« Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, [...] qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. » (Testament de Louis XVI)
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En novembre 1918, Lénine fait ériger à Moscou une statue de Robespierre. Elle tient quatre jours. Inaugurée le 3 novembre dans le jardin Alexandre, au pied du Kremlin, elle devait marquer le premier anniversaire de la Révolution d’Octobre. Lénine y voyait un "bolchevik avant la lettre" : le plan de propagande monumentale prévoyait aussi des statues de Danton, Marat et Babeuf. Faute de bronze, la sculptrice Béatrice Sandomirskaïa la coule en béton armé de tuyaux creux, haute d’environ 4 mètres, en habit et perruque du XVIIIe siècle. Le matin du 7 novembre, il ne reste qu’un tas de gravats. La presse officielle parle de sabotage contre-révolutionnaire ; Izvestia évoque surtout une construction bâclée, le gel et le mauvais béton. Une autre statue de Robespierre est élevée à Petrograd. Celle de Moscou n’a jamais été reconstruite.
Albert Mathiez, historien de la Révolution française et professeur à Dijon, publie en janvier 1920 Le bolchevisme et le jacobinisme (d’abord dans la revue Scientia, puis en brochure chez la Librairie du Parti socialiste et de l’Humanité).
Il y compare le gouvernement des Montagnards (juin 1793–juillet 1794) et le pouvoir bolchevique : deux dictatures nées de la guerre civile et de la défaite militaire, imposées par l’émeute, et recourant aux mêmes moyens — terreur, réquisitions, taxes — pour transformer la société.
Mathiez note que les révolutionnaires russes s’inspirent volontairement de l’exemple français et adaptent ses méthodes à leur situation.
Dans son discours au palais de l'Élysée le 25 septembre, le pape a souligné les cinq lignes consacrées aux "acquis" des Lumières, passant sous silence la séparation révolutionnaire des droits de l'homme d'avec Dieu et le droit naturel.
Un passage bref, mais suffisant pour mettre en lumière un problème non résolu.
Suite au voyage de Léon XIV en France, un événement singulier s'est produit et mérite d'être souligné. Ce voyage, riche, intense et aux multiples facettes – discours, rencontres, visites… – a captivé l'attention de nombreux observateurs, malgré la profusion de sujets et de situations susceptibles de retenir leur attention. Nombreux furent ceux qui se concentrèrent sur cinq phrases du discours prononcé par le pape au palais de l'Élysée, devant les autorités, la société civile et le corps diplomatique, le 25 septembre, premier jour de son séjour en France. La Bussola conclut d'ailleurs son premier article de synthèse sur le voyage papal par une référence à ce passage. Pourquoi cinq phrases d'un seul discours se sont-elles démarquées, et si nettement, parmi tant d'autres ?
Pour comprendre ce phénomène, il convient de les rappeler. Le pape évoquait la France comme une "terre aux racines chrétiennes anciennes". Il rappelait saint Irénée et le baptême de Clovis, soulignant que l'âme de la France "s'est développée en puisant dans le christianisme un génie spirituel, culturel, intellectuel, artistique et missionnaire, qui rayonne aujourd'hui à travers le monde". Il poursuivit en évoquant l'humanisme, la Renaissance et le Grand Siècle , suivi – et c'est ici que commencent les cinq lignes – par les Lumières, et la France apporta alors au monde de véritables conquêtes ; parmi celles-ci, la reconnaissance des droits de l'homme inhérents à la nature humaine, et en particulier la liberté religieuse. Cette attention constante portée à la dignité intrinsèque de chaque personne humaine se reflète dans votre devise nationale. Liberté, égalité et fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles, qui trouvent également dans le message évangélique une source inépuisable d'inspiration et d'accomplissement.
Une simple exégèse de ces passages suffit à expliquer le tollé qu'ils ont suscité. Les Lumières ont aussi connu des versions modérées, comme en Italie, mais ici, le Pape parlait des Lumières françaises, athées et révolutionnaires. Sur le plan historique, elles ont engendré injustices et massacres ; sur le plan politique, elles ont conduit à la dissociation la plus radicale jamais conçue entre la politique et la religion chrétienne. Ont-elles également instauré les droits de l’homme ? Oui, mais en les détachant du droit naturel et de Dieu.C’est précisément contre ces droits déviants, qui ne sont pas de vrais droits, que l’Église a toujours combattu, d’abord en les condamnant résolument, puis, avec Jean-Paul II, en s’efforçant de les contrer par des droits fondés sur des devoirs et donc sur Dieu. Les cinq lignes parlent de droits "inhérents à la nature humaine", mais les Lumières, soit ont nié la possibilité de connaître la nature humaine, comme chez son plus grand philosophe, Emmanuel Kant, soit ont confié au pouvoir politique la tâche de la modifier, comme chez Jean-Jacques Rousseau.
Léon XIV rappelle alors la devise nationale "Liberté, Égalité, Fraternité", elle aussi issue des Lumières et de la Révolution française. Il affirme qu'elle conduit "à des exigences éthiques universelles, qui trouvent également dans le message évangélique une source inépuisable d'inspiration et d'accomplissement". La liberté née des Lumières est la liberté absolue et originelle, sans limites, de l'homme moderne. C'est la liberté "libertaire" qui lutte contre toute présupposition d'ordre naturel ou divin qui la limite dans sa tentative de lui conférer un sens. L'égalité est l'aplatissement numérique des citoyens en tant qu'individus, monades sans lien apparent selon Rousseau, additionnées les unes aux autres pour donner une expression quantitative à une prétendue volonté générale. La fraternité est l'universalisme maçonnique cosmopolite, qui rejette les liens d'identité naturels, historiques et, plus encore, surnaturels ; c'est la fraternité sans Père imposée par les armées napoléoniennes et aujourd'hui par le mondialisme idéologique.
Au-delà de ces problèmes, en arrière-plan, se trouve le principal . Les Lumières ont structuré la modernité inaugurée par la Réforme luthérienne. L'œcuménisme actuel nous empêche de nous souvenir de ce dernier aspect ; devons-nous faire de même avec les Lumières ? Comme nous le savons, la modernité, en tant que période historique, recèle de nombreux éléments, même positifs. Mais, en tant que système de pensée, elle implique un ensemble de principes qui entourent l'immanence. Si l'Église doit dialoguer avec la modernité au premier sens, car elle doit rencontrer l'homme moderne, cela ne signifie pas qu'elle doive négliger la modernité au second sens, avec ses principes inacceptables, qui trouvent une expression précise dans les Lumières. Le dialogue avec le monde doit distinguer ces deux niveaux, faute de quoi il importera une modernité athée au sein de l'Église. Les cinq lignes de Léon, qui acceptent les Lumières, visent-elles également à accepter la modernité théorique ? Disons simplement que, pour cette raison, quelques lignes supplémentaires auraient dû lui être consacrées.
On ne peut s'empêcher de s'interroger sur le sens de ces cinq lignes, et face au malaise que suscite leur exégèse, nous cherchons d'autres explications. Peut-être le pape, par le mot "Lumières", entendait-il une catégorie plus générale que les Lumières françaises de la guillotine ? Même Benoît XVI, dans son discours au Bundestag allemand en 2011, affirmait que les Lumières étaient nées du christianisme. Il avait une conception large du terme "Lumières" ; il parlait aussi des Lumières grecques, avec lesquelles la foi chrétienne avait connu une rencontre providentielle. Cependant, Ratzinger s'exprimait en Allemagne, et non en France, et parler des Lumières en France n'a qu'une seule signification.
Une autre explication, avancée par certains , est que le pape Prévost souhaite dépasser cette question, la considérant comme préconciliaire. Ordonné prêtre dans les années 1980, il voudrait oublier pourquoi l'Église "doit aller de l'avant". C'est une hypothèse, mais considérer un problème comme surmonté ne signifie pas qu'il est résolu.
Et ces cinq lignes nous indiquent qu'il ne l'est pas encore.
La mère du féminisme moderne utilisait son autorité de professeur pour séduire ses jeunes élèves et les livrer à Jean-Paul Sartre.
L'Histoire a fait de Simone de Beauvoir l'icône absolue de l'émancipation féminine. La philosophe qui a appris aux femmes à se libérer de la domination des hommes.
Mais derrière la légende se cache un abus de pouvoir moral et sexuel implacable.
Dans les années 1930, Beauvoir enseigne la philosophie. Elle cible notamment Bianca Bienenfeld, une élève âgée de seulement 16 ans. Elle entame une relation intime avec l'adolescente, l'isole psychologiquement, puis l'introduit dans le lit de son compagnon, Jean-Paul Sartre.
La mécanique est destructrice : Beauvoir séduit, Sartre consomme.
Dans leurs correspondances privées publiées à titre posthume en 1990, le cynisme du couple donne la nausée. Les jeunes filles y sont déshumanisées, affublées de pseudonymes comme Louise Védrine pour Bianca.
Beauvoir écrit noir sur blanc la gestion clinique de ses lycéennes. Elle raconte à Sartre les nuits passées avec elles, décrivant la naïveté et la soumission de ses élèves avec la froideur d'un entomologiste.
Dans ses lettres, elle s'amuse ouvertement de l'emprise totale qu'elle exerce. Elle décrit ses proies en larmes, sanglotant de jalousie ou d'angoisse, tout en coordonnant l'emploi du temps avec Sartre pour se les repasser sans que l'une ne croise l'autre.
Sartre lui répond sur le même ton glacial, réclamant des détails intimes ou se plaignant du fardeau émotionnel que ces jeunes filles leur imposent. Le couple mythique gère la vie intime de ses élèves comme un contrat logistique, réduisant ces adolescentes à l'état de jouets jetables.
L'impunité vacille avec le cas de Nathalie Sorokine. En décembre 1941, la mère de la jeune fille dépose une plainte officielle contre Beauvoir pour détournement et corruption de mineure.
L'enquête administrative confirme le comportement manipulateur de la philosophe. En juin 1943, l'Éducation nationale relève Beauvoir de ses fonctions pour conduite incompatible avec le métier d'enseignante.
Ses défenseurs utilisent systématiquement le contexte de l'Occupation pour réduire cette affaire à une simple persécution politique menée par le régime de Vichy. Beauvoir sera d'ailleurs formellement réintégrée à la Libération en juillet 1945, bien qu'elle ne remettra plus jamais les pieds dans un lycée.
Mais le paravent politique de Vichy ne tient pas.
Les preuves les plus accablantes ne viennent pas des archives pétainistes. Elles viennent de l'encre même de Simone de Beauvoir et des mémoires publiés en 1993 par Bianca Bienenfeld, qui décrira cette emprise comme un traumatisme absolu.
Le mythe s'effondre. L'icône du progressisme a consciemment utilisé son prestige intellectuel pour manipuler et détruire de très jeunes femmes au seul profit de son couple.
La Biblia Masónica del siglo pasado, afirma que la Tierra es un disco plano con cientos de otros continentes:
➖ Punto 1: La Tierra es todo el universo. Todos los demás cuerpos, el sol, la luna y el cielo, son objetos artificiales auxiliares. (página 17)
➖ Punto 2: Los cielos…
— Ricardo De Spirito Balbuena. (@elzorrotacneno) October 3, 2026
"Earth" "La Terre était considérée comme l'univers lui-même, tous les autres corps célestes — les cieux, le soleil, la lune et les étoiles — lui étant subordonnés. On trouve apparemment des traces de l'idée selon laquelle le monde était un disque (Is xl 22) bordé par l'océan, avec Jérusalem en son centre."
La Bible maçonnique du siècle dernier affirme que la Terre est un disque plat avec des centaines d'autres continents :
➖ Point 1 : La Terre est tout l'univers. Tous les autres corps, le soleil, la lune et le ciel, sont des objets artificiels auxiliaires. (page 17)
➖ Point 2 : Les cieux consistent en trois parties : l'atmosphère, le firmament et la demeure des Dieux et des anges. La demeure des Dieux et de leurs assistants empêche l'océan céleste d'entrer en contact avec le firmament. (page 66)
➖ Point 3 : Il y a 27 continents sur Terre. Jusqu'en 1579, une forte alliance et un commerce existaient entre eux. Par la suite, toute mention de cela fut détruite (page 79)
Selon cette Bible reconnue comme officielle en 1955, mais ultérieurement confisquée de toutes les sources officielles, il n'y a pas de sortie vers l'espace, mais existent de vastes territoires inconnus pour notre génération.
Notons que le texte biblique sur lequel s'appuie la Bible maçonnique, Isaïe 40,22 parle de "voûte" et non de "disque" : "Il habite au-dessus de la voûte qui couvre la terre dont les habitants semblent des sauterelles. Comme une toile, il a tendu les cieux, il les a dépliés comme une tente d’habitation." En regard du texte grec de la Septante pour Is 40,22, le texte français parle également de "voûte" et non de disque : "C'est lui qui tient dans sa main le cercle de la terre, et, comme une nuée de sauterelles, tous ceux qui l'habitent. C'est lui qui a posé les cieux comme une voûte, et qui les a tendus comme la tente où l'on s'abrite."
Un commentateur indique :
"C’est une vraie Bible. J’ai la version de 1951. Cette section fait 96 pages et se trouve à la fin, juste avant l’index. Par contre, je ne sais pas pour la partie sur les 27 continents, je n’ai pas encore trouvé cette partie-là."
La chrétienté a construit les premiers hôpitaux publics. L'Antiquité païenne n'avait rien d'équivalent, les riches, seuls, pouvaient se payer des soins. Les valetudinaria militaires étaient financés par l'État romain (l'armée soignait ses soldats, comme tout armée digne de ce nom), mais les autres étaient privés : une pièce des grandes maisons servait d'infirmerie aux esclaves malades, essentiellement pour protéger un patrimoine et éviter la contagion. Les historiens parlent d'institutions urbaines "probablement privées", et d'infirmeries pour gladiateurs et esclaves de latifundia. Rien de gratuit pour le pauvre libre : c'était de la logistique d'État ou de la gestion de capital, pas de la charité publique. La première institution offrant des soins complets et gratuits au public semble bien être la Basileias de Basile de Césarée, fondée vers 370. À Byzance, au IVe siècle, les xenones (hôpitaux de Constantinople, comme celui du monastère du Pantocrator) étaient des institutions de charité chrétienne, décrites comme les premiers hôpitaux européais pleinement équipés (Hektoen International).
La chrétienté a construit les premiers orphelinats.
La chrétienté a construit les premiers foyers pour personnes âgées.
La chrétienté a construit les premières écoles publiques (du primaire jusqu’au baccalauréat).
La chrétienté a forgé les premières disciplines scientifiques modernes. Gregor Mendel (1822–1884) – Père de la génétique, Georges Lemaître(1894-1966) – Théorie du Big Bang, Athanasius Kircher (1602–1680) – Égyptologie ancienne, microbiologie; Roger Boscovich (1711–1787) – Précurseur de la théorie atomique.
Les prêtres catholiques ont apporté de nombreuses contributions importantes à la science et à la technologie tout au long de l'histoire, souvent en ouvrant de nouveaux domaines ou en réalisant des découvertes révolutionnaires.
La chrétienté a été la première à abolir l’esclavage. Fille d'esclave anglo-saxonne elle-même, devenue régente des royaumes francs, Bathilde rendit la vente et l'achat d'esclaves définitivement illégaux, décréta que tout captif vendu sur le sol des Francs devenait libre, s'attaqua à la vente des enfants et à l'exportation d'esclaves chrétiens vers les marchés extérieurs, et racheta de nombreux captifs pour les libérer. C'est l'une des toutes premières législations anti-traite de l'histoire européenne. Le pape Zacharie (741-752 ap. J.-C.) a interdit l'esclavage et libéré les esclaves dans les États pontificaux. Après que des marchands vénitiens eurent acheté à Rome un grand nombre d'esclaves destinés à être revendus aux musulmans d'Afrique, Zacharie interdit ce trafic, racheta les esclaves aux marchands à leur prix et les affranchit. C'est bien l'un des premiers exemples d'interdiction légale de la traite assortie d'affranchissements. Fin du VIIIe siècle, Charlemagne s'opposa-t-il à l'esclavage alors que l'Espagne musulmane organisait la traite. Le concile d'Estinnes (743), dans l'orbite carolingienne, interdit de vendre des esclaves chrétiens à des non-chrétiens, et Charlemagne légiféra contre l'exportation d'esclaves chrétiens. La bulle Sicut Dudum d'Eugène IV (13 janvier 1435) ordonne, sous peine d'excommunication — non absolvable sauf à l'article de la mort — la libération sous quinze jours de tous les Guanches des Canaries réduits en esclavage. Pie II renouvelle ces censures en 1462 contre l'asservissement des néophytes de Guinée, et Paul III interdit sous peine d'excommunication l'asservissement des Indiens d'Amérique en 1537. À l'été 1452, Mehmed II avait achevé la forteresse de Rumelihisarı verrouillant le Bosphore, l'empereur Constantin XI suppliait Nicolas V d'intervenir, et la bulle Dum diversas (1452) a probablement été conçue pour relancer une croisade contre les Ottomans, dans un contexte de guerre sainte. Elle s'inscrit dans la continuité de la Reconquista étendue au Maroc : depuis Ceuta (1415), la couronne portugaise recherchait la reconnaissance pontificale de ses expéditions comme guerres justes, ce qui légitimait la vente des captifs.
La chrétienté a construit l’Europe, ainsi que l’Amérique du Nord et du Sud.
La chrétienté a construit les villes vers lesquelles tous les peuples et toutes les personnes —chrétiens et non chrétiens à parts égales— traversent terre et mer pour émigrer, s’enraciner, former des familles et réaliser leurs rêves et leurs espoirs.
Le christianisme est beau, noble et d’origine divine.
Dans un nouveau débat video sur YT, Adrien Abauzit, soutient mordicus que le magistère de l’Eglise est toujours infaillible sur la foi et les mœurs et que les papes ne pouvaient jamais enseigner l’erreur dans le cadre de leur magistère. Or cela est faux. Matthieu Lavagna explique que ''le magistère n'est pas infaillible en toute circonstance et qu'il existe des degrés d'autorité du magistère''.
Le code de droit canonique précise bien qu’"aucune doctrine n’est considérée comme infailliblement définie sauf si cela est manifestement établi." (canon 749, n°3), reprenant substantiellement le code de 1917 (accepté par les sédévacantistes) qui précisait déjà qu’"aucune chose ne doit être tenue pour déclarée ou définie dogmatiquement en l’absence de preuve manifeste" (1323 n°3). Le Code exige donc qu’une "preuve soit manifeste" pour qu’un enseignement soit considéré comme dogmatique/infaillible. Il n’est évidemment pas question d’un simple passage d’une encyclique. Il faut que le pontife ait la volonté de définir quelque chose en matière de foi et de mœurs et d’obliger les fidèles à y adhèrer de manière irréversible.
Concernant le magistère ordinaire (non infaillible), l'assentiment religieux est un "jugement probable ne relevant pas formellement de la Foi" et "nécessite l’assentiment et de la volonté et de l’intelligence" (Donum veritatis 23 ; LG 25 ; Note doctrinale CDF 29 juin 1998). Il s’agit là d’un jugement "PROBABLE" qui ne relève pas formellement de la Foi. Autrement dit, l’erreur est improbable mais non impossible, sinon cela rentrerait dans l'assentiment de Foi (infaillible) et donc dans le magistère extraordinaire.
Matthieu Lavagna donne trois exemples historiques de magistère "faillible" où le magistère est revenu sur lui-même :
>La condamnation du prêt à intérêt (usure). Pendant plus d'un millénaire, le magistère a condamné le prêt à intérêt (Léon Ier au 2e concile du Latran, Concile de Vienne, et pape Benoît XIV qui a affirmé qu'il s'agissait d'un "péché" dans l'encyclique Vix pervenit 1745, 3). Or l'Eglise a reconnu depuis que cette position était fausse et que ce n'était pas un péché que d'exiger plus que ce qui a été prêté. Cet exemple prouve que toutes les encycliques ne sont pas infaillibles.
>Le pape Innocent IV sur la torture judiciaire contre les hérétiques dans la Bulle Ad extirpenda (1252), était en contradiction avec la lettre Ad consulta vestra de Nicolas Ier (866) où celui-ci écrivait: ''(la torture) De tels procédés sont contraires à la loi divine et à la loi humaine, car des aveux doit être spontané et non forcé, il doit être fait volontairement et non arraché par la violence.'' Les papes plus tard sont revenus sur la position d'Innocent IV, dont Pie XII en 1953 qui dit que "l'instruction judiciaire doit exclure la torture physique et psychique, parce qu'elle viole un droit naturel de la personne."
>la condamnation de l'héliocentrisme par le Saint-Office avec l'approbation de Paul V en 1616 comme "formellement hérétique'' parce que jugé "contraire à la Sainte Ecriture". En 1822, avec l'approbation de Pie VII autorisa officiellement l'enseignement de l'héliocentrisme. Ce qui signifie que Paul V en 1616 s'est trompé en condamnant l'héliocentrisme comme hérétique. Et à l'époque le Saint-Office était un organe du Magistère.
Le Concile Vatican I (1870) a défini le dogme de l'infaillibilité pontificale :
Il y a quatre critères pour que l'infaillibilité pontificale s'exerce :
(1) s'adresser à l'ensemble de l'Eglise universelle en faisant appel à sa suprême autorité apostolique de "successeur de Saint Pierre"
(2) La mention d'une volonté de "définir" une doctrine
(3) L'enseignement concerne la foi ou la morale
(4) la volonté de contraindre tous les croyants à croire ce qui est défini (mention expresse d'une volonté d'obliger)
Dans son Grand Catéchisme de 1905, saint Pie X précisait que le pape est infaillible "seulement" lorsqu’il définit.
Question: Quand est-ce que le Pape est infaillible ? Réponse: "Le Pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Église, une doctrine concernant la foi et les mœurs. »
Même avant le Concile Vatican II et après la définition dogmatique de l’infaillibilité pontificale au concile Vatican I, les théologiens les plus réputés de l’Eglise reconnaissaient que le pape pouvait parfois enseigner l’erreur dans le cadre de son magistère s’il ne parlait pas ex cathedra. En voici une liste non exhaustive.
Père Thomas Pègues, dans la Revue thomiste de 1904, sous le pontificat de saint Pie X : "C’est donc lorsque le Pape définit, c’est-à-dire lorsqu’il tranche définitivement et avec l’intention formelle de clore toutes les discussions ou de les prévenir ; c’est alors, et uniquement alors, qu’il est infaillible et que sa décision s’impose à tous comme un article de foi. […] Que s’il s’agit d’un point de doctrine ayant trait au dépôt de la Révélation, nous ne devons pas nous hâter, même alors, d’en appeler à l’Infaillibilité et à la foi. Le Pape, même comme Pape et dans un document où il se propose de parler à l’Église universelle, peut très bien aborder un point de doctrine qui touche à la vérité révélée […] non pas pour trancher et clore définitivement le débat, mais simplement pour rehausser la discussion, ou l’orienter et la diriger. Dans ce cas […] bien que le Pape agisse et parle comme chef de l’Église, se proposant […] d’enseigner, d’une certaine manière, à l’univers, cependant nous ne parlerons pas d’Infaillibilité, parce que nous n’avons pas la troisième condition essentiellement requise pour que l’Infaillibilité soit en jeu." Revue thomiste, 1904, "L’autorité des encycliques pontificales d’après saint Thomas", p. 525
Mgr Gasser, secrétaire de la Députation de la foi (Commission théologique du concile) précise que cette infaillibilité est restreinte: "Je réponds et je le reconnais simplement : en aucun sens l’infaillibilité pontificale n’est absolue, car l’infaillibilité absolue appartient à Dieu seul, Vérité première et essentielle, qui ne peut jamais faillir en aucune manière. Toute autre infaillibilité, du fait qu’elle est communiquée dans un but déterminé, possède ses limites dans lesquelles, et ses conditions auxquelles, elle est censée être présente. Il en est de même de l’infaillibilité du Pontife romain. Elle est maintenue dans certaines limites et à certaines conditions. […] L’infaillibilité du Pontife romain est, en réalité, restreinte par rapport au sujet, à savoir quand il s’agit de la foi et des mœurs, et par rapport à l’acte, à savoir quand il définitce qui est à croire ou à rejeterpar tous les fidèles." (Commentaire officiel de Mgr Gasser sur le dogme de l’infaillibilité pontificale, cité dans "L’infaillibilité pontificale", in R. Aubert, Vatican I, Orante, Paris, 1964) Le rapport Gasser précise qu’est nécessaire "l’intention manifeste de définir une doctrine, c’est-à-dire de mettre fin à des fluctuations […] en donnant une sentence définitive et en proposant cette doctrine comme devant être tenue pour toute l’Eglise" (Commentaire officiel de Mgr Gasser sur le dogme de l’infaillibilité pontificale)
Père Choupin, s'appuyant sur le Cardinal franzelin:
"Nous pouvons l’affirmer sans crainte de nous tromper : il y a beaucoup de documents pontificaux émanant directement du pape, en tant que chef de l’Église, et relatifs à la foi, à la doctrine catholique, assurément d’une très grande autorité, universellement obligatoires, mais qui cependant ne sont pas des définitions ex cathedra, et ne s’imposent donc pas comme un dogme de foi. […] On peut même dire que les encycliques, les constitutions doctrinales où le pape donne une direction, un enseignement obligatoire et universel, sans vouloir se prononcer définitivement sur la question, constituent lemode ordinairede procéder, le plus fréquemment employé." (Cité dans Lucien Choupin, Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège, Beauchesne, Paris, 1907, 3e édition, pp. 50-52.)
Franciscus Diekamp, grand théologien catholique allemand (1864-1943), professeur de théologie dogmatique à Münster écrivait par exemple dans son manuel de théologie dogmatique : "Ces actes non-infaillibles du magistère du pontife romain n’obligent pas à croire, et ne postulent pas une soumission absolue et définitive. Mais il est du devoir de chacun d’adhérer d’un assentiment religieux et intérieur à de telles décisions, en tant qu’elles constituent des actes du magistère suprême de l’Eglise, et sont fondées sur de solides raisons naturelles et surnaturelles. L’obligation d’y adhérer ne pourrait prendre fin que dans le cas, rarissime, où un homme, apte à juger cette question, après une analyse répétée et très fouillée de tous les arguments, parvient à la conviction qu’une erreur s’est glissée dans la décision." (Diekamp, Theol. dogm. man., vol. I, p. 72)
Benedict Heinrich Merkelbach Théologien moraliste dominicain (1871-1942), professeur à Louvain et à Rome expliquait lui aussi que "quand l’Église n’enseigne pas avec son autorité infaillible, la doctrine proposée n’est pas de soi irréformable ; c’est pourquoi, si per accidens, dans une hypothèse qui est vraiment très rare, après un examen particulièrement attentif de la question, quelqu’un voit qu’il existe des motifs très graves pour refuser la doctrine ainsi proposée, l’on serait en droit, sans tomber dans la témérité, de suspendre l’assentiment intérieur [ … ]" (Benedict HeinrichMerkelbach, Summa theol. mor., vol. 1, p. 601. )
Dominico Palmieri, Théologien jésuite italien (1829-1909), auteur du "Tractatus de Romano Pontifice" enseignait également: "Il s’agit également de savoir quel type d’obéissance est dû au Pontife romain qui enseigne quelque chose sur la doctrine de la foi ou qui s’y rapporte, lorsque cela n’est pas défini ex Cathedra, et quel type d’obéissance est dû aux sentences doctrinales des congrégations des cardinaux. […] On peut en effet discerner que le Pontife Romain ne parle pas à chaque fois ex Cathedra ; lorsqu’en effet il enseigne quelque chose, n’ayant cependant pas l’intention d’imposer l’obligation de la croire comme quelque chose devant être tenu par toute l’Église, s’il ne signifie pas qu’il le veut, alors on ne dit pas qu’il parle ex Cathedra, même s’il parle de doctrine au sujet de la foi ou de la morale. […] car, la certitude de l’infaillibilité n’existant pas, on remarque que l’erreur n’est pas impossible, et on remarque donc qu’il est possible que le contraire soit vrai." (Dominico Palmieri SJ, 1891, Thesis XXXII, Scholion II De Romano Pontifice, 1891)
Christianus Pesch, grand dogmaticien catholique (fin XIXᵉ début XXᵉ siècle) précise lui aussi "On doit donner son assentiment aux décrets des Congrégations romaines, tant qu’il n’est pas devenu positivement évident qu’elles se sont trompées. Puisque les Congrégations, en elles-mêmes, ne fournissent pas une preuve absolument certaine en faveur d’une doctrine donnée, il est permis, voire nécessaire, d’examiner les raisons de cette doctrine. Ainsi, il arrivera soit que cette doctrine soit progressivement reçue dans toute l’Église, atteignant de cette manière la condition de l’infaillibilité, soit que l’erreur soit peu à peu décelée. En effet, comme l’assentiment religieux dont il est question ne repose pas sur une certitude métaphysique, mais seulement sur une certitude morale et générale, il n’exclut pas toute suspicion d’erreur. C’est pourquoi, dès que surgissent des motifs suffisants de doute, l’assentiment doit être prudemment suspendu. Néanmoins, tant que de tels motifs de doute ne se présentent pas, l’autorité des Congrégations suffit pour obliger à donner son assentiment. Les mêmes principes s’appliquent sans difficulté aux déclarations que le Souverain Pontife fait sans engager son autorité suprême, ainsi qu’aux décisions des autres supérieurs ecclésiastiques qui ne sont pas infaillibles." (Pesch, Praelectiones dogmaticae, no. 521, 1:314–15)
Van Noort Théologien néerlandais (1861-1946), professeur de dogmatique à Warmond, écrit également dans son ouvrage monumental Dogmatic Theology : "Il peut être utile d’ajouter quelques points concernant des opinions purement théologiques — des opinions relatives au pape lorsqu’il ne parle pas ex cathedra. Tous les théologiens admettent que le pape peut commettre une erreur en matière de foi et de morale lorsqu’il s’exprime ainsi : soit en proposant une opinion fausse sur une question encore non définie, soit en différant innocemment d’une doctrine déjà définie. Les théologiens ne s’accordent pas, toutefois, sur la question de savoir si le pape peut devenir un hérétique formel en s’obstinant dans une erreur sur une matière déjà définie. L’opinion la plus probable, suivie par Suarez, Bellarmin et bien d’autres, soutient que, de même que Dieu n’a jusqu’à ce jour jamais permis qu’une telle chose se produise, il ne permettra jamais qu’un pape devienne un hérétique formel et public. Néanmoins, certains théologiens compétents concèdent que le pape, lorsqu’il ne parle pas ex cathedra, pourrait tomber dans l’hérésie formelle." (Dogmatic Theology, volume II : Christ’s Church, p. 294)
Ludwig Ott, Théologien catholique allemand, professeur à Eichstätt, auteur du manuel incontournable "Fundamentals of Catholic Dogma" conclut: "En ce qui concerne l’enseignement doctrinal de l’Église, il faut bien noter que toutes les affirmations de l’Autorité enseignante de l’Église sur les questions de foi et de morale ne sont pas infaillibles et, par conséquent, irrévocables. Ne sont infaillibles que celles qui émanent des conciles généraux représentant l’épiscopat tout entier, ainsi que les décisions pontificales ex cathedra… La forme ordinaire et habituelle de l’activité enseignante du pape n’est pas infaillible. En outre, les décisions des congrégations romaines (Saint-Office, Commission biblique) ne sont pas infaillibles. Néanmoins, elles doivent normalement être acceptées avec un assentiment intérieur fondé sur la haute autorité surnaturelle du Saint-Siège… Le silentium obsequiosum, c’est-à-dire le "silence respectueux », ne suffit généralement pas. Par exception, l’obligation d’un assentiment intérieur peut cesser si un expert compétent, après un examen scientifique renouvelé de tous les fondements, en vient à la conviction positive que la décision repose sur une erreur." (Fundamentals of Catholic Dogma, p. 10)
[Mgr Joseph Fessler,La vraie et la fausse infaillibilité des papes, E. Plon et Cie, Paris 1873. Ecrit par un évêque autrichien au XIXe siècle, cet ouvrage clarifie la doctrine de l’infaillibilité pontificale, définie au concile Vatican I (1870). L’auteur distingue l’infaillibilité véritable, limitée aux déclarations ex cathedra sur la foi et la morale, des erreurs possibles dans d’autres domaines. Il répond aux critiques, notamment des catholiques libéraux et des protestants, dénonçant une fausse conception absolutiste... Le texte s’appuie sur les Écritures, la tradition et les conciles pour défendre l’autorité papale. Il insiste sur les conditions strictes de l’infaillibilité, évitant les exagérations. Publié trois ans après le concile Vatican I, il vise à apaiser les controverses.
Ajoutons que concernant le magistère ordinaire (qui n'est "pas infaillible", Ludwig Ott), l'assentiment religieux "jugement probable ne relevant pas formellement de la foi" et nécessitant néanmoins "l'assentiment et de la volonté et de l'intelligence" (Donum veritatis 23; LG 25; Note doctrinale CDF 29 juin 1998), il s'agit d'un jugement PROBABLE (non définitif) qui ne relève donc pas formellement de la foi, mais "l'obligation d'adhérer à un enseignement pontifical non infaillible a toujours été admise par l'Eglise au moins implicitement", et que cela apparaît de manière manifeste "à partir du XIIIe siècle à cause des interventions fréquentes des papes en matière doctrinale, même en dehors de toute définition infaillible (Dictionnaire de théologie catholique, col 1709-1710)]
=> L’existence d’un magistère pontifical non-infaillible n’est donc pas une "invention de Vatican II" mais existait bien avant chez les théologiens les plus réputés approuvés par Rome. De tels ouvrages ont reçu l’approbation ecclésiastique et ont été largement utilisés pour la formation des prêtres et des théologiens à une époque où l’insistance de l’Église sur l’autorité doctrinale du pape était sans doute plus forte que jamais.
Cf. https://www.youtube.com/watch?v=ANTXTk9pWQg
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Que faire dans le cas d'enseignements papaux non infaillibles problématiques ?
"Il faut résister, même frontalement, au pape qui détruit publiquement l'Eglise" (Cajetan dans De Comparatione Auctoritas Papae et Concili, cap. 27, cité par Vitoria, ibidem.)
"De même qu'il est permis de résister au pontife qui attaque le corps, il est permis de résister à celui qui attaque les âmes ou trouble l'ordre public; et il est bien davantage permis de lui résister s'il détruit l'Eglise. Il est permis, dis-je, de lui résister en ne faisant pas ce qu'il ordonne et en empêchant l'exécution de sa volonté; mais il n'est pas permis de le juger, de le punir ou de le déposer, car cela relève d'un supérieur'' (Saint Robert Bellarmin dans De Romano Pontifice I,2, c. 29, arg 7, in Opera Omnia t. 1, p. 417-418, Neapoli, 1856.)
"Lorsque les commandements ou les actes du pape tendent à la destruction de l'Eglise, ils peuvent être refusés, et l'exécution de ces ordres peut être empêchée [...] car il appartient à chacun de repousser l'injustice et d'empêcher qu'elle ne se produise, et de se défendre.'' (Francisco de Vitoria dans Relectiones theologicae, p. 179, Matriti, 1765)
Franklin Delano Roosevelt est célébré comme le champion du monde libre, l'homme du miracle économique américain et le grand vainqueur du fascisme.
Mais certains oublient systématiquement de préciser un fait majeur. Il a lui-même ouvert des camps de concentration sur le sol américain, sur des critères purement raciaux. Le 19 février 1942, le président des États-Unis signe le décret 9066. D'un simple trait de plume, il ordonne la rafle de 120 000 hommes, femmes et enfants. Leur seul crime : avoir des origines japonaises. Plus de 60 % des personnes raflées étaient des citoyens américains de naissance. Il n'y a eu aucun procès. Aucune preuve de trahison. Aucune enquête individuelle. Le simple fait d'avoir une ascendance japonaise suffisait pour être déchu de tous ses droits constitutionnels. En quelques jours, l'État a liquidé leurs vies. Les familles ont reçu l'ordre de brader leurs maisons, leurs commerces et leurs fermes à des prix dérisoires. Ils ont ensuite été parqués dans des trains sous escorte militaire. Déportés vers dix camps construits dans les zones les plus arides du pays. Des baraquements en simples planches recouvertes de carton goudronné, entourés de barbelés et de miradors. Les témoignages des survivants pulvérisent le récit d'une simple "relocalisation".
L'acteur George Takei a été enfermé à l'âge de cinq ans dans le camp de Rohwer. Son souvenir est glaçant : "J'ai vu les barbelés et les hauts miradors. Les mitrailleuses étaient pointées vers l'intérieur, vers nous. C'est là que j'ai compris que nous étions les ennemis." Norman Mineta, futur ministre sous Bill Clinton et George W. Bush, a été raflé avec sa famille pour le camp de Heart Mountain. Il raconte le traumatisme de cette déportation légale : "Je portais mon uniforme de louveteau. Je pleurais en montant dans ce train sous la garde de soldats armés de baïonnettes. Je me demandais pourquoi mon propre pays me faisait ça." À Manzanar, dans le désert californien, les détenus subissaient la canicule puis des nuits glaciales. Jeanne Wakatsuki a documenté cette destruction méthodique de la dignité humaine : "Nous avons été parqués comme des animaux. Le vent soufflait à travers les planches. Mais le pire était les latrines communes, sans aucune cloison. C'était une humiliation quotidienne conçue pour nous briser." La propagande d'État parlait pudiquement de "centres de relocalisation".
Mais Roosevelt lui-même connaissait la nature de son projet. Dans des mémos privés, puis publiquement en 1944, le président a assumé l'usage du terme exact : il parlait bien de "camps de concentration". Pendant que l'Amérique envoyait ses soldats mourir en Europe pour détruire la persécution raciale, son propre président parquait ses citoyens derrière des barbelés. Il aura fallu attendre 1988 pour que le gouvernement américain passe aux aveux. Cette déportation de masse n'était justifiée par aucune nécessité militaire. Elle était uniquement motivée par le préjugé racial et l'hystérie politique de l'administration Roosevelt.
« À la louange de la gloire de Dieu, Le Christ, Verbe du Père, depuis toujours a choisi par l'Esprit Saint des hommes pour les mener en solitude et se les unir dans un amour intime. Répondant à cet appel, maître Bruno, l'an du Seigneur 1084, entra avec six compagnons au désert de Chartreuse et s'y établit. » Statuts I.1 de l'ordre des Chartreux.
Né à Cologne vers 1030 Bruno vient de bonne heure étudier à l'école cathédrale de Reims. Promu docteur, Chanoine du Chapitre cathédral, il est nommé en 1056 écolâtre, c'est-à-dire Recteur de l'Université. Il fut un des maîtres les plus remarquables de son temps : « ...un homme prudent, à la parole profonde. »
Il se trouve de moins en moins à l'aise dans une cité où les motifs de scandale ne font pas défaut du côté du haut clergé et de l'Évêque lui-même. Après avoir lutté, non sans succès, contre ces désordres, Bruno ressent le désir d'une vie plus totalement donnée à Dieu seul. Chef de l'école épiscopale de Reims, dont l'évêque Manassès avait été déposé par Grégoire VII, il décida de se retirer du monde, avec six compagnons.
Après un essai de vie solitaire de courte durée, il vient dans la région de Grenoble, dont l'évêque, le futur Saint Hugues, lui offre un lieu solitaire dans les montagnes de son diocèse. Au mois de juin 1084 l'évêque lui-même conduit Bruno et ses six compagnons dans la vallée sauvage de Chartreuse qui donnera à l'Ordre son nom (l'Ordre des Chartreux). Ils y installent leur ermitage formé de quelques cabanes en bois s'ouvrant sur une galerie qui permet d'accéder sans trop souffrir des intempéries aux lieux de réunion communautaire : l'église, le réfectoire, la salle du chapitre. Ils y bâtirent un oratoire en l'honneur de la sainte Vierge, et se firent alentour chacun une cellule.
Après six ans de paisible vie solitaire, Bruno fut appelé par le pape Urbain II au service du Siège apostolique. Ne pensant pas pouvoir continuer sans lui sa communauté pensa d'abord se séparer, mais elle se laissa finalement convaincre de continuer la vie à laquelle il l'avait formée. Conseiller du pape, Bruno ne se sentit pas à l'aise à la cour pontificale. Il ne demeura que quelques mois à Rome. Avec l'accord du pape il établit un nouvel ermitage dans les forêts de Calabre dans le sud de l'Italie, avec quelques nouveaux compagnons. C'est là qu'il mourut le 6 octobre 1101. À l'approche de sa dernière heure, pendant que ses frères désolés entouraient son lit de planches couvert de cendres, Bruno parla du bonheur de la vie monastique, fit sa confession générale, demanda humblement la Sainte Eucharistie, et s'endormit paisiblement dans le Seigneur.
Un témoignage de ses frères de Calabre :
« Bruno mérite d'être loué en bien des choses, mais en cela surtout : il fut un homme d'humeur toujours égale, c'était là sa spécialité. Il avait toujours le visage gai, la parole modeste ; il montrait avec l'autorité d'un père la tendresse d'une mère. Nul ne l'a trouvé trop fier, mais doux comme l'agneau. »
Emblème et devise de l'Ordre des Chartreux
« Stat Crux dum volvitur orbis » (Le monde tourne, la croix demeure)
Quelques extraits des Statuts de l'ordre :
« Séparés de tous, nous sommes unis à tous car c'est au nom de tous que nous nous tenons en présence du Dieu vivant. » Statuts 34.2
« Notre application principale et notre vocation sont de vaquer au silence et à la solitude de la cellule. Elle est la terre sainte, le lieu où Dieu et son serviteur entretiennent de fréquents colloques, comme il se fait entre amis. Là, souvent l'âme s'unit au Verbe de Dieu, l'épouse à l'Époux, la terre au ciel, l'humain au divin ». (Statuts 4.1)
« La grâce du Saint-Esprit rassemble les solitaires pour en faire une communion dans l'amour, à l'image de L'Église, une et répandue en tout lieu. » Statuts 21.1
« Qui persévère sans défaillance dans la cellule et se laisse enseigner par elle tend à faire de toute son existence une seule prière continuelle. Mais il ne peut entrer dans ce repos sans passer par l'épreuve d'un rude combat : ce sont les austérités auxquelles il s'applique comme un familier de la Croix, ou les visites du Seigneur, venu l'éprouver comme l'or dans le feu. Ainsi, purifié par la patience, nourri et fortifié par la méditation assidue de l'Écriture, introduit par la grâce du Saint-Esprit dans les profondeurs de son cœur, il pourra désormais, non seulement servir Dieu, mais adhérer à lui ». (Statuts 3.2)
« Combinant la vie commune et l'isolement, la règle cartusienne, rédigée vers 1130 par Guigne, le cinquième prieur de la Chartreuse, aggravait les exigences bénédictines, établissant le silence presque perpétuel, l'abstinence complète de la viande et partageait le temps du moine entre la prière, le travail des champs ou la copie des manuscrits. A cause de son extrême sévérité, le développement de l'ordre fut lent, mais la qualité de sa vie religieuse ne se relâcha jamais pendant les siècles suivants. » (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 364-365.)
Saint Bruno, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 31
Sources
(1); (2) Mgr Paul Guérin, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 623-624; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 30.
À l'occasion du 800e anniversaire de la mort de saint François d'Assise en 1226, le pape Léon XIV a proclamé une année jubilaire spéciale accompagnée d'indulgences plénières. (CNA)
Durant cette période de grâce, qui s'étendra jusqu'en janvier 2027, les fidèles auront la possibilité d'obtenir une indulgence plénière. Cette Année jubilaire franciscaine, considérée comme un don pour toute l'Église et une occasion de véritable renouveau spirituel, a été inaugurée par un décret émis par la Pénitencerie apostolique du Saint-Siège, le 10 janvier 2026.
Jusqu'au 10 janvier de l'année prochaine (2027), les fidèles peuvent obtenir cette grâce dans les conditions habituelles — confession sacramentelle, communion et prière aux intentions du pape — en effectuant un pèlerinage dans n'importe quelle église conventuelle franciscaine ou lieu de culte dédié à saint François, partout dans le monde. Les personnes âgées, les malades et ceux qui, pour des raisons sérieuses, ne peuvent quitter leur domicile, peuvent obtenir l'indulgence plénière en participant spirituellement aux célébrations du jubilé et en offrant à Dieu leurs prières, leurs peines ou leurs souffrances. Dans un monde où "le virtuel prend le pas sur le réel, où les désaccords et la violence sociale font partie du quotidien, et où la paix devient chaque jour plus précaire et plus lointaine, cette Année de Saint François nous incite tous, chacun selon ses possibilités, à imiter le pauvre d’Assise, à nous modeler autant que possible sur le modèle du Christ", stipule le décret.
À sa naissance en 1181 ou 1182, François naît Jean (Giovanni) à Assise, en Ombrie (Italie), dans une famille riche. Son père, Pietro de Bernardone, qui est marchand de draps,a l'habitude de voyager dans les régions au-delà des Alpes, en Bourgogne et en Champagne. Sa mère, Jeanne (Joanna) Pica de Bourlémont appartient à la noblesse provençale. À son retour de France, son père ajoute à son nom de baptême, celui de Francesco, "le Français", nom à l'époque "singulier et inhabituel", selon Thomas de Celano, que le pape Grégoire IX chargea de rédiger la première biographie. Veut-il offrir à son fils un nom dont l'étrangeté suggère une parenté avec ces terres d'au-delà des Alpes dont la civilisation fascine les villes italiennes, ou bien veut-il rendre hommage aux origines de sa mère ?
Joanna eut d'abord du mal à accoucher de François. Un moine qui passa et qui entendit ses cris entra dans la maison et lui fit savoir que son enfant ne pouvait voir le jour que dans une étable et qu'il convenait ensuite de le déposer sur de la paille, comme le fit autrefois Marie avec Jésus. Aussitôt dit, aussitôt fait et la bouverie des voisins, où la délivrance fut immédiate et sans douleurs, devint plus tard un lieu de culte, consacré par l'édification d'une église. Au moment de cette naissance, des habitants d'Assise entendirent des voix célestes. Un possédé aurait parcouru la ville et ses hurlements auraient été l'expression de l'épouvante des démons contrariés par la venue au monde de quelqu'un dont ils savaient déjà qu'il serait un de leurs pires ennemis.
Le jeune Francesco se pétrit de ces histoires héroïques qu'il trouve dans les livres que son père lui rapporte de ses voyages en France. Lesquels exactement? Nous n'en savons rien, à l'exception notable, toutefois, d'un renvoi explicite à la Chanson de Roland que S. François évoque pour indiquer à un novice qu'il est mieux d'agir que de parler.
Ces preux chevaliers dont le très jeune François découvre les exploits, mettent leur vie en danger pour défendre ceux qui sont pauvres et faibles et qui ont besoin d'être protégés contre les abus des puissants. Ils ont tous en commun la conviction qu'il y a quelque chose de plus précieux que la vie. Ils luttent contre le désordre du monde, souvent oeuvre d'un esprit démoniaque. Les prouesses guerrières ont vocation à contraindre le mal à se plier aux normes. Ce qui fait de chaque individu, si misérable fût-il, le détenteur d'une graine divine.
Le jeune Francesco, qui n'occupe que modérément son temps dans la boutique où il est censé apprendre les rudiments du métier auquel son père le destine, préfère s'initier au maniement des armes.
François se prépare à son entreprise militaire avec zèle dans l'espoir d'être adoubé chevalier par le comte Gentile. Il se procure des armes et se fait tailler des vêtements. Son père, ne voulant pas "contrarier le plaisir de son fils", lui donne sa bénédiction et une bonne somme d'argent. C'est alors que S. François a un songe. Quelqu'un l'appelle par son nom et lui dit de distribuer ses armes à ceux qui viendront l'épauler dans son combat. Une voix lui demande de qui, du serviteur ou du maître, il faut attendre le plus grand bien. Francesco comprend qu'il convient de se mettre au service non d'un noble, soumis à un autre, vassal lui aussi d'un plus grand que lui et ainsi de suite, mais d'un roi qui a autorité sur tous, sans que l'identité de celui-ci lui soit clairement désignée. Cette voix lui parle pendant son sommeil.
Un jour, il entendit, à l'évangile de la messe, ces paroles du sauveur : "Ne portez ni or ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâtons." "Voilà ce que je veux", s'écria-t-il. Une fois dehors, il jeta ses souliers et son bâton, remplaça sa ceinture par une corde, son manteau par un capuchon de laine. Maintenant, il était chevalier de l'Évangile. À partir de ce jour, on entendit François prêcher la pénitence et la paix.
Dès lors, il commença cette vie tout angélique et tout apostolique dont il devait lever l'étendard sur le monde. Il se fit pauvre, se soucia d'annoncer les messages de joie, d'espoir et d'amour contenus dans la Bible, et de porter la paix aux gens et à toute la création. On vit, à sa parole, des foules se convertir ; bientôt les disciples affluèrent sous sa conduite ; il fonda un ordre de religieux qui porta son nom, et un ordre de religieuses qui porte le nom de sainte Claire, la digne imitatrice de François.
"Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa sainteté, et le reste vous sera donné en surplus" (Mt, 6:33). C'est cet abandon spontané de l'enfant entre les mains d'un père miséricordieux qui guide la pauvreté franciscaine. Avant la Règle franciscaine, les moines observaient la pauvreté individuelle, mais possédaient un commun des biens fonciers. Le nouveau législateur exigeque ses religieux n'aient aucune propriété collective ni aucun revenu; c'est Dieu lui-même qui pourvoira à l'entretien de ses enfants.
François voulait voir ses frères passionnés de simplicité, de prière et de pauvreté. S'il témoignait un affectueux respect aux théologiens, leur science comme telle n'est jamais entrée dans son charisme. Il ne refusait ni l'étude ni la science à condition que les frères fussent libérés de tout esprit de possession. (Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 173.)
"Ceux qui l'avaient connu auparavant lui lançaient des reproches lamentables et le proclamait fou et dément." François se dépouille de tous ses vêtements, ne gardant qu'un cilice, et les remet à son père.
C'est dans la prière qu'il trouvait toute sa force pour aimer et pour aider les autres.
Sa conversion est accompagnée de plus d'un prodige
En 1205, un crucifix lui adresse la parole. Dans l'église Saint-Damien, à quelques centaines de mètres d'Assise, sur le chemin de Spolète, François s'arrête pour prier devant un crucifix en bois peint dans la tradition byzantine. La tradition a conservé la prière que le jeune homme qui cherche sa voie adresse à Dieu en s'agenouillant devant cette image :
"Ô Dieu haut et glorieux illumine les ténèbres de mon coeur. Et donne-moi la foi droite, l'espérance certaine et la charité parfaite, le sens et la connaissance, Seigneur, pour que, moi, je fasse ton saint et véridique commandement. Amen.
Une voix l'interpelle:
"François, va réparer ma maison, qui, tu le vois, se détruit tout entière." (Legenda major, de saint Bonaventure)
Miracle du Crucifix - St François priant devant le crucifix de l'église Saint-Damien, Fresque de Giotto 1297-1299, Basilique San Francesco, Assise
Un peu plus tard, Francesco guérit plusieurs lépreux en baisant leurs plaies. Son père fait une guerre acharnée à cette vocation extraordinaire, qui a fait de son fils, si plein d'espérance, un mendiant jugé fou par le monde.
Une autre fois, Thomas de Celano raconte qu'ému devant les appels suppliants d’une foule, dont un groupe de juifs, il ressuscita un enfant mort enseveli dans la boue après être tombé accidentellement dans les eaux du fleuve de la ville de Capoue. La foule et les parents de cet enfant implorèrent S. François pour qu'il ramène l'enfant à la vie. Dans ce passage, l’auteur précise que plusieurs juifs, accourus eux aussi sur les lieux de l’accident, pris de pitié, ont joint leurs voix à celles de la foule, priant saint François d’intervenir et de "redonner cet enfant à son père !" (Jacques Dalarun, Vers une résolution de la question franciscaine. La Légende ombrienne de Thomas de Celano, Fayard, Paris 2007.)
Rongé de doutes quant à l'avenir de ceux qui ont décidé de le suivre, François prie le Ciel de lui envoyer un signe pour le rassurer. Il lui répond aussitôt. Il voit une foule venir vers lui. Des centaines et des milliers de gens veulent se joindre à la petite communauté qui l'entoure.
Ils viennent de tous les pays et parlent une multitude de langues. Ils veulent, eux aussi, vivre selon les normes de pauvreté et de charité du Christ. "Dieu m'a montré la vérité", déclare S. François à ses compagnons.
"Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche"
L'entrée dans l'Ordre [de saint François] d'un autre homme de bien a porté à sept le nombre des enfants du serviteur de Dieu. Alors ce bon père a réuni tous ses fils, leur a parlé longuement du Royaume de Dieu, du mépris du monde, du renoncement à la volonté propre et de la mortification corporelle, et leur a annoncé son projet de les envoyer dans les quatre parties du monde.
(…) 'Allez, dit-il tendrement à ses fils, et annoncez la paix aux hommes ; proclamez la conversion pour qu'ils obtiennent le pardon de leurs péchés (Mc 1,4). Soyez patients dans la difficulté, assidus à la prière, courageux au travail ; soyez sans prétention dans vos sermons, sans écarts dans votre conduite et reconnaissants pour les bienfaits reçus. Si vous remplissez ce programme, ‘le Royaume des cieux est à vous' !' (Mt 5,3; Lc 6,20). Eux alors, humblement à genoux aux pieds du serviteur de Dieu, ont reçu cet envoi dans la joie spirituelle qui vient de la sainte obéissance. François a dit à chacun : "Abandonne au Seigneur tout souci, et il prendra soin de toi" (Ps 54,23). C'était sa phrase habituelle lorsqu'il envoyait un frère en mission. Quant à lui, conscient de sa vocation de modèle et voulant "mettre en œuvre" et pas seulement "enseigner" (Ac 1,1), il a pris un de ses compagnons et s'en est allé vers l'un des quatre points cardinaux. (Saint Bonaventure, franciscain, docteur de l'Église, Vie de Saint François, Legenda major, ch. 3, trad. Vorreux et Desbonnets, Documents, Éds. Franciscaines 1968, p. 585.)
Apprenant que Otton de Brunswick, à la fin du mois de septembre 1209 passait par Assise où il sera couronné empereur romain-germanique par Innocent III, S. Françoisrecommande à ses frèresd'éviter de le rencontrer. On raconte que François aurait, muni d'une clairvoyance prophétique, adressé à cet illustre hôte de la ville un message où il lui aurait fait savoir que sa gloire serait de courte durée. Il ne crut pas si bien dire : excommunié une année plus tard par celui-là même qui l'avait oint dans la cathédrale de Latran en octobre 1209, Otton IV sera défait en 1214 par Philippe II Auguste à Bouvines et perdra sa couronne acquise à coup de guerres, d'assassinats et de mariages.
François écrit une "Vie des Frères", un inventaire de consignes destiné à ceux qui veulent le suivre, qu'il décide de soumettre au pape Innocent III pour approbation. Cette Règle s'ouvre par une invocation du Père, du Fils et du Saint-Esprit, aussitôt suivie d'une déclaration d'allégeance au Saint-Père :
"Que frère François et quiconque sera le chef de cette religion promette obéissance et révérence au seigneur pape Innocent III et à ses successeurs."
Dans leurs prédications, les frères dont la mission est d'"accomplir le bien" ne doivent pas heurter les convenances des gens qui les écoutent. Sans oublier que rien ne vaut l'exemple, qui reste le meilleur argument pour conduire les gens vers Dieu. Dans tous les cas, les frères doivent rester humbles et ne jamais tirer orgueil de leurs actes dont l'éventuelle réussite ne se doit qu'à Dieu :
"Je supplie, dans la charité qu'est Dieu, tous mes frères, prédicateurs, orants, travailleurs, tant clercs que laïcs, de s'appliquer à s'humilier en tout, à ne pas se glorifier, à ne pas se réjouir en eux-mêmes, à ne pas s'exalter intérieurement des bonnes paroles et actions, et absolument d'aucun bien que Dieu fait ou dit ou opère en eux quelquefois et par eux, selon ce que dit le Seigneur : 'Cependant ne vous réjouissez pas en ceci, que les esprits vous sont soumis.'"
Seuls les vices et les péchés nous appartiennent, rappelle François aux frères. Tout ce qui est bien et lumineux en nous vient du Seigneur et il serait présomptueux de se flatter du bien que nous accomplissons; celui-ci est l'œuvre de Dieu qui se sert de nous pour le prodiguer.
Ainsi, toujours dans le bien que nous pouvons faire, la finalité est la gloire de Dieu, seul.
Accompagné de ses compagnons, François part pour Rome après avoir rédigé cette Vie des Frères (1209). En chemin, il a une vision. Il s'arrête près d'un arbre majestueux et, pendant qu'il en contemple la hauteur, il se sent emporté par une "force divine" qui lui permet d'en atteindre le sommet et lui donne la force nécessaire de ployer les branches pour leur faire atteindre la terre. S. François en conclut que son entreprise sera couronnée de succès et s'en réjouit.
Le songe d'Innocent III
Soumis à la Sainte Eglise dont il demande l'acquiescement, S. François veut réunir autour de lui des gens qui, clercs ou laïques, ne s'enferment pas entre les murs d'un monastère et restent proches des gens ordinaires, qui, surtout eux, ont besoin de ces nouveaux apôtres. En 1210, il vient se présenter devant le pape au palais de Latran. Toutes les sources parlent d'une manière ou d'une autre de la perplexité initiale d'Innocent III face à ce saint qui avait choisi de vivre d'aumônes et qui se présentait devant lui hirsute, mal habillé.
Le cardinal Jean de Saint-Paul, évêque de Sabina-Poggio Mirteto, ambassadeur du Vatican, réputé pour ses connaissances médicales, défend François et prend la parole :
"Ce pauvre nous demande d'approuver un genre de vie conforme aux conseils évangéliques. Si nous rejetons ses projets comme tropdifficiles et comme une nouveauté, nous nous exposons à agir contre l'Évangile du Seigneur. Car soutenir que l'observance des conseils et le voeu qu'on en fait sont quelque chose de nouveau ou de contraire à la raison, c'est blasphémer ouvertement contre Jésus-Christ, auteur de l'Évangile."
Giotto, Le Songe d'Innocent III
Innocent III écoute S. François, "prend le temps du discernement", puis lui offre "son assentiment", assorti de sa bénédiction et de quelques recommandations. Dans son sommeil, Innocent III avait vu un homme de petite taille, et misérablement vêtu, ressemblant à ce pauvre d'Assise qu'il avait reçu dans la journée, soutenir avec son dos la basilique pontificale Saint-Jean-de-Latran, en train de s'écrouler. Le pape ratifie la Vie des Frères, leur accorde licence de prêcher la pénitence avec la seule condition d'avoir obtenu préalablement l'accord de S. François, reconnu ainsi comme "ministre" de la communauté. Dans la fresque dessinée par Giotto, l'interprétation du songe n'est guère difficile : l'Église de la plenitudo potestatis et des regalia, les symboles du pouvoir royal, s'écroule si elle n'est pas portée par le saint. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 177.)
Content de l'habilitation du Pape, S. François se met aussitôt à l'oeuvre. Il s'adresse aux citoyens de Rome. Ceux-ci se passent leur chemin sans l'écouter et se montrent méprisants à son encontre, eux qui vivent dans la ville des deux plus grands apôtres, Pierre et Paul. Après plusieurs tentatives, toutes vaines, S. François leur dit :
"Pour votre honte, je vais annoncer le Christ aux animaux sauvages et aux oiseaux du ciel, afin qu'ils entendent les paroles salutaires de Dieu, ils y obéissent et acquiescent."
Saint François se rend en dehors des murs de la ville et s'arrête dans un champ où se trouvaient des corbeaux en train de se nourrir de cadavres, des grives, des pies et bien d'autres oiseaux. Il leur dit :
"Je vous ordonne au nom de Jésus-Christ, que les Juifs ont crucifié, dont les misérables Romains ont méprisé la prédication, que vous veniez à moi entendre la parole de Dieu, au nom de Celui qui vous a créés et, dans l'arche de Noé, vous a libérés des eaux du déluge !" (Roger de WENDOVER, Fleurs d'histoire, ibid., p. 3038)
Aussitôt tous ces oiseaux et bien d'autres font cercle autour de lui, raconte Roger de WENDOVER. Ils arrêtent de piailler l'écoutent sans broncher pendant toute une demi-journée sans détourner le regard. Les gens qui passent s'étonnent de voir cette assemblée. Ils s'arrêtent. Ils remarquent que ces oiseaux écoutent avec intérêt des mots qu'ils semblent comprendre. Ils écoutent eux aussi. Ils en sont touchés. Ils en parlent dans la ville dont les habitants, ébranlés par ce miracle attesté par des témoins nombreux et divers, commencent à se demander s'ils n'ont pas eu tort de traiter avec mépris celui que le pape lui-même leur avait recommandé en l'autorisant à prêcher, bien qu'il ne fût ni théologien ni prêtre, pas même moine soumis à la discipline d'un ordre reconnu. L'auteur bénédictin des Fleurs d'histoire, nous fait savoir qu'à la tête d'un grand nombre de citoyens des hommes d'Eglise viennent inviter S. François, "avec grande révérence à regagner la ville. Il les suit, content d'avoir attendri leurs coeursendurcis, par son discours aux oiseaux, et de les avoir rendus meilleurs peut-être.
Un jeûne de 40 jours
Un jour, en plein carême, S. François qui se trouve à l'ermitage de Sarteano, dans les environs de Sienne, entend une voix lui dire que Dieu ne pardonne jamais à ceux qui se tuent eux-mêmes par une trop dure pénitence.
François d'Assise affirme : "Que c'est tout autant un péché de soustraire sans discernement au corps ce qui lui est dû, que de lui offrir le superflu sous l'empire de la gourmandise". (François 2 Celano 22)
François met en évidence que le jeûne doit être pratiqué avec prudence, sous le regard de Dieu et pour le louer. Alors seulement, il est vertu de tempérance et conduit à Dieu. La tempérance n'est vertueuse qu'autant que l'amour de Dieu l'inspire. Il est donc nécessaire de pratiquer le jeûne du regard, de la parole, de l'ouïe, du soi-disant indispensable dans le quotidien. (Croire)
En 1211, François ressent le besoin de rester seul avec Dieu pendant le Carême, il prie "un homme qui lui est dévoué" et qui habite aux environs de Pérouse de l'amener de nuit, pour que personne ne s'en avise, sur une île inhabitée du lac Trasimène. Il se trouve un massif de ronces pour s'improviser un abri. Il y reste pendant quarante jours et quarante nuits, "sans rien manger ni boire", indiquent Les Fioretti, comme Jésus qui, après le baptême, s'était retiré dans le désert où il avait jeûné pendant quarante jours. S. François avait toutefois pris avec lui deux pains dont il avait mangé quelques miettes pour ne pas être tenté de se prendre pour le Christ. Tout émerveillé de constater que ces pains étaient à peine entamés au bout de quarante jours, le rameur qui vient le prendre et qui le dépose sur la berge, se considère délivré de son secret et en parle à ses concitoyens. Ceux-ci s'empressent de se rendre sur le lieu d'une si prestigieuse mortification. Au lieu où S. François célébra une pénitence si admirable se produisirent par ses mérites de nombreux miracles.
Parti prêcher dans les villes et les villages, "dans les cités et les places fortes" de l'Italie, S. François arrive à Tuscania, une petite localité d'origine étrusque à une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau de la mer Tyrrhénienne. Il est accueilli par un chevalier dont le fils unique est boîteux et "faible de tout son corps". Connaissant la réputation de cet homme qui est, dit-on, capable de guérir par ses prières, le père de l'enfant se jette à ses pieds et lui demande de lui rendre la santé. S. François prie d'abord longuement, avec ferveur. Puis pose sa main sur le malade, et le bénit. Il le prend dans ses bras et le relève. L'enfant se met à marcher et à courir dans la maison. Il est guéri.
En revenant de Viterbe à Spolète, S. François passant par Narni, rencontre un certain Pierre, paralysé, qui par son évêque, lui demande de l'aider. S. François fait le signe de croix au-dessus de lui. L'infirmité disparaît. Dans la même ville, une femme veut recouvrer la vue qu'elle a perdue. S. François fait le signe de croix devant chacun de ses yeux fermés. Quand elle les rouvre, elle voit.
Il renouvelle le miracle à Bevagna, une bourgade des environs de Pérouse, où il redonne la vue à une fillette, puis à Bologne, où il guérit un enfant borgne.
Un frère souffre d'un mal que Thomas de Celano avoue ne pas savoir nommer, d'autant plus que de l'avis de certains, c'est l'oeuvre d'un "méchant diable" qui a pris possession de lui et le tourmente pour affaiblir son âme. S. François prit pour la guérison du malade et le bénit. Celui-ci se remet de sa crise, et il n'a plus jamais souffert du "mal caduc".
Dans la ville fortifiée de San Gemini, où S. François arrive en compagnie de trois frères, il est reçu par un homme "qui honorait Dieu", mais dont la femme est "harcelée par un démon". Les quatre frères font leur prières. Quand ils ont fini, François se lève et crie d'une voix à faire peur : "Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, par obéissance je te l'ordonne, démon: sors d'elle et n'ose plus jamais l'entraver." (Thomas de CELANO, Vie du Bienheureux François [Vita prima], éd. cit. v. I, p. 551.)
Le bruit court que tout ce que S. François touche est investi de pouvoirs miraculeux. Une peste tue les bœufs et les moutons de la région de Rieti. Un homme qui vit "dans la crainte de Dieu" a une vision pendant son sommeil. On lui conseille d'arroser les bêtes avec l'eau dont S. François se lave les mains et les pieds. Par chance, celui-ci se trouve dans un ermitage voisin. Il s'assure de la complicité de quelques frères. Ceux-ci lui remettent l'eau de la bassine où S. François vient de se laver. Revenu chez lui, le paysan de Rieti asperge de cette eau ses animaux languissants. Le résultat est spectaculaire:
"Sitôt que l'aspersion atteignait si peu que ce soit les animaux malades et gisant à terre, ayant récupéré la vigueur première, ils se levaient immédiatement et se hâtaient vers les pâturages, comme s'ils n'avaient rien éprouvé de mal."
Ne pas blesser nos humbles frères les animaux est notre premier devoir envers eux, mais cela ne suffit pas. Nous avons une mission plus grande: les aider chaque fois qu'ils en ont besoin.
Le pouvoir de S. François sur les animaux est un sujet de stupéfaction tout aussi colporté et qui occupe autant les différents récits hagiographiques.
Dans les prédications de S. François, les animaux sont des créatures de Dieu qui sont invitées à louer leur Créateur. C'est exactement la position inverse de celles des cathares, où les créatures avaient été créées par un démiurge, c'est-à-dire un dieu malveillant qui aurait fait tomber les âmes et les esprits dans la matière. La louange de la Création est en cela en elle-même une prédication anti-cathare, qui veut signifier l'unicité de Dieu comme Créateur et Père de tous les êtres.
Aux environs de Bevagna, à quelques lieues d'Assise, dans la vallée de Spolète, S. François remarque une multitude d'oiseaux dans un champ: moineaux, corneilles, ramiers, hirondelles. Il court vers eux qui ne s'envolent pas. Au contraire, il a la sensation qu'ils l'attendent et se réjouissent de sa présence. Il les salue à son habitude : "Que le Seigneur vous donne la paix!" Il prêche comme à son habitude. Il leur dit :
"Mes frères les oiseaux, vous devez beaucoup louer votre Créateur et l'aimer toujours, lui qui vous a donnés des plumes pour vous revêtir, des pennes pour voler et tout ce dont vous avez eu besoin.
Dieu vous a rendus nobles parmi ses créatures et il vous a accordé d'habiter dans la pureté de l'air; car comme vous ne semez ni ne moissonnez, lui-même ne vous en protège et gouverne pas moins, sans que vous vous en souciez le moins du monde.
Les frères présents sur les lieux témoignent de la joie des oiseaux qui tendent le cou, déploient leurs ailes et font de leur mieux pour s'approcher de S. François qui passe parmi eux pour les toucher avec sa tunique. Il les bénit et leur donne licence de s'envoler, ce qu'ils font tandis que l'homme de Dieu et ses compagnons poursuivent leur chemin.
À Alviano, petit bourg fortifié sur une éminence de la rive gauche du Tibre, à mi-chemin entre Trevi et Orvieto, S. François qui veut s'adresser à la foule des gens venus l'écouter réclamer silence. En vain : des hirondelles en grand nombre font un tel vacarme que les gens n'entendent pas ses paroles. S. François s'adresse avec beaucoup d'égards aux hirondelles: elles ont suffisamment trissé, leur dit-il, et il est temps maintenant de lui laisser la parole. Il leur enjoint de se taire et d'écouter la parole du Seigneur. A la stupéfaction de tous, note Thomas Celano, non seulement les hirondelles se taisent mais elles restent sans bouger jusqu'à la fin de la prédication.
Lorsqu'une hirondelle s'agite et piaille tellement qu'elle empêche un étudiant de Parme de travailler. Au nom de S. François il lui demande de se taire et de venir se poser sur sa main. L'hirondelle obéit. L'étudiant lui caresse la tête, lui explique une fois encore qu'elle le gêne et la prie gentiment, en invoquant à nouveau S. François, d'aller chahuter ailleurs. L'hirondelle s'en va et ne revient plus.
Un autre jour, à Greccio, un paysan vient lui offrir un levreau qu'il avait pris au collet. S. François le remercie puis pose l'animal par terre et le délivre en lui recommandant d'éviter à l'avenir les pièges des hommes. Le levreau ne veut pas partir et se réfugie auprès de S. François. Il faudra qu'un frère le porte loin dans la forêt pour le décider à reprendre sa vie sauvage.
Réalisant un jour que toute la Création formait une grande famille, une sorte de fraternité universelle, François invita tous les humains à l'amour mutuel et au respect de notre mère la Terre, notre soeur la Lune, notre frère le Soleil...
Il s'adressait à tous les êtres, à la nature entière; Un jour il sauva un lièvre poursuivi par les chasseurs; il racheta un agneaux que le boucher s'apprêtait à tuer. La nature elle-même, il l'embrassait dans sa charité sans bornes : moissons, vignes, bois, pierres, le feu, l'eau, l'air, tous les éléments, il fraternisait avec eux, et les invitait tous à l'amour de Dieu.
L'histoire du loup de Gubbio "réduit par S. François à une grande douceur", est sans doute, avec le prêche aux oiseaux, le plus connu de ses miracles. Il fit promettre au loup de ne plus attaquer les hommes et les bêtes, au vu de gens perchés sur les remparts. S. François s'adressant à l'assemblée, atteste que les fléaux qui nous frappent sont une punition de nos péchés et affirme que la "flamme vorace de la Géhenne" est infiniment plus à craindre qu'un loup qui ne peut tuer que les corps. Depuis ce jour et jusqu'à sa mort, survenue deux années après, ce loup a vécu en toute liberté dans les rues de Gubbio. Il mendiait sa pitance de porte en porte, pour la grande joie des gens qui le nourrissaient volontiers. Par sa présence, il leur rappelait "la vertu et la sainteté mirifique de S. François."
Au début de l'année 1213 les frères sont une bonne centaine. Quatre ans plus tard en 1217, ils serontplus de mille. Le mouvement franciscain qui ne comptait une décennie plus tôt qu'une poignée de frères, a pris une ampleur telle que l'Ordre croît "comme un cèdre dans le paradis de Dieu qui élève la cime de ses mérites parmi les régions célestes des saints."
La rencontre entre S. Dominique et S. François
À l'occasion de l'ouverture le 11 novembre 1215 à Rome du IVe concile dans la basilique Saint-Jean-de-Latran en présence de quelques quatre cents évêques, S. Dominique fit le voyage de Rome pour obtenir l'approbation de l'Ordre des Frères-Prêcheurs. C'est là, alors qu'ils ne se connaissaient pas et ne se seraient pas rencontrés dans le tohu-bohu de ces quelques mille cinq cents personnes sans une grâce spéciale de Dieu, qu'ils se reconnurent, s'embrassèrent comme deux frères et lièrent une amitié profonde qui dura jusqu'à la mort.
S. Dominique vit François d'Assise en songe. Dans cette vision, il vit Jésus irrité contre le monde qui a perdu la foi et vit dans le péché. Pour l'apaiser la Vierge lui présente deux hommes dont la sainteté, lui dit-elle, est à même de racheter la mauvaise conduite des autres qui, par eux, retrouveront la voie de la vérité. Il se reconnaît dans l'un de ces hommes. Il se demande qui pourrait bien être l'autre qui a l'air d'un mendiant, vêtu d'une simple tunique de bure ? Le lendemain, dans une église dont la tradition n'a pas conservé le nom, S. Dominique reconnaît, habillé comme il l'avait vu dans son extase, ce deuxième homme que la Vierge recommandait si chaleureusement au Christ. S. Dominique se serait précipité vers S. François et l'aurait serré dans ses bras en lui disant : "Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble et nul ne pourra prévaloir contre nous."
S. Dominique, plus tard, aurait affirmé que tous les religieux devraient suivre l'exemple de S. François "tant est grande la perfection de sa sainteté."
En 1216, un religieux d'Oignes, du diocèse de Liège, qui vient d'être nommé évêque de Saint-Jean-d'Acre, Jacques de Vitry (1160-1240) traverse l'Italie et constate, surpris, l'ampleur d'un ordre dont il ignorait probablement l'existence. En route vers Rome, il note dans une de ses lettres, à propos des Frères mineurs, que "le Seigneur pape et les cardinaux les tiennent en grande révérence."
"Ceux-ci [les Frères mineurs] ne s'occupent nullement des affaires temporelles, mais, avec un désir fervent et et un zèle ardent, ils travaillent chaque jour à arracher aux vanités du monde les âmes en péril et à les condire avec eux. [...] Ils vivent selon la forme de l'Eglise primitive dont il est écrit 'à la multitude des croyants, il n'était qu'un coeur et qu'une âme'.
De nos jours, ils se rendent dans les cités et les villages en oeuvrant par l'action afin de gagner quelques-uns; la nuit, ils regagnent leur ermitage ou des lieux solitaires pour s'adonner à la contemplation.
[...] Grâce aux conseils d'hommes bons, ils font et promulguent leurs institutions saintes et confirmées par le seigneur pape. [...] Je suis persuadé que c'est pour faire honte aux prélats, qui sont comme des chiens muets, incapables d'aboyer, que le seigneur veut sauver de nombreuses âmes par de tels hommes simples et pauvres avant la fin du monde."
"Franciscains et Dominicains vivront des dons des fidèles, d'où leur appellation d'"ordres mendiants". [...] Ils remportent un succès particuliers dans les villes universitaires, dont ils attirent les étudiants, mais aussi des maîtres fameux." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 181.)
S. François en Orient
C'est en septembre 1219 que se situe la rencontre de S. François avec le sultan d'Egypte al-Malik al-Kâmil, neveu de Saladin. Tant d'amis avaient voulu l'accompagner qu'il fallut tirer au sort les douze qui seraient choisis : frère Illuminé d'Arce, frère Pierre de Catane, frère Léon, frère Elie, frère Césaire de Spire, en étaient, et frère Barbaro, l'un des premiers disciples. Ils font escale en Crète, à Chypre, puis à Saint Jean-d'Acre, d'où S. François s'empresse de rejoindre la cité de Damiette (en Egypte) pour évangéliser les infidèles (août 1219). Il en convertit un grand nombre, et en reçut même plusieurs dans son ordre.
S. François avait dans l'idée de voir le sultan se convertir vers la religion chrétienne, persuadé que la paix viendrait par la conversion et non par la guerre. Les Croisés tentèrent de l'en dissuader, lui décrivant la cruauté des infidèles. Al-Malik al-Kâmil aurait lui-même promis une pièce d'or à quiconque lui apporterait la tête d'un chrétien.
S'étant adjoint pour compagnon frère "Illuminé" ou "Lumineux", il s'était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des Sarrasins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d'injures, les rouant de coups et les liant de chaînes. Selon le chroniqueur Jourdain de Giano (1195-1262), pendant le supplice, S. François criait de toutes ses forces le nom du sultan qui, ayant entendu cet appel, aurait demandé qu'on lui amène les prisonniers. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, les gardes d'Al-Malik al-Kâmil les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c'était ce qu'avait désiré François.
Selon S. Bonaventure (1217-1274), si le sultan veut interroger ces chrétiens, c'est parce qu'"une disposition de la divine Providence, conformément au désir de l'homme de Dieu", l'y incite.
Le prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; François répondit :
"Je suis envoyé par Dieu pour dire au Sultan et à son peuple le chemin du salut et leur annoncer l'Evangile qui est la Vérité... Si vous voulez vous convertir au Christ, ton peuple et toi, c'est très volontiers que, pour son amour, je resterai parmi vous" (Saint Bonaventure, Legenda Minor, 9,8).
Le sultan accepta de l'écouter en présence de ses chefs religieux qu'il fit venir sous sa tente. Ceux-si déclarent : "Sire, tu es épée de la Loi et tu dois donc maintenir et garder la Loi. Nous te commandons par Dieu et par Mahomet qui nous donna la Loi, que tu leur fasses couper la tête, car nous n'écouterons pas ce qu'ils disent, et nous vous défendons d'écouter ce qu'ils disent". Le Sultan ne leur obéit pas, car, dit-il, ce serait mal récompenser ceux qui avaient mis leur vie en danger pour sauver son âme. Il leur proposa alors de rester auprès de lui et de leur donner "des terres et des possessions". Ils refusèrent. Il leur offrit "de l'or, de l'argent et des draps de soie en grande quantité". Ils ne voulurent qu'un peu de nourriture.
Puis François prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d'âme et une telle ferveur d'esprit qu'en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l'Évangile: "Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire". Le sultan commença par obliger les frères à marcher sur un tapis couvert de croix pour vérifier s'ils oseraient commettre un acte sacrilège en les piétinant. François déjoua le piège avec humour: "Ce n'est pas la croix du Christ que tu as posée là mais celles des deux brigands crucifiés à ses côtés!"
"Christ seul est Seigneur. En dehors de lui, il n'y a pas de salut."
Nous ne saurons pas grand chose de cet échange sinon que François aurait parlé de la Trinité. Il aurait aussi proposé de se livrer à une ordalie : François et le théologien musulman se jetteraient dans le feu; celui qui sortirait indemne prouverait la supériorité de son Dieu :
"Ordonne que soit allumé un très grand feu, lui dit S. François, et moi, j'entrerai dans le feu avec tes prêtres pour que tu connaisses ainsi quelle est la foi la plus certaine et la plus saine."
Fakhr al Din al-Farisi, homme "reconnu et d'un grand âge", quitta aussitôt la tente. Le Sultan al-Kamil doutant que ses "prêtres" acceptent d'affronter le feu, le pari ne fut pas tenté. S. François proposa d'aller tout seul dans les flammes à condition que le Sultan lui promît de passer avec son peuple au christianisme s'il sortait indemne du brasier. Le Sultan refusa, craignant une sédition des siens.
Témoin de cette ardeur et de ce courage, "le sultan écoutait François avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui" (Saint Bonaventure, Legenda Minor, 9,8). Il offrit de nombreux cadeaux à S. François, qui les rejeta "comme de la boue" : ce n'était pas des richesses du monde qu'il était avide, mais du salut des âmes. Le sultan n'en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d'ici-bas. Il aurait ordonné, selon Ange Clareno, que S. François et tous ses frères puissent accéder librement au Saint-Sépulcre "sans payer le moindre tribut". S. François n'avait pas besoin de cet encouragement pour le faire. Mais ces privilèges accordés aux frères ont duré des siècles.
Le sultan renvoya François avec une grande courtoisie en lui demandant de prier pour que lui-même Malek el-Kamil découvre la vérité. Il revint sain et sauf dans le camp chrétien qui s'en étonna.
"Il semble, souligne Albert Jacquard (Le Souci des Pauvres, éd. Flammarion, 1996) que le sultan n'oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l'expression d'une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu'il décida, dix années plus tard, alors qu'aucune force ne l'y contraignait, de rendre Jérusalem à l'empereur Frédéric II." (Traité de Jaffa, 1229)
La conversion du Sultan
Les Fioretti, recueil d'anecdotes, miracles et histoires merveilleuses de la vie de saint François, ajoutent cette anecdote relatant la conversion du Sultan :
"À la fin, saint François, voyant qu'il ne pourrait réaliser plus de fruits dans ces contrées, se décida, par révélation divine à retourner parmi les fidèles avec tous ces compagnons ; et les ayant réunis tous ensemble, il retourna près du Sultan et prit congé de lui. Alors le Sultan lui dit : 'Frère François, je me convertirai très volontiers à la foi du Christ, mais je crains de le faire maintenant ; car si les gens d'ici l'apprenaient ils me tueraient avec toi et tous tes compagnons ; et comme tu peux faire encore beaucoup de bien et que j'ai à achever certaines affaires de très grande importance, je ne veux pas causer maintenant ta mort et la mienne. Mais apprends-moi comment je pourrai me sauver, je suis prêt faire ce que tu m'imposeras.' Saint François dit alors : 'Seigneur, je vais maintenant vous quitter, mais après que je serai retourné dans mon pays et, par la grâce de Dieu, monté au ciel après ma mort, je t'enverrai, selon qu'il plaira à Dieu, deux de mes frères, de qui tu recevras le baptême du Christ ; et tu seras sauvé, comme me l'a révélé mon Seigneur Jésus-Christ. Et toi, en attendant, dégage-toi de tout empêchement, afin que quand viendra à toi la grâce de Dieu, elle te trouve disposé à la foi et à la dévotion.' Le Sultan promit de le faire et il le fit.
Après cela, saint François s'en retourna avec le vénérable collège de ses saints compagnons ; et quelques années plus tard saint François, par la mort corporelle, rendit son âme à Dieu. Et le Sultan, étant tombé malade, attendit la réalisation de la promesse de saint François et fit mettre des gardes à certains passages, ordonnant que si deux frères, portant l'habit de saint François, venaient à s'y montrer, on les lui amenait immédiatement. En ce même temps, saint François apparut à deux frères et leur commanda de se rendre sans retard près du Sultan et de lui procurer son salut, comme lui-même le lui avait promis. Ces frères se mirent immédiatement en route, et après avoir passé la mer ils furent par ces gardes menés près du Sultan. En les voyant, le Sultan eut une très grande joie et dit : 'Maintenant, je sais vraiment que Dieu m'a envoyé ses serviteurs pour mon salut, selon la promesse que, par révélation divine, m'a faite saint François.' Il reçut donc desdits frères l'enseignement de la foi du Christ et le saint baptême, et ainsi régénéré dans le Christ il mourut de cette maladie ; et son âme fut sauvée par les mérites et l'opération de saint François". (Fioretti, chapitre 24).
Le sultan mourut en 1238.
Dans la Règle présentée à Portioncule le 30 mai 1221, qui comporte 24 chapitres, S. François fournit des indications judicieuses quant à la manière dont les frères doivent agir chez les infidèles : ils ne doivent pas cacher qu'ils sont chrétiens; ne pas essayer de convertir ceux qui ne sont pas prêts à recevoir la parole des Evangiles; attendre un signe de Dieu pour prêcher.
Saint François finit cette Règle de 1221 dite non bullata par cette admonition : "Et de la part de Dieu tout-puissant et du seigneur pape, et par obéissance, moi, frère François, je prescris fermement et j'enjoins que personne ne retranche rien de ce qui est écrit dans cette vie ou que personne n'y ajoute aucun écrit et que les frères n'aient pas d'autre règle".
Saint François (XIXe), église Saint-Médard, Paris
S. François, Patron des écologistes
Si vous avez des hommes qui excluront n'importe laquelle des créatures de Dieu de l'abri de la compassion et de la pitié, vous aurez des hommes qui agiront de même avec leurs semblables.
"Le franciscanisme est une doctrine de réconciliation de la nature et de la grâce" (Ivan Gobry). Aussi S. François peut-il affirmer que "toute créature de Dieu est bonne, et il n'y a rien à rejeter de ce qui se prend avec actions de grâces; car tout est sanctifié par la parole divine et la prière". Nous sommes là aux antipodes du bouddhisme, du manichéisme et du jansénisme.
"Voici que je fais toutes choses nouvelles" (Ap 21:5). Dans le Christ, Dieu-Homme, la Création sensible est transfigurée, le monde est sanctifié, l'humanité est divinisée. C'est pourquoi l'Incarnation s'offre pour François comme le mystère-clé du christianisme.
Au terme de sa vie, S. François rédige ce qu'on appelle le "Cantique du frère Soleil" qui est l'aboutissement de ses enseignements sur le respect et l'amour que tous les humains doivent porter envers toutes les créatures de Dieu. Il rejoint ainsi les préoccupations de ceux et celles qui se soucient de la défense de la nature, des animaux et de l'environnement. C'est d'ailleurs pourquoi, en 1979, il est proclamé "patron des écologistes".
En 1221, S. François considère que "convertir le monde entier comme Dieu le veut" est une tâche plus importante que de laver les chancres des lépreux. Plus précisément, il acquiert la conviction que sa vraie mission, et celle des Frères, n'est pas de s'occuper de la chair qui souffre mais de secourir les âmes égarées.
C'est François d'Assise qui créa la première crèche que l'on retrouve souvent sous "l'arbre de Noël".
Nous sommes en 1223 et François se trouvait à Greccio, une ville de l'Italie. Il dit à l'un de ses amis, qui avait mis à la disposition des frères une grotte dans la montagne:
"Je veux faire mémoire de cet enfant qui est né à Bethléem et observer en détail, de mes yeux corporels, les désagréments de ses besoins d'enfant, comment il était couché dans une crèche et comment, à côté d'un boeuf et d'un âne, il a été posé sur le foin."
Et tous les habitants de la ville vinrent entourer les frères et assister à la Messe de Minuit. Ils étaient si nombreux, avec leurs cierges et leurs lanternes, que le bois était éclairé comme en plein jour. La Messe fut dite au-dessus de la mangeoire qui servait d'autel.
L'année suivante, les habitants de Greccio avaient raconté avec tant d'admiration les merveilles de cette belle nuit de Noël que, un peu partout, on se mit à reconstituer, dans des grottes ou des étables, la scène touchante de la naissance de Jésus. Et c'est pourquoi maintenant, nous avons partout des crèches à Noël.
L'amour du Christ et des mystères porta les Franciscains à la fréquentation des Lieux Saints, où ils s'établirent et dont ils devinrent les gardiens officiels, fournissant traditionnellement le Patriarche latin de Jérusalem. Ils y inaugurèrent le Chemin de Croix, pèlerinage avec stations sur les lieux mêmes où Jésus souffrit sa Passion; dès le XVe siècle, cet exercice est exécuté à domicile en s'attachant simplement par la pensée à l'itinéraire sacré.
En 1224, alors que S. François était en contemplation sur le mont Alverne en Toscane, le Christ lui apparut et lui imprima la stigmates de Sa Passion aux endroits du corps où Lui-même avait été blessé. Premier miracle de cette nature dans l'histoire chrétienne, la stigmatisation de S. François, bien qu'il la tînt secrète et qu'il n'en ait rien dit, fut rapidement connue du plus grand nombre et contribua à accroître sa réputation de sainteté. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 440.) S'étant livré à un jeûne de quarante jours en l'honneur de saint Michel archange, François reçut la stigmatisation le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix : un séraphin, formant avec ses ailes l'image du crucifix, lui imprima, aux mains, aux pieds et au côté, les stigmates des plaies du Sauveur causées par les clous et la lance.
Deux ans après, étant très gravement malade, il se fit transporter à l'église du Portioncule (basilique Sainte-Martie des Anges), le lieu où, bien des années auparavant, il comprit qu'il devait vivre "selon le saint Évangile", et où il mourut "en chantant", comme l'écrit son biographe, le samedi 3 octobre 1226. "Afin que là où il avait accueilli l'esprit de la grâce, là il rendit l'esprit de la vie." (Saint Bonaventure)
S. François demanda qu'on lui lise le 13e chapitre de l'Evangile de Jean : "Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père." Pendant ce temps, il récitait en boucle le psaume 142 (141) : "De ma voix j'ai crié vers le Seigneur, de ma voix j'ai supplié le Seigneur. Je répands ma plainte devant lui. Je lui raconte ma détresse..." Et qui finit par une supplique : "Tire mon âme de sa prison, afin que je célèbre ton nom!"
"Il avait réussi à spiritualiser l'amour des hommes et du monde, et à humaniser l'amour de Dieu, accomplissant à merveille l'impossible gageure chrétienne d'aimer Dieu à travers les hommes." (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, ibid., p. 441.)
Le soir où S. François passa du monde au Christ, alors que c'était déjà le crépuscule de la nuit suivante, des alouettes, oiseaux amis de la lumière du midi et qui ont horreur des ténèbres du crépuscule, vinrent sur le toit de la maison et tournèrent longtemps en faisant un grand bruit : nous ignorons si elles montraient de la joie ou de la tristesse en chantant à leur façon. Elles faisaient résonner une jubilation éplorée et des pleurs jubilants, soit qu'elles plaignaient les fis devenus orphelins, soit qu'elles indiquaient que le père approche de la gloire éternelle. Les gardiens de la cité qui protégeaient le lieu par des veilles attentives, furent pleins de stupeur et invitèrent tous les autres à admirer l'évènement.
Les funérailles furent un nouveau triomphe. Le corps fut d'abord ramené à Assise. La procession passa par Saint-Damien où sainte Claire et ses soeurs vénérèrent en pleurant la sainte dépouille; puis on déposa celle-ci dans l'église Saint-Georges où François avait fait ses humanités. Dès lors, les miracles se multiplièrent à la sépulture.
François fut canonisé par Grégoire IX, en 1228. Son corps, que l'on avait caché, afin de mieux s'en assurer la possession, dans la crypte de l'église bâtie en son honneur en 1230, fut découvert en 1818. Pie XII le proclama patron de l’Italie.
Dans son Testament, S. François indique : "Personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du Saint Évangile" (Thomas de CELANO, Vie du bienheureux François [Vita prima], in François d'Assise, Ecrits, vies, témoignages, éd. du VIIIe centenaire, éd. ibid., v. I, p. 589.) Il puisait directement dans l'Évangile une règle de vie. Ce rapport direct avec Dieu ne l'empêcha pas dans la nouvelle mouture de la Règle de 1221, qui compte 24 chapitres, de commencer par rappeler aux frères qu'ils étaient tenus à la plus grande révérence envers la sainte Eglise, le pape, les évêques et les prêtres. Et de leur léguer "trois paroles" dans son Testament : qu'ils s'aiment les uns les autres, qu'ils aiment et respectent "notre Dame sainte Pauvreté" et qu'ils se montrent toujours fidèles et respectueux de la Sainte Eglise.
Aujourd'hui, les Frères Mineurs se répartissent en trois branches : Franciscains, Capucins et Conventuels. À la fin de l'année 2009, les Franciscains étaient 14 525 dans le monde (dont 398 novices) présents dans 52 pays.
Crucifix de Saint-Damien, XIIe siècle, basilique Sainte-Claire, Assise (Italie). Selon Thomas de Celano (Vita Prima), c'est ce crucifix qui aurait parlé à François d'Assise et qui lui aurait dit : "Va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine !"
"Souviens-toi que lorsque tu quitteras cette terre, tu ne pourras emporter rien de ce que tu as reçu, seulement ce que tu as donné." —Saint François d'Assise.
Postérité
Quelques décades après la mort de S. François, les Franciscains ont envahi l'Université à Bologne, Oxford et Paris, surtout, et plus tard Cologne.
À partir de 1230, les œuvres d'Aristote, principales représentantes de la scolastique (philosophie développée et enseignée au "Moyen-Âge" dans les universités) sont traduites du grec en latin par le dominicain allemand Albert le Grand, véritable introducteur de la pensée du philosophe, et par Guillaume de Moerbeke, secrétaire de Thomas d'Aquin, et introduites dans les universités.
"Quand je connaîtrais tous les mystères, enseigne l'Apôtre, que je posséderais toute science, ...si je n'ai pas la charité, je ne suis rien!" (1 Co. 13:2) S. François consacre à cette parole une admonition, et une autre à celle-ci : "Le lettre tue, l'esprit vivifie" (2 Co. 3:6). À choisir entre la science et la charité, le choix est vite fait. Mais il arrive heureusement que les deux soient compatibles, et les faits l'ont prouvé dans la personne de nombreux saints franciscains. (Ivan Gobry, Saint-François d'Assise et l'esprit franciscain, Maîtres spirituels aux Editions du Seuil, 1957.)
Le premier docteur franciscain, l'Anglais Alexandre de Halès (+1245), fondateur de l'école franciscaine, installera avec lui l'ordre de S. François dans une chaire de la Sorbonne; il sera surnommé le Docteur Irréfragable. Il pensera, d'ailleurs comme un peu plus tard S. Thomas (et c'est probablement à lui que Thomas faisait allusion), que le péché était la raison de l'Incarnation, mais il pensera aussi que l'Incarnation se serait produite en toutes hypothèses pour le seul achèvement et la beauté de l'Univers... Ce sera également la position d'Albert le Grand, évêque de Ratisbonne en Allemagne, le maître de Thomas. Les disciples des fondateurs (scotistes franciscains et thomistes dominicains) exagéreront pourtant jusqu'à la caricature l'opinion respective d'Alexandre de Hales et de Thomas, alors que si Thomas donnera sa préférence au thème de l'Incarnation rédemptrice, il n'en restera pas à la seule libération du péché; comme l'explique le P. dominicain Jean-Pierre Torrell, dans une video, sur le "motif de l'Incarnation", "on ne tiendra pas suffisamment compte de la phrase 'la puissance de Dieu ne se limite pas à cela. Et même sans le péché, Dieu aurait pu s'incarner'"... Alexandre de Hales sera sinon l'auteur, du moins l'initiateur de la première Somme théologique. Un de ses élèves, S. Bonaventure (1217-1274), Maître régent de théologie de l'Université de Paris, sera surnommé le "second fondateur de l'ordre franciscain", et les élèves de S. Bonaventure défendront son esprit contre l'aristotélisme envahissant : Gauthier de Bruges, John (ou Jean) Peckham, Guillaume de la Mare, et Mathieu (ou Matteo) d'Aquasparta. S. Bonaventure donnera une valeur beaucoup plus cosmique et eschatologique, allant bien au-delà du seul intellect, à l'illumination de l'esprit par Dieu.
Les Anglais Robert Grossetête (1175-1253), à Lincoln, et Roger Bacon, à Oxford, surnommé Doctor mirabilis ("Docteur admirable") en raison de sa science prodigieuse, davantage portés vers l'expérience que vers la spéculation pure avaient identifié quelques erreurs commises par Aristote à propos des phénomènes naturels; ce qui ne les empêcha nullement de reconnaître l'importance de la philosophie d'Aristote.
Cependant, au XIIIe siècle, le grand docteur de l'Ordre franciscain sera Jean Duns Scot (1266-1308), professeur à Oxford, Paris et Cologne. Connu pour son angélologie, fierté de l'ordre franciscain, dans la lignée d'Augustin et Bonaventure, il mettra l'accent sur la volonté personnelle et la charité plutôt que sur l'intellectualisme (c'est-à-dire une vision métaphysique qui parce qu'elle exalte l'intellect humain, se voit souvent marquée par une pensée de la nécessité, de l'émanation, de la généralisation, voire du destin); et il s'attachera surtout à S. Augustin, dans l'esprit et dans le détail, tout en donnant aux problèmes théologiques des solutions plus nettes. La virtuosité de son argumentation, mais surtout la profondeur de ses raisonnements lui consacreront le surnom de Docteur subtil. Opposé à S. Thomas et à l'école thomiste quant au rôle de la liberté et de la grâce, il n'en sera pas pour cela le maître de Guillaume d'Ockham et du nominalisme.
Le scotisme, comme doctrine qui se caractérise par "le formalisme métaphysique, l'univocité de l'être, l'intuitionnisme et le volontarisme" (Etienne GILSON, L'Esprit de la philosophie médiévale, Paris, Vrin, 1960), bien qu'ayant influencé Ockham, s'opposera à son nominalisme comme doctrine qui nie la réalité des entités abstraites et n'attribue pas d’universalité aux catégories transcendantes, mais simplement à ce qui est construit par l'observateur.
Chez Duns Scot, l'univocité de l'être implique que tous les êtres sont dits "être" dans un même sens, et sont singuliers de par leur eccéité (essence particulière d'une chose qui permet de la distinguer de toutes les autres).
Thomisteset scotistes s'accorderont ainsi pour lutter ensemble contre le nominalisme de Guillaume d'Ockham qui poussera à l'extrême certaines des idées de Duns Scot (volontarisme et constructivisme) et aboutira à une sorte d'"empirisme anarchique." (DANIEL-ROPS)
La métaphysique du mal d'Augustin est passée tout entière, à peu près telle quelle, dans le thomisme et le scotisme. (E. GILSON, Espr. philos. médiév., 1931, p. 119).
Dialecticien autant que S. Thomas, partisan autant que lui de la méthode critique, Duns Scot ne part pas des mêmes principes que lui et n'aboutit pas aux mêmes conclusions. Pour lui, dans l'homme la volonté prime l'intelligence - d'où le terme de volontarisme dont on qualifie souvent sa doctrine - il ne suffit pas d'avoir démontré la vérité pour que tout se soumette à sa loi. Duns Scot insiste sur le caractère actif de l'âme, sur la liberté dont il défend le principe même dans le domaine spirituel. Est-il si sûr qu'on puisse en parlant du réel, comprendre vraiment et connaître qu'il y ait, dans la Création, des lois fixes que la raison peut repérer et analyser ? Le liberté de la toute-puissance divine ne s'oppose-t-elle pas à une telle fixité ? Que la science ait son domaine, oui, mais hors de son domaine, que vaut-elle ? Ainsi, plus fortement même que S. Bonaventure, Duns Scot apportait-il de l'eau au courant mystique au détriment du courant rationnel.
"Certains augustiniens (franciscains) usent d'ailleurs d'un argument qui n'est pas sans valeur. Ils accusent les scolastiques de sacrifier la religion à la philosophie, le Christ à Aristote. Ils n'ont pas tort en ce qui concerne les écoliers (particulièrement les averroïstes), mais ils se trompent en ce qui concerne la scolastique dominicaine puisque saint Thomas fait prédominer le Surnaturel sur la philosophie. Le thomisme sacrifie Aristote au Christ." (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, tome 2, Islam et Kabbale contre l’Occident chrétien, éd. Cimes, 2e éd. revue et augmentée, Paris 2015, p. 308.)
Duns Scot ne s'oppose pas systématiquement à Thomas, mais plutôt aux thomistes de son temps, et surtout au séculier Henri de Gand, non pas comme une opposition frontale, mais par une démarche différente. Le scotisme donne une priorité à la volonté, devant les autres facultés, comme l'intelligence (Père Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Artège-Lethielleux, 2018, p. 124-126), ou la charité.
Le cistercien Humbert de Brouilly, le carme Gérard de Bologne, et surtout l'augustin Gilles de Rome (1247-1316) qui le premier, montrera que S. Augustin et S. Thomas n'étaient pas inconciliables, mais qu'ils se complétaient. L'action, selon Gille de Rome, est impuissantesans la charité, et la contemplation sans la grâce. Les deux démarches mystique et rationaliste ne sont pas contradictoires, mais complémentaires.
Contre saint Thomas, Scot pense que le péché de Lucifer n'a pas été l'orgueil. C'est une forme d'envie qui l'a fait pécher. Satan a pu désirer égaler Dieu d'un désir de concupiscence, autant que sa volonté l'a pu. Il n'a pas cherché à devenir l'égal de Dieu, ce qui est impossible, mais l'a parfaitement voulu. (Père Jean-Baptiste Golfier, Tactiques du diable et délivrances, Artège-Lethielleux, 2018, p. 125.)
Ce qui est le plus remarquable dans la théologie scotiste, c'est la place suréminente qu'elle reconnaîtra au Christ dans l'oeuvre de la Création et de la Rédemption: celui que St Jean dans l'Apocalypse appelle "l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin", est la cause, le chef et l'achèvement de toute la Création spirituelle et sensible. La fête du Christ-Roi sera la conséquence liturgique de cette conception. D'une telle dignité, la Mère du Christ est la première bénéficiaire: de là, l'affirmation de l'Immaculée-Conception de la Vierge, reprise des Pères, que le "Docteur marial" (un autre titre qu'on donna à Duns Scot) défendit contre toute l'Université, et qu'il fit triompher.
Le scotisme sera critiqué à la "Renaissance" par Érasme et Rabelais, qui joueront sur le double sens du qualificatif de "subtil" (synonyme de "fin, recherché", mais aussi d'"inutilement sophistiqué, obscur") attaché à Duns Scot pour railler l'excès de subtilité des scotistes. Il sera soutenu jusqu'au XVIIe siècle, en la personne de Bartolomeo Mastri. Jean Duns Scot sera béatifié par S. Jean-Paul II en 1993. Il est fêté le 8 novembre.
"L'Inquisition, avec ses procédures juridiques rédigées en lieu et place d'une justice seigneuriale coutumière, orale, est aussi fille de l'Université. Dominicains et Franciscains y apportent des procédures écrites et un rituel de l'interrogatoire, de la confrontation et de l'aveu qui ne vont pas tarder à se verser à la justice d'État : on en retrouvera la trace dans les procédures suivies encore aujourd'hui par les juges d'instruction français." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 182.)
Saint François d'Assise recevant les stigmates
Sources: (1) L'Evangile au quotidien; (2) Franciscain.org ; (3) Chiesa ; (4) Egliseinfo.catholique ; (5) Eleves.ens.fr : S. François et le Sultan, les Fioretti ; (6) Les saints Franciscains
Mgr Paul GUERIN, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 617-620
Ivan GOBRY, Saint-François d'Assise et l'esprit franciscain, Maîtres spirituels aux Editions du Seuil, 1957, p. 68-69; 77; 79;111
Stan ROUGIER, Saint François d'Assise ou la Puissance de l'amour, Albin Michel, Saint-Amand-Montrond 2009, p. 136-137
Virgil TANASE, Saint François d'Assise, Gallimard Folio Biographies, Malesherbes 2015
DANIEL-ROPS, L'Histoire de l'Eglise du Christ, tome IV, sous la direction de Jean DUMONT, Editions Bernard Grasset 1962-1965, p. 300-301.
Saint Gérard de Brogne, fondateur de l'Abbaye de Brogne († 959) en région wallonne en Belgique, province de Namur.
Il commença d'abord par la carrière des armes, mais quand son père mourut, il décida de se faire bénédictin, s'initia à la vie monastique à Saint Denis près de Paris et fonda une abbaye sur son domaine familial. (1)
L'histoire raconte qu'insatisfait de sa vie comme page à la cour de Béranger, comte de Namur, et du métier des armes, Gérard fit une expérience spirituelle profonde (songe ou vision) alors que, au cours d’une expédition de chasse dans les bois de la Marlagne, il se recueille dans une ancienne chapelle du domaine familial de Brogne dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Lors de cette vision, il s'entend invité par Saint Pierre à y fonder un monastère. (2)
Envoyé fonder, en 931, un monastère à Brogne et s'étant acquitté à merveille de sa tâche, on le chargea de réformer certaines communautés où on avait constaté quelque relâchement. Il visita ainsi les monastères de Flandres, de Champagne et de Lorraine où sa sainteté et sa fermeté opérèrent les redressements nécessaires.
Il revint enfin à Brogne où il finit paisiblement sa vie. (3) C'est au XVIIe siècle que la localité de Brogne prend le nom de Saint-Gérard: ce moine doux et conciliant avait été canonisé en 1131, lors du concile de Reims.
Abbaye Saint-Gérard-de-Brogne
MIRACLES de saint Gérard
Voici quelques récits de miracles que nous transcrivons parce qu'ils sont intéressants à divers titres: ils ont eu lieu au début du 17ième siècle, ce qui prouve que le culte de saint Gérard était encore très vivant 7 siècles environ après la mort du saint; plusieurs bénéficiaires de ces miracles habitaient des régions assez éloignées, ce qui montre la diffusion du culte de saint Gérard; enfin ces miracles sont particulièrement bien attestés.
"L'an de grâce 1602, Simon Anseau, pharmacien à Thuin, âgé de 32 ans, souffrant depuis 3 mois d'une fièvre tierce, quarte et quotidienne, était devenu jaune comme cire. Après avoir tenté toutes sortes de remèdes, après en avoir appelé à l'expérience des hommes de l'art, abandonné par eux sans aucune espérance, il voua à Dieu et à saint Gérard de visiter les reliques de notre Saint à Brogne; et à l'heure même il fut rendu à la santé. La chose arriva le 26 du mois d'août, et trois jours après, c'est-à-dire le 29, il se rendit de Thuin à Saint-Gérard sans le secours de personne. Les 2 localités sont distantes d'environ sept lieues.
Cette guérison avec ses circonstances fut attestée par Simon, ainsi que par sa mère Haverlant, en présence du prieur et de 2 autres religieux. Ce même témoignage, ledit Simon, sa mère et sa femme le renouvelèrent dans la suite à Thuin, en présence du prieur de Brogne, Gérard Souris, et de son compagnon Jean Clerc, ainsi qu'en présence de Pierre Dubois, prêtre, et de son père Georges Dubois, citoyen et échevin de Beaumont.
Tout ce qui vient d'être raconté, ledit Anseau l'attesta de nouveau le 25 août l'an 1618, en présence de la cour de Thuin, et il le confirma par serment solennel, selon le document authentique qui fut rédigé sur cette guérison et signé : Jacques Playoul, greffier de ladite cour."
"Le 3 septembre 1611, François Deprez, originaire de Thuin et habitant cette localité, pour lors âgé de 29 ans, ayant souffert pendant 3 semaines d'atroces douleurs d'une fièvre aiguë et continue, ayant cherché des remèdes sans en trouver aucun qui pût lui procurer quelque soulagement, sur les conseils du susdit Simon Anseau, qui avait récupéré la santé par les mérites de saint Gérard, fit voeu de se rendre à Brogne pour vénérer le saint, et bientôt il fut délivré de la fièvre et rétabli en pleine santé. Ce que ledit François Deprez, visitant les saintes reliques le 16 septembre 1612, a déclaré en présence du prieur désigné plus haut et de quelques autres religieux. Ensuite il confirma le tout par serment le 24 août 1618, en présence de la cour de Thuin, ainsi que cela résulte d'une pièce authentique signée du greffier Jacques Playoul."
"Au mois de février 1602, Noël Mathieu, natif de Mettet et pour lors âgé de 20 ans, faisait ses humanités dans la ville de Mons. Atteint d'une jaunisse par tout le corps, ayant souffert de très grandes douleurs pendant l'espace de 2 mois environ, sans trouver aucun soulagement dans les remèdes de la médecine, il fut renvoyé à ses parents. Ceux-ci le conduisirent à Saint-Gérard, afin qu'il y communiât et qu'il adressât ses prières au patron du lieu. Ils espéraient que le saint par son intercession et ses mérites viendrait au secours de leur fils. Leur espérance ne fut pastrompée. Car à partir de ce moment, le malade éprouva un mieux sensible, et, 1 jour ou 1 après, il était entièrement guéri. Ce que ledit Noél attesta par un écrit signé de sa main. Plus tard, c'est-à-dire le 22 août 1618, lui et sa mère Marie Buseau attestèrent le même fait par serment en présence du bailli de Mettet, notaire impérial. Acte authentique fut dressé et signé par Pierre Douillet notaire, le jour et l'an désignés."
"Vers la mi-juin 1610, un enfant de 8 ans, originaire de Rebecq, fils de Jean du Ray et de Martine Heue, appelé Jean comme son père, après une longue et grave maladie, fut abandonné de tous les médecins, qui n'avaient plus aucun espoir de le guérir. Pendant 8 jours, cet enfant demeura privé de connaissance et de l'usage de la parole. A chaque moment, on s'attendait à le voir rendre le dernier soupir. Poussés comme par une inspiration divine, ses parents promirent un pèlerinage à Saint-Gérard. A l'instant, comme s'il se fût réveillé d'un profond sommeil, l'enfant revint à lui. Il demanda à boire et à manger. Le pèlerinage ne tarda pas à s'accomplir et l'enfant recouvra entièrement la santé. Et maintenant encore, ajoute l'historien, il est vigoureux, il jouit d'une excellente santé et il exerce la profession de charpentier. Peu de jours après la guérison de leur fils, le père, la mère et un clerc de Rebecq, appelé Jean Rogerie, envoyèrent au prieur de Brogne le récit de ce miracle, signèrent cet écrit de leur main. Plus tard, le père attestà la vérité de ce fait en présence de la cour de Rebecq, comme cela résulte de la pièce authentique donnée le 10 septembre 1618 et signée : Sébastien Antoine, Jean du Ray, Guillaume Marsille et H. de Moitoimon, greffier."
"Au mois de mai de l'an 1617, la fille du seigneur de Fumal, nommée Gertrude, âgée d'environ 10 ans, ayant été gravement atteinte d'un jaunisse universelle pendant 3 semaines, fut rendue à la santé par suite d'un voeu semblable que firent ses parents en son nom. Le 23 du mois de mai, elle put accomplir son pèlerinage à Saint-Gérard." (4)
Gérard est canonisé par Innocent II, lors du Concile de Reims, en 1131. (5)
1. La liberté de faire le mal contre le bien : c’est la liberté révolutionnaire qui s’oppose radicalement, directement et explicitement à la loi divine. C’est la fausse liberté, postulat de la Révolution française, dont l’origine se trouve dans le « mystère de l’iniquité », concrètement dans le « non serviam » de Satanás, premier révolutionnaire.
2. La liberté de faire le bien et le mal à égalité de droits : c’est la fausse liberté des libéraux, qui mettent au même niveau la moralité et l’immoralité, la vérité et l’erreur. Ce type de liberté, qui est également luciférienne et fille de la révolution, est plus trompeur et subtil que le premier, parce qu’il efface la frontière entre le bien et le mal, et est, par conséquent, plus dangereux pour l’âme.
3. La liberté de faire uniquement le bien : c’est la véritable liberté, celle que veut Dieu et qui nous libère des chaînes du péché. Bien que dans ce monde cette liberté soit imparfaite, parce qu’elle rencontre toujours des obstacles à sa réalisation, nous ne pouvons oublier qu’elle participe ontologiquement à la liberté absolue du Ciel, le souverain bien, vers lequel elle trouve son unité de fin et d’ordre.
N'oubliez pas l'ange gardien qui est toujours avec vous et ne vous quitte jamais, quelles que soient les mauvaises actions que vous pourriez commettre.
Dieu est le "créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible" (Symbole de Nicée Constantinople).
Saint Augustin déclare que les anges sont la lumière créée par Dieu le premier jour de la Création.
Or, selon la Tradition, les anges (du grec angelos, messagers, ou envoyés) sont des créatures spirituelles et non corporelles. Chaque fête des anges est d’abord l’occasion de rappeler que "Dieu a tout ensemble, dès le commencement des temps, créé de rien l’une et l‘autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde terrestre ; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle est d’esprit et de corps" (profession de foi du 4ème concile du Latran, rappelée par le n° 327 du CEC – Catéchisme de l’Église catholique).
Parmi d'autres choses, Dieu a ainsi formellement distingué la nature angélique et a donné à chaque ange sa qualité particulière selon la différence particulière. Selon Saint Thomas d'Aquin (I qu. 30, art. 4), chaque ange forme à lui seul une espèce particulière.
Saint Thomas d'Aquin explique dans la Somme théologique (I , q. 51, a. 3) que les anges ne se multiplient pas par génération comme nous. Chaque ange constitue une espèce à part entière. La multiplication des individus au sein d'une même espèce n'a lieu que chez les êtres matériels, tels que nous. Par conséquent, le nombre d'anges a été fixé par Dieu dès la Création et ne s'accroît pas par la reproduction.
"Dans ce monde, chaque créature visible est confiée à une puissance angélique, suivant le témoignage plusieurs fois répété des saintes Écritures. (S. Augustin, Lib. De Diversis, quæst. LXXIII-LXXIX, n° I). La théologie catholique formule cet axiome lorsqu'elle dit : "selon S. Augustin (lib. III, De trinit.) et S. Thomas (pars I, quæst. CX, art. 8) tous les êtres corporels sont gouvernés et maintenus dans l'ordre par des êtres spirituels; toutes les créatures visibles par des créatures invisibles." (VIGUIER, ch. III, p. 87, édit. in-4°, 1571 in Mgr Jean-Joseph GAUME, Traité du Saint-Esprit, 1864, Rééd. Éditions Saint-Rémi, 2019, p. 32-33.)
Les croyants peuvent s’appuyer sur leurs aide, leurs inspirations, pour se tourner vers leur Seigneur.
Dans chaque eucharistie, les anges se joignent à eux – et aux saints – pour chanter d’une seule voix le Dieu trois fois saint proclamer sa gloire (cf. finales des préfaces de la prière eucharistique).
Dans la Bible, les anges sont cités plus de 300 fois. Le livre de l’Apocalypse nous apprend qu’il y en a des "myriades de myriades" (Ap 5, 11).
La Bible distingue diverses sortes de créatures célestes : outre les Anges proprement dits (nommés ou pas), on trouve chez Isaïe des Séraphins, chez Ézéchiel des Chérubins, chez Paul des Trônes, des Dominations, des Principautés, des Puissances, des Vertus et des Archanges.
Au total, de l'Ancien au Nouveau Testament, il en existe neuf catégories différentes.
Ainsi que le rapporte un Sermon de Saint Grégoire le Grand, cité dans le bréviaire : "Nous connaissons par les livres sacrés neuf ordres distingués parmi les Esprits célestes,
(1) les Anges. Le chœur le plus bas, mais le plus proche de nous. Ce sont nos anges gardiens et nos messagers dans nos vies.
(2) les Archanges. Messagers de Dieu dans de grandes missions. Saint Michel, Saint Gabriel et Saint Raphaël appartiennent à ce choeur.
(3) les Vertus. Ouvriers de miracles divins et d'ordre cosmique. Ils contrôlent les éléments et la nature elle-même.
(4) les Puissances. Anges guerriers qui défendent contre les forces démoniaques et maintiennent l'équilibre cosmique.
(5) les Principautés. Gardiens des nations et dirigeants. Ils guident l'ascension et la chute des royaumes terrestres.
(6) les Dominations. Ils régissent les devoirs angéliques et gouvernent les chœurs inférieurs. Considérez-les comme des administrateurs célestes.
(7) les Trônes. Anges d'humilité et de paix. Ils servent de chars à la justice et à l'autorité de Dieu.
(8) les Chérubins. Gardiens des mystères divins et de la sagesse. Ils sont les intellects parmi les anges. (cf. Genèse 3:24)
(9) et les Séraphins. L'ordre le plus élevé. Ils brûlent de l'amour pur de Dieu et sont les plus proches de son trône. 'Séraphin' signifie littéralement 'brûlant'. (cf. Isaïe 6)
(Cf. S. Grégoire le Grand, Bréviaire Romain, au IIe nocturne de la fête de Saint Michel, IV Leçon.)
À la naissance du Sauveur, un ange était apparu aux bergers "et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière." (Lc 2,9)
La fête des archanges, le 29 septembre, rappelle l’essentiel de la vocation des anges : contempler Dieu et chanter sa louange. C’est aussi la raison d’être de la création et la mission primordiale de l'Église. Pour sa part, la mémoire des anges gardiens le 2 octobre insiste sur un autre aspect : leur mission de présence fraternelle à nos côtés.
Les anges ont une volonté plus parfaite que celle des hommes, en raison de leur intelligence supérieure. Il existe un lien entre la connaissance et la volonté. Et saint Thomas explique que les anges aiment Dieu plus qu'eux-mêmes.
Dès l’Ancien Testament, les anges protègent et guident les patriarches. "Dieu donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres." (Psaume 90, 11-12).
Cette mission continue : "Du début de l’existence au trépas, la vie humaine entourée de leur garde et de leur intercession. Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie (S. Basile)" (cf. CEC 336).
Dans le livre de la Genèse, lors de la bénédiction des fils de Joseph, Jacob (Israël) demanda à l'ange qui l'avait "délivré de tout mal" de "bénir ces garçons". (Gn 48,16)
En faisant mémoire des anges gardiens, les croyants demandent à Dieu de leur assurer "le bienfait de la protection des anges et la joie de vivre en leur compagnie pour toujours". Mais cette mémoire les encourage aussi à inventer une "présence fraternelle" concrète auprès des autres, à prendre soin d’eux. (1)
La rencontre entre Élie et l'ange montre plusieurs traits :
a)L'ange se révèle quand tout semble perdu.
Élie, dans le désert, souhaite mourir. Il exprime son "ras-le-bol" devant le Seigneur et lui demande de mourir. La raison ? Il n'a pas fait mieux, dit-il, que ses pères. Malgré la conversion apparente du peuple d'Israël sur le mont Carmel lorsque le feu est descendu du ciel (1R 18,39), Achab et Jézabel, qui règnent sur Israël, ne se sont pas convertis (1R 19,1-2). Le peuple restera asservi au paganisme de ses souverains. Plus radicalement, c'est le moteur caché des actions d'Élie qui est révélé par ce cri : mieux faire que ceux qui l'ont précédé. Avait-il quelque chose à prouver ? Quoi qu'il en soit, il semble avoir échoué. Et l'ange se manifeste discrètement pour le relever. C'est au cœur de l'épreuve et de l'effondrement intérieur que les anges se rendent présents. Ils sont nos frères dans la douleur.
b)L'ange pose des gestes concrets.
Il touche Élie. Il l'invite à manger et à boire. Il respecte son sommeil et le laisse se rendormir. L'ange, qui est un pur esprit, n'est pas insensible aux besoins du corps d'Élie. Il s'en fait le serviteur. Sa nature spirituelle ne le rend pas incapable de rejoindre notre nature corporelle. Comme pur esprit, il a une action bienfaisante sur notre humanité.
c) C'est à la deuxième reprise que l'ange du Seigneur est reconnu comme tel.
Il est spécifié que le messager envoyé à Élie est l'ange du Seigneur à sa deuxième intervention. Ce n'est pas du premier coup que l'on repère son passage. Il est discret. Il ne se fait reconnaître souvent qu'après-coup. "En vérité, le Seigneur était en ce lieu, mais je ne le savais pas" (Gn 28,16), s'exclame Jacob après avoir vu les anges monter et descendre au-dessus de son chevet à Béthel.
d) Il prépare Élie à la rencontre avec Dieu.
L'ange est un serviteur. Il ne polarise pas sur lui l'attention d'Élie. Au contraire, en lui donnant une nourriture spéciale, il le fortifie et le prépare à rencontrer Dieu à l'Horeb.''
Après le désert, Élie arrive à la montagne de Dieu, l'Horeb. C'est ici qu'il est invité à sortir de sa grotte pour "se tenir devant le Seigneur" (1R 19,11). Des phénomènes cosmiques le précèdent : vent violent, tremblement de terre, feu. Puis la voix de fin silence (1R 19,12). Cette expérience intérieure a souvent été mise en relation, dans la tradition juive antique, avec la contemplation des anges. Pour les esséniens de Qumran ce sont les chérubins qui entendent habituellement cette voix de fin silence, qu'entendit Élie, dans le sanctuaire du ciel :
''Les chérubins se prosternent devant Dieu et ils le bénissent et quand ils se relèvent,
ils entendent une voix de silence et il y a un tumulte de joie, quand ils élèvent leurs ailes.
Cette "voix de fin silence" est transformante. Après l'avoir entendue, Élie semble entrer dans une forme de discrétion nouvelle. On ne trouve plus chez lui de grandes diatribes, comme sur le Carmel. Il se fait discret auprès d'Élisée (1R 19,19-21). Il disparaît du devant de la scène durant trois chapitres (1R 20-22). Il n'apparaît auprès d'Achab, après le meurtre de Nabot, que pour lui annoncer la parole de Dieu devant laquelle il s'efface (1R 21,17-24). Élie a été transformé dans le silence de la voix qu'il a entendue. Il devient discret, comme l'ange du Seigneur l'a été pour lui. Il devient semblable aux anges. Il entre dans le bios angelikos, la "vie angélique", célébrée par les Pères du désert. Jean-Baptiste, le nouvel Élie, retiendra la leçon (Mt 11,14). Lui aussi sera présenté dans un fondu avec l'"ange", autrement appelé en grec le "messager", annoncé par la prophétie de Malachie (Ml 3,1 ; cf. Mt 11,10).
Lorsque nous invoquons les anges, ils nous introduisent peu à peu dans le silence. Ils nous font entendre cette "voix de fin silence". Ils nous font entrer dans un silence habité, rempli de leur présence. Demandons à saint Michel d'envoyer ses anges pour nous faire entrer dans ce silence rempli d'esprit et de vie et pour que le tumulte de nos passions soit apaisé ! (Cf. Fr. Baptiste de l'Assomption o.c.d. Dans Grande neuvaine à saint Michel avec les saints du Carmel, Hozana.org)
"Il semble indubitable que non seulement les individus, mais les sociétés et les institutions, sont confiées aussi spécialement à la garde des Anges; l'Église, les royaumes, les provinces, les diocèses, les paroisses, les familles, les ordres religieux, les communautés, ont leurs angéliques protecteurs.
Les Anges nous préservent d'une foule de maux et de dangers, ils éloignent de nous les occasions du péché; ils nous inspirent de bonnes et saintes pensées dans les tentations; ils nous portent à la vertu, nous fortifient dans nos faiblesses, nous animent dans nos découragements, nous consolent dans nos afflictions. Ils combattent avec nous contre le démon et nous prémunissent contre ses pièges; si nous tombons, par fragilité ou par malice, ils nous relève par le remords, par les pensées de la foi, par la crainte des jugements de Dieu, et nous procurent divers moyens de conversion: ils portent nos bonnes œuvres et nos prières à Dieu, réparent nos fautes, intercèdent pour nous auprès de la divine miséricorde, suspendent la vengeance céleste au-dessus de nos têtes; enfin ils nous éclairent et nous soutiennent dans la maladie et à l'heure de la mort, nous assistent au jugement de Dieu, visitent les âmes du purgatoire.
Ils veillent sur nous pendant notre sommeil, nous assistent dans notre prière, nous défendent sur terre et sur mer, purifient notre esprit et notre corps, nous provoquent à la vertu, élèvent nos pensées vers Dieu, nous consolent dans nos peines et nos épreuves, quand nous sommes sous les étreintes de la maladie et de la mort prochaine, nous font visite, nous fortifient, nous défendent contre l'esprit du mal, et après nous avoir donné la victoire, nous accompagnent au ciel ou au purgatoire. Sans ce secours providentiel, l'infirmité humaine ne saurait être en sécurité. (Père Gilles Jeanguenin, Les Anges existent, Éditions Salvator, Paris 2008, p. 168.)
Saint Bernard résume nos devoirs en trois mots: 'Quel respect, quel amour, quelle confiance de notre part ne méritent pas les anges! Respect pour leur présence, amour à cause de leur bienveillance, confiance en leur protection.' Ajoutons un quatrième devoir, la docilité à leur bonnes inspirations. (Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.)
À partir de quel moment les Anges gardiens nous sont-ils assignés ?
"Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux." (Mt 18,10).
Bien que ce ne soit pas explicitement écrit dans la Bible, il est communément admis par les théologiens que chaque être humain, qu’il soit chrétien ou non, a un ange gardien assigné à sa protection. "Chacun, aussi humble soit-il, a des anges gardiens pour veiller sur lui", a ainsi déclaré le pape Pie XII, s’appuyant sur les Saintes Écritures mais aussi sur les enseignements de saint Thomas d’Aquin, saint Basile ou encore saint Jérôme. Mais ces grands saints sont loin d’être les seuls à croire en leur existence. De nombreuses personnes, même non chrétiennes, considèrent qu’elles sont protégées par un ange gardien.
Mais alors, à quel moment un ange gardien est-il assigné à la protection de la personne dont il aura la charge ? Pour répondre à cette question, il faut se référer au paragraphe dédié dans le Catéchisme de l’Église catholique, qui constitue la seule source officielle à ce sujet : "Du début de l’existence au trépas, la vie humaine est entourée de leur garde et de leur intercession. Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie." (CEC n°336)
Saint Jérôme ou saint Anselme ?
Cette assertion n’est pas très précise, puisqu’il y est simplement question du "début" de la vie. Les débats théologiques à ce sujet ne manquèrent pas au fil des siècles, et les avis divergent. En effet, saint Jérôme déclara simplement : "Si grande est la dignité des âmes que chacune, dès sa naissance, a un ange préposé à sa garde." Ce point de vue, basé sur les connaissances scientifiques de l’époque, fit école pendant plusieurs siècles.
Saint Anselme, de son côté, affirmait que "chaque âme est assignée à un ange au moment où elle est unie à un corps". Ce point a également été débattu par les théologiens, mais la plupart s’accordent à dire qu’il s’agit du moment de la conception. À en croire ce document compilé par le cardinal Ratzinger en 1987, "l’âme spirituelle de tout homme est immédiatement créée par Dieu".
En conséquence, il semble effectivement très probable que les anges gardiens nous sont attribués au moment de la conception. Cette hypothèse n’est pas un dogme de l’Église catholique, mais elle s’inscrit dans la lignée d’enseignements qui ont fait école pendant plusieurs siècles, et est en accord avec les paroles de Jésus dans l’Évangile de Matthieu. Dans l’hypothèse où ce serait à la naissance plutôt qu’à la conception, c’est l’ange gardien de la mère qui, automatiquement, serait en charge de l’être qui se développe en son sein. (2)
Les Pères des tout premiers siècles soulignent que les anges sont créés et non créateurs, réfutant ainsi l'hérésie gnostique.
Les anges gardiens n’ont pas accès à nos pensées et ne peuvent donc pas s’immiscer dans notre esprit.
De même que les anges ne peuvent pas lire dans nos pensées, les démons ne le peuvent pas non plus.
Seul Dieu est à même de savoir ce qui se déroule exactement dans nos têtes, puisqu’il nous a créés. Saint Thomas d’Aquin établit cela clairement dans sa Somme de théologie (I, 57, 4) :
Ce qui est propre à Dieu ne convient pas aux anges. Or, connaître les pensées [des cœurs] est le propre de Dieu. (3)
Cela dit, nos compagnons célestes sont dotés d’une grande intelligence ainsi que d’un sens de l’observation bien plus affûté que le nôtre. Ce qui signifie que, bien que n’ayant pas accès à notre esprit, ils peuvent savoir ce à quoi nous pensons à force de nous observer et de nous côtoyer. Saint Thomas d’Aquin explique bien ce phénomène dans son ouvrage (I, 57, 4) :
Les pensées des cœurs peuvent être connues […] d’abord dans leurs effets. De cette façon elles peuvent être connues de l’ange aussi bien que de l’homme ; mais il y faut d’autant plus de pénétration que l’effet est plus caché. Car la pensée peut se révéler non seulement par un acte extérieur, mais encore par un changement d’expression du visage ; les médecins peuvent même connaître certaines affections de l’âme par nos pulsations. À plus forte raison les anges […] le pourront-ils, puisqu’ils aperçoivent d’une manière beaucoup plus pénétrante ces modifications corporelles cachées.
Si nous souhaitons que notre ange gardien nous connaisse en profondeur, nous devons donc nous confier à lui régulièrement. De cette manière, il sera mieux armé pour nous protéger et nous conduire à la vie éternelle.
Voici une petite prière pour que notre ange gardien intervienne et prie à notre place, quand nous ne le pouvons pas, et entre en dialogue avec les anges gardiens de ceux qu’on aime, quand la croix qu’ils portent sur leurs épaules se fait de plus en plus lourde :
Mon Saint Ange gardien,
je vous salue et je vous remercie.
Veuillez prier pour moi
et prier à ma place
dans tous les moments
où je ne peux formuler mes prières.
Daignez aussi,
dans la Lumière divine,
vous rencontrer avec les Anges gardiens
de ceux que j’aime le plus,
de tous ceux auxquels je m’intéresse spirituellement,
pour les éclairer, les protéger et les conduire.
Ainsi soit-il
On peut aussi commencer le chapelet quotidien en priant :
Saint Ange Gardien,
Vous que la bonté divine nous a donné comme Gardien,
Veillez sur nous
Éclairez-nous
Dirigez nous
Guidez-nous
Gouvernez-nous
Protégez-nous.
Amen
Un ange libéra l'apôtre Pierre de la prison Antonia à Jérusalem où l'avait enfermé Hérode Agrippa en 44, qui voulait le faire juger et mettre à mort avec grand appareil, devant la masse de peuple alors assemblé.
"Un soir que plusieurs des fidèles étaient assemblés dans la maison de Marie, mère de Jean-Marc, où Pierre demeurait d’habitude, on entendit tout à coup frapper à la porte. La servante, nommée Rhodé, alla écouter. Elle reconnut la voix de Pierre. Transportée de joie, au lieu d’ouvrir, elle rentre en courant et annonce que Pierre est là. On la traite de folle. Elle jure qu’elle dit vrai. « C’est son ange, » disent quelques-uns. On entend frapper à plusieurs reprises ; c’était bien lui. L’allégresse fut infinie. Pierre fit sur-le-champ annoncer sa délivrance à Jacques, frère du Seigneur, et aux autres fidèles. On crut que c’était l’ange de Dieu qui était entré dans la prison de l’apôtre, et avait fait tomber les chaînes et les verrous. Pierre racontait, en effet, que tout cela s’était passé pendant qu’il était dans une espèce d’extase ; qu’après avoir passé la première et la deuxième garde et franchi la porte de fer qui donnait sur la ville, l’ange l’accompagna encore l’espace d’une rue, puis le quitta ; qu’alors il revint à lui et reconnut la main de Dieu, qui avait envoyé un messager céleste pour le délivrer (Ac., XII, 9-11). Le récit des Actes est tellement vif et juste, qu’il est difficile d’y trouver place pour une élaboration légendaire prolongée."(Ernest Renan, Les Apôtres, Michel Lévy, 1866, p. 248-249.)
"Il existe, dans le Légendaire de certains ordres religieux, des apparitions d'anges gardiens des couvents. Les biographes de saint François d'Assise et de saint Dominique en rapportent. Pour ce dernier, on dit qu'en un moment de disette, provoquée par la libéralité des premiers frères prêcheurs à l'égard des pauvres, l'un de ses monastères fut favorisé d'une intervention du ciel. Les anges gardiens de la communauté vinrent emplir les coffres et même servir les moines à table. Le bienheureux Fra Angelico a très bien illustré le miracle dans une de ses fresques. De telles faveurs venaient récompenser la charité des premiers religieux d'une obédience nouvelle. Tous les néophytes ont de ces emballements qui, dans la suite, ne se retrouvent guère. En cela, la jeunesse des familles monastiques n'est pas tellement différente de l'enfance de chaque homme.
"Le plus étonnant, dans ces aventures mystiques, ce n'est pas que des êtres charnels conservent ou retrouvent assez de transparence d'âme pour réfléchir sur le surnaturel ; mais bien que des esprits s'abaissent à servir des corps. Moi qui, souvent, considère au-dessous de ma « dignité » de condescendre, voilà une leçon pour mes dédains. Malgré l'exemple d'un Dieu-Providence, d'un Verbe-Sauveur, je poursuis aveuglément ma voie aberrante, mes habitudes d'insolence et de dureté.
"Cela me va de parler de dignité, à moi qui ne résiste pas à un clin d'œil du Malin ! Si les Anges servent les hommes, ce n'est pas pour rendre hommage à leur excellence ; mais pour obéir à Dieu qui a des faiblesses pour nous. Ils trouvent dans cette obéissance, en dépit de ce qui est exigé, un surcroît de joie, tant il est vrai que l'amour s'exalte par le désintéressement et s'illumine par tous les sacrifices qu'on lui consent.
"Le Pape s'honore du titre de « Serviteur des serviteurs de Dieu ». À combien plus forte raison les Anges tirent-ils gloire d'une telle appellation, plus vraie encore pour eux qu'elle ne l'est pour le Pape ! Ce n'est pas le bénéficiaire qui crée l'honneur, mais le Maître et le service du Maître." (Yves-Marie Rudel, Dialogues avec l'ange gardien, Éditions Fleurus, 1958. Extrait de la revue "L'Ange Gardien", janvier-février 2019.) (4)
Saint François de Sales, évêque et docteur de l'Église, recommandait de se familiariser avec les anges, de prendre conscience de leur invisible présence dans notre vie, d'aimer et révérer l'ange de notre diocèse, celui des personnes avec lesquelles on vit, et spécialement le nôtre : "Lorsque nous nous trouvons avec eux, et en communion d'intention, nous ne pouvons qu'en être heureusement influencés.
[...] Pierre Favre, premier prêtre, premier prédicateur, premier théologien de la sainte Compagnie de Jésus, et premier compagnon du bienheureux Ignace, [...] revenait un jour d'Allemagne, où il avait beaucoup oeuvre à la gloire de Notre-Seigneur. Il passait en notre diocèse, où il est né. Il raconta qu'en traversant plusieurs régions gagnées à l'hérésie, il avait trouvé mille consolations à saluer les anges, protecteurs des paroisses où il passait. Il avait constaté de ses yeux comment, par eux, il avait été protégé des embûches que lui tendaient les hérétiques; et comment beaucoup d'âmes s'étaient ouvertes à la doctrine du salut." (Saint François de Sales, Introduction à la Vie dévote mise en français contemporain, Les Éditions du Cerf, Spiritualité Lexio, Paris 2019, p. 170, 176.)
Selon l’Ecriture Sainte, il y a douze œuvres de charité que notre ange gardien fait pour nous.
La première est de nous réprimander pour nos fautes. D'après le Livre des Juges, chapitre 2, verset 1 : L'Ange du Seigneur monte de Galgala vers le lieu de ceux qui pleurent et dit : « Je vous ai fait sortir du pays d'Égypte... Et vous n'avez pas entendu mon voix."
La seconde est de nous absoudre des liens de nos péchés. Selon le Livre des Actes, chapitre 12, verset 7 : L'Ange se tenait là. . . et les chaînes tombèrent de ses mains ; pourtant, cela doit être compris comme une disposition à ce que cela se produise.
La troisième c'est nous ôter ces choses qui entravent notre progrès dans le bien, ce qui est signifié dans le Livre de l'Exode, chapitre 12, verset 12 : où l'Ange frappa le premier-né d'Egypte.
La quatrième est de contraindre les démons qui nous affligent, selon le Livre de Tobie, chapitre 12, verset 3 : « Il chassa le démon de ma femme », dit Tobie de l'archange Saint-Raphaël.
La cinquième est de nous enseigner, selon le Livre de Daniel, chapitre 9, verset 22 : Maintenant, je suis entré pour vous enseigner, et afin que vous compreniez.
La sixième est de révéler des secrets, car selon le Livre de la Genèse, chapitre 18, verset 17, les trois Anges ont exprimé le Mystère de la Trinité et de l'Unité, après quoi Dieu a dit : Puis-je cacher à Abraham ce que je vais faire ?
La septième est pour consoler, selon le Livre de Tobie, chapitre 5, verset 13 : Ayez un esprit fort, il est proche, que vous allez être guéri par Dieu etc..
La huitième est de nous réconforter sur le chemin de Dieu, selon le Troisième Livre des Rois, chapitre 19, verset 7 : Levez-vous et mangez, car un grand chemin vous reste.
La neuvième est de nous conduire sur ce chemin et de nous ramener à Dieu, selon le Livre de Tobie, chapitre 5, verset 15 : Je conduirai, et je le ramènerai etc..
La dixième est de renverser nos ennemis, selon le Livre d'Isaïe, chapitre 37, verset 36 : Étant entré, l'Ange du Seigneur frappa les camps des Assyriens etc.
La onzième, pour atténuer nos tentations ; et cela est signifié dans le Livre de la Genèse, chapitre 32, verset 24, où Jacob lutta avec l'Ange, et fut consolé après le match, ayant accepté sa bénédiction, le nerf de son fémur se dessécha.
La douxième, c'est prier pour nous et porter nos prières à Dieu, selon le Livre de Tobias, chapitre 12, verset 12 : Quand tu priais avec des larmes. . . J'ai offert votre prière, etc.. Tous ces effets sont les effets des soins que notre Ange gardien nous a apportés, c'est pourquoi nous devons être soumis et reconnaissants à la fois envers Dieu et envers les Saints Anges.
"Je ne veux plus que tu t'entretiennes avec des hommes, mais avec des anges" (Vie 24,5). Voici la phrase de Jésus qu'entend sainte Thérèse d'Avila, grande mystique espagnole du 16e siècle et docteur de l'Église. Jésus ne demande pas à Thérèse de se séparer de l'humanité pour ne vivre qu'avec des purs esprits. En réalité, cette phrase vient toucher Thérèse à cœur même du combat titanesque qu'elle mène depuis une vingtaine d'années. Très attirée par la mondanité qu'elle peut encore trouver dans la vie religieuse, très attirée par les parloirs où les grands d'Avila viennent la rencontrer, l'affectivité de Thérèse d'Avila n'est pas encore totalement donnée à Jésus. Elle n'aime pas encore Dieu de tout son cœur, toute son âme et toute sa force. Elle est tiraillée entre Dieu, qu'elle rencontre dans l'oraison, et la mondanité, qu'elle fréquente dans les parloirs. Elle témoigne alors d'une expérience (qui n'est pas si rare chez les chrétiens) : "Ma vie était extrêmement pénible, écrit-elle, car dans l'oraison je voyais mieux mes fautes. D'une part, Dieu m'appelait, de l'autre je suivais le monde. Toutes les choses de Dieu me contentaient vivement, celles du monde me tenaient ligotée. Je paraissais vouloir accorder ces deux adversaires, si ennemis l'un de l'autre, que sont la vie spirituelle, ses joies, ses saveurs, et les passe-temps sensuels." (Vie 7,17)
La parole de Jésus, que Thérèse entend, vient donc réorienter son affectivité vers le ciel ! C'est en s'entretenant avec les habitants du ciel que sa relation avec les hommes pourra trouver sa juste orientation, tournée vers le Christ. Ces entretiens, avec des êtres de chair et de sang, réjouiront alors le cœur de Dieu. Cela est si vrai que Jésus lui-même se manifestera au cours d'un entretien que Thérèse aura et qui sera, cette-fois, non plus centré sur les mondanités, mais sur l'essentiel : "Je vis le Christ dans une immense et glorieuse majesté montrer une grande joie de ce qui se passait ; il me le dit et il voulut que je visse clairement qu'il était toujours présent en de tels entretiens, et combien ceux qui se délectent ainsi à parler de lui sont utiles à son service." (Vie 34,17)
Dans l'expérience de Thérèse, les anges orientent son affectivité pour la purifier et pour la tourner vers Jésus. On le comprend bien à travers le récit d'une grâce spéciale qu'elle reçut : "Je voyais près de moi, à ma gauche, un ange dans sa forme corporelle, ce qu'il ne m'arrive de voir que très exceptionnellement. […] Je voyais dans ses mains un long dard en or, avec, au bout de la lance, me semblait-il, un peu de feu. Je croyais sentir qu'il l'enfonçait dans mon cœur à plusieurs reprises, il m'atteignait jusqu'aux entrailles, on eût dit qu'il me les arrachait en le retirant me laissant tout embrasée d'un grand amour de Dieu." (Vie 29,13)
Notre affectivité est parfois tiraillée entre la "mondanité" et l'amour de Jésus. Les anges, sous la conduite de Michel, sont envoyés par Dieu pour nous aider à l'orienter vers l'unique nécessaire.
Saint Jean de la Croix (1542-1591), appelé aussi "Docteur mystique", est notamment connu pour sa doctrine sur la "nuit", si réconfortante pour ceux qui passent par des périodes arides et difficiles. Cette "nuit" est causée, selon Jean de la Croix, par la lumière excessive de la foi. Elle est une nuit non par défaut de lumière, mais par excès. Comme il aime à le répéter, la chouette qui regarde vers le soleil est éblouie et ne voit rien. Il en va de même pour nous lorsque nous levons les yeux vers la gloire de Jésus ressuscité et de la Trinité. Une âme qui, au cœur de sa vie de prière, a l'impression d'être dans l'obscurité est peut-être plus proche de la lumière divine qu'elle ne pouvait le penser. Jean de la Croix aura même cette audace de dire que l'âme qui pose en acte de foi, dans l'obscurité, accueille le mystère de Dieu, la Parole de Dieu, Jésus lui-même qui nous est donné par le Père, de la même manière que les anges le contemplent dans la clarté de la vision céleste. Comme il l'écrit : 'Le Père communique et prononce aux anges et aux âmes bienheureuses […] la Parole qui est son Fils, afin qu'ils le connaissent et en jouissent. Et [dans] la nuit, qui est la foi dans l'Église militante – où il est encore nuit – [Il] montre la science à l'Église, et par conséquent à quelque âme que ce soit (2MC 3,5).'' Ainsi, la même lumière divine qui illumine les anges dans le ciel est celle qui est reçue sur la terre dans l'obscurité de la foi :
La lumière de Dieu qui illumine l'ange, l'illustrant et le comblant de suavité en amour […] illumine naturellement l'homme en lui causant obscurité, peine et angoisse parce qu'il est impur et faible – comme le soleil fait à l'œil malade – et elle l'énamoure avec passion et affliction, jusqu'à ce que le même feu d'amour le spiritualise et subtilise en le purifiant, jusqu'à ce qu'étant désormais purgé il puisse recevoir avec suavité l'union de cette amoureuse influence à la façon des anges. (2NO 12,4)"
Nos vies de prières sont parfois bien obscures et douloureuses. Mais par les petits actes de foi que nous posons, nous nous unissons, en quelque sorte, à la vision des anges qui voient la face du Père qui est aux cieux. Ils sont là, à nos côtés, pour soutenir notre foi. Lorsque nous regardons Jésus, dans la foi, nous participons, en quelque sorte, à la vision de Michel, des anges et de son ange gardien, qui voient Dieu face à face. Saint Michel est là, pour nous faire entrer dans le grand pèlerinage de la foi et pour persévérer en elle, même au cœur de la nuit ! Demandons-lui de nous soutenir dans le combat.
(Cf. Fr. Baptiste de l'Assomption o.c.d. Dans Grande neuvaine à saint Michel avec les saints du Carmel, Hozana.org)
Mon Dieu, je vous offre mon cœur, mon esprit, mes pensées, mes paroles, mes actions, tout moi-même, pour ne servir que votre gloire. Je renouvelle les promesses de mon baptême.
Mon Ange gardien.Je vous aime tendrement ; je vous remercie de m'avoir gardé cette nuit pendant que je dormais, gardez-moi, s'il vous plaît,pendant ce jour,sans malheur,ni accident et sans offenser Dieu, au moins mortellement.
Ange gardien pleurant au berceau d'un enfant qu'il était censé protéger, I Knew You in the Womb, par Timothy P. Schmalz- Avant que je t'aie formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais. Jérémie 1,5
Prière avant le coucher
Seigneur,
Veille sur tous ceux qui travaillent,
sur ceux qui pleurent cette nuit
et fais que tes anges gardent ceux qui dorment.
Soigne les malades, Seigneur Jésus,
donne le repos à ceux qui sont fatigués,
bénis les mourants, console les affligés,
aie pitié de ceux qui souffrent et
protège ceux qui sont heureux.
Amen.
Prière avant le coucher (Anonyme)
Invoquez votre ange gardien afin qu'il vous éclaire et vous guide. Dieu vous l'a donné pour cette raison. ~•~ Alors, faites appel à lui !
Thérèse Martin naquit à Alençon, en France, le 2 janvier 1873. Elle fut baptisée deux jours plus tard en l'église Notre-Dame, recevant les noms de Marie Françoise Thérèse. Ses parents étaient Louis Martin et Zélie Guérin. Après la mort de sa mère, le 28 août 1877, Thérèse s'installa avec toute sa famille à Lisieux. Vers la fin de 1879, elle s'approche pour la première fois du sacrement de la Pénitence.
Le jour de la Pentecôte 1883, elle reçoit la grâce insigne de la guérison d'une grave maladie, par l'intercession de Notre-Dame des Victoires.
Formée par les Bénédictines de Lisieux, elle fait sa première communion le 8 mai 1884, après une préparation intense, couronnée par une expérience très vive de la grâce de l'union intime avec le Christ.
Quelques semaines après, le 14 juin de la même année, elle reçoit le sacrement de la confirmation, accueillant en toute conscience le don de l'Esprit Saint dans une participation personnelle à la grâce de la Pentecôte. Elle avait le désir d'entrer dans la vie contemplative, comme ses sœurs Pauline et Marie, au Carmel de Lisieux, mais son jeune âge l'en empêchait. Pendant un voyage en Italie, après avoir visité la Maison de Lorette et la Ville éternelle, au cours de l'audience accordée par le Pape aux pèlerins du diocèse de Lisieux le 20 novembre 1887, elle demanda à Léon XIII avec une audace filiale de pouvoir entrer au Carmel à l'âge de quinze ans. Le 9 avril 1888, elle entra au Carmel de Lisieux.
Elle prit l'habit le 10 janvier de l'année suivante et fit sa profession religieuse le 8 septembre 1890, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie.
Sainte Thérèse de Lisieux, tirée d'un cycle de la vie carmélite en mosaïque dans la Basilique Sainte Thérèse à Lisieux, France (Pierre Gaudin, 1958)
Au Carmel, elle s'engage sur le chemin de perfection tracé par la Mère fondatrice, Thérèse de Jésus, avec une ferveur et une fidélité authentiques, par l'accomplissement des divers services communautaires qui lui sont confiés.
Éclairée par la Parole de Dieu, éprouvée très vivement par la maladie de son père bien-aimé, Louis Martin, qui meurt le 29 juillet 1894, elle avance vers la sainteté, inspirée par la lecture de l'Évangile, plaçant au centre de tout l'amour.
Le 9 juin 1895, en la fête de la Très Sainte Trinité, elle s'offre en victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux de Dieu. Elle rédige alors le premier manuscrit autobiographique qu'elle remet à Mère Agnès le jour de sa fête, le 21 janvier 1896. Quelques mois après, le 3 avril, dans la nuit entre le jeudi et le vendredi saints, elle souffre d'une hémoptysie, première manifestation de la maladie qui la conduira à sa mort et qu'elle accueille comme une mystérieuse visite de l'Époux divin. Elle entre alors dans une épreuve de la foi qui durera jusqu'à sa mort et dont elle donnera un témoignage bouleversant dans ses écrits. Au mois de septembre, elle achève le manuscrit B qui illustre de manière impressionnante la maturité dans la sainteté à laquelle elle est parvenue, en particulier par la découverte de sa vocation au cœur de l'Église.
Alors que sa santé se dégrade et que le temps de l'épreuve se poursuit, elle commence au mois de juin le manuscrit C dédié à Mère Marie de Gonzague ; de nouvelles grâces l'amènent à une plus haute perfection et elle découvre de nouvelles lumières pour la diffusion de son message dans l'Église au profit des âmes qui suivront sa voie.
Le 8 juillet, elle est transférée à l'infirmerie. Ses sœurs et d'autres religieuses recueillent ses paroles, tandis que s'intensifient ses souffrances et ses épreuves, supportées avec patience, jusqu'à sa mort dans l'après-midi du 30 septembre 1897.
"Je ne meurs pas, j'entre dans la vie", avait-elle écrit à son frère spirituel missionnaire, l'Abbé M. Bellier.
Ses dernières paroles, "Mon Dieu..., je vous aime !", scellent une existence qui s'éteint sur la terre à l'âge de vingt-quatre ans pour entrer, suivant son désir, dans une phase nouvelle de présence apostolique en faveur des âmes, dans la communion des saints, pour répandre une pluie de roses sur le monde.
Le 26 mars 1923, au cimetière de Lisieux, en présence de S. G. Mgr. Lemonnier, évêque de Bayeux et Lisieux, du R. P. Postulateur venu de Rome et du Provincial des Carles de Paris, le cercueil contenant les Restes de la Bienheureuse est exhumé et transporté dans la Chapelle du Carmel. Dès les premiers coups de pioche, des parfums très accusés de roses fraiches s'échappèrent de l'ouverture et furent perçus par les ouvriers. (Mgr Lemonnier et le R.P. Rodrigue, Postulateur président à l'Exhumation.)
Elle est canonisée par Pie XI le 17 mai 1925 et proclamée Patronne universelle des missions, en même temps que saint François Xavier, par le même Pape, le 14 décembre 1927.
Elle est proclamée sainte patronne secondaire de la France en 1944 par le pape Pie XII, au même titre que Jeanne d'Arc, qu'elle admirait.
La doctrine et l'exemple de sainte Thérèse ont été reçus par toutes les catégories de fidèles de ce siècle avec un grand enthousiasme, et aussi en dehors de l'Église catholique et du christianisme.
De nombreuses Conférences épiscopales, à l'occasion du centenaire de sa mort demandèrent au Pape qu'elle soit proclamée Docteur de l'Église, à cause de la solidité de sa sagesse spirituelle, inspirée par l'Évangile, à cause de l'originalité de ses intuitions théologiques où brille sa doctrine éminente, et à cause de l'universalité de la réception de son message spirituel, accueilli dans le monde entier et diffusé par la traduction de ses œuvres dans une cinquantaine de langues.
Le 19 octobre 1997, accueillant ces requêtes, Jean-Paul II a voulu que soit étudiée l'opportunité de déclarer Thérèse de Lisieux Docteur de l'Église universelle par la Congrégation pour les Causes des Saints, compétente en la matière, avec l'avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en ce qui concerne sa doctrine éminente.
Le tombeau de Sainte Thérèse de Lisieux, au Carmel de Lisieux.
Sa renommée et sa dévotion se sont répandues dans le monde entier après la publication posthume de ses écrits autobiographiques, que ce soit Histoire d'une âme, ouses poèmes et cantiques, où les pétales de la rose effeuillée symbolisent les actes d'amour offerts à Dieu.
La théologie de Thérèse est avant tout une pédagogie de la sainteté. Son enseignement est un encouragement à rechercher la sainteté, y compris pour les chrétiens qui doutent de leur capacité à répondre à cet appel. (Cf. La science d'Amour, article de Fr. François-Marie Léthel ocd, dans Il est vivant, avril 1995, no 113, p. 18-20.) C'est une anticipation du concile Vatican II. La Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium souligne en effet que tous les chrétiens sont appelés à la sainteté. (Cf. Père Bernard Peyrous, Une ascension fulgurante, dans Il est vivant, "Spécial Thérèse", 5e éd., 1994, p. 10-11)
Sa spiritualité de la "petite voie" ou de "l'enfance spirituelle" a inspiré de nombreux croyants dans le monde. Elle consiste à rechercher la sainteté dans les actes de la vie quotidienne, en reconnaissant avec humilité ses imperfections et en s'appuyant, comme un enfant, sur la confiance dans la miséricorde divine. Dans ses écrits, elle met l'amour au centre de la vie chrétienne.
Citations
"Quand toutes manqueraient à la Règle, ce n’est pas une raison pour nous justifier. Chacune devrait agir comme si la perfection de l’Ordre dépendait de sa conduite personnelle" (Cf. Procès apostolique de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Témoignage de Marie-Louise-Joséphine Castel (sœur Marie de la Trinité), p. 1219)
"Lorsqu'on cesse de regarder la boussole infaillible [de l'obéissance] […], aussitôt l'âme s'égare dans des chemins arides où l'eau de la grâce lui manque bientôt" (Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Éditions du Cerf/Desclée de Brouwer, 1992, Manuscrit C, 11 r°, p. 248.)
"Je m'appliquais surtout à pratiquer les petites vertus, n'ayant pas la facilité d'en pratiquer les grandes" (Guy Gaucher, Histoire d'une vie, Thérèse Martin, Édition du Cerf, rééd. revue et corrigée, 1993, p. 112-113)
"Je compris que l'Amour renfermait toutes les vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux. En un mot qu'il est Éternel" (Thérèse de Lisieux, Œuvres complètes, Éditions du Cerf/Desclée de Brouwer, 1992, Manuscrit B, 3v°, p. 226)
"Quand je mourrai, je ferai pleuvoir des roses du ciel, je passerai mon paradis à faire le bien sur terre."
Portrait Thérèse aux roses réalisé par Céline Martin en 1912
Saint Jérôme, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.
Père de l'Église latine, né vers 340 ou 331 à Stridon, à la frontière entre la Pannonie et la Dalmatie (actuelle Croatie), Jérôme de Stridon ou S. Jérôme, en latin Eusebius Sophronius Hieronymus (vers 340 - 30 septembre 420) est connu pour ses traductions en latin de la Bible à partir du grec et de l'hébreu (la "Vulgate de S. Jérôme").
Les catholiques le considèrent comme un des Pères de l'Église et, avec les orthodoxes, le vénèrent comme saint.
Jérôme fait des études à Rome, se convertit à l'âge de 25 ans suite à un rêve mystérieux lors d'une maladie, puis, après un séjour en Gaule, part pour la Terre Sainte en 373 où il vit en ermite à Chalcis de Syrie dans la "Thébaïde de Syrie" au sud-ouest d'Antioche (Asie Mineure - Turquie), où il est ensuite fait prêtre.
En 383, le pape Damase Ier le choisit comme secrétaire et lui demande de traduire la Bibleen latin. À la mort de Damase, il doit quitter Rome et retourne en Terre Sainte en compagnie de Paula, noble romaine. Ils fondent un monastère double à Bethléem.
Durant les 34 dernières années de sa vie, Jérôme se consacre à l'écriture de l'Ancien Testament en latin à partir de sa propre traduction de l'hébreu, et à rédiger ses commentaires sur la Bible.
Ce saint docteur meurt en 420 à Bethléem.
Ses restes sont d'abord enterrés à Jérusalem puis transférés à la Basilique Sainte-Marie-Majeure, une des quatre grandes basiliques de Rome.
Sa traduction constitue la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction de la Bible officiellement reconnue par l'Église catholique.
Un jour, "un lion s'était introduit dans le monastère de Bethléem et par sa présence il effrayait les moines. Mais l'animal boîtait, et Jérôme, comprenant sa détresse, et voulant faire taire les cris de ses frères, s'avança et retira une épine de la patte du lion. Le lion demeura auprès de lui tout le reste de sa vie. Peut-être un animal muet s'adaptait-il mieux au tempérament fougueux du saint qu'un humain. Après la mort de Jérôme, le lion protégea les animaux domestiques du monastère." (Le Grand Livre des Saints, Les Grands Mystères de l'Histoire, numéro spécial, octobre 2015, n° 9, p. 85)
Tout est et sera vain jusqu’à ce que nous trouvions ce qui est complet et parfait.
En 379, Jérôme écrit : "la seule vraie Église a été fondée par les Apôtres et continue dans leurs successeurs jusqu'à ce jour ; Les hérétiques ne peuvent pas utiliser la Bible comme excuse pour rejeter ses enseignements.
" Nous devons rester dans cette Église qui a été fondée par les Apôtres et qui continue jusqu’à ce jour. Si jamais vous entendez parler de ceux qui sont appelés 'chrétiens' et qui tirent leur nom non pas du Seigneur Jésus-Christ, mais de quelque autre, par exemple, des Marcionites, des Valentiniens, des Hommes de la montagne ou de la plaine, vous pouvez être sûr que vous n’avez pas là l’Église du Christ, mais la synagogue de l’Antéchrist.
"Car le fait qu’ils aient pris leur essor après la fondation de l’Église est la preuve qu’ils sont ceux dont l’Apôtre a prédit la venue.
" Et qu’ils ne se flattent pas s’ils pensent qu’ils ont l’autorité de l’Écriture pour leurs affirmations, puisque le diable lui-même a cité l’Écriture, et que l’essence des Écritures n’est pas la lettre, mais le sens." (Saint Jérôme," Dialogue avec les lucifériens", § 28, 379 apr. J.-C.)
Ce saint docteur meurt à Bethléem le 30 septembre 420.
Ses restes sont d'abord enterrés à Jérusalem puis transférés à la Basilique Sainte-Marie-Majeure, une des quatre grandes basiliques de Rome.
On le considère comme le patron des traducteurs à cause de sa révision critique du texte de la bible latine, la Vulgate, qui a été utilisée jusqu'au XXe siècle comme texte officiel de la Bible en Occident.
Saint Jérôme au désert, Giovanni Battista Cima da Conegliano, v. 1500-1510
Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 274 ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.
Le pape Léon déclare la France "Royaume de Marie" !
Oui, vraiment ! S’adressant hier aux évêques français à Lourdes, Léon a puisé profondément dans l’histoire catholique de la France et leur a rappelé que leur pays était autrefois connu sous le nom de Regnum Mariae – le "Royaume de Marie".
Léon transforme ensuite l’histoire en mission ; il exhorte les évêques à faire preuve de "courage, d’audace et de créativité missionnaire", à défendre le droit de l’Église d’évangéliser publiquement, et à "ne jamais se lasser de proclamer l’Évangile", puis vient sa remarquable "feuille de route" pour l’Église de France :
"Faire connaître et aimer Jésus-Christ, authentiquement, passionnément, encore et encore."
Cela devient l’un des aspects les plus fascinants de la visite de Léon. Il ne traite pas l’héritage catholique de la France comme une pièce de musée, il le présente comme quelque chose à se rappeler, à reconquérir et, surtout, à vivre !
La France, le "Royaume de Marie", se voit rappeler son héritage à Lourdes.
Un auteur très intéressant, en ce qui concerne la question sociale, est Wilhelm Emmanuel von Ketteler (1811-1877), évêque de Mayence. À partir de la doctrine de saint Thomas d'Aquin, il a défendu la propriété privée contre le collectivisme, mais il s'est également opposé fermement au capitalisme libéral et à sa conception absolue de la propriété privée et du propriétaire compris comme maître absolu ou "seigneur sans restriction’́ (unbeschränkter Herr) doté de droits inconditionnels et illimités.
Or, ce qui attire le plus mon attention chez cet auteur, c'est l'étiologie qu'il présente de ce phénomène, à savoir que l'absolutisation de la propriété privée se trouve dans l'athéisme et dans le déni de l'ordre social chrétien :
"Cette doctrine [thomiste] du droit de propriété ne peut exister que là où il y a une foi vivante en Dieu, puisque c'est en Dieu que réside sa racine et son fondement.
À partir du moment où ces hommes qui se disent “amis du peuple”, bien qu'ils ne travaillent que pour sa ruine, ont détruit chez les hommes la croyance en Dieu, c'est alors seulement que la doctrine athée du droit de propriété a commencé à se répandre, doctrine par laquelle l'homme devient Dieu de sa propriété. Éloignés de Dieu, les hommes se considèrent comme les maîtres exclusifs de leur propriété, et ne la voient que comme un moyen de satisfaire leur désir toujours croissant de jouissance. Éloignés de Dieu, ils font des joies de la vie et des plaisirs sensuels l'objet de leur existence, et des biens terrestres les moyens d'atteindre cette fin. C'est ainsi qu'un abîme s'est ouvert entre pauvres et riches tel que le monde chrétien n'en a jamais connu de semblable, même de loin.
Les 1 % les plus riches du monde possèdent plus que les 99 % restants, AFP Le Point, Publié le 18/01/2016 Cf. https://www.lepoint.fr/economie/les-1-les-plus-riches-au-monde-possedent-plus-que-les-99-autres-18-01-2016-2010951_28.php
"Tandis que le riche, dans sa sensualité surexcitée et raffinée, gaspille et dissipe, il laisse ses frères pauvres se consumer dans le manque des choses les plus nécessaires et leur vole ce que Dieu a destiné à la nourriture des hommes. Sur la propriété ainsi comprise et de cette manière séparée de l'ordre naturel et surnaturel, pèse, comme une lourde malédiction, une montagne d'injustice...
Ce n'est pas l'Église catholique, mais l'incrédulité et l'athéisme qui ont instauré ces choses, et de même qu'ils détruisent chez le pauvre la joie du travail, ils dissipent chez le riche l'esprit d'amour et la charité en acte. '’ (19-XI-1848)
Citation : Wilhelm Emmanuel von Ketteler, "Die christliche Idee vom Recht des Eigentums’́ (19-XI-1848), in ''Die großen sozialen Fragen der Gegenwart'', Mayence, 1849.
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Conclusion
L'égalité des uns présuppose comme condition préalable l'inégalité économique et sociale des autres !...
"Même si l’on donnait à ces titres un contenu qui puisse être reconnu comme faisant partie du dépôt de la foi, leur définition, dans la situation actuelle, ne serait pas théologiquement claire, car ces titres, et les doctrines qui leur sont inhérentes, nécessitent encore un examen approfondi dans une perspective trinitaire, ecclésiologique et anthropologique renouvelée." Telle est la conclusion de la Déclaration de Częstochowa, que nous avons débattue ces derniers dimanches. L’accent mis sur la nécessité d’un nouvel examen des titres de Corédemptrice, de Médiatrice et d’Avocate semble davantage relever d’un espoir fugace que d’un engagement concret ; on aurait pu s’attendre à ce qu’une commission constituée spécifiquement pour traiter cette question, dont les membres possédaient assurément l’expertise, entreprenne cet examen. Malheureusement, on a le sentiment que des études complémentaires, toujours bienvenues en soi, ont servi de prétexte pour reporter indéfiniment la mise en œuvre d’une définition dogmatique, désapprouvée non pas tant dans le milieu œcuménique que dans le monde théologique catholique. La note doctrinale Mater Populi Fidelis a, en fait, pleinement exposé cette résistance interne, soutenue par des arguments fragiles et dépassés.
Efforçons-nous, autant que faire se peut et avec l’aide de Dieu, de pénétrer le mystère de Marie, en contemplant sa personne en relation avec la Très Sainte Trinité, la Sainte Église et le plan que Dieu a conçu pour l’humanité. Commençons par la perspective trinitaire.
Le dogme de la maternité divine de Marie ne révèle pas seulement sa relation maternelle avec Jésus, qui reçoit d'elle seule sa sainte humanité ; plus profondément encore, il souligne l'union intime entre elle et le Père, qui, dans son amour infini, l'a créée pour participer à la génération du Fils. Le Père unit à lui cette créature, si parfaite par nature et par grâce, et lui communique sa puissance génératrice ; Marie se trouve ainsi à engendrer le Fils dans le temps, de façon analogue à la manière dont le Père l'engendre dans l'éternité. L'adverbe "analogue" est essentiel : Dieu ne peut ni ne désire la contradiction ; autrement dit, il ne peut permettre qu'une créature soit simultanément Dieu ; tout ce que Dieu partage avec ses créatures doit donc être compris et prêché par analogie, et non de manière univoque. Ainsi, comme l’écrivait le théologien Louis Bouyer (1913-2004), "Jésus, entièrement Fils du seul Père céleste par sa divinité, sera entièrement Fils de la seule Mère terrestre par son humanité" ( Le trône de la Sagesse. Essai sur la signification du culte marial, Paris 2012, p. 147).
C'est une vérité stupéfiante : la maternité de Marie a la particularité d'être virginale, analogue à la paternité du Père dans la génération du Fils : le Père seul engendre dans l'éternité, la Mère seule engendre dans le temps.
Nous pouvons donc affirmer que la Théotokos est l'impression de la paternité divine dans une créature, la participation unique de cette paternité dans la Vierge, fille de Sion. Ce qui a été dit concerne la caractéristique des opérations ad intra de la personne du Père, dans la vie intime de la Trinité (c'est-à-dire du point de vue de la Trinité immanente). Mais il y a aussi le point de vue de la Trinité économique, c'est-à-dire de la Trinité dans ses opérations ad extra ; ce sont certes deux dimensions distinctes, mais non déconnectées l'une de l'autre ; on peut dire, en simplifiant, que dans les opérations ad extra, on trouve la signature de la caractéristique que chaque Personne possède au sein de la vie intime de la Sainte Trinité.
Par conséquent, du point de vue des opérations extérieures, la création est attribuée à la personne du Père. Afin de comprendre cette perspective d'attribution, une clarification s'impose. Toutes les personnes de la Sainte Trinité sont impliquées dans chaque opération ad extra, Dieu étant le sujet de ces opérations : c'est Dieu qui crée, c'est Dieu qui rachète, c'est Dieu qui sanctifie. Cependant, en raison de la similitude entre une opération extérieure particulière et la caractéristique spécifique de la vie intime de cette Personne divine particulière, on peut dire que certaines opérations ad extra sont attribuées à une Personne divine plutôt qu'à une autre. Ainsi, puisque le Père est le principe des communications trinitaires et, en ce sens, de la vie divine immanente à la Trinité, la création lui est attribuée, c'est-à-dire l'action qui initie quelque chose de nouveau et de distinct de la Trinité.
Cette attribution est également partagée avec Marie, appelée à être celle qui initie la nouvelle création. La nouvelle création, en effet, n'est autre que l'irruption dans l'histoire de Celui qui est "plein de grâce et de vérité" (Jn 1, 14), du Verbe qui s'incarne pour être la tête d'un corps formé de membres régénérés par l'eau et l'Esprit (cf. Jn 3, 5). Dans la première création, déchue par le péché originel, un principe nouveau est greffé, qui atteindra sa pleine maturité dans le monde nouveau, dans la vie éternelle. Marie, la Très Sainte, est celle qui engendre cette nouvelle création. Il s'agit encore d'une analogie de participation : Marie ne crée pas ex nihilo, car elle n'est pas Dieu ; et pourtant, il est indéniable que le principe de la nouvelle création, Jésus-Christ, notre Seigneur, naît d'elle.
Avant d’examiner la relation de Marie avec les deux autres Personnes de la Sainte Trinité , il convient de considérer un aspect fondamental de sa relation avec le Père, que l’on retrouve également dans ses relations avec le Fils et le Saint-Esprit. Dieu a créé l’humanité pour entrer en communion d’amour avec Lui, et l’amour est unificateur et participatif ; ceux qui aiment recherchent l’union avec l’Aimé et, dans cette union, se communiquent à Lui. Le dessein de Dieu pour l’humanité est un appel parrain/marraine : Dieu désire unir l’humanité à Lui de cette manière intime qui, du point de vue des réalités créées, s’exprime le mieux dans le mariage.
Cela s’est produit d’une manière particulièrement merveilleuse en la Vierge Marie. Elle est l’Épouse de Dieu par excellence, entretenant avec chacune des Personnes trinitaires une relation d’union unique et de don mutuel de soi. Dans ce don de soi, chaque Personne lui communique – de manière participative – ce qui la caractérise dans ses propres actions, tant intérieures qu’extérieures. Il me semble que la vocation sponsale est la clé d’une compréhension plus juste de l’histoire du salut, des mystères de la foi et de la figure extraordinaire de Marie Très Sainte, qui a réalisé, de la manière la plus pleine et la plus parfaite qui soit pour une créature, cette vocation sponsale.
De gauche à droite : Saints Gabriel, Michel et Raphaël
Le 29 septembre, l'Église honore les trois archanges mentionnés dans les Saintes Écritures : saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël. Ces êtres célestes, chargés de missions particulières dans le plan de salut de Dieu, nous rappellent la présence et la protection constantes des anges dans notre cheminement spirituel.
La fête des Archanges est plus qu'une commémoration des êtres célestes : elle rappelle la proximité de Dieu avec l'humanité. Ces trois archanges symbolisent :
-Protection (Michel),
-Révélation du plan de Dieu (Gabriel), et
-Guérison et guidance (Raphaël).
Leur présence nous rassure : Dieu n'abandonne jamais son peuple. Tout comme ils ont accompagné Marie, l'Église primitive et les fidèles d'autrefois, ils continuent de nous fortifier, de nous guider et d'intercéder pour nous aujourd'hui.
Saint Michel – Défenseur du Ciel
Il est vénéré comme le plus puissant défenseur contre le démon. Pour cette raison l'iconographie, tant orientale qu'occidentale, le représente comme un guerrier qui, avec l'épée ou la lance, frappe à mort le dragon sous ses pieds.
Le Livre du Pasteur d'Hermas évoque en ces termes l'ange grand et glorieux de Dieu : "[...] Écoute, dit. Ce grand arbre qui couvre des plaines et des montagnes et toute la terre, c'est la loi de Dieu qui a été donnée au monde entier. Or cette loi, c'est le Fils de Dieu qui a été proclamé jusqu'aux confins de la terre. Les peuples qui se trouvent à l'abri sous l'arbre, ce sont ceux qui ont entendu la proclamation et qui ont cru en elle. L'ange grand et glorieux, c'est Michel qui détient le pouvoir sur ce peuple et qui le gouverne, car c'est lui qui donne la loi et la met dans le coeur des croyants. Il inspecte donc ceux auxquels il a donné la loi, vérifiant s'ils l'ont bien gardée. Tu vois les rameaux de chacun: les rameaux, c'est la loi. Tu vois donc beaucoup de rameaux devenus inutiles: tu reconnaîtras en eux tous ceux qui n'ont pas gardé la loi. [...] Tous ceux, dit-il, qui ont transgressé la loi qu'ils ont reçue de lui, il les a laissés en mon pouvoir en vue de la pénitence. Et tous ceux qui se plaisent désormais dans la loi et qui l'ont observée, il les tient en son propre pouvoir. Qui sont donc, Seigneur, dis-je, ceux qui sont couronnés et qui vont dans la tour?' En réponse, il me dit: 'Ces hommes couronnés, ce sont ceux qui ont lutté contre le diable et qui l'ont vaincu.'" (Pasteur d'HermasLXIX, Parabole VIII, 2-6, Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017, p. 157)
Avec saint Michel, l'Église honore tous les bons anges, dont il a été le chef et le modèle au jour de la révolte de Lucifer (Lucifer est l'autre nom de Satan que l'on retrouve dans les livres de Isaïe 14 12, Job, Zacharie, Ezechiel 28 2, 11 et dans l'Apocalypse de saint Jean) et des mauvais anges qui ont suivi Lucifer ("Chute des anges"). Ces mauvais anges sont ceux que l'Église appelle les "démons". Leur chef de file, Lucifer ou "Satan" n'a de cesse que de tenter les hommes, afin de les amener à le rejoindre dans sa rébellion contre Dieu en les poussant au péché. Les démons "s'enorgueillirent des dons qu'ils avaient reçus; ils s'en firent des armes contre celui de qui ils les tenaient, et refusant à Dieu le respect et l'obéissance qu'ils lui devaient, ils employèrent leur liberté et toutes leurs facultés à offenser celui qu'à tant de titres ils auraient dû servir. [...] Dieu les frappa à l'instant même, sans leur laisser le temps de faire pénitence. Pour cet unique péché, Il les dépouilla des dons de la grâce; il les lança du haut du ciel comme la foudre (Et ait illis: Videbam Satanam sicut fulgur de coelo cadentem. Luc, X, 18.) et les précipita dans les flammes éternelles de l'enfer". (1)
Les bons Anges, ayant suivi saint Michel dans sa fidélité à Dieu, sont divisés en neuf chœurs et en trois hiérarchies : les anges, les archanges et les vertus ; les puissances, les principautés et les dominations ; enfin, plus haut encore, les trônes, les chérubins et les séraphins. Leur occupation est de contempler Dieu, de L'aimer, de Le louer et d'exécuter ses volontés pour la conduite de l'univers et pour le salut des hommes. Aussi les voyons-nous chargés de différentes missions sur la terre, auprès des personnes, des familles, des paroisses, des diocèses, des royaumes, de l'Église entière.
Francesco Botticini: Three Archangels with Tobias
Ceux dont l'écriture fait une mention particulière sont(2) :
Prince des anges (Dn 10,13), on prie S. Michel dans les tentations et les moments de danger, mais il est aussi celui qui pèse les âmes des défunts, le prince des âmes qui doivent remplir les places demeurées vides par la chute des démons. Son nom marque sa fidélité, car il signifie : "Qui est semblable à Dieu !", "Quis ut Deus?!", le cri de l'humble loyauté face à l'orgueil de Lucifer.
Saint Michel Archange, Grand-Place de Kiev (Ukraine)
Saint Michel s'est montré le plus ardent et le premier à lutter pour l'honneur de Dieu. Il a été place à la tête de toutes les armées célestes. C'est pour cela que l'Église lui donne ce titre "Praepositus paradisi quem honorificant angelorum cives !", c'est-à-dire "le premier placé dans le ciel qui est honoré de tous les autres anges". Michel est vénéré du titre de "Prince des anges".
L'Ancien Testament décrit Michel comme le protecteur d'Israël, "intercédant toujours pour la race humaine".
En hébreu son nom se dit Mik e' El et signifie "Qui est semblable à Dieu ?" Ce fut le cri de guerre avec lequel il vainquit Lucifer et les anges rebelles. Le nom même de Michel est donc une protestation de fidélité et d'humilité, un cri d'amour, un choix inconditionnel pour le service de Dieu (Ap 12,7-9).
Michel était considéré par les Hébreux comme le prince des anges, protecteur et défenseur du peuple élu, représentant de l'assistance divine puissante à l'égard d'israël (Dn 10,21 ; 12,1) (3)
Les saints attribuent à saint Michel la plupart des apparitions mentionnées dans l'Ancien Testament.
-C'est l'archange qui s'est adressé à Moïse au sommet du Mont Sinaï, en Égypte, où Moïse rencontre Dieu une première fois au "buisson ardent" (Ex 3,1-4), où il reçut les Dix Commandements (Ex 20,1-17) ainsi que de nombreuses autres lois pour le peuple hébreu (Exode 19,1-31,18).
-C'est lui qui retint la main d'Abraham prêt à immoler son fils Isaac (Gn 22,12);
-c'est lui qui apparut à Josué et le rendit maître de Jéricho par la chute de ses tours et de ses murailles (Jos 6);
-c'est lui qui dirigea l'arche de Noé par-dessus les eaux du déluge (Gn 7,17-18);
-c'est lui qui lutta contre Jacob et le bénit (Gn 32,25-29);
-c'est lui qui rendit David victorieux de Goliath (1S 17, 21-51) et le préserva durant la persécution de Saül (1 S 18,9-12) où celui-ci chercha à ôter la vie à David (1 S 19,1), tentant à plusieurs reprises de le tuer, par son épée, ou de subtils stratagèmes, en espérant faire de David la cible des Philistins. David, fidèle au Seigneur, échappa toujours à la mort, démontrant ainsi la protection divine qui l'entourait. N'ayant d'autre choix que la fuite (1 S 20,1) le périple de David est marqué par des moments d'extrême danger, mais aussi par des actes de grande foi et de confiance en Dieu. David, bien qu'ayant eu l'onction de roi par Samuel, ne prétend pas au trône par la force. Il choisit plutôt de se retirer, laissant sa vie et son destin entre les mains du Seigneur. Cette période cruciale de sa vie forge en lui un caractère d'humilité, de patience dans l'adversité et de dépendance totale à Dieu. David, malgré l'injustice et la persécution, ne cesse jamais de rechercher la direction et le réconfort en Dieu. Cette attitude lui permet de rester intègre, même face aux provocations et aux opportunités de se venger. A travers ce récit, la Bible nous montre que même dans les moments les plus sombres, Dieu est avec ceux qui sont fidèles et mettent leur confiance en Lui. Ce n'est pas la force ou la ruse qui prévaut, mais la foi et la fidélité au Seigneur.
-c'est lui qui combat l'ange de la Perse avec saint Raphaël (Dn 10,13-21).
-Dans le livre de l'Apocalypse, il combat le "dragon" (Ap 12,7), etc.
Il a été le protecteur de la synagogue ; il est le protecteur de l'Église.
L'histoire nous rapporte tant de merveilles de cet ange sublime, qu'on ne peut douter qu'il ne soit, dans les desseins de Dieu, l'un des principaux instruments de sa puissance et de sa bonté.
L'assistance que la France a souvent reçue de lui le fait regarder comme le protecteur spécial de ce royaume.
Michel est le Patron des batailles et des soldats ainsi que des personnes qui se croient "possédées par le diable."
Saint Michel, est celui que l'on invoque pour s'encourager au juste combat.
Durant la Guerre de Cent Ans, ange protecteur de la France, il parla en ce sens à sainte Jeanne d'Arc dans sa mission de libération des Anglais; le Mont-Saint-Michel ne fut jamais pris par les Anglais.
Durant les Guerres de religion au XVIe siècle, malgré de nombreux assauts et stratagèmes, les protestants ne parvinrent pas non plus à prendre le Mont-Saint-Michel. (4)
Prière de Léon XIII à Saint Michel Archange Saint Michel Archange, défendez-nous dans les combats Soyez notre protecteur contre la méchanceté et les embûches du démon. Que Dieu lui commande, nous L'en supplions, et vous, prince de la milice céleste, par le pouvoir qui vous a été confié, précipitez au fond des enfers Satan et les autres esprits mauvais qui parcourent le monde pour la perte des âmes. Ainsi soit-il.
Prière rédigée par le pape Léon XIII, le 13 octobre 1884.Source
Saint Michel assiste les âmes à l'heure de la mort et, selon la doctrine de saint Augustin et de saint Bonaventure, les introduit dans le ciel après la mort. Il attend les ordres de l'auguste Mère de Dieu, pour assister plus spécialement les âmes qu'elle favorise davantage; c'est le sentiment de saint Bonaventure. (5)
« La tradition attribue à saint Michel la tâche de peser les âmes des défunts. En plus de l'épée, l'iconographie place dans sa main la balance de la justice divine. Saint Michel accompagne dont les âmes qui quittent ce monde. Et tous ceux qui l'auront vénéré sur la terre pourront compter sur sa puissante intercession lorsque le Seigneur les rappellera à Lui. » (6)
Déjà en 709, l'évêque d'Avranches, saint Aubert, fonda une chapelle qui deviendra l'Abbaye du Mont Saint Michel où viendront en pèlerinage, entre autres, Charlemagne, Saint Louis, Louis IX, pour demander la protection pour la France.
Après la deuxième guerre mondiale, le 13 juin 1948 à la cathédrale d'Hanoï, les troupes aéroportées le choisirent comme saint patron, voyant dans l'âme "ailé" qui descend du ciel comme un ancêtre, certes plus agile encore, du parachutiste contemporain. (7)
Saint Michel - Lourdes, Entrée du sanctuaire
Saint Michel est aussi le protecteur de l'Église universelle, « le patron des radiologues, ... et des escrimeurs. » (8)
« Pie XII, en 1941, l'a proclamé patron des radiologues. » (9)
« Origène s'appuie probablement sur l'Évangile (Lc 16,22) pour affirmer qu'"au moment de la mort, l'ange gardien, le psychopompe céleste, recueille l'âme qui quitte le corps." (Origène, in Jo, t. XIX, 4 PG, 14,554 G- 555 A). »
« Saint Alphonse de Liguori (169-1787) va dans le même sens et dit que la sainte Église prie pour que les anges accueillent et accompagnent au paradis l'âme qui se sépare du corps. (St Alphonse de Ligori, La Voie du salut. Méditations pour la fête de Saint Michel, Oeuvres ascétiques X, 1968, p. 263-264.) »
Grotte de Monte Gargano (Italie)
« Quelques maîtres spirituels expliquent que c'est à Saint Michel que revient l'honorable charge de présenter au Christ, Juge de toutes les âmes, celles qui quittent cette terre dans la grâce de Dieu." (Saint Alphonse de Liguori, La Voie du salut. Méditations pour la fête de Saint Michel, Oeuvres ascétiques X, 1968, p. 263-264.) » (10)
Puisque saint Michel aime beaucoup nos âmes, lorsqu'il les voit tomber dans le péché et donc, courir le risque d'aller en enfer, il cherche par tous les moyens à les amener à faire pénitence, ce qui est la seule voie pour obtenir la rémission des fautes.
Saint Michel dirige lui-même les anges gardiens et leur enseigne la meilleure manière de nous garder et de nous défendre. (11)
L'archange Michel est apparu dans des visions au Mont Gargan, dans la région des Pouilles, en Italie, au Ve siècle.
L’"Épée de Saint-Michel” est une mystérieuse ligne imaginaire unit entre eux sept sanctuaires de Saint Miche Archange, sept monastères de l’Irlande jusqu’en Israël. Simple coïncidence ? Ces sanctuaires sont très éloignés les uns des autres, mais parfaitement alignés. La ligne sacrée de saint Michel archange serait, selon la légende, le coup d’épée que le saint asséna sur le diable pour le renvoyer en enfer. Le parfait alignement de ces sanctuaires est surprenant : les trois sites les plus importants – le Mont-Saint-Michel en France, l’abbaye Saint-Michel–de-la-Cluse et le sanctuaire du Mont-Gargan en Italie – sont équidistants. Un avertissement du saint afin que les lois de Dieu soient toujours respectées et que les fidèles restent sur le droit chemin. Cette ligne sacrée s’aligne parfaitement avec le soleil levant du solstice d’été.
Aujourd'hui, le sanctuaire de Monte Gargano (Italie) est le site de destination de deux millions de pèlerins par an pour avoir été le lieu de quatre apparitions de Saint Michel. De nombreux pèlerins ont visité le sanctuaire de Monte Gargano, notamment les saints Thomas d'Aquin, Catherine de Sienne, Bernard et Guillaume de Vercelli. Lorsque Saint François d’Assise s'y rendit en 1221 pour se préparer au carême, la tradition veut qu’il se considéra indigne et qu’il n’entra pas, mais qu’il grava plutôt une croix dans le marbre.
Le martyrologe romain dit :
"Sur le mont Gargan, la vénérable mémoire du bienheureux archange, Michel, lorsqu'en ce lieu fut consacrée sous son vocable une église pauvre d'aspect, mais riche d'une vertu céleste."
Michel est le protecteur national de l'Allemagne, de Bruxelles, d'Iéna, d'Andernach, de Comar, de Tauste (Saragosse) et patron de plus de 60 localités en Italie. En France, 70 villes portent le nom de saint-Michel.
En Espagne, on vénère saint Michel qui apparut pendant le siège de Sarragosse (XIIe siècle) et libéra la ville des Arabes (12)(En mars 1118, le roi d'Aragon Alphonse Ier, avec l'aide des croisés français et de moines-soldats des ordres militaires mit le siège devant Saragosse. Les Aragonais battirent les Maures le 18 décembre 1118, s'emparèrent de la ville et firent de Saragosse leur capitale. La récupération de Saragosse fut rapidement suivie par celle des villes de Calatayud et de Daroca après la bataille de Cutanda en 1120, ce qui mit fin à l'occupation musulmane en Aragon.)
Saint Gabriel Archange , Entrée du sanctuaire de Lourdes
Saint Gabriel Archange – Messager de Dieu
À Gabriel semble avoir été confié le soin de tout ce qui regarde le mystère de l'Incarnation. Gabriel signifie "Force de Dieu", ou "Dieu guérit", "Médecine de Dieu".
Dans la Bible, à chaque fois que l'on voit quelque chose qui se présente comme Dieu et a une forme humaine, Dieu apparaît par la médiation d'un ange. Par exemple, lorsque Dieu apparaît sous la forme de la Trinité à Abraham aux chênes de Mambré (Gn 18,1-8), pour lui annoncer sa descendance (à savoir Isaac, image du christianisme futur), "une nation grande et puissante, et toutes les nations de la terre doivent être bénies en lui" (Gn 18,18), les théologiens pensent que Dieu apparu sous la forme de trois hommes, les "anges" dont parle un peu plus loin la Bible (Gn 19,1) qui se dirigeaient vers Sodome (Gn 18,22) et où ils arrivèrent le soir, il s'agirait de saint Gabriel qui était là et sans doute aussi Michaël, et Raphaël, les trois archanges dont on connaît les noms. Michaël représentait le père ("Qui est comme Dieu ?"); Gabriel représentait le Fils, celui qui est la connaissance infinie de Dieu (le "Verbe de Dieu"); et Raphaël représentait le Saint-Esprit ("Dieu guérit").
Gabriel apparaît au prophète Daniel et manifeste ainsi la mission qu'il exercera par la suite, celle de messager des révélations divines. Il apparaît à Daniel sous les traits d'un jeune "homme vêtu de lin, les reins ceints d'or pur, son corps avait l'apparence de la chrysolithe, son visage, l'aspect de l'éclair, ses yeux, comme des lampes de feu, ses bras et ses jambes comme l'éclat du bronze poli, le son de ses paroles comme la rumeur d'une multitude" (Dn 10, 5-6). Gabriel est chargé d'expliquer la vision qui "est pour le temps de la fin" (Dn 8, 16-17; Dn 10,14). À la vue de l'ange Gabriel, Daniel s'évanouit, mais Gabriel le réconforta (Dn 8,18). Gabriel apparut à Daniel "d'un vol rapide au moment de l'oblation du soir" lorsqu'il confessait son péché et le péché de son peuple Israël, déposant sa supplication devant le Seigneur son Dieu. Gabriel lui dit : "je suis sorti pour te conférer l'intelligence [...] car tu es l'homme des prédilections. Comprends les paroles et aie l'intelligence de la vision !" (Dn 9,20-21). Plus loin, Gabriel lui dit encore : "Ne crains pas, homme de prédilection, paix à toi, sois fort !". Et tandis qu'il parlait, Daniel dit qu'il reprit des forces et dit : "Que mon Seigneur parle, car tu m'as rendu la force" (Dn 10,19).
Bien plus tard, à Zacharie, alors que, prêtre, celui-ci a été désigné pour entrer dans le Temple et y brûler l'encens, Gabriel lui apparaît et lui annonce qu'il aura un fils de sa femme Élisabeth, bien que celle-ci soit avancée en âge, qu'il s'appellera Jean et qu'il sera le précurseur du Messie (Lc 1,11-20). Devant les doutes de Zacharie, l'archange se présente: "Je suis Gabriel et je me tiens en présence de Dieu. J’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer cette bonne nouvelle" (Luc 1,19).
Gabriel est l'ange de la Bonne nouvelle : Dieu l'a choisi pour être envoyé à la Vierge Marie pour lui annoncer le grand mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu et qu'elle sera la mère du Sauveur (Lc 1,31-32) et pour réconforter Joseph : "Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint; elle enfantera un Fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : Le Seigneur-sauve)." (Mt 1, 20-21)
Sa salutation à la Vierge est pleine de respect et de considération : "Je vous salue, marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous" (Lc 1,28). (13)
Gabriel se présente comme envoyé de Dieu pour instruire dans l'intelligence. (Dn 9,22)
L'iconographie byzantine dépeint l'ange de l'Annonciation toujours dans la même pose : Gabriel se tient debout devant la Vierge Marie, portant de riches vêtements et des ailes lui sont généreusement fournies. Dans une main il tient un bâton, qui est le symbole de l'autorité de l'ambassadeur divin.
Saint Gabriel Archange, iconographie byzantine
Dans les représentations plus récentes, et dans l'art italien en particulier, le bâton d'ambassadeur que l'ange Gabriel tenait dans sa main est devenu un lys, symbole de la pureté, puis il ploie le genou devant Celle qui est la pureté même, la Vierge Marie.
L'archange Gabriel est le saint patron des télécommunications civiles et militaires. Il est aussi le saint patron des diplomates, des facteurs et des personnels de radio et de télévision. (14)
Prière de Don G. Alberione (1884-1971) à Saint Gabriel Archange, Patron des techniques audiovisuelles (15):
Père des cieux
Je te remercie d'avoir choisi et envoyé l'archange Gabriel annoncer l'Incarnation de ton Fils et la rédemption de l'humanité. Marie a reçu l'annonce avec Foi et ton Fils s'est incarné.
En mourant sur la croix, il nous racheta tous mais la grande majorité n'a pas encore reçu le message du salut. Saint Gabriel, protecteur des techniques audiovisuelles : cinéma, radio et télévision, intercède auprès du maître divin pour que l'Église puisse utiliser pleinement ces moyens puissants pour annoncer à tous les vérités à croire et pour indiquer la route à suivre. Que ces dons de Dieu servent à l'élévation et au salut de tous et jamais pour avilir des êtres humains. Que chacun de nous accueille docilement le message de Jésus-Christ.
Saint Gabriel, prie pour nous et pour les apôtres des techniques audiovisuelles.
Amen.
L’Ange aux cheveux d'or, icône russe de Gabriel Archange (XIIe siècle)
Saint Raphaël Archange "Dieu guérit", "Médecine de Dieu"
Saint Raphaël Archange - Lourdes, entrée du sanctuaire
Saint Raphaël Archange – Guérisseur et Guide
Compagnon de Tobie (israélite de la tribu de Nephthali dont le père Tobit devint aveugle), son nom "Raphaël", en hébreu, signifie "Dieu guérit" (Tb 12, 14). Raphaël est "l'un des sept anges qui se tiennent" devant Dieu (Tb 12, 15), le héros qui guérit un vieil homme aveugle. Il est un protecteur et un guérisseur.
Compagnon de route sous forme humaine, Raphaël, sous le nom d'emprunt d'Azarias (Azarée) (Tb 5,13) conduit et le jeune Tobie (Livre de Tobie) parti récupérer une somme d'argent que son père avait prêtée à un certain Gabaël, habitant de la ville de Rhagès (Tb 4).
De prime abord, il (Raphaël) salue le père de Tobie : "Que la joie soit toujours avec vous" (Tb 5,10). (16)
Tout au long du chemin, l'ange guide Tobie, le protégeant des dangers de la route, et le ramena chez son père saint et sauf. Il lui prodigue des conseils; il le protège contre un poisson monstrueux qui sortait de l'eau pour le dévorer (Tb 6,2), et l'invite à s'arrêter chez Ragouël et à demander la main de la fille de son hôte, Sarra, pour déjouer les maléfices du démon Asmodée (Tb 3,8 ; Tb 7), dont il libère Sarra (Tb 8,1-3).
L’archange Raphaël avec Tobie, Pieter Lastman — 1. Rüdiger Klessmann; Im Detail die Welt entdecken – Adam Elsheimer 1578–1610; Ed. Minerva, Wolfratshausen 2006
De retour au pays, Raphaël enseigne à Tobie la façon de guérir la cécité de son père en prenant la bile du poisson et en l'appliquant sur les yeux. Le père de Tobie fut ainsi instantanément guéri (Tb 10).
L'ange refuse la récompense qu'on veut lui offrir, explique qu'il présente à Dieu la prière des hommes et révèle son nom : "Je suis Raphaël, l'un des sept anges qui se tiennent ou se présentent devant la gloire du Seigneur". (Tb 12,15).
Tous se demandèrent pourquoi Dieu leur avait envoyé un ange. Raphaël répliqua :
"Parce que vous avez toujours loué Dieu, enterré les morts, aidé les pauvres, supporté bravement vos épreuves, Dieu m'a chargé d'aller vers vous. Louez le Seigneur qui vous a montré Sa bonté."
Ils bénirent Dieu, chantèrent pour lui et le célébrèrent pour la grandeur de ses œuvres, tandis que l'ange, après leur avoir donné la paix, retourna vers "Celui qui l'avait envoyé" (Tb 12,20).
L'évangile de Jean nous apprend qu'il y avait autrefois à Jérusalem une piscine appelée Bethesda où, chaque année, à un certain moment, "un ange" remuait l'eau. Les premières personnes à entrer dans la piscine après cette visite étaient guéries de leurs maladies et de leurs handicaps. La tradition veut qu'il s'agisse de l'archange Raphaël.
De nombreux saints et voyageurs ont fait l'expérience de l'aide efficace et charitable de l'archange Raphaël. Saint Jean de Dieu (1495-1550), fondateur d'un hospice qui vit naître l'Ordre des frères hospitaliers, bénéficia dès ses débuts de l'aide de saint Raphaël. Un jour il lui apparut et lui dit : "Jean, je suis l'archange Raphaël, envoyé par Dieu pour t'assister dans ton charitable labeur. Le Seigneur m'a confié la garde de ta personne et de tous ceux qui, avec toi, serviront le Seigneur. je tiens un compte fidèle de tes actions et des aumônes qui te sont faites. J'ai pour mission de protéger ceux qui favorisent tes oeuvres de charité." (I.-M. Magin, Un héros de la charité au XVIe siècle, saint Jean de Dieu, éd. Beauchesne, Paris 1931, p. 71-72).
Saint Antoine-Marie Claret (1807-1870) ne pouvait se passer de son "navigateur" céleste. Dans ses écrits autobiographiques, il raconte que saint Raphaël et les saints anges l'ont souvent guidé dans ses voyages : ses célestes protecteurs pensaient à lui monter la route à suivre dès qu'il s'égarait et le défendaient des embuscades tendues par les brigands de grand chemin.
Saint Raphaël est le saint Patron des médecins et des apothicaires. Les navigateurs et les voyageurs, se réclament, eux aussi de ses bons offices. (17)
Les anges sont des envoyés, des messagers, des ambassadeurs, des "esprits chargés d'un ministère." (Hébreux 1, 14).
Il y a de plus quatre autres princes du ciel "qui se tiennent ou se présentent devant la gloire du Seigneur" (Tb 12,15), et dont l'on ne sait pas les noms. Quelques-uns pourtant disent que le quatrième s'appelle Uriel, et ils prennent leur fondement du quatrième livre d'Esdras, comme saint Ambroise et saint Bonaventure. (18)
« D'autres noms d'anges nous sont communiqués, non par la Bible, mais par des écrits apocryphes (écrits religieux d'origine juive ou chrétienne qui ressemblent à ceux de la Bible mais n'ont pas été accueillis dans le canon des Écritures) juifs : "Uriel", par exemple, est cité dans le livre d'Hénoch, et les archanges "Barachiel", "Jehudiel" et Zeadkiel" sont nommés dans des écrits rabbiniques. (A. M. Gérard, Dictionnaire de la Bible, Robert Laffont, Paris 1989, p. 99, col. 1). Ces noms d'anges ne font pas partie du canon des Écritures et ne doivent pas être invoqués dans les prières, comme l'affirme le pape Zaccaria lors d'un synode diocésain en 745. En 789, [...] le concile d'Aix-la-Chapelle interdit d'en composer des listes. (J.P. Guetny, La Vie réelle des anges, in Actualités des Religions, Mystère & Spiritualité, Hors série n°1, 1er avril 1999, p. 39.) Peu après, une capitulaire de Charlemagne interdisait d'introduire des noms d'anges dans le culte liturgique en dehors de ceux des archanges Michel, Raphaël et Gabriel. (G. Del Ton, Verita sugli angeli e sugli arcangeli, Éd. Giardini, Pisa, 1995, p. 17). »
« Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie (2001) maintient cette ligne en affirmant : "Il faut réprouver l'usage de donner aux anges des noms particuliers, que la Sainte Écriture ignore, hormis ceux de Michel, Gabriel et Raphaël. (Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, Principes et orientations, n° 217, éd. Téqui, Paris 2001, p. 182). »
« Les anges ne sont nullement les laquais des hommes : les esprits célestes, bien plus élevés que nous par nature, n'obéissent qu'à Dieu, leur unique maître et souverain Seigneur. Les sites d'Internet qui vous proposent de "connaître" le nom de votre ange gardien relèvent du folklore, voire de l'escroquerie. »
« En feuilletant certains livres sur les anges, écrit le Père Jean Gilles Jeanguenin, il m'est arrivé de découvrir des listes complètes de noms avec prières, miracles ou guérisons spécifiques opérés par chacun d'eux. Parmi les anges cités, on y trouvait les archanges Michel, Raphaël et Gabriel, mélangés avec d'autres "anges", provenant de religions orientales, de la mythologie assyrio-babylonienne, de diverses traditions (notamment juive), ainsi que des noms farfelus et des noms de démons... » (19)
« Ces "anges" post-modernes, précise le père Gilles Jeanguenin, appartiennent en grande partie au New Age et aux mouvements ésotériques et donc ne font pas partie de ceux que nous connaissons par les Saintes Écritures et par l'enseignement de l'Église. Il faut le dire clairement car je connais des chrétiens de bonne foi qui se sont fait piéger par ces fausses doctrines. Ce nouvel engouement pour l'angélologie peut aussi conduire à la magie, au spiritisme et au channeling (forme moderne du spiritisme où l'on prétend pouvoir communiquer avec des entités, esprits ou anges) qui sont autant de pratiques réprouvées par la parole de Dieu (Dt 18,10-12). Ces pratiques gravement contraires à la foi, constituent une offense envers Dieu et mettent en danger ceux qui en font usage (Un jour, au cours d'un exorcisme, je demandais à Satan comment il était entré dans le corps de la personne qui était possédé. Il me répondit : "Au cours d'une séance de spiritisme"). D'autres exploitent ce regain d'intérêt pour les anges à des fins de malhonnêteté en proposant par exemple, des cures bidons, des poudres magiques et des stages de communication avec les anges [Un certain Xanath Lichy, animateur d'une société Kevala, spécialisée dans la vente de produits diététiques, se comporte, lui aussi, comme un homme d'affaires avisé. Il organise des stages de communication avec les anges : une semaine, 2 600 euros par personne. Un tarif qui ne semble pas prohibitif aux adeptes : en 1997, 152 stagiaires originaires de France, du Canada, de Suisse, y ont participé (Cf. G. Gaetner, L'Argent caché des sectes : L'Express du 19/09/2002)]. » (20)
« Dieu ne parle pas comme nous avec des paroles mais il communique avec les anges en les illuminant. Saint Grégoire écrit : "Dieu parle aux anges par le fait même qu'il dévoile à leurs coeurs les secrets cachés et invisibles." Et saint Thomas commente : "Or, parler ainsi, c'est illuminer. Donc toute parole divine est une illumination. Au même titre, toute parole angélique est une illumination. (I Qu. 52 a. 1 resp.) » (21)
Les anges sont dans un état de bonheur parfait car ils reçoivent constamment l'amour de Dieu en eux. (22)
En retour, les saints anges manifestent leur amour pour Dieu par leur adoration et leur louange, mais aussi par l'accompagnement et la protection qu'ils assurent auprès des hommes. Sur la terre, le ministère de ces messagers de Dieu est multiple :
- Ils transportent les sauvés au ciel après leur mort (Lc 16,22) ;
- Ils accompagnent le Seigneur lorsqu'il reviendra pour juger les nations (Mt 25,31 ; 13,30).
Selon Origène, Père de l'Église au IIIe siècle, Dieu envoie un ange particulier pour protéger chaque pays et chaque province. (Origène, Sur saint Luc, Homélie 12, 3-4.) Pie XI, lui aussi, a témoigné que Dieu avait préposé un ange au service de chaque pays et de chaque diocèse. (C. Confalonieri, Pio XI, visto da vicino, Turin 1957, p. 308-309). (23)
Quelques citations de saints sur les anges :
Le diacre Pantaléon: « Dieu qui est bon de sa nature, a donné à l'Eglise le grand Michel, prince des milices célestes, comme un bouclier impénétrable pour la mettre à couvert contre la puissance de Satan. Saint Michel, suivant l'ordre que Dieu a établi, prend soin de tous les fidèles. Saint Michel, tout en demeurant dans le ciel, parcourt toute la terre avec une extrême rapidité, pour aller fortifier les hommes contre les tentations du démon et visiter, fortifier et consoler les hommes pieux dans leurs épreuves. Il nous découvre les pièges de notre ennemi, et il déjoue ses artifices. Saint Pantaléon l'appelle le "Ministre de la Trinité, image des trois divines personnes". Saint Michel, non content d'obtenir à ses pieux serviteurs le courage et la force de résister aux tentations de l'enfer, vient combattre en personne, lorsqu'il en voit un fortement pressé par le démon qui l'expose au péril de tomber dans le péché. Lorsque nous invoquons Michel, il nous délivre des dangers. Il aide ses fidèles serviteurs à accomplir la volonté divine. Saint Michel est la plus grande et la plus radieuse étoile de l’ordre angélique; il occupe le rang le plus distingué parmi ces milliers et myriades d’Anges qui peuplent le fortuné séjour. Moïse ne pouvait le regarder en face; pendant 40 ans. Saint Michel conduisit les Hébreux à travers le désert par une nuée, le jour, et une colonne de feu, la nuit, les nourrissant de la manne. (Gloires de Marie, par Alphonse de Liguori, Saintrain p.315.) »
« Dans une révélation faite à l'ermite saint Eutrope ; saint Michel déclara, qu'il avait été choisi pour être l'ange gardien du saint sacrement, et que ces fonctions lui avaient été confiées dès le jeudi saint; on rapporte aussi plusieurs autre révélations faites par lui à divers saints touchant le culte du saint sacrement. (Histoire dogmatique, liturgique, et archéologique du sacrement de..., Volume 1 par Jules Corblet -.71) »
« Saint Bruno de Segni: Saint Michel ayant été élevé par le Seigneur à la dignité de chef de tous les anges, Dieu lui a donné cette fonction : le soin de donner à chaque âme sur la terre son ange gardien; et il nous engage à considérer combien nous lui sommes redevables a ce titre. Il aime les hommes; au point de combattre pour eux, jour et nuit, contre le dragon infernal, et même, ajoute-t-il, il appelle les anges qui sont sous ses ordres, et les fait combattre avec lui, afin que nous ne soyons pas vaincus par notre ennemi. (Gloires de Marie, par Alphonse de Liguori, Saintrain p. 321) »
« Jacques Massi nous apprend qu'un prêtre, en disant un jour la messe des morts, recommandait spécialement quelques âmes en prononçant les paroles citées ci-dessus : Que le Prince des anges, saint Michel, les introduise dans la sainte lumière ; — et à l'instant même, il vit le glorieux archange descendre du ciel dans le purgatoire, pour les délivrer. Le même auteur rapporte qu'un moine de Citeaux apparut après sa mort à un prêtre, son ami, et lui dit qu'il était encore en purgatoire, mais qu'il serait délivré, si, à la messe, il le recommandait à saint Michel. Le prêtre fit ce qu'il désirait, et vit, ce que d'autres virent pareillement, l'âme de son ami conduite au ciel par le saint archange. (Gloires de Marie, par Alphonse de Liguori, Saintrain p.325). »
« Le père Engelgrave raconte que Ferdinand, jeune prince de Portugal, avait une grande dévotion à Saint Michel : il lui faisait chaque jour une visite, à un autel dédié en son honneur, et célébrait toutes ses fêtes par des jeûnes et par la sainte communion. Aussi, le saint archange sut bien récompenser son zèle : il lui apparut un jour suppliant la Mère de Dieu de délivrer bientôt son protégé des périls du monde, et de lui obtenir la grâce d'aller droit au ciel. La bonne Mère accueillit cette prière de son céleste serviteur, et, le jour qu'elle prédit, Ferdinand quitta heureusement cette vie à l'âge de dix-sept ans, assisté par saint Michel, qui l'introduisit aussitôt en paradis. (La Semaine religieuse de Lyon et de la Province, p.125). »
« Le père Recupito dit que ceux qui sont dévots à ce glorieux archange, ont un signe spécial de prédestination au paradis. La raison en est que saint Michel, aimant beaucoup le salut de ses pieux serviteurs, ne souffrira pas qu'une âme qui conserve envers lui une dévotion particulière, tombe dans la disgrâce de Dieu : il lui obtiendra la force de résister aux attaques de l'enfer ; et si malheureusement cette âme est tombée par le passé dans quelque faute grave, dès qu'elle se recommande à ce puissant protecteur, il lui obtiendra facilement la grâce du pardon et de la persévérance; car l'Église atteste que, lorsqu'on honore saint Michel, on participe à ses bienfaits et aux prières qu'il ne cesse d'adresser pour ceux qui le servent, afin de pouvoir les conduire au royaume des cieux. (Oeuvres complètes de Alphonse de Liguori, Dujardin, p. 513 ) »
« Saint Michel est spécialement chargé par le Seigneur de nous assister au moment de la mort. Chacun sait qu'alors les attaques du démon deviennent plus terribles, tandis que nos forces diminuent, et que nous avons l'esprit accablé par d'extrêmes angoisses ; car il faut considérer que trois causes tourmentent principalement ceux qui sont près de mourir : premièrement, le souvenir des péchés commis; secondement, la crainte de la damnation éternelle; et troisièmement, les assauts de l'enfer. C'est pourquoi l'Eglise nous engage à supplier saint Michel de nous protéger dans le grand combat que nous aurons à soutenir contre le démon à l'heure de la mort, en disant : Saint Michel archange, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au redoutable jugement. — Et dans la recommandation de l'âme, elle veut que tous les assistants prient le saint archange de prendre sous sa protection l'âme qui va sortir de ce monde. De plus, on lit dans l'Office ces paroles, comme dites par le Seigneur lui-même ; Michel, mon archange, je t'ai établi prince sur toutes les âmes qui doivent être reçues dans mon royaume — C'est donc à saint Michel que Dieu a confié le soin des âmes qui passent de cette vie à l'éternité. Beaucoup d'exemples constatent que saint Michel procure une mort heureuse à ses pieux serviteurs. (Gloires de Marie, par Alphonse de Liguori, Saintrain, p. 323). »
« On lit dans la vie de saint Gaétan, par le père Falcone, que, dans ses derniers moments, les démons lui apparaissaient et le tourmentaient par leurs tentations, mais que saint Michel, à qui il était fort dévot, lui apparut à son tour, et le délivra de toutes les inquiétudes que lui causaient les esprits malins. Saint Michel est aussi chargé du soin de consoler les âmes du purgatoire. On lit dans son Office, que Dieu lui confie toutes les âmes qui se sauvent, afin qu'il les conduise en paradis. Et dans la messe des morts, l'Église prie le saint archange de présenter à Dieu dans le ciel les âmes des défunts. Aussi, plein d'une tendre sollicitude pour ces bonnes âmes, qui lui sont ainsi confiées et recommandées, il ne manque pas de les assister et de les secourir, en leur procurant beaucoup de soulagements dans les peines du purgatoire. Après le dernier jugement, Saint Michel réunira toutes les âmes sauvées, les introduira dans le paradis, et les présentera au trône de Dieu, afin que le Seigneur les bénisse et les admette à jouir éternellement du bonheur céleste. (Oeuvres complètes de Alphonse de Liguori, Dujardin, p.509.) (Source). »
« Les anges coopèrent à toutes nos bonnes actions." (Saint Thomas, Summa th., I, q. 114, art. 3, ad. 3.)
Saints Michel, Gabriel et Raphaël Archanges
Saint Michel Archange, église saint Jacques, Pau. Photo prise le 29 septembre 2020
Prière à Saint Michel Archange du Pape Léon XIII :
Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon.
Que Dieu exerce sur lui son empire, nous vous le demandons en suppliant.
Et vous, Prince de la Milice Céleste, repoussez en enfer par la force divine Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde en vue de perdre les âmes. Ainsi soit-il.
Prière de consécration personnelle à Saint Michel Archange :
Ô grand Prince du ciel, gardien très fidèle de l'Eglise,
Saint Michel Archnage, moi N ...
quoique très indigne de paraître devant toi,
confiant néanmoins en ton immense bonté,
touché de l'excellence de tes magnifiques prières et de la multitude de tes bienfaits, je me présente à toi, accompagné de mon Ange gardien; et en présence de tous les Anges du ciel que je prends à témoin de mon affection envers toi, je te choisis pour mon protecteur et mon avocat particulier, et me propose de t'honorer toujours et de te faire honorer autant qu'il me sera possible. Assiste-moi pendant toute ma vie, afin que je n'offense jamais les yeux très purs de Dieu, ni en œuvres, ni en paroles, ni en pensées. Défends-moi contre toutes les tentations du démon, et plus spécialement les tentations contre la foi et la pureté, et, à l'heure de ma mort, donne-moi la paix de l'âme et introduis-la dans l'éternelle Patrie. Amen.
Une prière pour la fête des Archanges:
Père céleste, nous te remercions d'avoir envoyé Saint Michel pour nous protéger, Saint Gabriel pour nous apporter ton message, et Saint Raphaël pour nous guider et nous guérir.
Puissions-nous marcher dans la foi, le courage et l’espoir, confiant toujours en Ta divine providence.
Par le Christ notre Seigneur. Amen.
En ce 29 septembre, confions-nous à la protection des Archanges et efforçons-nous de vivre avec courage, fidélité et joie en tant que témoins de l'amour de Dieu.
Sources : (1) Père Louis du Pont, S.J., Méditations sur les Mystères de Notre Sainte Foi, première partie, Presses de l'Imprimerie La Source d'Or, Marsat 1995, p. 70 ; (2) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, Éditions Savator, Paris 2008, p. 54-55 ; (3) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 100 ; (4) Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels et la régénération de la France, 1885, Rééd. Éditions Saint-Rémi, Cadillac 2009, p. 335-348 ; (5) Henri-Marie Boudon, La dévotion aux saints anges, Collection Itinéraire spirituel, Clovis, Étampes 1998, p. 240 ; (6) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 101-102 ; (7) Monsieur-Legionnaire.org ; (8) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 102 ; (9) Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, Pierre Téqui éditeur, Paris 2002, p. 13 ; (10) Père Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, ibid., p. 13 ; (11) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 100 et 179 ; (12) Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, ibid., p. 35-36 ; (13) Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, ibid., p. 18 et 26 ; (14) Fernand Comte, Dictionnaire de la Civilisation chrétienne, In Extenso, Larousse, p. 460 ; (15) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 103 ; (16) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 346-347 ; (17) Henri-Marie Boudon, La dévotion aux saints anges, p. 242 ; (18) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 104-106 ; (19) Henri-Marie Boudon, La dévotion aux saints anges, p. 243 ; (20) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 56-57 ; (21) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 29-30 ; (22) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 96 ; (23) Gilles Jeanguenin, Les Anges existent !, ibid., p. 110-120.
Léon XIV à Metz : le pape conditionne l’accueil des migrants à la "redécouverte de nos racines", Le Figaro, Publié le 28/09/2026 à 15h03. Cf. https://www.lefigaro.fr/actualite-france/leon-xiv-a-metz-le-pape-conditionne-l-accueil-des-migrants-a-la-redecouverte-de-nos-racines-20260928
Dans son discours sur l’Europe, le pape Léon XIV a plaidé pour l’assimilation des migrants en invitant à les "intégrer comme dans sa propre famille" et les faire "entrer dans l’esprit de la maison".
Devant les chefs d’État et de gouvernement européens rassemblés à Metz au centre des congrès Robert Schuman, Léon XIV a prononcé ce lundi matin un discours très politique, invitant le Vieux Continent à puiser dans ses racines chrétiennes pour bâtir un avenir fondé sur l’unité et la paix. Sans grande surprise, le pape a rappelé à cette occasion quelques fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église concernant les relations internationales.
[...] Sans être en rupture avec la vision de son prédécesseur, Léon XIV a insisté sur les conditions culturelles qui permettent d’accueillir convenablement une immigration extra-européenne susceptible de bouleverser l’identité européenne. Ainsi inscrit-il le défi de l’immigration de masse au XXIe siècle dans un "double mouvement, de ressourcement et de dialogue" pour les Européens.
"Accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille"
Le pape a alors rappelé les exigences qu’il avait formulées déjà lors d’un précédent déplacement, très remarqué, aux îles Canaries, en pleine crise migratoire : "Des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre."
Mais ces impératifs humanitaires (qui englobent donc selon lui l’action conjointe des autorités pour lutter contre les réseaux illégaux de passeurs) ne "suffisent pas", selon Léon XIV, qui a alors étendu sa réflexion sur la nécessité de réaffirmer les racines chrétiennes de l’Europe en plaidant en faveur d’un véritable modèle d’assimilation culturelle des migrants. "Accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison" a-t-il ainsi développé, évoquant le phénomène d’"une rencontre inédite entre peuples et cultures" qui "appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre".
En ce qui concerne la propriété privée, le capitalisme tend à concentrer la propriété entre les mains de quelques-uns et nous conduit à une sorte d'esclavage. Par conséquent, il n'y a que deux alternatives : soit que la propriété n'appartienne à personne (collectivisme), soit qu'elle appartienne à tous, mais bien distribuée. Cette dernière option correspond à la pensée distributiste du catholique Hilaire Belloc (1870-1953) :
"Il est évident que si l'on parvient à la conclusion que le mal ne réside pas dans la propriété en elle-même, mais dans le petit nombre de ceux qui en jouissent, alors le remède réside dans l'augmentation du nombre de ces propriétaires." ("L'État servile", Buenos Aires : La Espiga de Oro, 1945, p. 110).
En somme, en lisant des auteurs comme Belloc et d'autres qui suivent la Doctrine sociale de l'Église catholique, j'ai très clairement conscience que seul le catholicisme peut sauver notre civilisation.
D'après le distributisme, la propriété des moyens de production devrait être aussi répandue que possible dans la population plutôt que d'être centralisée sous le contrôle de quelques bureaucrates (dans le socialisme d'État) ou quelques riches individus (dans le capitalisme). Cette idée est condensée dans une citation de Chesterton : "Trop de capitalisme ne signifie pas trop de capitalistes, mais pas assez." (G. K. Chesterton, The Uses of Diversity, 1921.)
Le distributisme se distingue par la distribution de propriété (à ne pas confondre avec la redistribution des richesses). Il maintient que, puisque le socialisme d'État ne permet pas aux individus d'être propriétaires des moyens de production (accaparés par l'État, la communauté ou les collectifs de travailleurs), et puisque le capitalisme ne permet qu'à quelques-uns d'en posséder, le distributisme cherche à assurer que la plupart des gens pourront devenir propriétaires de biens de production. Cette distribution large ne s'étend pas à toute propriété, mais seulement aux biens de productions ; c'est-à-dire la propriété qui est employée pour produire la richesse, tout ce que l'homme requiert pour survivre. Cela inclut la terre, les outils, etc. Certains l'ont vu plutôt comme un modèle idéalisé, qui serait réalisé avec succès à court-terme par la poursuite des principes de subsidiarité et de solidarité (servant de fondements à des coopératives financièrement indépendantes).
Vratislas, duc de Bohème, laissait deux fils en mourant: Venceslas, l'héritier âgé de treize ans, et Boleslas, de deux années plus jeune. Drahomira leur mère exerça la régence, mais restait attachée à l'ancien culte comme Boleslas, alors que Venceslas était devenu chrétien.
Durant les cinq années de sa régence, elle persécuta les chrétiens et Venceslas lui-même devait se cacher pour entendre la messe. À 18 ans, quand il monta sur le trône, il construisit des églises, ouvrit des monastères, rappela les prêtres exilés. Il gouvernait sagement et ses mœurs étaient pures. Il fut assassiné par son frère qui convoitait le trône et avait pris la tête du parti païen. Boleslas (et d'autres conspirateurs) l'attaqua par surprise devant l'église où il se rendait à la messe. Venceslas ne tira pas son épée: "Je ne serai pas fratricide. Je te pardonne." Il fut assassiné devant la porte de l'église le 28 septembre 929/935. Son frère devint duc de Bohême sous le nom de Boleslav Ier.
Il avait vingt-trois ans.
Saint Venceslas est le patron de la République tchèque et le 28 septembre y est fête nationale.
Il se distingua par sa piété, sa bienveillance et son pacifisme et transforma la société dans les domaines religieux et institutionnels.
Il modifia le système judiciaire en réduisant le recours à la peine capitale ou à la torture. Il laissa en vie et maintint dans ses fonctions Radislav, prince de Kouřim, qu'il avait vaincu lors d'un duel mais selon la tradition ordonna la destruction des potences de son duché.
Le corps de Venceslas fut inhumé dans la petite église des Saints-Côme-et-Damien, à Boleslava, où il y eut tant de miracles que Boleslas dut consentir à le faire transférer à Prague, dans l’église Saint-Guy (4 mars 932). Venceslas fut canonisé entre 976 et 996 et sa fête fixée au 28 septembre. Il fut considéré comme le patron des armées tchèques. En 1848 et en 1914, il fut le signe de ralliement des nationalistes de Bohême. En 1923, la monnaie d’or du jeune état tchécoslovaque fut frappée à son effigie et, en 1929, le millième anniversaire de sa mort fut marqué de fêtes triomphales.
Mémoire de saint Venceslas, martyr. Duc de Bohême élevé par sa grand-mère, sainte Ludmilla, dans la sagesse divine et humaine, il se montra sévère pour lui-même, pacifique dans l'administration de son pays, plein de bonté pour les pauvres; il racheta des foules d'esclaves païens sur le marché de Prague, pour qu'ils soient baptisés; après bien des difficultés supportées pour gouverner ses sujets et les instruire de la foi chrétienne, il fut trahi par son frère Boleslas et tué par des sicaires dans l'église de Boleslava, en 935.
Benoit XVI, lors de son voyage Apostolique en République tchèque (26-28 septembre 2009) évoqua ainsi la figure de Venceslas : "...le souvenir glorieux du martyr saint Venceslas, dont j’ai pu vénérer la relique, avant la messe, dans la Basilique qui lui est dédiée, nous réunit autour de l’autel. Il a versé son sang sur votre terre et son aigle que vous avez choisi comme écusson de la visite d’aujourd’hui constitue l’emblème historique de la noble Nation tchèque. Ce grand saint que vous aimez appeler ‘éternel’ Prince des Tchèques, nous invite à suivre toujours et fidèlement le Christ, il nous invite à être des saints. Lui-même est un modèle de sainteté pour tous, spécialement pour tous ceux qui conduisent le destin des communautés et des peuples..."
Vincent de Paul ou Vincent Depaul, est né au village de Pouy près de Dax dans le département des Landes, le 24 avril 1581 et mort le 27 septembre 1660.
Depuis le XIXe siècle, Pouy est appelé "Saint-Vincent-de-Paul" en son honneur.
Renommé pour la charité, qu'il exerça notamment auprès des galériens - dont il était aumônier -, des enfants trouvés et des populations rurales, Vincent de Paul fut Aumônier de la reine Marguerite, épouse de Henri IV, puis curé de campagne à Clichy, précepteur des enfants du marquis de Belle-Isle, frère de l'archevêque de Paris.
Son père, témoin de sa charité et devinant sa rare intelligence, résolut de s'imposer les plus durs sacrifices pour le faire étudier et le pousser au sacerdoce : "Il sera bon prêtre, disait-il, car il a le cœur tendre." À vingt ans, il étudie la théologie à Toulouse et reçoit bientôt le grade de docteur. Un an après son ordination au sacerdoce, il se rendit à Marseille pour recueillir un legs que lui laissa un de ses amis. Au retour, voyageant par mer pour se rendre à Narbonne, il fut pris par des pirates et emmené captif en Afrique (vraisemblablement en 1605). Sa captivité, d'abord très dure et accompagnée de fortes épreuves pour sa foi, se termina par la conversion de son maître, qui lui rendit la liberté.
Vincent organisa des collectes à Paris pour porter secours aux victimes des guerres de religion. Membre de la Compagnie du Saint-Sacrement, il prêcha la modération à l'égard des protestants, puis s'opposa au jansénisme.
Louis XIII voulut être assisté par lui dans ses derniers moments et mourir dans ses bras le 14 mai 1643.
Vincent fut ensuite nommé au "Conseil de Conscience" (Conseil de Régence pour les affaires ecclésiastiques) par la régente Anne d'Autriche dont il est également le confesseur.
Vincent est béatifié par Benoît XIII, le 13 août 1729, et canonisé par Clément XII le 16 juin 1737. Actuellement son corps est exposé dans la Chapelle des Lazaristes, 95, rue de Sèvres, à Paris VIe.
Saint Vincent de Paul, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 184.
Sources : (1) ; (2) ; (3) Christine Barelly, Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 184 ; (4) Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 568-569.
Saint Côme et saint Damien étaient deux frères, venus d'Arabie en Cilicie (province romaine du sud de l'Asie Mineure).Ils étaient frères jumeaux.
Leur profession de médecin leur fournit l'occasion d'exercer un véritable apostolat ; car à travers les corps ils savaient voir les âmes, les toucher, les convertir. La grâce divine vint relever leur science par le don des guérisons miraculeuses : de toutes parts, on accourait à eux pour obtenir la délivrance des maux les plus invétérés et les plus incurables. Le résultat ne trompait jamais leur foi et leur confiance, et il ne se passait pas de jour sans qu'ils eussent opéré quelque cure souvent désespérée.
Auprès d'eux, les aveugles recouvraient la vue, les boiteux marchaient droit, les sourds entendaient, les estropiés étaient guéris. Leur puissance s'étendait même au-delà de ce monde visible, et, à leur voix, les démons abandonnaient leurs victimes. Tout cela, ils le faisaient par pure charité, ne recevant jamais aucune rétribution. On les avait surnommés anargyres (sans argent).
Ils passent pour guérir les animaux comme les hommes. C'est ainsi qu'ils guérirent la patte d'un chameau blessé.
À cette gloire devait se joindre celle du martyre.
Lysias, récemment nommé gouverneur de Cilicie, commença la persécution à Aegée.Il accusa Côme et Damien de séduire le peuple et de faire déserter les temples des dieux. Le préfet leur infligea une si longue et si rude flagellation, que les bourreaux n'en pouvaient plus de fatigue ; les deux martyrs bénissaient le Seigneur. À la vue d'une foule immense, ils furent précipités du haut d'un rocher dans les flots ; mais un ange plana au-dessus des eaux et transporta les martyrs au rivage. Alors Lysias leur dit : "Je vois que vous êtes très forts dans la magie; expliquez-nous cet art. - Nous sommes chrétiens, et non pas magiciens, répondirent-ils: c'est la puissance divine de Jésus-Christ qui se manifeste en nous. Devenez chrétien, et vous en ferez vous-même l'expérience". Les deux martyrs furent jetés dans une fournaise ardente ; mais ils s'y promenèrent comme sur des fleurs. On les crucifia, on les lapida, sans pouvoir les faire mourir; il fallut leur trancher la tête.Leurs trois frères Anthime, Léonce et Euprepius meurent en martyrs avec eux. L'exécution aurait eu lieu un 27 septembre, probablement en l'an 287.
Les restes des martyrs furent enterrés à Cyr, ville épiscopale de Théodoret (en Syrie). Une autre partie des reliques des saints Côme et Damien fut transportée à Rome. Le pape Félix III éleva une église en l'honneur des deux martyrs (483-492), qu'Urbain VIII embellit au dix-septième siècle.Le pape Symmaque (498-514) leur dédia un oratoire, et Félix IV (526-530) une basilique au Forum, dont les mosaïques sont parmi les plus précieux vestiges de la cité.L'empereur Justinien (527-565) restaura somptueusement la cité en leur honneur. Ayant été guéri d'une dangereuse maladie par l'intercession de Côme et Damien, en remerciement, il reconstruisit et orna leur église à Constantinople, qui devint un lieu de pélerinage.
Côme et Damien sont considérés comme les saints patrons des médecins et des chirurgiens. Il sont représentés avec une robe fourrée, un chaperon ou bonnet cylindrique de médecin, une trousse et des instruments de chirurgien. Quelques exemples d'iconographie florentine de saint Côme et saint Damien.
Les reliques des crânes de saint Côme et de saint Damien sont conservées dans un sanctuaire de l'église jésuite Saint-Michel de Munich (Allemagne).
Sources : (1) ; (2) ; (3)Mgr Paul Guérin, Vie des saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Saint-Etienne 2003, p. 601-602 ; (4) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 50.
Derrière la figure du vieux sage adulé pour sa défense des opprimés se cachait un bourgeois cynique qui profitait directement de la faim des gamines des rues, achetant frénétiquement des jeunes filles souvent âgées de quinze ou seize ans à peine.
Celui qui a fait pleurer des générations entières sur le sort tragique des femmes du peuple réduites à vendre leur corps pour survivre s'offrait cette même misère pour quelques centimes.
Le grand moraliste tenait d'ailleurs une comptabilité effroyable de ses abus. Dans ses carnets intimes, il notait méthodiquement les tarifs sordides, l'âge et les actes sexuels, réduisant la chair des misérables à un simple livre de comptes.
Ses journaux cryptés regorgent d'entrées glaçantes où l'on peut lire par exemple : "La petite blanchisseuse, 15 ans : 2 francs", ou encore "Fille de la rue de la Verrerie. 16 ans. 1 franc 50.", au milieu de froides descriptions anatomiques codées en espagnol.
La cruauté de cet homme s'illustre de manière encore plus tragique avec Juliette Drouet, la maîtresse dévouée qui lui a sacrifié cinquante ans de son existence.
Pendant que l'écrivain s'érigeait en champion universel de la liberté, il exigeait de sa compagne une soumission totale, l'enfermant à double tour et anéantissant sa carrière d'actrice.
Alors qu'il amassait une fortune colossale grâce à ses droits d'auteur, il prenait un plaisir sadique à la maintenir dans une pauvreté humiliante.
Sa correspondance dévoile le calvaire d'une femme brisée. Transie de froid l'hiver, Juliette devait le supplier pour payer le boucher ou acheter du bois, lui écrivant avec désespoir : "Je suis si pauvre, mon adoré, que je n'ai plus de souliers à mettre à mes pieds".
Pendant qu'elle mettait ses propres robes en gage pour survivre, Hugo dépensait sans compter pour multiplier les passes avec des adolescentes des quartiers pauvres.
Le monde littéraire entretient aujourd'hui une amnésie bien commode pour protéger la statue d'or du grand républicain au Panthéon.
Ses propres écrits décrivent plutôt un rentier de la morale qui sublimait la pauvreté dans ses livres pour mieux l'acheter et l'asservir dans son lit.
**Oui, dans ses grandes lignes, c’est exact.** Le post s’appuie sur des faits historiques bien documentés, même s’il les présente avec un ton très accusateur et moralisateur.
### Les carnets intimes et les relations tarifées
Victor Hugo tenait effectivement des carnets secrets (surtout pendant l’exil à Guernesey et après) où il notait ses rencontres sexuelles de façon codée : en espagnol, en latin, avec des métaphores (« Suisse » pour les seins, « forêt », « ravin », « ermite » pour la défloration, etc.) et des abréviations. Ces notes mentionnent des jeunes femmes, des domestiques, des actrices et des prostituées, avec parfois l’âge, le prix (quelques francs) et la nature de l’acte.
Les biographes (notamment Henri Guillemin dans ses éditions des *Carnets intimes*) et des articles récents confirment ce « livre de comptes » érotique. Des exemples du style cité dans le post (« petite blanchisseuse 15 ans », « fille de la rue de la Verrerie 16 ans ») collent au ton et au contenu réels des notes, même si les formulations exactes sont souvent des reconstructions ou des paraphrases. Hugo fréquentait régulièrement des jeunes filles pauvres ou des prostituées, parfois très jeunes selon les standards actuels (15-18 ans). C’était courant à l’époque (âge de consentement plus bas, prostitution très répandue), mais cela reste documenté.
### Le contraste avec son œuvre et son image publique
Hugo a écrit abondamment sur la misère, les femmes du peuple et la prostitution (Fantine dans *Les Misérables* en est l’exemple le plus célèbre). Il a aussi pris publiquement la défense de prostituées et pratiqué la charité. Le contraste entre le moraliste social et l’homme qui consommait cette misère est réel et souligné par plusieurs biographes. Il n’était pas un « saint » ; sa vie privée était très libre et libidineuse jusqu’à un âge avancé.
### La relation avec Juliette Drouet
Là aussi, les faits sont solides :
- Elle a abandonné sa carrière d’actrice pour lui.
- Il était extrêmement jaloux et contrôlant : elle vivait de façon cloîtrée, ne sortait guère sans lui, devait lui rendre des comptes (« restitus »).
- Elle a vécu dans une dépendance financière totale, parfois dans des conditions modestes voire précaires (lettres où elle se plaint du froid, du manque d’argent, de vêtements, etc.), alors qu’Hugo était riche grâce à ses droits d’auteur.
- Il multipliait les infidélités pendant qu’elle lui restait fidèle pendant près de 50 ans.
Sa correspondance (plus de 20 000 lettres) témoigne d’un amour passionné mais aussi de souffrances, d’humiliations et d’un rapport très inégal. Des biographies récentes (Florence Naugrette notamment) nuancent un peu l’image de pure victime, mais confirment le caractère asymétrique et contraignant de la relation.
[...]
En résumé : les faits bruts (carnets codés, jeunes filles pauvres, contrôle sur Juliette, contraste public/privé) sont exacts. L’interprétation très noire et univoque du post est une lecture possible et argumentée, mais pas la seule.
A noter que Baudelaire (qui était toutefois plutôt servile avec lui en public) détestait en privé cet homme et sa moraline.
Le portrait qu'il dresse de la famille Hugo lorsqu'il la fréquentait à Bruxelles est éloquent à ce sujet...
Merci Monsieur, il y a un travail énorme de réinformation a faire sur des dizaines de personnages public érigés a tord comme modèles a suivre.
Bien souvent on découvre sous la façade des moeurs sataniques et dépravées. Alors même que depuis 200 ans on crache sur nos saints catho.
Le bienheureux Herman ou Hermann de Reichenau (18 juillet 1013 - 24 septembre 1054), surnommé Hermann le Contrefait, fils du comte d'Altshausen, paralysé depuis son enfance (d'où son surnom latin de Contractus), a passé sa vie entière dans le monastère de Reichenau comme enseignant, chercheur et aussi musicien.
Vers l'âge de 30 ans, il prononça ses vœux monastiques.
Il se distinguait comme compositeur et poète. Il serait le compositeur de
Salve, Regina, mater misericordiae,
vita, dulcedo et spes nostra, salve.
Ad te clamamus, exules filii Hevae.
Ad te suspiramus gementes
et flentes in hac lacrimarum valle.
Eia ergo, advocata nostra, illos tuos
misericordes oculos ad nos converte.
Et Jesum, benedictum fructum ventris tui,
nobis post hoc exsilium ostende.
O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria.
Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix.
Ut digni efficiamur promissionibus Christi.
Hermann a développé sa propre notation de musique, a traité d'astronomie et de chronométrage et écrit une chronique excellente et de grande précision.
Herman de Reichenau (à droite) avec un astrolabe
Il inventa un astrolabe, une machine à calculer, et divers instruments de musique. C'est sans doute à Hermann qu'on doit la répartition des heures en minutes (probablement pour ses observations astronomiques). Il joua de son temps un rôle fondamental dans la transmission des connaissances mathématiques et astronomiques.
Le médiéviste Arno Borst admire l’universalité de ses connaissances, mais sa véritable importance réside surtout dans son rôle de compilateur, c'est-à-dire qu’il a rendu accessible la connaissance déjà disponible en la présentant de façon intelligente et claire.
Il mourut en 1054 et fut inhumé dans la tombe de famille à Altshausen.
On doit à son élève Berthold une courte Vita d'Hermann de Reichenau.
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