Le bureau du synode du Vatican a déclaré que les rapports finaux des groupes d'étude du synode sur la synodalité - y compris les opinions sur les femmes diacres et les questions doctrinales controversées telles que l'inclusion LGBT - ont été reportés jusqu'à la fin de l'année. Entre-temps, les dirigeants du synode publieront de brefs rapports intermédiaires des groupes d’étude en juillet. Les commissions d’étude sont composées de cardinaux, d’évêques, de prêtres et d’experts laïcs du Vatican et de l’extérieur.
Cependant, le Vatican a publié le 7 juillet un document de 24 pages décrivant les trois prochaines années du synodalisme : "Pathways for the implementation phase of the synod" ("Pistes pour la phase de mise en œuvre du synode").
PDF du document en langue française
Lire aussi en français le Document final 2024 "Pour une Eglise synodale"
Un commentaire critique rédigé en anglais par Christ Jackson, le 8 juillet 2025, dont nous proposons ici des extraits, titre :
"Catholiques ! Êtes-vous prêts pour votre nouvelle Église synodale permanente ?"
Par Christ Jackson, le 8 juillet 2025
Lors de l'élection de Léon XIV, le 8 mai 2025, certaines voix au sein des catholiques traditionnalistes. murmuraient que c'était l'occasion de rectifier le tir. Le chaos de François, disaient-ils, pourrait être aplani par un successeur plus discipliné. "C'est un homme de liturgie", affirmaient-ils. "Il pourrait sauver la situation."
Deux mois plus tard, le 7 juillet, le Vatican publiait les "Pathways for the implementation phase of the synod" ("Pistes pour la phase de mise en œuvre du synode"), une feuille de route de 14 pages décrivant les trois prochaines années de transformation synodale... En réalité, la "réforme de l'Église" amorcée sous François ne se contente pas de se poursuivre, elle s'accélère, s'institutionnalise et s'inscrit dans l'ADN même de l'Église postconciliaire. La théologie qui sous-tend ce processus n'est pas nouvelle. Il s'agit du même anthropocentrisme populiste qui a façonné Jorge Mario Bergoglio à Buenos Aires, la soi-disant "théologie du peuple", désormais rebaptisée et mondialisée comme la phase finale de la mise en œuvre synodale.
Le langage de la révolution, le ton de la bureaucratie
Le nouveau document "Pistes" est, en apparence, fade et managérial. Rempli d'expressions comme "cadres partagés", "parcours d'évaluation" et "adaptation locale", il dissimule ses intentions sous un jargon de comité. Mais ne vous y trompez pas : il ne s'agit pas d'un simple plan organisationnel. Il s'agit, selon les propres termes du Vatican, d'une "nouvelle manière d'être l'Église". (Chapitre 4)
Cette phrase à elle seule devrait déclencher des alarmes.
Tout au long du document, des expressions comme "discernement", "dialogue", "écoute" et "accompagnement" sont utilisées comme prétexte théologique pour démanteler ce qui reste de cohérence hiérarchique, sacramentelle et doctrinale de l'Église. Le Document final du Synode de 2024 (auquel Pathways est explicitement rattaché) est déclaré partie intégrante du "magistère ordinaire du Successeur de Pierre", une ligne qui tente discrètement d'accorder une autorité contraignante à un processus rempli d'ambiguïtés doctrinales et de nouveautés anthropocentriques.
Et maintenant, Pathways (parcours, ou chemins en français. Ndlr.) établit la marche à suivre. Chaque diocèse, paroisse, évêque et association de laïcs doit se réorienter autour des "processus synodaux", de la "spiritualité synodale" et de la "gouvernance synodale". Si cela semble vague, c'est intentionnel. Cela fait partie de la stratégie de l'ambiguïté qu'ils utilisent avec tant d'efficacité depuis Vatican II. Le seul non-négociable est la participation au processus lui-même. La résistance est qualifiée de "cléricalisme", de "nostalgie" ou de "manque d'écoute".
Le récent article de Claudio Iván Remeseira dans "Où est Pierre" le montre clairement : la révolution synodale n’est pas une innovation récente ni une anomalie franciscaine. Elle est le fruit mûr de la "théologie du peuple" argentine, élaborée dans les années 1970 par la COEPAL, un groupe de travail synodal composé d’évêques et de théologiens de gauche à Buenos Aires. François n’en fut pas le fondateur, mais son héritier le plus brillant. Et ses héritiers théologiques, le cardinal Fernández et le père Carlos Galli, façonnent aujourd’hui la prochaine phase sous Léon XIV.
Cette théologie a délibérément abandonné le modèle "vertical", hiérarchique et sacramentel de l'Église au profit du "Peuple de Dieu". Elle a été fortement marquée par la lutte des classes, le populisme péroniste et le rejet de l'ecclésiologie préconciliaire, jugée autoritaire et coloniale. Qu'est-ce qui l'a remplacée ? Le dialogue, le processus et la piété populaire instrumentalisés comme pseudo-magistère. La hiérarchie subsiste, mais seulement comme une approbation automatique de ce qui émerge du processus de discernement collectif.
Sur les réseaux sociaux, sœur Nathalie Becquart (aujourd'hui principale lobbyiste synodale du Vatican) a célébré la publication de Pathways comme le début de "notre conversion synodale à tous les niveaux de l'Église". Notez le langage : pas de discussion, pas de réception : conversion. Le synode n'est plus un moyen pour parvenir à une fin ; il est la nouvelle foi elle-même.
Sœur Nathalie et son équipe sont claires : le Document final n’est pas seulement un ensemble de lignes directrices. Il doit être lu comme faisant partie du magistère ordinaire. C’est une affirmation stupéfiante : elle permet à des concepts hétérodoxes (tels que l’expansion de la gouvernance laïque, la prise de décision synodale et l’expérimentation de formes liturgiques) de pénétrer le système ecclésial sans définition doctrinale unique et contraignante...
Pas d'anathèmes, pas d'hérésies précises, juste des "conversations", des groupes d'étude et d'innombrables applications pastorales qui remodèlent lentement mais sûrement les institutions, le langage et les croyances de l'Église.
Le synode n'est pas un concile. Il n'a pas de charisme d'infaillibilité. Il n'a produit aucun credo contraignant. Mais c'est précisément ainsi qu'il avance. Il évite la confrontation dogmatique tout en favorisant l'érosion systémique. Il s'appuie non pas sur la vérité, mais sur les processus. Non pas sur l'enseignement, mais sur la narration. Non pas sur la clarté, mais sur l'ambiguïté nourrie par la participation.
Ce qui a commencé comme un mouvement théologique argentin visant à servir de médiateur entre le péronisme et le marxisme est aujourd’hui l’ecclésiologie dirigeante de l’Église universelle.
Source : https://bigmodernism.substack.com/p/catholics-are-you-ready-for-your?r=5mfttc&triedRedirect=true
Chris Jackson twitter https://x.com/BigModernism/status/1942427479446053121
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Voici ci-dessous un autre commentaire au ton positif rédigé par Christian Schnaubelt, rédacteur en chef et éditeur en langue allemande de ''Kath.de'', titre :
''Alea iacta est – Le processus synodal de l’Église universelle continue''
Source: https://kath.de/kommentar/2025-07-08-alea-iacta-est-der-synodale-prozess-der-weltkirche-geht-weiter
8 juillet 2025
"Les dés sont jetés" est la traduction française de la célèbre phrase de Jules César. Après la mort du pape François, il était incertain que le nouveau pontife poursuive le processus synodal de l'Église universelle. Aujourd'hui, la réponse est "Alea iacta est" : le pape Léon XIV non seulement poursuit le chemin, mais y ajoute sa touche personnelle.
Avec le passage de pontificat de François à Léon XIV, l'Église catholique s'est demandée quand et avec quelle cohérence les décisions du Synode mondial de 2024 seraient maintenues. La réponse du Vatican aujourd'hui est claire : le pape Léon XIV s'engage clairement à poursuivre et à mettre en œuvre le processus de réforme synodale de l'Église catholique initié par son prédécesseur.
D'une part, le pape Léon XIV adhère au calendrier fixé par le pape François pour la mise en œuvre des résolutions du Synode. Un document publié par le Secrétariat du Synode du Vatican le 7 juillet 2025 soulignait explicitement que Léon XIV avait "approuvé" les directives de mise en œuvre, y compris le calendrier. Le Synode mondial pluriannuel s'est achevé en octobre 2024. François a approuvé le document final et ordonné sa mise en œuvre. Le pape Léon XIV a maintenant expressément confirmé cette ligne et encouragé le Secrétariat du Synode dans ses travaux.
D'autre part, le nouveau pontife fixe également ses propres priorités : le pape Léon XIV a créé deux groupes d'étude supplémentaires pour traiter de la liturgie et des statuts des conférences épiscopales et des assemblées ecclésiastiques. L'objectif est d'"approfondir et coordonner davantage la pratique synodale dans l'Église universelle", selon les "Schémas pour la suite du chemin synodal mondial" du 7 juillet 2025. Source : Synode des évêques, Église synodale 2021-2028.
Le pape Léon ne veut pas gérer les résolutions du Synode mondial, mais plutôt les développer davantage.
Le pape Léon XIV poursuit avec vigueur le processus synodal de l'Église catholique initié par François. Le nouveau pontife conçoit la phase de mise en œuvre non pas comme une simple administration, mais comme un processus spirituel qui doit impliquer toute l'Église, clergé comme laïcs. La structure qu'il a confirmée et l'accent répété mis sur l'unité et la participation démontrent que Léon XIV souhaite non seulement administrer les décisions du Synode mondial, mais aussi les façonner et les développer activement.
Conclusion : Continuité et renouveau dans le processus synodal
L'Église catholique reste ainsi sur la bonne voie vers une synodalité, une participation et une transparence accrues, signe de continuité et de renouveau. L'équipe du secrétaire général du Synode mondial, le cardinal Mario Grech, aura beaucoup de travail (et de persuasion) à accomplir pour inclure les conférences épiscopales nationales, qui sont "sceptiques" quant aux résolutions du Synode mondial de 2024. Le refus persistant de plusieurs évêques allemands de participer au "Comité synodal" ou à un futur "Conseil synodal" montre la difficulté de cette démarche, même en Allemagne, patrie du "chemin synodal". Le nouveau pontife, le pape Léon XIV, connaît bien le processus synodal en Allemagne et, comme le montrent les premières réactions allemandes, tant la Conférence épiscopale allemande (DBK) que le Comité central des catholiques allemands (ZdK) voient un soutien au processus allemand dans les annonces du Vatican d'aujourd'hui.
L'objectif – une "assemblée de l'Église au Vatican" en octobre 2028 – est clairement fixé, mais le chemin pour y parvenir est encore long et semé d'embûches. En même temps, le chemin est autant "sans alternative" (Angela Merkel) que riche en opportunités. Les catholiques qui espèrent des réformes au sein de l'Église catholique peuvent être encouragés par le nouveau pontife.
Et parfois, le chemin est plus important que la destination, pourvu que chacun le suive. Tel sera le grand défi du pape Léon XIV : ramener tout le monde dans le bateau synodal. François a tenté d'utiliser le pouvoir ecclésiastique pour garder tout le monde à bord, mais Léon a préféré privilégier la participation et l'unité de l'Église.
Conseil de lecture : "Nous voulons être une Église synodale en chemin."
Christian Schnaubelt (rédacteur en chef et éditeur de kath.de)
Fin de citation
Sur ce blog nous restons réservés compte tenu des commentaires très critiques du Cardinal Müller, parlant de l'idéologie synodale en 2024 comme d'"une maladie théologique" et "une anthropologie absolument erronée qui remonte au siècle des Lumières". "Vous devez suivre le bon chemin, et nous ne connaissons et n'acceptons qu'un seul chemin, celui de Jésus-Christ, le Fils de Dieu qui a dit 'Je suis le chemin'", déclara-t-il alors.
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