très Sainte Trinité.

 

153. Je demande à Dieu qu’il me maintienne ferme dans cette confession jusqu’au dernier instant de ma vie. Je confie cette profession de foi à l’intercession de la très sainte Vierge Marie, des saints Apôtres, des martyrs, des confesseurs et de tous les saints qui nous ont précédés dans la fidélité au Christ.

 

154. Et dans l’espérance de la résurrection et de la vie du monde à venir, je remets mon âme, l’Église et toutes choses entre les mains de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, à qui appartiennent l’honneur, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles.

 

Ainsi soit-il.

Donné à Menzingen, le 24 juin 2026, Nativité de saint Jean-Baptiste

Notes

 

1 Concile de Trente, session IV (8 avril 1546), Décret sur la réception des livres saints et des traditions, DS 1501.

2 Concile de Trente, ibidem ; Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo (22 novembre 1439), Décret pour les Arméniens, DS 1328 ; Réponse de la Commission biblique (24 juin 1914), DS 3591.

3 Pie IX, Lettre apostolique Tuas libenter (21 décembre 1863), DS 2879 ; Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre III, DS 3011.

4 Réponse de la Commission biblique (29 mai 1907), DS 3398.

5 Décret du Saint-Office (5 juin 1918), DS 3645-3647 ; Réponse du Saint-Office à l’archevêque de Cambrai (19 août 1889), DS 3258 ; Réponse du Saint-Office à un évêque du Brésil (5 août 1896), DS 3312 ; Décret Provida sapientique cura (18 janvier 1906), DS 3388 ; Réponse de la Sacrée Pénitencerie (3 juin 1916), DS 3640.

6 Encycliques Qui pluribus (9 novembre 1846) et Quanta cura (8 décembre 1864) avec le Syllabus.

7 Encycliques Immortale Dei (1er novembre 1885), Libertas (20 juin 1888), Sapientiae christianae (10 janvier

1890) et Au milieu des sollicitudes (16 février 1892).

8 Encyclique Pascendi (8 septembre 1907) et Décret Lamentabili (3 juillet 1907) ; Encyclique Vehementer nos

(11 février 1906) et Lettre apostolique aux évêques de France Notre charge apostolique (25 août 1910).

9 Encycliques Quas primas (11 décembre 1925) et Mortalium animos (6 janvier 1928).

10 Encycliques Orientales omnes ecclesias (23 décembre 1945) et Humani generis (12 août 1950) ; Allocution

aux juristes catholiques (6 décembre 1953).

11 Concile d’Orange II (529), canon 7, DS 377 ; canon 17, DS 387 et canon 25, DS 395 ; saint Pie V, Bulle Exomnibus afflictionibus (1er octobre 1567), DS 1921, 1934 et 1961 ; Clément XI, Bulle Unigenitus (8 septembre

1713), DS 2444 ; Pie IX, Bref Gravissimas inter (11 décembre 1862), DS 2854 ; Pie XII, Encyclique Humani generis (12 août 1950).

12 Hébreux I ; Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre II, DS 3005 et canon 3, DS 3028.

13 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre II, DS 3005 et canon 3, DS 3028 ; chapitre IV, DS 3020 et canon 3, DS 3043 ; saint Pie X, Décret Lamentabili (3 juillet 1907), proposition condamnée n° 59, DS 3459.

14 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre IV, DS 3020 et canon 3, DS 3043 ; saint Pie X, Décret Lamentabili (3 juillet 1907), propositions condamnées n° 20 et n° 22, DS 3420 et 3422.

15 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre IV, DS 3020 et canon 3, DS 3043 ; saint Pie X, Décret Lamentabili (3 juillet 1907), proposition condamnée n° 21, DS 3421.

16 Saint Pie X, Encyclique Pascendi (8 septembre 1907) et Décret Lamentabili (3 juillet 1907), avec lespropositions condamnées n° 22, 25 et 26, DS 3422, 3425 et 3426 ; saint Pie X, Motu proprio Sacrorum  antistitum (1er septembre 1910).

17 Voir les références indiquées dans la note précédente.

18 Concile de Trente, session IV (8 avril 1546), Décret sur la réception des livres saints et des traditions, DS 1501.

19 Saint Irénée, Contre les hérésies, livre IV, chapitre XXVI [43], §1 dans Migne grec, t. VII, col. 1052 ; Tertullien, Des prescriptions, chapitres XIX-XXI dans Migne latin, t. II, col. 31-33 ; saint Robert Bellarmin, De la Parole de Dieu, livre IV, chapitre V.

20 Concile de Florence, Bulle Cantate Domino (4 février 1442), DS 1334-1335 ; Concile de Trente, session IV (8 avril 1546), Décret sur la réception des livres saints et des traditions, DS 1501-1504 ; Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre II, DS 3006 et canon 4, DS 3029.

21 Léon XIII, Encyclique Providentissimus Deus (18 novembre 1893) ; Benoît XV, Encyclique Spiritus Paraclitus (15 septembre 1920) ; Pie XII, Encycliques Divino afflante Spiritu (30 septembre 1943) et Humani generis (12 août 1950).

22 Concile de Trente, session IV (8 avril 1546), Décret sur la réception des livres saints et des traditions, DS 1501.

23 Pie XII, Encyclique Humani generis (12 août 1950).

24 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre IV, DS 3020 et canon 3, DS 3043 ; Pie IX, dans la Bulle Ineffabilis Deus (8 décembre 1854), qui proclame le dogme de l’Immaculée Conception, le manifeste fort bien : "Toujours attentive à garder et à défendre les dogmes dont elle a reçu le dépôt, l’Église de Jésus-Christ n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien, n’y ajoute jamais rien ; mais portant un regard fidèle, discret et sage sur les enseignements anciens, elle recueille tout ce que l’antiquité y a mis, tout ce que la foi des Pères y a semé. Elle s’applique à le polir, à en perfectionner la formule de manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, en un mot, de façon qu’ils se développent sans changer de nature, et qu’ils demeurent toujours dans la même vérité, dans le même sens, dans la même pensée".

25 Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, cité par le Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre IV, DS 3020.

26 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre I, DS 3001-3003.

27 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre I, DS 3004 et chapitre II, canon 1, DS 3026 ; saint Pie X, Motu proprio Sacrorum antistitum (1er septembre 1910), DS 3538 ; Pie XII, Encyclique Humani generis (12 août 1950).

28 Concile de Latran IV (1215), chapitre Firmiter, DS 800 et 804-806 ; Concile de Lyon II (1274), DS 850 ; Concile de Florence, Bulle Laetentur caeli (6 juillet 1439), DS 1301-1302 ; Bulle Cantate Domino (4 février 1442), DS 1330-1332.

29 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre I, DS 3002 et canons 4 et 5, DS 3024-3025.

30 Voir les références indiquées dans la note 11. Dans l’Encyclique Humani generis (12 août 1950), Pie XII dénonce l’audace de ceux qui « corrompent la véritable “gratuité” de l’ordre surnaturel, lorsqu’ils prétendent que Dieu ne peut créer des êtres doués d’intelligence sans les ordonner ni les appeler à la vision béatifique » (DS 3891).

31 Saint Pie V, Bulle Ex omnibus afflictionibus (1er octobre 1567) ; Clément XI, Bulle Unigenitus (8 septembre

1713) ; Pie XI, dans l’Encyclique Divini illius Magistri (31 décembre 1929), DS 3689, dit : "L’ordre surnaturel, sur lequel reposent les droits de l’Église, est si loin de détruire ou d’affaiblir l’ordre naturel, auquel appartiennent les autres droits que nous avons rappelés, qu’au contraire il l’élève et le perfectionne. Chacun de ces deux ordres apporte à l’autre une aide et comme un complément, d’une manière conforme à la nature et à la dignité propres de chacun, puisque tous deux procèdent de Dieu, qui ne peut se contredire lui-même".

32 Collecte de la messe du jeudi après le premier dimanche de la Passion dans le Missel romain de 1962 : "… afin que la dignité de la condition humaine, blessée par l’intempérance, soit restaurée par l’application d’une sage abstinence" ; oraison de l’offertoire de la messe dans le Missel romain de 1962 : "Ô Dieu, qui avez créé la nature humaine d’une manière admirable et qui l’avez restaurée d’une manière plus admirable encore…" ; Concile d’Orange II (529), canon 2, DS 372.

33 Saint Pie V, Bulle Ex omnibus afflictionibus (1er octobre 1567), propositions condamnées n° 24 et 26, DS 1924 et 1926 ; Pie VI, Constitution dogmatique Auctorem fidei (28 août 1794), proposition condamnée n° 17, DS 2617.

34 Concile d’Orange II (529), canon 2, DS 372 ; Concile de Trente, session V (17 juin 1546), Décret sur le péché originel, canon 1, DS 1511 et session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, DS 1521.

35 Thèses souscrites par Louis Bautain le 8 septembre 1840, 6e thèse, DS 2757 ; Pie IX, Encyclique Qui pluribus (9 novembre 1846), DS 2775.

36 Léon X, Bulle Exsurge Domine (15 juin 1520), proposition condamnée de Luther n° 16, DS 1486 ; saint Pie V, Bulle Ex omnibus afflictionibus (1er octobre 1567), propositions condamnées n° 27, DS 1927 et n° 65, DS 1965 ; Clément XI, Bulle Unigenitus (8 septembre 1713), propositions condamnées n° 1, DS 2401, n° 38, DS 2438 et n° 64, DS 2464 ; Pie VI, Constitution dogmatique Auctorem fidei (28 août 1794), proposition condamnée n° 23, DS 2623.

37 Symbole de saint Athanase, DS 76 ; Concile de Florence, Bulle Cantate Domino (4 février 1442), DS 1347.

38 Concile de Carthage (418), canons 7 et 8, DS 229-230 ; Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, DS 1536 et canon 23, DS 1573.

39 Concile de Carthage (418), canon 5, DS 227 ; Concile d’Orange II (529), canon 8, DS 378, canon 13, DS 383 et canon 21, DS 391 ; Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 1, DS 1551.

40 Décret de la Commission biblique (30 juin 1909), DS 3514.

41 Concile de Chalcédoine (451) ; Concile de Constantinople II (553) ; Profession de foi de saint Léon IX, dans la Lettre Congratulamur vehementer à Pierre, patriarche d’Antioche (13 avril 1053), DS 681.

42 Concile de Florence, Bulle Cantate Domino (4 février 1442), DS 1347 ; Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 21, DS 1571.

43 Symbole des Apôtres ; Symbole de Nicée-Constantinople ; Profession de foi de saint Léon IX, dans la Lettre Congratulamur vehementer à Pierre, patriarche d’Antioche (13 avril 1053).

44 Concile de Lyon II (1274), DS 852 ; Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, DS 1522-1524.

45 Symbole de saint Athanase ; Symbole de Nicée-Constantinople ; Profession de foi du Concile de Trente dans la Bulle Inunctum nobis du pape Pie IV (13 novembre 1564), DS 1862 ; saint Pie X, Décret Lamentabili (3 juillet 1907), propositions condamnées n° 36, DS 3436 et Encyclique Pascendi (8 septembre 1907), DS 3485.

46 Symbole de Nicée-Constantinople ; Profession de foi de saint Léon IX, dans la Lettre Congratulamur vehementer à Pierre, patriarche d’Antioche (13 avril 1053).

47 Concile de Valence (855), DS 630 ; Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 6, DS 1556.

48 Pie XI, Encyclique Quas primas (11 décembre 1925).

49 Concile d’Éphèse (431) ; Pie XII, Encyclique Ad caeli reginam (11 octobre 1954).

50 Pie IX, Bulle Ineffabilis Deus (8 décembre 1854).

51 Concile du Latran (649), DS 503.

52 Saint Irénée, Demonstratio apostolicae praedicationis, n° 33 ; Léon XIII, Encyclique Jucunda semper (8 septembre 1894) ; Encyclique Adjutricem populi (5 septembre 1895) ; saint Pie X, Encyclique Ad diem illum (2 février 1904) ; Benoît XV, Lettre apostolique Inter sodalicia (22 mars 1918) ; Pie XI, Lettre apostolique Explorata res (2 février 1923) ; Pie XII, Encyclique Ad caeli reginam (11 octobre 1954).

53 Léon XIII, dans l’Encyclique Adjutricem populi (5 septembre 1895), ASS, t. XXVIII, p. 150, appelle Marie "la coopératrice dans l’accomplissement du mystère de la rédemption du genre humain, et la réparatrice du monde entier" ; saint Pie X, Encyclique Ad diem illum (2 février 1904), ASS, t. XXXVI, p. 454 : "Elle a mérité très dignement de devenir la réparatrice du monde perdu" ; Benoît XV, Lettre apostolique Inter sodalicia (22 mars 1918), AAS, t. X, p. 182 : "On peut dire à juste titre qu’elle a, avec le Christ, racheté le genre humain" ; Pie XI, Lettre apostolique Explorata res (2 février 1923), AAS, t. XV, p. 104 : "La Vierge douloureuse a participé avec le Christ à l’œuvre de la Rédemption" ; Pie XII, Encyclique Ad caeli reginam (11 octobre 1954), AAS, t. XLVI, p. 634 : "Or, dans l’accomplissement de cette œuvre de la Rédemption, la Bienheureuse Vierge Marie fut certainement associée au Christ de la manière la plus intime".

54 Pie XII, Constitution dogmatique Munificentissimus Deus (1er novembre 1950) et Encyclique Ad caeli reginam (11 octobre 1954).

55 Pie XII, Encyclique Fulgens corona (8 septembre 1953) : "C’est donc sans fondement que nombre de non catholiques et de novateurs accusent ou critiquent notre dévotion envers la Vierge, Mère de Dieu, comme si nous retranchions quelque chose au culte qui n’est dû qu’à Dieu et à Jésus-Christ. Tout au contraire, tout honneur et toute vénération accordés à notre Mère céleste viennent sans nul doute rehausser la gloire de son divin Fils".

56 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Pastor aeternus.

57 Symbole des Apôtres ; Concile de Constantinople I (381), DS 150 ; Profession de foi du pape Léon IX dans la Lettre Congratulamur vehementer à Pierre, patriarche d’Antioche (13 avril 1053), DS 684 ; Profession de foi d’Innocent II imposée aux hérétiques Vaudois par la Lettre Ejus exemplo à l’archevêque de Tarragone (18 décembre 1208), DS 792 ; Profession de foi de l’empereur Michel Paléologue imposée par le pape Grégoire X lors du Concile de Lyon II, session IV (6 juillet 1274), DS 854 ; Bulle Unam sanctam du pape Boniface VIII (18 novembre 1302, DS 870) ; Concile de Trente, session III (4 février 1546), Décret De Symbolo fidei, DS 1500 ; Profession de foi du même Concile, dans la Bulle Inunctum nobis du pape Pie IV (13 novembre 1564), DS 1862.

58 Boniface VIII, Bulle Unam sanctam (18 novembre 1302).

59 Léon XIII, Encyclique Depuis le jour aux archevêques, évêques et au clergé de France (8 septembre 1899) ; saint Pie X, Encyclique Edita saepe (26 mai 1910) ; Pie XII, Encyclique Mystici corporis (29 juin 1943).

60 Pie XII, Encyclique Mystici corporis (29 juin 1943).

61 Concile de Florence, Bulle Cantate Domino (4 février 1442), DS 1351 : "[La très sainte Église romaine] croit fermement, professe et prêche qu’aucun de ceux qui se trouvent hors de l’Église catholique, non seulement les païens, mais encore les Juifs, les hérétiques et les schismatiques, ne peuvent avoir part à la vie éternelle ; mais qu’ils iront au feu éternel “préparé pour le diable et ses anges” (Mt 25, 41), à moins qu’avant la fin de leur vie ils ne soient agrégés à cette même Église. Elle croit en outre que l’unité du corps ecclésiastique a une telle valeur que seuls ceux qui demeurent en son sein retirent un fruit salutaire des sacrements de l’Église, et que seuls les jeûnes, les aumônes, les autres œuvres de piété et les exercices de la milice chrétienne leur procurent une récompense éternelle. Enfin, “personne, quelles que soient les aumônes qu’il aura faites, quand même il aurait répandu son sang pour le nom du Christ, ne peut être sauvé s’il ne demeure dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique”"; Lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston (8 août 1949), DS 3867-3868, où il est dit : "Car le Sauveur n’a pas seulement ordonné que toutes les nations entrent dans l’Église ; il a aussi établi l’Église comme moyen de salut, sans lequel nul ne peut entrer dans le royaume de la gloire céleste".

62 Pie XII, Encyclique Mystici corporis (29 juin 1943) ; Lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston (8 août 1949) ; Décret du Saint-Office excommuniant le Père Léonard Feeney (13 février 1953). Dans la Lettre à l’archevêque de Boston, il est dit (DS 3869) : "Dans son infinie miséricorde, Dieu a voulu que les secours du salut qui sont ordonnés à la fin ultime par la seule institution divine et non par une nécessité intrinsèque, puissent, dans certaines circonstances, produire les effets nécessaires au salut même lorsqu’ils ne sont reçus que par le vœu ou le désir" et (DS 3870) : "Il faut dire la même chose, d’une certaine manière, de l’Église, en tant qu’elle est elle même le moyen général du salut. En effet, pour obtenir le salut éternel, il n’est pas toujours requis qu’un homme soit incorporé réellement à l’Église comme membre ; mais il est au moins nécessaire qu’il lui soit uni par le vœu et le désir. Toutefois, ce vœu n’a pas toujours besoin d’être explicite, comme chez les catéchumènes ; lorsque quelqu’un se trouve dans une ignorance invincible, Dieu accepte également un vœu implicite, ainsi appelé parce qu’il est contenu dans cette bonne disposition de l’âme par laquelle l’homme veut conformer sa volonté à la volonté de Dieu".

63 Pie XI, Encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928).

64 Voir la référence au Concile de Florence indiquée dans la note 62 ; Pie IX, Encyclique Quanto conficiamur moerore adressée aux évêques d’Italie, le 10 août 1863, DS 2865-2867.

65 Pie IX, Encyclique Singulari quadam (9 décembre 1854), DS 2808-2810, et proposition condamnée du Syllabus n° 17, DS 2917.

66 Galates III, 16 ; Hébreux VII, 12, VII, 18-19 et VIII, 13 ; Concile de Florence, Bulle Cantate Domino (4 février 1442), DS 1348.

67 Proposition condamnée du Syllabus n° 80, DS 2980.

68 Concile de Nicée I (325) ; Concile de Latran IV (1215) ; Concile de Lyon II (1274) ; Concile de Florence (1439).

69 Léon XIII, Encyclique Divinum illud (9 mai 1897) ; Pie XII, Encyclique Mystici corporis (29 juin 1943).

70 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Pastor aeternus, chapitre IV ; Léon XIII, Encyclique Satis cognitum (29 juin 1896).

71 Léon XIII, Encyclique Divinum illud (9 mai 1897).

72 Concile de Lyon II (1274) ; Concile de Florence (1439) ; Constitution dogmatique Pastor aeternus sur l’Église.

73 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Pastor aeternus, chapitre III.

74 Ibidem, chapitres I-III.

75 Pie XII, Encyclique Mystici corporis (29 juin 1943) ; Encyclique Ad sinarum gentem (7 octobre 1954) ;

Encyclique Ad apostolorum principis (29 juin 1958).

76 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Pastor aeternus, chapitre III.

77 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Pastor aeternus, chapitres I-III ; Léon XIII, Encyclique Satis cognitum (29 juin 1896) ; Pie XI, Encyclique Ecclesiam Dei (12 novembre 1923) ; Pie XII, Encyclique Mystici corporis (29 juin 1943) ; Allocution (2 octobre 1945).

78 Pie VI, Lettre Post factum à l’archevêque de Trèves (2 février 1782), dans Les Enseignements pontificaux (Solesmes), L’Église, tome I, § 19 ; le Concile Vatican I (1870), dans la Constitution dogmatique Pastor aeternus, au chapitre I, dit précisément que saint Pierre est l’unique sujet du Primat : "À cette doctrine si manifeste des Saintes Écritures, telle qu’elle a toujours été comprise par l’Église catholique, s’opposent ouvertement les opinions erronées de ceux qui, pervertissant la forme de gouvernement établie par le Christ Seigneur dans son Église, nient que Pierre seul, à l’exclusion des autres Apôtres, pris soit individuellement, soit tous ensemble, ait été investi par le Christ d’un véritable et propre primat de juridiction" (DS 3054). Et plus haut il est déjà dit : "À Simon Pierre seul, Jésus conféra, après sa résurrection, la juridiction du souverain pasteur et chef sur tout son troupeau" (DS 3053).

79 Saint Pie X, Décret Lamentabili, proposition condamnée n° 6, DS 3406.

80 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Pastor aeternus, chapitre IV ; saint Pie X, Motu proprio Sacrorum antistitum (1er septembre 1910) ; Pie XII, Encyclique Humani generis (12 août 1950).

81 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Pastor aeternus, chapitre IV.

82 Concile Vatican I (1870), Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre IV, DS 3020 et canon 3, DS 3043.

83 Voir les références indiquées dans la note précédente ; Pie IX, proposition condamnée du Syllabus n° 5, DS 2905 ; saint Pie X, Décret Lamentabili, propositions condamnées n° 58 et 59, DS 3458 et 3459.

84 Pie XII, Encyclique Humani generis (12 août 1950).

85 Léon XIII, Encycliques Rerum novarum (15 mai 1891) ; Libertas (20 juin 1888) ; Sapientiae christianae (10 janvier 1890) ; Pie XI, Encycliques Quadragesimo anno (15 mai 1931) ; Casti connubii (31 décembre 1930) ; Pie XII, Encycliques Summi Pontificatus (20 octobre 1939) ; Humani generis (12 août 1950) ; Sacra virginitas (25 mars 1954).

86 Voir les références indiquées dans les notes 11 et 31. Léon XIII, Encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885).

87 Pie IX, Allocution Maxima quidem (9 juin 1862) ; Léon XIII, Encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885) ; Pie XI, Encyclique Divini illius Magistri (31 décembre 1929), voir l’extrait cité en note 32 ; Pie XII, dans l’Encyclique Summi Pontificatus (20 octobre 1939), AAS, t. XXXI, p. 423, dit : "Cette loi naturelle s’appuie comme sur son fondement sur Dieu […] qui en est aussi le législateur suprême et très parfait, ainsi que le juge très sage et très juste des actions humaines" (DS 3781).

88 Pie IX, propositions condamnées du Syllabus n° 56 et n° 59, DS 2956 et 2959 ; Pie XII, Encyclique Humani generis (12 août 1950), DS 3892-3893 : "La vérité et son expression philosophique ne peuvent changer au gré des jours, surtout lorsqu’il s’agit de principes que connaît naturellement l’intelligence humaine, ou de doctrines qui s’appuient à la fois sur la sagesse des siècles, et sur l’accord et l’appui de la Révélation divine".

89 Pie XI, Encyclique Casti connubii (31 décembre 1930).

90 Dans la Lettre apostolique Notre charge apostolique (25 août 1910), AAS, t. II, p. 619, saint Pie X dit : "Or la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelque sincères qu’elles soient ; ni dans l’indifférence, théorique ou pratique, pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères ; mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale, non moins que pour leur bien-être matériel" ; et p. 639 : "Certes, Jésus nous a aimés d’un amour immense, infini, et il est venu sur terre souffrir et mourir pour que, réunis autour de lui dans la justice et l’amour, animés des mêmes sentiments de charité mutuelle, tous les hommes vivent dans la paix et le bonheur. Mais, à la réalisation de ce bonheur temporel et éternel, il a mis, avec une souveraine autorité, la condition que l’on fasse partie de son troupeau, que l’on accepte sa doctrine, que l’on pratique la vertu et qu’on se laisse enseigner et guider par Pierre et ses successeurs. Puis, si Jésus a été bon pour les égarés et les pécheurs, il n’a pas respecté leurs convictions erronées, quelque sincères qu’elles parussent".

91 Léon XIII, dans l’Encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885), AAS, t. XVIII, p. 163-164, dit : "De même qu’il n’est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu, et que le plus grand de tous les devoirs est d’embrasser d’esprit et de cœur la religion, non pas celle que chacun préfère, mais celle que Dieu a prescrite et que des preuves certaines et indubitables établissent comme la seule vraie entre toutes, ainsi les sociétés politiques ne peuvent sans crime se conduire comme si Dieu n’existait en aucune manière, ou se passer de la religion comme étrangère et inutile, ou en admettre une indifféremment selon leur bon plaisir".

92 Voir Léon XIII cité dans la note précédente, et Pie XI, Encyclique Quas primas (11 décembre 1925).

93 Pie IX, Encyclique Quanta cura (8 décembre 1864), avec les propositions condamnées du Syllabus n° 77-80,

DS 2977-2980 ; Léon XIII, Encyclique Libertas (20 juin 1888).

94 Voir les références indiquées dans la note précédente, ainsi que celles indiquées dans les notes du paragraphe 3.

95 Saint Pie X, dans l’Encyclique Singulari quadam (24 septembre 1912), AAS, t. IV, p. 658, dit : "Nous déclarons donc en premier lieu qu’il est du devoir de tous les catholiques – devoir qui doit être observé saintement et inviolablement dans la conduite de la vie, aussi bien privée que sociale et publique – de tenir fermement et de professer sans timidité les principes de la vérité chrétienne transmis par le Magistère de l’Église catholique, particulièrement ceux que notre prédécesseur a exposés avec tant de sagesse dans l’Encyclique Rerum novarum. […] Il faut en effet reconnaître que, quoi que fasse le chrétien, même dans l’ordre des réalités terrestres, il ne lui est pas permis de négliger les biens surnaturels ; bien plus, il doit, selon les enseignements de la sagesse chrétienne, tout ordonner au souverain Bien comme à sa fin ultime. Quant à toutes ses actions, en tant qu’elles sont moralement bonnes ou mauvaises, c’est-à-dire conformes ou contraires à la loi naturelle et divine, elles sont soumises au jugement et à la juridiction de l’Église".

96 Saint Pie X, Encyclique Singulari quadam (24 septembre 1912) ; saint Pie X, dans la Lettre apostolique Notre charge apostolique (25 août 1910), AAS, t. II, p. 612, dit que "l’on n’édifiera pas la société si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux".

97 Pie IX, Encyclique Quanta cura (8 décembre 1864) ; saint Pie X, Encyclique Vehementer nos (11 février 1906).

98 Voir les références indiquées dans les notes du paragraphe 3, spécialement Pie IX dans Quanta cura et Léon XIII dans Immortale Dei.

99 Léon XIII, Encyclique Libertas (20 juin 1888).

100 Pie IX, Allocution Maxima quidem (9 juin 1862) : "Ils n’hésitent pas à substituer au droit véritable et légitime les droits faux et mensongers de la force, et à soumettre l’ordre moral à l’ordre des réalités matérielles..." ; Pie IX, Encyclique Quanta cura (8 décembre 1864) ; Pie XII, Allocution (13 septembre 1952), AAS, t. XLIV, p. 779-789 ; Allocution (30 septembre 1954), AAS, t. XLVI, p. 587-598.

101 Saint Pie X, Lettre apostolique Notre charge apostolique (25 août 1910) ; Pie XI, Encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928).

102 Saint Pie X, Encyclique Pascendi (8 septembre 1907) ; Lettre apostolique Notre charge apostolique (25 août 1910).

103 Léon XIII, Encycliques Immortale Dei (1er novembre 1885) et Sapientiae christianae (10 janvier 1890).

104 Saint Pie X, Encyclique E supremi apostolatus (4 octobre 1903) ; Pie XI, Encyclique Quas primas (11 décembre 1925).

105 Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo (22 novembre 1439), DS 1310-1327 ; Concile de Trente, session VII (7 mars 1547), DS 1600-1613.

106 Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo (22 novembre 1439), DS 1312 ; Concile de Trente, session VII (7 mars 1547), DS 1611 et 1613.

107 Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo (22 novembre 1439), DS 1316 ; Concile de Trente, session VII (7 mars 1547), DS 1614-1627.

108 Concile de Trente, session VII (7 mars 1547), DS 1625.

109 Voir les références indiquées dans la note 63.

110 Concile de Trente, session VII (7 mars 1547), DS 1628-1630.

111 Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo (22 novembre 1439), DS 1323-1325 ; Concile de Trente, session XIV (25 novembre 1551), Décret sur le sacrement de pénitence, DS 1667-1693 et 1701-1715.

112 Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo (22 novembre 1439), DS 1324-1325 ; Concile de Trente, session XIV (25 novembre 1551), Décret sur le sacrement de l’extrême-onction, DS 1694-1700 et 1716-1719.

113 Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo (22 novembre 1439), DS 1327 ; Concile de Trente, session XXIV (11 novembre 1563), Doctrine du sacrement de mariage, DS 1797-1812.

114 Léon XIII, Encyclique Arcanum divinae (10 février 1880) ; Pie XI, Encyclique Casti connubii (31 décembre 1930).

115 Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo (22 novembre 1439), DS 1326 ; Concile de Trente, session XXIII (15 juillet 1563), Doctrine du sacrement de l’ordre, DS 1763-1778 ; Pie XII, Constitution apostolique Sacramentum ordinis (30 novembre 1947).

116 Concile de Trente, session XIII (11 octobre 1551), Décret sur la sainte eucharistie, DS 1635-1661 ; session XXI (16 juillet 1562), Doctrine sur la communion sous les deux espèces, DS 1725-1734 ; session XXII (17 septembre 1562), Doctrine du très saint sacrifice de la messe, DS 1738-1759 ; Pie XII, Encyclique Mediator Dei (20 novembre 1947) et Discours Magnificate Dominum mecum (2 novembre 1954).

117 Voir le Bref examen critique du Novus Ordo Missae présenté le 3 septembre 1969 au pape Paul VI par les cardinaux Ottaviani et Bacci.

118 Voir les références indiquées dans les notes 11, 30 et 31.

119 Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, DS 1520-1583.

120 Léon XIII, Encyclique Sapientiae christianae (10 janvier 1890) ; Lettre apostolique Testem benevolentiae (22 janvier 1899) ; saint Pie X, Encyclique Edita saepe (26 mai 1910) ; Pie XI, Encyclique Ubi arcano (23 décembre 1922) ; Pie XII, Encyclique Sacra virginitas (25 mars 1954).

121 Voir les références indiquées dans la note précédente.

122 Romains VI, 23 ; Hébreux X, 34 et XIII, 14 ; Léon XIII, Encyclique Quod apostolici muneris (28 décembre 1878).

123 Concile de Lyon II (1274), Profession de foi de Michel Paléologue, DS 856 ; Benoît XII, Constitution dogmatique Benedictus Deus (29 janvier 1336), DS 1000 ; Concile de Florence, Bulle Laetentur caeli (6 juillet 1439), DS 1304 ; Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, chapitre VI, DS 1545.

124 I Thessaloniciens IV, 16-17 ; Matthieu XXV ; Symbole de Nicée-Constantinople ; Concile de Florence, Bulle Laetentur caeli (6 juillet 1439), DS 1304.

125 Concile de Lyon II (1274), Profession de foi de Michel Paléologue, DS 856 ; Concile de Latran IV (1215), DS 801 ; Benoît XII, Constitution dogmatique Benedictus Deus (29 janvier 1336), DS 1002 ; Concile de Florence, Bulle Laetentur caeli (6 juillet 1439), DS 1304 ; Pie VI, Constitution dogmatique Auctorem fidei (28 août 1794), proposition condamnée n° 25, DS 2625.

126 Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 30, DS 1580.

127 Concile de Lyon II (1274), Profession de foi de Michel Paléologue, DS 856 ; Benoît XII, Constitution dogmatique Benedictus Deus (29 janvier 1336), DS 1000-1001

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Add. 27 juin 2026

 

Écrivant ce matin dans Il Giornale, @nicospuntoni rapporte que — le premier jour du consistoire des cardinaux — l'ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Müller, a exhorté le Saint-Siège à émettre une réponse formelle à la Profession de foi de la FSSPX et à rétablir la Commission pontificale Ecclesia Dei. Cf. Diane Montagna sur X / NicoSpuntoni sur X

 

Le cardinal Gerhard Ludwig Müller a exhorté le Saint-Siège à publier une réponse officielle au dernier défi lancé à Rome par la Fraternité Saint-Pie X et a proposé la création d'une nouvelle structure Ecclesia Dei pour accueillir les membres qui devraient quitter la Fraternité à la suite des consécrations épiscopales prévues le 1er juillet.

 

L'ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a fait cette proposition le jour de l'ouverture du consistoire extraordinaire des cardinaux qui se tient au Vatican les 26 et 27 juin. Cf. Diane Montagna 

 

Le cardinal a demandé une réponse à FSSPX après les accusations de déviations par rapport à la tradition. [...] "Léon XIV avait demandé aux cardinaux de faire preuve de franchise. Et certains l'ont pris au mot."

 

[...] Aujourd'hui, grâce au travail accompli à l'époque par la Commission pontificale "Ecclesia Dei", il existe au sein de l'Église, en pleine communion avec Rome, des institutions qui célèbrent l'ancienne liturgie et reconnaissent le concile Vatican II. Ecclesia Dei a été supprimée en 2019 par le pape François.

 

Des restrictions concernant ces célébrations ont été introduites en 2021 avec Traditionis Custodes, mais aujourd'hui, une position plus tolérante semble prévaloir au sein du Sacré Collège. Ceci s'explique notamment par le fait que, comme l'a révélé Diane Montagna, experte du Vatican, il y a environ un an, la plupart des évêques consultés avant l'introduction de cette mesure s'étaient opposés à ces interdictions.

 

L'intervention de Müller a été accueillie sans commentaire, mais à la fin de la réunion – d’après ce que nous avons compris – plusieurs cardinaux d’orientations différentes semblaient être d’accord et ont également apprécié la franchise du cardinal, l’un des plus reconnus pour ses études et sa carrière ecclésiastique. IlGiornale

 

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23 juin 2026 2 23 /06 /juin /2026 10:21

Le pape Léon XIV prononcera un discours en direct le 3 juillet pour la cérémonie annuelle de remise de la médaille américaine de la liberté du Centre national de la Constitution (site internet)

Il recevra la médaille @ConstitutionCtr's de la médaille "pour son travail de toute une vie en faveur de la liberté religieuse, de la liberté de conscience et d'expression dans le monde entier".

Cf. Michael Haynes sur X

Pour ceux qui ont étudié la théologie sacrée, il est clair que le père de l'idée moderne de la "liberté" du péché et de l’erreur est Lucifer. Son "Non Serviam" fut le premier acte de rébellion contre Dieu. De là jaillit toute la pensée moderne et révolutionnaire qui a corrompu l'authentique liberté qui est la vérité et le chemin qui mène vers elle, le Christ. (Jn 14,6)

 

C'est le noyau du gnosticisme : la doctrine qui, sous couvert de libération, asservit l'âme et détruit les sociétés. C'est le fil empoisonné qui a égaré tant de civilisations, y compris la nôtre. L'Église a combattu ces idées pendant 2000 ans. Maintenant, le successeur de Pierre reçoit un prix d'une institution laïque pour avoir promu la "liberté religieuse", "la liberté de conscience et d'expression dans le monde entier."

 

"Pendant seize cent ans, depuis que l'Eglise a gagné sa liberté sous Constantin, le Magistère a enseigné de manière ininterrompue qu'il n'était pas permis que les erreurs religieuses se répandent librement dans la société. [...] Les autorités civiles avaient donc le devoir d'empêcher la propagation de ces maladies spirituelles, et l'Église donnait des instructions au gouvernement, car l'autorité civile n'est pas compétente pour les questions de vérité religieuse.

[...] Avant le concile Vatican II, l'Église avait toujours enseigné [...] que l'erreur n'a pas le même droit que la vérité à être propagée. L'erreur n'a pas de droit par nature, tout comme nous n'avons pas le droit, par nature, de pécher. Dieu n'a pas donné à l'homme la liberté de commettre un mal moral (le péché) ou un mal intellectuel (l'erreur). [...] Certains affirment : 'Ma conscience me dicte de créer une église satanique afin d'adorer Satan. Cela m'est permis à cause de la liberté de ma conscience et la liberté de religion. [...] Dignitatis humanae affirme que la liberté de choisir sa religion est un droit qui trouve son fondement dans la nature même de la personne humaine (n° 2 'In ipsa eius natura fundatur'), [...]. Mais l'homme n'a pas le droit par nature de commettre un péché ou d'embrasser l'erreur. Il n'existe pas de droit naturel d'offenser ou d'outrager Dieu. [...]  Nous pouvons tolérer le péché et l'erreur, mais ils n'ont pas de droit naturel; ce serait là une perversion de l'ordre créé par Dieu, puisqu'Il a créé tous les êtres humains dans le seul but de connaître et d'adorer explicitement Dieu, la Très Sainte Trinité." (Mgr Athanasius Schneider, Christus vincit, Le Triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps, Contretemps, Versailles 2020, p. 112-113.)

 

"11. Le don du libre arbitre dont Dieu le Créateur a doté la personne humaine accorde à l'homme le droit naturel de choisir seulement ce qui est bien et vrai. Par conséquent, aucune personne humaine n'a un droit naturel d'offenser Dieu en choisissant le mal moral du péché ou l'erreur religieuse d'idolâtrie, de blasphème, ou une autre fausse religion." (Déclaration sur les vérités relatives à certaines des erreurs les plus courantes dans la vie de l'Eglise de notre temps in Mgr Athanasius Schneider, Christus vincit, p. 385.)

 

 

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22 juin 2026 1 22 /06 /juin /2026 14:04

 

Compte tenu des prochaines ordinations de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et de la question de l'adhésion au Concile Vatican II, il convient de rappeler ce texte de Mgr Brunero Gherardini, publié à l'origine en 2011 par Disputationes Theologicae.

 

La lettre est née en réponse à l'article de Mgr Fernando Ocáriz publié dans L'Osservatore Romano sur l'adhésion au Magistère conciliaire. Gherardini, l'un des théologiens les plus importants dans la discussion sur l'interprétation de Vatican II, ne nie pas le caractère magistériel du Concile, mais introduit une distinction décisive : reconnaître que Vatican II appartient au Magistère ne revient pas à convertir chacune de ses déclarations en dogme ou à exclure toute question sur sa continuité avec la Tradition.

 

Compte tenu des récentes consécrations de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et de la question de l'adhésion au Concile Vatican II, il convient de récupérer ce texte de Mgr Brunero Gherardini, publié à l'origine en 2011 par Disputationes Theologicae.

 

 

Église-Tradition-Magistère 


La grande célébration du cinquantième anniversaire a commencé. Le battement de tambour n'est pas encore entendu, mais il est déjà perçu dans l'air. Le cinquantième anniversaire de Vatican II donnera libre cours à tout ce qui peut être imaginé en termes de louanges. De la sobriété qui avait été demandée, comme attitude et comme occasion de réflexion et d'analyse pour une évaluation plus approfondie et plus critique de l'événement conciliaire, il n'y a plus d'ombre. Nous ne faisons déjà aucun effort pour répéter ce qui a été dit et répété depuis cinquante ans : Vatican II est le point culminant de la Tradition et de sa synthèse même. Des congrès internationaux sont déjà prévus dans le cadre du plus grand et du plus important de tous les conciles œcuméniques ; d'autres, de plus ou moins grande portée, seront organisés en cours de route. Et la production de l'essai sur le sujet s'enrichit jour après jour. L'Osservatore Romano fait évidemment sa part et insiste surtout sur l'adhésion au Magistère (2/12/2011, p. 6) : Vatican II est un acte du Magistère, donc... La raison invoquée est que tout acte du Magistère doit être reçu par les pasteurs qui, en vertu de la succession apostolique, parlent avec le charisme de la vérité (DV 8), avec l'autorité du Christ (LG 25), à la lumière de l'Esprit Saint (ibid.) .

 

Outre le fait de démontrer le Magistère de Vatican II par Vatican II lui-même, ce qui était autrefois appelé petitio principii, il semble clair que cette façon de procéder part de la prémisse du Magistère en tant qu'absolu, sujet indépendant de tout et de tous, sauf de la succession apostolique et de l'assistance de l'Esprit Saint. Cependant, si la succession apostolique garantit la légitimité de l'ordination sacrée, il est difficile d'établir qui garantit l'intervention de l'Esprit Saint dans les termes dans lesquels elle est mentionnée.
Il y a cependant quelque chose qui est hors de discussion : rien au monde, réceptacle des choses créées, ne possède l'attribut de l'absolu. Tout est en mouvement, dans un circuit d'interdépendances réciproques, et donc tout dépend, tout a un commencement et aura une fin : "Mutantur enim, dit le grand Augustin, ergo creata sunt." L'Eglise ne fait pas exception, ni sa Tradition, ni son Magistère. Ce sont des réalités sublimes, situées au sommet de l'échelle de toutes les valeurs créées, dotées de qualités qui causent des vertiges, mais qui restent des réalités avant-dernières. 

 

Immergée dans le moment trinitaire de son dessein, l'Église est et agit dans le temps comme un sacrement de salut. Le théandrisme qui en fait une continuation mystérieuse du Christ n'est pas contesté, ni ses propriétés constitutives (unité, sainteté, catholicité et apostolique), ni sa structure ou son service ; mais tout cela reste dans une réalité de ce monde, capable de servir de médiateur sacramentel à la présence divine, bien que toujours comme et comme une réalité de ce monde, qui par définition évite l'absolu.

 

Tant et si bien qu'elle s'identifie à sa Tradition, dont elle obtient la continuité avec elle-même, à laquelle elle doit son souffle vital et d'où découle la certitude que son hier devient toujours aujourd'hui pour préparer son lendemain. La tradition lui fournit donc le mouvement intérieur qui la propulse vers l'avenir, en sauvegardant son présent et son passé. Mais la Tradition n'est pas non plus un absolu : elle a commencé avec l'Eglise et finira avec elle. Il n’est de permanent que Dieu.

 

Dans la Tradition, l'Église exerce un véritable contrôle : un discernement qui distingue l'authentique du non authentique. Elle le fait à travers un instrument qui ne manque pas du charisme de la vérité, tant qu'il ne se laisse pas emporter par la tentation de l'absolu. Cet instrument est le Magistère, dont les détenteurs sont le Pape, en tant que successeur du premier pape, l'Apôtre Pierre, dans la chaire romaine, et les évêques en tant que successeurs des Douze dans le ministère ou le service de l'Église, partout où il y a une expression locale de celui-ci.  [Le Magistère est subordonné à la Tradition qui elle-même est subordonnée à Dieu. Note du blog Christ Roi]

 

Il va sans dire que le Magistère n'est pas une super-église qui impose des jugements et des comportements à l'Église elle-même ; il n'est pas non plus une caste privilégiée au-dessus du peuple de Dieu, une sorte de puissance forte qui suffit pour obéir. C'est un service, une diaconie. Mais aussi une tâche à accomplir, un munus, à savoir le munus docendi, qui ne peut et ne doit pas se chevaucher avec l'Eglise, dont et pour laquelle il est né et agit. D'un point de vue subjectif, il coïncide avec l'Église enseignante, le Pape et les évêques unis au Pape, selon la proposition officielle de la Foi. Sur le plan opérationnel, c'est l'instrument par lequel cette fonction est exercée.

 

Trop souvent, cependant, l'instrument devient une valeur en soi et est appelé à lui pour étouffer toute discussion dans l'œuf, comme s'il était au-dessus de l'Église et comme s'il n'avait pas devant lui l'immense masse de la Tradition qu'il doit accueillir, interpréter et relayer dans toute son intégrité et sa fidélité. Et c'est précisément ici que se révèlent les limites qui la préservent du danger de l'éléphantisme et de la tentation absolutiste.

 

Ce n'est pas le cas pour s'attarder sur la première de ces limites, la succession apostolique. Il ne devrait pas être difficile pour quiconque de prouver, au cas par cas, sa légitimité et, par conséquent, la succession conséquente en possession du charisme propre des Apôtres. Au lieu de cela, il vaut la peine de dire quelques mots sur la seconde, c'est-à-dire sur l'assistance du Saint-Esprit. La procédure rapide maintenant en vogue est plus ou moins la suivante : le Christ a promis aux Apôtres, et donc à ses successeurs, c'est-à-dire à l'Église enseignante, d'envoyer le Saint-Esprit et son assistance pour l'exercice du munus docendi en vérité ; par conséquent, l'erreur est exclue à l'avance. Oui, le Christ a fait une telle promesse, mais il a aussi indiqué les conditions de son accomplissement. Cependant, précisément dans la manière de faire appel à la promesse, il y a une falsification sérieuse : soit les paroles du Christ ne sont pas citées, soit si elles sont citées, elles ne reçoivent pas le sens qu'elles ont. Voyons de quoi il s'agit.

 

La promesse se trouve surtout dans deux textes du quatrième Évangile : Jn 14, 16, 26 et 16, 13-14. Déjà dans la première des limites mentionnées résonne avec une extrême clarté : Jésus, en effet, ne se limite pas à promettre "l'Esprit de vérité" - notez cette italique, en raison de l'article spécifique thV, qui, de haut en bas, continue à se traduire par " de ", comme si la vérité était un attribut facultatif de l'Esprit Saint, alors qu'en fait il la personnifie - mais annonce aussi sa propre parole sur elle. Fonction : cela nous rappellera tout ce que Lui, Jésus, avait enseigné auparavant. Il s'agit donc d'une aide conservatrice à la vérité révélée, et non d'une intégration de celle-ci avec des vérités autres ou différentes de celles révélées, ou présumées telles.

 

Le second des textes johanniques, confirmant le premier, descend avec des précisions supplémentaires : l'Esprit Saint, en effet, "vous guidera vers toute la vérité", même vers celle que Jésus réduit maintenant au silence parce qu'elle est au-delà de la capacité de la sienne (16, 12) . Ce faisant, l'Esprit "ne parlera pas de lui-même, mais dira tout ce qu'il entendra [...] Il prendra de moi et vous le dira". Par conséquent, il n'y aura pas d'autres révélations. La seule Révélation se termine avec ceux à qui Jésus parle maintenant. Ses paroles ont une signification sans ambiguïté, se référant à l'enseignement qu'il a transmis et seulement à cet enseignement. Un langage qui n'est pas énigmatique ou crypté, mais qui est clair comme le soleil. Une objection pourrait être soulevée à la perspective d'une apparente nouveauté par rapport à ce que Jésus est maintenant silencieux et qui sera annoncé par le Saint-Esprit ; mais la délimitation de sa participation à une action guidant la possession de toute la vérité révélée par le Christ exclut les développements substantiels. Si des nouveautés apparaissaient, elles seraient de nouvelles significations, et non de nouvelles vérités ; d'où le très réussi eodem sensu eademque sententia de saint Vincent de Lérins. En bref, la prétention de lier tout mouvement de feuilles à l'aide de l'Esprit Saint, je voudrais dire toute nouveauté, et en particulier celles qui adaptent l'Église aux dimensions de la culture dominante et à la soi-disant dignité de la personne humaine, constitue non seulement un renversement structurel de l'Église elle-même, mais aussi une grande croix faite sur les deux textes indiqués ci-dessus.

 

Ce n'est pas tout. La limite de l'intervention magistrale réside également dans sa propre formulation technique. Pour qu'elle soit vraiment magistrale, dans un sens déterminant ou non, il est nécessaire que l'intervention recourt à une formule déjà consacrée, à partir de laquelle est mentionnée la volonté de parler comme "Pasteur et Docteur de tous les chrétiens en matière de foi et de morale, en vertu de son autorité apostolique", si c'est le Pape qui parle avec la même certitude, par exemple dans le cas d'un Concile œcuménique, au moyen des formules habituelles d'affirmation dogmatique contraignant la foi des chrétiens, est sans aucun doute présente. Les Pères conciliaires doivent lier la foi chrétienne à la révélation divine et à sa transmission ininterrompue. En l'absence de tels présupposés, ce n'est qu'au sens large que nous pouvons parler de Magistère : tous les mots du Pape, écrits ou prononcés, ne sont pas nécessairement Magistère ; et il en va de même pour les Conciles œcuméniques, dont bon nombre ne traitaient pas exclusivement de questions dogmatiques ou non exclusivement. Parfois, ils ont même inséré le dogme dans un contexte de conflits internes et de querelles personnelles ou entre factions, au point de rendre toute affirmation magistrale absurde dans ce contexte. Une impression clairement négative continue d'être faite par un concile œcuménique d'une importance dogmatique-christologique incontestable comme celui de Chalcédoine, qui a passé la plupart de son temps dans une lutte honteuse de personnalismes, de préséances, de dépositions et de réhabilitations ; Chalcédoine n'est pas un dogme en cela. De même, la parole du Pape ne le serait pas s’il déclarait en privé que "Paul ne comprenait pas l'Église comme une institution, comme une organisation, mais comme un organisme vivant, dans lequel chacun agit les uns pour les autres et les uns avec les autres, unis par le Christ"; exactement le contraire est vrai, et on sait que la première forme institutionnelle, précisément pour favoriser cet organisme vivant, a été structurée par Paul de manière pyramidale : l'apôtre au sommet, puis les episcopes-presbytres au sommet, puis les Hegoumenoi, les Proistamenoi, les Nouthetountes, les Diakonoi ; ce sont des distinctions de tâches et de métiers qui ne sont pas encore précisément définies, mais qui sont déjà des distinctions d'un organisme institutionnalisé. Ici aussi, qu'il soit clair, l'attitude du chrétien est celle du respect et, au moins en principe, celle de l'adhésion. Mais si pour la conscience du croyant individuel l'adhésion à un cas comme celui exposé n'est pas possible, cela n'implique pas la rébellion contre le Pape ou la négation de son Magistère : cela signifie seulement que ce n'est pas le Magistère.

 

Le discours revient maintenant, en conclusion, à Vatican II, afin de dire, si possible, un mot définitif sur son appartenance ou non à la Tradition et sur sa qualité magistrale. Il n'y a aucun doute sur ce dernier point, et ces élogieux qui louent depuis cinquante ans ne se lassent jamais de maintenir l'identité magistrale de Vatican II perdent leur temps et perdent du temps : personne ne le nie. Cependant, compte tenu de ses exubérances non critiques, un problème de qualité se pose : quel est le Magistère ? L'article de L'Osservatore Romano auquel j'ai fait référence au début parle du Magistère doctrinal : et qui l'a jamais nié ? Même une déclaration purement pastorale peut être doctrinale, dans le sens d'appartenance à une certaine doctrine. Mais quiconque a dit doctrinal dans un sens dogmatique se tromperait : aucun dogme n'a été défini par Vatican II, qui, s'il a aussi une valeur dogmatique, la possède d'une manière réflexive dans la mesure où il est lié aux dogmes precedemment définis. En fin de compte, comme cela a été dit et répété à quiconque a des oreilles pour entendre, son Magistère est solennel et suprême.

 

Plus problématique est sa continuité avec la Tradition, non pas parce qu'il n'a pas déclaré une telle continuité, mais parce que, surtout dans les points clés où il était nécessaire qu'une telle continuité devienne évidente, la déclaration n'a pas été prouvée.

 

7 décembre 2011

 

Cf. https://infovaticana.com/2026/06/21/que-adhesion-se-debe-al-concilio-vaticano-ii-la-respuesta-de-mons-gherardini-a-ocariz-en-2011/

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16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 16:01

L’archevêque Carlo Maria Viganò publie une lettre qu'il a envoyée au pape Léon XIV en janvier.

 

Il rejette l'idée qu'il soit schismatique :
"Face à l'excommunication qui m'est injustement imposée, je déclare que je ne suis pas schismatique ! Par la grâce de Dieu, je suis et je resterai un fils pieux de la sainte Église romaine et un sujet fidèle du pontificat romain".

 

 

Il affirme que les responsables du Vatican dans le procès contre lui ont été "incapables de réfuter un seul des arguments que j'ai présentés. Mais il leur suffisait que j'ose critiquer Vatican II et Jorge Mario Bergoglio pour me condamner à l'excommunication pour le crime de schisme".
Il demande à Léon XIV de dénoncer les problèmes de la papauté de François et de défendre la doctrine :
"Je vous demande d'exercer votre autorité suprême pour confirmer les frères dans la foi. Je vous demande de me confirmer dans la foi : s'il vous plaît, faites-le".

 

Il écrit que Vatican II était "destiné à être utilisé pour révolutionner toute la structure ecclésiale et la subvertir dans toutes ses composantes : dans la doctrine, la liturgie, la discipline, le droit canonique, et surtout dans sa constitution hiérarchique ".

 

Il renouvelle sa demande de rencontrer Léon XIV afin de lui dire "en personne certaines questions d’une importance capitale relatives à mon ministère apostolique et à la nécessité d'en assurer la continuité et l'avenir.’́


Texte intégral sur @CarloMVigano

 

Cf. Michael Haynes sur X

 

 

Extrait de la lettre :

 

"Je suis né à Varèse le 16 janvier 1941, au sein d'une famille profondément catholique. Grâce à elle, j'ai pu grandir en pratiquant quotidiennement ma foi, recevoir une solide éducation supérieure et mûrir ma vocation sacerdotale. J'ai été ordonné prêtre le 24 mars 1968 et, après un bref ministère paroissial à Pavie, j'ai été invité par le substitut du Secrétariat d'État de l'époque, l'archevêque Giovanni Benelli, à entrer à l'Académie pontificale ecclésiastique, où j'ai été admis en octobre 1971. J'ai servi sous cinq papes : d'abord dans les nonciatures de Bagdad, du Koweït et de Londres ; puis, à partir de janvier 1978, au Secrétariat d'État pendant plus de dix ans comme secrétaire de trois substituts ; et enfin comme observateur permanent auprès du Conseil de l'Europe et du Parlement européen à Strasbourg (1988-1992). Après ma consécration épiscopale, reçue des mains de Jean-Paul II, j'ai été envoyé au Nigéria comme nonce apostolique (1992-1998), puis rappelé à la Secrétairerie d'État comme délégué aux représentations pontificales (1998-2009). En 2009, le pape Benoît XVI m'a nommé secrétaire général du Gouvernorat de l' État de la Cité du Vatican , puis, en 2011, nonce apostolique aux États-Unis d'Amérique, poste que j'ai occupé jusqu'en 2016.

 

C’est dans le cadre de mes fonctions de délégué aux représentations pontificales que j’ai été amené à gérer les enquêtes relatives aux promotions à l’épiscopat, tant à la Curie romaine qu’aux nonciatures, ainsi que les dossiers les plus confidentiels et délicats concernant les évêques et les cardinaux, notamment celui de Theodore McCarrick et d’autres prélats homosexuels. Mes actions dans ce domaine ont entraîné mon éviction du Secrétariat d’État et ma nomination au Gouvernorat en tant que secrétaire général, où le pape Benoît XVI m’a confié la lutte contre la mauvaise gestion et le vaste réseau de corruption financière. Malgré cela, bien que j’aie redressé le budget du Gouvernorat, passant d’un déficit de 15 millions d’euros à un excédent de 35 millions en l’espace d’un an et demi, et malgré la volonté du pape de me nommer à la présidence du Conseil pontifical pour l’Économie du Saint-Siège, j’ai été démis de mes fonctions à la Curie romaine et nommé nonce apostolique à Washington. Mes actions ont perturbé des personnes qui, à l'époque, étaient très puissantes et capables de passer outre la volonté du pape Benoît XVI.

 

En 2016, jour de mon soixante-quinzième anniversaire, Bergoglio m'a ordonné de quitter la nonciature à Washington et m'a interdit de retourner au Vatican, où Jean-Paul II m'avait attribué un appartement permanent. Il m'a également interdit de résider dans la résidence romaine pour nonces retraités, spécialement aménagée par le pape Benoît XVI. Avant sa mort, Bergoglio a fait révoquer ma citoyenneté et mon passeport vaticans ; il m'a empêché d'accéder aux services de santé réservés aux membres du service diplomatique, malgré le paiement régulier de mes cotisations ; et il a ordonné la radiation de ma voiture du registre des véhicules du Vatican et a empêché le renouvellement de mon permis de conduire vaticanais, que je détenais sans interruption depuis 1973, me causant de graves difficultés et me condamnant de fait à l'assignation à résidence.

 

En août 2018, j'ai publié un mémorandum explosif concernant Theodore McCarrick et le vaste réseau de corruption et de complicité au sein de la Curie romaine, impliquant directement Jorge Mario Bergoglio. Par la suite, j'ai vécu plusieurs années dans des lieux secrets, comme me l'avait conseillé le cardinal Raymond Leo Burke, compte tenu des menaces que j'ai reçues et du décès, dans des circonstances très suspectes, de mon prédécesseur immédiat à Washington, le nonce apostolique Pietro Sambi, après des échanges houleux avec le cardinal McCarrick, à qui j'avais fait part des mesures prises par Benoît XVI pour lutter contre ses crimes d'agresseur en série.

 

La corruption, le chantage, la tromperie et les trahisons auxquelles j'ai dû faire face m'ont amené à m'interroger sur les origines profondes de l'état désastreux de l'Église catholique.

 

[...] De ma position privilégiée de secrétaire du Substitut, j'ai été témoin de l'hémorragie de milliers de vocations sacerdotales et religieuses, tandis que les prêtres qui ne voulaient ni soutenir la nouvelle voie conciliaire ni abandonner la liturgie tridentine étaient ostracisés, traités comme des hérétiques, excommuniés ou suspendus a divinis , privés de leur salaire et laissés à mourir dans la solitude.

 

En repensant à ces événements et réformes avec le regard désabusé d'aujourd'hui et à la lumière de l'expérience acquise lors d'événements similaires – notamment la manipulation du « Synode sur la famille » qui a conduit à Amoris Lætitia et, surtout, la révolution synodale en cours – je n'ai pu m'empêcher de voir dans tout cela une mentalité qui avait déjà préparé l'action subversive qui allait bientôt révéler ses effets les plus perturbateurs.

 

[...] La révolution conciliaire suivit un scénario très précis, sous une direction unique. Tout devait paraître parfaitement légal et conforme à la pratique ordinaire de l'Église : chaque document promulgué devait permettre à la fois une interprétation orthodoxe, destinée à rassurer les Pères conciliaires, et une interprétation hérétique, à diffuser ultérieurement. Ces documents révèlent les véritables intentions de ceux qui, par malice, instrumentalisèrent un concile pour imposer des erreurs doctrinales, morales et liturgiques, pourtant déjà condamnées par les pontifes romains.

 

[...] Ma dénonciation de l'apostasie de l' Église conciliaire et synodale et de sa rupture avec la Tradition, ainsi que mes doutes fondés quant à la légitimité du « pontificat » de Bergoglio – que j'ai exprimés en toute conscience, croyant accomplir mon mandat de Successeur des Apôtres – m'ont valu une excommunication injuste, illégitime et motivée par l'idéologie."

 

Source Texte intégral : Life Site News

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11 juin 2026 4 11 /06 /juin /2026 08:31

Mgr Schneider : "Vatican II a été un catalyseur pour faire ressortir dans l'Église tout ce qui était latent avant lui dans le mouvement moderniste".

 

Les fruits de la perte de foi au sein du clergé sont une "confusion générale considérable, un obscurcissement et une obscurité profonde concernant la doctrine, la morale et la liturgie", a déclaré l'évêque Athanasius Schneider.
 
L’évêque Athanasius Schneider d’Astana, au Kazakhstan, a déclaré qu’un "nombre remarquable de membres de haut rang" du clergé avaient "perdu la foi catholique".
 
"Ils veulent une autre Église : une Église mi-protestante, mi-mondaine, adaptée à l'impression du monde", a déclaré Mgr Schneider à l'écrivain et podcasteur catholique Matt Gaspers lors d'une discussion plus large sur le concile Vatican II et la Fraternité Saint-Pie X.

"Ils sont un nombre remarquable au cours des 60 dernières années. Ils ont une influence au sein de l'Église. […] Ils ont promu cela avec une conviction intérieure, un désir de changer véritablement la foi catholique, de l'adapter complètement au monde et d'avoir une nouvelle religion relativiste, une sorte de syncrétisme", a déclaré l'évêque.

 

La période qu'il a mentionnée désigne la conclusion du concile Vatican II en 1965 comme un tournant pour l'orthodoxie apparente des dirigeants catholiques. De fait, Mgr Schneider a ouvertement critiqué Vatican II et la perte d'un enseignement traditionnel clair – et de la foi – qui s'en est suivie.

 

Mgr Schneider a déclaré qu’il est "difficile" de déterminer quels membres du clergé ont l’attitude de "changer la foi catholique", mais que nous pouvons constater le résultat, les "fruits" : "Une confusion générale énorme, un obscurcissement, une obscurité concernant la doctrine, la morale et la liturgie."

 

Au cours de l'entretien, Gaspers et Schneider ont convenu que le Concile Vatican II lui-même posait problème en raison de ses déclarations ambiguës qui pouvaient être interprétées de manière hérétique.

 

Gaspers a demandé  à Schneider pourquoi le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF), demande à la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) d’accepter sans condition Vatican II comme condition pour être considérée comme "catholique".

 

L’évêque a souligné que d’anciens papes avaient exigé la même chose de Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la FSSPX. Selon lui, même demander à quelqu’un de déclarer que Vatican II est conforme à la tradition revient à exiger "une violence envers sa raison" ou à se livrer à un "exercice d’acrobaties intellectuelles".

 

En fait, le pape François, tout comme le pape Léon XIV, a présenté ses innovations doctrinales "discutables" comme un "développement des enseignements de Vatican II", a souligné l'évêque.

 

"Mais nous constatons que c’est un désastre. Si le fruit n’est que confusion et ambiguïté, comment l’ambiguïté peut-elle être la voix du Saint-Esprit ?" a déclaré Mgr Schneider.

 

"Personne ne donne sa vie pour quelque chose d’ambigu", a-t-il ajouté.

-----------------------------------

Note du blog Christ Roi. Vous pouvez retrouver les thèmes abordés par Mgr Schneider dans cet entetien dans son livre : "Christus vincit, Le Triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps", éd. Contretemps, Versailles 2020.

 

 

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 20:00

"Cette confiance a été ébranlée dans l’Église ; pour beaucoup, elle a été détruite." Un canoniste chevronné examine le pontificat de François et Léon.

 

"Le pape François a transformé l’indissolubilité du mariage en une farce par le biais d’Amoris Laetitia. Elle ne s’applique désormais qu’en théorie. En pratique, avec quelques distinctions pastorales — sur quelle base que ce soit, par qui que ce soit — on peut vivre en adultère avec une conscience tranquille."

 

Cf. Michael Haynes sur X

 

"De plus en plus de catholiques réalisent que la doctrine de l'Église ne sert plus de limite aux actions de la hiérarchie. C'est la maladie dont l'Église souffre véritablement". Mgr Grichting met en garde que les actions papales ont "détruit" la confiance en l'Église.

 

Cf. Per Mariam sur X

 

 

La confiance dans l'Église a été "détruite" pour beaucoup ces dernières années.

 

Telle est l’évaluation de Monseigneur Martin Grichting, professeur estimé de droit canonique, vicaire général émérite du diocèse de Coire et ancien consultant de la Congrégation pour le Clergé.

 

Michael Haynes

 

5 juin 2026

 

L'Église souffre d'un manque de confiance généralisé et dévastateur, dû en grande partie au pontificat du pape François, dont le règne a été marqué par des ruptures avec l'enseignement catholique sur le mariage, la nature de l'Église et son rôle dans le salut.

 

Telle est l’évaluation de Monseigneur Martin Grichting, professeur estimé de droit canonique, vicaire général émérite du diocèse de Coire et ancien consulteur de la Congrégation pour le Clergé au Vatican.

 

"Cette confiance a été ébranlée au sein de l’Église ; pour beaucoup, elle a été anéantie", écrit-il. { L’analyse de Grichting a initialement paru dans InfoVaticana, mais la traduction anglaise officielle est publiée ici avec l’autorisation de Mgr Grichting. Le texte intégral se trouve ci-dessous .}

 

Grichting cite des moments clés tels que Amoris Laetitia, Fiducia Supplicans, la Déclaration d'Abu Dhabi et le Synode sur la synodalité comme ayant contribué à la crise à laquelle il fait référence :

 

Avec son encyclique "Amoris Laetitia", le pape François a transformé l'indissolubilité du mariage en une farce. Elle n'est plus valable qu'en théorie. En pratique, grâce à quelques "distinctions pastorales" – sur n'importe quel fondement, par n'importe qui – on peut vivre dans l'adultère en toute conscience.

 

La bénédiction non liturgique de quelques secondes accordée par le Vatican aux couples de même sexe et aux couples non mariés ("Fiducia supplicans") constitue un éloignement supplémentaire du mariage chrétien.

 

Il avertit également que ces problèmes "persistent sous le pape Léon XIV", notamment avec le Synode sur la synodalité et les travaux du Secrétariat général du Synode des évêques qui a récemment publié "un texte hérétique qui relativise l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille (Rapport final du Groupe d’étude 9 concernant les "questions complexes") ».

 

Le monseigneur souligne également les restrictions importantes imposées à la liturgie traditionnelle – mises en œuvre par le pape François en 2021. "Les laïcs sont humiliés de se voir interdire de célébrer cette forme d’Eucharistie dans les églises paroissiales. Ces fidèles sont contraints à la clandestinité ou à rejoindre la Fraternité Saint-Pie-X, dont l’existence même est alors déplorée."

 

Il souligne la contradiction apparente : le Saint-Siège ferme les yeux sur les agissements de plus en plus hétérodoxes de l'épiscopat allemand, tout en réprimant avec vigueur et promptitude la Fraternité Saint-Pie-X pour son attachement à la tradition. Les Allemands, écrit Grichting, agissent "sans entrave", bien qu'ils s'emploient depuis des années à "saper l'ordre sacramentel de l'Église avec leur 'chemin synodal' et à institutionnaliser la bénédiction des couples de même sexe". À l'inverse, la Fraternité Saint-Pie-X "est menacée d'excommunication en vertu de l'autorité absolue du pape".

 

Concernant la double réponse du Saint-Siège aux Allemands et à la FSSPX, Grichting commente que le Pape ignore Lumen Gentium n° 21 "concernant le sacrement de l’Ordre et exige l’acceptation de la Constitution sur la liturgie… Ces deux poids, deux mesures détruisent la confiance de nombreux fidèles."

 

Soulignant un exercice déformé de l'autorité papale, Grichting note que les consécrations épiscopales prévues par la FSSPX constituent "sans aucun doute une tentative problématique de limiter l'omnipotence papale lorsque sa limite ne semble plus être la doctrine de l'Église".

 

Afin de réparer les dégâts au sein de l'Église, Mgr Grichting a exhorté le Pape à "panser les plaies infligées à la doctrine de l'Église", mais a averti que cela ne se ferait pas par "des diktats, des menaces et des doubles standards".

 

"La Fraternité Saint-Pie X n’est pas la maladie, mais un symptôme", écrivait-il. "Ce symptôme peut être combattu par l’excommunication. La suprématie papale le permet sans aucun doute légalement. Mais la maladie n’en sera pas guérie. Elle continuera de s’envenimer, de diviser et d’affaiblir le Corps du Christ, l’Église."

 

Pour Grichting, le pape doit se montrer plus proactif, non seulement pour sanctionner la Fraternité Saint-Pie X, mais aussi pour remédier à la crise dévastatrice de doctrine et d'autorité qui sévit actuellement au sein de l'Église.

 

Suite en anglais :

 

Une crise de confiance dans l'Église

Seule la constance papale peut panser les plaies infligées à l'unité de l'Église. Un commentaire de Martin Grichting.

 

Per Mariam

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>Consécrations épiscopales de la FSSPX : "Au fond, le conflit tourne autour de la question de la vérité" – Évêque Athanasius Schneider

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 07:46

La journaliste Diane Montagna a publié un article approfondi de Mgr Athanasius Schneider, dans lequel ce dernier soutient que le véritable problème n'est pas d'ordre juridique, mais plutôt doctrinal et liturgique.

Consécrations épiscopales de la FSSPX : "Au fond, le conflit tourne autour de la question de la vérité" – Évêque Athanasius Schneider

L'évêque Athanasius Schneider expose la ''question centrale'' dans le débat sur les consécrations épiscopales de la FSSPX

 

Source: https://dianemontagna.substack.com/p/exclusive-bishop-schneider-sets-out

 

Traduction Blog Christ Roi

 

''Au fond, le conflit tourne autour de la question de la vérité'', déclare l'évêque dans une nouvelle déclaration.

 

Déclaration complète ici :

 

https://dianemontagna.substack.com/p/exclusive-bishop-schneider-sets-out

Cf. https://dianemontagna.substack.com/p/exclusive-bishop-schneider-sets-out

Cf. https://dianemontagna.substack.com/p/exclusive-bishop-schneider-sets-out

Diane Montagna

 

4 juin 2026

 

ROME, 4 juin 2026 — Alors que la Fraternité Saint-Pie X s'apprête à procéder aux consécrations épiscopales le 1er juillet, l'évêque Athanasius Schneider a publié une nouvelle déclaration affirmant que la controverse dépasse les questions de discipline ecclésiastique et reflète des différends doctrinaux et liturgiques qui persistent au sein de l'Église catholique depuis le concile Vatican II.

 

Intitulé "La question centrale concernant la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X" et publié intégralement ci-dessous, le document est structuré autour de cinq arguments principaux et pose plusieurs questions clés, notamment :

 

Pourquoi l’acceptation inconditionnelle par la FSSPX des textes de Vatican II est-elle présentée comme une condition sine qua non à la pleine communion avec le Saint-Siège, alors qu’aucune exigence comparable n’existe en ce qui concerne les enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des vingt conciles œcuméniques précédents ?

 

Pourquoi faut-il insister sur la réconciliation et le dialogue patient dans le cas des évêques allemands, mais pas dans celui de la FSSPX ?

 

L'évêque Schneider a déclaré qu'il publiait ce texte parce que les discussions sur la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) et les consécrations épiscopales prévues sont restées largement superficielles, en particulier parmi le clergé et les fidèles attachés aux traditions, sans aborder ce qu'il considère comme les questions fondamentales en jeu.

 

Il soutient que la question centrale concerne les ambiguïtés doctrinales issues du concile Vatican II et leurs effets néfastes et généralisés sur la vie de l'Église au cours des soixante dernières années, notamment la montée du relativisme doctrinal. Il affirme également que des ambiguïtés doctrinales non résolues subsistent dans le Novus Ordo Missae.

 

Lire : Le cardinal Robert Sarah a appelé à des "clarifications" de certaines parties de l'interprétation de Vatican II

 

Selon lui, le légalisme et une conception trop restrictive de la fidélité au pape ont trop souvent primé sur la clarté de la doctrine et du culte. L’Église, affirme-t-il, doit retrouver la primauté de la vérité et de la clarté doctrinale, auxquelles le droit canonique et la papauté elle-même doivent être subordonnés, comme ce fut le cas tout au long de son histoire.

 

L’évêque appelle donc à un débat franc sur ces questions et estime que la FSSPX peut apporter une contribution constructive à l’Église universelle. Il ajoute que cette contribution serait renforcée par une approche plus pastorale du Saint-Siège, notamment par l’intégration progressive de la Fraternité dans la vie normale de l’Église, potentiellement par l’octroi d’un mandat apostolique pour les consécrations épiscopales prévues le 1er juillet.

 

 

 

LA QUESTION ESSENTIELLE CONCERNANT LA FRATERNITÉ SAINT PIE X

Par l'évêque Athanasius Schneider

 

Les questions et problèmes relatifs à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) font l'objet d'un débat largement stérile depuis plus de cinquante ans et ont abouti aux consécrations épiscopales annoncées, qui n'ont pas encore été approuvées par le Saint-Siège. Ce débat, souvent alimenté par l'émotion – parfois littéralement ''cum ira et studio'' – (avec colère et zèle), est fréquemment mené par des personnes qui ne connaissent pas directement les documents pertinents ni n'ont d'expérience personnelle de la FSSPX. Dans bien des cas, leurs connaissances sont superficielles et influencées par des préjugés. De ce fait, le débat ressemble souvent à un dialogue de sourds, où les mêmes arguments sont répétés indéfiniment sans aucun progrès significatif.

 

De plus, le débat élude largement la question centrale soulevée par la FSSPX. Cet échec découle d'une erreur méthodologique fondamentale et d'un manque de justification factuelle concernant les ambiguïtés doctrinales et liturgiques objectives qui sont au cœur de la controverse. Au fond, le conflit porte sur la question de la vérité.

 

1. Vatican II dans le contexte des vingt autres conciles œcuméniques

 

La première erreur consiste à traiter un concile pastoral – en l’occurrence, le Concile Vatican II – comme s’il était entièrement dogmatique, et à présumer que toutes ses déclarations doivent être considérées comme définitives et contraignantes pour tous les catholiques. Ceux qui agissent ainsi oublient que Paul VI lui-même avait déclaré : ''Certains se demandent quelle autorité, quelle qualification théologique le Concile a entendu donner à ses enseignements, sachant qu’il s’est gardé d’émettre des définitions dogmatiques solennelles remettant en cause l’infaillibilité du Magistère ecclésiastique. La réponse est connue de quiconque se souvient de la déclaration conciliaire du 6 mars 1964, réitérée le 16 novembre 1964 : compte tenu du caractère pastoral du Concile, il s’est abstenu de prononcer, de manière extraordinaire, des dogmes revêtus de la note d’infaillibilité.'' (Audience générale, 12 janvier 1966). Cela s’applique également aux deux constitutions ''dogmatiques'' du Concile, Dei Verbum et Lumen gentium, puisque l’adjectif ''dogmatique'' possède un sens plus large et ne se limite pas aux dogmes compris comme des enseignements dotés d’infaillibilité

 

[Pour qu’un enseignement papal soit considéré comme **infaillible**, quatre conditions **cumulatives** doivent être remplies :
 
1. **Le pape parle *ex cathedra***
   - C’est-à-dire **en tant que pasteur et docteur suprême de tous les chrétiens**, en tant que "successeur de Saint Pierre" et non en tant que personne privée ou en tant qu’évêque de Rome seulement.
 
2. **Il définit une doctrine**
   - Il ne s’agit pas d’une simple opinion ou exhortation, mais d’une **définition solennelle** (acte formel et définitif).
 
3. **La doctrine concerne la foi ou les mœurs**
   - Elle doit porter sur une vérité **nécessaire au salut** (dogme de foi ou morale).
 
4. **Il utilise sa suprême autorité apostolique**
   - Il agit en vertu de son **pouvoir suprême** comme successeur de Pierre, avec l’intention de lier toute l’Église, c''est-à-dire qu'il mentionne qu'il contraint tous les croyants à croire ce qu'il définit.
 
**Source officielle** :
> *« Le Pontife romain, lorsqu’il parle *ex cathedra*, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. »*
> — **Concile Vatican I, Pastor Aeternus, Chapitre 4** (18 juillet 1870)
 
 
### **Dernier exemple en date d’enseignement papal infaillible**
Le dernier cas universellement reconnu comme répondant à ces critères est la définition du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie par le pape Pie XII, le 1er novembre 1950, dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus :
> "Nous déclarons, prononcions et définissons comme un dogme révélé par Dieu que l’Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la gloire céleste."
 
- Les **canonisations** (comme celles prononcées par Jean-Paul II ou François) sont souvent citées comme des actes *ex cathedra* et infaillibles, car elles engagent l’autorité suprême du pape sur une vérité de foi (la sainteté d’une personne au ciel). Cependant, leur statut d’infaillibilité est parfois débattu par les théologiens, car elles ne définissent pas explicitement un dogme de foi ou de morale au sens strict de *Pastor Aeternus*
.
- *Ordinatio sacerdotalis* (1994, Jean-Paul II) sur l’ordination réservée aux hommes est considérée par le Magistère comme **infaillible**, mais via le **Magistère ordinaire et universel** (et non *ex cathedra* au sens strict). La Congrégation pour la doctrine de la foi a confirmé en 1995 et 1998 que cette doctrine est **définitive et infaillible**. 
 
 
 

"Tout de même, il est évident que l’infaillibilité n’a pas été conférée au Pontife romain en tant que personne privée, mais en raison du fait qu’il remplit la charge de pasteur et de docteur suprême de tous les chrétiens. De plus, il ne l’exerce pas comme s’il avait autorité en lui-même ou par lui-même, mais 'par sa suprême autorité apostolique' et 'par l’assistance de l’Esprit Saint, qui lui est promise en la personne de saint Pierre'. Enfin, il ne la possède pas comme s’il pouvait en disposer ou en compter dans n’importe quelle circonstance, mais seulement lorsqu’il parle ex cathedra, et seulement dans un domaine doctrinal limité aux vérités de foi et de morale, et à celles qui sont intimement liées à elles." – Pape Jean-Paul II, "L’assistance de l’Esprit Saint au Pontife romain", Audience générale, 24 mars 1993.

 
Note du blog Christ Roi.]
 

Parmi les vingt autres conciles œcuméniques, on trouve de nombreuses déclarations et documents pastoraux ou disciplinaires qui ne sont plus applicables aujourd'hui (par exemple, le décret du quatrième concile du Latran stipulant : ''Si un seigneur temporel néglige de purifier son territoire de la souillure hérétique, il sera excommunié''), ainsi que des déclarations doctrinales non définitives (par exemple, sur la matière et la forme du sacrement de l'Ordre, du concile de Florence) qui ont été ultérieurement corrigées par le Magistère de l'Église. On ne saurait absolutiser toute forme historique concrète de leadership ecclésiastique, car cela reviendrait à supprimer la distinction nécessaire entre, d'une part, les vérités immuables et éternelles de la foi (Depositum Fidei) et, d'autre part, les divers modes de transmission de ces vérités (par exemple, une déclaration pastorale, une déclaration doctrinale non définitive ou une définition ex cathedra), chacun ayant un degré d'autorité et de force contraignante différent.

 

Aujourd'hui, cependant, pour être en pleine communion avec le Saint-Siège, il faut accepter les affirmations et les enseignements pastoraux de Vatican II, qui, de par leur nature magistérielle, ne sont pas définitifs. Ceci soulève une question importante : pourquoi l'acceptation inconditionnelle des textes de Vatican II est-elle présentée comme une condition sine qua non à la pleine communion avec le Saint-Siège, alors qu'aucune exigence comparable n'existe concernant les enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des vingt conciles œcuméniques précédents ?

 

Parmi les enseignements non définitifs de Vatican II, il en existe plusieurs — notamment ceux concernant

>la liberté religieuse,

>l’œcuménisme,

>le dialogue interreligieux

>et la collégialité — dont les formulations sont ambiguës et difficiles à concilier avec les doctrines enseignées de manière constante par le Magistère depuis l’époque des Pères de l’Église jusqu’à la période qui a immédiatement précédé le Concile.

 

Se pose également la question des carences rituelles et doctrinales du Novus Ordo Missae. Ces préoccupations ne peuvent plus être écartées d'emblée, comme en témoigne, par exemple, l'archimandrite Boniface Luykx dans son ouvrage *A Wider View of Vatican II: Memories and Analysis of a Council Consultor* (Angelico Press, Brooklyn, NY, 2025).

Les défauts du Novus Ordo Missae demeurent un sujet de débat sérieux et ne sauraient être passés sous silence. Néanmoins, le Saint-Siège demande à la FSSPX d'accepter non seulement la validité, mais aussi la légitimité et la bonté de la réforme liturgique du Novus Ordo Missae.

 

2. Deux excès modernes dans la vie de l’Église : le légalisme et le papocentrisme.

 

La résolution de la question de la FSSPX est entravée non seulement par une réticence à aborder, avec honnêteté intellectuelle, les questions doctrinales sous-jacentes et à reconnaître l'existence d'ambiguïtés doctrinales nécessitant une correction, mais aussi par une mentalité malsaine qui s'est développée au sein de l'Église au cours des derniers siècles : à savoir, la primauté du légalisme ou du positivisme juridique, associée à un papocentrisme excessif qui frôle une quasi-divinisation de la fonction et de la personne du pape.

 

"Le pape n’est pas un Führer" : le cardinal Müller s’exprime sur l’ultramontanisme

 

Lire : "Le pape n’est pas un Führer" : le cardinal Müller s’exprime sur l’ultramontanisme

 

Ces exagérations modernes dénaturent et restreignent la vie de l'Église en subordonnant la primauté de la pureté et de la clarté de la foi et de la liturgie aux exigences du légalisme et du papocentrisme – un phénomène étranger aux Pères de l'Église et à la grande tradition. Dans cette forme exacerbée de papocentrisme, le Pape et son magistère, même lorsqu'ils ne sont pas strictement dogmatiques ou définitifs, tendent à être considérés comme possédant un caractère absolu et quasi divin. Le climat ecclésial a souvent été façonné, au moins implicitement, par des conceptions qui se rapprochent de telles attitudes.

La plupart des commentateurs de la controverse actuelle sur les consécrations épiscopales de la FSSPX restent, souvent inconsciemment, influencés par les excès de légalisme et le papisme exacerbé qui caractérisent une grande partie de la vie ecclésiale contemporaine. La loi selon laquelle les consécrations épiscopales effectuées sans autorisation papale – ou contrairement à la volonté exprimée du Pape – constituent un acte schismatique était étrangère à l’époque des Pères de l’Église. En effet, cette loi n’est entrée en vigueur qu’au deuxième millénaire. Le canon 1387 du Code de droit canonique de 1983, qui interdit la consécration d’un évêque sans mandat pontifical, est classé parmi les "offenses contre les sacrements", et non parmi les "offenses contre la foi et l’unité de l’Église", où le schisme est sanctionné (can. 1364). Si la consécration épiscopale sans mandat pontifical était intrinsèquement schismatique, elle serait classée parmi les offenses "contre l’unité de l’Église". Le canon correspondant du Code de 1917 a également été inclus parmi les "Délits dans l’administration et la réception des ordres et autres sacrements" (Titre XVI), plutôt que parmi les "Délits contre la foi et l’unité de l’Église" (Titre XI).

 

3. L’état de crise extraordinaire, voire d'urgence, au sein de l’Église

 

Depuis le Concile Vatican II, l'Église catholique traverse une période d'ambiguïté, de flou et d'incertitude concernant des doctrines essentielles telles que

>l'unicité du Christ Rédempteur,

>l'unicité de l'Église catholique,

>la structure monarchique instituée par Dieu (aux niveaux universel et local)

>et le caractère sacrificiel de la Sainte Messe.

Il est indéniable que ceux qui ont exercé le pouvoir administratif au Saint-Siège ces dernières décennies, et qui l'exercent encore aujourd'hui, exigent de la FSSPX, comme condition sine qua non à la pleine communion avec le Saint-Siège, l'acceptation de ce climat de fait d'ambiguïté et de relativisme doctrinal et liturgique, qui a atteint son paroxysme avec le processus synodal actuel, extrêmement confus, au sein de toute l'Église. Depuis le Concile, et compte tenu de certains enseignements ambigus mentionnés, un processus est en cours pour établir, avec l'autorité du Pontife romain, une prétendue "Église de Vatican II" ou "Église conciliaire". Ce courant, aujourd’hui désigné sous le nom d’"Église synodale", vise fondamentalement à devenir une religion relativiste adaptée au mondeLes tentatives visant à masquer cette nouvelle tendance vers une forme ambiguë, relativiste et mondaine de l’Église catholique par une herméneutique de la continuité sont malhonnêtes et peu convaincantes.

 

4. Le dilemme de conscience de la FSSPX

 

Le Saint-Siège exige de la FSSPX qu'elle accepte des doctrines formulées de manière ambiguë et non définitive comme condition sine qua non à la pleine communion avec lui et à la régularisation canonique. Il s'agit notamment d'enseignements concernant

>la liberté religieuse,

>l'œcuménisme,

>le dialogue interreligieux (y compris, par exemple, l'affirmation de Lumen Gentium 16 selon laquelle les musulmans, avec les catholiques, "adorent le Dieu unique et miséricordieux"),

>la collégialité épiscopale (entendue d'une manière qui diminue la structure monarchique de l'Église, instituée par Dieu), et les réformes liturgiques liées au Novus Ordo Missae.

 

Le Saint-Siège exige également de la FSSPX qu'elle reconnaisse formellement les déclarations et les enseignements des papes post-conciliaires appartenant au magistère dit authentique et quotidien. Parmi ceux-ci figurent, par exemple,

>certaines déclarations d'Amoris Laetitia qui sapent gravement, voire contredisent, la Révélation divine ;

>l'autorisation formelle du pape François permettant aux personnes divorcées et remariées de recevoir la sainte communion ;

>et la Déclaration sur les bénédictions pour les couples de même sexe, Fiducia Supplicans.

 

Si l’on examine avec une honnêteté intellectuelle la crise extraordinaire qui a frappé l’Église depuis le Concile – ainsi que les ambiguïtés et le relativisme doctrinal, liturgique et pastoral qui l’ont accompagnée –, alors l’existence et l’activité de la FSSPX peuvent être considérées, dans une perspective à long terme et à la lumière des deux mille ans d’histoire de l’Église, comme une œuvre de la divine providence et comme une source d’assistance pour l’Église durant une crise d’une ampleur sans précédent.

 

À la lecture des documents récemment publiés par le Supérieur général de la FSSPX, le Père Davide Pagliarani, et notamment la Déclaration de foi catholique et son Message à la Fraternité et à ses fidèles (ci-joints), on ne peut manquer de constater un esprit profondément catholique, imprégné d'une foi véritable dans la primauté papale et d'une dévotion filiale envers la personne du Souverain Pontife.

 

Le problème auquel est confrontée la FSSPX n'est pas difficile à comprendre. Le Saint-Siège exige qu'elle accepte, sans objection majeure, certains enseignements objectivement ambigus et imprécis du Concile Vatican II, des déclarations ambiguës du magistère pontifical post-conciliaire, ainsi que des failles doctrinales et rituelles objectives dans le Novus Ordo. Or, Dieu n'a jamais exigé l'acceptation de doctrines obscures ou formulées de manière ambiguë, et l'Église, tout au long de son histoire, a toujours agi en conséquence.

 

La FSSPX considère comme une raison d'être essentielle d'appeler, avec parrêsia, à un retour à la clarté et à la pureté absolues de la doctrine que l'Église s'est toujours efforcée de préserver à travers les siècles. Par le passé, les pontifes romains ont enduré persécution, martyre et même schismes plutôt que de tolérer la moindre ambiguïté dans l'expression de la foi. Parmi les exemples les plus notables figurent le rejet du terme ambigu "homoiousios" ; le rejet de l'Hénotikon qui, bien que non formellement hérétique, a néanmoins nui à la clarté de la doctrine christologique et facilité la propagation du monophysisme ; et le rejet des formulations christologiques ambiguës du pape Honorius Ier (+638). Plusieurs papes ont condamné Honorius Ier à titre posthume, non pour hérésie, mais pour ambiguïté doctrinale et pour avoir contribué à la propagation de l'hérésie. L'unité n'est pas, en soi, le critère ultime de la vérité. L'histoire de l'Église connaît de nombreuses situations où des tensions ont existé entre la tradition et l'exercice effectif de l'autorité ecclésiastique.

 

Le fait même que certains enseignements du Concile Vatican II, conjugués à la réforme liturgique, aient engendré – et continuent d’engendrer, tant en théorie qu’en pratique – un affaiblissement de la clarté doctrinale oblige le Pape, à l’exemple de nombre de ses prédécesseurs héroïques, à clarifier et, le cas échéant, à corriger ces enseignements. Il convient de le faire avec une précision et une clarté doctrinales renouvelées, afin qu’aucune interprétation ambiguë ou erronée ne puisse subsister. À cet égard, le principe suivant, qui a longtemps guidé les pontifes romains, demeure plus pertinent que jamais : "L’ambiguïté ne saurait être tolérée dans un synode (concile), dont la principale gloire consiste avant tout à enseigner la vérité avec clarté et à exclure tout risque d’erreur" (Pie VI, Auctorem fidei ).

 

Le drame de la situation actuelle réside dans le fait que le Saint-Siège exige de la FSSPX qu'elle accepte l'ambiguïté doctrinale et liturgique actuelle comme condition sine qua non à la pleine communion et à la régularisation canonique. Lors de la controverse monothélite, lorsque le pape Honorius Ier adopta une position ambiguë, le saint patriarche Sophronius de Jérusalem envoya à Rome son suffragant, Étienne, évêque de Dor, lui recommandant de se rendre auprès du Siège apostolique, où se trouvent les fondements de la doctrine orthodoxe, et de ne cesser de prier et de supplier jusqu'à ce que les autorités compétentes examinent et condamnent cette nouvelle erreur. L'évêque Étienne demeura à Rome pendant dix ans, persévérant dans cette mission jusqu'à ce qu'il soit témoin de la condamnation de l'hérésie par le pape Martin Ier au concile de Latran de 649. D'une certaine manière, la FSSPX remplit aujourd'hui un rôle similaire, exhortant sans cesse le Saint-Siège à mettre fin à cette situation d'ambiguïté et d'incertitude doctrinales et liturgiques. La FSSPX a maintes fois affirmé n'avoir d'autre intention que de former les âmes confiées à sa charge pastorale à devenir de bons chrétiens et de véritables fils et filles de l'Église romaine. En définitive, il convient d'être reconnaissant à la FSSPX pour ce rôle, et les futurs papes le seront assurément.

 

5. La solution pastorale du pape au problème de la FSSPX

 

Le Saint-Siège devrait accorder toute l’attention requise à la Déclaration de foi catholique et au Message aux fidèles publiés par le Supérieur général de la FSSPX, et reconnaître ces documents et actes comme suffisants et satisfaisant aux conditions minimales requises pour la communion ecclésiale. Une excommunication à l’heure actuelle ouvrirait une nouvelle blessure, inutile et évitable, au sein du Corps mystique du Christ.

 

À la lumière de ces documents et actes de la FSSPX, le Pape, animé d'une profonde compassion paternelle, pourrait faire une exception et autoriser les consécrations épiscopales par un geste pastoral d'une grande générosité. En excommuniant les évêques consécrateurs et consacrés, le Souverain Pontife punirait implicitement les fidèles de la FSSPX – une partie de son troupeau – qui l'aiment et le reconnaissent sincèrement, mais qui, confrontés à un véritable dilemme de conscience, n'ont d'autre choix que de continuer à recevoir l'assistance pastorale de la FSSPX, dont l'épiscopat demeure indispensable à l'existence, notamment pour l'administration des sacrements de l'Ordre et de la Confirmation.

 

Par conséquent, uniquement pour le salut des âmes et le bien de l'Église, la FSSPX demande au Souverain Pontife de faire preuve de compréhension, dans les circonstances actuelles, quant à son besoin d'avoir des évêques et d'autoriser les consécrations épiscopales. Malheureusement, malgré ce qu'elle considère comme un dilemme de conscience objectif, la FSSPX est, pour la plupart, perçue comme schismatique et orgueilleuse.

 

Dans un esprit de magnanimité, le Souverain Pontife, en véritable père, pourrait établir un dialogue avec la FSSPX, cette partie de son troupeau, et autoriser, à titre exceptionnel, les consécrations épiscopales afin de favoriser un climat propice à une recherche patiente et progressive, fondée sur une confiance mutuelle accrue, des solutions aux questions doctrinales et aux arrangements juridiques correspondants. L’Église synodale de notre temps devrait être capable d’une telle ouverture pastorale et d’une telle générosité. À la lumière des nombreuses déclarations et initiatives œcuméniques généreuses de ces dernières décennies, elle devrait également démontrer sa capacité à aborder un grave problème ecclésial par le dialogue, la patience et la compréhension au sein même de l’Église catholique.

 

Récemment, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican, a affirmé que, concernant les divergences des évêques allemands, le Saint-Siège ne souhaite pas que les divisions dégénèrent en mesures punitives, soulignant que les problèmes au sein de l'Église doivent, chaque fois que cela est possible, être résolus pacifiquement. Pourquoi cette approche ne serait-elle pas également appliquée à la FSSPX, qui ne renie aucun dogme, reconnaît la primauté du Pape, prie pour lui et lui professe une dévotion filiale, tout en conservant uniquement ce que l'Église a cru et célébré universellement jusqu'au Concile ? Parallèlement, le Chemin synodal allemand a avancé des déviations doctrinales manifestes qui promeuvent de facto des hérésies, voire des positions blasphématoires. Dès lors, pourquoi privilégier la réconciliation et le dialogue patient dans un cas et pas dans l'autre ?

 

Si, cette année, le Pape prononçait une excommunication, un nouvel anathème, contre les évêques consacrants et consacrés, cela resterait dans l'histoire de l'Église comme une erreur d'une sévérité pastorale excessive. Les générations futures et les papes futurs le regretteraient. Pourquoi le Pape devrait-il faire aujourd'hui ce que les générations futures pourraient déplorer demain ? Ne devrions-nous pas tirer les leçons de l'histoire ? Le Pape, en tant que Souverain Pontife, n'est-il pas appelé avant tout à être un bâtisseur de ponts ?

 

 

Pièces jointes :

1) Entretien avec le Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X du 5 février 2026 ; https://fsspx.news/en/news/interview-superior-general-priestly-society-saint-pius-x-57064

 

2) Message aux fidèles et amis de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X du 7 mars 2026 : https://fsspx.org/en/news/episcopal-consecrations-what-fr-pagliarani-told-members-society-saint-pius-x-59250

 

3) Déclaration de foi catholique adressée à Sa Sainteté le pape Léon XIV par le père Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, le 14 mai 2026 : https://sspx.org/sites/default/files/documents/2026-05-14_declaration_of_catholic_faith_en.pdf

 

Diane Montagna

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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 19:59

L'archevêque argentin à la retraite Héctor Agüer a salué la popularité croissante du pèlerinage Paris-Chartres auprès des jeunes catholiques.

Dans le même article, il a réitéré les allégations de longue date selon lesquelles l'archevêque Annibale Bugnini, figure centrale des réformes liturgiques post-Vatican II, était franc-maçon.

 

L’archevêque argentin émérite Héctor Agüer a salué la popularité croissante du pèlerinage Paris-Chartres auprès des jeunes catholiques. Dans le même article, il a réitéré des allégations de longue date selon lesquelles l’archevêque Annibale Bugnini, figure centrale des réformes liturgiques post-Vatican II, était franc-maçon.

 

L’archevêque argentin émérite Héctor Agüer a salué la popularité croissante de la messe traditionnelle en latin auprès des jeunes catholiques.

 

L’ancien archevêque de La Plata a déclaré que la renaissance des pèlerinages traditionnels et des pratiques dévotionnelles démontre que "l’orthodoxie et la Tradition sont en bonne santé et constituent une garantie pour l’avenir".

 

Ces commentaires ont été formulés dans un article publié le 1er juin par Rorate Caeli, dans lequel il évoquait la messe traditionnelle en latin, les réformes liturgiques introduites après le concile Vatican II et le regain d'intérêt pour le culte catholique traditionnel, notamment chez les jeunes générations.

 

"Les médias et, surtout, les réseaux sociaux soulignent que dans plusieurs pays européens, notamment chez les jeunes, la messe traditionnelle est vécue avec ferveur, accompagnée de nombreuses processions et pèlerinages."

 

"Les foules de jeunes qui ont fait revivre le pèlerinage traditionnel Paris-Chartres ont suscité un vif intérêt, avec une moyenne d'âge de 22 ans. Il s'agit d'une renaissance de la tradition catholique, qui avait été étouffée dans ces pays par le libéralisme, le progressisme et l'athéisme", a écrit l'archevêque Agüer.

 

L'archevêque émérite a évoqué plusieurs pèlerinages traditionnels qui ont attiré un nombre croissant de participants ces dernières années, notamment

>le pèlerinage annuel Paris-Chartres en France,

>le pèlerinage Oviedo-Covadonga en Espagne,

>le pèlerinage Rome-Subiaco en Italie

>et le pèlerinage Rawson-Luján en Argentine.

 

"Des pèlerinages comme Paris-Chartres, et ceux de Rawson-Luján (Argentine), Oviedo-Covadonga (Espagne), Rome-Subiaco (Italie), et d’autres qui apparaissent ici et là, témoignent d’une chose indéniable : l’orthodoxie et la Tradition se portent bien et sont une garantie pour l’avenir."

 

L’archevêque Agüer a déclaré que la liturgie traditionnelle restait étroitement liée à la conception historique de la messe par l’Église comme représentation sacramentelle du sacrifice du Christ sur le Calvaire.

 

On peut appeler la "Messe traditionnelle" ainsi car elle remonte aux VIIe et VIIIe siècles et est restée en vigueur pendant des siècles, au moins jusqu’au concile de Trente, qui l’a révisée et republiée pour qu’elle parvienne jusqu’à nos jours. Son élément central est son identification au Sacrifice de la Croix, institué comme Sacrement du Sacrifice lors de la Cène de Jésus avec ses Apôtres.

 

 

"Ce sacrement est le mystère de la Passion et de la Résurrection, consacré par l’Esprit Saint. La messe est adressée à la gloire du Dieu trinitaire, à qui elle offre le sacrifice de Jésus", a écrit l’archevêque émérite.

 

 

L'archevêque Agüer a opposé l'ancienne liturgie à la messe promulguée par le pape Paul VI après le concile Vatican II, déclarant : "La messe a défini le catholicisme du concile de Trente à Vatican II. Sous le pontificat de Paul VI (Giovanni Battista Montini), qui succéda au bref pontificat de Jean XXIII, une nouvelle messe fut instituée." Il ajouta cependant : "Quelques modifications auraient pu être apportées à la messe traditionnelle, comme cela avait été le cas au cours de ses siècles d'existence. Mais non ; Vatican II a voulu tout remanier, et une nouvelle messe était censée naître de son esprit. Toujours valide, certes ; mais non sans ambiguïtés laissées à l'appréciation des célébrants."

 

L’archevêque Agüer a également réitéré les accusations concernant l’archevêque Annibale Bugnini, principal artisan des réformes liturgiques post-conciliaires. "L’auteur de la nouvelle messe était l’archevêque Annibale Bugnini, reconnu comme franc-maçon par des documents incontestables, bien que son appartenance à la franc-maçonnerie soit restée secrète conformément à la nature même de cet ordre", a-t-il écrit.

 

L’archevêque Bugnini, secrétaire du Consilium chargé de la mise en œuvre de la Constitution sur la liturgie sacrée, a joué un rôle central dans la réforme du rite romain après le concile. Des rumeurs selon lesquelles il aurait été franc-maçon circulent depuis des décennies.

 

L'ancien archevêque de La Plata a également souligné plusieurs différences entre la liturgie traditionnelle et le rite réformé, notamment la célébration face au peuple, le cycle élargi de lectures bibliques et l'introduction de prières eucharistiques supplémentaires.

 

"Dans ce rite,

>le prêtre se tient face à l’assemblée ;

>les lectures bibliques sont plus nombreuses

>et, au fil du temps, plusieurs prières eucharistiques ont été autorisées, recréant ainsi le canon unique de la messe traditionnelle."

 

L’archevêque a ajouté : "Il semblerait que, dans la messe de Paul VI et de Bugnini, le prêtre célébrant doive s'efforcer de se tourner vers Dieu et de veiller à ce que les fidèles ne soient pas désorientés."

 

L’archevêque émérite a précisé qu’il célébrait la liturgie post-conciliaire et qu’il avait été ordonné selon les livres liturgiques antérieurs aux réformes. Il a déclaré : "Cette messe est celle que je célèbre, celle de mon ordination il y a près de 54 ans ; je la célèbre avec la plus grande dévotion. Mais je me souviens que, dans mon enfance, comme enfant de chœur, j’assistais régulièrement à la messe traditionnelle, un rite qui n’a jamais été invalidé et qui a accompagné celui de Paul VI jusqu’à aujourd’hui, et qui, comme je l’ai dit en introduction, est redécouvert avec enthousiasme par les jeunes."

 

Abordant la question des abus liturgiques, l'archevêque Agüer a écrit : "Il convient de prendre note, par exemple, du cas d'un certain évêque qui est entré dans la messe en skateboard, ou de certains prêtres qui se déguisent en clowns pour célébrer. De tels outrages ne peuvent que provoquer un effet de panique."

 

Ordonné prêtre pour l'archidiocèse de Buenos Aires en novembre 1972 par le cardinal Juan Carlos Aramburu, l'archevêque Agüer a exercé son ministère paroissial et enseigné la théologie avant d'être nommé évêque auxiliaire de Buenos Aires par le pape Jean-Paul II en 1992. Il devint par la suite évêque coadjuteur de La Plata et succéda à l'archevêque Carlos Galán comme archevêque en 2000, dirigeant l'un des diocèses les plus importants d'Argentine jusqu'à sa retraite en 2018. Durant son ministère épiscopal, il s'est imposé comme une figure conservatrice de premier plan au sein de l'Église argentine, intervenant fréquemment sur des questions liturgiques, l'éducation catholique, l'avortement, le mariage et la sécularisation. Il a également siégé dans plusieurs instances du Vatican, dont le Conseil pontifical Justice et Paix et le Conseil pontifical Culturel, et a été consultant auprès de la Commission pontificale pour l'Amérique latine.

 

Niwa Limbu

 

 

Source: Rorate Caeli, "The Traditional Mass, Recovered — and The Power of Tradition - Op-Ed by Abp. Hector Aguer", La messe traditionnelle, retrouvée — et la force de la tradition - Tribune libre de Mgr Hector Aguer / Ad Vaticanum sur X / Ad Vaticanum

 

 

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27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 16:39

Lorsque  Mgr Vitus Huonder, évêque émérite de Coire, s'est éteint le mercredi de Pâques 2024, la nouvelle qui a surpris une partie du monde catholique n'était pas tant sa mort – il avait 81 ans et sa santé déclinait – que le lieu choisi pour sa sépulture : la crypte du séminaire international Saint-Pie-X d'Écône, dans le canton suisse du Valais. Non pas le panthéon épiscopal de Coire, où reposent ses prédécesseurs, mais les sous-sols du séminaire fondé par Mgr Marcel Lefebvre. Cette décision, communiquée par écrit au diocèse dès 2022 et réitérée oralement à Mgr Joseph Bonnemain et au supérieur général de la Fraternité, le père Davide Pagliarani, quelques jours avant son décès, s'expliquait, selon les termes sobres de Mgr Huonder lui-même : il souhaitait être enterré auprès de l'évêque qui avait tant souffert pour l'Église.

Ce geste posthume a clôturé un parcours personnel qui, replacé dans son contexte, révèle une tendance qu'il convient d'examiner. Car Huonder n'est pas un cas isolé. Un phénomène récurrent, observé avec une certaine appréhension dans les couloirs romains et une satisfaction discrète dans les milieux traditionalistes, se manifeste : les prélats auxquels le Saint-Siège a confié ces dernières années la mission d'entrer en contact avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X reviennent de cette mission profondément transformés. Pas toujours au même degré ni avec les mêmes conséquences, mais avec une constante : une proximité croissante avec les thèses, la sensibilité liturgique et, dans certains cas, les positions doctrinales que la Fraternité défend depuis 1970.

 

Le mandat de 2015 et la trajectoire Huonder

 

Huonder a lui-même relaté la genèse de son rapprochement. Dans l'interview accordée à la chaîne Certamen, il explique avoir reçu, le 9 janvier 2015, une lettre du cardinal Gerhard Müller, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, lui demandant d'entamer un dialogue avec des représentants de la Fraternité. L'objectif, selon la lettre, était double : d'une part, établir une relation amicale et humaine ; d'autre part, aborder les questions doctrinales en suspens depuis le concile Vatican II, notamment celles relatives à la liturgie, à l'œcuménisme, aux relations entre l'Église et l'État, au dialogue interreligieux et à la liberté religieuse.

 

Quatre ans après cette lettre, Huonder présenta sa démission de son poste d'évêque diocésain de Coire, ayant atteint l'âge canonique. Au lieu de se retirer dans une résidence pour prêtres âgés de son diocèse, il demanda – et obtint, avec l'autorisation expresse de la Commission Ecclesia Dei – l'autorisation de rejoindre l'Institut Sancta Maria de Wangs, maison de la Fraternité. Il y passa ses cinq dernières années, célébrant quotidiennement la messe traditionnelle, étudiant l'œuvre de Lefebvre et prêchant sur un ton de plus en plus éloigné de la prudence diplomatique habituelle des évêques émérites.

 

Il s'exprima en des termes qui méritent d'être cités : il déclara que l'abolition délibérée du rite traditionnel après Vatican II était « une injustice, un abus de pouvoir », et qualifia les dispositions de Traditionis custodes de « chasse aux fidèles ». Dans son célèbre appel au Pontife, il demanda : « Pourquoi retirez-vous le pain aux enfants ? Qu'est-ce qui vous pousse à les laisser mourir de faim ? » Et il conclut son témoignage par une demande formelle : « Je demande justice pour la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. L'Église devrait présenter ses excuses à cette Fraternité, comme elle l'a fait en d'autres circonstances. »

 

L'affaire Schneider

 

L’exemple le plus connu de ce phénomène est celui de Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse Sainte-Marie d’Astana. En 2015, il fut nommé par la Commission Ecclesia Dei pour participer à une visite apostolique des séminaires de la Fraternité, notamment celui de La Reja en Argentine. Mgr Schneider, déjà reconnu à l’époque pour son attachement à la liturgie traditionnelle, revint de ces visites en étant devenu l’un des interlocuteurs les plus respectueux et les plus compréhensifs de la Fraternité au sein de l’épiscopat en pleine communion.

 

Ce qui a suivi est public. Schneider a publié, en collaboration avec Angelico Press et dans des entretiens avec des publications telles que The Remnant , des évaluations de plus en plus nuancées des consécrations épiscopales de 1988, a défendu sans ambiguïté le droit des fidèles à la liturgie traditionnelle, a ouvertement remis en question la formulation conciliaire sur la liberté religieuse et a critiqué Traditionis custodes en des termes qui, hormis l'appartenance canonique, ne se distinguent guère des arguments de la Maison générale à Menzingen.

 

Schneider demeure un évêque en pleine communion avec Rome ; pourtant, son programme doctrinal coïncide essentiellement avec celui de ceux qu'il a été envoyé examiner.

 

Autre cas

 

Ce phénomène présente des nuances et ne doit pas être exagéré. Tous les prélats ayant eu des relations avec la Fraternité n'ont pas fini à Écône ou à Wangs. Le cardinal Müller lui-même, signataire de la lettre de 2015, défend des positions doctrinales proches de la tradition, tout en maintenant une nette distance institutionnelle avec la Fraternité.

 

Mgr Guido Pozzo, ancien secrétaire d'Ecclesia Dei et protagoniste des négociations dans la seconde moitié du pontificat de Benoît XVI et les premières années de celui de François, a défendu à plusieurs reprises la possibilité d'une prélature personnelle pour la Fraternité et a publiquement reconnu son « travail positif dans l'Église », sans toutefois aller jusqu'aux déclarations de Huonder.

 

À l’opposé, les visiteurs apostoliques de la première période, les années qui ont immédiatement suivi 1988, n’ont pas suivi cette même tendance. La différence semble provenir des contacts systématiques initiés sous Benoît XVI et, surtout, des dialogues doctrinaux de 2009-2011 entre la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et la Fraternité.

 

Une hypothèse explicative

 

Qu’est-ce que la Fraternité possède qui produit cet effet sur certains de ses interlocuteurs institutionnels ? L’hypothèse la plus simple, formulée par Huonder lui-même dans son témoignage, est que le contact direct avec l’institution et les écrits de son fondateur réfute l’image médiatique qui s’en est construite.

 

« Ces contacts m’ont permis de connaître la Fraternité de l’intérieur et non selon l’image véhiculée par les médias », a-t-il déclaré.

 

La seconde partie de l'explication concerne le contenu doctrinal : quiconque aborde avec un minimum d'honnêteté intellectuelle la question liturgique, la critique de l'œcuménisme post-conciliaire ou l'analyse de la liberté religieuse telle que formulée dans Dignitatis humanae, se heurte à des arguments qui ne sont pas facilement réfutables à partir de la théologie classique que les évêques catholiques eux-mêmes ont étudiée au séminaire.

 

À cela s'ajoute un facteur moins doctrinal et plus existentiel. Les évêques envoyés au dialogue découvrent, non sans surprise, une vie sacerdotale rigoureuse, une liturgie célébrée avec soin, des séminaires pleins et une pratique sacramentelle qui contraste avec la réalité de nombreux diocèses. L'argument des fruits, souvent invoqué par Lefebvre, opère avec force sur quiconque le constate de visu.

 

La peur d'un charisme

 

Certains ont suggéré, non sans fondement, que la véritable raison pour laquelle le pontificat actuel a durci sa politique concernant la liturgie traditionnelle et, par extension, concernant la Fraternité, n’est pas tant doctrinale que prudentielle : la crainte qu’un charisme qui démontre une capacité d’attraction — vocations, familles, conversions, fidélité sacramentelle — puisse finir par se révéler gênant précisément en raison de son efficacité.

 

Le modèle Huonder-Schneider, ainsi que la tendance similaire de nombreux prêtres diocésains qui se rapprochent du rite traditionnel, confortent cette interprétation.

 

L’inhumation de Huonder à Écône est, en ce sens, un événement symbolique qui dépasse la simple biographie de l’évêque émérite de Coire. Elle clôt un parcours et soulève une question : si ceux qui sont envoyés pour corriger finissent par être corrigés, si ceux qui viennent pour persuader finissent par être persuadés, le problème ne réside peut-être pas chez ceux qui sont envoyés, mais dans ce qu’ils découvrent à leur arrivée.

 

Source : Info Vaticana 

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27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 16:19

La question liturgique demeure l’un des sujets les plus sensibles de la vie ecclésiale contemporaine. Depuis plusieurs décennies, elle nourrit débats, tensions et parfois divisions entre différentes sensibilités catholiques. C’est dans ce contexte que le pape Léon XIV a consacré une part importante de son audience générale du 27 mai 2026 à rappeler les principes fondamentaux qui doivent guider la vie liturgique de l’Église. Loin des caricatures et des affrontements idéologiques, le Saint-Père a proposé une lecture profondément enracinée dans le magistère de l’Église, en s’appuyant successivement sur Pie XII, le Concile Vatican II, saint Jean-Paul II et Benoît XVI.

 

Dès le début de son enseignement, Léon XIV rappelle les paroles du pape Pie XII dans l’encyclique Mediator Dei, selon lesquelles « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe ». Cette référence n’est pas anodine. Elle souligne que la liturgie n’est pas un musée figé ni une création perpétuellement réinventée, mais une réalité vivante qui transmet à travers les siècles le même mystère du salut. Le pape souligne ensuite que le Concile Vatican II n’a jamais eu pour objectif de rompre avec la tradition liturgique de l’Église. Au contraire, la Constitution Sacrosanctum Concilium visait à favoriser un authentique renouveau spirituel afin de « faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ».

 

Cette précision est importante. Dans les débats contemporains, Vatican II est souvent présenté soit comme une rupture radicale avec le passé, soit comme l’origine de tous les maux liturgiques. Léon XIV refuse manifestement ces deux lectures simplistes.

 

Le cœur de son intervention se trouve sans doute dans la citation qu’il reprend de Benoît XVI : « Bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. » Cette phrase résume toute la vision catholique de la liturgie. Pour l’Église, la tradition n’est pas une conservation mécanique du passé. Elle est la transmission vivante d’un trésor reçu des apôtres. Parce qu’elle est vivante, elle peut connaître un développement organique. Mais parce qu’elle est tradition, elle ne peut être transformée selon les modes du moment ou les préférences personnelles. Cette insistance du pape apparaît encore plus clairement lorsqu’il rappelle l’enseignement du Concile selon lequel la liturgie comporte « une partie immuable, car d’institution divine » et des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ».

Autrement dit, tout n’est pas modifiable. Certaines réalités appartiennent à l’essence même du culte chrétien et ne dépendent ni des époques ni des sensibilités pastorales. D’autres éléments peuvent évoluer, mais seulement dans la mesure où ils servent davantage la transmission du mystère chrétien. Léon XIV insiste alors sur une notion essentielle souvent oubliée aujourd’hui : celle du développement organique. Reprenant directement Sacrosanctum Concilium, il rappelle que toute évolution liturgique doit être entreprise seulement après une étude « théologique, historique et pastorale » approfondie et que « les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique ». Cette formule est capitale. Elle exclut les innovations arbitraires comme les reconstructions artificielles. Une réforme authentiquement catholique ne surgit jamais de nulle part. Elle naît du patrimoine vivant de l’Église et demeure reconnaissable comme son prolongement naturel.


Source : Tribune chrétienne

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Add. 28 mai 2026

Lors de l'audience générale d'aujourd'hui, le pape Léon XIV a médité sur Sacrosanctum Concilium, la constitution du Concile Vatican II sur la sainte liturgie, et a exhorté les prêtres à respecter les textes et les normes de la messe. Le Saint-Père a rappelé aux prêtres de ne pas modifier la liturgie "de leur propre initiative", avertissant que de tels changements peuvent créer de la confusion parmi les fidèles.

 

Cf. EWTN Vatican sur X

 

Le Pape Léon XIV exhorte les prêtres à respecter le texte et les rubriques de la Sainte Messe : "J'exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours respecter les textes et les règles de la liturgie qui découlent d'une attitude intérieure d'ouverture et de confiance en Dieu, en manifestant l'humilité devant sa grandeur et sa fidélité sincère à la communion ecclésiale".

 

Cf. Catholic Sat sur  X

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Lors de la catéchèse prononcée par Léon XIV lors de l’audience générale du 3 juin consacrée à la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium, le pape Léon XIV a redit avec force que la liturgie n’appartient ni au célébrant ni à l’assemblée et demande que la liturgie soit davantage soignée ( texte intégral )

 

Cf. https://tribunechretienne.com/le-pape-leon-xiv-demande-que-la-liturgie-soit-davantage-soignee-nous-avons-besoin-de-nous-laisser-eduquer-par-les-rites-de-la-liturgie/

 

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11 mai 2026 1 11 /05 /mai /2026 08:28
Le cardinal Robert Sarah a appelé à des "clarifications" de certaines parties de l'interprétation de Vatican II

Le cardinal Robert Sarah a appelé à des "clarifications" de certaines parties de l'interprétation de Vatican II afin d'empêcher des lectures qui représentent "une rupture avec la foi". L'ancien préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a également mis en garde contre le fait que la liturgie ne devienne qu'un " simple divertissement " et a déclaré que l'Église devait résister aux pressions visant à la conformer au monde moderne.

 

Le cardinal Sarah affirme que la liturgie a été réduite à un simple divertissement.

 

Dans un long entretien publié le 4 mai par le magazine catholique français La Nef , l'ancien préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a déclaré que certains textes conciliaires avaient donné lieu à des "interprétations divergentes, voire opposées", notamment en ce qui concerne la liberté religieuse, l'œcuménisme, la collégialité et les relations entre l'Église et le monde moderne.

 

"Un concile doit être lu dans la continuité de la foi telle qu’elle a toujours été", a déclaré le cardinal Sarah. "Lorsque certains textes ont donné lieu à des interprétations divergentes, voire opposées, il est légitime d’appeler à un examen plus approfondi afin d’éviter des lectures qui marqueraient une rupture avec la foi." Son Éminence a ajouté : "L’Église n’a rien à craindre de la clarté."

 

Le cardinal guinéen a déclaré privilégier "des clarifications plutôt que des corrections", arguant que l’interprétation du Concile relevait du Magistère et avait déjà été "largement initiée" par les papes saint Jean-Paul II et Benoît XVI. Il a également mis en garde contre le risque de traiter le Concile "comme on juge un programme politique".

 

S’exprimant au sujet du pape François, le cardinal Sarah a déclaré qu’il était "parfois nécessaire" pour les cardinaux de faire preuve de "discernement quant à une période de la vie de l’Église", tout en insistant sur le fait que la critique d’un pontificat devait toujours être menée "dans la crainte de Dieu, avec amour pour l’Église et sans jamais tomber dans l’irrévérence".

 

"Un cardinal n’est pas un courtisan", a déclaré Son Éminence. "Devant Dieu, il est un serviteur de la vérité et un collaborateur du Siège apostolique."

Sans critiquer directement le pape François, le cardinal Sarah a suggéré que certains aspects du pontificat précédent avaient suscité des incertitudes chez les catholiques. "Un pontificat laisse toujours un héritage mitigé : des intuitions pastorales, des accents spirituels, mais aussi parfois des zones d’ombre ou de confusio", a-t-il déclaré, ajoutant qu’il s’était entretenu en privé avec le pape François pour lui faire part de ses craintes 'qu’une ambiguïté pratique n’obscurcisse la clarté doctrinale".

 

Le cardinal a déclaré qu’"une époque peut laisser des blessures de confusion" et a soutenu que le devoir des pasteurs était "d’aider à restaurer dans l’Église un message plus clair, plus paisible et plus théologique".

 

Le cardinal Sarah est revenu à plusieurs reprises sur le thème de la sécularisation au sein même de l'Église, décrivant la propagation de ce qu'il appelait une "forme moderne de paganisme".

 

"Lorsque la foi se réduit à un langage sociologique, la liturgie à un simple divertissement, la morale à une négociation perpétuelle et l’Église à une institution qui doit s’adapter aux désirs de l’époque, alors quelque chose du paganisme refait surface", a déclaré Son Éminence.

 

Le cardinal Sarah a identifié "l’effacement du sens du péché", "le malaise face à l’affirmation de la vérité révélée" et "la banalisation de la liturgie" comme signes d’une crise spirituelle intérieure. "Quand Dieu n’est plus à la première place, même dans l’Église, tout le reste est corrompu", a-t-il déclaré.

 

Le cardinal Sarah a également mis en garde contre ce qu'il a décrit comme la crainte croissante, au sein de l'Église, de déplaire au monde, affirmant que l'ambiguïté était de plus en plus préférée à la clarté et la communication à la contemplation. Il a ajouté : "Le monde n'attend pas de l'Église qu'elle répète ses paroles ; il attend d'elle qu'elle lui ouvre les portes du Ciel."

 

Concernant la question de la liturgie, le cardinal Sarah a rejeté ce qu'il a qualifié de "guerre des sensibilités", insistant sur le fait que le problème ne pouvait se réduire à des factions rivalisant au sein de l'Église. "La liturgie appartient à l'Église, non aux partis politiques', a-t-il déclaré. "La véritable question est : comment redonner à toute la liturgie catholique sa dignité sacrée, sa continuité, son orientation vers Dieu ?'

 

Le cardinal, âgé de 80 ans et longtemps associé au courant traditionaliste de l'Église, doit entendre ses propos à la lumière des restrictions imposées à la messe traditionnelle en latin et des consécrations épiscopales imminentes de la Fraternité Saint-Pie-X. Il a qualifié ces consécrations, prévues pour le 1er juillet, de "très sérieuses", avertissant qu'elles porteraient davantage atteinte à l'unité de l'Église. "La fidélité à la Tradition est indissociable de la communion hiérarchique", a-t-il déclaré.

 

Le cardinal a toutefois reconnu que des "questions doctrinales" et des tensions s’étaient accumulées au fil des décennies, ajoutant que "la vérité et la charité doivent aller de pair".

 

Le cardinal Sarah a également évoqué la crise plus large qui frappe la civilisation occidentale, décrivant l'Europe comme "profondément blessée" et de plus en plus détachée du christianisme et même des "vérités anthropologiques les plus fondamentales". Il a toutefois affirmé que l'effondrement des certitudes culturelles ramenait certaines personnes vers la religion. "En Europe, nous constatons une augmentation des baptêmes d'adultes et des retours à la foi", a déclaré le cardinal. "Lorsque les repères culturels s'écroulent, certaines âmes redécouvrent que Dieu seul demeure."

 

Interrogé sur les priorités de Léon XIV, le cardinal Sarah a refusé de parler directement au nom du pape, mais a déclaré que le nouveau pontificat semblait axé sur "a paix, l'unité, la mission' et "la responsabilité doctrinale de l'Église".

 

Ayant atteint l'âge de 80 ans peu après le conclave de 2025, le cardinal Sarah n'est plus cardinal électeur et il est désormais extrêmement improbable qu'il puisse un jour devenir pape. Cependant, comme l'a peut-être illustré le mieux ces dernières années le cas du cardinal Zen de Hong Kong, âgé de 94 ans, les cardinaux peuvent continuer d'exercer une influence bien au-delà de 80 ans. Le cardinal Zen s'est rendu à Rome avant le conclave qui a élu le pape Léon XIV afin de participer aux Congrégations générales, réunions préparatoires au conclave où s'expriment les points de vue sur l'orientation de l'Église, et où il a mis en garde contre les réformes qu'il jugeait néfastes. Si le cardinal Sarah demeure en bonne santé, il est probable qu'il continuera à défendre l'aile traditionaliste de l'Église pendant encore de nombreuses années.

 

Source : Ad Vaticanum / Ad Vaticanum sur X

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2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 23:53

Avant-propos

 

Je ne suis pas membre de la FSSPX. Je ne fréquente pas les chapelles de la FSSPX. Je ne suis pas même un fervent pratiquant de la messe en latin, et j'assiste la plupart du temps à la messe du Novus ordo dans une paroisse diocésaine. Je ne comprends pas pourquoi la FSSPX est un problème si important dans l'Église alors qu'il y a une crise de la foi et de la doctrine presque partout. Il est difficile pour moi de comprendre pourquoi le Vatican permet une hérésie flagrante parmi les évêques en Allemagne, tout en menaçant d'excommunier des évêques doctrinaux sur un point technique. Nous ne devons pas laisser les agitateurs dicter le discours simpliste des "consécrations sans mandat papal rééditant 1988". Aujourd'hui, il ne s’agit pas tant des "consécrations" de la FSSPX, que d'un débat doctrinal urgent à mener dans l'Église. Il s'agit d'interprétations modernistes problématiques sapant le magistère précédent. Ce débat nous concerne tous, que nous soyons membres de la FSSPX ou non.

 

Mises à jour permanentes

 

Le Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), le père Davide Pagliarani, a annoncé le 2 février son intention de procéder aux ordinations épiscopales le 1er juillet 2026, précisant que cette décision faisait suite à la réception d’une lettre du Saint-Siège qui ne répond ''en aucune façon'' aux demandes de la Fraternité. (Texte en anglais du communiqué)

 

La FSSPX choisit fréquemment la fête de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie ou Chandeleur pour la cérémonie officielle de "remise des habits", au cours de laquelle les nouveaux séminaristes échangent leurs habits civils contre la soutane, symbolisant la mort au monde et une vie nouvelle au service du Christ.

 

Pour le père Davide Pagliarani, cette décision était naturelle compte tenu de ce qu'il interprétait comme une rupture des négociations entre la Fraternité et le Saint-Siège. Sa demande d'audience papale l'été dernier (2025. Ndlr.) a été ignorée. Il a adressé plusieurs lettres de demande d'audience auprès du Saint-Père qui lui a été hélas toujours refusée, sans réponse. Une lettre détaillée adressée par la suite au pape a reçu une réponse du cardinal Fernández, Préfet de la Doctrine de la Foi, ces derniers jours (janvier 2026. Ndlr.) Don Davide a écrit que cette réponse "ne répond en rien à nos demandes".

 

Cf. https://www.complicitclergy.com/2026/02/18/homily-why-the-sspx-will-consecrate-bishops-without-romes-approval/

https://remnantnewspaper.com/web/index.php/articles/item/8103-why-the-sspx-will-consecrate-bishops-without-rome-s-approval-fr-de-lacoste-explains

 

Le supérieur général invoque une ''grave nécessité'' après que la lettre du Saint-Siège n'ait pas répondu aux demandes de la Fraternité.

 

La décision, annoncée dans un communiqué de la Maison générale de la FSSPX à Menzingen, en Suisse, a été prise avec le soutien unanime du Conseil général et fait suite à une tentative apparemment infructueuse d'obtenir une audience privée avec le pape Léon XIV pour présenter la situation de la Fraternité.

 

Le père Pagliarani fournira de plus amples explications concernant cette décision dans les prochains jours, précise le communiqué.

 

Léon XIV a rencontré James Martin, prêtre qui bénit les "couples" homosexuels, mais ne rencontre pas la FSSPX.

 

 

Léon XIV rencontre les Églises orthodoxes orientales en appelant à nous "dépouiller de nos préjugés", mais pas de rencontre avec la FSSPX. Dans son discours aux participants à la visite d'étude des jeunes prêtres et moines des Églises orthodoxes orientales le 5 février 2026, il déclare : "Chers amis, les différences historiques et culturelles de nos Églises forment une magnifique mosaïque de notre héritage chrétien commun, une richesse que nous pouvons tous apprécier. Parallèlement, nous devons continuer à nous soutenir mutuellement afin de grandir dans notre foi commune en Christ, source ultime de notre paix. Cela exige de nous que nous apprenions à nous dépouiller de nos préjugés."

 

Léon XIV célèbre les 1700 ans du Concile de Nicée avec les orthodoxes et les luthériens en invitant à "dépasser les querelles théologiques dépassées" affirmant que les anglicans et les autres protestants ne font ''qu'un'' avec l'Église catholique, lors de la conclusion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, dimanche 25 janvier 2026. Mais les communautés FSSPX et TLM  (Messes Latines Traditionnelles), qui sont catholiques, ne méritent pas de rencontre, ni de réponse positive et ne feraient pas "un" ??

 

 

Toute critique de cette décision devra expliquer pourquoi il est acceptable que le Parti communiste chinois (PCC), athée, nomme les évêques de Chine et que le pape François et le pape Léon XIV approuvent ensuite cette nomination. Ironiquement, l'action approuvée du PCC crée un précédent pour tout le monde.

 

"Il semblerait en effet difficile d'imaginer que le Saint-Siège impose des sanctions canoniques à la FSSPX, étant donné qu'il ne l'a pas fait de manière comparable en Chine, où le gouvernement communiste a procédé à plusieurs reprises à des ordinations épiscopales sans l'accord préalable du pape, en violation de l'accord entre le Vatican et la Chine" (Diane Montagna), ou lorsque en sens inverse après que le cardinal Parolin au nom du Vatican négocia en 2018 un accord secret avec Pékin qui légitima le contrôle de l'État chinois sur les évêques - accord qualifié de "trahison" par le Cardinal Joseph Zen, évêque retraité de Hong Kong -.

 

Sources :

>https://www.ewtnnews.com/vatican/sspx-to-consecrate-bishops-without-rome-s-approval-courting-excommunication

>https://dianemontagna.substack.com/p/sspx-announces-intention-to-proceed

>https://x.com/FSSPXFR/status/2018345039538065737?s=20

>https://thecatholicherald.com/article/the-real-source-of-tensions-in-the-sspx-and-vatican-standoff

 

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Add. Humour : commentaire amusant sur X

"L’évêque Fellay signe un accord avec Xi Xinping pour consacrer des évêques de la FSSPX en Chine. Le Vatican ne s'oppose plus aux consécrations de la FSSPX."

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Témoignage sur X d'une personne ayant posé une question il y a une dizaine d'années au Nebraska au père Bisig, lors d'une ordination de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) alors qu'ils avaient pris un repas au réfectoire auparavant [le père Bisig fut ordonné prêtre par Mgr Lefebvre, le fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (1970). Par la suite, il quitta la FSSPX en raison de la consécration des évêques sans mandat papal en 1988 et co-fonda la FSSP] :

 

"Alors, la FSSPX va ordonner des évêques et tous les bien-pensants s'en offusquent. Ils pensent que tout est évident et que la FSSPX n'est rien d'autre que des protestants.

 

Eh bien, je vais donner mon avis. Si vous ne connaissez pas l'histoire, vous voudrez la suivre.

 

En 1969, alors que les séminaires européens perdaient des vocations à un rythme alarmant et enseignaient des hérésies extrêmes, Mgr Lefebvre fonda, avec autorisation, le séminaire Saint-Pie X dans le sud de la Suisse et, en 5 ans, celui-ci compta environ 120 séminaristes.

 

On y enseignait la liturgie tridentine et la théologie préconciliaire. Les élèves apprenaient le latin, portaient la soutane et chantaient des chants religieux. Cela inquiéta fortement certains à Rome. Le Saint-Siège ordonna une visite pastorale, organisée par la Congrégation pour les séminaires et les universités (à l'époque). Les visiteurs envoyés étaient deux Belges : Mgr Descamps, bibliste, et Mgr Onclin, canoniste.

 

Lors de leur visite, les visiteurs s'entretinrent en privé avec les séminaristes et menèrent des entretiens approfondis avec le personnel. Leurs propos scandalisèrent l'assemblée et conduisirent directement à la déclaration de Lefebvre du 21 novembre 1974, dans laquelle il affirmait :

 

"... Nous refusons… et avons toujours refusé de suivre la Rome des tendances néo-modernistes et néo-protestantes… Aucune autorité, pas même la plus haute dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique, si clairement exprimée et professée par le Magistère de l’Église depuis 19 siècles.

 

Voilà donc ce qui a déterminé le cours des choses, ce qui a convaincu l'archevêque qu'il y avait une crise justifiant ses actions futures.

 

Alors, qu'ont dit les visiteurs du Vatican ?

 

Permettez-moi une petite parenthèse. Vous pouvez tout simplement agir. Si vous voulez connaître la réponse à une question, vous pouvez trouver quelqu'un qui la connaît et lui poser la question.

 

Il y a une dizaine d'années, j'étais au Nebraska pour une ordination de la FSSP. Nous avions pris un repas au réfectoire auparavant, et le père Bisig était assis à notre table.

 

Le père Bisig était séminariste lors de la Visite. Il fut ordonné prêtre trois ans plus tard par Lefebvre. Par la suite, il quitta la FSSPX en raison de la consécration des évêques en 1988 et co-fonda la FSSP.

 

Je suis allé m'asseoir en face de lui.

Je me suis présenté et j'ai simplement demandé : « Qu'est-ce que les visiteurs vous ont dit ? »

 

Il répondit que, comme cela avait été rapporté depuis longtemps, ils disaient que

>le mariage universel des prêtres était inévitable,

>qu'il n'existait aucune vérité morale immuable[Relativisme moral. Ndlr.]

>que la contraception artificielle était acceptable,

>qu'il était acceptable de ne pas croire à la virginité perpétuelle de Marie [Protestantisme. Ndlr.]

>et qu'il pouvait y avoir diverses interprétations de la nature de la résurrection du Christ, non pas nécessairement comme un retour physique d'entre les morts, mais comme une expérience mystique ou spirituelle vécue par les apôtres. [Hérésies docètes des "faux-semblants" des premiers siècles condamnées au Concile de Constantinople I 381]

 

Et tout cela était présenté comme la norme pour une formation adéquate à l'époque moderne."

(Fin de citation) 

 

Voilà des exemples d'hérésies des années 1970. Témoignage pour l'histoire...

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Quelques commentaires glanés sur X

 

* "Je vois beaucoup de grands comptes catholiques partager leur opinion de théologien amateur sur la FSSPX, mais je ne les ai jamais vus publier quoi que ce soit sur le fait que cela pose problème. 

 

Je dis juste que ça semble assez hypocrite de vous voir tous vous vanter de votre attachement à la discipline ecclésiastique quand il s'agit des traditionalistes, mais de rester silencieux quand il s'agit du modernisme qui profane l'Église."

 

 

Alors qu'aux États-Unis, une nouvelle tendance discrète voit des paroisses catholiques réintroduire les bancs de communion, la réception de la Communion à genoux et sur la langue restant toujours un droit des fidèles catholiques (Instruction Redemptionis Sacramentum § 91-92) et qu'aucun document ecclésiastique – y compris les documents du Concile Vatican II – n'a jamais demandé le retrait des bancs de communion, un diocèse de Charlotte, en Caroline du Nord, a BANNI les bancs de communion destinés à la RÉCEPTION de l’Eucharistie À GENOUX. (Le Figaro).

La FSSPX annonce son intention d'ordonner des évêques le 1er juillet

* URGENT :

Humour: L'évêque Xi Lei et Son Excellence Gua Ling Reta consacrent de nouveaux candidats après avoir prêté serment d'allégeance au PCC !

* InfoVaticana: "Si le Parti communiste peut ordonner des évêques, la Fraternité peut en faire autant"

 

"Comment interdire à la FSSPX ce qui est autorisé au Parti communiste chinois "?

"[...] le Parti communiste chinois – athée, matérialiste et officiellement hostile à la foi – ordonne des évêques à sa guise depuis des années, bafouant même l'accord déjà déplorable signé avec Rome. Et rien ne se passe. Ou plutôt, c'est tout le contraire : les gens sourient, dialoguent, la confiance se renouvelle et la tolérance s'accroît.

[...] la doctrine de la tolérance sélective."

 

"La question n'est pas rhétorique, elle est juridique et morale. Si le régime communiste peut imposer des évêques sans mandat papal et être considéré comme un interlocuteur légitime, selon quelle logique peut-on appliquer un critère plus strict à une fraternité qui ne renie pas les dogmes, ne prêche pas le sédévacantisme et ne répond pas à un comité central marxiste, mais plutôt à une conception – certes discutable – de la nécessité objective des sacrements ?

 

L’Église contemporaine a développé une théologie pratique curieuse : la désobéissance est tolérée lorsqu’elle s’accompagne du pouvoir politique et sanctionnée lorsqu’elle émane d’une structure ecclésiale gênante. Le problème n’est pas la consécration sans mandat, mais l’identité de celui qui l’accomplit. Lorsque c’est le Parti communiste qui ordonne, on parle de « contexte complexe ». Lorsque c’est la FSSPX qui ordonne, on parle de « rupture ». La différence n’est pas théologique : elle est géopolitique.

 

Il est difficile d'expliquer aux fidèles pourquoi Pékin peut produire des évêques soumis au régime et bénéficiant d'un dialogue privilégié avec Rome, tandis qu'une fraternité née précisément de l'effondrement doctrinal et liturgique qui a suivi le Concile est perçue comme une menace pour l'ordre ecclésial. C'est d'autant plus difficile lorsque ces mêmes fidèles voient des paroisses traditionnelles fermées, des confirmations interdites, des ordinations bloquées et des apostolats entiers suspendus par simple décision administrative.

 

La Compagnie de Jésus n'a pas agi en vase clos. Elle a agi dans un contexte où Rome est très à l'écoute, peu de promesses et quasiment aucune garantie. Et lorsque l'accès stable aux sacrements dépend du bon vouloir de l'évêque en fonction, les décisions cessent d'être idéologiques et deviennent des décisions de survie pastorale. Ce n'est pas beau à voir. Ce n'est pas idéal. Mais ce n'est pas incompréhensible non plus.

 

[...] S'il est acceptable que le Parti communiste chinois nomme des évêques pour maintenir un canal de dialogue, il est intellectuellement malhonnête de s'indigner lorsqu'une confrérie catholique consacre des évêques pour garantir à ses membres l'accès à la confirmation et à l'ordination. Le critère ne saurait dépendre de la couleur du drapeau."

 

Cf. https://infovaticana.com/2026/02/03/si-el-partido-comunista-puede-ordenar-obispos-la-fraternidad-tambien-doctrina-de-la-tolerancia-selectiva/

 

 

* Mark Lambert de Catholic Unscripted: "Quand la loi s'effondre

"[...] Le langage employé par la FSSPX est mesuré et réfléchi. Il évoque une intention filiale, une réflexion mûrie dans la prière et un état objectif de grave nécessité pour le salut des âmes. Loin d'être une rhétorique de rébellion, il s'agit du langage du droit canonique et de la théologie morale, et il témoigne de la pleine conscience, par la Fraternité, des enjeux. [...] La FSSPX n'a ​​pas prétendu que Rome ignorait le problème, ni qu'aucune piste n'avait été explorée. Au contraire, sa propre déclaration insiste sur le fait que le facteur décisif a été la réception d'une réponse qui « ne répondait en rien à nos demandes ». Autrement dit, le problème n'était pas le simple refus, mais l'absence de réponse concrète à un besoin réel et reconnu.

Selon le Code de droit canonique de 1983, la consécration d'un évêque sans mandat pontifical constitue une faute grave. Le canon traditionnellement cité stipule que l'évêque qui consacre et l'homme consacré encourent tous deux une excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique. Ce point est incontesté. Ce qui est bien plus souvent ignoré, c'est que ce même Code limite explicitement l'application des peines lorsque la culpabilité morale est absente ou atténuée. Le droit canonique reconnaît qu'une personne agissant par nécessité ou pour éviter un préjudice grave n'est pas passible de peines canoniques, pourvu que l'acte ne soit pas intrinsèquement mauvais ou gravement préjudiciable aux âmes. Même lorsque la responsabilité n'est que partiellement atténuée, le Code exclut les peines automatiques. Le principe selon lequel le salut des âmes est la loi suprême de l'Église n'est pas un slogan, mais une norme directrice.

La FSSPX ne conteste donc pas l'existence de la loi. Elle soutient que, dans les circonstances actuelles, la loi n'est pas contraignante comme elle le serait habituellement. "

* Mark Lambert: "Après la Chine, Rome ne peut plus prétendre que les consécrations épiscopales sans mandat papal sont inacceptables en tant que telles. Elle ne peut prétendre qu'elles sont inacceptables que lorsque la Tradition les pratique."

 

* NovusOrdoWatch "Si la FSSPX consacrait un groupe de communistes et les installait comme évêques en Chine, le Vatican n'y verrait aucun inconvénient."

 

* Pillars of faith : ''La situation actuelle concernant la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) a une fois de plus révélé une réalité grave et non résolue au sein de l'Église – une réalité qui ne peut être ignorée, indéfiniment reportée ou à laquelle on ne peut répondre par le silence. […] L’unité de l’Église ne se préserve pas par l’ambiguïté. La fidélité n’est pas une menace. La tradition n’est pas un ennemi. Lorsque ceux qui contredisent ouvertement l’enseignement de l’Église sont tolérés, tandis que ceux qui recherchent la continuité sont traités avec suspicion, il y a eu un renversement de situation.''

 

* LifeSiteNews L’évêque Eleganti : ''Parce que le pape et les évêques tolèrent les hérétiques, nous avons un schisme interne au sein de l’Église.''

 

La guérison de l'Église ne pourrait avoir lieu que si les hérésies étaient clairement identifiées comme telles par le pape, et si leurs représentants et promoteurs étaient de nouveau excommuniés s'ils ne se repentaient pas.

 

Remarque préliminaire de l'évêque Marian Eleganti : J'ai été inspiré pour écrire cet article par un article d'Eric Sammons paru dans Crisis Magazine, dont le contenu était similaire : "Une unité léonine est-elle même possible ?" Je partage ce point de vue. Vladimir Soloviev écrit : "Les 'Latins', comme vous appelez l’Église une, sainte, catholique et apostolique, n’ont jamais renié la foi. Aucune argumentation, aussi détaillée soit-elle, ne saurait réfuter le fait qu’en dehors de Rome, il n’existe que des Églises nationales, telles que les Églises arménienne ou grecque, des Églises d’État, telles que les Églises russe ou anglicane, ou des sectes fondées par des individus, comme les luthériens, les calvinistes, les irvingiens, etc. L’Église catholique romaine est la seule Église qui ne soit ni une Église nationale, ni une Église d’État, ni une secte fondée par un être humain ; elle est la seule Église au monde qui défend le principe de l’unité sociale universelle contre l’égoïsme individuel et le particularisme national ; elle est la seule Église qui défend la liberté du pouvoir spirituel contre l’absolutisme de l’État ; en un mot, elle est la seule Église contre laquelle les portes de l’enfer n’ont pas prévalu."

 

C’est exact. En effet, la plupart des Églises orthodoxes sont de facto des Églises nationales, et nombre d’entre elles sont, historiquement ou actuellement, des Églises d’État, ou du moins entretiennent des liens très étroits avec l’État. C’est pourquoi elles se désignent, par exemple, comme Églises orthodoxes russe, serbe ou grecque. Il existe des exceptions parmi les patriarcats de moindre importance. Il s’agit d’un phénomène historique qui ne découle pas de la conception théologique que l’orthodoxie se fait d’elle-même (cette dernière étant universelle). À l'inverse, l'Église catholique romaine est une Église universelle, sans affiliation nationale ni étatique. Elle est présente pratiquement partout dans le monde. L'adjectif "romain" fait référence au siège actuel du pape à Rome et au martyre des saints Pierre et Paul dans cette même ville. Ces deux apôtres sont d'une importance fondamentale pour l'Église. Le fait qu'ils aient subi le martyre à Rome n'est pas un détail historique anodin, mais témoigne en quelque sorte de la primauté de l'évêque de Rome et de ses successeurs, les papes, qui se considèrent comme les successeurs de saint Pierre, mort à Rome. Le Christ a fondé l'Église sur Pierre et a promis que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle. Soloviev le souligne sans envie. C'est le fondement de l'unité de l'Église catholique : une unité canonique (et non idéaliste) avec Pierre, ou le pape. Soloviev a également raison sur ce point.

 

Pour simplifier, on pourrait dire que les Églises orthodoxes s'accordent sur la foi et la liturgie, mais rencontrent en réalité des difficultés considérables à vivre en unité canonique. Les patriarcats se font concurrence. Il n'existe pas de papauté unifiée, tout au plus une primauté honorifique, contestée, comme on le constate. Elle n'est plus reconnue par tous. C'est notamment pour cette raison qu'aucun concile panorthodoxe n'a été convoqué récemment. De nouveaux schismes douloureux se sont formés, comme celui entre Moscou et Constantinople (Cyrille et Bartholomée), qui a des répercussions dans d'autres pays, comme l'Ukraine, mais pas seulement. Il n'y a pas d'unité juridictionnelle et canonique comme dans l'Église catholique romaine. Cela signifie que l'unité n'est pas visiblement constituée, mais qu'elle est de nature abstraite et, malheureusement, ne se concrétise pas dans les faits.

 

Cela ne s'applique pas à l'Église catholique romaine sous le pontificat, du moins sur le plan canonique. Car même en son sein, les réalités schismatiques ne sont plus prises au sérieux, contrairement à l'orthodoxie. Autrement dit, on vit avec, on s'y accommode, ou on les passe sous silence, comme dans le récent sermon papal consacré aux relations avec l'Église anglicane. Dans l'ensemble, cependant, un schisme profond est toléré au sein de toute l'Église catholique, opposant les catholiques dits "modernistes", "adaptés à l'air du temps", "relativistes", "pluralistes", "de gauche" et "réformés", aux catholiques "conservateurs", "de droite", "traditionalistes" et "orthodoxes". Les deux camps se considèrent comme fidèles et catholiques. C'est là le paradoxe par excellence.

 

Concernant les attributs communs énumérés ci-dessus, je ne fais que relever une stéréotypisation vulgaire et répandue dans l'esprit et les écrits des catholiques, sans pour autant l'approuver. Car on ne devrait parler que de catholiques. Cependant, il convient alors de définir clairement qui peut être considéré comme tel et qui ne l'est pas (ou ne l'est plus). En bref : soit on est catholique, soit on ne l'est pas. Mais on n'est pas – comme on l'entend souvent dans le langage courant – un catholique de droite ou de gauche. On est soit orthodoxe, soit hérétique, et donc catholique ou non (plus catholique). En fin de compte, cela doit être clairement défini et tranché par le pape pour l'Église universelle.

 

En tout état de cause, l’appartenance au catholicisme constitue également un critère d’exclusion, qui n’est plus compris ni appliqué aujourd’hui. On aspire à l’inclusion. Malheureusement, cela offre aussi un refuge aux hérétiques au sein de l’Église. Ils sont autorisés à enseigner et à exercer leur ministère, même s’ils critiquent la foi de l’Église et ne la vivent pas. Ils proclament un évangile différent de celui transmis par les apôtres et préservé par les papes (la Tradition). Parce que le pape, dans l’Église universelle, et les évêques, dans leurs diocèses, tolèrent les hérésies et les hérétiques, un schisme interne, sordide et omniprésent, sévit au sein de l’Église catholique.

 

Aujourd'hui, dans l'Église catholique, les hérésies ne sont plus identifiées ni punies. Les hérétiques ne sont plus reconnus comme tels, sanctionnés ni excommuniés. Ils peuvent ainsi corrompre librement le Corps du Christ, l'Église. Les papes se laissent photographier en leur compagnie et les rendent socialement acceptables en dialoguant avec eux, sans pour autant prendre publiquement leurs distances avec leurs idées et leurs agissements, sans les réprimander, sans condamner leurs positions et, le cas échéant, sans les excommunier. De ce fait, le mal se propage sans entrave au sein du Corps mystique du Christ, l'Église.

 

La guérison de l'Église ne pourra avoir lieu que si les hérésies sont clairement identifiées comme telles par le pape, et si leurs représentants et promoteurs (activistes) sont de nouveau excommuniés s'ils refusent de se repentir. Alors seulement pourra-t-on parler d'une véritable unité (une seule foi, un seul baptême, un seul corps) au sein de l'Église catholique romaine. Comme Jean l'a déjà écrit, ceux qui déchirent l'Église et falsifient la foi sont issus de l'Église elle-même. Le pape et les évêques devraient le déclarer clairement et publiquement, comme l'écrit Jean, ils ne nous appartiennent pas."

 

Cf. https://www.lifesitenews.com/opinion/bishop-eleganti-the-church-is-suffering-internal-schism-because-pope-bishops-tolerate-heresies/

 

Selon le journaliste accrédité par le Bureau de presse du Saint-Siège Niwa Limbu, ''Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège'', lui ''a déclaré'' :

 

''Les contacts entre la Fraternité Saint-Pie-X et le Saint-Siège se poursuivent, dans le but d’éviter toute rupture ou les solutions unilatérales aux problèmes qui ont surgi.''

 

Cf. https://blog.messainlatino.it/2026/02/news-fsspx-matteo-bruni-a-niwa-limbu-su-fsspx.html

Voir aussi Edward Pentin https://x.com/EdwardPentin/status/2018659574144971204?s=20

Catholic Herald 07-02-2026 Léon XIV a chargé le cardinal Fernández de rencontrer Pagliarani en tête-à-tête la semaine prochaine.

 

Michael Haynes pour Catholic Herald pose la question sur X : "combien de dégâts supplémentaires le cardinal Fernández peut-il encore infliger à l'Église ?", et demande pour le Catholic Herald : "Le cardinal Víctor Manuel Fernández est-il à l'origine de la rupture entre la FSSPX et Rome ?", "est-il la véritable source des tensions dans le bras de fer entre la FSSPX et le Vatican ?"

 

 

Dans cet article du Catholic Herald, Michael Haynes écrit :

 

"Dans un entretien accordé au service de presse interne de la FSSPX, le père Pagliarani a souligné que

>les écrits de Fernández, tels que Mater Populi Fidelis,

>et ses actions, comme sa promotion de la synodalité et sa rupture avec la Tradition,

étaient des éléments clés de la décision de procéder aux consécrations épiscopales.

 

Le prêtre a fait siennes les critiques du cardinal Joseph Zen : "Le cardinal Zen lui-même considère cette méthode comme manipulatrice et juge blasphématoire le fait de l'attribuer au Saint-Esprit. Malheureusement, je crains qu'il n'ait raison."

 

L'encyclique Mater Populi Fidelis semble avoir été le coup de grâce pour la Compagnie de Jésus, si l'on en croit Pagliarani. Il suffit d'examiner son homélie, dans laquelle il fait cette annonce, pour comprendre le lien étroit qui unit les deux événements. On peut établir un parallèle évident entre le rejet par Rome de Marie comme Co-Rédemptrice et l'arrivée des nouveaux évêques au sein de la Compagnie.

 

Face à ce constat, quelle que soit l'opinion que l'on porte sur la décision de la FSSPX, la controverse entourant Fernández depuis sa prise de fonctions apparaît plus claire. La FSSPX n'est pas la seule à critiquer ses actions et a dénoncé sa conduite depuis son arrivée en juillet 2023.

 

Léon a chargé Fernández de rencontrer Pagliarani en tête-à-tête la semaine prochaine. Si le cardinal maintient sa position actuelle, il est peu probable que cette rencontre aboutisse à une solution.

 

On peut arguer que la FSSPX n'a ​​pas suffisamment tenu compte de la délicate situation diplomatique au Vatican et que sa déclaration, faite à un moment potentiellement préjudiciable, pourrait se retourner contre elle et, plus généralement, contre le mouvement traditionaliste. Une chose est sûre : il est peu probable que le cardinal Fernández parvienne à convaincre le père Pagliarani de changer de position." (Fin de citation)

Le site InfoVaticana publie dimanche 8 février 2026 une ''lettre ouverte à Léon XIV à propos de son discours au Dicastère pour la Doctrine de la Foi'', rédigée par Francisco José Vegara Cerezo, Prêtre du diocèse d'Orihuela-Alicante qui expose les contradictions qualifiées d'hérésies du magistère actuel vis-à-vis du "magistère dogmatique précédent" :

 

''De quelle intégrité doctrinale peut-on parler aujourd’hui, quand le magistère de son prédécesseur et le sien [celui du Préfet du Dicastère, le cardinal Víctor Manuel Fernández. Ndlr.] ont publié des documents qui, comme je vous l’ai expliqué dans mes lettres successives, s’opposent frontalement au magistère dogmatique précédent ? […] Qui peut considérer la négation de ce qui a été préalablement établi comme une clarification ? Et comment la théologie catholique, dont le fondement est la continuité organique, étant basée sur l’Écriture et la Tradition, peut-elle être construite sur une rupture ?

 

À cette fin, au cours des deux dernières années, le Dicastère a publié divers documents ; je rappelle les principaux :

>(…) la Déclaration Dignitas infinita, sur l'"infinie dignité" humaine (2 avril 2024), qui a réaffirmé la dignité infinie de chaque être humain, gravement menacée aujourd’hui, notamment par les guerres en cours et par une économie qui privilégie le profit. La thèse centrale de Dignitas infinita est l'infinité de la dignité humaine naturelle, comme déjà indiqué dans le premier point : Une dignité infinie, inaliénable et inhérente à son être, appartient à chaque personne humaine, quelles que soient les circonstances et la situation dans laquelle elle se trouve. […] [S]i la dignité humaine est déjà infinie en elle-même, alors que, d'une part, l'infini est une caractéristique exclusive de la divinité, comme expression de son éminence, et que, d'autre part, en raison de son incommensurabilité, rien ne peut être ajouté ni soustrait à l'infini, quel serait l'intérêt du domaine surnaturel, qui ne pourrait rien y apporter et qui, même s'il le faisait, ne ferait qu'ajouter à un caractère divin déjà naturellement présent chez l'infini lui-même ? […] Votre Sainteté, vous ayant déjà adressé une lettre exposant les affirmations bibliques et magistérielles contredites par la thèse de la dignité naturelle infinie, j'estime inutile de répéter tous les arguments. Je me contente de réaffirmer que cette thèse, contenue dans un document magistériel, n'est pas simplement une hérésie ponctuelle – bien que même un seul cas d'une telle hérésie serait dévastateur, car faillir sur un seul point de dogme équivaut à perdre la foi catholique – mais une hérésie véritablement radicale, dans la mesure où elle nie le fondement même de toute la doctrine catholique, à savoir sa nature surnaturelle. Et vous prétendez qu'un document contenant une telle aberration clarifie la doctrine de l'Église ? Franchement, tous ces mots dont vous tentez de dissimuler, sous le voile de la plus inoffensive normalité, le plus grand affront doctrinal de l'histoire, ne peuvent sonner que comme du sarcasme.

 

>La Note doctrinale Mater Populi Fidelis sur certains titres mariaux faisant référence à la coopération de Marie dans l'œuvre du salut (4 novembre 2025), qui promeut la dévotion mariale populaire, approfondit ses fondements bibliques et théologiques, et offre en même temps des clarifications précises et importantes pour la mariologie. Le document en question contient les déclarations suivantes :

 

22. Compte tenu de la nécessité d’expliquer le rôle subordonné de Marie au Christ dans l’œuvre de la Rédemption, l’utilisation du titre de Co-rédemptrice pour définir la coopération de Marie est toujours inopportune.

 

27. On ne peut parler au sens strict d’une médiation de la grâce autre que celle du Fils de Dieu incarné.

 

67. Certains titres, comme celui de Médiatrice de toutes les grâces, ont des limites qui ne facilitent pas une compréhension correcte de la place unique de Marie.

 

Le rejet des rôles de Marie comme corédemptrice et médiatrice de la grâce peut-il vraiment être attribué, selon ses propres dires, à la promotion de la dévotion mariale populaire par l'approfondissement de ses fondements bibliques et théologiques ? Comment peut-on encourager une quelconque dévotion en annulant les prières les plus chères que l'Église a toujours adressées à Marie ? Quel sens y a-t-il désormais à solliciter son intercession surnaturelle si, précisément, le don surnaturel – la grâce – n'est plus entre ses mains ?

 

Je suppose que l'objectif œcuménique de convergence avec l'aversion mariale protestante, si prononcée, a été pleinement atteint ; mais je ne cesse de m'étonner que cela soit présenté comme une diatribe enflammée contre le catholicisme le plus archaïque. C'est la même tactique ironique et trompeuse que son prédécesseur a employée, par exemple, en intitulant 'Traditiones custodes' le document qui visait précisément à restreindre drastiquement la tradition liturgique. Ce n'est d'ailleurs pas une nouveauté, car chacun sait que l'ancienne ''République démocratique allemande'' n'était pas exactement l'Allemagne démocratique ; mais que le magistère pontifical recoure à une telle supercherie verbale sournoise jette irrémédiablement le discrédit sur toute la doctrine catholique, à moins que ce magistère ne soit qu'une utopie.

 

>Enfin, la Note doctrinale "Una Caro. Éloge de la monogamie, sur la valeur du mariage comme union exclusive et appartenance réciproque (25 novembre 2025), qui explore de manière originale la nature de l’unité du mariage entre un homme et une femme.

 

De ce dernier document, je retiendrai deux points :

 

122. La personne ne peut être traitée d’une manière qui ne corresponde pas à cette dignité que l’on peut qualifier d’“infinie”, tant en raison de l’amour illimité que Dieu lui porte, que parce qu’il s’agit d’une dignité absolument inaliénable.

 

La thèse de la Dignitas infinita est expressément confirmée ; mais, premièrement, la raison de l'amour de Dieu est tout à fait inadéquate, puisque cet amour est manifestement surnaturel et par conséquent ne peut fonder une dignité purement naturelle ; et, deuxièmement, l'inaliénabilité rend cette dignité substantielle et prive de sens le péché et la damnation, puisque ni le premier ne pourrait diminuer une dignité infinie, ni celui qui possède une telle dignité ne pourrait être condamné éternellement.

 

145. Une vision intégrale de la charité conjugale ne nie pas sa fécondité, la possibilité de générer une nouvelle vie, car 'cette totalité, requise par l’amour conjugal, correspond également aux exigences d’une fécondité responsable'. L’union sexuelle, en tant que mode d’expression de la charité conjugale, doit naturellement rester ouverte à la transmission de la vie sans pour autant que cela doive être un but explicite de chaque acte sexuel.

 

Maintenant que François a approuvé l'interprétation d'Amoris Laetitia donnée par les évêques argentins, selon laquelle, lorsqu'une déclaration de nullité ne peut être obtenue, (…) un chemin de discernement demeure possible. Ainsi, s'il est reconnu que, dans un cas particulier, des limitations atténuent la responsabilité et la culpabilité (cf. 301-302), notamment lorsqu'une personne considère qu'elle tomberait dans un péché supplémentaire, en nuisant aux enfants de la nouvelle union, Amoris Laetitia ouvre la possibilité d'accéder aux sacrements de la réconciliation et de l'Eucharistie (cf. notes 336 et 351), quelle importance revêt désormais l'utilisation de méthodes contraceptives artificielles pour les époux légitimes ? Ne sommes-nous pas en train de filtrer le moucheron pour avaler le chameau ? (cf. Mt 23, 24). Ceux qui ont pris la peine de régulariser sacramentellement leur situation vont-ils se voir refuser la possibilité de participer à un processus de discernement qui prend en compte, là aussi, l'existence de limitations circonstancielles atténuant la responsabilité et la culpabilité ? Ayant accepté une morale des circonstances qui remet en cause l'objectivisme censé caractériser la morale catholique, quelles limites peut-on fixer à cette question ? Accepter la profanation du mariage par les adultères, qui peuvent désormais recevoir sacrilègement la pénitence et l'Eucharistie, tout en imposant des exigences à ceux qui sont dûment mariés, est dénué de toute logique et de toute justice, et semble même être une parodie, facilitant la tâche à ceux qui se sont égarés et entravant celle de ceux qui ont emprunté le droit chemin.

 

[…] Dans le nouveau jargon, l'hérésie éhontée est appelée ''transmission de la foi'', mais en omettant, bien sûr de dire que cette foi n'est plus catholique, car même si l'hérésie semble provenir du Saint-Siège, elle n'en reste pas moins une hérésie.

 

 

[…] La véritable rupture s'opère actuellement avec le remplacement de la doctrine dogmatique catholique par quelque chose non seulement de différent, mais même de diamétralement opposé, et c'est ce que je tiens à dénoncer publiquement par cette lettre.

 

Comme je l’ai rappelé à l’occasion du récent consistoire extraordinaire, nous voulons être une Église (…) qui proclame l’Évangile, avant tout par la puissance d’attraction.

 

Le seul fait indéniable est l'attrait ; mais, bien sûr, un attrait qui utilise les mêmes moyens que le monde, ce qui implique que cet évangile, qui occulte le surnaturel – dont nous sommes si indignes – et qui exige, comme condition inéluctable, une conversion radicale, ne peut être que le substitut auquel saint Paul faisait allusion : ''Mais si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème !'' (Galates 1, 8). Sans doute, pour l'apôtre, la couleur des vêtements de l'ange importait peu, car, comme le dit le proverbe, l'habit ne fait pas le moine… ni l'ange, ni le pape. "

(Fin de citation)

 

Niwa Limbu sur X

 

"De nombreuses sources au sein de la SSPX m'ont informé que Mgr Fellay et Mgr Galarreta se rendront à une réunion en tête-à-tête entre le Père Davidé Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, et le Cardinal Fernandez, Préfet du DDF."

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Lors d'un sermon dimanche 8 février, l'évêque de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) Bernard Fellay a soutenu qu'un "état de nécessité" existe clairement pour que la FSSPX puisse procéder à la consécration d'évêques sans l'approbation du Vatican.

 

''Où est passé l’esprit missionnaire aujourd’hui ? Il est mort… Pourquoi ? Parce qu’on prétend maintenant que tout le monde peut être sauvé'', s’est exclamé Son Excellence. ''Le pape François a osé dire que la pluralité des religions relève de la sagesse de Dieu. Autrement dit, Dieu voulait plusieurs religions, d’autres religions. Cela détruit la foi.''

 

 

Tout en reconnaissant que "nul ne peut juger le Saint-Siège" lors de son sermon de 38 minutes, Fellay a soutenu que le 'salut des âmes' exigeait simplement que la Fraternité procède aux consécrations.

 

Le père John McFarland, de l'église Notre-Dame-des-Douleurs de Phoenix, en Arizona, a tenu des propos similaires à ceux de Fellay. Dans son homélie, disponible sur YouTube, il affirme que Léon XIV défend les enseignements du pape François, ce qui est profondément problématique.

 

Fellay a avancé d'autres arguments pour défendre les consécrations possibles, prévues pour le 1er juillet. Son Excellence a parlé d'une désorientation diabolique au sein de l'Église.

 

Le jeudi 12 février, le Père Davide Pagliarani, supérieur général de la FSSPX, doit rencontrer à Rome le cardinal Tucho Fernandez, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Selon certains médias, Mgr Fellay et Mgr Alfonse de Galarreta, également de la FSSPX, seront présents à cette rencontre, information que LifeSite n'a pas confirmée.

 

Cf. https://www.lifesitenews.com/news/sspx-bishop-fellay-defends-consecration-plans-says-churchs-missionary-spirit-has-been-killed/

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10-02-2026

 

Humour

 

LE DIALOGUE FERNÁNDEZ-PAGLIARANI COMMENCE

 

Fernandez : Allez-vous ordonner des évêques ?

 

Pagliarani : "J’ai la certitude morale que c’est l’offrande que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limites, même si ce n’est pas encore l’idéal." (Amoris Laetitia, VIII)

 

Fernandez : Mais cela ne viole-t-il pas le droit canonique ?

 

Pagliarani : "Il est mesquin de s'arrêter à la seule question de savoir si les actions d'une personne correspondent ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer la pleine fidélité à Dieu dans l'existence concrète d'un être humain." (Amoris Laetitia)

 

Fernandez : Mais ce serait un cas de désobéissance.

 

Pagliarani : "Ce qui relève d’un discernement pratique face à une situation particulière ne saurait être érigé en norme. Cela engendrerait non seulement une casuistique insupportable, mais mettrait également en péril les valeurs qu’il convient de préserver avec une attention toute particulière." (Amoris Laetitia)

 

Fernandez : N'avez-vous pas peur de pécher ?

 

Pagliarani : "En raison de circonstances atténuantes, il est possible que, au milieu d'une situation objective de péché — qui peut ne pas être subjectivement coupable ou ne pas l'être pleinement — on puisse vivre dans la grâce de Dieu, aimer et progresser dans la vie de grâce et de charité, en recevant pour cela l'aide de l'Église." (Amoris Laetitia)

 

Fernandez : Prétendez-vous faire le bien en dehors du cadre juridique de l'Église ?

 

Pagliarani : "La vie de l’Église s’écoule par de nombreux canaux autres que les canaux normatifs." (Fiducia supplicans)

 

Fernandez : Enfin, n'avez-vous pas peur de vous séparer de la véritable Église ?

 

Pagliarani : "S’ils se mettent à argumenter – “ma religion est plus importante que la tienne”, “la mienne est la vraie, la tienne ne l’est pas” – où tout cela nous mène-t-il ? Où ? Que quelqu’un réponde : où ? [Quelqu’un répond : 'À la destruction.'] Et c’est bien le cas. Toutes les religions sont un chemin vers Dieu. Je fais une comparaison : elles sont comme différentes langues, différentes expressions, pour y parvenir. Car Dieu est Dieu pour tous. Et puisque Dieu est Dieu pour tous, nous sommes tous enfants de Dieu. 'Mais mon Dieu est plus important que le tien !' Est-ce vrai ? Il n’y a qu’un seul Dieu, et nos religions sont des langues, des chemins pour atteindre Dieu. L’un est sikh, l’autre musulman, hindou, chrétien ; ce sont des chemins différents. Compris ?" (François à Singapour, septembre 2024)

 

Fernandez : Bon, ça suffit pour aujourd’hui. Embrasse-moi.

 

Pagliarani : Non, merci.

 

CfHenry von Blumenthal

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L'erreur commise par la FSSPX que Rome peut exiger qu'elle corrige

 

InfoVaticana

 

par Miguel Escrivá | 10 février 2026

 

Si Rome souhaite que le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie-X soit plus qu'une simple mise en scène, un point concret, clairement défini et pleinement contraignant doit être abordé publiquement. Il ne s'agit pas tant de la reconnaissance de la crise ecclésiale, désormais de facto admise même par les autorités romaines, ni du débat interminable sur l'interprétation du Concile Vatican II, dont la dimension pastorale et la réception controversée ne constituent plus un tabou institutionnel. Ce que Rome doit légitimement exiger de la FSSPX, c'est la correction d'une grave erreur pastorale : empêcher de fait les fidèles de remplir leur obligation dominicale en assistant à une messe valide promulguée par l'Église, et ce, au nom de la défense de la tradition.

 

Dans la pratique courante de la FSSPX, une idée claire se dégage de ses conséquences, même si elles sont parfois formulées implicitement : lorsque les fidèles ont accès à la messe traditionnelle en latin, la participation à la messe selon le rite romain (Novus Ordo) ne remplit pas l’obligation dominicale ; et lorsqu’ils n’y ont pas accès, ils sont dispensés d’y assister. Il ne s’agit pas d’une préférence liturgique ni d’une exhortation ascétique. C’est un jugement moral qui place les fidèles dans une situation objective de péché grave pour avoir obéi à l’autorité de l’Église.

 

C’est là le nœud du problème. L’obligation dominicale est impérative sous peine de péché mortel. Affirmer, explicitement ou implicitement, qu’une messe valide, célébrée selon un rite promulgué par le Pontife romain, ne suffit pas à remplir cette obligation, revient à ébranler la certitude morale des fidèles. Dès lors, l’obéissance à l’Église cesse d’être une garantie suffisante pour demeurer en état de grâce. Les fidèles sont alors contraints de soumettre le droit canonique à un jugement antérieur extérieur à la hiérarchie, et l’autorité pastorale perd sa capacité objective d’imposer.

 

Mais les dégâts ne s'arrêtent pas là. Cette position affaiblit en fin de compte la doctrine catholique sur l'efficacité objective de la grâce sacramentelle. La tradition de l'Église a toujours été claire : la messe agit ex opere operat . Son efficacité ne dépend ni du contexte, ni du climat spirituel, ni de la justesse subjective des participants. La grâce n'est pas fragile. Ce qui est fragile, c'est l'humanité, et c'est pourquoi nous avons besoin des sacrements. Introduire l'idée que le contexte puisse neutraliser la grâce à ce point revient à inverser la logique traditionnelle : le sacrement cesse d'être un remède et devient un danger.

 

Cette approche trouve son origine dans un contexte historique compréhensible. Dans les années 1970 et 1980, alors que le paysage liturgique était objectivement bouleversé et que la messe traditionnelle en latin semblait menacée, une approche pastorale de retrait a pu se développer instinctivement, marquée par une crainte légitime de sa disparition. Mais ce contexte n'est plus d'actualité. Aujourd'hui, une réalité ecclésiale est incontestable : le biritualisme. Des centaines de milliers de fidèles ont découvert la messe traditionnelle en latin à travers le Novus Ordo. Non pas contre lui, mais grâce à lui. Ils sont venus à la tradition non par rupture, et ils vivent naturellement dans les deux rites.

 

[…] Par conséquent, l’erreur la plus grave n’est pas d’ordre doctrinal abstrait, mais d’ordre pastoral concret : empêcher explicitement les fidèles d’assister à une messe valide pour accomplir un commandement grave de l’Église. C’est ce point que Rome doit exiger. Il ne s’agit pas d’une concession idéologique, mais d’une exigence minimale de cohérence théologique. Tant que persistera l’idée que l’obéissance à l’Église ne suffirait pas à éviter le péché mortel, le problème ne sera ni disciplinaire ni canonique, mais bien théologique.

 

Dans ce contexte, la rencontre entre le cardinal Víctor Manuel Fernández et le supérieur général Davide Pagliarini révèle un point de convergence évident. Rome peut et doit demander à la Fraternité de revenir sur cette position pastorale spécifique. Cet engagement acquis, la question se pose différemment. L’acceptation des évêques ne constituerait alors pas une concession doctrinale, mais une mesure prudente de continuité sacramentelle, notamment dans le contexte d’urgence objective créé par Traditionis Custodes. Cette situation exceptionnelle existe, et la nier serait faire preuve de naïveté.

 

Mais rien de tout cela ne saurait se justifier tant que persiste une approche pastorale qui, au nom de la protection des fidèles, les empêche d'accéder à la grâce. La tradition n'a pas besoin de cette crainte. Elle n'en a probablement jamais eu besoin. Mais aujourd'hui, elle en a plus que jamais besoin. (Fin de citation)

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Comment Rome devrait-elle réagir aux consécrations épiscopales prévues par la FSSPX ? Le liturgiste de renommée internationale Dom Alcuin Reid propose une approche calme et pragmatique à suivre. Son ouvrage principal, ''Le développement organique de la liturgie'' (Ignatius, 2005), avait été préfacé par le cardinal Joseph Ratzinger.

 

''On hésite à ajouter sa voix au flot de commentaires qui a suivi l'annonce, somme toute prévisible, de la consécration de nouveaux évêques par la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) le 1er juillet. Trop de propos tenus n'ont fait que raviver de vieux préjugés et exacerber les divisions. 'On y est encore', entend-on bien trop souvent. On imagine aisément les soupirs similaires dans les couloirs et les bureaux des dicastères concernés du Saint-Siège : 'Tiens, encore des excommunications', etc.

 

Une telle approche fataliste est indigne et inacceptable. Comme l'écrivait un pape érudit en 2007 : ''En se penchant sur le passé, sur les divisions qui, au cours des siècles, ont déchiré le Corps du Christ, on a constamment l'impression qu'aux moments critiques où ces divisions se manifestaient, les responsables de l'Église n'ont pas fait assez pour maintenir ou retrouver la réconciliation et l'unité. On a l'impression que les omissions de l'Église ont porté une part de responsabilité dans le durcissement de ces divisions. Ce regard porté sur le passé nous impose aujourd'hui une obligation : celle de tout mettre en œuvre pour permettre à tous ceux qui désirent véritablement l'unité de demeurer dans cette unité ou de la retrouver.''

 

Nous vivons assurément un moment historique. Le 1er juillet 2026 pourrait être un moment amer où les divisions s'aggraveraient pour des décennies – une répétition désastreuse du fiasco de 1988 – ou bien l'occasion de se réjouir d'une réconciliation historique renforçant l'unité et la communion des fidèles catholiques du monde entier, consolidant la crédibilité du témoignage de l'Église et amplifiant son impact missionnaire.

 

Ce que beaucoup ignorent, c'est le réel besoin pastoral de la FSSPX en nouveaux évêques, plus jeunes. Avec plus de 730 prêtres, plus de 260 séminaristes, diverses communautés religieuses et près de 800 églises ou chapelles à travers le monde, ainsi qu'un grand nombre de fidèles, qui a considérablement augmenté pendant la période de suspension du ministère par de nombreuses paroisses traditionnelles en raison de la Covid-19, et encore davantage après la mise en œuvre pastoralement désastreuse du motu proprio Traditiones Custodes de 2021, la Fraternité a besoin de plus d'évêques pour les confirmations, les ordinations, les professions et autres fonctions pontificales. Ses deux évêques actuels ne sont plus assez jeunes ni assez nombreux pour répondre à ces besoins pastoraux croissants et aux déplacements constants qu'ils impliquent.

 

Nous aurions tort de considérer les consécrations épiscopales annoncées comme une manœuvre politique ou une tentative d'embellir les liturgies de la Fraternité Saint-Pie-X. La Fraternité Saint-Pie-X est convaincue, à juste titre, de leur nécessité pour la vie sacramentelle des fidèles catholiques qui s'adressent à elle. Ses évêques œuvrent avec un dévouement exceptionnel et sont de véritables missionnaires, animés par le salut des âmes, et non par leur propre confort ou leur intérêt personnel.

 

Il s'agit là d'une profonde question de conscience pour eux, et il est difficile, à vrai dire, de les contredire lorsque des évêques, voire des papes et des cardinaux, font parfois tout leur possible pour fermer des apostolats utilisant les rites liturgiques traditionnels pour la messe et les sacrements, et lorsque des séminaires et des maisons religieuses se vident et ferment les uns après les autres. Les exigences d'obéissance aveugle, telles que celles qui sont adressées à la Compagnie de Jésus depuis les années 1970, sont tout simplement inacceptables : le revirement du pape François concernant les mesures généreuses prises par le pape Benoît XVI a accru leurs craintes et confirmé leur méfiance envers l'autorité.

 

De même, la perspective d'une rencontre fructueuse entre le Supérieur général de la FSSPX et l'actuel Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi – célèbre pour avoir participé à la rédaction d'Amoris Laetitia, pour la déclaration controversée autorisant les bénédictions spontanées pour les couples de même sexe (Fiducia Supplicans. Ndlr.) et pour le récent document, totalement inutile et contre-productif, sur le rôle de la Vierge Marie dans notre Rédemption – est difficile à croire. Si, comme l'a suggéré le porte-parole du Vatican, "cette rencontre [doit] être l'occasion d'un dialogue informel et personnel, susceptible d'aider à identifier des instruments de dialogue efficaces pouvant mener à des résultats positifs", il nous faudra un véritable miracle.

 

Mais nous croyons aux miracles. Et nous avons un nouveau pape, qui a souvent et clairement parlé de l'importance et de la nécessité de l'unité dans l'Église. Il n'a pas insisté sur l'"uniformité" (les mensonges à ce sujet, propagés par certains responsables de la Curie concernant la liturgie, ont été suffisamment dénoncés), mais sur cette unité qui est le fruit de la profession commune de la foi une, sainte, catholique et apostolique, et qui se vit dans la communion hiérarchique avec et sous l'autorité de Pierre et de ses successeurs.

 

C’est donc un moment crucial pour le Saint-Père. Car lui seul peut faire pleinement valoir son autorité pour des mesures qui renforcent l’unité de l’Église à l’égard de la FSSPX en ce moment critique de l’histoire – comme l’a fait le pape saint Jean-Paul II en 1988, comme l’a fait Benoît XVI tout au long de son pontificat, et comme l’a fait le pape François en leur accordant les facultés de confesser et de célébrer des mariages.

 

Le Saint-Père devra sans doute faire preuve d'innovation, car certains membres de sa Curie, par leur rigidité et leur étroitesse d'esprit, s'opposeront systématiquement à toute réconciliation. Le Pape pourrait certainement trouver un cardinal ou un évêque compétent et le charger d'œuvrer avec zèle à la régularisation canonique de la Fraternité. De tels hommes existent. Ce qu'il faut, c'est la volonté de mettre l'autorité au service de cette unité si ardemment désirée.

 

Certes, cela impliquerait que la Fraternité fasse confiance au Pape, et elle a, hélas, des raisons d'hésiter à cet égard. Sa Sainteté lui-même devrait agir pour panser cette plaie, par la parole et par les actes.

 

De même, ceux qui ne voient aucune place pour la FSSPX dans une ''Église synodale'' devraient finalement admettre que la ''synodalité'' n'est pas une caractéristique de l'Église du Christ et qu'elle ne relève pas de la nature de la foi catholique. Ils devraient également reconnaître que continuer d'exclure ces catholiques serait en réalité le rejet ultime de leur propre prétention à l'''inclusivité''. Les catholiques conservateurs ou dits ''traditionnels'' devraient eux aussi mettre de côté leur mépris pour les actes de désobéissance matérielle passés de la Fraternité et accueillir à nouveau les frères prodigues avec une charité et une joie véritablement évangéliques.

 

C’est une demande exigeante, mais nous croyons aux miracles, et le Saint-Père a le pouvoir de déplacer des montagnes de canons s’il le juge opportun. Notre tâche – surtout à l’approche du Carême – est de prier, de jeûner et d’œuvrer de toutes les manières possibles pour contribuer à l’édification de l’unité de l’Église en ce moment crucial de son histoire. Il est temps de célébrer la messe votive pro Ecclesia unitate et de faire offrir des messes pour cette intention. Par-dessus tout, nous devons prier et offrir des sacrifices au Saint-Père.

 

Le 1er juillet 2026 se lèvera, porteur de joie ou de tristesse ; l’Église se réjouira-t-elle de son unité renforcée avec les nouveaux évêques, peut-être même avec la participation d’un consécrateur délégué par le Pape, ou bien sera-t-elle davantage blessée par des divisions plus profondes. Iam hora est – c’est le moment d’agir.

 

Cf. Dom Alcuin Reid, Iam hora est : sur l'annonce par la FSSPX des consécrations épiscopales, The Catholic Herald, 09-02-2026

12 février 2026

 

Le Vatican exhorte la FSSPX à suspendre les ordinations épiscopales et propose un dialogue.

 

Le Saint-Siège a averti la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX), traditionaliste, que procéder à des ordinations épiscopales sans mandat papal "constituerait une rupture décisive de la communion ecclésiale (schisme)".

 

L’avertissement a été annoncé aujourd’hui dans un communiqué publié par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) à la suite d’une réunion privée dans les bureaux du dicastère entre le Supérieur général de la FSSPX, le Père Davide Pagliarani, et le Préfet du DDF, le Cardinal Victor Manuel Fernández.

 

Lors de cette réunion à huis clos, le cardinal Fernández a proposé un dialogue théologique structuré afin de clarifier les questions non résolues, notamment les différents niveaux d'adhésion aux textes du concile Vatican II.

 

"L’objectif de ce dialogue est de mettre en lumière, dans les sujets abordés, les conditions minimales pour la pleine communion avec l’Église catholique et, par conséquent, de définir un statut canonique pour la Fraternité, ainsi que d’autres aspects nécessitant un examen plus approfondi", indique le communiqué.

 

Le dicastère a toutefois souligné que de telles discussions ne pourront avoir lieu que si la FSSPX suspend ses consécrations épiscopales prévues, programmées pour le 1er juillet 2026.

 

La réunion a également abordé les points soulevés par la FSSPX dans des correspondances précédentes, notamment des questions sur la "volonté divine concernant le pluralisme des religions" — une référence au controversé "Document d’Abou Dhabi" de 2019 signé aux Émirats arabes unis par le pape François et le grand imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb.

 

Le père Pagliarani devrait présenter la proposition du Vatican à son conseil et communiquer la réponse de la Fraternité au Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

 

En cas de réponse positive, les étapes, les phases et les procédures à suivre seront établies d'un commun accord.

 

L’Église est invitée à accompagner ce processus, particulièrement dans les temps à venir, par la prière au Saint-Esprit, qui est le principal artisan de la véritable communion ecclésiale voulue par le Christ.

 

Cf. Diane Montagna

 

Trois jours avant la rencontre de ce jeudi au Saint-Office, le préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi était reçu en audience privée lundi matin 9 février par le Pape Léon XIV au Palais apostolique.


Cf. https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2026-02/vatican-doctrine-de-la-foi-saint-pie-x-cardinal-fernandez-abbe.html

 

 

Selon Niwa Limbu :

 

''[...] le cardinal Fernandez avait bien 'rejeté la demande' d’évêques.

 

Il semblerait que cela provienne du cardinal Fernandez plutôt que du pape lui-même, car rien ne m'a été indiqué concernant les choix de Sa Sainteté.''

 

Cf. https://x.com/NiwaLimbu1988/status/2021996365182550521?s=20

 

"Les évêques de la Fraternité ne revendiquent pas l’exercice de la juridiction sur une Église particulière ; autrement dit, ils ne s’attribuent pas de diocèse et n’entendent pas constituer une province ecclésiastique ni une structure territoriale autonome. Ils reconnaissent ainsi ne pas avoir de mission canonique. Ils ne se présentent pas comme Ordinaires. Leur action s’inscrit dans la structure interne de la Compagnie, dont le Supérieur général est, de surcroît, un simple prêtre ; il n’est ni Ordinaire diocésain ni chef d’une Église particulière. Il n’y a donc ni dans l’intention déclarée ni dans la configuration juridique actuelle aucune prétention à constituer une hiérarchie de juridiction ''parallèle'' à celle de l’Église universelle. Cet élément distingue radicalement la situation de la Compagnie de celle, par exemple, des évêques de l’Association patriotique chinoise condamnés par Pie XII, qui furent intégrés à une structure ecclésiale alternative promue par l’État et orientée vers la réalisation d’une Église indépendante de Rome. Dans ce cas, l'ordination sans mandat pontifical servait à la création d'une hiérarchie autonome et séparée ; dans le cas de la Fraternité, en revanche, la primauté du Pontife romain est expressément reconnue et aucun pouvoir de juridiction propre, en acte, opposé à celui qui émane de lui n'est revendiqué.

 

[…] Cependant, bien que l’acte d’ordination épiscopale soit objectivement illégitime (can. 1013) et entraîne l’excommunication latae sententiae pour l’évêque consacrant et pour le consacré (can. 1387), la même loi prévoit des circonstances atténuantes. Elle stipule en effet que « l’auteur de la violation n’est pas exempté de la peine établie par la loi ou le précepte, mais la peine doit être atténuée ou remplacée par une pénitence si l’offense a été commise […] par une personne contrainte par une crainte grave, même relative, ou qui a agi par nécessité ou par grave contrainte », pourvu que « l’offense commise soit intrinsèquement mauvaise ou nuisible aux âmes » (can. 1324). Si, toutefois, une telle offense n’est pas intrinsèquement mauvaise ou nuisible, la peine est même nulle (can. 1323).

 

Il reste donc à déterminer si les ordinations épiscopales de la Compagnie sont motivées par une crainte grave, un état de nécessité ou un grave inconvénient. Attention : ces trois conditions possibles ne rendent pas un acte licite intrinsèquement contraire à la constitution hiérarchique de l’Église ; tout au plus elles peuvent affecter l’imputabilité et, par conséquent, la peine. De plus, la nécessité doit être objective, grave, proportionnée et ne peut concerner un bien susceptible d’être défendu par des moyens licites.

 

Or de fait, l’état de nécessité constitue la crise même de l’Église, reconnue comme telle ces dernières décennies par les hiérarchies ecclésiastiques elles-mêmes : il est inutile, à cet égard, de rappeler toutes les interventions du pape Benoît XVI sur la question, ni celles des nombreux prélats et théologiens qui se sont exprimés sur ce thème : Alfredo Ottaviani, Antonio Bacci, Giacomo Biffi, Carlo Caffarra, Alfons Maria Stickler, Raymond Leo Burke, Gerhard Müller, Robert Sarah, Athanasius Schneider, Joseph Edward Strickland, Marian Eleganti, Nicola Bux, etc. La liste est longue.

Il convient de noter que, à cet égard, les interventions publiques des papes ont plus de poids que celles des théologiens et des évêques agissant à titre privé. Citons-en quelques-unes.

Paul VI : Discours du 7 décembre 1968 ; Homélie du 29 juin 1972. Jean-Paul II : Discours du 11 janvier 1997 ; Discours du 21 septembre 1993 ; Encyclique Redemptoris Missio (7 décembre 1990). Cette dernière affirme notamment : « En ce nouveau printemps du christianisme, une tendance négative indéniable se dessine. L’activité missionnaire spécifiquement adressée aux nations semble s’essouffler. Des difficultés tant internes qu’externes ont affaibli l’élan missionnaire de l’Église auprès des non-chrétiens, un fait qui ne peut qu’inquiéter tous ceux qui croient en Christ. Car dans l’histoire de l’Église, le dynamisme missionnaire a toujours été un signe de vitalité, tout comme son déclin est un signe de crise de foi. »

Il convient de noter que cette liste de discours et de documents similaires n'est pas exhaustive, faute de place.

Or, cet état de nécessité réside dans la grave difficulté, voire l'impossibilité dans certains cas, de fournir aux fidèles une doctrine juste et des sacrements dignes et efficaces. Si l'on refuse d'admettre cet état de nécessité, il est difficile de ne pas reconnaître au moins la grave difficulté qu'il présente.

De plus, un tel état de nécessité objectif et grave ne concerne pas un bien défendable par des moyens licites, c’est-à-dire par l’utilisation des autres instruments prévus par la loi pour régler les différends visant à sauvegarder la foi, les mœurs et la discipline (appels aux congrégations, listes de dubia, avertissements, etc.), tout simplement parce que, durant toutes ces années, ils se sont toujours révélés infructueux. Les néo-modernistes au pouvoir ont toujours évité la confrontation directe.

À cet état de nécessité s'ajoute la vive crainte de nombreux prêtres et fidèles à travers le monde qui voient la survie de la liturgie traditionnelle menacée, notamment après le dernier consistoire extraordinaire où Arthur Roche et ses associés ont défendu le motu proprio Traditionis custodes, un texte autoritaire , et ont même implicitement encouragé une nouvelle répression des rites les plus anciens. Si la Fraternité disparaît, il est plausible de croire que Rome, entre les mains des Fernández, Viola, Roche, etc., s'emploiera à interdire totalement l'ancien missel, ou à le reléguer au rang de propriété exclusive d'instituts marginaux réduits à des réserves indiennes pratiquant la messe traditionnelle en latin, plutôt que de le considérer comme patrimoine liturgique commun et ordinaire de tous les baptisés, causant ainsi des blessures, des scandales et des conséquences encore plus graves que celles que nous avons connues jusqu'à présent. Il est inutile de rappeler, par exemple, le sort réservé à des ordres religieux tels que les Franciscains de l'Immaculée.

 

La position canonique des fidèles laïcs

Il reste à déterminer si cette peine, même atténuée, implique la gravité du péché, et si les fidèles peuvent paisiblement assister aux offices ou recevoir les sacrements administrés par les diacres, les prêtres et les évêques de la Fraternité. En l'état actuel des choses, aucun problème particulier ne semble se poser. L'Église, dans sa pratique récente, n'a jamais excommunié les fidèles qui fréquentent les chapelles de la Fraternité. De plus, selon le droit canonique, la simple réception des sacrements d'un ministre ordonné illégalement ne constitue pas en soi une adhésion formelle au schisme. Pour qu'un fidèle soit excommunié, un acte formel d'adhésion à un schisme déclaré serait requis : tel n'est pas le cas de la FSSPX, qui reconnaît l'autorité du pape Léon XIV.

 

En définitive, il semble que si le Vatican refusait les cinq ordinations à venir, nous serions confrontés à un acte illégitime qui, à proprement parler, ne devrait entraîner aucune sanction , car motivé par une crainte grave et par un état de nécessité objectif. Autrement dit, ce sont les néo-modernistes du Vatican qui contraignent la FSSPX à agir ainsi, malgré les problèmes théologico-canoniques que cela soulève.

De l'impunité à la légitimité

Nous nous demandons maintenant s'il est possible d'aller plus loin et, par conséquent, de reconnaître également la légitimité des ordinations de la FSSPX, et ce, en nous appuyant sur des arguments solides, d'abord théologico-canoniques, puis historiques. Jusqu'à présent, le débat s'est certes limité à la question de l'imputabilité et de la sanction. Cependant, une autre voie est envisageable.

[...] Comme nous l'avons dit, nous ne sommes pas confrontés à un état de nécessité subjectif, mais à un état de nécessité objectif, reconnu comme tel par l'Église enseignante et dirigeante elle-même, c'est-à-dire par les papes et les évêques, qui ont ouvertement évoqué une crise profonde de la foi, de la liturgie et de la transmission doctrinale. À cela s'ajoutent les positions convergentes des cardinaux et des évêques qui ont diagnostiqué une situation ecclésiale gravement compromise.

 

 

Si l’état de nécessité est publiquement reconnu par la hiérarchie enseignante et dirigeante, le principe suprême de l’ordre canonique dont découle toute codification et discipline, à savoir le salut des âmes, ne peut être subordonné à la simple préservation formelle de la structure juridique, et encore moins à la préservation du pouvoir personnel, sous peine de s’exposer à l’abus mentionné au début de ces articles.

Puisque le droit canonique est ordonné au salut des âmes, il ne peut imposer de manière à empêcher ce qui est nécessaire à la préservation de la foi et des sacrements. Il y aurait contradiction. Il s'ensuit que, face à un état de nécessité objectif reconnu par l'autorité même qui le crée, la loi divine qui fonde la structure hiérarchique de l'Église dispenserait de l'observance de la norme positive relative au mandat pontifical, légitimant ainsi l'acte accompli pour la sauvegarde de la foi, même lorsque l'autorité qui devrait conférer la mission canonique participe à la cause immédiate de la crise et en a connaissance.

Il y a là, de toute évidence, une tension logique : si l’autorité reconnaît formellement la crise, pourquoi n’intervient-elle pas ? La réponse est évidemment complexe et ne fera pas l’objet de la présente étude : contentons-nous de relever cette tension comme un fait établi.

De plus, l’objectivité de l’état de nécessité ne repose pas uniquement sur le jugement de l’Église doctrinale post-conciliaire, mais aussi sur celui du Magistère traditionnel, c’est-à-dire sur les déclarations infaillibles des papes et des conciles à travers les siècles. Le premier, en effet, se limite à observer l’effet ou le symptôme sans en diagnostiquer la cause ; le second, au contraire, en présentant une doctrine salutaire, indique indirectement la cause du mal, à savoir la crise actuelle. Quiconque compare ces deux jugements peut parvenir à une conception unifiée du diagnostic.

 

Précédents historiques : Wojtyła et Slipyj

Pour étayer ce qui a été dit, il peut être utile de rappeler un précédent historique significatif, tout en précisant un point méthodologique essentiel. L'histoire, en tant que telle, ne fonde ni ne réfute un principe universel ; elle peut toutefois apporter des confirmations empiriques de sa cohérence et en démontrer les conséquences dans des applications concrètes. Faire du fait historique un critère normatif reviendrait à glisser vers l'historicisme.

Cela dit, le comportement de Karol Wojtyła (futur pape Jean-Paul II) lorsqu'il était encore archevêque de Cracovie est révélateur. Dès 1965 au moins, avec son auxiliaire Juliusz Groblicki, il procéda à des ordinations sacerdotales clandestines en faveur de l'Église persécutée en Tchécoslovaquie, malgré l'interdiction faite par le Saint-Siège aux évêques clandestins de ce pays de procéder à de telles ordinations. Wojtyła n'en informa pas Rome au préalable. Il n'interpréta pas ces actes comme une contestation de l'autorité, mais comme un devoir envers les fidèles privés des sacrements. Il ne porta pas la question devant les autorités car il estimait que, dans ce cas précis, le jugement prudentiel de Rome était erroné et qu'une contestation formelle n'aurait fait qu'aggraver la situation.

Rappelons que, depuis le 9 avril 1951, par un décret général de la Suprême Congrégation du Saint-Office, la peine pour l’ordination sans mandat a été changée de la suspension à l’excommunication de plein droit, d’une manière très spéciale réservée au Siège apostolique, tant pour celui qui confère que pour celui qui reçoit la consécration (cf. Bruno F. Pighin, "Le ordinazioni episcopali senza mandato pontificio e le loro conseguenze canoniche", Ius Ecclesiae XXIV, 2012, pp. 401-420).

L’interdiction du Vatican découlait, de surcroît, d’une méfiance envers le discernement exercé par des figures telles que le cardinal Stefan Wyszyński ou le cardinal Josyf Slipyj, c’est-à-dire des pasteurs qui connaissaient directement la situation des Églises persécutées. On observe ici clairement la tension entre norme positive universelle et jugement prudentiel face à un état de nécessité.

Plus significatif encore est le cas du cardinal Josyf Slipyj (1892-1984), chef de l'Église gréco-catholique ukrainienne, dont la cause de béatification a récemment été ouverte. En 1976, il consacra trois évêques sans mandat pontifical afin d'assurer la survie de son Église clandestine sous le régime soviétique. Formellement, cet acte était contraire à la discipline en vigueur. Cependant, Paul VI, informé des faits, ne le sanctionna pas. Cette omission n'était pas une simple tolérance, mais la reconnaissance implicite du caractère exceptionnel de la situation et de la finalité salvifique de cet acte. L'un des évêques consacrés, Lubomyr Husar, fut par la suite créé cardinal par Jean-Paul II.

L’affaire Lefebvre à la lumière des précédents

Ces précédents ne constituent pas une preuve automatique de la légitimité de toute consécration sans mandat pontifical. Ils montrent cependant que, dans des circonstances de nécessité grave et objective, l'Église a concrètement reconnu que le non-respect matériel d'une norme disciplinaire peut ne pas constituer une rébellion contre l'autorité, mais une obéissance au principe fondateur de toute codification canonique, et donc, en définitive, légitime.

À la lumière de tels cas, les consécrations épiscopales de Mgr Lefebvre en 1988 ne sauraient être qualifiées de "schismatiques", d'une part parce qu'elles ne revendiquent aucune mission canonique et ne créent donc pas de hiérarchie parallèle de juridiction, et d'autre part parce qu'aucune hérésie n'y est professée. Saint Thomas d'Aquin explique pertinemment qu'il n'y a jamais de schisme sans hérésie qui le provoque, et que cette dernière est toujours plus grave que le premier, contrairement à une idée répandue aujourd'hui, même dans les milieux conservateurs. Cependant, d'un point de vue disciplinaire, schisme et hérésie sont à juste titre considérés comme deux fautes distinctes.

La question n’est pas de savoir s’il y a eu désobéissance matérielle, mais si cette désobéissance était contraire à la constitution divine de l’Église ou visait à sa préservation dans un contexte perçu comme extraordinaire. Si cette seconde interprétation est retenue, alors les ordinations épiscopales de Mgr Lefebvre en 1988 et celles qui auront lieu en 2026, possiblement sans mission canonique du pape Léon XIV (mais nous espérons qu’un accord approprié pourra être trouvé), seront considérées comme légitimes.

 

Cf. https://remnantnewspaper.com/web/index.php/articles/item/8099-sspx-bishop-ordinations-and-the-crisis-of-authority-what-rome-s-response-will-reveal

La FSSPX interroge la manière dont Rome traite ses consécrations épiscopales au vu de la situation en Chine.

 

La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) a ouvertement posé une question au Saint-Siège : si Rome a maintenu un accord avec la Chine concernant les nominations épiscopales, pourquoi considère-t-elle inacceptables les consécrations que la Fraternité prévoit d'effectuer le 1er juillet sans mandat papal ?

 

La question n'est pas rhétorique, elle est juridique et morale. Si le régime communiste peut imposer des évêques sans mandat papal et être considéré comme un interlocuteur légitime, selon quelle logique peut-on appliquer un critère plus strict à une fraternité qui ne renie pas les dogmes, ne prêche pas le sédévacantisme et ne répond pas à un comité central marxiste, mais plutôt à une conception – certes discutable – de la nécessité objective des sacrements ?

 

Lire : Comment empêcher la FSSPX de faire ce qui est permis au Parti communiste chinois : la doctrine de la tolérance sélective

 

Selon FSSPX News, de nombreux fidèles s'interrogent sur la manière dont un critère aussi sévère peut être appliqué à la Fraternité alors que, dans le cas chinois, le Saint-Siège a opté pour le dialogue et la négociation malgré l'intervention directe de l'État dans la vie de l'Église.

 

Le contexte de l'accord avec Pékin

Depuis 2018, le Vatican a maintenu un accord provisoire avec le gouvernement chinois sur la nomination des évêques, renouvelé par la suite jusqu'en 2028. Bien que les détails de ce pacte n'aient pas été intégralement rendus publics, il est considéré comme permettant une participation significative des autorités chinoises au processus.

 

La Fraternité sacerdotale Saint Pie X rappelle que le Parti communiste chinois, officiellement athée, exerce un contrôle strict sur les pratiques religieuses dans le pays. Malgré cela, Rome a plaidé pour le dialogue, insistant sur la nécessité d'éviter une rupture totale et de préserver autant que possible la vie catholique dans un contexte complexe.

 

La justification de la fraternité

 

S’appuyant sur ce précédent, la FSSPX affirme que son intention n’est pas d’établir une hiérarchie parallèle ni de contester l’autorité du Pape, mais d’assurer la continuité sacramentelle et la formation des prêtres conformément à la tradition doctrinale et liturgique qu’elle considère essentielle.

 

À cet égard, elle présente les consécrations prévues comme une mesure exceptionnelle en réponse à ce qu'il décrit comme une crise profonde au sein de l'Église. Selon elle, le principe suprême du droit canonique – le salut des âmes – devrait également guider l'appréciation de leur situation particulière.

 

Un débat fondamental

Au-delà de la dimension disciplinaire, la Fraternité inscrit la question dans un débat plus large sur l'interprétation de la situation ecclésiale actuelle. Selon son approche, si la gravité de la crise est reconnue, certaines mesures exceptionnelles pourraient être jugées proportionnées ; si, au contraire, la crise est minimisée, de telles mesures sont inacceptables.

 

Lire aussi : La FSSPX explique sa rencontre avec Rome et défend la nécessité de nouvelles consécrations épiscopales

 

De son côté, le Saint-Siège a réaffirmé que l'ordination d'évêques sans mandat papal constituerait une grave rupture de la communion ecclésiale

 

Cf. https://infovaticana.com/2026/02/14/la-fsspx-cuestiona-el-trato-de-roma-ante-sus-consagraciones-episcopales-frente-al-caso-de-china/

Léon XIV étend le pouvoir de sœur Simona Brambilla en la nommant au Dicastère pour les évêques, instance chargée d'étudier et de proposer les nominations épiscopales au sein de l'Église latine. Sœur Brambilla occupait depuis un an la préfecture du Dicastère pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, une organisation au sein de laquelle elle a auparavant exercé les fonctions de secrétaire. Son nom a été associé à des approches théologiques féministes, notamment à des expressions comme ''Dieu est une femme'', qui proposent une lecture problématique du langage révélé ; la tradition théologique ayant toujours enseigné que Dieu se révèle comme Père, il ne s’agit pas d’une catégorie interchangeable dépendant des sensibilités culturelles, mais d’un fait établi transmis dans l’Apocalypse. Le bulletin du Saint-Siège précise également que le Pape a reconduit les cardinaux et prélats suivants dans leurs fonctions de membres du Dicastère pour les évêques :

 

Cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État. [qui négocia l'accord secret entre le Vatican et le PCC en 2018. Cf. https://x.com/alexsalvinews/status/1924626537170587824?s=20 

Le Cardinal Pietro Parolin participa à Davos et au Bildelberg et fut promu par le WEF. "Quelques jours avant le Conclave (de mai 2025), Giuliano Di Bernardo, franc-maçon influent et ancien Grand Maître du Grand Orient d'Italie, lui apporta un soutien.]

Cardinal Kurt Koch, préfet du dicastère pour le service de l'unité des chrétiens.

Cardinal João Braz de Aviz, préfet émérite du dicastère pour les instituts de vie consacrée.

Cardinal Sérgio da Rocha, archevêque métropolitain de São Salvador da Bahia (Brésil).

Cardinal Blase Joseph Cupich, archevêque métropolitain de Chicago (États-Unis).

Cardinal Joseph William Tobin, C.SS.R., archevêque métropolitain de Newark (États-Unis).

Cardinal Juan José Omella Omella, archevêque métropolitain de Barcelone (Espagne).

Cardinal Anders Arborelius, OCD, évêque de Stockholm (Suède).

Cardinal José F. Advincula, archevêque métropolitain de Manille (Philippines).

Cardinal Augusto Paolo Lojudice, archevêque métropolitain de Sienne-Colle di Val d'Elsa-Montalcino et évêque de Montepulciano-Chiusi-Pienza (Italie).

Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque métropolitain de Marseille (France).

Cardinal Oscar Cantoni, évêque de Côme (Italie).

Cardinal Grzegorz Ryś, archevêque métropolitain de Cracovie (Pologne).

Cardinal José Cobo Cano, archevêque métropolitain de Madrid (Espagne).

Cardinal José Tolentino de Mendonça, Préfet du Dicastère de la Culture et de l'Éducation.

Cardinal Mario Grech, Secrétaire général du Synode.

Cardinal Arthur Roche, préfet du dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements.

Cardinal Lazzaro You Heung-sik, préfet du dicastère pour le clergé.

Cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales.

Cardinal Victor Manuel Fernandez, préfet du dicastère pour la doctrine de la foi.

Cardinal Paul Emil Tscherrig, nonce apostolique.

Cardinal Rolandas Makrickas, archiprêtre de la basilique papale Sainte-Marie-Majeure.

Mgr Dražen Kutleša, archevêque métropolitain de Zagreb (Croatie).

Mgr Jorge Ignacio García Cuerva, Archevêque métropolitain de Buenos Aires (Argentine).

Mgr Felix Genn, évêque émérite de Münster (Allemagne).

Mgr Paul Desmond Tighe, secrétaire du dicastère pour la Culture et l'Éducation.

Mons. José Antonio Satué Huerto, évêque de Malaga (Espagne).

Père Donato Ogliari, OSB, abbé du monastère Saint-Paul-hors-les-Murs.

Sœur Raffaella Petrini, FSE, Présidente de la Commission pontificale pour l'État de la Cité du Vatican.

María Lía Zervino, ancienne présidente de l'Union mondiale des organisations de femmes catholiques.

La liste des noms confirme le profil de l'instance chargée de conseiller le Pape sur la nomination des évêques. Dans ce contexte, l'élargissement de la sphère d'influence de sœur Simona Brambilla consolide son poids à un moment crucial pour l'avenir de la direction de l'Église.

 

Cf. https://infovaticana.com/2026/02/14/leon-xiv-amplia-el-poder-de-brambilla-influencia-directa-en-el-nombramiento-de-obispos/

Add. 18-02-2026. 

L'évêque auxiliaire d'Astana, Mgr Athanasius Schneider, a déclaré à @RobertMoynihan qu'il n'était pas d'accord avec l'affirmation du cardinal Víctor Manuel Fernández selon laquelle les textes de Vatican II "ne peuvent être modifiés".

Sa Grâce a cité le quatrième concile du Latran (1215) comme un exemple de changement dans les conciles pastoraux. Mgr Schneider a proposé de les amener d'abord à la régularité canonique, puis à poursuivre le dialogue doctrinal.

Lisez des extraits de la transcription :

"Tout d'abord, la déclaration du cardinal Fernandez est complètement fausse parce que ce qui ne peut pas être changé ce n'est que la Parole de Dieu. Vous ne pouvez pas changer la Bible parce que c'est la Parole de Dieu".

Le Concile Vatican II, par le Pape qui l'a convoqué, Jean XXIII, a déclaré clairement : "Ce Concile est convoqué pour ne pas donner de nouveaux dogmes, pour ne pas donner de solutions aux doctrines d'une manière définie". Ce sont les paroles de Jean XXIII qui dit : "Ce concile n'est convoqué que pour faire des explications, en quelque sorte catéchétiques, pour expliquer aux gens de notre temps dans le style de notre temps". C'est donc un style catéchétique, un style pastoral, de doctrines qui restent les mêmes mais la modalité, la forme d'explication, qui n'est pas un dogme, qui n'est pas un enseignement défini, mais une sorte d'explication catéchétique, pastorale, temporelle, il est, en soi, bien sûr, possible de la modifier, de l'améliorer ou de la corriger parce qu'elle n'était pas destinée à être énoncée sous une forme définie.
Il répéta : "Le Concile n'avait pas du tout l'intention de proclamer un dogme. Le Concile n'avait pas l'intention de proclamer une doctrine de lui-même de manière définitive, mais son caractère était avant tout pastoral et il doit le répéter et donc, la formulation du cardinal Fernandez est complètement erronée".

"Bien sûr, il aurait raison quand ces déclarations dans le conseil, qui sont dans lequel vous ne pouvez pas changer, ce sont les dogmes que le conseil a cités des conseils précédents".
Maintenant, je voudrais demander au cardinal Fernandez : "J'ai fait une liste de déclarations pastorales de conciles précédents qui sont inacceptables pour nous" et je lui demanderais: " Est-ce possible de les corriger ? Il devrait me concéder : "Oui". Et puis si, par exemple, le Concile œcuménique, le quatrième Concile œcuménique de Latran en 1215, si certaines déclarations de leurs expressions pastorales pouvaient être modifiées, pourquoi pas certaines expressions pastorales du Concile ? Par exemple, il y a une formulation dans le Concile œcuménique du quatrième Concile du Latran qui stipule que le peuple juif qui vit dans un pays chrétienne, il doit porter un signe sur ses vêtements, un signe distinctif à montrer à tous : "Je suis juif", attention. C'est une discrimination horrible qui fut aussi celle d’Hitler... Je voudrais donc demander au Cardinal Fernandez : "Cette déclaration d'un Concile œcuménique peut-elle être corrigée ?" Je suppose qu'il dirait : "Bien sûr".

Nous devons examiner honnêtement cette ambiguïté évidente et indéniable de certaines expressions du Concile.

Comme les autres conciles œcuméniques, les déclarations pastorales peuvent être modifiées. Comme je l'ai mentionné, un seul exemple, il y a plusieurs exemples dans les déclarations pastorales d'autres conciles.

"J'espère donc que la question de la Fraternité Pie X sera utile à toute l'Eglise de leur donner la possibilité, réellement, honnêtement, charitablement, pastoralement, synodalement, de donner leur contribution pour clarifier, améliorer, corriger l'ambiguïté et ce sera un service pour nous tous.... donc, je crains que ce comportement dur du Saint-Siège intransigeant et imprudent envers la question de la Fraternité Pie X ne soit préjudiciable à l’Église"

Mgr Athanasius Schneider

Cf. Niwa Limbu

Selon Catholic Sat le 17 juin sur X, un communiqué du Dicastère pour la doctrine de la foi signé par son préfet le cardinal Fernandez le 12 février 2026 indique :

 

"En février de cette année, le Vatican a littéralement proposé à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X des discussions pour clarifier les questions doctrinales liées à Vatican II, pour identifier les conditions minimales d'une pleine communion ecclésiale et d'un statut canonique pour la FSSPX. Ils ont refusé. La FSSPX ne voulait pas dialoguer."

Mise à jour 19.02.26 de la FSSPX :

 

La FSSPX refuse de reporter les consécrations du 1er juillet et n'accepte pas de reprendre le dialogue avec le DDF.

Le refus est cosigné par le Conseil général (y compris par les évêques Alfonso de Galarreta et Bernard Fellay, entre autres). Il répond à une rencontre le 12 février 2026 à Rome avec le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi (DDF), et à la proposition publique du Saint-Siège de reprendre le dialogue théologique/doctrinal.

Cf. Niwa Limbu 

La direction de la Fraternité Saint-Pie-X a annoncé qu'elle procéderait aux ordinations épiscopales le 1er juillet, malgré l'avertissement du Vatican selon lequel le faire sans mandat papal "constituerait une rupture décisive de la communion ecclésiale (schisme)'

 

Dans une lettre datée du 18 février et adressée au préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le cardinal Victor Manuel Fernández, suite à une rencontre la semaine précédente au Vatican, le supérieur général de la FSSPX, le père Davide Pagliarani, a déclaré que, tout en saluant l'offre du préfet du DDF de reprendre les discussions théologiques, il "ne peut accepter la perspective et les objectifs au nom desquels le Dicastère propose de reprendre le dialogue dans la situation actuelle, ni le report de la date du 1er juillet" pour procéder aux ordinations épiscopales.

Vous trouverez ci-dessous le texte traduit en français de l’anglais de la déclaration officielle publiée par la FSSPX. Ce texte est également disponible en italien, français, allemand et espagnol ici .

Réponse du Conseil général de la Fraternité Saint-Pie X au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Menzingen, le mercredi des Cendres, 18 février 2026

"Très Révérende Éminence,

 

Je vous remercie tout d'abord de m'avoir reçu le 12 février et d'avoir rendu public le contenu de notre réunion, ce qui favorise une transparence parfaite dans la communication.

Je ne peux que me réjouir de l’ouverture d’une discussion doctrinale, telle qu’annoncée aujourd’hui par le Saint-Siège, pour la simple raison que je l’avais moi-même proposée il y a exactement sept ans, dans une lettre datée du 17 janvier 2019.(1) À cette époque, le Dicastère n’avait pas vraiment exprimé d’intérêt pour une telle discussion, au motif – présenté oralement – ​​qu’un accord doctrinal entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie-X était impossible.

Pour la Société, une discussion doctrinale a toujours été – et demeure – souhaitable et utile. En effet, même en l’absence d’accord, les échanges fraternels nous permettent de mieux nous connaître, d’affiner et d’approfondir nos propres arguments, et de mieux comprendre l’esprit et les intentions qui animent les positions de notre interlocuteur – notamment son amour sincère pour la Vérité, pour le salut des âmes et pour l’Église. Cela reste vrai en tout temps pour les deux parties.

C’était précisément mon intention en 2019, lorsque j’ai suggéré une discussion dans un contexte calme et paisible, sans la pression ni la menace d’une éventuelle excommunication, ce qui aurait nui au libre dialogue – comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui.

Cela dit, bien que je me réjouisse de la reprise du dialogue et de l’accueil positif réservé à ma proposition de 2019, je ne peux accepter ni la perspective ni les objectifs au nom desquels le Dicastère propose de reprendre le dialogue dans la situation actuelle, ni le report de la date du 1er juillet.

Je vous expose respectueusement les raisons de cela, auxquelles j'ajouterai quelques considérations complémentaires.

  1. Nous savons tous deux d'avance que nous ne pouvons être d'accord sur le plan doctrinal, notamment concernant les orientations fondamentales adoptées depuis le concile Vatican II. Ce désaccord, pour la Fraternité, ne relève pas d'une simple divergence d'opinions, mais d'un véritable problème de conscience, né d'une rupture avérée avec la Tradition de l'Église. Ce nœud complexe s'est malheureusement encore davantage inextricablement lié aux évolutions doctrinales et pastorales des pontificats récents.

    Je ne vois donc pas comment un processus de dialogue commun pourrait aboutir à déterminer ensemble ce qui constituerait "les conditions minimales pour la pleine communion avec l’Église catholique", puisque – comme vous l’avez vous-même rappelé avec franchise – les textes du Concile ne peuvent être corrigés, ni la légitimité de la réforme liturgique contestée.

  2. Ce dialogue est censé clarifier l'interprétation du Concile Vatican II. Or, cette interprétation est déjà clairement donnée dans la période post-conciliaire et dans les documents successifs du Saint-Siège. Le Concile Vatican II n'est pas un ensemble de textes ouverts à la libre interprétation : il a été reçu, développé et appliqué pendant soixante ans par les papes successifs, selon des orientations doctrinales et pastorales précises.

    Cette lecture officielle s’exprime, par exemple, dans des textes majeurs tels que Redemptor hominisUt unum sintEvangelii gaudium ou Amoris lætitia. Elle est également manifeste dans la réforme liturgique, comprise à la lumière des principes réaffirmés dans Traditionis custodes. Tous ces documents montrent que le cadre doctrinal et pastoral dans lequel le Saint-Siège entend inscrire toute discussion est déjà fermement établi.

  3. On ne saurait ignorer le contexte du dialogue proposé aujourd’hui. Nous attendons depuis sept ans une réponse favorable à la proposition de discussion doctrinale formulée en 2019. Plus récemment, nous avons écrit à deux reprises au Saint-Père : d’abord pour solliciter une audience, puis pour exposer clairement et respectueusement nos besoins et la situation concrète de la Fraternité.

    Pourtant, après un long silence, ce n’est qu’à l’évocation des consécrations épiscopales qu’une offre de reprise du dialogue est faite, ce qui apparaît comme une manœuvre dilatoire et conditionnelle. En effet, la main tendue pour ouvrir le dialogue s’accompagne malheureusement d’une autre main déjà prête à imposer des sanctions. On parle de rupture de communion, de schisme (2) et de "graves conséquences". De plus, cette menace est désormais publique, créant une pression difficilement compatible avec un désir sincère d’échanges fraternels et de dialogue constructif.

  4. De plus, il ne nous semble pas possible d'entamer un dialogue visant à définir les conditions minimales de la communion ecclésiale, car cette tâche ne nous incombe pas. Au fil des siècles, les critères d'appartenance à l'Église ont été établis et définis par le Magistère. Ce qu'il faut croire pour être catholique a toujours été enseigné avec autorité, dans une fidélité constante à la Tradition.

    Nous ne voyons donc pas comment ces critères pourraient faire l’objet d’un discernement commun par le dialogue, ni comment ils pourraient être réévalués aujourd’hui de manière à ne pas correspondre à ce que la Tradition de l’Église a toujours enseigné – et que nous désirons observer fidèlement en notre lieu.

  5. Enfin, si un dialogue est envisagé en vue d’élaborer une déclaration doctrinale que la Fraternité puisse accepter concernant le Concile Vatican II, nous ne pouvons ignorer les précédents historiques des efforts déployés en ce sens. J’attire votre attention sur le plus récent : le Saint-Siège et la Fraternité ont mené un long dialogue, entamé en 2009, particulièrement intense pendant deux ans, puis poursuivi de manière plus sporadique jusqu’au 6 juin 2017. Durant toutes ces années, nous avons cherché à parvenir à ce que le Dicastère propose aujourd’hui.

    Pourtant, tout s’est finalement terminé de manière radicale, avec la décision unilatérale du cardinal Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui, en juin 2017, a solennellement établi, à sa manière, "les conditions minimales pour la pleine communion avec l’Église catholique", incluant explicitement l’ensemble du Concile et la période post-conciliaire.(3) Cela montre que, si l’on persiste dans un dialogue doctrinal trop forcé et manquant de sérénité, à long terme, au lieu d’obtenir un résultat satisfaisant, on ne fait qu’aggraver la situation.

Ainsi, partant du constat partagé que nous ne pouvons nous entendre sur aucun point de doctrine, il me semble que le seul point sur lequel nous pouvons nous accorder est celui de la charité envers les âmes et envers l'Église.

En tant que cardinal et évêque, vous êtes avant tout un pasteur : permettez-moi de m’adresser à vous en cette qualité. La Compagnie est une réalité objective : elle existe. C’est pourquoi, au fil des années, les Souverains Pontifes ont pris acte de cette existence et, par des actes concrets et significatifs, ont reconnu la valeur du bien qu’elle peut accomplir, malgré sa situation canonique. C’est aussi la raison de notre conversation aujourd’hui.

Cette même Fraternité vous demande seulement de pouvoir continuer à œuvrer pour le bien des âmes auxquelles elle administre les saints sacrements. Elle ne vous demande rien d’autre : ni privilèges, ni même régularisation canonique, laquelle, dans la situation actuelle, est impossible en raison des divergences doctrinales. La Fraternité ne peut abandonner les âmes. Le besoin des sacrements est un besoin concret et immédiat pour la survie de la Tradition, au service de la Sainte Église catholique.

Nous sommes d’accord sur un point : aucun de nous ne souhaite rouvrir de vieilles blessures. Je ne reviendrai pas ici sur tout ce que nous avons déjà exprimé dans la lettre adressée au pape Léon XIV, dont vous avez directement connaissance. Je tiens simplement à souligner que, dans la situation actuelle, la charité est la seule voie véritablement viable.

Au cours de la dernière décennie, le pape François et vous-même avez abondamment plaidé pour une écoute attentive et une compréhension des situations atypiques, complexes, exceptionnelles et particulières. Vous avez également souhaité un usage du droit toujours pastoral, souple et raisonnable, sans prétendre tout résoudre par un automatisme juridique et des cadres préétablis. Aujourd’hui, la Fraternité ne vous demande rien de plus – et surtout, elle ne le demande pas pour elle-même : elle le demande pour ces âmes, pour lesquelles, comme elle l’a déjà promis au Saint-Père, elle n’a d’autre intention que de faire de véritables enfants de l’Église romaine.

Enfin, il est un autre point sur lequel nous sommes d’accord et qui devrait nous encourager : le temps qui nous sépare du 1er juillet est un temps de prière. C’est un moment où nous implorons le Ciel d’une grâce particulière et le Saint-Siège, la compréhension. Je prie tout particulièrement pour vous le Saint-Esprit et – ne le prenez pas comme une provocation – Son Épouse très sainte, Médiatrice de toutes les grâces.

Je tiens à vous remercier sincèrement de l'attention que vous m'avez portée et de l'intérêt que vous voudrez bien porter à cette affaire.

Veuillez agréer, Très Révérende Éminence, l'expression de mes salutations les plus sincères et de ma dévotion au Seigneur.

Davide Pagliarani, supérieur général
 ; Alfonso de Galarreta, premier assistant général ;
Christian Bouchacourt, deuxième assistant général
 ; Bernard Fellay, premier conseiller général, ancien supérieur général ;
Franz Schmidberger, deuxième conseiller général, ancien supérieur général.

Cf. Diane Montagna 

La FSSPX rejette l'accusation de "schisme", écrivant :

"La société se défend contre toute accusation de schisme et, s'appuyant sur toute la théologie traditionnelle et l'enseignement constant de l'Église, soutient qu'une consécration épiscopale non autorisée par le Saint-Siège ne constitue pas une rupture de communion - à condition qu'elle ne soit pas accompagnée d'une intention schismatique ou de l'octroi d'une juridiction."

 

Cf. Michael Haynes sur X

"Si Rome n'excommunie pas simultanément les évêques allemands hérétiques, l'excommunication latae sententiae des évêques de la FSSPX n'aura guère de valeur. Que vaut le droit canonique si même Rome ne l'applique pas ?"

 

Cf. Shane Schaetzel †☧

 

L'évêque Schneider répond au cardinal Fernández

 

L'évêque auxiliaire d'Astana, au Kazakhstan, Mgr Athanasius Schneider, a contesté l'affirmation du cardinal Víctor Manuel Fernández selon laquelle les textes du concile Vatican II ne peuvent être modifiés.

Dans un entretien accordé le 17 février au journaliste Robert Moynihan, il a abordé l'impasse actuelle et critiqué vivement l'affirmation selon laquelle les textes du Concile "ne peuvent être modifiés".

[...] l’évêque Schneider a déclaré : "Premièrement, l’affirmation du cardinal Fernández est totalement erronée, car seule la Parole de Dieu est immuable. On ne peut changer la Bible, car elle est la Parole de Dieu."

Il a poursuivi : "Deuxièmement, on ne peut modifier les dogmes proclamés, qui l’ont été ex cathedra. Même si un autre pape ou concile peut, par exemple, améliorer un dogme en le clarifiant, cela est possible. Mais l’améliorer, car il ne s’agit pas de la Parole de Dieu. Même la formulation dogmatique est infaillible, mais elle n’est pas parfaite. Elle est infaillible. Elle pourrait encore être, comment dire, améliorée."

Abordant la nature du concile Vatican II, il a souligné son caractère pastoral tel que décrit par le pape Jean XXIII : "Le concile Vatican II, convoqué par le pape Jean XXIII, a clairement affirmé : “Ce concile n’est pas convoqué pour donner de nouveaux dogmes, ni pour apporter des solutions définitives aux doctrines.” »

Il a ajouté : "Ce concile n'est convoqué que pour donner des explications, en quelque sorte catéchétiques, afin d'expliquer aux gens de notre temps, dans le style de notre temps" Il a décrit cela comme "un style catéchétique, un style pastoral, de doctrines qui restent les mêmes", arguant que "la modalité, la forme d'explication, qui n'est pas un dogme, qui n'est pas un enseignement définitif, mais une sorte d'explication catéchétique, pastorale, liée à son temps, est, en soi, bien sûr, possible à modifier, à améliorer ou à corriger, car elle n'a pas été conçue pour être énoncée sous une forme définitive."

Il a indiqué que le pape Paul VI avait réaffirmé ce point après la conclusion du concile. "Le concile n'avait pas l'intention de proclamer une doctrine définitive, mais son caractère était avant tout pastoral."

L’évêque Schneider a donc conclu que "la formulation du cardinal Fernández est totalement erronée". Il a précisé que les dogmes cités par le Concile, tirés de conciles antérieurs, sont "immuables", mais que "les autres formulations, de nature pastorale, peuvent, en soi, être modifiées, améliorées, voire corrigées".

À titre d'exemple historique, il a cité le quatrième concile du Latran de 1215. Il a évoqué les dispositions imposant aux Juifs vivant dans les villes chrétiennes de porter des signes distinctifs et les sanctions liées à certains arrangements domestiques, qualifiant ces mesures de "discrimination horrible" ». Il a demandé si de telles déclarations "d'un concile œcuménique" pouvaient être corrigées, ajoutant : "Je suppose qu'il dirait : “Bien sûr.”"

L’évêque Schneider est allé plus loin, déclarant : "Nous devons examiner honnêtement ces ambiguïtés évidentes et indéniables de certaines expressions du concile", mentionnant en particulier "la soi-disant liberté religieuse, puis l’œcuménisme et la collégialité".

Concernant les négociations en cours avec la FSSPX, il a déclaré : "Nous ne pouvons pas régler cette question maintenant. Le temps nous manque." Il a proposé que Rome établisse d’abord un cadre d’intégration. "Intégrez-les. Offrez-leur une intégration minimale au sein de l’Église. L’Église est si vaste, elle a toujours su trouver des solutions."

L’intervention récente de l’évêque auxiliaire d’Astana, suite aux pourparlers entre la Fraternité et le préfet du dicastère pour la doctrine de la foi, est l’une des premières réactions épiscopales publiques à la phase actuelle des négociations.

L'analyse de l'évêque n'est pas sans fondement. Le concile Vatican II s'est explicitement abstenu de définir de nouveaux dogmes et n'a exercé aucun magistère extraordinaire ; son action était clairement pastorale. 

[...] Lors de la présentation d'un ouvrage sur l'interprétation de Vatican II, le cardinal Walter Brandmüller a souligné que les documents conciliaires possèdent différents degrés d'autorité. L'ancien président du Comité pontifical pour les sciences historiques a déclaré : "Il y a une différence considérable entre une grande constitution et de simples déclarations." Concernant les deux textes les plus souvent critiqués par la FSSPX – Dignitatis humanae sur la liberté religieuse et Nostra aetate sur les relations avec les religions non chrétiennes –, il a fait remarquer qu'ils "n'ont pas de contenu doctrinal contraignant, ce qui permet d'en dialoguer".

Cette évaluation ne diminue en rien l'importance de ces documents ; elle précise plutôt la nature de l'adhésion requise. L'absence de clarification de ces distinctions a engendré un climat où des discussions théologiques légitimes sont prises pour de la rébellion.

Pour étayer son propos, l'évêque Schneider a évoqué les mesures disciplinaires du quatrième concile du Latran concernant le port de vêtements distinctifs par les Juifs. Si cet exemple historique démontre la nature évolutive des dispositions conciliaires, la controverse actuelle porte sur l'interprétation doctrinale plutôt que sur la discipline médiévale.

La leçon est donc claire. L’unité ne sera acquise ni par des slogans sur l’immuabilité, ni par des critiques méprisantes du Concile. Elle ne viendra que d’une réflexion honnête sur la véritable nature du Concile : une autorité pastorale, inscrite dans une hiérarchie des vérités. Tant que cette nature ne sera pas comprise, la controverse avec la Fraternité restera le symptôme d’une incertitude plus profonde quant à l’enseignement de l’Église et à la manière dont ses fidèles sont appelés à écouter.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’intervention de l’évêque. Son appel à une intégration canonique avant la résolution complète des questions doctrinales repose sur la conviction que le dialogue présuppose la communion. La pertinence de cette stratégie est discutable. Cependant, son affirmation sous-jacente – que les expressions pastorales peuvent être examinées et, si nécessaire, clarifiées – n’est pas étrangère à l’histoire de l’Église. Les conciles ont toujours nécessité une interprétation ; leur autorité n’a jamais été mécanique.

 

Cf. The Catholic Herald

Le cardinal Müller se joint au débat sur les consécrations épiscopales

 

Il poursuit son argumentation de 2017 visant à mettre en garde contre les consécrations, MAIS propose une résolution canonique.

 

La "protestation" de la FSSPX risque d’être instrumentalisée par des « groupes hérétiques » pour attaquer les catholiques fidèles.

 

Cf. Michael Haynes / Per Mariam

Pour le Cardinal Müller, "la FSSPX doit rester 'au sein de l'Église' pour avoir un 'effet positif'."

 

Dans un article en allemand publié samedi matin 21-02-26, le cardinal Müller a publié une longue réponse à l'intention de la FSSPX de consacrer de nouveaux évêques le 1er juillet.

 

préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) de 2012 à 2017, le cardinal Müller était chargé des relations du Saint-Siège avec la Fraternité – des rencontres dont cette dernière garde un souvenir amer, comme Müller le reconnaît dans son analyse. {Le texte intégral de la déclaration de Müller se trouve ci-dessous.}

 

"Si la Fraternité Saint-Pie X souhaite avoir une influence positive sur l’histoire de l’Église, elle ne peut défendre la vraie foi à distance, en dehors de l’Église, contre l’Église unie au Pape, mais seulement au sein de l’Église, avec le Pape et tous les évêques, théologiens et fidèles orthodoxes", a écrit le cardinal. "Autrement, leur protestation restera vaine et sera instrumentalisée par des groupes hérétiques pour accuser les catholiques orthodoxes de traditionalisme stérile et de fondamentalisme étriqué."

 

Müller, fervent défenseur de l'interprétation du concile Vatican II par le pape Benoît XVI, a averti que "l'histoire de l'Église nous enseigne comment les schismes, contrairement aux hérésies, sont apparus et se sont enracinés même parmi les catholiques orthodoxes".

 

Le cardinal allemand a défendu les croyances catholiques de la FSSPX, écrivant qu'il ne pouvait y avoir "aucun doute que la Fraternité Saint-Pie-X adhère à la foi catholique sur le fond (mis à part Vatican II, qu'elle interprète à tort comme une rupture avec la tradition)".

 

Mais il a critiqué leurs inquiétudes concernant le concile Vatican II, écrivant : "S’ils ne reconnaissent pas Vatican II en tout ou en partie, ils se contredisent eux-mêmes, puisqu’ils affirment à juste titre que le concile Vatican II n’a présenté aucune doctrine nouvelle sous la forme d’un dogme défini auquel tous les catholiques doivent croire."

 

La défense des documents du concile Vatican II par Müller contraste fortement avec les critiques formulées à leur encontre par la Fraternité. Pour Müller, le Concile avait "le seul but de présenter aux fidèles, de manière dogmatique et dans leur contexte général, les enseignements toujours valides concernant la révélation divine (Dei verbum) et l’Église du Dieu trinitaire (Lumen gentium). Il ne s’agissait pas non plus de réformer la liturgie comme si elle était dépassée. Contrairement au discours progressiste, l’Église n’a pas besoin de subir de traitements de rajeunissement médical comme si elle était soumise à un processus de vieillissement biologique."

 

À cela s'oppose l'argumentation de la Société concernant le Concile et les interprétations de celui-ci qui ont acquis un statut officiel. Comme indiqué dans la lettre de la Fraternité au Saint-Siège du 18 février : "Nous savons tous deux d’avance que nous ne pouvons être d’accord sur le plan doctrinal, notamment sur les orientations fondamentales adoptées depuis le concile Vatican II. Ce désaccord, pour la Fraternité, ne résulte pas d’une simple divergence d’opinions, mais d’un véritable problème de conscience, né d’une rupture avérée avec la Tradition de l’Église."

 

Müller est devenu l'un des rares cardinaux à exprimer publiquement ses inquiétudes concernant les questions doctrinales sous le pape François, ainsi que les restrictions liturgiques [de la messe tridentine. Ndlr.] émises par le biais de Traditionis Custodes. Pour le cardinal, de telles critiques des questions actuelles sont bienvenues, voire justifiées. Il a défendu le droit de "tout catholique" de "critiquer" Traditionis Custodes et "sa mise en œuvre souvent indigne par des évêques spirituellement dépassés, ainsi que leurs raisonnements théologiques erronés et leur imprudence pastorale".

 

Poursuivant son argumentation, il a soutenu que "l’on ne peut pas non plus s’attendre à ce qu’un véritable catholique accepte sans esprit critique tous les documents provenant de Rome ou d’une autorité épiscopale".

 

Mais Müller faisait la distinction entre cela et l'argument selon lequel la messe du Novus Ordo "contredit la tradition de l'Église comme critère normatif d'interprétation de la révélation (et est imprégnée d'idées maçonniques)". Cette opinion, écrivait Müller, "est théologiquement absurde et indigne d'un catholique sérieux".

 

Il a plutôt soutenu que les abus liturgiques n'étaient pas "à imputer au rite du Novus Ordo ni même au Concile, mais à ceux qui, par ignorance ou frivolité, se rendent coupables de ces blasphèmes et abus liturgiques devant Dieu et l'Église."

 

D’autres prélats, comme Mgr Athanasius Schneider, ont formulé des critiques plus approfondies que Müller à l’égard du Concile. Mgr Schneider – qui a notamment été visiteur apostolique de la FSSPX pour le Saint-Siège sous le pontificat du pape François – écrivait en 2020 : "Nous assistons aujourd’hui à l’apogée du désastre spirituel qui frappe l’Église, désastre que Mgr Lefebvre dénonçait avec tant de vigueur il y a déjà quarante ans."

 

[...] L'un des éléments qui a visiblement fait déborder le vase pour la Fraternité fut le document du cardinal Fernández, Mater Populi Fidelis, qui s'attaquait au titre marial de Co-Rédemptrice, sans toutefois le rejeter comme étant faux, car un tel argument contredirait directement l'enseignement et la Tradition de l'Église. Cette attaque doctrinale a été régulièrement citée par la Fraternité ces derniers jours, alors que les négociations entre elle et le Saint-Siège étaient rendues publiques.

 

Müller, semble-t-il, a cherché à apaiser la Société en soulignant que leurs préoccupations concernant le document sont partagées par beaucoup :

 

Les évêques orthodoxes [c'est-à-dire fidèles] se sont également offusqués de documents plus récents dans lesquels les arguments dogmatiques et pastoraux ont été confondus de manière amateur, ou lorsque des déclarations malavisées ont été faites selon lesquelles – relativisant le Christ – toutes les religions sont des chemins vers Dieu, tandis qu'en ce qui concerne Maria Co-redemptrix et Mediatrix omnium gratiarum [médiatrice de toutes frâces], la seule médiation du Christ a été insistée sans tenir compte de l'enseignement de l'Église sur la coopération de Marie dans l'œuvre de salut du Christ.

 

Cela arrive toujours lorsque les évêques accordent plus d'importance à l'appel public qu'à l'utilisation d'une théologie érudite et fidèle et à la proclamation de la Parole de Dieu et de la vérité de la foi "à temps et à contretemps" (2 Tim 4:2).

 

Mais face à cette "confusion interne" au sein de l’Église, à travers laquelle "de grandes incertitudes sur les questions dogmatiques et même des hérésies ont également pénétré l’Église", Müller a soutenu que la Fraternité devait "se soumettre" à "l’autorité enseignante et à la primauté de juridiction sans conditions préalables" du pape Léon XIV.

 

"La seule solution possible en conscience devant Dieu est que la Fraternité Saint-Pie X, avec ses évêques, ses prêtres et ses laïcs, reconnaisse notre Saint-Père le pape Léon XIV comme le pape légitime, non seulement en théorie mais aussi en pratique, et se soumette à son autorité magistérielle et à sa primauté de juridiction sans conditions préalables", a-t-il écrit.

 

Partant de ce constat, l'ancien préfet de la CDF a suggéré une solution potentielle pour la Société concernant son statut canonique :

 

"On peut alors trouver une solution juste à leur statut canonique, par exemple en accordant à leur prélat une juridiction ordinaire sur la Compagnie, lequel serait directement soumis au Pape (peut-être sans la médiation d’une autorité de la Curie). Mais ce sont là des conclusions canoniques et pratiques qui ne sont valables que si elles sont dogmatiquement conformes à l’ecclésiologie catholique." L'argument de Müller, selon lequel la FSSPX serait "hors de l'Église" si elle procédait aux consécrations épiscopales, est vivement contesté par la Fraternité elle-même, et ce depuis les consécrations de 1988.

 

Cette semaine encore, la Société a publié une tribune théologique affirmant que – en raison de la distinction entre la juridiction épiscopale et l’ordre épiscopal – les consécrations prévues le 1er juillet "n’exerceront donc aucune juridiction contraire à la volonté du Pape et ne seront en aucun cas schismatiques".

 

Cf. PerMariam / InfoCatolica

Rome Reports : Le cardinal Darío Castrillón Hoyos (1929-2018) président de la Commission pontificale Ecclesia Dei de 2000 à 2009 a déclaré : "La FSSPX a pris ses distances, mais elle n'est jamais tombée dans l'hérésie ni dans le schisme... c'est pourquoi l'excommunication a été levée."

Le père Jaime Simó, titulaire d’un doctorat en études thomistes, en droit et en sciences sociales, et bientôt en théologie sacrée, est directeur de la bibliothèque diocésaine de Majorque et professeur au Centre d’études théologiques de Majorque. Il a publié ce point de vue sur la FSSPX :

 

Questions levebvriennes

 

1. Les lefebvristes commettront-ils un péché mortel avec ces consécrations épiscopales ?

 

— Non, pas du tout.

 

2. N'est-ce pas un acte schismatique ?

— Non, formellement, ce n'est pas le cas.

 

3. Pourquoi n'est-ce pas formellement ainsi ?

— Car, pour qu’un "schisme parfait" se produise, il faut une intention claire de commettre un acte schismatique et d’établir, avec les nouveaux évêques, une juridiction hiérarchique parallèle à celle de l’Église catholique romaine. Or, en l’espèce, rien de tout cela ne se produira.

 

4. Cela pourrait-il au moins constituer un acte de désobéissance ?

— Oui, en effet, du moins matériellement, puisque Rome ne souhaite pas que de telles consécrations aient lieu.

 

5. Alors, commettent-ils un péché mortel par désobéissance ?

—Non plus, car en l’espèce, l’intention de l’autorité de la FSSPX, des consécrateurs et des futurs consacrés semble juste. Ils invoquent "l’état de nécessité", qui justifierait une "désobéissance matérielle". À cet égard, nous n’avons aucune raison objective de douter de leur conscience ni de leur intention droite, qui est le bien des âmes qu’ils assistent.

 

6. Mais l'excommunication aura lieu "latae sententiae", c'est-à-dire automatiquement et immédiatement, n'est-ce pas ?

D'un point de vue canonique, oui, mais, à mon humble avis, une telle excommunication serait nulle et non avenue. Je crois qu'il existe des raisons théologiques et juridico-philosophiques suffisantes pour conclure ainsi, même si je sais que de nombreux canonistes seront en désaccord d'un point de vue purement légaliste. Cependant, je pense que, outre l'"état de nécessité" invoqué comme raison fondamentale, la "raison formelle" justifiant l'imposition d'une telle peine est erronée, puisqu'il n'y a aucune intention objective de schisme formel, et qu'aucune juridiction parallèle ne sera créée, je le répète.

 

7. L'archevêque Lefebvre a-t-il été condamné à l'excommunication ?

— Oui, comme ces évêques le recevront certainement, mais leur excommunication était également nulle, puisque, sur le plan surnaturel du Corps mystique, cet évêque n'a jamais cessé d'être en communion avec l'Église.

 

8. Que voulez-vous dire par là ?

L’essence de la communion est triple : doctrinale, sacramentelle et hiérarchique. Je crois donc que Mgr Lefebvre et, par extension, la FSSPX, n’ont nié aucune de ces trois dimensions essentielles de la communion ecclésiale.

 

9. La FSSPX est-elle en communion doctrinale ?

— Bien sûr, elle n’a pas cessé d’enseigner ce que l’Église a toujours cru.

 

10. Mais les lefebvristes ne remettent-ils pas toujours en question les documents du concile Vatican II ?

— Ils n’apportent pas une réforme totale, comme on le croit généralement, étant donné que leurs textes contiennent des éléments qui font partie du "depositum fidei", mais ils abordent, dans un esprit critique, certaines questions "délicates", sur lesquelles la discussion théologique est légitime.

 

11. Comment peux-tu dire une chose aussi ridicule ?

— Je peux le dire parce que la "nature" même du Concile me le permet.

 

12. Que voulez-vous dire par là ?

Je tiens à préciser que Vatican II était un concile de nature pastorale, non dogmatique, et qu'il ne jouissait donc pas du charisme de l'infaillibilité, car il n'a jamais été question de définir ou de condamner quoi que ce soit de manière infaillible ; telle fut la décision expresse de la majorité des Pères conciliaires. Cependant, après le concile, malgré cette nature pastorale, certains ont tenté d'en faire un superdogme...

 

13. Un superdogme ? C’est irrespectueux. Pourquoi utilisez-vous le discours de Lefebvre ?

— J’utilise en fait les mots mêmes de Joseph Ratzinger, qui, lors d’une visite aux évêques du Chili (1988), a utilisé ces mêmes termes.

 

14. D’autre part, est-il vrai que la FSSPX est en communion sacramentelle ?

— Ses sacrements sont non seulement valides, mais ils sont célébrés selon les rites traditionnels que l'Église utilise depuis des temps immémoriaux.

 

15. Mais il est clair que la FSSPX n'est pas en communion hiérarchique, n'est-ce pas ?

Bien que sa situation institutionnelle soit irrégulière et imparfaite du point de vue canonique, la Fraternité Saint-Pie-X continue de reconnaître le pape de Rome comme le pasteur suprême de l’Église universelle. De fait, elle reconnaît et respecte également la juridiction de tous les évêques du monde catholique.

 

16. Donnez-moi une preuve de ce que vous dites ?

— Dans chaque messe de la FSSPX, sans exception, le prêtre nomme, dans le "canon missae", le pape et l’évêque local.

 

17. N'est-ce pas un argument très faible ?

— Par Dieu, certainement pas. La manifestation la plus formelle et publique de la reconnaissance hiérarchique se produit précisément lors de la Sainte Messe, et plus précisément dans le canon.

 

18. Êtes-vous un lefebvrien ou un sympathisant lefebvrien ?

— Ni l'un ni l'autre, monsieur ; je fais ce que je veux. Je suis simplement catholique et, à ce titre, j'ai un esprit critique, c'est-à-dire la bonne habitude d'user de raison et de discernement.

 

19. Mais il semble que vous soyez d'accord avec tout ce que dit la FSSPX ?

— Non. Je ne partage pas certains points de vue et certaines opinions, mais ils sont, à mon sens, secondaires et accessoires. Sur les points essentiels, je suis entièrement d'accord avec la Fraternité et, par conséquent, je ne contribuerai pas à sa diabolisation publique injuste et disproportionnée.

 

20. Pouvez-vous me dire ce qui est essentiel ?

— Ce qui est "essentiel", c’est son "universalité". Point final.

 

21. Mais la « tendance » des lefebvristes ne vous inquiète-t-elle pas ?

Je suis surtout préoccupé par la horde d'hétérodoxes, de blasphémateurs et de sacrilèges qui pullulent, notamment en Allemagne. Je suis également troublé par le deux poids, deux mesures apparent des autorités ecclésiastiques en matière de sanctions et de censure.

 

22. Alors, quelle solution voyez-vous au problème lefebvrien actuel ?

— Premièrement, je crois que Rome devrait faire preuve de bienveillance et accepter formellement la consécration de ces futurs évêques, tout en reconnaissant les fruits spirituels de l’apostolat de la FSSPX. Je crois que ce serait un véritable geste de miséricorde et de sagesse ; les deux ne sont pas incompatibles.

 

23. N’avez-vous pas peur d’être critiqué pour ces opinions ? Non, car je suis prêtre de l’Église catholique, non pasteur d’une secte, et par conséquent, avec tout le respect que je dois à Dieu, je peux et dois exercer, dans ma vie de foi, la véritable liberté des enfants de Dieu.

 

Cf. Dr Jaime Mercant Simó

Mgr Athanasius Schneider lance un appel empreint de respect et de charité fraternelle à notre Saint-Père le pape Léon XIV

L’évêque Athanasius Schneider a lancé le 24 février 2026 un appel au pape Léon XIV suite à l’annonce de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) selon laquelle elle procédera à des consécrations épiscopales, malgré les avertissements du Vatican selon lesquels cela "constituerait une rupture décisive de la communion ecclésiale (schisme)".

Intitulé "Appel fraternel au pape Léon XIV pour construire un pont avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X" et publié en exclusivité par Diane Montagna, l'évêque auxiliaire d'Astana appelle à la générosité pastorale et à l'unité ecclésiale à un moment qu'il décrit comme décisif pour la future relation entre le Saint-Siège et la Fraternité sacerdotale traditionnelle.

Mgr Schneider a déjà été visiteur du Vatican auprès des séminaires de la FSSPX, ce qui lui a permis d'acquérir une connaissance directe des structures, de la direction et des fidèles de la Fraternité. 

Extraits: 

''Les priorités au sein de la vie de l'Église sont inversées, érigeant la dimension canonique et juridique – autrement dit, un certain positivisme juridique – en critère suprême. […] Dans ce débat, de nouveaux quasi-dogmes, absents du Dépôt de la foi, sont établis. Ces quasi-dogmes affirment que le consentement du pape à la consécration d'un évêque est de droit divin et qu'une consécration effectuée sans ce consentement, voire contre une interdiction papale, constitue en soi un acte schismatique. Or, la pratique et la compréhension de l'Église, tant à l'époque des Pères de l'Église que pendant une longue période ultérieure, s'opposent à cette conception. De plus, il n'existe pas d'opinion unanime sur ce point parmi les théologiens reconnus de la tradition bicentenaire de l'Église. Des siècles de pratique ecclésiale, ainsi que le droit canonique traditionnel, s'opposent également à de telles affirmations absolutisantes. Selon le Code de droit canonique de 1917, une consécration épiscopale effectuée contre la volonté du pape n'était pas punie d'excommunication, mais seulement de suspension. Par là, l'Église a clairement manifesté qu'elle ne considérait pas un tel acte comme schismatique.

 

[… ] [U]ne conception réductrice qui assimile la désobéissance à un ordre papal à un schisme – même en cas de consécration d'un évêque contre son gré – était étrangère aux Pères de l'Église et au droit canonique traditionnel. Par exemple, en 357, saint Athanase désobéit à l'ordre du pape Libère, qui lui enjoignait d'entrer en communion hiérarchique avec l'immense majorité de l'épiscopat, laquelle était en réalité arienne ou semi-arienne. Il fut alors excommunié. Dans ce cas précis, saint Athanase a désobéi par amour pour l'Église et pour l'honneur du Siège apostolique, cherchant précisément à préserver la pureté de la doctrine de tout soupçon d'ambiguïté.

 

Au cours du premier millénaire de l'histoire de l'Église, les consécrations épiscopales se faisaient généralement sans autorisation papale formelle, et les candidats n'étaient pas tenus d'obtenir l'approbation du pape. Le premier règlement canonique sur les consécrations épiscopales, édicté par un concile œcuménique, fut celui de Nicée en 325, qui exigeait qu'un nouvel évêque soit consacré avec le consentement de la majorité des évêques de la province. Peu avant sa mort, durant une période de confusion doctrinale, saint Athanase choisit et consacra personnellement son successeur, saint Pierre d'Alexandrie, afin de s'assurer qu'aucun candidat inapte ou faible n'accède à l'épiscopat. De même, en 1977, le Serviteur de Dieu, le cardinal Josyf Slipyj, consacra secrètement trois évêques à Rome sans l'approbation du pape Paul VI, pleinement conscient que ce dernier ne le permettrait pas en raison de l'Ostpolitik alors en vigueur au Vatican. Lorsque Rome eut connaissance de ces consécrations secrètes, la peine d'excommunication ne fut cependant pas appliquée.

 

[…] La crise actuelle liée aux consécrations épiscopales annoncées – mais non encore approuvées – au sein de la FSSPX expose, aux yeux de toute l’Église, une plaie qui couve depuis plus de soixante ans. Cette plaie peut être comparée à un cancer ecclésial, plus précisément au cancer ecclésial des ambiguïtés doctrinales et liturgiques.

 

Récemment, un excellent article a paru sur le blog Rorate Caeli, d'une rare clarté théologique et d'une grande honnêteté intellectuelle, sous le titre : 'La longue ombre de Vatican II : l'ambiguïté comme cancer ecclésial' (Canon de Shaftesbury : Rorate Caeli, 10 février 2026 ). Le problème fondamental de certaines déclarations ambiguës du Concile Vatican II réside dans le fait que ce dernier a privilégié un ton pastoral à la précision doctrinale. On ne peut qu'approuver l'auteur lorsqu'il affirme : 'Le problème n’est pas que Vatican II ait été hérétique. Le problème, c’est son ambiguïté. Et c’est dans cette ambiguïté que nous avons vu germer les germes de la confusion, qui ont donné naissance à certains des développements théologiques les plus troublants de l’histoire moderne de l’Église. Lorsque l’Église s’exprime en termes vagues, même involontairement, ce sont des âmes qui sont en jeu.' L'auteur poursuit : 'Lorsqu’un développement doctrinal semble contredire ce qui a précédé, ou lorsqu’il nécessite des décennies de gymnastique théologique pour se réconcilier avec l’enseignement magistériel antérieur, nous devons nous demander : s’agit-il d’un développement, ou d’une rupture déguisée en développement ?' (Chanoine de Shaftesbury : Rorate Caeli, 10 février 2026).

 

On peut raisonnablement supposer que la FSSPX ne désire rien de plus que d'aider l'Église à sortir de cette ambiguïté doctrinale et liturgique et à retrouver sa clarté salvatrice et éternelle, tout comme le Magistère de l'Église, sous la conduite des Papes, l'a fait sans équivoque tout au long de l'histoire après chaque crise marquée par la confusion et l'ambiguïté doctrinales.

 

En réalité, le Saint-Siège devrait être reconnaissant envers la FSSPX, car elle est actuellement quasiment la seule entité ecclésiastique majeure à dénoncer ouvertement et publiquement l'existence d'éléments ambigus et trompeurs dans certaines déclarations du Concile et du Novus Ordo Missae. Dans cette démarche, la FSSPX est guidée par un amour sincère pour l'Église : si elle n'aimait pas l'Église, le Pape et les âmes, elle n'entreprendrait pas cette œuvre, ni ne dialoguerait avec les autorités romaines – et sa vie serait sans aucun doute plus facile.

 

Les paroles suivantes de l'archevêque Marcel Lefebvre sont profondément émouvantes et reflètent l'attitude de la direction actuelle et de la plupart des membres de la FSSPX :

 

'Nous croyons en Pierre, nous croyons au Successeur de Pierre ! Mais comme le dit si bien le pape Pie IX dans sa constitution dogmatique, le pape a reçu le Saint-Esprit non pour créer de nouvelles vérités, mais pour nous maintenir dans la foi de tous les temps. Telle est la définition du pape donnée par Pie IX lors du premier concile Vatican I. C’est pourquoi nous sommes persuadés qu’en conservant ces traditions, nous manifestons notre amour, notre docilité, notre obéissance au Successeur de Pierre. Nous ne pouvons rester indifférents face à la dégradation de la foi, des mœurs et de la liturgie. C’est hors de question ! Nous ne voulons pas nous séparer de l’Église ; au contraire, nous voulons qu’elle continue !' [L'autorité existe pour préserver le dépôt de la foi, pas pour imposer un nouvel Evangile. Ndlr.]

 

Si quelqu'un considère ses difficultés avec le Pape comme l'une de ses plus grandes souffrances spirituelles, cela prouve sans équivoque l'absence d'intentions schismatiques. Les véritables schismatiques se vantent même de leur séparation du Siège apostolique. Jamais ils n'imploreraient humblement le Pape de reconnaître leurs évêques.

 

En quoi les paroles suivantes de l'archevêque Marcel Lefebvre sont-elles véritablement catholiques ?

 

'Nous le regrettons infiniment, c’est une immense douleur pour nous, de penser que nous sommes en difficulté avec Rome à cause de notre foi ! Comment est-ce possible ? C’est quelque chose qui dépasse l’entendement, que nous n’aurions jamais dû pouvoir imaginer, que nous n’aurions jamais dû pouvoir croire, surtout dans notre enfance – alors que tout était uniforme, que toute l’Église croyait en son unité générale et professait la même foi, les mêmes sacrements, le même sacrifice de la messe, le même catéchisme.'

 

Il nous faut examiner avec honnêteté les ambiguïtés manifestes concernant la liberté religieuse, l’œcuménisme et la collégialité, ainsi que les imprécisions doctrinales du Novus Ordo Missae. À cet égard, il convient de lire l’ouvrage récemment paru de l’archimandrite Boniface Luykx, consultant conciliaire et éminent liturgiste, intitulé avec éloquence 'Une vision plus large de Vatican II. Souvenirs et analyse d’un consulteur conciliaire'.

 

Comme l'a dit G.K. Chesterton : 'En entrant dans l'Église, on nous demande d'ôter notre chapeau, non notre tête.' Ce serait une tragédie si la FSSPX était complètement exclue, et la responsabilité d'une telle division incomberait avant tout au Saint-Siège. Le Saint-Siège devrait accueillir la FSSPX, en lui offrant au moins un minimum d'intégration ecclésiale, puis poursuivre le dialogue doctrinal. Le Saint-Siège a fait preuve d'une générosité remarquable envers le Parti communiste chinois, en lui permettant de choisir des candidats à l'épiscopat ; pourtant, ses propres enfants, les milliers de fidèles de la FSSPX, sont traités comme des citoyens de seconde zone.

 

La FSSPX devrait être autorisée à apporter une contribution théologique afin de clarifier, compléter et, le cas échéant, corriger les passages des textes du Concile Vatican II qui soulèvent des doutes et des difficultés doctrinales. Il convient également de tenir compte du fait que, dans ces textes, le Magistère de l’Église n’a pas entendu se prononcer par des définitions dogmatiques empreintes d’infaillibilité (cf. Paul VI, Audience générale , 12 janvier 1966 ).

 

La FSSPX prononce exactement la même Professio fidei que celle des Pères du Concile Vatican II, connue sous le nom de Professio fidei tridentino-vaticane. Si, selon les paroles explicites du pape Paul VI, le Concile Vatican II n'a présenté aucune doctrine définitive, ni n'a eu l'intention de le faire, et si la foi de l'Église demeure la même avant, pendant et après le Concile, pourquoi la profession de foi valable dans l'Église jusqu'en 1967 ne serait-elle plus considérée comme une marque de la véritable foi catholique ?

 

Pourtant, la profession de foi tridentine-vaticane est jugée insuffisante par le Saint-Siège pour la FSSPX. Cette profession de foi ne constituerait-elle pas, en réalité, le minimum requis pour la communion ecclésiale ? Si tel n’est pas le cas, qu’est-ce qui, honnêtement, pourrait constituer un minimum ? La FSSPX est tenue, comme condition sine qua non, de prononcer une profession de foi par laquelle elle accepte les enseignements pastoraux, et non définitifs, du dernier concile et du magistère subséquent. Si telle est véritablement cette prétendue 'exigence minimale', alors le cardinal Victor Fernández semble jouer avec les mots !

 

Le pape Léon XIV a déclaré, lors des vêpres œcuméniques du 25 janvier 2026, à la clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qu’une unité existe déjà entre catholiques et chrétiens non catholiques, car ils partagent le minimum de la foi chrétienne : 'Nous partageons la même foi en un seul Dieu, le Père de tous les hommes ; nous confessons ensemble un seul Seigneur et vrai Fils de Dieu, Jésus-Christ, et un seul Esprit Saint, qui nous inspire et nous pousse à la pleine unité et au témoignage commun de l’Évangile' ( Lettre apostolique In Unitate Fidei, 23 novembre 2025, p. 12). Il a ajouté : 'Nous sommes un ! Nous le sommes déjà ! Reconnaissons-le, vivons-le et rendons-le visible !'

 

Comment cette déclaration peut-elle être conciliée avec l'affirmation faite par des représentants du Saint-Siège et certains hauts dignitaires du clergé selon laquelle la FSSPX n'est pas doctrinalement unie à l'Église, étant donné que la FSSPX professe la Professio fidei des Pères du Concile Vatican II — la Professio fidei tridentine-vaticane ?

 

L’octroi de nouvelles mesures pastorales provisoires à la FSSPX pour le bien spirituel de tant de fidèles catholiques exemplaires témoignerait profondément de la charité pastorale du Successeur de Pierre. Ce faisant, le pape Léon XIV ouvrirait son cœur paternel à ces catholiques qui, d’une certaine manière, vivent en marge de l’Église, leur permettant de ressentir que le Siège apostolique est véritablement une Mère, y compris pour la FSSPX.

 

Les paroles du pape Benoît XVI devraient éveiller la conscience de ceux qui, au Vatican, décideront d'autoriser les consécrations épiscopales pour la FSSPX. Il nous rappelle :

 

'En repensant au passé, aux divisions qui, au cours des siècles, ont déchiré le Corps du Christ, on a constamment l’impression qu’aux moments critiques où ces divisions se manifestaient, les responsables de l’Église n’ont pas fait assez pour maintenir ou retrouver la réconciliation et l’unité. On a l’impression que les omissions de l’Église ont porté une part de responsabilité dans le durcissement de ces divisions. Ce regard sur le passé nous impose aujourd’hui une obligation : celle de tout mettre en œuvre pour que tous ceux qui désirent véritablement l’unité puissent y demeurer ou la retrouver.' (Lettre aux évêques à l’occasion de la publication de la Lettre apostolique 'motu proprio data' Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine avant la réforme de 1970 , 7 juillet 2007)

 

'Peut-on rester totalement indifférent à une communauté qui compte 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères religieux, 164 sœurs religieuses et des milliers de fidèles laïcs ? Devons-nous les laisser s’éloigner de plus en plus de l’Église ? Et la grande Église ne devrait-elle pas, elle aussi, se montrer généreuse, consciente de son immense étendue, consciente de la promesse qui lui a été faite ?' (Lettre aux évêques de l’Église catholique concernant la levée de l’excommunication des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, 10 mars 2009).

 

Des mesures pastorales provisoires et minimales pour la FSSPX, entreprises pour le bien spirituel de ses milliers de fidèles à travers le monde – y compris un mandat pontifical pour les consécrations épiscopales – permettraient de créer les conditions nécessaires pour dissiper sereinement les malentendus, les questions et les doutes d’ordre doctrinal suscités par certaines déclarations des documents du Concile Vatican II et du Magistère pontifical subséquent. Parallèlement, ces mesures offriraient à la FSSPX l’opportunité de contribuer de manière constructive au bien de toute l’Église, tout en maintenant une distinction claire entre ce qui relève de la foi divinement révélée et de la doctrine définitivement proposée par le Magistère, et ce qui, ayant un caractère essentiellement pastoral dans des circonstances historiques particulières, est donc ouvert à une étude théologique approfondie, comme cela a toujours été la pratique au sein de l’Église.

 

Soucieux de l’unité de l’Église et du bien spirituel de tant d’âmes, je lance un appel empreint de respect et de charité fraternelle à notre Saint-Père le pape Léon XIV :

 

Très Saint-Père, accordez le mandat apostolique pour les consécrations épiscopales de la FSSPX. Vous êtes aussi le père de vos nombreux fils et filles – deux générations de fidèles qui, jusqu'à présent, ont été pris en charge par la FSSPX, qui aiment le Pape et qui aspirent à être de véritables fils et filles de l'Église romaine. Aussi, tenez-vous à l'écart des partis pris et, avec un grand esprit paternel et un esprit véritablement augustinien, montrez que vous bâtissez des ponts, comme vous l'avez promis devant le monde entier lors de votre première bénédiction après votre élection. Ne laissez pas l'histoire de l'Église vous marquer comme celui qui a échoué à construire ce pont – un pont qui aurait pu être bâti en ce moment véritablement providentiel, avec une volonté généreuse – et qui, au contraire, a permis une division supplémentaire, inutile et douloureuse, au sein de l'Église, alors même que se déroulaient des processus synodaux se targuant d'une ampleur pastorale et d'une inclusivité ecclésiale maximales. Comme Votre Sainteté l’a récemment souligné : 'Engageons-nous à développer davantage les pratiques synodales œcuméniques et à partager entre nous qui nous sommes, ce que nous faisons et ce que nous enseignons (cf. François, Pour une Église synodale, 24 novembre 2024)' (Homélie du pape Léon XIV, Vêpres œcuméniques pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, 25 janvier 2026).

 

Très Saint-Père, si vous accordez le mandat apostolique pour les consécrations épiscopales de la FSSPX, l'Église de notre temps n'y perdra rien. Vous serez un véritable bâtisseur de ponts, et plus encore, un bâtisseur de ponts exemplaire, car vous êtes le Souverain Pontife, Summus Pontifex.

 

+ Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Sainte-Marie d'Astana

 

24 février 2026

 

Cf. https://dianemontagna.substack.com/p/exclusive-bishop-schneider-appeals

L'évêque Heiner Wilmer de Hildesheim a été élu à la tête de la conférence des évêques d'Allemagne. Un partisan de la voie synodale, il a pris un ton spirituel ; plus tôt, le nonce pontifical a averti que la réforme peut conduire au schisme.

Catholic News Agency sur X

L'évêque Heiner Wilmer de Hildesheim a été élu mardi président de la Conférence des évêques allemands, succédant à l'évêque Georg Bätzing de Limbourg à la tête de ce puissant organe épiscopal pour un mandat de six ans.

Interrogé sur la possibilité que le Vatican approuve les statuts d'une conférence synodale permanente proposée en Allemagne, Wilmer s'est dit "confiant", soulignant que le pape François et le pape Léon XIV avaient tous deux affirmé que la synodalité était une forme fondamentale de la vie de l'Église. L’organisme proposé représente la dernière version des plans visant à établir un organe permanent en Allemagne à la suite de ce processus controversé , après des interventions répétées du pape François et du Vatican . Cette élection intervient alors que les évêques devraient voter, lors de la même assemblée plénière, sur les statuts de l'organe proposé, qui accorderait aux laïcs un droit de vote égal à celui des évêques sur les questions de gouvernance de l'Église. Le Vatican a exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes concernant cette proposition.

L'évêque a voté conformément à la Voie synodale, l'événement de 2019-2023 qui a adopté des résolutions appelant à la bénédiction des unions homosexuelles et d'autres changements qui ont suscité de vives critiques de la part de Rome et des conférences épiscopales du monde entier

>l'idéologie transgenre: la modification des registres de baptême pour qu'ils correspondent au genre auto-identifié

>une formation obligatoire pour les prêtres et les employés de l'Église sur la question de la diversité de genre

>l'ordination de femmes

Selon le National Catholic Register, Wilmer a également été envisagé — mais finalement non choisi — par le pape François fin 2022 pour diriger le Dicastère pour la doctrine de la foi.

Le nonce a mis en garde contre le risque de schisme

La veille de l'élection de Wilmer, le nonce apostolique en Allemagne, l'archevêque Nikola Eterović, a adressé un message aux évêques contenant une mise en garde explicite contre les réformes susceptibles d'entraîner des divisions.

Lors d'une conférence de presse lundi, le président sortant Bätzing a défendu la voie synodale allemande, déclarant qu'il y a "des points sur lesquels je crois que nous pouvons changer l'enseignement de l'Église pour le bien des gens sans toucher au cœur de ce qui est catholique". Il affirmait que la morale sexuelle de l'Église était "dans une large mesure inefficace" car les fidèles catholiques "laissent tomber et vivent leur vie". [Il est sûr qu'avec de tels pasteurs les fidèles ont de vrais modèles à suivre ! Ndlr.]

Cf. https://www.ewtnnews.com/world/europe/german-bishops-choose-synodal-way-backer-as-new-leader

Le chanoine de Shaftesbury pour Rorate Caeli le 10/02/2026 : ''La longue ombre de Vatican II : ''l'ambiguïté comme cancer de l'Église''

 

''Le concile Vatican II (1962-1965) compte parmi les événements les plus marquants de l'histoire de l'Église catholique. Convoqué par saint Jean XXIII pour ouvrir les fenêtres de l'Église sur le monde moderne, il a produit seize documents abordant tous les sujets, de la liturgie à la liberté religieuse. Pourtant, plus de soixante ans après, le concile demeure une source de profondes controverses, non pas tant pour ses enseignements explicites que pour les points restés obscurs. Le problème n'est pas que Vatican II ait été hérétique, mais qu'il ait été ambigu. Et c'est dans cette ambiguïté que sont nés les germes de la confusion, qui ont donné naissance à certains des développements théologiques les plus troublants de l'histoire moderne de l'Église. Lorsqu'un concile peut être interprété de manière à sembler contredire deux mille ans d'enseignement constant, c'est que quelque chose a gravement déraillé. Il ne s'agit pas d'un argument contre les conciles œcuméniques ou le développement doctrinal légitime, mais d'un plaidoyer pour la clarté. Car lorsque l'Église s'exprime en termes vagues, même involontairement, ce sont des âmes qui sont en jeu.

 

La nature du problème : l’ambiguïté comme rupture

 

Vatican II s'est présenté comme un concile pastoral, et non dogmatique. Cette distinction est importante. Les Pères conciliaires affirmaient ne pas définir de nouveaux dogmes, mais plutôt exprimer des vérités éternelles d'une manière accessible au monde moderne. Cela paraît noble et louable. Mais voici le problème : privilégier le ton pastoral à la précision doctrinale, c'est risquer de dire des choses qui sonnent bien, mais qui signifient… quoi, au juste ?

 

Prenons l’expression 'subsiste dans' tirée de Lumen Gentium. Le Concile a déclaré que l’Église du Christ 'subsiste dans' l’Église catholique, plutôt que d’utiliser la formulation traditionnelle selon laquelle l’Église du Christ 'est' l’Église catholique. Depuis lors, les théologiens débattent de la signification exacte de 'subsiste dans'. Suggère-t-elle que l’Église du Christ existe, de manière imparfaite, au sein d’autres communautés chrétiennes ? Ou s’agit-il simplement d’une façon plus nuancée d’exprimer ce que les catholiques ont toujours cru ? Le fait que ce débat persiste soixante ans plus tard en dit long sur les dangers de l’ambiguïté.

 

Le cardinal Ratzinger et le cardinal Betti ont tous deux défendu cette expression en arguant qu'elle expliquait les manifestations de la grâce en dehors de l'Église. Certes, on peut affirmer que certaines manifestations de la grâce se produisent hors de la communion visible de l'Église catholique. Cependant, cette expression recèle aussi des sources de confusion, car, pour un œil non averti, elle tend à minimiser le rôle de l'Église comme seule institution fondée par le Christ. Peut-être qu'au moment du Concile, une autre expression aurait été plus appropriée pour expliquer cela, sans risquer cette ambiguïté.

 

Les défenseurs du Concile soutiennent que ce type de langage représente un développement doctrinal légitime au sens où le concevait saint John Henry Newman : un déploiement organique de la vérité fidèle au dépôt de la foi. Or, pour Newman, un développement authentique impliquait la préservation du type, la continuité des principes et la cohérence logique avec l’enseignement antérieur. Lorsqu’un 'développement' semble contredire ce qui a précédé, ou lorsqu’il exige des décennies de contorsions théologiques pour se concilier avec l’enseignement magistériel antérieur, il convient de se demander : s’agit-il d’un développement, ou d’une rupture déguisée en développement ?

 

Le problème est particulièrement flagrant dans Dignitatis Humanae, la déclaration du Concile sur la liberté religieuse. Ce document affirme que toute personne a droit à la liberté religieuse et que l'État ne doit contraindre personne en matière de religion. À première vue, cela semble raisonnable, voire évident pour nos oreilles modernes. Mais cela pose un problème majeur lorsqu'on le met en parallèle avec les enseignements pontificaux antérieurs.

 

Il convient toutefois de noter que l'Église catholique, contrairement à d'autres religions, ne recourt pas à la conversion par la force. Le problème réside ici encore dans la formulation et les difficultés d'interprétation et d'ambiguïté qu'elle engendre. Sous un certain angle, le texte de Dignitatis Humanae se heurte aux problèmes soulevés par le pape Grégoire XVI dans Mirari Vos (1832), où les idées, si elles ne sont pas explicitées avec soin par une subtile pirouette linguistique, conduisent à l'indifférentisme critiqué par le pape.

 

Ceci est réaffirmé dans le Syllabus des erreurs (1864) du pape Pie IX, où, condamnant l'indifférentisme et le latitudinarisme, il réfute l'idée que 'tout homme est libre d'embrasser et de professer la religion qu'il jugera vraie à la lumière de la raison » (n° 15). Or, il ne s'agissait pas d'entretiens informels ou de remarques prises à la légère. Non, c'étaient des déclarations papales solennelles sur des questions de foi et de morale.

 

Que s'est-il donc passé lors du concile Vatican II ? L'Église a-t-elle soudainement réalisé que Grégoire XVI et Pie IX avaient eu tort ? La vérité a-t-elle changé ? Ou bien Dignitatis Humanae est-elle compatible avec l'enseignement antérieur d'une manière qui nécessite des explications approfondies ?

 

Le père John Courtney Murray, l'un des principaux architectes et commentateurs de Dignitatis Humanae, a reconnu le problème. Il a admis que le document représentait un développement doctrinal qui 'reste à être expliqué par le magistère'. C'est un problème sérieux. L'un des auteurs du document lui-même a reconnu qu'il nécessitait des éclaircissements supplémentaires pour démontrer sa continuité avec la tradition. Ce n'est pas une simple remarque ; c'est l'aveu que le Concile a laissé une question doctrinale en des termes très ambigus.

 

Le problème n'est pas seulement théorique. Si l'Église peut revendiquer ce qui semble être un 'droit à l'erreur' en matière religieuse (comme le prétendent les critiques de Dignitatis Humanae ), qu'advient-il de son enseignement traditionnel selon lequel l'erreur n'a pas de droits, seules les personnes en ont ? Faute de clarté sur ce point, on aboutit à une incohérence théologique : affirmer à la fois que l'Église catholique détient la plénitude de la vérité et que l'erreur religieuse mérite une protection, voire un encouragement. L'ambiguïté de Dignitatis Humanae a ouvert la boîte de Pandore. Dès lors qu'on suggère que l'État doit traiter toutes les religions avec neutralité, il devient très difficile de soutenir que le catholicisme est la seule vérité susceptible d'influencer la vie publique. Le document a tenté de trouver un juste milieu, mais le fil glisse constamment.

 

Certains défendent Dignitatis Humanae, arguant, selon une certaine perspective, que ce document aborde des questions différentes des enseignements pontificaux antérieurs. Cependant, cette interprétation se heurte à un obstacle majeur : la confusion engendrée par ce document a conduit nombre de personnes, même au sein de l’Église, à remettre en question le rôle unique de l’Église dans le salut.

 

En définitive, l'interprétation repose sur la question de savoir précisément ce que les documents antérieurs condamnaient et si Dignitatis Humanae aborde la même question ou une question différente. Le père Murray revendiquait une continuité avec la tradition tout en reconnaissant l'évolution de la compréhension de la dignité humaine et des limites de la coercition étatique, tandis que d'autres, comme Yves Congar, considéraient ce document comme fondamentalement en rupture avec les enseignements pontificaux antérieurs.

 

Si Vatican II a semé les graines de l'ambiguïté, les décennies qui ont suivi nous en ont montré les conséquences. Le langage ambigu du Concile a été interprété de manière de plus en plus radicale, souvent par des personnes se réclamant de l''esprit de Vatican II' (une expression qui devrait tirer la sonnette d'alarme, puisqu'elle admet implicitement que la lettre de Vatican II est ambiguë !).

 

Nous l'avons constaté dans la liturgie, où l'appel du Concile à une 'participation active' et l'autorisation des langues vernaculaires sont en quelque sorte devenus un prétexte pour démanteler le culte traditionnel et le remplacer par des guitares folk et des bannières en feutre.

 

Nous l'avons constaté en ecclésiologie, où l'accent mis par le Concile sur l'Église comme 'Peuple de Dieu' a été utilisé pour minimiser l'autorité hiérarchique et promouvoir des processus démocratiques qui n'ont pas leur place dans la tradition catholique.

 

Nous l'avons constaté dans l'activité missionnaire de l'Église, où le respect du Concile pour les autres religions s'est transformé en un relativisme de fait qui remet en question la nécessité même de se convertir au catholicisme.

 

Mais c’est peut-être dans les récentes déclarations papales, et notamment celles du pape François, que la trajectoire qui mène de l’ambiguïté à la confusion a été la plus manifeste.

 

En 2016, le pape François a publié Amoris Laetitia, une exhortation apostolique sur le mariage et la vie de famille. Une grande partie de ce document contient de belles réflexions sur l'amour, le mariage et la famille. Mais une section, le chapitre 8, et plus particulièrement la note 351, a déclenché une vive polémique qui perdure encore aujourd'hui. Au cœur de cette ambiguïté se trouve la question suivante : les catholiques divorcés et remariés civilement (qui n'ont pas obtenu d'annulation de leur mariage et restent donc validement mariés à leur premier conjoint aux yeux de l'Église) peuvent-ils recevoir la sainte communion ? L'enseignement de l'Église est clair depuis deux millénaires : non. Pourquoi ? Parce que recevoir la communion en état de péché grave objectif (ce qu'est l'adultère) profane l'Eucharistie et porte atteinte à l'âme du communiant.

 

Mais Amoris Laetitia semble suggérer que, dans certains cas, après un discernement avec un pasteur, ces couples pourraient être admis aux sacrements. Le langage employé est, comme à son habitude, vague et ambigu. Le pape François a parlé d’'intégration' et d’'accompagnement', et de la nécessité d’éviter une application 'rigide' des normes morales. L’implication était suffisamment claire pour que les conférences épiscopales du monde entier interprètent le document différemment : certaines affirmant qu’il n’avait pas changé, tandis que d’autres estimaient que les catholiques divorcés et remariés pouvaient recevoir la communion. Le pape lui-même a refusé de clarifier la situation lorsque quatre cardinaux le lui ont formellement demandé par la procédure des dubia.

 

Lire : Les cardinaux des dubia reçoivent leur réponse dans une information donnée seize mois plus tard en quatre lignes !

 

Finalement, l'ambiguïté fut encore accrue par le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le cardinal Fernández, lorsqu'en septembre 2023 il réaffirma officiellement les directives des évêques d'Argentine. Ces directives stipulaient qu'il existe un chemin de discernement qui peut, dans certains cas, conduire aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie pour les catholiques divorcés et remariés civilement, même s'ils ne vivent pas dans une continence complète. Ces directives furent ensuite publiées dans les Acta Apostolicae Sedis (éditions officielles du Saint-Siège), confirmant ainsi leur importance.

 

Le problème, c'est qu'il ne s'agit pas d'un simple désaccord sur la stratégie pastorale. La question touche à l'indissolubilité du mariage : une doctrine qui remonte au Christ lui-même, qui a dit : 'Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni' (Matthieu 19,6). Si une personne validement mariée peut avoir une relation sexuelle avec une autre personne et être toujours considérée comme étant en état de grâce suffisant pour recevoir la communion, qu'advient-il de l'enseignement de l'Église sur l'adultère ? Qu'advient-il de la permanence du lien matrimonial ?

 

Le problème, encore une fois, c'est l'ambiguïté.

 

Amoris Laetitia ne rejette pas explicitement l'enseignement de l'Église sur le mariage. Cependant, son langage est suffisamment souple pour permettre des interprétations contraires. Or, lorsque différents évêques interprètent un document papal de manière contradictoire – certains autorisant la communion pour les remariés et d'autres la refusant –, l'Église ne parle plus d'une seule voix. Les fidèles se trouvent alors plongés dans la confusion, et la confusion n'est pas un don du Saint-Esprit. Enfin, sur ce point, l'interprétation du cardinal Fernández, qui préconise un discernement au cas par cas, conduit non seulement à l'ambiguïté, mais aussi à l'arbitraire et à la casuistique !

 

Cependant, l'histoire ne s'arrête pas là : en décembre 2023, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, avec l'approbation du pape François, a publié Fiducia Supplicans, une déclaration autorisant la bénédiction des 'couples en situation irrégulière', y compris les couples de même sexe. Le document insistait sur le fait qu'il s'agissait de bénédictions 'pastorales', et non liturgiques, et qu'elles ne constituaient pas une approbation de l'union irrégulière elle-même. Cette distinction s'est avérée trop subtile pour être comprise par la plupart des fidèles, y compris par de nombreux évêques, qui ont publiquement refusé d'appliquer le document dans leurs diocèses. Si un prêtre peut bénir un couple de même sexe, comment le catholique lambda (ou l'observateur non catholique) est-il censé comprendre que cela ne signifie pas que l'Église approuve les relations homosexuelles ?

 

L’Église enseigne, sur la base de l’Écriture et du droit naturel, que les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés et que les unions entre personnes de même sexe ne peuvent être bénies car elles impliquent un engagement à commettre des actes pécheurs. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi l’a affirmé clairement dans une réponse de 2021, approuvée explicitement par le pape François : l’Église 'n’a pas, et ne peut avoir, le pouvoir de bénir les unions de personnes de même sexe'.

 

Pourtant, deux ans plus tard, l'encyclique Fiducia Supplicans semble affirmer le contraire – ou du moins, elle exprime une idée suffisamment différente pour que les évêques du monde entier soient en désaccord sur sa signification et sur son application. Une fois de plus, l'ambiguïté engendre la confusion. Et une fois de plus, cette confusion touche à des enseignements moraux fondamentaux concernant la sexualité humaine et le mariage.

 

Cependant, le fruit le plus flagrant de cette confusion est sans doute l'indifférentisme qui s'est installé au sein de l'Église, un problème aggravé ces dernières années, même par ceux qui sont chargés de confirmer la foi. En septembre 2024, lors d'une visite apostolique à Singapour, le pape François a tenu des propos sur le pluralisme religieux qui ont semé la confusion et l'indignation, tant au sein de l'Église catholique qu'à l'extérieur. À Singapour, il a suggéré que la multiplicité des religions est un 'don' et que les différentes confessions sont autant de 'chemins vers Dieu' ou de 'langages' permettant d'atteindre le Divin. Il a encouragé le dialogue plutôt que la division et a insisté sur ce qui unit plutôt que sur ce qui divise.

 

À première vue, cela semble charitable, surtout dans une société pluraliste. Mais à y regarder de plus près, un problème sérieux se pose. Si toutes les religions sont des voies également valables vers Dieu, pourquoi le Christ a-t-il ordonné à ses apôtres d’'aller et de faire des disciples de toutes les nations' (Matthieu 28:19) ? Pourquoi Pierre a-t-il déclaré qu’'il n’y a de salut en aucun autre, car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes par lequel nous devions être sauvés' (Actes 4:12) ? Pourquoi d’innombrables missionnaires ont-ils sacrifié leur vie pour apporter l’Évangile à ceux qui ne connaissaient pas le Christ, si les gens empruntaient déjà des voies parfaitement valables vers Dieu à travers leurs religions respectives ?

 

La position catholique traditionnelle est claire : si des éléments de vérité et de bonté peuvent se trouver dans d’autres religions (comme le reconnaît Vatican II dans Nostra Aetate), la plénitude de la vérité n’existe que dans l’Église catholique, et le salut vient par Jésus-Christ. D’autres religions peuvent contenir des vérités partielles qui peuvent préparer à l’Évangile, mais elles ne constituent pas des voies de salut équivalentes.

 

Pourtant, les propos du pape François à Singapour laissent entendre autre chose, ou du moins, ils sont suffisamment ambigus pour qu'on puisse les interpréter autrement. Ses défenseurs affirment qu'il soulignait simplement que Dieu peut agir à travers différentes cultures et que nous devons respecter les personnes d'autres confessions. Soit. Mais le langage qu'il a employé va au-delà du respect et s'apparente à de l'indifférentisme : l'idée qu'une religion vaut l'autre.

 

Ce problème n'était pas nouveau chez le pape François. Il avait déjà tenu des propos similaires, notamment dans le Document sur la Fraternité humaine de 2019, signé avec le Grand Imam d'Al-Azhar, qui affirmait que 'le pluralisme et la diversité des religions' sont 'voulus par Dieu dans Sa sagesse'. Cette phrase avait suscité une telle controverse que le Vatican avait fini par publier une clarification, elle-même assez ambiguë, laissant entendre que Dieu permettait la diversité religieuse plutôt que de la vouloir activement.

 

Mais voilà le problème : si les déclarations du Pape sur le pluralisme religieux nécessitent des clarifications répétées, et si ces clarifications elles-mêmes suscitent le débat, c’est que les déclarations initiales étaient trop ambiguës. Lorsque le Vicaire du Christ s’exprime sur des questions touchant à l’unicité du Christ et à la nécessité de l’Église pour le salut, nous avons besoin de clarté, non de subtilité.

 

La désorientation de l'ambiguïté doctrinale

 

Sœur Lucie de Fatima, l'une des voyantes qui ont assisté aux apparitions de la Vierge Marie en 1917, évoquait, vers la fin de sa vie, une désorientation diabolique qui affectait l'Église. S'il convient d'être prudent face aux révélations privées, cette expression décrit parfaitement ce qui se produit lorsque l'ambiguïté doctrinale règne : les gens sont désorientés, incapables de discerner le vrai sens de la foi. Cela est particulièrement vrai en Amérique et en Europe occidentale.

 

Le diable n'a pas besoin de convaincre l'Église de promulguer officiellement l'hérésie. Il lui suffit de semer suffisamment de confusion pour que les gens ne puissent plus distinguer le vrai du faux, ou qu'ils perdent confiance en la capacité de l'Église à enseigner de manière définitive. Dès lors, chaque catholique devient son propre magistère, choisissant les enseignements qu'il souhaite accepter selon ses préférences personnelles ou les modes du moment.

 

C’est précisément ce à quoi nous assistons. Certains catholiques progressistes invoquent Vatican II, Amoris Laetitia et le pape François pour justifier leurs positions sur des sujets aussi variés que le divorce, l’homosexualité ou l’indifférence religieuse. D’autres catholiques, quant à eux, se réfèrent à l’enseignement magistériel antérieur à Vatican II et insistent sur le fait que rien ne peut être changé, ni n’a changé. Les deux groupes se réclament de la tradition catholique et peuvent s’appuyer sur des documents de l’Église qui semblent conforter leur position. Résultat ? Division, confusion et affaiblissement du témoignage moral de l’Église dans le monde. Et c’est là le véritable problème : la confusion des fidèles.

 

Le problème s'aggrave : lorsque les fidèles constatent des désaccords entre évêques sur l'interprétation des documents pontificaux, ou des papes semblant contredire leurs prédécesseurs, ils perdent confiance en l'autorité doctrinale de l'Église. Et lorsqu'ils perdent confiance dans le Magistère, ils sont livrés à eux-mêmes pour discerner la vérité, ce qui ressemble étrangement au protestantisme, et c'est précisément ce à quoi l'Église catholique était censée apporter une solution.

 

Et n'oublions pas qu'il ne s'agit pas d'un exercice théorique. L'ambiguïté doctrinale a des conséquences bien réelles pour les âmes. Prenons l'exemple d'un catholique divorcé et remarié qui apprend d'un prêtre qu'il peut communier après un discernement, mais d'un autre qu'il ne le peut pas. Qui doit-il croire ? S'il suit l'interprétation permissive et communie en état de péché mortel, il commet un sacrilège et se perd. S'il suit l'interprétation stricte alors que l'interprétation permissive est la bonne, il se coupe inutilement de la source et du sommet de la vie chrétienne.

 

Prenons l'exemple d'un catholique attiré par les personnes du même sexe qui entend le pape affirmer que Dieu l'a créé et l'aime (ce qui est vrai), mais qui interprète cela (ce qui n'est pas déraisonnable, compte tenu du principe de Fiducia Supplicans) comme signifiant que sa relation homosexuelle fait partie du plan de Dieu pour lui et peut être bénie par l'Église. S'il poursuit une relation homosexuelle sexuellement active en croyant que ce n'est pas un péché, il s'engage dans une grave erreur morale qui met son salut en péril.

 

Imaginez un catholique, dans un pays pluraliste, qui entend le pape affirmer que toutes les religions sont des dons et des chemins vers Dieu. S'il en conclut que l'œuvre missionnaire est arrogante ou que ses amis non chrétiens n'ont pas besoin d'entendre parler de Jésus, il renie la Grande Mission et risque de plonger des personnes dans l'ignorance spirituelle.

 

Il ne s'agit pas de scénarios hypothétiques. Ces situations se produisent quotidiennement. Et elles se produisent parce que les pasteurs de l'Église n'ont pas su s'exprimer avec clarté sur des questions d'importance éternelle.

 

La trahison de la conception newmanienne du développement

 

Les défenseurs du concile Vatican II et de l'enseignement pontifical récent invoquent souvent l'Essai sur le développement de la doctrine chrétienne de saint John Henry Newman pour affirmer que ce qui apparaît comme une contradiction constitue en réalité un développement doctrinal légitime. Or, cette invocation relève souvent d'une mauvaise compréhension, voire d'une trahison, de la pensée de Newman.

 

Saint John Henry a identifié plusieurs caractéristiques d'un développement authentique : la préservation du type, la continuité des principes, la capacité d'assimiler, la progression logique, l'anticipation de l'avenir, la rigueur dans l'action face au passé et une vigueur constante. Le véritable développement préserve l'essence de la doctrine tout en en déployant les implications. Il est organique, à l'image d'un arbre qui pousse à partir d'un semis : il s'agit toujours de la même chose, mais plus pleinement réalisée.

 

Ce que saint Jean Henry n'avait pas envisagé, c'était un 'développement' qui semble contredire un enseignement définitif antérieur, ou qui exige des contorsions linguistiques d'interprétation pour s'accorder avec la tradition. Lorsque John Courtney Murray admet que Dignitatis Humanae représente un développement qui 'reste à expliquer par le magistère', il admet en réalité qu'il ne satisfait pas aux critères de Newman, ou du moins, qu'il est difficile de savoir s'il y satisfait.

 

Le véritable développement ne requiert pas soixante ans de débats théologiques pour déterminer sa cohérence avec l'héritage antérieur. Le véritable développement n'engendre pas d'interprétations divergentes parmi les évêques en règle. Le véritable développement ne rend pas les fidèles moins certains de l'enseignement de l'Église.

 

L'évolution de nombreux pasteurs de l'Église, suite aux ambiguïtés de Vatican II, ne ressemble pas au déploiement organique d'une vérité unique et cohérente. Elle s'apparente plutôt à une dérive, à un relâchement des amarres, chaque génération de responsables ecclésiastiques se sentant plus libre de réviser ou de 'réinterpréter' l'enseignement clair de ses prédécesseurs.

 

Je tiens également à préciser clairement ce que je critique ici. Il ne s'agit pas de remettre en cause la validité du concile Vatican II ni la légitimité du pape François. Il s'agit d'affirmer que l'ambiguïté du langage dans les documents de l'Église, qu'ils soient conciliaires ou pontificaux, est dangereuse, et que les dernières années ont démontré à quel point elle peut l'être.

 

L'Église a l'obligation sacrée d'enseigner clairement, notamment en matière de foi et de morale. Cette obligation lui vient du Christ lui-même, qui a promis que l'Esprit Saint la conduirait à la vérité tout entière et que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle. Lorsque l'Église s'exprime avec ambiguïté sur des questions cruciales, elle risque de manquer à sa mission, car l'ambiguïté favorise l'erreur. Si deux évêques lisent le même document papal et parviennent à des conclusions opposées quant à la possibilité pour les catholiques divorcés et remariés de recevoir la communion, au moins l'un d'eux se trompe. Et si le document avait été clair, cette erreur aurait pu être évitée.

 

Les fidèles ont droit à un enseignement clair et les pasteurs de l'Église ont le devoir de le leur dispenser. Lorsqu'ils reçoivent des messages contradictoires, lorsqu'ils trouvent des documents de l'Église qui semblent affirmer des choses différentes, ils sont lésés par leurs pasteurs.

 

En fin de compte, le Saint-Siège doit reconnaître que certaines formulations de Vatican II étaient ambiguës et les clarifier de manière à démontrer leur continuité avec la Tradition, ou, si cela s'avère impossible, reconnaître que les formulations ambiguës doivent être écartées au profit de l'enseignement clair qui les précédait.

 

L'Église a besoin de papes et d'évêques qui privilégient la rigueur doctrinale à la sensibilité pastorale, non pas que cette dernière soit sans importance, mais parce que le plus grand acte pastoral consiste à dire clairement la vérité. La confusion n'est pas compassionnelle. L'ambiguïté n'est pas miséricordieuse. Laisser les gens dans l'incertitude quant à leur état de grâce ou au péché mortel n'est pas un accompagnement… c'est un abandon.

 

L'Église doit retrouver la conviction que la vérité prime sur le dialogue, la clarté sur la convivialité, et le salut des âmes sur le fait d'éviter de froisser. Cela ne signifie pas être dur ou insensible, mais être honnête. Cela signifie dire les choses difficiles quand elles doivent l'être. Cela signifie ne pas se retrancher derrière un langage pastoral quand la précision doctrinale est de mise.

 

[...] Ce ne sont pas des questions rhétoriques. Ce sont des questions urgentes. Et elles exigent une réponse de la hiérarchie ecclésiastique : de la clarté, maintenant, sur les questions qui touchent au salut. Pas plus de dialogue. Pas plus d’ambiguïté. Pas plus de documents qui nécessitent d’autres documents pour être expliqués. Juste la vérité, dite clairement, dans la continuité de tout ce que l’Église a toujours enseigné.

 

Tout autre comportement constitue une trahison du dépôt de la foi et un danger pour les âmes. Et dans le plan du salut, il n'y a rien de plus grave.

 

Cf. https://rorate-caeli.blogspot.com/2026/02/the-long-shadow-of-vatican-ii-ambiguity.html

Allemagne: la messe de la Danse des Canards

Nous n'oserions jamais faire cela lors d'un événement sérieux, d'une réunion de parents d'élèves, d'un entretien d'embauche, d'une audience de justice ou en présence de politiciens médiocres au Conseil des ministres ou à l'assemblée nationale, et pourtant, cela se produit en présence du Roi des rois. Et c'est la FSSPX le problème ? 

Dans le message envoyé à la nouvelle archevêque de Cantorbéry, Sarah Mullally, à l’occasion de son intronisation, célébré le 25 mars dans la cathédrale de Cantorbéry, Léon XIV a félicité la nouvelle fausse archevêque de Canterbury, une hérétique et partisane de l'avortement. S'adressant à elle en l'appelant "Votre Grâce", il lui a déclaré que, malgré les désaccords, l'Église et l'anglicanisme n'avaient jamais cessé de "cheminer ensemble" : nous marchons tous ensemble, à l'exception de ceux de la FSSPX.

Add. 10 avril 2026

Fraternité Saint-Pie X : le cardinal Aveline prône le « dialogue »

➡️ Dans une interview à KTO, l’archevêque de Marseille appelle à poursuivre le « dialogue » avec la Fraternité Saint-Pie X, qui a annoncé son intention d’ordonner de nouveaux évêques le 1er juillet.

Cf. Famille Chrétienne sur X

 

Sarah Mullally, "archevêque" anglican de Canterbury, rencontrera le pape Léon XIV lundi matin (27 avril).

Elle se joindra ensuite à Léon pour la prière de midi dans la chapelle d'Urbain VIII au Palais apostolique.

Plus tard, elle dirigera Choral Evensong anglican à l'église catholique de Sant'Ignazio di Loyola et installera le nouveau directeur du Centre anglican de Rome dans ses fonctions.

Le cardinal Tagle prononcera l'homélie lors de la chanson anglicane Evensong.

 

Cf. Michael Haynes sur X

 

Léon XIV qui devait continuer Léon XIII fait le contraire de ce dernier qui dans Apostolicae Curae (1896) déclarait que les évêques anglicans étaient des laïcs avec des ordres invalides qui devaient devenir catholiques.

Aujourd'hui (25 avril) Sarah Mullally - qui pense être l'archevêque de Cantorbéry - a prétendu donner une bénédiction dans la chapelle Clémentine, dans la crypte de la basilique vaticane. C'est la chapelle la plus proche de la tombe de saint Pierre.

 

Comme si cela ne suffisait pas, il y a un évêque catholique qui prétend recevoir la "bénédiction".

 

Cf. Père Joao Silveira sur X

 

Une vidéo de 32 secondes d'une ordination anglicane montre l'évêque catholique de Fresno, Joseph Brennan, à l'extrême gauche, participer en récitant la formule de l'ordination et en étendant les mains. Certains insistent sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une "co-consécration"...

Cette vidéo capture une "co-consécration" d'un prélat anglican par un évêque catholique. Comment Rome peut-elle ne pas sanctionner Brennan pour - clairement  - saper de façon spectaculaire l'enseignement catholique sur la succession apostolique ? (Et ne vous plaignez pas que je republie un compte de côté - ce sont eux qui ont découvert ces images.)

 

Cf. Damian Thompson sur X

 

Est-ce un acte schismatique de la part de l'évêque Joseph Brennan ou non ? Si ce n'est pas le cas, comment les consécrations de la FSSPX pourraient-elles être ?

 

Mais s'il s'agit d'un acte schismatique, pourquoi ne justifierait-il pas l'excommunication de l'évêque Brennan ? 

 

Cf. Michael Sirilla sur X

 

Il n’y aura là vraisemblablement aucune excommunication pour ordination invalide ni sanction...

On ignore la demande de la FSSPX d'une entrevue avec notre Pape. On ouvre la porte à l’"évêque" anglicane dans la chapelle Clémentine, au-dessus de la tombe de Saint Pierre. Et on prépare l’excommunication pour ceux qui veulent consacrer des évêques dans la tradition catholique. Où est l'Église catholique ?

 

La FSSPX devrait faire savoir à Léon XIV qu'ils consacreront des évêquettes, puis ils seront invités au Vatican pour donner des bénédictions.

Cf. AdVoluntasTua str X

Rome dit opter pour une rupture (Excommunications)

 

D'après les sources romaines de Rorate :

 

Nos sources romaines rapportent que le pape Léon XIV a décidé de suivre la "jurisprudence de 1988 " en ce qui concerne les consécrations épiscopales qui seront conférées au sein de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) le 1er juillet 2026.

 

On dit qu'il avait déjà préparé un décret similaire, dans son ton et son contenu, à celui que le pape Jean-Paul II avait promulgué par l'intermédiaire du cardinal Bernardin Gantin*, préfet de la Congrégation pour les évêques, le 1er juillet 1988.

 

Le décret déclarerait l'excommunication encourue ipso facto par les évêques consacrants et les évêques nouvellement consacrés, et dénoncerait ces consécrations comme un "acte schismatique", appelant les prêtres et les fidèles à ne pas y donner leur assentiment.

 

Il n'est pas prévu que le Pape reçoive au préalable le Père Davide Pagliarani, Supérieur Général de la FSSPX.

 

Naturellement, les circonstances pourraient changer dans les mois à venir, mais c'est ainsi que les choses se passent maintenant.

 

Cf. https://rorate-caeli.blogspot.com/2026/04/exclusive-society-of-saint-pius-x-sspx.html?m=1

Rorate Caeli sur X

Lundi 27 avril 2026

 

Le Vatican publie des photos de la rencontre d’aujourd’hui du pape Léon XIV avec Sarah Mullally. Dans son adresse à elle, le pape a noté que : "Alors que de nombreux progrès ont été réalisés sur certaines questions historiquement divisives, de nouveaux problèmes ont émergé ces dernières décennies, rendant le chemin vers une pleine communion plus difficile à discerner."

Bien sûr, parmi ces nouveaux problèmes, le principal est le fait qu’une femme vêtue d’habits liturgiques est désormais présentée — et célébrée par le Vatican et même par le pape — comme quelqu’un qui semble avoir des ordres valides alors qu’elle n’en a pas — d’abord parce qu’elle est une femme et ensuite parce qu’elle est anglicane. À tel point que, lors de sa visite à la basilique Saint-Pierre dimanche, un officiel du Vatican (l’archevêque Flavio Pace, secrétaire du Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens) s’est incliné devant elle dans la chapelle Clémentine — l’un des lieux les plus sacrés des grottes du Vatican, situé juste à côté du tombeau de saint Pierre — et a fait le signe de la croix comme s’il recevait une véritable bénédiction d’elle.

 

Plus de photos et l’adresse complète ici : Diane Montagna sur X

29-04-2026

Le cardinal Victor Manuel Fernández a préparé une déclaration de schisme au cas où la Fraternité Saint-Pie-X procéderait à des consécrations épiscopales à Écône le 1er juillet. Le Vatican prend également des dispositions pastorales pour accueillir ceux qui pourraient quitter la FSSPX après l'ordination de nouveaux évêques sans autorisation papale.

 

C’est ce qu’affirme le journaliste italien Nico Spuntoni. Ses propos interviennent alors que circulent en ligne des rumeurs quant aux personnes qui seraient précisément concernées par le décret préparé par le préfet du dicastère pour la doctrine de la foi.

 

Cf. Diane Montagna

 

11 mais 2026. 

Le pape Léon s'est récemment tenu côte à côte avec des représentants d'églises schismatiques, a célébré ensemble des vêpres et a proclamé : "Nous ne faisons qu'un ! Nous le sommes déjà !" Parmi ces schismatiques auxquels le pape a parlé se trouvaient les orthodoxes apostoliques arméniens, qui ne sont pas chalcédoniens et n'acceptent même pas les deux natures du Christ. Si une attitude aussi généreuse et accommodante peut être montrée aux schismatiques qui rejettent littéralement l'Église des sept premiers conciles, il y a absolument place pour une attitude très généreuse envers la Fraternité à tous les niveaux de l'Église - même si nous accordons que la Fraternité est en schisme. Même si vous n'êtes pas d'accord avec la Société, pourquoi ne pouvons-nous pas adopter l'attitude modelée par Léon lors de sa rencontre avec d'autres schismatiques chrétiens, dont les schismes sont beaucoup plus grands, plus anciens et plus graves ? Seriez-vous prêt à vous tenir aux côtés de la FSSPX et à dire : "Nous en sommes un ! Nous le sommes déjà !" Si vous ne l'êtes pas, alors soit vous partez, soit vous êtes à Rome".

Cf. Philip Campbell, Rome et la FSSPX : tous deux en faute ; One Peter Five via Catholic Christendom sur X Christendom sur X

 

13 mai 2026

Le Vatican lance un avertissement officiel concernant les consécrations prévues de la FSSPX

 

Le canoniste, le père Gerald Murray, soulève des questions non résolues concernant "l'adhésion formelle" au schisme suite à la déclaration publiée aujourd'hui par la DDF.

 

Dans son avertissement public le plus clair à ce jour avant les consécrations épiscopales prévues le 1er juillet par la Fraternité Saint-Pie-X à Écône, en Suisse, le Vatican a déclaré aujourd'hui que procéder sans mandat pontifical constituerait "un acte schismatique" et entraînerait l'excommunication en vertu du droit canonique.

 

Des questions canoniques restent toutefois en suspens quant à la signification de la déclaration d'aujourd'hui pour les prêtres et les fidèles laïcs associés à la FSSPX.

 

Dans une déclaration officielle datée du 13 mai, le cardinal Victor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, a déclaré :

 

Concernant la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, nous réitérons ce qui a déjà été communiqué. Les ordinations épiscopales annoncées par cette Fraternité ne disposent pas du mandat papal requis. Cet acte constituerait un acte schismatique (Jean-Paul II, Ecclesia Dei , n° 3) et l’adhésion formelle au schisme constitue une grave offense contre Dieu et entraîne l’excommunication prévue par le droit canonique (ibid., 5c ; cf. Conseil pontifical pour les textes législatifs, Note explicative, 24 août 1996). Le Saint-Père continue de prier pour demander au Saint-Esprit d’éclairer les responsables de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X afin qu’ils reconsidèrent la décision extrêmement grave qu’ils ont prise.

 

Plus tôt mercredi, le journaliste italien Nico Spuntoni, écrivant pour Il Giornale, avait annoncé qu'un communiqué du Vatican sur le sujet était imminent.

 

Commentant la déclaration d'aujourd'hui, le père Gerald Murray, canoniste et prêtre de l'archidiocèse de New York, a expliqué qu'en vertu du droit canonique, le schisme entraîne l'excommunication automatique.

 

Il a déclaré que lors des consécrations épiscopales de 1988, organisées par l'archevêque Marcel Lefebvre, seuls les évêques consécrateurs et les évêques consacrés avaient été excommuniés. "Dans sa déclaration d'aujourd'hui", a-t-il affirmé, "le Saint-Siège reprend les termes de 1988, indiquant que, par définition, quiconque consacre et quiconque est consacré encourra cette peine."

 

Il a toutefois fait remarquer que, faute de définition canonique de l’"adhésion formelle" au schisme, le Saint-Siège devrait d’abord préciser ce que ce terme implique. Si l’"adhésion formelle" suppose assurément "une action concrète", a-t-il déclaré, la question qui demeure est de savoir quelles actions spécifiques le Saint-Siège jugerait suffisantes pour constituer une telle adhésion.

 

Le père Murray, dont la thèse de licence de 1995 portait sur le statut canonique des fidèles laïcs associés à feu l'archevêque Lefebvre et à la FSSPX, a poursuivi :

 

Le Saint-Siège n'a jamais répondu à la question de l"hadhésion formelle" en 1988, ni statué publiquement sur l'excommunication des prêtres et laïcs associés à la FSSPX. La note explicative de 1996, citée dans la déclaration, indiquait la position du Concile pontifical sur la nature de l'adhésion formelle au schisme de 1988. Toutefois, cela n'a jamais donné lieu à un décret canonique officiel conférant force de loi aux interprétations du Concile.

 

Il convient de noter que lorsque les excommunications des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre furent levées par le pape Benoît XVI, les prêtres de la FSSPX ainsi que les religieux et laïcs qui lui sont associés n'ont pas bénéficié d'une levée similaire de la peine d'excommunication. Par conséquent, prêtres et laïcs devront désormais être informés par le Saint-Siège, bien à l'avance, de ce qui constitue une "adhésion formelle", afin qu'ils sachent comment éviter d'encourir cette peine.

 

En réalité, ce serait le devoir du Saint-Siège, par charité, de le faire, a déclaré le père Murray. "Si l'on se trouve dans un lieu où la seule possibilité pratique d'assister à la messe, traditionnelle ou non, est une chapelle de la FSSPX, cela constituerait-il une 'adhésion formelle' ?" a-t-il demandé. "De même, si l'on assistait à la confirmation de son neveu par un évêque de la FSSPX, non pas par soutien aux consécrations épiscopales mais par loyauté familiale, cela constituerait-il une 'adhésion formelle' au schisme ? Autant de questions qui méritent une réponse."

 

La FSSPX, quant à elle, a fait valoir que des circonstances exceptionnelles au sein de l'Église justifient des mesures exceptionnelles pour préserver le sacerdoce traditionnel, la vie sacramentelle et la doctrine. Les partisans des consécrations ont établi un parallèle avec la décision prise en 1988 par Mgr Lefebvre, que le prélat français avait alors défendue comme un "état de nécessité".

 

Les autorités du Vatican ont toutefois toujours rejeté cet argument et soutenu qu'il n'existe aucune nécessité qui puisse justifier des consécrations épiscopales contre la volonté explicite du pape.

 

Le supérieur général de la FSSPX, le père Davide Pagliarani, a, à plusieurs reprises, sollicité une audience privée auprès du pape Léon XIV concernant les préoccupations de la Fraternité et les consécrations prévues, mais aucune rencontre n'a encore été accordée.

 

Cf. Diane Montagna 13 mai via Diane Montagna sur X

 

Les bons bergers font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher que les brebis ne soient perdues. Selon le côté du débat sur lequel vous vous situez, cela signifie des choses différentes. Mais l'obstination du Pape à ne pas rencontrer à ce jour (13 mai 2026) la Fraternité Saint-Pie X est une erreur. 500 000 à 800 000 âmes sont en jeu. 

14 mai 2026

Le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, le père Davide Pagliarani, remet une déclaration de foi catholique au pape Léon XIV

 

Cela intervient un jour après que l’office doctrinal du Vatican a formellement réitéré que procéder aux consécrations épiscopales le 1er juillet constituera un "acte de schisme".

 

La Déclaration se lit comme suit :

 

"Très Saint Père,

 

Depuis plus de cinquante ans, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X s’efforce de soumettre au Saint-Siège une question de conscience face aux erreurs qui détruisent la foi et la morale catholiques. Malheureusement, toutes les discussions engagées sont restées sans résultat, et aucune des préoccupations exprimées n’a reçu de réponse véritablement satisfaisante.

 

Lire : Le cardinal Robert Sarah a appelé à des "clarifications" de certaines parties de l'interprétation de Vatican II

 

Depuis plus de cinquante ans, la seule solution véritablement envisagée par le Saint-Siège semble avoir été celle des sanctions canoniques. À notre grand regret, il nous semble que le droit canon est ainsi utilisé, non pas pour confirmer dans la Foi, mais pour en éloigner.

 

Dans le texte qui suit, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X est heureuse d’exprimer à Vous, filialement et sincèrement, sa dévotion à la Foi Catholique, sans rien cacher, ni à Votre Sainteté ni à l’Église Universelle.

 

La Fraternité place cette simple Déclaration de Foi entre Vos mains. Il nous semble qu’elle correspond au minimum indispensable pour être en communion avec l’Église, et pour nous dire véritablement catholiques et, par conséquent, vos fils.

 

Nous n’avons pas d’autre désir que celui de vivre et d’être confirmés dans la Foi Catholique Romaine."

 

Suite:

 

Lisez la déclaration complète de la Foi Catholique ici: 

 

(Traduction blog Christ-Roi)

 

Déclaration de foi catholique adressée au pape Léon XIV

 

DÉCLARATION DE FOI CATHOLIQUE

 

Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, Sagesse divine, Verbe incarné, Qui a voulu une seule religion, Qui a rendu l'Ancienne Alliance définitivement nulle et non avenue, Qui a fondé une seule Église, Qui a triomphé de Satan, Qui a conquis le monde, Qui demeure avec nous jusqu'à la fin des temps et Qui reviendra juger les vivants et les morts.

 

Lui, l'Image parfaite du Père, le Fils de Dieu fait homme, a été désigné comme l'unique Rédempteur et Sauveur du monde par l'Incarnation et le sacrifice volontaire de la Croix. Notre Seigneur a satisfait à la justice divine en versant son Précieux Sang, et c'est dans ce Sang qu'il a établi la Nouvelle et Éternelle Alliance, abolissant l'Ancienne. Il est donc l'unique Médiateur entre Dieu et les hommes et l'unique chemin vers le Père. Seul celui qui le connaît connaît le Père.

 

Par décret divin, la Très Sainte Vierge Marie a été directement et intimement associée à l'œuvre entière de la Rédemption ; nier cette association — selon les termes reçus de la Tradition — revient donc à altérer la notion même de Rédemption telle que voulue par la divine Providence.

 

Il n'y a qu'une seule Foi et une seule Église par lesquelles nous pouvons être sauvés. En dehors de l'Église catholique romaine, et sans la profession de foi qu'elle a toujours enseignée, il n'y a ni salut ni rémission des péchés.

 

Par conséquent, tout homme doit être membre de l'Église catholique pour sauver son âme, et il n'existe qu'un seul baptême pour y être incorporé. Cette nécessité concerne l'humanité entière sans exception et s'applique sans distinction aux chrétiens, aux juifs, aux musulmans, aux païens et aux athées.

 

Le mandat reçu par les Apôtres, celui de prêcher l’Évangile à tout homme et de convertir tout homme à la foi catholique, demeure contraignant jusqu’à la fin des temps et répond à la nécessité la plus absolue et la plus pressante du monde. "Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné." ³ Par conséquent, renoncer à l’accomplissement de ce mandat constitue le plus grave des crimes contre l’humanité.

 

Seule l’Église romaine possède simultanément les quatre marques qui caractérisent l’Église fondée par Jésus-Christ : l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité.

 

Son unité découle essentiellement de l'adhésion de tous ses membres à la seule vraie Foi, fidèlement préservée, enseignée et transmise par la hiérarchie catholique à travers les siècles.

 

Le rejet d'une seule vérité de la Foi détruit la foi elle-même et rend radicalement impossible toute communion avec l'Église catholique.

 

Le seul chemin possible pour rétablir l'unité entre les chrétiens de confessions différentes consiste en un appel urgent et charitable adressé aux non-catholiques afin qu'ils professent la seule vraie Foi au sein de la seule vraie Église.

 

L’Église catholique ne peut en aucun cas être considérée ou traitée sur un pied d’égalité avec une fausse forme de culte ou une fausse église.

 

Le Pontife romain, Vicaire du Christ, est le seul détenteur de l'autorité suprême sur toute l'Église. Lui seul confère directement aux autres membres de la hiérarchie catholique la juridiction sur les âmes.

 

"Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, par sa révélation, une doctrine nouvelle, mais pour que, par son assistance, ils conservent inviolablement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi."4

 

 

À une foi unique correspond une forme unique de culte, expression suprême, authentique et parfaite de cette même foi.

 

La Sainte Messe est la perpétuation dans le temps du Sacrifice de la Croix, offert pour la multitude et renouvelé sur l'autel. Bien qu'offert sans effusion de sang, le Saint Sacrifice de la Messe est essentiellement expiatoire et propitiatoire. Aucune autre forme de culte n'offre une adoration parfaite. Aucune autre forme de culte qui ne lui soit pas ordonnée n'est agréable à Dieu. Aucun autre moyen n'est suffisant pour la sanctification des âmes.

 

Par conséquent, le Saint Sacrifice de la Messe ne peut en aucun cas être réduit à une simple commémoration, à un repas spirituel, à une assemblée sacrée célébrée par le peuple, à la célébration du mystère pascal sans sacrifice, sans satisfaction de la justice divine, sans expiation des péchés, sans propitiation et sans la Croix.

 

L’aide apportée aux âmes par les sacrements de l’Église catholique est suffisante en toutes circonstances et à toutes les époques pour permettre aux fidèles de vivre en état de grâce.

 

La loi morale contenue dans le Décalogue et perfectionnée dans le Sermon sur la montagne est la seule qui permette d'obtenir le salut des âmes. Tout autre code moral – fondé, par exemple, sur le respect de la création ou sur les droits de la personne humaine – est radicalement insuffisant pour sanctifier et sauver les âmes. Il ne peut en aucun cas remplacer l'unique et véritable loi morale.

 

À l’exemple de saint Jean-Baptiste, la véritable charité nous oblige à avertir les pécheurs et à ne jamais renoncer aux moyens nécessaires au salut de leurs âmes.

 

Celui qui mange le Corps de Notre Seigneur et boit son Sang en état de péché mange et boit sa propre condamnation, et aucune autorité ne peut altérer cette loi contenue dans l'enseignement de saint Paul et dans la Tradition.

 

Les péchés d'impureté contre nature sont d'une telle gravité qu'ils appellent toujours et en toutes circonstances la vengeance de Dieu et sont radicalement incompatibles avec toute forme d'amour chrétien authentique. Un tel mode de vie ne saurait donc en aucun cas être reconnu comme un don de Dieu. Un couple pratiquant ce vice doit être aidé à s'en libérer et ne peut en aucun cas être béni – formellement ou informellement – ​​par les ministres de l'Église.

 

La soumission des institutions et des nations à l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ découle directement de l'Incarnation et de la Rédemption. Par conséquent, la laïcité des institutions et des nations constitue un rejet implicite de la divinité et de la royauté universelle de Notre Seigneur.

 

La chrétienté n'est pas un simple phénomène historique, mais le seul ordre voulu par Dieu parmi les hommes.

 

Il n'appartient pas à l'Église de se conformer au monde, mais au monde d'être transformé par l'Église.

 

C’est dans cette Foi et ces principes que nous demandons à Celui qui a reçu le charisme de les enseigner que nous demandons instruction et confirmation. Avec le secours de Notre Seigneur, nous préférerions mourir plutôt que de les renier. C’est dans cette Foi immuable que nous désirons vivre et mourir, dans l’espérance qu’elle nous conduise à la vision directe de la Vérité éternelle et immuable.

 

Menzingen, le 14 mai 2026,

en la fête de l'Ascension de Notre Seigneur

 

Davide Pagliarani

 

Notes

 

1 Romains 14:23

 

2 Admonition pontificale romaine aux ordinands au sous-diaconat

 

3 Marc 16:16

 

4 Pasteur Aeternus, chap. 4

 

Cf. Sspx.org Via Diane Montagna sur X / FSSPX Actualités sur X (en français)

Si le pape Léon excommunie la FSSPX –  "cela restera dans l’histoire comme une énorme erreur de rigidité pastorale & de sévérité pastorale unilatérale envers la tradition dans l’Église" -- dit l’évêque Athanasius Schneider

 

Mgr Schneider a été auparavant le visiteur du Sainte-Siège auprès de la FSSPX.

 

Entretien avec Raymond Arroyo dans World Over le 14 mai

Michael Haynes sur X

Le Vatican a formellement émis un avertissement de schisme et d'excommunication à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, tout en marquant publiquement, au même moment, le "Jour de l'Amitié" annuel avec l'Église orthodoxe copte schismatique. The Catholic Herald sur X, 16 mai 2026

 

Le Vatican, sous influence léonine, a officiellement averti la Fraternité Saint-Pie-X de schisme et d'excommunication, tout en célébrant publiquement la "Journée de l'amitié" annuelle avec l'Église copte orthodoxe schismatique. The Catholic Herald

"Excommuniés ? Mais par qui ? Par ceux qui reçoivent la bénédiction d’une femme schismatique, l’archevêquesse de Cantorbéry, Sarah Mullaly ? Par ceux qui autorisent la bénédiction de Fiducia supplicans ? Et qui s’agenouillent devant la Pachamama ? … Les peines, dans l’Eglise, sont médicinales. Mais alors, la parole de Notre Seigneur, dans l’Evangile, ne devrait-elle pas monter aux lèvres du catholique de bonne volonté : 'Medice, cura teipsum' ('Médecin, guéris-toi toi-même'. Lc 4,23)". Abbé Jean-Michel Gleize, FSSPX, professeur d’apologétique, d’ecclésiologie et de dogme au Séminaire Saint-Pie X d’Écône. "À propos de la déclaration récente du cardinal Fernandez (13 mai 2026)", par l'Abbé Gleize. Extraits : 

 

"[...] Le Nouveau Code de 1983 indique au canon 1323 quelles sont les situations en raison desquelles l’acte accompli ne revêtira nullement, du point de vue juridique du droit canonique, la nature d’un délit. Le n° 4 précise : "N’est punissable d’aucune peine la personne qui, lorsqu’elle a violé une loi ou un précepte : […] a agi […] poussée par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient, à moins cependant que l’acte ne soit intrinsèquement mauvais ou qu’il ne porte préjudice aux âmes".

 

Le canon suivant 1324 précise au § 1 que "si le délit est intrinsèquement mauvais ou s’il porte préjudice aux âmes », celui qui viole la loi « n’est pas exempt de peine, mais la peine prévue par la loi ou le précepte doit être tempérée, ou encore une pénitence doit lui être substituée, si le délit a été accompli par qui a agi […] poussé par le besoin ou pour éviter un grave inconvénient". Et le § 3 du même canon précise encore que "dans les circonstances dont il s’agit au § 1, le coupable n’est pas frappé par une peine latae sententiae".

 

Ainsi donc, d’après le droit de l’Eglise, celui qui ne respecte pas la loi ne commet aucune délit punissable pourvu qu’il y soit poussé par la nécessité et que ce non-respect n’équivale pas à un acte intrinsèquement mauvais ou préjudiciable aux âmes. Et même si cette équivalence était vérifiée, l’acte alors délictueux ne saurait être sanctionné d’une peine latae sententiae, encourue par le fait même du délit.

 

5. Le n° 7 du canon 1323 précise encore que l’acte accompli ne revêtira nullement, du point de vue juridique du droit canonique, la nature d’un délit non seulement s’il a été effectivement accompli en raison d’une nécessité (n° 4) mais encore si celui qui l’a accompli "a cru que se présentait une des circonstances prévues au n° 4" – c’est-à-dire la circonstance d’une nécessité. Autrement dit, même si l’on admet qu’il n’y a pas de nécessité réelle pour justifier l’acte, le simple fait que l’auteur de l’acte l’ait accompli poussé par ce qu’il croyait être une nécessité réelle suffit à excuser du délit.

 

Le n° 8 du § 1 du canon 1324 dit aussi que celui qui "par une erreur dont il est coupable, a cru que se présentait une des circonstances dont il s’agit au n° 4 du canon 1323", il n’est pas exempt de peine, mais celle-ci doit être tempérée, ou encore une pénitence doit lui être substituée. Et vaut toujours ici ce qui est dit au § 3 du même canon 1324 : en pareil cas, la peine latae sententiae n’est pas encourue.

 

6. Ainsi donc, d’après le droit de l’Eglise, celui qui ne respecte pas la loi ne commet aucun délit punissable pourvu qu’il y soit poussé par une nécessité non seulement réelle mais même putative, c’est-à-dire supposée à tort en raison d’une erreur subjective, pourvu que celle-ci ne soit pas coupable mais aille de pair avec la plus entière bonne foi. Et même si l’erreur était coupable, l’acte alors délictueux ne saurait être sanctionné d’une peine latae sententiae, encourue par le fait même du délit.

 

7. Plus fondamentalement encore, et comme ne cesse de le répéter Don Davide Pagliarani, à la suite de Mgr Lefebvre, la Fraternité cherche le bien de l’Eglise, qui est le bien des âmes. Et c’est pour cela qu’elle ne tient pas compte de cette mise en application de la loi ecclésiastique qui voudrait lui imputer un délit et lui infliger la peine correspondante. Pourquoi ? Tout simplement parce que la loi ecclésiastique ne peut pas être mise en application au détriment du salut des âmes. Et c’est précisément pour répondre à la nécessité grave et urgente du salut des âmes que la Fraternité envisage ces consécrations épiscopales.

 

En toute réalité, il n’y a de la part de la Fraternité aucun délit, aucun schisme. Mais seulement le même zèle qui demeure inchangé, même s’il prend des allures paradoxales aux yeux du monde, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

 

8. Excommuniés ? Mais par qui ? Par ceux qui reçoivent la bénédiction d’une femme schismatique, l’archevêquesse de Cantorbéry, Sarah Mullaly ? Par ceux qui autorisent la bénédiction de Fiducia supplicans ? Et qui s’agenouillent devant la Pachamama ? … Les peines, dans l’Eglise, sont médicinales. Mais alors, la parole de Notre Seigneur, dans l’Evangile, ne devrait-elle pas monter aux lèvres du catholique de bonne volonté : 'Medice, cura teipsum' (Lc 4, 23).

 

 

Cf. https://laportelatine.org/actualite/a-propos-de-la-declaration-recente-du-cardinal-fernandez-13-mai-2026?feed_id=6389

Le site officiel des sacres du 1er juillet est désormais en ligne

 

La cérémonie des sacres épiscopaux annoncés par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X aura lieu comme prévu le 1er juillet 2026 sur la prairie d’Écône, là même où furent célébrés les sacres de 1988 par Mgr Marcel Lefebvre. Cet événement historique rassemblera près de 15 000 fidèles ainsi qu’environ 1 300 prêtres, religieux et religieuses venus du monde entier.

 

Cf. https://laportelatine.org/actualite/le-site-officiel-des-sacres-du-1er-juillet-est-desormais-en-ligne?feed_id=6392

La FSSPX rejette l'avertissement du cardinal Fernández concernant les consécrations de juillet

Niwa Limbu

17 mai 2026

Le père Gleize a ajouté : "En réalité, il n'y a ni faute, ni schisme au sein de la Fraternité. Seulement le même zèle qui demeure inchangé, même s'il prend des formes paradoxales aux yeux du monde, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes."

 

L’archevêque Lefebvre procéda [...] aux consécrations le 30 juin 1988, ce qui amena le pape saint Jean-Paul II à publier le motu proprio Ecclesia Dei, qualifiant cet acte de schismatique. La FSSPX conteste depuis longtemps cette interprétation, insistant sur le fait que l’archevêque Lefebvre avait agi dans un état de nécessité, face à ce que la Fraternité considérait comme une profonde crise doctrinale et liturgique au sein de l’Église après le concile Vatican II.

 

Le dernier échange public entre le cardinal Fernández et le père Gleize semble indiquer que les tensions entre Rome et la Fraternité entrent dans une phase nouvelle et potentiellement décisive à l'approche des consécrations prévues en juillet.

 

Cf. Ad Vaticanum

Les évêques allemands annulent leur "conférence synodale"

 

Le président de la Conférence des évêques allemands a laissé entendre que la première réunion prévue d'un organe synodal controversé serait reportée faute d'approbation de ses statuts par le Vatican.

Pillar Catholic, 19 mai 2026


S'adressant aux médias vendredi , l'évêque Heiner Wilmer a déclaré que la première réunion d'un nouvel organe national permanent composé d'évêques et de laïcs, connu sous le nom de « conférence synodale », ne pourrait avoir lieu à moins que le Vatican n'approuve ses statuts, qui ont été approuvés par les participants au Chemin synodal plus tôt cette année.

La concession du président de la conférence selon laquelle le produit phare du long processus synodal allemand ne pourrait être mis en œuvre sans l'approbation explicite du Vatican, même sous le couvert d'une session provisoire ou informelle, semble être l'indication la plus claire à ce jour que les évêques, en tant que groupe, ne sont pas prêts à défier ouvertement le pape Léon XIV.

 

Et le retard dans la création de la conférence synodale — qu'il soit temporaire ou définitif — pourrait également signaler la fracture ultime d'une majorité d'évêques allemands auparavant unie et attachée à une réforme radicale.

[...] [L]e processus synodal pluriannuel entrepris par les évêques allemands en partenariat avec le Comité central des catholiques allemands (ZdK) s'est officiellement achevé en janvier de cette année.

[...] Les cinq premières assemblées synodales ont été consacrées à l'élaboration de propositions controversées sur un large éventail de questions concernant l'enseignement et la discipline de l'Église, notamment l'ordination des femmes, la sexualité humaine, le clergé marié et la gouvernance laïque.

[C]es réunions et les centaines de pages de résolutions et de propositions qu'elles ont produites aient fait l'objet de nombreux commentaires et critiques, y compris de la part de Rome.

La création d'un organe supradiocésain doté d'un pouvoir de décision supérieur à celui des évêques a été un objectif clé des organisateurs de la voie synodale et, pendant plusieurs années, l'intégration des laïcs dans un organe directeur national a été présentée comme une finalité essentielle du processus synodal par les membres éminents de la Conférence des évêques allemands.

 

Cela restait l'objectif déclaré tant de la direction de la conférence épiscopale que de la ZdK sous le pape François, malgré les avertissements fréquents des dicastères romains selon lesquels un tel organe n'était ni possible au regard du droit canonique, ni compatible avec l'ecclésiologie de l'Église, ce qui a incité un petit nombre d'évêques – dont le cardinal Rainer Maria Woelki de Cologne, l'évêque Stefan Oster de Passau et l'évêque Rudolf Voderholzer de Ratisbonne – à se retirer complètement de la voie synodale.

me surveille constamment en tant qu’évêque. C’est précisément ce que Rome a critiqué. Ce n’est pas souhaitable », a déclaré le cardinal, qui s’est dit « fermement opposé à cette proposition ».

 

L’évêque Peter Kohlgraf de Mayence, un autre partisan auparavant enthousiaste du programme de la voie synodale, a averti que « si l’assemblée synodale se déclare souveraine, cela n’est certainement pas compatible avec l’Église universelle ».

 

 

Finalement, les statuts furent approuvés en janvier par l'instance synodale, les évêques participants ayant adopté le texte à la majorité des deux tiers requise, à une voix près. La conférence épiscopale adopta ensuite le texte de justesse en février.

 

Depuis lors, Rome a fait preuve d'une détermination accrue à réprimer les projets allemands qui vont au-delà de l'enseignement et de la pratique acceptables, dans un contexte de tensions liées aux projets de certains diocèses d'introduire des bénédictions formelles pour les couples divorcés et remariés civilement ainsi que pour les couples de même sexe, malgré l'interdiction de ces pratiques par le document du Vatican Fiducia supplicans .

 

Allemagne ont continué à défendre les projets et les réformes synodaux — y compris les projets de bénédiction des couples — face aux critiques papales directes , l'aveu de l'évêque Wilmer selon lequel la conférence synodale n'aura pas lieu sans l'approbation spécifique de Rome suggère que le soutien parmi les évêques du pays pourrait désormais être passé sous le seuil nécessaire des deux tiers.

 

Si tel était le cas, cela pourrait constituer un changement décisif dans la dynamique des relations entre Rome et l'Allemagne, car cela empêcherait la Conférence des évêques allemands de faire avancer des propositions controversées au nom de l'ensemble de l'épiscopat allemand. Dès lors, chaque évêque serait libre de mettre en œuvre individuellement des propositions et des projets spécifiques.

 

Cela pourrait, en retour, faciliter la formulation et la communication d'une réponse canonique de Rome, si nécessaire — puisqu'elle concernerait des évêques individuels et non la conférence dans son ensemble — et pourrait ouvrir la voie à l'imposition de sanctions canoniques dans certains cas.

 

 

Les précédents cycles de dialogue entre Rome et les évêques allemands au sujet des réformes synodales proposées ont souvent donné l'impression, aux yeux de certains observateurs, d'être une sorte d'impasse chorégraphiée, Rome restant ferme dans ses critiques et les évêques allemands avançant tout en évitant autant que possible la confrontation directe.

 

Pour beaucoup d'observateurs extérieurs, cette dynamique semblait toutefois sous-tendue par le sentiment que les évêques allemands, en tant que conférence unie, étaient trop importants pour que Rome puisse les discipliner tous en même temps.

 

Toutefois, si la conférence épiscopale ne peut plus obtenir une majorité des deux tiers pour l'ordre du jour synodal, ni compter sur le soutien influent de personnalités comme le cardinal Marx, la dynamique pourrait rapidement changer.

 

Si, par exemple, un évêque diocésain décidait aujourd'hui de mettre en œuvre la bénédiction liturgique pour les couples de même sexe, il pourrait s'exposer à des avertissements canoniques aussi sévères que ceux adressés à la hiérarchie de la Fraternité Saint-Pie-X. Cela pourrait inciter davantage d'évêques à se désengager du programme synodal plutôt que d'en subir les conséquences et de voir leur soutien au niveau de la conférence ecclésiastique s'éroder davantage.

 

En effet, étant donné la faible majorité d'une voix parmi les évêques qui ont approuvé les statuts de la conférence synodale plus tôt cette année, il est possible que l'annonce de l'évêque Wilmer selon laquelle l'assemblée ne se réunira pas sans ratification romaine signifie en réalité qu'il n'est plus certain que l'assemblée dispose de la majorité nécessaire d'évêques pour continuer à fonctionner.

 

 

26 mai 2026

La FSSPX annonce que quatre prêtres seront consacrés comme évêques le 1er juillet.

Dans un communiqué publié le 26 mai, 
i à 14h32 (Rome), la FSSPX annonce que quatre prêtres seront consacrés comme évêques le 1er juillet
:

Père Pascal Schreiber, de nationalité suisse ;
Père Michael Goldade, de nationalité américaine ;
Père Michel Poinsinet de Sivry, de nationalité française ;
Père Marc Hanappier, de nationalité française.

Dans un esprit de respect envers l'autorité suprême de l'Eglise universelle, les dossiers de ces prêtres ont été présentés au Saint-Père, accompagnés de certaines explications nécessaires à une bonne compréhension de cette étape, dans le contexte très particulier et exceptionnel de ces consécrations épiscopales.

Le Supérieur général réaffirme que le choix et la consécration de ces élus ne résultent d’aucune volonté de revendiquer un pouvoir de juridiction ni d’établir une autorité parallèle au sein de l’Église. Ils ne constituent en aucun cas une négation, un refus ou une contestation du pouvoir suprême, plein et immédiat de juridiction du Vicaire du Christ sur l’Église universelle.

La cérémonie du 1er juillet n'aura d'autre but que d'assurer la continuité de l'administration des sacrements de l'Ordre et de la Confirmation, ainsi que des sacrements réservés aux évêques, selon le rite traditionnel de la Sainte Église romaine et la Foi immémoriale.

L’épiscopat qui sera reçu par ces prêtres est donc conçu uniquement comme un service rendu aux âmes et à l’Église au milieu de cette crise sans précédent de la Foi.

L’annonce d’aujourd’hui intervient un jour après que la FSSPX a conclu son pèlerinage annuel de trois jours à la Pentecôte, de Chartres à Paris.

Diane Montagna / Fsspx News

La FSSPX annonce son intention d'ordonner des évêques le 1er juillet

Mgr Schneider expose la "question centrale" du débat sur la consécration épiscopale de la FSSPX

''Au fond, le conflit tourne autour de la question de la vérité.''

 

Diane Montagna

 

4 juin 2026

 

ROME, 4 juin 2026 — Alors que la Fraternité Saint-Pie X s'apprête à procéder aux consécrations épiscopales le 1er juillet, l'évêque Athanasius Schneider a publié une nouvelle déclaration affirmant que la controverse dépasse les questions de discipline ecclésiastique et reflète des différends doctrinaux et liturgiques qui persistent au sein de l'Église catholique depuis le concile Vatican II.

 

Intitulé "La question centrale concernant la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X" et publié intégralement ci-dessous, le document est structuré autour de cinq arguments principaux et pose plusieurs questions clés, notamment :

 

Pourquoi l’acceptation inconditionnelle par la FSSPX des textes de Vatican II est-elle présentée comme une condition sine qua non à la pleine communion avec le Saint-Siège, alors qu’aucune exigence comparable n’existe en ce qui concerne les enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des vingt conciles œcuméniques précédents ?

 

Pourquoi faut-il insister sur la réconciliation et le dialogue patient dans le cas des évêques allemands, mais pas dans celui de la FSSPX ?

 

L'évêque Schneider a déclaré qu'il publiait ce texte parce que les discussions sur la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) et les consécrations épiscopales prévues sont restées largement superficielles, en particulier parmi le clergé et les fidèles attachés aux traditions, sans aborder ce qu'il considère comme les questions fondamentales en jeu.

 

Il soutient que la question centrale concerne les ambiguïtés doctrinales issues du concile Vatican II et leurs effets néfastes et généralisés sur la vie de l'Église au cours des soixante dernières années, notamment la montée du relativisme doctrinal. Il affirme également que des ambiguïtés doctrinales non résolues subsistent dans le Novus Ordo Missae .

 

Selon lui, le légalisme et une conception trop restrictive de la fidélité au pape ont trop souvent primé sur la clarté de la doctrine et du culte. L’Église, affirme-t-il, doit retrouver la primauté de la vérité et de la clarté doctrinale, auxquelles le droit canonique et la papauté elle-même doivent être subordonnés, comme ce fut le cas tout au long de son histoire.

 

L’évêque appelle donc à un débat franc sur ces questions et estime que la FSSPX peut apporter une contribution constructive à l’Église universelle. Il ajoute que cette contribution serait renforcée par une approche plus pastorale du Saint-Siège, notamment par l’intégration progressive de la Fraternité dans la vie normale de l’Église, potentiellement par l’octroi d’un mandat apostolique pour les consécrations épiscopales prévues le 1er juillet.

 

 

 

LA QUESTION ESSENTIELLE CONCERNANT LA FRATERNITÉ SAINT PIE X

Par l'évêque Athanasius Schneider

 

Les questions et problèmes relatifs à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) font l'objet d'un débat largement stérile depuis plus de cinquante ans et ont abouti aux consécrations épiscopales annoncées, qui n'ont pas encore été approuvées par le Saint-Siège. Ce débat, souvent alimenté par l'émotion – parfois littéralement ''cum ira et studio'' –, est fréquemment mené par des personnes qui ne connaissent pas directement les documents pertinents ni n'ont d'expérience personnelle de la FSSPX. Dans bien des cas, leurs connaissances sont superficielles et influencées par des préjugés. De ce fait, le débat ressemble souvent à un dialogue de sourds, où les mêmes arguments sont répétés indéfiniment sans aucun progrès significatif.

 

De plus, le débat élude largement la question centrale soulevée par la FSSPX. Cet échec découle d'une erreur méthodologique fondamentale et d'un manque de justification factuelle concernant les ambiguïtés doctrinales et liturgiques objectives qui sont au cœur de la controverse. Au fond, le conflit porte sur la question de la vérité.

 

1. Vatican II dans le contexte des vingt autres conciles œcuméniques

 

La première erreur consiste à traiter un concile pastoral – en l’occurrence, le Concile Vatican II – comme s’il était entièrement dogmatique, et à présumer que toutes ses déclarations doivent être considérées comme définitives et contraignantes pour tous les catholiques. Ceux qui agissent ainsi oublient que Paul VI lui-même a déclaré : ''Certains se demandent quelle autorité, quelle qualification théologique le Concile a entendu donner à ses enseignements, sachant qu’il s’est gardé d’émettre des définitions dogmatiques solennelles remettant en cause l’infaillibilité du Magistère ecclésiastique. La réponse est connue de quiconque se souvient de la déclaration conciliaire du 6 mars 1964, réitérée le 16 novembre 1964 : compte tenu du caractère pastoral du Concile, il s’est abstenu de prononcer, de manière extraordinaire, des dogmes revêtus de la note d’infaillibilité.'' (Audience générale, 12 janvier 1966). Cela s’applique également aux deux constitutions ''dogmatiques'' du Concile, Dei Verbum et Lumen gentium, puisque l’adjectif ''dogmatique'' possède un sens plus large et ne se limite pas aux dogmes compris comme des enseignements dotés d’infaillibilité.

 

Parmi les vingt autres conciles œcuméniques, on trouve de nombreuses déclarations et documents pastoraux ou disciplinaires qui ne sont plus applicables aujourd'hui (par exemple, le décret du quatrième concile du Latran stipulant : ''Si un seigneur temporel néglige de purifier son territoire de la souillure hérétique, il sera excommunié''), ainsi que des déclarations doctrinales non définitives (par exemple, sur la matière et la forme du sacrement de l'Ordre, du concile de Florence) qui ont été ultérieurement corrigées par le Magistère de l'Église. On ne saurait absolutiser toute forme historique concrète de leadership ecclésiastique, car cela reviendrait à supprimer la distinction nécessaire entre, d'une part, les vérités immuables et éternelles de la foi (Depositum Fidei) et, d'autre part, les divers modes de transmission de ces vérités (par exemple, une déclaration pastorale, une déclaration doctrinale non définitive ou une définition ex cathedra), chacun ayant un degré d'autorité et de force contraignante différent.

 

Aujourd'hui, cependant, pour être en pleine communion avec le Saint-Siège, il faut accepter les affirmations et les enseignements pastoraux de Vatican II, qui, de par leur nature magistérielle, ne sont pas définitifs. Ceci soulève une question importante : pourquoi l'acceptation inconditionnelle des textes de Vatican II est-elle présentée comme une condition sine qua non à la pleine communion avec le Saint-Siège, alors qu'aucune exigence comparable n'existe concernant les enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des vingt conciles œcuméniques précédents ?

 

Parmi les enseignements non définitifs de Vatican II, il en existe plusieurs — notamment ceux concernant

>la liberté religieuse,

>l’œcuménisme,

>le dialogue interreligieux

>et la collégialité — dont les formulations sont ambiguës et difficiles à concilier avec les doctrines enseignées de manière constante par le Magistère depuis l’époque des Pères de l’Église jusqu’à la période qui a immédiatement précédé le Concile.

 

Se pose également la question des carences rituelles et doctrinales du Novus Ordo Missae. Ces préoccupations ne peuvent plus être écartées d'emblée, comme en témoigne, par exemple, l'archimandrite Boniface Luykx dans son ouvrage *A Wider View of Vatican II: Memories and Analysis of a Council Consultor* (Angelico Press, Brooklyn, NY, 2025). Les défauts du Novus Ordo Missae demeurent un sujet de débat sérieux et ne sauraient être passés sous silence. Néanmoins, le Saint-Siège demande à la FSSPX d'accepter non seulement la validité, mais aussi la légitimité et la bonté de la réforme liturgique du Novus Ordo Missae.

 

2. Deux excès modernes dans la vie de l’Église : le légalisme et le papocentrisme.

 

La résolution de la question de la FSSPX est entravée non seulement par une réticence à aborder, avec honnêteté intellectuelle, les questions doctrinales sous-jacentes et à reconnaître l'existence d'ambiguïtés doctrinales nécessitant une correction, mais aussi par une mentalité malsaine qui s'est développée au sein de l'Église au cours des derniers siècles : à savoir, la primauté du légalisme ou du positivisme juridique, associée à un papocentrisme excessif qui frôle une quasi-divinisation de la fonction et de la personne du pape.

 

Ces exagérations modernes dénaturent et restreignent la vie de l'Église en subordonnant la primauté de la pureté et de la clarté de la foi et de la liturgie aux exigences du légalisme et du papocentrisme – un phénomène étranger aux Pères de l'Église et à la grande tradition. Dans cette forme exacerbée de papocentrisme, le Pape et son magistère, même lorsqu'ils ne sont pas strictement dogmatiques ou définitifs, tendent à être considérés comme possédant un caractère absolu et quasi divin. Le climat ecclésial a souvent été façonné, au moins implicitement, par des conceptions qui se rapprochent de telles attitudes.

 

Lire: "Le pape n’est pas un Führer" : le cardinal Müller s’exprime sur l’ultramontanisme

 

La plupart des commentateurs de la controverse actuelle sur les consécrations épiscopales de la FSSPX restent, souvent inconsciemment, influencés par les excès de légalisme et le papisme exacerbé qui caractérisent une grande partie de la vie ecclésiale contemporaine. La loi selon laquelle les consécrations épiscopales effectuées sans autorisation papale – ou contrairement à la volonté exprimée du Pape – constituent un acte schismatique était étrangère à l’époque des Pères de l’Église. En effet, cette loi n’est entrée en vigueur qu’au deuxième millénaire. Le canon 1387 du Code de droit canonique de 1983, qui interdit la consécration d’un évêque sans mandat pontifical, est classé parmi les "offenses contre les sacrements", et non parmi les "offenses contre la foi et l’unité de l’Église", où le schisme est sanctionné (can. 1364). Si la consécration épiscopale sans mandat pontifical était intrinsèquement schismatique, elle serait classée parmi les offenses "contre l’unité de l’Église". Le canon correspondant du Code de 1917 a également été inclus parmi les "Délits dans l’administration et la réception des ordres et autres sacrements" (Titre XVI), plutôt que parmi les "Délits contre la foi et l’unité de l’Église" (Titre XI).

 

3. L’état de crise extraordinaire, voire d'urgence, au sein de l’Église

 

Depuis le Concile Vatican II, l'Église catholique traverse une période d'ambiguïté, de flou et d'incertitude concernant des doctrines essentielles telles que l'unicité du Christ Rédempteur, l'unicité de l'Église catholique, la structure monarchique instituée par Dieu (aux niveaux universel et local) et le caractère sacrificiel de la Sainte Messe. Il est indéniable que ceux qui ont exercé le pouvoir administratif au Saint-Siège ces dernières décennies, et qui l'exercent encore aujourd'hui, exigent de la FSSPX, comme condition sine qua non à la pleine communion avec le Saint-Siège, l'acceptation de ce climat de fait d'ambiguïté et de relativisme doctrinal et liturgique, qui a atteint son paroxysme avec le processus synodal actuel, extrêmement confus, au sein de toute l'Église. Depuis le Concile, et compte tenu de certains enseignements ambigus mentionnés, un processus est en cours pour établir, avec l'autorité du Pontife romain, une prétendue "Église de Vatican II" ou "Église conciliaire". Ce courant, aujourd’hui désigné sous le nom d’"Église synodale", vise fondamentalement à devenir une religion relativiste adaptée au monde. Les tentatives visant à masquer cette nouvelle tendance vers une forme ambiguë, relativiste et mondaine de l’Église catholique par une herméneutique de la continuité sont malhonnêtes et peu convaincantes.

 

4. Le dilemme de conscience de la FSSPX

 

Le Saint-Siège exige de la FSSPX qu'elle accepte des doctrines formulées de manière ambiguë et non définitive comme condition sine qua non à la pleine communion avec lui et à la régularisation canonique. Il s'agit notamment d'enseignements concernant la liberté religieuse, l'œcuménisme, le dialogue interreligieux (y compris, par exemple, l'affirmation de Lumen Gentium 16 selon laquelle les musulmans, avec les catholiques, "adorent le Dieu unique et miséricordieux"), la collégialité épiscopale (entendue d'une manière qui diminue la structure monarchique de l'Église, instituée par Dieu), et les réformes liturgiques liées au Novus Ordo Missae. Le Saint-Siège exige également de la FSSPX qu'elle reconnaisse formellement les déclarations et les enseignements des papes post-conciliaires appartenant au magistère dit authentique et quotidien. Parmi ceux-ci figurent, par exemple, certaines déclarations d'Amoris Laetitia qui sapent gravement, voire contredisent, la Révélation divine ; l'autorisation formelle du pape François permettant aux personnes divorcées et remariées de recevoir la sainte communion ; et la Déclaration sur les bénédictions pour les couples de même sexe, Fiducia Supplicans.

 

Si l’on examine avec une honnêteté intellectuelle la crise extraordinaire qui a frappé l’Église depuis le Concile – ainsi que les ambiguïtés et le relativisme doctrinal, liturgique et pastoral qui l’ont accompagnée –, alors l’existence et l’activité de la FSSPX peuvent être considérées, dans une perspective à long terme et à la lumière des deux mille ans d’histoire de l’Église, comme une œuvre de la divine providence et comme une source d’assistance pour l’Église durant une crise d’une ampleur sans précédent.

 

À la lecture des documents récemment publiés par le Supérieur général de la FSSPX, le Père Davide Pagliarani, et notamment la Déclaration de foi catholique et son Message à la Fraternité et à ses fidèles (ci-joints), on ne peut manquer de constater un esprit profondément catholique, imprégné d'une foi véritable dans la primauté papale et d'une dévotion filiale envers la personne du Souverain Pontife.

 

Le problème auquel est confrontée la FSSPX n'est pas difficile à comprendre. Le Saint-Siège exige qu'elle accepte, sans objection majeure, certains enseignements objectivement ambigus et imprécis du Concile Vatican II, des déclarations ambiguës du magistère pontifical post-conciliaire, ainsi que des failles doctrinales et rituelles objectives dans le Novus Ordo. Or, Dieu n'a jamais exigé l'acceptation de doctrines obscures ou formulées de manière ambiguë, et l'Église, tout au long de son histoire, a toujours agi en conséquence.

 

La FSSPX considère comme une raison d'être essentielle d'appeler, avec parrêsia, à un retour à la clarté et à la pureté absolues de la doctrine que l'Église s'est toujours efforcée de préserver à travers les siècles. Par le passé, les pontifes romains ont enduré persécution, martyre et même schismes plutôt que de tolérer la moindre ambiguïté dans l'expression de la foi. Parmi les exemples les plus notables figurent le rejet du terme ambigu "homoiousios" ; le rejet de l'Hénotikon qui, bien que non formellement hérétique, a néanmoins nui à la clarté de la doctrine christologique et facilité la propagation du monophysisme ; et le rejet des formulations christologiques ambiguës du pape Honorius Ier (+638). Plusieurs papes ont condamné Honorius Ier à titre posthume, non pour hérésie, mais pour ambiguïté doctrinale et pour avoir contribué à la propagation de l'hérésie. L'unité n'est pas, en soi, le critère ultime de la vérité. L'histoire de l'Église connaît de nombreuses situations où des tensions ont existé entre la tradition et l'exercice effectif de l'autorité ecclésiastique.

 

Le fait même que certains enseignements du Concile Vatican II, conjugués à la réforme liturgique, aient engendré – et continuent d’engendrer, tant en théorie qu’en pratique – un affaiblissement de la clarté doctrinale oblige le Pape, à l’exemple de nombre de ses prédécesseurs héroïques, à clarifier et, le cas échéant, à corriger ces enseignements. Il convient de le faire avec une précision et une clarté doctrinales renouvelées, afin qu’aucune interprétation ambiguë ou erronée ne puisse subsister. À cet égard, le principe suivant, qui a longtemps guidé les pontifes romains, demeure plus pertinent que jamais : "L’ambiguïté ne saurait être tolérée dans un synode (concile), dont la principale gloire consiste avant tout à enseigner la vérité avec clarté et à exclure tout risque d’erreur" (Pie VI, Auctorem fidei ).

 

Le drame de la situation actuelle réside dans le fait que le Saint-Siège exige de la FSSPX qu'elle accepte l'ambiguïté doctrinale et liturgique actuelle comme condition sine qua non à la pleine communion et à la régularisation canonique. Lors de la controverse monothélite, lorsque le pape Honorius Ier adopta une position ambiguë, le saint patriarche Sophronius de Jérusalem envoya à Rome son suffragant, Étienne, évêque de Dor, lui recommandant de se rendre auprès du Siège apostolique, où se trouvent les fondements de la doctrine orthodoxe, et de ne cesser de prier et de supplier jusqu'à ce que les autorités compétentes examinent et condamnent cette nouvelle erreur. L'évêque Étienne demeura à Rome pendant dix ans, persévérant dans cette mission jusqu'à ce qu'il soit témoin de la condamnation de l'hérésie par le pape Martin Ier au concile de Latran de 649. D'une certaine manière, la FSSPX remplit aujourd'hui un rôle similaire, exhortant sans cesse le Saint-Siège à mettre fin à cette situation d'ambiguïté et d'incertitude doctrinales et liturgiques. La FSSPX a maintes fois affirmé n'avoir d'autre intention que de former les âmes confiées à sa charge pastorale à devenir de bons chrétiens et de véritables fils et filles de l'Église romaine. En définitive, il convient d'être reconnaissant à la FSSPX pour ce rôle, et les futurs papes le seront assurément.

 

5. La solution pastorale du pape au problème de la FSSPX

 

Le Saint-Siège devrait accorder toute l’attention requise à la Déclaration de foi catholique et au Message aux fidèles publiés par le Supérieur général de la FSSPX, et reconnaître ces documents et actes comme suffisants et satisfaisant aux conditions minimales requises pour la communion ecclésiale. Une excommunication à l’heure actuelle ouvrirait une nouvelle blessure, inutile et évitable, au sein du Corps mystique du Christ.

 

À la lumière de ces documents et actes de la FSSPX, le Pape, animé d'une profonde compassion paternelle, pourrait faire une exception et autoriser les consécrations épiscopales par un geste pastoral d'une grande générosité. En excommuniant les évêques consécrateurs et consacrés, le Souverain Pontife punirait implicitement les fidèles de la FSSPX – une partie de son troupeau – qui l'aiment et le reconnaissent sincèrement, mais qui, confrontés à un véritable dilemme de conscience, n'ont d'autre choix que de continuer à recevoir l'assistance pastorale de la FSSPX, dont l'épiscopat demeure indispensable à l'existence, notamment pour l'administration des sacrements de l'Ordre et de la Confirmation.

 

Par conséquent, uniquement pour le salut des âmes et le bien de l'Église, la FSSPX demande au Souverain Pontife de faire preuve de compréhension, dans les circonstances actuelles, quant à son besoin d'avoir des évêques et d'autoriser les consécrations épiscopales. Malheureusement, malgré ce qu'elle considère comme un dilemme de conscience objectif, la FSSPX est, pour la plupart, perçue comme schismatique et orgueilleuse.

 

Dans un esprit de magnanimité, le Souverain Pontife, en véritable père, pourrait établir un dialogue avec la FSSPX, cette partie de son troupeau, et autoriser, à titre exceptionnel, les consécrations épiscopales afin de favoriser un climat propice à une recherche patiente et progressive, fondée sur une confiance mutuelle accrue, des solutions aux questions doctrinales et aux arrangements juridiques correspondants. L’Église synodale de notre temps devrait être capable d’une telle ouverture pastorale et d’une telle générosité. À la lumière des nombreuses déclarations et initiatives œcuméniques généreuses de ces dernières décennies, elle devrait également démontrer sa capacité à aborder un grave problème ecclésial par le dialogue, la patience et la compréhension au sein même de l’Église catholique.

 

Récemment, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican, a affirmé que, concernant les divergences des évêques allemands, le Saint-Siège ne souhaite pas que les divisions dégénèrent en mesures punitives, soulignant que les problèmes au sein de l'Église doivent, chaque fois que cela est possible, être résolus pacifiquement. Pourquoi cette approche ne serait-elle pas également appliquée à la FSSPX, qui ne renie aucun dogme, reconnaît la primauté du Pape, prie pour lui et lui professe une dévotion filiale, tout en conservant uniquement ce que l'Église a cru et célébré universellement jusqu'au Concile ? Parallèlement, le Chemin synodal allemand a avancé des déviations doctrinales manifestes qui promeuvent de facto des hérésies, voire des positions blasphématoires. Dès lors, pourquoi privilégier la réconciliation et le dialogue patient dans un cas et pas dans l'autre ?

 

Si, cette année, le Pape prononçait une excommunication, un nouvel anathème, contre les évêques consacrants et consacrés, cela resterait dans l'histoire de l'Église comme une erreur d'une sévérité pastorale excessive. Les générations futures et les papes futurs le regretteraient. Pourquoi le Pape devrait-il faire aujourd'hui ce que les générations futures pourraient déplorer demain ? Ne devrions-nous pas tirer les leçons de l'histoire ? Le Pape, en tant que Souverain Pontife, n'est-il pas appelé avant tout à être un bâtisseur de ponts ?

 

 

Pièces jointes :

1) Entretien avec le Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X du 5 février 2026 ; https://fsspx.news/en/news/interview-superior-general-priestly-society-saint-pius-x-57064

 

2) Message aux fidèles et amis de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X du 7 mars 2026 : https://fsspx.org/en/news/episcopal-consecrations-what-fr-pagliarani-told-members-society-saint-pius-x-59250

 

3) Déclaration de foi catholique adressée à Sa Sainteté le pape Léon XIV par le père Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, le 14 mai 2026 : https://sspx.org/sites/default/files/documents/2026-05-14_declaration_of_catholic_faith_en.pdf

 

Diane Montagna

Léon XIV rencontre le chanteur pro Lgbt Bad Bunny mais ne rencontre pas la FSSPX.

Léon XIV rencontre le chanteur pro Lgbt Bad Bunny mais ne rencontre pas la FSSPX.

"Cependant, ils refusent d'accepter certains éléments fondamentaux de l'Église, à commencer par plusieurs points du Concile Vatican II. S'ils font ce choix, je suis désolé. Mais nous devons aller de l'avant", a déclaré Léon XIV s'adressant aux journalistes devant la Villa Barberini à Castel Gandolfo à Rome mardi 16 juin à propos de la FSSPX.
Cf. Michael Haynes sur X / Catholic Sat

Léon XIV "révèle ainsi (involontairement) la véritable raison de la menace d’excommunication pesant sur la FSSPX qui n’est pas la consécration de nouveaux évêques sans mandat pontifical, mais le refus du Concile Vatican II, confirmant qu’il utilise de façon instrumentale les sanctions canoniques. Les consécrations épiscopales ne sont qu’un prétexte." (Archevêque Carlo Maria Vigano sur X)

 

Mais si les documents pastoraux conciliaires sont désormais présentés comme essentiels, le père James Martin ne rejette-t-il pas des points fondamentaux de l'Eglise ? La soeur Lucia Caram (défenseure du mouvement LGBT et de l’union entre partenaires homosexuels, déclarant que la Bienheureuse Vierge Marie et le Très chaste Saint Joseph ont vécu une vie de couple "normale") ne rejette-t-elle pas aussi des points fondamentaux ? Les évêques allemands hérétiques ne refusent-ils pas d'accepter certains éléments fondamentaux de l'Église, à commencer par plusieurs points du Concile Vatican II ou du Catéchisme ? Le double standard.

 

"Le pape Léon XIV a exhorté la Fraternité Sacerdotiale Saint-Pie X à ne pas procéder aux consécrations épiscopales prévues le 1er juillet. Pourtant, ses remarques ont peut-être révélé quelque chose de plus significatif : où Rome situe le véritable obstacle à la réconciliation." Analyse de Niwa Limbu

 

Le pape Léon XIV a [...] déclaré que la division au sein de l'Église demeurait "un sujet douloureux", ajoutant que la Fraternité continuait de rejeter "certains éléments fondamentaux de l'Église, à commencer par divers points du concile Vatican II". Sa Sainteté a ajouté : "S'ils font ces choix, je le regrette. Mais nous devons aller de l'avant."

[...] Cependant, l'accent mis publiquement sur Vatican II comme point de divergence confirme des soupçons de longue date. Rome considère toujours les critiques de l'Église post-conciliaire comme le principal obstacle, et non simplement l'intransigeance des lefebvristes.

Si la FSSPX adhère à l'enseignement de l'Église pré-conciliaire, et que Léon XIV indique qu'il ne peut l'accepter en raison des enseignements de Vatican II, alors il existe une exclusion mutuelle perçue entre ce qu'était le catholicisme et ce qu'il est aujourd'hui. Comment maintenir la continuité lorsque les enseignements préconciliaires semblent en contradiction avec les accents post-conciliaires désormais présentés comme essentiels ?

 

Cf. Ad Vaticanum

 

Rappelons que le Vatican a déjà autorisé les instituts religieux à critiquer le concile Vatican II sans pour autant qu'ils soient considérés comme schismatiques

 

Les catholiques ont-ils désormais l'interdiction de critiquer le concile ? Le simple fait d'exprimer une réserve sur un texte conciliaire suffit-il à être soupçonné de schisme ?

 

La réponse est non. Il est bon de s'en souvenir chaque fois que le débat retombe dans la même vieille fausse dichotomie : soit l'acceptation inconditionnelle de chaque ligne des seize documents conciliaires, soit la rupture. Cette dichotomie ne résiste pas à l'analyse, et la meilleure preuve en est que Rome a jadis établi un institut dont les statuts fondateurs reconnaissaient à ses membres le droit à une critique sérieuse de certains textes conciliaires.

 

L'exemple de l'Institut du Bon Pasteur

Le 8 septembre 2006, la Commission pontificale Ecclesia Dei a institué l’Institut du Bon Pasteur (site internet), composé de prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X qui revenaient à la pleine communion. Le décret, signé par le cardinal Darío Castrillón Hoyos, a approuvé ses statuts ad experimentum pour une durée de cinq ans. Parmi ces statuts figurait la reconnaissance du droit de ses membres à formuler des critiques sérieuses et constructives de certains textes du Concile, toujours dans un cadre académique et en communion avec le Siège apostolique. Le facteur décisif n’est pas le sort ultérieur de cette clause – qui fut par la suite reformulée dans le contexte de la révision statutaire et d’une crise interne au sein de l’Institut – mais le fait même que Rome l’ait accordée. Car, en l’accordant, l’autorité compétente a implicitement affirmé ce que beaucoup refusent aujourd’hui d’admettre : qu’il est possible de discuter théologiquement du Concile sans quitter l’Église. Si une telle perspective critique était intrinsèquement schismatique ou hérétique, aucune commission papale n’aurait pu l’autoriser, pas même pour une seule journée, pas même à titre expérimental , et certainement pas en prenant toutes les précautions du monde.

 

 

Le Concile n'a pas défini de dogmes

 

L'argument sous-jacent est antérieur à l'affaire du Bon Pasteur. Le Concile Vatican II fut, selon la volonté expresse de ceux qui l’ont convoqué et clôturé, un concile à caractère éminemment pastoral. Il n'a proclamé aucun dogme au sens technique du terme, n'a formulé aucune définition extraordinaire et n'a pas assorti ses enseignements des anathèmes dont les conciles précédents protégeaient les vérités de foi définies. Paul VI lui-même a souligné que le Concile avait évité de prononcer des définitions dogmatiques solennelles, préférant le ton du magistère ordinaire.

 

Il en découle une conséquence : le rapport des fidèles et du théologien aux textes conciliaires n’est pas identique à celui qu’ils entretiennent avec une vérité établie. Ce que le Concile réaffirme comme dogme est certes contraignant, mais il l’est en tant que dogme, et non parce qu’il figure dans un texte du concile. Et ce qui, dans le Concile, relève de l’ordre pastoral, prudentiel ou d’orientation, se prête, par sa nature même, à l’étude, à l’interrogation et à la nuance.

 

Ce que l'Église réglemente

 

L’Église ne cautionne pas une critique libre et indifférenciée ; elle soutient une critique nuancée et encadrée, ce qui est tout à fait différent et beaucoup plus rigoureux. Ce cadre est défini par trois documents du magistère post-conciliaire de l’Église.

 

L’ encyclique Professio Fidei de 1989 distingue précisément les degrés d’adhésion aux vérités de la foi définie, aux vérités définitivement enseignées et au Magistère authentique mais non définitif. L’encyclique Ad Tuendam Fidem (1998) a canoniquement renforcé cette même gradation. Quant à l’instruction Donum Veritatis (1990), sur la vocation ecclésiale du théologien, elle établit la distinction décisive : elle reconnaît expressément que, face à des enseignements non définitifs, le théologien peut soulever des difficultés, des doutes, et même soumettre respectueusement des objections au Magistère, en distinguant soigneusement cette attitude légitime de ce qu’elle appelle la "dissidence".

 

C’est aux enseignements du magistère authentique, mais non définitif, que l’on doit l’obsequium religiosum — l’adhésion respectueuse de l’intelligence et de la volonté — dont parle Lumen Gentium 25. Mais cette adhésion religieuse n’est pas l’adhésion absolue et irrévocable de la foi théologale. Elle admet, dans les domaines qui le permettent, la difficulté sincèrement exposée.

 

L'herméneutique, et non la démolition

 

Le grand malentendu se dissipe lorsqu'on déplace la question du domaine du "oui ou non au Concile" à celui de l'herméneutique. C'est précisément ce qu'a fait Benoît XVI dans son célèbre discours à la Curie romaine le 22 décembre 2005, en opposant "l'herméneutique de la réforme dans la continuité" à "l'herméneutique de la discontinuité et de la rupture".

 

Le problème, selon lui, n’est pas de savoir si les textes peuvent être étudiés en profondeur — même en soulignant leurs ambiguïtés ou leurs formulations qui peuvent être améliorées — mais avec quelle clé ils sont lus : soit comme une continuité organique avec la Tradition, soit comme l’inauguration d’une nouvelle Église .

 

Ce qui est réellement en jeu : Traditionis Custodes, pas Lumen Gentium

 

Lorsqu'on aborde les consécrations épiscopales annoncées par la Fraternité, la première réaction est de les relier à des questions doctrinales : aux objections concernant la liberté religieuse formulées dans Dignitatis Humanae  à l'œcuménisme ou à l'ecclésiologie de Lumen Gentium. Mais ce lien, bien que pratique pour ceux qui souhaitent présenter la question comme un enjeu de foi, n'est en grande partie qu'une illusion.

 

Les consécrations répondent moins à Lumen Gentium qu'à Traditionis Custodes. La messe traditionnelle – la liturgie par laquelle des siècles de saints ont été sanctifiés et que Benoît XVI a reconnue dans Summorum Pontificum comme n'ayant jamais été abrogée – est aujourd'hui activement persécutée par la juridiction même de l'Église : restreinte, marginalisée, soumise à des autorisations accordées avec parcimonie et facilement retirées, et de fait condamnée à une extinction programmée par des moyens administratifs.

 

C’est cette persécution, et non une querelle théologique classique, que de nombreux catholiques vivent comme une véritable nécessité. L’argument repose sur une logique élémentaire : lorsqu’un bien sacramentel de la plus haute importance est menacé de disparition, et que les voies ordinaires permettant d’y accéder se ferment les unes après les autres, une situation extraordinaire se crée qui, pour beaucoup de catholiques, exige des mesures extraordinaires.

 

Les évêques ne sont pas consacrés pour contester un paragraphe conciliaire ; ils sont consacrés pour garantir la survie d'une liturgie et d'un sacerdoce menacés de mort par ceux qui devraient les protéger.

 

Il est possible de discuter de l'existence objective de cet état de nécessité, de sa justification canonique et de l'existence d'alternatives inexplorées. Ce débat est légitime et nécessaire. Mais le dénaturer d'emblée, en le présentant comme un problème d'adhésion à des documents des années 1960, ne contribue ni à la vérité ni à la communion.

 

La frontière avec le schisme

 

La création par Rome d'un institut habilité par la loi pour la critique sérieuse du Concile n'était ni une excentricité ni une imprudence qu'il convenait de corriger. Il s'agissait de la reconnaissance institutionnelle d'une vérité que la théologie fondamentale a toujours enseignée : la foi est due à ce qui est défini, l'adhésion religieuse à ce qui est authentique mais non définitif, et l'étude honnête à tout le reste.

 

Le véritable conflit, douloureux, ne réside pas dans des réserves théologiques présentées avec calme à l'égard de documents anciens et inefficaces, mais bien dans une liturgie persécutée qui pousse nombre de fidèles au bord du gouffre. Quiconque répond à un problème liturgique par l'arsenal des accusations doctrinales instrumentalise le Concile. Et, ce faisant, il rend encore plus difficile la seule voie véritablement catholique – celle de la continuité, de la paix et de la sauvegarde authentique de la Tradition.

InfoVaticana

 

Mgr Schneider : les excommunications de la FSSPX seraient une erreur historique


Mgr Athanasius Schneider dit que Rome doit aborder les questions doctrinales sérieuses soulevées par la Fraternité Saint-Pie X.

 

Dans une déclaration publiée exclusivement par la journaliste américaine Diane Montagna, Mgr Athanasius Schneider soutient que le débat entourant la Fraternité Saint-Pie X ne peut être compris sans aborder les questions doctrinales et liturgiques soulevées depuis le Concile Vatican II. Il appelle à un examen calme de ce qu'il considère comme le véritable cœur du problème :

Les questions et les problèmes liés à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) ont fait l'objet d'un débat largement stérile depuis plus de 50 ans et ont maintenant abouti aux consécrations épiscopales annoncées, qui n'ont pas encore été approuvées par le Saint-Siège. La discussion a été alimentée par l'émotion - souvent littéralement cum ira et studio - et est souvent menée par des individus qui ne connaissent pas directement les documents pertinents ou l'expérience personnelle de la FSSPX. Dans de nombreux cas, leurs connaissances sont superficielles et façonnées par des jugements préconçus. En conséquence, le débat ressemble souvent à un dialogue de sourds, dans lequel les mêmes arguments sont répétés sans cesse sans aucun progrès significatif.

En outre, le débat contourne largement la question centrale soulevée par la FSSPX. Cet échec découle d'une erreur méthodologique fondamentale et d'un manque de justification factuelle concernant les ambiguïtés doctrinales et liturgiques objectives qui sont au cœur de la controverse. À la base, le conflit tourne autour de la question de la vérité.

 

1. Vatican II dans le contexte des 20 autres conciles œcuméniques


La première erreur consiste à traiter un concile pastoral - en l'occurrence le Concile Vatican II - comme s'il était entièrement dogmatique, et à présumer que toutes ses déclarations doivent être considérées comme définitivement proposées et contraignantes pour tous les catholiques. Ceux qui la font oublient que Paul VI lui-même a déclaré : "Il y a ceux qui se demandent quelle autorité, quelle qualification théologique le Concile avait l'intention de donner à ses enseignements, sachant qu'il évitait de donner des définitions dogmatiques solennelles engageant l'infaillibilité du Magistère ecclésiastique. La réponse est connue de quiconque se souvient de la déclaration conciliaire du 6 mars 1964, répétée le 16 novembre 1964: compte tenu du caractère pastoral du Concile, il évitait de prononcer, d'une manière extraordinaire, des dogmes dotés de la note d'infaillibilité." (Audience générale, 12 janvier 1966). Cela vaut également pour les deux constitutions "dogmatiques" du Concile, Dei Verbum et Lumen gentium, puisque l'adjectif "dogmatique" possède une signification plus large et ne se limite pas aux dogmes compris comme des enseignements dotés d'une infaillibilité.

 

Parmi les 20 autres conciles œcuméniques, on trouve de nombreuses déclarations et documents pastoraux ou disciplinaires qui ne sont plus applicables aujourd'hui (par exemple, le décret du quatrième concile du Latran déclarant : "Si un seigneur temporel néglige de nettoyer son territoire de la saleté hérétique, il sera lié par le lien de l'excommunication", ainsi que des déclarations doctrinales non définitives (par exemple, sur la question et la forme du sacrement de l'Ordre du Concile de Florence) qui ont été corrigées ultérieurement par le Magistère de l'Eglise. On ne peut pas absolutiser toute forme historique concrète de direction de l'Église, car cela éliminerait la distinction nécessaire entre, d'une part, les vérités immuables et durables de la foi (Depositum Fidei) et, d'autre part, les différents modes par lesquels ces vérités sont transmises (par exemple, une déclaration pastorale, une déclaration doctrinale non définitive ou une définition ex cathedra), dont chacune porte un degré différent d'autorité et de force contraignante.

Aujourd'hui, cependant, pour être en pleine communion avec le Saint-Siège, il faut accepter les affirmations et les enseignements de Vatican II qui sont pastoraux et certainement non définitifs en termes de nature magistérielle. Cela soulève une question importante : pourquoi l'acceptation inconditionnelle des textes de Vatican II est-elle présentée comme une condition sine qua non de la pleine communion avec le Saint-Siège, alors qu'il n'existe aucune exigence comparable en ce qui concerne les enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des 20 conciles œcuméniques précédents ?
Parmi les enseignements non définitifs de Vatican II, il y en a plusieurs - en particulier ceux concernant

>la liberté religieuse,

>l'œcuménisme,

>le dialogue interreligieux

>et la collégialité - dont les formulations sont ambiguës et difficiles à concilier avec les doctrines enseignées de manière cohérente par le Magistère depuis l'époque des Pères de l'Église jusqu'à la période précédant immédiatement le Concile.

 

Il y a aussi la question des déficiences rituelles et doctrinales du Novus Ordo Missae. Ces préoccupations ne peuvent plus être écartées d'emblée, comme en témoigne, par exemple, le témoignage de l'archimandrite Boniface Luykx, dans son livre A Wider View of Vatican II : Memories and Analysis of a Council Consultor (Angelico Press, Brooklyn, NY, 2025) . Les défauts du Novus Ordo Missae font toujours l'objet de discussions sérieuses et ne peuvent être simplement passés sous silence. Néanmoins, le Saint-Siège demande à la FSSPX d'accepter non seulement la validité mais aussi la légitimité et la bonté de la réforme liturgique du Novus Ordo Missae.

 

2. Deux excès modernes dans la vie de l'Église : le légalisme et le papocentralisme


La résolution de la question de la FSSPX est entravée non seulement par une réticence à confronter, avec une honnêteté intellectuelle, les problèmes doctrinaux sous-jacents et à reconnaître l'existence d'ambiguïtés doctrinales nécessitant une correction, mais aussi par une mentalité malsaine qui s'est développée au sein de l'Église au cours des derniers siècles : à savoir, la primauté du légalisme ou du positivisme juridique, ainsi qu'un centralisme papal excessif qui se rapproche d'une quasi-divinisation du bureau et de la personne du pape.

 

Ces exagérations modernes déforment et contraignent la vie de l'Église en subordonnant la primauté de la pureté et de la clarté de la foi et de la liturgie aux exigences du légalisme et du centralisme papal - un phénomène étranger aux Pères de l'Église et à la grande tradition. Dans cette forme exagérée de centralisme papal, le pape et son magistère, même lorsqu'ils ne sont pas strictement dogmatiques ou définitifs, ont tendance à être traités comme possédant un caractère absolu et quasi-divin. Le climat ecclésial a souvent été façonné, au moins implicitement, par des hypothèses qui se rapprochent de ces attitudes.

 

La plupart des commentateurs sur la controverse actuelle entourant les consécrations épiscopales de la FSSPX restent, souvent involontairement, influencés par les excès du légalisme et du centralisme papal exagéré qui caractérisent une grande partie de la vie ecclésiale contemporaine. La loi selon laquelle les consécrations épiscopales effectuées sans autorisation papale - ou contrairement à la volonté exprimée par le pape - constituent un acte schismatique, était étrangère à l'époque des Pères de l'Église. En effet, cette loi n'est entrée en vigueur qu'au deuxième millénaire. Le canon 1387 du Code de droit canonique de 1983, qui interdit la consécration d'un évêque sans mandat pontifical, est classé parmi les "offenses contre les sacrements", plutôt que parmi les "offenses contre la foi et l'unité de l'Église", où le schisme est pénalisé (can. 1364). Si la consécration épiscopale sans mandat pontifical était intrinsèquement schismatique, elle serait située parmi les offenses "contre l'unité de l'Eglise". Le canon correspondant dans le Code de 1917 a également été inclus parmi les "délits dans l'administration et la réception des ordres et autres sacrements" (Titre XVI), plutôt que parmi les "délits contre la foi et l'unité de l'Église" (Titre XI).

 

3. L'état de crise extraordinaire, et même l'état d'urgence dans l'Église


Depuis le Concile Vatican II, l'Église catholique connaît un climat d'ambiguïté générale, d'imprécision et d'incertitude concernant des doctrines importantes telles que

>le caractère unique du Christ Rédempteur,

>le caractère unique de l'Église catholique,

>la structure monarchique divinement établie de l'Église (au niveau universel et local)

>et le caractère sacrificiel de la Sainte Messe. Il est indéniablement évident que ceux qui ont détenu le pouvoir administratif au Saint-Siège au cours des dernières décennies, et qui le détiennent encore aujourd'hui, exigent de la FSSPX comme condition sine qua non pour la pleine communion avec le Saint-Siège l'acceptation du climat de facto d'ambiguïté doctrinale et liturgique et de relativisme, qui a atteint son apogée avec le processus synodal actuel, extrêmement confus, dans toute l'Église. Depuis le Concile, avec certains des enseignements ambigus mentionnés, un processus est en cours pour établir, avec l'autorité du Pontife Romain, une soi-disant "Église de Vatican II" ou "Église conciliaire". Cette tendance, de nos jours sous le nouveau nom de "l'Eglise synodale", vise essentiellement à être une religion relativiste adaptée au monde. Les tentatives visant à dissimuler cette nouvelle tendance vers une forme ambiguë, relativiste et mondaine de l'Église catholique à travers une herméneutique de continuité sont malhonnêtes et peu convaincantes.

 

4. Le dilemme de la conscience de la FSSPX

 

Le Saint-Siège exige que la FSSPX accepte des doctrines formulées de manière ambiguë et non définitives comme condition sine qua non pour la pleine communion avec le Saint-Siège et pour recevoir une régularisation canonique. Il s'agit notamment des enseignements concernant

>la liberté religieuse,

>l'œcuménisme,

>le dialogue interreligieux (y compris, par exemple, la déclaration de Lumen Gentium 16 selon laquelle les musulmans, avec les catholiques, "adorent le Dieu unique et miséricordieux"), 

>la collégialité épiscopale (telle qu'elle est comprise d'une manière qui diminue la structure monarchique divinement instituée par l'Église)

>et les réformes liturgiques associées au Novus Ordo Missae.

 

Le Saint-Siège demande également à la FSSPX de reconnaître officiellement les déclarations et les enseignements des papes post-conciliaires qui appartiennent au magistère dit authentique et quotidien. Il s'agit, par exemple, de

>certaines déclarations dans Amoris Laetitia qui sapent sérieusement et même contredisent la Révélation divine ;

>de la permission formelle du pape François pour les personnes divorcées et remariées de recevoir la Sainte Communion ;

>et de la Déclaration sur les bénédictions pour les couples de même sexe dans Fiducia Supplicans.

 

Si l'on examine avec une honnêteté intellectuelle la crise extraordinaire qui a affligé l'Église depuis le Concile - ainsi que les ambiguïtés et le relativisme doctrinal, liturgique et pastoral qui l'ont accompagnée - alors l'existence et l'activité de la FSSPX peuvent être considérées, dans une perspective à long terme et à la lumière des deux mille ans d'histoire de l'Église, comme une œuvre de providence divine et comme une source d'assistance à l'Église lors d'une crise d'une ampleur sans précédent.

 

En lisant les récents documents publiés par le Supérieur général de la FSSPX, le Père Davide Pagliarani, en particulier la Déclaration de foi catholique et son Message à la Fraternité et à ses fidèles (ci-joint ci-dessous), on ne peut manquer de noter un esprit profondément catholique, imprégné d'une véritable foi dans la primauté papale et d'une dévotion filiale envers la personne du Souverain Pontife.

 

Le problème auquel est confrontée la FSSPX n'est pas difficile à comprendre. Le Saint-Siège exige que la FSSPX accepte, sans objection substantielle, certains enseignements objectivement ambigus et non définitifs du Concile Vatican II, des déclarations ambiguës du magistère papal post-conciliaire et des défauts doctrinaux et rituels objectifs dans le Novus Ordo. Pourtant, Dieu n'a jamais exigé l'acceptation de doctrines peu claires ou formulées de manière ambiguë, et tout au long de son histoire, l'Église a toujours agi en conséquence.

 

La FSSPX considère que c'est l'une de ses raisons essentielles d'exister que d'appeler, avec parrhesia, à un retour à la clarté et à la pureté absolues de la doctrine que l'Église a toujours cherché à préserver au cours des siècles. Dans le passé, les Pontifes romains ont enduré la persécution, le martyre et même les schismes plutôt que de tolérer la moindre ambiguïté dans l'expression de la foi. Parmi les exemples les plus remarquables figurent le rejet du terme ambigu homoiousios ; le rejet du Henotikon, qui, bien que non formellement hérétique, a néanmoins sapé la clarté de la doctrine christologique et facilité la propagation du monophysisme ; et le rejet des formulations christologiques ambiguës du pape Honorius Ier (+638). Plusieurs papes ont condamné Honorius Ier à titre posthume, non pas pour hérésie mais pour ambiguïté doctrinale et pour avoir contribué à la propagation de l'hérésie. L'unité n'est pas, en soi, le critère ultime de la vérité. L'histoire de l'Eglise connaît de nombreuses situations dans lesquelles il existait des tensions entre la tradition et l'exercice effectif de l'autorité ecclésiastique.

 

Le fait même que certains enseignements du Concile Vatican II, ainsi que la réforme liturgique, aient donné lieu - et continuent de donner lieu, tant en théorie qu'en pratique - à un affaiblissement de la clarté doctrinale oblige le Pape, à l'exemple de beaucoup de ses héroïques prédécesseurs, à clarifier et, le cas échéant, à modifier ces enseignements. Cela devrait être fait avec une précision et une clarté doctrinales si renouvelées qu'il ne reste plus de place pour des interprétations ambiguës ou erronées. À cet égard, le principe suivant, qui a longtemps guidé les Pontifes romains, reste plus que jamais d'actualité : "L'ambiguïté ne peut jamais être tolérée dans un Synode (Concile), dont la gloire principale consiste avant tout à enseigner la vérité avec clarté et à exclure tout danger d'erreur" (Pie VI, Auctorem fidei) .

La tragédie de la situation actuelle est que le Saint-Siège exige que la FSSPX accepte l'état actuel d'ambiguïté doctrinale et liturgique comme condition sine qua non de la pleine communion et de la régularisation canonique. Au cours de la controverse monothélite, lorsque le pape Honorius Ier adopta une position ambiguë, le saint patriarche Sophrone de Jérusalem envoya son suffragant, Étienne, évêque de Dor, à Rome, lui ordonnant d'aller au Siège apostolique, où se trouvent les fondements de la doctrine orthodoxe, et de ne pas cesser de prier et de pétitionner jusqu'à ce que les autorités examinent et condamnent la nouvelle erreur. L'évêque Étienne est resté à Rome pendant 10 ans, persévérant dans cette mission jusqu'à ce qu'il soit témoin de la condamnation de l'hérésie par le pape Martin Ier au concile du Latran de 649.

Dans un certain sens, la FSSPX remplit aujourd'hui un rôle similaire, exhortant sans cesse le Saint-Siège à mettre fin à la situation d'ambiguïté et d'incertitude doctrinale et liturgique. La FSSPX a déclaré à plusieurs reprises qu'elle n'avait pas d'autre intention que de former les âmes confiées à sa charge pastorale en bons chrétiens et en vrais fils et filles de l'Église romaine. En fin de compte, on devrait être reconnaissant à la FSSPX pour ce rôle, les futurs papes le seront certainement.

 

5. La solution pastorale du Pape au problème de la FSSPX


Le Saint-Siège devrait tenir dûment compte de la Déclaration de foi catholique et du Message aux fidèles publié par le Supérieur général de la FSSPX, et devrait reconnaître que ces documents et ces actes sont suffisants et satisfont aux conditions minimales de la communion ecclésiale. Une excommunication à l'heure actuelle ouvrirait une nouvelle blessure inutile et évitable dans le Corps mystique du Christ.

 

À la lumière de ces documents et des actes de la FSSPX, le Pape, avec son cœur paternel, pouvait faire une exception et permettre des consécrations épiscopales par un geste pastoral vraiment généreux. En imposant une excommunication aux évêques consacrants et consacrés, le Souverain Pontife punirait implicitement aussi les fidèles de la FSSPX - une partie de son troupeau - qui l'aiment et le reconnaissent sincèrement, mais qui, en raison de ce qu'ils perçoivent comme un véritable dilemme de conscience, ne voient pas d'autre alternative que de continuer à être assistés pastoralement par la FSSPX, pour l'existence de laquelle l'épiscopat reste indispensable, en particulier pour l'administration des sacrements des Saints Ordres et la confirmation.

 

Par conséquent, uniquement pour le bien des âmes et le bien de l'Église, la FSSPX demande au Souverain Pontife de faire preuve de compréhension, dans les circonstances actuelles, quant à son besoin d'avoir des évêques et de permettre les consécrations épiscopales. Malheureusement, malgré ce qu'elle considère comme un dilemme objectif de la conscience, la FSSPX est, pour la plupart, caractérisée comme schismatique et fière.

 

Avec un esprit de magnanimité, le Souverain Pontife, en tant que véritable père, pouvait construire un pont vers la FSSPX, cette partie de son troupeau, et permettre aux consécrations épiscopales sur une base exceptionnelle afin de favoriser un climat dans lequel, grâce à une plus grande confiance mutuelle, une solution aux questions doctrinales et aux arrangements juridiques correspondants peut être trouvée patiemment et progressivement. L'Eglise synodale de notre époque devrait être capable d'une telle ampleur pastorale et d'une telle générosité. À la lumière des nombreuses et généreuses déclarations et initiatives œcuméniques des dernières décennies, elle devrait également démontrer sa capacité à affronter un grave problème ecclésial par le dialogue, la patience et la compréhension au sein de l'Église catholique.

 

Récemment, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican, a affirmé que, en ce qui concerne les déviations des évêques allemands, le Saint-Siège ne souhaite pas que les divisions dégénèrent en mesures punitives, soulignant que les problèmes au sein de l'Église devraient, chaque fois que cela est possible, être résolus pacifiquement. Pourquoi cette approche ne devrait-elle pas s'appliquer également à la FSSPX, qui ne nie aucun dogme, reconnaît la primauté du Pape, prie pour lui et professe une dévotion filiale envers lui, tout en ne préservant que ce que l'Église croyait et célébrait universellement jusqu'au Concile ? Dans le même temps, le Chemin synodal allemand a avancé des déviations doctrinales claires qui favorisent de facto des hérésies et même des positions blasphématoires. Pourquoi donc mettre l'accent sur la réconciliation et le dialogue patient dans un cas mais pas dans l'autre ?

Si, cette année, le pape prononçait une excommunication, un nouvel anathème, sur les évêques consacrés et consacrés, cela resterait dans l'histoire de l'Église comme une erreur d'une sévérité pastorale excessive. Les générations futures et les futurs papes en viendraient à le regretter. Pourquoi le Pape devrait-il faire aujourd'hui ce que les générations futures pourraient déplorer demain ? Ne devrions-nous pas apprendre de l'histoire ? Le Pape, en tant que Souverain Pontife, n'est-il pas surtout appelé à construire des ponts ?

 

Notes :
1 Entretien avec le Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X à partir du 5 février 2026;https://fsspx.news/en/news/interview-superior-general-priestly-society-saint-pius-x-57064

2) Message aux fidèles et aux amis de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X du 7 mars 2026: https://fsspx.org/en/news/episcopal-consecrations-what-fr-pagliarani-told-members-society-saint-pius-x-59250

[3] Déclaration de foi catholique adressée à Sa Sainteté le Pape Léon XIV par le Père Davide Pagliarani Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X à partir du 14 mai 2026: https://sspx.org/sites/default/files/documents/2026-05-14_declaration_of_catholic_faith_en.pdf

 

Source : Bishop Schneider: SSPX excommunications would be a historic mistake, LifeSiteNews
https://www.lifesitenews.com/opinion/bishop-schneider-sspx-excommunications-would-be-a-historic-mistake/

Léon XIV est le premier pape à avoir refusé de recevoir la FSSPX. Un rejet historique.

 

Depuis la suspension a divinis de Mgr Marcel Lefebvre en 1976, les papes successifs ont géré les crises avec la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) en recourant, aux moments critiques, à des audiences personnelles avec ses dirigeants. Face à l'annonce de possibles nouvelles consécrations épiscopales et à la mise en garde du Vatican contre un schisme potentiel, le pontificat de Léon XIV a, jusqu'à présent, traité la question par l'intermédiaire du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, sans qu'aucune audience papale directe avec les dirigeants de la Fraternité ne soit enregistrée. On trouvera ci-après une chronologie de ces contacts.

 

1976 : Paul VI reçoit Mgr Lefebvre à Castel Gandolfo

Les tensions s'intensifièrent avec la suspension de Mgr Lefebvre de ses fonctions sacerdotales en 1976, après qu'il eut désobéi à plusieurs reprises aux décisions du Saint-Siège concernant le séminaire d'Écône et célébré une grande messe à Lille malgré les sanctions.

 

Le 11 septembre 1976, Paul VI reçut personnellement l'archevêque français à Castel Gandolfo. D'après les comptes rendus de la rencontre, la conversation fut tendue : le pape lui reprocha d'agir comme un "antipape" et de juger le successeur de Pierre infidèle à la foi, tandis que Mgr Lefebvre insista sur la dénonciation de ce qu'il considérait comme une crise doctrinale et liturgique consécutive au concile Vatican II. Aucun accord ne fut trouvé, mais les échanges entre les deux hommes se poursuivirent.

 

1988 : Jean-Paul II, le protocole du 5 mai et Ecclesia Dei

 

Après des mois de négociations menées par le cardinal Joseph Ratzinger, Rome et Mgr Lefebvre signèrent un protocole le 5 mai 1988, prévoyant la régularisation de la Compagnie de Jésus et la possibilité de nommer un évêque issu de ses rangs. Mgr Lefebvre revint sur sa décision le lendemain et, quelques semaines plus tard, et consacra quatre évêques sans mandat papal.

 

Jean-Paul II a condamné les consécrations comme un acte gravement contraire à la communion ecclésiale et a promulgué le motu proprio Ecclesia Dei. Parallèlement, il a institué une commission spécifique pour la réconciliation de ceux qui étaient attachés à la tradition liturgique et a laissé ouverte la possibilité d'une future régularisation. Lors du Jubilé de l'an 2000, il reçut personnellement l'archevêque Bernard Fellay.

 

2005-2013 : Benoît XVI, Summorum Pontificum et la levée des excommunications

 

Benoît XVI reçut Monseigneur Fellay à Castel Gandolfo quelques mois après son élection. Son pontificat fut marqué par plusieurs décisions relatives à cette affaire :

 

En 2007, il promulgua Summorum Pontificum, qui reconnaissait que le Missel romain de 1962 n'avait pas été légalement aboli et élargissait la célébration de la liturgie traditionnelle.

En 2009, il leva l'excommunication des quatre évêques consacrés en 1988.

Il a encouragé les discussions doctrinales officielles entre la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et la Fraternité sur des questions telles que la liberté religieuse, l'œcuménisme, la collégialité épiscopale et l'interprétation du Concile Vatican II.

 

2013-2025 : François maintient les contacts et étend son influence

 

En avril 2016, le pape François a reçu l'archevêque Fellay à la Maison Sainte-Marthe pendant une quarantaine de minutes. Cette rencontre, qualifiée de cordiale, a été marquée par une volonté de poursuivre le dialogue. Sur le plan pratique, il a accordé aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X la faculté ordinaire d'absoudre validement en confession et a facilité la reconnaissance canonique des mariages célébrés par les prêtres de la FSSPX. La question doctrinale sous-jacente est restée en suspens.

 

Décembre 2025 : La Fraternité propose de nouvelles consécrations

 

En décembre 2025, le supérieur général de la FSSPX, le père Davide Pagliarani, a qualifié la question des futurs évêques de "question à un million de dollars". Sans mentionner de dates ni de noms, il a indiqué que cette possibilité était envisagée et a soutenu que "l’état de nécessité" invoqué par Mgr Lefebvre en 1988 serait toujours en vigueur et, selon lui, encore plus évident qu’auparavant, renouant ainsi avec le raisonnement qui avait précédé ces consécrations.

 

12 février 2026 : réunion au Dicastère pour la Doctrine de la Foi

 

Le 12 février 2026, le cardinal Víctor Manuel Fernández a reçu le père Pagliarani au Dicastère pour la Doctrine de la Foi, avec l'approbation expresse de Léon XIV. La rencontre a été officiellement qualifiée de "cordiale et sincère".

 

Selon le communiqué, Rome a proposé un dialogue théologique formel sur les questions doctrinales en suspens – notamment l’interprétation de divers textes du Concile Vatican II et les degrés d’adhésion requis par le Magistère – et a suggéré que ce processus pourrait aboutir à la définition d’un statut canonique pour la Compagnie de Jésus. Cette proposition était assortie d’une condition préalable : la suspension des consécrations épiscopales annoncées.

 

Contrairement à ses prédécesseurs, le traitement de l'affaire a été laissé entre les mains du Dicastère, sans audience personnelle du Pontife avec les dirigeants de la Fraternité.

 

13 mai 2026 : Le Vatican met en garde contre un "acte schismatique"

 

Le 13 mai, le cardinal Fernández a publié une déclaration au nom du Dicastère réaffirmant que les consécrations épiscopales sans mandat papal constitueraient un acte schismatique. La déclaration citait le motu proprio Ecclesia Dei et rappelait les conséquences canoniques prévues pour ceux qui participent formellement à un schisme. Elle ajoutait que Léon XIV continuait d'exhorter les dirigeants de la Fraternité à reconsidérer leur décision.

 

Juin 2026 : un nouvel appel possible

 

Interrogé par des journalistes au sujet des ordinations prévues pour le 1er juillet, Léon XIV a indiqué qu'il envisageait de lancer un nouvel appel à la Fraternité :

 

"J’envisage de faire un autre appel et de dire : “Ne faites pas cela, essayons de vivre en communion avec l’Église.” Mais c’est leur choix."

 

Le pape a réaffirmé que la Fraternité continue de rejeter des éléments qu'elle considère comme fondamentaux pour la vie de l'Église, en particulier divers aspects du concile Vatican II, un diagnostic largement partagé par ses prédécesseurs.

 

Pendant un demi-siècle, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI et François ont rencontré personnellement les dirigeants de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, même dans les périodes les plus tendues. Dans la crise actuelle, la communication s'est faite par l'intermédiaire du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, et il n'existe à ce jour aucune trace d'une rencontre directe entre Léon XIV et ses dirigeants.

 

Les consécrations épiscopales sont prévues pour le 1er juillet. Si elles ont lieu et que le Saint-Siège réagit par une déclaration formelle de schisme, ce résultat aurait été obtenu par une procédure différente de celle des crises précédentes : par un dialogue délégué au sein de la Curie et sans l’intervention personnelle directe du pape qui a caractérisé les pontificats précédents.

 

 

León XIV es el primer Papa que ni siquiera recibe a la FSSPX. Portazo históricoInfo Vaticana 24 juin 2026

Il est frappant de constater qu'à quelques jours du 1er juillet, le pape n'a même pas reçu de représentants de la Fraternité Saint-Pie-X. [...] Or, l'unité de l'Église, lorsqu'une rupture est en jeu, s'obtient rarement sans implication : elle requiert des gestes, une présence et la volonté d'affronter les tensions avant que les événements ne rendent tout effort vain. Info Vaticana 25 juin 2026

Mgr Bux à Léon XIV : "Je vous supplie d’agir rapidement, Saint-Père. Ne laissons pas le schisme latent devenir irréparable"

 

Aux portes du consistoire convoqué par le pape Léon XIV, le prêtre et théologien italien Nicola Bux a adressé une lettre ouverte au Pontife dans laquelle il lui demande d’affronter sans délai certaines des questions les plus délicates qui ont marqué la vie de l’Église ces dernières années. La missive, diffusée par le vaticaniste Edward Pentin, est rédigée sur un ton filial, mais n’occulte pas l’urgence que, selon son auteur, requièrent des sujets tels que

>la relation avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X,

>les restrictions à la liturgie traditionnelle,

>l’absence de réponse aux dubia soulevés par plusieurs cardinaux durant le pontificat de François

>ou la dérive doctrinale du Chemin synodal allemand.

Bux, proche collaborateur du cardinal Joseph Ratzinger à l’époque et par la suite consultant de divers dicastères du Saint-Siège durant le pontificat de Benoît XVI, estime que le nouveau Pape dispose d’une occasion historique pour guérir les divisions internes de l’Église. Il l’invite notamment à reprendre le chemin de réconciliation ouvert par Benoît XVI avec la Fraternité Saint-Pie X avant que celle-ci ne procède à de nouvelles consécrations épiscopales sans mandat pontifical.

Nous proposons ci-dessous la traduction intégrale de la lettre :

Saint-Père,

Avec des sentiments de profonde et filiale dévotion, j’ose adresser à Votre Sainteté cet appel sincère, après avoir eu la grâce de collaborer d’abord avec le cardinal Joseph Ratzinger, puis avec le pape Benoît XVI, avant de consacrer ces treize dernières années à la prière, au sacrifice et à un travail discret mais constant pour l’unité de l’Église.

 

En vertu de la prérogative indispensable du munus pétrinien, je supplie Votre Sainteté de déclarer clairement ce qui est vrai et ce qui est erreur, afin que toute l’Église puisse se conformer à sa parole. Votre Sainteté a justement dit que suivre le Christ exige la conversion et "que nous devons chercher des voies pour construire notre unité sur Jésus-Christ et sur ce que Jésus-Christ enseigne". Eh bien, Saint-Père, le seul chemin que nous connaissions pour y parvenir consiste précisément et uniquement à soutenir la vérité. Je vous supplie d’agir avec promptitude, Saint-Père. Ne permettons pas que le schisme latent devienne irréparable.

 

Nous prions pour Votre Sainteté avec la ferme espérance qu’au sein du Consistoire, elle puisse initier et conduire une réflexion féconde sur ces questions si urgentes.

 

Dans le Christ Jésus,

 

P. Nicola Bux

 

24 juin 2026

 

Fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste

 

Info Vaticana

 

Lire : Consécrations épiscopales de la FSSPX : "Au fond, le conflit tourne autour de la question de la vérité" – Évêque Athanasius Schneider

Un peu tardivement, 48 heures avant les ordinations - et alors que pendant des mois il n’a jamais reçu le Supérieur de la FSSPX ni répondu à sa demande d'audience -, le pape Léon XIV a pour la première fois fait une réponse à la FSSPX, en la solennité des saints Pierre et Paul Apôtres.

 

Selon Edward Pentin sur X, le pape Léon XIV a "imploré la Fraternité Saint-Pie X de ne pas poursuivre ses consécrations demain de quatre évêques sans mandat papal.

 

Le texte intégral (traduction française fonctionnelle blog Christ Roi) :

 

"A Monseigneur 
Don Davide Pagliarani
Supérieur Général
Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

Avec un cœur paternel, je désire m'adresser à vous et, à travers vous, aux évêques, aux prêtres, aux séminaristes et aux fidèles liés à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, en me souvenant de la responsabilité que le Seigneur m'a confiée en tant que Successeur de l'Apôtre Pierre.
L'Eglise reconnaît l'engagement dans la vie liturgique, le dévouement à la formation sacerdotale, le zèle apostolique et le désir de fidélité à la Tradition qui caractérisent de nombreuses personnes et qui sont associées à cette Fraternité. Cela a motivé l'attitude d'attention et de bienveillance que mes prédécesseurs ont constamment montrée envers vous.

Dans cet esprit, et rempli d'affection chrétienne, je vous supplie et vous implore de tout cœur : revenez en arrière ! Je vous exhorte à considérer attentivement le bien spirituel des fidèles, car l'acte schismatique que vous voudriez commettre les priverait de la réception licite - et dans certains cas même valide - des sacrements qu'ils aiment en recherchant leur propre sanctification.
L'Eglise est ouverte à un chemin de dialogue et de compréhension que l'Esprit Saint peut rendre possible et fécond.

Je prie pour vous, car déchirer la tunique sans couture du Christ est un péché de la plus grande gravité. Que le Seigneur illumine vos consciences et réveille vos cœurs. Par l'autorité reçue du Christ, avec un cœur douloureux et encore plein d'espérance, je ressens le devoir de vous demander de renoncer à votre intention, et je confie ces intentions au Cœur Immaculé de Marie, Mère du Bon Conseil.

Du Vatican, le 29 juin 2026
Solennité des saints Pierre et Paul, apôtres
Léon XIV"

 

Cf. Edward Pentin sur X / Vatican.va

Cette lettre, datée du 29 juin 2026, solennité des saints Pierre et Paul, constitue la première prise de position directe de Léon XIV sur le statut canonique de la Fraternité.

Léon XIV reconnaît expressément ce que Rome a rarement admis aussi clairement : "L’Église reconnaît l’attachement à la vie liturgique, l’engagement envers la formation sacerdotale, le zèle apostolique et le désir de fidélité à la Tradition qui caractérisent de nombreux individus et communautés liés à cette Fraternité." Cette reconnaissance, note-t-il, a motivé "l’attitude d’attention et de bienveillance" que ses prédécesseurs – Benoît XVI et François – ont manifestée envers l’institut fondé par l’archevêque Marcel Lefebvre.

Cette lettre intervient dans un contexte d'incertitude quant à l'avenir des relations entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie-X. Depuis la mort du pape François, qui avait accordé à la FSSPX la faculté de confesser validement et de célébrer des mariages, le dialogue doctrinal était au point mort. L'élection de Léon XIV – le cardinal américain Robert Prévost – avait suscité des attentes mitigées : certains espéraient un rapprochement pragmatique ; d'autres, une clarification définitive du statut canonique de la Fraternité. Cf. Info Vaticana

Dans l'après-midi du 30 juin le Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X a répondu au Saint Père

 

Cf. https://fsspx.news/en/news/letter-superior-general-response-his-holiness-pope-leo-xiv-59914

 

Traduction française blog Christ Roi:

 

"Le Supérieur Général

à Sa Sainteté

le Pape Léon XIV

 

Écône, le 30 juin 2026

 

Très Saint Père,

 

Je vous remercie infiniment pour la lettre que Votre Sainteté a eu la gentillesse de m'adresser.

 

J'ai été profondément touché par votre sollicitude paternelle.

 

J’avais longtemps espéré avoir l’occasion de vous rencontrer en personne, afin de vous exprimer directement notre désir sincère de servir l’Église. Malheureusement, cette occasion ne s’est pas présentée.

 

Je vous demande seulement de bien vouloir considérer la sincérité de cette intention, qui n'est nullement feinte. Paradoxalement, dans le contexte actuel, il nous semble être précisément notre devoir de faire tout notre possible pour recoudre la tunique du Christ, déchirée par des forces et des pressions incompatibles avec un esprit authentiquement catholique. Je vous demande simplement de considérer l'authenticité de cette intention, avant de prendre une décision concernant la FSSPX. Il n'est pas trop tard.

 

Loin de nous l’idée de nous séparer de l’Église romaine. Nous désirons, au contraire, la servir par des moyens extraordinaires, comme on secourt une mère en détresse qui a besoin d’une aide particulière, même si cette aide n’est pas comprise de tous. Je suis pourtant certain que le Saint-Père la comprendrait.

 

Le Saint-Siège a démontré sa capacité à comprendre des situations très complexes et à laisser le temps au discernement.

 

Puis-je donc, avec respect filial, demander à Votre Sainteté de prendre le temps nécessaire à ce discernement ?

 

Si mes propres mots ne suffisent pas, je vous invite à méditer sur deux faits très simples. Premièrement, en 1988, la Fraternité était déjà déclarée schismatique, pour des raisons et dans des circonstances tout à fait analogues à celles d'aujourd'hui. Pourtant, après tant d'années, nous nous entretenons comme un père et son fils. Votre Sainteté m'exhorte, avec une bienveillance paternelle, à éviter un schisme qui, en théorie, a déjà eu lieu. Votre attitude même – dont j'apprécie profondément la sollicitude paternelle – ne constitue-t-elle pas la preuve que la Fraternité n'est ni schismatique ni hostile à l'Église ?

 

En second lieu, il y a quelques années, le Saint-Siège a confié à deux évêques de l’Église la mission d’engager un dialogue avec la Fraternité Saint-Pie-X : Mgr Vitus Huonder, alors évêque de Coire, aujourd’hui décédé, et Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana. Tous deux, après avoir pris le temps nécessaire au discernement, ont reconnu le caractère profondément catholique de la Fraternité et en ont témoigné publiquement.

 

Avant tout, je me permets de m’adresser à Votre Sainteté au nom des milliers d’âmes qui ont redécouvert la foi catholique et la pratique religieuse grâce à l’apostolat de la Fraternité. Vos prédécesseurs eux-mêmes l’ont constaté. Ces âmes n’ont qu’un seul désir : parvenir au salut par cet instrument que la Divine Providence a mis à leur disposition. Elles ont souffert, et elles sont sincères. Je suis convaincu que Votre cœur paternel de Pasteur universel sera touché par cette situation si particulière. Un jour, toutes les difficultés entre le Saint-Siège et la Fraternité seront résolues. Un geste de compréhension de Votre part, loin de nuire à l’unité, ne pourrait que manifester au monde et à tous les chrétiens Votre souci de l’unité et Votre bonté paternelle.

 

Je remets tout cela à votre réflexion. Je renouvelle mes prières pour votre Sainteté.

 

Depuis longtemps, même avant votre élection, je prie sainte Rita pour la situation actuelle. J'ai vu dans l'élection d'un pape augustinien un signe d'espérance. Je suis certain que la sainte intercédera. Il n'est jamais trop tard.

 

Veuillez nous accorder votre bénédiction.

 

Je saisis cette occasion pour demeurer, avec la plus profonde dévotion à Notre Seigneur,

 

Don Davide Pagliarani"

Chronologie d'une gestion ratée : une année de demandes d'audience et une première lettre 24 heures avant les consécrations

 

Reconstituer pas à pas l’interlocution – qu’on peut difficilement qualifier de dialogue – entre la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) et le Saint-Siège au cours de l’année écoulée permet de mieux comprendre le calendrier, les gestes et les silences qui ont conduit aux consécrations épiscopales prévues demain, 1er juillet, à Écône. Une demande d’audience formulée en août 2025 a reçu sa première réponse papale : une lettre personnelle du Pape datée du 29 juin 2026, date à laquelle des dizaines de milliers de fidèles ont déjà fait le voyage vers la Suisse.

 

Août 2025 : la demande d’audience et le silence.

D’après le communiqué de la Maison générale de la Fraternité Saint-Pie-X, c’est en août 2025 que le Supérieur général, le Père Davide Pagliarani, a "sollicité une audience auprès du Saint-Père nouvellement élu afin de lui exposer, avec dévotion filiale, la situation actuelle" de la Fraternité. Dans une seconde lettre, il a exprimé "ouvertement et explicitement" la nécessité d’assurer la continuité du ministère épiscopal pour l’administration des sacrements de l’Ordre et de la Confirmation aux fidèles (Maison générale de la FSSPX, 2 février 2026).

 

L'audience ne fut jamais accordée. Au cours de ces mêmes mois, alors que tant d'autres étaient reçus, la Fraternité n'a obtenu en réponse que le silence. Il n'y a eu aucun geste de détente en matière liturgique ou doctrinale, ni de révision des restrictions à la messe traditionnelle, dans la continuité du pontificat précédent.

 

Le contraste est saisissant. Ce même mois d'août, le 28 août 2025, le pape a reçu sœur Maria Lucia Caram en audience privée (InfoVaticana) ; le 1er septembre, il a reçu le prêtre jésuite James Martin, connu pour son engagement en faveur de la communauté LGBTQ+ (ACI Prensa). Quelques mois plus tard, lors de sa visite en Espagne, le pontife a trouvé le temps de bénir les ambulances que sœur Lucia Caram envoyait en Ukraine (El País, 9 juin 2026). Pour celui qui a la charge pastorale et sacramentelle de centaines de milliers d'âmes, l'absence d'une seule audience pendant près d'un an est, pour le moins, difficile à expliquer.

 

2 février 2026 : annonce des consécrations

 

Après avoir épuisé toutes les voies d’audience et reçu « ces derniers jours » une lettre du Saint-Siège qui – selon les termes mêmes de la Fraternité – "ne répond absolument pas à nos demandes", le Père Pagliarani a annoncé publiquement, le 2 février 2026, fête de la Purification, lors d’une cérémonie au séminaire de Flavigny-sur-Ozerain, sa décision de procéder à de nouvelles consécrations épiscopales le 1er juillet (Maison générale de la FSSPX). Il invoqua comme raison "le grave besoin objectif" des âmes et le désir d’assurer la continuité sacramentelle d’une œuvre menée dans le monde entier depuis près de quarante ans.

 

12 février 2026 : un cardinal, et non le pape

Ce n’est qu’après l’annonce publique qu’eut lieu la première réunion d’une réelle importance. Il ne s’agissait pas d’une audience papale, mais d’une rencontre au Palais du Saint-Office entre Pagliarani et le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi – une figure connue pour son profil progressiste et son manque de sensibilité liturgique – qui se tint le 12 février 2026, "avec l’approbation" de Léon XIV (Vatican News).

 

La déclaration signée par Fernández proposait "une voie de dialogue spécifiquement théologique", mais la conditionnait à la suspension des consécrations par la Fraternité, avertissant qu'ordonner des évêques sans mandat papal "entraînerait une rupture décisive de la communion ecclésiale (schisme)". En bref, un dialogue sans aucune garantie pratique : à aucun moment il n'a été proposé qu'un évêque en communion avec Rome assure, durant ce processus, les ordinations, les confirmations ou la distribution des saintes huiles dans les séminaires de la Fraternité. Si cette continuité sacramentelle avait été garantie durant le dialogue, on peut se demander si l'issue aurait été différente.

 

13 mai et 16 juin : l'avertissement se durcit

 

Le 13 mai 2026 , le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a officiellement déclaré que les consécrations sans mandat papal constitueraient un "acte schismatique" entraînant l’excommunication automatique des consécrateurs et des consacrés. Le 26 mai , la Fraternité Saint-Pie-X a annoncé les noms des quatre pères choisis : Pascal Schreiber (Suisse), Michael Goldade (États-Unis), Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier, tous deux français (InfoVaticana).

 

Le 16 juin, aux portes de la Villa Barberini à Castel Gandolfo, Léon XIV fit sa première déclaration publique sur le sujet : "Nous les avons invités, et j’envisage encore de leur adresser un nouvel appel pour leur dire : Ne faites pas cela." Mais il conclut en rejetant la responsabilité sur l’autre partie : "C’est leur décision […]. S’ils prennent cette décision, je le regrette. Mais nous devons continuer."

 

24-27 juin : la profession de foi et le consistoire

Le 24 juin , fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, la Fraternité Saint-François d’Assise a adressé une lettre ouverte au Pape et à l’ensemble du Collège des cardinaux, accompagnée d’une profession de foi en 154 points (FSSPX ; InfoVaticana). Le texte a été publié à la veille du consistoire extraordinaire des cardinaux, les 26 et 27 juin (ACI Prensa).

 

29 juin : Première et unique lettre du pape, la veille

Près d’un an après cette demande d’audience en août 2025, la première et unique communication directe et personnelle de Léon XIV à Pagliarani est une lettre datée du 29 juin 2026, solennité des saints Pierre et Paul, rendue publique le 30 juin – un peu plus d’un jour avant la cérémonie – (InfoVaticana ; Vatican News).

 

Dans cette lettre, le Pape écrit "avec un cœur paternel" et implore : "Revenez !" Mais le contenu est un avertissement aux conséquences graves : l’acte schismatique priverait les fidèles "de la réception licite – et dans certains cas même valide – des sacrements". La clarification concernant la validité est ce qui est véritablement nouveau et délicat : jusqu’à présent, Rome soutenait que les confessions et les mariages célébrés par la Fraternité, bien qu’illicites, étaient valides. La lettre du 29 juin modifie cet équilibre et place, pour la première fois et directement du Pape, le sort sacramentel de centaines de milliers de fidèles – la validité de leurs confessions et de leurs mariages – au cœur du conflit.

 

Et elle le fait alors qu’il est trop tard pour revenir en arrière : les inscriptions aux célébrations d’Écône se déroulent du 29 juin au 2 juillet, et la Fraternité Saint-Pie-X attend près de 15 000 fidèles et 1 300 prêtres, religieux et religieuses du monde entier (FSSPX). La cérémonie, présidée par Mgr Alfonso de Galarreta, principal consécrateur, et Mgr Bernard Fellay, co-consécrateur, sera retransmise en direct le 1er juillet (FSSPX News).

 

Une chronologie qui ne résiste pas à la logique

Présentés de manière linéaire, les faits dressent un tableau difficilement justifiable comme un dialogue. Il ne s'agit pas de discuter de doctrine ni de la gravité canonique de la décision prise par la Fraternité. Il s'agit d'une question de timing. Celui qui écrit en août 2025 pour demander à être entendu reste sans réponse ; celui qui annonce une décision radicale en février n'est reçu que par le cardinal le moins conciliant – et non par le Pape – et se voit proposer un dialogue conditionnel, sans aucune garantie de continuité sacramentelle pour ses séminaires et ses fidèles. La seule intervention personnelle du Pontife intervient à la veille de l'événement, alors que plus de quinze mille personnes sont déjà en route et que tout est irrévocablement organisé.

 

Il est difficile de comprendre pourquoi, après des mois consacrés à l'accueil de sœur Lucia Caram, de James Martin et de tant d'autres, une réponse directe à une personne responsable de la charge pastorale de centaines de milliers d'âmes a été réservée aux dernières heures, et pourquoi son contenu se limitait à un avertissement écrit selon lequel leurs confessions et leurs mariages pourraient être invalidés. Il ne s'agit pas d'une question de fond, mais de forme ; et la forme, ici, est très révélatrice. Qu'on l'appelle ainsi : la chronologie d'un dialogue asymétrique, ou un dialogue avorté.

 

Cf. InfoVaticana

2 juillet 2026. Le Saint-Siège déclare que les 6 évêques de la FSSPX sont excommuniés

Mgr Galarreta a commis "un acte de nature schismatique par la consécration épiscopale"

Les quatre évêques consacrés reçus "ont ipso facto encouru l'excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique".

Mgr Fellay, en tant que co-consécrant, "a ainsi publiquement adhéré à l'acte schismatique".

Le Saint-Siège avertit les clercs et les fidèles laïcs "de ne pas se joindre au schisme de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, car ils encourraient donc la peine d'excommunication latae sententiae".

 

Le cardinal Fernández ajoute des sanctions contre les Confessions et les mariages de la FSSPX.

 

"Les ministres sacrés de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X administrent illégalement les sacrements et que le sacrement de pénitence administré par eux et le mariage administré par eux sont invalides"

 

Cf. Michael Haynes sur X

Conclusion.

 

Le "chemin de dialogue et de compréhension" proposé 24 heures avant les ordinations est difficile lorsque pendant des mois le Saint Père n'a pas reçu le Supérieur de la FSPX ni même répondu à sa demande d'audience. 

 

Si nous envoyons cette lettre 24 heures à l'avance, ils ne pourront pas dire que tu n'as pas essayé !

 

La crise de l'Eglise est bien plus grande aujourd'hui qu'en 1988, avec "même des hérésies" qui "ont également pénétré l’Église" (Cardinal Müller, PerMariam / InfoCatolica )

 

En 1988, la papauté était estimée et honorée. Le pape Jean-Paul II était aimé de tous. Nous sommes aujourd'hui en 2026, après des décennies de révélations de scandales sexuels impliquant des prêtres, des évêques et des cardinaux. Il n'y a plus de "génération Jean-Paul II". Le pape François a encore érodé l'admiration et le respect que l'on portait à la papauté. La papauté demeure la papauté, mais son autorité morale et son éthique actuelles ne sont plus ce qu'elles étaient en 1988. De son côté, la FSSPX est beaucoup plus importante et la dévotion à la messe traditionnelle en latin est aujourd'hui universellement plus forte qu'elle ne l'était en 1988. Le pape Léon a maintenu en poste l'incompétent et embarrassant cardinal Fernandez, et ce dernier est en train de faire des erreurs monumentales. C'est un point de non-retour, et je crains que le pape Léon et le cardinal Fernandez ne comprennent pas ce qu'ils sont sur le point de faire. Nous ne sommes plus en 1988. Le pape Léon n'est pas Jean-Paul II. Fernandez n'est pas Ratzinger. (CfDr Taylor Marshall sur X)

 

Rome menace d'excommunication toute la Fraternité et les Saints Pieux si ils procèdent à la consécration de nouveaux évêques, mais ne lève pas le petit doigt contre:

>Le clergé moderniste qui annule purement et simplement le concile Vatican II qui a affirmé que le latin devait être conservé (Sacrosanctum Concilium n° 36,1). Depuis 60 ans ce clergé racialisé et ces prêtres irresponsables ne sont jamais sanctionnés et, en toute impunité, ils persécutent leurs confrères et les fidèles catholiques qui veulent respecter ce que demande le Concile!

>Marko Rupnik. Prêtre en règle, même s'il a abusé sexuellement de nombreuses nonnes et s'est engagé dans la magie sexuelle

>Père James Martin. Prêtre en règle et très apprécié par François et Léon XIV malgré la promotion de l'homosexualité à chaque occasion

>le cardinal Timothy Radcliffe élevé au Collège sacré des cardinaux, même s'il a déclaré publiquement que les actes sexuels homosexuels pouvaient exprimer le don de soi du Christ

>les "évêques" chinois consacrés directement par le Parti communiste chinois, qui fait disparaître des évêques, emprisonne des prêtres et contraint l’Église à la clandestinité.

>>les anglicans, qui continuent à consacrer des évêques sans la permission de Rome, et sans que Rome rompe pour autant le "dialogue"

>les évêques allemands, qui mettent en place leur concile synodal permanent afin de modifier la doctrine de l'Église, au vote avec des laïques sur l'adultère, l'homosexualité, la sodomie, la masturbation, la contraception, l'avortement, la transidentité et le sacerdoce féminin, les femmes diacres et autres, les laïcs autorisés à prêcher à la messe, etc.

>les dirigeants des Églises schismatiques et religieusement "woke" sont célébrés (Le roi Charles "frère royal", dans un esprit de dialogue avec l'Église anglicane); le "dialogue" est au contraire fermé à ceux qui défendent la doctrine et la liturgie traditionnelles, s’ouvrant vers l’extérieur mais se fermant à l’intérieur.

>Léon XIV nomme Francesco Antonio Soddu, archevêque de Sassari, qui a participé à l'ouverture d'une loge maçonnique en 2022

>Aucune excommunication pour l’évêque américain l'évêque catholique de Fresno, Joseph Brennan qui en avril 2026 a simulé une co-consécration d'"ordination" anglicane qui est à la fois invalide et illicite, mais excommunication annoncée pour la FSSPX.

>Le cardinal Radcliffe et deux évêques qui ont béni un couple homosexuel et célébré une messe d’action de grâce pour leur anniversaire !

 

Le révérend Père Davide Pagliarani, Supérieur général de la FSSPX, dont une rencontre avec le pape Léon lui a été refusée, annonce la consécration des évêques pour maintenir le but du salut des âmes dans un état de nécessité. Le narratif est immédiatement lancé: "schisme" et "excommuniés" par le cardinal qui a lui-même écrit explicitement des livres pornographiques, permis sous condition la "bénédiction" des couples adultères et sodomites et qui a nié les titres mariaux de Co-Rédemptrice et Médiatrice de toutes Grâces.

 

Une morale à double standard.

 

Ceux qui, en paroles, prônent le dialogue et l’inclusion, en pratique, font preuve de deux poids, deux mesures selon l'interlocuteur.

 

Prêchant sur l'amour du prochain dans son Homélie à la cathédrale de La Plata dimanche le 5 mars 2023, l'archevêque Víctor Manuel Fernández déclara : "Si nous n'apprenons pas à regarder les autres différemment, rien ne change. Si je n'apprends pas à voir leur beauté au-delà de leur apparence, de leurs capacités, de leur orientation sexuelle… quoi qu'il en soit… je ne pourrai jamais les aimer. ... Vous savez que pendant des siècles, l'Église a pris une autre direction. Sans s'en rendre compte, elle a développé toute une philosophie et une morale empreintes de classifications, pour catégoriser les personnes, les étiqueter… celui-ci est comme ceci, celui-là est comme cela, celui-ci peut recevoir la communion, celui-là ne le peut pas, celui-ci peut être pardonné, celui-ci ne le peut pas… C'est terrible que cela nous soit arrivé au sein de l'Église."

Cf. https://infovaticana.com/2023/03/10/el-arzobispo-de-la-plata-insinua-que-la-iglesia-lleva-siglos-desarrollando-una-filosofia-y-una-moral-equivocada/

https://aica.org/documento.php?id=1131

 

Le 2 juillet 2026, il signe la classification la plus sévère, l'étiquetage le plus extrême, le décret le plus rigide de l'histoire de l’Église (lors du Schisme oriental, il y a un millier d’années, lorsque les orthodoxes se sont séparés de l’Église catholique, les prêtres et les fidèles n’ont jamais été "excommuniés" par décret) : l’excommunication de la Fsspx et de ses fidèles étiquetés d'"excommuniés" et de "schismatiques''. La miséricorde est prêchée et demandée pour certains groupes et refusée à d'autres, elle se montre souple envers ceux qui rejette la doctrine de l'Eglise, inflexible envers ceux qui souhaitent la garder dans toute sa pureté. Le double visage et le double discours du préfet de la doctrine de la foi.

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25 janvier 2026 7 25 /01 /janvier /2026 19:00

Un document manipulateur qui nie les faits historiques. M. Schneider à propos du cardinal Roche dans un entretien avec D. Montagna.
 
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Mgr Athanasius Schneider

 

édité par Veronica Cireneo 

Nous avons reçu et sommes heureux de publier cet important entretien accordé par Monseigneur Schneider à la journaliste américaine Diane Montagna, au sujet du document sur la liturgie rédigé par le cardinal Roche et présenté au consistoire des 7 et 8 janvier. Monseigneur Schneider conteste et rejette ce document, le jugeant idéologique, instrumental et partial.

Nous vous en souhaitons une bonne lecture. 

§§§

ROME, 20 janvier 2026 — L’évêque Athanasius Schneider a vivement critiqué un récent rapport sur la liturgie préparé par le cardinal Arthur Roche, affirmant qu’il est basé sur un "raisonnement manipulateur" et "déforme les preuves historiques".

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Cdl Roche

 

Le texte de deux pages du cardinal – présenté comme une "réflexion théologique, historique et pastorale approfondie" – a été distribué aux membres du Sacré Collège lors du consistoire convoqué par le pape Léon XIV les 7 et 8 janvier. Bien qu'il n'ait pas été formellement présenté ni discuté pendant la réunion en raison de contraintes de temps, le rapport a suscité une forte résistance de la part du clergé et des fidèles après la diffusion de son contenu dans les médias.

Dans une analyse détaillée, Mgr Schneider remet en question les présupposés historiques et théologiques qui sous-tendent le texte. S’appuyant sur les documents du concile Vatican II, l’enseignement pontifical et les témoignages d’érudits et de témoins directement impliqués dans la réforme liturgique post-conciliaire, il soutient que le rapport ne reflète pas une analyse impartiale et rigoureuse, mais plutôt une approche idéologique caractérisée par ce qu’il appelle un "cléricalisme rigide".

Au cœur de la critique de l'évêque se trouve l'affirmation selon laquelle la réforme liturgique mise en œuvre en 1970 marque une rupture avec l'évolution organique du rite romain. Mgr Schneider soutient que la messe la plus fidèle au Concile était l'Ordo Missae de 1965 et que la forme promulguée ultérieurement par le pape Paul VI – le Novus Ordo Missae – a été en substance rejetée par le premier synode des évêques après le Concile en 1967.

Il conteste également l'interprétation par le cardinal Roche de la bulle Quo primum de Pie V, réfute son affirmation selon laquelle la restauration de la liturgie romaine traditionnelle n'était qu'une "concession", et remet en cause l'idée que le pluralisme liturgique "fige la division" au sein de l'Église.

Pour l’évêque Schneider, le rapport du cardinal Roche "rappelle la lutte désespérée d’une gérontocratie confrontée à des critiques sérieuses et de plus en plus véhémentes, venant principalement d’une jeune génération, dont cette gérontocratie cherche à étouffer la voix par des arguments manipulateurs et, finalement, en transformant le pouvoir et l’autorité en armes."

Dans l'entretien qui suit, Son Excellence évoque également le consistoire extraordinaire prévu pour la fin juin, en présentant des solutions alternatives qui, selon lui, pourraient contribuer à rétablir la paix liturgique dans l'Église.

 

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Diane Montagna (DM) :  Votre Excellence, quelle est votre opinion générale sur le document relatif à la liturgie préparé par le cardinal Roche pour examen par les membres du Sacré Collège lors du consistoire extraordinaire ?

 

+Athanasius Schneider (+AS) : Pour tout observateur honnête et objectif, le document du cardinal Roche donne l'impression d'un parti pris manifeste contre le rite romain traditionnel et son usage actuel. Il semble motivé par une volonté de dénigrer cette forme liturgique et, à terme, de l'éliminer de la vie ecclésiale. Le cardinal paraît déterminé à nier au rite traditionnel toute place légitime dans l'Église d'aujourd'hui. L'objectivité et l'impartialité, caractérisées par l'absence de préjugés et un souci sincère de la vérité, font cruellement défaut. Au contraire, le document recourt à des raisonnements manipulateurs et va jusqu'à déformer les faits historiques. Il ne respecte pas le principe classique "sine ira et studio", c'est-à-dire une approche "sans colère ni zèle partisan".

(DM) :  Penchons-nous sur quelques passages précis du rapport. Au point n° 1, le cardinal Roche affirme : "On pourrait dire que l’histoire de la liturgie est celle de sa “réforme” continue, dans un processus de développement organique." Ceci soulève une question fondamentale : réforme et développement sont-ils synonymes ? La réforme semble suggérer une intervention délibérée et positiviste, tandis que le développement semble impliquer une croissance organique vérifiée au fil du temps. Historiquement, est-il juste d’affirmer que la liturgie a nécessité une réforme continue, ou vaut-il mieux la concevoir comme un développement organique, ponctué seulement d’interventions correctives ponctuelles ?

(+AS) : À cet égard, la déclaration du pape Benoît XVI demeure pertinente et incontestable : "Dans l’histoire de la liturgie, il y a croissance et progrès, mais pas de rupture" (Lettre aux évêques à l’occasion de la publication de la Lettre apostolique Summorum Pontificum, 7 juillet 2007). C’est un fait historique – attesté par d’éminents liturgistes – que depuis le pape Grégoire VII au XIe siècle, soit pendant près d’un millénaire, le rite de l’Église romaine n’a pas connu de réformes significatives. Le Novus Ordo de 1970, au contraire, apparaît à tout observateur honnête et objectif comme une rupture avec la tradition millénaire du rite romain.

Cette évaluation est confortée par l'avis de l'archimandrite Boniface Luykx (1915-2004), liturgiste, expert du Concile Vatican II et membre de la commission liturgique du Vatican (le Consilium) présidée par le père Annibale Bugnini. Luykx a mis en évidence des fondements théologiques erronés au sein des travaux de la commission, écrivant :

"Derrière ces exagérations révolutionnaires se cachent trois principes typiquement occidentaux mais faux :

(1) le concept (à la Bugnini) de la supériorité et de la valeur normative de l’homme occidental moderne et de sa culture sur toutes les autres cultures ;

(2) la loi inévitable et tyrannique du changement continu que certains théologiens ont appliquée à la liturgie, à l’enseignement de l’Église, à l’exégèse et à la théologie ; et

(3) la primauté de l’horizontal"  (Une vision plus large de Vatican II, Angelico Press, 2025, p. 131).

 

(DM) La description que fait le cardinal Roche de la bulle Quo primum n° 2 du pape Pie V est-elle exacte ? Le pape saint Pie V n’a-t-il pas autorisé le maintien d’un rite en usage depuis deux siècles ? D’autres rites, comme le rite ambrosien ou dominicain, ont-ils également été empêchés de se perpétuer et de prospérer ?

 

(+AS) : Le cardinal Roche fait référence de manière sélective à Quo primum, en dénaturant ainsi le sens et en utilisant le document du pape saint Pie V pour étayer une interprétation contraire à la tradition. Or, Quo primum autorise explicitement la poursuite légitime de toutes les variantes du rite romain en usage ininterrompu depuis au moins deux siècles. L’unité ne signifie pas l’uniformité, comme l’atteste l’histoire de l’Église.

 

 

Dom Alcuin Reid, spécialiste de la liturgie et expert reconnu du développement organique de la liturgie, décrit ainsi la situation de cette période :

 

Il ne faut pas tomber dans l’erreur révisionniste qui consiste à imaginer une "réhabilitation romaine" complète et centralisatrice de la liturgie occidentale : la diversité s’est maintenue au sein de cette unité. Les Dominicains ont apporté leur propre liturgie. D’autres ordres ont également conservé des rites distinctifs. Les Églises locales (Milan, Lyon, Braga, Tolède, etc., ainsi que les principaux centres médiévaux anglais : Salisbury, Hereford, York, Bangor et Lincoln) ont préservé leurs propres liturgies. Pourtant, chacune appartenait à la famille liturgique romaine"  (Le développement organique de la liturgie, Farnborough 2004, p. 20-21).

 

Cette réalité historique confirme que le pape saint Pie V a bien permis que des rites ayant une histoire continue d'au moins deux siècles perdurent, y compris des usages établis tels que les rites ambrosien et dominicain, qui non seulement furent préservés mais continuèrent à prospérer au sein de l'unité de l'Église romaine.

Au paragraphe 4 du document, le cardinal Roche écrit : "Nous pouvons assurément affirmer que la réforme de la liturgie souhaitée par le concile Vatican II est… pleinement conforme au véritable sens de la Tradition." Quel est votre avis sur cette affirmation, notamment au regard de l’expérience qu’ont la plupart des catholiques de la nouvelle messe dans leur paroisse ?

Cette affirmation n'est que partiellement vraie. L'intention des Pères du Concile Vatican II était, en réalité, une réforme s'inscrivant dans la continuité de la tradition de l'Église, comme en témoigne cette importante formulation de la Constitution sur la sainte liturgie :

"Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, [...] on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique." (Sacrosanctum Concilium, n° 23).

Le cardinal  Roche commet l'erreur typique de l'idéologue, en utilisant un argument circulaire, qui peut être résumé comme suit : (1) la réforme de la messe de 1970 est en pleine harmonie avec le vrai sens de la Tradition ; (2) l'intention des Pères du concile Vatican II était en pleine harmonie avec le vrai sens de la Tradition ; (3) par conséquent, la messe de 1970 est en pleine harmonie avec le vrai sens de la Tradition.

Nous disposons toutefois des opinions de témoins illustres, directement impliqués dans les débats liturgiques du Concile, qui affirment que l'Ordre de la messe de 1970 représente le produit d'une sorte de révolution liturgique, contraire à la véritable intention des Pères conciliaires.

Parmi les témoins les plus importants figure Joseph Ratzinger. Dans une lettre de 1976 adressée au professeur Wolfgang Waldstein, il écrivait avec une clarté surprenante :

"Le problème du nouveau Missel réside dans le fait qu’il rompt avec cette histoire continue – qui s’est déroulée sans interruption avant et après Pie V – et crée un livre entièrement nouveau, dont l’apparition s’accompagne d’une sorte d’interdiction de ce qui existait auparavant, totalement étrangère à l’histoire du droit canonique et de la liturgie. De par ma connaissance des débats conciliaires et après une relecture des discours prononcés par les Pères conciliaires durant cette période, je peux affirmer avec certitude que telle n’était pas mon intention."

Un autre témoin de premier plan est l'archimandrite Boniface Luykx, déjà mentionné. Dans son récent ouvrage "Une vision plus large de Vatican II. Souvenirs et analyse d'un consulteur du Concile", il a déclaré sans ambages :

"Il y avait une continuité parfaite entre la période préconciliaire et le Concile lui-même, mais après le Concile, cette continuité cruciale a été interrompue par les commissions postconciliaires. […] Le Novus Ordo n’est pas fidèle à la Constitution sur la sainte liturgie, mais va bien au-delà des paramètres qu’elle a établis pour la réforme du rite de la messe. […] Le rouleau compresseur de l’horizontalité anthropocentrique (par opposition à la verticalité divine) a aplati toutes les formes liturgiques depuis Vatican II, mais sa principale victime est le Novus Ordo. […] Le grand perdant de ce processus est le mystère, qui devrait être, au contraire, l’objet et le contenu principaux de la célébration"  (p. 80, 98, 104).

DM : Que pensez-vous de la déclaration du cardinal Roche au numéro 9, selon laquelle « le bien premier de l’unité de l’Église ne s’atteint pas en figeant la division, mais en nous trouvant dans le partage de ce qui ne peut qu’être partagé » ?

Pour le cardinal Roche, l’existence même du principe et de la réalité du pluralisme liturgique dans la vie de l’Église équivaut apparemment à "figer la division". Cette affirmation est manipulatrice et malhonnête, car elle contredit non seulement la pratique bicentenaire de l’Église, qui a toujours considéré la diversité des rites reconnus – ou les variations légitimes au sein d’un même rite – non comme une source de division, mais comme un enrichissement de la vie ecclésiale.

Seuls des clercs étroits d'esprit, imprégnés d'une mentalité cléricale, ont fait preuve – et continuent de faire preuve aujourd'hui encore – d'intolérance envers la coexistence pacifique de différents rites et pratiques liturgiques. Parmi les nombreux exemples déplorables, on peut citer la coercition des chrétiens de Thomas en Inde au XVIe siècle, contraints d'abandonner leurs propres rites et d'adopter la liturgie de l'Église latine, sous prétexte qu'une seule lex credendi devait correspondre à une seule lex orandi, c'est-à-dire à une seule forme liturgique.

Un autre exemple tragique est la réforme liturgique de l'Église orthodoxe russe au XVIIe siècle, qui interdit la forme la plus ancienne de son rite et imposa l'usage exclusif d'une forme nouvellement révisée. Si les autorités ecclésiastiques avaient permis la coexistence des anciens et nouveaux rites, elles n'auraient certainement pas "figé la division", mais auraient au contraire évité un schisme douloureux – celui des "Vieux Rites" ou "Vieux Croyants" – qui perdure aujourd'hui encore. Après une longue période, la hiérarchie de l'Église orthodoxe russe reconnut l'erreur pastorale de l'uniformisation liturgique forcée et rétablit le libre usage de la forme la plus ancienne du rite. Malheureusement, seule une minorité de "Vieux Croyants" se réconcilia avec la hiérarchie, tandis que la majorité demeura schisteuse, car les traumatismes étaient trop profonds et le climat de méfiance et d'aliénation mutuelles avait trop longtemps persisté. Dans ce cas précis, l'intolérance de la hiérarchie envers l'usage légitime du rite le plus ancien a littéralement figé la division : les adeptes des anciens rituels furent exilés par le tsar dans la Sibérie glacée.

L’attachement à la forme la plus ancienne du rite romain ne "fige pas la division". Au contraire, il représente, selon les mots de saint Jean-Paul II :

 

"la légitimité mais aussi la richesse que représente pour l'Eglise la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d'apostolat. Cette diversité constitue aussi la beauté de l'unité dans la variété." (Lettre apostolique Ecclesia Dei, 2 juillet 1988, n° 5 c).

La coexistence pacifique des deux usages du rite romain, égaux en droit et en dignité, témoignerait de la tolérance et de la continuité que l’Église a préservées dans sa vie liturgique, mettant ainsi en œuvre le conseil du "maître de la maison", loué par le Seigneur, "qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien" (Mt 13, 52). À l’inverse, dans ce document, le cardinal Roche apparaît comme le représentant d’un cléricalisme intolérant et rigide en matière liturgique, rejetant toute possibilité de véritable partage entre les différentes traditions liturgiques.

 

DM. Au point 10 du document – ​​qui a peut-être suscité le plus de consternation –, le cardinal Roche déclare : "L’usage des livres liturgiques que le Concile a cherché à réformer était, de saint Jean-Paul II à François, une concession qui n’envisageait aucunement leur promotion." Comment répondriez-vous au cardinal sur ce point, notamment à la lumière de la lettre apostolique Summorum Pontificum du pape Benoît XVI et de la lettre d’accompagnement de ce motu proprio ?

 

AS. Je voudrais répondre par cette sage observation de l’archimandrite Boniface Luykx : "Je soutiens que la pluriformité, c’est-à-dire la coexistence de différentes formes de célébration liturgique tout en préservant leur essence, pourrait être d’un grand secours à l’Église occidentale. […] Le pape Jean-Paul II a d’ailleurs adopté le principe de pluriformité lorsqu’il a rétabli la messe tridentine en 1988" (Une vision plus large de Vatican II, p. 113).

 

Cette observation contredit directement l'affirmation selon laquelle le maintien de l'usage des anciens livres liturgiques n'était qu'une concession tolérée, sans aucune intention d'encouragement ou de promotion. Un enseignement important de  saint Jean-Paul II éclaire davantage ce point. Il déclare :

 

"Dans le Missel romain de saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, nous trouvons de belles prières par lesquelles le prêtre exprime le plus profond sentiment d’humilité et de révérence devant les saints Mystères : en elles se révèle la substance même de la Liturgie" (Message aux participants de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, 21 septembre 2001).

 

Pris ensemble, ces témoignages faisant autorité démontrent que la reconnaissance et la restauration des anciens livres liturgiques n’étaient pas de simples concessions faites à contrecœur, mais l’expression d’une pluralité légitime au sein de la vie liturgique de l’Église, capable d’enrichir l’Église occidentale tout en préservant le noyau essentiel du rite romain.

Il est fort possible que, si ce document avait été examiné lors du consistoire des 7 et 8 janvier, les cardinaux, pris dans leur ensemble, n'auraient pas été en mesure de le comprendre pleinement, compte tenu du manque généralisé de formation liturgique au sein de l'Église aujourd'hui, même parmi le clergé et la hiérarchie. Combien d'entre eux, par exemple, auraient pu réfuter l'affirmation du cardinal concernant Quo primum de Pie V ? Lors d'un futur consistoire, il est parfaitement du pouvoir du pape de convoquer un expert afin de présenter aux membres du Sacré Collège un document plus érudit et mieux étayé sur le sujet qu'il souhaite leur soumettre. Cette voie pourrait-elle être envisagée lors du consistoire extraordinaire prévu pour la fin juin 2026 ?

Je crois qu'il existe aujourd'hui une ignorance généralisée parmi les évêques et les cardinaux concernant l'histoire de la liturgie, la nature des débats liturgiques durant le Concile, et même le texte même de la Constitution sur la sainte liturgie du Concile Vatican II.

Deux faits essentiels sont souvent oubliés. Premièrement, la véritable réforme de la messe selon le Concile avait déjà été promulguée en 1965, avec l’Ordo Missae de 1965, que le Saint-Siège décrivait alors explicitement comme la mise en œuvre des dispositions de la Constitution sur la sainte liturgie. Cet Ordo Missae constituait une réforme très prudente et conservait tous les éléments essentiels de la messe traditionnelle, avec seulement quelques modifications mineures. Parmi celles-ci figuraient l’omission du psaume 42 au début de la messe – un changement non inédit, puisque ce psaume avait toujours été omis de la messe de requiem et du temps de la Passion – ainsi que l’omission de l’Évangile selon saint Jean à la fin de la messe.

La véritable innovation résidait dans l'usage de la langue vernaculaire pour l'ensemble de la messe, à l'exception du Canon, qui devait encore être récité en silence en latin. Les Pères conciliaires eux-mêmes célébrèrent cette messe réformée lors de la dernière session de 1965 et s'en félicitèrent. Mgr Lefebvre célébra également cette forme de messe et en ordonna l'usage dans son séminaire d'Écône jusqu'en 1975.

Le second fait est le suivant. Lors du premier synode des évêques après le concile, tenu en 1967, le père Annibale Bugnini présenta aux pères synodaux le texte et la célébration d'un Ordo Missae profondément réformé. Il s'agissait essentiellement du même Ordo Missae qui fut promulgué plus tard par le pape Paul VI en 1969 et qui constitue aujourd'hui la forme ordinaire de la liturgie dans l'Église catholique romaine.

Cependant, la plupart des Pères synodaux de 1967 — presque tous Pères du Concile Vatican II — ont rejeté cet Ordo Missae, c'est-à-dire notre Novus Ordo actuel. Par conséquent, la messe que nous célébrons aujourd'hui n'est pas la messe du Concile Vatican II, qui est en réalité l'Ordo Missae de 1965, mais bien la forme de la messe rejetée par les Pères synodaux en 1967, jugée trop révolutionnaire.

Quelles alternatives au document du cardinal Roche proposeriez-vous aux cardinaux, si vous pouviez leur offrir ne serait-ce que quelques points de vue ?

Je voudrais présenter aux cardinaux quelques points essentiels.  Premièrement, je voudrais rappeler les faits historiques incontestables concernant la véritable messe du concile Vatican II, à savoir l'Ordo Missae de 1965, ainsi que le rejet catégorique par les Pères synodaux, en 1967, du Novus Ordo qui leur avait été présenté par le père Bugnini.

Deuxièmement, je voudrais attirer l’attention sur les principes toujours valables qui régissent le culte divin, formulés par le Concile Vatican II lui-même : le caractère théocentrique, vertical, sacré, céleste et contemplatif de la liturgie authentique. Comme l’enseigne le Concile :

"en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action à la contemplation ; et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons. […] Dans la liturgie terrestre, nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste." (Sacrosanctum Concilium, n° 2 ; 8).

[Ndlr. Ajoutons cette réflexion du Card. Francis Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, qui s'exprima sur le sujet à la conférence liturgique de Gateway, St. Louis, Missouri, 11 novembre 2006 (Texte intégral) : ‘’[...] Tout ne peut pas être expliqué pendant la célébration liturgique. La liturgie n’épuise pas toute l’activité de l’Église (cf. Sacrosanctum Concilium, 9). La théologie, la catéchèse et la prédication sont également nécessaires. Et même après une bonne catéchèse, un mystère de notre foi demeure un mystère. En réalité, nous pouvons dire que le plus important dans le culte divin, ce n’est pas de comprendre chaque mot ou chaque concept. Le plus important, c’est que nous ayons une attitude de ferveur et de crainte devant Dieu, que nous l’adorions, le louions et lui rendions grâce. Le sacré, les choses de Dieu, doivent être abordées sans idées préconçues.’’ (Francis Card. Arinze, Agence Fides 20/12/2006)]

 

 

Troisièmement, je tiens à souligner le principe selon lequel la diversité liturgique ne nuit pas à l’unité de la foi. Comme l’ont souligné les Pères conciliaires :

"[O]béissant fidèlement à la Tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières" (n° 4).

 

Enfin, je voudrais faire appel à la conscience des cardinaux  en déclarant que le Pape a aujourd'hui une occasion unique de rétablir la justice et la paix liturgique dans la vie de l'Église en accordant à la forme la plus ancienne du rite romain la même dignité et les mêmes droits qu'à la forme liturgique ordinaire, connue sous le nom de Novus Ordo.

 

Une telle mesure pourrait être prise par une ordonnance pastorale généreuse et définitive. Elle mettrait fin aux controverses nées des interprétations casuistiques concernant l'usage de l'ancienne forme liturgique. Elle mettrait également fin à l'injustice qui consiste à traiter tant de fils et de filles exemplaires de l'Église – en particulier tant de jeunes et de jeunes familles – comme des catholiques de seconde zone.

 

Une telle mesure pastorale permettrait de jeter des ponts et de témoigner d'une empathie envers les générations passées et envers un groupe qui, bien que minoritaire, reste négligé et discriminé dans l'Église d'aujourd'hui, à une époque où l'on parle beaucoup d'inclusion, de tolérance envers la diversité et d'écoute synodale des expériences des fidèles.

 

DM : Excellence, avez-vous quelque chose à ajouter ?

 

Comme je ne saurais mieux décrire la crise liturgique actuelle qu'en citant ces paroles lumineuses de l'archimandrite Boniface Luykx, érudit en liturgie, missionnaire zélé en Afrique et homme de Dieu qui célébrait à la fois la liturgie latine et byzantine, respirant ainsi, pour ainsi dire, des deux poumons de l'Église :

"Le cardinal Ratzinger a également apporté son soutien, déclarant que l’ancienne messe est une partie vivante et, en effet, 'intégrale' du culte et de la tradition catholiques, et prévoyant qu’elle apportera 'sa contribution caractéristique au renouveau liturgique appelé par le concile Vatican II' (p. 115).

"Quand la vénération fait défaut, toute forme de culte se réduit à un simple divertissement horizontal , une fête sociale. Là aussi, les pauvres, les petits, sont victimes, car la réalité évidente de la vie qui découle de Dieu dans l’adoration leur est enlevée par les 'experts' et les dissidents" (p. 120).

"Aucun hiérarque, du simple évêque au pape, ne peut rien inventer. Chaque hiérarque est un successeur des apôtres, ce qui signifie qu’il est avant tout le gardien et le serviteur de la Sainte Tradition – le garant de la continuité dans l’enseignement, le culte, les sacrements et la prière" (p. 188).

 

Le document du cardinal Roche rappelle la lutte désespérée d'une gérontocratie confrontée à des critiques sérieuses et de plus en plus virulentes, notamment de la part d'une jeune génération, dont cette gérontocratie cherche à étouffer la voix par des arguments manipulateurs et, finalement, en transformant le pouvoir et l'autorité en armes.

 

Cependant, la fraîcheur et la  beauté intemporelle de la liturgie, ainsi que la foi des saints et de nos ancêtres, prévaudront malgré tout. Le sensus fidei perçoit instinctivement cette réalité, particulièrement chez les plus jeunes au sein de l’Église : les enfants innocents, les jeunes courageux et les jeunes familles.

 

C’est pourquoi je conseillerais vivement au cardinal Roche et à nombre d’autres membres du clergé, plus âgés et parfois un peu rigides, de discerner les signes des temps – ou, pour le dire autrement, de se rallier au mouvement afin de ne pas être laissés pour compte. Car ils sont appelés à reconnaître les signes des temps que Dieu lui-même manifeste à travers les "petits" de l’Église, qui ont soif du pain pur de la doctrine catholique et de la beauté intemporelle de la liturgie traditionnelle.

 

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Source: https://www.marcotosatti.com/2026/01/24/mons-schneider-roche-manipolatorio-sulla-messa-antica-nega-levidenza-storica-alleati-eucarestia/

 

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Add. 28-01-2025

 

Lire aussi : 

 

Diane Montagna: Des failles fatales révélées dans le document d'information du consistoire du cardinal Roche 

 

Un érudit liturgique accompli déconstruit les directives adressées au Collège sacré par le préfet du Dicastère pour le culte divin.

 

ROME, 28 janvier 2026 — Un liturgiste de renom a mis en lumière de graves lacunes dans le récent document d'information du cardinal Arthur Roche au Collège des cardinaux, proposant une critique détaillée avant leur prochaine rencontre avec le pape Léon XIV fin juin.

Dans une analyse systématique et point par point, Dom Alcuin Reid, moine bénédictin, prêtre et érudit liturgique de renommée internationale né en Australie, conclut que le document d'information de Roche "manque d'honnêteté intellectuelle", "témoigne d'une ignorance déplorable de l'histoire liturgique" et est "extrêmement embarrassant"

 

 

Bien que le document n'ait pas été examiné lors du consistoire des cardinaux des 7 et 8 janvier, faute de temps, sa diffusion dans les médias a suscité de vives critiques. La question de la liturgie devrait être abordée lors du prochain consistoire convoqué par le pape les 27 et 28 juin.

Dom Alcuin Reid, dont la thèse de doctorat sur la réforme liturgique a été publiée sous le titre "Le développement organique de la liturgie" avec une préface du cardinal Joseph Ratzinger, soutient en outre que la "dénigration" de la liturgie romaine traditionnelle et la "critique facile" de ceux qui y sont attachés, présentes dans la note d'information, semblent davantage motivées par des considérations politiques que par un souci pastoral.

"Que ce document porte le nom du Préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements est tout simplement scandaleux », affirme le Père Reid. « S’il est l’œuvre du Préfet lui-même, il devrait, comme diraient les politiciens de son pays, “s’interroger sur sa position”. S’il est l’œuvre de son personnel, il devrait également s’interroger sur leur position, tout en assumant l’entière responsabilité de sa diffusion auprès des membres du Sacré Collège." SUITE

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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 07:00
Ce qui a tué Sacrosanctum Concilium

Par Grégory DiPippo pour New Liturgical Movement

16 janvier 2026

 

Nombre de lois, décrets, constitutions et autres textes ont, au cours de la longue histoire de l'Église, sombré dans l'oubli sans jamais être formellement abrogés. Bien souvent, il est impossible de déterminer avec précision la date à laquelle ces lois sont devenues lettre morte. Mais dans le cas de Sacrosanctum Concilium, la constitution du Concile Vatican II sur la liturgie, nous connaissons le jour exact où elle est devenue lettre morte. Ce jour-là, c'était le 26 septembre 1964, lorsque la Congrégation pour les Rites publia le décret Inter Oecumenici, présenté, à tort, comme un pas vers sa mise en œuvre, mais en réalité comme la garantie qu'elle ne serait pas appliquée, mais rejetée.

 

Je dis cela car c'est ce décret qui a consacré la célébration de la messe face au peuple. "Le maître-autel doit de préférence être indépendant, afin de permettre la circulation autour et la célébration face au peuple." (par. 91) Le problème ne résidait pas principalement dans une erreur d'interprétation flagrante, parmi tant d'autres qui ont entaché le processus de réforme liturgique bien avant même que Vatican II ne soit envisagé. Il résidait plutôt dans le fait que Sacrosanctum Concilium ne contenait aucune indication en ce sens, et pourtant, cette pratique a été adoptée au nom de la mise en œuvre de ladite constitution. Le document fut signé par le cardinal Giacomo Lercaro (archevêque de Bologne et révolutionnaire liturgique déclaré), premier président du Consilium ad exsequendam – le comité pour la mise en œuvre de la Constitution. Son deuxième paragraphe contient la déclaration selon laquelle "Consilium […] s’est promptement attelé à ses deux tâches assignées : exécuter les directives de la constitution", et pourtant il a déclaré comme "préférable" une nouveauté que la constitution n’avait en aucun cas envisagée.

 

Je n'ai aucun doute que cette partie de la litanie des échecs post-conciliaires est bien connue de nos lecteurs. Je la répète néanmoins pour rappeler un point essentiel, que j'ai également souligné dans mon analyse récente du mémorandum liturgique, étrangement lacunaire, partagé par le cardinal Roche avec ses collègues éminences lors du récent consistoire. La réforme liturgique n'est pas née de Sacrosanctum Concilium, comme l'affirme à tort le pape François dans sa lettre apostolique Desiderio desideravi (citée par Son Éminence). elle est née du rejet de Sacrosanctum Concilium.

Voici Gianmarco Busco, nommé évêque de Mantoue, en Italie du Nord, le 3 juin 2016. Coïncidence troublante, cette date marque l'anniversaire de la mort du pape Jean XXIII, initiateur du concile Vatican II et saint patron des conséquences inattendues. Après près de dix ans d'épiscopat, Son Excellence a décidé d'engager sa magnifique cathédrale, dédiée à saint Pierre, dans une "expérience" pastorale d'un an, afin de moderniser l'édifice selon la "réforme liturgique conciliaire". Ces photos ont été prises par un ami lors d'une récente visite.

 

Voici l'explication officielle, affichée sur un panneau dans la cathédrale.

Diocèse de Mantoue - Cathédrale Saint-Pierre-Apôtre

Interventions expérimentales pour la mise à jour de la réforme liturgique conciliaire.

"Cher pèlerin, touriste ou qui que vous soyez. (C'est tout aussi étrange et impoli en italien que dans n'importe quelle autre langue .)"

En entrant dans cette cathédrale, vous serez un peu désorienté par rapport à l'agencement traditionnel. En effet, vous vous trouvez dans un espace qui fait l'objet d'un processus de modernisation liturgique, inspiré des critères du concile Vatican II.

Ce concile important des années 1960 a consacré l'un de ses documents principaux au thème de la liturgie, comme expression de la prière la plus élevée de l'Église. Il s'agit de la Constitution intitulée Sacrosanctum Concilium.

À la lumière des critères de la réforme liturgique, une équipe composée d'hommes et de femmes, de spécialistes, de liturgistes et d'agents pastoraux, a travaillé ensemble pendant des mois afin de concevoir une manière efficace de réaménager l'espace liturgique de la cathédrale. Leur objectif était de traduire dans la cathédrale ( nb. ici ) les orientations du Concile, dont l'intention, ne l'oublions pas, est de favoriser la redécouverte du sens profond de la liturgie et la participation du peuple de Dieu à celle-ci.

 

Le texte explique ensuite qu'il ne s'agit que d'une expérience et que les fidèles seront invités à donner leur avis, en vue d'un projet plus définitif. Il précise également que ces masses de bois disgracieuses qui trônent dans la nef sont des "modèles provisoires" et qu'elles n'ont pas coûté cher. Mais hélas, si l'expérience passée avec ce genre de projets nous a appris quelque chose, on peut supposer que :

A. le projet sera réalisé tel que nous le voyons ici, avec quelques ajustements mineurs ;

B. l'appréciation très négative des fidèles sera ignorée ;

et C. le mobilier définitif, une fois commandé et installé, sera tout aussi laid et d'un coût exorbitant.

 

Lorsque j'écris sur ce genre de choses, il m'arrive rarement d'utiliser des formules rhétoriques commençant par "Il va sans dire…" ou "Il est inutile de le répéter…". Mais dans ce cas précis, il est nécessaire de le dire, et il est nécessaire de le répéter : il s'agit d'une trahison de ce que demandait Sacrosanctum Concilium, et cela n'a rien à voir avec ce que les évêques de Vatican II ont demandé, ni avec ce qu'ils attendaient d'une réforme de la liturgie.

J'ai conclu mon précédent commentaire en affirmant que, tôt ou tard, l'Église devra se poser de nombreuses questions difficiles concernant l'échec des réformes post-conciliaires. Puisque le pape Léon XIV a décrété la tenue de consistoires réguliers, et puisque les consistoires constituent précisément le lieu où ces questions doivent être posées et résolues, je propose la première formule suivante :

Plus de soixante ans se sont écoulés depuis la publication de Sacrosanctum Concilium, et des évêques continuent de prétendre "mettre en œuvre Sacrosanctum Concilium" en faisant quelque chose qui n’était ni prévu ni même mentionné. Existe-t-il encore une possibilité réaliste de démêler le véritable message de ce concile de ces contrevérités omniprésentes et délibérées ?

Éminences, la réponse est non. Nous prions pour que vous trouviez le courage de le reconnaître et d'agir en conséquence.

Voici quelques autres photos de la magnifique cathédrale de Mantoue, pour vous rafraîchir le palais...

Source: https://www.newliturgicalmovement.org/2026/01/what-killed-sacrosanctum-concilium.html

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Note du Blog Christ-Roi. Rappelons qu'aucun évêque ne peut interdire la célébration ad orientem de la messe (célébrée par le prêtre en direction de l'orient, le soleil levant symbolisant le Christ, expression couramment utilisée pour signifier la même orientation versus Deum "vers Dieu" du prêtre et des fidèles, c'est-à-dire vers l'autel et dos aux fidèles, indépendamment de l'orientation de l'église elle-même vers l'est, orientation traditionnelle remontant aux origines de l'Eglise) dans son diocèse au-delà de ses pouvoirs, car elle est prévue dans le Missel romain (notamment dans l'Instruction générale du Missel romain, ou IGMR, qui présuppose souvent cette position et ne prescrit pas la position versus populum comme obligatoire), que cette pratique ne relève pas de la "forme extraordinaire" de la liturgie (comme la messe tridentine) mais relève de la forme ordinaire (Novus Ordo), avec une orientation liturgique permise, et que le Dicastère du culte divin a confirmé dans des correspondances, y compris privées, que la célébration ad orientem reste une manière légitime de célébrer la messe. Par exemple, dans une lettre de 2000 (Prot. n° 2036/00/L), il a clarifié que les deux orientations (ad orientem et versus populum) sont permises. Plus récemment, dans une réponse à un évêque américain, le Dicastère a réaffirmé que les deux formes sont autorisées, tout en soulignant le rôle de l'évêque pour guider les pratiques liturgiques sans opposition aux réformes du Concile Vatican II. Selon le Canon 838 § 4, l'évêque diocésain a une compétence pour réglementer la liturgie dans son diocèse, mais dans les limites des normes universelles de l'Eglise (y compris celles émanant du Saint-Siège). Le Pape Benoît XVI dans son livre L'Esprit de la liturgie (2000), dans sa préface au livre de Klaus GamberTournés vers le Seigneur (1989), ainsi que dans ses discours, a défendu cette pratique comme légitime et encouragée pour des raisons théologiques (l'orientation commune vers Dieu). 

 

''[...] Les arguments historiques avancés par l’auteur sont fondés sur une étude approfondie des sources, qu’il a faite lui-même; ils concordent avec les résultats de grands savants tels que F.-J. Dölger, J. Braun, J.-A. Jungmann, Érik Peterson. Mais ce qui fait l’importance de ce livre, c’est surtout le substrat théologique mis à jour par ces savantes recherches. L’orientation de la prière commune aux prêtres et aux fidèles —dont la forme symbolique était généralement en direction de l’est, c’est-à-dire du soleil levant— était conçue comme un regard tourné vers le Seigneur, vers le soleil véritable. Il y a dans la liturgie une anticipation de son retour; prêtre et fidèles vont à sa rencontre. Cette orientation de la prière exprime le caractère théocentrique de la liturgie; elle obéit à la monition: Tournons-nous vers le Seigneur! Cet appel s’adresse à nous tous, et montre, au-delà même de son aspect liturgique, comment il faut que toute l'Eglise vive et agisse pour correspondre à la mission du Seigneur." (Joseph Cardinal Ratzinger, Préface au livre de Klaus Gamber, "Tournés vers Dieu", Rome, 18 novembre 1992)

 

Si un prêtre souhaite célébrer ad orientem, il peut le faire en respectant les rubriques, sans besoin d'autorisation spéciale.

 

Malheureusement, de nombreux évêques l'ignorent. Pourquoi interdire ce qui a été fait pendant 1300 ans ou plus ?, demande sur X le Père Gerald Murray.

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Lire aussi: 

>L’Église doit entrer dans le véritable esprit de Vatican II !

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16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 17:29

Mise à jour permanente

La liturgie sacrée en vedette lors de la rencontre de janvier du pape Léon XIV avec les cardinaux

La liturgie sacrée sera en vedette lors de la rencontre de janvier du pape Léon XIV avec les cardinaux.
Catholic Arena 


Cf. https://x.com/i/status/2000947260511908275


Dans une lettre de Noël au Sacré Collège, le Pape aurait présenté l'ordre du jour de son prochain consistoire extraordinaire avec les cardinaux, sur la gouvernance de l'Église, la synodalité et la liturgie sacrée au centre de la scène.

 

Des informations antérieures du National Catholic Register indiquaient que le pape Léon XIII prévoyait de convoquer un consistoire extraordinaire les 7 et 8 janvier 2026, réunissant l'ensemble du Collège des cardinaux. Cependant, à l'époque, le Vatican n'avait pas divulgué les détails de l'ordre du jour.


Cf. https://dianemontagna.substack.com/p/sacred-liturgy-to-feature-prominently

 

Dans un entretien pour Crux du 18 septembre dernier avec avec Elise Ann Allen, auteur de la biographie du Pape "Léon XIV: citoyen du monde, missionnaire du XXIe siècle", paru en espagnol le 18 septembre au Pérou, Léon XIV a déclaré: "Vous pouvez dire la messe en latin maintenant".

La liturgie sacrée en vedette lors de la rencontre de janvier du pape Léon XIV avec les cardinaux

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Add

De nouveaux détails émergent concernant l'ordre du jour du pape Léon XIV pour sa rencontre de janvier avec les cardinaux.

 

Dans sa lettre de Noël au Sacré Collège – que les cardinaux auraient reçue aujourd’hui – (19 décembre. Ndlr.), le Pape propose une ''réflexion théologique, historique et pastorale approfondie'' sur la liturgie sacrée ''afin de conserver une saine tradition tout en restant ouvert à un progrès légitime''.

 

Dans un article paru dans Il Giornale le 19 décembre, le journaliste italien Nico Spuntoniconfirmé que les membres du Sacré Collège avaient reçu ce jour la lettre de Noël du Saint-Père, qui énonce les quatre sujets qui seront abordés lors du consistoire extraordinaire prévu les 7 et 8 janvier au Vatican.

 

Il s'agit de :

 

(1) la révision d'Evangelii Gaudium du pape François aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux personnes consacrées et à tous les fidèles laïcs sur l'annonce de l'Évangile dans le monde d'aujourd'hui pour un nouvel élan dans la proclamation de l'Évangile ;

(2) l'étude de Praedicate evangelium concernant la relation entre l'Église universelle et l'Église particulière ;

(3) l'examen du Synode et de la synodalité comme "instruments d'une collaboration efficace avec le Pontife romain sur des questions d'importance majeure, pour le bien de toute l'Église" ;

(4) une discussion sur la liturgie à travers une "réflexion théologique, historique et pastorale approfondie afin de préserver la tradition tout en restant ouvert à un progrès légitime".

 

Cette dernière formulation est tirée de l'encyclique Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II, article 23, sur les normes générales pour la réforme de la liturgie sacrée:

23. Tradition et progrès

Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, on prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l’esprit de la liturgie que l’expérience qui découle de la récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits. Enfin, on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique.

Encyclique Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II, article 23

"Ce passage semble laisser ouverte la possibilité d’une discussion entre les cardinaux sur la manière d’aborder les communautés de fidèles attachés aux traditions, qui ne cessent de croître, notamment dans des pays comme l’Italie, les États-Unis et la France", observe Spuntoni.

 

Il convient également de noter que, dans sa lettre, le pape Léon indique son intention de discuter du "synode et de la synodalité", plutôt que du "synode sur la synodalité".

 

Si les mérites et les dangers de cette dernière approche seront sans aucun doute examinés et débattus lors de la réunion de janvier, le choix des mots du pape suggère qu'il souhaite une discussion sérieuse et approfondie avec les cardinaux sur la nature et la signification de ces concepts.

 

Cf. https://x.com/dianemontagna/status/2002067665251180780?s=20

https://dianemontagna.substack.com/p/pope-leo-xiv-to-cardinals-on-liturgy

 

Cf. https://www.ilgiornale.it/news/vaticano/linea-papa-ai-cardinali-sulla-liturgia-conservare-tradizione-2585684.html

 

Le Vatican a officiellement confirmé que le pape Léon XIV tiendra un consistoire extraordinaire les 7 et 8 janvier :

 

Déclaration du Vatican :

 

« Comme annoncé en novembre dernier, le Saint-Père a convoqué le premier consistoire extraordinaire de son pontificat, qui se tiendra les 7 et 8 janvier 2026. »

 

La rencontre se déroulera sur deux jours et sera ponctuée de moments de communion et de fraternité, ainsi que de temps consacrés à la réflexion, au partage et à la prière. Ces moments auront pour but de favoriser un discernement commun et d’offrir soutien et conseils au Saint-Père dans l’exercice de sa haute et exigeante responsabilité de gouverner l’Église universelle.

 

Le consistoire se déroule dans le contexte de la vie et de la mission de l'Église et vise à renforcer la communion entre l'évêque de Rome et les cardinaux, qui sont appelés à collaborer d'une manière particulière au souci du bien de l'Église universelle.

 

Des sources proches du Saint-Père ont indiqué que le pontificat du pape François prendra fin et que celui du pape Léon débutera pleinement le 6 janvier, jour de l'Épiphanie et de la conclusion officielle de l'Année jubilaire.

 

Cf. https://x.com/EdwardPentin/status/2002351225040482741?s=20

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Add. 07-01-2026

Confirmé.

Des sources proches du Consistoire ont indiqué que le cardinal britannique Timothy Radcliffe doit prononcer la Méditation d'ouverture, aux cardinaux, lors de l’ouverture de la réunion cet après-midi. Hier, Radcliffe s’est prononcé en faveur d’une procédure accélérée d’ordination des femmes comme diacres.

 

Cf. https://x.com/dianemontagna/status/2008972712144982234?s=20

Cardinal Radcliffe : un consistoire extraordinaire pourrait ramener les cardinaux dissidents dans le giron de l'Église

 

 

 

Dans une nouvelle interview, le cardinal anglais explique pourquoi il pense que les cardinaux ont choisi le pape Léon XIV et se prononce en faveur d'une procédure rapide d'ordination des femmes comme diacres.

 

CITÉ DU VATICAN, 6 janvier 2026 — Le cardinal Timothy Radcliffe a déclaré que le premier consistoire extraordinaire des cardinaux du pape Léon XIV, prévu les 7 et 8 janvier, pourrait servir à ramener dans le giron ceux qui avaient été aliénés par l'approche du défunt pape.

Constatant que le pontificat de François n'avait pratiquement organisé aucune réunion de ce type en dehors de celle avec son conseil de cardinaux « C9 », il a déclaré : « De nombreux cardinaux pensent qu'il devrait y en avoir au moins une par an. »

[...]

Le frère dominicain, âgé de 80 ans et ancien maître général de l'Ordre des Prêcheurs, a fait ces commentaires lors d'une conversation à grande échelle avec le Daily Telegraph britannique, publiée le 6 janvier.

Le Telegraph a souligné que Radcliffe est le petit-fils d'un baronnet, un homme « rural et cultivé, et l'une des figures religieuses contemporaines les plus importantes du pays », qui mène le « combat progressiste depuis plus d'un demi-siècle ». L'interview a abordé son rôle dans le conclave qui a élu le pape Léon XIV et sa longue amitié avec le défunt pape François.

Il a décrit le conclave de 2025 comme ayant été marqué par une atmosphère étonnamment fraternelle parmi les 133 électeurs, loin des manœuvres politiques souvent imaginées. Il a affirmé que le pape Léon XIV avait été choisi à la fois pour « rapprocher les fidèles qui s'étaient sentis éloignés par François » et pour poursuivre l'œuvre du défunt pape en faveur d'une Église plus consultative et synodale, qui résiste au cléricalisme et maintient les évêques et les prêtres proches de leurs fidèles.

L'article mentionne l'importance accordée par le cardinal à « l'inclusion », une valeur forgée, dit-on, au fil de décennies de ministère en marge de la société, notamment pendant la crise du sida, lorsqu'il a accueilli avec ses confrères dominicains des hommes attirés par le même sexe qui se sentaient rejetés par la société et par l'Église.

Cette expérience a contribué à inspirer les controversées « masses de Soho » pour la communauté homosexuelle, qu'il a toujours affirmé n'avoir jamais été une campagne politique, mais un simple message d'accueil. Aujourd'hui, il a déclaré ne pas s'inquiéter de l'homosexualité de quelqu'un et a même suggéré qu'il y avait « probablement » déjà eu un pape homosexuel, arguant que l'amour, et non l'identité sexuelle, est ce qui compte vraiment et que ce qui l'inquiéterait c'est que quelqu'un n'aime personne.

[...]

Concernant le rôle des femmes dans l'Église, le cardinal Radcliffe a déclaré soutenir des progrès rapides en matière d'ordination des femmes comme diacres.

[...]

Pour lui, le problème de fond est de dépasser une mentalité cléricale qui considère les prêtres comme les seules figures importantes. Selon Radcliffe, « les saints sont plus importants que les prêtres », et seule une Église joyeuse où « tous sont les bienvenus » est capable de prêcher l'Évangile avec conviction.

 

Cf. Edward Pentin 

https://x.com/EdwardPentin/status/2008838696334958827?s=20

https://cardinalnews.substack.com/p/cardinal-radcliffe-extraordinary?triedRedirect=true

https://www.telegraph.co.uk/news/2026/01/06/cardinal-timothy-radcliffe-interview/

Premier Consistoire de Léon XIV, perplexité pour les groupes de travail

Le Collège sacré se réunit aujourd'hui et demain, comme demandé lors des congrégations pré-conclave. La synodalité et la liturgie sont à l'ordre du jour, mais la méthode bergoglienne des groupes de travail est maintenue.

Cf. https://lanuovabq.it/it/primo-concistoro-di-leone-xiv-perplessita-per-i-gruppi-di-lavoro

Image partagée par @oss_romano du consistoire montrant les cardinaux qui occupent jusqu'à présent une place prépondérante dans l'événement d'aujourd'hui

-- De gauche à droite Cdl. de Mendonca ; Cdl. Grech ; Cdl. Fernández Artime ; Cdl. Roche ; Cdl. Baggio ; Cdl. Fernández

Cf. https://x.com/MLJHaynes/status/2008946302952816690?s=20

Cf. https://x.com/MLJHaynes/status/2008946302952816690?s=20

Le calendrier officiel complet du consistoire extraordinaire, publié le 6 janvier par le College of Cardinals Report , sera structuré sur le modèle d'un synode récent — c'est-à-dire avec des cardinaux divisés en groupes de travail qui soumettront ensuite des rapports.  

Cette structure s'écarte des formats consistoriaux traditionnels et rappelle le dernier consistoire extraordinaire qui s'est tenu à la fin de l'été 2022. Cette structure synodale est censée orienter les discussions sur des thèmes clés, bien que certains cardinaux aient critiqué le format en 2022, affirmant qu'il ne laissait pas suffisamment de place à un débat ouvert et collectif. 

 

La même possibilité existe pour cette réunion, avec seulement deux segments de 45 minutes prévus pour des interventions ouvertes où les cardinaux pourront s'engager dans une discussion libre devant l'ensemble du collège.   

 

Cf; https://www.ncregister.com/news/pentin-the-extraordinary-consistory-what-s-in-store#coral_thread

Depuis plus de cinquante ans, certains au sein de l'Église nous exhortent à « faire confiance à l'Esprit » et à ignorer le déclin des paroisses et la baisse des vocations, arguant que tout finira par s'arranger, ou que, dans le cas contraire, c'est la volonté de Dieu que l'Église se réduise. Ce qui frappe dans cet appel à la Providence, c'est qu'il s'accompagne souvent d'une opposition farouche à ce que les générations précédentes considéraient comme des instruments providentiels d'évangélisation : le patrimoine musical, architectural et artistique de l'Église ; sa spiritualité et ses dévotions traditionnelles ; et son ancienne liturgie. Ceux qui défendent cet argument sont convaincus que ces éléments freinaient l'Église, et pour eux, le principe du pape François sert de prétexte pour ignorer les conséquences pratiques désastreuses de leurs politiques pastorales.

 

Une autre interprétation de ce même principe est que l'Église doit résister à la tentation de céder aux modes et aux idéologies prometteuses de popularité, et s'en tenir au message central de l'Évangile. Historiquement, l'Église a agi ainsi en s'appuyant sur les traditions qui, à travers une chaîne vivante à travers les siècles, ont transmis la sagesse des saints, des érudits et des pasteurs. Ces traditions peuvent certes évoluer, mais cette évolution n'implique pas de détruire des œuvres d'art dévotionnelles irremplaçables, de bannir la musique sacrée traditionnelle de la liturgie, ni de reléguer de précieux vêtements liturgiques dans des caves.

 

Le fait que des mots identiques puissent revêtir des significations diamétralement opposées est déconcertant, et les propos du pape Léon XIV sur la liturgie présentent une caractéristique similaire. Il a invité les cardinaux à réfléchir « afin que la saine tradition soit préservée, tout en laissant la voie ouverte à un progrès légitime », citant Sacrosanctum Concilium (23) du concile Vatican II. Plus on restreint la notion de saine tradition, plus le progrès légitime peut s'élargir, car la tradition impose des limites, et donc une forme, à ce vers quoi l'Église peut légitimement progresser.

 

Ce débat est par nature permanent. Ces dernières décennies ont été marquées par un processus de redécouverte de la tradition, qui a permis de définir des limites cohérentes et des orientations pratiques pour l'évangélisation d'un monde en crise. Ce processus a connu un certain recul sous le pontificat du pape François, mais le pape Léon XIV semble le relancer. Le rétablissement par le Saint-Père de la mozzetta et du trône pontifical, plutôt que du fauteuil blanc privilégié par son prédécesseur, est loin d'être anodin. Ces mesures constituent des avancées significatives et donnent l'exemple à l'Église tout entière, sans pour autant susciter de polémiques, de scandales ou de atteintes au respect dû à la papauté.

 

D'autres décisions ne seront pas prises aussi facilement. Lors de ce consistoire, ou prochainement, la question de la messe traditionnelle devra être abordée. La justification de la persécution des prêtres et des fidèles attachés à la tradition liturgique de l'Église est difficile à expliquer, tant au sein qu'à l'extérieur de l'Église, et il est difficile d'imaginer qu'elle perdure sous le nouveau pontificat.

 

Cf. https://thecatholicherald.com/article/what-to-watch-at-pope-leos-first-extraordinary-consistory

Add. 8 janvier 2026. Dans le premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIV, les cardinaux ont donné la priorité à l'évangélisation (inspirée par Evangelii gaudium) et à la synodalité pour une discussion approfondie, en mettant de côté la liturgie et la réforme curiale.

 

Cette décision a déçu les catholiques traditionnels qui espéraient progresser sur les questions liturgiques post-Traditionis Custodes.

 

Cf. https://x.com/i/status/2009268549710197158

La liturgie mise de côté lors du premier consistoire du pape Léon XIV

 

Les cardinaux ont choisi l'évangélisation et la synodalité comme thèmes principaux, décevant ceux qui s'attendaient à ce que la liturgie soit un thème central après les récentes restrictions imposées à la forme traditionnelle du rite romain.

 

[...] la décision de ne pas faire de la liturgie un thème central a déçu certains cardinaux et fidèles traditionnels.

La liturgie est depuis longtemps un sujet particulièrement sensible, notamment pour les catholiques attachés à la tradition, suite aux restrictions importantes imposées récemment à la forme ancienne du rite latin sous le pontificat du pape François. Ces fidèles ont perçu ces restrictions non comme un simple changement disciplinaire, mais comme un jugement porté sur leur fidélité, leur spiritualité et leur appartenance à l'Église, ce que beaucoup ont décrit comme profondément blessant et source de division.

Le site web italien traditionnel populaire Messa in Latino a écrit le 7 janvier avoir contacté des cardinaux anonymes mais importants qui se sont tous déclarés « découragés et déçus » par la relégation de la liturgie au rang de sujet de discussion.

Dans un commentaire au Register le 8 janvier, le rédacteur en chef du site web, Luigi Casalini, a demandé : "À qui le pape a-t-il délégué ce choix, et selon quels critères ces cardinaux des neuf églises locales ont-ils été sélectionnés pour écarter – de fait – deux sujets ?" Il s'est également demandé "pourquoi les cardinaux sensibles à la question" ne semblent "avoir fait aucune tentative pour faire pression" afin que la liturgie soit incluse comme sujet central de discussion, "même avant le consistoire".

Le consistoire, a-t-il ajouté, "semble être en parfaite continuité avec les synodes et la pensée de François" — une allusion au silence des synodes récents sur la liturgie traditionnelle.

Cf. https://www.ncregister.com/news/pope-leo-first-consistory

Add. 09-01-2026

 

Premier consistoire extraordinaire du pape Léon : une courbe d'apprentissage chaotique et quelques indices

Des comptes rendus contradictoires ont émergé de Lifesitenews et GloriaTV, certains décrivant des cardinaux contrariés par la confusion et une prétendue continuation des priorités de l’ère François, tandis que The Pillar faisait état d’ un optimisme plus marqué, ainsi que de craintes et d’inquiétudes quant à l’abandon des sujets très attendus concernant la messe traditionnelle en latin.

 

La présence dominante des préfets progressistes de la Curie (de par leur fonction) et l’autorisation accordée au cardinal Radcliffe, ultralibéral britannique, de prononcer une méditation plutôt générique en début de séance ont amplifié les craintes (bien que, comme l’a témoigné Damian Thompson, de nombreux catholiques conservateurs au Royaume-Uni apprécient en réalité sa méditation, malgré les idées parfois hérétiques qu’il défend).

 

Avant même la tenue du consistoire, les commentateurs avaient souligné le temps limité imparti au nombre relativement important de sujets à aborder. Le consistoire combinait la formule utilisée sous François lors du pseudo-consistoire de 2022, où une partie de la réunion consistait en des discussions entre cardinaux au sein de différents groupes d'étude, avec la pratique antérieure des plénières où l'ensemble du collège prenait la parole et où les sujets pouvaient être librement débattus. Certains cardinaux avaient initialement critiqué cette formule avant de confier au journal The Pillar qu'ils l'appréciaient désormais. 

Le fait que le pape Léon XIV ait annoncé un autre consistoire pour juin de cette année, les consistoires annuels étant le plan (pour l'instant), a peut-être contribué à atténuer les frustrations liées au manque de temps pour traiter certains sujets lors de la plénière, d'autant plus que les futurs consistoires devraient durer trois ou quatre jours afin de garantir suffisamment de temps pour aborder les différents sujets.
 

Maintenant que la situation s'est enfin stabilisée, certaines choses sont claires :

 

1. Le pape Léon souhaite rétablir les réunions avec le Collège des cardinaux comme forme de consultation et de conseil pour le pape.

 

2. L'atmosphère de peur et de censure qui régnait au Vatican a disparu.

Les cardinaux s'expriment désormais plus librement et ouvertement sur ce qu'ils apprécient et ce qu'ils désapprouvent.

 

[S'agissant du synode des évêques de Paul VI que François a supprimé, le cardinal Zen (à gauche du Pape sur la photo) a dénoncé la "synodalité de François" en ces termes : "Le pape Bergoglio a exploité le mot Synode, mais a fait disparaître le Synode des évêques, une institution établie par Paul VI". Cardinal News

 

Avant l'ouverture du Consistoire extraordinaire, le cardinal Zen fut reçu en audience privée par le pape Léon XIV. Cf. https://cardinalnews.substack.com/p/cardinal-zen-denounces-bergoglian?r=kvqsz&shareImageVariant=overlay&triedRedirect=true

 

Le cardinal Zen ne mâche pas ses mots lors du consistoire extraordinaire : il qualifie la "synodalité bergoglienne" de "manipulation implacable" qui insulte la dignité des évêques et encourt le blasphème en attendant du Saint-Esprit qu'il contredise la Tradition bimillénaire de l'Église." Des paroles courageuses de la part d'un véritable berger." P. R. Vierling 

'Le cardinal Joseph Zen a critiqué le Synode sur la synodalité lors du Consistoire. Il a dénoncé son processus comme une "manipulation implacable" et a averti que son invocation constante du Saint-Esprit est "ridicule" et frôle le "blasphème".' Raymond Arroyo sur XNdlr.]

 

3. Il n'y avait pas d'ordre du jour prédéfini ; les cardinaux pouvaient librement choisir les sujets prioritaires et ceux mis de côté par la majorité pouvaient être abordés officieusement, ainsi que lors de consistoires ultérieurs.

Aucun résultat n'était prédéterminé, contrairement à ce qui semblait être le cas sous le pontificat précédent.

La réponse du pape Léon aux frustrations liées aux contraintes de temps, par l'organisation de réunions ultérieures plus longues, témoigne de la sincérité de son approche collégiale et d'un rejet du despotisme personnaliste souvent associé à son prédécesseur.

 

4. Le pape Léon ne souhaite pas tomber dans l'excès inverse et réduire son rôle de pape à celui de primus inter pares.

Aucun document n'a été établi. Bien que la réunion ait pour but d'aider le pape Léon à définir les prochaines années de son pontificat, il ne se laisse pas contraindre par une majorité à suivre un programme détaillé.

Lorsque la majorité des cardinaux a mis de côté la question de la liturgie et de la réforme de la Curie, le pape Léon a souligné qu'il s'agissait de sujets essentiels qui devaient être abordés.

 

5. Il n'existe pas de consensus majoritaire fort en faveur d'une réforme radicale de la Curie, de Traditionis Custodes, d'expérimentations liturgiques ou du maintien d'une synodalité dogmatique. Même le cardinal Hollerich, moderniste radical, a suggéré que les restrictions sur la messe tridentine pouvaient être levées, et le cardinal López Romero, progressiste modéré originaire du Maroc, a déclaré que le consistoire ne concernait pas tant François que l'ensemble des papes depuis le concile Vatican II.

 

6. Le Collège des cardinaux lui-même semble être un véritable désastre.

Ce dernier point est particulièrement poignant. Il relève presque du miracle (ou du signe d'une stratégie brillante de la part du bloc des cardinaux conservateurs) que cette pléthore de cardinaux du monde entier, qui ne se connaissent pas, ait pu élire Léon XIV comme pape capable de rétablir la normalité et l'orthodoxie et de nous faire cesser de déplorer la démission de Benoît XVI. Nombre de ces cardinaux manquent d'expérience et de connaissances essentielles sur le Vatican et ont été nommés par favoritisme personnel du pape précédent, souvent sans conviction idéologique, mais simplement parce que François les avait rencontrés une fois et avait décidé qu'ils lui plaisaient.

De plus, François a largement empêché ces rencontres et ces échanges.

 

De ce fait, la majorité du Collège actuel n'est pas nécessairement très progressiste, mais elle n'est pas non plus fermement orthodoxe. Plusieurs cardinaux d'Asie et d'Afrique (dont Da Silva du Timor oriental, Bo du Myanmar et Napier d'Afrique du Sud) ont simplement manifesté de l'apathie à l'égard de la messe traditionnelle, plutôt que de l'hostilité.

 

Le point positif est que la plupart des cardinaux semblent vouloir évangéliser, promouvoir la foi catholique fondée sur Jésus-Christ plutôt que de défendre un agenda politique ou social. Les principes fondamentaux semblent unir la majorité. Mais au-delà de cela, les détails de la doctrine et de la liturgie paraissent beaucoup plus confus, s'éloignant d'un (semi-)conservatisme général qui, au moins parfois, semble davantage influencé par la culture (bien que de nombreux cardinaux africains aient démontré que leur défense des enseignements de l'Église sur le mariage et la sexualité repose sur le droit naturel et l'Évangile, et non pas uniquement sur la culture africaine).

 

La confusion qui règne lors de la première véritable discussion ouverte au sein du Collège des Cardinaux depuis 2014 ressemble presque à celle d'une ancienne équipe sportive ou d'un ancien groupe de musique qui doit reprendre ses marques après plus d'une décennie de séparation.

 

Cela souligne la nécessité pour le pape Léon XIV de fortifier ses frères, d'être le Siège d'où découle l'unité, comme le décrivait saint Cyprien (v. 200-258). Heureusement, le pape Léon XIV a démontré à maintes reprises qu'il est l'homme de la situation. Fermement orthodoxe, d'un style et d'une présentation modérés, prudent et patient sans être indécis, réservé sans être timide, et surtout, à la fois un bon administrateur et un canoniste compétent.

Après sa résurrection, il dit au même apôtre : Pais mes brebis. Sur lui seul il bâtit son Église, à lui seul il confie la conduite de ses brebis.

Quoique, après sa résurrection,. il donne à tous ses apôtres un pouvoir égal, en leur disant : Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie; recevez le Saint-Esprit les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, [...] (Joan., XX), cependant, afin de rendre l’unité évidente, il a établi une seule chaire et, de sa propre autorité, il a placé dans un seul homme le principe de cette même unité. Sans doute les autres apôtres étaient ce que fut Pierre; ils partageaient le même honneur, la même puissance, mais tout se réduit à l’unité. La primauté est donnée à Pierre, afin qu’il n’y ait qu’une seule Église du Christ et une seule chaire.

Saint Cyprien de Carthage, De l'Unité de l'Eglise

Selon The Pillar et Monday Vatican, le pape Léon XIV considérait l'année jubilaire 2025 comme une année de transition. Il souhaitait éviter toute décision radicale ou rupture avec son prédécesseur. Malgré cela, il est parvenu à faire réviser certains documents (élaborés par le cardinal Fernández, figure radicale, et à écarter quelques membres de la Curie de second rang, parmi les plus fidèles conseillers de François. De plus, presque immédiatement après son accession au trône pontifical, il a démantelé les réseaux de cardinaux libéraux qui, court-circuitant les nonces, proposaient des candidats libéraux à l'épiscopat.

 

On dit désormais que le pape Léon XIV peut définir son propre pontificat et, ce faisant, définir (ou redéfinir) l'héritage de François, qui a laissé certaines questions clés dans un flou frustrant, notamment les implications de ses réformes controversées de la Curie et de la synodalité elle-même. Le site The Pillar a noté que le pape Léon XIV peut donner à la synodalité une signification totalement différente de celle qu'elle avait sous François. Dans une certaine mesure, ce processus semble déjà avoir commencé.

 

La synodalité semble avoir perdu de son importance. Bien qu'elle ait figuré parmi les deux sujets prioritaires pour la majorité des cardinaux, ces derniers n'en ont parlé que très peu aux journalistes. Le pape Léon XIV l'a évoquée à peine, tant lors de son discours aux cardinaux que lors de son allocution aux fidèles, mercredi, sur le concile Vatican II. La synodalité ne semble pas avoir été intégrée à la compréhension qu'a le pape de ce concile. Elle demeure un concept à la mode, une nouvelle approche ou méthode d'évangélisation, et non un élément essentiel.

 

Le discours du pape sur le concile Vatican II eut de multiples implications importantes. Bien que quelque peu déconnecté des jeunes prêtres et fidèles, pour qui le concile n'est plus qu'une simple note de bas de page dans l'histoire de l'Église, il s'inscrivait clairement dans la lignée de Ratzinger, prônant un retour aux textes mêmes du concile. Le nouveau pape a ainsi proposé une herméneutique claire de continuité pour tous les papes depuis le concile (lors des congrégations générales précédant le conclave, certains cardinaux avaient souhaité une telle herméneutique spécifiquement pour les trois derniers papes).

 

L'interprétation du pape a redonné à Jean-Paul II et Benoît XVI (les papes qui ont marqué l'essentiel de son ministère sacerdotal et de son poste de prieur général des Augustins) une place prépondérante. Léon XIV a associé Jean-Paul II à Paul VI et François à Benoît XVI, plutôt que de suivre les associations traditionnelles de Paul VI avec Jean XXIII et de Benoît XVI avec Jean-Paul II. Ce faisant, il place Jean-Paul II au cœur de la mise en œuvre du concile Vatican II par Paul VI (et comme nous l'avons déjà mentionné, Jean-Paul II a, à bien des égards, renforcé et approfondi la période plus conservatrice du pontificat de Paul VI, de 1968 à 1978).

 

Le lien établi entre Benoît XVI et François repose clairement sur une interprétation de François à travers le prisme de Benoît XVI. Le pape Léon XIV cite les propos de Benoît XVI lors de la conférence d'Aparecida (2007), un événement complexe et controversé, et affirme ensuite que François y était favorable et l'a répété à maintes reprises. Aparecida est un sujet de vives controverses entre conservateurs et progressistes depuis près de vingt ans. François (et ses alliés) semble avoir progressivement adopté une interprétation plus ouvertement progressiste après son élection. Or, Léon XIV interprète cette conférence et François à travers le prisme de Benoît XVI, faisant de François le prolongement de l'œuvre de Jean-Paul II.

 

De ce fait, l'interprétation du pape Léon XIV par François s'appuie fortement sur les aspects non progressistes de son premier document majeurEvangelii Gaudium (La Joie de l'Évangile, 2013). Ce document, qu'il a cité aux cardinaux peu après son élection, figurait désormais parmi les points clés de leur programme et faisait l'objet de nombreuses discussions. Il était généralement perçu comme un fondement pour une évangélisation plus radicale que les mesures plus radicales du programme de François. Le cardinal Napier, quant à lui, le considérait comme un retour aux fondamentaux, ce qui laisse curieusement penser que le document n'a pas été correctement appliqué ni suivi sous le pontificat de François. L'encyclique Evangelii Gaudium s'appuyait encore en partie sur le Synode des évêques de 2012 sur la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne, convoqué sous le pontificat de Benoît XVI. Il s'agissait du premier synode auquel le prieur général Prevost participait alors, et du seul avant le Synode sur la synodalité. Il semble désireux de ramener l'Église à ce synode, à celui de 2012, et d'interpréter François à travers ce prisme, validant ainsi a posteriori les interprétations conservatrices du pape qui, durant les premières années de son pontificat, s'efforçaient désespérément de lire François sous cet angle.

 

Le nouveau pape réinterprète le concile Vatican II comme une invitation à une Église plus christocentrique, à un dialogue constructif avec le monde et les autres religions, en partant du Christ, à s'engager auprès des laïcs et à les encourager à répondre à l'appel universel à la sainteté. On ne retrouve nulle part dans cette interprétation "l'esprit du concile Vatican II" ni une "herméneutique de la rupture".

 

Cela laisse entrevoir un retour à une orthodoxie qui intègre certains éléments non réalisés ou mal utilisés du pontificat de François. Cette impression est renforcée par le fait que plusieurs cardinaux ayant connu le pape ont affirmé qu'il abhorrait les abus liturgiques et distinguait une véritable inculturation de la liturgie (l'usage zaïrois) des formes réductrices ou nuisibles (les projets du prétendu rite amazonien).

 

En ce qui concerne l'organisation de grandes assemblées à Rome, le pape rencontre encore quelques difficultés de mise en œuvre, mais sa volonté d'améliorer la situation devrait encourager tous les catholiques.

 

Au moins plusieurs cardinaux de droite se sont félicités de l'issue des événements. Le cardinal Chomali du Chili (fervent opposant à l'avortement, à l'homosexualité et à la communion des divorcés remariés) et Arborelius de Suède (un des premiers critiques déclarés du chemin synodal allemand, mais personnellement très favorable à la messe tridentine) étaient tous deux satisfaits du dénouement.

 

À mesure que les cardinaux nommés sous François et les cardinaux plus anciens apprendront à mieux se connaître, et lorsque le pape Léon XIV commencera à nommer ses propres cardinaux (en moyenne plus orthodoxes, généralement plus expérimentés et plus compétents), les futures rencontres se dérouleront probablement plus sereinement. Espérons qu'ils parviendront à un juste équilibre entre la primauté pétrinienne et la collégialité épiscopale.

 

Cf. Rorate Caeli 

via https://x.com/RorateCaeli/status/2009624105440428387?s=20

Le premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIV révèle ainsi :

>un engagement sincère en faveur de la consultation collégiale, du rétablissement d'un dialogue ouvert au Vatican et d'une herméneutique de la continuité ancrée dans les textes mêmes de Vatican II.

>Une étape transitoire vers une orthodoxie renouvelée.

Père R. Vierling

Add. 6 janvier 2026 "Les synodes ne doivent pas servir de tribune aux débats doctrinaux. Lorsque des doctrines établies deviennent l'objet de décisions synodales, l'Église sombre dans le relativisme et le doute". Mgr Robert Barron, évêque de Winona-Rochester (Etats-Unis) a fait cette déclaration sur X le 6 janvier :

 

"Les synodes sont des outils précieux pour définir des stratégies pastorales concrètes, mais ils ne doivent pas servir de tribune aux débats doctrinaux. Lorsque des doctrines établies deviennent l'objet de décisions synodales, l'Église sombre dans le relativisme et le doute, comme en témoigne la 'Voie synodale' en Allemagne, une approche mal conçue. Je partage la position des fondateurs de la revue 'Communio' – Joseph Ratzinger, Hans Urs von Balthasar et Henri de Lubac – qui ont rompu avec la revue 'Concilium', dont l'objectif affiché était de perpétuer 'l'esprit de Vatican II'. Les grands théologiens de Communio affirmaient que les conciles sont parfois nécessaires dans la vie de l'Église, mais qu'un soupir de soulagement accompagne leur fin, car l'Église peut alors reprendre sa mission essentielle. Tant qu'elle siège en concile, l'Église est dans l'incertitude, incertaine d'elle-même, et se tourmente. C'est précisément la perpétuation de l'esprit de Vatican II qui a engendré tant d'hésitations et de dérives durant les années de mon adolescence.

 

"Si nous devons maintenir la synodalité, qu'elle soit consacrée à l'étude des moyens pratiques permettant à l'Église d'accomplir plus efficacement sa mission de culte, d'évangélisation et de service des pauvres. Qu'elle ne devienne pas un élément déterminant et permanent de la vie de l'Église, de peur que nous n'en perdions notre dynamisme et notre concentration."

 

Cf. https://x.com/BishopBarron/status/2008549170961948906?s=20

 

Lire: Le synodalisme est le résultat d’une erreur théologique

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Add Schisme en Allemagne, le jeu à haut risque de Léon XIV

Le nonce apostolique allemand rencontre le pape. Le cardinal Marx plaide pour le diaconat féminin lors d'un consistoire extraordinaire.

Diane Montagna

17 janvier 2026

 

ROME, 17 janvier 2026 — Le pape Léon XIV a rencontré vendredi le nonce apostolique en Allemagne, l'archevêque Nikola Eterović, alors que des informations indiquent que leurs discussions ont porté sur le vote prévu des évêques allemands pour établir une Conférence synodale permanente qui accorderait aux laïcs une autorité décisionnelle égale à celle des évêques, permettrait des changements doctrinaux par vote majoritaire et placerait les finances de l'Église sous un contrôle partagé.

 

Dans un article paru ce matin dans Il Giornale , le journaliste italien Nico Spuntoni a déclaré qu'il était « inévitable » que la rencontre du pape avec son nonce en Allemagne soit « dominée par le vote imminent de la Conférence des évêques allemands sur les statuts de la Conférence synodale ».

 

Le vote est prévu lors de l'assemblée plénière des évêques qui se tiendra du 19 au 22 février à Augsbourg.

 

Cette décision fait suite à une réunion qui s'est tenue le 22 novembre à Fulda, où les évêques et les représentants laïcs ont approuvé à l'unanimité les statuts d'un organe synodal national permanent composé d'évêques, de représentants du Comité central des catholiques allemands (ZdK) et d'autres laïcs catholiques.

 

Le Saint-Siège avait averti dès 2019 que de telles questions dépassaient la compétence de toute Église locale, mais les évêques allemands — menés par l'ancien et l'actuel président de la Conférence des évêques allemands, le cardinal Reinhard Marx et l'évêque Georg Bätzing — ont persisté, allant même jusqu'à promouvoir des propositions telles que le diaconat féminin.

 

En effet, plusieurs sources ont indiqué à Spuntoni que le cardinal Marx était intervenu lors du consistoire extraordinaire des cardinaux de la semaine dernière pour exprimer l'espoir d'évoluer vers un diaconat féminin — dans la pratique, sinon formellement ou par écrit.

 

Son article révèle également que Benoît XVI avait exprimé en privé de vives inquiétudes dans une lettre adressée à Marx en 2021, craignant que la voie synodale ne « fasse du mal et ne finisse mal » si elle n’était pas stoppée – un conseil qui est resté lettre morte.

 

Le pape Léon XIV doit désormais répondre à la question de savoir comment et s'il doit intervenir, face aux craintes que l'initiative allemande ne dégénère en schisme au sein de l'Église universelle.

 

Dans ses commentaires ce soir, Spuntoni a déclaré que lors de la réunion d'aujourd'hui, « le nonce a également parlé au pape de sa démission à l'âge de 75 ans. La décision revient au pape, mais ceux qui le connaissent disent que le nonce a souffert de la situation de ces dernières années et préféreraient que sa démission soit acceptée. »

 

Vous trouverez ci-dessous une traduction anglaise de l'article, publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

Schisme à Berlin, le jeu à haut risque de Leo

Par Nico Spuntoni

 

Le nonce allemand rencontre le pape. Lettre inédite de Ratzinger au cardinal Marx.

 

C’est en Allemagne que se joue le dossier le plus explosif hérité de François par Léon XIV. Ni l’année jubilaire ni le conclave n’ont freiné ce que le cardinal Gerhard Müller a qualifié de « processus de protestantisation » de l’Église catholique en Allemagne. Et tandis que Rome a jusqu’ici temporisé face aux avancées constantes venues d’outre-Rhin, la situation devient critique.

 

Dans les prochaines heures, le pape devrait recevoir l'archevêque Nikola Eterović, nonce apostolique à Berlin. Il est inévitable que la conversation soit dominée par le vote imminent de la Conférence épiscopale allemande sur le statut de la Conférence synodale.

 

Il s'agit d'un projet, déjà approuvé par le très influent Comité central des catholiques allemands, qui donnera naissance à un organe permanent où les laïcs seront placés sur un pied d'égalité avec les évêques. Cette Conférence synodale disposera d'un pouvoir décisionnel et pourra modifier la doctrine à la majorité des voix, obligeant les dissidents à fournir une justification publique. De plus, la Conférence prendra en charge la gestion des ressources financières de l'Église catholique allemande, extrêmement riche.

 

C’est précisément ce que le Saint-Siège craignait en 2019, lorsque le Chemin synodal controversé a été lancé en Allemagne et que l’actuel préfet du Dicastère pour les évêques, l’archevêque Filippo Iannone, a écrit au président de la Conférence des évêques allemands de l’époque, le cardinal Reinhard Marx, pour l’avertir que des questions telles que les ministères ordonnés pour les femmes, la séparation des pouvoirs entre les laïcs et le clergé et le célibat des prêtres « ne concernent pas l’Église en Allemagne mais l’Église universelle et, à quelques exceptions près, ne peuvent faire l’objet de délibérations ou de décisions d’une Église particulière ».

 

Au fil des années, les évêques allemands ont systématiquement ignoré les avertissements de Rome. Leur objectif semble toutefois aller plus loin et viser à provoquer une « contagion » allemande au sein de l'Église. Le récent consistoire au Vatican, où – comme nous pouvons le révéler – le cardinal Marx est intervenu pour exprimer l'espoir de parvenir très prochainement à la reconnaissance du diaconat féminin, en est la preuve. Ce cardinal est le principal artisan du processus synodal allemand et a conservé son influence même après avoir été remplacé à la tête de la Conférence des évêques.

 

Aujourd'hui [17 janvier 2026. Ndlr.] , Il Giornale révèle un épisode inédit impliquant Marx : en 2021, Benoît XVI s'est adressé à son successeur comme archevêque de Munich et Freising pour exprimer sa « vive inquiétude » quant au processus synodal en Allemagne. Des sources vaticanes confirment que, durant ses dernières années, Ratzinger était profondément sceptique quant à la direction prise par l'Église allemande et convaincu que « cette voie mènera au mal et finira mal si elle n'est pas stoppée ». Marx a ignoré l'appel du pape émérite, qui, quelques mois plus tard, a été fortement discrédité dans son pays à cause d'un rapport sur les abus commandé précisément par l'archidiocèse de Munich, sans être défendu par son successeur.

 

C’est maintenant au tour de Léon XIV. Il est appuyé par le rapport présenté par le cardinal Mario Grech au consistoire, qui stipule qu’« il appartient toujours à l’évêque de Rome, si nécessaire, de suspendre le processus synodal ». Prévost partage les appréhensions de Benoît XVI, mais s’il n’a pas la force de dire « non » au projet de Conférence synodale, le risque est que le raz-de-marée allemand se transforme, pour l’Église universelle, en une avalanche appelée schisme.

 

Sources: https://dianemontagna.substack.com/p/schism-in-germany-leo-xivs-high-stakes

 

Cf. Scisma a Berlino, la partita di Leone, Schisme à Berlin, La partie de Léon, Il Giornale, 17 janvier 2026

 

Cf. https://www.ilgiornale.it/news/vaticano/scisma-berlino-partita-leone-2596655.html

Résumé de l'article :

 

Le problème le plus épineux hérité de Léon XIV par François concerne l'Allemagne. L'Année jubilaire et le conclave n'ont pas freiné ce que le cardinal Gehrard Müller a appelé le « processus de protestantisation » de l'Église catholique en Allemagne. Et tandis que Rome a jusqu'à présent temporisé face à la progression continue de l'Église au-delà du Rhin, les questions épineuses se posent désormais directement à Rome. Dans les prochaines heures, le pape devrait recevoir Monseigneur Nikola Eterovic, nonce apostolique à Berlin. Il est inévitable que la conversation soit dominée par le vote imminent de la Conférence des évêques allemands sur le statut de la Conférence synodale.

Il s'agit d'un projet, déjà approuvé par le tout-puissant Comité central des catholiques allemands, qui créera un organe permanent où les laïcs seront placés sur un pied d'égalité avec les évêques. Cette Conférence synodale aura le pouvoir de décision et pourra introduire des modifications doctrinales à la majorité des voix, imposant ainsi des changements.

 

L'Église catholique allemande poursuit son "Chemin synodal" malgré les avertissements de Rome, risquant une "protestantisation". Hérité de François par Léon XIV, ce processus vise à créer une Conférence synodale où laïcs et évêques décident à égalité de réformes doctrinales (ex. : diaconat féminin, célibat). Le cardinal Marx a ignoré Benoît XVI en 2021. Un vote imminent pourrait forcer des changements, avec contagion possible à l'Église universelle.

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Entretien accordé par Monseigneur Schneider à la journaliste américaine Diane Montagna, au sujet du document sur la liturgie rédigé par le cardinal Roche et présenté au consistoire des 7 et 8 janvier. Monseigneur Schneider conteste et rejette ce document, le jugeant idéologique, instrumental et partial.

Nous vous en souhaitons une bonne lecture. 

§§§

ROME, 20 janvier 2026 — L’évêque Athanasius Schneider a vivement critiqué un récent rapport sur la liturgie préparé par le cardinal Arthur Roche, affirmant qu’il est basé sur un "raisonnement manipulateur" et "déforme les preuves historiques".

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Cdl Roche

 

Le texte de deux pages du cardinal – présenté comme une "réflexion théologique, historique et pastorale approfondie" – a été distribué aux membres du Sacré Collège lors du consistoire convoqué par le pape Léon XIV les 7 et 8 janvier. Bien qu'il n'ait pas été formellement présenté ni discuté pendant la réunion en raison de contraintes de temps, le rapport a suscité une forte résistance de la part du clergé et des fidèles après la diffusion de son contenu dans les médias.

Dans une analyse détaillée, Mgr Schneider remet en question les présupposés historiques et théologiques qui sous-tendent le texte. S’appuyant sur les documents du concile Vatican II, l’enseignement pontifical et les témoignages d’érudits et de témoins directement impliqués dans la réforme liturgique post-conciliaire, il soutient que le rapport ne reflète pas une analyse impartiale et rigoureuse, mais plutôt une approche idéologique caractérisée par ce qu’il appelle un "cléricalisme rigide".

Au cœur de la critique de l'évêque se trouve l'affirmation selon laquelle la réforme liturgique mise en œuvre en 1970 marque une rupture avec l'évolution organique du rite romain. Mgr Schneider soutient que la messe la plus fidèle au Concile était l'Ordo Missae de 1965 et que la forme promulguée ultérieurement par le pape Paul VI – le Novus Ordo Missae – a été en substance rejetée par le premier synode des évêques après le Concile en 1967.

Il conteste également l'interprétation par le cardinal Roche de la bulle Quo primum de Pie V, réfute son affirmation selon laquelle la restauration de la liturgie romaine traditionnelle n'était qu'une "concession", et remet en cause l'idée que le pluralisme liturgique "fige la division" au sein de l'Église.

Pour l’évêque Schneider, le rapport du cardinal Roche "rappelle la lutte désespérée d’une gérontocratie confrontée à des critiques sérieuses et de plus en plus véhémentes, venant principalement d’une jeune génération, dont cette gérontocratie cherche à étouffer la voix par des arguments manipulateurs et, finalement, en transformant le pouvoir et l’autorité en armes."

Dans l'entretien qui suit, Son Excellence évoque également le consistoire extraordinaire prévu pour la fin juin, en présentant des solutions alternatives qui, selon lui, pourraient contribuer à rétablir la paix liturgique dans l'Église.

 

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Diane Montagna (DM) :  Votre Excellence, quelle est votre opinion générale sur le document relatif à la liturgie préparé par le cardinal Roche pour examen par les membres du Sacré Collège lors du consistoire extraordinaire ?

 

+Athanasius Schneider (+AS) : Pour tout observateur honnête et objectif, le document du cardinal Roche donne l'impression d'un parti pris manifeste contre le rite romain traditionnel et son usage actuel. Il semble motivé par une volonté de dénigrer cette forme liturgique et, à terme, de l'éliminer de la vie ecclésiale. Le cardinal paraît déterminé à nier au rite traditionnel toute place légitime dans l'Église d'aujourd'hui. L'objectivité et l'impartialité, caractérisées par l'absence de préjugés et un souci sincère de la vérité, font cruellement défaut. Au contraire, le document recourt à des raisonnements manipulateurs et va jusqu'à déformer les faits historiques. Il ne respecte pas le principe classique "sine ira et studio", c'est-à-dire une approche "sans colère ni zèle partisan".

(DM) :  Penchons-nous sur quelques passages précis du rapport. Au point n° 1, le cardinal Roche affirme : "On pourrait dire que l’histoire de la liturgie est celle de sa “réforme” continue, dans un processus de développement organique." Ceci soulève une question fondamentale : réforme et développement sont-ils synonymes ? La réforme semble suggérer une intervention délibérée et positiviste, tandis que le développement semble impliquer une croissance organique vérifiée au fil du temps. Historiquement, est-il juste d’affirmer que la liturgie a nécessité une réforme continue, ou vaut-il mieux la concevoir comme un développement organique, ponctué seulement d’interventions correctives ponctuelles ?

(+AS) : À cet égard, la déclaration du pape Benoît XVI demeure pertinente et incontestable : "Dans l’histoire de la liturgie, il y a croissance et progrès, mais pas de rupture" (Lettre aux évêques à l’occasion de la publication de la Lettre apostolique Summorum Pontificum, 7 juillet 2007). C’est un fait historique – attesté par d’éminents liturgistes – que depuis le pape Grégoire VII au XIe siècle, soit pendant près d’un millénaire, le rite de l’Église romaine n’a pas connu de réformes significatives. Le Novus Ordo de 1970, au contraire, apparaît à tout observateur honnête et objectif comme une rupture avec la tradition millénaire du rite romain.

Cette évaluation est confortée par l'avis de l'archimandrite Boniface Luykx (1915-2004), liturgiste, expert du Concile Vatican II et membre de la commission liturgique du Vatican (le Consilium) présidée par le père Annibale Bugnini. Luykx a mis en évidence des fondements théologiques erronés au sein des travaux de la commission, écrivant :

"Derrière ces exagérations révolutionnaires se cachent trois principes typiquement occidentaux mais faux :

(1) le concept (à la Bugnini) de la supériorité et de la valeur normative de l’homme occidental moderne et de sa culture sur toutes les autres cultures ;

(2) la loi inévitable et tyrannique du changement continu que certains théologiens ont appliquée à la liturgie, à l’enseignement de l’Église, à l’exégèse et à la théologie ; et

(3) la primauté de l’horizontal"  (Une vision plus large de Vatican II, Angelico Press, 2025, p. 131).

 

(DM) La description que fait le cardinal Roche de la bulle Quo primum n° 2 du pape Pie V est-elle exacte ? Le pape saint Pie V n’a-t-il pas autorisé le maintien d’un rite en usage depuis deux siècles ? D’autres rites, comme le rite ambrosien ou dominicain, ont-ils également été empêchés de se perpétuer et de prospérer ?

 

(+AS) : Le cardinal Roche fait référence de manière sélective à Quo primum, en dénaturant ainsi le sens et en utilisant le document du pape saint Pie V pour étayer une interprétation contraire à la tradition. Or, Quo primum autorise explicitement la poursuite légitime de toutes les variantes du rite romain en usage ininterrompu depuis au moins deux siècles. L’unité ne signifie pas l’uniformité, comme l’atteste l’histoire de l’Église.

 

 

Dom Alcuin Reid, spécialiste de la liturgie et expert reconnu du développement organique de la liturgie, décrit ainsi la situation de cette période :

 

Il ne faut pas tomber dans l’erreur révisionniste qui consiste à imaginer une "réhabilitation romaine" complète et centralisatrice de la liturgie occidentale : la diversité s’est maintenue au sein de cette unité. Les Dominicains ont apporté leur propre liturgie. D’autres ordres ont également conservé des rites distinctifs. Les Églises locales (Milan, Lyon, Braga, Tolède, etc., ainsi que les principaux centres médiévaux anglais : Salisbury, Hereford, York, Bangor et Lincoln) ont préservé leurs propres liturgies. Pourtant, chacune appartenait à la famille liturgique romaine"  (Le développement organique de la liturgie, Farnborough 2004, p. 20-21).

 

Cette réalité historique confirme que le pape saint Pie V a bien permis que des rites ayant une histoire continue d'au moins deux siècles perdurent, y compris des usages établis tels que les rites ambrosien et dominicain, qui non seulement furent préservés mais continuèrent à prospérer au sein de l'unité de l'Église romaine.

Au paragraphe 4 du document, le cardinal Roche écrit : "Nous pouvons assurément affirmer que la réforme de la liturgie souhaitée par le concile Vatican II est… pleinement conforme au véritable sens de la Tradition." Quel est votre avis sur cette affirmation, notamment au regard de l’expérience qu’ont la plupart des catholiques de la nouvelle messe dans leur paroisse ?

Cette affirmation n'est que partiellement vraie. L'intention des Pères du Concile Vatican II était, en réalité, une réforme s'inscrivant dans la continuité de la tradition de l'Église, comme en témoigne cette importante formulation de la Constitution sur la sainte liturgie :

"Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, [...] on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique." (Sacrosanctum Concilium, n° 23).

Le cardinal  Roche commet l'erreur typique de l'idéologue, en utilisant un argument circulaire, qui peut être résumé comme suit : (1) la réforme de la messe de 1970 est en pleine harmonie avec le vrai sens de la Tradition ; (2) l'intention des Pères du concile Vatican II était en pleine harmonie avec le vrai sens de la Tradition ; (3) par conséquent, la messe de 1970 est en pleine harmonie avec le vrai sens de la Tradition.

Nous disposons toutefois des opinions de témoins illustres, directement impliqués dans les débats liturgiques du Concile, qui affirment que l'Ordre de la messe de 1970 représente le produit d'une sorte de révolution liturgique, contraire à la véritable intention des Pères conciliaires.

Parmi les témoins les plus importants figure Joseph Ratzinger. Dans une lettre de 1976 adressée au professeur Wolfgang Waldstein, il écrivait avec une clarté surprenante :

"Le problème du nouveau Missel réside dans le fait qu’il rompt avec cette histoire continue – qui s’est déroulée sans interruption avant et après Pie V – et crée un livre entièrement nouveau, dont l’apparition s’accompagne d’une sorte d’interdiction de ce qui existait auparavant, totalement étrangère à l’histoire du droit canonique et de la liturgie. De par ma connaissance des débats conciliaires et après une relecture des discours prononcés par les Pères conciliaires durant cette période, je peux affirmer avec certitude que telle n’était pas mon intention."

Un autre témoin de premier plan est l'archimandrite Boniface Luykx, déjà mentionné. Dans son récent ouvrage "Une vision plus large de Vatican II. Souvenirs et analyse d'un consulteur du Concile", il a déclaré sans ambages :

"Il y avait une continuité parfaite entre la période préconciliaire et le Concile lui-même, mais après le Concile, cette continuité cruciale a été interrompue par les commissions postconciliaires. […] Le Novus Ordo n’est pas fidèle à la Constitution sur la sainte liturgie, mais va bien au-delà des paramètres qu’elle a établis pour la réforme du rite de la messe. […] Le rouleau compresseur de l’horizontalité anthropocentrique (par opposition à la verticalité divine) a aplati toutes les formes liturgiques depuis Vatican II, mais sa principale victime est le Novus Ordo. […] Le grand perdant de ce processus est le mystère, qui devrait être, au contraire, l’objet et le contenu principaux de la célébration"  (p. 80, 98, 104).

DM : Que pensez-vous de la déclaration du cardinal Roche au numéro 9, selon laquelle « le bien premier de l’unité de l’Église ne s’atteint pas en figeant la division, mais en nous trouvant dans le partage de ce qui ne peut qu’être partagé » ?

Pour le cardinal Roche, l’existence même du principe et de la réalité du pluralisme liturgique dans la vie de l’Église équivaut apparemment à "figer la division". Cette affirmation est manipulatrice et malhonnête, car elle contredit non seulement la pratique bicentenaire de l’Église, qui a toujours considéré la diversité des rites reconnus – ou les variations légitimes au sein d’un même rite – non comme une source de division, mais comme un enrichissement de la vie ecclésiale.

Seuls des clercs étroits d'esprit, imprégnés d'une mentalité cléricale, ont fait preuve – et continuent de faire preuve aujourd'hui encore – d'intolérance envers la coexistence pacifique de différents rites et pratiques liturgiques. Parmi les nombreux exemples déplorables, on peut citer la coercition des chrétiens de Thomas en Inde au XVIe siècle, contraints d'abandonner leurs propres rites et d'adopter la liturgie de l'Église latine, sous prétexte qu'une seule lex credendi devait correspondre à une seule lex orandi, c'est-à-dire à une seule forme liturgique.

Un autre exemple tragique est la réforme liturgique de l'Église orthodoxe russe au XVIIe siècle, qui interdit la forme la plus ancienne de son rite et imposa l'usage exclusif d'une forme nouvellement révisée. Si les autorités ecclésiastiques avaient permis la coexistence des anciens et nouveaux rites, elles n'auraient certainement pas "figé la division", mais auraient au contraire évité un schisme douloureux – celui des "Vieux Rites" ou "Vieux Croyants" – qui perdure aujourd'hui encore. Après une longue période, la hiérarchie de l'Église orthodoxe russe reconnut l'erreur pastorale de l'uniformisation liturgique forcée et rétablit le libre usage de la forme la plus ancienne du rite. Malheureusement, seule une minorité de "Vieux Croyants" se réconcilia avec la hiérarchie, tandis que la majorité demeura schisteuse, car les traumatismes étaient trop profonds et le climat de méfiance et d'aliénation mutuelles avait trop longtemps persisté. Dans ce cas précis, l'intolérance de la hiérarchie envers l'usage légitime du rite le plus ancien a littéralement figé la division : les adeptes des anciens rituels furent exilés par le tsar dans la Sibérie glacée.

L’attachement à la forme la plus ancienne du rite romain ne "fige pas la division". Au contraire, il représente, selon les mots de saint Jean-Paul II :

 

"la légitimité mais aussi la richesse que représente pour l'Eglise la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d'apostolat. Cette diversité constitue aussi la beauté de l'unité dans la variété." (Lettre apostolique Ecclesia Dei, 2 juillet 1988, n° 5 c).

La coexistence pacifique des deux usages du rite romain, égaux en droit et en dignité, témoignerait de la tolérance et de la continuité que l’Église a préservées dans sa vie liturgique, mettant ainsi en œuvre le conseil du "maître de la maison", loué par le Seigneur, "qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien" (Mt 13, 52). À l’inverse, dans ce document, le cardinal Roche apparaît comme le représentant d’un cléricalisme intolérant et rigide en matière liturgique, rejetant toute possibilité de véritable partage entre les différentes traditions liturgiques.

 

DM. Au point 10 du document – ​​qui a peut-être suscité le plus de consternation –, le cardinal Roche déclare : "L’usage des livres liturgiques que le Concile a cherché à réformer était, de saint Jean-Paul II à François, une concession qui n’envisageait aucunement leur promotion." Comment répondriez-vous au cardinal sur ce point, notamment à la lumière de la lettre apostolique Summorum Pontificum du pape Benoît XVI et de la lettre d’accompagnement de ce motu proprio ?

 

AS. Je voudrais répondre par cette sage observation de l’archimandrite Boniface Luykx : "Je soutiens que la pluriformité, c’est-à-dire la coexistence de différentes formes de célébration liturgique tout en préservant leur essence, pourrait être d’un grand secours à l’Église occidentale. […] Le pape Jean-Paul II a d’ailleurs adopté le principe de pluriformité lorsqu’il a rétabli la messe tridentine en 1988" (Une vision plus large de Vatican II, p. 113).

 

Cette observation contredit directement l'affirmation selon laquelle le maintien de l'usage des anciens livres liturgiques n'était qu'une concession tolérée, sans aucune intention d'encouragement ou de promotion. Un enseignement important de  saint Jean-Paul II éclaire davantage ce point. Il déclare :

 

"Dans le Missel romain de saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, nous trouvons de belles prières par lesquelles le prêtre exprime le plus profond sentiment d’humilité et de révérence devant les saints Mystères : en elles se révèle la substance même de la Liturgie" (Message aux participants de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, 21 septembre 2001).

 

Pris ensemble, ces témoignages faisant autorité démontrent que la reconnaissance et la restauration des anciens livres liturgiques n’étaient pas de simples concessions faites à contrecœur, mais l’expression d’une pluralité légitime au sein de la vie liturgique de l’Église, capable d’enrichir l’Église occidentale tout en préservant le noyau essentiel du rite romain.

Il est fort possible que, si ce document avait été examiné lors du consistoire des 7 et 8 janvier, les cardinaux, pris dans leur ensemble, n'auraient pas été en mesure de le comprendre pleinement, compte tenu du manque généralisé de formation liturgique au sein de l'Église aujourd'hui, même parmi le clergé et la hiérarchie. Combien d'entre eux, par exemple, auraient pu réfuter l'affirmation du cardinal concernant Quo primum de Pie V ? Lors d'un futur consistoire, il est parfaitement du pouvoir du pape de convoquer un expert afin de présenter aux membres du Sacré Collège un document plus érudit et mieux étayé sur le sujet qu'il souhaite leur soumettre. Cette voie pourrait-elle être envisagée lors du consistoire extraordinaire prévu pour la fin juin 2026 ?

Je crois qu'il existe aujourd'hui une ignorance généralisée parmi les évêques et les cardinaux concernant l'histoire de la liturgie, la nature des débats liturgiques durant le Concile, et même le texte même de la Constitution sur la sainte liturgie du Concile Vatican II.

Deux faits essentiels sont souvent oubliés. Premièrement, la véritable réforme de la messe selon le Concile avait déjà été promulguée en 1965, avec l’Ordo Missae de 1965, que le Saint-Siège décrivait alors explicitement comme la mise en œuvre des dispositions de la Constitution sur la sainte liturgie. Cet Ordo Missae constituait une réforme très prudente et conservait tous les éléments essentiels de la messe traditionnelle, avec seulement quelques modifications mineures. Parmi celles-ci figuraient l’omission du psaume 42 au début de la messe – un changement non inédit, puisque ce psaume avait toujours été omis de la messe de requiem et du temps de la Passion – ainsi que l’omission de l’Évangile selon saint Jean à la fin de la messe.

La véritable innovation résidait dans l'usage de la langue vernaculaire pour l'ensemble de la messe, à l'exception du Canon, qui devait encore être récité en silence en latin. Les Pères conciliaires eux-mêmes célébrèrent cette messe réformée lors de la dernière session de 1965 et s'en félicitèrent. Mgr Lefebvre célébra également cette forme de messe et en ordonna l'usage dans son séminaire d'Écône jusqu'en 1975.

Le second fait est le suivant. Lors du premier synode des évêques après le concile, tenu en 1967, le père Annibale Bugnini présenta aux pères synodaux le texte et la célébration d'un Ordo Missae profondément réformé. Il s'agissait essentiellement du même Ordo Missae qui fut promulgué plus tard par le pape Paul VI en 1969 et qui constitue aujourd'hui la forme ordinaire de la liturgie dans l'Église catholique romaine.

Cependant, la plupart des Pères synodaux de 1967 — presque tous Pères du Concile Vatican II — ont rejeté cet Ordo Missae, c'est-à-dire notre Novus Ordo actuel. Par conséquent, la messe que nous célébrons aujourd'hui n'est pas la messe du Concile Vatican II, qui est en réalité l'Ordo Missae de 1965, mais bien la forme de la messe rejetée par les Pères synodaux en 1967, jugée trop révolutionnaire.

Quelles alternatives au document du cardinal Roche proposeriez-vous aux cardinaux, si vous pouviez leur offrir ne serait-ce que quelques points de vue ?

Je voudrais présenter aux cardinaux quelques points essentiels.  Premièrement, je voudrais rappeler les faits historiques incontestables concernant la véritable messe du concile Vatican II, à savoir l'Ordo Missae de 1965, ainsi que le rejet catégorique par les Pères synodaux, en 1967, du Novus Ordo qui leur avait été présenté par le père Bugnini.

Deuxièmement, je voudrais attirer l’attention sur les principes toujours valables qui régissent le culte divin, formulés par le Concile Vatican II lui-même : le caractère théocentrique, vertical, sacré, céleste et contemplatif de la liturgie authentique. Comme l’enseigne le Concile :

"en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action à la contemplation ; et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons. […] Dans la liturgie terrestre, nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste." (Sacrosanctum Concilium, n° 2 ; 8).

[Ndlr. Ajoutons cette réflexion du Card. Francis Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, qui s'exprima sur le sujet à la conférence liturgique de Gateway, St. Louis, Missouri, 11 novembre 2006 (Texte intégral) : ‘’[...] Tout ne peut pas être expliqué pendant la célébration liturgique. La liturgie n’épuise pas toute l’activité de l’Église (cf. Sacrosanctum Concilium, 9). La théologie, la catéchèse et la prédication sont également nécessaires. Et même après une bonne catéchèse, un mystère de notre foi demeure un mystère. En réalité, nous pouvons dire que le plus important dans le culte divin, ce n’est pas de comprendre chaque mot ou chaque concept. Le plus important, c’est que nous ayons une attitude de ferveur et de crainte devant Dieu, que nous l’adorions, le louions et lui rendions grâce. Le sacré, les choses de Dieu, doivent être abordées sans idées préconçues.’’ (Francis Card. Arinze, Agence Fides 20/12/2006)]

 

 

Troisièmement, je tiens à souligner le principe selon lequel la diversité liturgique ne nuit pas à l’unité de la foi. Comme l’ont souligné les Pères conciliaires :

"[O]béissant fidèlement à la Tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières" (n° 4).

 

Enfin, je voudrais faire appel à la conscience des cardinaux  en déclarant que le Pape a aujourd'hui une occasion unique de rétablir la justice et la paix liturgique dans la vie de l'Église en accordant à la forme la plus ancienne du rite romain la même dignité et les mêmes droits qu'à la forme liturgique ordinaire, connue sous le nom de Novus Ordo.

 

Une telle mesure pourrait être prise par une ordonnance pastorale généreuse et définitive. Elle mettrait fin aux controverses nées des interprétations casuistiques concernant l'usage de l'ancienne forme liturgique. Elle mettrait également fin à l'injustice qui consiste à traiter tant de fils et de filles exemplaires de l'Église – en particulier tant de jeunes et de jeunes familles – comme des catholiques de seconde zone.

 

Une telle mesure pastorale permettrait de jeter des ponts et de témoigner d'une empathie envers les générations passées et envers un groupe qui, bien que minoritaire, reste négligé et discriminé dans l'Église d'aujourd'hui, à une époque où l'on parle beaucoup d'inclusion, de tolérance envers la diversité et d'écoute synodale des expériences des fidèles.

 

DM : Excellence, avez-vous quelque chose à ajouter ?

 

Comme je ne saurais mieux décrire la crise liturgique actuelle qu'en citant ces paroles lumineuses de l'archimandrite Boniface Luykx, érudit en liturgie, missionnaire zélé en Afrique et homme de Dieu qui célébrait à la fois la liturgie latine et byzantine, respirant ainsi, pour ainsi dire, des deux poumons de l'Église :

"Le cardinal Ratzinger a également apporté son soutien, déclarant que l’ancienne messe est une partie vivante et, en effet, 'intégrale' du culte et de la tradition catholiques, et prévoyant qu’elle apportera 'sa contribution caractéristique au renouveau liturgique appelé par le concile Vatican II' (p. 115).

"Quand la vénération fait défaut, toute forme de culte se réduit à un simple divertissement horizontal , une fête sociale. Là aussi, les pauvres, les petits, sont victimes, car la réalité évidente de la vie qui découle de Dieu dans l’adoration leur est enlevée par les 'experts' et les dissidents" (p. 120).

"Aucun hiérarque, du simple évêque au pape, ne peut rien inventer. Chaque hiérarque est un successeur des apôtres, ce qui signifie qu’il est avant tout le gardien et le serviteur de la Sainte Tradition – le garant de la continuité dans l’enseignement, le culte, les sacrements et la prière" (p. 188).

 

Le document du cardinal Roche rappelle la lutte désespérée d'une gérontocratie confrontée à des critiques sérieuses et de plus en plus virulentes, notamment de la part d'une jeune génération, dont cette gérontocratie cherche à étouffer la voix par des arguments manipulateurs et, finalement, en transformant le pouvoir et l'autorité en armes.

 

Cependant, la fraîcheur et la  beauté intemporelle de la liturgie, ainsi que la foi des saints et de nos ancêtres, prévaudront malgré tout. Le sensus fidei perçoit instinctivement cette réalité, particulièrement chez les plus jeunes au sein de l’Église : les enfants innocents, les jeunes courageux et les jeunes familles.

 

C’est pourquoi je conseillerais vivement au cardinal Roche et à nombre d’autres membres du clergé, plus âgés et parfois un peu rigides, de discerner les signes des temps – ou, pour le dire autrement, de se rallier au mouvement afin de ne pas être laissés pour compte. Car ils sont appelés à reconnaître les signes des temps que Dieu lui-même manifeste à travers les "petits" de l’Église, qui ont soif du pain pur de la doctrine catholique et de la beauté intemporelle de la liturgie traditionnelle.

 

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Source: https://www.marcotosatti.com/2026/01/24/mons-schneider-roche-manipolatorio-sulla-messa-antica-nega-levidenza-storica-alleati-eucarestia/

 

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Add. 28-01-2025

 

Lire aussi : 

 

Diane Montagna: Des failles fatales révélées dans le document d'information du consistoire du cardinal Roche 

 

Un érudit liturgique accompli déconstruit les directives adressées au Collège sacré par le préfet du Dicastère pour le culte divin.

 

ROME, 28 janvier 2026 — Un liturgiste de renom a mis en lumière de graves lacunes dans le récent document d'information du cardinal Arthur Roche au Collège des cardinaux, proposant une critique détaillée avant leur prochaine rencontre avec le pape Léon XIV fin juin.

 

Dans une analyse systématique et point par point, Dom Alcuin Reid, moine bénédictin, prêtre et érudit liturgique de renommée internationale né en Australie, conclut que le document d'information de Roche "manque d'honnêteté intellectuelle", "témoigne d'une ignorance déplorable de l'histoire liturgique" et est "extrêmement embarrassant"

 

Bien que le document n'ait pas été examiné lors du consistoire des cardinaux des 7 et 8 janvier, faute de temps, sa diffusion dans les médias a suscité de vives critiques. La question de la liturgie devrait être abordée lors du prochain consistoire convoqué par le pape les 27 et 28 juin.

Dom Alcuin Reid, dont la thèse de doctorat sur la réforme liturgique a été publiée sous le titre "Le développement organique de la liturgie" avec une préface du cardinal Joseph Ratzinger, soutient en outre que la "dénigration" de la liturgie romaine traditionnelle et la "critique facile" de ceux qui y sont attachés, présentes dans la note d'information, semblent davantage motivées par des considérations politiques que par un souci pastoral.

"Que ce document porte le nom du Préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements est tout simplement scandaleux", affirme le Père Reid. "S’il est l’œuvre du Préfet lui-même, il devrait, comme diraient les politiciens de son pays, “s’interroger sur sa position”. S’il est l’œuvre de son personnel, il devrait également s’interroger sur leur position, tout en assumant l’entière responsabilité de sa diffusion auprès des membres du Sacré Collège." SUITE

.

 

Reid a dénoncé l'invocation par Roche de Quo Primum parce qu'il déclare qu'"il ne devrait y avoir qu'un seul rite pour célébrer la messe" ce qui est "gravement malhonnête sur le plan intellectuel"... : "[Le Concile de] Trente a demandé aux évêques de corriger les abus et non de remanier ou d’uniformiser leurs rites, et Quo Primum prévoyait explicitement que les rites ayant plus de 200 ans de pratique légitime étaient exemptés de l’intention unificatrice de ladite bulle", a fait remarquer Reid.

 

Le prêtre a mis en avant la déclaration de Roche selon laquelle "la réforme de la liturgie voulue par le concile Vatican II est non seulement en parfaite harmonie avec le sens véritable de la Tradition", qualifiant d'"académiquement embarrassante" son incapacité à distinguer entre la réforme voulue par le Concile et les rites liturgiques réels qui ont suivi le Concile.

 

Reid a répondu à la suggestion de Roche selon laquelle la liturgie doit être ouverte à un "progrès légitime", qu'il a utilisée pour défendre sa position selon laquelle la messe traditionnelle en latin doit céder la place au Novus Ordo.

 

"Parler constamment de la liturgie comme étant "dynamique", "évolutive" et "changeante", c'est risquer de la transformer en une forme de divertissement religieux pour des personnes qui, sans la formation nécessaire pour en découvrir les richesses, s'ennuieront et chercheront constamment quelque chose de nouveau, de plus dynamique et de différent si nous voulons retenir leur attention", a fait remarquer Reid.

 

Le théologien bénédictin avait établi une distinction entre le "développement organique" de la liturgie et "l’intervention positiviste disproportionnée", qu’il jugeait "inconnue dans l’histoire du rite occidental jusqu’au XXe siècle et ayant atteint son apogée après le concile Vatican II". Dans le cas de la promulgation du Novus Ordo, une telle intervention n’a pas respecté "l’intégrité de la tradition liturgique héritée".

 

Reid s'en est ensuite pris à l'affirmation de Roche selon laquelle la soi-disant "réforme liturgique" avait été faite "sur la base d'une enquête théologique, historique et pastorale précise", qualifiant cela d'"extrêmement embarrassant".

 

Le moine bénédictin a rétorqué que "certaines des hypothèses formulées" par les réformateurs de la liturgie se sont révélées "fausses". Il a cité en exemple l’utilisation de la "Prière eucharistique II", qui utiliserait prétendument la plus ancienne anaphore romaine, mais qui, selon Reid, est en réalité "une construction issue d’une érudition erronée du milieu du XXe siècle, théologiquement remaniée selon l’esprit du temps du milieu des années 1960 et imposée à l’Église".

 

Reid a poursuivi en soulignant que les appels à une "enquête théologique, historique et pastorale précise" sur les rites "n’envisageaient certainement pas l’éviscération des enseignements centraux des Saintes Écritures".

 

Force est de constater que la nouvelle liturgie "n’a pas réussi à insuffler à l’Église le renouveau qu’elle était censée promouvoir", a-t-il écrit, soulignant que la plupart des catholiques baptisés n’assistent même pas à la messe.

 

"Cela est dû à diverses causes", a-t-il déclaré, "mais la liturgie réformée ne s'est pas révélée être un remède efficace. Elle ne contribue pas à unir les fidèles à Dieu." De fait, tout porte à croire que les changements survenus après Vatican II, dont les plus marquants et les plus tangibles furent les modifications apportées à la messe, ont été corrélés au déclin important de la pratique catholique. La fréquentation des messes et les vocations religieuses ont chuté de façon spectaculaire depuis Vatican II dans le monde entier.

 

Aux États-Unis en particulier, le nombre de prêtres s'est stabilisé en 1965 après le concile Vatican II, puis a commencé à chuter vers 1985, parallèlement à l'explosion démographique catholique. Cela laisse supposer que les changements apportés à la liturgie et à la doctrine de la foi par le Concile ont eu un impact négatif significatif sur les vocations.

 

À l’appui de cette association, une étude laïque publiée en 2025 a constaté que Vatican II avait "déclenché un déclin" de la fréquentation des messes catholiques dans le monde par rapport à la fréquentation des offices religieux d’autres religions, y compris le christianisme protestant.

 

Cette crise de l'Église donne du crédit à l'affirmation de Reid selon laquelle l'objectif de Roche, qui consiste non seulement à promouvoir la messe du Novus Ordo mais aussi à supprimer la messe latine traditionnelle, "ne vise pas le bien des âmes aujourd'hui ; il vise plutôt à protéger à tout prix les idéologies liturgiques chéries d'hier."

 

"En définitive, il faut affirmer clairement que ce document d’information manque d’honnêteté intellectuelle et témoigne d’une ignorance déplorable de l’histoire liturgique", écrit Reid. "De même, il est dépourvu de la sollicitude pastorale et de la générosité que l’on pourrait attendre, et les remplace par une rigidité qui s’accroche à une vision très étroite de la vie et de l’histoire liturgiques de l’Église."

 

"Que ce document porte le nom du Préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements est tout simplement scandaleux", conclut Reid. "S’il est l’œuvre du Préfet lui-même, il devrait, comme diraient les politiciens de son pays, “s’interroger sur sa position”. S’il est l’œuvre de son personnel, il devrait également s’interroger sur leur position, tout en assumant l’entière responsabilité de sa diffusion auprès des membres du Collège Sacré."

 

"Ce document n’est assurément pas une enquête théologique, historique et pastorale approfondie visant à préserver une tradition saine tout en laissant la voie ouverte à un progrès légitime. Il n’est guère plus qu’un instrument de propagande superficielle et devrait être rejeté comme tel. Le Collège des cardinaux, et même l’Église – et plus particulièrement ses fidèles – méritent bien mieux."

 

 

Cf. https://www.lifesitenews.com/news/embarrassing-in-the-extreme-liturgy-scholar-demolishes-cardinal-roches-document-on-latin-mass/

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04 juin 2026. Le pape Léon a supprimé la liturgie du prochain consistoire de juin

 

Les thèmes pour les 4 sessions sont :

1. Thèmes clés dans l'Église aujourd'hui

2. Magnifica Humanitas & Doctrine de la guerre juste

3. Magnifica Humanitas, changements sociétaux actuels & désir de Dieu

4. Mises à jour sur le Synode & Assemblée synodale 2028

 

Également supprimée : la messe concélébrée du 28 juin

 

Les cardinaux débattront de la "Guerre juste", et non de la liturgie, lors de la prochaine Consistoire extraordinaire du pape Léon XIV

 

Cf. Michael Haynes sur X / Diane Montagna sur X / Diane Montagna

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23 novembre 2025 7 23 /11 /novembre /2025 01:00
Solennité du Christ Roi de l'univers

Si les enseignements de l'Eglise pouvaient pénétrer, comme nous l'avons décrit, les profondeurs de la conscience des hommes, qu'ils soient gouvernants ou sujets, tous finiraient par être si conscients de leurs devoirs personnels et civiques, de leurs responsabilités mutuelles, qu'en peu de temps "le Christ serait tout et en tous." ( Col 3, 11)

Encyclique du pape Pie XI, Ubi Arcano n°43 du 23 décembre 1922

L'oubli et/ou la perte de la grâce à travers les conflits, les discordes internes, la lutte des classes, la lutte des partis politiques, la ruine de la famille, et les dégâts spirituels de la société moderne trouve leur remède dans la paix du Christ dans le royaume du Christ.

 

Ce 23 novembre 2025 marque les 100 ans de la fête du Christ Roi, instituée par le Pape Pie XI dans son encyclique Quas Primas. "Elle n’est plus le dernier dimanche d’octobre, mais le dernier dimanche de l’année liturgique : elle devient ainsi comme le couronnement de l’année liturgique et porte le titre de Solennité du Christ Roi de l’Univers."(Diocèse de Gap

 

Avec sa première encyclique ''Urbi Arcano Dei Concilio'' (Dans les desseins insondables de Dieu), portant le sous-titre "Sur la paix du Christ dans le Royaume du Christ", Pie XI constate que la récente Grande Guerre n’avait pas apporté une paix véritable et que, pour y remédier, l’Église et le christianisme devaient être actifs au sein de la société, et non isolés d’elle.

 

Jésus, fils de David, est venu apporter la paix. "Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né avant toute créature" (Col 1,15), "le "premier-né d’entre les morts" (Col 1,18) et "le premier-né d’une multitude de frères" (Rm 8,29), que sont tous les fidèles de Dieu, ceux qui se joindront à Jésus-Christ en tant que Ses frères et sœurs pour faire partie de cette famille divine lorsqu’ils ressusciteront à la vie spirituelle et immortelle.

 

Nous sommes la postérité de Dieu : Nous sommes de sa descendance. (Ac 17,18). Dans l’hébreu ancien, le Psaume 82 apporte plus de lumière sur ce fait: au verset 6, Dieu parle des êtres humains comme étant "des dieux", assimilés ici aux "fils du Très-Haut" (Psaume 81 (82):6). Les descendants de Dieu sont des "dieux" comme Jésus le confirma en citant ce passage en Jean 10:34-36. Le Christ a en tout la primauté, car il a voulu tout réconcilier en faisant la paix par le sang de la croix.

 

Le Pape Pie XI voyait déjà que l'éloignement de Dieu dans la société, dans la famille et dans l'éducation étaient les principales causes de tous ces maux modernes et il déclarait explicitement les slogans et les programmes de Saint Pie X (Instaurare omnia in Christo) et de Benoît XV (restauration de la paix).

 

De cette manière, il proposait de réaliser la paix du Christ dans le royaume du Christ (pax Christi in regno Christi).

Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables - une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix -- se répandraient infailliblement sur la société tout entière.

Encyclique du pape Pie XI, Quas Primas n° 14 du 11 décembre 1925

Solennité du Christ Roi de l'univers

Video : Gloria.tv

 

La fête du Christ Roi a été instituée en 1925 par le Pape Pie XI, avec l'encyclique "Quas Primas". Le Pape déclara qu'avec cette fête "c'est désormais à notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d'apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine, le laïcisme."

 

Pie XI faisait précéder la Toussaint par la fête du Christ Roi afin de montrer que la foi catholique vécue dans la Cité devait emprunter les chemins de sanctification suivis par les saints. Durant ces années au Mexique les "Cristeros" persécutés par le gouvernement franc-maçon se battaient pour la liberté religieuse et mouraient en criant "Viva Cristo Rey" ("Vive le Christ Roi").

 

Aujourd'hui, l'Église fête la solennité du Christ Roi le dernier dimanche de l'année liturgique pour montrer que le Christ est le "commencement et la fin" (Ap 1,8), le Maître du temps et de l'Histoire. Cette fête est la conséquence liturgique de la conception théologique scotiste du XIVe siècle (ordre franciscain) reconnaissant au Christ une place suréminente dans l'œuvre de la Création et de la Rédemption. Celui que S. Jean dans l'Apocalypse appelle "l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin" (Ap 1,8), est la cause, le chef et l'achèvement de toute la Création spirituelle et sensible.

 

Vous avez sans doute entendu dire que "tous les chemins viennent à Rome", il est tout aussi vrai de dire que tous les chemins viennent de Rome !

 

Nous allons ainsi découvrir comment l'Eglise catholique a bâti la civilisation occidentale

 

La charité publique, les "Lumières" avec leurs déclarations de droits elles-mêmes, les droits de l'homme au Moyen-Age sous l'action de l'Eglise et du clergé, les droits des femmes inventés au "Moyen-Age (et détruits avec la Renaissance et la modernité) étaient des concepts inconnus dans l'antiquité.

 

Le libre marché lui-même tempéré par des interventions de l'autorité étatique (théorisé par des scolastiques de l'école de Salamanque, 16e siècle), la" laïcité", n'eurent pas pu naître sans le christianisme. (Cf. Dr. Thomas Ernest Woods, How the Catholic Church Built Western Civilization, 2005.)

 

Cette civilisation était-elle parfaite ? Non, loin de là. Le monde avec des institutions parfaites n'existe pas ! La perfection n'est pas de ce monde. Mais à bien des égards, la civilisation catholique dépasse tout ce qui avait été vu jusque-là, non seulement par ses réalisations effectives, mais aussi par ses idées, et sa vision du monde - ce à quoi elle aspirait.

Soyez attentifs, vous qui êtes mon peuple ; et vous, les nations, prêtez-moi l’oreille ! Car de moi sortira la loi, mon droit sera la lumière des peuples ! Soudain, je rendrai proche ma justice, mon salut va paraître, et mon bras gouvernera les peuples.

Livre d'Isaïe 51, 4-5

Solennité du Christ Roi de l'univers

Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement, à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront.

Genèse 49,10

Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur. ...

Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs.

Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays.

Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant.

La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.

Livre d'Isaïe 11,1-5

Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s'est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ;

il s'est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d'Israël ; la terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu.

… il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture.

Psaume 97

Car Dieu est roi de toute la terre ; chantez un cantique de louange.

Dieu règne sur les nations, il siège sur son trône saint.

Psaume 47, Bible Catholique Crampon 1923

Je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme.

... Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Daniel 7, 13-14

"(Le prophète) Daniel, prédisant la constitution par le Dieu du ciel d'un royaume qui ne sera jamais renversé... et qui durera éternellement (Dn 7,14), peu après, ajoute:

 

Je regardais durant une vision nocturne, et voilà que, sur les nuées du ciel, quelqu'un s'avançait semblable au Fils de l'homme; il parvint jusqu'auprès de l'Ancien des jours et on le présenta devant lui. Et celui-ci lui donna la puissance, l'honneur et la royauté; tous les peuples, de toutes races et de toutes langues, le serviront; sa puissance est une puissance éternelle, qui ne lui sera pas retirée, et son royaume sera incorruptible,'' écrit Pie XI dans Quas Primas, § 6, à propos de Dn 7,13-14.

Un royaume spirituel 

 

Mgr Louis-Édouard Pie (1815-1880), évêque de Poitiers, cardinal et prélat antilibéral du XIXe siècle, a expliqué la doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ.

 

La parole du Christ "Mon Royaume n'est pas de ce monde" (Jn 18,36) est souvent interprétée faussement par les libéraux qui vivent comme si le royaume de Dieu ne devait déjà pas s'exercer sur cette terre. Cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que la royauté du Christ vient d'en haut, et non de ce monde. Son pouvoir tire son origine du Ciel et non d'ici-bas. La royauté du Christ va avec 'Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu D’EN haut...' (Jn 19,11).

 

Saint Paul précise : "comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel" (1 Co 15,48). 

 

La royauté du Christ s'exerce sur toutes les réalités, ici-bas comme au Ciel, tout ayant été fait "en" lui, "par" lui et "pour" lui (Colossiens 1,16).

 

"Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin." (Lc 1,33

 

"Car en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité"... (Colossiens 2,9)

Jésus se déclare Roi devant Pilate en disant : "Tu l’as dit, je suis roi. C'est pour cela que je suis né et c'est pour cela que je suis venu au monde…" (Jn 18, 37).

 

Cette déclaration impressionna tellement Pilate que, après la crucifixion de Jésus, il ordonna qu'un écriteau soit placé sur la croix au-dessus de sa tête avec cette inscription précise : "Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum'' (INRI), "Jésus le Nazaréen, roi des Juifs" (Jn 19, 19).

 

La royauté de Jésus n'a rien à voir avec nos images habituelles des rois

 

L'Évangile (Mt 21,1 - 9, Mc 11,1 - 10, Lc 19, 28 - 40) raconte qu'à proximité de la fête de la Pâque juive, Jésus décida de faire une entrée solennelle à Jérusalem (Rameaux). Il organisa son entrée en envoyant deux disciples chercher un ânon. Il entra à Jérusalem sur une monture pour se manifester publiquement comme le Messie que les juifs attendaient. C'est une monture modeste comme l'avait annoncé le prophète pour montrer le caractère humble et pacifique de son règne.

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira.

La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage.

Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main.

Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.

Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

Livre d'Isaïe 11,6-10

"Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas." (Luc 18,17)

Le prophète Osée 2,20-25 décrit ainsi ce royaume : "En ces jours-là […] l’arc, l’épée et la guerre, je les briserai pour en délivrer le pays ; et ses habitants, je les ferai reposer en sécurité. Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse ; je ferai de toi mon épouse dans la loyauté, et tu connaîtras le Seigneur. En ce jour-là je répondrai – oracle du Seigneur ; oui, je répondrai aux cieux, eux, ils répondront à l’appel de la terre ; la terre répondra au froment, au vin nouveau et à l’huile fraîche, eux, ils répondront à la ''Vallée-de-la-fertilité''. Je m’en ferai une terre ensemencée, J’aimerai celle qu’on appelait ''Pas-Aimée'' et à celui qu’on appelait ''Pas-mon-Peuple'', je dirai : ''Tu es mon peuple'', et il dira : ''Tu es mon Dieu !''

 

Jésus, l'humble homme de Nazareth, nous invite à le suivre jusqu'à son atelier de menuiserie ou le long du lac de Tibériade. Vêtu simplement, il nous invite à le suivre, comme un homme humble à Nazareth et comme le Dieu tout-puissant auquel nous donnons tout et ne gardons rien pour nous-même :

 

"Il est le Roi des cœurs, à cause de son inconcevable charité qui surpasse toute compréhension humaine (Eph 3:19) et à cause de sa douceur et de sa bonté qui attirent à lui tous les cœurs: car dans tout le genre humain il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais personne pour être aimé comme le Christ Jésus." (Quas Primas 4)

 

Le Christ ne prône pas la révolte mais la réformation; il ne cherche pas la Révolution politique, mais la conversion intérieure."Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé." (Jn 4,34) Jésus ne détruit ni n'annule rien, il accomplit.

 

Respectant notre libre-arbitre, Jésus-Christ ne règne ni par contrainte ni par force mais par Son Esprit. "Ceci est la parole de Yahweh à Zorobabel, savoir : 'Ni par une armée, ni par la force, mais par mon Esprit', dit Yahweh des armées." (Zacharie 4,6)

 

 

Sur la Croix, alors que deux malfaiteurs étaient crucifiés avec lui, le peuple restait là à observer, les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : "Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu !" Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant :"Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !" Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : "Celui-ci est le roi des Juifs." L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : "N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi !" Mais l’autre lui fit de vifs reproches : "Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal." Et il disait : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume." Jésus lui déclara : "Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis." (Lc 23,35-40)

 

"Il est venu tout réconcilier, faisant la paix par le sang de sa croix (Col. 1:20); C’est lui, le Christ, l'Oint qui est notre paix ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres par le moyen de la croix; en sa personne il a tué la haine." (Ephésiens 2,14-16).

 

Cor ad cor loquitur, le cœur parle au cœur". Jésus vient habiter dans nos cœurs. Son trône d'amour devient nos cœurs. Le règne social du Seigneur, doux et humble de cœur, ne s'impose pas par la force, mais par "l'esprit". Lorsque le chrétien reconnaît le Christ "Roi", cela signifie qu'il reconnaît au Christ la royauté, sur lui-même, et tout ce qu'il a : il ne garde rien pour lui mais lui donne tout.

 

"Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi." (Apocalypse 3,20)

 

"Jésus lui répondit : 'Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.'" (Jean 14,23 )

 

Le Cardinal S. John Henry Newman que Léon XIV déclarera bientôt "Docteur de l'Église universelle" choisit la devise "Cor ad cor loquitur" ("Le cœur parle au cœur") comme expression de sa conversion dans son propre cœur, par le cœur de Dieu.

 

Il s'agit d'un royaume d'amour, un royaume spirituel, et non matériel, pour ceux qui sont nés de l'eau et de l'esprit. (Jn 3,5), sont devenus des créatures nouvelles (Ga 6,15) et qui persévèrent ici-bas dans la communion avec Dieu jusqu'à sa mort (Mc 13,13), naissance  à la vraie vie, à la vie de Dieu (Jn 14, 1-3) Un Royaume où "tous les hommes sont appelés à faire partie du peuple de Dieu" (CEC n°831).

 

"Le Royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force matérielle des armes. [Ainsi, lorsque Jésus est livré par Judas et arrêté à la demande du grand prêtre Caïphe, "l’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. Alors Jésus lui dit : 'Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée (sans autorité ou mandat légitime. Ndlr.) périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges'" (Mt 26: 51-53). "Les armes de notre combat ne sont pas charnelles" (2 Co 10,4) ; nous ne combattons pas avec les moyens de la chair (2 Co 10,3). La panoplie du chrétien ne comporte aucune armure, aucun équipement matériel. Les Chrétiens ont bien un glaive, mais c'est le casque du salut et le glaive de l'Esprit (Ep 6,17)] Mais il ne résulte aucunement de ces enseignements que le Christ ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations." (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, O.M.C., Lecteur émérite en théologie, Editions Saint-Rémi, p. 30), ni que le métier des armes soit interdit.

 

Une prophétie tirée du livre du prophète Isaïe dans l'Ancien Testament, précise par exemple : "Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit." La prophétie d'Isaïe poursuit au sujet du Messie : "Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois. Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui crée les cieux et les déploie, qui affermit la terre et ce qu’elle produit ; il donne le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent." (Is 42, 1-5.

 

Au XVIe siècle, contre ceux qui avait imposé la religion protestante par la force à Genève en 1535-1536 et en avait chassé l'évêque catholique, saint François de Sales dont la devise était, "Rien par force, tout par amour", dit, en 1594 : "C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut la recouvrer. Il faut [les] renverser par des prières ardentes et livrer l'assaut par la charité fraternelle." 

'’Comment le Christ régnera dans le monde ? D’abord, en régnant en chacun de nous. Et comment le fera-t-il ? En régnant en chacunes de nos actions, de nos pensées, chacun de nos désirs.’’

'’Comment le Christ régnera dans le monde ? D’abord, en régnant en chacun de nous. Et comment le fera-t-il ? En régnant en chacunes de nos actions, de nos pensées, chacun de nos désirs.’’

Le royaume messianique est à la fois présent et futur. Il est les deux à la fois. L'Église est le royaume du Christ déjà présent.

 

"Qu'il ne puisse s'agir seulement d'une communauté future d'ordre eschatologique, c'est ce qu'il est aisé de conclure de la parabole de l'ivraie, où le champ qui nous est décrit (le monde) contient simultanément de l'ivraie et du bon grain : 'en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson (la fin du monde), je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier” (Mt 13,24-30); d'autres paraboles comme celle du filet (Mt 13, 47-48), des talents (Mt 25- 14-30), des dix vierges (Mt 25, 1-13), du grain de sénevé dans sa croissance (Mt 13,32).

 

"Toute cette prédication du Christ était en continuité avec celle des prophètes (de l'AT) qui annonçaient aussi un royaume social. Elle reprend leurs termes et leur comparaisons. (Le pasteur et le troupeau de Mich 2,12; Ezech 34; la vigne de Is 5, 1-17; 27, 1-5; la parabole du cèdre dans Ezechiel 17,23, qui a des traits communs avec celle du grain de sénevé de Matthieu 13, 32.

 

"(...) La communauté chrétienne (...) [à] l'opposé de la 'Jérusalem actuelle', terrestre et nationale, (...) est la 'Jérusalem d'en-haut' (1 Co 10, 18), céleste et spirituelle (Ga 4, 25-26). (Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, 1955, rééd Albin Michel, Paris, 1994, p. 54.)

 

"Depuis le Christ, il y a donc désormais sur terre ce qui ne s'était jamais vu auparavant, ni chez les Juifs, ni chez les païens – deux ordres de souveraineté : une souveraineté temporelle autonome, avec ses lois, sa police, son droit de contrainte physique sur les malfaiteurs sociaux; et une souveraineté spirituelle autonome, ordonnée au salut des hommes, avec ses lois et sa discipline, mais pourvue seulement de moyens spirituels." (Joseph Lecler, L'Église et la souveraineté de l'État, Paris, 1946, p. 20.) Ce qui met fin à :

-l'holisme antique moniste (J. Largeault, Réductionnisme et holisme, Encyclopaedia universalis, 2000, vol. 19, p. 523-527) où l'univers est une seule réalité, le monde matériel et le monde spirituel sont liés (alors que le dualisme chrétien voient une séparation entre le monde matériel et le monde spirituel, Dieu le Créateur d'un côté et Sa création de l'autre),

-à l'histoire cyclique païenne,

-et libère l'homme de sa destinée passive et de son inclusion à un ordre cosmique prédéterminé. 

 

Lorsque le christianisme a paru dans l'empire romain, les "convictions choisies" des chrétiens "et non reçues de leurs aïeux, semblent à un pouvoir autoritaire (ce qu'est, en vérité, le pouvoir des empereurs romains) une outrecuidante revendication de liberté personnelle." (Jean-Marie Salamito, Introduction dans Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd., Nrf Gallimard, Lonrai 2017, p. XXIV.)

 

Ainsi, ''quand le christianisme a paru dans le monde, c'est la liberté, la liberté morale de l'homme qu'il a invoquée. Il le fallait bien, puisqu'il venait abolir les croyances [holistiques antiques. Ndlr.] anciennes, protégées par les pouvoirs établis. … il a fait appel à la conscience libre de l'homme [libre arbitre], et il a affirmé en principe cette liberté qu'en fait il pratiquait : 'Il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes', a dit Saint Pierre. (Ac 5,29)... 

 

"S'il y a quelque liberté dans le monde, si cette liberté qu'on nous oppose tant y occupe une si grande place, si elle est le grand caractère de la civilisation moderne, M. Guizot (1787-1874) [historien et homme d'État français, membre de l'Académie française] le sait très bien, il nous l'a lui-même éloquemment appris, c'est à nous, à nous seuls et à notre doctrine qu'on le doit...

 

"La vraie devise de cette liberté devrait être cette grande parole de ceux qui en furent les premiers martyrs : 'Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes.' (Ac 5,29) Quand M. Guizot dit que le christianisme a commencé par invoquer et par mettre en jeu la liberté, il a bien raison ; mais la liberté par l'obéissance à Dieu, à Jésus-Christ et à Son Église... (Mt 16,18)'' (Auguste NICOLAS - Du protestantisme et de toutes les hérésies dans leur rapport avec le socialisme, A. Vaton Libraire Editeur, Paris 1852, p. 69-73)

 

"Royaume ... déjà présent sur cette terre", mais dans le mystère - le Concile Vatican II le rappelle dans la constitution pastorale "Gaudium et spes" (n°39) - il parviendra à sa pleine perfection à la fin des temps avec la venue du Seigneur, Juge suprême et Roi, pour juger les vivants et les morts (Mt 25, 31 ss).

 

Le Christ a maintes fois décrit l'Église comme un royaume de Dieu visible et social. Les paraboles le comparent à un champ ensemencé (Mt 13,24); à une vigne pour la culture de laquelle le père de famille loue les ouvriers (Mt 20, 1-2; 21, 33-35); à un troupeau dont il est le pasteur (Jn 10); à un grain de sénevé qui devient un arbuste (Mt 13, 32); à un plan de vigne dont il est le cep et les disciples les rameaux (Jn 15, 1-8); à une famille où sous la direction du maître travaillent de nombreux serviteurs (Mt 25, 14-30; 24, 45-51); à une exploitation agricole qu'administre un intendant (Lc 16, 1-8.)

 

Si l'Église était fondamentalement "invisible", alors les chrétiens ne sauraient rien de leur religion depuis l'époque des apôtres. L'expression "pas de ce monde" ne signifie donc pas que le royaume du Christ est invisible. Cela signifie qu'il est établi et soutenu par Dieu comme aucun royaume terrestre ne l'est. Dieu n'a fait aucune des promesses qu'il a faites à son Église à quelqu'un d'autre ou quelque chose d'autre.

 

Si vous regardez les prophéties de l'Ancien Testament sur le royaume messianique, vous voyez encore qu'elles parlent de rois qui viennent dans le royaume et apportent leurs trésors.

 

Dieu dit à Moïse : "c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre." (Dt 4,39)  Jésus dit de lui-même : "Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre." (Mt 28,18). 

 

Lire : Brant Pitre sur les racines juives de la papauté

 

Cela inclut les pouvoirs temporels qui détiennent l'épée au nom de la justice terrestre (Rom. 13), ainsi que la prêtrise, qui détient les clés afin d'enseigner avec autorité aux nations à observer tout ce que le Christ a ordonné, à savoir les dogmes de la foi et la loi morale (le premier et le deuxième grand commandement). Les rois, les princes, les présidents, les premiers ministres, etc., qui reconnaissent la foi catholique, en tant que laïcs, placés sous l'autorité spirituelle du sacerdoce catholique, sont chargés du bien commun temporel de la communauté. Et en ce qui concerne le dogme et la morale, ils sont sous l'autorité des prêtres de Dieu.

 

Le fait que le Royaume du Christ ne soit pas de ce monde signifie simplement ce qui suit :

(1) Il est établi par Dieu grâce à un sacrifice de soi, par amour de la part de Dieu incarné, plutôt que (comme la plupart des autres royaumes) par le sacrifice d'autrui par haine de la part d'hommes violents ;

(2) Il durera éternellement, contrairement aux royaumes fondés par les hommes ; et

(3) Il persistera et triomphera même lorsque ses affaires temporelles subiront une catastrophe, comme l'Église en a eu à de nombreuses reprises, et en aura particulièrement sous le règne de l'Antichrist.

 

 

Le Christ n'a pas besoin de permission humaine pour régner, car Il est Dieu. Les empires, les régimes politiques passent, Rome est tombée, Jérusalem a été détruite et le temple n'a jamais été reconstruit. Au lieu de cela, l’eucharistie, le corps du Christ  est devenu le nouveau temple (Jn 2,19-21), célébré chaque jour aux quatre coins du monde.

À l’heure actuelle, le Corps, le Sang, l'Âme et la Divinité du Messie peuvent être rencontrés sur chaque autel catholique de la planète. L'Eucharistie, telle que prophétisée par le prophète juif Malachie (1:11), a été offerte parmi les nations païennes comme sacrifice unique, final et ultime à Dieu il y a 2000 ans. Par la grâce de Dieu, reçue avec prééminence dans les sacrements, Dieu habite à présent dans nos cœurs, faisant d'eux de petits "temples" de Sa présence, des éléments constitutifs du Temple plus vaste, Son Église, dans laquelle Il demeure éternellement, promettant qu'il ne sera jamais vaincu par l'Enfer.

Et le jour viendra où tout genou flechira (Philippiens 2,10), pour reconnaître le Crucifié comme le Seigneur (Matthieu 23,39) qui avait été rejeté, avec pleurs et humiliations (Cf. Zacharie 12,10). Et alors "tout Israël sera sauvé" (Romains 11,26).

C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,

afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,

et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Philippiens 2,9-11

Nous ignorons simplement le temps de l’achèvement de la terre et de l’humanité et il ne nous appartient pas de le connaître (Ac 1,7); mais, nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle terre où régnera la justice (2 Co 5, 2 ; 2 P 3, 13) et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme (1 Co 2, 9 ; Ap 21, 4-5). Alors, la mort vaincue, les fils de Dieu ressusciteront dans le Christ, et ce qui fut semé dans la faiblesse et la corruption revêtira l’incorruptibilité (1 Co 15, 42.53). La charité et ses œuvres demeureront (1 Co 13, 8 ; 3, 14) et toute cette création que Dieu a faite pour l’homme sera délivrée de l’esclavage de la vanité. L’attente de la nouvelle terre, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine. (Gs 39)

 

 

 

Les apports du christianisme

 

Quelques contributions de l'Église au monde et au progrès terrestre :

 

Sans l'Église, pas de "Bible"

 

Jésus-Christ n'a rien écrit, il n'a pas laissé de bible. Ce qu'Il nous a laissé c'est l'Église, "colonne et fondement de la vérité" (1 Tm 3,15) et la tradition orale des apôtres reçue des enseignements de Jésus-Christ. 

Ni les apôtres ni les premiers chrétiens n'avaient de Bible (jusqu'au IVe siècle). 

À l’époque du Second Temple et à l’époque des Apôtres, il n’existait pas de canon unique universellement accepté des Écritures hébraïques – ce que nous appelons aujourd’hui l’Ancien Testament. Les pharisiens, les sadducéens et les esséniens avaient chacun des points de vue différents sur les livres considérés comme faisant autorité.

L’Église catholique est responsable du rassemblement et de la canonisation des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament au IVe siècle. 

 

Sans l'Église, pas de "laïcité"

 

"Ne voyons surtout pas dans le règne social du Christ une confusion du temporel et du spirituel. Le monde antique, païen ou juif, opère cette confusion, et l'empereur Constantin conservera une vision païenne du pouvoir où le Prince Souverain Pontife intervient dans les affaires religieuses (césarisme). De très bonne heure, c'est l'Occident pourtant qui admit la dualité des pouvoirs temporel (séculier) et spirituel (religieux) : "Duo quippe sunt potestates", en effet il y a deux pouvoirs, écrit le pape Gélase Ier à l'empereur Anastase au Ve siècle en 494 pour le réprimander de cette tendance des empereurs à vouloir dire la doctrine et décider pour l'Église.

 

Aujourd'hui, "en étant dirigé contre le christianisme, la laïcité fait fausse route car elle scie la branche où elle-même se trouve assise. En effet, c’est le christianisme qui a fondé la distinction des ordres spirituels et temporels, chacun d’eux fonctionnant selon leurs règles propres avec des dirigeants distincts. Par sa réflexion sur l’autonomie de la raison et sa capacité à connaître des vérités naturelles sans le secours de la foi, Thomas d’Aquin a fondé, au XIIIe siècle, la possibilité théorique d’un espace commun qui ne fait pas appel aux arguments d’autorité mais repose sur une loi naturelle mutuellement partagée entre les hommes et que la foi chrétienne ne fait que conforter dans l’ordre de la grâce. Cette autonomie des réalités temporelles – qui n’est jamais une indépendance totale - est le propre du christianisme." (Benoit Dumoulin, Professeur d'histoire des idées politiques à l'Institut catholique de Paris, "Dirigée contre le christianisme, la laïcité scie la branche sur laquelle elle se trouve elle-même assise", Le Figaro, 10-12-2025)

 

''Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu'' : la laïcité naît de la liberté de culte, de cette "outrecuidante revendication de liberté personnelle" des premiers chrétiens qui, "par leurs attachements à des convictions individuelles, par leur distinction audacieuse du politique et du religieux ..., sont d'une certaine façon en avance sur leur propre époque." (Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017, p. XXIV)

 

"Saint Augustin au Ve siècle distingue "les deux cités" (temporel et spirituel). La "réforme grégorienne" au XIe siècle corrigera ce défaut de l'empiètement des rois et des empereurs (Voir un peu plus bas). C'est le Christ qui distingue le temporel du spirituel : 'Rendez à César ce qui appartient à César' (Mc 12,17Mt 22,21Lc 20,25).

 

Mais si Jésus affirme sa royauté spirituelle, le monde, lui, n'a pas droit à l'indifférence religieuse : "Je suis la lumière du monde" (Jn 8,12) (Gérard BEDEL, Le Cardinal Pie, Un défenseur des droits de Dieu, Clovis Diffusion, Suresnes 2015, p. 61). En Lituanie, en 2009, la laïcité n'empêche pas la Royauté sociale du Christ. En 2016, la Pologne a consacré le pays au Christ Roi. Simplement, la distinction ne veut pas dire séparation. Rendre à César ce qui est à César ne dispense pas César de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

Il y a une "saine laïcité" (Pie XII) et selon S. Jean-Paul II une "saine collaboration" (Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion 2005, p.145-146) Pour Benoît XVI, la distinction entre l'Eglise et l'Etat et leur autonomie est un "grand progrès de l'humanité", et même la condition de sa propre "liberté". Il appartient "à la structure" même du christianisme de "faire la distinction" entre "ce qui est à César" et ce qui est à Dieu", entre "Eglise et Etat" (cf. Deus caritas est, § 28). Dans la Cité de Dieu, Saint Augustin affirme que la cité de Dieu et la cité terrestre "avancent ensemble, enchevêtrées l'une dans l'autre jusqu'à ce que le jugement dernier survienne et les sépare". (Cf. Benoît XVI: "la vraie laïcité" a été définie par saint Augustin, 20 fév 2008, AFP)

"Quand on affirme que la religion n'a pas sa place en politique, cela revient à dire que Dieu n'a rien à voir avec la vie publique des hommes. On aboutit alors à une société athée, qui met en oeuvre une politique athée, et donc antihumaine. La société humaine en tant que telle a elle aussi été créée par Dieu, et elle a même été conçue et créée pour le Christ (Cf. Col I, 16-17.) Toute chose est créée pour le Christ, y compris la politique et la société humaine." (Mgr Athanasius Schneider, Christus vincit, Le Triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps, Contretemps, Versailles 2020, p. 91)

 

"Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus, et n'est pas le Dieu des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu, dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est finalement dire que Christ n'est pas divin..., dire que l'Église est juge de la morale privée et n'a rien à voir avec la morale publique, c'est dire finalement qu'elle n'est pas divine." (Cardinal Pie).

 

En substituant la philosophie à la religion, le profane au Sacré, la thèse libérale moderne prétend fonder un contrat social indépendant de toute société extérieure à l'État. Dans ce système, tout vient de l'État et tout revient à l'État. Mais cette thèse qui prétend que l'État doit être purement laïque est une exagération de la parole du Christ et aboutit à rendre tout à César. "C'est-à-dire encore que, sous prétexte d'échapper à la théocratie imaginaire de l'Église, il faut acclamer une autre théocratie aussi absolue qu'elle est illégitime, la théocratie de César, chef et arbitre de la religion, oracle suprême de la doctrine et du droit..." (Cardinal Pie, Homélie sur le Panégyrique de saint Emilien, Nantes, 8 novembre 1859, III, p. 511-518 cité in Gérard Bedel, Le Cardinal Pie, ibid., p. 65-66.)

 

Le pape Pie IX (1846-1878), a ainsi pu légitimement dénoncer un défaut majeur de l'État moderne, en ce qu'il se proclame "origine et source de tout droit", qui prétend jouir "d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 91.)

 

Matthieu 8:23-27,Marc 4:35-41,Luc 8:22-25, Matthieu 14,24-33

Matthieu 8:23-27,Marc 4:35-41,Luc 8:22-25, Matthieu 14,24-33

Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude.

Évangile selon Saint Matthieu 20:28

 

"Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert... Moi je suis au milieu de vous comme le serviteur." (Lc 22,26-27; Matthieu 20:26-27); maître de toutes créatures, il a donné lui-même l'exemple de l'humilité et a fait de l'humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. (Mt 11,30)" (Quas Primas 15). 

 

Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes qu'il leur faille invoquer pour être sauvés (Ac 4:12).

 

De la lignée de David, choisi par Dieu et marqué par l'onction royale, Il est le pasteur et le roi qui refait l'unité du peuple. Ce royaume, Saint Paul en parle non pas comme d'un monde étranger, d'un au-delà, mais comme une réalité déjà présente dans laquelle nous sommes déjà introduits par le Christ et avec lui. Jésus a tout réconcilié par le sang de sa croix. Ce royaume est déjà commencé, malgré les violences et les ténèbres qui enserrent notre monde. (Col. 1, 13-20)

 

Prétendre que le Christ ne doit pas régner sur les sociétés revient à dire que le Christ serait mort en vain sur la Croix et que ses lois n'auraient pas à être suivies par les souverains et les nations. "Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. [...] C'est le droit de Dieu de commander aux états comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre." (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, ibid., p. 43-44; 73).

 

Devant Pilate lui demandant s'il était roi, Jésus répondit : "Tu l'as dit, je suis roi. Si je suis né et si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité, écoute ma voix." (Jn, 18:37).

 

Le titulus crucis, titre de la Croix que Pilate fit placer au-dessus de la tête du Christ lors de sa crucifixion est "Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm" (INRI), traduit par "Jésus de Nazareth, roi des Judéens", ou "Jésus de Nazareth, Roi des Juifs" (Jn 19, 19). L'inscription était en trois langues, en hébreu, en grec et en latin (Jn 19,20).

 

Le grand moyen de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du Ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, ibid., p. 86.)

 

Se manifestant aux Onze pendant qu'ils étaient à table, Jésus ressuscité leur dit : "Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création." (Mc 16,15). En montant au Ciel, lors de son Ascension, Jésus adressa encore ces paroles explicites à ses disciples : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre", leur commandant : "Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps." (Mt 28:18-19). "Garder" ce qu'Il a prescrit, "tout pouvoir" lui ayant été donné, "au ciel et sur la terre", sont les termes qu'emploie Jésus. Il y a un devoir d'évangéliser les nations sur la terre, c'est-à-dire d'apprendre aux nations, et à leurs souverains, à "garder" les enseignements du Christ. 

A Lui seul soit le gouvernement

 

La louange et la joie

 

Jusqu'à l'accomplissement des temps. Amen !

 

Les jours meilleurs arrivent !

 

Les bons temps arrivent !

 

Par le rachat du Sang du Christ !

 

Maintien dans la joie

 

Félicitations !

 

Et bonne fortune !

 

La Paix du Christ vient

 

Le Règne du Chrits arrive

 

Rendons grâce à Dieu. Amen.

 

La Grande guerre prouve la vanité de l'optimisme des "Lumières". Cherchant à rétablir la distinction des deux pouvoirs temporel et spirituel, opposant une "laïcité saine" à la "laïcité anticléricale", et constatant l'échec du système libéral moderne, cet athéisme public où tout vient de César et revient à César, et où une modernité crée des rapports sociaux injustes, méprise l'autorité spirituelle et conduit au "suicide de l'Europe civilisée" via des idées politiques autoritaires ou totalitaires, suite au conflit mondial de 1914, le pape Pie XI (1922-1939) instaure en 1925 la fête et la théologie du Christ-Roi comme remède. 

21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l'obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d'obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l'ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l'ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles."

(
Pie XI, Lettre encyclique Quas Primas instituant la fête du Christ-Roi, § 21., 1925)


La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ (Cardinal Pie)
 
P. THEOTIME DE SAINT JUST O.M.C.
LECTEUR EMERITE EN THEOLOGIE
LA ROYAUTÉ SOCIALE DE N. S. JESUS-CHRIST D’APRÈS LE CARDINAL PIE

 

Image du Christ, Roi des Nations; extrait de la magnifique tenture de l'Apocalyspe exposée au chateau d'Angers, rescapée des destructions de la Révolution dite française.(Merci aux divers responsables qui ont permis la mise en valeur de ce trésor)
Image du Christ, Roi des Nations; extrait de la magnifique tenture de l'Apocalyspe exposée au chateau d'Angers, rescapée des destructions de la Révolution dite française.(Merci aux divers responsables qui ont permis la mise en valeur de ce trésor)

 

{Editions de Chiré BP 1 86190 Chiré en Montreuil 05 49 51 83 04 /
Editions Sainte jeanne d'Arc les Guillots 18260 Villegenon 02 48 73 74 22 }


«JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...»

«METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU COEUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS ».

«JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR... » (CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493).

"Les Pères de l'Église élaborent un 'hellénisme chrétien' qui est un véritable miracle de l'histoire humaine', comme le dit le cardinal Daniélou (L'Église des premiers temps, Seuil, 1985, p. 137). La formule est excellente.

 

"L'hellénisme chrétien à l'origine de la civilisation occidentale aurait pu avec le temps inscrire l'histoire dans le dessein de Dieu, sans la Révolution évidemment, c'est-à-dire sans la Renaissance, donc sans les ésotéristes chrétiens, et surtout sans le mouvement ésotérique qui va transmettre la pensée hellénistique aux initiés de la Renaissance et de la Révolution, ces deux défaites de l'Occident chrétien.

 

"[...] Saint Augustin a latinisé la culture grecque, ce qui permet à l'augustinisme d'atteindre à l'universel." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 116; 233)

 

On a pu reprocher les empiétements de l'Église sur le pouvoir temporel des rois. Ceux-ci ont une explication historique simple : des empereurs de la Rome tardive ont prétendu intervenir dans la vie de la jeune Église chrétienne en nommant les évêques, en imposant des papes, en convoquant des conciles, en légiférant en matière de discipline ecclésiastique, en intervenant dans les débats doctrinaux. 

Les rois capétiens, les rois d'Angleterre, les empereurs du Saint empire romain germanique furent ainsi nombreux à intervenir dans la vie de l'Église, en désignant des évêques, légiférant en matière de discipline ecclésiastique. (Source: Dictionnaire du Moyen-Âge, sous la direction de Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink, Quadrige, Puf, 2002, p. 242).

 

Or, l'Église est seule maîtresse de sa morale et de son dogme (Cf. Saint Athanase, Saint Ambroise, Saint Jean Chrysostome, Saint Augustin). 

 

L'idée (venant de sectes protestantes) selon laquelle l'empereur Constantin (310-337) et les empereurs suivants auraient modifié la foi chrétienne dans un sens "païen" est facilement réfutable si vous lisez simplement les Pères de l'Église de cette époque. Ils luttaient constamment pour la foi catholique contre la pression impériale et la persécution. Et ils ont gagné :

 

"Après la conversion de l'Empire, (...) dès Constantin (...) l''évêque du dehors' (l'empereur) qui convoquait les conciles, s'engagea résolument dans les querelles religieuses. (...) Cette politique religieuse des empereurs allait peser lourdement sur les destinées de la chrétienté. (...) Dans son Histoire des Ariens, Athanase d'Alexandrie reproduit (...) la réponse de ses collègues occidentaux (Hilaire de Poitiers, Osius) à l'empereur, lors du concile de Milan (355). S'adressant au Pères, Constance (337-361) les pressait de signer la déposition du patriarche d'Alexandrie, champion de l'orthodoxie nicéenne (catholique).

 

"(...) 'Ils (les Pères) remontrèrent à l'empereur, écrit Athanase, que l'autorité n'était pas à lui, que Dieu la lui avait donnée... Ils lui conseillèrent de ne pas introduire la confusion dans les choses ecclésiastiques, de ne pas introduire le pouvoir civil dans la constitution de l'Eglise.'

 

"(...) Osius de Cordoue, écrivait dans le même sens, et avec plus de vigueur (356) : 'Il nous est ordonné de rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Il ne nous est pas permis de nous attribuer l'autorité impériale. Vous n'avez aussi aucun pouvoir dans le ministère des saintes choses.' (Historia arianorum 40)

 

"(...) Gélase (492-496) s'inquiétait fort de l'action impériale en faveur de l'hérésie monophysite. (...) Dans le De anathematis vinculo (494) il montre pourquoi le pouvoir royal a perdu ses attributions religieuses depuis l'avènement du Christ : "Avant l'avènement du Christ, (...) il y eut des hommes qui furent réellement prêtres et rois tout ensemble, tel Melchisédech, comme nous le raconte l'histoire sainte. Le diable en a fait autant avec les siens, lui qui s'efforce de revendiquer tyranniquement pour lui les honneurs dus au seul Dieu : c'est ainsi que les empereurs païens ont été appelés également grands pontifes. Mais depuis qu'a paru le véritable prêtre et roi, l'empereur ne s'est plus attribué désormais le titre de pontife et le prêtre n'a plus revendiqué la dignité royale."

 

"Ainsi (...) depuis l'Incarnation, seul le Christ peut être prêtre et roi. (...) Il explique pourquoi le Christ a séparé ces deux dignités et établi le dualisme du temporel et du spirituel : (...) le pouvoir  spirituel se tient éloigné des embûches du monde et, combattant pour Dieu, ne s'immisce pas dans les affaires du siècle, tandis qu'à son tour le pouvoir séculier se garde bien de prendre la direction des affaires divines. À rester ainsi modestement à sa place, chaque puissance évite de s'enorgueillir en accaparant pour elle toute l'autorité et elle acquiert une compétence plus grande dans les fonctions qui lui sont propres'." (Joseph LECLER, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, 1955, rééd. Albin Michel, Paris 1994, p. 77-81.)

 

Au IXe siècle, l'évêque Jean d'Orléans , poète à la Cour de Charlemagne, écrit: 

 

''Tous les hommes fidèles doivent savoir que l’Église universelle est le Corps du Christ ; que son Chef n'est autre que Christ ; que deux pouvoirs régnant s'y distinguent : à savoir, celui des prêtres et celui des rois ; et aussi que le pouvoir des prêtres est d'autant plus excellent que ce sont eux qui doivent rendre compte à Dieu même des rois.'' (Jean d'Orléans, évêque, Le métier de roi, ch. 1, v. 800 ap. J.-C.)

 

« Les siècles de la féodalité, longtemps définis comme des siècles de fer', correspondent en réalité au moment du "décollage" européen ». (Jean-Louis BIGET, Préface dans Florian MAZEL, 888-1180 Féodalités, Histoire de France, sous la direction de Joël Cornette, Folio, Gallimard, Trebaseleghe, Italie 2019, p. 10.) 

L'essor de l'Europe s'écrit en termes de christianisme et de monarchie, la décadence de l'Europe en termes de républicanisme, de progressisme et d'impiété.

Erik von Kuehnelt-Leddihn

Solennité du Christ Roi de l'univers

Voici donc comment l'Église s'est dégagée de l'ingérence et de l'influence des empereurs et des rois, ce qui a permis le développement inédit dans l'histoire d'une civilisation originale, distinguant le temporel du spirituel, le laïque du religieux, la civilisation occidentale.

 

Dans les sociétés païennes antiques, "ignorant des raisons de sa présence en ce monde, l'homme subissait totalement un destin qui lui était imposé par la volonté divine. Cette volonté s'exprimant au travers des prêtres (païens) qui étaient chargés de la servir, le pouvoir clérical (païen) était sans limite et pesait considérablement sur la direction de la cité jusqu'à se confondre avec elle. Pharaon, roi, dictateur ou tyran, les dirigeants antiques portaient en eux une partie de la vie divine. Ils étaient moitié fils de dieux ou de déesses, divinisés de leur vivant, tant on était convaincu que le pouvoir, même politique, échappait à la volonté de l'homme qui n'avait aucune prise sur sa destinée. L'État était une communauté religieuse, le roi un pontife, le magistrat un prêtre, la loi une formule sainte." (Fustel de Coulanges, La cité antique, Hachette 1967, p. 457).

Cette confusion totale du politique et du religieux, l'Empire romain, par l'intermédiaire d'Octave Auguste, le premier empereur, la portera à son sommet, en réalisant la fusion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel en sa personne.

"César, à cette époque, était le grand pontife, le chef et le principal organe de la religion romaine; il était le gardien et l'interprète des croyances, il tenait dans ses mains le culte et le dogme. Sa personne même était sacrée et divine" (Fustel de Coulanges, Ibid., p. 461.).

 

Or, "le christianisme n'est pas intégré au système étatique. Il ne s'accommode pas d'un mode politique, il en dénonce les travers et les injustices. Selon Jacques Ellul, même, ''le message du christ est forcément subversif à l'égard de tous les ordres sociaux, politiques, économiques, moraux et religieux.''

 

Le christianisme introduit une distinction inédite entre religion et politique. L'évêque Ossius de Cordoue (257-359) est de ceux qui veulent tenir l'État à distance dans les questions doctrinales  : 'Ne vous mêlez pas des affaires religieuses et ne donnez pas d'ordres à ce sujet : [...] Dieu a mis la royauté dans vos mains et nous a chargés des affaires de son Église.' [...] Les pouvoirs politiques et religieux doivent donc collaborer, bien qu'ils soient distincts." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je ?, 4e édition, Paris 2018, p. 22.)

 

Distinction (les "deux cités" de Saint Augustin) et coordination (des deux pouvoirs) est la double vérité sur laquelle s'appuie l'Église depuis Saint Augustin (Cf. Jacques CHEVALIER, De saint Augustin à saint Thomas d'Aquin: Histoire de la pensée, Préface de Serge-Thomas Bonino, Collection Philosophie européenne dirigée par Henri Hude, Editions Universitaires, vol. 3, 1992, p. 70.)

 

"Augustin conçut son ouvrage La Cité de Dieu, achevé vers 426, comme une démonstration de la compatibilité entre l'Empire et la foi. Il n'y a qu'une seule cité de Dieu, mais elle offre deux faces, l'une est terrestre, l'autre céleste, la seconde se révélant au fur et à mesure que la première s'efface. La cité de Dieu est à la fois l'Église réalisée, le ciel à venir et la communauté terrestre avec sa législation, gouvernée par le Christ. Mais cette conception mystique de l'Église laissait une liberté d'intervention concrète au profit des pouvoirs séculiers. [...] Le pape cherchait à préserver la liberté de l'Église romaine face aux empiétements impériaux, tout en reconnaissant la légitimité de l'autorité temporelle." (L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean Sévillia, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 73.)

 

Une tradition impériale de convocation des conciles d'évêques initiée par Constantin à Nicée en 325, Théodose Ier à Constantinople en 381, Théodose II à Constantinople en 449, poursuivie en Occident par certains rois de France, comme Clovis le 10 juillet 511 à Orléans, Clotaire II à Paris en 614, Pépin le Bref à Compiègne en 757, Charlemagne à Tours et Mayence en 813, Philippe le Bel en 1312 au concile de Vienne..., en Orient par les empereurs byzantins, comme Justinien II en 692 au concile in Trullo, le IIe concile de Nicée en 787, et les empereurs germaniques, comme Frédéric Barberousse au concile de Pavie en 1160, et Sigismond au concile de Constance en 1414), voyait les conciles de l'Église convoqués par les rois

L’Église catholique romaine est la seule Église qui n’est ni une Église nationale, ni une Église d’État, ni une secte fondée par un homme ; c'est la seule Église au monde qui maintient et affirme le principe de l'unité sociale universelle contre l'égoïsme individuel et le particularisme national ; c'est la seule Église qui maintient et affirme la liberté du pouvoir spirituel contre l'absolutisme de l'État ; en un mot, c’est la seule église contre laquelle les portes de l’Hadès n’ont pas prévalu.

Vladimir Soloviev,"L'Église russe et la papauté" (1889)

 

Grégoire VII, Pape

 

 

Mille ans après sa fondation par le Seigneur à la Pentecôte, où saint Pierre prit la parole, la papauté est devenue presque malgré elle, de manière accidentelle, un pouvoir impliqué dans les querelles de ce monde (Les disciples du Christ ne sont pas DU monde, mais ils sont DANS le monde. Jn 17,14-18). Outre, le choix des évêques ou la convocation des conciles, "l'empereur germanique passait par-dessus le peuple romain et les notables pour nommer directement les papes

 

Le pape Saint Grégoire VII, l'un des plus grands Papes, fut au XIe siècle l'homme providentiel qui combattit tous les grands abus de cette époque. Sa "réforme grégorienne" régla les empiétements des empereurs d'Allemagne, c'est-à-dire un pouvoir politique trop envahissant, la vente des dignités ecclésiastiques (simonie), la contagion des mauvaises moeurs du clergé et dans le peuple. 

 

En 1122, le compromis du concordat de Worms, le premier de l'histoire, régla le problème: désormais, l'évêque serait élu librement par le clergé en présence de l'empereur ou de son représentant. En France, des procédures analogues furent mises en place pour l'élection des évêques.

L'Église n'a jamais enseigné la confusion des deux pouvoirs, ni l'absorption du temporel par le spirituel (théocratie), ni l'absorption du spirituel par le temporel (césarisme, gallicanisme, églises nationales), parce que ce sont des erreurs régulièrement condamnées par le Saint-Siège.

On adressait déjà cet absurde reproche (d'absorption du temporel) au pape Boniface VIII, qui, dans sa Bulle Unam, sanctam, définit contre les légistes courtisans de Philippe le Bel, déjà gallicans, la subordination (qui n'est pas absorption) de la puissance temporelle à la puissance spirituelle. "Il enseigne, disait-on, que le pape peut disposer des couronnes selon son bon plaisir..." - "Il y a quarante ans que j'étudie le doit, répondait le saint Pontife dans le Consistoire de 1303, et je sais apparemment qu'il y a deux puissances... Comment peut-on croire qu'une telle folie me soit venue à l'esprit?" (Boniface VIII, cité dans Mgr Gaume, Le dogme de l'infaillibilité.)

 

En réaction aux empiétements des pouvoirs temporels, la papauté au "Moyen-Âge" a cherché à affirmer "sa liberté tout en ouvrant la porte à une autonomie du politique, de la société, qui se serait développée grâce à cette séparation." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 17.)

"La réforme grégorienne va [...] en fait bien au-delà de la simple 'liberté' ou de la volonté de dégager les Églises des jeux politiques et de la corruption. La papauté grégorienne, veut rompre avec l'association organique des empereurs avec leurs évêques. Ce faisant, la réforme grégorienne commence à poser en des termes nouveaux la question des rapports entre pouvoir laïc et pouvoir religieux. Elle amorce à terme une forme de séparation avec les pouvoirs politiques et une laïcisation de ces derniers." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 135, 146-150.) "La réforme grégorienne fut une révolution qui agita l'Église durant un siècle et remit totalement en causes ses rapports avec le système politique. [...] Ainsi, bien avant la séparation de 1905, le principe de l'autonomie des pouvoirs séculier et spirituel était acquis, et ce en raison de l'insistance de la papauté." (L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean SÉVILLIA, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 80.)

 

Les ordres monastiques de Cluny (Xe siècle) puis de Citeaux (Cisterciens) diffusent les principes de la réforme du clergé et d'obéissance à l'Église romaine. (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 48.)

 

Dans sa lettre encyclique Maximam Gravissimamque du 18 janvier 1924, adressée à l'épiscopat français au sujet des associations diocésaines, et bien que l'encyclique condamne la loi de séparation de 1905 comme injuste, Pie XI reconnaît que les conditions créées par cette loi ont donné lieu à un "spectacle magnifique" de ferveur, de générosité et de dévouement de la part du clergé et des fidèles (paragraphe 4). Pie XI y voit un point de départ pour une conquête pacifique d'une "pleine et entière liberté" pour l'Église (paragraphe 16), suggérant que la séparation, malgré ses difficultés, a permis une plus grande autonomie et vitalité spirituelle, libérée de certaines contraintes étatiques antérieures (en français, tel que dans le texte original) : "Dans les circonstances actuelles, il s'agit simplement d'appliquer un remède à des conditions qui contiennent les possibilités de maux encore plus grands que ceux qui existent actuellement. Nous avons toujours été et Nous sommes encore convaincus que, si le ciel Nous accorde la joie d’obtenir quelques résultats déterminés dans cette importante affaire, Nous et vous, aussi bien que le clergé et les fidèles de France, nous devons considérer ces résultats, d’une part, comme un acompte de cette pleine et entière liberté que l’Église doit posséder [...] ; d’autre part, comme un point de départ pour aller à la conquête légitime et pacifique d’une pleine et entière liberté pour l’Église."

 

Sans l'Église, pas de charité publique ni d'hôpitaux pour tous

 

À Dieu, qui est amour et charité, S. Basile le Grand au IVe siècle rendit le puissant témoignage de la construction d’hospices pour les malheureux (cf. Lettres 94), telle une cité de la miséricorde, qui prit de lui le nom de "Basiliade" (cf. Sozomène, Histoire Ecclesiastique 6, 34), à l'origine des institutions hospitalières modernes d’accueil et soin des malades.

 

Dans sa conférence ''Comment comprendre l’incroyable fécondité de l’Église à travers l’histoire ?'', Christophe Dickès, historien spécialiste du catholicisme, auteur de "Pour l'Eglise. Ce que le monde lui doit", Paris" (Perrin, 2024) dit : ''l'Eglise a bâti notre civilisation''. Il demande :

 

''Quelle est la différence entre les hôpitaux du monde médiéval et ceux du monde antique ? C'est que la médecine antique était réservée à une élite. Le pauvre et l'indigent, on ne s'en occupait pas. Et c'est au nom de la parabole du Bon Samaritain que l'Eglise a demandé que l'on se penche sur le plus faible et que l'on ouvre à tous – principe d'universalité – les hôpitaux. Et aujourd'hui, l'hôpital pour tous n'est pas du tout une idée socialiste, c'est une idée chrétienne. Et si les syndicats qui voulaient supprimer les fêtes chrétiennes allaient jusqu'au bout, ils devraient supprimer les hôpitaux parce que les hôpitaux (pour tous) sont une invention purement chrétienne.''

 

 

Les hôpitaux sous l'Ancien Régime étaient ces lieux de charité chrétienne qui accueillaient gratuitement les pauvres, les malades, les veuves, les orphelins, les vieillards, les infirmes, les vagabonds ou les filles mères. L'accès était totalement gratuit pour les pauvres, les mendiants, les indigents, les orphelins, les vieillards sans ressources. Il n'y avait aucune exigence de paiement : la charité chrétienne n'abandonne jamais un pauvre malade. Les personnes les plus aisées pouvaient faire un don ou un legs pour l'Église, mais cela n'était pas une obligation. Les hôpitaux et la charité publique n'était en aucun cas financée par l'État royal (sauf en cas de guerre, peste, pénurie alimentaire ou grande disette). 

 

C'est surtout sous la direction des évêques, protecteurs des faibles et des malheureux, que se développa le mouvement charitable; ils créèrent les Hôtels-Dieu que l'on retrouve à l'ombre de toutes les cathédrales. Dans la plupart des pays d'Europe, les maladreries étaient sous la juridiction directe des évêques. La dîme servait à alimenter la charité paroissiale, pendant plus de 1200 ans, le budget de l'Église fut en même temps celui de l'assistance et de la charité publiques. (Jean GUIRAUD, Histoire partiale histoire vraie, tome III, L'Ancien Régime, 5° édition, Gabriel Beauchesne & Cie Editeurs, Paris 1914, p. 210.)  

 

"Les principes consolants et la morale bienfaisante du christianisme, ses doctrines démocratiques et libérales, devaient concilier aux prêtres qui les enseignaient le respect et l’amour des peuples ; l’organisation de l’Église, sa hiérarchie, sa discipline, la tenue de ses conciles généraux et particuliers, la richesse de ses revenus et de ses aumônes, lui assuraient un ascendant considérable dans la société." Ainsi s’exprime l’historien Benjamin GUÉRARD dans sa préface du Cartulaire de l’église Notre-Dame de Paris, publié en 1850. Guérard était loin d’être un "clérical", mais ses recherches et sa science approfondie du Moyen Age, étudié par lui aux sources, l’ont amené à tracer du rôle de l’Église dans la civilisation française et dans la conquête des droits et des libertés des citoyens un tableau d’une grande largeur de vues d’un grand intérêt. Le clergé n’eut une si grande influence sur les masses comme sur les individus que parce qu’il se montra d’abord et resta populaire dans la meilleure et la plus sympathique acception de ce mot, tant profané depuis, écrit Charles BARTHÉLEMY dans Erreurs et mensonges historiques ; c’est dans l’Église et par les actes du clergé, non moins que par sa voix, que furent promulgués et mis en pratique les grands principes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Croix et Calvaire du Cher

 

Sans l'Église, pas d’asile, d’après la loi de l’empereur Théodose le Jeune (23 mars 431), comprenait non seulement l’intérieur du temple, mais encore toute l’enceinte du lieu sacré, dans laquelle étaient situés les maisons, les galeries, les bains, les jardins et les cours qui en dépendaient.

 

Le droit d’asile dans les églises fut confirmé par les rois des Francs et par les conciles.

 

Ceux qui se réfugiaient dans les asiles étaient placés sous la protection de l’évêque, devenu pour ainsi dire responsable des violences qui leur seraient faites. Les voleurs, les adultères, les homicides même n’en pouvaient être extraits, et ne devaient être remis aux personnes qui les poursuivaient qu’après que celles-ci avaient juré sur l’Évangile qu’elles ne leur feraient subir ni la mort, ni aucune mutilation. L’esclave réfugié n’était rendu à son maître qu’autant que celui-ci faisait serment de lui pardonner.

 

Les revenus ecclésiastiques étaient divisés en quatre parts. La première seule appartenait à l’évêque, la seconde était pour son clergé, la troisième pour les pauvres de l’Église, et la quatrième pour l’entretien des édifices consacrés au culte.

 

"Partout la part du pauvre était réservée dans les revenus ecclésiastiques, et lorsqu’elle ne suffisait pas, elle devait être accrue des autres fonds dont le clergé avait la disposition. Nourrir tous les indigents et secourir tous les malheureux, telle était la mission de l’Église, qui, pour la remplir, dut quelquefois se dépouiller de ses biens et mettre en gage jusqu’aux objets les plus précieux du culte", explique Guérard. Une des plus belles œuvres, à cette époque ; une des plus méritoires et qui atteste le mieux de sa charité, c’est celle du rachat des captifs. Les sommes que le clergé y consacrait, d’après l’injonction expresse des conciles, étaient souvent très considérables ; il lui était même permis, pour satisfaire à cette obligation, de mettre en gage jusqu’aux vases sacrés des églises.

Aussi, dans ces siècles de fer, où les populations étaient emmenées captives comme des troupeaux à la suite des armées et partagées comme un butin entre les soldats, on voit les évêques épuiser leurs trésors pour les délivrer des liens de l’esclavage.

Saint Épiphane, évêque de Pavie, délivre, en 494, dans les Gaules, par ses instances auprès du roi Gondebaud ou à prix d’argent, plus de six mille Italiens que les Bourguignons retenaient en captivité.

Le prêtre saint Eptade, originaire d’Autun, rachète plusieurs milliers d’Italiens et de Gaulois emmenés pareillement en esclavage par les Bourguignons, et ensuite une foule de captifs que les Francs de l’armée de Clovis avaient faits dans leur guerre contre les Visigoths.

En 510, saint Césaire, évêque d’Arles, distribue des vêtements et des vivres à une immense multitude de prisonniers francs et gaulois tombés au pouvoir des Goths, et les rachète ensuite avec le trésor de son église, que son prédécesseur Éonius avait amassé. Puis, ayant reçu de Théodoric, roi des Ostrogoths, trois cents sous d’or avec un plat d’argent du poids d’environ soixante livres, il vend le plat, achète la liberté des captifs dispersés dans l’Italie, et leur procure des chevaux ou des chars pour les ramener dans leurs foyers.

Dans le siècle suivant, saint Éloi rachetait les prisonniers saxons et les affranchissait devant le roi.

La fin des sacrifices humains et des infanticides

Le grand problème de ces religions (primitives) – qui sont dites cosmiques – tient à ce que l'ordre du Cosmos nécessite un sacrifice, lequel est humain et souvent de jeunes filles vierges, avis aux 'féministes'.

[...] Quand Dieu arrête le bras d'Abraham, il épargne un être humain pour lui substituer un animal "bouc émissaire". C'est l'un des plus grands apports du judaïsme. Puis Dieu scelle la seconde Alliance : Il sacrifie son Fils unique pour sauver l'humanité entière. C'est le Sacrifice [...] qui abolit définitivement le sacrifice humain, ce pourquoi le Sacré de la Bible est le Sacré avec un grand S. Avis aux sociologues intelligents, s'il y en a...

Alain PASCAL, Pour une Révision totale de l'histoire, Faire table rase de la table rase, Essais antimodernes et contre-révolutionnaires tome 1, Editions du Verbe Haut, La Courneuve 2024, p. 38

Dans la mythologie nordique du Chant d’Hyndla, le guerrier Ottar (lointain descendant de Sigurd), probablement lié aux Berserkers des sagas, offrait des sacrifices humains à la déesse Freyja.

Mais au VIIe siècle, les sacrifices humains en Europe étaient encore pratiqués dans certaines régions païennes 

- comme la Frise où les enfants étaient "noyés dans la mer par la marée montante afin d'apaiser la colère des dieux" (Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX, La France avant la France 471-888, Histoire de France, Sous la direction de Joël Cornette, Folio Histoire, 2019, p. 276).

- En Suède où les habitants de l'île de Gotland sacrifiaient leurs enfants, en Norvège où on jetait les enfants sur des lances, en Islande où des êtres humains étaient jetés dans des fosses sacrificielles (blotgrafar, des puits à offrandes); en Suède encore à Uppsala où tous les neuf ans, des hommes étaient sacrifiés pendus dans un bois près du temple, ou noyés dans une source (Stéphane COVIAUX, La fin du Monde Viking, Passés Composés, Paris 2019, p. 158)

- au Danemark au Xe siècle, où l'archéologie témoigne de l'existence de sites dédiés aux sacrifices rituels, y compris humains, à Tisso, près de la grande halle, ou à Trelleborg.

Ces sacrifices humains réalisés dans l'espoir de se concilier les dieux Odin, Thor et Freya, parce que leur sang avait davantage de prix, avaient disparu au XIIIe siècle dans la "Chrétienté", et au XVIe siècle dans le monde, en Amérique latine. "Ils ne cesseront définitivement qu'une fois le christianisme bien implanté." (Jean RENAUD, Les vikings, vérités et légendes, Perrin, 2019, p. 294-302.)

 

L'anthropologue Laila Williamson note que "l'infanticide a été pratiqué sur tous les continents et par des gens de tous niveaux de complexité culturelle, des chasseurs-cueilleurs aux grandes civilisations, y compris nos propres ancêtres. Plutôt que d'être une exception, il a donc été la règle. (Laila Williamson, Infanticide: an anthropological analysis, in Kohl, Marvin (ed.). Infanticide and the Value of Life, NY: Prometheus Books, 1978, pp. 61–75.)

Une méthode d'infanticide fréquente dans l'Europe et l'Asie anciennes consistait simplement à abandonner le nourrisson , le laissant mourir par exposition (c'est-à-dire par Hypothermie, faim, soif ou attaque animale). [John Eastburn Boswell, "Exposition et oblation: l'abandon des enfants et la famille antique et médiévale". Revue historique américaine, 1984.]

Les Grecs historiques considéraient la pratique du sacrifice des adultes et des enfants comme barbare [26], cependant, l'exposition des nouveau-nés était largement pratiquée dans la Grèce antique , elle était même préconisée par Aristote dans le cas de la déformation congénitale - "Quant à l'exposition des enfants, qu'il y ait une loi interdisant à un enfant déformé de vivre. » [PM Dunn, "Aristotle (384–322 bc): philosopher and scientist of ancient Greece, 2006] En Grèce, la décision d'exposer un enfant appartenait généralement au père, bien qu'à Sparte, la décision ait été prise par un groupe d'anciens.

Cette pratique était également répandue dans la Rome antique. Selon la mythologie, Romulus et Remus , deux fils jumeaux du dieu de la guerre Mars, ont survécu au quasi-infanticide après avoir été jetés dans le Tibre. Selon le mythe, ils ont été élevés par des loups et ont ensuite fondé la ville de Rome.

Philon a été le premier philosophe à se prononcer contre. [The Special Laws. Cambridge: Harvard University Press. III, XX.117, Volume VII, pp. 118, 551, 549.] Une lettre d'un citoyen romain à sa sœur ou à une femme enceinte de son mari [Greg Woolf (2007). Ancient civilizations: the illustrated guide to belief, mythology, and art. Barnes & Noble. p. 386.], datant du 1er av. J.-C., montre la nature décontractée avec laquelle l'infanticide était souvent considéré.

Dans certaines périodes de l'histoire romaine, il était traditionnel qu'un nouveau-né soit amené au pater familias , le patriarche de la famille, qui déciderait alors si l'enfant devait être gardé et élevé, ou laissé mourir par exposition. [John Crossan, The Essential Jesus: Original Sayings and Earliest Images, p. 151, Castle, 1994, 1998] Les Douze Tables de droit romain l'ont obligé à mettre à mort un enfant visiblement déformé. Les pratiques concurrentes d' esclavage et d'infanticide ont contribué au «bruit de fond» des crises de la République.

L'infanticide est devenu une infraction capitale en droit romain en 374 après JC , mais les contrevenants étaient rarement, sinon jamais, poursuivis. [Samuel X. Radbill, 1974, "A history of child abuse and infanticide", in Steinmetz, Suzanne K. and Murray A. Straus (ed.). Violence in the Family. NY: Dodd, Mead & Co, pp. 173–179.]

La première maison d'enfant trouvé en Europe a été établie à Milan en 787 en raison du nombre élevé d'infanticides et de naissances hors mariage. L' hôpital du Saint-Esprit à Rome a été fondé par le pape Innocent III parce que les femmes jetaient leurs enfants dans le Tibre. [Richard Trexler, (1973). "Infanticide in Florence: new sources and first results". History of Childhood Quarterly. 1: 99.]

Contrairement à d'autres régions européennes, au Moyen Âge, la mère allemande avait le droit d'exposer le nouveau-né. [C.W. Westrup (1944). Introduction to Roman Law. London: Oxford University Press. p. 249.]

Au Haut Moyen Âge, l'abandon d'enfants non désirés a finalement éclipsé l'infanticide. Les enfants non désirés étaient laissés à la porte de l'église ou de l'abbaye, et le clergé était supposé prendre soin de leur éducation. Cette pratique a donné naissance aux premiers orphelinats. (Josiah Cox Russell, 1958, Late Ancient and Medieval Population, pp. 13-17.]

Le judaïsme interdisait l'infanticide. Tacite a enregistré que les Juifs "considèrent comme un crime de tuer tout enfant né tard". [Tacitus (1931). The Histories. London: William Heinemann. Volume II, 183.] Josephus , dont les travaux donnent un aperçu important du judaïsme du 1er siècle, a écrit que Dieu "interdit aux femmes de provoquer l'avortement de ce qui est engendré, ou de le détruire par la suite". [Josephus (1976). The Works of Flavius Josephus, "Against Apion". Cambridge: Harvard University Press. pp. II.25, p. 597.]

Dans les tribus païennes germaniques, John Boswell écrit que les enfants indésirables étaient exposés, généralement dans la forêt. "C'était la coutume des païens [teutoniques], que s'ils voulaient tuer un fils ou une fille, ils seraient tués avant d'avoir reçu de la nourriture." [Boswell, John (1988). The Kindness of Strangers. NY: Vintage Books.] Habituellement, les enfants nés hors mariage étaient disposés de cette façon.

Dans son Temps préhistoriques très influent, John Lubbock a décrit des os brûlés indiquant la pratique du sacrifice d'enfants dans la Grande-Bretagne païenne. [John Lubbock (1865). Pre-historic Times, as Illustrated by Ancient Remains, and the Manners and Customs of Modern Savages. London: Williams and Norgate. p. 176.]

Le dernier canto, Marjatan poika (Fils de Marjatta) de l'épopée nationale finlandaise Kalevala décrit un infanticide supposé. Väinämöinen ordonne que l'enfant bâtard de Marjatta se noie dans le marais.

Le Íslendingabók , une source principale pour la première histoire de l'Islande , raconte que lors de la conversion de l'Islande au christianisme en 1000, il a été prévu - afin de rendre la transition plus agréable pour les païens - que "les anciennes lois autorisant l'exposition des nouveau-nés resterait en vigueur". Cependant, cette disposition - comme d'autres concessions faites à l'époque aux païens - fut abolie quelques années plus tard.

Ce sont les principes chrétiens sur lesquels la civilisation occidentale a été fondée qui ont d'abord interdit, puis empêché pendant si longtemps et pendant tant de siècles le meurtre d'enfants. 

"Avec la diffusion de l'Evangile, disparaissait la première et la plus décisive des discriminations entre les sexes: le droit de vivre accordé aussi bien aux filles qu'aux garçons. Dès ce moment, la vision chrétienne de l'homme, le respect de la vie proclamé par la Bible, par l'Evangile, sont suffisamment entrés dans les mœurs pour que s'implante peu à peu le respect de la personne, qui pour les chrétiens s'étend à toute vie, même – et c'est presque paradoxal à l'époque – à celle de l'enfant né ou à naître. En effet, comme l'écrit l'un des derniers historiens de la question (Robert Etienne): "La juridiction antique est implacablement logique avec elle-même. Le droit à l'infanticide est un des attributs de la patria potestas. Un père peut refuser l'enfant que la mère vient de mettre au monde, à plus forte raison peut-on lui reconnaître des droits sur un embryon, embryon qui n'a aucune qualité juridique, n'est même pas considéré (p. 24) comme humain. Au contraire, pour les chrétiens, intervenir dans la génération à quelque moment que ce soit, c'est toucher à l'œuvre de Dieu. Et l'on comprend que saint Basile ait jugé que c'était une distinction 'tirée par les cheveux' de savoir si 'le fœtus est formé ou non' en cas d'avortement." (Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock, Évreux 1980, p. 23-24).

 

La fin de l'esclavage. Lors de la chute de Rome (476), l'esclavage était répandu partout en Europe; à la "Renaissance", il avait disparu partout en Europe. Le règne du Christ, le premier, a permis l'abolition de l'esclavage, bien avant que les États modernes ne portent de nouvelles législations d'abolition.

 

Benjamin Guérard nous révèle encore que "[...] l’Église, [...] en prenant à sa charge et pour ainsi dire chez elle les veuves, les orphelins et généralement tous les malheureux, ne pouvait manquer de les avoir dans sa dépendance ; mais ce qui devait surtout lui gagner le cœur de ses nombreux sujets, c’est qu’au lieu d’être humiliée ou embarrassée de leur cortège, elle s’en faisait honneur et proclamait que les pauvres étaient ses trésors. D'où l'expression médiévale "Nos Seigneurs les pauvres".

 

"Elle (l’Église) couvrait aussi de sa protection les affranchis, et frappait d’excommunication le seigneur et le magistrat qui opprimaient l’homme faible ou sans défense. Lorsque des veuves ou des orphelins étaient appelés en justice, l’évêque ou son délégué les assistait à la cour du comte et empêchait qu’on ne leur fît aucun tort. L’archidiacre ou le prévôt des églises devait visiter tous les dimanches les prisonniers et subvenir à leurs besoins avec le trésor de la maison épiscopale. Aux trois grandes fêtes de l’année, savoir : à Noël, à Pâques et à la Pentecôte, les évêques faisaient ouvrir les prisons aux malheureux qu’elles renfermaient.

 

"Ne perdons pas de vue que les institutions qui, dans les temps modernes, et principalement de nos jours, ont agité les peuples, les touchaient alors fort médiocrement et leur étaient non seulement indifférentes, mais encore incommodes, onéreuses, antipathiques. On préférait de beaucoup l’assemblée des fidèles à celle des scabins (échevins, magistrats) ou des hommes d’armes ; on fuyait les plaids et les champs de mars ou de mai pour accourir aux temples ; on était bien plus puni d’être privé dans l’église de son rang, de la participation aux offrandes, aux eulogies, à la communion, que du droit de porter les armes et de juger ; en un mot, on tenait bien plus à l’exercice de ses droits religieux qu’à celui de ses droits politiques, parce que l’État religieux était bien supérieur à l’état politique, et que, hors de l’Église, tous les devoirs et tous les droits de l’homme étaient à peu près méconnus", écrit l’historien Guérard.

 

Reprenant en 1877 ces propos de Guérard, Charles Barthélemy estime :

 

"[...] où M. Guérard nous semble avoir le mieux compris et proclamé le grand rôle de l’Église dans la revendication des droits de l’homme, c’est dans cette page que lui a été dictée le spectacle des utopies dangereuses de 1848 :

 

"Ce qu’aucun gouvernement ne ferait aujourd’hui qu’en courant le risque de bouleverser la société, l’Église le faisait tous les jours dans le Moyen Age, sans la compromettre, et même en la rendant plus tranquille et plus stable.

Quelle monarchie, quelle république pourrait, par exemple, proclamer impunément ce dangereux droit au travail qui paraît menacer notre civilisation ? Eh bien, l’Église osait plus encore. Des deux grandes classes dans lesquelles la population fut de tout temps divisée, savoir, les riches et les pauvres, l’Église ne craignait pas de se charger de la dernière. Elle mettait dans son lot tous ceux qui n’avaient rien, et s’inquiétant peu pour elle de leur nombre ni de leur exigence, elle leur disait que ses biens étaient à eux ; elle les installait chez elle ; elle s’obligeait à les nourrir et réglait leur part, sans craindre qu’ils n’en fussent bientôt plus contents et qu’ils ne voulussent à la fin tout avoir. Effectivement, malgré le danger de tels principes, le clergé sut rester riche au milieu de ces misérables et faire respecter par eux ses richesses et son autorité... Ce qui favorisait le plus le respect de l’Église, ce qui constituait véritablement sa force, c’était la foi de ses peuples ; et cet article de sa constitution : Beati qui lugent [Heureux ceux qui pleurent], ne les consolait pas moins que sa charité."

 

De son côté, l’historien et géographe Théophile-Sébastien LAVALLÉE (1804-1867) écrit dans son Histoire des Français : "La monarchie de l’Église fut le commencement de la liberté ; elle n’avait rien d’étroit et de personnel ; elle fut le plus beau triomphe de l’intelligence sur la matière, et eut la plus grande influence sur la révolution plébéienne qui enfanta les communes et les républiques du Moyen Age."

 

Puis (Barthélemy ) de citer un autre souverain, le roi saint Louis prodiguant quelques recommandations à son fils appelé à régner :

"Cher fils, s’il advient que tu viennes à régner, pourvois que tu sois juste ; et si quelque querelle, mue entre riche et pauvre, vient devant toi, soutiens plus le pauvre que le riche, et quand tu entendras la vérité, ce fais-leur droit. Surtout, garde les bonnes villes et les coutumes de ton royaume dans l’état et la franchise où tes devanciers les ont gardées, et tiens-les en faveur et amour. »

 

Charles Barthélemy, regrettant d’avoir dû brossé trop rapidement un tableau des 'droits de l’homme au Moyen Age' (dans Erreurs et mensonges historiques, tome 8) conclut en citant le "publiciste et peu clérical" mais éminent historien, journaliste et homme politique Louis Blanc, député sous la IIIe République, s’exprimant ainsi au sujet des corporations d’ouvriers au Moyen Age : "La fraternité fut l’origine des communautés de marchands et d’artisans. Une passion qui n’est plus aujourd'hui dans les mœurs et dans les choses publiques rapprochait alors les conditions et les hommes : c’est la charité. L’Église était le centre de tout ; et quand la cloche de Notre-Dame sonnait l’Angelus, les métiers cessaient de battre. Le législateur chrétien avait défendu aux taverniers de jamais hausser le prix des gros vins, comme une boisson du menu peuple ; et les marchands n’avaient qu’après tous les autres habitants la permission d’acheter des vivres sur le marché, afin que le pauvre pût avoir sa part à meilleur prix. C’est ainsi que l’esprit de charité avait pénétré au fond de cette société naïve qui voyait saint Louis venir s’asseoir à côté d’Etienne Boileau, quand le prévôt des marchands rendait la justice." (Source: Droits de l’homme au Moyen Age, ou de l’action sociale du clergé. France pittoresque)

 

Aujourd'hui, selon un article du Figaro du 21/01/2014, "près de la moitié des richesses mondiales est détenue par 1% de la population"... En 1789, la liberté & l'égalité ont été proclamées ensemble. "La démocratie fondée sur la conviction que le corps politique est le produit des volontés de chacun, et portant jusqu'à l'incandescence l'idée d'une création de l'homme par lui-même, est vouée à étendre sans cesse les droits des individus. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus inégaux, alors même qu'elle a posé en principe leur égalité. Elle se condamne donc à rendre sans cesse moins tolérable l'écart entre les promesses [...], les espérances qu'elle suscite et les accomplissements qu'elle offre." (Préface de Mona OZOUF dans François Furet, La Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. XXI.) Dans ce système, dit de "progrès" aujourd'hui l'égalité des uns présuppose en réalité l'inégalité économique et sociale; la charité publique et l'amour du prochain sont imposés par l'État "libéral" révolutionnaire organisateur de l'inégalité économique. Il s'agit sans aucun doute d'une belle réussite du marché, mais d'une impasse pour les principes de 1789 qui ont chassé la Royauté sociale de Jésus-Christ.

 

La transmission de l'héritage antique

 

"(En Occident) Pour l'essentiel, c'est aux moines que l'on doit la transmission de l'héritage antique. [...] Le monachisme s'est répandu en Occident dès le IVe siècle, après que saint Martin a fondé le premier monastère d'Occident à Ligugé." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, ibid., p. 37.)

Mais avant les moines, les philosophes et apologistes chrétiens (Justin, Clément d'Alexandrie, Origène) ont, eux aussi, contribué à amarrer l'héritage antique des progrès de la raison des philosophes grecs au christianisme, permettant une nouvelle civilisation "à condition de rejeter les rituels des initiés. La religion chrétienne est une digue qui protège la rationalité du dogme", à condition, également, de rejeter cet archaïsme du monisme de l'Être de l'Antiquité païenne, qui confondant le Créateur et les créatures, a pu donner lieu à des interprétations mythologiques régressives, ésotérico-magiques, irrationnelles et marchandes. (Lire Alain PASCAL sur ce sujet dans La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris, p. 139-140; 145-150.)

 

Au IIe siècle à Alexandrie, Clément enseigne de 190 à 202 dans le Didascalé (école philosophique chrétienne, sur le modèle des écoles d'Athènes) que Dieu donne à l'esprit humain les moyens de parvenir à la vérité. Élève de Clément, Origène († 254) assume dans le christianisme l'héritage de la rhétorique et de la philosophie antiques, en intégrant la philosophie platonicienne dans la théologie chrétienne.  (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, ibid., p. 23-24.)

 

"La science et la philosophie grecque n'ont jamais quitté les monastères en Occident. Les œuvres philosophiques de l'Antiquité étaient connues dans les monastères occidentaux, car la culture grecque était présente dans la synthèse augustinienne et la langue grecque restait pratiquée." (Alain PASCAL, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. des Cimes, 2e éd. revue et commentée, Paris 2015, p. 72.)

 

Le premier humanisme est chrétien. "Il consiste à faire revivre les humanités anciennes pour les christianiser et ne date pas du XVe siècle car il a été constant pendant les temps féodaux (avec les moines augustiniens, Alcuin (735-804), Gerbert (945-1003), le pape de l'an mil, Pétrarque (1304-1374) sous certains aspects, et bien sûr Nicolas V (1397-1455)" (Alain PASCAL, Les Sources occultes de la philosophie moderne, De la Gnose à la théosophie, tome 1 de la La Conspiration des philosophes, éd. des Cimes, Paris 2017, p. 106.) Surnommé le "pape humaniste", Nicolas V (1447-1455) a connu à Florence, dans l'entourage de Cosme de Médicis, Leonardo Bruni, Niccolo Niccoli et Ambrogio Traversari. Parvenu au trône de saint Pierre, il réalise l'un de ses projets en fondant la Bibliothèque vaticane.

 

"C'est du moyen-âge que sortent directement les doctrines philosophiques et scientifiques sous lesquelles on prétend l'accabler [...]. Il faut donc reléguer dans le domaines des légendes l'histoire d'une 'Renaissance' de la pensée succédant à des siècles de sommeil, d'obscurité et d'erreur..." (Étienne GILSON, La philosophie au Moyen-Âge, p. 761)

 

L'Europe a dominé le monde dès l'époque dite 'obscure' du "Moyen-Âge". L'explication première réside dans la foi des Européens en la raison, dans l'engagement manifeste de l'Église sur la voie d'une théologie rationnelle débarrassée des rituels magiques antiques (scolastique XIe-XIVe siècle), qui a rendu possibles les progrès... Et ce pourquoi les "initiés" de tous les temps l'ont haïe et l'ont combattue, car elle mettait fin à leur commerce et leur domination sur le monde.

 

"En différenciant l'Être de Dieu et l'Être du monde, elle (la scolastique) a offert un fondement métaphysique à la raison et à la liberté. [...] En étant une personne, [...] l'homme n'agit pas par nécessité ou contingence (comme tout ce qui est uniquement interne au cosmos), il est libre et responsable (y compris du Mal, c'est la sanction de la liberté).

[...] La philosophie moderne est stupide – c'est le mot – quand elle dit  que l'homme est rationnel parce qu'il a rejeté Dieu et qu'elle prône une liberté individuelle parce que la raison humaine ne peut venir que de Dieu et que la liberté est impossible à l'individu, puisqu'il est interne au cosmos. Pour preuve, l'homme moderne ne comprend plus rien, il est fou, et de moins en moins libre (il n'y a que les victimes du communisme qui s'en aperçoivent...) [...] Le monisme métaphysique est donc la cause de l'échec moderne. [...] En  régressant à avant la scolastique, la philosophie moderne ne peut pas être nouvelle, elle est nécessairement régressive. [...] Et pour cause, elle régresse à la gnose et à la kabbale.

 

 

"La scolastique est un immense progrès parce qu'elle a sanctifié la philosophie ancienne (qui aspirait à libérer l'homme des croyances irrationnelles des relations cosmiques antiques en accordant à l'humain la faculté rationnelle et la liberté individuelle, mais avait échoué car elle avait persisté dans le monisme de l'Être, parce que c'était la seule conception de l'époque, ou parce que les premiers philosophes, s'ils avaient peut-être eu l'échos de la Genèse [...] n'en avaient pas compris la métaphysique) en la refondant sur le dualisme métaphysique" (Un Dieu créateur et un monde créé non confondus dans l'Un antique)." (Alain PASCAL, Les Sources occultes de la philosophie moderne, De la Gnose à la théosophie, tome 1 de La Conspiration des philosophes, éd. des Cimes, Paris 2017, p. 109-111.)

 

Ainsi, au XVIIe siècle, le cardinal Richelieu, énumérant "les principes dont le gouvernement, remis en sa bonne forme, doit s'inspirer", explique que puisque "'l'homme est souverainement raisonnable, il doit souverainement faire régner sa raison [...], l'autorité contraint à l'obéissance, mais la raison y persuade.' Cette croyance en la souveraineté de la raison est contraire à la doctrine protestante. Selon Luther, le péché originel a absolument corrompu la raison et l'a rendue totalement impuissante. Selon S. Thomas d'Aquin et la majorité des scolastiques, le péché originel a seulement affaibli la raison, mais l'a laissée capable d'atteindre le vrai et le bien. Pour les catholiques et pour Richelieu, la raison reste notre meilleur instrument." (Roland MOUSNIER, L'Homme rouge ou la vie du cardinal Richelieu, Bouquins, Robert Laffont, Paris 1992, p. 752.)

 

"En Occident, sept disciplines sont étudiées dans les monastères. Ce sont les arts libéraux. La grammaire, la rhétorique et la dialectique constituent le 'Trivium', les trois premières 'voies'. À leur suite, l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie constituent les autre 'voies' des arts mathématiques, le 'Quadrivium'. On peut trouver une ébauche des arts libéraux dans Saint Augustin, mais leur origine est antérieure au christianisme et absolument païenne. Leur première énonciation aux Temps féodaux est due à un écrivain latin du Ve siècle, Capella (360? - 428?), qui [...] condense les arts libéraux dans une 'sorte d'encyclopédie', dont le tire est Le Satyricon ou Les Noces de Mercure et de la philologie... Selon Bréhier (La philosophie du Moyen-Âge, Albin Michel, 1949), les arts libéraux ont été 'christianisés' au VIe siècle par Cassiodore (né v. 468).

"[...] Cassiodore écrit v. 540 les manuels des arts libéraux que les moines vont utiliser pendant plusieurs siècles." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 254-255.)

 

Entre le Ve siècle et le IXe siècle, Boèce (480-524), philosophe romain chrétien contemporain de Clovis, répand les œuvres d'Aristote en Occident. Son travail a été la source antique principale de la philosophie médiévale avant le XIIIe siècle. Son traité Logica vetus (logique ancienne) comprend entre autres ses traductions latines de l'Organon (Analytiques I et II), des Catégories, des Topiques, et De l'Interprétation d'Aristote, qu'il a transmis en Occident avant que soient connus les commentaires d'Averroès, philosophe andalou (1126-1198) au XIIIe siècle.

 

"La période n'est pas celle de 'l'infélicité des Goths', le long tunnel d'ignorance déploré par Rabelais et les humanistes. La convergence culturelle des élites 'barbares' et des élites gallo-romaines a permis leur fusion rapide. Au Ve et VIe siècles, aucune régression ne se discerne dans la culture des laïcs ni dans l'usage de l'écrit.

 

Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX le disent clairement :

 

"[...] Monastères et églises jouent un rôle positif dans la conservation des œuvres antiques.

 

"[...] La période du Ve au IXe siècle ne correspond donc nullement au degré zéro de la culture. Tout au contraire, elle assume un rôle primordial dans la transmission d'une grande part de la littérature latine à l'Occident des temps futurs.

 

"[...] À bien y regarder, on est donc amené à reconsidérer l'idée d'un déclin de cette noblesse sénatoriale dans la Gaule du Ve siècle en raison de l'hégémonie des chefs barbares. En vérité, la plupart des grandes familles ont maintenu leur position, entretenu un style de vie antique et participé à la transmission de la culture écrite." (Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX, La France avant la France 481-888, Histoire de France, Sous la direction de Joël Cornette, Folio Histoire, 2019, p. 19 et 40.)

 

"À partir du VIe siècle, les monastères occidentaux appliquent la Règle de S. Benoît (v. 440-547), le fondateur du monastère du Mont Cassin, proclamé récemment par l'Église 'Père de l'Europe et Patron de l'Occident, titres mérités. [...] La Règle bénédictine, rédigée en latin, s'inspire de celle de S. Basile, Père de l'Église et défenseur de Nicée, et accroît la lumière augustinienne. La Règle bénédictine oblige les moines à la fois au travail manuel et à la lecture. Par elle, les moines deviennent ainsi des artistes – ils ornent les Écritures des plus belles enluminures É, des constructeurs et des érudits. Cette maîtrise des arts et cette permanence de la culture ne permettent pas (là encore) d'accuser d''obscurantisme' les monastères bénédictins." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 256.)

 

"Dès les premiers temps, les Pères de l'Église ont enseigné que la raison était le don suprême de Dieu et le moyen d'accroître progressivement leur compréhension des Écritures et de la Révélation. En conséquence, le christianisme s'est trouvé orienté vers l'avenir, tandis que les autres grandes religions affirmaient la supériorité du passé. 

"... Comme l'enseigne Tertullien au IIe siècle : 'La raison est une chose qui vient de Dieu, pour autant qu'il n'y a rien que Dieu, qui a fait toute chose, n'ait pas fourni, disposé, ordonné par la raison, rien qu'il n'ait voulu comme devant être appréhendé et compris par la raison.' (De la Repentance, ch. I). Dans le même état d'esprit, Clément d'Alexandrie énonçait au IIe siècle une mise en garde : 'Ne croyez pas que nous disons que ces choses sont reçues seulement par la foi, mais aussi qu'elles doivent être affirmées par la raison. Car en vérité il n'est pas avisé de confier ces choses à la simple foi sans la raison, étant donné qu'assurément la vérité ne peut exister sans raison.' (Les reconnaissances de Clément : Livre II, ch. 69). (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 7, 22-23.)

 

Saint Augustin ne faisait qu'exprimer l'opinion générale lorsqu'il soutenait que la raison était indispensable à la foi  :  'Veuille le Ciel que Dieu ne haïsse pas en nous ce par quoi il nous a faits supérieurs aux animaux ! Veuille le Ciel que nous ne croyions pas de telle façon que nous n'acceptions pas ou ne cherchions pas de raisons, puisque nous ne pourrions même pas croire si nous ne possédions pas d'âmes rationnelles.' Saint Augustin reconnaissait que 'la foi doit précéder la raison et purifier le cœur et le rendre propre à recevoir et endurer la grande lumière de la raison'. Puis il ajoutait que, bien qu'il soit nécessaire 'que la foi précède la raison dans certains domaines de grande conséquence qui ne peuvent pas encore être compris, assurément la minuscule portion de raison qui nous persuade de ceci doit précéder la foi.' (In David C. Lindberg et Ronald L. Numbers, Gods and Nature : Historical Essays on the Encounter Between Christianity ans Science, Berkeley University of California Press, 1986, 27-28.) Les théologiens scolastiques avaient bien davantage foi dans la raison que la plupart des philosophes ne sont prêts à en avoir aujourd'hui. (R. W. Southern, Medieval Humanisme and Other Studies, Harper Torchbooks, New Yord, 1970, 49). (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 23.)

 

"Les moines augustiniens continuent d'étudier les philosophes grecs, Claudien Mamert en fournit la première preuve. Le latin est la langue occidentale, mais dire que la culture grecque reviendra en Occident avec la 'Renaissance italienne' est un mensonge. [...] Dire que les moines en Occident ignorent la culture grecque est un des mensonges historiques qui sert d'alibi à la Franc-Maçonnerie pour opposer à un imaginaire 'obscurantiste' des monastères la pseudo-'science' de la Renaissance." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 232.)

 

"Autre clerc lumineux, le pape Saint Grégoire le Grand (v. 540-606). [...] On peut dire qu'à leur manière Saint Benoît et Saint Grégoire perpétuent l'union de la raison et du cœur de l'augustinisme. Ils sont fidèles à la tradition de l'Occident chrétien, pour lequel le Vrai, idéal de la raison, est une valeur au même titre que le Beau, idéal du cœur. Le Vrai et le Beau véhiculent le Bien. Un chrétien de la tradition aime la Vérité et la Beauté qui rapprochent de Dieu, redoute le mensonge et la laideur qui sont des attributs du diable, usurpateur du vrai et du beau.

 

"[...] On peut dire qu'à partir du VIe siècle, par l'augustinisme, la Règle bénédictine et la réforme grégorienne, la lumière éclaire les monastère d'Occident, refuges de la culture et des arts en cette période de chaos due aux invasions." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 256-257.)

 

La culture, selon Charlemagne, devait s'écouler en aval d'une classe de lettrés religieux et éduqués à la cour, la classe intellectuelle. Il s'agissait d'une approche rigoureusement descendante où l'exemple venant d'en haut, la cour devait montrer l'exemple.

 

"La lumière de la tradition chrétienne éclaire la Renaissance carolingienne

"Alcuin (735-804) dirige l'École du palais à Aix-la-Chapelle et celle de Tours. Sous son autorité, des écoles sont fondées dans toute l'Europe. [...] Alcuin [...] reste un augustinien. [...] L'École du Palais copie les manuscrits des auteurs latins, qui, par les monastères atteindront les grands classiques français. Alcuin inscrit pour plusieurs siècles la culture de l'Occident dans la catholicité. Les Germains découvrent la culture antique grâce aux chrétiens. Cette culture est christianisée et transmise par les moines aux poètes et littérateurs futurs. La littérature des Temps féodaux est même si riche de culture antique qu'il est mensonger de parler de Renaissance littéraire au XVe siècle.

"[...] La Renaissance carolingienne réussit la réconciliation de l'Orient et de l'Occident dans une admirable synthèse qui s'inscrit dans la suite de l'augustinisme (développement chrétien de Platon, nécessité de la grâce pour le salut, conciliation entre foi et raison, connaissance naturelle de Dieu, négativité du mal). Elle est [...] comme l'augustinisme, un magnifique fruit de la Raison occidentale. [...]  Elle éclaire le passé grec par la Lumière de la tradition chrétienne, l'augustinisme." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, tome2, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. Cimes, 2e éd. revue et augmentée, Paris 2015, p. 97.)

Au Xe siècle, le savant Gerbert d'Aurillac (950-1003), Pape sous le nom de Sylvestre II. "Ses préoccupations sont celles d'un humaniste, il achète à grand prix des livres dans tous les pays", écrit Émile Bréhier, dans La Philosophie au Moyen-Âge (Albin Michel, 1949, p. 79), c'est-à-dire qu'il étudie les humanités anciennes et se préoccupe du sort des humains (il ne peut pas être Humaniste au sens du XVIe siècle, qui substitue l'Homme à Dieu)... En même temps que Gerbert et en relation avec lui, un autre moine savant, Abbon (945-1004) travaille "à la restauration des sciences", précise Béhier (p. 81).

"L'Occident chrétien  va connaître un apogée intellectuel à partir du XIe siècle. (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, tome2, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. Cimes, 2e éd. revue et augmentée, Paris 2015, p. 120-121.)

 

La création des premières universités européennes

 

Ces écoles, souvent liées aux cathédrales et aux monastères étaient dirigées par des évêques ou des religieux qui ont peu à peu évoluer pour devenir des centres d'études supérieures. Beaucoup d'universités, comme celles de Paris, milieu XIe siècle, de Bologne, fondée en 1088, ou d'Oxford, au XIIe siècle sont nées de cette dynamique.

Cours de théologie à la Sorbonne. Enluminure de la fin du XVe siècle, Bibliothèque de Troyes

 

 

Du début du XIe siècle à la fin du XIIe siècle, la scolastique primitive débute avec la figure d'Anselme de Cantorbéry (1033-1109) et l'école de Chartres.

 

Les œuvres d'Aristote marquées par l'influence de Platon sont copiées par Jacques de Venise († 1147) et traduites du grec au latin par Albert le Grand (1193-1206), maître dominicain de Thomas d'Aquin, qui les introduit dans les universités, en même temps que les traités scientifiques grecs.

 

Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) formule l'aristotélisme chrétien en appliquant à la théologie les méthodes et les exigences du raisonnement philosophique. L'engagement chrétien en faveur de la raison culmine avec sa Somme théologique, publiée à Paris à la fin du XIIIe siècle. Il avançait que dans la mesure où l'entendement des humains n'est pas suffisant pour percevoir directement l'essence des choses, il leur est nécessaire de cheminer vers la connaissance pas à pas, au moyen de la raison. Il prônait ainsi l'utilisation de la philosophie, particulièrement des principes de la logique, dans une tentative d'élaboration de la théologie. 

 

Alexandre de Hales (1180-1245) surnommé le "Docteur irréfragable", Robert Grossetête (1175-1253) à Lincoln, un des représentants de la Première Renaissance, et Roger Bacon (1214-1294) à Oxford (Angleterre), surnommés le "Docteur admirable", davantage portés vers l'expérience que vers la spéculation pure, identifient quelques erreurs commises par Aristote à propos des phénomènes naturels, ce qui ne les empêche nullement de reconnaître l'importance de la philosophie d'Aristote. 

 

Roger Bacon (1214-1294) déclare au 13e siècle qu'''on peut réaliser pour la navigation des machines sans rameur, si bien que les plus grands navires sur les rivières ou sur les mers seront mus par un seul homme avec une vitesse plus grande que s'ils avaient un nombreux équipage. On peut également construire des voitures telles que sans animaux, elles se déplaceront à une vitesse incroyable. On peut aussi fabriquer des machines volantes, qu'un homme assis au milieu de la machine actionnant des ailes artificielles qui battront l'air comme un oiseau en vol...'' Cela s'appelle de la science prospective en plein 13e siècle.

 

Robert Grossetête dit Robert de Lincoln (1175-1253), évêque de Lincoln en Angleterre, est considéré avec Roger Bacon, comme un des pères de la science expérimentale. "Tous deux défendent l'idée que la science ne se bâtit que par l'expérience. C'est exactement ce que fera la science du 19e siècle... Ce même 19e siècle qui disait que l'Eglise était 'contre la science'..." (Cf. Christophe DICKÈS, "La fécondité extraordinaire de l'Eglise", auteur de "Pour l'Eglise. Ce que le monde lui doit", Paris, Perrin, 2024)

 

La scolastique tardive du XIVe siècle est représentée par la figure de Jean Duns Scot (1266-1308), à Oxford, Paris et Cologne, le "docteur subtil" qui donne une priorité à la volonté (d'où l'étiquette de "volontarisme") devant les autres facultés comme l'intelligence intellectualiste ou la charité.

Imparfaite, mais néanmoins grande, la civilisation de la chrétienté formée par l’Église catholique est une civilisation dont nous pouvons et devons être fiers. Aucune n’a produit autant de fruits dans tous les domaines de la vie.

Les œuvres du Christ ne reculent pas, mais elles progressent.

Saint Bonaventure

 

 

La Raison première se trouve en Dieu



Et "le Christ Verbe incarné offre à l'humanité la connaissance rationnelle."



Dieu ouvre en effet avec son Incarnation une ère nouvelle qui met fin à l'Antiquité, où la métaphysique ancienne – les cultes du cosmos –  était partout moniste, alors que celle du christianisme est dualiste (dualisme de l'être : 1- Dieu Créateur et 2 - les créatures, qui ne sont pas une seule et même chose. Dieu et ses créatures ne doivent pas être confondus = hérésie panthéiste).



"L'Incarnation est ainsi le plus grand événement de l'Histoire sur le plan religieux, mais également philosophique et politique."



(Cf. Alain Pascal, Pour une révision totale de l'Histoire, Faire table rase de la table rase, Les Éditions du Verbe haut, La Courneuve 2024, p. 65-73)

 

‘’(Le christianisme) leva sur le monde, avec l’étendard du Calvaire, le vrai drapeau de la réforme.

 

"Il attaqua l’orgueil par l’humilité, il attaqua la cupidité (passion immodérée de la richesse) par la pauvreté, il attaqua le sensualisme par la mortification, il opposa à la concupiscence qui précipitait toutes les décadences la sainteté qui allait susciter tous les Progrès…

 

Et … le monde se trouva replacé sur cette route royale où depuis deux mille ans il remonte avec Jésus-Christ.

 

... Le christianisme a réformé et fait progresser le monde parce qu'il a attaqué résolument la concupiscence (Concupiscentia carnis, concupiscence de la chair ou sensualisme, péché originel, l'âme qui s'incline sous l'empire du corps, la prépondérance désordonnée de la vie des sens sur la vie de l'esprit) : au contraire, toutes les réformes qui reculent devant elle, réforme religieuse, politique ou sociale, échouent fatalement, et conduisent aux décadences sous le drapeau du Progrès. ... (En effet), ... ce qu'il y a de plus effrayant dans ... ces tendances de notre temps, c'est d'entendre vanter comme élément et principe de Progrès, ce mal profond (le sensualisme) qui dévore le Progrès.’’ (Joseph FELIX, Le Progrès par le christianisme 1857, Conférences de Notre-Dame de Paris, Forgotten Books, p. 87-88; 103; 145.)

 

"Le christianisme irrigue toutes les constructions sociales, il est le modèle d’explication des sociétés, des cultures et du système de pensée occidental dans ses structures conceptuelles. Il se présente comme la constituante essentielle de l’histoire des civilisations et des hommes. Cette assertion, indéniable aujourd’hui et scientifiquement acquise..." (Bénédicte Sère, Histoire générale du christianisme. Volume I : Des origines au xve siècle, dir. Jean-Robert Armogathe, Pascal Montaubin, Michel-Yves Perrin, Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 04 avril 2012. URL : http://journals.openedition.org/rhr/7840 )

 

Tout ce qui caractérise l'Europe est dû au christianisme

 

Dans le christianisme se trouve une première proposition d'universalité qui est unique dans l'histoire, l'homme trouve un une liberté individuelle ; alors que jusque sa destinée était collective, son destin devient individuel avec le Sermon sur la montagne.

 

"Le catholicisme est ... la plus tolérante de toutes les religions, puisque la seule qui ne différencie pas le statut du croyant et du non-croyant.

 

"(...) Sans l'Incarnation de Jésus, ni la reconnaissance d'une destinée personnelle, ni la liberté accordée à tous les hommes égaux devant Dieu, ni la domination rationnelle de l'homme sur la nature ne sont concevables. 

 

La science

 

"Berdiaev (1874-1948) a démontré que, par la suite de l'Incarnation christique, toute la part traditionnellement magique de la nature était abolie, ce qui permettait l'étude scientifique de la nature, par démystifcation. Ce n'est pas (...)  le cas du judaïsme (ni de l'islam qui prône et vit une théocratie, la soumission du temporel au spirituel). Le judaïsme  envisage toujours un destin collectif, il n'y a pas de destin individuel; le judaïsme n'accorde pas non plus le même statut au juif et au goy, et ne s'est pas clairement départi de l'ancienne cosmologie (...), notamment dans son ésotérisme kabbalistique.

 

Le physicien Oppenheimer, père de la bombe atomique, rendu populaire par le film de Christopher Nolan, dit que ''sans christianisme, il n'y aurait pas eu de science moderne.''

 

En ce domaine, l'historien Jacques Le Goff (1924-2014) a dit que la scolastique avait apporté quatre grandes idées :

1-l'instauration du doute qui conduit à la recherche

2-la démonstration est supérieure à l'argument d'autorité

6-le savoir est une libération

4-le goût de l'ordre et de la clarté de la démonstration. Voilà ce que le christianisme a apporté à la science. (Cf. ''Comment comprendre l’incroyable fécondité de l’Église à travers l’histoire ?'', Christophe DICKÈS)

 

Tout au long de l'histoire, les prêtres catholiques eux-mêmes ont apporté de nombreuses contributions importantes à la science :

 

Giovanni Battista Riccioli (1598-1671), cartographie et physique lunaire

Francesco Lana de Terzi (1631-1687), concept du dirigeable

Roger Boscovich (1711-1787), précurseur de la théorie atomique

Athanasius Kircher (1602-1680), égyptologue

René Just Haüy (1743-1822), père de la cristalographie

Giuseppe Piazzi (1746-1726), découverte de la planète naine Céres

Benedict Sestini (1816-1890), astronomie et mathématiques

Gregor Mendel (1822-1884), père de la génétique

Georges Lemaître (1894-1966) - théorie du Big Bang

 

"Incidences politiques évidentes : la Démocratie est d'origine chrétienne, (...)

 

"Comme dans le christianisme pour lequel chaque homme est égal devant Dieu, dans la Démocratie chaque citoyen est égal devant la loi (qu'il ne le soit pas dans les faits n'est pas du domaine religieux)." (Alain PASCAL, La Trahison des initiés, 3e édition revue et corrigée, éd. Cimes, Paris 2013, p. 221; 229.)

 

Avec le Sermon sur la Montagne, le concept de Personne naît, en tant qu'individu avec une dignité et des droits inhérents, qui était inconnu dans les temps anciens de métaphysique moniste (les cultes du cosmos) et au destin collectif. 

 

Du christianisme naît l'idée que tous les individus sont créés égaux devant Dieu, reflétant la croyance en la dignité de chaque personne ("persona significat illud quod est perfectissimum in tota natura, scilicet subsistens in rationali natura").

 

Le royaume messianique est à la fois présent et futur. Il est les deux à la fois. Et l'Église, corps du Christ, est le royaume du Christ déjà présent.

 

La communauté chrétienne à l'opposé de la Jérusalem actuelle, terrestre et nationale, est la Jérusalem d'en-haut (1 Co 10, 18), céleste et spirituelle (Ga 4, 25-26). (Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, 1955, rééd Albin Michel, Paris, 1994, p. 54.)

 

Le christianisme, en mettant l'accent sur le salut individuel et la rédemption à travers l'histoire, établit une nouvelle conception du temps, considérant l'histoire comme un récit avec un but, qui atteindra son point culminant lorsque Dieu jugera l'humanité et établira la Cité de Dieu [Saint Augustin] comme la demeure éternelle des justes.

 

Le Sermon sur la Montagne est en fait une dialectique entre Jésus et Moïse, même si celui-ci n'est jamais cité.

 

Jésus est venu pour accomplir la loi mosaïque. Il a souligné son union parfaite avec la volonté divine, et se conforme pleinement à la loi —a abrogé certaines traditions non bibliques, corrigé certaines interprétations erronées, mais n'a pas abrogé les mandats légaux de la loi mosaïque. Jésus comprend la vraie nature de la loi comme la loi de Dieu: la loi n'est pas en elle-même Dieu, ni Dieu la loi. Il sait que la vraie nature de la loi réside dans sa connexion à Dieu, et il défend publiquement l'autorité divine de la loi soulignant que Dieu est le donneur et le Seigneur de la loi; que ce n'est qu'en communion avec Dieu que la loi est pleinement accomplie. Et ainsi il fut crucifié; non sans avoir d'abord alerté ceux qui voulaient l'écouter de l'instrumentation de Dieu (son remplacement par la loi), et du danger de tomber dans la tentation antinomique.

 

Nous savons, avec Niebuhr (1892-1971), que la morale est insoluble avec les institutions, mais qu'elle est réalisable par l'individu.

 

Le Sermon sur la Montagne n'est intelligible qu'à la lumière du principe de l'amour gratuit.

 

Matthieu souligne que l'amour a plus de poids que les rites et les légalismes :

 

"Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que ... vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité.

 

Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste." Matthieu 23,23

 

L'amour n'est pas sentimental, il s'agit de faire le bien.

 

Les termes religieux utilisés par l'évangéliste, Mishpatm, Jesed, Emeth (מִשְׁפָּט. חֶסֶד,אֱמֶת), montrent que Jésus ne prescrit pas une morale de règles et d'obligations qui doivent être strictement respectées pour atteindre le salut ; ni une éthique ascétique pour les saints ou les ermites, mais une justice universelle pour établir une nouvelle humanité unie dans le Christ, qui inclut les païens (Ephésiens 2:11-22; Colossiens 3:11; Actes 10:34-35), une anthropologie transcendantale, dans laquelle l'Homme vit pour être, au-delà de son existence.

 

Le Jésus du Sermon sur la Montagne est véritablement Dieu et véritablement humain, sans confusion possible, ni division des deux natures. Et c'est pourquoi, Dieu n'est pas un substantif à définir, mais un Verbe à vivre [Matthieu 20, 1-16]. Jésus ne parle pas de sentiments, mais de nos relations personnelles avec les malheureux et les différents, avec qui Jésus s'identifie, parce que ce sont ces relations qui révèlent qui nous sommes vraiment.

 

Les enseignements du Sermon contiennent ainsi le rejet implicite de la notion d'un peuple élu associé à une religion tribale qui exige la supériorité et l'exceptionnalisme du collectif, car cette vision limitée et exclusive empêche de comprendre le sacré incarné dans le Messie universel. (Cf. https://posmodernia.com/el-mito-de-la-tradicion-judeocristiana/ )

 

Ainsi, concrètement, "aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe," a pu écrire Théodore ZELDIN, dans "Histoire des passions françaises, 1848-1945" (tome 5, Points Histoire, Paris-Mesnil 1981, p. 446.) à propos de la France, Fille aînée de l'Eglise.

 

Le self-government rural ou la "démocratie" et des élections à la pluralité des voix dans chaque village était un usage courant sous l'"Ancien Régime". (Frantz FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, p. 33-35.)

 

"Les rois du vieux temps laissaient se gouverner leurs sujets à l'abri de leur autorité souveraine. [...] Dallington va jusqu'à définir la France sous le gouvernement de ses princes, 'une vaste démocratie'." (Frantz FUNCK-BRENTANO, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 525-526.)

 

Le parlement local était élu par la population locale. Chaque grande ville élisait ses dirigeants, désignés parfois sous le terme d'échevin. (Pierre GAXOTTE, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 9-10.) Mais, "dans certaines provinces, les sujets du roi pouvait naître, vivre et mourir sans avoir directement affaire à l’Etat." (Michel ANTOINE, Louis XV, Fayard, 1989).

 

Sous "l'Ancien Régime", "le principe des libertés nationales était posé dans cette maxime fondamentale de l'Etat français : Lex fit consensu populi et constitutione regis. "Consentement de la nation et décret du prince", voilà l'antique formule du pouvoir législatif en France, depuis l'établissement de la monarchie." (Mgr FREPPELLa Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 33.)

 

"L'enseignement était obligatoire et gratuit. [...] Au cours de son livre L'École sous la Révolution, V. Pierre constate qu'il y avait en 1789 des écoles dans chaque paroisse 'et presque dans chaque hameau'." (Frantz-FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, pp. 50-51.)

Solennité du Christ Roi de l'univers

La liberté et l'égalité : des valeurs chrétiennes  dévoyées par la Démocratie moderne.

 

Sans l'Église, pas de "droits de l'homme"

 

"La morale moderne, celle des droits de l'homme, a été inventée par le christianisme dans sa préoccupation de reconnaître la dignité égale a priori des personnes." (Regard sur la philosophie, La Chronique de Damien Le Guay, Canal Académies, Luc Ferry et le christianisme, 3 mai 2009)

 

"Toute l'histoire de la philosophie est celle d'une reformulation du message chrétien..." (Luc Ferry, ibid.)

 

Lire : Droits de l’homme au Moyen Age,ou de l’action sociale du clergé

 

"Dans le régime démocratique [en 1789], [...] (e)n théorie, le nouveau citoyen se voit reconnaître un pouvoir de contribuer à la formation des décisions. [...] Mais en réalité, il a moins de prise sur la décision qu'il n'en a jamais eu (Voir Patrice Gueniffey, Le Nombre et la raison, La Révolution française et les élections, éd. de l'EHESS, Paris 1993, p. 208-213). En effet, la participation démocratique [...], constitue une double fiction dont l'effet est de transférer le pouvoir théoriquement possédé par les individus à une oligarchie composée de professionnels de la politique. Cette oligarchie trie les problèmes et définit les termes dans lesquels ils peuvent être résolus, médiation indispensable pour transmuer la poussière des volontés individuelles en 'volonté collective'." (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaireFayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206-210.)

 

"Aujourd'hui, le citoyen se croit libre, mais cette liberté est encadrée les anti-modernes n'ont pas le droit à la parole – et surtout verbale. Le citoyen est soumis à l'tat. C'était d'ailleurs le but du Contrat social de Rousseau." (Alain PASCAL, Pour une Révision totale de l'histoire, Faire table rase de la table rase, Essais antimodernes et contre-révolutionnaires tome 1, Editions du Verbe Haut, La Courneuve 2024, p. 24.)

 

"L'État de nos jours est plus directif que sous l'Ancien Régime. [...] La plus libérale des démocraties actuelles est bien plus absolue que la monarchie dite 'absolue'... En effet, l’autorité étatique y est beaucoup plus à même d’imposer sa volonté." (Jean-Louis Harouel, L’esprit des institutions d’Ancien Régime, Le miracle capétien, Perrin, 1987).

 

"Les théoriciens chrétiens proposaient depuis longtemps des théories sur la nature de l'égalité et sur les droits de l'individu. Le travail ultérieur de théoriciens politiques 'laïques' tels que John Locke a été explicitement fondé sur des axiomes égalitaires posés par les penseurs religieux." (Jeremy Waldron, God, Locke, and Equality, Cambridge University Press, 2002, cité in Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 11). 

 

"Beaucoup expriment également de l'admiration pour les œuvres de John Locke au XVIIe siècle comme étant une source majeure de la théorie démocratique moderne, apparemment sans se rendre compte le moins du monde que Locke fonda explicitement toute sa thèse sur les doctrines chrétiennes concernant l'égalité morale." (Jeremy Waldron, ibid.cité in Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, ibid., p. 119.)

 

 

Ainsi, ‘’le christianisme n'est pas seulement une foi, c'est une foi qui a baptisé une civilisation : celle de la dignité des hommes, de la liberté, de la responsabilité, de l'égalité.

 

Détruisez le christianisme et vous aurez détruit cette civilisation.

 

"Reléguez la foi chrétienne au rôle d'un récit et vous aurez perdu notre fondement. Et notre identité aussi : car si les autres vous frappent parce que vous êtes juif et chrétien et que vous ne donnez aucun poids à cet être, alors les autres sont quelqu'un et vous n'êtes personne, n'ayant rien à défendre. C'est la leçon ... que j'ai tirée de la tragédie du 11 septembre et que j'ai renforcée lors de mes rencontres avec Ratzinger. Il avait de la lucidité et du courage,’’ a pu expliqué le sénateur libéral italien, philosophe et universitaire, Marcello Pera, qui avait rencontré à plusieurs reprises Benoît XVI.

 

Rappelons les progrès scientifiques et moraux dus au christianisme:

 

Le christianisme est directement responsable des percées intellectuelles, politiques, scientifiques et économiques les plus significatives du dernier millénaire; la théologie chrétienne en est la source même. "Les autres grandes religions ont mis l'accent sur le mystère, l'obéissance, l'introspection ou la répétition. Seul le christianisme s'est ouvert à la logique et à la pensée déductive comme moyens d'accès aux lumières, à la liberté et au progrès. Au Ve siècle déjà, saint Augustin célébrait le progrès théologique et "l'invention exubérante". Les valeurs qui nous sont les plus chères aujourd'hui - le progrès scientifique, le règne de la démocratie, la liberté des échanges et de la circulation des hommes et des idées - doivent largement leur universalité au christianisme vu comme une tradition grandiose dont nous sommes tous les héritiers", écrit Rodney STARK dans son ouvrage "Le triomphe de la raison : pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, traduction de Gérard Hocmard, Paris, Presses de la Renaissance, 2007.) 

 

"Non seulement la science et la religion étaient compatibles, mais elles étaient inséparables : l'essor de la science a été le fait de penseurs chrétiens profondément religieux. (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 30.) 

 

Ceux qui participèrent aux grands progrès des XVI et XVIIe siècles, Newton, Kepler, et Galilée ont perçu leurs travaux comme étant 'au service' de la théologie. Ils considéraient la Création elle-même comme un livre qu'il fallait lire et comprendre. (David Lyle Jeffrey, By Things Seen : Reference and Recognition in Medieval Tought, Ottawa Université of Ottawa Press, 1979, 14). René Descartes justifiait sa recherche des 'lois' naturelles par le fait que de telles lois doivent nécessairement exister puisque Dieu est parfait et qu''il agit de manière aussi constante et immuable que possible', à la rare exception des miracles. (Œuvres, Livre VIII, ch. 61.)

"Le christianisme a libéré les femmes." (Jacques Le Goff).

 

"Le christianisme est la religion qui valorise le plus le féminin, car la femme [...] y est l'égale de l'homme pour le salut. Il n'y a plus 'ni homme, ni femme', écrit Saint Paul (Ga 3,28).

 

Quelle est la plus grande créature de tous les temps ? Une femme.

La Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, la Très Sainte Mère de Dieu, occupe la plus haute place d'honneur parmi tous les êtres créés. Elle est au-dessus de tous les anges et de tous les saints. Comme le dit l'Ange Gabriel, la saluant, elle est "Comblée-de-grâce" (Luc 1,28). Elle est la nouvelle Ève, sans laquelle il n'y aurait pas de salut pour l'humanité, "une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles" (Apocalypse 12,1).

 

Aucune autre religion au monde ne donne à la femme une place dans un rôle aussi élevé

 

Une femme a donné naissance au Sauveur du monde. Quelle autre religion égale cet honneur ?

 

Le mariage chrétien honore à la fois l’homme et la femme.

 

Dans un monde païen où les femmes étaient souvent une propriété, le christianisme déclarait :

"Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle" - Éphésiens 5, 25

 

C'est cela l'amour sacrificiel. Placer le bien de l'épouse au-dessus de soi-même, comme le Christ l'a fait pour nous. Le mariage est devenu un chemin mutuel vers la sainteté, et non une exploitation. Il est devenu une voie de sanctification mutuelle.

 

Jusqu'à la conversion de Clovis, "le statut juridique de la femme mérovingienne est des moins enviable. Perpétuelle mineure, réputée faible par nature, celle-ci vit sous la protection d'un tuteur - ou mainbour -, d'abord son père, puis son mari." (Philippe DELORME, Préface de Jean TULARD de l'Institut, Contre-Histoire de France, Ni romance, ni repentance, Via Romana, Le Chesnay 2024, p. 60.)

 

D'innombrables femmes chrétiennes ont changé et façonné la société pour le mieux.

 

Isabelle la Catholique, reine de Castille, a mis fin à la Reconquista.

 

Les prières de sainte Monique ont converti saint Augustin.

 

Sainte Macrine la Jeune a façonné l'esprit de ses frères, les saints Basile et Grégoire de Nysse.

 

"Par rapport au passé, le christianisme offre [...] une nouvelle dignité à la femme par un mariage qui met fin à la polygamie orientale et lui accorde le droit à l'amour. La femme n'est plus un objet de plaisir." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, tome 2, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. Cimes, 2e éd. revue et augmentée, Paris 2015, p. 213.)

 

Le consentement dans le mariage est une révolution introduite avec l'institution du mariage chrétien qui revenait sur la pratique du mariage forcé hérité du droit romain où la femme romaine est une mineure, sous la coupe du pater familias, père de famille, puis du mari. Voici quelques lignes de Jacques Le Goff sur ce sujet :

 

À l'instar des nombreuses saintes qui furent persécuter et martyres pour avoir exercé leur liberté de consentement, comme sainte Thècle au Ier siècle, sainte Agathe au IIIe siècle, ou encore sainte Agnès au début du IVe siècle, "voyez [...] la réflexion qu'a menée l'Église sur [...] le mariage, afin d'aboutir à cette institution typiquement chrétienne formalisée par le IVe siècle concile de Latran en 1215, [...] un acte qui ne peut avoir lieu qu'avec l'accord plein et entier des deux adultes concernés (consentement). [...] Le mariage est impossible sans l'accord [...] de l'épouse : la femme ne peut pas être mariée contre son gré, elle doit avoir dit oui. (Michel SOT, La Genèse du mariage chrétien, L'Histoire n°63, pp. 60-65).

 

"[...] C'est une de mes idées favorites, confortée par le progrès des études historiques : le Moyen-Âge, [...] a été aussi et surtout un moment décisif dans la modernisation de l'Occident." (Jacques LE GOFF, L'histoire n° 245, cité dans La Véritable Histoire des Femmes, De l'Antiquité à nos Jours, Présenté par Yannick RIPA, L'Histoire, Nouveau Monde Éditions, Paris 2019, pp. 67-82.)

 

"À l'ère moderne, les découvertes scientifiques, l'essor du commerce [...] auraient achevé d'installer en Occident un mouvement de liberté et de progrès, à opposer à la stagnation des autres mondes, islamique, chinois, indien." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 15.)

 

Le christianisme a permis le "décollage européen" au "Moyen-Âge", le progrès économique, le progrès scientifique, technologique et matériel, et le progrès moral, dans la mesure où la papauté a travaillé à l'autonomie des pouvoirs temporel et spirituel ("réforme grégorienne" au XIe siècle), ce qui n'existe dans aucune autre ère de civilisation. (CfJean-Louis HAROUEL, Le Vrai génie du christianisme, Laïcité, Liberté, Développement, éditions Jean-Cyrille Godefroy, Clamecy 2012 ; Rodney STARK, Faux témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019.)

 

"L'une des incantations républicaines consiste à faire croire que la République a apporté l'égalité entre les citoyens. ... [J]e ne suis pas certain que les inégalités aient été plus criantes sous Louis XVI que sous notre république. Précisément parce que l'institution de la noblesse, cet ordre prestigieux auquel toute famille désireuse de se hisser dans la société rêvait d'accéder, empêchait par là même qu'elles continuent à s'enrichir interminablement (il était interdit à la noblesse de s'enrichir; l'honneur interdisait à la noblesse de sortir du rôle qui lui était dévolu, la noblesse pouvait se perdre par déchéance à la suite d'une condamnation infamante, ou par dérogeance, lorsqu'un noble était convaincu d'avoir exercé un métier roturier ou un trafic quelconque). Un Bill Gates était inimaginable à l'époque, ces fortunes qui dépassent la richesse de nombreuses nations n'existaient pas. [...] Rien de plus politique que d'arrêter, par un moyen aussi puissant que volontaire, par le motif de l'honneur, l'accroissement immodéré des richesses dans les mêmes mains. Ainsi l'institution de la noblesse empêchait-elle la constitution de fortunes insensées, aberrantes, outrancières, et ce n'est pas le moindre paradoxe que de voir dans l'ancienne monarchie un monde mieux armé pour prévenir ces aberrations. [...] Malgré l'évidence..., on continue de nous représenter la société sous l'Ancien Régime comme monde inégalitaire. Il l'était, sans aucun doute. Comme toute société. Il n'existe pas de société égalitaire. La société communiste, qui s'est imposée au prix d'une terreur jamais vue dans l'histoire, n'a pas réussi le pari de l'égalité, au contraire: elle a connu un éventail des revenus plus large que nos sociétés d'Europe occidentale. Il est d'ailleurs amusant de constater que la gauche, et plus généralement la république, aggrave, toujours les inégalités plutôt qu'elles ne les réduit. Par exemple, sous le septennat de Valery Giscard d'Estaing, l'éventail des revenus était moins large que sous son successeur François Mittérand. ... Aujourd'hui, ... [l]a moitié du patrimoine national (50%) est détenue par 10% des ménages. Et 40% des Français n'ont aucun patrimoine. 40% des Français sans patrimoine: ce chiffre était le même en 1800, au lendemain de la Révolution." (Yves-Marie ADELINE, Le Royalisme en question (1792-2002), Perspectives pour le XXIe siècle, Préface de Vladimir Volkoff, Postface de Jean Raspail, L'Âge d'Homme - Editions de Paris, Libres Mobiles, 2e édition corrigée, Paris 2002, p. 96-97). 

Au Ve siècle, avec nos premiers rois de France, la tradition royale était, sur les conseils de saint Rémi, qui baptisa Clovis, de soulager les habitants du pays, de réconforter les affligés, de veiller sur les veuves, de nourrir les orphelins (M.C. ISAÏA, Rémi de Reims, Mémoire d'un saint, histoire d'une église, Cerf, Paris 2010, p. 777), et pour ceux que la Providence avait particulièrement dotés de donner le plus largement possible aux pauvres. À l'instar de l'amour du prochain, la charité publique, commandée par la foi, et librement consentie, n'était pas (encore...) imposée par l'État. "Protège les Pauvres, ils te protégeront", tel était l'enseignement de Philippe Auguste à Saint-Louis.

Conclusion

 

Le dualisme créé par la papauté depuis le Ve siècle (lettre de 494 de Gélase Ier à l'empereur Anastase) et amélioré par Grégoire VII (réforme grégorienne) ne sera fondamentalement remis en question que treize siècles plus tard, sous les "Lumières" et le "despotisme éclairé" de souverains comme l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche (1740-1780) et l'empereur Joseph II (1741-1790) - "joséphisme" - où les évêques seront désormais nommés sans contrôle du pape, la carte des diocèses et des paroisses modifiée par décret, les séminaristes placés sous tutelle de l'État (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 85), et par les révolutionnaires français qui imposeront la "constitution civile du clergé" du 12 juillet 1790 sans aucune concertation avec la papauté. "Les religieux deviendront des fonctionnaires de l'État" et "les évêques seront consacrés sans intervention du pape." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 337-338.) La "nation" déclarée souveraine s'arroge le droit d'intervenir seule dans l'organisation du culte. C'est le contraire même et l'abolition de toute saine laïcité.

 

En 1905, la loi dite de "séparation de l'Église et de l'État", mise en oeuvre par l'obédience maçonnique du "Grand Orient" dit "de France", consacrera donc non le règne de la "laïcité", mais le règne de César, en réactualisant le monisme antique de confusion des deux pouvoirs, le temporel (républicain) et le religieux (franc-maçonnique).

 

Et bien vite après César ... le règne du marché... 

 

"Après sa naissance en Angleterre en 1717, la franc-maçonnerie a essaimé très rapidement, dans les trente ou quarante années, dans toute l'Europe; en France, on trouve une première Loge anglo-saxonne 'Amitié et Fraternité' à Dunkerque. La première 'Grande Loge française' est créée en 1738." (Serge ABAD-GALLARDO, conférence L'incompatibilité d'être franc-maçon et catholique, du 18 septembre 2018.) 

Les pouvoirs laïcs ont leur autonomie, de la même manière que le corps a son autonomie par rapport à l'âme; mais c'est quand même l'âme qui doit fournir ses règles de comportement au corps et le contrôler. En ce sens, le règne du Christ ne propose pas une théocratie : ni le pape ni l'Église ne prétend se substituer aux pouvoirs laïcs.

À ce titre, après un siècle de laïcisme où un même personnel politique temporel et spirituel dicte la loi d'une manière opaque, une nouvelle loi de séparation de la franc-maçonnerie et de l'État est urgente, pour consacrer une "saine et légitime laïcité" telle que définie par Pie XII (le terme a été expliqué par Jean-Paul II, dans Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 145-146.)

Et le signe de la Croix, lui-même, pourrait (re)devenir ce symbole du salut qu'il a toujours été partout et à toutes les époques, le symbole même d'une histoire et d'une laïcité sainement comprises !

 

La nouveauté du Concile Vatican II en question ?

 

Thomas Tanase, dans son Histoire de la papauté, écrit :

Paradoxalement au XXe siècle, c'est la papauté elle-même qui reviendra sur mille ans de maturité de la réforme grégorienne, avec "un concile très occidental, dont le tempo sera donné par un épiscopat nord-européen, pour ne pas dire carolingien", [...] qui "voit arriver à maturité [...] la nouvelle théologie très critique envers l'incapacité du monde curial romain à se rendre compte des défis posés par l'areligiosité du monde contemporain".

 

Ce concile "adopte le 21 novembre 1964 la constitution Lumen gentium, qui pose les principes fondamentaux de ce que sera l'enseignement du concile."

 

Après la Révolution française, face à des institutions qui avaient découronné le Christ, l'Église avait cherché à conserver une légitime autonomie, particulièrement sous les pontificats de Léon XII (1823-1829), Pie VIII (1829-1830), Grégoire XVI (1831-1846) et Pie IX (1846-1878). Mais à  partir du pontificat de Léon XIII (1878-1903), elle a commencé à demander aux catholiques de s'engager dans les institutions modernes et à voter pour peser de tout leur poids dans les institutions afin de faire modifier les lois de laïcisation (encyclique Au milieu des sollicitudes, 1892, doctrine qualifiée à l'époque de "ralliement" à la république.) 

 

Le concile Vatican II, cherchant à s'ouvrir au monde, a consacré l'engagement des laïcs dans la vie politique et les institutions modernes.

 

Mais l'engagement des laïcs doit, aussi, se réaliser dans la vie de l'Église elle-même, "[c]omme tous ses fidèles ont été régénérés par le Saint-Esprit, ils sont tous appelés à un 'sacerdoce commun'.

 

"En d'autres termes, écrit Thomas Tanase, cette constitution [Lumen gentium] cherche à revenir sur la séparation entre clercs et laïcs progressivement montée en puissance depuis la réforme grégorienne, pour affirmer au contraire la participation de tous dans un rapport d'égalité à la vie de l'Église.[LG tendrait donc à confondre la fonction sacerdotale du prêtre avec le ''sacerdoce commun'' des laïcs (LG 10) ''participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ'' (LG 31), dans un rapport d'égalité à la vie de l'Église (LG 34).

La Constitution Sacrosanctum Concilium 14 déclare également : ''La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui, en vertu de son baptême, est un droit et un devoir pour le peuple chrétien, 'race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté'". 

En conséquence, n'importe quel laïc aux idées subversives sur les sujets moraux comme la famille, le mariage, le divorce, la contraception, l'avortement, et d'autres sujets, peut entrer dans une paroisse et la démolir de l'intérieur, à la demande même de l'Église!

"L’égalité de conditions entre clercs et fidèles, ne s’avère-t-elle pas piégée ? demande Marguerite Champeaux-Rousselot qui fait remarquer que ... L’Évangile appelle chacun et chacune à être toujours plus fils et fille de leur Père, Dieu. C’est un… titre !' Ce titre fait de chaque baptisé le frère de tous les autres, il permet l’exercice de fonctions différentes sans en sacer-dotaliser (sacraliser) aucune...''] 

 

"[...] L'encyclique Populorum progressio de 1967 complétera Gaudium et spes, avec ... un idéal ecclésial fait désormais d'engagements, de mobilisations et de participation de tous." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté, ibid., p. 422- 431.)

 

L'engagement politique n'est pas la panacée, ni ce qu'on demande à l'Église.

 

Et une question demeure. En confondant clercs et laïcs ("la participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte" de LG 34) en associant étroitement au temporel tous les croyants à la vie politique (LG 36), en liant désormais plus étroitement le sort des chrétiens à celui des empires, en demandant que les laïcs s'engagent résolument pour un modèle global et universel qui sert de base au nouvel ordre international, en revenant donc sur mille ans de fine distinction des clercs et des laïcs, comment le laïque peut-il désormais respecter un ordre spirituel s'il est lui-même clerc et laïque ?

 

Le désintérêt des croyants dans la pratique religieuse ne vient-il pas de cette désacralisation du sacré (la fonction sacerdotale) faite à la demande même de l'Église, de ce relâchement dans la distinction des deux sphères temporelle et spirituelle, tant au plan religieux qu'au plan politique ?

 

Dans First Things, le 27 octobre 2023 , le cardinal Müller a déclaré que "L'Église n'est pas une démocratie". "Nous sommes confrontés à un programme mondialiste d'un monde sans Dieu, dans lequel une élite au pouvoir se proclame créatrice d'un monde nouveau et souveraine des masses privées de leurs droits. Ce programme et cette élite ne peuvent être contrés par une "église sans Christ", qui abandonne la Parole de Dieu dans l'Écriture et la Tradition comme principe directeur de l'action, de la pensée et de la prière chrétiennes (Dei Verbum).

Bien que le pape ait maintenant accordé le 'droit de vote' à certains laïcs lors du Synode sur la synodalité (2023), ni eux ni les évêques ne sont en mesure de 'voter' sur la foi.

Dans un État qui se consacre uniquement au bien commun temporel de tous ses citoyens et qui est régi par une constitution démocratique, le peuple est appelé à juste titre le souverain. Dans l'Église, qui est fondée par Dieu pour le salut éternel de l'humanité, c'est Dieu lui-même qui est le souverain.

Formulé théologiquement : Le Fils incarné de Dieu, le Bon Berger qui donne sa vie pour le troupeau de Dieu, est le chef de toute l'Église. Il guide et gouverne par l'intermédiaire des bergers et des enseignants qu'il a choisis. Cela ne se fait pas, comme en politique, par des hommes exerçant un pouvoir sur les hommes, mais par la prédication de la Parole et les sacrements que le Christ a confié à ses apôtres et à leurs successeurs pour qu'ils les administrent (2 Co 5.18-20).

Le fait que l'Église ne soit pas et ne puisse pas devenir une démocratie n'est pas le résultat d'une mentalité autocratique persistante. Il est dû au fait que l'Église n'est pas du tout un État ou une organisation créée par l'homme.

L'essence de l'Église ne peut être saisie par les catégories sociologiques de la raison naturelle, mais seulement à la lumière de la foi que l'Esprit Saint opère en nous.

L'Église, en tant que communauté de foi, d'espérance et de charité, doit son existence à la volonté salvatrice de Dieu, qui appelle les hommes et en fait son peuple, au milieu duquel il habite lui-même (Col. 2:9). La souveraineté de Dieu repose sur sa toute-puissance et son amour, qu'il offre sans avoir à craindre ses créatures comme concurrentes (contrairement au mythe païen de Prométhée).''

 

Le plus grand service que l'Église puisse rendre à la civilisation à l'heure actuelle est de garder son héritage intact et de ne pas permettre que son témoignage soit obscurci comme instrument des pouvoirs et de la politique laïques.

Christopher Dawson, Au-delà de la politique, 1939

Solennité du Christ Roi de l'univers

Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.

Luc 12,32

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19 novembre 2025 3 19 /11 /novembre /2025 19:12

Contrairement aux opinions mal informées de 1965 et d'aujourd'hui, Dignitatis Humanae n'a pas été le point de départ de l'indifférentisme religieux.

 

The Catholic World Report

 

George Weigel

 

 

Le 7 décembre 1965, le pape Paul VI promulguait solennellement la Déclaration sur la liberté religieuse du Concile Vatican II, connue sous son incipit latin "Dignitatis Humanae". Ce concile a ainsi donné un nouvel élan à la transformation de l'Église catholique en principal défenseur institutionnel des droits humains fondamentaux dans le monde – ce que feu Sir Michael Howard (1922-2019), professeur d'histoire moderne à Oxford, m'a un jour décrit comme l'une des deux grandes révolutions du XXe siècle, l'autre étant la confiscation par les bolcheviks de la révolution populaire russe de 1917.

 

Et voilà une autre ironie du sort dans l'histoire. Car c'est la révolution catholique pour les droits de l'homme qui a joué un rôle déterminant dans la chute de la révolution bolchevique de Lénine et de l'État monstrueux qu'elle avait engendré : l'Union soviétique.

 

Comment, me demanderez-vous ?

 

Considérez les liens de cette manière :

 

Pas de Vatican II, pas d'universalisation du leadership catholique mondial.

 

Pas d'universalisation du leadership catholique mondial, pas de pape Jean-Paul II.

 

Pas de pape Jean-Paul II, pas de révolution de conscience de grande ampleur, soutenue par la religion, comme celle qui a transformé la vie publique en Europe centrale et orientale de 1979 à 1989.

 

Pas de révolution des consciences, pas d’auto-libération non violente des "nations captives" d’Europe centrale et orientale en 1989-1991.

 

Pas d’auto-libération des États vassaux du Pacte de Varsovie et des pseudo "républiques" de l’URSS, pas d’effondrement de l’Union soviétique en août 1991.

 

Et le pivot de cette chaîne de causalité était Dignitatis Humanae.

 

Pourquoi ? Parce qu’en l’absence d’une affirmation solennelle du Concile reconnaissant la liberté religieuse comme un droit humain fondamental – une vérité ancrée dans la dignité de la personne et connaissable à la fois par la révélation et par la raison –, l’Église n’aurait pas été en mesure de défendre de manière plausible les droits des personnes religieuses (et en fait de toutes les personnes de conscience) contre l’hégémonie athée du communisme européen.

 

Une Église s’accrochant aux vestiges de l’establishment ecclésiastique n’aurait pas non plus été en mesure d’affirmer de manière crédible que le pouvoir de l’État est intrinsèquement limité et n’a aucun rôle légitime dans "ces actes volontaires et libres par lesquels un homme se dirige vers Dieu… [actes qui] ne peuvent être commandés ou interdits par aucune autorité humaine" (comme le disait la déclaration).

 

En résumé, Dignitatis Humanae ne se contentait pas de défendre le droit fondamental de chaque personne à être libre de toute coercition dans ce sanctuaire de la conscience où l'on peut chercher et trouver Dieu. Dignitatis Humanae était aussi, sur le plan théologique, l'équivalent d'un missile hypersonique de précision, visant directement une revendication centrale du projet communiste : l'absence de sanctuaire d'identité et d'intégrité personnelles où le parti-État ne puisse s'imposer.

 

Il n'est donc guère surprenant que Youri Andropov (1914-1984), le président du KGB, le service de renseignement secret de l'URSS, à la fois très intelligent et profondément malfaisant, ait considéré l'élection en 1978 de Jean-Paul II — promoteur de Dignitatis Humanae au concile Vatican II et ardent défenseur de la liberté religieuse en tant qu'archevêque de Cracovie — comme une menace mortelle pour l'Union soviétique elle-même, et pas seulement pour la position soviétique en Pologne.

 

Contrairement aux opinions mal informées de 1965 et d'aujourd'hui, Dignitatis Humanae n'a pas ouvert la voie à l'indifférentisme religieux. En réalité, son paragraphe clé, après avoir défini le droit à la liberté religieuse comme fondé sur la nature et la dignité de la personne, a immédiatement lié ce droit à un devoir :

 

En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés, par leur nature même, et tenus, par obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité. Or, à cette obligation, les hommes ne peuvent satisfaire, d’une manière conforme à leur propre nature, que s’ils jouissent, outre de la liberté psychologique, de l’exemption de toute contrainte extérieure. (DH 2)

 

La Déclaration sur la liberté religieuse n'était pas une capitulation face au libéralisme séculier ; elle n'était pas une concession au scepticisme moderne quant à la capacité humaine d'atteindre la certitude ; et elle n'était pas un drapeau blanc brandi par l'Église devant la théorie politique des Lumières. Elle constituait un cas classique d'élaboration de la doctrine – en l'occurrence, la redécouverte et l'application aux circonstances contemporaines de deux vérités bibliques.

 

La première de ces vérités est que Dieu désire être adoré par les peuples libres, comme le démontre l'expérience de l'Exode en Israël. La seconde est que certaines choses appartiennent à Dieu et non à César, comme le Seigneur l'a enseigné dans Matthieu 22:21.

 

L’Église catholique restait fidèle à sa nature divinement ordonnée, telle qu’elle est exprimée dans la déclaration Dignitatis Humanae. Cette fidélité allait avoir des conséquences impressionnantes, voire providentielles, dans l’histoire.

 

Source : https://www.catholicworldreport.com/2025/11/19/dignitatis-humanae-changing-history/

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9 novembre 2025 7 09 /11 /novembre /2025 21:01

Le pape Léon XIV s'est exprimé sur la liturgie dans son sermon de ce matin, à l'occasion de la fête de la dédicace de la basilique Saint-Jean-de-Latran :

 

"Je voudrais mentionner un aspect essentiel de la mission de la cathédrale : la liturgie. La liturgie est 'le sommet vers lequel tend l'activité de l'Église... la source d'où découle toute sa vertu' (Sacrosanctum Concilium). On y retrouve les mêmes thèmes que nous avons déjà mentionnés : nous sommes édifiés comme temple de Dieu, comme sa demeure dans l'Esprit, et nous recevons la force de prêcher le Christ dans le monde. C'est pourquoi le soin apporté à la liturgie, en particulier ici, au siège de Pierre, doit être tel qu'il puisse servir d'exemple à tout le peuple de Dieu, dans le respect des normes, attentif aux différentes sensibilités de ceux qui y participent selon le principe d'une inculturation sage, tout en restant fidèle au style de sobriété solennelle typique de la tradition romaine, qui peut faire tant de bien aux âmes de ceux qui y participent activement. Tout doit être mis en œuvre pour que la beauté simple du rite romain puisse exprimer ici la valeur du culte pour la croissance harmonieuse de tout le corps du Seigneur.

 

"Saint Augustin disait que 'la beauté n'est rien d'autre que l'amour, et l'amour est la vie'. La liturgie est un domaine où cette vérité se réalise éminemment, et j'espère que tous ceux qui s'approchent de l'autel de la cathédrale de Rome en repartiront remplis de cette grâce dont le Seigneur veut inonder le monde."[1] [2]

 

 

La sobriété liturgique solennelle est une caractéristique déterminante du culte public de l'Église dans le rite romain. Elle reflète une retenue délibérée, une dignité et une concentration sur le mystère sacré célébré, en particulier dans le Saint Sacrifice de la Messe et les sacrements. C'est cette qualité qui distingue la liturgie catholique des formes de culte axées sur les émotions et le divertissement que l'on trouve dans certaines autres traditions chrétiennes.

 

Léon affirme un principe de longue date de la liturgie de rite latin.[3]

 

Sa Sainteté le pape Léon XIV se rend dans sa cathédrale pour célébrer le Saint Sacrifice de la messe en tant qu'évêque de Rome, à l'occasion de la fête de sa dédicace:

Add. Jeudi 13 novembre 2025

 

Le pape Léon XIV appelle à des liturgies plus respectueuses qui "respectent les normes établies"

 

Dans son discours prononcé dimanche, jour de la dédicace de la basilique Saint-Jean-de-Latran, le Pape a cité l'encyclique Sacrosanctum Concilium du concile Vatican II pour souligner l'importance de célébrer la liturgie avec révérence et fidélité.

 

"La liturgie est “le sommet vers lequel tend l'activité de l'Église... la source d'où découle toute sa vertu'", a déclaré le pape Léon XIII.

 

"Par conséquent, le soin apporté à la liturgie, particulièrement ici au Siège de Pierre, doit être tel qu’il puisse servir d’exemple à tout le peuple de Dieu. Il doit se conformer aux normes établies, être attentif aux différentes sensibilités des participants et respecter le principe d’une inculturation judicieuse."

 

Le pape a ensuite souligné que la liturgie devait préserver la 'sobriété' qui caractérise sa tradition, une qualité qui a favorisé la croissance spirituelle d’innombrables âmes au fil des siècles.

 

"En même temps, [la liturgie] doit rester fidèle à la sobriété solennelle propre à la tradition romaine, qui peut faire tant de bien aux âmes de ceux qui y participent activement", a déclaré Léon.

 

"Il convient de veiller tout particulièrement à ce que la beauté simple des rites exprime la valeur du culte pour la croissance harmonieuse de tout le Corps du Seigneur. Comme le disait saint Augustin : 'La beauté n’est rien d’autre que l’amour, et l’amour est la vie.' "

 

Le pape Léon avait déjà abordé la question du recueillement dans la liturgie lors de son audience avec les pèlerins pour le Jubilé des Églises orientales en mai, affirmant que l'Église devait redécouvrir le 'sens du mystère' si vivement exprimé dans les rites catholiques orientaux.

 

"La contribution que l’Orient chrétien peut nous apporter aujourd’hui est immense", a déclaré Léon.

 

"Nous avons un grand besoin de retrouver le sens du mystère qui demeure vivant dans vos liturgies, liturgies qui engagent la personne humaine dans son intégralité, qui chantent la beauté du salut et suscitent un sentiment d'émerveillement devant la façon dont la majesté de Dieu embrasse notre fragilité humaine."

 

Alors que des évêques de plus en plus progressistes continuent de restreindre certains aspects des liturgies catholiques traditionnelles, de nombreux catholiques attendent une décision du pape Léon XIV sur l'avenir de ces traditions, notamment la messe tridentine.[4]

 

 

Sources:

 

|1] Catholic Sat

[2} https://x.com/RichRaho/status/1987514453923856865?s=20

[3] Père V

[4] https://www.lifesitenews.com/news/pope-leo-calls-for-more-reverent-liturgies-that-comply-with-established-norms/

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6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 07:10
Cardinal Müller : C’est le progressisme, et non la tradition, qui divise l’Église

Dans un entretien avec Raymond Arroyo d'EWTN, le préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a critiqué la controverse entourant la messe selon l'ancien rite et a mis en garde contre le relativisme théologique croissant au Vatican.

 

 

Rome (kath.net/LifeSiteNews/jg)

 

C’est le progressisme, et non la tradition, qui divise l’Église, a déclaré le cardinal Gerhard Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans un enrtetien accordée à Raymond Arroyo d’ EWTN dans le cadre de l’émission "The World Over" le 30 octobre.

 

Le cardinal Müller a affirmé que ce sont les "progressistes", qui en réalité ne suivent pas l'enseignement de l'Église, qui font des compromis moraux et relativisent le sacrement du mariage en bénissant les couples de même sexe. Il a souligné qu'il s'agit là d'une division au sein de l'Église, et non d'une adhésion à la tradition. La tradition, a-t-il insisté, est un pilier essentiel de l'Église, au même titre que l'Écriture Sainte et le Magistère. La tradition catholique est solidement fondée, a-t-il expliqué, car elle remonte aux Apôtres.

 

Quand Arroyo a demandé pourquoi il y avait une résistance à la messe dans le rite ancien, Müller a répondu textuellement : "Je ne peux pas comprendre ces gens."

 

Il n'existe aucune justification théologique à la restriction de la messe traditionnelle en latin. "Leur seul argument est : “Nous avons l'autorité” ", a déclaré le cardinal. Les opposants à la messe traditionnelle en latin devraient expliquer ce qui cloche avec l'ancienne forme de la liturgie, mais ils ne l'ont pas fait, a-t-il constaté.

 

Il a rejeté les propos du cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, qui avait qualifié la messe traditionnelle en latin de "spectacle". On ne saurait prétendre, a-t-il affirmé, que les évêques et les papes qui célèbrent la messe en latin traditionnel depuis des siècles s'intéressent à un spectacle. Il a supposé que la déclaration de Cupich n'était pas fondée sur un fondement théologique, mais visait plutôt à faire les gros titres.

 

Arroyo a fait référence à la déclaration du pape Léon XIV dans un entretien accordé au magazine Crux en septembre, selon laquelle la messe pourrait être célébrée en latin partout si c'était le nouveau rite.

 

Le cardinal Müller répondit que le concile Vatican II n'avait pas préconisé l'instauration d'une nouvelle liturgie parce que l'ancienne aurait été erronée. L'objectif était de permettre aux fidèles de suivre plus facilement la messe, car beaucoup d'entre eux ne connaissaient pas le latin.

 

Le cardinal Müller estime que l'attaque contre la messe traditionnelle en latin est un conflit superflu que l'Église devrait éviter. "Nous pouvons dialoguer avec ceux qui nient la divinité de Jésus-Christ", a-t-il déclaré, "mais pas avec ceux qui préfèrent la messe selon le rite ancien."

 

Il a averti que certains évêques conseillaient aux catholiques qui souhaitaient assister à la messe selon le rite ancien de rester chez eux ou de rejoindre la Fraternité Saint-Pie-X (schismatique). Il a plutôt appelé au dialogue, rapporte le Catholic Herald .

 

Dans l'entretien, le cardinal Müller a critiqué le relativisme théologique croissant qu'il perçoit dans le dialogue interreligieux du Vatican et a condamné l'ouverture d'une salle de prière musulmane au Vatican. Il a affirmé que cela équivalait à une "relativisation de soi". Cette décision, a-t-il noté, était probablement davantage motivée par un désir de paraître "ouvert" que par une réflexion théologique.

 

Il s'est demandé si les responsables avaient même été consultés. "Je ne sais pas si un cardinal, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ou le Pape ont été sollicités. Les musulmans pourraient y voir une victoire symbolique, un signe que leur prétendue supériorité est reconnue", a déclaré le cardinal.

 

Dans ce contexte, il a mis en garde contre le risque d'estomper les différences entre les religions, qui ont des conceptions différentes de la paix, de la liberté et de la dignité de la personne. "Nous ne pouvons pas les mélanger. Nous ne sommes pas tous frères", a déclaré le cardinal Müller.

 

Source: Kath.net

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10 septembre 2025 3 10 /09 /septembre /2025 09:00

Mis à jour le 8-11-2025

L’Église était unanime sur de nombreuses doctrines catholiques avant même le canon du Nouveau Testament officiellement établi au IVe siècle.

 

Les premiers chrétiens ne voyaient pas l'Eucharistie comme un symbole, ils la considéraient comme le Corps, le Sang, l'Âme et la Divinité de Jésus. Nier la présence réelle du Corps, du Sang, de l'Âme et de la Divinité de Jésus dans l'Eucharistie, c'est nier sa Résurrection, car celle-ci est révélée pour la première fois lorsqu'il rompit le pain sur le chemin d'Emmaüs : "Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais IL DISPARUT A LEURS REGARDS". (Luc 24,13-31) Jésus était présent sans être présent.

 

L'Eucharistie (c'est-à-dire le corps et le sang du Christ entendus comme présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et le caractère sacrificiel de l'Eucharistie), est une de ces doctrines que l’Église primitive partageait unanimement, avec :

 

-la Succession apostolique [Comment l'Eglise est gouvernée]

-le sacerdoce de la Nouvelle Alliance

-la régénération baptismale [Comment nous devenons chrétiens],

-le péché mortel,

-la virginité perpétuelle de Notre-Dame - Nouvelle Ève],

-l'offrande de prières, l'aumône et la messe pour les morts

-la supériorité de la virginité/célibat, etc.

 

 

"Si les sacrifices offerts à Yahvé ont été au centre de la vie des Israélites, il en est un qui fut toujours fêté avec grandeur et magnificence, il s'agit de la Pâque juive, au cours de laquelle un agneau était sacrifié dans chaque maison. Aussi, ne soyons pas étonnés si Abram, animé d'une foi exceptionnelle, fut prêt à offrir en holocauste son fils unique Isaac. 

 

 

"Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. [...] Il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés." (1 Jn 4,9-10)

 

Plus tard, le Christ se substituera à l'Agneau Pascal et offrira Sa Vie à Son Père pour la rédemption du monde. Il est l'Agneau de Dieu qui remplace le sacrifice de l'Ancienne alliance, par le seul sacrifice de l'Eucharistie. (Ap 13,8)

 

On retrouve également une préfiguration du sacrifice de la messe dans l'attitude de Melchisedech, roi de Shalem. Il apporta du pain et du vin en tant que prêtre de Dieu avant de prononcer sa bénédiction "béni soit Abram par le Dieu très haut qui a créé le ciel et la terre." Les pères ont vu dans le pain et le vin une figure du sacrifice eucharistique (Gn 14, 17-21). (Gérard Faivre d'Arcier, Jésus-Hostie, Document émis à titre privé, Imprimerie J. Kayzerp, Montsûrs 2017, 7.)

 

Le miracle de la multiplication des pains fut le miracle qui prépara de la façon la plus explicite l'institution de l'Eucharistie. Les Apôtres et la foule qui suivait le Christ était loin de penser ce que serait un jour l'Eucharistie. Ce n'est qu'après la mort du Christ que les Apôtres comprirent la signification profonde de ce miracle, le Sauveur pain de vie se donnant au monde, institution de l'Eucharistie par le Christ le Jeudi qui précéda sa mort sur la Croix.

 

Il était partout évident dans l'Église antique que la plénitude du culte chrétien était le sacrifice de l'Eucharistie offert par un prêtre de Jésus-Christ.

 

"Or, tandis qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant: prenez et mangez, ceci est mon corps, puis prenant une coupe, il rendit grâce et la leur donna en disant: "Buvez-en tous, car ceci est mon Sang, le Sang de l'alliance qui va être répandu pour la multitude en rémission des péchés." (Mt 7,26; 26-29)

 

Lorsque les catholiques reçoivent le Corps du Christ dans un état de grâce, ils s'unissent intimement à Lui, nourrissant leur âme, renforçant leur foi et grandissant spirituellement dans une paix et une joie profondes.

 

L'Eucharistie est plus efficace lorsqu'elle est reçue dignement. La grâce coule là où il y a repentance, humilité et conversion.

La paix s'approfondit.
Le péché perd son emprise.
La prière change.
La force revient.
Ce n'est pas de la nostalgie. C'est une réalité catholique.

 

La messe (Eucharistie) précède la ''Bible'' de 350 ans. C'est la messe qui a porté la foi des trois premiers siècles, avant même que ne soit fixé le canon biblique (Concile de Rome 382). 

 

Aller à la messe c'est respecter le 1er commandement ''Dieu tu adoreras et serviras'' et le 3e commandement ''Tu sanctifieras le jour du Seigneur…'' Le premier appel et la juste exigence de Dieu est que l’homme l’accueille et l’adore. 

 

Dans Jean 6, 42-67, nous voyons Jésus enseigner aux Juifs qui récriminaient une doctrine pour laquelle beaucoup le quittèrent. Cette doctrine n'a pas changé depuis. Jésus est : ''le ''pain qui est descendu ciel'', ''le pain de la vie''... ''tel que celui qui en mange ne mourra pas''. 'Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde''.

 

''Les Juifs se querellaient entre eux :

'Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?'

Voilà ce que Jésus a dit, alors qu’il enseignait à la synagogue de Capharnaüm : … ''Jésus leur dit alors : 'Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.

De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.

Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement.'

Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : 'Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ?' À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner, en raison de la difficulté à comprendre et à accepter l'enseignement de Jésus sur sa nature divine et l'Eucharistie. Alors Jésus dit aux Douze : "Voulez-vous partir, vous aussi ?"

Déjà à l'époque du Christ donc ces paroles du Christ avaient choqué à tel point que certains de ses disciples incrédules le quittèrent. 

 

Si "mangez ma chair" signifiait juste "croyez en moi", Jésus a vu les gens l'abandonner à cause d'une mauvaise formulation!

"Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : 'Prenez, mangez : ceci est mon corps.' Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : 'Buvez-en tous, car ceci est mon sang'." (Matthieu 26,26-28). Pas peut-être, ou "ceci est symbolique", mais "CECI EST".

 

Dans sa Lettre aux Smyrniotes, VII, 1, S. Ignace d'Antioche, disciple de Saint Jean l'évangéliste et de Saint Pierre, écrit :

 

'ils s'abstiennent de l'eucharistie et de la prière,

parce qu'ils ne confessent pas que l'eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ,

chair qui a souffert pour nos péchés, et que dans sa bonté le Père a ressuscitée.

Ainsi ceux qui refusent le don de Dieu meurent dans leurs disputes.''

 

Les sacrements sont des instruments de la grâce.

 

Supprimez la réalité, vous supprimez l'effet. Si votre communion est symbolique, votre grâce est symbolique. 

 

Dans sa Lettre aux Philadelphiens, IV, Ignace ajoute:

 

''Ayez donc soin de ne participer qu'à une seule eucharistie ;

car il n'y a qu'une seule chair de notre Seigneur Jésus Christ,

et un seul calice pour nous unir en son sang,

un seul autel, comme un seul évêque avec le presbyterium et les diacres, mes compagnons de service : ainsi, tout ce que vous ferez, vous le ferez selon Dieu.''

 

La messe, ainsi, s'est-elle développée lentement au fil des siècles. Mais nous avons là le sens spirituel profond de la messe :

 

-la transsubstantiation, ou conversion du pain en corps du Christ,

-et la Présence réelle dans l'eucharistie, "pain de la vie".

 

Enracinée dans la foi des apôtres, façonnée par Rome, codifiée par Trente et transmise sans changement jusqu'aux années 1960, voici une brève histoire de l'origine de la messe et de son développement.

 

La messe dans les premiers siècles : Comment les premiers chrétiens recevaient-ils l'Eucharistie?

 

Saint Paul dit aux Corinthiens de recevoir l'Eucharistie avec crainte et tremblement.(1 Co 11,26-29)

 

La discipline eucharistique la plus ancienne était stricte, respectueuse et jamais désinvolte.

 

Saint Clément de Rome († 97/101) mentionne explicitement l'autel comme le seul lieu approprié pour offrir un sacrifice

 

Dans sa Première Lettre aux Corinthiens écrite à la fin du Ier siècle apr. J.-C., et postérieure d'une quarantaine d'années aux deux épîtres adressées par S. Paul à la même communauté corinthienne, au chapitre 40, S. Clément établit un parallèle étroit entre le culte de l'Ancien Testament et le culte chrétien : de même que les Juifs ont un lieu où ils sacrifient, de même les chrétiens en ont un aussi ; de même que les premiers ont leurs prêtres, les seconds en ont aussi. Dans ce contexte, la recommandation apparaît que nous fassions "avec ordre tout ce que le Maître nous a prescrit d’accomplir en temps déterminés, car c'est Dieu lui-même qui prescrit "que les offrandes et le service divin soient faits, non pas au hasard et sans ordre, mais à des temps et à des heures fixés. Il a déterminé lui-même par sa décision souveraine à quels endroits et par quels ministres ils doivent s'accomplir, afin que toute chose se fasse saintement selon son bon plaisir, et soit agréable à sa volonté. Donc, ceux qui présentent leurs offrandes aux temps marqués sont bien accueillis et bienheureux; car, à suivre les ordonnances du Maître, ils ne font pas fausse route. Au grand-prêtre des fonctions particulières ont été conférées ; aux prêtres, on a marqué des places spéciales ; aux lévites incombent des services propres ; les laïques sont liés par des préceptes particuliers aux laïques." (XL, 1-5).

 

La fin de l'Ancienne Alliance ne met pas fin à l'ordre dans lequel Dieu veut être servi en termes de temps, de lieux et de ministres. Avec la venue de Jésus-Christ et la fondation de l’Église, le culte n’est pas laissé à la discrétion de chacun ; les lieux, les temps et les ministres sacrés ne disparaissent pas. (Luisella Scrosati )

 

Les premiers chrétiens célébraient l'Eucharistie dans leurs maisons, suivant les paroles du Christ lors de la Cène, mais il n'existe aucune preuve écrite ou archéologique attestant que les chrétiens des trois premiers siècles utilisaient des tables communes pour célébrer l'Eucharistie dans un cadre convivial. Au contraire, les résultats des recherches approfondies de Mgr Stefan Heid, témoignent de l'utilisation par les premiers chrétiens d'une table sacrée, considérée comme un véritable autel exclusivement dédié au culte, et qui est devenue un signe tangible de leur appartenance exclusive au seul vrai Dieu, un et trinitaire.

 

"La mosaïque de Meggido"

En 2005, quatre mosaïques d'un autel consacré dédié à 'JESUS CHRIST DIEU', dans le cadre de la célébration de l'Eucharistie, ont été découvertes sur le site d'un camp légionnaire daté de 230 à 250 ap. J.-C., sur la colline de Megiddo en Galilée (Tel Megiddo en hébreu ; Tell el-Muteselim en arabe), qui domine la vaste vallée de Jezreel. (Y. TREPPER et L. Di SEGNI, A Christian Prayer Hall of the Third Century, Jerusalem, Israrel Antiquities Authority, 2006, in Marie-Françoise BASLEZComment les Chrétiens sont devenus catholiques, Texto Lonrai 2021, p . 29.)

 

Ce site est devenu un important centre de fouilles archéologiques en raison de son ancienneté, attestant d'une présence d'habitation dès 6000 av. J.-C. En 2005, alors que des travaux étaient en cours pour la construction d'un lieu de détention, dans une zone anciennement connue sous le nom de Legio, des traces d'une mosaïque ont été découvertes ; des fouilles archéologiques ultérieures ont permis de mettre au jour une mosaïque occupant une surface de 10 x 5 mètres, datant d'entre 230 et 250 apr. J.-C. Il s'agit sans aucun doute de l'une des plus anciennes découvertes d'un lieu de culte chrétien.

 

Une inscription dans mosaïque, est particulièrement intéressante. On y lit : "Akeptous, qui aime Dieu, offrit la table à Jésus-Christ Dieu en mémorial", payant manifestement de sa poche, la table sur laquelle l'Eucharistie fut célébrée. "Jésus-Christ Dieu" n'est pas mentionné intégralement dans l'inscription, mais avec une abréviation : Θω ΙΥΧω. La juxtaposition du nom de Dieu avec celui de Jésus-Christ, ainsi que l'utilisation de cette abréviation, est caractéristique des nomina sacra.

 

 

Il est clair que ce qui fut offert à Dieu au IIIe siècle en mémorial n'était pas une table ordinaire sur laquelle prendre ses repas, mais une table sacrée, c'est-à-dire une table-autel dédiée exclusivement à la célébration de l'Eucharistie, qui reposait vraisemblablement sur de grandes pierres centrales. Le sens de l'offrande à Dieu réside précisément dans le fait de lui dédier un objet, c'est-à-dire de le lui consacrer, acte qui méritait d'être gravé au sol devant l'autel. Quel sens aurait-il eu à immortaliser le don d'une table commune dans une mosaïque ? Et qui plus est, devant deux grandes pierres centrales, manifestement destinées à soutenir cette table ?

Et au contraire, il n'y a aucune preuve pour soutenir l'hypothèse opposée à celle évidente, à savoir que cette table offerte par Akeptous aurait été une simple table, utilisée lorsque cela était nécessaire également pour l'Eucharistie.

 

C'est donc une question difficile. Ce qui est sûr c'est que l'église primitive (avant 313) a été proscrite et persécutée pendant longtemps. La découverte de la mosaïque de Megiddo révèle l'incohérence de l'idée reçue selon laquelle les chrétiens ne pouvaient pas avoir d'autel. Mais elle met également à mal un autre mythe de l'Église primitive : celui selon lequel il n'existait pas de véritables lieux de culte, mais seulement les domus Ecclesiæ, ces maisons privées accueillant des groupes de chrétiens pour l'Eucharistie.

 

Ce n’est que lorsque Constantin publia l’édit de Milan que l’Église jouit d’une relative stabilité. Même alors, les chrétiens étaient encore largement persécutés.

 

Pour cette raison, il n’y eut pas beaucoup de documents survivants ou existants sur les pratiques liturgiques des premiers chrétiens.

 

Posture debout, mains ouvertes et yeux tournés vers le ciel : les gestes des premiers chrétiens (St JustinPremière Apologie LXVII )

 

L'idée que les chrétiens, pour l'Eucharistie, s'asseyaient ou s'allongeaient autour d'une table pour y prendre un repas est historiquement dénuée de fondement. Ils se tenaient debout, comme l'a décrit saint Justin. Leurs mains et leurs yeux devaient également être levés.

 

Dans le langage religieux du paganisme et du judaïsme, il est caractéristique que le prêtre et le donateur se tiennent debout devant l'autel pendant l'offrande. Non seulement l'offrande matérielle, mais aussi la prière à l'autel exigeaient de se tenir debout, les mains levées. Cette posture est attestée par des bas-reliefs sur des sarcophages et des autels votifs, ou encore par des gravures sur des pièces de monnaie ; et l'on ignore pourquoi les premiers chrétiens auraient bouleversé cette posture traditionnelle. Une importante méprise concernant une supposée eucharistie durant laquelle les fidèles seraient assis ou allongés en cercle, proviendrait de certaines images anciennes, comme celle découverte dans les catacombes de Saint-Calixte. Longtemps considérées comme des synaxes eucharistiques, ces images représentent en réalité des festins funéraires. Il est possible qu'aux premiers siècles, en certains lieux, la célébration de l'Eucharistie ait été liée à un repas fraternel ; mais cela ne signifie pas pour autant que l'Eucharistie se déroulait au sein de l'agapè. L'idée que les chrétiens, pour l'Eucharistie, étaient assis ou allongés autour d'une table pour y prendre un repas est sans fondement historique, et le fait qu'elle se réfère précisément à des repas communautaires n'implique pas que l'Eucharistie était célébrée pendant le repas et en faisait partie intégrante.

 

Dans le passage bien connu de la Première Apologie, où saint Justin décrit le dimanche chrétien, nous trouvons clairement la posture adoptée par les chrétiens lors de la prière liturgique :

 

"LXVII. Après cela, dans la suite, nous renouvelons le souvenir de ces choses entre nous. Ceux qui ont du bien viennent en aide à tous ceux qui ont besoin, et nous nous prêtons mutuellement assistance. [2] Dans toutes nos offrandes, nous bénissons le Créateur de l'univers par son Fils Jésus-Christ et par l'Esprit-Saint. [3] Le jour qu'on appelle le jour du soleil, tous, dans les villes et à la campagne, se réunissent dans un même lieu : on lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes, autant que le temps le permet. [4] Quand le lecteur a fini, celui qui préside fait un discours pour avertir et pour exhorter à l'imitation de ces beaux enseignements. [5] Ensuite, nous nous levons tous et nous prions ensemble à haute voix. Puis, comme nous l'avons déjà dit, lorsque la prière est terminée, on apporte du pain avec du vin et de l'eau, Celui qui préside fait monter au ciel les prières et les eucharisties autant qu'il peut, et tout le peuple répond par l'acclamation Amen. Puis a lieu la distribution et le partage des choses consacrées à chacun et l'on envoie leur part aux absents par le ministère des diacles. [6] Ceux qui sont dans l'abondance, et qui veulent donner, donnent librement chacun ce qu'il veut, et ce qui est recueilli est remis à celui qui préside, et il assiste les orphelins, les veuves, les malades, les indigents, les prisonniers, les hôtes étrangers, en un mot, il secourt à tous ceux qui sont dans le besoin. [7] Nous nous assemblons tous le jour du soleil, parce que c'est le premier jour, où Dieu, tirant la matière des ténèbres, créa le monde, et que, ce même jour, Jésus-Christ notre sauveur ressuscita des morts. La veille du jour de Saturne, il fut crucifié, et le lendemain de ce jour, c'est-à-dire le jour du soleil, il apparut à ses apôtres et à ses disciples et leur enseigna cette doctrine, que nous avons soumise à votre examen."

 

Se tenir debout pour être en présence de Dieu a toujours été la posture du priant, surtout près de l’autel ; Saint Justin souligne que même les chrétiens, assis, écoutent le lecteur, mais se lèvent pour prier et se joindre au prêtre qui présente les offrandes, élevant leurs prières et rendant grâces. Les Chrétiens se mettent debout pour montrer que Jésus ressuscité, ils célèbrent la vie.

 

Le moment où le fidèle est assis est le moment où le disciple écoute. Les moments où l’on s'incline plus ou moins profondément ou même lorsque le fidèle se met à genoux, c’est un signe de pénitence et d'humilité, un signe où devant Dieu le fidèle se fait tout petit

 

Non seulement la posture droite, mais aussi les mains et les yeux devaient être levés vers le ciel. C'est une autre caractéristique typique de ceux qui se présentaient devant le Très-Haut pour le prier ; et cela vaut également pour la prière liturgique, orientée vers l'autel, qui est comme l'extrémité terrestre de l'autel placé devant le trône du Très-Haut (cf. Ap 8, 3.5 ; 9, 13).

 

La signification du geste des mains est controversée, mais il semble que le texte d'Isaïe 1, 15 soit particulièrement décisif : "Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux. Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang." Celui qui se présente devant Dieu montre à son regard ses propres mains, afin qu'il puisse voir qu'elles sont désarmées, qu'elles ne sont souillées ni par le sang de son frère, ni même par le sang des victimes offertes aux idoles de tous les temps. Il ne s'agit pas de revendiquer une innocence présomptueuse, mais de vouloir exclure toute duplicité et toute hypocrisie. C'est probablement pour cette même raison que les chrétiens se lavaient les mains avant d'entrer dans l'église, comme cela se fait encore aujourd'hui dans les monastères et avec l'utilisation des bénitiers aux entrées des églises.

 

Ce point important permet également d'écarter la possibilité que les chrétiens aient pu célébrer l'Eucharistie allongés sur des tricliniums, la tête appuyée sur un bras. Aucun païen ne se serait jamais allongé devant la divinité, et rien ne prouve que les premiers chrétiens, issus du paganisme, l'aient fait.

 

L'autel n'a pas été conçu comme une table pour y déposer de la nourriture, ni même simplement comme une table conviviale. L'autel est le fondement d'une ligne reliant la terre au Ciel, ou, plus précisément, l'autel de la terre est le signe et la présence de l'autel du Ciel, qui se dresse devant le Très-Haut. Pour cette raison profonde, une attitude caractéristique de la prière consiste à lever les yeux vers le ciel, comme pour retracer cette ligne jusqu'à son sommet. Les Psaumes indiquent à plusieurs reprises ce geste ; le Canon romain représente le Christ lui-même levant les yeux vers le Père lors de l'institution de l'Eucharistie — et elevátis oculis in cælum ad te Deum Patrem suum omnipotentem — et enjoint au prêtre d'en faire autant.

 

Le rite romain prescrit à plusieurs reprises, durant la célébration eucharistique, que le prêtre lève les yeux vers le ciel. Ce regard levé ne cherche pas un Dieu perdu dans les régions célestes, mais le reconnaît comme présent. Elle reconnaît que la prière s'accomplit précisément devant Lui, en Sa présence , une expression très lourde de sens qui évoque précisément le regard que nous croisons de nos propres yeux.

 

Ces trois aspects caractéristiques de l'homme en prière, que l'on retrouve explicitement chez les Juifs et les Chrétiens – la position debout, les mains ouvertes vers le haut, les yeux levés vers le Ciel – confirment combien il est anachronique et injustifié d'attribuer aux Chrétiens des premiers siècles une position qui nie radicalement la posture de la personne en prière. (Luisella Scrosati)

 

L'autel était orienté vers l'Est

 

Dans les cultes païens, les images des idoles jouaient le rôle de point de focalisation. La personne en prière se tournait vers l'image et tendait les mains dans cette direction. Il en allait de même pour le sacrifice : l'offrant et le prêtre étaient orientés vers l'image. Cela impliquait un fait intéressant : l'autel avait une direction, c'est-à-dire qu'il avait un devant et un derrière, de sorte que le prêtre qui offrait le sacrifice se tenait debout devant lui, orienté vers l'image de la divinité, qui se trouvait donc derrière.

Stefan Heid (Altar and Church, pp. 236-237) souligne que, selon l'architecte romain Marco Vitruvio Pollione, l'autel devait se trouver à l'extérieur, sur le côté ouest du temple, tourné vers l'est, de sorte que le prêtre offrait le sacrifice en regardant vers le ciel, en direction de l'est, face à l'image de l'idole.

Clément d'Alexandrie confirme également cette orientation : "C'est pourquoi même les temples les plus anciens étaient orientés vers l'ouest, afin que ceux qui se trouvaient face aux statues des divinités soient amenés à se tourner vers l'est" (Stromata, VII, 43, 7).

 

Dans le judaïsme également, l'orientation était fondamentale. L'interdiction de faire des images de Yahvé empêchait la création de statues et de représentations semblables à celles des païens ; mais cette interdiction n'affectait en rien l'orientation de la prière et du sacrifice. Concernant le sacrifice expiatoire, Dieu ordonne à Moïse : "Voici l'holocauste perpétuel que vous offrirez de génération en génération, à l'entrée de la tente de la rencontre, devant l'Éternel, où je vous rencontrerai pour vous parler" (Exode 29, 42). L'immolation des animaux avait lieu sur l'autel de bronze, à l'intérieur de l'enceinte sacrée, mais hors du Lieu Saint. Le sacrifice devait être offert par les prêtres "en présence de l'Éternel", c'est-à-dire face au Saint des Saints. Le sacrifice d'encens devait également être offert "devant l'Éternel" : "Il l'offrira aussi au crépuscule, quand Aaron allumera les lampes ; ce sera un encens perpétuel devant l'Éternel, de génération en génération" (Exode 30, 8). Tout sacrifice offert par le roi et le peuple l’était "devant l’Éternel" (cf. 1 Rois 8, 62). Cette expression, que l’on retrouve dans de nombreux passages de l’Ancien Testament, désigne moins une disposition intérieure qu’une orientation corporelle, étroitement liée à celle des autels. Aucun Lévite n’aurait jamais offert le sacrifice debout entre le Saint des Saints et l’autel, et aucun Juif n’aurait jamais prié dos au Temple, comme l’Éternel l’avait expressément condamné par la bouche du prophète Ézéchiel (cf. Ézéchiel 8, 16).

Pour les chrétiens aussi, l'exercice du sacerdoce est synonyme de présence à Dieu, de se tenir devant lui, de se présenter devant son visage, de s'exposer au regard de la Majesté divine. Les expressions "in conspectu Dei stare", "coram oculis Dei", "astare coram te", "adstanes ante tuam Maiestatem" abondent dans les textes liturgiques anciens et chez les Pères de l'Église. Ces expressions, encore une fois, ne visent pas à exprimer un recueillement intérieur, mais une orientation corporelle concrète : le prêtre se tient devant Dieu, car il se tient face à l'autel ("ante altare stans"), tourné vers l'image du Christ et vers l'Orient, point cardinal également présent dans les cultes païens, mais qui revêt pour les chrétiens une signification nouvelle. Le prêtre qui sacrifie et les fidèles qui offrent se tiennent "du même côté", devant l’autel, et se tiennent en présence de Dieu, le regardant, représenté en image, comme on peut le voir dans de nombreuses mosaïques et fresques de l’abside ; ou simplement vers l’Est, le point cardinal considéré comme le plus noble par nature, une expression dans la création du Soleil de justice (Mal 4,2), du Soleil levant (Luc 1,78), de Jésus-Christ notre Seigneur. De nombreux textes des Pères de l'Église attestent que cette coutume de prier face à l'Orient , c'est-à-dire orientée vers lui, nous vient directement des Apôtres.

-Saint Jean Damascène, après avoir expliqué les raisons de cette orientation, écrit : "Cette tradition des Apôtres n'est pas écrite ; en fait, ils nous ont transmis beaucoup de choses qui ne sont pas écrites" (Sur la foi orthodoxe, IV, 12).

-Saint Basile le Grand considère comme une évidence que la prière s'élève lorsqu'on se tourne vers l'Orient, bien que peu se souviennent aujourd'hui de la raison : "C'est pourquoi nous nous tournons tous vers l'Orient quand nous prions ; mais peu savent que nous recherchons la patrie originelle, le paradis, que Dieu a planté en Éden, à l'Orient" ( Sur le Saint-Esprit , XXVII, 66, 60).

 

Lors des prières et des sacrifices , les chrétiens et les prêtres se tournent donc vers l'Orient, souvent vers une image du Christ.

L'autel est également orienté. À cet égard, il est important de dissiper un malentendu : l'autel orienté a souvent été confondu avec l'autel "mural", c'est-à-dire l'autel à trois côtés libres, intégré à une structure plus complexe ; un autel libre sur ses quatre côtés était considéré comme un signe de libre orientation, laissant supposer que le prêtre pouvait faire face aux fidèles. Or, il n'en est rien : l'autel a toujours été orienté, c'est-à-dire qu'il avait un devant et un derrière, et le prêtre se tenait devant, même lorsque l'autel était libre sur ses quatre côtés. (Luisella Scrosati)

 

Des sources du IIIe siècle et du IVe siècle sur la liturgie chrétienne, comme la Tradition apostolique ou la Diataxeis des saints Apôtres (Traité du début IIIe s. attribué à S. Hippolyte de Rome) et les Constitutions apostoliques (IV.e s.) ont des éléments dans lesquels Adrian Fortescue a discerné des antécédents d'éléments spécifiques du rite romain. (Adrian Fortescue, ''Liturgy of the Mass'', dans The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, Robert Appleton Company, 1910.)

 

La Didache (96 ap. J.-C.) ne mentionne pas la façon de la réception, mais seulement celle qu'ils reçurent le jour du Seigneur. Cependant, il existe des indices scripturaires intéressants que nous pouvons découvrir lorsque nous examinons l'Ancien Testament. Ces indications pourraient fournir des indications utiles sur la manière dont les premiers chrétiens auraient pu recevoir l'Eucharistie:

 

-Les trois principaux prophètes de l'Ancien Testament ont tous été nourris de la Parole de Dieu dans leur bouche au début de leur ministère [Es 6,7Jr. 1: 9, Ez. 2: 8-9 ; 3: 1–3]

-De plus, les Juifs ne savaient pas s’approcher de ce qui était saint. L'histoire d'Ozame vient à l'esprit [2 Sam. 6: 7].

-Seuls les Lévites, qui étaient consacrés par Dieu, pouvaient toucher l'Arche de l'Alliance [1 Chroniques 15:2].

TÉMOIGNAGES PATRISTIQUES

 

DIDACHÈ Doctrine des 12 apôtres

"Pour l’Eucharistie, rendez grâces de la manière suivante : [...] Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie hors ceux baptisés au nom du Seigneur. Car à ce sujet aussi, le Seigneur a dit : ne donnez pas ce qui est saint aux chiens." (9, 1.5 in Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017.)

 

SAINT JUSTIN

"[1] Cette nourriture reçoit chez nous le nom d''Eucharistie', et nul n'est admis à y prendre part, sinon celui qui a foi en la vérité de nos enseignements, qui a reçu le bain pour la rémission des péchés et en vue de la régénération, et qui vit selon les préceptes donnés par le Christ. [2] Ce n'est en effet ni comme un pain ordinaire ni comme une boisson ordinaire que nous prenons cette nourriture; mais de même que, fait chair par le Verbe de Dieu, Jésus Christ, notre sauveur, prit chair et sang pour notre salut, de même la nourriture faite 'eucharistie' par la parole de prière que nous tenons de lui, et dont notre sang et nos chairs sont nourris par transformation, est-elle – c'est l'enseignement que nous avons reçu – la chair et le sang de ce Jésus fait chair. [...] [4] Cela, les démons malfaisants l'ont aussi imité, dans la tradition des mystères de Mithra: on présente en effet dans les cérémonies d'initiation [de Mithra. Ndlr.] du pain et une coupe d'eau qu'on accompagne de certaines formules; si vous ne le savez déjà, vous pouvez vous en informer." (1 Apologie 66, 1-3 in Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017.)

 

 

SAINT IGNACE D'ANTIOCHE

"Cherchez donc à n'avoir qu' une seule Eucharistie ; en effet, il n'y a qu'une seule chair de notre Seigneur Jésus-Christ et une seule coupe pour l'union de son sang , un seul autel, comme un seul épiscope avec le presbytérion et les les diacres, mes compagnons de service - pour que tout ce que vous fassiez, vous le fassiez selon Dieu." (S. Ignace d'Antioche, Lettre aux Philadelphiens, 4).

 

"Je n'ai pas de plaisir à la nourriture corruptible, ni aux plaisirs de cette vie. C’est le pain de Dieu que je veux, c'est-à-dire la chair de Jésus-Christ, qui est de la race de David, et comme boisson, c'est son sang que je veux, c'est l’amour incorruptible". (S. Ignace d'Antioche, Romains 7:3 in Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017.)

 

SAINT IRÉNÉE DE LYON

"Recommandant aussi à ses disciples d’offrir à Dieu les prémices de ses créatures, non pas parce qu’il en avait besoin, mais pour qu’ils ne paraissent pas inactifs et ingrats, il prit le pain issu de la création, rendit grâce en disant : Ceci est mon corps ; de même, il prit la coupe, et il revient lorsque nous, ceux de la création, proclamons son sang et établissons la nouvelle offrande de la nouvelle alliance.

C'est la même offrande que l’Église a reçue des Apôtres et que, dans le monde entier, elle offre à Dieu qui nous nourrit, comme prémices des dons de Dieu." (Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies 4,17,5)

"Quant à nous, notre manière de penser et d’être est conforme à l’Eucharistie, ce qui confirme notre doctrine, car nous offrons ce qui lui appartient déjà, proclamant, comme il se doit, la communion et l’unité de la chair et de l’esprit. De même que le pain issu de la terre, recevant l’invocation de Dieu, n’est plus pain ordinaire, mais Eucharistie, composée de deux éléments : terrestre et céleste, de même nos corps, recevant l’Eucharistie, ne sont plus corruptibles, car ils ont l’espérance de la Résurrection." (Contre les hérésies 4,18, 3-4)

"De même que la semence de la vigne, plantée en terre, porte ensuite du fruit, et que le grain de blé, tombé à terre et détruit, ressuscite multiplié par l’action de l’Esprit de Dieu qui soutient toutes choses, et que, par l’œuvre des hommes, ces choses deviennent vin et pain, qui, par la parole de Dieu, deviennent l’Eucharistie, c’est-à-dire le corps et le sang du Christ."

De même, nos corps, nourris par cette Eucharistie, après leur décomposition, ressusciteront en leur temps, lorsque la parole de Dieu les élèvera à la gloire de Dieu le Père, car elle donnera l’immortalité aux corruptibles, puisque la puissance de Dieu se manifestera dans la faiblesse » (Contre les hérésies 5,2, 2-3).

 

TERTULLIEN 3e siècle

"C’est pourquoi, par le sacrement du pain et du calice, nous avons déjà prouvé dans l’Évangile la vérité du corps et du sang du Seigneur, contrairement au fantôme prêché par Marcion (Contre Marcion 5: 8).

"C’est pourquoi, par le sacrement du pain et du calice, nous avons déjà prouvé dans l’Évangile la vérité du corps et du sang du Seigneur, contrairement au fantôme prêché par Marcion (Contre Marcion 5: 8).

"Le sacrement de l’Eucharistie, confié par le Seigneur à tous lors de la Cène, nous le recevons aussi dans les réunions avant l’aube, non des mains d’étrangers, mais de ceux qui président (…) Nous souffrons d’angoisse si quelque chose tombe de notre calice ou de notre pain." (De la couronne 3)

 

HIPPOLYTE DE ROME

"Que tous les fidèles s’empressent de recevoir l’Eucharistie avant toute autre chose. S’ils la reçoivent par foi, quoi qu’il leur soit donné ensuite, même mortel, ne pourra leur nuire."

"Faites tout votre possible pour que l’incroyant ne goûte pas à l’Eucharistie, ni un rat ou un autre animal, et pour qu’aucune partie ne tombe et ne soit perdue : c’est le corps du Christ, que les croyants doivent manger et ne doivent pas négliger." (Tradition apostolique).

 

ORIGÈNE D’ALEXANDRIE

"N’avez-vous pas peur de recevoir le Corps du Christ et de vous approcher de l’Eucharistie comme si vous étiez purs et irréprochables ? Comment pouvez-vous mépriser le jugement de Dieu ? Ne vous souvenez-vous pas qu’il est écrit : « C’est pourquoi beaucoup parmi vous sont faibles, malades et mourants » ? Pourquoi tant de personnes sont-elles faibles ? Parce qu’elles ne se jugent pas elles-mêmes, qu’elles ne s’examinent pas, qu’elles ne comprennent pas ce que signifie participer à l’Église, ni ce que signifie s’approcher de tant de sacrements si précieux. Elles subissent ce que subissent habituellement ceux qui ont de la fièvre lorsqu’ils osent goûter aux mets délicats des saints, c’est-à-dire qu’elles se perdent." (Commentaires sur les Psaumes 37,2,6).

"Sachez-le vous-mêmes, vous qui avez l’habitude de voir les mystères en les racontant : lorsque nous recevons le corps du Seigneur, vous le gardez avec tout le soin et la vénération nécessaires, afin que rien n’en tombe, ni qu’aucune partie du don consacré ne disparaisse ; car, comme vous le savez, on sera accusé, et à juste titre, si quelque chose est perdu par négligence." (Homélie sur Exode 13, 3).

"[Auparavant,] la manne était la nourriture dans Enigma ; maintenant, il est clair que la chair de la parole de Dieu est la vraie nourriture, comme il le dit lui-même : ma chair est vraiment de la nourriture et mon sang est vraiment de la boisson." (homélie sur le numéro 7.2)

 

SAINT HILAIRE DE POITIERS

 

"Le Verbe s’est véritablement fait chair, et nous, dans le repas du Seigneur, recevons véritablement la chair du Verbe (…) Il nous donne à la fois la réalité de sa chair et la réalité de sa divinité dans le sacrement de sa chair." (Sur la Trinité 8, 13)

" S’il est vrai que “le Verbe s’est fait chair”, il est également vrai que dans la sainte nourriture (l’Eucharistie), nous recevons le Verbe incarné. Dès lors, nous devons être convaincus que Celui qui (…) s’est aussi fondu dans le sacrement qui unit sa chair à la nature de l’éternité (…) par sa chair, demeure en nous, en nous, et nous en lui. (…) Il témoigne lui-même que nous sommes pleinement en lui, par le Sacrement dans lequel il nous communique sa chair et son sang (…) ceci est donc la source de notre vie : la présence du Christ en nous par sa chair." (Sur la Trinité 8.13 trait 16)

"Il dit lui-même : “Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure avec moi, et moi avec lui” (Jean 6, 56). Quant à la vérité de la chair et du sang, il n’y a aucun doute : c’est véritablement chair et véritablement sang, comme nous le voyons dans la déclaration même du Seigneur et dans notre foi en ses paroles. Cette chair, une fois mangée, et ce sang, une fois bu, nous unissent aussi en Christ et Christ en nous." (Sur la Trinité).

 

SAINT ATHANASE D’ALEXANDRIE

 

"Vous verrez les Lévites apporter du pain et une coupe de vin, et les déposer sur la table. Jusqu’à ce que les invocations et les prières soient faites, il n’y a que du pain et du vin dans la coupe ; cependant, après que les grandes et admirables prières aient été dites, alors le pain devient le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ et le vin devient votre sang." (Aux nouveaux baptisés, p. 26, 325).

 

SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM

 

"Après avoir déclaré sur le pain : « Ceci est mon corps », qui osera en douter ? Et après avoir affirmé : « Ceci est mon sang », qui pourra douter et dire que ce n’est pas son sang ? (…) À une autre occasion, il changea l’eau en vin à Cana en Galilée, par un signe. Ne croirons-nous donc pas en lui lorsqu’il change le vin en sang ? (…)

Ainsi, avec une certitude absolue, nous participons au Corps et au Sang du Christ . Car, sous la forme du pain, le Corps vous est donné, et sous la forme du vin, le Sang vous est donné, afin que, ayant participé au Corps et au Sang du Christ, vous soyez un avec lui corps et sang.  Nous devenons ainsi « Christophores », c’est-à-dire porteurs du Christ, dont le Corps et le Sang se diffusent en nous. Et alors, comme le dit saint Pierre, « nous participons à la nature divine » (2 Pierre 1, 4). En effet, ne les considérez pas comme du simple pain et du simple vin, car ils sont, selon la foi, le Corps et le Sang du Christ : croyez fermement, sans aucun doute, que vous avez été rendus dignes du Corps et du Sang du Christ (Catéchèse 4, 1-2, 6).

 

SAINT AMBROISE DE MILAN

 

"Vous dites peut-être : ́Mon pain est du pain ordinaire.’ Cependant, ce pain est Pain avant les paroles sacramentelles. Dès que la consécration a lieu, le pain qu’il est devient la Chair du Christ » (Sur les Sacrements 4).

"Le Seigneur a commandé, et les cieux furent faits ; le Seigneur a commandé, et la terre fut faite ; le Seigneur a commandé, et les mers furent faites ; le Seigneur a commandé, et toutes les créatures furent créées. Voyez donc combien la parole du Christ est efficace. Si la parole du Seigneur Jésus est si puissante que, par elle, des choses qui n’existaient pas auparavant commencent à être, combien plus doit-elle l’être pour que des choses qui existaient déjà puissent être et devenir autre chose." (Sur les Sacrements 4,4,15).

 

[...] "Confirmons la vérité du mystère de l’Eucharistie par l’exemple de l’Incarnation : la naissance du Christ a-t-elle été précédée d’un processus naturel ? (…) Il est évident qu’il est né de la Vierge au-dessus de la nature. Or, le corps que nous consacrons est né de la Vierge. Pourquoi chercher à ordonner le Corps du Christ (l’Eucharistie) alors que le Seigneur est né de la Vierge au-dessus de la nature ? La chair du Christ, crucifié et enseveli, était réelle ; par conséquent, ce sacrement est véritablement de sa chair."

 

Cf. https://www.primeroscristianos.com/la-eucaristia-que-pensaban-y-que-decian-los-primeros-cristianos-de-ella/

Sachant cela, il semble légitime de se demander si les apôtres, les consacrés de Jésus (évêques) auraient laissé des membres non consacrés de l'Église toucher le corps, le sang, l'âme et la divinité de notre Seigneur dans l'Eucharistie alors que seuls les lévites, une fois purifiés, pouvaient toucher l'Arche (1 Chroniques 15:2-14)

 

Au IIe siècle, les prières et les lectures formaient déjà une structure ressemblant de la messe.

 

Sixte I (117-126) interdit de toucher les mystères sacrés si l’on ne faisait pas partie du clergé : ut mysteria sacra non tangerentur, nisi a ministris, "les Mystères Sacrés ne doivent pas être manipulés par des personnes autres que celles consacrées au Seigneur. (Liber Pontificatis, éd. DUCHESNE, I, Paris, 1886, 128.)

 

Au IIIe s., Saint Eutychian, Pape (275-283) interdit que la communion à porter aux malades soit confiée à un laïc ou à une femme (nullus praesumat tradere communionem laico vel feminae ad deferendum infirmo).

 

Tertullien de Carthage (160-250) attestait que la sainte eucharistie était reçue uniquement du prêtre et pas d’autrui (nec de aliorum manu sumimus).

 

À mesure que le christianisme se répandit, les liturgies locales se développèrent.

 

Au IVe siècle, Rome développa son propre style liturgique, simple, sobre et fortement inspiré des Écritures.

 

D'autres lieux (comme Byzance) avaient leurs propres rites.

 

Le latin devint la langue officielle au IVe siècle.

 

Le grec était la première langue de la liturgie romaine, mais le latin remplaça le grec, unifiant l'Occident. La messe était célébrée dans la langue du peuple de l'empire romain.

 

En entrant dans la patristique et dans les époques médiévales où nous avons une documentation plus complète, nous pouvons établir de manière plus définitive le mode de réception de l’Eucharistie pratiqué dans l’Église.

 

Les citations suivantes montrent que la communion dans la bouche (ou sur la langue) était la norme dans l'Église:

 

Le concile de Saragosse (380) dans son canon 3 excommuniait tous ceux qui osaient continuer à recevoir la Sainte Communion à la main comme en temps de persécution. Décision confirmée par le synode de Tolède (400).

 

Une formule apocryphe est alléguée comme étant de Saint Cyrille de Jérusalem (313-386) dans ses "Catéchèses mystagogiques" vers 350, citée hors contexte pour faire penser à la pratique moderne : "Lorsque tu t’avances pour Le recevoir, ne t’approche pas sans respect, les paumes des mains grandes ouvertes ou les doigts écartés ; mais avec ta main gauche, fais un trône pour la droite où va reposer le Roi. Reçois le Corps du Christ dans le creux de ta main et réponds Amen." [Catéchèse mystagogie V, xxi-xxii, Migne Patrologia Graeca, 33.] Les passages supprimés sont : "Sanctifie tes yeux par le contact du saint Corps" et puis, après avoir bu au calice, "lorsque tes lèvres en sont encore mouillées, touche-les avec les mains et passe sur tes yeux, ton front et tous tes autres sens, pour les sanctifier.

 

Cet extrait provient d'une des cinq Conférences de Pâques (mystagogies) attribuées à saint Cyrille, mais on se demande si ces cinq conférences de suivi sont bien du grand saint. L'érudit Dr. Taylor Marshall en doute. Il pose que certains manuscrits n'attribuent pas ces conférences à saint Cyrille. Il écrit que cette même citation continue en mentionnant que le corps de Christ devrait être porté aux yeux et au front et que le communicateur devrait toucher ses lèvres avec le sang précieux de notre Seigneur. Les passages supprimés sont : "Sanctifie tes yeux par le contact du saint Corps" et puis, après avoir bu au calice, "lorsque tes lèvres en sont encore mouillées, touche-les avec les mains et passe sur tes yeux, ton front et tous tes autres sens, pour les sanctifier." De même Michael Davies, un autre érudit, évoque la question de l'identité de l'auteur de la citation alléguée à S. Cyrille dans son ouvrage "Communion dans la main et autres fraudes similaires" (P.8).

 

Les témoignages des premiers siècles attestent que si la communion pouvait être reçue dans la main, c’était dans des cas exceptionnels relevant de circonstances très particulières (persécutions, nécessité de mettre le Pain consacré à l’abri... etc.) [Pro liturgia, Lundi 30/3/2015]

 

Saint Basile, Père grec et Docteur de l’Église (329-379), expliqua qu’en des circonstances pareilles de persécution et en l’absence de prêtre et/ou de diacre pour administrer la communion et la porter aux malades, on avait pu jadis "recevoir la communion au moyen de sa propre main". [Saint Basile, Lettre 93]

 

L’historien Eusèbe de Césarée (270-339) attesta au livre VI de son "Histoire ecclésiastique" que la communion dans la main se faisait seulement en cas de véritable nécessité. La pratique normale avait toujours été que les fidèles communient à genoux et dans la bouche. Devant les abus locaux, le concile de Rouen rappela en 650 cette norme apostolique, en interdisant la communion dans la main (nulli autem laico aut feminae Eucharistiam in manibus ponat, sed tantum in os ejus).

 

Dans une homélie sur la première épître à Timothée, Saint Jean Chrysostome (347-407) indiquait cette humble et pieuse attitude de réception de la part des fidèles : "Que rien d’amer ne sorte de la bouche qui a été gratifiée d’un si grand mystère ; que la langue, sur laquelle le divin Corps a été déposé, ne profère rien de déplaisant."

 

D'après la tradition, à la fin du IVe siècle, S. Ambroise de Milan régla la forme du chant ecclésiastique (cantus ambrosianus, seu firmus) et pour parler de l'assemblée dominicale (dominicum) imposa le mot missa, messe.

 

L'Institution de l'Eucharistie tableau de Nicolas Poussin († 19 novembre 1665), commandé par SMTC Louis XIII pour la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye, 1641, Louvre.

 

Au Moyen-Âge 

 

Au Ve siècle, le pape Saint Léon I (440-461) enseigna que l’on recevait en bouche ce qui était cru par la foi (hoc enim ore sumitur quod fide tenetur), "ceci est effectivement reçu au moyen de la bouche, à quoi nous croyons par la foi". "Le minerai" est ici dans l'ablatif; dans le contexte, cela désigne l'instrumentation. La bouche est donc le moyen par lequel la Sainte Eucharistie est reçue.

 

Au VIe siècle, en 536, le pape Saint Agapet I accomplit un miracle de guérison après avoir donné l’hostie en bouche à quelqu’un (cumque ei Dominicum corpus mitteret in os).

 

Au VIe et VIIe siècles, le pape Saint Grégoire I le Grand  (590-604) perfectionna les prières et les chants. Il façonna le Canon (le cœur de la messe) et donna à la liturgie une grande partie de sa stabilité, ce qui lui valut le nom de ''messe grégorienne''. Dans ses dialogues (Romain 3, c. 3) il attesta que le Pape saint Agapet accomplit le miracle de la guérison durant la messe après avoir placé le Corps du Seigneur dans la bouche de la personne. Jean le Diacre parla de la manière dont ce Pape distribuait la sainte communion. 

 

Au VIIe siècle, en Orient, le 3ème concile de Constantinople (680-681), 6e concile œcuménique, interdit sous peine d'excommunication aux fidèles de prendre l'Armée sacrée dans la main alors qu’un évêque, un prêtre ou un diacre étaient disponibles pour la leur dispenser en bouche.

 

Le Synode de Cordoue (839) a condamné la secte de "Casiani" pour son refus de recevoir la Sainte Communion directement dans la bouche [Cf. Mgr Athanasius Schneider, Dominus Est, p.47.].

 

Le Synode de Rouen (878) a déclaré: "L'Eucharistie ne peut jamais être confiée à un laïc, ni à une femme, mais doit seulement être donnée à la bouche".

 

Il découle de la prémisse que si les vases et les mains du prêtre touchant l'Eucharistie devaient être consacrés, elle ne serait pas par la suite remis entre les mains du profane.

 

Au IXe siècle, le Synode de Cordoue au condamna en 839 la secte de "Casiani" pour son refus de recevoir la Sainte Communion directement dans la bouche. [Cf. Mgr Athanasius Schneider, Dominus Est, p.47.]

 

Le Synode de Rouen (878) déclara : "L'Eucharistie ne peut jamais être confiée à un laïc, ni à une femme, mais doit seulement être donnée à la bouche".

 

Au XIIIe siècle saint Thomas d'Aquin (1225–1274) précisa : "Par respect pour ce sacrement [la Sainte Eucharistie], rien ne le touche, sauf ce qui est consacré. c'est pourquoi le corporal et le calice sont consacrés, ainsi que les mains du prêtre, pour toucher ce sacrement." (Summa Theologica, partie III, Q.82, art. 3, Rep. Obj.8.)

 

 

La messe Saint Pie V ou "tridentine"

 

En 1570, après le concile de Trente, le pape Pie V publia le Missel romain (Bulle Quo Primum). Il n'inventa pas la messe. Il préserva et normalisa la forme qui s'était déjà développée naturellement pendant plus de 1 000 ans.

 

Des églises domestiques aux basiliques, du grec au latin, de la tradition orale au Missel.

 

La messe en latin est un lien vivant avec les apôtres.

 

C'est la messe des siècles, qui grandit comme un chêne à partir d'une minuscule graine.

 

À l'époque contemporaine

 

La communion fréquente, et des enfants, est une pratique instaurée par Saint Pie X (1903-1914).

 

La constitution sur la divine liturgie du concile vatican II, Sacrosanctum Concilium n° 36,1 a demandé de conserver l'usage du latin dans la liturgie :

 

"L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins".

 

Le Concile Vatican II ne s'est pas pas exprimé sur le sujet de la communion dans la bouche ou dans la main, mais précise dans Lumen Gentium § 11 que 'l’Eucharistie est "la source et le sommet de la vie chrétienne".

 

Les autres sacrements ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques sont tous liés à l’Eucharistie et ordonnés à elle. Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque." [CEC 1324]

 

Le 3 avril 1969, le pape Paul VI promulgue la constitution apostolique Missale romanum pour officialiser le "nouveau missel romain" de la messe dite "de Paul VI" désormais en usage dans l'Église latine, rendant obsolète le missel romain de 1570. Toutefois, certains fidèles sont demeurés attachés à l'ancien rite.

 

Le 29 mai 1969, le sujet de la distribution de la Communion est abordé par la Sacrée Congrégation pour le culte divin dans l’instruction de Paul VI, Memoriale Domini, pour confirmer la réception de la communion à genoux et sur les lèvres :

 

"... la coutume s'est établie que ce soit le ministre lui-même qui dépose sur la langue du communiant une parcelle de Pain consacré. Compte tenu de la situation actuelle de l'Église dans le monde entier, cette façon de distribuer la Sainte Communion doit être conservée, non seulement parce qu'elle a derrière elle une tradition multiséculaire, mais surtout parce qu'elle exprime le respect des fidèles envers l'Eucharistie."

 

Mais cette instruction de Paul VI de 1969 a ouvert une brèche dans le principe énoncé de conserver la tradition de la distribution de la communion dans la bouche "sur la langue": à la fin du texte, l'on se demande si c’est bien dans ce document que Paul VI a introduit la réception dans la main ? Dans les dernières lignes, un indult est accordé, en totale incohérence avec le raisonnement qui précède. Tolérance restreinte, encadrée, assortie d’un contrôle strict, etc... mais toutes ces précautions étaient évidemment illusoires. Ce qui est important, ce n’est pas le barrage qui est solide en tous points sauf un, la brèche... On sait ce qui est advenu après cette instruction romaine de 1969. La norme est à présent si bien inversée que la règle est devenue l'exception et que c’est la communion dans la bouche qui est vue comme une bizarrerie à peine tolérée dans certains endroits. C'est l'époque de la désacralisation. Au nom de ''l'esprit du concile'' toutes sortes d'abus ont vu le jour : 

-distribution de la communion par des laïcs ;
-obligation de recevoir la communion dans la main ;
-célébration ''face au peuple' sur des édicules dépourvus de valeur et de dignité ;
-médiocrité du répertoire musical et limitation - voir interdiction - du chant grégorien ;
-disparition des chorales au profit de l’"assemblée-chantante" invitée à répéter n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment... pourvu que ce soit des airs qu’il ne viendrait à l’idée de personne de chanter ailleurs que dans une église où le mauvais goût est de bon ton ;
-geste de paix transformé en séance de "shake your hands" totalement anti-liturgique ;
-équipes d’animation liturgique envahissantes et totalement inefficaces... sauf, bien sûr, quand c’est pour démolir la liturgie ;
-donné du missel romain Paul VI lui-même systématiquement modifié ou ignoré par les célébrants ;
-absence de dignité, de tenue, de réserve des célébrants ;
-etc.

 

 

Aussi, en 2007, Benoît XVI libéralisa la messe latine traditionnelle, autorisa à nouveau l'usage de l'ancien rite (bien qu'il n'ait jamais été formellement interdit) dans son Motu proprio Summorum Pontificum, sous le nom de forme extraordinaire du rite romain. Cette forme est parfois erronément appelée 'rite tridentin'. Pour l'Église catholique il ne s'agit pas d'un autre rite, mais bien d'une forme exceptionnelle ("extraordinaire") du même rite romain

 

En 2008,Benoît XVI déclarait que dans l’Eucharistie se trouve la "force de la révolution chrétienne", la "plus profonde de l’histoire humaine", qui donne à l’homme une "vraie liberté".

 

En 2009, pour le n° 7000 de PRESENT du Jeudi 31 décembre 2009, Jean Madiran dresse un bilan accablant de la messe en français ''sur quarante ans, de 1965 (fin du Concile) à 2005 (élection de Benoît XVI)''. ''Selon un bilan de la Croix'', ''c’est le désastre des 'messalisants', c’est-à-dire des catholiques allant chaque dimanche à la messe. En 1965, ils étaient 27 % de la population française. Ils ne sont plus que 4,5 % en 2005.'' ''La messe en français'' serait ''la principale cause prochaine'. Il faut se souvenir des raisons de l’institution d’une messe nouvelle, telles qu’elles ont été énoncées par Paul VI. Il s’agissait de sacrifier le latin et les magnifiques vêtements de la liturgie traditionnelle, dont il ne niait pas l’éclat merveilleux, mais qui étaient selon lui un obstacle à la participation des masses populaires, des journalistes et des hommes d’affaires.''

'La courbe plonge à partir des années 1970'', ''celles où bat son plein la plus spectaculaire 'audace post-conciliaire'. (sic)'' A la page suivante du même numéro de La Croix (29 décembre), Frédéric Mounier, nous rapporte un propos du cardinal Poupard : ''Il faut se souvenir de l’homélie de Paul VI lors de l’ouverture de son pontificat. Pour lui, avant de parler, l’Eglise devait se faire écoute. Ce fut le thème de sa première encyclique. De même (…), il n’a pas condamné la jeunesse en ébullition. Il s’est interrogé : – Saurons-nous les comprendre ?'' ''Si bien, ironise Jean Madiran, que ce n’est plus guère : 'Allez enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit' (Mt 28, 19). Ce n’est plus guère ; 'Allez dans le monde entier, proclamer l’Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné' (Mc 16,15-16). C’est plutôt : Allez écouter ce qu’on dit dans le monde, comprenez leurs désirs, accompagnez leurs problèmes…'' (Fin de citation)

 

En 2021, la législation de l'Église catholique déclare que les livres liturgiques promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du concile Vatican II, sont les seuls du rite romain. Néanmoins chaque évêque diocésain, en suivant les orientations du Saint-Siège (annulant l'élargissement proposé par Benoît XVI en 2007) et en particulier celles qui sont mentionnées dans le motu proprio Traditionis custodes, peut permettre dans son diocèse une utilisation limitée du missel de 1962 (la messe latine traditionnelle Saint Pie V).

 

D'autres formes rituelles sont en vigueur de plein droit dans l'Église latine:

-le rite ambrosien, en vigueur à Milan et dans certains diocèses du Nord de l'Italie,

 

 

-le rite de Braga au Portugal,

-le rite mozarabe célébré à Tolède et quelquefois à Salamanque et à Madrid

-ou le rite cartusien des Chartreux.

-le rite maya ou "amazonien" (2024)

-les Églises catholiques orientales pratiquent des rites orientaux et n'utilisent donc pas le rite romain ni aucun autre rite liturgique latin. Il existe un grand nombre de rites dits "orientaux", dont l'arménien, le copte, le syriaque et le byzantin. Et un catholique romain entrant dans une église catholique maronite au Liban, ou une église catholique byzantine en Ukraine, ou une église catholique chaldéenne en Irak, la messe lui paraît différente, les vêtements semblent étranges, les chants lui sont inconnus. Et pourtant, au moment de la communion, ce catholique romain peut s'avancer et recevoir l'Eucharistie. Pourquoi ? Parce que l'Église catholique romaine et les 23 Églises catholiques orientales ne forment qu'une seule et même Église catholique. Nous avons une seule foi, un seul baptême et, surtout, une seule Eucharistie. Les prières peuvent être différentes, les traditions peuvent paraître différentes, mais c'est le même Corps et le même Sang du Christ, car nous sommes tous en pleine communion avec le Pape. C’est là la beauté de notre Église : de nombreuses traditions, de nombreux rites, mais un seul Seigneur, un seul Pasteur, une seule table.

[

Où en sommes-nous aujourd'hui ?

 

Le Card. Francis Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, s'exprima sur le sujet à la conférence liturgique de Gateway, St. Louis, Missouri, 11 novembre 2006 (Texte intégral) :

 

"L’Église fondée par notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ s’efforce de rassembler les hommes de toutes races, langues, peuples et nations (cf. Ap 5,9), afin que "toute langue proclame que Jésus Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père" (Phil 2,11). Le jour de la Pentecôte, des hommes et des femmes "issus de toutes les nations qui sont sous le ciel" (cf. Ac 2,5) ont écouté les Apôtres relater les oeuvres prodigieuses de Dieu. Cette Église, ce nouveau peuple de Dieu [Cf. Note 1 du décret Optatam Totius du Concile Vatican II] ce corps mystique du Christ, prie. Sa prière publique est la voix du Christ et celle de l’Église, son épouse. Tête et membres. La liturgie est une expression du magistère sacerdotal de Jésus Christ. En elle, le culte public est accompli par l’Église tout entière, autrement dit par le Christ qui y associe ses membres. "Par conséquent, toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré." (Sacrosanctum Concilium, § 7). À la sainte source de la liturgie, nous tous qui avons soif des grâces de la Rédemption, allons puiser l’eau vive (cf. Jn 4,10).

La conscience que, dans chaque acte liturgique, Jésus Christ est le grand prêtre, devrait instiller en nous une grande ferveur. Comme le disait saint Augustin : "Il prie pour nous comme notre Prêtre ; il prie en nous comme notre Chef ; nous le prions comme notre Dieu. Nous reconnaissons ainsi notre voix en lui, et sa voix en nous" (Enarratio in Psalmum, 85).

[...] À l’origine, l’Église de Rome utilisait le grec. Ce n’est que progressivement que le latin a été introduit, jusqu’à la latinisation définitive de l’Église de Rome au IVe siècle (cf. A.G. Martimort, L’Église en prière, Desclée 1983).

[...] Il est à noter que beaucoup de religions du monde, ou leurs ramifications principales, ont une langue qui leur est chère. On ne peut pas penser à la religion judaïque sans penser à l’hébreu. Pour l’islam, la langue sacrée est l’arabe du Coran. L’hindouisme classique considère le sanscrit comme sa langue officielle, tandis que les textes sacrés du bouddhisme sont rédigés en pali.

Il serait superficiel de notre part de croire qu’il s’agit là d’une tendance ésotérique, bizarre, désuète, vieux jeu ou médiévale. Ce serait ignorer une composante subtile de la psychologie humaine. Dans les questions religieuses, les personnes tendent à conserver ce qu’elles ont reçu depuis les origines, la manière dont leurs prédécesseurs ont formulé leur religion et prié. Les paroles et les formules utilisées par les premières générations sont chères à ceux qui en ont hérité aujourd’hui. S’il est vrai qu’on ne peut certes pas identifier une religion avec une langue, la façon dont elle se comprend peut créer un lien affectif avec une expression linguistique particulière en usage dans sa période de croissance classique.

[...] Comme nous l’avons vu, le latin a remplacé le grec comme langue officielle de l’Église de Rome au IVe siècle. Parmi les principaux Pères de l’Église qui écrivirent en latin de manière ample et belle figurent

-saint Ambroise (339-397),

-saint Augustin d’Hippone (354-430),

-et le pape Grégoire le Grand (540-604)... en particulier donna au latin toute sa splendeur dans la sainte liturgie, dans ses sermons et dans l’usage général de l’Église.

 

[...] Les papes et l’Église de Rome ont constaté que le latin était bien adapté pour diverses raisons. C’est la langue qui convient à une Église universelle, à une Église où tous les peuples, toutes les langues et toutes les cultures doivent se sentir chez eux, et où nul n’est considéré comme un étranger.

[...] Le latin a pour caractéristique de posséder des mots et des expressions qui conservent leur sens de génération en génération. C’est un avantage, lorsqu’il s’agit d’exprimer notre foi catholique et de rédiger les documents papaux et autres textes de l’Église. Les universités modernes apprécient également cette caractéristique, puisque certains de leurs titres solennels sont en latin.

Le Bienheureux Jean XXIII, dans sa Constitution apostolique Veterum Sapientia, publiée le 22 février 1962, avance deux raisons à cela, et en donne une troisième. La langue latine a une noblesse et une dignité non négligeables (cf. Veterum Sapientia, 5, 6, 7). Nous pouvons ajouter que le latin est concis, précis, et poétiquement mesuré.

N’est-il pas admirable que des personnes, et en particulier des clercs s’ils sont bien formés, puissent se rencontrer dans des réunions internationales et être capables de communiquer entre eux au moins en latin ?

[...] Il est vrai qu’il existe une tendance, tant à l’intérieur de l’Église que dans le monde en général, à accorder plus d’attention aux langues modernes comme l’anglais, le français et l’espagnol, qui peuvent nous aider à trouver plus rapidement un emploi sur le marché du travail ou au ministère des affaires étrangères de notre pays. Mais l’exhortation du Pape Benoît XVI aux étudiants de la Faculté de lettres classiques et chrétiennes de l’Université pontificale salésienne de Rome, à l’issue de l’Audience générale du mercredi 22 février 2006, garde toute sa valeur et son importance. Et il l’a prononcée en latin ! En voici une traduction libre en français : "Avec raison, nos prédécesseurs ont insisté sur l’étude de la grande langue latine afin que l’on puisse mieux apprendre la doctrine salvifique contenue dans les disciplines ecclésiastiques et humanistiques. De même, je vous invite à cultiver cette activité, afin que le plus grand nombre possible de personnes puissent accéder à ce trésor et en apprécier l’importance" (in L’Osservatore Romano, 45, 23 fév. 2006, p.5).

 

Le chant grégorien

"L’action liturgique présente une forme plus noble lorsque les offices divins sont célébrés solennellement avec chants" (Sacrosanctum Concilium, 113). Selon un vieil adage, bis orat qui bene cantat, ce qui veut dire : "Celui qui chante bien prie deux fois". Cela, parce que l’intensité que prend la prière lorsqu’elle est chantée renforce sa ferveur et multiplie son efficacité (cf. Paul VI, Discours à la Schola Cantorum italienne le 25 sept. 1977, Notitiae 136, nov. 1997, p. 475).

La bonne musique aide à prier, élève l’âme des fidèles vers Dieu, et donne à ceux qui l’écoutent un avant-goût de la bonté divine.

Dans le rite latin, ce qui est connu sous le nom de "chant grégorien" fait partie de la tradition. Un chant liturgique particulier existait à Rome, il est vrai, avant saint Grégoire le Grand (+ 604). Mais ce fut ce grand pape qui donna à ce chant sa prééminence. Après saint Grégoire, cette forme de chant continua à se développer et à s’enrichir jusqu’aux bouleversements qui marquèrent la fin du moyen âge. Les monastères, et en particulier ceux de l’Ordre bénédictin, ont beaucoup fait pour préserver cet héritage.

Le chant grégorien est caractérisé par une cadence méditative et émouvante. Il touche les profondeurs de l’âme. Il manifeste la joie, la tristesse, le repentir, la requête, l’espérance, la louange ou l’action de grâce propres à une fête particulière, à une partie de la Messe ou à toute autre prière. Il rend les Psaumes plus vivants. Il exerce une fascination universelle, qui le rend approprié à toutes les cultures et à tous les peuples. Il est apprécié aussi bien à Rome, qu’à Solesmes, Lagos, Toronto ou Caracas. Il résonne dans les cathédrales, les séminaires, les sanctuaires, les centres de pèlerinage et les paroisses traditionnelles.

Le saint Pape Pie X célébra le chant grégorien en 1904 (Tra le Sollecitudini, 3).

Le Concile Vatican II en fit l’éloge en 1963 : "L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place." (Sacrosanctum Concilium, 116). Le Serviteur de Dieu et Pape Jean-Paul II renouvela cet éloge en 2003 (cf. Chirographe pour le centenaire de Tra le Sollecitudini, 4-7, in Cong. Pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Spiritus et Sponsa, 2003, p. 130). À l’occasion d’une rencontre à Rome à la fin de 2005, le Pape Benoît XVI a encouragé l’association internationale des Pueri Cantores, qui fait une grande place au chant grégorien. À Rome et dans le monde entier, de nombreuses chorales, composées tant de professionnels que d’amateurs, interprètent ces chants de façon magnifique, en communiquant l’enthousiasme qu’il leur inspire.

Ce n’est pas vrai que les fidèles laïcs ne veulent pas chanter le chant grégorien. Ils demandent au contraire que les prêtres, les moines et les religieuses partagent ce trésor avec eux. Les CD gravés par les moines bénédictins de Silos, par leur maison généralice de Solesmes et par beaucoup d’autres communautés sont très demandés par les jeunes. Les monastères sont visités par des personnes désireuses de chanter les laudes, et surtout les vêpres.

 

[...] En 1962, juste avant d’ouvrir le Concile, le Bienheureux Jean XXIII a rédigé une Constitution apostolique dans laquelle il insistait sur l’usage du latin dans l’Église. Le Concile Vatican II, bien qu’ayant autorisé l’introduction de la langue vulgaire, a mis l’accent sur la place du latin : "L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins" (Sacrosanctum Concilum, 36). Le Concile a également demandé aux séminaristes d’avoir "la connaissance de la langue latine qui leur permettra de comprendre et d’utiliser les sources de tant de sciences et les documents de l’Église" (Optatam Totius, 13). Le Code de Droit Canonique publié en 1983 dit : "La célébration eucharistique se fera en latin, ou dans une autre langue, pourvu que les textes liturgiques aient été légitimement approuvés" (can. 928).

Par conséquent, ceux qui veulent donner l’impression que l’Église a voulu éliminer le latin de la liturgie se trompent. En avril 2005, on a assisté au niveau mondial à une manifestation de l’adhésion à une liturgie bien célébrée en latin, lorsque des millions de personnes ont suivi à la télévision les obsèques du Pape Jean-Paul II et, deux semaines plus tard, la Messe inaugurale du Pontificat de Benoît XVI.

 

[...] L’article 54 précise les modalités à suivre pour que "les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent". Dans la célébration de la Liturgie des Heures, "selon la tradition séculaire du rite latin dans l’office divin, les clercs doivent garder la langue latine" (SC 101).

 

[...] Les développements furent tellement rapides qu’aujourd’hui certains clercs, religieux et fidèles laïcs ignorent que le Concile Vatican II n’a pas introduit la langue vulgaire dans toutes les parties de la liturgie.

Les requêtes d’extension de l’usage de la langue vulgaire ne se firent pas attendre. À la demande pressante de certaines Conférences épiscopales, le Pape Paul VI autorisa d’abord la célébration de la Préface de la Messe en langue vulgaire (cf. Lettre du Cardinal Secrétaire d’État, 27 avril 1965), puis de tout le Canon et des prières d’ordination en 1967. Enfin, le 14 juin 1971, la Congrégation pour le Culte Divin publia une communication selon laquelle les Conférences épiscopales pouvaient autoriser l’usage de la langue vulgaire dans tous les textes de la Messe, et tout Ordinaire pouvait donner la même autorisation pour la célébration chorale ou privée de la Liturgie des Heures (pour tous ces développements, voir A. G. Martimort : Le dialogue entre Dieu et son peuple, in A.G. Martimort : L’Église en prière, op. cit.)

Les raisons de l’introduction de la langue du pays ne sont pas difficiles à comprendre. Celle-ci favorise une meilleure compréhension de la prière de l’Église : "La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui, en vertu de son baptême, est un droit et un devoir pour le peuple chrétien" (SC 14).

 

[...] Les textes latins ont été préparés avec la plus grande attention à la doctrine, dans une formulation exacte, 'exempte de toute influence idéologique, et possédant les qualités voulues pour que les saints mystères du salut et la foi inébranlable de l’Église soient transmis efficacement, au moyen du langage humain, à la prière et à une adoration digne offerte au Très-Haut' (Liturgiam Authenticam, 3).

 

[...] La liturgie latine n’exprime pas seulement des faits, mais aussi des sentiments, des sensations, par exemple celle de la transcendance de Dieu, de sa majesté, de sa miséricorde et de son amour infini (cf. Liturgiam Authenticam, 25). Des expressions telles que Te igitur, clementissime Pater, Supplices te rogamus, Propitius esto, veneremur cernui, Omnipotens et misericors Dominus, nos servi tui, ne doivent pas être affaiblies ou démocratisées par une traduction iconoclaste. Quelques-unes de ces expressions latines sont difficiles à traduire. Il faut s’adresser aux meilleurs spécialistes en matière de liturgie, de classiques, de patrologie, de théologie, de spiritualité, de musique et de littérature, afin de réaliser des traductions qui soient belles sur les lèvres de notre sainte Mère l’Église. Les traductions doivent refléter la ferveur, la gratitude et l’adoration devant la majesté transcendante de Dieu, la faim de Dieu chez l’homme, toutes choses qui apparaissent clairement dans les textes latins.

 

[...] Tout ne peut pas être expliqué pendant la célébration liturgique. La liturgie n’épuise pas toute l’activité de l’Église (cf. Sacrosanctum Concilium, 9). La théologie, la catéchèse et la prédication sont également nécessaires. Et même après une bonne catéchèse, un mystère de notre foi demeure un mystère.

En réalité, nous pouvons dire que le plus important dans le culte divin, ce n’est pas de comprendre chaque mot ou chaque concept. Le plus important, c’est que nous ayons une attitude de ferveur et de crainte devant Dieu, que nous l’adorions, le louions et lui rendions grâce. Le sacré, les choses de Dieu, doivent être abordées sans idées préconçues.

 

[...] Il en résulte que personne, pas même un prêtre ou un diacre, n’a autorité pour changer la formulation approuvée de la sainte liturgie. C’est une question de bon sens. Mais on constate parfois que le bon sens n’est pas très répandu. C’est pourquoi Redemptionis Sacramentum a tenu à réaffirmer expressément : "L’usage suivant, qui est expressément réprouvé, doit cesser : ici ou là, il arrive que les prêtres, les diacres ou les fidèles introduisent, de leur propre initiative, des changements ou des variations dans les textes de la sainte Liturgie, qu’ils sont chargés de prononcer. En effet, cette manière d’agir a pour conséquence de rendre instable la célébration de la sainte Liturgie, et il n’est pas rare qu’elle aille jusqu’à altérer le sens authentique de la Liturgie" (Red. Sacramentum, 59 ; cf. aussi Instruction générale sur le Missel romain, n. 24).

 

[...]Tous les fidèles laïcs ne connaissent pas le latin, mais ils peuvent apprendre au moins les réponses les plus simples en latin. Les prêtres doivent accorder plus d’attention au latin, et célébrer de temps en temps une messe en latin. Dans les grandes églises où plusieurs messes sont célébrées le dimanche et les jours de fête, pourquoi ne pas dire l’une de ces messes en latin ?

 

Dans les paroisses rurales, une messe en latin devrait être possible, disons une fois par mois.

 

Dans les assemblées internationales, le latin est encore plus nécessaire. C’est pourquoi les séminaires doivent s’efforcer de préparer et de former les prêtres à l’usage du latin (cf. Synode des Évêques, octobre 2005, Prop. 36).

[...] Que la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Verbe fait chair dont nous célébrons les mystères dans la sainte liturgie, veuille obtenir pour nous tous la grâce de remplir notre rôle en participant par notre chant aux louanges du Seigneur, que ce soit en latin ou en langue vulgaire. Francis Card. Arinze (Agence Fides 20/12/2006)

Pourquoi gardons-nous le latin ? (Bénédictines de l'Abbaye Notre Dame de Wisques, Diocèse d'Arras)

 

"L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place." (Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, 116).

 

La musique du chant grégorien est au service de la Parole, au point qu'il a pu être appelé : "la Bible en musique".

 

Priant et chantant dans la même langue, au fil des années liturgiques, une véritable imprégnation de la Parole se fait.

 

La célébration en latin, même pour le rite ordinaire, est donc une des expressions possibles et normales de la liturgie vivante de l’Église au 3ème millénaire. À l’issu du Concile, le pape a souhaité que cette langue soit gardée, par choix, dans certains monastères.

 

La langue latine est la langue de l’Église universelle, catholique.

 

De plus, le latin est un vrai patrimoine culturel et surtout spirituel. Au cours des siècles, cette langue s’est révélée particulièrement apte à exprimer le sacré, c’est-à-dire à nous mettre en présence de Dieu.

 

Le latin nous permet aussi de garder le chant grégorien. Ce chant a été composé sur des mots latins entre le 8ème et le 12ème siècle. Chant profondément contemplatif, il aide la prière et soutient l’attention. C’est un véritable trésor de l’Église. 

 

"L’œuvre essentielle de notre vie est la contemplation, c’est la prière de l’Église célébrée par nous, devenue l’objet et le moyen de notre contemplation." (Mère Cécile Bruyère, fondatrice des Bénédictines de l'Abbaye Notre Dame de Wisques, Diocèse d'Arras)

Image illustrative de l’article Albert Malcolm RanjithEn 2008, dans un entretien donné à Bruno Volpe, S. Exc. Mgr Albert Malcolm Ranjith Patabendige Don, secrétaire de la S. Congrégation pour le culte divin et la discipline des Sacrements a exprimé son désir que la communion dans la main soit revue :

"Il est vraiment mauvais que des prêtres, heureusement pas tous, continuent à dénaturer, avec des extravagances inexplicables, la liturgie qui – on devrait se le rappeler – n’est pas leur propriété mais appartient à l’Église. Je rappelle à ces prêtres qu'ils doivent, et j'insiste, respecter la liturgie officielle de l'Eglise catholique. A propos des abus et des interprétations personnelles : la messe n'est pas un spectacle, mais un sacrifice, un don et un mystère. Ce n'est pas un hasard si le Saint-Père Benoît XVI nous rappelle sans cesse de célébrer l'Eucharistie avec dignité et décorum.

"... (La question de la communion dans la main). Je crois tout "simplement" que cette pratique doit être revue. Comment procéder ? Pour commencer, un bon catéchisme. Vous savez, hélas, beaucoup de gens ne savent même plus Qui ils reçoivent dans la communion, qui est le Christ, et ainsi approchent de la table de communion sans grande concentration et avec très peu de respect.

"Nous avons besoin de retrouver le sens du sacré. Je parle seulement en mon nom, mais je suis convaincu de l'urgence du réexamen de la pratique de la communion donnée dans la main, du retour à la distribution de l’hostie aux fidèles directement dans la bouche, sans qu’ils la touchent, rappelant par là que Jésus est vraiment dans l'Eucharistie et que chacun doit Le recevoir avec dévotion, amour et respect.

"L’agenouillement au moment de la communion... constituerait une véritable marque de respect pour le don et le mystère de l'Eucharistie. ... En tant que catholique, je me demande et je me pose la question : pourquoi avoir honte de Dieu ? S’agenouiller à la communion serait un acte d’humilité et de reconnaissance de notre nature en tant qu’enfant de Dieu."

 

Lors de la grippe porcine de juin 2009, un catholique britannique demanda à la Congrégation pour le Culte divin quelles étaient les restrictions diocésaines contre la communion sur la langue en raison des inquiétudes liées à l'épidémie? Dans sa réponse, la Congrégation réaffirma que les fidèles ont toujours le droit de recevoir la sainte Communion sur la langue :

 

Distribution de la Communion en période d'épidémie : Réponse de la Congrégation pour le Culte divin (en 2009)

Source: Pro Liturgia, Actualité du vendredi 6 mars 2020

 

 

En 2014, dans un entretien à Corpus Christi, Mgr Athanasius Schneider, Evêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, s’exprima sur la situation de l’Eglise à l'occasion de la publication de son livre “Corpus Christi ; la communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise” aux éditions Contretemps :

 

"Tant que l’adorable personne du Christ, cachée sous les humbles espèces sacramentelles, sera traitée d’une manière aussi banale, indélicate et superficielle qu’aujourd’hui il ne pourra se produire un vrai progrès spirituel dans l’Eglise.

 

... Parmi les principaux problèmes soulevés par la Communion dans la main il faut d’abord signaler les deux faits les plus graves. Tout d’abord une perte importante de parcelles de la Sainte Hostie qui tombent sur le sol où elles sont piétinées, ensuite le nombre grandissant de vols d’hosties consacrées.

De plus l’absence quasi-totale de gestes manifestes d’adoration et de sacralité au moment de la distribution et de la réception de la sainte Communion entraîne, avec le temps, une diminution et même une perte de la croyance en la présence réelle et en la transsubstantiation. 

Le geste moderne de la Communion dans la main – substantiellement différent du geste analogue dans la primitive Eglise – contribue à la banalisation et même à la profanation non seulement de la réalité la plus sainte, mais de la Personne la plus sainte qui est Notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ. "

 

En 2020, le covid fut le prétexte à distribuer la communion dans la main.

 

L'instruction Redemptionis sacramentum § 91-92 donne un droit à tous les fidèles de communier à genoux et dans la bouche :

 

"ll n’est pas licite de refuser la sainte Communion à un fidèle, pour la simple raison, par exemple, qu’il désire recevoir l’Eucharistie à genoux ou debout.

- Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche."

 

Ce droit est confirmé par le canon 843 §1 du CIC : "Les ministres sacrés ne peuvent pas refuser les sacrements aux personnes qui les leur demandent opportunément, sont dûment disposées et ne sont pas empêchées par le droit de les recevoir."

Add. 18 septembre 2025. Dans un entretien avec Elise Ann Allen, auteur de la biographie du Pape "Léon XIV: citoyen du monde, missionnaire du XXIe siècle", paru en espagnol le 18 septembre au Pérou, Léon XIV affirme avoir "déjà reçu plusieurs demandes et lettres [à propos de ]: La question concernant la messe latine." "Si nous célébrons correctement la liturgie de Vatican II, voyons-nous vraiment une telle différence entre telle expérience ?', demande le Pape.

 

"Il y a un autre sujet, également brûlant, pour lequel j'ai déjà reçu plusieurs demandes et lettres : la question de savoir si l'on dit toujours 'la messe latine'. Et bien, vous pouvez dire la messe en latin maintenant. S'il s'agit du rite Vatican II, il n'y a aucun problème. Évidemment, entre la messe tridentine et la messe Vatican II, la messe de Paul VI, je ne sais pas trop où cela va nous mener. C'est évidemment très compliqué.

 

"Je sais qu'une partie de ce problème, malheureusement, est devenue – encore une fois, un élément d'un processus de polarisation – certains ont utilisé la liturgie comme prétexte pour faire avancer d'autres sujets. C'est devenu un outil politique, et c'est très regrettable.

 

"Je pense que parfois, l'"abus" de la liturgie de ce que nous appelons la messe de Vatican II, n'a pas aidé ceux qui recherchaient une expérience plus profonde de la prière, un contact avec le mystère de la foi qu'ils semblaient trouver dans la célébration de la messe tridentine. Là encore, nous sommes devenus polarisés, de sorte qu'au lieu de pouvoir dire : 'Si nous célébrons correctement la liturgie de Vatican II, voyons-nous vraiment une telle différence entre telle expérience ?'

 

"Je n'ai pas encore eu l'occasion de rencontrer un groupe de personnes qui défendent le rite tridentin. Une occasion se présentera bientôt, et je suis sûr que d'autres occasions se présenteront. Mais c'est un sujet sur lequel, je pense aussi, peut-être avec la synodalité, nous devons nous asseoir et discuter. C'est devenu un sujet tellement polarisé que les gens refusent souvent de s'écouter. J'ai entendu des évêques m'en parler, me disant : "On les a invités à ceci et à cela, et ils ne veulent même pas entendre." Ils ne veulent même pas en parler. C'est un problème en soi. Cela signifie que nous sommes désormais dans l'idéologie, que nous ne sommes plus dans l'expérience de la communion ecclésiale."

 

Cf. https://cruxnow.com/vatican/2025/09/pope-leo-speaks-to-cruxs-elise-ann-allen-about-lgbtq-issues-and-the-liturgy 

Conclusion 

 

La messe est devenue une sorte de spectacle où par endroits les applaudissements ou l'auto-célébration d'un groupe remplacent le culte du Dieu vivant adoré à l'autel sacré.

 

La communion dans beaucoup d'endroits a perdu tout sens mystique et sacré. Des gens communient dans la main et retournent à leur place sans conscience de la Présence réelle. Sans parler des actes de vols et de profanations d'osties. 

 

Les chrétiens “conservateurs” sur le plan théologique ont mieux résisté à la chute de la pratique religieuse que les libéraux.

 

Aujourd'hui comme il y a deux mille ans, la mosaïque de Megiddo, il est clair que ce qui est offert à Dieu en mémorial n'est pas une table ordinaire sur laquelle prendre ses repas, mais une table sacrée.

 

 

Le plus important dans le culte divin, ce n’est pas de comprendre chaque mot ou chaque concept. Le plus important, c’est que nous ayons une attitude de ferveur et de crainte devant Dieu, que nous l’adorions, le louions et lui rendions grâce.

Cardinal Francis ARINZE, conférence liturgique de Gateway, St. Louis, Missouri, 11 novembre 2006

Parce que la liturgie est la grande école de la prière de l’Église, il a été jugé bon d’introduire et de développer l’usage de la langue vivante, sans éliminer l’usage de la langue latine, conservée par le Concile pour les rites latins.

Lettre apostolique de S. Jean-Paul II pour le 25e anniversaire de la Constitution sur la liturgie de Vatican II

Je pense que parfois, l'"abus" de la liturgie de ce que nous appelons la messe de Vatican II, n'a pas aidé ceux qui recherchaient une expérience plus profonde de la prière, un contact avec le mystère de la foi qu'ils semblaient trouver dans la célébration de la messe tridentine.

[...] Si nous célébrons correctement la liturgie de Vatican II, voyons-nous vraiment une telle différence entre telle expérience ?

Léon XIV, Entretien à Crux, 18 septembre 2025

Des experts suggèrent des réformes urgentes dans la nouvelle messe catholique de 1969 afin de rétablir des éléments traditionnels tels que le silence sacré, la communion à genoux dans la bouche, certaines parties en latin, les Prières au pied de l'autel, de multiples signes de croix, le dernier évangile, le canon silencieux, les génuflexions du prêtre avant chaque contact avec l'hostie.

 

La messe préconisée par Vatican II s'apparentait davantage au Missel intérimaire utilisé entre 1965 et 1970, qui était essentiellement le Missel de 1962, traduit en langues vernaculaires, sans les options décrites précédemment. Si Rome s'en était tenue à cette règle et avait poursuivi le lent développement organique, la messe aurait encore aujourd'hui une allure beaucoup plus tridentine, et nous aurions beaucoup moins de problèmes de division et de polarisation au sein de l'Église catholique.

 

Rien n'empêche le pape (quel qu'il soit) de mettre en œuvre une telle solution. Il n'est pas nécessaire de convoquer un autre concile œcuménique, ni un grand synode. Le pape a le pouvoir de le faire de son propre chef s'il le souhaite.

 

La solution est donc simple. Il suffit de fixer la messe Novus Ordo (messe régulière) avec plus de révérence, plus de latin. Exiger des homélies orthodoxes et interdire les innovations liturgiques. En d'autres termes : suivre Vatican 2. Et c'est, bien sûr, ce que Vatican 2 exige.

 

Quant à l'autre forme du rite romain, le pape peut aussi prévoir de libéraliser la messe traditionnelle en latin (tridentine). Ces fidèles ont également besoin d'un bon soutien pastoral et ne devraient pas être punis pour les péchés des autres. Il est injuste et peu charitable de punir une personne pour les péchés d'une autre personne.

 

 

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22 août 2025 5 22 /08 /août /2025 10:20

Un article du site (en langue allemande) "Kath.net", rédigé par Martin Grichting, s'interroge sur le synodalisme appliqué dans l’Église depuis des décennies, ce "podium synodal", ou cet esprit de compétition des laïques dans les comités ecclésiastiques, qui érigé en méthode pastorale aboutit en pratique au contraire de l'Eglise universelle.

Le podium synodal

Le podium synodal

 

Le synodalisme est-il un aveu de l'irréalisme du Concile Vatican II, du moins en ce qui concerne la mission des laïcs ? Un commentaire en allemand de Martin Grichting.

 

Source: https://www.kath.net/news/88251

 

Le théoricien politique Thomas Hobbes (1588-1679) était un réaliste. En termes chrétiens, on pourrait dire qu'il tenait compte de la nature humaine, affaiblie par les conséquences du péché originel. C'est pourquoi il a non seulement popularisé l'antique maxime ''Homo homini lupus'' (L'homme est un loup pour l'homme), mais aussi démontré, dans son ouvrage '' Léviathan'', la nécessité d'un État : sans son pouvoir de contrôle, l'esprit de compétition et l'ambition de l'humanité mèneraient à la guerre de tous contre tous. C'est ce qu'empêche l'État fort, le Léviathan, ce ''dieu mortel à qui nous devons la paix et la protection sous le seul Dieu éternel''.

 

Dans ''Léviathan'', Hobbes aborde également le sujet de la consultation. Un supérieur doit-il demander conseil directement, en privé ou en public ? Pour Hobbes, qui n'a aucune illusion, c'est clair : le monarque est en mesure de consulter qui il veut, où et quand il veut, et d'écouter en silence les pensées de ceux qui sont les plus expérimentés dans le domaine en question. Par conséquent, il devrait écouter ses conseillers individuellement, et non en réunion publique. Car dans le premier cas, il apprend la conviction de plusieurs, dans le second cas, souvent seulement l'opinion d'un seul. Car les membres d'un comité se basent sur ceux qui sont éloquents ou puissants. Pour éviter d'être considérés comme stupides, ils adhèrent souvent à des opinions qu'ils ne comprennent même pas. Nombre de conseillers font passer le bien commun avant le leur. S'ils étaient entendus individuellement, ce serait moins nocif. Car seul, l'homme est plus modéré. Mais s'il se trouve dans une assemblée, les flambeaux individuels sont enflammés par l'éloquence de certains, comme par une rafale de vent, pour la plus grande ruine de l'État. De plus, devant un public, certains conseillers citeraient également des choses qui n'avaient rien à voir avec le sujet, juste pour prouver leur vaste connaissance et leur éloquence. (Chapitres 19 et 25).

 

 

Si l'on considère le synodalisme avec lequel l'Église est inondée depuis des années par le Siège apostolique, il faut constater : "Les enfants de ce monde sont plus sages dans leurs rapports avec leurs propres enfants que les enfants de la lumière" (Lc 16, 8). Car même si l'on veut supposer que l'agitation synodale n'est pas une intention sombre, mais simplement de la naïveté, les dynamiques négatives contre lesquelles Hobbes a mis en garde se révèlent ouvertement : officiellement, on conseille le supérieur, que ce soit le pape, l'évêque ou le pasteur. Mais en fait, on parle à ses semblables. On se présente et on influence les autres à sa manière, si possible par le biais des médias. Ces dernières années l'ont montré : pour beaucoup, ce n'est pas la question qui compte, mais leur cause. Et les comportements prévisibles d'influence, de manipulation et de jeux de pouvoir des groupes de pression deviennent apparents. Les événements synodaux aux niveaux universel, national, diocésain et paroissial sont le théâtre d'autopromotions, d'arrivistes et d'idéologues. Ils défilent sur le podium synodal non pas pour montrer au public leurs atouts physiques sous tous les angles, mais plutôt leurs compétences théologiques et intellectuelles, souvent perçues comme telles. Avec leurs théories, ils sèment souvent la confusion parmi le peuple de Dieu et transforment l'Église en parlement. Les autorités nous assurent naïvement que l'Église n'est pas un tel parlement. Pourtant, les activités synodales, si tant est qu'elles présentent un quelconque intérêt, sont comprises en termes parlementaires par ceux qui sont habitués à la démocratie.

 

Le chapitre 4 de ''Lumen Gentium'' contient deux phrases concernant la participation de certains laïcs à la mission de la hiérarchie (LG 33).

En plus de cet apostolat, qui concerne tous les fidèles, les laïcs peuvent en outre, de diverses manières, être appelés à coopérer plus immédiatement avec l’apostolat de la hiérarchie [114], à la façon de ces hommes et de ces femmes qui étaient des auxiliaires de l’apôtre Paul dans l’Évangile, et, dans le Seigneur, dépensaient un grand labeur (cf. Ph 4, 3 ; Rm 16, 3 s.).

En outre, ils ont en eux une aptitude à être assumés par la hiérarchie en vue de certaines fonctions ecclésiastiques à but spirituel.

Lumen Gentium 33

Ces phrases constituent le point de départ de leur participation synodale.

 

Or, dans ce chapitre, le Concile évoque la mission de tous les laïcs au sein de la famille et au cœur de l'État, de la société civile, de l'économie, de la culture et des médias.

 

Si le Concile Vatican II doit encore être mis en œuvre, ne faudrait-il pas alors pratiquer le synodalisme dans un rapport promouvant la mission dans le monde qui s'applique à tous les laïcs ? Or, on n'a plus beaucoup entendu parler de cette dernière depuis ''Christifideles laici'' (1988) [une exhortation apostolique du pape Jean-Paul II, résumant l'enseignement issu du synode des évêques de 1987 sur la vocation et la mission des laïcs dans l'Église et dans le monde, l'objectif du document étant de souligner le rôle de la participation des laïcs dans la société humaine. Ndlr.].

 

Au contraire, grâce à un activisme romain incessant, les laïcs sont amenés à comprendre que la réalisation de leur mission réside dans le synodalisme.

 

Peu à peu, une question angoissante surgit : le repli sur soi derrière les murs de ses propres structures (l'Église) ne cache-t-il pas un aveu que le Concile Vatican II n'est pas applicable, du moins pas en ce qui concerne le rapport de l'Église à la modernité, à la démocratie, à la société des hommes libres et égaux ? [L'Église est une monarchie et non une démocratie parlementaire: "c'est la hiérarchie de l'Église qui assure la direction du chemin de l'Église et préserve le dispositif de la foi transmise par les Apôtres, l'Église aux ''apôtres dirigés par Pierre'', et les successeurs des apôtres sont les évêques." (Cardinal Joseph Zen)"De même que la quadrature du cercle contredit les principes de la géométrie, de même, dans l'ecclésiologie catholique, la combinaison du concept protestant de synodalité, qui est basé sur la négation de l'ordre sacramentel et de la constitution épiscopale de l'Église, avec le concept catholique de synode et de synodalité est vouée à l'échec... La constitution sacramentelle de l'Église se fonde sur son unité vitale avec le Christ et ne doit en aucun cas être confondue ou mélangée avec les constitutions des communautés politiques. L'expression grecque de la constitution hiérarchique de l'Église, qui chez le Pseudo-Dionysius inclut également les charismes des fidèles, ne signifie en langage ecclésiastique latin rien d'autre que la sacramentalité de l'Église. Cela n'a rien à voir avec une forme de gouvernement sociologique "du haut vers le bas" qui, à l'époque démocratique, pourrait ou devrait être remplacée par un gouvernement "du bas vers le haut". Ce serait un péché contre l'Esprit-Saint et de l'unité de l'Église dans la vérité révélée que d'impliquer ceux qui accomplissent la mission globale de l'Église, que ce soit dans l'apostolat des laïcs, dans la vie consacrée des religieux ou dans l'épiscopat, dans une lutte pour le pouvoir au sens politique, au lieu de comprendre que l'Esprit-Saint guide leur coopération symphonique afin que tous parviennent à l'unité dans le Christ." (Cdl Müller).Ndlr.]

Commentaires (traductions)

 

(1) Le concile Vatican II et "Lumen gentium" : Martin Luther aurait dit/écrit "mieux vaut le diable en chaire qu'une femme !" – mais ce que les protestants ont fait de sa "Réforme" après sa mort, nous l'entendons aujourd'hui dans les paroles d'une "évêque" protestante, pour qui la pilule contraceptive est un cadeau de Dieu. Le concile Vatican II et "Lumen gentium" n'incitent certainement pas à une telle rébellion. Ce sont les membres du synode qui, eux-mêmes de manière perfide, infidèle, effrontée et trompeuse, interprètent les déclarations du concile Vatican II et sèment la confusion parmi les catholiques avec leurs intentions bienveillantes.

Nos évêques allemands semblent impuissants face à cela, car les scandales d'abus sexuels, auxquels les membres du synode font également référence, ont placé l'Église officielle dans le camp des coupables.

 

(2) Benoît XVI a écrit un jour (je ne sais plus où) qu'il existait en quelque sorte deux conciles : le véritable concile et le concile tel qu'il est perçu par l'opinion publique. (Oui, je sais, il l'a très certainement formulé autrement, mais je n'ai pas de sources sous la main pour le moment, je me fie uniquement à ma mémoire. Mais le sens était exactement celui-là.) Le problème est que le concile tel qu'il est perçu par le public, le concile des médias, est plus présent dans la conscience générale que le vrai concile. Tous les ''partisans du concile'' qui invoquent sans cesse ''l'esprit du concile' 'parce qu'ils l'ont mal compris devraient peut-être enfin lire les actes originaux du concile. Je leur promets qu'ils vont avoir une sacrée surprise !
 

 

(3) Le concile voulait manifestement encourager les laïcs à mener une activité apostolique dans leurs cercles. Allez dans le monde du travail, de l'économie, des familles, dans le monde de la politique et les imprégner de la foi chrétienne. Mais voici quel malentendu est né : comme une maladie immunitaire, l'ambition de nombreux laïcs s'est tournée vers des domaines réservés aux prêtres. Ils veulent dominer les paroisses. Quel malheur - le levain du christianisme se perd et le champ devient stérile.

Quiconque a déjà travaillé pendant des années au sein de nombreux comités sait à quel point l'éloquence, le verbiage et les chevaux de bataille y sont répandus et peuvent avoir des effets dévastateurs. Les politiciens élus dans de nombreux comités ecclésiastiques, y compris les personnalités dites individuelles, ont particulièrement tendance à se mettre en avant. De nombreux membres des ''conseils'' semblent en outre de plus en plus figés dans leurs idéologies, de sorte que la formation de clans et l'exclusion des minorités sont monnaie courante. ... On s'agite ''à un rythme synodal accéléré'' dans des cercles et des comités, puis on veut naturellement ''obtenir'' quelque chose. Les connaissances théologiques sont plutôt rares dans ces comités. On vise donc des objectifs à court terme et des compromis, ce qui est toutefois totalement absurde dans l'Église catholique universelle.

 

(4) Une question explosive, posée par un prêtre qui connaît la pratique la plus dévastatrice dans les pays germanophones. Par ailleurs, la "participation active des fidèles", souvent citée à tort par le passé, ne signifiait clairement pas l'activisme des individus, mais une meilleure implication intérieure et extérieure de tous les fidèles dans ce qui se passe à l'autel.

Il est évident que certaines parties de l'Église se sont complètement fourvoyées, en particulier en Allemagne. Lorsque les évêques jettent de l'huile sur le feu en encourageant publiquement des choses qui sont tout simplement impossibles car elles dépassent le pouvoir des êtres humains, ils ne font qu'empirer les choses (par exemple, modifier les dogmes ou les commandements ou les prescriptions explicites ou implicites de Jésus, comme le choix délibéré d'apôtres exclusivement masculins, auxquels il a conféré le pouvoir divin de pardonner les péchés et de transformer les espèces).

***

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16 juillet 2025 3 16 /07 /juillet /2025 15:31

Alerte nouveau document synodal !

Sœur Nathalie Becquart, sous-secrétaire du Secrétariat général du Synode des évêques mis en place sous François, en est la responsable, avec pour mandat d’obliger chaque église locale à faire l'expérience du "processus" et du "chemin synodal" pour déterminer comment devenir plus synodale.

Découvrez ce que cela signifie si le pape Léon permet cela - lisez le rapport critique de Robert Morrison ici [en anglais]. 

Nous en proposons ci-dessous une traduction en français [avec notre commentaire entre crochets dans le texte.]

https://remnantnewspaper.com/web/index.php/articles/item/7852-will-pope-leo-xiv-stop-sister-becquart-s-synodal-teams-from-hijacking-local-churches

https://remnantnewspaper.com/web/index.php/articles/item/7852-will-pope-leo-xiv-stop-sister-becquart-s-synodal-teams-from-hijacking-local-churches

En tant que sous-secrétaire du Secrétariat général du Synode des évêques, sœur Nathalie Becquart a désormais pour mandat de recueillir tous les fruits putrides du Synode et de "les mettre en œuvre avec créativité, dans la diversité des contextes des Églises locales". Elle et les équipes synodales ne sont pas appelées à rendre les diocèses et éparchies locaux plus saints, orthodoxes ou fervents. (Comme décrit ci-dessous), Sœur Becquart souhaite obliger chaque Église locale à à expérimenter "l'écoute de l'Esprit" pour déterminer comment devenir plus synodale.

 

Dans son entretien du 7 juillet 2025 décrivant le nouveau document du Synode sur la synodalité , "Pistes pour la phase de mise en œuvre du Synode", Sœur Nathalie Becquart a décrit comment la "phase de mise en œuvre" du Synode se concentrera sur les églises locales (c'est-à-dire les diocèses et les éparchies) :

 

Le pape François a approuvé directement le Document final (DF) du Synode. Il fait désormais partie du Magistère ordinaire, et il est désormais demandé de le mettre en pratique, d'en exploiter les fruits avec créativité, dans la diversité des contextes des Églises locales. Nous sommes donc dans cette phase, car il ne suffit pas d'avoir un document et de le laisser de côté ; il doit être repris par les Églises locales, qui doivent discerner comment mettre en pratique les recommandations du DF.

 

"La diversité disciplinaire et théologique que sœur Becquart et ses équipes synodales souhaitent créer au sein des églises locales ne résultera pas de la manière dont la Providence divine a agi au fil des siècles. Au contraire, cette diversité sera imposée artificiellement par ceux qui souhaitent utiliser les idées que (le cardinal) Bea et d'autres ont intégrées dans les textes de Vatican II."

 

Tout cela mérite une réflexion approfondie, mais nous ne pouvons apprécier l'ensemble de la situation à moins de comprendre d'abord comment le cardinal Augustin Bea envisageait les Églises locales en termes des structures œcuméniques qu'il a plantées dans les documents du Concile Vatican II. Forts de cette connaissance, nous pouvons ensuite examiner comment le nouveau document du Synode sur la synodalité expose le plan visant à détourner les Églises locales pour mettre en œuvre plus pleinement la révolution de Vatican II. Enfin, et surtout, nous pouvons considérer le rôle du pape Léon XIV: arrêtera-t-il la folie diabolique, ou circonscrira-t-il les catholiques sérieux pour qu'ils acceptent de nouvelles attaques contre l'Église?

 

Le cardinal Augustin Bea et le rôle œcuménique des Églises locales

Dans sa biographie du cardinal Augustin Bea — "Parce qu'il était allemand !" : Le cardinal Bea et les origines de l'engagement catholique romain dans le mouvement œcuménique — le père Jerome-Michael Vereb souligne l'importance que revêtait pour lui la question des Églises locales :

 

"Béa écrivait en 1959 que le rôle de l’Église locale et la responsabilité de son évêque devaient être le tout premier point à aborder au Concile." (p. 210)

 

Comme nous le savons, Bea fut l'une des figures les plus importantes de Vatican II et fut à l'origine de nombreuses idées sur l'œcuménisme qui se sont retrouvées dans les documents du Concile. Comme Bea l'a écrit dans son "Rapport œcuménique du Concile Vatican II" (dans La Paix entre les chrétiens), le rôle des évêques et des Églises locales qu'ils représentent était essentiel au mouvement œcuménique :

 

"Afin de montrer l'importance de cette doctrine d'un point de vue œcuménique, il suffira de mentionner la position qu'occupait l'épiscopat dans l'Orient chrétien, et le rôle joué par l'alliance du diocèse avec les patriarcats et les Églises autocéphales. En outre, lorsque l'on considère dans quelle mesure la primauté papale est souvent assimilée au type le plus extrême de centralisation dans la pensée des chrétiens non catholiques, on comprendra également à quel point il était important pour le concept d'unité que le Concile Vatican II proclame clairement et solennellement la doctrine selon laquelle c'était l'assemblée des évêques de l'ensemble de l'Église catholique, avec le successeur de Saint Pierre à sa tête, qui représentait la plus haute autorité au sein de l'Église." (p. 41)

 

Bea a cherché à surmonter les objections des chrétiens non catholiques à l'égard de l'Église catholique par divers moyens, notamment en atténuant le pouvoir centralisé du pape. L'un des moyens d'y parvenir a été - entre autres - de promouvoir le renforcement du rôle des évêques et des laïcs, des éléments qui occupent une place prépondérante dans le Synode sur la synodalité.

 

Cependant Bea voyait dans les Églises locales une source de progrès œcuméniques trop spectaculaires (ou hérétiques) pour être mis en œuvre à plus grande échelle.

 

La biographie du Père Stjepan Schmidt, Augustin Bea : Le Cardinal de l'Unité , en est une illustration concrète :

 

"Nous concluons en observant que lorsque le Concile Vatican II parle d'œcuménisme, clairement il vise non pas des conversions, mais des réconciliations entre l'Église catholique et les autres Églises. Nous ajoutons également qu'ici aussi, Bea insiste fortement sur la responsabilité spécifique des Églises locales, et en particulier des évêques, comme il le fait dans d'autres contextes. Évoquant un projet qu'on lui aurait confié pour une éventuelle "Église évangélique unie" (analogue aux Églises orientales unies), Bea observe qu'une telle suggestion doit être traitée par l'intermédiaire des évêques des territoires concernés. Lorsqu'il évoque le Mouvement Sammlung, il suit exactement la même ligne, affirmant qu'en ces matières, personne ne devrait contourner les évêques et se rendre directement à Rome." (p. 253)

 

Ainsi, Bea suggérait que les évêques pourraient faire progresser l'unité chrétienne (et d'autres questions) dans leurs Églises locales en contournant les éventuels obstacles de Rome. Dans son discours de 1966 au Centre œcuménique de Genève, Bea expliquait comment ces idées se sont infiltrées dans les documents de Vatican II :

 

"Une certaine diversité sur le plan théologique est légitime et salutaire. Le n° 17 du Décret sur l'œcuménisme, approuvé à la quasi-unanimité lors de la troisième session du Concile du Vatican, l'affirme expressément. Le n° 23 de la Constitution dogmatique sur l'Église exprime cette idée avec la même clarté : "La divine Providence a voulu que les Églises diverses établies en divers lieux par les Apôtres et leurs successeurs se rassemblent au cours des temps en plusieurs groupes organiquement réunis, qui, sans préjudice pour l’unité de la foi et pour l’unique constitution divine de l’Église universelle, jouissent de leur propre discipline, de leur propre usage liturgique, de leur patrimoine théologique et spirituel." (p. 140-141)

 

En lisant comment le nouveau document synodal a développé ces idées, il est important de rappeler que la diversité disciplinaire et théologique que Sœur Becquart et ses équipes synodales souhaitent créer parmi les Églises locales ne résultera pas de la manière dont la Divine Providence a agi au cours des siècles.

Cette diversité sera plutôt artificiellement imposée par ceux qui veulent exploiter les idées que Bea et d'autres ont intégrées dans les documents de Vatican II.

 

Sœur Becquart l'a suggéré dans son interview :

 

"On peut dire que la synodalité est la voie à suivre pour comprendre l'ecclésiologie du Concile Vatican II à ce stade de la réception du Concile. Il ne s'agit donc que de poursuivre la réception du Concile Vatican II."

 

Le cardinal Bea aurait sûrement été d’accord avec elle.

 

"Il n’existe apparemment aucun critère réel pour sélectionner les membres de l’équipe synodale, si ce n’est la diversité et la volonté de s’engager dans un processus qui a déjà été largement reconnu comme destructeur pour l’Église catholique."

 

Le nouveau document synodal

Dans quelques passages, le nouveau document synodal souligne la nécessité de créativité et d’expérimentation au cours de ce processus de mise en œuvre des orientations du Document final (DF) d’octobre 2024 du Synode sur la synodalité :

 

* "De plus, la phase de mise en œuvre est l'occasion de préserver cet échange de dons qui favorise la communion des Églises locales au sein de l'unique Église, manifestant sa catholicité dans le respect de la diversité légitime. La créativité qui inspire de nouvelles façons de pratiquer la synodalité et renforce la fécondité de la mission naît de ces différences."

 

* "La mise en œuvre du DF exige d'aborder et de discerner ces tensions au fur et à mesure qu'elles apparaissent dans le contexte de chaque Église locale. La voie à suivre ne consiste pas à rechercher un arrangement impossible qui éliminerait les tensions au profit de l'une des parties. Il sera plutôt nécessaire, dans le présent de chaque Église locale, de discerner lequel des équilibres possibles permet un service plus dynamique de la mission. Il est probable que des décisions différentes seront prises selon les lieux. C'est pourquoi, dans de nombreux domaines, le DF ouvre des espaces d'expérimentation locale, par exemple en ce qui concerne les ministères (cf. DF, n° 66, 76, 78), les processus décisionnels (cf. DF, n° 94), les comptes-rendus et l'évaluation (cf. DF, n° 101) et les organes participatifs (cf. DF, n° 104). Chaque Église est invitée à les utiliser."

 

* "Le DF souligne à plusieurs reprises que “les Églises locales doivent trouver les moyens de mettre en œuvre ces changements”, et c’est précisément la tâche à accomplir lors de la phase de mise en œuvre. Il est donc impossible d’indiquer, parmi les nombreux domaines d’attention du DF, ceux qui doivent être considérés comme universellement prioritaires. Les circonstances locales peuvent légitimement rendre important et urgent de traiter une question particulière qui n’a pas la même priorité ailleurs : ce peut être le cas des relations entre l’Église latine et les Églises catholiques orientales dans certaines régions, ou de la dynamique œcuménique ou du dialogue interreligieux dans d’autres, ce qui nécessitera de donner une forme spécifique, notamment structurelle et institutionnalisée, à l’engagement de cheminer ensemble."

 

Pour ceux qui ont eu le courage de lire les passages ci-dessus du nouveau document synodal, y a-t-il une quelconque allusion à ce que la mise en œuvre du DF vise à rendre les catholiques plus saints (plus repentants ? Ndlr.), plus orthodoxes ou plus fervents ? Bien sûr que non ; le thème principal est l'urgence de mettre en œuvre des changements simplement parce qu'ils sont nouveaux, diversifiés et expérimentaux. Les églises locales qui suivront cette voie auront presque invariablement l'air moins catholiques.

 

Mais qui encouragera les évêques, le clergé et les fidèles locaux à se lancer dans cette expérimentation athée ?

 

Sœur Becquart et ses collègues architectes synodaux répondent à cette question dans le nouveau document :

 

"Des équipes synodales dotées d'une composition adéquatement diversifiée deviendront plus facilement des laboratoires de synodalité, expérimentant en elles-mêmes les dynamiques qu'elles sont appelées à promouvoir au sein du Peuple de Dieu. Leur rôle, dans la phase de mise en œuvre, est avant tout de promouvoir et de faciliter la croissance du dynamisme synodal dans les contextes concrets de chaque Église locale ; d'identifier les outils et méthodologies appropriés, y compris ceux de formation ; et de mener les initiatives nécessaires pour garantir que les mesures nécessaires soient prises. Les équipes synodales sont généralement constituées au niveau diocésain ou éparchial, mais, lorsque cela est possible, leur présence au niveau du doyenné ou de la paroisse est également souhaitable. Dans divers contextes ecclésiaux, des expériences intéressantes se développent déjà, montrant comment ces équipes, lorsqu'elles sont bien connectées les unes aux autres, peuvent contribuer à rendre le processus synodal plus large et plus participatif."

 

Il n’existe apparemment aucun critère réel pour sélectionner les membres de l’équipe synodale, si ce n’est la diversité et la volonté de s’engager dans un processus qui a déjà été largement reconnu comme destructeur pour l’Église catholique.

 

Aussi importants que soient les membres de l'équipe synodale, c'est en fin de compte l'évêque local qui déterminera jusqu'où l'expérimentation peut aller. Le nouveau document synodal reconnaît ce rôle des évêques :

 

"Précisément parce qu’il s’agit d’un processus ecclésial au sens plein du terme, le premier responsable de la phase de mise en œuvre dans chaque Église locale est l’évêque diocésain ou éparchial : il lui appartient de l’initier, d’en indiquer officiellement la durée, les modalités et les objectifs, d’en accompagner le déroulement et de le conclure en validant ses résultats."

 

Toutes choses étant égales par ailleurs, on pourrait s'attendre à ce que les évêques ayant un semblant de foi limitent toute expérimentation synodale, tandis que les évêques libéraux saisiront l'occasion de poursuivre des initiatives encore plus hétérodoxes qu'ils ne le pourraient en l'absence de la phase de mise en œuvre synodale. Cela devrait conduire à une plus grande diversité entre les diocèses, fracturant ainsi encore davantage l'identité catholique...

 

De manière blasphématoire, le nouveau document synodal suggère que le Saint-Esprit inspirera les évêques et les participants synodaux dans cette fracture de l’identité catholique :

 

"L’Esprit Saint suscite constamment une grande variété de charismes et de ministères dans le peuple de Dieu. 'Dans l’édification du Corps du Christ règne également une diversité de membres et de fonctions. Unique est l'Esprit qui distribue des dons variés pour la fécondité de l'Église.'" (§ 36)

 

[Commentaire du Blog Christ Roi. Dans son entretien, pour expliquer sa vision de l'"Église" et de la "diversité de membres", Soeur Becquart a pris l'exemple des funérailles de François :

 

"Aux funérailles du pape François, on a pu percevoir, sans paroles, la vision même de l'Église. Elle s'exprimait à travers la diversité des personnes présentes ; non seulement des catholiques, mais aussi de nombreux délégués œcuméniques, plus de 100 représentants d'autres religions, des présidents, des responsables politiques, et la diversité de la société."

 

On ne savait pas que "plus de 100 représentants d'autres religions" faisaient partie de "l'Église".

 

Le § 123 du DF signé par François le 26 octobre 2024 mentionne le document relativiste d'Abu Dhabi en ces termes: 

 

"Le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signé par le pape François et le grand imam d'Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb à Abu Dhabi le 4 février 2019, déclare la volonté d’'adopter la culture du dialogue comme chemin, la collaboration commune comme conduite, la connaissance réciproque comme méthode et critère'. Il ne s'agit pas d'un vœu pieux ou d'un aspect facultatif dans le parcours du Peuple de Dieu dans l'histoire d'aujourd'hui. Sur ce chemin, une Église synodale s'engage à marcher, dans les différents lieux où elle vit, avec des croyants d'autres religions et avec des personnes d'autres convictions, en partageant librement la joie de l'Évangile et en accueillant avec gratitude leurs dons respectifs : construire ensemble, en frères et sœurs, dans un esprit d'échange et d'aide réciproque (cf. GS 40), la justice, la fraternité, la paix et le dialogue interreligieux. Dans certaines régions, de petites communautés de quartier, où les gens se rencontrent sans 41 distinction d'appartenance religieuse, offrent un environnement propice à un triple dialogue : de vie, d'action et de prière.

 

Il ne s'agit plus d'œcuménisme mais d'un syncrétisme.

 

Lire : L'accord d'Abou Dhabi trouve un débouché cynique mais logique dans l'invitation du président turc Erdoğan au pape François à venir prier dans la "mosquée" Sainte-Sophie

 

Notons que dans ce DF, Jésus n'est mentionné que 38 fois quand le mot chemin, lui, est mentionné 69 fois. Fin de la parenthèse.]

 

 

Comment l'Esprit Saint pourrait-il promouvoir la diversité théologique envisagée par le Synode ?

 

On pourrait peut-être légitimement parler de l'Esprit Saint unifiant diverses cultures au sein de l'Église catholique, mais le rôle impie du processus synodal est de faire le contraire : favoriser une diversité théologique et disciplinaire là où elle n'existait pas auparavant. [et d'en faire la méthode, l'objectif et la fin à la place du Crucifié (?) Ndlr.]

 

Ailleurs, le nouveau document synodal présente quelques "outils" pour aider les participants à entendre la "voix de l’Esprit" :

 

"Dans ce cadre, l'une des tâches principales du Secrétariat général est de favoriser la communion entre les Églises dans un esprit d'échange de dons (§ 120 & 122) et en vue de la "conversion des liens entre les Églises" (DF, partie IV). L'écoute des expériences vécues dans différents contextes ecclésiaux et la promotion d'une réflexion commune à leur sujet constituent des outils importants pour reconnaître ensemble la voix de l'Esprit et orienter nos pas dans la direction qu'il indique."

 

Tout cela revient à ce que les équipes synodales incitent les catholiques à accepter l'hétérodoxie, puis à blâmer le Saint-Esprit pour la "diversité" théologique. Et comme l'a déclaré Sœur Becquart à la fin de son entretien sur le nouveau document synodal, le processus de "conversion synodale" doit se poursuivre afin que nous puissions comprendre que le Saint-Esprit nous guide à travers "la diversité d'initiative et de créativité" :

 

"Je voudrais donc vous laisser avec cette diversité d'initiatives et de créativité qui illustre déjà l'action du Saint-Esprit. Nous la partageons sur notre site web du Synode, 'Ressources du Synode', afin qu'elle puisse inspirer d'autres personnes, non seulement à faire du copier-coller, mais à discerner, dans leur propre contexte, comment poursuivre cette conversion synodale et mettre en œuvre les fruits du Synode, en s'appuyant sur le document final du Synode."

 

Sœur Becquart et ses équipes synodales répandront ces absurdités blasphématoires dans toute l’Église à moins que Léon XIV ne les en empêche.

 

"À l’avenir, les équipes synodales n’auront peut-être pas besoin de Léon XIV pour faire autre chose que de tacitement leur permettre de mener à bien leurs actions destructrices. Parce que le pape a l’obligation de protéger l’Église du Synode, en particulier lorsque le plan de destruction est si clair, le silence continu de Léon XIV serait parmi les pires réponses possibles."

 

Le rôle du pape Léon XIV

Il devrait être évident, au vu de tout ce que nous avons vu au cours des trois dernières années, que Léon XIV a l'obligation morale de mettre fin au Synode sur la synodalité. Cela ne signifie pas qu'il lui serait facile ou indolore de prendre les mesures nécessaires, mais chaque jour où il néglige d'arrêter ce Synode blasphématoire ajoute au scandale en cours.

 

Il est toutefois crucial de noter que sœur Becquart et les responsables synodaux disposent probablement déjà de tout ce dont ils ont besoin de la part de Léon XIV, compte tenu du peu de soutien qu'il a déjà apporté à l'Église synodale. D'ailleurs, le paragraphe d'introduction du nouveau document inclut l'approbation du nouveau pape à la voie synodale :

 

"Nous vivons une époque de grande intensité spirituelle. La disparition du pape François nous a tous profondément touchés, et nous prions encore le Seigneur de l'accueillir dans sa paix et de lui accorder la récompense de son service à l'Église. En même temps, nous rendons grâce à Dieu pour l'élection du Saint-Père Léon XIV, qui, dès le début, nous a encouragés dans notre engagement sur le chemin synodal, nous rappelant que nous sommes « une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts et encourage le dialogue, une Église toujours ouverte à accueillir, comme cette place aux bras ouverts, tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, de notre disponibilité au dialogue et de notre amour".

 

À l’avenir, les équipes synodales n’auront peut-être pas besoin de Léon XIV pour faire autre chose que de tacitement leur permettre de mener à bien leurs actions destructrices. Parce que le pape a l’obligation de protéger l’Église du Synode, en particulier lorsque le plan de destruction est si clair, le silence continu de Léon XIV serait parmi les pires réponses possibles. De plus, ce silence renforcerait l’un des objectifs du cardinal Bea dans la promotion de l’ascendance des églises locales : moins Léon XIV est impliqué, plus il signale au monde que l’autorité centralisée de la papauté n’est plus aussi importante qu’elle ne l’était autrefois.

 

Nous pouvons même voir qu’un silence prolongé de Léon XIV sur les maux du processus synodal serait plus scandaleux en raison du fait qu’il semble et a l’air beaucoup plus catholique que François. Peu importe les mesures positives qu’il pourrait prendre — comme l'annulation de Traditionis Custodes ou de Fiducia Supplicans—sa papauté serait toujours un grave scandale s’il permettait au processus synodal de détourner les églises locales pour servir des agendas anti-catholiques. Léon XIV était présenté comme un bâtisseur de ponts qui pouvait réparer les divisions dans l’Église, mais aucun catholique sérieux ne peut accepter le pont synodal vers l’enfer qu’il a jusqu’à présent protégé. Avec la prière, alors, il semble que l’un des services les plus précieux que nous puissions rendre à Léon XIV maintenant est de rejeter catégoriquement l’Église synodale blasphématoire et hérétique. Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !

 

Publié dans Remnant

Source: https://remnantnewspaper.com/web/index.php/articles/item/7852-will-pope-leo-xiv-stop-sister-becquart-s-synodal-teams-from-hijacking-local-churches

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Le pape Léon XIV empêchera-t-il les équipes synodales de sœur Becquart de détourner les églises locales ?
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27 juin 2025 5 27 /06 /juin /2025 07:05
Le synodalisme est le résultat d’une erreur théologique

Küng contre Ratzinger, version 2.0 - Un commentaire invité de Martin Grichting

 

Coire (kath.net)

 

Hans Küng aurait été ravi du Synode du Vatican 2021-2024. C'est lui qui, il y a plus de 60 ans, a tenté d'assimiler les concepts de synode ou de concile à l'Église. L'Église devait ainsi devenir un grand concile en délibérations permanentes. Ce qui est exigé du dernier Synode du Vatican est une tentative tardive de mettre en œuvre l'idée de Küng. La "synodalité" doit désormais devenir un état permanent, une caractéristique essentielle de l'Église. Désormais, l'Église doit être non seulement l'Église une, sainte, catholique et apostolique, mais aussi l'Église "synodale". La "synodalité" est censée mettre en œuvre ce que le Concile Vatican II a enseigné sur l'Église comme mystère et peuple de Dieu (Document final 2024, Introduction). Selon le Document final de 2024, de nouveaux organismes "synodaux" doivent être créés à tous les niveaux de l'Église (89, 94, 100, 107). La distinction entre prise de décision et délibération doit être atténuée (92). Les conciles existants doivent être déclarés obligatoires (104) et leur importance et leur autorité doivent être renforcées (108, 129). Car, comme l'a déclaré le Synode de 2023, s'asseoir aux tables rondes est "symbolique d'une Église synodale" (Relatio, 1.c).

 

C'est Joseph Ratzinger qui, avant le Concile Vatican II, s'est élevé contre la théorie de Küng dans son ouvrage "Sur la théologie du Concile" (Œuvres complètes, vol. 7/1, p. 92-120). Il a remis les choses en perspective et a prophétiquement signalé les dangers qui sont désormais apparus lors du Synode 2021-2024.

 

Küng affirmait que l'Église dans son ensemble était le concile convoqué par Dieu, le "concile œcuménique par vocation divine". Le concile, en tant qu'assemblée ecclésiale, était alors le "concile œcuménique par vocation humaine" et donc la représentation du "concile œcuménique par vocation divine". De cette affirmation, Küng concluait qu'un concile ainsi compris devait représenter tous les membres de l'Église. Il ne pouvait s'agir d'une assemblée des seuls successeurs des apôtres, les évêques. Ce que Küng postulait alors était désormais mis en œuvre : d'abord, le peuple tout entier était consulté. Ensuite, ce peuple était représenté par ses représentants, indifféremment évêques, prêtres, diacres, religieux et laïcs. Ainsi, ces représentants devaient représenter l'Église tout entière en tant qu'"assemblée ecclésiale par vocation humaine". Chacun avait le "droit de vote". Il s'agissait donc de représentation au sens politique du terme, et non de sacrement.

 

En revanche, Ratzinger a démontré que Küng était déjà étymologiquement erroné. Küng a soutenu à juste titre que le terme "Église" vient du grec "ek-kalein", qui signifie "appeler". L’Église est l’"ekklesia", l’"appelé". Cependant, Küng a ensuite affirmé que "concilium" vient de "concalare", qui signifie convoquer. L’Église, en tant que concile, serait alors l’"appelé". Ratzinger, en revanche, a démontré que la dérivation de "concalare" est erronée. Concile et Église n’ont aucun lien étymologique. Surtout, Ratzinger a pu démontrer que jamais dans les 22 passages pertinents de la Bible latine ni chez les Pères de l’Église, "concilium" n’est la traduction du grec "ekklesia". Au contraire, dans le contexte ecclésiastique, "concilium" est toujours l’équivalent des termes grecs "synedrion" ou, plus tard, "synodos".

 

Joseph Ratzinger a ensuite souligné que les preuves historiques contredisent également la thèse de Küng.

Les phénomènes synodaux ou conciliaires n'ont émergé que vers 160, dans la lutte contre l'hérésie du montanisme. Ils ont servi de manière sélective dans les situations de conflit pour discerner les esprits et parer aux menaces que les hérésies faisaient peser sur l'ensemble du christianisme. Le champ d'action du concile est donc beaucoup plus restreint que celui de l'Église. Le premier a une "fonction d'organisation et de formation" et sert l'Église en ce monde "dans les situations particulières de chaque époque". De par sa nature même, l'Église n'est pas une assemblée conciliaire, mais un rassemblement autour de la Parole de Dieu et du sacrement, qui, en tant que "participation anticipée aux noces de Dieu", projette au-delà de ce monde et de ce temps. Chaque célébration de l'Eucharistie, chaque Église particulière, est donc une "ekklesia", ou Église. Le concile, cependant, n'est pas l'Église, ne la représente pas, mais est simplement un service "organisationnel" spécifique, temporellement et objectivement limité, en son sein et pour elle. Cela est d'autant plus vrai pour un synode au niveau universel ou particulier de l'Église. Car il ne s'agit même pas de l'assemblée de tous les évêques.

 

Ratzinger commentait les résultats de ses recherches : "À première vue, cela peut sembler un argument d’école plutôt futile." Mais il n’en est rien. Le danger qui se cache dans le jeu de mots de Küng est le suivant : tant que le Concile est compris du point de vue de l’Église, comme un service spirituel (temporaire) de résolution de conflits dans des cas individuels, il n’y a pas de problème. Car, bien sûr, le Concile découle de l’essence de l’Église et en fait partie intégrante. La situation change cependant lorsqu’une relation inversée entre l’Église et le Concile prévaut dans la conscience publique. Autrement dit, lorsque l’Église est comprise du point de vue du Concile. Car alors se produit : "Le Concile, en tant que connu, concret, devient la clé de la vision de l’Église comme quelque chose de plus profond et encore à examiner." Ainsi, l’Église se dissout dans un "Synedrion" ou un "Synode". L’Église tout entière deviendra une "assemblée conciliaire", une "entité organisationnelle et politique à laquelle on répond non pas par l’attitude fondamentale de la foi, mais par l’attitude de l’action." Il s’agira donc de politique, d’action et de changement.

 

C'est précisément ce qui transparaît dans le projet de "Synode" du Vatican depuis 2021. Lors du Synode d'octobre 2023, des appels ont été lancés en faveur de l'élargissement des conseils et des comités, de la création de nouveaux offices et de la "synodalité" comme état permanent. Joseph Ratzinger avait prophétiquement anticipé les conséquences d'un tel activisme obsédé par les structures : "Ceux qui voient et veulent s'accrocher à des constantes en elle [l'Église] ne sont en réalité que des “freins”. Mais il faut aussi être conscient de ne pas avoir embrassé ce que l'Église elle-même a toujours considéré comme son essence la plus authentique et la plus essentielle." Autrement dit : l'Église est en train de se dénaturer. Elle dégénère, passant du mystère de la foi à une entité politique malléable.

 

Le projet synodal est en définitive l'expression d'une erreur théologique sur la nature de l'Église. Celle-ci ne croit plus à la Parole de Dieu et aux sacrements, mais est comprise en termes politiques et représentatifs. Les erreurs théologiques ont toujours été à l'origine de tensions au sein de l'Église. La démocratie représentative pratiquée actuellement, déguisée en synode, engendrera également des conflits entre évêques, prêtres et laïcs, car les premiers ne seront plus respectés dans leur essence, et les seconds deviendront des adversaires de l'autorité spirituelle, perçue à tort comme un pouvoir. Si cela ne divise pas l'Église, cela la paralysera au moins. Et cela vaut non seulement pour l'Église universelle, mais aussi pour les diocèses et les paroisses.

 

Mais il se peut aussi que Dieu vienne en aide à son Église par la foi des évêques, des prêtres et des laïcs. Les laïcs, en particulier, ont pris position dans le monde entier par leur participation, par milliers. Leur désintérêt flagrant reflète leurs autres besoins et préoccupations. Ils attendent qu'on leur transmette une spiritualité adaptée à leur vie quotidienne concrète de chrétiens et de citoyens, une spiritualité qui ne les occupe pas dans les cercles ecclésiaux, mais qui leur montre comment vivre leur mission chrétienne et ecclésiale de manière crédible et efficace dans un monde de plus en plus sécularisé. Ils ont faim du pain de la foi et recherchent des pasteurs qui leur donneront ce pain, et non les pierres d'une politique ecclésiale erronée. Car l'Église se rassemble autour de la Parole de Dieu et de l'Eucharistie, et non autour de tables rondes.

 

Martin Grichting était vicaire général du diocèse de Coire et est un journaliste qui traite de questions philosophiques et religieuses.

*

Add. 08-07-2025 

 

Le Vatican a publié le 7 juillet 2025 un document de 24 pages décrivant les trois prochaines années du synodalisme : "Pathways for the implementation phase of the synod" ("Pistes pour la phase de mise en œuvre du synode").

 

PDF du document en langue française

 

Lire aussi en français le Document final 2024 "Pour une Eglise synodale"

 

En voici un commentaire rédigé en anglais par Christ Jackson, le 8 juillet 2025, dont nous proposons ici une traduction :

 

Extraits:

 

Lors de l'élection de Léon XIV, le 8 mai 2025, certaines voix au sein des catholiques traditionnalistes murmuraient que c'était l'occasion de rectifier le tir. Le chaos de François, disaient-ils, pourrait être aplani par un successeur plus discipliné. "C'est un homme de liturgie", affirmaient-ils. "Il pourrait sauver la situation."

Deux mois plus tard, le 7 juillet, le Vatican publiait les "Pathways for the implementation phase of the synod" ("Pistes pour la phase de mise en œuvre du synode"), une feuille de route de 14 pages décrivant les trois prochaines années de transformation synodale... En réalité, la "réforme de l'Église" amorcée sous François ne se contente pas de se poursuivre, elle s'accélère, s'institutionnalise et s'inscrit dans l'ADN même de l'Église postconciliaire. La théologie qui sous-tend ce processus n'est pas nouvelle. Il s'agit du même anthropocentrisme populiste qui a façonné Jorge Mario Bergoglio à Buenos Aires, la soi-disant "théologie du peuple", désormais rebaptisée et mondialisée comme la phase finale de la mise en œuvre synodale.

 

Le langage de la Révolution, le ton de la bureaucratie

 

Le nouveau document "Parcours" est, en apparence, fade et managérial. Rempli d'expressions comme "cadres partagés", "parcours d'évaluation" et "adaptation locale", il dissimule ses intentions sous un jargon de comité. Mais ne vous y trompez pas : il ne s'agit pas d'un simple plan organisationnel. Il s'agit, selon les propres termes du Vatican, d'une "nouvelle manière d'être l'Église". (Chapitre 4 Ndlr.)

Cette phrase à elle seule devrait déclencher des alarmes.

Tout au long du document, des expressions comme "discernement", "dialogue", "écoute" et "accompagnement" sont utilisées comme prétexte théologique pour démanteler ce qui reste de cohérence hiérarchique, sacramentelle et doctrinale de l'Église. Le Document final du Synode de 2024 (auquel Pathways est explicitement rattaché) est déclaré partie intégrante du "magistère ordinaire du Successeur de Pierre", une ligne qui tente discrètement d'accorder une autorité contraignante à un processus rempli d'ambiguïtés doctrinales et de nouveautés anthropocentriques.

Et maintenant, Pathways (pistes, ou chemins en français. Ndlr.) établit la marche à suivre. Chaque diocèse, paroisse, évêque et association de laïcs doit se réorienter autour des "processus synodaux", de la "spiritualité synodale" et de la "gouvernance synodale". Si cela semble vague, c'est intentionnel. Cela fait partie de la stratégie de l'ambiguïté qu'ils utilisent avec tant d'efficacité depuis Vatican II. Le seul non-négociable est la participation au processus lui-même. La résistance est qualifiée de "cléricalisme", de "nostalgie" ou de "manque d'écoute".

 

Le récent article de Claudio Iván Remeseira dans "Où est Pierre" le montre clairement : la révolution synodale n’est pas une innovation récente ni une anomalie franciscaine. Elle est le fruit mûr de la "théologie du peuple" argentine, élaborée dans les années 1970 par la COEPAL, un groupe de travail synodal composé d’évêques et de théologiens de gauche à Buenos Aires. François n’en fut pas le fondateur, mais son héritier le plus brillant. Et ses héritiers théologiques, le cardinal Fernández et le père Carlos Galli, façonnent aujourd’hui la prochaine phase sous Léon XIV.

 

Cette théologie a délibérément abandonné le modèle "vertical", hiérarchique et sacramentel de l'Église au profit du "Peuple de Dieu". Elle a été fortement marquée par la lutte des classes, le populisme péroniste et le rejet de l'ecclésiologie préconciliaire, jugée autoritaire et coloniale. Qu'est-ce qui l'a remplacée ? Le dialogue, le processus et la piété populaire instrumentalisés comme pseudo-magistère. La hiérarchie subsiste, mais seulement comme une approbation automatique de ce qui émerge du processus de discernement collectif.

 

Sur les réseaux sociaux, sœur Nathalie Becquart (aujourd'hui principale lobbyiste synodale du Vatican) a célébré la publication de Pathways comme le début de "notre conversion synodale à tous les niveaux de l'Église". Notez le langage : pas de discussion, pas de réception : conversion. Le synode n'est plus un moyen pour parvenir à une fin ; il est la nouvelle foi elle-même.

Sœur Nathalie et son équipe sont claires : le Document final n’est pas seulement un ensemble de lignes directrices. Il doit être lu comme faisant partie du magistère ordinaire. C’est une affirmation stupéfiante : elle permet à des concepts hétérodoxes (tels que l’expansion de la gouvernance laïque, la prise de décision synodale et l’expérimentation de formes liturgiques) de pénétrer le système ecclésial sans définition doctrinale unique et contraignante...

 

Pas d'anathèmes, pas d'hérésies précises, juste des "conversations", des groupes d'étude et d'innombrables applications pastorales qui remodèlent lentement mais sûrement les institutions, le langage et les croyances de l'Église.

 

Le synode n'est pas un concile. Il n'a pas de charisme d'infaillibilité. Il n'a produit aucun credo contraignant. Mais c'est précisément ainsi qu'il avance. Il évite la confrontation dogmatique tout en favorisant l'érosion systémique. Il s'appuie non pas sur la vérité, mais sur les processus. Non pas sur l'enseignement, mais sur la narration. Non pas sur la clarté, mais sur l'ambiguïté nourrie par la participation.

 

Ce qui a commencé comme un mouvement théologique argentin visant à servir de médiateur entre le péronisme et le marxisme est aujourd’hui l’ecclésiologie dirigeante de l’Église universelle.

 

Source :

Chris Jackson twitter https://x.com/BigModernism/status/1942427479446053121

https://bigmodernism.substack.com/p/catholics-are-you-ready-for-your?r=5mfttc&triedRedirect=true

Le synodalisme est le résultat d’une erreur théologique

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Cette transformation ressemble beaucoup plus à la mentalité protestante qu'à l'esprit catholique historique. Le protestantisme, fragmenté en d'innombrables sectes, a naturellement développé une culture de négociation et de discussion entre doctrines concurrentes. Comme il n'y avait pas d'autorité doctrinale finale capable d'imposer l'unité, la conversation elle-même devint le substitut de la certitude.


Vatican II a introduit une grande partie de cette atmosphère dans l'Église catholique. Les conséquences furent immenses. L'Eglise qui condamnait autrefois les erreurs modernes commençait à parler comme si elle ne faisait que participer à un dialogue religieux mondial. Le résultat n'a pas été la clarté, mais l'ambiguïté. Pas de conversion, mais de compromis. Pas une confiance triomphale dans la vérité catholique, mais un besoin constant de se justifier devant le monde moderne. Peu à peu, le langage du combat catholique a cédé la place au langage du dialogue permanent".

(à suivre ; source : Grand Inquisiteur - Inquisition ;

Cf. Catholic Christendom sur X

 

Vatican II a introduit le babillage protestant dans l'Église catholique

 

2. Vatican II comme un irénisme

 

L'une des caractéristiques les plus profondes de Vatican II était son esprit irénique. L'irénisme est la tentative de minimiser les différences doctrinales au nom de la paix, de l'unité ou de la compréhension mutuelle. Historiquement, l'Église catholique a toujours considéré le faux irénisme comme dangereux parce que la paix sans la vérité devient un abandon.

 

Le Concile a souvent évité les condamnations solennelles qui caractérisaient les conciles précédents. Au lieu de tracer des lignes théologiques nettes, il a utilisé des formulations élastiques capables de multiples interprétations. Ce style a été salué comme "pastoral", mais dans la pratique, il a ouvert la porte à une confusion doctrinale d'une ampleur sans précédent.

 

Le problème avec l'irénisme est qu'il transforme lentement la vérité en quelque chose de négociable. Une fois que la priorité est de maintenir le dialogue avec les protestants, les laïcs, les modernistes ou d'autres religions, la tentation émerge d'assouplir la doctrine catholique afin de ne pas offenser. La défense de la vérité est alors remplacée par un langage diplomatique. Cela explique en grande partie la crise postconciliaire. L'Eglise a cessé de parler comme une forteresse divine défendant la Révélation et a commencé à parler comme une organisation internationale cherchant un consensus.

 

Les saints et les grands défenseurs de la foi ont compris que la charité sans vérité dégénère en sentimentalisme.

La véritable unité ne peut exister que par l'adhésion à la vérité catholique, et non par la dissimulation de différences doctrinales.

Mais Vatican II donnait l'impression que la précision doctrinale elle-même était devenue un obstacle à l'unité. Ainsi, le Concile a inauguré une nouvelle mentalité ecclésiastique : celle qui se préoccupe davantage d'éviter les conflits que de se confronter à l'erreur.

(à suivre ; source : Grand Inquisiteur)

 

Cf. https://x.com/i/status/2059949955305832542

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29 avril 2025 2 29 /04 /avril /2025 17:57

La rupture a été la langue des textes conciliaires et postconciliaires. L’ambiguïté s’est installée, supprimant la clarté pour une orientation correcte.

Aujourd’hui, pratiquement tout est permis, selon l’herméneutique de l’interprète.

Cf.https://x.com/LF_Miceli/status/1917159354538590525?t=c7aSh6Tr-kaxvHmsXpNGfA&s=19

Vous avez tout à fait raison de souligner la rupture provoquée par le changement de langage dans les documents conciliaires et postconciliaires. Le pape Benoît XVI lui-même, avant et pendant son pontificat, s’est penché sur ce grave problème.
 
Dans son célèbre discours de Noël 2005 à la Curie romaine, le pape Benoît XVI a expliqué que la crise de l’interprétation de Vatican II provenait d’une "herméneutique de la discontinuité et de la rupture", qui s’opposait à la véritable "herméneutique de la réforme dans la continuité". Il dit:
 
"L’herméneutique de la discontinuité risque d’aboutir à une scission entre l’Église préconciliaire et l’Église postconciliaire. Il affirme que les textes du Concile en tant que tels n’expriment pas encore le véritable esprit du Concile." (Benoît XVI, 22 décembre 2005)
 
Il a averti que l’ambiguïté et la mauvaise interprétation permettaient aux gens de se comporter comme si l’Église avait été "refondée" – rejetant sa Tradition sacrée. Cette ambiguïté a ouvert la porte à des interprétations subjectives où, comme vous l’avez souligné, "pratiquement tout est permis" sur la base d’une herméneutique personnelle.
 
Le pape Benoît XVI, en tant que cardinal Ratzinger, a également clairement indiqué dans "Le rapport Ratzinger" (1985) que l’ambiguïté était un problème sérieux. Il a critiqué le langage pastoral adopté au Concile qui abandonnait les définitions théologiques précises, permettant de multiples interprétations contradictoires :
 
"De nombreux évêques étaient convaincus qu’il fallait abandonner l’ancien style d’anathématisation et que seul un langage positif devait être utilisé. Ce langage positif devait ouvrir l’Église ; Mais en conséquence, beaucoup de choses sont restées ouvertes et ambiguës." (Le rapport Ratzinger, p. 38)
 
Ainsi, Benoît XVI a toujours enseigné que la véritable interprétation de Vatican II doit être en continuité avec la Tradition constante de l’Église – et non selon de nouveaux cadres herméneutiques arbitraires.
 
Le pape Benoît XVI s’est fermement opposé à la confusion créée par les ambiguïtés postconciliaires. Il a rappelé l’Église à la clarté, à la vérité et à la continuité fidèle. Toute sa mission théologique était la restauration de l’orientation légitime de l’Église catholique, fondée sur sa tradition doctrinale et sacramentelle ininterrompue.
L’Église doit entrer dans le véritable esprit de Vatican II !

Source : https://x.com/Sanothomas/status/1917244882466603142?t=LbqgmqQ2mJPmbVtaZphINQ&s=19

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