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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 00:00
Icône de S. Dimitri du XVe siècle (Musée de l'Etat russe, Saint Petersbourg)

Icône de S. Dimitri du XVe siècle (Musée de l'Etat russe, Saint Petersbourg)

Saint Démétrius s'opposa victorieusement aux barbares qui tentaient d'envahir Thessalonique (Grèce) en 305.  

Dénoncé comme fauteur de troubles, il fut condamné vers l'an 306 à lutter dans l'arène contre un gladiateur plus robuste que lui. L'on vit arriver avec lui un jeune garçon nommé Nestor, frêle et courageux, qui d'un geste ôta la vie à ce géant. Dépité, l'empereur présent, fit mettre à mort l'enfant et Démétrius. De son corps se mit à jaillir une huile odoriférante et miraculeuse.

Peu de temps après sa mort, une basilique fut érigée sur son tombeau à Thessalonique qui fut à travers les siècles un grand centre de pèlerinage. L'édifice paléochrétien originel existe toujours. Saint Démétrios est vénéré comme l'un des plus importants patrons militaires orthodoxes, souvent associé à saint Georges. On vénère aussi son compagnon de martyre, Nestor.

Son culte est extrêmement populaire en Orient, la cathédrale orthodoxe de Salonique lui est dédiée.

Saint Dimitri de Thessalonique est fêté le 9 avril ou le 26 octobre (usage grec).  À cette occasion, le premier ministre grec a pour tradition de se rendre chaque 26 octobre à Thessalonique, ville du saint patron qui protège la cité.

Il est également le patron de la ville de Bucarest et il figure dans les armoiries de la cité. 

Reliquaire de Saint Démétrius, cathédrale de Thessalonique, Grèce.

Hagios Demetrios, sanctuaire dédié à saint Dimitri (Thessalonique)

Sources : 1, 2

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 01:00
Saint Florentin, moine (VIIe siècle)

Mettez vos pas dans ceux de St-Florentin, qui vivait à Bonnet au VIIe s.

- vidéo: Connaissez-vous la folle histoire de Saint Florentin? à la découverte de la belle église Saint Florentin, dans le petit village de Bonnet, un joyau architectural qui renferme bien des trésors... Trésor D'Histoires.

Ce fils d'un Roi d'Écosse qui avait traversé les mers on ne sait comment, gardait humblement les porcs tout en multipliant miracles et guérisons. Si bien que dès le Moyen-Âge, Bonnet était devenu un lieu de pèlerinage très fréquenté et recommandé en cas de troubles mentaux: passer sous le gisant de Saint Florentin qui se trouve à l'intérieur de l'Église était et reste encore, parait-il très efficace!

L'ancien village a été abandonné par ses habitants qui l'ont rebâti là où il est actuellement, autour de la sépulture du saint. Il avait souhaité être enterré sur la colline qui dominait son village. Vingt-et-une des peintures murales de l'Église racontent cette vie légendaire."

Sources : Nominis

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 00:00
Saint Jean de Capistran († 1456)

Jean, né à Capistrano dans l'Abruzze en 1386, était fils d'un gentilhomme français qui avait suivi à Naples le duc d'Anjou, devenu roi de ce pays.

Après ses humanités, il fut envoyé à Pérouse pour y étudier le droit canonique et civil. On le pourvut d'une place de judicature, et un homme riche et noble, charmé de ses qualités éminentes, lui donna sa fille en mariage. Tout lui souriait dans le monde, quand tout à coup s'évanouirent ces flatteuses espérances.

Dans une guerre contre le roi de Naples, la ville de Pérouse le soupçonna de prendre le parti de ce prince; on le fit arrêter. Malgré son innocence et son éloquence à se défendre, il fut jeté en prison. Sur ces entrefaites sa femme étant morte, il résolut de ne plus servir que Dieu. 

Il vendit tous ses biens, paya sa rançon, distribua le reste aux pauvres, et se réfugia chez les Franciscains, au monastère du Mont, près de Pérouse. Le gardien, craignant que cette vocation ne fût l'effet d'un dépit passager plutôt que d'un mouvement de la grâce, voulut l'éprouver. Il lui ordonna de faire le tour de la ville de Pérouse dont il avait été gouverneur, monté à rebours sur un âne, couvert d'un mauvais habit et la tête coiffée d'un bonnet de carton où étaient écrits divers péchés. Après une telle épreuve, les humiliations du noviciat ne lui coûtèrent plus. 

On lui donna pour maître un simple frère convers, à la direction duquel Jean se soumit avec la simplicité d'un enfant. Il fut traité par lui avec dureté:
"Je rends grâces au Seigneur, disait-il plus tard, de m'avoir donné un tel guide; s'il n'eût usé envers moi de pareilles rigueurs, jamais je n'aurais pu acquérir l'humilité et la patience."

Jean fut renvoyé par deux fois du noviciat comme incapable de remplir jamais aucun emploi dans la religion. Il resta jour et nuit à la porte du couvent, souffrant avec joie l'indifférence des religieux, les railleries des passants et les mépris des pauvres qui venaient demander l'aumône. Une persévérance si héroïque désarma la sévérité des supérieurs et dissipa leurs craintes. Jean, reçu de nouveau, fut enfin admis à la profession. 

Dès lors sa vie fut admirable, il vivait uniquement de Jésus sur la Croix. Embrasé d'amour pour Dieu, il faisait de sa vie une oraison continuelle: le Crucifix, le Tabernacle, l'image de Marie, le jetaient dans l'extase: "Dieu, disait-il, m'a donné le nom de Jean, pour me faire le fils de Marie et l'ami de Jésus."

Ordonné prêtre, Jean fut appliqué au ministère de la parole. Ses paroles produisaient partout des conversions nombreuses. Une secte de prétendus moines, les Fraticelli, dont les erreurs et les moeurs scandalisaient l'Église, fut anéantie par son zèle et sa charité.

  Le Pape Eugène IV, frappé des prodigieux succès de ses discours, l'envoya comme nonce en Sicile; puis le chargea de travailler, au concile de Florence (1439), à la réunion des Latins et des Grecs. Nommé visiteur des couvents franciscains de Terre Sainte, il travailla à l’union des Arméniens dont il ramena des représentants au concile.

Le 27 novembre 1437, la délégation grecque envoyée au concile de Ferrare (1437) et conduite par l'empereur bizantin Jean VIII Paléologue (1425-1448) avait embarqué à Constantinople pour Venise. L'empereur était accompagné de 21 métropolites et évêques, dont le patriarche de Constantinople, et une suite d'archimandrites et de membres du clergé, jusqu'à concurrence d'environ 700. Marc d'Éphèse, Isidore de Kiev, Bessarion et André, archevêque de Rhodes étaient les personnalités les plus connues. Elle arriva à Venise en février, puis à Ferrare (Italie) en mars. Bessarion fut désigné avec le métropolite d'Éphèse Marc Eugénikos pour défendre la position de l'Église grecque (orthodoxe). Il prononça le discours inaugural le 8 octobre 1438. Si au départ il persista à condamner l'addition du filioque au Symbole de Nicée par l'Église latine (catholique), sa position évolua devant les arguments du dominicain Jean de Montenero, et il plaida pour la réconciliation des Églises devant la délégation grecque en avril 1439. Le patriarche Marc d'Éphèse contesta pour sa part le rapprochement catholique-orthodoxe. Malgré des pressions du Basileus, il sera le seul évêque à ne pas signer le texte du concile.

Image illustrative de l'article Santa Maria del FioreLe 6 juillet 1439 Bessarion lut la version grecque du décret d'Union des Églises à Santa Maria del Fiore. La version latine fut lue par le cardinal Giuliano Cesarini. La délégation grecque s'embarqua à Venise le 19 octobre 1439. Le métropolite de Moscou, Isidore de Kiev, adhèra à l’union des Églises au nom de l’Église russe. De retour à Moscou en 1441, il échoua à imposer l'Union. Le prince Vassili II (ou Basile II), grand Prince de Moscou, le fit enfermer dans un couvent et libèra l’Église russe de la tutelle des Byzantins. De son côté Bessarion échoua à imposer l'union à Constantinople... La masse du peuple byzantin est contre l’union des Églises et sa proclamation à Constantinople dut être remise jusqu’au 12 décembre 1452, mais ne fut finalement pas adoptée. On connaît la suite : 29 mai 1453 : chute de Constantinople, tueries, viols et sacrilèges. La fin d'un monde.

 

Ami de saint Bernardin de Sienne, Jean de Capistran le défendit, devant la cour de Rome, contre les calomnies que lui attirait son ardeur pour la réforme de son Ordre; il l'aida grandement dans cette entreprise, et il alla lui-même visiter les maisons établies en Orient. 

Nicolas V l'envoya, en qualité de commissaire apostolique, dans la Hongrie, l'Allemagne, la Bohème et la Pologne. Toutes sortes de bénédictions accompagnèrent ses pas. Il ramena au bercail de l'Église un grand nombre de personnes, et convertit une quantité prodigieuse de Juifs et de Musulmans.

 

À cette époque, Mahomet II menaçant l'Occident d'une complète invasion, tenait Belgrade assiégée. Il se promettait d'arborer le croissant dans l'enceinte même de Rome.

Le Pape Calixte III chargea saint Jean de Capistran de prêcher une croisade: à la voix puissante de cet ami de Dieu, une armée de 40,000 hommes se leva; il lui trouva pour chef Huniade, un héros, et il la conduisit à la victoire.

Étant à trois journées de marche des Turcs, tandis qu'il célébrait la Messe en plein air dans les grandes plaines du Danube, les témoins ont rapporté qu'une flèche partie d'en haut vint, pendant le Saint Sacrifice, se placer sur le corporal. Après la Messe, le Saint lut ces mots écrits en lettres d'or sur le bois de la flèche: "Par le secours de Jésus, Jean de Capistran remportera la victoire." Au fort de la mêlée, il tenait en main l'étendard de la Croix et criait: "Victoire, Jésus, victoire!" Belgrade fut sauvée. C'était en l'an 1456... Trois mois après, saint Jean de Capistran, ayant prononcé ces paroles du Nunc dimittis: "C'est maintenant, Seigneur, que Vous laisserez mourir en paix Votre serviteur," expira en disant une dernière fois: "Jésus". Il avait soixante et onze ans.

Sources : 1, 2, 3, 4

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22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 00:00
Saintes Elodie et Nunillon, Martyres († 851)

Martyrologe Romain : À Huesca en Aragon, l’an 851, les saintes Nunilon et Alodie, vierges et martyres. [1]

 

En 851, Abd Al Rahman II, émir de Cordoue obligea tous les enfants issus d'un mariage mixte à embrasser l'Islam. Elodie et sa sœur Nunillon étaient concernées car filles d'une chrétienne et d'un musulman. Elles se réfugièrent chez une de leurs tantes maternelles, à Barbaste.

 

Image illustrative de l'article AlquézarDécouvertes et arrêtées, elles furent enfermées dans des cachots séparés. 

Selon la tradition aragonaise, Alodia et Nunilo étaient originaires du village de Adahuesca (Barbastro), et elles furent emprisonnées au château d'Alquézar. [2]

 

Le juge tenta de les persuader d'apostasier. Elles refusèrent et moururent martyres, décapitées, en 851, dans la région de Huesca, en Espagne, le 22 octobre. [3]

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/03/Monasterio_de_Leyre%2C_retablo_de_las_santas_Nunilo_y_Alodia.JPG/450px-Monasterio_de_Leyre%2C_retablo_de_las_santas_Nunilo_y_Alodia.JPG

 Retable des Saintes Nunilo et Alodia à Yesa (Navarra), XVIIIe siècle, monastère de Leire.

 

Sources : 1; 2; 3

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21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 00:00
Vitrail Sainte Céline ( 1903 ) - église Saint-Mazeran - Broût-Vernet - 03

Vitrail Sainte Céline ( 1903 ) - église Saint-Mazeran - Broût-Vernet - 03

Elle avait épousé, très jeune, Emile, le comte de Laon. Elle lui portait une grande affection et, par son caractère aimable et modeste, ils vécurent dans une grande union de cœur et de foi chrétienne. Ils prirent grand soin de l'éducation de leurs enfants qui devinrent tous trois prêtres. Le dernier nous est le plus connu, Rémi, né sur le tard, dont ils donnèrent le soin aux clercs de l'église Sainte-Marie de Laon. Il devint saint Rémi, l'archevêque de Reims Apôtre des Francs qui baptisa Clovis. (1)

 

D'après le Pseudo-Fortunat, Céline, de noble famille, avait épousé dans sa jeunesse Emilius, comte de Laon. Un ermite, Montanus qui habitait au milieu des bois de La Fère, prédit à Céline, après un triple avertissement reçu en songe, qu'elle enfanterait un garçon d'un rare mérite : Le Seigneur a daigné regarder la terre du haut du ciel, afin que toutes les nations du monde publient les merveilles de sa puissance et que les rois tiennent à honneur de le servir : Céline sera mère d’un fils qu’on nommera Remi ; je l’emploierai pour la délivrance de mon peuple. Et, dix mois plus tard, Remi vint au monde à Laon. (2)

 

Céline mourut très âgée et fut enterrée à Lavergny, près de Laon. Elle est fêtée le 21 octobre. (3)

 

À Laon, après 458, sainte Céline, mère des saints évêques Prince de Soissons et Remi de Reims.

Martyrologe romain (4)

Sources: 1, 2, 3, 4

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 00:00

Sainte-Adeline--abbesse-en-Normandie----v.-1125-.jpgSainte Adeline (ou Aline), abbesse en Normandie († v. 1125)

 

Petite-fille de Guillaume le Conquérant et une noble dame de cette famille de Normandie (1) Adeline fut la première abbesse de l'abbaye des "Dames Blanches" (appelées ainsi en raison de la couleur de leur habit) à Mortain dans le département de la Manche en Normandie. (2)

La Règle suivie par cette maison religieuse était celle de saint Benoît avec quelques observances de la tradition cistercienne. (3)

 

"Sœur de saint Vital, abbé de Savigny, elle était comme lui attirée par la vie monastique et fonda un groupe de moniales au Neufbourg près de Mortain. Lorsque Vital fit bâtir un couvent à Mortain, la communauté s'y installa en adoptant la règle et l'habit de Cîteaux. On l'appela " abbaye des Dames Blanches " et plus tard " Abbaye Blanche ". Avec Adeline on fête ce jour les autres saints de Savigny, saint Geoffroy, abbé, et saint Guillaume Niobé, religieux." (diocèse de Coutances et Avranches - calendrier diocésain)


À Savigny en Normandie, vers 1125, sainte Adeline, première abbesse du monastère de Mortain, qu’elle avait construit avec l’aide de son frère saint Vital.  (4)

 

Martyrologe romain

 

 

Sources: (1); (2); (3); (4)

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19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 00:00
Saint René et saints Martyrs Canadiens, missionaires s.j. († 1642/1649)

Vers le milieu du XVIIe siècle (1642-1649) une vaillante légion de Jésuites travaillait, dans le Canada encore à peu près sauvage, à la conversion de peuplades féroces, parmi lesquelles étaient surtout les Iroquois. Alors s'ouvrit pour les missionnaires ce que l'on a justement appelé « l'ère des martyrs ».

 

La célébration liturgique des saints martyrs canadiens a lieu le 26 septembre au Canada (solennité) et le 19 octobre dans l'Église universelle.

 

Les saints martyrs canadiens : Jean de Brébeuf, Isaac Jogues, Gabriel Lalemant, Charles Garnier, Antoine Daniel, Noël Chabanel, René Goupil, Jean de La Lande, canonisés en 1930, patrons secondaires du Canada depuis 1940, sont devenus des figures nationales proposées en exemples à l'Église Universelle.

 

Saint-Isaac-Jogues.png
Saint Isaac Joguès

Parmi les premières victimes, on compte le Père Isaac Jogues qui aurait pu se soustraire une première fois au martyre en 1642 ; mais il ne voulut pas se séparer de ses chrétiens, prisonniers des Iroquois. Après des supplices aussi inouïs que variés, il fut arraché à la mort et ramené en France. Mais son cœur était resté au Canada. Il y revint en 1646, et y reçut bientôt la palme d'un martyre glorieux. Parmi ses compagnons d'apostolat, les coadjuteurs  René Goupil et Jean de La Lande, tombèrent aussi sous la hache des iroquois, en haine de la religion chrétienne.

 

En 1648, le Père  Antoine Daniel fut percé de flèches, achevé d'un coup de feu, dépouillé de ses habits et jeté dans le brasier de sa chapelle devenue la proie des flammes.

 

Saint-Jean-Brebeuf--Pretre-jesuite.jpg

Quelques mois plus tard, le Père Jean Brébeuf et le Père Gabriel Lalemant subissent à leur tour les plus affreux supplices. On pique d'abord le Père de Brébeuf avec des alènes rougies au feu, on promène sur ses membres des tisons embrasés, on lui enlève la peau de la tête en forme de couronne. Pour l'empêcher d'exhorter ses fidèles, les bourreaux lui coupent les lèvres, la langue et le nez, lui fendent la bouche jusqu'aux oreilles, enfoncent un fer rouge dans sa gorge ; ils coupent des lambeaux de sa chair, les font rôtir et les mangent sous ses yeux. Ils jettent ensuite de l'eau bouillante sur sa tête, enduisent son corps de résine et le font griller lentement ; enfin, un chef iroquois lui arrache le cœur, le dévore et boit le sang du martyr. Le Père Lalemant subit un supplice du même genre pendant seize heures et eut enfin le crâne fracassé à coups de hache.

 

 

Au nombre des autres victimes des Iroquois furent, en 1649, les Pères Charles Garnier et Noël Chabanel, massacrés dans l'héroïque exercice de leur apostolat.

 

Le pape Pie XI (Ambrogio Damiano Ratti, 1922-1939) béatifia ces admirables martyrs, dignes de ceux des premiers siècles, le 21 juin 1925; il les canonisa le 29 juin 1930.

Le pape Pie XII (Eugenio Pacelli, 1939-1958) a déclaré les saints martyrs canadiens, Patrons secondaires du Canada.

 

 

Source

Chanson peu connue écrite par Théodore Botrel à la fin du XIXe siècle et interprété par Fabienne Thibeault, elle raconte l'histoire de saint René Goupil, jésuite, missionnaire et martyr.


PAROLES:
Pour toi, maman, ce petit mot,
Car ton René, ton petiot,
Là-bas, là-bas, missionnaire,
Au fond des bois, si loin qu'il soit,
Pense toujours à toi, Ma bonne mère,

Peut-être m'a-t-on devancé,
Chère maman, pour t'annoncer
A mon sujet, nouvelle amère...
Le saurais-tu?... J'ai peur un brin...
De te causer quelque chagrin,
Ma douce mère!

Nommé pour le pays huron,
Du Père Jogues compagnon,
Nous traversions une rivière...
Les Iroquois nous ont surpris.
Je suis bien loin de mon pays
Et de ma mère!

De Jésus béni soit le nom!...
Aidé de mon saint compagnon,
J'ai pu gravir un dur Calvaire;
Mais je pensais alors à toi,
Je te voyais prier pour moi,
Pieuse mère!

Malgré notre captivité,
Nous prêchons Dieu sans arrêter,
Oh! quel apôtre que ce Père!
Quelques indiens sont convertis,
J'ai baptisé des tout petits:
Quel bonheur! Mère!

Si tu me voyais triomphant,
Lorsque de l'âme d'un enfant
Je fais monter une prière;
Sur les fronts, je trace la croix,
Comme tu me faisais, parfois,
Ma tendre mère!

Celui qui vient finir ce mot,
Ce n'est plus votre petiot,
Votre René missionnaire:
Il s'est envolé vers le ciel,
Jou-ir d' un bonheur éternel,
O sainte mère!

On avait juré qu'il mourrait;
Hier, au bord de la forêt,
Nous étions tous deux en prière;
Soudain parut un forcené,
Sa main frappa votre René...
Courage! O mère!

Vous receverez, rougi de sang,
Le chapelet de votre enfanT:
Baisez cette relique chère:
Vous êtes mère d'un martyr!...
Moi. Jogues, puis le garantir,
Heureuse mère!

 

Dans la video ci-dessus, les scènes sont tirées du film canadien Blake Robe qui s'inspire de la vie de Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, un père Jésuite. Mais ce film n'est jamais sortie en France... et il n'a même pas été doublé en français.

___________

La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique

Francophonie et frères d’Alliance

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18 octobre 2021 1 18 /10 /octobre /2021 00:00

Patron des médecins, des sculpteurs et des peintres.

Saint Luc l'évangéliste en peintre, Guerchin, 1562

Saint Luc l'évangéliste en peintre, Guerchin, 1562

Saint Luc, né à Antioche. On sait peu de chose de ses premières années ; on ignore si, avant sa conversion, il était païen ou observait la religion juive ; cette dernière opinion est la plus généralement adoptée. (1)

 

L'historien des débuts de la vie de l'Église

 

Doué d'un caractère ferme et d'une belle intelligence, il fut très habile médecin (Col 4,14), et ne dédaignait pas, dans ses loisirs, de cultiver l'art de la peinture, pour lequel il avait un goût prononcé.

Il possédait une culture grecque vaste et une connaissance approfondie de la tradition et des observances juives, comme les observances alimentaires (Ac 10), le culte juif synagogal du sabbat à Antioche de Pisidie, composé de la lecture de la Loi et des Prophètes, et d'une parole d’exhortation qui est un commentaire homilétique de l'Écriture (Ac 13, 14-15).

Dans son Évangile, il exposa avec soin tout ce que Jésus a fait et enseigné, en scribe de la miséricorde du Christ, et, dans les Actes des Apôtres, il se fit l'historien des débuts de la vie de l'Église jusqu'au premier séjour de saint Paul à Rome. (Martyrologe romain)

On n'a pas connaissance dans l'Antiquité d'un païen aussi fin connaisseur du judaïsme et de la Septante. Une hypothèse récente établit que Luc viendrait de la mouvance des Craignant-Dieu, c'est-à-dire des païens attirés par le judaïsme et vivant dans son orbite. (2)

La tradition chrétienne le considère comme l'auteur de l'Évangile qui porte son nom ainsi que des Actes des Apôtres. (3)

Pentecôte

Luc serait sûrement arrivé à l'une des premières charges de la cité, quand il renonça à son brillant avenir pour aller voir, en Judée, ce Jésus qui venait d'inaugurer sa vie publique, et dont le nom, la doctrine, les miracles, faisaient grand bruit dans tous les pays voisins. Il le vit, crut en sa mission divine, et prenant pour lui la parole du Maître : Que celui qui veut être mon disciple quitte tout et me suive, il suivit dès lors le Sauveur pas à pas dans ses courses apostoliques ; il fut témoin de sa Passion, de sa Résurrection, de son Ascension, reçut le Saint-Esprit au Cénacle, le jour de la Pentecôte - ou envoi de l'Esprit-Saint sur les Apôtres que Luc affiche comme l'évènement fondateur de la Chrétienté - (Ac 1,13-14), et partit pour évangéliser Antioche, sa patrie.

Plein d'enthousiasme pour le génie de saint Paul, Luc le prit pour son maître et se joignit à lui pour l'aider dans ses travaux ; il lui fut si fidèle, qu'il l'accompagna dans tous ses voyages et supporta patiemment avec lui fatigues, souffrances et persécutions. 

Après la mort du grand apôtre, Luc continua son apostolat en Italie, dans les Gaules, la Dalmatie, la Macédoine. Il rédige en Grèce, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, ses deux ouvrages, l'Évangile qui porte son nom et les Actes des Apôtres.

Son Évangile est surtout précieux par ses récits assez détaillés des mystères de l'Incarnation et de la Nativité du Sauveur, de l'Annonciation et de la Visitation. Les Actes des Apôtres servirent à faire disparaître beaucoup de mensonges qu'on répandait sur le christianisme naissant, et à confirmer les fidèles dans la foi.

"L'Évangile selon Luc + les Actes des Apôtres sont situés de manière habituelle dans les années 80, mais ils pourraient bien être aussi des années 60. L'Évangile selon Marc est situé autour des années 60 après l'avoir été autour des années 70, mais il pourrait bien être des années 50. L'Évangile selon Jean est situé autour des années 90, mais à cause de son caractère mystique et de certaines caractéristiques relevant de la topographie et de la chronologie il pourrait bien être des années 60." (4)

Les Actes des Apôtres sont la suite de l'Évangile selon Luc. D'un point de vue historien, ils ont été considérés comme rapportant des récits sur l'histoire des origines du christianisme. Leur premier objectif pourrait avoir été de montrer aux disciples de Jésus que le message de Pierre et de Paul est tout aussi légitime que celui de Jacques le Juste si ce n'est plus et de présenter les apôtres Pierre et Paul comme les continuateurs principaux de l'oeuvre de leur maître, le Messie Jésus. (5)

Cette oeuvre (Évangile selon Luc + Actes des Apôtres) attribuée à Luc, [...] présente l'activité religieuse du mouvement des disciples de Jésus à ses débuts." (6)

Pour les exégètes, l'auteur "lucanien" expose comment Dieu se détourne d'Israël qui refuse le Messie pour adopter l'universalité du monde gréco-romain, tout en situant l'Église dans l'exacte continuité d'Israël, dans une volonté de tenir ensemble les Judéens qui accueillent Jésus-Messie et les Gréco-Romains "craignant Dieu". (7)

Simon Claude Mimouni avance l'hypothèse que les élites judéennes disparues de certaines régions de la Diaspora romaine de langue grecque entre 70 et 135, voire après, consécutivement à la destruction du Temple de Jérusalem, "n'ont pas tout simplement adhéré au mouvement chrétien, [...] et n'existant plus désormais que comme chrétiennes. [...] Auquel cas, les Actes des Apôtres, quelques décennies plus tard auraient joué leur rôle auprès des Judéens de la Diaspora romaine." (8)

Les autorités chrétiennes de la seconde moitié du IIe siècle (150-200) ont intégré l'Évangile selon Luc au corpus des Évangiles, en constituant ainsi le "premier canon dont le document de Muratori pourrait en être le témoin principal.(9)

Saint-Luc-Evangeliste.jpg
Saint Luc, Évangéliste

Qui n'a entendu parler des Vierges peintes par saint Luc ?

Un tableau de la Vierge Marie fut retrouvé à Jérusalem quelques années après sa mort : on considère que saint Luc en est l'auteur. (10)

D'après une tradition, il aurait obtenu de Marie la grâce de faire son portrait [Selon la tradition, la représentation de "Notre-Dame du Perpétuel Secours" est tiré de ce premier dessin] ; le travail terminé, la Sainte Vierge l'aurait béni en disant : "Ma grâce sera toujours avec cette image."

Les Madones de saint Luc sont vénérées en plusieurs lieux. 

C'est lui qui nous a parlé avec tant de délicatesse de la Mère de Dieu, la toute pure et toujours Vierge Marie dont il nous dit: "Elle méditait toutes ces choses en son cœur", ce qui veut dire qu'avec amour Marie relisait dans sa mémoire les faits et gestes du Seigneur, pour en approfondir toute la signification, comme saint Luc l'a fait en écoutant saint Paul et en nous transmettant cet évangile de la bonté de notre Père du ciel. (11)

Luc répandit son sang pour la foi, à l'âge de 84 ans, soit dans le Péloponnèse, soit en Bithynie.

Saint Luc, fêté le 18 octobre, dans Christine Barrely, Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011. (12)

Saint Luc, fêté le 18 octobre, dans Christine Barrely, Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011. (12)

Les peintres et les médecins le regardent comme leur patron.

En France, l'Académie de Saint-Luc préfigurait avant la Révolution l'Académie des Beaux-Arts.

Saint Luc est représenté accompagné ou symbolisé par un taureau. (13)

Sources : (1) l'Évangile au quotidien ; (2) Daniel Marguerat, Le Judaïsme synagogal dans les Actes des Apôtres, dans Les Judaïsmes dans tous leurs états, aux Ier – IIIe siècles (Les Judéens des Synagogues, les chrétiens et les rabbins), Actes du Colloque de Lausanne, 12 – 14 décembre 2012, publiés sous la direction de Claire Clivaz, Simon Claude Mimouni et Bernard Pouderon, Brepols 2015 , p. 182-184 ; (3) Wikipedia ; (4) Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, Italie 2018, p. 21 ; (5) Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, ibid.,, p. 88-90 ; (6) Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, ibid., p.  117 ; (7) Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, ibid., p. 103 ; (8) Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, ibid., p. 108 ; (9) Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, ibid., p. 99 ; (10) Priya Hemenway, Saints, Evergreen, Taschen 2007 p. 57 ; (11) Nominis ; (12) Christine Barrely, Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 115 ; (13) Marguerite-Marie Thiollier, Dictionnaire des religions, Collection Marabout Université, Saint-Amand 1982, p. 222-223.

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16 octobre 2021 6 16 /10 /octobre /2021 00:00
Sainte Edwige, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 62.

Sainte Edwige, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 62.

Duchesse de Silésie et de Pologne, elle mena une vie de foi intense : jeûnes prolongés, endurance au froid, ascèse acceptée d'un commun accord par les deux époux dans leurs relations conjugales.

Edwige et son époux vécurent d’une manière très pieuse. Elle a une vie exemplaire, aidant les nécessiteux, marchant pieds-nus en toute saison, distribuant sa fortune à l’Église et aux pauvres.

Sa sœur Agnès a épousé Philippe Auguste, roi de France. Sa sœur Mechtilde, est devenue abbesse de Kissingen.

Avec courage, elle porta le veuvage et le deuil de six de ses enfants.

Elle se retira à l'abbaye de Trzebnicz chez sa fille, abbesse cistercienne. C'est là qu'elle décède le 14 octobre 1243 et où elle a été inhumée. Certaines de ses reliques sont conservées à l'abbaye d'Andechs.

Edwige est canonisée en 1267 par le pape Clément IV. Sainte Hedwige de Silésie est fêtée le 16 octobre.

Elle est la patronne de Berlin, de la Silésie et de sa capitale Wrocław, (l'ancienne Breslau), de Trzebnica (l'ancienne Trebnitz), du diocèse de Görlitz, d’Andechs et de Cracovie.

 

Sources : (1) ; (2 ) ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 62.

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15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 00:00

L'amour n'est jamais oisif.

(1)

Sainte Thérèse naquit en Espagne, de parents nobles et chrétiens. Dès l'âge le plus tendre, un fait révéla ce qu'elle devait être un jour. Parmi ses frères, il y en avait un qu'elle aimait plus que les autres ; ils se réunissaient pour lire ensemble la vie des saints : "Quoi ! lui dit-elle, les martyrs verront Dieu toujours, toujours ! Allons, mon frère, chez les cruels Maures, et soyons martyrs nous aussi, pour aller au ciel." Et, joignant les actes aux paroles, elle emmenait son petit frère Rodrigue ; ils avaient fait une demi-lieue, quand on les ramena au foyer paternel. (2) Une intuition lui dit que les biens éphémères d'ici-bas pèsent peu devant la joie éternelle.

Elle avait dès lors une grande dévotion à la Sainte Vierge. Chaque jour elle récitait le rosaire. Ayant perdu sa mère, à l'âge de douze ans, elle alla se jeter en pleurant aux pieds d'une statue de Marie et la supplia de l'accepter pour sa fille, promettant de la regarder toujours comme sa Mère.

Cependant sa ferveur eut un moment d'arrêt. De vaines lectures, la société d'une jeune parente mondaine, refroidirent son âme sans toutefois que le péché mortel la ternît jamais. Mais ce relâchement fut court, et, une vive lumière divine inondant son âme, elle résolut de quitter le monde. Elle en éprouva un grand déchirement de cœur ; mais Dieu, pour l'encourager, lui montra un jour la place qu'elle eût occupée en enfer, si elle s'était attachée au monde. 

Un séraphin vint un jour la percer du dard enflammé de l'amour divin : Jésus la prit pour épouse. Ses révélations, ses écrits, ses miracles, ses œuvres, ses vertus, tout est sublime à la même hauteur.

Elle a notamment rédigé à la demande de ses supérieures : Le Château intérieur, Le Chemin de la perfection, Les Exclamations, Les Fondations.

Elle devint la réformatrice de l'Ordre du Carmel et fut accompagnée de saint Jean de la Croix.

Pointe de son message spirituel, elle place au coeur de la prière l'humanité du Christ, un Christ souffrant sa Passion, seul chemin vers Dieu pour les êtres de chair que nous sommes. Et à ceux qui exhortent "à écarter toute représentation corporelle pour s'attacher à la contemplation de la seule divinité", elle répond résolument qu'ils font preuve de présomption car "nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps."

Celui qui prie ne reçoit pas toujours les grâces mystiques, celles-ci son un don gratuit que nul effort ne peut provoquer, mais il lui suffit de se disposer à aimer Dieu et de se conformer à sa volonté;

Là est la richesse de son message : contemplation et action, amour de Dieu et amour du prochain, oraison et mission sont les deux faces d'une même réalité. "Des œuvres, des œuvres !", réclame-t-elle avec insistance à ses filles. Le mérite d'une âme ne consiste pas dans les faveurs qu'elle reçoit mais dans les vertus qu'elle acquiert. Extase, ravissement, élévation, la sainte n'a pas attaché une importance excessive à ces faveurs, "nullement nécessaires à la perfection." C'est ce message qu'a retenu la France du XVIIe siècle, en mettant l'accent sur la volonté de purification et d'ascèse, plutôt que sur les grâces de la contemplation infuse.

Après avoir contemplé la transcendance, l'âme n'a plus que le désir de mourir pour n'être plus séparée de Dieu. "Je meurs de ne pas mourir", écrit Thérèse dans un magnifique poème, et Jean de la Croix reprendra la thème à sa manière.

"Être séparée de Dieu m'est si douloureux, écrit-elle également, que le plus grand sacrifice que je puisse lui offrir est de consentir à vivre pour lui." Et comment mieux vivre pour lui que d'accepter les souffrances d'un "monde en feu" ? "Seigneur, ou mourir ou souffrir..."

Durant les dernières années de sa vie, Thérèse, "pauvre vieille toute cassée", souffre physiquement et moralement. Elle discerne du relâchement dans certains couvents. Des inflammations de gorge, des hémorragies lui donnent constamment de la fièvre.

Morte en 1582, son corps est retrouvé incorrompu et souple en 1583 (huit mois après sa mort), 1585, 1586, 1592, 1760 et... 1982. (3) 

Dans sa bibliothèque, on a retrouvé des auteurs stoïciens à côté de livres de dévotion.

En 2015, lors d'une exposition de reliques de Thérèse, la relique montrait un aspect noirci et "durci" des tissus (toujours complets). (4)

Canonisée en 1622 par Grégoire XV, Bossuet l'a comparée aux plus grands docteurs.

Paul VI l'a déclarée Docteur de l'Eglise en 1970, première femme avec Catherine de Sienne à recevoir ce titre.

Que rien ne te trouble. Que rien ne t'épouvante. Tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit.

Elève ta pensée, monte au ciel, ne t'angoisse de rien. Que rien ne te trouble. Suis Jésus-Christ d'un grand coeur. Et quoiqu'il arrive, que rien ne t'épouvante.

Tu vois la gloire du monde ? C'est une vaine gloire. Il n'a rien de stable. Tout passe.

Aspire au Céleste qui dure toujours. Fidèle et riche en promesses, Dieu ne change pas. Aimes-le comme il le mérite, bonté immense. Mais il n'y a pas d'amour de qualité sans la patience.

Que confiance et foi vivent et maintiennent l'âme.

Celui qui croit et espère obtient tout. Même s'il se voit assailli par l'enfer, il déjouera ses faveurs celui qui possède Dieu.

 ***

Sources : (1) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 1120-1130 ; (2) ; (3) Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 160 ;  (4) Wikipedia.

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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 00:00
Saint Wilfried, évêque d'York (634-709)

Wilfrid naît en Northumbrie (royaume du nord-est de l'Angleterre) aux alentours de l'an 633. Depuis les invasions anglo-saxonnes au Ve siècle, l'Église était divisée comme le pays. L'Église celte refusait l'archevêque anglais de Cantorbéry et vivait pratiquement autonome. L'Église anglo-saxonne fondée par saint Augustin, cent ans auparavant, était soumise au siège romain. Ce fut grâce à saint Wilfrid et à quelques autres que l'unité fut entièrement rétablie. (1)

 

Tout jeune encore, Wilfrid résolut de se donner au Seigneur. Après un court séjour dans un couvent, s'apercevant que certains usages, contraires à ceux de Rome, s'étaient glissés dans les cérémonies, il se décida à visiter le tombeau des Saints Apôtres, afin de bien discerner la vérité au centre même de la lumière. Un saint moine, Benoît Biscop, le prit alors comme accompagnateur pour aller à Rome. Ils sont les premiers Anglo-Saxons connus à entreprendre ce pèlerinage (2). Bientôt le pieux pèlerin aura beaucoup d'imitateurs, et ce pèlerinage sera en grand honneur en Angleterre, grâce à son exemple. Le statut exact de Wilfrid est incertain : il est vraisemblablement devenu moine durant son séjour à Rome, ou bien plus tard en Francie. (3) 

 

Après un séjour de quelques années dans les Gaules, où il se rendit pour poursuivre sa formation à Lyon et à Rome, Wilfrid rentra enfin dans sa patrie (658), où son dévouement aux usages de Rome lui attira des ennemis et des admirateurs. En 663, il est ordonné prêtre par l'évêque des Saxons de l'Ouest Agilbert, d'origine franque, un de ses protecteurs. Wilfrid est alors recommandé à Alhfrith, le fils d'Oswiu, par le roi de Wessex Cenwalh, qui le décrit comme un clerc versé dans la liturgie et les rites romains. (4)

Il a trente ans, quand le pieux roi Aldfrith (Alfred) lui fait accepter l'évêché d'York (665).

Peu avant 664, Alfred confia à Wilfrid une abbaye qu'il venait de fonder à Ripon. Cette communauté était constituée de moines de l'abbaye de Melrose qui suivaient les coutumes monastiques irlandaises. Wilfrid chassa rapidement l'abbé Eata et l'obédientiaire Cuthbert, qui refusaient d'adopter le rite romain ainsi que le calcul romain du jour de la fête de Pâques.

De son séjour à Lyon, Wilfrid garda les pratiques religieuses franques et romaines, en particulier dans les monastères fondés par Colomban qui suivent la règle de saint Benoît. (5)  Il introduisit la règle de saint Benoît à Ripon, qui devint le premier monastère anglais à la suivre.

Le clergé autochtone, ou "celtique", utilise une méthode différente pour déterminer le jour de la fête de Pâques. D'après le récit qu'en fait Bède, le discours que fit Wilfrid au concile de Whitby (664) joua un rôle crucial dans la victoire du parti romain, en assimilant le calcul celtique du jour de la fête de Pâques à un péché. (6) Les membres du clergé qui refusèrent la décision du synode quittèrent la Northumbrie pour l'Irlande ou Iona, où le calendrier celtique continua à être suivi pendant plusieurs décennies

L'influence franque se ressent également en architecture dans la suite de la carrière de Wilfrid : il a recours à des maçons francs pour édifier ses églises et les consacre vraisemblablement lors de cérémonies calquées sur le rite franc. (7)

Le moine et historien Bède le Vénérable (672-735) relate ainsi que Benoît Biscop fit venir des maçons et des verriers de France afin de construire les bâtiments en pierre. Son idée était de construire un monastère modèle pour toute l'Angleterre, afin de partager sa connaissance et son expérience de l'Église catholique en Europe. Ce fut le premier édifice religieux à être construit en pierre, et l'utilisation du verre fut une découverte pour de nombreux Saxons du VIIe siècle. Le monastère fut finalement doté d'une grande bibliothèque pour l'époque – plusieurs centaines de volumes – et c'est là que Bède écrivit ses fameux ouvrages.

 

Lire aussi : Les Plantagenêt et l'influence française en Angleterre

 

Sous sa houlette, l'Évangile prend, dans ce pays, un développement merveilleux : les monastères se multiplient, de magnifiques cathédrales s'élèvent sur le sol anglo-saxon ; le saint évêque préside lui-même à la construction de ces édifices grandioses qui ravissent d'admiration des populations, chez lesquelles l'on ne connaissait encore que les édifices de bois. Le saint évêque ne se bornait pas à l'organisation matérielle : il réformait les mœurs de son troupeau et faisait régner, avec Jésus-Christ, la paix, la justice et la charité.

Cathédrale de Ripon sur l'emplacement du monastère de S. Wilfried

Cathédrale de Ripon sur l'emplacement du monastère de S. Wilfried

Wilfrid œuvra en faveur de l'usage de la musique dans les cérémonies religieuses et envoie chercher un maître de musique dans le Kent pour que son clergé puisse découvrir la musique liturgique romaine, avec un double chœur fonctionnant par antiennes et réponses.

Il lutta aussi contre le paganisme, en fondant par exemple une église à Melrose sur un ancien lieu de culte païen.

 

Incapable de céder à la peur et de manquer à sa conscience, le vaillant pontife fut déposé et exilé plusieurs fois ; il convainquit la femme du roi de Northumbrie Egfrid (frère aîné d'Alfred), Etheldreda, d'entrer dans les Ordres (Etheldrède contracta un premier mariage en 652 avec Tonbert, chef des Gyrvians du Sud, ou fenmen. Cependant, elle réussit à persuader son mari de respecter un vœu de virginité qu'elle avait prononcé avant son mariage. À la mort de son mari en 655, elle se retira dans l'île d'Ely, que Tonbert lui avait donnée comme "cadeau du matin". Etheldrède se remaria ensuite en 660 à Egfrid, pour des raisons politiques). Egfrid ne le pardonna pas et l'empêcha de rester dans son diocèse (678). D'après la Chronique anglo-saxonne, Etheldrède fonda le monastère double d'Ely en 673 ; ce monastère sera détruit lors de l'invasion danoise de 870.

Saint Wilfrid connut ainsi l'emprisonnement puis, par deux fois, l'exil dont il profita pour évangéliser le Sussex, la Hollande et même l'Austrasie, cour de Dagobert II qui lui offrit l'évêché d'Argentoratum (Strasbourg), mais Wilfrid refusa et poursuivit sa route.

De 680 à 685 Wilfrid passe cinq années à prêcher dans le royaume des Saxons du Sud (Sussex ) pour convertir ses habitants au christianisme. Il fonde l'abbaye de Selsey sur un domaine que lui offre le roi Æthelwealh et collabore avec l'évêque de Londres Earconwald pour mettre sur un pied une organisation cléricale dans le royaume : c'est l'origine du futur diocèse de Selsey.

Il put enfin retourner dans son pays (685) et y passer les dernières années de sa vie dans son abbaye de Ripon où il mourut en 710. Wilfrid est inhumé près de l'autel de l'église de Ripon.

Le premier anniversaire de sa mort est célébré à l'abbaye de Ripon par une messe à laquelle assiste tous les abbés des monastères qu'il a fondés. Un miracle se serait produit à cette occasion : l'apparition d'une arche blanche dans le ciel, partant des pignons de l'église où il est inhumé. (8)

Peu après sa mort, Étienne de Ripon rédige une hagiographie de Wilfrid, la Vita sancti Wilfrithi, qui constitue la principale source des historiens modernes à son sujet. Il est rapidement l'objet d'un culte. (9)

Les fidèles viennent pour prier à la cathédrale de Ripon depuis plus de 1350 ans. La cathédrale elle-même est dans la continuité de ce culte, commencé au VIIe siècle, lorsque Wilfrid y construisit l'une des premières églises d'Angleterre.

Wilfrid est considéré comme un saint par l'Église catholique, l'Église orthodoxe et l'Église d'Angleterre. Il est généralement représenté comme un évêque vêtu de robes et muni d'une crosse, ou bien en train de prêcher ou de célébrer un baptême.

Cathédrale de Ripon (UK), le jubé

Cathédrale de Ripon (UK), le jubé

Cathédrale de Ripon (UK), la nef

Cathédrale de Ripon (UK), la nef

Sources:

 

(1) L'Evangile au quotidien

(2) Judith HERRIN, The Formation of Christendom, Princeton University Press, , p. 267-268

(3) D. H. FARMER, « Introduction », dans The Age of Bede: Bede – Life of Cuthbert, Eddius Stephanus – Life of Wilfrid, Bede – Lives of the Abbots of Wearmouth and Jarrow, The Anonymous History of Abbot Ceolfrith with the Voyage of St Brendan, London, Revised, , 9. 22

(4) D. P. KIRBY, The Earliest English kings, Routledge, , p. 87-88

(5) Simon COATES, Ceolfrid: history, hagiography and memory in seventh-and eighth-century Wearmouth-Jarrow, Journal of Medieval History, Informa, vol. 25, no 2,‎ , p. 76-77

(6) Peter BLAIR, The World of Bede, Cambridge University Press, , p. 83-84

(7) Simon COATES, The Construction of Episcopal Sanctity in Early Anglo-Saxon England: the Impact of Venantius Fortunatus, Historical Research, Wiley-Blackwell, vol. 71, no 174,‎ , p. 1-2

(8) Walter A. GOFFART, The Narrators of Barbarian History (A. D. 550–800): Jordanes, Gregory of Tours, Bede, and Paul the Deacon, Princeton, NJ, Princeton University Press,

(9) Wikipedia

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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 00:00
Saint Firmin d'Uzès

À 22 ans, il est l'un des premiers évêques de l'ancien diocèse d'Uzès dans le Gard (France). Il était le disciple et ami de Césaire d'Arles. Il assista au Concile d'Orléans en 541. Son grand renom de docteur et d'orateur s'étendit jusqu'en Italie. Il meurt à l'âge de 37 ans. (1)

 

Né à Narbonne, en 516, Firmin, descendant de Clovis par sa mère, fils de Tonantius Ferreolus sénateur gallo-romain de Gaule narbonnaise, vint à l'âge de douze ans auprès de son parent Ruricius (Rorice), patrice et évêque. (2)

 

A Uzès, il s'était fait connaître et apprécier pour "sa profonde sagesse, sa rare vigilance, sa douce et ferme administration" comme coadjuteur auprès de son oncle Rorice, évêque octogénaire. Fort logiquement il lui succéda en 538 et fit profiter son diocèse de ses multiples qualités. "Travaillant de toutes ses forces à son salut et à celui des autres, écrit Marie de Parseval, au début du XXe siècle, dans la Dépêche du Midi, son zèle infatigable ne s'arrêta point aux limites pourtant étendues de son diocèse".

 

Il contribua au développement d'Uzès et à la construction de plusieurs églises (St Baudile et St Jullien). Il participa à deux conciles des évêques des Gaules, en 541 et en 549, à Orléans. Il y brilla "par sa science et sa piété" et se trouva rangé parmi "les plus illustres évêques de l'Eglise catholique'. Il participa également au Concile de Paris (553). Il décéda dans sa propriété de Firmignargues. Naît alors une bien belle légende. Son corps fut ramené à Uzès sur un char tiré par quatre boeufs. Traversant une épaisse forêt, le cortège fut attaqué par un énorme ours qui tua l'un des boeufs. L'animal qui ne se défend pas est saisi et attelé au char avec les trois boeufs. C'est porté par cet étrange attelage que le corps de l'évêque entra dans la cité pas encore ducale, et enseveli le 11 octobre 553, dans l'église Saint Baudile qui se trouvait au quartier actuel de la Perrine donna lieu à un important pèlerinage: le saint (on ne sait pas exactement quand il a été canonisé) avait la réputation de guérir les déments.

 

Thomas Platter, en 1597, dans ses Mémoires, témoigne que les reliques étaient encore "le but de fortes processions et pèlerinages pour exorciser les gens possédés de l'esprit malin'. Les autorités ecclésiastiques décidèrent de cacher les reliques qui ne réapparaîtront que 500 ans plus tard. Un bourg populeux s'était entre temps formé autour de la basilique. Les reliques du saint évêque disparurent à nouveau au cours des guerres de religion mais un bras avait été auparavant déposé en l'église Saint-Firmin du diocèse de Maguelonne, détruite elle aussi comme Saint-Baudile par les protestants.

 

Au début du XIXe siècle, raconte Lionel d'Albiousse dans son livre Histoire de la ville d'Uzès (1903), le propriétaire de terrain où était située cette dernière église, déterra une caisse en plomb sur laquelle était inscrit: Sanctus Firminus. Cest pourquoi des reliques de Saint-Firmin sont déposées dans une riche chasse que l'on peut voir à gauche, dès l'entrée dans la cathédrale. (3)

Châsse reliquaire S. Firmin dans la cathédrale saint-Théodorit à Uzès

Châsse reliquaire S. Firmin dans la cathédrale saint-Théodorit à Uzès

Il est inhumé dans l'église Saint-Baudile à Nîmes (aujourd'hui disparue), qu'il avait fait construire au nord de la ville. (4)

 

On l'invoque pour l'aide aux caractères faibles.

 

Sources : 1, 2, 3 Midi Libre, 4

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 00:00
Saint Ghislain de Mons, moine évangélisateur († 681)

Saint Ghislain de Mons († 681), ou saint Ghislain, en latin Gislenus, était moine dans le Hainaut. C'est un saint chrétien fêté le 10 octobre selon le martyrologe romain ainsi que selon le calendrier ecclésiastique orthodoxe.

 

En Belgique, près de Mons, l'agglomération qui se développa auprès de son abbaye prit le nom de Saint-Ghislain.

 

Saint Ghislain est le saint patron des femmes enceintes et de la petite enfance.

 

L'histoire de saint Ghislain nous est parvenue par des sources multiples datant des ixe et xe siècles. Selon les hagiographies les plus anciennes, Ghislain est né en Grèce, à Athènes, au début du viie siècle. Son nom d'origine franque (Gisel, Gisle, Ghysel ou Ghyselen, qui signifie « otage ») laisse penser que Ghislain est originaire d'une noble famille gauloise ou du moins, qu'il descend des Francs qui s'établirent en Grèce pendant les invasions barbares et qui assurèrent les fonctions d'ambassadeurs des premiers chefs mérovingiens.

 

Ghislain fait de brillantes études à Athènes, mère des Arts et des Belles-Lettres. Il y découvre l'exemple des saints Grégoire de Nazianze et Basile qui sont à l'origine de sa grande piété. À l'issue de ses études, Ghislain embrasse la vie religieuse dans un monastère de l'Ordre de saint Basile, où il est ordonné prêtre.

 

Un soir, Ghislain fait un songe dans lequel il reçoit un appel à se rendre à Rome pour y vénérer les tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. Accompagné de quelques frères, il se rend en pèlerinage à Rome en 648 comme le précise une antique tradition grecque. Il rencontre le Pape qui le conduit à travers les lieux saints. Lors de son pèlerinage, Ghislain a une apparition de saint Pierre qui l'envoie évangéliser la Gaule Belgique et bâtir une chapelle en son honneur et en celui de saint Paul. Saint Pierre lui promet qu'il gagnera beaucoup d'âmes à Dieu.

 

Ghislain se rend donc dans la province du Hainaut-Cambrésis accompagné des saints Lambert et Bellère. Sur la route, il s'arrête à Maastricht pour y rencontrer l'évêque saint Amand avec qui il se lie d'amitié. Le saint évêque lui accorde sa bénédiction pour la fondation de son monastère. Quelques semaines plus tard, saint Amand rendra visite à Ghislain. Le saint le recevra avec beaucoup de respect et de vénération, mais il sera affligé de ne pouvoir lui offrir à manger. Comme ils se promèneront le long de la rivière, un brochet en sortira et sautera jusqu'à leurs pieds. Ils ne pourront cependant s'accorder sur la cause du miracle, Ghislain l'attribuant à Amand, ce dernier l'attribuant à Ghislain.

 

La tradition raconte que Ghislain arrive d'abord en un lieu appelé Château-Lieu, où se trouve aujourd'hui la ville de Mons ; il croit qu'il doit bâtir son église à cet endroit et y fixer sa demeure. Or, un jour, une ourse, poursuivie par les chasseurs du roi Dagobert vient se cacher sous sa robe : les courtisans de Dagobert attribuent ce fait à la magie, mais le roi jugeant que la chose est ainsi arrivée par une intervention divine, s'approche de Ghislain. À s'être entretenu avec lui, Dagobert demande la bénédiction du saint et se retire. À peine Dagobert et sa suite partis, l'ourse s'enfuit emportant avec elle une mandelette de Ghislain qui renferme son petit meuble et les choses nécessaires pour le Saint-Sacrifice de la Messe. Ghislain juge que cet événement veut marquer quelque chose de mystérieux, c'est pourquoi il abandonne son travail, prend la route de l'ourse, et arrive à l'entrée d'une grande forêt. Il ne sait pas par où il doit y entrer, ne trouvant ni chemin, ni sentier. Dans cet embarras, il aperçoit un Aigle qui voltige au-dessus du bois. Il conçoit que cet oiseau veut lui indiquer la route qu'il doit continuer : en effet, il entre dans la forêt, marche droit à l'endroit que l'Aigle semble lui marquer, il voit l'ourse qui allaite ses petits et auprès d'elle la mandelette. Il n'en faut pas davantage pour lui faire comprendre que c'est à cet l'endroit que saint Pierre l'avait envoyé fixer et bâtir son église.

 

Un autre événement confirme le lieu choisi par Ghislain au Buisson de l'ourse. Après l'épisode de l'ourse, Ghislain n'a aucun bien pour fonder son monastère. Dagobert, Roi d'Austrasie, revient dans le Hainaut. Ghislain en étant informé, le reçoit avec ses religieux. Dagobert accueille favorablement cette démarche et, en guise de reconnaissance, lui cède toute la propriété du Buisson de l'Ourse pour dot et fondation de son abbaye : ce qui comprend aujourd'hui toute la ville de Saint-Ghislain et en plus la propriété d'une autre terre qui est aujourd'hui le village de Hornu.

 

Ghislain s'installe donc à Ursidongus (ou Ursidongue) qui signifie « buisson de l'ourse » (en patois : Bos d'ours, d'où Baudour). Il bâtit un monastère - quelques cellules et un oratoire - soumis à la Règle de saint Basile. Peu de temps après, son rayonnement attire à lui des habitants de toute la région à qui il enseigne les valeurs chrétiennes : certains s'engagent même à vivre sous sa conduite.

 

L'évêque de Cambrai, saint Aubert (ou Ablebert) – de qui dépendait Ursidongus - reçoit des échos de l'apostolat du saint et souhaite le rencontrer. Ghislain se met en route et passe la nuit chez un habitant de Roisin qui lui offre l'hospitalité. Le seigneur de Roisin trouve aussi chez Ghislain un guide spirituel et le convie à revenir chez lui quand il le voudra. Quelques jours plus tard, Ghislain se présente à l'évêque de Cambrai et lui demande sa bénédiction pour continuer son œuvre. Le saint évêque promet sa protection à Ghislain.

 

Sur le chemin du retour, Ghislain passe à nouveau la nuit chez son hôte à Roisin. Il le trouve tout en larmes : son épouse est sur le point d'accoucher et en grand péril de mort. Aussitôt Ghislain propose au seigneur de prendre sa ceinture et d'en ceindre son épouse. Elle et l'enfant qu'elle porte sont sauvés sur l'instant. Ce miracle fait la réputation de Ghislain. Il baptise l'enfant dans la chapelle du château sous le nom de Baudry, en souvenir du baudrier qui lui a sauvé la vie. Le seigneur de Roisin, reconnaissant, lui offre une partie de ses biens pour achever la construction de l'oratoire de son monastère.

 

Colin de Plancy dans sa Vie des saints en 25 volumes note que le pèlerinage ghislénien s'établit à Roisin aussitôt après la mort du saint. Les savants Bollandistes rapportent, citant les Annales du Hainaut, qu'aussitôt une chapelle fut érigée à Roisin pour perpétuer la mémoire du miracle et que "là prit son origine la coutume des futures mères d'invoquer la protection du Saint pour leur heureuse délivrance".

Saint Ghislain de Mons, moine évangélisateur († 681)

En 653, saint Aubert, accompagné de saint Amand, consacre son église aux saints apôtres Pierre et Paul. Le lieu prend alors le nom de Celle-Saint-Pierre. Parmi les nombreuses personnes présentes, le comte Mauger - ou comte de Madelgaire - (futur saint Vincent de Soignies), époux de sainte Waudru (ou Vautrude), prend la résolution de quitter le monde pour vivre une vie de prière. Il en sera de même de Waudru qui, sous la conduite de Ghislain, décidera de fonder et de s'installer dans un monastère à Mons. Sa sœur, Aldegonde, suivra le même destin et fondera le monastère de Maubeuge dont elle deviendra abbesse et où elle se cloîtrera avec Adeltrude et Madelberte, les filles de Waudru qui lui succèderont à la crosse. Ghislain et Waudru garderont toujours une grande amitié l'un pour l'autre et se rencontreront régulièrement jusqu'à leur vieillesse où, ne pouvant plus faire le voyage entre Celle et Mons, ils bâtiront un petit oratoire en l'honneur du saint martyr Quentin, dans un lieu appelé Quaregnon, où ils se retrouveront jusqu'à la fin de leurs jours.

 

Vers 685 (ou 681), saint Ghislain sentant la mort arriver se communie lui-même pour s'y préparer. Il est ensuite attaqué par la fièvre et meurt dans les bras de ses frères. Il est enterré dans l'église de son monastère où il s'opère beaucoup de miracles par son intercession. Son monastère compte alors 300 frères.

 

En l’an 808, l'abbé Eléfant est chargé par Charlemagne de construire une nouvelle église sur le tombeau de Ghislain. Les travaux prennent fin en 818 ou 822. C’est l’évêque de Cambrai, Halitgaire, qui la consacre, sous le règne de Louis le Débonnaire. Au fil des successions impériales, de nouvelles terres sont attribuées à l’abbaye de Saint-Ghislain qui en prend la charge et l’entretien. Ces marques de sympathie de la part des chefs laïcs sont sans cesse confirmées par les approbations papales ou royales. Le couvent est dévasté par les Normands en 881 et reste à l'état de ruines. En 894, Ghislain est exhumé par Étienne, évêque de Cambrai, pour être exposé à la vénération des fidèles.

 

En 929, un aveugle se rend sur les décombres de l'abbaye et y recouvre la vue. En 933 ou 958, le couvent est changé en chapitre de chanoines réguliers. La règle bénédictine est introduite dans le monastère par l'abbé Gérard sur la demande de Fulbert, évêque de Cambrai, et de Gilbert, duc de Lorraine. Cinq ans après les travaux, un incendie détruit à nouveau le monastère, sans endommager les reliques.

 

Dicton

 

« Temps sec à la Saint-Ghislain nous annonce un hiver d'eau plein. »

 

En Hannonie, entre 681 et 685, saint Ghislain, qui mena la vie monastique dans un couvent qu’il avait construit.

 

Martyrologe romain

 

Sources: 1, 2, 3

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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 00:00

Avec Saint Martin au siècle suivant, Saint Denis est Apôtre des Gaules.

 

Venu d'Italie vers 250 ou 270, avec six compagnons pour évangéliser la France, Denis aurait été le premier évêque de Paris (Lutèce). Il fonda plusieurs églises en France, et fut martyrisé avec Rustique, Éleuthère, pendant la persécution de Dèce ou plus tardivement sous Valérien. C'est selon les uns, à Montmartre (mons Martyrum) ou sur l'Île de la Cité , selon les autres, qu'ils furent mis à mort. (1)

D'après les Vies de saint Denis écrites à l'époque carolingienne, décapité, Denis aurait marché vers le nord pendant six kilomètres, sa tête sous le bras, traversant Montmartre  par le chemin qui sera nommé rue des Martyrs. À la fin de son trajet, il donna sa tête à une femme pieuse originaire de la noblesse romaine et nommée Catulla, puis s'écroula. On l'ensevelit à cet endroit précis et on y édifia une basilique en son honneur. La ville s'appelle à présent Saint-Denis .

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c5/Blason_de_Saint-Denis.svg/545px-Blason_de_Saint-Denis.svg.png

 

Blason de la la ville de Saint-Denis

 

A la même époque c'est le martyre de Saint Saturnin, évêque à Toulouse, qui fut attaché à un taureau furieux que l'on précipita du haut du Capitole.  (2)

 

L'historien Grégoire de Tours raconte que vers 250 le pape avait envoyé Denis en Gaule avec six autres évêques pour y porter l'Évangile. Celui-ci se fixa à Lutèce (Paris) où il ne tarda pas à être mis à mort. C'est à lui ou à ses disciples que l'on doit la fondation des églises de Chartres, Senlis, Meaux, et de quelques autres. Il fit bâtir une église à Paris et convertir un grand nombre d'idolâtres. Arrêté durant la persécution entre les années 275 et 286, par l'ordre de Sisinnius Fescenninus, il fut mis en prison, et, après y avoir demeuré longtemps, il termina sa vie par le glaive, avec S. Rustique, prêtre, et S. Eleuthère, diacre. Les trois martyrs furent jetés dans la Seine; mais une femme chrétienne put les en faire retirer, et les enterra honorablement près du lieu où ils avaient été décapités. Les fidèles bâtirent une chapelle sur leur tombeau. Elle fut reconstruite plus tard par les soins de Sainte Geneviève, et enfin, le roi Dagobert y fonda la célèbre abbaye qui porte le nom du Saint Apôtre. (3)

 

Près de la basilique où reposait le premier évêque de Paris, une abbaye fut fondée au VIIe siècle et elle devint prestigieuse grâce aux largesses royales depuis Dagobert.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2c/Saint-Denis_-_Basilique_-_Ext%C3%A9rieur_fa%C3%A7ade_ouest.JPG/450px-Saint-Denis_-_Basilique_-_Ext%C3%A9rieur_fa%C3%A7ade_ouest.JPG

Basilique Saint-Denis (Paris)

 

Le corps de Denis et celui de ses deux compagnons sont transférés dans l'abbaye de Saint-Denis. Elle contribua au rayonnement de son saint patron en le dotant d'une merveilleuse légende.

 

S. Denis de Paris ne doit pas être confondu avec Denis l'Aéropagite, évêque d'Athènes au Ier siècle.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/aa/Saintdenis-notre_dame_de_paris.jpg/450px-Saintdenis-notre_dame_de_paris.jpg

Saint Denis de Paris, Portail de la Vierge, Notre-Dame de Paris

 

Retable de saint Denis, Dernière Communion et martyre de saint Denis, 1416, Henri Bellechose.

 

Sources : (1), (2) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 315; (3) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 284; (3)

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8 octobre 2021 5 08 /10 /octobre /2021 00:00
Illustration: image de la paroisse S Pelagia in Guinzano diocesi di Pavia (sites en italien)

Illustration: image de la paroisse S Pelagia in Guinzano diocesi di Pavia (sites en italien)

Nous avons le récit de sa mort grâce à saint Jean Chrysostome. Au début de la persécution de Dioclétien vers 302, les policiers se présentent au domicile de Pélagie qui n'a que 15 ans.

 

Elle est seule et ils viennent l'emmener car elle est chrétienne. Devant leur attitude dont elle sait que cela risque de se terminer par un viol avant d'être menée au tribunal, « Pélagie - écrit saint Jean Chrysostome - imagina une ruse si habile que les soldats n'en sont pas encore revenus. D'un air calme et gai, feignant d'avoir changé d'avis, elle les prie de la laisser se retirer un moment, juste le temps de revêtir la parure qui convient à une nouvelle épousée. Ils n'y voient aucun inconvénient. Quant à elle elle sort posément de la chambre, monte en courant sur le toit de la maison et se précipite dans le vide. C'est ainsi que Pélagie déroba son corps à la souillure, qu'elle délivra son âme pour lui permettre de monter au ciel et qu'elle abandonna sa dépouille mortelle à un ennemi désormais inoffensif. »

 

À Antioche de Syrie, vers 302, sainte Pélagie, vierge et martyre, dont saint Jean Chrysostome a chanté hautement les louanges.

Martyrologe romain

 

Sainte Pélagie parmi ses courtisans, Nonnus priant pour elle (manuscrit du xive siècle).

 

Sources: 1; 2; 3

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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 00:00
Notre-Dame du Rosaire - Fête

1. Fête Notre-Dame du Rosaire

En reconnaissance à Marie pour la victoire de Lépante sur les Turcs le 7 octobre 1571, le pape saint Pie V institua, en 1572, la fête "Notre-Dame de la victoire" le premier dimanche d’octobre. En 1573, son successeur le pape Grégoire XIII l’intitula fête Notre-Dame du Rosaire. Cette fête, célébrée d’abord par une Confrérie, puis dans toute l’Espagne, fut enfin étendue à toute l’Église en 1715 après une nouvelle victoire sur les Turcs.

 

Pie X, en 1913, en fixa la date au 7 octobre. 

 

La fête de Notre Dame du Rosaire s’appelait d'abord Notre Dame de la Victoire pour fêter la victoire de Lépante.

 

 

2. Le mois du Rosaire est le mois d’octobre

Sous le pontificat de Léon XIII, en 1886-87, la congrégation romaine des rites a fait du mois d’octobre le mois du Rosaire. La dévotion au mois du rosaire avait déjà été approuvée par le pape Pie VII au début du XIX° siècle. Ceci est un peu exceptionnel, car l’Église est plus attentive aux temps liturgiques qu’aux mois de l’année. Cependant il en est de même pour le mois de mai. Le mois d’octobre est donc traditionnellement le mois du Rosaire. C’est une dévotion officielle, et pas seulement une dévotion privée qui n’existe pas chez les orthodoxes et les protestants.

 

Le mois du rosaire a été recommandé comme tel par le pape Benoît XVI le 12 octobre 2005. Le 20 octobre 2008 il a rappelé aussi que le mois d’octobre est aussi le mois des missions. La pratique du chapelet, individuelle ou collective, est donc particulièrement importante durant ce mois.

 

Documents sur le mois du rosaire

 

Le mois d’octobre, mois du rosaire (catholique)

 

 

3. Les équipes du Rosaire

Les équipes du Rosaire sont nées en 1955. Ce sont de petits groupes de personnes qui se réunissent chaque mois pour réciter et méditer. Ils se rassemblent soit au domicile d’un des membres, soit dans une salle de la paroisse. Les membres de l’équipe méditent aussi chaque jour personnellement un mystère. Les équipes du Rosaire sont présentes dans de nombreux diocèses.

 

Tous les mois, le Secrétariat national envoie à chacun des membres des équipes du Rosaire un petit bulletin. On y trouve un texte de la parole de Dieu, un guide pour réfléchir sur le mystère et sur sa vie et enfin une prière de louange et d’intercession. Les membres des équipes du Rosaire participent au pèlerinage du Rosaire.

 

Le pèlerinage du Rosaire

 

Le pèlerinage du Rosaire a été fondé en 1908. Il est organisé par les pères dominicains. Il rassemble chaque année près de 40 000 personnes, si l’on excepte la période 1938 à 1948 où il a eu beaucoup de difficultés. Préparé par les membres des équipes du Rosaire il est le pèlerinage à Lourdes le plus important de l’année en nombre de participants.

 

 

1. Date du pèlerinage du Rosaire

La date du pèlerinage du Rosaire est autour du 7 octobre. Elle résulte de la date de la fête Notre-Dame du Rosaire.

 

2. Retraite spirituelle

Tout au long du pèlerinage du Rosaire de nombreuses rencontres sont proposées : quatre journées de prière et de réflexion, animées par les dominicains. Tout en ayant une caractéristique mariale, cette prière a un centre christologique. Le pèlerinage du Rosaire est conçu comme une retraite spirituelle sur le thème de l’année. Il est différent du pèlerinage des assomptionnistes du 15 août qui est centré sur la fête de l’Assomption.

 

3. Thème annuel

Chaque année il y a un thème : en 2005 : "Venez à moi, vous tous qui peinez" ; en 2006 : "Lumière du Christ" ; en 2007 : "Laissez vous réconcilier". En 2005, c’est le frère Timothy Radcliffe, ancien maître de l’ordre dominicain de 1992 à 2001, qui a assuré la prédication. En 2006, le prédicateur était le frère Jean-Luc Marie Fœrster. En 2007, le pèlerinage du Rosaire a célébré sa centième édition. Le prédicateur était le frère Guy Touton du couvent de Bordeaux. En 2008, sous le titre « Ave Maria », le Pèlerinage du Rosaire du 7 au 10 octobre, qui fête le 150e anniversaire des Apparitions de la Vierge à Bernadette, propose de mieux comprendre la mission, le rôle et la fonction de Marie dans le projet de Dieu.

 

4. Célébrations

Le déroulement quotidien du pèlerinage du rosaire comporte plusieurs célébrations : messe le matin, procession l’après-midi et procession aux flambeaux le soir).

 

5. Les malades

Les malades et handicapées ont aussi leur place au pèlerinage du Rosaire. Le nombre des pèlerins malades et handicapés emmenés est habituellement d’environ 130 ces dernières années. En 2007, 5000 hospitaliers (médecins, brancardiers, infirmières, accompagnateurs) étaient présents pour les 1800 personnes malades et handicapées inscrites au pèlerinage. Il y a un chemin de croix pour les malades et une célébration d’onction des malades.

 

Sources : 1; 2

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 00:00
Saint Bruno de Cologne († 1101)

Saint Bruno, Fondateur de l'Ordre des Chartreux (1035-1101)

 

« À la louange de la gloire de Dieu, Le Christ, Verbe du Père, depuis toujours a choisi par l'Esprit Saint des hommes pour les mener en solitude et se les unir dans un amour intime. Répondant à cet appel, maître Bruno, l'an du Seigneur 1084, entra avec six compagnons au désert de Chartreuse et s'y établit. » Statuts I.1 de l'ordre des Chartreux.

 

Né à Cologne vers 1030 Bruno vient de bonne heure étudier à l'école cathédrale de Reims. Promu docteur, Chanoine du Chapitre cathédral, il est nommé en 1056 écolâtre, c'est-à-dire Recteur de l'Université. Il fut un des maîtres les plus remarquables de son temps : « ...un homme prudent, à la parole profonde. »

Il se trouve de moins en moins à l'aise dans une cité où les motifs de scandale ne font pas défaut du côté du haut clergé et de l'Évêque lui-même. Après avoir lutté, non sans succès, contre ces désordres, Bruno ressent le désir d'une vie plus totalement donnée à Dieu seul. Chef de l'école épiscopale de Reims, dont l'évêque Manassès avait été déposé par Grégoire VII, il décida de se retirer du monde, avec six compagnons.

 

 

Après un essai de vie solitaire de courte durée, il vient dans la région de Grenoble, dont l'évêque, le futur Saint Hugues, lui offre un lieu solitaire dans les montagnes de son diocèse. Au mois de juin 1084 l'évêque lui-même conduit Bruno et ses six compagnons dans la vallée sauvage de Chartreuse qui donnera à l'Ordre son nom (l'Ordre des Chartreux). Ils y installent leur ermitage formé de quelques cabanes en bois s'ouvrant sur une galerie qui permet d'accéder sans trop souffrir des intempéries aux lieux de réunion communautaire : l'église, le réfectoire, la salle du chapitre. Ils y bâtirent un oratoire en l'honneur de la sainte Vierge, et se firent alentour chacun une cellule.

 

Image illustrative de l'article Bruno le ChartreuxAprès six ans de paisible vie solitaire, Bruno fut appelé par le pape Urbain II au service du Siège apostolique. Ne pensant pas pouvoir continuer sans lui sa communauté pensa d'abord se séparer, mais elle se laissa finalement convaincre de continuer la vie à laquelle il l'avait formée. Conseiller du pape, Bruno ne se sentit pas à l'aise à la cour pontificale. Il ne demeura que quelques mois à Rome. Avec l'accord du pape il établit un nouvel ermitage dans les forêts de Calabre dans le sud de l'Italie, avec quelques nouveaux compagnons. C'est là qu'il mourut le 6 octobre 1101. À l'approche de sa dernière heure, pendant que ses frères désolés entouraient son lit de planches couvert de cendres, Bruno parla du bonheur de la vie monastique, fit sa confession générale, demanda humblement la Sainte Eucharistie, et s'endormit paisiblement dans le Seigneur.

Un témoignage de ses frères de Calabre :

« Bruno mérite d'être loué en bien des choses, mais en cela surtout : il fut un homme d'humeur toujours égale, c'était là sa spécialité. Il avait toujours le visage gai, la parole modeste ; il montrait avec l'autorité d'un père la tendresse d'une mère. Nul ne l'a trouvé trop fier, mais doux comme l'agneau. »

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a5/Kartuizerembleem.jpg/553px-Kartuizerembleem.jpg

 

Emblème et devise de l'Ordre des Chartreux


« Stat Crux dum volvitur orbis » (Le monde tourne, la croix demeure)

 

 

Quelques extraits des Statuts de l'ordre :



« Séparés de tous, nous sommes unis à tous car c'est au nom de tous que nous nous tenons en présence du Dieu vivant. » Statuts 34.2

« Notre application principale et notre vocation sont de vaquer au silence et à la solitude de la cellule. Elle est la terre sainte, le lieu où Dieu et son serviteur entretiennent de fréquents colloques, comme il se fait entre amis. Là, souvent l'âme s'unit au Verbe de Dieu, l'épouse à l'Époux, la terre au ciel, l'humain au divin ». (Statuts 4.1)

« La grâce du Saint-Esprit rassemble les solitaires pour en faire une communion dans l'amour, à l'image de L'Église, une et répandue en tout lieu. » Statuts 21.1

« Qui persévère sans défaillance dans la cellule et se laisse enseigner par elle tend à faire de toute son existence une seule prière continuelle. Mais il ne peut entrer dans ce repos sans passer par l'épreuve d'un rude combat : ce sont les austérités auxquelles il s'applique comme un familier de la Croix, ou les visites du Seigneur, venu l'éprouver comme l'or dans le feu. Ainsi, purifié par la patience, nourri et fortifié par la méditation assidue de l'Écriture, introduit par la grâce du Saint-Esprit dans les profondeurs de son cœur, il pourra désormais, non seulement servir Dieu, mais adhérer à lui ». (Statuts 3.2)

 

 

« Combinant la vie commune et l'isolement, la règle cartusienne, rédigée vers 1130 par Guigne, le cinquième prieur de la Chartreuse, aggravait les exigences bénédictines, établissant le silence presque perpétuel, l'abstinence complète de la viande et partageait le temps du moine entre la prière, le travail des champs ou la copie des manuscrits. A cause de son extrême sévérité, le développement de l'ordre fut lent, mais la qualité de sa vie religieuse ne se relâcha jamais pendant les siècles suivants. » (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 364-365.)

 

Saint Bruno, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 31

Saint Bruno, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 31

Sources

 

(1); (2)  Mgr Paul Guérin, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 623-624; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 30.

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 00:00
Saint François d'Assise, saint Patron de l'Italie († 1226)

À sa naissance en 1181 ou 1182, François naît Jean (Giovanni) à Assise, en Ombrie (Italie), dans une famille riche. Son père, Pietro de Bernardone, qui est marchand de draps, a l'habitude de voyager dans les régions au-delà des Alpes, en Bourgogne et en Champagne. Sa mère, Jeanne (Joanna) Pica de Bourlémont appartient à la noblesse provençale. À son retour de France, son père ajoute à son nom de baptême, celui de Francesco, "le Français", nom à l'époque "singulier et inhabituel", selon Thomas de Celano, que le pape Grégoire IX chargea de rédiger la première biographie. Veut-il offrir à son fils un nom dont l'étrangeté suggère une parenté avec ces terres d'au-delà des Alpes dont la civilisation fascine les villes italiennes, ou bien veut-il rendre hommage aux origines de sa mère ?

 

Joanna eut d'abord du mal à accoucher de François. Un moine qui passa et qui entendit ses cris entra dans la maison et lui fit savoir que son enfant ne pouvait voir le jour que dans une étable et qu'il convenait ensuite de le déposer sur de la paille, comme le fit autrefois Marie avec Jésus. Aussitôt dit, aussitôt fait et la bouverie des voisins, où la délivrance fut immédiate et sans douleurs, devint plus tard un lieu de culte, consacré par l'édification d'une église. Au moment de cette naissance, des habitants d'Assise entendirent des voix célestes. Un possédé aurait parcouru la ville et ses hurlements auraient été l'expression de l'épouvante des démons contrariés par la venue au monde de quelqu'un dont ils savaient déjà qu'il serait un de leurs pires ennemis.

 

 

Le jeune Francesco se pétrit de ces histoires héroïques qu'il trouve dans les livres que son père lui rapporte de ses voyages en France. Lesquels exactement? Nous n'en savons rien, à l'exception notable, toutefois, d'un renvoi explicite à la Chanson de Roland que S. François évoque pour indiquer à un novice qu'il est mieux d'agir que de parler.

Saint François d'Assise, saint Patron de l'Italie († 1226)

Ces preux chevaliers dont le très jeune François découvre les exploits, mettent leur vie en danger pour défendre ceux qui sont pauvres et faibles et qui ont besoin d'être protégés contre les abus des puissants. Ils ont tous en commun la conviction qu'il y a quelque chose de plus précieux que la vie. Ils luttent contre le désordre du monde, souvent oeuvre d'un esprit démoniaque. Les prouesses guerrières ont vocation à contraindre le mal à se plier aux normes. Ce qui fait de chaque individu, si misérable fût-il, le détenteur d'une graine divine.

 

Le jeune Francesco, qui n'occupe que modérément son temps dans la boutique où il est censé apprendre les rudiments du métier auquel son père le destine, préfère s'initier au maniement des armes.

 

François se prépare à son entreprise militaire avec zèle dans l'espoir d'être adoubé chevalier par le comte Gentile. Il se procure des armes et se fait tailler des vêtements. Son père, ne voulant pas "contrarier le plaisir de son fils", lui donne sa bénédiction et une bonne somme d'argent. C'est alors que S. François a un songe. Quelqu'un l'appelle par son nom et lui dit de distribuer ses armes à ceux qui viendront l'épauler dans son combat. Une voix lui demande de qui, du serviteur ou du maître, il faut attendre le plus grand bien. Francesco comprend qu'il convient de se mettre au service non d'un noble, soumis à un autre, vassal lui aussi d'un plus grand que lui et ainsi de suite, mais d'un roi qui a autorité sur tous, sans que l'identité de celui-ci lui soit clairement désignée. Cette voix lui parle pendant son sommeil.

 

Un jour, il entendit, à l'évangile de la messe, ces paroles du sauveur : "Ne portez ni or ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâtons." "Voilà ce que je veux", s'écria-t-il. Une fois dehors, il jeta ses souliers et son bâton, remplaça sa ceinture par une corde, son manteau par un capuchon de laine. Maintenant, il était chevalier de l'Évangile. À partir de ce jour, on entendit François prêcher la pénitence et la paix.

 

Dès lors, il commença cette vie tout angélique et tout apostolique dont il devait lever l'étendard sur le monde. Il se fit pauvre, se soucia d'annoncer les messages de joie, d'espoir et d'amour contenus dans la Bible, et de porter la paix aux gens et à toute la création. On vit, à sa parole, des foules se convertir ; bientôt les disciples affluèrent sous sa conduite ; il fonda un ordre de religieux qui porta son nom, et un ordre de religieuses qui porte le nom de sainte Claire, la digne imitatrice de François.

 

"Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa sainteté, et le reste vous sera donné en surplus" (Mt, 6:33). C'est cet abandon spontané de l'enfant entre les mains d'un père miséricordieux qui guide la pauvreté franciscaine. Avant la Règle franciscaine, les moines observaient la pauvreté individuelle, mais possédaient un commun des biens fonciers. Le nouveau législateur exige que ses religieux n'aient aucune propriété collective ni aucun revenu; c'est Dieu lui-même qui pourvoira à l'entretien de ses enfants.

 

"Ceux qui l'avaient connu auparavant lui lançaient des reproches lamentables et le proclamait fou et dément." François se dépouille de tous ses vêtements, ne gardant qu'un cilice, et les remet à son père.

 

C'est dans la prière qu'il trouvait toute sa force pour aimer et pour aider les autres.

Sa conversion est accompagnée de plus d'un prodige

 

En 1205, un crucifix lui adresse la parole. Dans l'église Saint-Damien, à quelques centaines de mètres d'Assise, sur le chemin de Spolète, François s'arrête pour prier devant un crucifix en bois peint dans la tradition byzantine. La tradition a conservé la prière que le jeune homme qui cherche sa voie adresse à Dieu en s'agenouillant devant cette image :

"Ô Dieu haut et glorieux illumine les ténèbres de mon coeur. Et donne-moi la foi droite, l'espérance certaine et la charité parfaite, le sens et la connaissance, Seigneur, pour que, moi, je fasse ton saint et véridique commandement. Amen.

Une voix l'interpelle:

"François, va réparer ma maison, qui, tu le vois, se détruit tout entière." (Legenda major, de saint Bonaventure)

Miracle du Crucifix - St François priant devant le crucifix de l'église Saint-Damien, Fresque de Giotto 1297-1299, Basilique San Francesco, Assise

Miracle du Crucifix - St François priant devant le crucifix de l'église Saint-Damien, Fresque de Giotto 1297-1299, Basilique San Francesco, Assise

Un peu plus tard, Francesco guérit plusieurs lépreux en baisant leurs plaies. Son père fait une guerre acharnée à cette vocation extraordinaire, qui a fait de son fils, si plein d'espérance, un mendiant jugé fou par le monde.

 

Une autre fois, Thomas de Celano raconte qu'ému devant les appels suppliants d’une foule, dont un groupe de juifs, il ressuscita un enfant mort enseveli dans la boue après être tombé accidentellement dans les eaux du fleuve de la ville de Capoue. La foule et les parents de cet enfant implorèrent S. François pour qu'il ramène l'enfant à la vie. Dans ce passage, l’auteur précise que plusieurs juifs, accourus eux aussi sur les lieux de l’accident, pris de pitié, ont joint leurs voix à celles de la foule, priant saint François d’intervenir et de "redonner cet enfant à son père !" (Jacques Dalarun, Vers une résolution de la question franciscaine. La Légende ombrienne de Thomas de Celano, Fayard, Paris 2007.)

 

Rongé de doutes quant à l'avenir de ceux qui ont décidé de le suivre, François prie le Ciel de lui envoyer un signe pour le rassurer. Il lui répond aussitôt. Il voit une foule venir vers lui. Des centaines et des milliers de gens veulent se joindre à la petite communauté qui l'entoure.

Ils viennent de tous les pays et parlent une multitude de langues. Ils veulent, eux aussi, vivre selon les normes de pauvreté et de charité du Christ. "Dieu m'a montré la vérité", déclare S. François à ses compagnons.

 

"Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche"

L'entrée dans l'Ordre [de saint François] d'un autre homme de bien a porté à sept le nombre des enfants du serviteur de Dieu. Alors ce bon père a réuni tous ses fils, leur a parlé longuement du Royaume de Dieu, du mépris du monde, du renoncement à la volonté propre et de la mortification corporelle, et leur a annoncé son projet de les envoyer dans les quatre parties du monde.

(…) 'Allez, dit-il tendrement à ses fils, et annoncez la paix aux hommes ; proclamez la conversion pour qu'ils obtiennent le pardon de leurs péchés (Mc 1,4). Soyez patients dans la difficulté, assidus à la prière, courageux au travail ; soyez sans prétention dans vos sermons, sans écarts dans votre conduite et reconnaissants pour les bienfaits reçus. Si vous remplissez ce programme, ‘le Royaume des cieux est à vous' !' (Mt 5,3; Lc 6,20). Eux alors, humblement à genoux aux pieds du serviteur de Dieu, ont reçu cet envoi dans la joie spirituelle qui vient de la sainte obéissance. François a dit à chacun : "Abandonne au Seigneur tout souci, et il prendra soin de toi" (Ps 54,23). C'était sa phrase habituelle lorsqu'il envoyait un frère en mission. Quant à lui, conscient de sa vocation de modèle et voulant "mettre en œuvre" et pas seulement "enseigner" (Ac 1,1), il a pris un de ses compagnons et s'en est allé vers l'un des quatre points cardinaux. (Saint Bonaventure, franciscain, docteur de l'Église, Vie de Saint François, Legenda major, ch. 3, trad. Vorreux et Desbonnets, Documents, Éds. Franciscaines 1968, p. 585.)

 

Apprenant que Otton de Brunswick, à la fin du mois de septembre 1209 passait par Assise où il sera couronné empereur romain-germanique par Innocent III, S. François recommande à ses frères d'éviter de le rencontrer. On raconte que François aurait, muni d'une clairvoyance prophétique, adressé à cet illustre hôte de la ville un message où il lui aurait fait savoir que sa gloire serait de courte durée. Il ne crut pas si bien dire : excommunié une année plus tard par celui-là même qui l'avait oint dans la cathédrale de Latran en octobre 1209, Otton IV sera défait en 1214 par Philippe II Auguste à Bouvines et perdra sa couronne acquise à coup de guerres, d'assassinats et de mariages.

 

François écrit une "Vie des Frères", un inventaire de consignes destiné à ceux qui veulent le suivre, qu'il décide de soumettre au pape Innocent III pour approbation. Cette Règle s'ouvre par une invocation du Père, du Fils et du Saint-Esprit, aussitôt suivie d'une déclaration d'allégeance au Saint-Père :

"Que frère François et quiconque sera le chef de cette religion promette obéissance et révérence au seigneur pape Innocent III et à ses successeurs."

 

Dans leurs prédications, les frères dont la mission est d'"accomplir le bien" ne doivent pas heurter les convenances des gens qui les écoutent. Sans oublier que rien ne vaut l'exemple, qui reste le meilleur argument pour conduire les gens vers Dieu. Dans tous les cas, les frères doivent rester humbles et ne jamais tirer orgueil de leurs actes dont l'éventuelle réussite ne se doit qu'à Dieu :

 

"Je supplie, dans la charité qu'est Dieu, tous mes frères, prédicateurs, orants, travailleurs, tant clercs que laïcs, de s'appliquer à s'humilier en tout, à ne pas se glorifier, à ne pas se réjouir en eux-mêmes, à ne pas s'exalter intérieurement des bonnes paroles et actions, et absolument d'aucun bien que Dieu fait ou dit ou opère en eux quelquefois et par eux, selon ce que dit le Seigneur : 'Cependant ne vous réjouissez pas en ceci, que les esprits vous sont soumis.'"


Seuls les vices et les péchés nous appartiennent, rappelle François aux frères. Tout ce qui est bien et lumineux en nous vient du Seigneur et il serait présomptueux de se flatter du bien que nous accomplissons; celui-ci est l'œuvre de Dieu qui se sert de nous pour le prodiguer. 

Ainsi, toujours dans le bien que nous pouvons faire, la finalité est la gloire de Dieu, seul.

Saint François d'Assise, saint Patron de l'Italie († 1226)

File:Saint Francis of Assisi Church on West 31st Street, New York, NY mosaic.jpg

Accompagné de ses compagnons, François part pour Rome après avoir rédigé cette Vie des Frères (1209). En chemin, il a une vision. Il s'arrête près d'un arbre majestueux et, pendant qu'il en contemple la hauteur, il se sent emporté par une "force divine" qui lui permet d'en atteindre le sommet et lui donne la force nécessaire de ployer les branches pour leur faire atteindre la terre. S. François en conclut que son entreprise sera couronnée de succès et s'en réjouit.

 

Le songe d'Innocent III

 

Soumis à la Sainte Eglise dont il demande l'acquiescement, S. François veut réunir autour de lui des gens qui, clercs ou laïques, ne s'enferment pas entre les murs d'un monastère et restent proches des gens ordinaires, qui, surtout eux, ont besoin de ces nouveaux apôtres. En 1210, il vient se présenter devant le pape au palais de Latran. Toutes les sources parlent d'une manière ou d'une autre de la perplexité initiale d'Innocent III face à ce saint qui avait choisi de vivre d'aumônes et qui se présentait devant lui hirsute, mal habillé.

 

Le cardinal Jean de Saint-Paul, évêque de Sabina-Poggio Mirteto, ambassadeur du Vatican, réputé pour ses connaissances médicales, défend François et prend la parole :

 

"Ce pauvre nous demande d'approuver un genre de vie conforme aux conseils évangéliques. Si nous rejetons ses projets comme trop difficiles et comme une nouveauté, nous nous exposons à agir contre l'Évangile du Seigneur. Car soutenir que l'observance des conseils et le voeu qu'on en fait sont quelque chose de nouveau ou de contraire à la raison, c'est blasphémer ouvertement contre Jésus-Christ, auteur de l'Évangile."

 

Giotto, Le Songe d'Innocent III

 

Innocent III écoute S. François, "prend le temps du discernement", puis lui offre "son assentiment", assorti de sa bénédiction et de quelques recommandations. Dans son sommeil, Innocent III avait vu un homme de petite taille, et misérablement vêtu, ressemblant à ce pauvre d'Assise qu'il avait reçu dans la journée, soutenir avec son dos la basilique pontificale Saint-Jean-de-Latran, en train de s'écrouler. Le pape ratifie la Vie des Frères, leur accorde licence de prêcher la pénitence avec la seule condition d'avoir obtenu préalablement l'accord de S. François, reconnu ainsi comme "ministre" de la communauté. Dans la fresque dessinée par Giotto, l'interprétation du songe n'est guère difficile : l'Église de la plenitudo potestatis et des regalia, les symboles du pouvoir royal, s'écroule si elle n'est pas portée par le saint. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 177.)

 

Content de l'habilitation du Pape, S. François se met aussitôt à l'oeuvre. Il s'adresse aux citoyens de Rome. Ceux-ci se passent leur chemin sans l'écouter et se montrent méprisants à son encontre, eux qui vivent dans la ville des deux plus grands apôtres, Pierre et Paul. Après plusieurs tentatives, toutes vaines, S. François leur dit :

 

"Pour votre honte, je vais annoncer le Christ aux animaux sauvages et aux oiseaux du ciel, afin qu'ils entendent les paroles salutaires de Dieu, ils y obéissent et acquiescent."

 

Saint François se rend en dehors des murs de la ville et s'arrête dans un champ où se trouvaient des corbeaux en train de se nourrir de cadavres, des grives, des pies et bien d'autres oiseaux. Il leur dit : 

"Je vous ordonne au nom de Jésus-Christ, que les Juifs ont crucifié, dont les misérables Romains ont méprisé la prédication, que vous veniez à moi entendre la parole de Dieu, au nom de Celui qui vous a créés et, dans l'arche de Noé, vous a libérés des eaux du déluge !" (Roger de WENDOVER, Fleurs d'histoire, ibid., p. 3038)

 

Aussitôt tous ces oiseaux et bien d'autres font cercle autour de lui, raconte Roger de WENDOVER. Ils arrêtent de piailler l'écoutent sans broncher pendant toute une demi-journée sans détourner le regard. Les gens qui passent s'étonnent de voir cette assemblée. Ils s'arrêtent. Ils remarquent que ces oiseaux écoutent avec intérêt des mots qu'ils semblent comprendre. Ils écoutent eux aussi. Ils en sont touchés. Ils en parlent dans la ville dont les habitants, ébranlés par ce miracle attesté par des témoins nombreux et divers, commencent à se demander s'ils n'ont pas eu tort de traiter avec mépris celui que le pape lui-même leur avait recommandé en l'autorisant à prêcher, bien qu'il ne fût ni théologien ni prêtre, pas même moine soumis à la discipline d'un ordre reconnu. L'auteur bénédictin des Fleurs d'histoire, nous fait savoir qu'à la tête d'un grand nombre de citoyens des hommes d'Eglise viennent inviter S. François, "avec grande révérence à regagner la ville. Il les suit, content d'avoir attendri leurs coeurs endurcis, par son discours aux oiseaux, et de les avoir rendus meilleurs peut-être.

Un jeûne de 40 jours

 

 

Un jour, en plein carême, S. François qui se trouve à l'ermitage de Sarteano, dans les environs de Sienne, entend une voix lui dire que Dieu ne pardonne jamais à ceux qui se tuent eux-mêmes par une trop dure pénitence.

 

François d'Assise affirme : "Que c'est tout autant un péché de soustraire sans discernement au corps ce qui lui est dû, que de lui offrir le superflu sous l'empire de la gourmandise". (François 2 Celano 22)

 

François met en évidence que le jeûne doit être pratiqué avec prudence, sous le regard de Dieu et pour le louer. Alors seulement, il est vertu de tempérance et conduit à Dieu. La tempérance n'est vertueuse qu'autant que l'amour de Dieu l'inspire. Il est donc nécessaire de pratiquer le jeûne du regard, de la parole, de l'ouïe, du soi-disant indispensable dans le quotidien. (Croire)

 

En 1211, François ressent le besoin de rester seul avec Dieu pendant le Carême, il prie "un homme qui lui est dévoué" et qui habite aux environs de Pérouse de l'amener de nuit, pour que personne ne s'en avise, sur une île inhabitée du lac Trasimène. Il se trouve un massif de ronces pour s'improviser un abri. Il y reste pendant quarante jours et quarante nuits, "sans rien manger ni boire", indiquent Les Fioretti, comme Jésus qui, après le baptême, s'était retiré dans le désert où il avait jeûné pendant quarante jours. S. François avait toutefois pris avec lui deux pains dont il avait mangé quelques miettes pour ne pas être tenté de se prendre pour le Christ. Tout émerveillé de constater que ces pains étaient à peine entamés au bout de quarante jours, le rameur qui vient le prendre et qui le dépose sur la berge, se considère délivré de son secret et en parle à ses concitoyens. Ceux-ci s'empressent de se rendre sur le lieu d'une si prestigieuse mortification. Au lieu où S. François célébra une pénitence si admirable se produisirent par ses mérites de nombreux miracles.

 

Parti prêcher dans les villes et les villages, "dans les cités et les places fortes" de l'Italie, S. François arrive à Tuscania, une petite localité d'origine étrusque à une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau de la mer Tyrrhénienne. Il est accueilli par un chevalier dont le fils unique est boîteux et "faible de tout son corps". Connaissant la réputation de cet homme qui est, dit-on, capable de guérir par ses prières, le père de l'enfant se jette à ses pieds et lui demande de lui rendre la santé. S. François prie d'abord longuement, avec ferveur. Puis pose sa main sur le malade, et le bénit. Il le prend dans ses bras et le relève. L'enfant se met à marcher et à courir dans la maison. Il est guéri.

 

En revenant de Viterbe à Spolète, S. François passant par Narni, rencontre un certain Pierre, paralysé, qui par son évêque, lui demande de l'aider. S. François fait le signe de croix au-dessus de lui. L'infirmité disparaît. Dans la même ville, une femme veut recouvrer la vue qu'elle a perdue. S. François fait le signe de croix devant chacun de ses yeux fermés. Quand elle les rouvre, elle voit.

 

Il renouvelle le miracle à Bevagna, une bourgade des environs de Pérouse, où il redonne la vue à une fillette, puis à Bologne, où il guérit un enfant borgne.

 

Un frère souffre d'un mal que Thomas de Celano avoue ne pas savoir nommer, d'autant plus que de l'avis de certains, c'est l'oeuvre d'un "méchant diable" qui a pris possession de lui et le tourmente pour affaiblir son âme. S. François prit pour la guérison du malade et le bénit. Celui-ci se remet de sa crise, et il n'a plus jamais souffert du "mal caduc".

 

Dans la ville fortifiée de San Gemini, où S. François arrive en compagnie de trois frères, il est reçu par un homme "qui honorait Dieu", mais dont la femme est "harcelée par un démon". Les quatre frères font leur prières. Quand ils ont fini, François se lève et crie d'une voix à faire peur : "Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, par obéissance je te l'ordonne, démon: sors d'elle et n'ose plus jamais l'entraver." (Thomas de CELANO, Vie du Bienheureux François [Vita prima], éd. cit. v. I, p. 551.)

 

Le bruit court que tout ce que S. François touche est investi de pouvoirs miraculeux. Une peste tue les boeufs et les moutons de la région de Rieti. Un homme qui vit "dans la crainte de Dieu" a une vision pendant son sommeil. On lui conseille d'arroser les bêtes avec l'eau dont S. François se lave les mains et les pieds. Par chance, celui-ci se trouve dans un ermitage voisin. Il s'assure de la complicité de quelques frères. Ceux-ci lui remettent l'eau de la bassine où S. François vient de se laver. Revenu chez lui, le paysan de Rieti asperge de cette eau ses animaux languissants. Le résultat est spectaculaire:

"Sitôt que l'aspersion atteignait si peu que ce soit les animaux malades et gisant à terre, ayant récupéré la vigueur première, ils se levaient immédiatement et se hâtaient vers les pâturages, comme s'ils n'avaient rien éprouvé de mal."

 

Le pouvoir de S. François sur les animaux est un sujet de stupéfaction tout aussi colporté et qui occupe autant les différents récits hagiographiques.

 

Dans les prédications de S. François, les animaux sont des créatures de Dieu qui sont invitées à louer leur Créateur. C'est exactement la position inverse de celles des cathares, où les créatures avaient été créées par un démiurge, c'est-à-dire un dieu malveillant qui aurait fait tomber les âmes et les esprits dans la matière. La louange de la Création est en cela en elle-même une prédication anti-cathare, qui veut signifier l'unicité de Dieu comme Créateur et Père de tous les êtres.

 

Aux environs de Bevagna, à quelques lieues d'Assise, dans la vallée de Spolète, S. François remarque une multitude d'oiseaux dans un champ: moineaux, corneilles, ramiers, hirondelles. Il court vers eux qui ne s'envolent pas. Au contraire, il a la sensation qu'ils l'attendent et se réjouissent de sa présence. Il les salue à son habitude : "Que le Seigneur vous donne la paix!" Il prêche comme à son habitude. Il leur dit :

 

Afficher l'image d'origine "Mes frères les oiseaux, vous devez beaucoup louer votre Créateur et l'aimer toujours, lui qui vous a donnés des plumes pour vous revêtir, des pennes pour voler et tout ce dont vous avez eu besoin.

Dieu vous a rendus nobles parmi ses créatures et il vous a accordé d'habiter dans la pureté de l'air; car comme vous ne semez ni ne moissonnez, lui-même ne vous en protège et gouverne pas moins, sans que vous vous en souciez le moins du monde.

Les frères présents sur les lieux témoignent de la joie des oiseaux qui tendent le cou, déploient leurs ailes et font de leur mieux pour s'approcher de S. François qui passe parmi eux pour les toucher avec sa tunique. Il les bénit et leur donne licence de s'envoler, ce qu'ils font tandis que l'homme de Dieu et ses compagnons poursuivent leur chemin.

 

À Alviano, petit bourg fortifié sur une éminence de la rive gauche du Tibre, à mi-chemin entre Trevi et Orvieto, S. François qui veut s'adresser à la foule des gens venus l'écouter réclamer silence. En vain : des hirondelles en grand nombre font un tel vacarme que les gens n'entendent pas ses paroles. S. François s'adresse avec beaucoup d'égards aux hirondelles: elles ont suffisamment trissé, leur dit-il, et il est temps maintenant de lui laisser la parole. Il leur enjoint de se taire et d'écouter la parole du Seigneur. A la stupéfaction de tous, note Thomas Celano, non seulement les hirondelles se taisent mais elles restent sans bouger jusqu'à la fin de la prédication.

 

 

Lorsqu'une hirondelle s'agite et piaille tellement qu'elle empêche un étudiant de Parme de travailler. Au nom de S. François il lui demande de se taire et de venir se poser sur sa main. L'hirondelle obéit. L'étudiant lui caresse la tête, lui explique une fois encore qu'elle le gêne et la prie gentiment, en invoquant à nouveau S. François, d'aller chahuter ailleurs. L'hirondelle s'en va et ne revient plus.

 

Un autre jour, à Greccio, un paysan vient lui offrir un levreau qu'il avait pris au collet. S. François le remercie puis pose l'animal par terre et le délivre en lui recommandant d'éviter à l'avenir les pièges des hommes. Le levreau ne veut pas partir et se réfugie auprès de S. François. Il faudra qu'un frère le porte loin dans la forêt pour le décider à reprendre sa vie sauvage.

 

image007.jpg Réalisant un jour que toute la Création formait une grande famille, une sorte de fraternité universelle, François invita tous les humains à l'amour mutuel et au respect de notre mère la Terre, notre soeur la Lune, notre frère le Soleil...

 

Il s'adressait à tous les êtres, à la nature entière; Un jour il sauva un lièvre poursuivi par les chasseurs; il racheta un agneaux que le boucher s'apprêtait à tuer. La nature elle-même, il l'embrassait dans sa charité sans bornes : moissons, vignes, bois, pierres, le feu, l'eau, l'air, tous les éléments, il fraternisait avec eux, et les invitait tous à l'amour de Dieu.

 

L'histoire du loup de Gubbio "réduit par S. François à une grande douceur", est sans doute, avec le prêche aux oiseaux, le plus connu de ses miracles. Il fit promettre au loup de ne plus attaquer les hommes et les bêtes, au vu de gens perchés sur les remparts. S. François s'adressant à l'assemblée, atteste que les fléaux qui nous frappent sont une punition de nos péchés et affirme que la "flamme vorace de la Géhenne" est infiniment plus à craindre qu'un loup qui ne peut tuer que les corps. Depuis ce jour et jusqu'à sa mort, survenue deux années après, ce loup a vécu en toute liberté dans les rues de Gubbio. Il mendiait sa pitance de porte en porte, pour la grande joie des gens qui le nourrissaient volontiers. Par sa présence, il leur rappelait "la vertu et la sainteté mirifique de S. François."

 

Au début de l'année 1213 les frères sont une bonne centaine. Quatre ans plus tard en 1217, ils seront plus de mille. Le mouvement franciscain qui ne comptait une décennie plus tôt qu'une poignée de frères, a pris une ampleur telle que l'Ordre croît "comme un cèdre dans le paradis de Dieu qui élève la cime de ses mérites parmi les régions célestes des saints."

 

La rencontre entre S. Dominique et S. François

 

SAINT DOMINIQUE, Fondateur d'Ordre (1170-1221)

À l'occasion de l'ouverture le 11 novembre 1215 à Rome du IVe concile dans la basilique Saint-Jean-de-Latran en présence de quelques quatre cents évêques, S. Dominique fit le voyage de Rome pour obtenir l'approbation de l'Ordre des Frères-Prêcheurs. C'est là, alors qu'ils ne se connaissaient pas et ne se seraient pas rencontrés dans le tohu-bohu de ces quelques mille cinq cents personnes sans une grâce spéciale de Dieu, qu'ils se reconnurent, s'embrassèrent comme deux frères et lièrent une amitié profonde qui dura jusqu'à la mort.

S. Dominique vit François d'Assise en songe. Dans cette vision, il vit Jésus irrité contre le monde qui a perdu la foi et vit dans le péché. Pour l'apaiser la Vierge lui présente deux hommes dont la sainteté, lui dit-elle, est à même de racheter la mauvaise conduite des autres qui, par eux, retrouveront la voie de la vérité. Il se reconnaît dans l'un de ces hommes. Il se demande qui pourrait bien être l'autre qui a l'air d'un mendiant, vêtu d'une simple tunique de bure ? Le lendemain, dans une église dont la tradition n'a pas conservé le nom, S. Dominique reconnaît, habillé comme il l'avait vu dans son extase, ce deuxième homme que la Vierge recommandait si chaleureusement au Christ. S. Dominique se serait précipité vers S. François et l'aurait serré dans ses bras en lui disant : "Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble et nul ne pourra prévaloir contre nous."

 

S. Dominique, plus tard, aurait affirmé que tous les religieux devraient suivre l'exemple de S. François "tant est grande la perfection de sa sainteté."

 

En 1216, un religieux d'Oignes, du diocèse de Liège, qui vient d'être nommé évêque de Saint-Jean-d'Acre, Jacques de Vitry (1160-1240) traverse l'Italie et constate, surpris, l'ampleur d'un ordre dont il ignorait probablement l'existence. En route vers Rome, il note dans une de ses lettres, à propos des Frères mineurs, que "le Seigneur pape et les cardinaux les tiennent en grande révérence."

 

Afficher l'image d'origine "Ceux-ci [les Frères mineurs] ne s'occupent nullement des affaires temporelles, mais, avec un désir fervent et et un zèle ardent, ils travaillent chaque jour à arracher aux vanités du monde les âmes en péril et à les condire avec eux. [...] Ils vivent selon la forme de l'Eglise primitive dont il est écrit 'à la multitude des croyants, il n'était qu'un coeur et qu'une âme'.

De nos jours, ils se rendent dans les cités et les villages en oeuvrant par l'action afin de gagner quelques-uns; la nuit, ils regagnent leur ermitage ou des lieux solitaires pour s'adonner à la contemplation.

[...] Grâce aux conseils d'hommes bons, ils font et promulguent leurs institutions saintes et confirmées par le seigneur pape. [...] Je suis persuadé que c'est pour faire honte aux prélats, qui sont comme des chiens muets, incapables d'aboyer, que le seigneur veut sauver de nombreuses âmes par de tels hommes simples et pauvres avant la fin du monde."

 

"Franciscains et Dominicains vivront des dons des fidèles, d'où leur appellation d'"ordres mendiants". [...] Ils remportent un succès particuliers dans les villes universitaires, dont ils attirent les étudiants, mais aussi des maîtres fameux." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 181.)

 

S. François en Orient

 

C'est en septembre 1219 que se situe la rencontre de S. François avec le sultan d'Egypte al-Malik al-Kâmil, neveu de Saladin. Tant d'amis avaient voulu l'accompagner qu'il fallut tirer au sort les douze qui seraient choisis : frère Illuminé d'Arce, frère Pierre de Catane, frère Léon, frère Elie, frère Césaire de Spire, en étaient, et frère Barbaro, l'un des premiers disciples. Ils font escale en Crète, à Chypre, puis à Saint Jean-d'Acre, d'où S. François s'empresse de rejoindre la cité de Damiette (en Egypte) pour évangéliser les infidèles (août 1219). Il en convertit un grand nombre, et en reçut même plusieurs dans son ordre.

 

S. François avait dans l'idée de voir le sultan se convertir vers la religion chrétienne, persuadé que la paix viendrait par la conversion et non par la guerre. Les Croisés tentèrent de l'en dissuader, lui décrivant la cruauté des infidèles. Al-Malik al-Kâmil aurait lui-même promis une pièce d'or à quiconque lui apporterait la tête d'un chrétien.

 

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S'étant adjoint pour compagnon frère "Illuminé" ou "Lumineux", il s'était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des Sarrasins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d'injures, les rouant de coups et les liant de chaînes. Selon le chroniqueur Jourdain de Giano (1195-1262), pendant le supplice, S. François criait de toutes ses forces le nom du sultan qui, ayant entendu cet appel, aurait demandé qu'on lui amène les prisonniers. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, les gardes d'Al-Malik al-Kâmil les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c'était ce qu'avait désiré François.

 

Selon S. Bonaventure (1217-1274), si le sultan veut interroger ces chrétiens, c'est parce qu'"une disposition de la divine Providence, conformément au désir de l'homme de Dieu", l'y incite.

 

Le prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; François répondit :

 

"Je suis envoyé par Dieu pour dire au Sultan et à son peuple le chemin du salut et leur annoncer l'Evangile qui est la Vérité... Si vous voulez vous convertir au Christ, ton peuple et toi, c'est très volontiers que, pour son amour, je resterai parmi vous" (Saint Bonaventure, Legenda Minor, 9,8).

 

Le sultan accepta de l'écouter en présence de ses chefs religieux qu'il fit venir sous sa tente. Ceux-si déclarent : "Sire, tu es épée de la Loi et tu dois donc maintenir et garder la Loi. Nous te commandons par Dieu et par Mahomet qui nous donna la Loi, que tu leur fasses couper la tête, car nous n'écouterons pas ce qu'ils disent, et nous vous défendons d'écouter ce qu'ils disent". Le Sultan ne leur obéit pas, car, dit-il, ce serait mal récompenser ceux qui avaient mis leur vie en danger pour sauver son âme. Il leur proposa alors de rester auprès de lui et de leur donner "des terres et des possessions". Ils refusèrent. Il leur offrit "de l'or, de l'argent et des draps de soie en grande quantité". Ils ne voulurent qu'un peu de nourriture.

 

Puis François prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d'âme et une telle ferveur d'esprit qu'en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l'Évangile: "Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire". Le sultan commença par obliger les frères à marcher sur un tapis couvert de croix pour vérifier s'ils oseraient commettre un acte sacrilège en les piétinant. François déjoua le piège avec humour: "Ce n'est pas la croix du Christ que tu as posée là mais celles des deux brigands crucifiés à ses côtés!"

 

Nous ne saurons pas grand chose de cet échange sinon que François aurait parlé de la Trinité. Il aurait aussi proposé de se livrer à une ordalie : François et le théologien musulman se jetteraient dans le feu; celui qui sortirait indemne prouverait la supériorité de son Dieu :

 

"Ordonne que soit allumé un très grand feu, lui dit S. François, et moi, j'entrerai dans le feu avec tes prêtres pour que tu connaisses ainsi quelle est la foi la plus certaine et la plus saine"

 

Fakhr al Din al-Farisi, homme "reconnu et d'un grand âge", quitta aussitôt la tente. Le Sultan doutant que ses "prêtres" acceptent d'affronter le feu, le pari ne fut pas tenté. S. François proposa d'aller tout seul dans les flammes à condition que le Sultan lui promît de passer avec son peuple au christianisme s'il sortait indemne du brasier. Le Sultan refusa, craignant une sédition des siens. Témoin de cette ardeur et de ce courage, "le sultan écoutait François avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui" (Saint Bonaventure, Legenda Minor, 9,8). Il offrit de nombreux cadeaux à S. François, qui les rejeta "comme de la boue" : ce n'était pas des richesses du monde qu'il était avide, mais du salut des âmes. Le sultan n'en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d'ici-bas. Il aurait ordonné, selon Ange Clareno, que S. François et tous ses frères puissent accéder librement au Saint-Sépulcre "sans payer le moindre tribut". S. François n'avait pas besoin de cet encouragement pour le faire.

 

Le sultan renvoya François avec une grande courtoisie en lui demandant de prier pour que lui-même Malek el-Kamil découvre la vérité. Il revint sain et sauf dans le camp chrétien qui s'en étonna.

 

"Il semble, souligne Albert Jacquard (Le Souci des Pauvres, éd. Flammarion, 1996) que le sultan n'oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l'expression d'une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu'il décida, dix années plus tard, alors qu'aucune force ne l'y contraignait, de rendre Jérusalem à l'empereur Frédéric II." (Traité de Jaffa, 1229)

 

La conversion du Sultan

 

Les Fioretti, recueil d'anecdotes, miracles et histoires merveilleuses de la vie de saint François, ajoutent cette anecdote relatant la conversion du Sultan :



"À la fin, saint François, voyant qu'il ne pourrait réaliser plus de fruits dans ces contrées, se décida, par révélation divine à retourner parmi les fidèles avec tous ces compagnons ; et les ayant réunis tous ensemble, il retourna près du Sultan et prit congé de lui. Alors le Sultan lui dit : 'Frère François, je me convertirai très volontiers à la foi du Christ, mais je crains de le faire maintenant ; car si les gens d'ici l'apprenaient ils me tueraient avec toi et tous tes compagnons ; et comme tu peux faire encore beaucoup de bien et que j'ai à achever certaines affaires de très grande importance, je ne veux pas causer maintenant ta mort et la mienne. Mais apprends-moi comment je pourrai me sauver, je suis prêt faire ce que tu m'imposeras.' Saint François dit alors : 'Seigneur, je vais maintenant vous quitter, mais après que je serai retourné dans mon pays et, par la grâce de Dieu, monté au ciel après ma mort, je t'enverrai, selon qu'il plaira à Dieu, deux de mes frères, de qui tu recevras le baptême du Christ ; et tu seras sauvé, comme me l'a révélé mon Seigneur Jésus-Christ. Et toi, en attendant, dégage-toi de tout empêchement, afin que quand viendra à toi la grâce de Dieu, elle te trouve disposé à la foi et à la dévotion.' Le Sultan promit de le faire et il le fit.

Après cela, saint François s'en retourna avec le vénérable collège de ses saints compagnons ; et quelques années plus tard saint François, par la mort corporelle, rendit son âme à Dieu. Et le Sultan, étant tombé malade, attendit la réalisation de la promesse de saint François et fit mettre des gardes à certains passages, ordonnant que si deux frères, portant l'habit de saint François, venaient à s'y montrer, on les lui amenait immédiatement. En ce même temps, saint François apparut à deux frères et leur commanda de se rendre sans retard près du Sultan et de lui procurer son salut, comme lui-même le lui avait promis. Ces frères se mirent immédiatement en route, et après avoir passé la mer ils furent par ces gardes menés près du Sultan. En les voyant, le Sultan eut une très grande joie et dit : 'Maintenant, je sais vraiment que Dieu m'a envoyé ses serviteurs pour mon salut, selon la promesse que, par révélation divine, m'a faite saint François.' Il reçut donc desdits frères l'enseignement de la foi du Christ et le saint baptême, et ainsi régénéré dans le Christ il mourut de cette maladie ; et son âme fut sauvée par les mérites et l'opération de saint François". (Fioretti, chapitre 24).

Le sultan mourut en 1238.

 

Dans la Règle présentée à Portioncule le 30 mai 1221, qui comporte 24 chapitres, S. François fournit des indications judicieuses quant à la manière dont les frères doivent agir chez les infidèles : ils ne doivent pas cacher qu'ils sont chrétiens; ne pas essayer de convertir ceux qui ne sont pas prêts à recevoir la parole des Evangiles; attendre un signe de Dieu pour prêcher.

 

Saint François finit cette Règle de 1221 dite non bullata par cette admonition : "Et de la part de Dieu tout-puissant et du seigneur pape, et par obéissance, moi, frère François, je prescris fermement et j'enjoins que personne ne retranche rien de ce qui est écrit dans cette vie ou que personne n'y ajoute aucun écrit et que les frères n'aient pas d'autre règle".

Saint François (XIXe), église Saint-Médard, Paris

Saint François (XIXe), église Saint-Médard, Paris

S. François, Patron des écologistes

 

"Le franciscanisme est une doctrine de réconciliation de la nature et de la grâce" (Ivan Gobry). Aussi S. François peut-il affirmer que "toute créature de Dieu est bonne, et il n'y a rien à rejeter de ce qui se prend avec actions de grâces; car tout est sanctifié par la parole divine et la prière". Nous sommes là aux antipodes du bouddhisme, du manichéisme et du jansénisme.

 

"Voici que je fais toutes choses nouvelles" (Ap 21:5). Dans le Christ, Dieu-Homme, la Création sensible est transfigurée, le monde est sanctifié, l'humanité est divinisée. C'est pourquoi l'Incarnation s'offre pour François comme le mystère-clé du christianisme.

 

Au terme de sa vie, S. François rédige ce qu'on appelle le "Cantique du frère Soleil" qui est l'aboutissement de ses enseignements sur le respect et l'amour que tous les humains doivent porter envers toutes les créatures de Dieu. Il rejoint ainsi les préoccupations de ceux et celles qui se soucient de la défense de la nature, des animaux et de l'environnement. C'est d'ailleurs pourquoi, en 1979, il est proclamé "patron des écologistes".

 

 

En 1221, S. François considère que "convertir le monde entier comme Dieu le veut" est une tâche plus importante que de laver les chancres des lépreux. Plus précisément, il acquiert la conviction que sa vraie mission, et celle des Frères, n'est pas de s'occuper de la chair qui souffre mais de secourir les âmes égarées.

 

C'est François d'Assise qui créa la première crèche que l'on retrouve souvent sous "l'arbre de Noël".

 

Nous sommes en 1223 et François se trouvait à Greccio, une ville de l'Italie. Il dit à l'un de ses amis, qui avait mis à la disposition des frères une grotte dans la montagne:

 

"Je veux faire mémoire de cet enfant qui est né à Bethléem et observer en détail, de mes yeux corporels, les désagréments de ses besoins d'enfant, comment il était couché dans une crèche et comment, à côté d'un boeuf et d'un âne, il a été posé sur le foin."

 

Et tous les habitants de la ville vinrent entourer les frères et assister à la Messe de Minuit. Ils étaient si nombreux, avec leurs cierges et leurs lanternes, que le bois était éclairé comme en plein jour. La Messe fut dite au-dessus de la mangeoire qui servait d'autel.

 

L'année suivante, les habitants de Greccio avaient raconté avec tant d'admiration les merveilles de cette belle nuit de Noël que, un peu partout, on se mit à reconstituer, dans des grottes ou des étables, la scène touchante de la naissance de Jésus. Et c'est pourquoi maintenant, nous avons partout des crèches à Noël.

 

L'amour du Christ et des mystères porta les Franciscains à la fréquentation des Lieux Saints, où ils s'établirent et dont ils devinrent les gardiens officiels, fournissant traditionnellement le Patriarche latin de Jérusalem. Ils y inaugurèrent le Chemin de Croix, pèlerinage avec stations sur les lieux mêmes où Jésus souffrit sa Passion; dès le XVe siècle, cet exercice est exécuté à domicile en s'attachant simplement par la pensée à l'itinéraire sacré.

 

 

En 1224, alors que S. François était en contemplation sur le mont Alverne en Toscane, le Christ lui apparut et lui imprima la stigmates de Sa Passion aux endroits du corps où Lui-même avait été blessé. Premier miracle de cette nature dans l'histoire chrétienne, la stigmatisation de S. François, bien qu'il la tînt secrète et qu'il n'en ait rien dit, fut rapidement connue du plus grand nombre et contribua à accroître sa réputation de sainteté. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 440.) S'étant livré à un jeûne de quarante jours en l'honneur de saint Michel archange, François reçut la stigmatisation le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix : un séraphin, formant avec ses ailes l'image du crucifix, lui imprima, aux mains, aux pieds et au côté, les stigmates des plaies du Sauveur causées par les clous et la lance.

 

Deux ans après, étant très gravement malade, il se fit transporter à l'église du Portioncule (basilique Sainte-Martie des Anges), le lieu où, bien des années auparavant, il comprit qu'il devait vivre "selon le saint Évangile", et il mourut "en chantant", comme l'écrit son biographe, le samedi 3 octobre 1226. "Afin que là où il avait accueilli l'esprit de la grâce, là il rendit l'esprit de la vie." (Saint Bonaventure)

 

S. François demanda qu'on lui lise le 13e chapitre de l'Evangile de Jean : "Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père." Pendant ce temps, il récitait en boucle le psaume 142 (141) : "De ma voix j'ai crié vers le Seigneur, de ma voix j'ai supplié le Seigneur. Je répands ma plainte devant lui. Je lui raconte ma détresse..." Et qui finit par une supplique : "Tire mon âme de sa prison, afin que je célèbre ton nom!"

 

"Il avait réussi à spiritualiser l'amour des hommes et du monde, et à humaniser l'amour de Dieu, accomplissant à merveille l'impossible gageure chrétienne d'aimer Dieu à travers les hommes." (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, ibid., p. 441.)

 

Le soir où S. François passa du monde au Christ, alors que c'était déjà le crépuscule de la nuit suivante, des alouettes, oiseaux amis de la lumière du midi et qui ont horreur des ténèbres du crépuscule, vinrent sur le toit de la maison et tournèrent longtemps en faisant un grand bruit : nous ignorons si elles montraient de la joie ou de la tristesse en chantant à leur façon. Elles faisaient résonner une jubilation éplorée et des pleurs jubilants, soit qu'elles plaignaient les fis devenus orphelins, soit qu'elles indiquaient que le père approche de la gloire éternelle. Les gardiens de la cité qui protégeaient le lieu par des veilles attentives, furent pleins de stupeur et invitèrent tous les autres à admirer l'évènement.

 

Les funérailles furent un nouveau triomphe. Le corps fut d'abord ramené à Assise. La procession passa par Saint-Damien où sainte Claire et ses soeurs vénérèrent en pleurant la sainte dépouille; puis on déposa celle-ci dans l'église Saint-Georges où François avait fait ses humanités. Dès lors, les miracles se multiplièrent à la sépulture.

 

François fut canonisé par Grégoire IX, en 1228. Son corps, que l'on avait caché, afin de mieux s'en assurer la possession, dans la crypte de l'église bâtie en son honneur en 1230, fut découvert en 1818. Pie XII le proclama patron de l’Italie.

Dans son Testament, S. François indique : "Personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du Saint Évangile" (Thomas de CELANO, Vie du bienheureux François [Vita prima], in François d'Assise, Ecrits, vies, témoignages, éd. du VIIIe centenaire, éd. ibid., v. I, p. 589.) Il puisait directement dans l'Évangile une règle de vie. Ce rapport direct avec Dieu ne l'empêcha pas dans la nouvelle mouture de la Règle de 1221, qui compte 24 chapitres, de commencer par rappeler aux frères qu'ils étaient tenus à la plus grande révérence envers la sainte Eglise, le pape, les évêques et les prêtres. Et de leur léguer "trois paroles" dans son Testament : qu'ils s'aiment les uns les autres, qu'ils aiment et respectent "notre Dame sainte Pauvreté" et qu'ils se montrent toujours fidèles et respectueux de la Sainte Eglise.

 

Aujourd'hui, les Frères Mineurs se répartissent en trois branches : Franciscains, Capucins et Conventuels. À la fin de l'année 2009, les Franciscains étaient 14 525 dans le monde (dont 398 novices) présents dans 52 pays.

Crucifix de Saint-Damien, XIIe siècle, basilique Sainte-Claire, Assise (Italie). Selon Thomas de Celano (Vita Prima), c'est ce crucifix qui aurait parlé à François d'Assise et qui lui aurait dit : "Va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine !"

Crucifix de Saint-Damien, XIIe siècle, basilique Sainte-Claire, Assise (Italie). Selon Thomas de Celano (Vita Prima), c'est ce crucifix qui aurait parlé à François d'Assise et qui lui aurait dit : "Va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine !"

Postérité

 

Alexander of Hales Scholastic Innovator Quelques décades après la mort de S. François, les Franciscains ont envahi l'Université à Bologne, Oxford et Paris, surtout, et plus tard Cologne.

À partir de 1230, les œuvres d'Aristote, principales représentantes de la scolastique (philosophie développée et enseignée au "Moyen-Âge" dans les universités), sont traduites du grec en latin par le dominicain allemand Albert le Grand, véritable introducteur de la pensée du philosophe, et par Guillaume de Moerbeke, secrétaire de Thomas d'Aquin, et introduites dans les universités.

Le premier docteur franciscain, l'Anglais Alexandre de Halès (+1245), fondateur de l'école franciscaine, installera avec lui l'ordre de S. François dans une chaire de la Sorbonne; il sera surnommé le Docteur Irréfragable. Il pensera, d'ailleurs comme un peu plus tard S. Thomas (et c'est probablement à lui que Thomas faisait allusion), que le péché était la raison de l'Incarnation, mais il pensera aussi que l'Incarnation se serait produite en toutes hypothèses pour le seul achèvement et la beauté de l'Univers... Ce sera également la position d'Albert le Grand, évêque de Ratisbonne en Allemagne, le maître de Thomas.

Les disciples des fondateurs (scotistes franciscains et thomistes dominicains) exagéreront pourtant jusqu'à la caricature l'opinion respective d'Alexandre de Hales et de Thomas, alors que si Thomas donnera sa préférence au thème de l'Incarnation rédemptrice, il n'en restera pas à la seule libération du péché; comme l'explique le P. dominicain Jean-Pierre Torrell, dans une video, sur le "motif de l'Incarnation", "on ne tiendra pas suffisamment compte de la phrase 'la puissance de Dieu ne se limite pas à cela. Et même sans le péché, Dieu aurait pu s'incarner'"... Alexandre de Hales sera sinon l'auteur, du moins l'initiateur de la première Somme théologique. Un de ses élèves, S. Bonaventure (1217-1274), Maître régent de théologie de l'Université de Paris, sera surnommé le "second fondateur de l'ordre franciscain", et les élèves de S. Bonaventure défendront son esprit contre l'aristotélisme envahissant : Gauthier de BrugesJohn (ou Jean) PeckhamGuillaume de la Mare, et Mathieu (ou Matteo) d'Aquasparta.

S. Bonaventure donnera une valeur beaucoup plus cosmique et eschatologique, allant bien au-delà du seul intellect, à l'illumination de l'esprit par Dieu.

 

Les Anglais Robert Grossetête (1175-1253), à Lincoln, et Roger Bacon, à Oxford, surnommé Doctor mirabilis ("Docteur admirable") en raison de sa science prodigieuse, davantage portés vers l'expérience que vers la spéculation pure avaient identifié quelques erreurs commises par Aristote à propos des phénomènes naturels; ce qui ne les empêcha nullement de reconnaître l'importance de la philosophie d'Aristote.

 

Cependant, au XIIIe siècle, le grand docteur de l'Ordre franciscain sera Jean Duns Scot (1266-1308), professeur à Oxford, Paris et Cologne. Connu pour son angélologie, fierté de l'ordre franciscain, dans la lignée d'Augustin et Bonaventure, il mettra l'accent sur la volonté personnelle et la charité plutôt que sur l'intellectualisme (c'est-à-dire une vision métaphysique qui parce qu'elle exalte l'intellect humain, se voit souvent marquée par une pensée de la nécessité, de l'émanation, de la généralisation, voire du destin); et il s'attachera surtout à S. Augustin, dans l'esprit et dans le détail, tout en donnant aux problèmes théologiques des solutions plus nettes. La virtuosité de son argumentation, mais surtout la profondeur de ses raisonnements lui consacreront le surnom de Docteur subtil.

Opposé à S. Thomas et à l'école thomiste quant au rôle de la liberté et de la grâce, il n'en sera pas pour cela le maître de Guillaume d'Ockham et du nominalisme. Le scotisme, comme doctrine qui se caractérise par "le formalisme métaphysique, l'univocité de l'être, l'intuitionnisme et le volontarisme" (Etienne GILSON, L'Esprit de la philosophie médiévale, Paris, Vrin, 1960), bien qu'ayant influencé Ockham, s'opposera à son nominalisme comme doctrine qui nie la réalité des entités abstraites et n'attribue pas d’universalité aux catégories transcendantes, mais simplement à ce qui est construit par l'observateur. Chez Duns Scot, l'univocité de l'être implique que tous les êtres sont dits "être" dans un même sens, et sont singuliers de par leur eccéité (essence particulière d'une chose qui permet de la distinguer de toutes les autres). Thomistes et scotistes s'accorderont ainsi pour lutter ensemble contre le nominalisme de Guillaume d'Ockham qui poussera à l'extrême certaines des idées de Duns Scot (volontarisme et constructivisme) et aboutira à une sorte d'"empirisme anarchique" (DANIEL-ROPS) .

La métaphysique du mal d'Augustin est passée tout entière, à peu près telle quelle, dans le thomisme et le scotisme. (E. GILSON, Espr. philos. médiév., 1931, p. 119).

Dialecticien autant que S. Thomas, partisan autant que lui de la méthode critique, Duns Scot ne part pas des mêmes principes que lui et n'aboutit pas aux mêmes conclusions. Pour lui, dans l'homme la volonté prime l'intelligence - d'où le terme de volontarisme dont on qualifie souvent sa doctrine - il ne suffit pas d'avoir démontré la vérité pour que tout se soumette à sa loi. Duns Scot insiste sur le caractère actif de l'âme, sur la liberté dont il défend le principe même dans le domaine spirituel. Est-il si sûr qu'on puisse en parlant du réel, comprendre vraiment et connaître qu'il y ait, dans la Création, des lois fixes que la raison peut repérer et analyser ? Le liberté de la toute-puissance divine ne s'oppose-t-elle pas à une telle fixité ? Que la science ait son domaine, oui, mais hors de son domaine, que vaut-elle ? Ainsi, plus fortement même que S. Bonaventure, Duns Scot apportait-il de l'eau au courant mystique au détriment du courant rationnel.

Duns Scot ne s'oppose pas systématiquement à Thomas, mais plutôt aux thomistes de son temps, et surtout au séculier Henri de Gand, non pas comme une opposition frontale, mais par une démarche différente. Le scotisme donne une priorité à la volonté, devant les autres facultés, comme l'intelligence (Père Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Artège-Lethielleux, 2018, p. 124-126), ou la charité. Il donne une priorité à la volonté devant les autres facultés comme l'intelligence ou la charité. 

Image illustrative de l'article Gilles de Rome Le cistercien Humbert de Brouilly, le carme Gérard de Bologne, et surtout l'augustin Gilles de Rome (1247-1316) qui le premier, montrera que S. Augustin et S. Thomas n'étaient pas inconciliables, mais qu'ils se complétaient. L'action, selon Gille de Rome, est impuissante sans la charité, et la contemplation sans la grâce. Les deux démarches mystique et rationaliste ne sont pas contradictoires, mais complémentaires.

Contre saint Thomas, Scot pense que le péché de Lucifer n'a pas été l'orgueil. C'est une forme d'envie qui l'a fait pécher. Satan a pu désirer égaler Dieu d'un désir de concupiscence, autant que sa volonté l'a pu. Il n'a pas cherché à devenir l'égal de Dieu, ce qui est impossible, mais l'a parfaitement voulu. (Père Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Artège-Lethielleux, 2018, p. 125.)

 

Christ-Roi (Fête) Ce qui est le plus remarquable dans la théologie scotiste, c'est la place suréminente qu'elle reconnaîtra au Christ dans l'oeuvre de la Création et de la Rédemption: celui que St Jean dans l'Apocalypse appelle "l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin", est la cause, le chef et l'achèvement de toute la Création spirituelle et sensible. La fête du Christ-Roi sera la conséquence liturgique de cette conception. D'une telle dignité, la Mère du Christ est la première bénéficiaire: de là, l'affirmation de l'Immaculée-Conception de la Vierge, reprise des Pères, que le "Docteur marial" (un autre titre qu'on donna à Duns Scot) défendit contre toute l'Université, et qu'il fit triompher.

 

Le scotisme sera critiqué à la "Renaissance" par Érasme et Rabelais, qui joueront sur le double sens du qualificatif de "subtil" (synonyme de "fin, recherché", mais aussi d'"inutilement sophistiqué, obscur") attaché à Duns Scot pour railler l'excès de subtilité des scotistes. Il sera soutenu jusqu'au XVIIe siècle, en la personne de Bartolomeo Mastri. Jean Duns Scot sera béatifié par S. Jean-Paul II en 1993. Il est fêté le 8 novembre.

 

"L'Inquisition, avec ses procédures juridiques rédigées en lieu et place d'une justice seigneuriale coutumière, orale, est aussi fille de l'Université. Dominicains et Franciscains y apportent des procédures écrites et un rituel de l'interrogatoire, de la confrontation et de l'aveu qui ne vont pas tarder à se verser à la justice d'État : on en retrouvera la trace dans les procédures suivies encore aujourd'hui par les juges d'instruction français." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 182.)

 

"Quand je connaîtrais tous les mystères, enseigne l'Apôtre, que je posséderais toute science, ...si je n'ai pas la charité, je ne suis rien!" (1 Co. 13:2) S. François consacre à cette parole une admonition, et une autre à celle-ci : "Le lettre tue, l'esprit vivifie" (2 Co. 3:6). À choisir entre la science et la charité, le choix est vite fait. Mais il arrive heureusement que les deux soient compatibles, et les faits l'ont prouvé dans la personne de nombreux saints franciscains. (Ivan Gobry)

Sources: (1) L'Evangile au quotidien; (2) Franciscain.org ; (3) Chiesa ; (4) Egliseinfo.catholique ; (5) Eleves.ens.fr : S. François et le Sultan, les Fioretti ; (6) Les saints Franciscains

Mgr Paul GUERIN, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 617-620

Ivan GOBRY, Saint-François d'Assise et l'esprit franciscain, Maîtres spirituels aux Editions du Seuil, 1957, p. 68-69; 77; 79;111

Stan ROUGIER, Saint François d'Assise ou la Puissance de l'amour, Albin Michel, Saint-Amand-Montrond 2009, p. 136-137

Virgil TANASE, Saint François d'Assise, Gallimard Folio Biographies, Malesherbes 2015

DANIEL-ROPS, L'Histoire de l'Eglise du Christ, tome IV, sous la direction de Jean DUMONT, Editions Bernard Grasset 1962-1965, p. 300-301.

 

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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 00:00
Saint Gérard de Brogne († 959)

Saint Gérard de Brogne, fondateur de l'Abbaye de Brogne († 959) en région wallonne en Belgique, province de Namur.

 

Il commença d'abord par la carrière des armes, mais quand son père mourut, il décida de se faire bénédictin, s'initia à la vie monastique à Saint Denis près de Paris et fonda une abbaye sur son domaine familial. (1)

 

 

L'histoire raconte qu'insatisfait de sa vie comme page à la cour de Béranger, comte de Namur, et du métier des armes, Gérard fit une expérience spirituelle profonde (songe ou vision) alors que, au cours d’une expédition de chasse dans les bois de la Marlagne, il se recueille dans une ancienne chapelle du domaine familial de Brogne dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Lors de cette vision, il s'entend invité par Saint Pierre à y fonder un monastère. (2)

 

Envoyé fonder, en 931, un monastère à Brogne et s'étant acquitté à merveille de sa tâche, on le chargea de réformer certaines communautés où on avait constaté quelque relâchement. Il visita ainsi les monastères de Flandres, de Champagne et de Lorraine où sa sainteté et sa fermeté opérèrent les redressements nécessaires.
 

Il revint enfin à Brogne où il finit paisiblement sa vie. (3)
C'est au XVIIe siècle que la localité de Brogne prend le nom de Saint-Gérard: ce moine doux et conciliant avait été canonisé en 1131, lors du concile de Reims.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/38/Saint-G%C3%A9rard%2C_Abbaye.JPG/800px-Saint-G%C3%A9rard%2C_Abbaye.JPG

Abbaye Saint-Gérard-de-Brogne

 

 

MIRACLES de saint Gérard

Voici quelques récits de miracles que nous transcrivons parce qu'ils sont intéressants à divers titres: ils ont eu lieu au début du 17ième siècle, ce qui prouve que le culte de saint Gérard était encore très vivant 7 siècles environ après la mort du saint; plusieurs bénéficiaires de ces miracles habitaient des régions assez éloignées, ce qui montre la diffusion du culte de saint Gérard; enfin ces miracles sont particulièrement bien attestés.

 

Saint Gérard de Brogne"L'an de grâce 1602, Simon Anseau, pharmacien à Thuin, âgé de 32 ans, souffrant depuis 3 mois d'une fièvre tierce, quarte et quotidienne, était devenu jaune comme cire. Après avoir tenté toutes sortes de remèdes, après en avoir appelé à l'expérience des hommes de l'art, abandonné par eux sans aucune espérance, il voua à Dieu et à saint Gérard de visiter les reliques de notre Saint à Brogne; et à l'heure même il fut rendu à la santé. La chose arriva le 26 du mois d'août, et trois jours après, c'est-à-dire le 29, il se rendit de Thuin à Saint-Gérard sans le secours de personne. Les 2 localités sont distantes d'environ sept lieues.

Cette guérison avec ses circonstances fut attestée par Simon, ainsi que par sa mère Haverlant, en présence du prieur et de 2 autres religieux. Ce même témoignage, ledit Simon, sa mère et sa femme le renouvelèrent dans la suite à Thuin, en présence du prieur de Brogne, Gérard Souris, et de son compagnon Jean Clerc, ainsi qu'en présence de Pierre Dubois, prêtre, et de son père Georges Dubois, citoyen et échevin de Beaumont.

Tout ce qui vient d'être raconté, ledit Anseau l'attesta de nouveau le 25 août l'an 1618, en présence de la cour de Thuin, et il le confirma par serment solennel, selon le document authentique qui fut rédigé sur cette guérison et signé : Jacques Playoul, greffier de ladite cour."

 

 

"Le 3 septembre 1611, François Deprez, originaire de Thuin et habitant cette localité, pour lors âgé de 29 ans, ayant souffert pendant 3 semaines d'atroces douleurs d'une fièvre aiguë et continue, ayant cherché des remèdes sans en trouver aucun qui pût lui procurer quelque soulagement, sur les conseils du susdit Simon Anseau, qui avait récupéré la santé par les mérites de saint Gérard, fit voeu de se rendre à Brogne pour vénérer le saint, et bientôt il fut délivré de la fièvre et rétabli en pleine santé. Ce que ledit François Deprez, visitant les saintes reliques le 16 septembre 1612, a déclaré en présence du prieur désigné plus haut et de quelques autres religieux. Ensuite il confirma le tout par serment le 24 août 1618, en présence de la cour de Thuin, ainsi que cela résulte d'une pièce authentique signée du greffier Jacques Playoul."

 

 

"Au mois de février 1602, Noël Mathieu, natif de Mettet et pour lors âgé de 20 ans, faisait ses humanités dans la ville de Mons. Atteint d'une jaunisse par tout le corps, ayant souffert de très grandes douleurs pendant l'espace de 2 mois environ, sans trouver aucun soulagement dans les remèdes de la médecine, il fut renvoyé à ses parents. Ceux-ci le conduisirent à Saint-Gérard, afin qu'il y communiât et qu'il adressât ses prières au patron du lieu. Ils espéraient que le saint par son intercession et ses mérites viendrait au secours de leur fils. Leur espérance ne fut pas trompée. Car à partir de ce moment, le malade éprouva un mieux sensible, et, 1 jour ou 1 après, il était entièrement guéri. Ce que ledit Noél attesta par un écrit signé de sa main. Plus tard, c'est-à-dire le 22 août 1618, lui et sa mère Marie Buseau attestèrent le même fait par serment en présence du bailli de Mettet, notaire impérial. Acte authentique fut dressé et signé par Pierre Douillet notaire, le jour et l'an désignés."

"Vers la mi-juin 1610, un enfant de 8 ans, originaire de Rebecq, fils de Jean du Ray et de Martine Heue, appelé Jean comme son père, après une longue et grave maladie, fut abandonné de tous les médecins, qui n'avaient plus aucun espoir de le guérir. Pendant 8 jours, cet enfant demeura privé de connaissance et de l'usage de la parole. A chaque moment, on s'attendait à le voir rendre le dernier soupir. Poussés comme par une inspiration divine, ses parents promirent un pèlerinage à Saint-Gérard. A l'instant, comme s'il se fût réveillé d'un profond sommeil, l'enfant revint à lui. Il demanda à boire et à manger. Le pèlerinage ne tarda pas à s'accomplir et l'enfant recouvra entièrement la santé. Et maintenant encore, ajoute l'historien, il est vigoureux, il jouit d'une excellente santé et il exerce la profession de charpentier. Peu de jours après la guérison de leur fils, le père, la mère et un clerc de Rebecq, appelé Jean Rogerie, envoyèrent au prieur de Brogne le récit de ce miracle, signèrent cet écrit de leur main. Plus tard, le père attestà la vérité de ce fait en présence de la cour de Rebecq, comme cela résulte de la pièce authentique donnée le 10 septembre 1618 et signée : Sébastien Antoine, Jean du Ray, Guillaume Marsille et H. de Moitoimon, greffier."

 

 

"Au mois de mai de l'an 1617, la fille du seigneur de Fumal, nommée Gertrude, âgée d'environ 10 ans, ayant été gravement atteinte d'un jaunisse universelle pendant 3 semaines, fut rendue à la santé par suite d'un voeu semblable que firent ses parents en son nom. Le 23 du mois de mai, elle put accomplir son pèlerinage à Saint-Gérard." (4)

 


Gérard est canonisé par Innocent II, lors du Concile de Reims, en 1131. (5)

 

Sources: 1, 2, 3, 4, 5

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 00:00
Saint Léger (Leodegarius), évêque martyr († 678)

Léger ou Léodgar (francisation du germanique Leudgari, de "leud", peuple, gens, et "gari", lance) naquit vers l'an 616, en Alsace.

La famille de Léger était alliée à la famille royale des Francs. Elevé à la cour de Clotaire II, il fut nommé abbé de Saint-Maixent vers 649.

Sainte Bathilde l'appela dans son conseil de régence, pendant la minorité de Clotaire III.

Nommé évêque d'Autun en 659, il rétablit la paix dans ce diocèse, déchiré par les factions. Il décora les églises et les enrichit de vases et d'ornements précieux. Il entreprit aussi de grands travaux civils, répara les édifices publics et les murs de la ville, dont on admire encore aujourd'hui des restes importants.

A la mort de Clotaire III (673), qui ne laissait pas de fils, Léger se prononça en faveur de Childéric II, son frère aîné, tandis qu'Ebroïn, maire du palais de Neustrie, tentait de lui donner pour successeur son autre frère Thierry. Childéric prit pour ministe le sage évêque. Tant qu'il suivit ses conseils, il fut adoré de ses peuples. Mais bientôt, fatigué de ses fermes remontrances, il le relégua dans le monastère de Luxeuil. Délivré à la mort de Childéric vers 673, Léger rentra dans sa ville épiscopale. Cependant Ebroïn ayant fait proclamer roi Clovis III qu'il disait fils de Clotaire, envoya une armée assiéger Autun. Léger, pour éviter aux habitants les horreurs d'un siège, sortit de la ville et se livra à son ennemi. Par les ordres du féroce Ebroïn, on lui creva les yeux, on lui coupa les lèvres et une partie de la langue ; on le fit marcher pieds nus sur des caillous tranchants; on l'exposa sur la place publique aux regards de la foule indignée de tant d'atrocités (676). Ebroïn, voyant que ce spectacle devenait dangereux, confia la garde du martyr au comte Vaneng, qui le traita avec la plus profonde vénération et le plaça dans le monastère de Fécamp, qu'il avait fondé. Mais Ebroïn ne cessa de le persécuter, jusqu'à ce qu'il le fît saisir et assassiner secrètement, dans la forêt d'Iveline, le 2 octobre 678.

Le martyr expira en priant Dieu pour ses persécuteurs et ses bourreaux.

Le cardinal Pitra a écrit sa vie, véritable monument d'érudition et de style.

 

Sources : (1) Mgr Paul Guérin, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 614; (2); (3)

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 00:00
Saints Anges gardiens

Dieu est le "créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible" (Symbole de Nicée Constantinople). Or, selon la Tradition, les anges sont des créatures spirituelles et non corporelles. Chaque fête des anges est d’abord l’occasion de rappeler que "Dieu a tout ensemble, dès le commencement des temps, créé de rien l’une et l‘autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde terrestre ; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle est d’esprit et de corps" (profession de foi du 4ème concile du Latran, rappelée par le n° 327 du CEC – Catéchisme de l’Église catholique).

 

Parmi d'autres choses, Dieu a ainsi formellement distingué la nature angélique et a donné à chaque ange sa qualité particulière selon la différence particulière. Selon Saint Thomas d'Aquin (I qu. 30, art. 4), chaque ange forme à lui seul une espèce particulière.

 

Les croyants peuvent s’appuyer sur leur aide pour se tourner vers leur Seigneur.

Dans chaque eucharistie, les anges se joignent à eux – et aux saints – pour chanter d’une seule voix le Dieu trois fois saint proclamer sa gloire (cf. finales des préfaces de la prière eucharistique).

 

À la naissance du Sauveur, un ange était apparu aux bergers "et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière." (Lc 2,9)

 

La fête des archanges, le 29 septembre, rappelle l’essentiel de la vocation des anges : contempler Dieu et chanter sa louange. C’est aussi la raison d’être de la création et la mission primordiale de l'Église. Pour sa part, la mémoire des anges gardiens le 2 octobre insiste sur un autre aspect : leur mission de présence fraternelle à nos côtés.

 

 

Dès l’Ancien Testament, les anges protègent et guident les patriarches. "Dieu donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres." (Psaume 90, 11-12).

 

 

Cette mission continue : "Du début de l’existence au trépas, la vie humaine entourée de leur garde et de leur intercession. Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie (S. Basile)" (cf. CEC 336).

 

En faisant mémoire des anges gardiens, les croyants demandent à Dieu de leur assurer "le bienfait de la protection des anges et la joie de vivre en leur compagnie pour toujours". Mais cette mémoire les encourage aussi à inventer une "présence fraternelle" concrète auprès des autres, à prendre soin d’eux. (1)

"Il semble indubitable que non seulement les individus, mais les sociétés et les institutions, sont confiées aussi spécialement à la garde des Anges; l'Église, les royaumes, les provinces, les diocèses, les paroisses, les familles, les ordres religieux, les communautés, ont leurs angéliques protecteurs.

Les Anges nous préservent d'une foule de maux et de dangers, ils éloignent de nous les occasions du péché; ils nous inspirent de saintes pensées et nous portent à la vertu, nous soutiennent dans les tentations, nous fortifient dans nos faiblesses, nous animent dans nos découragements, nous consolent dans nos afflictions. Ils combattent avec nous contre le démon et nous prémunissent contre ses pièges; si nous tombons, par fragilité ou par malice, ils nous relève par le remords, par les pensées de la foi, par la crainte des jugements de Dieu, et nous procurent divers moyens de conversion: ils portent nos bonnes oeuvres et nos prières à Dieu, réparent nos fautes, intercèdent pour nous auprès de la divine miséricorde, suspendent la vengeance céleste au-dessus de nos têtes; enfin ils nous éclairent et nous soutiennent dans la maladie et à l'heure de la mort, nous assistent au jugement de Dieu, visitent les âmes du purgatoire.

Ils veillent sur nous pendant notre sommeil, nous assistent dans notre prière, nous défendent sur terre et sur mer, purifient notre esprit et notre corps, nous provoquent à la vertu, élèvent nos pensées vers Dieu, nous consolent dans nos peines et nos épreuves, quand nous sommes sous les étreintes de la maladie et de la mort prochaine, nous font visite, nous fortifient, nous défendent contre l'esprit du mal, et après nous avoir donné la victoire, nous accompagnent au ciel ou au purgatoire. Sans ce secours providentiel, l'infirmité humaine ne saurait être en sécurité. (Père Gilles Jeanguenin, Les Anges existent, Éditions Salvator, Paris 2008, p. 168.)

Saint Bernard résume nos devoirs en trois mots: 'Quel respect, quel amour, quelle confiance de notre part ne méritent pas les anges! Respect pour leur présence, amour à cause de leur bienveillance, confiance en leur protection.' Ajoutons un quatrième devoir, la docilité à leur bonnes inspirations. (Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.)

À partir de quel moment les Anges gardiens nous sont-ils assignés ?

 

"Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux." (Mt 18,10).

 

Bien que ce ne soit pas explicitement écrit dans la Bible, il est communément admis par les théologiens que chaque être humain, qu’il soit chrétien ou non, a un ange gardien assigné à sa protection. "Chacun, aussi humble soit-il, a des anges gardiens pour veiller sur lui", a ainsi déclaré le pape Pie XII, s’appuyant sur les Saintes Écritures mais aussi sur les enseignements de saint Thomas d’Aquin, saint Basile ou encore saint Jérôme. Mais ces grands saints sont loin d’être les seuls à croire en leur existence. De nombreuses personnes, même non chrétiennes, considèrent qu’elles sont protégées par un ange gardien.

 

Mais alors, à quel moment un ange gardien est-il assigné à la protection de la personne dont il aura la charge ? Pour répondre à cette question, il faut se référer au paragraphe dédié dans le Catéchisme de l’Église catholique, qui constitue la seule source officielle à ce sujet : "Du début de l’existence au trépas, la vie humaine est entourée de leur garde et de leur intercession. Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie." (CEC n°336)

 

Saint Jérôme ou saint Anselme ?

 

Cette assertion n’est pas très précise, puisqu’il y est simplement question du "début" de la vie. Les débats théologiques à ce sujet ne manquèrent pas au fil des siècles, et les avis divergent. En effet, saint Jérôme déclara simplement : "Si grande est la dignité des âmes que chacune, dès sa naissance, a un ange préposé à sa garde." Ce point de vue, basé sur les connaissances scientifiques de l’époque, fit école pendant plusieurs siècles.

 

 

Saint Anselme, de son côté, affirmait que "chaque âme est assignée à un ange au moment où elle est unie à un corps". Ce point a également été débattu par les théologiens, mais la plupart s’accordent à dire qu’il s’agit du moment de la conception. À en croire ce document compilé par le cardinal Ratzinger en 1987, "l’âme spirituelle de tout homme est immédiatement créée par Dieu".

 

En conséquence, il semble effectivement très probable que les anges gardiens nous sont attribués au moment de la conception. Cette hypothèse n’est pas un dogme de l’Église catholique, mais elle s’inscrit dans la lignée d’enseignements qui ont fait école pendant plusieurs siècles, et est en accord avec les paroles de Jésus dans l’Évangile de Matthieu. Dans l’hypothèse où ce serait à la naissance plutôt qu’à la conception, c’est l’ange gardien de la mère qui, automatiquement, serait en charge de l’être qui se développe en son sein. (2)

Les anges gardiens n’ont pas accès à nos pensées et ne peuvent donc pas s’immiscer dans notre esprit.

De même que les anges ne peuvent pas lire dans nos pensées, les démons ne le peuvent pas non plus.

Seul Dieu est à même de savoir ce qui se déroule exactement dans nos têtes, puisqu’il nous a créés. Saint Thomas d’Aquin établit cela clairement dans sa Somme de théologie (I, 57, 4) :


 

Ce qui est propre à Dieu ne convient pas aux anges. Or, connaître les pensées [des cœurs] est le propre de Dieu. (3)

 

Cela dit, nos compagnons célestes sont dotés d’une grande intelligence ainsi que d’un sens de l’observation bien plus affûté que le nôtre. Ce qui signifie que, bien que n’ayant pas accès à notre esprit, ils peuvent savoir ce à quoi nous pensons à force de nous observer et de nous côtoyer. Saint Thomas d’Aquin explique bien ce phénomène dans son ouvrage (I, 57, 4) :

Les pensées des cœurs peuvent être connues […] d’abord dans leurs effets. De cette façon elles peuvent être connues de l’ange aussi bien que de l’homme ; mais il y faut d’autant plus de pénétration que l’effet est plus caché. Car la pensée peut se révéler non seulement par un acte extérieur, mais encore par un changement d’expression du visage ; les médecins peuvent même connaître certaines affections de l’âme par nos pulsations. À plus forte raison les anges […] le pourront-ils, puisqu’ils aperçoivent d’une manière beaucoup plus pénétrante ces modifications corporelles cachées.


 

Si nous souhaitons que notre ange gardien nous connaisse en profondeur, nous devons donc nous confier à lui régulièrement. De cette manière, il sera mieux armé pour nous protéger et nous conduire à la vie éternelle.

 

Voici une petite prière pour que notre ange gardien intervienne et prie à notre place, quand nous ne le pouvons pas, et entre en dialogue avec les anges gardiens de ceux qu’on aime, quand la croix qu’ils portent sur leurs épaules se fait de plus en plus lourde :
 

Mon Saint Ange gardien,

je vous salue et je vous remercie.

Veuillez prier pour moi

et prier à ma place

dans tous les moments

où je ne peux formuler mes prières.


 

Daignez aussi,

dans la Lumière divine,

vous rencontrer avec les Anges gardiens

de ceux que j’aime le plus,

de tous ceux auxquels je m’intéresse spirituellement,

pour les éclairer, les protéger et les conduire.


 

Ainsi soit-il

Un ange libéra l'apôtre Pierre de la prison Antonia à Jérusalem où l'avait enfermé Hérode Agrippa en 44, qui voulait le faire juger et mettre à mort avec grand appareil, devant la masse de peuple alors assemblé. 

"Un soir que plusieurs des fidèles étaient assemblés dans la maison de Marie, mère de Jean-Marc, où Pierre demeurait d’habitude, on entendit tout à coup frapper à la porte. La servante, nommée Rhodé, alla écouter. Elle reconnut la voix de Pierre. Transportée de joie, au lieu d’ouvrir, elle rentre en courant et annonce que Pierre est là. On la traite de folle. Elle jure qu’elle dit vrai. « C’est son ange, » disent quelques-uns. On entend frapper à plusieurs reprises ; c’était bien lui. L’allégresse fut infinie. Pierre fit sur-le-champ annoncer sa délivrance à Jacques, frère du Seigneur, et aux autres fidèles. On crut que c’était l’ange de Dieu qui était entré dans la prison de l’apôtre, et avait fait tomber les chaînes et les verrous. Pierre racontait, en effet, que tout cela s’était passé pendant qu’il était dans une espèce d’extase ; qu’après avoir passé la première et la deuxième garde et franchi la porte de fer qui donnait sur la ville, l’ange l’accompagna encore l’espace d’une rue, puis le quitta ; qu’alors il revint à lui et reconnut la main de Dieu, qui avait envoyé un messager céleste pour le délivrer (Ac., XII, 9-11). Le récit des Actes est tellement vif et juste, qu’il est difficile d’y trouver place pour une élaboration légendaire prolongée." (Ernest Renan, Les Apôtres, Michel Lévy, 1866, p. 248-249.)

 

"Il existe, dans le Légendaire de certains ordres religieux, des apparitions d'anges gardiens des couvents. Les biographes de saint François d'Assise et de saint Dominique en rapportent. Pour ce dernier, on dit qu'en un moment de disette, provoquée par la libéralité des premiers frères prêcheurs à l'égard des pauvres, l'un de ses monastères fut favorisé d'une intervention du ciel. Les anges gardiens de la communauté vinrent emplir les coffres et même servir les moines à table. Le bienheureux Fra Angelico a très bien illustré le miracle dans une de ses fresques. De telles faveurs venaient récompenser la charité des premiers religieux d'une obédience nouvelle. Tous les néophytes ont de ces emballements qui, dans la suite, ne se retrouvent guère. En cela, la jeunesse des familles monastiques n'est pas tellement différente de l'enfance de chaque homme.

"Le plus étonnant, dans ces aventures mystiques, ce n'est pas que des êtres charnels conservent ou retrouvent assez de transparence d'âme pour réfléchir sur le surnaturel ; mais bien que des esprits s'abaissent à servir des corps. Moi qui, souvent, considère au-dessous de ma « dignité » de condescendre, voilà une leçon pour mes dédains. Malgré l'exemple d'un Dieu-Providence, d'un Verbe-Sauveur, je poursuis aveuglément ma voie aberrante, mes habitudes d'insolence et de dureté.

"Cela me va de parler de dignité, à moi qui ne résiste pas à un clin d'œil du Malin ! Si les Anges servent les hommes, ce n'est pas pour rendre hommage à leur excellence ; mais pour obéir à Dieu qui a des faiblesses pour nous. Ils trouvent dans cette obéissance, en dépit de ce qui est exigé, un surcroît de joie, tant il est vrai que l'amour s'exalte par le désintéressement et s'illumine par tous les sacrifices qu'on lui consent.

"Le Pape s'honore du titre de « Serviteur des serviteurs de Dieu ». À combien plus forte raison les Anges tirent-ils gloire d'une telle appellation, plus vraie encore pour eux qu'elle ne l'est pour le Pape ! Ce n'est pas le bénéficiaire qui crée l'honneur, mais le Maître et le service du Maître." (Yves-Marie Rudel, Dialogues avec l'ange gardien, Éditions Fleurus, 1958. Extrait de la revue "L'Ange Gardien", janvier-février 2019.) (4)

Saint François de Sales, évêque et docteur de l'Église, recommandait de se familiariser avec les anges, de prendre conscience de leur invisible présence dans notre vie, d'aimer et révérer l'ange de notre diocèse, celui des personnes avec lesquelles on vit, et spécialement le nôtre  : "Lorsque nous nous trouvons avec eux, et en communion d'intention, nous ne pouvons qu'en être heureusement influencés

[...] Pierre Favre, premier prêtre, premier prédicateur, premier théologien de la sainte Compagnie de Jésus, et premier compagnon du bienheureux Ignace, [...] revenait un jour d'Allemagne, où il avait beaucoup oeuvre à la gloire de Notre-Seigneur. Il passait en notre diocèse, où il est né. Il raconta qu'en traversant plusieurs régions gagnées à l'hérésie, il avait trouvé mille consolations à saluer les anges, protecteurs des paroisses où il passait. Il avait constaté de ses yeux comment, par eux, il avait été protégé des embûches que lui tendaient les hérétiques; et comment beaucoup d'âmes s'étaient ouvertes à la doctrine du salut." (Saint François de Sales, Introduction à la Vie dévote mise en français contemporain, Les Éditions du Cerf, Spiritualité Lexio, Paris 2019, p. 170, 176.)

 

***

Prière à l'Ange gardien du Cardinal John Henry Newman

 

Mon ami le plus ancien,

mon ami fidèle, mien  jusqu'à la mort,

tu es toujours à mes côtés,

toi à qui le Créateur a confié mon âme,

Tu seras toujours près de moi

quand déclinera ma vie.

Ennemi vigilant et jaloux du doute,

de l'impatience et de la tristesse.

Mien, tu seras toujours,

ô frère de mon âme,

quand tu m'introduiras toi-même

dans la demeure du Seigneur.

 

Cardinal J.-H. Newman (in Père Gilles Jeanguenin, Les Anges existent, Éditions Salvator, Paris 2008, p. 345.)

Prières du matin du saint Curé d'Ars

 

Mon Dieu, je vous offre mon cœur, mon esprit, mes pensées, mes paroles, mes actions, tout moi-même, pour ne servir que votre gloire. Je renouvelle les promesses de mon baptême.

 

Mon Ange gardien.Je vous aime tendrement ; je vous remercie de m'avoir gardé cette nuit pendant que je dormais, gardez-moi, s'il vous plaît,pendant ce jour,sans malheur,ni accident et sans offenser Dieu, au moins mortellement. 

Prière avant le coucher

 

Seigneur,

Veille sur tous ceux qui travaillent,

sur ceux qui pleurent cette nuit

et fais que tes anges gardent ceux qui dorment.

Soigne les malades, Seigneur Jésus,

donne le repos à ceux qui sont fatigués,

bénis les mourants, console les affligés,

aie pitié de ceux qui souffrent et

protège ceux qui sont heureux.

Amen.

Prière avant le coucher (Anonyme)

Sources: 1; 2; 3; 4

 

Bibliographie : (1) Père Gilles Jeanguenin, Les Anges existent, Éditions Salvator, Paris 2008 ; (2) Henri-Marie BOUDON, La Dévotion aux Saints Anges, Collection Itinéraire spirituel, Clovis, Condé-sur-Noireau, 2003

 

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1 octobre 2021 5 01 /10 /octobre /2021 00:00
Ste Thérèse, co-patronne de la France (1873-1897)

Ste Thérèse, co-patronne de la France (1873-1897)

Thérèse Martin naquit à Alençon, en France, le 2 janvier 1873. Elle fut baptisée deux jours plus tard en l'église Notre-Dame, recevant les noms de Marie Françoise Thérèse. Ses parents étaient Louis Martin et Zélie Guérin. Après la mort de sa mère, le 28 août 1877, Thérèse s'installa avec toute sa famille à Lisieux. Vers la fin de 1879, elle s'approche pour la première fois du sacrement de la Pénitence.

Le jour de la Pentecôte 1883, elle reçoit la grâce insigne de la guérison d'une grave maladie, par l'intercession de Notre-Dame des Victoires.

Formée par les Bénédictines de Lisieux, elle fait sa première communion le 8 mai 1884, après une préparation intense, couronnée par une expérience très vive de la grâce de l'union intime avec le Christ. Quelques semaines après, le 14 juin de la même année, elle reçoit le sacrement de la confirmation, accueillant en toute conscience le don de l'Esprit Saint dans une participation personnelle à la grâce de la Pentecôte. Elle avait le désir d'entrer dans la vie contemplative, comme ses sœurs Pauline et Marie, au Carmel de Lisieux, mais son jeune âge l'en empêchait.

Pendant un voyage en Italie, après avoir visité la Maison de Lorette et la Ville éternelle, au cours de l'audience accordée par le Pape aux pèlerins du diocèse de Lisieux le 20 novembre 1887, elle demanda à Léon XIII avec une audace filiale de pouvoir entrer au Carmel à l'âge de quinze ans. Le 9 avril 1888, elle entra au Carmel de Lisieux. Elle prit l'habit le 10 janvier de l'année suivante et fit sa profession religieuse le 8 septembre 1890, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie.

Au Carmel, elle s'engage sur le chemin de perfection tracé par la Mère fondatrice, Thérèse de Jésus, avec une ferveur et une fidélité authentiques, par l'accomplissement des divers services communautaires qui lui sont confiés. Éclairée par la Parole de Dieu, éprouvée très vivement par la maladie de son père bien-aimé, Louis Martin, qui meurt le 29 juillet 1894, elle avance vers la sainteté, inspirée par la lecture de l'Évangile, plaçant au centre de tout l'amour.

Le 9 juin 1895, en la fête de la Très Sainte Trinité, elle s'offre en victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux de Dieu. Elle rédige alors le premier manuscrit autobiographique qu'elle remet à Mère Agnès le jour de sa fête, le 21 janvier 1896. Quelques mois après, le 3 avril, dans la nuit entre le jeudi et le vendredi saints, elle souffre d'une hémoptysie, première manifestation de la maladie qui la conduira à sa mort et qu'elle accueille comme une mystérieuse visite de l'Époux divin. Elle entre alors dans une épreuve de la foi qui durera jusqu'à sa mort et dont elle donnera un témoignage bouleversant dans ses écrits. Au mois de septembre, elle achève le manuscrit B qui illustre de manière impressionnante la maturité dans la sainteté à laquelle elle est parvenue, en particulier par la découverte de sa vocation au cœur de l'Église.

 Alors que sa santé se dégrade et que le temps de l'épreuve se poursuit, elle commence au mois de juin le manuscrit C dédié à Mère Marie de Gonzague ; de nouvelles grâces l'amènent à une plus haute perfection et elle découvre de nouvelles lumières pour la diffusion de son message dans l'Église au profit des âmes qui suivront sa voie. Le 8 juillet, elle est transférée à l'infirmerie. Ses sœurs et d'autres religieuses recueillent ses paroles, tandis que s'intensifient ses souffrances et ses épreuves, supportées avec patience, jusqu'à sa mort dans l'après-midi du 30 septembre 1897. "Je ne meurs pas, j'entre dans la vie", avait-elle écrit à son frère spirituel missionnaire, l'Abbé M. Bellier. Ses dernières paroles, "Mon Dieu..., je vous aime !", scellent une existence qui s'éteint sur la terre à l'âge de vingt-quatre ans pour entrer, suivant son désir, dans une phase nouvelle de présence apostolique en faveur des âmes, dans la communion des saints, pour répandre une pluie de roses sur le monde.

Elle fut canonisée par Pie XI le 17 mai 1925 et proclamée Patronne universelle des missions, en même temps que saint François Xavier, par le même Pape, le 14 décembre 1927.

Sa doctrine et son exemple de sainteté ont été reçus par toutes les catégories de fidèles de ce siècle avec un grand enthousiasme, et aussi en dehors de l'Église catholique et du christianisme. De nombreuses Conférences épiscopales, à l'occasion du centenaire de sa mort, ont demandé au Pape qu'elle soit proclamée Docteur de l'Église, à cause de la solidité de sa sagesse spirituelle, inspirée par l'Évangile, à cause de l'originalité de ses intuitions théologiques où brille sa doctrine éminente, et à cause de l'universalité de la réception de son message spirituel, accueilli dans le monde entier et diffusé par la traduction de ses œuvres dans une cinquantaine de langues. Accueillant ces requêtes, le pape Jean-Paul II a voulu que soit étudiée l'opportunité de déclarer Thérèse de Lisieux Docteur de l'Église universelle (19 octobre 1997) par la Congrégation pour les Causes des Saints, compétente en la matière, avec l'avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en ce qui concerne sa doctrine éminente.

 

Sources: 1, 2

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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 00:00
Saint Jérôme, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

Saint Jérôme, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

Jérôme de Stridon ou S. Jérôme, en latin Eusebius Sophronius Hieronymus (vers 340 - 30 septembre 420) est surtout connu pour ses traductions en latin de la Bible à partir du grec et de l'hébreu (la "Vulgate de S. Jérôme"). Les catholiques le considèrent comme un des Pères de l'Église et, avec les orthodoxes, le vénèrent comme saint.

Depuis le pape Boniface VIII, en 1298, il est qualifié de docteur de l'Eglise.

Père de l'Église latine, né vers 340 ou 331 à Stridon, à la frontière entre la Pannonie et la Dalmatie (actuelle Croatie), il est mort à Bethléem le 30 septembre 420. On le considère comme le patron des traducteurs à cause de sa révision critique du texte de la bible latine qui a été utilisée jusqu'au XXe siècle comme texte officiel de la Bible en Occident.

Jérôme fait des études à Rome, se convertit à l'âge de 25 ans suite à un rêve mystérieux lors d'une maladie, puis, après un séjour en Gaule, part pour la Terre Sainte en 373 où il vit en ermite à Chalcis de Syrie dans la "Thébaïde de Syrie", au sud-ouest d'Antioche (Asie Mineure - Turquie), où il est ensuite fait prêtre.

Saint Jérôme

 

En 383 Damase Ier le choisit comme secrétaire et lui demande de traduire la Bible en latin. À la mort du pape, il doit quitter Rome et retourne en Terre Sainte en compagnie de Paula, noble romaine. Ils fondent un monastère double à Bethléem.

Durant les 34 dernières années de sa vie, Jérôme se consacre à l'écriture de l'Ancien Testament en latin à partir de sa propre traduction de l'hébreu et à rédiger ses commentaires sur la Bible.

Ce saint docteur meurt en 420 à Bethléem. Ses restes sont d'abord enterrés à Jérusalem puis transférés à la Basilique Sainte-Marie-Majeure, une des quatre grandes basiliques de Rome. Sa traduction constitue la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction de la Bible officiellement reconnue par l'Église catholique.

 

Sources : 1, 2

Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 274 ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

 

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. Bible : les pharisiens "hypocrites" ont falsifié les Saintes Ecritures dans la "bible massorétique" (Xe s.)

. Le Vatican tance Israël pour avoir détourné des écrits de la Bible

. Une illustration particulière d'une traduction erronée issue de la version juive médiévale de la "Bible massorétique"

 

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29 septembre 2021 3 29 /09 /septembre /2021 00:00

Saint Michel est vénéré comme le plus puissant défenseur contre le démon. Pour cette raison l'iconographie, tant orientale qu'occidentale, le représente comme un guerrier qui, avec l'épée ou la lance, frappe à mort le dragon sous ses pieds.

De gauche à droite : Saints Gabriel, Michel et Raphaël

De gauche à droite : Saints Gabriel, Michel et Raphaël

Avec saint Michel, l'Église, en  ce jour, honore tous les bons anges, dont il a été le chef et le modèle au jour de la révolte de Lucifer (Lucifer est l'autre nom de Satan que l'on retrouve dans les livres de Isaïe 14 12, Job, Zacharie, Ezechiel 28 2, 11 et dans l'Apocalypse de saint Jean) et des mauvais anges qui ont suivi Lucifer ("Chute des anges"). Ces mauvais anges sont ceux que l'Église appelle les "démons". Leur chef de file, Lucifer ou "Satan" n'a de cesse que de tenter les hommes, afin de les amener à le rejoindre dans sa rébellion contre Dieu en les poussant au péché. Les démons "s'enorgueillirent des dons qu'ils avaient reçus; ils s'en firent des armes contre celui de qui ils les tenaient, et refusant à Dieu le respect et l'obéissance qu'ils lui devaient, ils employèrent leur liberté et toutes leurs facultés à offenser celui qu'à tant de titres ils auraient dû servir. [...] Dieu les frappa à l'instant même, sans leur laisser le temps de faire pénitence. Pour cet unique péché, Il les dépouilla des dons de la grâce; il les lança du haut du ciel comme la foudre (Et ait illis: Videbam Satanam sicut fulgur de coelo cadentem. Luc, X, 18.) et les précipita dans les flammes éternelles de l'enfer". (1)

Les bons Anges, ayant suivi saint Michel dans sa fidélité à Dieu, sont divisés en neuf chœurs et en trois hiérarchies : les anges, les archanges et les vertus ; les puissances, les principautés et les dominations ; enfin, plus haut encore, les trônes, les chérubins et les séraphins. Leur occupation est de contempler Dieu, de L'aimer, de Le louer et d'exécuter ses volontés pour la cnduite de l'univers et pour le salut des hommes. Aussi les voyons-nous chargés de différentes missions sur la terre, auprès des personnes, des familles, des paroisses, des diocèses, des royaumes, de l'église entière.

 

Francesco Botticini: Three Archangels with Tobias

 

Ceux dont l'écriture fait une mention particulière sont (2) :

 

- Saint Michel. Prince des anges (Dn 10,13), mais il est aussi le prince des âmes qui doivent remplir les places demeurées vides par la chute des démons. Son nom marque sa fidélité, car il signifie : "Qui est semblable à Dieu !"

 

Saint Michel Archange, Grand-Place de Kiev (Ukraine)

Saint Michel s'est montré le plus ardent et le premier à lutter pour l'honneur de Dieu. Il a été place à la tête de toutes les armées célestes. C'est pour cela que l'Église lui donne ce titre "Praepositus paradisi quem honorificant angelorum cives !", c'est-à-dire "le premier placé dans le ciel qui est honoré de tous les autres anges". Michel est vénéré du titre de "Prince des anges". En hébreu son nom se dit Mik e' El et signifie "Qui est semblable à Dieu ?" Ce fut le cri de guerre avec lequel il vainquit Lucifer et les anges rebelles. Le nom même de Michel est donc une protestation de fidélité et d'humilité, un cri d'amour, un choix inconditionnel pour le service de Dieu (Ap 12,7-9). Michel était déjà considéré par les Hébreux comme le prince des anges, protecteur et défenseur du peuple élu, représentant de l'assistance divine puissante à l'égard d'israël (Dn 10,21 ; 12,1(3)

 

Dans le Livre de Daniel, Michel combat l'ange de la Perse avec saint Raphaël (Dn 10,13-21). Dans l'épître de Jude, il est l'adversaire du diable. (Jude 9) Dans le livre de l'Apocalypse, il combat le "dragon". (Ap 12,7).

Les saints attribuent à saint Michel la plupart des apparitions mentionnées dans l'Ancien Testament. C'est lui qui retint la main d'Abraham prêt à immoler son fils Isaac ; c'est lui qui apparut à Josué et le rendit maître de Jéricho par la chute de ses tours et de ses murailles ; c'est lui qui dirigea l'arche de Noé par-dessus les eaux du déluge; c'est lui qui lutta contre Jacob et le bénit ; c'est lui qui  donna la loi à Moïse sur la montagne du Sinaï ; qui rendit David  victorieux de Goliath et le préserva de la persécution de Saül, etc. Il a été le protecteur de la synagogue ; il est le protecteur de l'Église. L'histoire nous rapporte tant de merveilles de cet ange sublime, qu'on ne peut douter qu'il ne soit, dans les desseins de Dieu, l'un des principaux instruments de sa puissance et de sa bonté. L'assistance que la France a souvent reçue de lui le fait regarder comme le protecteur spécial de ce royaume.

 

Saint Michel, est celui que l'on invoque pour s'encourager au juste combat. Durant la Guerre de Cent Ans, ange protecteur de la France, il parla en ce sens à sainte Jeanne d'Arc dans sa mission de libération des Anglais; le Mont-Saint-Michel ne fut jamais pris par les Anglais.

 

Durant les Guerres de religion au XVIe siècle, malgré de nombreux assauts et stratagèmes, les protestants ne parvinrent pas non plus à prendre le Mont-Saint-Michel. (4)


Prière de Léon XIII à Saint Michel Archange
Saint Michel Archange, défendez-nous dans les combats
Soyez notre protecteur contre la méchanceté et les embûches du démon.
Que Dieu lui commande, nous L'en supplions, et vous, prince de la milice céleste, par le pouvoir qui vous a été confié, précipitez au fond des enfers Satan et les autres esprits mauvais
qui parcourent le monde pour la perte des âmes. Ainsi soit-il.

Prière rédigée par le pape Léon XIII, le 13 octobre 1884. Source

Saint Michel assiste les âmes à l'heure de la mort et, selon la doctrine de saint Augustin et de saint Bonaventure, les introduit dans le ciel après la mort. Il attend les ordres de l'auguste Mère de Dieu, pour assister plus spécialement les âmes qu'elle favorise davantage; c'est le sentiment de saint Bonaventure. (5)

« La tradition attribue à saint Michel la tâche de peser les âmes des défunts. En plus de l'épée, l'iconographie place dans sa main la balance de la justice divine. Saint Michel accompagne dont les âmes qui quittent ce monde. Et tous ceux qui l'auront vénéré sur la terre pourront compter sur sa puissante intercession lorsque le Seigneur les rappellera à Lui. » (6)

 

Déjà en 709, l'évêque d'Avranches, saint Aubert, fonda une chapelle qui deviendra l'Abbaye du Mont Saint Michel où viendront en pèlerinage, entre autres, Charlemagne, Saint Louis, Louis IX, pour demander la protection pour la France.

 

Après la deuxième guerre mondiale, le 13 juin 1948 à la cathédrale d'Hanoï, les troupes aéroportées le choisirent comme saint patron, voyant dans l'âme "ailé" qui descend du ciel comme un ancêtre, certes plus agile encore, du parachutiste contemporain. (7)

Saint Michel - Lourdes, Entrée du sanctuaire

Saint Michel - Lourdes, Entrée du sanctuaire

Saint Michel est aussi le protecteur de l'Église universelle, « le patron des radiologues, ... et des escrimeurs. » (8) 

« Pie XII, en 1941, l'a proclamé patron des radiologues. » (9) 

« Origène s'appuie probablement sur l'Évangile (Lc 16,22) pour affirmer qu'"au moment de la mort, l'ange gardien, le psychopompe céleste, recueille l'âme qui quitte le corps." (Origène, in Jo, t. XIX, 4 PG, 14,554 G- 555 A). » 

« Saint Alphonse de Liguori (169-1787) va dans le même sens et dit que la sainte Église prie pour que les anges accueillent et accompagnent au paradis l'âme qui se sépare du corps. (St Alphonse de Ligori, La Voie du salut. Méditations pour la fête de Saint Michel, Oeuvres ascétiques X, 1968, p. 263-264.) »

Grotte de Monte Gargano (Italie)

« Quelques maîtres spirituels expliquent que c'est à Saint Michel que revient l'honorable charge de présenter au Christ, Juge de toutes les âmes, celles qui quittent cette terre dans la grâce de Dieu." (Saint Alphonse de Liguori, La Voie du salut. Méditations pour la fête de Saint Michel, Oeuvres ascétiques X, 1968, p. 263-264.) » (10)

Puisque saint Michel aime beaucoup nos âmes, lorsqu'il les voit tomber dans le péché et donc, courir le risque d'aller en enfer, il cherche par tous les moyens à les amener à faire pénitence, ce qui est la seule voie pour obtenir la rémission des fautes.

Saint Michel dirige lui-même les anges gardiens et leur enseigne la meilleure manière de nous garder et de nous défendre. (11)

Une mystérieuse ligne imaginaire unit entre eux sept sanctuaires de Saint Miche Archange, sept monastères de l’Irlande jusqu’en Israël. Simple coïncidence ? Ces sanctuaires sont très éloignés les uns des autres, mais parfaitement alignés. La ligne sacrée de saint Michel archange serait, selon la légende, le coup d’épée que le saint asséna sur le diable pour le renvoyer en enfer. Le parfait alignement de ces sanctuaires est surprenant : les trois sites les plus importants – le Mont-Saint-Michel en France, l’abbaye Saint-Michel–de-la-Cluse et le sanctuaire du Mont-Gargan en Italie – sont équidistants. Un avertissement du saint afin que les lois de Dieu soient toujours respectées et que les fidèles restent sur le droit chemin. Par ailleurs, cette ligne sacrée s’aligne parfaitement avec le soleil levant du solstice d’été.

 

Aujourd'hui, le sanctuaire de Monte Gargano (Italie) est le site de destination de deux millions de pèlerins par an pour avoir été le lieu de quatre apparitions de Saint Michel. De nombreux pèlerins ont visité le sanctuaire de Monte Gargano, notamment les saints Thomas d'Aquin, Catherine de Sienne, Bernard et Guillaume de Vercelli. Lorsque Saint François d’Assise s'y rendit en 1221 pour se préparer au carême, la tradition veut qu’il se considéra indigne et qu’il n’entra pas, mais qu’il grava plutôt une croix dans le marbre.

 

Le martyrologe romain dit :

"Sur le mont Gargan, la vénérable mémoire du bienheureux archange, Michel, lorsqu'en ce lieu fut consacrée sous son vocable une église pauvre d'aspect, mais riche d'une vertu céleste."

 

Michel est le protecteur national de l'Allemagne, de Bruxelles, d'Iéna, d'Andernach, de Comar, de Tauste (Saragosse) et patron de plus de 60 localités en Italie. En France, 70 villes portent le nom de saint-Michel. 

 

En Espagne, on vénère saint Michel qui apparut pendant le siège de Sarragosse (XIIe siècle) et libéra la ville des Arabes (12) (En mars 1118, le roi d'Aragon Alphonse Ier, avec l'aide des croisés français et de moines-soldats des ordres militaires mit le siège devant Saragosse. Les Aragonais battirent les Maures le 18 décembre 1118, s'emparèrent de la ville et firent de Saragosse leur capitale. La récupération de Saragosse fut rapidement suivie par celle des villes de Calatayud et de Daroca après la bataille de Cutanda en 1120, ce qui mit fin à l'occupation musulmane en Aragon.)

 

Saint Gabriel Archange , Entrée du sanctuaire de Lourdes

 

- Saint Gabriel archange. À Gabriel semble avoir été confié le soin de tout ce qui regarde le mystère de l'Incarnation. Gabriel signifie "Force de Dieu", ou "Dieu guérit", "Médecine de Dieu".

 

Dans la Bible, à chaque fois que l'on voit quelque chose qui se présente comme Dieu et a une forme humaine, Dieu apparaît par la médiation d'un ange. Par exemple, lorsque Dieu apparaît sous la forme de la Trinité à Abraham aux chênes de Mambré (Gn 18,1-8), pour lui annoncer sa descendance (à savoir Isaac, image du christianisme futur), "une nation grande et puissante, et toutes les nations de la terre doivent être bénies en lui" (Gn 18,18), les théologiens pensent que Dieu apparu sous la forme de trois hommes, les "anges" dont parle un peu plus loin la Bible (Gn 19,1) qui se dirigeaient vers Sodome (Gn 18,22) et où ils arrivèrent le soir, il s'agirait de saint Gabriel qui était là et sans doute aussi Michaël, et Raphaël, les trois archanges dont on connaît les noms. Michaël représentait le père ("Qui est comme Dieu ?"); Gabriel représentait le Fils, celui qui est la connaissance infinie de Dieu (le "Verbe de Dieu"); et Raphaël représentait le Saint-Esprit ("Dieu guérit").

 

Gabriel apparaît au prophète Daniel et manifeste ainsi la mission qu'il exercera par la suite, celle de messager des révélations divines. Il apparaît à Daniel sous les traits d'un jeune "homme vêtu de lin, les reins ceints d'or pur, son corps avait l'apparence de la chrysolithe, son visage, l'aspect de l'éclair, ses yeux, comme des lampes de feu, ses bras et ses jambes comme l'éclat du bronze poli, le son de ses paroles comme la rumeur d'une multitude" (Dn 10, 5-6). Gabriel est chargé d'expliquer la vision qui "est pour le temps de la fin" (Dn 8, 16-17; Dn 10,14). À la vue de l'ange Gabriel, Daniel s'évanouit, mais Gabriel le réconforta (Dn 8,18). Gabriel apparut à Daniel "d'un vol rapide au moment de l'oblation du soir" lorsqu'il confessait son péché et le péché de son peuple Israël, déposant sa supplication devant le Seigneur son Dieu. Gabriel lui dit : "je suis sorti pour te conférer l'intelligence [...] car tu es l'homme des prédilections. Comprends les paroles et aie l'intelligence de la vision !" (Dn 9,20-21). Plus loin, Gabriel lui dit encore : "Ne crains pas, homme de prédilection, paix à toi, sois fort !". Et tandis qu'il parlait, Daniel dit qu'il reprit des forces et dit : "Que mon Seigneur parle, car tu m'as rendu la force" (Dn 10,19). 

 

Bien plus tard, à Zacharie, alors que, prêtre, celui-ci a été désigné pour entrer dans le Temple et y brûler l'encens, Gabriel lui apparaît et lui annonce qu'il aura un fils de sa femme Élisabeth, bien que celle-ci soit avancée en âge, qu'il s'appellera Jean et qu'il sera le précurseur du Messie (Lc 1,11-20). Devant les doutes de Zacharie, l'archange se présente: "Je suis Gabriel et je me tiens en présence de Dieu. J’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer cette bonne nouvelle" (Luc 1,19).

Gabriel est l'ange de la Bonne nouvelle : Dieu l'a choisi pour être envoyé à la Vierge Marie pour lui annoncer le grand mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu et qu'elle sera la mère du Sauveur (Lc 1,31-32).

Sa salutation à la Vierge est pleine de respect et de considération : "Je vous salue, marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous" (Lc 1,28). (13)

 

Gabriel se présente comme envoyé de Dieu pour instruire dans l'intelligence. (Dn 9,22

L'iconographie byzantine dépeint l'ange de l'Annonciation toujours dans la même pose : Gabriel se tient debout devant la Vierge Marie, portant de riches vêtements et des ailes lui sont généreusement fournies. Dans une main il tient un bâton, qui est le symbole de l'autorité de l'ambassadeur divin.

 

Saint Gabriel Archange, iconographie byzantine

 

Dans les représentations plus récentes, et dans l'art italien en particulier, le bâton d'ambassadeur que l'ange Gabriel tenait dans sa main est devenu un lys, symbole de la pureté, puis il ploie le genou devant Celle qui est la pureté même, la Vierge Marie.

L'archange Gabriel est le saint patron des télécommunications civiles et militaires. Il est aussi le saint patron des diplomates, des facteurs et des personnels de radio et de télévision. (14)

 

Prière de Don G. Alberione (1884-1971) à Saint Gabriel Archange, Patron des techniques audiovisuelles (15) :

 

Père des cieux

Je te remercie d'avoir choisi et envoyé l'archange Gabriel annoncer l'Incarnation de ton Fils et la rédemption de l'humanité. Marie a reçu l'annonce avec Foi et ton Fils s'est incarné. 

En mourant sur la croix, il nous racheta tous mais la grande majorité n'a pas encore reçu le message du salut. Saint Gabriel, protecteur des techniques audiovisuelles : cinéma, radio et télévision, intercède auprès du maître divin pour que l'Église puisse utiliser pleinement ces moyens puissants pour annoncer à tous les vérités à croire et pour indiquer la route à suivre. Que ces dons de Dieu servent à l'élévation et au salut de tous et jamais pour avilir des êtres humains. Que chacun de nous accueille docilement le message de Jésus-Christ.

Saint Gabriel, prie pour nous et pour les apôtres des techniques audiovisuelles.

Amen.

 

L’Ange aux cheveux d'or, icône russe de Gabriel Archange (XIIe siècle)

 

Saint Raphaël Archange "Dieu guérit", "Médecine de Dieu"

Saint Raphaël Archange "Dieu guérit", "Médecine de Dieu"

Saint Raphaël Archange - Lourdes, entrée du sanctuaire

Saint Raphaël Archange - Lourdes, entrée du sanctuaire

- Et l'archange Saint Raphaël. Raphaël signifie "Dieu guérit" (Tb 12, 14-15). Compagnon de route sous forme humaine, Raphaël, sous le nom d'emprunt d'Azarias (Azarée) (Tb 5,13) conduit et ramène le jeune Tobie (Livre de Tobie) parti récupérer une somme d'argent que son père avait prêtée à un certain Gabaël, habitant de la ville de Rhagès (Tb 4). De prime abord, il (Raphaël) salue le père de Tobie : "Que la joie soit toujours avec vous" (Tb 5,10). (16)

 

Tout au long du chemin, l'ange guide Tobie, le protégeant des dangers de la route, et le ramena chez son père saint et sauf. Il lui prodigue des conseils; il le protège contre un poisson monstrueux qui sortait de l'eau pour le dévorer (Tb 6,2), et l'invite à s'arrêter chez Ragouël et à demander la main de la fille de son hôte, Sarra, pour déjouer les maléfices du démon Asmodée (Tb 3,8Tb 7), dont il libère Sarra (Tb 8,1-3).

L’archange Raphaël avec Tobie, Pieter Lastman — 1. Rüdiger Klessmann; Im Detail die Welt entdecken – Adam Elsheimer 1578–1610; Ed. Minerva, Wolfratshausen 2006

L’archange Raphaël avec Tobie, Pieter Lastman — 1. Rüdiger Klessmann; Im Detail die Welt entdecken – Adam Elsheimer 1578–1610; Ed. Minerva, Wolfratshausen 2006

De retour au pays, Raphaël enseigne à Tobie la façon de guérir la cécité de son père en prenant la bile du poisson et en l'appliquant sur les yeux. Le père de Tobie fut ainsi instantanément guéri (Tb 10).

L'ange refuse la récompense qu'on veut lui offrir, explique qu'il présente à Dieu la prière des hommes et révèle son nom : "Je suis Raphaël, l'un des sept anges qui se tiennent ou se présentent devant la gloire du Seigneur". (Tb 12,15). 

Tous se demandèrent pourquoi Dieu leur avait envoyé un ange. Raphaël répliqua : "Parce que vous avez toujours loué Dieu, enterré les morts, aidé les pauvres, supporté bravement vos épreuves, Dieu m'a chargé d'aller vers vous. Louez le Seigneur qui vous a montré Sa bonté."

Ils bénirent Dieu, chantèrent pour lui et le célébrèrent pour la grandeur de ses œuvres, tandis que l'ange, après leur avoir donné la paix, retourna vers "Celui qui l'avait envoyé" (Tb 12,20).

De nombreux saints et voyageurs ont fait l'expérience de l'aide efficace et charitable de l'archange Raphaël. Saint Jean de Dieu (1495-1550), fondateur d'un hospice qui vit naître l'Ordre des frères hospitaliers, bénéficia dès ses débuts de l'aide de saint Raphaël. Un jour il lui apparut et lui dit : "Jean, je suis l'archange Raphaël, envoyé par Dieu pour t'assister dans ton charitable labeur. Le Seigneur m'a confié la garde de ta personne et de tous ceux qui, avec toi, serviront le Seigneur. je tiens un compte fidèle de tes actions et des aumônes qui te sont faites. J'ai pour mission de protéger ceux qui favorisent tes oeuvres de charité." (I.-M. Magin, Un héros de la charité au XVIe siècle, saint Jean de Dieu, éd. Beauchesne, Paris 1931, p. 71-72).

Saint Antoine-Marie Claret (1807-1870) ne pouvait se passer de son "navigateur" céleste. Dans ses écrits autobiographiques, il raconte que saint Raphaël et les saints anges l'ont souvent guidé dans ses voyages : ses célestes protecteurs pensaient à lui monter la route à suivre dès qu'il s'égarait et le défendaient des embuscades tendues par les brigands de grand chemin.

Saint Raphaël est le saint Patron des médecins et des apothicaires. Les navigateurs et les voyageurs, se réclament, eux aussi de ses bons offices. (17)

 

Les anges sont des envoyés, des messagers, des ambassadeurs, des "esprits chargés d'un ministère." (Hébreux 1, 14).

 

Il y a de plus quatre autres princes du ciel "qui se tiennent ou se présentent devant la gloire du Seigneur" (Tb 12,15), et dont l'on ne sait pas les noms. Quelques-uns pourtant disent que le quatrième s'appelle Uriel, et ils prennent leur fondement du quatrième livre d'Esdras, comme saint Ambroise et saint Bonaventure. (18)

 

« D'autres noms d'anges nous sont communiqués, non par la Bible, mais par des écrits apocryphes (écrits religieux d'origine juive ou chrétienne qui ressemblent à ceux de la Bible mais n'ont pas été accueillis dans le canon des Écritures) juifs : "Uriel", par exemple, est cité dans le livre d'Hénoch, et les archanges "Barachiel", "Jehudiel" et Zeadkiel" sont nommés dans des écrits rabbiniques. (A. M. Gérard, Dictionnaire de la Bible, Robert Laffont, Paris 1989, p. 99, col. 1). Ces noms d'anges ne font pas partie du canon des Écritures et ne doivent pas être invoqués dans les prières, comme l'affirme le pape Zaccaria lors d'un synode diocésain en 745. En 789, [...] le concile d'Aix-la-Chapelle interdit d'en composer des listes. (J.P. Guetny, La Vie réelle des anges, in Actualités des Religions, Mystère & Spiritualité, Hors série n°1, 1er avril 1999, p. 39.) Peu après, une capitulaire de Charlemagne interdisait d'introduire des noms d'anges dans le culte liturgique en dehors de ceux des archanges Michel, Raphaël et Gabriel. (G. Del Ton, Verita sugli angeli e sugli arcangeli, Éd. Giardini, Pisa, 1995, p. 17). » 

« Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie (2001) maintient cette ligne en affirmant : "Il faut réprouver l'usage de donner aux anges des noms particuliers, que la Sainte Écriture ignore, hormis ceux de Michel, Gabriel et Raphaël. (Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, Principes et orientations, n° 217, éd. Téqui, Paris 2001, p. 182). » 

 

« Les anges ne sont nullement les laquais des hommes : les esprits célestes, bien plus élevés que nous par nature, n'obéissent qu'à Dieu, leur unique maître et souverain Seigneur. Les sites d'Internet qui vous proposent de "connaître" le nom de votre ange gardien relèvent du folklore, voire de l'escroquerie. »

 

« En feuilletant certains livres sur les anges, écrit le Père Jean Gilles Jeanguenin, il m'est arrivé de découvrir des listes complètes de noms avec prières, miracles ou guérisons spécifiques opérés par chacun d'eux. Parmi les anges cités, on y trouvait les archanges Michel, Raphaël et Gabriel, mélangés avec d'autres "anges", provenant de religions orientales, de la mythologie assyrio-babylonienne, de diverses traditions (notamment juive), ainsi que des noms farfelus et des noms de démons... » (19)

 

« Ces "anges" post-modernes, précise le père Gilles Jeanguenin, appartiennent en grande partie au New Age et aux mouvements ésotériques et donc ne font pas partie de ceux que nous connaissons par les Saintes Écritures et par l'enseignement de l'Église. Il faut le dire clairement car je connais des chrétiens de bonne foi qui se sont fait piéger par ces fausses doctrines. Ce nouvel engouement pour l'angélologie peut aussi conduire à la magie, au spiritisme et au channeling (forme moderne du spiritisme où l'on prétend pouvoir communiquer avec des entités, esprits ou anges) qui sont autant de pratiques réprouvées par la parole de Dieu (Dt 18,10-12). Ces pratiques gravement contraires à la foi, constituent une offense envers Dieu et mettent en danger ceux qui en font usage (Un jour, au cours d'un exorcisme, je demandais à Satan comment il était entré dans le corps de la personne qui était possédé. Il me répondit : "Au cours d'une séance de spiritisme"). D'autres exploitent ce regain d'intérêt pour les anges à des fins de malhonnêteté en proposant par exemple, des cures bidons, des poudres magiques et des stages de communication avec les anges [Un certain Xanath Lichy, animateur d'une société Kevala, spécialisée dans la vente de produits diététiques, se comporte, lui aussi, comme un homme d'affaires avisé. Il organise des stages de communication avec les anges : une semaine, 2 600 euros par personne. Un tarif qui ne semble pas prohibitif aux adeptes : en 1997, 152 stagiaires originaires de France, du Canada, de Suisse, y ont participé (Cf. G. Gaetner, L'Argent caché des sectes : L'Express du 19/09/2002)]. » (20)

 

« Dieu ne parle pas comme nous avec des paroles mais il communique avec les anges en les illuminant. Saint Grégoire écrit : "Dieu parle aux anges par le fait même qu'il dévoile à leurs coeurs les secrets cachés et invisibles." Et saint Thomas commente : "Or, parler ainsi, c'est illuminer. Donc toute parole divine est une illumination. Au même titre, toute parole angélique est une illumination. (I Qu. 52 a. 1 resp.) » (21)

 

Les anges sont dans un état de bonheur parfait car ils reçoivent constamment l'amour de Dieu en eux. (22)  

En retour, les saints anges manifestent leur amour pour Dieu par leur adoration et leur louange, mais aussi par l'accompagnement et la protection qu'ils assurent auprès des hommes. Sur la terre, le ministère de ces messagers de Dieu est multiple :

- Ils protègent et délivrent le peuple de Dieu (Gn 19, 11 ; Ex 23,23 ; Ex 33,2I R 19 ; Dn 3,28 ; 6,22 ; I Mc 7,41 ; II Mc 11,6 ; II Mc 15,22Ac 5,19 ; 12,10) ;

- Ils guident et encouragent les serviteurs de Dieu (I R 19,7 ; Mt 28,5-7 ; Ac 8,26 ; 27,23)

- Ils transmettent des révélations divines comme l'Apocalypse (Ap 1,1) ; 

- Ils sont les précurseurs des jugements de Dieu sur les individus et les nations (2 Th 1,7-8 ; Gn 19,12-13 ; 2 Sm 24,16 ; Ac 12,23 ; Ap 7,1 ; 8,13) ;

- Ils transportent les sauvés au ciel après leur mort (Lc 16,22) ;

- Ils accompagnent le Seigneur lorsqu'il reviendra pour juger les nations (Mt 25,31 ; 13,30).

 

Selon Origène, Père de l'Église au IIIe siècle, Dieu envoie un ange particulier pour protéger chaque pays et chaque province. (Origène, Sur saint Luc, Homélie 12, 3-4.) Pie XI, lui aussi, a témoigné que Dieu avait préposé un ange au service de chaque pays et de chaque diocèse. (C. Confalonieri, Pio XI, visto da vicino, Turin 1957, p. 308-309). (23)

 

Quelques citations de saints sur les anges

 

Le diacre Pantaléon: « Dieu qui est bon de sa nature, a donné à l'Eglise le grand Michel, prince des milices célestes, comme un bouclier impénétrable pour la mettre à couvert contre la puissance de Satan. Saint Michel, suivant l'ordre que Dieu a établi, prend soin de tous les fidèles. Saint Michel, tout en demeurant dans le ciel, parcourt toute la terre avec une extrême rapidité, pour aller fortifier les hommes contre les tentations du démon et visiter, fortifier et consoler les hommes pieux dans leurs épreuves. Il nous découvre les pièges de notre ennemi, et il déjoue ses artifices. Saint Pantaléon l'appelle le "Ministre de la Trinité, image des trois divines personnes". Saint Michel, non content d'obtenir à ses pieux serviteurs le courage et la force de résister aux tentations de l'enfer, vient combattre en personne, lorsqu'il en voit un fortement pressé par le démon qui l'expose au péril de tomber dans le péché. Lorsque nous invoquons Michel, il nous délivre des dangers. Il aide ses fidèles serviteurs à accomplir la volonté divine. Saint Michel est la plus grande et la plus radieuse étoile de l’ordre angélique; il occupe le rang le plus distingué parmi ces milliers et myriades d’Anges qui peuplent le fortuné séjour. Moïse ne pouvait le regarder en face; pendant 40 ans. Saint Michel conduisit les Hébreux à travers le désert par une nuée, le jour, et une colonne de feu, la nuit, les nourrissant de la manne. (Gloires de Marie, par Alphonse de Liguori, Saintrain p.315.) »

 

« Dans une révélation faite à l'ermite saint Eutrope ; saint Michel déclara, qu'il avait été choisi pour être l'ange gardien du saint sacrement, et que ces fonctions lui avaient été confiées dès le jeudi saint; on rapporte aussi plusieurs autre révélations faites par lui à divers saints touchant le culte du saint sacrement. (Histoire dogmatique, liturgique, et archéologique du sacrement de..., Volume 1 par Jules Corblet -.71) »

 

« Saint Bruno de Segni: Saint Michel ayant été élevé par le Seigneur à la dignité de chef de tous les anges, Dieu lui a donné cette fonction : le soin de donner à chaque âme sur la terre son ange gardien; et il nous engage à considérer combien nous lui sommes redevables a ce titre. Il aime les hommes; au point de combattre pour eux, jour et nuit, contre le dragon infernal, et même, ajoute-t-il, il appelle les anges qui sont sous ses ordres, et les fait combattre avec lui, afin que nous ne soyons pas vaincus par notre ennemi. (Gloires de Marie, par Alphonse de Liguori, Saintrain p. 321) »

 

« Jacques Massi nous apprend qu'un prêtre, en disant un jour la messe des morts, recommandait spécialement quelques âmes en prononçant les paroles citées ci-dessus : Que le Prince des anges, saint Michel, les introduise dans la sainte lumière ; — et à l'instant même, il vit le glorieux archange descendre du ciel dans le purgatoire, pour les délivrer. Le même auteur rapporte qu'un moine de Citeaux apparut après sa mort à un prêtre, son ami, et lui dit qu'il était encore en purgatoire, mais qu'il serait délivré, si, à la messe, il le recommandait à saint Michel. Le prêtre fit ce qu'il désirait, et vit, ce que d'autres virent pareillement, l'âme de son ami conduite au ciel par le saint archange. (Gloires de Marie, par Alphonse de Liguori, Saintrain p.325). »

 

« Le père Engelgrave raconte que Ferdinand, jeune prince de Portugal, avait une grande dévotion à Saint Michel : il lui faisait chaque jour une visite, à un autel dédié en son honneur, et célébrait toutes ses fêtes par des jeûnes et par la sainte communion. Aussi, le saint archange sut bien récompenser son zèle : il lui apparut un jour suppliant la Mère de Dieu de délivrer bientôt son protégé des périls du monde, et de lui obtenir la grâce d'aller droit au ciel. La bonne Mère accueillit cette prière de son céleste serviteur, et, le jour qu'elle prédit, Ferdinand quitta heureusement cette vie à l'âge de dix-sept ans, assisté par saint Michel, qui l'introduisit aussitôt en paradis. (La Semaine religieuse de Lyon et de la Province, p.125). »

 

« Le père Recupito dit que ceux qui sont dévots à ce glorieux archange, ont un signe spécial de prédestination au paradis. La raison en est que saint Michel, aimant beaucoup le salut de ses pieux serviteurs, ne souffrira pas qu'une âme qui conserve envers lui une dévotion particulière, tombe dans la disgrâce de Dieu : il lui obtiendra la force de résister aux attaques de l'enfer ; et si malheureusement cette âme est tombée par le passé dans quelque faute grave, dès qu'elle se recommande à ce puissant protecteur, il lui obtiendra facilement la grâce du pardon et de la persévérance; car l'Église atteste que, lorsqu'on honore saint Michel, on participe à ses bienfaits et aux prières qu'il ne cesse d'adresser pour ceux qui le servent, afin de pouvoir les conduire au royaume des cieux. (Oeuvres complètes de Alphonse de Liguori, Dujardin, p. 513 ) »

 

« Saint Michel est spécialement chargé par le Seigneur de nous assister au moment de la mort. Chacun sait qu'alors les attaques du démon deviennent plus terribles, tandis que nos forces diminuent, et que nous avons l'esprit accablé par d'extrêmes angoisses ; car il faut considérer que trois causes tourmentent principalement ceux qui sont près de mourir : premièrement, le souvenir des péchés commis; secondement, la crainte de la damnation éternelle; et troisièmement, les assauts de l'enfer. C'est pourquoi l'Eglise nous engage à supplier saint Michel de nous protéger dans le grand combat que nous aurons à soutenir contre le démon à l'heure de la mort, en disant : Saint Michel archange, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au redoutable jugement. — Et dans la recommandation de l'âme, elle veut que tous les assistants prient le saint archange de prendre sous sa protection l'âme qui va sortir de ce monde. De plus, on lit dans l'Office ces paroles, comme dites par le Seigneur lui-même ; Michel, mon archange, je t'ai établi prince sur toutes les âmes qui doivent être reçues dans mon royaume — C'est donc à saint Michel que Dieu a confié le soin des âmes qui passent de cette vie à l'éternité. Beaucoup d'exemples constatent que saint Michel procure une mort heureuse à ses pieux serviteurs. (Gloires de Marie, par Alphonse de Liguori, Saintrain, p. 323). » 

 

« On lit dans la vie de saint Gaétan, par le père Falcone, que, dans ses derniers moments, les démons lui apparaissaient et le tourmentaient par leurs tentations, mais que saint Michel, à qui il était fort dévot, lui apparut à son tour, et le délivra de toutes les inquiétudes que lui causaient les esprits malins. Saint Michel est aussi chargé du soin de consoler les âmes du purgatoire. On lit dans son Office, que Dieu lui confie toutes les âmes qui se sauvent, afin qu'il les conduise en paradis. Et dans la messe des morts, l'Église prie le saint archange de présenter à Dieu dans le ciel les âmes des défunts. Aussi, plein d'une tendre sollicitude pour ces bonnes âmes, qui lui sont ainsi confiées et recommandées, il ne manque pas de les assister et de les secourir, en leur procurant beaucoup de soulagements dans les peines du purgatoire. Après le dernier jugement, Saint Michel réunira toutes les âmes sauvées, les introduira dans le paradis, et les présentera au trône de Dieu, afin que le Seigneur les bénisse et les admette à jouir éternellement du bonheur céleste. (Oeuvres complètes de Alphonse de Liguori, Dujardin, p.509.) (Source). »

 

« Les anges coopèrent à toutes nos bonnes actions." (Saint Thomas, Summa th., I, q. 114, art. 3, ad. 3.)

 

Saints Michel, Gabriel et Raphaël Archanges

Saints Michel, Gabriel et Raphaël Archanges

Saint Michel Archange, église saint Jacques, Pau. Photo prise le 29 septembre 2020.

Saint Michel Archange, église saint Jacques, Pau. Photo prise le 29 septembre 2020.

Sources : (1) Père Louis du Pont, S.J., Méditations sur les Mystères de Notre Sainte Foi, première partie, Presses de l'Imprimerie La Source d'Or, Marsat 1995, p. 70 ; (2) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, Éditions Savator, Paris 2008, p. 54-55 ; (3) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 100 ; (4) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels et la régénération de la France, 1885, Rééd. Éditions Saint-Rémi, Cadillac 2009, p. 335-348 ; (5) Henri-Marie Boudon, La dévotion aux saints anges, Collection Itinéraire spirituel, Clovis, Étampes 1998, p. 240 ; (6) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 101-102 ; (7) Monsieur-Legionnaire.org ; (8) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 102 ; (9) Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, Pierre Téqui éditeur, Paris 2002, p. 13 ; (10) Père Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, ibid., p. 13 ; (11) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 100 et 179 ; (12) Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, ibid., p. 35-36 ; (13) Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, ibid., p. 18 et 26 ; (14) Fernand Comte, Dictionnaire de la Civilisation chrétienne, In Extenso, Larousse, p. 460 ; (15) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 103 ; (16) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 346-347 ; (17) Henri-Marie Boudon, La dévotion aux saints anges, p. 242 ; (18) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 104-106 ; (19) Henri-Marie Boudon, La dévotion aux saints anges, p. 243 ; (20) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 56-57 ; (21) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 29-30 ; (22) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 96 ; (23) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 110-120.

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 00:00

Saint Wenceslas eut pour père Wratislas, duc de Bohême, prince vertueux, et pour mère Drahomire, païenne et ennemie acharnée du nom chrétien. Drahomire eut un autre fils appelé Boleslas, qu'elle éleva dans l'idolâtrie. À la mort de son mari, elle s'empara de la régence et ne s'en servit que pour persécuter la religion chrétienne.

À cette vue, le zèle de Wenceslas le décida à prendre, avant sa majorité, les rênes du gouvernement. Il se fit le père des orphelins, le soutien et le défenseur des veuves, la providence des pauvres. Afin de n'être pas reconnu, il portait, de nuit, du bois aux pauvres honteux. Il visitait les prisonniers, rachetait les captifs, consolait et secourait les malheureux. Il fit venir des missionnaires de Souabe et de Bavière et fit construire de nombreuses églises.

Wenceslas joignait la piété aux bonnes œuvres ; il assistait à l'office divin du jour et de la nuit ; il allait souvent nu-pieds, par le froid et la neige, sans jamais se plaindre de la rigueur de l'hiver. Quelques fois celui qui l'accompagnait la nuit était transi de froid ; mais il n'avait qu'à marcher sur les pas de Wenceslas, et aussitôt il sentait une chaleur bienfaisante pénétrer tous ses membres. L'esprit de religion du pieux roi lui faisait honorer les évêques et les prêtres comme Jésus-Christ lui-même ; il les aimait comme des pères, et quand il traitait quelque affaire avec eux, c'était avec une humilité et une déférence profondes. Sa grande dévotion était la dévotion à la Sainte Eucharistie.

La piété de Wenceslas était pour lui la source d'une intrépidité surprenante. Il dut s'opposer aux armes d'un prince voisin qui avait envahi ses États. Pour épargner le sang de ses sujets, il proposa à son ennemi un combat singulier et se présenta presque sans armes devant un adversaire armé jusqu'aux dents. Wenceslas allait être percé par la lance ennemie, quand le prince usurpateur aperçoit près du saint duc deux anges pour le défendre. À cette vue, il se jette à ses pieds et lui demande pardon.

Attiré dans un guet-apens par sa mère et son frère, Wenceslas mourut d'un coup d'épée fratricide, au moment où il priait dans une église. Ce jeune martyr pardonna à son frère en mourant.

Dès le XIème siècle, il est reconnu comme le patron national de la Bohème. 

Il est le saint patron de la République tchèque.

 

Saint-Wenceslas--Duc-de-Boheme--statue-equestre-a-Prague.jpg
St Vinceslas, duc de Bohême, Statue équestre à Prague

 

Sources : (1), (2)

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