« Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, [...] qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. » (Testament de Louis XVI)
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Les Saints Martyrs de Gorcum sont un groupe de 19 victimes de la Réforme protestante qui ont souffert le martyre pour la foi catholique près de la ville néerlandaise de La Brielle (ou Den Briel), quatre prêtres séculiers, quatorze religieux franciscains et un laïc converti qui ont tous été pendus à Brielle (Pays-Bas) en 1572 par les Gueux de mer conduits par le Liégeois Guillaume II de La Marck, seigneur de Lummen, après avoir subi sévices et mutilations.
Bien que leur fête ne soit pas célébrée dans le calendrier romain général ni dans celui des États-Unis, le martyrologe romain et le calendrier national de l'Église des Pays-Bas célèbrent aujourd'hui la fête des Martyrs de Gorkum.
Quelques décennies seulement après l'avènement du protestantisme, divers nobles européens exploitèrent les désaccords religieux de l'époque pour s'emparer du pouvoir au sein des systèmes politiques complexes de l'Europe de la fin du Moyen Âge. Certains groupes de paysans utilisèrent les nouvelles croyances religieuses comme prétexte pour exprimer leurs griefs politiques, souvent par la violence. Les dirigeants catholiques tentèrent de limiter la portée révolutionnaire des nouveaux enseignements en tentant d'interdire le protestantisme et en recourant à la force lorsque les lois échouaient.
Aux Pays-Bas espagnols de 1566, des foules de convertis à la nouvelle religion attaquèrent églises et monastères catholiques, les pillant et détruisant les images sacrées, les considérant comme une violation du commandement interdisant l'idolâtrie. Cette violence amena la couronne espagnole à nommer un général victorieux, Fernando Álvarez de Toledo, grand-duc d'Albe, gouverneur du territoire. Les mesures sévères prises pour rétablir l'ordre et punir les rebelles (notamment un tribunal qui condamna à mort un si grand nombre de personnes, que les Hollandais appelèrent le Conseil du Sang) creusèrent encore davantage la haine. Les nobles protestants des Pays-Bas, attachés à un calvinisme importé de France, se liguèrent dans une révolte ouverte contre la domination espagnole, nombre d'entre eux prenant la mer comme corsaires. Ces « Gueux de la Mer » pillèrent et saccagèrent pendant trois ans, utilisant les ports anglais pour vendre leurs biens volés et rééquiper leurs navires, jusqu'à ce que finalement, en 1572, la reine Élisabeth Ire refuse de leur accorder un havre de paix.
Il leur fallait trouver une nouvelle base d'opérations. Le 1er avril 1572, les Gueux de la Mer attaquèrent avec succès la ville portuaire de Brielle, s'implantant ainsi solidement en Hollande. Les rebelles s'emparèrent rapidement de la ville de Vlissingen, puis de Dordrecht et de Gorkum en juin 1572. À Gorkum, les protestants arrêtèrent tout le clergé catholique qu'ils purent, dont Nicolas Pieck, chef du couvent franciscain de la ville, accompagné de huit autres prêtres franciscains et de deux frères convers ; le curé de la paroisse, Leonardus Vechel, et son assistant, ainsi que deux autres prêtres de la ville.
Ces hommes furent emprisonnés dans un cachot sombre, torturés et exhortés par leurs ravisseurs protestants à abandonner leur foi en l'Eucharistie et l'autorité du pape. Les protestants semblaient particulièrement offensés par le mode de vie religieux des franciscains. Ils ôtèrent le cordon franciscain du Père Pieck qu'il portait à la taille et le nouèrent autour de son cou. Passant le cordon autour des chevrons, ils le soulevèrent et le laissèrent retomber au sol, répétant cette torture jusqu'à ce que le cordon se rompe.
Apprenant l'emprisonnement, un frère dominicain d'une ville voisine, Jean de Hoornaar, se déguisa pour tenter d'atteindre les prisonniers et de leur apporter le réconfort des sacrements. Son subterfuge fut découvert et les rebelles ajoutèrent le Père Jean à leurs prisonniers. Les Mendiants de la Mer emmenèrent leurs prisonniers de Gorkum jusqu'à leur base de Brielle, les soumettant aux moqueries et aux railleries tout au long du trajet. D'autres prêtres des communautés voisines étaient incarcérés à Brielle. Le total s'élevait alors à vingt-trois hommes, mais les tortures et les dégradations contraignirent quatre hommes parmi les prisonniers à abjurer leur foi catholique en échange de leur libération, portant le nombre de prisonniers restants à dix-neuf. Parmi eux figurait le prêtre diocésain, le Père Andrew Wouters, un coureur de jupons notoire, connu pour avoir eu plusieurs enfants.
Dans une lettre adressée aux mendiants de la mer de Brielle, le chef des rebelles hollandais exhorta à la clémence envers les prêtres et les religieux, probablement conscient que toute action brutale à leur encontre renforcerait l'opinion internationale contre les rebelles. Malgré cela, les protestants de Brielle organisèrent un simulacre de procès, au cours duquel les catholiques furent une fois de plus priés de renoncer à l'Eucharistie et au pape. Le père Wouters aurait répondu à leurs accusateurs : « Fornicateur, je l'ai toujours été ; hérétique, je ne l'ai jamais été. » Les dix-neuf hommes furent reconnus coupables le 9 juillet 1572 et pendus aux chevrons d'un hangar en tourbe jusqu'à ce que mort s'ensuive, certains d'entre eux mettant deux heures à mourir. Leurs corps furent mutilés après leur mort et enterrés dans un fossé.
Les émeutes iconoclastes de 1566 et l'attaque de Brielle en 1572 furent, rétrospectivement, considérées comme le début de ce que l'on appellera la guerre de Quatre-Vingts Ans, ou, selon certains spécialistes, la révolte des Hollandais. En 1616, lorsque le conflit s'était quelque peu apaisé entre les deux factions, les restes des dix-neuf martyrs furent retirés de leur lieu de sépulture et transportés dans une église franciscaine de Bruxelles, où ils reposent encore aujourd'hui dans un reliquaire commun. Les martyrs furent béatifiés par le pape Clément X en 1675 et canonisés par le bienheureux Pie IX le 29 juillet 1867, lors des célébrations du 1800e anniversaire du martyre des saints Pierre et Paul. (Le même jour a également vu les canonisations de saint Josaphat Kuntsevich, saint Léonard de Port Maurice et saint Paul de la Croix, ainsi que d'autres.) À ce jour, il y a un pèlerinage sur le lieu de leur martyre à Brielle à cette époque de l'année.
À bien des égards, les martyrs de Gorkum étaient un microcosme du catholicisme néerlandais de leur époque.
Il y a un contraste particulièrement frappant dans cette histoire. L'un des quatre hommes qui ont renoncé à sa foi sous la pression était un jeune novice franciscain pieux. En revanche, saint André Wouters fut un piètre prêtre pendant une grande partie de sa vie, mais il tint bon face à l'épreuve. Cela devrait peut-être nous rappeler que nul n'est à l'abri de la miséricorde divine, et surtout que seul Dieu peut juger de la véritable position de notre prochain par rapport à Lui.
Les martyrs de Gorkum témoignent de ce à quoi tout catholique peut être appelé en ces temps d'incertitude politique. Notre foi en l'Eucharistie est-elle suffisamment forte pour que nous soyons prêts à être torturés et à mourir pour elle ? Il existe aujourd'hui des pays où des catholiques sont tués pour leur foi, voire pour leur croyance en la paternité de Dieu. Quel que soit notre état de vie, puissions-nous tous rester aussi fidèles que ces saints hommes. Que leurs prières nous fortifient de la même force que Dieu leur a donnée.(2)
La dernière communion des martyrs de Gorcum, par Stallaert
Le journal du Vatican vient de remettre en cause l'un des fondements du christianisme : le péché originel. Un article paru dans L'Osservatore Romano le 4 juillet affirme que la Genèse ne mentionne ni Satan ni le péché originel. Cette analyse explique pourquoi cette affirmation dépasse le cadre de l'interprétation biblique et touche au cœur même de la mission du Christ, des sacrements et de la foi catholique.
Le journal officiel du Saint-Siège nie ouvertement le péché originel : pourquoi ?
Le 4 juillet, un article de Marinella Perroni intitulé « Le Serpent, la Femme et le Fruit. Et Satan ? » a été publié dans L'Osservatore Romano (il convient de le préciser : il s'agit du journal officiel du Saint-Siège, c'est-à-dire du Pape). Le sous-titre annonce la conclusion de ce court essai : "Il [Satan] n'est pas dans la Genèse : aux origines d'un malentendu". Selon l'auteure, l'exégèse traditionnelle de la Genèse 3 est erronée, car elle repose sur un malentendu majeur. Le récit ne contient aucune trace ni du diable ni du péché originel.
Le fait qu'un tel article ait été publié dans le journal du Pape ne devrait toutefois pas surprendre outre mesure, car ce n'est pas la première fois que des thèses hétérodoxes sont relayées par les médias officiels de l'Église catholique (il suffit de penser aux articles aberrants parus dans Avvenire, le journal officiel des évêques italiens). C'est devenu, à présent, la norme.
L'événement mérite néanmoins d'être souligné, car il ne s'agit ni d'un cas isolé, ni du simple accès de colère d'un théologien se réclamant du catholicisme et défendant des interprétations exégétiques – comme nous le verrons – comparables à la pensée des sectes gnostiques des premiers siècles après Jésus-Christ. Il s'inscrit plutôt dans un dessein plus vaste, dont le but ultime est la refondation de l'Église catholique. Examinons-le donc dans l'ordre.
Qui est l'auteur ?
Avant toute chose, il convient de dire quelques mots sur l'auteure. Marinella Perroni est une théologienne et bibliste italienne de renommée internationale, particulièrement connue pour ses travaux sur le Nouveau Testament, l'herméneutique biblique, l'exégèse féministe (quelle que soit la signification de ce terme) et le rôle des femmes dans le christianisme primitif, naturellement réinterprété de manière à justifier aujourd'hui l'introduction du diaconat féminin.
Perroni a enseigné l'Écriture sainte à l'Athénée pontifical de Sant'Anselmo et a joué un rôle déterminant dans la promotion du dialogue entre la théologie et la culture contemporaine. Elle est également la fondatrice et ancienne présidente de la Coordinamento Teologhe Italiane ("Coordination des théologiennes italiennes"), une association qui encourage une plus grande participation des femmes à la recherche théologique, dans une perspective de genre, et à la vie de l'Église.
Dans un entretien publié par Avvenire le 14 mars 2025, Perroni a expliqué comment, depuis le Concile Vatican II, la "grande marche" de la participation des femmes qualifiées dans l’Église s’est développée – un processus non sans obstacles académiques et préférences persistantes pour les prêtres dans les décisions d’embauche.
Elle a affirmé que le point culminant avait été atteint lors du dernier synode, où les femmes – notamment les théologiennes féministes – ont enfin obtenu le droit de parole et de vote. Perroni a salué le pape François pour avoir initié un processus de "démasculinisation de l’Église", tout en évitant la "cléricalisation des femmes". Concernant le diaconat féminin, elle a précisé que la question restait ouverte et que, pour le moment, il était nécessaire de "passer à autre chose".
François n’a pas éludé la question pour des raisons doctrinales, mais afin d’éviter de diviser davantage l’Église. Autrement dit, la stratégie adoptée est celle de l’attente : œuvrer sur d’autres fronts jusqu’à ce qu’un large consensus se dégage au sein du Peuple de Dieu. Ce n’est qu’alors que la question pourra être de nouveau soulevée. Le 4 décembre 2025, sous Léon XIV, l’Église a dit "non" au diaconat féminin, mais ce "non" a été présenté comme temporaire et donc destiné à être réexaminé lorsque le contexte ecclésial serait plus favorable.
Une stratégie d'attente et le programme de réforme
Cette stratégie d'attentisme n'est pas propre à Perroni ; elle constitue la position officielle de l'Église italienne. En effet, le document synodal, largement commenté et publié fin octobre 2025, recommandait de ne pas interrompre les études sur le diaconat féminin au sein de l'Église et, parallèlement, appelait à de nouvelles propositions de réformes liturgiques.
Plus récemment, Erio Castellucci, évêque de Modène-Nonantola, vice-président de la Conférence épiscopale italienne et l'une des figures les plus influentes de l'épiscopat italien (il se murmure qu'il est sur le point d'être promu à la chaire de Saint-Ambroise à Milan), a proposé d'explorer une forme de "coprésidence" à la messe, dans laquelle les femmes dirigeraient la liturgie de la Parole tandis que les prêtres (hommes) présideraient la liturgie eucharistique.
Castellucci soutient que la coprésidence permettrait d'éviter les problèmes liés à la représentation masculine du Christ lors de la consécration et de contourner l'impasse créée par le refus répété de l'Église d'admettre le diaconat féminin. De plus, Castellucci suggère que lorsque, dans un avenir proche, le processus de maturation du consensus sera achevé, les décisions des conciles consultatifs deviendront contraignantes pour l'Église. C'est ce bouillonnement réformateur qui anime actuellement l'Italie et le Vatican.
🔴👩 𝗔𝗟𝗘𝗥𝗧𝗘 𝗜𝗡𝗙𝗢 — Mgr Erio Castellucci, archevêque-abbé de Modène-Nonantola et évêque de Carpi, estime que, puisque les femmes ne peuvent, pour le moment, devenir ni prêtres ni diacres, elles pourraient coprésider la messe.
L'Agenda, cependant, poursuit des objectifs plus ambitieux et plus vastes. Les néo-modernistes laissent entendre à plusieurs reprises qu'ils sont conscients de la nécessité de refonder la doctrine – et la christologie en particulier – pour refonder l'Église. L'Église, après tout, est le Corps mystique du Christ. Aux premiers siècles, les Pères conciliaires prenaient les controverses christologiques très au sérieux, car ils savaient que la compréhension du Christ détermine celle de l'Église.
Récemment, le cardinal Walter Kasper, figure très progressiste, a déclaré à Kathpress que le Chemin synodal allemand devait se recentrer sur les études christologiques avant d'aborder les questions ecclésiologiques. "Nous nous sommes enlisés dans les problématiques ecclésiologiques et la question des ministères", a-t-il affirmé. "Or, cette perspective est trop étroite. Il serait important de revenir au cœur de la théologie chrétienne et aux questions christologiques." Il a même publié un ouvrage sur le sujet, intitulé "Jesus Christus auf der Spur" ("Sur les pas de Jésus-Christ"). Il ne s'agit pas là d'une expression de conversion ou de repentir de la part du cardinal allemand, mais bien d'une déclaration d'intention.
Il faut refonder la christologie pour pouvoir refonder l'ecclésiologie.
Le concile Vatican II était essentiellement un concile ecclésiologique, comme le pape Benoît XVI l'a souligné avec insistance avant son élection au siège de Pierre, mais aujourd'hui, afin de justifier et de mettre en œuvre de nouvelles initiatives réformistes, il est nécessaire de revenir au travail sur les fondements doctrinaux.
Le cadre herméneutique de Perroni
L'article de Perroni dans L'Osservatore Romano s'inscrit dans un projet plus vaste, un processus déjà en cours. Il convient de noter que les thèses avancées par Perroni ne sont pas, en elles-mêmes, novatrices. L'article ne fait que réaffirmer le dogme néo-moderniste désormais bien établi de la méthode historico-critique et de l'hypothèse documentaire, qui tient pour scientifiquement établi que la Genèse est un texte tardif datant du VIe siècle avant J.-C., composé et remanié par une caste de prêtres juifs de retour de Babylone, soucieux de préserver la cohésion de la nation israélite grâce à un texte sacré à la fois mytho-poïétique et ethno-poïétique.
Je me permets de recommander au lecteur mon récent ouvrage , dans lequel je tente de démontrer l'incohérence de l'hypothèse documentaire et de proposer une exégèse catholique traditionnelle des trois premiers chapitres de l'Écriture Sainte.
L'élément véritablement intéressant réside cependant dans la clé herméneutique adoptée par Perroni pour justifier sa lecture féministe de Genèse 3, car elle consiste à reformuler, en termes modernes, ce que prêchaient les anciennes sectes gnostiques.
Selon le théologien, le jardin d’Éden est la "métaphore originelle de la vie, de sa beauté, mais aussi de sa tragique contradiction" : la tension entre l’humain et le divin ne serait donc pas la conséquence de la Chute, mais une caractéristique originelle de la création elle-même. Déjà, dans ce postulat, apparaît l’une des hypothèses les plus problématiques de toute l’interprétation.
Dans la tradition catholique, la limitation inhérente à la nature humaine est indéniablement liée à la création, mais le mal n'en fait pas partie. L'ordre originel est "très bon" (Gn 1, 31), et le désordre moral n'apparaît qu'avec le péché. Si, en revanche, le danger et la tension sont structurellement inhérents à l'Éden lui-même, alors la distinction entre nature et Chute s'estompe inévitablement. Cette approche se rapproche du dualisme gnostique, selon lequel le bien et le mal coexistent en Dieu comme principes éternels.
La réinterprétation d'Ève et du serpent
Dans ce contexte, Perroni propose une réinterprétation radicale du dialogue entre le serpent et la femme. Elle écrit :
"Le dialogue entre le serpent et la femme est le premier grand discours théologique de la Bible. […] Être comme Dieu, c’est-à-dire pouvoir manger du fruit de l’arbre de vie. […] Il est très beau qu’en Éden, la femme incarne celle qui a le courage d’assumer ce désir, d’en revendiquer le droit et d’en discuter les limites."
Ici, l'exégèse traditionnelle est complètement renversée. Selon l'interprétation constante de l'Église, la tentation consistait précisément en l'orgueil de l'intellect : l'homme cherche à s'approprier de manière autonome ce qui appartient à Dieu seul. Ceci est représenté allégoriquement par l'Arbre que l'on appelle – de manière significative – "l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal". Il ne s'agit pas de l'Arbre de Vie (comme le suggère Perroni), qui représente plutôt la grâce divine et auquel nos premiers parents avaient accès, comme le révèle une lecture plus attentive de l'Écriture Sainte.
Pour Perroni, en revanche, le désir de ressembler à Dieu n'apparaît plus comme une tentation suggérée par le serpent, mais comme une aspiration presque naturelle, instinctive, propre à l'être humain. Ève n'est plus celle qui succombe à l'illusion, mais celle qui trouve le courage d'explorer ce désir et d'en revendiquer la dignité. La transgression cesse d'être une culpabilité et devient un moment d'éveil à la conscience.
C’est précisément ici que la comparaison avec certains courants du gnosticisme antique prend tout son sens. Dans les principales écoles gnostiques des premiers siècles – il suffit de penser aux Ophites, aux Naasséniens ou à certaines traditions séthiennes – le serpent n’est pas le séducteur de l’humanité, mais son bienfaiteur : Lucifer, c’est-à-dire "le porteur de lumière", la lumière de la Connaissance. C’est lui qui libère Adam et Ève de l’ignorance imposée par le Dieu Créateur, leur permettant ainsi d’atteindre la véritable connaissance (gnose, en grec) de leur propre nature divine.
Dans cette perspective, Ève acquiert un rôle radicalement différent de celui que lui attribue la tradition catholique. Elle devient la première initiée, celle qui ouvre à l'humanité la voie du salut. Ce n'est pas un hasard si plusieurs textes gnostiques confèrent à la figure féminine un rôle privilégié dans la transmission de la révélation. La réhabilitation d'Ève ne découle pas seulement d'un souci de justice envers les femmes, mais d'une conception du salut entièrement nouvelle, fondée non sur la rédemption du péché, mais sur l'éveil de la conscience.
Bien entendu, Perroni ne propose pas un gnosticisme historique. Néanmoins, le parallèle structurel est évident : ce qui, dans la tradition catholique, constitue la tentation fondamentale de l’homme – le désir de devenir semblable à Dieu – est réinterprété comme le moment positif d’un éveil de la conscience, tandis qu’Ève cesse d’être le paradigme de la désobéissance et devient le symbole du courage de briser un système oppressif.
Le déni du péché originel
Les conséquences deviennent encore plus explicites lorsque Perroni aborde directement la signification de Genèse 3. Elle écrit que "dans l'ancien mythe biblique appelé la Chute, il n'y a ni diable, ni puissance divine à laquelle les êtres humains seraient soumis". Le récit décrirait simplement la tension permanente entre la condition de créature et le désir humain de transcender ses propres limites : "il n'y a pas de péché".
Une telle exégèse est, bien entendu, hétérodoxe, et sa publication dans L'Osservatore Romano est très révélatrice. Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne que le récit de la Chute emploie un langage allégorique, mais affirme un événement réel survenu au commencement de l'histoire humaine : une faute originelle commise sous la tentation du diable et transmise à toute l'humanité. De même, le concile de Trente définit dogmatiquement la réalité du péché originel et sa transmission universelle, tant dans sa culpabilité que dans ses effets.
Comme si cela ne suffisait pas, Perroni remet également en question la démonologie classique, la fiabilité historique des Évangiles et la cohérence théologique des Épîtres de Paul, qui — rappelons-le pour éviter tout malentendu — sont elles-mêmes la "Parole de Dieu".
La démonologie classique est présentée comme un développement mythologique relativement tardif, apparu seulement après l'exil babylonien et ensuite intégré au christianisme. Toutes les références du Nouveau Testament au diable, aux tentations du Christ dans le désert, au "serpent ancien" mentionné dans l'Apocalypse, et même la doctrine du péché originel exposée par saint Paul, ne seraient que des réinterprétations de catégories culturelles propres au judaïsme de cette époque.
Écriture, dogme et effondrement de la tradition
Si cette approche était correcte, elle ne se contenterait pas de modifier l'exégèse de Genèse 3. Elle redéfinirait radicalement le rapport entre l'Écriture et le dogme. Les textes du Nouveau Testament ne constitueraient plus l'interprétation authentique de l'Ancien Testament, mais une simple relecture historiquement conditionnée, elle-même susceptible d'être corrigée par l'exégèse contemporaine. C'est précisément ce principe herméneutique qui permet de remettre en question non seulement le péché originel, mais aussi toute doctrine traditionnelle de l'Église.
C’est là, dès lors, le lien avec la question christologique. Nier le péché originel revient à vider de son sens la Rédemption du Christ. Dans la foi catholique, le Christ n’est pas venu au monde simplement pour éclairer l’humanité, pour offrir un exemple moral (comme le soutenait Pélage), ou pour inaugurer une nouvelle conscience religieuse.
Dans l’Incarnation, la Personne divine du Fils s’est unie à une nature humaine immaculée en la personne de Jésus de Nazareth afin de l’offrir comme le sacrifice parfait d’expiation, capable d’annuler la dette de justice engendrée par le péché originel, qui avait fermé à l’humanité les portes de la vie éternelle.
L'homme, de par sa nature de créature et sa blessure due au péché, ne possède pas la dignité infinie nécessaire pour s'acquitter par lui-même de la dette, elle aussi infinie, contractée par cette faute. Dieu seul, dans son infinie dignité, pouvait offrir une réparation adéquate. L'homme déchu était incapable de se racheter par ses propres forces, car il n'est pas doté d'un mérite infini.
Comme l’affirme saint Paul : "Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort" (Romains 5, 12) ; et encore : "Car comme en Adam tous meurent, de même en Christ tous seront rendus vivants" (1 Corinthiens 15, 22). Tout le parallèle établi par saint Paul entre Adam et le Christ présuppose l’historicité du péché originel. Si le péché originel n’existe pas, alors le nouvel Adam perd son rôle salvifique.
Du déni de la rédemption à une nouvelle christologie
Dès lors que la Rédemption est niée, la mission même du Christ se trouve inévitablement redéfinie. S'il n'existe aucune culpabilité originelle dont l'homme doive être libéré, le Christ n'est plus le Rédempteur au sens traditionnel du terme. Sa mort ne constitue plus le sacrifice expiatoire qui réconcilie l'humanité avec le Père. La Croix perd son caractère objectivement salvifique et devient alors le symbole de la solidarité divine avec la condition humaine ou la manifestation suprême de l'amour de Dieu. Autrement dit, la question fondamentale à laquelle le Christ apporte une réponse se trouve transformée.
Pour la tradition catholique, la question est : comment l’homme peut-il être libéré du péché et réconcilié avec Dieu ? Pour le cadre néo-moderniste qui prédomine aujourd’hui, la question devient : comment l’homme peut-il prendre pleinement conscience de sa dignité, de sa vocation et de sa liberté ?
Si le Christ n'est pas venu racheter l'humanité du péché, la nature même de l'Église s'en trouve modifiée. Elle devient avant tout une communauté d'interprétation, un lieu de dialogue où le message de Jésus est constamment réinterprété à la lumière des évolutions culturelles. Les sacrements, eux aussi, subissent inévitablement une transformation.
La transformation des sacrements
Le baptême, tout d'abord, perd son sens traditionnel. S'il n'y a pas de péché originel à pardonner, il ne peut plus être le sacrement qui efface la culpabilité héritée d'Adam et qui unit véritablement l'homme à la vie surnaturelle. Il devient alors un simple rite d'entrée dans la communauté chrétienne ou le signe symbolique de l'accueil de Dieu. C'est précisément ce que beaucoup de diacres et de prêtres enseignent aujourd'hui aux catéchumènes. Le baptême perd ainsi son caractère nécessaire.
Il en va de même pour la pénitence. Si le péché est souvent interprété avant tout comme un éloignement, une immaturité ou un manque d'authenticité personnelle, la confession perd progressivement son caractère de jugement sacramentel sur le péché et devient plutôt une forme d'accompagnement spirituel. C'est précisément ce que pensent aujourd'hui de nombreux prêtres.
Même l'Eucharistie est inévitablement réinterprétée. Si le sacrifice de la Croix n'est plus l'acte rédempteur par lequel le Christ expie les péchés du monde, alors le Sacrifice de la Messe perd lui aussi sa signification propitiatoire et sacrificielle et devient avant tout le mémorial de la fraternité et de la communion entre les personnes. C'est précisément ce que croient aujourd'hui de nombreux prêtres.
Une autre Église pour un autre Christ
Si le Christ n’est plus le Rédempteur qui libère l’humanité du péché originel, mais plutôt le maître qui l’accompagne vers un éveil de sa vocation, alors l’Église elle-même ne sera plus, avant tout, l’arche du salut et la dispensatrice des moyens de la grâce. Elle deviendra une communauté appelée avant tout à favoriser l’inclusion, la participation et la maturité collective.
En ce sens, l'article de Perroni pose les fondements d'un projet théologique bien plus vaste qui, partant d'une réinterprétation des origines – la Création, la Chute et le péché originel – doit aboutir à une nouvelle compréhension de la Rédemption, du Christ et de l'Église. Si les fondements changent, c'est toute la structure qu'il faut reconstruire.
Mais lorsqu'une maison est construite sur de fausses fondations, elle est vouée à s'effondrer.
Cf. The Remnant
https://www.remnantnewspaper.com/official-vatican-newspaper-l-osservatore-romano-original-sin/
Le pape a nommé Christian Würtz nouvel évêque d'Eichstätt. Un évêque "en pleine communion", "en règle", qui administre des sacrements "valides".
>il a soutenu les réformes du Chemin synodal allemand
> il a défendu l'ordination des femmes
> le changement de doctrine sur les homosexuels et leur droit d'entrer dans le sacerdoce: l'homosexualité n'est "ni un péché qui sépare de Dieu, ni intrinsèquement mauvaise"
>l'introduction de cérémonies de bénédiction pour les couples de même sexe et pour les personnes divorcées et remariées
>le texte sur la diversité des genres
Le pape Léon XIV a nommé Christian Würtz , ancien évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Fribourg (Allemagne), nouvel évêque du diocèse d'Eichstätt (Bavière, Allemagne). Âgé de 55 ans, il succède à Mgr Gregor Maria Hanke et devient le plus jeune évêque diocésain d'Allemagne.
La nomination, annoncée ce mardi par le Saint-Siège, met fin à la période de vacance du siège qui avait débuté après la démission anticipée de Hanke à la Pentecôte 2025. La proclamation officielle a eu lieu à la cathédrale d'Eichstätt lors de la fête de saint Willibald, fondateur du diocèse.
Dans ses premiers mots après avoir appris la décision du Pape, Mgr Würtz a exprimé sa gratitude pour la confiance qui lui a été accordée. "Je suis heureux de ma nouvelle mission. J’espère mettre mon expérience et mes compétences au service de l’édification du Royaume de Dieu et cheminer aux côtés des fidèles de ce diocèse", a-t-il déclaré.
Un canoniste titulaire de deux doctorats
Né à Karlsruhe (Allemagne) en 1971, Christian Würtz a commencé ses études universitaires en droit avant d'entrer au séminaire. Il est titulaire d'un doctorat en droit civil et canonique et d'un doctorat en théologie.
Il a été ordonné prêtre en 2006 pour l'archidiocèse de Fribourg et a par la suite exercé diverses responsabilités pastorales, académiques et judiciaires. Il a notamment été juge au tribunal ecclésiastique de Fribourg, curé, doyen de la ville et recteur du séminaire archidiocésain, poste à partir duquel il a dirigé la formation des futurs prêtres.
En 2019, le pape François l'a nommé évêque auxiliaire de Fribourg. À 48 ans, il était alors le plus jeune évêque d'Allemagne.
Sa participation à la Voie synodale
En septembre 2022, il a voté en faveur du document proposant une réévaluation doctrinale de l'homosexualité, qui affirmait que l'orientation homosexuelle n'est pas un choix personnel et appelait à un meilleur accueil et à une meilleure intégration des personnes homosexuelles dans la vie ecclésiale.
Dans cette même assemblée, il a également soutenu le texte sur la soi-disant "diversité des genres", qui exhortait les diocèses à revoir divers aspects pastoraux et administratifs afin de faciliter l'inclusion des personnes transgenres et intersexuées.
Quelques mois plus tard, en mars 2023, il a de nouveau voté en faveur du document proposant l'introduction de cérémonies de bénédiction pour les couples de même sexe et pour les personnes divorcées et remariées, l'une des initiatives les plus controversées du Chemin synodal.
Dialogue avec le mouvement Maria 2.0
Peu après son ordination épiscopale en 2019, Christian Würtz a rencontré des membres du mouvement Maria 2.0 apparu en Allemagne pour réclamer diverses réformes au sein de l'Église, notamment l'accès des femmes au sacerdoce.
Après avoir discuté avec les manifestants, il leur a remis une lettre personnelle et une pelote de fil rouge en symbole de dialogue, un geste qui a été positivement accueilli par les représentants du mouvement.
Demandes d'entrée au séminaire par des femmes
Plus récemment, en mai 2025, en tant que recteur du séminaire de Fribourg, il a reçu les demandes d'admission symboliques soumises par neuf étudiants en théologie protestant contre la réservation du sacerdoce ministériel aux hommes.
Würtz a qualifié l'initiative de "bon signe de l'engagement et du sérieux avec lesquels ces femmes abordent leur vocation et leur cheminement au sein de l'Église", tout en précisant qu'il ne pouvait les admettre en raison de la réglementation en vigueur au sein de l'Église. Il a par la suite rencontré les étudiantes ; les deux parties ont décrit l'entretien comme respectueux et constructif.
Un diocèse bavarois historique
Aujourd'hui, Würtz prend en charge le diocèse d' Eichstätt, suffragant de l'archidiocèse de Bamberg, fondé au milieu du VIIIe siècle et dont le saint patron est saint Willibald. Il compte actuellement 334 517 catholiques, répartis dans 253 paroisses, organisées en 74 unités pastorales et huit doyennés.
Le prélat de 55 ans, ordonné prêtre en 2006 et nommé évêque auxiliaire en 2019, succède à Mgr Gregor Maria Hanke, OSB, qui a démissionné l'année dernière à l'âge de 70 ans.
L’évêque Würtz et l’évêque Hanke ont adopté des positions opposées sur des aspects controversés du Chemin synodal allemand. L’évêque Würtz a soutenu, et l’évêque Hanke s’est opposé à, la résolution suivante concernant la bénédiction des couples de même sexe et des couples remariés hors de l’Église :
"Les couples de même sexe et les couples remariés ont souvent subi l'exclusion et le dénigrement au sein de notre Église. La possibilité de placer publiquement leur union sous la bénédiction de Dieu n'efface pas ces expériences. Cependant, elle offre à l'Église l'occasion de témoigner de sa reconnaissance pour l'amour présent dans ces relations et les valeurs qu'elles incarnent, rendant ainsi la réconciliation possible."
De même, l'évêque Würtz a soutenu, et l'évêque Hanke s'est opposé à, l'appel du Chemin synodal à une réévaluation de l'enseignement catholique sur l'homosexualité :
"L’orientation homosexuelle faisant partie intégrante de la personne humaine telle que créée par Dieu, elle ne saurait être jugée éthiquement différemment de l’orientation hétérosexuelle… L’homosexualité, même lorsqu’elle s’exprime par des actes sexuels, n’est donc ni un péché qui sépare de Dieu, ni intrinsèquement mauvaise. Elle doit plutôt être évaluée à l’aune des valeurs susmentionnées."
L'évêque Würtz a également soutenu, et l'évêque Hanke s'est opposé, aux résolutions du Chemin synodal sur l'ordination des femmes ; cette dernière résolution faisait référence à Ordinatio Sacerdotalis, la lettre apostolique de 1994 du pape saint Jean-Paul II réservant l'ordination sacerdotale aux seuls hommes.
"Beaucoup associent l'admission des femmes au diaconat au renforcement de la pratique fondamentale de la charité, un élément que le Concile Vatican II a mis en avant comme un troisième aspect essentiel de l'identité de l'Église, aux côtés de la mission d'évangélisation par la proclamation de la Parole de Dieu et la célébration liturgique des sacrements.
La question de savoir si l'enseignement de l'Ordinatio Sacerdotalis nécessite un réexamen doit être posée à la plus haute autorité de l'Église (le Pape et le Concile) : au service de l'évangélisation, l'objectif est de permettre une participation pleine et entière des femmes à la proclamation, à la représentation sacramentelle du Christ et à l'édification de l'Église. Il convient ensuite d'examiner et de clarifier, de manière faisant autorité, si l'enseignement de l'Ordinatio Sacerdotalis engage infailliblement l'Église."
La récente déclaration du Saint-Siège concernant les consécrations épiscopales de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) continue de susciter des réactions au sein de l'Église. Dom Alcuin Reid, moine bénédictin, liturgiste et figure emblématique du mouvement liturgique traditionnel, a publié une réflexion dans AdVaticanum où il appelle à un effort renouvelé de réconciliation et met en garde contre le risque que l'Église ne puisse se résigner à laisser s'installer une nouvelle division.
"Aujourd’hui, les paroles de Benoît XVI sont plus pertinentes que jamais. Il aurait fallu faire davantage ces derniers mois, semaines et jours. Il est impératif de redoubler d’efforts pour construire des ponts et ouvrir des portes", écrit Reid, convaincu qu’il est encore possible d’empêcher la crise de dégénérer en une rupture plus profonde.
"Il n'y a pas de schisme chez celui qui cherche à sauver son âme."
Le liturgiste commence par évoquer l'inquiétude de milliers de fidèles qui fréquentent la liturgie traditionnelle et qui, après les événements de ces derniers jours, craignent d'être considérés comme schismatiques.
"Soyons clairs", déclare-t-il, "il n’y a aucun péché (de schisme ou d’autre nature) à rechercher simplement le salut de son âme par les rites liturgiques traditionnels de l’Église, comme en témoignent les prières pour le Pape et l’évêque diocésain qu’ils contiennent. Ces prières témoignent en réalité du contraire du schisme. Elles sont des manifestations publiques, au cœur même de notre culte catholique, de l’unité et de la communion, et non de la division sectaire."
Reid souligne que ces mêmes rites contiennent des prières pour le pape et pour l'évêque diocésain, ce qui loin d'exprimer une rupture, constitue "une manifestation publique d'unité et communion catholiques".
Il cite également la Note explicative publiée en 1996 par le Conseil pontifical pour les textes législatifs de l’époque pour appuyer l’affirmation selon laquelle les fidèles qui se rendent dans des communautés liées à la Fraternité pour y recevoir les sacrements "n’encourent pas de ce fait la peine d’excommunication" :
"On n’est pas excommunié parce que l’accès aux anciens rites liturgiques se fait parfois, voire généralement, par l’intermédiaire d’une communauté qui, devant Dieu, estimait n’avoir d’autre choix que de pratiquer la désobéissance matérielle de conscience au droit canonique pour survivre et rester fidèle à sa vocation et à sa mission. Quelle que soit la culpabilité des clercs – et ce n’est pas le lieu d’en discuter –, même les documents officiels cités récemment par le Saint-Siège indiquent clairement que les fidèles laïcs qui cherchent simplement à adorer Dieu Tout-Puissant et à recevoir les sacrements n’encourent pas, de ce fait, la peine d’excommunication. (Voir : Note explicative, Conseil pontifical pour les textes législatifs, 24 août 1996)"
"Face à la polémique actuelle, on pourrait dire : 'Gardons la tradition et poursuivons-la.' Car il demeure vrai que 'ce que les générations précédentes considéraient comme sacré le reste pour nous aussi, et on ne saurait le rendre soudainement totalement interdit, ni même le considérer comme nuisible.' (Benoît XVI, Lettre aux évêques, 7 juillet 2007)"
Une critique sévère de Traditionis custodes
Le moine bénédictin ne cache pas son opinion, qualifiant la situation de "désastre pastoral, liturgique et ecclésial". Il soutient que la décision de restreindre la liturgie traditionnelle était motivée par "une opération idéologique alimentée par la paranoïa du clergé libéral de la vieille garde et fondée sur des mensonges flagrants", ce qui a finalement poussé de nombreux catholiques "à se cacher ou à s'éloigner de leurs paroisses, de leurs diocèses, et même de la communion visible de l'Église".
Pour Reid, il est particulièrement inquiétant que "ceux qui ont orchestré ce scandale et les grands prêtres de son application impitoyable restent aujourd’hui encore au centre du pouvoir", une circonstance qui, selon lui, contribue à expliquer "la sévérité technocratique" avec laquelle le Vatican a réagi aux récentes consécrations épiscopales.
Benoît XVI, un modèle de réconciliation
Reid rappelle que le pape allemand déplorait qu'"aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité", un constat qui, selon lui, nous oblige à agir avec la même détermination aujourd'hui.
Il revient également sur les questions posées par Benoît XVI après la levée de l'excommunication des quatre évêques consacrés par Marcel Lefebvre : "Est-ce vraiment une erreur de tendre la main à nos frères et sœurs et de rechercher la réconciliation ? Pouvons-nous être complètement indifférents à une communauté qui compte des centaines de prêtres, de séminaires, de religieux et des milliers de fidèles ?"
Pour Reid, ces questions restent pertinentes et devraient guider la réponse de l'Église dans le moment présent.
"La parabole de la brebis perdue reste valable."
Loin de défendre inconditionnellement la Fraternité Saint-Pie-X, Reid insiste sur le fait que la responsabilité de préserver l'unité incombe à l'Église tout entière.
"L’enseignement de la parabole de la brebis perdue reste valable, quoi que nous pensions de cette brebis ou aussi obstinée qu’elle puisse nous paraître", écrit-il, soulignant que la recherche de la réconciliation fait partie intégrante de la mission de l’Église.
Le moine ajoute que sa réflexion "n’a pas pour but de se prononcer pour ou contre un groupe ou une personne", mais plutôt de rappeler quelques vérités fondamentales et d’inciter chacun à œuvrer pour l’unité.
Respect pour le Pape et appel à la prière
Malgré les critiques adressées aux actions du Saint-Siège, Reid évite de transformer son article en un reproche personnel à l'encontre de Léon XIV.
"Nous ignorons les motivations et les intentions du Saint-Père et, bien que son silence laisse un vide important, nous lui devons la patience qui fait partie du respect filial", dit-il.
En conclusion, il invite chacun à prier pour le Pape et pour toute l'Église, convaincu que la fidélité au Christ exige de ne jamais abandonner l'espérance.
"Nos cœurs peuvent être lourds ; nous pouvons nous sentir blessés, angoissés et même abandonnés. Mais ne doutons jamais que, si nous restons fidèles, le Seigneur entendra notre prière et nous sauvera", conclut Reid, avant de réaffirmer l’idée qui traverse toute sa réflexion : l’unité de l’Église mérite que "tout soit mis en œuvre" pour la préserver.
Le débat sur la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est devenu l'une des plus grandes histoires dans le monde catholique. Dans cette remarquable chronique ''Demandez au Père'', un prêtre diocésain, le père Joseph Wilson explique pourquoi la Fraternité estime que l'Église se trouve dans un état de nécessité — et propose le discours que le pape Léon XIV aurait pu prononcer pour commencer à guérir des décennies de divisions. Que vous soyez d'accord ou non, il s'agit à ce jour de l'une des contributions à la conversation les plus réfléchies. Cf. Michael J. Matt sur X / The Remnant
Par : Père Joseph Wilson 4 juillet 2026
Dans cette édition de "Demandez au Père" (qui paraît dans chaque numéro du journal The Remnant), un prêtre diocésain examine l’argument de "l’état de nécessité" de la FSSPX, réfléchit à la crise plus large qui secoue l’Église et imagine le discours pastoral que le pape Léon XIV aurait pu prononcer pour unir les catholiques au lieu d’aggraver les divisions.
Cher Père, la situation au sein de l'Église est devenue encore plus confuse depuis la consécration des quatre évêques par la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX). Les quatre nouveaux évêques et ceux qui les ont consacrés ont été excommuniés ; il semble que les prêtres de la FSSPX aient été déclarés schismatiques et menacés d'excommunication, et même les laïcs qui "adhèrent" au schisme de la FSSPX sont menacés d'excommunication. Les réactions des commentateurs sont extrêmement diverses, même celles de commentateurs que je considère généralement comme orthodoxes et conservateurs. Que se passe-t-il ?
(Père Joseph Wilson) Cher lecteur, incroyable, n'est-ce pas ? Je ne connais aucune autre situation qui ait été aussi mal, voire désastreusement, gérée, même si le schisme entre l'Est et l'Ouest de 1054 pourrait en être un exemple.
La FSSPX affirme que l'Église traverse une crise extraordinaire et que son devoir de fidélité à Dieu l'a poussée à agir comme elle l'a fait. Le Saint-Siège semble nier cette ''crise extraordinaire''. Ce déni est pour le moins intéressant. Ces derniers jours, j'ai lu un article concernant une église catholique londonienne où une messe publique a été célébrée pour le cinquantième anniversaire d'un couple. Deux évêques étaient présents et concélébraient, le célébrant principal était un prêtre ami du couple, l'homélie a été prononcée par un cardinal de la Sainte Église romaine (Timothy Radcliffe, dominicain, créé cardinal par le pape François), et l'assemblée était composée de personnes venues de divers horizons, y compris des invités internationaux. Il s'agissait des noces d'or d'un couple homosexuel .
Le Saint-Siège peut édicter des normes et des protocoles à l'infini ; il ne s'agissait en aucun cas d'une "bénédiction non liturgique", spontanée et informelle. Je n'ai rien entendu concernant les mesures prises face à ce scandale.
"Franchement, je pense que nous assistons à l'émergence d'une occasion tragiquement manquée."
Le cardinal Robert McElroy, archevêque de Washington, a célébré la messe à l'université de Georgetown le 20 juin devant 500 participants à la conférence de sensibilisation des catholiques LGBTQ+. Il a cité comme un grand signe d'espoir l'affirmation de Léon XIV, lors de son voyage en Afrique, selon laquelle "l'unité ou la division de l'Église ne devrait pas reposer sur des questions sexuelles". Il a également évoqué le rapport controversé du Groupe d'étude 9 du Synode de 2024 qui, selon lui, propose un "nouveau paradigme" (semblant s'éloigner des principes du droit naturel pour se concentrer sur l'expérience vécue des croyants).
Mais non, nous ne sommes pas en situation de crise extraordinaire. Circulez, il n'y a rien à voir. Et ne vous inquiétez pas pour l'Allemagne non plus…
Franchement, je crois que nous assistons à l'émergence d'une occasion tragiquement manquée. Au lieu de discussions interminables sur la marche ensemble dans la synodalité, la théorie de la guerre juste et la bienveillance envers les migrants, je souhaiterais que le Saint-Père s'adresse à toute l'Église — évêques, prêtres, religieux et laïcs — avec sa compassion pastorale et dise :
"À la lumière des événements récents dans la vie de l’Église, je suggère qu’il est temps de faire une pause, de respirer profondément, d’invoquer l’aide infaillible du Saint-Esprit et d’entamer, en tant qu’Église, un dialogue large, profond et sincère sur les signes des temps, comme l’ont exhorté les Pères du Concile Vatican II. Vous vous souviendrez peut-être que deux de mes prédécesseurs, saint Jean-Paul II et Benoît XVI, ont exprimé la nécessité de poursuivre l’examen et l’interprétation des documents conciliaires à la lumière de toute la Tradition, et en particulier de l’enseignement des conciles et des papes précédents. Ce besoin n’a fait que s’accroître avec le temps. Des divisions sont apparues parmi nous, d’autant plus douloureuses qu’elles proviennent principalement de divergences entre croyants de bonne foi. Je tiens à présenter mes excuses à ceux qui ont été blessés et désédifiés par la persistance de cette situation. Aujourd’hui, conscient de mon devoir de fortifier les frères, j’appelle toute l’Église, clergé et fidèles, à une réflexion priante sur la crise que traverse l’Église, qui a été causée par des enseignements ambigus, voire erronés, et par une volonté manifeste, en de nombreux endroits, de promouvoir le changement tout en négligeant le respect de la Tradition sacrée, qui doit toujours être la marque distinctive des catholiques fidèles.
Je communiquerai prochainement avec le Collège des cardinaux et les présidents des différentes conférences épiscopales nationales afin de recueillir leurs réflexions sur l'état de l'Église. Je m'adresserai également aux supérieurs des communautés religieuses contemplatives de l'Église, les priant instamment d'accompagner cette démarche de leurs prières ferventes. Je serai aussi en contact avec les responsables de divers groupes et associations de fidèles, afin de solliciter leur point de vue sur ces questions. Après avoir reçu et médité les réflexions des cardinaux, des présidents des conférences épiscopales et des groupes de fidèles, j'annoncerai les modalités de la démarche visant à examiner et à clarifier la nécessité de parvenir à une "herméneutique de la continuité" cohérente et de la renforcer, pour reprendre la célèbre formule du pape Benoît XVI.
"Par ailleurs, je me souviens d’une autre phrase du pape Benoît XVI, dans sa Lettre aux évêques du 7 juillet 2007 accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum : "L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste." Il est tragique que la question de la sainte liturgie soit devenue une cause de division parmi nous. La situation dans l'Église est manifestement différente de celle qui prévalait lors de la publication, le 16 juillet 2021, de Traditiones Custodes par mon prédécesseur, le pape François, de bienheureuse mémoire. C'est pourquoi, afin de sauvegarder les droits des fidèles, je déclare abroger le motu proprio Traditiones Custodes, ainsi que la lettre aux évêques qui l'accompagnait, et rétablir pleinement en vigueur le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI et la lettre aux évêques qui l'accompagnait. Et puissions-nous tous nous souvenir de cette phrase si souvent attribuée à saint Augustin : "Dans l'essentiel, l'unité ; dans le non-essentiel, la liberté ; en toutes choses, la charité."
Si le Saint-Père agissait ainsi, je dirais qu'enfin un besoin crucial et de longue date de l'Église pourrait être comblé avec honnêteté et franchise.
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En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité.
"Cette confiance a été ébranlée dans l’Église ; pour beaucoup, elle a été détruite." Un canoniste chevronné examine le pontificat de François et Léon.
"Le pape François a transformé l’indissolubilité du mariage en une farce par le biais d’Amoris Laetitia. Elle ne s’applique désormais qu’en théorie. En pratique, avec quelques distinctions pastorales — sur quelle base que ce soit, par qui que ce soit — on peut vivre en adultère avec une conscience tranquille."
"De plus en plus de catholiques réalisent que la doctrine de l'Église ne sert plus de limite aux actions de la hiérarchie. C'est la maladie dont l'Église souffre véritablement". Mgr Grichting met en garde que les actions papales ont "détruit" la confiance en l'Église.
La confiance dans l'Église a été "détruite" pour beaucoup ces dernières années.
Telle est l’évaluation de Monseigneur Martin Grichting, professeur estimé de droit canonique, vicaire général émérite du diocèse de Coire et ancien consultant de la Congrégation pour le Clergé.
Michael Haynes
5 juin 2026
L'Église souffre d'un manque de confiance généralisé et dévastateur, dû en grande partie au pontificat du pape François, dont le règne a été marqué par des ruptures avec l'enseignement catholique sur le mariage, la nature de l'Église et son rôle dans le salut.
Telle est l’évaluation de Monseigneur Martin Grichting, professeur estimé de droit canonique, vicaire général émérite du diocèse de Coire et ancien consulteur de la Congrégation pour le Clergé au Vatican.
"Cette confiance a été ébranlée au sein de l’Église ; pour beaucoup, elle a été anéantie", écrit-il. { L’analyse de Grichting a initialement paru dans InfoVaticana, mais la traduction anglaise officielle est publiée ici avec l’autorisation de Mgr Grichting. Le texte intégral se trouve ci-dessous .}
Avec son encyclique "Amoris Laetitia", le pape François a transformé l'indissolubilité du mariage en une farce. Elle n'est plus valable qu'en théorie. En pratique, grâce à quelques "distinctions pastorales" – sur n'importe quel fondement, par n'importe qui – on peut vivre dans l'adultère en toute conscience.
La bénédiction non liturgique de quelques secondes accordée par le Vatican aux couples de même sexe et aux couples non mariés ("Fiducia supplicans") constitue un éloignement supplémentaire du mariage chrétien.
Il avertit également que ces problèmes "persistent sous le pape Léon XIV", notamment avec le Synode sur la synodalité et les travaux du Secrétariat général du Synode des évêques qui a récemment publié "un texte hérétique qui relativise l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille (Rapport final du Groupe d’étude 9 concernant les "questions complexes") ».
Le monseigneur souligne également les restrictions importantes imposées à la liturgie traditionnelle – mises en œuvre par le pape François en 2021. "Les laïcs sont humiliés de se voir interdire de célébrer cette forme d’Eucharistie dans les églises paroissiales. Ces fidèles sont contraints à la clandestinité ou à rejoindre la Fraternité Saint-Pie-X, dont l’existence même est alors déplorée."
Il souligne la contradiction apparente : le Saint-Siège ferme les yeux sur les agissements de plus en plus hétérodoxes de l'épiscopat allemand, tout en réprimant avec vigueur et promptitude la Fraternité Saint-Pie-X pour son attachement à la tradition. Les Allemands, écrit Grichting, agissent "sans entrave", bien qu'ils s'emploient depuis des années à "saper l'ordre sacramentel de l'Église avec leur 'chemin synodal' et à institutionnaliser la bénédiction des couples de même sexe". À l'inverse, la Fraternité Saint-Pie-X "est menacée d'excommunication en vertu de l'autorité absolue du pape".
Concernant la double réponse du Saint-Siège aux Allemands et à la FSSPX, Grichting commente que le Pape ignore Lumen Gentium n° 21 "concernant le sacrement de l’Ordre et exige l’acceptation de la Constitution sur la liturgie… Ces deux poids, deux mesures détruisent la confiance de nombreux fidèles."
Soulignant un exercice déformé de l'autorité papale, Grichting note que les consécrations épiscopales prévues par la FSSPX constituent "sans aucun doute une tentative problématique de limiter l'omnipotence papale lorsque sa limite ne semble plus être la doctrine de l'Église".
Afin de réparer les dégâts au sein de l'Église, Mgr Grichting a exhorté le Pape à "panser les plaies infligées à la doctrine de l'Église", mais a averti que cela ne se ferait pas par "des diktats, des menaces et des doubles standards".
"La Fraternité Saint-Pie X n’est pas la maladie, mais un symptôme", écrivait-il. "Ce symptôme peut être combattu par l’excommunication. La suprématie papale le permet sans aucun doute légalement. Mais la maladie n’en sera pas guérie. Elle continuera de s’envenimer, de diviser et d’affaiblir le Corps du Christ, l’Église."
Pour Grichting, le pape doit se montrer plus proactif, non seulement pour sanctionner la Fraternité Saint-Pie X, mais aussi pour remédier à la crise dévastatrice de doctrine et d'autorité qui sévit actuellement au sein de l'Église.
Suite en anglais :
Une crise de confiance dans l'Église
Seule la constance papale peut panser les plaies infligées à l'unité de l'Église. Un commentaire de Martin Grichting.
Il naquit à l'époque où le gouvernement royal d'Angleterre dépossédait les Irlandais de leurs terres pour les donner aux Anglais protestants qu'il installait dans l'île catholique. Il eut vingt ans au moment où Cromwell noya dans le sang la révolte de ses compatriotes.
Olivier partit d'Irlande à 16 ans faire ses études à l'Irish College à Rome. Il reçut la prêtrise là-bas puis revint dans son pays. En 1670, il est nommé archevêque d'Armagh et primat d'Irlande.
Allant dans les montagnes et les forêts à la recherche de son peuple, il confirma 10000 fidèles en trois mois.Mais, dans le contexte de querelles anglo-irlandaises, il est calomnié et accusé d'avoir préparé un débarquement de soldats français.
Transféré à Londres en 1678, il resta 3 ans en prison avant d'être condamné à être "pendu, vidé et démembré".
Olivier eut à subir de nombreuses tortures mais ne cessa de rendre grâce à Dieu, pardonnant à ses dénonciateurs et à ses bourreaux.
Saint Olivier remercia le juge et dit à tous ceux qui l'avaient calomnié : Je suis heureux d'aller auprès du Christ dont je vous ai tant parlé.
Son corps repose à l'abbaye de Downside (Comté de Wilts, Angleterre) et sa tête à Drogheda (Comté de Meath, Irlande).
Au 1er juillet du martyrologe romain: à Londres, en 1681, la passion de saint Olivier Plunkett, évêque d’Armagh en Irlande et martyr. Faussement accusé de haute trahison, sous le roi Charles II, et condamné à mort, devant la potence, en présence d’une grande foule, il pardonna à ses ennemis et professa jusqu’au bout, avec courage, la foi catholique.
11 Martyrs de Damas, Martyrs franciscains et Frères Massabki
Les Martyrs de Damas (+ 1860), constituent un groupe de huit franciscains et de trois laïcs syriens maronites, qui furent massacrés par des syriens druzes, en haine de la foi chrétienne, lors d'une attaque du couvent à Damas.
Le 9 juillet 1860, les druzes lancent une attaque contre le quartier chrétien de Damas. Au cours de la journée, plusieurs églises orthodoxes sont brûlées et plusieurs centaines de fidèles sont massacrés. Plus de cinq mille chrétiens trouvent la mort au cours du massacre de Damas.
Vers 20 heures, tandis que le feu des incendies criminels se répand de maison en maison, les trois frères Massabki, fidèles du couvent franciscain de Damas, y reçoivent l'hospitalité, avec d'autres chrétiens. Tandis que le couvent s'est barricadé, les prêtres franciscains organisent la prière, et donnent la confession et la communion aux fidèles présents.
À 1 heure du matin, les druzes parviennent à entrer dans le couvent. Ils s'emparent du Supérieur, Emmanuel Ruiz, à qui ils intiment l'ordre de leur montrer le trésor du couvent, en vue de le piller. Emmanuel Ruiz les conduit à la chapelle. Il ouvre le tabernacle et consomme devant eux toutes les hosties consacrées, pour leur éviter la profanation. Il signifia par là que l'eucharistie était le trésor du couvent. S'étant sentis trompés, les druzes le frappent à coup de couteaux et de machettes, et le Père Ruiz expire sur l'autel, baigné de son sang.
François Massabki est alors dans la chapelle, priant devant la statue de la Vierge. Les druzes s'emparent de lui et lui commandent de se convertir à l'islam pour avoir la vie sauve. "Ma foi, jamais je ne la renierai ; je suis un chrétien maronite et, pour la foi du Christ, je mourrai" répond-il. Il est alors transpercé de coups d'épée et de couteaux. Les deux autres frères Massabki sont chacun à leur tour sommés d'embrasser l'islam, ce qu'ils refusent également, se disant prêts à mourir pour le Christ. Ils furent décapités et piétinés.
Les victimes du massacre du couvent franciscain de Damas sont :
Emmanuel Ruiz, âgé de 56 ans, prêtre franciscain espagnol, Supérieur du couvent ;
Carmelo Volta, âgé de 57 ans, prêtre franciscain espagnol ;
Engelbert Kolland, âgé de 33 ans, prêtre franciscain autrichien ;
Ascanio Nicanore, âgé de 46 ans, prêtre franciscain espagnol ;
Pierre Soler, âgé de 33 ans, prêtre franciscain espagnol ;
Nicolas Alberga, âgé de 30 ans, prêtre franciscain espagnol ;
François Pinazo, âgé de 58 ans, frère profès franciscain espagnol ;
Jean-Jacques Fernandez, âgé de 52 ans, frère profès franciscain espagnol ;
Francois Massabki ;
Abdel Massabki ;
Raphaël Massabki.
Les frères Massabki étaient issus d'une famille aisée et très chrétienne, de tradition maronite. Fidèles du couvent franciscain, ils s'y rendaient chaque jour pour la messe, suivaient les exercices spirituels du couvent et étaient déjà, avant leur martyre, de véritables exemples de vie chrétienne selon les témoignages du procès de béatification, tant dans leur vie de prière, de pénitence que leur service des pauvres. François Massabki, époux et père de famille, était un commerçant fortuné et influent. Abdel, époux et père de famille également, était un professeur dans une école chrétienne. Raphaël était un petit commerçant, qui demeura célibataire.
Proclamés bienheureux en 1926 par Pie XI, les onze Martyrs de Damas sont fêtés le 10 juillet par l'Église catholique.
Ils sont proclamés saints le 20 octobre 2024 par le pape François.
Sous la Révolution française furent arrêtées et rassemblées à la prison d'Orange, cinquante-deux religieuses du Vaucluse et de la région d'Avignon, accusées "d'avoir voulu détruire la République par le fanatisme et la superstition."
Ce qu'elles vécurent le jour de leur mort entre le 6 juillet et le 26 juillet 1794, existe dans les archives: "5h: lever et méditation, prières de la messe - 7h: déjeuner - 8h: litanies des saints et autres prières - 9h: plusieurs sont convoquées au tribunal et elles se disent un joyeux adieu - Celles qui restent prient pour celles qui partent et méditent un chemin de croix. - 18h: le roulement de tambour annonce que les condamnées montent à l'échafaud. Les prisonnières qui restent disent les prières des agonisants. Quand le tambour cesse, elles chantent le "Te Deum."
Aucune n'avait peur, aucune ne signa le serment qui lui eût épargné la mort. Elles chantent même un hymne dont le refrain est plein d'humour: "Bien loin que la guillotine me cause quelque frayeur, mon Dieu me fait voir en elle un moyen très précieux qui, par une voie nouvelle, me conduit droit aux cieux."
Trente-deux d'entre elles furent décapitées.
Elles montèrent toutes joyeusement à l’échafaud, chantant et priant pour leurs persécuteurs qui admiraient leur courage : « Ces bougresses-là meurent toutes en riant ». Les dix autres religieuses détenues furent sauvées par la chute de Robespierre, le 28 juillet, et libérées en I795.
Les corps des martyres furent jetés dans des fosses communes, dans le champ Laplane (à Gabet), situé à 4 kilomètres de la ville, au bord de l’Aygues, et une chapelle y fut bâtie en 1832.
Voir les Martyres d'Orange béatifiées par le pape Pie XI le 10 mai 1925.
À Orange en Provence, l'an 1794, les bienheureuses vierges et martyres Rosalie-Clotilde Bès (Sœur Sainte-Pélagie), Marie-Élisabeth Pélissier (Sœur Saint-Théoctiste), Marie-Claire Blanc (SœurSaint-Martin), sacramentines de Bollène, et Marie-Marguerite de Barbegie d'Albarède (SœurSainte-Sophie), ursuline de Pont-Saint-Esprit, guillotinées sous la Révolution française pour leur fidélité à la vie religieuse.
Née en Belgique, Pauline Jeuris se fit sœur Marie-Amandine, franciscaine, et partit en mission en Chine.
Sa joie de vivre et sa bonté firent qu'on l'appela la "Vierge européenne qui rit toujours". Elle fut assassinée au cours de la guerre de Boxersalors qu'elle avait à peine 28 ans.
Elle fut béatifiée le 24 novembre 1946 et canonisée le 1er octobre 2000 avec les martyrs de Chine.
Saint Thibaut offrant à Saint Louis et Marguerite de Provence un lys à onze branches (1776), Château de Versailles.
Né Thibaud de Marly, apparenté aux Montmorency, il reçut une éducation toute militaire, quoique chrétienne. L'enfant manifesta, dès son plus jeune âge, une grande dévotion à la sainte Vierge qu’il honorait comme "sa bonne Mère et sa chère Maîtresse."
Lorsqu’on lui reprocha d’avoir trop de dévotion à la Vierge Marie, il répondit : "Sachez que je n’aime la Sainte Vierge autant que je fais, que parce qu’elle est la Mère de mon Seigneur Jésus-Christ ; que si elle ne l’était point, je ne l'aimerais pas plus que les autres saintes vierges. Ainsi, c'est Jésus-Christ même que j’aime, que j'honore et que je révère en elle."
Son souhait de se faire moine le prit très tôt. En 1220, il abandonne donc la charge importante qu’il occupait à la Cour de Philippe-Auguste pour entrer au monastère desCisterciensde Vaux-de-Cernay, au diocèse de Versailles. Il en fut nommé prieur quelques années plus tard.
Il vécut dans la pauvreté, conformément à ses vœux, et travailla à développer l'abbaye. Le roi Saint Louiseut recours à ses prières pour avoir des enfants de son mariage. Il attribuait à ses prières le bonheur d'avoir pu fonder une famille nombreuse.
En 1240 il composa un office pour la fête de lasainte Couronne d'épines(reliques de la Passion)qui, à la demande deSaint Louis, sera célébrée dans toutes les abbayes du royaume.
En 1247, il tombe gravement malade et décède rapidement. Les pèlerins accoururent en foule ; la reine douairière, Marguerite de Provence, et son fils, le roi Philippe III le Hardi, vinrent plusieurs fois visiter le tombeau. Comme ils ne pouvaient entrer au chapitre voir la tombe du saint, on transféra ses restes en 1261 dans la chapelle de l'infirmerie.
Le 8 juillet 1270, après sa canonisation, ses reliques furent portées dans l'église et placées dans un sarcophage de pierre porté sur quatre colonnes. À la Révolution, l'abbaye fut supprimée... et les reliques dispersées à l'exception d'une petite partie qui est actuellement conservée dans l'église deCernay-la-Ville.
Saint-Thibaud de Marly est invoqué pour éviter d’être victime d’une indigestion. Il est particulièrement vénéré àBeuvron-en-Auge(canton de Cambremer) où il est réputé pour guérir les ulcères et les tremblements.
Thibaut ou Thibaud est un prénom masculin d'origine germanique, de "theud" (peuple) et "bald" (hardi).
Vieux paysan illettré, Ralph (Raoul) Milner, père de 8 enfants, fut exécuté avec tout un groupe d'habitants de Winchester (Angleterre) pour avoir abjuré leprotestantismeet être revenu au sein de l'Eglise.
Il restait à peine cent mille catholiques en Grande Bretagne quand la reine Elisabeth, fille d'Henri VIII créa "l'inquisition anglaise"; Les catholiques ne pouvaient ni sortir de leurs village ni assister à une messe romaine sans payer une forte amende et, pour les prêtres, sans encourir la peine de mort.
Ralph Milner était un laboureur illettré et Roger Dickenson un prêtre. Ralph, arrêté pour avoir entendu la messe, ne pouvait payer l'amende. Il fut jeté en prison et comme il avait aidé le prêtre, ils furent tous deux pendus côte à côte.
Lorsque Raoul s'approcha du gibet avec le père Dickenson, on lui amena ses enfants pour le faire céder enfin. Il demeura inébranlable dans ses convictions et donna à ses enfants sa dernière bénédiction.
Raoul Milner béatifié en 1929, fait partie desQuarante martyrs d'Angleterre et du Pays de Gallesqui ont été canonisés en 1970.
Statue de Sainte Marie Goretti dans l'église catholique romaine Saint-Martin de Visé (Belgique)
Modèle et protectrice de la jeunesse féminine, Sainte Maria Goretti fut assassinée par un voisin qui voulait abuser d’elle. Son martyre fut reconnu par l'Église catholique, qui la vénère comme sainte depuis 1950.
Maria naquit dans le petit village de Corinaldo, le 16 octobre 1890, troisième d'une famille de sept enfants. En 1899, son père, cultivateur pauvre, déménagea dans une ferme au bord de la Méditerranée, près de Nettuno. Il mourut peu de temps après, laissant six enfants à nourrir. Assunta, son épouse, décida de continuer la rude tâche à peine commencée et confia la garde des petits à Maria, âgée alors que de neuf ans. La petite fille d'une maturité précoce devint très vite une parfaite ménagère. Le jour de la Fête-Dieu, elle communia pour la première fois avec une ferveur angélique. Elle s'appliquait avec délices à la récitation quotidienne du chapelet. Maria Goretti ne put apprendre à lire, car la pauvreté et l'éloignement du village l'empêchèrent de fréquenter l'école.
La pieuse enfant ne tint cependant aucun compte des difficultés et des distances à parcourir lorsqu'il s'agissait de recevoir Jésus dans le Saint Sacrement. «Je puis à peine attendre le moment où demain j'irai à la communion», dit-elle l'après-midi même où elle allait sceller de son sang sa fidélité à l'Epoux des vierges.
Les Serenelli, proches voisins de la famille Goretti, étaient des gens serviables et honnêtes, mais leur fils Alessandro se laissait entraîner par des camarades corrompus et des lectures pernicieuses. Il venait aider la famille Goretti pour des travaux agricoles trop pénibles. Maria l'accueillait, reconnaissante, trop pure pour se méfier. Ce jeune homme ne tarda pas à lui tenir des propos abjects, en lui défendant de les répéter. Sans bien comprendre le péril qui la menaçait et craignant d'être en faute, Maria avoua tout à sa mère. Avertie d'un danger qu'elle ignorait, elle promit de ne jamais céder.
Alessandro Serenelli devenait de plus en plus pressant, mais prudente, l'adolescente s'esquivait le plus possible de sa présence. Furieux de cette sourde résistance, le jeune homme guettait le départ de la mère pour pouvoir réaliser ses desseins pervers.
L'occasion tant attendue se présenta le matin du 6 juillet. Alessandro se précipita brutalement sur Maria, alors seule et sans défense. Brandissant sous ses yeux un poinçon dont la lame acérée mesurait 24 centimètres, il lui fit cette menace: «Si tu ne cèdes pas, je vais te tuer!» La jeune chrétienne s'écria: «Non! c'est un péché, Dieu le défend! Vous iriez en enfer!» Déchaîné par la passion, n'obéissant plus qu'à son instinct, l'assassin se jette sur sa proie et la laboure de quatorze coups de poinçon.
Lorsqu'Assunta est mise au courant du drame, Maria git mourante à l'hôpital de Nettuno. Le prêtre au chevet de la martyre, lui rappelle la mort de Jésus en croix, le coup de lance et la conversion du bon larron: «Et toi, Maria, pardonnes-tu? lui demanda-t-il. -- Oh, oui! murmura sans hésitation la douce victime, pour l'amour de Jésus, qu'il vienne avec moi au Paradis.» Les dernières paroles que la Sainte prononça au milieu d'atroces douleurs, furent celles-ci: «Que fais-tu Alessandro? Tu vas en enfer!» et comme elle se détournait dans un ultime effort, son coeur cessa de battre.
Le 24 juin 1950, le pape Pie XII canonisait Maria Goretti, martyre à douze ans pour avoir défendu sa pureté jusqu'à la mort. Dans son allocution, le Saint-Père déclarait: «Elle est le fruit mûr d'une famille où l'on a prié tous les jours, où les enfants furent élevés dans la crainte du Seigneur, l'obéissance aux parents, la sincérité et la pudeur, où ils furent habitués à se contenter de peu, toujours disposés à aider aux travaux des champs et à la maison, où les conditions naturelles de vie et l'atmosphère religieuse qui les entouraient les aidaient puissamment à s'unir à Dieu et à croître en vertu. Elle n'était ni ignorante, ni insensible, ni froide, mais elle avait la force d'âme des vierges et des martyrs, cette force d'âme qui est à la fois la protection et le fruit de la virginité.»
On parle de miracles qui eurent lieu sur sa tombe. Mais le plus remarquable fut sans aucun doute la conversion d'Alessandro. Alessandro Serenelli fut condamné à une peine de trente ans de prison pour son crime. Il refusa de se repentir pendant plusieurs années. Une nuit, en 1910, il rêva que Maria lui offrait quatorze lys. Ce rêve lui fit réaliser le mal qu'il avait fait et il se repentit. Après sa libération, qui intervint après vingt-sept années de détention, il alla voir la mère de Maria, Assunta, et la supplia de lui pardonner. Elle accepta et ils assistèrent à la messe ensemble le lendemain, recevant la Sainte Communion l'un à côté de l'autre. Alessandro Serenelli devint alors un frère laïc capucin.
Résumé tiré de A. Gualandi -- L. Tonini, édition 1947. W. Schamoni, édition 1955, p. 302.
Discours du pape Pie XII adressé à la jeunesse catholique, contre l'esprit du Mal, au lendemain des cérémonies de Béatification de Ste Maria Goretti :
« Malheur au monde à cause des scandales. Malheur à ses corrupteurs conscients et volontaires du roman, du journal, de la revue, du théâtre, du film, de la mode indécente. Malheur à ces jeunes écervelés qui, par une blessure fine et légère, portent l'infection morale dans un coeur encore vierge. Malheur aux pères et mères qui, dépourvus d'énergie et de prudence, cèdent aux caprices de leurs fils et de leurs filles, renoncent à cette autorité paternelle qui est sur le front de l'homme et de la femme comme reflet de la majesté divine. Mais malheur aussi à tant de chrétiens de nom et d'illusion qui pourraient se dresser et qui verraient se lever derrière eux des légions de personnes intègres et droites, prêtes à lutter par tous les moyens contre le scandale. La Justice légale punit - et c'est son devoir - l'assassin d'un enfant. Mais ceux qui ont armé son bras, qui l'ont encouragé, qui, indifférents ou peut-être même avec un sourire indulgent l'ont laissé faire, quelle législation humaine osera jamais ou pourra, si elle le voulait, les punir comme ils le méritent ? Et pourtant, les vrais, les grands coupables, ce sont eux. Sur eux, corrupteurs conscients ou complices inertes, pèse terrible la Justice de Dieu.
« Aucun pouvoir humain n'aura-t-il donc en soi-même la force d'émouvoir et de convertir ces coeurs corrompus ou corrupteurs ? La force d'ouvrir les yeux et de secouer la torpeur de tant de chrétiens insouciants ou timides ? Le sang de la martyre et les larmes du meurtrier repenti et pénitent feront ce miracle, Nous l'espérons.»
Saint Antoine-Marie Zaccaria, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 16.
Antonio Maria Zaccaria naît en 1502 à Crémone (Italie), d'une famille d'opulents patriciens. Son père, enlevé par une mort soudaine alors qu'Antonio était encore au berceau, laissa sa mère veuve à l'âge de dix-huit ans. Elle se consacra tout entière à l'éducation de son fils. Chrétienne fervente, elle s'appliquait surtout à former le petit Antoine-Marie à la vertu. À son école, il apprit vite à soulager les pauvres avec une grande compassion. Cet enfant au bon cœur allait jusqu'à se priver volontairement de nourriture pour pouvoir nourrir et vêtir les indigents. Sa sincère charité lui attira d'abondantes bénédictions et des grâces de choix.
Le jeune Antoine-Marie Zaccaria étudia la philosophie à Pavie, puis à Padoue. Reçu docteur en médecine à l'âge de vingt-deux ans, il choisit sa ville natale pour exercer son art. Tout en soignant les corps, il cherchait à faire du bien aux âmes. Une inspiration intérieure le poussait à embrasser l'état ecclésiastique. Pour se préparer à l'apostolat des âmes, il se mit à étudier avec ardeur la théologie, les écrits des Pères de l'Église ; il reçut l'ordination sacerdotale le 20 février 1529. Pendant ses études, il ne perdit jamais de vue sa propre sanctification ni celle de son prochain. Il visitait les malades dans les hôpitaux, rassemblait les petits enfants abandonnés et leur enseignait le catéchisme.
Saint Antoine-Marie Zaccaria
Devenu prêtre, il œuvra à Crémone où sa parole simple et persuasive ramena beaucoup de chrétiens à la pratique de leurs devoirs. "Allons voir l'ange de Dieu !" disaient ses compatriotes. Bien qu'il passât des heures au confessionnal, il ne suffisait pas à la tâche. C'est alors qu’Antoine-Marie songea à réunir autour de lui un certain nombre de prêtres zélés, qui tout en s'appliquant à se sanctifier eux-mêmes, travailleraient en plus à la sanctification de leurs frères en combattant l'ignorance, la paresse et la corruption du siècle. Ces prêtres menaient une vie pauvre et frugale, prêchant surtout par l'exemple. "C'est le propre des grands cœurs, de vouloir servir sans récompense, combattre sans ravitaillement assuré", leur disait-il.
Le pape leur permit de constituer une nouvelle congrégation sous le nom de : "Clercs réguliers de St-Paul". On leur confia l'église St-Barnabé à Milan, d'où leur vint le nom de: "Barnabites". Le zélé fondateur institua encore des Conférences spirituelles pour les prêtres. Les personnes mariées eurent une Congrégation spéciale où elles s'exercèrent aux bonnes œuvres corporelles et spirituelles de Miséricorde. Il fonda en outre un ordre de religieuses, dites les "Angéliques de Saint-Paul" pour l'instruction des jeunes filles pauvres et l'entretien des linges des églises.
La dévotion à la Sainte Eucharistie fut son moyen de choix pour conquérir les cœurs à Dieu. En 1534, il commença à exposer publiquement le très Saint Sacrement durant quarante heures, en souvenir du temps que le corps du Sauveur demeura dans le tombeau. C'est à lui que l'on doit cette bienfaisante institution des Quarante-Heures. Devant ce renouveau chrétien, les médiocres traitèrent les fervents de fanatiques et de superstitieux.
Antoine-Marie Zaccaria fut critiqué, moqué, décrié, mais une grande paix et une grande sérénité ne cessaient d'envelopper son âme. En 1539, épuisé par une mission qu'il prêchait à Guastalla, sa santé fléchit soudainement. Le Saint se rendit à Crémone, chez sa mère; ses religieux vinrent l'y voir une dernière fois ; il leur annonça sa mort prochaine qu'il venait d'apprendre par révélation.
Après avoir reçu l'extrême-onction et le saint viatique, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur, le 5 juillet 1539, à l'âge de trente-sept ans. (1)
Il fut enseveli dans le cimetière du couvent des Sœurs de Saint Paul, à Milanoù il fut vite honoré comme un saint. Vingt-sept années plus tard, sa dépouille fut relevée, et son corps fut découvert incorrompu. Actuellement, ses restes reposent à Milan. (2)
Antonio Maria Zaccaria a été inscrit dans le livre des saints, le 27 mai 1897, par le pape Léon XIII.
Antoine-Marie Zaccaria
Ce n'est pas par la dureté que l’on gagne les âmes, mais par la charité, la patience, et la lumière de l'exemple.
S. Antoine-Marie Zaccaria, Lettre aux prêtres de la Congrégation
Sources: (1) Tiré de: Frères des Écoles Chrétiennes, Vies des Saints, Edition 1932, p. 233-234 ; (2) ; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 15.
Martyrologe Romain : À Cahors, au début du Ve siècle, saint Florent, évêque.
Il eut un rôle important dans l'évangélisation du Quercy. Nous en avons l'attestation, remarquable pour cette lointaine époque, dans une lettre que lui écrivit en 405 Saint Paulin de Nole le félicitant amicalement de son excellent travail apostolique et louant son humilité de cœur, sa force dans la grâce reçue de Dieu et la douceur de ses paroles.
CHRONIQUE. Le Saint-Siège excommunie les évêques consécrateurs et consacrés de la FSSPX après des sacres jugés illégitimes. L'historien du droit Guillaume Bernard pose la question : si le traditionalisme appartient au catholicisme, refuser sa continuité épiscopale ne relève-t-il pas d’un abus de pouvoir ?
"Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !" Jn 20,29
Il est resté le modèle des incrédules, de ceux qui veulent "voir" pour croire.
Appelé Didyme (le Jumeau), Thomas fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique pour en faire ses apôtres. Il est "l'un des Douze" comme le précise S. Jean (Jn 21).
Le même Jean nous rapporte plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. Lorsque Jésus s'apprêta à partir pour Béthanie en Judée au moment de la mort de Lazare, il y avait danger et les disciples lui rappelèrent qu'on avait voulu le lapider là-bas : "Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider." Jésus maintint sa décision et Thomas dit alors aux autres disciples: "Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui."
À la dernière Cène, quand Jésus dit à ses disciples : "Je vais vous préparer une place, et quand je serai allé et vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi vous soyez", Tomas fit celui qui ne comprenait pas : "Seigneur, nous ne savons pas où vous allez, comment saurions-nous le chemin ?" Il s'attira cette merveilleuse réponse du Maître : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne va à mon Père, si ce n'est par moi." (Jn, 14, 6.)
Thomas était absent lors d'une des apparitions de Jésus ressuscité.
Quand on lui raconta cette apparition, Thomas fut si étonné d'une telle merveille, qu'il en douta et dit vivement:
"Si je ne vois dans ses mains la marque des clous,
et si je ne mets mon doigt à la place des clous
et ma main dans son côté, je ne croirai point." (Jn 20, 25.)
Voilà le second caractère de Thomas, esprit trop raisonneur.
Mais son premier mouvement d'hésitation, en chose si grave, ne fut pas un crime et huit jours plus tard, Jésus apparut de nouveau et reprit les paroles même de l'Apôtre:
"Mets ici ton doigt, et regarde mes mains; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois plus incrédule, sois croyant." (Jn, 20, 27.)
Que fit alors Thomas? Nous le savons; il affirma alors sa foi : "Mon Seigneur et mon Dieu!"
Parmi les douze articles du Symbole, S. Augustin attribue à Thomas celui qui concerna la Résurrection.
L'Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.
On retrouvera Thomas dans le groupe de ceux qui verront Jésus ressuscité au bord du lac (Jn XXI,2.)
Thomas en Inde et en Chine
Quand les Apôtres se partagèrent le monde, les pays des Parthes et des Perses et les Indes furent le vaste lot de son apostolat.
Les chrétiens de l'Inde attribuent à S. Thomas leur évangélisation et se donnent eux-mêmes le nom de "chrétiens de saint Thomas", et prétendent en garder la tombe.
"La parole portée par saint Thomas en Inde [...] ne fait aucun doute pour l'Eglise d'Orient; [...] elle est attestée par maints auteurs des premiers siècles de notre ère; [...] elle est soutenue par la communauté chrétienne de l'Inde.
[...] Saint Ephrem, [...] mort en 373, le confirme. [...] Saint Jean Chrysostome, S. Grégoire de Naziance, S. Jérôme, l'historien Eusèbe, lequel disait le tenir d'Origène (185-254), attestaient la présence de Thomas en Inde." (Pierre PERRIER, Xavier WALTER, Thomas fonde l'Église en Chine (65-68 ap. J.-C.), Asie Éditions du Jubilé, Mercuès 2008, p. 149-150.)
Au chapitre IV de l'ouvrage publié en 2016, "Les Apôtres en Inde", Ilaria Ramelli observe que le christianisme indien, qu’il s’agisse de ses rites, ses titres, ses coutumes, ses légendes, est pétri d’archaïsmes reconductibles à ce même christianisme syro-araméen primitif qui faisait de l’Évangile de Matthieu son texte central. Elle montre comment Thomas est lui-même fortement lié au christianisme syro-araméen pour avoir été à l’origine (en personne, ou à travers son disciple Thaddée) de l’évangélisation de la ville d’Édesse, de l’Osroène dont elle est la capitale, et de la Mésopotamie.
Au chapitre V, du même ouvrage, Cristiano Dognini examine la présence d’échos chrétiens dans les mythes spécifiques à la naissance de Krishna, qui font leur apparition dans le panorama de la littérature sanscrite autour du IIe siècle ap. JC. L’auteur constate que les emprunts de motifs tirés des Évangiles (tels que le Massacre des Innocents, la Fuite en Égypte, ou l’Annonciation…) sont indubitables; il en déduit que les récits chrétiens étaient assez connus en Inde pour que l’hindouisme se les approprie et les intègre au service de ses propres cycles mythiques.
Le même phénomène d'appropriation des mystères chrétiens sera l'objet du bouddhisme en Chine.
"L'évangélisation de l'Empire du Milieu a commencé dès le Ier siècle de l'ère chrétienne, et [...] a été le fait de l'apôtre Thomas en personne." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 9).
La doctrine bouddhiste ne touchant significativement la Chine qu'aux IIe et IIIe siècles ap. J.-C. (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 68), "la thèse bouddhiste avait situé au Ier siècle des événements qui n'avaient pu avoir lieu que par la route de la soie au IIe siècle, et suite au préalable à la formulation du 'Grand Véhicule', postérieure à 135 dans la religion syncrétiste des Kouchans. [...] La récupération anachronique d'un évènement antérieur posait le problème du contenu originel qui avait permis au bouddhisme de passer du 'Petit véhicule' (école ancienne. Ndlr) au 'Grand véhicule'" (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 53), dont le corpus d'écritures canoniques (les sūtra) le représentant est achevé autour du IIe siècle après J.-C. "'Grand véhicule', lui-même source directe du bouddhisme Fo ou chinois. (P. PERRIER,ibid., p. 20.)
La découverte d'une tombe chrétienne (et non pas bouddhique) à Xuzhou, jadis Pengcheng et capitale de la province maritime de l'Empire, [...] d'une époque proche de la mission de Thomas, puisqu'elle n'en est postérieure que d'une vingtaine d'années [...], cette chambre funéraire, destinée à des dignitaires de l'Empire, affichait dans l'iconographie de ses bas-reliefs des thèmes déjà apparus comme spécifiquement chrétiens à un chercheur de la Chine ancienne Wang WEIFAN, auquel toutefois on s'était empressé d'opposer un argumentaire bouddhiste propre à refuser toute origine chrétienne à des motifs et des scènes qui, à l'évidence, appelaient une explication biblique. (Musée de Xuzhou, Xuzhou Han Stone Carving, The Han Dynasty Stone Relief in Buining County). Cette sépulture collective renfermait les restes de personnes de qualité, ayant de ce fait sans doute été de l'entourage du gouverneur de Pengcheng, Ying, le demi-frère de l'empereur Mingdi.
A été montrée l'origine chrétienne des sculptures de 'Port-touche-nuage'. Le Pr. Wang se convainquit du substrat biblique permettant de mieux interpréter les scènes représentées.
[...] Or, [...] force est de reconnaître plusieurs figurations de Vierge à l'Enfant, d'une part, et d'autre part, de la prédication de l'Apôtre.
Son iconographie vient confirmer que la prédication apostolique était complète, détaillée, comprenant des références à l'Ancien Testament et aux Évangiles, dans leur forme encore de 'mémoires des apôtres'.
À ces pièces capitales, il faut joindre la coupe yi (un vase rituel) trouvée près de Xuzhou également, dans une tombe. Elle [...] porte deux poissons séparés, cinq pains ronds stylisés les accompagnent. [...] Certes, les poissons rappellent un motif chinois ancien présent dans des coupes, à deux poissons aussi, gage de bonheur. Mais ceux-ci figurent accolés et symétriques entre eux. On ne manquera pas, en revanche, de rapprocher le yi de Xuzhou des couples plates utilisées en Palestine pour les repas. De toute évidence, les poissons et les cinq pains ronds stylisés de ce yi trahissent une influence liturgique chrétienne. Peut-on ne pas penser aux cinq pains d'orge et aux deux poissons de la multiplication des pains (Mt 15, 32-39) ?
[...] La figuration de deux poissons [...) dans la symbolique judéo-chrétienne, il s'agit de la mémoire des annonces du Messie par les rouleaux des psaumes et des prophètes qui complètent l'enseignement des cinq pains-volumes de la Torah. Ce signe est très spécifique à l'Église judéo-chrétienne, car il renvoie au début de l'enseignement par des enfants d'Israël du mystère de l'Eucharistie selon le Collier (aide-mémoire) du Pain de Vie, qui est le cœur de la première forme d'enseignement des apôtres selon les mémoires de Pierre et Jean." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 43 et 112; 115.)
"La découverte de porcelaines fines à décor judéo-chrétien des deux poissons et cinq pains, mémoire du début du 'collier' du Pain de Vie, donc à usage liturgique, montre que les communautés fondées étaient structurées autour de la célébration de la messe et des sacrements." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 144.)
"D'autres traces de cette prédication nous sont offertes dans les musées chinois, par divers objets provenant de gisements archéologiques différents : ce sont essentiellement des croix ou des figures incluant des croix. (voir dessin 19.1 in P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 114. Photo ci-dessous.) [...]
Pierre PERRIER, Xavier WALTER, Thomas fonde l'Église en Chine (65-68 ap. J.-C.), Asie Éditions du Jubilé, Mercuès 2008
D'autres représentations existent, qui présentent notamment un fidèle priant au pied de la croix. Les nombreuses croix relevées recouvrent un espace qui, du nord au sud, s'étend sur près de mille kilomètres à partir du Fleuve jaune; de même d'Est en Ouest. Cela représente une bonne partie de l'Empire du Milieu et permet d'affirmer que, la plupart des croix étant datées du IIe siècle au début du IIIe, l'imprégnation chrétienne atteignit une grande partie de la Chine, avant la fin de la période Han (220). [...] On a même retrouvé une croix du début du IIIe siècle qui portait un très beau poème de lettré chrétien." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 114.) [...] L'église de Chine commencera à connaître la persécution [...] à la fin du IIe et durant le IIIe siècle." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 145.)
"[...] et des traces (archéologiques et littéraires) d'une église ! (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 116.)
Thomas emprunta "la route de la mer et les ports de l'Inde méridionale. Son projet allait être couronné de succès : Lianyungang, Xuzhou, Luoyang en offrent des preuves archéologiques. [...] Thomas [...] partait à l'aventure, [...] mais sans doute avait-il déjà reçu, à Meilapoutram (Madras) quelques informations." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 53).
Thomas mena sa mission vers l'Est en compagnie de S. Barthélémy.
"Ils prirent part à la réunion de l'année 37, probablement à la Pentecôte, à Antioche, d'où les apôtres persécutés en Palestine décidèrent d'entreprendre l'évangélisation du monde extérieur. Ils partirent alors dans toutes les directions, par les routes maritimes ou terrestres." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 139).
Thomas "enseigna sur la côte orientale de l'Inde, en fondant les églises du Kérala qui, coupées du reste de la chrétienté par les invasions musulmanes, surent pendant des siècles conserver, méditer et surtout transmettre intactes les traditions léguées par les missionnaires judéo-chrétiens.
C'est grâce à elles que nous avons connaissance du martyre de Saint Thomas et de la mission qu'il fit en Chine, et que vient aujourd'hui confirmer, avec une évidence éclatante, l'attribution au christianisme des bas-reliefs de la paroi de Kong Wang." (Pierre PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 10-11).
Les bas-reliefs "racontent (c'est notoire) l'histoire rapportée par la Chronique des Hans postérieurs, du songe qu'eut en 64 l'empereur Mingdi des Han. Il 'lui fit voir un homme blond, grand et dont le sommet de la tête était auréolé', à la suite de quoi l'empereur 'dépêcha un envoyé au pays de Tianzhu (l'Inde orientale) qui s'informa des préceptes de l'illuminé'." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 13).
Situés dans l’enceinte de l’ancienne ville portuaire de Lianyun (Est du pays) sur la mer de Chine, ces bas-reliefs s’étalent sur 20 mètres de roche; la frise se compose d’un ensemble de plus d’une centaine de sculptures, gravées entre l’an 58 et 75 de notre ère.
"Ces figures |...] sont identifiables comme représentant l'apôtre Thomas, son diacre interprète, et la Vierge Mère et l'Enfant. Elles partagent le pan rochaux avec une centaine de personnages. [...] Mingdi endormi (première figure importante) [...] face à une silhouette auréolée, est à quelques mètres de Thomas (image dominante à gauche)." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 13).
À l’occasion d’un colloque interdisciplinaire sur l’histoire des premiers siècles de l’Église organisé du 27 au 29 octobre 2021 à proximité du Vatican, intitulé "Enquête sur l’histoire des premiers siècles de l’Église", initié par le Comité pontifical des Sciences historiques en collaboration avec l’Université Catholique de Lyon, le scientifique Shueh-Ying Liao a fait part de ses recherches sur l’origine de la célèbre fresque de Kong Wang Shan. Les bas-reliefs chinois, considérés pendant des siècles comme d’origine bouddhiste [...] pourraient en réalité témoigner de la présence des tout premiers chrétiens en Chine, explique le chercheur de l’université Bordeaux-Montaigne.
Véritable trésor archéologique, admirablement conservée, la frise sculptée aurait été commandée par le prince Liu Ying, demi-frère de l'empereur Han Mingdi.
Selon Shueh-Ying Liao, "c’est la plus ancienne frise conservée en Chine actuellement», qui "n’a pas son équivalent archéologique ou littéraire» aujourd’hui."
"Une origine bouddhiste 'peu probable'. "Les bas-reliefs de Kong Wang Shan ont fait l’objet d’études successives de la part d’archéologues et chercheurs depuis les années 1980. Si la majorité des chercheurs chinois pense toujours que cette frise signe l'arrivée du bouddhisme en Chine, une autre hypothèse est aujourd’hui avancée. C’est d’ailleurs "le vide laissé par la recherche dans ce domaine", qui a poussé Shueh-Ying Liao à approfondir l’hypothèse d’une origine chrétienne de la célèbre frise.
"Le chercheur Pierre Perrier, dans son ouvrage L'apôtre Thomas et le prince Ying, a été un des premiers à remettre en question l'attribution bouddhiste ou taoïste des bas-reliefs de Kong Wang Shan. La logique des figures gravées dans la pierre, avance-t-il, ne devient compréhensible que lorsque l'on prend en considération le judéo-christianisme et la culture parthe.
"Pierre Perrier défend depuis la thèse suivante : le thème de la frise est la prédication évangélique initiale de l'apôtre Thomas. Arrivé dans l’Empire impérial par la mer de Chine, depuis le sud de l'Inde, il aurait été accueilli par le Prince Ying. Des propos que corrobore, de son côté, Shueh-Ying Liao."
La représentation d'une Vierge à l'Enfant est "une trace associée à une miséricorde absente du Petit véhicule. [...] Le récit de la Nativité est d'abord une authentique glorification de l'Incarnation de Miséricorde, dont le grand mouvement, selon la terminologie des textes les plus chers aux judéo-chrétiens, culmine à la Croix de la Passion.
Or, la Miséricorde, totalement absente du 'Petit véhicule' - appellation péjorative du bouddhisme initial par les tenants du Mahayana - est précisément l'un des points clés qu'introduira (en réaction à la Miséricorde chrétienne ? Ndrl.), à compter au IIe siècle, le 'Grand Véhicule', en la personne du bodhisattva Avalokitesvara, lequel prendra dans le bouddhisme chinois la figure féminine de Guanyin..." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 57), "la Déesse de miséricorde [...] figurée souvent avec un enfant..." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 105.)
Il s'agit de "la plus ancienne représentation iconographique de la Vierge à l'Enfant que nous ayons, et elle est chinoise. Gravée sur la falaise près du port où l'apôtre aborda la Chine." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 147.)
Les bas-reliefs de la paroi intègrent une signature judéo-chrétienne. Ils figurent deux formes visibles de croix, l'une en haut du poteau vertical de la grande croix en X qui domine et réunit deux personnages, l'autre une croix en + taillée devant le premier personnage montre sans erreur possible des inscriptions grecques de l'art paléo-chrétien, un signe rho – le R grec – proche par sa forme du P latin, mais le X ( XP sont les deux premières lettres du mot XPistos, Christ) était absent. En fait, ce P, rho grec, il s'agit d'un qof et non d'un rho. Les distinguer est facile, grâce aux deux inflexions portée sur la demi-lune tracée en haut et à droite du trait vertical. Ce qof était une lettre-signe des judéo-chrétiens ; les multiples graffitis du Ier et du IIe siècle en Palestine le montrent. Les judéo-chrétiens l'emploient seule ou avec la barre horizontale, sous la demi-lune et formant croix. La barre fait de qof le serpent d'airain resplendissant au désert, lové sur son pilier et portant salut à ceux qu'ont mordus les reptiles. […] Jésus avait pris cette image de la tentation du peuple hébreu au désert pour montrer à ses disciples comment Lui-même aurait à être élevé aux yeux de tous sur la croix pour apporter le pardon des péchés.
Les judéo-chrétiens voulaient aussi charger la croix de référence à la Trinité, afin de rappeler que c'était Dieu Lui-même en Son Fils qui avait souffert sur la croix : aussi ajoutaient-ils à l'extrémité des branches de la croix des triangles qui, chacun, rappelaient la présence de la Trinité dans le sacrifice divin. On peut noter que ces triangles des extrémités de la croix, ajustés deux à deux, forment l'étoile à six branches de David. D'autres signes s'y expriment, qui évoquent le tétragramme Yod – He – Vav – He, YHVH, pour Yaveh. Nous sommes ici en pleine symbolique judéo-chrétienne, incompréhensible à un non-hébreu.
La croix aux extrémités dotées de triangle et portant la signature, en haut de pilier vertical, du serpent d'airain brillant, les judéo-chrétiens l'appelaient ''croix glorieuse'' ou ''croix de la Résurrection''. (Pierre PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 77-82).
Pierre PERRIER, Xavier WALTER, Thomas fonde l'Église en Chine (65-68 ap. J.-C.), Asie Éditions du Jubilé, Mercuès 2008
"Il est significatif que, si les ouvrages sur l'histoire chinoise évoquent volontiers la première apparition du bouddhisme à la suite du songe de Mingdi, ils s'accordent tous pour ne parler d'apports iconographiques et plastiques qu'à compter de la fin du IIe siècle, au plus tôt, citant plus volontiers les siècles ultérieurs pour les créations significatives, la pénétration s'étant opérée par l'Ouest, c'est-à-dire la Route de la Soie. Cf Jacques GERNET, Le Monde chinois, Armand Colin, 1972; William WATSON, L'Art de l'ancienne Chine, Mazenod, 1979. Mais il y avait des sculptures de personnages à Xi'an et à Lianyungang avant le bouddhisme !" (Pierre PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 89).
"Il est clair que les gravures bouddhistes sont bien postérieures, que ce soit les deux gravures gréco-bouddhistes de missionnaires (x61, x87), et surtout le grand bouddha placé le plus haut, donc en retrait mais en position dominante (x68). Elles sont contemporaines des premières représentations analogues datées du début du IVe siècle, quand les Wei du nord adoptent le bouddhisme comme religion officielle." (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 106).
La tradition prétend que Thomas rencontra les mages, les premiers adorateurs de Jésus parmi les Gentils, qu'il les instruisit, leur donna le Baptême et les associa à son ministère. Partout, sur son passage, l'Apôtre établissait des chrétientés, ordonnait des prêtres, consacrait des évêques.
Parmi les écrits apocryphes que les chrétiens n'ont pas retenus dans les livres saints, on rencontre les Actes de Thomas, une Apocalypse et un Évangile.
Les Actes, écrits au début du IIIe siècle en syriaque, à Édesse, portent la trace des croyances manichéennes. Plus tard, les artistes puiseront dans ces récits légendaires et imagés. Selon les Actes de Thomas, devant le refus de l'Apôtre de partir en Inde lorsque les Douze se partagèrent les régions du monde à évangéliser, Jésus le vendit comme esclave à un marchand qui cherchait un architecte pour le roi indien Gondaphorus. Pendant le voyage, Thomas prit part aux noces du fils du roi d'Andropolis. L'échanson le gifla et Thomas prédit alors qu'un chien déchirerait sa main. Ce qui ne manqua pas d'arriver, à la stupeur générale. L'apôtre fut invité à prier pour les nouveaux époux et il les exhorta à la chasteté. Thomas repartit avec le marchand et parvint enfin chez le roi Gondaphorus, qui lui confia la construction d'un palais. Mais Thomas distribuait l'argent aux pauvres, et Gondaphorus apprit que le chantier n'avait pas commencé. Gad, le frère du roi, en mourut alors de chagrin. Mais son âme, au ciel, vit un palais magnifique : c'était celui qu'avait construit Thomas. L'Apôtre ressuscita aussi un jeune homme, libéra une femme très belle de l'emprise du démon et guérit beaucoup de malades.
L'Évangile de Thomas, appelé parfois "Pseudo-Thomas", ou "Thomas l'Israélite", a été écrit, sans doute d'abord en syriaque au IIe ou IIIe siècle. Il raconte l'enfance de Jésus, ses miracles extraordinaires pour montrer sa puissance et comment il n'a pas besoin de fréquenter l'école pour disposer de la connaissance. Le récit s'achève au moment où ses parents le retrouvent au Temple avec les docteurs. Cet évangile n'a rien de commun avec le livre gnostique des Paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu'a transcrites Didyme Jude Thomas, recueil appelé aussi souvent l'Évangile de Thomas écrit en Syrie durant le second siècle, en langue copte.
Quant à l'Apocalypse de Thomas, elle évoque la détresse du monde à l'approche de la fin des temps et décrit les signes qui précéderont durant sept jours l'événement ultime. Cet écrit est difficile à dater: on le situe généralement entre le IVe et le IXe siècle.
Un miracle de l'Apôtre, traînant avec un faible lien une poutre énorme que les éléphants n'avaient pu remuer, fut l'occasion d'innombrables conversions.
L'incrédule entre les incrédules porta la Croixjusqu'au point du monde le plus éloigné du tombeau vide de Jérusalem.
Tandis que Jacques allait jusqu'en Espagne à l'extrémité occidentale de l'Empire romain, Thomasatteignait l'extrémité des terres orientales.
Il a été poignardé à mort avec des lances.
Les prêtres des faux dieux, jaloux de tant de succès, jurèrent la mort de l'Apôtre: il a été percé d'une lance par derrière alors qu'il priait dans une grotte devant une Croix, le 3 juillet de l'an 72 à Meliapouram, sur la côte méridionale est de l'Inde (aujourd'hui Madras).
Quand au XVIe siècle, les Européens s'emparèrent des Indes orientales, ils trouvèrent dans les traditions des peuples de ce vaste pays des souvenirs chrétiens, et en particulier celui de saint Thomas.
Au XVIe siècle en effet, Jean III, roi de Portugal, fit chercher le corps de saint Thomas dans une chapelle ruinée qui était sur son tombeau, hors des murs de Méliapour (Inde). On creusa la terre en 1523 et on découvrit une voûte construite en forme de chapelle. On y trouva les ossements du saint apôtre, avec une partie de la lance qui avait servi à son martyre, et une fiole teinte de son sang. On les renferma dans un vase richement orné. Les Portugais bâtirent auprès de cet endroit la nouvelle ville qu'ils appelèrent Saint-Thomas ou San-Thomé.
Près de Saint-Thomas de Mailapur à proximité de Madras, on peut voir une croix avec une inscription du VIIe siècle en ancien persan qui marquerait le lieu du martyre de Thomas.
Évangélisateur des Indes, c’est pour avoir construit un palais pour un roi que Thomas, que Thomas, patron des architectes, des maçons et des tailleurs de pierre, est représenté avec une équerre. Il est parfois également représenté avec la lance qui fut l’instrument de sa mise à mort.
Son tombeau ravagé par les musulmans, restauré par les Portugais, gardait encore quand on l'a ouvert au XXe siècle, des restes de ses os et le fer de la lance qui l'avait frappé, ainsi que des monnaies du règne de Néron. (P. PERRIER, Thomas fonde l'Église en Chine, ibid., p. 146.)
L'incrédulité de S. Thomas, Le Guerchin, 1621
Sources générales : (1); (2); (3); (4) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 358 ; (5) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, 176 ; (6) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 1135-1136.
Pendant que les saints Pie X sont "excommuniés", d'autres profanent le Saint-Sacrement et désobéissent librement :
La cérémonie, célébrée dans l'église des Saints Apôtres de Londres, a conduit une bénédiction liturgique du couple à la fin de la Messe, en contradiction apparente avec les limites que le Dicastère pour la Doctrine de la Foi lui-même a fixées dans Fiducia supplicans (autorisant les bénédictions "non-liturgiques" spontanée et informelle)
Le 13 juin dernier, l’église Holy Apostles, en plein centre de Londres, a accueilli une "Messe d’action de grâce pour les 50 ans d’amitié, d’union et d’engagement dans la recherche de la justice" en l’honneur de Julian Filochowski et Martin Pendergast, deux militants catholiques homosexuels connus qui vivent ensemble depuis 1976 et ont officialisé leur union civile en 2006. L’événement a été célébré avec enthousiasme par New Ways Ministry, l’organisation américaine d’activisme LGBT au sein de l’Église.
Plus de 150 personnes venues d’Espagne, d’Italie, des États-Unis, d’Afrique du Sud, du Guyana et de Taïwan ont assisté à la célébration. Le célébrant principal était le prêtre Jim O’Keefe, et ont concélébré avec Radcliffe, deux évêques émérites anglais : John Crowley, de Middlesbrough, et John Rawsthorne, de Hallam, ainsi que le chanoine Chris Vipers, de la paroisse.
L’homélie a été prononcée par le cardinal Timothy Radcliffe, O.P., figure marquante des récents Synodes sur la synodalité et connu depuis des décennies pour son soutien à la pastorale LGBT. Dans sa prédication, Radcliffe a présenté la relation des deux hommes comme "une participation à la vie de Dieu" : "Toute amitié véritable, fidèle et bien vécue est une participation à la vie de Dieu", a-t-il affirmé, sans aucune référence à l’enseignement de l’Église sur la chasteté ni sur la nature des relations homosexuelles.
Unebénédiction rituelleau cours de la Messe
Le moment le plus marquant est survenu à la fin de la célébration, lorsque tout le clergé présent à l’autel a donné au couple une bénédiction avec un texte fixe, adapté — selon les organisateurs eux-mêmes — d’un formulaire "récemment autorisé par les évêques belges" : "Nous demandons, ô Dieu d’amour, que ta grâce descende sur Julian et Martin à l’occasion du 50e anniversaire de leur relation".
Il convient de rappeler que la déclaration Fiducia supplicans (2023), même dans son ouverture controversée aux bénédictions de "couples en situation irrégulière", a expressément exclu toute bénédiction ritualisée, donnée dans un contexte liturgique ou susceptible de ressembler à une validation de l’union. Ce qui s’est déroulé à Londres — une Messe convoquée expressément pour commémorer l’union, avec un renouvellement public d’engagement de la part du couple et une bénédiction collective du clergé selon un formulaire préparé — semble se situer en dehors de ces limites. Le Responsum ad dubium de 2021 de l’ancienne Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait été encore plus clair : l’Église "n’a pas le pouvoir de bénir les unions entre personnes du même sexe".
Au cours de la Messe, en outre, l’Évangile — le passage d’Emmaüs — a été proclamé "sous forme dialoguée" par des laïcs, dont la religieuse américaine Jeannine Gramick et le théologien homosexuel James Alison, pratique contraire aux normes liturgiques en vigueur, qui réservent la proclamation de l’Évangile à la Messe au ministre ordonné.
Dans la vidéo intégrale de la célébration diffusée par les organisateurs, on peut également constater qu’une des deux personnes honorées a distribué le Sang du Christ aux fidèles pendant la Communion, sous le regard du cardinal Radcliffe. Les normes relatives aux ministres extraordinaires de la Communion, contenues dansl’instruction Redemptionis Sacramentum, exigent que ceux qui exercent cette fonction se distinguent par leur vie chrétienne et ne donnent pas occasion de scandale, condition difficilement compatible avec une personne qui vit publiquement et notoirement dans une union contraire à l’enseignement de l’Église.
New Ways Ministry et sœur Gramick
La présence de sœur Jeannine Gramick n’est pas un détail mineur. Cofondatrice de New Ways Ministry, elle a fait l’objet en 1999 d’une Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signée par le cardinal Ratzinger et approuvée par Jean-Paul II, qui lui interdisait de manière permanente tout travail pastoral auprès des personnes homosexuelles en raison des "erreurs et ambiguïtés" de son approche contraire à l’enseignement de l’Église. L’organisation avait également été désavouée à l’époque par l’épiscopat américain. Ces dernières années, cependant, Gramick a été reçue et publiquement louée à Rome.
De l’intervention de Ratzinger à la normalisation
Le propre récit des organisateurs illustre le changement de climat dans l’Église d’Angleterre. Lorsque le couple a célébré une Messe similaire pour son 25e anniversaire, en 2001, le cardinal Cormac Murphy-O’Connor a ordonné à l’évêque qui allait la présider de se retirer. Selon le hebdomadaire The Tablet, quelques mois plus tard, le cardinal Joseph Ratzinger a transmis à Murphy-O’Connor la déception du Saint-Siège face à la réponse "timide" de l’épiscopat anglais et lui a demandé la révocation de Filochowski en tant que directeur de CAFOD, l’agence officielle de coopération des évêques d’Angleterre et du Pays de Galles. Murphy-O’Connor a refusé : "Non posso e non lo farò" ("Je ne peux pas et je ne le ferai pas").
Vingt-cinq ans plus tard, la même célébration qui avait alors provoqué l’intervention directe du futur Benoît XVI se déroule avec deux évêques concélébrant, un cardinal prêchant et sans qu’aucune réaction de la part du diocèse de Westminster ni du Saint-Siège ne soit pour l’instant constatée.
La doctrine de l’Église, consignée dans le Catéchisme (nn. 2357-2359), n’a pas changé : les actes homosexuels sont "intrinsèquement désordonnés" et "ne peuvent en aucun cas recevoir d’approbation", sans préjudice du respect et de l’accueil dus aux personnes, appelées comme tout fidèle à la chasteté. Ce qui s’est passé à Londres pose, une fois de plus, la question de savoir qui garde aujourd’hui cet enseignement lorsque ce sont des évêques et des cardinaux qui en sont les acteurs du démenti pratique.
Saint Martinien, statue Eglise du Pays d'Huriel (Auvergne)
Martinien est un des officiers romains qui ont permis l'évasion de Pierre et de Paul des prisons de Rome, même si Pierre ne s'évada pas longtemps puisqu'il retourna à Rome.
Martinien et Procès furent arrêtés pour leur foi et mis à mort. (1)
Le supplice sera féroce : visage meurtri, chevalet, fouet, bastonnade, feu, scorpions précèdent le glaive qui leur tranche la tête.
Leurs reliques se trouvent aujourd’hui toujours auprès de Pierre dans la basilique de Saint-Pierre à Rome, au fond du transept droit de la basilique vaticane. (2)
Un tableau de Jean Valentin dit aussi Valentin de Boulogne représentant le Martyre de Saint Procès et Saint Martinien (1629) se trouve à la Pinacothèque, salle XII, musée du Vatican.
À Rome au cimetière de Damase, au second mille de la voie Aurélienne, les saints Procès et Martinien, martyrs. (3)
Martyrologe romain
Martyre de Saint Procès et Saint Martinien, 1629, par Valentin de Boulogne (Pinacothèque, Musée du Vatican)
Blason de l'Abbaye de Saint-Thierry - Bénédictines de Sainte Bathilde.
Fils du seigneur Marcard, célèbre bandit de grand chemin de la Marne, vivant de rapines et de vols, Thierry, voulait vivre autrement. Quand il fut en âge de se marier, ses parents l’obligèrent à épouser une jeune fille de leur connaissance. Mais tel n’était pas l’idée du jeune homme qui avait décidé de vivre dans la vie consacrée. Il demanda à sa jeune épouse de vivre comme frère et sœur, ce qu’elle refusa. Aussi décida-t-il, contre l'avis de sa femme, d'aller voir l'archevêque de Reims (S. Rémi, l'Apôtre des Francs) afin de défaire son mariage. Sur ses conseils, Thierry se fit moine puis se retira dans la solitude. Conduit, dit la tradition champenoise, par le vol d’un aigle au lieu-dit du Mont d'Hor près de Reims, il fonda le monastère et en fut le premier abbé. Là, de nombreux disciples vinrent à lui, dont son père qui se convertit.
Sa sainteté fut vite connue et de nombreux malades affluèrent. Il est même dit que Thierry guérit l'œil malade de Thierry Ier, fils de Clovis Ier. Il lui fit une onction d’huile sur l’œil que les médecins proposaient d’arracher. Menacé de devenir borgne, ce jeune roi se lamentait "Si je perds la moitié de mes yeux, je perds, du même coup, la moitié de mon autorité sur mes guerriers !". C'est pourquoi, pour rendre honneur à saint Thierry, les rois de France eurent pour coutume après leur sacre de se rendre à l'abbaye pour y manger. Ce rite se perpétua longtemps encore après la mort du saint, en 533.
Pendant treize siècles, des générations de moines se succèdent en ce lieu retiré. Le même appel les y a conduits : chercher Dieu, se laisser pénétrer et unifier par sa Parole.
Ses reliques sont toujours vénérées dans l’église paroissiale rémoise.
Autour de l’an 500, Thierry, disciple de Saint Remi, perçoit l’appel de Dieu: "Quitte tout pour suivre le Christ". Il part. A quelque distance de Reims se dresse la colline du Mont d’Hor; Thierry s’y établit au milieu des forêts. Il prie, il défriche la terre. Sa vie cachée, toute saisie par le mystère de Dieu, attire des frères autour de lui. Un monastère naît... (diocèse de Reims)
Martyrologe romain
La Parole de Dieu sera ma nourriture. Ce n’est pas de moi-même que je me promets une telle force. C’est vous, ô Jésus qui mettez ces paroles dans ma bouche et qui m’accordez la grâce de les accomplir.
Petit enfant, c'est lui que Jésus avait montré aux apôtres comme modèle sur le chemin du ciel. Il vint en Gaule prêcher cette Bonne Nouvelle qui avait marqué son enfance.(1)
Plus connu par la tradition que par les anciens historiens.
''Qui sont ces premiers missionnaires qui ont foulé le sol de notre pays'' ?, demande Francine BAY dans ''Au Matin de la France chrétienne, Les Premiers évangélisateurs de la Gaule'' (Transmettre, La Courneuve 2021, p. 14)
''D'abord la barque qui partit de l'Orient, vers l'an 42, avec à son bord Lazare et ses sœurs Marthe et Marie-Madeleine, Maximin, qui était sans doute l'intendant de Béthanie, et Sidoine, l'aveugle-né guéri par Jésus. Il y avait aussi Marthe-Jacobé et Marie-Salomé, cousines déjà âgées de la Vierge Marie.
"La barque accosta en Provence, qui fut la première région de la Gaule touchée par la lumière de l'Évangile. Vers la même époque, sept missionnaires furent envoyés vers notre pays par Saint Pierre : Trophime, Martial, Austremoine, Paul-Serge, Saturnin, Gatien et Valère.
"D'autres encore, compagnons de Saint Paul pendant ses voyages, seront dirigés par lui vers telle, ou telle ville.
"Plus tard, ce sera au tour de Saint Denis, escorté de quelques compagnons. Après le départ de ces groupes, le mouvement amorcé s'amplifie et de nouveaux missionnaires se mettent encore en route; parmi eux : Crescent, Bénigne, Savinien, Sixte, Clément, Front, Eutrope, Pothin et Irénée.
"Il est temps de rendre justice à ces grands oubliés qui, dès les deux premiers siècles, et au risque de leur vie – car la plupart sont morts martyrs – ont foulé au sol notre pays pour lui apporter la Bonne nouvelle. La plupart d'entre eux faisaient probablement partie des 72 disciples qui avaient été désignés par Jésus et qui le suivaient. (Luc 10,1)"
Cette biographie est contestée:
"On sait très peu de choses sur saint Martial. Originaire sans doute d'Orient, envoyé par un pontife romain, il arrive en Limousin, il prêche à Toulx-Sainte-Croix, à Ahun. Parvenu à Limoges, il s'y fixe, fonde un centre chrétien, convertit un certain nombre d'habitants appartenant notamment à la haute société, installe un sanctuaire hors de l'agglomération. Il réalise quelques voyages d'évangélisation mais pénètre peu les campagnes qui restent païennes. Il meurt à Limoges et est inhumé dans un tombeau situé hors de la ville.
La légende de Saint Martial est constituée au Xe siècle par les moines de l'Abbaye de Saint Martial qui veulent accroître les prestige de leur saint patron en en faisant un disciple du Christ, envoyé en Gaule par Saint Pierre. Cette légende est combattue au XVIIe et XIXe siècles, cependant saint Martial est bien un des premiers missionnaires de la Gaule et le fondateur de l'Église de Limoges." (source: Les débuts du christianisme en Limousin - diocèse de Limoges. Nominis)
Saint Martial, premier évêque de Limoges.Fête le 30 juin
Saint Martial, était hébreu d'origine, sans doute de la tribu de Benjamin, et vivait en Palestine. Le poète Venance Fortunat (530-609), dans des vers qu’il a composés à sa louange, lui adresse ces paroles : "La tribu de Benjamin vous vit naître d’un sang illustre" ; et Grégoire de Tours lui-même, qui s’est mépris sur la véritable époque de sa mission, reconnaît qu’il "était venu d’Orient", avec les deux prêtres qui l’accompagnèrent dans la Gaule.
Plusieurs docteurs du moyen âge, parmi lesquels nous citerons Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin (Nous pouvons citer encore Anselme de Laon, Pierre Comestor, Gérald de Fratchet, Adam de Clermont, Durand de Mende, Nicolas de Lyre, Ludolphe le Chartreux.) disent que saint Martial était ce petit enfant que notre Seigneur mit au milieu de Ses disciples, pour leur apprendre à être humbles, lorsqu’ils vinrent Lui demander qui d’entre eux serait le plus grand dans le royaume des cieux ; d’autres écrivains du moyen-âge, rapportent que c’était lui qui apportait les cinq pains d’orge et les deux poissons que Notre-Seigneur multiplia si miraculeusement dans le désert, selon cette parole de saint Philippe : "Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ?" Toutefois ces deux traditions ne sont point rapportées dans la légende écrite sous le nom d’Aurélien. Ce que cette légende rapporte et ce qu'on trouve aussi dans la bulle du pape Jean XIX (1024-1032), c'est que saint Martial eut l'honneur de servir notre Seigneur à table, lorsqu'il mangea pour la dernière fois l'Agneau pascal, et qu'après avoir lavé les pieds de ses disciples, il institua le sacrement adorable de l'Eucharistie.(2)
"Certains pensent qu'il était cet enfant portant cinq pains et deux poissons le jour de la multiplication des pains, comme le montre par exemple la belle fresque d'une église de l'Ariège qui lui est dédiée.
"... Faisant partie des 72 disciples, il vivait dans le sillage de Jésus, fut le témoin de la Résurrection et de l'Ascension, et il reçut le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte. Il suivit ensuite Saint Pierre à Antioche, puis à Rome qui a conservé le souvenir de son passage et de ses prédications. C'est à lui en effet qu'on attribue la fondation de l'Oratoire (souterrain aujourd'hui) de l'église Santa-Maria-in-via-Lata, un des sanctuaires primitifs de la Rome chrétienne (tradition de la plus haute antiquité, consignée dans l’ancien bréviaire de Sainte-Marie in Via Lata).
Nous lisons dans cette légende que «saint Pierre étant venu à Rome, fut accompagné entre autres du bienheureux Martial, disciple de Jésus Christ, qui prêchait avec lui la foi chrétienne par les rues et les places publiques, et faisait beaucoup de conversions ; et ainsi le nombre des fidèles augmentait de plus en plus dans la ville.
Et parce que saint Pierre demeurait assidûment avec les principaux de Rome, qui admiraient sa nouvelle doctrine, saint Martial demeurait dans un autre quartier de la ville, dans le lieu qui est appelé Via Lata, où il construisit un petit oratoire, dans lequel il célébrait les saints mystères, et répandait des prières avec les autres fidèles du Christ ; et faisant jaillir de son cœur des paroles suaves sur la foi du Christ, il baptisait un grand nombre de néophytes.
Quelque temps après, l’apôtre saint Paul vint à Rome, avec un grand nombre de disciples, parmi lesquels se trouvait l’évangéliste saint Luc, et la ville de Rome fut éclairée admirablement par leurs prédications, ainsi que par un soleil resplendissant. Mais saint Pierre, voyant que la foi était fondée et affermie dans Rome, et que la ville était déjà remplie de pieux docteurs, résolut de faire annoncer l’évangile aux provinces adjacentes et d’amener les infidèles à la foi. C’est pourquoi il envoya le bienheureux Martial à Ravenne et «dans les pays au-delà des Monts», pour y prêcher la foi du Christ».
Un commentaire de cette légende, imprimé à Rome au XVIIe siècle, dit que saint Martial, fondateur de l’Oratoire de Sainte-Marie in Via Lata, est le même saint Martial qui a prêché l’évangile aux habitants de Limoges, de Toulouse et de Bordeaux.
"Le voyant si actif et si zélé à propager la foi, saint Pierre lui confia un grand bâton qu'il bénit, et l'envoya ensuite évangéliser le sud de la Gaule, dans la région de l'Aquitaine. Il lui donna pour compagnons Austriclinien et Alpinien. Hélas, le premier mourut soudainement au tout début de la mission, mais miraculeusement il retrouva la vie au contact du bâton de saint Pierre, comme le montre une inscription ancienne dans l'église Saint-Martial du village de Granciano (près de la ville de Colle di Val d’Elza, en Toscane), où eut lieu ce prodige, église ancienne qui avait été élevée sur le tombeau d’Austriclinien, où on y lit une inscription qui rappelle les traditions les plus glorieuses pour le saint apôtre.
"Après avoir traversé plusieurs régions en répandant l'Évangile, Martial entra dans la ville de Toulx (aujourd'hui dans la Creuse) où, à la suite de plusieurs miracles, il put abattre les statues des faux dieux et procéder à de nouveaux baptêmes.
Après avoir traversé de vastes contrées en semant sur son chemin la parole divine, l’apôtre arriva, avec ses deux disciples, sur les frontières du Limousin. Il entra dans la ville de Toulx, qui n’est aujourd’hui qu’une bourgade située sur une montagne (Toulx-Sainte-Croix, canton de Boussac, Creuse, et non pas Tulle, en Corrèze, comme l’ont avancé quelques auteurs peu versés dans les traditions du pays. Voir sur les ruines et les monuments de la ville celtique de Toulx les Recherches de M. Barailon, membre correspondant de l'institut, p. 316 et 331) mais qui alors était un château ou ville fortifiée, dont la triple enceinte et les ruines, qui subsistent encore, attestent l’ancienne étendue.
On lit dans la légende d’Aurélien qu’un homme riche de cette ville, qui eut le bonheur de recevoir saint Martial et de le loger plusieurs jours dans sa maison, ne fut pas privé de la récompense de son hospitalité ; il avait une fille unique, possédée d’un furieux démon qui lui faisait souffrir de grands maux et la réduisait à un état déplorable : le saint en eut pitié, et, la délivrant de ce terrible ennemi, la rendit saine et sauve à son père ; il ressuscita aussi le fils du prince, ou gouverneur romain de cette ville, et après avoir conféré le baptême à ce jeune, homme et à un grand nombre d’habitants, il alla au temple des faux dieux et en abattit les statues.
De Toulx, l’Apôtre se rendit dans le bourg d’Abun (Chef-lieu de canton en Creuse, sur la voie romaine de Lyon à Limoges) avec l’espérance d’y travailler avec le même succès ; mais les prêtres des idoles, ne pouvant souffrir que le culte qui leur faisait gagner leur vie fût aboli, le frappèrent cruellement, lui et ses bienheureux compagnons. Par un juste châtiment du ciel, ils devinrent aveugles, et, reconnaissant leur crime, ils demandèrent pardon à saint Martial, qui leur rendit la vue. Après que sur une parole de l’apôtre, la statue de Jupiter eut été réduite en poussière, un grand nombre de païens, convertis par ses miracles, reçurent le baptême et brisèrent les images sculptées des démons. Saint Martial guérit encore en ce lieu un paralytique ; et, ayant fait connaître à ceux qu’il avait baptisés qu’il avait reçu l’ordre d’aller plus loin, il se sépara de ses néophytes après les avoir recommandés à Dieu, et se rendit à la cité de Limoges.
C'est alors que Martial arriva à Augustoritum (Limoges), déjà une ville importante, où lui et ses compagnons sont les hôtes d'une dame influente, Suzanne, et de sa fille unique Valérie, qui s'était fait baptiser avec toute leur maison. La légende d’Aurélien entre dans de plus grands détails. Il y avait dans la maison un homme si furieux, qu’on était obligé de le tenir lié de beaucoup de chaînes : mais saint Martial ayant fait sur cet homme le signe de la croix, ses chaînes se brisèrent et il fut entièrement guérie. La noble matrone, en voyant ce miracle, pria l’homme de Dieu de la baptiser ; et elle reçut le baptême avec sa fille et la troupe nombreuse de ses serviteurs.
Voici ce que nous lisons dans l’ancienne vie de saint Martial :
"À son arrivée à Limoges, il trouva la multitude adonnée au culte des idoles ; il se mit à prêcher avec tant d’instance la parole de Dieu, qu’il fit sur le peuple l’impression la plus salutaire ; au bout de peu de temps, un grand nombre de païens demandèrent à être régénérés dans les eaux du baptême, et à recevoir sur le front l’impression sacrée de la croix de Jésus Christ ; par ses exhortations fréquentes l’homme de Dieu produisit, au lieu de cette cité, des fruits abondants de salut."
Puis Martial s’étant rendu avec ses disciples dans la vaste enceinte du théâtre, où le peuple était assemblé, pour y prêcher l’évangile du royaume de Dieu, les prêtres des idoles, craignant que ces heureux commencements ne fussent suivis d’une prompte conversion de toute la ville, conçurent une telle rage contre nos saints, qu’ils se saisirent d’eux, les firent battre de verges et les jetèrent en prison.
Mais le lendemain, Martial s’étant mis en prière, il parut au milieu du cachot une lumière céleste qui en éclaira les ténèbres et le changea en un temple de gloire ; et, en même temps, les fers tombèrent des pieds et des mains de ces bienheureux prisonniers, et les portes s’ouvrirent pour leur donner la liberté de se retirer. Cependant toute la ville fut agitée d’un furieux tremblement de terre, accompagné d’un tonnerre épouvantable qui la mit en feu ; on vit que Dieu tirait vengeance de l’affront fait à ses serviteurs ; bien plus, les deux principaux prêtres des idoles, qui avaient mis la main sur eux, furent trouvés morts sur la place par la violence de cette tempête, sans que ni leurs vœux sacrilèges, ni leurs sacrifices impies eussent pu les sauver de la justice divine. Les habitants, touchés de ces prodiges, et craignant d’être enveloppés dans cette terrible punition, vinrent implorer Martial. Celui-ci rendit la vie par sa prière aux deux prêtres des idoles, qui se convertirent à leur tour. L'un d'eux, Aurélien, devint plus tard le successeur de Martial sur le siège épiscopal de Limoges! Un si grand miracle fit un merveilleux changement dans toute la ville ; la plupart des idolâtres se convertirent, les statues des faux dieux furent renversées et mises en pièces, et le temple des idoles, où se trouvaient les statues de Jupiter, de Mercure, de Diane et de Vénus, fut changé en une église pour honorer le vrai Dieu. C’est aujourd’hui l’église cathédrale, dédiée en l’honneur du premier martyr saint Étienne. On dit que les personnes qui furent baptisées montèrent jusqu’au nombre de vingt-deux mille.
Entre-temps, Valérie, la fille de Suzanne, en écoutant fréquemment la parole divine, préféra le céleste Époux à un époux terrestre; elle renonça à son mariage pour se consacrer entièrement à Dieu. Rempli de fureur, son futur époux, Julius Silianus, la fit décapiter. Valérie ramassa sa tête et marcha jusqu'au lieu, le puy Saint-Etienne, où Martial célébrait la messe. C'est là qu'elle mourut, en ce lieu devenu aujourd'hui la chapelle Sainte-Valérie dans le transept nord de la cathédrales de Limoges. Le fiancé de Valérie se convertit peu après, prenant le nom de duc Etienne. Riche et puissant, il aida Martial à répandre l'Évangile dans toute la région.
Apôtre du Limousin, Martial évangélisa encore de nombreuses villes des régions avoisinantes : Angoulême, Toulouse, Bordeaux qui reçut de lui les premières annonces de la foi.
C’est une tradition immémoriale dans la province d’Angoumois, que saint Martial, se rendant à Bordeaux pour y prêcher l’évangile, passa par la cité d’Angoulême, y séjourna quelque temps, y convertit le peuple à la foi du vrai Dieu, y baptisa saint Ausone et l’ordonna premier évêque de cette ville.
La ville de Bordeaux se reconnaît redevable à saint Martial des premières annonces de la foi. C’est une tradition recueillie dans la légende d’Aurélien, que l’apôtre d’Aquitaine y a prêché l’évangile et opéré des miracles. Un archevêque de Bordeaux, au Xe siècle, disait dans une éloquente prière : "Ne croyons-nous pas que notre ville épiscopale, la cité de Bordeaux, a été par vous acquise à Jésus Christ, et qu’une femme que vous aviez baptisée, imposant votre bâton pastoral sur le prince de la cité, le guérit d’une maladie invétérée ?" Nous voyons encore, dans l’épître aux Bordelais, que les autels des démons furent réduits en poussière, et que le souverain prêtre des idoles, converti à la foi, fut consacré par saint Martial, premier prêtre de cette Église naissante.
De Bordeaux, le saint apôtre alla prêcher l’évangile à Mortagne, dans la Saintonge : on y voit encore, en face de la Gironde, un ermitage creusé dans le rocher, dont la chapelle est dédiée sous son invocation, et où l’on dit qu’il résida quelque temps.
La chronique composée au moyen âge sous le nom de Dexter, l’ami et le contemporain de saint Jérôme, dit que saint Martial a été l’apôtre des habitants de Limoges, de Cahors et de Toulouse. Cette dernière ville avait écrit sa tradition sur la façade de Saint-Sernin, où l’on voyait autrefois une statue de l’apôtre de l’Aquitaine, avec une inscription qui lui donnait pour auxiliaire saint Saturnin ; enfin, l’épître aux habitants de Toulouse est un autre monument du moyen âge qui montre l’antiquité de cette tradition.
Alors qu'il se trouvait à Poitiers, il eut une apparition de Jésus qui lui dit: "En ce moment, Pierre est crucifié pour la gloire de mon nom. C'est pourquoi fonde ici une église en son honneur." C'est l'actuelle cathédrale Saint-Pierre-de-Poitiers.
Martial évangélisa encore le Rouergue (ancienne province du Midi de la France) où il fit bâtir lesanctuaire de Notre-Dame de Ceignac, haut lieu séculaire de pèlerinage, à douze kilomètres de Rodez.
Des manuscrits anciens, que l’on conservait autrefois à Ceignac, constatent que saint Martial vint dans ce lieu, qu’il y dressa une croix et y fit bâtir un sanctuaire en l’honneur de la Vierge. Ce sanctuaire, l’un des plus anciens et des plus vénérés du diocèse de Rodez, s’appela Notre-Dame des Monts, à raison des montagnes qui l’entourent, ou Notre-Dame de Ceignac. Peu à peu, un village se forma autour de ce sanctuaire ; puis une paroisse y fut érigée ; et, la chapelle primitive se trouvant insuffisante, on bâtit à côté une plus grande église, sous le vocable de Sainte-Madeleine. Plus tard, le temps ayant ruiné ces deux églises, on les remplaça par une nouvelle, sous l’invocation de la Sainte Vierge ; c’est l’église actuelle.
D’anciens documents du diocèse de Mende représentent saint Sévérien, premier évêque du Gévaudan, comme disciple de saint Martial ; de vieilles légendes assurent qu’il a dédié des autels à la Vierge Marie, au Puy-en-Velay, à Rodez, à Mende, à Clermont et à Rocamadour : en un mot, toutes les églises de l’Aquitaine le regardent comme leur apôtre et leur fondateur.
Martial s'éteignit à Limoges après vingt-huit ans d'épiscopat, vers l'an 74.
L’ancienne vie de saint Martial n’indique pas d’une manière précise l’année de son bienheureux trépas ; mais on lit dans la légende d’Aurélien, que l’an 40, après la Résurrection de Notre-Seigneur, qui était la soixante-quatorzième année du salut, saint Martial, après vingt-huit ans d’épiscopat, se trouvant à Limoges, y reçut l’heureuse nouvelle des approches de sa mort, qui devait le faire jouir de la récompense de ses travaux. Il le fit aussitôt savoir à ses disciples, et les ayant assemblés, il les exhorta à persévérer constamment dans la foi et dans la confession de la vérité qu’il leur avait enseignée, et leur donna sa bénédiction. Ensuite, ayant prié pour eux, et ayant imploré pour lui-même la miséricorde de Celui qu’il avait servi avec tant de fidélité, il remit son âme entre Ses mains, pour être couronnée de la gloire qui lui avait été préparée dès le temps de la création du monde.
On dit que, sur le point d’expirer, entendant éclater autour de lui les gémissements et les sanglots, il leva sa main défaillante, et dit à ses disciples : "Silence ! n’entendez-vous pas les beaux chants qui viennent du ciel ? Assurément le Seigneur vient, ainsi qu’il l’a promis". Et, en ce moment, le lieu où il était fut inondé comme par des flots de soleil, et on entendit une voix qui disait : "Âme bénie, sors de ton corps, viens jouir avec moi des douceurs d’une lumière immortelle !" Et lorsque l’âme de Martial montait au ciel au milieu de ces clartés, on entendit un chœur d’esprits bienheureux qui répétait ce verset d’un psaume : "Heureux celui que vous avez choisi et que vous avez appelé à vous : il habitera dans vos parvis éternels".
De nombreux miracles eurent lieu sur sa tombe. Grégoire de Tours en rapporte deux.
La grande châsse de Saint Martial (église Saint-Michel, à Limoges)
Son corps fut inhumé dans le lieu même où sainte Valérie avait reçu la sépulture, et où s’éleva plus tard la basilique de Saint-Pierre-du-Sépulcre, premier fondement de la célèbre abbaye de Saint-Martial.
Le premier miracle fut opéré sur une fille, dont les doigts, en punition de quelque péché, s’étaient tellement attachés à la paume de la main, qu’il lui était impossible de les redresser. Elle vint au sépulcre du glorieux Apôtre ; elle y veilla et pria avec beaucoup de ferveur, et, la nuit même du jour de sa fête, elle obtint la guérison de son infirmité. Le second miracle fut opéré sur un homme qui était devenu muet pour avoir fait un faux serment dans l’église ; il se rendit au tombeau du saint, et, ayant longtemps gémi dans son cœur, pour obtenir le pardon de sa faute, il sentit comme une main qui lui touchait la langue et le gosier et répandait une vertu secrète ; ce qui fut si efficace, qu’après qu’il eut fait faire par un prêtre, le signe de la Croix sur sa bouche, il commença à parler comme auparavant.
Un miracle bien plus célèbre, c’est celui de la guérison du mal des Ardents. En 994 une contagion, appelée la peste du feu, exerçait d’affreux ravages dans l’Aquitaine; grâce à la procession de ses reliques, elle prit fin immédiatement.
C’était un feu invisible et secret, qui dévorait les membres auxquels il était attaché, et les faisait tomber du corps. Cette putréfaction des corps vivants répandait dans les airs une odeur insupportable. Les pestiférés mouraient par milliers. Les évêques de l’Aquitaine s’assemblèrent à Limoges, afin d’obtenir de Dieu, par l’intercession de saint Martial, la cessation de ce fléau terrible. Arrivé l’un des premiers, l’archevêque Gombaud alla s’agenouiller devant le tombeau de l’apôtre vénéré, et là, éclatant en larmes et en sanglots, et étendant des mains suppliantes, il fit à haute voix cette éloquente prière, que l’histoire nous a conservée :
"Ô pasteur de l’Aquitaine, vous qui l’avez éclairée des lumières de la foi, levez-vous pour secourir votre peuple !…
Ne permettez pas que ces tortures infernales règnent auprès de votre corps sacré !
Ô Martial ! miroir des vertus, ô prince des pontifes, où est donc ce que nous lisons de vous, que vous avez été dans la Cène le ministre du Sauveur, quand il lavait les pieds à ses disciples ?…
Certainement la tradition de nos anciens pères nous a transmis que vous aviez reçu le don des langues avec les autres disciples … Montrez-vous donc le disciple de Celui qui est la source de la miséricorde ! Oui, j’en prends à mon tous ceux qui m’écoutent, si avant que je m’éloigne de cette ville, vous n’éteignez pas cette flamme dévorante dans le cœur de ceux qui sont ici, si je ne vous vois pas guérir cette multitude, je ne croirai plus rien des choses admirables qu’on dit de vous ! Jamais plus je ne reviendrai dans cette cité pour implorer votre patronage ! C’est en vain qu’on me dira que vous vous appelez le disciple du Seigneur ! C’est en vain qu’on me dira que Dieu vous a envoyé comme apôtre aux nations de l’Occident ! C’est en vain qu’on me dira que vous avez baptisé le peuple de Bordeaux, dont je suis l’évêque, je ne le croirai plus, si je n’obtiens pas la faveur que j’implore pour le salut de cette multitude affligée. Et votre bâton pastoral, que l’on conservait jusqu’à présent dans ma ville épiscopale comme un précieux trésor, cette relique sera vile à mes yeux si vous ne réjouissez pas mon cœur par la guérison de tous ces pauvres malades !"
Une prière faite avec tant de foi méritait d’être exaucée. En effet, la contagion cessa ses ravages, et une joie immense se répandit dans les cœurs.
Dès lors, depuis plus de mille ans maintenant, la châsse de saint Martial est sortie tous les sept ans pour les magnifiques "ostensions limousines", inscrites désormais au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. (3)
Francine BAY, Au Matin de la France chrétienne, Les Premiers évangélisateurs de la Gaule, Transmettre, La Courneuve 2021, p. 63
En 1388, à l’occasion d’une ostension, soixante-treize miracles de saint Martial ont été recueillis, impliquant des personnes originaires du diocèse de Limoges, mais aussi de Tulle et de Périgueux.
En 1519, les ostension limousines sont fixées à quelques semaines tous les sept ans. Tout au long du 16ème – 18ème siècle, le culte des saints et de saint Martial en particulier, se développe en Limousin comme en témoigne à la fois la statuaire et les nombreuses éditions de livres liturgiques comme le bréviaire de Limoges de Mgr Louis-Charles du Plessis d'Argentré qui publie des leçons hagiographiques (vies de saints) de très grande qualité historique et liturgique.
La tourmente révolutionnaire n’épargne pas les reliques de saint Martial, la chasse est rétablie au lendemain de la révolution. Les ostensions seront soumises aux difficultés politiques du 19ème siècle. Interdites en 1880 à Limoges, il faut attendre 1960 pour qu’elles puissent se dérouler de nouveau sur la voie publique.(4)
Tous les sept ans, c'est à la Grande Confrérie de Saint Martial qu'il appartient d'organiser les Ostensions à Limoges, c'est aussi elle qui a le privilège d'en arborer le drapeau qui sera fixé au clocher de l'église Saint-Michel des Lions pendant leur durée. Gardienne des Reliques du Saint, elle en perpétue la mémoire à travers les temps.
Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont mort en 488, écrit que la cité des Limousins reçut saint Martial comme évêque.
Dans les années 1960, des fouillesfurent effectuéesà Limoges sous la "Place de la République", sur l'emplacement de l'ancienneabbaye Saint-Martial, le tombeau de saint Martial fut découvert ainsi qu'une mosaïque du Haut-Empire témoignant de l'importance du personnage inhumé.
La découverte récente des anciens actes de saint Martial est venue démontrer que la tradition immémoriale du Limousin, écrite avant Grégoire de Tours, était que saint Martial avait reçu, du temps de saint Pierre, sa mission apostolique.
Il y a deux siècles, on rejeta comme apocryphe la légende composée sous le nom d’Aurélien, successeur de saint Martial dans l’épiscopat, l’un des deux prêtres des idoles qui moururent d’un coup de foudre et qu’il avait rendus à la vie.
En rejetant cette légende, on ne se contenta pas de contester au saint évêque le titre d’apôtre, comme on avait fait dans le XIe siècle, mais on combattit encore l’antiquité de sa mission et sa qualité de disciple de Jésus-Christ. Mais quoique cet écrit ne soit pas d’Aurélien, disciple et successeur de saint Martial, comme le montrent certaines manières de parler qui sont beaucoup plus récentes, cela ne doit point préjudicier à la vérité de l’histoire du premier évêque de Limoges. Cet écrit est au moins un recueil des anciennes traditions du pays sur saint Martial : car la biographie d’un saint que tout un pays connaît est nécessairement conforme à ce que la tradition locale dit de ce saint. Les discussions et les définitions des divers conciles qui ont recherché les titres de l’apostolat de saint Martial, la déclaration de deux souverains pontifes, Jean XIX et Clément VI, les témoignages de tant de Martyrologes, de Rituels et de Litanies qu’on lisait publiquement dans l’Église, il y a plus de huit cents ans, nous doivent suffire pour croire indubitablement que saint Martial est un des disciples de Notre-Seigneur, et qu’il est venu dans les Gaules envoyé par saint Pierre.
Statue de saint Martial, église de Naillat.
Arnaud Bouan du Chef du Bos défendla véritable histoire de saint Martial: Apôtre des Gaules au Ier siècle. Il annonce sur Gloria Tv la parution le 9 décembre 2024, en la fête de sainte Valérie, "si Dieu le veut", de St Martial, Apôtre des Gaules, une synthèse de sa vie, en prenant en compte tous les historiens de saint Martial, les traditions des églises fondées par lui, la science archéologique, la toponymie, les reliques etc... "ce sont des centaines voire des milliers d'indices convergents qui tous crient la vérité éclatante, malgré les injures du temps, les révolutions, et au milieu d'une génération qui voudrait faire table rase du passé."
Une série de vidéos tournées cet été accompagnera la parution du livre, jusqu'à Noël, depuis Toulx Sainte Croix et Ahun dans la Creuse, où saint Martial commença son apostolat en Aquitaine, Limoges, Cahors, Rocamadour, Bordeaux, Soulac, Mortagne etc... que de traces de son passage!
"Hélas, force est de constater que nos saintes traditions sont reléguées au rang des belles légendes, certes crues par quelques fidèles, mais méprisées par les "savants" de notre temps.
"Pour avoir assisté aux ostensions de Limoges en 2023, je puis témoigner que cette version légendaire des faits est publiquement présentée aux pèlerins. Pourtant, toute la liturgie, cantiques, vitraux, tableaux et autres représentations prêchent le contraire : la vérité de l’Histoire par la Foi de nos Pères."
"Nous ne trouvons pas un des anciens évêchés de Gaule, qui n’ait eu quelque disciple de Jésus-Christ ou des Apôtres pour fondateur. (Taraud, Traité de l’état des Gaules)
"Ce sont plus de quarante apôtres qu’il nous faut retrouver !
"Après saint Drennalus du Yaudet (Disciple de saint Joseph d’Arimathie, qui évangélisa Morlaix et planta le premier siège épiscopal armoricain à Notre-Dame du Yaudet, en l’an 70) etsaint Clair de Nantes(Converti et sacré par saint Pierre, envoyé à Nantes par son successeur saint Lin en l’an 69), les premiers apôtres de la Bretagne, il faudra retrouver le grand saint Denys l’Aréopagite (Converti et sacré par saint Paul, témoin de l’Assomption, et envoyé dans les Gaules par saint Clément pour achever l’œuvre de la conquête des Gaules), premier évêque de Paris. Et tout à l’avenant… C’est par eux que nous sommes catholique et Français.
"Nous savions que notre histoire de France était née dans le baptistère de Reims le 25 décembre 496 ; mais il faut aujourd’hui affirmer qu’elle fut conçue surnaturellement, lorsque le germe de la foi fut apporté de Judée … à nous de les connaître, de les aimer et de les honorer comme il se doit, pour que revive la foi de nos Pères dans tous les cœurs, pour le réveil de l’Église et la résurrection de la France !"
Saint Martial, Remise du bâton de saint Pierre (détail) à saint Martial. Voûtain est de la chapelle de saint Martial (Palais des papes, Avignon)
Pendant des siècles, les Français ont cru que les premiers évêques de Gaule avaient été envoyés directement par les Apôtres ou par leurs disciples. De Saint Trophime à Arles à Saint Martial à Limoges, de Saint Denis à Paris à Saint Lazare à Marseille, cette mémoire a façonné l'histoire chrétienne de la France, ses cathédrales, ses pèlerinages et ses traditions. Dans cet entretien passionnant, Monseigneur Le Tourneau, Anne Bernet et Arnaud Boüan du Chef du Bos explorent les sources, les traditions, les témoignages liturgiques et les récits transmis à travers les siècles pour comprendre comment la foi chrétienne s'est enracinée sur le sol français.
(2)Les Petits Bollandistes; Vies des saints tome 7 p. 516 à 527 http://leblogdumesnil.unblog.fr/2020/06/30/2020-83-de-saint-martial-apotre-premier-eveque-de-limoges/
(3) Francine BAY, Au Matin de la France chrétienne, Les Premiers évangélisateurs de la Gaule, Transmettre, La Courneuve 2021, p. 14; 59-63
L'un est un pêcheur, l'autre un érudit. L'un a été crucifié la tête à l'envers, l'autre a été décapité comme citoyen romain.
Ensemble, ils ont conquis un empire.
Pierre et Paul : opposés par leur tempérament, leur origine et leur mission. Pourtant unis par le sang et la gloire.
Le Prince des Apôtres et l'Apôtre du Peuple.
Galiléen et Romain.
Rocher et Épée.
Clés et Parchemin.
Les piliers sur lesquels le Christ a construit son Royaume.
Pierre marchait avec le Christ. Il a vu la Transfiguration. Il a renié son Seigneur et a pleuré amèrement.
Paul a persécuté le Christ. Il tenait les manteaux de ceux qui avaient lapidé le diacre Étienne, premier martyr, et fut frappé sur le chemin de Damas.
Les deux avaient été brisés. Les deux furent refaits par la grâce.
Pierre est crucifié à Rome, la tête en bas, se déclarant indigne de mourir comme son Maître.
Paul, citoyen romain, ne peut être crucifié.
Il est conduit sur la Via Ostiense et décapité par l'épée. La terre a bu leur sang. Rome est devenue sacrée.
Pourquoi le Christ a-t-il appelé deux hommes si différents pour cette tâche ?
Pierre était impulsif, il avait peur de souffrir, mais le Christ lui a donné les clés du Ciel.
Paul était fier, brillant, zélé, mais Christ le brisa pour faire de lui un vase de grâce.
Dieu choisit les faibles et les rend forts.
Pierre fonda le siège de Rome.
Vers 180 ap. J.-C., Saint Irénée de Lyon, défenseur de la foi contre la gnose et les premiers gnostiques, oppose la tradition apostolique établie à Rome par Pierre et Paul, qui s'impose aux fidèles de partout (Contre les hérésies, III, 3,1-2.)
Paul a sanctifié le siège de Rome par sa prédication et son martyre.
La même ville qui les a tous les deux tués tomberait à genoux.
Le trône de César céderait la place à la chaire de Pierre.
Leur mort fut la chute des idoles.
Le sol de Rome abrite leurs reliques. Leurs églises s’élèvent sur leurs tombeaux.
Depuis 2 000 ans, les pèlerins pleurent, prient et se convertissent sur leurs tombes.
Ce sont les torches jumelles du feu apostolique.
Le pape porte l’anneau de Pierre. Chaque missionnaire suit les traces de Paul.
Chaque catholique porte son héritage dans le Credo. "Église une, sainte, catholique et apostolique." Bâtie sur le sang des martyrs et la vérité.
Pierre et Paul ne sont pas des personnages lointains. Leur courage est notre héritage. Leur martyre est notre fondement. Leur fête n’est pas seulement un souvenir. C'est un appel aux armes. Un rappel : l’Église conquiert par la Croix.
Saint Pierre, Prince des Apôtres crucifié la tête en bas
Le 29 juin, l'Église honore à la fois saint Pierre et saint Paul, ces deux incomparables Apôtres, unis dans la foi, dans la prison et dans la mort.
Pierre était pêcheur installé à Capharnaüm au bord du lac de Tibériade. Tout comme son frère André, il semble avoir été le disciple de Jean le Baptiste avant de devenir le disciple de Jésus (Jn 1,35-42).
Fils de pêcheur et pêcheur lui-même, simple, ignorant, sans éducation, Pierre entendit le Fils de Dieu lui adresser cet appel singulier : "Suis-Moi, Je te ferai pêcheur d'hommes." Pierre ne quitte plus alors le Sauveur, il est de toutes les grandes occasions de la vie du Maître.
Parmi tous les Apôtres, Pierre brille par sa foi énergique. C'est lui qui reconnaît en Jésus le Christ, Fils de Dieu(« Et lui les interrogeait : "Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre, prenant la parole, lui dit : "Tu es le Christ". Mc 8, 29 ; « Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : "Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux." Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Mt 16, 16-19)
Le titre de "Christ" (Messie) reconnu par Pierre à Jésus, exprime à l'époque la foi de l'Église en Jésus.(1)
"Pierre ne semble être que le surnom d'un personnage dont la nom a été Simon. Ce dernier [...] paraît avoir reçu de Jésus la dénomination symbolique de Képha (Mc 3,16 ; Jn 1,42) - mot araméen qui a la signification de 'pierre' ou 'rocher' - que l'on a traduit en grec par Petros, à son tour transcrit en latin par Petrus, Pierre en français. Pierre est donc un surnom, qui repose probablement sur un trait de caractère particulier du personnage, avant de devenir le symbole d'un rôle de proue dans le groupe des douze apôtres.
L'auteur des Actes des Apôtres "en fait le porte-parole des apôtres, le messager de la croyance commune au Messie Jésus et celui qui exprime le mieux la découverte progressive de l'extension de leur mission. Replacé dans le cadre des données du mouvement chrétien au Ier siècle, Mt 16,18 "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église" signifie que la communauté nouvelle va se fonder sur Pierre qui en sera l'assise." (2)
"Matthieu (16, 15-19) s'appuie sur ce nouveau nom pour établir la primauté de Pierre, considéré comme la roche de fondation de l'Église universelle." (3)
Pierre a assisté et participé à plusieurs miracles ou événements majeurs de la vie de Jésus, comme la Marche sur les eaux (Mt 14,28-31), la Transfiguration, l'arrestation de Jésus, son procès, puis sa Passion.
Lors du dernier repas, Jésus annonça que Pierre le renierait (Mt 26,34).
Après son arrestation, le jour de la Passion, Pierre jura par trois fois qu'il ne connaissait pas Jésus (Mt 26,69-75). Bouleversé par son acte, Pierre fut pardonné. Malgré son triple reniement - faute si noblement réparée par la suite - Pierre est confirmé comme chef des Apôtres et chef de l'Église.
Saint Pierre (détail du Polyptyque Griffoni), 1473 environ, Francesco del Cossa, Milan Pinacothèque de Bréra, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 384-385.
Après sa Résurrection, Jésus confirma Pierre dans son pouvoir apostolique, effaçant le triple reniement de Pierre après l'arrestation du Christ au jardin des Oliviers. Les Actes des Apôtres et les épîtres montrent que ce rôle prépondérant de Pierre fut reconnu et respecté par tous dès le début de la Chrétienté. (4)
"Le miracle de la Pentecôte, où les Apôtres, cinquante jours après la Résurrection reçoivent l'Esprit Saint, et sont appelés à prêcher dans le monde entier en parlant une multitude de langues, marque la fondation de l'Église. C'est Pierre qui prend la parole pour annoncer le premier cette bonne nouvelle (Actes 2, 1-36)." (5)
Le siège de Pierre renversera bientôt celui des Césars, et l'humble pêcheur aura un nom plus immortel que les plus grandes célébrités de tous les siècles.
En effet, le Seigneur l'a désigné (Pierre) comme prince sur tous en tant que porteur des clés du Royaume des Cieux. … Le bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, qui fut le premier à présider le siège apostolique, a laissé la primauté de son apostolat et la responsabilité pastorale à ses successeurs, qui doivent siéger à jamais sur son siège très sacré.
Lettre du pape Hadrien à l'empereur Constantin VI et l'impératrice Irène
Jésus donna le pouvoir des clés à Pierre et aux apôtres le pouvoir de pardonner les péchés (sacrement de pénitence ou confession).
"Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux." (Matt. 16:18-19).
"Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. (Matt. 18:18)
Saint Marc fut le compagnon de voyage de saint Pierre (I Pierre V, 13), et c’est en cette qualité qu’il écrivit son Evangile sur la base des enseignements que Pierre dispensa à Rome.
"Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée." (Jn 17,22).
"Jésus leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus." (Jn 20,21-23) Ce n’est pas le prêtre, en tant qu’individu, qui nous pardonne lors de la confession, mais le Christ à travers le prêtre qui agit in persona Christi. Comme l’a dit saint Paul : "Nous sommes donc des ambassadeurs du Christ, Dieu faisant son appel à travers nous. Nous vous en supplions, au nom de Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu" (2 Corinthiens 5,20). C’est tout ce qu’est la confession : Dieu travaillant "à travers nous" (Ses prêtres) pour nous réconcilier avec Lui lorsque nous péchons.
Jésus avait dit autrefois à Ses Apôtres: "Le disciple n'est pas plus que le Maître; si on Me persécute, on vous persécutera." Saint Pierre devait, en effet, avoir le sort de Jésus et arroser de son sang l'Église naissante. Touché par les larmes des fidèles, non mû par la crainte, Pierre songea (d'abord) à fuir la persécution que venait de soulever l'empereur Néron (54-68); mais, comme il sortait de Rome, il vit le Christ Se présenter à lui :
"Où allez-Vous, Seigneur, Lui dit-il.
-- Je vais à Rome, dit Jésus, pour y être crucifié de nouveau." [Actes de Saint Pierre, livre que la tradition attribue à Leucius Charinus, compagnon de l'apôtre Jean selon Épiphane de Salamine. (Leucius ne figure pas parmi les premiers auteurs hérétiques mentionnés par leur nom dans Adversus haereses d'Irénée de Lyon (v. 180). ) Ses Actes semblent avoir eu largement cours bien avant qu'une sélection en ait été lue à haute voix au Deuxième concile de Nicée en 787 et rejetée comme apocryphe.]
À ces mots, le Sauveur disparut, et Pierre comprit qu'il devait revenir à Rome pour y être crucifié.
Jésus avait dit autrefois à Ses Apôtres: "Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur" (Matthieu 10,24), "un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi" (Jean 15,20), "Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître." (Luc 6,40), le prince des Apôtres eut à endurer les souffrances d'un long emprisonnement; il eut du moins la consolation d'y être le compagnon de saint Paul et de consommer son sacrifice le même jour que lui.
Pierre fut condamné au supplice de la Croix; mais, par humilité, se jugeant indigne d'être crucifié comme le divin Maître, il demanda à être crucifié la tête en bas, ce qui lui fut accordé. "Il peut également s'agir d'un caprice de Néron". (6)
Arrivé au lieu du supplice, Pierre ne put contenir la joie de son coeur: "C'est ici l'arbre de vie, cria-t-il au peuple, l'arbre où a été vaincue la mort et le monde racheté. Grâces à vous, Fils du Dieu vivant!"
C'est son martyre qui fonde l'Église romaine.
Saint Pierre dit qu'il y a un mode d'interprétation erroné de l'Écriture et que des personnes la font (2P 1,16) et qu'aucune Écriture ne peut faire l'objet d'une interprétation privée, car ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. (2P 1,20) :
"En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur." (2P 1,16) "Car vous savez cette chose primordiale : pour aucune prophétie de l’Écriture il ne peut y avoir d’interprétation individuelle, puisque ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu." (2P 1,20-21)
Dans ces deux derniers versets, on voit clairement affirmer la nécessité d'interpréter l'Écriture selon la tradition apostolique. C'est la condamnation scripturaire du "libre examen" biblique des protestants, qui autorise chacun à interpréter l'Écriture à sa guise.
Encore au XIXe siècle, les apologètes catholiques reprocheront au protestantisme cette notion de libre examen comme une de leurs vanités qui faisait que dans l'interprétation des Écritures ils n'écoutaient qu'eux-mêmes : A. M. Bensa, De ingenita protestantismi vanitate disputatio, dans : Revue de l’enseignement chrétien, tome troisième, Nîmes-Paris, 1854, p. 367 : « Si liberum examen protestanticum retines, cur eos vituperas qui in Scripturis interpretandis sibi unis auscultant ! ln hoc enim ipso consistit protestanticae huius libertatis natura ; ut privato quisque nostro iudicio in Bibliorum interpretatione auscultemus ».
Mais on trouve encore, une autre condamnation de l'interprétation privée en dehors de la tradition apostolique, lorsque saint Philippe rencontrant l'eunuque, haut fonctionnaire de Candace, reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors, venu à Jérusalem pour adorer, et qui lisait le prophète Isaïe, Philippe demande à l'eunuque : "Comprends-tu ce que tu lis ?". L'eunuque lui répond : "Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? [...] Dis-moi, je te prie : de qui le prophète parle-t-il ?". Alors Philippe prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. (Actes 8,27-35)
Après la résurrection du Seigneur, à l'annonce par Marie la Magdaléenne que le tombeau de Jésus avait été trouvé vide, Pierre fut le premier à y entrer, le "disciple bien-aimé" lui ayant laissé la préséance (Jn 20,5 ; Jn 21,7).
Par la suite, Pierre bénéficia, avant les douze, d'une apparition du Christ ressuscité (1Co 15,5).
Lors de la dernière apparition du Christ à ses disciples, Pierre est réhabilité par Jésus à la suite de sa négation et ré-instauré dans sa mission de pasteur de l'Église : "Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Fais paître mes brebis." (Jn 21,15-17).
Les Actes des Apôtres montrent Pierre comme un des principaux dirigeants de la communauté chrétienne à Jérusalem après la Pentecôte (avec saint Jacques le Juste). C'est lui qui prend la parole et commence la prédication du message chrétien.
Pierre est à Jérusalem en 48 ou 49. Lors du concile de Jérusalem (49 après J.-C.), il prend position en faveur de l'admission des païens dans l'Église sans leur imposer les prescriptions mosaïques telles que la circoncision et les autres observances juives (Actes 15,29).
Comme cela provoquait une intense discussion, Pierre se leva et leur dit : « Frères, vous savez bien comment Dieu, dans les premiers temps, a manifesté son choix parmi vous : c’est par ma bouche que les païens ont entendu la parole de l’Évangile et sont venus à la foi.
Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous ; sans faire aucune distinction entre eux et nous, il a purifié leurs cœurs par la foi. 10 Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ? 11 Oui, nous le croyons, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux. » (Actes 15,7-11).
Pierre explique que ce n'est pas nous qui convertissons les personnes, ce n'est pas non plus nous-mêmes qui nous sauvons par nos observances, c'est "la grâce du Seigneur Jésus" qui donne le salut.
Cependant à Antioche, Paul reprocha à Pierre de ménager le point de vue des judaïsants menés par certains chrétiens judéens de la communauté de Jacques le mineur, "frère du Seigneur", chef de la communauté de Jérusalem (Ac 21,18) :
"Le lendemain, Paul s’est rendu avec nous chez Jacques, où sont arrivés tous les Anciens." "Quant aux païens qui ont embrassé la foi, nous leur avons mandé nos décisions : se garder des viandes immolées aux idoles, du sang, des chair étouffées, et des unions illégitimes." (Actes 21,25 Bible de Jérusalem.) "Mais écrivons-leur de s'abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang." (Actes 15,20) "Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela", écrivirent "les Apôtres et les Anciens." (Actes 15,23-29)
"Mais quand Céphas (Pierre) vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il s'était donné tort. En effet, avant l'arrivée de certaines gens de l'entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l'écart, par peur des circoncis." (Ga 2,11-12).
"L'incident d'Antioche rapporté par Galates 2,11-14 ne fait pas état à proprement parler d'une opposition théologique entre les deux apôtres: ce que Paul reproche à Pierre, c'est son attitude dans une circonstance particulière et non sa théologie." (7)
Les conflits qu'on trouve dans les épîtres de Paul et dans les Actes des Apôtres au sujet des judéo-chrétiens ont trait à l'observance et non à la christologie. "C'est une constatation fondamentale." (8)
Lors du premier concile de Jérusalem, Pierre reconsidérera donc son attitude. Il ouvrit le débat en défendant clairement les thèses de saint Paul de ne pas imposer les prescriptions mosaïques aux chrétiens païens.Jacques le mineur, ou "le juste", chef de l'Église locale (le premier évêque de Jérusalem), clôtura le conseil en approuvant Pierre et Paul. Les chrétiens d'origine païenne étaient libérés de l'obligation de suivre les traditions juives. Ils devaient simplement observer un minimum de préceptes de la Torah en s'abstenant des souillures de l’idolâtrie, de l'immoralité, de la viande étouffée et du sang. (9)
Après le Concile de Jérusalem, les Actes ne disent plus rien de Pierre. Cette discrétion s'explique selon certaines hypothèses par les poursuites dont il fut l'objet.
À partir de son évasion de Jérusalem (avant la mort d'Hérode-Agrippa I, au printemps 44), Pierre était presque un hors la loi aux yeux des autorités de Jérusalem. S'il était poursuivi, personne ne devait savoir où il se trouvait. C'est pourquoi le Nouveau Testament serait très discret sur ses résidences successives, même dans les Actes. Une explication plus simple consisterait à voir dans ce "silence" sur le lieu de Pierre un résultat du propos du livre des Actes (I. 8) : l'évangélisation auprès des Judéens (Circoncis) relevant de la mission pétrienne (Galates 2,8), celui-ci est plus présent dans l'ouvrage qui parle du témoignage apostolique en Judée, tandis qu'avec le chapitre 15 des Actes où se tient le concile sur la question des Gentils, le rôle de Pierre n'est plus mentionné parce qu'il est essentiellement question du ministère paulinien (évangéliser les païens).
La délivrance de saint Pierre, Par Raphaël, 1514
À Jérusalem (Ac 11,2), Hérode Agrippa fit décapiter Jacques le Majeur, frère de Jean l'Evangéliste. Voyant que cette mesure plaisait aux Juifs, il décida aussi d'arrêter Pierre (Ac 12, 1-2). Un ange du Seigneur survint, une lumière brilla dans la cellule et l'ange délivra Pierre (Ac 12, 7-11).
La tradition de l'Église catholique attribue à Pierre la direction de l'Église d'Antioche. Premier évêque de cette ville, une fête de "la chaire de saint Pierre à Antioche" est célébrée le 22 février depuis le IVe siècle. Il serait resté sept ans à Antioche.
Fuyant la persécution, Pierre semble avoir gagné Antioche dès le printemps 43 (au plus tard). Selon André Méhat, il se serait ensuite réfugié à Rome, où il espérait n'être pas poursuivi. (10)
Mais vers 45, l'empereur Claude (41-54) expulse les juifs de Rome (Ac 18,2). Comme Priscille et Aquila, Pierre se rend alors en Achaïe, et il a l'occasion de visiter Corinthe (1 Co 1,12).
À la mort de l'empereur Claude, Pierre est de retour à Rome en 54, au début du règne de Néron (54-68). Il est à Rome lorsque Paul rédige l'Épître aux Romains, mais toujours dans un statut de clandestinité, ce qui pourrait expliquer à la fois que Paul adresse son épître aux chrétiens de Rome, mais qu'il n'y fasse pas mention du disciple.
Cette chronologie est hypothétique, mais elle correspond cependant à la tradition du Liber Pontificalis (rédigé en 530, ce catalogue chronologique de tous les papes repose sur des données légendaires sans que cela ne diminue l’intérêt de ce document comme source historique (11)), selon lequel Pierre est demeuré à Antioche pendant sept ans, et s'est fixé à Rome sous le règne de Néron.
Dans la littérature clémentine, Pierre est décrit comme un prédicateur itinérant dans les villes de la province romaine de Syrie. Il remporte de nombreux succès contre la prédication de Simon le Mage et enseigne au cours de ses déplacements Clément qui l'accompagne. Il le nomme par la suite évêque de Rome où il se rend et gagne un affrontement contre Simon le Mage. La légende raconte que ce dernier, hérétique gnostique pratiquant la magie a voulu acheter à Pierre son pouvoir de faire des miracles (Ac 8. 9-21), ce qui lui a valu la condamnation de l'apôtre : "Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l'argent le don de Dieu." La référence à cette histoire, est la source tu terme "simonie". Selon les Actes de Pierre 32, Simon aurait séduit la foule en s'envolant dans le ciel et Pierre aurait alors invoqué le nom de Jésus et provoqué sa chute.
De nombreux lieux gardent des traces, souvent légendaires, du séjour de l'apôtre à Rome : église Domine Quo Vadis, basilique di Santa Francesca Romana, église Santi Nereo e Achilleo, tempietto dans l'église San Pietro in Montorio (autre lieu traditionnel de son martyre), Tullianum (lieu de son emprisonnement), basilique Saint-Pierre-aux-Liens (12). Ces lieux sont issus de traditions orales ou des récits légendaires regorgeant de prodiges fabuleux (miracles et guérisons de Pierre), tels les apocryphes Actes de Pierre, les Actes de Pierre et Paul (en), et la Passion de Pierre. (13)
Pour la tradition catholique, le séjour de Pierre à Rome est attesté par la Première épître de Pierre :
"L’Église des élus qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc, mon fils" (1P 5,13), sous réserve d'admettre que le mot Babylone désigne de façon péjorative Rome en tant que ville corrompue et idolâtre, une image familière aux lecteurs de la Bible.
Même si certaines traditions orientales comme celle de l'église nestorienne professent que Simon-Pierre a rédigé son épître de Babylone, que des humanistes comme Calvin ou Érasme ont pu prendre l'indication au pied de la lettre suivis par certains savants protestants (14), pour la recherche contemporaine, il s'agit bien d'une allusion chiffrée à Rome (15), allusion que l’on retrouve chez l'auteur de l'Apocalypse. [Aux débuts de l'histoire, Babel est la grande ville qui veut détrôner Dieu. "Les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie. [...] Ils dirent : 'Allons ! bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. Et le Seigneur dit : 'Ils sont un seul peuple, ils ont tous la même langue : s’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. Allons ! descendons, et là, embrouillons leur langue : qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres.' De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela Babel, car c’est là que le Seigneur embrouilla la langue des habitants de toute la terre ; et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre." (Gn 11,2-9). Plus tard, à partir de l'Exil(déportation à Babylone des Juifs de Jérusalem, et du royaume de Juda sous Nabuchodonosor II, qui fit suite au siège de Jérusalem de 586 av. J.-C.) Babylone - qui a détruit Jérusalem, massacré ses habitants, incendié le Temple, déporté les élites (2 Chroniques 36,17-21) s'attaquant aux structures mêmes de la nation sainte pour lui faire perdre son identité - devient le symbole de tous les empires opposés à Dieu et à son peuple, et son roi Nabuchodonosor apparaît comme le type du souverain orgueilleux et sacrilège (Is 14;Dn 2,3;4,26-27).]
Plusieurs textes antiques font allusion au martyre de Pierre, ainsi qu'à celui de Paul, qui se seraient produits lors des persécutions ordonnées par Néron, notamment dans l'enceinte du Circus Vaticanus construit par l’empereur Caligula, situé sur la colline Vaticane, à l'emplacement approximatif de l'actuelle basilique Saint-Pierre (Tacite, Annales, Livre XV.44). "Il est possible qu'elles aient eu lieu peu après (la persécution de Néron), et à des dates différentes; il n'y a pas de raison toutefois de douter du témoignage unanime des textes, pour lesquels les deux apôtres ont été mis à mort et ensevelis à Rome. (16)
Les suppliciés une fois morts pouvant être remis à leur famille pour être inhumés ou crématisés mais le plus souvent ils étaient jetés dans le Tibre. (17) Ainsi, une tradition immémoriale place ce martyre : inter duas metas - entre les deux bornes - de la spina (Cf. Cirque romain). Le plus ancien de ces textes, la Lettre aux Corinthiens de Clément de Rome datée de 96, ne cite pas explicitement de lieu, même s'il y a diverses raisons pour penser qu'il s'agit de Rome (Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, V, 3-5.). Sixte V fait transférer en 1586 l'obélisque ornant cette spina sur la place Saint-Pierre.
Une vingtaine d'années plus tard, une lettre d'Ignace d'Antioche aux chrétiens de Rome comporte ces mots : "Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul" (Lettre aux Romains, dans Les écrits des pères apostoliques, éditions du Cerf, 2001, p. 185 et s.).
Un passage, de la fin du IIe siècle, cité par Eusèbe de Césarée, indique qu'à un certain Proclus, qui se vantait que sa patrie possédait la tombe de l'apôtre Philippe, le Romain Gaïus a répondu : "Mais moi, je puis te montrer les trophées des saints apôtres. En effet, si tu veux te rendre au Vatican ou sur la voie d'Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui ont fondé cette Église." (Eusèbe, Histoire ecclésiastique II, 25, 7). Le mot trophée, du grec τροπαιον, monument de victoire, dans le contexte, désigne ici les tombes de Pierre et Paul. C'est en tout cas sur ces sites que seront édifiées au IVe siècle les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs qui leur sont dédiées. Eusèbe rapporte aussi les témoignages de Denys de Corinthe (Histoire ecclésiastique II, 25, 8) et de Zéphyrin de Rome (Histoire Ecclésiastique V, 28, 3).
Clément de Rome affirme que le martyre de St Pierre serait dû à une "injuste jalousie" et à la dissension entre les membres de la communauté chrétienne (à rapprocher de ce que dit Paul en 1 Phil 1, 15) : il y eut vraisemblablement dénonciation. Selon un apocryphe, les Actes de Pierre, St Pierre aurait été crucifié la tête vers le sol (Ac Pierre 38 - d'où le nom de croix de Saint-Pierre donné à la croix latine inversée -). Selon la tradition, l'apôtre a demandé ce type de supplice par humilité, ne se jugeant pas digne de mourir comme le Christ. Selon une autre version, il peut s'agir d'une cruauté supplémentaire de Néron.
Un des éléments en faveur de la "tradition romaine" de la présence de la tombe de Pierre est l'absence de toute autre revendication de sa tombe par une autre cité antique.
La tradition localise le tombeau de saint Pierre sur l'emplacement d'une nécropole située au nord du Circus Vaticanus, dont elle était séparée par une route secondaire : la via Cornelia. (18)
L'empereur Constantin Ier y fit édifier une première basilique (occupant le site de l'édifice actuel) et dont l'abside fut construite autour de l'emplacement de la tombe, cela malgré les difficultés considérables du terrain, à flanc de colline, obligeant à d’énormes travaux de terrassement, et bien qu'il ait fallu modifier un cimetière.
Les fouilles de la nécropole du Vatican ordonnées dès 1940 par Pie XII dans les Grottes du Vatican à l'occasion de la mise en place du sarcophage de Pie XI, ont mis en évidence un cimetière païen et chrétien contenant de nombreuses tombes et, au-dessous de l'autel et à la verticale exacte du sommet de la coupole, un monument culturel au-dessus d’une de ces tombes, trouvée vide, du premier siècle (tombe thêta). Ce mémorial, qui serait le "trophée de Gaïus", est par la suite inclus dans un monument de marbre et de porphyre d'époque constantinienne puis recouvert par des autels construits sous Calixte II (1123), Clément VIII (1594) et enfin par le baldaquin de Saint-Pierre construit de 1624 à 1633. Sur l'un des murs de soutien (mur rouge) a été incisé un graffito dont subsistent les quatre caractères grecs ΠΕΤR, c’est-à-dire les quatre premières lettres du nom de Pierre, et au-dessous EN(I), ce qui serait, selon Margherita Guarducci, la forme abréviative de εν εστι, mot à mot "dedans est".
Une cachette aménagée sur un mur perpendiculaire (mur G) contenait les ossements d'un individu de sexe masculin âgé de soixante à soixante-dix ans, de robuste constitution. Une expertise menée par Margarita Guarducci avec l'anthropologue Correnti permet de penser qu'il s'agit bien des ossements qui figuraient dans la tombe, car la terre à laquelle sont mêlés les ossements est du même type que celle qui se trouve devant le trophée de Gaïus. Mais s'agit-il de Pierre ? Trois détails vont dans ce sens, sans cependant imposer une conclusion incontestable : les ossements ont été conservés dans un tissu précieux de couleur pourpre, et brodé de fil d'or : un tel tissu ne peut avoir servi qu'à envelopper les restes d'un personnage illustre (19) ; aucun os des pieds n'a été retrouvé : cela pourrait indiquer qu'on a coupé ceux du défunt (ce qui était commun aux suppliciés qui mouraient la tête en bas) (20) ; les rotules étaient abîmées comme peuvent l'être celles de pêcheurs qui poussent leur bateau à la mer.
S'adressant à une réunion d'étudiants, le pape Pie XII leur dit : "Sous le point central de la gigantesque coupole de la basilique se trouvait et se trouve encore le lieu de la sépulture de saint Pierre." De telles paroles venaient confirmer celles qui, dans une allocution à Radio-Vatican, en 1942, avaient déjà révélé que, sous la basilique élevée par Constantin, on avait trouvé un lieu de culte chrétien où la dévotion des fidèles était prouvée par de nombreux graffiti et par des tombes.
À l'occasion de son jubilé épiscopal, Pie XII avait également révélé que les traces avaient été retrouvées du "trophée", construit sur le lieu de la sépulture de l'apôtre, trophée dont le dénommé Gaïus, prêtre au IIe siècle, signalait l'existence dans un texte que par la suite l'historien Eusèbe reprit. (21)
En 1968, après avoir pris connaissance des études scientifiques réalisées, le pape Paul VI annonce qu'il s'agit selon toute probabilité des restes du corps de saint Pierre. (22) Le sépulcre a depuis été aménagé de façon que chaque visiteur puisse voir les reliques de saint Pierre et le "trophée de Gaïus".
Le 24 novembre 2013, pour clôturer l'Année de la foi 2012-2013, les reliques de Saint Pierre sont exposées dans un reliquaire de bronze, sur la place Saint-Pierre, en présence du pape François. (23) Ce fut alors la première ostension publique de ces reliques dans l'histoire : conservées dans la chapelle papale du palais apostolique; elles étaient uniquement montrées dans un cadre privé. Sur le reliquaire est gravé en latin "Ex ossibus quae in Arcibasilicae Vaticanae hypogeo inventa Beati Petri Apostoli esse putantur" (Des os retrouvés dans l'hypogée de la basilique vaticane, qui sont considérés comme ceux du bienheureux apôtre Pierre). (24)
Dans "Le Christianisme, des Origines à Constantin", Simon Claude Mimouni précise : "les découvertes archéologiques, réalisées au cours des fouilles qui ont eu lieu ces dernières décennies depuis 1940, laissent entendre que Pierre a bel et bien subi le martyre à Rome sous l'empereur Néron." (25)
De même, dans son Histoire du catholicisme, Yves Bruley écrit : "la venue de Pierre dans la capitale de l'Empire, attestée par des témoignages antiques, est confirmée par la découverte au XXe siècle de sa tombe au Vatican." (26)
La démonstration, au jour près, semble très convaincante. Tentons de la résumer en quelques mots, mais il vaudra mieux s'y reporter car toutes les précisions de détail sont importantes.
* Le Circus Maximus, où se faisaient habituellement les exécutions, fut, d'après Tacite, indisponible de juillet 64 à fin 64. En novembre et décembre, il n'y a pas de jeux, car le temps est trop mauvais. Saint Pierre et les chrétiens ont donc été exécutés au cirque de Néron, cirque de substitution, en septembre ou octobre 64; c'est déjà beaucoup comme précision.
*Néron est mort (suicide) le 9 juin 68.
*Le livre apocryphe L'ascension d'Isaïe nous apprend que saint Pierre a été crucifié 3 ans, sept mois et 27 jours avant la mort de Néron, donc le 13 octobre 64. »
Ce texte, du Père Jacques Bombardier, curé de paroisse à Nancy, s'inspire des travaux du professeur Margherita Guarducci qui a joué un grand rôle dans les fouilles sous Saint-Pierre.
Saint Paul (Paul de Tarse en Asie mineure), portant aussi le nom juif de Saül, qui se prononce "Shaoul" (né à Tarse en Cilicie au début du Ier siècle et mort vers 67 - 68 à Rome), est un apôtre de Jésus-Christ, tout en ne faisant pas partie des "Douze". Il est citoyen romain de naissance et un juif pharisien (avant sa conversion).
Saint Paul
Saint Pierre et saint Paul : On ne peut les séparer. Ils sont les deux piliers de l'Église et jamais la Tradition ne les a fêtés l'un sans l'autre. Tous deux verront leur vie bouleversée par l'irruption d'un homme qui leur dit: "Suis-moi. Tu t'appelleras Pierre" ou "Saul, pourquoi me persécutes-tu?". Pierre reçoit de l'Esprit-Saint la révélation du mystère caché depuis la fondation du monde : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." Paul, ravi jusqu'au ciel, entend des paroles qu'il n'est pas possible de redire avec des paroles humaines. Persécuteur des premiers chrétiens, Paul se donne au Christ: "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." Pierre reçoit la charge de paître le troupeau de l'Église: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église." Paul devient l'apôtre des païens. Pour le Maître, Pierre mourra crucifié et Paul décapité.
Paul s'est raconté. Il fait le récit de sa vie devant les communautés qui l'accueillent : confession publique, confession rituelle, dans la tradition d'une pratique juive qui remonte à l'époque de Jérémie, vers 650 (Jr, 11,18 ; 12,6 ; 15,10-21 ; 17,14-18 ; 18,18-23 ; 20,7-18). Paul est tellement marqué par les "Confessions de Jérémie" qu'il leur emprunte sa formule introductive, quand il résout de relater sa vocation "dès le ventre de ma mère" (Gal 1,15). Dans les communautés juives et chrétiennes du Ier siècle, la confession met en évidence les interventions divines qui distinguent une vie vouée à Dieu et qui manifestent la puissance de ce dernier. Pour Paul, les seuls moments remarquables de son existence sont les miracles de Dieu en sa faveur, et notamment sa conversion, qu'il présente selon un schéma de rupture tout à la gloire de Dieu. L'image du persécuteur converti, si vivante encore aujourd'hui, nous vient certainement de Paul lui-même et de la façon qu'il avait de se raconter. Non seulement Paul se racontait, mais il écrivait. Il voyageait avec parchemins et papyrus et tenait un journal de voyage, comme la plupart de ses contemporains cultivés.
Les Actes des Apôtres ont été composés pour mettre en évidence la vocation du christianisme à l'universalité. Paul y est présenté comme l'instrument de Dieu pour la conversion des païens et le rejet d'Israël ; sa carrière y est relatée selon un schéma répété à l'infini : l'apôtre attend d'être chassé de la synagogue pour aller aux païens. Son mode de vie dessine l'image du parfait intellectuel itinérant, dont rendent comptent les éloges officiels. Paul devint ainsi un héros de roman dès le milieu du IIe siècle, le premier héros de roman chrétien. Le jeune pharisien formé à la prédication et utilisé contre des groupes chrétiens garda l'habitude de la controverse : à la synagogue comme au tribunal, il ne cessa jamais d'argumenter contre l'adversaire et de se définir comme s'opposant à lui. Mais les excès du polémiste ont pour corollaire la grandeur du doctrinaire, dont le propos incisif a imposé la théologie par-delà les générations. (27)
Paul oppose sa naissance dans le judaïsme et dans le judaïsme le plus fidèle contre "ces mauvais ouvriers, avec leur fausse circoncision, prenez garde. Car c’est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui rendons notre culte par l’Esprit de Dieu, nous qui mettons notre fierté dans le Christ Jésus et qui ne plaçons pas notre confiance dans ce qui est charnel." (Phil 3,4-5)
Paul est né Juif à Tarse en Cilicie, "citoyen d’une ville qui n’est pas insignifiante !" (Ac 21,39.) Par sa naissance, il fait partie d'une élite dans l'Empire, celle des 4 ou 5 million s de citoyens romains. (A. N. Sherwin-White, Roman Citizenship, 2e éd., Oxford, 1973). Un privilège significatif : un naturalisé bénéficie immédiatement d'un statut personnel international de garanties judiciaires et fiscales reconnues dans tout l'Empire et du droit de participer à la vie publique à Rome.
Paul revendique ses origines pharisiennes. Il est né dans une famille de lettrés. La secte des pharisiens constituait alors une émanation de la classe des scribes et des spécialistes de l'exégèse biblique, qui s'était séparée au cours du IIe siècle avant notre ère du parti sacerdotal traditionaliste (sadducéens) quand celui-ci avait viré à l'hellénisme. (On consultera toujours avec profit le petit livre de Marcel Simon, Les Sectes juives au temps de Jésus, Paris 1960. Voir encore A. PAUL, Le Monde des Juifs à l'heure de Jésus, Paris 1981. Ou plus récemment Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, 2018).
Les pharisiens que Jésus dénonçaient comme rigoristes hypocrites et orgueilleux, étaient vus comme "des chercheurs d'allégement par la secte de Qumran'." (28) Toutefois ils avaient ajouté beaucoup d'observances très lourdes à la Loi de Moïse. Ils étaient très ritualistes, trés légalistes et cela a joué un rôle dans la formation du jeune Saül. (29)
Ils étaient déjà gagnés à l'idée de l'universalité du salut que certains prophètes avaient introduite dans les esprits. Mais l'aspiration à l'idéal de sainteté les incitaient toujours à se séparer des Gentils perçus comme pécheurs. Lors de ses longues escales, Paul assurait sa subsistance en travaillant dans le textile : c'est certainement le métier qu'il avait appris enfant dans le cadre familial, en application de la Loi, qui enjoignait aux parents d'enseigner à leur fils une activité manuelle.
Paul fit de longues études. Son enfance, comme celle de tout enfant juif, fut marquée par l''étude de la Bible, son premier livre de lecture, dont il reconnaîtra très clairement à l'âge adulte le caractère didactique, lorsqu'il affirme : "Tout ce qui a été écrit à l'avance dans les livres saints l'a été pour nous instruire" (Rom 15,4), il reprend certainement une maxime de son époque.
Il apprit à lire dans la Bible et en hébreu, mais il ne parlait pas l'hébreu comme une langue morte : il le parlait en famille. La pratique familiale de l'hébreu constituait à cette date le réflexe d'une minorité particulièrement attachée aux traditions nationales, mais tel était bien le cas des parents de Saül. La formation hébraïque élémentaire donnait à l'enfant juif une morale rigoureuse ainsi qu'une connaissance précise de l'histoire et des traditions de son peuple. Mais à Tarse comme partout dans la Diaspora en pays grec, on le formait aussi aux mécanismes de la pensée classique et il recevait une éducation bilingue ou trilingue. Le grec de Saül est celui des gens cultivés de son temps. C'est dans ce registre qu'il puisera des noms pour les institutions de l'Église nouvelle, tel celui d'episcopos (évêque). (30)Bien qu'il ait appris à lire dans la Bible hébraïque, Paul se familiarisa très tôt avec la version grecque élaborée à Alexandrie au IIIe siècle. Paul vivra sa vie comme une joute perpétuelle et sera toujours persuadé du primat de la parole, le Logos, ce qui est bien caractéristique d'un intellectuel grec. Il participera d'un état d'esprit qui préconisait l'égal développement des aptitudes physiques et intellectuelles. Paul participera aussi d'un état d'esprit qui préconisait l'égal développement des aptitudes physiques et intellectuelles.
C'est d'ailleurs un juif formé à Alexandrie, Ben Sirach, qui lui fournira le terme d'ecclesia (église) appliqué à l'assemblée en grec classique, pour désigner une communauté de dévots (le terme est employé en ce sens dans tout l'Ecclésiastique ou livre de la Sagesse de Ben Sira (Siracide), il était apparu avec cette acceptation dans la Septante, Deut 31,30). Les livres grecs de la Bible inspireront encore à Paul de nombreuses images littéraires : celle de la maison en construction (1 Co 3,14) celle de la culture ou des semailles (1 Co 3,6-9 "Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance" ; 9,10-11 "Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, serait-ce trop de récolter chez vous des biens matériels ?"; Gal 6,8 "Celui qui a semé en vue de sa propre chair récoltera ce que produit la chair : la corruption ; mais celui qui a semé en vue de l’Esprit récoltera ce que produit l’Esprit : la vie éternelle.").
Gamaliel
Un jour, le Père de Saül décide de l'envoyer continuer ses études à Jérusalem, ce qui est une pratique courante chez les Juifs de la diaspora. Certains n'hésite pas à suivre des stages auprès des différentes sectes pour mieux comparer leurs mérites (Josèphe, Vie 9-12). Son installation à Jérusalem n'implique pas de réelle rupture dans sa vie d'étudiant. Son père le confie au plus hellénisé et au plus libéral des maîtres de ce temps, Gamaliel. Gamaliel poursuivait une tradition inaugurée par son grand-père ; le célèbre Hillel l'Ancien, qui était venu de Babylone sous le règne d'Hérode pour fonder à Jérusalem une académie pharisienne animée d'un esprit conciliateur ; ce libéralisme l'opposait aux tenants d'une autre école, celle de Shammai, davantage attachée à la lettre des textes. La distinction était, d'ailleurs, toute relative car Gamaliel passa lui aussi à la postérité pour son respect scrupuleux de la Loi, son idéal de pureté, sa rigoureuse observance des interdits alimentaires.
Temple de Jérusalem au Ier siècle ap. J.-C. (Israel Museum, Jérusalem)
Le choix du père de Saül tint sans doute aussi à la particularité de ce rabbi dans la Diaspora : Gamaliel était l'auteur de lettres qui avaient circulé en Galilée et dans les régions environnantes et il accueillait très favorablement les prosélytes. Il y avait un terrain de pensée où se rencontraient depuis longtemps Grecs et Juifs, philosophes et docteurs de la Loi : le devoir de justice, la référence à l'ordre militaire, la thématiques des prémisses (A. Jaubert, La notion d'alliance dans le judaïsme aux abords de l'ère chrétienne, paris 1963, p. 408-411), le thème des prémices de Rom 16,5, 1 Co 16,15 est commun à Philon, De spec. Legibus, 4,180 ; à Jacques 1,18 "Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures"; à l'auteur de l'Apocalypse 14,4. L'idéal militaire, qui est fondamental dans l'esprit de Qumran, est repris dans 2 Tim 2,4 "Celui qui est dans l’armée ne s’embarrasse pas des affaires de la vie ordinaire, il cherche à satisfaire celui qui l’a enrôlé.") et surtout la notion centrale de parenté entre les peuples (syngeneia) (C. ORRIEUX, La Parenté entre Juifs et Spartiates, L'Etranger dans le monde grec, Nancy, 1988, p. 169-191, pour qui ces préoccupations sont surtout caractéristiques des Juifs de la Diaspora.) Ce n'était pas encore du cosmopolitisme, mais la conviction que les Juifs et les Grecs avaient un destin commun. Cet état d'esprit était partagé, au moins jusqu'à un certain point, par les Juifs de Jérusalem qui exaltaient déjà à l'époque des Macchabées la parenté entre le peuple élu et celui de Sparte, tous deux frères et de la race d'Abraham. (31) Gamaliel lui-même fut un homme ouvert, qui considérait d'un assez bon œil les idées nouvelles et qui n'hésita pas à prendre la défende de Pierre et des apôtres devant le Sanhédrin, en préconisant l'expectative ("si elle – l'entreprise de ces gens - vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu. Ac 5,39. Les membres du Conseil se laissèrent convaincre".) Il n'a donc pu développer chez Paul des sentiments antichrétiens. Les victimes de Saül seront, paradoxalement, des gens issus des mêmes milieux et de la même culture que lui, celle de la Diaspora hellénisée, mais aux courants opposés. Saint Étienne, martyr, pourtant élevé lui aussi à l'école du Rabbi Gamaliel, s'en prendra au Temple : c'est ce qui lui valut d'encourir le grief d'apostasie, que les Juifs définissaient comme l'abandon des prescriptions mosaïques. On l'accusera de blasphémer contre Moïse et contre le Temple en affirmant que Jésus détruirait le Lieu saint et changerait les coutumes que Moïse a transmises. (Ac 6,11-14). L'éducation pharisienne de Saül, son attachement aux traditions ancestrales ("J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères." Gal 1,14 ; "J'avais pour Dieu une ardeur jalouse." Ac 22,3) son loyalisme envers Rome, le Temple perçu comme le coeur du Peuple élu et le symbole vivant de son indépendance, tout le poussa (avant sa conversion) au même choix. Toute l'histoire ultérieure de Paul dépend peut-être de ce moment dramatique où, dans des communautés déchirées, il rejeta les convertis hétérodoxes (chrétiens), dissociés par lui des observants (pharisiens). C'est en cela que sa première expérience de prédicateur persécuteur s'exerçait contre des gens dont il se sentait proche et qu'il ne comprenait plus, ce qui augmenta encore sa colère. (32) Étienne professait une relation à Dieu qui n'avait plus besoin ni du temple ni des sacrifices d'animaux. Sur ce point, Paul, même après sa conversion, n'adoptera pas ces positions, il restera fidèle au temple. (33) Quant à son passé persécuteur, il lui sert surtout à évoquer d'une manière concrète et familière à ses lecteurs l'"adversaire de Dieu" (théomachos), gonflé d'orgueil et de démesure, plutôt qu'à opposer son passé de juif "zélé" à un "après" chrétien.
Gamaliel insista sur la nécessité d'enseigner en comprenant et en se faisant comprendre (2 Co 1,13). La distinction qu'il établira entre le "maître" à la parole claire et le "magicien" aux propos hermétiques annonce les réactions rabbiniques ultérieures (Sota 22a.) "Évite les discussions folles et simplistes : tu sais qu'elles provoquent des querelles. Or, un serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur, il doit être attentionné envers tous, capable d'enseigner et de supporter la malveillance; il doit reprendre avec douceur les opposants." (2 Tm 2,24-25.)
Les pharisiens témoignent d'une intense espérance eschatologique nourrie de la littérature prophétique : Paul cite treize fois Isaïe dans la Lettre aux Romains. C'est aux prophètes qu'il emprunte le terme de "saints" pour désigner les fidèles du Christ. En Palestine, l'esprit millénariste et l'espérance eschatologique se renforce d'autant plus que l'occupation romaine y crée les conditions les plus favorables à leur développement. Les pharisiens font aussi appel à la l'expérience surnaturelle. Les anges et les démons appartiennent à leur univers (Jospèhe, BJ 2,8,142). La foi en la résurrection constitue la pièce maîtresse de la doctrine pharisienne. Au Ier siècle, les pharisiens sont convaincus de l'immortalité de l'âme et se préparent à affronter le Jugement de Dieu après la mort : une "prison éternelle" attend les mauvais ; "aux autres est accordée la faculté de revivre." (Josèphe, AJ, 18, 1,3 et BJ 2,8,14). La résurrection est une récompense promise aux justes. Entre toutes les sectes juives, les pharisiens semblent davantage préoccupé par le salut individuel que par l'espérance d'un Messie au sens juif du terme, c'est-à-dire d'un sauveur pour la nation.
Paul reçut également une solide formation de juriste, et acquit quelques rudiments de médecine, puisqu'il se montra capable lors de l'escale de Malte d'aider à soigner les malades atteints de fièvre et de dysenterie. (Ac 28,9-10.)
Grèce, IIIe s. av. J.-C.
La ville de Thessalonique était à cette époque devenue la capitale de la province romaine de Macédoine et le port le plus commerçant de la Méditerranée : elle avait dans l'Empire la qualité de ville libre. En 50, Saint Paul, s'y rendit dans sa seconde mission à sa sortie de Philippes (Macédoine orientale). Il y trouva une synagogue, où il prêcha à des Juifs, des prosélytes et des païens durant trois semaines et jeta les fondements d'une petite chrétienté. Mais bientôt chassé par les intrigues des Juifs accusant les prédicateurs d'agir contre les décrets impériaux et traînant certains chrétiens devant les magistrats (Ac 17:5-9), il se retira à Bérée, puis à Athènes, et de là à Corinthe (Grèce). C'est de cette dernière ville qu'il adressa à l'église naissante de Thessalonique vers l'an 51, à peu d'intervalle l'une de l'autre, deux épîtres, les premières que nous ayons de lui. La première (1 Thessaloniciens), qui contient des encouragements, est le plus ancien écrit du Nouveau Testament. L'apôtre y fait l'expérience de la mort et de la résurrection du Christ. Il l'a envoyée une vingtaine d'années après la mort de Jésus, peu après son arrivée à Corinthe où Thimothée, vint lui apporter des nouvelles en provenance de Thessalonique (1 Th 3:6).
À cette date, les traditions évangéliques ont déjà pris corps et d'autres textes peuvent nous rapporter des traditions plus anciennes, mais 1 Thessaloniciens est le plus ancien document chrétien connu. Dans leur relative simplicité, les deux lettres aux Thessaloniciens, parlent des "Églises" et de ceux qui sont "à leur tête"; elles mentionnent tout ce qui est la foi commune des premiers chrétiens et l'expérience des premiers missionnaires : l'amour de Dieu qui appelle (1 Th 1:4; 1 Th 2:12, la foi en la Trinité de "Dieu le Père, et le Seigneur Jésus-Christ" et l'"Esprit-Saint" (1 Th 1-5; 1 Th 4:8), la foi dans la mort et la résurrection du Christ (1 Th 1-10 ; 1 Th 4:14), l'attente du retour du Christ (1 Th 3:13; 1 Th 5:23), la croyance dans la résurrection de ceux qui sont morts dans le Christ (1Th 4:16), la persévérance dans la persécution (1 Th 2:14-16), l'amour fraternel (1 Th 4:9) et le caractère collectif et solidaire des premières communautés chrétiennes (1 Th 4:6); l'action de l'Esprit Saint dans la parole de proclamation et dans la vie des communautés.
Paul traversa la Syrie et la Cilicie, en affermissant les Églises. ll arriva ensuite à Derbé, puis à Lystres. Il y avait là un disciple nommé Timothée ; sa mère était une Juive devenue croyante, mais son père était Grec. À Lystres et à Iconium, les frères lui rendaient un bon témoignage. Paul désirait l’emmener ; il le prit avec lui et le fit circoncire à cause des Juifs de la région, car ils savaient tous que son père était Grec. Dans les villes où Paul et ses compagnons passaient, ils transmettaient les décisions prises par les Apôtres et les Anciens de Jérusalem, pour qu’elles entrent en vigueur. Les Églises s’affermissaient dans la foi et le nombre de leurs membres augmentait chaque jour.
Paul et ses compagnons traversèrent la Phrygie et le pays des Galates (Galatie), car le Saint-Esprit les avait empêchés de dire la Parole dans la province d’Asie. Arrivés en Mysie, ils essayèrent d’atteindre la Bithynie, mais l’Esprit de Jésus s’y opposa. Ils longèrent alors la Mysie et descendirent jusqu’à Troas (Troie). (Ac 15,41 et Ac 16,1-8)
La prédication paulinienne est une exhortation à la "vraie" Sagesse, celle du Christ en qui sont tous les trésors cachés de la sagesse et de la connaissance"; seule la foi au Christ mène à la connaissance. Paul et ses collaborateurs dénoncent ce "vain leurre" qu'est la philosophie fondée sur l'histoire humaine. (Col 1,28 "Nous avertissons tout homme, nous instruisons chacun en toute sagesse, afin de l'amener à sa perfection dans le Christ" ; 2,3 le Christ "en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance"; 2,8 "Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ" ; et 23 "des enseignements humains... qui ont des airs de sagesse, de religion personnelle, d’humilité et de rigueur pour le corps, mais ne sont d’aucune valeur pour maîtriser la chair." (34)
S. Paul met en place des "anciens", comme nous le voyons à Éphèse (Actes 20, 17).
Il envoie deux collaborateurs, Tite et Timothée, deux convertis du paganisme dans les communautés qu'il a fondées, pour éviter qu'elles ne dérivent. Ils sont destinataires de trois épîtres avec des conseils pour l'avenir. À Thimothée, en particulier, il rappelle le "don spirituel que Dieu a déposé en toi par l'imposition de mes mains" (1 Tm, 4: 14; et 2 Tm 1:6).La mission principale de Timothée est de "garder le dépôt" (1 Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14). Ce dépôt doit être transmis à d'autres de génération en génération : "Ce que tu m’as entendu dire en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes dignes de foi qui seront capables de l’enseigner aux autres, à leur tour" (2 Tm 2,2).
De même S. Pierre recommande aux "anciens en fonction" de paître "le troupeau de Dieu quileur est confié et aux "jeunes gens" d'être "soumis aux anciens" (1 P. 5, 1-2). Il invente la succession apostolique lorsque Judas, mort, il propose "qu'un autre prenne sa charge" (Ac 1,20), de prier le Seigneur, qui connait tous les coeurs, afin qu'il désigne par tirage au sort celui qui prendra, "dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne". Et c'est Matthias qui est élu. (Ac 1, 24-26)
Carte itinéraires de Saint Paul et fondations des premières églises, dans Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, Fayard, 1991, p. 191.
"Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur" (Matthieu 10,24), "un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi" (Jean 15,20), "Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître." (Luc 6,40), comme le prince des Apôtres, "Paul aura tout connu à Éphèse, sinon la misère et l'abandon (Phil 2,17 et 4,11-12). Il y a couru le danger extrême qui l'a mené aux portes de la mort (2 Cor 1,5-8 et Rom 16,4 écrit lors du retour d'Éphèse à Jérusalem) ; il y a souffert dans son corps et constaté sa déchéance physique (2 Cor 4,16 et 6,5 "les coups, la prison, les fatigues, le manque de sommeil et de nourriture; il y a été incarcéré avec Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus. (Philémon 23). En Galatie, à Lystres, Paul et Barnabé furent pris pour des dieux, mais c'est aussi à Lystres que Paul fut lapidé par les Juifs qui le laissèrent que lorsqu'ils le crurent mort (Ac 14-8,20) . À Césarée, il a passé presque deux ans en détention préventive (Ac 24,27).
Les années 67 ou 38 sont celles qu'ont avancées pour la mort de Paul, les chronographes antiques du IVe siècle (Eusèbe, Chronique, 111e olympiade après les morts de Sénèque - 65 - et d'Octavie ; Jérôme, De viris illustribus, 12). Les Actes du martyre de Paul (sur ordre de Néron), tels que le souvenir s'en conserva en Asie jusqu'au IIe siècle (Actes de Paul 11,1) situent l'évènement dans le même contexte que la lettre aux Philippiens et que la deuxième lettre à Thimothée. Luc est présent aussi, ainsi que Tite, de retour de Dalmatie, et peut-être encore Thimothée, dont on connaît une incarcération ultérieure. L'apôtre est entouré par des convertis de la maison impériale. Après sa condamnation on le conduit à la sortie de Rome sur la route d'Ostie pour l'exécuter par décapitation. (35) On ne sait rien de l'accusation qui pesa contre lui, ni des dénonciateurs.
"Une tradition attestée par des textes des Ve et VIe siècles rapporte que Paul avait été enterré sur la Via Ostiense, sur les terres d'une femme chrétienne, Lucina. Il aurait été décapité plus loin en dehors de la ville aux Acquae Salviae, à l'endroit aujourd'hui appelé Tre Fontane : la tête aurait rebondi trois fois, faisant naître trois fontaines. Paul sera désormais représenté une épée à la main, à l'image de sa statue géante qui garde l'entrée droite de la basilique Saint-Pierre de Rome.
"Eusèbe de Césarée au IVe siècle reporte une citation attribuée à un ouvrage écrit en 198 par un prêtre romain, Gaïus : 'Je peux te montrer les trophées des apôtres : si tu vas au Vatican ou sur la Via Ostiense, tu y trouveras les trophées des fondateurs de l'Église' (Histoire ecclésiastique 2,25,6-7.) Saint Pierre et saint Paul étaient donc bien commémorés dès l'origine sur les lieux où seront construites plus tard les deux basiliques. [...] C'est bien le martyre des deux apôtres à Rome qui donnera un tel prestige à une Église qui se réclame de leur fondation.
"[...] Au début du IIe siècle, sous le règne de Trajan, c'est une autre grande figure de ce premier christianisme, Ignace d'Antioche, qui arrive à Rome pour y être mis à mort. Petit à petit, on peut ainsi deviner dès le IIe siècle la constitution dans la capitale impériale d'une communauté prestigieuse, qui se présente comme une fondation apostolique, unie autour de la figure des deux apôtres, Pierre et Paul.
"[...] Vers l'an 180, Irénée de Lyon donne comme premiers successeurs de saint Pierre et saint Paul respectivement Lin, Anaclet, Clément (Contre les hérésies, III, 3,3), version que l'on retrouve chez Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, III, 2,13-15,21). [...] Plus tard, au VIe siècle, les notices biographiques compilées dans le Liber pontificalisfixeront la liste devenue canonique de la succession des papes depuis saint Pierre, premier évêque de Rome : elle reprend en son commencement la liste donnée par Irénée." (36)
Le souci de la continuité, le souci de garder le dépôt de la foi (1Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14) et de le transmettre à d'autres générations (2Tm 2), la transmission de la charge ecclésiastique (office) par les apôtres eux-mêmes (Ac 1,20-24), le caractère collectif autant que solidaire des premières communautés chrétiennes (1 Th 4,6), le titre de "pasteurs", titre qui convient d'abord au Christ et que Jésus avait donné à Pierre (Jn 21,15-17), ainsi que la nécessité de l'interprétation de l'Écriture dans le sens de la tradition apostolique (2 P 1,16-20 ; Ac 8,27-35) sont autant de traits particuliers de l'Église primitive qui existent toujours.
Epitre de S. Clément de Rome, Pape, aux Corinthiens 44
"Dans les 300 premières années du christianisme, en plus de la croyance en la Trinité et en l'Incarnation, les documents de l'Eglise primitive révèlent une croyance répandue en :
-L'Eucharistie comme Sacrifice de la Nouvelle Alliance ("oblation de l'Église, que le Seigneur a enseigné à offrir dans le monde entier" "sacrifice pur" : S. Irénée de Lyon vers 180, Contre les hérésies, livre IV, I, 6.)
Quoi que fut la nature de cette Église primitive, elle ne fut pas protestante. C'est précisément ce que voulait dire saint John Henry Newman : il est impossible de fouiller l'histoire de l'Église et d'y trouver la moindre trace de foi et de pratique protestantes. Le catholicisme, en revanche, peut remonter à l'Église pré-constantinienne, où il trouve une continuité substantielle." Scott Walker Hahn (l'un des protestants convertis les plus reconnus du monde anglophone.)
Saint Justin le Martyr (+165) : ‘’Le rocher sur lequel le Seigneur a fondé son Église n’était pas la personne de Pierre, mais bien la confession que l’apôtre avait faite.’’
Épiphane : ‘’Pierre, prince des apôtres, a été pour nous comme une pierre solide sur laquelle la foi du Seigneur est appuyée comme sur un fondement, sur laquelle l’Église a été construite de toutes manières, ce fut surtout parce qu’il confessa le Christ fils du Dieu vivant qu’il entendit à son tour : sur cette pierre de foi solide j’édifierai mon Église.’’ (Haeres., 59)
Saint Léon le Grand (+461) : ‘’C’est sur le roc de cette foi confessée par S. Pierre que le Christ a bâti son Église (Cf. Mt 16,18) (S. Léon, Serm. 4,3 : PL 54, 151 ; 51,1 : PL 54, 309 B ; 62,2 : PL 350C-350A ; 83,3 : PL 54, 432A) Pierre avait confessé : ‘’Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant’’. Notre Seigneur lui répondit alors : ‘’Tu est Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendrot pas contre elle’’ (Mt 16,18). De la même façon Le Chist ‘’Pierre vivante’’ (1P 2,4) est fondement de l’ Église car c’est bien parce que le Christ fait de Pierre une pierre de fondation qu’il peut être appelé fondement. Tous les premiers chrétiens partageaient ces affirmations sans les juger contradictoires et c’est même en raison de son siège apostolique que Rome et ses évêques ont été considérés comme proéminents dans l’Église. Le Christ assure à son Église bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre en raison de la foi confessée en lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (Cf. Lc 22,32.)
Tertullien (+ 220) qui écrivit ‘’Qu’est-ce qui a pu être caché à Pierre, ainsi appelé parce que l’ Église devait être bâtie sur lui ; à Pierre, qui avait reçu avec la clé du royaume des cieux, le pouvoir de lier de délier, tant dans les cieux que sur la terre ?’’ (Prescription contre les hérétiques XXII ; PL2,34), considérait même que le Christ avait le privilège de lier et de délier uniquement à la personne de Pierre. Chose qu’il rappela ailleurs.
Origène (v. 254) répétait aussi plusieurs fois que Pierre était celui sur qui était édifiée l’Église du Christ. (Commentaire sur S. Jean, Livre V,3, SC 120, p. 176-177).
Saint Cyprien de Carthage (+258) est plus mesuré. Il dit aussi que le Christ a bâti l’Église sur Pierre mais qu’il a autant d’autorité apostolique que les autres apôtres, à ceci près qu’il est le premier parmi eux et qu’il en est le responsable, parce qu’il y a un seul responsable dans l’Église. Ainsi, les autres bergers doivent rester attachés et d’accord avec l’unité de Pierre, sans quoi l’on ne peut pas être de l’Église.
Saint Hilaire de Poitiers (+ 367) dit que ‘’Pierre a le primat de la fonction apostolique.’’ (Commentaire de Matthieu 7,6 in Sources chrétiennes 254, p. 184-185). Il répète que Pierre ‘’devient alors la pierre d’assise sur laquelle l’Église est bâtie, et reçoit les clés du royaume des cieux.’’ (La Trinité, Livre VIIe, 20. PL 10, 172)
S. Ephrem le Syrien (+ 373) dit que ‘’si le Christ est la lumière saint Pierre est son chandelier.’’ (Sermon XI, Méquignon-Havard 1842, Enconium Petrum et Paulum) Et que le Christ a fait de lui la fondation de sa Sainte Église et qu’il l’a appelé Pierre parce qu’elle supportera toutes ces constructions. Et si quelqu’un cherchait à construire quelque chose de faux, c’est lui, le fondement, qui le condamnerait. Il dit aussi qu’il est ‘’la tête de la fontaine d’où découle tous les enseignements'' et qu’il est le "chef de ses disciples". Ce sera à travers lui qu’"il donnera à boire à tous les peuples". Il dit l’avoir "choisi comme premier-né de son institution" et qu’il lui a "donné toute autorité sur son trésor."
Saint Cyrile de Jérusalem (+386) l’identifie comme ‘’le prince des apôtres’’, ainsi que ‘’leur chef’’. Saint Grégoire de Nysse (+394) dit aussi qu’il est le chef des apôtres et que l’Église est glorifiée avec lui parce qu’elle est établie avec lui. (seconde homélie sur S. Etienne, protomartyr, PG 46, col. 733-734.)
S. Ambroise (+397) dit qu’‘’en l’appelant Pierre, il l’a déclaré être la fondation de l’Église’’ (Traité de la foi, Livre IV, chapitre 5, PL 16, col 628.)
Dans les Actes du Concile d'Éphèse (431), il était aussi déclaré que Pierre était ''le prince et la tête des apôtres, le pilier de la foi et la fondation de l'Église catholique."
Iconographie :
"Eusèbe de Césarée nous affirme un peu avant 312 que 'les images des Apôtres Pierre et Paul et du Christ lui-même ont été conservées par le moyen des couleurs des tableaux.' (Patrologie grecque de Migne (P.G.), t. 20, col 680 B.D.) Mais les musées conservent toute une série de médailles bien antérieures, de la fin du IIe siècle ou du début du IIIe, où l'on retrouve déjà les mêmes caractéristiques." (37)
Saints Pierre et Paul, icône russe de Belozersk (XIIIe s.) Le genre iconographique de cette icône remonte à celui de l'icône de Pierre et Paul datant du XIe siècle et provenant de la cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod (Art de la vieille Russie). Les apôtres sont représentés de face. Le peintre veut leur donner un statut d'égalité. Les mains droites sont pliées dans un geste de bénédiction. Paul bénit en levant l'index et l'auriculaire (Les doigts forment alors le monogramme des lettres grecques IC XC pour Jésus-Christ) et Pierre l'index et le majeur (Ces deux doigts et le pouce se touchent et forment le symbole de la Trinité). Source: Wikipedia russe https://fr.wikipedia.org/wiki/Apôtres_Pierre_et_Paul_(icône_de_Belozersk)
Saint Paul, Bartolomeo
La Prédication de Saint Paul à Athènes, Raphaël
La Prédication de Saint Paul aux Éphésiens, Eustache Le Sueur
Saint Paul rendant visite à saint Pierre en prison, F. Lippi
***
Notes
(1) La Bible, Traduction oecuménique, édition intégrale TOB, 8è édition, Les Éditions du Cerf / Société Biblique Française, 1998, p. 2412, note h ; (2) Simon Claude MIMOUNI, Pierre MARAVAL, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 175-178 et 184 ; (3) Marie-Françoise BASLEZ, Bible et Histoire, Judaïsme, hellénisme, christianisme, Folio Histoire, Saint-Amand 2003, p. 168 ; (4) Dominique LE TOURNEAU, Les Mots du christianisme, Bibliothèque de Culture religieuse, Fayard, La Flèche 2005, p. 484 ; (5) Thomas TANASE,Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 24; (6) Les Saints chrétiens, Collection Enigmes du Sacré, n° 13, 10 mai 2016, p. 22 ; (7) La Bible, Traduction Oecuménique, édition intégrale TOB, Les Éditions du Cerf, Société Biblique française, 8e édition, 1998, p. 2966; (8) Simon Claude MIMOUNI, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, Italie 2018, p. 315 ; (9) Simon Claude MIMOUNI, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, p. 134-135 ; (10) André MÉHAT, Simon dit Képhas, Lethielleux, Paris, 1989, p. 137-143 ; (11) Philippe LEVILLAIN, Gaius-Proxies, Routledge, 2002, p. 942 ; (12) Roberta BERNABEI, Chiese di Roma, Electa, 2007, p. 242, 338 ; (13) Louis LELOIR, Écrits apocryphes sur les apôtres : Pierre, Paul, André, Jacques, Jean, Brepols, 1986, p. 68 ; (14) A. W. FORTUNE, Babylon in the NT, dans The International Standard Bible Encyclopedia, vol. I:A-D, Wm. B. Eerdmans Publishing, 1979, p. 391 ; (15) Peter H. DAVIDS, James and Peter : The Literary Evidence, dans Bruce CHILTON et Craig EVANS (éds.), The Missions of James, Peter, and Paul, Brill, 2005, p. 32 ; (16) Simon Claude MIMOUNI, Pierre MARAVAL, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 337 ; (17) Jocelyn TOYNBEE, John Bryan WARD-PERKINS, The Shrine of St. Peter and the Vatican Excavations, Longmans, Green and Co, 1956 ; (18) Jocelyn TOYNBEE, John Bryan WARD-PERKINS, The Shrine of St. Peter and the Vatican Excavations, Longmans, Green and Co, 1956 ; (19) Margherita CARDUCCI, Le reliquie di Pietro sotto la Confessione della Basilica Vaticana : una messa a punto, dans "Rivista di Archeologia classica" 19, 1967, p. 1-97 ; (20) Margherita CARDUCCI, ibid., p. 83 ; (21) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 93 ; (22) Paul VI, Audience Générale, Mercredi 26 juin 1968 ; (23) Vatican displays reputed bones of St. Peter, CBS This Morning, 25.11.2013 ; (24) « Les reliques de Saint-Pierre exposées pour la première fois », Tribune de Genève, 24 novembre 2013 ; (25) Simon Claude MIMOUNI et Pierre MARAVAL, Le Christianisme, des Origines à Constantin, ibid., p. 185 ; (26) Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je ?, 4e édition, Paris 2018, p. 16 ; (27) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, Fayard, Saint Amand-Montrond 1991, p. 10-15 et 301 ; (28) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 27-28 ; (29) François BRUNE, Saint Paul Le témoignage mystique, Oxus Spiritualités, Paris 2003, p. 22 ; (30) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 40 ; (31) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 48 ; (32) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 66-67, 70 et 80 ; (33) François BRUNE, Saint Paul Le témoignage mystique, ibid., p. 23 ; (34) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 197 ; (35) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 293 ; (36) Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 29-37 ; (37) François BRUNE, Saint Paul Le témoignage mystique, ibid., p. 19.
Saint Irénée de Lyon, Evêque, et ses compagnons, Martyrs
Irénée écrivait : "Je n'étais encore qu'un enfant, mais je me souviens des choses d'alors, mieux que de ce qui est arrivé depuis. Je pourrais dire l'endroit où le bienheureux Polycarpe s'asseyait pour parler, sa démarche, sa façon de vivre, sa physionomie. Je pourrais répéter les discours qu'il adressait au peuple, comment il racontait sa familiarité avec saint Jean et avec les autres qui avaient vu le Seigneur, comment il évoquait leurs paroles; les détails sur le Seigneur, sur ses miracles, sur sa doctrine, qu'il avait appris de ceux qui avaient vu le Verbe de vie, comme il les rappelait, comme tout cela s'accordait avec les Ecritures !
Saint Irénée, cité in Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 165.
Saint Irénée est né à Smyrne en Asie Mineure vers 120 ap. J.-C., de parents grecs et chrétiens.
Irénée est envoyé en Gaule vers 157 par son maître Saint Polycarpe, qui avait été disciple de saint Jean l'Évangéliste.
Jean, Polycarpe, Irénée, la filiation de la tradition apostolique est directe et c'est dans cette tradition qu'il faut situer l'évêque Irénée.
Il fut le défenseur de la foi contre la gnose et les premiers gnostiques, qui rejetaient la Création par Dieu du monde matériel, et auxquels il oppose la tradition apostolique établie à Rome par Pierre et Paul, qui s'impose aux fidèles de partout (Contre les hérésies, III, 3,1-2.)
Il parle de Rome, "l'Église très grande, très ancienne et connue de tous... C'est avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, que doit nécessairement s'accorder toute Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres." (Adversus haereses, III, 2.)
Il donne la liste de succession épiscopale des évêques de Rome, liste qui est un document unique et fondamental pour le siège de Rome, comme attestation de son "excellence".
La "tradition apostolique" se transmet par la "succession apostolique", qui est pour Irénée, la "preuve" de l'identité et de la "vérité" de la foi de l'Église. C'est pourquoi, écrit Irénée, c'est en l'Église que se trouve la vérité et la vie: "Il faut aimer avec un zèle extrême ce qui est de l'Église", tout Irénée est là; son amour de l'Église est aussi notre raison d'aimer Irénée et le trait le plus caractéristique de sa sainteté.
"C'est pourquoi, écrit-il, il faut obéir aux prêtres qui sont dans l'Église - ceux qui, comme je l'ai montré, possèdent la succession des apôtres, ceux qui, avec la succession de l'épiscopat, ont reçu le don certain de la vérité, selon le bon plaisir du Père.
Mais [il faut aussi] tenir en suspicion ceux qui s'écartent de la succession primitive et s'assemblent en quelque lieu que ce soit, soit comme des hérétiques à l'esprit pervers, soit comme des schismatiques enflés et satisfaits d'eux-mêmes, soit encore comme des hypocrites qui agissent ainsi pour l'amour de l'argent et de la vaine gloire.
Tous, en effet, se sont éloignés de la vérité.
Les hérétiques, en effet, qui apportent un feu étranger sur l'autel de Dieu - c'est-à-dire des doctrines étrangères - seront brûlés par le feu du ciel, comme Nadab et Abihu [Lev. 10:1-2].
Mais ceux qui s'élèvent contre la vérité, et qui exhortent les autres contre l'Église de Dieu, [resteront] parmi ceux qui sont en enfer, et seront engloutis par un tremblement de terre, comme ceux qui étaient avec Koré, Dathan et Abiram [Nombres 16:33].
Mais ceux qui divisent et séparent l'unité de l'Église [recevront] de Dieu le même châtiment que Jéroboam [1 Rois 14:10]". (Contre les hérésies, Livre 4, chapitre 26, §2)
Vous trouverez ce genre d'avertissements contre l'hérésie, le schisme et la séparation d'avec les successeurs des apôtres dans tous les anciens Pères de l'Église.
Saint Paul lui-même en écrit dans 2 Thessaloniciens 2,15 : "Frères, tenez bon, et gardez ferme les traditions que nous vous avons enseignées, soit de VIVE VOIX (tradition orale), soit par lettre."
En 177, avp. J.-C., Irénée succéda au premier évêque de Lyon, Saint Pothin, qui venait d'expirer en prison sous les mauvais traitement qu'on lui infligea lors de la persécution de Marc-Aurèle. Une émouvante lettre adressée par "les Églises de Vienne et de Lyon aux Églises d'Asie et de Phrygie" relate le martyre des chrétiens lyonnais. De larges extraits de cette lettre nous ont été conservés par Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique (V, 1-5). Cette lettre "raconte la violence extrême qu'ont pu subir les chrétiens, mis à mort et dont les corps ont été brûlés et les cendres dispersées dans le Rhône afin de ne laisser aucune trace. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 38.)
En grec, "le pacifique", évêque de Lyon (177), Père de l'Église et théologien catholique anti-gnostique, saint Irénée eut le bonheur insigne d'être, jeune encore, disciple de l'admirable évêque de Smyrne,Polycarpe, qui fut lui-même le disciple de Jean l'Evangéliste.
Irénée conçut une telle vénération pour son saint maître, que, non content de se pénétrer de sa doctrine et de son esprit, il modelait sur lui ses actions et jusqu'à son pas et sa démarche. Il écoutait ses discours avec une ardeur incroyable, et il les grava si profondément en son coeur, que jamais il ne les oublia, pas même dans sa vieillesse.
Il fut bientôt fort instruit dans les Saintes Écritures et dans les traditions apostoliques, et déjà l'on pouvait prévoir en lui l'auteur futur de tant de saints ouvrages et surtout de ce travail si remarquable Contre les Hérésies, où devaient puiser, comme à une source riche et sûre, tous les savants de l'avenir.
Irénée était l'enfant chéri de Polycarpe; mais il était aussi l'espoir et la joie de toute la chrétienté. Jamais diacre ne s'acquitta de toutes ses fonctions avec tant de zèle.
L'ardeur du jeune apôtre s'enflammait de plus en plus à la vue des missionnaires que Polycarpe envoyait dans les Gaules; aussi bientôt il reçut de son maître l'ordre impatiemment désiré d'aller au secours du vieil évêque de Lyon, saint Pothin.
Polycarpe fit, au jour de la séparation, un grand sacrifice; mais il fit aussi une oeuvre féconde. Le bonheur du vénérable évêque des Gaules dépassa toutes ses espérances, quand il reconnut tout le mérite de son jeune auxiliaire. Avec Irénée, l'avenir de l'Église occidentale était sauvé.
Une terrible persécution fit disparaîtresaint Pothinavec grand nombre de fidèles. Les païens avaient cru noyer l'Église lyonnaise dans le sang de ses enfants, mais Irénée restait encore, et, par l'ordre du Pape Éleuthère (175-189), il monta bientôt sur le siège épiscopal de Lyon (178). Ses prières, ses prédications, ses exhortations, ses réprimandes, eurent bientôt reconstitué cette Église dévastée. La paix toutefois n'était que précaire, et la persécution fit couler de nouveau le sang des martyrs. Le temps d'Irénée n'était pas encore venu, son oeuvre n'était que commencée, et Dieu voulait lui donner le temps de l'accomplir.
Irénée contribua à la connaissance du gnosticisme(ce terme vient du grec gnosis, "connaissance révélée"), dont il reste peu de documents. Il défendit la vraie tradition de l'Église, transmise par les apôtres et fondée sur la "règle de vérité" qui est la foi en Dieu et en son Fils Jésus-Christ : la soit-disant "tradition" des hérétiques était sans autorité parce qu'elle ne reposait pas sur l'institution et la transmission légitime de l'autorité. Au contraire, les évêques étaient, eux, les héritiers, de l'autorité des Apôtres (traditio ab apostolis). Saint Irénée est le premier à parler de la tradition apostolique.
Ce qui constitue le fond de l'attitude gnostique, c'est tout à la fois un blasphème contre le seul vrai Dieu, qui, Créateur de l'univers aurait pourtant déchu, et un rejet passionné et méprisant de la Création, de notre humanité de chair, déclarée mauvaise en elle-même. Le secret dont s'enveloppent les doctrines gnostiques réservées à une élite de parfaits et d'initiés contribue à rompre l'universalité du salut chrétien, son caractère de "bonne nouvelle" adressée à tous les hommes, car, si le salut est un don divin radicalement gratuit pour tous, il est aussi une offre destinée à tous et tous sont appelés à accueillir dans un libre don d'eux-mêmes au Dieu qui les sauve.
"C'est l'orthodoxie qui crée l'hétérodoxie et non pas l'inverse : c'est en se considérant orthodoxes que ceux qui ne le sont pas sont rejetés comme hétérodoxes.
"[...] Dans l'Antiquité, le terme d'hérésie renvoie à un schème idéologique emprunté principalement à la culture hellénophone. Dans la tradition grecque, le terme désigne un courant de pensée, rattaché de manière assez lâche aux écoles philosophiques, [...] telles l'Académie de Platon ou le Lycée d'Aristote - dans un sens positif. Dans la tradition judéenne, [...] le terme a été adopté pour l'appliquer aux courants internes du judaïsme, celui des pharisiens, des esséniens ou de sadducéens par exemple - dans un sens neutre, même si le caractère péjoratif de la désignation comme hérésie pointe souvent dans les textes. Dans la tradition chrétienne, le terme a encore cette valeur dans les Actes des Apôtres. Cependant Paul l'emploie déjà pour réprouver la formation de 'partis' dans les communautés chrétiennes. [...] Il faut attendre le milieu du IIe siècle pour qu'apparaisse un modèle plus ou moins commun destiné à justifier l'exclusion, sous le nom d'hérésies, de doctrines considérés comme perverses. [...] L'intervention de Justin de Néapolis, dans les années 150 environ, semble avoir été déterminante en la matière. [...] L'attitude du mouvement pharisien ou rabbinique, après les échecs des révoltes judéennes contre Rome entre 70 et 135, [...] a eu probablement sur ce point, comme sur d'autres d'ailleurs, une certaine influence.
"[...] James F. McCue, par exemple, a fait remarquer que le développement de la pensée valentinienne, loin de prouver que l'hétérodoxie serait majoritaire et autonome, suppose, au contraire, l'existence de l'orthodoxie. (J.F. McCue, Orthodoxy and Heresy: Walter Bauer and the Valentinians, dans Vigiliae christianae 33, 1979, p. 118-130.) (Simon Claude MIMOUNI,Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, Italie 2018, p. 296-297; 303)
"L'entité christianisme a toujours été, dès la première attestation du terme (dans les lettres d'Ignace d'Antioche aux chrétiens de Magnésie et Philadelphie vers 115), une construction conceptuelle, servant notamment à tracer des frontières entre pratiques et croyances différentes, et à connoter positivement ou négativement, les ensembles de phénomènes ainsi délimités.
"[...] L'hébraïsme du temps présent, [...] devenait désormais l'héritier de l'opposition à Dieu toujours active en Israël, et donc une branche morte, abandonnée de Dieu et de sa bienveillance ou, plutôt, s'étant elle-même obstinément, coupablement, détachée de Lui." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, Traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 12 et 22.)
Les sectes gnostiques, auxquelles est affronté Irénée, s'accrochent comme autant de plantes parasites, au tronc de la grande Église. Cet ésotérisme de la gnose ne contribue pas peu à sa séduction qu'elle exerce sur bon nombre de contemporains d'Irénée. Aussi, la méthode d'Irénée, est-elle d'exposer l'hérésie, de produire au grand jour les doctrines soigneusement tenues secrètes jusque-là par les gnostiques (livre I). Non sans peine, il a mis la main sur les écrits secrets que les gnostiques font circuler sous le manteau. Et, ensuite, il montre la fausseté des doctrines démasquées: ce sera la réfutation (livre II). Celle-ci se déploie en reprenant les points essentiels des doctrines exposées dans le livre I, Irénée les passe au crible d'une critique sévère, qui met en lumière leurs innombrables contradictions, extravagances et incohérences, bref, en relevant tout ce qui, en elles-mêmes, et indépendamment de toute règle de vérité, suffirait à les rendre inacceptables aux yeux d'un homme qui réfléchit. Irénée achève sa réfutation en l'élargissant et en la couronnant par une "démonstration", qui fera la matière des trois derniers livres : l'enseignement des apôtres (livre III); les paroles du Christ (Livre IV); les épitres pauliniennes et quelques faits précis particulièrement significatifs de la vie du Christ (livre V.)
La démonstration réalisée sur le double clavier des Écritures fait surgir pour ainsi dire à chaque instant, de façon simultanée, à l'avant-plan des textes du Nouveau Testament, mais en les projetant sur l'arrière-plan des textes de l'Ancien, faisant ressortir l'accord profond des uns et des autres et reconstituant inlassablement l'unité des Testaments brisée par les Valentiniens et les Marcionites.
Les découvertes modernes, notamment celle de la bibliothèque gnostique copte de Nag Hammadi, ont confirmé de façon remarquable la valeur des renseignements que nous fournit Irénée sur le gnose du IIe siècle.
"La seconde moitié de ce IIe siècle voit certains théologiens (comme Irénée, et apologistes comme Justin. Ndlr.) penchant vers un projet de paix avec l'empire s'impliquer [...] dans l'élaboration de 'l'hérésie' comme un phénomène universel, provoqué par les puissances du mal dans le cadre de leur lutte contre Dieu au cours de l'histoire du monde ; et l'on range sous l'étiquette d''hérésie' des groupes et des modèles peu ou pas compatibles avec ce projet de prise de responsabilité chrétienne vis-à-vis du monde et de ses institutions.
"[...] C'est Irénée, évêque de Lyon, qui a posé les bases du modèle qui devait prévaloir dans le christianisme, dans son ouvrage Contre les hérésies, terminé vers 190. [...] Il connaît le Traité (perdu) contre toutes les hérésies de Justin, qu'il cite, et il en dépend [...] assez abondamment, encore qu'il ne soit pas possible de cerner très exactement tout ce qu'il en tire." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 23, et 369.)
Irénée dressa la liste de succession des évêques (papes) de Rome.
"L’ensemble des croyants de tous les pays, doit demeurer en accord avec l’Église de Rome». Au plan de la discipline et surtout de la foi, l’Église de Rome est un modèle pour les autres Églises ; on y vient de partout" (Adversus haereses, III, 2.)
Vers l'an 180, il donne comme premiers successeurs de saint Pierre respectivement Lin, Anaclet, Clément (Contre les hérésies, III, 3,3), version que l'on retrouve chez Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, III, 2,13-15,21).
"3,3. Donc, après avoir fondé et édifié l'Église, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l'épiscopat; c'est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée (II Tim 4,21). Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu à partir des apôtres, l'épiscopat échoit à Clément. Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux: leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition, était encore devant ses yeux. Il n'était d'ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres." (Saint Irénée de Lyon, Adversus haereses, III, 2.)
Évoquant l'évangélisation des Gentils, Irénée explique :
"Celui qui reçut l'apostolat à destination des gentils peina plus que ceux qui prêchèrent le Fils de Dieu parmi les circoncis. Ceux-ci étaient secondés par les Écritures, que le Seigneur avait confirmées et accomplies en venant tel qu'il avait été annoncé. Là, en revanche, c'était un enseignement étranger, une doctrine nouvelle : non seulement les dieux des gentils ne sont pas des dieux, mais ils ne sont qu'idoles de démons ; il n'y a qu'un seul Dieu, qui est 'au-dessus de toute Principauté, Puissance et Seigneurie et de tout nom qui se nomme' ; son Verbe, invisible par nature, s'est fait palpable et visible parmi les hommes et est descendu 'jusqu'à la mort et la mort de la croix' ; ceux qui croient en lui deviendront incorruptibles et impassibles et auront part au royaume des cieux. Tout cela était prêché aux gentils par la simple parole, sans Écriture aucune : c'est pourquoi ceux qui prêchèrent aux gentils peinèrent davantage." (Contre les hérésies, Livre 4, Deuxième partie, 2.)
Cette évangélisation historique des gentils par la simple parole sans Écriture aucune, montre qu'il existe deux sources à la vérité : la tradition orale reçue des apôtres et les écrits évangéliques.
Irénée, premier défenseur des quatre évangiles et d'un premier canon biblique
Irénée est, en 170, une figure importante de la défense de seulement quatre évangiles. Et seuls quatre évangiles seront ultérieurement inscrits au canon du Nouveau Testament (canon de Muratori, IIIe siècle) : les évangiles selon Matthieu, selon Luc, selon Marc, et selonJean. (Contre les hérésies, III, 11, 7-8). Ainsi Irénée est-il le premier écrivain chrétien connu à avoir fait la liste des quatre évangiles canoniques.
"Il connaît et reçoit les Actes des Apôtres, 13 épîtres de Paul, 1 Pierre, 1 et peut-être 2 Jean, l'Apocalypse de Jean." (Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 389.)
Notons qu'aujourd'hui, les protestants qui contestent la tradition de l'Église catholique (ne craignant pas de se contredire) le font en se référant pour leur exégèse à un canon biblique fixé exclusivement par un évêque catholique au IIe siècle (S. Irénée de Lyon) qui spécifia l'accord nécessaire avec cette "Église de Rome" en raison de son origine plus excellente,et par l'Église catholique, elle-même, à la fin du même siècle (Canon de Muratori).
Jean-Christian PETITFILS, dans son ouvrage "Jésus, Le Jésus de l'Histoire" (Fayard, 2011, p. 25), citant des recherches récentes, date en effet le Canon de Muratori de la fin du IIe siècle : "Un document capital, le canon de Muratori, datant du IIe siècle après J.-C., comme semblent bien le montrer les dernières recherches."
Dans les notes p. 583, note 24, il précise : "Ce document daterait en réalité du IIe siècle. [...] Voir E. FERGUSON, 'Canon Muratori. Date and Provenance', Studia Patrisca, vol. 17,2, Oxford, 1982, p. 677-683; Philippe HENNE, 'La Datation du Canon de Muratori', Revue biblique, janv. 1993, p. 54-75 ; J. VERHEYDEN, 'The Canon Muratori. A Matter of Dispute', in J.M. AUWERS, J.J. DEJONGE, ed., The Biblical Canons, BETL, CLXIII, Leuven, 2003, p. 485-556."
Et "lorsque les groupes rejetés s'appuient sur les mêmes textes que ceux qui sont acceptés dans la 'Grande Église', Irénée ne juge légitimes que les interprétations fondées sur certains principes de base - par exemple la création du monde matériel par Dieu, Père de Jésus. Il déclare que c'est la succession des évêques (Ac1,20,2 Tm2,2) qui est dépositaire et gardienne de ces principes. Car la succession des évêques [...] a reçu directement des apôtres, la 'règle de vérité'. Le message de Jésus n'est donc plus confié à la transmission orale, [...] mais à un nombre précis d'écrits dont l'interprétation est placée sous le contrôle des évêques.
"[...] À la fin du IIe siècle, le christianisme a donc désormais opéré une série de choix d'une immense portée, plus décisifs que ceux qu'il opéra lors des siècles suivants, et il s'est doté d'institutions capables de l'aider à surmonter les nombreuses difficultés qui l'attendent." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 25-26.)
Irénée, premier des Pères de l'Église à présenter la Vierge Marie comme la Nouvelle Ève
"Irénée, disciple de Polycarpe qui fut lui-même familier de Jean, est le premier des Pères de l'Église d'Orient et d'Occident à nous présenter la Vierge Marie comme celle qui, par son obéissance est devenue la Nouvelle Ève, avocate de l'ancienne et mère des nouveaux vivants." (Cardinal Decourtray, Préface dans Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, Sagesses chrétiennes, Cerf, Paris 2007, p. 6.)
"Presque toutes les idées qu'il a défendues sont devenues des dogmes et lois dans l'Église catholique. Elle peut se réclamer de lui comme d'un de ses principaux fondateurs." (Camille JULLIAN, La Gaule dans l'Empire romain, Editions du Trident, Paris 2013, p. 73.)
L'unité de Dieu, Créateur et Père
Voici comment vous reconnaîtrez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui proclame que Jésus Christ est venu dans la chair, celui-là est de Dieu.
Tout esprit qui refuse de proclamer Jésus, celui-là n’est pas de Dieu : c’est l’esprit de l’anti-Christ.
Le blasphème fondamental contre le Dieu Créateur est avant tout le blasphème de Cerdon et de Marcion, son disciple. Cerdon, qui résida à Rome sous le pape Hygin (qui condamna sa doctrine et l'exclut de la communauté), "enseigna que le Dieu donné par la Loi et les prophètes n'est pas le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ : car le Père a été connu et le second est inconnaissable, l'un est juste et l'autre est bon."
La doctrine de la division en "deux dieux" - le Dieu de l'Ancien Testament et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ - vient donc de Cerdon, qui lui-même provenait d'un groupe de Simoniens (on connaît l'insistance d'Irénée à faire remonter toutes les sectes gnostiques à Simon le Mage.)
Irénée dénonce ceux qui "fabriquent des dieux multiples", "blasphèment leur Créateur", "s'imaginent avoir trouvé au-dessus de lui un autre Dieu" et "méprisent Dieu, le tenant pour minime parce que, dans son amour et sa surabondante bonté, il est venu en la connaissance des hommes."
Quand, en 202, après la publication d'un édit de persécution parSeptime Sévère, les horreurs de la persécution éclatèrent encore, l'Église de Lyon, toujours en vue, était prête à subir le choc. Irénée, plus que jamais, ranima la foi de ses enfants et leur montra le Ciel. Il fut au nombre des premières victimes; c'était la juste récompense due à ses longs travaux. Nous ignorons la date et les circonstances de sa mort.
Parmi tous les éloges que lui ont donnés les Saints, citons les titres glorieux de Zélateur du Nouveau Testament, Flambeau de la foi, homme versé dans toutes les sciences.
Ses reliques sont conservées dans l'église Saint-Irénéeauprès d'autresmartyrs de Lyon, malgré le sac de l'église par les protestants du baron des Adrets en 1562.
Ce fut Érasme qui publia l'édition princeps de l'Adversus haereses en 1526 à Bâle.
Le concile Vatican II a donné à Irénée toute sa place dans la pensée théologique de l'Église et le propose à l'Église universelle comme modèle de grand évêque.
Le 21 janvier 2021,le pape François l'a déclaré Docteur de l'Église, avec le titre de "Doctor unitatis" (Docteur de l'unité).
S. Irénée, vitrail, Lucien Bégule (église Saint-Irénée de Lyon)
Sources : (1), (2), (3) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 178, (4) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 517-523.
Saint Ferdinand d'Aragon, représenté avec ses attributs d'évêque, fresque du xve siècle, basilique Sainte-Marie de Culbuteria d'Alvignano
Saint Ferdinand de Cajazzo, appelé aussi Ferdinand d'Aragon, bénédictin, est un bienheureux, membre de la famille royale d'Aragon qui a été le cinquième évêque de Caiazzo en Campanie (Italie) au XIe siècle. (1)
Il est fêté comme saint de l'Église catholique le 27 juin, plus particulièrement à Alvignano (Campanie).
Fernand est également vénéré à Cornello en Sicile (Bénédictins). (2)
Saint Anthelme naquit au château de Chigninen Savoie non loin de Chambéry.
Encore jeune, il cumula les dignités ecclésiastiques à Genève et à Belley;Il préféra la solitude de la prière avec le Christ à la vie mondaine et chasseresse des grands seigneurs. Il reconstruisit la Grande-Chartreuse qu'une avalanche avait détruite et en devint le septième prieur. Ce fut lui qui fonda les premières chartreuses pour les femmes désireuses de mener une vie érémitique. Comme il avait dû punir deux de ses moines qui le méritaient, ceux-ci firent appel au pape Alexandre III, qui d'abord les soutint. Pour que règne la paix, saint Anthelme donna sa démission et rentra joyeusement dans le rang.
Le pape, mieux informé, revint sur sa décision, et le nomma évêque deBelley. Il s'était pareillement brouillé avec l'empereurFrédéric Barberoussepour avoir refusé Victor IV, un antipape de fabrication impériale. L'empereur se réconcilia avec saint Anthelme et l'éleva, lui et ses successeurs, à la dignité de prince-électeur duSaint Empire romain germanique. Il tenta en vain de servir de médiateur entresaint Thomas Beckettet le roiHenri IId'Angleterre.
Anthelme mourut le 26 juin 1178. Son culte est resté populaire à Belley.
Chateau et chapelle de Saint-Anthelme, en arrière-fondChalue de Belledonne.Photos et cartes postales anciennes deChignin(73800), Savoie, Rhône-Alpes et de la France en 1900.
Intérieur de la chapelle de Saint Anthelme de Chignin
Nous savons peu de chose sur l’origine du château de Chignin. Guichenon et Albanis Beaumont pensent que le château fût bâti au début du VIIIe siècle soit entre 725 et 740. L’Europe était plongée dans la consternation et l’épouvante devant les hordes de barbares. Les sarrasins arrivaient dans les Alpes. Deux Princes Français, Charles Martel et Eudes d’Aquitaine, accablés par ces invasions et destructions réunirent leurs légions. Le 29 Octobre 732, les sarrasins furent taillés en pièces entre Poitiers et Tours. Après cette débâcle, les sarrasins se retirèrent sur les Alpes. Cette défaite les rendit furieux et ils mirent à mal tout ce qu’ils rencontrèrent sur leur passage. En arrivant en Tarentaise et en Maurienne les sarrasins s’y installèrent et fortifièrent les lieux. Pendant près de deux siècles ils occupèrent les hautes vallées savoyardes. Ce fut en 950 que Conrad, Roi de Bourgogne, leur tendit un piège près d’Argentine en Maurienne. Les savoyards ne restèrent pas inactifs en voyant les invasions périodiques et construisirent des châteaux, des tours, et des camps où la population pouvait venir s’y retrancher en cas d’attaque.
Le Château St Anthelme.
Paysage de Belledonne
Panorama sur le massif de Belledonne depuis le Col de la Faîta
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