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25 août 2023 5 25 /08 /août /2023 00:00

Le règne de Saint Louis était associé à un âge d'or de justice et de paix, sans impôt et sans mutation monétaire.

Boris BOVE, 1328-1453, Le Temps de la Guerre de Cent ans, Folio, Histoire de France, Trebaseleghe, Italie, 2020, p. 195

Saint Louis, Roi de France (1214-1270), Patron des Armées françaises

         

 

Fils du roi de France Louis VIII le Lion et de la reine Blanche de Castille, Louis naît au château de Poissy, le 25 avril 1214. ... quelques semaines avant la grande victoire des troupes françaises sur celles du Saint-Empire et de l'Angleterre à Bouvines.

Son grand-père, Philippe Auguste, lui enseigne : "Protège les Pauvres, ils te protégeront".

 

44e roi de France, Louis IX a également régné 44 ans. Il frappé ses contemporains par son sens de la justice, sa profonde piété, sa révérence devant Dieu, sa grande charité envers les pauvres, et pour les non-croyants, sur le respect du prochain ; Saint-Louis représentait la paix et le respect du voisin. 

"Reconnu pour son style de vie modéré, sa raison, sa bravoure et sa politesse chevaleresque, il était un magnifique chevalier dont la gentillesse et la manière engageante le rendaient populaire. Il était considéré comme le dirigeant chrétien idéal. Il punissait sévèrement le blasphème, les jeux de hasard, les prêts rémunérés (usure) et la prostitution.

Il priait  huit heures par jour, lavait les pieds des pauvres, accueillait les lépreux à sa table et bâtit des hôpitaux pour les aveugles. (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 26.)

Il est le seul roi canonisé de France.

"Son règne est resté dans les mémoires comme un âge d'or médiéval dans lequel le Royaume de France a atteint un sommet économique et politique.

"Il a interdit les procès par épreuve, tenté d'empêcher les guerres privées, et a introduit la présomption d'innocence dans la procédure pénale. Pour faire appliquer l'application de ce nouveau système juridique, Louis IX a créé les prévôts et des huissiers de justice." (Spécial Histoire, n° 5, Trimestriel, Septembre - octobre - novembre 2020, p. 18-19.)

Roi pacifique doté d'un sens politique très sûr, il règle les sources de conflit en France et en Europe; Sa vertu le faisait regarder comme l'arbitre des princes d'Europe.

Son plus grand souci était de pacifier, de réconcilier les ennemis et d'éteindre les conflits, en particulier entre la France et l'Angleterre. Très rapidement, son tempérament de médiateur lui vaut de nombreuses sollicitations aux quatre coins de l'Europe - voilà qu'on le surnomme l'Apaiseur.

En 1234, quand Louis atteignit sa majorité, les Capétiens avaient développé des liens personnels étroits avec les cours royales de Castille et d'autres royaumes ibériques. 

En 1240, il est appelé à trancher un différent entre l'empereur Frédéric II et le pape.

Quelques années plus tard, il mit fin au grave et difficile contentieux qui opposait les prétendants aux comtés de Flandre et de Hainaut; il négocia avec les Mongols et sécurisa des alliances diplomatiques bienvenues; même l'aristocratie anglaise, fraîchement rabibochée avec son homologue d'Outre-Manche, vient lui demander conseil.

En 1258, par le traité de Corbeil avec Jacques d'Aragon, les deux nations renoncent mutuellement à toute prétention territoriale.

En 1259 au traité de Paris, aussi appelé traité d'Abbeville, Henri III Plantagenêt, roi d'Angleterre (1216-1272) échange la possession de larges domaines dans le Sud-Ouest contre la reconnaissance de la souveraineté française sur l'ensemble du Royaume

Saint Louis, Roi de France (1214-1270), Patron des Armées françaises
Saint Louis, Roi de France (1214-1270), Patron des Armées françaises

"Louis IX met fin à ce que nombre d'historiens appellent 'la première guerre de Cent Ans' (elle avait commencé par le mariage versatile d'Aliénor d'Aquitaine en 1152) : le traité d'Abbeville entérine la paix avec l'Angleterre d'Henri III." (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 25-26.)

Il mit en œuvre dans le gouvernement français une justice impartiale, la protection des droits de ses sujets, des peines sévères pour les fonctionnaires royaux abusant de leur pouvoir, et prit une série d'initiatives pour aider les pauvres.

Le souci de justice dans sa forme la plus fondamentale (rendre à chacun son dû) revient constamment dans les propos de Louis.

Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes, Par Pierre-Narcisse Guérin, 1816

Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes, Par Pierre-Narcisse Guérin, 1816

Maintes fois en été, le roi alla s'asseoir au bois de Vincennes après sa messe; il se plaçait sous un chêne et nous faisait asseoir autour de lui. Il demandait alors de sa proche bouche: "Y a t-il ici quelqu'un qui ait un procès ?" Et tous ceux qui en avaient se levaient. Il disait alors : "Taisez-vous tous et on réglera vos affaires l'une après l'autre."

Jean de Joinville, Vie de Saint Louis

"Entre 1254 et 1258, fraîchement rentré de croisade, il fait publier la Grande ordonnance qui stipule que "nul ne sera privé de son droit sans faute reconnue et sans procès." À ce titre, le roi interdit le blasphème, les jeux de dés et de hasard, la prostitution, la fréquentation des tavernes et les prêts à intérêts (usure). 

"La procédure judiciaire évolue également : les ordalies sont bannies (1261), on introduit des témoins lors des procès, on déploie aussi des enquêtes approfondies qui permettent de faire la lumière sur les crimes et délits.

"Si la plupart de ces mesures sont respectées, les tavernes du royaume, normalement réservées aux voyageurs, continueront de faire recette auprès du peuple malgré les avertissements royaux. "Ses conseillers, écrit Gérard Sivéry, ont réussi à lui faire admettre qu'il était préférable de limiter et de surveiller ce qu'on ne pouvait empêcher." (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 32.)

La refonte du système judiciaire s'accompagne d'une "collecte" de plaintes de ses sujets à travers le royaume. Louis IX dépêche une armée d'enquêteurs pour aller à la rencontre du peuple et recueillir ses doléances. Plus de dix mille d'entre elles sont rassemblées et convergent sur Paris à partir de 1247. Cela permet de constater que baillis et sénéchaux font perdurer localement des inégalités particulièrement cruelles. Une leçon que le roi tient à transmettre à son fils : "Prends garde diligemment qu'il y ait bons baillis et bons prévôts en ta terre, et fais souvent prendre garde qu'ils fassent bien justice et qu'ils ne fassent à autrui tort ni des choses qu'ils ne doivent."

"En 1259, l'affaire Enguerrand de Coucy donne le ton : ce dernier, un seigneur sans scrupule des Flandres, a fait pendre trois braconniers surpris sur ses terres. Le clergé local s'insurge. Louis IX s'empare de l'affaire et fait emprisonner l'intéressé au château du Louvre. Finalement pardonné, il sera condamné à payer 10 000 livres de compensation - une véritable fortune pour l'époque." (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 31-32.) Cette somme fut employée à construire l’hôpital de Pontoise, le cloître et les écoles des Dominicains de la rue Saint-Jacques et l’église des Cordeliers de Paris.

La galerie Saint Louis dans la Cour de Cassation de Paris. Saint Louis a traversé les âges en conservant son image de roi justicier.

La galerie Saint Louis dans la Cour de Cassation de Paris. Saint Louis a traversé les âges en conservant son image de roi justicier.

Soucieux de laisser la parole au peuple, le roi saint assiste aux assises du Parlement et fait "appeler ceux qui ont des affaires à lui soumettre et il fait ouïr les plaids par ses chevaliers et par ses clercs." (Guillaume de Saint-Pathus, cité dans La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 34.)

Ses dîners quotidiens étaient partagés avec de nombreux mendiants Parisiens qu'il invitait à la table royale. De nombreux soirs, il ne les laissait pas partir sans leur avoir lavé les pieds. Il payait sur ses deniers pour nourrir plus de 100 pauvres Parisiens chaque jour. Ses soins aux malades étaient tout aussi émouvants ; il s'occupait fréquemment des lépreux.

Il créa un certain nombre d'hôpitaux, dont un pour les aveugles et un autre pour les ex-prostitués".

Chaque samedi, il lavait les pieds de trois pauvres, servait leur repas et mangeait lui-même leurs restes.

Louis fut baptisé à Poissy, et en conserva toujours religieusement le souvenir, car plus tard il signait ordinairement Louis de Poissy, marquant par là qu'il estimait la grâce du baptême comme son plus glorieux titre de noblesse.

Sa mère, Blanche de Castille, voulut le nourrir elle-même. Tout le monde connaît la belle parole de cette grande reine : « Mon fils, je vous aime après Dieu plus que toutes choses; cependant, sachez-le bien, j'aimerais mieux vous voir mort que coupable d'un seul péché mortel. »

Blanche de Castille et Louis IX, détail d'une miniature de la Bible moralisée de Tolède, 1240.

Blanche de Castille et Louis IX, détail d'une miniature de la Bible moralisée de Tolède, 1240.

Neuvième des capétiens directs, Louis est sacré à Reims à l'âge de douze ans, quelques jours seulement après l'enterrement de son père.

Le jeune Louis montra dès son enfance les grandes vertus qu'il devait faire éclater sur le trône, l'égalité d'âme, l'amour de la justice et une tendre piété.

Comme on lui reprochait quelques fois de donner trop de temps aux pieux exercices, le jeune roi philosophe : "Les hommes sont étranges, on me fait un crime de mon assiduité à la prière; on ne me dirait mot si j'employais les heures que j'y passe à jouer aux jeux de hasard, à courir la bête fauve, ou à chasser aux oiseaux." (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 24.)

Saint Louis, Tableau Médaillon, 2e étage Cour de Cassation, Paris

Saint Louis, Tableau Médaillon, 2e étage Cour de Cassation, Paris

Devenu roi, il voulut établir avant tout le règne de Dieu, auquel sont indéfectiblement liés le Roi et la France. Il s'appliqua plus que jamais à faire de la France un royaume puissant et chrétien. On connaît sa loi condamnant les blasphémateurs à subir aux lèvres la marque d'un fer rougi au feu.

Un des plus beaux jours de sa vie fut celui où il alla au-devant des religieux qui apportaient d'Orient la sainte Couronne d'épines, et la porta, pieds nus, dans sa capitale.

Saint-Louis fonda des hôpitaux et des monastères. Il réalisa son grand projet : construire la Sainte-Chapelle comme une châsse de lumière et de vitraux destinée à recueillir les saintes reliques, surtout la Couronne d'épines. Il donna à sa soeur, la bienheureuse Isabelle de France, le terrain de Longchamp pour y fonder une abbaye de religieuses de Sainte-Claire. « Si je dépense beaucoup d’argent quelquefois, j’aime mieux le faire en aumônes faites pour l’amour de Dieu que pour frivolités et choses mondaines. Dieu m’a tout donné ce que j’ai. Ce que je dépense ainsi est bien dépensé. » (Saint Louis au sire de Joinville)

À vingt ans, il épousa Marguerite de Provence et leur amour sera tendre et fidèle. Saint Louis fut aussi un modèle du pur amour conjugal; il avait fait graver sur son anneau cette devise: "Dieu, France et Marguerite."

À la suite d'une méchante fièvre contractée dans les marais de Saintonge, à l'ouest du royaume en 1244, maladie mortelle, guéri miraculeusement, Louis obéit à une inspiration du Ciel qui l'appelait aux Croisades.

Jérusalem avait été reprise en 1229 sous la gouvernance de Frédéric II.

 

Quand il partit pour délivrer la Terre Sainte au port d'Aigues-Mortes à la tête de 10 000 fantassins, 5000 écuyers et 2500 cavaliers le 25 août 1248, il s'embarqua avec son épouse Marguerite de Provence, et toujours l'ami Joinville. Il marchait sur les pas de ses aïeux, Louis VII et Philippe Auguste.

On le vit, dans ces luttes gigantesques, qui avaient pour but la libération des Lieux Saints, faire des actes de bravoure qui le mettaient au rang des plus illustres guerriers. On se tromperait en croyant que le bon et pieux roi n'eût pas toute la noble fierté qui convenait à son rang.

Les Sarrasins, qui le retinrent longtemps captif, après une désastreuse campagne, eurent lieu d'admirer sa grandeur d'âme, sa foi et son courage. Lui demandant de fixer le prix de sa rançon pour sa libération, il leur répondit de s'enquérir auprès de sa femme qui seule décidait de l'engagement des dépenses ! L'épisode est narré par Joinville, il est ainsi rapporté par Régine Pernoud :
 
"Quand ils virent (les 'Sarrasins'), qu'ils ne pourraient vaincre le bon roi par les menaces, ils revinrent à lui et lui demandèrent combien il voudrait donner d'argent au sultan et avec cela, s'il leur rendrait Damiette. Et le roi leur répondit que, si le sultan voulait prendre de lui une somme raisonnable de deniers, il manderait à la reine qu'elle les payât pour leur délivrance; et ils dirent : 'Comment est-ce que vous ne voulez pas dire que vous ferez ces choses ?' (Pourquoi ne voulez-vous pas vous y engager vous-même ?) Et le roi répondit qu'il ne savait si la reine le voudrait faire, pour ce qu'elle était sa Dame."
 
Une fois libéré (le 6 mai 1250), Louis fit un pèlerinage en Terre Sainte et appela ses sujets à le rejoindre mais renvoya ses frères Alphonse de Poitiers et Charles d'Anjou en France afin qu'ils épaulassent leur mère, qui exerçait la régence. Le reste de son séjour en Terre-Sainte est employé à des fins diplomatiques : il prit contact avec les Mongols et les Ismaïliens, renforça les défenses de Jaffa, Acre, Tyr et Sidon.
 
Mais, au printemps 1253, alors qu'il était à Sidon, il apprit la mort de sa mère, survenue le 27 novembre 1252. Après plusieurs jours d'un grand deuil, il conclut qu'il devait rentrer et le 24 ou 25 avril 1254, Louis rembarqua d'Acre pour la France. Le 10 juillet, il débarqua aux Salins-d'Hyères où il demanda à rencontrer le frère Hugues de Digne. Partant de Hyères, le roi se rendit à Aix-en-Provence pour un pèlerinage dédié à Marie Madeleine, puis entra en France par Beaucaire et, après plusieurs arrêts dans différentes villes de France, déposa l'oriflamme et la croix à Saint-Denis. Il fit son entrée à Paris le 7 septembre 1254, où il fut particulièrement bien accueilli par le peuple.
 
Rentré dans son royaume, il y entreprit de grandes réformes, en particulier l'interdiction du duel judiciaire.

Son royaume connut une période de plein développement culturel, intellectuel et théologique. Saint Louis aimait recevoir à sa table saint Bonaventure et saint Thomas d'Aquin. Avec Robert de Sorbon, fils de paysan devenu docteur qui s'est fait remarquer par le roi en militant pour l'accès à l'éducation des enfants pauvres, il fonda la Sorbonne (1253). Des milliers de démunis 
assistent au triomphe de la littérature française, à la dissection méthodique des oeuvres de Chrétien de Troyes, aux récits chevaleresques de la quête du Graal, au mécénat des arts, à l'érection des cathédrales. (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 26.) 
 
Il suivit avec attention l'achèvement de la cathédrale Notre-Dame et surtout les grandes rosaces (1255) et les porches.
 
Mais il rêvait de retourner en Terre Sainte, et de convertir le sultan d'Egypte. Cette fois-ci, son fidèle Joinville, décida de ne pas le suivre : "Je considérai que tous ceux qui lui conseillèrent ce voyage firent un péché mortel, parce que, au point où en était la France, tout le royaume était en bonne paix à l'intérieur et avec tous ses voisins; et, depuis qu'il en est parti, l'état du royaume ne fit qu'empirer."
 
Il n'ira pas plus loin que Carthage, l'actuelle Tunis. La maladie eut raison de lui; c'était le lundi 25 août 1270, vers trois heures de l'après-midi, "il rendit son esprit à notre créateur à l'heure même où le Fils de Dieu mourut sur la croix pour le salut du monde." (Jean de Joinville, Vie de Saint Louis, éd. Jacques Monfrin, Classiques Garnier, 1995, rééd. Classiques jaunes, 2019, p. 372-375.)
 
La paix fut négociée avec l'émir de Tunis le 30 octobre, tandis qu'on s'activait au retour de la dépouille du roi; Édouard Ier, arrivé d'Angleterre, s'enlisera deux ans supplémentaires dans cette ultime croisade.
 
Des enquêtes en 1282-1283 sur les miracles produits sur le tombeau du roi voient 300 personnes témoigner. (Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, éditions Gallimard, coll. Bibliothèque des histoires, 1996.)
 
Il est canonisé par Boniface VIII en 1297 sous le nom de "Saint Louis de France". 
 
Son tombeau disparaît vers 1420, sans doute détruit et fondu par les armées anglaises d’Henri V ou du duc de Bedford.
 
Deux analyses  scanner, carbone 14, microscope – de sa mâchoire menées au XXIe siècle en 2015 et 2019 ont révélé que le saint roi a succombé au scorbut et non à la peste ou à la dysenterie. (Marie Privé, Peste, scorbut, dysenterie… De quoi est vraiment mort Saint Louis ?, Geo.fr, 28 juin 2019)

Saint-Louis ChateaucurzayPrière de St Louis

 

Dieu Tout-Puissant et éternel,

 

Qui avez établi l'empire des Francs pour être dans le monde

 

L'instrument de vos divines volontés,

 

Le glaive et le bouclier de votre sainte Eglise,

 

Nous vous en prions, prévenez toujours et partout de votre céleste lumière,

 

Les fils suppliants des Francs,

 

Afin qu'ils voient ce qu'il faut faire pour réaliser votre règne en ce monde,

 

Et que pour accomplir ce qu'ils ont vu,

 

Ils soient remplis de charité, de force et de persévérance,

 

Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

 

Amen

 

 

Oraison tirée d'un missel Carolingien,

 

Prière favorite du Père de Foucauld,

 

Prière officielle des scouts de France.

Saint Louis, Roi de France (1214-1270), Patron des Armées françaises

Statue de Saint Louis, par Albert-Marius Patrisse (1892-1964), collégiale de Poissy, lieu de baptême et de naissance de S. Louis.

 

Une statue du roi de France Louis IX, connu sous le nom de Saint Louis a été érigée devant la collégiale de Poissy en 1951 en remplacement de la statue de Meissonier fondue par les Allemands en 1941.

 

La statue de Saint Louis a été réalisée par le sculpteur Albert-Marius Patrisse (1892-1964), un élève de Jules Coutan, premier second grand Prix de Rome en 1922. Ce monument en l’honneur de Saint Louis, né à Poissy le 25 avril 1214, a été érigé devant la collégiale Saint Louis de Poissy, lieu de baptême du futur Louis IX, fils du roi Louis VIII et de Blanche de Castille. (Source)

___________

Litanies de Saint-Louis

Source : Prières aux saints du Tiers-Ordre


DEVOTION A SAINT LOUIS IX, ROI DE FRANCE, PATRON DES ARMEES FRANCAISES ET DU TIERS-ORDRE DE LA PENITENCE

Seigneur, ayez pitié de nous 
(bis)
Jésus-Christ, ayez pitié de nous
''
Seigneur, ayez pitié de nous
Jésus-Christ, écoutez-nous
Jésus-Christ, exaucez-nous.
Père céleste, qui êtes Dieu,
ayez pitié de nous
Fils rédempteur du monde, qui êtes Dieu,
''
Esprit-Saint, qui êtes Dieu,
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu,
Sainte Marie, conçue sans péché,
priez pour nous
Sainte Mère de Dieu,                           
''
Sainte Vierge des Vierges;
Saint Louis, prince admirable,
priez pour nous
Saint Louis, lis de pureté,               ''
Saint Louis, exemple d'humilité,
Saint Louis, image de vertu,
Saint Louis, prodige de pénitence,
Saint Louis, flamme d'amour et d'oraison,
Saint Louis, lampe ardente et brillante,
Saint Louis, vase d'élection,
Saint Louis, vase insigne de religion,
Saint Louis, miroir de la perfection chrétienne,
Saint Louis, très dévot à notre Père saint François,
Saint Louis, contempteur du monde et de ses honneurs,
Saint Louis, plein de zèle pour la maison de Dieu,
Saint Louis, tendre père des pauvres,
Saint Louis, remède des malades,
Saint Louis, appui de la veuve et de l'orphelin,
Saint Louis, juge béni des peuples,
Saint Louis, rédempteur des captifs,
Saint Louis, prédicateur des infidèles,
Saint Louis, deux fois victime pour les Lieux saints,
Saint Louis, terrible dans les combats,
Saint Louis, puissant dans les fers,
Saint Louis, gardien de la France,
Saint Louis, modèle des rois,
Saint Louis, digne de la couronne des rois sur la terre,
Saint Louis, plus digne de la couronne des saints dans le ciel,
Saint Louis, saint patron des armées françaises,
Saint Louis, protecteur des armées françaises,
Saint Louis, protecteur du Tiers-Ordre séraphique ,
priez pour nous

Agneau de Dieu, qui efffacez les péchés du monde,
pardonnez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde,
exaucez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur

Priez pour nous, glorieux saint Louis
Afin que nous devenions dignes des promesses de N.-.S.J.-C.


Oraison

Ô Dieu, qui avez transféré votre confesseur saint Louis d'un royaume terrestre à la gloire céleste, rendez-nous, par ses mérites et son intercession, participants du bonheur du Roi des rois, Jésus-Christ. Qui vit et règne...

Louis IX, sur son lit de mort, remet à son fils le plan de sa conduite, Jacques-Antoine Beaufort, XVIIIe siècle, chapelle Saint-Louis de l'École militaire, Paris.

Louis IX, sur son lit de mort, remet à son fils le plan de sa conduite, Jacques-Antoine Beaufort, XVIIIe siècle, chapelle Saint-Louis de l'École militaire, Paris.

Saint Charlemagne et saint Louis, gravure de Grégoire Huret (XVIIe siècle, Metropolitan Museum)

Saint Charlemagne et saint Louis, gravure de Grégoire Huret (XVIIe siècle, Metropolitan Museum)

Sources(1) Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950; (2) Nominis; (3) Régine Pernoud, Les femmes au temps des croisades, Editions Stock Le Livre de Poche, Paris 1990, p. 230; Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 729-736 ; (4) Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, éditions Gallimard, coll. Bibliothèque des histoires, 1996.

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
24 août 2023 4 24 /08 /août /2023 00:00
Saint Barthélemy l'Apôtre, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 31.

Saint Barthélemy l'Apôtre, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 31.

Barthélemy, appelé par le Sauveur, vécut avec Lui, assista à Ses prédications, entendit Ses paraboles, fut le témoin de Ses vertus divines.
 

Après la Pentecôte, il fut envoyé prêcher l'Évangile dans l'Inde, au-delà du Gange. Dans tous les pays qu'il dut traverser, il annonça Jésus-Christ, Rédempteur du monde. Son zèle et ses prodiges eurent bientôt changé la face de ces contrées; non seulement il convertit les foules, mais il ordonna des prêtres pour le seconder et consacra des évêques. Quand, plus tard, saint Pantène évangélisa ce pays, il y trouva l'Évangile de saint Matthieu, apporté là par Barthélemy.

 

Les "dieux" païens avouent être des démons

En quittant les Indes, l'Apôtre vint dans la grande Arménie. Dans la capitale de ce pays, il y avait un temple où l'on rendait les honneurs divins à l'idole Astaroth, et où l'on allait lui demander la délivrance des sortilèges et lui faire prononcer des oracles; le prédicateur de la foi s'y rendit, et aussitôt l'idole devint muette et ne fit plus de guérisons. Les démons avouèrent aux prêtres de ce faux dieu que la faute en était à Barthélemy, et leur donnèrent son signalement; mais l'Apôtre se fit assez connaître par ses miracles; il délivra du démon la fille du roi, et fit faire à l'idole, en présence d'une foule immense, l'aveu public de ses fourberies; après quoi le démon s'éloigna en grinçant des dents. Une merveille si éclatante convertit le roi et une multitude de personnes; la famille royale et douze villes du royaume reçurent bientôt le baptême.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3c/L%27ap%C3%B4tre_saint_Barth%C3%A9lemy.jpg/337px-L%27ap%C3%B4tre_saint_Barth%C3%A9lemy.jpg

Saint Barthélemy, apôtre, basilique saint Jean de Latran, Rome, Italie.

Le démon résolut de se venger; l'Apôtre fut saisi par le frère du roi et condamné à être écorché vif. Les bourreaux inhumains s'armèrent de couteaux et de pierres tranchantes et écorchèrent la victime de la tête aux pieds; de telle sorte que, n'ayant plus de peau, son corps montrait une chair sanglante percée de ses os. Il eut ensuite la tête tranchée. Le corps écorché et la peau sanglante de l'Apôtre furent enterrés à Albane, en la haute Arménie; il s'y opéra tant de miracles, que les païens furieux, enfermèrent le corps du bienheureux dans un cercueil de plomb et le jetèrent à la mer. Mais le cercueil, flottant sur l'onde, vint heureusement à l'île de Lipari, près de la Sicile. Plus tard, les Sarrasins s'emparèrent de cette île et dispersèrent les saintes reliques; mais un moine reçut, dans une vision, l'ordre de recueillir les ossements de l'Apôtre. Le corps de saint Barthélemy est aujourd'hui à Rome, son chef à Toulouse.

 

Saint Barthélemy, patron des bouchers, des tanneurs et des relieurs, est fêté le 24 août en Occident et le 25 août en Orient. Ces deux dates correspondent vraisemblablement au transfert de ses reliques dans l'île de Lipari en 580.

 

Sources: (1); (2)

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
23 août 2023 3 23 /08 /août /2023 00:00
Sainte Rose de Lima, Vierge (1586-1617) - Huile de Claudio Coello (1642-1693), musée du Prado, Madrid

Sainte Rose de Lima, Vierge (1586-1617) - Huile de Claudio Coello (1642-1693), musée du Prado, Madrid

Rose naît le 20 avril 1586 à Lima au Pérou  d'une famille pauvre d'origine espagnole dont elle était la dixième enfant, et reçut au Baptême le nom d'Isabelle. Sa mère, penchée sur son berceau, ayant cru apercevoir une rose épanouie sur son visage, s´écria : "Désormais, tu seras ma ‘Rose’", changement de nom qui fut confirmé par la Sainte Vierge dans une vision qu'eut plus tard la jeune fille.

 

 

La vie de cette petite Sainte a été une suite ininterrompue de souffrances volontairement acceptées et héroïquement supportées. Dès son bas âge, Rose comprit que la vraie sainteté consiste avant tout à accomplir ses devoirs d´état. Une source de difficultés lui vint de concilier l'obéissance à ses parents avec la fidélité aux appels intérieurs dont le Ciel la favorisait. Elle s'ingénia à trouver le moyen d'obéir à la fois à Dieu et à sa mère. Décidée à ne chercher à plaire à personne qu'à Dieu, elle portait néanmoins une couronne de fleurs imposée par sa mère ; mais elle sut y cacher à l'intérieure une aiguille qui faisait de cet ornement un instrument de supplice.

 

Peu après l'âge de quatre ans (1590), elle sut lire et se nourrira du récit de la vie de sainte Catherine de Sienne, qui deviendra son modèle de vie spirituelle. Rose se voua à une vie de pénitence. Dès son enfance, elle s´exerça au jeûne et put le pratiquer à un degré héroïque. Elle ne mangeait jamais de fruits. À six ans, elle jeûnait le vendredi et le samedi. À quinze ans, elle fit vœu de ne jamais manger de viande. À 20 ans, elle prend l'habit des tertiaires dominicaines. Plus tard, elle ne mangea qu´une soupe faite de pain et d´eau, sans sel ni autre assaisonnement. Toutes les nuits, elle se frappait cruellement avec des chaînettes de fer, s´offrant à Dieu comme une victime sanglante pour l'Église, l'État, les âmes du purgatoire et les pécheurs. Non contente du lit de planches sur lequel elle reposa longtemps, elle se fit un lit avec des morceaux de bois liés avec des cordes ; elle remplit les intervalles avec des fragments de tuiles et de vaisselle, les acuités tournées vers le haut. Rose coucha sur ce lit pendant les seize dernières années de sa vie.

 

La vraie sainteté ne réside pas dans la pénitence du corps, mais dans celle du coeur, qui est impossible sans l´humilité et l'obéissance. Toutes les austérités de Rose étaient soumises à l'obéissance ; et elle était toujours prête à tout abandonner. On s´étonnera que ses directeurs aient pu approuver dans une si frêle enfant d'aussi cruelles macérations ; mais il faut savoir que chaque fois que des confesseurs voulurent s'y opposer, ils en furent empêchés par une lumière intérieure.

 

Toute la personne de Rose, défigurée par la pénitence, attirait l'attention du public et la faisait vénérer comme une Sainte. Désolée, elle eut recours à Dieu, afin que ses jeûnes n'altérassent pas les traits de son visage. Chose admirable ! Elle reprit son embonpoint et ses vives couleurs ; ses yeux se ranimèrent. Aussi arriva-t-il qu'après avoir jeûné tout un Carême au pain et à l´eau, elle rencontra des jeunes gens qui se moquèrent d´elle en disant : "Voyez cette religieuse si célèbre par sa pénitence ! Elle revient sans doute d'un festin. C'est édifiant, vraiment, en ce saint temps !" Rose en remercia Dieu.

 

La charité de Rose pour le salut des âmes était en proportion de son amour pour Jésus-Christ. Elle ressentait une poignante douleur en pensant aux âmes qui se perdent après avoir été si chèrement achetées. Elle pleurait sur le sort des Chinois, des Turcs, et des nombreuses sectes hérétiques qui désolaient l'Europe.

 

Sa méfiance de l'Inquisition lui valut plusieurs examens de la part des autorités religieuses, ses profondes réponses étonnèrent alors ses détracteurs. Dans le même temps, elle se dévoua au service des indiens, des enfants abandonnés, des vieillards, des infirmes, et des malades.

 

Elle passa de la terre au ciel le 24 août 1617, à l'âge de trente et un ans. Le peuple de Lima se précipita sur sa tombe pour y recueillir un peu de la terre qui la recouvrait.

 

Rose de Lima a été béatifiée en 1668 par Clément IX et canonisée, le 12 avril 1671, par Clément X.

Sainte Rose de Lima (Noël Laudin - Musée de Châlons-en-Champagne)

Sainte Rose de Lima (Noël Laudin - Musée de Châlons-en-Champagne)

Sainte Rose de Lima est patronne des Amériques, des Philippines, du Pérou, de la ville de Lima, de la police nationale et de l'université catholique du Pérou.

 

Tous les ans, à l'occasion de la Solennité de Sainte Rose de Lima, le 30 août (férié au Pérou), une cérémonie religieuse réunit les autorités politiques, diplomatiques et militaires du pays. Sa statue est portée en procession de la cathédrale de Lima au sanctuaire qui lui est dédié. Elle est également à l'origine de la fête traditionnelle du royaume d'Araucanie et de Patagonie le 30 août.

Le Seigneur a dit d'une voix forte : que tous les hommes sachent que la grâce arrive après la peine, qu'ils sachent que sans avoir porté le fardeau des afflictions, ils ne peuvent atteindre les hauteurs de la Grâce, qu'ils apprennent que les dons de la Grâce augmentent au fur et à mesure que le fardeau s'alourdit, que les hommes ne se trompent pas, il n'y a qu'une voie pour rejoindre le Paradis, et la Croix est la seule route pour y accéder.

Sainte Rose de Lima

Sources: (1); (2)

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
22 août 2023 2 22 /08 /août /2023 08:08
Le développement exceptionnel de la civilisation occidentale est principalement dû à sa morale chrétienne, et en particulier à l'imposition du mariage monogame et exclusif (Joseph Henrich)

Une partie considérable du public de droite en France n'arrive pas à comprendre les bienfaits absolument décisifs et nécessaires de la foi et de la morale chrétienne dans l'ordre temporel. Laissez-moi vous expliquer pourquoi c'est une erreur à tous les niveaux.

 

Ce qui a fait la supériorité de l'Occident chrétien, ce qui nous a permis de dominer le monde pendant des siècles, c'est précisément la force morale tout à fait unique de la civilisation chrétienne. Et ceci se vérifie en tout premier lieu dans le mariage chrétien.

 

En 2010, l'anthropologue Joseph Henrich (qui n'est pas du tout catholique) a publié une thèse très intéressante dans laquelle il démontre que le développement exceptionnel de la civilisation occidentale est principalement dû à sa morale chrétienne, et en particulier à l'imposition du mariage monogame et exclusif.

 

🔗 https://ifstudies.org/blog/from-weird-monogamy-to-informal-polygamy

 

Selon Henrich, l'élimination des mœurs païennes traditionnelles, telles que les mariages incestueux, le divorce et le remariage libres ou encore la polygamie ont permis de mettre fin aux tendances tribales des sociétés antiques et de permettre la création de liens sociaux supérieurs à partir de la cellule familiale jusqu'à la formation de la Nation, en passant par de multiples corps intermédiaires.

 

Henrich montre que le modèle chrétien du mariage monogame et exclusif a poussé l'homme à focaliser son temps et son énergie pour soutenir sa famille. Ceci a permis de réduire drastiquement le crime et la violence et de favoriser la société de confiance, la société du temps long et donc de favoriser la croissance économique des sociétés chrétiennes.

 

Henrich arrive à une conclusion (déjà établie par les papes et les théologiens un siècle plus tôt) : la société déchristianisée retourne à des formes de paganisme, ce qui se remarque par le retour factuel de formes de polygamie (la culture du sexe sans lendemain, du divorce libre, des couples sans liens, etc). D'où le délitement social et anthropologique que nous observons : retour au tribalisme, polarisation extrême, baisse de la natalité et de la fertilité.

 

 

Source

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22 août 2023 2 22 /08 /août /2023 00:00

Si le Fils est roi, sa Mère doit nécessairement être considérée et appelée reine.

Saint Athanase

Le couronnement de la Vierge, dont la fête a été instituée par Pie XII en 1954, ne présente pas le même éclat que l’Assomption, car il n’est pas un dogme, même s’il figure comme l’un des cinq mystères glorieux de la prière du Rosaire. Il n’est d’ailleurs pas cité dans les Écritures si ce n’est dans le Livre de l’Apocalypse de saint Jean, lu justement le jour de l’Assomption, dans lequel il est mentionné (Ap 12, 1) :

 

Un signe grandiose apparut dans le ciel ; une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et, sur la tête, une couronne de douze étoiles. (1)

Le Couronnement de la Vierge par Diego Vélasquez, XVIIe siècle

Le Couronnement de la Vierge par Diego Vélasquez, XVIIe siècle

L'argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tradition antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa maternité divine. Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engendré par la Vierge : "Il sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, et il régnera dans la maison de Jacob éternellement et son règne n'aura pas de fin" (Luc. 1, 32, 33) ; en outre, Marie est proclamée "Mère du Seigneur" (Luc 1,43). Il s'en suit logiquement qu'elle-même est Reine, puisqu'elle a donné la vie à un Fils qui, dès l'instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l'union hypostatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses. St Jean Damascène a donc raison d'écrire : "Elle est vraiment devenue la Souveraine de toute la création au moment où elle devint Mère du Créateur" (St. Jean Damascène, De fide orthodoxa) et l'Archange Gabriel lui-même peut être appelé le premier héraut de la dignité royale de Marie.

 

Cependant la Bienheureuse Vierge doit être proclamée Reine non seulement à cause de sa maternité divine mais aussi parce que selon la volonté de Dieu, elle joua dans l'œuvre de notre salut éternel, un rôle des plus éminents.

Marie Reine Mémoire (Pie XII)

Dans l'accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : "Sainte Marie, Reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur (Lc 2,35), était debout près de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ".

Et un pieux disciple de saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : "Comme... Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu'il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu'elle mérita".

En effet, "Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l'offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d'une manière toute spéciale".

 

De ces prémisses, on peut tirer l'argument suivant : dans l'œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d'une manière semblable à celle dont Eve fut associée à Adam, principe de mort, si "ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, bien que l'on peut dire de notre Rédemption qu'elle s'effectua selon une certaine "récapitulation" en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l'intermédiaire d'une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément "pour être associée à lui dans la rédemption du genre humain" ; réellement toujours étroitement unie à son Fils, l'a offert sur le Golgotha au Père Eternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Eve, pour toute la postérité d'Adam, souillée par sa chute misérable" ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu'il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d'affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu'elle est Mère de Dieu et parce que comme une nouvelle Eve, elle fut associée au nouvel Adam.

 

Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d'une manière limitée et analogique parce qu'elle est la Mère du Christ Dieu et qu'elle est associée à l'œuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre les ennemis et au triomphe qu'il a obtenu sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi, elle atteint une gloire tellement sublime qu'elle dépasse l'excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l'autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l'efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père.

 

Que tous s'efforcent selon leur condition de reproduire dans leur cœur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante. Il s'ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, bannissant l'envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix. Que personne, donc, ne se croie fils de Marie, digne d'être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d'aider et de consoler.

 

Vivement désireux que la Reine et Mère du peuple chrétien accueille ces vœux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l'éternité, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accordons de tout cœur, comme gage du secours du Dieu tout-puissant et comme preuve de notre affection, la Bénédiction Apostolique.(2)

Le couronnement de la Vierge, Jean Fouquet, xve siècle

Le couronnement de la Vierge, Jean Fouquet, xve siècle

Sources:

 

(1) https://fr.aleteia.org/2023/08/21/pourquoi-dit-on-que-marie-est-couronnee-detoiles/

(2) Pie XII - Encyclique Ad Coeli Reginam, 1954, §22-26, §36, §39, Les saints du jour

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour Religion
21 août 2023 1 21 /08 /août /2023 00:00
Saint Pie X, Pape (1835-1914)

La confusion régnait au sein de l'Eglise et de la société, la franc-maçonnerie lançait ses attaques, les hérésies modernes élevaient prétentieusement la tête.

On accusa saint Pie X d'opposer une barrière désuète au progrès. Mais rien n'ébranla le courage et les convictions du chef de la chrétienté qui condamna fermement toutes les erreurs qui tentaient de détruire subtilement la foi: «Nous réprouvons ces doctrines qui n'ont de la vraie philosophie que le nom et conduisent au scepticisme universel et à l'irréligion.»... (Prophétique !)

Possédant à un haut degré le don du discernement des esprits, saint Pie X s'est constamment signalé comme défenseur de l'intégrité de la foi en condamnant entre autres l'hérésie moderniste qu'il a qualifiée de «carrefour de toutes les hérésies

En 1914, ce saint pape écrivit à l'empereur d'Autriche pour le conjurer d'empêcher la déclaration de la guerre. Devant l'inutilité de ses efforts, il s'offre généreusement à Dieu en victime d'expiation pour le peuple chrétien et l'humanité toute entière. Le soir du 19 août 1914, le bourdon de St-Pierre sonnait le glas... «Un Saint est mort» proclamait le peuple. En 1954, Pie XII canonisait celui dont on avait dit: «L'histoire en fera un grand pape, l'Eglise en fera un grand Saint.»

Saint Pie X a été surnommé le pape de l'Eucharistie, car c'est sous son heureux pontificat que les petits enfants furent appelés à communier dès l'âge de raison.

 

Source: Les Saints du jour

- une biographie sur Fatima.be

Benoît XVI fait l'éloge de Saint Pie X

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20 août 2023 7 20 /08 /août /2023 00:00

Les forêts t'apprendront plus que les livres.

Les arbres et les rochers t'enseigneront des choses

Que ne t'enseigneront point les maîtres de la science.

Bernard de Clairvaux, Lettres, in Jean-Paul Bourré, Méditations chrétiennes, Presses du Châtelet, Paris 2004, p. 153.

Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 35.

Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 35.

À quoi pouvait rêver dans l'éclat de sa jeunesse le fils de Tescelin, chevalier du duc de Bourgogne, et de dame Aleth de Montbard, si bonne chrétienne? de chasses ou de tournois? de chants de guerre ou de galantes conquêtes? En tous cas, certainement pas de vie monastique comme il en fera le choix à l'âge de vingt-trois ans. D'autant qu'il entraînait avec lui une trentaine de jeunes en quête d'absolu... Il méditait beaucoup, parlait peu, était doux, modeste, charitable,  donnant aux pauvres tout ce qu'il pouvait. On lui offrit l'archevêché de Milan; il le refusa, comme toutes les autres dignités, et revient en France.

Saint Bernard, le prodige de son siècle, naquit au château de Fontaines, près de Dijon, d'une famille distinguée par sa noblesse et par sa piété, et fut, dès sa naissance, consacré au Seigneur par sa mère, qui avait eu en songe le pressentiment de sa sainteté future. Une nuit de Noël, Bernard, tout jeune encore, assistait à la Messe de Noël; il s'endormit, et, pendant son sommeil, il vit clairement sous ses yeux la scène ineffable de Bethléem, et contempla Jésus entre les bras de Marie. "Guillaume de Saint-Thierry, l'un de ses biographes, note : 'Il lui apparut comme s'il venait une nouvelle fois au monde, sortant Verbe enfant, du sein de la Vierge Mère'.

 

"Parvenu à l'âge adulte, le futur saint multiplie exorcismes, prédications et guérisons. Son charisme de 'connaissance' stupéfie. Il prédit la mort de son frère Gui en dehors du monastère de Clairvaux dont il est l'abbé prestigieux. Parmi les pathologies vaincues par sa prière, toutes les parties du corps humain sont concernées, ou presque, mais on lui reconnaît une force surnaturelle dans la guérison des troubles sensoriels comme la cécité par exemple." (Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 231-232.)

 

Dans sa vie de S. Bernard (T. II), Mabillon compte plus de trente aveugles de tout âge et de toute condition, en France, en Allemagne, en Italie, guéris en présence des rois et des grands seigneurs, au moyen du signe de la croix fait sur eux par le thaumaturge de Clairvaux. Par le même signe, l'abbé de Clairvaux a guéri une foule de sourds et de muets. (Mgr Jean-Joseph GAUME, Le Signe de la Croix au XIXe siècle, 1869, rééd. Éditions Saint-Sébastien 2016, p. 103.)

"Saint Bernard de Clervaux", miniature in "Heures d'Étienne Chevalier", par Jacques Fouquet

"Saint Bernard de Clervaux", miniature in "Heures d'Étienne Chevalier", par Jacques Fouquet

À dix-neuf ans, malgré les instances de sa famille, il obéit à l'appel de Dieu, qui le voulait dans l'Ordre de Citeaux; mais il n'y entra pas seul; il décida six de ses frères et vingt-quatre autres gentilshommes à le suivre. L'exemple de cette illustre jeunesse et l'accroissement de ferveur qui en résulta pour le couvent suscitèrent tant d'autres vocations, qu'on se vit obligé de faire de nouveaux établissements. Il raffermit la règle à l'Abbaye de Citeaux et créa dans ce centre religieux l'amour de l'étude, du travail, la prospérité.

Saint Bernard de Clairvaux, Docteur de l'Église (1091-1153)

L'abbaye de Citeaux sera la source de cent soixante fondations, du vivant même du Saint. Loin de rester cloîtré il parcourt les routes d'Europe devenant, comme on a pu l'écrire, "la conscience de l'Eglise de son temps". Il vient plusieurs fois à Paris, à Saint Pierre de Montmartre, à la chapelle du Martyrium, à la chapelle Saint Aignan où il vient prier souvent devant la statue de la Vierge qui se trouve maintenant à Notre-Dame de Paris. 

 

Bernhard von Clairvaux (Initiale-B)

C'est en 1115, qu'après trois années de vie monastique à Citeaux, Bernard est envoyé à Clairvaux pour y fonder l'abbaye dont il restera père-abbé jusqu'à sa mort, sur un territoire situé sur les bords de l'Aube, qui lui fut concédé par Thibaut, comte de Champagne. Ce lieu hanté depuis les temps reculés par les malfaiteurs était le repaire alors connu sous le nom de Vallée d'absinthe, vallée de douleurs pour les voyageurs qui s'y aventuraient et tombaient entre les mains des brigands.

 

Les moines de Clairvaux furent au début contraints de vivre d'aliments mêlés de feuille de hêtre, d'orge, de millet d'avoine, de se composer un pain ressemblant à de la terre; mais bientôt, le sol se couvrit de verdure et de moissons. Cette transformation fut due à la foi, à la prière, à l'obéissance, à la règle et au travail de la bêche que Bernard maniait aussi lui-même pour donner l'exemple à ses frères.

Conseillez et ne forcez pas.

Saint Bernard, cité dans Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XV, Témoignages contre l'Intolérance, 1763

Bernard avait pris en main la défense du dogme, de l'unité catholique, de la foi, de la morale. Il protégeait les faibles, il fulminait contre les désordres de l'Église et les vices du clergé. Il professait la doctrine de S. Augustin et ses principes sur l'amour et sur la grâce. Il proclamait qu'il ne fallait pas écraser les hérétiques par les armes, mais par les arguments. Ainsi, en 1144, à Cologne, une foule en colère se livra à un pogrom contre les hérétiques qui se conclut, contre la volonté de l'archevêque, par leur mise à mort dans les flammes. Ce qui provoqua la protestation de Bernard :

 

"Nous apprenons ce zèle [du peuple], mais non ces sortes d'actions, parce qu'on doit obtenir la foi par la persuasion et non par la force, fides suadenda, non imonenda." (Sermon 66)

 

Ailleurs : "Mais je dis, qu'on les prenne non par les armes, mais par des raisonnements qui réfutent leurs erreurs" (Sermon 64) (Michael HESEMANN, Les Points Noirs de l'Histoire de l'Église, Pour en finir avec vingt siècles de polémiques, Artège, Paris 2017, p. 244).

 

La vie contemplative ne suffisait pas à son âme énergique. Il associa à la religion de l'évêque d'Hippone à la règle austère et active de S. Benoît. "La contemplation n'est qu'un loisir. L'homme doit exercer sa volonté sur la nature et sur la société. L'activité est le principe du salut. L'oisiveté est l'ennemie de l'âme."



Chaque jour, pour animer sa ferveur, il avait sur les lèvres ces mots: "Bernard, qu'es-tu venu faire ici?" Il y répondait à chaque fois par des élans nouveaux. Il réprimait ses sens au point qu'il semblait n'être plus de la terre; voyant, il ne regardait point, entendant, il n'écoutait point; goûtant, il ne savourait point. C'est ainsi qu'après avoir passé un an dans la chambre des novices, il ne savait si le plafond était lambrissé ou non; côtoyant un lac, il ne s'en aperçut même pas; un jour, il but de l'huile pour de l'eau, sans se douter de rien.

 


Infatigable fondateur, on le voit sur sa mule, traînant sur les routes d'Europe sa santé délabrée et son enthousiasme spirituel. Sa réforme monastique l'oppose à l'Ordre de Cluny dont il jugeait l'interprétation de la règle de S. Benoît trop accommodante. À sa mort, en 1153, ce sont 343 abbayes cisterciennes qui auront surgi du sol européen.

 


Le Saint n'avait point étudié dans le monde; mais l'école de l'oraison suffit à faire de lui un grand Docteur, admirable par son éloquence, par la science et la suavité de ses écrits. Il fut le conseiller des évêques, l'ami des Papes, l'oracle de son temps. Mais sa principale gloire, entre tant d'autres, semble être sa dévotion incomparable envers la très Sainte Vierge.

Bartolomé Esteban Murillo, Apparition de la Vierge à saint Bernard, Madrid, musée du Prado

Bartolomé Esteban Murillo, Apparition de la Vierge à saint Bernard, Madrid, musée du Prado

Cherchons la grâce, et cherchons-la par Marie ; car ce qu'elle cherche, elle le trouve, et elle ne peut être déçue.

S. Bernard

"Il porta à la Vierge une dévotion de chaque instant. Toutes les églises cisterciennes furent dédiées à la Vierge et, dans tout l'Occident, Bernard se fit l'apôtre du culte de Marie. Il est ainsi l'initiateur d'une religion d'amour moins juridique, moins comptable que la piété des siècles précédents et dans une certaine mesure le précurseur de cette piété du coeur, de cette dévotion du sentiment que le Poverello d'Assise allait répandre au siècle suivant." "Le culte de la Vierge se développa fortement, en liaison avec l'accent mis sur la piété mariale par S. Bernard, puis S. Dominique et les frères mendiants." (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 367, 403)

Dans cette période de développement des écoles urbaines, où les nouveaux problèmes théologiques sont discutés sous forme de questions (quaestio) et d'argumentation et de recherche de conclusion (disputatio), Bernard est partisan d'une ligne traditionnaliste. Il combat les positions d'Abélard, approximatives d'un point de vue théologique, et le fait condamner au concile de Sens en 1140. Abélard incarne tout ce que Bernard déteste : l'intelligence triomphante, l'arrogance dominatrice, les prouesses dialectiques, une célébrité immense, fondée sur la foi passée au crible de la raison au détriment de la vie intérieure, l'obstination à tenir des positions. Bernard refuse que les secrets de Dieu soient examinés et questionnés par la raison. Il veut que la raison reconnaisse ce qu'il y a d'infiniment profond et d'incompréhensible dans les choses divines.

Les puissances de l'enfer sont puissantes, mais la prière est plus forte que tous les démons.

S. Bernard

Saint Bernard de Clairvaux, Docteur de l'Église (1091-1153)



Saint Bernard, auteur de la règle des Templiers
 

En 1124, lorsque des chevaliers demandèrent une règle pour leur ordre, le pape Honorius II chargea de cette affaire importante Bernard, abbé de Clervaux qui croyait à l'utilité d'une milice d'élite permanente, une véritable armée de métier, composée de chevaliers catholiques de toutes nationalités revêtus du double caractère religieux et militaire. Baudouin II, roi de Jérusalem, leur attribua une résidence dans son palais, construit croyait-on sur l'emplacement du Temple de Salomon. En 1129, lors de la création de l'ordre des Templiers au Concile de Troyes, celui-ci se dota d'une règle propre qui s'inspire directement de la règle de S. Benoît. La tâche de la rédiger fut confiée à Bernard.

En 1145, Clairvaux donne un pape à l'Église,
Eugène III, qui alors que le
 royaume de Jérusalem est menacé après la chute du comté d'Édesse, demande à Bernard de prêcher la deuxième croisade, laquelle sera entreprise en grande partie à l'initiative du roi de France Louis VII le Jeune.

Bernard, plus préoccupé par le développement de l'hérésie cathare dont les fidèles dépréciaient le Créateur en méprisant la matière et le corps (enfanter était un péché satanique chez les cathares), est réticent à l'idée de s'associer à une croisade en Terre sainte. Il ne s'incline que par obéissance au pape.

 

Il prend la parole le 31 mars 1146, le jour de Pâques au milieu d'une foule de chevaliers réunis au pied de la colline de Vézelay. À cette époque, il a cinquante six ans. Son discours enflamme la foule. Son discours évoque Édesse profané et le tombeau du Christ menacé. L'objectif de la croisade reste l'objectif limité de la première croisade. Il invite les chevaliers qui veulent se croiser à une intention droite (humilité, obéissance et sacrifice). Après son prêche, on lui arrache même des morceaux de son vêtement pour en faire des reliques. Sa parole éloquente est confirmée par des miracles nombreux; l'enthousiasme est indescriptible. Son prestige entraîne le peuple de France.

Émile Signol, Saint Bernard prêchant la 2e croisade, à Vézelay, en 1146 (1840), Versailles, musée de l'Histoire de france

La même année 1146, Bernard fait accorder par le Pape Eugène III, tant aux chevaliers qu'aux Frères servants, le droit de mettre la croix rouge sur leurs manteaux du côté gauche, a sinistra, "la croix rouge, ce signe du martyre, ce signe qui obligeait ceux qui en étaient décorés à ne jamais lâcher pied dans les batailles, armés ainsi du signe de la Croix contre les ennemis du Christ." (Bulle de Clément V, Labbe, Conciles, vol. XI.)


Après le Père de l'Europe que fut S. Benoît au VIe siècle, saint Bernard est l'unificateur de "la Chrétienté". Il adressa une lettre circulaire aux Allemands, aux Anglais, aux Bretons, aux Lombards, les exhortant à cesser entre eux toute guerre, toute querelle, et à s'unir contre l'ennemi commun de la chrétienté. Enfin, il passa en Allemagne, où ses prédications obtinrent le même succès qu'en France.

Templiers au XIIIe siècle (reconstitution d'après Viollet-le-Duc)

Templiers au XIIIe siècle (reconstitution d'après Viollet-le-Duc)

Près de Cologne, les Annales de Saint-Nicolas de Brauweiler, monastère bénédictin, écrites après l'échec de la seconde croisade devant Damas (1149) dressent un portrait flatteur de Bernard. Selon leur auteur anonyme, autant - si ce n'est plus que sa parole -, ce sont sa haute sainteté et ses oeuvres admirables qui poussent beaucoup à se croiser. Néanmoins, le bénédictin de Brauweiler semble aborder la prédication du cistercien et ses fruits avec une scepticisme détaché. Il n'est pas sûr, en tout cas, de leurs origines surnaturelles. "Je ne sais pas si Bernard était alors poussé par l'esprit de l'homme ou par l'esprit de dieu", avoue-t-il. (Martin Aurell, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, Le Grand Livre du mois, Librairie Arthème Fayard, Saint-Amand-Montrond 2013, p. 53-58).

 

En France, alors qu'en avril 1150, encouragé par l'abbé Suger de Saint-Denis, son plus proche conseiller, Louis VII convoqua ses fidèles à Laon et à Chartres pour programmer une nouvelle croisade, à laquelle il souhaitait amener Bernard en personne, le célèbre prédicateur ne put que constater que leur toute proche expérience empêchait les chevaliers de prendre la croix : "Le coeur des barons reste insensible. C'est en vain qu'ils portent l'épée, qu'ils ont préféré gainer d'une peau de bête morte et attendre qu'elle rouille. Ils n'oseront pas la tirer, tandis que Jésus souffre", écrit-il alors dans l'une de ses lettres. Dans son esprit, l'Église est le corps mystique du Christ qui pâtit sous la domination musulmane. (R.C. SMAIL, Latin Syria and the West, 1149-1187, Transactions of the Royal Historical Society, 5e série, 19, 1969, p. 5-7, in Martin Aurell, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, ibid., p. 53-54.) 

 

Saint Bernard contre les pogroms

 

Bernard pourfend les pogroms dans sa lettre circulaire promouvant la croisade (ep. 363, 6-7). Il explique pourquoi l'on ne saurait persécuter les Juifs. Ils représentent, en effet, "le témoignage et le mémorial vivant de la Passion du Seigneur", c'est-à-dire le souvenir de ses racines, de son genre de vie et de sa mort. Bernard note que Dieu a jadis accordé aux Juifs la Loi et la promesse du Messie, et que le Christ lui-même descend d'eux selon la chair. S'ils ont été dispersés par la diaspora et asservis aux princes chrétiens, c'est justement pour prouver, par ces châtiments, la Rédemption. À la fin des temps, ils se convertiront toutefois en masse, entrant dans l'Église selon la prophétie de Saint Paul (Rm 11:26). 

Bernard met ainsi fin au périple du "prophète Raoul", un meneur de pogroms au ton apocalyptique qui "par ses prêches mit au supplice le peuple, qui crut en ses signes et visions mensongères" (Annales de Saint-Jacques de Liège). Raoul s'en prend aux Juifs, dont la conversion forcée devait accélérer le retour du Christ sur le Mont des Oliviers. Bernard professe au contraire une eschatologie modérée. Il n'entend pas accélérer la Parousie, contrairement à Raoul et à ses complices qui veulent hâter le millenium de paix et de prospérité par leurs massacres. 

Otton de Freising

L'évêque de Freising en Bavière, le cistercien Otton (+ 1158), un des grands théoriciens de l'histoire de l'époque médiévale, écrit à propos de Raoul, dans ses Gestes de Frédéric Barberousse (I, 38-40) : "Il portait certes l'habit religieux et il imitait avec ruse un certain ascétisme, mais il avait à peine des lettres". À lire Otton entre les lignes, l'inculture est source d'erreurs doctrinales et de fautes morales. C'est pourquoi l'évêque de Freising sait tellement gré à Bernard d'avoir mis fin, avec l'aide de l'empereur Conrad III (1138-1152), au périple du gyrovague, l'enfermant dans son monastère. Otton clôt en effet l'épisode de la rencontre à Mayence de Bernard et Raoul, "qui jouissait de la plus grande faveur du peuple". Au nom de la sainte obéissance, l'abbé lui enjoint de revenir à la vie cénobitique. Raoul s'exécute. Et l'évêque de Freising, de conclure de façon significative : "Le peuple s'indigna gravement. Il se serait même livré à la sédition, s'il n'avait pas tenu compte de la sainteté de Bernard."

À propos des violences déclenchées par des chrétiens, Bernard développe la théorie de la guerre juste pour leur interdire toute première agression, même contre des païens. Il cite le vieux principe du droit romain Vim vi repellere, "Repousser la violence par la violence". La croisade n'est, à ses yeux, qu'une riposte légitime aux envahisseurs de la Terre sainte. En revanche, rien ne justifie qu'on s'en prenne aux Juifs. (Martin AURELL, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, ibid., p. 59-62.)  

Pour avoir arrêté Raoul et ses complices, Bernard s'est attiré la faveur de la communauté juive. Adolescent lors des événements, Éphraïm ben Jacob de Bonn (1132-1200) rend grâces, dans son Livre du Souvenir, à "Yahvé qui, pour consoler nos pleurs et pour contrer le méchant [Raoul], envoya un prêtre bon et authentique, honoré de tout son clergé, qui connaissait et qui comprenait sa propre religion: son nom était Bernard et il était abbé de Clairvaux, en France." Éphraïm va jusqu'à mettre sur ses lèvres une affirmation témoignant de son acceptation sincère de la judaïté de Jésus : "Tuer un juif est tuer le Christ lui-même." (Trad. anglaise dans R. Chazan, European Jewry and the First Crusade, Berkeley (CA), 1996, p. 178. Voir Dahan, Saint Bernard et les Juifs; Regnard, Le Sens de la permanence du peuple juif pour saint Bernard, in Martin Aurell, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, ibid., p. 63.)  

 

Après sa mort, qui arriva le 20 août 1153, plusieurs moines le voient en différents endroits; mais ces manifestations ont toujours un but spirituel: consoler les religieux, leur prodiguer aides et conseils, inviter les uns à la prière, les autres à la fréquentation de sacrements, etc. 

Sur sa tombe d'innombrables miracles se produisent. La plupart sont des guérisons qui concernent par ailleurs toutes les couches de la société de l'époque. (Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 232.)

 

On l'appela à juste titre le dernier Père de l'Église.

 

Canonisé vingt ans après sa mort par le pape Alexandre III, il fut mis par Léon XII au rang des docteurs. Il est déclaré docteur de l'Église en 1830 par Pie VIII.

 

Nous avons conservé plus de 300 sermons de S. Bernard, dont quelques-uns en français. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, ibid., p. 389.)

Saint Bernard de Clairvaux, Docteur de l'Église (1091-1153)

Sources: (1); (2); (3); (4) Mgr Paul GUERIN, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Argentré-du-Plessis 2003, p. 515-518; (5) Giorgio PERRINI, Aveux des Templiers, Edition Jean de Bonnot, 1992, p. 7, 8, 9, 18. (6) Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012 (7) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 34-35.

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19 août 2023 6 19 /08 /août /2023 12:21

Pourquoi les enfants américains deviennent fous

 

Les États-Unis sont confrontés à une augmentation alarmante des maladies mentales chez les enfants et les adolescents. Le système de santé américain ne dispose pas des ressources nécessaires pour faire face à cette augmentation.

 

Cette information dramatique fait l'objet d'une déclaration commune de trois organisations de santé américaines : American Pediatric Academy, American College of Emergency Physicians et Association of Emergency Nurses.

 

Source : https://emergencyphysicians.org/press-releases/2023/8-16-23-emergency-physicians-emergency-nurses-and-pediatricians-call-for-strategies-to-improve-care-for-children-adolescents-seeking-urgent-help-for-mental-behavioral-health-concerns

[…]

 

Parmi les troubles mentaux chez les enfants et les adolescents, un rôle de plus en plus important est joué par l'encouragement systématique des enfants et des adolescents à assumer une "identité de genre" différente de leur sexe biologique.

 

Plus de 50 % des enfants et des jeunes transgenres aux États-Unis ont "sérieusement" envisagé de se suicider au cours de l'année écoulée en raison de "l'aggravation de la crise de la santé mentale chez les jeunes LGBT".

 

https://www.theguardian.com/us-news/2022/dec/16/us-trans-non-binary-youth-suicide-mental-health

 

Pourquoi les enfants américains deviennent fous ?
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19 août 2023 6 19 /08 /août /2023 00:00
Saint Jean Eudes, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 117.

Saint Jean Eudes, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 117.

Dans le but de travailler au relèvement du Clergé, "le plus grand ennemi de l'Église", selon lui, le Père Eudes ouvrit à Caen un séminaire qui fut l'embryon d'une nouvelle famille religieuse, consacrée aux Coeurs de Jésus et de Marie et appelée "Congrégation de Jésus et de Marie" (Eudistes). Le succès vint aussitôt: les diocèses de Normandie furent bientôt pourvus de prêtres instruits et vertueux. Le Père Eudes ajouta à la formation du clergé les missions dans les campagnes.

En même temps, il fondait à Caen un Institut pour assurer la persévérance des "Repenties". Selon l'usage du temps, chaque maison était indépendante; à la mort du Père Eudes, il y en avait quatre; à la veille de la Révolution, il y en avait huit. En 1835, la supérieure du Refuge d´Angers, sainte Marie-Madeleine Pelletier, femme "de taille à gouverner un royaume", obtint que les nouvelles maisons fondées par son monastère restassent sous la dépendance de la Maison-Mère et donna à sa Congrégation le nom de "Bon-Pasteur". Cette branche a eu un grand succès, et possède des ramifications dans les cinq parties du monde.

 

 

Une des gloires du Père Eudes est d'avoir été le précurseur de la dévotion aux Coeurs de Jésus et de Marie. Quarante ans avant les apparitions de Paray-le-Monial, il faisait célébrer par ses prêtres l'Office solennel de ces très saints Coeurs et s'en faisait l'Apôtre dans ses missions. Aussi Léon XIII a appelé le Père Eudes "Auteur du culte liturgique des SS. Coeurs de Jésus et de Marie"; et Pie X, en le béatifiant, a dit qu´il devait être regardé comme "Père, Docteur et Apôtre" de cette dévotion.

Saint Jean Eudes, fondateur de la congrégation de Jésus et de Marie (1601-1680)

Dans son ouvrage "Le Royaume de Jésus" cité dans le Catéchisme de l'Église catholique au paragraphe 521, Saint Jean Eudes explique que "nous devons continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et le prier souvent qu'il les consomme et les accomplisse en nous et en toute son Église. (...) Car le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme une extension et continuation de ses mystères en nous et en toute son Église, par les grâces qu'il veut nous communiquer, et par les effets qu'il veut opérer en nous par ces mystères. Et par ce moyen il veut les accomplir en nous" (Le Royaume de Jésus 3.4: Œuvres complètes, v. 1 [Vannes 1905], p. 310-311.) 

Arrivé à un âge avancé, le saint fondateur déposa sa charge de Supérieur et mourut saintement le 19 août 1680. Il est représenté avec un ou deux coeurs brûlants dans les mains.

Au XVIIIe siècle, les Eudites combattent le jansénisme, mouvement gallican contre l'ultramontanisme et l'autorité du Pape, donc proche du protestantisme et développant en même temps un rigorisme moral excessif.

 

On ne peut dire trop de fois l’Ave Maria, parce qu’on ne peut trop célébrer la mémoire de ce mystère.

Saint Jean Eudes

Saint Jean Eudes, fondateur de la congrégation de Jésus et de Marie (1601-1680)

Sources : (1) J.-M. Planchet, Nouvelle Vie des Saints, p. 332 ; (2) ; (3) ; (4) ; (5) ; (6) ; (7) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 116.

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18 août 2023 5 18 /08 /août /2023 00:00
Etonnant destin de Ste Hélène, qui fut la concubine de Constance Chlore. Le nom de la mère de Constantin, devenue chrétienne et premier pélerin illustre de Terre sainte, est immortalisé par "l'Invention de la sainte Croix". Image tirée d'une photo Bibliothèque nationale in DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 360

Etonnant destin de Ste Hélène, qui fut la concubine de Constance Chlore. Le nom de la mère de Constantin, devenue chrétienne et premier pélerin illustre de Terre sainte, est immortalisé par "l'Invention de la sainte Croix". Image tirée d'une photo Bibliothèque nationale in DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 360

Sainte Hélène naquit vers le milieu du IIIe siècle. Voici ce que dit saint Ambroise (340-397):
« Hélène, première femme de Constance Chlore, qui ceignit depuis la couronne impériale, était, paraît-il, une humble fille d'étable. Noble fille d'étable, qui sut mettre tant de sollicitude dans la recherche de la Crèche sacrée ! Noble fille d'étable, à qui fut réservé de connaître l'Étable de Celui qui guérit les blessures de l'humanité déchue ! Noble fille d'étable, qui préféra les abaissements du Christ aux dignités trompeuses du monde ! Aussi le Christ l'a-t-il élevée de l'humilité de l'étable au sommet des grandeurs humaines. »

        La gloire de sainte Hélène c'est d'avoir été la mère de Constantin. « Constantin, dit saint Paulin de Nole, doit plus à la piété de sa mère qu'à la sienne d'avoir été le premier empereur chrétien. » Contrairement aux autres empereurs, Constance Chlore reconnaissait le vrai Dieu. Les prêtres chrétiens étaient admis à sa cour et y vivaient en paix. Une telle bienveillance ne peut être attribuée qu'à l'influence de l'impératrice sur le cœur de son époux. Sainte Hélène a donc joué un grand rôle dans la fin des persécutions, puisqu'elle fut l'épouse et la mère des deux hommes qui, sous son influence, protégèrent le christianisme. Qui sait même si les prières d'Hélène ne méritèrent point à Constantin l'apparition miraculeuse de la Croix, par laquelle il remporta la victoire et devint seul maître de l'empire?

Basilique du Saint-Sépulcre        Un autre événement remarquable dans la vie de sainte Hélène, c'est la découverte de la Vraie Croix du Sauveur, lors d’un pélerinage en Palestine entrepris en 326. Le bois de la croix fut découvert sur le lieu du Calvaire, après que l'on fit détruire le temple de Vénus bâti par l'empereur Hadrien, afin d'y ériger la basilique du Saint-Sépulcre. C'est au cours du chantier que trois croix auraient été trouvées. Un miracle (ou une inscription, selon les versions), aurait permis de distinguer la croix du Christ de celles des deux larrons.

        Hélène vivait sans étalage de grandeurs. Nourrir les pauvres, donner aux uns de l'argent, aux autres des vêtements, à d'autres une maison ou un coin de terre, c'était son bonheur. Sa bonté s'étendait aux prisonniers, aux exilés, à tous les malheureux. Le peuple ne pouvait voir sans une joie mêlée de larmes son impératrice venir en habits simples et communs prendre sa place à l'église dans les rangs des fidèles : une telle conduite n'a sa source que dans l'Évangile. Hélène eut, avant sa mort, la consolation de voir Constantin, protecteur de la religion de Jésus-Christ.

Saint Constantin et sainte Hélène avec la Vraie Croix, fresque VIIIe siècle

Saint Constantin et sainte Hélène avec la Vraie Croix, fresque VIIIe siècle

Sainte Hélène, détail vers 1495, jean-Baptiste Cima de Conegliano, Washington National Gallery of Art

Sainte Hélène, détail vers 1495, jean-Baptiste Cima de Conegliano, Washington National Gallery of Art

Sources: 1, 2

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
17 août 2023 4 17 /08 /août /2023 19:01

Une video sur YouTube montre un acteur allemand, de mère russe, Andrej Kaminsky d'une franchise de film "the Grim Hustle" (John Wick : Chapitre 4 dans lequel Andrej Kaminsky joue le rôle du prêtre), dire de profondes vérités au sujet de la souffrance en général et de la douleur en particulier comme chemin vers le succès. En totale rupture avec les messages ordinaires des mainstream, mais aussi en totale rupture avec le matérialisme jouisseur des Lumières et des "déclarations des droits de l'homme" du XVIIIe siècle du "bonheur" obligatoire : ‘Jouir de soi-même’, la dite formule était spécialement harmonisée au génie propre d’un Rousseau, qui en fit grande consommation.

 

"Ta vie est nulle ? Souffres-tu ? Es-tu dans la douleur ? Bien, tu es sur le bon chemin !

 

"La souffrance est le seul moyen d'atteindre le sommet. 

 

"La douleur est le seul moyen de changer.

 

"Les obstacles sont les seuls moyens vers le succès.

 

"Les publicités télévisées américaines nous ont fait croire que TOUT dans cette vie devrait être lisse et facile. On vous a menti.

 

"Emprunte ce chemin rapidement et que ce soit une voie honorable, un chemin qui fasse tes ancêtres fiers de toi. Tu affronteras la douleur sur ce chemin.

 

"Souffrance, frustration, humiliation, accepte la douleur.

 

"Souris à la douleur,

 

"Embrasse la douleur.

 

"La douleur est là pour que tu te poses une question simple. Veux-tu vraiment atteindre tes objectifs ou es-tu juste un bavard ?

 

"Parle à ta douleur partout où tu vas. La douleur te construira l'escalier de la sortie vers le haut."

Note du blog Christ-Roi. L'enseignement à tirer de cette histoire est que si nous acceptons humblement ce que Dieu veut nous envoyer, des croix ou des bénédictions, alors nous éviterons le contrôle de l'Adversaire, ennemi de tout progrès humain.

 

Le bienheureux Henri Suso a laissé un enseignement de ce type dans ses ouvrages devançant l'exercice du Chemin de Croix, au XIVe siècle, dans ce que l'on a appelé la "mystique rhénane".

 

Pas besoin de chercher la douleur, elle-même nous trouvera.

 

Anéantis ton désir immodéré de voir et d'entendre des choses vaines ; accepte par amour ce qui te déplaisait naguère, et trouve là ta joie ; renonce pour moi au bien-être de ton corps. Tu dois chercher tout ton repos en moi, aimer ce qui est désagréable à ton corps, souffrir patiemment les maux venus d'autrui, souhaiter les mépris, tuer les appétits, mourir à tous désirs. À l'école de la sagesse, ce sont là les premiers principes qu'on lit dans le livre ouvert et étendu de mon corps mis en croix.

Bienheureux Henri Suso, Livre de la Sagesse éternelle III.

Un jour, Henri Suso vit un chien jouer avec un morceau d'étoffe: il comprit qu'il était lui-même ce morceau d'étoffe et qu'il devait accepter les épreuves qui venaient de l'extérieur plutôt que de se les infliger lui-même volontairement.

 

La Sagesse éternelle rappelle la valeur infinie de la souffrance ici-bas, et invite à s’abandonner à la volonté divine, sans se plaindre ou protester contre les souffrances envoyées; il s’agit d’accueillir la volonté de Dieu comme l’expression de son amour infinie pour ses créatures :

Quelle que soit la souffrance que je veux pour toi, c’est sans réserve que tu dois t’abandonner à ma volonté. Ne dis pas : je ne veux pas de celle-ci ou je ne veux pas de celle-là. Ne sais-tu pas que je désire le meilleur pour toi, que j’ai pour toi la même amitié que tu as pour toi-même ? Je suis la Sagesse éternelle, je sais ce qui te convient le mieux. Sans doute as-tu déjà expérimenté que les souffrances que j’impose, si elles vont plus profond dans l’âme, si elles blessent davantage, et à condition qu’on les porte volontiers, font progresser plus vite que toutes les souffrances que l’on aurait choisies soi-même. Alors de quoi te plains-tu ? Dis plutôt : 'Ô mon Père souverainement juste, fais de moi ce que tu veux !'"

Le Petit Livre de la Sagesse éternelle, § XIII.

Plus loin, la Sagesse éternelle dit encore :

La souffrance embellit l’âme comme la douce rosée de mai embellit les roses.


[…] La souffrance est un châtiment d’amour, une correction paternelle réservée aux élus.

Le Petit Livre de la Sagesse éternelle, § XIII.

Ou encore: 

S’il le fallait, j’inventerais la souffrance plutôt que de laisser mes amis sans souffrance.


Par elle, les vertus sont affermies, l’homme est grandi, le prochain édifié, Dieu glorifié.

La patience dans les souffrances est un sacrifice en acte. Tel le parfum d’un baume pur, sa bonne odeur monte jusqu’à ma divine face. L’armée des cieux en est ravie d’admiration. Aucun chevalier, dans aucun tournoi, si habile qu’il s’y montre, n’est plus admiré de l’armée céleste que l’homme qui sait souffrir.

Le Petit Livre de la Sagesse éternelle, § XIII.

Il ne faut donc pas voir là un culte de la souffrance pour elle-même, mais la participation, par grâce, aux souffrances de la Passion qui élèvent l’âme et la transfigurent dans l’amour trinitaire.

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17 août 2023 4 17 /08 /août /2023 00:00
Saint Hyacinthe de Cracovie, o.p. († 1257), Missionnaire dominicain, apôtre de la Pologne, saint Patron de la Lituanie

Apôtre de la Pologne, thaumaturge, saint Patron de la Lituanie, surnommé "l'Apôtre du Nord".

 

Originaire de Silésie, il fit ses études à Paris et à Bologne. Docteur en théologie et prêtre, il réforma de nombreux couvents en Pologne, en Russie et en Lituanie.

Hyacinthe était de famille illustre. À Rome, il fut le témoin d'un miracle de S. Dominique, et devint son disciple.

 

Saint Dominique reçut ses vœux et l'envoya évangéliser la Pologne, où il opéra des conversions sans nombre.

 

Hyacinthe transmit la doctrine dominicaine en Pologne et évangélisa également la Suède, la Norvège, le Danemark, l'Ecosse (d'où son surnom d'"Apôtre du Nord"), l'Asie mineure et la Grèce.

 

Sa vie n'était qu'un perpétuel exercice de charité envers toutes les misères, et de sainte cruauté contre lui-même. À l'imitation de S. Dominique, il n'avait point d'autre chambre que l'église et d'autre lit que la terre ; il se déchirait toutes les nuits les épaules avec des chaînes de fer et jeûnait fréquemment au pain et à l'eau. Parmi les prodiges qu'il opéra, on cite des résurrections de morts, la délivrance de possédés du démon, la guérison de nombreux malades. On le vit traverser le fleuve rapide de la Vistule avec plusieurs de ses frères, sur son manteau étendu.

 

Obligé de fuir devant les Tartares, il emporte du moins avec lui le Saint-Sacrement, pour en empêcher la profanation. Comme il va quitter l'église, une voix sort de la statue de Marie, qui lui demande de l'emporter aussi. Elle pèse huit ou neuf cents livres ; Hyacinthe, plein de foi, la prend d'une main et la trouve légère comme un roseau. À défaut de bateau, il traverse avec son fardeau le grand fleuve du Borysthène comme une terre ferme, pendant que son manteau sert de barque à ses frères, qui le suivent.

 

Consolé par plusieurs visites de la Sainte Vierge, il eut révélation de sa mort, qui arriva le 15 août 1257.

 

Hyacinthe a été canonisé le 17 avril 1594 par le Pape Clément VIII

 

En 1686 le Pape Innocent XI le nomma saint patron de la Lituanie.

Une basilique à Chicago porte son nom.

 

La ville de Saint-Hyacinthe au Canada est nommée en son honneur.

 

Sources : 1, 2

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16 août 2023 3 16 /08 /août /2023 00:00
Saint Armel de Bretagne, fondateur

Armel naquit au Pays de Galles en 482 où il fréquenta les écoles monastiques et fonda un monastère.

 

Lorsque le roi breton Vortigern fit appel aux Saxons, aux Angles et aux Jutes pour défendre son territoire contre les Scots venus du Nord, les protecteurs, qui étaient païens, s'en prirent bientôt aux chrétiens bretons. Saint Armel quitta alors la Bretagne insulaire lors de la grande migration bretonne devant des protecteurs qui devinrent des envahisseurs et ils s'installèrent sur le continent armoricain auquel ils donnèrent leur nom, leurs traditions, leurs structures et leur foi. (1)

 

"Quand les Bretons (de Grande-Bretagne, Ndlr.) vaincus et menacés de disparitions par les Saxons voulurent trouver le salut, un grand nombre fut heureux d'être accueilli par la catholique Cambrie (ancien nom du Pays de Galles ou Cornouaille. Ndlr.) Mais celle-ci était fort peuplée ; nombreux furent alors les fugitifs qui préférèrent tenter l'aventure dans l'Armorique païenne. Ils s'embarquèrent avec leurs prêtres, leurs évêques, leurs abbés et leurs ermites, avec leurs ornements sacrés, leurs croix et leurs livres liturgiques, et cinglèrent vers la péninsule, dans laquelle ils s'installèrent sans être repoussés, et furent si bien assimilés par la population qu'ils lui donnèrent leur religion et leur langue. Le gaulois et ses traditions furent oubliés. A partir de ce moment, on l'appela à son tour 'Bretagne', la petite Bretagne peuplée par les fugitifs de la Grande-Bretagne". (2)


Saint Armel, d'abord ermite près de Quimper, fonda un monastère au pays de Léon, Plouarzel-29229 (abbaye de Plouarzel en Bretagne).

 

Saint-Armel--Statue-moderne-du-saint-en-la-chapelle-Notre-D.jpg

Statue moderne du saint en la chapelle Notre-Dame-des-Fleurs de Plouharnel.

Il exerça son influence jusqu'à la cour du roi Childebert à Paris où il résida durant six ans, défenseur vigoureux de la justice, contre la peine de mort. Il y guérit un boiteux et un aveugle.

Chassé de la cour à la suite d'intrigues, il vint s'établir au sud de Rennes. Il débarrassa le pays d'un dragon qu'il noya dans la rivière Seiche (affluent de la Vilaine) ; on dit que l’herbe n’a jamais poussé depuis sur le sol où glissa le serpent en tombant dans la rivière. Mais le pays de Ploërmel revendique aussi ce miracle comme sien, et voici ce que nous lisons à ce sujet dans "les Légendes locales de la Haute-Bretagne", par M. Sébillot, page 174 :

 

Dans les environs de Ploërmel, la légende de Saint-Armel triomphant d’un serpent, ou dragon, qu’on appelle populairement "la Guibre", est encore très connue des paysans. La guibre était un énorme serpent, ou lézard vert, qui désolait le pays on l’appelait aussi "la beste de Guibourg", parce que, disent les anciens, c’était près de Guibourg (Jerguy) qu’elle se cachait le plus souvent, attaquant les grandes personnes, et dévorant les moutons, les poulains et les petites vaches bretonnes. Tout comme Saint-Michel terrassa le dragon, image du démon, ainsi Saint-Armel terrassa la guibre. Lorsqu’il l’eût vaincue, il la lia avec son étole, ainsi qu’en témoignent toutes les vieilles statues et les anciens vitraux du pays ; et, la guibre devenant aussi faible qu’un mouton, Saint-Armel la précipita dans l'Etang-au-Duc (ou plutôt dans la rivière d'Yvel, car l'Etang-au-Duc n’exista que plus tard). D’aucuns prétendent que c’est dans un chemin creux tout près de la pièce dite "des châteaux" ("dans le petit chemin des Châteaux de l’enfer") que se livra le combat entre la guibre et Saint-Armel. Au milieu de ce chemin on voit une grosse roche qui porte la trace d’une patte ; et ce pied est celui de la guibre, qui, précipitée du haut de la butte des châteaux alla rouler dans le ravin et se noya dans le ruisseau qui sort du grand Etang (la butte des Châteaux domine à l'Est la chaussée de l'Etang-au-Duc). Ce serait en reconnaissance de ce miracle, que le seigneur de Jerguy (Guybourg) aurait donné à Saint-Armel le territoire qui s’appela depuis Ploërmel. (3)


Bochod (nom de Saint-Armel en Ille et Vilaine au VIe siècle), Armel joua un rôle durant la plus grave sécheresse que connut la commune.

Une fois l'intégralité des puits asséchés et l'ensemble des récoltes dévastées, la population désespérée supplia le saint de la délivrer de ses tourments. Armel planta alors un bâton dans le sol et pria. L'eau se mit alors à jaillir abondamment de ce point pour - selon le saint - mettre éternellement à l'abri de la sécheresse la population. Cette fontaine miraculeuse existe toujours et est visitée chaque année par de nombreux chrétiens en quête de ses vertus miraculeuses. La voie qui y mène, le "chemin de la fontaine", commence devant la mairie de la commune. (4)

 

Armel décèda vers 570.

 

Dans l'église de Saint-Armel (Ille-et-Vilaine) est conservé un sarcophage qui serait sa tombe.

 

De nombreuses paroisses le choisirent comme patron (comme Ploërmel).


Invoqué contre la sécheresse, saint Armel est aussi le patron des aumôniers d'hôpitaux. (5)

 

Sources: (1) http://nominis.cef.fr/contenus/saint/2114/Saint-Armel.html; (2) Ivan Gobry, Le Baptême de l'Angleterre, Clovis, Condé-sur-Noireau 1998, p. 52-53 ; (3) Vie de Saint Armel ; (4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Armel_%28Ille-et-Vilaine%29#Histoire ; (5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Armel_des_Boschaux

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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 00:00
Assomption, Bonne fête nationale à tous !
 

"ASSOMPTION, se dit aujourd'hui particulièrement dans l'Eglise romaine d'une fête qu'on y célèbre tous les ans, le 15 août, pour honorer la mort, la résurrection, et l'entrée triomphante de la sainte Vierge dans le ciel.
Elle est encore devenue plus solennelle en France en 1638, que le roi Louis XIII choisit ce jour pour mettre sa personne et son royaume sous la protection de la sainte Vierge; vœu qui a été renouvelé en 1738 par le roi Louis XV."


Source : Encyclopédie théologique, Nicolas Bergier (1718-1790),  publ. par M. l'abbé Migne,  Ateliers catholiques au Petit-Montrouge, tome I, Paris 1850-1851, p. 392.

Après l’Ascension du Seigneur Jésus, les Actes des Apôtres montrent les Apôtres réunis tous ensemble, "avec quelques femmes, dont Marie, la Mère de Jésus" (Ac 1, 14). En prière, ils attendent la Pentecôte et la venue du Saint-Esprit. Marie est citée pour la dernière fois dans un livre du Nouveau Testament. En effet, les récits bibliques ne racontent pas la fin de sa vie terrestre. Aussi des chrétiens ont rédigé des textes pour l’évoquer. On les appelle des écrits apocryphes.

 

On y trouve toujours les éléments suivants.

Un ange annonce à Marie sa mort, paisible et sereine, tel un endormissement. De là vient le terme ''Dormition'' chez les Orthodoxes. Pour y assister, les apôtres, en mission d’évangélisation dans le monde, sont amenés miraculeusement par des anges. Au moment de l’endormissement de Marie dans sa mort, son âme quitte son corps. À cet instant, le Christ apparaît. Il prend dans ses bras l’âme de Marie, représentée sur les images par un bébé en signe de sa pureté. Il amène l’âme dans le Royaume de Dieu. Les apôtres célèbrent les obsèques de Marie. À la fin, les anges emmènent le corps de Marie au Paradis où son corps retrouve son âme.

 

L’empereur romain d’Orient Maurice (539-602) décide de célébrer le 15 août cette fête de la Dormition.

 

L’Église catholique ne parle pas de sa mort mais d’Assomption. Ce dogme, défini par le pape Pie XII en 1950, explique qu’à la fin de sa vie, elle fut ''assumée'', corps et âme. Selon la foi catholique, tout être humain vivra cette même assomption, pas au moment de la mort, mais à la Résurrection de la chair.

 

Ce dogme de l’Assomption est la conséquence de celui de l’Immaculée Conception (défini par le pape Pie IX en 1854); Un privilège divin a épargné Marie du péché originel. Elle échappe à la mort, conséquence de ce même péché. (eglise.catholique.fr )

 

http://leblogdumesnil.unblog.fr/files/2007/10/vanloondvictoires.jpg
Le tableau de Carle Vanloo, au-dessus du maître-autel de la Basilique N.-D. des Victoires (Paris), représente ce voeu. La Sainte Vierge apparaît assise dans un nuage, au haut du tableau; d'une main elle soutient l'Enfant Jésus, debout sur ses genoux; de l'autre elle offre une palme à Louis XIII; des groupes d'anges l'environnent. Le roi, prosterné lui présente le plan de l'église de N.-D. des Victoires. A la gauche du roi, le cardinal de Richelieu. A sa droite, un échevin de la la Rochelle lui remet les clefs de la ville, sur un plateau d'argent. Sous le nuage, où trône la Reine des Cieux, on aperçoit dans le lointain la Rochelle.

 

En 1638, le roi Louis XIII fit du 15 août jour de fête nationale. Il voua le royaume à Dieu par la Vierge Marie en remerciement de la grossesse de sa femme, le reine Anne d'Autriche enceinte du futur Louis XIV et ordonne qu'aient lieu chaque année à cette date des processions pour prier pour la France. Tel est le "Voeu de Louis XIII" institué en février 1638, encore célébré aujourd'hui le 15 août.

 

Depuis, chaque année, ont lieu des messes partout en France et des processions en l'honneur de la sainte Vierge, Patronne de la France.

 

Le jour de fête nationale est repris par la Restauration après que Napoléon Ier y ait substitué une éphémère "Saint Napoléon"...


La "République" dite "française" supprima ce jour de fête nationale.


Le 15 août est toujours la fête nationale des Acadiens.

 

C'est durant le siège de la Rochelle (1627-1628), où les protestants révoltés s'étaient constitués en "comité de salut public chargé de 'recevoir les avis secrets qui pourraient être donnés' sur l'ennemi" (le Roi de France), avec une cour de justice "pour juger les personnes accusées d'attentat contre l'ordre public", en l'espèce, les catholiques qui leur tomberaient dans les mains, ... que Louis XIII fit son voeu à la Vierge "que toute les années, par tout le royaume, l'on ferait des processions, le jour de son entrée (de la Vierge, ndlr.) dans les cieux, par son Assomption glorieuse".

 

Et ce n'est que dix ans après, en 1638, et alors que la Reine Anne d'Autriche jusque-là stérile venait miraculeusement de tomber enceinte, depuis trois mois, du futur Louis XIV, que Louis XIII rédigea officiellement son voeu. Voici le texte:

 

«Déclaration par laquelle le Roi place le royaume sous la protection spéciale de la Vierge Marie.

 

"Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre.

 

Dieu qui élève les rois aux trônes de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre, pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial de notre royaume et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne, sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté, que d'accidents qui nous menaçaient.

 

Lorsque nous sommes entrés au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquilité; mais la main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause, que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins.

 

En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du démon, ayant sucité et fomenté des divisions, non moins dangereuses pour notre couronne, que préjudiciables à notre maison, il lui a plu d'en détourner le mal avec autant de douceur que de justice.

 

La rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité (Ndlr. allusion aux guerres de religion et au siège de La Rochelle), il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. 

 

Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats, dont ils avaient été dépouillés.

 

Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne, se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations, que comme la Providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.

 

Tant de grâces si évidentes font que, pour n'en pas différer la reconnaissance, sans attendre la paix qui nous viendra sans doute de la même main dont nous les avons reçues et que nous désirons avec ardeur, pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligé, nous prosternant aux pieds de sa sainteté divine, que nous adorons en trois personnes, à ceux de la sainte Vierge et de la sacrée Croix, où nous recevons l'accomplissement des mystères de notre rédemption, par la vie et la mort du Fils de Dieu, nous consacrer à sa Grandeur, par son Fils rabaissé jusqu'à nous, et à ce Fils, par sa mère élevée jusqu'à Lui, en la protection de la quelle nous mettons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets, pour obtenir par ce moyen celle de la sainte Trinité, par son intercession, et de toute la cour céleste, par son autorité et par son exemple.

 

A ces causes nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite, et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que soit qu'il souffre le fléau de la guerre ou jouisse des douceurs de la paix, que nous demandons à Dieu de tout notre coeur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire.

 

Et, afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une immage de la Vierge, qui tienne en ses bras celle de son divin Fils descendu de la Croix; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

 

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration, à la grand'messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les Vêpres dudit jour, il soit fait une procession en ladite église: à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales les plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises, tant parochailes que celle des monastères de la dite ville et faubourgs, en toutes les villes, bourgs et villages du diocèse de Paris.

 

Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons, de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leurs diocèses, entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement et autres compagnies souveraines et les principaux officiers des villes y soient présents.

 

Et d'autant qu'il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques, pour y être faite ladite cérémonie; et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre et d'admonester tous nos peuples, d'avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection, afin que sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse longuement d'une bonne paix, que Dieu y soit servi et révéré si saintement, que nous puissions arriver heureusement à la dernière fin, pour laquelle nous avons tous été créés: car tel est notre plaisir.

 

Donné à Saint-Germain en Laye, 10 février 1638"»

 

(Source: Louis XIII cité in Abbé Marie-Léon Vial, Jeanne d'Arc et la monarchie, 1910, réed. Editions Saint-Rémi, p. 344-345; 352;  376-379.)

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b3/P1000567_Paris_II_Basilique_Notre-Dame-des-Victoires_Choeur_reductwk.JPG

Le chœur de la Basilique de Notre-Dame-des-Victoires, avec les sept tableaux de Carle Van Loo

 

 

En 2015, les cloches de France sonnèrent à la volée le 15 août pour les Chrétiens d'Orient. Il y avait alors un an que les Chrétiens irakiens avaient été chassés de la plaine de Ninive par les djihadistes de l'État islamique.

En 2016, c'est "pour la France", frappée par de multiples attentats, que les cloches ont retentirent. Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, appela tous les baptisés à venir prier dans une église le jour du 15 août "en hommage au père Hamel". La Conférence des évêques de France invita les paroisses à faire sonner "à la volée les cloches de nos églises" et à prier pour "notre pays dans les épreuves qu'il traverse".

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14 août 2023 1 14 /08 /août /2023 21:53
"Pour nous, c'est comme un miracle": l'église catholique semble avoir survécu à l'incendie dévastateur de Maui

Les incendies dévastateurs de Maui semblent avoir épargné l'église catholique Maria Lanakila à Lahaina (Hawaï, Etats-Unis) offrant un symbole d'espoir au milieu d'une destruction catastrophique.

 

Au moins 93 décès avaient été signalés au dimanche 13 août, faisant de la catastrophe l'incendie de forêt le plus meurtrier aux États-Unis depuis 1918. Les autorités s'attendent à ce que le nombre de morts augmente.

 

De multiples incendies rapides, attisés par des vents violents et alimentés par une végétation sèche, ont balayé l'île hawaïenne. La ville occidentale de Lahaina, avec moins de 13 000 habitants, a été particulièrement dévastée.

 

L'église catholique Maria Lanakila, du nom de Notre-Dame de la Victoire, semble avoir échappé à la destruction.

 

Monseigneur Terrence Watanabe, vicaire forain de Maui et Lanai, a déclaré au Honolulu Star-Advertiser que le bâtiment de l'église semble avoir survécu sur les photographies post-incendie. Le presbytère voisin semble également intact.

 

"Pour nous, c'est comme un miracle", a-t-il déclaré jeudi. "Quand nous avons vu les nouvelles et vu le clocher de l'église s'élever au-dessus de la ville, c'était un spectacle formidable à voir."

 

Dans le même temps, la toiture en bois de l'église semble avoir subi quelques dégâts. Il est difficile de déterminer à quel point le bâtiment a été endommagé. Il est possible que des dommages structurels invisibles soient importants.

 

"Nous ne le saurons pas tant que nous n'y serons pas et que nous n'aurons pas fait d'évaluation", a déclaré Watanabe, qui est également pasteur de l'église catholique Saint-Antoine de Padoue à Wailuku.

 

L'église catholique Maria Lanakila dessert 700 à 800 familles et célèbre six messes dominicales chaque week-end. Il accueille de nombreux mariages de visiteurs du monde entier.

 

Le père Kuriakose Nadooparambil, curé de Maria Lanakila, et le personnel de la paroisse ont tous échappé à l'incendie. La paroisse a été fondée en 1846 par le Père Aubert Bouillon de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Son église en pierre a été achevée en 1873, bien que des améliorations et des rénovations aient été apportées à la structure, selon le site Internet de la paroisse.

 

Les dégâts risquent d'être importants aux écoles du Sacré-Cœur, dont le bâtiment n'est pas loin de l'église catholique. Le bâtiment de l'école avait déjà subi des «dommages importants» à cause des vents violents, a déclaré une lettre du 8 août du directeur Tonata Lolesio sur la page Facebook de l'école. L'année scolaire a commencé la semaine dernière. Il dessert les élèves de la maternelle à la 8e année et a récemment ouvert un lycée virtuel.

 

Un autre lieu de culte historique à Lahaina - une église protestante fondée par la royauté hawaïenne - n'a pas eu cette chance.

 

L'église Waiola a célébré son 200e anniversaire en mai. Elle a brûlé jusqu'au sol dans les incendies, selon le Honolulu Star-Advertiser.

 

"C'est parti, la salle sociale, le sanctuaire, l'annexe, tout ça", a déclaré Anela Rosa, membre de longue date de l'église et ministre laïque, à USA Today . "C'est totalement inimaginable."

 

L'église, qui jusqu'aux incendies était la maison d'une congrégation de l'Église unie du Christ, se tenait sur le site de l'église Wainee, établie en 1823 par la reine Keopuolani, le premier Hawaïen baptisé en tant que chrétien protestant. Les rois et les reines d'Hawaï sont enterrés dans le cimetière de l'église, le premier cimetière chrétien d'Hawaï. De nombreux enfants de missionnaires y sont également enterrés. Le dernier édifice religieux date de 1953.

 

La ville de Lahaina a été la capitale de la monarchie hawaïenne pendant 25 ans au XIXe siècle avant que la capitale ne déménage à Honolulu. La ville de l'ouest a également une histoire de chasse à la baleine et de missionnaires religieux. C'est une destination touristique majeure, bien que la majeure partie du couloir de la ville et ses bâtiments historiques aient été détruits ainsi que les maisons des gens et même les bateaux, rapporte le Honolulu Star-Advertiser.

 

Le gouverneur Josh Green a visité les ruines de la ville jeudi matin.

 

"Sans aucun doute, on a l'impression qu'une bombe a été larguée sur Lahaina", a déclaré Green, selon l'Associated Press.

 

Robert Van Tassell, président et chef de la direction de Catholic Charities Hawaii, a déclaré à CNA que l'effet de l'incendie désastreux sur la communauté hawaïenne est "très dramatique". Bien que son agence de 300 employés soit répartie sur plusieurs îles hawaïennes, aucun employé n'est épargné par les incendies de Maui.

 

"Tous ont de la famille là-bas", a-t-il déclaré. "Tout le monde à Hawaï est lié. Tout le monde appelle tout le monde tante, cousin, oncle, ami, famille. C'est une communauté très connectée et très familiale.

 

"Ce qui est formidable à ce sujet, c'est que l'effusion de la communauté des gens ici à Hawaï est déjà écrasante", a-t-il ajouté. "Mais beaucoup d'entre nous sont encore confrontés au choc initial des premières photographies que nous voyons, à peu près en même temps que le reste du monde. Nous savons que cela va être long, alors nous nous préparons pour une longue période de récupération.

 

Catholic Charities of Hawaii met en place des abris et fournit des secours alimentaires. Van Tassell a souligné la nécessité de dons en espèces. Il a référé ceux qui souhaitent donner au formulaire de don pour le soulagement de Maui sur le site Web des organismes de bienfaisance catholiques, www.CatholicCharitiesHawaii.org .

SOURCE: 

https://www.catholicnewsagency.com/news/255084/for-us-it-s-like-a-miracle-catholic-church-appears-to-survive-devastating-maui-fire

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14 août 2023 1 14 /08 /août /2023 13:05
Saint Antonio Primaldo et ses compagnons Martyrs d'Otrante

Saint Antonio Primaldo et ses compagnons Martyrs d'Otrante

Fêtés le 14 août.

Savez-vous quel a été le dernier acte du pontificat de Benoît XVI, qui a précédé de quelques minutes l’annonce de sa renonciation ? La décision de canoniser les 813 martyrs d’Otrante, massacrés par les Turcs en 1453. Leur histoire singulière est impressionnante.

 

En 1453, les Ottomans prennent Constantinople et depuis, face à une chrétienté plus occupée de ses querelles que du péril commun, ils avancent en Méditerranée, puis en Adriatique et dans les Balkans. En cette année 1480, le sultan Mehmet II s’est fixé un objectif : la conquête de l’Italie et la prise de Rome. À vues humaines, c’est tout à fait envisageable mais très peu, en Europe, s’en préoccupent. Début juillet, le pacha de Valona, Gehdit Ahmed, donne le coup d’envoi de cette campagne et fait voile, à la tête d’une flotte de plus de 150 navires vers Otrante, ville la plus orientale d’Italie. Le 28 juillet, il jette l’ancre sous les remparts et commence à bombarder la cité.

 

 

Tous les hommes de plus de 15 ans

La disproportion des forces en présence est si criante que, la nuit suivante, la garnison locale, formée de mercenaires, profite de l’obscurité pour fuir, abandonnant les habitants. Cette désertion doit entraîner la capitulation immédiate d’Otrante mais la population ne s’y résout pas, électrisée par un vieux tailleur, Antonio Pezzulo Primaldo, forte personnalité qui sait relever le courage de ses concitoyens et leur démontre la lâcheté, d’ailleurs vaine car les Turcs ne les épargneraient pas, de se rendre. Mieux vaut résister à tout prix, ce qui laissera au roi de Naples, leur souverain, le temps de les secourir. Il n’est pas sûr que les Otrantais croient à l’arrivée de renforts mais ils ont le sens de l’honneur et savent, de toute façon, qu’ils n’auront le choix, si la ville tombe, qu’entre la mort ou la conversion à l’islam. Dans l’impossibilité de défendre la ville, ils décident de se replier sur la citadelle.

 

Tous les hommes de plus de quinze ans sont massacrés, les femmes et les enfants voués à l’esclavage.

 

D’ordinaire, la population d’Otrante s’élève à 6.000 âmes, mais le débarquement a semé la panique dans les environs et beaucoup de gens ont voulu se mettre à l’abri en ville. Combien sont-ils ? Entre 12 et 20.0000. C’est trop et quand les Turcs, le 29 juillet, s’emparent d’Otrante, ils y trouvent de nombreux malheureux qui n’ont pu gagner la forteresse. Tous les hommes de plus de quinze ans sont massacrés, les femmes et les enfants voués à l’esclavage. Ce spectacle n’incite évidemment pas les réfugiés de la citadelle à se rendre et ils vont résister autant que faire se pourra, malgré les bombes, le manque de nourriture et d’eau, la chaleur, l’angoisse qui monte. Enragé de cet entêtement, Gedit Ahmed Pacha promet de le leur faire payer très cher et incite son traducteur, un prêtre calabrais apostat converti à l’islam nommé Jean, à promettre à ses compatriotes sa clémence en cas de reddition et d’abandon du christianisme. Ce discours soulève le dégoût des gens d’Otrante. Le siège continue.

 

« Nous préférons mourir mille fois »

Enfin, le 11 août, l’artillerie turque, qui concentre ses tirs sur les points faibles des remparts, réussit à y ouvrir des brèches suffisantes pour permettre aux janissaires d’entrer. La citadelle investie, c’est la panique totale que le vieil évêque, Mgr Stefano Agricoli, escorté de ses prêtres, parvient à canaliser en entraînant ses ouailles vers la cathédrale. Quitte à mourir, mieux vaut que ce soit au pied de la croix. La plupart des fuyards n’auront pas le temps de l’atteindre. À travers les rues, les Turcs se livrent à un effroyable massacre, épargnant 5.000 enfants et jeunes femmes destinés aux marchés aux esclaves. L’on parlera d’au moins 12.000 tués au cours de l’assaut. Ils seront 813, chiffre officiellement retenu par l’Église lors de l’enquête sur la réalité du martyre, à atteindre la cathédrale, où les Turcs entrent sur leurs pas.

 

Ils s’emparent de l’évêque, du commandant de la milice bourgeoise, Francesco Largo, qui, abandonné par les troupes royales, a assumé seul la défense d’Otrante, et les mettent à mort avec des raffinements de cruauté. Largo est scié vivant en deux, Mgr Agricoli lentement dépecé vif à coups de cimeterres. Ce spectacle atroce n’a rien de gratuit. Il s’agit de frapper d’épouvante leurs compagnons qui, privés de leurs chefs militaire et spirituel, pourraient se montrer plus accommodants. Jean, le prêtre apostat, se lance dans un discours mielleux, interrompu net par le vieil Antonio Primaldo qui, se tournant vers ses compagnons, déclare :

 

Mes frères, nous venons de combattre pour notre patrie, nos maîtres, notre vie d’ici-bas. Le temps est venu pour nous de nous préoccuper du salut de nos âmes. Notre Seigneur est mort pour nous sur la croix, il convient qu’à notre tour, nous mourions pour Lui. Restons donc fermes et constants dans notre foi ; confessons que Jésus-Christ est notre Seigneur et Dieu et que nous préférons mourir mille fois, de n’importe quelle mort, plutôt que Le renier et nous faire turcs. Car, par cette mort terrestre, nous obtiendrons la vie éternelle et la couronne du martyre.

 

La tête tranchée, il se relève

À ces mots, tous s’écrient qu’ils préfèrent endurer mille morts, même les pires, plutôt qu’abjurer le catholicisme. Le 14 août, les 813 confesseurs de la foi, enfermés dans la cathédrale, profanée et transformée en écurie, sont extraits de leur prison et conduits, attachés les uns aux autres en une longue file, jusqu’au Col de la Minerve. Le long du chemin, le pacha a rassemblé leurs épouses et enfants, afin qu’ils incitent, par leurs supplications et leurs larmes, leurs frères, pères, maris à abjurer, sauvant leur vie et rachetant la liberté des leurs, car l’Islam interdit de réduire en esclavage la famille d’un musulman. Toujours soutenus par Primaldo, les hommes restent sourds à ces plaintes et marchent vers le lieu du supplice sans trembler. Pour faire taire le tailleur, ordre est donné de le décapiter le premier.

 

Antonio, la tête tranchée, se relève comme si de rien n’était et reste debout, dominant la scène sanglante qui l’entoure.

 

Se produit alors l’impensable, dont témoigneront la main sur l’Évangile quatre survivants de la tuerie : Antonio, la tête tranchée, se relève comme si de rien n’était et reste debout, dominant la scène sanglante qui l’entoure. Tous les efforts déployés pour faire tomber ce cadavre resteront vains. Le martyr ne se couchera dans la mort qu’après que son dernier compagnon de supplice ait rendu l’âme. Ce dernier compagnon ne sera pas un habitant d’Otrante mais l’un des soldats turcs transformés en bourreau qui, touché par la grâce, bouleversé par le courage des martyrs, tombera à genoux et confessera qu’il n’est d’autre vrai Dieu que Celui des chrétiens. Pour cet effroyable blasphème, cet homme, que les chroniques nomment Bersabei, sera aussitôt empalé.

 

L’échec des Turcs et la gloire des martyrs

Le massacre terminé, les vainqueurs se retirent, convaincus de bientôt prendre Naples et Rome. Ils se trompent. Si le roi de Naples a dû, faute de moyens, renoncer à secourir Otrante, la résistance désespérée de la ville, et les deux semaines gagnées par ses défenseurs, ont permis de réunir assez de troupes pour interdire aux Turcs d’aller plus loin. Gedit Ahmed Pacha ne conquerra pas l’Italie. En octobre 1481, il devra, menacé par la contre-attaque napolitaine, abandonner Otrante et se retirer.

 

Il sera alors possible de recueillir les restes des martyrs, déposés dans l’église bâtie à l’endroit de leur supplice, Santa Maria dei Martiri, dans l’église Santa Catarina de Formiello à Naples, et dans la cathédrale d’Otrante, où leurs reliques, exposées aux regards, emplissent sept gigantesques armoires. Lorsque s’ouvrira, très vite, la procédure de béatification, fait inusité et hommage à son héroïsme, ce ne sera pas, comme le veut l’usage, le nom de l’ecclésiastique le plus important du groupe de martyrs, Mgr Agricoli, qui figurera en tête de liste mais celui du vieux tailleur ; de sorte que l’on parle d’Antonio Primaldo et de ses compagnons. Il l’a bien mérité. Leur canonisation, en dépit d’un nombre impressionnant de miracles attribués à leur intercession, attendra 2012, lorsque la guérison d’une religieuse atteinte d’un cancer en phase terminale convaincra Benoît XVI d’oublier toute prudence diplomatique afin d’offrir les martyrs d’Otrante en exemple aux chrétiens victimes de persécutions islamiques.

Source : Anne Bernet 

https://fr.aleteia.org/2023/08/07/massacres-par-les-turcs-canonises-par-benoit-xvi-les-glorieux-martyrs-dotrante/

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14 août 2023 1 14 /08 /août /2023 00:00
Saints Martyrs (800) d'Otrante (†14 août 1480)

Les Saints Martyrs d'Otrante (province de Lecce dans les Pouilles, en Italie) sont les 800 habitants de cette ville du Salento tués le 14 août 1480 par les Turcs conduits par Gedik Ahmed Pacha pour avoir refusé de se convertir à l'islam après la chute de leur ville.

 

 

Le 28 juillet 1480, une armée turque, venant de Valona (ville portuaire d'Albanie), forte de 90 galères, 40 galiotes et 20 autres navires (18.000 soldats au total) se présenta sous les murs d'Otrante.

 

La ville résista de toutes ses forces aux attaques, mais sa population composée seulement de 6.000 habitants ne put s'opposer longtemps au bombardement de l'artillerie turque. En définitive, le 29 juillet la garnison et tous les habitants abandonnèrent le bourg aux mains des Turcs en se retirant dans la citadelle tandis que ceux-ci commencèrent leur razzia, même dans les habitations avoisinantes.

 

Quand Gedik Ahmed Pacha demanda aux défenseurs de se rendre, ceux-ci refusèrent, et l'artillerie turque reprit le bombardement. Le 11 août, après 15 jours de siège, Gedik Ahmed Pacha donna l'ordre de l'attaque finale et réussit à enfoncer les défenses et à prendre le château.

 

Un terrible massacre s'ensuivit. Tous les hommes de plus de quinze ans furent tués et les femmes et les enfants réduits en esclavage. Selon certains rapports historiques, les tués furent 12.000 et les personnes réduites en esclavage 5.000, mais la taille de la ville ne semble pas confirmer ces estimations.

 

Les rescapés et le clergé s'étaient réfugiés à l'intérieur de la cathédrale afin de prier avec l'archevêque Stefano Agricoli. Gedik Ahmed Pacha leur ordonna de renier leur foi chrétienne, recevant un refus net, il pénétra avec ses hommes dans la cathédrale et les fit prisonniers. Ils furent tous tués et l'église fut transformée en étable à chevaux.

 

L'assassinat du vieil archevêque Stefano Agricoli fut particulièrement barbare, alors qu'il incitait les mourants à s'en remettre à Dieu, il fut décapité, dépecé à coups de cimeterres, sa tête fut embrochée sur une pique et portée par les rues de la ville. Le commandant de la garnison Francesco Largo fut scié vivant. L'un des premiers à être exécuté fut le tailleur Antonio Pezzulla, dit le Primaldo qui, à la tête des Otrantins, le 12 août 1480, avait refusé la conversion à l'Islam. Le 14 août Ahmed fit attacher le reste des survivants et les fit traîner au col de la Minerva. Là il en fit décapiter au moins 800 en obligeant leurs proches à assister à l'exécution.

 

Les chroniques rapportent que, pendant le massacre, un Turc nommé Bersabei, impressionné par la façon dont les Otrantins mouraient pour leur foi, se convertit à la religion chrétienne et il fut empalé par ses compagnons d'armes.

Toutes les personnes massacrées furent reconnues martyrs de l'Église et vénérés comme bienheureux martyrs d'Otrante. La plus grande partie de leurs ossements se trouve dans sept grandes armoires en bois dans la chapelle des Martyrs bâtie dans l'abside droite de la cathédrale d'Otrante. Sur le col de la Minerve fut construite une petite église qui leur fut dédiée, Sainte Marie des Martyrs.

 

Treize mois après, Otrante fut reconquise par les Aragonais.

 

Le 13 octobre 1481, les corps des Otrantins massacrés furent trouvés indemnes par Alphonse d'Aragon et furent transférés à la Cathédrale des Bienheureux Martyrs d'Otrante.

 

À partir de 1485, une partie des restes des martyrs fut transférée à Naples et reposa dans l'église de Sainte-Catherine à Formiello. Ils furent déposés sous l'autel de la Madone du Rosaire (qui commémore la victoire définitive des troupes chrétiennes sur les Ottomans lors de la bataille de Lepante en 1571). Par la suite les restes furent déposés dans la chapelle des reliques, consacrée par le pape Benoît XIII, depuis 1901, ils se trouvaient sous l'autel.

 

Une reconnaissance canonique effectuée entre 2002 et 2003, en a confirmé l'authenticité.

Les reliques des martyrs sont vénérées dans de nombreux lieux des Pouilles, à Venise et en Espagne.

 

Un procès en canonisation commencé en 1539 se termina le 14 décembre 1771, quand le pape

 

Clément XIV déclara bienheureux les 800 victimes du col de la Minerve et en autorisa le culte. Depuis ils sont les protecteurs d'Otrante.

 

En vue d'une possible canonisation à la demande du diocèse d'Otrante, le procès a été récemment rouvert et a confirmé les conclusions du précédent.

 

Le 6 juillet 2007, le pape Benoît XVI publie un décret dans lequel il reconnaît le martyre d'Antonio Primaldo et de ses concitoyens tués pour haine envers la foi. Il en annonce la canonisation en consistoire le 11 février 2013.

 

Les 800 Martyrs d’Otrante ont été proclamés Saints (première canonisation du Pape) le 12 mai 2013, sur la Place Saint-Pierre à Rome, par le Saint Père François.

 

Sources : (1); (2); (3)

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14 août 2023 1 14 /08 /août /2023 00:00

Abbé bénédictin à Einsiedeln, en Suisse (+ 958) dans le canton de Schwytz, saint Evrard ou Eberhard était un prêtre du diocèse de Strasbourg, il rejoignit saint Bennon de Metz au célèbre monastère d'Einsiedeln en Suisse où des ermites vivaient auparavant. Actuellement cette abbaye bénédictine est le plus important sanctuaire marial de la Suisse.

Abbaye d'Einsiedeln

 

Sources: 1; 2

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13 août 2023 7 13 /08 /août /2023 00:00
Saint Hippolyte de Rome († 235)

Hippolyte de Rome, originaire d’une famille patricienne d’Asie Mineure ou d’Alexandrie (Egypte) est né aux environs de 160–170. Il était le disciple d’Irénée, théologien réputé au IIe siècle, qu’il rencontra en Gaule vers 194.

Homme d’un grand savoir, grand travailleur, Hippolyte de Rome a été l’auteur de nombreuses œuvres exégétiques en grec, langue écrite des théologiens de son époque. 
Pécheur repentant, Hippolyte (170-235) se fit baptiser puis ordonner prêtre. Il se rebella contre le pape Calixte à qu'il reprochait d'avoir relâché la discipline pénitentielle de l'Eglise. Il fut la cause d'un des premiers schismes de l'Église. Prenant plus tard conscience de son erreur, il eut le courage de le reconnaître.

Persécuté sous Maximin Ier (empereur 235-238) vers 235, il fut envoyé dans les mines de Sardaigne où il rencontra Saint Pontien. Ensemble, ils donnèrent leur démission et appelèrent les fidèles à l'unité avant de mourir martyrs.

Hippolyte rapporte qu'il eut une vision où un nouveau-né se serait révélé à lui comme le Logos. 

Après saint Irénée, Hippolyte de Rome a posé le principe de la "tradition apostolique" (oeuvre connue grâce à la collection du SYNODOS de l'Église d'Alexandrie). 

Un sanctuaire commémoratif de la victoire des Francs chevelus sur les Sarrasins à Bourland aurait été érigé il y a fort longtemps, au lieu de Bourland dans le département du Rhône sous le patronage de saint Hippolyte. On y venait en pèlerinage de toute la région, car on obtenait beaucoup de miracles par l’intercession du saint. 

Une légende précise que ce succès excita la convoitise des gens du village voisin de Frontenas qui vinrent subrepticement enlever la statue, pour l’emporter chez eux ; mais dans la traversée du ruisseau du Merloux, la statue quitta les épaules de celui qui la portait pour regagner la chapelle.

Au cours des siècles, la chapelle primitive tomba en ruines. L’actuelle chapelle fut réédifiée en 1602 par Claude Meyssonnier, curé de Theizé. Des restaurations furent faites au XIXème siècle et récemment en 1974 et 2003.

Longtemps, on fêta au 13 août un autre saint Hippolyte, soldat romain du III° siècle converti par saint Laurent et que la tradition nous dit avoir été mis en pièces par des chevaux sauvages, sous l’empereur Valérien.

On adresse des prières à Saint Hippolyte pour le développement de la force physique. Il est le saint Patron des gardiens de prison.

 

Le martyre d'Hippolyte, Vies de saints, France, Paris, XIVe siècle

 

Sur une statue d'Hippolyte de Rome trouvée en 1551 (image ci-dessus) on y trouve une liste de ses écrits dont la Tradition apostolique d'Hippolyte. Cette dernière nous a été conservée grâce à des traductions coptes, arabes et éthiopiennes ainsi que par le palimpseste de Verone (recueil latin du IVe siècle). La première partie traite de la consécration épiscopale, de la liturgie eucharistique et de la bénédiction. La seconde partie présente les lois et les règles en vigueur pour les laïcs. Et la troisième partie s'occupe des pratiques religieuses de l'Église.

 

L'Anaphore de Saint Hippolyte

 

Historiquement, il s'agit du premier texte complet de la prière de consécration qui nous soit parvenu complet. Écrit en grec, il a été l'objet de nombreux commentaires postérieurs et s'appuie sur une théologie assez précise :

 

  • « Nous te rendons grâces, Ô Dieu, par ton fils bien-aimé, Jésus Christ, que dans les derniers temps tu nous as envoyé comme sauveur et rédempteur et messager de ta volonté : il est ton Verbe inséparable, par lequel tu as tout créé et en qui tu t'es complu : que tu as envoyé du ciel dans le sein de la Vierge où il s'est incarné : qui est né du Saint Esprit et de la Vierge ; qui pour accomplir ta volonté t'as conquis un peuple saint, et a délivré par sa passion ceux qui ont cru en lui.

  • C'est lui qui en se livrant volontairement à la passion, pour vaincre la mort, pour rompre les liens du démon, fouler aux pieds l'Enfer, illuminer les justes, atteindre le terme et manifester la résurrection : prenant le pain et rendant grâces à Toi, il a dit "Prenez et mangez, ceci est mon corps offert pour vous. De même pour le calice disant : Ceci est mon sang répandu pour vous. Quand vous faites cela, vous le faites en mémoire de moi"

  • Nous souvenant donc de sa mort et de sa résurrection, nous t'offrons le pain et le calice en te rendant grâces, parce que tu as daigné nous permettre de nous présenter devant toi et d'accomplir notre ministère, et nous te demandons d'envoyer ton Esprit Saint sur l'oblation de la Sainte Eglise afin que nous puissions te louer, te glorifier par ton fils Jésus Christ, par qui est à toi gloire et honneur, au Père au fils et au Saint Esprit dans ta Sainte Eglise et maintenant et dans les siècles des siècles. Amen » (Clavis Patrum Græcorum 1870-1925). 

 

Sources1; 23 ; 4; 5 Jean Daniélou, L'Eglise des premiers temps, Points Histoire, Tours 1999, p. 108, 159.

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
12 août 2023 6 12 /08 /août /2023 16:40

Taux, taxe et taxation, le sens des mots a changé. Hier le peuple manifestait pour exiger la taxation que les roi lui accordaient et que les Lumières, puis la Révolution ont interdite.

Retour sur une pratique qui concernait le pain du peuple.

 

C'était à Tokyo le 17 juillet 2023, à l'invitation du Cercle d'études royales.

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11 août 2023 5 11 /08 /août /2023 00:00
Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 44.

Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 44.

Sainte Claire d'Assise, fondatrice (1194-1253)

Sainte Claire naquit à Assise, en Italie. Dès son enfance, on put admirer en elle un vif attrait pour la retraite, l'oraison, le mépris du monde, l'amour des pauvres et de la souffrance ; sous ses habits précieux, elle portait un cilice. 

À l'âge de seize ans, fortement émue de la vie si sainte de François d'Assise, elle va lui confier son désir de se donner toute à Dieu. Le Saint la pénètre des flammes du divin amour, accepte de diriger sa vie, mais il exige des actes : Claire devra, revêtue d'un sac, parcourir la ville en mendiant son pain de porte en porte. Elle accomplit de grand cœur cet acte humiliant, et, peu de jours après, quitte les livrées du siècle, reçoit de François une rude tunique avec une corde pour lui ceindre les reins, et un voile grossier sur sa tête dépouillée de ses beaux cheveux. 

Elle triomphe de la résistance de sa famille. Quelques jours après, sa sœur Agnès la supplie de l'agréer en sa compagnie, ce que Claire accepte avec joie, en rendant grâce au Ciel. « Morte ou vive, qu'on me ramène Agnès ! » s'écria le père, furieux à cette nouvelle ; mais Dieu fut le plus fort, et Agnès meurtrie, épuisée, put demeurer avec sa sœur. Leur mère, après la mort de son mari, et une de leurs sœurs, vinrent les rejoindre. 

La communauté fut bientôt nombreuse et florissante ; on y vit pratiquer, sous la direction de sainte Claire, devenue, quoique jeune, une parfaite maîtresse de vie spirituelle, une pauvreté admirable, un détachement absolu, une obéissance sublime : l'amour de Dieu était l'âme de toutes ses vertus. 

Claire dépassait toutes ses soeurs par sa mortification ; sa tunique était la plus rude, son cilice le plus terrible à la chair; des herbes sèches assaisonnées de cendre formaient sa nourriture ; pendant le Carême, elle ne prenait que du pain et de l'eau, trois fois la semaine seulement. Longtemps elle coucha sur la terre nue, ayant un morceau de bois pour oreiller. 

Claire, supérieure, se regardait comme la dernière du couvent, éveillait ses sœurs, sonnait matines, allumait les lampes, balayait le monastère. Elle voulait qu'on vécût dans le couvent au jour le jour, sans fonds de terre, sans pensions et dans une clôture perpétuelle. 

Claire est célèbre par l'expulsion des Sarrasins, qui, après avoir pillé la ville, voulaient piller le couvent. Elle pria Dieu, et une voix du Ciel cria : « Je vous ai gardées et je vous garderai toujours. » Claire, malade, se fit transporter à la porte du monastère, et, le ciboire en main, mit en fuite les ennemis.

Sa naissance au ciel eut lieu le 11 août 1253.

Assise, Basilique Sainte-Claire - détail de la fresque de la vie de la sainte

Assise, Basilique Sainte-Claire - détail de la fresque de la vie de la sainte

Sources : (1) ; (2) ; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 44.

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
10 août 2023 4 10 /08 /août /2023 00:00
Saint Laurent, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

Saint Laurent, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

Saint Laurent de Rome, martyr à Rome sous l'empereur Valérien († 258).

 

Il y a peu de martyrs dont le nom soit aussi célèbre que celui de saint Laurent. Les plus illustres Pères latins ont employé leur éloquence pour le louer, et toute l'Eglise, dit saint Maxime de Turin.

 

Diacre à Rome, il fut exécuté en même temps que le pape Sixte II en 258, sur un gril de fer que chauffaient des charbons ardents, c'est pourquoi on le représente avec un gril et qu'il est invoqué lors de maladies de la peau.

 

Comme on le conduisait au supplice, Laurent, son diacre, suivait le pape Sixte II en pleurant : "Où allez-vous, mon père, disait-il, sans votre fils ? Où allez-vous, saint Pontife, sans votre diacre ? Jamais vous n'offriez le sacrifice sans que je vous servisse à l'autel. En quoi ai-je eu le malheur de vous déplaire ?"

 

Le saint Pape, ému, lui dit : "Je ne vous abandonne point, mon fils ; une épreuve plus pénible et une victoire plus glorieuse vous sont réservées ; vous me suivrez dans trois jours." Puis il lui ordonna de distribuer aux pauvres tous les trésors de l'Église, pour les soustraire aux persécuteurs: mission que Laurent accomplit avec joie. 

Saint Laurent de Rome, martyr († 258)

Le préfet de Rome, à cette nouvelle, fit venir Laurent et lui demanda où étaient tous les trésors dont il avait la garde, car l'empereur en avait besoin pour l'entretien de ses troupes : "J'avoue, lui répondit le diacre, que notre Église est riche et que l'empereur n'a point de trésors aussi précieux qu'elle ; je vous en ferai voir une bonne partie, donnez-moi seulement un peu de temps pour tout disposer." Le préfet accorda trois jours de délai. 

 

Le martyre de Saint-Laurent, de Pierre Paul Rubens

Pendant ce temps, Laurent parcourut toute la ville pour chercher les pauvres nourris aux dépens de l'Église ; le troisième jour, il les réunit et les montra au préfet, en lui disant : "Voilà les trésors que je vous ai promis. J'y ajoute les perles et les pierres précieuses, ces vierges et ces veuves consacrées à Dieu ; l'Église n'a point d'autres richesses. - Comment oses-tu me jouer, malheureux ? dit le préfet ; est-ce ainsi que tu outrages en moi le pouvoir impérial ?" Puis il le fit déchirer à coups de fouets. 

 

Laurent, après ce supplice, fut conduit en prison, où il guérit un aveugle et convertit l'officier de ses gardes, nommé Hippolyte. Rappelé au tribunal, il fut étendu sur un chevalet et torturé cruellement ; c'est alors qu'un soldat de la garde, nommé Romain, vit un Ange essuyer le sang et la sueur du martyr : "Vos tourments, dit Laurent au juge, sont pour moi une source de délices." Laurent fut ensuite rôti à petit feu sur un gril de fer, et quand il eut un côté tout brûlé : "Je suis assez rôti de ce côté, dit-il au juge en souriant ; faites-moi rôtir de l'autre." Bientôt, les yeux au Ciel, il rendit l'âme.

"Il est dit de Saint Laurent que le feu que Jésus-Christ allumait dans son cœur, amortissait par son activité le feu extérieur qui brûlait son corps. [...] Et il est dit encore de lui, qu'étant saintement enivré du Sang de Jésus-Christ, & qu'étant plein de la force & de la vie qu'il avait puisée dans l'Eucharistie, il devint non seulement invincible dans les tourments très cruels & très longs, mais même comme insensible, tant il était au-dessus des douleurs par sa foi & par son amour ; tant il était transformé en Jésus-Christ, dont la puissance s'était rendue maîtresse de l'infirmité de la chair. [...] Il en a été ainsi de tous les Martyrs, & principalement de ceux que Jésus-Christ a voulu rendre l'étonnement des persécuteurs, & la consolation de l'Église, qui apprenait par des tels exemples quel était le pouvoir de la grâce, & combien elle était supérieure à tout ce que la malice des hommes & la fureur des démons pouvaient inventer.

 

"[...] La grâce de Jésus-Christ nous soutient mais ne nous cache pas le fond de notre faiblesse. Elle nous inspire le courage, mais en nous faisant sentir qu'il vient d'elle & non pas de nous. (2 Co 4,7). [...] Les faibles qui avouent leur faiblesse, & qui désirent d'avoir plus de forcer & plus de courage, sont consolés par les vérités que S. Paul vient de nous enseigner. [...] Mais [...] ils doivent toujours se souvenir de S. Pierre, plein d'ardeur & de zèle, mais qui est trompé par la présence d'un sentiment qui lui cache sa faiblesse, qui s'endort au lieu de veiller & de prier avec Jésus-Christ, & qui s'expose à la tentation sans s'y être préparé par aucun des moyens légitimes. C'est sur l'exemple de Jésus-Christ qui est la force même, qu'ils doivent se régler, s'humilier & se prosterner avec lui; demander avec lui que le calice passe; l'accepter quand la nécessité les y contraint; souffrir en silence tout ce qui leur arrive; prier sans cesse, & même avec larmes, afin que la persévérance leur soit accordée; & bien se persuader qu'ils ne conserveront la grâce de Jésus-Christ que par des moyens semblables à ceux qu'il a employés pour la leur mériter : n'étant pas juste que ce qui a été le prix de son Sang, de ses opprobres, & de ses instantes prières, soit accordé à des personnes qui se contentent de la justice de leur cause, & de la gloire de souffrir pour elle, sans travailler à se conserver cet honneur par une humilité, un silence, une prière, qui aient quelque conformité avec les dispositions de Jésus-Christ.'' (Abbé Jacques-Joseph DUGUET, Explication du Mystère de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ suivant la Concorde, volume 1, éd. Jacques Estienne et François Babuty, Paris 1728, rééd. Lightning Source Milton Keynes UK, p. 84-85; 95-97.)

Au VIe siècle, son culte fut immensément populaire, on signala des reliques et des morceaux de son gril dans tous les coins d'Europe.

 

Son nom viendrait du fait que, enfant fugueur, sa mère l'aurait retrouvé près d'un laurier.

PRATIQUE: Demandons à Dieu une foi aussi vive que celle des martyrs.

 

Saint Laurent, 1618, Le Bernin, Florence, Offices, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 472-473.

Saint Laurent, 1618, Le Bernin, Florence, Offices, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 472-473.

SourcesVie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 222; 2; 3 ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
9 août 2023 3 09 /08 /août /2023 13:55
Source: https://www.lefigaro.fr/actualite-france/darmanin-annonce-engager-la-dissolution-de-l-organisation-civitas-20230807

Source: https://www.lefigaro.fr/actualite-france/darmanin-annonce-engager-la-dissolution-de-l-organisation-civitas-20230807

Le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin a annoncé engager la dissolution de l'organisation Civitas. Cette décision intervient après le discours "antisémite" de Pierre Hillard sur «la naturalisation des Juifs en 1791».

Dimanche à Pontmain (Mayenne), lors des universités d'été de Civitas, l'essayiste Pierre Hillard a déclaré:

 

«Vous avez eu un événement en septembre 1791, la naturalisation des Juifs». «Avant 1789, un Juif, un musulman, un bouddhiste ne pouvaient pas devenir Français. Pourquoi ? Parce que c'étaient des hérétiques», avait-il poursuivi avant d'ajouter: «La naturalisation de Juifs en 1791 ouvre la porte à l’immigration». Pierre Hillard avait alors estimé qu'il «faudrait peut-être retrouver la situation d'avant 1789». (Fin de citation) 

Ce que dit Hillard est faux. Le décret de 1791 donne la citoyenneté avec tous les droits aux Juifs: cela ne veut pas dire qu'ils n'étaient pas français auparavant.

Sous l'Ancien Régime en effet, le principe d'essence féodale est celui de la naissance dans le Royaume. Un juif ou un protestant né en France était ipso facto réputé naturel français (régnicole), il était simplement frappé d'incapacités légales (mariage, succession, emplois publics) car non catholique.

Le juif français était théoriquement soumis à l'expulsion du fait de l'édit de 1306 de Philippe le Bel. Ils étaient tolérés sur le territoire jusqu'au XVIIIe siècle. 

L'édit de Versailles signé par Louis XVI le 7 novembre 1787 accorde l'état civil aux non catholiques de France (droits de mariage, succession), protestants et Juifs. Mais le statut de "sujet français" sous l'Ancien Régime est acquis par la naissance dans le royaume (c’est le sens de l’expression "sujet naturel") ; le critère de la filiation ne s’impose que secondairement à partir des guerres "de religion" seulement.

L'édit de Versailles (1787) voulu par le roi Louis XVI permit aux Français non catholiques de bénéficier d'un statut juridique et de l'état civil sans devoir se convertir au catholicisme.

Le roi voulait une intégration très progressive des juifs à la nation française. Le processus avait débuté dès 1784 avec les lettres patentes. Tout cela fut balayé par la Révolution, et les acteurs du processus (Louis XVI et Malesherbes) furent décapités. (Cf. Abbé Joseph Lémann, L'Entrée des Israélites dans la société française, Éd. Altitude, 2020)

 

Après la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 donnant les mêmes droits à tous, en 1804 ce sera le code Napoléon qui fera prévaloir le principe de la filiation (ce que l’on appellera plus tard "droit du sang") pour définir le "Français". 

 

La loi relative aux Juifs, donnée à Paris le 13 novembre 1791, [...] révoque tous ajournements réserves et exceptions insérés dans le précédents décrets relativement aux individus juifs qui prêteront le serment civique. (https://www.mahj.org/fr/decouvrir-collections-betsalel/loi-relative-aux-juifs-donnee-paris-le-13-novembre-1791-revoque-tous )

 

"La loi relative aux Juifs donnée à Paris le 13 novembre 1791" est publiée par Louis XVI comme "Loi du Royaume". Elle stipule que "Louis, par la grâce de Dieu et par la loi constitutionnelle de l'Etat, Roi des Français", "l'assemblée nationale a décrété (le 27 septembre 1791) et Nous voulons et ordonnons ce qui suit : [...] les conditions nécessaires pour être 'citoyen français' et pour devenir citoyen actif sont fixées par la Constitution, et que tout homme qui réunit les dites conditions, prête le serment civique et s'engage à remplir tous les devoirs que la Constitution impose, a droit à tous les avantages qu'elle assure. Révoque tous ajournements, réserves et exceptions insérés dans les précédents décrets relativement aux individus Juifs qui prêteront le serment civique, qui sera regardé comme une renonciation à tous les privilèges et exceptions introduits précédemment en leur faveur." (Fin de citation, Annexe 5 in Philippe Bourdrel, Histoire des Juifs de France, Albin Michel, Paris 1974, p. 562.) 

 

"Toute l'histoire juive, depuis l'arrivée de Jacob en Égypte jusqu'à nos jours, a été avec des hauts et des bas (notamment le 'creux' du XIXe siècle français), celle d'une résistance à l'assimilation." (Alain GUICHARD, Les Juifs, éd. Bernard Grasset, Paris 1971, p. 21)

"[...] (À la Révolution) Il y eut "des notes discordantes. On cite le cas de Juifs qui furent loin de se réjouir de leur émancipation, notamment dans le Comtat Venaissin. Il y en eut même à ne pas vouloir abandonner leurs signes distinctifs, en particulier le chapeau jaune des Juifs contadins." (Alain GUICHARD, Les Juifs, ibid., note 16, p. 197.) 

 

La conception révolutionnaire fait de l’appartenance à la nation non pas un héritage (droit du sol, héritage), mais le résultat d’un acte volontaire, d’une adhésion à un projet politique, le projet révolutionnaire, soumis à "serment civique" que manifeste le choix de résider en France et le serment. On vient de le voir, certains Juifs n'étaient pas favorables à cette "assimilation" forcée contre serment qui les forçait à renoncer à tous les privilèges et exceptions précédemment introduits en leur faveur.

 

Le "citoyen français" devient celui qui a choisi de vivre sous les lois que s’est donnée la nation française. On ne s’intéresse plus qu’à l’adhésion au nationalisme idéologique, jacobin, dont Jean de Viguerie nous a brossé l’histoire et les méfaits dans Les Deux Patries

 

Sous l’Ancien Régime, la qualité de sujet "Français" n’est pas définie de manière positive par des droits et des devoirs civils, serment civique ou autres, mais se construit par opposition aux incapacités légales. Le statut juridique du régnicole ou  naturel français se définit en creux à partir des incapacités juridiques qui touchent certains français (principalement : pouvoir se marier, l’impossibilité théorique d’exercer des offices royaux depuis le début du XIVe siècle; l’impossibilité théorique de tenir des bénéfices ecclésiastiques dans le royaume depuis 1432; l’incapacité successorale : l’impossibilité de transmettre ses biens après son décès, tout comme de recevoir des successions; la menace d’être soumis à des taxes spécifiques dans certaines villes, ou dans tout le royaume.)

 

Le terme d’étranger avant le XIXe siècle est particulièrement ambigu. Il oscille entre une acception traditionnelle : celui qui ne vient pas de la ville, de la paroisse, de la province… et une autre plus moderne : celui qui vient d’un autre État, est sujet d’une autre souveraineté. Pour une grande majorité des Français d’Ancien Régime, l’étranger reste celui qui vient d’un autre lieu à l’intérieur même du royaume. Parfois, l'étranger était celui qui venait de l'autre côté de la rivière, du village d'à côté. Ce  qui crée une confusion durable entre les deux acceptions du vocable « étranger », alors que la plupart des autres langues européennes usent de termes différents pour désigner les deux catégories auxquelles elles renvoient.

Étymologiquement, le terme « régnicole » désigne l’habitant (incola) du royaume (regni) : c’est dans ce sens que l’emploient les juristes et la chancellerie royale. Par définition, le régnicole est sujet du roi, la naissance dans le royaume valant serment d’allégeance au monarque ; un étranger peut devenir régnicole en s’installant définitivement dans le royaume, et devenir sujet du roi en obtenant des lettres de naturalité qui valent transfert d’allégeance vers le souverain français. [Par exemple, en 1782, le juif allemand de Lorraine Beer Isaac Beer obtint de Louis XVI ses "lettres de naturalité", "lui assurant des droits de citoyen", in Philippe Bourdrel, Histoire des Juifs de France, Albin Michel, Paris 1974, p. 103.]


À l’inverse, il est aussi possible de perdre sa qualité de régnicole. Au XVIIe siècle, Cette perte n’est pas une sanction mais découle d’un choix, du renoncement volontaire du sujet souhaitant s'installer définitivement en dehors du royaume : en se mariant à l'étranger, en y acquérant des offices et en se faisant naturaliser. C'est à partir de 1669, sous Louis XIV, que la perte de qualité de régnicole prend une dimension punitive en devenant une déchéance (selon l'article de Jean Christophe Gaven "La déchéance avant la nationalité. Archéologie d’une déchéance de citoyenneté", 2017) afin de limiter en partie l'émigration protestante.

Le naturel français sous l'Ancien Régime est celui que sa naissance dans le royaume rend ipso facto sujet du roi, en dehors par conséquent de tout caractère ethnique ou linguistique : en 1515, ce principe d’essence féodale est consacré par la jurisprudence du parlement de Paris ; il n’a jamais été remis en cause durant tout l’Ancien Régime.

1791 ne donne pas la "naturalisation" aux Juifs qui l'avaient déjà auparavant (sans en avoir tous les droits) car nés sur le sol de France; 1791 la leur donne à la condition qu'ils prêtent un serment civique. Ce qui n'était pas le cas sous le temps des rois, ce qui montre que 1791 leur a retiré ce que les rois leur donnaient librement. Donc l'immigration actuelle n'a rien à voir avec la naturalisation, ou pas, des Juifs.

 

Conclusion. Si on suit le raisonnement de Pierre Hillard, autant remonter plus loin que 1791 et dire que c'est la royauté médiévale féodale catholique, de droit divin, française, qui faisait des Juifs nés sur le sol du Royaume des "français", et pas le décret de 1791 ! Et donc ce serait de la faute des rois si il y a aujourd'hui de l'immigration en France ?! Le problème est que l'histoire officielle a tellement falsifié l'histoire et voulu noircir l'"Ancien Régime", que plus personne n'y comprend rien et arrange la réalité historique à sa propre sauce. Pierre Hillard fait un tel raccourci que l'on croirait lire une dissertation simplifiée de lycéen. La réduction de Pierre Hillard est nuisible, elle porte préjudice à tout le monde, républicains, monarchistes, relativement à notre foi et notre histoire.

Source :
https://www.histoire-immigration.fr/exposition-permanente/glossaire-sujets-et-etrangers-sous-l-ancien-regime#10

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8 août 2023 2 08 /08 /août /2023 00:00
Saint Dominique, fondateur de l'ordre des Dominicains (ordre des Prêcheurs ou des Frères prêcheurs) († 1221)

Aucun saint marquant, aucune grande initiative religieuse n'avait surgi depuis la mort de S. Bernard (1153). Saint Dominique de Guzman naît dans la Vieille-Castille en 1170, dans une famille de la noblesse espagnole. Il a deux frères : Antoine, probablement mort durant la bataille tragique d'Alarcos contre les Maures en 1195, et Mamès, un homme contemplatif et saint qui se fit religieux et suivit Dominique.

 

Sa mère, Jeanne, avant sa naissance, a une vision étrange; il lui semble voir l'enfant qu'elle va mettre bientôt au monde sous la forme d'un petit chien tenant un flambeau dans sa gueule et prêt à répandre le feu sur la terre.

 

L'enfance de Dominique est marquée par plusieurs autres présages merveilleux.

 

Jeune étudiant, il vivait déjà comme un saint. Il avait chaque jour ses heures fixées pour la prière, et souvent il était ravi en Dieu. Il jeûnait presque toujours, ne buvait jamais de vin, dormait fort peu et n'avait d'autre lit que le plancher de sa chambre.

 

Un jour, ayant tout donné, il dit à une femme qui lui demandait de l'argent pour racheter son frère captif: "Je n'ai ni or ni argent; mais prenez-moi et offrez-moi aux Maures en échange de votre frère." La proposition héroïque ne fut pas acceptée, mais Dominique en eut le mérite. Dans une maladie très grave, causée par son travail et ses austérités, il fut guéri soudain par l'apparition de saint Jacques le Majeur, Apôtre (+44).

SAINT DOMINIQUE, Fondateur d'Ordre (1170-1221)

SAINT DOMINIQUE, Fondateur d'Ordre (1170-1221)

En 1203, Dominique, ayant dû venir en France avec son évêque Diègue (Diego d'Osma), découvre dans la région toulousaine, l'hérésie des "bons hommes", les Albigeois, qualifiés de "cathares" au XIXe siècle. Dominique logeait à Carcassonne et, discutant toute la nuit des vertus de la vraie foi avec son aubergiste, cathare, il le convertit. L'hérésie cathare se composait d'un mélange de vieilles hérésies, comme la négation de l'Eucharistie et du baptême catholique, sur un fond de manichéisme asiatique importé en Europe par les marchands, les pèlerins et les missionnaires revenus des Croisades. Sa présence dans le sud de la France est attestée à partir de 1140. Selon son enseignement, l'univers est en proie à la lutte de deux principes également forts et également premiers : le bien et le mal. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 312.) Ce n'est pas Dieu qui a créé l'univers, c'est Satan. Toute réalité terrestre est marquée du signe du mal…

 

Le manichéisme qui avait été détruit par les arguments de S. Augustin à la fin de l'Antiquité, se présentait déjà au IVe siècle comme "une religion de la Lumière, une Eglise de la Justice, des Elus, des Justes, des Véridiques. [...] Mani (216-277) que les Latins et les Grecs ont appelé Manichée. […] Son enseignement était tout simplement la gnose de Marcion (que S. Polycarpe, le disciple de l'apôtre Jean, reconnut comme le "Fils aîné de Satan"), et de Basilide.

 

Le catharisme n'est pas original. Il insiste simplement avec une accentuation particulière sur un double principe du monde, l'existence d'un dieu bon et d'un dieu mauvais en conflit éternel et sur la réincarnation des âmes. (Etienne COUVERT, La Gnose universelle, De la Gnose à l'Oecuménisme, tome 3, Editions de Chiré, Chiré-en-Montreuil 1993, p. 14-15.) La Création tout entière est un mélange inextricable de bien et de mal. L'homme est divin, lumineux par l'âme, mais le corps, opaque, est porté vers le mal. Avec Mani, tout est simple... il faut aider le Bien contre le Mal, c'est-à-dire écarter de soi tout ce qui est matériel et diabolique. Au IVe siècle, le manichéisme apparut comme une sorte d'anarchisme spirituel propre à désagréger tous les principes les plus solides de l'éthique et de la vie. "Sinistre, intolérante, pour laquelle chaque péché était mortel et qui condamnait la joie" (Emile GEBHART), l'hérésie manichéenne, dans son expansion, rencontra partout de terribles obstacles, récusée comme hérésie et persécutée. L'Inde, après quelques mois d'essais de pénétration s'en débarrassa. Elle fut également chassée de Chine. En Turquie, les Kirghiz, ces stricts musulmans éliminèrent le dualisme manichéen. (DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 402-403.) "Les lucifériens, c'est-à-dire les adorateurs du diable, étaient manifestement une variété de cathares qui croyaient à l'existence des deux principes moteurs de l'univers." (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 422.)

 

Aux yeux des cathares, Jésus est un ange dont la vie terrestre n'a été qu'une illusion, le Christ n'a pas eu à ressusciter. La Vierge Marie était un pur esprit aux apparences humaines. La procréation, elle-même est criminelle : mettre un enfant au monde, c'est précipiter une nouvelle âme dans le royaume du Mal… Toutefois, certains "parfaits" admettent les relations charnelles; condamnant seulement l'institution du contrat et du sacrement de mariage, ils en viennent à prôner la liberté sexuelle. Ils faisaient eux-mêmes profession de chasteté perpétuelle, fuyaient avec horreur les moindres occasions d’impureté ; et cependant ils admettaient dans leur société les concubines des Croyants et les faisaient participer à leurs rites les plus sacrés, même lorsqu’elles n’avaient aucune intention de s’amender. Les "Croyants" eux-mêmes n’avaient aucun scrupule de conserver leurs maîtresses, tout en acceptant la direction des "Parfaits". On a dit que leurs doctrines rigoristes n’étaient qu’un masque sous lequel se dissimulaient les pires excès. Quiconque voulait être sauvé, devant se soumettre à la loi de la chasteté rigoureuse, le mari quittait la femme, la femme le mari, les parents abandonnaient les enfants, fuyaient un foyer domestique qui ne leur inspirait que de l’horreur ; car l’hérésie leur enseignait "que personne ne saurait se sauver en restant avec son père et sa mère. Il est inutile d’insister longuement sur les conséquences antisociales de la négation de la famille. Elle ne tend à rien moins qu’à supprimer l’élément essentiel de toute société (la famille), en faisant de l’ensemble de l’humanité une vaste congrégation religieuse sans recrutement et sans lendemain... Les autres engagements que prenaient les hérétiques en entrant dans la secte, allaient à l’encontre des principes sociaux sur lesquels reposent les constitutions de tous les états. Ils promettaient, au jour de leur initiation, de ne prêter aucun serment et niaient les sanctions sociales. La pure doctrine cathare déniait absolument à la société le droit de punir. C’était l’un des liens les plus solides que les Manichéens détruisaient ainsi, et en le faisant, ils avaient l’apparence d'anarchistes. Récusant l'Eglise, la famille, la propriété et le serment d'homme à homme, les cathares nient les fondements de l'ordre social. "Observant des rites initiatiques, obéissant à une hiérarchie secrète, ils présentent toutes les apparences d'une secte. Une secte qui contrevient ouvertement à la morale commune de l'époque". (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 50-54). Henry Charles Lea, dans son Histoire de l’Inquisition, quoique protestant et ennemi de la religion catholique, a vu que le nihilisme des Albigeois marquait un retour à la barbarie, tandis que la doctrine chrétienne représentait la civilisation et le progrès. La victoire des Albigeois, c’était le déchaînement du fanatisme le plus terrible puisqu’il faisait gloire à l’homme de se suicider et un devoir à la famille de se dissoudre ; en les combattant, l’Eglise catholique défendit, avec la vérité dont elle est dépositaire, la cause de la vie, du progrès, de la civilisation.

Dominique de Guzman, profondément touché du triste état auquel l'hérésie avait réduit les provinces du Midi, décida de discuter en public et résolut de travailler dans ce pays au triomphe de la foi en proposant d'organiser des débats publics, des disputationes. Diego et Dominique arrivèrent tous les deux dans la région de Montpellier au printemps 1206, où Dominique rencontra les légats cisterciens chargés de lutter contre l'hérésie. Devant leur découragement, l'évêque Diègue leur proposa de renvoyer équipages et bagages pour aller à pied prêcher humblement la foi catholique, priant, étudiant et discutant. Le prêche et la parole étaient les principales armes de cette bataille, mais il fallait y associer l'action et l'exemple. Sans escorte et sans argent, ils allaient à pied, mendiant leur pain de maison en maison.

 

Les dominicains, ordre des Prêcheurs ou des Frères prêcheurs qui se fondent alors, Dominique choisit de marcher pieds nus sur les chemins, sans argent, en bure, rivalisant d'austérité, pour aller discuter avec les représentants des "Bons Hommes", les "Purs" ou les "Parfaits" comme les Cathares se désignaient eux-mêmes, dans les salles de châteaux, sur les places publiques ou dans les églises.

 

Dominique et ses frères ont fait choix, pour leur communauté, de la règle de S. Augustin, qui donne comme but à la communauté d'"habiter ensemble dans l'unanimité, ne faisant qu'un coeur et qu'une âme en Dieu".

 

A Montréal en 1206, suite à la réunion où lors d’une ordalie ("jugement de Dieu"), le libellus rédigé par Dominique lui est arraché des mains par les hérétiques qui le plongent dans le feu trois fois et ressort intact : il y eut 150 conversions (une toile de Pedro Berruguete illustre cet épisode parfaitement attesté dans les chroniques); à Pamiers en 1207, le président du débat se convertit avec ses compagnons vaudois.

La Disputatio entre Saint Dominique et les Albigeois - Peinture de Pedro Berruguete

La Disputatio entre Saint Dominique et les Albigeois - Peinture de Pedro Berruguete

L'homme qui gouverne ses passions est maître de son monde. Il faut les commander ou en être esclave. Il vaut mieux être un marteau qu'une enclume.

Saint Dominique

Dominique avait, dès le début, donné à sa fondation ses buts précis : la vie évangélique et la prédication.

 

La réponse de Dominique à la crise des débuts du XIIIe siècle part d'abord d'une intuition simple, pour prêcher l'Évangile, il faut vivre selon l'Évangile. La communauté dominicaine sera donc au coeur des villes, les frères iront à l'Université et vivront de mendicité pour annoncer efficacement l'Évangile. Dominique veut aussi des frères pleinement insérés au coeur de l'Église puisque la crise médiévale est aussi une tentative de se passer de sa médiation pour accéder à l'Évangile.

 

 

Mais les cathares multiplient les attentats contre l’Eglise, ils pillent les églises et les monastères, persécutent les catholiques, massacrent les prêtres et les moines. Saint Dominique manque de se faire tuer : il voit les hommes embusqués, et chante le Veni Creator, hymne au Saint-Esprit. Les cathares sont sidérés. Plus tard, ils lui demandent :

"Qu’aurais-tu fait, si nous t’avions pris ? – Je vous aurais demandé de prolonger mon martyre en me coupant un à un tous les membres… – Pourquoi ? – Pour que je sois plus semblable à Jésus-Christ mourant sur la Croix afin de sauver vos âmes."

La nuit, on entend Dominique répéter "Seigneur, ayez pitié de votre peuple ! Seigneur, que vont devenir les pécheurs ?"

 

En 1207, ce chemin conduira Dominique jusqu’à la région de Fanjeaux, entre Carcassonne et Castelnaudary, où il s’établira dans l’œil du cyclone, arrachant à l’influence des prédicateurs pauvres et évangéliques les jeunes filles cathares de la noblesse locale qu’il installe à Prouille, en fondant ainsi une première communauté féminine de dames revenues dans l'Eglise, qui veulent mener une vie dévouée à la prière et à la pénitence dans la chasteté. Cette première communauté féminine deviendra en 1211 l'Abbaye Sainte-Marie de Prouille. Une communauté de frères se développe à côté du monastère: des fidèles s'offrent à leur tour pour la mission. C'est le moment où, au XIIIe siècle, l'Occident connaît un puissant mouvement spirituel, appelé évangélisme, qui prône une fidélité totale à l'Evangile, une pauvreté radicale et l'annonce par la parole et l'exemple de la Bonne Nouvelle.

 

Image illustrative de l'article Pierre de Castelnau En janvier 1208, la mission de Dominique est menacée à la suite de l'assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau, derrière lequel se dresse l'ombre menaçante de Raymond VI, comte de Toulouse, fief de l'hérésie. Les limites sont franchies. Le Languedoc est envahi par l'armée de Simon de Montfort: c'est la croisade des Albigeois, justifiée, non seulement par les doctrines subversives des Albigeois, et par les outrages de toutes sortes que depuis cent ans ils avaient accumulés contre les catholiques, mais aussi par ce meurtre qui frappait l’Eglise catholique tout entière dans la personne d’un légat du Saint-Siège. Les moines rentrent dans leurs abbayes, Arnaud regagne Cîteaux, maître Raoul est mort, et Diego est reparti en Espagne. Dominique reste seul dans la région. Il lui reste la communauté rassemblée dans le monastère de Prouille, aux environs de Fanjeaux. Il y resta jusqu'en 1214.

 

Chapelet Au printemps 1215, Dominique s'installe avec quelques frères à Toulouse.

Sentant son insuffisance pour évangéliser seul de si vastes contrées, narre le Bienheureux Alain de la Roche, c'est à cette époque que la Sainte Vierge lui apparut et lui enseigna définitivement, en lui ordonnant de la répandre, la dévotion du Rosaire (chapelets d'oraison) qui fut bientôt le plus terrible fléau de l'hérésie.

La récitation répétée de prières litaniques apparaît au IVe siècle; les ermites et les ascètes les matérialisent par de petits cailloux qu'ils portent dans un sac. En Occident, les petits cailloux sont bientôt remplacés par des graines séchées, passées dans un fil et réunies en couronne. Les laïcs récitent 150 Pater en analogie avec les 150 psaumes de la prière monastique. Vers 1050, les dévots ajoutent les premiers mots de la salutation angélique aux Pater, et récitent 150 Ave après les 150 Pater. L'ensemble des grains est appelé couronne de roses ou rosaire.

En 1213-1214, alors que S. Dominique prêchait en Espagne avec son frère Fra Bernardo, il fut enlevé par des pirates. La nuit de l'Annonciation de Marie (25 mars) une tempête détruisit le navire sur lequel ils étaient quand la Madone dit à Dominique que le seul salut à la mort pour l'équipage était de dire oui à sa Confrérie du Rosaire, donc les pirates avec les Dominicains à bord pour être les premiers membres. Depuis, le Rosaire est devenu la prière la plus populaire pour combattre les hérésies et, au fil des décennies, l'une des prières catholiques les plus traditionnelles.

On reconnait traditionnellement quinze mystères divisés en trois catégories : les mystères joyeux, les mystères douloureux, et les mystères glorieux. Chaque catégorie comprend cinq mystères, correspondant aux cinq dizaines du chapelet. Ceci permet de réciter une fois en entier le chapelet pour chaque catégorie de mystère, et trois fois le chapelet pour faire tous les mystères joyeux, douloureux et glorieux- soit un rosaire entier, composé de 15 dizaines, ou 150 prières (150 étant le nombre des psaumes).


Désormais, lui, le grand marcheur qui sillonnait les routes du Lauragais va devenir le globe-trotter de l’Europe. Il avait déjà fait deux fois le trajet de l’Espagne au Danemark en passant par Rome, mais cette fois-ci il se dirigera à deux reprises vers Rome, fin 1215 et fin 1216. Il en reviendra avec une bulle d’approbation du pape Honorius III, datée du 22 décembre 1216. Désormais son ordre devient universel et il décide d’abandonner Toulouse, ses pas le conduiront vers Paris, Madrid, Salamanque, Bologne...

 

Personne ne peut le retenir, le plus déçu dans l’affaire sera son protecteur l’évêque Foulques : "ce fut contre la volonté du comte de Montfort, de l’archevêque de Narbonne, de l’évêque de Toulouse, de l’évêque de Toulouse, et le mien propre", dit-il pour justifier cet arrachement, "je sais ce que je fais !"

 

Parmi les miracles quotidiens que Dieu opérait en sa faveur, on rapporte que, dans ses voyages, la pluie tombait souvent autour de lui sans l'atteindre; qu'un jour, son sac et ses livres, étant tombés dans une rivière, furent repêchés plusieurs jours après, sans qu'on y vît aucune trace d'eau.

 

Afficher l'image d'origine A l'occasion de l'ouverture le 11 novembre 1215 à Rome du IVe concile dans la basilique Saint-Jean-de-Latran en présence de quelques quatre cents évêques, Dominique fit le voyage de Rome pour obtenir l'approbation de l'Ordre des Frères-Prêcheurs. C'est là, alors qu'ils ne se connaissaient pas et ne se seraient pas rencontrés dans le tohu-bohu de ces quelques mille cinq cents personnes, qu'ils se reconnurent, s'embrassèrent comme deux frères et lièrent une amitié profonde qui dura jusqu'à la mort. S. Dominique rencontra François d'Assise, qu'il avait vu en songe. Dans cette vision, S. Dominique vit Jésus irrité contre le monde qui a perdu la foi et vit dans le péché. Pour l'apaiser la Vierge lui présente deux hommes dont la sainteté, lui dit-elle, est à même de racheter la mauvaise conduite des autres qui, par eux, retrouveront la voie de la vérité. Il se reconnaît dans l'un de ces hommes. Il se demande qui pourrait bien être l'autre qui a l'air d'un mendiant, vêtu d'une simple tunique de bure. Le lendemain, dans une église dont la tradition n'a pas conservé le nom, S. Dominique reconnaît, habillé comme il l'avait vu dans son extase, ce deuxième homme que la Vierge recommandait si chaleureusement au Christ. S. Dominique se serait précipité vers S. François et l'aurait serré dans ses bras en lui disant : "Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble et nul ne pourra prévaloir contre nous."

 

Dominique opérait une multitude de miracles, ressuscitait les morts, et se disait: "le plus grand pécheur de l'univers".

 

La fondation de Prouille (1207) avait précédé de huit ans la création de la première communauté masculine à Toulouse (1215). A l'été 1217, Dominique envoie des frères à Paris pour étudier et établir un couvent placé sous le patronage de S. Jacques qui vaudra aux Dominicains français le surnom de Jacobins. D'autres partent pour l'Espagne ou pour l'Italie.

 

C'est lors du chapitre général de Bologne de 1220 que Dominique impose à ses frères prêcheurs le renoncement aux possessions et aux revenus, au profit d'un abandon à la providence divine. La même année 1220, des prêcheurs sont envoyés en Suède, en Angleterre, en Hongrie, au Danemark, en Pologne et peut-être aussi en Grèce.

 

Mais l'été 1221, Dominique, épuisé, tombe malade à Bologne et assure aux frères qu'il leur sera plus utile mort que vivant. Il meurt le 6 août 1221. Dès 1223, une enquête officielle sur sa sainteté et ses miracles recueille de nombreux témoignages à Bologne et dans la région toulousaine. Au terme du procès, Dominique est canonisé à Rieti le 3 juillet 1234. L'ordre s'étend sur l'Europe entière. Les provinces périphériques sont des bases d'action missionnaire pour les pays païens, musulmans, ou séparés de Rome. Dès le XIIIe siècle, des laïcs s'assemblent autour des couvents dominicains et franciscains.

 

En 1303, l'Ordre compte près de 10000 religieux. Il en compte 6000 aujourd'hui. Contemplation, étude et prédication sont les raisons de son succès. L'acharnement des dominicains à étudier pour comprendre, réfuter et témoigner explique aussi le succès des prêcheurs. C'est dans le public étudiant que les premiers frères ont cherché des vocations et ce fut en collaborant avec l'université de Paris qui naquit en leur temps, que les Dominicains ouvrirent de nouveaux chemins à l'intelligence de la foi. La scolastique s'offrait comme une méthode d'investigation du réel d'une extraordinaire fécondité.

 

Sa fête liturgique est fixée au 5 puis au 4 août. Elle est transférée au 8 août après Vatican II.

 

Postérité

 

La traduction en latin des auteurs grecs a eu lieu "non à la Renaissance mais aux siècles précédents par de pieux érudits monastiques. En effet, 'entre 1125 et 1200, une véritable vague de traduction vers le latin avait rendu accessibles les écrits grecs, une vague qui allait enfler encore au XIIIe siècle' (Grant, 1996, 23) - ce qui est largement attesté par les catalogues des bibliothèques monastiques survivantes, qui remontent jusqu'au XIIe siècle et révèlebt l'ampleur de leurs fonds en auteurs classiques. [...] L'essor de la science fut inséparable de la théologie chrétienne" (Rodney STARK, Faux Témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019, p. 100-101.)

 

Au XIIIe siècle, on attendra de l'Ordre de S. Dominique une parole qui mène à Dieu mais qui fera droit à la raison comme l'enseignera S. Thomas d'Aquin (1225-1274) qui naîtra quatre ans après la disparition du fondateur (1221) et occupera une place particulière, à la fois comme un maître et un frère; l'Aquinate exercera son influence sur les universités de Paris, de Bologne et d'Oxford.

 

À partir de 1230, les œuvres d'Aristote, principales représentantes de la scolastique (philosophie développée et enseignée au "Moyen-Âge" dans les universités), sont traduites du grec en latin par le dominicain allemand Albert le Grand, véritable introducteur de la pensée du philosophe, et par Guillaume de Moerbeke, secrétaire de Thomas d'Aquin, et introduites dans les universités.

 

"La scolastique des XIIe et XIIIe siècles porte un esprit nouveau, celui des écoles avec leur intérêt pour la science, la philosophie. La tradition chrétienne est relue au prisme d'Aristote. La nature, le monde sont réinvestis, valorisés. Il existe une physique qui a ses lois propres, que l'on peut comprendre par la raison, sans avoir besoin de s'en référer à Dieu, et qui sert de base à un ordre politique naturel qui a lui aussi son autonomie, même s'il dépend en dernier ressort des normes divines." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 189.)

 

"Ce sont les érudits de l'Église qui, bien avant la Renaissance (au XIVe siècle), ont réintroduit les études classiques, en admettant qu'elles aient jamais été perdues." (Rodney STARK, Faux Témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019, p. 88-89.)

 

"Aristote, Platon, Euclide, Sophocle, Aristophane et  autres coryphées de l'enseignement et de la littérature classiques..., cet héritage avait été pleinement restauré bien avant la Renaissance, avec un développement clé : la traduction en latin des écrits de ces auteurs, étant donné que le grec n'était plus le langage intellectuel de la chrétienté... Ils ont été traduits non à la Renaissance, mais aux siècles précédents par de pieux érudits monastiques. En effet, entre 1125 et 1200, une véritable vague de traduction vers le latin avait rendu accessibles les écrits grecs, une vague qui allait enfler encore au XIIIe siècle, ce qui est largement attesté par les catalogues des bibliothèques monastiques survivantes, qui remontent jusqu'au XIIe siècle et révèlent l'ampleur de leur fonds en auteurs classiques." (Rodney STARK, Faux Témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019, p. 99-100.) 

 

"Dans un autre domaine, celui des grands centres artistiques qui utilise les innovations du langage pictural au service de sa vision du monde,  (au XIVe siècle)... Rome est tout autant un centre des débuts de la Renaissance que Florence. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 187-188.)

 

Dans l'histoire de l'ordre dominicain, on trouvera des artistes comme Jean de Fiesole (1387-1455), dit Fra Angelico (le Frère Angélique), qui, même devenu prieur de sa communauté, continue d'exercer son ministère par la peinture; des grands prédicateurs comme Vincent Ferrier (1350-1419); des visionnaires comme Bartolomé de Las Casas (1484-1566), défenseur et protecteur des Indiens; ou des mystiques comme Rose de Lima (1586-1617), Patronne du Pérou, de l'Amérique du Sud et des Philippines.

 

En 1790, un décret révolutionnaire supprime les Dominicains. Ils ne renaissent en France qu'en 1850 grâce à la volonté d'Henri Lacordaire (1802-1861).

 

Plus tard, Marie-Joseph Lagrange, qui fondera à Jérusalem, l'Ecole pratique d'études bibliques (Ecole Biblique), et dont la cause en béatification est en cours à Rome, sera le "saint Thomas de la question biblique".

 

Aujourd'hui, l'actuelle province de Toulouse est l'héritière des anciennes provinces médiévales de Provence et de Toulouse. Elle a en héritage trois lieux historiques et spirituels importants pour l'Ordre : Fanjeaux (lieu de prédication de Dominique, fondation des moniales); Toulouse (fondation de la première communauté); et la Sainte-Baume, sanctuaire de sainte Marie-Madeleine où l'Ordre est présent depuis sept siècles.

 

L'Ordre de S. Dominique qui se maintient en France dans ses deux provinces, est en expansion aux Etats-Unis, en Afrique et en Asie.



Sources:  (1);(2); (3); (4)(5) Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012(6) Emile CHAVANT DE MALAN, Vie de S. François, Debécourt libraire-éditeur, 1841, p. 103. Cf aussi John MOORMAN'S, A History of the Franciscan Order, Franciscan Herald Press, 1988, p. 29, note 2, in Virgil TANASE, Saint François d'Assise, Gallimard Folio Biographies, Malesherbes 2015, p. 162-163; (7) 800e anniversaire : Qui sont les Dominicains ?, Revue La Nef, N° 274 – Octobre 2015; (8) Les Dominicains, 800 ans de prédication, in Histoire du Christianisme Magazine, bimestriel novembre - décembre 2015, n° 78, p. 30, 31; (9) F. FICARRA, Les Dominicains, éd. de Vecchi, Paris 2005; (10); (11) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 48.

 

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
7 août 2023 1 07 /08 /août /2023 17:31
Le rideau tombe sur les JMJ, entre vraie foi et jeunesse mondaine

ECCLESIA

 

07_08_2023

 

Nico Spuntoni

 

https://lanuovabq.it/it/cala-il-sipario-sulla-gmg-tra-vera-fede-e-giovanilismo-mondano

La trente-huitième Journée mondiale de la jeunesse s'est achevée hier, avec un million et demi de participants. Une confirmation : les jeunes apprécient le recueillement et la prière, pas l'Église qui imite le monde. Prochain rendez-vous : Séoul.

 

La trente-huitième Journée Mondiale de la Jeunesse (JMJ) est déjà un souvenir. Hier, François l'a clôturé en rencontrant les bénévoles du Passeio marítimo d'Algés. Les cinq jours d'engagements et les quarante degrés de la capitale portugaise ont tous été vus sur le visage violet du pape alors qu'il écoutait les témoignages de trois garçons, assis à côté du patriarche de Lisbonne, le cardinal Manuel Clemente, le préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, le cardinal Kevin Joseph Farrell et le cardinal élu Américo Aguiar, responsable de l'organisation des JMJ.

Le Souverain Pontife a remercié les volontaires en espagnol, les comparant à des surfeurs car ces derniers jours ils ont dû faire face à "une vraie vague : non pas d'eau, mais de jeunes qui ont afflué dans cette ville" parvenant à tout gérer " avec l'aide de Dieu, avec tant de générosité et de soutien mutuel». « Vous avez surfé sur cette grande vague et elle vous a porté encore plus haut », leur a dit le Pape.

Le nombre très élevé de présences à Lisbonne pour les JMJ a surpris même le président de la République Marcelo Rebelo de Sousa qui a pu constater de ses propres yeux la vitalité de l'Église catholique, commentant que la mobilisation d'un million et demi de participants représente "quelque chose de jamais vu au Portugal" et "fou".

Le matin, après avoir quitté la nonciature où il dormait ces derniers jours, François a présidé la Sainte Messe de conclusion au Parque Tejo, à l'occasion de la fête de la Transfiguration du Seigneur. Liturgie eucharistique confiée au propriétaire, le cardinal patriarche Manuel Clemente. Dans son homélie, le Pape a répété quelques-unes des quelques paroles que Jésus a dites à ses disciples sur le Mont de la Transfiguration : « N'ayez pas peur ». Puis l'invitation aux jeunes : « N'ayez pas peur ». Il n'a pas mentionné son prédécesseur, mais ces trois mots rappellent immédiatement l'extraordinaire homélie de la messe inaugurale du pontificat de saint Jean-Paul II qui a alors crié le nom du Christ. Cependant, le saint polonais a été mentionné dans l'Angélus avec "des remerciements particuliers à ceux qui ont veillé sur les JMJ d'en haut". Dans la récitation de la prière au Parque Tejo, François n'a pas manqué de lancer un appel à prier pour la paix. Il l'a appelé "le rêve de la paix" et a invité les jeunes à remettre "entre les mains de Marie, Reine de la paix, l'avenir de l'humanité".

Au cours de la cérémonie du matin, il y avait aussi l'annonce de la ville hôte de la prochaine édition qui sera Séoul, la capitale de la Corée du Sud. beau symbole de l'universalité de l'Église et du rêve d'unité dont vous êtes les témoins ». Parti de Lisbonne en fin d'après-midi, Francesco a atterri à l'aéroport de Rome Fiumicino dans la soirée.

Que reste-t-il aux jeunes pèlerins de l'expérience de cette JMJ ? Les jugements, comme cela arrive souvent dans ces cas, sont contradictoires mais en général la joie de l'avoir vécu dans le recueillement, la confession et surtout la sensation d'expérimenter de première main ce que Benoît XVI a défini comme la fécondité du mandat du Christ à l'Église d'aller dans tout le monde et proclamer l'Evangile. Et cela contrairement à ceux qui se sont illusionnés d'impliquer un plus grand nombre de nouvelles générations dans l'événement, promettant de ne se convertir en aucune façon au Christ ou à l'Église catholique.

Le pèlerinage à Fatima, les tentes avec l'adoration eucharistique perpétuelle , le silence de la prière nocturne avec de nombreux autres frères dans la foi, la discussion sur les questions spirituelles sont les souvenirs les plus heureux pour les vétérans des JMJ, tandis que l'aspect plus banal de l'événement ne parvient pas à être attractif aux yeux des jeunes participants consultés : par exemple, le remix techno du « n'ayez pas peur » de Saint Jean Paul II.

Le pèlerinage à Fatima, les tentes avec l'adoration eucharistique perpétuelle, le silence de la prière nocturne avec de nombreux autres frères dans la foi, la discussion sur des questions spirituelles sont les souvenirs les plus joyeux pour les vétérans des JMJ, tandis que l'aspect plus banal de l'événement ne parvient pas à être attrayant aux yeux des jeunes participants consultés: par exemple, la techno remix  du "n'ayez pas peur" de saint Jean-Paul II.

Bref, l'exaltation à tout prix du jeunisme et de son singe égaré ne fonctionne pas car ça sent le "vieux" et les jeunes qui vont aux JMJ préfèrent la prière, la réflexion et les moments de communauté non forcée. Pour tout le reste, maintenant dans sa trente-huitième édition avec un nombre dépassant le million de participants, la Journée mondiale de la Jeunesse est encore l'une des nombreuses intuitions réussies de saint Jean-Paul II.

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