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Christ Roi

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 07:30

Mis à jour le 01-11- 2025.

Si ton frère tombe dans la pauvreté et s’il se vend à toi, tu ne lui imposeras pas un travail d’esclave.

Lévitique 25,39

Celui qui commet un rapt – qu’il ait vendu l’homme ou qu’on le trouve entre ses mains – sera mis à mort.

Exode 21,16

S’il [Onésime] a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, NON PLUS COMME UN ESCLAVE, MAIS, mieux qu’un esclave, COMME UN FRÈRE bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur.

Lettre de saint Paul Apôtre à Philémon 1,14-16

Indiens

Indiens

Du temps de nos ancêtres les Gaulois et de Rome, chez tous les peuples anciens du monde entier, n'importe qui pouvait devenir esclave, qu'on appartienne à la noblesse ou à la plèbe: les esclaves étant pour l'essentiel des prisonniers de guerre. L'Église indiquera très tôt un chemin de libération des esclaves qui vit cette institution économique héritée de l'Antiquité disparaître au fur et à mesure des progrès de l'évangélisation.

Mais avant d’aborder cette histoire, nous devons être clairs sur ce que nous entendons par l'"esclavage" et la vraie histoire de la position de l'Église catholique à ce sujet. L’esclavage est la condition de la servitude involontaire dans laquelle un être humain est considéré comme la propriété d'un autre, n’ayant aucun des droits humains. En d'autres termes, comme une chose plutôt qu'une personne. Selon cette définition, l'esclavage est intrinsèquement mauvais, car personne ne peut légitimement être considéré ou traité comme une simple chose ou un objet. Cette forme d'esclavage peut être appelée l'esclavage de biens mobiliers. 


Cependant, il existe des circonstances dans lesquelles une personne peut à juste titre être obligée de servir contre sa volonté. Les prisonniers de guerre ou de criminels, par exemple, peuvent à juste titre perdre leur liberté circonstancielle et être contraints à la servitude, dans certaines limites. De plus, les gens peuvent également vendre leur travail pendant un certain temps (servitude sous contrat). Ces formes de servitude ou d'esclavage diffèrent en nature de ce que nous appelons l'esclavage. Quand les prisonniers de guerre et les criminels peuvent perdre leur liberté contre leur volonté, ils ne deviennent pas pour autant la propriété de leurs ravisseurs. Ils possèdent toujours des droits humains fondamentaux et inaliénables et peuvent ne pas être à juste titre soumis à certaines formes de torture de punition, par exemple. De même, les serviteurs sous contrat vendent leur travail, et non leurs droits inaliénables, et peuvent ne pas contracter pour fournir des services immoraux. De plus, ils acceptent librement d'échanger leur travail pour certains avantages tels que le transport, la nourriture, l'hébergement, et cetera. Par conséquent, leur servitude n'est pas involontaire.

 

Le deuxième Concile du Vatican a condamné l'esclavage (c'est-à-dire l'esclavage de biens mobiliers): quelle que soit l'insulte à la dignité humaine, comme les conditions de vie sous-humaine, l'emprisonnement arbitraire, la déportation, l'esclavage. . . la vente des femmes et des enfants; ainsi que des conditions de travail honteuses, où les hommes sont traités comme de simples outils à but lucratif, plutôt que comme des personnes libres et responsables; Toutes ces choses et d'autres identiques sont des infamies..., un déshonneur suprême pour le Créateur (Gaudium et SPES 27; cf. n ° 29).

 

Mais la première Église a-t-elle approuvé l'esclavage? 

 

Dieu a-t-il autorisé l’esclavage ? Ce que dit vraiment la Bible.

 

Le mot esclave dans la Bible tel qu'on l'entend aujourd'hui n'existait pas dans les textes bibliques et n'a rien à voir avec l'esclave colonial. Ce ne sont pas les Écritures qui ont justifié l'oppression, ce sont les hommes qui ont péché en vue de dominer leurs prochains et servir leurs propres intérêts.

 

Dans l'Ancien Testament, le mot hébreu ''ebed'' qui apparaît environ 800 fois dans le texte biblique signifie serviteur, et parfois employé (le terme englobe un large spectre de sens allant de travailleur domestique à serviteur d'un roi, en passant par le serviteur fidèle). Dans le Nouveau Testament, le mot ''doulos'' parle d'un serviteur loyal, souvent volontaire, mais jamais d'une marchandise humaine. La Bible ne parle pas de fouets, de chaînes, ni de traites humaines, elle parle de service temporaire dans un cadre structuré.

 

Le premier esclavage biblique vient d'une malédiction humaine. Dans Genèse 9, ce n'est pas Dieu mais Noé, un homme, qui déclare que Canaan sera l'esclave, donc le serviteur de ses frères. Donc ce n'est pas un décret divin, mais les paroles d'un père offensé. Et dans la Bible, les paroles des parents ont un poids spirituel puissant et parfois même prophétique. Donc, non Dieu n'a pas instauré l'esclavage, et la preuve est l'exemple de Caïn. Dans Genèse 4, Caïn tue son frère Abel, un crime beaucoup plus grave et Dieu ne le réduit pas en esclave, il le punit, mais il le protège même pour éviter qu'on le tuer en retour. Cela montre que Dieu agit avec justice et miséricorde, même avec un meurtrier. Encore une fois, l'esclavage n'est pas une sanction divine. Alors pourquoi trouve-t-on des lois sur l'esclavage dans la Loi de Moïse ? Des siècles plus tard, lorsque Moïse reçoit la Loi, l'esclavage existait déjà dans toutes les civilisations, à Babylone, à Rome et en Egypte. Mais les lois de Dieu sont radicalement différentes. L'esclave hébreu est libéré au bout de six ans, il a droit au repos, à la protection légale et à un traitement digne. Et surtout, chez les Hébreux, l'esclavage n'était souvent pas forcé, c'était un engament volontaire, notamment pour rembourser une dette, réparer une faute comme un vol (Exode 22,3) ou pour survivre à une pauvreté extrême. Et à l'époque il n'y avait ni prison ni système monétaire développé. Les sanctions pénales se faisaient donc par le travail, ce que l'on a traduit aujourd'hui par esclavage. En fait c'est un peu comme aujourd'hui où si tu ne peux pas payer une amende, tu fais des travaux d'intérêt général. Et Dieu n'a jamais encouragé la violence envers les esclaves. Exode 21 dit que ''si un maître blesse son esclave, l'esclave doit être libéré immédiatement.'' Et tuer un esclave était même passible de mort, ce qui était révolutionnaire pour l'époque parce que dans toutes les autres cultures, le maître avait le droit absolu sur la vie ou la mort de son esclave.

 

Donc, comparé aux autres peuples, la loi de Dieu est un cadre juste, humanisant et unique dans toute l'Antiquité. Dieu n'a donc pas créé l'esclavage mais il a encadré une pratique humaine (découlant du libre arbitre), limiter les abus et préparer une vraie libération. Et cette libération c'est Jésus-Christ. S. Paul dira dans Galates 3,28 ''Il n'y a plus NI ESCLAVE ni homme libre … vous êtes tous un en Christ.'' Pourquoi alors S. Paul a-t-il dit ''esclaves, obéissez à vos maîtres'' ? Il faut savoir que dans l'empire romain, plus d'un tiers de la population était esclave. Donc si Paul avait lancé un appel à la révolte général, cela aurait provoqué un massacre de chrétiens. Dans ce verset, Paul ne justifie l'esclavage, mais il enseigne aux chrétiens de survivre sans rébellion violente. Et d'ailleurs, dans sa lettre à Philémon 1,16, il demande au maître d'accueillir son esclave Onézime ''non plus comme un esclave, mais comme supérieur à un esclave, comme un frère bien-aimé.'' L'approche de S. Paul est révolutionnaire, mais sage et progressive. Dieu agit d'abord dans les cœurs et les mentalités, et ensuite, dans l'histoire. Et l'abolition de l'esclavage a été menés par des chrétiens motivés par l'Évangile. (Cf. TheGodProof)

 

Les premiers chrétiens ont toléré l'esclavage de leur époque, comme le montre le Nouveau Testament lui-même et le fait qu'après le christianisme soit devenu la religion de l'Empire romain, l'esclavage n'a pas été immédiatement interdit. Mais cela ne signifie pas pour autant que le christianisme était compatible avec l'esclavage romain ou que l'Église primitive n'a pas contribué à sa disparition. À cet égard, il y a un certain nombre de points importants à garder à l'esprit. St Paul ne fait pas plus d’interdiction de l’esclavage, disant aux esclaves d’obéir à leurs maîtres, qu'il ne fait de d’interdiction générale du gouvernement païen de Rome, auquel les chrétiens ont également été chargés d'obéir malgré ses injustices (cf. Rom. 13: 1-7). Il semble simplement avoir considéré l'esclavage comme une partie insoluble de l'ordre social, un ordre qu'il aurait peut-être pensé qu’il disparaîtrait sous peu... (1 Cor. 7: 29-31).

 

Deuxièmement, St Paul demande aux maîtres de traiter justement et doucement leurs esclaves (Eph 6:9; Col 4:1), leur disant que les esclaves ne sont pas la propriété de leurs maîtres pour qu’ils en fassent ce qu’ils veulent. 

 

Troisièmement, Paul a laissé entendre que la confrérie partagée par les chrétiens est finalement incompatible avec l'esclavage de biens mobiliers. Dans le cas de l'esclave en fuite Onezime, Paul a écrit à Philémon, le maître des esclaves, lui demandant de recevoir un Onezime qui n'est plus un esclave mais plus qu'un esclave, un frère ! (Philem. 6)... En ce qui concerne le salut en Christ, Paul a insisté pour qu'il n'y ait ni esclave ni homme libre. . . Vous êtes tous un dans le Christ Jésus (Gal. 3: 27-28).

 

Quatrièmement, les principes chrétiens de la charité (aime ton prochain comme toi-même) et la règle d'or (faites aux autres ce que vous souhaiteriez qu’ils fassent pour vous) adoptés par les écrivains du Nouveau Testament sont finalement incompatibles avec l'esclavage des biens institutionnels, ce point n'était pas clairement compris par tous à l'époque.

 

Cinquièmement, alors que l'Empire chrétien n'a pas immédiatement interdit l'esclavage, certains pères de l’Église (comme S. Grégoire de Nysse et S. Jean Chrysostome) l'ont fortement dénoncé. Mais ensuite, l'État n'a souvent pas réussi à adopter un ordre social juste conformément aux enseignements de l'Église.

 

Sixièmement, certains des premiers chrétiens ont libéré leurs esclaves, tandis que certaines églises rachetaient des esclaves en utilisant les moyens communs des congrégations. D'autres chrétiens se sont même vendus offerts en sacrifice dans l'esclavage pour émanciper les autres.

 

Septièmement, même là où l'esclavage n'était pas tout à fait répudié, les esclaves et les hommes libres avaient un accès égal aux sacrements, et de nombreux religieux venaient d'esclaves (dont deux papes Pie I et Calixte Ier).

Calixte Ier autorisa à l'encontre de la loi civile, les mariages entre esclaves et personnes libres. Cela implique une égalité fondamentale incompatible avec l'esclavage.

 

Huitièmement, dans l’empire lui-même, l'Église a amélioré les aspects les plus durs de l'esclavage, essayant de protéger les esclaves par la loi, jusqu'à ce que l'esclavage disparaisse à l'ouest. Il réapparut biensur pendant la dite "Renaissance"..., alors que les Européens rencontraient des commerçants d'esclaves musulmans et les peuples autochtones des Amériques. (Cf. Mark Brumley, Laissez mon peuple aller, L’Église catholique et l'esclavage, Catholic Education Resource Center)

Qu'en est-il de l'accusation que l'Église catholique n'a pas condamné l'esclavage avant les années 1890 et l’approuvé avant cela? En fait, les papes ont vigoureusement condamné l'esclavage africain et indien trois et quatre siècles plus tôt, un fait largement documenté par le père Joel Panzer dans son livre, The Papes and Slavery, "Les Papes et l’esclavage". L'argument qui suit est largement basé sur son étude.

 

Soixante ans avant que Christophe Colomb ne découvre le Nouveau Monde, le pape Eugene IV a condamné l'esclavage des peuples dans les îles Canaries nouvellement colonisées. Sa bulle Sicut Dudum (1435) a réprimandé les esclavagistes européens et a commandé que tous et chacun des fidèles de chaque sexe, dans l'espace de quinze jours de la publication de ces lettres, qu'ils restaurent leur liberté antérieure à chaque personne de l'un ou l'autre sexe autrefois résidents des îles Canaries. . . qui ont été soumis à l'esclavage. Ces gens doivent être totalement et perpétuellement libres et doivent être lâchés sans exaction ou la réception de tout argent.

Dans sa lettre à Philémon, Paul renvoie un esclave en fuite, non pas comme une propriété, mais "comme un frère" :

non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur.

Philémon 1,16

Le christianisme a sapé l'esclavage à la racine : en déclarant l'égale dignité de toutes les âmes. 

 

Nombre des premiers saints étaient d'anciens esclaves, comme saint Patrick. D'autres ont utilisé leur fortune pour acheter la liberté de ceux qui étaient enchaînés. L'esclavage était universel à Rome. Pourtant, l'Église éleva les faibles et appelait l'esclave égal en Christ.

‘’L’esclavage exista chez tous les peuples anciens. En effet, n’ayant presque pas d’industrie, ils ne pouvaient guère renouveler la propriété ; elle était presque exclusivement territoriale. Les petits propriétaires, dépossédés par la guerre ou l’usure, tombèrent dans la dépendance des hommes puissants ; de la dépossession ils descendirent à la misère, de la misère, à l’esclavage.

 

La sagesse de la législation des Juifs les préserva plus que tout autre peuple de ce malheur. ‘Vous sanctifierez la 50e année, dit le Lévitique (XXV, 10), et vous crierez liberté ! dans le pays pour tous ses habitants ; cette année sera pour vous le jubilé, et chacun retournera dans sa possession et dans sa famille.’ Ainsi, il n’y avait pas d’esclavage proprement dit, puisque le maître ne possédait pas son esclave pour la vie. Les esclaves de la nation juive étaient de droit affranchis tous les sept ans, au petit Jubilé. S’il s’en trouvait quelqu’un qui voulût rester esclave, on lui imposait une épreuve douloureuse ; il se présentait à la porte du maître qu’il volait servir, et on lui perçait l’oreille avec un poinçon. Sans doute l’esclave étranger était moins bien traité ; il y a même, à son égard, un texte très dur qui le rangerait dans la condition des esclaves grecs et romains. ‘Si quelqu’un frappe du bâton son esclave mâle ou femelle qui meurt sous sa main, il en sera tiré vengeance. Mais s’il survit un jour ou deux il n’en sera pas tiré vengeance, car c’est son argent.’ (Exode XXI, 20-21) Toutefois, d’autres versets montrent l’esclave partageant les joies de la famille et admis à la table de son maître. Sous les rois, le nombre des esclaves s’accrut ; la loi sur les affranchissements cessa d’être observée, et les esclaves juifs étaient aussi malheureux que ceux des nations païennes, lorsque Jésus-Christ vint proclamer le dogme de la fraternité humaine.

 

Chez les autres peuples orientaux, l’esclavage avait partout les mêmes sources et le même caractère. Les Egyptiens, les Hindous, les Assyriens, les Chinois, les Mèdes et les Perses, avaient des esclaves que fournissaient la guerre, la misère, les condamnations judiciaires, la piraterie et la loi de naissance. Il est remarquable toutefois que les peuples soumis au régime des castes ou au gouvernement théocratique, tels que les Égyptiens, les Hindous et les Chinois, avaient pour leurs esclaves plus de considérations que les autres.

En Grèce, l’esclavage existait dès l’époque héroïque. Le Livre où il est le plus parlé d’esclaves est l’Iliade : Briséis est esclave chez Achille ; toutes les troyennes craignent d’être esclaves des Grecs, et d’aller filer pour leurs femmes. Dans la guerre, le vaincu qui n’était pas tué restait esclave, et les héros entreprenaient souvent des expéditions pour le seul but de se procurer des esclaves.

Lorsque les Doriens envahirent le Péloponnèse, ils réduisirent en servitude ceux des anciens habitants qui ne purent ou ne voulurent as s’exiler. Sous le nom de Périéques et de Pénestes, ils étaient dans un état analogue à celui des serfs du moyen-âge, cultivant la terre et donnant à leurs maîtres une part plus ou moins grande de leurs récoltes. D’autres, appelés Hilotes, étaient de véritables esclaves-meubles traités avec une brutalité méprisante.

Hérodote dit que Sparte avait, de son temps, 220 000 Hilotes, 30 000 Périèques ou Laconiens, et 9 000 chefs de famille spartiates. Il est vrai que n’existait que dans la Laconie une population d’esclaves originaires. Partout ailleurs, les esclaves, bien que très-nombreux, n’étaient pas dans une pareille proportion.

A Athènes, ville de luxe et de plaisir, marché d’esclaves considérable, on en comptait 20 000 environ, contre 110 000 personnes de condition libre, citoyens ou métèques, c’est-à-dire étrangers domiciliés. Les principaux marchés d’esclaves étaient Chypre, Samos, Ephèse et surtout Délos et Chio, où il s’en vendit jusqu’à 10 000 en un jour. L’élève des esclaves étaient une profession méprisée, mais lucrative. Des entrepreneurs en avaient des troupes qu’ils louaient pour un temps déterminé. L’opinion des plus grands philosophes de la Grèce sur cette question de l’esclavage montre combien l’habitude de voir le mal peut aveugler les plus clairvoyants d’esprit.

Platon et Aristote convenaient timidement que l’esclavage est contraire à la nature humaine, mais ils en proclamaient bien haut la nécessité, déclarant que sans cette institution particulière, selon l’expression des Américains du Sud, les citoyens, occupés du menu détail de leurs affaires, n’avaient ni la noble fierté de l’homme libre, ni le loisir de diriger la république.

 

Dans l’empire romain, comme en Grèce, les esclaves jouaient le rôle de nos machines. Ils furent peu nombreux tant que Rome ne fit la guerre qu’en Italie. Mais il y en eut un nombre immense à partir des guerres de Macédoine. Paul-Emile vendit 150 000 Epirotes ; Sempronius Gracchus, 100 000 Sardes ; Marius, 140 000 Cimbres et Teutons ; Pompée et César, chacun 2 millions d’hommes.

La piraterie, faite par les magistrats ou les particuliers, en fournissait aussi un grand nombre. En pleine paix, Popillius Lénas (consul et ambassadeur auprès d'Antiochus IV) enleva 10 000 Statyelles ; on ravissait les hommes sur les routes et dans les villes, et la loi, impuissante à réprimer ce brigandage, en consacrait les effets, lorsqu’elle excluait du corps des citoyens celui qui était tombé dans l’esclavage ; Térence, Phède, Livius Andronicus furent ainsi esclaves.

Le commerce des hommes se faisait sur toutes les frontières de l’empire, comme il s’est fait si longtemps sur les côtes d’Afrique […] à Utique et en Egypte ; des précepteurs à Alexandrie ; des Asiatiques pour le service domestique, à Chypre et à Chio ; des pâtres, en Epire et en Thessalie ; des gladiateurs, en Thrace, en Germanie et en Gaule.

Enfin, les débiteurs insolvables, les provinciaux qui ne pouvaient payer l’impôt étaient réduits en servitude, et Rome, maîtresse du monde, traitait ses sujets avec cette rapacité d’usurier dont les Plébéiens avaient tant souffert dans les premiers temps de la république : Mithridate fut le tribun barbare de ce peuple asservi.

Il y avait donc dans Rome, l’Italie et les contrées les plus riches de l’empire, des multitudes d’esclaves. Athénée dit que des citoyens romains en possédaient jusqu’à 20 000. - Ils étaient substitués aux hommes libres dans tous les travaux de la ville et de la campagne. Crassus avait des troupes d’esclaves distingués par leurs talents qui lui tenaient compte de leurs bénéfices ; il avait, entre autres, 500 esclaves maçons et architectes à l’aide desquels il éteignait les incendies très fréquents dans une ville de bois, après avoir acheté à vil prix les maisons qui brûlaient. Atticus louait ses esclaves comme copistes ; Cicéron avait des ateliers d’ouvriers. Les prêtres des temps entretenaient des familles d’esclaves.

Le gouvernement en employait pour les postes subalternes de l’administration, la police, la garde des monuments, les arsenaux, la fabrication des armes, la construction des navires et des machines de guerre. On les préférait aux plébéiens, car ils travaillaient en grand, sans famille, dans de vastes ateliers, et par conséquent à meilleur marché. [...] - Les campagnes étaient pleines d’esclaves comme les villes. […] ‘Les riches de Rome, dit Diodore (fragm. Du I. XXXIV), laissaient les esclaves vivre de leur industrie. Ils leur fournissaient si peu de nourriture, qu’il fallait que ces malheureux mourussent de faim ou vécussent de brigandages. Aussi se jetaient-ils sur les grandes routes, armés de lances et de massues, et dévastant les campagnes, si bien que les habitants seuls des villes fortifiées pouvaient se considérer comme ayant quelque chose en propre.’

Il est facile de s’expliquer dès lors, pourquoi les chefs d’esclaves, Eunus, Salvius, Athénion, Spartacus, se trouvèrent presque subitement à la tête de formidables armées. - Plus les esclaves étaient nombreux et plus leurs maîtres s’efforçaient de les terrifier par d’épouvantables châtiments. L’esclave coupable était frappé de verges, mis en croix, écrasé entre deux meules, suspendu en l’air par quatre crochets de fer, pour être dévoré vivant par les oiseaux de proie. Si un esclave tuait son maitre, tous subissaient la torture. L’esclave fugitif était chassé, reconnu aux cicatrices de ses jambes et de son dos, et aux marques tracées sur son front, et il expiait sous les coups ou bien il était envoyé aux mines et au moulin. Il y achevait sa triste vie dans un travail forcé auprès duquel les galères ne sont rien. ‘Grand Dieu, s’écrie Apulée en entrant dans un moulin, quelle population exténuée, à la peau livide et marquetée de coups de fouet ! Tous ont une marque sur le front, un anneau au pied, les cheveux rasés d’un côté. Rien de plus hideux à voir que ces spectres aux paupières rongées par la vapeur brûlante et la fumée.’

Les révoltes des esclaves ne firent que rendre leur condition plus dure : les maîtres qu’ils avaient fait trembler, devenaient plus cruels et se vengeaient de leur peur par d’atroces règlements. Après la défaite d’Athénion, il fut défendu aux esclaves d’avoir une arme quelconque, et le prêteur Domitius fit mettre en croix un de ces malheureux qui avait tué un sanglier d’un coup d’épieu.

Cependant, peu à peu, les mœurs s’adoucirent, et diverses causes rendirent la servitude moins intolérable. Les deux principales furent la difficulté de recruter la race servile lorsque l’empire cessa les guerres d’envahissement, et les progrès du christianisme qui vint enseigner le dogme de la fraternité humaine.

La loi s’adoucit comme les mœurs : sous les Antonins (96-192), il fut défendu de tuer les esclaves coupables et de les abandonner dans l’Île d’Esculape en cas de maladie. Cependant l’esclavage subsista, et le christianisme, le trouvant établi comme une institution de l’État, fut obligé de le respecter comme tel ; mais il n’est pas moins vrai qu’il le fit disparaître. ‘Ce n’est pas le respect inspiré par un précepte particulier de l’Evangile, dit Robertson, c’est l’esprit général de la religion chrétienne, qui, plus puissant que toutes les lois écrites, a banni l’esclavage de la terre. Les sentiments que dictait le christianisme étaient bienveillants et doux ; ses préceptes donnaient à la nature humaine une telle dignité, un tel éclat, qu’ils l’arrachèrent à l’esclavage déshonorant où elle était plongée.

 

Lorsque les Barbares envahirent la Gaule, ils maintinrent l’esclavage, mais ils l’adoucirent. Pour eux, les esclaves n’étaient pas des choses, mais des personnes ayant certains droits. Ils pouvaient contracter mariage entre eux, et leur union était légitime quand l’Église l’avait consacrée. Ils trouvaient un asile dans les édifices sacrés, ils étaient protégés par la loi contre les marchands qui les vendaient à l’étranger, et restaient libres s’ils parvenaient à rentrer dans leur pays ; enfin, leur témoignage était reçu en justice. […] L’Église, puissante sur l’esprit de ces maîtres […] intervint par ses préceptes, ses menaces, ses prières et ses exemples. Le pape Saint Grégoire le Grand écrivait : ‘Comme notre Rédempteur a pris notre chair afin de nous délivrer de l’esclavage du péché, nous devons rendre à la liberté ceux qui en ont été privés par la loi des nations.’ Lui-même donnant l’exemple, affranchit tous ses esclaves.

Saint Exupère, évêque de Toulouse, vendit les vases sacrés pour racheter les esclaves, et Saint Paulin se vendit lui-même.

Les lois barbares s’adoucirent elles-mêmes, et Rotharis, roi des Lombards (636-652), ordonna que si un maître promettait la liberté à un esclave pour le bien de son âme, et mourait avant d’avoir accompli sa promesse, l’esclave serait libre, parce que le Christ avait daigné se faire esclave pour racheter notre liberté."

 

Dictionnaire encyclopédique d'histoire, de biographie, de mythologie et de géographie, par Louis Grégoire (1819-1897), Garnier Frères éditeurs, Paris 1871, p. 695-697.

"Saint Grégoire de Nysse († 395) a explicitement condamné l'esclavage jugé 'opposé à Dieu et à la loi naturelle.'" [1]

 

C'est un nombre énorme de conciles qui consacrèrent des canons à cette entreprise : les conciles d'Orange (441), Arles (442), Agde (506), Orléans (541), Mâcon (585), Paris (615), Reims (625), Chalon-Sur-Saône (650). [2]

 

Les conciles et synodes de l'Église ont explicitement condamné l'esclavage. Dès le début, l’Église a condamné l’esclavage, en particulier celui des autres chrétiens, dans ses décrets conciliaires :

>Concile de Coblence (922 après J.-C.) Il a explicitement condamné l'esclavage et la traite des chrétiens, ordonnant la libération immédiate de ces personnes. Ce n'était pas seulement une mesure pastorale, c'était légal.

>Concile de Londres (1102) Présidée par saint Anselme, il interdisait formellement la traite des esclaves en Angleterre, la qualifiant de péché et de scandale. Il s'agit de l'une des plus anciennes lois antiesclavagistes connues en Europe. . .

>Troisième concile du Latran (1179) Le canon 26 excommuniait quiconque réduisait en esclavage des chrétiens, en particulier ceux capturés à la guerre ou par des pirates. Cette mesure s'appliquait largement à toute la chrétienté. "Nous décrétons que ceux qui se livrent au pillage ou à la vente de chrétiens comme esclaves doivent être excommuniés." Ces décrets démontrent que : L’Église n’a pas seulement dénoncé l’esclavage moralement, elle a agi, législativement, des siècles avant l’abolitionnisme moderne.

 

De toutes les grandes croyances, le christianisme fut le seul à élaborer une opposition religieuses à l'esclavage sérieuse, et celle-ci commença à se faire jour vers le VIIe siècle. 

On citerait cinquante conciles régionaux qui, entre 451 et 700, édictèrent des canons pour protéger les esclaves.

 

BathildeAu VIIe siècle, dans le Regnum francorum, le Royaume des Francs, la reine sainte Bathilde (626-680), épouse de Clovis II, abolit l'esclavage. La tradition lui attribue l'interdiction des marchés d'esclaves sur ses terres, provoquant la disparition de l'esclavage dans les royaumes francs. Voici ce qu'en dit l'historienne médiéviste Régine Pernoud :

"Clovis mourra jeune, après être tombé dans la démence. Bathilde a pris en main les affaires du royaume et, lorsqu'elle devient veuve, l'an 656, son fils aîné n'ayant que cinq ans, c'est elle qui gouverne. La tradition lui attribue une décision capitale dans l'histoire des moeurs: elle interdit les marchés d'esclaves, ce qui revient à prohiber l'esclavage sur ses terres." [3]

"Elle promulgua l'interdiction de vendre les chrétiens comme esclaves et fit procéder à des rachats massifs de ceux qui l'étaient." [4]

 

Les moines de l'abbaye de Jumièges avaient coutume d'acheter des esclaves pour pouvoir leur rendre immédiatement la liberté. Un exemple bien connu est celui de S. Sidoine.

 

Le pape Zacharie (741-752 ap. J.-C.) a interdit l'esclavage et a libéré les esclaves dans les États pontificaux, ce qui constitue, un des premiers exemples d'émancipation imposée par la loi dans le monde occidental.

 

À la fin du VIIIe siècle, Charlemagne s'opposa à l'esclavage, tandis que le pape et de nombreuses voix cléricales puissantes et efficaces firent échos à sainte Bathilde.

 

À l'aube du IXe siècle, l'évêque Agobard de Lyon tonna :

"Tous les hommes sont frères, tous invoquent le même Père, Dieu : l'esclave et le maître, le pauvre et le riche, les ignorants et les savants, les faibles et les puissants. [...] Aucun n'a été élevé au-dessus des autres. [...] Il n'y a ni esclave ni homme libre, mais en toute chose il n'y a toujours que le Christ." (Bonnassie, 1991, 54, cité dans Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 55)

 

"À partir du VIIIe siècle, l'Espagne musulmane organise la traite, surtout celle des enfants et des adolescents, destinés à devenir des eunuques très prisés.

 

Lest trafiquants d'Al-Andalous parviennent à s'entendre avec leurs congénères juifs et chrétiens pour organiser une traite au long cours. Tout à l'est vivent des slaves païens [...] : capturés du côté de la Pologne ou de la Russie, ils sont envoyés en longues caravanes jusqu'à Verdun et, de là, à Venise ou à Arles, d'où on les embarque pour les ports espagnols. [...] Les garçons sont volontiers castrés, car les musulmans veulent des eunuques comme serviteurs, et pas seulement pour garder leurs harems.

 

[...] Un voyageur du Xe siècle, Ibn Hawqal, note avec admiration qu'en Espagne, 'un article d'exportation bien connu consiste dans les esclaves garçons et filles, qui sont enlevés en France et en Galice, ainsi que les eunuques slaves. L'ensemble des eunuques slaves qui se trouvent sur la surface de la terre proviennent d'Espagne. En arabe, le terme 'slave' en vient à désigner l'eunuque. L'aristocratie andalouse adore les blondes aux yeux bleus, mais qui ensuite ne sont pas non plus épargnées. Car, selon le malikisme [...] qui domine en Espagne, les femmes doivent être excisées. (Laurent VISSIÈRE, dans Historia, Les Vérités sur l'esclavage, Février 2020, n° 878, p. 29.)

 

"Dès le IXe siècle, des papes se sont élevés contre la pratique de l'esclavage. En 873, le Pape Jean VIII commandait aux princes de Sardaigne d'"un amour paternel, si vous avez acheté [aux Grecs] des captifs, de les laisser aller libres pour le salut de votre âme." (Pascal-Raphaël Ambrogi, Dictionnaire culturel du christianisme, le sens chrétien des mots, Honoré Champion Editions, Paris 2021, p. 353.)

 

"Au Xe siècle, l'esclavage avait disparu presque partout en Occident, ne se manifestant de façon résiduelle que sur ses marches. [...] L'esclavage prit fin en Europe médiévale uniquement parce que l'Église admit tous les esclaves à ses sacrements et réussit ensuite à prohiber l'esclavage pour les chrétiens (ainsi que pour les juifs). Dans le contexte de l'Europe médiévale, cette interdiction équivalut en fait à son abolition[5]

 

Au Nord de l'Europe, "à partir du VIIIe siècle, les Vikings prennent le contrôle de cette manne. Ils s'approvisionnent en hommes en multipliant les raids depuis l'Irlande jusqu'à l'Estonie. La marchandise est [...] regroupée dans de grands ports, notamment à Birka, à côté de la ville actuelle de Stockholm. Il existe aussi des sites dont le nom de Trelleborg ('camp d'esclaves') indique clairement la vocation. [...] Il ne reste plus qu'à les acheminer vers le sud à la recherche d'acheteurs.. [...] Entre Dniepr et Volga, les esclaves changent de mains, tandis que les sommes obtenues remontent vers la Scandinavie.

 

Jusque vers l'an mille, Vikings et Scandinaves dominent les circuits d'approvisionnement en main d'oeuvre servile. Païenne, exclusivement.

Bruno DUMÉZIL, Historia, Les Vérités sur l'esclavage, Février 2020, n° 878, p. 30.

À partir du XIIe siècle, le mouvement antiesclavagiste grandit. Des conciles comme celui de Londres en 1102, interdirent "l'ignoble commerce par lequel on vend des hommes comme des bêtes." [6]

Durant le XIe siècle, aussi bien saint Wulfstan que saint Anselme luttèrent avec succès pour faire disparaître les derniers vestiges de l'esclavage dans la Chrétienté. L'abolition de la l'esclavage est simplement l'exemple le plus frappant du progrès moral qui eut lieu durant le "sombre Moyen Âge".

En Europe du Nord, "l'introduction du christianisme ne fut pas sans répercussions sur l'organisation des sociétés nordiques. [...] On peut également supposer que, [...] elle favorisa le recul de l'esclavage. [...] La conversion imposait par ailleurs de renoncer à l'exposition des enfants, bien attestée dans les sociétés anciennes." [7] Pour Jean Renaud, "Il n'y aura pratiquement plus d'esclaves en Scandinavie à la fin du XIIIe siècle. [8] Pour Régis Boyer, du fait de la christianisation, "la pratique (de l'esclavage d'hommes, femmes et enfants capturés lors des raids et revendus au prix fort sur les marchés d'esclaves) cesse complètement dans le Nord au cours du XIe siècle (1100 au plus tard). [...] Et foin, ici, des légendes ou des récits affreux que nous livrent certaines de nos sources imprégnées de modèles hagiographiques latins et cherchant à l'évidence un sensationnel que rien ne vient vérifier dans les faits. Car il faut le répéter avec force : à quelques rares exceptions près, le Nord est passé sans coup férir à la religion du Christ : pas de répressions sanglantes, pas d'imposition par la force, pas de martyrs, pas de guerres de religion, pas d'hérésie ni de noyaux de résistance - à cette époque-là comme ensuite. [...] Il faut en outre rappeler un certain nombre d'évidences : le rôle pacificateur de l'Église; [...] ses exigences comme l'éradication de l'esclavage." [9]

 

Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), dans sa Somme théologique, conclut que l'esclavage est un péché. À son époque, l'esclavage n'existait plus en Europe. Sa conclusion était dérivée de son analyse de la moralité des relations humaines. Il opposait l'esclavage à la loi naturelle et déduisait que toutes les "créatures rationnelles" ont droit à la justice. Il n'y avait donc, selon lui, aucun fondement à ce qu'une personne en assujettisse une autre, ce qui éliminait toute possible justification de l'esclavage basé sur la race ou la religion. [10]

Les papes agirent autant qu'ils purent pour que la conversion des esclaves leur valût la liberté; le résultat fut obtenu, en France, sous Philippe Auguste où il fut déclaré que "tout esclave atteignant les marches du royaume se faisant baptiser, est affranchi", puis de même à Florence en 1289.

Évidemment il se trouva toujours des évêques pour fermer les yeux sur ces scandaleux trafics, mais dans l'ensemble, le christianisme travailla à faire condamner moralement l'esclavage et à améliorer le sort des esclaves, au salut de qui les ordres de S. Jean de Matha et de S. Pierre Nolasque consacraient une charité sans limites. [11]

Le 3 juillet 1315, le roi Louis X le Hutin, publie un édit qui affirme que "selon le droit de nature, chacun doit naître franc", que "nul n'est esclave en France" et que "le sol de France affranchit l'esclave qui le touche".

Selon le droit de nature, chacun doit naître franc.

Edit du 3 juillet 1315 de Louis X le Hutin, cité dans Dimitri CASALI, Le Grand Procès de l'Histoire de France, Saint-Louis, Colbert, Napoléon, Jules Ferry..., tous victimes du politiquement correct, Robert Laffont, Paris 2019, p. 111.

Abolition de l'esclavage : qui a aboli l'esclavage le premier ?

Officiellement, depuis cette date, il n'y aura plus d'esclaves sur le sol métopolitain...

On trouve des traces de l’application de ce texte par les parlements français au XVIe siècle :

- à Bordeaux, en 1571, l'édit de Louis X est invoqué pour justifier la libération d’une cargaison d’esclaves africains, transportée par un négrier normand. (Source)

- "En 1571, le tribunal de Bordeaux avait déjà affranchi un nombre considérable d'esclaves noirs appartenant à la cargaison d'un vaisseau ayant dû accoster dans son port, au motif que la France 'mère des libertés' ne tolère pas la pratique esclavagiste sur son sol

- "À Toulouse, la même raison fut invoquée par le Parlement pour libérer un jeune esclave noir de passage avec son maître, se rendant en Espagne : 'Toutes personnes sont franches en ce royaume; sitôt qu'un esclave a atteint les marches de celui-ci, se faisait baptiser, il était affranchi...[12]

 

"Lorsque paraît l'édit de Louis X, l'esclavage proprement dit a en fait disparu. Sous le règne des rois mérovingiens déjà, cette pratique n'avait plus guère de défenseurs. [...] L'édit vient clore par la loi un processus quasiment achevé." [13]

Abolition de l'esclavage : qui a aboli l'esclavage le premier ?

Au XVe siècle, l'esclavage revient dans la société européenne avec la conquête des îles Canaries et la découverte du Nouveau Monde.

 

Durant les années 1430, les Espagnols colonisèrent les Îles Canaries et commencèrent à réduire en esclavage la population noire autochtone.

 

Mais de 1435 à 1890, une succession de papes condamna sans équivoque la traite négrière et l’esclavage.

 

Le premier pape à le faire fut Eugène IV (1431-1447), qui, quand il en eut connaissance, condamna l'esclavage des peuples autochtones par les Européens dans sa bulle Sicut dudum (1435), et ordonna la libération de tous les indigènes esclaves des îles Canaries dans un délai de 15 jours, sous peine d'excommunication, ne mâchant pas ses mots: 

'Sous peine d'excommunication, tout maître d'esclave a quinze jours à compter de la réception de la bulle pour rendre leur liberté antérieure à toutes et chacune des personnes de l'un ou l'autre sexe qui étaient jusque-là résidentes desdites îles Canaries. [...] Ces personnes doivent être totalement et à jamais libres et doivent être relâchées sans exaction ni perception d'aucune somme d'argent.' (Panzer, 1996, 8, Bulle Sicut Dudum

C'était 57 ans avant que Christophe Colomb n'atteigne l'Amérique...

Eugène IV, Pape 1431-1447

 

Un texte hors de son contexte est un prétexte. Jouant sur la précision d'un texte papal, dans un contexte de guerre où le pape vient d'apprendre la Chute de Constantinople aux mains des Turcs (1453), une fausse information circule selon laquelle le Pape Nicolas V (1447-1455) a autorisé au Roi du Portugal le droit de commerce, de colonisation et d'esclavage des Noirs (bulles Romanus Pontifex, 1454 et Dum diversas 1452). À cette époque, l'Europe était en guerre idéologique et militaire contre l'expansion de l'empire ottoman musulman. Les deux bulles ont donc été rédigées dans une logique de croisade et de reconquête chrétienne, cependant que le Portugal cherchait à explorer les côtes africaines, à la fois pour contourner l'influence musulmane et pour évangéliser afin de convertir les païens. Ces deux bulles visaient des ennemis militaires et religieux et dans ce contexte de guerre donnaient au roi du Portugal le droit d'envahir, de conquérir et de réduire en servitude perpétuelle les ennemis de la foi chrétienne. Les deux bulles visaient très clairement des ennemis militaires et religieux, c'est-à-dire les Sarrasins, les Infidèles et les Païens dans les termes de "limiter les excès sauvages des Sarrasins et d'autres infidèles, ennemis du nom chrétien". La bulle rend hommage aux victoires précédentes des Portugais contre les Musulmans d'Afrique du Nord et au succès des expéditions de découverte et de conquête vers les Açores et en Afrique au Sud du cap Boujdour.

Le site Herodote.net dans un article sur "la bulle Romanus Pontifex de Nicolas V", précise : "Le pape vient alors d'apprendre la chute de Constantinople aux mains des Turcs et en a été bouleversé comme beaucoup de chrétiens. Par cette bulle, il encourage donc le roi du Portugal et ses marins dans leur entreprise de contournement du continent africain, destinée à prendre à revers l'empire ottoman, ... à combattre et assujettir les 'sarrasins, païens et autres ennemis du Christ où qu’ils soient'. Cette entreprise a débuté avec la prise de Ceuta en 1415. Dans la même bulle, rédigée à la demande des Portugais, conservée à Lisbonne et jamais publiée, le pape se dit satisfait d'apprendre la conversion à la foi chrétienne d'une grande partie des noirs capturés ou achetés par les Portugais. Gardons-nous de surinterpréter le document et d'y voir une rupture avec les condamnations récurrentes de l'esclavage par l'Église catholique : le pape se réjouit simplement des conversions dans le cadre d'une nécessaire risposte à l'offensive sarrasine, ottomane ou musulmane." (Fin de citation)

Le texte ne fait aucune mention d'une quelconque race, ou groupe ethnique en particulier. De plus, dans la traduction latine, le terme servitus, qui correspond à la condition d'esclavage ne figure absolument pas dans les textes originaux. Il y a donc eu une traduction ambigüe de ces textes du latin au français. Et les papes avant ou après Nicolas V ont toujours condamné l'esclavage. Enfin, on peut relever que ces bulles n'ont précisément jamais été utilisées par des esclavagistes ou quelconque marchand pour justifier la traite négrière.

 

Les papes Pie II (1458-1464) et Sixte IV (1471-1484) condamnèrent à leur tour avec des bulles complémentaires cette calamité qui, de toute évidence, avait repris. Cet épisode montre la faiblesse de l'autorité papale à cette époque, et non l'indifférence de l'Église vis-à-vis de l'esclavage. Le problème ne venait pas de ce que l'Église aurait manqué de condamner l'esclavage, mais plutôt de ce que peu de gens entendaient cette condamnation et que la plupart ne la prenaient pas en compte...

 

Sur la soit-disant responsabilité unique des Blancs qui devraient payer, rappelons que les rois africains n'étaient pas en reste dans l'odieux trafic : "Les familles royales... d'Achanti, du Congo et du Dahomey... vendirent un très grand nombre d'esclaves durant plusieurs générations. Parfois même, les rois avaient recours à es raids sur leur propre peuple pour satisfaire la demande d'esclaves européenne... : dans les années 1730, un roi du fleuve Saalum, entre le Cap-Vert et la Gambie, attaquait ses propres villages la nuit, incendiait les maisons et s'emparait des fuyards aussitôt asservis...", indique Hugh Thomas, dans "La Traite des Noirs 1440-1870" (Bouquins Robert Laffont, Lonrai 2006). [14] En 1789, "les monarques d'Afrique eux-mêmes ne s'opposaient pas à la poursuite de la Traite". [15]

 

L'histoire officielle occulte donc le mouvement abolitionniste induit par l'Église, ainsi que les interdictions de l'esclavage par les papes dès le XVe siècle [Eugène IV, Sicut Dunum 1435; Pie II; Sixte IV], sous peine d'excommunication. "La Renaissance en Europe n'eut aucune prétention humanitaire. Sa flamme (de la "Renaissance") réactualisa les idées et les pratiques de l'Antiquité, dont l'esclavage..." [16]. On est loin de la vision idyllique de la "Renaissance", représentée par l'histoire officielle...

 

L'histoire de l'Espagne qu'ils tentent de cacher et de déformer

 

Les Archives générales des Indes contiennent un document publié à Grenade le 16 septembre 1501, essentiel à la compréhension de la politique de Isabelle la Catholique à l'égard du Nouveau Monde, rédigé par son secrétaire Gaspar de Gricio, dans lequel sont rassemblés quelques principes très avancés pour l'époque.

Dans ces instructions royales, le frère Nicolás de Ovando, commandeur de Lares et commandeur majeur de l'ordre d'Alcántara, fut désigné pour gouverner Hispaniola, l'actuelle République dominicaine et Haïti, avec des ordres très précis : les Indiens devaient être traités comme des hommes libres, instruits dans la foi chrétienne et jamais réduits en esclavage, confirmant ainsi qu'ils étaient des vassaux et des sujets libres de la Couronne de Castille.

Isabelle interdisait strictement l’esclavage et ajoutait que tous ceux qui avaient été injustement réduits en esclavage devaient être libérés.

En 1537, une bulle papale [Veritas ipsa de Paul III] réaffirme le statut libre des Indiens et en 1542, Charles Ier promulgue les Nouvelles Lois des Indes, qui, en bref, confirment la nécessité de respecter les droits de la population indigène.

Ce document renverse la légende noire, un mantra que le monde anglo-saxon a inventé sur notre histoire, créant un récit qui n’est pas vrai. Le 12 octobre 1492, deux mondes fusionnent en un seul, marquant l’origine du métissage et d’une politique d’intégration unique dans le monde colonial. (Ana Mª Poveda, Professeur en histoire de l'Art)

 

Léon X (pape 1510-1521), le plus grand pape de l'Eglise renaissante, avait,[...] enseigné que "non seulement la religion chrétienne mais la nature elle-même se récriait contre l'état d'esclavage" (Lewis Pastor, History of the Papacy, 40 vol. (Londres 1891), VIII, p. 447.) [17]

Paul III (Pape de 1534 à 1549) "interdit aux conquistadors du Nouveau Monde d'asservir les Indiens." (...) Dans sa lettre Veritas ipsa (2 juin 1537), "il proclama l'abolition complète de l'esclavage en affirmant que tous les esclaves avaient le droit de s'affranchir. (...) Enfreindre ces injonctions était passible d'excommunication". [18]

 

Et dans sa Bulle "Sublimis Deus" du 9 juin de la même année 1537, déclarait que les Amérindiens et tous les peuples étaient "véritablement des hommes" et interdit leur asservissement, le qualifiant de "nul et non avenu". Quiconque enseignait le contraire était "excommunié". . . C’était des siècles avant l’abolitionnisme laïc.

 

 

Paul III déclarait encore solennellement "que les Indiens... ne doivent pas être privés de leur liberté ni de la jouissance de leurs biens... et qu'ils ne doivent pas être réduits en servitude." [19]

 

Paul III dans cette bulle Sublimis Deus "se livre [...] à une condamnation générale de l'esclavage, une oeuvre du diable 'voulant empêcher la prédication de la parole de Dieu.' La suite de la bulle interdit explicitement la réduction en esclavage des 'Indiens de l'Ouest et du Sud et des autres peuples dont nous avons eu récemment connaissance', ce qui au sens strict pouvait inclure les populations africaines. Mais cette interdiction n'aura pas plus d'effet que les autres.", écrit Thomas Tanase dans son Histoire de la papauté. [20] 

 

Paul III dénonce une telle pratique comme directement inspirée par l'Ennemi du genre humain (Satan), ce qui montre clairement son absence de tergiversation sur ce point.

 

"En 1542, Charles Quint reviendra à l'ancienne législation prohibant de façon absolue l'esclavage des Indiens." [21]

En 1591, Grégoire XIV (1590-1591) promulgue Cum Sicuti, adressé à l'évêque de Manille aux Philippines, et réitère les interdictions de ses prédécesseurs contre l'esclavage des peuples autochtones.

 

Au XVIIe siècle, Urbain VIII (1623-1644) promulgua Commissum Nobis (1639) condamne l’esclavage de tout peuple sous domination catholique, en soutien à l'édit du roi d'Espagne (Philippe IV) interdisant l'esclavage des Indiens dans le Nouveau Monde.

 

Saint Pierre Claver (1580–1654), jésuite d'origine catalane, "Esclave des esclaves", a servi 300 000 esclaves africains à Carthagène. Il les a baptisés, guéris, nourris et défendus, se qualifiant lui-même d'"esclave des esclaves pour toujours". L'Église n'est pas restée silencieuse. Elle a servi.



Le pape Innocent XI (1686) : dénonce l’esclavage et la traite négrière dans les missions.

 

Le besoin d’une main-d’œuvre abondante et bon marché dans les colonies est à l’origine de la traite négrière africaine. Cette nouvelle forme de servitude fut condamnée par les papes, à partir d'Innocent XI (1676-1689).

 

En 1741, Benoît XIV (1740-1758) publia Immensa Pastorum, qui réitérait que la sanction pour l'esclavage des Indiens était l'excommunication. En 1839, Grégoire XVI (1831-1846) publia In Supremo pour condamner l'esclavage des Africains. Le pape Léon XIII (1878-1903) promulgua deux bulles condamnant l'esclavage en 1888 et 1890.

 

Pourtant, malgré les nombreuses condamnations papales de l'esclavage , les colons européens ont continué à asservir les Africains et les indigènes du Nouveau Monde jusqu'au XIXe siècle. 

 

Les dénonciations papales de l'esclavage étaient si dures et si fréquentes que les colons espagnols ont institué une loi interdisant la publication de documents papaux dans les colonies sans l'approbation royale préalable. 

 

Il est ironique que l'Église soit faussement accusée de soutenir l'esclavage ou de ne pas le condamner, alors que l'esclavage massif de chrétiens par des musulmans (estimé à un million de personnes), en particulier par les Turcs ottomans du XVIe au XVIIIe siècle, est pratiquement ignoré. 

 

Curieux que l'enseignement officiel sur l'"abolition de l'esclavage" (sic) n'enseigne pas ces faits historiques ! Un hasard, sans doute... Il est fallacieux d'assimiler le comportement immoral de certains catholiques à l'enseignement officiel de l'Église. Le fait que certains catholiques aient possédé des esclaves ou participé à la traite des esclaves n'est pas une mise en accusation de l'Église, mais plutôt une illustration du fait que les catholiques ignorent parfois les enseignements clairs de l'Église.

 

"Lors de la conquête de la Nouvelle Espagne (Mexique au XVIe siècle, Ndlr.) les souverains espagnols insistent [...] continuellement sur le fait que les titulaires des commanderies n'ont pas le droit de s'emparer des terres des Indiens. Le grand spécialiste mexicain des commanderies, Sivio Zavala, souligne dans ses conclusions que 'les Indiens possédaient les terres collectivement et individuellement, sans que le seigneur ou titulaire de la commanderie puisse les en dépouiller légitimement.' [22]

 

Comparativement à ce qui a été pratiqué par les Anglo-Saxons protestants aux États-Unis avec les Indiens Cherokees, par exemple, déportés et expropriés dans les années 1830 du nord de la Géorgie et des Carolines en Oklahoma),  "le résultat, ... est clair : la population indienne aux Etats-Unis, est réduite à quelques 'réserves', alors que c'est elle qui domine très nettement au Mexique. Elle a disparu complètement dans les Antilles françaises où 'la patrie des droits de l'homme' l'a remplacée par une population noire, dans les circonstances que l'on sait." [23]



"Le pape Urbain VIII, dans une lettre de 1639 à son nonce au Portugal, condamne absolument l'esclavage et menace d'excommunication ceux qui le pratiquent." [24]

 

"Une fois encore, le Vatican s'éleva contre l'esclavage au commencement du XVIIIe siècle: [...] Clément XI, invita la Sacrée Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle à demander à ses nonces à Madrid et Lisbonne d'agir pour amener 'la fin de l'esclavage'." [25] "En 1741, le pape Benoît XIV reprit les interdictions de l'esclavage édictées un siècle plus tôt par le pape Urbain VIII, dans le bref Immensa." [26]


 

"Le siècle des Lumières est celui de l'esclavage. Éliminé d'Occident par l'influence du christianisme, ce fléau social avait reparu au XVIe siècle dans les territoires colonisés par les Européens. La fin du XVIIe siècle avait vu les débuts de la traite négrière et les achats d'esclaves pour les galères. Mais c'est au XVIIIe siècle que le mal sévit avec le plus de force. [...] L'édit de Louis XIV de mars 1685 (dit Code noir) en a défini les normes pour les Antilles. [...] 'L'esclavage est aboli en France', dit le droit français (d'Ancien Régime). [...] Mais cette règle ne vaut pas pour les esclaves venant des colonies. [27]

 

Montesquieu a défendu l'esclavage en tant que nécessité économique pour s'assurer "la prospérité des territoires  conquis."

 

"Voltaire [...] a une part de 5000 livres dans un négrier nantais." (Guide Vert Michelin, Bretagne, 2018).

 

"Voltaire [...] a été accusé dès son époque de participer financièrement à la traite négrière. [...] Ces accusations ont flambé au milieu du XIXe siècle en pleine remise en question de l'héritage des Lumières et dans le contexte de la deuxième abolition de l'esclavage. Voltaire est devenu une figure de proue de la traite négrière et un exemple de l'hypocrisie des théoriciens de l'abolitionnisme qui, en façade, défendaient les libertés et par-derrières n'hésitaient pas à s'enrichir. [...] Mais, [...] Voltaire fut un des premiers à dénoncer dans Candide la cruauté de l'esclavage dans les colonies. [...] Et [...] le chapitre 'Le Nègre de Surinam' est aujourd'hui enseigné dans les collèges comme modèle de la littérature abolitionniste." [28] 

 

"Voltaire et les Encyclopédistes n'ont pas craint de se contredire parfois à quelques pages de distance, ce qui rend impossible toute classification des auteurs dans un camp ou dans l'autre." (Jean-Michel DEVEAU, La France au temps des Négriers, France-Empire, Paris 1994, p. 248.)

 

"À partir du milieu du XVIIIe siècle, et notamment après 1763 (du fait de l'investissement nécessaire à la mise en valeur des îles obtenues par l'Angleterre après la Guerre de Sept ans), le contrôle de la traite par les milieux bancaires britanniques s'accentue." [29]

 

Le Roi Louis XVI, le 4 février 1776, promulgua un édit condamnant fermement la possession d’esclaves sur le territoire français. "L'interdiction d'introduction des esclaves noirs en France est prononcée en 1762 sous Louis XV; sous Louis XVI, elle "s'étend en 1777 à tous les gens de couleur." [30] Les circulaires et ordonnances se succèdent enjoignant le rembarquement immédiat des Noirs. [31]

 

Louis XVI, bien avant les petits bourgeois perfides qui allaient mettre la France à feu et à sang, avait compris que la liberté d’un homme ne devait pas être bafouée. C’est ainsi que moins de 3 ans plus tard, par une ordonnance du 8 Mai 1779, il abolit également le servage et le droit de suite en France. Par cette même ordonnance, il affranchissait tous les "mains mortables" des domaines royaux, ainsi que les hommes de corps, les "mortaillables" et les "taillables". 

 

"Les caractères de l'ancienne servitude ont progressivement disparu. Il ne reste plus gère (sous l'Ancien Régime), en quelques régions du royaume, que des sujets soumis à la mainmorte." C'est-à-dire des gens qui ne peuvent transmettre leurs biens à d'autres qu'à leurs enfants. La mainmorte décline aux XVIIe et XVIIIe siècle. [32]

 

"En France, [...] le servage disparaît presque partout, et dans quelques régions où il subsiste, c'est sous une forme très atténuée. [...] Dès la fin du Moyen-Âge, la quasi totalité de l'Europe occidentale était désormais composée de personnes de conditions libres. Une situation entièrement inédite, que l'on a appelée à juste titre la 'libération médiévale'". [33] 

 

Les juristes de la chrétienté occidentale en tirent les conséquences: la liberté des personnes est la règle, et l'esclavage une institution définitivement abolie. Ainsi, dans la France du XVIe siècle, un célèbre adage de Loisel disait qu'il ne pouvait y avoir d'esclaves dans ce royaume, et que tout esclave qui y entrait et se faisait baptiser devenait automatiquement un homme libre." (Loisel, Institutes coutumieres, Paris, 1637 [1607], Livre 1, titre I, § 3.) Ce grand juriste du XVIe siècle releva dans le droit coutumier français ce principe ancien selon lequel "le sol de France affranchit l'homme qui le touche."

 

De même, Étienne Pasquier, autre grand jurisconsulte du XVIe siècle, écrivait [...] : 'Toutes personnes naissent libres et franches en France hormis en quelques coutumes particulières. [...] C'est un bénéfice que nous avons  avec le temps, rapporté de toute notre chrétienté.' (E. Pasquier, L'interprétation des Institutes de Justinien, Paris 1847, Livre I, chapitre XXII)." [34]

 

"[T]tout homme qui met le pied sur le sol français devient instantanément libre. C'est [...] ce qu'affirme la tradition juridique nationale. Les tribunaux en ont fait une jurisprudence : Pontchartrain l'explique à l'Intendant de Rochefort le 28 août 1704 après avoir reçu les doléances d'une femme de Saint-Christophe à qui on a enlevé l'esclave qu'elle a fait venir avec elle. [...] Un demi-siècle plus tard l'Encyclopédie reprend le même argument avec une légère restriction. 'Présentement en France, toutes personnes sont libres, et sitôt qu'un esclave y entre, en se faisant baptiser il acquiert sa liberté, ce qui n'est établi par aucune loi, mais par un long usage qui a acquis force de loi.' (Article Esclave) [35]

 

L'interdiction de l'emploi d'esclaves sur le sol français sera dans l'ensemble respectée.

Le servage va disparaître à son tour dans le grand mouvement d'affranchissement au XIIIe siècle. Il faut en créditer les rois et les papes en même temps que l'évolution des moeurs en France.

Marc Bloch en tire d'ailleurs les conséquences, sans parti pris en présentant son ouvrage Rois et serfs:

"Présentation de Rois et serfs rédigée par Marc Bloch pour The French Quaterly (1921) :

 

"Les sociétés médiévales, dans l'Europe Centrale et Occidentale, n'ont pas connu l'esclavage, ou ne l'ont connu qu'exceptionnellement. C'est un des points où elles s'opposent le plus nettement aux sociétés antiques. En revanche, elles ont admis partout l'existence d'une classe d'hommes de condition inférieure, qui n'étaient point précisément comme les esclaves la chose de leurs maîtres, mais qui néanmoins ne passaient pas pour entièrement libres. [...]

 

"Au début du XIIe siècle, le lien servile semble encore très fort. Beaucoup peut-être parmi les serfs eux-mêmes ne songent pas à s'en dégager. En tout cas, les rois ne le relâchent pas volontiers. Seules les villes, auxquelles il faut joindre les agglomérations rurales qui en sont immédiatement voisines, ont la force, et peut-être aussi le désir, de le secouer ; mais elles n'y parviennent pas sans peine. Il faut quarante trois ans à la royauté pour se résigner à affranchir la seconde ville du domaine : Orléans. Puis, au XIIIe siècle, dans toute la France, sur les terres des seigneurs comme celles des rois, les affranchissements se multiplient : les serfs veulent la liberté. Autrefois, le servage était conçu comme un lien particulièrement fort attachant le serf à son seigneur ; désormais, par suite d'une lente évolution des idées juridiques, il paraît surtout comme une condition sociale inférieure, entachée de désavantages économiques redoutables ; il semble insupportable à ceux qui le subissent. Quiconque est assez riche pour acheter sa liberté offre de l'argent à son seigneur, et bien souvent le seigneur, qui a besoin de numéraire, accepte. Qu'il s'agisse du domaine royal ou de domaines privés, les choses se passent de même partout. Saint Louis accorde de grands affranchissements ruraux, qui bien entendu ne sont pas gratuits ; c'est qu'il ne songe pas à résister au mouvement social qui emporte son temps ; il y participe sans le commander. Mais après lui, le gouvernement royal, de plus en plus préoccupé par l'état du Trésor, cherche à transformer l'affranchissement en un moyen budgétaire normal. Jadis, sous Louis VI et Louis VII les serfs arrachaient péniblement au roi leur liberté ; sous Saint Louis ils l'obtenaient aisément quand ils acceptaient pour leur rachat des conditions raisonnables ; désormais la royauté la leur offre, et cherche même parfois à la leur imposer. C'est le sens des mesures prises par Louis X et Philippe V. Elles n'avaient rien d'inédit. Elles avaient été précédées par des mesures analogues sous Philippe le Bel ; en 1302 notamment, ce roi avait envoyé des commissaires chargés de vendre les chartes de franchise dans deux bailliages et six sénéchaussées ; acte d'une portée bien plus vaste que ceux de 1315 et 1318. Mais les commissions de 1302 n'avaient pas de préambule. C'est pourquoi l'histoire les a longtemps ignorées. Telle est la puissance de l'art oratoire."

 

Georges Duby dans Histoire de la France, des origines à 1348, ouvrage collectif édité en 1987, indique qu'au XIIIe siècle les affranchissements se multiplient sous la forme de manumissions (actes d'affranchissement) :

 

"Elles (manumissions) furent si nombreuses dans la région parisienne à partir de 1245 que le servage en moins de trente ans avait à peu près disparu.

"Ainsi autour de 1270 dans l'ensemble du monde paysan les différents statuts personnels laissaient place à une commune liberté. "

 

C'est donc bien avant Louis X et 1315 que l'esclavage avait disparu en France et que le servage avait commencé à s'effacer.

 

Les Français ont ainsi fondé la première société antiesclavagiste, d'où sortit la première loi défiant l'esclavage : tout esclave devenait libre en mettant le pied sur le sol français.

 

Au XVIe siècle, l'esclavage n'existe plus depuis très longtemps en France, ce qui n'est pas le cas hors de France.

 

"Jusqu'au XVIIe siècle, ni la traite, ni l'esclavage ne préoccupent beaucoup les Français. L'institution a disparu depuis longtemps. Les derniers esclaves irlandais et flamands ont été vendus sur les marchés de Rouen au XIe siècle." (Jacques HEERS, Esclaves et domestiques, p. 23) [36] 

 

Ceci différencie notre pays des pays africains, d'Orient et du Moyen-Orient qui ont fait de l'esclavage un mode de vie quotidien et naturel. 

 

"Le Languedoc et la Provence tremblent à la seule évocation des Maures et des Sarrasins dont les razzias laissent de cuisants souvenirs dans les villages périodiquement mis à sac. Les femmes vont peupler les harems, tandis que les hommes travaillent dans les ateliers ou sur les propriétés agricoles." [37]

 

Mais loin des yeux, de l'autre côté de l'Océan... c'était une autre affaire et il suffisait de ne pas parler du problème pour l'évacuer. C'est ce que fit l'Europe négrière entre le XVIe siècle et la seconde moitié du XVIIIe siècle. (Jean-Michel DEVEAU, La France au temps des Négriers, France-Empire, Paris 1994, p. 25.)

 

Au XVIIe siècle, la France n'a toléré la pratique de l'esclavage dans les colonies qu'en le réglementant (Code noir) pour en limiter les abus. 

 

"Le Code noir [...] permit d'adoucir dans une certaine mesure la vie des esclaves de l'époque, dans des situations où auparavant régnait l'arbitraire le plus total. La loi s'efforce ainsi d'améliorer leurs conditions de vie, avec la mise en place des procédures d'affranchissement et le renforcement des obligations du maître. [...] Le Code noir est nettemebnt moins dur et rude que les réglementations espagnoles, portugaises, anglaises et hollandaises en vigueur dans leurs colonies respectives, en particulier les législations dans les colonies anglaises en 1636 et en Virginie en 1662. 

 

"Enfin, dernier élément d'importance, il a été prouvé que jusqu'à la fin du XVIIe siècle, il n'y a que très peu de traite négrière française. [...] La France n'entre [...] dans la traite que tardivement par rapport aux Portugais, Espagnols et Hollandais." [38] 

 

Chape de plomb et mythe de la "révolution salvatrice des peuples opprimés", les dates de 1315, 1776 et 1779 sont largement occultées par les médias et les livres d’histoire.

 

L'Assemblée dite "nationale" de 1790 réaffirma par deux fois (décret du 8 Mars et du 12 Octobre 1790) la légalité de l’esclavage, revenant ainsi sur la réforme royale de 1776. L’Assemblée s’opposa ainsi à la publication de Brissot de 1790 : "Adresse à l’Assemblée Nationale pour l’abolition de la traite des Noirs"… S’asseyant allègrement sur cet idéal de fraternité tant de fois bafoué pendant la Révolution, l’Assemblée montrait par là même son mépris des plus faibles.

 

"L'égoïsme et la mauvaise foi sauront à l'occasion faire jouer l'article 17 et dernier de la Déclaration par lequel les bourgeois ont défini la propriété comme 'un droit inviolable et sacré'. Les esclaves y entrent de plein droit..." (Jean-Michel DEVEAU, La France au temps des Négriers, France-Empire, Paris 1994, p. 257.)

 

 "Si le maintien de l'esclavage dans les colonies est une entorse spectaculaire au principe, elle n'est pas la seule. Quelques mois plutôt, l'Assemblée avait fondée l'exercice de la citoyenneté sur un principe censitaire distinguant entre les citoyens actifs et les citoyens passifs. On le voit : les hommes ne sont pas demeurés égaux en droit bien longtemps." [39] Ce n’est que pour éteindre les troubles de la révolte des esclaves des colonies (Saint Domingue notamment) qu’elle accepta d’abolir l’esclavage par une loi du 4 février 1794.

 

Bonaparte rétablit l'esclavage par une loi du 20 floréal an X (20 mai 1802)

 

Le Danemark abolit la traite en 1803, l’Angleterre en 1807.

 

Le congrès de Vienne, le 8 février 1815, abolit la traite négrière (le commerce des esclaves, l'achat et le transport d'êtres humains revendus comme esclaves dans l'empire colonial) en Angleterre, France, Autriche, Prusse, Portugal, Russie, Espagne, Suède. Lors de ce Congrès de Vienne de 1815, le Pape Pie VII affirma que : "c'est la conscience religieuse qui condamne et réprouve ce commerce ignoble par lequel les Noirs... sont pris, achetés, vendus et pressurés jusqu'à la mort." (Pascal-Raphaël Ambrogi, Dictionnaire culturel du christianisme, le sens chrétien des mots, Honoré Champion Editions, Paris 2021, p. 353.)

 

De retour de l'Île d'Elbe, Napoléon interdira la traite des Noirs le 19 mars 1815. 

 

Sous la Monarchie de Juillet, en 1831, le gouvernement de Jacques Laffitte, où siégeaient de nombreux membres de la Société de morale chrétienne engagés dans le combat contre la traite, fera adopter la loi du 4 mars 1831 qui visait à son abolition définitive : elle prévoyait vingt à trente ans de travaux forcés pour les responsables. 

 


Le pape Grégoire XVI (1839) : In Supremo Apostolatus réaffirma que l’esclavage était un péché et devait être aboli. . . . . .

Abolition de l'esclavage : qui a aboli l'esclavage le premier ?

Après 1315, 1776, 1789 (Déclaration des droits de l'homme), 1794, 1815, 1831 l'esclavage sera aboli définitivement par deux décrets du 4 mars et du 27 avril 1848 du Gouvernement provisoire de la Deuxième république.

 

Aux Etats-Unis, comme dans les colonies en France au XVIIIe siècle, la contradiction entre les principes affichés en 1776 ("tous les hommes sont égaux", de la déclaration d'Indépendance américaine) et la réalité profonde était plus éclatante encore à l'intérieur même de la société américaine.

 

"Le gouvernement fédéral proclamera la fin de la traite pour 1807, mais elle se continua illégalement." Le 13e amendement déclarera la fin de l'esclavage en 1865 (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, Perrin, Collection Tempus, Paris 2012, pp. 178, 478-479), et il faudra attendre les années 1960 pour que la Cour suprême déclarât les lois de discriminations raciales anticonstitutionnelles.

 

L'historien Hugh Thomas indique que les francs-maçons, n'étaient pas en reste. "Dans le Bordeaux de la fin du XVIIIe siècle, il semble que la plupart des francs-maçons aient été négriers...[40]

 

Le franc-maçon La Fayette, par exemple, auteur de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, le 10 mars 1790 à l'Assemblée, "vote le maintien de la traite des Noirs"...; les frères Lameth "possédaient trop d'intérêt à Saint-Domingue..., Barnave aussi." Tous étaient francs-maçons. [41]

 

"Comme nous le rappelle l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, spécialiste de l'Afrique, avant même que les Européens n'arrivent en Afrique, un Africain sur quatre est l'esclave d'un autre Africain (L'Histoire, Hors-série, Le Temps des colonies, avril 2001). Alain Mabanckou (Le Sanglot de l'homme noir, Fayard, 2012) porte un regard objectif sur la condition de l'homme noir. Ce romancier et essayiste français, d'origine congolaise, explique le danger des postures victimaires : 'Il serait inexact d'affirmer que le Blanc capturait tout seul le Noir pour le réduire en esclavage. La responsabilité des Noirs dans la traite négrière reste un tabou parmi les Africains, qui refusent d'ordinaire de se regarder dans le miroir. Toute personne qui rappelle cette vérité est aussitôt taxée de félonie, accusée de jouer le jeu de l'Occident en apportant une pierre à l'édifice de la négation.'" [42]

 

"L'essentiel des esclaves (Noirs) passés dans les traites d'exportations ont été vendus de leur plein gré par des négriers africains qui considéraient que l'affaire était pour eux suffisamment rentable." [43]

 

1 250 000 esclaves blancs 

 

Les Noirs ne furent pas les seules victimes de l'esclavage.

 

"Dans l'Antiquité, les premiers esclaves étaient presque toujours des Blancs. ... Il y avait peu d'Africains parmi ces esclaves. Les seuls à posséder des esclaves noirs étaient les Égyptiens, puis les Carthaginois". [44] 

En Europe, "tant en Grèce qu'à Rome, les esclaves étaient à l'origine des prisonniers de guerre ou capturés lors d'une razzia sur une île...

L'on se souvient que César ramena dans la capitale 'de nombreux captifs' après la Guerre des Gaules. Nombreux furent les Germains asservis dans les siècles ultérieurs. [...] Au Ier siècle av. J.-C., 15 000 esclaves gaulois étaient échangés chaque année contre du vin italien..." [45] 


 "L'esclavage blanc pratiqué par ceux que l'on nommait alors les Barbaresques a bel et bien existé sur une grande échelle et constitué une véritable traite qui fit, durant près de trois siècles, plus d'un million de victimes..." [46]

Fin XIXe siècle, "l’esclavage, chassé de l’Europe chrétienne subsista chez les Musulmans et dans les colonies européennes. Les Turcs ont encore aujourd’hui des esclaves blancs et noirs, dont le sort est assez doux. Sur la côte d’Afrique, les Barbaresques firent longtemps la traite des blancs, et les puissances maritimes, Génois, Vénitiens, Espagnols, Anglais.

 

Américains et Français dirigèrent souvent des expéditions contre les ports d’Alger, de Tunis et de Tripoli, sans réussir à abolir cet odieux trafic. La conquête de l’Algérie par la France a préparé l’abolition de l’esclavage qui n’existe plus (alors) qu’au Maroc et à Tripoli. Le bey de Tunis y a renoncé en 1845. Le pacha d’Égypte l’a conservé. L’esclavage existait encore dans certaines parties de l’Amérique." (Dictionnaire encyclopédique d'histoire, de biographie, de mythologie et de géographie, par Louis Grégoire, Garnier Frères éditeurs, Paris 1871, p. 697).

 

 

"Tous les peuples, toutes les civilisations ont pratiqué l'esclavage. [...] L'esclavage était pratiqué partout, notamment dans le monde arabo-musulman : ainsi, la traite orientale approvisionnera les espaces dominés par l'islam dès le milieu du VIIe siècle et le début du XXe siècle. Les esclaves provenaient d'Afrique subsaharienne, mais aussi d'Europe méditerranéenne, du Caucase et des pays slaves. L'historien Robert Davis estime qu'entre le début du XVIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle, à eux seuls les marchands d'esclaves d'Alger, Tunis et Tripoli réduisirent 1 250 000 Européens en esclavage en Afrique du Nord

"[...] Les traites négrières pratiquées par les Arabes et l'empire ottoman auraient, selon le médiéviste Jacques Heers, concerné au minimum 17 millions d'Africains, chiffre qu'il juge sous-estimé en raison de l'effrayante mortalité provoquée par la castration des hommes destinés à devenir des eunuques..." [47]


Sur les esclaves Blancs et chrétiens à l'époque moderne : "Au début du XVIIe siècle, il y avait au total, entre le Maroc et la Libye, de 200.000 à 300.000 esclaves chrétiens dans les ports d'Afrique." [48]

 

Dimitri CASALI récapitule les chiffres des différentes traites :

 

La Traite musulmane : plus de 17 millions de personnes déportées entre le milieu du VIIe siècle et 1920.

Les traites infra-africaines : 14 millions de personnes déportées.

La traite européenne : 10 550 000 - nombre d'Africains déplacés en Amérique. Source: Pétré-Grenouilleau, Les traites négrières. Essai d'histoire globale, Gallimard 2004. [49]

 

Le Régime athégriste organisera-t-il une journée de commémoration pour les Gaulois, esclaves des Romains dans l'Antiquité ?; les chrétiens européens esclaves des musulmans jusqu'au XIXe siècle ?; ou ces Français de souche en 2010 discriminés au travail à cause de la couleur de leur peau ("discrimination positive" de Nicolas Sarkozy) ?

 

 

CONCLUSION

 

"Lors de la chute de Rome, l'esclavage était répandu partout en Europe; à la Renaissance, il avait disparu depuis longtemps.

 

"Ce n'est pas durant la Renaissance ou à l'époque des Lumières que l'esclavage fut aboli la toute première fois. C'est au cours du dit 'Âge sombre'. Et cette abolition fut mise en oeuvre par des clercs avisés qui dans un premier temps permirent à tous les esclaves de recevoir les sacrements. Au début, les implications de leur christianisation passèrent inaperçues, mais bientôt le clergé déclara qu'un vrai chrétien (ou juif) ne pouvait être mis en esclavage. (Bonnassie, 1991, 30.)" [50]

 

La "Renaissance" se voulant fondamentalement comme une redécouverte de l'Antiquité a simplement réactualisé cette calamité antique que l'Âge sombre avait aboli.

 

La France est la première nation du monde à avoir aboli l'esclavage, dès le Moyen-Âge avec l'ordonnance de Louis X de Hutin (1306-1316) du 3 juillet 1315 sur le sol métropolitain, à avoir défini au XIVe siècle que l'homme naissait libre "selon le droit de nature" (édit de Louis X), amélioré le sort des esclaves des colonies avec le code Noir de 1685 et à avoir (de nouveau) aboli l'esclavage et la servitude personnelle dans les domaines de la Couronne sous Louis XVI en 1776 et 1779.

 

La civilisation occidentale, et la France en particulier..., n'a donc pas à rougir de son histoire, ni à pratiquer la repentance pour l'esclavage, une pratique universellement répandue à toutes les époques jusqu'à ce que l'Occident s'interroge sur la légitimité de sa conquête en Amérique, comme il avait déjà pu le faire déjà avec les Croisades (Martin Aurell, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, Arthème Fayard, Saint-Amand-Montrond 2013) ou la destruction des Indiens d'Amérique. Une remise en question qui en soi est unique au monde.

 

"Partout à travers le monde, de la Maurétanie à la péninsule arabique, en passant par la Corne de l'Afrique, des cas d'esclavage contemporain sont constatés, chaque jour, sans que rien ne soit fait pour toutes ces victimes qui sont, elles, bien vivantes. Ni SOS Racisme, ni le Cran,, ni Collectifdom, ni le Pir, ni le Crif ne s'y consacrent, préférant attaquer la France...", relève justement Dimitri CASALI dans "Le Grand Procès de l'Histoire de France."

 

"Aujourd'hui plus de 40 millions d'esclaves modernes sont recensés par l'ONU, de la Mauritanie au Pakistan... La Mauritanie n'a adopté une loi qui réprime la détention d'esclaves qu'en 2007, le Mali et le Niger pratiquent l'esclavage officiellement jusque dans les années 1980."

 

"En 1848, seules parmi les grandes puissances de toute la planète, les premières nations du monde à avoir aboli et interdit l'esclavage sont l'Angleterre (1833), le Danemark (1847) puis la France (1848). Donc, [...] il faudrait plutôt célébrer le fait positif que les nations européennes ont été les premières au monde à mettre fin à cet ignoble commerce." [51]

 

Au lieu d'être aujourd'hui quasiment le seul accusé d'un passé esclavagiste que partagent autant et plus d'autres civilisations [...], l'Occident chrétien devrait être célébré pour cette propension à se remettre en question, et à avoir détruit l'esclavage le premier, cette 'pratique la mieux partagée de la planète', selon les propres termes de Maleck Chebel (M. Chebel, L'esclavage en terre d'islam, p. 8). [52]

Abolition de l'esclavage : qui a aboli l'esclavage le premier ?

L'ironie ?

 

L’humanisme laïc n’a pas aboli l’esclavage, c’est le christianisme qui l’a fait.

 

En fait, chaque fois que le christianisme recule, l’esclavage revient.

 

Aujourd’hui, il y a plus de personnes réduites en esclavage dans le monde non chrétien qu’à n’importe quelle autre époque de l’histoire.

 

La Croix a brisé les chaînes. Le monde sans le Christ les reforge.

 

Le Christ est toujours le Libérateur.

 

Celui qui était pendu est venu libérer les captifs. Car :

Là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté.

2 Corinthiens 3,17

Abolition de l'esclavage : qui a aboli l'esclavage le premier ?

Notes

 

[1] Pascal-Raphaël Ambrogi, Dictionnaire culturel du christianisme, le sens chrétien des mots, Honoré Champion Editions, Paris 2021, p. 353

[2] DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome III L'Eglise des temps barbares, Librairie Arthème Fayard, Editions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 259

[3] Régine PERNOUD, Les saints au Moyen Age, la sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ? Plon, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 204-205

[4] Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 92

[5] Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 13 et 53

[6] DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome IV La cathédrale et le Croisade, Librairie Arthème Fayard, Editions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 238

[7] R.M. KARRAS, Slavery and Society in Medieval Scandinavia, Yale Université Press, New Haven et Londres 1988, in Stéphane COVIAUX, La fin du monde viking, Passés Composés, Paris 2019, p. 218-219

[8] Jean RENAUD, Les vikings, vérités et légendes, Perrin, 2019, p. 220

[9] Régis BOYER, Les Vikings, Histoire et Civilisation, Perrin 2002, rééd. Collection Tempus, Paris 2015, p. 397, 402 et 145

[10] Rodney STARK, Faux Témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019, p. 190

[11] DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome IV, ibid., p. 238

[12] Edit du 3 juillet 1315 de Louis X le Hutin, cité dans Dimitri CASALI, Le Grand Procès de l'Histoire de France, Saint-Louis, Colbert, Napoléon, Jules Ferry..., tous victimes du politiquement correct, Robert Laffont, Paris 2019, pp. 110-111

[13] Catherine MALABOU, Il n'y a pas eu de Révolution, Réflexion sur la propriété privée, le pouvoir et la condition servile en France, Bibliothèque Rivages, Éditions Payot & Rivages, Paris 2024, p. 230

[14] Hugh THOMAS, La Traite des Noirs 1440-1870, Bouquins Robert Laffont, Lonrai 2006, p. 393

[15] Hugh THOMAS, ibid., p. 552

[16] Hugh Thomas, ibid., p. 104

[17] Hugh Thomas, ibid., p.118

[18] Hugh Thomas, ibid., 118

[19] François BRUNE, La Vierge du Mexique ou le Miracle le plus spectaculaire de Marie, Le Jardin des Livres, Référence, 2008, rééd. Mesnil-sur-l'Estrée 2014, p. 107

[20] Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 263-264.

[21] François Brune, ibid., p. 107

[22] Jean DUMONT, L'Eglise au risque de l'Histoire, p. 116, cité in François Brune, ibid., p. 104.

[23] François BRUNE, ibid., p. 76-77

[24] Hugh THOMAS, ibid., 469

[25] Hugh Thomas, ibid., 477

[26] Hugh Thomas, ibid., 487

[27] Jean de VIGUERIE, Histoire et Dictionnaire du temps des Lumières 1715-1789, Bouquins Robert Laffont, Paris 1995, p. 962

[28]  Dimitri CASALI, Le Grand Procès de l'Histoire de France, Saint-Louis, Colbert, Napoléon, Jules Ferry..., tous victimes du politiquement correct, Robert Laffont, Paris 2019, pp. 142 et 150.

[29] Olivier PETRE-GRENOUILLEAU, Les Traites négrières, Folio Histoire, Saint-Amand 2006, p. 387.

[30] Guy CABOURDIN, Georges VIARD, Lexique historique de la France d'Ancien Régime, Armand Collin, 3e éd., Paris 1998, p. 320

[31] Jean-Michel DEVEAU, La France au temps des Négriers, France-Empire, Paris 1994, pp. 242-243

[32] Guy CABOURDIN, Georges VIARD, Lexique historique de la France d'Ancien Régime, ibid., p. 303 et 206

[33] P. DOCKES, La Libération médiévale, Paris 1980, cité dans Jean-Louis HAROUEL, Le Vrai génie du christianisme, Laïcité, Liberté, Développement, éditions Jean-Cyrille Godefroy, Clamecy 2012, p. 105-106

[34] Jean-Louis HAROUEL, Le Vrai génie du christianisme, ibid., p. 106

[35]  Jean-Michel DEVEAU, La France au temps des Négriers, France-Empire, Paris 1994, pp. 240-241

[36] Jacques HEERS, Esclaves et domestiques, p. 23, cité in Jean-Michel DEVEAU, La France au temps des Négriers, France-Empire, Paris 1994, p. 18

[37] Jean-Michel DEVEAU, La France au temps des Négriers, France-Empire, Paris 1994, p. 19

[38] Dimitri CASALI, Le Grand Procès de l'Histoire de France, ibid., pp. 107-108

[39] Philippe PICHOT-BRAVARD, La Révolution française, Via Romana, 2014, p. 94

[40] Hugh THOMAS, ibid., p. 309

[41] Bernard FAY, La Grande révolution 1715-1815, Le Livre contemporain, Paris 1959, p. 182, 183, 250

[42] Dimitri CASALI, Le Grand Procès de l'Histoire de France, ibid., pp. 105-106

[43] Olivier PETRE-GRENOUILLEAU, Les Traites négrières, ibid., p. 505.

[44] Jean MEYER, ibid., p. 16

[45] Hugh THOMAS, ibid., p. 8

[46] Robert C. DAVIES, Esclaves chrétiens maîtres musulmans, l'Esclavage blanc en Méditerranée 1500-1800, Editions Jacqueline Chambon, 2006

[47] Dimitri CASALI, Le Grand Procès de l'Histoire de France, ibid., pp. 109-110

[48] Jean MEYER, Esclaves et Négriers, Découvertes Gallimard, 1999, p. 19

[49] Dimitri CASALI, Le Grand Procès de l'Histoire de France, ibid., p. 162

[50] Rodney STARK, Faux Témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019, p. 89, 94

[51] Dimitri CASALI, Le Grand Procès de l'Histoire de France, ibid., pp. 164-166

[52] Jean-Louis HAROUEL, Le Vrai génie du christianisme, ibid., p. 113

 

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  • La FSSPX annonce son intention d'ordonner des évêques le 1er juillet
    Mises à jour permanentes Le Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), le père Davide Pagliarani, a annoncé le 2 février son intention de procéder aux ordinations épiscopales le 1er juillet 2026, précisant que cette décision faisait...
  • 70 000 jeunes font un pèlerinage au monument du Christ-Roi au Mexique
    Environ 70 000 jeunes venus de tout le Mexique ont effectué le pèlerinage le 31 janvier au monument du Christ-Roi dans l'État de Guanajuato, ce qui est devenu l'un des plus grands pèlerinages de jeunes de ces dernières années. Environ 70 000 jeunes venus...
  • Notre-Dame du Bon Succès ou Bon Évènement
    C'est une dévotion approuvée par le Vatican. Notre-Dame du Bon Succès. En 1610, à Quito, en Équateur, une religieuse cloîtrée vit la Vierge Marie apparaître devant elle. La Mère de Dieu a fait des prophéties terrifiantes sur le XXe siècle: > Une crise...