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14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 17:16
L'existence de Dieu prouvée par l'existence du mal

Extrait de Robert AUGÉ, Osb, Dieu veut-il la souffrance des hommes ?, Du mystère à la contemplation, Artège, Lethielleux, Sed Contra, Paris 2020, pp. 53-54 et 84-85 : 

 

Le mal est une privation

On distingue deux formes de négativité, l'une absolue, l'autre relative. la première est une négativité du néant, la seconde est une négativité de privation.

[...] Le mal est donc l'absence d'une perfection indispensable à l'intégrité d'un être, à sa structure interne ou à son dynamisme vital. Ainsi, Thomas définit le mal comme une privation, dans la continuité de l'enseignement d'Augustin (Confessions, liv. III, chap. 7, n°12) et de Denys (Pseudo-Denys l'Aréopagite, Les Noms divins, chap. 4, n° 18-35). C'est précisément cette privation qui fait que le mal est un scandale : il s'agit d'une réalité qui devrait être et qui n'est pas.

On comprend alors que le mal ne peut être appréhendé qu'à partir du bien auquel il s'oppose. Celui-ci a deux caractéristiques essentielles : d'une part, c'est un bien que le sujet est apte à posséder et devrait avoir (ce qui distingue le mal d'une simple absence); d'autre part, c'est un bien qui n'est que particulier (De malo, q. 1, a 1 c.) (ce en quoi le mal diffère du néant). Voilà qui manifeste la relativité des maux : certains nous touchent superficiellement, d'autres nous atteignent au plus profond de notre être et contrarient nos légitimes aspirations.)

 

[...]

 

Le mal, preuve de l'existence de Dieu

L'argument de la présence du mal dans le monde apparaît à beaucoup de nos contemporains comme l'objection majeure à l'existence de Dieu. Reconnaissons qu'un tel raisonnement cache une noble aspiration de l'esprit créé : le refus d'un Dieu pervers qui se plairait à créer un univers de mal et de souffrance. Étrange paradoxe: cet argument de l'existence du mal constitue au contraire pour saint Thomas une preuve supplémentaire de la réalité de l'être divin et de son action. Voilà qui ne nous étonnera guère si nous avons à l'esprit les considérations précédentes sur la nature du mal comme privation, impliquant nécessairement l'existence d'un bien comme cause ou comme sujet. Au terme d'une longue énumération des raisons pour lesquelles la divine providence n'exclut pas totalement les maux (défectuosités des causes secondes, hiérarchies des êtres, perfection de l'univers, etc.), Thomas conclut :

 

Par là se trouve exclue l'erreur de certains qui, à la vue des maux survenus dans le monde, disaient que Dieu n'existe pas : ainsi Boèce, dans la Consolation de la Philosophie, I [prose 4], introduit un certain philosophe qui demande: "Si Dieu existe, d'où vient le mal ?" Il faudrait au contraire raisonner ainsi : Si le mal existe, Dieu existe. Il n'y aurait pas de mal, en effet, si l'on enlevait l'ordre du bien, dont la privation est le mal. Or cet ordre ne serait pas, si Dieu n'était pas. ( III Summa Contra Gentiles, cap. 71, § 10.)

 

Ce n'est donc pas par le problème du mal qu'il faut engager la réflexion, mais par la question de l'existence du bien, dont le mal est une privation. Puisque ce bien ne peut exister sans Dieu, la question du mal, à son tour, ne peut être abordée que sur le fondement de l'existence de Dieu. 

 

Ajoutons à l'argumentation objective de saint Thomas cette considération plus subjective d'Étienne Gilson, L'Athéisme difficile, Paris, Vrin, 2014, p. 89 : "[...] S'il est absurde qu'il y ait du mal dans un univers créé par Dieu, l'expérience universelle, constante, inéluctable de la douleur, du mal et de la mort, devrait rendre impossible la formation naturelle de la notion de Dieu. Le monde est trop mauvais, semble-t-il, pour être l'oeuvre d'un créateur divin. Or non seulement les hommes pensent à Dieu malgré l'existence du mal, mais à cause d'elle. Ils pensent particulièrement à lui lorsqu'ils souffrent, lorsqu'ils ont peur et particulièrement lors la peur de la mort les inquiète."

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