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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 09:48

Mis à jour, le 18 mars 2020, avec le livre de Martin AURELL, "La Légende du roi Arthur", Perrin, Tempus 2018.

« Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe. »

(Théodore Zeldin, Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, Points Histoire, Paris-Mesnil 1981, p. 446.) 

Des nobles français ont régné durant plus de deux siècles sur l'Angleterre, influençant profondément la culture britannique et la langue anglaise. 

 

Henri-II-Plantagenet.jpgEn 1154, Henri Plantagenêt, puissant duc d'Anjou, traverse la Manche avec plus de 3000 guerriers... et revendique ses droits à la Couronne d'Angleterre. Le 19 décembre 1154, sans rencontrer aucune opposition, il se fait couronner sous le nom d'Henri II (1154-1189).

 

Son père, Geoffroy le Bel, qui était comte d'Anjou et du Maine et plus tard fut duc de Normandie (1144-1150), portait toujours un brin de genêt à son chapeau et les habitants l'avaient surnommé Plantagenêt. Son surnom donnera le nom à la prestigieuse dynastie de rois anglais. Geoffroy se maria avec Mathilde, la fille d'Henri Ier Beauclerc (plus jeune fils de Guillaume le Conquérant), roi d'Angleterre (1100-1135), avec laquelle il eut Henri.

 

Jean-Favier--La-France-feodale.jpg

 

« Il y a une même vision hiérarchique - et même monarchique - de la société. ...[L]a royauté nationale apparaît comme l'idéal de l'organisation politique. » (1)

 

Par son mariage avec Aliénor d'Aquitaine, dont le mariage avec le roi de France Louis VII fut annulé pour motif de consanguinité aux 4e et 5e degrés, Henri ajoute l'Aquitaine à ses possessions. Il règne sur un immense territoire qui s'étend des deux côtés de la Manche : l'"empire angevin" (d'après l'expression forgée en 1887 par Kate Norgate et reprise pour titre des ouvrages de James H. Ramsay (1903) et John Gillingham (1984 et 2001).

L'adjectif d'angevin adopté par Kate Norgate ... souligne les origines "étrangères" de la dynastie. (2)

Henri II et son fils Richard Coeur de Lion, ont réussi, à la suite d'un effort de guerre inouï, à conserver l'intégralité de leurs domaines.

Jean sans Terre et Henri III (1216-1272) ont perdu la Normandie, le Grand Anjou et le Poitou au profit du roi de France. L'empire Plantagenêt n'a pas su préserver son unité plus de cinquante ans, entre le couronnement d'Henri II en 1154 et la chute de la Normandie en 1204. (3)

 

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Empire angevin (1154-1204)

En fait, sous la domination angevine, les rois d'Angleterre passeront souvent plus de temps en France qu'en Angleterre. Ainsi Richard Coeur de Lion, fils d'Henri et d'Aliénor, n'a passé que six mois de son règne en Angleterre... et uniquement dans le but de collecter des fonds pour la Croisade. Impopulaire, il est surnommé "le roi absent" par ses sujets. Aujourd'hui, il est une icône du folklore anglais. Mais avant tout, Richard était un prince du Continent. 

Richard, Roi d'Angleterre (1189-1199)

 

Un Continent où le roi d'Angleterre n'a jamais possédé qu'une suzeraineté virtuelle. Les princes ne reconnaissent comme seigneur supérieur que le roi de France. Ainsi, en 1173 par exemple, «contraint de prêter l'hommage à Henri II, Raymond V de Toulouse formule une réserve de fidélité en faveur du roi de France, son seigneur principal. Le Royaume de France apparaît désormais comme un espace unique aux mains du Capétien, et la Couronne comme une entité entière et indivisible.» (4)

 

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Gisant des parents de Richard Coeur de Lion (Henri II et Aliénor d'Aquitaine). Abbaye de Fontevraud (Anjou). Photo Office de tourisme des Monts de Châlus.

 

 

Richard ne parlait que le français. Et jamais il n'apprit l'anglais.  

 

«Le français de France - y compris sa prononciation - demeure... la langue élégante de l'aristocratie. ... Ce français de France fait même des progrès à la cour avec l'arrivée, après 1236, de l'entourage provençal et français de la reine Aliénor (ou Eleonore) de Provence (épouse d'Henri III). C'est du français - ou plutôt de ce français que les historiens britanniques finiront par appeler à juste titre le Law French, le bas-français, que l'on commence d'user sous Edouard Ier, en concurrence avec le latin, pour la rédaction des sentences dans les tribunaux royaux.

 

...(Au XIVe siècle) Délibérément on parle français pour conforter les droits de la dynastie sur tout ou partie du royaume de France. L'anglais demeure donc la langue des gens peu instruits, donc de ceux qui parlent mal. ...Au Parlement, on dispute en français.» (5) « Même deux siècles plus tard, les compatriotes du captal de Buch Jean de Grailly qui combattait avec ses Gascons l'armée de Charles V (1364-1380) auraient été bien étonnés si on les avait traités d'Anglais.» (6)

 

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Gisant de Richard Cœur de Lion (vers 1199, abbaye de Fontevraud, Anjou, actuel Maine-et-Loire)

 

En 1214, le 2 juillet à La Roche-Aux-Moines, « tout l'édifice politique de Jean (sans Terre) s'effondre : alors que la bataille va s'engager, les grands féodaux qui entourent le roi d'Angleterre se dérobent. Ils ne se battront pas contre leur seigneur le prince Louis, ou plutôt contre le roi de France. » (7)

Au XIIIe siècle, les Plantagenêts subissent des défaites successives face aux rois de France Philippe Auguste et Saint-Louis. Ils perdent alors de vastes territoires sur le continent. Ils recentrent leurs activités sur les îles Britanniques. L'Ecosse est conquise, l'Irlande mieux contrôlée.

 

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Edouard Ier le Sec, Roi d'Angleterre (1239-1307), fils d'Henri III, lui-même fils de Jean sans Terre.

 

Les hautes fonctions d'Etat jusqu'alors réservées aux Français, commencent à s'ouvrir aux Anglais. Néanmoins, les grands nobles du royaume sont toujours français quant à leur langue et à leur culture. Les Plantagenêts sont vassaux des rois de France pour leurs possessions continentales. « Le royaume des Francs constitué par Clovis... préexiste à la multiplicité des royaumes francs que font naître aux VIe et VIIe siècles les partages successoraux des Mérovingiens. Le morcellement politique qui résulte au IXe siècle de l'effondrement de l'autorité impériale (carolingienne) et qui caractérise ensuite l'apogée de la féodalité se superpose à l'unité, déjà six fois séculaire en 1100 du "royaume des Francs", du regnum francorum, puisque telle est et sera longtemps son appellation officielle. Ce que l'on commence seulement d'appeler le "royaume d'Angleterre", le regnum Angliae, ignore cette longue tradition unitaire. » (8)  

 

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Édouard Ier rend hommage à Philippe IV le Bel, roi de France (1285-1314) (illustration du XVe siècle).

 

« L'importance que le roi (de France) ne cesse d'accorder à l'hommage qui lui est dû laissera longtemps voir dans le Capétien le suzerain - c'est-à-dire le seigneur supérieur - d'une société contractuelle. Malgré l'affaiblissement du pouvoir qui l'exprime de manière concrète, on n'a pas complètement oublié que le roi (de France) est un souverain et que, par nature, la souveraineté n'a rien de contractuel.» (9)

 

Mais lorsque la lignée directe des Capétiens s'éteint en 1328, les Plantagenêts s'opposent aux Valois pour obtenir le trône de France. C'est la guerre de Cent Ans (1328-1453).

En dépit de leurs succès initiaux, les rois d'Angleterre vont y perdre progressivement tous leurs territoires continentaux hérités d'Henri et d'Aliénor. La ville de Calais, dernier bastion anglais sur le Continent tombe en 1558.

 

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Edouard III, Roi d'Angleterre (1327-1377), fils de Jean sans Terre.

 

En 1340, quand Edouard III revendique la Couronne de France, il prend le titre de Roi d'Angleterre et de France et fait figurer les fleurs de lys dans ses armes, en écartelé avec les léopards d'Angleterre. «Tout cela n'est qu'une suite de gesticulations. Le Plantagenêt sait fort bien qu'il n'a aucun droit sur la Couronne de Saint-Louis, et qu'il n'a aucune chance de la conquérir. » (10)

 

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Edouard III adjoint les armes de France à son blason, écartelé, en 1 et 4 d'azur semé de lys d'or, en 2 et 3, de gueules aux trois léopards d'or.

 

«En 1378, nul ne songea à une reconquête de l'Aquitaine.

Lorsqu'on avait gravé l'année précédente, le sceau du nouveau roi, on avait omis de faire figurer dans la légende le titre de duc d'Aquitaine qu'avait pourtant repris Edouard III.» (11)

 

Les Plantagenêts (1154-1399) ont donné de prestigieux rois à l'Angleterre, Henri II, Richard Coeur de Lion, Edouard Ier, Edouard III... Leurs oeuvres politiques et militaires furent déterminantes dans la formation de l'Angleterre moderne. Et la culture française, déjà massivement importée par les Normands (sous Guillaume le Conquérant), a encore plus profondément influencé la Grande-Bretagne.

 

L'actuel blason de l'Angleterre (les trois lions de Richard Coeur de Lion...) est en fait le blason personnel des Plantagenêts... résultant de l'addition des deux lions de Normandie et du seul lion d'Aquitaine.

 

 

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Blason des rois d'Angleterre de 1198 à 1340.

A partir de Richard Cœur de Lion : de gueules à trois léopards d'or armés et lampassés d'azur. Au fil du temps, il se complexifie avec l'ajout des armes de France, d'Écosse et d'Irlande.

 

 

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Armes d'Édouard III et ses enfants, Trinity College Cambridge.

  

 

 

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Actuelles Armes du Royaume-Uni

En 1603, Jacques VI d'Ecosse, devenu Jacques Ier d'Angleterre, ajoute dans l'écartelé le lion d'Ecosse et la lyre d'Irlande.

George III (1760-1820) abandonnera sur les armes de la famille royale comme sur le standard de ses résidences et de ses navires, les fleurs de lys des armes de France.

S'agissant du drapeau de l'Angleterre, la Croix de Saint-Georges fut adoptée comme Symbole de l'Angleterre sous les Plantagenêts.

 

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Croix de Saint-Georges, utilisée comme drapeau de l'Angleterre, dont le saint est le patron.

 

Une de ses premières apparitions fut en juin 1063 à la bataille de Cerami, après que les Normands eurent entamé la libération de la Sicile (occupée par les Musulmans depuis deux siècles). Dans cet affrontement au nord-est de l'île, les Chrétiens remportèrent une victoire retentissante : selon le chroniqueur Geoffroi Malaterra, ils auraient été galvanisés par un mystérieux cavalier blanc armé d'une lance (soldat romain martyr au IVe siècle) dont l'extrémité portait un pennon blanc avec une croix.

 

Vers 1120, l'archevêque Baudri de Dol écrit une histoire de cette Croisade ; dans ce récit, il raconte comment, lors du siège d'Antioche contre les infidèles en 1098, saint Georges (soldat martyr au IVe siècle) donna la victoire aux Chrétiens en leur apparaissant en vision à la tête d'une armée céleste montée sur des chevaux blancs et portant des bannières blanches.

 

Durant la Troisième croisade (1189-1192), le chroniqueur Roger de Hovedon rapporte que les chevaliers français avaient des étendards blancs à croix rouge, les chevaliers anglais des bannières rouges à croix blanche, et les croisés flamands des étendards blancs à croix verte.

Vers 1275, l'archevêque de Gênes Jacques de Voragine écrit la Légende dorée et reprit le récit de l'apparition au siège d'Antioche en ajoutant que saint Georges portait un bouclier blanc orné d'une croix rouge.

La croix de saint Georges aurait été utilisée pour la première fois par les armées anglaises — comme emblème ou comme drapeau — en 1277 sous Édouard Ier pendant la guerre en Pays de Galles.

 

Malgré toutes ces tentatives du roi d'Angleterre, « la royauté des Plantagenêts, que soutient une éthique chevaleresque de caractère profondément laïque, ne parviendra pas à imposer la vue d'une monarchie sacralisée du type français. Elle ne saura rivaliser ni avec le charisme ni avec la légitimité spirituelle de l'oint de Reims. » (12)

 

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Union Jack, drapeau du Royaume-Uni

 

C'est Jacques Ier qui en 1603 crée pour la marine royale le pavillon dit « Union Jack » qui combine la croix de Saint Georges rouge sur fond blanc, et la croix de saint André, une croix en forme de X, blanche sur fond bleu.  George III (1760-1820) ajoutera en 1801 la croix de Saint Patrick, rouge sur fond blanc, à l'Union Jack, désormais drapeau national. (13)

 

L'architecture gothique (ou "style français") s'est largement répandue.

« La Renaissance du XIIe siècle est... marquée par le triomphe de l'art monumental comme expression de la foi, comme manifestation de la puissance, comme signe de la fortune. 

... Les premiers balbutiements d'une architecture fondée sur la croisée d'ogive - deux arcs croisés en diagonale - datent de la fin du XIe siècle. Mais c'est après 1130 que l'on tire vraiment les conséquences de ce nouveau progrès de la légèreté,... rendus possibles par la concentration de la poussée aux angles des travées, aux points de retombée où les ogives rejoignent leurs supports verticaux. ... L'art nouveau - on l'appellera plus tard "gothique" - qui va privilégier la lumière et le vitrail... essaime très rapidement dans une région aisément définissable. Cette région, c'est l'aire du dynamisme monarchique, le domaine capétien autour de Paris et de Saint-Denis aussi bien que la dynastie concurrente d'Anjou et de Normandie autour de Caen et d'Evreux.

 

Basilique-Saint-Denis.jpg

La Basilique Saint-Denis, 5km au nord de Paris - style gothique à partir de 1130 -, fut dénommée « basilique » dès l'époque mérovingienne. Elle s'élève sur l'emplacement d'un cimetière gallo-romain, lieu de sépulture de saint Denis, évêque de Paris, martyrisé vers 250.

Le transept de l'église abbatiale, d'une ampleur exceptionnelle, fut destiné à accueillir les tombeaux royaux. Elle est ainsi la nécropole des rois de France depuis les Robertiens et Capétiens directs, même si plusieurs rois mérovingiens puis carolingiens avaient choisi avant eux d'y reposer.

 

... Le premier jalon en est le Saint-Denis de l'abbé Suger. ... Notre-Dame de Paris et la Chapelle de la Vierge à Saint-Germain-les-Prés (6è arrondissement de Paris) suivent à partir de 1163, en attendant les rosaces de Chartres et la Sainte-Chapelle du roi Saint-Louis. Dès 1135, la catédrale de Sens commence de s'élever dans le ciel de la Bourgogne capétienne.

 

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Cathédrale de Sens, dans le style gothique dès 1135, département de l'Yonne (Champagne)

(En Picardie), à Noyon, à Senlis, à Laon, à Soissons, de nouvelles cathédrales entrent à la suite, avec Notre-Dame de Paris, dans cette première génération d'édifices gothiques. » (14) « Le Vexin, puis la Normandie adhèrent aux expériences plastiques du pays capétien. » (15)  

« Autant que de techniques désormais assurées, l'art nouveau apparaît bien, dans les années 1200, comme l'expression d'un nouvel esprit artistique.

« La verticalité l'emporte sur l'équilibre pyramidal. La lumière triomphe et se colore. Le décor n'est plus conçu qu'en étroit accord avec les structures. Comme tel, cet art rayonne bien au-delà de son berceau français, champenois et normand.

« A Bourges (Berry, actuel Centre) dès 1190 comme au Mans (Pays de Loire) vers 1220, on s'inspire des partis choisis à Notre-Dame de Paris.

« Laon (Picardie) influence Reims et Châlons-sur-Marne (Champagne). La cathédrale de Soissons est fille de celle de Noyon. » (16)

 

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Cathédrale de Bourges, style gothique dès 1190, Berry (actuelle région Centre)

 

« Le mouvement parti d'Île de France dans deux édifices proches de Paris ... la cathédrale de Sens, l'abbatiale de Saint-Denis. La première, commencée vers 1140, adopte encore les formes empruntées à l'architecture romane par leur massivité. Le choeur de la seconde, achevé dès 1143, apparaît plus novateur. Le maître de l'ouvrage, l'abbé Suger, a clairement exprimé dans différents écrits qu'il a laissés, le but poursuivi : rendre immatériel ce qui est matériel par l'introduction de la lumière, mise en rapport avec Dieu.

« [L]e célèbre abbé de Saint-Denis tente une aventure dont le premier acte est une prodigieuse réussite.

« ... Les architectes de la seconde moitié du XIIe siècle prolongent les recherches du Maître de Saint-Denis. Les recherches trouvent un point d'aboutissement à Chartres commencée en 1194 (bâtie dès 350 ap. J.-C. sur le site druidique des Saints Forts, habitants d'un village du pays carnute qui reconnurent en la Vierge Marie, Vierge Mère que leur annonçait un missionnaire, la Virgo paritura qu'adoraient leurs ancêtres, Ndlr.), ... Reims (1211), Amiens (1220), Troyes (1230), Beauvais (1235). » (17)

 

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Chapelle rayonnante, Cathédrale de Bourges, Berry

 

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Abbaye-de-Westminster (Londres).

Au XIIIe siècle, Henri III (1207-1272) décide de reconstruire l'église dans le style gothique. Il s'agit pour lui de suivre le modèle de l'abbaye de Saint-Denis et de donner un écrin splendide à la sépulture d'Édouard le Confesseur : son corps est exhumé et placé dans un nouveau tombeau en 1269.

 

Abbaye-de-westminster.jpg

L’abbaye de Westminster fait partie des monuments qui symbolise la ville de Londres. Il s’agit d’un lieu où reposent de nombreux rois et reines, mais aussi des célébrités britanniques (Charles Dickens, William Shakespeare, Churchill, Charles Darwin, Issac Newton…).

Westminster Abbey (son nom en anglais) sert également de lieu de couronnement depuis celui de Guillaume le Conquérant en 1066 et quelques mariages royaux ont été célébrés au sein de ses murs dont celui d’Elizabeth II avec le Duc d’Edimbourg.

Ce magnifique monument, l’un de plus célèbres monuments religieux de Londres, est classé  patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987.

 

Le  « style français» passe en Angleterre.

« Henri II ébauche l'érection de l'abbaye de Westminster (Londres) en sanctuaire royal, à l'image de ce que sont pour les Capétiens Saint-Denis et Saint-Martin de Tours. En mourant sur le continent, Henri II, Richard et Aliénor porteront préjudice à Westminster : le Saint-Denis des premiers Plantagenêts, ce sera Fontevraud (en Anjou, actuel Maine-et-Loire... Ndlr.) Eglise du sacre, Westminster ne sera Reims que si l'on oublie la Sainte-Ampoule... » (18)

 

Courtoisie.jpg

«Tout ce qui est courtois, honorable et élégant dans la culture anglaise provient de l'invasion française

Walter Scott

La littérature courtoise ou chevaleresque fut aussi importée de France. "Le Roman de la Rose " a fortement inspiré les premiers auteurs en langue anglaise... à la fin du XIVe siècle comme Geoffrey Chaucer (Contes de Cantorbéry) ou William Langland (La Vision de Pierre le Laboureur). «Sans récuser ce qu'il doit à Jean de Meung et même à Guillaume de Machaut», Geoffrey Chaucer ne se refuse pas « les emprunts aux procédés français de l'écriture lyrique - les décasyllabes rimés - et au vocabulaire français qui lui fournissent bien des rimes... La langue anglaise accède enfin au rang de langue noble quand le remplacement du dernier des Plantagenêts, Richard II par le Lancastre Henri IV met en 1399 sur le trône, pour la première fois depuis Edouard le Confesseur, un prince dont l'anglais est la langue maternelle. Et c'est en anglais qu'il prononce les formules de son accession au trône. » (19)

 

Douce Dame Jolie, Guillaume de Machaut (1300-1377)

Douce dame jolie,

Pour dieu ne pensés mie

Que nulle ait signorie

Seur moy fors vous seulement.

 

La courtoisie est « un code d'honneur, une sorte de rituel social, qui sont ceux de la chevalerie; une certaine aisance des manières aussi; enfin une attention pleine d'égards que la femme exige de l'homme. » (20) « L'amour courtois rejoint la prouesse du guerrier, participant d'une même morale et dessinant un même comportement.

« La geste du roi s'organise, avec Berthe au grand pied (mère de Charlemagne), le Pèlerinage de Charlemagne, la Chanson d'Aspremont et bien d'autres qui sont la postérité mythique et littéraire de la Chanson de Roland. » (21)

« Il y a un savoir-vivre de la courtoisie.. L'aboutissement est est une délicatesse lyrique, par laquelle s'expriment les porte-parole de la société raffinée du XIIe siècle.

« Les vertus que l'on exalte sont, avec le désintéressement, le dévouement sans réponse, le courage physique et la dignité dans l'épreuve. » (22)

Or, « [e]ntre les premières déplorations qui suivirent la défaite de Roncevaux (774) et la Chanson de Roland (v. 1100) une continuité existe, que d'ingénieux travaux d'érudition se sont attachés à mettre en lumière.

« L'oriflamme de Saint-Denis, le cri de Montjoie (sont) : autant d'éléments d'une symbolique profondément enracinée dans le passé (français) carolingien... » (23)

 

La-France-medievale--Sous-la-dir.-de-Jean-Favier--1983.jpg

« La théorie diffusionniste, qui fait partir la courtoisie d'un centre français vers une périphérie des marges européennes, prévaut parmi les meilleurs spécialistes de la cour médiévale: pour Joachim Bumke, en particulier, à partir des années 1100, les routes commerciales, les déplacements des clercs et les connexions dynastiques auraient importé en Allemagne la culture aristocratique venue de la cour royale de France. La supériorité savante du monde capétien et le succès général de ses modèles de comportement sous-tendent une telle thèse. ...  

« C'est dans ce contexte que se développent les thèmes de la fin'amors, expression qu'on traduit depuis le XIXe siècle précisément par "amour courtois", que Guillaume IX d'Aquitaine a fixés dans ses chansons pour la première fois en Occident. Civilité et courtoisie vont donc de pair. » (24)

 

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Clovis recevant la fleur de lys - XVe siècle, Bedford Book of Hours, 1423, illustrant la légende du Roi Clovis recevant les fleurs de lys de son épouse sainte Clotilde.

Au XIVe siècle, l'armorial français montre Clovis arborant des fleurs de lys. Lorsque Clovis se bat contre son ennemi et le tue près de la tour Montjoie, celui-ci confesse la Trinité et fonde l'abbaye de Joyenval qui accueille alors le bouclier comme relique.

 

 Giraud de Barri (1146-1223), prêtre issu de la haute aristocratie normande du sud du pays de Galles, « considère que la vertu par excellence des Capétiens est la douceur, alors que la race diabolique des Angevins les condamne irrémédiablement à la lutte : il compare les ours, lions et léopards, bêtes féroces choisies pour leurs emblèmes héraldiques, aux fleurs de lys (symbole virginal) de leurs ennemis; d'un côté l'orgueil, de l'autre l'humilité.» (25)


«L'origine démoniaque des Plantagenêts - l'enchanteur Merlin est à la mode - et la malédiction planant sur leur lignage sont connues jusqu'en Rhénanie.  » (26)

 

Dans le domaine administratif, la Magna Carta (Grande Charte) rédigée en 1215 sur le sol français est à l'origine du "Common Law"... encore en vigueur aujourd'hui dans la plupart des pays anglophones. Martin Aurell ne s'y trompe pas : «A sa suite, cette oligarchie laïque (la noblesse anglaise) prend même de façon institutionnelle le roi sous sa coupe.» (27) «Ce qu'elle protège ainsi de l'arbitraire royal, ce sont les intérêts de l'aristocratie...» (28)

Le Parlement d'Angleterre fut créé sous les Plantagenêts. De même que les universités de Cambridge et d'Oxford.

 

Abélard d'après une gravure du XIXe siècle

Abélard d'après une gravure du XIXe siècle.

 

L'Université de Paris reçoit ses privilèges en 1200 et ses premiers statuts en 1215.

 

« Après 1150, ... Paris rassemblait plus d'écoles et d'étudiants que tout autre centre.

« A l'école épiscopale de Notre-Dame (arts libéraux et Ecritures saintes) s'ajoutaient les écoles canoniales de Saint-Victor et de Sainte Geneviève et les écoles privées tenues par de nombreux maîtres sur le Petit Pont et la montagne Sainte Geneviève.

« Une des premières et des plus fameuses fut celle dirigée par Pierre Abélard (1079-1142) qui enseignait à la fois la grammaire, la dialectique et la théologie.

« ... Dès cette époque, l'enseignement des maîtres parisiens jouissait dans toute la Chrétienté d'un prestige exceptionnel,.... qu'il drainait par suite des auditeurs d'origine parfois lointaine, parmi lesquels les Anglais semblent avoir été les plus nombreux, devant les Italiens et les Allemands.

« Ce rayonnement des écoles parisiennes, qu'on doit évidemment rapprocher de l'affermissement de la dynastie capétienne et de l'apparition à la même époque de l'"art français", c'est-à-dire gothique, était une donnée tout à fait nouvelle et désormais fondamentale de la géographie culturelle de l'Occident.

« ...Dans les années suivantes, l'ensemble de la logique d'Aristote fut traduit en latin...

« La naissance de l'Université de Paris, au début du XIIIe siècle, a été l'aboutissement normal de la croissance scolaire du XIIe siècle.» (29)

 

Fin XIIe siècle, on entend à Oxford en Angleterre un ancien maître de l'école de droit de Paris, Giraud de Barri (30), qui ne cache pas alors sa vénération pour les Capétiens, et affirme que les rois de France sont de la race de Charlemagne, roi auquel les Bretons et Écossais étaient jadis soumis. (31)

« Au lendemain de la chute de la Normandie en 1204, Giraud de Barri rapporte les causes qui ont rendu la conquête si facile à Philippe Auguste : il met alors en avant l'amour des Français pour la connaissance, qui les rend supérieurs aux autres peuples, comme dans l'Antiquité les Grecs et les Romains.» (32)

 

Sceau de l'Université de Paris au 13e siècle, dans la nic

Sceau de l'Université de Paris au 13e siècle, dans la niche supérieure, la Vierge avec l'enfant Jésus

 

« Pour l'empire Plantagenêt, le mal est réel. Il ne semble pas que Henri II, Richard ou Jean s'en soient avisés. ... L'essor du monde universitaire (français)... apporte à la Couronne du Capétien un prestige auquel le pouvoir royal est assez sensible pour favoriser le mouvement. ... Une attention royale que manifestent aussi bien les privilèges accordés à partir de 1200 aux maîtres et aux étudiants. ... La situation en Angleterre n'a rien de comparable. ... Le seul studium generale qui émerge au XIIe siècle, c'est Oxford. Or, Oxford n'est pas Londres et Londres n'a encore rien d'une capitale.

« ... Le monde universitaire est en Angleterre embryonnaire quand il est déjà à Paris comme à Toulouse, fortement ancré dans la société et conforté par une notoriété qui tient "au nombre et à la célébrité des écoles" (J. Baldwin) (33)

 

En médecine, «le changement est si profond que l'on peut parler d'une véritable renaissance médicale.

C'est à Montpellier qu'est fondée la première faculté de médecine au début du XIIe siècle. En janvier 1180, le comte Guilhem VII proclame que l'enseignement de la physique y sera désormais libre, c'est-à-dire permis à tous les maîtres quelles que soient leur nationalité ou leur religion. Dès lors, elle acquiert, dans tout l'Occident, une grande réputation pour la qualité de son enseignement. 

... Alors que jusqu'au Xe siècle, il (l'art médical) est à peu près entièrement entre les mains des moines et des prêtres, l'Église va inviter ceux-ci à s'en dégager pour se consacrer à des activités plus conformes à leur état.» (34)

 

L'actuelle langue anglaise comprend 30 à 40% de mots français. Ces mots ne proviennent non pas du latin, mais directement du français parlé par la classe dirigeante angevine.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/61/Order_of_the_Garter_01.jpg/1024px-Order_of_the_Garter_01.jpg

Devise - « Honi soit qui mal y pense » (devise de l'ordre de la Jarretière et du souverain d'Angleterre) au Château de Windsor

 

« Dieu et mon droit » and « Honi soit qui mal y pense » sont les actuelles devises de l'Angleterre... Ces phrases furent respectivement prononcées par Richard Coeur de Lion et Edouard III. Elles nous rappellent le temps où, selon l'historien anglais Thomas Babington Macaulay, « les rois français d'Angleterre atteignirent un prestige qui faisait l'admiration de tous les peuples. »

 

Edouard III fait broder en avril 1348 les premières jarretières bleues aux lettres d'or et d'argent : "Honni soit qui mal y pense."

Les chevaliers de la Jarretière sont recrutés parmi "les plus profitables à la Couronne et au royaume."

Les romans de la Table ronde ont offert un modèle: celui d'un groupe de chevaliers laïcs choisis par le roi et conduits par lui. L'idéal est celui de la chevalerie la protection des faibles, la défense du bon droit.

 

C'est sous le règne d'Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie et d'Aquitaine, que se réalise « la diffusion de la matière de Bretagne, qui s'impose aussi bien sur l'Île que sur le continent, comme l'un des domaines les plus porteurs, novateurs et populaires de la littérature occidentale. Des poètes nombreux en développent... les thèmes en dehors de la Grande-Bretagne... Grâce à eux, la légende du roi mythique des Bretons s'étend partout en Occident. Elle dépasse largement les frontières du Pays de Galles et des autres régions insulaires où les dialectes celtiques avaient cours, voire même de l'Armorique... Elle devient un phénomène européen à part entière. Elle est la source d'inspiration de maints auteurs qui chantent les aventures d'Arthur, de Merlin et des Chevaliers de la Table ronde aussi bien en latin que dans toutes les langues romanes et germaniques. 

Le roi Henri II, « son épouse et ses enfants animent un cercle de courtisans lettrés qui la développent et la diffusent... À la suite d'une d'une adroite manipulation idéologique, Arthur (roi celte légendaire de Grande-Bretagne qui repoussa les invasions saxonnes fin Ve, début VIe siècle, Ndlr.). serait donc devenu l'ancêtre héroïque, le modèle prestigieux et la source de droits des rois angevins d'Angleterre... » (35)

 

Le roi de France Jean le Bon (1350-1364), fils de Philippe VI de Valois, voit l'Anglais réaliser ce qu'il a naguère rêvé. L'Ordre de l'Étoile sera le pendant français de la Jarretière. Les membres en sont désignés à la fin de 1351. Les statuts sont promulgués en octobre 1352. L'Étoile garantit au roi ce dont l'assurait l'ancien hommage: la loyauté à toute épreuve d'une véritable armée. Napoléon fera de même: la Garde impériale sera une armée d'élite au sein d'une grande armée passablement disparate. Les chevaliers se réunissent en "cour plénière" le 15 août de chaque année, dans la Noble Maison de Saint-Ouen. Chacun y raconte sous serment ses prouesses et ses faiblesses à la guerre. En bref, on fait le bilan des expériences. (36)

 

Plus tard, l'hymne britannique lui-même, "God save the queen " ou "king" selon les règnes (adapté par Haendel pour le roi George Ier 1714-1727, le fondateur de la dynastie britannique maçonnique de Hanovre...) sera une copie de notre Dieu sauve le Roy de Mme de Brinon (1686), mis en musique par Lully en 1687 et Charpentier en 1785.


Cependant, «l'origine démoniaque des Plantagenêts - l'enchanteur Merlin est à la mode - et la malédiction planant sur leur lignage sont connues jusqu'en Rhénanie.» (37)


« Selon le témoignage de Giraud de Barri, le roi (Henri II) avait fait peindre dans son palais de Winchester une fresque qui représentait un grand aigle attaqué par ses quatre aiglons, afin d'être figuré avec sa progéniture séditieuse.

« ... Les Plantagenêts et leur entourage recourent spontanément aux vaticinations de Merlin pour disculper leur guerre intestine.

« ... Les vaticinations de Merlin, tout comme l'ancêtre féérique des comtes d'Anjou, appartiennent au registre folklorique des interventions du démon et de ses satellites (Merlin était le sorcier du roi Arthur Pendragon. Ndlr.)

 

Nul ne l'a mieux exprimé que Giraud de Barri, l'un des promoteurs de l'idée d'une malédiction pesant sur les Plantagenêts. Il attribue en effet à Geoffroy de Bretagne (fils d'Aliénor et d'Henri) - dont le fils Arthur sera assassiné un jour par son frère Jean - la réponse faite à Geoffroy de Lucy, futur évêque de Winchester (1189-1204), émissaire de son père qui le prie de se réconcilier avec lui : "Vous ne devez pas ignorer qu'il nous a été donnés par nature, et pour ainsi dire par droit d'héritage de nos ancêtres, qui nous l'ont légué et inculqué, qu'aucun de nous n'aime l'autre, et que toujours le frère combattra le frère et le fils le père de toutes les forces dont il sera capable. Ne tâchez donc pas de nous priver de nos droits héréditaires, en vous efforçant en vain de chasser le naturel". À en croire Pierre de Blois, Henri II ne dit rien d'autre : "Je suis par nature le fils de la colère, comment pourrais-je ne pas me mettre en colère?" » (38)

Richard Coeur de Lion dira lui-même : "Nous qui provenons du diable, reviendrons au diable." (39)


« Richard Coeur de Lion ne récusera pas les récits qui mêleront les fées et les enchanteurs aux origines de sa famille. C'est l'entrée en scène du roi Arthur, qui passe pour avoir bénéficié de la protection de Merlin (et qui serait le fils illégitime d'Uther Pendragon -  "tête(s) de(s) dragon(s)" en gallois -, fruit de la magie de Merlin et du dragon qui fit prendre à Uther les traits du mari de Igerne, Ndlr.

 

Drapeau-de-Pays-de-Galles.png

Drapeau du Pays de Galles (une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni, et parmi celles-ci, l'une des trois celtes, au centre-ouest).

 

Les Saxons ont toujours échoué à conquérir le pays de Galles, tant en raison du terrain montagneux, que de la résistance acharnée du peuple gallois. L'un des rois saxons, Offa de Mercie finit par ériger un grand mur de terre, « Offa's Dyke », à la frontière de son pays, pour délimiter la partie de la région du Powys qu'il venait de conquérir. Certains vestiges de cette construction sont encore visibles.

 

Geoffrey de Monmouth dépeint Arthur comme un roi ayant établi un empire rassemblant toute l'île de Bretagne, ainsi que l'Irlande, l'Islande, la Norvège, le Danemark et une bonne partie de la Gaule, fin 5e, début 6e siècle.

 

Les Normands finissent par dominer le pays, mais cette domination fut plus progressive que la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, en 1066. Commencée par les Saxons, au VIe siècle, la conquête du pays de Galles ne s'acheva qu'en 1282 sur un champ de bataille, avec la victoire d'Édouard Ier sur Llywelyn le Dernier, le dernier prince indépendant. Pour asseoir sa domination, Édouard bâtit dans la région plusieurs grands châteaux, dont celui de Caernarfon, celui de Conwy ou celui d'Harlech.

 

Le pays est resté celtique et l'usage de la langue galloise s'est toujours perpétué, alors même qu'en Angleterre et en Écosse, l'usage des langues celtiques s'est perdu ou a largement diminué.

 

Dès le temps de Henri II, les poètes et les historiens liés aux Plantagenêts rivalisent pour magnifier la figure du héros mythique de la Table ronde et pour forger une généalogie qui convienne au dessein politique du roi d'Angleterre. La chose est pourtant malaisée : le personnage historique ayant été le héros des combats du peuple breton contre les envahisseurs saxons... Heureusement, Geoffroy de Monmouth, dans son Histoire des rois de Bretagne , a déjà intégré, en 1138, le personnage mythique d'Arthur - comme ceux de l'enchanteur Merlin et de la fée Morgane - dans une tradition et une généalogie qui conduisent d'Enée et d'Arthur à la royauté d'Etienne de Blois [petit-fils de Guillaume le Conquérant par sa mère Adèle de Blois et dernier roi normand en Angleterre avant l'accession au trône des Plantagenêts avec Henri II (1154-1189)].

 

Ce n'est pas par hasard qu'en 1191 on annonce que, sur une indication donnée avant sa mort par Henri II, on a découvert à l'abbaye de Glastonbury aux confins du Pays de Galles, la tombe du roi Arthur et de la reine Guenièvre..., reconnaissables l'un à sa haute taille et l'autre à sa tresse de cheveux blonds. Arthur est le lien entre le société courtoise et la royauté. La découverte du corps vient de surcroît permettre d'intégrer Arthur dans la société chrétienne, puisqu'elle réduit à néant la légende de la survie magique du roi de la Table ronde et de son retour.

Dans la lignée de Charlemagne, Arthur devient le parangon des vertus du prince chrétien et le héros du combat pour la foi... (Mais) si Arthur peut faire figure de héros national (anglais), c'est aux yeux des indociles Gallois (nation celte conquise par Edouard Ier en 1282, Ndlr.) et son retour pouvait être embarrassant puisqu'il avait pour fin de chasser définitivement les Anglais (Saxons) et de rétablir la royauté celtique...

 

Sur le continent, les Plantagenêts font grand cas de l'épée d'Arthur, Excalibur... offerte, dit-on, en 1127 par Henri Beauclerc à Geoffroy Plantagenêt, encore comme comte d'Anjou, et passée dans la chapelle de Richard Coeur de Lion. Avant la découverte du corps d'Arthur en 1191, elle fait le lien nécessaire entre le roi mythique et la dynastie angevine. On retient surtout, et Wace y insiste au milieu du siècle dans son Roman de Brut, qu'Arthur est l'ancêtre prestigieux des Plantagenêts, qu'il combat les Français comme les païens et qu'il est à la fois modèle de courage, de vertu et de sagesse politique. Mais le roi Arthur ne siège qu'au sein de sa Table ronde, autrement dit de ses vassaux. Sa royauté n'est qu'une primatie, et son pouvoir est fortement marqué par les limites qu'impose au roi la nature contractuelle du lien qui unit le seigneur et le vassal... L'origine arthurienne de la monarchie des Plantagenêt est prestigieuse. Elle est fortement réductrice. » (40)

 

Notes

 

(1) Jean Favier, La France féodale, 1984, réed. Le Grand Livre du Mois, Paris 1995, p. 52.

(2) Martin Aurell, L'Empire des Plantagenêts 1154-1224, Edition Le Grand Livre du Mois, Paris 2002, p. 15.

(3)  Jean Favier, Les Plantagenêts, Origines et destin d'un empire, XIe-XIVe siècles, Fayard, Poitiers 2004, p. 830-831.

(4) L. Mace, Les Comtes de Toulouse et leur entourage (XIIe - XIIIe siècle), Toulouse 2000, p. 213, in Martin Aurell, ibid., p. 140.

(5) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., Poitiers 2004, p. 11.

(6)  Martin Aurell, ibid., p.11.

(7) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 709.

(8) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 57-58.

(9) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 63.

(10) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 850.

(11) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 858.

(12) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 774.

(13) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 865.

(14) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 122-123.

(15) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 187.

(16) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 188.

(17) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, Fayard, Vitry-sur-Seine 1983, p. 417-418.

(18) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 347.

(19) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 832.

(20) Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, 1977, Points Histoire, Mayenne 2001, p. 61.

(21) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 98.

(22) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 129.

(23) Martin Aurell, ibid., p. 90.

(24) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 268.

(25) Martin Aurell, ibid., p. 121.

(26) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 649.

(27) Martin Aurell, ibid., p. 183.

(28) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 723.

(29) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, Fayard, Vitry-sur-Seine 1983, p. 497/8.

(30) Martin Aurell, ibid., p. 157.

(31) La France médiévale, Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 326.

(32) Martin Aurell, ibid., p. 90.

(33) La France médiévale, Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 328-331.

(34) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 441-443.

(35) Martin Aurell, La Légende du roi Arthur, 550-1250, Perrin, Tempus, 2018, pp. 219-220.

(36) Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Editions Fayard, Le Grand Livre du Mois, Paris 2002, p. 183-185.

(37) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 649.

(38) Martin Aurell, ibid., p. 49.

(39) Martin Aurell, ibid., p. 7.

(40) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 350-351.

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