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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 07:28

Mise à jour le 10/02/2017

Cet article se propose de rapporter quelques faits historiques encore soigneusement cachés par les historiens officiels et l'histoire officielle républicaine héritée des clichés du Petit Lavisse.

LES CLICHES émis par Lavisse dans ses manuels d'histoire de France ont la vie dure. Image tirée de la Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 18

LES CLICHES émis par Lavisse dans ses manuels d'histoire de France ont la vie dure. Image tirée de la Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 18

Le manuel qui devait être dénommé "le petit Lavisse", paru en 1884, fit l'objet de dizaines et dizaines de rééditions, sans cesse remanié. "Nos ancêtres les Gaulois" y sont dépeints comme des barbares qui n'ont aucune unité..., aucune discipline. Le contraire des Romains. ... Le manuel scande l'apologie de la République, ... justifie la colonisation qui amène les sauvages à la civilisation, comme les Romains ont fait pour les Gaulois ! (Christian Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 185-189.)

 

"Et en effet, il est étrange de constater le peu de curiosité que l'on a manifesté jusqu'à notre temps, envers nos ancêtres les Gaulois. En fait - et cela pendant plusieurs siècles - l'Université et en général les lettres ont délibérément ignoré le monde celtique. En dehors des pays anglo-saxons, on ne s'est intéressé aux Gaulois qu'à l'instant où l'on pouvait les appeler 'Gallo-Romains'; il était communément admis que la seule histoire digne de ce nom était celle de Rome et du monde antique, et le cliché des armées de Jules César apportant aux Gaulois le flambeau de la Civilisation persiste encore." [1]

 

Le druide dans la société gauloise Les historiens républicains comme Michelet (1798-1874) font débuter l'histoire de la "nation française" avec la Révolution dite "française", qui, pourtant, seule serait fidèle au modèle gaulois. Ils ne craignent pas de se contredire et d'énoncer une contre-vérité historique grossière. La contradiction : comment une nation née en 1789 peut-elle, en même temps, naître il y a deux mille ans ?... La contre-vérité historique et l'anachronisme : les Gaulois (Arvernes, Carnutes, Séquanes, Eduens, Bituriges, Parisii, Vénètes, etc.) ne vivaient pas sous une république "laïque", mais sous des monarchies électives, parfois héréditaires, où le clergé druidique était constitué en une "fédération de dignitaires" hiérarchisée (Camille Jullian), et où les druides représentaient pour les Gaulois ce qu'étaient pour le peuple romain pontifes et augures. "Les Gaulois n'eurent pas, tant s'en faut, l'esprit plus laïque que les Grecs et les Romains." (Camille Jullian) [2]

 

"Les pratiques religieuses mais également politiques s'abreuvaient d'une philosophie morale et d'une connaissance mythologique totalement contrôlées par la classe sacerdotale et les druides en particulier. Le caractère oral de ce savoir préservait évidemment un pouvoir qui était de nature aristocratique.... Les ministres du culte étaient de véritables fonctionnaires du sacré, pris en charge par la collectivité." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 38; 69)

 

"S'ils n'ont guère écrit, ce n'était pas qu'ils en étaient intellectuellement incapables, ni qu'ils avaient rien à transmettre, mais qu'ils ne voulaient pas confier leur tradition à l'écriture pour des raisons qui ne manquaient pas de logique. [...] Bon nombre de nos belles légendes remontent jusqu'à ce vieux fonds celte de même qu'une bonne part de notre folklore : pèlerinages plus ou moins christianisés à des sources ou des pierres 'miraculeuses', fêtes équinoxiales ou solsticiales telles que feux de la Saint-Jean." (Claude STERCKX, La mythologie du Monde celtique, Poche Marabout, Allemagne 2014, p. 9-11.)

 

Retraçons rapidement les débuts de la guerre des Gaules avec Frantz Funck-Brentano. Vers l'années 62 av. J.-C. la pression des Germains sur le Rhin devenait de plus en plus forte. Arioviste, le chef de la coalition germanique s'empressa de répondre à l'appel des Séquanes établis dans la Franche-Comté actuelle, et qui supportaient impatiemment la domination des Eduens devenus la plus puissante nation de la Gaule depuis la chute de l'hégémonie arverne. Arioviste marcha au secours des Séquanes. Les Eduens furent vaincus. Arioviste commença par réclamer la Haute-Alsace.

 

Un druide éduen, Diviciac, vint alors à Rome où il multiplia les démarches. De leurs côtés, les Helvètes, population gauloise de Suisse, conduits par Orgétorix, quittaient leur pays pour venir en Gaule vers l'Océan. Ils passèrent le Jura, arrivèrent chez les Eduens. Les Eduens redoublèrent leurs plaintes à Rome. Jules César y gouvernait en qualité de proconsul. Il vit dans ce conflit l'occasion d'un succès qui le placerait d'emblée au-dessus de ses rivaux. Il se mit en marche pour intervenir, disait-il, en faveur des Eduens, "alliés de Rome", et en "protecteur des Gaulois" contre les Germains. Le début de la guerre des Gaules a été fixé au 28 mars 58 av. J.-C. César franchissant le col du Saint-Bernard dans les Alpes poursuivit les "400 000 Helvètes environ", femmes et enfants, leur infligea une défaite complète, et obligea ceux qui survécurent  à regagner leur pays. 

 

Après quoi, César se retourna contre les Suèves (les Germains d'Arioviste) qui descendaient la vallée de la Saône en menaçant la Provincia, province romaine (Gaule transalpine). La victorie de César, ici  encore, fut complète. Arioviste et ses Suèves s'enfuirent jusqu'au Rhin, où les Romains arrivèrent. Aux environs de Bâle, ce fut un égorgement formidable : soldats, femmes, enfants, vieillards, César fit tout tuer. Nombre de Germains se noyèrent en essayant de traverser le fleuve. Des peuplades germaniques qui sur la rive droite, attendaient le moment de passer le cours d'eau à leur tour, rétrogradèrent en désordre et se firent massacrer à leur tour en détail par les habitants des pays qu'ils traversèrent. Ces évènements se passent en 58 av. J.-C. Les Gaulois ne virent pas tout d'abord dans les Romains des ennemis, mais des auxiliaires plutôt contre leurs envahisseurs. Et quand ils eurent compris que les Romains ne visaient qu'à étendre leur Empire, encore que dans la plupart des cités de l'aristocratie, les riches se déclarèrent-ils pour César, la cause de l'indépendance trouvera son appui dans les masses populaires, dans la plèbe, le "commun".

Depuis deux siècles, les Gaulois n'avaient guère modifié leur pratique de la guerre; ils la faisaient encore en batailleurs primitifs, comme au temps d'Ambigat et de Sigovèse. Marcher droit à l'ennemi, sans précaution particulière... Ils partaient en guerre en troupes nombreuses, avec femmes et enfants. Vercingétorix conçut une manière de faire la guerre plus réfléchie, plus habile, adaptée aux moyens et aux ressources de l'adversaire. Mais il aura la plus grande peine d'emêcher ses soldats de courir sus à l'ennemi, aveuglément, de se précipiter à l'attaque en rangs serrés, au pas de courses, de manière à arriver haletants, épuisés, au contact de l'ennemi (les phalanges romaines) et sans précaution aucune.

 

Le Gaulois tenait à l'honneur de se présenter la poitrine nue face à l'ennemi. Il était armé, il est vrai, d'un bouclier qu'il prenait la précaution d'attacher fermement à son bras gauche par des courroies. Ce bouclier était très grand, montant à hauteur d'homme, mais fait de bois ou d'une cloiserie d'osier que les javelots romains transperçaient à la première attaque. Hérissé de javelots comme une pelotte d'épingles, le bouclier demeurait attaché au bras gauche du guerrier qui était obligé de s'en défaire et de demeurer sans protection. ... En face du Gaulois qui se présentait la poitrine nue, le soldat romain apparaissait vêtu de fer et de cuir.

 

César commença la conquête de la Gaule par le pays des Belges, renommés entre tous, avec les Arvernes, pour leur valeur guerrière. Les Belges semblent avoir compris le danger. Une de leurs peuplades cependant, les Rèmes (Reims) demeurèrent fidèles à l'alliance conclue avec les Romains. La campagne fut rude, dirigée par le meilleur lieutenant de César, Titus Labiénus. Elle se termina, sous la conduite de César lui-même, par la sanglante défaite des Nerviens (Hainaut) sur les bords de la Sambre.

 

On a pu diviser la guerre des Gaules en trois périodes :

 

- la première de 58 à 55 av. J.-C., est remplie d'entreprises désordonnées, sans entente commune: les Gaulois ne comprenaient pas encore, ils ne pouvaient pas encore comprendre que leur indépendance à tous était en jeu.

 

Par malheur, ce temps devait être horriblement mis à profit par les conquérants. La campagne de l'année 56 est occupée par la guerre en Armorique et en Aquitaine. Les peuplades de l'Ouest s'étaient levées sous l'impulsiona de l'active et énergique nation des Vénètes (Vannes). Les Vénètes étaient les maîtres de la mer. Ils faisaient du commerce avec l'Angleterre avec leurs grands navires dont le vent enflait les voiles de cuir. César et son lieutenant Brutus réalisèrent une marine pour combattre les Vénètes. Il trouva des rameurs de Provence et des auxiliaires chez les Celtes aquitains de la Saintonge et de la Vendée dont une rivalité ancienne avait fait les concurrents des Vénètes. Le tromphe de César fut complet. On massacra beaucoup de monde. Tous les sénateurs du pays furent égorgés; ce qui restait de la population fut mis en vente comme du bétail. "Cette forte et laborieuse nation des Vénètes, conclut Camille Jullian, dont les origines et la puissance remontaient aux hommes des domens, la plus ancienne et la plus originale de toute la Gaule, s'effondra dans l'esclavage et dans la mort", et la vie, maintenue en Armorique, s'y éteignit jusqu'au Moyen Âge.

 

Mais ces hauts faits devaient être surpassés par César lui-même en son expédition contre les peuplades du Rhin (quatrième campagne, 55 av. J.-C.), le proconsul marcha contre les Usipiens et les Teuctères qu'il trouva rassemblés en une foule où les femmes et les enfants étaient en grand nombre. Les chefs de la nation s'adressèrent à lui en termes émouvants. César répondit en les convoquant et les principaux de leur peuple dans son camp. Conviés à cette entrevue, Usipiens et Teuctères s'y rendirent. César fit entourer par ses soldats les chefs et notables usipiens et teuctères qui s'étaient fiés à lui, il les fit ligoter, sourd à leurs observations et à leurs prières, tandis que le gros de son armée attaquait la masse de leurs compatriotes privés de leurs chefs, la plupart désarmés. Femmes et enfants furent égorgés. Ceux qui prirent la fuite se trouvèrent coïncés dans l'angle que formait le confluent de la Meuse et du Rhin, où la cavalerie romaine, lancée à leur pousuite, put les tuer à plaisir. César avait remporté la plus belle de ses victoires. Il en écrit lui-même avec orgueil : "Les Romains délivrés d'une guerre si redoutable, où ils avaient en tête 430 000 ennemis - Oh oh ! - rentrèrent dans leur camp sans aucune perte." A Rome, Plutarque rapporte qu'au Sénat, Caton d'utique parla avec véhémence, flétrissant l'infamie commise et proposant de livrer César à l'ennemi pour apaiser les dieux... Mais on lui rit au nez et les sénateurs décrètèrent des fêtes et des sacrifices en l'honneur de ce nouveau triomphe.

 

César compléta cette attaque contre les Germains par une attaque contre la Grande-Bretagne, foyer du druidisme dont les flammes animaient les Gaulois. Il prétexta les secours dont les Armoricains recevaient des Bretons. Il s'embarqua à hauteur de Boulogne, refoula les Bretons au-delà de la région de Londres, mais il était sans grande ardeur en un pays où il n'y avait rien à piller. Plutarque a soin de le noter. César n'y fit pas grand profit, dit-il., "car on ne savait rien prendre ni gagner qui eût valeur, sur des hommes pauvres et nécessiteux, de quoi la guerre n'eut pas telle issue que César espérait." Aussi remit à la voile pour la Gaule, après avoir reçu des Bretons - un bon billet à La Châtre - leur acte de soumission et de fidélité enforcée de serments solennels.

 

- la deuxième période, des années 54 et 53 av. J.-C., devait être marquée par des mouvements pour l'indépendance de plus en plus imortants. Les crimes répétés des Romains finissaient par éveiller le sentiment national.

 

Nous sommes au temps de la grande curée. Non moins que la Gaule en Occident, les armées romaines se couvrent de gloire en orient. Suétone dit que César en Gaule "détruisait plus souvent les villages pour le pillage (ob praedam) qu'en punition de quelque tort." Il bourre les temples romains d'ex voto volés dans les sanctuaires gaulois pour se magnifier aux yeux des Romains.

 Avec la cinquième campagne de César, marquée par la seconde guerre de Belgique (54 av. J.-C.), nous entrons dans la deuxième période de la guerre des Gaules, celle où les Gaulois, violentés depuis quatre ans, dupés, volés, égorgés ou vendus comme esclaves en un des plus répugnants spectacles qu'ait offerts l'histoire de l'humanité, commencent à s'unir, autant qu'il leur était possible à cette époque, pour la délivrance de leur pays.

Les Romains coupaient les récoltes sur pied, livraient les villages aux flammes, femmes et enfants étaient égorgés, des villiards périrent dans les plus affreux supplices.

César voulait s'emparer d'Ambiorix, roi des Eburons, qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C., peut-être dans la vallée du Geer (rivière de Belgique et des Pays-Bas, affluent de la Meuse.) Servi par des partisans, par les espions, par les agents qu'il entretenait dans le pays, il organisa une chasse à l'homme, sauvage, minutieuse, savante. Ambiorix s'était entouré de quatre compagnons fidèles, énergiques, ardents et rapides comme lui. En quelques semaines il passa avec son héroïque escorte à l'état de figure légendaire. "Tout fut détruit, écrit Aulus Hirtius, par le meurtre, le feu et le vol (rapinis)."

Et tandis qu'Ambiorix courait toujours, César ramena ses soldats à Reims, parmi les Rèmes, ses fidèles amis (septembre 54 av. J.-C.) (Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre VIII, 24,25.)

Le pays était dévasté. César ne ménageait le blé et les fourrages que dans les régions où il pouvait en avoir besoin pour ses troupes et où il s'en emparait d'ailleurs. Certaines contrées furent saccagées à fond, deux et trois fois, voire quatre fois, comme le pays des Carnutes, la Beauce, les nombreuses villes prises d'assaut furent mises à sac, pillées, incendiées, la population égorgée ou réduite en esclavage, vendue comme du bétail. Le vol dans les temples et dans les demeures privées fut organanisé méthodiquement, avec une régularité digne de la grande administration romaine. Le proconsul des Gaules, certes, était un guerroyeur de génie,

 

"Mais les voleurs n'ont pas de place au Panthéon..."

 

Le vers est de Paul Déroulède. Il ne peut être question d'y laisser Jules César ! (Frantz Funck-Brentano, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 85-118)

 

Selon Plutarque, César aurait fait, entre 58 et 51, un million de morts, et réduit en esclavage un million de Gaulois.

Image illustrative de l'article Commentaires sur la Guerre des Gaules Les Gaulois se soulevèrent en 52 à l'initiative du généreux et grand roi des Arvernes, Vercingétorix, fils de Celtill, qui réussit à fédérer, unifier les tribus gauloises sous son sceptre, en dépit de leurs divisions proverbiales. Il venait de s'emparer de la royauté arverne au nom de la défense de la liberté gauloise (Bellum Gallicum, La Guerre des Gaules, Livre VII, 4.)

 

 

"Nos ancêtres les Gaulois", une civilisation millénaire

 

Les Proto-Celtes... sont en place vers 1000 av. J.-C

 

"Les Proto-Celtes... sont en place vers 1000 av. J.-C. ou peu après, de même que les Proto-Latins et les Proto-Germains, explique Karl Ferdinand WERNER. Tous ont un fond linguistique commun très large, fait non seulement de vocables, mais aussi de structures grammaticales.

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Les civilisations décelables en Europe dans le courant du IIe millénaire doivent nécessairement correspondre aux 'ancêtres' de ces peuples, ou plutôt de ces populations à langue commune." [3]

Chose peu connue, si l'on fait le décompte des siècles sous lesquels l'Hexagone a vécu sous le régime politique de la monarchie, nous dépassons allègrement les deux millénaires et pouvons remonter aux frontières des temps préhistoriques. Il y avait en effet encore avant les Celtes, les Ibères et les Ligures dont les institutions étaient voisines et qui vivaient eux aussi sous la monarchie.

 

Régine Pernoud écrit que s'"il y a une date pour la fondation de Rome,... les Celtes se situent à l'intersection de la Préhistoire et de l'Histoire; entre eux et les peuplades qui ont élevé des monuments mégalithiques, ou même celles qui ont peuplé de dessins fantastiques les grottes de Lascaux, archéologues et historiens ne placent aucun jalon précis." [4]

 

Une apparition entre le deuxième et le troisième millénaire avant J.-C.

 

L'Europe celtique à l'âge du Fer (VIIIe - Ier siècle) par [Buchsenschutz, Olivier] "Compte tenu de la continuité entre les cultures archéologiques qui se succèdent dans le domaine nord-alpin depuis l'âge du Bronze final et l'âge du Bronze moyen, divers auteurs ont cru pouvoir faire remonter l'apparition des Celtes au deuxième millénaire. Pour d'autres, on peut la chercher dans les phénomènes complexes qui touchent le domaine nord-alpin au Chalcolithique, au troisième millénaire [Brun 2006]" [L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, Nouvelle Clio, PUF, Mayenne 2015, p. 78.] Cet ouvrage confronte les sources classiques aux données les plus récentes de l'archéologie.

 

"Les Celtes de ces périodes ne paraissent pas attachés à un territoire. Ces princes, rois, roitelets, offrent de multiples points de comparaison avec les basileis du monde homérique (armes exceptionnelles, chars d'apparat et véhicules pour se déplacer sur leurs terres, banquets)." (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), ibid., p. 282.)

 

"La région nord-alpine qu'ils (les Celtes) occupent à la fin du dernier millénaire avant J.-C., exprimait déjà une homogénéité culturelle plus de 1500 ans auparavant. (Patrice BRUN, Princes et Princesses de la Celtique, Le premier Âge du fer en Europe, 850 – 450 av. J.-C., Collection des Hespérides, Editions Errance, Paris 1987, p. 15)

 

"Les premières mentions des 'Celtes' dans la littérature antique remontent à la fin du VIe siècle (Hécatée de Milet, Fragm. 53 à 58) et au Ve s. (Hérodote, Histoires). " (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 75.)

 

Les populations pré-celtiques, Ibères et Ligures

 

L'ensemble des hommes 'préceltiques' Ibères et Ligures "représente sans doute une part considérable dans la constitution génétique comme dans l'héritage culturel des populations postérieures", écrit K.F. Werner. [5]

Camille Jullian (1859-1933) estime que Ligures et Celtes ont parlé la même langue : selon lui, les Celtes étaient une tribu ligure qui fonda un Etat dans le domaine ligure.

Les Ligures ont occupé le bassin du Rhône tout entier. Quelques auteurs estiment que c'est de là qu'ils sont partis pour la conquête de la Haute-Italie puis, en 'Gaule', ils ont débordé sur les régions avoisinantes, dans les parties supérieures du bassin de la garonne et de la Seine. Auguste Longnon s'est même appuyé sur le nom de la Thiérache, dont la forme originelle serait Teorasca, pour étendre le domaine des Ligures jusqu'à la Mer du Nord.

L'habitation lacustre apparaît donc à l'âge de la pierre polie et s'étend, après l'âge du cuivre relativement court, jusque sur l'âge du bronze. Ce dernier s'ouvre vers le milieu du IIIe millénaire (environ 2500 av. J.-C.), pour finir vers le début du IXe siècle av. J.-C.

Plus nombreux et plus intéressants que les monuments funéraires creusés dans les grottes, apparaissent ceux qui s'élevaient au-dessus du sol, et souvent en des proportions grandioses : les dolmens (constructions funéraires mégalithiques préhistoriques), les menhirs (monolithe vertical) les cromlechs (alignements de monolithes verticaux). On a voulu en faire des monuments druidiques; mais on en trouve, et des plus importants dans des contrées où les druides n'ont jamais paru. Les mégalithes sont bien antérieurs aux Celtes et aux druides.

Poulnabrone dolmen in the Burren, County Clare, Ireland

Poulnabrone dolmen in the Burren, County Clare, Ireland

Menhir de Kerloas, Plouarzel (Finistère), plus grand menhir encore dressé de Bretagne

Menhir de Kerloas, Plouarzel (Finistère), plus grand menhir encore dressé de Bretagne

"Les menhirs seraient des piliers funéraires." (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 26.)

Nous sommes parvenus aux frontières des temps préhistoriques. Déjà nous avons cité un nom de peuple, les Ligures, auprès desquels viennent se placer les Ibères. Il est vrai que ces derniers, les historiens ne s'accordent guère. Le mot 'Ibère' désignerait, non une race, mais un Etat, l'empire de l'Ebre, nom que les Grecs encore lui auraient donné. Au début du Ve siècle (500-475 av. J.-C.), le royaume des Ibères, débordant les Pyrénées, se serait étendu en Languedoc jusqu'au Rhône. Bordeaux devient ibérique. L'euskarien, c'est-à-dire le basque, qui va s'accrocher avec la ténacité que l'on sait au flanc des monts, serait la langue des Ibères. La péninsule espagnole doit son nom - Ibérie - aux Ibères, nom d'origine grecque, et au Ier siècle av. J-C., un de leurs groupements, sous le nom d'Aquitains, occupait la région qui s'étend entre les Pyrénes et la Garonne, où les soldats de César les trouveront.

 

Quels que soient le caractère et le nom des populations diverses, Celtes, Ligures ou Ibères, il n'y a pas entre elles de divergences fondamentales : 'Nous retrouvons chez toutes des formes politiques et des superpositions analogues.' (C. Jullian) [6]

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Les Celtes ont une origine d'Outre-Rhin. Plusieurs vagues vers l'Hexagone entre 1500 et 300 av. J.-C.

 

Les divers auteurs font venir les Celtes dans l'Hexagone par vagues successives d'un vaste territoire à cheval sur les deux rives du Rhin entre Alpes et Baltique, du Danube à la Bohême, en passant par le nord de l'Italie.

 

"C'est de là que, par deux fois, partent vers l'Ouest les hommes ("Proto-Celtes" Ndlr.) qui appartiennent à des civilisations dont l'empreinte sera profonde sur l'Hexagone : la civilisation des 'Tumulus de bronze' à l'âge du bronze moyen (1500 à 1100 av. J.-C. Ndlr.), et celle des 'Champs d'urne' à l'âge du bronze final (1200 à 700 av. J.-C. Ndlr.)

Les hommes des Champs d'urne occupent... des territoires autour du haut et du moyen Danube, qui seront ultérieurement ceux des Celtes.

Il est certain que la civilisation des 'Champs d'urne' a précédé et préparé au moins en partie les conditions dans lesquelles on trouvera celle des Celtes." [7]

 

"L'apparition dans l'Hexagone de populations parlant une langue celtique - et mentionnées chez les auteurs anciens depuis le milieu du premier millénaire avant J.-C. sous le nom de Celtes - coïncide ... avec l'apparition du fer dans cette partie de l'Europe. (vers - 800 av. J.-C. Ndlr.) La première grande civilisation européenne au nord du monde méditerranéen est, au IIIe siècle, une civilisation celtique, ... caractérisée par une domination parfaite du fer et de son emploi diversifié. [8]

 

"Par des réchauffements savamment dosés et par l'utilisation d'un noyau en fer pur, donc souple, on arriva à produire des épées moins larges et plus longues (115 à 120 cm au lieu de 80 à 90 cm) que les épées de bronze. Cet armement supérieur apparaît à partir du VIIIe siècle. ... Il s'agit là d'un évènement historique qui bouleverse l'équilibre des forces politiques, rend possible les exploits des Celtes et influence profondément les structures sociales.

 

C'est à partir du Ve et du IVe siècles, l'âge de l'expansion des Celtes

 

Les auteurs grecs anciens avaient des doutes sur l'origine antique des Gaulois. Selon Poseidonios d'Apamée, 'une partie de ce peuple était d'origine indigène mais que celle-ci s'était trouvée grossie de populations venant d'îles lointaines et de régions situées au-delà du Rhin, chassées de leur demeures par la fréquence des guerres et par les raz-de-marée'. L'auteur précise que ces théories étaient diffusées par les druides.

Une information que César a recueillie auprès des Rèmes donne le plus grand crédit à cette histoire druidique: il rapporte que

'la plupart des Belges étaient issus de chez les germains, qu'ils avaient franchi le Rhin autrefois.'

... Les druides conservaient la mémoire de ces faits remontant à plusieurs siècles." [9]

 

Ce second âge du fer, d'environ, 450 à 50 av. J.-C. est celui d'une civilisation celtique à travers l'Europe: il sera à l'origine ... d'une 'Gaule' largement celtisée." [10]

 

"La nation celtique ne pénétra d'ailleurs pas tout entière en 'Gaule'; une partie demeura sur la rive droite du Rhin qui se trouva ainsi celtique sur les deux rives, de même que les deux versants des Alpes étaient ligures, et ibériques les deux versants des Pyrénées. (Frantz FUNCK-BENTANO) [11]

Le "IVe siècle (av. J.-C.) marque l'apogée de l'Empire celte

 

C'est le second âge du fer dont nous avons parlé. Les Celtes ont conquis la Grande-Bretagne; ils ont conquis l'Espagne, moins les côtes de la Méditerranée, la 'France' entière à l'exception du bassin du Rhône, le Nord de l'Italie : ils règnent sur l''Allemagne' entière en exceptant les contrées du nord; ... leur domination est assurée sur le Moyen et sur le Bas-Danube, sur une partie de la Hongrie; en Silésie actuelle, elle s'étend jusqu'à Liegnitz; en Roumanie jusqu'à Isakscha; en Russie jusque sur le Bas-Dniester : un empire plus grand que celui de Charlemagne et que celui de Napoléon; un empire qui va du détroit de Gibraltar à la Mer noire, au temps où Alexandre de Macédoine s'engageait dans la conquête de l'Asie (334 av. J.-C.) ... En 283, les gaulois apparaîtront en Grèce (conduits par Brennos ou Brennus Ndlr.), où ils pilleront le trésor de Delphes (278); ils fonderont un Empire en Thrace, un autre en Phrygie et, à l'ouest de la Phrygie, dans la région qui a conservé leur nom, la Galatie." [12]

 

"Certains groupes celtiques purent atteindre, si l'on en croit Théopompe de Chios (né vers 378 av. J.-C.), vers le milieu du IVe siècle, les régions illyriennes dans les Balkans. La consolidation du nouveau pouvoir celtique dans la cuvette capatique est reflétée par la tradition selon laquelle les Celtes établirent des relations diplomatiques avec Alexandre le Grand en 335, alors stationné sur le Bas Danube." (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 206.)

 

"L'invasion de la Macédoine et de la Grèce ne représente qu'une partie du flot celtique, ... ce fut surtout hors de la Grèce que la poussée gauloise laissa des traces durables. D'autres bandes en effet envahirent la Thrace, où un royaume celtique, dit royaume de Tylis (v. 280 Ndlr.), qui devait subsister jusque vers la fin du siècle, occupa une grande partie de l'ancien domaine de Lysimaque, et surtout l'Asie mineure occidentale." (Edouard WILL) [13]

Les invasions celtiques (en Gaule) se sont arrêtées au IIIe siècle av. J.-C.

 

Sur la frontière Nord-Est les Germains font sentir leur poussée. Déjà ils ont fait refluer en Gaule les Celtes qui s'étaient établis sur la rive droite du Rhin; après quoi ils ont passé le fleuve et ont multiplié leurs établissements dans les vallées de la Somme, de l'Oise, de l'Aisne, de la Moselle, se mélangeant aux indigènes pour constituer au nord de la Seine et de la Marne ce peuple distinct des Celto-Ligures et que l'on appela les Belges. (F. Frantz-Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 77.)

 

"Le plus grand changement, et de loin, tient à ce que la pression des Germains, qui se déplacent lentement vers le sud (surtout depuis 300) oblige les Celtes à abandonner entre 250 et 120 av. J.-C. tous leurs territoires situés au nord d'une ligne qui va du delta du Rhin à la forêt de Thuringe. Ce n'est seulement qu'à l'ouest de la Weser qu'ils se maintiennent plus longtemps. Par exemple, bon nombre de Celtes, surpris par l'invasion de Belges ont préféré s'en aller vers l'Angleterre actuelle, où nous trouvons leur trace dans le Sussex, le Wessex et le Kent. Inquiets de la poussée des Belgae, les Parisii ont également quitté pour une part importante les rives de la Seine pour aller s'installer dans le Yorkshire actuel où l'on retrouve leur nom. On place le départ des Séquanes de la Seine vers la France-Comté à la même époque." (Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid.p. 147)

Carte de l'expansion celtique maximale au Ier s. av. J.-C.

Carte de l'expansion celtique maximale au Ier s. av. J.-C.

La "Gaule" : une définition romaine

 

Le mot se trouve pour la première fois dans un traité de Caton, Les Origines (deuxième quart du IIe siècle av. J.-C.). De Gallus, Galli, est venu le nom de la Gaule et des Gaulois.

 

Pour les Anciens, les trois dénominations, Celtes, Galates, Gaulois, étaient synonymes. Auguste Longnon (1844-1911) estime qu'originairement elles devaient désigner trois rameaux de la même race.

 

Jules César a appelé les Celtes, Galli, "gaulois", dans sa "Guerre des Gaules" (58-52 av. J.-C.)

 

Tandis que les Ligures étaient petits avec des cheveux bruns, les Celtes étaient grands, blonds; ils avaient le teint rose et clair. Les Celtes aux têtes blondes, écrit Claudien, 'fiers de leur haute stature méprisaient la petite taille des Romains' (J. César).

 

Frantz Funck-Brentano dans son livre Les origines propose cette répartition en 1925 :

 

"Que s'il fallait, parmi les races diverses dont s'est formée la nation française, chercher un type prédominant, c'est sans aucun doute chez les Ligures qu'il se trouverait et chez les autochtones, en admettant que les Ligures aient été eux-mêmes des immigrants. ... L'alliage pourrait peut-être se chiffrer très approximativement de la manière suivante : Dans la formation de la nation française seraient entrés 50% d'autochtones, Ligures et Ibères, 20% de Celtes, 5% de Latins, 16% de Germains, en y comprenant l'élément gothique, 4% de Normands et 5% d'éléments divers : Grecs, Basques, Sémites, Syriens, Africains...

 

..La langue des Celtes, pareille au Ligure, avait des rapports étroits avec l'ombro-latin. Des dialectes néo-celtiques se parlent de nos jours encore en notre Bretagne bretonnante, en Irlande, en Pays de Galles, en Haute-Ecosse et dans l'Île de Man, mais ces idiomes n'ont plus que des rapports éloignés ave ce que l'épigraphie a conservé du celte primitif. [14]

 

Karl Ferdinand WERNER confirme que "les Celtes ne bouleverseront pas notablement" le fondement ethnique de la population de Gaule pré-celtique : "la base biologique des populations de l'Hexagone était en place avant l'établissement et les dominations successives des Celtes, des Romains et des Francs." (Les Origines, ibid., p. 119.)

 

"Galli et son dérivatif Gallia ne sont point des termes 'gaulois', mais des mots latins." [15]
 

Tous les Gaulois sont des Celtes, mais tous les Celtes ne sont pas des gaulois

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Le mot "Galli" se trouve pour la première fois dans un traité de Caton l'Ancien, intitulé Les Origines (deuxième quart du IIe siècle avant J.-C.), oeuvre en grande partie perdue mais dont on possède des fragments, qui raconte l'histoire ancienne des villes italiennes, en particulier Rome depuis sa fondation jusqu'à la préture de Servius Sulpicius Galba). De Gallus, Galli, est venu le nom de la Gaule et des Gaulois. (Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,p. 31.)

 

L'archéologue Jean-Louis Brunaux explique que "tous les Gaulois sont des Celtes, mais tous les Celtes ne sont pas des gaulois" ("Faut-il dite Celtes ou Gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, "Gaulois, qui étais-tu ?", n° 61 Octobre-Décembre 2008.) Tous les Celtes ne sont pas gaulois au sens sens géographique donné par César.

 

Il faut attendre les années 100 avant notre ère pour qu'un grand savant, géographe et astronome (grec Ndlr.), Poseidonios d'Apamée (135-51 avant notre ère) effectue un véritable travail de géographie physique et humaine de notre région. Il le fait d'autant mieux qu'il entreprend, le premier, un voyage en Gaule intérieure, même si celui-ci est limité au Languedoc et à la vallée de la Garonne. Il donne à la Gaule ses frontières naturelles, qui seront plus tard reproduites par César (100-44 avant notre ère) : les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées, l'Océan et le Rhin (voir carte ci-dessus. Ndlr.) Il en indique les différents peuplements, dont il évoque l'histoire. Au centre de la Gaule se trouve la Celtique, occupée par un peuple indigène très tôt hellénisé, les Celtes. Les autres peuples, sous l'influence civilisatrice des Celtes sont les Belges, de la loire (ou de la Seine pour César) au Rhin, et les Aquitains, au sud de la Garonne. Les Belges résultent d'un mélange entre les populations indigènes et immigrants du Nord et de l'Est du Rhin, arrivés au IVe et IIIe siècles avant notre ère. Les Aquitains sont des peuples riverains des Pyrénées, en partie d'origine ibère. Notons le renversement de perspective : pour Poseidonios, la Celtique est une partie de la Gaule, alors que dans l'usage actuel de ces termes, c'est la Gaule qui est une partie de la Celtique.

Poseidonios rapporte une légende grecque adoptée par les gaulois à propos de l'ethnogénèse du peuplement de la gaule. Héraclès, entré en Celtique après avoir vaincu le roi Géryon, s'unit à la fille de celui-ci, qui en conçut un enfant, Galatès. A l'âge adulte, ce fils devint roi à son tour. Il entreprit de vaincre et de civiliser les peuples à demi-sauvages et nomades entourant la Celtique. Il y parvint et leur octroya son nom, qui devint celui du pays tout entier, la "Galatia", autrement dit la Gaule. [16]

Vercingétorix. Source image : http://www.e-stoire.net/article-camille-jullian-vercingetorix-_-chap-ix-p-7-101168682.html

Vercingétorix. Source image : http://www.e-stoire.net/article-camille-jullian-vercingetorix-_-chap-ix-p-7-101168682.html

Les Francs Gaulois chez les humanistes

 

Après avoir démontré la fausseté de l'origine troyenne des Francs, les humanistes des XV et XVIe siècles développèrent une thèse originale peu connue : les Germains et les Celtes n'étaient que des Gaulois. Les Francs redevenaient dans leur opinion les descendants de Barbares germaniques qui avaient détruit, avec l'Empire romain, la culture, les arts et la civilisation de l'Antiquité.

 

Pendant les siècles qui précédèrent le mouvement humaniste, on ne parla guère des Gaulois. Le mot gaule resta d'usage courant, sans interruption depuis l'époque romaine. On l'employait surtout dans le domaine ecclésiastique, où il pouvait avoir un caractère officiel, par exemple à propos des conciles. Abbé de Saint-Denis et biographe du roi Louis VI, Suger parle au XIIe siècle de la Gallicana Ecclesia pour les questions ecclésiastiques.

 

Les humanistes donnèrent une actualité toute nouvelle aux notions de 'Gaule' et de 'Germanie'. Elles perdirent leur coloration ecclésiastique. Ces mots (Gallia, Germania) servirent aux adeptes du latin classique pour exprimer les notions de 'France' et d''Allemagne'. Cette identification est donc l'oeuvre des humanistes.

 

Vers 1510-1513, Jean Lemaire des Belges, historiographe officiel et poète humaniste, se fondait encore sur l'origine troyenne des Francs pour faire des Français, dans ses Illustrations de Gaule et singularitez de Troye, les égaux des Romains.

 

Des Francs aux Gaulois

 

Il y avait en fait un choix déchirant. Il fallait admettre ou bien une population gauloise supplantée par un peuple barbare (les Francs) ou bien l'existence de deux peuples au sein du royaume : les Gaulois vaincus et les Francs vainqueurs. Pour éviter ces deux éventualités, on lança une version palliative dont l'incroyable succès montre combien était ressentie la difficulté que nous venons de résumer: n'étant plus troyens, les Francs ne sont pas pour autant Germains. En vérité, ce sont des Gaulois qui ont quitté leur patrie, conquise par les Romains - ou avant même cette conquête -, selon quelques auteurs - et sont revenus triompher pour libérer leur pays de ces Romains. C'était là faire d'une pierre deux coups: venger l'humiliation de la défaite gauloise devant les Romains (sous Vercingétorix), éviter l'hypothèse de la soumission à l'envahisseur germanique, préserver l'unité de l'origine nationale - qui, pour la première fois est imaginée comme purement gauloise." (Karl Ferdinand WERNER, "Les Origines", p. 34-37)

 

"Les Francs ne seraient autres que des Gaulois qui, ayant fui la Gaule lors de la conquête romaine pour se réfugier en Franconie (région centrale d'Allemagne), seraient revenus quatre siècles plus tard pour la libérer des Romains." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 5)

 

L'hypothèse des Francs Gaulois que l'on trouve chez les humanistes des XV et XVIe s., n'est pas complètement impossible si l'on se rappelle que les Proto-Celtes viennent d'une région située à cheval sur les deux rives du Rhin entre Alpes et Baltique.

Source image : http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/La-carte-de-l-installation-des-Celtes-2016-08-07-1200780564

Source image : http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/La-carte-de-l-installation-des-Celtes-2016-08-07-1200780564

Dans cette hypothèse les Germains deviennent des Celtes. La Celtique (keltike en grec) est un espace géographique correspondant à peu près à la Gaule (Gallia en latin) et peuplé, selon les Grecs, de « barbares » – c’est-à-dire d’hommes ne parlant pas le grec – dont les Celtes et, parmi ces Celtes, les Gaulois.

 

"Tous les Celtes ne sont pas des Gaulois. C’est César qui, lors de la conquête des Gaules, décide de n’attaquer que les Celtes situés à l’ouest du Rhin, bien qu’il y en ait aussi à l’est, les Germains occupant le nord." (Les Celtes, Européens sans le savoir, La Croix, Denis Sergent, le 07/08/2016 à 10h56 )

 

Historien allemand qui ne reconnaît pas l'existence d'une "nation gauloise", - et donc peu susceptible de parti pris, Karl Ferdinand WERNER écrit dans "Les Origines" :

 

"On voit donc comment l'histoire d'une nation, qui commence vraiment, selon Michelet, avec la Révolution, peut-être favorable au 'modèle gaulois' si celui-ci permet à cette nation nouvelle (en 1789 Ndlr.) de se reconnaître dans un lointain passé gaulois. Cela supposerait évidemment, pour être historiquement exact, que les Gaulois n'aient ni connu ni accepté la domination d'une aristocratie..." [17]

 

"La Révolution de 1830 apporte la consécration des honneurs officiels et populaires à l'ascendance gauloise des Français.

 

Le 'coq gaulois' est piqué sur les hampes des drapeaux sous un Louis-Philippe qui doit chercher la popularité cocardière plutôt que la légitimité du descendant de Clovis. ... L'expression 'Nos ancêtres les Gaulois' s'implante définitivement. Son contenu domine les manuels, la vague gauloise étant particulièrement forte entre 1871 et 1914 dans l'enseignement primaire, tandis que l'enseignement secondaire donne plus de place à l'apport de la civilisation romaine. La quête d'une identité si possible totale entre Gaulois et Français conduit l'historien Henri Martin à observer chez les Français des poumons plus importants et des entrailles plus réduites que chez les Allemands. Selon lui, ces caractéristiques correspondent certainement à celles des Gaulois et des Germains." [18]

 

Pour l'historien Henri Martin, auteur d'une Histoire de France, les Français sont "fils des Gaulois par la naissance et le caractère, fils des Romains par l'intelligence." (On a envie de dire merci pour l'intelligence des Gaulois ! Ndlr.) La manière dont les Français considèrent leurs origines en sera jusqu'à nos jours profondément marquée.

 

"Il fallut attendre la Révolution pour que l'ascendance gauloise des masses populaires fût clairement annoncée et assumée par un historien, constamment attaché au club des Jacobins, nommé en septembre 1792 à la Convention dite "nationale", qui se prononça lors du procès de Louis XVI, d’abord pour l’appel du peuple, avant de voter la mort sans sursis et sans appel, J.A. DULAURE dans son Histoire critique de la noblesse (1790) :

 

'Ah, malheureux peuple, vous étiez au pied des Barbares, dont les aïeux ont massacré vos ancêtres. Ils sont tous des étrangers, des sauvages échappés des forêts de la Germanie, des glaces de la Saxe... Il est probable qu'ils descendent d'un brigand.'

 

Et l'auteur de déclarer fièrement : 'Je suis de race gauloise...' [19]

 

A l'origine, les républicains sont donc des racialistes acharnés.

 

Cette remarque est importante tant on voit aujourd'hui leurs descendants spirituels renier ce qu'ils ont adoré hier, jusqu'à nier même qu'il y ait une nation française avant 1789... [20], un "peuple" français de souche... [21] Ou même "nos ancêtres les gaulois..." Pourtant, sans doute devrions-nous dire encore aujourd'hui à l'instar de J. A. Dulaure, nous sommes "de race gauloise" !

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

La nation gauloise préexiste à l'entité politique

 

Les historiens qui, aujourd'hui, ne reconnaissent pas l'existence d'une "nation" gauloise avancent pour appuyer leur thèse qu'il n'y avait pas en "Gaule" de cohérence politique, pas d'administration commune, pas de frontières, comme dans la "république" romaine à la même époque par exemple. Se servant du sens moderne du mot "nation", défini comme "groupe humain assez vaste qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun" (Le Robert, Dictionnaire d'aujourd'hui)", ils avancent, à l'instar de Karl Ferdinand WERNER, que "César a donc créé la nation gauloise". Sous-entendu : auparavant elle n'existait pas.

 

Or, César n'a fait que placer arbitrairement la frontière entre Gallia et Germania sur le Rhin. "Peu lui importaient alors les Celtes qui peuplaient toujours l'Allemagne méridionale..." (K. F. WERNER) [22] Peu lui importait les Celtes peuplaient également toute la Germanie et l’arc nord-alpin.

 

Jean-Louis Brunaux dans Nos Ancêtres les Gaulois, est plus circonspect. Il explique que le concept de "nation" est "vague et fluctuant selon les époques."

 

Le premier sens (de la nation), le "sens ancien", "dont on peut reprendre la définition du Petit Robert : 'Groupe d'hommes auxquels on suppose une origine commune', correspond à une "représentation essentiellement ethnique." [23]

 

La nation n'implique pas la présence de frontières.

 

"La royauté n'implique pas l'existence d'un royaume. La cité ne possède pas de territoire unifié mais des pagi, chacun irréductible. La cité est une structure souple pouvant absorber ou perdre un ou plusieurs pagi, accueillir de nouveaux peuples ou se séparer d'une part non négligeable de sa population (migrations)." (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, Nouvelle Clio, PUF, Mayenne 2015, p. 282.)

 

« Les Celtes pratiquaient la colonisation de terres plus lointaines, déléguant à une partie de leur population, le soin de les conquérir en Italie, en Allemagne méridionale et en méditerranée orientale. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 09.)

 

Le Petit Larousse illustré 2007 ajoute le sens moderne de la nation héritée des Romains : c'est une "grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique plus ou moins forte."

 

La nation gauloise, bien qu'établie sur des territoires aux limites fluctuantes, répond à l'ensemble de ces définitions :

. une origine commune (Petit Robert), pas forcément installée sur un même territoire (sens ancien),

. qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique" (sens moderne, Petit Larousse),

. et même qui se caractérise par la "conscience de son unité" au sens moderne (Le Robert, Dictionnaire d'aujourd'hui). La lutte pour l'indépendance sous Vercingétorix, le premier empire Gaulois de Sabinus en 69 après J.-C., le second empire gaulois de Postume en 260 ap. J.-C., ainsi que toutes les révoltes gauloises après la conquête de Jules César montrent assez combien le souvenir de l'unité était un sentiment suffisamment puissant pour soulever nos ancêtres.

 

La nation gauloise préexiste donc à la frontière fixée par César, ainsi qu'à l'entité politique, elle se caractérise par un peuple d'origine commune situé sur les deux côtés du Rhin, bien que divisé en diverses tribus, chacune sous l'autorité d'un chef particulier, le vergobret qui disposait de l'autorité royaleavec chaque année la réunion des druides dans un centre religieux commun, de même que la réunion chaque année d'un "Conseil de toute la Gaule" (voir plus bas)

 

Cette nation gauloise avait comme nous le verrons un même mode de vie, des traditions, des coutumes communes, une religion commune, des traits et caractères communs.

 

De la même façon qu'on ne voit pas comment on pourrait dire que la nation grecque n'existait pas au Ve siècle av. J.-C. du fait d'une guerre entre Athéniens (Ligue de Délos) et Spartiates (Ligue du Péloponnèse)..., on ne voit pas très bien pourquoi on pourrait dire des Gaulois qu'ils ne formaient pas une "nation" du fait de leurs divisions ?

 

Ou encore pourquoi dirait-on que la nation française n'existait pas au XIV et XVe siècle, du fait de l'opposition entre Armagnacs et Bourguignons, durant la Guerre de Cent Ans ?

 

Ou encore pourquoi ne dirions-nous pas, selon le même argument, que cette nation française n'existait pas non plus en 1789 du fait de la guerre civile, du génocide et de la Révolution qui fit deux millions de morts ?

 

Camille Jullian précise que les Celtes, "semblables encore en cela aux Grecs des temps de l'indépendance (et nos fameux basileis des temps homériques, Agamemnon et Priam), avaient le sentiment de leur unité morale, et ce sentiment survivait aux discordes intestines. Ils parlaient tous la même langue; ils portaient des noms formés de la même manière; ils adoraient quelques grands dieux, commun à toute leur race; les nations de la Gaule avaient des qualités et des défauts analogues, et leurs institutions politiques ne différaient pas sensiblement. Surtout, elles avaient le souvenir ou la persuasion d'une identité d'origine.

 

Si les rivalités entre peuplades empêchaient la cohésion politique, un vague instinct de conscience nationale maintenait le goût de l'unité", écrit Camille Jullian, dans Vercingétorix. (Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 26.)

 

Un centre politique commun : le "Conseil de toute la Gaule"

 

Outre un sanctuaire commun (voir plus bas), plus récemment, l'archéologue Jean-Louis BRUNAUX, a évoqué un "Conseil de toute la Gaule".

 

« Chaque année, écrit-il, un "Conseil de toute la Gaule" (Concilium totius Galliae) se réunissait et les élus de chacun des peuples y accordaient le principat (le leadership) à un peuple-patron. Cette assemblée, dont les pouvoirs paraissent avoir été limités, avait l'avantage de matérialiser un espace dont la nature était avant tout politique. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 07)

 

Une forme de fédéralisme

 

« Très tôt - au moins dès le IIIe siècle avant J.-C. -, les peuples prirent l'habitude de réunir leurs chefs et des délégués des différentes assemblées dans le "Conseil de toute la Gaule"... qui avait pour mission d'accorder à l'un d'entre eux ce que César nomme un "principat". ... En 52 avant J.-C., c'est lui qui décida la création d'une gigantesque armée confédérale. Mais le contrôle des accords, le respect des prérogatives de chaque population, l'arbitrage des conflits étaient délégués à une autre assemblée annuelle, celle des druides. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid.,, p. 11.)

 


... sous l'autorité d'un roi élu, chargé de fonctions exécutives :

 

 

« Ce pouvoir, le souverain le partage avec le sénat ou assemblée du peuple (publicum concilium des Cénomans), lequel se compose des représentants des clans et des hommes libres; le souverain est l'exécuteur des décisions du sénat / peuple. S'agissant des fonctions du roi, les sources sont peu explicites.

 

Chef militaire, le roi avait la faculté de convoquer l'assemblée et le conseil armée, prélude à toute opération belliqueuse. La royauté n'implique pas l'existence d'un royaume (frontières). La cité ne possède pas de territoire unifié mais des pagi, chacun irréductible. La cité est une structure souple pouvant absorber ou perdre un ou plusieurs pagi, accueillir de nouveaux peuples ou se séparer d'une par non négligeable de sa population (migrations). Les Celtes de ces périodes ne paraissent pas attachés à un territoire. ... Ces princes, rois, roitelets offrent de multiples points de comparaison avec les basileis du monde homérique.
 

 

Les modalités de désignation sont en revanche totalement inconnues. Si l'aval des grands était indispensable, une sanction plus populaire est vraisemblable [Brunaux 2004, 28-29]

 

L'épigraphie monétaire (Colbert de Beaulieu, Fischer 1998) confirme la survivance des anciennes charges avec l'identification d'un certain nombre de magistratures - Rex, Basileus, Vergobreto, Argantodan, Argantokomaterekos, Ulatus (Gruel 1989, 136) - jusqu'à la conquête romaine.

 

Quelques-uns de ces monnayages de cité sont identifiables par des légendes monétaires au nom du peuple (Volcae, Eburones), au nom du roi ou du vergobret. On a aussi quelques rares cas de mention de magistrats monétaires : arcantodan (Colbert de Beaulieu, Fischer 1998). » (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 281-291)

 

L'importance et le souvenir de ce Conseil de toute la Gaule se révèlera encore en janvier 70 ap. J.-C. Alors que l'Empire des Gaules avait été proclamé par Classicus, Tutor et que Sabinus, autoproclamé "empereur des Gaulois" (Tacite, Histoires, IV, 67), vit certaines légions lui firent allégeance (69), le Congrès de Reims se prononça contre l'"empire gaulois", suite à un discours habile du général romain Cerialis qui, tel César, su instrumentaliser nos divisions, ainsi que la crainte de la domination germanique. (Tacite, Histoires, IV, 68-74.) 

 

Les traits physiques

Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951

Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951

Régine Pernoud précise que "l'étude des Celtes à l'époque de la Tène réserve une bonne surprise : il est impossible en effet de n'être pas frappé des traits de ressemblances évidents qui relient entre eux le peuple celte et le peuple français. Alors que dans d'autres pays le caractère de la population primitive a été complètement bouleversé par les invasions - c'est le cas par exemple pour la majeure partie de l'Angleterre (le pays de Galles excepté) après l'arrivée des Saxons - il semble que chez nous les apports successifs de populations aient à peine modifié le fond de notre race, tant nous pouvons nous reconnaître, reconnaître les Français d'aujourd'hui et plus encore ceux du Moyen Âge, dans les Celtes d'avant la conquête romaine", écrit-elle.

 

S'agissant des traits physiques, Régine Pernoud indique que "les auteurs antiques, du moins ceux qui comme Strabon, avaient assez voyagé pour connaître et des Celtes et des Germains, étaient surtout frappés par les différences physiques entre les deux races : 'Les Germains, dit-il, diffèrent quelque peu de la race celtique par une nature plus sauvage, une taille plus grande, une chevelure plus blonde. Ils s'en rapprochent par tout le reste, par l'aspect, les moeurs et les lois'... Et il suffit aussi de regarder ce que sont les peuples demeurés profondément celtes : les Irlandais, entre autres, pour comprendre que le type gaulois n'a rien à voir avec l'idée que l'on s'en fait généralement. Nos ancêtres devaient être de taille moyenne, cheveux châtains, yeux noisettes. Comme le dit Ferdinand Lot, si l'on veut savoir à quoi ressemblait un Gaulois, regardons-nous dans la glace", écrit encore Régine Pernoud. [24]

 

Les inventions

 

Loin des clichés du Petit Lavisse et de l'histoire républicaine, la nation gauloise est à l'origine d'un certain nombre d'inventions. Elle a inventé les vêtements moqués par Rome (le pantalon, le costume) et que Rome adopta ensuite, le savon, la fertilisation des terres par le marnage et le chaulage, "à l'étonnement stupide des Romains surpris qu'un peuple s'employât à 'engraisser la terre par la terre'" (F. Funck-Brentano, Les Origines, p. 68), la literie à matelas, la carroserie.

 

Les Gaulois prenaient leur repas assis devant des tables basses, et non pas couchés comme les Latins. Ils ont inventé le matelas. Ils dormaient sur des matelas de laine, alors que les peuples du midi ne connaissaient que les paillasses (R. Pernoud, Histoire du peuple français, ibid., p. 36.)

 

La nation gauloise disposait d'une verrerie très avancée : "les Gaulois étaient parvenus à des couleurs  d'une intensité et d'une limpidité incomparables et que notre temps se trouverait incapable de reproduire ...

 

On sait que c'est en France que les édifices religieux connaîtront les premières verrières où la lumière se filtera au jeu des plus vives couleurs; dans la France du XIIe siècle, l'art des vitraux connaîtra une magnificence et une perfection qu'aucune autre nation, aucun autre temps, ne pourront égaler. Les Gaulois appliquaient plus particulièrement leur technique verrière à la fabrication des bijoux, en imitation du corail et de l'ambre, de l'ambre fauve, du corail rouge si recherchés", écrit Funck-Brentano. [25]

 

S'agissant des méthodes de culture, elles sont déjà ce qu'elles devaient rester jusqu'à l'époque moderne ... des champs ouverts sur lesquels la culture se renouvelle tous les trois ans : une année de blé ou les autres céréales riches, la seconde année des céréales pauvres ou des plantes à racines, la terre restant en friche la troisième année. Les Gaulois ont inventé la faux pour récolter le foin, invention qui se répandra peu à peu dans tous les pays européens, la charrue à roues, la herse.

 

"Contrairement à ce qui se passait en territoire romain, la culture de la terre n'est pas faite par des esclaves, mais par des hommes libres. L'esclavage semble avoir été moins pratiqué chez les Celtes que chez les peuples méditerranéens", écrit Régine Pernoud dans un livre remarquable : "Histoire du peuple français, des Origines au Moyen Âge." [26]

 

"Les transports ne se faisaient pas à dos d'hommes. C'est l'honneur des Gaulois de n'avoir jamais considéré leurs semblables comme des bêtes de somme. Les transports se faisaient sur leurs charrettes à deux roues, ou à quatre roues, et qui ne se sont guère modifiées. ...La carrosserie des Gaulois étaient en renom parmi les Romains, au point que ceux-ci allèrent jusqu'à leur emprunter les principaux termes du métier." [27]

 

Les voies de communication, les routes seront élargies, renforcées par les Romains; mais elles ne feront que suivre les longs chemins gaulois, traversant le pays, reliant leurs capitales. Ces chemins gaulois n'ont pas été appréciés à leur juste valeur. Ils seront assez larges et assez fermes pour permettre à César de faire circuler ses armées et leurs impedimenta. Fleuves et rivières étaient franchis sur des ponts de bois. Les rivières étaient activement utilisées. [28] (Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 66.)

 

Régine Pernoud explique que "les grandes routes gauloises sont d'ailleurs assez souvent des routes préhistoriques. Le commerce de l'étain par exemple, qui frayait sa voie à travers toute l'étendue de la Gaule avait lieu certainement avant l'époque de la Tène (ou second âge du fer de 450 av. J.-C. à 25 av. J.-C.) Aux premiers siècles av. J.-C., écrit-elle, quatre routes principales permettaient d'acheminer l'étaint des Îles britanniques nommées alors Îles Cassitérides, du nom grec de l'étain, jusqu'aux pays méditerranéens. (R. Pernoud, Histoire du peuple français, des Origines au Moyen Âge, Nvelle Librairie de France, Paris 1951, p. 40)

 

Les arts et métiers
 

L'ingéniosité. César ne peut s'empêcher, notamment lors du siège de Bourges, de reconnaître cette supériorité des Gaulois sur le Romain :

 

'A l'exceptionnelle valeur de nos soldats, écrit-il, les Gaulois opposaient toutes sortes de moyens. C'est une race d'une extrême ingéniosité et ils ont de singulières aptitudes à imiter ce qu'ils voient faire. A l'aide de lacets, ils détournaient les coups de nos faux et quand ils les avaient bien serrées dans leurs noeuds, ils les tiraient avec des machines à l'intérieur des remparts; ils faisaient écrouler notre terrassement en creusant des sapes, d'autant plus savants dans cet art qu'il y a chez eux de grandes mines de fer et qu'ils connaissent et emploient tous les genres de galeries souterraines'.


Il n'est donc pas exagéré d'attribuer à notre ascendance celtique la réputation dont n'a cessé de jouir l'ouvrier de France, - réputé partout le plus habile , - et aussi cette spécialité que constitue chez nous l'artisanat, l'objet d'art, depuis la tapisserie française jusqu'à la mode et aux articles de Paris.

Un archéologue, Olivier BUCHSENSCHUTZ, dans la revue Dossier pour la Science, explique que les Gaulois étaient d'excellents forgerons. Ils ont créé la faux, un outil spécifiquement européen pour récolter le foin, des fourreaux métalliques pour protéger le tranchant des épées... [29]

 

En agriculture, tandis que les Romains ne connaissaient encore que l'araire au soc fixe, péniblement tiré par l'esclave, les Gaulois, eux, avaient inventé la charrue à roues avec avant-train indépendant et coutre mobile. Ils se servaient de la herse, que tous les peuples européens ont adopté peu à peu... Ils furent ainsi les premiers à mécaniser l'agriculture, et Pline parle avec étonnement de leurs machines à faucher avec lesquelles ils coupaient les foins en un temps incroyable pour les Romains. Ils se servaient même de moissoneuses à dents de fer fixées à une grande caisse évasée où retombaient les épis coupés. (R. Pernoud, Histoire du Peuple français, p. 28)

 

Régine pernoud explique que les épées gauloises étaient remarquablement trempées et conçues pour frapper de taille mesuraient plus d'un mètre de long. Leurs javelots avaient aussi la réputation d'être excellents. ... Les Gaulois savaient aussi fabriquer les piques et les arcs qui servaient à leurs fantassins.

...Ce sont eux qui ont inventé la cotte de mailles, qui allait devenir d'une usage général chez les guerriers et le demeurer jusqu'au XIVe siècle, époque où les lourdes armures compliquées commencent à remplacer la cotte de mailles de l'époque féodale.

Il faut leur rapporter l'invention de l'argenture et celle aussi de l'étamage dont les conséquences se sont fait sentir de tous temps, puisque c'est l'étamage du cuivre qui permet de l'utiliser dans les usages domestiques.

Ils prenaient leur repas assis devant des tables basses, et non pas couchés comme les Latins. En revanche, ce sont eux qui ont inventé cette précieuse pièce de mobilier qu'est le matelas. Ils dormaient sur des matelas de laine, alors que les peuples du Midi ne connaissaient que les paillasses.

La céramique est longtemps restée chez eux assez grossière, mais à l'époque de la conquête romaine on voit se développer le goût pour la poterie peinte.

Les Gaulois ont également pratiqué le tissage. ... Ils semble qu'ils aient poussé très loin l'industrie textile et en aient fait un art véritable. Les textiles découverts dans les sépultures aristocratiques de l'Europe celtique révèlent un haut degré technique atteint par les Celtes au cours du premier âge du fer (VIIIe-Ve siècle), où  apparaît le métier vertical à quatre barres qui remplace le traditionnel métier à tisser vertical à deux barres hérité du Néolithique, le métier à tablettes, l'apparition de nouvelles sources de colorants, comme le kermès... A partir du IXe siècle avant notre ère, c'est grâce à cette évoluition du métier que les armures de tissage se diversifient. L'amure principale est le sergé, qui sert de base à d'autres armures dérivées, tels le chevron et le losange qui apparaissent au même moment. ... L'usage des textiles associés aux épées, apparu au début du IXe siècle avant notre ère, se perpétue tout au long du premier âge du fer. L'emballage des épées par tissu est indissociable des pratiques funéraires aristocratiques du premier âge du fer et se retrouve dans tous les types de sépultures d'Europe celtique. ... De nouvelles techniques, telle celle de la navette volante, où des fils de trame supplémentaires sont utilisés pour réaliser un motif au cours du tissage, sont observées à Hochdorf. ... En 1978, la découverte de la sépulture exceptionnellement bien conservée de Hochdorf, dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne du sud, a permis d'apprécier l'éventail des réalisations textiles au cours du VIe siècle avant notre ère. ... Les Celtes utilisaient des étoffes colorées avec des motifs géométriques (losanges, svastikas, etc.), à des fins vestimentaires et décoratives. De tels tissus ont été découverts da,s plusieurs sépultures princières. ... La plupart possèdent des traces de coloration bleue et rouge. [30]

 

Ils ont été les premiers, leur goût pour la couleur aidant, à fabriquer ces tissus que nous appelons écossais, précisément parce que l'usage s'en est conservé dans les régions demeurées en partie celtiques, et notamment en Ecosse. Ces larges plaids dont le goût est revenu sur le continent, ce sont en réalité les manteaux gaulois; César parle des manteaux tissés de couleurs diverses formant des carrés, sur lequels s'asseyaient les chefs et les nobles gaulois durant leurs conseils de guerre. Les rares tissus retrouvés dans les tombes gauloises attestent de leur fabrication.

... Il faut bien dire d'ailleurs qu'à côté du costume grec ou romain, le costume gaulois apparaît singulièrement adapté et pourrait être l'indice d'une civilisation beaucoup plus développée, si paradoxale que paraisse cette affirmation. Il est à la portée de n'importe quel primitif de se draper dans un tissu quelconque comme le faisaient les Grecs ou les Romains dans leurs toges. Alors que les Gaulois ont inventé toutes les pièces de vêtements caractéristiques de la civilisation occidentale: les braies ou pantalons - on les appelle encore brayes ou brayettes dans le Midi de la France - les justaucorps ou tuniques courtes fendues par devant et pourvues de manches et qui sont nos vestons actuels; enfin, les saies ou manteaux dans lequels ont peut se draper comme dans une pèlerine, ou que l'on agrafe sur la poitrine. ... Un empereur romain a même été surnommé Caracalla, qui était le nom de la blouse gauloise qu'il avait adoptée pour son usage personnel. C'est donc notre peuple qui, dans l'Antiquité a trouvé la meilleure façon de se vêtir, la plus adaptée aux besoins du corps, au point que leur vêtement est devenu celui de toute l'Europe.

D'autre part, les Gaulois étaient connus aussi parmi les peuples antiques pour être de parfaits cordonniers. Alors que la plupart des autres peuples ne connaissaient que la sandale, on leur doit l'invention du soulier montant ou galoche dont le nom atteste l'origine (c'étaient les 'chaussures gauloises' : gallicae).
... Et c'est à eux également que l'ensemble du monde civilisé doit cette invention inestimable: le savon. Les premiers, les Celtes ont connu la fabrication et l'usage du savon dont le nom même est d'origine gauloise (sapo). Ils le fabriquaient, si l'on en croit Pline, à l'aide d'une sorte de potasse extraite de la cendre végétale, et mélangée avec du suif. Encore un trait qui atteste l'extrême ingéniosité de notre race. Les Gaulois avaient d'ailleurs la réputation d'être extrêmement propres." [31]

 

'Le savon, dit Pline, inventé par les Gaulois aux cheveux rutilants.'" Les Gaulois "vendaient aux Romains le savon." [32]

 

"Les Gaulois sont propres sur eux, dit Ammien, soignant leurs longs cheveux, leurs longues moustaches, tombantes, la fraîcheur de leur teint. Ammien ajoute 'Vous ne trouverez pas chez eux, comme vous trouverez ailleurs, homme ou femme, pour pauvres qu'ils soient, en vêtements sales ou loqueteux !'" (F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 69.) ... "Les villes étaient généralement bien tenues. On vantait la propreté gauloise." (F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 148.)

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

"Le savon, une forme de dentifrice, des techniques avancées de tissage produisant des étoffes aux décors géométriques de différentes couleurs, l'émail sont d'autres innovations gauloises." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 13.)

 

"Le dépôt fréquent dans les tombes de La Tène ancienne du rasoir et d'instruments de toilette, pincettes et scalptorium, puis, à partir de la Tène moyenne, de l'association de forces et de rasoirs, attestent l'importance des soins corporels." (Olivier BUCHSENSCHUTZ, L'Europe celtique à l'âge du Fer, VIIIe – Ier siècles, ibid., p., 234)

 

Les Transports. Les Gaulois construisent des attelages : "le mot 'char', qui est passé dans toutes les langues antiques, vient du celtique" (Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 22.)

 

"Pour bâtir leurs demeures, les Gaulois faisaient peu usage de la pierre : maçons malhabiles, écrit Frant Funck-Brentano, jusqu'à l'arrivée des Romains et médiocres carriers. Leurs dieux mêmes ne connaissaient guère les temples bâtis. (F. Brentano, Les Origines, ibid.,p. 62.)

 

Plus tard, sous les Gallo-Romains, ce sera différent. "Les temples consacrés à leurs dieux imitaient l'architecture grecque, ils l'imitaient à la Romaine, oeuvres d'écoliers habiles, attentifs, ayant sous les yeux de bons exemples, mais sans la délicate maîtrise du modèle, sans la flamme ni la vie de l'originalité. ... Avec les thermes, les monuments les plus importants de la ville était les arènes et les théâtres, édifices immenses disposés pour contenir des foules nombreuses, car les spectacles étaient gratuits. Tout le monde y était admis, jusqu'aux esclaves." (F. Brentano, Les Origines, ibid.,p. 142, 143.)

Religion, moeurs et coutumes particulières

"César définit les Celtes comme un 'peuple très adonné aux pratiques religieuses'. Et en effet le sens mystique paraît avoir été chez eux extrêmement développé.

Les prêtres en étaient les druides qui formaient une sorte de classe à part dans le peuple, bien que mêlés à toutes les activités de la vie courante. Ces druides subissaient une très longue formation qui s'étendait parfois sur vingt années d'études et, trait caractéristique, ils n'ont pas laissé d'écrit. ... Leur tradition se transmettait orlament.

La religion gauloise était spécifique. Dans les religions préhistoriques européennes en effet, la religiosité reposait essentiellement sur la croyance en des forces naturelles et associait l'environnement à la divinité dans une forme de panthéisme. L'arbre y avait par exemple une place spéciale. Or, dans la religion gauloise, cette religiosité primitive a disparu peu à peu de nos contrées pour laisser place à des religiosités plus élaborées. Ainsi, à la fin du IVe siècle avant .-C., les ensembles architecturaux ont succédé aux lieux remarquables (montagnes, grottes, sources, arbres, etc.), même si ces derniers peuplaient encore les poèmes et les chants qui envahissaient encore la mémoire des Gaulois :

"Les arbres et les cultes purement naturistes ont disparu à l'époque de La Tène (450-25 aV. J.-C.). Seuls des noms divins associés aux rivières et aux montagnes ont survécu. Les arbres ne sont plus chez les Gaulois un objet de culte comme ils le sont encore à la même époque chez les Germains." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 92-93.)

 

L'écriture et l'usage des monnaies sont venus aux Gaulois, non des Romains, mais des Grecs, depuis Marseille, fondée vers 600 av. J.-C. (Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 54, 55.) 

 

L'idée reçue "les Celtes ne connaissaient pas l'écriture" est fausse. L'usage de l'écriture est ancien : de Castelletto Ticino, Via Aronco, en Italie du Nord, provient une inscription celtique sur vase à boire datée du deuxième quart du VIème av. J.-C. ; elle est donc aussi ancienne que les plus vieilles inscriptions latines. Elle est gravée dans l'alphabet dit de Lugano, dérivé de l'alphabet nord-étrusque, qui a couramment servi aux Celtes d'Italie du Nord dès le VIème siècle. Plus tard, l'usage de l'écriture est devenu très courant de part et d'autre des Alpes. En Gaule intérieure, c'est souvent, en particulier à partir du IIème siècle av. J.-C., l'alphabet grec qui est employé par les Celtes pour transcrire leur langue.

 

"L'utilisation de l'écriture est attestée par des graffitis sur la céramique et par la découverte de styles (poinçons servant à l'écriture)" (Olivier Buchsenschutz, Sous l'oeil des archéologues, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 28.)

 

"A l'arrivée de César,... ils (les Gaulois) battaient monnaie, se servaient de l'écriture." (Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 169.)

Inscription gauloise en alphabet grec, de Vaison-la-Romaine. Dédicace d'un nemeton (enclos sacré) à la déesse Belisama, IIème siècle av. J.-C.

Inscription gauloise en alphabet grec, de Vaison-la-Romaine. Dédicace d'un nemeton (enclos sacré) à la déesse Belisama, IIème siècle av. J.-C.

 

"Ce clergé des druides formait une société hiérarchisée. Les druides obéissaient à un chef unique détenant l'autorité suprême et qui à sa mort était remplacé par un autre chef désigné par élection. ils avaient auprès des peuples et des rois un double rôle social, comme magistrats et comme conseillers." (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 36.)

 

En quoi consistait la doctrine des druides? On est certain qu'ils professaient les croyances en l'immortalité de l'âme. On en retrouve l'écho chez Lucain, qui mentionne l'existence d'un autre monde (orbe alio) où les âmes pourraient se mouvoir, alors que les autres auteurs (Posidonius, César, Diodore, Strabon et Ammien Marcellin)  laissent entendre que les âmes des trépassés reviennent sur terre (réincarnation). Le mort pourrait connaître différents destins suivant la vie qu'il a menée et la mort qu'il a connue. Les rites funéraires avaient aussi leur importance dans ces passages et ces cheminements. L'historien de la philosophie Diogène Laërce nous donne une idée révélatrice du contenu des préceptes moraux druidiques. "Ils disaient qu'il faut honorer les dieux, ne rien faire qui soit mal, s'exercer au courage." L'expression "ne rien faire de mal" sous-entend qu'il existe un tableau du bien et du mal et suggère que les idées de péché et de salut existaient chez les Gaulois. (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 100-102; 110). Pour le reste on ne sait que peu de choses, sinon que les druides maintenaient chez tous les peuples de race celtique une unité d'ordre religieux.

 

Lors de l'assemblée annuelle, c'était eux qui faisaient office de juges et qui immolaient les criminels. Lorsque les Romains après la conquête voudront détruire l'unité du monde celte, ils traqueront les druides et ce sont leurs sacrifices humains qui leur en fourniront le prétexte.

 

"La doctrine druidique... était un agrégat de croyances religieuses souvent archaîques et irrationnelles voisinant avec des théories beaucoup plus développées sur la vie, la mort et l'univers. ... Les arbres ne sont plus chez les Gaulois un objet de culte comme ils le sont encore à la même époque chez les Germains." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), ibid., p. 93.)


"Ils portaient des sortes de toges blanches, garantes de la pureté de leur âme, ils suivaient l'enseignement d'un maître, tout au long d'une période d'une vingtaine d'années, ils proscrivaient l'écriture.

 

Les druides sont également des théologiens; Eux seuls connaissent la nature des dieux. (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 24.)


Aux druides revenaient entre autres charges l'éducation de la jeunesse. Et il est remarquable que les Celtes aient été les seuls peuples antiques à confier ainsi à une classe spéciale la fonction d'éducation.

 

"Il existait une histoire indigène (orale), celle que les druides avaient consciencieusement compilée et qui faisait partie du savoir transmis à leurs élèves." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid., p. 13)

Druides cueillant le gui au 6e jour de la nouvelle lune, Henri-Paul Motte, v. 1900

Druides cueillant le gui au 6e jour de la nouvelle lune, Henri-Paul Motte, v. 1900

"Les druides sont entourés du plus grand respect. Ils statuent en effet sur presque tous les différents publics ou particuliers." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid., p. 25)

 

... Les dieux gaulois sont associés en triades : les noms de Teutatès, Hésus et Taranis apparaissent ainsi réunis, et l'on possède des sculptures représentant un dieu à trois têtes. Cf. En particulier les divinités tricéphales trouvées à Reims, aujourd'hui au Musée de Saint-Germain-en-Laye (Aisne), Dennevy, (Saône-et-Loire), au Faubourg Saint-Jacques, à Beaune et à Paris (Le dieu tricéphale gaulois, séance du 29 octobre 1875, Par Jean-Joseph De Wittesem, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1875 Volume 19 Numéro 4, p. 336.)

Le dieu à trois têtes, IIe siècle ap. J-C. On trouve cette image dans le livre de Régine Pernoud, "Les Gaulois", avec cette légende : "Le dieu à trois têtes. IIe siècle ap. J.-C. Beaucoup plus tardive que la pièce précédente, cette stèle de pierre monte trois têtes semblables, mais distinctes et non fondues en une seule. L'influence de la sculpture romaine est ici très nette, encore qu'il s'agisse d'une triade celtique, et que le dieu à trois têtes porte le torque bouleté. Trouvée à Condat-sur-Trincou (Dordogne). Musée d'Aquitaine, Bordeaux."(R. PERNOUD, Les Gaulois, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 43.)

Le dieu à trois têtes, IIe siècle ap. J-C. On trouve cette image dans le livre de Régine Pernoud, "Les Gaulois", avec cette légende : "Le dieu à trois têtes. IIe siècle ap. J.-C. Beaucoup plus tardive que la pièce précédente, cette stèle de pierre monte trois têtes semblables, mais distinctes et non fondues en une seule. L'influence de la sculpture romaine est ici très nette, encore qu'il s'agisse d'une triade celtique, et que le dieu à trois têtes porte le torque bouleté. Trouvée à Condat-sur-Trincou (Dordogne). Musée d'Aquitaine, Bordeaux."(R. PERNOUD, Les Gaulois, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 43.)

Camille Jullian avait bien vu que ces triades pouvaient n'être qu'un triple aspect du même personnage. Pour Régine Pernoud, la religion celtique dépasse infiniment la mythologie gréco-latine que n'effleure aucun sens d'une transcendance divine, ou même l'ensemble des doctrines philosophiques et morales d'une sagesse tout humaniste, sur lequel vécurent les populations méditerranéennes. Elle s'apparentait beaucoup plus facilement à la religion biblique, puisque comme cette dernière, elle eut la prescience de l'immortalité de l'âme, et peut-être d'un dieu unique. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 45.)

 


Ce qui ressort surtout de l'ensemble de la mythologie gauloise, c'est la radicale incompatibilité avec la mythologie gréco-latine, son caractère mystique et l'incontestable sens surnaturel qui s'en dégage. Nous sommes loin avec les druides du paganisme grossier des Germains et de cette non moins grossière réduction des divinités aux hommes qui constitue la religion du monde classique. Il n'y a rien eu de comparable, en Occident, aux collèges druidiques et à leur doctrine. Plus qu'aucun autre peuple antique, les Gaulois vivaient dans une atmosphère toute imprégnée de pratiques religieuses. Aucun évènement : naissance, fiançailles, mariage, maladie et mort, chasse et guerre, arrivée et départ ne se passe sans l'assistance de la religion et le secours des dieux. Comme l'a écrit Jullian, la religion chez les Gaulois était 'à la fois une manière de vivre et une façon d'expliquer les choses'. C'est elle qui discipline le rythme des saisons, des mois, des jours.



Quant à l'importance de la religion dans la vie quotidienne des Gaulois, nous avons le témoignage unanime des écrivains antiques qui considéraient les Celtes comme les gens les plus religieux qui soient; "peuple très adonné aux pratiques relgieuses", dit César, et Strabon de son côté indique que les Celtes se caractérisent par leur piété. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, ibid, p. 38.)

 

Il est hors de doute que cette religion gauloise, si éloignée des simples marchandages dans lequels consistaient les rapports des Romains avec leurs dieux, a eu également son aspect barbare : rites sanglants et immolations de victimes humaines faisaient partie des cérémonies publiques. Souvent on sacrifiait ainsi les prisonniers de guerre ou les criminels, mais parfois aussi il s'agissait d'innocents offerts en sacrifice d'apaisement.

 

Ce qui confond d'imagination, c'est que ces mêmes druides, organisateurs de sacrifices atroces, étudiaient le mouvement des astres et la constitution des éléments, parlaient de la grandeur de l'univers, enseignaient une morale élevée, épurée, où dominait la plus noble croyance en l'immortalité de l'âme. Ils combattaient l'idolâtrie. (Frantz Funck-Brentano, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 36-39)

 

... La croyance en l'immortalité de l'âme était, dans la pensée des Gaulois, d'une intensité particulière. Elle était si vive que les Grecs et les Romains, qui cependant la partageaient, en était frappés. Ils lui attribuaient ce mépris de la mort qui faisait marcher les gaulois la poitrine découverte contre des ennemis casqués et cuirassés. Déjà aurait-on pu dire d'eux ce que les Italiens diront des gentilshommes français au temps de Louis XIII : 'Ils vont au combat comme s'ils devaient ressusciter le lendemain.'

 

Diodore de Sicile dit que les Gaulois méprisent la mort au point qu'ils se battent en duel et se tuent les uns les autres pour les causes les plus futiles : tels encore les gentilshommes français au temps de Louis XIII..

 

Un centre religieux

 

"Chaque année à date fixe, ils (les druides) tiennent leurs assises en un lieu consacré dans le pays des Carnutes qui passe pour occuper le centre de la Gaule", écrit César dans une page des Commentaires que la plupart des historiens ont cité (6.13).

 

Description de l'image Camille Jullian.jpg.Camille Jullian évoque un sanctuaire commun à toutes les tribus.
 
 
"Chaque année, à des jours solennels, les prêtres des tribus, ... les druides, se réunissaient en un lieu consacré pour y tenir leurs assises; et ce lieu était, comme je l'ai indiqué, sur la Loire, près de la forêt d'Orléans.
 
 
En apparence, ce n'était que concile et cénacle de prêtres : en réalité, c'était assemblée nationale, image et symbole de patrie. [...] Deux mille ans plus tard, lorsque les moines bénédictins voudront refaire l'unité intellectuelle et morale de cette Gaule devenue chrétienne, c'est au même endroit, à Fleury-sur-Loire, qu'ils installeront un puissant monastère et leurs plus célèbres écoles : car, là, diront-ils, on touche à la fois à la France, Aquitaine et Bourgogne. [...] Là où était le centre du pays, là s'assemblaient ses prêtres."
 
 
Dans le pays des Carnutes, deux villes sembleraient idiquées comme lieu des assemblées des druides: Chartres et Orléans. Or, les érudits n'ont pas encore résolu la question. Chartres a une cathédrale qui recèle une source, le Puits des Saints-Forts, située dans sa crypte à trente-trois mètres de profondeurs et qui passe pour avoir été voué dès l'Antiquité païenne à la Vierge qui doit enfanter. Mais d'autres raisons militeraient en faveur d'Orléans qui fut toujours le point de départ de ces sursauts de résistance qui ponctuent l'histoire du pays tout entier: qu'il s'agisse  de Vercingétorix, de Jeanne d'Arc ou de 1940, Orléans a toujours un rôle décisif. Un troisième lieu s'offre aux érudits: le lieu d'assemblée des Gaules n'aurait-il pas été Saint-Benoît-sur-Loire? Un lieu de culte important sur lequel fut implanté l'ancienne abbaye de Fleury-sur-Loire. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, ibid.p, 35.)

 

Camille Jullian, historien du début du XXe siècle, auteur d'une monumentale Histoire de la Gaule, a été à la Gaule ce que Régine Pernoud a été au "Moyen Âge". Il a mis fin à un certain nombre de clichés sur les Gaulois barbares incultes civilisés par les Romains..., qui n'avaient aucune "unité", dont le sol était "mal cultivé", avec un territoire où l'on ne "voyait presque point de routes et pas de villes", "le contraire des Romains" (Cf. le Petit Lavisse d'Ernest Lavisse, dit l'"Institueur national", dont les "manuels Lavisse", manuels de la IIIe république, ont été constamment réédités jusqu'en 1950, et ont donc déformé de multiples générations de professeurs, d’instituteurs et d’élèves en leur inculquant des contre-vérités historiques).

 

L'archéologue Christian Goudineau explique par exemple, qu'après la parution du Vercingétorix de Camille Jullian (1901) "seuls les quelques inévitables illuminés de service écriront encore d'invraisemblables sornettes, mais leur nombre diminuera considérablement" (C. Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 218.)

 

Jullian a "fait justice du cliché des demi-sauvages ne rêvant que d'en découdre". Il a insisté sur leur organisation, leurs institutions, leur vie publique, qu'il compare à celles des cités grecques d'avant l'âge classique. .

.. Non la Gaule n'était pas barbare, oui, c'était une patrie (ou en tout cas, elle était prête à le devenir).

Oui, Vercingétorix a pris la tête d'un 'parti national', auxquels se sont opposés de malheureux chefs, complices ou dupes du proconsul. Il a perdu, la tête haute, mais les germes de son entreprise démontreraient plus tard leur fécondité. Le premier 'résistant'." (Christian Goudineau) [33]


Des caractères particuliers

Ce que les historiens soulignent surtout, c'est la hantise d'indépendance dont les Gaulois font preuve. C'est un peuple résolument individualiste. Alors qu'un peu partout dans l'Antiquité, mais surtout à Rome, la famille restait plus ou moins dépendante de la tribu la famille gauloise apparaît comme une entité bien déterminée et formée des seuls membres qui lui sont essentiels : père, mère, enfants. Les individus agissent en leur nom propre et en celui-là seul. Au point que des parents très proches par le sang peuvent se trouver complètement séparés ou ennemis dans l'action : ce fut le cas pour Vercingétorix qui est combattu à outrance par son oncle, le frère de son propre père. On n'eût jamais pu voir en Gaule ce que l'on vit à Rome: tous les hommes de la gens fabia se proposer pour partir en guerre contre une ville ennemie.

Importance de la femme. Les Celtes sont strictement monogames. La femme n'est pas regardée comme l'esclave, explique Régine Pernoud, mais comme l'associée de l'homme; elle paraît avoir joué dans la vie de son époux un très grand rôle.

 

Même dans les querelles, elle intervient à ses côtés et, s'il faut en croire Ammien, c'est un adversaire redoutable dont les poings s'abattent rapides et durs 'comme les engins de catapulte'.

 

Plutarque raconte même que les Gauloises intervenaient dans les Conseils où se décidaient la paix et la guerre et que l'on recourait à leur arbitrage dans les contestations avec les étrangers. [34]

 

Frantz Funck-Brentano indique que "les femmes vont et viennent librement, elles tiennent boutique : la parfumerie est leur spécialité. On entend parler haut, fortes en bec, les marchandes des quatre-saisons. ... On n'a pas encore de femmes avocats, mais on a des femmes médecins." (F. Funck-Brentano, Les origines, ibid., p. 148.)

 

Des femmes juges

 

"Alors que leurs femmes, s'avançant au milieu des armes et prenant en main leurs querelles, furent pour eux des arbitres et des juges si exempts de reproches qu'il naquit de là entre tous, et de cité à cité, de maison  à maison, une merveilleuse amitié." (Plutarque, Des vertus des femmes, VI, 6, cité in Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 27.)

 

La femme sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu. (F. Funck-Brentano, Les origines, ibid., p. 41.)



Un trait qui va distinguer la société qui s'élabore, c'est la place qu'y tiendra la vie de famille. Cela, c'est nouveau; les affections familiales étaient à peu de choses près absentes des lettres comme de la mentalité antiques. Ce qui s'explique d'autant mieux que, du point de vue juridique, la famille dans l'Antiquité classique n'existait pas: dans le droit romain, elle tient tout entière dans la personnalité du père de famille, le pater familias, qui exerce un droit de propriété sur les membres dont elle se compose, femme, enfants, esclaves, comme sur ses biens meubles et immeubles, avec une autorité pratiquement presque illimitée.

 

En Gaule, la famille paraît avoir eu dès les premiers temps une existence véritable. La femme tient sa place aux côtés de l'homme jusque dans les combats et les liens de parenté sont vivants comme ils le seront dans les sociétés barbares, germaniques ou nordiques. 

 

Le premier écho de ces affections familiales dans la littérature, nous le trouvons chez le poète Ausone. ... Cette société du IVe siècle ap. J.-C., est imprégnée de christianisme; la vie de famille va s'en ressentir profondément, puisque la femme est considérée désormais comme l'égale de l'homme. [34]

 

La fidélité conjugale

 

"En dehors de leur réputation de beauté, de fécondité et de courage, les femmes de la Gaule ont souvent fourni aux moralistes du temps de remarquables exemples de fidélité conjugale", écrit Régine Pernoud.

 

"L'histoire en particulier de Sabinus et d'Eponine a été pour les générations antiques le modèle classique d'amour et du dévouement entre époux, et ce modèle n'était pas tiré d'un roman mais bien de la vie réelle: Eponine pendant neuf années partagea la vie sauvage de Sabinus recherché par les Romains pour rébellion et contraint de se cacher dans des cavernes dans lesquelles sa femme venait lui apporter de la nourriture; lorsqu'il fut découvert et condamné à mort, Eponine demande et obtint de mourir avec lui. [35]

 

"Les archéologues sont frappés du très grand nombre de stèles funéraires élevées en Gaule par l'époux ou l'épouse survivant à son conjoint disparu, et dont les inscriptions sont conçues dans les termes les plus touchants."

 

Le poète gaulois bordelais, sans doute chrétien, Ausone (IVe siècle), dont le père médecin s'exprime encore plus facilement en gaulois qu'en latin, a consacré toute une série de poèmes aux membres de sa famille. L'un des plus émouvants portraits qu'il trace est celui d'Attusia Lucana Sabina, sa femme : "J'ai parlé d'êtres chers selon les modes pieux du chant funèbre. Mais c'est à présent un chagrin, une torture, une plaie toujours vive, que je dois rappeler : la mort de mon épouse. Noble depuis ses bisaïeux, illustre depuis l'origine du sénat, Sabina s'est illustrée plus encore par les mérites de sa vie. C'est bien jeune, dans les premières années, que j'ai gémi sur toi qui m'as été si tôt enlevée, et voici que, veuf depuis 36 ans, je te pleure encore. Je ne pouis cicatriser ni endormir ma douleur: elle se ravive toujours comme si elle était nouvelle. D'autres reçoivent du temps un soulagement à leurs peines : ma blessure, elle, s'aggrave chaque jour."

 

De l'avis général, les Celtes étaient un peuple remarquablement doué sous le rapport de l'intelligence : 'Ils ont l'esprit pénétrant et non sans aptitude pour le savoir', remarqua Diodore de Sicile; et nous avons déjà vu comment leur ingéniosité forçait l'admiration de César.

Les Gaulois étaient très hospitaliers. ... Par contre, aucun de leurs récits ne permet de soupçonner que cette gaieté ait eu quelques rapport avec ce que nous appelons de nos jours des 'gauloiseries'. Cette réputation et l'emploi du terme dans ce sens sont totalement modernes et ne remontent pas au-delà du XIXe siècle; on les voit apparaître chez les auteurs de romans-feuilletons sans la moindre base dans la réalité.

 

"Les Gaulois avaient une conception de la nation qui mêlait droit du sang et droit du sol : on devenait gaulois en s'installant en Gaule, ce qu'avaient fait les Belges". [36]

Les Celtes s'excitent facilement à tout propos. Ils sont épris d'équité et Strabon, l'un des écrivains qui les connaissait le mieux, insiste sur la facilité avec laquelle ils s'associent pour venger une injustice. On trouve déjà chez eux cette sorte d'idéalisme qui fait que le peuple français est toujours prêt à partir en guerre pour l'Espagne ou pour la Pologne opprimées.

 

"Une âme généreuse." Chevaleresques, les Gaulois punissent le meurtre d'un étranger plus sévérement que celui d'un concitoyen; honnêtes, ils laissent ouvertes les portes de leurs demeures; mais très économes, écrit Strabon, - Diodore de Sicile dit "extrêmement avares." (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 53.)

Ce qu'ils aiment, ils l'aiment avec passion; ils sont enclins aux coups de têtes, aux accès de colère. Ainsi reproche-t-on aux Irlandais de nos jours d'avoir la tête près du bonnet. Chez eux les disputes s'élèvent fréquemment. Les bons repas auxquels ils se plaisent se terminent souvent en rixes et les querelles dégénèrent en combats. Le drame de Vercingétorix, c'est qu'il eut à lutter tout autant contre cet incurable défaut de ses compagnons d'armes que contre César et ses légions. ... Il avait réussi, pour la première fois, à obtenir que tous les peuples de Gaule fissent front commun devant l'envahisseur. La patience, la maîtrise de soi, étaient certainement, avec le sens de la cohésion, les qualités qui manquaient le plus aux Gaulois.

Les Gaulois étaient bons, d'abord simple et franc. La franchise celte était même dans l'Antiquitié une sorte de lieu commun comme on parlait de la mauvaise foi carthaginoise.


Ils étaient vantards et bavards; en toutes choses ils se montraient bruyants et exubérants; que ce soit dans la bataille, à table ou dans les assemblées, les chants et les cris se succédaient. ... Ils aimaient à parler d'eux-mêmes, de leurs exploits, et prenaient volontiers un ton farouche ou superbe. 'Dans leurs discours, dit Diodore de Sicile, la parole est brève, énigmatique, procédant par allusions et sous-entendus, souvent hyperboliques quand il s'agit de se grandir eux-mêmes et de rabaisser les autres. Ils ont le ton menaçant, hautain, tragique'. ... La place que tient chez eux la poésie, la rapidité avec laquelle se transmettent oralement les nouvelles, et surtout leur système d'éducation uniquement par voie orale, tout atteste l'importance de la parole chez les Gaulois.

 

L'éloquence des Gaulois. "Les Gaulois, dit Caton, ont deux passions : se battre et parler" (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 53.)

 

Les Gaulois en arrivent "à fournir aux Romains leurs meilleurs discoureurs : Domitius Afer, le maître de Quintilien, qui place son éloquence au-dessus de toute autre, était de Nîmes; Montanus était de Narbonnes, Julius Africanus, origainaire de Saintes.

 

... Tacite met sur les lèvres du représentant de leur éloquence en son dialogue des Orateurs: 'Vous cherchez la perfection et vous croyez qu'elle est signe de santé... Allons donc ! s'écrie le Gaulois de Tacite. Le véritable orateur vaut par la force, la gaîté, la vivacité, le luxe des mots et la variété des mouvements. N'être qu'en bonne santé littéraire est déjà signe de faiblesse: l'avocat n'est pas un gens-de-lettres, c'est un combattant.' 

 

Comme elles formaient des orateurs, les écoles gallo-romaines en arrivèrent à former des poètes, mais ceux-ci ne brilleront de leur plus vif éclat qu'au IVe siècle, avec Ausone et, au siècle suivant encore, avec Sidoine Apollinaire. Et par un paradoxe plein d'ironie, ce sera cette terre martyrisée par le divin Jules, au nom de Rome, qui donnera à Rome les derniers chants latins qui aient célébré sa gloire...

 

Mais ici encore le vice irrémédiable qui anémie cette littérature est le manque d'originalité." (F. Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 153-154.)
 

Les Gaulois aiment la parure; ils prennent un soin extrême de leur corps et nous avons vu qu'ils sont soucieux de propreté au point d'avoir inventé le savon. Ils ont les cheveux teints, des bracelets d'or au cou, et des vêtements de couleur. ... Virgile dépeint le Celte 'la chevelure dorée, vêtu d'une tunique d'or, recouvert d'un manteau aux raies de mille couleurs, un collier d'or entourant son cou d'une blancheur de lait'. Le grand nombre de bijoux retrouvés dans les tombes, le soin avec lequel ils aimaient sertir le corail ou l'émail dans le cuivre, attestent ce goût de l'ornement qui demeurera tout à fait caractéristique de notre peuple, jusqu'à la fin du Moyen Âge et plus tard encore."

C'est Rome qui a ajouté au concept de "nation" le sens moderne d'une "volonté de vivre en commun et un gouvernement partagé"

 

Dans le sens premier de "nation", il est indéniable que les Gaulois soulevés à l'instigation de Vercingétorix avaient ensemble la conscience d'une unité ethnique, sociale, historique, culturelle et religieuse à défendre face au danger romain : la nation fédérée et décentralisée en quelque sorte préexistait à l'administration, à la frontière, au gouvernement "partagé" et à la "volonté de vivre ensemble", qui sont des concepts modernes.

 

Inversement, la romanisation constitue un retour en arrière et une régression terrible pour l'ascension de la jeune nation gauloise. Rome a aiguisé la concurrence entre les tribus, exacerbé leurs spécificités, les dotant de différences ethniques artificielles, joué des divisions pour régner...

 

Il fallut des siècles à la jeune civilisation gauloise pour se reconstituer.

 

Frantz Funck-Brentano l'explique très bien dans son ouvrage Les Origines. Il fallut "plus de dix siècles, et des malheurs inouïs, des catastrophes effroyables, une anarchie affreuse et des efforts sublimes", "tout un millénaire", pour que "la sève printanière d'un grand peuple" "remonte lentement, obstinément à l'air libre, au soleil, au vent, à la pluie qui font vivre, et y développer ses frondaisons",... une époque qu'il situe "au XIIe siècle." (p. ibid., 75; 114, 147). "La nation gauloise a gardé en elles, intactes, ses forces vives, et ses coutumes, et, du jour où elle pourra se mouvoir en liberté, elle déroulera, avec la magnificence que l'on sait, l'incomparable histoire de France." (ibid., p. 75)

 

"Selon la remarque de Camille Jullian, il faut descendre jusqu'aux plus beaux temps du Moyen Âge français, jusqu'aux XIIe-XIIIe siècles, pour retrouver une fièvre de bâtisse comparable à celle dont semblent avoir été dévorés aux II-IIIe siècles les Gallo-Romains" (ibid.p, 147.)

 

Pour étayer sa thèse selon laquelle il n'y a pas de "nation" gauloise, K. F. WERNER cherche la solution dans l'élément "patriotique". Pour les Gaulois, "la patrie", "c'est la tribu, devenue cité. D'une grande patrie de tous les Celtes, nul ne parle alors, pas même pendant les combats contre César".

 

K. F. WERNER ne confondrait-il pas "patrie" et "nation" ? La patrie suppose l'existence de frontières que ne possédaient pas les Celtes à cette époque pré-romaine, en effet. Cependant, si la patrie ne peut pas ne pas avoir de frontières, la nation si. 

 

A cette époque d'ailleurs, peu de nations avaient leur état constitué, avec des frontières bien délimitées, une cohérence politique établie. Pourtant est-ce à dire qu'elles n'existaient pas et ne jouaient aucun rôle dans la géopolitique de cette époque ? Est-ce à dire qu'hormis Rome, c'était le désert ? Camille Jullian fait observer que la conception d'une unité nationale n'apparaît chez aucun peuple de l'Antiquité. Une nation préexiste à l'entité politique et à la délimitation de frontières. C'est l'historiographie maçonnique ou maçonnisante qui prétend qu'en France, la nation est une construction de l'Etat et nie que la nation a préexisté à l'état. Cela lui permet de prétendre que la nation est née en 1789 avec la république, tout en affirmant que cette nation plonge ces racines en Gaule. (Bonjour la contradiction!)

 

Un exemple bien connu est la nation juive qui appela de ses voeux pendant deux mille ans la (re)création d'un état juif, cet état juif qui avait été définitivement anéanti par les Romains de l'empereur Hadrien, en 135 ap. J.-C. [37] Les Israélites durent attendre 1948 pour voir leur état de nouveau exister, avec des frontières physiques. Qui s'aventurera à leur dire qu'avant 1948, leur "nation" n'existait pas ? Pas grand monde...

 

Pourtant, deux poids deux mesures s'agissant de la France et des Français. Les républicains aujourd'hui nous expliquent de long en large, le plus sérieusement du monde, que la nation française aujourd'hui n'existe pas (ou plus !) Un journaliste représentant parfaitement cette mentalité, Yann Moix, dans l'émission de Ruquier "On n'est pas couché", prétend que le peuple français n'existe pas, que ce "peuple" est introuvable... Sa collègue, la journaliste d'I-télé, Léa Salamé, pour enfoncer le clou, demande au philosophe Michel Onfray ce qu'est un "français" ! Il faudra leur dire de lire nos auteurs dans cet article !

 

La monarchie gauloise

Au berceau de la royauté française, comme du temps de nos ancêtres les Gaulois,

le Roi franc était à l'origine élevé sur le Pavois.

Jean Favier, Charlemagne, Texto, Le Goût de l'histoire, lonrai 2013, p. 36-37.

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Le roi sous la "Gaule" pré-romaine

C'était du souvenir de l'unité primitive que s'inspiraient les traditions ou les légendes indigènes. - Elles racontaient que la Celtique avait formé autrefois un seul royaume, et n'ayant qu'un souverain. Ce roi lui était donné par les hommes du Centre, les Bituriges: le chef qui commandait tous les Celtes siégeait au milieu même du pays. On conserva longtemps la mémoire d'un de ces rois, Ambigat.

Camille JULLIAN, La Gaule avant César, Editions du Trident, Paris 2012, p. 69.

« La royauté, souvent mentionnée par les auteurs antiques, reste méconnue (informations peu nombreuses, disparates et tardives). Les sources les plus anciennes ne sont pas antérieures au IIe s. (Polybe) et concernent en premier lieu la Cisalpine et la Galatie en Asie mineure. Polybe parle de hégoumenoi (II, 21, 4) pour désigner les chefs, de proestôtes (chefs), de basileis (rois). Tite-Live, un siècle plus tard, désigne les chefs par les vocables regulus (roitelet) (XXI, 29,6; XXIV, 42,8; XXV, 22,3/5; XXXIII, 36) et nobilis (imperatores nobiles, XXXI, 21,17).
 

La royauté, en recul dans la dernière période, reste mal connue. Le premier roi mentionné, Ambigat, renvoie à un passé mythique où un individu exerçait une souveraineté suprême sur l'ensemble de la Celtique (Tite-Live, V, 34).
 

La royauté celtique comportait différents degrés, comme en Irlande où il y avait toute une hiérarchie de rois échelonnés depuis celui de la tuath jusqu'au roi suprême de l'Irlande (Hubert 1932b, 232). [...] Chef militaire, le roi avait la faculté de convoquer l'assemblée et le conseil armé, prélude à toute opération belliqueuse. » (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 281-282; 284; 291)

 

"Rien, dans ces sociétés d'autrefois, ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître, à un tyran gouvernant à sa guise. Le despotisme y était inconnu. Au-dessus du père de famille était le devoir familial ; au-dessus du roi de tribu était l'Esprit de la tribu. Les êtres passaient, familles et tribus restaient. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Ce qui commande véritablement à ces hommes, ce n'est pas un chef, c'est la loi, qui est la même pour tous, aussi bien pour le chef que pour les autres. Un souffle de liberté et d'égalité anime ces hommes. Rappelons-nous la manière indépendante dont les grecs d'Homère parlent à leur rois : c'est un dernier écho de la tradition primitive des Indos-Européens." (Camille Jullian, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, Librairie Hachette, Paris 1922, p. 91-92)

 

"Les poètes gaulois racontaient que les deux conquérants de l'Europe avait été Bellovèse et Ségovèse, neveux du roi Ambigat (Ve siècle av. J.-C. Ndlr.) : ils s'étaient mis en route, l'un pour franchir les Alpes, l'autre pour traverser le Rhin, mais le roi Ambigat était resté en sa résidence du Berry pour gouverner les Celtes. [...] Ces courses triomphales n'étaient point inutiles au maintien de l'entente celtique. Elles contribuaient à former un esprit national. L'écho des victoires du Danube ou du Tibre revenait en Gaule, mêlé de rumeurs de miracles.

 

On racontait les hauts faits d'un Brennos, vainqueur de Rome (390 av. J.-C. Ndlr.) d'un autre Brennos, adversaire de l'Apollon de Grèce (279 av. J.-C.). Des hymnes et des poèmes naissaient sous les pas des conquérants; et c'était un ferment de plus pour accroître la cohésion du nom gaulois et soulever l'orgueil de ceux qui le portaient.

 

"La légitimité des princes était avant tout généalogique." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 62.)

Brennus (IVe siècle av. J.-C.) Buste de Brennos provenant de la figure de proue du cuirassé Brennus, Musée national de la Marine.

Brennus (IVe siècle av. J.-C.) Buste de Brennos provenant de la figure de proue du cuirassé Brennus, Musée national de la Marine.

Brennus marcha sur Rome. L'affrontement entre les deux armées ennemies a lieu le 18 juillet -390 sur la rive gauche du Tibre, à l'endroit où se jette un modeste affluent, le ruisseau appelé Allia, (peut-être le Fosso Maestro, près de Marcigliana), qui donna son nom à la bataille (Bataille de l'Allia). L'armée romaine fut terrassée par l'armée gauloise, plus expérimentée et avide de vengeance. La défaite est si grave, que le 18 juillet (le Dies Alliensis) fut dès lors considéré comme un jour néfaste dans le calendrier romain. En proie à la famine, les assiégés finissent par négocier leur reddition contre rançon. La tradition rapporte que celle-ci est de 1000 livres d'or. Lors de la pesée de la rançon, les historiens rapporteront également que les Gaulois utilisent à cette occasion des poids truqués. Aux protestations romaines, Brennos répondra de manière éloquente en ajoutant son épée aux poids incriminés, se justifiant du droit des vainqueurs par la phrase « Vae Victis » (« Malheur aux vaincus »).

 

La prise même de Delphes sera, comme celle de Rome, sans lendemain; les Gaulois se retirent comme il s'étaient retirés après le sac de la Ville. Mais, par la suite, certains d'entre eux s'établiront au nord de la Macédoine, où ils fonderont la ville de Singidunum (ajourd'hui Belgrade); d'autres fondent en Thrace u nroyaume gaulois qui durera une centaine d'années; d'autres enfin s'établiront en Asie mineure (Turquie actuelle), aux confins de la Phrygie, et y organiseront le plus durable des établissements celtiques: l'Empire des galates dans lequel vont se perpétuer les peuples qui avaient pris part à l'expédition de Brennus: Tectosages, Trocmes et Tolitsoboï, qui chaque année envoient leurs délégués à une assemblée commune et possèdent un sanctuaire au nom bien celtique de Dunemeton. Ces Galates seront au début de l'ère chrétienne évangélisées par Saint Paul, et encore au IVe siècle à l'époque de Saint Jérôme, qui déclare que les Galates d'Asie Mineure emploient le même dialecte que les gaulois de la région de Trèves. Le parler celtique s'était conservé chez ce médecin qui fut le père du poète Ausone. [38]

  Bituitos - Roi des Arvernes au IIème siècle avant J.-C. Fils du roi Luernos, il fut vaincu par les Romains en 121 avant J.-C., mettant fin à la domination des Arvernes sur les peuples de la Gaule. Athénée dans le Banquet des sophistes parle d'un poète qui avait reçu du roi Bituit une bourse pleine d'or et avait alors improvisé un poème célébrant le souverain et sa générosité.  Strabon, Géographie, IV, 3: "Bituit, qui guerroya contre Maximus et Domitius, avait pour père, ce Luérius [Luernos] dont les richesses et le faste étaient si extraordinaires que, pour faire montre à ses amis de son opulence, il se promenait sur un char dans la campagne, en semant çà et là de la monnaie d'or et d'argent, que ramassaient les gens de sa suite."  Camille Jullian résume ainsi l'impression produite sur les Grecs par le royaume arverne: "Le charme des vers, l'ivresse des repas, le foisonnement de l'or, les tumultes des grandes assemblées et par-dessus tout l'apothéose d'un héros vivant, voilà ce qu'étalait aux yeux des étrangers la royauté de Luern et de Bituit, et pour tout cela, cette monarchie arverne fut l'expression la plus complète de la vie et de l'humeur gauloises."  Appien, Histoire Romaine, IV, 12 : "Sur le refus des Allobroges, ils envoyèrent une expédition commandée par Cneius Domitius. Au moment où le général quittait le territoire des Salyens, un ambassadeur de Bituit, roi des Allobroges [en réalité, des Arvernes], en somptueux équipage, vint au devant de lui : il était escorté de gardes richement vêtus et de chiens. Les barbares en ces contrées ont aussi une garde de chiens. Un poète suivait, qui dans une poésie barbare chantait le roi Bituit, puis les Allobroges, puis l'ambassadeur lui-même, leur naissance, leur courage et leurs richesses ; c'est même pour cela surtout que parmi les ambassadeurs ceux qui sont illustres emmènent avec eux des gens de cette sorte. Celui-ci demanda grâce pour les chefs des Salyens, mais sans rien obtenir."  Il ne s'agit pas d'un simple topos littéraire : certains deniers romains frappés en commémoration de leur victoire figurent Bituit en compagnie d'un chien. A rapprocher, peut-être, du nombre particulièrement élevé de crânes de chiens et de restes de canidés sur le sanctuaire de Corent, contemporain des règnes de Luern et de Bituit, qui a conservé la trace de leurs fastueux festins dont Posidonios se fait l'écho.  Florus, Histoire Romaine, III, 3: "On remarqua tout particulièrement dans le cortège triomphal leur roi Bituitus avec ses armes de diverses couleurs et son char d'argent, comme au jour du combat."  Tite Live, Periochae, 61: "Le consul Q. Fabius Maximus, petit-fils de Paul Émile, remporte une victoire sur les Allobroges et sur Bituitus, roi des Arvernes. Cent vingt mille hommes de l'armée de Bituitus furent taillés en pièces. Lui-même, étant parti pour Rome afin de satisfaire aux ordres du sénat, fut retenu et mis en surveillance à Albe, parce que son retour en Gaule paraissait dangereux. On ordonne aussi par un décret de saisir son fils Congennetiacus, et de l'envoyer à Rome."Source : http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/bituitos-bituit-2150.htm

Bituitos - Roi des Arvernes au IIème siècle avant J.-C. Fils du roi Luernos, il fut vaincu par les Romains en 121 avant J.-C., mettant fin à la domination des Arvernes sur les peuples de la Gaule. Athénée dans le Banquet des sophistes parle d'un poète qui avait reçu du roi Bituit une bourse pleine d'or et avait alors improvisé un poème célébrant le souverain et sa générosité. Strabon, Géographie, IV, 3: "Bituit, qui guerroya contre Maximus et Domitius, avait pour père, ce Luérius [Luernos] dont les richesses et le faste étaient si extraordinaires que, pour faire montre à ses amis de son opulence, il se promenait sur un char dans la campagne, en semant çà et là de la monnaie d'or et d'argent, que ramassaient les gens de sa suite." Camille Jullian résume ainsi l'impression produite sur les Grecs par le royaume arverne: "Le charme des vers, l'ivresse des repas, le foisonnement de l'or, les tumultes des grandes assemblées et par-dessus tout l'apothéose d'un héros vivant, voilà ce qu'étalait aux yeux des étrangers la royauté de Luern et de Bituit, et pour tout cela, cette monarchie arverne fut l'expression la plus complète de la vie et de l'humeur gauloises." Appien, Histoire Romaine, IV, 12 : "Sur le refus des Allobroges, ils envoyèrent une expédition commandée par Cneius Domitius. Au moment où le général quittait le territoire des Salyens, un ambassadeur de Bituit, roi des Allobroges [en réalité, des Arvernes], en somptueux équipage, vint au devant de lui : il était escorté de gardes richement vêtus et de chiens. Les barbares en ces contrées ont aussi une garde de chiens. Un poète suivait, qui dans une poésie barbare chantait le roi Bituit, puis les Allobroges, puis l'ambassadeur lui-même, leur naissance, leur courage et leurs richesses ; c'est même pour cela surtout que parmi les ambassadeurs ceux qui sont illustres emmènent avec eux des gens de cette sorte. Celui-ci demanda grâce pour les chefs des Salyens, mais sans rien obtenir." Il ne s'agit pas d'un simple topos littéraire : certains deniers romains frappés en commémoration de leur victoire figurent Bituit en compagnie d'un chien. A rapprocher, peut-être, du nombre particulièrement élevé de crânes de chiens et de restes de canidés sur le sanctuaire de Corent, contemporain des règnes de Luern et de Bituit, qui a conservé la trace de leurs fastueux festins dont Posidonios se fait l'écho. Florus, Histoire Romaine, III, 3: "On remarqua tout particulièrement dans le cortège triomphal leur roi Bituitus avec ses armes de diverses couleurs et son char d'argent, comme au jour du combat." Tite Live, Periochae, 61: "Le consul Q. Fabius Maximus, petit-fils de Paul Émile, remporte une victoire sur les Allobroges et sur Bituitus, roi des Arvernes. Cent vingt mille hommes de l'armée de Bituitus furent taillés en pièces. Lui-même, étant parti pour Rome afin de satisfaire aux ordres du sénat, fut retenu et mis en surveillance à Albe, parce que son retour en Gaule paraissait dangereux. On ordonne aussi par un décret de saisir son fils Congennetiacus, et de l'envoyer à Rome."Source : http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/bituitos-bituit-2150.htm

Du jour où il y eut un roi de guerre, conducteur de Celtes, les chefs des différentes tribus aspirèrent à ce titre, à être 'le roi des rois', et plus d'une fois on se combattit à qui le posséderait. Acquérir 'le principat de toute la Gaule' devint le rêve suprême de quiconque se sentit le désir de commander à des hommes. Mais, par cela seul qu'elle existait, cette ambition d'une royauté unique entretenait la suprématie de l'honneur convoité. Il appartint longtemps au chef des tribus du Berry, au roi des Bituriges, et nous venons de voir le fameux Ambigat, le Charlemagne celtique, vieillard puissant et sage, mais qui, à la différence de Charlemagne guerroyant aux côtés de son neveu Roland, demeure majestueux et immobile en son Palais, se bornant à donner à ses neveux le mot d'ordre pour conquérir le monde. Celui-là, évidemment, la légende l'a obscurci de ses nuages. Mais il est impossible de ne pas y reconnaître un grand fond de vérité, tout ainsi que la légende de Charlemagne n'empêche pas de croire à son existence et à son Empire", écrit Camille Jullian.

 

"Mais nous connaissons par l'histoire quelques-uns des rois de la Gaule qui régnèrent après lui, Luern et Bituit, dont l'autorité, dit-on, s'étendit au-dessus des Belges et des Celtes, jusqu'aux Pyrénées et jusqu'au Rhin. Ceux-ci étaient l'un le père, l'autre le fils: ce qui permit de supposer que les gaulois acceptèrent un instant une royauté héréditaire. Tous deux étaient des Arvernes, rois des Puys et de la Limagne en même temps que dictateurs militaires de la Gaule.

 

[...] Luern et Bituit, ... sont moins les maîtres d'un Empire que les symboles vivants et directeurs d'une unité nationale. Leur pouvoir ne sort pas des frontières de la Gaule, et ils l'exercent du centre même de cette Gaule.

 

Rome vainquit Bituit, ... et après cette défaite, elle coupa la Gaule en deux : comme territoire en annexant les terres du midi, Provence, Languedoc et Dauphiné; comme nation, en supprimant l'hégémonie arverne et en soutenant, à l'aide de son alliance, les prétentions des Eduens.

 

Le Sénat de Rome n'aimait point les grandes royautés: il y avait, entre elles et lui, incompatibilité d'ambitions. Les principaux obstacles à sa domination universelle lui vinrent des rois, Pyrrhus, Philippe, Antiochus, Persée, et en ce moment même Mithridate. Les aristocraties étaient moins dangereuses pour le Sénat : aucune n'avait des velléités conquérantes excessives. Ce fut sur elles que les chefs de Rome s'appuyèrent, aussi bien chez les peuplades gauloises qu'à Athènes ou à Capoue. ... Le régime aristocratique, çà et là, se substituait à la monarchie. (Camille Jullian, Vercingétorix, Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 43)

 

La guerre civile éclata entre les deux partis gaulois. Ils rivalisèrent de maladresse et de crédulité. Les uns se confièrent en des mercenaires germains, dont le chef, Arioviste, finit par réclamer la Gaule pour lui-même. Les autres se confièrent en un proconsul de Romes, Jules César, qui ne procéda pas autrement que bandit d'Outre-Rhin, mais qui, plus fort que lui, sut prendre la Gaule et la garder.

 

En vain l'héritier des chefs arvernes, Vercingétorix, réussit-il à soulever un instant toutes les cités contre Jules César. Il le vanquit devant Gergovie, la ville royale de ses aïeux. Mais il fut vaincu par le Romain devant Alésia, la cité sainte des Celtes. Alors, tout fut fini pour la Gaule."
 

"On a compté en Gaule quatre à cinq cents tribus, lesquelles se sont groupées en soixante-douze peuplades ou nations, d'après le calcul de César, laissant de côté la Narbonnaise. Ce fut donc une moyenne de quatre ou cinq, jusqu'à dix tribus, dont le groupement forma une peuplade.

 

Réunies en peuplades, les tribus n'en conservaient pas moins une certaines indépendance; chacune d'elles gardait son caractère propre, ses traditions, une vie commune sous la direction d'un chef particulier : tel pourra apparaître Ambiorix, au temps des guerres pour l'indépendance (Ier siècle av. J.-C.), chef de l'une des tribus qui composaient la peuplade des Eburons.

 
Ambiorix, roi des Eburons, peuple gaulois du nord de la Gaule qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C.

Ambiorix, roi des Eburons, peuple gaulois du nord de la Gaule qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C.

Et ces chefs de tribus conservaient leur pouvoir dans le cadre plus étendu de la peuplade ou nation : magistrats locaux avec droits de police. La réunion en formait une assemblée délibérante, un conseil, où l'on discutait des intérêts communs et prenait les décisions utiles à la peuplade ou nation. Cette assemblée sera appelée par les Romains le sénat de la cité. Les sénats des cités gauloises sont composés des chefs de clans ou grandes familles, chef des 'gestes' qui formaient la tribu; la réunion de plusieurs tribus, le plus souvent au nombre de quatre ou de cinq formant la cité. En temps de guerre, chacun de ces sénateurs, de ces chefs de clan ou de geste, marchera à la tête des siens - tel encore le baron féodal au XIe siècle. Au cours des luttes pour l'indépendance, on verra les six cents sénateurs Nerviens mourir les armes à la main, chacun d'eux au milieu des siens : au dire de César, il n'en survécut que trois. C'est le tableau que nous offrira, vers le XIe siècle, la chanson de Guillaume d'Orange.

 

A la tête de ces peuplades ou nations, constituées chacune par la réunion de plusieurs tribus, elles-mêmes composées de la réunion de plusieurs familles, se trouve placé, dans l'origine tout au moins, un chef commun, un prince, un roi, de caractère familial, patriarcal, et de caractère religieux.

 

La monarchie unique disparut généralement en Gaule sur la fin du IIe siècle av. J.-C. Les familles s'étant progressivement hiérarchisées par les liens de la clientèle, les chefs des familles principales constituèrent une aristocratie qui se débarrassa de la royauté.

 

Toutefois, plusieurs des nations gauloises, après s'être dépouillées de leur constitution monarchique n'en remirent pas moins leur gouvernement entre les mains d'un magistrat suprême, mais un magistrat élu, pour une année ou deux ans, nommé le vergobret. Le vergobret disposait de l'autorité royale; mais il ne pouvait pas, en matière de politique extérieure, ou quand il s'agissait d'une déclaration de guerre, se passer du conseil de la nation, du sénat.

 

Le vergobret était magistrat suprême, avec droit de vie et de mort. Il était le chef des armées, mais à la manière de notre Président de la république : il ne paraissait pas aux armées en guerre, laissant aux généraux le soin de les diriger.

 

L'on vit renaître en Gaule l'autorité royale, mais avec un caractère tout différent de celui de la monarchie patriarcale et religieuse du premier âge; elle prit les caractères de la tyrannie; ou bien le peuple renforça l'autorité du vergobret, ce qui revint au même, ou bien il se donna, plus simplement encore, un chef qu'il suivait sans titre déterminé.

 

Comme en Grèce, le gouvernement de l'aristocratie représentait la liberté; le gouvernement populaire incarnait la tyrannie; et ce fut ce dernier gouvernement qui constituera le parti de l'indépendance, le parti national. [39]

 

Comme les Bituriges, les Arvernes se gouvernaient par une royauté élective assistée d'un sénat : magistrature à vie avec autorité souveraine; royauté élective qui, en fait, devenait souvent héréditaire. Le roi des Arvernes, Luern et son fils Bituit, qui, après la mort de son père, fut roi également, ont laissé dans l'histoire une courte page mais un vif éclat. Ils vécurent au IIe siècle. Leur autorité s'étendit sur la Gaule presque tout entière. Ils auraient commandé aux Belges eux-mêmes. [40]

 

Rien, dans ces sociétés d'autrefois, ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître, à un tyran gouvernant à sa guise. Le despotisme y était inconnu. Au-dessus du père de famille était le devoir familial; au-dessus du roi de tribu était l'Esprit de la tribu. Les êtres passaient, familles et tribus restaient. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Ce qui commande véritablement à des hommes, ce n'est pas un chef, c'est la loi, qui est la même pour tous, aussi bien pour le chef que pour les autres. Un souffle de liberté et d'égalité agite ces hommes", écrit Camille Jullian dans De la Gaule à la France, Nos origines historiques. [41]

 

Milieu du Ier siècle, il y avait par exemple :

 

Adiatuanos, roi des Sotiates

 

Commios, roi des Atrébates et des Morins

 

Dumnorix, prince éduen, frère du druide Diviciacos

 

Epanactos, prince arverne

 

Litaviccos, prince éduen

 

Luctérios, lieutenant cadurque de Vercingétorixqui qui sera le dernier à résister avec le sénon Drappès en 51

 

Sédullos, vergobret des Lémovices

 

Tasgetios, roi des Carnutes

 

et biensûr Vercingétorix, fils de Celtill, le roi des Arvernes, que la faction patricienne (le parti pro-romain), avait fait brûler sur un bûcher pour sa prétention à la royauté. Son fils, né entre 82 et 74 av. J.-C., avait grandi portant au coeur le désir de la vengeance." Il est possible que l'oncle de Vercingétorix, Gobannitio, ait contribué à la sentence : il allait devenir un des gardiens de cette autorité des grands que son frère Celtill avait tenté de renverser.

 

Amédée Thierry, dans L'histoire des Gaulois depuis les temps les plus reculés (1828), explique que "Vercingétorix sut de bonne heure effacer, par des vertus et des qualités brillantes, la défiance et la défaveur imprimées sur sa famille; sa grâce, son courage le rendirent l'idole du peuple. [...] Gergovie, cette fois, ouvrit ses portes; Gobanitio et ses partisans furent chassés."

 

La majorité des tribus gauloises et généralement toutes les cités armoricaines répondirent à l'appel de Vercingétorix. On organisa d'abord un conseil suprême. Le conseil lui remit d'une commune voix le commandement de la guerre.

 

'Vercingétorix' était un nom propre, c'était bien celui du héros : il signifiait en celte 'grand roi des guerriers', et ce nom, qui a retenti et ne cessera de retentir à travers les siècles, resplendissait déjà comme un drapeau, comme une fanfare. 'Il semblait fait, dit l'historien Florus, pour inspirer l'épouvante.' [42]

Une langue gauloise commune, comprise "du Rhin à la Garonne"

 

"César, dans son récit de la guerre, montre des gaulois qui, bien qu'appartenant à des peuples très divers, communiquent parfaitement entre eux.

 

... Le gaulois rassemblait un ensemble de parlers plus ou moins distincts, des dialectes en quelque sorte, mais compréhensibles, avec plus ou moins d'efforts, par toute la population s'étendant du Rhin à la Garonne.

 

Notre langue, et contrairement aux idées reçues, a conservé beaucoup de mots gaulois. Ce sont surtout des termes qui concernent la nature, les animaux, les pratiques agricoles et certains outils. La plupart d'entre eux, à cause de leur usage intensif, ont résisté au latin et ont pris place dans les parlers régionaux où ils peuvent encore figurer. Mais ils ne sont plus mentionnés aujourd'hui dans les dictionnaires.

 

Enfin, la syntaxe du français, bien plus éloignée qu'on le dit habituellement de celle du latin, doit probablement beaucoup à la langue gauloise, moins rigide et formaliste." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 62.)

Vercintérorix, Alésia. Au pied de la statue élevée à Vercingétorix sur les hauteurs d'Alise-Sainte-Reine, on a gravé ces paroles de César : "Unie, la Gaule défierait le monde."

Vercintérorix, Alésia. Au pied de la statue élevée à Vercingétorix sur les hauteurs d'Alise-Sainte-Reine, on a gravé ces paroles de César : "Unie, la Gaule défierait le monde."

Vercingétorix. "Son nom avait été cité, dès le XVIe siècle, dans certaines généalogies qui faisaient remonter au Déluge les ancêtres des Rois de France."

Les peuples qui prirent part à la guerre pour l'indépendance

 

Il importe de préciser les peuples qui prirent part à la guerre pour l'indépendance et que nous pouvons nommer la guerre de Vercingétorix : les Arvernes (Auvergne) et les Carnutes (pays de Chartres et d'Orléans), qui en furent les promoteurs.

 

Si Vercingétorix "a réussi à grouper les Celtes sous ses ordres, c'est parce que, depuis quatre générations, ils étaient habitués à voir, dans les chefs de l'Auvergne, les maîtres naturels de la nation gauloise". (Camille JULLIAN) [43]

Statère d’or à la tête de face frappé par les Carnutes. Date : Ier siècle av. J.-C.

Statère d’or à la tête de face frappé par les Carnutes. Date : Ier siècle av. J.-C.

Se joignirent à eux sans retard :

 

. les Parisii (Parisiens). Selon César (53 av. J.-C.), leur ville principale (oppidum) aurait été l'Île de Lutetia. Quelques érudits ont trouvé dans la racine par le sens de 'bateau'. Ainsi les Parisiens auraient été nommés les bateliers. A cette époque, l'Ïle de la Cité était déjà un lieu saint où les dieux gaulois et ceux des Romains plus tard faisaient bon ménage, Esus et ses grues, Cernunos et ses cornes n'effarouchaient pas en leur temple Castor et Pollux, qui leur souriaient du haut de leur constellation. Sur la rive gauche, gravissant la pente du mont de Lutèce (colline Saint Geneviève), c'était une agglomération d'édifices de tous genres, édifices publics, qu'un quartier peuple; réserve faite pour les logis et les ateliers des céramistes qui avaient fait ressembler le sol de la butte à une écumoire. Sur cette rive gauche, le forum parisien qui occupait l'espace compris entre le boulevard du Palais et la rue de la Cité actuesl (en 1925. Ndlr.), le théâtre sur l'emplacement du lycée Saint-Louis et les arènes, où elles sont toujours. L'empereur Julien habitait au Palais de justice dont la transformation fera la demeure de nos vieux rois. Un marché couvrait l'emplacement de la rue Soufflot; enfin un grand bâtiment aux fortes voûtes et dont les restes subsistent au square Cluny, semble avoir été un lieu de réunion où les membres du Collège des nautes ou bateliers patriciens discouraient de leurs intérêts, organisaient leurs fêtes corporatives. Les nautes qui donneront à la ville de Paris son écusson, paraissent remonter à l'époque de l'indépendance.

 

Au IIIe siècle, le nom de Lutèce disparut, du moins du langage officiel et du parler populaire car les lettrés ne l'oublieront jamais. La ville prit le nom du peuple auquel elle avait toujours commandé, Parisii, d'où est venu notre mot Paris. Pareille chose se produisit dans quarante cités. Ainsi Avaricum est devenu Bituriges, Bourges; Augusta est devenue Treveri, Trèves; Bellovaques, Beauvais; Rèmes, Reims; Lémoviques, Limoges; Carnutes, Chartres.

 

On pourrait y ajouter les Senons, Sens. C'est ainsi que la plupart des noms de peuples gaulois ont survécu jusqu'à nos jours. "Où que vous viviez, vous avez plus d'une chance sur deux de vous rattacher à un toponyme gaulois..."

La Celtica, à la fin du Ier siècle av. J.-C., après la conquête romaine, avec la mention des diverses peuplades gauloises

La Celtica, à la fin du Ier siècle av. J.-C., après la conquête romaine, avec la mention des diverses peuplades gauloises

. les Sénons (Sens). "Senon" en celtique signifie "ancien" et vient du mot gaulois senos qui a donné sen en brittonique et hen en breton moderne, avec le même sens. Se nommer "les Anciens" était une façon d'affirmer l'antériorité, une sorte de primature. Leurs voisins les Rèmes s'appelant eux "les Premiers".

 

. les Aulerques (Maine), ensemble de quatre peuples gaulois, dont trois sont voisins, établis entre la rive gauche de la Seine et la Loire.

 

. les Lémovices (Limoges), peuple gaulois provenant d'Europe centrale puis ayant migré dans l'actuelle région française du Limousin auquel ils ont donné leur nom ainsi qu'à la ville de Limoges.

 

. les Turons (Tours)

Bronze au bige frappé par les Turones. Date : 80-50 av. J.-C., Description revers : Bige lancé à droite, un guerrier debout, brandissant une lance de la main droite et tenant un bouclier de gauche, dans le char ; un pentagramme au-dessus de la roue du char ; légende sous la ligne d’exergue. Description avers : Tête de Vénus, diadémée à droite, légende devant le visage ; grènetis

Bronze au bige frappé par les Turones. Date : 80-50 av. J.-C., Description revers : Bige lancé à droite, un guerrier debout, brandissant une lance de la main droite et tenant un bouclier de gauche, dans le char ; un pentagramme au-dessus de la roue du char ; légende sous la ligne d’exergue. Description avers : Tête de Vénus, diadémée à droite, légende devant le visage ; grènetis

. les Andécaves (Angers)

 

. et les populations de la fédération armoricaine, dans les deux presqu'îles et sur la côte, entre l'embouchure de la Seine et de la Loire.

 

. les Pictons (Poitou) adhérèrent au mouvement, mais en partie seulement, la ville principale Limonum (Poitiers) restant attachée au parti des Romains.

 

. au sud de l'Auvergne, les Nitiobroges (Agenais), les Gabales (Gévaudan) et ceux des Rutènes (Rouergue) qui n'avaient pas été englobés dans la province romaine, donnèrent leurs concours, entraînés par les Cadurques (Quercy) qui se montrèrent en ces cantons les agents résolus de l'indépendance nationale.

Drachme “à la tête triangulaire frappé par les Cadurques. Date : IIe siècle av. J.-CDescription avers : Tête triangulaire à gauche ; le nez figuré par un triangle, avec un point cerclé en guise d'œil ; le tout dans un entourage de bâtonnets et arcs de cercles bouletés et liés ; un collier de perles à la base du cou et un fleuron devant le visage

Drachme “à la tête triangulaire frappé par les Cadurques. Date : IIe siècle av. J.-CDescription avers : Tête triangulaire à gauche ; le nez figuré par un triangle, avec un point cerclé en guise d'œil ; le tout dans un entourage de bâtonnets et arcs de cercles bouletés et liés ; un collier de perles à la base du cou et un fleuron devant le visage

La Gaule Belgique avait été décimée, ravagée par la guerre récente; elle était incessamment menacée par la pression germanique sur le Rhin : elle ne put se décider que tardivement et partiellement.

 

Les Bellovaques (Beauvaisis) se prononcèrent contre Rome mais ne voulurent pas suivre Vercingétorix. les Rèmes (Reims) et les Lingons (Langres) se déclarèrent pour les romains. 'Chez ces deux peuples, dit Jullian, la haine de l'indépendance était passée à l'état de vertu.'

 

Les Eduens ne cessèrent de balancer d'un parti à l'autre. Les Santons (Saintonge) se déclarèrent pour les Romains. Les Aquitains (Gascogne) demeurèrent neutres. La Narbonnaise enfin était à César et les Allobroges (Dauphiné) semblaient se résoudre à la suzeraineté romaine.

 

Frantz Funck-Brentano écrit :

 

"Vercingétorix fut donc loin d'avoir avec lui la Gaule entière, à peine en eut-il le tiers; généralement la partie correspondant au Nord-Ouest et au Centre, la Celtique proprement dite. Dans la partie même de la Gaule qui adhéra à la cause de l'indépendance, la faction aristocratique ne cessera de se montrer indifférente, voire hostile au jeune patricien salué par les éléments populaires de l'Auvergne; elle se montrera toujours prêtre à le trahir et le trahira souvent.

 

En dehors des Belges, des Armoricains et des Aquitains, et sans parler de la Narbonnaise, la Gaule s'était en effet divisée en deux grandes fédérations, dont l'une suivait les Arvernes (Auvergne) et l'autre les Eduens (Bourgogne); une division semblable, note Jullian, à celle qui avait partagé la Grèce entre Athènes et Sparte..., une division semblable à celle qui partagera la France des XIVe et XVe siècles entre Armagnacs et Bourguignons...; et dans chaque état la division se fragmentait à nouveau. Les cités qui suivaient la direction des Arvernes fournissaient des partisans aux Eduens et inversement.

 

Inversement à ce qui passa pendant la Guerre de Cent Ans, les Eduens représentaient le parti du patriciat, les meliores, ce que seront les Armagnacs sur la fin du XIVe siècle; les Arvernes le parti populaire, les minores, ce que seront les Bourguignons, le parti populaire avec ses 'tyrans' et ses foules impulsives; mais, contrairement à ce qui se produira dans la lutte contre les Anglais, ce sont les démocrates, dans la lutte contre Rome, qui représenteront le parti national. 

 

"Pas une seule fois Vercingétorix ne parla  ou ne combattit au nom des Arvernes, mais toujours au nom de la Gaule. Cette Gaule était sa vraie patrie et le mot sacré du ralliement de ses hommes. Dans ses heures d'espérance et d'enthousiasme, il eut la vision de la Gaule entière, levée contre l'étranger, ne formant qu'un seul corps, n'ayant qu'une seule volonté, unie et invincible, et, par la vertu de sa concorde, imposant à l'univers le respect de son droit et de sa liberté.

 

Vercingétorix proclame (se) unum consilium totius Galliae effecturum, cujus consensui ne orbis quidem terrarum possit obsistere. (De Bello Gallico, VII, 29"Unie, la Gaule défierait le monde." Je suis convaincu que César rapporte des paroles réellement prononcées. (Camille Jullian). [44]

"Notre patrie fût née plus tôt si Rome avait laissé la Gaule à ses rois et à la liberté" (Camille Jullian)

 

"La paix romaine nous a valu cinq siècles de veulerie plate, médicore, insignifiante, aux entiments incolores et rétrécis, à l'égoïsme stérile, cinq siècles d'imitation enfantine ou sénile, comme on voudra, d'où rien n'est sorti, d'où rien ne pouvait sortir.

 

... On répète que Rome a sauvé la Gaule des invasions germaniques, écrit Camille Jullian. Ce n'est point vrai. Tant que les proconsuls du Sénat ne se sont point présentés au delà des Alpes pour affaiblir et diviser les peuples, la Gaule d'Ambigat et de Bituit n'eut rien à craindre des Barbares d'Outre-Rhin. C'est Rome, à la fin, qui nous a livrés à eux, par la sottise criminelle de ses discordes, par la puérilité de ses rêves pacifiques, l'impéritie de son service aux frontières. [45]

 

Regardez, écrit Camille Jullian, dans quel état se trouvait le pays après trois siècles de règne latin : les villes détruites par les soldats ou les Germains, les champs en friche, la population réduite de plus de la moitié, partout la misère ou l'anarchie. Jamais la terre de France n'a été plus dévastée et plus malheureuse que sous les empereurs romains. [46]

 

Lors même que Rome était assiégée par Alaric en 410 ap. J.-C., elle était encore pleine de statues païennes, puisqu'on les dépouilla ou fondit pour financer la défense, vaine on le sait. Nulle part on ne vit de personnalité païenne défendre efficacement la société romaine contre les Barbares. Partout cette défense était assurée par les évêques qui seront ainsi les derniers représentants authentiques de la romanitas, de Saint Aignan à Orléans, à Saint Loup à Troyes, à Saint Sidoine Apollinaire en Auvergne, au pape Saint Léon à Rome.

 

Depuis Caracalla (début IIIe siècle) tous les sujets de l'empire sont citoyens romains; la carrière militaire en a perdu son principal avantage. Les empereurs essayèrent d'y remédier en rendant le métier militaire ... héréditaire et d'une hérédité que l'on ne pouvait récuser. Valentinien (365) décide que les fils de soldats seront soldats; mais la contrainte donne les résultats faciles à prévoir : les réfractaires recourent à tous les moyens pour échapper au service. Les recrues désertent. On doit les poursuivre, les traquer dans leurs repaires, rechercher et condamner ceux qui leur donnent asile... De jeunes gens se coupent le pouce de la main droite pour se mettre dans l'impossibilité de tenir une épée. [47]

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3a/Milvbruck.jpg/290px-Milvbruck.jpgEt cependant, à considérer l'ensemble de l'empire romain, dans ce délabrement général..., c'est encore en Gaule que se trouve le plus de vie et de vigueur. Le vieux peuple gaulois, celto-ligure, explique Frantz Funck-Brentano, n'a pas disparu. Il vit toujours, humble et patient, tenace, opiniâtre. Il suffit à animer cette Gaule, sous sa carapace étrangère, d'une vigueur que les autres provinces de l'Empire ne connaissaient plus.

 

La Gaule a ses empereurs à elle (empereurs gaulois qui se considéraient néanmoins comme les authentiques empereurs de tout l'Empire romain. Ndlr.).

 

De cette terre féconde partira Constantin (bataille du Pont Milvius en 312 ap. J.-C., où les légions gauloises et chrétiennes permirent à Constantin de vaincre les légions païennes de Maxence. Ndlr.) pour proclamer le triomphe du Christianisme.

 

Pauvre Gaule mutilée par César et qui donne ses dernières forces au monde romain, foyer ultime de la culture latine. L'Italie et l'Espagne sont muettes, seule la Gaule chante encore en la langue de Virgile et d'Horace. Le mot célèbre appliqué à Rome et à la Grèce "Graecia capta ferum victorem cepit, peut être modifié : "La Gaule écrasée était le soutien de ses dominateurs." [48]

 

La religion du Christ sera la religion des humbles, des faibles, des pauvres. La femme y sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu. Aussi, dès l'arrivée du Christianisme en Gaule, les masses populaires, les masses actives de la nation lui donneront-elles leur sève et l'irrésistible puissance de leur foi.

 

"'Qu'on ne parle plus de génie latin, s'écrie Jullian, qu'on ne fasse pas de la France l'élève de ce génie. Elle vaut mieux.'"

 

... Ne nous y trompons pas : le christianisme, dans la Gaule du IVe siècle, c'est une révolution, beaucoup plus semblable qu'on ne le croirait à la Révolution de 89, écrit F. Funck-Brentano et fondée sur les mêmes principes, Liberté, Egalité, Fraternité. La violence en fut exclue, parce qu'elle ne fut pas conduite par des politiciens ambitieux, avides de pouvoirs et de biens; elle fut toute de foi, d'enthousiasme et de coeur. Loin de se faire par l'ambition, elle se fit par le dévouement, par la renonciation, par le sacrifice : saint Martin de Tours. [49]

 

C'est un étrange spectacle, écrit Camille Jullian, que celui de la Gaule à la fin du IVe siècle. D'un côté les contingents étrangers, qui forment les armées de l'Empire; de l'autre côté la société romaine, toute civile, on peut même dire intellectuelle, qui donne aux hommes d'étude la meilleure partie de la richesse et de l'autorité'; - mais cette autorité passait aux mains des évêques... La masse du peuple, ce qui vit, comme dit Jullian, en dehors de la culture latine, plèbe et paysans, le peuple gaulois, vient de se retrouver sous l'égide du Christianisme.

 

Camille Jullian, encore, le dit en termes parfaits:

 

'Rome après avoir privé la Gaule de son existence nationale, a aboli jusqu'aux oeuvres et au souvenir de son histoire. Elle l'a frappée dans son présent, elle l'a effacée dans son passé, elle l'a retardée dans ses destins naturels.

Mais la nature finit toujours par s'imposer aux hommes et les morts par se rappeler aux vivants.

Rome n'avait pas pu détruire les énergies propres à la Gaule ni celles qu'y avait fondés le travail incessant des générations disparues. Ces énergies vont se montrer et agir à nouveau lorsque l'empire romain s'affaiblira à son tour.'

 

Au IVe siècle, l'évêque a dans ses mains le seul pouvoir vraiment fort en Gaule, parce que ce pouvoir est le seul qui repose sur des assises populaires. Il dirige l'administration de la cité, rend la justice, assure le ravitaillement de la population. [50]

Une autre démonstration convaincra d'un seul coup d'oeil, tout esprit impartial. La comparaison de trois cartes : celle de l'extension territoriale du christianisme aux IIIe et IVe siècles, celle des invasions barbares, et celle de l'Empire romain chrétien d'Orient au VIe siècle. Ces cartes se trouvent aussi bien dans les Grands courants de Pirenne, dans la Méditerranée dirigée par Braudel, dans l'Histoire de l'Eglise par elle-même de Loew et Meslin, dans le Grand Larousse encyclopédique, etc.



On constate immédiatement, par la comparaison de ces cartes, que les invasions barbares ont pénétré l'Empire romain là où il n'était pas christianisé.
Les Francs par les bouches du Rhin; les Alamans, Suèves, Burgondes, Lombards par le Rhin moyen; les Vandales, Ostrogoths, Wisigoths et Alains par le Danube moyen. On constate aussi que les invasions barbares n'ont été bloquées qu'à l'Est, devant le Bosphore, l'Egée et l'Asie mineure, seule partie de l'Empire romain massivement chrétienne au IVe siècle.


On constate encore, revenant à l'ouest, que la seule contre-attaque victorieuse de l'Empire romain, contre les Barbares, celle débouchant d'Orient sous Justinien, au VIe siècle, rétablit la romanité seulement dans les zones de christianisme majoritaire. L'Italie y compris, la Vénétie d'Aquilée, la Tripolitaine, le Maghreb carthaginois et numide, l'Andalousie, et la portion du Rif qui lui fait face où, fait frappant, la romanité chrétienne, à Ceuta, subsistera exactement jusqu'à la conquête musulmane de l'Espagne. Ce cheminement de la reconquête romaine, atteignant des extrémités géographiques apparemment aberrantes (quelle distance de Ceuta à Constantinople!) est révélateur. Il répondait à un appel, était une croisade. A la fin de l'Empire, l'authentique et volontaire romanité est bien la romanité chrétienne.

La plus longue vie historique de la romanité est celle de sa partie toute chrétienne, l'Empire de Byzance, qui dure un millénaire de plus (Ve-XVe siècle) que celle de sa partie majoritairement païenne l'Empire d'Occident. Un Empire de Byzance profondément romain, jusque dans ce qui était a-chrétien, puisque nous lui devons la codification définitive du droit romain, cette essence a-chrétienne de Rome.


Que cet empire de Byzance fût de plus en plus grec tout en restant romain (les Ottomans appelaient les Byzantins les Roms), avec un sens du mystère, de la transcendance et de la joie eschatologique plus vivement présent que dans la chrétienté latine, très rationnelle, ne fait que renforcer encore la démonstration. La Grèce et Rome, ces deux colonnes de la tradition antique, peuplaient librement de leurs traditions particulières l'espace de la basilique chrétienne, leur commune demeure. [51]

 

A partir du IIIe siècle, les Francs firent leurs apparitions en Gaule. Ils se mélangèrent si bien aux indigènes qu'au IVe siècle, le mot Gaule a été remplacé par le mot Francia. La Table de Peutinger, carte géographique mentionnant le mot FRANCIA date de cette époque.

 

Conclusion

 

. Une patrie qui fût née plus tôt si Rome avait laissé la Gaule à ses rois et à la liberté.

. Des populations pré-celtiques, Ibères et Ligures, peuples voisins des Celtes et à la langue voisine.

. Les Celtes sont originaires d'Outre-Rhin, d'une région comprise au nord avec la Baltique et les Alpes au sud, des régions du moyen Danube, de la Mer Noire au Rhin, arrivèrent dans l'Hexagone au long des siècles par vagues successives entre 1500 et 300 av. J.-C., sous la poussée d'autres peuples, les "Germains", eux-mêmes peuples voisins des Celtes.

. La Gaule est une civilisation millénaire jusqu'à l'arrivée de César en 58 av. J.-C.. Cette civilisation a parfaitement maîtrisé le fer (épée en fer pur, second âge du fer d'environ 450 à 50 av. J.-C. qui a rendu possible les exploits militaires des Celtes), développé l'écriture, utilisé la monnaie, réalisé des inventions capitales pour le progrès de l'humanité : en agriculture (charrue à coutre, moisonneuse mécanique, grande faux, engrais), artisanat (épées en fer pur, fourreaux pour épées, verrerie, étamage, tissage, literie, invention des matelas de laine), habillement (invention des souliers montants ou gallicae.., invention du pantalon..), hygiène (invention du savon), transports (attelages, le mot "char" est passé dans toutes les langues antiques vient du celtique)...

. Les Gaulois avaient des caractères particuliers : l'éloquence, "les Gaulois ont deux passions : se battre et parler" (Caton); une âme généreuse, l'hospitalité envers les étrangers; l'altruïsme, les Gaulois sont épris d'équité. Strabon insiste sur la facilité avec laquelle les Gaulois s'associent pour venger une injustice. Régine Pernoud évoque l'idéalisme d'un peuple "toujours prêt à partir en guerre" pour les autres comme les Français "pour l'Espagne ou pour la Pologne opprimées."

. La nation gauloise a préexisté à l'entité politique. Bien que sans cohérence politique forte à partir du III-IIe siècle av. J-C., mais avec des frontières établies par le géographe grec Poseidonios d'Apamée dessinant déjà l'Hexagone (frontières de la France d'aujourd'hui, Alpes, Méditerranée, Pyrénées, Océan Atlantique, Rhin.)

. Les Celtes avaient "le sentiment de leur unité morale", "le souvenir ou la persuasion d'une identité d'origine" (Camille Jullian, Vercingétorix)

. La Gaule possédait une religion commune avant J.-C. (sanctuaire de Fleury-sur-Loire), une religion commune après J.-C.: le christianisme, religion des humbles, des faibles, des pauvres, religion des masses populaires, des forces vives et des masses actives de ce qui restait de l'Empire romain..., pour lui donner leur sève et l'irrésistible puissance de leur foi.

La femme y sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu.

Source image: Louis XX Facebook https://www.facebook.com/Louis.XX.de.Bourbon/posts/979379842124491

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Notes

 

[1] Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 5.

[2] Camille Jullian, Vercingétorix, Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 31.)

[3] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, Histoire de France sous la Direction de Jean Favier, tome 1, Fayard, Evreux 1984, p. 109.

[4] Régine Pernoud, Les Gaulois, ibid., p. 21.

[5] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 20.

[6] Plusieurs pages de Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 22, 23, 28 et 46.

[7] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 111-112.

[8] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 121.

[9] J.-L. BRUNAUX, Nos ancêtres les Gaulois, Editions du Seuil, Points Histoire, Villeneuve d'Asq 2012, p. 69.

[10] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 122-124.

[11] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 34.

[12] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 50-51.

[13] Edouard WILL, Histoire politique du monde hellénistique (323-30 av. J.-C.), Editions du Seuil, Points Histoire, Manchecourt 2003, p., 106.

[14] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 31, 32, 33.

[15] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 151.

[16] Jean-Louis BRUNAUX, Faut-il dire celtes ou gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 12.

[17] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 43.

[18] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 43. Sur l'origine du "coq gaulois", l'historien allemand Karl Ferdinand Werner nous livre cette anedocte amusante : "Avant d'en parler, soulignons quelques enseignements tirés des recherches récentes sur la période hallstattienne (vers 1000 av. J.-C.)

[19] Jacques-Antoine Dulaure, cité in Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 42.

[20] « Historiquement, c'est la gauche qui a inventé la nation, en 1789 » (Manuel Valls, en déplacement à Forbach, mardi 8 octobre 2013.)

[21] "Il n'y a pas de peuple premier en France, il n'y a pas de Français de souche" (Eric Besson, ministre de l'Immigration lançant le "débat sur l'identité nationale" en novembre 2009 sur RMC.)

[22] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 153.

[23] J.-L. BRUNAUX, Nos ancêtres les Gaulois, ibid., p. 63.

[24] Régine Pernoud, Histoire du Peuple français, ibid., chapitre "Le portrait du peuple français", p. 24-27.

[25] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,p. 65.

[26] Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951, p. 29.

[27] Frantz FUNCK-BENTANO, ibid.p. 65-66.

[28] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 66.

[29] Olivier Buchsenschutz, Sous l'Oeil des archéologues, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 27.

[30] Christophe MOULHERAT, Les textiles des princes celtes, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 36-37.

[31] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 38-39.

[32] F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 65, 67.

[33] Christian Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 201, 207

[34] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 50.

[35] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 50.

[36] Jean-Louis Brunaux, Faut-il dire celtes ou gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 12.

[37] De 132 à 135 ap. J.-C., eut lieu le dernier soulèvement juif contre l'occupation romaine, connu sous le nom de révolte de Simon Ben Koseba, dit Bar Kokhba ("fils de l'Etoite"), qui avait été pris pour le Messie politique d'Israël devant libérer les juifs. "Ben Koziba", "fils du mensonge"..., pour les sources chrétiennes. Ben Koseba persécuta les judéo-chrétiens (juifs christianisant) comme de mauvais juifs (Cf. J. DANIELOU, L'Église des premiers temps, des origines à la fin du IIIe s., Points Histoire, Tours 1999, p. 56.) Selon Dion Cassius, la révolte que ce pseudo "Messie" engagea prit des proportions considérables : "Les juifs du monde entier se soulevèrent et les rejoignirent et créèrent beaucoup d’ennuis aux Romains." Publius Marcellus, le gouverneur de Syrie, fit appel à la XXIIe légion d’Égypte, qui fut bientôt anéantie par les insurgés. Le théâtre des opérations se situa essentiellement en Judée. On n’a pas pu établir si Ben Koseba était parvenu à s’emparer de Jérusalem et à y rétablir le culte sacrificiel. Bar Kokhba, Nessi Israël ("prince d’Israël") frappa des monnaies à l’effigie du Temple, à la devise "An I de la liberté de Jérusalem", et Rabbi Aqiba, le chef spirituel révéré, le proclama "Roi-Messie". Selon les sources rabbiniques, l'empereur Hadrien en personne prit le commandement des troupes romaines et mena les opérations jusqu’à la chute de la cité forte de Bethar. En fait, rappelé de Bretagne, le général romain Julius Sévère vainquit les insurgés, qui se retranchèrent dans Béthar bientôt prise d’assaut. En 135, Bar Kochba, rabbi Akiba et leurs partisans (on parle de 500.000 hommes mais il s'agit sûrement d'une exagération) furent contraints à se retrancher dans la place forte de Bétar, près de Jérusalem, et y succombèrent après un très long siège. Le "Fils de l'Étoile" tomba lors de l'ultime combat, tandis que rabbi Akiba fut brûlé vif après avoir été longuement et horriblement torturé. Les pertes juives, considérables, s'élevaient à 580.000 morts, cinquante places fortes et 985 agglomérations juives détruites. Les Romains traquèrent les chefs spirituels afin d’interrompre la transmission de la Loi. L'empereur Hadrien édifia à la place de Jérusalem une cité grecque nommée "Aelia Capitolina", dédiée à Jupiter Capitolin et interdite aux juifs. Ce fut alors la diaspora des juifs qui s'établiront un peu partout dans le monde.

[38] Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 22 et 118.

[39] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 47-49.

[40] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 59.

[41] Camille JULLIAN, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, ibid., p. 91-92.

[42] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 101.

[43] Camille Jullian, Vercingétorix, Marabout Université, 1979, p. 25

[44] Camille JULLIAN, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, ibid., p. 153.

[45] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 118-119.

[46] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 181.

[47] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 180.

[48] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 183.

[49] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 189.

[50] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 190.

[51] Jean DUMONT, L'Eglise au risque de l'histoire, préface de Pierre Chaunu de l'Institut, Editions de Paris, Ulis 2002, p. 47-52.

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