« Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, [...] qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. » (Testament de Louis XVI)
Christ Roi
:
Christ Roi
:
Blog d'informations royaliste, légitimiste, pour une France libre, indépendante et souveraine
La représentation de la Vierge Marie offrant un sein a une profonde signification théologique et de compassion.
Ce motif iconographique est connu dans l'art chrétien sous le nom d'intercession mariale ou du concept des "seins qui ont allaité" Jésus. Il possède trois motifs principaux :
1-Symbole d'intercession et de piété : dans les scènes du Jugement Dernier, la Vierge agit en tant qu'avocate ou intercesseur de l'humanité auprès de son fils, Jésus-Christ le Juge. En montrant son sein, elle rappelle visuellement à Christ le sacrifice de sa maternité et le fait de l'avoir nourri et soigné lorsqu'il était humain. C'est une supplication pour qu'il fasse usage de miséricorde plutôt que d'une justice stricte envers les âmes.
Origine biblique : ce geste fait écho à un passage évangélique du Nouveau Testament (Luc 11, 27) : "Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri !". Contrepoint visuel à la douleur : tandis que Jésus-Christ montre les plaies de sa Passion et les clous comme preuve de son sacrifice pour sauver le monde, Marie montre son sein comme symbole de l'amour maternel qui l'a élevé.
Tous deux exposent leurs corps comme arguments pour décider du sort des ressuscités. Cette manière de représenter la Vierge (dérivée de la tradition médiévale de la Virgo Lactans ou Vierge à la Leche) fut très courante dans l'art européen jusqu'à la moitié du XVIe siècle, lorsque les strictes normes de moralité du Concile de Trente commencèrent à interdire la nudité dans l'art religieux.
Il y a une ancienne coutume catholique qui mérite d’être récupérée : que les parents bénissent leurs enfants.
Ce n’est ni une dévotion inventée ni une sorte d’imitation du prêtre. L’Église reconnaît expressément cette bénédiction et propose même un rite pour la réaliser.
1️⃣ Le Rituel des bénédictions de l’Église contient expressément une « Bénédiction des enfants ».
Et il rappelle quelque chose de très significatif : la bénédiction donnée aux enfants par leurs propres parents a toujours été très estimée parmi les chrétiens.
2️⃣ Par conséquent, oui : un père et une mère peuvent véritablement bénir leurs enfants.
Le Rituel des bénédictions précise que ce rite peut être utilisé par « les parents, le prêtre ou le diacre ».
3️⃣ Cela ne signifie pas que les parents bénissent du même ministère qu’un prêtre.
Le prêtre et le diacre le font à partir du sacrement de l’Ordre. Les parents le font en tant que baptisés et à partir de la mission que Dieu leur a confiée concernant leurs propres enfants.
4️⃣ Et c’est une pratique profondément biblique.
Jacob bénit Éphraïm et Manassé en imposant les mains sur eux :
« Que l’Ange qui m’a délivré de tout mal bénisse ces jeunes gens » (Gn 48,16).
5️⃣ Le livre de l’Ecclésiastique affirme aussi :
« La bénédiction du père affermit la maison de ses fils » (Si 3,9).
La bénédiction paternelle apparaît ainsi comme une expression concrète de l’autorité reçue de Dieu pour aimer, éduquer et conduire les enfants vers Lui.
6️⃣ Le geste proposé par le Rituel des bénédictions est particulièrement beau.
Les parents tracent le signe de la croix sur le front de leurs enfants et prononcent sur eux la prière de bénédiction.
Une croix tracée par celui qui leur a donné la vie et qui demande maintenant à Dieu de les accompagner tout au long de celle-ci.
7️⃣ Le Rituel des bénédictions propose lui-même cette formule :
« Que le Seigneur te garde
et te fasse grandir dans son amour,
afin que tu marches selon la vocation
à laquelle tu as été appelé ».
L’enfant répond : « Amen ».
8️⃣ Cela peut se faire au moment de se coucher, en sortant de la maison, avant un voyage, en cas de maladie, à un moment important ou simplement comme habitude quotidienne.
Il n’est pas nécessaire de grandes cérémonies. Un signe de croix sur le front et quelques mots prononcés avec foi suffisent.
C’est peut-être l’une de ces traditions simples que nous n’aurions jamais dû laisser disparaître.
Un enfant qui reçoit habituellement la bénédiction de ses parents apprend quelque chose d’essentiel : que ses parents l’aiment, mais aussi qu’ils savent que sa vie appartient finalement à Dieu.
Et peu d’héritages peuvent être meilleurs que celui-là.
L'apôtre mondial de la tolérance et de l'égalité absolue cachait un racisme décomplexé et une complaisance glaçante avec la pire dictature du siècle.
La figure de Gandhi en pagne, libérateur de tous les opprimés, est intouchable. C'est aussi une légende soigneusement expurgée par les livres d'histoire.
Avant de libérer l'Inde, le jeune avocat a passé vingt-et-un ans en Afrique du Sud. Là-bas, il a lutté avec acharnement contre l'administration britannique.
Mais pas du tout pour l'égalité universelle.
Gandhi se battait pour protéger une stricte hiérarchie raciale. Il était profondément révolté à l'idée que les colons mettent les Indiens au même niveau social que les populations noires africaines.
Dans ses courriers officiels, il utilisait ouvertement des termes insultants pour désigner les Noirs, les décrivant comme des sauvages tout juste bons à garder le bétail.
Son premier grand combat politique n'a pas été de détruire l'apartheid avant l'heure.
Il a milité avec succès pour que les prisonniers indiens ne partagent plus les mêmes cellules ni les mêmes latrines que les détenus noirs.
Il ne combattait pas l'oppression de l'homme par l'homme. Il réclamait simplement sa place dans le système, juste en dessous des Blancs, mais strictement au-dessus des Noirs.
Et son aveuglement idéologique a atteint un cynisme terrifiant quelques décennies plus tard, face au Troisième Reich.
En 1939, alors que l'Europe est sur le point d'être dévorée par le nazisme, Gandhi écrit personnellement à Adolf Hitler. Il commence sa lettre par un très poli cher ami, estimant que le dictateur est le seul homme capable de prévenir une guerre.
Son jusqu'au-boutisme pacifiste le pousse à des prises de position vertigineuses de cruauté froide.
Il conseille très sérieusement au gouvernement britannique de déposer les armes, de laisser Hitler prendre leurs maisons et d'accepter d'être massacrés sans violence.
Pire encore, face à la Shoah, il déclarera quelques années plus tard que les Juifs auraient dû s'offrir volontairement aux couteaux des bouchers et se jeter du haut des falaises afin d'éveiller la conscience du monde.
Le mythe du père universel des droits civiques s'effondre. Le symbole mondial de la paix a bâti ses premiers succès sur une ségrégation sur mesure, et a poussé son dogme jusqu'à recommander le suicide collectif face à la barbarie absolue.
"Le mosaïste star de l'Eglise catholique est accusé d'abus sexuels et d'emprise par une vingtaine de fidèles. Un scandale malvenu avant la venue du pape en France.
Marko Rupnik, l'icône écornée. ... Actuellement sous le coup d'un procès au Vatican, le prêtre slovène Marko Rupnik aurait agressé des dizaines de religieuses des années 1980 aux années 2000. Ses œuvres ornent des centaines d'églises dans le monde, parmi lesquelles la Basilique de Lourdes, où Léon XIV doit se rendre les 26 et 27 septembre prochain."
"Alors que le chef de l'Église a l'intention de rencontrer les victimes de violences sexuelles au cours de son voyage, celles-ci exigent le retrait des oeuvres, qui seront entièrement cachées d'ici l'arrivée du Souverain Pontife." PARIS MATCH, Marko Rupnik, L'icone écornée, n°4035 du 27 août au 2 septembre 2026, p. 72-73
Consulteur de trois "ministères" au sein de la Curie : le dicastère chargé du culte divin et de la discipline des sacrements, celui chargé du clergé et celui de l’évangélisation, Rupnik est décrit comme ayant développé une théologie de l'art sacré enseignée dans des retraites et des livres, à la tête d’un empire économique, payé par l’Église au tarif des créateurs internationaux. (La Vie)
"Vous n'aviez peut-être jamais entendu parler de Marko Rupnik avant que les accusations portées contre lui ne soient rendues publiques, mais vous avez presque certainement déjà vu son œuvre. Les mêmes yeux immenses, les mêmes bouches déformées et les mêmes visages aplatis apparaissent à Lourdes, à Fatima, au sanctuaire de Padre Pio, à Ta' Pinu à Gozo et dans des églises du monde entier. On les retrouve même au Vatican, notamment dans la chapelle Redemptoris Mater du palais apostolique. Au début de ce siècle, la pseudo-iconographie de Rupnik, un prêtre mosaïste proche des souverains pontifes successifs, était devenue une sorte de langage visuel officiel du catholicisme institutionnel. On trouve, semble-t-il, ses mosaïques dans environ 200 églises et lieux de culte. La question n'est pas seulement de savoir comment un homme aujourd'hui accusé par de nombreuses femmes et religieuses d'abus graves a pu obtenir autant de commandes prestigieuses : son procès canonique est en cours et il ne faut pas préjuger de son issue. La question initiale est plus simple : comment un artiste dont l'œuvre est, au mieux, médiocre, est-il devenu si omniprésent dans l'Église ?" The Catholic Herald / The Catholic Herald sur X
L'article de Paris Match indique à propos des mosaïques, p. 76: "Quand le Souverain Pontife viendra, en septembre, 'il ne les verra pas'. 'Et elles resteront couvertes après sa visite.'
Néanmoins, "ses oeuvres ornent plus de deux cents lieux de culte dans le monde, dont le sanctuaire de Fatima (Portugal), le Séminaire français de Rome (Italie), la Basilique d'Aparecida (Brésil), en France, la Basilique de Lourdes et la cathédrale de Nanterre. Mais Rupnik n'est pas qu'un artiste: il publie, enseigne, prêche les retraites de carême devant le pape. ... À ce jour, Rupnik reste prêtre et continuerait de créer. En juin 2024, une nouvelle création signée de son atelier était inaugurée dans une église de Conegliano, en Vénétie, sans qu'aucune allusion aux accusations qui le visent soit exprimée."
Source: PARIS MATCH, Marko Rupnik, L'icone écornée, n°4035 du 27 août au 2 septembre 2026, p.72-77.
L'observance d’"un silence sacré" "en son temps" (Constitution sur le Sainte Liturgie Sacrosanctum concilium § 30), la prière silencieuse, intérieure et contemplative sont-elles moins efficaces, moins "conscientes" que la prière bruyante, extérieure et "active" ?
La "participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques" (Constitution sur le Sainte Liturgie Sacrosanctum concilium § 14) a été et est de plus en plus aujourd'hui l'occasion de ... participations actives à des messes sacrilèges que l'on ne rencontre pas à l'occasion des messes traditionnelles latines qui ne permettent tout simplement pas ni la création ni l'innovation sous un quelconque prétexte de "participation active" (SC § 30). Cet article 30 de la Constitution sur la Sainte Liturgie est trop souvent détourné pour justifier des expérimentations liturgiques non autorisées, comme des modifications arbitraires des textes liturgiques, des célébrations "créatives" éloignées des rites approuvés, une réduction du sacré au profit d'un horizontalisme (centré sur la communauté plutôt que sur Dieu et le culte à rendre).
>La liturgie devient l'expression des goûts personnels plutôt que du culte dû à Dieu.
>Rupture avec la tradition: Les abus rompent l'unité et la continuité avec la lex orandi (loi de la prière) de l'Eglise.
>Perte du sens du péché, "une humanité qui voudrait être autosuffisante, où de nombreuses personnes sont presque convaincues de pouvoir se passer de Dieu pour bien vivre... Il semble aujourd’hui que l’on ait perdu le ‘sens du péché’ mais en contrepartie les ‘complexes de culpabilité’ ont augmenté." (Benoît XVI, 16 mars 2007)
>Perte du sens du sacré: la liturgie est réduite à un événement communautaire.
Pour Saint Augustin, le schisme est causé par ceux qui quittent la vérité, doctrinale ou liturgique (les hérétiques/schismatiques), pas par ceux qui restent fidèles à la doctrine et à la tradition et qui résistent aux innovations illégitimes. (Cf. "Ce ne sont pas ceux qui persistent dans la vérité qui font le SCHISME, mais ceux qui s'en éloignent." De Unitate Ecclesiae, PL 43,410) Appliqué à la liturgie, le principe est le suivant : Ce ne sont pas ceux qui restent fidèles à la lex orandi (loi de la prière) qui divisent l'Eglise, mais ceux qui imposent des innovations non autorisées.
Voici ci-dessous une liste non exhaustive à compléter d'actes ou de messes "participatives" sacrilèges (danses, affiches politiques, etc.) :
L’évêque Hermann Glettler du diocèse d’Innsbruck pour avoir publiquement loué l’œuvre d’art sacrilège de la "grenouille crucifiée", alors même qu’elle avait été condamnée par le pape Benoît XVI :
Not excommunicated
Bishop Hermann Glettler of the Diocese of Innsbruck for publicly praising the sacrilegious crucified frog art work, even though it was condemnded by Pope Benedict XVI pic.twitter.com/gqcDQViHsi
— Deacon Nick Donnelly (@ProtecttheFaith) July 4, 2026
L'archevêque de Paris, Michel Aupetit, pour avoir autorisé deux imams à réciter la sourate Al-Fatiha (le premier chapitre du Coran) à l'intérieur de l'historique église Saint-Sulpice de Paris en 2022 :
Not excommunicated
Archbishop Michel Aupetit of Paris for allowing two Muslim clerics to chant the Surah Al-Fatiha (the opening chapter of the Quran) inside the historic Église Saint-Sulpice in Paris in 2022 pic.twitter.com/xvKIY6J2ER
— Deacon Nick Donnelly (@ProtecttheFaith) July 4, 2026
Non excommunié l'abbé Timothy Radcliffe, pour avoir déclaré que les relations sexuelles homosexuelles peuvent être des "expressions du don de soi du Christ". Au lieu de cela, il a été fait cardinal !
— Deacon Nick Donnelly (@ProtecttheFaith) July 3, 2026
Non excommuniés ! Une danse du canard "participative" exécutée à l'église catholique "Christ-Roi" à Ruhstorf an der Rott, en Allemagne. Cela a eu lieu le dimanche 11 février 2024 :
🚨⛪ 𝗔𝗟𝗘𝗥𝗧𝗘 𝗜𝗡𝗙𝗢 — En Allemagne, pour le carnaval, une MESSE a eu lieu à l’église du Christ-Roi à Ruhstorf an der Rott, animée par une troupe locale sur l’air de « La Danse des canards ». pic.twitter.com/UyaGC6pyEc
Non excommunié L’évêque Hermann Glettler du diocèse d’Innsbruck, bien qu’il ait exposé dans l’une de ses églises un cœur de porc dans un préservatif en moquerie du Sacré-Cœur de Jésus :
Not excommunicated
Bishop Hermann Glettler of the Diocese of Innsbruck, even though he displayed in one of his churches a pig's heart in a condom in mockery of the Sacred Heart of Jesus. pic.twitter.com/05P4veFkDe
— Deacon Nick Donnelly (@ProtecttheFaith) July 4, 2026
Prête rappeur à casquette. L'église est-elle un lieu de divertissement "participatif" ou un hall de rap ?
Ceci est une raison majeure pour laquelle certains catholiques partent.
À cause du comportement rencontrés beaucoup trop souvent, un peu partout, sans jamais qu'aucune sanction disciplinaire ecclésiale ne tombe et alors qu'au contraire les hommes de bonne volonté sont traités de "schismatique", d'"orgueilleux" et autres joyeusetés.
This is one major reason why some Catholic leave.
Because of the inresponsible behavior or some priest. Like this.
Danses, applaudissements, abus de toutes sortes: le nouveau rite a-t-il favorisé l’"engagement conscient", la compréhension et la réponse au rite ?
En de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel ; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable.
Pièta de Michel-Ange. La Vierge Marie offre son Fils en sacrifice
La messe est avant tout le culte du Sacrifice du Christ offert à Dieu, et non une activité qui existe principalement pour nous occuper verbalement ou physiquement. Un catholique assistant à la messe peut rester complètement silencieux, suivre les actions du prêtre à travers un missel, prier les prières de la messe, méditer sur la Passion, adorer le Christ, faire des actes de contrition et d’action de grâce, et s’unir parfaitement intérieurement et en conscience au Sacrifice. Le silence ne signifie pas passivité.
"Le Concile a appelé à une instauratio (renouvellement) des rites dans la continuité, et non à une rupture substantielle avec la tradition liturgique reçue, qui les avait modifiés et remaniés au gré des préférences des personnes concernées, ne conservant que ce qui était nécessaire à leur validité sacramentelle. (Cf. L’article 23 de la Constitution sur la Sainte Liturgie demande que la réforme liturgique consécutive au Concile soit fidèle au mandat qu’il avait donné et au développement organique de la liturgie)... Une réforme radicale des rites liturgiques n'était en réalité pas nécessaire pour rendre la liturgie plus accessible après le concile Vatican II – une réalité que la participation pleine, consciente, réelle et extraordinairement féconde aux rites non réformés aujourd'hui met parfaitement en évidence... [Les données d’une enquête Pew montrent que seulement 2 % des participants à la messe latine traditionnelle considèrent l’Eucharistie comme symbolique, contre 69 % des catholiques. Les catholiques traditionalistes sont plus conscients de la Présence réelle, et non moins. Quand 69 % des catholiques ne croient pas en la Présence réelle, ils s'engagent dans une PARTICIPATION ZÉRO.Comment est-il possible que les chiffres de fréquentation de la messe Paul VI (1970) soient de plus en plus faibles depuis cette réforme de "participation active", alors que la fréquentation de la messe traditionnelle en latin continue de croître, principalement parmi les jeunes ?]
[S]i la liturgie est effectivement formatrice, elle n’est pas pour autant didactique ou catéchétique. Elle est une activité cultuelle, c’est-à-dire un culte qui nous forme en tant que chrétiens en nous faisant entrer dans l’action divine à travers ses rites sacrés. De même, la liturgie ne constitue pas un dialogue avec Dieu au sens moderne du terme, où nous nous asseyons en partenaires égaux pour élaborer une solution. La liturgie est le lieu privilégié où nous écoutons la Parole de Dieu avec attention et réceptivité, où nous participons aux fruits de l’œuvre salvifique du Christ et où nous répondons de manière appropriée par la conversion de nos vies et en vivant fidèlement notre vocation et notre mission chrétienne." (Cf. Dom Alcuin Reid, liturgiste de renommée internationale — dont la thèse de doctorat sur la réforme liturgique a été publiée sous le titre "Le développement organique de la liturgie", avec une préface du cardinal Joseph Ratzinger )
La théologie catholique nous indique que les anges déchus ont conservé leur nature angélique, y compris leur capacité d’influence sur la matière et les structures humaines. C’est pour cette raison que les anciens théologiens parlaient des démons "de l’air" (Ep 6:12). Mais, les immondes, en étant expulsés de la Grâce, n’ont pas perdu leur hiérarchie (ils restaient principautés, puissances, dominations), c’est pourquoi ils exercent désormais leur pouvoir avec une intention maléfique, tentant de subvertir l’ordre des nations qu’ils devaient auparavant garder pour la gloire de Dieu. En comprenant cela, la prière du pape Léon XIII, composée en 1884-1886, n’est pas une "formule magique" ni une pièce de dévotion ordinaire : elle est en fait une prophétie.
La vision mystique attribuée au pape Léon XIII (1810–1903) est un épisode souvent cité, mais peu documenté dans les archives officielles du Vatican. Voici ce que l’on sait, ou plutôt ce que la tradition orale et certains témoignages rapportent, ainsi que les contexte, date et circonstances qui entourent cette vision. Selon la plupart des sources, la vision aurait eu lieu le 13 octobre 1884, après la messe que Léon XIII célébra dans sa chapelle privée au Vatican. Certaines versions précisent qu’elle se serait produite pendant ou juste après la consécration eucharistique, moment où le pape aurait eu une expérience mystique intense.
Le 13 octobre 1884, LEON XIII terminait la célébration de la Messe dans la chapelle vaticane, entouré de quelques Cardinaux et membres du Vatican. Il s’arrêta soudainement au pied de l’autel et se tint là environ dix minutes, comme en extase, le visage blanc de lumière. Puis, allant immédiatement de la chapelle à son bureau, il composa la prière à saint Michel, avec instruction qu’elle soit récitée partout après chaque Messe basse. Lorsqu’on lui demanda ce qui était arrivé, il expliqua qu’au moment où il s’apprêtait à quitter le pied de l’autel, il entendit soudainement deux voix : l’une douce et bonne, l’autre gutturale et dure : il semblait qu’elles venaient d’à-côté du tabernacle. Dans ce dialogue, Satan dit avec fierté pouvoir détruire l’Eglise, mais pour cela il demandait plus de temps et plus de puissance. Notre Seigneur accepta sa requête et lui demanda de combien de temps et de combien de puissance il avait besoin. Satan répondit qu’il avait besoin d’une centaine d’années et d’un plus grand pouvoir sur ceux qui avaient été mis à son service.
D’après le cardinal Giovanni Battista Nasalli Rocca di Corneliano (1872–1952), archevêque de Bologne qui a rapporté le témoignage du pape lui-même, voici le récit le plus répandu :
"Un jour, après avoir célébré la messe dans sa chapelle privée, le pape Léon XIII resta longtemps en prière, le visage pâle et les yeux fixés vers le haut. Puis, soudain, il se leva comme s’il avait vu quelque chose de terrible. Il se dirigeait vers son bureau pour écrire, mais s’arrêta net, comme s’il avait entendu une voix ou vu une apparition. Il décrivit plus tard avoir vu, au-dessus de l’autel, une vision effrayante :
*Satan, sous la forme d’un dragon monstrueux, se tenait devant le trône de Dieu, entourés d’une légion d’anges rebelles. Il entendit Satan dire à Dieu, avec une voix tonitruante :
"Je peux détruire ton Église si tu me donnes 75 ou 100 ans de plus."
Puis, il vit saint Michel Archange intervenir, brandissant une épée flamboyante, et chasser Satan et ses démons dans les abîmes de l’enfer. La vision se termina par un combat céleste où les anges fidèles triomphèrent des forces du mal."
- Autre version (moins détaillée) :
Léon XIII aurait vu saint Michel Archange terrasser Satan au-dessus de Rome, comme un présage des attaques spirituelles à venir contre l’Église.
Profondément marqué, Léon XIII composa lui-même une prière à saint Michel Archange et l’ajouta à la fin de la messe basse en 1884 (non solennelle) pour toutes les Églises catholiques du monde le 6 janvier 1884 (prières dites "léonines", à réciter après la messe basse.) À ce stade, il ne s'agit pas encore de la "prière à saint Michel", mais d’un ensemble de prières destinées à demander la protection divine pour l’Église. En 1886, le texte de l’oraison des prières léonines est modifié, et la prière à saint Michel est ajoutée à la fin de cet ensemble.
Pape mystique et pieux, Léon XIII était connu pour sa dévotion mariale et angélique. Il avait une foi profonde en l’intercession des saints et des anges, notamment après des expériences spirituelles dans sa jeunesse. Il était aussi un intellectuel (philosophie thomiste) et un réformateur social (encyclique Rerum Novarum, 1891), mais sa piété personnelle était très forte.
La vision s’inscrit dans un contexte de crise pour l’Église catholique :
1. Montée du laïcisme et de l’anticléricalisme :
- En France : Lois anticléricales (ex. : expulsion des congrégations religieuses en 1880).
- En Italie : Conflit avec l’État italien après la perte des États pontificaux (1870) et la Question romaine.
- En Allemagne : Kulturkampf (1871–1878), persécution des catholiques par Bismarck.
2. Expansion du socialisme et du communisme :
- Léon XIII voyait dans ces idéologies une menace pour la foi, inspirée par des forces démoniaques (cf. son encyclique Quod Apostolici Muneris, 1878, sur le socialisme).
3. Franc-maçonnerie :
- Le pape était convaincu que la franc-maçonnerie était un instrument de Satan pour détruire l’Église (encyclique Humanum Genus, 1884, publiée quelques mois après la vision).
4. Prophéties privées :
- Léon XIII était au courant des messages de La Salette (1846), où la Vierge Marie avait averti de la venue de Satan et de châtiments pour l’humanité.
- Il avait aussi connaissance des révélations à Don Bosco (1880–1884) sur les attaques du démon contre l’Église.
Lien avec l’encyclique Humanum Genus (1884)
- 20 avril 1884 : Léon XIII publie Humanum Genus, une encyclique condamnant la franc-maçonnerie comme une œuvre de Satan. Il y écrit :
"Le but final de la franc-maçonnerie est de renverser l’ordre social chrétien et de substituer un nouvel ordre basé sur des principes naturalistes, où il n’y aurait plus de place pour Dieu ni pour la religion."
- La vision d’octobre 1884 aurait confirmé ses craintes et l’aurait poussé à renforcer la protection spirituelle de l’Église.
Sources et fiabilité du récit
A. Témoignages directs
- Cardinal Nasalli Rocca di Corneliano: Dans les années 1930–1940, il a rapporté avoir entendu le récit de la vision directement de Léon XIII, alors qu’il était jeune prêtre. Son témoignage est le plus cité, mais il n’existe aucune trace écrite contemporaine (1884) de la vision dans les archives du Vatican.
- Mgr. Benigni (historien du Vatican) :
- Dans son livre "Storia Sociale della Chiesa" (1907), il mentionne la vision, mais sans détails précis.
B. Absence de documents officiels
- Aucun écrit de Léon XIII ne mentionne explicitement cette vision.
- Aucun journal intime ou correspondance privée du pape n’en parle.
- Les archives du Vatican ne contiennent aucune preuve formelle de cet événement.
C. Pourquoi ce silence ?
1. Discrétion du pape :
- Léon XIII était un homme réservé et n’aimait pas parler de ses expériences mystiques en public.
2. Contexte politique :
- À l’époque, le Vatican était en conflit ouvert avec plusieurs États (Italie, France, Allemagne). Une vision "apocalyptique" aurait pu être instrumentalisée ou moquée par les anticléricaux.
3. Tradition orale :
- Le récit s’est transmis par voie orale parmi les cardinaux et les proches du pape, avant d’être consigné par écrit des décennies plus tard.
4. Interprétations et controverses
A. Une vision réelle ou une légende pieuse ?
- Pour les traditionalistes :
- La vision est authentique et explique pourquoi Léon XIII a introduit la prière à saint Michel avec une telle urgence.
- Ils y voient une prémonition des maux du XXᵉ siècle (guerres mondiales, communisme, déclin de la foi).
- Pour les historiens critiques :
- Le récit pourrait être une légende pieuse développée après la mort de Léon XIII pour justifier a posteriori l’introduction de la prière.
- Certains suggèrent que la vision aurait été inspirée par des écrits apocryphes ou des récits de saints (ex. : La Révélation de saint Méthode, un texte apocalyptique médiéval).
B. Lien avec Fatima (1917)
- En 1917, lors des apparitions de Fatima, la Vierge Marie aurait dit aux enfants :
"Satan règne dans le monde et veut détruire l’Église. Mais au final, mon Cœur Immaculé triomphera."
- Certains voient un parallèle avec la vision de Léon XIII :
- 1884 : Satan demande 75–100 ans pour détruire l’Église.
- 1917 : 33 ans plus tard, la Vierge annonce que Satan dominera le monde au XXᵉ siècle (qui a effectivement vu deux guerres mondiales, le communisme, etc.).
- 1984 : 100 ans après la vision, le pape Jean-Paul II consacre le monde au Cœur Immaculé de Marie, en réponse à Fatima.
Après la vision qu’eut le pape sur le XXe siècle – un siècle au cours duquel le démon recevrait la permission de tenter de détruire l’Église de l’intérieur –, il comprit que le combat n’était plus seulement contre des attaques externes, mais contre une occupation démoniaque subtile, prudente, méthodique.
Le pape Léon XIII sut que "la Bête" (l’antique serpent) chercherait à s’infiltrer dans le lieu même où s’assied l’autorité de Pierre. C’est pourquoi, en ordonnant cette prière, le pape activait une barrière liturgique. La théologie indique que ces principautés et puissances du mal cherchent le contrôle des nations : ces démons cherchent à asservir les peuples par la politique, la société, l’économie et l’idéologie, les éloignant de leur fin surnaturelle (la reconnaissance du Christ Roi). Pour cette raison, la prière à saint Michel était une arme et un rappel que les États et les hiérarchies ecclésiastiques ont un protecteur suprême qui est l’Archange, lequel maintient l’ordre face au chaos que les démons tentent d’imposer. Et c’est pourquoi il était nécessaire de les invoquer, pour demander une protection non seulement aux nations : mais à la Cité du Vatican elle-même.
La prière était vue comme une arme contre Satan, surtout dans un contexte de crise morale (ex. : montée du communisme, sécularisation).
- Lien avec Fatima : En 1917, la Vierge Marie aurait demandé aux enfants de Fatima de réciter le chapelet et de faire des sacrifices pour la conversion des pécheurs. Certains y voient un lien avec la prière à saint Michel (protection contre le mal).
Cependant, les catholiques perplexes voient que la tragédie que nous avons constatée depuis le Concile Vatican II est précisément l’omission et la suppression de cette défense, de cette barrière et de cette protection. L’élimination de la prière au Saint Archange, de Léon XIII, dans la Messe du Nouvel Ordre n’était pas un acte administratif mineur : ce fut une remise du cœur du Siège. En retirant cette prière, l’Église institutionnelle a cessé d’invoquer formellement le Prince des Milices du Ciel au cœur même du combat.
Quel en fut le résultat ?
UNE FISSURE.
Les paroles de Paul VI, lorsqu’il décrit "la fissure par où était entré la fumée de Satan", étaient-elles une confession de sa part ? Après tout, la suppression officielle des Prières léonines (qui incluaient la prière à saint Michel Archange) fut exécutée sous le pontificat de Paul VI. Elle fut formalisée par l’instruction "Inter Oecumenici" du 26 septembre 1964, première étape de la mise en œuvre de la constitution Sacrosanctum Concilium (4 décembre 1963), qui entra en vigueur en mars 1965.
Et bien que le document ait été promulgué par la Sacrée Congrégation des Rites, cela se produisit sous son autorité directe et dans le contexte de l’application de la constitution Sacrosanctum Concilium.
La prière disparaît progressivement des missels à partir de 1965, avec l’introduction du Missel romain révisé (promulgué en 1970 par Paul VI).
Ils ont laissé le Siège sans protection. Et, en même temps, chaque nation qui, à partir de cet instant, a cessé de la réciter, en tout lieu, à toute heure, autour de l’orbe, était laissée sans protection. C’était le coup de maître.
Les raisons officielles et non officielles de la suppression
La disparition de la prière à saint Michel après Vatican II s’inscrit dans une volonté de modernisation, d'adaptation œcuménique et de simplification de la liturgie.
A. La simplification de la liturgie
- Objectif du concile : Rendre la messe plus accessible, participative et centrée sur le Christ (Sacrosanctum Concilium, §14).
- La prière à saint Michel était perçue comme une ajout tardif (1884) et non essentielle à la structure traditionnelle de la messe.
- Suppression des duplications : La messe contenait déjà des prières de protection (ex. : "Per intercessionem Sanctorum" dans le Canon romain).
B. Réduction des éléments "privés" ou "dévotionnels"
- Vatican II encourage une liturgie plus communautaire et moins individualiste.
- Les prières comme celle à saint Michel étaient souvent récitées en silence par le prêtre seul (sauf dans certaines paroisses où les fidèles les disaient aussi), ce qui allongeait la messe.
- Critique : Certains théologiens (comme Annibale Bugnini, secrétaire de la commission liturgique, soupçonné d’appartenance maçonnique) jugeaient ces prières trop "piétistes" ou superstitieuses.
En 1963, le concile vote Sacrosanctum Concilium, demande une révision des rites pour une participation plus active des fidèles. En 1964, la commission liturgique (dirigée par Bugnini) propose des suppressions, dont la prière à saint Michel. En 1964-1965, l’instruction Inter Oecumenici (1964) et le Missel de 1965 (version transitoire) omettent la prière. En 1970, le Missel romain de Paul VI (promulgué le 3 avril 1969, effectif en 1970) officialise la suppression.
- Réactions :
- Traditionalistes : Critiquent cette suppression comme une perte de la dimension spirituelle de combat contre le mal. Ex. : Mgr Lefebvre (fondateur de la Fraternité Saint-Pie-X) maintient la prière dans ses messes en latin.
- Progressistes : Y voient une modernisation nécessaire...
- Fidèles : Certains continuent à la réciter privément après la messe.
C. Adaptation œcuménique
- Le concile cherche à rapprocher les Églises chrétiennes (catholiques, orthodoxes, protestants).
- La dévotion à saint Michel, bien que présente dans l’orthodoxie, était moins centrale chez les protestants. Sa suppression était censée éviter des barrières jugées inutiles. L’on peut se demander à propos de cette dernière préoccupation si l’occultation de son identité culturelle propre est favorable à un dialogue authentique ou si ce n'est pas plutôt son affirmation qui le permet, comme l'a parfaitement expliqué Benoît XVI?
-Symbolique : Éviter une image trop "militariste" de la foi (saint Michel comme "guerrier céleste"), perçue comme peu compatible avec l’esprit de paix et d’unité du concile.
D. Dans un contexte de Modernisation et de sécularisation, une désacralisation partielle
- Contexte des années 1960 : L’Église cherche à se démarquer des excès du passé (ex. : prières perçues comme "magiques" ou trop liées à une vision médiévale du monde).
- La prière à saint Michel, avec son langage apocalyptique ("précipitez en enfer"), pouvait sembler dépassée ou effrayante pour les fidèles modernes.
- Influence des théologiens progressistes : Certains voyaient dans ces prières un folklore religieux à dépoussiérer.
E. Centralisation du culte sur le Christ
- Vatican II met l’accent sur Jésus-Christ comme centre de la liturgie (Sacrosanctum Concilium, §7).
- Les prières aux saints, bien que toujours encouragées, sont reléguées à un rôle secondaire pour éviter de détourner l’attention du mystère eucharistique.
- Allègement de la liturgie : La messe est devenue plus fluide et accessible.
- Éviter le cléricalisme : La prière était souvent récitée par le prêtre seul, sans participation des fidèles.
- Adaptation aux temps modernes : Le langage de la prière (ex. : "précipitez en enfer") pouvait sembler trop violent ou littéral pour une époque plus tolérante.
Aujourd’hui, le statut actuel.
La prière est-elle interdite ?
- Non : Elle n’a jamais été formellement interdite, mais elle a été RETIRÉE des textes officiels.
- 1994 : Le Catéchisme de l’Église catholique (§ 335-336), sans mentionner la prière spécifique, rappelle l'"aide mystérieuse et puissante des anges" (cf. Ac 5, 18-20 ; 8, 26-29 ; 10, 3-8 ; 12, 6-11 ; 27, 23-25) et que"dans sa liturgie, l’Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint ; elle invoque leur assistance (ainsi dans In Paradisum deducant te angeli... de la Liturgie des défunts [OEx 50], ou encore dans l’"Hymne chérubinique" de la Liturgie byzantine [(Liturgie de S. Jean Chrysostome]), elle fête plus particulièrement la mémoire de certains anges (S. Michel, S. Gabriel, S. Raphaël, les Anges gardiens)".
- 2000-2020 : Certains prêtres ou communautés (ex. : Fraternité Saint-Pierre, Oratoire) la réintroduisent facultativement à la fin de la messe, surtout dans le cadre de la messe tridentine (rite extraordinaire autorisé par Summorum Pontificum de Benoît XVI en 2007).
- 2021 : Le pape François publie Traditionis Custodes, restreignant l’usage du missel de 1962, mais sans interdire explicitement la prière.
Où trouve-t-on encore la prière ?
- Essentiellement: Messe tridentine (rite extraordinaire) : Toujours récitée.
- Communautés traditionalistes : Fraternité Saint-Pie-X, Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, etc.
- Dévotion privée : Beaucoup de fidèles la récitent après la messe ou lors du chapelet.
- Exorcisme : Utilisée dans certains rites de libération ou de bénédiction.
Le défunt exorciste officiel du Vatican, Don Gabriele Amorth déclara dans son livre "Confessions, Mémoires de l'exorciste officiel du Vatican", Michel Lafon, Condé-sur-Noireau 2010, p. 257 : "des satanistes au Vatican", "il s'agit de prêtres, d'évêques et même de cardinaux.
La suppression de cette prière a affaibli l’Église face aux attaques du démon (ex. : infiltrations intérieures, scandales de pédophilie, déclin de la pratique religieuse, déclin des vocations, crise de la vérité, ambiguïté des documents, occupation des postes de commandement des couloirs vaticans et des gouvernements du monde par l’usurpation de l’autorité pour disperser le troupeau et occuper le Siège, ainsi que l’avait prévu Léon XIII.
C’est à nous maintenant, catholiques, de récupérer la prière à Saint Michel, (de la dire chaque jour pour repousser toute tentation), et de la réciter à la fin de la messe.
Voici le texte exact de la prière à saint Michel Archange, telle qu'elle a été introduite par le pape Léon XIII en 1884 et récitée à la fin de la messe basse jusqu'à sa suppression après Vatican II.
Texte en latin
In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti.
Sáncte Míchael Archángele,
defénde nos in proélio;
ut non pereámus in treméndo iúdicio,
sed dépræhensiónis daemónis eripíat nos.
Sed tu, Prínceps milítiæ cæléstis,
Sátanam aliósque spíritus malígnos,
qui ad perditiónem animárum pervagántur in mundo,
divína virtúte in inférnum detrúde.
Amén.
Traduction en français
Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.
Saint Michel Archange,
défendez-nous dans le combat,
afin que nous ne périssions pas au jour terrible du jugement,
et que le démon, qui est l’ennemi de Dieu, soit précipité en enfer.
Et vous, prince de la milice céleste,
par la puissance divine,
repoussez en enfer Satan et les autres esprits malins
qui parcourent le monde pour la perte des âmes.
Ainsi soit-il.
Variantes et précisions
1. Version courte (parfois utilisée à la fin de messes Paul VI ou à dire à titre privée) :
"Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat. Soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon. Que Dieu exerce sur lui son empire, nous vous le demandons en suppliant. Et vous, Prince de la Milice céleste, repoussez en enfer par la vertu divine, Satan et les autres esprits mauvais qui errent dans le monde pour la perte des âmes. Amen"
2. Contexte liturgique :
- Cette prière était récitée à genoux après la messe basse (en latin), généralement par le prêtre seul, mais parfois avec les fidèles.
- Elle était souvent accompagnée de trois Ave Maria, d’un Salve Regina, et d’une prière pour le pape ("Oremus pro Pontifice nostro...").
Pourquoi cette formulation ?
- Inspiration biblique :
- Apocalypse 12:7-9 : "Il y eut alors un combat dans le ciel : Michel, avec ses anges, dut combattre le Dragon. Le Dragon, lui aussi, combattait avec ses anges, 08 mais il ne fut pas le plus fort ; pour eux désormais, nulle place dans le ciel. 09 Oui, il fut rejeté, le grand Dragon, le Serpent des origines, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. Il fut jeté sur la terre, et ses anges furent jetés avec lui."
- Daniel 10:13, 21 et Jude 1:9 : Michel est présenté comme un défenseur contre les forces du mal.
- Style :
- Impératif ("défendez-nous", "repoussez") : reflète l’urgence et l’autorité de la demande.
Conclusion
Dans la Bible, au livre de Job, nous lisons que le Seigneur permet à Satan de mettre à l’épreuve, non pas l’Eglise (qui n’existait pas encore), mais un homme juste, Job. Job ne perd pas la foi, et, à la fin, Job est guéri et glorifié. Ce passage de l’Ecriture nous donne de comprendre le dialogue que le pape Léon XIII a entendu : le Seigneur ne veut évidemment pas que l’Eglise soit détruite, mais il permet une épreuve.
- Livre : "La Réforme liturgique en question" (Cardinal Sarah, 2021).
- Article : "The Leonine Prayers: A Historical and Theological Study" (Theological Studies, 1998).
- Site : Vatican.va (textes conciliaires).
-The Devil’s Final Battle" (Paul Kramer, 2002) : Analyse les liens entre la vision de Léon XIII, Fatima et le XXᵉ siècle.
- "Pope Leo XIII and the Prayer to St. Michael" (Article de The Angelus, 1998) : Recueille les témoignages historiques.
Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 75
Saint Aegidius, dont le culte a été pendant plusieurs siècles fort célèbre en France et en Angleterre, était athénien de naissance, et d'une extraction noble; il vivait vers la fin du VIIe siècle. Sa science et sa piété lui attirèrent une admiration universelle.
Voyant qu'il lui était impossible de mener dans sa patrie une vie retirée, il résolut de la quitter pour fuir le danger qui accompagne les applaudissements des hommes. Il vint vivre en ermite en Provence; il sera chaleureusement accueilli à Arles, puis au bord du Gardon par saint Vérédème, évêque à Avignon. Puis il se retirera en ermite dans la Vallée Flavienne, domaine du roi goth Flavius, dans l'embouchure du Rhône.
Son éducation fut brillante, comme elle devait être pour un jeune homme de race royale. On lui a attribué de remarquables ouvrages de médecine et de poésie; mais sa science était surtout celle des Saints.
Un jour qu'il se rendait à l'église, il rencontra un pauvre mendiant malade, presque nu, qui lui demanda l'aumône. Ému de compassion, Gilles se dépouilla de sa riche tunique et la lui donna : à peine le malheureux en fut-il revêtu, qu'il se trouva en parfaite santé. Le jeune homme comprit, à ce miracle, combien l'aumône était agréable à Dieu. Peu de temps après, à la mort de ses parents, il distribua tous ses biens aux pauvres et se voua lui-même à la pauvreté, à la souffrance et à l'humilité. Mais Jésus-Christ ne Se laissa pas vaincre en générosité, et les miracles se multiplièrent tellement sous les pas du saint jeune homme, qu'il en fut lui-même effrayé et se résolut à quitter son pays et à faire voile pour l'Occident. Pendant la traversée, il calma une effroyable tempête par ses prières et débarqua bientôt à Marseille, où il guérit la fille de son hôtesse.
Mais il lui fallait la solitude; il la trouva dans une grotte sauvage, où, dégagé de toute préoccupation terrestre, il ne vécut que pour Dieu. Ses jours, ses nuits presque entières s'écoulaient dans une prière continuelle, dans l'adoration et la contemplation. Il jeûnait tous les jours; le lait d'une biche de la forêt, que Dieu lui envoyait, suffisait à son entretien.
Depuis trois ans, Gilles habitait ce lieu solitaire, quand un jour Wamba, roi des Visigoths d'Espagne, vint chasser jusque dans les forêts voisines avec une suite nombreuse. La biche qui nourrissait le saint ermite, poursuivie par les chiens allait succomber; enfin, exténuée de fatigue, elle vint se jeter aux pieds de son maître. Gilles, ému jusqu'aux larmes, pria le Seigneur de protéger la vie de l'innocent animal. Une flèche, lancée par un chasseur, vint frapper la main de l'homme de Dieu et lui fit une blessure qui ne devait jamais guérir. La biche était sauvée, car le roi, plein d'admiration pour cet homme qui lui apparaissait avec l'auréole de la sainteté sur le front, donna ordre de cesser la poursuite. Wamba fit même bâtir là, à la demande de Gilles, un monastère, qui devint l'abbatiale Saint-Gilles, dans le Gard. Mentionnée dès 814, l’abbaye doit sa grande renommée au pèlerinage du tombeau de son fondateur légendaire, invoqué pour la libération des prisonniers et la guérison des infirmités et les maladies. Elle est aujourd'hui classée au titre des monuments historiques, et inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.
Devenu abbé, Saint Gilles conseilla les plus grands, pape et rois.
On raconte qu'un grand personnage (Charles Martel ou Charlemagne ?) lui avait demandé l'absolution pour un très grand péché (inceste). Alors que Saint Gilles célébrait la Messe, un ange plaça sur l'autel un parchemin où était consignée la faute. Au fur et à mesure du déroulement de l'office, les traces écrites du péché s'effacèrent sur le parchemin.
Après avoir dirigé quelques temps ce monastère, Gilles chercha de nouveau la solitude, et revint enfin terminer ses jours parmi ses chers religieux.
Saint Gilles est représenté avec une biche, poursuivie par des chasseurs, ou tantôt en abbé bénédictin, avec la crosse. On le représente aussi en Italie avec une fleur de lys (giglio signifiant "lys" en italien).
Sur son tombeau fut construite l'abbaye de Saint-Gilles-du-Gard, alors port de mer, étape de pèlerinage sur le chemin de Rome et de Compostelle. Gilles a toujours son tombeau dans la crypte de l'abbatiale.
Au "Moyen-Âge", le culte de Saint Gilles était très important, non seulement en Provence et dans le Languedoc mais dans la plupart des pays de la chrétienté. Il était surtout vénéré comme saint auquel on se confessait le plus volontiers, puisqu'il assurait l'absolution.
Son culte se répandit rapidement, de nombreux pèlerins venus des pays les plus lointains (Flandres, Danemark, Hongrie, Norvège, Pologne…) s'acheminèrent vers son tombeau, invoquant saint Gilles contre la peur et le feu, pour la guérison des maladies nerveuses et pour la protection des enfants.
La ville de Saint-Gilles, aussi appelée Saint-Gilles-du-Gard, doit son nom au célèbre abbé Gilles l'Ermite dont elle garde le tombeau; elle fut au XIIe siècle un des plus importants lieux de pèlerinage de la chrétienté. La ville connut alors un développement sans précédent. Aujourd’hui, même si le culte de Gilles est moins pratiqué, Saint-Gilles-du-Gard demeure une étape pèlerine sur le chemin de Saint-Jacques.
Des villes et des villages en France et à l'étranger portent son nom et plus de 2000 églises le désignèrent comme patron.
Patron des estropiés, on invoque saint Gilles contre le cancer, la folie, la stérilité des femmes et la protection des enfants.
Selon le livre V du Codex Calixtinus (une oeuvre collective due aux maîtres et étudiants de la cathédrale compostellane et dont des chapitres copiés sont attribués au pape Calixte II), probablement rédigé vers 1120-1130:
"Le digne corps de Saint Gilles, très pieux confesseur et abbé, doit aussi être visité avec le plus grand soin et vigilance : car le très saint Gilles, célèbre dans tous les climats de la terre, doit être aimé et invoqué par tous, et l'objet des supplications de tous. Après les prophètes et les Apôtres, personne parmi tous les autres saints n'est plus digne, personne n'est plus saint, personne n'est plus glorieux, personne ne vient plus vite au secours. C'est lui en effet, avant les autres saints, qui a l'habitude d'être le plus prompt à aider les nécessiteux, les affligés et les angoissés qui font appel à lui. Ô que la visite de son tombeau est œuvre belle et précieuse ! Le jour même, celui qui l'aura prié de tout son cœur sera sans aucun doute heureusement secouru.
"Cela même que je dis, je l'ai expérimenté : j'ai vu autrefois un homme qui, le jour où il l'invoqua échappa grâce à l'aide du saint confesseur de la maison d'un certain Peirot, cordonnier, dont la très vieille demeure s'effondra entièrement. Qui donc verra davantage son tombeau ? Qui adorera Dieu dans sa très sainte Basilique ? Qui embrassera le plus son sarcophage ? Qui baisera son vénérable autel ou qui racontera sa très pieuse vie ? Un malade revêt sa tunique et est en effet guéri; grâce à sa vertu indéfectible, un homme mordu par un serpent, est guéri; un autre, ravi par le démon, est libéré. Une tempête en mer s'arrête; la fille de Théocrite lui est rendue par une guérison longuement souhaitée; un malade de tout le corps, privé de santé, retrouve le bon étant si longtemps désiré; une biche qui était sauvage, domestiquée par ses pouvoirs devient familière; l'ordre monastique sous le patronage de cet abbé s'étend; un énergumène est délivré du démon; le péché de Charlemagne qui lui fut révélé par un ange est remise au roi; un défunt est rendu à la vie; un paralysé retrouve sa santé antérieure; mieux encore, deux portes en cyprès portant des représentations sculptées de princes des apôtres de la ville de Rome jusqu'aux portes du Rhône, parviennent sur les ondes marines, sans aucun gouvernail, par la seule puissance de son pouvoir. Mourir me dégoûte parce que je ne peux narrer toutes ces œuvres vénérables tant elles sont nombreuses et grandes." (Adeline RUCQOI, Le Voyage à Compostelle, du Xe au XXe siècle, Robert Laffont, Lonrai 2018, p. 30, 44-45.)
Sources :
- Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 244 - La Bible et les Saints, Encyclopédie Tout l'Art, Flammarion, Gaston Duchet-Suchaux, Michel Pastoureau, 1994 – ISBN : 2-09-012256-8
- Les saints qui guérissent en Normandie, Hippolyte Gancel, Éditions Ouest France, 2006 – ISBN : 2-7373-3565-5
Philosophe grec d'Athènes, converti, réputé pour son Apologie du christianisme qu'il présenta à l'empereur Hadrien vers 125 ap.J.-C., probablement lors de son passage à Athènes. Ce texte, qui demeura longtemps égaré, a été retrouvé écrit en syrien, en arménien et en grec.
C'est probablement Aristide qui présenta un texte complétant son Apologie, intitulé Epître à Diognète. Cette élégante et vibrante fabrication littéraire tentait de convaincre un païen honnête de la sottise des racontars répandus au sujet des chrétiens, ces gens qui vivaient absolument comme tout le monde, mais simplement mieux que tout le monde :
"Ils [les chrétiens] habitent les villes des Grecs et des barbares; ils se conforment, en matière d'habillement, de nourriture et de tout le quotidien, aux usages du pays, et pourtant, ils présentent je sais quoi de remarquable et d'extraordinaire. Ils jouissent de tous les droits des citoyens et sont traités partout comme des étrangers. Ils se marient, ils ont des enfants, mais ils n'exposent pas leurs nouveau-nés [Ndlr. allusion à l'usage romain autorisant un père de famille à abandonner l'un de ses enfants parce qu'il doute de sa légitimité, n'a pas de quoi le nourrir, ne veut pas d'une fille de plus ou d'un infirme.Constantin Ier (310-337) interdira cette pratique contre laquelle les chrétiens n'avaient cessé de s'élever et contre laquelle ils luttaient en recueillant ces enfants. Ce qui leur épargnait le sort habituel de ces malheureux petits : mourir sur place, parfois dévorés par les chiens ou les porcs, être ramassés par des mendiants qui les estropiaient ou des proxénètes qui les prostituaient, ou, pour les plus chanceux, être vendus comme esclaves].
"...Ils[les chrétiens] mangent en commun mais ne se livrent pas à la débauche. Ils mènent dans la chair une vie non charnelle, vivant sur la terre mais le coeur au ciel. Ils obéissent aux lois établies, mais ils les surpassent par leur propre morale. Ils aiment l'humanité entière alors que tous les hommes les persécutent. Ils sont condamnés par ceux qui ne les connaissent pas; ils sont mis à mort et, par là, acquièrent l'immortalité..." (Epître à Diognète, V)
Malgré toutes les explications de Quadratus et d'Aristide,l'empereurHadrien (117 - 138) ne distinguait toujours pas nettement les chrétiens des Juifs. (...) Et ceux de Jérusalem qui restaient attachés à une bonne part des anciens rites hébraïques, prêtaient spécialement à cette confusion. On expulsa donc les chrétiens hiérosalémytes (habitants de Jérusalem) de la ville, comme les Juifs; une mesure queTitus en son temps (empereur de 79 à 81) mieux informé, n'avait pas voulu prendre.
À Athènes, vers 150, saint Aristide, philosophe très célèbre par sa foi et sa sagesse, qui présenta à l’empereur Adrien un livre sur la vérité de la religion chrétienne.
Comme le sophisteThrasymaquedans la République de Platon, Marx était un relativiste moral qui croyait que les principes moraux étaient déterminés par les intérêts de la classe qui contrôlait le système économique.
"Faites ce que je dis pas ce que je fais!"
L'homme qui a juré la perte du capitalisme passait son temps à spéculer à la Bourse de Londres !
L'image de Karl Marx en philosophe miséreux, sacrifiant sa vie pour la cause du prolétariat, est une légende très bien entretenue.
Le père du communisme mondial avait un passe-temps inattendu : le boursicotage.
Marx n'a presque jamais eu de travail salarié. Pour vivre et écrire, il était perfusé financièrement par son grand ami Friedrich Engels.
Le détail que l'Histoire oublie souvent, c'est qu'Engels était le riche directeur d'une usine textile en Angleterre. La rédaction des grands textes marxistes a donc été financée très concrètement par l'exploitation quotidienne de la classe ouvrière.
Mais le paradoxe va encore plus loin.
En 1864, Marx touche enfin une petite série d'héritages. Au lieu d'injecter ces fonds dans l'organisation de la révolution, il se tourne vers la City londonienne.
Il achète des actions anglaises et spécule sur les obligations américaines.
Dans sa correspondance privée, il écrit à Engels pour se vanter de ses plus-values boursières. Il lui explique très sérieusement qu'il joue sur les variations du marché pour arracher de l'argent au système.
Le grand théoricien de la lutte des classes scrutait le cours de la Bourse pour optimiser ses rendements.
Pendant qu'il rédigeait Le Capital pour dénoncer l'accumulation des richesses, son auteur tentait discrètement de faire fortune grâce aux dividendes.
Si vous cherchez quelque lieu élevé, quelque endroit consacré,
Offrez à Dieu un temple dans votre intérieur,
Car le temps de Dieu est saint
et c'est vous qui êtes ce temple.
Vous voulez prier dans un temple, priez en vous-même.
Mais commence par devenir le temple de Dieu,
parce qu'il exaucera celui qui le prie dans son temple.
Saint Augustin, cité in Jean-Paul Bourré, Méditations chrétiennes, Presses du Châtelet, Paris 2004, p. 72.
Saint Augustin né à Tagaste en Afrique du nord en l'an 354, dans la province romaine de Numidie (aujourd’hui Souk-Arhas en Algérie), d’une mère chrétienne (Ste Monique) et d’un père païen, est compté parmi les plus grands intellectuels chrétiens. Il insista sur le rôle de la raison dans la foi.
Son éducation est entièrement tournée vers l’étude et la foi chrétienne. À 16 ans, il part à Carthage pour y parfaire son éducation. Là, il étudia la rhétorique et la philosophie et s'éloigna du christianisme pour suivre les principes du manichéisme. Il n’a pas 20 ans lorsqu’il prend une concubine avec laquelle il a un fils. Il enseigna la grammaire, la rhétorique et la philosophie à Tagaste, Carthage, Rome et Milan. Il eut alors l'opportunité d'entendre prêcher l'évêque Ambroise, ce qui l'amena à se convertir, et à recevoir le baptême en l'an 386.
Il est avant saint Thomas d'Aquin, le plus grand penseur chrétien, le marteau de toutes les hérésies de son temps, dont :
-le manichéisme,
-le donatisme,
-le pélagianisme
-et à la fin de sa vie, l'arianisme. Ses innombrables ouvrages sont un des plus splendides monuments de l'intelligence humaine éclairée par la foi.
De la nécessité des hérésies. S. Augustin explique la réalité du développement de la doctrine, progressivement affinée et mieux comprise dans l'Église grâce aux hérésies.
"Il a été dit avec raison : 'il faut bien qu’il y ait parmi vous des groupes qui s’opposent, afin qu’on reconnaisse ceux d’entre vous qui ont une valeur éprouvée.' ( 1 Co 11, 19 ). … Alors qu'ils n'auraient pas moins entretenu de fausses opinions, des hommes deviennent hérétiques, même au sein de l'Église. Maintenant qu'ils sont dehors, ils nous font plus de bien, non pas en enseignant la vérité, car ils l'ignorent, mais en incitant les catholiques charnels à la rechercher et les catholiques spirituels à l'exposer. Il y a dans la Sainte Église d'innombrables hommes approuvés par Dieu, mais ils ne se manifestent parmi nous tant que nous nous complaisons dans les ténèbres de notre ignorance et préférons dormir plutôt que de contempler la lumière de la vérité. Ainsi, beaucoup sont réveillés par les hérétiques, afin qu'ils voient la lumière de Dieu et s'en réjouissent. Utilisons donc même les hérétiques, non pas pour approuver leurs erreurs, mais pour affirmer la discipline catholique contre leurs ruses, et pour devenir plus vigilants et prudents, même si nous ne pouvons les ramener au salut." (Saint Augustin, De la vraie religion, 390, § 15)
''Il y a beaucoup d'hérétiques ; et Dieu a permis qu'ils abondent afin que nous ne soyons pas toujours nourris de lait et que nous ne restions pas dans une enfance insensée. Car, n'ayant pas compris comment la divinité du Christ nous est présentée, ils ont conclu selon leur volonté ; et, par manque de discernement, ils ont soulevé des questions très embarrassantes chez les croyants catholiques ; et le cœur des croyants a commencé à être troublé et à vaciller. Alors, il devint immédiatement nécessaire pour les hommes spirituels, qui avaient non seulement lu dans l'Évangile quelque chose concernant la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, mais l'avaient aussi comprise, de revêtir l'armure du Christ contre l'armure du diable, et de lutter de toutes leurs forces pour la divinité du Christ dans un combat très ouvert contre les faux et trompeurs docteurs ; de peur que, pendant leur silence, d'autres ne périssent. Car quiconque a pensé que notre Seigneur Jésus-Christ est d'une autre substance que le Père, ou qu'il n'y a que le Christ, de sorte qu'il est le même le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Ceux qui ont choisi de croire qu'il n'était qu'un homme, et non pas un Dieu fait homme, ou un Dieu mutable dans sa divinité, ou un Dieu inhumain, ceux-là ont fait naufrage loin de la foi et ont été chassés du port de l'Église, de peur que leur inquiétude ne fasse naufrage avec eux. Ce qui nous a obligés, nous aussi, bien que les plus petits et les plus indignes de nous-mêmes, mais mis en valeur par sa miséricorde parmi ses intendants, à vous dire ce que vous pouvez comprendre et vous réjouir avec moi, ou, si vous ne pouvez pas encore comprendre, en y croyant, vous pouvez rester en sécurité au port.'' (Saint Augustin, Traité 36 sur l'Évangile de Jean, §6)
"Les hérétiques eux-mêmes cèdent la place à ceux qui réussissent, selon la parole de l'apôtre : 'Il faut aussi qu'il y ait des sectes, afin que ceux qui sont approuvés soient manifestés parmi vous.' ( 1 Corinthiens 11:19). C'est pourquoi il est dit ailleurs : 'Un serviteur avisé supplantera le fils indigne ; avec les frères il aura part à l’héritage.' (Pr 17, 2 ). Car si l'agitation des hérétiques soulève des questions sur de nombreux articles de la foi catholique, la nécessité de les défendre nous oblige à les examiner plus attentivement, à les comprendre plus clairement et à les proclamer avec plus d'ardeur ; et la question soulevée par un adversaire devient l'occasion d'une instruction. Nous examinons ces secrets de l'Écriture divine du mieux que nous pouvons. Tous n'accepteront pas notre interprétation avec la même confiance, mais tous sont convaincus que ces événements n'ont été ni accomplis ni consignés sans une préfiguration d'événements futurs, et qu'ils ne doivent être rapportés qu'au Christ et à son Église, qui est la cité de Dieu, proclamée dès le début de l'histoire humaine par des figures que nous voyons aujourd'hui partout s'accomplir…'' (Saint Augustin, Cité de Dieu, vers 413-426, Livre 16, Ch. 2)
"Mais puisqu'il a dit que le Seigneur a préparé non seulement des flèches, mais aussi des ''instruments de mort'' dans l'arc, on peut se demander : que sont les instruments de mort ? Sont-ils, par hasard, des hérétiques ? Car eux aussi, du même arc, c'est-à-dire des mêmes Écritures, éclairent les âmes non pas pour les enflammer d'amour, mais pour les détruire par le poison, ce qui n'arrive qu'après qu'elles ont mérité leur péché. C'est pourquoi cette dispensation doit être attribuée à la Divine Providence, non pas pour rendre les hommes pécheurs, mais pour les ordonner après qu'ils ont péché. Car, par le péché qui les atteint avec une intention malveillante, ils sont contraints de les mal comprendre (les Écritures), ce qui serait la punition même du péché. Par la mort de ces instruments, cependant, les fils de l'Église catholique sont, pour ainsi dire, tirés de leur sommeil par des épines, pour ainsi dire, et progressent vers la compréhension des saintes Écritures. ''Car il faut aussi des sectes afin que ceux qui sont approuvés soient manifestés parmi vous' ( 1 Co 11:19 )... Car il n'est pas faux que l'Apôtre dise : 'pour les uns, c’est un parfum de mort qui conduit à la mort ; pour les autres, un parfum de vie qui conduit à la vie. Et qui donc est capable de cela ?' ( 2 Co 2:16 ). Il n'est donc pas étonnant que les mêmes apôtres soient à la fois des instruments de mort pour ceux qui les persécutaient et des flèches enflammées pour enflammer le cœur des croyants.'' (Saint Augustin, Exposition du Psaume 7, §15)
"Car par les hérétiques, l'Église catholique a été justifiée, et par ceux qui pensent mal, ceux qui pensent bien ont été prouvés. Car beaucoup de choses étaient cachées dans les Écritures ; et lorsque les hérétiques furent retranchés, ils troublèrent l'Église de Dieu par leurs questions ; alors ces choses cachées furent dévoilées, et la volonté de Dieu fut comprise. C'est pourquoi il est dit dans un autre psaume : 'Afin de chasser ceux qui ont été éprouvés par l'argent' (Ps. 68,31). Car qu'ils soient exclus, a-t-il dit, qu'ils sortent, qu'ils apparaissent. C'est pourquoi même dans le travail de l'argent, les hommes sont appelés 'exclus', c'est-à-dire ceux qui pressent la forme à cause de la confusion de la masse. C'est pourquoi de nombreux hommes capables de comprendre et d'expliquer les Écritures avec une grande excellence se cachaient parmi le peuple de Dieu. Mais ils ne donnaient pas la solution aux questions difficiles, lorsqu'aucun insulteur ne les pressait de revenir. Car la Trinité était-elle parfaitement traitée avant que les ariens ne s'y opposent ? La repentance était-elle parfaitement traitée avant que les novatiens ne s'y opposent ? De même, le baptême n'était-il pas parfaitement traité avant que les rebaptiseurs, écartés du dehors, ne soient contredits ; Les doctrines qui ont été énoncées n'ont pas non plus été clairement énoncées de l'unité même du Christ, sauf après que cette séparation a commencé à peser sur les faibles : afin que ceux qui savaient traiter et résoudre ces questions (de peur que les faibles ne périssent tourmentés par les questions des impies), par leurs discours et leurs disputes, mettent au jour les ténèbres de la Loi… Voyez comment l'Apôtre met en lumière ce sens obscur : 'Il est nécessaire, dit-il, qu'il y ait aussi des sectes, afin que des hommes éprouvés soient manifestés parmi vous' (1 Co 11:19 ). Que signifie 'des hommes éprouvés' ? Éprouvés par l'argent, éprouvés par la parole. Que signifie 'être manifestés' ? Pouvoir être révélés. Pourquoi cela ? À cause des hérétiques. Ainsi donc, eux aussi 'ont été divisés à cause de la colère de sa face, et son cœur s'est rapproché. Ses discours sont plus doux que l'huile, et ils sont eux-mêmes des traits. Car certaines choses dans les Écritures semblaient dures, tout en étant obscures ; une fois expliquées, elles ont été adoucies. Car la première hérésie des disciples du Christ, comme issue de la dureté de son discours, résulta de sa dureté. Car, lorsqu'il dit : 'Si quelqu'un ne mange ma chair et ne boit mon sang, il n'aura pas la vie en lui-même', ils ne le comprirent pas et se dirent entre eux : 'Ce discours est dur, qui peut l'entendre ?' En disant : 'Ce discours est dur', ils se séparèrent de lui. Il resta avec les autres, les douze. Ceux-ci lui ayant fait savoir que son discours les avait scandalisés, il leur lui dit : 'Voulez-vous partir, vous aussi ?' Pierre répondit : 'Tu as la parole de vie éternelle ; à qui irions-nous ?' (Jean 6:68 ). Soyez attentifs, nous vous en prions, et vous, petits, apprenez la piété. Pierre comprit-il le secret de ce discours du Seigneur ? Il ne le comprenait pas encore ; mais comme ces paroles qu'il ne comprenait pas étaient bonnes, il les crut avec piété. Si donc un discours est dur et n'est pas encore compris, qu'il soit dur pour l'impie, mais qu'il soit adouci pour toi par la piété; car, lorsqu'il sera compris, il deviendra pour toi de l'huile, et il pénétrera jusqu'aux os.'' Saint Augustin, Exposition du Psaume 55, §§21-22.)
"[P]ar leurs calomnies, ils nous invitent et nous conduisent à cela. Oui, si nous vivons religieusement, si nous croyons au Christ, si nous ne désirons pas nous envoler du nid avant l'heure, ils ne nous conduisent qu'à cela : à la connaissance des mystères. Remarquez donc, saints frères, l'utilité des hérétiques ; leur utilité, c'est-à-dire au regard des desseins de Dieu, qui fait bon usage même des méchants. ... Et ainsi il arrive que les hérétiques servent utilement à la découverte de la vérité, tandis qu'ils errent pour séduire les hommes dans l'erreur. Car la vérité serait recherchée avec moins de soin, si elle n'avait pas d'adversaires menteurs ; 'Car il faut aussi qu'il y ait des sectes parmi vous », et comme si nous devions en rechercher la cause, il [saint Paul] ajoute aussitôt : « afin que ceux qui sont approuvés soient manifestés parmi vous ' (1Cor. 11:19).'' (Saint Augustin, Sermon 1 (51), Sur l'accord de Matthieu et de Luc sur les générations du Seigneur, § 11)
''C'est un peu plus tard, je l'avoue, que j'ai appris comment, dans la phrase : 'Le Verbe s'est fait chair' (Jean 1, 15), la vérité catholique se distingue du mensonge de Photin. Car la désapprobation des hérétiques fait ressortir avec assurance les principes de votre Église et la saine doctrine. Car il faut bien qu’il y ait parmi vous des groupes qui s’opposent, afin qu’on reconnaisse ceux d’entre vous qui ont une valeur éprouvée. [1 Cor. 11, 19]. (Saint Augustin, Confessions, vers 397-400, Livre 7, Ch. 19, § 25)
"Aussi ces malheureux, en ne voyant point la pierre dans Pierre, en ne voulant pas croire que les clés du royaume des cieux ont été remises à l'Église, les ont laissées échapper de leurs mains !..." (Saint Augustin, Sermones, Sermon 295, qui traite de la fête des Apôtres Pierre et Paul.)
"Ce ne sont pas ceux qui persistent dans la vérité qui font le SCHISME, mais ceux qui s'en éloignent." (De Unitate EcclesiaePL 43,410) Dans plusieurs de ses Sermons (par exemple sermon 267), Saint Augustin rappelle que ceux qui brisent l'unité de l'Eglise par l'hérésie s'excluent eux-mêmes de la communion. Répondant aux donatistes qui accusent les catholiques de trahir l'Eglise en communiant avec des évêques jugés indignes, il affirme que l'unité de l'Eglise repose sur la vérité de la foi et la communion avec le Christ, et non sur la pureté morale des membres. Ceux qui rompent cette unité (hérétiques ou schismatiques) sont ceux qui quittent la vérité, pas ceux qui y restent fidèles!
Le manichéisme
Mani (ou Manès), avait vécu au IIIe siècle. Il était né en Perse (sans doute vers 215). Son père, semble-t-il, appartenait à la secte judéo-chrétienne des Helchassaïtes, appelés encore Alexéites, qui professaient une sorte de dualisme où le feu était le symbole de la damnation et l'eau celui du salut.
La doctrine de Mani était constituée comme un syncrétisme, infiniment plus large et plus subtil que ceux dont le monde gréco-romain avait fait les essais.On y pouvait repérer des éléments chrétiens, pour la plupart hérétiques, issus du judéo-christianisme de sa jeunesse et des influences marcionites qui s'exerçaient en Mésopotamie; une forte dose de gnosticisme syro-chrétien de Satornil (Saturnin) et de Cerdon, au bouddhisme ou plutôt à la tradition panindienne, à laquelle il avait emprunté la doctrine de la transmigration des âmes et un sens de la nature qui paraît ses théories d'une poésie souvent exquise, le tout prenant pour soubassement l'antique dogme dualiste iranien, tel que Zoroastre l'avait mis au net mille ans plus tôt, le dogme de l'opposition entre deux dieux également forts, et également premiers, le dieu du Bien et le dieu du Mal, entre Ormuzd et Ahriman.
Recherchant constamment la vérité, Augustin lit en 373 l'Hortensius de Cicéron (traité aujourd'hui perdu), qui réveille en lui l'amour du savoir. Il lit aussi la Bible mais est rebuté par une traduction médiocre et des récits pleins d'immoralité. Il se tourne vers le manichéisme, religion soit-disant rationnelle, dans laquelle il demeure neuf ans, de 374 à 383.
En 375, enseignant la rhétorique et l’éloquence à Carthage, où il est logé chez un ami richissime, il est un rhéteur véhément qui milite en faveur de l'hérésie manichéenne et s'enivre des prestiges du luxe et des admirations faciles. Tiraillé par l'ambition et le dégoût, plus incertain qu'il ne veut paraître, il décide d'emmener sa famille à Rome en 383. N’y trouvant pas l’emploi qu’il avait espéré, il accepte d’aller enseigner à Milan.
En fait, l'état d'âme d'Augustin arrivant à Milan était celui d'un homme profondément troublé et qui souffrait d'un désaccord essentiel. Il a passé trente ans. Le manichéisme, système où il avait espéré trouvé la solution des grands problèmes, l'a déçu; et depuis une pitoyable rencontre avec le héraut de la secte, l'évêque Fauste de Milève, il en est déjà secrètement détaché (premiers doutes sur la solidité des conceptions manichéennes). En surface il est heureux; professeur écouté, personnage quasi officiel, locataire d'une agréable demeure, d'un beau jardin. Au fond de lui, il sait trop qu'il piétine et patauge.
Au sujet de la cause du mal, S. Augustin, dans ses Confessions nous dit que les manichéens "cherchaient le principe et l'origine du mal avec une malice si noire et si aveugle qu'ils aimaient mieux soutenir que votre substance divine était susceptible du mal, que d'avouer que la leur, faible et misérable, était capable de la commettre. [...] Mais je disais ensuite : 'Qui m'a créé? N'est-ce pas le Seigneur mon Dieu, qui non seulement est bon, mais la bonté même?'"(Livre VII, 3)
Dans le manichéisme, la création tout entière, était le lieu de ce combat, elle était un mélange inextricable de bien et de mal. L'homme lui-même était divin, lumineux par l'âme, mais par le corps, opaque et porté vers le mal. Avec Mani, tout était simple. Il fallait aider le Bien contre le Mal, c'est-à-dire écarter de soi tout ce qui était matériel et diabolique.
Le manichéisme apparaissait comme une sorte d'anarchisme spirituel propre à désagréger tous les principes les plus solides de l'éthique et de la vie. Dans son expansion, il rencontra partout de terribles obstacles; partout il fut récusé comme hérésie et persécuté. L'Inde après quelques mois d'essais de pénétration s'en débarrassa. Il fut également chassé de Chine. En Turquie, les Kirghiz, ces stricts musulmans éliminèrent le dualisme manichéen. (DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 402-404.)
"Saint Augustin rapporte qu'ils (les manichéens) enseignaient que 'le péché n'est pas notre fait, mais l'œuvre en nous de je ne sais qu'elle substance étrangère.' Si bien que l'individu peut tout se permettre, tout en se trouvant "hors de faute". Il n'est pas responsable puisqu'il est agi par une force qui le domine. Situation infiniment confortable, quand on a fait quelque chose de mal", que de ne pas avoir à se dire qu'on en est l'auteur. (S. Augustin, Les Confessions, V.)" (Jean-Louis Harouel, Les Droits de l'Homme contre le peuple, Desclée de Brouwer, Paris 2016, p. 52.)
De même, alors que les païens grecs ou romains ordinaires s'abandonnaient volontiers au destin et au fatalisme, Saint Augustin prêchait le libre arbitre. (Cicéron avait déjà exprimé des vues quelque peu semblables à celles de saint Augustin). Jésus enseignait en effet que chaque individu devait répondre de ses erreurs morales précisément parce qu'elles étaient de mauvais choix. D'emblée le christianisme a enseigné que le péché est une affaire personnelle, qu'il n'est pas inhérent au groupe, mais que chaque individu doit avoir le souci de son propre salut. Les humains ont reçu la capacité, et par conséquent la responsabilité, de déterminer leurs propres actions.
À la différence des grecs et des Romains, dont les dieux manquaient cruellement de vertu et ne se souciaient pas des défaillances humaines, le Dieu chrétien est un juge qui récompense la 'vertu' et punit le 'péché'. Cette conception de Dieu est incompatible avec le fatalisme.
"Que toutes choses procèdent du destin, nous le le disons pas; nous affirmons au contraire que rien ne procède du destin." (La Cité de Dieu, livre V, ch. 9 in Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 47-50.)
Pour lui, le savoir est un moyen de rencontrer Dieu. L’étude de l’univers ne peut que conduire à une appréciation plus haute de la sagesse de Dieu. Mais il place la foi ("crois pour comprendre" en premier)au-dessus : elle prime la connaissance. L’homme a le libre choix entre le bien et le mal, mais pour faire le juste choix, il a besoin de l’aide divine et d’une foi forte.
Tous les hérétiques souhaitent être appelés catholiques, mais lorsqu'un étranger demande où se réunit l'Église catholique, aucun hérétique ne se risque à indiquer sa propre chapelle ou sa propre maison.
Contre la lettre fondamentale de Manichée (§5)
Saint Augustin figuré dans ses vêtements épiscopaux, tenant à la main soit un livre (il est Père de l'Eglise et Docteur), soit un coeur enflammé, éventuellement percé de flèches, symbole de sa recherche de Dieu brûlante d'amour
Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tu te tais par amour ; si tu cries, tu cries par amour ; si tu corriges, tu corriges par amour ; si tu épargnes, tu épargnes par amour. Qu’au-dedans se trouve la racine de la charité. De cette racine rien ne peut sortir que de bon."
Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu.
Sermon 128 (P. L. 39, col. 1997)
À l'automne 384, appuyé par ses amis manichéens, Augustin est nommé professeur de rhétorique à Milan. Il y admire la prédication de l'évêque S. Ambroise. C’est le début de sa conversion, mais il prend vite une nouvelle femme.
Poussé sans cesse par son bienheureux appétit de l'intelligence, Augustin lit Platon, Plotin, les traités néo-platoniciens qu'un ami lui prête dans les traductions latines de son compatriote, le rhéteur Victorin.
Les manichéens affirmaient que la matière avait été créée par un autre dieu, "un esprit qui n'a point été créé" par Dieu, "d'une autre nature" que celle de Dieu, et qui lui était "opposé". Cet esprit aurait "formé et produit toutes ces choses dans les plus basses parties du monde" (Confessions, Livre XXX). La matière était tenue pour vile. La rencontre d'Augustin avec le néoplatonisme lui fit d'abord connaître le paradigme de la lumière, qui descend d’en-haut pour éclairer les choses, et qui est ainsi un symbole de Dieu. C'est en lui une illumination. Il découvre la bonté fondamentale de tout être : l'Esprit existe en dehors de toute représentation ou matière (transcendance divine). Ce qui achève de balayer en lui les dernières traces manichéennes :en découvrant que toutes les choses ont en soi une transparence, elles peuvent pour ainsi dire, réfléchir la bonté de Dieu (le Bien), Augustin s’est "libéré du manichéisme dans lequel il vivait auparavant et qui le disposait à penser que le mal et le bien s’opposaient continuellement, en se confondant et en se mélangeant, sans avoir de contours précis. Comprendre que Dieu est lumière lui donna une nouvelle orientation dans l’existence, la capacité de reconnaître le mal dont il était coupable et de s’orienter vers le bien." (Cf. Lumen fidei, § 33)
Dans le cheminement de conversion d'Augustin, le platonisme lui fit découvrir le monde intelligible, ce qui lui permit de s'approcher du Verbe, et il s'exalte à la vision métaphysique d'un univers ordonné par lui et le manifestant :
"Je m'étonnais de t'aimer, mon Dieu, devait-il écrire à propos de cette période de sa vie. Toi et non plus un vain fantôme. Si je n'étais pas encore capable de jouir de Toi, j'étais emporté vers Toi, par ta beauté."
Par-dessus tout, dans cette jeune âme en quête, la promesse de Dieu était l'amour. Il y a dans des pages émouvantes, que le saint écrira plus tard de ses expériences juvéniles, un mot dont on ne peut exagérer la richesse et qui résume toute sa conversion :
J'aimais aimer...
Celui qui, méritera d'être dit le Docteur de l'Amour, celui dont la postérité résumera le message dans la célèbre formule: "Aime, et fais ce que tu veux!" Si l'amour de Dieu et du prochain pouvait être parfait en notre coeur, chacune de nos actions seraient d'une perfection infaillible.
Augustin découvre vite les limites de la métaphysique platonicienne. Du Dieu des idéalistes, il "n'est pas capable de jouir." Le mystère de l'Incarnation n'est pas loin...
Au printemps 385, sa mère Ste Monique le rejoint à Milan. Il commence à découvrir les beautés de la Bible. Début 386, il réfléchit sur le mystère du mal. En mai-juin, il découvre les "livres des platoniciens". Il lit les Lettres de S. Paul, consulte le théologien Simplicien, reçoit la visite de Ponticianus, qui lui fait connaître la Vie d'Antoine.
Il est soudainement frappé par la grâce le 15 août 386 dans le jardin de sa maison de Milan, alors qu’il explique à un de ses élèves la lutte intérieure qui le déchire. Il entend une voix d'enfant lui dire: "Tolle! Lege!" (Prends! Lis!) Il tombe sur le chapitre 13 de l'Épître aux Romains: "Ni ivresse, ni débauche, ni luxure... Revêtez au contraire le Seigneur Jésus Christ." Augustin raconte le moment de cette expérience concrète dans ses Confessions. Ce moment où se révèle le Dieu personnel de la Bible, capable de parler à l’homme, de descendre pour vivre avec lui et d’accompagner sa marche dans l’histoire, en se manifestant dans le temps de l’écoute et de la réponse. Trois ou quatre semaines plus tard, Augustin abandonne alors le monde. Il résigne ses fonctions et se retire dans un monastère à Cassiciacum, près de Milan, où il rédige ses premiers Dialogues et les Soliloques.
Je ne sais rien, si ce n'est qu'il faut mépriser les choses fragiles et périssables, pour chercher les choses certaines et éternelles. C'est ce que je fais, puisque là se réduit toute ma science.
Augustin, Soliloques
Augustin reçoit le baptême des mains de Saint Ambroise, à 33 ans, le jour de Pâques 387 (24 ou 25 avril), avec son fils de 14 ans, Adéodat et son ami Alypius.
Son premier soin est de dénoncer la fausse morale manichéenne et ses suspectes facilités dans le De Moribus. Puis ce furent à partir des livres de la Genèse, ses efforts pour expliciter les fondements de l'autorité. A l'automne 387, il a l'extase d'Ostie, puis c'est la mort de Monique.
En 388, il retourne en Afrique du Nord, où menant une vie monastique à Thagaste, il devient le défenseur de l’orthodoxie chrétienne, écrivant d’innombrables lettres et sermons contre les hérétiques de son temps et de nombreux traités de philosophie et de métaphysique.
En 391, Augustin est ordonné prêtre à Hippone (près de l'actuelle Annaba, sur la côte algérienne).
En 395, il est consacré évêque d’Hippone, où il passera le reste de sa vie, un règlement ecclésiastique interdisant le transfert des évêques. Il installe dans sa propre maison une petite communauté fraternelle dont l’exemple est à l’origine de la plupart des règles monastiques. 118 traités, 218 lettres, plus de 500 sermons, cette production mêlera Augustin aux grandes controverses de son temps. Rares sont les traités qui, comme l'ouvrage De la Trinité, demeurent en marge de ces débats.
Saint Augustin, 1464 environ, Pierro della Francesca, Lisbonne, musée national d'Art ancien, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 508-509.
Devenu évêque, il offre aux zélateurs de Mani des rencontres publiques où chacun des deux camps apportera ses arguments.
En même temps, dans une suite de textes polémiques, Augustin réfute les grands ouvrages de la secte, les thèses d'Adimantus, les Fondements de Mani lui-même, le grand oeuvre que Faust de Milève vient de publier contre l'Écriture sainte et que l'évêque d'Hippone combat en rien de moins que trente-trois livres.
Parallèlement, pour opposer la vérité à l'erreur, ce sont les grands traités sur le Libre arbitre, la Nature du bien qu'Augustin dresse comme des bastions contre les entreprises de la "peste de l'Orient".
"Je ne croirai pas à l'Évangile si l'autorité de l'Église catholique ne m'y poussait." (Contre la lettre de Manicheus 5,6). Dans son traité Contre la lettre de Mani (Contra epistulam Manichaei), Augustin répond aux critiques des manichéens, qui rejettent l’Ancien Testament et remettent en cause l’autorité des Écritures transmises par l’Église. Les manichéens prétendent détenir une connaissance secrète et directe de la vérité, sans passer par la médiation de l’Église... Augustin, ancien manichéen converti, leur oppose que la foi en l’Évangile ne repose pas sur une lecture individuelle ou une révélation privée, mais sur l’autorité de l’Église, garante de la transmission fidèle du message chrétien depuis les apôtres.C’est l’Église qui donne crédibilité aux Écritures, et non l’inverse. Augustin utilise souvent l’image de l’Église comme mère qui engendre et nourrit la foi. Sans elle, l’interprétation des Écritures serait livrée à l’arbitraire et aux divisions. L’Église, par sa continuité avec les apôtres, est le critère de vérité. Elle précède et fonde la lecture des Écritures. Augustin ne rejette pas la raison ou l’étude personnelle des Écritures, mais il insiste sur le fait que la foi naît d’abord de l’écoute de l’Église, avant d’être éclairée par l’intelligence. À une époque de schismes (donatistes, manichéens, ariens), Augustin voit dans l’unité de l’Église catholique un rempart contre l’erreur. Cette idée a été reprise par des théologiens comme Thomas d’Aquin, puis par le concile Vatican I (1870) pour définir le rôle du magistère. Elle reste un pilier de la théologie catholique sur la relation entre Écriture, Tradition et Église. Augustin ne nie pas la valeur de l’Évangile, mais il affirme que c’est l’Église qui en rend la foi possible et crédible, en garantissant son authenticité et son interprétation juste.
De cette bataille sévère, le manichéisme sortit épuisé. À la mort d'Augustin dans Hippone assiégée, le 28 Août 430 à l’âge de 76 ans, la fin de l'hérésie était proche. Au bénéfice du christianisme, l'oeuvre du saint aboutit à poser des bases définitives: situant exactement les rapports entre raison et autorité, définissant le mal - dans la grande perspective paulinienne - comme ce qu'il est, un déficit, une imperfection, une carence, mais non une réalité, affirmant que tout ce qui a été créé par Dieu est bon dans son essence. Du point de vue de la civilisation, il avait contribué à écarter la menace d'une doctrine qui ruinait les fondements de la vie collective, la morale, la famille, les échanges sociaux, la discipline.
Tombe de saint-Augustin à la basilique San Pietro in Ciel d'Oro à Pavie.
Le donatisme
Dans la lutte contre ce qu'il appelait "le parti de Donat", il s'y lança avec une véhémence et une ténacité qui devait faire de lui, depuis les années 400 jusqu'à sa mort, le véritable chef de la lutte antidonatiste, et quand le schisme hérétique, en fin de compte, s'effondra, son véritable vainqueur.
Né au début du IV siècle au lendemain de la persécution de Dioclétien sous prétexte que certains évêques avaient été "traditeurs" (c'est-à-dire avaient capitulé devant les agents impériaux et devaient être tenus pour indignes d'administrer les sacrements), le rigorisme donatiste avait tourné au schisme et à l'hérésie. Au schisme, car il avait aboutit à créer une contre-Église séparée de Rome; à l'hérésie, car les théologiens de la secte avaient soutenu que seuls les saints (ceux qui n'avaient pas apostasié) font partie de l'Église, les pécheurs en étant complètement proscrits. Le donatisme avait trouvé maintes complicités en Afrique.
Dégradée par une minorité de violents, l'Église qui s'intitulait "des saints", s'était, depuis 80 ans, acoquinée à des bandits violents, des malfaiteurs de toute sorte qui livraient aux catholiques une guerre sans merci. Vers 400, l'Église schismatique avait peut-être plus d'adeptes en Afrique que la véritable Église ! Pour persuader les chefs de la faction ennemie de leurs erreurs, Augustin leur proposa, comme il le fit pour les manichéens, des discussions publiques; moins intellectuels, la plupart se dérobent. Alors, c'est par écrit qu'il les combat, multipliant livres et traités où il expose leurs assertions, puis les démonte et les pulvérise.
La grande conférence de Carthage, en juin 411 où 286 évêques catholiques (dont S. Augustin) affrontent 279 donatistes, voit le penseur d'Hippone en venir à bout.
Quiconque se sépare de l'Église catholique par ce seul péché d'être séparé de l'unité du Christ, quelle que soit la vie estimable qu'il s'imagine mener, n'aura pas la vie, mais la colère de Dieu repose sur lui.
Quand finalement le gouvernement impérial ordonnera la suppression légale du donatisme et commencera à poursuivre ses adeptes, Augustin essaiera encore de rallier les schismatiques désemparés pour les ramener à l'Église. Si dès lors, le parti de Donat s'effondre, pour disparaître tout à fait avant l'an 500, la plus grande part du mérite en revient à Augustin.
Le schisme donatiste était sectaire; orgueilleux, il prétendait à une sainteté exclusive. Augustin lui opposait l'image authentique de l'Église: elle est miséricordieuse à tous, même aux pécheurs, et ses membres les plus chers sont les humbles de coeur. Cette apologétique, née de la bataille, a gardé jusqu'à nous son prestige inentamé.
C'est dans une série de lettres, dont l'une des plus riches est la lettre 93 à Vincentius, que S. Augustin a rassemblé les arguments susceptibles de légitimer contre le schisme et l'hérésie l'appel au bras séculier. Certes, la foi et l'amour de Dieu sont des actes essentiellement libres; et l'on ne peut expressément n'y contraindre personne, mais l'État peut et doit punir les atteintes à l'épanouissement, à l'unité de l'Église chrétienne.
Le pélagianisme
La lutte donatiste était à son paroxysme quand une nouvelle hérésie surgit à la quelle Augustin eut encore à faire front. Le moine breton Pélage, à Rome, sous le pontificat d'Anastase (399-401) s'était mis à dénoncer les demi-convertis qui entouraient le sanctuaire, les chrétiens nominaux que le baptême ne changeait en rien.
Établi à Rome vers 400, Pélage rencontre le prêtre syrien Rufin qui lui transmet sa doctrine connue ensuite sous le nom de pélagianisme, selon laquellela transgression d'Adam n'avait affecté que lui et que tout homme naissait innocent et n'avait aucun besoin de la grâce divine pour s'établir durablement dans le bien. L'homme pouvait se sauver par ses propres forces. Attaquée violemment par Augustin, cette hérésie fut condamnée au concile oecuménique d'Ephèse (431).
Le moralisme dur, intransigeant et ascétique de Pélage, connut un vif succès, d'autant qu'il prêchait d'exemple, en des milieux profondément croyants. Le moine breton fut tenu pour une sorte de prophète. Sa doctrine se résumait dans une négation de la nécessité du baptême : Pélage proclamait la toute-puissance non pas de Dieu, mais de l'homme..., qui même quand il ne veut pas le bien et ne le fait pas, peut le faire par sa seule volonté, par ses propres forces naturelles. La grâce sanctifiante qui venait de Dieu n'était plus nécessaire. Par conséquent, la Rédemption perdait son sens de régénération de la mort à la vie. Un tel système ramenait la religion à un pur moralisme, niait l'utilité du sacrifice du Christ, rendait inutile toute prière... Si, seul, je puis me sauver, pourquoi prier ?
Cette déviation ne fut pas facile à discerner, car, par bien des traits, Pélage et les siens se présentaient en chrétiens remarquables. Dès qu'il eut été mis au courant, Augustin lui ne s'y trompa point.
"Avant même que je connusse les thèses de Pélage, mes livres les réfutaient", a-t-il écrit.
"La doctrine de la grâce, définie par S. Augustin comme une 'liberté de Dieu' est latine. La doctrine de son adversaire, Pelage (v. 360-422) est grecque et orientale.
"[...] Pour Saint Augustin le péché originel a damné tous les fils d'Adam. L'homme est libre de pécher (libre arbitre), comme Adam l'était. Tous les hommes sont des pécheurs auxquels Dieu peut accorder sa grâce. Seule la grâce de Dieu peut sauver l'homme et cette grâce n'est pas un 'droit' réservé à des 'élus'. Pour son adversaire Pélage, la grâce est réservée à des 'élus', des prédestinés. Les deux systèmes s'opposent et [...] le sujet de la dispute est toujours le même. L'exotérisme ou l'ésotérisme. Pour S. Augustin, fidèle çà la tradition chrétienne, la grâce est offerte à tous, comme le salut est offert à tous. Pelage, lui, fait prédominer la prédestination sur la liberté. [...] Pelage reprend les spéculations d'un moine mystique grec dans a lignée d'Origène, Évagre le Pontique (345-399), qui était l'auteur d'un traité – Le Gnostique ou de ceux qui ont mérité d'arriver à la science – dans lequel il niait la nécessité de la grâce. [...] Cette doctrine est grecque et orientale mais surtout hérétique, y compris vis-à-vis de l'Église d'Orient" (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 233.)
En 411, Augustin attaqua le pélagianisme et le fit d'abord condamner au concile de Carthage, le réfutant dans des traités qui deviendront célèbres sur les Mérites des pécheurs et le Baptême des enfants. Il lui oppose la vérité catholique dans ses grands ouvrages sur l'Esprit et la Lettre, la Nature et la Grâce.
Des longues luttes pélagiennes, l'Église sortit victorieuse, doctrinalement mieux armée.
L'idée centrale qu'Augustin développa fut l'apostrophe de saint Paul :
"Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu?"
Grâce, bonnes œuvres, foi même, tout n'existe que par le secours divin. Ce que nous faisons de bien, c'est Dieu qui le fait en nous. Ce sera la doctrine de S. François d'Assise.
Telle est la doctrine augustinienne de la Grâce, qui, bien comprise, ne porte nullement atteinte à la liberté humaine, car cette liberté est d'autant plus autonome que, se détournant des illusions de la terre, elle est plus abandonnée à la miséricorde et à la Grâce.
Le pelagianisme est de nouveau condamné au concile d'Éphèse en 431, concile reconnu par les deux églises d'Occident et d'Orient.
Le titre que souvent on donne à Augustin est celui de Docteur de la Grâce, un titre plus qu'amplement justifié !
Mais les théories de Pelage ne sont pas éteintes par la condamnation, elles vont survivre dans certains monastères britanniques – et dans certaines sociétés secrètes – traversant le temps pour inspirer l''Humanisme', la 'Réforme' ... et la Révolution moderne... (Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, p. 234.)
L'arianisme
Dans les derniers temps de sa vie, S. Augustin a encore à faire face à l'hérésie arienne, qu'il a peu connue jusqu'alors en Afrique mais qui, lors de l'invasion vandale, s'identifie pour lui au péril barbare.
Augustin meurt le 28 août 430 dans Hippone assiégé par les Vandales.
Ses idées
Sa pensée est très marquée par le néo-platonisme, il ne voit aucune contradiction entre le christianisme et la philosophie de Platon. Il réconcilie le concept platonicien des "idées éternelles" avec le christianisme en considérant celles-ci comme partie intégrante du Dieu éternel. Il s’oppose cependant à la théorie cyclique de Platon. Pour Augustin, l’histoire est en mouvement, depuis un commencement vers une fin.
Deux formules résument sa pensée : « Crois pour comprendre. [...] Et [...] comprends donc pour croire. » (Sermon 43 inLes Plus Beaux Sermons de saint Augustin, réunis et traduits par Georges Humeau, t. I, p. 181-189. EA, 1986.)
Crois pour comprendre. [...] Tu disais : « J’ai besoin de comprendre pour croire » ; et moi : « Crois d’abord pour comprendre. » La discussion est engagée ; allons au juge ; que le prophète prononce ou plutôt que Dieu prononce par son prophète. Gardons tous deux le silence. Il a entendu nos opinions contradictoires ; « Je veux comprendre, dis-tu, pour croire » ; « Crois, ai-je dit, pour comprendre », et le prophète répond : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. » (Is 7, 9)
[…] [E]n un sens, cet homme a dit vrai quand il a dit : « Je veux comprendre pour croire » ; et moi également je suis dans le vrai quand j’affirme avec le prophète : « Crois d’abord pour comprendre. » Nous disons vrai tous les deux : donnons-nous donc la main ; comprends donc pour croire et crois pour comprendre ; voici en peu de mots comment nous pouvons accepter l’une et l’autre ces deux maximes : comprends ma parole pour arriver à croire, et crois à la parole de Dieu pour arriver à la comprendre.
"Saint Augustin a pleinement anticipé le célèbre 'Je pense, donc je suis' de Descartesdans bien des passages de son œuvre, y compris celui-ci :
'Mais, sans aucune représentation illusoire d'images ou de fantasmes, je suis tout à fait certain que je suis, que je le sais et que je m'en réjouis. En raison de ces vérités, je ne crains nullement les arguments des platoniciens, qui disent : 'Et si vous vous trompez?', parce que si je me trompe, je suis. Car celui qui n'est pas ne peut pas se tromper; et si je me trompe, de ce fait même je suis. ... Et par conséquent, je ne me trompe pas non plus en sachant que je sais. Car, puisque je sais que je suis, je sais également ceci, que je suis."
[Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 49. Cf. La Cité de Dieu, Texte établi par Raulx, L. Guérin & Cie, 1869 (Œuvres complètes de Saint Augustin), livre XI, ch. 26]
Ou celui-là : "L’âme se connaît dès lors qu’elle se cherche." (S. Augustin, De la Trinité, Livre X, chapitre X)
Mais le rapprochement entre Descartes et S. Augustin s'arrête à ce qu'en dit Étienne Gilson qui, faisant l’historique des principaux rapprochements signalés à Descartes par ses correspondants, déclare ceci : ‘’Ce qui ressort avec évidence de cette comparaison de textes, semble-t-il, c’est l’intime parenté des deux pensées sur un point aussi capital que la démonstration de la spiritualité de l’âme. Il est vrai que saint Augustin n’y voit pas le fondement d’une physique mécaniste...’’ (Étienne Gilson, Études sur le rôle de la pensée médiévale dans la formation du système cartésien, Paris, Vrin, 2011 [1re éd. 1930], p. 197-198, cité in”Si je me trompe, je suis” : saint Augustin précurseur de Descartes ? Par Jean-Philippe Watbled, p. 217.)
Précisons que "le Cogito (de Descartes) est une inversion de la métaphysique chrétienne, car un chrétien doit dire : Je suis donc je pense. [Le puisque je sais que je suis, je sais également ceci, que je suis" de S. Augustin. Ndlr.] Dieu m'a créé et m'a fait don de la pensée, et par suite, le monde existe hors de moi, comme un objet soumis à ma faculté de connaissance. C'est (une question de) logique. On ne pense pas rien, on pense ce qui est avant que l'on pense. L'Être doit donc être avant la pensée. Car le réel ne dépend pas de l'idée, il est avant l'idée. Or, avec le 'je pense, donc je suis', Descartes nie l'Être qui précède l'idée. Par suite, sa méthode ne peut accéder à la connaissance du réel. ... L'idéalisme cartésien est ainsi utopie cognitive sur le plan épistémologique (parce qu'il inverse la démarche scolastique) ... et pis encore, péché originel, car substitution de l'Homme à Dieu sur le plan ontologique. ... Si la pensée du sujet, le 'je' précède l'existence, ce n'est plus l'Esprit de Dieu (Sa Parole, Son Verbe) qui a créé le monde 'au commencement', c'est la pensée humaine qui crée l'Être du monde. ... Et par conséquent, le monde n'est plus un objet extérieur à l'homme, il devient le fruit de sa pensée. Le monde est parce qu'il est perçu, expérimenté, construit par l'homme, qui devient ainsi le véritable créateur. ... Dieu devient le fruit de la pensée humaine. Dieu n'Est plus... C'est d'ailleurs ce que dit Descartes : 'Je suis, donc Dieu est', et 'je pense Dieu, donc Dieu est' ? ... Le Dieu mathématique de Descartes étant une abstraction de l'esprit humain..., il est logique qu'en loges les athées aient finalement supplanté les spiritualistes... La 'mort de Dieu' étant la conséquence finale et inéluctable du cartésianisme, cette philosophie est plus diabolique que la théosophie de Bœhme... En réduisant le rationalisme à l'homme, Descartes détruit le socle divin du rationalisme, il offre la raison au Diable. Descartes pense en initié rosicrucien. ... Sa 'méthode' n'en devient pas scientifique pour autant, puisqu'elle tire la vérité du 'moi'. Son 'rationalisme' passe ainsi de l'objectif (critère scientifique) au subjectif, donc sa 'méthode' renie le fondement même de la démarche scientifique... une sorte d'onanisme intellectuel dont vont pouvoir naître les pires utopies... Cette raison inversée est la 'raison' du Diable, la 'lumière' de Lucifer, le Maître des Roses-Croix..." (Alain PASCAL, Le Siècle des Rose-Croix, Pascal contre Descartes, La Conspiration des Philosophes, 2e tome, éd. Cimes, Paris 2018, p. 187-193; 195; 198.)
Avant Augustin, il y avait eu des essais, des tâtonnements souvent remarquables, tels ceux d'unS. Irénée, d'unJustin, la grande oeuvre d'Origène dont l'Église d'Orient s'était nourrie. Saint Augustin est le véritable initiateur de l'esprit théologique en Occident. La théologie qu'il conçoit a pour but de "produire, nourrir, défendre et affirmer la loi salutaire qui mène au vrai bonheur." Même si, formellement, la théologie date du Moyen Âge, elle n'eût jamais existé sans ses pénétrantes intuitions. Toutes les grandes idées politiques aussi bien sur l'unité de l'Europe (la Chrétienté), les droits et les devoirs des gouvernants, la guerre et sa légitimité (défense contre l'agresseur, mais cette guerre même entre dans les conséquences du péché car "la paix n'appartient-elle pas au seul bonheur éternel?"), les rapports de l'Église et de l'État, les bases de la distinction des pouvoirs temporel et spirituel, toutes les conceptions sociales sur l'esclavage, l'argent, la condamnation de l'usure, le travail et bien d'autres sujets, sont présentes dans leurs principes, dans la Cité de Dieu.
L'accord nécessaire entre l'Église et l'État induit aide et protection de l'Église par l'État. L'Église a droit à cette protection, alors que les faux cultes ne peuvent réclamer semblable faveur.
Saint Augustin, proclame avec force qu'il n'y a pas de res publica quand la vraie justice, la justice du Christ, est absente : « Ubi justitia non est, non est republica » (Cité de Dieu, XIX,21 in Jacques Chevalier, De saint Augustin à saint Thomas d'Aquin: Histoire de la pensée, Préface de Serge-Thomas Bonino, Collection Philosophie européenne dirigée par Henri Hude, Editions Universitaires, vol. 3, 1992, p. 70.)
La tolérance pratique d'un culte non catholique est bonne car pour l'extension du règne du Christ, S. Augustin compte plus sur le pouvoir de la vérité que sur l'appui de César. La question se posa quand face aux violences donatistes, l'État impérial fut amené à sévir. La tolérance a des limites si la paix sociale est troublée (aujourd'hui on dit "s'il y a trouble à l'ordre public", notion tout droit héritée de cette idée augustinienne), si la loi est insultée, des rigueurs peuvent s'imposer : concrètement, S. Augustin approuvera les mesures contre les donatistes (Giovanni Papinia fait remarquer que le donatisme annonçait par certains aspects le luthéranisme) mais jamais il ne demandera que l'on convertisse personne de force. Et cette intervention du pouvoir a des limites: S. Augustin dit formellement qu'elle ne doit jamais aller jusqu'à la peine de mort, au moins entre chrétiens, et qu'elle doit être précédée d'une recherche charitable des terrains d'entente. "La liberté de l'erreur est la pire mort de l'âme", mais la violence n'est pas bonne aux yeux de Dieu. Les bûchers du Moyen Âge se réclameront de la doctrine augustinienne du "bras séculier", mais lui ne les a jamais justifiés, même par avance.
Augustin a posé les fondements de la culture chrétienne. Il "a formé l'intelligence de l'Europe chrétienne", écrira leSaint John Henry Newman.
Saint Augustin n'a pas fondé d'ordre mais a écrit une Règle dont s'inspirent de nombreux religieux, qualifiés d'"Augustins", comme les chanoines réguliers de Saint-Augustin, l'Ordre de Saint Augustin, les Grands Augustins, les Récollets, les Assomptionnistes, et des congrégations féminines (comme les Visitandines), très nombreuses.
Œuvres principales
Son œuvre est immense, il écrivait sans relâche, lettres, traités et sermons pour défendre sa conception du christianisme.
-De la Trinité (399-422), c'est l'ouvrage auquel Augustin consacra le plus d'années et, avec la Somme de S. Thomas d'Aquin, un des deux môles de la spéculation chrétienne où S. Augustin appelle toutes les connaissances à l'aide, et la métaphysique et la psychologie, et l'acquis de Platon et d'Aristote, et toute l'érudition scripturaire, pour placer l'intelligence humaine en face du mystère qui passe toute intelligence.
Son "chef-d'œuvre spéculatif" où il ne s'attache pas tant à réfuter les arguments des hérétiques et à établir le dogme de l'Église qu'à produire des raisonnements sur les différentes manières d'expliquer et de faire comprendre ce mystère.
- Les Confessions racontent sa jeunesse et sa conversion. Composées vers 397-400, elles ont connu en Occident un succès immédiat, et inouï. Certes, divers penseurs avaient déjà eu l'idée de raconter par quel itinéraire ils s'étaient approchés de la vérité (S. Justin au IIe siècle; S. Hilaire dans la préface de son traité De la Trinité, au milieu du IVe siècle), mais cette trame de la quête du vrai n'avait jamais permis le surgissement d'un ouvrage d'une ampleur et d'un éclat comparable à ceux des Confessions. Saint Augustin, alors âgé de près de 45 ans, avait reçu le baptême une dizaine d'années plus tôt.
- Contre Fauste le manichéen, composé entre 398 et 404.
- La Cité de Dieu (De Doctrina christiana) (13-427), une réflexion théologique sur l'histoire, est le texte fondamental de S. Augustin, qui définit pour longtemps les exigences et les limites d’une culture chrétienne, en justifiant le christianisme dans l’histoire et par l’histoire. La Cité de Dieu est la communauté universelle des vertueux, où séjournent Dieu, ses anges et tous les saints, ainsi que tous les hommes intègres sur terre. Saint Augustin oppose la Cité de Dieu à la Cité terrestre, décrit sa vision "des commencements et des fins" de ces deux cités, "les deux cours contraires suivis par la race humaine depuis ses origines, celui des fils de la chair et celui des fils de la promesse". Tout s’achève par la perfection, la glorification et l’apothéose de la cité de Dieu, qui n’est pas de ce monde.
- Contre Julien (théologien pélagien), Enchiridion (421-422)
- De la grâce et du libre arbitre (425)
- Du don de la persévérance (429)
- 113 traités sur tous les domaines (Sur la musique, par exemple).
- Quelque 218 lettres (correspondances avec des évêques, laïcs, ministres, empereurs).
- Près de 500 sermons et petits traités de théologie morale Sur le mensonge, Sur le jeûne, Sur le culte des morts, etc.
- Innombrables commentaires des Écritures (on a retrouvé des traces de commentaires de 42 816 versets).
- Dialogues sur la philosophie dePlaton.
- Essais sur la religion romaine antique.
Citations
Par nature, l’homme n’a pas de pouvoir sur l’homme.
Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu... pour que les habitants de la terre deviennent les habitants du Ciel. Sermon 371,1 cité par Léon XIV, Audience générale Place S. Pierre le 17 décembre 2025
Nous trouvons dans l'Ecriture ceux qui ont un coeur droit, qui supportent les maux du monde et qui n'accusent pas Dieu. (Tractate 28 sur l'Evangile de Jean, § 7)
Le mal n'a pas de nature positive, mais la perte du bien a reçu le nom de mal. (La Cité de Dieu (De Civitate Dei), Livre XI, Chapitre 9.)
L'étude de la musique conduit à la révélation et à la contemplation de Dieu.
Notre coeur est inquiet tant qu’il ne trouve pas le repos en Dieu.
[Douter], c’est croire implicitement à l’existence de la vérité et en désirer la connaissance.
La bonne volonté est l’oeuvre de Dieu, la mauvaise volonté est de s’éloigner de l’oeuvre de Dieu.
Nulle part le mal n'est une substance, il n'est que la privation du bien. (Cité de Dieu, II, 22)
Ô Vérité qui êtes la lumière de mon âme, que ce soit vous, et non pas mes ténèbres qui me parlent. (Confessions)
Il vaut mieux suivre le bon chemin en boîtant que le mauvais d'un pas ferme.
Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède.
Vivre heureux consiste en une joie qui a sa source dans la vérité.
La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure. (Confessions)
La volonté pervertie fait la passion; l'asservissement à la passion fait la coutume; le défaut de résistance à la coutume fait la nécessité. Et ces noeuds d'iniquité étaient comme les anneaux de cette chaîne dont m'enlaçait le plus dur esclavage.
Je ne crains pas l'impureté de la nourriture mais l'impureté du désir. (Les aveux)
Il y a beaucoup de gens qui, se disant dans l'Eglise, sont en réalité au-dehors parce qu'ils ne pratiquent pas l'amour et la vie du Christ et beaucoup de gens que l'on dit ''au-dehors'' sont en réalité au coeur de l'Eglise parce qu'ils pratiquent l'amour et la vie du Christ.
L'homme bon bien qu'esclave, est libre; mais l'homme mauvais, même s'il règne, est esclave, non pas d'un seul homme, mais, ce qui est bien plus grave, d'autant de maîtres qu'il a de vices. (La Cité de Dieu)
Prenez soin de votre corps comme si vous alliez vivre éternellement ; et prenez soin de votre âme comme si vous alliez mourir demain.
[Le christianisme] a conquis le monde, non par la violence et la guerre, mais par la force irrésistible de la vérité.
Nul ne peut trouver le salut en dehors de l’Église catholique. En dehors de l’Église catholique, on peut tout avoir, sauf le salut. On peut avoir l’honneur, on peut avoir les sacrements, on peut chanter l’alléluia, on peut répondre amen, on peut avoir foi au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et le prêcher aussi. Mais on ne peut jamais trouver le salut en dehors de l’Église catholique. Saint Augustin, Sermo ad Caesariensis Ecclesia plebem (§6)
Ton prochain est celui qui est né comme toi d’Adam et Ève. Nous sommes tous prochains par la condition de notre naissance terrestre. Mais nous sommes frères d’une autre manière : par l’espérance de l’héritage céleste. Tu dois tenir pour prochain tout homme, même avant qu’il ne soit chrétien, car tu ne sais pas ce que cet homme est aux yeux de Dieu, ni comment Dieu l’a connu dans sa prescience . Exposition seconde du Psaume 25.
PROTECTEUR: des imprimeurs et des théologiens.
NOM: dérivé du latin, il signifie "vénérable", "auguré".
Sources : (1) ; (2); (3) Oeuvres complètes de saint Augustin; (4) Daniel-Rops, Histoire de l'Eglise du Christ, tome III L'Eglise des temps barbares, Librairie Arthème Fayard, Editions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 18, 20, 29, 35-39, 41, 45, 51. (5) L'Etat chrétien comme dépassement, in Michel VILLEY, La Formation de la pensée juridique moderne, Texte établi, révisé et présenté par Stéphane RIALS, Quadrige PUF, Mercuès 2006, p. 130 ; (6) Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 508-509 ; (7) Pascal-Raphaël Ambrogi, Dictionnaire culturel du christianisme, le sens chrétien des mots, Honoré Champion Editions, Paris 2021.
Sainte Monique, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 146
A l'heure où sont trop oubliés les devoirs de la jeune fille, de l'épouse et de la mère chrétiennes, il est utile de rappeler les vertus de cette admirable femme. Ce que nous en savons nous vient de la meilleure des sources, son fils Augustin.
Monique naquit à Tagaste, en Afrique, l'an 332. Grâce aux soins de parents chrétiens, elle eut une enfance pure et pieuse, sous la surveillance sévère d'une vieille et dévouée servante. Encore toute petite, elle aimait aller à l'église pour y prier, elle cherchait la solitude et le recueillement; parfois elle se levait même la nuit et récitait des prières. Son coeur s'ouvrait à l'amour des pauvres et des malades, elle les visitait, les soignait et leur portait les restes de la table de famille; elle lavait les pieds aux pauvres et aux voyageurs. Toute sa personne reflétait la modestie, la douceur et la paix. A toutes ces grâces et à toutes ces vertus, on aurait pu prévoir que Dieu la réservait à de grandes choses.
Dieu, qui a ses vues mystérieuses, permit cependant qu'elle fût donnée en mariage, à l'âge de vingt-deux ans, à un jeune homme de noble famille, mais païen, violent, brutal et libertin, presque deux fois plus âgé qu'elle, et dont elle eut beaucoup à souffrir, ainsi que de sa belle-mère.
Dans cette situation difficile, Monique fut un modèle de patience et de douceur; sans se plaindre jamais, elle versait en secret les larmes amères où se trempait sa vertu. C'est par ces beaux exemples qu'elle conquit le coeur de Patrice, son époux, et lui obtint une mort chrétienne, c'est ainsi qu'elle mérita aussi de devenir la mère du grand saint Augustin.
Monique, restée veuve, prit un nouvel essor vers Dieu. Vingt ans elle pria sur les débordements d'Augustin, sans perdre courage et espoir. Un évêque d'Afrique, témoin de sa douleur, lui avait dit: "Courage, il est impossible que le fils de tant de larmes périsse!" Dieu, en effet, la récompensa même au-delà de ses désirs, en faisant d'Augustin, par un miracle de grâce, l'une des plus grandes lumières de l'Église et l'un de ses plus grands Saints.
Monique, après avoir suivi Augustin en Italie, tomba malade à Ostie, au moment de s'embarquer pour l'Afrique, et mourut à l'âge de cinquante-six ans. Augustin pleura longtemps cette mère de son corps et de son âme. Le corps de sainte Monique a été transporté à Rome dans l'église de Saint-Augustin, en 1430. Cette femme illustre a été choisie comme patronne des mères chrétiennes.
Patronne des Mères Chrétiennes, elle est invoquée pour favoriser le bon déroulement d'un accouchement et est la protectrice des mères et des veuves.
Les fouilles du XIXe siècle à Ostie ont retrouvé la plaque de marbre commémorative de Monique.
Sources: (1); (2); (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 146.
Épouse de Saint Adrien au IVe siècle, en Asie mineure, en Turquie, elle le vit torturer et mourir.(1)
Saint Adrien était officier dans les armées impériales, il fut arrêté durant la persécution de Dioclétien (285-305). Avec ses compagnons martyrs emprisonnés, il comparut devant le juge. Battu à coups de bâtons, il ne fut bientôt que plaies sur tout le corps.
Ses compagnons squelettiques à cause d'une très longue incarcération, furent un temps épargnés. Puis ils furent tous condamnés à avoir les jambes et les bras coupés pour n'être qu'un corps sans membres.
Ils périrent les uns après les autres dans les douleurs de ce supplice.(2)
Nathalie dut s’enfuir ensuite pour se soustraire des poursuites d’un officier de Nicodème qui voulait se marier avec elle.
Ses reliques furent apportées avec celles de saint Adrien, en 1110, au monastère de Geraardsbergen, en Belgique.
Son action est mentionnée dans les rapports sur le martyr de saint Adrien.
"C'est une sainte très populaire dans l'Église orientale. Elle serait la femme de saint Adrien de Nicomédie. (3)
L'histoire d'Adrianus (Saint Adrien) et de sa jeune épouse Natalie (Sainte Nathalie, Natacha) est contée dans la Légende Dorée.
Adrianus était officier dans l'armée de Galère César en Orient, qui faisait appliquer avec zèle les quatre édits de persécution des chrétiens de Dioclétien. Ce César offrait des sacrifices aux idoles dans la ville de Nicomédie, par son ordre, ou se livra à la recherche de tous les chrétiens les uns par la crainte d'être punis, les autres par amour de l’argent qui leur était promis, tous enfin traineraient aux supplices les chrétiens ; les voisins traînaient leurs voisins, les proches, ceux de leur maison.
Vers 306, alors qu'Adrianus avait vingt-huit ans, il s'était convertit devant le courage de trente-trois chrétiens de Nicomédie que Galère avait ordonné de supplicier en les faisant fouetter à coups de nerfs, en leur broyant la bouche avec des pierres, puis en les emprisonnant après leur avoir mis le garrot.
Apprenant cette conversion, l'empereur fit emprisonner Adrien avec les autres chrétiens puis, quelque temps après, le fit comparaître devant lui en présence de ses compagnons pour le faire fouetter ; les coups furent si violents qu'à la fin les entrailles d'Adrien sortaient de son corps.
Puis Adrien et ses compagnons furent de nouveau jetés en prison.
Or, Natalie, son épouse, entendant dire que son mari était en prison, déchira ses vêtements en poussant des cris et des sanglots. Mais quand elle eut appris qu'Adrien était incarcéré pour la foi de J.-C., elle accourut remplie de joie à la prison et baisa les chaînes de son mari et des autres; car elle était chrétienne, mais elle n'avait pas rendu cela public à cause de la persécution. Et elle dit à son mari : "Bienheureux es-tu, mon seigneur Adrien, d'avoir trouvé des richesses que ne t'ont pas laissées tes parents, et dont seront privés ceux qui possèdent beaucoup de biens quand il ne sera plus temps de prêter à usure, ni d'emprunter, quand personne ne délivrera aucun autre de la peine, ni le père son fils, ni la mère sa fille, ni l’esclave son maître, ni l’ami son ami, ni les richesses celui qui les possède."
Natalie lui dit encore : "Prenez garde, mon seigneur, de vous laisser surprendre par la peur, lorsque vous verrez les tourments : vous n'aurez à souffrir qu'un instant, mais aussitôt après vous serez dans l’allégresse avec les anges."
Et après lui avoir conseillé de ne faire aucun cas de toute gloire terrestre, de repousser ses parents et ses amis et d'avoir toujours à coeur les biens célestes, Adrien lui dit : "Va, ma soeur, quand arrivera le temps de la souffrance, je te ferai venir afin que tu sois témoin de. notre fin." Et après avoir recommandé aux autres saints d'encourager son mari, elle revint à sa maison.
Comme des matrones, dont Nathalie, soignaient en cachette les martyrs dans leur prison, l'empereur Galère ordonna qu'on tranche les pieds puis les jambes des prisonniers puis qu'on fasse brûler leur corps. Adrien apprenant que le jour de son martyre était arrivé, distribua des présents aux gardes. Il fut le premier supplicié et on lui coupa également une main.
Comme l’empereur exhortait Adrien à ne pas blasphémer ses dieux, ce dernier lui dit : "Si j'endure des tourments parce que je blasphème ceux qui ne sont pas dieux, comment ne seras-tu pas tourmenté, toi qui blasphèmes le vrai Dieu ?" Maximien répliqua : "Ce sont là les paroles que t'ont apprises ces séducteurs." Adrien lui dit: "Pourquoi appelles-tu séducteurs ceux qui sont les docteurs de la vie éternelle ?" Quand on jeta les corps des martyrs au feu, Nathalie voulut se précipiter dans le brasier mais mais tout à coup une pluie très forte vint à tomber, et en éteignant le .brasier, elle préserva les corps des martyrs. Nathalie récupéra alors la main de son mari qu'elle conserva précieusement. Les chrétiens, ayant tenu conseil entre eux, firent transporter ces restes à Constantinople jusqu'à ce que, la paix ayant été rendue à l’Eglise, on put les rapporter avec honneur.
Réfugiée peu de temps après à Constantinople pour échapper à la proposition de mariage que lui avait fait un tribun, elle rendit l'esprit après avoir vu, en songe, Adrianus lui demander de le rejoindre dans la paix éternelle.
Les reliques de Nathalie et d'Adrianus ont été transférées, en 1110, de Constantinople au monastère de Grammont en Belgique.
Saint Adrien de Nicomédie et son épouse sainte Nathalie sont fêtés en Orient ensemble le 26 août.
En Occident, saint Adrien est fêté le 8 septembre et son épouse Nathalie, qui l'encouragea à souffrir le martyre, est fêtée le 26 août.
Il est réputé guérir les maux de ventre.(4)
On signale une autre sainte Natacha ou Nathalie à Cordoue en Espagne au IXe siècle, martyre en même temps que son mari Aurèle, et fêtée le 27 juillet.. La tradition espagnole en fait des convertis de la religion musulmane.
-Actes reconnus authentiques parles Bollandistes; — Honorius d'Autun.
-L'édition princeps porte ces mots portatus super equuleum, les éditions subséquentes ont portans sibi equuleum.
-La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci
44e roi de France, Louis IX a également régné 44 ans. Il frappé ses contemporains par son sens de la justice, sa profonde piété, sa révérence devant Dieu, sa grande charité envers les pauvres, et pour les non-croyants, sur le respect du prochain ; Saint-Louis représentait la paix et le respect du voisin.
"Reconnu pour son style de vie modéré, sa raison, sa bravoure et sa politesse chevaleresque, il était un magnifique chevalier dont la gentillesse et la manière engageante le rendaient populaire. Il était considéré comme le dirigeant chrétien idéal. Il punissait sévèrement le blasphème, les jeux de hasard, les prêts rémunérés (usure) et la prostitution.
Il priait huit heures par jour, lavait les pieds des pauvres, accueillait les lépreux à sa table et bâtit des hôpitaux pour les aveugles. (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 26.)
Il est le seul roi canonisé de France.
"Son règne est resté dans les mémoires comme un âge d'or médiéval dans lequel le Royaume de France a atteint un sommet économique et politique.
"Il a interdit les procès par épreuve, tenté d'empêcher les guerres privées, et a introduit la présomption d'innocence dans la procédure pénale. Pour faire appliquer l'application de ce nouveau système juridique, Louis IX a créé les prévôts et des huissiers de justice." (Spécial Histoire, n° 5, Trimestriel, Septembre - octobre - novembre 2020, p. 18-19.)
Roi pacifique doté d'un sens politique très sûr, il règle les sources de conflit en France et en Europe; Sa vertu le faisait regarder comme l'arbitre des princes d'Europe.
Son plus grand souci était de pacifier, de réconcilier les ennemis et d'éteindre les conflits, en particulier entre la France et l'Angleterre. Très rapidement, son tempérament de médiateur lui vaut de nombreuses sollicitations aux quatre coins de l'Europe - voilà qu'on le surnomme l'Apaiseur.
En 1234, quand Louis atteignit sa majorité, les Capétiens avaient développé des liens personnels étroits avec les cours royales de Castille et d'autres royaumes ibériques.
En 1240, il est appelé à trancher un différent entre l'empereur Frédéric II et le pape.
Quelques années plus tard, il mit fin au grave et difficile contentieux qui opposait les prétendants aux comtés de Flandre et de Hainaut; il négocia avec les Mongols et sécurisa des alliances diplomatiques bienvenues; même l'aristocratie anglaise, fraîchement rabibochée avec son homologue d'Outre-Manche, vient lui demander conseil.
En 1258, par le traité de Corbeil avec Jacques d'Aragon, les deux nations renoncent mutuellement à toute prétention territoriale.
En 1259 au traité de Paris, aussi appelé traité d'Abbeville, Henri IIIPlantagenêt, roi d'Angleterre (1216-1272) échange la possession de larges domaines dans le Sud-Ouest contre la reconnaissance de la souveraineté française sur l'ensemble du Royaume.
"Louis IX met fin à ce que nombre d'historiens appellent 'la première guerre de Cent Ans' (elle avait commencé par le mariage versatile d'Aliénor d'Aquitaine en 1152) : le traité d'Abbeville entérine la paix avec l'Angleterre d'Henri III." (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 25-26.)
Il mit en œuvre dans le gouvernement français une justice impartiale, la protection des droits de ses sujets, des peines sévères pour les fonctionnaires royaux abusant de leur pouvoir, et prit une série d'initiatives pour aider les pauvres.
Le souci de justice dans sa forme la plus fondamentale (rendre à chacun son dû) revient constamment dans les propos de Louis.
Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes, Par Pierre-Narcisse Guérin, 1816
Maintes fois en été, le roi alla s'asseoir au bois de Vincennes après sa messe; il se plaçait sous un chêne et nous faisait asseoir autour de lui. Il demandait alors de sa proche bouche: "Y a t-il ici quelqu'un qui ait un procès ?" Et tous ceux qui en avaient se levaient. Il disait alors : "Taisez-vous tous et on réglera vos affaires l'une après l'autre."
"Entre 1254 et 1258, fraîchement rentré de croisade, il fait publier la Grande ordonnance qui stipule que "nul ne sera privé de son droit sans faute reconnue et sans procès." À ce titre, le roi interdit le blasphème, les jeux de dés et de hasard, la prostitution, la fréquentation des tavernes et les prêts à intérêts (usure).
"La procédure judiciaire évolue également : les ordalies sont bannies (1261), on introduit des témoins lors des procès, on déploie aussi des enquêtes approfondies qui permettent de faire la lumière sur les crimes et délits.
"Si la plupart de ces mesures sont respectées, les tavernes du royaume, normalement réservées aux voyageurs, continueront de faire recette auprès du peuple malgré les avertissements royaux. "Ses conseillers, écrit Gérard Sivéry, ont réussi à lui faire admettre qu'il était préférable de limiter et de surveiller ce qu'on ne pouvait empêcher." (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 32.)
La refonte du système judiciaire s'accompagne d'une "collecte" de plaintes de ses sujetsà travers le royaume. Louis IX dépêche une armée d'enquêteurs pour aller à la rencontre du peuple et recueillir ses doléances. Plus de dix mille d'entre elles sont rassemblées et convergent sur Paris à partir de 1247. Cela permet de constater que baillis et sénéchaux font perdurer localement des inégalités particulièrement cruelles. Une leçon que le roi tient à transmettre à son fils : "Prends garde diligemment qu'il y ait bons baillis et bons prévôts en ta terre, et fais souvent prendre garde qu'ils fassent bien justice et qu'ils ne fassent à autrui tort ni des choses qu'ils ne doivent."
"En 1259, l'affaire Enguerrand de Coucy donne le ton : ce dernier, un seigneur sans scrupule des Flandres, a fait pendre trois braconniers surpris sur ses terres. Le clergé local s'insurge. Louis IX s'empare de l'affaire et fait emprisonner l'intéressé au château du Louvre. Finalement pardonné, il sera condamné à payer 10 000 livres de compensation - une véritable fortune pour l'époque." (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 31-32.) Cette somme fut employée à construire l’hôpital de Pontoise, le cloître et les écoles des Dominicains de la rue Saint-Jacques et l’église des Cordeliers de Paris.
La galerie Saint Louis dans la Cour de Cassation de Paris. Saint Louis a traversé les âges en conservant son image de roi justicier.
Soucieux de laisser la parole au peuple, le roi saint assiste aux assises du Parlement et fait "appeler ceux qui ont des affaires à lui soumettre et il fait ouïr les plaids par ses chevaliers et par ses clercs." (Guillaume de Saint-Pathus, cité dans La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 34.)
Ses dîners quotidiens étaient partagés avec de nombreux mendiants Parisiens qu'il invitait à la table royale. De nombreux soirs, il ne les laissait pas partir sans leur avoir lavé les pieds. Il payait sur ses deniers pour nourrir plus de 100 pauvres Parisiens chaque jour. Ses soins aux malades étaient tout aussi émouvants ; il s'occupait fréquemment des lépreux.
Il créa un certain nombre d'hôpitaux, dont un pour les aveugles et un autre pour les ex-prostitués".
Chaque samedi, il lavait les pieds de trois pauvres, servait leur repas et mangeait lui-même leurs restes.
Louis fut baptisé à Poissy, et en conserva toujours religieusement le souvenir, car plus tard il signait ordinairement Louis de Poissy, marquant par là qu'il estimait la grâce du baptême comme son plus glorieux titre de noblesse.
Sa mère, Blanche de Castille, voulut le nourrir elle-même. Tout le monde connaît la belle parole de cette grande reine : « Mon fils, je vous aime après Dieu plus que toutes choses; cependant, sachez-le bien, j'aimerais mieux vous voir mort que coupable d'un seul péché mortel. »
Blanche de Castille et Louis IX, détail d'une miniature de la Bible moralisée de Tolède, 1240.
Neuvième des capétiens directs, Louis est sacré à Reims à l'âge de douze ans, quelques jours seulement après l'enterrement de son père.
Le jeune Louis montra dès son enfance les grandes vertus qu'il devait faire éclater sur le trône, l'égalité d'âme, l'amour de la justice et une tendre piété.
Comme on lui reprochait quelques fois de donner trop de temps aux pieux exercices, le jeune roi philosophe : "Les hommes sont étranges, on me fait un crime de mon assiduité à la prière; on ne me dirait mot si j'employais les heures que j'y passe à jouer aux jeux de hasard, à courir la bête fauve, ou à chasser aux oiseaux." (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 24.)
Saint Louis, Tableau Médaillon, 2e étage Cour de Cassation, Paris
Devenu roi, il voulut établir avant tout le règne de Dieu, auquel sont indéfectiblement liés le Roi et la France. Il s'appliqua plus que jamais à faire de la France un royaume puissant et chrétien. On connaît sa loi condamnant les blasphémateurs à subir aux lèvres la marque d'un fer rougi au feu.
Un des plus beaux jours de sa vie fut celui où il alla au-devant des religieux qui apportaient d'Orient la sainte Couronne d'épines, et la porta, pieds nus, dans sa capitale.
Saint-Louis fonda des hôpitaux et des monastères. Il réalisa son grand projet : construire la Sainte-Chapelle comme une châsse de lumière et de vitraux destinée à recueillir les saintes reliques, surtout la Couronne d'épines. Il donna à sa soeur, la bienheureuse Isabelle de France, le terrain de Longchamp pour y fonder une abbaye de religieuses de Sainte-Claire. « Si je dépense beaucoup d’argent quelquefois, j’aime mieux le faire en aumônes faites pour l’amour de Dieu que pour frivolités et choses mondaines. Dieu m’a tout donné ce que j’ai. Ce que je dépense ainsi est bien dépensé. » (Saint Louis au sire de Joinville)
À vingt ans, il épousa Marguerite de Provence et leur amour sera tendre et fidèle. Saint Louis fut aussi un modèle du pur amour conjugal; il avait fait graver sur son anneau cette devise: "Dieu, France et Marguerite."
À la suite d'une méchante fièvre contractée dans les marais de Saintonge, à l'ouest du royaume en 1244, maladie mortelle, guéri miraculeusement, Louis obéit à une inspiration du Ciel qui l'appelait aux Croisades.
Jérusalem avait été reprise en 1229 sous la gouvernance de Frédéric II.
Quand il partit pour délivrer la Terre Sainte au port d'Aigues-Mortes à la tête de 10 000 fantassins, 5000 écuyers et 2500 cavaliers le 25 août 1248, il s'embarqua avec son épouse Marguerite de Provence, et toujours l'ami Joinville. Il marchait sur les pas de ses aïeux, Louis VII et Philippe Auguste.
On le vit, dans ces luttes gigantesques, qui avaient pour but la libération des Lieux Saints, faire des actes de bravoure qui le mettaient au rang des plus illustres guerriers. On se tromperait en croyant que le bon et pieux roi n'eût pas toute la noble fierté qui convenait à son rang.
Les Sarrasins, qui le retinrent longtemps captif, après une désastreuse campagne, eurent lieu d'admirer sa grandeur d'âme, sa foi et son courage. Lui demandant de fixer le prix de sa rançon pour sa libération, il leur répondit de s'enquérir auprès de sa femme qui seule décidait de l'engagement des dépenses ! L'épisode est narré par Joinville, il est ainsi rapporté par Régine Pernoud :
"Quand ils virent (les 'Sarrasins'), qu'ils ne pourraient vaincre le bon roi par les menaces, ils revinrent à lui et lui demandèrent combien il voudrait donner d'argent au sultan et avec cela, s'il leur rendrait Damiette. Et le roi leur répondit que, si le sultan voulait prendre de lui une somme raisonnable de deniers, il manderait à la reine qu'elle les payât pour leur délivrance; et ils dirent : 'Comment est-ce que vous ne voulez pas dire que vous ferez ces choses ?' (Pourquoi ne voulez-vous pas vous y engager vous-même ?) Et le roi répondit qu'il ne savait si la reine le voudrait faire, pour ce qu'elle était sa Dame."
Une fois libéré (le 6 mai 1250), Louis fit un pèlerinage en Terre Sainte et appela ses sujets à le rejoindre mais renvoya ses frères Alphonse de Poitiers et Charles d'Anjou en France afin qu'ils épaulassent leur mère, qui exerçait la régence. Le reste de son séjour en Terre-Sainte est employé à des fins diplomatiques : il prit contact avec les Mongols et les Ismaïliens, renforça les défenses de Jaffa, Acre, Tyr et Sidon.
Mais, au printemps 1253, alors qu'il était à Sidon, il apprit la mort de sa mère, survenue le 27 novembre 1252. Après plusieurs jours d'un grand deuil, il conclut qu'il devait rentrer et le 24 ou 25 avril 1254, Louis rembarqua d'Acre pour la France. Le 10 juillet, il débarqua aux Salins-d'Hyères où il demanda à rencontrer le frère Hugues de Digne. Partant de Hyères, le roi se rendit à Aix-en-Provence pour un pèlerinage dédié à Marie Madeleine, puis entra en France par Beaucaire et, après plusieurs arrêts dans différentes villes de France, déposa l'oriflamme et la croix à Saint-Denis. Il fit son entrée à Paris le 7 septembre 1254, où il fut particulièrement bien accueilli par le peuple.
Rentré dans son royaume, il y entreprit de grandes réformes, en particulier l'interdiction du duel judiciaire.
Son royaume connut une période de plein développement culturel, intellectuel et théologique. Saint Louis aimait recevoir à sa table saint Bonaventure et saint Thomas d'Aquin. Avec Robert de Sorbon, fils de paysan devenu docteur qui s'est fait remarquer par le roi en militant pour l'accès à l'éducation des enfants pauvres, il fonda la Sorbonne (1253). Des milliers de démunis assistent au triomphe de la littérature française, à la dissection méthodique des oeuvres de Chrétien de Troyes, aux récits chevaleresques de la quête du Graal, au mécénat des arts, à l'érection des cathédrales. (La Marche de l'Histoire, n° 34, Trimestriel / octobre / décembre, 1270-2020, Mort de Saint Louis, 750 ans, p. 26.)
Il suivit avec attention l'achèvement de la cathédrale Notre-Dame et surtout les grandes rosaces (1255) et les porches.
Mais il rêvait de retourner en Terre Sainte, et de convertir le sultan d'Egypte. Cette fois-ci, son fidèle Joinville, décida de ne pas le suivre : "Je considérai que tous ceux qui lui conseillèrent ce voyage firent un péché mortel, parce que, au point où en était la France, tout le royaume était en bonne paix à l'intérieur et avec tous ses voisins; et, depuis qu'il en est parti, l'état du royaume ne fit qu'empirer."
Il n'ira pas plus loin que Carthage, l'actuelle Tunis. La maladie eut raison de lui; c'était le lundi 25 août 1270, vers trois heures de l'après-midi, "il rendit son esprit à notre créateur à l'heure même où le Fils de Dieu mourut sur la croix pour le salut du monde." (Jean de Joinville, Vie de Saint Louis, éd. Jacques Monfrin, Classiques Garnier, 1995, rééd. Classiques jaunes, 2019, p. 372-375.)
La paix fut négociée avec l'émir de Tunis le 30 octobre, tandis qu'on s'activait au retour de la dépouille du roi; Édouard Ier, arrivé d'Angleterre, s'enlisera deux ans supplémentaires dans cette ultime croisade.
Des enquêtes en 1282-1283 sur les miracles produits sur le tombeau du roi voient 300 personnes témoigner. (Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, éditions Gallimard, coll. Bibliothèque des histoires, 1996.)
Il est canonisé par Boniface VIII en 1297 sous le nom de "Saint Louis de France".
Son tombeau disparaît vers 1420, sans doute détruit et fondu par les armées anglaises d’Henri V ou du duc de Bedford.
Deux analyses – scanner, carbone 14, microscope– de sa mâchoire menées au XXIe siècle en 2015 et 2019 ont révélé que le saint roi a succombé au scorbut et non à la peste ou à la dysenterie. (Marie Privé, Peste, scorbut, dysenterie… De quoi est vraiment mort Saint Louis ?, Geo.fr, 28 juin 2019)
Prière de St Louis
Dieu Tout-Puissant et éternel,
Qui avez établi l'empire des Francs pour être dans le monde
L'instrument de vos divines volontés,
Le glaive et le bouclier de votre sainte Eglise,
Nous vous en prions, prévenez toujours et partout de votre céleste lumière,
Les fils suppliants des Francs,
Afin qu'ils voient ce qu'il faut faire pour réaliser votre règne en ce monde,
Et que pour accomplir ce qu'ils ont vu,
Ils soient remplis de charité, de force et de persévérance,
Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Amen
Oraison tirée d'un missel Carolingien,
Prière favorite du Père de Foucauld,
Prière officielle des scouts de France.
Statue de Saint Louis, par Albert-Marius Patrisse (1892-1964), collégiale de Poissy, lieu de baptême et de naissance de S. Louis.
Une statue du roi de France Louis IX, connu sous le nom de Saint Louis a été érigée devant la collégiale de Poissy en 1951 en remplacement de la statue de Meissonier fondue par les Allemands en 1941.
La statue de Saint Louis a été réalisée par le sculpteur Albert-Marius Patrisse (1892-1964), un élève de Jules Coutan, premier second grand Prix de Rome en 1922. Ce monument en l’honneur de Saint Louis, né à Poissy le 25 avril 1214, a été érigé devant la collégiale Saint Louis de Poissy, lieu de baptême du futur Louis IX, fils du roi Louis VIII et de Blanche de Castille. (Source)
___________
Litanies de Saint-Louis
Source : Prières aux saints du Tiers-Ordre
DEVOTION A SAINT LOUIS IX, ROI DE FRANCE, PATRON DES ARMEES FRANCAISES ET DU TIERS-ORDRE DE LA PENITENCE
Seigneur, ayez pitié de nous (bis)
Jésus-Christ, ayez pitié de nous''
Seigneur, ayez pitié de nous
Jésus-Christ, écoutez-nous
Jésus-Christ, exaucez-nous.
Père céleste, qui êtes Dieu,ayez pitié de nous
Fils rédempteur du monde, qui êtes Dieu,''
Esprit-Saint, qui êtes Dieu,
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu,
Sainte Marie, conçue sans péché,priez pour nous
Sainte Mère de Dieu, ''
Sainte Vierge des Vierges;
Saint Louis, prince admirable,priez pour nous
Saint Louis, lis de pureté, ''
Saint Louis, exemple d'humilité,
Saint Louis, image de vertu,
Saint Louis, prodige de pénitence,
Saint Louis, flamme d'amour et d'oraison,
Saint Louis, lampe ardente et brillante,
Saint Louis, vase d'élection,
Saint Louis, vase insigne de religion,
Saint Louis, miroir de la perfection chrétienne,
Saint Louis, très dévot à notre Père saint François,
Saint Louis, contempteur du monde et de ses honneurs,
Saint Louis, plein de zèle pour la maison de Dieu,
Saint Louis, tendre père des pauvres,
Saint Louis, remède des malades,
Saint Louis, appui de la veuve et de l'orphelin,
Saint Louis, juge béni des peuples,
Saint Louis, rédempteur des captifs,
Saint Louis, prédicateur des infidèles,
Saint Louis, deux fois victime pour les Lieux saints,
Saint Louis, terrible dans les combats,
Saint Louis, puissant dans les fers,
Saint Louis, gardien de la France,
Saint Louis, modèle des rois,
Saint Louis, digne de la couronne des rois sur la terre,
Saint Louis, plus digne de la couronne des saints dans le ciel,
Saint Louis, saint patron des armées françaises,
Saint Louis, protecteur des armées françaises,
Saint Louis, protecteur du Tiers-Ordre séraphique ,priez pour nous
Agneau de Dieu, qui efffacez les péchés du monde,pardonnez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde,exaucez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur
Priez pour nous, glorieux saint Louis
Afin que nous devenions dignes des promesses de N.-.S.J.-C.
Oraison
Ô Dieu, qui avez transféré votre confesseur saint Louis d'un royaume terrestre à la gloire céleste, rendez-nous, par ses mérites et son intercession, participants du bonheur du Roi des rois, Jésus-Christ. Qui vit et règne...
Louis IX, sur son lit de mort, remet à son fils le plan de sa conduite, Jacques-Antoine Beaufort, XVIIIe siècle, chapelle Saint-Louis de l'École militaire, Paris.
Saint Charlemagne et saint Louis, gravure de Grégoire Huret (XVIIe siècle, Metropolitan Museum)
"La France reviendra aux traditions de Saint Louis ou elle périra dans la honte et la ruine. La France est née, elle a vécu catholique et monarchique. Sa croissance et sa prospérité ont été en raison directe du degré où elle s’est rattachée à son Église et à son Roi. Toutes les fois, qu’au contraire, ses énergies se sont exercées à l’encontre de ces deux idées directrices, l’organisation nationale a été profondément, dangeureusement troublée. D’où cette impérieuse conclusion, que la France ne peut cesser d’être catholique et monarchique sans cesser d’être la France !" Léon XIII, le 21 avril 1903, parlant des dirigeants républicains devant six cents Français, cité in Marquis de la Franquerie, La mission divine de la France, ESR, p. 277-278.
Sources: (1) Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950; (2) Nominis; (3) Régine Pernoud, Les femmes au temps des croisades, Editions Stock Le Livre de Poche, Paris 1990, p. 230; Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 729-736 ; (4) Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, éditions Gallimard, coll. Bibliothèque des histoires, 1996.
Saint Barthélemy l'Apôtre, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 31.
Barthélemy, appelé par le Sauveur, vécut avec Lui, assista à Ses prédications, entendit Ses paraboles, fut le témoin de Ses vertus divines.
Après la Pentecôte, il fut envoyé prêcher l'Évangile dans l'Inde, au-delà du Gange. Dans tous les pays qu'il dut traverser, il annonça Jésus-Christ, Rédempteur du monde. Son zèle et ses prodiges eurent bientôt changé la face de ces contrées; non seulement il convertit les foules, mais il ordonna des prêtres pour le seconder et consacra des évêques. Quand, plus tard, saint Pantène évangélisa ce pays, il y trouva l'Évangile de saint Matthieu, apporté là par Barthélemy.
Les "dieux" païens avouent être des démons
En quittant les Indes, l'Apôtre vint dans la grande Arménie. Dans la capitale de ce pays, il y avait un temple où l'on rendait les honneurs divins à l'idole Astaroth, et où l'on allait lui demander la délivrance des sortilèges et lui faire prononcer des oracles; le prédicateur de la foi s'y rendit, et aussitôt l'idole devint muette et ne fit plus de guérisons. Les démons avouèrent aux prêtres de ce faux dieu que la faute en était à Barthélemy, et leur donnèrent son signalement; mais l'Apôtre se fit assez connaître par ses miracles; il délivra du démon la fille du roi, et fit faire à l'idole, en présence d'une foule immense, l'aveu public de ses fourberies; après quoi le démon s'éloigna en grinçant des dents. Une merveille si éclatante convertit le roi et une multitude de personnes; la famille royale et douze villes du royaume reçurent bientôt le baptême.
Saint Barthélemy, apôtre, basilique saint Jean de Latran, Rome, Italie.
Le démon résolut de se venger; l'Apôtre fut saisi par le frère du roi et condamné à être écorché vif. Les bourreaux inhumains s'armèrent de couteaux et de pierres tranchantes et écorchèrent la victime de la tête aux pieds; de telle sorte que, n'ayant plus de peau, son corps montrait une chair sanglante percée de ses os. Il eut ensuite la tête tranchée. Le corps écorché et la peau sanglante de l'Apôtre furent enterrés à Albane, en la haute Arménie; il s'y opéra tant de miracles, que les païens furieux, enfermèrent le corps du bienheureux dans un cercueil de plomb et le jetèrent à la mer. Mais le cercueil, flottant sur l'onde, vint heureusement à l'île de Lipari, près de la Sicile. Plus tard, les Sarrasins s'emparèrent de cette île et dispersèrent les saintes reliques; mais un moine reçut, dans une vision, l'ordre de recueillir les ossements de l'Apôtre. Le corps de saint Barthélemy est aujourd'hui à Rome, son chef à Toulouse.
Saint Barthélemy, patron des bouchers, des tanneurs et des relieurs, est fêté le 24 août en Occident et le 25 août en Orient. Ces deux dates correspondent vraisemblablement au transfert de ses reliques dans l'île de Lipari en 580.
La foi est soutenue par l’Eucharistie et la Vierge Marie, non par des "dynamiques" de groupes, des "processus" et des plans pastoraux que personne ne lit. La bureaucratie n'intéresse personne.
Mais la tradition qui anime les pèlerinages de Chartres et Covadonga voit les jeunes recherchant la certitude doctrinale affluer.
Carlo Acutis est décédé à Monza en 2006, à l'âge de quinze ans, laissant derrière lui un site web à moitié mis à jour. Il ne recensait ni les processus d'écoute ni les itinéraires synodaux ; il recensait les *miracles eucharistiques* et les *apparitions mariales*, deux sujets qu'un adolescent muni d'un ordinateur jugeait urgents avant sa mort.
L'Église a mis près de vingt ans à le canoniser. Il nous faudra encore plus de temps pour comprendre son héritage : la foi repose sur deux piliers, l'Eucharistie et Marie, et tout le reste n'est qu'échafaudage.
Un prêtre me l'a résumé il y a quelques jours avec une concision digne des plus beaux documents romains : "Ce sont les deux clés, m'a-t-il dit. Tout ce que les méchants attaquent. Tout ce qui nous soutient."
Je ne connais aucun traité d'ecclésiologie qui améliore ces deux phrases.
L'histoire, de surcroît, donne raison au prêtre. Toutes les attaques sérieuses contre l'Église ont commencé par des tirs à son encontre. Les Cathares ont rejeté l'autel avant toute autre chose. Cranmer démantela la messe tandis que les hommes d'Henri VIII brûlaient la statue de Walsingham, et en 1936, des miliciens ont tiré sur des images de la Vierge Marie et brisé des tabernacles avec une sauvagerie qu'ils n'ont jamais réservée aux encycliques sociales (personne n'a jamais profané un plan pastoral). Les pires ennemis de l'Église ont toujours eu une précision redoutable.
Le mouvement progressiste actuel ne détruit pas, il dissout. Il ne profane pas le tabernacle, il le déplace dans une chapelle latérale où il ne gênera plus. Il ne nie pas la Présence réelle, il cesse simplement d'en parler, ce qui est plus simple. La messe devient une assemblée, un rassemblement, une table partagée, et deux générations plus tard, une étude de Pew en mesure le résultat : sept catholiques américains sur dix considèrent l'Eucharistie comme un symbole. Mission accomplie sans avoir brisé un seul ciboire.
Avec Marie, le processus est identique. De l'Immaculée Conception à une femme pieuse au service de son peuple, de Médiatrice de toutes les grâces à une ressource pastorale pour le mois de mai. Le rosaire, relégué au rang de dévotion réservée aux femmes âgées.
La raison de cette insistance est simple : les deux sont scandaleusement concrets.
L’Eucharistie n’est pas une idée de Dieu ; c’est Dieu là, présent, à l’autel.
Marie n’est pas un archétype du féminin ; c’est une mère avec un nom, une voisine de Nazareth, la garantie tangible que cela a réellement eu lieu.
Les progressistes parlent de processus, de chemins, de dynamiques, d’écoute… Tout un vocabulaire conçu pour que rien ne soit jamais pleinement présent. Ce qu’ils ne peuvent tolérer, c’est la Présence. On peut dialoguer indéfiniment sur une valeur. Pas sur un Corps.
Et pendant ce temps, ce qui se développe dans l'Église se développe précisément là. Les chapelles d'adoration perpétuelle, avec leurs offices de quatre heures remplis, les chapelets récités par les hommes qui emplissent les places de Séville à Varsovie, les pèlerinages de Chartres ou de Covadonga affichant complet comme pour un concert, un stade de football américain plongé dans le silence devant un ostensoir à Indianapolis.
Personne ne fait de pèlerinage pour assister à un processus synodal.
Acutis l'affirmait sans doctorat : l'Eucharistie est mon chemin vers le ciel.
Il disait que le chapelet était l'échelle la plus courte pour y parvenir.
Léon XIV l'a canonisé en septembre dernier devant une place débordante de jeunes, image que les progressistes semblent incapables de saisir. L'ennemi, en revanche, la comprend parfaitement. Il prend pour cible l'Eucharistie et Marie car il sait que tout repose sur elles, et ce faisant, il nous révèle involontairement la clé du salut.
Source: Carlos Balén | 21 août 2026 pour InfoVaticana
J'ai toujours été fasciné par cette citation de la Lettre aux chrétiens hébreux : "Par la foi, ils soumirent (ou "conquirent") des royaumes" (He 11,33), un passage biblique que la lettre présente comme "modèles de foi dans l'Histoire sainte", car il nous permet d'expliquer les motivations de nombreux épisodes historiques, y compris ceux que nous nous proposons de narrer : l'expansion portugaise vers l'océan Indien et l'évangélisation de Goa, en Inde.
Avec ce texte, nous présentons une série historique qui comportera entre 10 et 12 chapitres et qui peut être considérée comme une histoire de l'Église, de la chrétienté , ''quand la philosophie de l'Évangile gouvernait les États'', selon les mots de Léon XIII.
Comment un petit royaume comme le Portugal, après avoir chassé les musulmans de son territoire, a-t-il pu entreprendre la conquête de l'Afrique du Nord, puis le tour de l'Afrique pour atteindre le continent asiatique et ainsi surprendre les Turcs progressant par l'arrière en Méditerranée, et libérer la ville sainte de Jérusalem ? Pour la mentalité chrétienne qui guidait les actions de la couronne portugaise et des missionnaires – ainsi que celles des marchands et des hommes politiques, même si ces derniers avaient également des intérêts économiques –, cette expansion maritime du Portugal à partir du XVe siècle est perçue comme une croisade, une guerre de religion, car il s'agissait de neutraliser la menace turque en Europe et de libérer la Terre sainte .
On ne trouve que peu ou rien de cela dans les livres d'histoire, si ce n'est la construction d'une légende noire autour de ces événements, la plupart des historiens actuels étant incapables de comprendre que le mandat de Jésus-Christ d'aller faire des disciples de toutes les nations, de les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et de leur enseigner à accomplir tout ce qu'il a commandé (Mt 28, 19-20) est ce qui a motivé non seulement les croisades étudiées comme telles, dont le but principal était de libérer la Terre sainte, mais aussi la reconquête de la péninsule Ibérique et les voyages d'expansion des royaumes ibériques.
L'histoire, en tant que discipline scientifique, est née au XIXe siècle. Le développement de la méthode scientifique au cours des siècles précédents, dans le cadre de la philosophie positiviste et objectiviste du XIXe siècle, a engendré une approche de la connaissance scientifique qui se voulait applicable à l'étude du passé. Cependant, l'évolution des études historiques aux XXe et XXIe siècles a révélé la difficulté qu'éprouve l'histoire à satisfaire certaines exigences fondamentales de la science, d'autant plus qu'elle a, au fil du temps, de plus en plus adopté les courants idéologiques dominants pour étudier les événements et les mentalités passés. Du marxisme au féminisme, en passant par le mouvement woke, les études universitaires menées par les historiens, chercheurs et professionnels appliquent, dans la plupart des cas, ces perspectives présentistes, totalement étrangères à celles et ceux qui ont vécu dans le passé ou sur d'autres continents, avec des visions du monde différentes.
Partons du principe que l'histoire est la discipline qui cherche à reconstituer les sociétés passées et les événements qu'elles ont vécus, en se fondant sur des critères épistémologiques de vérité. À cette fin, elle s'appuie sur des sources diverses, écrites ou matérielles, grâce auxquelles elle construit une connaissance du passé. Tout cela se concrétise dans le travail de l'historien, à travers des textes écrits qui élèvent l'historiographie au rang d'art ou de science sociale. Cette réalité exige de l'historien une réflexion méthodologique préalable, fondamentale pour définir son travail. La clé des défis méthodologiques liés à l'écriture de l'histoire réside dans la relation entre les faits et celui qui les recueille, les développe et les analyse, cherchant à en extraire du sens. Bien que la lecture de certains ouvrages d'histoire puisse parfois donner l'impression de relater des vérités objectives, en raison du style narratif omniscient qui prévaut dans de nombreuses œuvres historiographiques, le rôle de l'historien dans la construction de ce récit est essentiel. Ce rôle engendre un problème épistémologique et méthodologique complexe, que beaucoup d'historiens semblent négliger. Il s'agit essentiellement d'un débat de longue date opposant objectivité et subjectivité. Et tout au long de ce débat, il est crucial de ne pas perdre de vue la question de la véracité. Ces trois éléments s'entremêlent dans le débat historiographique et sous-tendent les principales difficultés épistémologiques auxquelles est confrontée l'écriture de l'histoire.
Si nous replaçons cette définition de l'Histoire comme discipline scientifique dans le contexte plus large de l'évolution de la pensée, nous pouvons comprendre pourquoi la transcendance, le surnaturel et Dieu sont exclus de l'Histoire en tant que science, et s'il existe un moyen de reformuler la question dans une étude historique qui se prétend scientifique et qui n'ignore pas l'existence de Dieu et ses actions dans l'histoire de l'humanité.
En tant que professeur, le père Javier Olivera Ravasi constatait que la foi des jeunes étudiants était ébranlée non par des attaques contre les dogmes ou la doctrine, mais par des attaques contre des événements de l'histoire de l'Église. S'appuyant sur les écrits de Léon XIII, le père Javier forgea le concept d'apologétique historique, qu'il définissait comme une "défense de la foi par l'histoire". Il élabora ainsi des programmes d'enseignement pour contrer la Légende noire.
Les paroles de Léon XIII qui ont servi de point de départ sont celles contenues dans le Saepenumero Considerantes, un bref document "sur l’étude de l’histoire de l’Église" rédigé par Léon XIII en 1883 à l’occasion de l’ouverture des Archives vaticanes, dans lequel le pontife soulignait l’importance des études historiques pour un catholique. Que peut et que doit faire un historien catholique ? Essentiellement, la démarche du Pape est la même que celle de l’Église depuis toujours : la recherche de la vérité, l’analyse objective des faits, sans préjugés.
Faisant précisément référence à la construction historiographique de la Légende noire concernant l'Église, Léon XIII constata comment non seulement les événements passés avaient été déformés, mais aussi comment de fausses histoires avaient été inventées et des faits avérés dissimulés (de nombreux mensonges par omission, arme le plus usité dans la fabrication de la Légende noire. Ndlr.) afin de s'emparer et de diffuser ceux qui semblaient les plus dignes de spectacle et de ridicule pour les masses avides de scandale (...). Ces machinations étaient encore très actives au XIXe siècle à travers la science historique, qui, selon les mots du pape, "semble être un complot d'hommes contre la vérité". Le pape déplorait prophétiquement comment, à son époque, cette manière d'écrire l'histoire avait même infiltré les écoles.
Dans cette lettre apostolique, Léon XIII a ajouté un élément crucial pour les historiens catholiques en déclarant qu’"il ne s’agit pas seulement d’étudier la vérité, mais aussi d’en être les défenseurs", afin de contrer la désinformation et la distorsion des faits historiques, "en se consacrant avec diligence à ce que les disciplines historiques, aussi nobles soient-elles, ne deviennent pas une source de grands maux, tant publics que privés". À cette fin, le Pape a exhorté "des hommes de bonne moralité, instruits et compétents en la matière, à se consacrer avec diligence à la rédaction de textes historiques, dans le but précis de révéler la vérité authentique et de réfuter, par une doctrine saine, les injustices criminelles qui s’accumulent depuis trop longtemps. Que la rigueur de la recherche et de la réflexion s’oppose aux récits superficiels ; la prudence du jugement, à l’imprudence des affirmations ; la classification approfondie des faits, à la superficialité des préjugés. Il faut s’efforcer de réfuter mensonges et fabrications, en s’appuyant sur les sources ; que l’auteur garde toujours à l’esprit que “la première loi de l’histoire est de ne rien dire de faux, ni de cacher la vérité” ; afin que, dans ses écrits, aucun soupçon de partialité ou de préjugé ne puisse être suscité (…)."
Eh bien, c’est cette perspective d’apologétique historique que nous adopterons dans l’étude du sujet proposé, en essayant de démanteler les préjugés de la légende noire et l’erreur méthodologique du présentisme afin de mettre en lumière les motivations et les faits tels qu’ils se sont réellement produits.
Nous ne pouvons ignorer la grave erreur du présentisme en histoire ; le présentisme consiste à étudier le passé avec une mentalité contemporaine (l'anachronisme en histoire est un péché. Ndlr). Comme l’affirme Joseph Pearce : "Si nous tentons d’étudier l’histoire à travers le prisme des préjugés et des idées préconçues de notre époque, nous ne ferons que mal interpréter les motivations et les intentions des actions historiques. Si nous ignorons les convictions de ces personnes, nous ne comprendrons pas leurs actions et leurs comportements. Nous ne comprendrons pas véritablement ce qui s’est passé. Nos préjugés ou notre ignorance nous auront aveuglés. Pour comprendre l’histoire, nous devons suffisamment bien comprendre ses protagonistes pour éprouver de l’empathie pour eux, même si nous ne partageons pas leurs points de vue. Plus les preuves historiques s’accumulent, moins les tenants du postmodernisme peuvent amener les figures historiques à penser en termes de présent."
Pearce développe cette idée de manière très imagée dans son ouvrage "À travers les yeux de Shakespeare" : "Le problème fondamental est qu'il existe deux manières de penser : une pensée subjective et une pensée objective. Penser objectivement exige de se confronter à la réalité qui nous dépasse, afin de comprendre la nécessité de s'y conformer (…). Penser subjectivement, en revanche, revient à appréhender toute expérience selon sa propre perspective et à la juger en conséquence. La pensée objective est appelée réalisme ; la pensée subjective, nominalisme ou relativisme philosophique." Et la discipline scientifique de l'histoire relève de cette seconde catégorie, malgré sa prétention à l'objectivité. "Puisque les deux options ne peuvent être vraies simultanément, si l'une est vraie, l'autre est fausse de facto", conclut Pearce.
À partir de ce qui précède, nous présentons cette étude, qui se compose de deux parties distinctes : premièrement, nous examinerons l’expansion portugaise dans l’océan Indien, en soulignant ses événements les plus marquants, sa rencontre avec la culture commerciale swahilie islamisée sur la côte est de l’Afrique et son arrivée dans le sous-continent indien. Deuxièmement, nous nous interrogerons sur la pertinence de considérer cette expansion comme une croisade, en nous appuyant sur les définitions et l’histoire des croisades, et nous analyserons l’expansion historique de l’islam et sa violence inhérente, ainsi que ses conséquences pour la société contemporaine.
Dans la seconde partie, nous retracerons la conquête de Goa à partir du XVIe siècle et analyserons la légitimité de l'évangélisation, que les historiens goanais autochtones – des jésuites ! – ont malheureusement diabolisée au cours des dernières décennies du XXe siècle, forgeant ainsi leur propre légende noire. Nous examinerons la naissance et l'évolution de la structure démographique de Goa en tant que colonie portugaise, ainsi que l'émergence d'un nouveau modèle social et d'un nouveau groupe socio-religieux : les Goanais catholiques et occidentalisés (ou Goanos, ou Goeses – il n'existe pas de traduction directe de ce gentilé en espagnol, car ils n'ont pas été étudiés ici), qui ont maintenu – et continuent de maintenir – le système des castes.
Nous montrerons comment, à partir du XIXe siècle, avec la crise de Goa due à l'épuisement de l'empire portugais et à l'établissement d'un protectorat britannique dans diverses enclaves de l'océan Indien, des milliers de Goanais ont émigré vers l'Afrique de l'Est, où leur identité catholique a été renforcée face aux anglicans et aux musulmans ; et comment, avec l'avènement de l'indépendance dans les pays africains au milieu des années 1960, la plupart des membres des communautés goanaises bien établies dans de nombreuses villes de Tanzanie, du Kenya et d'Ouganda ont de nouveau émigré, cette fois vers l'Occident : principalement vers le Royaume-Uni et le Canada.
L’objectif de ces textes est de diffuser le savoir, ou, comme on dit aujourd’hui dans le milieu universitaire, de "transmettre le savoir", par une révision critique de l’historiographie. Nous nous appuyons sur une bibliographie indisponible en espagnol et sur des travaux menés aux Archives nationales de Zanzibar, grâce à une subvention, à différentes périodes entre 2000 et 2004, ainsi que sur un travail de terrain auprès de la communauté goanaise de l’île durant la même période, au cours duquel nous avons mené des entretiens pour reconstituer leurs histoires familiales. Nous n’apporterons guère d’informations inédites, même si elles ne sont pas disponibles en espagnol. En revanche, nous tenterons d’offrir une perspective nouvelle : celle de l’apologétique historique, que nous jugeons bien plus fidèle aux motivations des protagonistes et plus à même de reconstituer fidèlement les événements eux-mêmes ; et nous l’appliquerons au cas spécifique de l’expansion portugaise dans l’océan Indien. Pour ne citer qu'un exemple, l'historien jésuite Teotónio R. de Souza considère l'évangélisation de Goa comme une destruction forcée de son identité "indienne" (quelle que fût sa signification au XVIe siècle). Or, parmi les centaines de Goanais que j'ai rencontrés, je n'ai jamais entendu de lamentations à ce sujet, bien au contraire : gratitude et fierté quant à leur foi et leur identité catholique et occidentalisée. Dans un environnement hostile, avec une population musulmane à 95 %, comme c'est le cas à Zanzibar, où une bombe a explosé dans la cathédrale Saint-Joseph pendant la messe de minuit en 2002 ou 2003, leur foi et leur identité catholiques ont soutenu ces individus et ces communautés.
Je m'efforcerai de minimiser les références bibliographiques dans le texte afin d'accélérer la lecture, mais il y aura des notes de bas de page et j'inclurai à la fin des chapitres la liste des principales bibliographies consultées, pour ceux qui souhaitent approfondir ou comparer les informations présentées.
Nous abordons ces textes avec l'ambition d'offrir une lecture instructive et stimulante, permettant de reconsidérer les événements sous un angle nouveau et de déconstruire la légende noire et autres préjugés. Il s'agit assurément d'un point de vue "académiquement incorrect" ou "marginal" : en raison des limites inhérentes à la discipline historiographique et de l'idéologie woke dominante dans les universités publiques espagnoles, ce type d'étude n'y a plus sa place aujourd'hui. Malheureusement, il est également absent de certains départements d'histoire ou de sciences humaines des universités catholiques, dont beaucoup ont non seulement adopté des positions athées et laïques à l'égard de certains événements de l'histoire de l'Église, mais rejettent aussi les notions de chrétienté, de croisade et de guerre juste. L'évangélisation des païens se trouve ainsi reléguée au second plan, victime de l'indifférence religieuse qui règne au sein de l'Église.
À propos de l'auteure : Pilar Abellán est une vierge consacrée (OV) et titulaire d'une licence d'histoire de l'Université de Barcelone. Elle a publié de nombreux ouvrages, tant universitaires que de vulgarisation, a été membre d'un groupe de recherche permanent au sein du département d'histoire contemporaine de cette même université et a achevé ses études doctorales (doctorat) avant la mise en œuvre du processus de Bologne, notamment trois années de cours doctoraux au département d'histoire médiévale, de 2020 à 2023. Entre 2000 et 2004, elle a bénéficié d'une bourse de formation à la recherche (FPI) du ministère de l'Intérieur et a travaillé comme chercheuse dans un programme de recherche et développement au sein du département d'histoire contemporaine. Durant cette même période, elle a également été membre d'un groupe de recherche informel, ARDA-LISA (Association pour la recherche et la diffusion sur l'Afrique), sous la direction de Ferran Iniesta. Ses travaux portaient alors sur les thèmes abordés dans cette série ; elle a présenté des communications lors de conférences et publié dans des revues spécialisées.
Sainte Rose de Lima, Vierge (1586-1617) - Huile de Claudio Coello (1642-1693), musée du Prado, Madrid
Rose naît le 20 avril 1586 à Lima au Pérou d'une famille pauvre d'origine espagnole dont elle était la dixième enfant, et reçut au Baptême le nom d'Isabelle. Sa mère, penchée sur son berceau, ayant cru apercevoir une rose épanouie sur son visage, s´écria : "Désormais, tu seras ma ‘Rose’", changement de nom qui fut confirmé par la Sainte Vierge dans une vision qu'eut plus tard la jeune fille.
La vie de cette petite Sainte a été une suite ininterrompue de souffrances volontairement acceptées et héroïquement supportées. Dès son bas âge, Rose comprit que la vraie sainteté consiste avant tout à accomplir ses devoirs d´état. Une source de difficultés lui vint de concilier l'obéissance à ses parents avec la fidélité aux appels intérieurs dont le Ciel la favorisait. Elle s'ingénia à trouver le moyen d'obéir à la fois à Dieu et à sa mère. Décidée à ne chercher à plaire à personne qu'à Dieu, elle portait néanmoins une couronne de fleurs imposée par sa mère ; mais elle sut y cacher à l'intérieure une aiguille qui faisait de cet ornement un instrument de supplice.
Peu après l'âge de quatre ans (1590), elle sut lire et se nourrira du récit de la vie de sainte Catherine de Sienne, qui deviendra son modèle de vie spirituelle. Rose se voua à une vie de pénitence. Dès son enfance, elle s´exerça au jeûne et put le pratiquer à un degré héroïque. Elle ne mangeait jamais de fruits. À six ans, elle jeûnait le vendredi et le samedi. À quinze ans, elle fit vœu de ne jamais manger de viande. À 20 ans, elle prend l'habit des tertiaires dominicaines. Plus tard, elle ne mangea qu´une soupe faite de pain et d´eau, sans sel ni autre assaisonnement. Toutes les nuits, elle se frappait cruellement avec des chaînettes de fer, s´offrant à Dieu comme une victime sanglante pour l'Église, l'État, les âmes du purgatoire et les pécheurs. Non contente du lit de planches sur lequel elle reposa longtemps, elle se fit un lit avec des morceaux de bois liés avec des cordes ; elle remplit les intervalles avec des fragments de tuiles et de vaisselle, les acuités tournées vers le haut. Rose coucha sur ce lit pendant les seize dernières années de sa vie.
La vraie sainteté ne réside pas dans la pénitence du corps, mais dans celle du coeur, qui est impossible sans l´humilité et l'obéissance. Toutes les austérités de Rose étaient soumises à l'obéissance ; et elle était toujours prête à tout abandonner. On s´étonnera que ses directeurs aient pu approuver dans une si frêle enfant d'aussi cruelles macérations ; mais il faut savoir que chaque fois que des confesseurs voulurent s'y opposer, ils en furent empêchés par une lumière intérieure.
Toute la personne de Rose, défigurée par la pénitence, attirait l'attention du public et la faisait vénérer comme une Sainte. Désolée, elle eut recours à Dieu, afin que ses jeûnes n'altérassent pas les traits de son visage. Chose admirable ! Elle reprit son embonpoint et ses vives couleurs ; ses yeux se ranimèrent. Aussi arriva-t-il qu'après avoir jeûné tout un Carême au pain et à l´eau, elle rencontra des jeunes gens qui se moquèrent d´elle en disant : "Voyez cette religieuse si célèbre par sa pénitence ! Elle revient sans doute d'un festin. C'est édifiant, vraiment, en ce saint temps !" Rose en remercia Dieu.
La charité de Rose pour le salut des âmes était en proportion de son amour pour Jésus-Christ. Elle ressentait une poignante douleur en pensant aux âmes qui se perdent après avoir été si chèrement achetées. Elle pleurait sur le sort des Chinois, des Turcs, et des nombreuses sectes hérétiques qui désolaient l'Europe.
Sa méfiance de l'Inquisition lui valut plusieurs examens de la part des autorités religieuses, ses profondes réponses étonnèrent alors ses détracteurs. Dans le même temps, elle se dévoua au service des indiens, des enfants abandonnés, des vieillards, des infirmes, et des malades.
Elle passa de la terre au ciel le 24 août 1617, à l'âge de trente et un ans. Le peuple de Lima se précipita sur sa tombe pour y recueillir un peu de la terre qui la recouvrait.
Rose de Lima a été béatifiée en 1668 par Clément IX et canonisée, le 12 avril 1671, par Clément X.
Sainte Rose de Lima (Noël Laudin - Musée de Châlons-en-Champagne)
Sainte Rose de Lima est patronne des Amériques, des Philippines, du Pérou, de la ville de Lima, de la police nationale et de l'université catholique du Pérou.
Tous les ans, à l'occasion de la Solennité de Sainte Rose de Lima, le 30 août (férié au Pérou), une cérémonie religieuse réunit les autorités politiques, diplomatiques et militaires du pays. Sa statue est portée en procession de la cathédrale de Lima au sanctuaire qui lui est dédié. Elle est également à l'origine de la fête traditionnelle du royaume d'Araucanie et de Patagonie le 30 août.
Le Seigneur a dit d'une voix forte : que tous les hommes sachent que la grâce arrive après la peine, qu'ils sachent que sans avoir porté le fardeau des afflictions, ils ne peuvent atteindre les hauteurs de la Grâce, qu'ils apprennent que les dons de la Grâce augmentent au fur et à mesure que le fardeau s'alourdit, que les hommes ne se trompent pas, il n'y a qu'une voie pour rejoindre le Paradis, et la Croix est la seule route pour y accéder.
L’Église synodale de François et Léon XIV a une méthode qui tend à inverser les fins. Des directives ont ainsi été données dans l’Instrumentum Laboris du Synode sur la Synodalité en 2023, qui décrivent ce qu’on appelle la ''conversation dans l’Esprit Saint'', base de la méthode synodale : ''En écoutant attentivement les expériences vécues par les uns et les autres, nous grandissons dans le respect mutuel et nous commençons à discerner les mouvements de l'Esprit de Dieu dans la vie des autres et dans la nôtre.'' (§ 31) ''Dans son sens étymologique, le terme "conversation" n'indique pas un simple échange d'idées, mais cette dynamique dans laquelle la parole prononcée et écoutée génère une familiarité qui permet aux participants et participantes de devenir intimes les uns avec les autres.'' (§ 33) "La dynamique s'articule autour de trois étapes fondamentales. La première est consacrée à la prise de parole de chacun et chacune, à partir de sa propre expérience personnelle relue dans la prière ... Les autres écoutent en silence sans entrer dans des débats ou des discussions en sachant que chaque personne a une contribution précieuse à apporter.. Le silence et la prière aident à préparer l'étape suivante, où chacun et chacune est invité(e) à ouvrir en soi-même un espace pour les autres et pour l'Autre. À nouveau, chaque membre du groupe prend la parole : non pas pour réagir et contrer ce qui a été entendu, en réaffirmant sa propre position, mais pour exprimer ce qui, au cours de l'écoute, l'a touché(e) le plus profondément et ce par quoi il ou elle se sent le plus interpellé(e)" (§ 37-38) "La troisième étape, ... consiste à identifier les points clés qui ont émergé et à dégager un consensus concernant les fruits du travail commun, que chacun considère comme fidèle au processus et dans lequel il ou elle peut donc se sentir représenté" (§ 39), dans le résultat final... Cette "méthode" est décrite comme une "dynamique où la parole prononcée et écoutée génère une familiarité permettant aux participants de devenir "intimes" les uns aux autres avec l'"Esprit Saint" comme protagoniste. Par cette méthode, l'on pense pouvoir en quelque sorte "capturer" ou dompter l'Esprit Saint : "peu à peu, la conversation entre frères et sœurs dans la foi ouvre l'espace pour 'une écoute commune' de l'Esprit. Mais s'il n'y a aucun pas en avant dans une direction précise, souvent inattendue, qui mène à une action concrète, il ne s’agit pas d’une authentique conversation dans l’Esprit," prévient le document au paragraphe 33.
Certains observateurs, comme Sandro Magister, ont souligné un danger: que la méthode (le "processus synodal" lui-même) devienne une fin en soi, au détriment de la fin ultime qui est le Christ. La "dynamique" occulte le fait que l'Esprit Saint est avant tout l'Esprit que le Christ nous donne (Jn 16,15), et qui rappelle ce que le Maître a enseigné. Ainsi, si la conversation n'est pas elle-même ancrée dans la vérité révélée, voire la conteste, ou lui est contraire (mise en balance de vérités pour lesquelles l’Église s'est déjà déclarée définitivement), elle peut dériver vers une ingénierie sociale et/ou un relativisme.
La méthode qui se veut une démarche ecclésiale de discernement voit dépendre son efficacité dans son enracinement dans la foi en Jésus-Christ, sans quoi elle pourrait perdre de vue sa finalité.
C'est le sens de nouveaux développements de l'évêque Rob Mutsaert pour Ad Vaticanum,qui avertit: "Les mots qui manquent au Synode sont la repentance et la conversion".
L’évêque Rob Mutsaerts est évêque auxiliaire du diocèse de Bois-le-Duc (Pays-Bas) depuis 2010. Son ministère se caractérise par une foi inébranlable dans la proclamation de la vérité, notamment à travers ses critiques du synode sur l’Amazonie de 2019 et ses inquiétudes quant au manque de sagesse évangélique sous-jacente à Traditionis Custodes. Il a également été un fervent défenseur de l’Église.
Il s'est également élevé avec force contre la montée du laïcisme aux Pays-Bas, un pays qui a subi les conséquences les plus néfastes de ce courant. Aux Pays-Bas, la vie des nouveau-nés et des enfants de moins de 12 ans peut être interrompue délibérément, sans leur consentement explicite, dans des circonstances strictement définies. L'euthanasie peut être pratiquée sur les personnes âgées de 12 ans et plus en cas de souffrance psychiatrique. Près de 60 % de la population se déclare sans appartenance religieuse, tandis que l'islam est la religion majeure dont la croissance est la plus rapide : chez les 15-17 ans, le nombre de musulmans (14,2 %) est plus de deux fois supérieur à celui des catholiques (6,9 %). Dans ce contexte, Son Excellence a œuvré sans relâche, rédigeant de nombreux ouvrages spirituels et encourageant les conversions, un travail qui porte ses fruits dans un pays qui a enregistré une augmentation de 40 % des baptêmes d'adultes en 2024.
Dans cet entretien exclusif à Ad Vaticanum, Mgr Mutsaerts partage ses réflexions sur une lettre ouverte qu'il a récemment adressée au pape Léon XIV, son point de vue sur le processus synodal et sa vision de l'Église aux Pays-Bas.
AV : Dans votre récente lettre ouverte au pape Léon XIV, vous écrivez que juger le processus synodal selon ses propres critères internes (écoute, participation, documents) peut donner lieu à un récit positif, mais que les véritables critères sont une foi plus forte, une proclamation plus claire du Christ, une identité catholique plus profonde, davantage de conversions, une fréquentation plus élevée de la messe dominicale, etc. Pourriez-vous nous expliquer comment vous êtes parvenu à cette liste de critères ?
+RM : Le dernier canon du Code de droit canonique s’achève sur le principe bien connu selon lequel "le salut des âmes […] doit toujours être la loi suprême dans l’Église" (salus animarum… suprema semper lex esse debet, can. 1752). Si l’on évalue le processus synodal, la question décisive n’est pas de savoir si les consultations ont été approfondies, si les fidèles se sont sentis écoutés, si les comités ont bien fonctionné ou si des documents ont été produits. La question est plutôt : tout cela a-t-il accru la probabilité que les hommes et les femmes croient en Jésus-Christ, se repentent, reçoivent les sacrements, persévèrent dans la grâce et obtiennent la vie éternelle ? Sur ce point, il existe de sérieuses raisons de critiquer.
AV : Vous insistez sur le fait que la synodalité ne peut être une fin en soi. Qu’entendez-vous par là, et comment devons-nous comprendre la relation entre les moyens (consultation, participation, structures) et la véritable finalité de la mission de l’Église ?
+RM : "Marcher ensemble" n’a de sens que si l’Église sait où elle va. La destination n’est pas une participation accrue, mais le Christ ; non pas un dialogue ecclésiastique, mais la sainteté ; non pas l’inclusion comme principe abstrait, mais l’incorporation au Christ et, en définitive, le salut éternel.
La consultation, la participation, les structures pastorales et les méthodes synodales ont toutes leur place. Dès lors que les moyens prennent le pas sur la fin, il y a eu une inversion de l'ordre établi.
Il est intéressant de noter que les documents synodaux eux-mêmes reconnaissent à plusieurs reprises que l'évangélisation est la mission de l'Église. Le document continental européen affirme que la tâche de l'Église est de "proclamer l'Évangile" et d'inviter les personnes à la communion, et appelle à un renouveau de l'activité missionnaire en Europe. Le désaccord porte donc moins sur l'intention officielle que sur l'accent mis sur certains aspects, les méthodes employées et les résultats concrets obtenus.
AV : Dans votre lettre, vous affirmez : "Christus heeft geen discussiegroep opgericht. Hij riep apostelen. Hij gaf hun gezag" ("Le Christ n’a pas fondé de groupe de discussion. Il a appelé des apôtres. Il leur a donné l’autorité"), et vous ajoutez que la foi ne naît pas d’un recensement préalable des croyances par l’Église, suivi de la formulation d’une conviction commune à partir de ces expériences. Comment ce principe s’applique-t-il, selon vous, à la phase de mise en œuvre du processus synodal en cours, qui se poursuit en vue d’une Assemblée ecclésiale à Rome en octobre 2028 ? Où, à votre avis, s’arrête l’écoute authentique et où commence le ministère enseignant des évêques ?
+RM : Un médecin écoute attentivement son patient, mais l’écoute ne guérit pas. L’Église possède une particularité rare parmi les institutions : elle a reçu une Révélation qu’elle n’a pas inventée et qu’elle ne peut réécrire. Par conséquent, il arrive toujours un moment où l’écoute cède la place à la proclamation de l’Évangile. Les mots qui manquent au Synode sont la repentance et la conversion.
AV : Existe-t-il une contradiction nécessaire entre synodalité et tradition ? À quoi ressemblerait concrètement une synodalité véritablement orientée vers le salut des âmes ?
+RM : Il n’y a pas nécessairement contradiction entre synodalité et tradition. Imaginons une Église synodale interrogeant chaque paroisse : Pourquoi vos adolescents baptisés disparaissent-ils ? Pourquoi les confessions se sont-elles effondrées ? Où les jeunes familles assistent-elles à la messe ? Pourquoi ? Où les jeunes adultes demandent-ils le baptême ? Qu’est-ce qui les a amenés au Christ ? Ce serait une synodalité orientée vers le salut des âmes. L’écoute demeurerait, mais nous écouterions en partie parce que nous désirerions ardemment découvrir comment sauver des âmes. Et soudain, tout le processus prendrait un sens.
AV : Les Pays-Bas sont généralement considérés comme l’une des sociétés les plus sécularisées et libérales du monde occidental. Quelles sont selon vous les racines de cette crise au sein de l’Église néerlandaise ?
+RM : La réalité néerlandaise offre une perspective édifiante. La situation du catholicisme aux Pays-Bas est extrêmement difficile à présenter comme une réussite pastorale. Les statistiques néerlandaises font état de 3,448 millions de catholiques inscrits en 2024. Or, les statistiques relatives aux sacrements sont encore plus alarmantes. D’un point de vue catholique, cela témoigne d’un échec catastrophique à transmettre la foi d’une génération à l’autre.
C’est précisément là que le concept de "salus animarum" devient problématique. Si des millions de personnes restent nominalement catholiques, mais qu’une infime proportion seulement rencontre régulièrement le Christ eucharistique ; si les enfants baptisés disparaissent avant la confirmation ; si le mariage catholique devient statistiquement exceptionnel ; alors il est insuffisant d’affirmer que de nouvelles structures consultatives ont été créées.
AV : Croyez-vous que le Synode sur la synodalité ait contribué au déclin du catholicisme néerlandais ?
+RM : Le déclin du catholicisme néerlandais a commencé plusieurs décennies avant le synode. Il serait donc historiquement indéfendable d’imputer la sécularisation des Pays-Bas à la synodalité. Le processus synodal n’a pas engendré la crise en Europe occidentale. Mais après plusieurs années, rien ne prouve qu’il ait apporté de solution efficace. Le remède ressemble au mal !
Lorsque la rhétorique ecclésiastique commence à ressembler étrangement au langage profane, l'Église risque de proposer aux Européens laïcs une version religieuse de quelque chose qu'ils possèdent déjà. Mais nul besoin d'être chrétien pour comprendre que les réunions doivent être inclusives.
AV : Au-delà des controverses immédiates, qu’est-ce qui vous donne espoir pour l’avenir de l’Église catholique aux Pays-Bas ?
+RM : Il y a un signe véritablement encourageant que ma critique précédente ne devrait pas occulter. Aux Pays-Bas, le nombre d’adultes admis dans l’Église catholique a augmenté de près de 40 % en 2024 : plus de 500 adultes ont été baptisés et plus de 100 autres sont entrés dans l’Église sans être baptisés, car ils l’étaient déjà. C’est remarquable. Il serait donc trop hâtif d’affirmer simplement : "Il ne se passe rien." Il se passe clairement quelque chose au sein d’un petit groupe, mais significatif, de personnes en recherche spirituelle.
Ce phénomène mérite sans doute une attention bien plus grande que celle qu'il reçoit actuellement. La question cruciale est la suivante : quel type de catholicisme attire ces convertis ? Cherchent-ils le christianisme par désir d'avoir plus de comités ? Ou bien ont-ils découvert le Christ, la prière, l'adoration eucharistique, la confession, la rigueur morale catholique, la beauté de la liturgie, la cohérence intellectuelle, la tradition, la communauté et la transcendance ? Il me semble évident que c'est la seconde option qui prévaut.
Ce qui rend l'augmentation des conversions d'adultes aux Pays-Bas particulièrement intrigante, c'est que des signes similaires de regain d'intérêt pour le christianisme chez les jeunes Européens devraient inciter les évêques à la plus grande vigilance. Le futur catholique ne demande pas à l'Église : "Allez-vous vous conformer davantage à la société dans laquelle je vis déjà ?" Il demande : "Est-ce que tout cela est réellement vrai ?"
Si un jeune d'une vingtaine d'années entre dans une église parce que la culture contemporaine l'a laissé en manque spirituel, lui proposer une nouvelle discussion sur l'inclusion institutionnelle risque de mal comprendre sa situation. Il aspire peut-être à la métaphysique, à la rédemption, à une vie morale exigeante, à un prêtre qui croit réellement en ce qu'il prêche, à la confession, à l'Eucharistie. Et surtout, au Christ. C'est précisément dans cette perspective que le catholicisme traditionnel peut présenter un avantage en matière d'évangélisation, justement parce qu'il est résolument différent.
AV : Quelles formes concrètes de sainteté, de conversion et de proclamation vous semblent les plus urgentes dans l’Église aujourd’hui, et comment un changement de cap vers ces priorités modifierait-il la vie pratique des paroisses, des séminaires et des structures diocésaines ?
+RM : L’évangélisation catholique part traditionnellement du principe qu’un enjeu crucial est en jeu. L’homme est créé pour Dieu. Il est blessé par le péché. Le Christ est mort pour lui. La grâce est réelle. Le péché mortel est réel. Le jugement est réel. Le ciel est réel. L’enfer est réel. Le pardon est réel. L’Eucharistie est réellement le Christ. La confession réconcilie réellement le pécheur avec Dieu. Dès lors que ces vérités sont profondément ancrées dans nos convictions, les priorités pastorales se transforment radicalement. On s’intéresse de près aux confessions, aux baptêmes, aux conversions, aux mariages catholiques, à la fréquentation de la messe, à la dévotion eucharistique, à la catéchèse, à la prière en famille et à la sainteté. Une Église soucieuse du salut cherche inévitablement à savoir si davantage de personnes se confessent. Une administration, quant à elle, soucieuse des procédures, cherche à savoir si davantage de personnes ont participé à la consultation.
Il existe un critère biblique d'une simplicité remarquable : "C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez." Appliquons-le sans malice ni préjugés idéologiques. Surtout, les gens sont-ils prêts à devenir saints ? Cette question est bien plus importante que de se demander si les gens ont vécu le processus synodal positivement.
L’évêque Mutsaerts n’est pas le seul à formuler cette critique. Comme l’a souligné Edward Pentin, journaliste vaticaniste chevronné , les cardinaux Raymond Burke, Walter Brandmüller, Robert Sarah, Gerhard Müller, Joseph Zen Ze-Kiun et Juan Sandoval Íñiguez ont tous exprimé des préoccupations similaires, de même que feu le cardinal George Pell et des évêques tels que Joseph Strickland, Athanasius Schneider et Marian Eleganti.
Bien que la lettre ouverte ait été publiée il y a plus d'une semaine (pendant mon absence pour l'octave de l'Assomption), son importance est trop grande pour ne pas la publier. Cf. Diane Montagna, 24 août 2026, "Donnez-nous des éclaircissements » : Lettre ouverte d’un évêque néerlandais au pape Léon XIV critiquant le synode sur la synodalité."
Le 22 août est la mémoire liturgique de la Bienheureuse Vierge Marie invoquée sous le titre de "Reine".(1)
Si le Fils est roi, sa Mère doit nécessairement être considérée et appelée reine.
Saint Athanase
Dans la tradition catholique, la Vierge Marie est honorée comme Reine du Ciel, une vérité soutenue par plusieurs sources bibliques.
L'Ancien Testament met en lumière le rôle central de la Reine-Mère dans la monarchie davidique. En 1 Rois 2,19-20, le roi Salomon accueille sa mère Bethsabée avec honneur, lui accorde une place à sa droite et écoute ses requêtes :
"Bethsabée se rendit chez le roi Salomon pour lui parler en faveur d’Adonias. Le roi se leva, vint à sa rencontre et se prosterna devant elle. Puis il prit place sur son trône. Il fit installer également un trône pour la mère du roi, et elle prit place à sa droite."
Elle dit : "Je n’ai qu’une petite demande à te faire : ne me repousse pas !" Le roi lui dit : "Demande, ma mère, je ne te repousserai pas !"
Chaque roi de Juda – le royaume davidique – figure aux côtés de sa reine, qui a toujours été sa mère (Cf. 1 S 22,3). Le Christ, Fils de David et dernier Roi davidique, ne fait pas exception. Il a aussi une reine, et c’est aussi sa mère.
Dans ce même esprit, Marie, en tant que Mère de Jésus, le Roi messianique, assume ce rôle de Gebirah (hébreu pour "grande dame", la Reine Mère d'Israël et de Juda), dans le Royaume céleste.
Dans l’ancien royaume de Juda, lorsqu’un nouveau roi montait sur le trône, ce n’était pas sa femme qui recevait le titre de reine, car les rois avaient souvent plusieurs épouses ou concubines. Au lieu de cela, c’est la mère du roi qui a pris la place d’honneur. La "reine" n’était pas l’épouse du roi, mais sa mère, et s'il était courant qu’un roi ait plus d’une épouse, mais il n’avait qu’une seule mère. Le peuple apportait ses requêtes à la reine mère et elle les apportait à son tour à son fils, le roi, comme on le voit avec Bethsabée en 1 Rois 2,19-20. Elle occupait une position privilégiée à la cour, siégeait à la droite du roi et était souvent considérée comme un intercesseur ou une conseillère.
Le Psaume 44,10 renforce cette vision en annonçant : "Parmi tes bien-aimées sont des filles de roi ; à ta droite (la Reine Mère), la préférée, sous les ors d'Ophir.'' Ce psaume, souvent interprété comme prophétique, préfigure la royauté de Marie, comme mère du Roi des rois, Jésus-Christ.
Selon cette tradition biblique, si Jésus est le Roi éternel de l’univers, sa mère, la Vierge Marie, est la Reine non pas parce qu’elle a le pouvoir pour elle-même, mais à cause de sa relation unique avec le Roi : elle est la Mère du Seigneur, la Mère de Dieu, qui a porté en son sein le Roi des rois.
Pour cette raison, l’Église la reconnaît comme Reine du Ciel et de la Terre, et sa royauté est le reflet de la gloire de son Fils.
C’est un titre qui a non seulement des racines théologiques, mais aussi des racines profondément bibliques et traditionnelles.
Luc 1,43 nous révèle l'émerveillement d'Elisabeth : "D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?"
Elisabeth reconnait Marie comme la Mère du Seigneur, une expression royale car Jésus est le Roi éternel.
L'indication biblique la plus claire que Marie de Nazareth est une reine se trouve dans un passage remarquable du chapitre 12 de l'Apocalypse.
Le couronnement de la Vierge, dont la fête a été instituée par Pie XII en 1954, ne présente pas le même éclat que l’Assomption, car il n’est pas un dogme, même s’il figure comme l’un des cinq mystères glorieux de la prière du Rosaire. Il n’est d’ailleurs pas cité dans les Écritures si ce n’est dans le Livre de l’Apocalypse, lu justement le jour de l’Assomption, dans lequel il est mentionné (Ap 12, 1) :
Un signe grandiose apparut dans le ciel ; une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et, sur la tête, une couronne de douze étoiles.(2)
Cette femme interprétée comme Israël, l'Eglise et Marie, est couronnée, symbolisant ainsi sa royauté céleste. Pris ensemble, ces passages montrent que la royauté de Marie découle directement de sa maternité et de son rôle unique dans l'histoire du salut. En tant que Mère du Ciel, elle intercède pour nous auprès du Roi des rois.
L'auteur visionnaire d’Ap 12 voit un signe extraordinaire dans le ciel : une femme revêtue du soleil, la lune à ses pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête.
Le nombre douze désigne les tribus d'Israël. La couronne indique (sans ambiguïté) qu'il s'agit d'un personnage royal. Il devient évident que cette femme n'est pas seulement une reine, mais plus précisément une reine mère, car on apprend qu'elle accouche d'un un roi, "destiné à gouverner les nations avec une verge de fer".
La reine mère et le jeune roi sont tous deux engagés dans une terrible lutte.
Le visionnaire nous apprend qu'un dragon redoutable est prêt à dévorer le bébé dès sa naissance.
Mais Dieu emporte l'enfant et le conduit en sécurité sur le trône divin, tandis que la mère s'enfuit dans le désert où elle trouve refuge.
Sur ces entrefaites, une guerre éclate entre "Michel et ses anges" et le dragon et ses anges. Cette image est certes riche et multiforme en symboles, mais elle indique au moins que la reine et son fils royal sont les protagonistes d'un combat spirituel d'une certaine ampleur. En un mot, ce sont des guerriers.
Juste avant ce passage, à la toute fin du chapitre 11 de l'Apocalypse, nous trouvons la vision du temple céleste. Au milieu d'éclairs, de coups de tonnerre et d'une violente grêle, le voyant aperçoit l'Arche d'Alliance à l'intérieur du temple. L'arche, rappelons-le, contenait les vestiges des Dix Commandements et, par conséquent, était l'objet le plus sacré de l'ancien Israël. Placée dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem, elle était considérée comme le lien entre le ciel et la terre, le porteur absolu de la présence divine.
Lorsque le roi David fit entrer l'arche dans la Ville sainte, il dansa devant elle avec une insouciance téméraire.
De plus, à plusieurs reprises au cours de son histoire, Israël l'amena au combat, notamment lorsque les prêtres firent sept fois le tour des remparts de Jéricho avec elle, avant que ces remparts ne s'écroulent.
Or, la juxtaposition de la vision de l'arche dans le temple céleste et de celle de la reine mère revêtue du soleil ne peut être fortuite. L'auteur de l'Apocalypse nous dit que Marie, porteuse du Verbe de Dieu fait chair, était l'Arche d'Alliance par excellence.
En effet, lorsqu'elle rendit visite à sa cousine Élisabeth, enceinte de Jean-Baptiste, celui-ci tressaillit de joie dans le ventre de sa mère, imitant magnifiquement la danse de David devant la véritable arche.
L'arche et la reine sont toutes deux associées au combat spirituel.
Le Couronnement de la Vierge par Diego Vélasquez, XVIIe siècle
L'argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tradition antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa maternité divine divine.
Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engendré par la Vierge : "Il sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, et il régnera dans la maison de Jacob éternellement et son règne n'aura pas de fin" (Luc. 1, 32, 33) ; en outre, Marie est proclamée "Mère du Seigneur" (Luc 1,43). Il s'en suit logiquement qu'elle-même est Reine, puisqu'elle a donné la vie à un Fils qui, dès l'instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l'union hypostatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses. St Jean Damascène a donc raison d'écrire : "Elle est vraiment devenue la Souveraine de toute la création au moment où elle devint Mère du Créateur" (St. Jean Damascène, De fide orthodoxa), et l'Archange Gabriel lui-même peut être appelé le premier héraut de la dignité royale de Marie.
Cependant la Bienheureuse Vierge doit être proclamée Reine non seulement à cause de sa maternité divine mais aussi parce que selon la volonté de Dieu, elle joua dans l'œuvre de notre salut éternel, un rôle des plus éminents.
Dans l'accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : "Sainte Marie, Reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur (Lc 2,35), était debout près de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ".
Et un pieux disciple de saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : "Comme... Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu'il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu'elle mérita".
En effet, "Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l'offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d'une manière toute spéciale".
De ces prémisses, on peut tirer l'argument suivant : dans l'œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d'une manière semblable à celle dont Eve fut associée à Adam, principe de mort, si "ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, bien que l'on peut dire de notre Rédemption qu'elle s'effectua selon une certaine "récapitulation" en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l'intermédiaire d'une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément "pour être associée à lui dans la rédemption du genre humain" ; réellement toujours étroitement unie à son Fils, l'a offert sur le Golgotha au Père Eternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Eve, pour toute la postérité d'Adam, souillée par sa chute misérable" ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu'il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d'affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu'elle est Mère de Dieu et parce que comme une nouvelle Eve, elle fut associée au nouvel Adam.
Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d'une manière limitée et analogique parce qu'elle est la Mère du Christ Dieu et qu'elle est associée à l'œuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre les ennemis et au triomphe qu'il a obtenu sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi, elle atteint une gloire tellement sublime qu'elle dépasse l'excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l'autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l'efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père.
Que tous s'efforcent selon leur condition de reproduire dans leur cœur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante. Il s'ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, bannissant l'envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix. Que personne, donc, ne se croie fils de Marie, digne d'être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d'aider et de consoler.
Vivement désireux que la Reine et Mère du peuple chrétien accueille ces vœux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l'éternité, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accordons de tout cœur, comme gage du secours du Dieu tout-puissant et comme preuve de notre affection, la Bénédiction Apostolique.(3)
Dans sa prière du Magnificat, rapportée dans l’Évangile de Luc, Marie parle du Dieu "qui a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles". Comme son Fils, Marie ne combat pas avec les armes mesquines du monde, mais avec celles de l’amour, du pardon, de la compassion et de la non-violence provocatrice.
La fête de la Reine Marie est liée à ce choix : où vous situez-vous dans la grande lutte spirituelle ?
Avec quelle armée combattez-vous ?
Marcherez-vous sous la bannière de la Reine Mère et de son Fils, ou avec leurs ennemis ?
Partirez-vous avec l’Arche d’Alliance ou contre elle ? (4)
Le couronnement de la Vierge, Jean Fouquet, xve siècle
Christophe (+ vers 250), dérive des mots grecs Kristos (Christ) et phorein (porter), c'est-à-dire celui qui porte le Christ, en allusion à un géant légendaire initialement nommé "Réprouvé" qui aurait aidé l'enfant Jésus à traverser une rivière. Autrefois, il passait pour mettre à l'abri des maladies quiconque voyait sa statue.
La fusion de la mythologie païenne et de la légende chrétienne expliquent probablement la popularité du saint dans tout l’Occident à la fin du moyen-âge et les réticences des clergés anglais et allemands à son égard.
Selon une tradition très populaire, de sources variées et popularisée par la Légende dorée de Jacques de Voragine, Réprouvé était un Chananéen, d’allure terrible tant il était imposant.
Il eut l’idée de se mettre au service du plus grand prince du monde et se présenta donc à un roi très puissant. Un jour, un jongleur évoqua le diable devant le roi très chrétien qui se signa aussitôt. Réprouvé, fort étonné, demanda au roi le sens de ce geste. Celui-ci avoua, après bien des hésitations, sa peur devant le diable. Réprouvé, qui ne concevait de se mettre au service que du plus puissant quitta donc le roi pour trouver le diable.
Dans le désert, il s’approcha d’un groupe de soldats parmi lesquels s’en trouvait un particulièrement féroce qui lui demanda où il allait. Lorsque Réprouvé répondit, le soldat lui dit : « Je suis celui que tu cherches ». Marchant ensemble, il fut étonné de voir le diable s’enfuir devant une croix. Réprouvé, qui l’avait suivi, lui demanda la raison de sa peur. Après bien des hésitations, le diable avoua craindre la croix. À ces mots, Réprouvé le quitta et partit à la recherche du Christ pour se mettre à son service.
Il finit par rencontrer un ermite qui lui expliqua les principes de la foi en Jésus-Christ. Il lui dit :
« Ce roi désirera que tu lui adresses de nombreuses prières ». Le géant répondit qu’il ne savait ce que cela était et que, donc, il ne pouvait pas davantage se soumettre à cette exigence. L’ermite lui dit alors :
« Tu iras te poster à tel fleuve tumultueux et tu aideras les gens à le traverser ».
Réprouvé accepta. Il se construisit une petite maison au bord du fleuve et chaque jour, aidé d’une perche, il faisait traverser les voyageurs. Un jour, longtemps après, il entendit la voix d’un petit enfant qui lui demandait de le faire traverser. Il sortit mais ne vit personne. Rentré chez lui, il entendit une seconde fois l’appel de l’enfant. Dehors il ne trouva personne. Ce n’est qu’au troisième appel que le géant vit le petit enfant qui attendait sur la berge. Il le prit sur ses épaules et commença donc la traversée. Mais, à mesure qu’ils progressaient, l’enfant devenait de plus en plus lourd et le fleuve de plus en plus menaçant, tant et si bien qu’il eut le plus grand mal à rejoindre la berge opposée. Une fois l’enfant déposé il lui dit :
« Enfant, tu m’as exposé à un grand danger,
et tu m’as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j'aurais eu plus lourd à porter. » L'enfant lui répondit :
« Ne t'en étonne pas, Christophe, tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, auquel tu as en cela rendu service ;
et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis ta petite maison, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits. »
L’enfant disparut miraculeusement.
Christophe fit ainsi que l’enfant le lui avait dit et trouva le matin des feuilles et des dattes sur le bâton.
Christophe partit alors pour Samos, en Lycie (sud de l'actuelle Asie mineure) où, ne comprenant pas la langue, il tomba en prières afin que Dieu l’éclaire – ce qu’il obtint. Il alla à la rencontre des chrétiens qui, dans la ville, essayaient de convertir la population. Un des juges de la ville y trouva l’occasion de le frapper au visage. Il ficha son bâton dans le sol avec l’espoir d’un nouveau miracle… qui eut lieu en effet : ainsi huit mille hommes devinrent croyants. Le roi de la région, exaspéré, envoya deux cents soldats pour l’arrêter. Mais, sitôt qu’ils le virent en prière, ils hésitèrent. Le roi envoya à nouveau deux cents autres hommes qui à leur tour prièrent avec Christophe. Les ayant convertis, il accepta de les suivre chez le roi. Le roi eut grand peur en le voyant mais lui demanda son nom. Christophe répondit :
« Auparavant l’on m’appelait Réprouvé mais aujourd’hui je me nomme Christophe ». Le roi lui fit remarquer le choix peu judicieux : pourquoi prendre le nom de quelqu’un mort humilié sur une croix ? pourquoi ne pas se rallier à ses dieux ? Christophe lui répondit :
« C'est à bon droit que tu t'appelles Dagnus (damné ? danger ? dague ?), parce que tu es la mort du monde, l’associé du diable ; et tes dieux sont l’ouvrage de la main des hommes ». Le roi lui proposa un marché : soit il sacrifiait à ses dieux, soit le roi le suppliciait. Christophe refusa et fut jeté en prison. Le roi y envoya deux prostituées afin qu’elles le séduisent – Nicée et Aquilinie. Christophe en prière ne céda pas à leurs caresses et lorsqu’elles virent son visage éclatant demandèrent à être converties. Le roi entra dans une grande colère et leur ordonna de sacrifier. Elles acceptèrent à la condition que les places soient nettoyées et que tous les habitants soient au temple. Quand il fut fait ainsi et devant chacun, elles dénouèrent leur ceinture, les passèrent au cou des idoles et les firent tomber. Sur ordre du roi, elles furent suppliciées avant qu’il ne s’en prenne à Christophe lui-même qui résista à toutes les tortures. Le roi finit par le faire attacher à un arbre et lança quatre cents flèches sur lui qui toutes restèrent suspendues sauf une qui, suite aux injures du roi lancées à Christophe, se détourna et vint se planter dans son œil. Christophe lui dit :
« C’est demain que je serai sacrifié. Tu prendras mon sang et tu en feras de la boue. Tu poseras cette boue sur ton œil qui guérira ». Christophe fut ainsi décapité. Le roi suivit ses conseils et appliqua la boue qui aussitôt guérit son œil. Alors le roi crut et porta un édit qui interdisait à quiconque de blasphémer le nom de Dieu et de celui de son serviteur, Christophe.
Saint Christophe, détail Polyptyque de saint Vincent Ferrer, 1472, Giovanni Bellini, Venise, église Saint-Jean-et-Saint-Paul, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 440-441.
Saint Christophe est fêté en Orient le 9 mai et en Occident le 21 août, autrefois le 25 juillet (avant la réforme du calendrier liturgique de 1967).
Il est le patron de la capitale de Lituanie, Vilnius.
Sources : (1) ; (2) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 43.
Les arbres et les rochers t'enseigneront des choses
Que ne t'enseigneront point les maîtres de la science.
Bernard de Clairvaux, Lettres, in Jean-Paul Bourré, Méditations chrétiennes, Presses du Châtelet, Paris 2004, p. 153.
Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 35.
À quoi pouvait rêver dans l'éclat de sa jeunesse le fils de Tescelin, chevalier du duc de Bourgogne, et de dame Aleth de Montbard, si bonne chrétienne? de chasses ou de tournois? de chants de guerre ou de galantes conquêtes? En tous cas, certainement pas de vie monastique comme il en fera le choix à l'âge de vingt-trois ans. D'autant qu'il entraînait avec lui une trentaine de jeunes en quête d'absolu... Il méditait beaucoup, parlait peu, était doux, modeste, charitable, donnant aux pauvres tout ce qu'il pouvait. On lui offrit l'archevêché de Milan; il le refusa, comme toutes les autres dignités, et revient en France.
Saint Bernard, le prodige de son siècle, naquit au château de Fontaines, près de Dijon, d'une famille distinguée par sa noblesse et par sa piété, et fut, dès sa naissance, consacré au Seigneur par sa mère, qui avait eu en songe le pressentiment de sa sainteté future. Une nuit de Noël, Bernard, tout jeune encore, assistait à la Messe de Noël; il s'endormit, et, pendant son sommeil, il vit clairement sous ses yeux la scène ineffable de Bethléem, et contempla Jésus entre les bras de Marie. "Guillaume de Saint-Thierry, l'un de ses biographes, note : 'Il lui apparut comme s'il venait une nouvelle fois au monde, sortant Verbe enfant, du sein de la Vierge Mère'.
"Parvenu à l'âge adulte, le futur saint multiplie exorcismes, prédications et guérisons. Son charisme de 'connaissance' stupéfie. Il prédit la mort de son frère Gui en dehors du monastère de Clairvaux dont il est l'abbé prestigieux. Parmi les pathologies vaincues par sa prière, toutes les parties du corps humain sont concernées, ou presque, mais on lui reconnaît une force surnaturelle dans la guérison des troubles sensoriels comme la cécité par exemple." (Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 231-232.)
Dans sa vie de S. Bernard (T. II), Mabillon compte plus de trente aveugles de tout âge et de toute condition, en France, en Allemagne, en Italie, guéris en présence des rois et des grands seigneurs, au moyen du signe de la croix fait sur eux par le thaumaturge de Clairvaux. Par le même signe, l'abbé de Clairvaux a guéri une foule de sourds et de muets. (Mgr Jean-Joseph GAUME, Le Signe de la Croix au XIXe siècle, 1869, rééd. Éditions Saint-Sébastien 2016, p. 103.)
"Saint Bernard de Clervaux", miniature in "Heures d'Étienne Chevalier", par Jacques Fouquet
À dix-neuf ans, malgré les instances de sa famille, il obéit à l'appel de Dieu, qui le voulait dans l'Ordre de Citeaux; mais il n'y entra pas seul; il décida six de ses frères et vingt-quatre autres gentilshommes à le suivre. L'exemple de cette illustre jeunesse et l'accroissement de ferveur qui en résulta pour le couvent suscitèrent tant d'autres vocations, qu'on se vit obligé de faire de nouveaux établissements. Il raffermit la règle à l'Abbaye de Citeaux et créa dans ce centre religieux l'amour de l'étude, du travail, la prospérité.
L'abbaye de Citeaux sera la source de cent soixante fondations, du vivant même du Saint. Loin de rester cloîtré il parcourt les routes d'Europe devenant, comme on a pu l'écrire, "la conscience de l'Eglise de son temps". Il vient plusieurs fois à Paris, à Saint Pierre de Montmartre, à la chapelle du Martyrium, à la chapelle Saint Aignan où il vient prier souvent devant la statue de la Vierge qui se trouve maintenant à Notre-Dame de Paris.
Bernhard von Clairvaux (Initiale-B)
C'est en 1115, qu'après trois années de vie monastique à Citeaux, Bernard est envoyé à Clairvaux pour y fonder l'abbaye dont il restera père-abbé jusqu'à sa mort, sur un territoire situé sur les bords de l'Aube, qui lui fut concédé par Thibaut, comte de Champagne. Ce lieu hanté depuis les temps reculés par les malfaiteurs était le repaire alors connu sous le nom de Vallée d'absinthe, vallée de douleurs pour les voyageurs qui s'y aventuraient et tombaient entre les mains des brigands.
Les moines de Clairvaux furent au début contraints de vivre d'aliments mêlés de feuille de hêtre, d'orge, de millet d'avoine, de se composer un pain ressemblant à de la terre; mais bientôt, le sol se couvrit de verdure et de moissons. Cette transformation fut due à la foi, à la prière, à l'obéissance, à la règle et au travail de la bêche que Bernard maniait aussi lui-même pour donner l'exemple à ses frères.
Conseillez et ne forcez pas.
Saint Bernard, cité dans Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XV, Témoignages contre l'Intolérance, 1763
Bernard avait pris en main la défense du dogme, de l'unité catholique, de la foi, de la morale. Il protégeait les faibles, il fulminait contre les désordres de l'Église et les vices du clergé. Il professait la doctrine de S. Augustin et ses principes sur l'amour et sur la grâce. Il proclamait qu'il ne fallait pas écraser les hérétiques par les armes, mais par les arguments. Ainsi, en 1144, à Cologne, une foule en colère se livra à un pogrom contre les hérétiques qui se conclut, contre la volonté de l'archevêque, par leur mise à mort dans les flammes. Ce qui provoqua la protestation de Bernard :
"Nous apprenons ce zèle [du peuple], mais non ces sortes d'actions, parce qu'on doit obtenir la foi par la persuasion et non par la force, fides suadenda, non imonenda." (Sermon66)
Ailleurs : "Mais je dis, qu'on les prenne non par les armes, mais par des raisonnements qui réfutent leurs erreurs" (Sermon 64) (Michael HESEMANN, Les Points Noirs de l'Histoire de l'Église, Pour en finir avec vingt siècles de polémiques, Artège, Paris 2017, p. 244).
La vie contemplative ne suffisait pas à son âme énergique. Il associa à la religion de l'évêque d'Hippone à la règle austère et active de S. Benoît. "La contemplation n'est qu'un loisir. L'homme doit exercer sa volonté sur la nature et sur la société. L'activité est le principe du salut. L'oisiveté est l'ennemie de l'âme."
Chaque jour, pour animer sa ferveur, il avait sur les lèvres ces mots: "Bernard, qu'es-tu venu faire ici?" Il y répondait à chaque fois par des élans nouveaux. Il réprimait ses sens au point qu'il semblait n'être plus de la terre; voyant, il ne regardait point, entendant, il n'écoutait point; goûtant, il ne savourait point. C'est ainsi qu'après avoir passé un an dans la chambre des novices, il ne savait si le plafond était lambrissé ou non; côtoyant un lac, il ne s'en aperçut même pas; un jour, il but de l'huile pour de l'eau, sans se douter de rien.
Infatigable fondateur, on le voit sur sa mule, traînant sur les routes d'Europe sa santé délabrée et son enthousiasme spirituel. Sa réforme monastique l'oppose à l'Ordre de Cluny dont il jugeait l'interprétation de la règle de S. Benoîttrop accommodante. À sa mort, en 1153, ce sont 343 abbayes cisterciennes qui auront surgi du sol européen.
Le Saint n'avait point étudié dans le monde; mais l'école de l'oraison suffit à faire de lui un grand Docteur, admirable par son éloquence, par la science et la suavité de ses écrits. Il fut le conseiller des évêques, l'ami des Papes, l'oracle de son temps. Mais sa principale gloire, entre tant d'autres, semble être sa dévotion incomparable envers la très Sainte Vierge.
Bartolomé Esteban Murillo, Apparition de la Vierge à saint Bernard, Madrid, musée du Prado
Cherchons la grâce, et cherchons-la par Marie ; car ce qu'elle cherche, elle le trouve, et elle ne peut être déçue.
S. Bernard
"Il porta à la Vierge une dévotion de chaque instant. Toutes les églises cisterciennes furent dédiées à la Vierge et, dans tout l'Occident, Bernard se fit l'apôtre du culte de Marie. Il est ainsi l'initiateur d'une religion d'amour moins juridique, moins comptable que la piété des siècles précédents et dans une certaine mesure le précurseur de cette piété du coeur, de cette dévotion du sentiment que le Poverello d'Assise allait répandre au siècle suivant." "Le culte de la Vierge se développa fortement, en liaison avec l'accent mis sur la piété mariale par S. Bernard, puis S. Dominique et les frères mendiants." (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 367, 403)
Dans cette période de développement des écoles urbaines, où les nouveaux problèmes théologiques sont discutés sous forme de questions (quaestio) et d'argumentation et de recherche de conclusion (disputatio), Bernard est partisan d'une ligne traditionnaliste. Il combat les positions d'Abélard, approximatives d'un point de vue théologique, et le fait condamner au concile de Sens en 1140.Abélardincarne tout ce que Bernard déteste : l'intelligence triomphante, l'arrogance dominatrice, les prouesses dialectiques, une célébrité immense, fondée sur la foi passée au crible de la raison au détriment de la vie intérieure, l'obstination à tenir des positions. Bernard refuse que les secrets de Dieu soient examinés et questionnés par la raison. Il veut que la raison reconnaisse ce qu'il y a d'infiniment profond et d'incompréhensible dans les choses divines.
Les puissances de l'enfer sont puissantes, mais la prière est plus forte que tous les démons.
S. Bernard
Saint Bernard, auteur de la règle des Templiers
En 1124, lorsque des chevaliers demandèrent une règle pour leur ordre, le pape Honorius II chargea de cette affaire importante Bernard, abbé de Clervaux qui croyait à l'utilité d'une milice d'élite permanente, une véritable armée de métier, composée de chevaliers catholiques de toutes nationalités revêtus du double caractère religieux et militaire.Baudouin II, roi de Jérusalem, leur attribua une résidence dans son palais, construit croyait-on sur l'emplacement du Temple de Salomon. En 1129, lors de la création de l'ordre des Templiers auConcile de Troyes, celui-ci se dota d'une règle propre qui s'inspire directement de larègle de S. Benoît. La tâche de la rédigerfut confiéeà Bernard.
En 1145, Clairvaux donne un pape à l'Église,Eugène III, qui alors que leroyaume de Jérusalemest menacé après la chute du comté d'Édesse, demande à Bernard de prêcher la deuxième croisade, laquelle sera entreprise en grande partie à l'initiative du roi de France Louis VII le Jeune.
Bernard, plus préoccupé par le développement de l'hérésie cathare dont les fidèles dépréciaient le Créateur en méprisant la matière et le corps (enfanter était un péché satanique chez les cathares), est réticent à l'idée de s'associer à une croisade en Terre sainte. Il ne s'incline que par obéissance au pape.
Il prend la parole le 31 mars 1146, le jour de Pâques au milieu d'une foule de chevaliers réunis au pied de la colline deVézelay. À cette époque, il a cinquante six ans. Son discours enflamme la foule. Son discours évoque Édesse profané et le tombeau du Christ menacé. L'objectif de la croisade reste l'objectif limité de la première croisade. Il invite les chevaliers qui veulent se croiser à une intention droite (humilité, obéissance et sacrifice). Après son prêche, on lui arrache même des morceaux de son vêtement pour en faire des reliques. Sa parole éloquente est confirmée par des miracles nombreux; l'enthousiasme est indescriptible. Son prestige entraîne le peuple de France.
La même année 1146, Bernard fait accorder par le Pape Eugène III, tant aux chevaliers qu'aux Frères servants, le droit de mettre la croix rouge sur leurs manteaux du côté gauche, a sinistra, "la croix rouge, ce signe du martyre, ce signe qui obligeait ceux qui en étaient décorés à ne jamais lâcher pied dans les batailles, armés ainsi du signe de la Croix contre les ennemis du Christ." (Bulle de Clément V, Labbe, Conciles, vol. XI.)
Après le Père de l'Europe que fut S. Benoît au VIe siècle, saint Bernard est l'unificateur de "la Chrétienté". Il adressa une lettre circulaire aux Allemands, aux Anglais, aux Bretons, aux Lombards, les exhortant à cesser entre eux toute guerre, toute querelle, et à s'unir contre l'ennemi commun de la chrétienté. Enfin, il passa en Allemagne, où ses prédications obtinrent le même succès qu'en France.
Émile Signol, Saint Bernard prêchant la 2e croisade, à Vézelay, en 1146 (1840), Versailles, musée de l'Histoire de france
Près de Cologne, les Annalesde Saint-Nicolas de Brauweiler, monastère bénédictin, écrites après l'échec de la seconde croisade devant Damas (1149) dressent un portrait flatteur de Bernard. Selon leur auteur anonyme, autant - si ce n'est plus que sa parole -, ce sont sa haute sainteté et ses oeuvres admirables qui poussent beaucoup à se croiser. Néanmoins, le bénédictin de Brauweiler semble aborder la prédication du cistercien et ses fruits avec une scepticisme détaché. Il n'est pas sûr, en tout cas, de leurs origines surnaturelles. "Je ne sais pas si Bernard était alors poussé par l'esprit de l'homme ou par l'esprit de dieu", avoue-t-il. (Martin Aurell, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, Le Grand Livre du mois, Librairie Arthème Fayard, Saint-Amand-Montrond 2013, p. 53-58).
En France, alors qu'en avril 1150, encouragé par l'abbé Suger de Saint-Denis, son plus proche conseiller, Louis VII convoqua ses fidèles à Laon et à Chartres pour programmer une nouvelle croisade, à laquelle il souhaitait amener Bernard en personne, le célèbre prédicateur ne put que constater que leur toute proche expérience empêchait les chevaliers de prendre la croix : "Le coeur des barons reste insensible. C'est en vain qu'ils portent l'épée, qu'ils ont préféré gainer d'une peau de bête morte et attendre qu'elle rouille. Ils n'oseront pas la tirer, tandis que Jésus souffre", écrit-il alors dans l'une de ses lettres. Dans son esprit, l'Église est le corps mystique du Christ qui pâtit sous la domination musulmane. (R.C. SMAIL, Latin Syria and the West, 1149-1187, Transactions of the Royal Historical Society, 5e série, 19, 1969, p. 5-7, in Martin Aurell, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, ibid., p. 53-54.)
Saint Bernard contre les pogroms
Bernard pourfend les pogroms dans sa lettre circulaire promouvant la croisade (ep. 363, 6-7). Il explique pourquoi l'on ne saurait persécuter les Juifs. Ils représentent, en effet, "le témoignage et le mémorial vivant de la Passion du Seigneur", c'est-à-dire le souvenir de ses racines, de son genre de vie et de sa mort. Bernard note que Dieu a jadis accordé aux Juifs la Loi et la promesse du Messie, et que le Christ lui-même descend d'eux selon la chair. S'ils ont été dispersés par la diaspora et asservis aux princes chrétiens, c'est justement pour prouver, par ces châtiments, la Rédemption. À la fin des temps, ils se convertiront toutefois en masse, entrant dans l'Église selon la prophétie de Saint Paul (Rm 11:26).
Bernard met ainsi fin au périple du "prophète Raoul", un meneur de pogroms au ton apocalyptique qui "par ses prêches mit au supplice le peuple, qui crut en ses signes et visions mensongères" (Annales de Saint-Jacques de Liège). Raoul s'en prend aux Juifs, dont la conversion forcée devait accélérer le retour du Christ sur le Mont des Oliviers. Bernard professe au contraire une eschatologie modérée. Il n'entend pas accélérer la Parousie, contrairement à Raoul et à ses complices qui veulent hâter le millenium de paix et de prospérité par leurs massacres.
Otton de Freising
L'évêque de Freising en Bavière, le cistercien Otton (+ 1158), un des grands théoriciens de l'histoire de l'époque médiévale, écrit à propos de Raoul, dans ses Gestes de Frédéric Barberousse (I, 38-40) : "Il portait certes l'habit religieux et il imitait avec ruse un certain ascétisme, mais il avait à peine des lettres". À lire Otton entre les lignes, l'inculture est source d'erreurs doctrinales et de fautes morales. C'est pourquoi l'évêque de Freising sait tellement gré à Bernard d'avoir mis fin, avec l'aide de l'empereur Conrad III (1138-1152), au périple du gyrovague, l'enfermant dans son monastère. Otton clôt en effet l'épisode de la rencontre à Mayence de Bernard et Raoul, "qui jouissait de la plus grande faveur du peuple". Au nom de la sainte obéissance, l'abbé lui enjoint de revenir à la vie cénobitique. Raoul s'exécute. Et l'évêque de Freising, de conclure de façon significative : "Le peuple s'indigna gravement. Il se serait même livré à la sédition, s'il n'avait pas tenu compte de la sainteté de Bernard."
À propos des violences déclenchées par des chrétiens, Bernard développe la théorie de la guerre juste pour leur interdire toute première agression, même contre des païens. Il cite le vieux principe du droit romain Vim vi repellere, "Repousser la violence par la violence". La croisade n'est, à ses yeux, qu'une riposte légitime aux envahisseurs de la Terre sainte. En revanche, rien ne justifie qu'on s'en prenne aux Juifs. (Martin AURELL, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, ibid., p. 59-62.)
Pour avoir arrêté Raoul et ses complices, Bernard s'est attiré la faveur de la communauté juive. Adolescent lors des événements, Éphraïm ben Jacob de Bonn (1132-1200) rend grâces, dans son Livre du Souvenir, à "Yahvé qui, pour consoler nos pleurs et pour contrer le méchant [Raoul], envoya un prêtre bon et authentique, honoré de tout son clergé, qui connaissait et qui comprenait sa propre religion: son nom était Bernard et il était abbé de Clairvaux, en France." Éphraïm va jusqu'à mettre sur ses lèvres une affirmation témoignant de son acceptation sincère de la judaïté de Jésus : "Tuer un juif est tuer le Christ lui-même." (Trad. anglaise dans R. Chazan, European Jewry and the First Crusade, Berkeley (CA), 1996, p. 178. Voir Dahan, Saint Bernard et les Juifs; Regnard, Le Sens de la permanence du peuple juif pour saint Bernard, in Martin Aurell, Des Chrétiens contre les croisades, XIIe – XIIIe siècle, ibid., p. 63.)
Après sa mort, qui arriva le 20 août 1153, plusieurs moines le voient en différents endroits; mais ces manifestations ont toujours un but spirituel: consoler les religieux, leur prodiguer aides et conseils, inviter les uns à la prière, les autres à la fréquentation de sacrements, etc.
Sur sa tombe d'innombrables miracles se produisent. La plupart sont des guérisons qui concernent par ailleurs toutes les couches de la société de l'époque. (Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 232.)
On l'appela à juste titre le dernier Père de l'Église.
Canonisé vingt ans après sa mort par le pape Alexandre III, il fut mis par Léon XII au rang des docteurs. Il est déclaré docteur de l'Église en 1830 par Pie VIII.
Nous avons conservé plus de 300 sermons de S. Bernard, dont quelques-uns en français. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, ibid., p. 389.)
Sources: (1); (2); (3); (4) Mgr Paul GUERIN, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Argentré-du-Plessis 2003, p. 515-518; (5) Giorgio PERRINI, Aveux des Templiers, Edition Jean de Bonnot, 1992, p. 7, 8, 9, 18. (6) Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012 (7) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 34-35.
À la basilique Saint-Pierre le 19 août 2026, le pape Léon XIV a rappelé aux fidèles que le Concile Vatican II "attribue une grande valeur au chant grégorien"
Cf. https://x.com/i/status/2090019577153401251
"Noble et simple" : ce que Léon XIV demande pour la musique sacrée dans la liturgie
Léon XIV a donné des recommandations concernant l’usage et la pratique de la musique sacrée lors de l’audience générale du mercredi 19 août 2026 qui s’est tenue dans la basilique Saint-Pierre.
Cf. Famille chrétienne sur X
https://x.com/i/status/2090091485215490240
Léon XIV a donné des recommandations concernant l’usage et la pratique de la musique sacrée lors de l’audience générale du mercredi 19 août 2026 qui s’est tenue dans la basilique Saint-Pierre.
L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place.
En se concentrant sur le sixième chapitre de *Sacrosanctum Concilium*, la Constitution du Concile sur la Sainte Liturgie, le pape Léon a souligné que "chanter et jouer d’un instrument de musique sont des actes de prière".
Loin d’être simplement décorative, a-t-il dit, la musique sacrée unit les fidèles dans la louange de Dieu et ouvre les cœurs à sa grâce. Elle doit être digne, enracinée dans l’Écriture Sainte, attentive aux cultures locales et fidèle à l’héritage musical de l’Église. Faisant écho à saint Ignace d’Antioche, le pape a invité les chrétiens à s’unir dans l’amour et à "chanter d’une seule voix au Père par Jésus-Christ". EWTN Vatican sur X
Pape Léon XIV : Le patrimoine musical de l'Église doit être préservé
Dans son discours prononcé lors de son audience générale au Vatican le 19 août, le pontife a poursuivi sa catéchèse sur la constitution du concile Vatican II sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium.
Léon XIV a évoqué l'importance accordée par le Concile Vatican II au rôle de la musique sacrée dans la liturgie.
"Le document stipule que “la tradition musicale de l’Église universelle est un trésor d’une valeur inestimable, plus grande encore que celle de tout autre art” ", expliqua Léon.
Il a également expliqué que la musique sacrée favorise à la fois la prière et la communion entre les fidèles.
"La musique fait partie intégrante de l’action liturgique et n’est pas un simple élément décoratif de la célébration", a déclaré Leo. "Elle exprime notamment la dimension affective de la prière, comme le dit saint Augustin : “Cantare amantis est”, c’est-à-dire “le chant appartient à ceux qui aiment”. "
Le chant favorise aussi la communion. Il contribue à l’unité des cœurs, surmonte les différences entre les personnes et rassemble tout le monde dans la louange de Dieu à travers la symphonie des voix », a-t-il ajouté.
"Le Concile accorde donc une grande importance au chant grégorien, sans pour autant exclure les autres genres de musique sacrée de la célébration. Une attention particulière est également portée à l’orgue, tandis que l’utilisation d’autres instruments est permise 'à condition que ces instruments soient adaptés, ou puissent être adaptés, à un usage sacré, qu’ils soient en accord avec la dignité du temple et qu’ils contribuent véritablement à l’édification des fidèles’", a déclaré Léon XIV.
Léon XIV a également abordé la question de l'inculturation dans la musique religieuse afin d'y intégrer diverses cultures.
'L’inculturation, notamment dans le domaine de la musique sacrée, est un thème central de la réforme du Concile. S’agissant des traditions musicales des différentes cultures, le Concile souligne l’importance de les prendre sérieusement en considération, car elles font partie intégrante de la vie religieuse et sociale des peuples."
Le pape a également encouragé les fidèles à participer aux chants de la messe afin de refléter les mystères sacrés célébrés.
"La Constitution Sacrosanctum Concilium accorde une attention particulière au thème de la participation active des fidèles", a déclaré Léon. "Quant à la manière concrète d’y parvenir grâce au rôle spécifique de la musique sacrée, la Constitution apporte une réponse claire : “le peuple doit être encouragé à participer par les acclamations, les répons, les psaumes, les antiennes et les chants” et “le silence respectueux” doit être favorisé."
Saint Jean Eudes, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 117.
Dans le but de travailler au relèvement du Clergé, "le plus grand ennemi de l'Église", selon lui, le Père Eudes ouvrit à Caen un séminaire qui fut l'embryon d'une nouvelle famille religieuse, consacrée aux Coeurs de Jésus et de Marie et appelée "Congrégation de Jésus et de Marie" (Eudistes). Le succès vint aussitôt: les diocèses de Normandie furent bientôt pourvus de prêtres instruits et vertueux. Le Père Eudes ajouta à la formation du clergé les missions dans les campagnes.
En même temps, il fondait à Caen un Institut pour assurer la persévérance des "Repenties". Selon l'usage du temps, chaque maison était indépendante; à la mort du Père Eudes, il y en avait quatre; à la veille de la Révolution, il y en avait huit. En 1835, la supérieure du Refuge d´Angers, sainte Marie-Madeleine Pelletier, femme "de taille à gouverner un royaume", obtint que les nouvelles maisons fondées par son monastère restassent sous la dépendance de la Maison-Mère et donna à sa Congrégation le nom de "Bon-Pasteur". Cette branche a eu un grand succès, et possède des ramifications dans les cinq parties du monde.
Une des gloires du Père Eudes est d'avoir été le précurseur de la dévotion aux Coeurs de Jésus et de Marie. Quarante ans avant les apparitions de Paray-le-Monial, il faisait célébrer par ses prêtres l'Office solennel de ces très saints Coeurs et s'en faisait l'Apôtre dans ses missions. Aussi Léon XIII a appelé le Père Eudes "Auteur du culte liturgique des SS. Coeurs de Jésus et de Marie"; et Pie X, en le béatifiant, a dit qu´il devait être regardé comme "Père, Docteur et Apôtre" de cette dévotion.
Dans son ouvrage "Le Royaume de Jésus" cité dans le Catéchisme de l'Église catholique au paragraphe 521, Saint Jean Eudes explique que "nous devons continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et le prier souvent qu'il les consomme et les accomplisse en nous et en toute son Église. (...) Car le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme une extension et continuation de ses mystères en nous et en toute son Église, par les grâces qu'il veut nous communiquer, et par les effets qu'il veut opérer en nous par ces mystères. Et par ce moyen il veut les accomplir en nous" (Le Royaume de Jésus 3.4: Œuvres complètes, v. 1 [Vannes 1905], p. 310-311.)
Arrivé à un âge avancé, le saint fondateur déposa sa charge de Supérieur et mourut saintement le 19 août 1680. Il est représenté avec un ou deux coeurs brûlants dans les mains.
Au XVIIIe siècle, les Eudites combattent le jansénisme, mouvementgallican contre l'ultramontanismeet l'autorité du Pape, donc proche du protestantisme et développant en même temps un rigorisme moral excessif.
On ne peut dire trop de fois l’Ave Maria, parce qu’on ne peut trop célébrer la mémoire de ce mystère.
Saint Jean Eudes
Sources : (1) J.-M. Planchet, Nouvelle Vie des Saints, p. 332 ; (2) ; (3) ; (4) ; (5) ; (6) ; (7) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 116.
Etonnant destin de Ste Hélène, qui fut la concubine de Constance Chlore. Le nom de la mère de Constantin, devenue chrétienne et premier pélerin illustre de Terre sainte, est immortalisé par "l'Invention de la sainte Croix". Image tirée d'une photo Bibliothèque nationale in DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 360
Sainte Hélène naquit vers le milieu du IIIe siècle. Voici ce que dit saint Ambroise (340-397): « Hélène, première femme de Constance Chlore, qui ceignit depuis la couronne impériale, était, paraît-il, une humble fille d'étable. Noble fille d'étable, qui sut mettre tant de sollicitude dans la recherche de la Crèche sacrée ! Noble fille d'étable, à qui fut réservé de connaître l'Étable de Celui qui guérit les blessures de l'humanité déchue ! Noble fille d'étable, qui préféra les abaissements du Christ aux dignités trompeuses du monde ! Aussi le Christ l'a-t-il élevée de l'humilité de l'étable au sommet des grandeurs humaines. »
La gloire de sainte Hélène c'est d'avoir été la mère de Constantin. « Constantin, dit saint Paulin de Nole, doit plus à la piété de sa mère qu'à la sienne d'avoir été le premier empereur chrétien. » Contrairement aux autres empereurs, Constance Chlore reconnaissait le vrai Dieu. Les prêtres chrétiens étaient admis à sa cour et y vivaient en paix. Une telle bienveillance ne peut être attribuée qu'à l'influence de l'impératrice sur le cœur de son époux. Sainte Hélène a donc joué un grand rôle dans la fin des persécutions, puisqu'elle fut l'épouse et la mère des deux hommes qui, sous son influence, protégèrent le christianisme. Qui sait même si les prières d'Hélène ne méritèrent point à Constantin l'apparition miraculeuse de la Croix, par laquelle il remporta la victoire et devint seul maître de l'empire?
Un autre événement remarquable dans la vie de sainte Hélène, c'est la découverte de la Vraie Croix du Sauveur, lors d’un pélerinage en Palestine entrepris en 326. Le bois de la croix fut découvert sur le lieu du Calvaire, après que l'on fit détruire le temple de Vénus bâti par l'empereur Hadrien, afin d'y ériger la basilique du Saint-Sépulcre. C'est au cours du chantier que trois croix auraient été trouvées. Un miracle (ou une inscription, selon les versions), aurait permis de distinguer la croix du Christ de celles des deux larrons.
Hélène vivait sans étalage de grandeurs. Nourrir les pauvres, donner aux uns de l'argent, aux autres des vêtements, à d'autres une maison ou un coin de terre, c'était son bonheur. Sa bonté s'étendait aux prisonniers, aux exilés, à tous les malheureux. Le peuple ne pouvait voir sans une joie mêlée de larmes son impératrice venir en habits simples et communs prendre sa place à l'église dans les rangs des fidèles : une telle conduite n'a sa source que dans l'Évangile. Hélène eut, avant sa mort, la consolation de voir Constantin, protecteur de la religion de Jésus-Christ.
Saint Constantin et sainte Hélène avec la Vraie Croix, fresque VIIIe siècle
Sainte Hélène, détail vers 1495, jean-Baptiste Cima de Conegliano, Washington National Gallery of Art
La représentation de la Vierge Marie offrant un sein a une profonde signification théologique et de compassion. Ce motif iconographique est connu dans l'art chrétien sous le nom d'intercession mariale ou du concept des "seins qui ont allaité" Jésus. Il...
Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 75
Saint Aegidius, dont le culte a été pendant plusieurs siècles fort célèbre en France et en Angleterre, était athénien de naissance, et d'une extraction noble; il vivait vers la fin du...
Il y a une ancienne coutume catholique qui mérite d’être récupérée : que les parents bénissent leurs enfants. Ce n’est ni une dévotion inventée ni une sorte d’imitation du prêtre. L’Église reconnaît expressément cette bénédiction et propose même un rite...
L'apôtre mondial de la tolérance et de l'égalité absolue cachait un racisme décomplexé et une complaisance glaçante avec la pire dictature du siècle. La figure de Gandhi en pagne, libérateur de tous les opprimés, est intouchable. C'est aussi une légende...
Philosophe grec d'Athènes, converti, réputé pour son Apologie du christianisme qu'il présenta à l'empereur Hadrien vers 125 ap.J.-C., probablement lors de son passage à Athènes. Ce texte, qui demeura longtemps égaré, a été retrouvé écrit en syrien, en...
"Le mosaïste star de l'Eglise catholique est accusé d'abus sexuels et d'emprise par une vingtaine de fidèles. Un scandale malvenu avant la venue du pape en France. Marko Rupnik, l'icône écornée. ... Actuellement sous le coup d'un procès au Vatican, le...
Comme le sophiste Thrasymaque dans la République de Platon, Marx était un relativiste moral qui croyait que les principes moraux étaient déterminés par les intérêts de la classe qui contrôlait le système économique. "Faites ce que je dis pas ce que je...
Si vous cherchez quelque lieu élevé, quelque endroit consacré, Offrez à Dieu un temple dans votre intérieur, Car le temps de Dieu est saint et c'est vous qui êtes ce temple. Vous voulez prier dans un temple, priez en vous-même. Mais commence par devenir...
Sainte Monique, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 146 A l'heure où sont trop oubliés les devoirs de la jeune fille, de l'épouse et de la mère chrétiennes, il est utile de rappeler les vertus de cette admirable femme....
L'observance d’"un silence sacré" "en son temps" (Constitution sur le Sainte Liturgie Sacrosanctum concilium § 30), la prière silencieuse, intérieure et contemplative sont-elles moins efficaces, moins "conscientes" que la prière bruyante, extérieure et...