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22 juillet 2024 1 22 /07 /juillet /2024 00:00
Sainte Marie Madeleine (1er siècle), l'Apôtre des Apôtres

"Dis-nous, Marie-Madeleine, qu'as-tu vu en chemin ?" "J'ai vu le sépulcre du Christ vivant, j'ai vu la gloire du Ressuscité. J'ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée."

Séquence, liturgie de Pâques

Sainte Marie Madeleine

Sainte Marie Madeleine

Patronne des convertis, des pécheurs repentants, de la tentation sexuelle et des femmes, Marie Madeleine, soeur de Marthe et de Lazare, était d'une famille distinguée de Béthanie. Après la mort de ses parents, Marie avait reçu en héritage le château de Magdala, en Galilée, d'où lui vint le surnom de Madeleine, et elle y vivait dans le luxe et les plaisirs au point qu'elle devint le scandale de toute la Galilée, et qu'on ne la connut bientôt que sous le nom de la Pécheresse. En punition de ses débordements, elle fut possédée du démon jusqu'au jour où le Sauveur, lui remettant ses péchés, la délivra de la domination de Satan.


Dieu avait fait naître en ce coeur coupable le désir de voir Jésus; ce désir devait être son salut, car le Sauveur voulait donner en Madeleine un exemple frappant de Sa miséricorde infinie en même temps que de la plus parfaite pénitence. C'est elle qui, ayant un jour suivi le Seigneur chez Simon le Pharisien, versa sur les pieds de Jésus un vase de parfum précieux, les arrosa de ses larmes et les essuya avec ses cheveux, et qui entendit ensuite cette parole:

"Beaucoup de péchés lui sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup aimé." (1) 

 

Nous la rencontrons, depuis lors, très souvent dans l'Évangile; elle contemple Jésus et L'écoute, dans la maison de Béthanie, pendant que sa soeur Marthe s'occupe seule du service de la maison: "Marie, dit le Sauveur, a choisi la meilleure part." Une autre fois, dans les derniers jours de sa vie, Jésus voit Madeleine répandre un parfum délicieux sur cette tête divine qui bientôt sera couronnée d'épines. Elle accompagne le Sauveur au sommet du Calvaire, assiste à Sa mort et à Sa sépulture, et bientôt reçoit l'une des premières visites du Christ ressuscité: "Marie!" S'écrie le Sauveur. Et Marie, reconnaissant Jésus, Lui répond dans une effusion d'amour: "O mon Maître!" (Jn 20:16). (1) Marie-Madeleine avait connu les ténèbres du péché, elle s'était égarée dans un amour passionnel et sensible, alors que, comme beaucoup sans le savoir, elle recherchait le véritable amour. Et elle rencontra Jésus, celui qui pouvait, à lui seul, combler son coeur. Elle se jeta à ses pieds jusqu'à ce que Sa miséricorde la délivre du mal et la relève. Elle l'a suivi sur les chemins de Galilée. C'est l'amour qui la rend fidèle et lui donne la force d'être au pied de la Croix. C'est encore lui qui la fait courir au tombeau dès le lever du jour de Pâques. Elle qui avait connu de si profondes ténèbres, celles du péché qui conduit à la mort, elle découvre, la première, les lueurs du jour de Pâques qui ne finira jamais. La foi de l'Église en la résurrection du Christ se manifeste merveilleusement dans l'obéissance de son amour.

 

Fondée sur la tradition écrite et la tradition orale de l'Église, la séquence de la liturgie catholique de Pâques, petit chant ou poème récité avant la lecture de l'Évangile qui condense ou résume l'Évangile, indique ainsi : "Dis-nous, Marie-Madeleine, qu'as-tu vu en chemin ?" "J'ai vu le sépulcre du Christ vivant, j'ai vu la gloire du Ressuscité. J'ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée".(2) [Mt 28:1-10Mc, 16:1-10Lc 24:1-10Jn 20:1-18]



Peu après, les Juifs endurcis, fatigués de ses exhortations et de celles de Marthe et de Lazare, les exposèrent sur la mer par une tempête, dans une pauvre barque sans rames ni voiles. La nacelle voguait à la garde de Dieu, et vint aborder, après quelques jours, au rivage de Marseille. Les pieux disciples du Christ firent là de nombreuses conquêtes.

Quant à Madeleine, elle s'enfonça dans les montagnes sauvages et solitaires et fut transportée par les anges dans une grotte appelée depuis
la Sainte-Baume, où elle mena une vie plus angélique qu'humaine, favorisée des grâces les plus merveilleuses, ne vivant que de la Sainte Communion, soupirant et versant des larmes de pénitence et d'amour.

 

Au pied de la montagne dans le Var et aux portes des Bouches du rhône, la basilique Sainte Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, achevée en 1532 est le plus important exemple de style gothique en Provence.

Dans la tradition chrétienne médiévale, après avoir débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer, Sainte Marie-Madeleine aurait occupé pendant trente ans une grotte du massif de la Sainte-Baume (départements des Bouches-du-Rhône et du Var),
près de Marseille, pendant qu'elle évangéliseait la Provence, de nombreuses années dans le dénuement et l'abandon le plus total, on dit qu'un ange venait lui apporter à manger. A sa mort, elle aurait été ensevelie dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Une église y a été élevée et les reliques de Sainte Marie Madeleine y sont conservées, ainsi que dans la basilique de Saint-Maximin.
 
Chaque année, les Dominicains qui entretiennent ce lieu organisent une fête le jour de sa fête, le 22 juillet, et une procession avec les reliques a lieu du couvent jusqu'à la grotte, sous forme de chemin de croix. On gravit la montagne et arrivés en haut, avant les dernières marches dans le virage, on se trouve devant une scène de l'Evangile: la croix de Jésus et celles des deux larrons, avec la Vierge Marie, Saint Jean et Sainte Marie Madeleine au pied de la croix de Jésus, d'un réalisme saisissant et émouvant; et juste avant de pénétrer dans la grotte, on se trouve devant Sainte Marie Madeleine pleurant au pied de la croix. Ce pèlerinage en souvenir de celle qui a tant aimé Jésus et a radicalement changé de vie est très porteur et nous plonge 2000 ans en arrière...
La basilique est mondialement connue pour son orgue, magnifique témoin de l'école française, ayant conservé l'intégralité de ses 2960 tuyaux d'origine. En juillet 1971 André Stricker (1931-2003) y donne un récital "Des fils de Bach à Beethoven" d'où est extrait ce choral de Buxtehude: "Wie schön leuchtet der Morgenstern", d'aprés l'hymne de 1599 de Philipp Nicolai dont Bach tirera sa cantate du même nom.
 
Saint Louis est allé en pélerinage à la Sainte Baume. Il semble qu'il se soit beaucoup intéressé à la vie de Marie-Madeleine.
Marie-Madeleine ou Myriam ou Maya qui signifie aussi goutte d'eau de mer.
 

Saint Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique Mulieris dignitatem, a mis en relief le rôle particulier de Marie-Madeleine. Elle est la première témoin du tombeau vide au matin de Pâques, la première à rencontrer le Christ ressuscité, et la première à lui rendre témoignage devant les Apôtres. C'est pour cela qu'on l'a même appelée "l'apôtre des Apôtres".

Pour Jean-Paul II, cet événement est révélateur de la volonté du Christ de transmettre la vérité divine aux femmes, sur un pied d'égalité avec les hommes.

À propos de Sainte Marie-Madeleine, Grégoire de Nysse explique que "puisque c'est par une femme qu'a été causée la séparation d'avec Dieu par la désobéissance, il convient qu'une femme soit aussi le premier témoin de la Résurrection, afin que la ruine résultant de la désobéissance soit redressée par la foi en la Résurrection". (3)

Un décret publié le 10 juin 2016 par la Congrégation du culte divin a élevé la mémoire de Marie de Magdala le 22 juillet au rang de fête dans le calendrier liturgique. Lorsque Jésus lui dit : "Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père", c’est à toute l’Église que cette invitation s’adresse, pour qu’elle entre dans une expérience de foi capable de dépasser toute appropriation matérialiste et toute compréhension humaine du mystère divin. Ces mots ont une portée ecclésiale et constituent une leçon pour les disciples de Jésus afin qu’ils ne cherchent pas les certitudes humaines ou les titres mondains, mais la foi dans le Christ vivant et ressuscité. Voilà pourquoi la célébration liturgique de cette femme a désormais le même caractère festif réservé à la célébration des apôtres dans le calendrier romain afin qu’elle soit un modèle pour toute femme dans l’Église.

Sainte Marie Madeleine (1er siècle), l'Apôtre des Apôtres

Peu après, les Juifs endurcis, fatigués de ses exhortations et de celles de Marthe et de Lazare, les exposèrent sur la mer par une tempête, dans une pauvre barque sans rames ni voiles. La nacelle voguait à la garde de Dieu, et vint aborder, après quelques jours, au rivage de Marseille. Les pieux disciples du Christ firent là de nombreuses conquêtes.

Quant à Madeleine, elle s'enfonça dans les montagnes sauvages et solitaires et fut transportée par les anges dans une grotte appelée depuis
la Sainte-Baume, où elle mena une vie plus angélique qu'humaine, favorisée des grâces les plus merveilleuses, ne vivant que de la Sainte Communion, soupirant et versant des larmes de pénitence et d'amour.

 

Au pied de la montagne dans le Var et aux portes des Bouches du rhône, la basilique Sainte Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, achevée en 1532 est le plus important exemple de style gothique en Provence.

Dans la tradition chrétienne médiévale, après avoir débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer, Sainte Marie-Madeleine aurait occupé pendant trente ans une grotte du massif de la Sainte-Baume (départements des Bouches-du-Rhône et du Var),
près de Marseille, pendant qu'elle évangéliseait la Provence, de nombreuses années dans le dénuement et l'abandon le plus total, on dit qu'un ange venait lui apporter à manger. A sa mort, elle aurait été ensevelie dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Une église y a été élevée et les reliques de Sainte Marie Madeleine y sont conservées, ainsi que dans la basilique de Saint-Maximin.
 
Chaque année, les Dominicains qui entretiennent ce lieu organisent une fête le jour de sa fête, le 22 juillet, et une procession avec les reliques a lieu du couvent jusqu'à la grotte, sous forme de chemin de croix. On gravit la montagne et arrivés en haut, avant les dernières marches dans le virage, on se trouve devant une scène de l'Evangile: la croix de Jésus et celles des deux larrons, avec la Vierge Marie, Saint Jean et Sainte Marie Madeleine au pied de la croix de Jésus, d'un réalisme saisissant et émouvant; et juste avant de pénétrer dans la grotte, on se trouve devant Sainte Marie Madeleine pleurant au pied de la croix. Ce pèlerinage en souvenir de celle qui a tant aimé Jésus et a radicalement changé de vie est très porteur et nous plonge 2000 ans en arrière...
La basilique est mondialement connue pour son orgue, magnifique témoin de l'école française, ayant conservé l'intégralité de ses 2960 tuyaux d'origine. En juillet 1971 André Stricker (1931-2003) y donne un récital "Des fils de Bach à Beethoven" d'où est extrait ce choral de Buxtehude: "Wie schön leuchtet der Morgenstern", d'aprés l'hymne de 1599 de Philipp Nicolai dont Bach tirera sa cantate du même nom.
 
Saint Louis est allé en pélerinage à la Sainte Baume. Il semble qu'il se soit beaucoup intéressé à la vie de Marie-Madeleine.
Marie-Madeleine ou Myriam ou Maya qui signifie aussi goutte d'eau de mer.
 

Saint Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique Mulieris dignitatem, a mis en relief le rôle particulier de Marie-Madeleine. Elle est la première témoin du tombeau vide au matin de Pâques, la première à rencontrer le Christ ressuscité, et la première à lui rendre témoignage devant les Apôtres. C'est pour cela qu'on l'a même appelée "l'apôtre des Apôtres".

Pour Jean-Paul II, cet événement est révélateur de la volonté du Christ de transmettre la vérité divine aux femmes, sur un pied d'égalité avec les hommes.

À propos de Sainte Marie-Madeleine, Grégoire de Nysse explique que "puisque c'est par une femme qu'a été causée la séparation d'avec Dieu par la désobéissance, il convient qu'une femme soit aussi le premier témoin de la Résurrection, afin que la ruine résultant de la désobéissance soit redressée par la foi en la Résurrection". (3)

Un décret publié le 10 juin 2016 par la Congrégation du culte divin a élevé la mémoire de Marie de Magdala le 22 juillet au rang de fête dans le calendrier liturgique. Lorsque Jésus lui dit : "Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père", c’est à toute l’Église que cette invitation s’adresse, pour qu’elle entre dans une expérience de foi capable de dépasser toute appropriation matérialiste et toute compréhension humaine du mystère divin. Ces mots ont une portée ecclésiale et constituent une leçon pour les disciples de Jésus afin qu’ils ne cherchent pas les certitudes humaines ou les titres mondains, mais la foi dans le Christ vivant et ressuscité. Voilà pourquoi la célébration liturgique de cette femme a désormais le même caractère festif réservé à la célébration des apôtres dans le calendrier romain afin qu’elle soit un modèle pour toute femme dans l’Église.

Le matin de la résurrection, par Edward Burne-Jones (1833-1899). Guidée par deux anges, Marie-Madeleine aperçoit le Christ ressuscité.

Le matin de la résurrection, par Edward Burne-Jones (1833-1899). Guidée par deux anges, Marie-Madeleine aperçoit le Christ ressuscité.

Sources: (1) Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950; (2) Missel du Dimanche 2018, Nouvelle Traduction liturgique, Année B, Bayard Éditions, Lonrai 2017, p. 378 (3) Missel du dimanche 2018ibid., p. 341 ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 126.

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21 juillet 2024 7 21 /07 /juillet /2024 00:00
Saint Victor, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 185

Saint Victor, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 185

Le culte de ce militaire romain est très ancien puisqu'on construisit en 415, à Marseille, un monastère portant son nom. Il aurait été un brillant officier, mais il refusa de trahir le Christ. Saint Victor naquit vers le milieu du IIIè siècle, d'une noble famille de Marseille. Ses parents en firent un chrétien, et quand il fut en âge de choisir une profession, il choisit le métier des armes, où il servit les empereurs avec honneur et vaillance. Le co-empereur Maximien, les mains encore fumantes du sang de la légion thébaine, et de celui de plusieurs autres martyrs qu'il avait répandu en divers provinces des Gaules, vint à Marseille, où il y avait une église florissante. Victor ayant appris l'arrivée de l'empereur à Marseille pour persécuter les chrétiens, au lieu de cacher sa foi, il sentit s'accroître en lui son zèle pour la défendre. Il parcourait hardiment les rangs de ses compagnons chrétiens pour les encourager à ne pas faiblir. Jour et nuit il se rendait de maison en maison, exhorter les fidèles à souffrir généreusement pour Jésus-Christ; il allait même accompagner les martyrs jusque dans leurs supplices, pour les fortifier dans le combat suprême.

Saint Victor de Marseille, soldat et martyr (+ 303)

​​​​​​Trahi par son zèle, il fut chargé de chaînes et conduit à l'empereur lui-même. Maximien employa successivement les promesses et les menaces pour l'engager à sacrifier aux dieux; le Saint, inébranlable, confondit le tyran en démontrant la vanité des idoles et la divinité de Jésus-Christ. On lui lia les bras dans le dos et on le traîna dans la cité. L'empereur crut qu'une grande humiliation pourrait triompher de Victor; il le fit poursuivre par les coups et les huées de la populace païenne. Après ce premier tourment, Victor répondit aux nouvelles questions: "Je ne sacrifierai pas ; cela est dû au Créateur, non à une créature." Frappé à coups de gourdin et suspendu pour être flagellé, il console les frères : "Refusez d'être tristes pour moi. [...] lorsque j'étais suspendu et flagellé au fouet de cuir, je vis près de moi un homme très beau, tenant en main une croix qui me disait d'une voix lente : 'C'est moi, Jésus, qui subit les outrages et les tourments, en la personne de mes confesseurs.'" À ces mots, on l'étendit sur un chevalet, on lui trancha son pied coupable, et son corps fut affreusement déchiré. Pendant ce supplice, Jésus-Christ lui apparut la Croix à la main, en lui promettant une immortelle couronne, et cette vision adoucit le sentiment de ses douleurs.

Saint Victor de Marseille, soldat et martyr (+ 303)

 

La nuit suivante, dans sa prison, il fut visité par les Anges. Trois gardiens, frappés de voir le cachot resplendir d'une miraculeuse clarté, se convertirent, furent baptisés et reçurent le martyre avant Victor lui-même.

Trois jours après, Maximien rappela Victor devant son tribunal et lui ordonna d'adorer une idole de Jupiter. Il donna un coup de pied à l'autel et le renversa : "Je suis chrétien, je méprise vos dieux et je confesse Jésus-Christ." Le tyran, pour venger son dieu, fit couper le pied au vaillant chrétien. Victor offrit ce membre à Jésus-Christ comme les prémices de son sacrifice. Ensuite, il fut placé sous la meule d'un moulin pour être broyé, mais la machine se brisa; il fallut, pour achever la victime, lui trancher la tête. En ce moment, une voix céleste fit entendre ces paroles: "Victor, Victor, tu as vaincu!"

Les chrétiens dérobèrent son corps et le cachèrent. Au XIVe siècle, Urbain V confiera le pied de Victor à l'abbaye parisienne qui l'avait pour saint Patron. 

Le saint est représenté auprès d'une meule, avec épée et palme, attributs du soldat martyr.

Victor figure au propre du diocèse de Marseille comme fête patronale de la ville.

 

PRATIQUE. Ayons constamment les yeux fixés sur Dieu, notre souverain bien.

Sources : (1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 202; (2); (3); (4) ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 184.

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20 juillet 2024 6 20 /07 /juillet /2024 00:00
Sainte Marguerite, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

Sainte Marguerite, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

Martyrologe Romain : À Antioche de Pisidie, sans doute au début du IVe siècle, sainte Marine ou Marguerite, dont on rapporte qu’elle consacra son corps au Christ par sa virginité et son martyre. (1)

 

Marguerite d'Antioche de Pisidie ou sainte Marine ou sainte Marina (morte vers 305) est une vierge martyre du IVe siècle. C'est une sainte fêtée le 20 juillet.

 

Convertie au christianisme, elle fait vœu de virginité, repousse les avances du gouverneur romain Olybrius et refuse d'abjurer sa foi.

 

La légende veut qu'elle fut avalée par un monstre, dont elle transperça miraculeusement le ventre pour en sortir indemne au moyen d'une croix. C'est pourquoi on la représente généralement "hissée sur le dragon". Pour Jacques de Voragine dans la Légende dorée, elle l'aurait piétiné et vaincu ainsi. Le dragon symbolise le diable et le paganisme.

 

Son martyre se poursuit et elle meurt décapitée.

 

Sainte Marguerite est choisie par la dévotion populaire comme protectrice des femmes enceintes.

Sainte Marine, ou Marguerite ou Marina, vierge et martyre († début IVe s.)

 

Elle est, avec saint Michel et sainte Catherine d'Alexandrie, l'un des trois saints qui apparaissent à sainte Jeanne d'Arc et lui confient sa mission. (2)

 

C'est sainte Jeanne d'Arc qui donna une existence historique à cette martyre inconnue qui aurait été originaire d'Antioche et qui fut très populaire au Moyen Age. (3);

 

En Orient, elle est connue sous le nom de Sainte Marine. (4)

 

Sainte Marguerite et le dragon, peinture, Titien (v. 1565)

Sainte Marguerite et le dragon, peinture, Titien (v. 1565)

Théotime, homme érudit, a écrit sa légende. Il aurait été, dit-on, témoin oculaire des faits rapportés ici. Un bréviaire espagnol les raconte aussi sous le nom de Sainte Marine qui serait la même que Sainte Marguerite (Cf. Bivar sur Dexter). (Abbaye Saint-Benoît)

 

Marguerite, citoyenne d'Antioche, fut fille de Théodose, alias Edesius, patriarche des gentils. Elle fut confiée à une nourrice; et quand elle eut atteint l’âge de raison, elle fut Baptisée et c'est pour cela qu'elle était grandement haïe de son père.

 

Parvenue à l’âge de quinze ans, elle gardait un jour, avec d'autres jeunes vierges, les brebis de sa nourrice, quand le préfet Olibrius, passant par là et voyant une jeune personne si belle, s'éprit d'amour pour elle et lui dépêcha ses esclaves en disant:

"Allez et saisissez-vous d'elle: si elle est de condition libre, je la prendrai pour ma femme ; si elle est esclave, j'en ferai ma concubine."

 

Quand elle eut été amenée en sa présence, il s'informa de sa famille, de son nom et de sa religion.

Or, elle répondit qu'elle était noble de naissance, Marguerite de nom, et Chrétienne de religion.

Le préfet lui dit : "Les deux premières qualités te conviennent fort bien, savoir : que tu sois noble, et que tu sois réellement une très belle marguerite; mais la troisième ne te convient; pas, savoir: qu'une jeune personne si belle et si noble ait pour Dieu un crucifié."

 

"D'où, sais-tu, répondit Marguerite, que Le Christ a été crucifié ?" Olibrius reprit : "Je l’ai appris des livres des Chrétiens."

Marguerite lui dit : "Puisque tu as lu le châtiment et la gloire de J.-C., pourquoi rougirais-tu de croire un point et de rejeter l’autre?"

 

Et comme Marguerite avançait que J.-C. avait été crucifié de son plein gré pour nous racheter, et qu'elle affirmait qu'il vivait maintenant dans l’éternité, ce préfet en colère la fit jeter en prison; mais le lendemain, il la fit appeler en sa présence et lui dit : "Jeune fille frivole, aie pitié de ta beauté, et adore nos Dieux pour que tu sois heureuse."

 

Elle répondit: "J'Adore celui devant lequel la terre tremble, la mer s'agite, et toutes les créatures sont dans la crainte."

Le préfet lui dit : "Si tu ne m’obéis pas, je ferai déchirer ton corps."

 

Marguerite répondit : "J.-C. s'est livré à la mort pour moi; eh bien ! Je désire aussi mourir pour Lui."

Alors le préfet la fit suspendre au chevalet; puis il la fit battre d'abord avec des verges, ensuite avec des peignes de fer, si cruellement, que ses os étaient dénudés, et que le sang ruisselait de son corps comme de la fontaine la plus limpide.

Sainte Marguerite, Charité Paradisiaque - Peinture Simon Vouet - Baroque

Sainte Marguerite, Charité Paradisiaque - Peinture Simon Vouet - Baroque

Or, ceux qui étaient là pleuraient et disaient : "O Marguerite, vraiment nous avons compassion de toi, en voyant déchirer si cruellement ton corps. Quelle beauté tu as perdue à cause de ton incrédulité! Cependant il en est temps encore, crois, et tu vivras."

 

Elle leur répondit : "O mauvais conseillers, retirez-vous, et allez-vous en ; ce tourment de la chair est le salut de l’âme", et elle dit au préfet : "Chien impudent et lion insatiable, tu as pouvoir sur le corps, mais J.-C. se réserve l’âme."

 

Or, le préfet se couvrait la figure avec sa chlamyde, car il ne pouvait supporter la vue d'une telle effusion de sang.

Il la fit ensuite détacher et ordonna de l’enfermer dans une prison, où une clarté merveilleuse se répandit.

 

Pendant qu'elle était dans son cachot, elle pria Le Seigneur de lui montrer, sous une forme visible, l’ennemi avec lequel elle avait à combattre ; et voici qu'un dragon effroyable lui apparut ; comme il s'élançait pour la dévorer, elle fit un signe de Croix, et le monstre disparut : ou bien, d'après ce qu'on lit ailleurs, il lui mit sa gueule sur la tête et la langue sur le talon et l’avala à l’instant; mais pendant qu'il voulait l’absorber, elle se munit du signe de la Croix; ce qui fit crever le dragon, et la vierge sortit saine et sauve.

 

Mais ce qu'on rapporte du dragon qui la dévora et qui creva est regardé comme apocryphe et de peu de valeur.

Statue de Ste Maguerite d'Antioche en l'église paroissiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Fouesnant. Photo de Moreau.henri

Statue de Ste Maguerite d'Antioche en l'église paroissiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Fouesnant. Photo de Moreau.henri

Le diable vint encore pour tromper Marguerite, en prenant une forme humaine. A sa vue, elle se mit en Prières, et après s'être levée, le diable s'approcha d'elle et lui prenant la main : "Tout ce que tu as fait, lui dit-il, est bien suffisant : ne t'occupes plus donc de ma personne."

 

Mais Marguerite le prit par la tête, le jeta par terre sous elle; et lui posant le pied droit sur le crâne, elle dit : "Sois écrasé, superbe démon, sous les pieds d'une femme."

 

Le démon criait : "O bienheureuse Marguerite, je suis vaincu ! Si un jeune homme l’avait emporté sur moi, je ne m’en serais pas préoccupé ; mais me voici vaincu par une jeune fille et j'en suis d'autant plus affligé que ton père et ta mère ont été mes amis."

 

Alors elle le força à dire pour quel motif il était venu. Il répondit qu'il était venu pour lui conseiller d'obéir aux avis du préfet :

Elle le força encore à dire pourquoi il employait tant de manières pour tenter les Chrétiens. Il répondit qu'il avait naturellement de la haine contre les hommes vertueux, et bien qu'il en fut souvent repoussé; il était acharné à les séduire : et comme il était jaloux, à l’égard des hommes de la félicité qu'il avait perdue, sans pouvoir la recouvrer, il n'avait cependant pour but que de la ravir aux autres.

 

Et il ajouta que Salomon renferma une multitude infinie de démons dans un vase, et qu'après sa mort ces esprits malins jetaient du feu de ce vase; les hommes, dans l’idée qu'un grand trésor y était renfermé, le brisèrent: et les démons qui en sortirent remplirent les airs.

 

Quand il eut dit ces mots, la vierge leva le pied et lui dit: "Fuis, misérable", et aussitôt le démon disparut.

Marguerite resta rassurée; car puisqu'elle avait vaincu le chef, elle aurait sans aucun doute le dessus sur le ministre.

Sainte Marguerite - église paroissiale Saint-Germain et Saint-Louis - Laz (Finistère)

Sainte Marguerite - église paroissiale Saint-Germain et Saint-Louis - Laz (Finistère)

Le lendemain, le peuple étant rassemblé, elle fut amenée en la présence du juge, et comme elle refusait avec mépris de sacrifier, elle fut dépouillée, et son corps fut brûlé avec des torches enflammées; de telle sorte que tout le monde s'étonnait qu'une fille si délicate pût supporter autant de tourments.

Ensuite il la fit lier et jeter dans un bassin plein d'eau, afin que ce changement de supplice augmentât la violence de la douleur : mais à l’instant la terre trembla et la jeune fille en sortit saine, à la vue de tous.

 

Alors cinq mille hommes crurent et furent condamnés à être décapités pour le Nom de J.-C.

 

Le préfet, dans la crainte que les autres ne se convertissent, fit de suite couper la tête à Sainte Marguerite.

Elle demanda alors un instant pour prier : et elle pria pour elle-même, pour ses bourreaux, et encore pour ceux qui feraient mémoire d'elle et qui l’invoqueraient avec dévotion, ajoutant que toute femme en couches qui se recommanderait à elle enfanterait heureusement : et une voix se fit entendre du Ciel qui dit qu'elle pouvait être certaine d'avoir été , exaucée dans ses demandes.

 

Elle se leva ensuite et dit au bourreau : "Frère, prends ton épée et frappe moi." D'un seul coup il abattit la tête de Marguerite, qui reçut ainsi la couronne du martyre.

 

Or, elle souffrit le 16 des calendes d'août; ainsi qu'on le trouve en son histoire. On lit ailleurs que ce fut le 3 des ides de juillet.

 

Voici comment parle un Saint de cette Sainte vierge: "La Bienheureuse Marguerite fut remplie de la crainte de Dieu, douée de justice, revêtue de religion, inondée de componction, recommandable, par son honneur, et d'une patience insigne; on ne trouvait en elle ; rien de contraire à la Religion Chrétienne; haïe par son père elle était aimée de N.-S. J.-C."

 

Attributs: les perles, le dragon et la croix.

Sources: (1) ; (2) ; (3) ; (4) ; (5) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011

 

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19 juillet 2024 5 19 /07 /juillet /2024 00:00
Arsène, fresque du xive siècle, mont Athos.

Arsène, fresque du xive siècle, mont Athos.

Anachorète dans le désert de Scété († 449) 

Saint de l'Église catholique et de l'Église orthodoxe, il appartenait à une famille sénatoriale de Rome. Il fut ordonné diacre par saint Damase, puis choisi par Théodose Ier pour être précepteur de son fils Arcadius. Ne pouvant vaincre le caractère opiniâtre de son élève, et dégoûté de la cour, il se retira dans le désert de Scété, en Égypte. Il y donna l'exemple des vertus monastiques. Il mourut en 445 (ou 449), à 95 ans. (1) 

Gratifié du don des larmes, on lui attribue les grands principes de la vie "hésychaste."

 

Près de Scété, montagne d'Égypte, au IVe ou Ve siècle, saint Arsène. Diacre, dit-on, de l'Église romaine, il se retira dans la solitude au temps de l'empereur Théodose, s'y montra parfait en toutes les vertus et, les yeux baignés de larmes, rendit son âme à Dieu.

 

Martyrologe romain (2)

 

 

On le fête le 8 mai (antérieurement le 19 juillet en Occident).

 

 

 

Sources: (1) Wikipedia, (2) Nominis 

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18 juillet 2024 4 18 /07 /juillet /2024 00:00
Saint Frédéric évêque et martyr († 838)

Petit-fils de Radbod, le roi des Frisons. Les uns le font naître en Frise, d'autres en Angleterre. Son éducation est confiée aux soins de Saint Ricfrid, l’évêque d’Utrecht. Ordonné prêtre, sous-diacre puis diacre, il est surtout réputé pour s’infliger de sévères mortifications. Il avait préalablement refusé par humilité son élection par le clergé diocésain et le peuple de Frise qui le connaissait et l’aimait particulièrement pour son ardeur pastorale et ses talents de prédicateur. C’est pourquoi l'empereur Louis le Pieux dut intervenir en personne pour lui demander d’accepter la charge épiscopale qui était vacante depuis la mort de l’évêque Ricfrède (Ricfrid). En 820, il succède à Saint Ricfrid comme évêque d’Utrecht.

À la demande de l’empereur, il tente de remettre de l’ordre dans le relâchement des mœurs qui affecte son diocèse et avec l’aide de Saint Odulphe, il poursuit la mission d’évangélisation des païens du nord d’Utrecht. Il lutta contre les paganismes locaux (notamment ariane) et s'opposa spécialement à l'usage des mariages entre consanguins, "mariages incestueux". 

L'évêque jouait un grand rôle auprès de l'empereur jusqu'au jour où ce dernier se remaria avec la jeune
Judith de Bavière. Très impliqué dans les problèmes familiaux de la famille impériale, il s’attire la haine de l’impératrice
, à qui il reproche son immoralité et ses débauches. Judith donna un fils à Louis en 823, le futur Charles le Chauve, et intrigua pour qu'il obtienne sa part d'héritage. D'où les guerres entre les fils et leur père. 

Frédéric visita sans relâche tous les habitants de son diocèse pour prodiguer soin et réconfort matériel et spirituel, particulièrement sur l’île de Walcheren, où régnait la plus grande immoralité. Pour assurer la pérennité de son œuvre il composa une profession de foi résumant l’enseignement de l’Eglise sur la Sainte Trinité.

Il souscrit au concile de Mayence qui clarifia alors la discipline du mariage chrétien.

 

Saint-Frederic-eveque-et-martyr----838-.gif

 

Alors qu'il venait de célébrer la messe dans l'église de Maestricht, saint Frédéric a été assassiné sur ordre de l'impératrice. Le 18 juillet 838, frappé à mort, il eut le temps de pardonner à ses meurtriers.

Dicton : "A Saint Frédéric, tout est vert, tout est nids, plantes, bêtes et puis gens, tout sourit".

Représenté vêtu pontificalement. Attribut : épée plongée dans la poitrine.

 

 

Sources: (1); (2); (3)

 

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17 juillet 2024 3 17 /07 /juillet /2024 00:00

En 1790, il y avait 21 soeurs au Carmel de Compiègne dont la plus âgée avait 75 ans et la plus jeune 26 ans.


Chassées de leur Carmel en 1792, elles s'installèrent dans 3 maisons voisines.

Lors d'une perquisition des révolutionnaires, ceux-ci trouvèrent des images du Sacré-Coeur (emblème vendéen et royaliste) ainsi que des lettres destinées à des prêtres réfractaires. Arrêtées, elles furent escortées jusqu'à Paris et là, jugées sommairement et guillotinées sur la Place du Trône (aujourd'hui, Place de la Nation).
 

Arrivée à Paris la brutalité s'abat sur soeur Charlotte ; infirme, âgée, les mains ligotées derrière le dos depuis le début du voyage, harassée par ce trajet sous un soleil ardent, ballottée dans une mauvaise charrette, elle ne sait descendre. Deux sans-culottes montent alors dans la charrette et la projettent brutalement sur le pavé. Son visage est en sang. Elle se relève péniblement, sans une plainte, remerciant même ses bourreaux de ne pas l'avoir tuée, préférant s'offrir en martyre.
Le cachot où elle est jetée est répugnant et comble car chaque jour les exécutions laissent la place libre pour les nouveaux arrivants mais dans sa bonté, elle prodigue soins et courage à chacun et chacune. Elle suit plus que jamais la Règle, récite tous les offices et prie.

 

Le 17 juillet 1794, l'affaire, jugée grave, est portée devant le Tribunal révolutionnaire de Paris présidé ce jour-là par leur concitoyen Scellier, le frère du maire de Compiègne. (Mis en jugement le 28 mars 1795, ce dernier sera condamné à son tour le 6 mai et exécuté le lendemain, en même temps que Fouquier-Tinville !)

Le citoyen Fouquet-Tinville tient le siège d'accusateur. Après un semblant de procès factice et rapide, la condamnation est prononcée. Moins d'une heure après la levée de l'audience la sentence sera exécutée place de la Nation pour le seul motif de "machiner contre la République".

 
Lorsque les exécuteurs l’aident à monter les marches de l’échafaud, sœur Charlotte ne peut s’empêcher de leur dire d’une voix douce : « Mes amis, je vous pardonne de tout mon cœur ».

En montant sur l'échafaud, les religieuses chantaient le
Veni Creator et la mère supérieure donna la bénédiction à chacune avant d'être elle-même guillotinée. Seule une soeur en réchappa, absente le jour de l'arrestation, et publia un récit en 1836, basé sur de nombreux témoignages. Elles furent béatifiées en 1905 par Pie X.

Ces morts tragiques ont alimenté au XXe siècle toute une œuvre tant littéraire avec la pièce de Georges Bernanos appelée « le dialogue des Carmélites », cinématographique avec le film du même nom du Père Bruckberger, que musicale avec l’opéra de Francis Poulenc ou artistique avec Molineri peignant en 1906 un tableau appelé « les Carmélites montant à l’échafaud » et qui se trouve au Carmel de Compiègne.

 

Carmélites de Compiègne, Molineri, 1906

 

Hymne du Veni Creator et Séquence de la Pentecôte "Veni Sancte Spiritus", en grégorien.

Latin
Veni, creator, Spiritus,
Mentes tuorum visita,
Imple superna gratia
Quae tu creasti pectora.
Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei.
Fons vivus, ignis, caritas
Et spiritalis unctio.
Tu septiformis munere,
Digitus paternae dexterae.
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura.
Accende lumen sensibus
Infunde amorem cordibus,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans perpeti.
Hostem repellas longius
Pacemque dones protinius;
Ductore sic te praevio
Vitemus omne noxium.
Per te sciamus da Patrem,
Noscamus atque Filium;
Teque utriusque Spiritum
Credamus omni tempore.
Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
Surrexit, ac Paraclito
In saeculorum saecula.
Amen.
Français
Viens, Esprit Créateur,
visite l'âme de tes fidèles,
emplis de la grâce d'En-Haut
les cœurs que tu as créés.
Toi qu'on nomme le Conseiller,
don du Dieu très-Haut,
source vive, feu, charité,
invisible consécration.
Tu es l'Esprit aux sept dons,
le doigt de la main du Père,
L'Esprit de vérité promis par le Père,
c'est toi qui inspires nos paroles.
Allume en nous ta lumière,
emplis d'amour nos cœurs,
affermis toujours de ta force
la faiblesse de notre corps.
Repousse l'ennemi loin de nous,
donne-nous ta paix sans retard,
pour que, sous ta conduite et ton conseil,
nous évitions tout mal et toute erreur.
Fais-nous connaître le Père,
révèle-nous le Fils,
et toi, leur commun Esprit,
fais-nous toujours croire en toi.
Gloire soit à Dieu le Père,
au Fils ressuscité des morts,
à l'Esprit Saint Consolateur,
maintenant et dans tous les siècles.
Amen.
 

Les 16 religieuses Carmélites guillotinées à Paris le 17 juillet 1794. 

Noms, dates et lieux de naissances : 

 

1 - Mère Thérèse de St. Augustin : Madeleine-Claudine Lidoine, 1752, Paris, St Sulpice  

2 - Sœur Saint Louis : Marie-Anne-Françoise Brideau, 1751, Belfort  

3 - Sœur de Jésus Crucifié : Marie-Amie Piedcourt,1715, Paris, St. Innocents  

4 - Sœur Charlotte de la Résurrection : Anne-Marie-Madeleine-Françoise Thouret, 1715, Mouy (Oise)  

5 - Sœur Euphrasie de l’Immaculée Conception : Marie-Claude-Cyprienne Brard, 1736, Bourth (Eure)  

6 - Mère Henriette de Jésus : Marie-Françoise de Croissy, 1745, Paris, St. Roch  

7 - Soeur Thérèse du Cœur de Marie : Marie-Anne Hanisset, 1742, Reims  

8 - Sœur Thérèse de St. Ignace : Marie-Gabrielle Trézel, 1743, Compiègne, St. Jacques  

9 - Sœur Julie-Louise de Jésus : Rose Crétien de Neuville, 1741, Évreux (Eure)  

10- Sœur Marie-Henriette de la Providence : Anne Pelras, 1760 Cajarc (Lot)  

11 - Sœur Constance de Jésus : Marie-Geneviêve Meunier, 1765, St. Denis  

12 - Sœur Marie du Saint-Ésprit : Angélique Roussel, 1742, Fresne-Mazancourt (Somme)  

13 - Sœur Ste Marthe : Marie Dufour, 1741, Bannes (Sarthe)  

14 - Sœur St. François-Xavier : Elisabeth-Juliue Verolot, 1764, Lignières (Aube)  

15 - Sœur Catherine : Marie-Anne Soiron, 1742, Compiègne, St. Jacques  

16 - Sœur Thérèse : Marie-Thérêse Soiron, 1748, Compiègne, St. Jacques

(source : site du Carmel)

 

 

Sources :  (1)(2); (3); (4

 

Autres martyrs de la Révolution dite "française"Les martyrs des Pontons de Rochefort (1794-1795)

 

 

 

 

 

 

 

LECTURES AUTOUR DES CARMELITES DE COMPIEGNE

 

Gertrud von Le Fort: La dernière à l'échafaud
Adaptation de Jean-Dominique Hamel
Lu par Nathalie Hamel

 

 

1792, la révolution gronde. Les vœux monastiques sont supprimés. Au Carmel de Compiègne, les religieuses doivent se séparer.
Absente de Compiègne lors de l'arrestation de ses soeurs, Soeur Marie de l'Incarnation sera la seule rescapée de l'exécution des carmélites de Compiègne à la barrière du Trône renversé (actuellement place des Antilles à la Nation) le 24 juillet 1794. Vers 1830, peu de temps avant sa mort, elle écrit ses mémoires qui sont un témoignage unique sur la Terreur. Ces mémoires de l'unique survivante des Carmélites de Compiègne ont inspiré à Gertrud von Le Fort sa nouvelle: la dernière à l'échafaud.

 

"La crainte est quelque chose de plus profond que le courage". Écrite en 1931, cette nouvelle raconte l'histoire des seize carmélites de Compiègne guillotinées le 17 juillet 1794. C'est sur cette nouvelle que Georges Bernanos s’appuiera pour écrire ses "Dialogues de carmélites".

Bienheureuses Charlotte et ses compagnes, carmélites de Compiègne, martyres (1794)

Préparons-nous à la victoire
Sous les drapeaux d'un Dieu mourant ;
Que chacun marche en conquérant ;
Courons tous, volons à la gloire !
Ranimons notre ardeur :
Nos corps sont au Seigneur.
Montons, montons
À l'échafaud, et Dieu sera vainqueur.

Franck Ferrand raconte l'histoire des carmélites de Compiègne sur Radio Classique, avec un extrait de l'opéra Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc. (GloriaTv)

 

Extrait :

 

« C'est donc au printemps 1794 que la liberté déjà relative des Carmélites de Compiègne est brusquement remise en cause. Et ce, pour des raisons qui ne sont pas claires. Je cite Jacques Bernet : "Croyant avoir à se dédouaner d'accusations bien imprécises de modération et de laxisme auprès des Comités de salut public et de sûreté générale, les autorités jacobines compiégnoises apeurées inventèrent de toute pièce un complot fanatique qui aurait été ourdi par les religieuses du Carmel." [...] Les forces de l'ordre sont là qui de nouveau vont frapper aux portes des Carmélites. Des perquisitions sont organisées et les 16 religieuses qui sont encore là ne peuvent rien faire, sinon regarder ces hommes armés qui sont en train de semer un désordre total dans leurs logements. On retourne leurs maisons de fond en comble. Et que vont trouver ces fins limiers ? Quelques lettres qui critiquent la révolution, une image de Louis XVI, qui a été guillotiné un an plus tôt, des représentations du Sacré-Coeur de Jésus, trop semblables leur dit-on aux fameux symboles des insurgés vendéens. Et cependant le 24 juin, les Carmélites sont arrêtées sans jugement. [...] Celui qui se charge de l'accusation est Fouquier-Tinville. "Elles auraient, relève Jacques Bernet, formé des conciliabules de contre-révolution." Peu importe, les preuves sont très faibles, mais toutes sont condamnées à mort, et toutes vont être exécutées.

[...] Elles sont conduites en charrettes à la barrière de Vincennes où les attend la machine, la guillotine. Et sur le chemin, les religieuses que l'on reconnaît avec leur grandes capes blanches, chantent, implorent le Seigneur, et prient la Vierge marie.

De façon inhabituelle, leur arrivée va imposer à la foule qui est là et qui attend, le plus grand calme, un silence qui répond à leurs psalmodies.

Et il faut le dire. Au moment de cette exécution, ils 'est passé quelque chose. Soeur Constance et ses soeurs mettent pieds à terre, sous les yeux de la foule, et s'installent près de la guillotine. Moment d'une intensité extraordinaire, elles décident à ce moment-là de réitérer leurs voeux ! Et pour soeur Constance qui à ce moment-là était novice, c'est le moment tant attendu, celui qui lui avait été interdit cinq ans plus tôt au moment où il aurait dû avoir lieu. Les Carmélites vont à Dieu. Leurs chants reprennent, la peur s'éloigne, la foule est complètement sonnée, stupéfaite. Même le bourreau Sanson est décontenance par cette fermeté mêlée d'allégresse, presque joyeuse. Et c'est à la plus jeune maintenant d'aller affronter son sort, puisque c'est elle qui va être exécuter en premier, soeur Constance salue la prieure. Elle chante encore le Laudate Dominum, Loué le Seigneur. le choeur des religieuses l'accompagne alors qu'elle monte à l'échafaud. Et la jeune fille ne faiblit pas ! Elle paraît nous rapporte-t-on une reine allant recevoir un diadème.  

Dix jours plus tard, nous dit Jacques Bernet, c'était la chute de Robespierre, qui devait ultérieurement être interprété par les catholiques comme le miracle accompli par les Carmélites compiégnoises qui auraient versé leur sang en holocauste pour arrêter la Terreur. Le spectacle de leur mort inique et de leur courage devant l'échafaud aurait en effet retourné l'opinion populaire parisienne contre le gouvernement révolutionnaire, lui faisant prendre conscience de l'horreur et de l'absurdité de la force coactive de la Révolution comme de la nécessité urgente d'en arrêter l'emballement sans contrôle. Je crois monsieur Bernet sur parole, on aimerait tellement que le grand sacrifice n'ait pas été vain. »

 

En 1792 la république du soupçon des "Argus, Surveillants, Dénonciateurs, Sentinelles et Aveugles clairvoyants" (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 70) repose tout entière et seulement dans l'exercice du soupçon ! « L'idéologie révolutionnaire est à la recherche d'auteurs, de responsables, d'un ou plusieurs "individus" à désigner. » (Lucien Jaume, Le Discours jacobin et la démocratie, Fayard, Saint-Amand-Montrond 1989, note 65, p. 170.) « La recherche et la dénonciation nominale des ennemis de la Nation ou du Peuple n'a pas été le propre des Jacobins; il s'agit d'une conduite généralisée dès le début de la Révolution... » (Lucien Jaume, Le Discours jacobin, ibid., p. 192.)

 

« L'imaginaire du complot remplit une autre fonction encore. La crainte du "complot aristocratique" est en effet le vecteur par lequel la nation se constitue. [...] La nation [révolutionnaire. Ndlr.] se définit par ce qu'elle rejette; elle prend forme forme matérielle, consistance et réalité, à travers la mobilisation qu'entraînent les rumeurs sur les complots qui le menacent. » (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 65.)

Francis Poulenc, Dialogues des Carmélites, Finale & Salve Regina

***

Le film de 1983 "Dialogues des Carmélites de Georges Bernanos", d'après la nouvelle de Gertrud von Lefort et le scenario du R.P. Bruckberger, dominicain (Source GLORIA.TV:  

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16 juillet 2024 2 16 /07 /juillet /2024 00:00
Notre-Dame du Mont Carmel et le Saint Scapulaire

L'Ordre du Carmel se donne une origine aussi ancienne que glorieuse ; on croit, non sans raisons sérieuses, que cet Ordre n'est que la continuation de l'école des prophètes établie au Mont Carmel (montagne côtière, Israël) par le prophète Élie.

 

Les disciples de cette école furent au premier rang parmi les convertis au christianisme naissant, et le Carmel devint le berceau de la vie monastique depuis Jésus-Christ.

 

Après la dispersion des Apôtres l'an 38, ils bâtirent une chapelle en l'honneur de Marie et se vouèrent tout spécialement à célébrer ses louanges. Cette dévotion mariale, cas unique, plonge ses racines neuf siècles avant la naissance de la Vierge Marie. 

 

Le prophète Elie, alors qu’il demeurait sur le Mont Carmel, eut la vision d’une nuée blanche montant de la mer, portant avec elle une pluie providentielle pour la terre d’Israël, alors dévastée par une terrible sècheresse (1 Rois 18). La Tradition y a vu l’annonce prophétique du mystère de la Vierge et de la naissance du Fils de Dieu. Dès le premier siècle, des ermites, voulant suivre l’exemple des prophètes Elie et d’Elisée, se retirèrent sur le Mont Carmel et y construisirent une petite chapelle consacrée à Marie.

 

C'est à l'occasion des épreuves subies par l'Ordre du Carmel que les Carmes vinrent en France avec le roi saint Louis. Ils y établirent plusieurs maisons et allèrent même s'implanter en Angleterre, où ils eurent le bonheur de voir saint Simon Stock embrasser leur Institut. Ce grand Saint devint, en 1245, supérieur général des Carmes, et n'oublia rien pour rallumer la dévotion à Marie dans son Ordre.

 

La fête de Notre-Dame du Mont-Carmel a pour but de rappeler une grâce insigne accordée par Marie à l'Ordre du Carmel et par lui à toute l'Église. Dans la nuit du 16 juillet, Simon Stock demandait, avec une ferveur toute spéciale, la protection de la Sainte Vierge sur son Institut. Au lever de l'aurore, Marie lui apparut, accompagnée d'une multitude d'anges, environnée de lumière et vêtue de l'habit du Carmel. Son visage était souriant ; dans ses mains elle tenait le scapulaire de l'Ordre. Devant le Saint elle s'en revêtit elle-même, en disant :


"Ceci est un privilège pour toi et pour tous les Carmes. Quiconque mourra en portant cet habit ne souffrira pas le feu éternel."

 

Le Saint fit des miracles pour confirmer la réalité de cette vision. Ce fut l'origine de la Confrérie de Notre-Dame du Mont-Carmel, pour les chrétiens qui, ne pouvant embrasser la Règle, veulent attirer sur eux les bénédictions promises au scapulaire. Le privilège le plus considérable accordé à la confrérie du Mont-Carmel après celui que Marie fit connaître à saint Simon Stock, est celui qui fut révélé au Pape Jean XXII: la délivrance du purgatoire, le samedi après leur mort des confrères du Mont-Carmel qui auront été fidèles à l'esprit et aux règles de la Confrérie. Outre ces deux privilèges, il y a de nombreuses indulgences attachées au scapulaire.

 

Une déclaration doctrinale 1996 approuvée par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, déclare que : "La dévotion à Notre-Dame du Mont-Carmel est liée aux valeurs historiques et spirituelles de l'Ordre des Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel et est exprimée à travers le scapulaire. Ainsi, celui / celle qui reçoit le scapulaire devient un membre de l'ordre et il / elle s'engage à vivre selon sa spiritualité en conformité avec les caractéristiques de son état dans la vie".

Notre-Dame du Mont Carmel et le Saint Scapulaire

Sources : 1 ; 2 3 ; 4 ; 5 ; 6

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15 juillet 2024 1 15 /07 /juillet /2024 00:00

Les oeuvres du Christ ne reculent pas, mais elles progressent.

Si tu dis que le monde est éternel, tu ne sais rien du Christ.

S. Bonaventure

Si vous n'apprenez rien sauf le Christ, vous apprenez tout.

S. Bonaventure

Saint Bonaventure, docteur de l'Église (1217-1274)

Le "second fondateur de l'ordre franciscain", surnommé "le docteur séraphique", S. Bonaventure naît Giovanni (Jean) da Fidanza probablement en 1217 à Civita de Bagnoregio (Toscane, Italie) de parents recommandables par leur piété, Giovanni Fidanza, médecin, et Maria di Ritello. Il fut le septième ministre général de l'ordre des frères mineurs (Franciscains).

 

À l’âge de quatre ans, il fut attaqué d’une maladie si dangereuse, que les médecins désespérèrent de sa vie. Sa mère alla se jeter aux pieds de François d’Assise  († 1226), le conjurant d’intercéder auprès de Dieu pour un enfant qui lui était si cher. Le Saint, touché de compassion, se mit en prière, et le malade se trouva parfaitement guéri. Par reconnaissance, Giovanni entrera dans l’Ordre fondé par saint François et en deviendra l’ornement et la gloire. Le saint patriarche, près de finir sa course mortelle, lui prédit toutes les grâces dont la miséricorde divine le comblerait, et s’écria tout à coup, dans un ravissement prophétique : "O buona ventura !", paroles italiennes qui signifient : Ô la bonne rencontre ! De là vint le nom de Bonaventure qui fut donné à notre Saint !

 

Durant les années 1232-1246, élève d'Alexandre de Hales († 1245), Giovanni Bonaventure, est étudiant à l’Université de Paris, où il lie avec saint Thomas une amitié qui semblera faire revivre celle de saint Grégoire de Nazianze et de saint Basile. Tous deux courent plus qu’ils ne marchent dans la carrière des sciences et de la vertu, et, d’étudiants de génie, ils parviennent en peu de temps à la gloire des plus savants professeurs et des docteurs les plus illustres. Les études de Bonaventure ne sont que la prolongation de sa fervente oraison.

 

Quand les Franciscains étaient arrivés en 1219 à Paris, on avait été curieux des les voir parcourir pieds nus les rues de la cité et suivre les cours à l'université. Ne rien posséder en propre, c'est imiter expressément la nudité du Christ crucifié, qui fut pauvre dans sa naissance, dans sa vie et dans sa mort et dont le premier discours fut : "Bienheureux les pauvres."

 

Dans ces années-là à Paris se répandait une violente polémique contre les frères mineurs de saint François et les frères prédicateurs de saint Dominique de Guzman. On leur contestait le droit d'enseigner à l'Université, et l'on allait jusqu'à mettre en doute l'authenticité de leur vie consacrée. Assurément, les changements introduits par les ordres mendiants dans la manière d'envisager la vie religieuse, étaient tellement innovateurs que tous ne parvenaient pas à les comprendre. S'ajoutaient, comme cela arrive parfois même entre des personnes sincèrement religieuses, des motifs de faiblesse humaine, comme l'envie et la jalousie. Bonaventure, même s'il était encerclé par l'opposition des autres maîtres universitaires, avait déjà commencé à enseigner à la chaire de théologie des franciscains et, pour répondre à qui contestait les ordres mendiants, il composa un écrit intitulé La perfection évangélique. Dans cet écrit, il démontra comment les ordres mendiants, spécialement les frères mineurs, en pratiquant les vœux de chasteté et d'obéissance, suivaient les conseils de l'Évangile lui-même.

 

De même, il rédigea l'Apologie des pauvres (Apologia pauperum) dans laquelle il défendit avec force la vocation franciscaine à la pauvreté volontaire pour l'amour du Christ; c'est imiter la nudité du Christ crucifié, qui fut pauvre dans sa naissance, dans sa vie et dans sa mort et dont le premier discours fut : 'Bienheureux les pauvres.'

Saint Bonaventure recevant la communion des mains d'un ange . F. de Herrera. XVIIe siècle

Saint Bonaventure recevant la communion des mains d'un ange . F. de Herrera. XVIIe siècle

De 1253 à 1255, Bonaventure est maître régent, titulaire de la chaire franciscaine de la faculté de théologie de l'Université de Paris. Il est surnommé le Docteur séraphique.

 

Enseignant un temps aux côtés de l'Aquinate à Paris, Bonaventure développe une angélologie et démonologie (Breviloquium) héritières de toute la tradition scripturaire et patristique. Il est assez fidèle aux sentences du Lombard et des œuvres d'Hugues de Saint-Victor (surtout le De Sacramententis). Comme le fera S. Thomas, Bonaventure parle de l'exorcisme dans le cadre du baptême des enfants et des adultes (in IV Sent. sur le baptême) : l'exorcisme baptismal a surtout pour effet de protéger le fidèle des maléfices des démons.

 

Comme Thomas, Bonaventure note que l'intelligence des démons est diminuée, mais que leur jugement pratique reste totalement perverti. Ils n'ont pas une connaissance certaine de l'avenir, mais peuvent parfois prédire avec justesse, en raison de l'acuité de leur esprit, de leur expérience et de leur ruse. Ces détails auront une grande importance dans la divination et la voyance.

 

Il y a quelques différences mineures entre ces saints docteurs. Le franciscain pense que les anges de tous les ordres ont pu tomber dans le péché (in Sent. Lib II, dist. VI a 1, q. II.); l'Aquinate doute que des séraphins soient tombés. La volonté des démons ne peut être rectifiée car ils ne peuvent se repentir, même si Dieu, absolument parlant, pourrait leur rendre leur intégrité, possibilité que Thomas ne semble pas envisager. (Jean-Baptiste GOLFIER, Tactiques du diable et délivrances, Artège-Lethielleux, 2018, p. 120-121.)

 

Bonaventure cherchait en toutes choses la gloire de Dieu et sa propre sanctification. Jamais il ne s'appliquait au travail sans invoquer les lumières de l'Esprit-Saint. Cet esprit de piété donne à ses écrits une chaleur et une onction toute divine, ce qui l'a fait appeler docteur séraphique

 

Il sait parfaitement que François voulait voir ses frères passionnés de simplicité, de prière et de pauvreté. Si François témoignait un affectueux respect aux théologiens, leur science comme telle n'est jamais entrée dans son charisme. Il ne refusait ni l'étude ni la science à condition que les frères fussent libérés de tout esprit de possession.

 

Si le Christ, Verbe incarné est l'image du Père, l'homme a été créé à l'image du Christ. Ce thème central dans la pensée biblique et chez les Pères grecs est l'élément fondamental de l'anthropologie chrétienne de Bonaventure. Bonaventure a plus que d'autres attaché une extrême importance au thème de l'homme-image de Dieu dans son anthropologie et dans la description du retour de l'homme à Dieu. 

 

Le spirituel : il trouve dans la Création le premier palier 

Saint Bonaventure voit et découvre Dieu grâce à ses créatures , par co-intuition, telle que la définissent les spécialistes de sa pensée : à partir du monde sensible, le saint trouve en Dieu la raison de son être, puisque Dieu est le fondement de tout être et de la connaissance elle-même. Il écrira :

Toutes choses ensemble constituent une échelle qui monte jusqu'à Dieu.

[...] La contemplation de toutes les créatures nous conduit au Dieu éternel.

S. Bonaventure, Itinéraire

Dans ces lignes de son son Itinerarium (Itinéraire de l'Esprit vers Dieu), un de ses plus célèbres ouvrages composé au cours de l'année 1259 après une extase mystique lors d'une promenade sur le mont Alverne, résonne le Cantique des Créatures de saint François, résonne ce Dieu qui, à travers les hommes, se révèle au monde et exprime son amour.

 

Il voit dans la Création sensible le premier palier grâce auquel l'homme monte vers Dieu. Reconnaissant comme François que toute créature est parole du Seigneur, il remonte de la créature vers Dieu dans une méditation qui va du moindre signe de la présence agissante jusqu'à Dieu lui-même dans son mystère. La "spéculation du pauvre dans le désert", comme Bonaventure appelle l'Itinerarium, rend intelligible la révélation que Dieu nous fait de lui en Jésus-Christ et, du coup, nous rend meilleurs.

 

L'homme a différentes voies pour parvenir à la connaissance de Dieu, mais pour une connaissance parfaite, il faut de l'amour.

 

Ce qui représente le mieux l'idée de connaître Dieu chez saint Bonaventure est donné par une lecture de la réalité qui nous entoure et de Dieu lui-même : c'est la connaissance qui s'accomplit grâce à l'intelligence mariée à l'amour : "Il n'y a pas de connaissance parfaite sans amour. Nous atteignons Dieu par l'amour parce que par lui nous atteignons la connaissance la plus parfaite surtout quand l'amour est expérientiel : la connaissance se réalise dans l'amour de Dieu. Le moyen le plus parfait de connaître Dieu consiste dans l'expérience de sa propre douceur." (Source: https://lanuovabq.it/it/bonaventura-la-conoscenza-di-dio-passa-dallamore )

 

Bonaventure est un spirituel parce qu'il perçoit que la raison ne peut suffire à rendre compte de la vision qui s'offre à elle d'un Dieu créateur désireux d'entrer en relation personnelle avec sa créature. De la première de ses œuvres à la dernière, on décèle une pensée synthétique : ainsi dans la triple vision du verbe de Dieu, Verbe incréé, qui est le Fils dans sa réalité éternelle de relation au Père et qui est l'idée première de la Création à partir de laquelle nous la connaissons à notre tour; Verbe incarné, le Fils de Dieu fait homme qui, en mourant par obéissance au Père, sauve et libère l'homme, et à travers Lui, la création entière; Verbe inspiré, le Fils qui révèle le mystère du Père et son propre mystère dans les mots humains de l'Ecriture. Ainsi, l'exemplarisme apparaît comme la doctrine des relations d'expression entre Dieu et la Création. (Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 174.)

 

Saint Thomas d’Aquin vint un jour le visiter et lui demanda dans quels livres il puisait cette profonde doctrine qu’on admirait en lui. Bonaventure lui montra quelques volumes : mais, son ami faisant l’incrédule, il finit par montrer un crucifix qui était sur sa table, et lui dit :

 

"Voilà l’unique source de ma doctrine ; c’est dans ces plaies sacrées que je puise mes lumières !"

Si vous voulez connaître les ruses de Satan et démasquer ses tromperies, soyez un homme de prière.

Saint Bonaventure, docteur de l'Église (1217-1274)

Le souvenir de Jésus crucifié demeurait constamment en son âme. L'une de ses dévotions particulières était durant les quarante jours qui suivent l'Épiphanie, c'est-à-dire le temps de la retraite du Christ au désert, de rechercher la solitude et, de s'appliquer sans interruption, tout en menant le jeûne le plus rigoureux possible à prier et louer Dieu. Jésus est mort de sa blessure, une blessure d'amour a ravi Son Cœur; une mort d'amour l'a emporté. Ainsi, pour Bonaventure, "l'amour est fort comme la mort" et en vérité, il est même plus fort que la mort. Il n'est pas possible de la maison de Son Cœur la première mort, c'est-à-dire l'amour de ceux qui sont morts car il se l'est acquise par une blessure inguérissable... Son flanc a été percé pour nous permettre d'y entrer. (Ivan GOBRY, Mystiques Franciscains, Éditions Artège, Perpignan 2013, p. 46-50.)

La messe n'est pas une imitation ou un souvenir du Calvaire, elle est identiquement le même Sacrifice et ne diffère du Calvaire que par le mode d'offrande. Dans chaque messe, le sang de Jésus est à nouveau versé pour nous.

S. Bonaventure

Saint Bonaventure, docteur de l'Église (1217-1274)

Les Douleurs du Cœur de Marie

Saint Bonaventure remarque que "les plaies qui étaient éparpillées sur le corps de Notre-Seigneur étaient toutes réunies dans l'unique cœur de Marie". Notre-Dame donc, à cause de sa compassion pour Jésus, fut flagellée, couronnée d'épines, insultée, et cloué sur la croix.

Saint Bonaventure, contemplant Marie au Calvaire à la mort de son fils, l'interroge et lui demande : "Ô Dame, dis-moi, où étais-tu au Calvaire ? Près de la croix ? Non, je dirais plutôt que tu étais réellement sur la croix, crucifiée avec ton Fils."

 

Élu général de l'Ordre des Franciscains en 1556 malgré ses larmes, il le mit sous la protection de la très-sainte-Vierge, et s'appliqua à y corriger les abus et à y rétablir la paix et l'harmonie. Il continua ses travaux ; mais, de tous, celui qui lui fut le plus cher fut la Vie de saint François d’Assise, qu’il écrivit avec une plume trempée dans l’amour divin, après avoir visité tous les lieux où avait passé son bienheureux père.

Si vous voulez obtenir le courage et la force pour vaincre les tentations de l’ennemi, soyez un homme de prière.

S. Bonaventure

Urbain IV et S. Bonaventure écoutant saint Thomas d'Aquin présenter la messe de la Fête-Dieu en 1264. Artiste inconnu

Urbain IV et S. Bonaventure écoutant saint Thomas d'Aquin présenter la messe de la Fête-Dieu en 1264. Artiste inconnu

Saint Thomas vint un jour lui rendre visite, et, à travers sa porte entrouverte, l’aperçut ravi, hors de lui-même et élevé de terre, pendant qu’il travaillait à la vie du saint fondateur ; il se retira avec respect, en disant : "Laissons un Saint faire la vie d’un Saint."

 

Bonaventure avait à peu près cinquante six ans quand, le 3 juin 1273, le Bx Grégoire X (Tebaldo Visconti, 1271-1276) le nomma cardinal-évêque d’Albano. Les envoyés du Pape le trouvèrent, lui, général de l’Ordre, l'un des plus grands théologiens et philosophes du Moyen Âge occupé, avec plusieurs frères, à laver la vaisselle.

 

Ainsi Bonaventure gouverna l'ordre durant dix-sept ans, cherchant l'unité des frères dans la paix et l'amour de la pauvreté. Il visitait les provinces, écrivait pour les frères, réprimait les abus, parfois avec force, suivait de très près la vie bouillonnante de l'université parisienne.

Madone avec l'enfant Jésus, Francesco Vanni 1563/65-1610

Madone avec l'enfant Jésus, Francesco Vanni 1563/65-1610

Marie recherche ceux qui s'approchent d'elle avec dévotion et respect, car elle les aime, les nourrit et les adopte comme ses enfants.

S. Bonaventure

Il meurt ministre général des Franciscains, le 15 juillet 1274. 

En apprenant cette mort le pape Grégoire X s’écria : "Cecidit co­lumna christianitatis ! Une colonne de la chrétienté s’est écroulée !"

 

Les élèves de Bonaventure défendront son esprit contre l'aristotélisme envahissant : Gauthier de Bruges, pour qui l'existence de Dieu est "la première vérité" et donc ne peut pas être prouvée a priori; John (ou Jean) Peckham, maître en théologie d’Oxford et de Paris, qui s'opposa à Thomas d'Aquin sur la nature de l'âme, Guillaume de la Mare, Maître Régent à l'Université de Paris, auteur de Correctorium Fratris Thomae, critique de l'œuvre de Thomas, et Mathieu (ou Matteo) d'Aquasparta, Maître en Théologie à Paris qui prêcha une croisade dans les États pontificaux pour défendre le pape Boniface VIII contre les attaques de Philippe le Bel.

 

Bonaventure a été inscrit dans le livre des saints le 14 avril 1482 par le pape franciscain Sixte IV (Francesco della Rovere, 1471-1484).

 

En 1562 ses restes furent brûlés par des Calvinistes fanatiques. Seule sa tête a été sauvée. (Paroisse Verneuil-sur-Havre)

 

En 1588, un autre pape franciscain, Sixte V (Felice Peretti, 1585-1590) le déclara “Docteur de l’Église”.

Saint Bonaventure, docteur de l'Église (1217-1274)
Le 3 mars 2010, Benoît XVI a tracé un portrait de Bonaventure, un personnage a dit le Pape, "qui m'est particulièrement cher pour l'avoir étudié dans ma jeunesse". Cet "homme d'action et de contemplation, de grande piété et de prudence", explique Benoît XVI, fut un des principaux promoteurs de l'harmonie entre Foi et culture au XIII siècle.
 

Benoît XVI a conclu la biographie de ce Docteur de l'Église en invitant à recueillir l'héritage de Saint Bonaventure, qui résumait le sens de sa vie ainsi:

 

"Sur terre nous pouvons contempler l'immensité Divine grâce au raisonnement et à l'admiration.

A l'inverse, au Ciel, lorsque nous serons devenus semblables à Dieu, par la vision et l'extase...nous entrerons dans la Joie de Dieu". (source: VIS 100303-540 et La conoscenza di Cristo, q. 6, conclusione, in Opere di San Bonaventura. Opuscoli Teologici/1, Roma 1993, p. 187).

 

 

PRATIQUE. Faites les choses communes d'une manière non commune.

Saint Bonaventure, docteur de l'Église (1217-1274)

Sources

 

(1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 195; (2) Audience Générale de Benoît XVI du mercredi 3 mars 2010 sur Saint Bonaventure; (3); (4); (5); (6); (7) Ivan GOBRY, Saint-François d'Assise et l'esprit franciscain, Maîtres spirituels aux Editions du Seuil, 1957, p. 83; 110 ; (8) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 173-178.

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12 juillet 2024 5 12 /07 /juillet /2024 00:00
Saint Olivier Plunket, archevêque et martyr (1629-1681)

Il naquit à l'époque où le gouvernement royal d'Angleterre dépossédait les Irlandais de leurs terres pour les donner aux Anglais protestants qu'il installait dans l'île catholique. Il eut vingt ans au moment où Cromwell noya dans le sang la révolte de ses compatriotes.

Olivier partit d'Irlande à 16 ans faire ses études à l'Irish College à Rome. Il reçut la prêtrise là-bas puis revint dans son pays. En 1670, il est nommé archevêque d'Armagh et primat d'Irlande.

Allant dans les montagnes et les forêts à la recherche de son peuple, il confirma 10000 fidèles en trois mois. Mais, dans le contexte de querelles anglo-irlandaises, il est calomnié et accusé d'avoir préparé un débarquement de soldats français.

Transféré à Londres en 1678, il resta 3 ans en prison avant d'être condamné à être "pendu, vidé et démembré". 

Olivier eut à subir de nombreuses tortures mais ne cessa de rendre grâce à Dieu, pardonnant à ses dénonciateurs et à ses bourreaux.

Saint Olivier remercia le juge et dit à tous ceux qui l'avaient calomnié : Je suis heureux d'aller auprès du Christ dont je vous ai tant parlé.

Son corps repose à l'abbaye de Downside (Comté de Wilts, Angleterre) et sa tête à Drogheda (Comté de Meath, Irlande).

 

Lettre pastorale aux catholiques d'Irlande - Benoît XVI - le 19 mars 2010.

Au 1er juillet du martyrologe romain: à Londres, en 1681, la passion de saint Olivier Plunkett, évêque d’Armagh en Irlande et martyr. Faussement accusé de haute trahison, sous le roi Charles II, et condamné à mort, devant la potence, en présence d’une grande foule, il pardonna à ses ennemis et professa jusqu’au bout, avec courage, la foi catholique.


 

Martyrologe romain

 

Sources: 1; 2; 3

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11 juillet 2024 4 11 /07 /juillet /2024 00:00
Saint Benoît, Le Pérugin, v. 1495-1498

Saint Benoît, Le Pérugin, v. 1495-1498

Benoît naquit dans une petite ville des montagnes de l'Ombrie (Italie), d'une des plus illustres familles de ce pays. Le Pape S. Grégoire assure que le nom de Benoît lui fut providentiellement donné comme gage des bénédictions célestes dont il devait être comblé.

Envoyé à Rome pour s'y instruire des arts libéraux, les désordres qu'il y constata l'amenèrent à réfléchir sur les dangers du monde et à se retirer dans la solitude.

Craignant la contagion du monde, il résolut donc à l'âge de quatorze ans de s'enfuir dans un désert pour s'abandonner entièrement au service de Dieu. Il parvint au désert de Subiaco, à quarante milles de Rome (75 km à l'Est de Rome), sans savoir comment il y subsisterait ; mais Dieu y pourvut par le moyen d'un pieux moine nommé Romain, qui croisant cet adolescent, l'interrogea, l'aida sans s'imposer, lui donna l'habit des solitaires et se chargea de lui faire parvenir sa frugale provision de chaque jour. Trois ans durant, le jeune Benoît vécut dans une grotte presque inaccessible, ignoré des hommes sauf du moine Romain, qui à jours fixes, faisait descendre jusqu'à lui du pain au bout d'une corde munie d'une clochette.

Saint Benoît en prière, 1530, huile sur bois, 106 × 75 cm, Maître de Meßkirch, Staatsgalerie (Stuttgart)

Saint Benoît en prière, 1530, huile sur bois, 106 × 75 cm, Maître de Meßkirch, Staatsgalerie (Stuttgart)

Un jour de Pâques, un prêtre de la région fut envoyé par Dieu pour partager son repas avec Benoît, qui ne savait même pas que c'était le jour de la Résurrection du Seigneur ! Puis des bergers le découvrirent au milieu des broussailles, le prenant d'abord, vêtu de peaux de bêtes, pour quelque animal sauvage. Dès lors affluèrent des visiteurs qui emportaient en échange des dons en nature les paroles de vie tombées de sa bouche.

 

Le signe de la Croix chasse le démon

 

Le jeune solitaire excita bientôt par sa vertu la rage de Satan ; celui-ci apparut sous la forme d'un merle et l'obséda d'une si terrible tentation charnelle, que Benoît fut un instant porté à abandonner sa retraite quand, éclairé de la grâce d'en-Haut, il chassa le démon d'un signe de la Croix et se roula nu dans un fourré d'orties et de ronces. "Par les blessures de la peau, il expulsa de son corps la blessure de l'âme." C'est de ce moment que fut domptée en lui la sensualité. Le buisson s'est changé en un rosier : de ce buisson, de ce rosier est sorti l'arbre immense de l'Ordre bénédictin, qui a couvert le monde.

 

Les combats de Benoît n'étaient point finis.

Au bout de dix ans environ, des moines du voisinage l'avaient choisi pour supérieur ; mais, révoltés par ses exigences, ils finirent cherchèrent à se débarrasser de lui, par le poison. L'épisode est raconté dans le dernier livre de Gabriele Amorth, exorciste défunt du diocèse de Rome (J'ai rencontré Satan, Le Combat du plus célèbre exorciste, Entretiens avec Slawomir Sznurkowski, Traduit de l'italien par Quentin Petit, EdN, Vendôme 2016)  :

 

"Quand les moines de Subiaco ont essayé d'empoisonner S. Benoît, ils lui ont tendu un gobelet. Celui-ci l'a béni et le gobelet s'est brisé. Il est donc parti de Subiaco et s'est installé au Mont Cassin."

 

Il était dans l'ordre de la Providence que Benoît devînt le Père d'un grand peuple de moines et il ne put se soustraire à cette mission. Bientôt se joignirent à lui de si nombreux disciples qu'il fut amené à fonder douze monastères, dans chacun desquels il établit un abbé et plaça douze moines. Il en garda (selon A. de Vogüé) quelques-uns auprès de lui dans un monastère central situé au bord du lac. Les Dialogues montrent, priant ensemble et vaquant à des travaux manuels, des moines de toutes conditions. Parmi eux, un Goth zélé au coeur droit, et quelques jeunes patriciens, entre autres Maur, déjà remarquable par sa sainteté, et Placide, qui avait encore le naturel enfantin de son âge. Celui-ci, un jour, étant allé au lac puiser de l'eau, y tomba. Benoît donna à Maur l'ordre d'aller sauver l'enfant. Le moine y courut, s'imaginant être encore sur la terre, alors qu'il marchait sur l'eau. Il saisit Placide par les cheveux et revint en hâte. Cette course miraculeuse sur les eaux, inouïe depuis l'apôtre Pierre, illustre l'importance attachée à l'obéissance. L'aimable assaut d'humilité qui suivit entre Maur et Benoît eut comme arbitre le petit Placide : "Moi, quand je t'ai tiré de l'eau, j'apercevais au-dessus de ma tête la melote [sorte de manteau en peau de chèvre ou de mouton] de l'Abbé, et je voyais bien que c'était lui qui me sortait de l'eau."

 

De nombreux monastères se fondèrent sous sa direction, se multiplièrent dans toute l'Europe et devinrent une pépinière inépuisable d'évêques, de papes et de saints.

S. Benedetto détruit l'idole d'Apollon, Fra Juan Andrés Rizi, 1662, Musée du Prado, Madrid

 

La réussite de Benoît porta ombrage au prêtre d'une église voisine, Florent, qui se mit à dénigrer l'homme de Dieu, puis tenta vainement, lui aussi, de l'empoisonner. S'en prenant alors à l'âme de ses disciples, "il envoya dans le jardin du monastère sept jeunes filles nues, qui, se tenant par la main, et dansant longtemps sous leurs yeux, devaient allumer dans leur âme la perversité du plaisir." La malveillance ne tarda pas à s'éteindre, car Florent mourut peu après, laissant les moines en paix. Néanmoins, Benoît fut amené à servir Dieu, non plus dans la solitude érémitique, mais en communauté. Sans pour autant se désintéresser de ses premières fondations, il quitta les gorges de l'Aniene, où il avait passé quelque trente-cinq ans, et, peut-être, fit de Maur son successeur à Subiaco.

 

Au Mont-Cassin

 

Longeant alors les Abbruzes en direction du midi pendant 150 kilomètres, il atteignit un site d'une majesté incomparable, le Mont-Cassin, situé aux confins du Samnium et de la Campanie. C'était sur le flanc d'une haute montagne, un haut lieu païen "[...] un vieux temple où Apollon était vénéré par les paysans d'alentour". Le premier soin de Benoît fut de détruire l'idole, de renverser l'autel et d'abattre le bois sacré.  (Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 135-136.) "Et du temple d'Apollon (il) fit une chapelle de Saint Martin. Là où se tenait l'autel profane, il construisit une chapelle de Saint Jean (Baptiste) et, par une prédication continuelle, il convertit un grand nombre des gens qui s'y trouvaient." (Saint Grégoire le Grand, Dialogues, II, 8 : PL 66, 152.) 

 

Benoît semble n'avoir jamais quitté le Mont-Cassin, pas même pour visiter sa fondation de Terracine, éloignée de quelque 80 kilomètres.

 

Volontairement à l'écart du monde, il dut néanmoins recevoir des visiteurs de marque, dont Tolita, le redoutable roi des Goths. Celui-ci, voulant mettre à l'épreuve la perspicacité spirituelle de son hôte, donna l'ordre à l'un de ses écuyers de se présenter à sa place portant les habits royaux et accompagné de trois nobles personnages. Benoît découvrit immédiatement la supercherie, ce qui épouvanta l'écuyer ainsi que le roi; celui-ci, n'osant s'approcher, se prosterna. "Benoît, le serviteur du Seigneur Jésus-Christ, daigna s'avancer alors lui-même vers le roi pour le relever : "Vous faites, lui dit-il et vous avez beaucoup de mal; abstenez-vous enfin de l'iniquité. Vous entrerez dans Rome et passerez neuf ans et mourrez le dixième." Tolita s'amenda, se montra moins cruel; quant à la prophétie, elle s'accomplit à la lettre (Tolita, dit "l'Immortel" fut élu roi d'Italie en 541 et mourut en 552). Cette visite se placerait dans le deuxième moitié de l'année 546.

 

Parmi ses innombrables miracles, citons les deux suivants : un de ses moines avait, en travaillant, laissé tomber le fer de sa hache dans la rivière. Benoît prit le manche de bois, le jeta sur l'eau, et le fer, remontant à la surface, revint prendre sa place. Une autre fois, cédant aux importunes prières d'un père qui le sollicitait de ressusciter son fils, Benoît se couche sur l'enfant et dit : "Seigneur, ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cet homme !" Aussitôt l'enfant s'agite et va se jeter dans les bras paternels.

 

La vertu du travail 

 

L'oisiveté est l'ennemie de l'âme.

 

"La croyance en la vertu du travail et d'une vie simple a bien accompagné la naissance du capitalisme, mais cela eut lieu des siècles avant que Martin Luther ne voie le jour (Lewis Mumford, The Myth of the Machine, vol. I, New York, Harcourt Brace Jovanovich, 1967, I : 272).

"[...] La vertu du travail fut mise en lumière au cours du VIe siècle par saint Benoît, qui écrivit dans sa célèbre règle : 'L'oisiveté est l'ennemie de l'âme. C'est pourquoi les frères devront avoir des périodes réservées au travail manuel comme aux lectures priantes. [...] S'ils vivent du travail de leurs mains, comme le faisaient nos pères et les apôtres, alors ils seront véritablement des moines.'  (Ch. 40, Le travail manuel quotidien).

"[...] C'est cet engagement envers le travail manuel qui distinguent tant l'ascétisme chrétien de celui qu'on trouve dans les autres grandes cultures religieuses où la piété est associée au rejet du monde et de ses activités. Contrairement par exemple aux saints hommes de l'Orient, qui se consacrent à la méditation et vivent de la charité, les habitants des monastères du Moyen-Âge chrétien vivaient de leurs propres travail, entretenant des domaines hautement productifs.

"Cela empêcha non seulement que le 'zèle ascétique ne se pétrifie dans une fuite du monde' (Friedrich Prinz, dans la traduction de Lutz Kaelber, Schools of Ascetism : Ideology and Organization in Medieval Religious Communities, University Park, Pennsylvania State University Press, 1998 : 66), mais soutint aussi un saint intérêt pour les affaires économiques." (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 101-102.)

En introduisant une règle monastique fondée sur la réhabilitation du travail manuel et du travail intellectuel et en invitant aussi ses moines à redécouvrir l'héritage intellectuel de l'Antiquité, Saint Benoît a ouvert la voie à un monde nouveau : le pape Grégoire le Grand (590-604) s'emploiera à diffuser cette règle, ce qui contribuera au développement des abbayes bénédictines en Francie du Nord, ainsi que dans les chrétientés anglo-saxonne et irlandaise durant les VII et VIIIe siècles. 

 

Charlemagne va largement promouvoir cette règle dans le but de pacifier et d'unifier son territoire. En 817 son fils Louis le Pieux imposera à tous les monastères d'occident de la respecter ; le nom de "Benoit" donnera naissance à l'ordre des "bénédictins", ordre d'appartenance des futurs clunisiens et cisterciens : il peut à juste titre être considéré comme le père du monachisme occidental. Cette performance est d'autant plus remarquable qu'elle intervient dans une société en décomposition où la paix romaine a depuis longtemps cédé la place aux guerres entre barbares. Il s'agit du legs spirituel le plus important que la période mérovingienne laissera aux siècles suivants.

 

Saint Benoît de Nursie (patron de l'Europe), fondateur (480-547)

 

Aujourd'hui, un autre leg de Saint Benoît est la Croix de Saint-Benoît, portant le recto et le verso de la "médaille de saint Benoît". Le célèbre exorciste romain, Don Gabriele Amorth, utilisait cette croix lors de ses exorcismes

 

La vertu de la "médaille de saint Benoît" réside dans l'invocation du Christ par l'intercession de saint Benoît. Elle donne une protection particulière contre les attaques du démon, les tentations de toutes natures et les maladies. On peut porter la médaille sur soi ou la fixer sur la porte des maisons et des étables et dans l'auto. On évitera naturellement d'attacher une valeur superstitieuse à la possession de la médaille. Il ne suffit pas de la porter ou de la mettre dans un endroit que l'on veut protéger. Il faut avant tout vouloir conformer sa propre vie à l'Évangile.

 

Une curieuse histoire nous est rapportée à ce propos. On raconte qu'en 1647, on emprisonna quelques nécromanciennes en Bavière. En les interrogeant, elles déclarèrent que leurs agissements superstitieux étaient toujours restés sans effet aux endroits où se trouvait l'emblème de la sainte croix ; leur domination ne pouvant notamment atteindre le couvent de Metten, elles en conclurent que ces lieux étaient particulièrement protégés. Après des investigations faites audit couvent, on constata que plusieurs peintures de la croix appliquées de longue date sur les murs, portaient certaines lettres auxquelles on n'avait plus prêté attention. La signification de ces lettres ne put être trouvée que lorsqu'on découvrit dans la bibliothèque du couvent un manuscrit datant de 1415, dans lequel saint Benoît figurait portant dans la main droite une crosse se terminant par une croix. Sur cette crosse, on lisait le texte suivant: "Crux sacra sit M lux Non Draco sit Mihi Dux." Sa main gauche tenait un parchemin enroulé sur lequel figuraient les mots suivants: "Vade Retro Satana Nunquam Suade Mihi Vana. Sunt Mala Quae Libas Ipse Venena Bibas." Ce document révéla l'origine et le sens des lettres apposées aux murs; celles-ci formaient les initiales du libellé et du manuscrit. Ce fut à partir de cette époque que la médaille de saint Benoît commença de se répandre.

 

Saint Benoît est représenté habituellement la croix brandie comme une arme de défense sur une des faces de la médaille dans une main et dans l'autre un livre, la sainte Règle. Sur l'autre face de la médaille figurent en abrégé les inscriptions suivantes:

 

C S P B : Crux Sancti Patris Benedicti : Croix du saint Père Benoît.

 

Sur l'arbre de la croix, on lit de gauche à droite :

N D S M D : Non Draco Sit Mihi Dux : Le dragon ne doit pas être mon guide.

 

De haut en bas :

C S S M L : Crux Sacra Sit Mihi Lux : La croix doit être ma lumière.

 

Une inscription plus longue entoure la croix. Elle commençait autrefois par le nom de Jésus "IHS" (trois premières lettres de IHΣOYΣ, "Jésus" en grec, ultérieurement réinterprété comme "Ièsous hèmôn sôter", ou "Iesus Hominis Salvator", "Jesus Sauveur de l'homme".) Elle a été remplacée par le mot "PAX".

 

L'inscription qui entoure la médaille se poursuit par les initiales :

V R S N S M V : Vade Retro Satana, Numquam Suade mihi Vana : Arrière Satan, ne me tente jamais par la vanité.

 

S M Q L I V B : Sunt Mala Quae Libas, Ipse Venenum Bibas : Ce que tu offres, ce n'est que du mal, ravale ton poison.

 

La plus ancienne forme de la médaille de saint Benoît est ovale et porte le monogramme de Jésus à son sommet, comme il a été dit (IHS): la nouvelle forme de médaille, dans le style de Beuron, est ronde. Elle a été créée pour le Jubilé de saint Benoît de 1880, 1400ème anniversaire de sa naissance. Elle est aujourd'hui encore en usage sous le nom de médaille du Jubilé. Ainsi qu'il a été mentionné plus haut, à la place de "IHS", elle porte au-dessus de la croix de saint Benoît, la devise bénédictine "PAX", "Paix". C'était à l'origine un monogramme du Christ en lettres grecques Chi - Rho, qui a donné en latin XP, d'où PAX.

Cette devise fut d'abord celle de la Congrégation Bénédictine cassinienne avant de devenir celle de l'ordre bénédictin tout entier.

 

Saint Benoît détruit l'idole d'Apollon, Giuseppe Velasco, XVIIIème siècle, chiesa dell'Immacolata Concezione, Palerme

Saint Benoît détruit l'idole d'Apollon, Giuseppe Velasco, XVIIIème siècle, chiesa dell'Immacolata Concezione, Palerme

"Il n'est pas illégitime de faire de Benoît de Nursie l'un des pères de la culture européenne, tant la règle qu'il rédige au VIe siècle va devenir un modèle pour tous ces monastères qui, à côté de la prière, font aussi du savoir une de leurs tâches : les moines bénédictins éduqueront l'Europe." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 103-104.)

Tolita et saint Benoît, vers 1400-1410, de Spinello Aretino, Abbaye territoriale Santa Maria de Monte Oliveto Maggiore, Florence

Tolita et saint Benoît, vers 1400-1410, de Spinello Aretino, Abbaye territoriale Santa Maria de Monte Oliveto Maggiore, Florence

SOURCES :  (1); (2); (3); (4); Gabriele AMORTH, J'ai rencontré Satan, Le Combat du plus célèbre exorciste, Entretiens avec Slawomir Sznurkowski, Traduit de l'italien par Quentin Petit, EdN, Vendôme 2016, p. 125 ; Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019.

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9 juillet 2024 2 09 /07 /juillet /2024 00:00
Sainte Amandine de Hasselt, martyre (1872 - 1900)

Sainte Amandine de Hasselt, martyre (1872 - 1900)

Née en Belgique, Pauline Jeuris se fit sœur Marie-Amandine, franciscaine, et partit en mission en Chine.

 

Sa joie de vivre et sa bonté firent qu'on l'appela la "Vierge européenne qui rit toujours". Elle fut assassinée au cours de la guerre de Boxers alors qu'elle avait à peine 28 ans.

 

Elle fut béatifiée le 24 novembre 1946 et canonisée le 1er octobre 2000 avec les martyrs de Chine.

 

Sources: (1); (2)

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9 juillet 2024 2 09 /07 /juillet /2024 00:00
Saintes Martyres d'Orange (†  1794)

Sous la Révolution française furent arrêtées et rassemblées à la prison d'Orange, cinquante-deux religieuses du Vaucluse et de la région d'Avignon, accusées "d'avoir voulu détruire la République par le fanatisme et la superstition."

 

Ce qu'elles vécurent le jour de leur mort entre le 6 juillet et le 26 juillet 1794, existe dans les archives: "5h: lever et méditation, prières de la messe - 7h: déjeuner - 8h: litanies des saints et autres prières - 9h: plusieurs sont convoquées au tribunal et elles se disent un joyeux adieu - Celles qui restent prient pour celles qui partent et méditent un chemin de croix. - 18h: le roulement de tambour annonce que les condamnées montent à l'échafaud. Les prisonnières qui restent disent les prières des agonisants. Quand le tambour cesse, elles chantent le "Te Deum."

 

Aucune n'avait peur, aucune ne signa le serment qui lui eût épargné la mort. Elles chantent même un hymne dont le refrain est plein d'humour: "Bien loin que la guillotine me cause quelque frayeur, mon Dieu me fait voir en elle un moyen très précieux qui, par une voie nouvelle, me conduit droit aux cieux."

 

Trente-deux d'entre elles furent décapitées.

 

Elles montèrent toutes joyeusement à l’échafaud, chantant et priant pour leurs persécuteurs qui admiraient leur courage : « Ces bougresses-là meurent toutes en riant ». Les dix autres religieuses détenues furent sauvées par la chute de Robespierre, le 28 juillet, et libérées en I795.

Les corps des martyres furent jetés dans des fosses communes, dans le champ Laplane (à Gabet), situé à 4 kilomètres de la ville, au bord de l’Aygues, et une chapelle y fut bâtie en 1832. 

 

Voir les Martyres d'Orange béatifiées par le pape Pie XI le 10 mai 1925.

 

 

À Orange en Provence, l'an 1794, les bienheureuses vierges et martyres Rosalie-Clotilde Bès (Sœur Sainte-Pélagie), Marie-Élisabeth Pélissier (Sœur Saint-Théoctiste), Marie-Claire Blanc (Sœur Saint-Martin), sacramentines de Bollène, et Marie-Marguerite de Barbegie d'Albarède (Sœur Sainte-Sophie), ursuline de Pont-Saint-Esprit, guillotinées sous la Révolution française pour leur fidélité à la vie religieuse.

Martyrologe romain

Saintes Martyres d'Orange (†  1794)
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8 juillet 2024 1 08 /07 /juillet /2024 00:00
Saints Aquila et Priscille (Ier siècle)

Prisca et son époux saint Aquila étaient des judéo-chrétiens qui s'étaient installés à Rome où ils exerçaient le métier de fabricant de tentes. Juifs expulsés par l'édit de Claude, ils s'établirent à Corinthe et c'est là qu'ils rencontrèrent saint Paul qui travaillait avec eux et les salua dans plusieurs de ses lettres. (Rm 16, 3; 1 Co 16, 19; 2 Tm 4, 19)

 

'Une vie commune, en mouvement, avec le regard fixé sur le Christ. C’est leur dynamisme qui frappe dans le témoignage de foi d’Aquila et Priscille, amis intimes de Paul de Tarse.' (VaticanNews).

 

Ils s'installèrent à Ephèse et c'est probablement là qu'ils accomplirent leur martyre.

 

A Corinthe, Paul rencontre Priscille et Aquila, un ménage juif chassé de Rome en 49 par l'édit d'expulsion de l'empereur Claude, car «les Juifs se soulevaient continuellement à l'instigation d'un certain Chrestos» (Suétone, Claude, 25,11). On les retrouvera à Rome, après la mort de Claude, en 54, pour accueillir l'apôtre prisonnier. Entre-temps, ils l'auront accompagné à Ephèse, y prenant en charge l'Église et évangélisant. (Les premières structures ecclésiales - Basilique Papale - Saint-Paul-hors-les-murs)

Le 8 juillet, commémoraison des saints Aquila et Prisca ou Priscille, époux, qui se firent à Corinthe les compagnons de travail de saint Paul, rassemblant l'Église dans leur maison et risquant leur tête pour sauver la vie de l'Apôtre.

 

Martyrologe romain

Le martyr d’Aquila, fresque de l’église du monastère serbe orthodoxe de Gračanica près de Pristina au Kosovo (v. 1320)

Le martyr d’Aquila, fresque de l’église du monastère serbe orthodoxe de Gračanica près de Pristina au Kosovo (v. 1320)

Sources : 12

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7 juillet 2024 7 07 /07 /juillet /2024 00:00
Saint Raoul Milner et ses compagnons, martyrs en Angleterre (+ 1591)
Vieux paysan illettré, Ralph (Raoul) Milner, père de 8 enfants, fut exécuté avec tout un groupe d'habitants de Winchester (Angleterre) pour avoir abjuré le protestantisme et être revenu au sein de l'Eglise.

Il restait à peine cent mille catholiques en Grande Bretagne quand la reine Elisabeth, fille d'Henri VIII créa "l'inquisition anglaise"; Les catholiques ne pouvaient ni sortir de leurs village ni assister à une messe romaine sans payer une forte amende et, pour les prêtres, sans encourir la peine de mort.

Ralph Milner était un laboureur illettré et Roger Dickenson un prêtre. Ralph, arrêté pour avoir entendu la messe, ne pouvait payer l'amende. Il fut jeté en prison et comme il avait aidé le prêtre, ils furent tous deux pendus côte à côte.
 
Lorsque Raoul s'approcha du gibet avec le père Dickenson, on lui amena ses enfants pour le faire céder enfin. Il demeura inébranlable dans ses convictions et donna à ses enfants sa dernière bénédiction.

Raoul Milner béatifié en 1929, fait partie des Quarante martyrs d'Angleterre et du Pays de Galles qui ont été canonisés en 1970.

Sources: 1, 2, 3, 4
 
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6 juillet 2024 6 06 /07 /juillet /2024 00:00
Statue de Sainte Marie Goretti dans l'église catholique romaine Saint-Martin de Visé (Belgique)

Statue de Sainte Marie Goretti dans l'église catholique romaine Saint-Martin de Visé (Belgique)

Modèle et protectrice de la jeunesse féminine, Sainte Maria Goretti fut assassinée par un voisin qui voulait abuser d’elle. Son martyre fut reconnu par l'Église catholique, qui la vénère comme sainte depuis 1950.

Maria naquit dans le petit village de Corinaldo, le 16 octobre 1890, troisième d'une famille de sept enfants. En 1899, son père, cultivateur pauvre, déménagea dans une ferme au bord de la Méditerranée, près de Nettuno. Il mourut peu de temps après, laissant six enfants à nourrir. Assunta, son épouse, décida de continuer la rude tâche à peine commencée et confia la garde des petits à Maria, âgée alors que de neuf ans. La petite fille d'une maturité précoce devint très vite une parfaite ménagère. Le jour de la Fête-Dieu, elle communia pour la première fois avec une ferveur angélique. Elle s'appliquait avec délices à la récitation quotidienne du chapelet. Maria Goretti ne put apprendre à lire, car la pauvreté et l'éloignement du village l'empêchèrent de fréquenter l'école.

La pieuse enfant ne tint cependant aucun compte des difficultés et des distances à parcourir lorsqu'il s'agissait de recevoir Jésus dans le Saint Sacrement. «Je puis à peine attendre le moment où demain j'irai à la communion», dit-elle l'après-midi même où elle allait sceller de son sang sa fidélité à l'Epoux des vierges.

Les Serenelli, proches voisins de la famille Goretti, étaient des gens serviables et honnêtes, mais leur fils Alessandro se laissait entraîner par des camarades corrompus et des lectures pernicieuses. Il venait aider la famille Goretti pour des travaux agricoles trop pénibles. Maria l'accueillait, reconnaissante, trop pure pour se méfier. Ce jeune homme ne tarda pas à lui tenir des propos abjects, en lui défendant de les répéter. Sans bien comprendre le péril qui la menaçait et craignant d'être en faute, Maria avoua tout à sa mère. Avertie d'un danger qu'elle ignorait, elle promit de ne jamais céder.

Alessandro Serenelli devenait de plus en plus pressant, mais prudente, l'adolescente s'esquivait le plus possible de sa présence. Furieux de cette sourde résistance, le jeune homme guettait le départ de la mère pour pouvoir réaliser ses desseins pervers.

L'occasion tant attendue se présenta le matin du 6 juillet. Alessandro se précipita brutalement sur Maria, alors seule et sans défense. Brandissant sous ses yeux un poinçon dont la lame acérée mesurait 24 centimètres, il lui fit cette menace: «Si tu ne cèdes pas, je vais te tuer!» La jeune chrétienne s'écria: «Non! c'est un péché, Dieu le défend! Vous iriez en enfer!» Déchaîné par la passion, n'obéissant plus qu'à son instinct, l'assassin se jette sur sa proie et la laboure de quatorze coups de poinçon.

Lorsqu'Assunta est mise au courant du drame, Maria git mourante à l'hôpital de Nettuno. Le prêtre au chevet de la martyre, lui rappelle la mort de Jésus en croix, le coup de lance et la conversion du bon larron: «Et toi, Maria, pardonnes-tu? lui demanda-t-il. -- Oh, oui! murmura sans hésitation la douce victime, pour l'amour de Jésus, qu'il vienne avec moi au Paradis.» Les dernières paroles que la Sainte prononça au milieu d'atroces douleurs, furent celles-ci: «Que fais-tu Alessandro? Tu vas en enfer!» et comme elle se détournait dans un ultime effort, son coeur cessa de battre.

Le 24 juin 1950, le pape Pie XII canonisait Maria Goretti, martyre à douze ans pour avoir défendu sa pureté jusqu'à la mort. Dans son allocution, le Saint-Père déclarait: «Elle est le fruit mûr d'une famille où l'on a prié tous les jours, où les enfants furent élevés dans la crainte du Seigneur, l'obéissance aux parents, la sincérité et la pudeur, où ils furent habitués à se contenter de peu, toujours disposés à aider aux travaux des champs et à la maison, où les conditions naturelles de vie et l'atmosphère religieuse qui les entouraient les aidaient puissamment à s'unir à Dieu et à croître en vertu. Elle n'était ni ignorante, ni insensible, ni froide, mais elle avait la force d'âme des vierges et des martyrs, cette force d'âme qui est à la fois la protection et le fruit de la virginité.»

On parle de miracles qui eurent lieu sur sa tombe. Mais le plus remarquable fut sans aucun doute la conversion d'Alessandro. Alessandro Serenelli fut condamné à une peine de trente ans de prison pour son crime. Il refusa de se repentir pendant plusieurs années. Une nuit, en 1910, il rêva que Maria lui offrait quatorze lys. Ce rêve lui fit réaliser le mal qu'il avait fait et il se repentit. Après sa libération, qui intervint après vingt-sept années de détention, il alla voir la mère de Maria, Assunta, et la supplia de lui pardonner. Elle accepta et ils assistèrent à la messe ensemble le lendemain, recevant la Sainte Communion l'un à côté de l'autre. Alessandro Serenelli devint alors un frère laïc capucin.

Résumé tiré de A. Gualandi -- L. Tonini, édition 1947. W. Schamoni, édition 1955, p. 302.


 

Discours du pape Pie XII adressé à la jeunesse catholique, contre l'esprit du Mal, au lendemain des cérémonies de Béatification de Ste Maria Goretti :

 

« Malheur au monde à cause des scandales. Malheur à ses corrupteurs conscients et volontaires du roman, du journal, de la revue, du théâtre, du film, de la mode indécente. Malheur à ces jeunes écervelés qui, par une blessure fine et légère, portent l'infection morale dans un coeur encore vierge. Malheur aux pères et mères qui, dépourvus d'énergie et de prudence, cèdent aux caprices de leurs fils et de leurs filles, renoncent à cette autorité paternelle qui est sur le front de l'homme et de la femme comme reflet de la majesté divine. Mais malheur aussi à tant de chrétiens de nom et d'illusion qui pourraient se dresser et qui verraient se lever derrière eux des légions de personnes intègres et droites, prêtes à lutter par tous les moyens contre le scandale. La Justice légale punit - et c'est son devoir - l'assassin d'un enfant. Mais ceux qui ont armé son bras, qui l'ont encouragé, qui, indifférents ou peut-être même avec un sourire indulgent l'ont laissé faire, quelle législation humaine osera jamais ou pourra, si elle le voulait, les punir comme ils le méritent ? Et pourtant, les vrais, les grands coupables, ce sont eux. Sur eux, corrupteurs conscients ou complices inertes, pèse terrible la Justice de Dieu.

« Aucun pouvoir humain n'aura-t-il donc en soi-même la force d'émouvoir et de convertir ces coeurs corrompus ou corrupteurs ? La force d'ouvrir les yeux et de secouer la torpeur de tant de chrétiens insouciants ou timides ? Le sang de la martyre et les larmes du meurtrier repenti et pénitent feront ce miracle, Nous l'espérons.»

 

Sources: 1, 2, 3, 4

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5 juillet 2024 5 05 /07 /juillet /2024 00:00
Saint Antoine-Marie Zaccaria, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 16.

Saint Antoine-Marie Zaccaria, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 16.

Antonio Maria Zaccaria naît en 1502 à Crémone (Italie), d'une famille d'opulents patriciens. Son père, enlevé par une mort soudaine alors qu'Antonio était encore au berceau, laissa sa mère veuve à l'âge de dix-huit ans. Elle se consacra tout entière à l'éducation de son fils. Chrétienne fervente, elle s'appliquait surtout à former le petit Antoine-Marie à la vertu. À son école, il apprit vite à soulager les pauvres avec une grande compassion. Cet enfant au bon cœur allait jusqu'à se priver volontairement de nourriture pour pouvoir nourrir et vêtir les indigents. Sa sincère charité lui attira d'abondantes bénédictions et des grâces de choix.

 

Le jeune Antoine-Marie Zaccaria étudia la philosophie à Pavie, puis à Padoue. Reçu docteur en médecine à l'âge de vingt-deux ans, il choisit sa ville natale pour exercer son art. Tout en soignant les corps, il cherchait à faire du bien aux âmes. Une inspiration intérieure le poussait à embrasser l'état ecclésiastique. Pour se préparer à l'apostolat des âmes, il se mit à étudier avec ardeur la théologie, les écrits des Pères de l'Église ; il reçut l'ordination sacerdotale le 20 février 1529. Pendant ses études, il ne perdit jamais de vue sa propre sanctification ni celle de son prochain. Il visitait les malades dans les hôpitaux, rassemblait les petits enfants abandonnés et leur enseignait le catéchisme.

Saint Antoine-Marie Zaccaria, prêtre et fond. (1502-1539)

 

Saint Antoine-Marie Zaccaria

Devenu prêtre, il œuvra à Crémone où sa parole simple et persuasive ramena beaucoup de chrétiens à la pratique de leurs devoirs. "Allons voir l'ange de Dieu !" disaient ses compatriotes. Bien qu'il passât des heures au confessionnal, il ne suffisait pas à la tâche. C'est alors qu’Antoine-Marie songea à réunir autour de lui un certain nombre de prêtres zélés, qui tout en s'appliquant à se sanctifier eux-mêmes, travailleraient en plus à la sanctification de leurs frères en combattant l'ignorance, la paresse et la corruption du siècle. Ces prêtres menaient une vie pauvre et frugale, prêchant surtout par l'exemple. "C'est le propre des grands cœurs, de vouloir servir sans récompense, combattre sans ravitaillement assuré", leur disait-il.


 

Le pape leur permit de constituer une nouvelle congrégation sous le nom de : "Clercs réguliers de St-Paul". On leur confia l'église St-Barnabé à Milan, d'où leur vint le nom de: "Barnabites". Le zélé fondateur institua encore des Conférences spirituelles pour les prêtres. Les personnes mariées eurent une Congrégation spéciale où elles s'exercèrent aux bonnes œuvres corporelles et spirituelles de Miséricorde. Il fonda en outre un ordre de religieuses, dites les "Angéliques de Saint-Paul" pour l'instruction des jeunes filles pauvres et l'entretien des linges des églises.


 

La dévotion à la Sainte Eucharistie fut son moyen de choix pour conquérir les cœurs à Dieu. En 1534, il commença à exposer publiquement le très Saint Sacrement durant quarante heures, en souvenir du temps que le corps du Sauveur demeura dans le tombeau. C'est à lui que l'on doit cette bienfaisante institution des Quarante-Heures. Devant ce renouveau chrétien, les médiocres traitèrent les fervents de fanatiques et de superstitieux.


 

Antoine-Marie Zaccaria fut critiqué, moqué, décrié, mais une grande paix et une grande sérénité ne cessaient d'envelopper son âme. En 1539, épuisé par une mission qu'il prêchait à Guastalla, sa santé fléchit soudainement. Le Saint se rendit à Crémone, chez sa mère; ses religieux vinrent l'y voir une dernière fois ; il leur annonça sa mort prochaine qu'il venait d'apprendre par révélation.

 

Après avoir reçu l'extrême-onction et le saint viatique, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur, le 5 juillet 1539, à l'âge de trente-sept ans. (1)

 

Il fut enseveli dans le cimetière du couvent des Sœurs de Saint Paul, à Milan où il fut vite honoré comme un saint. Vingt-sept années plus tard, sa dépouille fut relevée, et son corps fut découvert incorrompu. Actuellement, ses restes reposent à Milan. (2)

 

Antonio Maria Zaccaria a été inscrit dans le livre des saints, le 27 mai 1897, par le pape Léon XIII.

 

Antoine-Marie Zaccaria

 

Sources: (1) Tiré de: Frères des Écoles Chrétiennes, Vies des Saints, Edition 1932, p. 233-234 ; (2) ; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 15.

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3 juillet 2024 3 03 /07 /juillet /2024 00:00
 "Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !" Jn 20,29

"Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !" Jn 20,29

Il est resté le modèle des incrédules, de ceux qui veulent "voir" pour croire.

 

Appelé Didyme (le Jumeau), Thomas fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique pour en faire ses apôtres. Il est "l'un des Douze" comme le précise S. Jean (Jn 21). Le même Jean nous rapporte plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. Lorsque Jésus s'apprêta à partir pour Béthanie en Judée au moment de la mort de Lazare, il y avait danger et les disciples lui rappelèrent qu'on avait voulu le lapider là-bas : "Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider." Jésus maintint sa décision et Thomas dit alors aux autres disciples: "Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui."

 

À la dernière Cène, quand Jésus dit à ses disciples : "Je vais vous préparer une place, et quand je serai allé et vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi vous soyez", Tomas fit celui qui ne comprenait pas : "Seigneur, nous ne savons pas où vous allez, comment saurions-nous le chemin ?" Il s'attira cette merveilleuse réponse du Maître : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne va à mon Père, si ce n'est par moi." (Jn, 14, 6.)

 

Thomas était absent lors d'une des apparitions de Jésus ressuscité. Quand on lui raconta cette apparition, Thomas fut si étonné d'une telle merveille, qu'il en douta et dit vivement: "Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point." (Jn 20, 25.) Voilà le second caractère de Thomas, esprit trop raisonneur. Mais son premier mouvement d'hésitation, en chose si grave, ne fut pas un crime et huit jours plus tard, Jésus apparut de nouveau et reprit les paroles même de l'Apôtre: "Mets ici ton doigt, et regarde mes mains; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois plus incrédule, mais croyant." (Jn, 20, 27.) Que fit alors Thomas? Nous le savons; il affirma alors sa foi : "Mon Seigneur et mon Dieu!"

 

Dieu permit l'hésitation de cet Apôtre pour donner aux esprits difficiles une preuve de plus en faveur de la résurrection de Jésus-Christ. Parmi les douze articles du Symbole, S. Augustin attribue à saint Thomas celui qui concerna la Résurrection.

L'Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

L'Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

On retrouvera Thomas dans le groupe de ceux qui verront Jésus ressuscité au bord du lac (Jn XXI,2.)

 

Thomas en Inde et en Chine

 

Quand les Apôtres se partagèrent le monde, les pays des Parthes et des Perses et les Indes furent le vaste lot de son apostolat.

Les chrétiens de l'Inde attribuent à S. Thomas leur évangélisation et se donnent eux-mêmes le nom de "chrétiens de saint Thomas", et prétendent en garder la tombe.

 

"La parole portée par saint Thomas en Inde [...] ne fait aucun doute pour l'Eglise d'Orient; [...] elle est attestée par maints auteurs des premiers siècles de notre ère; [...] elle est soutenue par la communauté chrétienne de l'Inde. [...] Saint Ephrem, [...] mort en 373, le confirme. [...] Saint Jean Chrysostome, S. Grégoire de Naziance, S. Jérôme, l'historien Eusèbe, lequel disait le tenir d'Origène (185-254), attestaient la présence de Thomas en Inde." (Pierre PERRIER, Xavier WALTER, Thomas fonde l'Église en Chine (65-68 ap. J.-C.), Asie Éditions du Jubilé, Mercuès 2008, p. 149-150.)

 

Au chapitre IV de l'ouvrage publié en 2016, "Les Apôtres en Inde", Ilaria Ramelli observe que le christianisme indien, qu’il s’agisse de ses rites, ses titres, ses coutumes, ses légendes, est pétri d’archaïsmes reconductibles à ce même christianisme syro-araméen primitif qui faisait de l’Évangile de Matthieu son texte central. Elle montre comment Thomas est lui-même fortement lié au christianisme syro-araméen pour avoir été à l’origine (en personne, ou à travers son disciple Thaddée) de l’évangélisation de la ville d’Édesse, de l’Osroène dont elle est la capitale, et de la Mésopotamie.

 

Au chapitre V, du même ouvrage, Cristiano Dognini examine la présence d’échos chrétiens dans les mythes spécifiques à la naissance de Krishna, qui font leur apparition dans le panorama de la littérature sanscrite autour du IIe siècle ap. JC. L’auteur constate que les emprunts de motifs tirés des Évangiles (tels que le Massacre des Innocents, la Fuite en Égypte, ou l’Annonciation…) sont indubitables; il en déduit que les récits chrétiens étaient assez connus en Inde pour que l’hindouisme se les approprie et les intègre au service de ses propres cycles mythiques.

Le même phénomène d'appropriation des mystères chrétiens sera l'objet du bouddhisme en Chine.

"L'évangélisation de l'Empire du Milieu a commencé dès le Ier siècle de l'ère chrétienne, et [...] a été le fait de l'apôtre Thomas en personne." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 9).

La doctrine bouddhiste ne touchant significativement la Chine qu'aux IIe et IIIe siècles ap. J.-C. (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 68), Pierre Perrier explique qu'il était "clair que la thèse bouddhiste avait situé au Ier siècle des évènements qui n'avaient pu avoir lieu que par la route de la soie au IIe siècle, et suite au préalable à la formulation du 'Grand Véhicule', postérieure à 135 dans la religion syncrétiste des Kouchans. [...] La récupération anachronique d'un évènement antérieur posait le problème du contenu originel qui avait permis au bouddhisme de passer du 'Petit véhicule' (école ancienne. Ndlr) au 'Grand véhicule'" (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 53), dont le corpus d'écritures canoniques (les sūtra) le représentant est achevé autour du IIe siècle après J.-C. "'Grand véhicule', lui-même source directe du bouddhisme Fo ou chinois (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 20.)

La découverte d'une tombe chrétienne (et non pas bouddhique) à Xuzhou, jadis Pengcheng et capitale de la province maritime de l'Empire, [...] d'une époque proche de la mission de Thomas, puisqu'elle n'en est postérieure que d'une vingtaine d'années [...], cette chambre funéraire, destinée à des dignitaires de l'Empire, affichait dans l'iconographie de ses bas-reliefs des thèmes déjà apparus comme spécifiquement chrétiens à un chercheur de la Chine ancienne Wang WEIFAN, auquel toutefois on s'était empressé d'opposer un argumentaire bouddhiste propre à refuser toute origine chrétienne à des motifs et des scènes qui, à l'évidence, appelaient une explication biblique. (Musée de Xuzhou, Xuzhou Han Stone Carving, The Han Dynasty Stone Relief in Buining County). Cette sépulture collective renfermait les restes de personnes de qualité, ayant de ce fait sans doute été de l'entourage du gouverneur de Pengcheng, Ying, le demi-frère de l'empereur Mingdi. A été montrée l'origine chrétienne des sculptures de 'Port-touche-nuage'. Le Pr. Wang se convainquit du substrat biblique permettant de mieux interpréter les scènes représentées. [...] Or, [...] force est de reconnaître plusieurs figurations de Vierge à l'Enfant, d'une part, et d'autre part, de la prédication de l'Apôtre. Son iconographie vient confirmer que la prédication apostolique était complète, détaillée, comprenant des références à l'Ancien Testament et aux Évangiles, dans leur forme encore de 'mémoires des apôtres'. [...] À ces pièces capitales, il faut joindre la coupe yi (un vase rituel) trouvée près de Xuzhou également, dans une tombe. Elle [...] porte deux poissons séparés, cinq pains ronds stylisés les accompagnent. [...] Certes, les poissons rappellent un motif chinois ancien présent dans des coupes, à deux poissons aussi, gage de bonheur. Mais ceux-ci figurent accolés et symétriques entre eux. On ne manquera pas, en revanche, de rapprocher le yi de Xuzhou des couples plates utilisées en Palestine pour les repas. De toute évidence, les poissons et les cinq pains ronds stylisés de ce yi trahissent une influence liturgique chrétienne. Peut-on ne pas penser aux cinq pains d'orge et aux deux poissons de la multiplication des pains (Mt 15, 32-39) ? [...] La figuration de deux poissons [...) dans la symbolique judéo-chrétienne, il s'agit de la mémoire des annonces du Messie par les rouleaux des psaumes et des prophètes qui complètent l'enseignement des cinq pains-volumes de la Torah. Ce signe est très spécifique à l'Église judéo-chrétienne, car il renvoie au début de l'enseignement par des enfants d'Israël du mystère de l'Eucharistie selon le Collier (aide-mémoire) du Pain de Vie, qui est le cœur de la première forme d'enseignement des apôtres selon les mémoires de Pierre et Jean." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 43 et 112; 115.)

"La découverte de porcelaines fines à décor judéo-chrétien des deux poissons et cinq pains, mémoire du début du 'collier' du Pain de Vie, donc à usage liturgique, montre que les communautés fondées étaient structurées autour de la célébration de la messe et des sacrements." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 144.)

"D'autres traces de cette prédication nous sont offertes dans les musées chinois, par divers objets provenant de gisements archéologiques différents : ce sont essentiellement des croix ou des figures incluant des croix. (voir dessin 19.1 in P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 114. Photo ci-dessous.) [...]

Pierre PERRIER, Xavier WALTER, Thomas fonde l'Église en Chine (65-68 ap. J.-C.), Asie Éditions du Jubilé, Mercuès 2008

Pierre PERRIER, Xavier WALTER, Thomas fonde l'Église en Chine (65-68 ap. J.-C.), Asie Éditions du Jubilé, Mercuès 2008

D'autres représentations existent, qui présentent notamment un fidèle priant au pied de la croix. Les nombreuses croix relevées recouvrent un espace qui, du nord au sud, s'étend sur près de mille kilomètres à partir du Fleuve jaune; de même d'Est en Ouest. Cela représente une bonne partie de l'Empire du Milieu et permet d'affirmer que, la plupart des croix étant datées du IIe siècle au début du IIIe, l'imprégnation chrétienne atteignit une grande partie de la Chine, avant la fin de la période Han (220). [...] On a même retrouvé une croix du début du IIIe siècle qui portait un très beau poème de lettré chrétien." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 114.) [...] L'église de Chine commencera à connaître la persécution [...] à la fin du IIe et durant le IIIe siècle." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 145.)

"[...] et des traces (archéologiques et littéraires) d'une église ! (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 116.)

 

Thomas emprunta "la route de la mer et les ports de l'Inde méridionale. Son projet allait être couronné de succès : Lianyungang, Xuzhou, Luoyang en offrent des preuves archéologiques. [...] Thomas [...] partait à l'aventure, [...] mais sans doute avait-il déjà reçu, à Meilapoutram (Madras) quelques informations." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 53).

 

Thomas mena sa mission vers l'Est en compagnie de S. Barthélémy. "Ils prirent  part à la réunion de l'année 37, probablement à la Pentecôte, à Antioche, d'où les apôtres persécutés en Palestine décidèrent d'entreprendre l'évangélisation du monde extérieur. Ils partirent alors dans toutes les directions, par les routes maritimes ou terrestres." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 139).

 

Thomas "enseigna sur la côte orientale de l'Inde, en fondant les églises du Kérala qui, coupées du reste de la chrétienté par les invasions musulmanes, surent pendant des siècles conserver, méditer et surtout transmettre intactes les traditions léguées par les missionnaires judéo-chrétiens. C'est grâce à elles que nous avons connaissance du martyre de Saint Thomas et de la mission qu'il fit en Chine, et que vient aujourd'hui confirmer, avec une évidence éclatante, l'attribution au christianisme des bas-reliefs de la paroi de Kong Wang." (Pierre PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 10-11).

Les bas-reliefs "racontent (c'est notoire) l'histoire rapportée par la Chronique des Hans postérieurs, du songe qu'eut en 64 l'empereur Mingdi des Han. Il 'lui fit voir un homme blond, grand et dont le sommet de la tête était auréolé', à la suite de quoi l'empereur 'dépêcha un envoyé au pays de Tianzhu (l'Inde orientale) qui s'informa des préceptes de l'illuminé'." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 13).

Situés dans l’enceinte de l’ancienne ville portuaire de Lianyun (Est du pays) sur la mer de Chine, ces bas-reliefs s’étalent sur 20 mètres de roche; la frise se compose d’un ensemble de plus d’une centaine de sculptures, gravées entre l’an 58 et 75 de notre ère.

"Ces figures |...] sont identifiables comme représentant l'apôtre Thomas, son diacre interprète, et la Vierge Mère et l'Enfant. Elles partagent le pan rochaux avec une centaine de personnages. [...] Mingdi endormi (première figure importante) [...] face à une silhouette auréolée, est à quelques mètres de Thomas (image dominante à gauche)." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 13).

À l’occasion d’un colloque interdisciplinaire sur l’histoire des premiers siècles de l’Église organisé du 27 au 29 octobre 2021 à proximité du Vatican, intitulé "Enquête sur l’histoire des premiers siècles de l’Église", initié par le Comité pontifical des Sciences historiques en collaboration avec l’Université Catholique de Lyon, le scientifique Shueh-Ying Liao a fait part de ses recherches sur l’origine de la célèbre fresque de Kong Wang Shan. Les bas-reliefs chinois, considérés pendant des siècles comme d’origine bouddhiste [...] pourraient en réalité témoigner de la présence des tout premiers chrétiens en Chine, explique le chercheur de l’université Bordeaux-Montaigne. 

Véritable trésor archéologique, admirablement conservée, la frise sculptée aurait été commandée par le prince Liu Ying, demi-frère de l'empereur Han Mingdi.

Selon Shueh-Ying Liao, "c’est la plus ancienne frise conservée en Chine actuellement», qui "n’a pas son équivalent archéologique ou littéraire» aujourd’hui."

"Une origine bouddhiste 'peu probable'

"Les bas-reliefs de Kong Wang Shan ont fait l’objet d’études successives de la part d’archéologues et chercheurs depuis les années 1980. Si la majorité des chercheurs chinois pense toujours que cette frise signe l'arrivée du bouddhisme en Chine, une autre hypothèse est aujourd’hui avancée. C’est d’ailleurs "le vide laissé par la recherche dans ce domaine", qui a poussé Shueh-Ying Liao à approfondir l’hypothèse d’une origine chrétienne de la célèbre frise.

"Le chercheur Pierre Perrier, dans son ouvrage L'apôtre Thomas et le prince Ying, a été un des premiers à remettre en question l'attribution bouddhiste ou taoïste des bas-reliefs de Kong Wang Shan. La logique des figures gravées dans la pierre, avance-t-il, ne devient compréhensible que lorsque l'on prend en considération le judéo-christianisme et la culture parthe. 

"Pierre Perrier défend depuis la thèse suivante : le thème de la frise est la prédication évangélique initiale de l'apôtre Thomas. Arrivé dans l’Empire impérial par la mer de Chine, depuis le sud de l'Inde, il aurait été accueilli par le Prince Ying. Des propos que corrobore, de son côté, Shueh-Ying Liao." 

SOURCES: 

(1) https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2021-10/frise-bas-relief-chine.html

(2) Shueh-Ying Liao - CNRS https://hal.science/hal-03409683

La représentation d'une Vierge à l'Enfant est "une trace associée à une miséricorde absente du Petit véhicule. [...] Le récit de la Nativité est d'abord une authentique glorification de l'Incarnation de Miséricorde, dont le grand mouvement, selon la terminologie des textes les plus chers aux judéo-chrétiens, culmine à la Croix de la Passion. Or, la Miséricorde, totalement absente du 'Petit véhicule' - appellation péjorative du bouddhisme initial par les tenants du Mahayana - est précisément l'un des points clés qu'introduira (en réaction à la Miséricorde chrétienne ? Ndrl.), à compter au IIe siècle, le 'Grand Véhicule', en la personne du bodhisattva Avalokitesvara, lequel prendra dans le bouddhisme chinois la figure féminine de Guanyin..." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine,  ibid., p. 57), "la Déesse de miséricorde [...] figurée souvent avec un enfant..." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine,  ibid., p. 105.)

Il s'agit de "la plus ancienne représentation iconographique de la Vierge à l'Enfant que nous ayons, et elle est chinoise. Gravée sur la falaise près du port où l'apôtre aborda la Chine." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine,  ibid., p. 147.)

 

Les bas-reliefs de la paroi intègrent une signature judéo-chrétienne. Ils figurent deux formes visibles de croix, l'une en haut du poteau vertical de la grande croix en X qui domine et réunit deux personnages, l'autre une croix en + taillée devant le premier personnage montre sans erreur possible des inscriptions grecques de l'art paléo-chrétien, un signe rho – le R grec – proche par sa forme du P latin, mais le X ( XP sont les deux premières lettres du mot XPistos, Christ) était absent. En fait, ce P, rho grec, il s'agit d'un qof et non d'un rho. Les distinguer est facile, grâce aux deux inflexions portée sur la demi-lune tracée en haut et à droite du trait vertical. Ce qof était une lettre-signe des judéo-chrétiens ; les multiples graffitis du Ier et du IIe siècle en Palestine le montrent. Les judéo-chrétiens l'emploient seule ou avec la barre horizontale, sous la demi-lune et formant croix. La barre fait de qof le serpent d'airain resplendissant au désert, lové sur son pilier et portant salut à ceux qu'ont mordus les reptiles. […] Jésus avait pris cette image de la tentation du peuple hébreu au désert pour montrer à ses disciples comment Lui-même aurait à être élevé aux yeux de tous sur la croix pour apporter le pardon des péchés. 

Les judéo-chrétiens voulaient aussi charger la croix de référence à la Trinité, afin de rappeler que c'était Dieu Lui-même en Son Fils qui avait souffert sur la croix : aussi ajoutaient-ils à l'extrémité des branches de la croix des triangles qui, chacun, rappelaient la présence de la Trinité dans le sacrifice divin. On peut noter que ces triangles des extrémités de la croix, ajustés deux à deux, forment l'étoile à six branches de David. D'autres signes s'y expriment, qui évoquent le tétragramme Yod – He – Vav – He, YHVH, pour Yaveh. Nous sommes ici en pleine symbolique judéo-chrétienne, incompréhensible à un non-hébreu.

La croix aux extrémités dotées de triangle et portant la signature, en haut de pilier vertical, du serpent d'airain brillant, les judéo-chrétiens l'appelaient ''croix glorieuse'' ou ''croix de la Résurrection''. (Pierre PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine,  ibid., p. 77-82).

 

Pierre PERRIER, Xavier WALTER, Thomas fonde l'Église en Chine (65-68 ap. J.-C.), Asie Éditions du Jubilé, Mercuès 2008

"Il est significatif que, si les ouvrages sur l'histoire chinoise évoquent volontiers la première apparition du bouddhisme à la suite du songe de Mingdi, ils s'accordent tous pour ne parler d'apports iconographiques et plastiques qu'à compter de la fin du IIe siècle, au plus tôt, citant plus volontiers les siècles ultérieurs pour les créations significatives, la pénétration s'étant opérée par l'Ouest, c'est-à-dire la Route de la Soie. Cf Jacques GERNET, Le Monde chinois, Armand Colin, 1972; William WATSON, L'Art de l'ancienne Chine, Mazenod, 1979. Mais il y avait des sculptures de personnages à Xi'an et à Lianyungang avant le bouddhisme !" (Pierre PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine,  ibid., p. 89).

 

"Il est clair que les gravures bouddhistes sont bien postérieures, que ce soit les deux gravures gréco-bouddhistes de missionnaires (x61, x87), et surtout le grand bouddha placé le plus haut, donc en retrait mais en position dominante (x68). Elles sont contemporaines des premières représentations analogues datées du début du IVe siècle, quand les Wei du nord adoptent le bouddhisme comme religion officielle." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine,  ibid., p. 106).

 

La tradition prétend que Thomas rencontra les mages, les premiers adorateurs de Jésus parmi les Gentils, qu'il les instruisit, leur donna le Baptême et les associa à son ministère. Partout, sur son passage, l'Apôtre établissait des chrétientés, ordonnait des prêtres, consacrait des évêques.

 

Parmi les écrits apocryphes que les chrétiens n'ont pas retenus dans les livres saints, on rencontre les Actes de Thomas, une Apocalypse et un Évangile.

 

Les Actes, écrits au début du IIIe siècle en syriaque, à Édesse, portent la trace des croyances manichéennes. Plus tard, les artistes puiseront dans ces récits légendaires et imagés. Selon les Actes de Thomas, devant le refus de l'Apôtre de partir en Inde lorsque les Douze se partagèrent les régions du monde à évangéliser, Jésus le vendit comme esclave à un marchand qui cherchait un architecte pour le roi indien Gondaphorus. Pendant le voyage, Thomas prit part aux noces du fils du roi d'Andropolis. L'échanson le gifla et Thomas prédit alors qu'un chien déchirerait sa main. Ce qui ne manqua pas d'arriver, à la stupeur générale. L'apôtre fut invité à prier pour les nouveaux époux et il les exhorta à la chasteté. Thomas repartit avec le marchand et parvint enfin chez le roi Gondaphorus, qui lui confia la construction d'un palais. Mais Thomas distribuait l'argent aux pauvres, et Gondaphorus apprit que le chantier n'avait pas commencé. Gad, le frère du roi, en mourut alors de chagrin. Mais son âme, au ciel, vit un palais magnifique : c'était celui qu'avait construit Thomas. L'Apôtre ressuscita aussi un jeune homme, libéra une femme très belle de l'emprise du démon et guérit beaucoup de malades.

 

L'Évangile de Thomas, appelé parfois "Pseudo-Thomas", ou "Thomas l'Israélite", a été écrit, sans doute d'abord en syriaque au IIe ou IIIe siècle. Il raconte l'enfance de Jésus, ses miracles extraordinaires pour montrer sa puissance et comment il n'a pas besoin de fréquenter l'école pour disposer de la connaissance. Le récit s'achève au moment où ses parents le retrouvent au Temple avec les docteurs. Cet évangile n'a rien de commun avec le livre gnostique des Paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu'a transcrites Didyme Jude Thomas, recueil appelé aussi souvent l'Évangile de Thomas écrit en Syrie durant le second siècle, en langue copte.

 

Quant à l'Apocalypse de Thomas, elle évoque la détresse du monde à l'approche de la fin des temps et décrit les signes qui précéderont durant sept jours l'événement ultime. Cet écrit est difficile à dater: on le situe généralement entre le IVe et le IXe siècle.

 

Quand au XVIe siècle, les Européens s'emparèrent des Indes orientales, ils trouvèrent dans les traditions des peuples de ce vaste pays des souvenirs chrétiens, et en particulier celui de saint Thomas.

Un miracle de l'Apôtre, traînant avec un faible lien une poutre énorme que les éléphants n'avaient pu remuer, fut l'occasion d'innombrables conversions.

 

Cependant les prêtres des faux dieux, jaloux de tant de succès, jurèrent la mort de l'Apôtre: il a été percé d'une lance par derrière alors qu'il priait dans une grotte devant une Croix, le 3 juillet de l'an 72 à Meliapouram, sur la côte méridionale est de l'Inde (aujourd'hui Madras). 

 

Près de Saint-Thomas de Mailapur à proximité de Madras, on peut voir une croix avec une inscription du VIIe siècle en ancien persan qui marquerait le lieu du martyre de Thomas.


Évangélisateur des Indes, c’est pour avoir construit un palais pour un roi que Thomas, patron des architectes, des maçons et des tailleurs de pierre, est représenté avec une équerre. Il est parfois également représenté avec la lance qui fut l’instrument de sa mise à mort.

 

Son tombeau ravagé par les musulmans, restauré par les Portugais, gardait encore quand on l'a ouvert au XXe siècle, des restes de ses os et le fer de la lance qui l'avait frappé, ainsi que des monnaies du règne de Néron. (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 146.)

Au XVIe siècle, Jean III, roi de Portugal, fit chercher le corps de saint Thomas dans une chapelle ruinée qui était sur son tombeau, hors des murs de Méliapour (Inde). On creusa la terre en 1523 et on découvrit une voûte construite en forme de chapelle. On y trouva les ossements du saint apôtre, avec une partie de la lance qui avait servi à son martyre, et une fiole teinte de son sang. On les renferma dans un vase richement orné. Les Portugais bâtirent auprès de cet endroit la nouvelle ville qu'ils appelèrent Saint-Thomas ou San-Thomé.

 

L'incrédule entre les incrédules porta la Croix jusqu'au point du monde le plus éloigné du tombeau vide de Jérusalem. Tandis que S. Jacques allait jusqu'en Espagne à l'extrémité occidentale de l'Empire romain, il atteignait l'extrémité des terres orientales.

 

L'incrédulité de S. Thomas, Le Guerchin, 1621

L'incrédulité de S. Thomas, Le Guerchin, 1621

Sources générales : (1); (2); (3); (4) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 358 ; (5) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, 176 ; (6) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 1135-1136.

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2 juillet 2024 2 02 /07 /juillet /2024 00:00
Saint Martinien, statue Eglise du Pays d'Huriel (Auvergne)

Saint Martinien, statue Eglise du Pays d'Huriel (Auvergne)

Martinien est un des officiers romains qui ont permis l'évasion de Pierre et de Paul des prisons de Rome, même si Pierre ne s'évada pas longtemps puisqu'il retourna à Rome.

 

Martinien et Procès furent arrêtés pour leur foi et mis à mort. (1)

 

Le supplice sera féroce : visage meurtri, chevalet, fouet, bastonnade, feu, scorpions précèdent le glaive qui leur tranche la tête.

 

Leurs reliques se trouvent aujourd’hui toujours auprès de Pierre dans la basilique de Saint-Pierre à Rome, au fond du transept droit de la basilique vaticane. (2)

 

Un tableau de Jean Valentin dit aussi Valentin de Boulogne représentant le Martyre de Saint Procès et Saint Martinien (1629) se trouve à la Pinacothèque, salle XII, musée du Vatican.

 

À Rome au cimetière de Damase, au second mille de la voie Aurélienne, les saints Procès et Martinien, martyrs. (3)

 

Martyrologe romain

Martyre de Saint Procès et Saint Martinien, 1629, par Valentin de Boulogne (Pinacothèque, Musée du Vatican)

Martyre de Saint Procès et Saint Martinien, 1629, par Valentin de Boulogne (Pinacothèque, Musée du Vatican)

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1 juillet 2024 1 01 /07 /juillet /2024 00:00
Blason de l'Abbaye de Saint-Thierry - Bénédictines de Sainte Bathilde.

Blason de l'Abbaye de Saint-Thierry - Bénédictines de Sainte Bathilde.

Fils du seigneur Marcard, célèbre bandit de grand chemin de la Marne, vivant de rapines et de vols, Thierry, voulait vivre autrement. Quand il fut en âge de se marier, ses parents l’obligèrent à épouser une jeune fille de leur connaissance. Mais tel n’était pas l’idée du jeune homme qui avait décidé de vivre dans la vie consacrée. Il demanda à sa jeune épouse de vivre comme frère et sœur, ce qu’elle refusa. Aussi décida-t-il, contre l'avis de sa femme, d'aller voir l'archevêque de Reims (S. Rémi, l'Apôtre des Francs) afin de défaire son mariage. Sur ses conseils, Thierry se fit moine puis se retira dans la solitude. Conduit, dit la tradition champenoise, par le vol d’un aigle au lieu-dit du Mont d'Hor près de Reims, il fonda le monastère et en fut le premier abbé. Là, de nombreux disciples vinrent à lui, dont son père qui se convertit.

Sa sainteté fut vite connue et de nombreux malades affluèrent. Il est même dit que Thierry guérit l'œil malade de Thierry Ier, fils de Clovis Ier. Il lui fit une onction d’huile sur l’œil que les médecins proposaient d’arracher. Menacé de devenir borgne, ce jeune roi se lamentait "Si je perds la moitié de mes yeux, je perds, du même coup, la moitié de mon autorité sur mes guerriers !". C'est pourquoi, pour rendre honneur à saint Thierry, les rois de France eurent pour coutume après leur sacre de se rendre à l'abbaye pour y manger. Ce rite se perpétua longtemps encore après la mort du saint, en 533.

Pendant treize siècles, des générations de moines se succèdent en ce lieu retiré. Le même appel les y a conduits : chercher Dieu, se laisser pénétrer et unifier par sa Parole.

Un village naît autour de l’abbaye.

Ses reliques sont toujours vénérées dans l’église paroissiale rémoise.

 

Autour de l’an 500, Thierry, disciple de Saint Remi, perçoit l’appel de Dieu: "Quitte tout pour suivre le Christ". Il part. A quelque distance de Reims se dresse la colline du Mont d’Hor; Thierry s’y établit au milieu des forêts. Il prie, il défriche la terre. Sa vie cachée, toute saisie par le mystère de Dieu, attire des frères autour de lui. Un monastère naît... (diocèse de Reims)

 

Martyrologe romain

La Parole de Dieu sera ma nourriture. Ce n’est pas de moi-même que je me promets une telle force. C’est vous, ô Jésus qui mettez ces paroles dans ma bouche et qui m’accordez la grâce de les accomplir.

 

Sources: 1; 2; 3; 4Histoire de la commune de Saint-Thierry

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30 juin 2024 7 30 /06 /juin /2024 00:00
Saint Martial de Limoges († v. 250), évêque des Gaules

Dès la première moitié du IIIe siècle, Martial de Limoges († v. 250), évêque des Gaules instaura un centre marial près de Rodez.

Les mentions écrites les plus anciennes de St Martial datent du début du Moyen-Age.

Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont mort en 488, écrit que la cité des Limousins reçut saint Martial comme évêque. 

Grégoire de Tours l’évoque dans son Historia Francorum (Histoire des Francs). On sait que le premier évêque fut inhumé dans le cimetière situé près de la via Agrippa.


Dans les années 1960, des fouilles furent effectuées à Limoges sous la "Place de la République", sur l'emplacement de l'ancienne abbaye Saint-Martial, le tombeau de saint Martial fut découvert ainsi qu'une mosaïque du Haut-Empire témoignant de l'importance du personnage inhumé.


Le nom de Martial sera mentionné pour la première fois dans le testament de Saint-Yrieix en 572 au sujet d'une donation faite aux clercs desservant son Tombeau.
En 848 ces clercs se firent moines. Ainsi naquit l'abbaye de Saint Martial, qui devint un grand centre de pèlerinage tout au long des XIè et XIIème siècles.

Tous les sept ans, c'est à la Grande Confrérie de Saint Martial qu'il appartient d'organiser les Ostensions à Limoges, c'est aussi elle qui a le privilège d'en arborer le drapeau qui sera fixé au clocher de l'église Saint-Michel des Lions pendant leur durée. Gardienne des Reliques du Saint, elle en perpétue la mémoire à travers les temps.

 

Saint Martial, Remise du bâton de saint Pierre (détail) à saint Martial. Voûtain est de la chapelle de saint Martial (Palais des papes, Avignon)

Saint Martial, Remise du bâton de saint Pierre (détail) à saint Martial. Voûtain est de la chapelle de saint Martial (Palais des papes, Avignon)

Sources: 1, 2, 3

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29 juin 2024 6 29 /06 /juin /2024 00:00
Saint Pierre, Prince des Apôtres crucifié la tête en bas

Saint Pierre, Prince des Apôtres crucifié la tête en bas

 Le 29 juin, l'Église honore à la fois saint Pierre et saint Paul, ces deux incomparables Apôtres, unis dans la foi, dans la prison et dans la mort.

 

Saint Pierre, fils de pêcheur et pêcheur lui-même, simple, ignorant, sans éducation, il entendit le Fils de Dieu lui adresser cet appel singulier : "Suis-Moi, Je te ferai pêcheur d'hommes."

 

Parmi tous les Apôtres, Pierre brille par sa foi énergique. C'est lui qui reconnaît en Jésus le Christ, Fils de Dieu (« Et lui les interrogeait : "Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre, prenant la parole, lui dit : "Tu es le Christ". Mc 8, 29 ; « Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : "Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux." Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Mt 16, 16-19)

Le titre de "Christ" (Messie) reconnu par Pierre à Jésus, exprime à l'époque la foi de l'Église en Jésus.(1) 

"Pierre ne semble être que le surnom d'un personnage dont la nom a été Simon. Ce dernier [...] paraît avoir reçu de Jésus la dénomination symbolique de Képha (Mc 3,16 ; Jn 1,42) - mot araméen qui a la signification de 'pierre' ou 'rocher' - que l'on a traduit en grec par Petros, à son tour transcrit en latin par Petrus, Pierre en français. Pierre est donc un surnom, qui repose probablement sur un trait de caractère particulier du personnage, avant de devenir le symbole d'un rôle de proue dans le groupe des douze apôtres. L'auteur des Actes des Apôtres "en fait le porte-parole des apôtres, le messager de la croyance commune au Messie Jésus et celui qui exprime le mieux la découverte progressive de l'extension de leur mission. Replacé dans le cadre des données du mouvement chrétien au Ier siècle, Mt 16,18 "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église" signifie que la communauté nouvelle va se fonder sur Pierre qui en sera l'assise." (2)

"Matthieu (16, 15-19) s'appuie sur ce nouveau nom pour établir la primauté de Pierre, considéré comme la roche de fondation de l'Église universelle." (3)

Pierre était pécheur installé à Capharnaüm au bord du lac de Tibériade. Tout comme son frère André, il semble avoir été le disciple de Jean le Baptiste avant de devenir le disciple de Jésus (Jn 1,35-42). Pierre ne quitte jamais le Sauveur, il est de toutes les grandes occasions de la vie du Maître.

Lors du dernier repas, Jésus annonça que Pierre le renierait (Mt 26,34). Après son arrestation, le jour de la Passion, Pierre jura par trois fois qu'il ne connaissait pas Jésus (Mt 26,69-75). Bouleversé par son acte, Pierre fut pardonné. Malgré son triple reniement - faute si noblement réparée par la suite - Pierre est confirmé comme chef des Apôtres et chef de l'Église.

Saint Pierre (détail du Polyptyque Griffoni), 1473 environ, Francesco del Cossa, Milan Pinacothèque de Bréra, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 384-385.

Saint Pierre (détail du Polyptyque Griffoni), 1473 environ, Francesco del Cossa, Milan Pinacothèque de Bréra, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 384-385.

Pierre a assisté et participé à plusieurs miracles ou événements majeurs de la vie de Jésus, comme la Marche sur les eaux (Mt 14,28-31), la Transfiguration, l'arrestation de Jésus, son procès, puis sa Passion. 

Après sa Résurrection, Jésus confirma Pierre dans son pouvoir apostolique, effaçant le triple reniement de Pierre après l'arrestation du Christ au jardin des Oliviers. Les Actes des Apôtres et les épîtres montrent que ce rôle prépondérant de Pierre fut reconnu et respecté par tous dès le début de la Chrétienté. (4)

"Le miracle de la Pentecôte, où les Apôtres, cinquante jours après la Résurrection reçoivent l'Esprit Saint, et sont appelés à prêcher dans le monde entier en parlant une multitude de langues, marque la fondation de l'Église. C'est Pierre qui prend la parole pour annoncer le premier cette bonne nouvelle (Actes 2, 1-36)." (5) 

Le siège de Pierre renversera bientôt celui des Césars, et l'humble pêcheur aura un nom plus immortel que les plus grandes célébrités de tous les siècles.

Jésus donna le pouvoir des clés à Pierre et aux apôtres le pouvoir de pardonner les péchés (sacrement de pénitence ou confession).

"Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.

Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux." (Matt. 16:18-19).

"Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. (Matt. 18:18)

  

 

"Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée." (Jn 17,22).

"Jésus leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus." (Jn 20,21-23) Ce n’est pas le prêtre, en tant qu’individu, qui nous pardonne lors de la confession, mais le Christ à travers le prêtre qui agit in persona Christi. Comme l’a dit saint Paul : "Nous sommes donc des ambassadeurs du Christ, Dieu faisant son appel à travers nous. Nous vous en supplions, au nom de Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu" (2 Corinthiens 5,20). C’est tout ce qu’est la confession : Dieu travaillant "à travers nous" (Ses prêtres) pour nous réconcilier avec Lui lorsque nous péchons. 

 

Jésus avait dit autrefois à Ses Apôtres: "Le disciple n'est pas plus que le Maître; si on Me persécute, on vous persécutera." Saint Pierre devait, en effet, avoir le sort de Jésus et arroser de son sang l'Église naissante. Touché par les larmes des fidèles, non mû par la crainte, Pierre songea (d'abord) à fuir la persécution que venait de soulever l'empereur Néron (54-68); mais, comme il sortait de Rome, il vit le Christ Se présenter à lui :


"Où allez-Vous, Seigneur, Lui dit-il.
-- Je vais à Rome, dit Jésus, pour y être crucifié de nouveau." [Actes de Saint Pierre, livre que la tradition attribue à Leucius Charinus, compagnon de l'apôtre Jean selon Épiphane de Salamine. (Leucius ne figure pas parmi les premiers auteurs hérétiques mentionnés par leur nom dans Adversus haereses d'Irénée de Lyon (v. 180). ) Ses Actes semblent avoir eu largement cours bien avant qu'une sélection en ait été lue à haute voix au Deuxième concile de Nicée en 787 et rejetée comme apocryphe.]

 

À ces mots, le Sauveur disparut, et Pierre comprit qu'il devait revenir à Rome pour y être crucifié. 

 

Jésus avait dit autrefois à Ses Apôtres: "Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur" (Matthieu 10,24), "un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi" (Jean 15,20), "Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître." (Luc 6,40), le prince des Apôtres eut à endurer les souffrances d'un long emprisonnement; il eut du moins la consolation d'y être le compagnon de saint Paul et de consommer son sacrifice le même jour que lui.

 

Pierre fut condamné au supplice de la Croix; mais, par humilité, se jugeant indigne d'être crucifié comme le divin Maître, il demanda à être crucifié la tête en bas, ce qui lui fut accordé. "Il peut également s'agir d'un caprice de Néron". (6)

 

Arrivé au lieu du supplice, Pierre ne put contenir la joie de son coeur: "C'est ici l'arbre de vie, cria-t-il au peuple, l'arbre où a été vaincue la mort et le monde racheté. Grâces à vous, Fils du Dieu vivant!

 

C'est son martyre qui fonde l'Église romaine.

 

Saint Pierre dit qu'il y a un mode d'interprétation erroné de l'Écriture et que des personnes la font (2P 1,16) et qu'aucune Écriture ne peut faire l'objet d'une interprétation privée, car ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. (2P 1,20) :

 

"En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur." (2P 1,16) "Car vous savez cette chose primordiale : pour aucune prophétie de l’Écriture il ne peut y avoir d’interprétation individuelle, puisque ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu." (2P 1,20-21) 

 

Dans ces deux derniers versets, on voit clairement affirmer la nécessité d'interpréter l'Écriture selon la tradition apostolique. C'est la condamnation scripturaire du "libre examen" biblique des protestants, qui autorise chacun à interpréter l'Écriture à sa guise.

Encore au XIXe siècle, les apologètes catholiques reprocheront au protestantisme cette notion de libre examen comme une de leurs vanités qui faisait que dans l'interprétation des Écritures ils n'écoutaient qu'eux-mêmes :  A. M. Bensa, De ingenita protestantismi vanitate disputatio, dans : Revue de l’enseignement chrétien, tome troisième, Nîmes-Paris, 1854, p. 367 : « Si liberum examen protestanticum retines, cur eos vituperas qui in Scripturis interpretandis sibi unis auscultant ! ln hoc enim ipso consistit protestanticae huius libertatis natura ; ut privato quisque nostro iudicio in Bibliorum interpretatione auscultemus ». 

 

Mais on trouve encore, une autre condamnation de l'interprétation privée en dehors de la tradition apostolique, lorsque saint Philippe rencontrant l'eunuque, haut fonctionnaire de Candace, reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors, venu à Jérusalem pour adorer, et qui lisait le prophète Isaïe, Philippe demande à l'eunuque : "Comprends-tu ce que tu lis ?". L'eunuque lui répond : "Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? [...] Dis-moi, je te prie : de qui le prophète parle-t-il ?". Alors Philippe prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. (Actes 8,27-35)

 

Après la résurrection du Seigneur, à l'annonce par Marie la Magdaléenne que le tombeau de Jésus avait été trouvé vide, Pierre fut le premier à y entrer, le "disciple bien-aimé" lui ayant laissé la préséance (Jn 20,5 ; Jn 21,7).

 

Par la suite, Pierre bénéficia, avant les douze, d'une apparition du Christ ressuscité (1Co 15,5).

 

Lors de la dernière apparition du Christ à ses disciples, Pierre est réhabilité par Jésus à la suite de sa négation et ré-instauré dans sa mission de pasteur de l'Église : "Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Fais paître mes brebis." (Jn 21,15-17).

 

Les Actes des Apôtres montrent Pierre comme un des principaux dirigeants de la communauté chrétienne à Jérusalem après la Pentecôte (avec saint Jacques le Juste). C'est lui qui prend la parole et commence la prédication du message chrétien.

 

Pierre est à Jérusalem en 48 ou 49. Lors du concile de Jérusalem (49 après J.-C.), il prend position en faveur de l'admission des païens dans l'Église sans leur imposer les prescriptions mosaïques telles que la circoncision et les autres observances juives (Actes 15,29).

 

Comme cela provoquait une intense discussion, Pierre se leva et leur dit : « Frères, vous savez bien comment Dieu, dans les premiers temps, a manifesté son choix parmi vous : c’est par ma bouche que les païens ont entendu la parole de l’Évangile et sont venus à la foi.

Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous ;  sans faire aucune distinction entre eux et nous, il a purifié leurs cœurs par la foi.  10 Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ?  11 Oui, nous le croyons, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux. » (Actes 15,7-11).

Pierre explique que ce n'est pas nous qui convertissons les personnes, ce n'est pas non plus nous-mêmes qui nous sauvons par nos observances, c'est "la grâce du Seigneur Jésus" qui donne le salut.

 

Cependant à Antioche, Paul reprocha à Pierre de ménager le point de vue des judaïsants menés par certains chrétiens judéens de la communauté de Jacques le mineur, "frère du Seigneur", chef de la communauté de Jérusalem (Ac 21,18) :

"Le lendemain, Paul s’est rendu avec nous chez Jacques, où sont arrivés tous les Anciens." "Quant aux païens qui ont embrassé la foi, nous leur avons mandé nos décisions : se garder des viandes immolées aux idoles, du sang, des chair étouffées, et des unions illégitimes." (Actes 21,25 Bible de Jérusalem.) "Mais écrivons-leur de s'abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang." (Actes 15,20) "Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela", écrivirent "les Apôtres et les Anciens." (Actes 15,23-29)

"Mais quand Céphas (Pierre) vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il s'était donné tort. En effet, avant l'arrivée de certaines gens de l'entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l'écart, par peur des circoncis." (Ga 2,11-12).

"L'incident d'Antioche rapporté par Galates 2,11-14 ne fait pas état à proprement parler d'une opposition théologique entre les deux apôtres: ce que Paul reproche à Pierre, c'est son attitude dans une circonstance particulière et non sa théologie." (7) 

Les conflits qu'on trouve dans les épîtres de Paul et dans les Actes des Apôtres au sujet des judéo-chrétiens ont trait à l'observance et non à la christologie. "C'est une constatation fondamentale." (8)

 

Lors du premier concile de Jérusalem, Pierre reconsidérera donc son attitude. Il ouvrit le débat en défendant clairement les thèses de saint Paul de ne pas imposer les prescriptions mosaïques aux chrétiens païens. Jacques le mineur, ou "le juste", chef de l'Église locale (le premier évêque de Jérusalem), clôtura le conseil en approuvant Pierre et Paul. Les chrétiens d'origine païenne étaient libérés de l'obligation de suivre les traditions juives. Ils devaient simplement observer un minimum de préceptes de la Torah en s'abstenant des souillures de l’idolâtrie, de l'immoralité, de la viande étouffée et du sang. (9)

 

Après le Concile de Jérusalem, les Actes ne disent plus rien de Pierre. Cette discrétion s'explique selon certaines hypothèses par les poursuites dont il fut l'objet.

À partir de son évasion de Jérusalem (avant la mort d'Hérode-Agrippa I, au printemps 44), Pierre était presque un hors la loi aux yeux des autorités de Jérusalem. S'il était poursuivi, personne ne devait savoir où il se trouvait. C'est pourquoi le Nouveau Testament serait très discret sur ses résidences successives, même dans les Actes. Une explication plus simple consisterait à voir dans ce "silence" sur le lieu de Pierre un résultat du propos du livre des Actes (I. 8) : l'évangélisation auprès des Judéens (Circoncis) relevant de la mission pétrienne (Galates 2,8), celui-ci est plus présent dans l'ouvrage qui parle du témoignage apostolique en Judée, tandis qu'avec le chapitre 15 des Actes où se tient le concile sur la question des Gentils, le rôle de Pierre n'est plus mentionné parce qu'il est essentiellement question du ministère paulinien (évangéliser les païens).

 

La délivrance de saint Pierre, Par Raphaël, 1514

À Jérusalem (Ac 11,2), Hérode Agrippa fit décapiter Jacques le Majeur, frère de Jean l'Evangéliste. Voyant que cette mesure plaisait aux Juifs, il décida aussi d'arrêter Pierre (Ac 12, 1-2). Un ange du Seigneur survint, une lumière brilla dans la cellule et l'ange délivra Pierre (Ac 12, 7-11).

 

La tradition de l'Église catholique attribue à Pierre la direction de l'Église d'Antioche. Premier évêque de cette ville, une fête de "la chaire de saint Pierre à Antioche" est célébrée le 22 février depuis le IVe siècle. Il serait resté sept ans à Antioche.

 

Fuyant la persécution, Pierre semble avoir gagné Antioche dès le printemps 43 (au plus tard). Selon André Méhat, il se serait ensuite réfugié à Rome, où il espérait n'être pas poursuivi. (10) 

 

Mais vers 45, l'empereur Claude (41-54) expulse les juifs de Rome (Ac 18,2). Comme Priscille et Aquila, Pierre se rend alors en Achaïe, et il a l'occasion de visiter Corinthe (1 Co 1,12).

 

À la mort de l'empereur Claude, Pierre est de retour à Rome en 54, au début du règne de Néron (54-68). Il est à Rome lorsque Paul rédige l'Épître aux Romains, mais toujours dans un statut de clandestinité, ce qui pourrait expliquer à la fois que Paul adresse son épître aux chrétiens de Rome, mais qu'il n'y fasse pas mention du disciple.

 

Cette chronologie est hypothétique, mais elle correspond cependant à la tradition du Liber Pontificalis (rédigé en 530, ce catalogue chronologique de tous les papes repose sur des données légendaires sans que cela ne diminue l’intérêt de ce document comme source historique (11)), selon lequel Pierre est demeuré à Antioche pendant sept ans, et s'est fixé à Rome sous le règne de Néron.

 

Dans la littérature clémentine, Pierre est décrit comme un prédicateur itinérant dans les villes de la province romaine de Syrie. Il remporte de nombreux succès contre la prédication de Simon le Mage et enseigne au cours de ses déplacements Clément qui l'accompagne. Il le nomme par la suite évêque de Rome où il se rend et gagne un affrontement contre Simon le Mage. La légende raconte que ce dernier, hérétique gnostique pratiquant la magie a voulu acheter à Pierre son pouvoir de faire des miracles (Ac 8. 9-21), ce qui lui a valu la condamnation de l'apôtre : "Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l'argent le don de Dieu." La référence à cette histoire, est la source tu terme "simonie". Selon les Actes de Pierre 32, Simon aurait séduit la foule en s'envolant dans le ciel et Pierre aurait alors invoqué le nom de Jésus et provoqué sa chute.

 

De nombreux lieux gardent des traces, souvent légendaires, du séjour de l'apôtre à Rome : église Domine Quo Vadis, basilique di Santa Francesca Romana, église Santi Nereo e Achilleo, tempietto dans l'église San Pietro in Montorio (autre lieu traditionnel de son martyre), Tullianum (lieu de son emprisonnement), basilique Saint-Pierre-aux-Liens (12). Ces lieux sont issus de traditions orales ou des récits légendaires regorgeant de prodiges fabuleux (miracles et guérisons de Pierre), tels les apocryphes Actes de Pierre, les Actes de Pierre et Paul (en), et la Passion de Pierre(13)

 

Pour la tradition catholique, le séjour de Pierre à Rome semble attesté par la Première épître de Pierre : "L’Église des élus qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc, mon fils" (1P 5,13), sous réserve d'admettre que le mot Babylone désigne de façon péjorative Rome en tant que ville corrompue et idolâtre, une image familière aux lecteurs de la Bible. Même si certaines traditions orientales comme celle de l'église nestorienne professent que Simon-Pierre a rédigé son épître de Babylone, que des humanistes comme Calvin ou Érasme ont pu prendre l'indication au pied de la lettre suivis par certains savants protestants (14), pour la recherche contemporaine, il s'agit bien d'une allusion chiffrée à Rome (15), allusion que l’on retrouve chez l'auteur de l'Apocalypse. [Aux débuts de l'histoire, Babel est la grande ville qui veut détrôner Dieu.  "Les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie. [...] Ils dirent : 'Allons ! bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. Et le Seigneur dit : 'Ils sont un seul peuple, ils ont tous la même langue : s’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. Allons ! descendons, et là, embrouillons leur langue : qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres.' De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela Babel, car c’est là que le Seigneur embrouilla la langue des habitants de toute la terre ; et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre." (Gn 11,2-9). Plus tard, à partir de l'Exil (déportation à Babylone des Juifs de Jérusalem, et du royaume de Juda sous Nabuchodonosor II, qui fit suite au siège de Jérusalem de 586 av. J.-C.) Babylone - qui a détruit Jérusalem, massacré ses habitants, incendié le Temple, déporté les élites (2 Chroniques 36,17-21) s'attaquant aux structures mêmes de la nation sainte pour lui faire perdre son identité - devient le symbole de tous les empires opposés à Dieu et à son peuple, et son roi Nabuchodonosor apparaît comme le type du souverain orgueilleux et sacrilège (Is 14; Dn 2,3; 4,26-27).]

 

Plusieurs textes antiques font allusion au martyre de Pierre, ainsi qu'à celui de Paul, qui se seraient produits lors des persécutions ordonnées par Néron, notamment dans l'enceinte du Circus Vaticanus construit par l’empereur Caligula, situé sur la colline Vaticane, à l'emplacement approximatif de l'actuelle basilique Saint-Pierre (Tacite, Annales, Livre XV.44). "Il est possible qu'elles aient eu lieu peu après (la persécution de Néron), et à des dates différentes; il n'y a pas de raison toutefois de douter du témoignage unanime des textes, pour lesquels les deux apôtres ont été mis à mort et ensevelis à Rome. (16)

 

Les suppliciés une fois morts pouvant être remis à leur famille pour être inhumés ou crématisés mais le plus souvent ils étaient jetés dans le Tibre. (17) Ainsi, une tradition immémoriale place ce martyre : inter duas metas - entre les deux bornes - de la spina (Cf. Cirque romain). Le plus ancien de ces textes, la Lettre aux Corinthiens de Clément de Rome datée de 96, ne cite pas explicitement de lieu, même s'il y a diverses raisons pour penser qu'il s'agit de Rome (Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, V, 3-5.). Sixte V fait transférer en 1586 l'obélisque ornant cette spina sur la place Saint-Pierre.

 

Une vingtaine d'années plus tard, une lettre d'Ignace d'Antioche aux chrétiens de Rome comporte ces mots : "Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul" (Lettre aux Romains, dans Les écrits des pères apostoliques, éditions du Cerf, 2001, p. 185 et s.).

 

Un passage, de la fin du IIe siècle, cité par Eusèbe de Césarée, indique qu'à un certain Proclus, qui se vantait que sa patrie possédait la tombe de l'apôtre Philippe, le Romain Gaïus a répondu : "Mais moi, je puis te montrer les trophées des saints apôtres. En effet, si tu veux te rendre au Vatican ou sur la voie d'Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui ont fondé cette Église." (Eusèbe, Histoire ecclésiastique II, 25, 7). Le mot trophée, du grec τροπαιον, monument de victoire, dans le contexte, désigne ici les tombes de Pierre et Paul. C'est en tout cas sur ces sites que seront édifiées au IVe siècle les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs qui leur sont dédiées. Eusèbe rapporte aussi les témoignages de Denys de Corinthe (Histoire ecclésiastique II, 25, 8) et de Zéphyrin de Rome (Histoire Ecclésiastique V, 28, 3).

 

Clément de Rome affirme que le martyre de St Pierre serait dû à une "injuste jalousie" et à la dissension entre les membres de la communauté chrétienne (à rapprocher de ce que dit Paul en 1 Phil 1, 15) : il y eut vraisemblablement dénonciation. Selon un apocryphe, les Actes de Pierre, St Pierre aurait été crucifié la tête vers le sol (Ac Pierre 38 - d'où le nom de croix de Saint-Pierre donné à la croix latine inversée -). Selon la tradition, l'apôtre a demandé ce type de supplice par humilité, ne se jugeant pas digne de mourir comme le Christ. Selon une autre version, il peut s'agir d'une cruauté supplémentaire de Néron.

 

Un des éléments en faveur de la "tradition romaine" de la présence de la tombe de Pierre est l'absence de toute autre revendication de sa tombe par une autre cité antique.

 

La tradition localise le tombeau de saint Pierre sur l'emplacement d'une nécropole située au nord du Circus Vaticanus, dont elle était séparée par une route secondaire : la via Cornelia. (18)

 

L'empereur Constantin Ier y fit édifier une première basilique (occupant le site de l'édifice actuel) et dont l'abside fut construite autour de l'emplacement de la tombe, cela malgré les difficultés considérables du terrain, à flanc de colline, obligeant à d’énormes travaux de terrassement, et bien qu'il ait fallu modifier un cimetière.

 

Les fouilles de la nécropole du Vatican ordonnées dès 1940 par Pie XII dans les Grottes du Vatican à l'occasion de la mise en place du sarcophage de Pie XI, ont mis en évidence un cimetière païen et chrétien contenant de nombreuses tombes et, au-dessous de l'autel et à la verticale exacte du sommet de la coupole, un monument culturel au-dessus d’une de ces tombes, trouvée vide, du premier siècle (tombe thêta). Ce mémorial, qui serait le "trophée de Gaïus", est par la suite inclus dans un monument de marbre et de porphyre d'époque constantinienne puis recouvert par des autels construits sous Calixte II (1123), Clément VIII (1594) et enfin par le baldaquin de Saint-Pierre construit de 1624 à 1633. Sur l'un des murs de soutien (mur rouge) a été incisé un graffito dont subsistent les quatre caractères grecs ΠΕΤR, c’est-à-dire les quatre premières lettres du nom de Pierre, et au-dessous EN(I), ce qui serait, selon Margherita Guarducci, la forme abréviative de εν εστι, mot à mot "dedans est".

 

Une cachette aménagée sur un mur perpendiculaire (mur G) contenait les ossements d'un individu de sexe masculin âgé de soixante à soixante-dix ans, de robuste constitution. Une expertise menée par Margarita Guarducci avec l'anthropologue Correnti permet de penser qu'il s'agit bien des ossements qui figuraient dans la tombe, car la terre à laquelle sont mêlés les ossements est du même type que celle qui se trouve devant le trophée de Gaïus. Mais s'agit-il de Pierre ? Trois détails vont dans ce sens, sans cependant imposer une conclusion incontestable : les ossements ont été conservés dans un tissu précieux de couleur pourpre, et brodé de fil d'or : un tel tissu ne peut avoir servi qu'à envelopper les restes d'un personnage illustre (19) ; aucun os des pieds n'a été retrouvé : cela pourrait indiquer qu'on a coupé ceux du défunt (ce qui était commun aux suppliciés qui mouraient la tête en bas) (20) ; les rotules étaient abîmées comme peuvent l'être celles de pêcheurs qui poussent leur bateau à la mer.

 

S'adressant à une réunion d'étudiants, le pape Pie XII leur dit : "Sous le point central de la gigantesque coupole de la basilique se trouvait et se trouve encore le lieu de la sépulture de saint Pierre." De telles paroles venaient confirmer celles qui, dans une allocution à Radio-Vatican, en 1942, avaient déjà révélé que, sous la basilique élevée par Constantin, on avait trouvé un lieu de culte chrétien où la dévotion des fidèles était prouvée par de nombreux graffiti et par des tombes.

 

À  l'occasion de son jubilé épiscopal, Pie XII avait également révélé que les traces avaient été retrouvées du "trophée", construit sur le lieu de la sépulture de l'apôtre, trophée dont le dénommé Gaïus, prêtre au IIe siècle, signalait l'existence dans un texte que par la suite l'historien Eusèbe reprit. (21)

 

En 1968, après avoir pris connaissance des études scientifiques réalisées, le pape Paul VI annonce qu'il s'agit selon toute probabilité des restes du corps de saint Pierre. (22) Le sépulcre a depuis été aménagé de façon que chaque visiteur puisse voir les reliques de saint Pierre et le "trophée de Gaïus".

 

Le 24 novembre 2013, pour clôturer l'Année de la foi 2012-2013, les reliques de Saint Pierre sont exposées dans un reliquaire de bronze, sur la place Saint-Pierre, en présence du pape François. (23) Ce fut alors la première ostension publique de ces reliques dans l'histoire : conservées dans la chapelle papale du palais apostolique; elles étaient uniquement montrées dans un cadre privé. Sur le reliquaire est gravé en latin "Ex ossibus quae in Arcibasilicae Vaticanae hypogeo inventa Beati Petri Apostoli esse putantur" (Des os retrouvés dans l'hypogée de la basilique vaticane, qui sont considérés comme ceux du bienheureux apôtre Pierre). (24)

Dans "Le Christianisme, des Origines à Constantin", Simon Claude Mimouni précise : "les découvertes archéologiques, réalisées au cours des fouilles qui ont eu lieu ces dernières décennies depuis 1940, laissent entendre que Pierre a bel et bien subi le martyre à Rome sous l'empereur Néron." (25)

De même, dans son Histoire du catholicisme, Yves Bruley écrit : "la venue de Pierre dans la capitale de l'Empire, attestée par des témoignages antiques, est confirmée par la découverte au XXe siècle de sa tombe au Vatican." (26)

 

 

Croix de Saint Pierre

« Saint Pierre fut crucifié le 13 octobre 64 au cirque de Néron, sur le mont Vatican. (bulletins de l'Association Jean Carmignac, N°44 de février 2010, pages 6 et 7.)

La démonstration, au jour près, semble très convaincante. Tentons de la résumer en quelques mots, mais il vaudra mieux s'y reporter car toutes les précisions de détail sont importantes.

* Le Circus Maximus, où se faisaient habituellement les exécutions, fut, d'après Tacite, indisponible de juillet 64 à fin 64. En novembre et décembre, il n'y a pas de jeux, car le temps est trop mauvais. Saint Pierre et les chrétiens ont donc été exécutés au cirque de Néron, cirque de substitution, en septembre ou octobre 64; c'est déjà beaucoup comme précision.

*Néron est mort (suicide) le 9 juin 68.

*Le livre apocryphe L'ascension d'Isaïe nous apprend que saint Pierre a été crucifié 3 ans, sept mois et 27 jours avant la mort de Néron, donc le 13 octobre 64. »


Ce texte, du Père Jacques Bombardier, curé de paroisse à Nancy, s'inspire des travaux du professeur Margherita Guarducci qui a joué un grand rôle dans les fouilles sous Saint-Pierre.

Saint Paul (Paul de Tarse en Asie mineure), portant aussi le nom juif de Saül, qui se prononce "Shaoul" (né à Tarse en Cilicie au début du Ier siècle et mort vers 67 - 68 à Rome), est un apôtre de Jésus-Christ, tout en ne faisant pas partie des "Douze". Il est citoyen romain de naissance et un juif pharisien (avant sa conversion).

Saint Paul

Saint Pierre et saint Paul : On ne peut les séparer. Ils sont les deux piliers de l'Église et jamais la Tradition ne les a fêtés l'un sans l'autre. Tous deux verront leur vie bouleversée par l'irruption d'un homme qui leur dit: "Suis-moi. Tu t'appelleras Pierre" ou "Saul, pourquoi me persécutes-tu?".  Pierre reçoit de l'Esprit-Saint la révélation du mystère caché depuis la fondation du monde : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." Paul, ravi jusqu'au ciel, entend des paroles qu'il n'est pas possible de redire avec des paroles humaines. Persécuteur des premiers chrétiens, Paul se donne au Christ: "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." Pierre reçoit la charge de paître le troupeau de l'Église: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église." Paul devient l'apôtre des païens. Pour le Maître, Pierre mourra crucifié et Paul décapité.

 

Paul s'est raconté. Il fait le récit de sa vie devant les communautés qui l'accueillent : confession publique, confession rituelle, dans la tradition d'une pratique juive qui remonte à l'époque de Jérémie, vers 650 (Jr, 11,18 ; 12,6 ; 15,10-21 ; 17,14-18 ; 18,18-23 ; 20,7-18). Paul est tellement marqué par les "Confessions de Jérémie" qu'il leur emprunte sa formule introductive, quand il résout de relater sa vocation "dès le ventre de ma mère" (Gal 1,15). Dans les communautés juives et chrétiennes du Ier siècle, la confession met en évidence les interventions divines qui distinguent une vie vouée à Dieu et qui manifestent la puissance de ce dernier. Pour Paul, les seuls moments remarquables de son existence sont les miracles de Dieu en sa faveur, et notamment sa conversion, qu'il présente selon un schéma de rupture tout à la gloire de Dieu. L'image du persécuteur converti, si vivante encore aujourd'hui, nous vient certainement de Paul lui-même et de la façon qu'il avait de se raconter. Non seulement Paul se racontait, mais il écrivait. Il voyageait avec parchemins et papyrus et tenait un journal de voyage, comme la plupart de ses contemporains cultivés.

 

Les Actes des Apôtres ont été composés pour mettre en évidence la vocation du christianisme à l'universalité. Paul y est présenté comme l'instrument de Dieu pour la conversion des païens et le rejet d'Israël ; sa carrière y est relatée selon un schéma répété à l'infini : l'apôtre attend d'être chassé de la synagogue pour aller aux païens. Son mode de vie dessine l'image du parfait intellectuel itinérant, dont rendent comptent les éloges officiels. Paul devint ainsi un héros de roman dès le milieu du IIe siècle, le premier héros de roman chrétien. Le jeune pharisien formé à la prédication et utilisé contre des groupes chrétiens garda l'habitude de la controverse : à la synagogue comme au tribunal, il ne cessa jamais d'argumenter contre l'adversaire et de se définir comme s'opposant à lui. Mais les excès du polémiste ont pour corollaire la grandeur du doctrinaire, dont le propos incisif a imposé la théologie par-delà les générations. (27)

 

Paul oppose sa naissance dans le judaïsme et dans le judaïsme le plus fidèle contre "ces mauvais ouvriers, avec leur fausse circoncision, prenez garde. Car c’est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui rendons notre culte par l’Esprit de Dieu, nous qui mettons notre fierté dans le Christ Jésus et qui ne plaçons pas notre confiance dans ce qui est charnel." (Phil 3,4-5)

 

Paul est né Juif à Tarse en Cilicie, "citoyen d’une ville qui n’est pas insignifiante !" (Ac 21,39.) Par sa naissance, il fait partie d'une élite dans l'Empire, celle des 4 ou 5 million s de citoyens romains. (A. N. Sherwin-White, Roman Citizenship, 2e éd., Oxford, 1973). Un privilège significatif : un naturalisé bénéficie immédiatement d'un statut personnel international de garanties judiciaires et fiscales reconnues dans tout l'Empire et du droit de participer à la vie publique à Rome.

 

Paul revendique ses origines pharisiennes. Il est né dans une famille de lettrés. La secte des pharisiens constituait alors une émanation de la classe des scribes et des spécialistes de l'exégèse biblique, qui s'était séparée au cours du IIe siècle avant notre ère du parti sacerdotal traditionaliste (sadducéens) quand celui-ci avait viré à l'hellénisme. (On consultera toujours avec profit le petit livre de Marcel Simon, Les Sectes juives au temps de Jésus, Paris 1960. Voir encore A. PAUL, Le Monde des Juifs à l'heure de Jésus, Paris 1981. Ou plus récemment Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, 2018).

 

Les pharisiens que Jésus dénonçaient comme rigoristes hypocrites et orgueilleux, étaient vus comme "des chercheurs d'allégement par la secte de Qumran'." (28) Toutefois ils avaient ajouté beaucoup d'observances très lourdes à la Loi de Moïse. Ils étaient très ritualistes, trés légalistes et cela a joué un rôle dans la formation du jeune Saül. (29)

Ils étaient déjà gagnés à l'idée de l'universalité du salut que certains prophètes avaient introduite dans les esprits. Mais l'aspiration à l'idéal de sainteté les incitaient toujours à se séparer des Gentils perçus comme pécheurs. Lors de ses longues escales, Paul assurait sa subsistance en travaillant dans le textile : c'est certainement le métier qu'il avait appris enfant dans le cadre familial, en application de la Loi, qui enjoignait aux parents d'enseigner à leur fils une activité manuelle.

 

Paul fit de longues études. Son enfance, comme celle de tout enfant juif, fut marquée par l''étude de la Bible, son premier livre de lecture, dont il reconnaîtra très clairement à l'âge adulte le caractère didactique, lorsqu'il affirme : "Tout ce qui a été écrit à l'avance dans les livres saints l'a été pour nous instruire" (Rom 15,4), il reprend certainement une maxime de son époque.

 

Il apprit à lire dans la Bible et en hébreu, mais il ne parlait pas l'hébreu comme une langue morte : il le parlait en famille. La pratique familiale de l'hébreu constituait à cette date le réflexe d'une minorité particulièrement attachée aux traditions nationales, mais tel était bien le cas des parents de Saül. La formation hébraïque élémentaire donnait à l'enfant juif une morale rigoureuse ainsi qu'une connaissance précise de l'histoire et des traditions de son peuple. Mais à Tarse comme partout dans la Diaspora en pays grec, on le formait aussi aux mécanismes de la pensée classique et il recevait une éducation bilingue ou trilingue. Le grec de Saül est celui des gens cultivés de son temps. C'est dans ce registre qu'il puisera des noms pour les institutions de l'Église nouvelle, tel celui d'episcopos (évêque). (30) Bien qu'il ait appris à lire dans la Bible hébraïque, Paul se familiarisa très tôt avec la version grecque élaborée à Alexandrie au IIIe siècle. Paul vivra sa vie comme une joute perpétuelle et sera toujours persuadé du primat de la parole, le Logos, ce qui est bien caractéristique d'un intellectuel grec. Il participera d'un état d'esprit qui préconisait l'égal développement des aptitudes physiques et intellectuelles. Paul participera aussi d'un état d'esprit qui préconisait l'égal développement des aptitudes physiques et intellectuelles.

 

C'est d'ailleurs un juif formé à Alexandrie, Ben Sirach, qui lui fournira le terme d'ecclesia (église) appliqué à l'assemblée en grec classique, pour désigner une communauté de dévots (le terme est employé en ce sens dans tout l'Ecclésiastique ou livre de la Sagesse de Ben Sira (Siracide), il était apparu avec cette acceptation dans la Septante, Deut 31,30). Les livres grecs de la Bible inspireront encore à Paul de nombreuses images littéraires : celle de la maison en construction (1 Co 3,14) celle de la culture ou des semailles (1 Co 3,6-9 "Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance" ; 9,10-11 "Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, serait-ce trop de récolter chez vous des biens matériels ?";  Gal 6,8 "Celui qui a semé en vue de sa propre chair récoltera ce que produit la chair : la corruption ; mais celui qui a semé en vue de l’Esprit récoltera ce que produit l’Esprit : la vie éternelle.").

 

Gamaliel

Un jour, le Père de Saül décide de l'envoyer continuer ses études à Jérusalem, ce qui est une pratique courante chez les Juifs de la diaspora. Certains n'hésite pas à suivre des stages auprès des différentes sectes pour mieux comparer leurs mérites (Josèphe, Vie 9-12). Son installation à Jérusalem n'implique pas de réelle rupture dans sa vie d'étudiant. Son père le confie au plus hellénisé et au plus libéral des maîtres de ce temps, Gamaliel. Gamaliel poursuivait une tradition inaugurée par son grand-père ; le célèbre Hillel l'Ancien, qui était venu de Babylone sous le règne d'Hérode pour fonder à Jérusalem une académie pharisienne animée d'un esprit conciliateur ; ce libéralisme l'opposait aux tenants d'une autre école, celle de Shammai, davantage attachée à la lettre des textes. La distinction était, d'ailleurs, toute relative car Gamaliel passa lui aussi à la postérité pour son respect scrupuleux de la Loi, son idéal de pureté, sa rigoureuse observance des interdits alimentaires.

 

Temple de Jérusalem au Ier siècle ap. J.-C. (Israel Museum, Jérusalem)

Le choix du père de Saül tint sans doute aussi à la particularité de ce rabbi dans la Diaspora : Gamaliel était l'auteur de lettres qui avaient circulé en Galilée et dans les régions environnantes et il accueillait très favorablement les prosélytes. Il y avait un terrain de pensée où se rencontraient depuis longtemps Grecs et Juifs, philosophes et docteurs de la Loi : le devoir de justice, la référence à l'ordre militaire, la thématiques des prémisses (A. Jaubert, La notion d'alliance dans le judaïsme aux abords de l'ère chrétienne, paris 1963, p. 408-411), le thème des prémices de Rom 16,5, 1 Co 16,15 est commun à Philon, De spec. Legibus, 4,180 ; à Jacques 1,18 "Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures"; à l'auteur de l'Apocalypse 14,4. L'idéal militaire, qui est fondamental dans l'esprit de Qumran, est repris dans 2 Tim 2,4 "Celui qui est dans l’armée ne s’embarrasse pas des affaires de la vie ordinaire, il cherche à satisfaire celui qui l’a enrôlé.") et surtout la notion centrale de parenté entre les peuples (syngeneia) (C. ORRIEUX, La Parenté entre Juifs et Spartiates, L'Etranger dans le monde grec, Nancy, 1988, p. 169-191, pour qui ces préoccupations sont surtout caractéristiques des Juifs de la Diaspora.) Ce n'était pas encore du cosmopolitisme, mais la conviction que les Juifs et les Grecs avaient un destin commun. Cet état d'esprit était partagé, au moins jusqu'à un certain point, par les Juifs de Jérusalem qui exaltaient déjà à l'époque des Macchabées la parenté entre le peuple élu et celui de Sparte, tous deux frères et de la race d'Abraham. (31) Gamaliel lui-même fut un homme ouvert, qui considérait d'un assez bon œil les idées nouvelles et qui n'hésita pas à prendre la défende de Pierre et des apôtres devant le Sanhédrin, en préconisant l'expectative ("si elle – l'entreprise de ces gens - vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu. Ac 5,39. Les membres du Conseil se laissèrent convaincre".) Il n'a donc pu développer chez Paul des sentiments antichrétiens. Les victimes de Saül seront, paradoxalement, des gens issus des mêmes milieux et de la même culture que lui, celle de la Diaspora hellénisée, mais aux courants opposés. Saint Étienne, martyr, pourtant élevé lui aussi à l'école du Rabbi Gamaliel, s'en prendra au Temple : c'est ce qui lui valut d'encourir le grief d'apostasie, que les Juifs définissaient comme l'abandon des prescriptions mosaïques. On l'accusera de blasphémer contre Moïse et contre le Temple en affirmant que Jésus détruirait le Lieu saint et changerait les coutumes que Moïse a transmises. (Ac 6,11-14). L'éducation pharisienne de Saül, son attachement aux traditions ancestrales ("J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères.Gal 1,14 ; "J'avais pour Dieu une ardeur jalouse." Ac 22,3) son loyalisme envers Rome, le Temple perçu comme le coeur du Peuple élu et le symbole vivant de son indépendance, tout le poussa (avant sa conversion) au même choix. Toute l'histoire ultérieure de Paul dépend peut-être de ce moment dramatique où, dans des communautés déchirées, il rejeta les convertis hétérodoxes (chrétiens), dissociés par lui des observants (pharisiens). C'est en cela que sa première expérience de prédicateur persécuteur s'exerçait contre des gens dont il se sentait proche et qu'il ne comprenait plus, ce qui augmenta encore sa colère. (32) Étienne professait une relation à Dieu qui n'avait plus besoin ni du temple ni des sacrifices d'animaux. Sur ce point, Paul, même après sa conversion, n'adoptera pas ces positions, il restera fidèle au temple. (33) Quant à son passé persécuteur, il lui sert surtout à évoquer d'une manière concrète et familière à ses lecteurs l'"adversaire de Dieu" (théomachos), gonflé d'orgueil et de démesure, plutôt qu'à opposer son passé de juif "zélé" à un "après" chrétien. 

 

Gamaliel insista sur la nécessité d'enseigner en comprenant et en se faisant comprendre (2 Co 1,13). La distinction qu'il établira entre le "maître" à la parole claire et le "magicien" aux propos hermétiques annonce les réactions rabbiniques ultérieures (Sota 22a.) "Évite les discussions folles et simplistes : tu sais qu'elles provoquent des querelles. Or, un serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur, il doit être attentionné envers tous, capable d'enseigner et de supporter la malveillance; il doit reprendre avec douceur les opposants." (2 Tm 2,24-25.)

 

Les pharisiens témoignent d'une intense espérance eschatologique nourrie de la littérature prophétique : Paul cite treize fois Isaïe dans la Lettre aux Romains. C'est aux prophètes qu'il emprunte le terme de "saints" pour désigner les fidèles du Christ. En Palestine, l'esprit millénariste et l'espérance eschatologique se renforce d'autant plus que l'occupation romaine y crée les conditions les plus favorables à leur développement. Les pharisiens font aussi appel à la l'expérience surnaturelle. Les anges et les démons appartiennent à leur univers (Jospèhe, BJ 2,8,142). La foi en la résurrection constitue la pièce maîtresse de la doctrine pharisienne. Au Ier siècle, les pharisiens sont convaincus de l'immortalité de l'âme et se préparent à affronter le Jugement de Dieu après la mort : une "prison éternelle" attend les mauvais ; "aux autres est accordée la faculté de revivre." (Josèphe, AJ, 18, 1,3 et BJ 2,8,14). La résurrection est une récompense promise aux justes. Entre toutes les sectes juives, les pharisiens semblent davantage préoccupé par le salut individuel que par l'espérance d'un Messie au sens juif du terme, c'est-à-dire d'un sauveur pour la nation.

 

Paul reçut également une solide formation de juriste, et acquit quelques rudiments de médecine, puisqu'il se montra capable lors de l'escale de Malte d'aider à soigner les malades atteints de fièvre et de dysenterie.  (Ac 28,9-10.

 

Grèce, IIIe s. av. J.-C.

La ville de Thessalonique était à cette époque devenue la capitale de la province romaine de Macédoine et le port le plus commerçant de la Méditerranée : elle avait dans l'Empire la qualité de ville libre. En 50, Saint Paul, s'y rendit dans sa seconde mission à sa sortie de Philippes (Macédoine orientale). Il y trouva une synagogue, où il prêcha à des Juifs, des prosélytes et des païens durant trois semaines et jeta les fondements d'une petite chrétienté. Mais bientôt chassé par les intrigues des Juifs accusant les prédicateurs d'agir contre les décrets impériaux et traînant certains chrétiens devant les magistrats (Ac 17:5-9), il se retira à Bérée, puis à Athènes, et de là à Corinthe (Grèce). C'est de cette dernière ville qu'il adressa à l'église naissante de Thessalonique vers l'an 51, à peu d'intervalle l'une de l'autre, deux épîtres, les premières que nous ayons de lui. La première (1 Thessaloniciens), qui contient des encouragements, est le plus ancien écrit du Nouveau Testament. L'apôtre y fait l'expérience de la mort et de la résurrection du Christ. Il l'a envoyée une vingtaine d'années après la mort de Jésus, peu après son arrivée à Corinthe où Thimothée, vint lui apporter des nouvelles en provenance de Thessalonique (1 Th 3:6).

 

À  cette date, les traditions évangéliques ont déjà pris corps et d'autres textes peuvent nous rapporter des traditions plus anciennes, mais 1 Thessaloniciens est le plus ancien document chrétien connu. Dans leur relative simplicité, les deux lettres aux Thessaloniciens, parlent des "Églises" et de ceux qui sont "à leur tête"; elles mentionnent tout ce qui est la foi commune des premiers chrétiens et l'expérience des premiers missionnaires : l'amour de Dieu qui appelle (1 Th 1:4; 1 Th 2:12, la foi en la Trinité de "Dieu le Père, et le Seigneur Jésus-Christ" et l'"Esprit-Saint" (1 Th 1-5; 1 Th 4:8), la foi dans la mort et la résurrection du Christ (1 Th 1-10 ; 1 Th 4:14), l'attente du retour du Christ (1 Th 3:13; 1 Th 5:23), la croyance dans la résurrection de ceux qui sont morts dans le Christ (1Th 4:16), la persévérance dans la persécution (1 Th 2:14-16), l'amour fraternel (1 Th 4:9) et le caractère collectif et solidaire des premières communautés chrétiennes (1 Th 4:6); l'action de l'Esprit Saint dans la parole de proclamation et dans la vie des communautés.

 

Paul traversa la Syrie et la Cilicie, en affermissant les Églises. ll arriva ensuite à Derbé, puis à Lystres. Il y avait là un disciple nommé Timothée ; sa mère était une Juive devenue croyante, mais son père était Grec. À Lystres et à Iconium, les frères lui rendaient un bon témoignage. Paul désirait l’emmener ; il le prit avec lui et le fit circoncire à cause des Juifs de la région, car ils savaient tous que son père était Grec. Dans les villes où Paul et ses compagnons passaient, ils transmettaient les décisions prises par les Apôtres et les Anciens de Jérusalem, pour qu’elles entrent en vigueur. Les Églises s’affermissaient dans la foi et le nombre de leurs membres augmentait chaque jour.

 

Paul et ses compagnons traversèrent la Phrygie et le pays des Galates (Galatie), car le Saint-Esprit les avait empêchés de dire la Parole dans la province d’Asie. Arrivés en Mysie, ils essayèrent d’atteindre la Bithynie, mais l’Esprit de Jésus s’y opposa.  Ils longèrent alors la Mysie et descendirent jusqu’à Troas (Troie). (Ac 15,41 et Ac 16,1-8)

 

La  prédication paulinienne est une exhortation à la "vraie" Sagesse, celle du Christ en qui sont tous les trésors cachés de la sagesse et de la connaissance"; seule la foi au Christ mène à la connaissance. Paul et ses collaborateurs dénoncent ce "vain leurre" qu'est la philosophie fondée sur l'histoire humaine. (Col 1,28 "Nous avertissons tout homme, nous instruisons chacun en toute sagesse, afin de l'amener à sa perfection dans le Christ" ; 2,3 le Christ "en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance"; 2,8 "Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ" ; et 23 "des enseignements humains... qui ont des airs de sagesse, de religion personnelle, d’humilité et de rigueur pour le corps, mais ne sont d’aucune valeur pour maîtriser la chair.(34)

 

S. Paul met en place des "anciens", comme nous le voyons à Éphèse (Actes 20, 17).

 

Il envoie deux collaborateurs, Tite et Timothée, deux convertis du paganisme dans les communautés qu'il a fondées, pour éviter qu'elles ne dérivent. Ils sont destinataires de trois épîtres avec des conseils pour l'avenir. À Thimothée, en particulier, il rappelle le "don spirituel que Dieu a déposé en toi par l'imposition de mes mains" (1 Tm, 4: 14; et 2 Tm 1:6). La mission principale de Timothée est de "garder le dépôt" (1 Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14). Ce dépôt doit être transmis à d'autres de génération en génération : "Ce que tu m’as entendu dire en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes dignes de foi qui seront capables de l’enseigner aux autres, à leur tour" (2 Tm 2,2).

 

De même S. Pierre recommande aux "anciens en fonction" de paître "le troupeau de Dieu qui leur est confié et aux "jeunes gens" d'être "soumis aux anciens" (1 P. 5, 1-2). Il invente la succession apostolique lorsque Judas, mort, il propose "qu'un autre prenne sa charge" (Ac 1,20), de prier le Seigneur, qui connait tous les coeurs, afin qu'il désigne par tirage au sort celui qui prendra, "dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne". Et c'est Matthias qui est élu. (Ac 1, 24-26

Carte itinéraires de Saint Paul et fondations des premières églises, dans Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, Fayard, 1991, p. 191.

Carte itinéraires de Saint Paul et fondations des premières églises, dans Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, Fayard, 1991, p. 191.

"Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur" (Matthieu 10,24), "un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi" (Jean 15,20), "Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître." (Luc 6,40), comme le prince des Apôtres, "Paul aura tout connu à Éphèse, sinon la misère et l'abandon (Phil 2,17 et 4,11-12). Il y  a couru le danger extrême qui l'a mené aux portes de la mort (2 Cor 1,5-8 et Rom 16,4 écrit lors du retour d'Éphèse à Jérusalem) ; il y a souffert dans son corps et constaté sa déchéance physique (2 Cor 4,16 et 6,5 "les coups, la prison, les fatigues, le manque de sommeil et de nourriture ; il y a été incarcéré avec Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus. (Philémon 23). En Galatie, à Lystres, Paul et Barnabé furent pris pour des dieux, mais c'est aussi à Lystres que Paul fut lapidé par les Juifs qui le laissèrent que lorsqu'ils le crurent mort (Ac 14-8,20) . À Césarée, il a passé presque deux ans en détention préventive (Ac 24,27).

 

Les années 67 ou 38 sont celles qu'ont avancées pour la mort de Paul, les chronographes antiques du IVe siècle (Eusèbe, Chronique, 111e olympiade après les morts de Sénèque - 65 - et d'Octavie ; Jérôme, De viris illustribus, 12). Les Actes du martyre de Paul (sur ordre de Néron), tels que le souvenir s'en conserva en Asie jusqu'au IIe siècle (Actes de Paul 11,1) situent l'évènement dans le même contexte que la lettre aux Philippiens et que la deuxième lettre à Thimothée. Luc est présent aussi, ainsi que Tite, de retour de Dalmatie, et peut-être encore Thimothée, dont on connaît une incarcération ultérieure. L'apôtre est entouré par des convertis de la maison impériale. Après sa condamnation on le conduit à la sortie de Rome sur la route d'Ostie pour l'exécuter par décapitation. (35) On ne sait rien de l'accusation qui pesa contre lui, ni des dénonciateurs.

"Une tradition attestée par des textes des Ve et VIe siècles rapporte que Paul avait été enterré sur la Via Ostiense, sur les terres d'une femme chrétienne, Lucina. Il aurait été décapité plus loin en dehors de la ville aux Acquae Salviae, à l'endroit aujourd'hui appelé Tre Fontane : la tête aurait rebondi trois fois, faisant naître trois fontaines. Paul sera désormais représenté une épée à la main, à l'image de sa statue géante qui garde l'entrée droite de la basilique Saint-Pierre de Rome.

"Eusèbe de Césarée au IVe siècle reporte une citation attribuée à un ouvrage écrit en 198 par un prêtre romain, Gaïus : 'Je peux te montrer les trophées des apôtres : si tu vas au Vatican ou sur la Via Ostiense, tu y trouveras les trophées des fondateurs de l'Église' (Histoire ecclésiastique 2,25,6-7.) Saint Pierre et saint Paul étaient donc bien commémorés dès l'origine sur les lieux où seront construites plus tard les deux basiliques. [...] C'est bien le martyre des deux apôtres à Rome qui donnera un tel prestige à une Église qui se réclame de leur fondation.

"[...] Au début du IIe siècle, sous le règne de Trajan, c'est une autre grande figure de ce premier christianisme, Ignace d'Antioche, qui arrive à Rome pour y être mis à mort. Petit à petit, on peut ainsi deviner dès le IIe siècle la constitution dans la capitale impériale d'une communauté prestigieuse, qui se présente comme une fondation apostol