« Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, [...] qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. » (Testament de Louis XVI)
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Durant l'été 325 après J.-C., plus de 300 évêques se réunirent à Nicée — située dans le nord de la Turquie actuelle — pour promulguer un credo chrétien commun, régler les différends christologiques nés de l'hérésie arienne et promouvoir l'unité de l'Église.
Lors du concile, les évêques ont établi la formulation initiale du Credo de Nicée, profession de foi encore récitée lors de la messe catholique, des liturgies orthodoxes et de certains offices protestants. Ce concile a également rejeté les affirmations ariennes hérétiques selon lesquelles le Christ était une créature dépourvue de nature divine éternelle et a au contraire confirmé que le Fils est engendré de Dieu du Père avant tous les siècles. Saint Athanase, l'un des plus fervents opposants à l'arianisme lors du concile et après celui-ci, écrivit dans son Premier Discours contre les Ariens, au milieu du IVe siècle, que "les Écritures proclament l'éternité du Fils". Athanase note, par exemple, que l'Évangile selon saint Jean 1 déclare qu'"AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu." Il cite également le chapitre 8 du même Évangile dans lequel le Christ déclare : "Avant qu'Abraham fût, JE SUIS", invoquant le nom divin utilisé par Dieu pour indiquer son éternité lorsqu'il est apparu à Moïse sous la forme du buisson ardent. (Exode 3,14)
"Le Seigneur lui-même dit : “Je suis la Vérité”, non pas “Je suis devenu la Vérité”, mais toujours : “Je suis – Je suis le Berger – Je suis la Lumière” – et encore : “Ne m’appelez-vous pas Seigneur et Maître ? Et vous m’appelez à juste titre, car tel je suis”, écrivait Athanase. Qui, entendant un tel langage de la part de Dieu, de la Sagesse et du Verbe du Père parlant de lui-même, hésitera encore sur la vérité et ne croira pas immédiatement que dans l’expression “Je suis”, il est signifié que le Fils est éternel et sans commencement ?"
Athanase avait également averti que la position d'Arius "menaçait la vérité centrale du christianisme selon laquelle Dieu s'est fait homme pour notre salut".
"Ce concile représente une étape fondamentale dans le développement du credo partagé par toutes les Églises et les communautés ecclésiales", a déclaré le pape Léon XIV il y a deux semaines , à l’occasion du 1700e anniversaire.
Ni le concile ni le credo ne furent adoptés universellement et immédiatement. Thomas Clemmons, professeur d'histoire de l'Église à l'Université catholique d'Amérique, remarqua que l'adoption fut plus rapide à l'Est, mais plus lente à l'Ouest. Le conflit entre les Ariens et les défenseurs du concile de Nicée resta tendu pendant le demi-siècle suivant, certains empereurs soutenant le credo et d'autres l'arianisme. Finalement, comme l'a dit Clemmons, le credo "convainc les gens sur plusieurs décennies, mais sans l'application impériale à laquelle on pourrait s'attendre". Constantin s'était converti au christianisme plus de dix ans avant le concile, mais il ne fut baptisé que quelques instants avant sa mort en 337. Ce ne sera qu'en 380 que l'empereur Théodose déclarera le christianisme nicéen religion officielle de l'Empire romain. Un an plus tard, lors du premier concile de Constantinople (en 381), l'Église réaffirma le concile de Nicée et actualisa le Credo de Nicée en y ajoutant des passages relatifs au Saint-Esprit et à l'Église. [1]
Aux côtés de Bartholomée Ier et des patriarches et représentants des Églises, le Pape Léon XIV a commémoré dans la prière le 1700e anniversaire du Concile de Nicée sur les vestiges de la basilique Saint-Néophyte, dans l’actuel ville d’Iznik. Dans son discours, le Saint-Père a appelé à rejeter avec force "toute forme de fondamentalisme et de fanatisme" religieux, et à œuvrer pour la fraternité, le dialogue et la collaboration.[2]
Contrairement à la basilique Saint-Néophyte, détruite par un tremblement de terre en 740 et engloutie par les eaux du lac d’Iznik, l’héritage du premier concile œcuménique de l’histoire de l’Église a su traverser les siècles. 1700 ans plus tard, son Credo a été récité en chœur sur les lieux même où il a été formulé pour la première fois, par les chefs des Églises et les représentants des communautés chrétiennes mondiales, ce vendredi 28 novembre.
Près des vestiges archéologiques de l’ancienne basilique byzantine, à 130 km au sud-est d'Istanbul, et dans un silence solennel conféré par l’historicité de l’instant, le Pape Léon XIV et le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier ont prié aux côtés de leurs frères chrétiens devant les icônes représentant le Christ et les participants du Concile.
Parmi les patriarches présents, ceux du patriarcat syriaque orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient, du patriarcat copte-orthodoxe d’Alexandrie, du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, du patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient mais aussi les représentants de l’Église apostolique arménienne. Sans oublier le monde protestant, avec la Communion anglicane, la Fédération luthérienne mondiale, l’Alliance évangélique mondiale ou la Conférence mennoniste mondiale. Toutes ces voix ont énoncé à l'unisson le Credo de Nicée-Constantinople, sans prononcer le Filioque.
Rencontre de prière œcuménique à Iznik, ancienne Nicée, le vendredi 28 novembre 2025.
"Nous sommes profondément émus que vous ayez tous répondu positivement à notre humble invitation à honorer, à travers ce pèlerinage commun, la mémoire et l'héritage du premier concile œcuménique qui s'est tenu ici à Nicée il y a dix-sept cents ans", a déclaré dans son discours de bienvenue Bartholomée Ier. "Nous ne sommes pas réunis ici simplement pour nous souvenir du passé ou pour réfléchir uniquement à l'histoire" a précisé le chef de l’Église orthodoxe de Constantinople, à l’origine de l’initiative. "Nous sommes ici pour témoigner de la même foi que celle exprimée par les Pères de Nicée". Convoqués par l’empereur romain Constantin Ier, les Pères du Concile se réunirent en 325 dans l’actuelle ville d’Iznik pour condamner l’arianisme et proclamer la foi dans le salut en Jésus-Christ et dans le Dieu unique, Père, Fils et Saint-Esprit. "Nous revenons à cette source de la foi chrétienne afin d'aller de l'avant", a souligné le patriarche.
Après la lecture de l’Évangile selon saint Jean, le Pape a prononcé son discours en anglais. "En cette période dramatique à bien des égards, où les personnes sont soumises à d’innombrables menaces contre leur dignité, le 1700e anniversaire du premier Concile de Nicée est une précieuse occasion pour nous demander qui est Jésus-Christ dans la vie des femmes et des hommes d’aujourd’hui, qui est-Il pour chacun de nous", a souligné le Saint-Père. "Cette question, a poursuivi Léon XIV, interpelle tout particulièrement les chrétiens qui risquent de réduire Jésus-Christ à une sorte de chef charismatique ou de surhomme, une déformation qui conduit en définitive à la tristesse et à la confusion".
"En niant la divinité du Christ, Arius l’avait réduit à un simple intermédiaire entre Dieu et les êtres humains, ignorant la réalité de l’Incarnation, de sorte que le divin et l’humain restaient irrémédiablement séparés", a expliqué le Saint-Père. "Mais si Dieu ne s’est pas fait homme, comment les mortels peuvent-ils participer à sa vie immortelle? C’était l’enjeu à Nicée et c’est l’enjeu aujourd’hui: la foi en Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est fait comme nous pour nous rendre 'participants de la nature divine'".
Unis en Jésus-Christ
"Cette confession de foi christologique revêt une importance fondamentale dans la marche des chrétiens vers la pleine communion", a souligné le Saint-Père, tout en précisant que celle-ci est partagée par toutes les Églises et communautés chrétiennes dans le monde, y compris celles qui n’utilisent pas le Credo de Nicée-Constantinople dans leurs liturgies. Le Pape augustin a poursuivi son discours en citant son père spirituel, l’évêque d'Hippone: 'nous pouvons dire que "bien que nous chrétiens soyons nombreux, dans l'unique Christ, nous sommes un'" (Exposition sur le Psaume 127). [D'où Léon XIV a tiré sa devise: "In Illo uno unum", "En Celui qui est Un, nous ne faisons qu'un" ou "En Lui, nous sommes un".]
"Partant de la conscience que nous sommes déjà unis par ce lien profond", l’Évêque de Rome a invité chacun à "surmonter le scandale des divisions qui malheureusement existent encore, et à nourrir le désir de l’unité pour laquelle le Seigneur Jésus a prié et donné sa vie". "Plus nous sommes réconciliés, plus nous, chrétiens, pouvons rendre un témoignage crédible à l’Évangile de Jésus-Christ, qui est une annonce d’espérance pour tous, un message de paix et de fraternité universelle dépassant les frontières de nos communautés et de nos nations", a assuré Léon XIV, faisant siens les mots prononcés par son prédécesseur argentin lors d’une session plénière du conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens le 6 mai 2022.
Réconcilier l’humanité, rejeter le fanatisme religieux
Mais ce désir d’une pleine communion entre tous les croyants en Jésus-Christ dépasse le monde chrétien. Il s’accompagne "toujours de la recherche de la fraternité entre tous les êtres humains", martèle Léon XIV. "Dans le Credo de Nicée, nous professons notre foi 'en un seul Dieu, le Père'; cependant, il ne serait pas possible d’invoquer Dieu comme Père si nous refusions de reconnaître comme frères et sœurs les autres hommes et femmes, eux aussi créés à l’image de Dieu" (Gn 1,27). Si la fraternité et la sororité universelles transcendent les différences ethniques, culturelles ou religieuses, les religions "sont dépositaires de cette vérité et devraient encourager les personnes, les groupes humains et les peuples à la reconnaître et à la pratiquer".
"L’utilisation de la religion pour justifier la guerre et la violence, comme toute forme de fondamentalisme et de fanatisme, doit être rejetée avec force, tandis que les voies à suivre sont celles de la rencontre fraternelle, du dialogue et de la collaboration", a encore exhorté le Pape. Le Saint-Père a conclu son discours en s’en remettant à Dieu: "Que Dieu le Père, tout-puissant et miséricordieux, écoute la prière fervente que nous Lui adressons aujourd’hui et qu’Il accorde à cet anniversaire important de porter des fruits abondants de réconciliation, d’unité et de paix".
🔴 #Credo D’une même voix, les représentants des Églises et communautés chrétiennes professent le Symbole de #NicéeConstantinople, là où il a été institué il y a 1700 ans.
D’une même voix, les représentants des Églises et communautés chrétiennes professent le Symbole de Nicée-Constantinople, là où il a été institué il y a 1700 ans. KTOTV
Moment inouï en #Turquie et un #Credo récité d’une seule voix, pour marquer les 1 700 ans du Concile de #Nicée.
Saint Jacques de la Marche, Franciscain (1391-1476)
Ami de S. Bernardin de Sienne et de S. Jean de Capistran, saint Jacques de la Marche fut un grand orateur qui parcourut la Dalmatie, la Bosnie, la Hongrie, la Bohème, la Pologne et l'Italie, où il convertit des foules d'hérétiques. [1]
Né en 1391, il était originaire de la Marche d'Ancône (Italie); son berceau fut entouré d'une vive lumière qui présageait d'une manière évidente son glorieux avenir.
Quand il fut en âge de choisir un état de vie, sa première pensée fut de se faire Chartreux: mais quelques relations qu'il eut avec les Franciscains le décidèrent à entrer dans leur Ordre. Il fut, dès son noviciat, le modèle des vertus héroïques. Il ne donnait que trois heures au sommeil et passait le reste de la nuit à prier au pied du crucifix, pendant que des larmes inondaient son visage.
C'est dans la méditation des souffrances de son Sauveur qu'il puisa cette énergie surhumaine dont il montra de si beaux exemples durant ses courses apostoliques. Jamais il ne mangeait de viande; un peu de pain et quelques herbes étaient sa nourriture. Tous les jours il se donnait la discipline jusqu'au sang, et, pendant dix-huit ans, il porta sur sa chair nue un cilice avec une cotte de mailles armée de pointes de fer aiguës. Telle fut la préparation de l'apôtre.
Il eut d'immenses succès, en Allemagne, contre les hérétiques; dans une seule ville, deux cents jeunes gens, entraînés par ses exemples embrassèrent la vie religieuse. Une fois, les hérétiques tentèrent de l'empoisonner; mais voyant le plat se briser, au seul signe de la Croix fait par le Saint, ils s'écrièrent: "Le doigt de Dieu est là", et ils se convertirent.
St Jacques de la Marche et le breuvage empoisonné
En Norvège et en Danemark, il administra le Baptême à deux cent mille personnes. La Bohème était la proie de l'hérésie. A Prague, les hérétiques, pleins d'admiration pour l'éloquence de l'apôtre, lui promirent de se convertir s'il faisait un miracle. Après avoir invoqué Dieu et fait le signe de la Croix, il avala un breuvage empoisonné sans en ressentir aucun mauvais effet.
De retour en Italie, ayant affaire à un batelier qui refusait de lui faire traverser le Pô, Jacques n'hésita pas, étendit son manteau sur le fleuve et vogua heureusement vers l'autre rive.
Un jour qu'il avait combattu avec véhémence le vice de l'impureté, un auditeur, qui s'était cru visé personnellement, alla se poster sur son passage, dans un sanctuaire dédié à Marie, pour l'assassiner; mais il entendit une voix irritée qui lui cria: "Malheureux! Que fais-tu en Ma présence? Tu veux faire mourir Mon serviteur et le serviteur de Mon Fils!" Le coupable, demi-mort de peur, renonça à son criminel dessein.
Le prodige le plus étonnant de l'illustre apôtre fut la découverte et la résurrection d'un enfant assassiné par un juif et coupé en morceaux. [2]
Son amour de la pauvreté allait si loin, que c'était pour lui un sujet de joie que de manquer du nécessaire. Ayant été élu archevêque de Milan, il prit la fuite, et ne voulut jamais accepter cet honneur.
Il rendit la santé au duc de Calabre et au roi de Naples, attaqués de maladies dangereuses. Il mourut au couvent de la Trinité, près de Naples, le 28 novembre 1479, à l'âge de quatre-vingt-dix ans. [3]
[3] Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p.335.
Sainte Catherine Labouré. La Vierge Marie lui demanda de diffuser la médaille miraculeuse
Née en 1806, Catherine, entrée chez les soeurs de la Charité, est une bourguigonne issue d'un milieu modeste, parlant un français sommaire. Pourtant, elle voit la Vierge Immaculée dans la chapelle de la rue du Bac (Paris). C'est son ange gardien qui, en pleine nuit, sous l'aspect d'un enfant habillé de blanc, âgé à peu près de quatre à cinq ans, lui dit de venir à la chapelle : la Sainte Vierge l'y attendait. (Gilles JEANGUENIN, Les Anges existent !, Éditions Savator, Paris 2008, p. 193.)
Sainte Catherine Labouré, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 41.
Un enfant tout rayonnant vint la chercher en pleine nuit pour la conduire jusqu'à l'autel. Là, l'attendait la Vierge assise dans le fauteuil du prêtre. Elle lui livra messages et secrets en ce 18 juillet 1830, et lui donna la consigne de n'en parler qu'à son confesseur: le père Adel, qui l'écouta, lui conseilla de tout oublier et de reprendre son travail. Le 27 novembre, Catherine eut une seconde apparition. Cette fois, elle eut pour mission de diffuser une médaille représentant la mère de Dieu et cette phrase: "Ô marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous." La doctrine de l'Immaculée Conception n'était pas encore officielle, et son confesseur rejeta ce projet. Catherine fut alors envoyée à l'hospice de Reuilly : vieillards et malades trouvèrent auprès de soeur Labouré douceur, compassion, amour et dévouement sans borne.
La médaille fut gravée selon les indications de Catherine. Elle aura une exceptionnelle diffusion (plusieurs dizaines de millions). Sur l'avers, Marie, entourée de l'inscription « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». De ses mains partent des rayons, symboles des grâces obtenues par Marie. Certains rayons sont moins marqués : ils symbolisent les grâces qui ne sont pas demandées et qui pourtant seraient exaucées. Sur l'envers, on voit la Croix et l'initiale de Marie ; le cœur de Jésus avec la couronne d'épines, symbole de la Passion ; le cœur de Marie traversé par un glaive, selon la prophétie de Siméon, et les douze étoiles décrites dans l'Apocalypse (Ap. 12,1), qui seront reprises, à titre officiel, sur le drapeau de l'Europe.
C'est en voyant la dévotion absolue et le silence total de cette religieuse sur ses apparitions que le père Aladel changea d'avis. Il en parla à l'archevêque, qui insista pour la voir. Catherine refusa, car la consigne de la Vierge était claire: ne parler qu'à son confesseur. Deux ans après les apparitions, la médaille fut frappée et elle était diffusée.
Après avoir travaillé pendant quarante-cinq ans dans la discrétion, Catherine meurt paisiblement le 31 décembre 1876 sans qu'aucune de ses soeurs n'apprenne jamais qu'elle a vu la Vierge. Proclamée Bienheureuse en 1933, elle est canonisée en 1947.
Exhumé en 1933, son corps est retrouvé parfaitement conservé, et il gît maintenant dans une châsse dans la chapelle de la Médaille miraculeuse au 140 de la rue du Bac, à Paris.
Sources: Gilles JEANGUENIN, Les Anges existent !, Éditions Savator, Paris 2008, p. 193 ; (2) ; (3) Le Petit Livre des Saints, tome 2, 2011, p. 40.
« … [N]ous produirons la génération la plus dangereuse de l’histoire : des esprits de géants avec des âmes de bébés gâtés. »
À une époque obsédée par les chiffres, les données et les compétences mesurables, nous avons construit un système éducatif dont le seul objectif est de fournir des rouages performants à la machine économique. On enseigne le code, mais pas la compassion ; l’ingénierie, mais pas l’empathie ; les faits, mais pas la force d’âme. Nous sommes devenus experts de l’intellect et totalement étrangers à l’âme.
C’est exactement ce vidage de l’être humain que C.S. Lewis (1898-1963) a diagnostiqué il y a plus de quatre-vingts ans, avec une clairvoyance effrayante : une éducation qui ignore le sentiment moral ne forme pas des citoyens éclairés, mais des « humains intelligents et creux », techniquement brillants et moralement perdus.
▪️La prophétie d’une société sans cœur
C.S. Lewis (1898-1963) reste célèbre pour Les Chroniques de Narnia, mais son petit livre le plus redoutable s’appelle L’Abolition de l’homme (1943). Tout part d’un simple manuel scolaire qu’il avait lu : les auteurs y expliquaient aux enfants que les jugements de valeur (« ceci est beau », « ceci est injuste ») ne sont que des opinions subjectives, sans aucune réalité objective.
Pour Lewis, c’était une bombe à retardement. Si on enseigne à la jeunesse qu’il n’existe aucune valeur objective, on la rend incapable de courage, de loyauté, d’indignation devant le mal ou de sacrifice pour le bien.
On fabrique alors des « hommes sans cœur » : une tête puissante (l’intellect) et un ventre plein d’appétits bruts, mais rien au milieu pour relier les deux et les discipliner.
Son image est restée célèbre :
• la tête = raison
• le cœur = sentiments moraux bien formés
• le ventre = instincts et désirs
Une éducation moderne qui ne développe que la tête produit des cerveaux surpuissants posés sur des pulsions sauvages, sans cœur pour les guider. Résultat : des gens très compétents, très malins… et capables de justifier n’importe quelle atrocité avec un PowerPoint.
Pourquoi ça nous concerne encore plus aujourd’hui
Ce que Lewis annonçait en 1943 s’est réalisé à grande échelle :
• la morale réduite à « mon ressenti personnel »,
• les émotions remplacées par des algorithmes,
• l’école et l’université conçues pour le marché du travail plutôt que pour la grandeur d’âme.
Le relativisme moral qu’il combattait est devenu la doctrine officielle de nombreux systèmes éducatifs. On apprend aux enfants qu’il n’existe pas de vérité morale objective, puis on s’étonne qu’ils grandissent sans repères, incapables de résister à la pression du groupe ou à l’autorité.
Lewis ne réclamait pas un retour naïf au passé. Il demandait simplement qu’on forme aussi le cœur : qu’on apprenne aux enfants à reconnaître le beau, le juste, le courageux comme des réalités objectives qui s’imposent à nous, et non comme de simples goûts personnels.
Faute de quoi, disait-il, nous produirons la génération la plus dangereuse de l’histoire : des esprits de géants avec des âmes de bébés gâtés.
Sa phrase finale reste glaçante :
« Nous rions de l’honneur et nous sommes choqués de trouver des traîtres parmi nous. Nous châtrons les hommes et nous leur ordonnons ensuite d’être féconds. »
Quatre-vingts ans plus tard, elle n’a jamais été aussi actuelle.
"Le relativisme moral qu’il [C.S. Lewis] combattait est devenu la doctrine officielle de nombreux systèmes éducatifs."
Former le cœurdans le cadre d'un système politique qui neutralise le cœur revient à faire pousser un arbre avec un plafond posé au-dessus de lui. Cela n'a pas de sens et condamne l'arbre à terme.
Dans son livre "Défendre la démocratie directe. Sur quelques arguments antidémocratiques des élites suisses", Antoine CHOLLET explique ce qu'est la démocratie :
""[...] Nous ne pouvons nous référer qu'à nous-mêmes pour décider, ce que les Athéniens, [...] avaient parfaitement compris puisque toutes leurs lois contenaient la formule liminaire suivante : 'edoxe te boule kai to demo...' (que l'on peut traduire par : 'il a paru bon au conseil et au peuple...', sans autre justification).
"[...] Être démocrate, c'est aussi accepter cette indétermination et cette incertitude quant aux fins dernières du combat politique.
"Dire que la démocratie n'a pas de fondement qui lui soit extérieur, c'est [...] reconnaître qu'elle est en réalité une an-archie. Elle n'a pas d'arkhè, de commencement et de commandement, elle ne connaît pas d'autorité... Pas même le passé et la tradition n'ont d'autorité absolue dans une démocratie, puisque aucune de leurs règles n'est à l'abri d'un réexamen." [1]
Cette définition de la démocratie anéantit le coeur, ce supplément d'âme nécessaire à toute vie en société. C'est "mon ressenti personnel", le moi je qui compte, un ventre plein d’appétits bruts. C'est aujourd'hui la religion de l'humanisme séculier sans Dieu : déification de l'homme [par les moyens du diable] en tant que centre de l'univers, placé au-dessus de toute loi objective, sans permettre à l'homme de s'élever moralement.
Or, "selon les études du comportement électoral, le peuple vote en premier lieupour des raisons morales, c'est-à-dire par sentiment du devoir civique". [2]Suite
D'où la contradiction entre ce qu'est fondamentalement la démocratie (une an-archie sans commandement) et ce qu'est fondamentalement l'homme: un être créé avec le commandement du coeur à "l'image de Dieu" (Gn 1,27) pour lequel "Dieu qui scrute les cœurs" fait lui-même "tout contribuer" à son bien, puisqu'il est appelé "selon le dessein de son amour." (Rm 8,27-28). L'homme est appelé avec un coeur, une morale et un esprit, que la démocratie ne reconnaît pas. Comment fait-on ?
"La divinisation n'a rien à voir avec l'autodéification de l'homme. Au contraire, la divinisation nous préserve de la tentation primordiale de vouloir être comme Dieu (cf. Gn 3, 5). Ce que le Christ est par nature, nous le devenons par grâce. Par l'œuvre de la rédemption, Dieu a non seulement restauré notre dignité humaine comme image de Dieu, mais Celui qui nous a créés de manière merveilleuse nous a rendus participants, d'une manière plus admirable encore, de sa nature divine (cf. 2 P 1, 4). La divinisation est donc la véritable humanisation", écrit le Pape Léon XIV dans In Unitate Fidei § 7.
Il est temps de reconnaître simplement que la démocratie sans le coeur, est une impasse!
Sources:
[1] Antoine CHOLLET, Défendre la démocratie directe. Sur quelques arguments antidémocratiques des élites suisses, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne 2011, p. 86
[2] Francis DUPUIS-DERI,La peur du peuple, Agoraphobie et agoraphilie politiques, LUX Humanités, Québec 2016, p. 207
Vitrail de l'église Saint-Séverin de Paris figurant le saint éponyme.
Tout touriste qui passe à Paris ne peut manquer de passer à côté de l’église Saint-Séverin, près de Notre-Dame, à l’orée du Quartier latin, au pied de la Sorbonne.
Elle est bâtie sur le tombeau de ce saint ermite, qui fut conseiller et supérieur de saint Cloud, le dernier petit-fils de Clovis qui se fit moine à son tour. Il demanda à l’ermite Séverin de lui imposer l’habit monastique et de lui couper les cheveux. On dit que cet ermite passa sa vie entre les bords de Seine et la Provence. Il mourut à Paris le 23 novembre 555. Sa fête fut repoussée au 24, car le 23 on fêtait l’illustre pape saint Clément. Elle le resta pendant tout le Moyen Age, mais ne dépassa jamais les limites du diocèse de Paris.
Ce Séverin fut longtemps confondu avec le moine médecin abbé d’Agaune qui a guéri Clovis, et qui est mort à Château-Landon le 11 février 507, c’est-à-dire quarante-huit ans avant notre ermite parisien. En 1674, l’église parisienne du Quartier latin reçut ses reliques, ce qui accentua la confusion ou permit d’ailleurs un culte plus connu. C’est la raison pour laquelle le sceau de la paroisse Saint-Séverin de Paris porte l’effigie de ces deux personnages. (1)
Selon les sources, il est fêté le 23 novembre selon le martyrologe romain actuel ou anciennement le 27 novembre. (2)
À Paris, au VIe siècle, saint Séverin, qui vécut reclus dans une cellule, tout entier occupé à la contemplation de Dieu.
Martyrologe romain (3)
Sources : (1) CNews; (2) Omer Englebert, La fleur des saints, Paris, Albin Michel, 1998, p. 386, wikipedia (3) Nominis.
Avec son mari saint Elzéar, la bienheureuse Delphine a choisi de vivre dans la virginité.
On se souvient aujourd'hui de deux saints époux, d'une femme Delphine et de son mari Éléazar de Sabran.
Née en Provence vers 1283 de Guillaume de Signes et de Delphine de Barras, un couple de nobles de la cour de Provence.
Orpheline de ses deux parents dès l’âge de 7 ans, elle est prise en charge par sa tante Cécile de Puget, qui est Abbesse du Couvent Sainte-Catherine de Sorbs.
En 1299, Delphine épouse, très jeune, Éléazar de Sabran (on prononce aussi Elzéar).(1)
Ils se sont mis d'accord pour se sanctifier ensemble dans la vie conjugale, en menant une vie de prière et de pénitence. Ils réalisent leur idéal, très simplement, sans jamais négliger les obligations sociales de leur situation.(2)
Elle est âgée de 16 ans, lui de 13. Leurs parents décident de les marier. Elle veut rester vierge et finit par imposer cette situation à son trop jeune époux. Tout cela avec l’approbation de leur confesseur franciscain. Ils demeureront vierges. Ainsi vécurent Delphine (Douphino ou Dauphine) de Signe et Elzéar (Auzias ou Ourrias) de Sabran, dans le Lubéron.
Ils mènent ensemble une vie d'austérité et de prière, sans que leurs sujets s'en aperçoivent et sans négliger les obligations mondaines qui étaient celles de leur état de princesse et de comte.(3)
En 1308, ils devinrent les vassaux de Robert le Sage, roi de Naples. Celui-ci avait tellement confiance en Elzéar qu'il lui confia, en 1323, la charge de demander la main d'une princesse française pour son fils. Il mourut à Paris au cours de sa mission.(4)
Elzéar est plus dur que son épouse. Il impose aux gens de sa maison la messe quotidienne et une causerie journalière où il ne leur est pas permis de l’interrompre. Les jeunes époux portent le cilice, se donnent régulièrement la discipline et deviennent tertiaires franciscains. Seigneur incorruptible, Elzéar se voit confier de nombreuses missions dans les Abruzzes puis à Paris, où il meurt à 38 ans le 27 septembre 1323 après avoir embrassé un lépreux. Sa veuve inconsolable se retire dans la solitude.
Veuve le 27 septembre 1323/25, elle a, un an après, une vision de son mari.
Dès 1327, elle commence à liquider ses biens et à distribuer des aumônes. Elle veut vivre dans le dénuement, partageant son temps entre Naples et la Provence, soignant les pauvres et visitant les malades. On la prend pour une folle.(5)
En 1332, une femme impotente guérit en touchant le bas du manteau de Delphine qui sortait d’une église franciscaine de Marseille. En 1333, elle fait vœu de pauvreté devant son confesseur franciscain, et fonde une communauté. On la vit mendier à Naples ou à Apt.
En 1341, elle rencontre à Naples Philippe Cabossole, évêque de Cavaillon, et le convertit à une vie meilleure.
L’été 1343, elle ne demeure plus qu’en Provence. Elle enjoint plusieurs vierges et veuves à prononcer le vœu de chasteté devant l’évêque d’Apt. Dans cette cité, elle obtient la réforme de deux couvents relâchés de moniales.
La peste atteint la Provence de 1348 à 1360.
En 1350, malade, elle est portée sur une litière d’Apt à Cavaillon pour régler le litige entre Hugues de Baux et Raimond d’Agout.
En 1351, au sortir d’un entretien avec elle, le pape Clément VI avoua n’avoir jamais entendu personne traiter avec autant de profondeur sur l’essence de Dieu et les Personnes divines.
Ayant lu la vie des saints Josaphat et Barlaam, elle finit ses jours dans un réclusoir à Cabrières d’Aigues.
En 1352, Clément VI initie le procès de canonisation d’Elzéar, vérifiant les miracles obtenus par son intercession. Son filleul, le futur Bx Urbain V, après le décès de Delphine, signera en 1370 le décret de canonisation, qui sera publié par Grégoire XI, son successeur.
En 1353, son confesseur lui annonce qu’une troupe d’aveugles, d’épileptiques, et autres malades est là pour voir la sainte comtesse dans l’espoir d’obtenir la santé par sa sainteté et ses mérites. Elle lui réplique : Veuillez ne pas me saluer ainsi et dire : Dieu te sauve ! Mais dites plutôt malheur à toi !, c’est-à-dire, malédiction, car je suis une fille d’Eve, et non pas de Marie. – Pourquoi dites-vous de telles paroles ? – Que dirai-je d’une créature si abominable qui, sous l’apparence et le signe de la sainteté, dégringole vers l’enfer ? Ces gens viennent là en troupe serrée. Ils me demandent en disant la sainte comtesse ! La sainte comtesse ! Mais je ne suis ni le Christ, ni Jean, ni Elie. Je suis seulement une viande destinée aux vers, un réceptacle d’iniquité et de péché. Elle les fit attendre quatre jours !
Elle imposait les mains, mais donnait plus volontiers des conseils.
Elle établit à Apt une caisse rurale où l’on prêtait sans intérêt.
Vers 1357, le village d’Ansouis lui attribua de n’avoir pas été pillé par les Gascons d’Arnaud de Cervole, dit l’Archiprêtre.
Une femme, souffrant du mal des ardents (ergotisme), fut guérie en saisissant la main de Delphine, portée sur une litière, laquelle ramenant le bras vers elle, le vit couvert de pus et fut saisie de nausées, tandis que la miraculée criait de joie. Delphine eut peur : Si Dieu ne me vient en aide, je serai bientôt précipitée en Enfer à cause de cela.
Elle pleure et prie pour les chrétiens persécutés par les mahométans en Orient.
Le soir, après complies, elle commente la Ste Ecriture : son médecin et directeur de conscience, le chanoine Durand André, n’avait jamais entendu une exégèse aussi perspicace des passages difficiles.
Le 22 novembre 1360, elle se confesse au chanoine André ; le récent évêque d’Apt, Elzéar de Pontevès, lui fit dire une profession de foi, ce qu’elle fit.
Ses dernières paroles le 26 novembre à Apt : Désormais je ne veux plus que Dieu.
A ses obsèques, une prostituée qui n’avait jamais osé l’approcher de son vivant, se convertit devant sa dépouille mortelle.
Urbain V ordonna un procès de canonisation de Delphine. Les commissaires enquêtèrent à Apt du 13 mai 1363 au 5 juillet, le procès se poursuivit jusqu’en octobre, mais sans conclusion.
On recensa 62 miracles, dont la moitié de son vivant, et les deux-tiers sur des maladies organiques et contagieuses.
En 1562, François de Beaumont, baron des Adrets, protestant, incendia l’église franciscaine d’Apt. Les reliques furent néanmoins préservées. On placera son crâne dans un buste d’argent doré l’autel d’une chapelle de la cathédrale. On y conserve aussi son livre d’heures.
Le pape Urbain VIII en 1642, pour le diocèse d’Apt, puis en 1694, Innocent VII, pour l’Ordre franciscain, approuvent le culte concernant la bienheureuse Delphine.
Ses reliques, ainsi que celles de saint Elzéar, furent transférées en 1791 à la cathédrale d’Apt.
A la Ste-Delphine, mets ton manteau à pèlerine.(6)
A sa mort, Delphine sera inhumée le 26 novembre 1360 auprès de son époux Elzéar dans la nécropole de la famille de Sabran, en la cathédrale d'Apt dans le Vaucluse.
Delphine vient du latin "dauphin" ; Cette étymologie est aussi celle du Dauphiné, province du royaume qui a donné son nom à l’héritier du roi.
Éléazar signifie en hébreu "Dieu" (El) et "mémoire" (zecher).
Courte prière
Je vous demande, ô très pauvre Jésus, la grâce de ne rien posséder en propre et de n’avoir qu’un usage pauvre du bien d’autrui.
Dans un récent débat que j’ai eu avec le sédévacantiste Adrien Abauzit, ce dernier soutenait mordicus que le magistère de l’Eglise était toujours infaillible sur la foi et les mœurs et que les papes ne pouvaient jamais enseigner l’erreur dans le cadre de leur magistère. Or cela est faux. Le code de droit canonique précise bien qu’« aucune doctrine n’est considérée comme infailliblement définie sauf si cela est manifestement établi. » (canon 749, n°3), reprenant substantiellement le code de 1917 (accepté par les sédévacantistes) qui précisait déjà qu’« aucune chose ne doit être tenue pour déclarée ou définie dogmatiquement en l’absence de preuve manifeste » (1323 n°3)
Le Code exige donc qu’une « preuve soit manifeste » pour qu’un enseignement soit considéré comme dogmatique/infaillible. Il n’est évidemment pas question d’un simple passage d’une encyclique. Il faut que le pontife ait la volonté de définir quelque chose en matière de foi et de mœurs et d’obliger les fidèles à y adhèrer de manière irréversible.
Même avant le Concile Vatican II et après la définition dogmatique de l’infaillibilité pontificale au concile Vatican I, les théologiens les plus réputés de l’Eglise reconnaissaient que le pape pouvait parfois enseigner l’erreur dans le cadre de son magistère s’il ne parlait pas ex cathedra.
Franciscus Diekamp, grand théologien catholique allemand (1864-1943), professeur de théologie dogmatique à Münster écrivait par exemple dans son manuel de théologie dogmatique : « Ces actes non-infaillibles du magistère du pontife romain n’obligent pas à croire, et ne postulent pas une soumission absolue et définitive. Mais il est du devoir de chacun d’adhérer d’un assentiment religieux et intérieur à de telles décisions, en tant qu’elles constituent des actes du magistère suprême de l’Eglise, et sont fondées sur de solides raisons naturelles et surnaturelles. L’obligation d’y adhérer ne pourrait prendre fin que dans le cas, rarissime, où un homme, apte à juger cette question, après une analyse répétée et très fouillée de tous les arguments, parvient à la conviction qu’une erreur s’est glissée dans la décision » (Diekamp, Theol. dogm. man., vol. I, p. 72)
Benedict Heinrich Merkelbach, théologien moraliste dominicain (1871-1942), professeur à Louvain et à Rome expliquait lui aussi que
« quand l’Église n’enseigne pas avec son autorité infaillible, la doctrine proposée n’est pas de soi irréformable ; c’est pourquoi, si per accidens, dans une hypothèse qui est vraiment très rare, après un examen particulièrement attentif de la question, quelqu’un voit qu’il existe des motifs très graves pour refuser la doctrine ainsi proposée, l’on serait en droit, sans tomber dans la témérité, de suspendre l’assentiment intérieur [ … ] »(Merkelbach, Summa theol. mor., vol. 1, p. 601. )
Dominico Palmieri, théologien jésuite italien (1829-1909), auteur du « Tractatus de Romano Pontifice » enseignait également:
« Il s’agit également de savoir quel type d’obéissance est dû au Pontife romain qui enseigne quelque chose sur la doctrine de la foi ou qui s’y rapporte, lorsque cela n’est pas défini ex Cathedra, et quel type d’obéissance est dû aux sentences doctrinales des congrégations des cardinaux.
[…] On peut en effet discerner que le Pontife Romain ne parle pas à chaque fois ex Cathedra ; lorsqu’en effet il enseigne quelque chose, n’ayant cependant pas l’intention d’imposer l’obligation de la croire comme quelque chose devant être tenu par toute l’Église, s’il ne signifie pas qu’il le veut, alors on ne dit pas qu’il parle ex Cathedra, même s’il parle de doctrine au sujet de la foi ou de la morale. […] car, la certitude de l’infaillibilité n’existant pas, on remarque que l’erreur n’est pas impossible, et on remarque donc qu’il est possible que le contraire soit vrai. » (Dominico Palmieri SJ, 1891, Thesis XXXII, Scholion II De Romano Pontifice, 1891)
Dans cette lignée, Hugo Hurter, théologien suisse-autrichien (1832-1914), professeur de théologie dogmatique à Innsbruck remarque:
« Si des raisons graves et solides — surtout théologiques — se présentent à l’esprit d’un fidèle contre [les décisions du Magistère authentique, qu’il soit épiscopal ou pontifical], il lui sera permis de craindre une erreur, de donner son assentiment de manière conditionnelle, ou même de suspendre son assentiment. » (Hurter, Theologiae dogmaticae, 1:492)
Christianus Pesch, grand dogmaticien catholique (fin XIXᵉ début XXᵉ siècle) précise lui aussi :
« On doit donner son assentiment aux décrets des Congrégations romaines, tant qu’il n’est pas devenu positivement évident qu’elles se sont trompées. Puisque les Congrégations, en elles-mêmes, ne fournissent pas une preuve absolument certaine en faveur d’une doctrine donnée, il est permis, voire nécessaire, d’examiner les raisons de cette doctrine. Ainsi, il arrivera soit que cette doctrine soit progressivement reçue dans toute l’Église, atteignant de cette manière la condition de l’infaillibilité, soit que l’erreur soit peu à peu décelée. En effet, comme l’assentiment religieux dont il est question ne repose pas sur une certitude métaphysique, mais seulement sur une certitude morale et générale, il n’exclut pas toute suspicion d’erreur. C’est pourquoi, dès que surgissent des motifs suffisants de doute, l’assentiment doit être prudemment suspendu. Néanmoins, tant que de tels motifs de doute ne se présentent pas, l’autorité des Congrégations suffit pour obliger à donner son assentiment.
Les mêmes principes s’appliquent sans difficulté aux déclarations que le Souverain Pontife fait sans engager son autorité suprême, ainsi qu’aux décisions des autres supérieurs ecclésiastiques qui ne sont pas infaillibles. » (Pesch, Praelectiones dogmaticae, no. 521, 1:314–15)
Van Noort Théologien néerlandais (1861-1946), professeur de dogmatique à Warmond, écrit également dans son ouvrage monumental Dogmatic Theology :
«Il peut être utile d’ajouter quelques points concernant des opinions purement théologiques — des opinions relatives au pape lorsqu’il ne parle pas ex cathedra. Tous les théologiens admettent que le pape peut commettre une erreur en matière de foi et de morale lorsqu’il s’exprime ainsi : soit en proposant une opinion fausse sur une question encore non définie, soit en différant innocemment d’une doctrine déjà définie. Les théologiens ne s’accordent pas, toutefois, sur la question de savoir si le pape peut devenir un hérétique formel en s’obstinant dans une erreur sur une matière déjà définie. L’opinion la plus probable, suivie par Suarez, Bellarmin et bien d’autres, soutient que, de même que Dieu n’a jusqu’à ce jour jamais permis qu’une telle chose se produise, il ne permettra jamais qu’un pape devienne un hérétique formel et public. Néanmoins, certains théologiens compétents concèdent que le pape, lorsqu’il ne parle pas ex cathedra, pourrait tomber dans l’hérésie formelle. » (Dogmatic Theology, volume II : Christ’s Church, p. 294)
Ludwig Ott, Théologien catholique allemand, professeur à Eichstätt, auteur du manuel incontournable « Fundamentals of Catholic Dogma » conclut:
« En ce qui concerne l’enseignement doctrinal de l’Église, il faut bien noter que toutes les affirmations de l’Autorité enseignante de l’Église sur les questions de foi et de morale ne sont pas infaillibles et, par conséquent, irrévocables.
Ne sont infaillibles que celles qui émanent des conciles généraux représentant l’épiscopat tout entier, ainsi que les décisions pontificales ex cathedra…
La forme ordinaire et habituelle de l’activité enseignante du pape n’est pas infaillible.
En outre, les décisions des congrégations romaines (Saint-Office, Commission biblique) ne sont pas infaillibles. Néanmoins, elles doivent normalement être acceptées avec un assentiment intérieur fondé sur la haute autorité surnaturelle du Saint-Siège… Le silentium obsequiosum, c’est-à-dire le « silence respectueux », ne suffit généralement pas. Par exception, l’obligation d’un assentiment intérieur peut cesser si un expert compétent, après un examen scientifique renouvelé de tous les fondements, en vient à la conviction positive que la décision repose sur une erreur. »(Fundamentals of Catholic Dogma, p. 10)
L’existence d’un magistère pontifical non-infaillible n’est donc pas une « invention de Vatican II » mais existait bien avant chez les théologiens les plus réputés approuvés par Rome.
De tels ouvrages ont reçu l’approbation ecclésiastique et ont été largement utilisés pour la formation des prêtres et des théologiens à une époque où l’insistance de l’Église sur l’autorité doctrinale du pape était sans doute plus forte que jamais.
Le pape Léon XIV a appelé les chrétiens à dépasser les "controverses théologiques" qui ne servent plus la cause de l’unité et à redécouvrir ensemble la foi professée au concile de Nicée il y a 1 700 ans.
Dans une nouvelle lettre apostolique, In Unitate Fidei ("Dans l’unité de la foi"), publiée le 23 novembre, en la solennité du Christ Roi, le pape relie l’anniversaire du premier concile œcuménique à l’année sainte 2025 et à son prochain voyage apostolique en Turquie, où il commémorera le 1700e anniversaire du concile de Nicée et participera à un événement œcuménique avec le patriarche œcuménique Bartholomée le 30 novembre, avant de se rendre au Liban.
"Je souhaite que cette lettre encourage toute l’Église à renouveler son enthousiasme pour la profession de foi", écrit le pape, soulignant que le Credo de Nicée-Constantinople "a été pendant des siècles… le patrimoine commun des chrétiens, et il mérite d’être professé et compris de manières toujours nouvelles et pertinentes."
Dans un vibrant appel œcuménique, Léon XIV affirme que le Credo de Nicée "peut être le fondement et le point de référence" d’un cheminement renouvelé vers la pleine communion entre les chrétiens. "Il nous offre un modèle d’unité véritable dans la diversité légitime. Unité dans la Trinité, Trinité dans l’unité, car l’unité sans la multiplicité est tyrannie, la multiplicité sans l’unité est désagrégation", écrit-il.
"Nous devons donc laisser derrière nous les controverses théologiques qui ont perdu leur raison d’être afin de développer une compréhension commune et plus encore, une prière commune au Saint-Esprit, afin qu’il nous rassemble tous dans une seule foi et un seul amour", poursuit le pape.
"Le rétablissement de l’unité entre les chrétiens ne nous appauvrit pas ; au contraire, il nous enrichit", ajoute-t-il, qualifiant l’objectif d’une unité visible et totale de "défi théologique et, plus encore, de défi spirituel, qui exige la repentance et la conversion de tous".
"Ce credo nous donne de l'espoir"
Faisant le lien entre le concile de Nicée et les crises actuelles, Léon XIV note que l'année sainte est dédiée au thème "Le Christ notre espérance" et que le Credo de Nicée demeure une source de confiance au milieu de la guerre, de l'injustice et de la souffrance.
"En cette année sainte, placée sous le thème du Christ, notre espérance, il est providentiel que nous célébrions également le 1700e anniversaire du premier concile œcuménique de Nicée", écrit-il. Ce concile, rappelle-t-il, "a proclamé la profession de foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu. C’est le cœur de la foi chrétienne."
Le Premier Concile Œcuménique, par Michel Damaskinos. Monastère de Vrontissi, région de Kainourgio. 1591
"En ces temps difficiles que nous vivons, au milieu de tant d’inquiétudes et de craintes, de menaces de guerre et de violence, de catastrophes naturelles, de graves injustices et déséquilibres, et de la faim et de la misère dont souffrent des millions de nos frères et sœurs, ce Credo nous donne de l’espoir", déclare le pape.
Léon XIV présente la lettre comme une invitation à tous les chrétiens "à marcher en harmonie, en gardant et en transmettant avec amour et joie le don qu’ils ont reçu", notamment à travers les paroles du Credo : "Je crois en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu… pour notre salut, il est descendu du ciel."
Nicée et le cœur de la foi chrétienne
Le pape consacre une grande partie de l'encyclique In Unitate Fidei à expliquer le contexte historique et théologique du concile de Nicée, qui s'est réuni en 325 pour traiter de la controverse arienne sur la divinité du Christ.
Le différend, note-t-il, "portait sur l’essence même de la foi chrétienne", à savoir la réponse à la question de Jésus dans l’Évangile : "Qui dites-vous que je suis ?" En réponse, les Pères de Nicée ont confessé que Jésus est le Fils de Dieu ''en tant qu’il est de la substance (ousia) du Père… “engendré, non pas créé, consubstantiel (homooúsios) au Père”''.
"Les Pères de Nicée étaient fermes dans leur résolution de rester fidèles au monothéisme biblique et à l’authenticité de l’Incarnation", écrit Léon XIV. En adoptant des termes tels que "substance" et "consubstantiel", qui ne se trouvent pas dans l’Écriture, le concile "n’a pas substitué la philosophie grecque aux affirmations bibliques", explique-t-il. Il s’agissait plutôt "d’affirmer clairement la foi biblique et de la distinguer de l’erreur d’Arius, profondément influencée par l’hellénisme". (§ 5)
"Le Credo de Nicée ne dépeint pas un Dieu distant, inaccessible et inflexible, replié sur lui-même, mais un Dieu proche de nous, qui nous accompagne sur notre chemin, même dans les endroits les plus sombres de la terre", écrit le pape. "Son immensité se révèle lorsqu’il s’abaisse, renonçant à son infinie majesté pour devenir notre prochain dans les plus petits et les plus pauvres. Cela révolutionne les conceptions païennes et philosophiques de Dieu."
Dans cette lettre apostolique, Léon XIV fait ces admirables développements :
"Saint Athanase d'Alexandrie (+373) "qui avait participé au Concile en tant que diacre de l'évêque Alexandre et lui avait succédé sur le siège d'Alexandrie d'Égypte, souligna à plusieurs reprises et avec force la dimension sotériologique exprimée par le Credo de Nicée. Il écrivait en effet que le Fils, descendu du ciel, "nous a fait fils du Père et, devenu Lui-même homme, il a divinisé les hommes. Il n'est pas devenu Dieu à partir de l'homme qu'Il était, mais à partir de Dieu qu'Il était, Il est devenu homme pour nous diviniser.' (Contra arianos, I, 38, 7 - 39). ... Le Fils de Dieu s'est fait homme – explique saint Athanase – afin que nous, les hommes, puissions être divinisés. (S. Athanase d’Alexandrie, De incarnatione Verbi, 54, 3; Contra arianos, I, 39; 42; 45)
"La divinisation n'a rien à voir avec l'autodéification de l'homme[que nous rencontrons dans les systèmes politiques modernes. Ndlr.]. Au contraire, la divinisation nous préserve de la tentation primordiale de vouloir être comme Dieu (cf. Gn 3, 5). Ce que le Christ est par nature, nous le devenons par grâce. Par l'œuvre de la rédemption, Dieu a non seulement restauré notre dignité humaine comme image de Dieu, mais Celui qui nous a créés de manière merveilleuse nous a rendus participants, d'une manière plus admirable encore, de sa nature divine (cf. 2 P 1, 4). La divinisation est donc la véritable humanisation. (In Unitate Fidei § 7.) [Benoît XVI parlait de "développement humain intégral". Ndlr.]
"Le roc du credo nicéen fut saint Athanase, irréductible et ferme dans la foi. Bien qu'il ait été déposé et expulsé à cinq reprises du siège épiscopal d'Alexandrie, il y revint à chaque fois en tant qu'évêque. Même en exil, il continua à guider le peuple de Dieu à travers ses écrits et ses lettres. Comme Moïse, Athanase ne pourra entrer dans la terre promise de la paix ecclésiale. Cette grâce sera réservée à une nouvelle génération, connue sous le nom de "jeunes nicéens" :
Le mérite des trois Cappadociens, en particulier, a été d'achever la formulation du Credo de Nicée, en montrant que l'Unité et la Trinité en Dieu ne sont en aucun cas contradictoires. C'est dans ce contexte que l'article de foi sur le Saint-Esprit a été formulé lors du premier concile de Constantinople en 381. Ainsi, le Credo, qui s'appelle depuis lors Nicée-Constantinople, dit : 'Nous croyons au Saint-Esprit, qui est Seigneur et qui donne la vie, et qui procède du Père. Avec le Père et le Fils, il est adoré et glorifié, et il a parlé par les prophètes'. (Conc. Constantinople I en 381)
"Depuis le Concile de Chalcédoine, en 451, le Concile de Constantinople est reconnu comme œcuménique et le Credo de Nicée-Constantinople est déclaré universellement contraignant.Il constitue donc un lien d'unité entre l'Orient et l'Occident. Au XVI siècle, les communautés ecclésiales issues de la Réforme l'ont également conservé. Le Credo de Nicée-Constantinople est ainsi la profession commune de toutes les traditions chrétiennes.
"...Grâce à Dieu, le mouvement œcuménique a obtenu de nombreux résultats au cours des soixante dernières années. Même si la pleine unité visible avec les Églises orthodoxes et orthodoxes orientales et avec les communautés ecclésiales issues de la Réforme ne nous a pas encore été donnée, le dialogue œcuménique nous a conduits, sur la base du baptême unique et du Credo de Nicée-Constantinople, à reconnaître nos frères et sœurs en Jésus-Christ dans les frères et sœurs des autres Églises et communautés ecclésiales et à redécouvrir la communauté unique et universelle des disciples du Christ dans le monde entier. En effet, nous partageons la foi en un seul et unique Dieu, Père de tous les hommes, nous confessons ensemble l'unique Seigneur et vrai Fils de Dieu Jésus-Christ et l'unique Esprit-Saint, qui nous inspire et nous pousse à la pleine unité et au témoignage commun de l'Évangile. Ce qui nous unit est vraiment bien plus grand que ce qui nous divise !Ainsi, dans un monde divisé et déchiré par nombre de conflits, l'unique Communauté chrétienne universelle peut être un signe de paix et un instrument de réconciliation, contribuant de manière décisive à un engagement mondial en faveur de la paix. Saint Jean-Paul II nous a rappelé en particulier le témoignage des nombreux martyrs chrétiens issus de toutes les Églises et Communautés ecclésiales : leur mémoire nous unit et nous incite à être des témoins et des artisans de paix dans le monde.
"Afin d'exercer ce ministère de manière crédible, nous devons marcher ensemble pour parvenir à l'unité et à la réconciliation entre tous les chrétiens. Le Credo de Nicée peut être la base et le critère de référence de ce cheminement. Il nous propose en effet un modèle de véritable unité dans la diversité légitime. Unité dans la Trinité, Trinité dans l'Unité, car l'unité sans multiplicité est tyrannie, la multiplicité sans unité est désagrégation.
"...Cela ne signifie pas un œcuménisme de retour à l'état antérieur aux divisions, ni une reconnaissance mutuelle du statu quo actuel de la diversité des Églises et des communautés ecclésiales, mais plutôt un œcuménisme tourné vers l'avenir, de réconciliation sur la voie du dialogue, d'échange de nos dons et de nos patrimoines spirituels. Le rétablissement de l'unité entre les chrétiens ne nous appauvrit pas, au contraire, il nous enrichit. Comme à Nicée, cet objectif ne sera possible qu'à travers un chemin patient, long et parfois difficile d'écoute et d'accueil réciproque. Il s'agit d'un défi théologique et, plus encore, d'un défi spirituel, qui exige le repentir et la conversion de tous. C'est pourquoi nous avons besoin d'un œcuménisme spirituel de prière, de louange et de culte, comme cela s'est produit dans le Credo de Nicée Constantinople. Invoquons donc le Saint-Esprit, afin qu'il nous accompagne et nous guide dans cette entreprise.
Saint-Esprit de Dieu, tu guides les croyants sur le chemin de l'histoire.
Nous te remercions d'avoir inspiré les Symboles de la foi et de susciter dans nos cœurs la joie de professer notre salut en Jésus-Christ, Fils de Dieu, consubstantiel au Père. Sans Lui, nous ne pouvons rien.
Toi, Esprit éternel de Dieu, d'âge en âge, tu rajeunis la foi de l'Église. Aide-nous à l'approfondir et à toujours revenir à l'essentiel pour l'annoncer." (In Unitate Fidei § 12)
Fin de citation de Léon XIV
Texte du Credo de Constantinople 381:
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre,
de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur,
Jésus Christ, le Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu,
engendré, non pas créé, de même nature que le Père,
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ;
par l’Esprit Saint,
il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures,
et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire,
pour juger les vivants et les morts ;
et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l’Esprit Saint,
qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils ;
avec le Père et le Fils,
il reçoit même adoration et même gloire ;
il a parlé par les prophètes.
Je crois en l’Eglise,
une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts
et la vie du monde à venir.
Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de tout ce qui est, visible et invisible.
Et nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu,
engendré du Père avant tous les siècles, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, consubstantiel au Père. Par lui tout a été fait.
Pour nous, les humains, et pour notre salut, il est descendu du ciel, s'est incarné du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, et est devenu pleinement homme.
Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate. Il a subi la mort et a été enterré.
Il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures.
Il est monté au ciel et siège à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n'aura pas de fin.
Et [nous croyons] en l’Esprit Saint, le Seigneur, qui donne la vie, qui procède du Père, qui est un avec le Père et le Fils et qui reçoit adoration et gloire, qui a parlé par les prophètes.
[Nous croyons] en une seule Église sainte, universelle et apostolique.
Nous reconnaissons un seul baptême pour le pardon des péchés.
Nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir. Amen.
Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de toutes les choses visibles et invisibles ;
et en un seul Seigneur, Jésus-Christ,
le Fils unique de Dieu,
engendré du Père avant tous les siècles,
lumière née de la lumière,
vrai Dieu né du vrai Dieu,
engendré et non créé,
consubstantiel au Père,
par qui toutes choses ont été créées,
qui, à cause de nous, hommes, et à cause de notre salut, est descendu du ciel,
s'est incarné du Saint-Esprit et de la Vierge Marie,
et s'est fait homme,
a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
a souffert, a été enseveli,
est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures,
est monté au ciel, siège à la droite du Père,
et reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts,
et son règne n'aura pas de fin ; et en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et vivifiant, qui procède du Père,
qui avec le Père et le Fils reçoit avec lui adoration et avec lui glorifaction,
qui a parlé par les prophètes ; Nous croyons
en une seule Église sainte, catholique et apostolique.
Nous confessons un seul baptême pour le pardon des péchés ;
nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir. Amen.
Note du blog Christ-Roi.La clause "et du Fils" (Filioque) dans le Credo de Constantinople est un ajout de l'Eglise catholique au Concile de Tolède en 589 fait pour contrer l'arianisme en Espagne. Cette clause s'est ensuite répandue progressivement en Occident, mais n'a été incorporée dans la liturgie qu'en 1014 sous le Pape Benoît VIII. Les Orientaux ne l'ont pas admise et a occasionné le schisme de 1054.
Les Pères occidentaux
Les Pères latins, confrontés à des hérésies comme l'arianisme, ont souvent insisté sur l'unité des Personnes divines et la consubstantialité (même essence) au sein de la Trinité. Ils ont affirmé que l'Esprit procède du Père et du Fils comme d'un principe unique, pour souligner que le Fils partage pleinement la divinité du Père.
Ambroise de Milan (vers 339-397) est l'un des premiers à formuler clairement cette idée.
Dans son traité Du Saint-Esprit (De Spiritu Sancto, livre I, chapitre 11), il déclare que l'Esprit "procède du Père et du Fils" (procedit a Patre et Filio), sans séparation entre eux, pour combattre les hérésies niant la divinité de l'Esprit et affirmer l'égalité l'égalité et l'unité des Trois Personnes.
Augustin d'Hippone (354-430) dans De la Trinité (De Trinitate, livres IV et XV) explique que l'Esprit procède du Père et du Fils comme d'un seul principe (principaliter a Patre et Filio) en citant Jn 15,26 pour l'affirmer. Pour Augustin, l'Esprit est le lien d'amour mutuel entre le Père et le Fils ; sa procession du Fils reflète cette relation éternelle d'amour réciproque au sein de la Trinité. Il utilise des analogies comme l'amour procédant de l'esprit et de la connaissance pour illustrer cela. La "Sagesse" est "Esprit Saint" (Sg 1,5) et aussi "Paroles" de Dieu "claires pour qui a l’intelligence, et droites pour qui a trouvé la connaissance". (Pr 8,8-9) et la Parole de Dieu est le "Verbe" et "le Fils" de Jn 1, 1-14. Les paroles de Jésus sont inspirantes car elles ont touché des millions de personnes à travers les siècles... De même, outre l'amour et la connaissance, la paix elle-même procède de l'Esprit. Et les paroles de Jésus procurent la paix (Jn 16,33). Pour Augustin, ces analogies ne contredisent pas la source unique du Père, car le Fils reçoit tout de lui, et la procession exprime les relations d'opposition ou d'inégalité au sein de la Trinité. Les personnes de la Trinité ne se distinguent pas par des attributs substantiels comme la Sagesse ou la bonté qui sont communs aux trois, mais par des relations relatives et opposées fondées sur les processions éternelles: la génération du Fils par le Père et la procession de l'Esprit par le Père et le Fils.
Hilaire de Poitiers (vers 315-367) et d'autres, comme Victrice de Rouen, ont aussi employé des formules similaires dans des professions de foi privées, affirmant que l'Esprit procède du Père et du Fils pour contrer les hérésies subordonnant le Fils ou l'Esprit.
Ces Pères voyaient le Filioque comme une clarification de l'unité trinitaire, où le Père reste le principe premier, mais où le Fils participe à la spiration de l'Esprit. Ces explications visaient à affirmer l'égalité trinitaire et à éviter toute subordination.
Les Pères orientaux
Les Pères grecs, influencés par le Symbole de Nicée-Constantinople (381) qui dit que l'Esprit "procède du Père" (ek tou Patros ekporeuomenon), ont généralement insisté sur le Père comme unique source (monarchie) de la Trinité.
Cependant, ils ont souvent décrit une médiation du Fils dans la procession ou la manifestation de l'Esprit, utilisant des expressions comme "par le Fils" (dia tou Huiou) ou "du Père et recevant du Fils". Les Occidentaux ont vu cela comme soutenant le filioque, mais les Orientaux distinguent entre l'origine éternelle (ekporeusis, du Père seul) et la manifestation ou procession économique (proienai, impliquant le Fils dans l'économie du salut ou éternellement comme énergie divine).
Grégoire de Nysse (vers 335-395), un Cappadocien, décrit l'Esprit comme procédant du Père "par le Fils" (dia tou Huiou), le comparant à un rayon du soleil passant par sa splendeur. Pour lui, cela souligne l'unité consubstantielle sans faire du Fils une cause originaire comme le Père.4a6eb4566458
Cyrille d'Alexandrie (vers 376-444) affirme dans son Thésaurus que l'Esprit "procède du Père et du Fils" (proeisi ek Patros kai Huiou), mais dans un sens économique (lié à la révélation dans le monde). Il précise que l'Esprit reçoit du Fils, soulignant la médiation du Fils sans altérer la monarchie du Père.c5aff0247d86
Épiphane de Salamine (vers 315-403) et Maxime le Confesseur (vers 580-662) utilisent des formules comme "du Père par le Fils" ou "procédant du Père et recevant du Fils". Maxime, en particulier, défend les Latins contre les accusations byzantines en expliquant que les Latins n'enseignent pas deux causes dans la Trinité, mais qu'ils entendent par Filioque que l'Esprit procède du Père à travers le Fils sans remettre en cause la monarchie du Père. Le filioque ne fait pas du Fils une cause première, mais exprime la communication de l'Esprit par le Fils, en distinguant procession ontologique (du Père) et énergétique (par le Fils). Maxime affirme explicitement que cette doctrine est orthodoxe dans son intention et compatible avec la foi grecque.
Pour les Orientaux, ces expressions préservent le Père comme unique principe sans principe (aitia), évitant toute confusion des hypostases. La controverse a surgi quand les Latins ont ajouté le filioque au Credo, perçu comme altérant cette monarchie.
Sur le plan théologique strict, le Filioque découle d'une réflexion sur les relations trinitaires. Dans la Trinité, les personnes se distinguent uniquement par leurs relations d'origine. Le Père est sans origine, le Fils est engendré par le Père et l'Esprit procède. Or, si le Fils reçoit tout du Père comme l'affirme Jn 16,15, alors la capacité de spirer l'Esprit fait partie de ce que le Père communique au Fils, à l'exception de la Paternité elle-même. Ainsi, lorsque l'Occident affirme que l'Esprit procède du Père et du Fils, il ne nie pas la monarchie du Père, mais affirme que le Père est l'unique source première et que le Fils participe pleinement à cette spiration en tant que Fils.
Ces interprétations ont alimenté le schisme de 1054 et des débats ultérieurs. La véritable divergence entre catholicisme et orthodoxie ne réside pas tant dans le contenu trinitaire que dans la formulation théologique et l'autorité ecclésiale. L'Orient préfère parler exclusivement du Père comme source pour préserver la monarchie divine, tandis que l'Occident insiste sur la communion consubstantielle du Père et du Fils.
Sur le plan ecclésiologique, l'orthodoxie refuse l'ajout unilatéral du Filioque au Credo sans concile oecuménique, alors que le catholicisme considère que l'Église latine avait l'autorité pour expliciter une doctrine déjà contenue implicitement dans la foi.
Des dialogues œcuméniques récents, comme ceux du Vatican, cherchent à réconcilier les vues en reconnaissant les différences terminologiques.
Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 38
Le récit de son martyre est légendaire et défie toute tentative d'en extraire le noyau historique. Les anciennes sources orientales ne font aucune mention d'elle. En Occident, son culte n'apparaît qu'au XIe siècle, lorsque les croisés le popularisèrent. Elle devint la patronne des facultés philosophiques ; elle est l'une des "Quatorze Saintes Auxiliatrices".(1)
Catherine naquit à Alexandrie, d'une famille de première noblesse. Comme elle ne se hâtait pas de recevoir le baptême, Dieu lui envoya une vision où la Sainte Vierge la présentait au divin enfant qui détournait les yeux avec tristesse et disait : "Je ne veux point la voir, elle n'est pas encore régénérée." À son réveil, elle résolut de recevoir promptement le baptême. Quand elle l'eut reçut, Jésus lui apparut, lui donna mille témoignages d'amour, la prit pour épouse en présence de Marie et de toute la cour céleste, et lui passa au doigt l'anneau de son alliance.
Catherine, vierge d'Alexandrie, douée d'une haute intelligence, suivit avec le plus grand succès les leçons des plus grands maîtres chrétiens de l'école d'Alexandrie, et se consacra à la recherche des sciences ; à dix-huit ans, elle surpassa tous ses contemporains en science.
Dans une grande fête du paganisme célébrée en présence de l'empereur en Orient Maximin Daïa (310-313), sachant comment les chrétiens étaient torturés, elle eut la sainte audace de se présenter devant lui, de lui montrer la vanité des idoles et la vérité de la religion chrétienne. Elle lui reprocha sa cruauté et lui démontra par des raisons convaincantes la nécessité de la foi chrétienne pour être sauvée. Étonné de sa sagesse, l'empereur ordonna de la garder enfermée, et ayant réuni cinquante des plus savants docteurs du paganisme, leur promit de magnifiques récompenses s'ils parvenaient à confondre la vierge et à la détourner de la foi au Christ. Préparée par la prière et le jeûne, elle commença la discussion et fit un discours si profond et si sublime sur la religion de Jésus-Christ comparée au culte des faux dieux, que les cinquante philosophes, éclairés par sa parole en même temps que touchés de la grâce, proclamèrent la vérité de la croyance de Catherine, se déclarèrent prêts à offrir leur vie pour l'Évangile et reçurent, par l'ordre du cruel empereur, le baptême du sang, gage pour eux de l'immortelle couronne.
Maximin, malgré sa fureur, plein d'admiration pour la beauté et les hautes qualités de Catherine, espéra la vaincre par l'ambition en lui promettant sa main. Il essuya un refus à cause de son "mariage mystique" avec le Christ.
Pendant deux heures, l'innocente vierge subit le supplice de la dislocation de ses membres sur un chevalet, et celui des fouets.
Il ordonna qu'elle soit fouettée à coups de verges, flagellée avec des nodules de plomb, puis laissée languir onze jours sans nourriture en prison. L'épouse de l'empereur et Porphyre, général de l'armée, rendirent visite à Catherine en prison ; ses paroles les amenèrent tous deux au Christ et plus tard, eux aussi prouvèrent leur amour dans le sang.
Le lendemain, Maximin, surpris de la trouver plus belle et plus saine que jamais, essaya de triompher de sa résistance. Le supplice suivant de Catherine consista à être placée sur une roue avec des couteaux tranchants et pointus ; de son corps lacéré, des prières montèrent au ciel et la machine infernale volant en éclats, tomba en morceaux. Beaucoup de ceux qui assistèrent au miracle embrassèrent la foi. Le tyran, confus de tous ces prodiges, ordonna de lui trancher la tête.
Avant de mourir décapitée le 25 novembre (307 ou 312), la servante du Christ avait demandé et obtenu deux choses de son divin Époux : que son corps fût respecté après le supplice, et que l'ère des persécutions prît bientôt fin.
Martyre de Sainte Catherine, peinture de Masolino da Panicale
Plus tard, son corps fut transporté par les anges sur le mont Sinaï, où il fut enterré dans le couvent qui porte son nom. (Extrait de L'année de grâce de l'Église, Pius Parsch). Les souvenirs bibliques attirèrent au Sinaï de nombreuses colonies monastiques dès le IVe siècle. La plus célèbre fut celle de l'abbaye Sainte-Catherine fondée par l'empereur Justinien en 527.
La Tradition nous assure que des moines découvrirent le corps de la jeune femme.
La dévotion à sainte Catherine est une des plus répandues en Europe, y compris dans les églises orthodoxes.
De très nombreuses corporations se sont placées sous le patronage de sainte Catherine d'Alexandrie. Celles qui utilisaient des mécanismes comportant des roues, et celles de l'intellect.
La Sorbonne eut, entre autres saints, Catherine d'Alexandrie comme sainte patronne.
L'Ordre de la Très Sainte Trinité, ordre religieux fondé en 1193 pour le rachat des captifs chrétiens pris par les barbaresques, vénère Catherine comme sainte patronne.
Attributs: anges, anneaux d'or, colombe, enfant, épée du martyre, roue brisée à pointes.
Sainte Catherine d'Alexandrie, 1595-1596 Le Caravage, Madrid, musée Thyssen-Bornemisza, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 692-693.
Sources : (1) Père R. Vierling (2) ; (3) ; Christophe RENAULT, Les Saints et leurs attributs, Histoire de l'Art, Mémo Gisserot, Editions Jean-Paul Gisserot, Luçon 2009, p. 20; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 38.
Dans le califat de Cordoue, tous les chrétiens et ceux qui leur donnaient asile étaient condamnés à mort. La jeune Flora, repoussée de toute part, se réfugia dans une église et y rencontra Maria, elle aussi traquée. Ensemble, elles se rendirent au tribunal où elles dénoncèrent toutes deux l'Islam; elles moururent décapitées, martyres sous le règne d'Abd al-Rahman II, le 24 novembre 851. Maria fut exécutée pour blasphème et Flora pour apostasie.
Flore née d'un père musulman et d'une mère chrétienne, la loi islamique faisait d'elle une musulmane mais, en secret, elle avait été élevée dans la foi chrétienne. Son propre frère s'aperçut de ses convictions chrétiennes et la dénonça au juge (le cadi). Elle fut condamnée à être battue de verges. Elle reçut des coups qui la blessèrent à la tête et lui découvrirent les os du crâne. Puis on la remit à son frère pour qu'il la persuade de revenir à l'islam car elle était tenue pour avoir abjuré cette religion et elle méritait, à ce titre, la mort. Flore réussit à tromper la vigilance de son frère et à s'échapper. Elle trouva refuge à Ossaria, chez une sœur où elle put reprendre des forces. Après quelques jours, elle revint à Cordoue pour aller prier publiquement dans l'église Saint-Ascicle, un martyr des premiers siècles. Là, elle rencontra Marie, la sœur du diacre Valabonse qui venait tout récemment de recevoir la couronne du martyr. Les deux vierges, remplies de zèle, décidèrent de se présenter ensemble devant le juge pour confesser leur foi. Elles furent d'abord emprisonnées dans un cachot obscur peuplé de femmes grossières. C'est pour elle que l'évêque de la ville, Euloge de Cordoue rédigea son Exhortation au martyre.Après un dernier interrogatoire, elles furent décapitées pour avoir selon le juge et selon la loi abjuré l'islam et embrassé la foi chrétienne.
(Source: Alban Butler, Vie des pères, des martyrs et des autres principaux saints, traduit en français par l'abbé Godescard, Toulouse, 1808.)
Si les enseignements de l'Eglise pouvaient pénétrer, comme nous l'avons décrit, les profondeurs de la conscience des hommes, qu'ils soient gouvernants ou sujets, tous finiraient par être si conscients de leurs devoirs personnels et civiques, de leurs responsabilités mutuelles, qu'en peu de temps "le Christ serait tout et en tous." ( Col 3, 11)
L'oubli et/ou la perte de la grâce à travers les conflits, les discordes internes, la lutte des classes, la lutte des partis politiques, la ruine de la famille, et les dégâts spirituels de la société moderne trouve leur remède dans la paix du Christ dans le royaume du Christ.
Ce 23 novembre 2025 marque les 100 ans de la fête du Christ Roi, instituée par le Pape Pie XI dans son encycliqueQuas Primas. "Elle n’est plus le dernier dimanche d’octobre, mais le dernier dimanche de l’année liturgique : elle devient ainsi comme le couronnement de l’année liturgique et porte le titre de Solennité du Christ Roi de l’Univers."(Diocèse de Gap)
Avec sa première encyclique ''Urbi Arcano Dei Concilio'' (Dans les desseins insondables de Dieu), portant le sous-titre "Sur la paix du Christ dans le Royaume du Christ", Pie XI constate que la récente Grande Guerre n’avait pas apporté une paix véritable et que, pour y remédier, l’Église et le christianisme devaient être actifs au sein de la société, et non isolés d’elle.
Jésus, fils de David, est venu apporter la paix. "Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né avant toute créature" (Col 1,15), "le "premier-né d’entre les morts" (Col 1,18) et "le premier-né d’une multitude de frères" (Rm 8,29), que sont tous les fidèles de Dieu, ceux qui se joindront à Jésus-Christ en tant que Ses frères et sœurs pour faire partie de cette famille divine lorsqu’ils ressusciteront à la vie spirituelle et immortelle.
Nous sommes la postérité de Dieu : Nous sommes de sa descendance. (Ac 17,18). Dans l’hébreu ancien, le Psaume 82 apporte plus de lumière sur ce fait: au verset 6, Dieu parle des êtres humains comme étant "des dieux", assimilés ici aux "fils du Très-Haut" (Psaume 81 (82):6). Les descendants de Dieu sont des "dieux" comme Jésus le confirma en citant ce passage en Jean 10:34-36. Le Christ a en tout la primauté, car il a voulu tout réconcilier en faisant la paix par le sang de la croix.
Le Pape Pie XI voyait déjà que l'éloignement de Dieu dans la société, dans la famille et dans l'éducation étaient les principales causes de tous ces maux modernes et il déclarait explicitement les slogans et les programmes de Saint Pie X (Instaurare omnia in Christo) et de Benoît XV (restauration de la paix).
De cette manière, il proposait de réaliser la paix du Christ dans le royaume du Christ (pax Christi in regno Christi).
Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables - une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix -- se répandraient infailliblement sur la société tout entière.
La fête du Christ Roi a été instituée en 1925 par le Pape Pie XI, avec l'encyclique "Quas Primas". Le Pape déclara qu'avec cette fête "c'est désormais à notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d'apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine, le laïcisme."
Pie XI faisait précéder la Toussaint par la fête du Christ Roi afin de montrer que la foi catholique vécue dans la Cité devait emprunter les chemins de sanctification suivis par les saints. Durant ces années au Mexique les "Cristeros" persécutés par le gouvernement franc-maçon se battaient pour la liberté religieuse et mouraient en criant "Viva Cristo Rey" ("Vive le Christ Roi").
Aujourd'hui, l'Église fête la solennité du Christ Roi le dernier dimanche de l'année liturgique pour montrer que le Christ est le "commencement et la fin" (Ap 1,8), le Maître du temps et de l'Histoire. Cette fête est la conséquence liturgique de la conception théologique scotiste du XIVe siècle (ordre franciscain) reconnaissant au Christ une place suréminente dans l'œuvre de la Création et de la Rédemption. Celui que S. Jean dans l'Apocalypse appelle "l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin" (Ap 1,8), est la cause, le chef et l'achèvement de toute la Création spirituelle et sensible.
Vous avez sans doute entendu dire que "tous les chemins viennent à Rome", il est tout aussi vrai de dire que tous les chemins viennent de Rome !
Nous allons ainsi découvrir comment l'Eglise catholique a bâti la civilisation occidentale
Le libre marché lui-même tempéré par des interventions de l'autorité étatique (théorisé par des scolastiques de l'école de Salamanque, 16e siècle), la" laïcité", n'eurent pas pu naître sans le christianisme. (Cf. Dr. Thomas Ernest Woods,How the Catholic Church Built Western Civilization, 2005.)
Cette civilisation était-elle parfaite ? Non, loin de là. Le monde avec des institutions parfaites n'existe pas ! La perfection n'est pas de ce monde. Mais à bien des égards, la civilisation catholique dépasse tout ce qui avait été vu jusque-là, non seulement par ses réalisations effectives, mais aussi par ses idées, et sa vision du monde - ce à quoi elle aspirait.
Soyez attentifs, vous qui êtes mon peuple ; et vous, les nations, prêtez-moi l’oreille ! Car de moi sortira la loi, mon droit sera la lumière des peuples ! Soudain, je rendrai proche ma justice, mon salut va paraître, et mon bras gouvernera les peuples.
Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement, à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront.
Je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme.
... Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.
"(Le prophète) Daniel, prédisant la constitution par le Dieu du ciel d'un royaume qui ne sera jamais renversé... et qui durera éternellement (Dn 7,14), peu après, ajoute:
Je regardais durant une vision nocturne, et voilà que, sur les nuées du ciel, quelqu'un s'avançait semblable au Fils de l'homme; il parvint jusqu'auprès de l'Ancien des jours et on le présenta devant lui. Et celui-ci lui donna la puissance, l'honneur et la royauté; tous les peuples, de toutes races et de toutes langues, le serviront; sa puissance est une puissance éternelle, qui ne lui sera pas retirée, et son royaume sera incorruptible,'' écrit Pie XI dans Quas Primas, § 6, à propos de Dn 7,13-14.
Un royaume spirituel
Mgr Louis-Édouard Pie (1815-1880), évêque de Poitiers, cardinal et prélat antilibéral du XIXe siècle, a expliqué la doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ.
La parole du Christ "Mon Royaume n'est pas de ce monde" (Jn 18,36) est souvent interprétée faussement par les libéraux qui vivent comme si le royaume de Dieu ne devait déjà pas s'exercer sur cette terre. Cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que la royauté du Christ vient d'en haut, et non de ce monde. Son pouvoir tire son origine du Ciel et non d'ici-bas. La royauté du Christ va avec 'Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu D’EN haut...' (Jn 19,11).
Saint Paul précise : "comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel" (1 Co 15,48).
La royauté du Christ s'exerce sur toutes les réalités, ici-bas comme au Ciel, tout ayant été fait "en" lui, "par" lui et "pour" lui (Colossiens 1,16).
"Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin." (Lc 1,33)
"Car en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité"... (Colossiens 2,9)
Jésus se déclare Roi devant Pilate en disant : "Tu l’as dit, je suis roi. C'est pour cela que je suis né et c'est pour cela que je suis venu au monde…" (Jn 18, 37).
Cette déclaration impressionna tellement Pilate que, après la crucifixion de Jésus, il ordonna qu'un écriteau soit placé sur la croix au-dessus de sa tête avec cette inscription précise : "Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum'' (INRI), "Jésus le Nazaréen, roi des Juifs" (Jn 19, 19).
La royauté de Jésus n'a rien à voir avec nos images habituelles des rois
L'Évangile (Mt 21,1 - 9, Mc 11,1 - 10, Lc 19, 28 - 40) raconte qu'à proximité de la fête de la Pâque juive, Jésus décida de faire une entrée solennelle à Jérusalem (Rameaux). Il organisa son entrée en envoyant deux disciples chercher un ânon. Il entra à Jérusalem sur une monture pour se manifester publiquement comme le Messie que les juifs attendaient. C'est une monture modeste comme l'avait annoncé le prophète pour montrer le caractère humble et pacifique de son règne.
Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira.
La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage.
Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main.
Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.
Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.
"Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas." (Luc 18,17)
Le prophète Osée 2,20-25 décrit ainsi ce royaume : "En ces jours-là […] l’arc, l’épée et la guerre, je les briserai pour en délivrer le pays ; et ses habitants, je les ferai reposer en sécurité. Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse ; je ferai de toi mon épouse dans la loyauté, et tu connaîtras le Seigneur. En ce jour-là je répondrai – oracle du Seigneur ; oui, je répondrai aux cieux, eux, ils répondront à l’appel de la terre ; la terre répondra au froment, au vin nouveau et à l’huile fraîche, eux, ils répondront à la ''Vallée-de-la-fertilité''. Je m’en ferai une terre ensemencée, J’aimerai celle qu’on appelait ''Pas-Aimée'' et à celui qu’on appelait ''Pas-mon-Peuple'', je dirai : ''Tu es mon peuple'', et il dira : ''Tu es mon Dieu !''
Jésus, l'humble homme de Nazareth, nous invite à le suivre jusqu'à son atelier de menuiserie ou le long du lac de Tibériade. Vêtu simplement, il nous invite à le suivre, comme un homme humble à Nazareth et comme le Dieu tout-puissant auquel nous donnons tout et ne gardons rien pour nous-même :
"Il est le Roi des cœurs, à cause de son inconcevable charité qui surpasse toute compréhension humaine (Eph 3:19) et à cause de sa douceur et de sa bonté qui attirent à lui tous les cœurs: car dans tout le genre humain il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais personne pour être aimé comme le Christ Jésus." (Quas Primas 4)
Le Christ ne prône pas la révolte mais la réformation; il ne cherche pas la Révolution politique, mais la conversion intérieure."Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé." (Jn 4,34) Jésus ne détruit ni n'annule rien, il accomplit.
Respectant notre libre-arbitre, Jésus-Christ ne règne ni par contrainte ni par force mais par Son Esprit. "Ceci est la parole de Yahweh à Zorobabel, savoir : 'Ni par une armée, ni par la force, mais par mon Esprit', dit Yahweh des armées." (Zacharie 4,6)
Sur la Croix, alors que deux malfaiteurs étaient crucifiés avec lui, le peuple restait là à observer, les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : "Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu !" Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant :"Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !" Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : "Celui-ci est le roi des Juifs." L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : "N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi !" Mais l’autre lui fit de vifs reproches : "Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal." Et il disait : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume." Jésus lui déclara : "Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis." (Lc 23,35-40)
"Il est venu tout réconcilier, faisant la paix par le sang de sa croix (Col. 1:20); C’est lui, le Christ, l'Oint qui est notre paix ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres par le moyen de la croix; en sa personne il a tué la haine." (Ephésiens 2,14-16).
Cor ad cor loquitur, le cœur parle au cœur". Jésus vient habiter dans nos cœurs. Son trône d'amour devient nos cœurs. Le règne social du Seigneur, doux et humble de cœur, ne s'impose pas par la force, mais par "l'esprit". Lorsque le chrétien reconnaît le Christ "Roi", cela signifie qu'il reconnaît au Christ la royauté, sur lui-même, et tout ce qu'il a : il ne garde rien pour lui mais lui donne tout.
"Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi." (Apocalypse 3,20)
"Jésus lui répondit : 'Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.'" (Jean 14,23 )
Le Cardinal S. John Henry Newman que Léon XIV déclarera bientôt "Docteur de l'Église universelle" choisit la devise "Cor ad cor loquitur" ("Le cœur parle au cœur") comme expression de sa conversion dans son propre cœur, par le cœur de Dieu.
Il s'agit d'un royaume d'amour, un royaume spirituel, et non matériel, pour ceux qui sont nés de l'eau et de l'esprit. (Jn 3,5), sont devenus des créatures nouvelles (Ga 6,15) et qui persévèrent ici-bas dans la communion avec Dieu jusqu'à sa mort (Mc 13,13), naissance à la vraie vie, à la vie de Dieu (Jn 14, 1-3) Un Royaume où "tous les hommes sont appelés à faire partie du peuple de Dieu" (CEC n°831).
"Le Royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force matérielle des armes. [Ainsi, lorsque Jésus est livré par Judas et arrêté à la demande du grand prêtre Caïphe, "l’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. Alors Jésus lui dit : 'Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée (sans autorité ou mandat légitime. Ndlr.) périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges'" (Mt 26: 51-53). "Les armes de notre combat ne sont pas charnelles" (2 Co 10,4) ; nous ne combattons pas avec les moyens de la chair (2 Co 10,3). La panoplie du chrétien ne comporte aucune armure, aucun équipement matériel. Les Chrétiens ont bien un glaive, mais c'est le casque du salut et le glaive de l'Esprit (Ep 6,17)] Mais il ne résulte aucunement de ces enseignements que le Christ ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations." (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, O.M.C., Lecteur émérite en théologie, Editions Saint-Rémi, p. 30), ni que le métier des armes soit interdit.
Une prophétie tirée du livre du prophète Isaïe dans l'Ancien Testament, précise par exemple : "Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit." La prophétie d'Isaïe poursuit au sujet du Messie : "Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois. Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui crée les cieux et les déploie, qui affermit la terre et ce qu’elle produit ; il donne le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent." (Is 42, 1-5.)
Au XVIe siècle, contre ceux qui avait imposé la religion protestante par la force à Genève en 1535-1536 et en avait chassé l'évêque catholique, saint François de Sales dont la devise était, "Rien par force, tout par amour", dit, en 1594 : "C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut la recouvrer. Il faut [les] renverser par des prières ardentes et livrer l'assaut par la charité fraternelle."
'’Comment le Christ régnera dans le monde ? D’abord, en régnant en chacun de nous. Et comment le fera-t-il ? En régnant en chacunes de nos actions, de nos pensées, chacun de nos désirs.’’
Le royaume messianique est à la fois présent et futur. Il est les deux à la fois. L'Église est le royaume du Christ déjà présent.
"Qu'il ne puisse s'agir seulement d'une communauté future d'ordre eschatologique, c'est ce qu'il est aisé de conclure de la parabole de l'ivraie, où le champ qui nous est décrit (le monde) contient simultanément de l'ivraie et du bon grain : 'en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson (la fin du monde), je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier” (Mt 13,24-30); d'autres paraboles comme celle du filet (Mt 13, 47-48), des talents (Mt 25- 14-30), des dix vierges (Mt 25, 1-13), du grain de sénevé dans sa croissance (Mt 13,32).
"Toute cette prédication du Christ était en continuité avec celle des prophètes (de l'AT) qui annonçaient aussi un royaume social. Elle reprend leurs termes et leur comparaisons. (Le pasteur et le troupeau de Mich 2,12; Ezech 34; la vigne de Is 5, 1-17; 27, 1-5; la parabole du cèdre dans Ezechiel 17,23, qui a des traits communs avec celle du grain de sénevé de Matthieu 13, 32.
"(...) La communauté chrétienne (...) [à] l'opposé de la 'Jérusalem actuelle', terrestre et nationale, (...) est la 'Jérusalem d'en-haut' (1 Co 10, 18), céleste et spirituelle (Ga 4, 25-26). (Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, 1955, rééd Albin Michel, Paris, 1994, p. 54.)
"Depuis le Christ, il y a donc désormais sur terre – ce qui ne s'était jamais vu auparavant, ni chez les Juifs, ni chez les païens – deux ordres de souveraineté : une souveraineté temporelle autonome, avec ses lois, sa police, son droit de contrainte physique sur les malfaiteurs sociaux; et une souveraineté spirituelle autonome, ordonnée au salut des hommes, avec ses lois et sa discipline, mais pourvue seulement de moyens spirituels." (Joseph Lecler, L'Église et la souveraineté de l'État, Paris, 1946, p. 20.) Ce qui met fin à :
-l'holisme antique moniste (J. Largeault, Réductionnisme et holisme, Encyclopaedia universalis, 2000, vol. 19, p. 523-527) où l'univers est une seule réalité, le monde matériel et le monde spirituel sont liés (alors que le dualisme chrétien voient une séparation entre le monde matériel et le monde spirituel, Dieu le Créateur d'un côté et Sa création de l'autre),
-à l'histoire cyclique païenne,
-et libère l'homme de sa destinée passive et de son inclusion à un ordre cosmique prédéterminé.
Lorsque le christianisme a paru dans l'empire romain, les "convictions choisies" des chrétiens "et non reçues de leurs aïeux, semblent à un pouvoir autoritaire (ce qu'est, en vérité, le pouvoir des empereurs romains) une outrecuidante revendication de liberté personnelle." (Jean-Marie Salamito, Introduction dans Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd., Nrf Gallimard, Lonrai 2017, p. XXIV.)
Ainsi, ''quand le christianisme a paru dans le monde, c'est la liberté, la liberté morale de l'homme qu'il a invoquée. Il le fallait bien, puisqu'il venait abolir les croyances [holistiques antiques. Ndlr.] anciennes, protégées par les pouvoirs établis. … il a fait appel à la conscience libre de l'homme [libre arbitre], et il a affirmé en principe cette liberté qu'en fait il pratiquait : 'Il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes', a dit Saint Pierre. (Ac 5,29)...
"S'il y a quelque liberté dans le monde, si cette liberté qu'on nous oppose tant y occupe une si grande place, si elle est le grand caractère de la civilisation moderne, M. Guizot (1787-1874) [historien et homme d'État français, membre de l'Académie française] le sait très bien, il nous l'a lui-même éloquemment appris, c'est à nous, à nous seuls et à notre doctrine qu'on le doit...
"La vraie devise de cette liberté devrait être cette grande parole de ceux qui en furent les premiers martyrs : 'Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes.' (Ac 5,29) Quand M. Guizot dit que le christianisme a commencé par invoquer et par mettre en jeu la liberté, il a bien raison ; mais la liberté par l'obéissance à Dieu, à Jésus-Christ et à Son Église... (Mt 16,18)'' (Auguste NICOLAS - Du protestantisme et de toutes les hérésies dans leur rapport avec le socialisme, A. Vaton Libraire Editeur, Paris 1852, p. 69-73)
"Royaume ... déjà présent sur cette terre", mais dans le mystère - le Concile Vatican II le rappelle dans la constitution pastorale "Gaudium et spes" (n°39) - il parviendra à sa pleine perfection à la fin des temps avec la venue du Seigneur, Juge suprême et Roi, pour juger les vivants et les morts (Mt 25, 31 ss).
Le Christ a maintes fois décrit l'Église comme un royaume de Dieu visible et social. Les paraboles le comparent à un champ ensemencé (Mt 13,24); à une vigne pour la culture de laquelle le père de famille loue les ouvriers (Mt 20, 1-2; 21, 33-35); à un troupeau dont il est le pasteur (Jn 10); à un grain de sénevé qui devient un arbuste (Mt 13, 32); à un plan de vigne dont il est le cep et les disciples les rameaux (Jn 15, 1-8); à une famille où sous la direction du maître travaillent de nombreux serviteurs (Mt 25, 14-30; 24, 45-51); à une exploitation agricole qu'administre un intendant (Lc 16, 1-8.)
Si l'Église était fondamentalement "invisible", alors les chrétiens ne sauraient rien de leur religion depuis l'époque des apôtres. L'expression "pas de ce monde" ne signifie donc pas que le royaume du Christ est invisible. Cela signifie qu'il est établi et soutenu par Dieu comme aucun royaume terrestre ne l'est. Dieu n'a fait aucune des promesses qu'il a faites à son Église à quelqu'un d'autre ou quelque chose d'autre.
Si vous regardez les prophéties de l'Ancien Testament sur le royaume messianique, vous voyez encore qu'elles parlent de rois qui viennent dans le royaume et apportent leurs trésors.
Dieu dit à Moïse : "c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre." (Dt 4,39) Jésus dit de lui-même : "Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre." (Mt 28,18).
Cela inclut les pouvoirs temporels qui détiennent l'épée au nom de la justice terrestre (Rom. 13), ainsi que la prêtrise, qui détient les clés afin d'enseigner avec autorité aux nationsà observer tout ce que le Christ a ordonné, à savoir les dogmes de la foi et la loi morale (le premier et le deuxième grand commandement). Les rois, les princes, les présidents, les premiers ministres, etc., qui reconnaissent la foi catholique, en tant que laïcs, placés sous l'autorité spirituelle du sacerdoce catholique, sont chargés du bien commun temporel de la communauté. Et en ce qui concerne le dogme et la morale, ils sont sous l'autorité des prêtres de Dieu.
Le fait que le Royaume du Christ ne soit pas de ce monde signifie simplement ce qui suit :
(1) Il est établi par Dieu grâce à un sacrifice de soi, par amour de la part de Dieu incarné, plutôt que (comme la plupart des autres royaumes) par le sacrifice d'autrui par haine de la part d'hommes violents ;
(2) Il durera éternellement, contrairement aux royaumes fondés par les hommes ; et
(3) Il persistera et triomphera même lorsque ses affaires temporelles subiront une catastrophe, comme l'Église en a eu à de nombreuses reprises, et en aura particulièrement sous le règne de l'Antichrist.
Le Christ n'a pas besoin de permission humaine pour régner, car Il est Dieu. Les empires, les régimes politiques passent, Rome est tombée, Jérusalem a été détruite et le temple n'a jamais été reconstruit. Au lieu de cela, l’eucharistie, le corps du Christ est devenu le nouveau temple (Jn 2,19-21), célébré chaque jour aux quatre coins du monde.
À l’heure actuelle, le Corps, le Sang, l'Âme et la Divinité du Messie peuvent être rencontrés sur chaque autel catholique de la planète. L'Eucharistie, telle que prophétisée par le prophète juif Malachie (1:11), a été offerte parmi les nations païennes comme sacrifice unique, final et ultime à Dieu il y a 2000 ans. Par la grâce de Dieu, reçue avec prééminence dans les sacrements, Dieu habite à présent dans nos cœurs, faisant d'eux de petits "temples" de Sa présence, des éléments constitutifs du Temple plus vaste, Son Église, dans laquelle Il demeure éternellement, promettant qu'il ne sera jamais vaincu par l'Enfer.
Et le jour viendra où tout genou flechira (Philippiens 2,10), pour reconnaître le Crucifié comme le Seigneur (Matthieu 23,39) qui avait été rejeté, avec pleurs et humiliations (Cf. Zacharie 12,10). Et alors "tout Israël sera sauvé" (Romains 11,26).
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.
Nous ignorons simplement le temps de l’achèvement de la terre et de l’humanité et il ne nous appartient pas de le connaître (Ac 1,7); mais, nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle terre où régnera la justice (2 Co 5, 2 ; 2 P 3, 13) et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme (1 Co 2, 9 ;Ap 21, 4-5). Alors, la mort vaincue, les fils de Dieu ressusciteront dans le Christ, et ce qui fut semé dans la faiblesse et la corruption revêtira l’incorruptibilité (1 Co 15, 42.53). La charité et ses œuvres demeureront (1 Co 13, 8 ; 3, 14) et toute cette création que Dieu a faite pour l’homme sera délivrée de l’esclavage de la vanité. L’attente de la nouvelle terre, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine. (Gs 39)
Les apports du christianisme
Quelques contributions de l'Église au monde et au progrès terrestre :
Sans l'Église, pas de "Bible"
Jésus-Christ n'a rien écrit, il n'a pas laissé de bible. Ce qu'Il nous a laissé c'est l'Église, "colonne et fondement de la vérité" (1 Tm 3,15) et la tradition orale des apôtres reçue des enseignements de Jésus-Christ.
Ni les apôtres ni les premiers chrétiens n'avaient de Bible (jusqu'au IVe siècle).
À l’époque du Second Temple et à l’époque des Apôtres, il n’existait pas de canon unique universellement accepté des Écritures hébraïques – ce que nous appelons aujourd’hui l’Ancien Testament. Les pharisiens, les sadducéens et les esséniens avaient chacun des points de vue différents sur les livres considérés comme faisant autorité.
"Ne voyons surtout pas dans le règne social du Christ une confusion du temporel et du spirituel. Le monde antique, païen ou juif, opère cette confusion, et l'empereur Constantin conservera une vision païenne du pouvoir où le Prince Souverain Pontife intervient dans les affaires religieuses (césarisme). De très bonne heure, c'est l'Occident pourtant qui admit la dualité des pouvoirs temporel (séculier) et spirituel (religieux) : "Duo quippe sunt potestates", en effet il y a deux pouvoirs, écrit le pape Gélase Ier à l'empereur Anastase au Ve siècle en 494 pour le réprimander de cette tendance des empereurs à vouloir dire la doctrine et décider pour l'Église.
Aujourd'hui, "en étant dirigé contre le christianisme, la laïcité fait fausse route car elle scie la branche où elle-même se trouve assise. En effet, c’est le christianisme qui a fondé la distinction des ordres spirituels et temporels, chacun d’eux fonctionnant selon leurs règles propres avec des dirigeants distincts. Par sa réflexion sur l’autonomie de la raison et sa capacité à connaître des vérités naturelles sans le secours de la foi, Thomas d’Aquin a fondé, au XIIIe siècle, la possibilité théorique d’un espace commun qui ne fait pas appel aux arguments d’autorité mais repose sur une loi naturelle mutuellement partagée entre les hommes et que la foi chrétienne ne fait que conforter dans l’ordre de la grâce. Cette autonomie des réalités temporelles – qui n’est jamais une indépendance totale - est le propre du christianisme." (Benoit Dumoulin, Professeur d'histoire des idées politiques à l'Institut catholique de Paris, "Dirigée contre le christianisme, la laïcité scie la branche sur laquelle elle se trouve elle-même assise", Le Figaro, 10-12-2025)
''Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu'' : la laïcité naît de la liberté de culte, de cette "outrecuidante revendication de liberté personnelle" des premiers chrétiens qui, "par leurs attachements à des convictions individuelles, par leur distinction audacieuse du politique et du religieux ..., sont d'une certaine façon en avance sur leur propre époque." (Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017, p. XXIV)
"Saint Augustin au Ve siècle distingue "les deux cités" (temporel et spirituel). La "réforme grégorienne" au XIe siècle corrigera ce défaut de l'empiètement des rois et des empereurs (Voir un peu plus bas). C'est le Christ qui distingue le temporel du spirituel : 'Rendez à César ce qui appartient à César' (Mc 12,17; Mt 22,21, Lc 20,25).
Mais si Jésus affirme sa royauté spirituelle, le monde, lui, n'a pas droit à l'indifférence religieuse : "Je suis la lumière du monde" (Jn 8,12) (Gérard BEDEL, Le Cardinal Pie, Un défenseur des droits de Dieu, Clovis Diffusion, Suresnes 2015, p. 61). En Lituanie, en 2009, la laïcité n'empêche pas la Royauté sociale du Christ. En 2016, la Pologne a consacré le pays au Christ Roi. Simplement, la distinction ne veut pas dire séparation. Rendre à César ce qui est à César ne dispense pas César de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.
Il y a une "saine laïcité" (Pie XII) et selon S. Jean-Paul II une "saine collaboration" (Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion 2005, p.145-146) Pour Benoît XVI, la distinction entre l'Eglise et l'Etat et leur autonomie est un "grand progrès de l'humanité", et même la condition de sa propre "liberté". Il appartient "à la structure" même du christianisme de "faire la distinction" entre "ce qui est à César" et ce qui est à Dieu", entre "Eglise et Etat" (cf. Deus caritas est, § 28). Dans la Cité de Dieu, Saint Augustin affirme que la cité de Dieu et la cité terrestre "avancent ensemble, enchevêtrées l'une dans l'autre jusqu'à ce que le jugement dernier survienne et les sépare". (Cf. Benoît XVI: "la vraie laïcité" a été définie par saint Augustin, 20 fév 2008, AFP)
"Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus, et n'est pas le Dieu des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu, dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est finalement dire que Christ n'est pas divin..., dire que l'Église est juge de la morale privée et n'a rien à voir avec la morale publique, c'est dire finalement qu'elle n'est pas divine." (Cardinal Pie).
En substituant la philosophie à la religion, le profane au Sacré, la thèse libérale moderne prétend fonder un contrat social indépendant de toute société extérieure à l'État. Dans ce système, tout vient de l'État et tout revient à l'État. Maiscette thèse qui prétend que l'État doit être purement laïque est une exagération de la parole du Christ et aboutit à rendre toutà César. "C'est-à-dire encore que, sous prétexte d'échapper à la théocratie imaginaire de l'Église, il faut acclamer une autre théocratie aussi absolue qu'elle est illégitime, la théocratie de César, chef et arbitre de la religion, oracle suprême de la doctrine et du droit..." (Cardinal Pie, Homélie sur le Panégyrique de saint Emilien, Nantes, 8 novembre 1859, III, p. 511-518 cité in Gérard Bedel, Le Cardinal Pie, ibid., p. 65-66.)
Le pape Pie IX (1846-1878), a ainsi pu légitimement dénoncer un défaut majeur de l'État moderne, en ce qu'il se proclame "origine et source de tout droit", qui prétend jouir "d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 91.)
"Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert... Moi je suis au milieu de vous comme le serviteur." (Lc 22,26-27; Matthieu 20:26-27); maître de toutes créatures, il a donné lui-même l'exemple de l'humilité et a fait de l'humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. (Mt 11,30)" (Quas Primas 15).
Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes qu'il leur faille invoquer pour être sauvés (Ac 4:12).
De la lignée de David, choisi par Dieu et marqué par l'onction royale, Il est le pasteur et le roi qui refait l'unité du peuple. Ce royaume, Saint Paul en parle non pas comme d'un monde étranger, d'un au-delà, mais comme une réalité déjà présente dans laquelle nous sommes déjà introduits par le Christ et avec lui. Jésus a tout réconcilié par le sang de sa croix. Ce royaume est déjà commencé, malgré les violences et les ténèbres qui enserrent notre monde. (Col. 1, 13-20)
Prétendre que le Christ ne doit pas régner sur les sociétés revient à dire que le Christ serait mort en vain sur la Croix et que ses lois n'auraient pas à être suivies par les souverains et les nations. "Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. [...] C'est le droit de Dieu de commander aux états comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre." (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, ibid., p. 43-44; 73).
Devant Pilate lui demandant s'il était roi, Jésus répondit : "Tu l'as dit, je suis roi. Si je suis né et si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité, écoute ma voix." (Jn, 18:37).
Le titulus crucis, titre de la Croix que Pilate fit placer au-dessus de la tête du Christ lors de sa crucifixion est "Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm" (INRI), traduit par "Jésus de Nazareth, roi des Judéens", ou "Jésus de Nazareth, Roi des Juifs" (Jn 19, 19). L'inscription était en trois langues, en hébreu, en grec et en latin (Jn 19,20).
Le grand moyen de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du Ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, ibid., p. 86.)
Se manifestant aux Onze pendant qu'ils étaient à table, Jésus ressuscité leur dit : "Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création." (Mc 16,15). En montant au Ciel, lors de son Ascension, Jésus adressa encore ces paroles explicites à ses disciples : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre", leur commandant : "Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps." (Mt 28:18-19). "Garder" ce qu'Il a prescrit, "tout pouvoir" lui ayant été donné, "au ciel et sur la terre", sont les termes qu'emploie Jésus. Il y a un devoir d'évangéliser les nations sur la terre, c'est-à-dire d'apprendre aux nations, et à leurs souverains, à "garder" les enseignements du Christ.
A Lui seul soit le gouvernement
La louange et la joie
Jusqu'à l'accomplissement des temps. Amen !
Les jours meilleurs arrivent !
Les bons temps arrivent !
Par le rachat du Sang du Christ !
Maintien dans la joie
Félicitations !
Et bonne fortune !
La Paix du Christ vient
Le Règne du Chrits arrive
Rendons grâce à Dieu. Amen.
La Grande guerre prouve la vanité de l'optimisme des "Lumières". Cherchant à rétablir la distinction des deux pouvoirs temporel et spirituel, opposant une "laïcité saine" à la "laïcité anticléricale", et constatant l'échec du système libéral moderne, cet athéisme public où tout vient de César et revient à César, et où une modernité crée des rapports sociaux injustes, méprise l'autorité spirituelle et conduit au "suicide de l'Europe civilisée" via des idées politiques autoritaires ou totalitaires, suite au conflit mondial de 1914, le pape Pie XI (1922-1939) instaure en 1925 la fête et la théologie du Christ-Roi comme remède.
21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l'obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d'obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l'ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l'ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles."
La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ (Cardinal Pie)
P. THEOTIME DE SAINT JUST O.M.C.
LECTEUR EMERITE EN THEOLOGIE
LA ROYAUTÉ SOCIALE DE N. S. JESUS-CHRIST D’APRÈS LE CARDINAL PIE
Image du Christ, Roi des Nations; extrait de la magnifique tenture de l'Apocalyspe exposée au chateau d'Angers, rescapée des destructions de la Révolution dite française.(Merci aux divers responsables qui ont permis la mise en valeur de ce trésor)
{Editions de Chiré BP 1 86190 Chiré en Montreuil 05 49 51 83 04 /
«JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...»
«METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU COEUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS ».
«JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR... » (CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493).
"Les Pères de l'Église élaborent un 'hellénisme chrétien' qui estun véritable miracle de l'histoire humaine', comme le dit le cardinal Daniélou (L'Église des premiers temps, Seuil, 1985, p. 137). La formule est excellente.
"L'hellénisme chrétien à l'origine de la civilisation occidentale aurait pu avec le temps inscrire l'histoire dans le dessein de Dieu, sans la Révolution évidemment, c'est-à-dire sans la Renaissance, donc sans les ésotéristes chrétiens, et surtout sans le mouvement ésotérique qui va transmettre la pensée hellénistique aux initiés de la Renaissance et de la Révolution, ces deux défaites de l'Occident chrétien.
"[...] Saint Augustin a latinisé la culture grecque, ce qui permet à l'augustinisme d'atteindre à l'universel." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 116; 233)
On a pu reprocher les empiétements de l'Église sur le pouvoir temporel des rois. Ceux-ci ont une explication historique simple : des empereurs de la Rome tardive ont prétendu intervenir dans la vie de la jeune Église chrétienne en nommant les évêques, en imposant des papes, en convoquant des conciles, en légiférant en matière de discipline ecclésiastique, en intervenant dans les débats doctrinaux.
Les rois capétiens, les rois d'Angleterre, les empereurs du Saint empire romain germanique furent ainsi nombreux à intervenir dans la vie de l'Église, en désignant des évêques, légiférant en matière de discipline ecclésiastique. (Source: Dictionnaire du Moyen-Âge, sous la direction de Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink, Quadrige, Puf, 2002, p. 242).
Or, l'Église est seule maîtresse de sa morale et de son dogme (Cf. Saint Athanase, Saint Ambroise, Saint Jean Chrysostome, Saint Augustin).
L'idée (venant de sectes protestantes) selon laquelle l'empereur Constantin (310-337)et les empereurs suivants auraient modifié la foi chrétienne dans un sens "païen" est facilement réfutable si vous lisez simplement les Pères de l'Église de cette époque. Ils luttaient constamment pour la foi catholique contre la pression impériale et la persécution. Et ils ont gagné :
"Après la conversion de l'Empire, (...) dès Constantin (...) l''évêque du dehors' (l'empereur) qui convoquait les conciles, s'engagea résolument dans les querelles religieuses. (...) Cette politique religieuse des empereurs allait peser lourdement sur les destinées de la chrétienté. (...) Dans son Histoire des Ariens, Athanase d'Alexandrie reproduit (...) la réponse de ses collègues occidentaux (Hilaire de Poitiers, Osius) à l'empereur, lors du concile de Milan (355). S'adressant au Pères, Constance (337-361) les pressait de signer la déposition du patriarche d'Alexandrie, champion de l'orthodoxie nicéenne (catholique).
"(...) 'Ils (les Pères) remontrèrent à l'empereur, écrit Athanase, que l'autorité n'était pas à lui, que Dieu la lui avait donnée... Ils lui conseillèrent de ne pas introduire la confusion dans les choses ecclésiastiques, de ne pas introduire le pouvoir civil dans la constitution de l'Eglise.'
"(...) Osius de Cordoue, écrivait dans le même sens, et avec plus de vigueur (356) : 'Il nous est ordonné de rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Il ne nous est pas permis de nous attribuer l'autorité impériale. Vous n'avez aussi aucun pouvoir dans le ministère des saintes choses.' (Historia arianorum 40)
"(...) Gélase (492-496) s'inquiétait fort de l'action impériale en faveur de l'hérésie monophysite. (...) Dans le De anathematis vinculo (494) il montre pourquoi le pouvoir royal a perdu ses attributions religieuses depuis l'avènement du Christ : "Avant l'avènement du Christ, (...) il y eut des hommes qui furent réellement prêtres et rois tout ensemble, tel Melchisédech, comme nous le raconte l'histoire sainte. Le diable en a fait autant avec les siens, lui qui s'efforce de revendiquer tyranniquement pour lui les honneurs dus au seul Dieu : c'est ainsi que les empereurs païens ont été appelés également grands pontifes. Mais depuis qu'a paru le véritable prêtre et roi, l'empereur ne s'est plus attribué désormais le titre de pontife et le prêtre n'a plus revendiqué la dignité royale."
"Ainsi (...) depuis l'Incarnation, seul le Christ peut être prêtre et roi. (...) Il explique pourquoi le Christ a séparé ces deux dignités et établi le dualisme du temporel et du spirituel : (...) le pouvoir spirituel se tient éloigné des embûches du monde et, combattant pour Dieu, ne s'immisce pas dans les affaires du siècle, tandis qu'à son tour le pouvoir séculier se garde bien de prendre la direction des affaires divines. À rester ainsi modestement à sa place, chaque puissance évite de s'enorgueillir en accaparant pour elle toute l'autorité et elle acquiert une compétence plus grande dans les fonctions qui lui sont propres'." (Joseph LECLER, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, 1955, rééd. Albin Michel, Paris 1994, p. 77-81.)
Au IXe siècle, l'évêque Jean d'Orléans , poète à la Cour de Charlemagne, écrit:
''Tous les hommes fidèles doivent savoir que l’Église universelle est le Corps du Christ ; que son Chef n'est autre que Christ ; que deux pouvoirs régnant s'y distinguent : à savoir, celui des prêtres et celui des rois ; et aussi que le pouvoir des prêtres est d'autant plus excellent que ce sont eux qui doivent rendre compte à Dieu même des rois.'' (Jean d'Orléans, évêque, Le métier de roi, ch. 1, v. 800 ap. J.-C.)
« Les siècles de la féodalité, longtemps définis comme des siècles de fer', correspondent en réalité au moment du "décollage" européen ». (Jean-Louis BIGET, Préface dans Florian MAZEL, 888-1180 Féodalités, Histoire de France, sous la direction de Joël Cornette, Folio, Gallimard, Trebaseleghe, Italie 2019, p. 10.)
L'essor de l'Europe s'écrit en termes de christianisme et de monarchie, la décadence de l'Europe en termes de républicanisme, de progressisme et d'impiété.
Voici donc comment l'Église s'est dégagée de l'ingérence et de l'influence des empereurs et des rois, ce qui a permis le développement inédit dans l'histoire d'une civilisation originale, distinguant le temporel du spirituel, le laïque du religieux, la civilisation occidentale.
Dans les sociétés païennes antiques, "ignorant des raisons de sa présence en ce monde, l'homme subissait totalement un destin qui lui était imposé par la volonté divine. Cette volonté s'exprimant au travers des prêtres (païens) qui étaient chargés de la servir, le pouvoir clérical (païen) était sans limite et pesait considérablement sur la direction de la cité jusqu'à se confondre avec elle. Pharaon, roi, dictateur ou tyran, les dirigeants antiques portaient en eux une partie de la vie divine. Ils étaient moitié fils de dieux ou de déesses, divinisés de leur vivant, tant on était convaincu que le pouvoir, même politique, échappait à la volonté de l'homme qui n'avait aucune prise sur sa destinée. L'État était une communauté religieuse, le roi un pontife, le magistrat un prêtre, la loi une formule sainte." (Fustel de Coulanges, La cité antique, Hachette 1967, p. 457).
Cette confusion totale du politique et du religieux, l'Empire romain, par l'intermédiaire d'Octave Auguste, le premier empereur, la portera à son sommet, en réalisant la fusion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel en sa personne.
"César, à cette époque, était le grand pontife, le chef et le principal organe de la religion romaine; il était le gardien et l'interprète des croyances, il tenait dans ses mains le culte et le dogme. Sa personne même était sacrée et divine" (Fustel de Coulanges, Ibid., p. 461.).
Or, "le christianisme n'est pas intégré au système étatique. Il ne s'accommode pas d'un mode politique, il en dénonce les travers et les injustices. Selon Jacques Ellul, même, ''le message du christ est forcément subversif à l'égard de tous les ordres sociaux, politiques, économiques, moraux et religieux.''
Le christianisme introduit une distinction inédite entre religion et politique. L'évêque Ossius de Cordoue (257-359) est de ceux qui veulent tenir l'État à distance dans les questions doctrinales : 'Ne vous mêlez pas des affaires religieuses et ne donnez pas d'ordres à ce sujet : [...] Dieu a mis la royauté dans vos mains et nous a chargés des affaires de son Église.' [...] Les pouvoirs politiques et religieux doivent donc collaborer, bien qu'ils soient distincts." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je ?, 4e édition, Paris 2018, p. 22.)
"Augustin conçut son ouvrage La Cité de Dieu, achevé vers 426, comme une démonstration de la compatibilité entre l'Empire et la foi. Il n'y a qu'une seule cité de Dieu, mais elle offre deux faces, l'une est terrestre, l'autre céleste, la seconde se révélant au fur et à mesure que la première s'efface. La cité de Dieu est à la fois l'Église réalisée, le ciel à venir et la communauté terrestre avec sa législation, gouvernée par le Christ. Mais cette conception mystique de l'Église laissait une liberté d'intervention concrète au profit des pouvoirs séculiers. [...] Le pape cherchait à préserver la liberté de l'Église romaine face aux empiétements impériaux, tout en reconnaissant la légitimité de l'autorité temporelle." (L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean Sévillia, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 73.)
L’Église catholique romaine est la seule Église qui n’est ni une Église nationale, ni une Église d’État, ni une secte fondée par un homme ; c'est la seule Église au monde qui maintient et affirme le principe de l'unité sociale universelle contre l'égoïsme individuel et le particularisme national ; c'est la seule Église qui maintient et affirme la liberté du pouvoir spirituel contre l'absolutisme de l'État ; en un mot, c’est la seule église contre laquelle les portes de l’Hadès n’ont pas prévalu.
Vladimir Soloviev,"L'Église russe et la papauté" (1889)
Grégoire VII, Pape
Mille ans après sa fondation par le Seigneur à la Pentecôte, où saint Pierre prit la parole, la papauté est devenue presque malgré elle, de manière accidentelle, un pouvoir impliqué dans les querelles de ce monde (Les disciples du Christ ne sont pas DU monde, mais ils sont DANS le monde. Jn 17,14-18). Outre, le choix des évêques ou la convocation des conciles, "l'empereur germanique passait par-dessus le peuple romain et les notables pour nommer directement les papes.
Le pape Saint Grégoire VII, l'un des plus grands Papes, fut au XIe siècle l'homme providentiel qui combattit tous les grands abus de cette époque. Sa "réforme grégorienne" régla les empiétements des empereurs d'Allemagne, c'est-à-dire un pouvoir politique trop envahissant, la vente des dignités ecclésiastiques (simonie), la contagion des mauvaises moeurs du clergé et dans le peuple.
En 1122, le compromis du concordat de Worms, le premier de l'histoire, régla le problème: désormais, l'évêque serait élu librement par le clergé en présence de l'empereur ou de son représentant. En France, des procédures analogues furent mises en place pour l'élection des évêques.
L'Église n'a jamais enseigné la confusion des deux pouvoirs, ni l'absorption du temporel par le spirituel (théocratie), ni l'absorption du spirituel par le temporel (césarisme, gallicanisme, églises nationales), parce que ce sont des erreurs régulièrement condamnées par le Saint-Siège.
On adressait déjà cet absurde reproche (d'absorption du temporel) au pape Boniface VIII, qui, dans sa Bulle Unam, sanctam, définit contre les légistes courtisans de Philippe le Bel, déjà gallicans, la subordination (qui n'est pas absorption) de la puissance temporelle à la puissance spirituelle. "Il enseigne, disait-on, que le pape peut disposer des couronnes selon son bon plaisir..." - "Il y a quarante ans que j'étudie le doit, répondait le saint Pontife dans le Consistoire de 1303, et je sais apparemment qu'il y a deux puissances... Comment peut-on croire qu'une telle folie me soit venue à l'esprit?" (Boniface VIII, cité dans Mgr Gaume, Le dogme de l'infaillibilité.)
En réaction aux empiétements des pouvoirs temporels, la papauté au "Moyen-Âge" a cherché à affirmer "sa liberté tout en ouvrant la porte à une autonomie du politique, de la société, qui se serait développée grâce à cette séparation." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 17.)
"La réforme grégorienne va [...] en fait bien au-delà de la simple 'liberté' ou de la volonté de dégager les Églises des jeux politiques et de la corruption. La papauté grégorienne, veut rompre avec l'association organique des empereurs avec leurs évêques. Ce faisant, la réforme grégorienne commence à poser en des termes nouveaux la question des rapports entre pouvoir laïc et pouvoir religieux. Elle amorce à terme une forme de séparation avec les pouvoirs politiques et une laïcisation de ces derniers." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 135, 146-150.) "La réforme grégorienne fut une révolution qui agita l'Église durant un siècle et remit totalement en causes ses rapports avec le système politique. [...] Ainsi, bien avant la séparation de 1905, le principe de l'autonomie des pouvoirs séculier et spirituel était acquis, et ce en raison de l'insistance de la papauté." (L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean SÉVILLIA, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 80.)
Les ordres monastiques de Cluny (Xe siècle) puis de Citeaux (Cisterciens) diffusent les principes de la réforme du clergé et d'obéissance à l'Église romaine. (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 48.)
Dans sa lettre encyclique Maximam Gravissimamque du 18 janvier 1924, adressée à l'épiscopat français au sujet des associations diocésaines, et bien que l'encyclique condamne la loi de séparation de 1905 comme injuste, Pie XI reconnaît que les conditions créées par cette loi ont donné lieu à un "spectacle magnifique" de ferveur, de générosité et de dévouement de la part du clergé et des fidèles (paragraphe 4). Pie XI y voit un point de départ pour une conquête pacifique d'une "pleine et entière liberté" pour l'Église (paragraphe 16), suggérant que la séparation, malgré ses difficultés, a permis une plus grande autonomie et vitalité spirituelle, libérée de certaines contraintes étatiques antérieures (en français, tel que dans le texte original) : "Dans les circonstances actuelles, il s'agit simplement d'appliquer un remède à des conditions qui contiennent les possibilités de maux encore plus grands que ceux qui existent actuellement. Nous avons toujours été et Nous sommes encore convaincus que, si le ciel Nous accorde la joie d’obtenir quelques résultats déterminés dans cette importante affaire, Nous et vous, aussi bien que le clergé et les fidèles de France, nous devons considérer ces résultats, d’une part, comme un acompte de cette pleine et entière liberté que l’Église doit posséder [...] ; d’autre part, comme un point de départ pour aller à la conquête légitime et pacifique d’une pleine et entière liberté pour l’Église."
Sans l'Église, pas de charité publiqueni d'hôpitaux pour tous
À Dieu, qui est amour et charité, S. Basile le Grand au IVe siècle rendit le puissant témoignage de la construction d’hospices pour les malheureux (cf. Lettres 94), telle une cité de la miséricorde, qui prit de lui le nom de "Basiliade" (cf. Sozomène, Histoire Ecclesiastique 6, 34), à l'origine des institutions hospitalières modernes d’accueil et soin des malades.
''Quelle est la différence entre les hôpitaux du monde médiéval et ceux du monde antique ? C'est que la médecine antique était réservée à une élite. Le pauvre et l'indigent, on ne s'en occupait pas. Et c'est au nom de la parabole du Bon Samaritain que l'Eglise a demandé que l'on se penche sur le plus faible et que l'on ouvre à tous – principe d'universalité – les hôpitaux. Et aujourd'hui, l'hôpital pour tous n'est pas du tout une idée socialiste, c'est une idée chrétienne. Et si les syndicats qui voulaient supprimer les fêtes chrétiennes allaient jusqu'au bout, ils devraient supprimer les hôpitaux parce que les hôpitaux (pour tous) sont une invention purement chrétienne.''
Les hôpitaux sous l'Ancien Régime étaient ces lieux de charité chrétienne qui accueillaient gratuitement les pauvres, les malades, les veuves, les orphelins, les vieillards, les infirmes, les vagabonds ou les filles mères. L'accès était totalement gratuit pour les pauvres, les mendiants, les indigents, les orphelins, les vieillards sans ressources. Il n'y avait aucune exigence de paiement : la charité chrétienne n'abandonne jamais un pauvre malade. Les personnes les plus aisées pouvaient faire un don ou un legs pour l'Église, mais cela n'était pas une obligation. Les hôpitaux et la charité publique n'était en aucun cas financée par l'État royal (sauf en cas de guerre, peste, pénurie alimentaire ou grande disette).
C'est surtout sous la direction des évêques, protecteurs des faibles et des malheureux, que se développa le mouvement charitable; ils créèrent les Hôtels-Dieu que l'on retrouve à l'ombre de toutes les cathédrales. Dans la plupart des pays d'Europe, les maladreries étaient sous la juridiction directe des évêques. La dîme servait à alimenter la charité paroissiale, pendant plus de 1200 ans, le budget de l'Église fut en même temps celui de l'assistance et de la charité publiques. (Jean GUIRAUD, Histoire partiale histoire vraie, tome III, L'Ancien Régime, 5° édition, Gabriel Beauchesne & Cie Editeurs, Paris 1914, p. 210.)
"Les principes consolants et la morale bienfaisante du christianisme, ses doctrines démocratiques et libérales, devaient concilier aux prêtres qui les enseignaient le respect et l’amour des peuples ; l’organisation de l’Église, sa hiérarchie, sa discipline, la tenue de ses conciles généraux et particuliers, la richesse de ses revenus et de ses aumônes, lui assuraient un ascendant considérable dans la société." Ainsi s’exprime l’historien Benjamin GUÉRARD dans sa préface du Cartulaire de l’église Notre-Dame de Paris, publié en 1850. Guérard était loin d’être un "clérical", mais ses recherches et sa science approfondie du Moyen Age, étudié par lui aux sources, l’ont amené à tracer du rôle de l’Église dans la civilisation française et dans la conquête des droits et des libertés des citoyens un tableau d’une grande largeur de vues d’un grand intérêt. Le clergé n’eut une si grande influence sur les masses comme sur les individus que parce qu’il se montra d’abord et resta populaire dans la meilleure et la plus sympathique acception de ce mot, tant profané depuis, écrit Charles BARTHÉLEMY dans Erreurs et mensonges historiques ; c’est dans l’Église et par les actes du clergé, non moins que par sa voix, que furent promulgués et mis en pratique les grands principes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Croix et Calvaire du Cher
Sans l'Église, pas d’asile, d’après la loi de l’empereur Théodose le Jeune (23 mars 431), comprenait non seulement l’intérieur du temple, mais encore toute l’enceinte du lieu sacré, dans laquelle étaient situés les maisons, les galeries, les bains, les jardins et les cours qui en dépendaient.
Le droit d’asile dans les églises fut confirmé par les rois des Francs et par les conciles.
Ceux qui se réfugiaient dans les asiles étaient placés sous la protection de l’évêque, devenu pour ainsi dire responsable des violences qui leur seraient faites. Les voleurs, les adultères, les homicides même n’en pouvaient être extraits, et ne devaient être remis aux personnes qui les poursuivaient qu’après que celles-ci avaient juré sur l’Évangile qu’elles ne leur feraient subir ni la mort, ni aucune mutilation. L’esclave réfugié n’était rendu à son maître qu’autant que celui-ci faisait serment de lui pardonner.
Les revenus ecclésiastiques étaient divisés en quatre parts. La première seule appartenait à l’évêque, la seconde était pour son clergé, la troisième pour les pauvres de l’Église, et la quatrième pour l’entretien des édifices consacrés au culte.
"Partout la part du pauvre était réservée dans les revenus ecclésiastiques, et lorsqu’elle ne suffisait pas, elle devait être accrue des autres fonds dont le clergé avait la disposition. Nourrir tous les indigents et secourir tous les malheureux, telle était la mission de l’Église, qui, pour la remplir, dut quelquefois se dépouiller de ses biens et mettre en gage jusqu’aux objets les plus précieux du culte", explique Guérard. Une des plus belles œuvres, à cette époque ; une des plus méritoires et qui atteste le mieux de sa charité, c’est celle du rachat des captifs. Les sommes que le clergé y consacrait, d’après l’injonction expresse des conciles, étaient souvent très considérables ; il lui était même permis, pour satisfaire à cette obligation, de mettre en gage jusqu’aux vases sacrés des églises.
Aussi, dans ces siècles de fer, où les populations étaient emmenées captives comme des troupeaux à la suite des armées et partagées comme un butin entre les soldats, on voit les évêques épuiser leurs trésors pour les délivrer des liens de l’esclavage.
Saint Épiphane, évêque de Pavie, délivre, en 494, dans les Gaules, par ses instances auprès du roi Gondebaud ou à prix d’argent, plus de six mille Italiens que les Bourguignons retenaient en captivité.
Le prêtre saint Eptade, originaire d’Autun, rachète plusieurs milliers d’Italiens et de Gaulois emmenés pareillement en esclavage par les Bourguignons, et ensuite une foule de captifs que les Francs de l’armée de Clovis avaient faits dans leur guerre contre les Visigoths.
En 510, saint Césaire, évêque d’Arles, distribue des vêtements et des vivres à une immense multitude de prisonniers francs et gaulois tombés au pouvoir des Goths, et les rachète ensuite avec le trésor de son église, que son prédécesseur Éonius avait amassé. Puis, ayant reçu de Théodoric, roi des Ostrogoths, trois cents sous d’or avec un plat d’argent du poids d’environ soixante livres, il vend le plat, achète la liberté des captifs dispersés dans l’Italie, et leur procure des chevaux ou des chars pour les ramener dans leurs foyers.
Dans le siècle suivant, saint Éloi rachetait les prisonniers saxons et les affranchissait devant le roi.
Le grand problème de ces religions (primitives) – qui sont dites cosmiques – tient à ce que l'ordre du Cosmos nécessite un sacrifice, lequel est humain et souvent de jeunes filles vierges, avis aux 'féministes'.
[...] Quand Dieu arrête le bras d'Abraham, il épargne un être humain pour lui substituer un animal "bouc émissaire". C'est l'un des plus grands apports du judaïsme. Puis Dieu scelle la seconde Alliance : Il sacrifie son Fils unique pour sauver l'humanité entière. C'est le Sacrifice [...] qui abolit définitivement le sacrifice humain, ce pourquoi le Sacré de la Bible est le Sacré avec un grand S. Avis aux sociologues intelligents, s'il y en a...
Dans la mythologie nordique du Chant d’Hyndla, le guerrier Ottar (lointain descendant de Sigurd), probablement lié aux Berserkers des sagas, offrait des sacrifices humains à la déesse Freyja.
- comme la Frise où les enfants étaient "noyés dans la mer par la marée montante afin d'apaiser la colère des dieux" (Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX, La France avant la France 471-888, Histoire de France, Sous la direction de Joël Cornette, Folio Histoire, 2019, p. 276).
- En Suède où les habitants de l'île de Gotland sacrifiaient leurs enfants, en Norvège où on jetait les enfants sur des lances, en Islande où des êtres humains étaient jetés dans des fosses sacrificielles (blotgrafar, des puits à offrandes); en Suède encore à Uppsala où tous les neuf ans, des hommes étaient sacrifiés pendus dans un bois près du temple, ou noyés dans une source (Stéphane COVIAUX, La fin du Monde Viking, Passés Composés, Paris 2019, p. 158)
- au Danemark au Xe siècle, où l'archéologie témoigne de l'existence de sites dédiés aux sacrifices rituels, y compris humains, à Tisso, près de la grande halle, ou à Trelleborg.
Ces sacrifices humains réalisés dans l'espoir de se concilier les dieux Odin, Thor et Freya, parce que leur sang avait davantage de prix, avaient disparu au XIIIe siècle dans la "Chrétienté", et au XVIe siècle dans le monde, en Amérique latine. "Ils ne cesseront définitivement qu'une fois le christianisme bien implanté." (Jean RENAUD, Les vikings, vérités et légendes, Perrin, 2019, p. 294-302.)
L'anthropologue Laila Williamson note que "l'infanticide a été pratiqué sur tous les continents et par des gens de tous niveaux de complexité culturelle, des chasseurs-cueilleurs aux grandes civilisations, y compris nos propres ancêtres. Plutôt que d'être une exception, il a donc été la règle. (Laila Williamson, Infanticide: an anthropological analysis, in Kohl, Marvin (ed.). Infanticide and the Value of Life, NY: Prometheus Books, 1978, pp. 61–75.)
Une méthode d'infanticide fréquente dans l'Europe et l'Asie anciennes consistait simplement à abandonner le nourrisson , le laissant mourir par exposition (c'est-à-dire par Hypothermie, faim, soif ou attaque animale). [John Eastburn Boswell, "Exposition et oblation: l'abandon des enfants et la famille antique et médiévale". Revue historique américaine, 1984.]
Les Grecs historiques considéraient la pratique du sacrifice des adultes et des enfants comme barbare [26], cependant, l'exposition des nouveau-nés était largement pratiquée dans la Grèce antique , elle était même préconisée par Aristote dans le cas de la déformation congénitale - "Quant à l'exposition des enfants, qu'il y ait une loi interdisant à un enfant déformé de vivre. » [PM Dunn, "Aristotle (384–322 bc): philosopher and scientist of ancient Greece, 2006] En Grèce, la décision d'exposer un enfant appartenait généralement au père, bien qu'à Sparte, la décision ait été prise par un groupe d'anciens.
Cette pratique était également répandue dans la Rome antique. Selon la mythologie, Romulus et Remus , deux fils jumeaux du dieu de la guerre Mars, ont survécu au quasi-infanticide après avoir été jetés dans le Tibre. Selon le mythe, ils ont été élevés par des loups et ont ensuite fondé la ville de Rome.
Philon a été le premier philosophe à se prononcer contre. [The Special Laws. Cambridge: Harvard University Press. III, XX.117, Volume VII, pp. 118, 551, 549.] Une lettre d'un citoyen romain à sa sœur ou à une femme enceinte de son mari [Greg Woolf (2007). Ancient civilizations: the illustrated guide to belief, mythology, and art. Barnes & Noble. p. 386.], datant du 1er av. J.-C., montre la nature décontractée avec laquelle l'infanticide était souvent considéré.
Dans certaines périodes de l'histoire romaine, il était traditionnel qu'un nouveau-né soit amené au pater familias , le patriarche de la famille, qui déciderait alors si l'enfant devait être gardé et élevé, ou laissé mourir par exposition. [John Crossan, The Essential Jesus: Original Sayings and Earliest Images, p. 151, Castle, 1994, 1998] Les Douze Tables de droit romain l'ont obligé à mettre à mort un enfant visiblement déformé. Les pratiques concurrentes d' esclavage et d'infanticide ont contribué au «bruit de fond» des crises de la République.
L'infanticide est devenu une infraction capitale en droit romain en 374 après JC , mais les contrevenants étaient rarement, sinon jamais, poursuivis. [Samuel X. Radbill, 1974, "A history of child abuse and infanticide", in Steinmetz, Suzanne K. and Murray A. Straus (ed.). Violence in the Family. NY: Dodd, Mead & Co, pp. 173–179.]
La première maison d'enfant trouvé en Europe a été établie à Milan en 787 en raison du nombre élevé d'infanticides et de naissances hors mariage. L' hôpital du Saint-Esprit à Rome a été fondé par le pape Innocent III parce que les femmes jetaient leurs enfants dans le Tibre. [Richard Trexler, (1973). "Infanticide in Florence: new sources and first results". History of Childhood Quarterly. 1: 99.]
Contrairement à d'autres régions européennes, au Moyen Âge, la mère allemande avait le droit d'exposer le nouveau-né. [C.W. Westrup (1944). Introduction to Roman Law. London: Oxford University Press. p. 249.]
Au Haut Moyen Âge, l'abandon d'enfants non désirés a finalement éclipsé l'infanticide. Les enfants non désirés étaient laissés à la porte de l'église ou de l'abbaye, et le clergé était supposé prendre soin de leur éducation. Cette pratique a donné naissance aux premiers orphelinats. (Josiah Cox Russell, 1958, Late Ancient and Medieval Population, pp. 13-17.]
Le judaïsme interdisait l'infanticide. Tacite a enregistré que les Juifs "considèrent comme un crime de tuer tout enfant né tard". [Tacitus (1931). The Histories. London: William Heinemann. Volume II, 183.] Josephus , dont les travaux donnent un aperçu important du judaïsme du 1er siècle, a écrit que Dieu "interdit aux femmes de provoquer l'avortement de ce qui est engendré, ou de le détruire par la suite". [Josephus (1976). The Works of Flavius Josephus, "Against Apion". Cambridge: Harvard University Press. pp. II.25, p. 597.]
Dans les tribus païennes germaniques, John Boswell écrit que les enfants indésirables étaient exposés, généralement dans la forêt. "C'était la coutume des païens [teutoniques], que s'ils voulaient tuer un fils ou une fille, ils seraient tués avant d'avoir reçu de la nourriture." [Boswell, John (1988). The Kindness of Strangers. NY: Vintage Books.] Habituellement, les enfants nés hors mariage étaient disposés de cette façon.
Dans son Temps préhistoriques très influent, John Lubbock a décrit des os brûlés indiquant la pratique du sacrifice d'enfants dans la Grande-Bretagne païenne. [John Lubbock (1865). Pre-historic Times, as Illustrated by Ancient Remains, and the Manners and Customs of Modern Savages. London: Williams and Norgate. p. 176.]
Le dernier canto, Marjatan poika (Fils de Marjatta) de l'épopée nationale finlandaise Kalevala décrit un infanticide supposé. Väinämöinen ordonne que l'enfant bâtard de Marjatta se noie dans le marais.
Le Íslendingabók , une source principale pour la première histoire de l'Islande , raconte que lors de la conversion de l'Islande au christianisme en 1000, il a été prévu - afin de rendre la transition plus agréable pour les païens - que "les anciennes lois autorisant l'exposition des nouveau-nés resterait en vigueur". Cependant, cette disposition - comme d'autres concessions faites à l'époque aux païens - fut abolie quelques années plus tard.
Ce sont les principes chrétiens sur lesquels la civilisation occidentale a été fondée qui ont d'abord interdit, puis empêché pendant si longtemps et pendant tant de siècles le meurtre d'enfants.
"Avec la diffusion de l'Evangile, disparaissait la première et la plus décisive des discriminations entre les sexes: le droit de vivre accordé aussi bien aux filles qu'aux garçons. Dès ce moment, la vision chrétienne de l'homme, le respect de la vie proclamé par la Bible, par l'Evangile, sont suffisamment entrés dans les mœurs pour que s'implante peu à peu le respect de la personne, qui pour les chrétiens s'étend à toute vie, même – et c'est presque paradoxal à l'époque – à celle de l'enfant né ou à naître. En effet, comme l'écrit l'un des derniers historiens de la question (Robert Etienne): "La juridiction antique est implacablement logique avec elle-même. Le droit à l'infanticide est un des attributs de la patria potestas. Un père peut refuser l'enfant que la mère vient de mettre au monde, à plus forte raison peut-on lui reconnaître des droits sur un embryon, embryon qui n'a aucune qualité juridique, n'est même pas considéré (p. 24) comme humain. Au contraire, pour les chrétiens, intervenir dans la génération à quelque moment que ce soit, c'est toucher à l'œuvre de Dieu. Et l'on comprend que saint Basile ait jugé que c'était une distinction 'tirée par les cheveux' de savoir si 'le fœtus est formé ou non' en cas d'avortement." (Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock, Évreux 1980, p. 23-24).
La fin de l'esclavage. Lors de la chute de Rome (476), l'esclavage était répandu partout en Europe; à la "Renaissance", il avait disparu partout en Europe. Le règne du Christ, le premier, a permis l'abolition de l'esclavage, bien avant que les États modernes ne portent de nouvelles législations d'abolition.
Benjamin Guérard nous révèle encore que "[...] l’Église, [...] en prenant à sa charge et pour ainsi dire chez elle les veuves, les orphelins et généralement tous les malheureux, ne pouvait manquer de les avoir dans sa dépendance ; mais ce qui devait surtout lui gagner le cœur de ses nombreux sujets, c’est qu’au lieu d’être humiliée ou embarrassée de leur cortège, elle s’en faisait honneur et proclamait que les pauvres étaient ses trésors. D'où l'expression médiévale "Nos Seigneurs les pauvres".
"Elle (l’Église) couvrait aussi de sa protection les affranchis, et frappait d’excommunication le seigneur et le magistrat qui opprimaient l’homme faible ou sans défense. Lorsque des veuves ou des orphelins étaient appelés en justice, l’évêque ou son délégué les assistait à la cour du comte et empêchait qu’on ne leur fît aucun tort. L’archidiacre ou le prévôt des églises devait visiter tous les dimanches les prisonniers et subvenir à leurs besoins avec le trésor de la maison épiscopale. Aux trois grandes fêtes de l’année, savoir : à Noël, à Pâques et à la Pentecôte, les évêques faisaient ouvrir les prisons aux malheureux qu’elles renfermaient.
"Ne perdons pas de vue que les institutions qui, dans les temps modernes, et principalement de nos jours, ont agité les peuples, les touchaient alors fort médiocrement et leur étaient non seulement indifférentes, mais encore incommodes, onéreuses, antipathiques. On préférait de beaucoup l’assemblée des fidèles à celle des scabins (échevins, magistrats) ou des hommes d’armes ; on fuyait les plaids et les champs de mars ou de mai pour accourir aux temples ; on était bien plus puni d’être privé dans l’église de son rang, de la participation aux offrandes, aux eulogies, à la communion, que du droit de porter les armes et de juger ; en un mot, on tenait bien plus à l’exercice de ses droits religieux qu’à celui de ses droits politiques, parce que l’État religieux était bien supérieur à l’état politique, et que, hors de l’Église, tous les devoirs et tous les droits de l’homme étaient à peu près méconnus", écrit l’historien Guérard.
"[...] où M. Guérard nous semble avoir le mieux compris et proclamé le grand rôle de l’Église dans la revendication des droits de l’homme, c’est dans cette page que lui a été dictée le spectacle des utopies dangereuses de 1848 :
"Ce qu’aucun gouvernement ne ferait aujourd’hui qu’en courant le risque de bouleverser la société, l’Église le faisait tous les jours dans le Moyen Age, sans la compromettre, et même en la rendant plus tranquille et plus stable.
Quelle monarchie, quelle république pourrait, par exemple, proclamer impunément ce dangereux droit au travail qui paraît menacer notre civilisation ? Eh bien, l’Église osait plus encore. Des deux grandes classes dans lesquelles la population fut de tout temps divisée, savoir, les riches et les pauvres, l’Église ne craignait pas de se charger de la dernière. Elle mettait dans son lot tous ceux qui n’avaient rien, et s’inquiétant peu pour elle de leur nombre ni de leur exigence, elle leur disait que ses biens étaient à eux ; elle les installait chez elle ; elle s’obligeait à les nourrir et réglait leur part, sans craindre qu’ils n’en fussent bientôt plus contents et qu’ils ne voulussent à la fin tout avoir. Effectivement, malgré le danger de tels principes, le clergé sut rester riche au milieu de ces misérables et faire respecter par eux ses richesses et son autorité... Ce qui favorisait le plus le respect de l’Église, ce qui constituait véritablement sa force, c’était la foi de ses peuples ; et cet article de sa constitution : Beati qui lugent [Heureux ceux qui pleurent], ne les consolait pas moins que sa charité."
De son côté, l’historien et géographe Théophile-Sébastien LAVALLÉE (1804-1867) écrit dans son Histoire des Français : "La monarchie de l’Église fut le commencement de la liberté ; elle n’avait rien d’étroit et de personnel ; elle fut le plus beau triomphe de l’intelligence sur la matière, et eut la plus grande influence sur la révolution plébéienne qui enfanta les communes et les républiques du Moyen Age."
Puis (Barthélemy ) de citer un autre souverain, le roi saint Louis prodiguant quelques recommandations à son fils appelé à régner :
"Cher fils, s’il advient que tu viennes à régner, pourvois que tu sois juste ; et si quelque querelle, mue entre riche et pauvre, vient devant toi, soutiens plus le pauvre que le riche, et quand tu entendras la vérité, ce fais-leur droit. Surtout, garde les bonnes villes et les coutumes de ton royaume dans l’état et la franchise où tes devanciers les ont gardées, et tiens-les en faveur et amour. »
Charles Barthélemy, regrettant d’avoir dû brossé trop rapidement un tableau des 'droits de l’homme au Moyen Age' (dans Erreurs et mensonges historiques, tome 8) conclut en citant le "publiciste et peu clérical" mais éminent historien, journaliste et homme politique Louis Blanc, député sous la IIIe République, s’exprimant ainsi au sujet des corporations d’ouvriers au Moyen Age : "La fraternité fut l’origine des communautés de marchands et d’artisans. Une passion qui n’est plus aujourd'hui dans les mœurs et dans les choses publiques rapprochait alors les conditions et les hommes : c’est la charité. L’Église était le centre de tout ; et quand la cloche de Notre-Dame sonnait l’Angelus, les métiers cessaient de battre. Le législateur chrétien avait défendu aux taverniers de jamais hausser le prix des gros vins, comme une boisson du menu peuple ; et les marchands n’avaient qu’après tous les autres habitants la permission d’acheter des vivres sur le marché, afin que le pauvre pût avoir sa part à meilleur prix. C’est ainsi que l’esprit de charité avait pénétré au fond de cette société naïve qui voyait saint Louis venir s’asseoir à côté d’Etienne Boileau, quand le prévôt des marchands rendait la justice." (Source:Droits de l’homme au Moyen Age, ou de l’action sociale du clergé. France pittoresque)
Aujourd'hui, selon un article du Figaro du 21/01/2014, "près de la moitié des richesses mondiales est détenue par 1% de la population"... En 1789, la liberté & l'égalité ont été proclamées ensemble. "La démocratie fondée sur la conviction que le corps politique est le produit des volontés de chacun, et portant jusqu'à l'incandescence l'idée d'une création de l'homme par lui-même, est vouée à étendre sans cesse les droits des individus. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus inégaux, alors même qu'elle a posé en principe leur égalité. Elle se condamne donc à rendre sans cesse moins tolérable l'écart entre les promesses [...], les espérances qu'elle suscite et les accomplissements qu'elle offre." (Préface de Mona OZOUF dans François Furet, La Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. XXI.) Dans ce système, dit de "progrès" aujourd'hui l'égalité des uns présuppose en réalité l'inégalité économique et sociale; la charité publique et l'amour du prochain sont imposés par l'État "libéral" révolutionnaire organisateur de l'inégalité économique. Il s'agit sans aucun doute d'une belle réussite du marché, mais d'une impasse pour les principes de 1789 qui ont chassé la Royauté sociale de Jésus-Christ.
La transmission de l'héritage antique
"(En Occident)Pour l'essentiel, c'est aux moines que l'on doit la transmission de l'héritage antique. [...] Le monachisme s'est répandu en Occident dès le IVe siècle, après que saint Martin a fondé le premier monastère d'Occident à Ligugé." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, ibid., p. 37.)
Mais avant les moines, les philosophes et apologistes chrétiens (Justin, Clément d'Alexandrie, Origène) ont, eux aussi, contribué à amarrer l'héritage antique des progrès de la raison des philosophes grecs au christianisme, permettant une nouvelle civilisation "à condition de rejeter les rituels des initiés. La religion chrétienne est une digue qui protège la rationalité du dogme", à condition, également, de rejeter cet archaïsme du monisme de l'Être de l'Antiquité païenne, qui confondant le Créateur et les créatures, a pu donner lieu à des interprétations mythologiques régressives, ésotérico-magiques, irrationnelles et marchandes. (Lire Alain PASCAL sur ce sujet dans La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris, p. 139-140; 145-150.)
Au IIe siècle à Alexandrie, Clément enseigne de 190 à 202 dans le Didascalé (école philosophique chrétienne, sur le modèle des écoles d'Athènes) que Dieu donne à l'esprit humain les moyens de parvenir à la vérité. Élève de Clément, Origène († 254) assume dans le christianisme l'héritage de la rhétorique et de la philosophie antiques, en intégrant la philosophie platonicienne dans la théologie chrétienne. (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, ibid., p. 23-24.)
"La science et la philosophie grecque n'ont jamais quitté les monastères en Occident. Les œuvres philosophiques de l'Antiquité étaient connues dans les monastères occidentaux, car la culture grecque était présente dans la synthèse augustinienne et la langue grecque restait pratiquée." (Alain PASCAL, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. des Cimes, 2e éd. revue et commentée, Paris 2015, p. 72.)
Le premier humanisme est chrétien. "Il consiste à faire revivre les humanités anciennes pour les christianiser et ne date pas du XVe siècle car il a été constant pendant les temps féodaux (avec les moines augustiniens, Alcuin (735-804), Gerbert (945-1003), le pape de l'an mil, Pétrarque (1304-1374) sous certains aspects, et bien sûr Nicolas V (1397-1455)" (Alain PASCAL, Les Sources occultes de la philosophie moderne, De la Gnose à la théosophie, tome 1 de la La Conspiration des philosophes, éd. des Cimes, Paris 2017, p. 106.) Surnommé le "pape humaniste", Nicolas V (1447-1455) a connu à Florence, dans l'entourage de Cosme de Médicis, Leonardo Bruni, Niccolo Niccoli et Ambrogio Traversari. Parvenu au trône de saint Pierre, il réalise l'un de ses projets en fondant la Bibliothèque vaticane.
"C'est du moyen-âge que sortent directement les doctrines philosophiques et scientifiques sous lesquelles on prétend l'accabler [...]. Il faut donc reléguer dans le domaines des légendes l'histoire d'une 'Renaissance' de la pensée succédant à des siècles de sommeil, d'obscurité et d'erreur..." (Étienne GILSON, La philosophie au Moyen-Âge, p. 761)
L'Europe a dominé le monde dès l'époque dite 'obscure' du "Moyen-Âge". L'explication première réside dans la foi des Européens en la raison, dans l'engagement manifeste de l'Église sur la voie d'une théologie rationnelle débarrassée des rituels magiques antiques (scolastique XIe-XIVe siècle), qui a rendu possibles les progrès... Et ce pourquoi les "initiés" de tous les temps l'ont haïe et l'ont combattue, car elle mettait fin à leur commerce et leur domination sur le monde.
"En différenciant l'Être de Dieu et l'Être du monde, elle (la scolastique) a offert un fondement métaphysique à la raison et à la liberté. [...] En étant une personne, [...] l'homme n'agit pas par nécessité ou contingence (comme tout ce qui est uniquement interne au cosmos), il est libre et responsable (y compris du Mal, c'est la sanction de la liberté).
[...] La philosophie moderne est stupide – c'est le mot – quand elle dit que l'homme est rationnel parce qu'il a rejeté Dieu et qu'elle prône une liberté individuelle parce que la raison humaine ne peut venir que de Dieu et que la liberté est impossible à l'individu, puisqu'il est interne au cosmos. Pour preuve, l'homme moderne ne comprend plus rien, il est fou, et de moins en moins libre (il n'y a que les victimes du communisme qui s'en aperçoivent...) [...] Le monisme métaphysique est donc la cause de l'échec moderne. [...] En régressant à avant la scolastique, la philosophie moderne ne peut pas être nouvelle, elle est nécessairement régressive. [...] Et pour cause, elle régresse à la gnose et à la kabbale.
"La scolastique est un immense progrès parce qu'elle a sanctifié la philosophie ancienne (qui aspirait à libérer l'homme des croyances irrationnelles des relations cosmiques antiques en accordant à l'humain la faculté rationnelle et la liberté individuelle, mais avait échoué car elle avait persisté dans le monisme de l'Être, parce que c'était la seule conception de l'époque, ou parce que les premiers philosophes, s'ils avaient peut-être eu l'échos de la Genèse [...] n'en avaient pas compris la métaphysique) en la refondant sur le dualisme métaphysique" (Un Dieu créateur et un monde créé non confondus dans l'Un antique)." (Alain PASCAL, Les Sources occultes de la philosophie moderne, De la Gnose à la théosophie, tome 1 de La Conspiration des philosophes, éd. des Cimes, Paris 2017, p. 109-111.)
Ainsi, au XVIIe siècle, le cardinal Richelieu, énumérant "les principes dont le gouvernement, remis en sa bonne forme, doit s'inspirer", explique que puisque "'l'homme est souverainement raisonnable, il doit souverainement faire régner sa raison [...], l'autorité contraint à l'obéissance, mais la raison y persuade.' Cette croyance en la souveraineté de la raison est contraire à la doctrine protestante. Selon Luther, le péché originel a absolument corrompu la raison et l'a rendue totalement impuissante. Selon S. Thomas d'Aquin et la majorité des scolastiques, le péché originel a seulement affaibli la raison, mais l'a laissée capable d'atteindre le vrai et le bien. Pour les catholiques et pour Richelieu, la raison reste notre meilleur instrument." (Roland MOUSNIER, L'Homme rouge ou la vie du cardinal Richelieu, Bouquins, Robert Laffont, Paris 1992, p. 752.)
"En Occident, sept disciplines sont étudiées dans les monastères. Ce sont les arts libéraux. La grammaire, la rhétorique et la dialectique constituent le 'Trivium', les trois premières 'voies'. À leur suite, l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie constituent les autre 'voies' des arts mathématiques, le 'Quadrivium'. On peut trouver une ébauche des arts libéraux dans Saint Augustin, mais leur origine est antérieure au christianisme et absolument païenne. Leur première énonciation aux Temps féodaux est due à un écrivain latin du Ve siècle, Capella (360? - 428?), qui [...] condense les arts libéraux dans une 'sorte d'encyclopédie', dont le tire est Le Satyricon ou Les Noces de Mercure et de la philologie... Selon Bréhier (La philosophie du Moyen-Âge, Albin Michel, 1949), les arts libéraux ont été 'christianisés' au VIe siècle par Cassiodore (né v. 468).
"[...] Cassiodore écrit v. 540 les manuels des arts libéraux que les moines vont utiliser pendant plusieurs siècles." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 254-255.)
Entre le Ve siècle et le IXe siècle, Boèce (480-524), philosophe romain chrétien contemporain de Clovis, répand les œuvres d'Aristote en Occident. Son travail a été la source antique principale de la philosophie médiévale avant le XIIIe siècle. Son traité Logica vetus (logique ancienne) comprend entre autres ses traductions latines de l'Organon (Analytiques I et II), des Catégories, des Topiques, et De l'Interprétation d'Aristote, qu'il a transmis en Occident avant que soient connus les commentaires d'Averroès, philosophe andalou (1126-1198) au XIIIe siècle.
"La période n'est pas celle de 'l'infélicité des Goths', le long tunnel d'ignorance déploré par Rabelais et les humanistes. La convergence culturelle des élites 'barbares' et des élites gallo-romaines a permis leur fusion rapide. Au Ve et VIe siècles, aucune régression ne se discerne dans la culture des laïcs ni dans l'usage de l'écrit.
Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX le disent clairement :
"[...] Monastères et églises jouent un rôle positif dans la conservation des œuvres antiques.
"[...] La période du Ve au IXe siècle ne correspond donc nullement au degré zéro de la culture. Tout au contraire, elle assume un rôle primordial dans la transmission d'une grande part de la littérature latine à l'Occident des temps futurs.
"[...] À bien y regarder, on est donc amené à reconsidérer l'idée d'un déclin de cette noblesse sénatoriale dans la Gaule du Ve siècle en raison de l'hégémonie des chefs barbares. En vérité, la plupart des grandes familles ont maintenu leur position, entretenu un style de vie antique et participé à la transmission de la culture écrite." (Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX, La France avant la France 481-888,Histoire de France, Sous la direction de Joël Cornette, Folio Histoire, 2019, p. 19 et 40.)
"À partir du VIe siècle, les monastères occidentaux appliquent la Règle de S. Benoît (v. 440-547), le fondateur du monastère du Mont Cassin, proclamé récemment par l'Église 'Père de l'Europe et Patron de l'Occident, titres mérités. [...] La Règle bénédictine, rédigée en latin, s'inspire de celle de S. Basile, Père de l'Église et défenseur de Nicée, et accroît la lumière augustinienne. La Règle bénédictine oblige les moines à la fois au travail manuel et à la lecture. Par elle, les moines deviennent ainsi des artistes – ils ornent les Écritures des plus belles enluminures É, des constructeurs et des érudits. Cette maîtrise des arts et cette permanence de la culture ne permettent pas (là encore) d'accuser d''obscurantisme' les monastères bénédictins." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 256.)
"Dès les premiers temps, les Pères de l'Église ont enseigné que la raison était le don suprême de Dieu et le moyen d'accroître progressivement leur compréhension des Écritures et de la Révélation. En conséquence, le christianisme s'est trouvé orienté vers l'avenir, tandis que les autres grandes religions affirmaient la supériorité du passé.
"... Comme l'enseigne Tertullien au IIe siècle : 'La raison est une chose qui vient de Dieu, pour autant qu'il n'y a rien que Dieu, qui a fait toute chose, n'ait pas fourni, disposé, ordonné par la raison, rien qu'il n'ait voulu comme devant être appréhendé et compris par la raison.' (De la Repentance, ch. I). Dans le même état d'esprit, Clément d'Alexandrie énonçait au IIe siècle une mise en garde : 'Ne croyez pas que nous disons que ces choses sont reçues seulement par la foi, mais aussi qu'elles doivent être affirmées par la raison. Car en vérité il n'est pas avisé de confier ces choses à la simple foi sans la raison, étant donné qu'assurément la vérité ne peut exister sans raison.' (Les reconnaissances de Clément : Livre II, ch. 69). (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 7, 22-23.)
Saint Augustin ne faisait qu'exprimer l'opinion générale lorsqu'il soutenait que la raison était indispensable à la foi : 'Veuille le Ciel que Dieu ne haïsse pas en nous ce par quoi il nous a faits supérieurs aux animaux ! Veuille le Ciel que nous ne croyions pas de telle façon que nous n'acceptions pas ou ne cherchions pas de raisons, puisque nous ne pourrions même pas croire si nous ne possédions pas d'âmes rationnelles.' Saint Augustin reconnaissait que 'la foi doit précéder la raison et purifier le cœur et le rendre propre à recevoir et endurer la grande lumière de la raison'. Puis il ajoutait que, bien qu'il soit nécessaire 'que la foi précède la raison dans certains domaines de grande conséquence qui ne peuvent pas encore être compris, assurément la minuscule portion de raison qui nous persuade de ceci doit précéder la foi.' (In David C. Lindberg et Ronald L. Numbers, Gods and Nature : Historical Essays on the Encounter Between Christianity ans Science, Berkeley University of California Press, 1986, 27-28.) Les théologiens scolastiques avaient bien davantage foi dans la raison que la plupart des philosophes ne sont prêts à en avoir aujourd'hui. (R. W. Southern, Medieval Humanisme and Other Studies, Harper Torchbooks, New Yord, 1970, 49). (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 23.)
"Les moines augustiniens continuent d'étudier les philosophes grecs, Claudien Mamert en fournit la première preuve. Le latin est la langue occidentale, mais dire que la culture grecque reviendra en Occident avec la 'Renaissance italienne' est un mensonge. [...] Dire que les moines en Occident ignorent la culture grecque est un des mensonges historiques qui sert d'alibi à la Franc-Maçonnerie pour opposer à un imaginaire 'obscurantiste' des monastères la pseudo-'science' de la Renaissance." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 232.)
"Autre clerc lumineux, le pape Saint Grégoire le Grand (v. 540-606). [...] On peut dire qu'à leur manière Saint Benoît et Saint Grégoire perpétuent l'union de la raison et du cœur de l'augustinisme. Ils sont fidèles à la tradition de l'Occident chrétien, pour lequel le Vrai, idéal de la raison, est une valeur au même titre que le Beau, idéal du cœur. Le Vrai et le Beau véhiculent le Bien. Un chrétien de la tradition aime la Vérité et la Beauté qui rapprochent de Dieu, redoute le mensonge et la laideur qui sont des attributs du diable, usurpateur du vrai et du beau.
"[...] On peut dire qu'à partir du VIe siècle, par l'augustinisme, la Règle bénédictine et la réforme grégorienne, la lumière éclaire les monastère d'Occident, refuges de la culture et des arts en cette période de chaos due aux invasions." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 256-257.)
La culture, selon Charlemagne, devait s'écouler en aval d'une classe de lettrés religieux et éduqués à la cour, la classe intellectuelle. Il s'agissait d'une approche rigoureusement descendante où l'exemple venant d'en haut, la cour devait montrer l'exemple.
"La lumière de la tradition chrétienne éclaire la Renaissance carolingienne
"Alcuin (735-804) dirige l'École du palais à Aix-la-Chapelle et celle de Tours. Sous son autorité, des écoles sont fondées dans toute l'Europe. [...] Alcuin [...] reste un augustinien. [...] L'École du Palais copie les manuscrits des auteurs latins, qui, par les monastères atteindront les grands classiques français. Alcuin inscrit pour plusieurs siècles la culture de l'Occident dans la catholicité. Les Germains découvrent la culture antique grâce aux chrétiens. Cette culture est christianisée et transmise par les moines aux poètes et littérateurs futurs. La littérature des Temps féodaux est même si riche de culture antique qu'il est mensonger de parler de Renaissance littéraire au XVe siècle.
"[...] La Renaissance carolingienne réussit la réconciliation de l'Orient et de l'Occident dans une admirable synthèse qui s'inscrit dans la suite de l'augustinisme (développement chrétien de Platon, nécessité de la grâce pour le salut, conciliation entre foi et raison, connaissance naturelle de Dieu, négativité du mal). Elle est [...] comme l'augustinisme, un magnifique fruit de la Raison occidentale. [...] Elle éclaire le passé grec par la Lumière de la tradition chrétienne, l'augustinisme." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, tome2, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. Cimes, 2e éd. revue et augmentée, Paris 2015, p. 97.)
Au Xe siècle, le savant Gerbert d'Aurillac (950-1003), Pape sous le nom de Sylvestre II. "Ses préoccupations sont celles d'un humaniste, il achète à grand prix des livres dans tous les pays", écrit Émile Bréhier, dans La Philosophie au Moyen-Âge (Albin Michel, 1949, p. 79), c'est-à-dire qu'il étudie les humanités anciennes et se préoccupe du sort des humains (il ne peut pas être Humaniste au sens du XVIe siècle, qui substitue l'Homme à Dieu)... En même temps que Gerbert et en relation avec lui, un autre moine savant, Abbon (945-1004) travaille "à la restauration des sciences", précise Béhier (p. 81).
"L'Occident chrétien va connaître un apogée intellectuel à partir du XIe siècle. (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, tome2, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. Cimes, 2e éd. revue et augmentée, Paris 2015, p. 120-121.)
La création des premières universités européennes
Ces écoles, souvent liées aux cathédrales et aux monastères étaient dirigées par des évêques ou des religieux qui ont peu à peu évoluer pour devenir des centres d'études supérieures. Beaucoup d'universités, comme celles de Paris, milieu XIe siècle, de Bologne, fondée en 1088, ou d'Oxford, au XIIe siècle sont nées de cette dynamique.
Cours de théologie à la Sorbonne. Enluminure de la fin du XVe siècle, Bibliothèque de Troyes
Du début du XIe siècle à la fin du XIIe siècle, la scolastique primitive débute avec la figure d'Anselme de Cantorbéry (1033-1109) et l'école de Chartres.
Les œuvres d'Aristote marquées par l'influence de Platon sont copiées par Jacques de Venise († 1147) et traduites du grec au latin par Albert le Grand (1193-1206), maître dominicain de Thomas d'Aquin, qui les introduit dans les universités, en même temps que les traités scientifiques grecs.
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) formule l'aristotélisme chrétien en appliquant à la théologie les méthodes et les exigences du raisonnement philosophique. L'engagement chrétien en faveur de la raison culmine avec sa Somme théologique, publiée à Paris à la fin du XIIIe siècle. Il avançait que dans la mesure où l'entendement des humains n'est pas suffisant pour percevoir directement l'essence des choses, il leur est nécessaire de cheminer vers la connaissance pas à pas, au moyen de la raison. Il prônait ainsi l'utilisation de la philosophie, particulièrement des principes de la logique, dans une tentative d'élaboration de la théologie.
Alexandre de Hales (1180-1245) surnommé le "Docteur irréfragable", Robert Grossetête (1175-1253) à Lincoln, un des représentants de la Première Renaissance, et Roger Bacon (1214-1294) à Oxford (Angleterre), surnommés le "Docteur admirable", davantage portés vers l'expérience que vers la spéculation pure, identifient quelques erreurs commises par Aristote à propos des phénomènes naturels, ce qui ne les empêche nullement de reconnaître l'importance de la philosophie d'Aristote.
Roger Bacon (1214-1294) déclare au 13e siècle qu'''on peut réaliser pour la navigation des machines sans rameur, si bien que les plus grands navires sur les rivières ou sur les mers seront mus par un seul homme avec une vitesse plus grande que s'ils avaient un nombreux équipage. On peut également construire des voitures telles que sans animaux, elles se déplaceront à une vitesse incroyable. On peut aussi fabriquer des machines volantes, qu'un homme assis au milieu de la machine actionnant des ailes artificielles qui battront l'air comme un oiseau en vol...'' Cela s'appelle de la science prospective en plein 13e siècle.
Robert Grossetête dit Robert de Lincoln (1175-1253), évêque de Lincoln en Angleterre, est considéré avec Roger Bacon, comme un des pères de la science expérimentale. "Tous deux défendent l'idée que la science ne se bâtit que par l'expérience. C'est exactement ce que fera la science du 19e siècle... Ce même 19e siècle qui disait que l'Eglise était 'contre la science'..." (Cf. Christophe DICKÈS, "La fécondité extraordinaire de l'Eglise", auteur de "Pour l'Eglise. Ce que le monde lui doit", Paris, Perrin, 2024)
La scolastique tardive du XIVe siècle est représentée par la figure de Jean Duns Scot (1266-1308), à Oxford, Paris et Cologne, le "docteur subtil" qui donne une priorité à la volonté (d'où l'étiquette de "volontarisme") devant les autres facultés comme l'intelligence intellectualiste ou la charité.
Imparfaite, mais néanmoins grande, la civilisation de la chrétienté formée par l’Église catholique est une civilisation dont nous pouvons et devons être fiers. Aucune n’a produit autant de fruits dans tous les domaines de la vie.
Les œuvres du Christ ne reculent pas, mais elles progressent.
Et "le Christ Verbe incarné offre à l'humanité la connaissance rationnelle."
Dieu ouvre en effet avec son Incarnation une ère nouvelle qui met fin à l'Antiquité, où la métaphysique ancienne – les cultes du cosmos – était partout moniste, alors que celle du christianisme est dualiste (dualisme de l'être : 1- Dieu Créateur et 2 - les créatures, qui ne sont pas une seule et même chose. Dieu et ses créatures ne doivent pas être confondus = hérésie panthéiste).
"L'Incarnation est ainsi le plus grand événement de l'Histoire sur le plan religieux, mais également philosophique et politique."
(Cf. Alain Pascal, Pour une révision totale de l'Histoire, Faire table rase de la table rase, Les Éditions du Verbe haut, La Courneuve 2024, p. 65-73)
‘’(Le christianisme) leva sur le monde, avec l’étendard du Calvaire, le vrai drapeau de la réforme.
"Il attaqua l’orgueil par l’humilité, il attaqua la cupidité (passion immodérée de la richesse) par la pauvreté, il attaqua le sensualisme par la mortification, il opposa à la concupiscence qui précipitait toutes les décadences la sainteté qui allait susciter tous les Progrès…
Et … le monde se trouva replacé sur cette route royale où depuis deux mille ans il remonte avec Jésus-Christ.
... Le christianisme a réformé et fait progresser le monde parce qu'il a attaqué résolument la concupiscence (Concupiscentia carnis, concupiscence de la chair ou sensualisme, péché originel, l'âme qui s'incline sous l'empire du corps, la prépondérance désordonnée de la vie des sens sur la vie de l'esprit) : au contraire, toutes les réformes qui reculent devant elle, réforme religieuse, politique ou sociale, échouent fatalement, et conduisent aux décadences sous le drapeau du Progrès. ... (En effet), ... ce qu'il y a de plus effrayant dans ... ces tendances de notre temps, c'est d'entendre vanter comme élément et principe de Progrès, ce mal profond (le sensualisme) qui dévore le Progrès.’’ (Joseph FELIX, Le Progrès par le christianisme 1857, Conférences de Notre-Dame de Paris, Forgotten Books, p. 87-88; 103; 145.)
"Le christianisme irrigue toutes les constructions sociales, il est le modèle d’explication des sociétés, des cultures et du système de pensée occidental dans ses structures conceptuelles. Il se présente comme la constituante essentielle de l’histoire des civilisations et des hommes. Cette assertion, indéniable aujourd’hui et scientifiquement acquise..." (Bénédicte Sère, Histoire générale du christianisme. Volume I : Des origines au xve siècle, dir. Jean-Robert Armogathe, Pascal Montaubin, Michel-Yves Perrin, Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 04 avril 2012. URL : http://journals.openedition.org/rhr/7840 )
Tout ce qui caractérise l'Europe est dû au christianisme
Dans le christianisme se trouve une première proposition d'universalité qui est unique dans l'histoire, l'homme trouve un une liberté individuelle ; alors que jusque sa destinée était collective, son destin devient individuel avec le Sermon sur la montagne.
"Le catholicisme est ... la plus tolérante de toutes les religions, puisque la seule qui ne différencie pas le statut du croyant et du non-croyant.
"(...) Sans l'Incarnation de Jésus, ni la reconnaissance d'une destinée personnelle, ni la liberté accordée à tous les hommes égaux devant Dieu, ni la domination rationnelle de l'homme sur la nature ne sont concevables.
La science
"Berdiaev (1874-1948) a démontré que, par la suite de l'Incarnation christique, toute la part traditionnellement magique de la nature était abolie, ce qui permettait l'étude scientifique de la nature, par démystifcation. Ce n'est pas (...) le cas du judaïsme (ni de l'islam qui prône et vit une théocratie, la soumission du temporel au spirituel). Le judaïsme envisage toujours un destin collectif, il n'y a pas de destin individuel; le judaïsme n'accorde pas non plus le même statut au juif et au goy, et ne s'est pas clairement départi de l'ancienne cosmologie (...), notamment dans son ésotérisme kabbalistique.
Le physicien Oppenheimer, père de la bombe atomique, rendu populaire par le film de Christopher Nolan, dit que ''sans christianisme, il n'y aurait pas eu de science moderne.''
En ce domaine, l'historien Jacques Le Goff (1924-2014) a dit que la scolastique avait apporté quatre grandes idées :
1-l'instauration du doute qui conduit à la recherche
2-la démonstration est supérieure à l'argument d'autorité
"Incidences politiques évidentes : la Démocratie est d'origine chrétienne, (...)
"Comme dans le christianisme pour lequel chaque homme est égal devant Dieu, dans la Démocratie chaque citoyen est égal devant la loi (qu'il ne le soit pas dans les faits n'est pas du domaine religieux)." (Alain PASCAL, La Trahison des initiés, 3e édition revue et corrigée, éd. Cimes, Paris 2013, p. 221; 229.)
Avec le Sermon sur la Montagne, le concept de Personne naît, en tant qu'individu avec une dignité et des droits inhérents, qui était inconnu dans les temps anciens de métaphysique moniste (les cultes du cosmos) et au destin collectif.
Du christianisme naît l'idée que tous les individus sont créés égaux devant Dieu, reflétant la croyance en la dignité de chaque personne ("persona significat illud quod est perfectissimum in tota natura, scilicet subsistens in rationali natura").
Le royaume messianique est à la fois présent et futur. Il est les deux à la fois. Et l'Église, corps du Christ, est le royaume du Christ déjà présent.
La communauté chrétienne à l'opposé de la Jérusalem actuelle, terrestre et nationale, est la Jérusalem d'en-haut (1 Co 10, 18), céleste et spirituelle (Ga 4, 25-26). (Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, 1955, rééd Albin Michel, Paris, 1994, p. 54.)
Le christianisme, en mettant l'accent sur le salut individuel et la rédemption à travers l'histoire, établit une nouvelle conception du temps, considérant l'histoire comme un récit avec un but, qui atteindra son point culminant lorsque Dieu jugera l'humanité et établira la Cité de Dieu [Saint Augustin] comme la demeure éternelle des justes.
Le Sermon sur la Montagne est en fait une dialectique entre Jésus et Moïse, même si celui-ci n'est jamais cité.
Jésus est venu pour accomplir la loi mosaïque. Il a souligné son union parfaite avec la volonté divine, et se conforme pleinement à la loi —a abrogé certaines traditions non bibliques, corrigé certaines interprétations erronées, mais n'a pas abrogé les mandats légaux de la loi mosaïque. Jésus comprend la vraie nature de la loi comme la loi de Dieu: la loi n'est pas en elle-même Dieu, ni Dieu la loi. Il sait que la vraie nature de la loi réside dans sa connexion à Dieu, et il défend publiquement l'autorité divine de la loi soulignant que Dieu est le donneur et le Seigneur de la loi; que ce n'est qu'en communion avec Dieu que la loi est pleinement accomplie. Et ainsi il fut crucifié; non sans avoir d'abord alerté ceux qui voulaient l'écouter de l'instrumentation de Dieu (son remplacement par la loi), et du danger de tomber dans la tentation antinomique.
Nous savons, avec Niebuhr (1892-1971), que la morale est insoluble avec les institutions, mais qu'elle est réalisable par l'individu.
Le Sermon sur la Montagne n'est intelligible qu'à la lumière du principe de l'amour gratuit.
Matthieu souligne que l'amour a plus de poids que les rites et les légalismes :
"Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que ... vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité.
Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste." Matthieu 23,23
L'amour n'est pas sentimental, il s'agit de faire le bien.
Les termes religieux utilisés par l'évangéliste, Mishpatm, Jesed, Emeth (מִשְׁפָּט. חֶסֶד,אֱמֶת), montrent que Jésus ne prescrit pas une morale de règles et d'obligations qui doivent être strictement respectées pour atteindre le salut ; ni une éthique ascétique pour les saints ou les ermites, mais une justice universelle pour établir une nouvelle humanité unie dans le Christ, qui inclut les païens (Ephésiens 2:11-22; Colossiens 3:11; Actes 10:34-35), une anthropologie transcendantale, dans laquelle l'Homme vit pour être, au-delà de son existence.
Le Jésus du Sermon sur la Montagne est véritablement Dieu et véritablement humain, sans confusion possible, ni division des deux natures. Et c'est pourquoi, Dieu n'est pas un substantif à définir, mais un Verbe à vivre [Matthieu 20, 1-16]. Jésus ne parle pas de sentiments, mais de nos relations personnelles avec les malheureux et les différents, avec qui Jésus s'identifie, parce que ce sont ces relations qui révèlent qui nous sommes vraiment.
Les enseignements du Sermon contiennent ainsi le rejet implicite de la notion d'un peuple élu associé à une religion tribale qui exige la supériorité et l'exceptionnalisme du collectif, car cette vision limitée et exclusive empêche de comprendre le sacré incarné dans le Messie universel. (Cf. https://posmodernia.com/el-mito-de-la-tradicion-judeocristiana/ )
Le self-government rural ou la "démocratie" et des élections à la pluralité des voix dans chaque village était un usage courant sous l'"Ancien Régime". (Frantz FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, p. 33-35.)
"Les rois du vieux temps laissaient se gouverner leurs sujets à l'abri de leur autorité souveraine. [...] Dallington va jusqu'à définir la France sous le gouvernement de ses princes, 'une vaste démocratie'." (Frantz FUNCK-BRENTANO, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 525-526.)
Le parlement local était élu par la population locale. Chaque grande ville élisait ses dirigeants, désignés parfois sous le terme d'échevin. (Pierre GAXOTTE, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 9-10.) Mais, "dans certaines provinces, les sujets du roi pouvait naître, vivre et mourir sans avoir directement affaire à l’Etat." (Michel ANTOINE, Louis XV, Fayard, 1989).
Sous "l'Ancien Régime", "le principe des libertés nationales était posé dans cette maxime fondamentale de l'Etat français : Lex fit consensu populi et constitutione regis. "Consentement de la nation et décret du prince", voilà l'antique formule du pouvoir législatif en France, depuis l'établissement de la monarchie." (Mgr FREPPEL, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 33.)
"L'enseignement était obligatoire et gratuit. [...] Au cours de son livre L'École sous la Révolution, V. Pierre constate qu'il y avait en 1789 des écoles dans chaque paroisse 'et presque dans chaque hameau'." (Frantz-FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, pp. 50-51.)
La liberté et l'égalité : des valeurs chrétiennes dévoyées par la Démocratie moderne.
Sans l'Église, pas de "droits de l'homme"
"La morale moderne, celle des droits de l'homme, a été inventée par le christianisme dans sa préoccupation de reconnaître la dignité égale a priori des personnes." (Regard sur la philosophie, La Chronique de Damien Le Guay, Canal Académies, Luc Ferry et le christianisme, 3 mai 2009)
"Toute l'histoire de la philosophie est celle d'une reformulation du message chrétien..." (Luc Ferry, ibid.)
"Dans le régime démocratique [en 1789], [...] (e)n théorie, le nouveau citoyen se voit reconnaître un pouvoir de contribuer à la formation des décisions. [...] Mais en réalité, il a moins de prise sur la décision qu'il n'en a jamais eu (Voir Patrice Gueniffey,Le Nombre et la raison, La Révolution française et les élections, éd. de l'EHESS, Paris 1993, p. 208-213). En effet, la participation démocratique [...], constitue une double fiction dont l'effet est de transférer le pouvoir théoriquement possédé par les individus à une oligarchie composée de professionnels de la politique. Cette oligarchie trie les problèmes et définit les termes dans lesquels ils peuvent être résolus, médiation indispensable pour transmuer la poussière des volontés individuelles en 'volonté collective'." (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206-210.)
"Aujourd'hui, le citoyen se croit libre, mais cette liberté est encadrée – les anti-modernes n'ont pas le droit à la parole – et surtout verbale. Le citoyen est soumis à l'tat. C'était d'ailleurs le but du Contrat social de Rousseau." (Alain PASCAL, Pour une Révision totale de l'histoire, Faire table rase de la table rase, Essais antimodernes et contre-révolutionnaires tome 1, Editions du Verbe Haut, La Courneuve 2024, p. 24.)
"L'État de nos jours est plus directif que sous l'Ancien Régime. [...] La plus libérale des démocraties actuelles est bien plus absolue que la monarchie dite 'absolue'... En effet, l’autorité étatique y est beaucoup plus à même d’imposer sa volonté." (Jean-Louis Harouel, L’esprit des institutions d’Ancien Régime, Le miracle capétien, Perrin, 1987).
"Les théoriciens chrétiens proposaient depuis longtemps des théories sur la nature de l'égalité et sur les droits de l'individu. Le travail ultérieur de théoriciens politiques 'laïques' tels que John Locke a été explicitement fondé sur des axiomes égalitaires posés par les penseurs religieux." (Jeremy Waldron, God, Locke, and Equality, Cambridge University Press, 2002, cité inRodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 11).
"Beaucoup expriment également de l'admiration pour les œuvres de John Locke au XVIIe siècle comme étant une source majeure de la théorie démocratique moderne, apparemment sans se rendre compte le moins du monde que Locke fonda explicitement toute sa thèse sur les doctrines chrétiennes concernant l'égalité morale." (Jeremy Waldron, ibid., cité inRodney STARK, Le Triomphe de la Raison, ibid., p. 119.)
Ainsi, ‘’le christianisme n'est pas seulement une foi, c'est une foi qui a baptisé une civilisation : celle de la dignité des hommes, de la liberté, de la responsabilité, de l'égalité.
Détruisez le christianisme et vous aurez détruit cette civilisation.
"Reléguez la foi chrétienne au rôle d'un récit et vous aurez perdu notre fondement. Et notre identité aussi : car si les autres vous frappent parce que vous êtes juif et chrétien et que vous ne donnez aucun poids à cet être, alors les autres sont quelqu'un et vous n'êtes personne, n'ayant rien à défendre. C'est la leçon ... que j'ai tirée de la tragédie du 11 septembre et que j'ai renforcée lors de mes rencontres avec Ratzinger. Il avait de la lucidité et du courage,’’ a pu expliqué le sénateur libéral italien, philosophe et universitaire, Marcello Pera, qui avait rencontré à plusieurs reprises Benoît XVI.
Rappelons les progrès scientifiques et moraux dus au christianisme:
Le christianisme est directement responsable des percées intellectuelles, politiques, scientifiques et économiques les plus significatives du dernier millénaire; la théologie chrétienne en est la source même. "Les autres grandes religions ont mis l'accent sur le mystère, l'obéissance, l'introspection ou la répétition. Seul le christianisme s'est ouvert à la logique et à la pensée déductive comme moyens d'accès aux lumières, à la liberté et au progrès. Au Ve siècle déjà, saint Augustin célébrait le progrès théologique et "l'invention exubérante". Les valeurs qui nous sont les plus chères aujourd'hui - le progrès scientifique, le règne de la démocratie, la liberté des échanges et de la circulation des hommes et des idées - doivent largement leur universalité au christianisme vu comme une tradition grandiose dont nous sommes tous les héritiers", écrit Rodney STARKdans son ouvrage "Le triomphe de la raison : pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, traduction de Gérard Hocmard, Paris, Presses de la Renaissance, 2007.)
"Non seulement la science et la religion étaient compatibles, mais elles étaient inséparables : l'essor de la science a été le fait de penseurs chrétiens profondément religieux. (Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 30.)
Ceux qui participèrent aux grands progrès des XVI et XVIIe siècles, Newton, Kepler, et Galilée ont perçu leurs travaux comme étant 'au service' de la théologie. Ils considéraient la Création elle-même comme un livre qu'il fallait lire et comprendre. (David Lyle Jeffrey, By Things Seen : Reference and Recognition in Medieval Tought, Ottawa Université of Ottawa Press, 1979, 14). René Descartes justifiait sa recherche des 'lois' naturelles par le fait que de telles lois doivent nécessairement exister puisque Dieu est parfait et qu''il agit de manière aussi constante et immuable que possible', à la rare exception des miracles. (Œuvres, Livre VIII, ch. 61.)
"Le christianisme est la religion qui valorise le plus le féminin, car la femme [...] y est l'égale de l'homme pour le salut. Il n'y a plus 'ni homme, ni femme', écrit Saint Paul (Ga 3,28).
Quelle est la plus grande créature de tous les temps ? Une femme.
La Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, la Très Sainte Mère de Dieu, occupe la plus haute place d'honneur parmi tous les êtres créés. Elle est au-dessus de tous les anges et de tous les saints. Comme le dit l'Ange Gabriel, la saluant, elle est "Comblée-de-grâce" (Luc 1,28). Elle est la nouvelle Ève, sans laquelle il n'y aurait pas de salut pour l'humanité, "une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles" (Apocalypse 12,1).
Aucune autre religion au monde ne donne à la femme une place dans un rôle aussi élevé.
Une femme a donné naissance au Sauveur du monde. Quelle autre religion égale cet honneur ?
Le mariage chrétien honore à la fois l’homme et la femme.
Dans un monde païen où les femmes étaient souvent une propriété, le christianisme déclarait :
"Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle" - Éphésiens 5, 25
C'est cela l'amour sacrificiel. Placer le bien de l'épouse au-dessus de soi-même, comme le Christ l'a fait pour nous. Le mariage est devenu un chemin mutuel vers la sainteté, et non une exploitation. Il est devenu une voie de sanctification mutuelle.
Jusqu'à la conversion de Clovis, "le statut juridique de la femme mérovingienne est des moins enviable. Perpétuelle mineure, réputée faible par nature, celle-ci vit sous la protection d'un tuteur - ou mainbour -, d'abord son père, puis son mari." (Philippe DELORME, Préface de Jean TULARD de l'Institut, Contre-Histoire de France, Ni romance, ni repentance, Via Romana, Le Chesnay 2024, p. 60.)
D'innombrables femmes chrétiennes ont changé et façonné la société pour le mieux.
Isabelle la Catholique, reine de Castille, a mis fin à la Reconquista.
Les prières de sainte Monique ont converti saint Augustin.
Sainte Macrine la Jeune a façonné l'esprit de ses frères, les saints Basile et Grégoire de Nysse.
"Par rapport au passé, le christianisme offre [...] une nouvelle dignité à la femme par un mariage qui met fin à la polygamie orientale et lui accorde le droit à l'amour. La femme n'est plus un objet de plaisir." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, tome 2, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. Cimes, 2e éd. revue et augmentée, Paris 2015, p. 213.)
Le consentement dans le mariage est une révolution introduite avec l'institution du mariage chrétien qui revenait sur la pratique du mariage forcé hérité du droit romain où la femme romaine est une mineure, sous la coupe du pater familias, père de famille, puis du mari. Voici quelques lignes de Jacques Le Goff sur ce sujet :
À l'instar des nombreuses saintes qui furent persécuter et martyres pour avoir exercé leur liberté de consentement, comme sainte Thècle au Ier siècle, sainte Agathe au IIIe siècle, ou encore sainte Agnès au début du IVe siècle, "voyez [...] la réflexion qu'a menée l'Église sur [...] le mariage, afin d'aboutir à cette institution typiquement chrétienne formalisée par le IVe siècle concile de Latran en 1215, [...] un acte qui ne peut avoir lieu qu'avec l'accord plein et entier des deux adultes concernés (consentement). [...] Le mariage est impossible sans l'accord [...] de l'épouse : la femme ne peut pas être mariée contre son gré, elle doit avoir dit oui. (Michel SOT, La Genèse du mariage chrétien, L'Histoire n°63, pp. 60-65).
"[...] C'est une de mes idées favorites, confortée par le progrès des études historiques : le Moyen-Âge, [...] a été aussi et surtout un moment décisif dans la modernisation de l'Occident." (Jacques LE GOFF, L'histoire n° 245, cité dans La Véritable Histoire des Femmes, De l'Antiquité à nos Jours, Présenté par Yannick RIPA, L'Histoire, Nouveau Monde Éditions, Paris 2019, pp. 67-82.)
"À l'ère moderne, les découvertes scientifiques, l'essor du commerce [...] auraient achevé d'installer en Occident un mouvement de liberté et de progrès, à opposer à la stagnation des autres mondes, islamique, chinois, indien." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 15.)
"L'une des incantations républicaines consiste à faire croire que la République a apporté l'égalité entre les citoyens. ... [J]e ne suis pas certain que les inégalités aient été plus criantes sous Louis XVI que sous notre république. Précisément parce que l'institution de la noblesse, cet ordre prestigieux auquel toute famille désireuse de se hisser dans la société rêvait d'accéder, empêchait par là même qu'elles continuent à s'enrichir interminablement (il était interdit à la noblesse de s'enrichir; l'honneur interdisait à la noblesse de sortir du rôle qui lui était dévolu, la noblesse pouvait se perdre par déchéance à la suite d'une condamnation infamante, ou par dérogeance, lorsqu'un noble était convaincu d'avoir exercé un métier roturier ou un trafic quelconque). Un Bill Gates était inimaginable à l'époque, ces fortunes qui dépassent la richesse de nombreuses nations n'existaient pas. [...] Rien de plus politique que d'arrêter, par un moyen aussi puissant que volontaire, par le motif de l'honneur, l'accroissement immodéré des richesses dans les mêmes mains. Ainsi l'institution de la noblesse empêchait-elle la constitution de fortunes insensées, aberrantes, outrancières, et ce n'est pas le moindre paradoxe que de voir dans l'ancienne monarchie un monde mieux armé pour prévenir ces aberrations. [...] Malgré l'évidence..., on continue de nous représenter la société sous l'Ancien Régime comme monde inégalitaire. Il l'était, sans aucun doute. Comme toute société. Il n'existe pas de société égalitaire. La société communiste, qui s'est imposée au prix d'une terreur jamais vue dans l'histoire, n'a pas réussi le pari de l'égalité, au contraire: elle a connu un éventail des revenus plus large que nos sociétés d'Europe occidentale. Il est d'ailleurs amusant de constater que la gauche, et plus généralement la république, aggrave, toujours les inégalités plutôt qu'elles ne les réduit. Par exemple, sous le septennat de Valery Giscard d'Estaing, l'éventail des revenus était moins large que sous son successeur François Mittérand. ... Aujourd'hui, ... [l]a moitié du patrimoine national (50%) est détenue par 10% des ménages. Et 40% des Français n'ont aucun patrimoine. 40% des Français sans patrimoine: ce chiffre était le même en 1800, au lendemain de la Révolution." (Yves-Marie ADELINE, Le Royalisme en question (1792-2002), Perspectives pour le XXIe siècle, Préface de Vladimir Volkoff, Postface de Jean Raspail, L'Âge d'Homme - Editions de Paris, Libres Mobiles, 2e édition corrigée, Paris 2002, p. 96-97).
Au Ve siècle, avec nos premiers rois de France, la tradition royale était, sur les conseils de saint Rémi, qui baptisa Clovis, de soulager les habitants du pays, de réconforter les affligés, de veiller sur les veuves, de nourrir les orphelins (M.C. ISAÏA, Rémi de Reims, Mémoire d'un saint, histoire d'une église, Cerf, Paris 2010, p. 777), et pour ceux que la Providence avait particulièrement dotés de donner le plus largement possible aux pauvres. À l'instar de l'amour du prochain, la charité publique, commandée par la foi, et librement consentie, n'était pas (encore...) imposée par l'État. "Protège les Pauvres, ils te protégeront", tel était l'enseignement de Philippe Auguste à Saint-Louis.
Conclusion
Le dualisme créé par la papauté depuis le Ve siècle (lettre de 494 de Gélase Ier à l'empereur Anastase) et amélioré par Grégoire VII (réforme grégorienne) ne sera fondamentalement remis en question que treize siècles plus tard, sous les "Lumières" et le "despotisme éclairé" de souverains comme l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche (1740-1780) et l'empereur Joseph II (1741-1790) - "joséphisme" - où les évêques seront désormais nommés sans contrôle du pape, la carte des diocèses et des paroisses modifiée par décret, les séminaristes placés sous tutelle de l'État (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 85), et par les révolutionnaires français qui imposeront la "constitution civile du clergé" du 12 juillet 1790 sans aucune concertation avec la papauté. "Les religieux deviendront des fonctionnaires de l'État" et "les évêques seront consacrés sans intervention du pape." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 337-338.) La "nation" déclarée souveraine s'arroge le droit d'intervenir seule dans l'organisation du culte. C'est le contraire même et l'abolition de toute saine laïcité.
En 1905, la loi dite de "séparation de l'Église et de l'État", mise en oeuvre par l'obédience maçonnique du "Grand Orient" dit "de France", consacrera donc non le règne de la "laïcité", mais le règne de César, en réactualisant le monisme antique de confusion des deux pouvoirs, le temporel (républicain) et le religieux (franc-maçonnique).
Et bien vite après César ... le règne du marché...
"Après sa naissance en Angleterre en 1717, la franc-maçonnerie a essaimé très rapidement, dans les trente ou quarante années, dans toute l'Europe; en France, on trouve une première Loge anglo-saxonne 'Amitié et Fraternité' à Dunkerque. La première 'Grande Loge française' est créée en 1738." (Serge ABAD-GALLARDO, conférence L'incompatibilité d'être franc-maçon et catholique, du 18 septembre 2018.)
Les pouvoirs laïcs ont leur autonomie, de la même manière que le corps a son autonomie par rapport à l'âme; mais c'est quand même l'âme qui doit fournir ses règles de comportement au corps et le contrôler. En ce sens, le règne du Christ ne propose pas une théocratie : ni le pape ni l'Église ne prétend se substituer aux pouvoirs laïcs.
À ce titre, après un siècle de laïcisme où un même personnel politique temporel et spirituel dicte la loi d'une manière opaque, une nouvelle loi de séparation de la franc-maçonnerie et de l'État est urgente, pour consacrer une "saine et légitime laïcité" telle que définie par Pie XII (le terme a été expliqué par Jean-Paul II, dans Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 145-146.)
Et le signe de la Croix, lui-même, pourrait (re)devenir ce symbole du salut qu'il a toujours été partout et à toutes les époques, le symbole même d'une histoire et d'une laïcité sainement comprises !
La nouveauté du Concile Vatican II en question ?
Thomas Tanase, dans son Histoire de la papauté, écrit :
Paradoxalement au XXe siècle, c'est la papauté elle-même qui reviendra sur mille ans de maturité de la réforme grégorienne, avec "un concile très occidental, dont le tempo sera donné par un épiscopat nord-européen, pour ne pas dire carolingien", [...] qui "voit arriver à maturité [...] la nouvelle théologie très critique envers l'incapacité du monde curial romain à se rendre compte des défis posés par l'areligiosité du monde contemporain".
Ce concile "adopte le 21 novembre 1964 la constitution Lumen gentium, qui pose les principes fondamentaux de ce que sera l'enseignement du concile."
Après la Révolution française, face à des institutions qui avaient découronné le Christ, l'Église avait cherché à conserver une légitime autonomie, particulièrement sous les pontificats de Léon XII (1823-1829), Pie VIII (1829-1830), Grégoire XVI (1831-1846) et Pie IX (1846-1878). Mais à partir du pontificat de Léon XIII (1878-1903), elle a commencé à demander aux catholiques de s'engager dans les institutions modernes et à voter pour peser de tout leur poids dans les institutions afin de faire modifier les lois de laïcisation (encyclique Au milieu des sollicitudes, 1892, doctrine qualifiée à l'époque de "ralliement" à la république.)
Le concile Vatican II, cherchant à s'ouvrir au monde, a consacré l'engagement des laïcs dans la vie politique et les institutions modernes.
Mais l'engagement des laïcs doit, aussi, se réaliser dans la vie de l'Église elle-même, "[c]omme tous ses fidèles ont été régénérés par le Saint-Esprit, ils sont tous appelés à un 'sacerdoce commun'.
"En d'autres termes, écrit Thomas Tanase, cette constitution [Lumen gentium] cherche à revenir sur la séparation entre clercs et laïcs progressivement montée en puissance depuis la réforme grégorienne, pour affirmer au contraire la participation de tous dans un rapport d'égalité à la vie de l'Église." [LGtendrait donc à confondre la fonction sacerdotale du prêtre avec le ''sacerdoce commun'' des laïcs (LG 10) ''participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ'' (LG 31), dans un rapport d'égalité à la vie de l'Église (LG 34).
La Constitution Sacrosanctum Concilium 14 déclare également : ''La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui, en vertu de son baptême, est un droit et un devoir pour le peuple chrétien, 'race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté'".
En conséquence, n'importe quel laïc aux idées subversives sur les sujets moraux comme la famille, le mariage, le divorce, la contraception, l'avortement, et d'autres sujets, peut entrer dans une paroisse et la démolir de l'intérieur, à la demande même de l'Église!
"L’égalité de conditions entre clercs et fidèles, ne s’avère-t-elle pas piégée ?demande Marguerite Champeaux-Rousselotqui fait remarquer que ... L’Évangile appelle chacun et chacune à être toujours plus fils et fille de leur Père, Dieu. C’est un… titre !' Ce titre fait de chaque baptisé le frère de tous les autres, il permet l’exercice de fonctions différentes sans en sacer-dotaliser (sacraliser) aucune...'']
"[...] L'encyclique Populorum progressio de 1967 complétera Gaudium et spes, avec ... un idéal ecclésial fait désormais d'engagements, de mobilisations et de participation de tous." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté, ibid., p. 422- 431.)
L'engagement politique n'est pas la panacée, ni ce qu'on demande à l'Église.
Et une question demeure. En confondant clercs et laïcs ("la participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte" de LG 34) en associant étroitement au temporel tous les croyants à la vie politique (LG 36), en liant désormais plus étroitement le sort des chrétiens à celui des empires, en demandant que les laïcs s'engagent résolument pour un modèle global et universel qui sert de base au nouvel ordre international, en revenant donc sur mille ans de fine distinction des clercs et des laïcs, comment le laïque peut-il désormais respecter un ordre spirituel s'il est lui-même clerc et laïque ?
Le désintérêt des croyants dans la pratique religieuse ne vient-il pas de cette désacralisation du sacré (la fonction sacerdotale) faite à la demande même de l'Église, de ce relâchement dans la distinction des deux sphères temporelle et spirituelle, tant au plan religieux qu'au plan politique ?
Dans First Things, le 27 octobre 2023 , le cardinal Müllera déclaré que "L'Église n'est pas une démocratie". "Nous sommes confrontés à un programme mondialiste d'un monde sans Dieu, dans lequel une élite au pouvoir se proclame créatrice d'un monde nouveau et souveraine des masses privées de leurs droits. Ce programme et cette élite ne peuvent être contrés par une "église sans Christ", qui abandonne la Parole de Dieu dans l'Écriture et la Tradition comme principe directeur de l'action, de la pensée et de la prière chrétiennes (Dei Verbum).
Bien que le pape ait maintenant accordé le 'droit de vote' à certains laïcs lors du Synode sur la synodalité (2023), ni eux ni les évêques ne sont en mesure de 'voter' sur la foi.
Dans un État qui se consacre uniquement au bien commun temporel de tous ses citoyens et qui est régi par une constitution démocratique, le peuple est appelé à juste titre le souverain. Dans l'Église, qui est fondée par Dieu pour le salut éternel de l'humanité, c'est Dieu lui-même qui est le souverain.
Formulé théologiquement : Le Fils incarné de Dieu, le Bon Berger qui donne sa vie pour le troupeau de Dieu, est le chef de toute l'Église. Il guide et gouverne par l'intermédiaire des bergers et des enseignants qu'il a choisis. Cela ne se fait pas, comme en politique, par des hommes exerçant un pouvoir sur les hommes, mais par la prédication de la Parole et les sacrements que le Christ a confié à ses apôtres et à leurs successeurs pour qu'ils les administrent (2 Co 5.18-20).
Le fait que l'Église ne soit pas et ne puisse pas devenir une démocratie n'est pas le résultat d'une mentalité autocratique persistante. Il est dû au fait que l'Église n'est pas du tout un État ou une organisation créée par l'homme.
L'essence de l'Église ne peut être saisie par les catégories sociologiques de la raison naturelle, mais seulement à la lumière de la foi que l'Esprit Saint opère en nous.
L'Église, en tant que communauté de foi, d'espérance et de charité, doit son existence à la volonté salvatrice de Dieu, qui appelle les hommes et en fait son peuple, au milieu duquel il habite lui-même (Col. 2:9). La souveraineté de Dieu repose sur sa toute-puissance et son amour, qu'il offre sans avoir à craindre ses créatures comme concurrentes (contrairement au mythe païen de Prométhée).''
Le plus grand service que l'Église puisse rendre à la civilisation à l'heure actuelle est de garder son héritage intact et de ne pas permettre que son témoignage soit obscurci comme instrument des pouvoirs et de la politique laïques.
Christopher Dawson, Au-delà de la politique, 1939
Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.
Sainte Cécile dans Christine Barrely, Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.
Jeune sainte qui souffrit le martyre sous l'empereur Alexandre Sévère, Cécile est l'une des fleurs les plus suaves de la virginité chrétienne. Elle voua sa vie très jeune à Dieu; mariée de force vers l'âge de quinze ou seize ans, elle continua à respecter son vœu de virginité.
L'histoire de Sainte Cécile, qui n'est pas dénuée de beauté et de mérite, est construite en partie de légendes. La romance de Cécile et Valérien est connue depuis la légendaire passion de Cécile écrite en 535. Toutefois, son nom, le fait qu'elle fonda une église et qu'elle fut enterrée dans une crypte des catacombes de saint Callixte, le contexte tout comme l'existence d'un Valérien et d'un Tubercius, tous faits historiquement vérifiables à son sujet, il est certain que cette vie de saint est basée sur quelques faits réels. C'est l'un des martyrs des débuts de l'Église les plus vénérés, mentionné dans le canon de la messe depuis 496.
Fille d'un illustre patricien de la famille des Caecilii, dont sont issus beaucoup de sénateurs, seule chrétienne de sa famille, alors qu'elle eût consacré sa virginité à Jésus-Christ, elle dut se résigner à sortir de la maison paternelle, où elle vivait dans la prière, lecture des livres saints et le chant des cantiques, pour épouser le jeune Valérien, homme que ses parents lui choisirent, noble et bon, connu pour être de grande compréhension, mais païen.
Le soir des noces, quand les époux se trouvèrent seuls, Cécile s'adressa doucement à Valérien : « Ami très cher, lui dit-elle, j'ai un secret à te confier : mais peux-tu me promettre de le garder ? » Ayant reçu le serment du jeune homme, elle reprit : « Écoute. Un ange de Dieu veille sur moi, car j'appartiens à Dieu. S'il voit que tu m'aimes d'un mauvais amour, il me défendra, et tu mourras ; mais si tu respectes ma virginité, alors il t'aimera comme il m'aime, et sa grâce s'étendra aussi sur toi. » Troublé, Valérien répondit : « Cécile, pour que je puisse croire à ta parole, fais-moi voir cet ange. - Si tu crois au vrai Dieu et si tu reçois le baptême des chrétiens, tu pourras voir l'ange qui veille sur moi. »
Valérien accepta la condition, se rendit près de l'évêque Urbain (Urbanus), à trois milles de Rome (non le pape homonyme) lut l'évangile selon Luc, fut instruit, reçut le baptême et revint près de Cécile. Près d'elle, il aperçut un ange au visage lumineux, aux ailes éclatantes, qui tenait dans ses mains deux couronnes de roses et de lis, et qui posa l'une de ces couronnes sur la tête de Cécile, l'autre sur la tête de Valérien, et leur dit : « Je vous apporte ces fleurs des jardins du Ciel. » Les deux jeunes époux vécurent dans la chasteté et se dévouèrent aux bonnes oeuvres.
Valérien avait un frère nommé Tiburce ; au récit de ces merveilles, il abjura les idoles et se fit chrétien.Valérien et Tiburce s'employèrent à donner des sépultures aux corps des martyrs que le préfet Amalchius faisait tuer comme criminels. Les deux frères furent bientôt dénoncés, demeurèrent invincibles dans la confession de leur foi et eurent la tête tranchée. Maximus, l'officier chargé de rendre la sentence, après avoir vu une apparition de martyrs, se convertit soudainement à la religion chrétienne et subit le même sort. Les trois hommes furent exécutés aux alentours de Rome. Cécile parvint à racheter les corps et les ensevelit au cimetière Praetextatus, sur la Via Appia.
Cécile ne tarda pas à comparaître elle-même devant le tribunal du préfet de Rome. Son interrogatoire, que Dom Guéranger tenait pour authentique, a des accents d'une hauteur telle qu'il méritait d'être cité.
- « Jeune femme, quel est ton nom ? lui dit-il.
- Caecilia.
- Ta condition ?
- Libre, patricienne, clarissime.
- Je te parlais de ta religion.
- Ta question manquait donc de clarté puisqu'elle donnait lieu à double interprétation.
- D'où peut te venir une pareille assurance ?
- D'une conscience pure et d'une foi qui ne se cache pas.
- Ignores-tu de quels pouvoirs je dispose ?
- Le pouvoir de l'homme ressemble à une outre pleine de vent. Perce l'outre; elle se dégonfle. Tout ce qui ressemblait à de la consistance s'est envolé!
- Tu as commencé par l'insolence et tu continues sur le même ton!
- Il n'y a d'insolence que pour ceux qui affirment des choses erronées. Démontre-moi que j'ai dit une sottise; je conviendrai de mon insolence. Sans quoi, tes reproches sont une pure calomnie.
- Ne sais-tu pas que j'ai sur toi pouvoir de vie et de mort !
- Non tu te trompes. Tu n'as que le pouvoir de me tuer. Tu ne peux rendre la vie aux morts. Et si tu soutiens le contraire, tu mens ! » Elle conclut, en désignant les statues des dieux qui président aux audiences :
- « Ces statues en pierre seraient plus utiles si on les jetait dans un four pour en faire de la chaux. Elles s'usent dans l'oisiveté et ne sont pas plus capables de se défendre elles-mêmes des flammes que de t'arracher, toi, à la perdition. »
Auparavant, sans illusion sur le sort qui l'attendait, la jeune veuve confia tous ses biens au pape Urbain et lui recommanda ceux qu'elle avait convertis, ainsi que sa maison pour en faire une église : elle subsiste aujourd'hui, c'est Sainte Cécile du Trastevere, à Rome. Le préfet la fit reconduire chez elle et ordonna de la laisser mourir dans la salle de bains embrasée de vapeurs ; Dieu renouvela pour elle le miracle des Hébreux dans la fournaise. Le bourreau vint pour lui trancher la tête ; mais il le fit si maladroitement, qu'elle ne mourut que trois jours après. Touchés par son exemple, ses parents et sa famille embrassèrent la foi pour laquelle elle avait choisi de mourir (c'est probablement à cette conversion familiale qu'il faut rapporter les quatre cents convertis de sainte Cécile dont parle la passion. Si l'on compte les affranchis et les esclaves, le nombre n'a rien d'incroyable).
Un évènement assez rare sinon exceptionnel conforte la dévotion autour de sainte Cécile, en apportant à sa sainteté un cachet de parfaite authenticité : la découverte, lors de la seconde invention des reliques, en 1599, de son corps intact, préservé des lois ordinaires de la décomposition. En 1590, le titre de Santa Cecilia au Transtévère appartenait au cardinal Paolo Emilio Sfondrate, disciple de saint Philippe Néri et neveu du pape Grégoire XIV. La vieille basilique dont il était titulaire était en mauvais état et nécessitait des travaux de restauration urgents. Mgr Sfondrate s'y employa. Or, au cours de ces travaux, le 20 octobre 1599, des ouvriers mirent au jour, sous l'autel principal, deux tombeaux de marbre blanc. Bon connaisseur de l'histoire de la Ville, le cardinal ne se posa pas de question : il s'agissait des sépultures données en 817 par le pape Pascal Ier à la martyre et à ses compagnons. A cette date en effet, le souverain pontife, navré des déprédations répétées dont les catacombes avaient fait l'objet depuis les premières invasions barbares au Ve siècle, prit la décision de ramener intra muros le plus possible de martyrs de l'Antiquité, les mettant à l'abri des pillages.
Cécile, enterrée sur la Via Appia, et dont on craignait que la sépulture ait été profanée pendant les guerres lombardes, avait été l'une des premières mise en sûreté. Elle repose depuis dans la basilique élevée à l'emplacement de sa maison, au Transtévère. Près d'elle, son époux, Valérien, son beau-frère Tiburce, et le sous-officier Maxime qu'ils avaient converti, ainsi que deux souverains pontifes, Urbain et Lucius. Mgr Sfondrate n'eut aucun doute sur l'identité des martyrs, mais il se souvint de ce que rapportait la Tradition. A l'ouverture du tombeau, le pape Pascal Ier avait trouvé, dans le sarcophage des trois hommes, ce qu'ils s'attendait à y découvrir après plus de sept siècles : quelques ossements. Mais, dans celui de Cécile...
Mgr Sfondrate fit ouvrir les sépultures. Dans l'une, les restes des trois saints, en effet, moins le chef de Valérien, que Pascal Ier avait retiré. Dans la seconde... Sous le drap de soie précieuse dont le pape, au IXe siècle, recouvrit la dépouille, une jeune fille étendue. Son corps préservé de toute trace de corruption, on eut cru qu'elle dormait, et non qu'elle était morte. Elle portait encore une robe blanche brochée d'or, un vêtement de patricienne, couvert de taches sanglantes, tout comme les linges posés à ses pieds. Selon l'usage, les fidèles qui l'ont ensevelie ont recueilli précieusement le sang qui coulait des plaies de la martyre. Ces plaies, elles sont trois, comme le rapportait la passion, trois blessures portées à la gorge par la main d'un bourreau si tremblant qu'il fut incapable d'achever sa besogne et laissa Cécile mourante étendue sur le sol. La tête était presque détachée du tronc, et ce détail explique pourquoi, lorsque l'on a couché la défunte dans le cercueil, le corps avait pris cette position étrange dans laquelle la mort l'avait trouvée, couché sur le côté mais le visage tourné vers le fond. L'index gauche était demeuré dressé, ainsi que trois doigts à la main droite. Sfondrate et les témoins de l'invention des reliques, saisis, se souvinrent de cette mention de la passion : Cécile, égorgée, incapable de parler, agonisante, avait eu encore la force d'esquisser ce geste, ultime confession du mystère de la Sainte Trinité. Dieu en trois personnes.
Pour contempler le visage de la sainte, il eut fallu le retourner. Et la toucher. Confondus de respect, aucun de ces hommes n'osa porter une main qu'ils eurent estimé sacrilège sur la vierge martyre. Aucun de ceux qui viendront la vénérer ne l'osera, pas même le pape Clément VIII. Cécile sera recouchée dans sa tombe, après qu'un sculpteur en renom, Maderno, sera venu prendre des esquisses de son corps, qui serviront à l'admirable statue témoin du miracle.
représentant fidèlement la martyre baignant dans son sang comme elle tomba après les coups et telle qu'on la trouva lors de l'ouverture de sa tombe en 1599.
Lors de nouvelles fouilles archéologiques, réalisées en 1902, le sarcophage ne fut pas rouvert, ce qui ne permit pas d'opérer des vérifications plus scientifiques. Cela n'ôte rien à la sincérité et à la probité des témoignages recueillis au IXe et au XVIe siècles. (Source : Anne BERNET, Les Chrétiens dans l'Empire romain, des persécutions à la conversion Ier - IVe siècle, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 183-190)
Actuellement Cécile et Valérien sont à nouveau réunis pour l'éternité. Leurs reliques ainsi que celle de St Urbain se trouvent dans une voûte somptueuse sous le grand autel de l'église Sainte Cécile de Trastevere qui lui a été dédiée par Sfondrati.
Sainte Cécile est la patronne des musiciens, des chanteurs, luthiers et des autres fabricants d'instruments de musique.
Tandis que les instruments de musique retentissaient pour ses noces, Cécile chantait pour Dieu dans son cœur. Il faut ajouter qu’à la fin du Moyen-Age, on attribuait à Sainte Cécile, la composition de plusieurs hymnes, et c’est ainsi que chanteurs et musiciens se placèrent sous son patronage au XVème siècle.
On la représente avec une couronne de fleurs, un plant de lys, un instrument de musique et une épée.
Depuis le XVème siècle, l'emblème de Sainte Cécile est devenu l'orgue. Sur des représentations imagées, elle y est figurée avec un orgue, une harpe ou un autre instrument de musique. Auparavant elle était couronnée de roses, portant une palme ou occupée à convertir son mari Saint Valérien, etc...
Les plus anciennes images de Cécile sans instruments de musique ont été trouvées au VIème siècle sur des fresques romaines dans les catacombes de St Callixte.
Après qu'elle fut peinte par Raphaël en organiste, son image est devenue un sujet favori pour les vitraux.
Extase de sainte Cécile, 1514, Raphaël, Bologne, Pinacothèque nationale, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 686-687.
Sources : (1) ; (2) ; (3) ; (4) ; (5) Anne Bernet, Les Chrétiens dans l'Empire romain, des persécutions à la conversion Ier - IVe siècle, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 183-190 ; (6) Christine Barrely, Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011 ; (7) Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 686-687.
En elle, Dieu a tissé un vêtement
pour nous sauver.
Saint Ephrem
Les parents qui aiment Dieu lui ont, de tout temps, consacré leurs enfants, avant et après leur naissance. Parmi les Juifs, existait de plus l'usage de consacrer quelques fois à Dieu les enfants en bas âge ; on les amenait au Temple, où avait lieu la cérémonie de la consécration, puis ils habitaient dans les dépendances du Temple et servaient les prêtres et les lévites dans leurs fonctions. Nous avons des exemples de cette consécration spéciale dans la personne de Samuel et de quelques autressaints personnages. Il y avait aussides appartements pour les femmes dévouées au service divin.
L'évangile ne nous apprend rien de l'enfance de Marie ; son titre de Mère de Dieu efface tout le reste. Mais la tradition est plus explicite ; elle nous apprend que la Sainte Vierge, dans son enfance, fut solennellement offerte à Dieu dans son temple. Cette présentation est le sujet de la fête qu'on célèbre aujourd'hui. Où mieux que loin du monde, dans l'enceinte du temple, Marie se fût-elle préparée à sa mission ? Douze années de recueillement, de prière, de contemplation, telle fut la préparation de l'élue de Dieu.
Voici, d'après saint Jérôme, comment se divisait la journée de Marie au temple : depuis l'aurore jusqu'à 9 heures du matin, Elle priait ; de 9 heures à 3 heures elle s'appliquait au travail des mains ; ensuite elle se remettait à la prière, jusqu'au moment où arrivait sa nourriture. Marie, au jour de sa présentation, nous apparaît comme le porte-étendard de la virginité chrétienne. Après elles, viendront des légions innombrables de vierges consacrées au Seigneur, dans le monde ou à l'ombre des autels ; Marie sera leur éternel modèle, leur patronne dévouée, leur guide sûr dans les voies de la perfection.(1)
La fête de la présentation de la Vierge Marie au Temple est célébrée en Orient depuis le VIe siècle. Elle semble liée à la dédicace de l’église de Sainte-Marie-la-Neuve à Jérusalem (543). Elle est devenue une des douze grandes fêtes de la liturgie byzantine :
« Après ta naissance, divine Fiancée, tu fus présentée au Temple du Seigneur pour être élevée dans le Saint des Saints comme une Vierge sanctifiée » (Lucernaire).
Rome montra plus de réserve à l’égard de la tradition suivant laquelle, Marie, à l’âge de trois ans, aurait été présentée au Temple de Jérusalem pour y prier et servir Dieu et se préparer ainsi à sa grande vocation. Cette hypothèse est proposée dans l’Evangile apocryphe intitulé le Protévangile de Jacques, composé probablement en Egypte au milieu du IIe siècle. L’Eglise n’a pas retenu cet ouvrage comme canonique, en raison de sa datation tardive et du merveilleux qui y foisonne. Cependant, ce récit qui se présente comme l’œuvre de Jacques le Mineur est déjà évoqué par saint Justin (mort vers 165) dans le Dialogue avec Tryphon et Origène s’y réfère explicitement dans son Commentaire de S. Matthieu. Il s’agit de la plus longue glose sur des événements qui précèdent les récits évangéliques (d’où le nom « protévangile »). Cet apocryphe raconte avec détails la conception de Marie, sa présentation à trois ans et son enfance au Temple, ses fiançailles à treize ans avec Joseph - un veuf âgé - puis la naissance de Jésus. Précisons que l’on chercherait en vain une obligation particulière dans la Loi de Moïse qui justifierait la présentation d’une enfant de cet âge au Temple.
Introduite en Avignon au XIVe siècle, la fête de la Présentation est reconnue par le pape Grégoire XI en 1372. Elle ne sera cependant inscrite au calendrier liturgique d’Occident qu’en 1585, par le pape Sixte V, eu égard à l’interprétation symbolique qu’on peut en donner : Marie est le modèle de l’Eglise, qui comme elle, se consacre au service de son Dieu par un don total de tout son être.
La Vierge est aussi le véritable Temple où Dieu établira sa demeure au moment de l’Annonciation, préfigurant ainsi la Jérusalem céleste dont l’Agneau qui demeure en son milieu, est l’unique flambeau (Ap 21,23). Cette fête établit ainsi un lien entre le Temple ancien de pierre, et l’Arche de la Nouvelle Alliance, le sein très pur de la Vierge, sur laquelle descendra bientôt la shekinah, la gloire du Dieu vivant.
Prolongeant notre méditation à la lumière de l’enseignement de Saint Paul : « Vous êtes le temple de Dieu » (1 Co 3,16), il apparaît juste et bon de « prendre chez nous » (Jn 19,2) Marie, afin qu’elle continue dans le Temple de nos cœurs, le service du Dieu vivant auquel elle s’est consacrée dans le Temple de Jérusalem dès sa petite enfance.
« Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère. » Nul doute que Marie se dévoue toute entière à porter aux hommes les grâces du salut obtenues par son Fils, afin que s’accomplisse la volonté du Père, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Ti 2, 4). Elle nous aidera aussi à discerner quelle est notre part dans ce travail d’enfantement du monde nouveau, et à l’accomplir dans la paix et la joie de l’Esprit.
Quelques jours avant le commencement de l’Avent, tournons donc résolument notre pensée vers la Mère de Dieu, dont l’humble et silencieuse attente demeure le modèle de notre propre attente pendant ce temps liturgique. La fête de la présentation de Marie au Temple est aussi traditionnellement la Journée des religieuses contemplatives, dont la vie incarne la patiente vigilance de l’Eglise guettant le retour de son Epoux. Mais cette perspective ne doit-elle pas aimanter toute vie chrétienne, quel que soit notre état de vie ?
« O Marie, enfant chérie de Dieu, que ne puis-je vous offrir et vous consacrer les premières années de ma vie, comme vous vous êtes offerte et consacrée au Seigneur dans le Temple ! Mais hélas ! Ces premières années sont déjà bien loin de moi ! J’ai employé un temps si précieux à servir le monde et vous ai oubliée en écoutant la voix de mes passions. Toutefois il vaut mieux commencer tard à vous servir que de rester toujours rebelle. Je viens donc aujourd’hui m’offrir tout entier à votre service, et consacrer à mon Créateur, par votre entremise bénie, le peu de jours qu’il me reste encore à passer sur la terre. Je vous donne mon esprit, pour qu’il s’occupe de vous sans cesse, et mon cœur, pour vous aimer à jamais. Accueillez, ô Vierge Sainte, l’offrande d’un pauvre pécheur ; je vous en conjure par le souvenir des ineffables consolations que vous avez ressenties en vous offrant à Dieu dans le Temple. Soutenez ma faiblesse, et par votre intercession puissante obtenez-moi de Jésus la grâce de lui être fidèle ainsi qu’à vous, jusqu’à la mort, afin qu’après vous avoir servie de tout mon cœur pendant la vie, je participe à la gloire et au bonheur éternel des élus. Amen »
On sert tous un roi — la question est : lequel ? Dans le cadre de la Conférence "Royauté du Christ : une réponse oubliée à nos crises ?" - Conférence SETH Talk – Royauté du Christ 12 novembre 2025, à l’Espace Bernanos (Paris 9ᵉ), en partenariat avec France Catholique, plusieurs intervenants ont abordé le thème du Christ Roi dans nos sociétés.
Thomas Schmitz, président d'Ichtus, association qui propose des formations pour les laïques catholiques en vue de s'impliquer dans la société civile en s'appuyant sur la doctrine sociale de l'Eglise a rappelé l'oeuvre revigorante de Jean Ousset, "Pour qu'il règne", "parce qu'elle nous prévient du mauvais virus qui circule chez les catholiques, le "virus de la neutralité", une "usurpation de la laïcité."
"Ce virus, dit-il est le neutralisme, le virus de la neutralité". "En effet, au nom de la 'laïcité', le Christ est éjecté du champ social, du champ politique, du champ économique, et n'a plus droit de cité. Et au nom de la 'laïcité', ses ennemis nous font douter de la Royauté sociale du Christ. Et ce poison est un vrai piège et une menace. Et nos adversaires enfoncent le clou en agitant l'épouvantail de la théocratie. Ce qui va susciter chez beaucoup de catholiques la conviction que la royauté du Christ est spirituelle et surtout que son royaume n'est pas de ce monde et qu'au fond il a peu à voir avec ce monde et surtout à voir avec nos âmes et que face au risque théocratique, finalement la laïcité est notre 'bien commun'.
Il faut alors absolument dénoncer ce leurre de la neutralité et du neutralisme.
Jean Ousset le dit sans ambages dans Pour qu'Il règne' :
'La neutralité est impossible."
Pourquoi ?
Dans la méditation des 'deux étendards' de S. Ignace, il y a simplement deux camps, il n'y en a pas trois. Il y a le camp du bon capitaine, et il y a le camp du prince de ce monde. Il y a le bien contre le mal, et le neutre n'est pas une catégorie morale.
On voit d'ailleurs où cette neutralité a mené nos sociétés: à des lois 'sociétales' iniques, et on l'a vu au 19e et 20e siècle à un déferlement du mal quand Dieu est éjecté de nos sociétés.
[Note du Blog Christ-Roi.L'exemple économique est une illustration parfaite montrant que la neutralité est impossible :
Le libéralisme ou l'erreur sur la liberté
"La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 fait partie de notre bloc constitutionnel. Elle consacre une liberté limitée par le principe de réciprocité à l'article 4. 'La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.' De fait, les constituants fabriquèrent une loi qui contrevint immédiatement à cet article, celle de la liberté illimitée de la vente et de la circulation des grains, le 29 août 1789. En consacrant le droit de propriété comme naturel, cette loi niait frontalement la réciprocité puisqu’elle conduisait les uns à s’enrichir, les autres à s’appauvrir, dans une dissymétrie qui n’allait qu’en s’aggravant, si aucun contrôle n’était introduit. Deux conceptions de la liberté coexistent ainsi dans la même séquence historique, et fondent en fait deux manières de vivre en société : dans un état de guerre permanente de tous contre tous par cette loi qui favorise le libéralisme économique ou dans un état civil de liens réciproques utiles selon l’article 4 de la Déclaration des droits. Ces deux conceptions de la liberté sont en débat pendant la Révolution française et le sont encore aujourd’hui, car les bornes prévues dans la Constitution dépendent de fait des lois, qui sont mobiles. Lors de la période révolutionnaire, les ouvriers pensaient avoir une liberté d'association, c'est-à-dire la reconnaissance des compagnonnages pour fixer les salaires. Mais quand, en avril 1791, les charpentiers de Paris se mettent en grève, la municipalité leur rétorque que «la liberté doit exister pour tout le monde, même pour les maîtres», libres donc de fixer à leur guise les salaires. Ils formèrent alors une Union fraternelle des ouvriers qui décréta que le prix de la journée ne devait pas être inférieur à 50 sous, et ils demandèrent à la municipalité d'arbitrer entre eux et les employeurs. La municipalité refusa et déclara que les salaires devaient être décidés de gré à gré, et sans tiers, entre employeurs et employés. C'est alors que l'Assemblée vota, le 14 juin 1791, la loi Le Chapelier, une des lois les plus hostiles aux ouvriers jamais promulguée. … Pour Le Chapelier, «il ne doit pas être permis à tous les citoyens de certaines professions de s'assembler pour leurs prétendus intérêts communs». L'Assemblée s'achemine vers l'interdiction de toute pétition adressée au nom d'une profession, toute délibération cherchant à fixer un prix ou un salaire. En déclarant ces manières d'agir contraires à la liberté et donc à la Déclaration des droits, elle livre les ouvriers au bon vouloir de leurs employeurs. … Dès 1789, les promoteurs de ce libéralisme économique guerrier ont également promulgué une loi martiale qui permettait de disperser les rassemblements par la force. … Après trois sommations, la garde nationale, l’armée ou la gendarmerie pouvaient recevoir l’ordre de tirer. Le mouvement populaire était ainsi criminalisé par l’association de la loi martiale et de la loi Le Chapelier.'' (Sophie Wahnich, directrice de recherche en histoire et science politique au CNRS, équipe Transformations radicales des mondes contemporains de l’IIAC de l’EHESS. Libération, Publié le 15/03/2016)
Le libéralisme philosophique qui se présente comme la doctrine de cette liberté, n'est ... que la systématisation d'une incompréhension de cette notion fondamentale.
... 'la liberté' conçue comme la capacité de l'homme à faire ce qu'il veut sans en être empêché par qui que ce soit ou par quoi que ce soit (loi divine ou autre). Louis Blanc de Saint-Bonnet oppose à cette erreur la philosophie classique, qui, postulant que les choses et les êtres ont une nature, considère qu'être libre consiste pour chaque homme à devenir ce qu'il est par nature ou à retrouver cette nature perdue, car les philosophes grecs, comme les théologiens catholiques, pensent que l'homme n'est pas né parfait. Ce que nie la philosophie du moi en écartant l'idée d'un ordre objectif. Blanc de Saint-Bonnet pose alors la question: l'homme a-t-il une loi ou peut-il la créer lui-même?
... En une formule thomiste, Blanc de Saint-Bonnet appelle liberté la capacité de se mouvoir dans le bien. ''La liberté humaine,... est la faculté de faire le bien alors qu'on a la possibilité de faire le mal. ... Mais de ce que l'homme pourra choisir le mal, il ne s'en suit aucunement qu'il ait le droit de le faire. ... Voici le fait. Dieu impose sa loi à la nature, et il la propose à l'homme. La liberté est donc... le pouvoir qu'a l'homme d'accomplir sa loi. ... [L]e pouvoir d'accomplir de soi-même sa loi n'est point le droit de la violer ... : interprétation qui serait digne du néant, d'où nous sommes, et non de l'être que Dieu veut en faire sortir!'' (Louis Blanc de Saint-Bonnet, L'infaillibilité, p. 262-263).
"Jean Ousset le rappelle : Jésus-Christ a une royauté de droit sur nos sociétés, sur toutes les sociétés terrestres. Il est un monarque de droit et nous voulons oeuvrer de plus en plus pour qu'il devienne un monarque de fait. C'est ce que nous demandons dans la prière du Notre Père : "Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel".
"Quel les angoissés de la 'théocratie' se rassurent, cette Royauté sociale du Christ n'a pas pour but de nous donner un gouvernement composé de cardinaux ou d'évêques. Pourquoi ? Parce que la laïcité est une invention chrétienne. Elle vient du Christ lui-même ! Elle est intrinsèque au christianisme. Et le Christ dans sa sagesse, dans cette phrase 'Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu' nous apprend à distinguer l'ordre temporel et l'ordre spirituel. Le Christ Roi laisse la main aux césars. Il ne surtout pas remplacer César, mais il ne veut pas que César le remplace non plus, et s'affranchisse de Lui.
"C'est pour cette raison qu'il faut que nos sociétés se réancrent dans le bien et la loi naturelle, et qu'il nous faut nous opposer à cette usurpation de la laïcité par les sociétés de pensée et les mouvements athée.
Le cardinal Gerhard Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, s'est de nouveau fermement opposé aux restrictions imposées à la messe traditionnelle en latin. Lors d'une séance de questions-réponses à la Conférence "Appel à la Sainteté 2025", qui s'est tenue dans le Michigan en présence du père Chad Ripperger, exorciste, il a qualifié de "problématique" et de "non pastorale" la limitation par certains évêques, de la célébration du rite romain traditionnel selon le missel de 1962.
"Respectez les fidèles" : l’appel du cardinal
Interrogé sur l’autorité épiscopale en matière de restriction de la messe traditionnelle, Müller a rappelé que le renouveau liturgique promu par le concile Vatican II "n’a pas été entièrement couronné de succès" et que, par conséquent, les évêques doivent faire preuve de respect envers les fidèles profondément attachés au rite traditionnel.
Le cardinal a souligné que, depuis deux millénaires, l'Église a développé divers rites, mais que la structure essentielle de chaque rite authentique demeure inchangée :
"Le Concile a proposé un renouveau, et non une rupture. La continuité du latin comme élément unificateur faisait partie intégrante de cette vision." [Cf. Sacrosanctum Concilium 36,1 : "L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins"]
Müller a cité Benoît XVI pour rappeler à tous que la priorité n'est pas l'uniformité extérieure, mais l'unité doctrinale :
"Il est plus important que les fidèles croient à tous les dogmes de l’Église que de participer exactement à la même forme du rite romain."
Unité doctrinale contre uniformité rituelle
Le cardinal a averti que certains évêques semblaient plus intéressés par l'imposition d'une "unification des rites" que par la garantie de la fidélité à la doctrine catholique et a souligné le danger de sacrifier le bien spirituel des fidèles au nom de critères administratifs.
"Un pasteur ne peut pas dire : “Nous ne proposons que la nouvelle forme, et le reste peut disparaître.” Ce n’est pas une approche pastorale. Un bon pasteur pense d’abord au salut des âmes."
Les propos du cardinal Müller ramènent donc le débat à son fondement : la liturgie n'est pas une question administrative, mais le chemin qui mène au salut. [Le "sacrifice eucharistique" étant "source et sommet de toute la vie chrétienne".Lumen Gentium§ 11]
Il n'y a qu'un seul pape car il n'y avait au premier siècle qu'un seul grand prêtre du Temple de Jérusalem.
Jésus a promis que le Saint-Esprit guiderait Son Église dans toute la vérité (Jn 16,13). Il a promis que Son autorité pleine et entière reviendrait à son intendant en chef, Pierre et à ses successeurs (Mt 16,18), jusqu'à Son retour (Mt 28,20). Les Écritures attestent de l'autorité magistérielle infaillible (Mt 16,18). Le Nouveau Testament affirme que l'autorité magistérielle est infailliblement guidée par le Saint-Esprit et que la charge de Pierre en tant que principal intendant, détenteur des clés, est permanente jusqu'au retour du Christ et ne peut être retirée.
Dans Jean 21,25, il est dit que Jésus a encore enseigné beaucoup de choses qui n'ont pas écrites. Une partie de ce que nous savons l’est par tradition orale juive. Jésus était juif. La compréhension d'une partie de son enseignement est enrichie par la compréhension de ce que le peuple juif comprenait déjà. Exemple:
Le grand prêtre dirigeait le Sanhédrin (le conseil suprême juif). Il supervisait les sacrifices et les rituels du Temple, et représentait le peuple devant Dieu. Il était le seul autorisé à entrer dans le Saint des Saints une fois par an, lors de Yom Kippour (le Jour des Expiations), pour expier les péchés d'Israël. Symboliquement, il incarnait l'intermédiaire entre le divin et les humains, portant des vêtements sacrés symbolisant la sainteté et la pureté.
Durant le ministère de Jésus, Caïphe (Joseph ben Caïphe), occupa officiellement le poste de 18 à 36 ou 37 ap. J.-C. Il est notamment connu pour son rôle dans le procès de Jésus, où il présida le Sanhédrin et contribua à sa condamnation. Les grands prêtres appartenaient à une élite aristocratique et sadducéenne. Leur pouvoir combinait autorité religieuse, judiciaire et politique, mais restait subordonné aux préfets romains comme Ponce Pilate.
Comparez le Psaume 109 (110),4 109 (110),4 "Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : * ́Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melkisédek'", avec Hébreux 5,4-6 "On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on est appelé par Dieu, comme Aaron."
Dans une conférence publiée il y a sept ans sur YT, le Dr Brant Pitre, professeur émérite de recherche en études bibliques, et auteur de nombreux ouvrages sur le Jésus historique, la Vierge Marie, l'apôtre Paul, l'origine de l'Eucharistie et les Évangiles canoniques, livre une étude passionnante sur le thème des "racines juives de la Papauté".
Voici une reproduction d'une grande partie du script en français de la conférence:
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
17 Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
18 Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
19 Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
L'image du roc et de la pierre angulaire Matthieu 16,13-19
Le texte fondateur de l'autorité de Pierre et de ses successeurs.
Chacune de ces images est enracinée dans le judaïsme et la culture juive du premier siècle.
Le temple de Jérusalem a été décrit avec tellement de précision par l’historien Flavius Josèphe (37-100 après J.-C.) qu’il est possible de le restituer en détail.
La pierre de fondement du Temple de Jérusalem, au temps du Christ (période du Second Temple), est connue en hébreu sous le nom de "Even ha-shetiyaha" (אבן השתייה), ce qui signifie littéralement "la pierre de fondement" ou "la pierre de la fondation" du temple de Jérusalem, ''une grande dalle de pierre située au centre même du Temple, plus précisément dans le Saint des Saints, et associée à des traditions juives anciennes (où elle est considérée comme le point de départ de la création du monde selon certaines sources talmudiques). Sur cette pierre reposait l'arche d'alliance. Et les rabbins avaient des traditions intéressantes à propos de ce rocher sur lequel le Temple fut construit.
Voici la première : il s'agit d'une description tirée de la Mishna (premier recueil de la loi juive orale et donc de la littérature rabbinique, compilée au IIIe s. après J.-C.), qui nous explique comment, le jour du Grand Pardon, le grand prêtre entrait dans le Saint des Saints et y voyait non seulement l'emplacement de l'Arche, mais aussi la pierre angulaire sur laquelle tout le Temple avait été bâti.
Voici un extrait :
'Le jour du Grand Pardon, le grand prêtre traversait le sanctuaire jusqu'à l'espace entre les deux voiles ou rideaux séparant le Temple du Saint des Saints. Arrivé près de l'Arche, il plaçait le récipient à encens entre les deux barreaux.'
Ce récipient est un encensoir, n'est-ce pas ? Le prêtre, lorsqu'il accomplissait le rite du Grand Pardon, avait toujours un encensoir rempli d'encens et de fumée. Cela ne vous rappelle-t-il rien ?
Les catholiques voient souvent des prêtres agiter des encensoirs en montant à l'autel. Ou bien, vous autres catholiques, tenez-vous cela de là ? Non, ce n'est pas une religion 'païenne' : cela vient du judaïsme ancien, du Lévitique, chapitre 16 de l'Ancien Testament!
Lorsque le Grand prêtre entrait dans le Saint des Saints une fois par an, il apportait l'encensoir avec lui et y déposait l'encens. C'était une messe solennelle, pas une messe basse. Le lieu était alors rempli de fumée. Le Grand Prêtre ressortait par le même chemin et récitait une courte prière, sans s'attarder, de peur d'effrayer Israël. Que cela signifiait-il ? Et bien tous savaient que si le Grand Prêtre entrait dans le Saint des Saints en état d'impureté rituelle, il y mourrait. Le prêtre ne voulait donc pas rester trop longtemps dans le Saint des Saints, car les fidèles à l'extérieur auraient pu s'inquiéter et croire qu'il était mort pendant la liturgie. D'ailleurs les rabbins avaient une tradition le jour du Grand pardon, d'attacher une corde à la cheville du grand prêtre juste au cas où il mourrait parce que s'il mourrait dans le Saint des Saints, qui allait aller le chercher ? Donc s'il mourrait pendant les offices sacrés, ils traîneraient son corps par la corde.
La Mishna dit qu'après le retrait de l'Arche, une pierre est restée là depuis l'époque des premiers prophètes. Elle s'appelait '"Even ha-shetiyaha". Elle était plus haute que le sol de trois largeurs de doigt. On y déposait quelque chose – le texte ne précise pas ce qu'on y déposait -, de la même manière que sur ceci on déposait ceci en hébreu. Que décrit ce texte ? C'est un détail très intéressant, souvent méconnu de la plupart des chrétiens qui connaissent l'Arche d'alliance, et la raison pour laquelle la plupart des chrétiens la connaissent est que nous avons tous vu le film 'Indiana Jones et les Aventuriers de l'Arche Perdue'. Vous vous souvenez du coffre doré avec le chérubin dessus ? Mais ce que la plupart des gens ignorent, c'est que l’Arche dans le Temple était placée sur cette pierre de fondation. Mais, ce que leur mission nous apprend, c'est qu'au moment de l'exil à Babylone, qu'est-il arrivé à l'Arche ? Elle a disparu, n'est-ce pas ? Jérémie l'a prit et, nous dit le IIe Livre des Maccabées la cacha sur le Mont Nebo, où l'Arche devait rester cachée jusqu'à la venue du Messie et la descente de la nuée de gloire du ciel.
Ainsi, depuis cette époque, le VIe siècle avant Jésus-Christ, jusqu'à l'époque de Jésus, chaque fois que le grand prêtre entrait dans le Temple pour offrir le sang du sacrifice du jour des expiations, devinez ce qui manquait ? L'Arche !
Donc, si vous êtes le grand prêtre et que vous vous rendez au jour des expiations pour offrir le sang, où devez-vous le déposer ? N'est-il pas censé aller sur l'Arche ?
Et bien la tradition juive disait que, en l'absence de l'Arche, les grands prêtres le déposaient (le sang du sacrifice) sur la pierre de fondation, car c'était le centre, le pilier sur lequel tout le Temple était bâti. C'était donc une pierre très importante. Les rabbins croyaient que la même pierre qui se trouvait dans la pierre de fondation du Temple de Jérusalem était celle sur laquelle Abraham avait offert Isaac. Il avait construit l'autel dans Genèse chapitre 22 avec une pierre très importante.
Que cela signifie-t-il en regard de Matthieu 16 ?
Il existe une autre tradition où nous remarquons que la pierre n'était pas seulement au centre du Temple, dans le Saint des Saints. Les rabbins croyaient aussi que le monde entier était issu de cette pierre. Ils l'affirmaient dans le citation suivante : 'Shetty Yaw' ou 'Etana', une autorité rabbinique enseignait que le monde était ainsi nommé car c'est à partir de cette pierre que le monde a été fondé. Cela était enseigné conformément à l'idée que le monde avait été créé à partir de Sion, autrement dit Jérusalem. Pour les rabbins, Jérusalem était le centre de la Terre, la première chose que Dieu a créée.
Rabbi Isaac le Forgeron (rabbin des IIIe et IVe siècles ap. J.-C.) dit : "le Saint, béni soit-il, jeta une pierre dans l'océan, une pierre à partir de laquelle le monde fut fondé. Il était dit : 'Sur quoi ses fondements furent-ils fixés ?' Ou 'qui en posa la pierre angulaire ?' Mais les Sages disaient que le monde fut créé à partir de Sion, comme il est dit : 'De Sion', la perfection du monde, telle qu’elle est décrite dans le Talmud de Babylone...
Si nous examinons donc ces deux traditions, que nous apprennent-elles ?
Pourquoi Jésus dit-il à Pierre : 'Tu es le roc et sur ce roc je bâtirai mon Église' ?
Comment ces mots auraient-il résonné aux oreilles des Juifs de son époque?
Et bien cela aurait signifié que Jésus ne bâtissait pas seulement l'Église sur les fondements de Pierre, mais essentiellement sur les fondements d'une pierre d’un nouveau Temple, un nouveau lieu où le peuple de Dieu viendrait adorer, un nouveau Temple d'une nouvelle alliance!
Et cela est encore plus puissant si l'on considère ce que Steve a dit à propos des versets de Philippiens, qui décrivent une sorte d'anti-Temple, anti-lieu de culte, une anti-pierre. Or le Christ va bâtir sur Pierre un nouveau temple, une nouvelle pierre, une nouvelle pierre de fondation qui sera l'Église. Permettez-moi de vous poser une question : si Pierre est une pierre de fondation dans le Saint des Saints, si c'est comme '"Even ha-shetiyaha", commencez-vous déjà à percevoir le contexte sacerdotal ? Qui était celui qui pouvait entrer dans le Saint des Saints et y apposer le Sang ? 'Even ha-shetiyaha, le grand prêtre, et lui seul.
Les clés du Royaume dans la tradition juive
Par manque de temps nous ne pouvons pas examiner tous ces passages en détail, mais je souhaite simplement souligner les liens entre le sacerdoce et le Temple.
Dans Isaïe 22, les clés du royaume sont un signe d'autorité royale : elles étaient données au premier ministre du royaume de David qui était, en quelque sorte, le second du roi lui-même. Mais, comme nous le montre la tradition juive, ces clés n'étaient pas simplement un signe d'autorité royale, elles étaient attribuées à l'autorité sacerdotale. Ce sont les prêtres qui détenaient les clés du Temple. On peut le constater dans plusieurs cas, notamment les deux premiers. Les textes mentionnés ici proviennent de Flavius Josèphe et de la Mishna. Ils nous apprennent qu'à l'époque de Jésus, au premier siècle après J.-C., il existait de véritables clés du Temple, détenues exclusivement par les prêtres juifs.
(1) La première. La Trinité, l'Assomption de Marie, son Immaculée Conception, la croyance en l'Eucharistie, le culte des saints, des reliques, leur intercession, le Purgatoire, les rites sacramentaux, les prières (Sub tuum praesidium), le signe de croix..., incarnent des traditions orales.
Josèphe dit : 'Il y avait quatre classes de prêtres, chacune comptant environ 5000 hommes. Ils n'officiaient que certains jours. (C'est un peu comme si mon père avait congé le lundi). Et une fois ces jours passés, d'autres prêtres accomplissaient les sacrifices. Ils se réunissaient ensuite à midi.' Comment savait-on que le moment était venu pour le prêtre d'offrir un sacrifice ? On recevait les clés du Temple. Donc remarquez-le bien : la remise des clés n'était pas un simple symbole d'autorité, mais bien l'autorité sacerdotale d'offrir des sacrifices.
Donc, lorsque Jésus donne les clés à Pierre, que lui dit-il ? Pierre, va chercher des coupes, tu vas prendre des chèvres et tu vas aller à Jérusalem pour offrir un sacrifice. Quel sacrifice Pierre va-t-il offrir ? Non pas le sacrifice de taureaux et de chèvres, mais l'offrande eucharistique. C'est ce qu'il va faire en tant que prêtre, pour une nouvelle alliance qui ne sera plus le sang des animaux mais le Sang saint et vivant du Christ.
(2) La 2e citation est la tradition de la Mishna : devinez où ils gardaient les clés du Temple ? Dans une pierre ! C'est incroyable quand on y pense, en regard de ce que Jésus dit en Matthieu 16.
Il existait une pierre dans le Temple, une dalle de marbre sur laquelle étaient fixés un anneau et une chaîne auxquels étaient suspendues les clés, et quand venait le moment de fermer le Temple, les prêtres soulevaient la dalle par l'anneau et prenaient les clés sur la chaîne. Les prêtres fermaient les portes de l'intérieur, tandis qu'un Lévite dormait dehors. Une fois la fermeture terminée, ils remettaient les clés sur la chaîne et la dalle à sa place, puis posait son matelas dessus et y dormait. Donc pour un juif du 1er siècle les clés ne représentent pas seulement le Temple, elles symbolisaient aussi le sacerdoce et la liturgie sacerdotale. Et ces clés n'étaient pas données à n'importe quel prêtre. Il y en avait un en particulier qui les possédait, et son nom était "Segan ha-Kohanim" en hébreu (סגן הכהנים), un terme d'origine araméenne signifiant littéralement "le député des prêtres" ou "le préfet des prêtres".[Ce rôle désignait le second du Grand Prêtre (Kohen Gadol), chargé de superviser les activités des prêtres, de maintenir l'ordre dans le Temple et de remplacer le Grand Prêtre en cas d'impureté rituelle, selon les traditions talmudiques et les sources historiques juives.] Cela vous fait penser à quelqu'un ?
C'est comme le grand prêtre de tous les autres prêtres, le commandant du Temple? Et Josèphe, une juif du premier siècle, nous dit qu'avant la destruction du Temple (en 70 ap. J.-C.), un signe se produisit : les portes du Temple de Jérusalem d'elles-mêmes s'ouvrirent miraculeusement et dès que cela se produisit les invités accoururent trouver le Segan ha-Kohanim parce qu'il détenait les clés. Josèphe nous rapporte qu'avant la révolte des Juifs et les troubles qui précédèrent la guerre, la porte orientale de la cour intérieure du Temple, en bronze et extrêmement lourde avait été fermée avec difficulté pendant 20 minutes, soit vingt hommes et reposait sur une base en fer... Cette porte s'ouvrit donc d'elle-même vers la sixième heure de la nuit. Et ceux qui observaient le Temple, impatients, vinrent alors trouver le commandant du Temple et lui en firent part. Le Segan ha-Kohanim accourut et, non sans mal, parvint à refermer la porte. Ce miracle apparut aussi au peuple, pour certains comme un signe de joie, comme si Dieu avait ouvert la porte du bonheur. Mais les scribes, ces hommes de lettres, comprenaient que le miracle signifiait que la sécurité de leur Temple s'était effondrée et que la porte s'était d’elle-même ouverte à l'avantage de leurs ennemis. Autrement dit, une fois que vous avez les clés d'une ville et que vous en ouvrez les portes, cela signifie qu'on peut la piller. Et nous savons ce qui arriva au Temple de Jérusalem en 70 ap. J.-C. : les Romains ont défoncé les portes et l'ont réduite en cendres. C'est donc une image du Temple, c'est le symbolisme. Pensez-vous que Jésus était au courant de cela lorsqu'il parla à Pierre dans Matthieu 16, disant 'Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai Mon Eglise, et les portes de l'enfer ne l'emporteront pas contre elle' ? Jésus, un juif du 1er siècle, un rabbin, connaissait ces traditions des clés et des portes du Temple et il fit de Pierre le nouveau rabbin, le nouveau commandant du Temple, en lui remettant de nouvelles clés, d'un nouveau Royaume...
Cette histoire passionnante nous révèle que même si les rabbins considéraient les clés comme un signe d'autorité sacerdotale, ils reconnaissaient aussi que cette autorité pouvait prendre fin. Et ils savaient que cette fin était annoncée par le fait que les clés du Temple seraient remises à quelqu'un d'autre.
Voyez cette tradition rapportée par les rabbins : lors de la destruction du Temple de Jérusalem, un événement miraculeux se produisit dans lequel les prêtres prirent les clés du royaume et les jetèrent au ciel. Voyez ce que disent nos rabbins : on retrouve cette tradition partout, dans tous les écrits rabbiniques anciens. Et ce ne sont là que deux exemples parmi tant d'autres. Nos rabbins ont enseigné que lorsque le premier Temple était sur le point d'être détruit, des groupes de jeunes prêtres, avec les clés en main, se rassemblèrent, montèrent sur le toit du Temple et s'écrièrent : 'Maître de l'Univers, n'ayant pas le mérite d'être de fidèle trésoriers, ces clés te sont rendues.' Ils jetèrent alors les clés vers le Ciel, et la figure d'une main apparut qui les reçut d'eux. Aussitôt ils sautèrent et tombèrent dans le feu du Temple.
La seconde tradition raconte la même histoire. Qu'a fait Segan ha-Kohanim ? Il a rassemblé toutes les clés du Temple et est monté sur le toit et a dit : 'Seigneur de l'univers, puisque nous n'avons jusqu'ici pas été dignes d'être de fidèles intendants' – voyez cette image qui apparaîtra dans Isaïe 22 – : 'Fidèles gardiens pour toi désormais. Et voici les clés sont derrière toi, elles sont à toi.' Les deux traditions rabbiniques divergent. L'une dit qu'une sorte de main de feu est descendue du Ciel et apris les clés, tandis que l'autre dit qu'il les a jetées vers le ciel et qu'elles ne sont plus redescendues. Ceci est tiré du Commentaire du Lévitique.
Donc, encore une fois. Si vous êtes un juif chrétien du 1er siècle, et êtes l'un des apôtres et que vous connaissez ces traditions, lorsque Jésus remet les clés à Pierre en disant 'Je te donnerai les clés du Royaume des cieux', que fait-il exactement ? A-t-il même besoin de prononcer le mot prêtre ou grand prêtre ou commandant du Temple ? Non. Car tout est contenu dans l'image des clés. Pierre ne sera pas seulement l'intendant du Temple terrestre de Jérusalem car Jésus sait parfaitement que quarante ans après sa crucifixion, ce Temple sera détruit et qu'il n'en restera pas pierre sur pierre, comme il le dit dans Mc 13,1-2, Mais les clés qu'il donne à Pierre sont l'autorité pour entrer dans le Royaume surnaturel des cieux. Il est celui qui aura l'autorité sacerdotale d'ouvrir et de fermer. Et ces clés ne serviront pas seulement à la défense, elles serviront aussi à l'attaque, car rien ne prévaudra contre Pierre et l'Eglise. Et ces clés sont les portes, non de Jérusalem, non de Césarée, un port maritime, mais les portes des enfers. Autrement dit, Pierre n'est pas seulement un prêtre, c'est un guerrier et avec son armée sacerdotale d'apôtres et tous leurs successeurs, ils vont piller l'enfer. C'est un peu comme la parabole du voleur racontée par Jésus dans l'Evangile. Il dit qu'on ne peut entrer dans la maison d'un homme fort et prendre ses biens sans l'avoir d'abord ligoté. Vous liez l'homme fort, et lorsque l'homme fort est ligoté, le voleur peut entrer dans sa maison et tout voler. Pardois, quand on entend cette parabole on pense que le voleur est Satan ou que l'homme fort est Jésus, car on a tendance à penser que l'image positive serait Jésus l'image négative du voleur Satan. Mais c'est l'inverse ici, le voleur est Jésus et l'homme fort ligoté et pillé est Satan. Et que sont ces biens que Satan a volés ? Les âmes de toute l'humanité. Et Jésus donne ce même pouvoir à Pierre comme s'il allait piller la ville d'Hadès, dont les portes ne font pas le poids face au Royaume des cieux.
Que dire à présent de l'image de lier et de délier ?
Pierre est le rocher. Les chrétiens historiques ont toujours vu Pierre et sa confession comme la pierre de fondation dont parle le Christ. L'Est et l'Ouest diffèrent sur la façon dont sa primauté est exercée, mais pas sur son rôle.
Dans Ésaïe, les clés signifient l'autorité, l'intendance et la succession, un véritable office de gouvernement. Jésus donne à Pierre ce qui appartenait à l'intendant royal :
autorité sous le roi, pour gouverner en son nom.
Il ne s'agit pas de savoir qui a raison et qui a tort.
Il s'agit pour le Christ d'établir Son Royaume avec ordre, continuité et autorité.
Comment un juif du premier siècle pouvait-il comprendre cette image? Et bien encore une fois, ici c'est le langage courant des rabbins, le langage de l'autorité.
D'abord, il y a cette citation de Flavius Josèphe où il parle des pharisiens et de leur autorité. Devinez quels mots il a utilisés pour décrire leur autorité ? Lier et délier. Selon Josèphe, au premier siècle, 'les pharisiens, un groupe de Juifs réputés pour leur observance religieuse exemplaire et leur interprétation rigoureuse de la loi, devinrent les véritables administrateurs de l'Etat. Ils avaient le pouvoir de bannir et de rappeler (délier et lier) qui ils voulaient, ainsi que les jouissances royales. Quelle était leur autorité ? Josèphe écrit : 'la guerre des clans'. Donc ce n'est pas seulement les clés qui symbolisent l'autorité, c'est aussi le pouvoir de lier et de délier. Et c'est précisément ce pouvoir qui est donné à Pierre dans Matthieu 16. Il reçoit le même pouvoir d'interpréter les Ecritures que celui dont disposaient les prêtres, les scribes et les pharisiens, au premier siècle. Et si vous avez le moindre doute à ce sujet, je vous encourage à comparer ce que Jésus dit à Pierre dans Mt 16 et ce que Jésus dit des pharisiens dans Mt 23. Le commandement donné par Jésus aux Apôtres durant son ministère terrestre sur la manière dont ils doivent réagir à l'autorité des pharisiens. Ils doivent lui obéir. Remarquez ceci, c'est un des textes les plus marquants des évangiles. Chapitre 23 de Matthieu décrivant les scribes et les pharisiens qui "s'assoient sur le siège de Moïse", et le mot grec est cathedre ou cathedra, de katha, le siège de Moïse. Et de suivre et de garder leurs enseignements, car ils ont l'autorité. 'Mais ne faites pas comme ils font, car ils ne pratiquent pas ce qu'ils prêchent.' Et c'est pourquoi Jésus les fustige, parce qu'ils sont des hypocrites. La cathèdre deviendra l'autorité du pape lorsqu'il parle. Et cette image ne vient pas du Moyen Âge, elle vient du Nouveau Testament, où dans les lignes suivantes, Jésus dit des pharisiens qu'ils imposent de lourds fardeaux aux autres, mais qu'eux-mêmes ne veulent pas lever le petit doigt pour les soulager ! Et il dit : 'Malheur à vous scribes et pharisiens!' Car vous fermez la porte, 'vous fermez le royaume des cieux aux hommes'.
Donc voici les trois raisons pour lesquelles les chrétiens devaient obéir aux enseignements des pharisiens :
1- ils étaient assis dans le siège de Moïse
2- ils avaient le pouvoir de lier
3- ils ont les clés, ils ouvrent et ferment le royaume des cieux.
Comment font-ils cela? Grâce à leurs interprétations des Ecritures, leur interprétation faisant autorité de la loi.
Et donc, lorsque Jésus dit ces paroles à Pierre, il établit en lui une autorité sacerdotale, une autorité spirituelle, dont on peut accepter l'autorité quand on est d'accord? L'idée est de savoir si on peut choisir ce que l'on veut ? Non. Réfléchissez-y. Si vous, vous ne pouviez pas choisir parmi les enseignements des pharisiens et de ceux qui siégeaient sur le siège de Moïse dans l'ancienne alliance, à combien plus forte raison pouvez-vous choisir parmi les enseignements de celui qui siège sur la cathèdre que le Christ Lui-même a établie ? Pensez-y. C'est une question très sérieuse.
Isaïe, chapitre 22,2"Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira."
Ce chapitre, tiré de l'Ancien Testament, décrit les mêmes images que celles que Jésus emploie dans Matthieu chapitre 16:
- les clés
- le pouvoir de lier et délier
Il s'agit ici du premier ministre du royaume davidique, cet homme qui était le second en rang après le roi. Et ce personnage n'était pas seulement une figure royale, il était aussi une figure sacerdotale. C'est très important. Relisons ce passage :
C'est l'histoire de deux premiers ministres, un mauvais, Shebna, un bon, Éliakim, et qui va lui succéder ? Dieu dit dans Isaïe 22 : "Va trouver ce ministre, Shebna, le maître du palais". Il s'agit ici du Temple de Jérusalem. "Et dis-lui : Ici, quel est ton bien ? Qui sont les tiens, ici, pour t’y faire creuser un tombeau, toi qui te creuses un tombeau sur une hauteur, et te fais tailler une demeure dans le roc ?" En d'autres termes, Shebna a mal agi.
"Voici que le Seigneur va te rejeter, il va te rejeter, grand homme, t’empaqueter comme un paquet, t’enrouler, t’envoyer rouler comme une boule vers un pays aux vastes étendues. C’est là-bas que tu vas mourir, là-bas, dans tes chars prestigieux, toi, le déshonneur de la maison de ton maître. Je vais te chasser de ton poste, t’expulser de ta place."
Dieu dit: je vais te chasser de ton poste, ou office.
Et, ce jour-là, j’appellerai mon serviteur, Éliakim, fils d’Helcias.
Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs : il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda.
Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira. Je le planterai comme une cheville dans un endroit solide ; il sera un trône de gloire pour la maison de son père. Le poids de la gloire de la maison de son père y sera suspendu : les rameaux et les pousses, et même tous les petits récipients, depuis les coupes jusqu’aux vases de toute sorte."
De quoi parle-t-on ici ?
De l'or, des récipients et des coupes dans lesquelles on offrait des sacrifices. Et d'une autorité sacerdotale. Et souvenez-vous, David n'était pas seulement roi, il était aussi prêtre selon l'ordre de Melchisédech. Et son second n'est pas simplement premier ministre royal, il est aussi son premier ministre sacerdotal.
Ce jour-là – oracle du Seigneur de l’univers –, la cheville plantée dans un endroit solide lâchera, elle cédera, elle tombera, et la charge qui pesait sur elle sera détruite. Le Seigneur a parlé."
Donc, si Jésus fait allusion à ce passage d'Isaïe 22 dans Mt 16 et qu'il donne à Pierre la même autorité, cela signifie :
(1) que Jésus est le Dieu qui parle dans Isaïe 22...
(2) que Pierre n'est pas seulement une figure royale, mais qu'il est aussi une figure sacerdotale, le responsable sacerdotal de la maison de Dieu et du nouveau Temple.
Et si vous avez un doute, il existe un ancien targoum juif araméen sur Isaïe 22, qui était une sorte de traduction et de commentaire de l'ancien testament. Et regardez comment les rabbins ont interprété Isaïe 22: ils ont ajouté quelques éléments à la description. Voyons lesquels. C'est une sorte de répétition:
'Ainsi parle le Seigneur, l'Eternel des Armées: approchez-vous du gardien, de Shebna, qui a été établi sur la maison et vous lui direz: 'Que fais-tu ici ? Pourquoi agis-tu ainsi ? Il a préparé sa place sur la hauteur et a établi sa demeure dans le...' ?... Dans le rocher ! Le prêtre responsable d'Isaïe 22,16 a sa demeure ... dans le rocher ! Coïncidences 'catholiques' ?? Je ne le pense pas. Je pense que Jésus sait exactement ce qu'il dit dans Matthieu 16.
'Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe,'
'Dieu...vous enlèvera votre turban'. Qu'est ce que que le turban ? Le mot grec pour turban qui traduit l'araméen est ... mitre ! La mitre était portée par les grands prêtres dans le Temple.
Et Flavius Josèphe nous dit qu'au fil du temps, la mitre est devenue toujours plus haute...
Donc. si vous n'aimez pas le pape, ce qu'il dit, c'est votre problème. Car ce qu'il lie est lié au ciel et ce qu'il délie est délié au ciel. Pourquoi, parce qu'il a un pouvoir surnaturel, une autorité que le Christ lui a donnée. Et c'est une autorité royale et sacerdotale. Et c'est pourquoi, nous, catholiques, avons un sacerdoce ministériel institué par Jésus-Christ Lui-même. Rendons grâce à Dieu pour nos prêtres. Et au sommet de cette hiérarchie se trouve le pape. successeur du chef sacerdotal institué par Jésus-Christ lui-même, Pierre au premier siècle après Jésus-Christ.
CEC 553 "Jésus a confié à Pierre une autorité spécifique :
"Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié" (Mt 16, 19).
Le "pouvoir des clefs" désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église.
Jésus, "le Bon Pasteur" (Jn 10, 11) a confirmé cette charge après sa Résurrection : "Pais mes brebis" (Jn 21, 15-17).
Le pouvoir de "lier et délier" signifie l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l’Église.
Jésus a confié cette autorité à l’Église par le ministère des apôtres (cf. Mt 18, 18) et particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié explicitement les clefs du Royaume."
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Actes 9,31 L'église de toute la Judée, la Galilée et la Samarie était en paix. Elle s’édifiait et marchait dans la crainte du Seigneur, et avec la consolation de l'Esprit saint, elle grandissait en nombre ("Ekklesia Kata Holos").
Conclusion
Nous, en tant que catholiques, nous devons êtres fiers de nos racines juives, fiers de la tradition juive et reconnaître que l'une des raisons pour lesquels les premiers Juifs se sont convertis au christianisme est précisément cette origine juive: ils interprétaient les Ecritures à travers un prisme juif, et comprenaient que toute cette structure, de royaume, avec un roi, un grand prêtre, un sacerdoce, un temple et les sacrifices n'avaient pas été instituée par Dieu pour être abolie et rejetée lors de l'avènement de la nouvelle alliance, mais pour se poursuivre en Christ, en Pierre et dans les apôtres, et finalement dans l'Eglise catholique, qu'Il a établie comme un don pour nous.
Ainsi, lorsque nous assistons à la messe et que nous entendons les enseignements de l'Eglise, nous pouvons avoir confiance que l'autorité même par laquelle le pape enseigne, prend des décisions est l'autorité qui lui a été donnée par Jésus-Christ Lui-même. Aussi Le remercions-nous:
Gloire au Père,
au Fils
et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et pour toujours. Amen.
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Conclusion
Le Christ n'a pas établi de "sectes" aux interprétations différentes. Il a établi une Église, avec l'autorité de lier et de délier la terre avec l'autorité du ciel, c'est-à-dire de parler au nom de tous les chrétiens du monde entier.
Edmond était le roi d'Est-Anglie, un petit royaume de l'est de l'Angleterre.
Capturé lors d'une bataille dans le Suffolk qu'il livra contre les Danois qui ne cessaient d'envahir son pays, ceux-ci lui proposèrent la liberté et la viecontre un pacte dont les conditions étaient contraires au bien-être et à la religion chrétienne de son pays. Il refusa.
Les Danois l'attachèrent à un arbre et le criblèrent de flèches avant de lui trancher la tête et de la jeter dans un fossé. Elle fut retrouvée intacte, entre les pattes d'un loup qui l'avait défendue contre les rapaces. De nombreuses églises anglaises sont dédiées à ce jeune martyr.
Le pape Léon X a de nouveau abordé hier la question de la politique migratoire des États-Unis lors d'un entretien avec des journalistes. Son ton était sensiblement différent de celui du pape François.
Le pape Léon XIV a brièvement abordé le débat sur la politique d'immigration aux États-Unis lors d'un court entretien accordé hier à des journalistes, faisant référence à une récente déclaration des évêques américains.
Le pape a souligné : "Personne n'a prétendu que les États-Unis devaient avoir des frontières ouvertes. Chaque pays a le droit de déterminer qui peut entrer sur son territoire, comment et quand."
Le pape Léon XIV a également insisté sur la nécessité de traiter les personnes avec humanité. Il a déclaré que si des personnes résident illégalement aux États-Unis, des tribunaux et un système judiciaire sont là pour régler le problème.
Le pape Léon XIV déclare que les pays ont le droit de réglementer leurs frontières et de décider qui ils autorisent à entrer dans leur pays
''Personnellement, je crois qu’un État a le droit de réglementer ses frontières. Je ne dis pas que tout le monde doit être autorisé à entrer sans ordre, ce qui crée parfois dans les pays de destination des situations plus injustes que celles qu’ils ont laissées derrière eux.''
Contrairement aux opinions mal informées de 1965 et d'aujourd'hui, Dignitatis Humanae n'a pas été le point de départ de l'indifférentisme religieux.
The Catholic World Report
George Weigel
Le 7 décembre 1965, le pape Paul VI promulguait solennellement la Déclaration sur la liberté religieuse du Concile Vatican II, connue sous son incipit latin "Dignitatis Humanae". Ce concile a ainsi donné un nouvel élan à la transformation de l'Église catholique en principal défenseur institutionnel des droits humains fondamentaux dans le monde – ce que feu Sir Michael Howard (1922-2019), professeur d'histoire moderne à Oxford, m'a un jour décrit comme l'une des deux grandes révolutions du XXe siècle, l'autre étant la confiscation par les bolcheviks de la révolution populaire russe de 1917.
Et voilà une autre ironie du sort dans l'histoire. Car c'est la révolution catholique pour les droits de l'homme qui a joué un rôle déterminant dans la chute de la révolution bolchevique de Lénine et de l'État monstrueux qu'elle avait engendré : l'Union soviétique.
Comment, me demanderez-vous ?
Considérez les liens de cette manière :
Pas de Vatican II, pas d'universalisation du leadership catholique mondial.
Pas d'universalisation du leadership catholique mondial, pas de pape Jean-Paul II.
Pas de pape Jean-Paul II, pas de révolution de conscience de grande ampleur, soutenue par la religion, comme celle qui a transformé la vie publique en Europe centrale et orientale de 1979 à 1989.
Pas de révolution des consciences, pas d’auto-libération non violente des "nations captives" d’Europe centrale et orientale en 1989-1991.
Pas d’auto-libération des États vassaux du Pacte de Varsovie et des pseudo "républiques" de l’URSS, pas d’effondrement de l’Union soviétique en août 1991.
Et le pivot de cette chaîne de causalité était Dignitatis Humanae.
Pourquoi ? Parce qu’en l’absence d’une affirmation solennelle du Concile reconnaissant la liberté religieuse comme un droit humain fondamental – une vérité ancrée dans la dignité de la personne et connaissable à la fois par la révélation et par la raison –, l’Église n’aurait pas été en mesure de défendre de manière plausible les droits des personnes religieuses (et en fait de toutes les personnes de conscience) contre l’hégémonie athée du communisme européen.
Une Église s’accrochant aux vestiges de l’establishment ecclésiastique n’aurait pas non plus été en mesure d’affirmer de manière crédible que le pouvoir de l’État est intrinsèquement limité et n’a aucun rôle légitime dans "ces actes volontaires et libres par lesquels un homme se dirige vers Dieu… [actes qui] ne peuvent être commandés ou interdits par aucune autorité humaine" (comme le disait la déclaration).
En résumé, Dignitatis Humanae ne se contentait pas de défendre le droit fondamental de chaque personne à être libre de toute coercition dans ce sanctuaire de la conscience où l'on peut chercher et trouver Dieu. Dignitatis Humanae était aussi, sur le plan théologique, l'équivalent d'un missile hypersonique de précision, visant directement une revendication centrale du projet communiste : l'absence de sanctuaire d'identité et d'intégrité personnelles où le parti-État ne puisse s'imposer.
Il n'est donc guère surprenant que Youri Andropov (1914-1984), le président du KGB, le service de renseignement secret de l'URSS, à la fois très intelligent et profondément malfaisant, ait considéré l'élection en 1978 de Jean-Paul II — promoteur de Dignitatis Humanae au concile Vatican II et ardent défenseur de la liberté religieuse en tant qu'archevêque de Cracovie — comme une menace mortelle pour l'Union soviétique elle-même, et pas seulement pour la position soviétique en Pologne.
Contrairement aux opinions mal informées de 1965 et d'aujourd'hui, Dignitatis Humanae n'a pas ouvert la voie à l'indifférentisme religieux. En réalité, son paragraphe clé, après avoir défini le droit à la liberté religieuse comme fondé sur la nature et la dignité de la personne, a immédiatement lié ce droit à un devoir :
En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés, par leur nature même, et tenus, par obligation morale, à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité. Or, à cette obligation, les hommes ne peuvent satisfaire, d’une manière conforme à leur propre nature, que s’ils jouissent, outre de la liberté psychologique, de l’exemption de toute contrainte extérieure. (DH 2)
La Déclaration sur la liberté religieuse n'était pas une capitulation face au libéralisme séculier ; elle n'était pas une concession au scepticisme moderne quant à la capacité humaine d'atteindre la certitude ; et elle n'était pas un drapeau blanc brandi par l'Église devant la théorie politique des Lumières. Elle constituait un cas classique d'élaboration de la doctrine – en l'occurrence, la redécouverte et l'application aux circonstances contemporaines de deux vérités bibliques.
La première de ces vérités est que Dieu désire être adoré par les peuples libres, comme le démontre l'expérience de l'Exode en Israël. La seconde est que certaines choses appartiennent à Dieu et non à César, comme le Seigneur l'a enseigné dans Matthieu 22:21.
L’Église catholique restait fidèle à sa nature divinement ordonnée, telle qu’elle est exprimée dans la déclaration Dignitatis Humanae. Cette fidélité allait avoir des conséquences impressionnantes, voire providentielles, dans l’histoire.
Le gouvernement "dissimule des données qui pourraient établir un lien entre la vaccination contre la Covid et la surmortalité"
L'UKHSA (Agence britannique de sécurité sanitaire) a fait valoir que la publication de ces chiffres entraînerait "détresse ou colère" chez les proches endeuillés si un lien était établi.
Camilla Turner
Éditeur politique du dimanche
15 novembre 2025 à 18h35 GMT
L'organisme de surveillance de la santé publique a été accusé de "dissimulation" après avoir refusé de publier des données qui pourraient établir un lien entre le vaccin contre la Covid et la surmortalité...
Disciple de sainte Geneviève, sainte Aulde (ou Aude) vécut dans le sillage de la patronne de Paris et partagea sa sainteté.
Selon la légende, elle serait née au village de Sainte Aulde en Île-de-France, au Ve siècle, au temps de Clovis. Un village de l'arrondissement de Meaux qui porte aujourd'hui son nom. Ayant entendu parler de Ste Geneviève, venue à Meaux, elle décida de la rejoindre à Paris pour vivre dans sa communauté religieuse.
La légende raconte que, souhaitant écouter la messe, sainte Aulde se rendit dans un village proche en marchant sur la Marne et fit pousser miraculeusement sur son passage de grosses pierres qui servirent de bornes aux champs dont les propriétaires se disputaient les limites... Histoire de la commune de Sainte-Aulde.
Comme le raconte la légende, sainte Aulde marche sur la Marne d'un pas leste. Elle porte une brassée de fleurs symbolisant la tradition maraîchère et rurale de la commune. Le ciel étoilé qui l'entoure, outre son caractère poétique, représente l'Europe et, tout comme le mouvement de son corps, sa marche vers l'avenir.
"Peut-être originaire de Meaux, en Seine-et-Marne, Aude sera l'une des compagnes de sainte Geneviève, à Paris, au Ve siècle. On trouve sa dévotion bien attestée en notre capitale au XIIIe siècle. C'est ainsi que le roi St Louis, en 1239, conduit une procession en l'honneur de reliques de la Passion qu'il a rapportées de Terre Sainte. Le récit rapporte que les chanoines de l'église Sainte-Geneviève sont présents avec la châsse qui contient le corps de Sainte Aude." (source: le Jour du Seigneur) [1]
Avant d'être détruites par la Révolution française, une partie de ses reliques furent obtenues par Bossuet, l'influent évêque de Meaux dont dépend la commune, pour concrétiser la vénération de la sainte dans son village natal. C'est le transfert de ces reliques, le 10 mai 1699, que l'on célébrait le deuxième dimanche de mai, choisi comme jour de fête patronale, et aujourd'hui, communale.
Sainte Geneviève mourut en 512 et sainte Aulde, quelques années après, un 18 novembre, date de sa fête. [2]
Saint Grégoire opéra tant de prodiges, que, de son vivant, il fut appelé le Thaumaturge, c'est-à-dire faiseur de miracles.[1]
Grégoire le Thaumaturge (né vers 213 à Néocésarée en Cappadoce maritime d'une famille païenne et mort vers 275 dans la même ville) est un évêque de Néocésarée (actuelle Niksar) dans la région du Pont (aujourd'hui de la mer Noire, Turquie) où il a largement contribué à la diffusion du christianisme. Ses écrits ont aidé au développement de la doctrine de la foi, et il est devenu célèbre pour avoir accompli un grand nombre de guérisons et de miracles notoires.
Il se révéla très tôt être d'une intelligence hors du commun. Dès son enfance il eut le sentiment de la vérité du christianisme. Encore adolescent, il embrassa la foi chrétienne. Il contemplait l'harmonie du monde créé, délaissant les liaisons dangereuses que ses amis lui proposaient.[2]
Il perdit son père à l’âge de 14 ans, et il nous apprend lui-même qu’à cette époque un rayon de la grâce illumina son âme et lui fit comprendre la fausseté de la religion païenne. Sa mère lui fit suivre le plan d’études que son père avant de mourir avait eu la précaution de tracer. Destiné au barreau, Grégoire apprit la rhétorique, où il acquit les plus légitimes succès, la langue latine, et le droit romain. [3]
Peu après le décès de son père, il quitte sa ville natale pour se rendre avec sa sœur à Césarée. Il espère, depuis Césarée, pouvoir se rendre ensuite à Béryte pour y étudier le droit romain.
Mais arrivé à Césarée, Grégoire découvre que la ville abrite Origène, fameux théologien chrétien qui y a trouvé refuge après avoir dû quitter Alexandrie. Curieux, Grégoire va l'écouter et est fasciné par son enseignement. Origène lui montre le ridicule de la religion païenne, et que la philosophie est la seule étude digne de fixer l’attention d’un esprit sérieux.
Il reçoit alors le baptême chrétien, puis devient élève et disciple d'Origène, ce qu'il reste pendant cinq à sept ans.
Quoique simple catéchumène, sa conduite fut si régulière que les autres étudiants la prirent pour une censure tacite de la leur. Dans leur méchanceté, ils suscitèrent contre lui une infâme prostituée qui s’en vint demander à Grégoire, occupé à traiter des questions de la philosophie avec ses amis, le paiement de ce qu’il lui devait pour ses complaisances. Les amis de Grégoire entendant de pareilles paroles s’apprêtaient à chasser cette malheureuse, mais lui, conservant toute la sérénité de son âme : « Donnez-lui, dit-il à un de ses amis, ce qu’elle demande afin que nous puissions continuer notre démonstration. » Devant cette réponse, quelques-uns de ses amis commencèrent à former des soupçons sur son innocence, mais ils furent bientôt dissipés. A peine cette femme eut-elle reçu l’argent que le démon s’empara d’elle. Les yeux hagards, la bouche écumante, elle se roule*a à terre dans d’horribles convulsions ; Grégoire touché de compassion invoqua le Christ en sa faveur et força le démon à s’enfuir aussitôt. Ce fut le premier miracle de saint Grégoire.
"Servez-vous, lui écrivit Origène, des talents que Dieu vous a donnés pour la défense de la religion du Christ, et pour cela, ayez surtout soin de joindre la prière à l'étude."
Il quitte son maître et retourne dans sa ville natale dans le but de s'y dédier à la prière. Grégoire peut occuper les plus hautes places; il préfère vendre tous ses biens, en donner le prix aux pauvres et se retirer dans la solitude pour y converser seul à seul avec Dieu. Il doit bientôt accepter le fardeau de l'épiscopat. Instruit des intentions de Phédime d'Amasée, évêque très pieux et doué de l’esprit de prophétie, qui ayant entendu parler de ses vertus, désirait le consacrer évêque de Néocésarée, Grégoire se mit à errer de solitude en solitude, pour éviter la lourde charge dont sa modestie s’effrayait. Phédime voyant qu’il ne pourrait jamais faire consentir Grégoire à accepter l’épiscopat, et poussé par l’esprit de Dieu, ne craignit pas de l’élire, malgré son absence, évêque de Néocésarée, ville qui comptait une infinité d’idolâtres et seulement dix-sept chrétiens.
Redoublant alors de jeûnes et de mortifications, il prie le Seigneur avec larmes, de lui prêter aide et secours pour la conversion du peuple confié à ses soins, et pour pouvoir le préserver des atteintes de ceux qui mêlent leurs erreurs à la pure doctrine de Jésus-Christ.
Son œuvre pastorale ainsi que les nombreux miracles qu'il fait évangélisent la région, qui était initialement païenne, et très rapidement, le nombre de fidèles s'accroît considérablement. [4]
Sa science et ses miracles lui donnent une influence étonnante. Grégoire était un homme doué de l'esprit des Apôtres et des Prophètes.
L'un des cas le plus ancien d'apparition mariale (avec Notre-Dame du Pilier en Espagne) date des années 240, lorsque Notre-Dame et saint Jean l'évangéliste apparaissent à Grégoire et lui transmettent une "mystagogie"de théologie trinitaire afin de l'instruire sur le mystère de la Sainte Trinitéque les conciles œcuméniques ultérieurs affirmeront pleinement et dogmatiseront.[5] Cette apparition de la Vierge Marie et de saint Jean à saint Grégoire le Thaumaturge au IIIe siècle témoigne de l'intérêt que les saints du ciel portent à nos affaires terrestres et du fait que Dieu se sert parfois d'eux pour nous aider.
Pendant trente ans à Néocésarée, dans l'actuelle Turquie, il joua un rôle déterminant dans la défense de la doctrine orthodoxe de la Trinité contre diverses hérésies durant les décennies précédant le concile œcuménique de Nicée en 325. L'une de ces hérésies était le sabellianisme (ou "modalisme"), qui enseignait que le Père, le Fils et le Saint-Esprit n'étaient pas trois personnes, mais trois "modes" d'une seule personne divine.
L'apparition de la Vierge Marie et de saint Jean à saint Grégoire rapportée par saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), un grand Père de l'Église orientale qui a écrit au IVe siècle, entre 379 et 380 environ, le principal récit antique de la vie de saint Grégoire le Thaumaturge dans sa Vie de saint Grégoire le Thaumaturge. La Vierge Marie et saint Jean ont transmis à saint Grégoire un credo qui exposait une formulation orthodoxe de la doctrine trinitaire, ce qui lui fut sans doute d'une grande aide pour défendre la foi contre les hérétiques. L'apparition de la Vierge Marie et de saint Jean à saint Grégoire le Thaumaturge eut apparemment lieu juste après son ordination épiscopale. Comme il mourut en 270 et fut évêque pendant les trente dernières années de sa vie, cela signifie que l'apparition se produisit aux alentours de l'an 240.
Les détails de l'apparition sont consignés comme suit (§§28-33) 1 :
(§28) Ainsi, lorsqu’il [saint Grégoire le Thaumaturge] s’était ainsi, bon gré mal gré, soumis à l’autorité, et après avoir reçu toutes les cérémonies requises [son ordination épiscopale], et ayant demandé un peu de temps à celui qui l’avait appelé au sacerdoce pour comprendre le sens exact de ce mystère, il ne jugea plus, comme le dit l’Apôtre, convenable de s’attacher "à la chair et au sang" (Gal. 1, 16), mais demanda à Dieu de lui manifester ce qui est caché. Et il ne se sentit pas en confiance pour prêcher la parole tant que la vérité ne lui aurait pas été révélée visiblement. (§29) Tandis qu'il passait la nuit à méditer sur la doctrine de la foi, et à examiner toutes sortes de pensées (car déjà à cette époque, certains falsifiaient la vraie doctrine et, par la plausibilité de leurs propositions, rendaient souvent la vérité obscure même pour les experts), alors, couché et plongé dans ses pensées, lui apparut en vision un homme d'apparence âgée, vêtu avec une grande dignité, rayonnant de toutes les vertus par la grâce de son visage et la sérénité de son expression. Étonné par cette vision, il se leva de son lit pour savoir qui était cet homme et pourquoi il était venu. Lorsque celui-ci apaisa son trouble d'une voix douce et lui dit qu'il lui était apparu par ordre divin à cause des questions qui le préoccupaient, afin que la vérité de la foi orthodoxe lui soit révélée, il fut réconforté par ces paroles et le regarda avec joie et émerveillement. (§30) Alors que la silhouette étendait soudain la main et, par le geste de ses doigts, lui indiquait ce qui se trouvait à ses côtés, il tourna les yeux dans la direction indiquée par la main et vit, en face de celle qu'il avait vue, une autre apparition, de forme féminine, plus grande qu'un être humain. De nouveau stupéfait, il baissa les yeux et resta sans voix devant ce spectacle, incapable de supporter la manifestation. Car le paradoxe de la vision résidait précisément en ceci : bien que la nuit fût avancée, la lumière éclairait les apparitions, comme une lumière vive allumant une lampe. Aussi, ne pouvant supporter la vision de ses yeux, il entendit, par une sorte de voix, ceux qui lui étaient apparus discuter entre eux de la doctrine sur laquelle il méditait, de sorte qu'il fut non seulement instruit de la véritable connaissance de la foi, mais aussi reconnut par leur nom ceux qui lui étaient apparus, puisque chacun d'eux s'adressait à l'autre par son nom propre. (§31) Car il aurait entendu celle qui lui était apparue sous forme féminine exhorter l'évangéliste Jean à révéler au jeune homme le mystère de la vérité ; et ce dernier aurait déclaré être prêt à faire de même avec la mère du Seigneur, puisque cela lui plaisait. Après avoir ainsi exposé la doctrine, équilibrée et clairement définie, ils disparurent de nouveau. Il aurait consigné par écrit cette initiation divine ("mystagogie") dès que possible, et s'en serait ensuite servi comme fondement de sa prédication dans l'Église, léguant cet enseignement divin à ses successeurs comme un héritage, par lequel le peuple est initié jusqu'à ce jour, demeurant ainsi à l'abri de toute hérésie.
(§32) Voici les paroles de la "mystagogie":
"Un seul Dieu : Père du Verbe vivant, de la sagesse et de la puissance qui subsistent et de l'empreinte éternelle [Hébreux 1:3] ; engendrant parfait du parfait ; Père du Fils unique engendré.
"Un seul Seigneur : issu d’un seul ; Dieu issu de Dieu ; empreinte et image de la Divinité ; Verbe efficace ; sagesse embrassant la structure de l’univers et puissance qui crée toute la création ; vrai Fils du vrai Père ; invisible de l’invisible, incorruptible de l’incorruptible, immortel de l’immortel et éternel de l’éternel.
"Un seul Esprit Saint ; tenant l’existence de Dieu et manifesté par le Fils (à savoir aux êtres humains) ; image parfaite du Fils parfait ; vie, cause de la vie ; sainteté qui rend possible la sanctification ; par qui se manifestent Dieu le Père, qui est au-dessus de tout et en tout, et Dieu le Fils, qui est à travers tout.
"Trinité parfaite ; dans la gloire, l'éternité et la souveraineté, ni divisée ni séparée.
"Il n’y a donc rien de créé ni de subordonné dans la Trinité, ni rien d’introduit qui n’existât auparavant mais soit venu après. C’est pourquoi ni le Fils n’a été inférieur au Père, ni l’Esprit du Fils ; la même Trinité demeure toujours immuable et inaltérée.
Dimension, une en trois : Hauteur, largeur et profondeur. De même, le temps est UN en trois: passé, présent ET futur; ou le feu qui est flamme, lumière et chaleur; l'eau qui est liquide, gaz et glace.
"Quiconque voudrait en être convaincu devrait écouter l'Église où il (Jésus-Christ) proclama la doctrine, et où l'inscription même de sa main bénie est conservée jusqu'à ce jour.
"Ces inscriptions n'égalent-elles pas, par la grâce merveilleuse qu'elles inspirent, les tables de pierre divinement façonnées ? Je fais référence à ces tables sur lesquelles fut gravée la législation de la volonté divine. Car, de même que la Parole dit que Moïse, ayant quitté le monde des apparences et apaisé son âme dans les sanctuaires invisibles (car c'est ce que représentent les 'ténèbres') (Exode 24, 12-15), apprit les mystères divins et instruisit personnellement tout le peuple dans la connaissance de Dieu, la même chose se produit pour ce Grand. Il n'avait pas de montagne visible [le Sinaï], mais le sommet d'un désir ardent pour les vrais enseignements ; les ténèbres, la vision que les autres ne pouvaient comprendre ; la tablette d'écriture, l'âme ; les lettres gravées sur les tables de pierre, la voix de celui qu'il voyait. Par tout ce processus, lui et ceux qu'il avait initiés bénéficiaient d'une manifestation des mystères.
"(§33) Il (Grégoire) fut rempli d’une certaine audace et confiance grâce à cette vision, comme un athlète qui, fort de son expérience de la compétition et de sa force acquise à l’entraînement, se prépare avec confiance pour la course et se lance dans le combat contre ses concurrents ; de même, oint dans son âme par le soin qu’il prenait de lui-même et par l’aide de la faveur qui lui avait été révélée, il entreprit ainsi ses combats – car toute sa vie dans le sacerdoce mérite d’être qualifiée de combats ou de luttes dans lesquels, par la foi, il a combattu toutes les puissances de l’Adversaire."
Le récit de cette apparition antique recèle de nombreux détails fascinants et révélateurs.
Tout d'abord, saint Grégoire demande l'aide de Dieu afin de mieux comprendre le mystère de la foi chrétienne (surtout compte tenu du nombre d'hérétiques qui la contestaient), et (selon saint Jean), Dieu a ordonné à la fois à la Vierge Marie et à saint Jean de l'assister.
Deuxièmement, saint Jean apparaît à la fois digne et âgé. Cela se comprend s'il a effectivement écrit l'Apocalypse vers la fin de sa vie (probablement à la fin du Ier siècle). Les Évangiles le décrivent comme très jeune, mais l'image qu'il renvoie à saint Grégoire le Thaumaturge, celle d'un homme digne et âgé, témoigne de sa vieillesse.
Troisièmement, la Vierge Marie est apparue "plus grande que la taille humaine". Sur terre, il est pratiquement impossible d'imaginer que la Vierge Marie soit physiquement plus grande que n'importe lequel des Apôtres – et certainement pas plus grande que la taille humaine elle-même. Le fait qu'elle apparaisse plus grande lors de cette apparition à saint Grégoire implique qu'elle possède une autorité ou une stature plus grande au ciel – plus grande que celle de saint Jean – ce qui est en accord avec la doctrine catholique concernant la royauté et le rôle de la Vierge Marie dans le mystère du salut.
Quatrièmement, malgré sa plus grande notoriété, c'est saint Jean qui transmit à saint Grégoire une mystagogie expliquant le mystère de la Sainte Trinité, mais à la demande de la Vierge Marie. En effet, "il était prêt à accorder cette faveur à la Mère du Seigneur, car cela lui plaisait". Cela semble indiquer que les demandes (c'est-à-dire les prières) adressées à la Vierge Marie reçoivent une attention particulière et possèdent un pouvoir unique. Il s'agissait peut-être aussi d'un signe de respect et de vénération de la Vierge Marie envers un prêtre de son Fils.
Cinquièmement, la mystagogie transmise à saint Grégoire est non seulement parfaitement orthodoxe en ce qui concerne la Trinité, mais elle fut transmise près d'un siècle avant le concile œcuménique de Nicée en 325, qui a formellement défini la doctrine de la Trinité pour toute l'Église (ou du moins a commencé à le faire). De plus, cette mystagogie aborde en détail chacune des trois Personnes de la Trinité. Le concile de Nicée, par exemple, a certes affirmé la croyance au Saint-Esprit, mais sans plus. Les détails concernant le Saint-Esprit furent laissés à l'appréciation du concile œcuménique de Constantinople Ier en 381, soit environ 140 ans après les apparitions de la Vierge Marie et de saint Jean à saint Grégoire. Or, la mystagogie qu'ils lui ont transmise était parfaitement conforme au Credo révisé du deuxième concile œcuménique, aujourd'hui connu sous le nom de "Credo de Nicée-Constantinople", récité à la messe chaque dimanche.
Credo - Symbole de Nicée-Constantinople
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre,
de l’univers visible et invisible.
Je crois en un seul Seigneur,
Jésus Christ, le Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu,
engendré, non pas créé, de même nature que le Père,
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes, et pour notre salut,
il descendit du ciel ;
par l’Esprit Saint,
il a pris chair de la Vierge Marie,
et s’est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisème jour,
comformément aux Ecritures,
et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire,
pour juger les vivants et les morts ;
et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l’Esprit Saint,
qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils ;
avec le Père et le Fils,
il reçoit même adoration et même gloire ;
il a parlé par les prophètes.
Je crois en l’Eglise,
une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts
et la vie du monde à venir.
Amen.
Sixièmement, la "mystagogie" de la Vierge Marie et de saint Jean, lorsqu'elle parle du Saint-Esprit, affirme qu'il est "manifesté par le Fils" et qu'il est "l'image parfaite du Fils parfait". Ce faisant, elle préfigure ce qui sera plus tard appelé le "filioque", ou la formule "et [du] Fils", ajoutée ultérieurement au Credo pour décrire la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils, et souvent utilisée pour justifier le schisme entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe. Ainsi, un Père de l'Église orientale – saint Grégoire de Nysse – rapporte une apparition mariale/johannique à un autre Père de l'Église orientale – saint Grégoire le Thaumaturge – qu'il déclare parfaitement orthodoxe, tout en semblant également soutenir le filioque.
Septièmement, saint Grégoire Nysse nous apprend que les paroles de cette "mystagogie" transmises à saint Grégoire le Thaumaturge furent gravées dans la pierre et pouvaient encore être vues de son vivant dans l’église même où saint Grégoire enseignait.
Les principaux enseignements à tirer de cette apparition de la Vierge Marie à saint Jean sont les suivants :
-Les saints au ciel sont conscients des personnes et des événements sur terre.
-Il arrive que Dieu permette – ou, comme ici, ordonne – à des saints d'apparaître aux chrétiens sur terre pour les encourager, les avertir et/ou les guider/enseigner.
-Cette apparition montre que les prières de la Vierge Marie sont particulièrement importantes, car c'est elle qui a demandé à saint Jean d'enseigner à saint Grégoire la doctrine correcte. Et saint Jean a déclaré qu'il était "prêt à faire plaisir à la mère du Seigneur en cela aussi, puisque cela lui plaisait".
-Cette apparition ancienne témoigne de la vérité de la foi catholique, non seulement dans ses enseignements sur la Sainte Trinité, mais aussi sur la communion des saints, en particulier l’implication des saints de l’Église triomphante dans la vie de ceux d’entre nous qui sommes ici sur terre dans l’Église militante.[6]
Revenu à lui, Grégoire s’empressa d’écrire ce que l’apôtre bien-aimé venait de lui révéler. Cet écrit est connu sous le nom de symbole de saint Grégoire. L’attachement des fidèles de Néocésarée pour ce symbole était tel que saint Grégoire en mourant le leur légua comme un précieux héritage, ce qui empêcha cette église de tomber dans les erreurs des Pélasgiens.
Saint Grégoire de Nysse, dans sonÉloge de Grégoire le Thaumaturge vers 379, raconte que fortifié par cette vision, et délivré de ses angoisses, saint Grégoire, comme un vaillant athlète, muni des armes de la prière et de la vérité, ne résista plus à la voix de Dieu, et se mit en route pour aller prendre possession de son diocèse. Pendant son voyage la nuit le surprit, et une pluie violente l’obligea de s’abriter avec sa suite dans un temple d’idoles qui se trouvait sur son chemin. Ce temple était renommé dans toute la contrée pour les réponses que les démons rendaient à ceux qui venaient les consulter. A peine saint Grégoire eut-il mis les pieds dans le temple que les démons épouvantés s’enfuirent. Le saint purifia l’air par un signe de croix et se mit en devoir de chanter l’office divin avec sa suite. Le jour étant venu, Grégoire continua sa route. Cependant, le prêtre des idoles s’étant rendu dans le temple, fit les évocations accoutumées, mais les démons répondirent qu’il ne leur était plus permis d’entrer dans le temple, parce que l’homme qui y avait passé la nuit les forçait de s’éloigner. Le prêtre des idoles irrité, se mit à la poursuite de Grégoire, et l’ayant atteint, il le menaçait d’aller porter plainte aux magistrats et à l’empereur. Mais Grégoire lui répondit qu’il avait reçu de Dieu le pouvoir de chasser les démons. Le prêtre des idoles surpris, pria Grégoire de montrer sa puissance en ordonnant aux démons de rentrer dans le temple. Le saint y consentit, et écrivit sur un morceau de parchemin ces simples mots : "Grégoire à Satan : Rentre." Le prêtre prit le parchemin, alla le placer sur l’autel, et aussitôt les démons rentrèrent et rendirent leurs réponses. Alors rempli d’admiration, il vint trouver Grégoire, le priant de lui faire connaître ce Dieu à qui les démons eux-mêmes obéissent. Grégoire se mit alors à lui expliquer les vérités de la religion chrétienne, mais comme le prêtre refusait de croire le mystère de l’incarnation, Grégoire lui répondit qu’on ne pouvait point prouver ce mystère par des paroles mais seulement par des miracles. Le prêtre montrant une énorme pierre dit à Grégoire de la transporter par la seule puissance de la foi dans un lieu qu’il désignait. Grégoire sans différer donna l’ordre et la pierre obéit. Ce miracle acheva la conversion du païen, il abandonna sa famille, son pays, le culte des idoles pour s’attacher à saint Grégoire, et devenir le compagnon de ses travaux.
Ces scènes eurent de nombreux spectateurs : fidèles païens venus offrir leurs dons et présenter leurs demandes aux idoles, ou encore simples curieux pour qui la lutte spirituelle qui se préparait présentait plus d’attraits encore que le combat de deux gladiateurs ! Le récit s’est transmis oralement jusqu’à ce que saint Grégoire de Nysse le couche par écrit (car d’autres témoignages écrits ont probablement été perdus). Saint Grégoire de Nysse, dont la pensée est connue pour être systématique et logique, n’a pu rapporter ces faits sans s’être assuré lui-même de la fiabilité de leurs sources historiques. Louis Bouyer, par exemple, écrivain jésuite du début du XXe siècle, le considérait comme "l’un des penseurs les plus puissants et les plus originaux que connaisse l’histoire de l’Église, un des rares écrivains dont on puisse être sûr qu’il a lu intégralement les Anciens et qu’il les a parfaitement assimilés." (La Spiritualité du Nouveau Testament et des Pères, Aubier, 1960).[7]
Arrivé dans sa ville épiscopale, il se mit le même jour, à prêcher la parole de Dieu et convertit assez d’idolâtres pour former un groupe important de chrétiens fervents. Le lendemain il guérit un grand nombre de malades, et en peu de temps, les conversions furent si nombreuses, que le saint évêque fut obligé de faire bâtir une église. Tous tinrent à cœur de contribuer soit par leurs aumônes, soit par leur travail à la construction de l’édifice. Les historiens rapportent que, pour faciliter l’accomplissement de l’œuvre, il fit par ses prières reculer une montagne qui le gênait, vérifiant ainsi à la lettre la parole de l’Evangile : ''Si vous avez la foi comme un grain de senevé, vous diriez à cette montagne : passez d’ici là ; et elle y passerait.'' (Matth. 17, 19.) Plus tard malgré les édits portés pour la démolition des églises, malgré un tremblement de terre, il n’y eut pas même une pierre d’enlevée. L’observation des lois, la paix et la tranquillité devinrent les fruits des nombreuses conversions opérées par saint Grégoire. Un grand accroissement de bien, une grande concorde et charité fut la récompense qu’ils obtinrent de celui qui promet tout le reste par surcroît, à ceux qui cherchent d’abord son royaume.
Un jour, deux frères ayant reçu en héritage un champ dans lequel se trouvait un étang, voulaient chacun avoir la possession complète de cet étang plutôt que de l’avoir en commun. Ils vinrent consulter saint Grégoire, qui tenta inutilement divers moyens de conciliation. Leur haine devint telle qu’ils résolurent de soutenir leurs droits par la force des armes. La veille du jour fixé pour le combat, le saint évêque voulant prévenir l’effusion du sang, se mit en prières sur le bord du lac qui se dessécha aussitôt.
Le Lycus qui prend sa source dans les montagnes de l’Arménie, passait devant les murailles de Néocésarée. Pendant l’hiver il débordait quelquefois avec tant d’impétuosité, qu’il emportait les moissons, et réduisait les habitants à la plus complète misère. Saint Grégoire, ému de compassion pour son peuple, se rendit près du fleuve sur les bords duquel il planta son bâton, et ordonna aux eaux de la part de Dieu de ne jamais plus dépasser cette borne. Saint Grégoire de Nysse rapporte que depuis lors jusqu’au moment où il écrivait, il n’y avait pas eu de débordement. Le bâton lui-même prit racine et devint un arbre.
Durant la persécution de Dèce, vers 250, Grégoire choisit avec un certain nombre de fidèles de se cacher dans les montagnes entourant Néocésarée plutôt que de s'exposer inutilement à la mort, et afin de protéger la foi des plus faibles. Toutefois, sa cachette est découverte par des soldats, mais miraculeusement, Grégoire et ses compagnons disparaissent des yeux de leurs poursuivants, qui rentrent bredouilles. Quand les persécutions cessent, les difficultés de Grégoire ne sont pas pour autant terminées, la peste sévit peu après, suivie d'une invasion des Goths décrite dans sa Lettre canonique. Il arriva qu’un jour de fête consacré à honorer les faux dieux, il se fit à Néocésarée un grand concours d’infidèles qui s’y étaient rendus pour assister aux spectacles qui se donnaient sur le théâtre. La foule fut si grande que la place vint à manquer. Les acteurs et les musiciens ne pouvant se faire entendre, plusieurs des assistants prièrent Jupiter de leur procurer de la place. Grégoire informé de la demande qu’ils avaient faite au démon, prédit qu’ils ne seraient pas longtemps à manquer de place. En effet peu de jours après, une terrible peste se déclara dans toute la province du Pont et fit un nombre considérable de victimes. Le saint évêque obtint par ses ferventes prièrent la cessation du fléau de Néocésarée. Un grand nombre d’idolâtres se convertirent en voyant la puissance du serviteur de Dieu s’exercer même sur les maladies.
Il fit d’utiles règlements pour réparer les abus et institua des fêtes anniversaires en l’honneur des martyrs qui avaient dans la dernière persécution confessé la foi de Jésus-Christ.
Il doit défendre l'orthodoxie au concile d'Antioche de 269 contre les hérésies anti-trinitaires de Paul de Samosate, alors évêque d'Antioche, qu'il accuse de ne pas reconnaître la divinité du Christ.
Toute sa conduite, selon saint Basile, portait l'empreinte de la perfection évangélique. Il parlait avec simplicité et modestie; il avait en horreur le mensonge, l'habileté et tous les détours qui ne s'accordent point avec l'exacte vérité. Il ne pouvait supporter ce qui blesse la douceur et la charité.
Vers 275, alors qu'il s'apprête à mourir, Grégoire demande combien il reste d'idolâtres à Néocésarée, on lui apprend qu'il y en a dix-sept. Il aurait alors répondu: "C'est autant que j'y ai trouvé de Chrétiens quand j'ai pris l'administration du diocèse". Il pria Dieu pour la conversion des uns et pour la persévérance des autres, et fit promettre alors à ses amis de ne point lui acheter un lieu particulier pour enterrer son corps, mais de le placer dans la sépulture commune. "Ayant toujours vécu comme un étranger sur la terre, disait-il, je ne voudrais pas perdre ce titre après ma mort. Aucun lieu ne doit porter le nom de Grégoire. La seule possession dont je sois jaloux est celle qui me fera soupçonner d’aucun attachement à la terre." Après avoir dit ces mots, il rendit son âme à Dieu le 17 novembre.
"Sa vie vertueuse, en resplendissant pour nos âmes à la manière d’un phare, grâce à la commémoration, est une voie vers le bien", écrit Grégoire de Nysse à propos de saint Grégoire le Thaumaturge.[8]
Il est fêté le 17 novembre.
Œuvres
-Oratio Panegyrica (en honneur d'Origène)
-Ἔκθεσις τῆς πίστεως ("exposition de la foi")
-Metaphrasis eis ton Ekklesiasten tou Solomontos (paraphrase de Ecclésiaste)
-Epistola ad Philagrium
-Kephalaia peri pisteos dodeka ("douze chapitres de foi")
Reine dotée d'un grand esprit de prière, de jeûne et de piété, qui a contribué à l'éveil de la foi de son peuple.
Sainte Marguerite, nièce de saint Étienne de Hongrie qui fonda le royaume de Hongrie, vint au monde en 1046 à Mecseknádasd en Hongrie, où son père Édouard, héritier du trône d'Edmond II d'Angleterre, vivait en exil après que le roi du Danemark, Knut le Grand, eut repris le royaume.
Les origines de sa mère Agata sont incertaines. Margherita était la deuxième née de trois enfants. Elle était encore une enfant lorsque, après la mort du roi Cnut, son père décida de retourner en Angleterre. Edward mourut peu de temps après. L'arrivée du Normand Guillaume le Conquérant pousse Agathe à se rendre en Écosse, à la cour de Malcolm III. Veuf et père d'un fils, Malcolm III était fasciné par la beauté et l'intelligence de Margaret. C'est ainsi que les deux se sont mariés. Le calendrier marquait l'année 1070 : Margaret avait environ 24 ans lorsqu'elle devint reine d'Écosse. De ce mariage naîtront six fils et deux filles. On raconte que le roi ne savait pas lire et avait un grand respect pour cette épouse très instruite : il embrassait les livres de prières qu'il la voyait lire avec dévotion. Dans l'intimité du château d'Édimbourg (où vivait le couple), Margaret se consacrait également à la broderie de vêtements sacrés. Charitable envers les pauvres, les orphelins, les malades, Marguerite les assistait personnellement et invitait Malcolm III à faire de même : c'était un couple qu'il faudrait peut-être retrouver dans cette succession de saints mariages dont l'hagiographie est pleine.
Elle montra bientôt de merveilleuses dispositions pour la vertu qui lui mérita dans la suite le nom de mère des orphelins et de trésorière des pauvres de Jésus-Christ.
Son premier apostolat s'exerça envers son mari, dont elle adoucit les mœurs par ses attentions délicates, par sa patience et sa douceur. Convertir un roi, c'est convertir un royaume : aussi l'Écosse entière se ressentit de la conversion de son roi : la cour, le clergé, le peuple furent bientôt transformés.
Marguerite, apôtre de son mari, fut aussi l'apôtre de sa famille. Dieu lui donna huit enfants, qui firent tous honneur à la vertu de leur pieuse mère et à la valeur de leur père. Dès le berceau elle leur inspirait l'amour de Dieu, le mépris des vanités terrestres et l'horreur du péché.
Sainte Marguerite, Lourdes (France)
"Nos seigneurs les pauvres"
L'amour des pauvres, qui avait brillé dans Marguerite enfant, ne fit que s'accroître dans le cœur de la reine. Pour les soulager, elle n'employait pas seulement ses richesses, elle se dépensait tout entière : "La main des pauvres, aimait-elle à dire, est la garantie des trésors royaux : c'est un coffre-fort que les voleurs les plus habiles ne sauraient forcer."
Aussi se fit-elle plus pauvre que les pauvres eux-mêmes qui lui tendaient la main ; car elle ne se privait pas seulement du superflu, mais du nécessaire, pour leur éviter des privations.
Quand elle sortait de son palais, elle était toujours environnée de pauvres, de veuves et d'orphelins, qui se pressaient sur ses pas. Avant de se mettre à table, elle servait toujours de ses mains neuf petites orphelines et vingt-quatre vieillards ; l'on vit même parfois entrer ensemble dans le palais jusqu'à trois cents pauvres.
Malcolm se faisait un plaisir de s'associer à sa sainte épouse pour servir les pauvres à genoux, par respect pour Notre-Seigneur, dont ils sont les membres souffrants.
Un lieu en particulier doit être retenu dans la biographie de cette sainte, outre le château d'Édimbourg : il s'agit de la grotte de Dunfermline, un lieu où la sainte avait l'habitude de prier en silence, sans être vue. Quiconque entre maintenant dans cette grotte ne peut s'empêcher d'être frappé par une statue qui représente la sainte reine en prière. Chaque année, depuis 1930, un pèlerinage dévotionnel a lieu à Dunfermline un dimanche de juin, désigné de temps à autre par les évêques écossais. Son biographe et confesseur, le prieur du monastère de Durham, Théodoric Turgot, parvient en quelques lignes à nous faire pénétrer dans l'âme de Marguerite : "Le Christ habitait réellement dans son cœur". Demeurer , un verbe "clé" pour comprendre la spiritualité de sainte Marguerite : le Seigneur qui entre dans son cœur et y trouve sa demeure.
En outre, Margherita a su transformer l'environnement de la cour, en l'élevant culturellement, en valorisant le culte religieux local, en l'alignant sur celui de l'Église de Rome dans des domaines tels que l'observance du Carême et de la Sainte Pâques.
Les portes du château d'Édimbourg étaient toujours ouvertes pour accueillir, aider et assister les pauvres. Le souverain leur fit également construire des hospices et des foyers. Mais il y a aussi un autre élément de ce précieux renouveau dont sainte Marguerite fut l'auteur : attentive aux abus cléricaux et liturgiques qui avaient lieu au XIe siècle, elle établit des contacts étroits avec l'abbaye cistercienne française de Cluny, si vouée au renouveau. de la vie chrétienne en Europe. Une réforme qui a permis la restauration de l'Église écossaise, redécouvrant "cette dignité du culte et ces valeurs spirituelles perdues à l'époque barbare". Cette réforme de la vie dans l'Église écossaise a été réalisée par Margaret grâce à son travail personnel et à celui de ses enfants à qui elle avait inculqué ses idéaux et qui devaient par la suite occuper le trône écossais pendant la plus grande partie du demi-siècle suivant." (AA VV . Bibliothèque Sanctorum , Città Nuova, Rome, 2013).
En 1093, Marguerite, déjà en mauvaise santé, tomba malade. Une autre histoire qui nous aide à comprendre l'âme de la sainte se déroule également à cette époque : son mari et son fils aîné meurent lors de la bataille d'Alnwick, alors que Guillaume le Roux envahit l'Écosse. Les deux hommes menèrent les troupes écossaises pour contrer l'avancée de l'ennemi. Marguerite, déjà éprouvée physiquement mais pas spirituellement, dit : "Dieu Tout-Puissant, je vous remercie de m'avoir envoyé une si grande affliction dans les derniers instants de ma vie. J'espère que, avec votre miséricorde, elle servira à me purifier de mes péchés", paroles relevées par son fidèle confesseur Turgot.
Le 16 novembre, Marguerite entra dans la gloire du Paradis. Sa mort jeta le deuil dans tout le royaume.
Le martyrologe romain se souvient d'elle en ces termes:
"Sainte Marguerite, qui, née en Hongrie et mariée à Malcolm III, roi d'Écosse, donna naissance à huit enfants et fit beaucoup pour le bien de son royaume et de l'Église, alliant la prière et le jeûne à la générosité envers les pauvres, offrant ainsi un brillant exemple d'excellente épouse, de mère et de reine". Marguerite, un nom qui porte déjà en lui-même toute la signification de l'existence de la sainte : un lemme dérivé du grec, μαργαρίτης (en latin, margarīta), qui signifie "perle". Sainte Marguerite était justement cela : une perle dans l'histoire de l'Écosse ; une perle de l'Église universelle.
Dans un revirement majeur, le Vatican indique que l'autorisation de célébrer la messe traditionnelle en latin (TLM) sera accordée à la demande des évêques.[1]
Selon certaines sources, le pape Léon XIV semble prêt à accorder des exemptions généralisées au motu proprio de François "Traditionis custodes" qui avait annulé l'élargissement effectué par Benoît XVI en 2007, sans pour autant révoquer le document lui-même.[2]
Des sources proches de la Conférence des évêques catholiques d'Angleterre et du Pays de Galles ont indiqué à The Pillar que le pape Léon XIV semble prêt à accorder des exemptions généralisées à Traditionis Custodes, sans pour autant révoquer le motu proprio lui-même.
L’archevêque Miguel Maury Buendía, nonce apostolique en Grande-Bretagne, a récemment prononcé un discours devant l’assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, informant les évêques que le Vatican se montrerait "généreux" lorsqu’on lui demanderait de déroger aux restrictions imposées à la liturgie traditionnelle, a déclaré un haut dignitaire ecclésiastique au journal The Pillar.
Selon une source présente lors du discours, le nonce a expliqué que si le pape Léon "n’est pas disposé à modifier [Traditionis custodes], il n’y a aucune raison d’exclure la messe traditionnelle en latin du fait qu'il existe de nombreux rites différents dans l’Église."
"Les détails étaient un peu flous", a déclaré une source. Mais le nonce a bien indiqué que, même si les curés des paroisses auraient toujours besoin de l’approbation de leurs évêques pour célébrer le rite extraordinaire dans les églises paroissiales, et que les évêques diocésains devraient toujours en faire la demande au Dicastère pour le Culte Divin, "Léon demandera au cardinal Arthur [Roche, préfet du dicastère] de faire preuve de clémence".
Plus tôt cette semaine, la Conférence des évêques d'Angleterre et du Pays de Galles a rencontré le nonce apostolique dans le cadre de son assemblée plénière. À l'issue de cette rencontre, des informations ont commencé à circuler selon lesquelles le nonce aurait transmis au pape Léon XIV l'intention d'autoriser plus largement la célébration des offices liturgiques antérieurs au concile Vatican II.
Selon un ecclésiastique présent lors du discours du nonce, bien que le pape Léon n'ait pas été enclin à abroger le motu proprio de l'ère François, "l'impression [que le nonce a donnée] était que le pape voulait que la porte reste ouverte et non pas qu'elle soit rétrécie ou fermée".
"Ce n'était qu'un point parmi d'autres", a déclaré le nonce, a-t-on rapporté au journal The Pillar, et non le thème central de son discours.
Depuis l'élection du pape Léon XIV en début d'année, des spéculations circulent quant à la possibilité qu'il décide de revenir sur les exigences de Traditionis custodes, un motu proprio de 2021 émis par le pape François qui restreignait fortement la célébration de l'ancienne forme de la liturgie.
Parmi les nouvelles restrictions mises en place par le document, les évêques peuvent désigner des lieux pour la poursuite de la célébration de la liturgie pré-Vatican II, mais pas dans les églises paroissiales ni par la création de nouvelles paroisses personnelles.
Toute exception à cette règle requiert l'autorisation directe du Dicastère pour le Culte Divin. Les dérogations doivent être renouvelées tous les deux ans.
Ces restrictions ont provoqué un tollé, suscitant l'indignation tant des fidèles assistant à la messe traditionnelle en latin que des critiques qui s'opposaient à l'ecclésiologie sous-jacente aux nouvelles règles et à l' interprétation qu'en faisait le dicastère.
Les réactions des évêques à l' encyclique Traditionis custodes ont été très diverses, donnant lieu à une mosaïque de politiques. Dans certains diocèses, la messe traditionnelle en latin continue d'être célébrée presque comme avant la publication du motu proprio, tandis que dans d'autres, elle a été de facto interdite.
Certains diocèses ont bénéficié d'une dispense initiale des normes de Traditionis custodes pour une période de transition de deux ans, mais sous le pape François, il était largement admis qu'aucune autre prolongation ne serait accordée.
Cependant, depuis l'accession au trône pontifical de Léon XIV en mai, le Dicastère pour le Culte Divin a commencé à étendre ces dispenses et à en examiner de nouvelles, ce qui a alimenté les spéculations selon lesquelles le nouveau pape pourrait être disposé à assouplir ou à annuler les exigences créées par son prédécesseur.
Une source proche de la Conférence des évêques d'Angleterre et du Pays de Galles a déclaré qu'il ressort des propos du nonce que le pape souhaite que la porte à la célébration de l'ancienne liturgie reste ouverte.
L'approche générale du pape semble être "Todos, todos, todos – y compris les fidèles de la messe tridentine", a déclaré la source.[3]
Sources:
[1] Pope Respecter https://x.com/poperespecter1/status/1989707504083743214?s=20
[2] The Pillar https://x.com/PillarCatholic/status/1989461856998858923?s=20
Dominicain, docteur de l'Église, Saint patron des savants chrétien surnommé le "Docteur universel", Professeur de S. Thomas d'Aquin à Paris, au moment où l'Occident redécouvre Aristote, il en est un des plus grand commentateur et critique.
Albert le Grand naquit à Lauingen, dans la partie Souabe du diocèse d'Augsbourg (Bavière), d’un officier de la cour qui avait une haute charge dans l'administration de la cité.
Dès son enfance, Albert montra dans ses études une rare perspicacité ; le goût des sciences lui fit abandonner les traditions chevaleresques de sa famille et le conduisit à l'université de Padoue où il sut tempérer son ardeur pour l'étude par une vive piété.
Jusqu'alors, la philosophie chrétienne, depuis les Pères, avait été platonicienne. Avec Albert, monstre de la connaissance, génie encyclopédiste de son temps, maître en sciences naturelles autant qu'en philosophie, l'Eglise en Occident découvre les textes d'Aristote. Il affirme qu'on peut utiliser Aristote comme S. Augustin a utilisé Platon. Mais en même temps, il n'hésite pas à distinguer et à rejeter ce qui, en lui, est contraire à la doctrine chrétienne.
Albert a laissé une somme de théologie qui servit de modèle à la Somme théologique de son disciple, saint Thomas d'Aquin. Il était déjà surnommé "le Grand" de son vivant.
Après des études à Paris, en 1221, à l'âge de trente ans, encore incertain de son avenir, mais inspiré par la grâce, Albert alla se jeter aux pieds de la très Sainte Vierge, et crut entendre lacéleste Mère lui dire :
Dès lors, il n'hésita plus, et malgré les résistances de sa famille, il entra au noviciat des Dominicains. Tels furent bientôt ses progrès dans la science et la sainteté, qu'il dépassa ses maîtres eux-mêmes.
Muni du titre de docteur en théologie, il fut envoyé à Cologne, où sa réputation lui attira pendant longtemps de nombreux et illustres disciples. Mais un seul suffirait à sa gloire, c'est Thomas d'Aquin. Ce jeune religieux, déjà tout plongé dans les plus hautes études théologiques, était silencieux parmi les autres au point d'être appelé par ses condisciples : "le Bœuf muet de Sicile". Mais Albert les fit taire en disant : "Les mugissements de ce bœuf retentiront dans le monde entier."
De Cologne, Albert fut appelé en 1245 à l'Université de Paris, où il enseigna la philosophie. C'est là que son génie parut dans tout son éclat et qu'il composa un grand nombre de ses ouvrages. Dans le quartier latin la rue Maître-Albert porte encore son nom, nom qu'on retrouve aussi sur une plaque commémorant le couvent Saint Jacques, en l'Eglise Saint-Etienne-du-Mont.
Son autorité devient si énorme qu'une formule met fin à toutes les discussions : Magister lbertus dixit. Le "Docteur universel" a parlé tous se tairont.
Fidèle à l'augustinisme par bien des points, il s'élance cependant sur le terrain délicat des rapports de la science et de la foi, montre que la raison ne peut expliquer le mystère mais qu'elle aide à préparer les voies de Dieu.
Plus tard l'obéissance le ramène en Allemagne comme provincial de son Ordre ; il dit adieu, à sa cellule, à ses livres, à ses nombreux disciples, et voyage sans argent, toujours à pied, à travers un immense territoire pour visiter les nombreux monastères soumis à sa juridiction. Il était âgé de soixante-sept ans quand il dut se soumettre à l'ordre formel du pape et accepter, en des circonstances difficiles, le siège épiscopal de Ratisbonne (5 janvier 1260); là, son zèle infatigable ne fut récompensé que par de dures épreuves où se perfectionna sa vertu.
Rendu à la paix dans un couvent de son Ordre, il lui fallut bientôt, à l'âge de soixante-dix ans, reprendre ses courses apostoliques. Enfin il put rentrer définitivement dans la retraite pour se préparer à la mort. On s'étonne que, parmi tant de travaux, de voyages et d'œuvres de zèle, Albert ait pu trouver le temps d'écrire sur les sciences, la philosophie et la théologie des ouvrages qui ne forment pas moins de vingt et un volumes in-folio, et on peut se demander ce qui a le plus excellé en lui du savant, du saint ou de l'apôtre.
Il mourut âgé de quatre-vingt-sept ans, le 15 novembre 1280 ; son corps fut enterré à Cologne dans l'église des Dominicains.
Innocent VIII permit aux prêcheurs de Cologne et de Ratisbonne un office en l'honneur du bienheureux Albert, confesseur pontife (1484) ; après qu'il fut béatifié par Grégoire XV (15 septembre 1622), obtenaient cette faveur la ville de Lauingen en 1631, puis tous les couvents dominicains de l'Empire (1635), ceux des pays vénitiens (1664), ceux de l'Ordre entier (1670), l'archidiocèse de Cologne (1856) où la fête fut promue au rite double en 1870.
Il lui a fallu attendre jusqu'au 16 décembre 1931 les honneurs de la canonisation et l'extension de son culte à l'Église universelle. En proclamant sa sainteté, le pape Pie XI y ajouta le titre si glorieux et si bien mérité de docteur de l'Église.
Il sera déclaré patron des savants chrétiens et de tous ceux qui cultivent les sciences naturelles en 1941 par Pie XII, dans une lettre apostolique, à la demande des académiciens catholiques réunis à Trèves (16 décembre 1941) : "Si les règles ou directies que le grand évêque de Ratisbonne avait établies à propos de la nécessité de l’expérimentation, de l’observation pénétrante et de l’importance de l’induction pour arriver à la vérité dans l’étude des choses de la nature, avaient été, déjà en ce temps, bien comprises et appliquées, les admirables progrès scientifiques dont se glorifient les époques plus récentes et aussi la nôtre, auraient pu être des siècles auparavant découverts et réalisés pour le plus grand profit de l’humanité."
Sa fête a été fixée au 15 novembre, jour de sa mort.
Comme lui lisons, étudions, pensons!
Sources : 1; 2; 3; 4; 5; 6; DANIEL-ROPS, L'Histoire de l'Eglise du Christ, tome IV, sous la direction de Jean DUMONT, Editions Bernard Grasset 1962-1965, p. 292.
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