« Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, [...] qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. » (Testament de Louis XVI)
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"Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi." Jean 14,6
Juin est le mois du Sacré-Cœur de Jésus-Christ.
Mais qu'est-ce que le Sacré-Cœur ?
Pourquoi le mois de juin lui est-il consacré ?
Et quel est le pouvoir de cette dévotion ?
La dévotion a commencé dans les années 1670, lorsque Jésus est apparu à plusieurs reprises à sainte Marguerite-Marie Alacoque, une religieuse de la Visitation en France. Il lui montra son Cœur brûlant, transpercé, couronné, et dit : "Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes et qui est si peu aimé en retour."
Le Christ a révélé son Cœur comme un symbole de son amour infini pour l’humanité et a souligné la nécessité pour les gens de lui rendre son amour par la dévotion et la prière.
Chaque partie de l’image du Sacré-Cœur parle :
>Couronne d'épines : représente la souffrance de Jésus et son immense amour pour l'humanité
>Flammes : Son amour divin et purificateur
>La Croix : Son offrande totale
>La Plaie : représente la blessure infligée à lui par le soldat romain et par tous les êtres humains à travers leurs péchés.
Quelles sont les douze promesses du Sacré-Cœur ?
1) "Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état de vie."
2) "J’établirai la paix dans leurs familles."
3) "Je les consolerai dans leurs épreuves."
4) "Je serai leur refuge sûr durant la vie et, surtout, dans la mort."
5) "Je répandrai d’abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises."
6) "Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde."
7) "Les âmes tièdes deviendront ferventes."
8) "Les âmes ferventes atteindront rapidement une haute perfection."
9) "Je bénirai chaque endroit où une image de mon Cœur sera érigée et honorée."
10) "Je donnerai aux prêtres le don de toucher les cœurs les plus endurcis."
11) "Ceux qui promouvront cette dévotion auront leurs noms écrits dans mon Cœur, pour ne jamais être effacés."
12) "Je vous promets, dans l'excessive miséricorde de mon Cœur, que mon amour tout-puissant accordera, à tous ceux qui recevront la Sainte Communion le premier vendredi de neuf mois consécutifs, la grâce du repentir final ; ils ne mourront pas sous mon déplaisir, ni sans recevoir les sacrements ; mon Cœur sera leur refuge assuré à cette dernière heure."
Pour vivre la dévotion:
Venez vous confesser, puis allez à la messe les premiers vendredis de 9 mois d'affilée et recevez la communion en état de grâce.
Priez la litanie du Sacré-Cœur.
Consacrez-vous et votre maison à son Cœur.
Placez une image de son Cœur dans votre maison.
Jésus dit à sainte Marguerite-Marie :
"Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes et qui pourtant est si peu aimé en retour."
L'aimeras-tu en retour ?
Répareras-tu le tort causé à tant de personnes qui blessent son cœur quotidiennement ?
Si ce n'est pas toi, qui ? Si ce n'est pas maintenant, quand ?
Prière catholique traditionnelle au Sacré-Cœur :
Ô très saint Cœur de Jésus, source de toute bénédiction, je vous adore, je vous aime et, avec une vive douleur pour mes péchés, je vous offre ce pauvre cœur. Rendez-moi humble, patient, pur et entièrement obéissant à votre volonté. Accordez-moi, bon Jésus, de vivre en vous et pour vous. Protégez-moi au milieu des dangers, réconfortez-moi dans mes afflictions, donnez-moi la santé physique, l'assistance dans mes besoins temporels, votre bénédiction sur tout ce que je fais et la grâce d'une sainte mort. Ainsi soit-il.(1)
En ce mois de juin, ne soyez pas passifs. Choisissez de combattre sous la bannière du Christ.
Consacrez-vous et votre foyer à son Sacré-Cœur. Enthousiasmez-le en tant que roi.
Cœur très sacré de Jésus, ayez pitié de nous ! Jésus-Christ fait de nos cœurs un miroir du vôtre.
Après sa catéchèse le 15 juin 2011, Benoît XVI encouragea cette dévotion : "juin est consacré à la dévotion envers le Sacré Coeur de Jésus, vivace dans de nombreuses églises et communautés".(2)
Également connu comme Justin de Néapolis, Justin Martyr ou Justin le Philosophe, apologète et martyr, Justin naquit vers 103 ap. J.-C. en Samarie à Flavia Neapolis (actuelle Naplouse en Cisjordanie), ville de Palestine, bâtie sur l'ancien site de Sichem.
"Il chercha longuement la vérité, se rendant en pèlerinage dans les diverses écoles de la tradition philosophique grecque. Finalement, - comme lui-même le raconte dans les premiers chapitres de son Dialogue avec Tryphon - un mystérieux personnage, un vieillard rencontré sur la plage de la mer, provoqua d'abord en lui une crise, en lui démontrant l'incapacité de l'homme à satisfaire par ses seules forces l'aspiration au divin. Puis il lui indiqua dans les anciens prophètes les personnes vers lesquelles se tourner pour trouver la voie de Dieu et la "véritable philosophie". En le quittant, le vieillard l'exhorta à la prière, afin que lui soient ouvertes les portes de la lumière. Le récit reflète l'épisode crucial de la vie de Justin: au terme d'un long itinéraire philosophique de recherche de la vérité, il parvint à la foi chrétienne. Il fonda une école à Rome, où il initiait gratuitement les élèves à la nouvelle religion, considérée comme la véritable philosophie. En celle-ci, en effet, il avait trouvé la vérité et donc l'art de vivre de façon droite. Il fut dénoncé pour cette raison et fut décapité vers 165, sous le règne de Marc Aurèle, l'empereur philosophe auquel Justin lui-même avait adressé l'une de ses Apologies.'' (Benoît XVI, Audience générale du mercredi 21 mars 2007.)(1)
Le christianisme lui-même se développa très tôt à Athènes, où il n'y avait cependant jamais eu de communauté juive organisée. Et ce fut un christianisme d'intellectuels : Athènes produisit les premiers apologistes chrétiens, au milieu du IIe siècle, capables de rédiger un mémoire destiné à l'empereur; ils semblent être issus de l'école stoïcienne. (Apologie d'Aristide pour Hadrien - plus ancienne apologie actuellement conservée puisqu’elle date probablement des années 124-125 -, et apologie d'Athénagoras, dont le nom semble indiquer un athénien de naissance, pour Mac-Aurèle et Commode : voir P. GRAINDOR, Athènes sous Hadrien, Le Caire, 1934, p. 212-213.) (2)
Le père de Justin s'appelait Priscus, son grand père Bacchius et il fut éduqué dans le culte des idoles phéniciennes (Astarté, Europa, Zeus). (3) Les parents de Justin étaient des païens très aisés qui lui firent faire des études très poussées. Justin était alors à la recherche de la sagesse, il cherchait Dieu à travers l'étude de la philosophie. Il se mit d'abord à l'école d'un disciple d'Aristote, mais il fut rebuté aussitôt par ce péripatéticien qui voulait d'abord fixer le montant de ses honoraires, geste indigne d'un philosophe. Il échoua chez un pythagoricien qui lui demanda d'apprendre d'abord la musique, l'astronomie et la géométrie pour détacher son âme des objets sensibles. Inquiet de si longs détours, Justin se rendit alors chez un platonicien qui le retint en lui laissant espérer la rencontre de la Beauté éternelle, de la Vérité pure. En méditant dans la solitude, au bord de la mer, Justin rencontra un vieillard qui lui démontra que les philosophes ne pouvaient connaître la vérité sur Dieu. Cet homme lui parla alors des prophètes et lui annonça Jésus-Christ :
Ainsi me parla le vieillard. Il me dit encore beaucoup d'autres choses qu'il est inutile de rapporter ici, et disparut en me recommandant de méditer ses paroles. Je ne l'ai pas revu depuis, mais un feu secret me dévorait; je brûlais du désir de connaître les prophètes et les hommes divins amis du Christ. [...] Là devait se trouver la seule philosophie utile et certaine.
La foi chrétienne devenait pour Justin la sagesse suprême, la seule philosophie.
Converti vers 130, il possédait la passion de communiquer la vérité. Simple laïc, il vint à Rome à l'époque d'Antonin, y ouvrir une école à la façon des philosophes païens. Cherchant à justifier les chrétiens, il montra que leur croyance était "conforme à la raison et à la vérité". Il se lança "dans une vaste entreprise de récupération des textes anciens judéens et grecs. Pour les premiers, il estime que si Moïse prie 'les bras en croix', c'est qu'il annonce la crucifixion, allant même à avancer que l'ange qui parle à Abraham pourrait être Jésus lui-même et à voir dans le nom de Josué celui de Jésus. Pour les seconds, il se demande si Platon n'aurait pas vu dans l' "X" du Timée une croix, celle de Jésus de Nazareth.
Dans de telles interprétations à la fois typologiques et allégoriques, la philosophie grecque est récupérée, prenant une nouvelle dimension et un nouveau visage: le Logos grec, par exemple, exprime chez Justin à la fois la visibilité du Père, la parution de la connaissance et l'identité de la 'deuxième divinité', Jésus-Christ." (4)
Il entendait laver les chrétiens de toutes les calomnies répandues contre eux et il voulut montrer la supériorité de leur vie sur celle des païens. Il insista sur la chasteté et leur souci de la vérité, sur leur amour des ennemis et leur courage inébranlable devant la mort. (5)
Il fonda plusieurs écoles de philosophies dans l'Empire, à Beyrouth, à Éphèse, à Rome.Il écrivit de nombreux ouvrages sur le christianisme. Il essaya même de convertir les empereurs Romains au christianisme en leur envoyant ses ouvrages.
Si l'empereur Antonin fut sensible à ses arguments et mit fin aux persécutions contre les chrétiens, son successeur Marc-Aurèle considéra le christianisme comme un danger pour l'Empire et ralluma la persécution qui fit périr des milliers de chrétiens.
Justin, lui-même, fut arrêté vers 165 puis décapité à Rome pour ne pas avoir renié sa foi. Il est le patron des philosophes.
Selon Tatien, qui fut son élève, Justin aurait été dénoncé par le philosophe cynique Crescens, auquel il s'était opposé dans un débat public (Discours aux Grecs, 19 ; JUSTIN, Apol. II, 3, 1-2 [= Apol. 76] ; EUSEBE, HE, IV, XVI, 7) (6)
Justin parle de sa recherche dans ses "dialogues avec Tryphon" où il nous raconte sa longue quête (7)
Justin se confia à un maître stoïcien, mais celui-ci ne lui parlait pas de Dieu. Il le quitta pour un disciple d'Aristote qui ne s'intéressait qu'à ses honoraires. Les platoniciens lui offrirent une doctrine plus solide et exaltante. Il pensait alors avoir trouvé ce qu'il cherchait. Mais sa rencontre avec un chrétien le fit aller plus loin : la vérité tant recherchée, seul le Christ pouvait la lui donner. A trente ans, devenu chrétien, il ne renia pas la philosophie qui était à ses yeux une préparation de la révélation chrétienne, chaque doctrine contenant une parcelle de la vérité totale qui se trouvait dans le Christ. Justin commença alors une carrière d'enseignant, fonda des écoles de philosophie à Éphèse puis à Rome.
"S’est-il trouvé un seul homme qui voulût mourir en témoignage de sa foi au soleil ?" (Dialogue avec Tryphon, 121, 2)
Conscients du grand horizon que la foi leur ouvrait, les chrétiens appelèrent le Christ le vrai soleil, "dont les rayons donnent la vie." (Clément d’Alexandrie, Protrepticus, IX in Lumen fidei, § 1.)
"Il existait au IIe siècle une secte de 'simoniens' (disciples de Simon le magicien), présents notamment à Rome. Le premier à 'construire' la généalogie de cette hérésie fut Justin dans son Traité contre toutes les hérésies (Syntagma) malheureusement perdu, mais dont on trouve des indications dans d'autres oeuvres du philosophe" (8), et dont des comparaisons faites avec d'autres auteurs qui ont écrit contre les hérésies peu après lui, en premier lieu Irénée de Lyon et Tertullien, permettent d'identifier des sections de texte qui semblent bien remonter au Syntagma de Justin. Ainsi, dans un article intitulé "Que pouvons-nous reconstituer du Syntagma contre les hérésies de Justin?", l'historien du christianisme Enrico Norelli, en dégage une ligne argumentative qui, en réfutant les objections marcionites sur les origines du mal et contre la prescience du Créateur, développait le thème du libre arbitre des humains et des anges, ainsi que celui de la chute des anges rebelles, leur activité dans l'histoire du monde et leur châtiment final. (9) L'amour de Dieu pour ses créatures se révèle quand même dans le don du libre arbitre, précisément parce que malgré la prescience de Dieu et sa vision du mauvais usage que pourrait en faire ses créatures, Dieu a préféré laisser ses créatures à leur libre arbitre, par amour. Qui en effet aimerait un Dieu dictateur ?
"L'entité christianisme a toujours été, dès la première attestation du terme (dans les lettres d'Ignace d'Antioche aux chrétiens de Magnésie et Philadelphie vers 115) une construction conceptuelle, servant notamment à tracer des frontières entre pratiques et croyances différentes, et à connoter positivement ou négativement, les ensembles de phénomènes ainsi délimités.
"[...] L'hébraïsme du temps présent, [...] devenait désormais l'héritier de l'opposition à Dieu toujours active en Israël, et donc une branche morte, abandonnée de Dieu et de sa bienveillance ou, plutôt, s'étant elle-même obstinément, coupablement, détachée de Lui." (10)
Ainsi, "c'est l'orthodoxie qui crée l'hétérodoxie et non pas l'inverse : c'est en se considérant orthodoxes que ceux qui ne le sont pas sont rejetés comme hétérodoxes.
[...] Dans l'Antiquité, le terme d'hérésie renvoie à un schème idéologique emprunté principalement à la culture hellénophone. Dans la tradition grecque, le terme désigne un courant de pensée, rattaché de manière assez lâche aux écoles philosophiques, [...] telles l'Académie de Platon ou le Lycée d'Aristote - dans un sens positif. Dans la tradition judéenne, [...] le terme a été adopté pour l'appliquer aux courants internes du judaïsme, celui des pharisiens, des esséniens ou de sadducéens par exemple - dans un sens neutre, même si le caractère péjoratif de la désignation comme hérésie pointe souvent dans les textes. Dans la tradition chrétienne, le terme a encore cette valeur dans les Actes des Apôtres. Cependant Paul l'emploie déjà pour réprouver la formation de 'partis' dans les communautés chrétiennes. [...] Il faut attendre le milieu du IIe siècle pour qu'apparaisse un modèle plus ou moins commun destiné à justifier l'exclusion, sous le nom d'hérésies, de doctrines considérés comme perverses. [...] L'intervention de Justin de Néapolis, dans les années 150 environ, semble avoir été déterminante en la matière. [...] L'attitude du mouvement pharisien ou rabbinique, après les échecs des révoltes judéennes contre Rome entre 70 et 135, [...] a eu probablement sur ce point, comme sur d'autres d'ailleurs, une certaine influence.
James F. McCue, par exemple, a fait remarquer que le développement de la pensée valentinienne, loin de prouver que l'hétérodoxie serait majoritaire et autonome, suppose, au contraire, l'existence de l'orthodoxie. (J.F. McCue, Orthodoxy and Heresy: Walter Bauer and the Valentinians, dans Vigiliae christianae 33, 1979, p. 118-130.)" (11)
Le "Dialogue avec Tryphon" est une réflexion contre le judaïsme pharisien. Le Dialogue utilise le procédé littéraire d'une conversation intellectuelle entre Justin et Tryphon, un Juif fictif. L'ouvrage conclut que les chrétiens sont le véritable peuple de Dieu. Justin y remet en question la Loi, entendue comme la loi orale (observances) opposée à la Loi écrite, l'Écriture (Ancien testament). Il rapporte que de son temps les autorités pharisiennes mènent une politique active contre le mouvement chrétien, 1) en interdisant d'entrer en contact avec les chrétiens (Dialogue 38,1 ; 112,4), en cherchant à déshonorer le nom de Jésus (Dialogue 120,4), et qu'en certains cas, leur hostilité est allée jusqu'à la mise à mort de chrétiens, soit directement (Dialogue 16,4 "Hélas ! vous avez fait mourir le juste ; autrefois vous mettiez à mort ses prophètes, et aujourd'hui vous accablez d'outrages et de mépris ceux qui espèrent en lui et en son père, le Dieu tout-puissant, qui nous l'a envoyé ; vous les chargez de malédictions dans vos synagogues. Toutes les fois que vous avez pu nous égorger, vous l'avez fait." ; 94,4 ; 133,6) - ainsi durant la seconde révolte judéenne en 132-135 (Apologie 1,31) -, soit avec l'aide des autorités romaines (Dialogue 96,2 ; 110,5 ; 131,2).
Justin, avant de devenir chrétien semble avoir gravité autour des communautés judéennes de tendance pharisienne : raison pour laquelle, il connaît fort bien leurs traditions : il est possible, en effet, que Justin, Grec d'origine, ait été auparavant un "sympathisant" au judaïsme. (12)
Justin est ainsi le premier à affirmer de manière claire que le peuple de la Nouvelle Alliance est le Verus Israël (vrai Israël), en affirmant : "La race israélite véritable, spirituelle, c'est nous, nous que le Christ crucifié a conduits vers Dieu. (Dialogue 11 et voir aussi 123.) (13) Cette doctrine du nouveau "peuple élu" est toujours celle de l'Église aujourd'hui :"Nous pensons que le peuple élu, le peuple de Dieu, c'est à présent nous." (Benoît XVI, Audience générale du 19 octobre 2005). De même, la note 1 du décret Optatam Totius du très Saint Concile Vatican II précise : "Le Christ a voulu que le progrès de tout le peuple de Dieu dépende principalement du ministère des prêtres. Cela ressort des paroles par lesquelles Notre-Seigneur a constitué les apôtres ainsi que leurs successeurs et coopérateurs, hérauts de l'Évangile, chefs du nouveau peuple élu et dispensateurs des mystères de Dieu. Cela est encore confirmé par les paroles des Pères et des saints. ainsi que les documents répétés des souverains pontifes."
L'historien Simon Claude Mimouni note qu'"une telle revendication identitaire concernant le Verus Israel n'est pas nouvelle: les chrétiens n'en sont pas les inventeurs contrairement à ce que l'on affirme parfois (voir à ce sujet G. HARVEY, The True Israel, Uses of the Names Jew, Hebrew and Israel in Ancient Jewish and Early Chrsitian Literature, Leyde, 1996.) Elle remonte à l'époque de l'existence des deux royaumes, celui du nord (Israël) et celui du Sud (Juda). On la retrouve lors du retour en Judée des anciens déportés de Babylonie dans l'opposition entre ceux qui sont restés et ceux qui sont partis puis revenus. [...] On la retrouve encore dans l'opposition entre les partisans judéens de l'hellénisme et les partisans judéens du judaïsme lors de l'insurrection hasmonéenne au IIe siècle avant notre ère. Enfin, [...] cette revendication se retrouve chez certains groupes du Ier siècle de notre ère: notamment chez les esséniens et chez les pharisiens." (14)
Écrite peu après 150, l'Apologiepour les Chrétiens poursuit un double but : obtenir de l'empereur Antonin le Pieux, auquel elle est adressée, la légalisation du christianisme et la fin des persécutions ; en même temps, montrer à cet empereur philosophe et à tous les païens que la foi chrétienne et elle seule peut combler leur soif de vérité puisque son objet est le Logos, la Raison personnifiée, que toutes les autres philosophies n'ont atteint que partiellement. L'auteur dénonce sans ménagement les faiblesses et les contradictions des religions païennes. Grâce à l'"Apologie" de Justin, nous savons avec précision comment les chrétiens célébraient l'eucharistie au milieu du deuxième siècle. Ce texte justement célèbre se trouve aux chapitres 65 à 67. (15)
Saint Justin affirma qu'en 150, les quatre Évangiles étaient lus par fraction au cours des assemblées dominicales et tiraient déjà leur autorité de leur apostolicité. (16)
Justin explique aux empereurs, destinataires de ses on Apologie, que les anges rebelles sont devenus des démons mauvais qui ont de tout temps cherché à détourner l'homme du vrai Dieu, en inventant le polythéisme, la mythologie, l'idolâtrie (jusqu'ici le thème provient, avec quelques modifications, du Livre des Veilleurs), puis en suscitant, après la venue du Christ, les hérétiques, et en incitant en tous temps les autorités à persécuter ceux qui ont connu le vrai Dieu soit avant Jésus à travers les germes du Logos - c'est le cas de Socrate -, soit après Jésus - et c'est le cas des chrétiens persécutés et condamnés. [...] Justin s'attache à expliquer que les chrétiens n'espèrent aucunement en un règne sur le plan humain, comme le prouve le fait qu'ils ne cherchent pas à échapper à la mort dans le but de préserver leur vie pour un tel règne. [...] Le message chrétien incite les hommes à pratiquer la morale et la vertu, il propose donc la même fin que celle que doit viser un bon souverain. Justin suggère ainsi que ceux qui règnent devraient adopter le christianisme, seule force capable de modeler vraiment de bons citoyens. [...] C'est Justin, dans son Traité contre tous les hérésies, qui a créé le concept d'hérésie comme phénomène unitaire. [...] Ce traité, [...] dont nous ne conservons que quelques fragments, développe les thèmes suivants : les démons mauvais ont tenté de détourner les hommes du vrai Dieu, avant la venue de Jésus, en imitant dans les fables de la mythologie ce que les prophètes avaient annoncé à propos de Jésus; ils ont fait persécuter et tuer les sages qui avaient reçu des semences du Logos, comme Socrate; et, après l'ascension de Jésus, ils ont incité les hérétiques à déformer ses enseignements et les autorités civiles à persécuter ceux qui croyaient en lui (1 Apol 26, 56-58). Donc, chaque déformation du message de Jésus et des apôtres est interprétée comme une manifestation du projet des démons qui traverse toute l'histoire du monde. [...] L'ancêtre-fondateur de l'hérésie est Simon le Mage (il est le premier à faire son apparition dans les Actes des Apôtres). Ménandre lui succède, puis Marcion. [...] Justin construit une succession des hérésiarques." (17)
La démarche de Justin et des apologistes est celle d'une paix avec l'Empire. "Il aime citer Homère et s'efforce d'établir un certain parallélisme entre la Bible et la poésie grecque." (18)
"Tandis que saint Paul oppose la 'folie' de la croix, qui est la vraie sagesse, à la vaine sagesse des Gentils (1 Co, 1,23-24), pour Justin, au contraire, il y a convergence entre la pensée païenne dans ce qu'elle a de meilleur et le christianisme.
[...] Les philosophes eux-mêmes doivent le meilleur de ce qu'ils ont enseigné à la révélation biblique. C'est aux prophètes et en particulier à Moïse, 'le premier des prophètes, plus anciens que les écrivains de la Grèce' (1 Apol 59,1), que Platon emprunte par exemple sa doctrine de la création.
[...] Justin disculpe les chrétiens des forfaits qu'on leur reproche, et insiste sur leurs vertus sociales, leur philanthropie, leur loyalisme envers le pouvoir. [...] Il n'y a dans le christianisme rien de répréhensible: c'est bien plutôt une doctrine 'conforme à la raison et à la vérité'.
[...] Si certaines sectes, Montanistes en particulier, et certains représentants de la Grande Église considèrent l'Empire, dans son principe même, comme l'instrument de Satan, et rejettent toute compromission, un courant de pensée s'amplifie, [...] qui estime possible et souhaitable un modus vivendi, [...] parce que l'accord entre le christianisme et l'Empire lui paraît conforme au plan divin." (19)
Malgré l'échec momentané de cette démarche des Apologistes - le sort de Justin en témoigne -, sans même parler des maladresses de certains théologiens (Tertullien, par exemple) dans leur critique agressive et injurieuse du paganisme, les Apologistes n'ont provisoirement pas réussi à empêcher les persécutions. Mais cet effort des Apologistes, cette tendance visant à la réconciliation du christianisme avec l'Empire, trouvera son aboutissement sous Constantin.
"Cette idée de collaboration entre christianisme et Empire, [...] ne devait porter pleinement ses fruits qu'au IVe siècle, mais sa consolidation dès le IIe siècle eut des conséquences considérables, en lui permettant de prévaloir sur d'autres modèles de christianisme. Non seulement sur ceux, de plus en plus minoritaires, qui reposaient sur l'exigence du respect de la Loi mosaïque, et donc sur un choix de marginalisation sociale ; ou sur ceux, comme le montanisme, liés à des modèles de leadership charismatique, difficilement contrôlables, dans une situation où l'avenir appartenait logiquement à des communautés rassemblées sous le contrôle d'instances de pouvoir propres à émettre des normes 'rationnelles', évêques en tête. Mais aussi, et surtout, cela lui permit de prévaloir sur les modèles qui mettaient en question de façon résolue, et parfois extrême, 'ce monde' avec toutes ses institutions, jusqu'à les attribuer à une divinité inférieure et à les considérer en substance incapables de toute transformation sous l'action de l'Évangile. [...] Tels furent le marcionisme et cette nébuleuse de groupes [...] que les anciens et les modernes ont réunis [...] sous l'étiquette de 'gnostiques'". (20)
Pour le moment, c'est alors que l'empereur Marc-Aurèle commença sa grande persécution. Justin refusa de sacrifier aux dieux; il fut décapité.
Après celle d'Aristide, récemment publiée dans la collection (n° 470), l'"Apologie pour les chrétiens" de Justinestla plus ancienne que nous ayons conservée. Écrite peu après 150, elle poursuit un double but : obtenir de l'empereurAntonin le Pieux, auquel elle est adressée, la légalisation du christianisme et la fin des persécutions ; en même temps, montrer à cet empereur philosophe et à tous les païens que la foi chrétienne et elle seule peut combler leur soif de vérité puisque son objet est le Logos, la Raison personnifiée, que toutes les autres philosophies n'ont atteint que partiellement.
Dans II Apologétique, 12, Justin exprime une constatation qui devait convertir les premiers païens :
"Moi aussi, du temps où j'étais encore platonicien, j'avais entendu parler des crimes que l'on imputait aux chrétiens; mais, les voyant sans crainte devant la mort et au milieu de tous les périls, je ne pouvais croire que ces gens vécussent dans les désordres et l'amour de la volupté.
Comment supposer, en effet, qu'un homme qui se livre à l'intempérance des désirs, esclave de la chair et des délices de ce monde, recherche la mort qui prive de tous ces biens ?
Loin d'aller au-devant d'une condamnation certaine, ne devrait-il pas, au contraire, se dérober à la vigilance des magistrats afin de jouir le plus longtemps possible des plaisirs de la vie" ? (21)
Dans son Dialogue avec Tryphon, 133, 3, Justinexprimela charité chrétienne envers les Juifs
"Mais maintenant encore, en vérité, votre main est levée pour le mal ; car, après avoir tué le Christ, vous n’en avez pas même le repentir ; vous nous haïssez, nous qui par lui croyons au Dieu et Père de l’univers, vous nous mettez à mort chaque fois que vous en obtenez le pouvoir ; sans cesse vous blasphémez contre lui et ses disciples, et cependant tous nous prions pour vous et tous les hommes sans exception comme notre Christ et Seigneur nous a appris à le faire lorsqu’il nous a ordonné de 'prier même pour nos ennemis, d’aimer ceux qui nous haïssent et de bénir ceux qui nous maudissent'." [Mt. 5,44]
Rien n'est plus contraire à la Religion que la contrainte.
Saint Justin, cité dans Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XV, Témoignages contre l'Intolérance, 1763
"On nous appelle athées"
"On nous appelle athées.
Oui certes, nous l'avouons, nous sommes les athées de ces prétendus dieux, mais nous croyons au Dieu très vrai, père de la justice, de la sagesse et des autres vertus, en qui ne se mélange rien de mal. Avec lui nous vénérons, nous adorons, nous honorons en esprit et en vérité le Fils venu d'auprès de lui, qui nous a donné ces enseignements, et l'armée des autres bons anges qui l'escortent et lui ressemblent, et l'Esprit prophétique. Voilà la doctrine que nous avons apprise et que nous transmettons libéralement à quiconque veut s'instruire." [St Justin, Apologie, I, 6]
"Le Christ a persuadé de mourir pour ce qu'il enseignait."
"Socrate ne put persuader à personne de mourir pour ce qu'il enseignait. Mais le Christ, que Socrate connut en partie (car il était le Verbe présent en tout, il a prédit l'avenir par les prophètes et prit personnellement notre nature pour nous enseigner ces choses), le Christ a persuadé non seulement des philosophes et des lettrés, mais même des artisans et des ignorants, qui méprisèrent pour lui et l'opinion et la crainte de la mort; car il est la vertu du Père ineffable et non une production de la raison humaine." [St Justin, Deuxième Apologie, 10.]
St Justin sur les démons
"Saint Justin dit que les démons manifestent leur présence par des impuretés commises sur femmes et enfants et des terreurs répandues parmi les hommes qui, épouvantés, les nomment comme des dieux (Apol, I, 5, Patrologie grecque de l'abbé Jacques-Paul Migne, 6, 336). Ainsi, les fils de Jupiter, Bacchus, Proserpine, etc. seraient des dieux institués par les démons avant l'Incarnation. Après l'Ascension, les démons auraient introduit dans le monde pour tromper les hommes Simon le Magicien, Ménandre, Marcion et les autres hérétiques." [Père Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Dieu fait-il concourir les démons au salut des hommes ?, éd. Artège-Lethielleux, 2018, p. 90]
"Vous pouvez comprendre ce que je vous dis, par les faits mêmes qui se produisent devant vos yeux. En effet, un grand nombre d'hommes, saisis par le démon, dans le monde entier et ici dans votre ville même, que d'autres adjurateurs et enchanteurs n'ont pu guérir, beaucoup des nôtres, je veux dire les chrétiens, les ont adjurés par le nom de Jésus-Christ, crucifié sous Ponce Pilate, et les ont guéris et les guérissent encore maintenant, désarmant et chassant les démons qui les possèdent." [Apologia II pro Christianis, n°6 (PG 6, 453 B-455), in Père Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, ibid., p. 98]
St Justin et les origines de la dévotion à Marie
La belle idée de Marie "Nouvelle Eve" se trouve déjà au IIe siècle chez St Justin.
"Le Christ s'est fait homme par le moyen de la Vierge, afin que la désobéissance provoquée par le serpent prit fin par la même voie qu'elle avait commencé.
En effet, Eve, Vierge et intacte, ayant conçu la parole du serpent, enfanta la désobéissance et la mort; la Vierge Marie, ayant conçu la foi et la joie, répondit: 'Qu'il me soit fait selon votre parole'. Il est donc né d'elle celui dont parlent les Ecritures. Par lui, Dieu ruine l'empire du serpent et de ceux, anges ou hommes qui lui sont devenus semblables, et affranchit de la mort ceux qui se repentent de leurs fautes et croient en lui".
Marie, en acceptant le message de l’Ange, a conçu "foi et joie" [Dialogue avec Tryphon, 100,5]
Saint Justin, image pieuse populaire, XXe siècle (23)
On nous a enseigné que l'aliment béni par la prière de sa parole [l'Eucharistie], et dont se nourrissent notre sang et notre chair par transmutation, est la chair et le sang de ce Jésus qui s'est fait chair.
Saint Justin Martyr, Première Apologie (Ch. 66) (v. 151 ap. J.-C.).
Justin Martyr n’adhérait pas à la sola Scriptura, telle que la conçoivent les protestants.
Rien de ce que l’on voit chez Justin n’est incompatible avec la conception catholique pérenne de l’autorité.
"Nous allons maintenant vous exposer comment, rendus à la vie par Jésus-Christ, nous sommes par lui consacrés à Dieu; car si nous omettions ce point, on pourrait nous accuser de dissimulation dans notre récit. Tous ceux qui se sont laissés persuader de la vérité de nos doctrines et de nos paroles, tous ceux qui y ont ajouté foi et croyance, et qui ont solennellement promis de vivre conformément à nos préceptes, apprennent à joindre leurs jeûnes à nos jeûnes, leurs prières à nos prières, pour obtenir de Dieu le pardon de leurs fautes passées. Ils sont ensuite conduits au lieu où est l’eau, et là, de la même manière que nous avons été régénérés, ils sont régénérés à leur tour; car ils sont lavés dans l’eau au nom de Dieu, père de l’univers, de Jésus-Christ, notre Sauveur, et du Saint-Esprit, en accomplissement de cette parole du Christ: « Si vous n’avez pas été régénérés, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.» [Jean III, 3-5] Il est bien évident pour tout le monde que ceux qui sont nés une fois ne peuvent pas rentrer dans le sein de leur mère. Le prophète Isaïe, comme nous l’avons dit plus haut, enseigne de quelle manière les pécheurs repentants effaceront leurs péchés. Il s’exprime en ces termes : Lavez-vous, Purifiez-vous, enlevez le mal de vos coeurs, apprenez a bien faire, rendez justice a l’orphelin et défendez la veuve ; venez alors et comptons, dit le Seigneur. Vos péchés vous eussent-ils rendus rouges comme la pourpre, je vous rendrai blancs comme la laine ; fussiez-vous rouges comme l’écarlate, je vous rendrai blancs comme la nege. Mais si vous ne m’écoutez pas, le glaive vous dévorera. C’est la bouche du Seigneur qui a parlé (ls l, 16-20). Voici la doctrine que les apôtres nous ont transmise sur ce sujet." (Première apologie, 61)
En une matière aussi importante que les effets du baptême, Justin invoque l’enseignement transmis (ce que signifie "traditio" en latin) et non l’Écriture Sainte, non encore totalementcodifiée.
Saint Justin, défenseur de la divinité du Christ
« Ainsi donc, ni Abraham, ni Isaac, ni Jacob, ni aucun homme n’a vu le souverain arbitre dont le nom est inénarrable, le Père de toutes choses et du Christ lui-même; mais ils ont vu celui qui, selon la volonté du Père, est son fils et Dieu lui-même, et son ange, parce qu’il exécute ses ordres; c’est lui qui s’est fait homme et a voulu naître d’une vierge, et qui autrefois s’était entretenu du milieu d’un buisson avec Moïse, sous la forme du feu » (Justin, Dialogue avec le juif Tryphon, CXXVII, 4, trad., M. de Genoude).
« Il est bien démontré, par toutes les preuves que vous ai apportées, que le Christ est véritablement Seigneur, Dieu et fils de Dieu ; et que, par l’effet de sa puissance, il s’est montré autrefois sous la forme d’un homme et sous celle d’un ange, et avec l’éclat du feu, comme dans le buisson et dans le jugement de Sodome […] » (Justin, Dialogue avec le juif Tryphon, CXXVIII, 1, trad., M. de Genoude)
Lorsque Saint Justin parle du Christ comme "Ange", c’est pour l’identifier à Celui qui parla au Buisson Ardent, c’est-à-dire, Dieu.
(4) Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 226
(5) Paul CHRISTOPHE, 2000 ans d'Histoire de l'Église, Nouvelle Édition Mame Desclée, Paris 2017, p. 43-44
(6) Actes et passions des martyrs chrétiens des premiers siècles, Introduction, traduction et notes de Pierre Maraval, Sagesses chrétiennes, Éditions du Cerf, Paris 2010, p. 62
(8) Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 311
(9) Que pouvons-nous reconstituer du Syntagma contre les hérésies de Justin?, Enrico Norelli, Revue de Théologie Et de Philosophie 139 (2):167-181 (2007)
(10) Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, ibid., p. 12 et 22
(11) Simon Claude MIMOUNI, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, Italie 2018, p. 296-297
(12) Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, ibid., p. 265
(13) Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, ibid., p. 270
(14) Simon Claude MIMOUNI, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, ibid., p. 227
(16) Maurice VALLERY-RADOT, L'Église des premiers siècles, Perrin Collection Tempus, Paris 2006, p. 333
(17) Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, ibid., p. 334-335, et 360
(18) Maurice VALLERY-RADOT, L'Église des premiers siècles, ibid., p. 342-343
(19) Marcel SIMON - André BENOIT, Le Judaïsme et le Christianisme antique d'Antiochus Epiphane à Constantin, Nouvelle Clio, PUF, Vendôme 1994, p. 119-121, et 237
(20) Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, ibid., p. 22-23
(21) Saint Justin cité dans Anne BERNET, Les chrétiens dans l'empire romain, des persécutions à la conversion Ier – IVe s., Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 113
(22) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Église du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965
(23) Rosa GIORGI, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 328-329
La trinité de personnes en Dieu est un concept divin concernant la réalité de Dieu que l'on trouve dans toute l'Écriture sainte. Même si le mot lui-même ne s'y trouve pas - d'autres mots ne sont pas dans l’Écriture (comme le mot bible lui-même) - cela ne signifie pas que ce mot ne recouvre pas une réalité.
Saint Paul dans 2 Corinthiens 13,13 dit: "Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous." Jésus lui-même en Mt 28,19 demande de baptiser les nations "au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit". La Didachè ou Enseignement des douze Apôtres ou Doctrine des Apôtres daté du 1er siècle entre 50 et 90 après J-C, demande de baptiser "au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit dans de l'eau vive" (VII, 1-4). Saint Ignace d'Antioche (v. 35- † v. 107), disciple de Saint Jean l'évangéliste et de Saint Pierre, appelle Jésus "Dieu" (Theos) à plusieurs reprises, affirmant sa divinité dans :
-Epître aux Ephésiens chapitre 1 "le sang de Dieu" faisant référence au sang de Jésus comme étant celui de Dieu)
-Chapitre 7 "il y a un seul médecin, à la fois chair et esprit, engendré et inengendré, DIEU EN CHAIR, ... Jésus notre Seigneur"
-Chapitre 18 "Car NOTRE DIEU, Jésus-Christ, a été conçu dans le sein de Marie selon le dessein de Dieu..."
-Epître aux Romains Introduction "Par la majesté du Père très haut et de Jésus-Christ, NOTRE DIEU."
-Chapitre 3: "Car NOTRE DIEU, Jésus-Christ..." (dans le contexte de sa passion)
-Chapitre 6: "Permettez-moi d'être l'imitateur de la Passion de Jésus comme celle de mon DIEU''.
-Epître aux Smyrnéens, chapitre 1 "Je glorifie Jésus-Christ, le DIEU qui vous a rendus si sages..."
-Epître à Polycarpe, chapitre 8 "au revoir en NOTRE DIEU, Jésus-Christ."
-Epître aux Tralliens, chapitre 7 "...si vous n'êtes pas gonflés d'orgueil et si vous restez inséparables de Jésus-Christ, notre DIEU."
S. Ignace exhorte les premiers chrétiens à s'affermir "dans le Fils et le Père et l'Esprit" (Lettre aux Magnésiens 12)
Le premier Père de l'Église à employer le terme de Trinité (ou son équivalent grec "trias" - triade -, traduit ultérieurement par "trinité") est Théophile d'Antiochevers 180 apr. J.-C., dans son ouvrage À Autolycus 2,15 où il évoque la "triade Dieu, son Verbe et sa Sagesse." Il l'utilise pour décrire "Dieu", son "Verbe" (Logos) et sa "Sagesse" (Sophia, identifiée à l'Esprit Saint), en référence aux trois premiers jours de la Création dans la Genèse.
Puis, le premier auteur à employer le mot Trinité en latin (Trinitas) est Tertullien, un théologien chrétien du IIe-IIIe siècle, qui utilise ce terme dans ses écrits, notamment dans son ouvrage Adversus Praxean (Contre Praxéas), vers 213, pour décrire l'unité de Dieu en trois personnes : "un seul Dieu en trois personne, Père, Fils et Saint-Esprit". Bien que le concept de la Trinité existait avant lui, Tertullien est le premier à le formuler explicitement en latin. Bien que certains attribuent à Tertullien l'introduction du mot en latin, Théophile est généralement reconnu comme le premier à l'utiliser dans un contexte chrétien.
Au IIe siècle, les écrits des Pères apostoliques comme ceux deSaint Polycarpe de Smyrne (69-155 apr. J.-C.), disciple de S. Jean l'évangéliste selon la tradition, reflètent une piété chrétienne naissante, influencée par les Évangiles et les épîtres pauliniennes, où Dieu le Père, Jésus-Christ le Fils et l'Esprit Saint sont invoqués ensemble, mais sans une définition ontologique précise des relations intra-divines. Polycarpe, évêque de Smyrne (actuelle Izmir, en Turquie) est l'une des figures majeures de l'Église primitive; il fut martyrisé par le feu sous l'empereur romain Marc Aurèle, et est célèbre pour sa fidélité à la foi chrétienne, comme en témoigne le récit de son martyre (Martyrium Polycarpi, rédigé vers 156-160).
Il est l'auteur de l'Épître aux Philippiens (vers 110-140), un court texte exhortatif adressé à la communauté de Philippes où se trouvent des éléments proto-trinitaires : Polycarpe y invoque Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ (chap. 1 ; 12), soulignant l'unité entre le Père et le Fils. Il cite les Écritures (Ancien et Nouveau Testaments) pour affirmer la divinité de Christ, comme Fils unique de Dieu (chap. 12, en référence à Jean 1:14).
Dans le Martyre de Polycarpe, Lettre de l'église de Smyrne, la prière finale du saint avant son supplice, est un modèle de piété trinitaire naissante. Il loue au chapitre 14 le "Seigneur, Dieu Tout-Puissant, Pèrede ton Enfant bien-aimé et béni, Jésus-Christ, par lequel nous avons reçu la connaissance de toi,... Jésus-Christ, ton Enfant bien-aimé: par lui, gloire à toi avec lui et l'Esprit-Saint, maintenant et dans les siècles à venir. Amen". (Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017, p. 254.) Ces éléments traduisent une foi vivante en un Dieu unique se révélant en trois "hypostases" (mots non employés par Polycarpe et sans les spéculations philosophiques qui viendront plus tard pour contrer l'arianisme ou le modalisme.)
Polycarpe, par sa proximité avec les apôtres, incarne la transmission orale et écrite de la foi primitive. Saint Irénée de Lyon, qui est son disciple, s'appuiera sur cette tradition apostolique venue de S. Jean pour combattre les hérésies gnostiques et affirmer l'unité divine dans Contre les hérésies, vers 180. Ainsi, bien que Polycarpe ne soit pas un "théologien de la Trinité" au sens moderne, son témoignage contribue à l'élaboration progressive de cette doctrine centrale du christianisme, enracinée dans la liturgie et la prière plus que dans l'abstraction. Pour approfondir ce sujet, vous pouvez lire l'Épître aux Philippiens (disponible dans les Pères apostoliques) ou vous rapporter aux études (en anglais) de Michael Holmes, professeur d'études bibliques et du christianisme ancien (Université Bethel), dans The Apostolic Fathers (2007).
Dès le IIe siècle nous trouvons et avons conservé des professions de foi trinitaires à trois termes chez:
-Justin de Naplouse (Apologie pour les Chrétiens, XIII 1 et 3, vers 155),
(Cf. Professions de foi à trois termes in Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017, p. 30-32.)
Au IIIe siècle, le Pape Saint Denys (259-268) écrit vers 262 dans sa Lettre à Denys d'Alexandrie :
"Par conséquent, la divine Trinité doit être rassemblée et réunie en un seul être, un sommet pour ainsi dire, je veux dire le Dieu tout-puissant de l'univers… C'est donc un blasphème, et non un blasphème courant mais le pire, que de dire que le Fils est de quelque manière que ce soit une œuvre de main d'homme… Mais si le Fils est venu à l’existence [a été créé], il y a eu un temps où ces attributs n’existaient pas ; et, par conséquent, il y a eu un temps où Dieu était sans eux, ce qui est tout à fait absurde" (Lettre à Denys d’Alexandrie 1-2)
Plus tard, S. Augustin, début Ve siècle dira ceci de la Trinité :
1. Jésus est pleinement Dieu ; le Christ est ''incréé'' et divin de même essence que le Père
-> condamnation de l'hérésie arienne qui exagère la nature humaine du Christ (Nicée I 325)
2. Le Saint-Esprit est pleinement Dieu (Constantinople I 381)
3. Il n'y a dans le Christ qu'une seule personne, vrai Dieu ET vrai homme (Ephèse 431) ;
-> Marie est la Mère de Dieu
-> condamnation de l'hérésie de Nestorius, primat de Constantinople qui exagère la nature divine de Jésus
4. Le Christ est une seule personne, divine ET humaine, son humanité n'est pas "absorbée" par la nature divine
-> L'unité des deux natures est ''sans mélange, sans confusion, sans division et sans séparation'', définition négative soulignant un mystère qui nous dépasse. (Chalcédoine 451)
5. Le Fils est une seule personne dans DEUX natures (Constantinople II 553 sous Justinien)
-> Le Père n'est pas le Fils, et le Fils n'est pas le Père
-> 1 P 3:21-22 "Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel" : si Jésus était le Père, Il ne Se serait pas assis à la droite du Père. Ce verset prouve l’existence de deux hypostases dans la personne divine (Père et Fils) et pas d’une seule hypostase (Père).
-> 2 Jean 1:7-9 "Beaucoup d’imposteurs se sont répandus dans le monde, ils refusent de proclamer que Jésus Christ est venu dans la chair ; celui qui agit ainsi est l’imposteur et l’anti-Christ. Prenez garde à vous-mêmes, pour ne pas perdre le fruit de notre travail, mais pour recevoir intégralement votre salaire. Quiconque va trop loin et ne se tient pas à l’enseignement du Christ, celui-là se sépare de Dieu. Mais celui qui se tient à cet enseignement, celui-là reste attaché au Père ET au Fils."
>Le fait qu’Il soit précisé que Jésus-Christ est venu dans la chair prouve la Trinité, la Divinité du Christ, et prouve que Jésus n’est pas le Père, mais le Fils.
6. Le Christ a deux volontés, humaine et divine (Constantinople III 680-681)
7. Le Christ peut être vénéré par des images, condamnation de l'iconoclasme (Nicée II 787)
En France, Charles V fixa à trois les fleurs de lys des armes de France qui jusque-là étaient nombreuses et en semis. Il prit cette décision en l'honneur et pour représenter les trois Personnes de la Sainte Trinité.
Pourquoi la Trinité est-elle le modèle insurpassable de l’amour ?
Dieu nous appelle à partager sa vie d'amour.
Le meilleur moyen d'y parvenir est de contempler et d'imiter les trois Personnes divines en greffant notre amour sur celui qui circule entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint. (Aleteia)
Baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit veut dire plonger l'homme dans cette Réalité même que nous exprimons par le nom du Père, Fils et Saint-Esprit, la Réalité qu'est Dieu dans sa divinité. Le baptême plonge l'homme dans cette réalité qui s'est ouverte à l'homme. Rien de plus réel que cette ouverture, cette communication, ce don à l'homme du Dieu ineffable.
S. Jean-Paul II en 1980, lors de son premier voyage en France, in Missel du Dimanche 2018, Nouvelle Traduction liturgique, Année B, Bayard Éditions, Lonrai 2017, p. 450
Définition de la Trinité
"Un des mystères fondamentaux de la religion chrétienne ... consiste à croire que Dieu unique subsiste en trois personnes distinctes, ayant la même nature, la même essence, la même éternité, la même puissance, et la même volonté ; ces trois personnes (le terme trois hypostases est préféré à "trois personne" pour parler de Dieu car il n'y a dans le Christ Jésus qu'une seule personne, divine et humaine. Concile de Chalcédoine 451. NdCR.) sont distinguées par les relations et les rapports qu'elles ont entre elles.
La première n'a point de principe ; elle est au contraire le principe des deux autres ; c'est pourquoi on l'appelle le Père. La seconde procède du Père par une voie ineffable appelée génération ; c'est pourquoi on lui donne le nom de Fils. La troisième personne procède des deux autres par une autre voie ineffable qui n'est pas la génération ; on la nomme le Saint-Esprit. (Abbé François-Marie Bertrand, Dictionnaire universel, historique et comparatif de toutes les religions du monde, Abbé Migne éditeur, Ateliers catholiques du Petit-Montrouge Paris 1851, tome quatrième, p. 935.)
"On trouve assez fréquemment dans la Bible le titre de Fils ou Enfants de Dieu, appliqué
1° aux anges, en qualité de ministres et de serviteurs du Tout-Puissant, ou parce que leur nature a plus de ressemblance que celle des hommes avec la nature de Dieu;
2° aux rois, qui sont regardés comme les vicaires et les représentants de Dieu sur la terre, et que l'on suppose animés et inspirés de l'esprit divin, lorsqu'ils sont vertueux; c'est dans ce sens que le Psalmiste s'écrie en parlant aux rois : 'Pour moi, je dis : vous êtes des dieux, vous êtes tous les fils du Très-Haut; mais vous mourrez comme le reste des humains.' Les Grecs appelaient de même les rois, fils de Jupiter;
3° aux hommes pieux et surtout aux Israélites, qui formaient par excellence le peuple de Dieu. Mais dans ces derniers cas, le titre de Fils de Dieu est purement honorifique, ou n'exprime qu'une forme d'adoption ; tandis que la seconde personne de la sainte Trinité est Fils de Dieu par nature, et en conséquence d'une génération éternelle." (Abbé François-Marie Bertrand, Dictionnaire universel historique et comparatif des religions du monde, 1849, Migne éditeur, tome 2e, p. 728.)
"Le dogme de la Sainte Trinité a toujours été considéré dans le christianisme comme un mystère : le plus fondamental, et le plus insondable. Jésus-Christ lui-même dit : 'Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.' (Mt 11,27)" (Jean-Michel Garrigues, Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, Éditions Parole et Silence, 2000, p. 68.)
On peut bien croire en Dieu d'une manière vague, mais si l'on n'a pas la foi en Jésus-Christ, Son Fils, on n'a pas la foi, le Fils étant sous le ciel, le seul nom donné aux hommes qui puisse nous sauver (Ac 4, 12), le chemin, la vie et la vérité (Jn 14,6) nous conduisant au Père. Et la foi en Jésus-Christ est une vertu théologale qui est une grâce qui nous est donnée par Dieu.
"Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne" (CEC 234);l'enseignement le plus fondamental et le plus essentiel de la "hiérarchie des vérités de la foi". On ne peut le savoir que s'il a été révélé d'en haut (CEC 237). De même, "Dieu seul peut nous en donner la connaissance en Se révélant comme Père, Fils et Saint-Esprit." (CEC 261)
Cela ne signifie pas que le dogme de la Trinité est contraire à la raison ou que la raison ne peut pas être appliquée à un degré quelconque (cf. CC 154).
Pourtant, pour cette ouverture au Réel qu'est Dieu, nul besoin d'une "initiation", il suffit d'abord d'accueillir le don de Dieu, et d'ouvrir son cœur à Dieu. Comme l'a dit Saint Anselme, "je ne cherche pas à comprendre afin de croire, mais je crois afin de comprendre. Car je crois ceci - à moins que je crois, je ne comprendrai pas.", Ou Saint Augustin de même : "Crois pour comprendre ... et comprends donc pour croire." (Voir Is 7,9)
« C'est par le mystère de l'auguste et incompréhensible Trinité que Dieu paraît véritablement Dieu, et infiniment supérieur à tout ce qui n'est pas Dieu. Rien de tout ce que les plus sublimes génies ont pu concevoir de cet Être suprême, n'approche des hautes idées que nous en fournit ce mystère adorable. Il nous présente une nature infinie, infiniment simple, et en même temps infiniment, éternellement, et nécessairement féconde, mais dont la fécondité ne détruit pas l'infinie simplicité ; un Dieu existant en une seule nature et substance, et en même temps en trois personnes, le Pères, le Fils et le Saint-Esprit.
« Mais comment concevoir trois personne subsistantes dans une même et unique Essence, ou nature infiniment simple ?
"Voici comment on peut exposer philosophiquement ce dogme
"Dieu le Père ne peut pas subsister sans avoir la conscience de lui-même, autrement il ne serait qu'un être inerte et impuissant ; or, en se connaissant, et en se comprenant lui-même avec ses perfections infinies, il produit la parole de l'entendement divin, éternellement subsistante, vraie image de lui-même et consubstantielle avec lui. C'est cette parole intérieure, ce raisonnement de la personne divine qui est le Fils.' La connaissance que le Père a de Lui est tellement parfaite qu'elle comporte toute sa substance sous la perfection de Personne (c'est le "Verbe", Parole mentale = le Fils).
AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. (Jn 1,1)
La Trinité, déjà dans le premier chapitre de la Genèse (Bible) où Dieu crée par sa Parole, "Dieu dit" (Verbe) https://www.youtube.com/watch?v=xs11AqFKnJg
"Il en est de même en nous, (il y a dans notre âme, une intelligence, une volonté, une mémoire et cela ne fait qu'une personne)
"… car lorsque l'entendement humain crée, saisit et conçoit un objet, il s'en forme une image en lui-même, et cette image est appelée par les philosophes la parole de l'intelligence ou l'idée, pour la distinguer de la parole extérieure ou de l'expression par laquelle nous manifestons nos pensées et les communiquons au-dehors.
"Mais cette parole de l'intelligence est en nous muable et fugitive, un pur mode, un accident, non une substance réelle ou quelque chose qui subsiste de soi-même, tandis que Dieu étant essentiellement immuable, ne peut être le sujet d'aucun mode ou accident ; Il est incapable de la moindre altération, bien différent en cela des esprits créés ... C'est pourquoi le Père, par la connaissance infinie qu'il a de lui-même produit une parole intérieure de son intelligence qui est une vraie subsistance ou personne ; et, comme cet acte est nécessaire en lui, il s'en suit que cette subsistance ou personne est produite et engendrée de toute éternité, et que le Fils est aussi ancien que le Père.
"Il en est de même de la troisième personne ; le Père n'a pu engendrer son Fils sans l'aimer ; de même le Fils n'a pu être engendré du Père sans lui rendre un amour égal à cause des perfections divines qui forment leurs attributs mutuels ; Or c'est cet amour mutuel qui est le Saint-Esprit, autre subsistance réelle, permanente et distincte qui procède des deux autres personnes.
"Dieu étant un être éternel, infiniment simple, infiniment fécond, il connaît toutes les infinies perfections, et cette connaissance est dans la substance divine & n'est point distinguée de la substance divine, parce que cette substance est infiniment simple.
"Dieu étant infiniment parfait, et se connaissant parfaitement lui-même, il s'aime infiniment et nécessairement ; et cet amour est dans la substance divine, et ne peut être distingué de la substance divine, parce qu'il ne peut rien y avoir dans cette substance qui soit opposé à son infinie simplicité.
"Cependant nous concevons que la connaissance n'est pas le principe ; que l'amour n'est pas la connaissance ; et que le principe, la connaissance & l'amour, c'est nécessairement et substantiellement Dieu lui-même, toujours UN, toujours unique, toujours infiniment simple.
"Le principe, c'est le Père ;
"la connaissance qui est substantiellement et éternellement dans le Père, c'est le Fils ;
"l'amour qui est substantiellement et éternellement dans le Père & le Fils, c'est le Saint-Esprit."
Saint Athanase († 379) dans sa dispute contre Arius, saint Basile († 379) dans son livre sur le Saint Esprit (chap 16), saint Grégoire de Naziance dans son discours sur Néron, Didyme l’aveugle dans son premier livre sur le Saint Esprit, saint Ambroise († 397) dans son livre 3 sur le Saint-Esprit (chap 2), saint Augustin († 430) livre 1 contre Maximin, saint Grégoire de Nysse († 395) dans son livre "que l’Esprit saint est Dieu", et tous les autres pères enseignent très clairement et très fréquemment que l’Esprit saint est Dieu.
"L'homme porte en lui-même une image imparfaite de la Trinité divine
"Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité." (Livre de la Sagesse 2,23)
L'homme est image, non d'un Dieu solitaire, mais d'un Dieu qui est en relation. S. Augustin l'explique: "l'âme humaine reflète la Trinité par ses trois puissances (la mémoire, l'intelligence, l'amour).
Expliqué autrement, ce sont les trois puissances ou faculté de notre âme : la connaissance, le jugement et la volonté. La première est le principe des autres, qui ne peuvent subsister sans elle. Le jugement procède de la connaissance seule, et la volonté est produite par la connaissance réunie au jugement. (François-Marie BERTRAND, Dictionnaire universel, historique et comparatif de toutes les religions du monde, tome quatrième, Abbé Migne éditeur, Ateliers catholiques du Petit-Montrouge Paris 1851, p. 935-936.)
L'homme est image d'un Dieu en communion, non d'un Dieu isolé.
Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi.
C'est le projet de Dieu d'une union de toutes les créatures avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Dieu ne veut pas rester seul avec le Fils. Il veut se multiplier, se communiquer aux hommes "moi en eux, et toi en moi", afin "qu'ils deviennent ainsi parfaitement Un" (Jn 17,23) La fin ultime de toute l’économie divine, c’est l’entrée des créatures dans l’unité parfaite de la Bienheureuse Trinité" (cf. Jn 17, 21-23). (CEC n° 260). "Voici que je fais toutes choses nouvelles." (Ap 21, 5). "Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né." (2 Co 5, 17).
Prier une personne revient à prier les trois personnes car elles agissent par unité d’opération
Les trois personnes ne sont pas en concurrence les unes avec les autres, et elles ne se brouillent pas les unes avec les autres ou avec nous parce que nous pouvons sembler préférer l'une aux autres.
Toutes les actions de Dieu sont trinitaires, fruit des trois personnes. On peut dire qu’on prie le Père dans le nom du Fils à l’aide du Saint Esprit. Saint Paul nous dit aussi que lorsque nous ne savons pas quels mots utiliser dans la prière, l'Esprit prie pour nous "avec des soupirs trop profonds pour les mots". En d'autres termes, la prière ne commence pas avec nous, mais avec l'Esprit agissant en nous, nous attirant vers le Fils et le Père. (Source: CatholicIrland)
La conscience d'un Dieu trine chez les païens
Le signe de la croix a été pratiqué partout et toujours dans des circonstance solennelles, avec la conscience plus ou moins claire de sa signification. (Source générale : Mgr Jean-Joseph GAUME, Le Signe de la Croix au XIXe siècle, 1869, rééd. Éditions Saint-Sébastien 2016).
Les païens, aussi, faisaient le signe de la croix
Ils l'ont fait en priant et l'ont cru, avec raison, doué d'une force mystérieuse de grande importance. Ils le faisaient en passant le pouce de la main droite sous l'index et le reposant sur le doigt du milieu, de manière à former une croix. Apulée (125-170), philosophe platonicien, en fait foi : "Une multitude de citoyens et d'étrangers, dit-il, étaient accourus au bruit retentissant du spectacle. ... Ils portaient la main droite à leur bouche, l'index reposant sur le pouce; et, par de religieuses prières, l'honoraient comme la divinité elle-même." (Apulée, Asin, Aur, lib. IV.) Quant au murmure d'accompagnements, on connaît les vers d'Ovide (-43 - 18 ap. J.-C.), VI, Métamorph. :
Restitit, et pravido, faveas mihi, murmure Dixit (Il s'est arrêté et m'a dit à voix haute)
Dux mens : simul, faveas mihi, murmure dixi. (Esprit de chef : en même temps, favorisez-moi, murmurai-je.)
Cette manière de faire le signe de la croix est tellement expressive qu'elle est demeurée même de nos jours, familière à un grand nombre de chrétiens dans tous les pays. Elle n'était pas la seule connue des païens. Comme les âmes les plus pieuses, ils faisaient le signe de la croix en joignant les mains sur la poitrine, dans les circonstances les plus solennelles, et les plus mystérieuses en même temps, de leur vie publique.
Lorsqu'une armée romaine venait mettre le siège devant une ville, la première opération du général, quel que fût son nom, Camille, Fabius, Métellus, César ou Scipion, était non de creuse des fossés ou d'élever des lignes de circonvallation, mais d'évoquer les dieux défenseurs de la ville et de les appeler dans son camp. La formule d'évocation est trop longue pour une lettre. Tu la trouveras dans Macrobe. Or, en la prononçant, le général faisait deux fois le signe de la croix. D'abord, comme Moïse, comme les premiers chrétiens, comme, aujourd'hui encore le prêtre à l'autel, les mains étendues vers le ciel, il prononçait en suppliant le nom de Jupiter. Puis, rempli de confiance dans l'efficacité de sa prière, il croisait dévotement les mains sur sa poitrine. (Satur., lib. III, c. II). Voilà bien le signe de la croix sous deux formes incontestables, universelles et parfaitement régulières. Si ce fait remarquable est généralement ignoré, en voici un autre qui l'est un peu moins. L'usage de prier les bras en croix était familier aux païens de l'Orient et de l'Occident. Tite-Live dira : "À genoux, elles élevaient leurs mains suppliantes vers le ciel et vers les dieux." (Lib. XXXIV.) Denys d'Halicarnasse : "Brutus, apprenant le malheur et la mort de Lucrèce, éleva les mains au ciel et appela Jupiter avec tous les dieux. (Antiquit., lib. IV) Et Virgile : "Le père Anchise, sur le rivage, les mains étendues, invoque les grands dieux." (Æneid., lib . III) Et Athénée : "Darius, ayant appris avec quels égards Alexandre traitait ses filles captives, étendit les mains vers le soleil, et demanda, si lui-même ne devait pas régner, que l'empire fût donné à Alexandre." (Lib. XIII, c. XVII.) Apulée déclare formellement que cette manière de prier n'était pas une exception, une excentricité, mais une coutume permanente : "L'attitude de ceux qui prient, est d'élever les mains au ciel." (Lib. de Mundo)
Les Égyptiens plaçaient la croix dans leurs temples, priaient devant ce signe et le regardaient comme l'annonce d'un bonheur futur. Les historiens grecs Socrate (380-450) et Sozomène (400-448) rapportent qu'au temps de l'empereur Théodose (379-395), lorsqu'on détruisait les temples des faux dieux, celui de Sérapis en Égypte, se trouva rempli de pierres, marquées de caractère hiéroglyphiques en forme de croix. Les néophytes égyptiens affirmaient que ces caractères signifiant la croix, signe de la vie future, suivant les interprètes. (Sozom. , 1. V, c. XVII; - Id., lib. VII, c. XV.)
Sur la valeur interprétatoire et latreutique du signe de la croix, le haut Orient était d'accord avec l'Occident, le Chinois et le Romain.
Les Gaulois croyaient en Toutatis, Hésus et Taranis, la triade celtique était "une ébauche de conception trinitaire" (Anne Bernet). Ils vénéraient un seul dieu en trois personnes, ce qui expliquerait la relative facilité avec laquelle l'Eglise a finalement converti les pays celtes. On a conservé une statue du "dieu à trois têtes" du IIe siècle ap. J-C. On trouve cette image dans le livre de Régine Pernoud, "Les Gaulois", avec cette légende : "Le dieu à trois têtes. IIe siècle ap. J.-C."
Le dieu à trois têtes, IIe siècle ap. J-C.
"Les Saints Forts ne sont autres que les habitants d'un village du pays carnute. Ils reconnurent aussitôt la Virgo paritura (la Vierge qui enfantera) qu'adoraient leurs ancêtres dans la Vierge Mère que leur annonçait un missionnaire. Convertis en masse, les Carnutes refusèrent d'abjurer leur foi, qui renouait si bien avec les plus hautes aspirations de l'ancienne religion celte. Ils furent jetés vivants dans le puits que l'on voit toujours sous la cathédrale de Chartres." (Anne BERNET, Clovis et le Baptême de la France, Editions Clovis, Condé-sur-Noireau 1996, p. 81.) Sainte Anne, la mère de la Vierge Marie, était déjà connue et vénérée chez nous en France, avant l'apparition du christianisme. "Elle est ainsi évoquée, écrit Anne Bernet, selon les lieux et les circonstances, sous le nom d'Epona ou de Rigantona...; sous le nom d'Anna ou de Dana, aïeule des dieux et des hommes... ; et parfois sous ceux de Belisima (la 'Très Brillante') ou de Rosmerta.
Des sept manières de faire le signe de la croix, les païens en connaissaient trois.
À leurs yeux, il avait une signification réelle, une valeur considérable, quoique plus ou moins mystérieuse, suivant les lieux, les temps et les personnes.
"Il est infiniment remarquable, dit Gretzer (1562-1625), que dès l'origine du monde Dieu a voulu tenir constamment la figure de la croix sous les yeux du genre humain, et organisé les choses de manière que l'homme ne pût presque rien faire sans l'intervention du signe de la croix. (De Cruce, lib. I, c. III.)
"Pour tenter la fortune et aller chercher des richesses aux extrémités du monde, le navigateur a besoin d'un navire. Le navire ne peut voguer sans mât, et le mât avec ses vergues forme la croix. (S. Hier., in c. XI Marc.) Sans elle nulle direction possible, nulle fortune à espérer. (Orig. Homil. VIII, in divers.)
"Le laboureur demande à la terre sa nourriture, la nourriture des riches et des rois. Pour l'obtenir, il lui faut une charrue. La charrue ne peut ouvrir le sein de la terre si elle n'est armée de son couteau; et la charrue armée du couteau forme la croix." (S. Maxim. Taur., ap. S. Ambr., t. III, ser. 56, etc.)
"Que nous montrent chez les Romains les cantabra et le siparia des étendards, sinon la croix ?
"Les uns et les autres sont des lances dorées surmontées d'un bois, placé horizontalement, d'où pend un voile d'or et de pourpre.
Les aigles aux ailes déployées placées au haut des lances et les autres insignes militaires, toujours terminés par deux ailes étendues, rappellent invariablement le signe de la croix.
"Monuments des victoires remportées, les trophées forment la croix. La religion des Romains est toute guerrière; elle adore les étendards; elle jure par les étendards; elle les préfère à tous les dieux : et tous ses étendards sont des croix : omnes illi imaginum suggestus insignes monilia crucium sunt." (Tertull. Apolog. XVI.) Aussi, lorsqu'il voulut perpétuer le souvenir de la croix par laquelle il avait été vaincu, Constantin n'eut point à changer l'étendard impérial, il se contenta d'y faire graver le chiffre du Christ, comme s'il lui importait seulement de nommer Celui de qui il avait eu la vision et non l'objet de cette vision." (Euseb. lib. IX Histor., 9.)
"Le ciel lui-même est disposé en forme de croix.
Que représente les quatre points cardinaux, sinon les quatre bras de la croix et l'universalité de sa vertu salutaire ? La création tout entière porte l'empreinte de la croix. Platon lui-même n'a-t-il pas écrit que la Puissance la plus voisine du premier Dieu s'est étendue sur le mine en forme de croix." (S. Maxim. Taur., apud S. Ambr., t. III, serm. 56 ; - S. Hier., in Marc, XI ; - Tertull., Apol., XVI; - Orig., Homil. VIII in divers.)
De là cette réponse péremptoire de Minucius Félix († en 250 à Rome) aux païens qui reprochaient aux chrétiens de faire le signe de la croix : "Est-ce que la croix n'est pas partout ? leur disait-il. Vos enseignes, vos drapeaux, les étendards de vos camps, vos trophées, que sont-ils, sinon des croix ornées et dorées ? Ne priez-vous pas comme nous, les bras étendus ? Dans cette attitude solennelle, n'employez-vous pas alors aux chrétiens adorateurs d'un Dieu unique, et qui ont le courage de confesser leur foi au milieu des tortures, en étendant leurs bras en croix ? Entre nous et votre peuple, quelle différence y a-t-il, lorsque les bras en croix, il dit : Grand Dieu, vrai Dieu, si Dieu le veut ? Est-ce le langage naturel du païen, ou la prière du chrétien ? Ainsi, ou le signe de la croix est le fondement de la raison naturelle, ou il sert de base à votre religion." (Octav.)
Le concept de la Trinité dans l'Ancien Testament
Lepsaume 45 (4):8montre le Père qui parle au Fils et L’appelle ‘Dieu’ :
"tu aimes la justice, tu réprouves le mal. Oui, Dieu, ton Dieu t'a consacré d'une onction de joie, comme aucun de tes semblables"
"Mais à l’adresse du Fils, il dit : Ton trône à toi, Dieu, est pour les siècles des siècles, le sceptre de la droiture est ton sceptre royal ; tu as aimé la justice, tu as réprouvé le mal, c’est pourquoi, toi, Dieu, ton Dieu t’a consacré d’une onction de joie, de préférence à tes compagnons."
La prophétie duChrist crucifié
Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris.
Dans certaines traductions de la Bible, on ne trouve pas "ils m’ont percé les mains et les pieds" (Psaumes 21,17) mais "comme un lion, [ils sont] à mes mains et à mes pieds", ce qui fait perdre au texte sa portée prophétique et ne donne plus aucun sens. Le sens de la prophétie est maintenu en revanche dans Zacharie 12, 10 : "Je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, etils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé[...].Ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché et de leur souillure.' (Za 13, 1).
La traduction du texte juif massorétique s’écarte de la version des Septante pour Ps 21,17 : dans le texte massorétique, on trouve le mot ka’ari qui veut dire "lion" ; il faut donc supposer que les Septante, qui ont traduit par "ils ont percé" (oruxsan) disposaient d’un texte différent. Lequel ? C’est assez simple : en l’occurrence, le verbe "percer" pourrait s’écrire karu. Comment trancher ? Nous avons ici deux éléments :
1. le texte massorétique n’est grammaticalement pas très satisfaisant, puisqu’il manque un verbe dans la phrase (littéralement, on devrait traduire par "comme un lion, mes mains et pieds").
2. Les manuscrits hébreux deNahal Heverdatés de 50-68 ap. J.-C., donc plus anciens que la version massorétique, portent le mot ka’aru, forme archaïque de karu, ce qui conforte les Septante (Source: Peter W. Flint, "Biblical Scrolls from Nahal Hever", Discoveries in the Judean Desert,38, Oxford, Clarendon Press, 2000, p. 133-166).
La Bible selon la Vulgate de Saint Jérôme, Editeur: DFT (EDITIONS), traduite en français, avec des notes par l'Abbé Glaire (mort en 1879), introduction, notes complémentaires et appendices par F. Vigouroux, seule approuvée après examen fait à Rome par la Sacrée Congrégation de l´Index, Edition 1902, précise dans la note 17, p. 1127 : "Ils ont percé mes mains et mes pieds. Il faut renoncer à toutes les lois de la critique et de l'herméneutique, pour traduire avec les Juifs, comme un lion, mes mains et mes pieds, et avec les hébraïsants rationalistes, ils ont lié, ou souillé mes mains et mes pieds."
Heureusement, la découverte des rouleaux de la mer Morte a permis de prouver que l'Ancien Testament grec (la version des Septantes, IIIe s. av. J-C.), utilisé par les chrétiens des premiers siècles et par l'Église orthodoxe grecque est plus proche du texte original, et que la version juive massorétique (Ancien Testament en hébreu datant de l'an 1000 environ) a été volontairement "retouché".
Manuscrits de la Mer morte
Alors que le texte juif massorétique du Psaume XXI (Hébr. 22), 17 s'exprime en ces termes: "Comme un lion mes mains et mes pieds",lesManuscrits de la mer Morte reviennent à l'original : "Ils ont percé mes mains et mes pieds"(sens préservé dans la Version des LXX = Septante), dont l'application à la crucifixion du Fils de Dieu est évidente.
Les Manuscrits de la mer Morte sont un ensemble de parchemins et de fragments de papyrus principalement en hébreu, mais aussi en araméen et en grec, qui ont été copiés entre le IIIe siècle avant Jésus-Christ et le Ier siècle après, et ont été découverts entre 1947 et 1956 à proximité du site de Qumrân en Palestine mandataire 1947-1948, puis en Cisjordanie.
Nous pouvons ainsi affirmer quecette traduction erronéequant à la personne du Messiecrucifiédans la Bible médiévale juive dite "Bible massorétique" ("Massorah", dont la compilation et la révision des anciens manuscrits date du Xe siècle),montre quel'interprétation sioniste de la Bible depuis 2 000 ans a pour origine une négationthéologique de la royauté du Christ, roi pacifiqueuniverselcrucifié pour nous sauver, et que ce rejet vise à privilégier un sens matérialiste plus terrestre du Messie. D'où le fait que beaucoup de Juifs se convertissent aujourd'hui lorsqu'ils lisent la prophétie non trafiquée d'Isaïe 53,10 (le chapitre interdit du tanakh) sur le Messie homme de douleur portant nos péchés et mourant pour nous sauver, qui "remet sa vie en sacrifice de réparation".
Dieu" en hébreu אֱלֹהִים ('ēlohîm)est écrit au pluriel
De même, selon la spécialiste française de l'hébreu biblique, Danielle Ellul, le terme "Dieu" en hébreu אֱלֹהִים ('ēlohîm)est écrit au pluriel :
"Dieu est le terme le plus usité pour désigner Dieu. Malgré sa forme pluriel(d'intensité ou de majesté) il est habituellement accompagné d'un verbe au singulier. (Le verbe est au pluriel quand le sujet désigne les anges ou les divinités païennes)." (Danielle ELLUL, Apprendre l'Hébreu biblique par les textes en 30 leçons, Cerf, 4e édition, Paris 2003, p. 57.)
"Elohim dit : faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance…"
Au Commencement, Dieu(x). En hébreu Bereshit bara Elohim... Elohim est un pluriel mais le Verbe est au singulier.
(1) ‘’AU COMMENCEMENT’’, lorsque ‘’Dieu créa le ciel et la terre’’ (Gn 1,1);
(2) ‘’le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux’’ (Gn 1,2). C’est l’Esprit de Dieu.
(3) Et la Bible ajoute : ‘’Dieu dit : ‘Que la lumière soit.’ Et la lumière fut.’’ (Gn 1,3) C'est la Parole de Dieu (ou Verbe du Prologue de S. Jean 1,14"AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. [...] Et le Verbe s’est fait chair, , il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire.")
Il y a Dieu le Père (1), l’Esprit ou Souffle (2), qui est la Parole ou Verbe, le Fils (3) dès les trois premiers versets de la Bible, les trois à l'oeuvre dès la Création.
L'homme est une lointaine image de Dieu, créée sur la terre pour imiter celle du Ciel.
L'homme est un corps, un esprit, une âme.
"Dieu dit : 'Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance.'" (Gn, 1, 26)
"L'expression 'notre image' ne veut pas dire qu'il y a plusieurs dieux.
Le 'notre' et un signe de majesté, et les théologiens catholiques y ont vu une anticipation de l'expression sainte Trinité.
Dieu dit 'nôtre' image parce qu'il y a trois Personnes en Dieu qui créent ensemble.
Cependant, puisqu'elles sont consubstantielles, Dieu est Un.
La polémique est ainsi résolue par la Trinité, donc l'Intelligence du christianisme est nécessaire à la compréhension de la Genèse."
(Cf. Alain PASCAL, L'Intelligence du Christianisme, tome 2 De la Révélation à l'apostasie, éditions du Verbe Haut 2023, p. 52.)
Pourquoi Dieu fait-il l'homme à son image et pourquoi l'Incarnation ?
"Voilà que l'homme est devenu comme l'un de nous. " Genèse 3,22
Ce n'est pas un Roi qui parle à sa cour... Les anges ne participent ni à la Création, ni au plan du Salut. Ce "nous", ce sont les personnes divines entre elles, dialoguant comme dans Jean 17 où Jésus parle au Père. Le plan du salut est déjà en germe dans l'Ancien Testament et il est trinitaire.
La Raison se trouve en Dieu.
"Le Christ Verbe incarné offre à l'humanité la connaissance rationnelle."
Dieu ouvre une ère nouvelle qui met fin à l'Antiquité, où la métaphysique ancienne – les cultes du cosmos – était partout moniste, alors que celle du christianisme est dualiste (dualisme de l'être : 1- Dieu Créateur et 2 - les créatures, qui ne sont pas une seule et même chose. Dieu et ses créatures ne doivent pas être confondus = hérésie panthéiste).
"L'Incarnation est ainsi le plus grand événement de l'Histoire sur le plan religieux, mais également philosophique et politique."
(Cf. Alain Pascal, Pour une révision totale de l'Histoire, Faire table rase de la table rase, Les Éditions du Verbe haut, La Courneuve 2024, p. 65-73)
Saint Paul fait écho à cet homme fait à l'image de Dieu dans sa première lettre aux Corinthiens :
''ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. L’Écriture dit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous seronsà l’image de celui qui vient du ciel.'' (1 Co 15,44-49)
Si le Christ, Verbe incarné est l'image du Père, l'homme a été créé à l'image du Christ. Ce thème central dans la pensée biblique et chez les Pères grecs est l'élément fondamental de l'anthropologie chrétienne franciscaine de S. Bonaventure. (Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 174.)
Retraçant l'image auguste de Dieu que l'homme porte en lui-même et le conjurant d'en faire l'objet continuel de son imitation, Bossuet expliquera :
"Cette Trinité, incréée, souveraine, toute-puissante, incompréhensible, afin de nous donner quelque idée de sa perfection infinie, a fait une Trinité créée sur la terre... Si vous voulez savoir qu'elle est cette Trinité créée dont je parle, rentrez en vous-mêmes, et vous la verrez; c'est votre âme..." (Sermon sur le mystère de la Sainte Trinité, t. IV, édit. 1846, in Mgr Jean-Joseph GAUME, Traité du Saint-Esprit, 1864, Rééd. Éditions Saint-Rémi, 2019, p. 364-365.)
Le trisagion d'Isaïe 6,3 mentionne le Dieu trois fois saint
''Ils se criaient l’un à l’autre : 'Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers (Deus Sabaot) ! Toute la terre est remplie de sa gloire.''' (Is 6,3)
Pourquoi trois fois "saint"?
« [...] Un exemplaire fort ancien de ce targoum(traduction araméenne de la Bible hébraïque, pluriel : targoumim)tomba entre les mains de Pierre Galatin, frère franciscain, inventeur au XVIe siècle du terme latinisé "Jéhovah". Celui-ci trouva dans ce targoum la paraphrase suivante du trisagion d'Isaïe, ch. VI, v. 3 : "Saint le Père, Saint le Fils, Saint l'Esprit-Saint !"
Déjà dans la liturgie céleste, la Trinité est-elle chantée.
Le même Galatin, à propos du tétragrammeיהוה Jéhovah en cite des explications ou interprétations hébraïques en douze et quarante-deux lettres : la première se traduirait par ces paroles : Père, FilsetEsprit de sainteté; et la seconde par ces mots : Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, l'Esprit de Sainteté est Dieu; cependant ce ne sont pas trois dieux, mais un Dieu unique.
Et Jésus, la Parole de Dieu, deuxième personne de la Trinité, avertit Jérusalem : ''Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, ... je vous le déclare : vous ne me verrez plus désormais jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !'' (Mt 23,37) C'est-à-dire que les Juifs ne le reverront plus jusqu'à ce qu'ils se convertissent au Dieu trine de la Bible.
« Le Galé-Razaya ou Révélateur des mystères, livre composé au IIe siècle par Juda le Saint (135-217), rédacteur de la Mischna (ou première partie du talmud qui recueille les constitutions et les traditions des magistrats et des docteurs juifs), nous offre ce passage remarquable :
"Traduction littérale : 'Considère que le nom tétragrammaton dénote, d'après son orthographe, un Dieu procréateur.
Or, il n'est pas de procréateur sans procréé, et il faut qu'il procède un amour du procréateur vers le procréé, de même que du procréé vers le procréateur; autrement, ils seraient séparés l'un de l'autre et formeraient deux essences distinctes, tandis qu'à la vérité le procréateur et le procréé, et l'amour, procédant de tous les deux, sont une seule essence; c'est pour cette raison que dans ce nom (tétragrammaton) est renfermé le nom des douze lettres qui forment les mots Père, Fils et Saint-Esprit; et sache que ce mystère est un des secrets du Très-Haut.
Il convient de le dérober aux yeux des hommes jusqu'à la venue du Messie, notre juste.
Je te l'ai révélé; mais le secret de Jéhovah est réservé pour ceux qui le craignent.'
Par ailleurs, « le livre Kozri dit : "La sagesse est trois en une. L'être divin est unique. La distinction des numérations que nous admettons en lui ne consiste que dans une certaine distinction dans la même essence."
Cet ouvrage de M. Drach, d'une inattaquable érudition démontre sans réplique qu'il n'est pas un principe de la morale, des dogmes et du culte catholique, qui ne se trouve implicitement ou formellement dans la loi mosaïque, jusque dans ses prescriptions cérémonielles.
Dans De l'Harmonie entre l'Eglise et la Synagogue, tome 1, Paul Mellier éditeur, Paris 1844, lecture en PDF p. 201, Paul L.B. Drach ajoute : "Dans les extraits de Rabbi Juda, que nous avions faits forts jeunes, étant étudiant, nous regrettons de ne pas trouvé le passage mentionné par plusieurs savants, passage où le Galé-Razaya explique le nom (De Dieu) en quarante-deux lettres par les mots suivants qui se forment effectivement de ce nombre de lettres ... ; c'est-à-dire Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Saint-Esprit. Trois en un, Un en trois."
Isaïe 33,22 mentionne également trois fois "le Seigneur" : "Oui, le Seigneur est notre juge, le Seigneur nous donne des lois, le Seigneur est notre roi : c’est lui qui nous sauve."
Isaïe 43,15 : "Je suis le Seigneur, votre Dieu saint, le Créateur d’Israël, votre roi !
Jérémie 10,10 dit de même : "le Seigneur est le Dieu véritable, c’est lui le Dieu vivant, le roi pour toujours."
Isaïe 9,5 : "Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : 'Conseiller-merveilleux,Dieu-Fort,Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix'."
Selon Saint Epiphane (310-403), évêque de Salamine né dans un village de Judée d'une famille juive d'agriculteurs et "profondément instruit des choses de sa nation", "les hommes éclairés parmi les hébreux enseignèrent de tout temps, et avec une entière certitude, la Trinité dans une unique essence divine" (Ad. haeres., lib. I, haer. 5.), moins clairement toutefois que les apôtres et les Pères.
"Un autre enfant d'Israël, non moins versé dans l'histoire religieuse de la synagogue, Paul. L. B. Drach (1791-1865) s'exprime ainsi :
"Dans les quatre Évangiles, on ne remarque pas plus la Révélation nouvelle de la sainte Trinité, point fondamental et pivot de toute la religion chrétienne, que celle de toute autre doctrine déjà enseignée dans la synagogue, lors de l'avènement du Christ : comme, par exemple, le péché originel, la création du monde sans matière préexistante et l'existence de Dieu.
"Quand Notre-Seigneur donne à ses disciples, qu'il avait choisis parmi les Juifs, la mission d'aller prêcher son saint Évangile aux peuples de la terre, il leur ordonne de les baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit." (Mt 28,19).
En effet, "quiconque est familiarisé avec ce qu'enseignaient les anciens docteurs de la synagogue, surtout ceux qui ont vécu avant la venue du Sauveur, sait que la Trinité en un Dieu unique était une vérité admise parmi eux depuis les temps les plus reculés." (Paul. L. B. Drach, De l'harmonie entre l'Eglise et la Synagogue, in Mgr Jean-Joseph GAUME, Traité du Saint-Esprit, 1864, Rééd. Éditions Saint-Rémi, 2019, p. 367.)
Le Dictionnaire universel de toutes les religions de François-Marie BERTRAND indique qu'« il entrait sans doute dans les desseins de la Providence que le dogme trinitaire ne fût pas exposé nettement dans l'Écriture, car il était à craindre qu'il ne favorisât le penchant des Israélites au polythéisme.
« [...] Cependant, lorsque l'on étudie avec attention le Talmud, les paraphrases chaldaïques, le Zohar, les anciens commentateurs de l'Ecriture sainte, on ne peut s'empêcher de conclure que le mystère de la Sainte Trinité faisait partie de l'enseignement isotérique de la Synagogue; très fréquemment ils interprètent en ce sens certains passages, qui autrement paraissent obscurs. Jonathan, fils d'Ouziel, qui florissait un peu avant la naissance du Christ, s'exprime ainsi sur ces paroles du Psaume II,7 : "Jéhovah m'a dit : Tu es mon Fils. ''Ces deux, Père et Fils, sont trois en union avec une troisième personne, et ces trois personnes ne forment qu'une substance, qu'une essence, qu'un Dieu."
Dieu peut-il se faire homme ? Un juif du premier siècle répond oui. Philon (20 av. J.-C. - 45 apr. J.-C) dans Contre Caïus, en réponse à Caïus qui voulait qu'on le considère comme Dieu :
''(118) Il ne s'agissait pas d'ailleurs d'une chose sans portée, mais de la plus grave de toutes : faire d'un homme, d'un être engendré et périssable l'image de l'être incréé, éternel ! Les Juifs jugeaient que c'étaient le comble de l'impiété et de la profanation : Dieu se changerait plutôt en homme que l'homme en Dieu.''
Ce passage a été commenté par le professeur Brant Pitre, spécialiste américain du Nouveau Testament,dans son récent livre ''Jesus and Divine Christology'' (2024).
''Philon ne formule pas cette affirmation dans le cadre d'une spéculation théologique abstraite, mais dans le contexte impérial concret d'explication des raisons pour lesquelles le peuple juif dans son ensemble refuse de s'engager dans l'impiété consistant à offrir un culte à l'empereur Caligula en se prosternant (proskynesis) devant lui comme s'il était l'un des dieux (theon) ou des demi-dieux (hemitheon).
En bref : dans le contexte d'une confession sans équivoque du monothéisme et de la monolâtrie juives primtives, Philon déclare qu'il serait plus probable que le Dieu unique devienne un être humain plutôt qu'un être humain devienne Dieu !''
''Étonnamment, la déclaration capitale de Philon selon laquelle le Dieu d'Israël pourrait éventuellement devenir un être humain n'est pas seulement ignorée dans les principales ouvrages sur le Jésus historique ; elle est ignorée dans les principales études sur le monothéisme juif et la théologie christique primitive. Pourtant elle est extrêmement importante. En effet, si un monothéiste juif du premier siècle comme Philon pouvait affirmer que le Dieu unique d'Israël pouvait devenir humain, alors il est contextuellement plausible pour un monothéiste juif du premier siècle comme Jésus de Nazareth de suggérer que les prophéties scripturaires sur la venue de Dieu s'accomplissent (d'une manière ou d'une autre) en sa propre personne.'' (Brant Pitre, ibid., pp. 276-277.)
Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « [...] Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »
Dieu donne à la femme "une mission eschatologique. C'est dans la descendance de la femme que doit venir Celui qui écrasera la tête du Serpent" (Gn 3, 14-15). Or, ce rôle éminent ne peut être compris sans le christianisme, puisque Jésus naîtra de la Vierge Marie, qui est la 'nouvelle Ève'. Le christianisme valorise ainsi la femme. [...] La femme se sera 'Mère du Fils', c'est-à-dire 'Mère de Dieu', ce qui est annoncé dans la Genèse, mais ne s'accomplit qu'avec le Christ.
"Sans l'Incarnation, pas de Rédemption, [...] la femme ne rachèterait pas le péché originel. Mais par une femme, la Vierge Marie, femme réelle, le Féminin portera le Sauveur qui rachètera le Péché originel. (Alain PASCAL, L'Intelligence du Christianisme, tome 2 De la Révélation à l'apostasie, ibid., p. 58-59; 81.)
"[...] [L]a Genèse n'acquiert son sens qu'avec l'Incarnation." (Alain PASCAL, L'Intelligence du Christianisme, tome 2ibid. p. 81.),
Après la Chute, la chair est corrompue (l'humain devient mortel), l'âme aussi. Elle est déchue de son état primordial, la communion spirituelle avec Dieu. D'où la nécessité du Fils pour la Rédemption de l'humanité. Il descendra dans la condition humaine par la femme (Marie la nouvelle Ève et viendra restaurer l'état primordial, la communion avec Dieu, non plus seulement le Père, mais aussi le Fils et le Saint-Esprit. La Trinité est donc nécessaire à la compréhension de la Genèse, c'est ce qui fait l'intelligence supérieure du christianisme." (Alain PASCAL, L'Intelligence du Christianisme, tome 2 De la Révélation à l'apostasie, ibid., p. 65.)
Le Fils "Sagesse" et "Parole" de Dieu dans le Livre des Proverbes chapitre 8 (Cf. Gn 1,3 ; et Prologue de Saint Jean 1,1-14)
''01 N’est-ce pas la Sagesse qui appelle, la raison qui élève sa voix ? ... 07 Oui, c’est la vérité que je ne cesse d’annoncer, mes lèvres ont la malice en horreur. 08 Lesparolesde ma bouche ne sont que justice ; en elles, rien d’oblique ni de retors. 22 … Moi la sagesse … 23 Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. 24 Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. 25 Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée, 26 avant que le Seigneur n’ait fait la terre et l’espace, les éléments primitifs du monde. 27 Quand il établissait les cieux, j’étais là, quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme, 28 qu’il amassait les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, 29 quand il imposait à la mer ses limites, si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre, quand il établissait les fondements de la terre. 30 Et moi, je grandissais à ses côtés. Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, 31 jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes.
32 Et maintenant, fils, écoutez-moi. Heureux ceux qui gardent mes chemins ! 33 Écoutez l’instruction et devenez sages, ne la négligez pas. 34 Heureux l’homme qui m’écoute, qui veille à ma porte jour après jour, qui monte la garde devant chez moi. 35 Qui me trouve a trouvé la vie, c’est une bienveillance du Seigneur. 36 Qui m’offense se fait tort à lui-même : me haïr, c’est aimer la mort !"
Le Livre des Proverbes, chapitre 30, 1-4(que la tradition attribue à Salomon 970-931 av. J.-C., roi d'Israël), annonce le Fils de Dieu :
"Paroles d’Agour, fils de Yaqé, de Massa. Oracle de cet homme pour Ytiel, pour Ytiel et Oukal.
"[...] Qui est monté au ciel et en est descendu ? Qui a retenu le vent au creux de sa main ? Qui a serré les eaux dans son manteau ? Qui a fixé toutes les limites de la terre ? Quel est son nom ? Quel est le nom de son fils ? Sans doute, tu le sais !"
Au Psaume 109 (110), 7, David écrit: "Oracle du Seigneur à mon seigneur : « Siège à ma droite, * et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône. »" Et lorsque Jésus interroge les pharisiens qui se trouvaient réunis, il leur demande : « Quel est votre avis au sujet du Christ ? de qui est-il le fils ? » Ils lui répondent : « De David. » Jésus leur réplique : « Comment donc David, inspiré par l’Esprit, peut-il l’appeler “Seigneur”, en disant : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Siège à ma droite jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis sous tes pieds” ? Si donc David l’appelle Seigneur, comment peut-il être son fils ? Personne n’était capable de lui répondre un mot et, à partir de ce jour-là, nul n’osa plus l’interroger. » (Mt 22, 41-46)
Dieu apparaît à Abraham sous la forme de trois hommes, lorsqu'il lui annonce sa descendance (Gn 18,10), à savoir Isaac, image du christianisme futur ("Car Abraham doit devenir une nation grande et puissante, et toutes les nations de la terre doivent être bénies en lui." Gn 18,18). Et Abraham s'adresse à Dieu apparu sous la forme de trois hommes en disant "Mon Seigneur" au singulier.
Saint Justin au IIe siècle avance que l'ange qui parle à Abraham pourrait être Jésus lui-même.
S. Augustin dans De la Trinité, Livre 2, chapitre 10 et suivants évoquela rencontre d'Abraham sous le chêne de Mambré (Genèse XVIII) avec trois hommes, dont un lui promet qu'il aura un fils, une préfiguration de la Trinité : il note en effet que bien qu'il y ait trois personnes, Abraham s'adresse à eux au singulier.
01 Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour.
02 Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre.
03 Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur.
04 Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre.
05 Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. »
06 Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il dit : « Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes. »
07 Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer.
08 Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient.
09 Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. »
La sainte Trinité au chêne de Mambré, icône russe d'Andreï Roublev.
Paul L. B. Drach qui commente le chapitre 18 de la Genèse écrit : ''Le texte hébreu du chapitre 18 de la Genèse proclame continuellement, d'un bout à l'autre, la Trinité et l'unité de Dieu. [...] Quelques rabbins prétendent que ce sont tout simplement trois anges sous forme humaine, qui ont reçu l'hospitalité du patriarche. Outre que le texte dit positivement que Jéhova lui-même apparut à Abraham, il n'est pas fait mention d'anges une seule fois dans tout ce récit. (Mais de trois HOMMES. Gn 18,2. Ndlr.)
"[...] Abraham avait accompagné pendant un espace de chemin les hommes quand ils se retirèrent. ("Les hommes se levèrent pour partir et regardèrent du côté de Sodome. Abraham marchait avec eux pour les reconduire."Gn 18,16) Ce n'est que dans le chapitre suivant qu'il est parlé d'anges qui se transportèrent à Sodome. Les deux anges arrivèrent à Sodome, le soir. (Gn 19,1) Ces deux anges n'étaient donc pas les trois Personnes d'Abraham. Si donc le texte du chapitre 18,16 dit: Cum ergo surrexissent inde Viri, direxerunt oculos contra Sodomam (Quand les hommes se furent levés de là, ils tournèrent les yeux vers Sodome), il faut l'expliquer que le Seigneur décida d'y envoyer ces anges.'' (De l'Harmonie entre l'Eglise et la Synagogue, tome 1, Paul Mellier éditeur, Paris 1844, lecture en PDF p. 447-449 et 565-566)
Le texte ne distingue pas initialement YHWH des trois hommes
Genèse 18:1-2 : "Et YHWH lui apparut… Et il leva les yeux, et voici : trois hommes se tenaient devant lui…"
Il n’est pas dit que YHWH était à part des trois hommes.
Le texte juxtapose : "YHWH apparut" → "et voici trois hommes".
C’est un enchaînement narratif direct, sans séparation. Le texte n’introduit pas YHWH d’un côté et trois hommes distinctement de l’autre. Tous mangent y compris YHWH
Genèse 18:8 :
"Il leur présenta le veau… et ils mangèrent."
Les trois mangent, sans distinction.
YHWH, dans cette scène, partage le repas un élément fortement incarné, qui défie l’interdit habituel d’une manifestation physique de Dieu (cf. Exode 33:20).
Cela suggère une présence corporelle de YHWH assumée dans l’un des trois sans exclure les deux autres de la scène divine. Les deux “hommes” sont ensuite appelés “anges” (Genèse 19:1)
Mais cette identification vient après, pas dans Genèse 18.
Rien ne dit dans Genèse 18 que ces deux étaient simplement des anges avant leur départ.
Au contraire, jusqu’au verset 22, ils sont toujours appelés “hommes” (anashim) et YHWH parle directement dans la même forme que les “hommes”.
Genèse 18:22 "Les hommes s’éloignèrent… mais Abraham se tenait encore devant YHWH."
On découvre a posteriori que les deux qui partent sont anges.
Mais le troisième homme est appelé YHWH, et n’est jamais désincarné dans la scène.
Genèse 18:8 "Et il se tint près d’eux sous l’arbre, et ils mangèrent (וַיֹּאכֵלוּ)."
-Le texte ne dit pas : “deux mangèrent”, mais "ils mangèrent" → tous les trois.
-Or, au verset 1, il est dit : "YHWH lui apparut" → donc il est encore là.
-Il n’est pas mentionné que YHWH s’est soudain éclipsé pour laisser trois anges seuls manger ! D’ailleurs, dans Midrash Bereshit Rabbah 48:10, Rabbi Hama bar Hanina commente : "C’est le Saint, béni soit-Il, qui s’est montré à Abraham sous la forme d’un homme".
Le Midrash Rabbah (Bereshit Rabbah 50-51) commente d'ailleurs ce passage de Gn 18,8 comme énigmatique, expliquant que YHWH est venu avec deux “accompagnants”, mais le texte reste mystérieux quant à leur nature exacte.
Le Zohar lui-même décrit une unité tripartite de la Divinité, analogue à cette scène:
Zohar I, 102a sur Genèse 18 :
"Ces trois hommes ne sont autres que les trois degrés suprêmes qui se manifestent dans le monde inférieur. […] Ils sont trois, mais ils sont Un, et ils ne se séparent jamais."
Même le Zohar des juifs le confirme ;
Zohar (I, 102a-103a) aborde la triple apparition comme révélant les trois visages de Dieu sans être trinitaire, mais polysémique :
"Trois hommes ce sont les trois degrés suprêmes de la Divinité qui sont unis dans l’Unité."
Le Zohar précise qu’il ne faut pas comprendre ces 3 comme 3 dieux distincts, ni même comme 3 personnes.
Mais personne ne dit que ce sont trois personnes "indépendantes"; Il s’agit de trois hypostases de Dieu (plutôt que trois "personnes") en une personne (ou essence) divine (ousia).
Genèse 19:23-24 mentionne: "23 Le soleil se levait sur le pays et Loth entrait à Soar, 24 quand le Seigneur fit tomber du ciel sur Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu venant du Seigneur."
Ce YHWH qui était apparu visiblement à Abraham fait pleuvoir du feu depuis YHWH qui se trouve dans les ciel, donc la conclusion la plus cohérente = 2 hypostases de YHWH.
2 anges appelés Seigneur" (Gn 18,3) qui commandent au 3eme en Gn 19.24 quand le Seigneur fit tomber "du ciel" sur Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu venant "du Seigneur".
Dans le Zohar (Berechit I, 22a), ce verset est commenté comme une interaction entre les Sefirot (aspects divins).
La pluie de feu vient de Gevoura (la sévérité), mais par décision de Tiferet (la miséricorde tempérée).
Le Zohar affirme même que :
"Le YHWH d’en bas agit avec la force du YHWH d’en haut, et les deux ne sont qu’Un dans le Saint Nom."
Ce que le Zohar affirme fait penser à Exode 23:20 23:20 ou YHWH et l’ange de YHWH sont unis par un Seul Nom: "Je vais envoyer un ange devant toi pour te garder en chemin et te faire parvenir au lieu que je t’ai préparé.21Respecte sa présence, écoute sa voix. Ne lui résiste pas : il ne te pardonnerait pas ta révolte, car mon nom est en lui."
Les juifs nazaréens (antitrinitaires) reconnaissent que Jésus est le Messie, le Verbe (Logos) incarné, une émanation de Dieu, et une certaine "divinité" du Christ, mais disent qu’il n'est pas une personne divine distincte, coéternelle et consubstantielle au Père (une Trinité avec le Père et le St Esprit au sens du christianisme orthodoxe nicéen). Ce qui revient à nier la divinité du Christ puisque Dieu est eternel. Pour eux, les hypostases ne sont pas non plus des personnes (de la Trinité), mais pour le Christianisme orthodoxe, elles ne sont pas un mode impersonnel... Et les juifs nazaréens n’ont pas de réponse cohérente lorsque on leur demande alors comment ils définissent une personne/hypostase telle que le Fils. Leur raisonnement revient à nier la divinité du Christ qui ne serait pas coéternel, tout en affirmant une certaine divinité du Christ.
Or le cadre conceptuel de l’interprétation trinitaire du christianisme orthodoxe est plus logique, il donne un sens cohérent et global à tout l’ancien testament qui prépare symboliquement l’arrivée du Messie. D’ailleurs le mot hébreu utilisé est יִכָּרֵת מָשִׁיחַ (Yikkaret Mashiaḥ) = "le Messie sera retranché".
Cela renvoie à un Messie qui souffre, puis disparaît avant la venue de jugement divin.
Ce schéma fait écho à Genèse 18–19 :
YHWH (sous forme humaine) annonce à Abraham le jugement de Sodome.
Ensuite, le jugement tombe par une manifestation céleste (Gen 19:24). Le Messie retranché de Dan 9:26 est la présence divine retirée, mais ayant été incarnée auparavant (comme YHWH chez Abraham). Le Messie dans Daniel 9 est à la fois humain et lié à la Divinité:
-Il vient avant le jugement,
-Il intervient pour expier les fautes (Dan 9:24),
-Il est retranché (image du sacrifice),
Et sa venue marque le scellement de la prophétie.
Cela correspond à l’apparition de YHWH dans Genèse 18 :
-Il descend en forme humaine,
-/Il annonce un jugement moral,
-Et il accepte l’intercession, jusqu’à un point.
Philon, membre d'une riche famille royale et peut-être sacerdotale d'Alexandrie (vers 15-10 avant J.-C. - vers 50 après J.-C.), a consacré ses volumineux écrits à la préservation des traditions juives concernant la Loi, les cinq premiers livres de la Bible, dans un cadre philosophique, en partant du principe que la meilleure philosophie grecque était inférieure à l'enseignement de Moïse. Parmi ces traditions, on trouve le commentaire suivant sur Genèse 18,2 : "Et [Abraham dans les plaines de Mamré] leva les yeux et regarda, et voici que trois hommes se tenaient près de lui.
"Lorsque ... l'âme est éclairée par Dieu comme en plein midi, .... elle perçoit alors une triple image d'un sujet, une image du Dieu vivant, et d'autres des deux autres, comme si elles étaient des ombres irradiées par lui."
Le mot ombre n'est pas proprement applicable à Dieu, mais c'est une façon de parler pour rester au plus près de la vérité. Ainsi :
"Celui qui est au milieu est le Père de l'Univers, qui, dans les écritures sacrées, est appelé par son nom propre, Je suis ce que je suis ; et les êtres de chaque côté sont ces puissances les plus anciennes qui sont toujours proches du Dieu vivant, dont l'une est appelée sa puissance créatrice, et l'autre sa puissance royale...."
La Trinité chez les Chrétiens
De l'Église judaïque, le signe de la croix est passé dans l'Église chrétienne
Les premiers fidèles, frappés de l'ancienne manière de bénir avec la figure de la croix, ont été facilement instruits par les apôtres de la signification mystérieuse de ce signe, et naturellement portés à le continuer, en y ajoutant les divines paroles qui en donnent l'explication.
C'est "depuis le IIe siècle, (que le) terme de Trinité (est) utilisé par les théologiens pour exprimer la réalité du Dieu unique, vivant en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit." (Dominique Le Tourneau, Les Mots du christianisme, Bibliothèque de Culture religieuse, Fayard, La Flèche 2005, p. 629.)
Les grands théologiens chrétiens de l'époque pré-nicéenne particulièrement dignes de mérite, évoquant la sainte Trinité, sont Justin, Irénée, Tertullien, Cyprien, Origène.
L'un des premiers chrétiens à employer le terme de "Trinité" est Théophile d'Antioche, septième évêque de l'Église d'Antioche au IIe siècle, dans son ouvrage Autolycus, une apologie de la foi chrétienne qui a été conservée, où l'auteur s'adresse à un païen pour le moins sceptique, qui ne semble pas manifester la moindre sympathie pour les chrétiens et ce qu'il croit savoir d'eux.
Dans son éloquent plaidoyer présenté à l'empereur Antonin vers l'an 120, saint Justin s'exprime ainsi : "Nous honorons en esprit et en vérité le Père et le Fils et le Saint-Esprit." (Apolog., I, n° 6.) Ce que Justin avait dit à Rome, quelques années plus tard, saint Irénée l'enseignait dans les Gaules. "Ceux, dit-il, qui secouent le joug de la loi et se laissent emporter à leurs convoitises, n'ayant aucun désir du Saint-Esprit, l'apôtre les appelle avec raison des hommes de chair." (Cité par S. Basile, en preuve de la divinité du Saint-Esprit. Lib. de Spir. sanct., c. XXIX, n° 72).
À la même époque, Athénagore d'Athènes (133-190) demandait : "N'est-il pas étrange qu'on nous appelle athées, nous qui prêchons Dieu le Père et Dieu le Fils et le Saint-Esprit ?" (Legat. pro christian, n° 12 et 24.)
À propos dubaptême, S. Cyprien de Carthage (200-258) évoque dans sa Lettre 73 les hérétiques tels Marcion, qui ne croient pas dans la Trinité de Mt 28,19, et il dit que "c'est seulement à ceux qui sont les chefs dans l'Église, et dont l'autorité repose sur la loi évangélique et l'institution du Seigneur, qu'il est permis de baptiser et de donner la rémission des péchés, tandis qu'au dehors rien ne peut être ni lié ni délié, puisqu'il n'y a personne qui ait le pouvoir de lier ou de délier.'' (Lettre 73)
Eusèbe de Palestine (265-340), pour s'encourager à parler, disait : "invoquons le Dieu des prophètes, auteur de la lumière, par notre Sauveur Jésus-Christ avec le Saint-Esprit." (Ap. Basil., ibid.) (Cf. Mgr Jean-Joseph GAUME, Traité du Saint-Esprit, 1864, Rééd. Éditions Saint-Rémi, 2019, p. 373-374.)
"Au IVe siècle, les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) ont contribué à la formulation précise des concepts employés communément pour présenter la doctrine sur la Sainte Trinité : un Dieu unique, qui dans l'unité de sa divinité est Père, Fils et Esprit Saint." (Jean-Michel Garrigues, Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, Éditions Parole et Silence, 2000, p. 53.)
Le concept de la Trinité dans les textes du Nouveau Testament et chez les Pères
La Trinité dans la Salutation de l'Ange à la Vierge Marie
Luc 1,35 "L’ange lui répondit : L’ESPRIT-SAINT viendra sur toi, et la puissance du TRES-HAUT te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé FILS de Dieu."
La Trinité dans la salutation de Saint Paul Apôtre aux fidèles en2 Corinthiens 13,13
Que la grâce du Seigneur Jésus Christ (1)
l’amour de Dieu(2)
et la communion du Saint-Esprit(3)
soient avec vous tous.
En 1 P 1,2, la Trinité dans l'adresse de Saint Saint Pierre à ceux qui ont sont désignés d'avance parDieu le Père (1)
et sanctifiés par l'Esprit(2), "pour entrer dans l’obéissance et pour être purifiés par le sang de Jésus Christ" (le Fils) (3).
Au rapport de S. Basile, le pape saint Clément, troisième successeur de S. Pierre, martyrisé vers l'an 100, avait coutume de faire cette prière : 'Vive Dieu(1) et Notre-Seigneur Jésus-Christ (2) et le Saint-Esprit! (3)' (Apolog., I, n° 6).
La Trinité dans l'annonce du Paraclet par Jésus
Jean 15,26 "Quand viendra le Défenseur, que JE vous enverrai d’auprès du PÈRE, lui, l’ESPRIT de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur."
"Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom duPère, et du Fils, et du Saint-Esprit,"
Les Pères de l'Eglise et les théologiens observent que Jésus-Christ a dit au nom sans se servir du pluriel, afin de marquer l'unité de la nature divine.
Quand les évangélistes abordent le thème de la conversion des nations au nom de la sainte Trinité sans le mot, ils s'en emparent comme d'un point de doctrine déjà manifeste, admis dans la croyance de la loi ancienne.
"Le baptême de Jésus lui-même dans le Jourdain est le lieu d'une théophanie trinitaire, la manifestation subite de la transcendance divine, exprimée dans le langage de l'Ancien Testament. L'Esprit se révèle sous la forme d'une colombe qui descend sur Jésus pour montrer qu'il habite en lui. Le Père authentifie sa mission en déclarant : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur" (Mt 3, 17). Il s'agit d'une révélation du Père, du Fils et de l'Esprit et c'est au nom de cette Trinité, révélée au baptême de Jésus, que tout chrétien sera baptisé." (Bernard Sesboüé, Invitation à croire, Paris, Cerf, 2009, p. 71.)
Sur une haute montagne, le Christ a révélé sa divinité à trois de ses apôtres. La voix qui parle, c'est le Père disant de Jésus qu'il est son "Fils bien-aimé" et la nuée est le Saint-Esprit. "Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : 'Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le !' "(Mc 9:2-10)
"Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures,
concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David
et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
07 En effet, ils sont trois qui rendent témoignage,
08 l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un.
Selon la Vulgate, I Jean 5,7 mentionne en fait :
7 Car ils sont trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint; et ces trois sont une seule chose.
8 Et ils sont trois qui rendent témoignage sur la terre, l'esprit, l'eau et le sang : et ces trois sont une seule chose.
Comment expliquer l'omission de la mention "le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint; et ces trois sont une seule chose" du verset 7, mention présente dans la Vulgate, mais enlevée dans les Bibles modernes ?
La Bible de Jérusalem explique dans une note e à propos du verset 7 de I Jean 5 que ''le texte des v. 7 est surchargé dans la Vulgate par une incise (ci-dessous entre parenthèses) absente des manuscrits grecs anciens, des vieilles versions et qui semble être une glose marginale introduite plus tard dans le texte : Car il y en a trois qui témoignent (dans le ciel : le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint, et ces trois sont un).
L'Encyclopédie théologique, Dictionnaire de théologie de Nicolas Bergier, explique :
''Nous savons que l'authenticité du verset 7 est contestée, […] il ne se trouve point, disent-ils, dans le très grand nombre des anciens manuscrits; il a donc été ajouté dans les autres par des copistes téméraires. Mais il y a aussi des manuscrits non moins anciens dans lesquels il se trouve. On conçoit aisément que la ressemblance des premiers et des derniers mots du verset 7 avec ceux du verset 8 a pu donner lieu à des copistes peu attentifs de sauter le septième; mais qui aurait été l'écrivain assez hardi pour ajouter au texte de Saint Jean un verset qui n'y était pas ?
"Une preuve que la différence des manuscrits est venue d'une omission involontaire, et non d'une infidélité préméditée, est que, dans plusieurs, le verset 7 est ajouté à la marge, de la propre main du copiste.
"En second lieu, dans le verset 6, l'Apôtre a déjà fait mention de l'eau, du sang et de l'esprit qui rendent témoignage à Jésus-Christ : est-il probable qu'il ait répété tout de suite la même chose dans le verset 8, sans aucun intermédiaire ? L'ordre et la clarté du discours exigent absolument que le verset 7 (complet, celui de la Vulgate. Ndlr.) soit placé entre deux.
"Enfin, ceux qui soutiennent que le 7e verset est une fourrure, sont obligés de soutenir que ces mots du verset 8, sur la terre, ont encore été ajoutés au texte, parce qu'ils sont relatifs à ceux du verset précédent, dans le ciel. C'est pousser trop loin la témérité des conjonctures.
"Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au IIIe siècle, près de cent ans avant le Concile de Nicée, Tertullien et saint Cyprien ont cité ces mots du verset 7, ces trois sont un, le premier, lib. Contre Praxéas ou sur la Trinité = Adversus Praxeam (rédigé en 213), c. 2 ; le second, lib. De Unitate Eccl., p. 196. Nous n'avons point de manuscrits qui datent d'aussi loin.
- chez Théophile d'Antioche, évêque d'Antioche, dans on ouvrage Autolycus, une apologie de la foi chrétienne qui a été conservée;
- en passant par Saint Justin au IIe siècle ("Nous honorons en esprit et en vérité le Père et le Fils et le Saint-Esprit". Apolog., I, 6);
- saint Irénée de Lyon ("Ceux qui secouent le joug de la loi et se laissent emporter à leurs convoitises, n'ayant aucun désir du Saint-Esprit, l'apôtre les appelle avec raison des hommes de chair", cité par S. Basile, en preuve de la divinité du Saint-Esprit, Lib. de Spir. Sanct. C., XXIX, n°72)
- ou encore Athénagore d'Athènes (133-190) qui demandait : "N'est-il pas étrange qu'on nous appelle athées, nous qui prêchons Dieu le Père et Dieu le Fils et le Saint-Esprit ?" Legat. pro christian, n° 12 et 24).
- Eusèbe de Palestine(265-340), qui pour s'encourager à parler, disait au IIIe s.: "invoquons le Dieu des prophètes, auteur de la lumière, par notre Sauveur Jésus-Christ avec le Saint-Esprit." (Ap. Basil.,ibid, in Mgr Jean-Joseph GAUME,Traité du Saint-Esprit, 1864, Rééd. Éditions Saint-Rémi, 2019, p. 373-374).
14 Mais leurs pensées se sont endurcies. Jusqu’à ce jour, en effet, le même voile demeure quand on lit l’Ancien Testament ; il n’est pas retiré car c’est dans le Christ qu’il disparaît ;
15 et aujourd’hui encore, quand les fils d’Israël lisent les livres de Moïse, un voile couvre leur cœur.
16 Quand on se convertit au Seigneur, le voile est enlevé.
17 Or, le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté.
09 Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas.
11 Ils cherchaient quel temps et quelles circonstances voulait indiquer l’Esprit du Christ, présent en eux, quand il attestait par avance les souffrances du Christ et la gloire qui s’ensuivrait.
01 Celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ; celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui.
02 Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements.
03 Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau,
04 puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi.
05 Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
06 C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité.
07 En effet, ils sont trois qui rendent témoignage,
08 l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un.
"L'Esprit est l'Esprit du Père et du Fils. Il est la communion du Père et du Fils. L'Esprit est possédé par le Père et par le Fils, mais différemment. Le Père le possède en le donnant, le Fils en le recevant et en partageant le pouvoir de l'envoyer dans le monde. Si le Père engendre dans l'Esprit et fait être le Fils, le Fils lui aussi, en aimant, provoque l'amour du Père qui l'engendre aussi dans cet amour. Dieu le Père révèle le Fils et se révèle lui-même en donnant le Fils au monde dans la Pâque. (François-Xavier DURRWELL, La Trinité, Le Père engendre le Fils dans l'Esprit, Cerf, Paris 2021, p. 24-25.)
De l'unité du Père et du Fils :
Un épisode de Jésus arrivant à Jérusalem avec ses disciples, avant sa Passion, révèle la divinité de Jésus qui s'approprie la puissance de Dieu de rassembler les enfants de Jérusalem; en employant le "je", il dit : "Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu !" (Mt 23, 37)
Ailleurs, Jésus s'approprie de nouveau une autre puissance qui n'appartient qu'à Dieu, celle de disposer de la vie :
"Ce que fait celui-ci (le Père), le Fils le fait pareillement. ... Comme le Père, en effet, relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils, lui aussi, fait vivre qui il veut." (Jn 5, 19-21).
Comme le Père dispose de la vie, ainsi le Fils en dispose aussi. (Jn 5, 26).
C’est pourquoi, de plus en plus, les Juifs cherchaient à le tuer, car non seulement il ne respectait pas le sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu. (Jn 5, 18)
Les paroles prophétiques du deuxième Psaume parlent du Fils qui est de la même substance que le Père, du Fils engendré par le Père dans le mystère ineffable de sa divinité, dans l'aujourd'hui éternel de la très sainte Trinité : Je proclame le décret du Seigneur ! + Il m'a dit : "Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré." (Ps 2,7 ).
Le Fils vit par le Père, d'abord parce qu'il a été engendré par lui. Il y a une relation étroite entre la paternité et la filiation, en vertu de la génération : "Tu es mon Fils ; moi, aujourd'hui je t'ai engendré" (He I, 5). De même une phrase semblable du livre de Samuel : « Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils », est un témoignage de l'Ancien Testament. (2 S 7,14)
Non pas créé, mais engendré éternellement par le Père, de façon spirituelle. Un peu comme notre esprit humain, dans la connaissance qu'il a de soi, produit une image de lui-même, une idée conçue ou concept, le Fils est le "concept" ou le Verbe intérieur de Dieu, son reflet éternel. (Jean-Michel Garrigues, Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, Éditions Parole et Silence, 2000, p. 43-44.)
"Selon l'évangile de saint Jean, le Fils-Verbe était au commencement avec Dieu, et le Verbe était Dieu (Jn 1, 1-2). Nous avons le même concept dans l'enseignement apostolique. Le Fils est de la même nature que le Père parce qu'il est le Verbe de Dieu." (Jean-Michel Garrigues, Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, Éditions Parole et Silence, 2000, p. 45-46.)
Jésus lui-même n'a cessé de révéler son propre mystère par toute une série de paroles inouïes et fortes, accompagnées de signes : "Avant qu'Abraham existât, Je suis" (Jn 8,58) ; "Qui m'a vu a vu le Père" (Jn 14 : 9) ; "le Père et moi, nous sommes UN." (Jn 10,30) ; "Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi" (Jn 14,11)
Jn 8, 14-16 "Jésus leur répondit : "Oui, moi, je me rends témoignage à moi-même, et pourtant mon témoignage est vrai, car je sais d’où je suis venu, et où je vais ; mais vous, vous ne savez ni d’où je viens, ni où je vais.
Vous, vous jugez de façon purement humaine. Moi, je ne juge personne.
Et, s’il m’arrive de juger, mon jugement est vrai parce que je ne suis pas seul : j’ai avec moi le Père, qui m’a envoyé.
I Jean 2 : 22-23 ... Celui-là est l’anti-Christ : il refuse à la fois le Père et le Fils ; quiconque refuse le Fils n'a pas non plus le père.
Jean 14 : 16-17 La Pentecôte ou envoi de l'Esprit-Saint sur les Apôtres :
16 Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous :
17 l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous.
Jean 15, 26 L'Esprit-Saint est envoyé par Jésus lui-même (lorsque le Fils sera remonté vers le Père) :
26 Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Cela signifie que Jésus disposera de l'Esprit-Saint en vertu de sa filiation, et que l'Esprit qui procède du Père procède aussi de lui, en tant qu'il est le Fils. Jésus reconnaît implicitement que l'Esprit dont la source est dans le Père jaillit aussi du Fils éternel, puisque Jésus pourra le donner dans sa gloire, où il jouira pleinement du privilège filial.
Jésus suppose ainsi l'ordre trinitaire lorsque, encore plus explicite, il dit : "L'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom" (Jn 14,26). Le 'nom' exprime ce qu'il y a de plus profond dans la personne du Christ, sa qualité de Fils. La formule 'en mon nom' indique la parfaite communion entre le Père et le Fils dans la mission de l'Esprit : le Père est à l'origine de cette mission; le Fils enverra donc l'Esprit 'd'auprès du Père' (Jn 15,26); mais le Fils, lui aussi, est principe de cet envoi : c'est donc 'au nom du Fils', en vertu de son union avec le Fils, que le Père enverra l'Esprit; le Père et le Fils sont l'un et l'autre le principe de cette mission du Paraclet. Le Fils partage donc toute la gloire du Père, celle de posséder et celle d'émettre l'Esprit-Saint. (François-Xavier DURRWELL, La Trinité, Le Père engendre le Fils dans l'Esprit, Cerf, Paris 2021, p. 359.)
"Nous rejoignons ici des questions qui ont une importance clé dans l'enseignement de l'Église sur la Sainte Trinité. L'Esprit Saint est envoyé par le Père et par le Fils, après que le Fils, ayant accompli sa mission rédemptrice est rentré dans sa gloire (Jn 7,39), explique encore Jean-Michel Garrigues dans "Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité" (Éditions Parole et Silence, 2000, p. 56.)
"Dans l'Esprit qui est l'Amour, réside la source de tout don envers les créatures, qui trouve en Dieu sa source : le don de l'existence à travers la création, le don de la grâce à travers l'économie du salut." (Jean-Michel GARRIGUES, Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, ibid., p. 63.)
L'amour signifie cela : vouloir le bien, adhérer au Bien. Le refus du mélange entre le bien et le mal, entre les volontés divines et les volontés du démon, la conformité de la volonté de l'homme avec la loi morale permettent de faire des actes béatifiants et de conduire l'homme au bonheur pour lequel il a été créé : Dieu.
"'Dieu est Amour' (1 Jn 4,8), dira Saint Jean. Il en est la plénitude et la source toujours jaillissante, pour le bien de ses créatures et spécialement pour le bonheur de l'homme." (Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, ibid., p. 88.)
"Finalement, Jésus est mort parce que, jusqu'à la fin, y compris devant le Sanhédrin, il a rendu témoignage à la vérité sur sa filiation divine. Il a ainsi affermi la foi de ses disciples, et la nôtre." (Jean-Michel Garrigues, Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, Éditions Parole et Silence, 2000, p. 38.)
Une lettre du IIe siècle évoque la Trinité, sans le mot : l'an 169, les fidèles de Smyrne écrivent à ceux de Philadelphie l'admirable lettre dans laquelle ils racontent que saint Polycarpe, leur évêque et disciple de saint Jean, près de souffrir le martyre, a rendu gloire à Dieu en ces termes : 'Père de votre bien-aimé Fils Jésus-Christ, béni soit-il, Dieu des anges et des puissances, Dieu de toute créature, je vous loue, je vous bénis, je vous glorifie, par Jésus-Christ votre Fils bien-aimé, pontife éternel, par qui gloire à vous avec le Saint-Esprit, maintenant et aux siècles des siècles.' (Epist. Smyrn. Eccl. apud Baron., an 169.)
Fin 2e siècle,
>Tatien le Syrien (120-173) dans son apologie "Aux Grecs", écrit que "Dieu était dans le principe, et le principe est la puissance du Verbe, nous en avons reçu l'enseignement. (Gn 1,1-3) Le Seigneur de toutes choses, puisqu'il est lui-même le fondement de l'univers, au temps où la Création n'était pas encore advenue, était seul." (Aux Grecs V, 1). D'après A. Puech, (Recherches sur le Discours aux Grecs de Tatien suivies d'une traduction française du Discours, Paris, Alcan, 1903, p. 56-57) : "le principe est la puissance du Logos, instrument de la Création; le Logos, son Verbe, sa raison, est immanent à lui, mais ne forme pas encore une puissance distincte. Dieu est simple avant d'avoir émis le Logos, mais son Logos ne se perd pas lorsqu'il est émis : il devient personne distincte, œuvre du Père, son premier-né." (Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017, note 2, p. 1311-1312.)
Tatien poursuit: "et, comme toute puissance, il était lui-même le fondement des choses visibles et invisibles, avec le Verbe, et fonda toutes choses avec lui par sa puissance verbale. [...] [L]e Verbe, sans avancer dans le vide, advient comme œuvre première-née du Père." (Aux Grecs V, 1-2)
"[...] L'esprit de Dieu n'est pas chez tous, mais seulement chez quelques-uns qui se comportent avec justice. [...] et celles (les âmes) qui obéissaient à la sagesse attiraient à elles l'esprit auquel elles sont apparentées." (Aux Grecs XIII, 5)
>le document À Diognèteadressé aux élites cultivées de l'empire romain (une apologie de nature protreptique car il culmine par une exhortation à embrasser le christianisme) évoque la Création du monde en développant Jn 1,2-3 en ces termes :
"Il n'a pas envoyé aux humains [...] un quelconque subordonné, un ange, un archonte, l'un de ceux qui s'occupent des choses terrestres ou l'un de ceux à qui a été confiée l'administration des cieux, mais bienl'artisan et auteur de l'univers. C'est par celui-ci que Dieu a créé les cieux... C'est par lui que toutes choses ont été ordonnées. [...] Voilà celui que Dieu leur a envoyé." (À Diognète, VII, 2, in Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017, p. 815.)
Saint Paul aux Colossiens 1,16, lui-même, avait dit ; "EN lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé PAR lui et POUR lui."
Scutum Fidei, bouclier ou écusson de la Trinité, illustration de la première partie du Symbole d'Athanase
Au Ve siècle, la conception trinitaire du symbole Quicumque, ou Symbole d'Athanase (298-373), fortement augustinienne, est utilisée par les Latins lors de la querelle du Filioque au IXe siècle. Ce symbole qui n'appartient pas à l'Église grecque qui ne l'a connu que fort tard, proclame notamment : "L’Esprit Saint est du Père et du Fils : ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédant."
"Nous adorons un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l'unité, sans confondre les Personnes ni diviser la substance: autre est en effet la Personne du Père, autre est celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit; mais UNE est la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, égale la gloire, co-éternelle la majesté. [...] Il faut vénérer l'unité dans la Trinité et la Trinité dans l'unité."
"L'Esprit Saint n'est ni façonné, ni créé, ni engendré, mais il procède du Père et du Fils.'" (Jean-Michel Garrigues, Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, Éditions Parole et Silence, 2000, p. 62.)
Saint Augustin dans De Trinitate affirme en effet que l'Esprit est ''le lien d'amour commun au Père et au Fils'' et qu'il procède de l'un et de l'autre (livres IV et XV). Cette doctrine ne vise pas à faire du Père et du Fils deux principes séparés mais à affirmer leur communion unique dans la spiration de l'Esprit.
L'eau : gaz, liquide et glace
275. Si quelqu'un pense de façon juste à propos du Père et du Fils, mais ne pense pas de façon juste à propos de l'Esprit, il est hérétique. [...]
276. Si quelqu'un, en disant que le Père est Dieu, que son Fils est Dieu et que le Saint-Esprit est Dieu,
partage, et veut dire ainsi des dieux et non pas Dieu, à cause de l'unique divinité et puissance, que nous croyons et savons appartenir au Père, au Fils et au Saint-Esprit ;
s'il excepte le Fils ou l'Esprit Saint, en estimant que seul le Père doit être dit Dieu, et que c'est ainsi qu'il croit en un seul Dieu, il est hérétique en tous ces points. [...]
Dimension, une en trois : Hauteur, largeur et profondeur. De même, le temps est UN en trois: passé, présent ET futur.
Une dimension est trois et ne fait qu'un : Hauteur, largeur, et profondeur. De même, le temps est trois en un : passé, présent et futur. Le feu est flamme, lumière, et chaleur. L'eau est un gaz, un liquide et de la glace.
La clause "et du Fils" (Filioque) dans le Credo de Constantinople est un ajout de l'Eglise catholique au Concile de Tolède en 589 fait pour contrer l'arianisme en Espagne. Cette clause déjà employée en Occident n'a été incorporée dans la liturgie qu'en 1014 sous le Pape Benoît VIII. Les Orientaux ne l'ont pas admise, ce qui a occasionné le schisme de 1054.
Les Pères occidentaux
Après les conciles de Nicée, le Filioque n'est pas un ajout tardif, c'est une tradition ancienne en Occident. Les Pères latins, confrontés à des hérésies comme l'arianisme, ont souvent insisté sur l'unité des Personnes divines et la consubstantialité (même essence) au sein de la Trinité. Ils ont affirmé que l'Esprit procède du Père et du Fils comme d'un principe unique, pour souligner que le Fils partage pleinement la divinité du Père. Ce n'était pas une "innovation", c'était une clarification, qui ne visait non pas à amoindrir le Père mais à souligner que le Père et le Fils avait la même substance divine.
>Ambroise de Milan (vers 339-397) est l'un des premiers à formuler clairement cette idée.
Dans son traité Du Saint-Esprit (De Spiritu Sancto, livre I, chapitre 11), il déclare que l'Esprit "procède du Père et du Fils" (procedit a Patre et Filio), sans séparation entre eux, pour combattre les hérésies niant la divinité de l'Esprit et affirmer l'égalité l'égalité et l'unité des Trois Personnes.
>Augustin d'Hippone (354-430) dans De la Trinité (De Trinitate, livres IV et XV) explique que l'Esprit procède du Père et du Fils comme d'un seul principe (principaliter a Patre et Filio) en citant Jn 15,26 pour l'affirmer ("Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père"). Pour Augustin, l'Esprit est le lien d'amour mutuel entre le Père et le Fils ; sa procession du Fils reflète cette relation éternelle d'amour réciproque au sein de la Trinité. Ilutilise des analogies comme l'amour procédant de l'esprit et de la connaissance pour illustrer cela. La "Sagesse" est "Esprit Saint" (Sg 1,5) et aussi "Paroles" de Dieu, "claires pour qui a l’intelligence, et droites pour qui a trouvé la connaissance" (Pr 8,8-9), et la Parole de Dieu est le "Verbe" et "le Fils" de Jn 1, 1-14.
>Les paroles de Jésus sont inspirantes car elles ont touché des millions de personnes à travers les siècles...
>De même, outre l'amour et la connaissance, la paix elle-même procède de l'Esprit.
>Et les paroles de Jésus procurent la paix (Jn 16,33).
Pour Augustin, ces analogies ne contredisent pas la source unique du Père, car le Fils reçoit tout de lui, et ce que le Père lui donne, il nous le fait connaître (Jn 16,15 "Tout ce que possède le Père est à moi; ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître" / Jn 16,7il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai), et la procession exprime les relations d'opposition ou d'inégalité au sein de la Trinité. Les personnes de la Trinité ne se distinguent pas par des attributs substantiels comme la Sagesse ou la bonté qui sont communs aux trois, mais par des relations relatives et opposées fondées sur les processions éternelles: la génération du Fils par le Père et la procession de l'Esprit par le Père et le Fils.
>Hilaire de Poitiers (vers 315-367) dans La Trinité, Livre II, 4,29, et d'autres Pères en Occident, comme Saint Victrice de Rouen (330-415) Saint Léon le Grand(† 461) au Ve siècle (Lettre Quam Laudabiliter), considéraient que l'Esprit Saint procédait du Père par le Fils, et ont aussi employé des formules similaires dans des professions de foi privées, affirmant que l'Esprit procède du Père et du Fils pour contrer les hérésies subordonnant le Fils ou l'Esprit. Ces Pères voyaient le Filioque comme une clarification de l'unité trinitaire, où le Père reste le principe premier, mais où le Fils participe à la spiration de l'Esprit. Ces explications visaient à affirmer l'égalité trinitaire et à éviter toute subordination.
Les Pères grecs, influencés par le Symbole de Nicée-Constantinople (381) qui dit que l'Esprit "procède du Père" (ek tou Patros ekporeuomenon), ont généralement insisté sur le Père comme unique source (monarchie) de la Trinité. Cependant, ils ont souvent décrit une médiation du Fils dans la procession ou la manifestation de l'Esprit, utilisant des expressions comme "par le Fils" (dia tou Huiou) ou "du Père et recevant du Fils". Les Occidentaux ont vu cela comme soutenant le filioque, mais les Orientaux distinguent entre l'origine éternelle (ekporeusis, du Père seul) et la manifestation ou procession économique (proienai, impliquant le Fils dans l'économie du salut ou éternellement comme énergie divine).
Grégoire de Nysse (vers 335-395), un Cappadocien, décrit l'Esprit comme procédant du Père "par le Fils" (dia tou Huiou), le comparant à un rayon du soleil passant par sa splendeur. Pour lui, cela souligne l'unité consubstantielle sans faire du Fils une cause originaire comme le Père.4a6eb4566458
Dans son Thésaurus, Cyrille d'Alexandrie (vers 376-444) affirme que l'Esprit "procède du Père et du Fils" (proeisi ek Patros kai Huiou), mais dans un sens économique (lié à la révélation dans le monde). Il précise que l'Esprit reçoit du Fils, soulignant la médiation du Fils sans altérer la monarchie du Père.
Épiphane de Salamine (vers 315-403) et Maxime le Confesseur (vers 580-662) utilisent des formules comme "du Père par le Fils" ou "procédant du Père et recevant du Fils". Maxime, en particulier, défend les Latins contre les accusations byzantines en expliquant que les Latins n'enseignent pas deux causes dans la Trinité, mais qu'ils entendent par Filioque que l'Esprit procède du Père à travers le Fils sans remettre en cause la monarchie du Père. Le filioque ne fait pas du Fils une cause première, mais exprime la communication de l'Esprit par le Fils, en distinguant procession ontologique (du Père) et énergétique (par le Fils). Maxime affirme explicitement que cette doctrine est orthodoxe dans son intention et compatible avec la foi grecque.
Pour les Orientaux, ces expressions préservent le Père comme unique principe sans principe (aitia), évitant toute confusion des hypostases. La controverse a surgi quand les Latins ont ajouté le filioque au Credo, perçu comme altérant cette monarchie.
Sur le plan théologique strict, le Filioque découle d'une réflexion sur les relations trinitaires. Dans la Trinité, les personnes se distinguent uniquement par leurs relations d'origine. Le Père est sans origine, le Fils est engendré par le Père et l'Esprit procède. Or, si le Fils reçoit tout du Père comme l'affirmeJn 16,15 ("Tout ce que possède le Père est à moi")alors la capacité de spirer l'Esprit fait partie de ce que le Père communique au Fils, à l'exception de la Paternité elle-même. Ainsi, lorsque l'Occident affirme que l'Esprit procède du Père et du Fils, il ne nie pas la monarchie du Père, mais affirme que le Père est l'unique source première et que le Fils participe pleinement à cette spiration en tant que Fils. Pour qu'il y ait un Père, il faut qu'il y est un Fils.
"Depuis le VIe siècle, la lecture selon laquelle le Saint-Esprit ne procède pas seulement 'du Père' mais 'du Père et du Fils' (en latin Filioque) s'était ancrée profondément en Occident. Charlemagne et, à sa suite, les empereurs d'Occident, encouragea l'officialisation de l'ajout désormais répandu." (Michael Hesemann, Les Points noirs de l'Histoire de l'Église, Pour en finir avec vingt siècles de polémiques, Artège, Paris 2017, p. 148)
Ces interprétations ont alimenté le schisme de 1054 et des débats ultérieurs. La véritable divergence entre catholicisme et orthodoxie ne réside pas tant dans le contenu trinitaire que dans la formulation théologique et l'autorité ecclésiale. L'Orient préfère parler exclusivement du Père comme source pour préserver la monarchie divine, tandis que l'Occident insiste sur la communion consubstantielle du Père et du Fils. Autrement dit les deux formulations se concentrent sur un élément différent d'une même réalité, sans être plus vraie ou fausse l'une que l'autre. On peut très bien dire que l'Esprit-Saint procède du Père par le Fils que l'Esprit Saint procède du Père et du Fils, c'est la même chose. C'est une simple question de formulation et de sensibilité. Le Catéchisme de l'Eglise catholique au § 248 nous dit que "Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé." Cette formulation était restée limitée à la liturgie de l'Occident et n'a jamais été imposée à la liturgie orientale. Pendant des siècles, l'Orient continua de dire le Credo sans le Filioque et l'Occident avec le Filioque et cela ne posa aucun problème d'unité. On ne considérait pas cela comme une hérésie parce que l'on considérait qu'il s'agissait de mettre l'accent sur tel ou tel autre aspect de la Trinité, la Primauté du Père ou la consusbstantialité du Père et du Fils. Et même, après l'introduction du Filioque dans la liturgie latine entre le VIe (Espagne) et le VIIIe siècle (France), plusieurs Conciles oecuméniques, dont Constantinople III (681 ap. J.-C.) et Nicée II en 787 se sont tenus sans tenir d'objections sur le Filioque, parce que tout le monde savait qu'il s'agissait d'une différence de formulation théologique légitime, dans la diversité de l'Eglise universelle, pas une rupture de foi. Ce ne sera que soudainement que surgit la querelle du Filioque avec Photius au IXe siècle, en 858, lorsque le Patriarche de Constantinople Ignace sera destitué par l'empereur Constantin et remplacé par Photios (le commandant de sa garde personnelle, qui en l'espace de cinq jours juste à temps pour les fêtes de Noël, fut par une procédure accélérée successivement consacré moine, lecteur, diacre, prêtre et finalement évêque, avant d'être nommé patriarche par Michel III), nomination rejetée par le Pape Nicolas Ier, qui soutenait le retour d'Ignace. Mais Ignace fut enfermé dans la chapelle mortuaire de l'église des Apôtres, affamé pendant deux semaines, avant d'être étendu nu jusqu'à la chemise, avec des poids aux pieds au-dessus des restes du sarcophage de Constantin V l'Iconoclaste. Il ne recouvrit la liberté qu'après avoir apposé sa signature, au bas d'une feuille de parchemin vierge sur lequel quelqu'un rédigea par la suite son acte de renonciation. Le pape Nicolas Ier entra dans une colère noire lorsqu'il fut informé des évènements. La tradition voulait que le Pape approuvât le choix d'un nouveau patriarche. Malgré le désavœu exprès, Photius fut installé. Ainsi le pape confirma Ignace dans ses fonctions et prononça l'excommunication de Photius. Celui-ci avait l'empereur derrière lui et convoqua de son côté un concile à Constantinople en 867, lors duquel il prononça la révocation du pape et l'excommunia. Lorsque Photius découvrit que le pape Nicolas Ier s'était prononcé pour pour la lecture du Filioque, il découvrit le point faible et le prétexte pour fonder officiellement l'accusation d'hérésie lancée contre le pape, ainsi que pour justifier sa révocation et son excommunication lors du concile de 867. Ce faisant, première dans l'histoire, Photios refusa la primauté papale en matière de foi. C'est là le cœur du schisme parce que cette primauté, Jésus l'avait instaurée et c'était ce qu'avait enseigné les premiers chrétiens. Jusque-là, ni en Orient ni en Occident, personne ne considéra la formule Filioque hérétique. Le Filioque cessa soudainement d'être une question de théologie pour devenir un symbole politique d'opposition à l'autorité romaine.
D'ailleurs aujourd'hui, le Saint-Siège reconnaît que la forme originale du Credo (celle de 381 en grec sans le Filioque) reste normative et légitime pour toute l'Église catholique et il n'impose l'ajout dans les liturgies orientales et ainsi, 23 Églises catholiques orientales d'autres rites que romains mais en communion avec Rome continuent de dire le Credo sans le Filioque, tout en restants catholiques :
Les églises melkites (au Liban, en Syrie, au Brésil, en Argentine, en Israël et en Palestine, dont le patriarche porte le titre de patriarche melkite d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem. C'est la seule Église catholique dont le patriarche détient simultanément ces trois grands titres patriarcaux historiques d'Orient); syriaques (préservant l'héritage spirituel et liturgique de l'ancienne tradition syriaque d'Antioche), maronites du Liban de tradition antiochienne (conservant l'usage liturgique du syriaque occidental aux côtés de l'arabe avec de nombreux textes liturgiques contenant des mots en araméen); syro-malankare (chrétiens du Kerala, en Inde, historiquement liée à la tradition syriaque occidentale); syro-malabare d'Inde (chrétiens de saint Thomas en Inde, qui, selon la tradition, furent évangélisés par l'apôtre, de tradition liturgique syriaque orientale), chaldéens (araméen oriental, langue proche de celle parlée par Jésus), coptes catholiques d'Égypte (rite alexandrin en langues copte et arabe, le copte, langue liturgique, représente l'ultime stade historique de la langue de l'Égypte pharaonique antique, faisant de cette Église l'héritière directe d'une tradition culturelle de plus de 3 000 ans); albanais de rite byzantin, catholiques arméniens (rite en arménien classique), catholiques érythréens, éthiopiens (de langue guèze dans la liturgie et intégration d'éléments culturels africains et des instruments traditionnels tels que les tambours et les sistres, une pratique peu courante dans les autres Églises catholiques), catholiques biélorusses de tradition slave byzantine et faisant remonter leurs origines à l'Union de Brest de 1596; catholiques Bulgares de rite byzantin-slave (bulgare et slavon d'église); Grecs catholiques de tradition byzantine, liturgie de saint Jean Chrysostome et d'autres formes caractéristiques de l'héritage byzantin; Gréco-catholiques hongrois, issus des communautés de rite byzantin établies dans le royaume de Hongrie, élevés au rang d’Église métropolitaine "sui iuris" en 2015; Grecs catholiques macédoniens (de rite byzantin de Macédoine du Nord); Grecs catholiques roumains; Grecs catholiques russes (de rite byzantin est composée de petites communautés qui préservent la tradition liturgique russe en communion avec le Saint-Siège); Ruthènes (historiquement liée aux peuples des Carpates), principalement présente en Slovaquie, en Ukraine et aux États-Unis. En Amérique du Nord, elle a développé une identité si forte et distincte qu'elle possède son propre siège métropolitain à Pittsburgh); Grecs catholiques slovaques (qui partage ses origines avec la tradition ruthène), élevés au rang d'église métropolitaine "sui iuris"; Grecs catholiques ukrainiens nés de l'Union de Brest en 1596 et a subi d'intenses persécutions durant l'ère soviétique (dirigés par un archevêque important basé à Kiev et qui compte des millions de fidèles à travers le monde); Grecs-catholiques croates et serbes (Éparchie de Križevci) de tradition byzantine de Croatie, de Serbie et d'autres territoires de l'ex-Yougoslavie (église fondée en 1777, elle accueille des fidèles d'origines ethniques et linguistiques diverses, de langue liturgique croate, slavon d'église, ruthène et dans d'autres langues locales, reflétant la diversité culturelle des Balkans.)
Toutes ces églises fonctionnentselon un système synodal solide, reflétant bien l'esprit du premier millénaire. Chaque Église est structurée autour d'un synode d'évêques, qui constitue l'organe directeur suprême. Ce synode légifère sur de nombreux aspects de la vie ecclésiale, prend des décisions pastorales et participe à l'élection des nouveaux évêques. Dans les Églises patriarcales et les Églises archiépiscopales majeures, le synode élit même le patriarche ou l'archevêque majeur, une élection qui doit ensuite être reconnue ou confirmée selon les normes établies par Rome.
Si bien que l'on peut dire que les églises "orthodoxes" qui accusent aujourd'hui l'église catholique d'avoir innové dans la tradition et rompu avec la tradition sont en fait celles qui ont fait un revirement par rapport à la position de leur propre père et la tradition des premiers siècles où la diversité des expressions de foi du credo n'était pas signe de division. Le pape mourut peu après, et son successeur Hadrien II (867-872) confirma l'excommunication de Photius. Lorsque le Pape Jean VIII (87-882) proposa de lever les sanctions si Photius reconnaissait le Filioque, le patriarche donna publiquement lecture sournoise de la lettre, en omettant de mentionner cette condition ! Cet incident aboutit deux siècles plus tard à la rupture définitive entre les Eglises d'Orient et d'Occident en 1054, après que le Pape Benoît VIII (1012-1024) admit définitivement la formule dans le Credo latin. (Cf. Michael Hesemann, Les Points noirs de l'Histoire de l'Église, Pour en finir avec vingt siècles de polémiques, Artège, Paris 2017, p. 145-149.)
L'enseignement de l'Église sur la Sainte Trinité. ParS. Augustin (354 - 430), De Trinitate, Livre 1, chapitre 4 :
Tous les interprètes de nos livres sacrés, tant de l'Ancien Testament que du Nouveau que j'ai lus, et qui ont écrit sur la Trinité, le Dieu unique et véritable, se sont accordés à prouver par l'enseignement des Ecritures que le Père, le Fils et l'Esprit-Saint sont un en unité de nature, ou de substance, et parfaitement égaux entre eux. Ainsi ce ne sont pas trois dieux, mais un seul et même Dieu. Ainsi encore le Père a engendré le Fils, en sorte que le Fils n'est point le Père : et de même le Père n'est point le Fils, puisqu'il l'a engendré. Quant à l'Esprit-Saint, il n'est ni le Père, ni le Fils ; mais l'Esprit du Père et du Fils, égal au Père et au Fils, et complétant l'unité de la Trinité. C'est le Fils seul, et non la Trinité entière, qui est né de la vierge Marie, a été crucifié sous Ponce-Pilate, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour et est monté au ciel. C'est également le Saint-Esprit seul qui, au baptême de Jésus-Christ, descendit sur lui en forme de colombe, qui après l'Ascension, et le jour de la Pentecôte, s'annonça par un grand bruit venant du ciel et pareil à un vent violent, et qui se partageant en langues de feu, se reposa sur chacun des apôtres (Mt III, 16 ; Ac II, 2-4). Enfin c'est le Père seul et non la Trinité entière qui se fit entendre soit au baptême de Jésus par Jean-Baptiste, soit sur la montagne en présence des trois disciples, lorsque cette parole fut prononcée « Vous êtes mon Fils». Et également ce fut la voix du Père qui retentit dans le temple, et qui dit : « Je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore (Mc I, 11) ». Néanmoins comme le Père, le Fils et l'Esprit-Saint sont inséparables en unité de nature, toute action extérieure leur est commune. Telle est ma croyance, parce que telle est la foi catholique.
Comment trois personnes ne font-elles qu'un seul Dieu ?
Mais ici quelques-uns se troublent, quand on leur dit qu'il y a trois personnes en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et que ces trois personnes ne sont pas trois dieux, mais un seul et même Dieu. Aussi demandent-elles comment on peut comprendre un tel langage, surtout si vous ajoutez que toute action extérieure est commune à la Trinité entière, et que néanmoins la voix du Père qui s'est fait entendre, n'est pas la voix du Fils, que l'Incarnation n'appartient qu'au Fils qui a pris une chair, qui a souffert, qui est ressuscité et qui est monté au ciel ; et que seul l'Esprit-Saint s'est montré sous la forme d'une colombe. Ces esprits curieux veulent donc comprendre comment la Trinité entière a pu parler par cette voix qui n'est que la voix du Père, comment encore cette même Trinité a créé la chair que le Fils seul a prise dans le sein d'une Vierge, et enfin comment cette colombe sous-laquelle se montra seul l'Esprit-Saint a été l'oeuvre de toute la Trinité. Car autrement, la Trinité n'agirait pas inséparablement, et le Père serait une chose, le Fils une autre, et l'Esprit-Saint une autre. Si au contraire certaines actions sont communes aux trois personnes, et certaines autres propres seulement à chacune d'elles, l'on ne peut plus dire que la Trinité agisse inséparablement. Ils se tourmentent encore pour savoir comment l'Esprit-Saint fait partie essentielle de la Trinité, puisqu'il n'est engendré ni du Père, ni du Fils, quoiqu'il soit l'Esprit du Père et du Fils.
Telles sont les questions dont quelques personnes me poursuivent à satiété. C'est pourquoi je vais essayer de leur répondre, autant que la grâce divine suppléera à mon impuissance, et en évitant de suivre les sentiers d'une jalouse et maligne critique (Sg VI, 25). Si je disais que jamais je ne me préoccupe de ces mystérieuses questions, je mentirais. J'avoue donc que j'y réfléchis souvent, parce que j'aime en toutes choses à découvrir la vérité, et d'un autre côté la charité me presse de communiquer à mes frères le résultat de mes réflexions. Ce n'est point que j'aie atteint le terme, ou que je sois déjà parfait, car si l'apôtre saint Paul n'osait se rendre ce témoignage, pourrais-je le faire, moi qui suis si éloigné de lui ? «Mais oubliant, selon ma faiblesse, ce qui est derrière moi, et m'avançant « vers ce qui est devant moi, je m'efforce d'atteindre le but pour remporter le prix de la céleste vocation (Ph III, 12.14) ». Quelle distance ai-je donc parcourue dans cette route? à quel point suis-je arrivé ? et quel espace me reste-t-il encore à franchir? voilà les questions auxquelles on désire une réponse nette et précise. Puis-je la refuser à ceux qui la sollicitent, et dont la charité me rend l'humble serviteur ? Mais je prie aussi le Seigneur de faire qu'en voulant instruire mes frères, je ne néglige point ma propre perfection , et qu'en répondant à leurs questions, je trouve moi-même la solution de tous mes doutes. J'entreprends donc ce traité par l'ordre et avec le secours du Seigneur notre Dieu, et je me propose bien moins d'y soutenir d'un ton magistral des vérités déjà connues, que d'approfondir ces mêmes vérités en les examinant avec une religieuse piété.
Consubstantialité des trois personnes
Quelques-uns ont dit que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'était pas Dieu, ou qu'il n'était pas vrai Dieu, ou qu'il n'était pas avec le Père un seul et même Dieu, ou qu'il n'était pas réellement immortel parce qu'il était sujet au changement. Mais il suffit pour les réfuter de leur opposer les témoignages évidents et unanimes de nos saintes Ecritures. Ainsi saint Jean nous dit « qu'au commencement était le « Verbe, que le Verbe était avec Dieu, et que le Verbe était Dieu ». Or l'on ne peut nier que nous ne reconnaissions en ce Verbe qui est Dieu, le Fils unique de Dieu, celui dont le même Evangéliste dit ensuite, « qu'il s'est fait chair, et qu'il a habité parmi nous ». Ce qui arriva lorsque par l'incarnation le Fils de Dieu naquit dans le temps de la vierge Marie. Observons aussi que dans ce passage, saint Jean ne déclare pas seulement que le Verbe est Dieu, mais encore qu'il affirme sa consubstantialité avec le Père. Car après avoir dit « que le Verbe était Dieu », il ajoute « qu'au commencement il était avec Dieu, que toutes choses ont été faites par lui, et que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui » (Jn I, 14, 2.3). Or, quand l'Evangéliste dit que tout a été fait par le Verbe, il entend évidemment parler de tout ce qui a été créé; et nous en tirons cette rigoureuse conséquence que le Verbe lui-même n'a pas été fait par Celui qui a fait toutes choses. Mais s'il n'a pas été fait, il n'est donc pas créature, et s'il n'est pas créature, il est donc de la même substance ou nature que le Père. Et en effet, tout ce qui existe est créature, s'il n'est Dieu; et tout ce qui n'est pas créature, est Dieu, De plus, si le Fils n'est pas consubstantiel au Père, il a donc été créé; mais s'il a été créé, tout n'a donc pas été fait par lui, et cependant l'Evangéliste nous assure que tout a été fait par lui. Concluons donc et que le Fils est de la même substance ou nature que le Père, et que non-seulement il est Dieu, mais le vrai Dieu. C'est ce que saint Jean nous atteste expressément dans sa première épître: « Nous savons, dit-il, que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence, afin que nous connaissions le vrai Dieu, et que nous vivions en son vrai « Fils qui est Jésus-Christ. C'est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle (I Jn V, 20) ».
Nous pouvons également affirmer que l'apôtre saint Paul parlait de la Trinité entière, et non du Père exclusivement, lorsqu'il disait «que Dieu seul possède l'immortalité (I Tm VI, 16) ». Et, en effet, l'Etre éternel ne saurait être soumis ni au changement, ni à la mortalité; et par conséquent, dès là que le Fils de Dieu « est la vie éternelle », on ne doit point le séparer du Père quand on dit que celui-ci « possède seul l'immortalité ». C'est aussi parce que l'homme entre en participation de cette vie éternelle, qu'il devient lui-même immortel. Mais il y a une distance infinie entre celui qui est par essence la vie éternelle, et l'homme qui n'est immortel qu'accidentellement, et parce qu'il participe à cette vie. Bien plus, ce serait une erreur d'entendre séparément du Fils et à l'exclusion du Père, ces autres paroles du même apôtre : « Il le fera paraître en son temps, Celui qui est souverainement heureux, le seul puissant, le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs, qui seul possède l'immortalité ». Nous voyons, en effet, que le Fils lui-même parlant au nom de la Sagesse, car « il est la Sagesse de Dieu (I Co I, 24) », ne se sépare point du Père, quand il dit : « Seul, j'ai parcouru le cercle des cieux (Si XXIV, 8) ». A plus forte raison, il n'est point nécessaire de rapporter exclusivement au Père et en dehors du Fils, ce mot de l'Apôtre : « Qui seul possède l'immortalité ». D'ailleurs, l'ensemble du passage s'y oppose. « Je vous commande, dit saint Paul à Timothée, d'observer les préceptes que je vous donne, vous conservant sans tache et sans reproche jusqu'à l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ que doit faire paraître, en son temps, Celui qui est souverainement heureux, le seul puissant, le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs; qui seul possède l'immortalité, qui habite une lumière inaccessible, qu'aucun homme n'a pu ni ne peut voir, et à qui est l'honneur et la gloire aux siècles des siècles. « Amen (I Tm VI, 14.15.16) ». Remarquez bien que dans ce passage l'Apôtre ne désigne personnellement ni le Père, ni le Fils, ni l'Esprit-Saint, et qu'il caractérise le seul vrai Dieu, c'est-à-dire la Trinité tout entière par ces mots : « Celui qui est souverainement heureux, le seul puissant, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs ».
Mais peut-être vous troublez-vous, parce que vous saisissez difficilement ce mot de l'Apôtre : « Qu'aucun homme n'a pu, ni ne peut voir ». Rassurez-vous : il s'agit ici de la divinité de Jésus-Christ; et en effet, les Juifs qui ne pouvaient voir en lui le Dieu, ne laissèrent pas de crucifier l'homme qu'ils voyaient. C'est qu'un oeil mortel ne saurait contempler l'essence divine, et qu'elle n'est aperçue que de l'homme qui s'est élevé au-dessus de l'humanité. Nous avons donc raison de rapporter à la sainte Trinité ces paroles « Le Dieu souverainement heureux et seul puissant, qui fera paraître en son temps Notre-Seigneur Jésus-Christ ». D'ailleurs, si l'Apôtre dit ici que ce Dieu « possède seul l'immortalité », le psalmiste n'avait-il pas dit, « que seul il opère des prodiges ? (Ps LXXI, 18) ». Et maintenant je demanderai à mes adversaires de qui ils entendent cette parole. Du Père seul ? Mais alors comment sera-t-elle véritable cette affirmation du Fils: «Tout ce que le Père fait, le Fils le fait également ? » De tous les miracles ? Le plus grand est certainement la résurrection d'un mort. Eh bien! « Comme le Père, dit Jésus-Christ, ressuscite les morts et les vivifie, ainsi le Fils vivifie ceux qu'il veut (Jn V, 19.21)». Comment donc le Père opèrerait-il seul des prodiges ? et comment pourrait-on expliquer autrement ces paroles qu'en les rapportant non au Père seul, ni au Fils, mais au seul vrai Dieu, c'est-à-dire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ? L'apôtre saint Paul nous dit encore: « Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père d'où procèdent toutes choses, et qui nous a faits pour lui; et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui toutes choses ont été faites, et nous par lui ». Or, je le demande, l'apôtre, comme l'évangéliste, n'affirme-t-il pas « que toutes choses ont été faites par le Verbe ? » Et dans cet autre passage, n'est-ce pas aussi ce même Verbe qu'il désigne évidemment ? « Tout est de lui, tout est par lui, tout est en lui. A lui soit la gloire aux siècles des siècles. Amen (Rm XI,36) ». Veut-on, au contraire, reconnaître ici la distinction des personnes, et rapporter au Père ces mots: «Tout est de lui » ; au Fils, ceux-ci : « Tout est par lui » ; et au Saint-Esprit, ces autres : «Tout est en lui ? ». Il devient manifeste que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu, puisque l'Apôtre attribue à chacune des trois personnes cette même et unique doxologie : « Honneur et gloire aux siècles des siècles. Amen ». Et en effet, si nous reprenons ce passage de plus haut, nous verrons que l'Apôtre ne dit pas « O profondeur des richesses de la sagesse et de la science », du Père, ou du Fils, ou du Saint-Esprit, mais simplement, « de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements, ajoute-t-il, sont incompréhensibles, et ses voies impénétrables ! car qui connaît les desseins de Dieu, ou qui est entré dans le secret de ses conseils ? ou qui lui a donné le premier pour en attendre la récompense ? car tout est de lui, tout est par lui, tout est en lui. A lui la gloire aux siècles des siècles. Amen (Rm XI, 33-36) ». Mais si vous ne rapportez ces paroles qu'au Père, en soutenant que seul il a fait toutes choses, comme l'Apôtre l'affirme ici, je vous demanderai de les concilier et avec ce passage de l'épître aux Corinthiens, où, parlant du Fils, saint Paul dit : « Nous n'avons qu'un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui toutes choses ont été faites », et avec ce témoignage de l'évangéliste saint Jean : « Toutes choses ont été faites par le Verbe (I Co III, 6 ; Jn I, 2) ». Et, en effet, supposons que certaines choses aient été faites par le Père, et d'autres par le Fils, il faudrait en conclure que ni l'un ni l'autre n'ont fait toutes choses. Admettez-vous, au contraire, que toutes choses ont été faites ensemble par le Père et par le Fils, vous en déduirez l'égalité du Père et du Fils, et la simultanéité des opérations du Père et du Fils. Pressons encore cet argument. Si le Père a fait le Fils qui lui-même n'a pas fait le Père, il n'est plus vrai que le Fils ait fait toutes choses. Et cependant tout a été fait par le Fils donc il n'a pas été fait lui-même ; autrement il n'aurait pas fait avec le Père tout ce qui a été fait. Au reste, le mot lui-même se rencontre sous la plume de l'Apôtre; car dans l'épître aux Philippiens, il dit nettement « que le Verbe ayant la nature de Dieu, n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation de s'égaler à Dieu (Ph II, 6) ». Ici saint Paul donne expressément au Père le nom de Dieu, ainsi que dans cet autre passage : «Dieu est le Chef de Jésus-Christ (I Co, XI, 3) ».
Quant au Saint-Esprit, ceux qui avant moi ont écrit sur ces matières, ont également réuni d'abondants témoignages pour prouver qu'il est Dieu et non créature. Mais s'il n'est pas créature, il est non-seulement Dieu dans le même sens que quelques hommes sont appelés dieux (Ps LXXXI, 6) ; mais il est réellement le vrai Dieu. D'où je conclus qu'il est entièrement égal au Père et au Fils, consubstantiel au Père et au Fils, coéternel avec eux, et complétant l'unité de la nature dans la trinité des personnes. D'ailleurs, le texte des saintes Ecritures qui atteste le plus évidemment que le Saint-Esprit n'est pas créature, est ce passage de l'épître aux Romains, où l'Apôtre nous ordonne de servir non la créature, mais le Créateur (Rm I, 24). Et ici saint Paul n'entend pas nous prescrire ce service que la charité nous recommande envers tous nos frères, et que les Grecs nomment culte de dulie; mais il veut que ce soit ce culte qui n'est dû qu'à Dieu seul, et que les Grecs appellent culte de latrie. Aussi regardons-nous comme idolâtres tous ceux qui rendent aux idoles ce culte de latrie, car c'est à ce culte que se rapporte ce précepte du Décalogue: «Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul (Dt VI, 13) ». Au reste, le texte grec lève ici toute difficulté, car il porte expressément: « Et vous lui rendrez le culte de latrie ».
Or, si nous ne pouvons rendre à une créature ce culte de latrie, parce que le Décalogue nous dit : « Vous adorerez le Seigneur, votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul », et si l'Apôtre condamne ceux qui ont servi la créature plutôt que le Créateur», nous sommes en droit de conclure que le Saint-Esprit n'est pas une créature, puisque tous les chrétiens l'adorent et le servent. Et en effet, saint Paul dit « que nous ne sommes point soumis à la circoncision, parce que nous servons l'Esprit de Dieu », c'est-à-dire, selon le terme grec, que nous lui rendons le culte de latrie (Ph III, 3). Telle est la leçon que donnent tous ou presque tous les manuscrits grecs, et qui se trouve également dans plusieurs exemplaires latins. Quelques-uns cependant portent : nous servons Dieu en esprit, au lieu de lire : nous servons l'Esprit de Dieu. C'est pourquoi, sans me préoccuper de prouver à mes adversaires l'authenticité d'un texte dont ils récusent la valeur, je leur demanderai s'ils ont jamais rencontré la plus légère variante dans ce passage de la première épître aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que vos corps sont le temple du Saint-Esprit, que vous avez reçu de Dieu? » Mais ne serait-ce point un blasphème et un sacrilège que d'oser dire que le chrétien, membre de Jésus-Christ, est le temple d'une créature inférieure à Jésus-Christ ? Or, l'Apôtre nous affirme, dans un autre endroit : « que nos corps sont les membres de Jésus-Christ ». Si donc ces mêmes corps, membres de Jésus-Christ, sont également les temples de l'Esprit-Saint, celui-ci ne saurait être créature. Et, en effet, dès là que notre corps devient le temple de l'Esprit-Saint, nous devons rendre à cet Esprit le culte qui n'est dû qu'à Dieu, et que les Grecs nomment culte de latrie. Aussi saint Paul a-t-il raison d'ajouter: « Glorifiez donc Dieu dans votre corps (I Co VI, 19.1.20).
Sainte Trinité, Sanctuaire Mont Sacré de la Sainte Trinité de Ghiffa (Piémont, Italie)
Au VIIIe s., Jean Damascène synthétise la tradition patristique (notamment Basile le Grand, Grégoire de Nazianze et les conciles). Son enseignement insiste sur l'unité de substance (consubstantialité) et la distinction des hypostases (personnes), tout en rejetant les hérésies comme le sabellianisme (ou modalisme), et l'arianisme:
"Les hypostases [de la Trinité] habitent l'une dans l'autre, sans confusion aucune, mais en s'unissant étroitement, selon la parole du Seigneur : "Je suis dans le Père et le Père est en moi" (Jn 14, 11). On ne peut admettre aucune différence de volonté, de jugement, d'énergie, de puissance ou de quoi que ce soit qui, chez nous, produise une séparation réelle et absolue. C'est pourquoi nous ne disons pas trois Dieux : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, mais un seul Dieu, la sainte Trinité, le Fils et l'Esprit étant rapportés à une seule cause, sans composition ni fusion selon la synérèse de Sabellius." [Jean Damascène, Exposition exacte de la foi orthodoxe, Livre I, chapitre 8 et suiv.]
"Les hypostases sont les unes dans les autres ... sans fusion, mixion ou mélange"
La périchorèse (du grec ancien : περιχώρησις, perikhōrēsis, « rotation ») ou circumincession est la relation entre chaque personne du Dieu trinitaire chrétien (Père, Fils et Saint-Esprit). Cette relation est une union consubstantielle (les trois personnes ne forment qu'une seule substance) dans un mouvement incessant d’amour par lequel le Père engendre le Fils dans l’Esprit. Une communion si parfaite que le Père est dans le Fils, le Fils dans le Père, l'Esprit en eux, et pourtant chacun reste distinct: pas de confusion, pas de mélange. Une unité parfaite dans la distinction (diversité). Et cette unité est solide. Elle se manifeste à plusieurs niveaux:
-l'Unité d'essence divine
-l'Unité de volonté divine
-l'Unité d'action divine.
La Trinité chez Saint Bonaventure († 1274), Saint Augustin, Sainte Hildegarde de Bingen et Saint Thomas d'Aquin
Saint Bonaventure "nous enseigne que toute créature porte en elle une structure proprement trinitaire" (Laudato Si 239; Bonaventure, Myst. Trinitatis, I, 2). Pour lui, non seulement l'être humain, mais toute la création constitue un livre dans lequel la structure trinitaire "peut être aisément contemplée, si le regard humain n'était pas si partiel, obscur et fragile" (Myst. Trin. 1, 2, conclusion ; cité dans Laudato Si 239).
"Les deux degrés précédents nous ont conduits jusqu'en Dieu par ses vestiges, eux par lesquels il brille en toutes les créatures; [...] [C]'est dans le Saint (Ex 26, 34-35), à savoir la partie antérieure du tabernacle, que nous devons nous efforcer de voir Dieu par le miroir où, à la façon d'un chandelier, la lumière de la vérité brille sur la face de notre esprit, en qui resplendit l'image de la bienheureuse Trinité (cf. Ps 4,7)
"Entre donc en toi-même et vois que ton esprit s'aime lui-même avec la plus grande ferveur, et qu'il ne pourrait s'aimer s'il ne se connaissait, qu'il ne se connaîtrait pas s'il ne souvenait de lui-même, car nous ne comprenons rien par l'intelligence qui ne soit présent auprès de notre mémoire. Et à partir de cela, remarque, non par l'œil de la chair, mais par l'œill de la raison, que ton âme a une triple puissance. Considère donc les opérations et dispositions de ces trois puissances, et tu pourras voir Dieu par toi comme par une image, ce qui est voir par un miroir et en énigme (1 Co 13,12.)" (Saint Bonaventure, Itinéraire de l'esprit jusqu'en Dieu, Vrin, Paris 2019, p. 83-85.)
L'être humain n'invente ni n'imagine l'empreinte trinitaire des créatures. Cette réflexion trinitaire est réellement présente en elles, au-delà de notre capacité à la reconnaître. Cela dépasse le processus classique d'appropriation.
1-Saint Augustin d'Hippone fut sans aucun doute l'un des auteurs ayant exploré de manière significative le thème des vestiges trinitaires (vestigia Trinitatis) imprimés dans la création, exerçant une grande influence sur la tradition spirituelle et théologique occidentale ultérieure. Il écrit : "Il est donc nécessaire que, connaissant le Créateur par ses œuvres [cf. Rm 1, 20], nous nous élevions vers la Trinité, dont la création, dans une certaine et juste proportion, porte la trace." (Trin. VI,10,12) Toutes les créatures portent en vérité en elles l'empreinte divine, mais seul l'être humain peut être dit avoir été créé à l'image de Dieu. Tandis que saint Irénée de Lyon [Dém. 11 : FuP 2, 79-80 ; Av. hein. V, 6,1 : SCh 153, 77] et Tertullien [De carnis résurrectione 9,1] , par exemple, incluaient également la chair dans la compréhension de l'être humain comme image de Dieu, pour Augustin, bien que l'être humain soit composé d'un corps matériel et d'une âme rationnelle, [Civ. Dei XI,24] l'image divine se trouve proprement dans l'âme ou, mieux, dans sa partie la plus élevée : la mens. [Trin. XV,7,11] L’esprit est ce par quoi l’être humain est supérieur aux êtres vivants non rationnels [général litt. III,20] et peut connaître Dieu. [Trin. IX,3,3] Augustin décrit les actes de l’âme de deux manières : memoria, intelligentia, voluntas [Trin. X,11,17] (mémoire, intelligence, volonté) et mens, notitia, amor [Trin., IX,5,8] (esprit, connaissance, amour). Ce sont là trois activités de l’âme par lesquelles, par une analogie audacieuse, on peut saisir à la fois l’unité de la substance divine et la distinction des trois personnes en Dieu. Augustin souligne l’étroite interrelation entre l’esprit, la connaissance et l’amour : l’esprit, en effet, aime ce qu’il connaît. Cela lui permet, d’une part, d’exprimer la spécificité de chacune de ces activités de l’âme : ni l’esprit, ni la connaissance, ni l’amour ne se mêlent ni ne se confondent ; mais, d’autre part, de reconnaître leur immanence réciproque, puisque dans chacune c’est la même âme qui est présente et active. [Trin. IX,5,8] Dans cette intrigue, Augustin trouve des traces de la similitude de l’âme humaine avec la Trinité de Dieu, dans l’entrelacement de l’unité, de la distinction et de l’interpénétration mutuelle.
2-Sainte Hildegarde de Bingen ]. Dans l’œuvre de sainte Hildegarde de Bingen, nous admirons une réception créative et originale de la pensée augustinienne, exprimée dans un langage prophétique et visionnaire qui reflète sa profonde expérience mystique. Pour Hildegarde, Dieu se révèle à travers le cosmos et l’être humain, deux réalités d’une extrême complexité, liées entre elles comme le macrocosme et le microcosme. La création se présente comme une "seconde Écriture" : elle est un lieu de transparence du divin et de participation à son mystère. [Liber Divinorum Operum, I. 2 ] C’est pourquoi la création est imprégnée d’une valeur sacramentelle et symbolique qui est transparence de la vitalité divine elle-même. Hildegarde contemple également une continuité marquée entre la création et le salut, deux œuvres divines qui manifestent l’action du Dieu trinitaire. En ce sens, elle parle de viriditas (littéralement "verdure") comme de l’énergie vitale qui vient du Dieu trinitaire et imprègne toute la création, se manifestant comme vigueur, vitalité, fraîcheur et capacité de croissance et de guérison. Il s’agit de l’expression du pouvoir créateur de Dieu dans la nature, dans le corps et dans l’âme, qu’il faut cultiver pour la santé spirituelle et physique. Dans certains textes, il désigne, pratiquement dans le même sens, un vestige dynamique, que l’on perçoit dans la fécondité de la nature, dans la santé de l’être humain et dans l’histoire du salut. [Scivias II. 1 : CCCM 43, 7-92 ; Liber Divinorum Operum I. 1] L’être humain, en tant que summa creaturarum (somme des créatures), représente pour Hildegarde la clé herméneutique de la création : participant à la structure symbolique de la nature et possédant la capacité d’interpréter et de prolonger l’action divine, il rend intelligible la sacramentalité du cosmos. C’est pourquoi, en plus d’être opus Dei (œuvre de Dieu) avec toutes les créatures, il est aussi appelé operarius divinitatis (artisan de la divinité) : appelé à "révéler la Sainte Trinité en toutes choses" [Theodericus monachus Ecternacensis, Vita Sanctae Hildegardis Virginis , II, 16]. Ceci est possible grâce à sa création à l’image du Dieu trinitaire. Cette image n’est pas imprimée seulement sur l’âme, mais sur l’intégrité de l’être humain : le corps, l’âme et la raison. Ces trois réalités sont profondément liées entre elles, à l’image des personnes de la Trinité qui, bien que distinctes, sont mystérieusement le seul Dieu. Hildegarde reconnaît d'une manière particulière l'image de Dieu dans les cinq sens, grâce à laquelle l'être humain devient sapiens, sciens, intelligens (sage, connaisseur, intelligent), capable de connaître la création et, par la création, Dieu par la foi . La sagesse, la science et l'intelligence ne sont pas des facultés isolées, mais réciproquement liées, et l'on peut y reconnaître une analogie trinitaire. [Explanatio Symboli S. Athanasii : PL 197, 1075-1076.] L'être humain, créé à l'image de Dieu, peut trouver une certaine "sacramentalité" dans le cosmos, tandis que la création lui fournit un langage pour interpréter et manifester la vie divine. [Liber Divinorum Operum I. 2 : CCCM 92, 47-50.]
Saint Bonaventure de Bagnoregio ]. Saint Bonaventure, comme nous l'avons déjà souligné, propose une conception particulièrement pertinente de l'empreinte trinitaire dans la création. Il s'inspire, d'une part, d'Augustin et, d'autre part, de la spiritualité de saint François d'Assise, radicalement christocentrique et qui, de ce fait même, s'ouvre en Christ à embrasser toutes les créatures comme frères et sœurs, comme l'atteste le Cantique du Soleil.
Pour Bonaventure, toute la réalité créée porte l'empreinte de la Trinité : car la "joie de la communication" (communicabilitas), qui est au cœur de la Vie de la Trinité, est la source gratuite et libre de tout ce qui existe et de toute grâce. [Itinéraire VI, 2.]
Toute la création est comme un "livre" ( liber creaturae ) dans lequel on peut lire les propriétés du Créateur, le Dieu trinitaire. Bonaventure distingue clairement deux niveaux : toutes les créatures reflètent le Créateur comme des"ombres" (umbra) ou des "vestiges" (vestigium) ; [J'ai envoyé . dist. 3 q.2.] mais la créature spirituelle et personnelle – qui n’est pas seulement liée à Dieu par son existence, mais est appelée à le reconnaître et à l’aimer – est l’image de Dieu (imago).
Les créatures sont appelées "ombres" en raison des propriétés qui, d’une certaine manière, renvoient à Dieu du point de vue de la causalité qu’il exerce sur elles, sans que leur nature propre soit encore précisément déterminée. Elles sont appelées "empreintes" en raison des propriétés qui renvoient à Dieu de manière spécifique, comme leur cause efficiente, exemplaire et finale [Brev. II, 1.] , de sorte que chaque créature est "une", "vraie" et "bonne". Les créatures humaines sont proprement appelées "images" en raison de leurs propriétés qui renvoient à Dieu non seulement du point de vue de la causalité, où elles coïncident avec le reste de la création, mais aussi grâce auxquelles Dieu peut devenir l’objet conscient d’une relation vécue avec elles. Cela est dû à la conscience, à la connaissance et à la volonté, en lesquelles la Trinité, d’une certaine manière – comme l’enseignait saint Augustin – reflète son image dans la créature rationnelle.
À partir de ce point, on peut approfondir la signification et la portée de la distinction entre les créatures humaines et toutes les autres créatures en relation avec la connaissance de Dieu. [Itinéraire I, 10.] En tant qu’"ombre", la création conduit à la connaissance des propriétés communes de Dieu ( communia ut communia ), c’est-à-dire propres à son essence. L’"empreinte", quant à elle, conduit aux propriétés communes en tant qu’elles sont attribuées aux Personnes divines ( communia ut appropriato ), propriétés associées, d’une manière particulière, à l’une des Personnes divines, bien que ces propriétés soient néanmoins essentiellement propres aux trois Personnes : puissance, sagesse, bonté. [68] Enfin, l’« image » conduit à la reconnaissance des qualités propres ( propria ) à chaque Personne : paternité, filiation, mortalité. [dans ce sens : Hex. I, 17.] Les relations entre les Personnes divines se reflètent, dans la créature humaine, dans la relation entre mémoire, intelligence et volonté . [1 Sent d. 16, a.1, q.1 fondation 4.] Dans ce contexte, il convient de noter la qualification particulière du Fils. En tant que Verbe, il est la cause exemplaire du monde, puisque "cette idée ou conception archétypale du monde n’est pas seulement appropriée au Fils, mais lui est aussi propre" . [1 Sent d. 6, a.1, q.3 à 4.]
Être "à l’image" de Dieu ne signifie pas présenter une ressemblance statique, mais répondre à une vocation : entrer en relation personnelle avec le Dieu trinitaire (en ce sens, la créature humaine est capax Dei). Les trois activités de l’âme mises en lumière par saint Augustin – la mémoire (la conscience de soi), l’intelligence et la volonté – atteignent leur perfection lorsque leur objet est Dieu ( summum verum et summum bonum ) et que toutes les créatures et tous les êtres humains, y compris eux-mêmes, se voient à la lumière de Dieu.
Poursuivant sa réflexion, Bonaventure observe, d’un point de vue historico-salvifique, que l’être humain pourrait percevoir un reflet encore plus clair de la Trinité dans les créatures s’il n’avait pas péché. En effet, le péché originel a introduit un profond désordre : en s’éloignant du Créateur par une méfiance infondée, "l’échelle ( scala )" qui était censée conduire les créatures à la connaissance du Créateur a été brisée. Dans cette nouvelle situation, les créatures ne "parlent" plus à l’être humain, elles ne sont plus des "signes" ( signa ) clairs, mais se sont révélées énigmatiques, car l’être humain est devenu "sourd" à leur message. [Itinéraire I, 7; I, 15.] Même la connaissance de soi est devenue étrangère à l’être humain. [Itinéraire IV, 1.] Si, d’une part, on constate que les signa ne sont plus un "miroir clair" comme au commencement, dans le jardin d’Éden ; D’autre part, il faut reconnaître que la "cécité" de l’être humain ne découle pas simplement d’une incapacité, mais est aussi liée à une résistance volontaire. [Itinéraire II, 13]
Le Docteur de l’Église décrit sans ambages les conséquences de cette situation : l’ignorance de ce qui est existentiellement le plus important, l’inquiétude intérieure qui en résulte, l’oscillation entre une confiance en soi démesurée et le désespoir, l’absolutisation des biens finis, avec la prédominance de l’envie et le désir d’éliminer la concurrence. En un mot : un cercle vicieux de désir et de frustration. Mais le livre de la création redevient compréhensible à travers le "livre des Saintes Écritures" [75] et "l’échelle brisée" est restaurée par Jésus-Christ. La révélation de Dieu dans l’histoire, qui culmine précisément dans le Christ – incarné, crucifié et ressuscité –, nous ouvre les yeux sur la dimension profonde de la création et sa finalité : Dieu a prévu des biens encore plus grands pour la personne humaine.
Certes, le témoignage des Écritures ne produit pas en soi la foi ; la lumière intérieure de la grâce ( lumen supernaturale ) est nécessaire pour aider la capacité naturelle de connaissance propre à l’être humain ( lumen naturale ) à reconnaître dans la révélation en Christ le Dieu unique et trinitaire, qui est amour, celui que la connaissance naturelle ( notitia innata, confusa ) a perçu comme le Saint, le Sublime et le Bien. [De myst. Trin . q.1 a.2.] Bonaventure nomme cette conjonction entre la connaissance naturelle et la lumière de la grâce le "livre de vie" ( liber vitae ). Lorsque le croyant reconnaît à nouveau les créatures comme signes et dons , comme intelligibles et bonnes, alors « la connaissance des créatures conduit à la connaissance du Créateur », associée à l’émerveillement , à la gratitude et à la joie : [Voir Itin . II,13; IV et passim.]
Dieu a tout créé pour lui-même ( Proverbes 16:4). Majesté suprême, il a tout créé pour proclamer sa louange. Lumière suprême, il a tout créé pour la révéler ; bonté suprême, il a tout créé pour communiquer. La louange des créatures serait incomplète sans un être pour l’honorer ; la révélation serait incomplète sans un être pour la comprendre ; et la communication des biens serait incomplète sans un être pour les apprécier. […] Seule la créature raisonnable peut honorer, connaître la vérité et acquérir des biens pour son propre usage. [II Sent . dist. 16 q.1 a.1.]
Guéri par la lumière surnaturelle – par la Révélation et par la grâce –, l’esprit humain peut recouvrer la capacité perdue de reconnaître la Trinité dans les créatures.
3-Saint Thomas d'Aquin. Le Docteur Angélique situe la discussion de la création dans le cadre de la théologie trinitaire. [I, q. 2] Premièrement, il affirme que tout ce qui n'est pas Dieu, en ce qu'il n'est pas son être, [I, q. 3, a. 3-5.] "participe à l'être divin, qui en est la cause". [I, q. 44, a. 1.] Deuxièmement, il souligne que "créer est propre à Dieu selon son être et c'est là son essence, commune aux trois Personnes" [I, q. 45, a. 6.] et que, par conséquent, l'action créatrice est commune aux trois Personnes divines. Troisièmement, il précise que "les Personnes divines, en ce qui concerne la création des choses, ont une causalité selon le mode de leur procession". [I, q. 45, a. 6, sol.] Plus précisément, "Dieu le Père a produit des créatures par son Verbe, qui est le Fils, et par son Amour, qui est le Saint-Esprit. Ainsi, les processions des Personnes sont les raisons de la production des créatures, en ce qu'elles incluent les attributs essentiels que sont la connaissance et la volonté." [I, q. 45, a. 6, sol.] À tel point que la génération du Fils et la procession de l’Esprit sont la ratio et la cause de la création. [I Sent. d. 14, q. 1, a. 1.] Dans l’action créatrice du Dieu un et trinitaire, il y a donc un prolongement libre et gratuit ad extra de la vie intratrinitaire ad intra. C’est pourquoi Thomas peut affirmer que "la connaissance des Personnes divines nous était nécessaire pour deux raisons. "Premièrement, ad recte sentiendum de creatione rerum. […] Deuxièmement, et principalement, ad recte sentiendum de salute generis humani". [I, q.32, a.1, ad 3.]
Les quatre Docteurs de l’Église dont nous avons rapporté l’enseignement ne prétendent pas offrir une description scientifique du cosmos. Ils l’envisagent du point de vue de la foi, convaincus que, si le Créateur est un et trinitaire, la création manifeste d’une certaine manière cette origine et cette finalité. Augustin concentre son regard sur la personne humaine, y cherchant le reflet de la Trinité. Hildegarde et Bonaventure adoptent un registre que nous qualifierions aujourd’hui de symbolique et proposent une interprétation sacramentelle (cf. plus loin, n° 34-35). Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique, avec un ton plus austère et rigoureux, ancre résolument l’empreinte trinitaire présente dans la création dans les processions intradivines, attribuant une place fondamentale à la procession du Verbe : d’où l’empreinte filiale dont nous avons parlé (cf. n° 13). Tous quatre établissent une distinction entre les créatures en général, où ils perçoivent des "ombres" et des "traces" de la Trinité, et la personne humaine, proprement créée à l’image de Dieu en Christ et en qui la ressemblance trinitaire se manifeste et se déploie clairement et explicitement. Malgré le péché, ce regard de foi, qui guérit et fortifie la lumière de la raison, est capable de saisir et de rechercher la présence et le sens de l’empreinte trinitaire dans la création, et particulièrement chez les créatures rationnelles.
Implications relationnelles
Le Seigneur Jésus, "lorsqu’il prie le Père pour que tous soient un, comme nous aussi nous sommes un ( Jn 17, 21-22), ouvrant des perspectives inaccessibles à la raison humaine, suggère une certaine similitude entre l’union des Personnes divines et l’union des enfants de Dieu dans la vérité et la charité" (GS 24). De plus, Thomas lui-même, commentant cette prière de Jésus, souligne : "Notre unité (en tant qu’êtres humains) est parfaite dans la mesure où elle participe à l’unité divine. Or, en Dieu il existe une double unité : celle de la nature, comme il est clair en Jean 10,30 : "Moi et le Père, nous sommes un" ; et l’unité d’amour dans le Père et le Fils, qui est l’unité de l’Esprit. Et toutes deux sont en nous, non certainement par équivalence, mais par une certaine similitude." [Sup. Io. c. XVII, l. 3] En suivant donc la ligne de pensée tracée par ces témoins autorisés de la tradition théologique et en tenant compte de l’approfondissement de la théologie au cours des siècles suivants, on peut parler à juste titre non seulement de la relation de toute la création et de chaque créature avec le Créateur trinitaire, mais aussi d’une interrelation qui s’imprime entre les créatures et donne du dynamisme à leur existence : cela aussi qualifie la symphonie de la création orchestrée par le Dieu unique et trinitaire, dans le sein duquel vit l’interrelation dans l’amour des Personnes divines d’où provient la vie de la création et à qui elle est destinée, par grâce.
La contemplation des traces de Dieu dans la création révèle que le monde est un réseau de relations, comme l’a souligné le pape François :
Il en découle que, dans la formation d’une culture d’inspiration chrétienne, l’accent principal doit être mis sur la découverte de l’empreinte trinitaire dans la création, puisqu’elle fait du cosmos dans lequel nous vivons ''une toile de relations'', dans laquelle ''il est propre à chaque être vivant de tendre vers un autre », favorisant "une spiritualité de solidarité globale qui découle du mystère de la Trinité''. [François, Constitution apostolique Veritatis gaudium (8 décembre 2017), n. 4a, avec une citation de Laudato si' , n. 240]
Le pape François considère la nature relationnelle de la création comme un principe directeur fondamental d’une écologie intégrale (LS 16, 70 ; LD 19). Cette affirmation s’appuie sur les fruits du renouveau de la théologie trinitaire, qui a exploré en profondeur le paradigme relationnel présent chez les grands témoins de la Tradition.
La Sainte Trinité chez le Bienheureux Henri Suso († 1366)
"Écoute : un sage maître dit que Dieu, considéré selon sa divinité, est comme un très vaste cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Considère maintenant en imagination quelqu'un qui jette avec force une lourde pierre au milieu d'une eau tranquille; un cercle se forme dans l'eau et, par sa propre force, ce cercle en produit un autre, et celui-là un autre, et les cercles sont vastes et larges selon la puissance du premier jet; la puissance du jet pourrait être si grande qu'elle couvrirait toute l'eau. Vois sous l'image du premier cercle la puissance active de la nature divine dans le Père, qui est infinie; celle-ci, semblable à elle-même, engendre un autre cercle selon la personne, et c'est le Fils, et ces deux Personnes produisent la troisième, et c'est l'Esprit tout-puissant. Voilà ce que représentent les trois cercles : Père, Fils, Saint-Esprit."
La comparaison est très répandue au Moyen-Âge. On la trouve dans des recueils où elle est attribuée à Empédocle. Elle a été reprise par saint Thomas (De verit., q. 2 art. 3, ad 11) et par saint Bonaventure (Itinéraires, V. 8). (Source: La Vie, L III, dans Le Bienheureux Henri SUSO, Œuvres traduites par Jeanne ANCELET-HUSTACHE, Les Maîtres de la Spiritualité chrétienne, Textes et études, Aubier, Paris 1943, p. 252 et 268.)
Les conséquences sont immensesen théologie comme en sociologie.
La Trinité permet de comprendre l'Incarnation et nous révèle quelque chose de fondamental sur la nature de Dieu lui-même: sa nature profonde n'est pas la solitude d'une monarque isolé mais la relation, une communion d'amour éternel. C'est comme cela que Dieu est et qu'Il se fait connaître. "Dieu, Son Verbe et Son Esprit, sont un seul et même Dieu", résume Jean Damascène.
Si le coeur même de la réalité (Dieu), le principe de tout (Dieu) n'est pas un un solitaire mais un trois en relations, une communion. Que cela nous dit-il sur le monde qui nous entoure ?
Que cela nous dit-il sur nous-mêmes ?
La relation est-elle inscrite au plus profond de la structure même de l'Univers?
Le philosophe Luc Ferry a pu dire: "L'homme, comme Dieu, est un être de relations, comme enfant, comme époux, dans l'entreprise, dans les associations, etc. Dieu lui-même est un être de relations, chacune des trois personnes de la Trinité est en relation avec les deux autres. Et la vocation de l'homme est de se mettre au service de ses proches et de ses semblables, tout comme Dieu s'est mis au service de l'humanité en commençant par s'incarner dans la crèche." Luc Ferry: "L’argent honni… et adoré !", Le Figaro, 27 décembre 2024
Le mystère trinitaire inspire donc non seulement le théologien mais aussi des réflexions sur la société, l'Eglise et les relations humaines: une unité qui respecte et intègre la légitime diversité fondée sur l'amour réciproque des personnes divines.
"Cet Un unique a trop d'opérations et trop de diversité, ou bien comment se peut-il faire qu'il soit Un et absolument simple avec tant de multiplicité ? [...] Tout cette multiplicité est sans fond et sa base une simple unité (mêmes expressions chez Eckhart). [...] J'appelle fond la source et l'origine qui produit les diffusions. [...] C'est la nature et l'essence de la divinité; et dans cet abîme sans fond, la Trinité des Personnes reflue dans son unité, et là, toute multiplicité est en quelque sorte supprimée. [...] Qu'est-ce donc qui lui donne la première impulsion de son opération ? [...] C'est sa force et sa puissance. [...] C'est la nature divine dans le Père." (Le Livre de la Vérité II, inLe Bienheureux Henri SUSO, Œuvres traduites par Jeanne ANCELET-HUSTACHE, Les Maîtres de la Spiritualité chrétienne, Textes et études, Aubier, Paris 1943, p. 279.)
"La Sainte Trinité des personnes divines, c'est l'article fondamental de toute notre foi chrétienne... Sur cet article de la Trinité est fondée l'Incarnation... sur cet article est fondée la mission du Saint-Esprit, et sur celle-ci toute notre justification [passage de l'état de péché à l'état de grâce]...." (Saint François de Sales, cité in Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réforme, François-Xavier de Guibert, Paris 2013, p. 89.)
La Trinité nous a appris à penser la transcendance et la dialectique de l'un et du multiple, de l'individuel et du collectif, à partir de la grande synthèse permise par saint Augustin, puis saint Thomas d'Aquin.
Ainsi, dans notre civilisation, "les rois voulaient unir en respectant les traditions et les particularités locales, sans user de violence. Ils cherchaient à supprimer de façon graduelle, et tout en les tolérant d'abord, les frontières administratives, financières, douanières, etc., qui séparaient les diverses provinces de France. Les révolutionnaires, sans comprendre que la variété est une forme de la liberté, et peut-être la plus essentielle pour chacun, s'orientaient vers une unité dans l'uniformité. Le niveau, emblème de la Maçonnerie, correspondait à leur projet principal". (Bernard FAY, La Grande révolution 1715-1815, Le Livre contemporain, Paris 1959, p. 244.)
Le mystère de la Trinité, trois personnes en un (Père, Fils et Saint-Esprit), l'unité dans la diversité, cet incompréhensible, a été pendant deux millénaires en Occident le modèle qui a imprégné notre mode de développement. Le mystère de la Trinité est l'antidote à l'unité dans l'uniformité, ce modèle jacobin hérité de 1789.
Récemment,dans une médiation où Léon XIV appelle à dépasser les querelles théologiques dans sa Lettre apostolique In Unitate Dei 2025, le Pape a pu dire :
"Le Credo de Nicée [...] nous propose en effet un modèle de véritable unité dans la diversité légitime. Unité dans la Trinité, Trinité dans l'unité, car l'unité sans multiplicité est tyrannie, la multiplicité sans unité est désagrégation."
Le premier dimanche après la Pentecôte est institué pour honorer la Très Sainte Trinité
Dans l'Église primitive, aucun office ou jour spécial n'était attribué à la Sainte Trinité.
Lorsque au IVe siècle, l'hérésie arienne se répandit, les Pères préparèrent un office avec des cantiques, des répons, une préface et des hymnes, à réciter le dimanche.
Dans le Sacramentaire de Saint Grégoire le Grand (PL, LXXVIII, 116) il y a des prières et la Préface de la Trinité. Les Micrologies (PL, CLI, 1020), rédigées sous le pontificat de Grégoire VII (Nille, II, 460), appellent le dimanche après la Pentecôte un Dominique vacans, sans Office spécial, mais ajoutent qu'en certains endroits on récite l'Office de la Sainte Trinité composée par l'évêque Étienne de Liège (903-20). Par d'autres l'Office était dit le dimanche avant l'Avent. Alexandre II (1061-1073), et non III (Nilles, 1. c.), a refusé une pétition pour une fête spéciale au motif qu'une telle fête n'était pas d'usage dans l'Église romaine qui honorait quotidiennement la Sainte Trinité par le Gloria, Patri, etc., mais il n'en interdisait pas la célébration là où elle existait déjà.
Jean XXII (1316-1334) a ordonné la fête pour toute l'Église le premier dimanche après la Pentecôte. Un nouvel office avait été créé par le franciscain John Peckham, chanoine de Lyon , plus tard archevêque de Cantorbéry (mort en 1292). La fête classée double de seconde classe, mais fut élevée à la dignité de primaire de première classe, le 24 juillet 1911, par Pie X (Acta Ap. Sedis, III, 351). Les Grecs n'ont pas de fête spéciale. Comme c'est après la première grande Pentecôte que la doctrine de la Trinité a été proclamée au monde, la fête suit convenablement celle de la Pentecôte. (Encyclopédie catholique, New Advent)
PRATIQUE.
Écoutons donc l'avertissement de l'apôtre Paul : "Ne contristez pas l'Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la Rédemption. (Ep 4,30). Laissons nous conduire par Lui. Il nous guide sur la "voie" qu'est le Christ vers la rencontre béatifiante avec le Père.
Jean-Michel Garrigues, Père, Fils et Esprit Saint, Catéchèses de Jean-Paul II sur la Trinité, Éditions Parole et Silence, 2000, p. 56-57.
Source image : Bible et Savoir https://www.youtube.com/watch?v=WXf3WgNGEOg
Fêtée le 30 mai ou le dernier dimanche de mai dans le calendrier liturgique catholique. (Cette fête ne doit pas être confondue avec la "fête nationale de Jeanne d'Arc" ou "fête du patriotisme" instituée par la IIIe "république" en 1920, le deuxième dimanche de mai.)
C'est pour redonner un roi à la France occupée par les Anglais que la bergère de Domrémy, dans les Vosges, se met en marche et conduit le jeune Charles VII à son sacre à Reims en 1429.
Née en 1412 [1] [2], elle n'a pas dix-sept ans quand, à l'écoute des voix de Saint Michel et des saintes Catherine et Marguerite, commence son aventure.
"Jeanne d'Arc est un défi divin jeté au naturalisme.C'est tout baume pour les coeurs meurtris par les haines sociales; c'est la France sollicitée de se remettre sur la voie de la France de Charlemagne et de saint Louis; c'est le ciel tout entier se présentant pour l'y soutenir et la faire avancer. [...] Dès lors se réaliserait dans sa plénitude la promesse contenue dans la lettre aux Anglais. "Pour la Chrétienté, les Français feraient le plus bel fait que oncques fut fait.'"[3] Dans cette lettre aux Anglais, Jeanne avertit l’envahisseur anglais, "de quitter sans délai le Royaume de France et de rendre à la Pucelle qui est envoyée ici par Dieu, le Roi du ciel, les clés de toutes les bonnes villes" que les Anglais ont "prises et violées en France." "Elle est toute prête à faire la paix", si les Anglais veulent "lui faire raison, en abandonnant la France et payant pour" ce qu'ils l’ont "tenue". "Et, s’ils ne veulent obéir, je les ferai tous occire ; je suis ici envoyée de par Dieu, le Roi du ciel, pour vous chasser hors de toute la France. [...] Si vous ne voulez croire ces nouvelles de par Dieu et la Pucelle, en quelque lieu que nous vous retrouverons, nous frapperons dedans et y feront un si grand hahay (vacarme) qu’il y a bien mille ans qu’en France si n’y en eut un si grand, si vous ne nous faites raison", écrit Jeanne dans sa lettre. [4][5]
Lors de son procès, Jeanne affirma la visite d’un autre prestigieux archange : saint Gabriel : "Aussi fermement que je crois que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert la mort pour nous racheter des peines de l’enfer, je crois que c’est saint Michel et saint Gabriel, sainte Catherine et sainte Marguerite que Notre-Seigneur m’envoie pour me conseiller et me réconforter." [6] Elle précisera le 3 mars 1431 qu’elle a vu de ses yeux les deux archanges et le 9 mai qu’elle a reçu réconfort de saint Gabriel : "Oui, croyez que c’était lui, je l’ai su par mes Voix." [7] Elle dira aussi que, bien souvent saint Michel était entouré, quand il lui apparaissait d’une splendide théorie d’anges. [8]
C’est "à la requête de saint Louis et de Charlemagne" que Dieu "a eu pitié de la ville d’Orléans et n’a voulu souffrir que les ennemis eussent le corps du seigneur d’Orléans et sa ville" et "qu’elle avait eu une vision dans laquelle saint Louis et Charlemagne priaient Dieu pour le salut du roi et de cette cité." [9]
De Chinon à Orléans, de Paris à Reims puis à Rouen, Jeanne d'Arc, la Pucelle d'Orléans, respectant toujours l'adversaire, boute l'envahisseur anglais de 1429 à 1430.
Jeanne reconnaît Charles VII
"Dieu aime-t-il les Anglais?" demandera sournoisement son juge à son procès en 1431. "Oui, mais chez eux!" répondra-t-elle.[10]
Jeanne a une foi capable de déplacer les montagnes. Elle communie chaque jour. D'ailleurs, après avoir été privée de l'eucharistie pendant ses six mois de prison à Rouen, elle reçoit le viatique le matin de sa mort et s'exclame : "Il y a si longtemps que je l'attends!"
Une croix permet à Jeanne de monter son cheval
Une lettre qu'un jeune seigneur de Laval écrivit à sa mère et à sa grand'mère, de Selles, en date du 8 juin (1429), montre Jeanne à cheval : "Je la vis monter à cheval armée tout en blanc, sauf la tête, une petite hache en main, sur un grand coursier noir, qui à l'huis (porte) de son logis se démenait fort, et ne souffrait qu'elle montât, et lors elle dit : 'Menez-le à la croix' qui était devant l'église, auprès, au chemin; et lors elle monta sans qu'il se mut, comme s'il était lié; et lors se tourna vers l'huis de l'église qui était bien prochain, et dit en assez voix de femme: 'Vous les prêtres et gens d'église, faites processions et prières à Dieu.'
Un des preux qui avaient combattu avec Jeanne à Orléans et à Patay, Thibaud d'Armagnac, seigneur de Thermes, faisait sous la foi du serment la déposition suivante : 'En dehors de la guerre, Jeanne était la simplicité même; mais elle était le plus habile et le plus expérimenté des capitaines, quand il fallait conduire une armée, la disposer, ordonner la bataille, animer les combattants. Impossible de montrer plus de courage et d'habileté qu'elle ne le fit, à l'assaut des bastilles d'Orléans.'" (Procès, t. III, p. 119-120.) [11]
La prophétie de Jeanne sur l'expulsion des Anglais, et avant sept ans la libération de Paris
"'La France perdue par une femme sera relevée par une vierge venue des marches de Lorraine.' Cette prophétie était populaire en France au moment de l'apparition de l'héroïne. Deux témoins au procès de réhabilitation (1452-1456) rappelaient que Jeanne elle-même, encore à Vaucouleurs, leur avait mis en mémoire cette prédiction comme étant du domaine public. (Procès, t. II. Durand Laxart, p. 444, et Cath. Royer, p. 447.) La Pucelle de manifeste comme favorisée de ces communications depuis son entrée dans la carrière jusques au terme. La prophétie lui ouvre la voie; la prophétie est un des grands moyens par lesquels elle finit par se faire accepter, par lesquels elle se soutient au milieu des envieux, qui ne lui firent pas défaut, même dans son parti.
"Elle est encore aux bords de la Meuse. L'abattement est dans tous les coeurs; le roi de Bourges se demande dans quel pays il peut espérer un asile moins déshonorant, et la jeune villageoise de dix-sept ans annonce que, dans l'année qui va s'ouvrir, elle délivrera Orléans, et fera sacrer le roi à Reims.
"Quand vers le 13 mai 1428, elle voulait que l'on mandât au Dauphin de bien se tenir, de ne pas engager de bataille avant la mi-carême, elle donnait un avis prophétique. Il ne fut pas transmis, ou il n'en fut pas tenu compte. Le 12 février suivant, la honteuse journée des harengs, ou l'ignominieuse défaite de Rouvray, prouvait combien il était fondé. L'annonce de cette déroute de sept ou huit mille Français, maîtres de choisir le terrain, devant quinze cents Anglais embarrassés d'un immense convoi, l'annonce de cette déroute faite par Jeanne à Vaucouleurs, au moment où elle était subie, finit par décider Baudricourt à diriger la jeune fille sur la Loire. Rien de plus dangereux que ce voyage de 150 lieues, à travers un pays ennemi, en plein hiver, lorsque les pillards et les brigands pullulaient partout. Jeanne annonçait qu'il se ferait sans accidents. L'événement justifia pleinement une prédiction jugée par tous de toute invraisemblance. Comme elle l'avait annoncé, elle était avant la mi-carême en chemin vers la cour. Là, sans parler de l'extraordinaire reconnaissance du prince, [...], un cavalier, en la voyant passer, s'échappe-t-il en paroles de souillure et de blasphèmes, elle lui fait cette réponse prophétique : "Ah! Malheureux, tu le renies et tu es si près de la mort!" Une heure après, l'insulteur de Dieu se noyait en passant la rivière. (T. III. Déposition de Paquerel, p. 102.)
Jeanne entre à Orléans, Par J.-J. Scherrer, 1887
"Elle (Jeanne) ne prédit pas seulement la délivrance d'Orléans; mais de nombreuses circonstances du grand événement. Tels, l'introduction du convoi sans aucun obstacle de la part des Anglais, le changement subit dans la direction du vent qui était contraire; le jour de la levée du siège, le genre de mort de Glacidas. Elle connaît surnaturellement les délibérations, les combats engagés, dont on veut lui dérober la connaissance. Dunois dépose qu'il avait donné le signal de la retraite le soir du samedi, désespérant du succès de l'attaque commencée au lever du soleil, quand la Pucelle vint le prier de différer encore un peu, que bientôt ils seraient maîtres de l'imprenable forteresse. Moins d'une heure après, les Français étaient dans les Tournelles. Avant le 22 avril au moins, elle avait annoncé qu'elle achèterait cette conquête par une grave blessure à l'épavie, sans que le succès fût pour cela retardé. [...] Il serait facile de citer d'autres prophéties faites par la Pucelle, à Jargeau, à Patay, à Troyes.
"[...] Une prophétie dont elle connaissait la pleine étendue, qu'elle a répétée avec le courage des anciens prophètes, devant ceux qu'elle faisait trembler, c'est la totale expulsion des Anglais, et avant sept ans un grand échec pour leur cause, c'est-à-dire la perte de Paris. Le 1er mars on venait de lui lire la menaçante lettre par laquelle, deux ans auparavant, elle avait signifié aux envahisseurs d'avoir à lever le siège d'Orléans, et d'évacuer toute France. Voici d'après le procès-verbal, le dialogue qui s'engagea : 'Reconnaissez-vous cette lettre ? - Oui, elle est de moi - N'est-ce pas un seigneur de votre parti qui l'a dictée ? - C'est moi qui l'ai dictée et non pas un seigneur de mon parti.' Et sur-le-champ elle complète sa missive par ces foudroyantes explications : "Avant qu'il soit sept ans, les Anglais subiront un échec autrement grand que celui d'Orléans; ils finiront par tout perdre en France. Ils éprouveront en France des défaites qu'ils n'y ont pas encore éprouvées. Dieu donnera la victoire aux Français. - Comment le savez-vous - Par la révélation qui m'en a été faite; ce sera avant sept ans; je serai bien peinée que ce fût différé jusqu'à sept ans; mais je suis aussi certaine que cela arrivera que je le suis que vous êtes devant moi. - Quand cela arrivera-t-il ? - J'ignore le jour et l'heure." (Procès, t. I, p. 84 et 148.) Moins de six ans après, le 14 avril 1436, l'échec plus grand que celui d'Orléans était subi. Paris, anglais pendant 16 ans, redevenait français. En 1453, à l'exception de Calais, les Anglais avaient tout perdu en France, même Bordeaux et la Guyenne où leur domination était établie et acceptée depuis trois siècles.
[...] Ces prophéties, d'une portée si haute, font partie du procès (1430) qui condamne Jeanne comme inventrice de révélations et d'apparitions menteuses. La voyante a pour témoins et pour secrétaires ses ennemis les plus acharnés. Quel caractère à part d'authenticité!". [12]
"Jeanne voyait aussi des légions invisibles venir à son secours. Son écuyer et maître d'hôtel, le sage d'Aulon, racontait le fait suivant sous la foi du serment au procès de réhabilitation (1452-1456).
Ils assiégeaient la place de Saint-Pierre-le-Moustier. Un premier assaut avait échoué; les guerriers de Jeanne avaient lâché pied et s'étaient enfuis; l'héroïne resta seule aux bords du fossé avec quatre ou cinq hommes d'armes plus courageux. D'Aulon, tout blessé qu'il était, accourt à la vue du péril que court la guerrière; il veut l'entraîner et lui reproche vivement de rester seule.
'Seule, répond Jeanne, je suis en compagnie de cinquante mille guerriers qui combattent pour nous. D'ici ne partirai que la ville ne soit prise;' et elle crie : 'Aux fagots et aux claies tout le monde, afin de faire le pont sur le fossé.' Elle fut écoutée, et incontinent après la ville était prise." (Procès, t. III, p. 218.) [13]
Cet épisode est également rapporté par le Chanoine Henri Debout, dans "Jeanne d’Arc, nouvelle vie populaire illustrée" (Maison de la Bonne Presse, 1907, p. 220) en ces termes : "Les cinquante mille guerriers dont Jeanne parlait étaient des anges de Dieu qui venaient remplacer les soldats fugitifs. Elevant alors la voix, la guerrière s’écria : ‘Aux fagots ! Aux claies, tout le monde, afin de jeter le pont !’ Et voici qu’aussitôt le pont fut établi au grand émerveillement des témoins de cette scène."
Lors de l’interrogatoire du 12 mars 1431, Jeanne affirme que "Les anges viennent beaucoup au milieu des chrétiens sans qu’on les voie ; moi je les ai vus maintes fois au milieu des chrétiens." [14]
L'importance de la confession dans la victoire
"Le premier ordre qu'elle donne en arrivant à Blois, c'est celui de renvoyer des rangs de l'armée les femmes de mauvaise vie, qui y foisonnaient; de se confesser et de mettre la conscience en bon état. Elle promettait la victoire, à l'aide de Dieu, si l'on obéissait.
"Même commandement à son arrivée à Orléans. Elle menaçait de renvoyer de l'armée quiconque ne se serait pas confessé, ou même elle menaçait de se retirer." [15]
À son procès (1430), elle est seule face à 113 évêques, abbés, chanoines et clercs, 20 docteurs en théologie et 22 hommes de loi. Pourtant personne ne la prend en défaut. Répondant aux juges qui lui demandent : "Croyez-vous être en état de grâce?", elle répond avec finesse : "Si je n'y suis, Dieu m'y mette, si j'y suis Dieu m'y garde!"
Jésus pardonne, Jeanne pardonne
Nul ne la sauvera du bûcher le 30 mai 1431. Condamnée à être brûlée vive pour hérésie.
Jeanne d'Arc sur le bûcher, Par J.-J. Scherrer, 1843
"Jeanne, pendant que l'on l'attache au poteau, répète que, quel que soit le jugement que l'on porte de ses révélations, - qu'encore une fois elle affirme divines, - ni son roi, ni aucun des siens ne doivent en être regardés comme les inspirateurs; Jésus pardonne, Jeanne pardonne; Jésus excuses ses bourreaux, Jeanne demande pardon, même aux Anglais, même à Cauchon, si elle les a injustement offensés.
"Jeanne, pendant qu'on l'attache au bûcher, invoque la Vierge, saint Michel, ses saintes; mais lorsque les flammes l'enveloppent, les yeux fixés sur la croix que deux fils de Dominique maintiennent à la hauteur de son regard, elle ne sait plus que lancer au ciel et à la terre le nom de son fiancé: Jésus! Jésus!". [16]
Dans les flammes, on l'entendait répéter, au moins six fois, le nom de Jésus. Et au moment de mourir, elle cria d'une voix très forte : "Jésus!" [17]
Son âme s'échappa de son corps sous la forme d'une colombe, et son cœur ne fut pas touché par les flammes. [18]
"La flamme semblait avoir fait son oeuvre. Les premiers tisons écartés ne laissaient voir que de la cendre et les os calcinés; mais, ô merveille ! sous cet amas fouillé, les viscères et le cœur paraissent intacts. On rallume le foyer incandescent, et on cherche à en activer les ardeurs en y jetant de l'huile et du soufre. Inutiles efforts, le cœur résiste. (Procès, t. 11, p. 7)
"[...] On s'éloignait de la Place du Vieux-Marché en répétant : 'Un grand crime a été commis, on vient de brûler une sainte.' Il n'y avait pas jusqu'au secrétaire du roi d'Angleterre qui ne s'écriât : 'Nous sommes perdus, nous avons fait périr une sainte.' [19] Le bourreau courut au monastère des Pères Dominicains, demandant s'il y avait pardon pour lui au ciel, pour avoir été l'exécuteur du forfait qui venait de se commettre.
Quand le procès en nullité commença en 1452, trois ou quatre témoins firent savoir que le corps de Jeanne ne fut pas plus docile dans la mort qu'il ne l'avait été durant sa vie. "Ainsi, le notaire Manchon apprit de la bouche du bourreau que, 'quand son corps eut été brûlé par le feu, le cœur demeurait intact et plein de sang... les cendres et tout ce qui restait d'elle furent jetés par lui dans la Seine.' Le cœur aussi, en principe. [...] Le pauvre en était stupéfait, comme d'un évident 'miracle'. complète Isembard de la Pierre, qui accompagna Jeanne au bûcher. [...] Dans de nombreuses vies de saints, le martyr meurt, mais son coeur survit parce qu'il est marqué du nom du Christ : le nom de Jésus serait apparu en effet en lettres d'or au-dessus du bûcher ! Les juges de 1456 ne cherchaient pas à fabriquer une sainte, ils ne poursuivirent pas. Mais la légende s'implanta à Rouen. Au XVIIIe siècle, on disait que le coeur de Jeanne était toujours là, dans l'un des couvents mendiants de la ville: chez les Carmes ou, plutôt, chez les Dominicains où le bourreau s'était confessé." [20]
Cinq siècles plus tard, l'Église a réhabilité la mémoire de Jeanne et l'a élevée au rang des Saintes. La démarche fut enclenchée en 1874 par l'évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, tandis que Jeanne d'Arc est déjà entrée dans le panthéon des grandes figures de la nation. [21]
Béatifiée en 1909 et canonisée en 1920, elle a été déclarée Patronne secondaire de la France par un Bref du Pape Pie XI, le 2 mars 1922.
Parmi les miracles reconnus étudiés et étudiés pour la béatification de Jeanne, on en proposa trois: des guérisons survenues de façon miraculeuse chez des religieuses en 1891, 1893 et 1900. Dans chaque cas les prières, les neuvaines à la "vénérable Jeanne d'Arc" avaient été suivies d'une guérison parfaitement inattendue et constatée. Soumis à la Congrégation des rites, ces miracles allaient être reconnus et leur régularité vérifiée par trois séances donnant lieu à trois votes favorables. [...] La cérémonie de béatification fut célébrée à Saint-Pierre de Rome le 18 avril 1909, premier dimanche après Pâques.
À la date de 1884, un député radical, Joseph Fabre, avait pris l'initiative d'une loi en vertu de laquelle "la république française célébrerait annuellement la fête de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme; sa proposition, [...] n'avait pas été retenue. Mais, devenu sénateur en 1892, Joseph Fabre faisait voter par le sénat cette même proposition de loi. Elle n'aboutit cependant pas.
Le pape Benoît XV reconnaissait définitivement le 18 mars 1919 la validité des miracles.
Et c'est l'année suivante, le 16 mai 1920, que Jeanne fut reconnue sainte aux yeux de la chrétienté.
L'on ne peut manquer de souligner que l'initiative poursuivie avec obstination par Joseph Fabre de faire de la fête de Jeanne d'Arc une fête nationale se réalisait quelque temps après cette canonisation, le 24 juin 1920. [22]
Le matin du 30 mai 1431, vers 9 heures, Jeanne d’Arc est emmenée sur une charrette vers la place du marché de Rouen. Après avoir été entendue en confession et avoir reçu la communion, une centaine d’hommes escortent la Pucelle de dix-neuf ans vers le bûcher. L’historien Adrien Harmand raconte que « Jeanne est hissée sur le bûcher. À ses instances, on est allé lui chercher la grande croix de la paroisse Saint-Sauveur qu’elle tient étroitement, embrassée en pleurant. Elle ne la quitte que pour la lier à l’estache [poteau] qui surmonte le très haut tas de bois. Isambard de La Pierre, le prêtre qui accompagne la future sainte sur le bûcher, raconte à l’occasion de son procès en réhabilitation : « Elle m’avait prié de descendre avec la croix, une fois le feu allumé, et de la lui faire voir toujours. Ainsi je le fis. ».
La croix devait être exposée en grande pompe pour les fêtes johanniques de Rouen, prévues pour ce mois de mai 2020. La crise du coronavirus en a décidé autrement mais le curé de Rouen, Geoffroy de La Tousche, a profité du déconfinement pour célébrer comme il se doit l’anniversaire du martyre de Jeanne d’Arc et le centenaire de sa canonisation en 1920. Près de 600 ans plus tard et un siècle après sa canonisation, la croix processionnelle vénérée par Jeanne d’Arc, est pour la première fois exposée aux habitants de la ville. Après une présentation à Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, une procession partira de la cathédrale jusqu’à la place du marché. Une messe sera célébrée ce samedi pour commémorer le sacrifice de la sainte. La croix repartira le soir même pour Pont-Saint-Pierre. [23]
Jeanne d'Arc, par Dante Gabriel Rossetti, 1882
J'aime l’Église; je voudrais la soutenir de tout mon pouvoir et mourir pour la foi chrétienne.
Répétons les mots de saint Pie X lors de la béatification de sainte Jeanne d’Arc, le 13 décembre 1908 : "Vous direz aux Français qu’ils fassent leur trésor des testaments de saint Rémi, de Charlemagne et de saint Louis, qui se résument en ces mots si souvent répétés par l’héroïne d’Orléans : Vive le Christ qui est roi de France. A ce titre seulement, la France sera grande parmi les nations. A cette clause, Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse."
(1) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, Pour en finir avec ceux qui racontent n'importe quoi !, Perrin, Paris, 2008, p. 28; (2) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Perrin, Paris 2004, p. 27; (3) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels et la régénération de la France, 1885, Rééd. Éditions Saint-Rémi, Cadillac 2009, p. 368; (4) Des Lettres.fr; (5) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Perrin, Paris 2004, p. 457; (6) Chanoine Henri Debout, Jeanne d’Arc, nouvelle vie populaire illustrée, Maison de la Bonne Presse, 1907, p. 283 ; (7) Joseph Thérol, L’Evangile de Jeanne d’Arc, NEL p. 64 ; (8) Les saints de sainte Jehanne d’Arc par le Révérend Père Joseph d'Avallon – Capucin de Morgon (69) 16 mai 2020 ;(9) Régine Pernoud : « Jeanne d’Arc » Que sais-je ? pp. 199, 201 ; (10) Le Petit Livre des Saints, tome 2, Editions du Chêne, 2011, p. 120 ; (11) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels et la régénération de la France, ibid., p. 89-90 ; (12) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels, ibid., p. 79-84 ; (13) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels, ibid., p. 345-346 ; (14) Joseph Thérol, L’Evangile de Jeanne d’Arc, NEL p. 41 ; (15) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels, ibid., p. 91-92 ; (16) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels, ibid., p. , p.121 ; (17) Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d'Arc, Nrf Gallimard, dix-neuvième édition, Lagny-sur-Marne 1950, p. 154 ; (18) Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950 ; (19) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels, ibid., p. ,122-123 ; (20) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, Pour en finir avec ceux qui racontent n'importe quoi !, Perrin, Paris, 2008, p. 201-202 ; (21) Le Point, Jeanne d'Arc : 8 mensonges sur la Pucelle d'Orléans, le 01/05/2017 ; (22) Régine Pernoud, Les Saints au moyen-Âge, La sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ?, Éditions Plon, Paris 1984, p. 274-276 ; (23)Aleteia.
Il reçoit de son père une sérieuse éducation chrétienne et chevaleresque.
À la mort du jeune roi Henri, héritier du trône de Castille, en 1217, sa mère le fait proclamer roi de Castille et couronner à Valladolid le 31 août 1217.
À 21 ans, en 1219, il épouse Béatrix de Souabe qui lui donnera 10 enfants.
Les Chrétiens étant massacrés ou déportés ou réduits en esclavage dans les cultures en Andalousie ou en Afrique, les royaumes du nord razziés bisannuellement, les richesses accumulées dans les palais des califes tandis que les populations n'en bénéficiaient pas (L. Bertrand, de l'Académie française, Histoire d'Espagne), Ferdinand se soucie durant son règne de lutter contre les hérésies et de faire perdre du terrain à l'islam qui, depuis plusieurs siècles, asservit l'Espagne.
Descendant d'El Cid, cousin du roi Saint Louis, ancêtre d'Isabelle, il procéda à la reconquête du sud de la péninsule ibérique (l'actuelle l'Andalousie) lors de la Reconquista; libéra Cordoue (Espagne du Sud, Andalousie) et Séville (Andalousie) occupées par les Maures depuis cinq siècles et y planta la Croix du Christ.
Pendant son règne, Ferdinand unifia la Castille et León sous une seule couronne en 1230, créant un royaume plus fort et plus centralisé. Il mena des campagnes militaires victorieuses qui permirent la capture de grandes villes, dont Cordoue, Jaén et Séville, élargissant considérablement le contrôle chrétien en Espagne.
En tant que grand saint-guerrier, Ferdinand III attribuait ses victoires à la Bienheureuse Vierge Marie, qu’il appelait "ma Dame". Lors du siège de Séville, un vent miraculeux aida ses navires à briser la chaîne de fer mauresque en travers du fleuve Guadalquivir, ce qui mena à la reddition de la ville. Il reçut également une vision de saint Isidore l’exhortant à poursuivre.
Il se met dans la position la plus dangereuse à chaque bataille, il est régulièrement en infériorité numérique mais ne perd jamais, reprend plus de territoire aux Maures pendant la Reconquista que quiconque.
Il crée une marine espagnole à partir de rien pour achever le siège de Séville.
Il termine virtuellement la Reconquista.
À la mort de son père et après bien des péripéties, il devient également roi de Léon, en septembre 1230.
Peu à peu, il repousse vers l'extrême sud de l'Espagne les limites de l'occupation musulmane par les prises successives de Cordoue, Murcie, Grenade et Séville. La veille des batailles, il passait la nuit en prière. On ne peut douter de la pureté des motifs qui le faisaient agir dans ces guerres : "Seigneur, disait-il, vous savez que je cherche votre gloire et non la mienne". Son principal étendard était une image de la Vierge; il portait à l'arçon de sa selle une statuette devenue célèbre sous le nom de Notre-Dame-des-Batailles, et conservée depuis à Séville.
Dans un combat acharné, on vit, dit-on, à côté de Ferdinand, l'apôtre saint Jacques, monté sur un cheval blanc. Le chef des Maures de Séville, vaincu malgré une nombreuse armée et des remparts formidables, s'écria : "Il n'y a qu'un favori de Dieu qui ait pu, avec si peu de monde, prendre une ville si forte et si peuplée".
Roi modèle et législateur
Comme son cousin Saint Louis, roi de France, jamais il ne chargea ses sujets d'impôts : c'était dans une sévère économie qu'il trouvait de quoi subvenir aux frais de la guerre. Il aimait les lettres. On le considère comme le fondateur de l'Université de Salamanque.
Ferdinand meurt à Séville le 30 mai 1252.
Le roi était alité sur un tas de cendres, une corde au cou, demandant pardon à tous les présents. Il sauta du lit en voyant la Sainte Croix, et après s’être agenouillé devant elle, il décida de donner ses derniers sages conseils à son fils Alphonse X, le Sage.
Après sa mort, son corps resta incorrompu. De nombreux miracles furent rapportés à son tombeau dans la cathédrale de Séville, ce qui conduisit à sa canonisation par le pape Clément X en 1671.
Le pape le nomme Athleta Christi pour sa défense héroïque de la chrétienté (rejoint plus tard par des légendes comme Skanderbeg et Hunyadi)
La fête de Saint Ferdinand est le 30 mai.
Il est le Patron des gouverneurs, des ingénieurs et des faibles taxes.
Statue de Saint Germain dans l'église de Saint-Germain-en-Laye
Saint Germain de Paris, surnommé la "lumière des Gaules", naquit vers l'an 500 près d'Autun en Bourgogne, d'une noble famille gallo-romaine.
Tout jeune, Germain faillit être victime d'une mère dénaturée et d'une grand-mère criminelle ; mais Dieu veillait sur cet enfant de bénédiction et le réservait à de grandes choses. Germain se réfugia près d'un ermite, son oncle, dont il partagea la vie austère, et dont il s'étudia chaque jour à imiter la piété et les vertus.
L'évêque d'Autun, ayant fait sa connaissance, conçut pour lui une très haute estime, et lui donna, malgré les réclamations de son humilité, l'onction sacerdotale, puis le nomma bientôt abbé du monastère de Saint-Symphorien d'Autun. Il se distingua par ses abstinences, ses veilles, ses aumônes. Avec le signe de la croix, il éteignit un incendie qui menaçait de détruire le monastère. Il opéra plusieurs guérisons miraculeuses. (1)
Par ces temps de guerre et de dévastation, les pauvres affluent. Germain, toujours ému à la vue d'un homme dans la souffrance, ne renvoie personne sans lui faire l'aumône, au point qu'un jour il donne jusqu'au dernier pain de la communauté. Les moines murmurent d'abord, puis se révoltent ouvertement. Germain, pleurant amèrement sur le défaut de foi de ses disciples, se retire dans sa cellule et prie Dieu de les confondre et de les corriger. Il priait encore, lorsqu'une dame charitable amène au monastère deux chevaux chargés de vivres, et annonce que le lendemain elle enverra un chariot de blé. La leçon profita aux religieux, qui se repentirent de leur réaction.
Mandé à Paris par le roi des FrancsChildebert, fils de Clovis, il s'y rendit avec cinq religieux.Un jour qu'il était en prière, il voit apparaître un vieillard éblouissant de lumière, qui lui présente les clefs de la ville de Paris : "Que signifie cela ? demande l'abbé. - C'est, répond la vision, que vous serez bientôt le pasteur de cette ville." Quatre ans plus tard, Germain, devient évêque, malgré sa résistance. Il n'en resta pas moins moine toute sa vie, et il ajouta même de nouvelles austérités à celles qu'il avait pratiquées dans le cloître. Après les fatigues d'une journée tout apostolique, son bonheur, même par les temps rigoureux, était de passer les nuits entières au pied de l'autel.
Sa nouvelle dignité n'apporta aucun changement dans sa manière de vivre: on le vit simple, frugal, mortifié et pénitent. Il avait toujours plusieurs pauvres à sa table.
Le roi Childebert, qui jusque-là avait mené une vie peu chrétienne, ne put résister à l'onction des discours du saint : il se convertit, et bannit de sa cour tous les désordres (2).
Un jour Childebert lui envoya six mille solidi d'or. Germain alla immédiatement au palais pour remercier le prince, et durant le trajet il en distribua trois mille aux pauvres qui se présentèrent à lui. "Vous reste-t-il encore de l'argent ? demanda le roi. - J'ai encore la moitié de ce que vous venez de m'envoyer, répondit Germain : il ne s'est point trouvé assez de pauvres sur ma route pour épuiser la somme entière. - Seigneur, reprit le roi, distribuez tout ce qui reste : avec la faveur du Christ, nous aurons toujours de quoi donner." Et, brisant les vases d'or et d'argent qu'il trouva sous sa main, Childebert en remit les précieux fragments à l'évêque. Le saint employait la plus grande partie des nombreuses ressources dont il disposait à payer le rachat des captifs, la rançon des prisonniers, la mise en liberté des esclaves.
Germain eut la plus grande et la plus heureuse influence auprès des rois et des reines qui se succédèrent sur le trône de France pendant son épiscopat ; on ne saurait dire le nombre de pauvres qu'il secourut, de prisonniers qu'il délivra, avec l'or des largesses royales. Dans plusieurs conciles, il fut regardé comme la lumière des Gaules.
Saint Germain intervint dans la vie du roi Caribert qui succéda à Clotaire quand il l'excommunia après ses noces avec Marofève, une religieuse. Sous le règne de Chilpéric Ier, il se montra un homme de paix au milieu des terribles querelles qui opposèrent les reines Frédégonde et Brunehaut.
Il mourut le 28 mai 576, plein de mérites, vers l'âge de quatre-vingts ans.On l'enterra dans son abbaye à côté de deux rois qu'il a connus, Childebert et Caribert. (3)
On lui doit la construction de la célèbreabbaye de Saint-Germain-des-Prés, du nom de la tunique du martyr espagnol qu'elle renfermait, qui deviendra plus tard Saint-Germain-des-Près. Ruinée par les Normands, elle fut reconstruite au XIIe siècle. (4)
Sources : (1); (2) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 148; (3) Saints et Saintes de France, Des premiers martyrs à nos jours, Hatier, Renens 1988, p. 29; (4) Mgr Paul Guérin, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 321-322.
Lorsque Mgr Vitus Huonder, évêque émérite de Coire, s'est éteint le mercredi de Pâques 2024, la nouvelle qui a surpris une partie du monde catholique n'était pas tant sa mort – il avait 81 ans et sa santé déclinait – que le lieu choisi pour sa sépulture : la crypte du séminaire international Saint-Pie-X d'Écône, dans le canton suisse du Valais. Non pas le panthéon épiscopal de Coire, où reposent ses prédécesseurs, mais les sous-sols du séminaire fondé par Mgr Marcel Lefebvre. Cette décision, communiquée par écrit au diocèse dès 2022 et réitérée oralement à Mgr Joseph Bonnemain et au supérieur général de la Fraternité, le père Davide Pagliarani, quelques jours avant son décès, s'expliquait, selon les termes sobres de Mgr Huonder lui-même : il souhaitait être enterré auprès de l'évêque qui avait tant souffert pour l'Église.
Ce geste posthume a clôturé un parcours personnel qui, replacé dans son contexte, révèle une tendance qu'il convient d'examiner. Car Huonder n'est pas un cas isolé. Un phénomène récurrent, observé avec une certaine appréhension dans les couloirs romains et une satisfaction discrète dans les milieux traditionalistes, se manifeste : les prélats auxquels le Saint-Siège a confié ces dernières années la mission d'entrer en contact avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X reviennent de cette mission profondément transformés. Pas toujours au même degré ni avec les mêmes conséquences, mais avec une constante : une proximité croissante avec les thèses, la sensibilité liturgique et, dans certains cas, les positions doctrinales que la Fraternité défend depuis 1970.
Le mandat de 2015 et la trajectoire Huonder
Huonder a lui-même relaté la genèse de son rapprochement. Dans l'interview accordée à la chaîne Certamen, il explique avoir reçu, le 9 janvier 2015, une lettre du cardinal Gerhard Müller, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, lui demandant d'entamer un dialogue avec des représentants de la Fraternité. L'objectif, selon la lettre, était double : d'une part, établir une relation amicale et humaine ; d'autre part, aborder les questions doctrinales en suspens depuis le concile Vatican II, notamment celles relatives à la liturgie, à l'œcuménisme, aux relations entre l'Église et l'État, au dialogue interreligieux et à la liberté religieuse.
Quatre ans après cette lettre, Huonder présenta sa démission de son poste d'évêque diocésain de Coire, ayant atteint l'âge canonique. Au lieu de se retirer dans une résidence pour prêtres âgés de son diocèse, il demanda – et obtint, avec l'autorisation expresse de la Commission Ecclesia Dei – l'autorisation de rejoindre l'Institut Sancta Maria de Wangs, maison de la Fraternité. Il y passa ses cinq dernières années, célébrant quotidiennement la messe traditionnelle, étudiant l'œuvre de Lefebvre et prêchant sur un ton de plus en plus éloigné de la prudence diplomatique habituelle des évêques émérites.
Il s'exprima en des termes qui méritent d'être cités : il déclara que l'abolition délibérée du rite traditionnel après Vatican II était « une injustice, un abus de pouvoir », et qualifia les dispositions de Traditionis custodes de « chasse aux fidèles ». Dans son célèbre appel au Pontife, il demanda : « Pourquoi retirez-vous le pain aux enfants ? Qu'est-ce qui vous pousse à les laisser mourir de faim ? » Et il conclut son témoignage par une demande formelle : « Je demande justice pour la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. L'Église devrait présenter ses excuses à cette Fraternité, comme elle l'a fait en d'autres circonstances. »
L'affaire Schneider
L’exemple le plus connu de ce phénomène est celui de Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse Sainte-Marie d’Astana. En 2015, il fut nommé par la Commission Ecclesia Dei pour participer à une visite apostolique des séminaires de la Fraternité, notamment celui de La Reja en Argentine. Mgr Schneider, déjà reconnu à l’époque pour son attachement à la liturgie traditionnelle, revint de ces visites en étant devenu l’un des interlocuteurs les plus respectueux et les plus compréhensifs de la Fraternité au sein de l’épiscopat en pleine communion.
Ce qui a suivi est public. Schneider a publié, en collaboration avec Angelico Press et dans des entretiens avec des publications telles que The Remnant , des évaluations de plus en plus nuancées des consécrations épiscopales de 1988, a défendu sans ambiguïté le droit des fidèles à la liturgie traditionnelle, a ouvertement remis en question la formulation conciliaire sur la liberté religieuse et a critiqué Traditionis custodes en des termes qui, hormis l'appartenance canonique, ne se distinguent guère des arguments de la Maison générale à Menzingen.
Schneider demeure un évêque en pleine communion avec Rome ; pourtant, son programme doctrinal coïncide essentiellement avec celui de ceux qu'il a été envoyé examiner.
Autre cas
Ce phénomène présente des nuances et ne doit pas être exagéré. Tous les prélats ayant eu des relations avec la Fraternité n'ont pas fini à Écône ou à Wangs. Le cardinal Müller lui-même, signataire de la lettre de 2015, défend des positions doctrinales proches de la tradition, tout en maintenant une nette distance institutionnelle avec la Fraternité.
Mgr Guido Pozzo, ancien secrétaire d'Ecclesia Dei et protagoniste des négociations dans la seconde moitié du pontificat de Benoît XVI et les premières années de celui de François, a défendu à plusieurs reprises la possibilité d'une prélature personnelle pour la Fraternité et a publiquement reconnu son « travail positif dans l'Église », sans toutefois aller jusqu'aux déclarations de Huonder.
À l’opposé, les visiteurs apostoliques de la première période, les années qui ont immédiatement suivi 1988, n’ont pas suivi cette même tendance. La différence semble provenir des contacts systématiques initiés sous Benoît XVI et, surtout, des dialogues doctrinaux de 2009-2011 entre la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et la Fraternité.
Une hypothèse explicative
Qu’est-ce que la Fraternité possède qui produit cet effet sur certains de ses interlocuteurs institutionnels ? L’hypothèse la plus simple, formulée par Huonder lui-même dans son témoignage, est que le contact direct avec l’institution et les écrits de son fondateur réfute l’image médiatique qui s’en est construite.
« Ces contacts m’ont permis de connaître la Fraternité de l’intérieur et non selon l’image véhiculée par les médias », a-t-il déclaré.
La seconde partie de l'explication concerne le contenu doctrinal : quiconque aborde avec un minimum d'honnêteté intellectuelle la question liturgique, la critique de l'œcuménisme post-conciliaire ou l'analyse de la liberté religieuse telle que formulée dans Dignitatis humanae, se heurte à des arguments qui ne sont pas facilement réfutables à partir de la théologie classique que les évêques catholiques eux-mêmes ont étudiée au séminaire.
À cela s'ajoute un facteur moins doctrinal et plus existentiel. Les évêques envoyés au dialogue découvrent, non sans surprise, une vie sacerdotale rigoureuse, une liturgie célébrée avec soin, des séminaires pleins et une pratique sacramentelle qui contraste avec la réalité de nombreux diocèses. L'argument des fruits, souvent invoqué par Lefebvre, opère avec force sur quiconque le constate de visu.
La peur d'un charisme
Certains ont suggéré, non sans fondement, que la véritable raison pour laquelle le pontificat actuel a durci sa politique concernant la liturgie traditionnelle et, par extension, concernant la Fraternité, n’est pas tant doctrinale que prudentielle : la crainte qu’un charisme qui démontre une capacité d’attraction — vocations, familles, conversions, fidélité sacramentelle — puisse finir par se révéler gênant précisément en raison de son efficacité.
Le modèle Huonder-Schneider, ainsi que la tendance similaire de nombreux prêtres diocésains qui se rapprochent du rite traditionnel, confortent cette interprétation.
L’inhumation de Huonder à Écône est, en ce sens, un événement symbolique qui dépasse la simple biographie de l’évêque émérite de Coire. Elle clôt un parcours et soulève une question : si ceux qui sont envoyés pour corriger finissent par être corrigés, si ceux qui viennent pour persuader finissent par être persuadés, le problème ne réside peut-être pas chez ceux qui sont envoyés, mais dans ce qu’ils découvrent à leur arrivée.
La question liturgique demeure l’un des sujets les plus sensibles de la vie ecclésiale contemporaine. Depuis plusieurs décennies, elle nourrit débats, tensions et parfois divisions entre différentes sensibilités catholiques. C’est dans ce contexte que le pape Léon XIV a consacré une part importante de son audience générale du 27 mai 2026 à rappeler les principes fondamentaux qui doivent guider la vie liturgique de l’Église. Loin des caricatures et des affrontements idéologiques, le Saint-Père a proposé une lecture profondément enracinée dans le magistère de l’Église, en s’appuyant successivement sur Pie XII, le Concile Vatican II, saint Jean-Paul II et Benoît XVI.
Dès le début de son enseignement, Léon XIV rappelle les paroles du pape Pie XII dans l’encyclique Mediator Dei, selon lesquelles « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe ». Cette référence n’est pas anodine. Elle souligne que la liturgie n’est pas un musée figé ni une création perpétuellement réinventée, mais une réalité vivante qui transmet à travers les siècles le même mystère du salut. Le pape souligne ensuite que le Concile Vatican II n’a jamais eu pour objectif de rompre avec la tradition liturgique de l’Église. Au contraire, la Constitution Sacrosanctum Concilium visait à favoriser un authentique renouveau spirituel afin de « faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ».
Cette précision est importante. Dans les débats contemporains, Vatican II est souvent présenté soit comme une rupture radicale avec le passé, soit comme l’origine de tous les maux liturgiques. Léon XIV refuse manifestement ces deux lectures simplistes.
Le cœur de son intervention se trouve sans doute dans la citation qu’il reprend de Benoît XVI : « Bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. » Cette phrase résume toute la vision catholique de la liturgie. Pour l’Église, la tradition n’est pas une conservation mécanique du passé. Elle est la transmission vivante d’un trésor reçu des apôtres. Parce qu’elle est vivante, elle peut connaître un développement organique. Mais parce qu’elle est tradition, elle ne peut être transformée selon les modes du moment ou les préférences personnelles. Cette insistance du pape apparaît encore plus clairement lorsqu’il rappelle l’enseignement du Concile selon lequel la liturgie comporte « une partie immuable, car d’institution divine » et des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ».
Autrement dit, tout n’est pas modifiable. Certaines réalités appartiennent à l’essence même du culte chrétien et ne dépendent ni des époques ni des sensibilités pastorales. D’autres éléments peuvent évoluer, mais seulement dans la mesure où ils servent davantage la transmission du mystère chrétien. Léon XIV insiste alors sur une notion essentielle souvent oubliée aujourd’hui : celle du développement organique. Reprenant directement Sacrosanctum Concilium, il rappelle que toute évolution liturgique doit être entreprise seulement après une étude « théologique, historique et pastorale » approfondie et que « les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique ». Cette formule est capitale. Elle exclut les innovations arbitraires comme les reconstructions artificielles. Une réforme authentiquement catholique ne surgit jamais de nulle part. Elle naît du patrimoine vivant de l’Église et demeure reconnaissable comme son prolongement naturel.
Lors de l'audience générale d'aujourd'hui, le pape Léon XIV a médité sur Sacrosanctum Concilium, la constitution du Concile Vatican II sur la sainte liturgie, et a exhorté les prêtres à respecter les textes et les normes de la messe. Le Saint-Père a rappelé aux prêtres de ne pas modifier la liturgie "de leur propre initiative", avertissant que de tels changements peuvent créer de la confusion parmi les fidèles.
Le Pape Léon XIV exhorte les prêtres à respecter le texte et les rubriques de la Sainte Messe : "J'exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours respecter les textes et les règles de la liturgie qui découlent d'une attitude intérieure d'ouverture et de confiance en Dieu, en manifestant l'humilité devant sa grandeur et sa fidélité sincère à la communion ecclésiale".
Lors de la catéchèse prononcée par Léon XIV lors de l’audience générale du 3 juin consacrée à la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium, le pape Léon XIV a redit avec force que la liturgie n’appartient ni au célébrant ni à l’assemblée et demande que la liturgie soit davantage soignée ( texte intégral )
Aux Vème et VIème siècles, l'île de la Grande-Bretagne évangélisée dès les premiers siècles du christianisme, était retombée dans le paganisme à la suite de l'invasion des Saxons.
Le jeune roi de ce temps, Ethelbert, roi de Kent (le plus proche royaume du continent) épousa Berthe, princesse chrétienne, fille de Caribert Ier, roi de Paris et petit-fils deClovis. Berthe consentit à cemariage à la condition d'avoir sa chapelle et de pouvoir observer librement les préceptes et les pratiques de sa foi avec l'aide et l'appui d'un évêque gallo-franc. L'âme du roi de Kent subissait la salutaire influence de sa pieuse épouse qui le préparait sans le savoir à recevoir le don de la foi.
Le pape Grégoire le Grandchoisit le moine Augustin alors prieur du monastère de St-André à Rome pour réaliserl'évangélisation de l'Angleterre qu'il souhaitait depuis longtemps.
On ne sait absolument rien de la vie de saint Augustin de Cantorbéry avant le jour solennel du printemps 596, où pour obéir aux ordres du pape saint Grégoire le Grand qui avait été son abbé dans le passé, il dut s'arracher à la vie paisible de son abbaye avec quarante de ses moines pour devenir missionnaire.
À Lérins, première étape des moines missionnaires, ce qu'on leur rapporta de la cruauté des Saxons effraya tellement les compagnons d'Augustin, qu'ils le prièrent de solliciter leur rappel du pape. Augustin dut retourner à Rome pour supplier saint Grégoire de dispenser ses moines d'un voyage si pénible, si périlleux et si inutile. Le souverain pontife renvoya Augustin avec une lettre où il prescrivait aux missionnaires de reconnaître désormais le prieur de St-André pour leur abbé et de lui obéir en tout. Il leur recommanda surtout de ne pas se laisser terrifier par tous les racontars et les encouragea à souffrir généreusement pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Début Ve siècle, l'Île de Bretagne secoua le joug romain et se proclama indépendante. Mais ce fut aussi le moment où d'autres Barbares venus de Germanie détruisant la Gaule romanisée (Strasbourg, Spire, Reims, Tournai, Arras, Amiens), l'Angleterre connut l'arrivée des premiers Saxons. Jusqu'en 449, et la Descente des Saxons, elle se gouverna sous l'autorité du clergé, du roi gaulois Vortigern (Gwrtheyrn en gallois moderne), des nobles et des villes municipales. La Bretagne, soutint longtemps avec vigueur la guerre, seule et sans recours. L'Angleterre n'avait jamais été complètement romanisée. Les chefs des tribus bretonnes continuèrent toujours de régner, quoique avec un pouvoir subordonné, depuis le règne de l'empereur Claude jusqu'à celui d'Honorius. (Cf. Histoire de Manchester, par Whitaker, vol. 1, p. 247-257.)
C'est dans ce contexte qu'Augustin arriva dans le Kent en 597 à la tête de la mission grégorienne dont le but était de convertir les Anglo-Saxons au christianisme.
Les peuples anglo-saxons en Angleterre au début du VIIe siècle
Ainsi stimulés, les religieux reprirent courage, se remirent en route et débarquèrent sur la plage méridionale de la Grande-Bretagne. Le roi anglo-saxon Ethelbert n'autorisa pas les moines romains à venir le rencontrer dans la cité de Cantorbéry qui lui servait de résidence, mais au bout de quelques jours, il s'en alla lui-même visiter les nouveaux venus. Au bruit de son approche, les missionnaires, avec saint Augustin à leur tête, s'avancèrent processionnellement au-devant du roi, en chantant des litanies.
Ethelbert n'abandonna pas tout de suite les croyances de ses ancêtres. Cependant, il établit libéralement les missionnaires à Cantorbéry, capitale de son royaume, leur assignant une demeure qui s'appelle encore Stable Gate : la porte de l'Hôtellerie, et ordonna qu'on leur fournit toutes les choses nécessaires à la vie.
Vivant de la vie des Apôtres dans la primitive Eglise, Augustin et ses compagnons étaient assidus à l'oraison, aux vigiles et aux jeûnes. Ils prêchaient la parole de vie à tous ceux qu'ils abordaient, se comportant en tout selon la sainte doctrine qu'ils propageaient, prêts à tout souffrir et à mourir pour la vérité. L'innocence et la simplicité de leur vie, la céleste douceur de leur enseignement, parurent des arguments invincibles aux Saxons qui embrassèrent le christianisme en grand nombre.
Charmé comme tant d'autres par la pureté de la vie de ces hommes, séduit par les promesses dont plus d'un miracle attestait la vérité, le noble et vaillant Ethelbert demanda lui aussi le baptême qu'il reçut des mains de saint Augustin. La conversion d'Ethelbert, premier roi anglo-saxon à se convertir, amena celle d'une grande partie de ses sujets. Comme le saint pape Grégoire le Grand lui recommanda de le faire, Ethelbert proscrivit le culte des idoles, renversa leurs temples et établit de bonnes mœurs par ses exhortations, mais encore plus par son propre exemple.
Ethelbert. Statue à la cathédrale de Cantorbéry
En 597, étant désormais à la tête d'une chrétienté florissante, Augustin se rendit à Arles, afin d'y recevoir la consécration épiscopale, selon le désir du pape saint Grégoire. De retour parmi ses ouailles, à la Noël de la même année, dix mille Saxons se présentèrent pour recevoir le baptême.
De plus en plus pénétré de respect et de dévouement pour la sainte foi, le roi abandonna son propre palais deCantorbéryau nouvel archevêque. À côté de cette royale demeure, on construisit une basilique destinée à devenir la métropole de l'Angleterre. Augustin en devint le premier archevêque et le premier abbé.
Saint Augustin de Cantorbéry, détail seconde moitié du XVIe siècle, Pier Francesco Foschi, Florence Santo Spirito, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 316-317.
En le nommant primat d'Angleterre, le pape saint Grégoire le Grand lui envoya douze nouveaux auxiliaires, porteurs de reliques et de vases sacrés, de vêtements sacerdotaux, de parements d'autels et de livres destinés à former une bibliothèque ecclésiastique. Le souverain pontife conféra aussi au nouveau prélat le droit de porter le pallium en célébrant la messe, pour le récompenser d'avoir formé la nouvelle église d'Angleterre par ses inlassables travaux apostoliques. Cet honneur insigne devait passer à tous ses successeurs sur le siège archiépiscopal d'Angleterre. Le pape lui donna également le pouvoir d'ordonner d'autres évêques afin de constituer une hiérarchie régulière dans ce nouveau pays catholique. Il le constitua aussi métropolitain des douze évêchés qu'il lui ordonna d'ériger dans l'Angleterre méridionale.
Les sept dernières années de sa vie furent employées à parcourir le pays des Saxons de l'Ouest. Même après sa consécration archiépiscopale, Augustin voyageait en véritable missionnaire, toujours à pied et sans bagage, entremêlant les bienfaits et les prodiges à ses prédications. Rebelles à la grâce, les Saxons de l'Ouest refusèrent d'entendre Augustin et ses compagnons, les accablèrent d'avanies et d'outrages et allèrent jusqu'à attenter à leur vie afin de les éloigner.
Au début de l'an 605, deux mois après la mort de saint Grégoire le Grand, son ami et son père, saint Augustin, fondateur de l'église anglo-saxonne, alla recueillir le fruit de ses multiples travaux. Avant de mourir, il nomma son successeur sur le siège de Cantorbéry.
Selon la coutume de Rome, le grand missionnaire fut enterré sur le bord de la voie publique, près du grand chemin romain qui conduisait de Cantorbéry à la mer, dans l'église inachevée du célèbre monastère qui allait prendre et garder son nom.
Canterbury, Canterbury cathedral
Sources : (1) ; (2) ; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 18 ; (4) Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006.
Les deux premiers chapitres précisent les principes de cette doctrine — la dignité inaliénable de la personne. Le chapitre 3 dénonce les risques liés à l'intelligence artificielle, notamment son absence de neutralité morale (§ 104), sa gouvernance confisquée par une poignée de personnes (§ 107), la confiscation des données par le secteur privé (§ 108), les monopoles et l'"asymétrie épistémique" qu'ils créent.
Les références de Léon XIV à la responsabilité ecclésiale dans l'esclavage contrastent avec les faits historiques. Saint Patrick, lui-même ancien esclave, est considéré par les historiens comme la première personnalité publique à condamner l'institution. En 1537, Paul III interdit l'esclavage des peuples indigènes du Nouveau Monde par la bulle Sublimis Deus sous peine d'excommunication. Grégoire XVI a dénoncé la traite transatlantique des esclaves dans son encyclique In Supremo Apostolatus de 1839, près de trois décennies avant son abolition aux États-Unis. Ces précédents magistériels, systématiquement omis dans le discours actuel du Vatican, nuancent considérablement le récit d'une Église complice qui doit maintenant demander pardon.
L’exaltation répétée de la démocratie suit le même schéma. Faisant écho à Jean-Paul II, l’encyclique loue la démocratie car elle permet la participation et empêche la monopolisation du pouvoir (39). On y trouve presque totalement absente la mise en garde catholique traditionnelle contre la tendance de la démocratie libérale au relativisme, à la manipulation des masses et à la sécularisation. La démocratie est plutôt considérée comme essentiellement normative, pourvu qu’elle serve le "bien commun".
Approuve l’ère moderne et le mondialisme : Une autre préoccupation majeure réside dans la vision politique mondialiste et autoritaire du document. L'encyclique appelle à plusieurs reprises à des institutions internationales renforcées et à une coopération transnationale accrue. Léon XIII se prononce favorablement en faveur d'"institutions internationales plus efficaces" pour préserver le "bien commun mondial" (64). Les infrastructures technologiques, les données, les algorithmes et les plateformes numériques sont tous présentés comme des sujets nécessitant une gouvernance et une réglementation internationales (67).Integrity Magazine
La véritable charité exigeant la clarté, l'évêque Strickland, qui a rédigé une critique très respectueuse de l’encyclique résume ainsi ce document : l’encyclique "contient de nombreuses affirmations résolument catholiques, voire admirables : elle rejette le transhumanisme, met en garde contre la technocratie, condamne l'exploitation et la traite des êtres humains, défend la dignité de la personne humaine, affirme l'Incarnation, parle de la grâce, fait référence à l'Eucharistie et insiste sur le fait que l'homme ne doit jamais être réduit à une machine ou à des données." Mais elle met davantage l'accent sur l'humanisme que sur le péché et le Rédempteur.
"[L]'insistance répétée sur ce point [de la dignité humaine] donne l'impression que la crise première du monde moderne est la "déshumanisation", plutôt que le péché contre Dieu... Cela donne l'impression d'une théologie anthropocentrique, où la personne humaine devient le centre de l'interprétation... De ce fait, les racines du mal apparaissent avant tout structurelles plutôt que spirituelles. La doctrine catholique enseigne que le désordre de la société découle en fin de compte du désordre du cœur humain blessé par le péché originel... Le problème réside dans le fait que la dimension surnaturelle du salut paraît moins centrale que la construction d’un ordre social humain..."
Le document "réorganise la hiérarchie des vérités en plaçant l'humanité, l'épanouissement humain, la dignité humaine et les relations humaines au centre, d'une manière qui risque d'éclipser la primauté de Dieu, du péché, de la rédemption, du culte et du salut. ... La dignité humaine est affirmée précisément parce que l'homme est créé par Dieu, racheté par le Christ et ordonné à la communion éternelle avec Lui. La dignité humaine émane de Dieu et lui demeure subordonnée."
"C’est pourquoi de nombreux catholiques fidèles trouveront ce document profondément troublant. La crainte n’est pas seulement que la doctrine soit niée d’emblée, mais que tout le cadre de référence se modifie subtilement : d’un théocentrisme à un anthropocentrisme, du salut à l’épanouissement humain, du péché aux systèmes, de la rédemption à la relation, du culte à l’humanitarisme... Au cœur de ce débat se trouve une question bien plus importante que l'intelligence artificielle, la technologie, l'économie, voire même la politique mondiale. La véritable question est la suivante : qui est au centre ? "
La théologie catholique traditionnelle commence non pas avec l’homme mais avec Dieu. Sa gloire, sa vérité, sa justice et la nécessité de la conversion personnelle avant la Rédemption. Il y a largement la place dans l’Église pour ce type de debat. Le pape saint Pie X a mis en garde contre la création d'une fausse "dignité humaine".
L’aspect général anthropocentrique ancré dans l'optimisme philosophique du siècle des ténèbres, laisse de côté l'appel à la conversion et à la repentance.
La repentance du péché est la principale exigence de l'Évangile. La repentance n'est pas mentionnée une seule fois.
1 - Doctrine sociale " dynamique " et adaptation historique
L'encyclique souligne le "caractère dynamique" de la doctrine sociale catholique et la présente moins comme un ensemble stable de principes et plus comme une "théologie de la communion dans l'histoire". C'est le modernisme typique post-Vatican II.
Ce type de langage suggère que la doctrine évolue selon la conscience historique et les circonstances contemporaines plutôt que de rester ancrée en permanence dans des vérités immuables.
Le souci est que "l'adaptation pastorale" devienne progressivement une fluidité doctrinale.
2- L'exaltation répétée de "l'humanité"
Même le titre, Magnifica Humanitas ("Humanité magnifique"), signale déjà une forte emphase anthropocentrique.
Tout au long du texte, des expressions sur la "dignité humaine", l'"épanouissement humain", la "responsabilité partagée" et le fait de rester humain" apparaissent constamment. C'est une continuation du passage postconciliaire de la théologie centrée sur Dieu au discours centré sur l'homme, où l'humanité elle-même devient de plus en plus le centre émotionnel et rhétorique du langage ecclésial.
3-Le langage de la communion universelle et de l'inclusivité
L'encyclique met l'accent sur la "communion", la "solidarité" et la large coopération entre les dirigeants politiques, les scientifiques, les éducateurs et les institutions mondiales. C'est une autre expression de la tendance post-Vatican II vers un langage humain universel qui semble moins préoccupé par la distinction entre vérité et erreur, Église et monde, conversion et coexistence. [Ainsi qu'une tendance à prôner une fraternité humaine horizontale sans la paternité du Père... Ndlr]
4- La relativisation de la théorie de la guerre juste
Il y a des passages qui impliquent que la théorie catholique traditionnelle de la guerre juste est "dépassée" ou insuffisante à l"ère de la guerre contre l'IA. Ceci est extrêmement sensible parce que la théorie de la guerre juste n'est pas considérée comme un cadre politique temporaire, mais comme faisant partie de la tradition morale catholique plus large développée au cours des siècles.
[La référence apparaît dans le numéro 192 de Magnifica Humanitas, dans un chapitre consacré à la normalisation croissante de la guerre dans la culture contemporaine. Après avoir dénoncé le réarmement de nombreux pays, la perte de la mémoire historique des tragédies du XXe siècle et le rôle des médias sociaux et des algorithmes dans la polarisation des sociétés, Léon XIV écrit : "Aujourd’hui plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict." La formulation est importante. Le pape n'écrit pas qu'"il n'existe pas de guerre juste". Il ne prétend pas non plus que toutes les formes de défense armée soient immorales. Il affirme que la théorie de la guerre juste a été trop souvent utilisée pour légitimer les conflits et que l'humanité dispose aujourd'hui d'outils plus adaptés pour gérer les crises internationales, tels que la diplomatie, le dialogue et le pardon.
La doctrine de la guerre juste n'a pas été conçue pour justifier les guerres, mais pour les limiter. De saint Augustin à saint Thomas d'Aquin, la pensée chrétienne s'est efforcée d'établir des critères moraux capables d'empêcher que le recours à la force ne soit laissé à la seule loi du plus fort.
Cette tradition figure toujours dans le Catéchisme de l'Église catholique.
Le paragraphe 2265 nous rappelle que ceux qui sont responsables de la vie d'autrui ont non seulement le droit, mais aussi le devoir de la protéger. "En plus d’un droit, la légitime défense peut être un devoir grave, pour qui est responsable de la vie d’autrui. La défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste agresseur hors d’état de nuire. A ce titre, les détenteurs légitimes de l’autorité ont le droit de recourir même aux armes pour repousser les agresseurs de la communauté civile confiée à leur responsabilité."
Le paragraphe 2309 établit les conditions qui doivent être réunies pour que la légitime défense armée soit considérée comme moralement légitime : l'existence d'un dommagegrave, durable et certain ; l'échec des moyens pacifiques ; Que soient réunies les conditions sérieuses de succès; et le fait que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer.
L’Église n’a jamais enseigné un pacifisme absolu qui contraindrait des innocents à subir l’extermination. Elle a enseigné que la guerre est toujours un mal grave et que la défense armée ne peut être envisagée que dans des conditions extrêmement restrictives.
C’est pourquoi il est difficile d’affirmer que Léon XIV ait expressément voulu abolir toute cette tradition alors que le texte lui-même conserve explicitement la référence au droit à la légitime défense.
Le texte décrit la doctrine sociale comme un "discernement partagé". Ce vocabulaire ressemble fortement au langage synodal : dialogue, écoute, processus collectifs et accompagnement historique. Cela affaiblit la compréhension catholique classique de l'enseignement faisant autorité qui découle de l'Apocalypse et du Magistère.
6- Le ton vers une gouvernance mondiale moderne
L'encyclique favorise la coopération internationale, les cadres réglementaires, les organismes de surveillance et la coordination éthique mondiale en matière d'IA. C'est une autre manifestation de l'optimisme postconciliaire envers les structures supranationales et la gouvernance technocratique, associée aux tendances mondialistes modernes.
7- Le ton émotionnel-humanitaire lui-même
Une question plus large est stylistique. La rhétorique est hautement émotionnelle, humanitaire et civilisationnelle plutôt qu'ascétique, doctrinale ou surnaturelle.
On rencontre à plusieurs reprises des thèmes tels que la vulnérabilité, la fraternité, la souffrance humaine, le dialogue, la dignité et la coexistence. Cela apparaît comme le christianisme traduit dans le langage de l'éthique humanitaire moderne plutôt que comme le langage du péché, de la rédemption, du sacrifice, du jugement, de la sainteté et du salut.
Le ton suggère une réconciliation cosmique si universelle que la tragédie de la damnation, des fausses religions, de l'apostasie, du sacrilège et de la corruption morale commence à disparaître. Le résultat est un christianisme de plus en plus centré sur l'humanité qui se contemple égoïstement à travers le langage spirituel, plutôt que sur l'humanité qui s'agenouille devant Dieu dans la crainte, la repentance, l'adoration et l'obéissance à la Révélation divine."
Moine bénédictin, Bérenger naquit à Toulouse vers 1005 de parents appartenant à la noblesse. Précocement vertueux, il prit l'habit dès l’adolescence à l'abbaye de Saint-Papoul.
Il y mena la vie d'ascète que suppose la stricte observance de la règle de Saint Benoît.
Modèle pour ces congénères, il fut nommé maître des novices puis aumônier.
Ses reliques furent conservées à l'abbaye et suscitèrent de nombreux miracles.
"Au XIe siècle, l’abbaye, régie par la Règle de saint Benoît, connaît une période prospère grâce au moine Bérenger. Modèle de vertus, des miracles se seraient accomplis de son vivant et sur sa tombe entraînant un pèlerinage." (commune de Saint-Papoul)
Au monastère de Saint-Papoul, en 1093, saint Bérenger, moine.
Le lundi de Pentecôte nous fêtons Marie, Mère de l'Église.(1)
Mère de l'Église (en latin : Mater Ecclesiae) est un des titres sous lesquels l’Église vénère la Vierge Marie, Mère de Dieu. Depuis 2018, c'est aussi le nom de la fête mariale célébrée le lundi après la Pentecôte. Son titre complet est fête de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église.
L’Église a traditionnellement dépeint la bienheureuse Vierge Marie avec les Apôtres et les disciples réunis à la première Pentecôte et unis dans la prière avec les premiers membres de l’Église. L'utilisation du titre Mater Ecclesiae à la Vierge Marie remonte à S. Ambroise de Milan au IVe siècle. Le concile Vatican II et le pape Paul VI, citant Ambroise, ont déclaré "Marie Mère de l'Église".
Paul VI a utilisé cette expression dans la promulgation de l'encyclique Lumen Gentium : "C'est donc à la gloire de la bienheureuse Vierge et à notre réconfort que Nous proclamons Marie très sainte, Mère de l'Église, c'est-à-dire de tout le peuple de Dieu, aussi bien des fidèles que des pasteurs, qui l'appellent Mère très aimante, et Nous voulons que, dorénavant, avec un tel titre très doux la Vierge soit encore plus honorée et invoquée par tout le peuple chrétien."
Dans son Credo du peuple de Dieu, le 30 juin 1968, il dit : "Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Ève, mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ, en coopérant à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes des rachetés."
Dans l'encyclique Redemptoris Mater de 1987 et lors de l'audience générale du 17 septembre 1997, Jean-Paul II confirme le titre de "Marie, Mère de l'Église".
En 2018, le pape François a institué la Mémoire obligatoire de la Vierge Marie, Mère de l'Église le lundi après la Pentecôte, par le décret Laetitia plena. Le décret fut signé au , au 160e anniversaire des apparitions de la Sainte Vierge à Lourdes.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous :
l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous.
... En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous.
En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.
Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père !
C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
Dix jours après l'Ascension de Notre Seigneur, la Pentecôte, en grec pentêkostề hêméra,(le cinquantième jour), correspond à l'envoi de l'Esprit-Saint aux Apôtres réunis auCénacle de Jérusalempour la Pentecôte juive de Chavouot (au cours de laquelle on célébrait le don de la Torah sur le Mont Sinaï qui se situait cinquante jour après la Pâque), cinquante jours donc après sa résurrection (Pâques).
Le Cénacle est le lieu de l'effusion de l'Esprit lors de la Pentecôte, quand "apparurent comme des langues de feu qui se posèrent sur chacun d'eux" (Ac 2:2-3) C'est au Cénacle qu'eut lieu le premier concile, dit "concile de Jérusalem" (Ac 15:4-19)
Le Cénacle est aussi le nom de la pièce où Notre Seigneur institua le sacrement de l'Eucharistie (la sainte Cène), le Jeudi saint, la veille de sa Passion.
Dans la Trinité, les personnes se distinguent uniquement par leurs relations d'origine. Le Père est sans origine, le Fils est engendré par le Père et l'Esprit procède. Or, si le Fils reçoit tout du Père comme l'affirme Jn 16,15, alors la capacité de spirer l'Esprit fait partie de ce que le Père communique au Fils, à l'exception de la Paternité elle-même. Ainsi, lorsque l'Occident affirme que l'Esprit procède du Père et du Fils, il ne nie pas la monarchie du Père, mais affirme que le Père est l'unique source première et que le Fils participe pleinement à cette spiration en tant que Fils. L'Orient préfère parler exclusivement du Père comme source pour préserver la monarchie divine, tandis que l'Occident insiste sur la communion consubstantielle du Père et du Fils.
Sur cette gravure, en haut de l'image, on remarque des triangles entremêlés, tête en haut ou tête en bas. Les triangles tête en bas ont à leur base deux points, ce qui dans les Ecritures correspond à l'envoi de l'Esprit-Saint par les deux autres personnes de la Sainte Trinité : le Père et le Fils qui ne font qu'UN, et dans les triangles têtes dirigées vers le haut, l'assemblée de Dieu, qui sur terre est en perpétuelle recherche de Dieu et donc en relation permanente avec le Créateur par la grâce de l'Esprit-Saint.
À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques.
Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.
En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes...
Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
21 Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
23 À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
"Le miracle de la Pentecôte, où les Apôtres, cinquante jours après la Résurrection reçoivent l'Esprit Saint, et sont appelés à prêcher dans le monde entier en parlant une multitude de langues, marque la fondation de l'Église.
C'est le Christ qui fonde ici Son Église: « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Et "c'est Pierre qui prend la parole pour annoncer le premier cette bonne nouvelle (Actes 2, 1-36)." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 24-25). Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours :
Alors Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles.
[...] Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes.
Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort.
[...] Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins.
[...] Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ.
"Suivant deux illustres Pères de l'Église orientale, saint Hésychius, patriarche de Jérusalem, et saint Proclus, patriarche de Constantinople, le Saint-Esprit descendit au moment même où saint Pierre célébrait, au milieu des disciples, l'auguste sacrifice de la messe." (Mgr Gaume, Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, tome II, Paris 1890, p. 192).
La Cène, Fra Angelico, 1452
"La vie communautaire et la vie de prière étaient ordonnées à l’annonce de l’Evangile. C’est exactement ce qui a été vécu par les premiers chrétiens dans ce temps entre Ascension et Pentecôte : sur ordre de Jésus, les disciples font communauté, écoutent la Parole, reçoivent l’Esprit, et deviennent messagers de la Bonne Nouvelle. Vivre au Cénacle c'est vivre avec Marie, c'est se laisser comme elle conduire par l'Esprit pour communiquer le Christ aux autres." (Congrégation Notre Dame du Cénacle, n° 37)
C'est comme une précieuse indication : pas de Pentecôte sans cénacle. En un mot, l'Esprit est donné à des êtres qui, déjà, essayent de vivre en communion, unis dans leur diversité et surtout persévérants dans la prière avec Marie, la Mère de Jésus. (Cathedrale du Puy)
Au cours de la prière au Cénacle, dans une attitude de profonde communion avec les Apôtres, quelques femmes et les « frères » de Jésus, la Mère du Seigneur invoque le don de l'Esprit pour elle-même et pour la communauté.
Marie désire une effusion de l'Esprit en vue de sa propre fécondité spirituelle.
Il était bon que la première effusion de l'Esprit sur elle, qui avait eu lieu en vue de sa maternité divine, fût renouvelée et renforcée. En effet, au pied de la Croix, une nouvelle maternité avait été confiée à Marie, qui concernait les disciples de Jésus. Cette mission exigeait précisément un renouvellement du don de l'Esprit. La Vierge le désirait donc, en vue de la fécondité de sa maternité spirituelle.
Alors qu'au moment de l'Incarnation l'Esprit était descendu sur elle en tant que personne appelée à participer dignement au grand mystère, maintenant tout s'accomplit en fonction de l'Église, dont Marie est appelée à être la figure, le modèle et la mère.
Marie désire une effusion de l'Esprit sur les disciples et sur le monde.
Dans l'Église et pour l'Église, la Vierge, se souvenant de la promesse de Jésus, attend la Pentecôte et implore pour tous la multiplicité des dons, selon la personnalité et la mission de chacun.
Dans la communauté chrétienne, la prière de Marie revêt une signification particulière : elle favorise l'avènement de l'Esprit en sollicitant son action dans le cœur des disciples et dans le monde.
Tout comme, lors de l'Incarnation, l'Esprit avait formé en son sein virginal le corps physique du Christ, de même, au Cénacle, le même Esprit descend pour animer son Corps mystique.
La Pentecôte est donc aussi le fruit de l'incessante prière de la Vierge, que le Paraclet accepte avec une faveur toute particulière parce qu'elle est l'expression de son amour maternel à l'égard des disciples du Seigneur. En contemplant la puissante intercession de Marie qui attend l'Esprit Saint, les chrétiens de tous les temps, dans leur long et difficile cheminement vers le salut, recourent souvent à son intercession pour recevoir avec plus d'abondance les dons du Paraclet.
Répondant à la prière de Marie et de la communauté rassemblée au Cénacle le jour de la Pentecôte, l'Esprit Saint comble la Vierge et ceux qui sont présents de la plénitude de ses dons, opérant en eux une profonde transformation en vue de la diffusion de la Bonne Nouvelle.
À la Mère du Christ et aux disciples, sont donnés une force nouvelle et un dynamisme apostolique nouveau, pour la croissance de l'Église.
Éclairée et conduite par l'Esprit, elle a exercé une influence profonde sur la communauté des disciples du Seigneur
En particulier, l'effusion de l'Esprit conduit Marie à exercer sa maternité spirituelle d'une manière singulière, par sa présence toute imprégnée de charité et par le témoignage de sa foi. Dans l'Église naissante, elle transmet aux disciples, comme un trésor inestimable, ses souvenirs sur l'Incarnation, l'enfance, la vie cachée et la mission de son divin Fils, contribuant à le faire connaître et à affermir la foi des croyants.
Nous ne disposons d'aucune information sur l'activité de Marie dans l'Église primitive, mais il est permis de supposer que, même après la Pentecôte, elle a continué à vivre une existence cachée et discrète, attentive et efficace.
Éclairée et conduite par l'Esprit, elle a exercé une influence profonde sur la communauté des disciples du Seigneur.
LeVeni Creator Spiritus est une hymne composée au IXe siècle, considérée comme la plus célèbre de toutes les hymnes grégoriennes, elle signifie Viens Saint Esprit Créateur et commémore laPentecôte.
Cette hymne fut entonnée par Sainte Jeanne D'Arc et son armée lorsque la Pucelle de Domrémy, menait ses soldats vers une de ses plus grandes victoires sur les Anglais à Patay.
Evêque de Vienne à partir de 595, né à Autun vers 540, il s'éleva contre la reine Brunehaut (ou "Brunehilde") pour critiquer la vie dissolue de la cour.
Pour le faire taire, la reine convoqua un concile à Châlon-en-Bourgogne et y fit comparaître une certaine Justa qui se plaignit d'avoir été violée par saint Didier en présence d'un témoin, domestique de la cour royale. Les évêques de la province de Lyon déposèrent leur collègue.
Mais il fut rappelé par la reine lorsque trois ans plus tard les faux témoins moururent tous deux de manières inexplicables. La reine troublée par la mort des deux accusateurs, fit revenir Didier qui n'en continua pas moins à admonester la vieille criminelle qui n'arrêtait ni ses débauches ni ses tueries.
Pour en finir, Brunehaut envoya ses soldats l'arrêter en pleine messe et le fit lapider en 608 àSaint-Didier-sur-Chalaronneprès de Lyon.
Sur le territoire de Lyon, en 606 ou 607, la passion de saint Didier, évêque de Vienne. Ayant reproché à la reine Brunehaut un mariage incestueux et d’autres dépravations, il fut d’abord envoyé par elle en exil, puis, sur son ordre, arrêté dans sa cathédrale, et enfin lapidé par les soldats et achevé à coups de bâton, recevant ainsi la couronne du martyre.
« La liturgie ancienne ne cherche pas à plaire à l’époque, et c’est pourquoi l’époque y revient »
À la veille du pèlerinage de Chartres organisé par Notre-Dame-de-Chrétienté, le président de l’association revient sur l’attrait de la jeune génération de catholiques pour la liturgie traditionnelle. Pour Philippe Darantière, dans un monde saturé d’horizontalité, la verticalité des rites ancestraux tranche et libère.
Écrivant le 18 mars 2026 de la part du pape Léon XIV aux évêques de France réunis à Lourdes, le cardinal Parolin a souligné « la croissance des communautés liées au Vetus Ordo ». Le fait est là : la liturgie traditionnelle attire, et attire les jeunes. Cette Pentecôte encore, 20 000 personnes vont participer au pèlerinage traditionaliste de Paris à Chartres, avec une moyenne d’âge de 22 ans et une hausse de fréquentation de 8 % en moyenne sur dix ans. Comment comprendre ?
La première réponse, et la plus commode, est celle de la « sensibilité » : le latin, l’encens, le grégorien, la beauté des ornements. Mais cela existe aussi ailleurs… On dira alors que c’est une affaire d’identité, un besoin de racines, la résistance à un monde liquide qui ne sait plus d’où il vient. Cet argument contient une part de vérité, mais ne suffit pas. Si la liturgie traditionnelle n’était qu’un conservatoire culturel, elle serait un musée, or elle est manifestement vivante. Elle fait passer du culturel au cultuel.
L'homme s’efface devant le rite
Voici le premier paradoxe : une liturgie qui, de l’extérieur, semble se dérouler « sans nous » attire profondément. Le prêtre est tourné vers l’Orient, vers le Christ dont il n’est que l’instrument visible. Il n’anime pas, il n’explique pas en temps réel. Les gestes sont ceux qui ont été accomplis invariablement et minutieusement depuis la nuit des temps. L’espace du sanctuaire sépare le sacré du profane. Tout parle d’un autre royaume, celui de Dieu.
Cette « mise à distance » n’est pas un archaïsme. Elle dit que l’on ne vient pas à la messe d’abord pour soi. On vient parce que l’on a envers Dieu une dette insolvable, que nulle générosité humaine ne saurait acquitter. On vient rendre à Dieu ce qui lui est dû. Et c’est précisément parce qu’on vient pour Dieu que l’on repart enrichi. La vertu de religion, ce devoir de culte envers le Créateur, est inscrite dans chaque geste de cette liturgie. L’homme s’efface devant le rite. Et loin de l’humilier, cet effacement l’élève. Dans une époque saturée d’horizontalité et de retour permanent sur soi, cette verticalité tranche et libère.
On objecte que cette liturgie serait hermétique. C’est méconnaître son rapport au corps et aux sens. Elle est au contraire extraordinairement incarnée. Les gestes ritualisés, les ornements, le latin, le silence, l’encens, les génuflexions, le chant grégorien : autant de signes concrets qui « ouvrent vers l’invisible », selon Benoît XVI. L’âme ne s’élève pas malgré le corps ; elle s’élève avec lui. Cette pédagogie sacramentelle répond à quelque chose de très profond que, depuis Abel, Noé, Abraham et Moïse, la Bible nous enseigne : l’homme est une créature, la seule de la nature, qui prie, qui offre, qui consacre.
La marque de la permanence
Certains ont affirmé que le sacré correspondait à un stade archaïque de l’humanité en voie de dépassement. La réalité du XXIe siècle est plus entêtée : le sacré attire toujours. Non pas malgré la modernité, mais peut-être à cause d’elle : ce que celle-ci essaye de détruire, la liturgie le garde et le redonne.
Dans un monde où tout change, où chaque institution, même dans l’Église, cherche à « se réinventer », cette liturgie porte la marque de la permanence. Les lectures sont les mêmes depuis des siècles. Le grégorien chante depuis plus d’un millénaire. Le canon romain murmure les mêmes mots qu’au temps de Grégoire le Grand. Et celui qui découvre cette messe pour la première fois comprend d’instinct qu’il entre dans quelque chose qui le dépasse, qui l’a précédé, qui lui survivra : il devient l’espace d’un moment participant d’une liturgie qui nous relie au ciel.
Cela ne signifie pas que la liturgie serait figée par essence. Elle évolue lentement, organiquement, mais toujours avec cette « infinie délicatesse » dont a témoigné le Concile de Trente, qui eut la sagesse de garder inchangés les rites ayant plus de deux siècles d’histoire. Et c’est cette permanence voulue, assumée, qui lui confère son autorité. La liturgie ne cherche pas à plaire à l’époque. Et c’est pourquoi l’époque y revient.
Le mystère rendu présent
Il reste un dernier paradoxe, peut-être le plus décisif. La liturgie traditionnelle est aussi, et peut-être surtout, une expression extraordinairement dense du mystère qu’elle célèbre. La messe, « trésor de la foi », est le mémorial de la Passion du Seigneur, non pas son souvenir mais son renouvellement non sanglant, le sacrifice rédempteur du Christ rendu présent sur l’autel. L’offertoire, la double consécration, les prières du Canon récitées en silence, la communion reçue à genoux : tout cela ne raconte pas la mort et la résurrection du Seigneur, tout cela les actualise.
La liturgie ancienne est ainsi un catéchisme vécu : elle enseigne non seulement qui est Dieu, mais qui est l’homme face à Dieu. Une anthropologie religieuse que nos contemporains n’ont pas désapprise, même quand ils ont cessé de la formuler. C’est peut-être cela, le secret de son attractivité : elle dit une vérité sur l’homme que l’homme porte en lui sans le savoir.
Liturgie missionnaire ? Assurément. Et pour un nombre croissant de baptisés et de convertis, elle est devenue la langue maternelle pour parler à Dieu et pour L’écouter. Elle est une richesse de l’Église, trésor de son passé, de son présent et de son avenir. Un trésor que 30 % des pèlerins de Chartres découvrent chaque année pour la première fois. Ce chiffre, à lui seul, montre que la liturgie tridentine célébrée au pèlerinage n’est pas un obstacle à la communion dans l’Église, mais un de ses joyaux.
"Ces cathos de gauche qui préfèrent la messe tradi" ! passionnante enquête de Timothée de Rauglaudre dans l'hebdo La Vie de cette semaine
Anarchistes ou anticapitalistes, ils apprécient le rite tridentin, composant avec un milieu traditionaliste souvent aux antipodes de leurs valeurs. La Vie Media sur X
Anarchistes ou anticapitalistes, ils apprécient le rite tridentin, composant avec un milieu traditionaliste souvent aux antipodes de leurs valeurs. 📲 https://t.co/cShtJ247Tapic.twitter.com/Bx2hGUWX90
Né en Serbie, fils de l'empereur Constance Chlore et de sainte Hélène, Constantin fut élevé à la cour de Dioclétien et proclamé empereur en Gaule après la mort de son père, en 306.
Son génie fut de reconnaître la force morale des chrétiens et de gouverner avec eux et non plus contre eux, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Son règne marque la fin des persécutions contre les chrétiens.
"De l'avis de tous, Constantin joua certainement le rôle d'accélérateur de l'histoire. [...] Mais le christianisme était déjà une présence sociale avant Constantin, et il continua à s'enraciner en Europe après lui, dans un milieu différent qui devint celui des royaumes barbares. [...] Le christianisme a survécu à la chute de l'Empire et a gagné les Barbares, qui ont [...] adopté la religion des vaincus." (Marie-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, CLD Éditions, Points Histoire, Lonrai 2015, p. 202.)
"S'il faut identifier le christianisme populaire par le culte des saints, les miracles et les exorcismes, son acte de naissance est bien antérieur au IVe siècle." (Marie-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, ibid., p. 132-133.)
Le Chrisme: image que vit Constantin dans le ciel avant la bataille du Pont Milvius, correspondant aux lettres grecques X Chi et P Rho (XP), les deux premières lettres du mot Christ.
Constantin Ier, et toute son armée avec lui, vit apparaître dans le ciel une croix.
Jésus, dans un rêve prémonitoire, lui promit aussi de vaincre Maxence par le chrisme, symbole formé des deux lettres grecques Khi (X) et rho (P), les deux premières lettres de Christ. Constantin les fit apposer sur les étendards de son armée et les boucliers de ses hommes.
Le 28 octobre 312, au Pont Milvius, à quelques kilomètres au nord-est de Rome, deux empires, deux mondes s'affrontaient devant les siècles : l'empire des Césars et la monarchie chrétienne, le monde païen et le monde chrétien.
Combattant sous le drapeau marqué de la croix, l'armée de Constantin était composée de Germains, de Gaulois, de nombreux auxiliaires Francs, de chrétiens au nombre de 98.000 fantassins et cavaliers, celle de Maxence de Romains, Italiens, Carthaginois, Tyrrhéniens et Siciliens au nombre de 188.000 fantassins et cavaliers, sous les murs de Rome.
Bataille du Pont Milvius, fragment d'une fresque de Raphaël au Vatican, in La Gaule chrétienne, D'après les écrivains et les monuments anciens, Paris Librairie Hachette et Cie, Paris 1879, p. 43
Constantin, frappé par le feu divin, ordonna à ses soldats de peindre le symbole du Christ, le Chi-Rho, sur leurs boucliers.
Ils ne se battraient plus seulement pour l'empire. Ils se battraient pour le Dieu vivant.
Maxence, gonflé d'orgueil, avait détruit des ponts pour piéger Constantin, mais il en avait maintenant bêtement construit un provisoire, se fiant aux présages et aux devins.
L'armée de Constantin, dont les boucliers portaient la Croix du Christ, s'avançait avec une puissance intrépide.
Au fur et à mesure qu'elles chargeaient, les forces de Maxence vacillèrent. La panique s'empara d'eux.
Le pont provisoire s'effondra sous leur retraite. Maxence lui-même, paré de ses robes impériales et de ses charmes païens, plongea dans le fleuve. Sa lourde armure l'entraîna dans les profondeurs. Le tyran se noya et Rome fut libérée.
Constantin entra dans Rome.
En entrant dans la Ville éternelle, Constantin ne se glorifia pas de lui-même, mais du Dieu des chrétiens. Il refusa d'offrir des sacrifices dans les temples païens. Au lieu de cela, il commença à protéger l'Église, à légaliser la foi chrétienne et à élever la Croix, non pas comme un symbole de mort, mais comme un symbole de victoire.
Une statue le représente tenant la croix à la main, avec cette inscription qu'il dicte lui-même :
"C'est avec ce signe salutaire, vrai symbole de force, que j'ai délivré votre ville du joug de la tyrannie, et que, rendant la liberté au sénat et au peuple romain, je les ai rétablis, dans leur ancienne majesté et leur ancienne splendeur." (Euseb, Vit. Constant., lib. C., c. XXXIII.)
Il a vu la Croix et l'a suivie.
Il s'est fié à la promesse : "Dans ce signe, tu vaincras." Et par la foi, il a donné raison aux paroles de saint Paul :
" Si Dieu est pour nous, qui peut être contre nous ? ". - Romains 8,31
Constantin se fit chrétien, concluant ainsi la paix avec l'Église. Il se convertit et édifia à Rome une basilique sur le tombeau de saint Pierre, premier pape. Il ordonna également la construction de la basilique du Latran, la première grande cathédrale de la chrétienté. Il convoqua le concile de Nicée, où la vérité de la divinité du Christ sera défendue.
Constantin est devenu le marteau de l'idolâtrie et le bouclier de l'Église, non pas par sa propre force, mais en faisant confiance au signe du Ciel.
"Au début de 313, Constantin est obligé de revenir en personne à Trèves. Les Alamans et les Francs s'inclineront finalement devant l'empereur, devenu chrétien. Pour célébrer son triomphe, Constantin institue des Jeux franciques, où des prisonniers barbares sont sacrifiés. Il décrète aussi l'émission de monnaies commémoratives. Quelques-uns de ces sous d'or, admirablement conservés, représentent une femme prostrée, gémissant sur sa défaite. La légende désigne l'infortunée : Francia." (Philippe DELORME, Préface de Jean TULARD de l'Institut, Contre-Histoire de France, Ni romance, ni repentance, Via Romana, Le Chesnay 2024, p. 35)
Constantin attribue à la protection de Saint Michel Archange de nombreuses victoires obtenues contre ses ennemis et, en reconnaissance, il fit construire un magnifique sanctuaire à Constantinople : le célèbre Michaelion. Ce sanctuaire devint un lieu de pèlerinage : un grand nombre de malades y obtinrent la guérison par l'intercession de l'archange Michel. (Père Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, Pierre Téqui éditeur, Paris 2002, p. 12.)
Il proclama l'édit de Milan (312) qui donna la liberté aux chrétiens de pratiquer leur culte et de propager leur foi. Il restitua les biens ecclésiastiques confisqués par Maxence. Légalement, depuis 313, les cultes officiels n'étaient plus obligatoires pour personne, mais leur statut n'était pas aboli. La conversion de Constantin ne donna pas le signal d'une revanche contre le paganisme.Il interdit seulement la divination par consultation des entrailles des victimes (haruspicine), la magie, les cultes païens immoraux (viols de sépultures, infanticides), les coutumes païennes immorales (Constantin fait détruire un sanctuaire d'Asclépios à Agaï en Cilicie, fermer un temple d'Astarté à Baalbek en Phénicie où se pratiquait la prostitution sacrée) et les sacrifices, mais ne ferma pas les temples :
"Vous qui estimez que cela vous est utile, rendez-vous aux autels publics, aux temples, et célébrez les rites auxquels vous êtes habitués: nous n'empêchons pas en effet de célébrer en plein jour les rites de cet ancien usage illicite" (15 mai 319.)
"Il est manifeste, écrit Constantin, que la négligence de la religion, dans laquelle est conservée le respect souverain de la très-sainte et très-haute puissance, est cause de grands dangers pour les affaires de l'Etat; en revanche, lorsque la religion est reçue et gardée conformément aux lois, elle apporte, procurée par les bienfaits divins, une très grande prospérité au nom romain et une réussite notable à toutes les entreprises humaines" (Lettre III, 1.)
En 329, Constantin interdit aux juifs de molester ou de lapider les juifs qui passent aux christianisme.
Le 25 juillet 336, lorsque Constantin fête ses trente ans de règne à Constantinople, la paix règne aux frontières comme à l'intérieur de l'empire. Les Barbares et les Perses sont tenus en respect, le pouvoir de l'empereur s'étend sur l'Orient et sur l'Occident. La nouvelle capitale, Constantinople, est en plein développement. Avec une position stratégique exceptionnelle, elle se révélera imprenable, et sera pendant des siècles, le verrou qui interdira le passage des Barbares venus du nord vers les provinces de l'Orient puis des musulmans vers l'Europe, jusqu'en 1453.
L'empereur Constantin fit reconstruire les églises et en les honorant par des offrandes de grand prix. En Cilicie, il chassa le démon Pythonicos, en ayant ordonné l'ordre que la maison dans laquelle il se cachait soit renversée de fond en comble. (Socrate, Histoire ecclésiatique, I, III, 1; XVIII, 7-11.)
Se rendant en Orient en 324, il constata le grand nombre de dissensions du fait de l'hérésie arienne du prêtre alexandrin Arius (niant la pleine divinité du Christ). Afin de rétablir la paix religieuse, fort de son titre traditionnel de Pontifex Maximus (Grand Pontife) titre des empereurs romains, et bien qu'il ne fût baptisé que peu de temps avant sa mort, il réunit un concile oecuménique en 325 à Nicée et essaya de résoudre les conflits internes et externes de l'Église. Le nombre des évêques qui participèrent au concile varie selon les sources, entre 250 (Eusèbe de Césarée), entre 270 et 300 (Eustathe d'Antioche et Athanase d'Alexandrie) et 318 (Hilaire de Poitiers). Les évêques venus de tout l'empire, personne ne pouvait en prévoir l'issue. Les évêques donnèrent finalement raison à Alexandre, patriarche d'Alexandrie, et tort au prêtre Arius. Ils proclamèrent le Fils, "consubstantiel" (homoousios) au Père, c'est-à-dire de la même substance ou essence (ousia) divine que le Père; un Fils "engendré, non pas créé". Un Fils tout aussi Dieu, tout aussi éternel que le Père. Ce qui était en jeu c'était la Sainte Trinité - le Père, le Fils et le Saint-Esprit -, c'est-à-dire l'idée spécifiquement chrétienne de Dieu : le Père n'est pas le Fils, la consubstantialité n'est pas l'identité tout court, mais l'identité de substance ou l'égale majesté des Trois. Ce n'étaient pas là les idées de Constantin (qui ne sera baptisé que sur son lit de mort en 337 par un évêque arien), mais celles des évêques, successeurs des apôtres.
Le concile condamna la doctrine d'Arius et Constantin fit exiler Arius. Ce concile inaugura le césaropapisme (système de gouvernement temporel de césar qui, dans une volonté de domination universelle, cherche à exercer son pouvoir sur les affaires religieuses), pratique de confusion du temporel et du spirituel entre les mains du souverain, qui était déjà celle des empereurs romains et de tous les anciens empires, mais qui ne correspondait pas à l'essence du christianisme, qui distinguait les deux pouvoirs ("Rendez à césar ce qui est à césar et à Dieu ce qui est à Dieu." Mc12:17;Mt22:21,Lc20:25.)
Constantin séjourna plusieurs fois dans les Gaules et prit des mesures de révision du cens pour y alléger les impôts. Ses lois et sa politique se basaient sur les principes chrétiens. Il était un grand constructeur d'édifices chrétiens. Il semble que dès cet hiver de 312-313, le trésor public ait aidé à des reconstructions de bâtiments chrétiens et que le pape Miltiade (311-314) ait obtenu de l'impératrice Fausta le somptueux palais du Latran. Le Liber Pontificalis, dans sa biographie du pape Silvestre (314-335) attribue ainsi à Constantin la construction de :
- la basilique Constantinienne St Jean de Latran, première église à être publiquement consacrée le 9 novembre 324 sous le titre de Basilique du Très Saint Sauveur par le pape Sylvestre Ier (son nom de basilique Saint-Jean est progressivement adopté par association à son important baptistère voisin, dédié à saint Jean-Baptiste, le plus ancien de Rome. Pendant plus de dix siècles, les papes, évêques de Rome, résidèrent dans le palais du Latran voisin)
- celles de St Pierre au Vatican, où les premiers pèlerins venaient rendre un culte à Saint Pierre à l'emplacement du cirque de Néron;
"C'est ... Constantin qui le premier a aboli le marquage des esclaves sur le front comme du bétail, car, disait-il, cela va à l'encontre de la dignité de l'homme créé, comme nous l'enseigne la Bible, à l'image et à la ressemblance de Dieu." (Mgr Athanasius Schneider, Christus vincit, Le Triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps, Contretemps, Versailles 2020, p. 90)
Par décret du 7 mars 321, Constantin fait du dimanche le "jour du Seigneur", jour de repos hebdomadaire obligatoire au sein de l’Empire (Code Justinien 3.12.2 ;Marie-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, ibid., p. 185.)
Mais le premier à opposer le respect du "Jour du Seigneur" (dimanche, jour de la Résurrection de Jésus) à l'observance du sabbat fut saint Ignace d'Antioche, martyr vers 115 ap. J.-C., dans son épître aux Magnésiens 9,1. (Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 248, 254 et 260.)
Le dimanche, "jour du Seigneur" marqué par le culte eucharistique communautaire, propre aux chrétiens, est attesté dès les origines. (Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, ibid., p. 446.) Au IIe siècle, le culte eucharistique, décrit par saint Justin - lectures, prières, consécration du pain, de l'eau et du vin, distribution et partage des choses consacrées (Apologie 65 et 67) - se réalise suite au baptême et le dimanche. Il a lieu le matin, ce qui indique qu'il est séparé du repas qui l'accompagnait aux origines et qu'il s'est davantage ritualisé. (Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, ibid., p. 438.)
Si Constantin n'évite pas la guerre civile qui éclate entre ses fils (Constantin II à Trèves, Constant à Sirmium et Constance II à Antioche), il en limite les conséquences et permet, in fine, la réunification du monde romain entre les mains de Constance II (353), puis de son neveu Julien (361).
Le principe héréditaire l'emportait sur l'élection par les légions, ce fléau qui vit des coup d'Etat permanent caractériser l'Anarchie militaire du IIIe siècle, où 18 empereurs se succédèrent en 49 ans (235-284), cinquante années marquées de guerres, de ravages, d'invasions (particulièrement en Occident qui vit les premières invasions germaniques). "Être élu empereur dans la période d'un demi-siècle qui suit la mort de Sévère Alexandre, est une destinée tragique. Les élus acceptent le principat comme un arrêt de mort" (Ferdinant Lot, La Fin du monde antique et le début du Moyen Âge, 1927, Albin Michel, Paris 1989, p. 21).
La victoire du principe héréditaire correspondait à une tendance latente depuis le Haut-empire : les Césars s'étaient succédé dans la famille d'Auguste, les Julio-Claudiens, puis les Flaviens, les Antonins eux-mêmes, et enfin les Sévères. Le principe héréditaire répondait à l'évolution des mentalités et à une reconnaissance d'un pouvoir transcendant, qui ne doit rien au consentement des administrés, tout au caractère divin que lui a imprimé son investiture. C'était proprement l'héritage grec de la croyance en un Dieu ordonnateur du monde (Cf. Platon, Gorgias). L'empereur devint l'instrument choisi par la divinité pour faire régner l'ordre sur la création. Et là aussi, la tendance remonte plus loin. (Cf. L'Arc de Bénévent représentant Jupiter tendant le foudre à l'empereur Trajan).
Saint Constantin et sainte Hélène (détail), 1520-1528, Palma le Vieux, Milan, Brera, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 304-305.
"La politique de Constantin, même lorsqu'il est devenu seul empereur en 324, a voulu [...] créer un véritable consensus entre chrétiens et païens en faveur d'un espace public religieusement neutre, même si lui-même a opté publiquement pour le christianisme." (Simon Claude MIMOUNI, Pierre MARAVAL, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 503.)
"Les racines chrétiennes de l'Europe ont poussé lentement et tout n'était pas acquis en 337, mais le modèle du souverain chrétien, l'établissement d'une dynastie chrétienne et le développement institutionnel de l'Église sont bien des fondations constantiniennes, gages d'une expansion future du christianisme." (Marie-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, CLD Éditions, Points Histoire, Lonrai 2015, p. 195.)
Sources: (1) La Véritable histoire de Constantin, Textes réunis et commentés par Pierre MARAVAL, Les Belles Lettres, Clamecy 2010, p. 455, 458 ; (2) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 455 ; (3) Calendrier perpétuel, Les Saints en 365 jours, Chêne ; (4) L'Evangile au quotidien ; (5) Nominis; (6) Wikipedia ; (7) Michel de JAEGHERE, Les Derniers jours, La fin de l'Empire romain d'Occident, Perrin Collection Tempus, Malesherbes 2016 ; (8) Jean-Marie SALAMITO, Monsieur Onfray, Au Pays des Mythes, Réponses sur Jésus et le christianisme, éd. Salvator, Paris 2017 ; (9) Joël SCHMIDT, Les Gaulois contre les Romains, Perrin Collection Tempus, Millau 2017, p. 385 ; (10) Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 304-305.
Saint Bernardin de Sienne, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 25.
Le principal caractère de la vie de ce grand saint, c'est son amour extraordinaire pour la très Sainte Vierge.
L’Italie le considère comme son plus grand prédicateur.Dès sa canonisation, les peintres et les sculpteurs les plus illustres le représentèrent très fréquemment. (1)
Saint Bernardin de Sienne, Confesseur
Né le 8 septembre 1380, jour de la Nativité de Marie(2), Bernardin fut privé, tout jeune, de ses nobles et pieux parents ; mais il trouva dans une de ses tantes une véritable mère. Voyant un jour cette femme refuser de donner à un pauvre, il lui dit : "Pour l'amour de Dieu, donnez à ce pauvre ; autrement je ne prendrai rien aujourd'hui."
On le représente tenant à la main un soleil avec le monogramme de Jésus."IHS" [abréviation et translittération du nom de "Jésus" en grec : Ι = J, Η = E et Σ = S (JES = Jesus/Ιησους), et en latin : Iesus Humani Salvator, Jésus sauveur des hommes]
Sa pureté était si grande, que le moindre mot inconvenant l'affligeait profondément : "Silence, disaient les étudiants quand ils le voyaient apparaître au milieu de leurs conversations trop libres, silence, voici Bernardin !"
À dix-sept ans, il entra dans une confrérie de garde-malades, et soigna pendant quatre ans, dans un hôpital, avec un dévouement et une douceur rares, toutes les infirmités humaines. Se traitant lui-même avec la dernière dureté, il ne songeait qu'aux besoins des autres ; il parut surtout héroïque dans une peste affreuse (peste de Sienne en 1400), où au service des malades, il s'imposa mille fatigues et brava mille fois la mort.
L'inspiration du Ciel le conduisit alors chez les Franciscains, qui le lancèrent bientôt dans la prédication. Grâce à la bonté de sa Mère céleste, sa voix, faible et presque éteinte, devint inopinément claire et sonore ; Bernardin fut un apôtre aussi brillant par son éloquence que par sa science, et opéra en Italie de merveilleux fruits de salut.
Il y avait à cette époque un débordement de crimes en Italie, et de sanglantes factions y foulaient aux pieds toutes les lois divines et humaines. Bernardin parcourut les villes et les villages au nom de Jésus, qu’il avait toujours à la bouche et dans le cœur, et rétablit presque entièrement la piété et les bonnes mœurs qui avaient disparu. Sa réputation fit que plusieurs villes considérables le demandèrent au Pape en qualité d’Évêque ; mais il refusa constamment cette charge avec une humilité invincible. (3)
La tradition populaire du Moyen Âge lui attribue plus de 2000 guérisons miraculeuses (Source : Jansen Philippe, Un exemple de sainteté thaumaturgique à la fin du Moyen Âge : les miracles de saint Bernardin de Sienne. In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Âge, Temps modernes T. 96, N°1. 1984. pp. 129-151).
Faisant un jour l'éloge de la Sainte Vierge, il lui appliqua cette parole de l'Apocalypse : "Un grand signe est apparu au Ciel." Au même instant, une étoile brillante parut au-dessus de sa tête. Une autre fois, parlant en italien, il fut parfaitement compris par des auditeurs grecs qui ne connaissaient que leur langue maternelle.
Un jour, un pauvre lépreux lui demanda l'aumône ; Bernardin, qui ne portait jamais d'argent, lui donna ses souliers ; mais à peine le malheureux les eut-il chaussés, qu'il se senti soulagé et vit disparaître toute trace de lèpre.
Bernardin, allant prêcher, devait traverser une rivière et ne pouvait obtenir le passage de la part d'un batelier cupide auquel il n'avait rien à donner. Confiant en Dieu il étendit son manteau sur les eaux, et, montant sur ce frêle esquif, passa la rivière.
C'est à Bernardin que remonte la dévotion auSaint Nom de Jésus,dont il recommandait la dévotion.
Il prêchait en montrant aux foules un panneau portant le monogramme du Christ "IHS", peint en lettres (gothiques) d'or dans un disque solaire symbolique.
Parfois, le disque qu'il tient contre sa poitrine porte le mot 'Caritas' (charité). Source: Eglise Saint-Eleusippe de Quinçay.
Il a été aussi un des apôtres les plus zélés du culte de S. Joseph et de celui de la Vierge Marie.
Dans ses Sermons sur la Salutation angélique (De Salutatione angelica), notamment dans le Sermon 52, partie 1, chap. 1 et le sermon 61, partie 1, chap. 8 il développe la doctrine de la corédemption mariale où il affirme que la Vierge Marie, en offrant son Fils au Père éternel pour le salut du monde, est associée à l'œuvre rédemptrice du Christ :
Depuis le moment où elle est devenue la Mère du Fils de Dieu qui est celui qui donne l'Esprit Saint, tous les dons, les vertus et les grâces du même Esprit Saint sont accorés à travers ses mains, elle les donne à qui elle veut, quand elle veut et dans la mesure qu'elle veut.
De Salutation angélique, Sermon 52, a 1 c 1
Quelques religieux, jaloux de ses succès, le dénoncèrent à Rome, l’accusant de déviation doctrinale.Saint Jean de Capistranprit sa défense auprès du papeMartin V. Celui-ci approuva la dévotion au Nom de Jésus et voulut faire de Bernardin l’évêque de Sienne. Mais Bernardin refusa, préférant continuer ses prédications en Italie.
Le 7 janvier 1432, malgré de nouvelles attaques contre Bernardin, le pape Eugène IV imposa le silence à ses détracteurs.
Il attrapa une fièvre maligne, àAquilaoù il mourut, le 20 mai 1444, dans le couvent de cette ville, tandis que les frères chantaient l’antienne : "Père, j’ai manifesté ton nom aux hommes… Je viens vers Toi." Il fut inhumé dans l’église du couvent.
Son corps "est exhumé en 1472, puis une seconde fois au XVIIe siècle. Les observations récoltées à plus de deux siècles de distance, sont unanimes : corps complètement préservé d'une quelconque dégradation naturelle." (4)
Le pape Nicolas V le canonisa le 24 mai 1450.
En 1530, la fête duSaint Nom de Jésusfut accordée aux Frères mineurs, et étendue à l’Église universelle en 1722.
Sources : (1) ; (2) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 24; (3) ; (4) Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 159.
Saint Yves, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 187.
Yves est né en Bretagne, au manoir de Kermartin près de Tréguier, en 1250, d'une famille de petite noblesse. Dans les instructions que lui donnaient sa mère, elle lui répétait souvent qu'il devait vivre de façon qu'il pût devenir un saint. "C'est bien le but où je tends", répondait-il.
Le jeune Yves fut envoyé à Paris, vers 14 ans, pour étudier la philosophie et la théologie : il recevra des enseignements de Thomas d’Aquin. Finalement, c’est le droit qui l’attira. Il étudiera à la faculté d’Orléans le droit laïc et ecclésiastique.
Cette pensée, je dois devenir un saint, le portait puissamment à la vertu, et l'éloignait de tout ce qui avait l'apprence du mal. Son temps était partagé entre l'étude et la prière. Dans ses heures de récréation, il visitait les hôpitaux, servait les malades avec charité, et les consolait dans leurs peines.
Saint Yves, l'avocat des Pauvres, Prêtre
Puis Yves retourna en Bretagne où il fut nommé juge ecclésiastique à Rennes en 1280. On lui proposa plusieurs partis avantageux, qu'il refusa parce qu'il avait fait voeu de virginité, et que son intention était d'entrer dans l'état ecclésiastique. L’évêque de Tréguier l’appela auprès de lui et le décida à devenir prêtre en 1283. Il se prépara au sacerdoce par une vie toute remplie de bonne soeuvres, et surtout par une inviolable pureté d'âme et de corps. Il fut nommé curé de Trédrez en 1285, puis de Louannec, de 1292 à 1298.Dans toutes ces places successivement, il fut constamment la ressource de tous les malheureux, et mérita, par le soin qu'il prenait de la veuve et de l'orphelin, le titre gloreux d'avocat des pauvres.
Entre temps, Yves a mené une vie exemplaire. De nombreux témoins de son procès en béatification parleront d’un chrétien et d’un juge doux, équitable, attentif et compatissant aux sort des pauvres et plaidant leur cause. Mais en 1291, Yves ressortit transformé d'une visite au mouroir de l’hôpital de Tréguier qui le décida à devenir un pauvre parmi les plus pauvres.
Saint Yves Hélory, prêtre par Rogier van der Weyden (XVe siècle)
Il se retira dans son manoir familial de Kermartin où il vécut dans la misère et accueillit les indigents, devenant leur avocat. Restant aussi prêtre et évangélisateur, il traversa la Bretagne à pied pour prêcher et apporter la Bonne nouvelle contre vents et marées.
Yves Hélory mourut dans son manoir familial à Kermartin le 19 mai 1303, épuisé par le travail et la pénitence. Sa dépouille mortelle fut alors portée à la Cathédrale de Tréguier en un long cortège empruntant l'itinéraire dont les processions actuelles perpétuent le souvenir. Son corps sera transféré à la cathédrale de Tréguier. Et son tombeau devint un lieu de pèlerinage.
Il fut canonisé en 1347, devenant ainsi le second saint breton et sans doute le premier prêtre diocésain élevé à ce rang. "En ce temps où le monde vieillissant accélère son déclin vers le dernier des soirs, a surgi de l'extrémité de l'Occident, de la Bretagne, une étoile matinale qui ne s'éteindra pas" : c'est en ces termes d'un beau lyrisme que le Pape Clément VI proclama la sainteté d'Yves Hélory, ce 19 mai 1347.
Yves est le saint patron des avocats, des avoués, des assureurs et des notaires, ainsi que de la Bretagne.
Une procession réunissant plus de 5.000 personnes pour le traditionnel "Pardon de Saint-Yves" dans les rues de Tréguier,pritle dimanche 16 mai 2010 la forme d'un vibrant hommage au saint-patron des Bretons et à tous les chrétiens qui de par le monde ne peuvent vivre librement leur foi. Pour qu'enfin, justice leur soit rendue. Cette justice si chère au coeur de saint Yves. "Un grand événement marquant le Trégor et la Bretagne tout entière", déclara Mgr Fruchaud, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier.
PRATIQUE. A l'exemple de saint Yves, dites: Je veux devenir un saint.
Sources: (1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 143; (2); (3); (4); (5); (6) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 186.
Roi de Suède de 1150 à 1160, Eric IX était également appelé Erik le Saint (den Helige) ou saint Eric. Il fut tué en 1160 par un prince danois.
Fort pieux, Eric usa de toute son influence pour évangéliser ses sujets par la codification des lois de son royaume qu'il rédigea dans un esprit chrétien, sans vouloir les forcer à la conversion. Eric améliora aussi le sort des femmes.
Il décida de conquérir la Finlande, autant pour l'expansion de son domaine que pour y porter l'Évangile.
Il est le fondateur de la "dynastie d'Erik" qui alternera avec la dynastie de Sverker sur le trône de Suède jusqu'au début du XIIIe siècle.
Selon wikipedia, "son règne est marqué par la première tentative peut-être légendaire de conversion des Finlandais païens. Selon la Vita Santi Erici rédigée par l'évêque Israël Erlandsen de Västeras (Suède) (1328/1329†), il aurait organisé une croisade en Finlande au cours de laquelle l'évêque Henri d'Uppsala aurait trouvé la mort tué d'un coup de hache par un nouveau converti."
Eric fut assassiné le 18 mai 1160 à la sortie de la messe de l'Ascension à Turku (port situé au sud-est de la Finlande) par un prince danois, Magnus Henriksson. Une fontaine a jailli de la terre où la tête du roi est tombée après avoir été coupée au loin, et des miracles ont été déclarés après sa mort. Considéré comme martyr, il devint ainsi le saint patron de la Suède : Erik den Helige. Ses restes ont été conservés dans un reliquaire, dans la cathédrale d'Uppsala où les gens ont fait des pèlerinages pour près de mille ans.
Lors de l'ouverture de son tombeau le 10 avril 2014, l'ancienne couronne royale de Suède fut découverte dans le tombeau de saint Eric.
Erikle Saintassassiné parl'adversaireSverker, plus tardroi de Suède.Karl Sverkersson (fils de Sverker) a étéassassiné plus tardpar le filsd'Erik, Knut, qui montera sur le trône en 1168 sous le nom de Knut Ier de Suède.
Saint Pascal, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 159.
Saint Pascal Baylon naquit en Espagne, en Aragon, le 17 mai 1540, d'humbles cultivateurs, riches des vertus chrétiennes. Occupé dès l'âge de sept ans, à la garde des troupeaux, il passait son temps en prières et en lectures; on dit que les Anges eux-mêmes lui donnèrent des leçons.
Le petit Pascal se plaisait surtout à réciter lePater. Quoique pauvre, il trouvait le moyen de faire l'aumône en donnant une partie de sa nourriture à ceux qui en avaient besoin. Il était le modèle aimé et respecté de tous les bergers de la contrée. Dans un âge si tendre, il connaissait l'usage assidu des cilices, des jeûnes, des disciplines sanglantes; on le voyait marcher pieds nus à travers les ronces et les épines, en expiation de ses péchés.
"Dès l'âge de douze ans, il aimait s'isoler pour prier : 'Tout en gardant ses brebis, il sculpta un jour un crucifix très bien réalisé et y accola une image de la Vierge. Il le plantait dans le sol en guise d'oratoire ambulant. S'il n'abandonna jamais son troupeau pour se rendre à l'Église, il n'en participait pas moins par la pensée et par le coeur à la messe qui se célébrait dans l'église voisine.
Les anges favorisaient de façon étonnante sa piété eucharistique : un jour où la cloche de la paroisse annonçait l'élévation, un ange lui apparut, qui représentait l'hostie à son adoration. Une autre fois, il vit des anges soutenir un ostensoir renfermant une hostie éblouissante de blancheur. Signes précurseurs de sa profonde dévotion eucharistique, et de sa vocation particulière d'adorateur et d'apôtre du Saint Sacrement." (1)
Le maître chez qui ses parents l'avaient placé voulait le faire héritier de tous ses biens; mais lui, craignant que les biens de la terre ne fussent un obstacle à sa félicité, refusa avec modestie cette faveur, voulant acquérir plus de conformité avec le Sauveur qui était venu sur la terre, non pour être servi, mais pour servir.
Pascal ne convoitait que l'héritage de l'amour de Dieu et la pauvreté religieuse.
À vingt ans,malgré les sollicitations de ses camarades, auxquels il prouva la réalité de l'appel divin en frappant trois fois la terre avec sa houlette et en faisant jaillir trois fontaines dans un lieu sec et aride, il entra chez les Franciscainscomme frère convers et il y remplit la tâche de portier. (2)
Il étonna ses contemporains par les manifestations extraordinaires de sa vie intérieure - lévitations spectaculaires, accompagnées parfois de phénomènes lumineux -, par ses charismes de lecture des coeurs, de prophétie et de guérison, mais plus encore par ses éminentes vertus, qui lui valurent d'être canonisé en 1691. (3)
Il rayonnait par son amabilité et sa douceur envers tous ceux qui se présentaient à la porte du couvent. Beaucoup de gens pour cette raison venaient lui demander conseil, même des prédicateurs qui estimaient que sa théologie était celle du cœur et non pas celle d'un intellectuel.
Les vertus de l'enfant, déjà si extraordinaires, devinrent dans le religieux, des vertus véritablement merveilleuses. Son obéissance était aussi parfaite que possible. Traité rigoureusement par son supérieur, il disait à ceux qui le plaignaient: "Taisez-vous: le Saint-Esprit a parlé par la bouche de notre supérieur." Quand on lui proposait de faire quelque chose, il disait souvent: "Je ferai comme l'obéissance dira."
Sa mortification était effrayante et ne le cédait en rien à celle des anciens solitaires. Sa charité pour les pauvres, quand il était portier, dépassait les limites; du moins ses supérieurs le blâmaient à ce sujet; mais il leur répondait naïvement: "S'il se présente douze pauvres et que je donne à dix, il est bien à craindre que l'un de ceux que je renvoie ne soit précisément Jésus-Christ."
Maltraité par les Huguenots au cours d'une mission dans la France déchirée par les guerres de religion, il leur pardonna en disant que c'est pour servir Dieu qu'ils l'avaient ainsi traité !
Pascal est célèbre par sa dévotion à la Sainte Eucharistie; il passait des heures entières, souvent ravi en Dieu, devant le Tabernacle, et parfois on le voyait suspendu en l'air par l'effet du divin amour.Quand il ne pouvait être de corps devant le Très Saint-Sacrement, il y était ordinairement en esprit.
Il honorait aussi spécialement la Mère de Dieu, et ne cessait de demander, par son intercession, la grâce d'être préservé des souillures du péché.(4)
Pascal Baylon fut canonisé en 1690 par le Pape Alexandre VIII. (5)
En 1897, Léon XIII l'a déclaré Patron des Oeuvres eucharistiques.(6)
À Rome, deux églises portent le nom de cet humble frère lai, que le Saint-Siège a déclaré céleste Patron de tous les congrès et assemblées eucharistiques. La première de ces églises s’élève près du titulus Callisti ; elle avait été primitivement dédiée aux Quarante Martyrs de Sébaste, mais vers 1735, les Alcantarins espagnols y unirent, en lui donnant la préséance, le nom de leur célèbre compatriote. La seconde se trouve près de la basilique de Sainte-Cécile, et une maison religieuse y est annexée.
Prière. — « O Dieu qui avez orné votre confesseur Pascal d’un tendre amour envers les saints mystères de votre Corps et de votre Sang ; accordez-nous de retirer de ce divin banquet cette même ferveur spirituelle qu’il en rapportait. Par notre Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne dans les siècles et des siècles. Amen. »(7)
***
Sources: (1) Gilles JEANGUENIN, Les Anges existent !, Éditions Savator, Paris 2008, p. 191-192 ; (2) http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1175/Saint-Pascal-Baylon.html ; (3) (P. Ramala, San Pascal Baylon, hermano y amigo de todos, Éd. Provincia Franciscana de Cataluna, Barcelona 1980, p. 28, cité dans Gilles JEANGUENIN, Les Anges existent !, Éditions Savator, Paris 2008, p. 192 ; (4) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 137; (5) ; (6) ; (7) ; (8) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 158.
Le pape Léon XIV cherche à relancer les pourparlers avec les coptes orthodoxes après la rupture due à "Fiducia Supplicans". Mais les efforts visant à rétablir le dialogue pourraient dépendre de la réponse du Saint-Père au rapport final du groupe d'étude n° 9 du Synode sur l'homosexualité.
Le pape Léon XIV a appelé aujourd’hui à la reprise du dialogue avec l’Église copte orthodoxe, après une rupture survenue en mars 2024 à la suite de la publication de "Fiducia Supplicans", la déclaration du Vatican autorisant la bénédiction ("non liturgique") des couples de même sexe.
Pourtant, dans les communiqués publiés vendredi, ni le pape ni le Vatican n’ont reconnu que ce document avait poussé les Coptes à suspendre les pourparlers œcuméniques avec Rome.
Lors d’un entretien téléphonique avec Sa Sainteté Tawadros II d’Alexandrie, patriarche du siège de Saint-Marc, le pape Léon s’est exprimé en des termes conciliants. Selon le Vatican, la discussion s’est déroulée dans une "atmosphère cordiale et fraternelle", les deux parties ayant exprimé leur volonté de donner un "nouvel élan" à la Journée annuelle de l’amitié entre coptes et catholiques et de surmonter "tout obstacle au dialogue fondé sur la foi et la charité". Cet appel reflétait également la conscience d’une responsabilité partagée dans la proclamation de l’Évangile et la promotion de la paix et de la réconciliation, en particulier au Moyen-Orient.
Le communiqué du Vatican ne faisait aucune référence à Fiducia Supplicans — le décret de décembre 2023 qui a conduit le Saint-Synode copte orthodoxe, en mars 2024, à suspendre le dialogue théologique avec le Saint-Siège.
Dès sa publication, le décret a suscité de vives critiques de la part du monde orthodoxe. Trois jours après sa publication, le métropolite Hilarion de Budapest et de Hongriea déclaré que sa première réaction avait été la "stupéfaction". Il a décrit l’Église catholique romaine comme ayant longtemps été considérée comme un "phare du christianisme traditionnel" et a averti que de tels documents risquaient de créer de "nouvelles divisions" et de rendre un dialogue fructueux "plus difficile".
En janvier 2024, le cardinal Kurt Koch, qui dirige le Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens, a reconnu que le document *Fiducia Supplicans* avait suscité des "réactions négatives" parmi les orthodoxes. Il a également révélé qu’il avait écrit au cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, afin de demander des éclaircissements face à l’inquiétude grandissante.
Lorsque le Saint-Synode copte a officiellement annoncé la suspension du dialogue deux mois plus tard, sa déclaration s’est abstenue de mentionner explicitement le décret. Mais les évêques ont simultanément réaffirmé le rejet par l’Église des relations homosexuelles et condamné toute bénédiction de telles unions comme "une bénédiction du péché". Dans une déclaration vidéo ultérieure, le porte-parole copte, le père Moussa Ibrahim, a levé toute ambiguïté restante, décrivant la suspension comme une réponse au "changement de position de Rome sur la question de l’homosexualité".
En réponse à ces retombées, le cardinal Fernández s’est rendu au Caire en mai 2024 pour rencontrer Tawadros II, où il a cherché à clarifier la position du Vatican, soulignant que Fiducia Supplicans n’autorisait pas la bénédiction des unions en tant que telles, mais celle des personnes en quête d’un accompagnement pastoral. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre d’efforts plus larges du Vatican visant à préserver les liens œcuméniques fragiles et à limiter les critiques orthodoxes.
Aujourd’hui, moins d’un an après le début de son pontificat, le pape Léon XIV tend la main en vue d’une reprise des discussions, sans pour autant raviver la controverse sur la place publique.
"Ce pèlerinage d’amitié a permis à nos Églises, séparées par des siècles d’incompréhension, d’engager un dialogue théologique extrêmement fructueux", a écrit le pape à Tawadros II dans une lettre publiée vendredi (15 mai Ndlr.) à l’occasion de la Journée annuelle de l’amitié. Faisant référence à la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, il a ajouté : "J’espère que cette Commission […] pourra reprendre ses travaux dès que possible avec toutes les Églises de la famille orthodoxe orientale."
Sans surprise, compte tenu de l’occasion qu’elle commémorait, la lettre ne faisait aucune référence aux raisons de la rupture des relations, ni ne comportait de nouvelle défense de Fiducia Supplicans.
La suspension des pourparlers entre Rome et les Églises coptes orthodoxes a marqué un revers significatif dans des relations qui s’étaient développées régulièrement depuis les années 1970, lorsque le dialogue officiel avait été établi pour la première fois sous le pape Paul VI et le pape Shenouda III. En 2023 encore, les relations semblaient s’améliorer sensiblement : le Saint-Siège avait autorisé les coptes orthodoxes à célébrer la Divine Liturgie à la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome, et le pape François avait ajouté au Martyrologe romainvingt-et-un martyrs coptes tués par l’État islamique en Libye.
La Journée annuelle de l’amitié entre coptes et catholiques, instaurée sous le pontificat du pape François à l’initiative de Tawadros II, est depuis devenue un symbole récurrent des relations entre les deux Églises. Le cardinal Koch a assisté à la rencontre de cette année, qui s’est tenue à Rome le 10 mai.
Dans sa lettre, le pape Léon a exprimé son espoir que, alors que les deux Églises célèbrent la fête liturgique de la Pentecôte, "le Saint-Esprit, source et dispensateur de tous les dons, guide les Coptes et les catholiques dans notre pèlerinage commun, dans la vérité et la charité, vers la pleine communion".
Ce rapport — qui appelle à un "changement de paradigme" dans l’approche de l’Église vis-à-vis de l’homosexualité — a suscité de vives critiques de la part de prélats et de commentateurs catholiques, et comprend des témoignages d’hommes engagés dans des relations civiles entre personnes du même sexe qui considèrent l’homosexualité comme un "don de Dieu" et qui critiquent Courage, apostolat canoniquement approuvé pour les personnes ayant une attirance pour le même sexe.
La polémique s'est intensifiée cette semaine après qu'il a été révélé que le père jésuite James Martin, figure de proue de la défense des droits des personnes "LGBT", aurait joué un rôle central dans la coordination des témoignages présentés dans le rapport.
Les efforts du pape Léon XIV pour rétablir le dialogue œcuménique avec l’Église copte orthodoxe pourraient donc dépendre de sa réponse au rapport final du groupe d’étude n° 9.
Le chef de l'Église arménienne exhorte le pape Léon XIV à convoquer le troisième concile du Vatican.
Le chef de l'Église arménienne exhorte le pape Léon XIV à convoquer le troisième concile du Vatican.
Léon XIV a exprimé sa « compréhension et son soutien » à la proposition, qui comprenait également une date de Pâques unifiée et une journée commémorative commune pour les martyrs, selon une déclaration de l'Église arménienne.
Le pape Léon XIV et le chef de l'Église apostolique arménienne, Aram Ier, ont discuté de la convocation d'un « troisième concile du Vatican » lors d'une réunion privée au Vatican le 18 mai.
Le pape Léon XIV a reçu Aram Ier en audience privée au Vatican lundi. Les deux chefs religieux ont abordé plusieurs questions œcuméniques et géopolitiques, notamment la proposition de convoquer un troisième concile Vatican II. Selon un communiqué publié le lendemain par le Saint-Siège de Cilicie, l'Église apostolique arménienne, Aram Ier a soulevé la question directement auprès du pape, la qualifiant d'urgence pour l'Église chrétienne universelle.
« L’établissement d’une date unifiée pour Pâques, la désignation d’une journée de commémoration pour tous les martyrs et la convocation d’un troisième concile du Vatican » figuraient parmi les principales questions soulevées par Aram Ier lors de la réunion, selon un communiqué de l’Église apostolique arménienne.
Le même communiqué arménien indiquait que « en réponse aux points susmentionnés, Sa Sainteté le pape Léon XIV a exprimé sa compréhension et son soutien, tout en apportant les clarifications nécessaires de son point de vue. »
Le bulletin officiel du Vatican ne mentionnait pas explicitement la proposition d'un troisième concile Vatican II, mais il confirmait que le pape et Aram Ier s'étaient entretenus en privé, avaient échangé des adresses et des présents, et avaient ensuite participé à une prière commune dans la chapelle Urbain VIII du palais apostolique. Dans son discours, Léon XIV soulignait l'histoire du dialogue théologique entre Rome et les Églises orthodoxes orientales et exprimait l'espoir que les discussions œcuméniques en cours se poursuivraient « avec une vigueur renouvelée ».
Le pape a également salué l'engagement de longue date d'Aram Ier dans les initiatives œcuméniques, évoquant son travail au sein du Conseil œcuménique des Églises et du Conseil des Églises du Moyen-Orient. Léon XIV a souligné que le dialogue théologique entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes orientales se poursuit depuis 2003 grâce à une commission internationale conjointe qui a déjà publié des documents concernant l'Église, les sacrements et la communion dans le christianisme primitif.
Le communiqué arménien ajoutait : « Il convient également de noter qu’à la suite de la rencontre, le Catholicos [chef de l’Église arménienne] et le pape ont eu un entretien privé plus approfondi, au cours duquel ils ont échangé leurs points de vue et leurs préoccupations sur ces questions et d’autres sujets connexes. » Le contenu de cette seconde rencontre privée demeure inconnu.
Cette rencontre s'inscrit dans un contexte d'efforts plus larges du Vatican pour restaurer et approfondir ses relations avec les Églises orientales et orthodoxes, suite aux tensions liées à la déclaration vaticane de 2023, Fiducia Supplicans , qui autorisait les bénédictions non liturgiques pour les couples en « unions irrégulières », y compris les « couples » de même sexe. Quelques jours avant de recevoir Aram Ier, le 15 mai, Léon XIV s'était entretenu par téléphone avec Tawadros II de l'Église copte orthodoxe et, auparavant, le 4 mai, il lui avait adressé une lettre ouverte appelant à un dialogue théologique renouvelé entre Rome et les Coptes.
Dans son discours du 18 mai à Aram Ier, Léon XIV a reconnu que le dialogue œcuménique avait rencontré des « difficultés récentes », mais il a déclaré qu’« il ne peut y avoir de rétablissement de la communion entre nos Églises sans unité dans la foi ».
Add. 22 mai 2026 L'Église copte reprend le dialogue avec Rome après avoir reçu des garanties de Léon XIV contre les bénédictions LGBT.
Le Saint-Synode de l'Église copte orthodoxe a annoncé la reprise du dialogue théologique avec l'Église catholique, gelé depuis la publication de Fiducia Supplicans, après que le pape Léon XIV a donné des assurances quant à la non-bénédiction des couples de même sexe lors d'une conversation téléphonique avec le pape Tawadros II le 15 mai 2026.
La décision a été adoptée lors de la session plénière annuelle du Synode copte, qui s'est tenue ce vendredi 22 mai en Égypte, sous la présidence de Tawadros II et en présence de 119 évêques. Le communiqué officiel, publié sur le site internet du Patriarcat d'Alexandrie, indique que les membres du Synode ont convenu de "reprendre le dialogue théologique avec l'Église catholique suite aux assurances données par Léon XIV concernant la non-bénédiction des couples de même sexe".
Cette mention est significative : elle constitue la première confirmation publique que le nouveau pontife a offert des clarifications doctrinales concrètes à une Église orientale qui avait suspendu ses relations œcuméniques précisément en raison de l'ambiguïté du document du Vatican de décembre 2023. L'Église copte, ainsi que d'autres Églises orthodoxes orientales et l'Église orthodoxe russe elle-même, avaient alors exprimé un rejet catégorique de Fiducia Supplicans, la considérant incompatible avec la doctrine chrétienne sur le mariage et la sexualité.
Un geste qui marque une rupture avec le pontificat précédent
Le fait que Léon XIV ait lancé un appel au patriarche copte pour le rassurer – et que ce dernier ait jugé les garanties suffisantes pour reprendre le dialogue – laisse entrevoir un changement de ton dans l’approche de François vis-à-vis de l’œcuménisme oriental. Durant les derniers mois du précédent pontificat, les relations avec les Églises orthodoxes étaient plus tendues que jamais depuis des décennies, non seulement à cause de Fiducia Supplicans, mais aussi en raison des tensions liées au conflit ukrainien et à la reconnaissance de l’Église orthodoxe d’Ukraine.
La déclaration copte ne précise pas le contenu exact des "garanties" offertes par Léon XIV, laissant ainsi planer le doute : s’agit-il d’une interprétation restrictive du document actuel ou d’un engagement en faveur d’une révision future ? Quoi qu’il en soit, l’Église copte a jugé la parole du pape suffisante pour relancer un dialogue entamé en 1973, lorsque Paul VI et le pape Chenouda III ont signé une déclaration christologique commune.
"Les membres du Saint-Synode ont décidé de reprendre le dialogue théologique avec l'Église catholique suite aux assurances concernant la non-bénédiction des couples de même sexe, exprimées lors de la conversation téléphonique entre Sa Sainteté le pape Tawadros II et Sa Sainteté le pape Léon XIV le vendredi 15 mai de cette année."
Autres questions du Synode
La session plénière a également abordé l'examen d'une nouvelle loi sur le statut personnel des familles chrétiennes en Égypte, actuellement en cours d'approbation parlementaire, ainsi que la mise à jour du règlement synodal, en vigueur depuis 41 ans. Le Synode s'est par ailleurs félicité de la conférence des diocèses coptes d'Europe, d'Amérique et d'Australie, qui s'est tenue à Venise et qui visait à planifier la pastorale de la diaspora jusqu'en 2050.
Saint Honoré, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 93.
Évêque d'Amiens très populaire au VIe siècle, il le fut encore plus après sa mort.
Quand, jeune homme, il annonça à sa nourrice qu'il voulait devenir prêtre, elle était en train de faire cuire son pain. "Et quand ma pelle aura des feuilles, tu seras évêque !" se moqua la brave femme. Sous ses yeux ébahis, la pelle se mit à reverdir. En souvenir de ce miracle, en 1202, un boulanger parisien offrit 9 arpents de terre pour construire une chapelle à saint Honoré qui devint ainsi le saint patron des boulangers.
Un jour, en pleine Messe, Honoré vit le Christ venir consacrer lui-même le pain eucharistique.
Lupicin, prêtre du diocèse d'Amiens, reçut un jour la révélation du lieu où étaient enterrés les martyrsFirmin, Victoric et Gentien, morts en l'an 303. Il creusa le sol et découvrit leurs corps. Dans sa joie, il entonna un hymne d'allégresse dont les accents atteignirent Honoré qui se trouvait à plus de deux lieues de là. L'évêque, accompagné du clergé et d'un grand concours de fidèles, arriva bientôt et procéda à l'Invention des reliques.
Saint Honoré évangélisa des contrées où la foi chrétienne était encore mal connue et il obtint d'innombrables conversions. Au cours d'une de ses visites épiscopales, il mourut à Port-le-Grand,le 16 mai 600, et fut enterré dans son village natal. Son corps fut placé sous le maître-autel d'une église bientôt bâtie en son honneur.
Une procession avec la châsse contenant ses reliques fit venir la pluie en temps de sécheresse.
Saint Honoré est vénéré au XIesiècle tant et si bien que sa renommée s'étendit à Paris où des picards émigrés lui construisirent une église. La rue Saint-Honoré et le faubourg Saint-Honoré l'ont rendu célèbre dans le monde entier. On a donné son nom à une pâtisserie, le Saint-Honoré.
Depuis qu'au XVème siècle, à Paris, des boulangers et pâtissiers de Paris décidèrent de créer une confrérie qui se retrouverait dans une chapelle lui étant dédiée, il est leur saint patron.
Il est fêté le 16 mai chez beaucoup de boulangers à travers toute la France : c'est la "Fête du pain". L'occasion de célébrer une fois l'an sur le lieu des moissons, au moulin et au fournil, le travail des céréaliers, des meuniers et des boulangers qui maintiennent la tradition du bon pain français.
Sources : (1) ; (2) ; (3) ; (4) ; (5) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 92.
J’ai un ami plus puissant que toi qui m’assistera dans les tortures.
Sainte Denise à son juge
En Asie Mineure (Anatolie) pendant la persécution de Dèce (1), voyant des chrétiens, les saints Pierre, André et Paul à Lampsaque dans l’Hellespont (détroit des Dardanelles) (peut-être en 251 d'après le martyrologe romain) se faire lapider pour leur foi, Denyse (Denise) se jeta sur leurs corps pour souffrir le martyre avec eux. Elle fut séparée de ses compagnons, puis fut torturée et décapitée. Elle n'avait que seize ans.
Au proconsul (gouverneur) Optimus qui l'invitait à sacrifier à la déesse Vénus, Pierre répliqua:
"Je suis étonné que vous me proposiez de sacrifier à une femme dont les actions seraient punissables suivant vos propres lois. (1) ...Il est plus nécessaire et plus glorieux pour moi d'offrir le sacrifice de l'adoration au Dieu vivant et véritable." (2) Optimus le fit étendre sur une roue, entre des pièces de bois attachées à son corps avec des chaînes de fer, tellement disposées, que la roue, en tournant, devait lui briser peu à peu tous les os. Le martyr, levant les yeux au ciel, disait avec une tranquilité mêlée de joie : "Je vous rends grâces, seigneur Jésus, de ce que vous me donnez le courage de vaincre le tyran". Optimus, voyant qu'il était inébranlable, lui fit couper la tête.
Optimus condamna André et Paul à être fouettés, puis il les livra au peuple pour être lapidés. Denyse apprenant que l'un des accusés, Nicomaque, venait d'apostasier, s'écria: "Il s'est perdu à jamais dans l'autre monde." Les gardes s'aperçurent ainsi que cette jeune fille de 16 ans était chrétienne. Le tyran donna des ordres pour qu'on la décapitât à quelque distance, ce qui fut aussitôt exécuté.
PRATIQUE. Mourons au monde, et nous aurons part au bonheur des saints.
Sources:
(1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 135.
WASHINGTON — La directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, enquête sur plus de 120 laboratoires biologiques à l'étranger qui ont été financés par l'argent des contribuables américains pendant des décennies, dans le cadre d'un effort visant à mettre fin aux expériences potentiellement risquées sur les virus, conformément au décret du président Trump sur la recherche dite de "gain de fonction".
Gabbard a déclaré lundi au Washington Post dans un communiqué, que son équipe allait "identifier l'emplacement de ces laboratoires, les agents pathogènes qu'ils contiennent et les 'recherches' qui y sont menées afin de mettre fin aux dangereuses recherches sur le gain de fonction qui menacent la santé et le bien-être du peuple américain et du monde entier."
"La pandémie de COVID-19 a révélé l’impact mondial catastrophique que peuvent avoir les recherches sur les agents pathogènes dangereux menées dans les laboratoires de biologie", a également déclaré le chef des services de renseignement.
La directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, enquête sur plus de 120 laboratoires biologiques à l'étranger qui ont été financés par l'argent des contribuables américains pendant des décennies.
"Pourtant, malgré ces dangers évidents, des politiciens, de prétendus professionnels de la santé, comme le Dr Fauci, et des entités au sein de l'équipe de sécurité nationale de l'administration Biden ont menti au peuple américain sur l'existence de ces laboratoires biologiques financés et soutenus par les États-Unis et ont menacé ceux qui tentaient de révéler la vérité."
Conformément aux nouvelles directives de Gabbard, la communauté du renseignement américaine examinera les recherches menées dans tous les laboratoires de biologie financés par les États-Unis, y compris les installations menant des expériences de gain de fonction susceptibles d'accroître la transmissibilité des virus, ainsi que les travaux à des fins défensives contre les agents pathogènes dangereux.
Des responsables du Bureau du directeur du renseignement national ont noté que ces laboratoires étrangers s'étendent sur plus de 30 pays et que plusieurs d'entre eux avaient bénéficié de financements par le passé dans le cadre d'un programme du ministère de la Défense visant à éliminer les armes de destruction massive après la fin de la guerre froide.
Plus de 40 des laboratoires de biologie faisant l'objet d'un examen sont situés en Ukraine et pourraient "être menacés de compromission" en raison de la guerre menée par la Russie, ont noté des responsables de l'ODNI.
Ces recherches, qui s'inscrivent dans le cadre du programme de réduction coopérative des menaces (CTR) du ministère de la Défense, visent à étudier les agents pathogènes afin de prévenir de futures épidémies et de renforcer la biosécurité aux États-Unis.
Des critiques ont fait valoir que le manque de contrôle sur le financement de la recherche, qui transite souvent par des agences américaines pour aboutir à des subventions et des sous-subventions, empêche les Américains de savoir si des expériences potentiellement dangereuses sont menées.
Les essais cliniques actuellement menés dans les laboratoires de biologie soulèvent désormais "d’importantes préoccupations d’ordre éthique, financier et sécuritaire", ont déclaré des responsables de l’ODNI.
Cette clarification faisait suite au témoignage de la sous-secrétaire d'État aux Affaires politiques, Victoria Nuland, devant le Congrès la veille, au cours duquel elle avait déclaré : "L'Ukraine possède des installations de recherche biologique dont nous craignons fort que les troupes russes, les forces russes, ne cherchent à prendre le contrôle."
Sous Trump, les responsables de l'ODNI ont déclaré que ces démentis hâtifs faisaient partie d'une stratégie de "résilience de l'information" visant à "façonner le récit public" pour "atténuer et contrer l'influence malveillante étrangère", tout en minimisant les liens des États-Unis avec la recherche.
En mai dernier, Trump a signé un décret interdisant tout financement fédéral pour la recherche sur le gain de fonction en Chine, en Iran ou dans d'autres pays qui n'exercent pas de surveillance adéquate, affirmant que le SARS-CoV-2 avait prouvé que des agents pathogènes dangereux "peuvent s'échapper innocemment, stupidement et incompétemment, mais aussi innocemment et à moitié détruire le monde".
Entre 2014 et 2021, des expériences financées par les États-Unis sur des coronavirus de chauve-souris au sein du désormais tristement célèbre Institut de virologie de Wuhan ont également été jugées par les Instituts nationaux de la santé (NIH) comme ayant violé les conditions de la subvention en rendant les virus 10 000 fois plus infectieux, bien que les responsables aient nié que la recherche avait causé la pandémie de COVID-19.
Dans le passé, l’ancien directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), le Dr Anthony Fauci, et d’autres responsables de la santé publique ont soutenu la recherche sur le gain de fonction des agents pathogènes pandémiques potentiels, à condition que les avantages l’emportent sur les risques.
"Laissant de côté pour le moment le spectre du bioterrorisme, considérons ce scénario hypothétique : une importante expérience de gain de fonction impliquant un virus à fort potentiel pandémique est réalisée dans un laboratoire de classe mondiale bien réglementé par des chercheurs expérimentés, mais les informations issues de l'expérience sont ensuite utilisées par un autre scientifique qui ne dispose pas de la même formation ni des mêmes installations et qui n'est pas soumis aux mêmes réglementations", a écrit Fauci dans un article scientifique de 2012 intitulé "Recherche sur le virus de la grippe H5N1 hautement pathogène : la voie à suivre".
"Dans un scénario improbable, mais envisageable, que se passerait-il si ce scientifique était infecté par le virus, ce qui entraînerait une épidémie et, finalement, une pandémie ?" a demandé Fauci. "Nombreux sont ceux qui posent des questions légitimes : compte tenu de la possibilité d'un tel scénario – aussi improbable soit-il –, ces expériences initiales auraient-elles dû être réalisées et/ou publiées, et quelles ont été les procédures ayant conduit à cette décision ?"
"Les scientifiques travaillant dans ce domaine pourraient dire — comme je l’ai d’ailleurs dit moi-même — que les avantages de telles expériences et les connaissances qui en découlent l’emportent sur les risques", a-t-il écrit.
Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a déclaré que l'administration Trump corrigeait les erreurs de l'administration Biden.
"L’administration précédente a financé des recherches dangereuses sur le gain de fonction et des laboratoires de biologie étrangers avec l’argent des contribuables américains, puis l’a délibérément caché au peuple américain", a déclaré Hegseth dans un communiqué.
"La déclassification de cette découverte révèle le manque flagrant de contrôle dont ces travaux ont fait l'objet. Sous la direction du président Trump, la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard et l'ensemble du Cabinet s'emploient à réparer ces injustices historiques et à rendre justice à nos soldats et à ceux qu'ils protègent. L'ère du mensonge et de la trahison est révolue."
Le quarantième jour depuis sarésurrection, Jésus-Christ apparut à ses disciples, et, après leur avoir donné ses dernières instructions, et commandé de prêcher l'Évangile à toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, il leur promit qu'il serait avec eux et avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles, pour la soutenir, la gouverner et la faire triompher de l'enfer et du monde.
Il les mena ensuite sur le mont des oliviers, et, étant arrivé à la sommité, il les bénit de sa main adorable, et il quitta la terre en s'élevant au ciel, porté majestueusement sur une nuée lumineuse qui le déroba à leurs yeux.
Il n'est pas possible au langage humain d'exprimer ici la gloire ineffable du Sauveur en entrant dans la Jérusalem céleste, où il alla s'asseoir à la droite de Dieu son Père.
Les heureux témoins de son ascension tenaient encore leurs yeux levés vers le ciel, quand deux anges leur apparut et leur dirent : "Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus, qui, en vous quittant, s'est élevé dans le ciel, viendra de la même manière que vous l'y avez vu monter", annonçant ainsi son retour à la fin du monde.
Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre.
Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit.
Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps."
Les disciples rentrèrent avec joie à Jérusalem, pour se disposer, par la retraite et la prière, à recevoir le Saint-Esprit, comme le divin Maître le leur avait prescrit, en les assurant que cet Esprit-Dieu répandrait sur eux, dix jours après, ses dons les plus excellents et l'abondance de ses grâces. (1)
D'après l'Évangile selon Luc, l'Ascension se produit à Béthanie, le village où vivaient les amis de Jésus, Marthe, Marie et Lazare, et où Jésus a ressuscité Lazare, à 2 km en bas de côte du mont des Oliviers. C'est également dans ce village qu'aurait été baptisé Jésus. (2)
Une tradition situe l'Ascension au sommet du Mont des Oliviers où une église a été édifiée autour de la pierre qui recèlerait la dernière empreinte du pied de Jésus sur terre avant son ascension vers les cieux. L'"église de la Sainte Ascension" (Dôme de l'Ascension) fut prise par Saladin en 1187 et convertie en la mosquée que l'on voit aujourd'hui; elle contient la dernière empreinte traditionnelle du pied de Jésus sur terre avant son ascension vers les cieux. Les Écritures indiquent que Jésus monta vers les cieux aux alentours de Béthanie. Ce village est à 2 km en bas de côte du mont des Oliviers. Du coup, aucun des sites traditionnels de l’ascension n’est correct. (3)
Deux autres locations préservent l'emplacement de l'Ascension.
Ste Hélène, la mère de Constantin, construisit une église sous l'église moderne de Pater noster afin de commémorer l'événement.
Une tradition plus récente relie l'ascension à l'église orthodoxe de l'Ascension.
La célébration de l’Ascension est attestée à la fin du IVe siècle, parfois fêtée simultanément avec la Pentecôte jusqu’au Ve siècle. (4)
L'Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ, par Piotr Basin
L'Ascension, John Singleton Copley, 1775
Le Christ ne nous a pas laissé de livre lors de son Ascension. Il nous a laissé l’autorité enseignante de l’Église dans la personne des Apôtres.
La seule raison pour laquelle certains livres ont été reconnus plus tard comme Écritures est que ces hommes les ont écrits, ou qu'ils ont approuvé les écrits d'autres qui l'ont fait, et cette connaissance a été transmise par leurs successeurs (les évêques) aux générations futures.
Lorsque certaines des listes ne correspondaient pas (il y a de nombreuses raisons possibles à cela), ces mêmes successeurs ont utilisé leur autorité pour établir définitivement ce qu'était le canon de l'Écriture, non pas en tant que seigneurs de l'Écriture, mais en tant que témoins ordonnés et publics de Dieu de son contenu authentique.
"L’Église" (c’est-à-dire ses autorités vivantes) a été établie par le Christ avec l’autorité d’enseigneroralementavant l’Écriture (d’ailleurs, la même chose s’est produite dans l’Ancien Testament, par exemple, lorsque Dieu a nommé Moïse avant qu’il n’écrive quoi que ce soit).
Contrairement à ce que disent les protestants, la Bible n'a PAS créé l’Église, c'est l’Église qui A CREE la Bible.
L'Ancien Testament lui-même issu de la plume de ceux que Dieu a établis en premier lieu avec autorité, et alors qu'il n'y avait AUCUN écrit. Moïse n'a pas écrit un seul mot de l'Écriture avant que Dieu ne le désigne comme son représentant, et beaucoup des choses qu'il a écrites se sont produites des siècles, voire des millénaires, avant lui.
L’Église a transmis l’Écriture aux générations futures à travers une succession historique et documentée d’évêques.
Les Églises locales transmettaient parfois des listes de livres quelque peu différentes. Mais cela ne posait pas de problème à l’Église antique, dont la "règle de foi" ne se résumait jamais à l’Écriture seule.
L’Église a finalement déclaré le canon biblique en 382 avec le Pape Damase au concile de Rome en définissant quels livres faisaient authentiquement partie de l’Écriture lorsque cela était nécessaire pour éviter que la règle de foi ne soit déformée par les hérétiques.(6)
Et qu’a réellement établi Jésus ?
Il a établi des hommes dotés de sa propre autorité. Comme le Père l’a envoyé, a-t-il dit, ainsi il les envoyait. Quiconque les entendait l’entendait. Les Apôtres avaient l’autorité d’enseigner, de lier et de délier, de pardonner ou de retenir les péchés, de baptiser, etc. Tout cela avant qu’un seul mot du "Nouveau Testament" ne soit écrit.
Sources:
(1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. XIX., (2) Frère Antoine Tingba, L'Ascension du seigneur, 2013, Site des Dominicains de Bordeaux ; (3); (4); (5); (6) Joshua Charles
À 22 ans, il est l'un des premiers évêques de l'ancien diocèse d'Uzès dans le Gard (France). Il était le disciple et ami de Césaire d'Arles. Il assista au Concile d'Orléans en 541. Son grand renom de docteur et d'orateur s'étendit jusqu'en Italie. Il...
Saint Ghislain de Mons († 681), ou saint Ghislain, en latin Gislenus, était moine dans le Hainaut. C'est un saint chrétien fêté le 10 octobre selon le martyrologe romain ainsi que selon le calendrier ecclésiastique orthodoxe. En Belgique, près de Mons,...
Connaissez-vous cet œil ? Il était à l'origine destiné à l'Église catholique. Il n'a pas été créé par les francs-maçons ; ils ne l'ont fait qu'adapter. L'Œil de la Providence — un œil unique à l'intérieur d'un triangle, souvent entouré de rayons — n'est...
Cf. Marco Rubio sur x le 7-10-2026. Cf. https://x.com/StateDept/status/2107871064889921970 "Ce thumos, comme l'appelaient les anciens Grecs - le feu de la passion, de la force, du courage, de la fierté - est le cœur des grandes civilisations. Sans lui,...
Avec Saint Martin au siècle suivant, Saint Denis est Apôtre des Gaules. Venu d'Italie vers 250 ou 270, avec six compagnons pour évangéliser la France, Denis aurait été le premier évêque de Paris (Lutèce). Il fonda plusieurs églises en France, et fut martyrisé...
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C'est ce que demande Allah : " Allah a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens en échange du paradis. Ils combattent dans le chemin d'Allah : ils tuent et se font tuer. (Coran 9.111) " ; " Allah aime ceux qui vont jusqu'à tuer pour sa cause.
Cf....
L'Histoire retient Pol Pot comme le boucher du Cambodge. Mais on oublie souvent le paradoxe le plus glaçant de ce dictateur. Le tyran qui a voulu ramener son pays à l'âge de pierre n'était pas un paysan illettré. C'était un bourgeois formé dans les universités...
Le rosaire est l'arme que Marie nous a donnée pour lutter contre les ruses de l'ennemi infernal.
La prière du Rosaire n’est pas une condition du salut, ni le centre de la foi. De nombreux chrétiens fidèles vivent et meurent sans jamais le prier. Mais...
À Rosafa en Euphratésie de Syrie, Serge était un officier militaire supérieur romain, commandant avec son collègue officier Bacchus une troupe d'élite composée de Barbares, appelée la Schola Gentilium. (1) Sergius était sans doute un officier romain qui...