« Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, [...] qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. » (Testament de Louis XVI)
Christ Roi
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Invitée de la chaine YT "Haltérophilo", l'anthropologue Marion DAPSANCE, confrontée au bouddhisme 'dans les livres, dans les magazines et tout ce qui flottait dans l'air depuis un certain temps déjà'' s'est rendue, compte d'un certain nombre de choses au sujet de l'"hindouisme" et du "bouddhisme". Extraits:
"Ce qui était raconté dans les livres sur le bouddhisme et sur la méditation, cela n'avait strictement rien à voir avec ce que proposait les maîtres tibétains, qui pratiquent des espèces de grandes liturgies sous la méditation d'un lama, avec des instruments liturgiques, avec des pilules magiques à avaler pour nettoyer son karma et qui comprennent des plantes mais aussi de l'encens, éventuellement des reliques de grands maîtres, des chants d'après des textes tibétains, pour appeler des divinités, leur demander leur aide, pour qu'elles nous purifient, etc. Et le lama est considéré comme un être omniscient, qui ne pouvait agir que pour notre bien à nous. S'il était désagréable, violent ou arrogant (il y a eu des cas d'abus sexuels dans un groupe sur lequel j'ai fait ma thèse), c'était pour nous tester, pour nous défaire de notre ego, etc. Et à ce moment-là, je me suis aperçue que c'était des gens qui venaient pour pour la spiritualité, qui s'estimaient 'spirituels', mais surtout pas 'religieux', et qui pour la plupart avait quitté l'Eglise ou d'une manière générale le monde chrétien, qui n'auraient jamais accepté le dixième de ce qu'ils subissent d'un lama tibétain d'un curé, mais qui trouvaient cela tout à fait génial et magnifique d'aller mal se faire traiter par un lama tibétain !
"Une fois, je parlai à une dame qui crachait son venin pendant une pause sur 'le pape', 'les dorures' (du Vatican. ndlr), 'cela n'est pas normal...' Mais alors le Dalaï Lama ? La réponse: 'ha oui, mais ce n'est pas pareil !'. Voilà le présupposé et le parti pris.
"Voilà comment a démarré une religion (en France) auprès de gens auxquels l'on a fait croire que 'ce n'était pas une religion', que 'c'était spirituel', que tout allait bien et qu'ils pouvaient y aller tranquillement. [...] C'est une sorte de conditionnement, et de réflexe pavlovien.
De même "les gens plaquent des présupposés catholiques qu'ils ont intégré malgré eux et dont ils ne savent pas que c'est catholique - comme l'éveil, l'union avec la divinité -,
"Or cela vient de notions de mystiques catholiques, et on en parlera, le but de ces religions (orientales) ce n'est pas l'union avec la divinité, ce n'est pas l'expérience mystique.
Et c'est à ce moment là que l'on a inventé les "grandes religions mondiales",
Congrès ou Parlement des religions, Chicago septembre 1893
"Ce qu'il faut savoir. Ces grandes catégories : hindouïsme, bouddhisme, shintoïsme, sont des notions très récentes, modernes, qui datent au plus tôt de la fin du XIXe siècle, voire début XXe siècle, époque à laquelle l'on a voulu mettre sur un même pied d'égalité différentes traditions religieuses, ou différentes traditions qui ont un rapport avec des divinités, ou des esprits. Il y a eu par exemple le Congrès des religions à Chicago en 1893, rassemblant des représentants ou des supposés des différentes religions, comme l'hindouïsme, et qui en fait, étaient des gens qui avaient déjà été très occidentalisés. et la plupart étaient en fait des théosophes (Vivekananda par ex.) c'est-à-dire des gens qui avaient reçu une initiation et une formation dans les doctrines ésotériques occidentales... Ils ont donc fait de l'appropriation culturelle.
Et les élites politiques, religieuses d'Inde, du Sri Lanka, et de Birmanie, etc., ont voulu mettre en avant leur propre tradition religieuse, liées au Bouddha, à différents textes, de différentes traditions, pour dire qu'ils n'avaient pas besoin des colons occidentaux et de leur christianisme - que ce soit fans sa forme catholique ou protestante anglicane -, puisqu'ils avaient, eux, leur propres traditions religieuses. Et ils ont fait observer que les élites occidentales elles-mêmes disaient que les traditions religieuses orientales étaient plus rationnelles que les occidentales'.
Et c'est là que l'on a inventé ou réiventé les grandes traditions religieuses mondiales, en disant: regardez, il y a un fondateur, il y a des textes fondateurs, etc....
Il y a une chercheuse américaine, d'origine japonaise qui a travaillé sur ce sujet, Donald Sewell Lopez Jr et tout un tas de gens ont étudié la manière dont ces traditions se sont constituées comme religion mondiale, en concurrence avec le christianisme à la fin du XIXe siècle, début XXe siècle... Et alors que traditionnellement, les gens ne parlent pas de bouddhisme, ne parlent pas d'hindouisme. Il s'agit de traditions qu'ils ont depuis des centaines d'années auxquelles ils ne donnent pas de nom. Le 'Bouddha' a des noms différents selon les pays, si bien que lorsqu'on lit les missionnaires catholiques aux XVIIe ou même au XVIe siècle dans ces pays, ils trouvent tout un tas de noms pour différentes divinités, dont on ne sait jamais à l'époque qu'il s'agit de 'Bouddha', puisque les gens sur place ne disaient pas que c'était 'Bouddha', c'était la divinité, point. Et c'est seulement après, en découvrant certains textes, et par cette volonté politique de constituer différentes religions mondiales, que l'on a dit qu'il y avait l'hindouisme, le bouddhisme, etc.
Pour l'hindouisme, c'est la même chose. C'est une volonté politiquede mettre en avant davantage une certaine forme de la religion indienne, plus intellectuelle, une forme de monothéisme par émanations, avec un dieu unique, et il émane des divinités, des êtres, et le but est de s'unir à lui par une certaine dévotion, ce qui ressemble au christianisme. Et cela a été réinventé par des élites indiennes à la fin du XIXe siècle, début XXe siècle, en prenant certains textes, comme l'épopée de Rama, les hymnes à Krishna. Mais c'est prendre une partie seulement de la religion indienne, pour la monter en épingle, parce qu'elle ressemble au christianisme. C'est cela l'hindouisme. C'est une réinvention très récente et très moderne de la religion indienne, qui n'a rien à voir avec la tradition religieuse indienne qui existe depuis au moins le VIe siècle de notre ère - sanskrisme, langue de la religion -, qui consiste au culte des divinités locales, des démons, des bouddhas. Et tout cela est la même chose - puisqu'ils ne définissent pas les termes -, et auxquels l'on faisait des sacrifices pour obtenir de l'aide ou acquérir des pouvoirs...
Vous retrouverez ces informations dans les travaux de :
>David Gordon White, indologue américain, auteurs de travaux sur l'histoire du yoga et du tantra.
>Religions of Early India, de Richard H. Davis (2024), l'extraordinaire multiplicité des religions et des cultures religieuses en Inde, relatée sur plus de deux mille ans.
"Il y a donc un tel écart entre ce que l'on nous raconte dans cette espèce de soupe médiatique et vulgarisatrice chez nous que l'on en tombe de sa chaise.
"Les chercheurs ont beaucoup avancé dans leurs recherches. Ils communiquent entre eux. Ils ont leur colloque et leurs livres universitaires. Mais ils ne communiquent quasiment jamais au public, encore moins en France où on est en retard, au moins au niveau de la communication de la recherche. Et alors que cela fait maintenant 20 ou 30 ans que l'on sait tout ça ! Mais comme les chercheurs ne parlent pas et que des gens, comme Frédéric Lenoir et d'autres en ont fait un gagne-pain de diffuser ces salades sur les pseudo-spiritualités orientales, tout le monde a intérêt à ce que la vérité sur ces religions ne se sache pas. Ces notions, bouddhisme, hindouisme sont des notions modernes alors qu'il faudrait parler d'un paganisme indien avec différentes branches et des développements philosophiques dans certaines écoles bouddhiques. Pour le comprendre, il faudrait s'imaginer par ex. le vaudou en Afrique, avec ses différentes divinités auxquelles on fait des sacrifices, et des occidentaux trouveraient que dans ces tribus, on cherche à se relier avec le divin, par le biais de sacrifices et rituels où l'on tue des poulets, etc., et de textes que l'on a découverts, etc. C'est du paganisme. Et c'est exactement la même chose en Inde !...
"En France. Ce qu'il y a, c'est que pour des raisons liées à l'ésotérisme, la société théosophique et Madame Blavatsky, qui racontait qu'elle était une medium russe au XIXe siècle, qui a raconté qu'elle était en lien avec des mahatmas cachés en Inde, au Tibet, qui appartenaient à une 'Grande Loge Blanche' (sic) en Himalaya et qui étaient détenteurs d'une sagesse éternelle de l'humanité ... Mais ils auraient pu faire la même chose avec l'Afrique et aujourd'hui ce serait la mode des religions africaines.
Les "trois monothéismes du grand livre"
Haltérophilo: De nos jours. De plus en plus, nous entendons dire qu'il y a "les trois monothéismes du grand livre". C'est ce que l'on entend. Mais c'est complètement faux, puisqu'il y a le mosaïsme, puis le christianisme ancien et nouveau testament. Ce que l'on appelle le judaïsme est faux puisqu'il se réfère au talmud qui est un nouveau texte rédigé entre 100 et 500. Puis l'islam, qui est arrivé étrangement au même moment, ou plutôt vers 600. Donc là aussi, l'on peut se poser des questions sur l'origine de l'islam. Mais nous ne le ferons pas maintenant. Donc, visiblement, il y avait aussi une volonté d'ajouter un quatrième monothéisme, ce "grand livre" avec ses doctrines orientales, et qui s'articulerait autour de ce "grand tout". C'est aussi peut-être une volonté d'avoir une religion universelle, qu'on appelle le 'noachisme', et visiblement les doctrines orientales se conjugueraient parfaitement avec cette idée.
Marion Dapsance :
"On a l'impression d'une religion mondiale à partir de toutes les religions du monde, toutes mises sur le même niveau. Avec l'idée, qu'il y aurait eu à l'origine une seule religion, une seule manière de voir Dieu et le monde et qu'elle se serait diversifiée au fil du temps, donnant naissance à différentes traditions et dont il s'agirait de retrouver le noyau commun, "tradition primordiale" de l''ésotérisme, tradition ésotérique qui historiquement est fausse. Les traditions asiatiques par exemple, ne cherchent pas du tout les mêmes choses que le christianisme. On est dans des univers mentaux complètement différents.
Le présupposé est de dire que toutes les religions recherchent la même chose. C'est ce que l'on nous raconte avec les pseudos 'religions du livre' : en gros, c'est la même chose, avec des petits accents différents et globalement ce n'est pas très différent.
Or, si c'est très différent !
Il faut adopter un point de vue historique sur tout cela, c'est-à-dire vraiment regarder les faits, ce que croient les gens, et à quel moment c'est apparu."
"Aujourd'hui, beaucoup de gens disent 'je suis spirituel' mais je ne suis 'pas religieux'. Donc il y a un présupposé négatif de la religion, notamment le christianisme.
Ce qui a été présenté aux Occidentaux, fondamentalement c'est de l'ésotérisme occidental façon Héléna Blavatsky et autres. Par exemple, Arnaud Desjardins (1925-2011), qui était un grand défenseur et promoteur des Tibétains et de la sagesse des Tibétains, avec Frédéric Lenoir, etc., Matthieu Ricard qui dit pratiquer le bouddhisme tibétain, mais qui montre aux Occidentaux ce qu'ils ont envie d'entendre, c'est-à-dire 'la spiritualité'. C'est-à-dire, tout ce qui n'est pas chrétien, comme par exemple, pouvoir atteindre je ne sais quel absolu ou 'grand tout', seul dans son coin [comme un gnostique]...
"Le gnosticisme c'est des traditions ésotériques occidentales auxquelles on a donné un vernis asiatique, en parlant de Bouddha, d'hindouisme, etc. Mais, c'est une sorte de théorie créole hybride, dont la grammaire est celle de l'ésotérisme occidental agrémenté de vocabulaire asiatique. Et par exemple, face à cet ésotérisme occidental, Alexandra David-Néel (1869-1959) qui a fréquenté au XIXe siècle à Paris et en Angleterre tout ce réseau de gens, a inventé son propre bouddhisme anarchique et athée, en réaction à ce "bouddhisme" de la société théosophique ou d'autres groupes ésotériques...
Cette dernière n'est pas, contrairement à l'image qu'on a ou qu'on donne d'elle, une bouddhiste authentique, "ni une mystique ni une spirituelle" : "bien qu'elle se réclame effectivement du bouddhisme, le sens qu'elle donne à ce mot est très différent de ce qu'en ont pensé les Asiatiques pendant des siècles. Ils sont spiritualistes alors qu'elle est farouchement matérialiste. Alice Raybaud, Bouddhisme Marion Dapsance : "Alexandra David-Neel n’était ni une mystique, ni une spirituelle". Le Monde des religions, 4 février 2020.
"Les amazones parisiennes, Conciergerie holistique, espace de transformation et de célébration, formation et expériences immersives'' (sic). On remarque la "position du lotus" montrant les "chakras" avec les sept couleurs arc en ciel LGBT mais qui font aussi référence aux sept lois de Noé du noachisme.
[...]
"David Gordon White a montré que la position du Lotus n'est pas une position spirituelle ou religieuse de méditation..., c'est une position de pouvoir, de souveraineté, qui désigne le roi ou l'empereur, et que l'on retrouve dans le monde celtique (sur différentes pièces de monnaie). Cette position signifie que l'on domine et maîtrise les choses.
"Ouvrir ses chakras" "position du lotus". Cf. https://fr.wikihow.com/ouvrir-vos-chakras
"Rien à voir donc avec la méditation mais tout à voir avec le pouvoir ! Il y a en outre différentes écoles de chakras en Inde liées à des roues de panthéons et à des divinités, qui ne disent pas toutes la même chose. Prétendre qu'il y aurait des courants d'énergie dans ces chakras est purement de l'ésotérisme occidental n'ayant rien à voir avec ce que l'on dit des chakras en Inde !
"Ouvrir et activer ses chakras" en vue de "la tolérance", du "bienêtre général", etc., est simplement de l'ésotérisme occidental.
[...] Le yoga occidental, sil s'agit juste d'une gymnastique n'est pas problématique, mais il relie à un univers doublement problématique: le tantrisme, et l'ésotérisme occidental (lié aux pierres, aux cristaux, au reiki, en bref le 'New Age'),
Yoga, Om et hymnes à Krishna
Autre émission d'Haltérophilo sur le "bouddhisme" en Occident:
Haltérophilo: Dans cette entrevue avec Roland Thévenet, nous nous intéressons à l’histoire, aux doctrines et aux transformations du bouddhisme, ainsi qu’à son implantation progressive dans les sociétés occidentales. Derrière l’image souvent apaisée et consensuelle que l’on associe à cette tradition, quelles réalités historiques, philosophiques et religieuses convient-il de connaître ?
Pourquoi s’intéresser aujourd’hui à la question du bouddhisme ? Comment Roland Thévenet est-il passé des spiritualités orientales au catholicisme ? Qui était réellement Bouddha et quelle différence existe-t-il entre le bouddhisme des érudits et les formes plus populaires ou occidentalisées de cette tradition ?
Au fil de cet échange, nous abordons également les liens entre bouddhisme et théosophie, l’émergence du « bouddhisme californien », l’influence des mouvements contre-culturels issus des années 1960, ainsi que certaines formes contemporaines de spiritualité mêlant développement personnel, écologie et quête de bien-être.
Enfin, nous revenons sur les différences fondamentales entre la réincarnation et l’Incarnation chrétienne, ainsi que sur plusieurs débats théologiques contemporains concernant le dialogue interreligieux, Vatican II et le noachisme.
Une émission consacrée aux rapports entre spiritualités orientales, christianisme et modernité, afin de mieux comprendre les enjeux religieux et culturels de notre époque.
Aucun saint marquant, aucune grande initiative religieuse n'avait surgi depuis la mort de S. Bernard (1153). Saint Dominique de Guzman naît dans la Vieille-Castille en 1170, dans une famille de la noblesse espagnole. Il a deux frères : Antoine, probablement mort durant la bataille tragique d'Alarcos contre les Maures en 1195, et Mamès, un homme contemplatif et saint qui se fit religieux et suivit Dominique.
Sa mère, Jeanne, avant sa naissance, a une vision étrange; il lui semble voir l'enfant qu'elle va mettre bientôt au monde sous la forme d'un petit chien tenant un flambeau dans sa gueule et prêt à répandre le feu sur la terre.
L'enfance de Dominique est marquée par plusieurs autres présages merveilleux.
Jeune étudiant, il vivait déjà comme un saint. Il avait chaque jour ses heures fixées pour la prière, et souvent il était ravi en Dieu. Il jeûnait presque toujours, ne buvait jamais de vin, dormait fort peu et n'avait d'autre lit que le plancher de sa chambre.
Un jour, ayant tout donné, il dit à une femme qui lui demandait de l'argent pour racheter son frère captif: "Je n'ai ni or ni argent; mais prenez-moi et offrez-moi aux Maures en échange de votre frère." La proposition héroïque ne fut pas acceptée, mais Dominique en eut le mérite. Dans une maladie très grave, causée par son travail et ses austérités, il fut guéri soudain par l'apparition de saint Jacques le Majeur, Apôtre (+44).
SAINT DOMINIQUE, Fondateur d'Ordre (1170-1221)
En 1203, Dominique, ayant dû venir en France avec son évêque Diègue (Diego d'Osma), découvre dans la région toulousaine, l'hérésie des "bons hommes", les Albigeois, qualifiés de "cathares" au XIXe siècle. Dominique logeait à Carcassonne et, discutant toute la nuit des vertus de la vraie foi avec son aubergiste, cathare, il le convertit.
L'hérésie cathare se composait d'un mélange de vieilles hérésies, comme la négation de l'Eucharistie et du baptême catholique, sur un fond de manichéisme asiatique importé en Europe par les marchands, les pèlerins et les missionnaires revenus des Croisades. Sa présence dans le sud de la France est attestée à partir de 1140. Selon son enseignement, l'univers est en proie à la lutte de deux principes également forts et également premiers : le bien et le mal. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 312.) Ce n'est pas Dieu qui a créé l'univers, c'est Satan. Toute réalité terrestre est marquée du signe du mal…
Le manichéisme qui avait été détruit par les arguments de S. Augustin à la fin de l'Antiquité, se présentait déjà au IVe siècle comme "une religion de la Lumière, une Eglise de la Justice, des Elus, des Justes, des Véridiques. [...] Mani (216-277) que les Latins et les Grecs ont appelé Manichée. […] Son enseignement était tout simplement la gnose de Marcion (que S. Polycarpe, le disciple de l'apôtre Jean, reconnut comme le "Fils aîné de Satan"), et de Basilide.
Le catharisme n'est pas original. Il insiste simplement avec une accentuation particulière sur un double principe du monde, l'existence d'un dieu bon et d'un dieu mauvais en conflit éternel et sur la réincarnation des âmes. (Etienne COUVERT, La Gnose universelle, De la Gnose à l'Oecuménisme, tome 3, Editions de Chiré, Chiré-en-Montreuil 1993, p. 14-15.) La Création tout entière est un mélange inextricable de bien et de mal. L'homme est divin, lumineux par l'âme, mais le corps, opaque, est porté vers le mal. Avec Mani, tout est simple... il faut aider le Bien contre le Mal, c'est-à-dire écarter de soi tout ce qui est matériel et diabolique.
Au IVe siècle, le manichéisme apparut comme une sorte d'anarchisme spirituel propre à désagréger tous les principes les plus solides de l'éthique et de la vie. "Sinistre, intolérante, pour laquelle chaque péché était mortel et qui condamnait la joie" (Emile GEBHART), l'hérésie manichéenne, dans son expansion, rencontra partout de terribles obstacles, récusée comme hérésie et persécutée. L'Inde, après quelques mois d'essais de pénétration s'en débarrassa. Elle fut également chassée de Chine. En Turquie, les Kirghiz, ces stricts musulmans éliminèrent le dualisme manichéen. (DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 402-403.)
"Les lucifériens, c'est-à-dire les adorateurs du diable, étaient manifestement une variété de cathares qui croyaient à l'existence des deux principes moteurs de l'univers." (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 422.)
Aux yeux des cathares:
-Jésus est un ange dont la vie terrestre n'a été qu'une illusion, le Christ n'a pas eu à ressusciter. Ils nient la Sainte Trinité, l'Incarnation du Verbe, les sacrements, l'Enfer et le Purgatoire.
-La Vierge Marie était un pur esprit aux apparences humaines.
-La procréation, elle-même est criminelle : mettre un enfant au monde, c'est précipiter une nouvelle âme dans le royaume du Mal…
Toutefois, certains "parfaits" admettent les relations charnelles; condamnant seulement l'institution du contrat et du sacrement de mariage, ils en viennent à prôner la liberté sexuelle. Ils faisaient eux-mêmes profession de chasteté perpétuelle, fuyaient avec horreur les moindres occasions d’impureté ; et cependant ils admettaient dans leur société les concubines des Croyants et les faisaient participer à leurs rites les plus sacrés, même lorsqu’elles n’avaient aucune intention de s’amender.
Les "Croyants" eux-mêmes n’avaient aucun scrupule de conserver leurs maîtresses, tout en acceptant la direction des "Parfaits". On a dit que leurs doctrines rigoristes n’étaient qu’un masque sous lequel se dissimulaient les pires excès. Quiconque voulait être sauvé, devant se soumettre à la loi de la chasteté rigoureuse, le mari quittait la femme, la femme le mari, les parents abandonnaient les enfants, fuyaient un foyer domestique qui ne leur inspirait que de l’horreur ; car l’hérésie leur enseignait "que personne ne saurait se sauver en restant avec son père et sa mère. Il est inutile d’insister longuement sur les conséquences antisociales de la négation de la famille. Elle ne tend à rien moins qu’à supprimer l’élément essentiel de toute société (la famille), en faisant de l’ensemble de l’humanité une vaste congrégation religieuse sans recrutement et sans lendemain...
Les autres engagements que prenaient les hérétiques en entrant dans la secte, allaient à l’encontre des principes sociaux sur lesquels reposent les constitutions de tous les états. Ils promettaient, au jour de leur initiation, de ne prêter aucun serment et niaient les sanctions sociales. La pure doctrine cathare déniait absolument à la société le droit de punir. C’était l’un des liens les plus solides que les Manichéens détruisaient ainsi, et en le faisant, ils avaient l’apparence d'anarchistes. Récusant l'Eglise, la famille, la propriété et le serment d'homme à homme, les cathares nient les fondements de l'ordre social.
"Observant des rites initiatiques, obéissant à une hiérarchie secrète, ils présentent toutes les apparences d'une secte. Une secte qui contrevient ouvertement à la morale commune de l'époque". (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 50-54).
Henry Charles Lea, dans son Histoire de l’Inquisition, quoique protestant et ennemi de la religion catholique, a vu que le nihilisme des Albigeois marquait un retour à la barbarie, tandis que la doctrine chrétienne représentait la civilisation et le progrès. La victoire des Albigeois, c’était le déchaînement du fanatisme le plus terrible puisqu’il faisait gloire à l’homme de se suicider et un devoir à la famille de se dissoudre ; en les combattant, l’Eglise catholique défendit, avec la vérité dont elle est dépositaire, la cause de la vie, du progrès, de la civilisation.
Dominique de Guzman, profondément touché du triste état auquel l'hérésie avait réduit les provinces du Midi, décida de discuter en public et résolut de travailler dans ce pays au triomphe de la foi en proposant d'organiser des débats publics, des disputationes.
Diego et Dominique arrivèrent tous les deux dans la région de Montpellier au printemps 1206, où Dominique rencontra les légats cisterciens chargés de lutter contre l'hérésie. Devant leur découragement, l'évêque Diègue leur proposa de renvoyer équipages et bagages pour aller à pied prêcher humblement la foi catholique, priant, étudiant et discutant. Le prêche et la parole étaient les principales armes de cette bataille, mais il fallait y associer l'action et l'exemple. Sans escorte et sans argent, ils allaient à pied, mendiant leur pain de maison en maison.
Les dominicains, ordre des Prêcheurs ou des Frères prêcheurs qui se fondent alors, Dominique choisit de marcher pieds nus sur les chemins, sans argent, en bure, rivalisant d'austérité, pour aller discuter avec les représentants des "Bons Hommes", les "Purs" ou les "Parfaits" comme les Cathares se désignaient eux-mêmes, dans les salles de châteaux, sur les places publiques ou dans les églises.
Dominique et ses frères ont fait choix, pour leur communauté, de la règle de S. Augustin, qui donne comme but à la communauté d'"habiter ensemble dans l'unanimité, ne faisant qu'un coeur et qu'une âme en Dieu".
A Montréal en 1206, suite à la réunion où lors d’une ordalie ("jugement de Dieu"), le libellus rédigé par Dominique lui est arraché des mains par les hérétiques qui le plongent dans le feu trois fois et ressort intact : il y eut 150 conversions (une toile de Pedro Berruguete illustre cet épisode parfaitement attesté dans les chroniques); à Pamiers en 1207, le président du débat se convertit avec ses compagnons vaudois.
La Disputatio entre Saint Dominique et les Albigeois - Peinture de Pedro Berruguete
L'homme qui gouverne ses passions est maître de son monde. Il faut les commander ou en être esclave. Il vaut mieux être un marteau qu'une enclume.
Saint Dominique
Dominique avait, dès le début, donné à sa fondation ses buts précis : la vie évangélique et la prédication.
La réponse de Dominique à la crise des débuts du XIIIe siècle part d'abord d'une intuition simple, pour prêcher l'Évangile, il faut vivre selon l'Évangile. La communauté dominicaine sera donc au coeur des villes, les frères iront à l'Université et vivront de mendicité pour annoncer efficacement l'Évangile. Dominique veut aussi des frères pleinement insérés au coeur de l'Église puisque la crise médiévale est aussi une tentative de se passer de sa médiation pour accéder à l'Évangile.
Mais les cathares multiplient les attentats contre l’Eglise, ils pillent les églises et les monastères, persécutent les catholiques, massacrent les prêtres et les moines. Saint Dominique manque de se faire tuer : il voit les hommes embusqués, et chante le Veni Creator, hymne au Saint-Esprit. Les cathares sont sidérés. Plus tard, ils lui demandent :
"Qu’aurais-tu fait, si nous t’avions pris ? – Je vous aurais demandé de prolonger mon martyre en me coupant un à un tous les membres… – Pourquoi ? – Pour que je sois plus semblable à Jésus-Christ mourant sur la Croix afin de sauver vos âmes."
La nuit, on entend Dominique répéter "Seigneur, ayez pitié de votre peuple ! Seigneur, que vont devenir les pécheurs ?"
En 1207, ce chemin conduira Dominique jusqu’à la région de Fanjeaux, entre Carcassonne et Castelnaudary, où il s’établira dans l’œil du cyclone, arrachant à l’influence des prédicateurs pauvres et évangéliques les jeunes filles cathares de la noblesse locale qu’il installe à Prouille, en fondant ainsi une première communauté féminine de dames revenues dans l'Eglise, qui veulent mener une vie dévouée à la prière et à la pénitence dans la chasteté. Cette première communauté féminine deviendra en 1211 l'Abbaye Sainte-Marie de Prouille. Une communauté de frères se développe à côté du monastère: des fidèles s'offrent à leur tour pour la mission. C'est le moment où, au XIIIe siècle, l'Occident connaît un puissant mouvement spirituel, appelé évangélisme, qui prône une fidélité totale à l'Evangile, une pauvreté radicale et l'annonce par la parole et l'exemple de la Bonne Nouvelle.
En janvier 1208, la mission de Dominique est menacée à la suite de l'assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau, derrière lequel se dresse l'ombre menaçante de Raymond VI, comte de Toulouse, fief de l'hérésie. Les limites sont franchies. Le Languedoc est envahi par l'armée de Simon de Montfort: c'est la croisade des Albigeois, justifiée, non seulement par les doctrines subversives des Albigeois, et par les outrages de toutes sortes que depuis cent ans ils avaient accumulés contre les catholiques, mais aussi par ce meurtre qui frappait l’Eglise catholique tout entière dans la personne d’un légat du Saint-Siège. Les moines rentrent dans leurs abbayes, Arnaud regagne Cîteaux, maître Raoul est mort, et Diego est reparti en Espagne. Dominique reste seul dans la région. Il lui reste la communauté rassemblée dans le monastère de Prouille, aux environs de Fanjeaux. Il y resta jusqu'en 1214.
Le grand apôtre du Saint Rosaire
Au printemps 1215, le fondateur de l'Ordre des Prêcheurs s'installe avec quelques frères à Toulouse.
Sentant son insuffisance pour évangéliser seul de si vastes contrées, narre deux siècles après le Bienheureux dominicain Alain de la Roche (1428-1475), c'est à cette époque qu'après avoir prié pour qu'elle l'aide à convertir les hérétiques albigeois, la Sainte Vierge lui apparut et lui enseigna définitivement, en lui ordonnant de la répandre, la dévotion du Rosaire (chapelets d'oraison) qui fut bientôt le plus terrible fléau de l'hérésie.
Affligé de ne pas pleinement parvenir à convaincre les Toulousains de revenir à la foi catholique, "un jour, brûlant de zèle et d'amertume, saint Dominique se retira seul dans une grotte de la forêt voisine, pour implorer plus intensément la puissante intercession de la Mère de Dieu. Aux prières, il ajoutait le jeûne et de rigoureuses mortifications corporelles. Dans cet état d'esprit, il avait adressé un triduum à Marie, implorant sur lui le châtiment des péchés des Toulousains, et il ne cessait de frapper son corps affaibli avec des ronces et des épines, jusqu'à ce que, la force manquant, il tombe épuisé." C'est alors que la Vierge Marie vint au secours du saint, lui apparaissant "avec le regard et les paroles les plus doux". Notre-Dame se présenta "couronnée et nommée Reine du Très Saint Rosaire, avec une Couronne de 150 joyaux : les 50 premiers sont les pierres blanches de l’Incarnation ; les 50 suivants sont les pierres violettes de la Passion de son Fils ; les 50 derniers sont les pierres étincelantes, semblables à des étoiles, de la Résurrection du Christ et de la Gloire des Saints." Et, enfin, l’exhortation : "Venez donc, prenez ce Rosaire et enseignez-le partout : je serai avec vous."
La récitation répétée de prières litaniques était apparue au IVe siècle; les ermites et les ascètes les matérialisaient par de petits cailloux qu'ils portaient dans un sac. En Occident, les petits cailloux furent bientôt remplacés par des graines séchées, passées dans un fil et réunies en couronne. Les laïcs récitaient 150 Pater en analogie avec les 150 psaumes de la prière monastique. Vers 1050, les dévots ajoutèrent les premiers mots de la salutation angélique aux Pater, et récitaient 150 Ave après les 150 Pater. L'ensemble des grains étaient appelés couronne de roses ou rosaire.
En 1213-1214, alors que S. Dominique prêchait en Espagne avec son frère Fra Bernardo, il fut enlevé par des pirates. La nuit de l'Annonciation de Marie (25 mars) une tempête détruisit le navire sur lequel ils étaient quand la Madone dit à Dominique que le seul salut à la mort pour l'équipage était de dire oui à sa Confrérie du Rosaire, donc les pirates avec les Dominicains à bord pour être les premiers membres.
Depuis, le Rosaire est devenu la prière la plus populaire pour combattre les hérésies et, au fil des décennies, l'une des prières catholiques les plus traditionnelles.
On reconnait traditionnellement quinze mystères divisés en trois catégories : les mystères joyeux, les mystères douloureux, et les mystères glorieux. Chaque catégorie comprend cinq mystères, correspondant aux cinq dizaines du chapelet. Ceci permet de réciter une fois en entier le chapelet pour chaque catégorie de mystère, et trois fois le chapelet pour faire tous les mystères joyeux, douloureux et glorieux- soit un rosaire entier, composé de 15 dizaines, ou 150 prières (150 étant le nombre des psaumes).
Désormais, lui, le grand marcheur qui sillonnait les routes du Lauragais va devenir le globe-trotter de l’Europe. Il avait déjà fait deux fois le trajet de l’Espagne au Danemark en passant par Rome, mais cette fois-ci il se dirigera à deux reprises vers Rome, fin 1215 et fin 1216. Il en reviendra avec une bulle d’approbation du pape Honorius III, datée du 22 décembre 1216. Désormais son ordre devient universel et il décide d’abandonner Toulouse, ses pas le conduiront vers Paris, Madrid, Salamanque, Bologne...
Personne ne peut le retenir, le plus déçu dans l’affaire sera son protecteur l’évêque Foulques : "ce fut contre la volonté du comte de Montfort, de l’archevêque de Narbonne, de l’évêque de Toulouse, de l’évêque de Toulouse, et le mien propre", dit-il pour justifier cet arrachement, "je sais ce que je fais !"
Parmi les miracles quotidiens que Dieu opérait en sa faveur, on rapporte que, dans ses voyages, la pluie tombait souvent autour de lui sans l'atteindre; qu'un jour, son sac et ses livres, étant tombés dans une rivière, furent repêchés plusieurs jours après, sans qu'on y vît aucune trace d'eau.
A l'occasion de l'ouverture le 11 novembre 1215 à Rome du IVe concile dans la basilique Saint-Jean-de-Latran en présence de quelques quatre cents évêques, Dominique fit le voyage de Rome pour obtenir l'approbation de l'Ordre des Frères-Prêcheurs. C'est là, alors qu'ils ne se connaissaient pas et ne se seraient pas rencontrés dans le tohu-bohu de ces quelques mille cinq cents personnes, qu'ils se reconnurent, s'embrassèrent comme deux frères et lièrent une amitié profonde qui dura jusqu'à la mort. S. Dominique rencontra François d'Assise, qu'il avait vu en songe. Dans cette vision, S. Dominique vit Jésus irrité contre le monde qui a perdu la foi et vit dans le péché. Pour l'apaiser la Vierge lui présente deux hommes dont la sainteté, lui dit-elle, est à même de racheter la mauvaise conduite des autres qui, par eux, retrouveront la voie de la vérité. Il se reconnaît dans l'un de ces hommes. Il se demande qui pourrait bien être l'autre qui a l'air d'un mendiant, vêtu d'une simple tunique de bure. Le lendemain, dans une église dont la tradition n'a pas conservé le nom, S. Dominique reconnaît, habillé comme il l'avait vu dans son extase, ce deuxième homme que la Vierge recommandait si chaleureusement au Christ. S. Dominique se serait précipité vers S. François et l'aurait serré dans ses bras en lui disant : "Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble et nul ne pourra prévaloir contre nous."
Dominique opérait une multitude de miracles, ressuscitait les morts, et se disait: "le plus grand pécheur de l'univers".
La fondation de Prouille (1207) avait précédé de huit ans la création de la première communauté masculine à Toulouse (1215). A l'été 1217, Dominique envoie des frères à Paris pour étudier et établir un couvent placé sous le patronage de S. Jacques qui vaudra aux Dominicains français le surnom de Jacobins. D'autres partent pour l'Espagne ou pour l'Italie.
C'est lors du chapitre général de Bologne de 1220 que Dominique impose à ses frères prêcheurs le renoncement aux possessions et aux revenus, au profit d'un abandon à la providence divine. La même année 1220, des prêcheurs sont envoyés en Suède, en Angleterre, en Hongrie, au Danemark, en Pologne et peut-être aussi en Grèce.
Mais l'été 1221, Dominique, épuisé, tombe malade à Bologne et assure aux frères qu'il leur sera plus utile mort que vivant. Il meurt le 6 août 1221. Dès 1223, une enquête officielle sur sa sainteté et ses miracles recueille de nombreux témoignages à Bologne et dans la région toulousaine. Au terme du procès, Dominique est canonisé à Rieti le 3 juillet 1234. L'ordre s'étend sur l'Europe entière. Les provinces périphériques sont des bases d'action missionnaire pour les pays païens, musulmans, ou séparés de Rome. Dès le XIIIe siècle, des laïcs s'assemblent autour des couvents dominicains et franciscains.
En 1303, l'Ordre compte près de 10000 religieux. Il en compte 6000 aujourd'hui. Contemplation, étude et prédication sont les raisons de son succès. L'acharnement des dominicains à étudier pour comprendre, réfuter et témoigner explique aussi le succès des prêcheurs. C'est dans le public étudiant que les premiers frères ont cherché des vocations et ce fut en collaborant avec l'université de Paris qui naquit en leur temps, que les Dominicains ouvrirent de nouveaux chemins à l'intelligence de la foi. La scolastique s'offrait comme une méthode d'investigation du réel d'une extraordinaire fécondité.
Sa fête liturgique est fixée au 5 puis au 4 août. Elle est transférée au 8 août après Vatican II.
Postérité
La traduction en latin des auteurs grecs a eu lieu "non à la Renaissance mais aux siècles précédents par de pieux érudits monastiques. En effet, 'entre 1125 et 1200, une véritable vague de traduction vers le latin avait rendu accessibles les écrits grecs, une vague qui allait enfler encore au XIIIe siècle' (Grant, 1996, 23) - ce qui est largement attesté par les catalogues des bibliothèques monastiques survivantes, qui remontent jusqu'au XIIe siècle et révèlebt l'ampleur de leurs fonds en auteurs classiques. [...] L'essor de la science fut inséparable de la théologie chrétienne" (Rodney STARK, Faux Témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019, p. 100-101.)
Au XIIIe siècle, on attendra de l'Ordre de S. Dominique une parole qui mène à Dieu mais qui fera droit à la raison comme l'enseignera S. Thomas d'Aquin (1225-1274) qui naîtra quatre ans après la disparition du fondateur (1221) et occupera une place particulière, à la fois comme un maître et un frère; l'Aquinate exercera son influence sur les universités de Paris, de Bologne et d'Oxford.
À partir de 1230, les œuvres d'Aristote, principales représentantes de la scolastique (philosophie développée et enseignée au "Moyen-Âge" dans les universités), sont traduites du grec en latin par le dominicain allemand Albert le Grand, véritable introducteur de la pensée du philosophe, et par Guillaume de Moerbeke, secrétaire de Thomas d'Aquin, et introduites dans les universités.
"La scolastique des XIIe et XIIIe siècles porte un esprit nouveau, celui des écoles avec leur intérêt pour la science, la philosophie. La tradition chrétienne est relue au prisme d'Aristote. La nature, le monde sont réinvestis, valorisés. Il existe une physique qui a ses lois propres, que l'on peut comprendre par la raison, sans avoir besoin de s'en référer à Dieu, et qui sert de base à un ordre politique naturel qui a lui aussi son autonomie, même s'il dépend en dernier ressort des normes divines." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 189.)
"Ce sont les érudits de l'Église qui, bien avant la Renaissance (au XIVe siècle), ont réintroduit les études classiques, en admettant qu'elles aient jamais été perdues." (Rodney STARK, Faux Témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019, p. 88-89.)
"Aristote, Platon, Euclide, Sophocle, Aristophane et autres coryphées de l'enseignement et de la littérature classiques..., cet héritage avait été pleinement restauré bien avant la Renaissance, avec un développement clé : la traduction en latin des écrits de ces auteurs, étant donné que le grec n'était plus le langage intellectuel de la chrétienté... Ils ont été traduits non à la Renaissance, mais aux siècles précédents par de pieux érudits monastiques. En effet, entre 1125 et 1200, une véritable vague de traduction vers le latin avait rendu accessibles les écrits grecs, une vague qui allait enfler encore au XIIIe siècle, ce qui est largement attesté par les catalogues des bibliothèques monastiques survivantes, qui remontent jusqu'au XIIe siècle et révèlent l'ampleur de leur fonds en auteurs classiques." (Rodney STARK, Faux Témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019, p. 99-100.)
"Dans un autre domaine, celui des grands centres artistiques qui utilise les innovations du langage pictural au service de sa vision du monde, (au XIVe siècle)... Rome est tout autant un centre des débuts de la Renaissance que Florence. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 187-188.)
Dans l'histoire de l'ordre dominicain, on trouvera des artistes comme Jean de Fiesole (1387-1455), dit Fra Angelico (le Frère Angélique), qui, même devenu prieur de sa communauté, continue d'exercer son ministère par la peinture; des grands prédicateurs comme Vincent Ferrier (1350-1419); des visionnaires comme Bartolomé de Las Casas (1484-1566), défenseur et protecteur des Indiens; ou des mystiques comme Rose de Lima (1586-1617), Patronne du Pérou, de l'Amérique du Sud et des Philippines.
En 1790, un décret révolutionnaire supprime les Dominicains. Ils ne renaissent en France qu'en 1850 grâce à la volonté d'Henri Lacordaire (1802-1861).
Plus tard, Marie-Joseph Lagrange, qui fondera à Jérusalem, l'Ecole pratique d'études bibliques (Ecole Biblique), et dont la cause en béatification est en cours à Rome, sera le "saint Thomas de la question biblique".
Aujourd'hui, l'actuelle province de Toulouse est l'héritière des anciennes provinces médiévales de Provence et de Toulouse. Elle a en héritage trois lieux historiques et spirituels importants pour l'Ordre : Fanjeaux (lieu de prédication de Dominique, fondation des moniales); Toulouse (fondation de la première communauté); et la Sainte-Baume, sanctuaire de sainte Marie-Madeleine où l'Ordre est présent depuis sept siècles.
L'Ordre de S. Dominique qui se maintient en France dans ses deux provinces, est en expansion aux Etats-Unis, en Afrique et en Asie.
Sources: (1);(2); (3); (4); (5) Jean CHELINI, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012; (6) Emile CHAVANT DE MALAN, Vie de S. François, Debécourt libraire-éditeur, 1841, p. 103. Cf aussi John MOORMAN'S, A History of the Franciscan Order, Franciscan Herald Press, 1988, p. 29, note 2, in Virgil TANASE, Saint François d'Assise, Gallimard Folio Biographies, Malesherbes 2015, p. 162-163; (7) 800e anniversaire : Qui sont les Dominicains ?, Revue La Nef, N° 274 – Octobre 2015; (8) Les Dominicains, 800 ans de prédication, in Histoire du Christianisme Magazine, bimestriel novembre - décembre 2015, n° 78, p. 30, 31; (9) F. FICARRA, Les Dominicains, éd. de Vecchi, Paris 2005; (10); (11) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 48.
Le 14 janvier 1999, une commission du Parlement européen adoptait un rapport peu connu consacré à l'environnement, à la sécurité et à la politique étrangère. On y trouve un passage surprenant concernant le projet américain HAARP (High Frequency Active Auroral Research Program).
Le rapport déplore également que le gouvernement des États-Unis ait refusé, à plusieurs reprises, d’envoyer un représentant répondre aux questions sur les risques que HAARP pouvait faire peser sur l’environnement et les populations.
Ainsi, avant même l’an 2000, l’Union européenne jugeait suffisamment sérieuse la menace potentielle représentée par HAARP pour réclamer une enquête internationale indépendante.
À l’époque, s’interroger sur les technologies capables d’agir sur l’ionosphère, l’environnement ou les phénomènes atmosphériques ne relevait donc pas du "complotisme". C’était une préoccupation institutionnelle, inscrite noir sur blanc dans un rapport du Parlement européen.
Puis, silence.
Plus un mot, ou presque.
Dans le même temps, les étés européens ont commencé à devenir toujours plus chauds, jusqu’aux températures supérieures à 40 degrés que plusieurs pays connaissent désormais régulièrement. Toute interrogation sur HAARP, sur la modification artificielle du climat ou sur l’existence possible d’armes environnementales est aujourd’hui disqualifiée d’avance. Une seule explication doit occuper tout l’espace : nos émissions de CO₂.
Or le contraste géographique mérite au moins d’être interrogé. L’Amérique du Nord, notamment le Québec et la Nouvelle-Angleterre, n’a pas connu une évolution estivale identique à celle de certaines régions européennes.
Ils n’allaient tout de même pas tester leur dispositif sur eux-mêmes.
Dès lors, une hypothèse plus dérangeante surgit : et s’il ne s’agissait pas seulement d’essais, mais d’un instrument de pression dirigé contre l’Europe ?
Pression économique. Pression énergétique. Pression géopolitique. Pression sur le libre-échange, sur l’Ukraine, sur l’Iran ou sur d’autres dossiers stratégiques.
Une attaque climatique contre l’Europe paraît-elle inconcevable ?
Peut-être.
Mais ce qui est certain, c’est qu’en 1999 le Parlement européen prenait HAARP suffisamment au sérieux pour exiger un contrôle international indépendant.
Ce qui est tout aussi certain, c’est qu’un quart de siècle plus tard, l’institution ne semble plus vouloir poser les questions qu’elle posait elle-même autrefois.
Saint Gaétan, Patron des théatins, des chômeurs et demandeurs d'emploi
Gaétan est né à Vicence, qui faisait alors partie de la république de Venise. Ses parents étaient Gaspard, comte de Thiène, et Maria Porto.
Sa mère, très pieuse, l'encouragea dans la voie de la sainteté.
Comme nombre de jeunes gens de son milieu, il étudie le droit à Padoue et achève ses études à l'âge de 24 ans, en obtenant un diplôme de droit civil et de droit canon.
En 1506, son père le fit entrer dans la diplomatie vénitienne. Il fut envoyé à la cour du pape Jules II, où il travailla à la réconciliation du souverain pontife avec la république de Venise.
La mort de sa mère le rappelle à Vicence, où il fonde un hôpital pour les incurables. Le jeune diplomate est alors tout autant préoccupé par le soin des âmes que par celui des corps.
L'ordre des Théatins
Il décide de grouper autour de lui des personnes souhaitant partager l'idéal monastique avec un ministère actif. En 1513, la mort du pape Jules II lui permet de quitter la cour pontificale et de fonder un ordre fondé sur ces idéaux : l'oratoire de l'Amour divin. Gaétan fut ordonné prêtre en 1516 à l'âge de 36 ans, ce qui, pour l'époque est tardif. L'année suivante, au coeur du Saint Empire Romain Germanique, le moine augustin Martin Luther, tout autant conscient de la décadence de la cour pontificale et du clergé, publiait 95 thèses qui allaient être à l'origine du schisme protestant.
L'oratoire de l'Amour divin, sa nouvelle congrégation formée de de prêtres qui mèneraient, comme lui, une vie pauvre et austère, et s'engageraient à ne pas mendier pour eux, à soigner les malades, à répandre l'usage des sacrements parmi les laïcs et à ramener le clergé à ses devoirs, fut approuvé par Clément VII en 1524. L'un de ses compagnons, Giovanni Pietro Carafa (futur pape sous le nom de Paul IV), en fut le premier supérieur. Évêque de Chieti (qui se prononce Theate en latin), il est à l'origine du nom que la congrégation a porté par la suite. L'ordre des Théatins prit les apôtres pour modèles et contribua puissamment à la réforme des mœurs au XVIe siècle. Les premières maisons de la congrégation furent fondées à Naples en 1533 (basilique San Paolo Maggiore) et à Venise en 1540.
Après avoir subi de nombreuses difficultés en dépit du succès de ses fondations, Gaétan de Thiène meurt à Naples le 7 août 1547 à l'âge de 67 ans. Ses restes reposent à la basilique Saint-Paul-Majeur de Naples.
Gaétan de Thiène est béatifié en 1629 par le pape Urbain VIII et canonisé le 12 avril 1671 par le Pape Clément X, en même temps que Rose de Lima, François Borgia, Louis Bertrand et Philippe Benizi.
Sa fête est le 7 août.
Il est le patron des théatins, des chômeurs et demandeurs d'emploi. En Argentine, saint Gaétan est le patron des travailleurs. Tous les 7 août, à Buenos Aires, les abords de l'église Saint-Gaétan sont fréquentés par des centaines de personnes qui cherchent du travail. (1)
Mémoire de saint Gaétan de Thienne, prêtre, qui se consacra aux œuvres de charité, en particulier aux souffrants de maladie incurable, encouragea des associations pour la formation chrétienne des laïcs et, pour la réforme de l'Église, fonda une société de clercs réguliers, en engageant ses disciples à vivre à la manière des premiers Apôtres. Il mourut à Naples en 1547.
Sur une haute montagne, le Christ a révélé sa divinité à trois de ses apôtres. La voix qui parle, c'est le Père disant de Jésus qu'il est son "Fils bien-aimé" et la nuée est le Saint-Esprit. Nous avons là une illustration de la Trinité dans la Bible. Avant la Croix, Jésus leur a donné un aperçu du Ciel. Pourquoi ? Pour fortifier leur cœur.
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et ils s'entretenaient avec Jésus. Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : "Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie." De fait, il ne savait que dire, tant était grande leur frayeur. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le."
Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. En descendant de la montagne, Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu'ils avaient vu, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts.
Et ils restèrent fermement attachés à cette consigne, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : "ressusciter d'entre les morts".
Notre-Seigneur Jésus-Christ, avant d'être livré par les Juifs aux autorités romaines, savait qu'ils allaient le livrer, qu'il serait mis à mort et qu'il ressusciterait le troisième jour. La fête de laTransfiguration de Jésus-Christ prouve qu'Il enseignait à ses disciples de ne rien dire avant que tout ne soit accompli. Le secret sur la nature divine du Christ ne devait être levé qu'après Sa Résurrection (voir aussi Mt, VIII, 4; Mt XVII, 9).
Transfiguration, 1595, Louis Carrache (Ludovico Carracci), Bologne, Pinacothèque nationale, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 464-465.
"La Transfiguration est [...] interprétée [...] comme prémices de la Résurrection du Christ, mais aussi comme signe de notre propre gloire à venir.
"Citons au passage une très belle homélie d'Anastase le Sinaïte, vers le milieu du VIIe siècle. Le Christ transfiguré pointe le doigt vers son propre visage et s'écrie : 'C'est ainsi que resplendiront les justes lors de la Résurrection, c'est ainsi qu'ils seront glorifiés, c'est en ma condition qu'ils seront transfigurés, à cette forme, à cette image, à cette empreinte, à cette lumière et à cette béatitude qu'ils seront configurés et ils siégeront avec Moi le Fils de Dieu.'" (Traduction Michel Coune cité dans Joie de la Transfiguration, collection Spiritualité orientale, n° 39, Abbaye de Bellefontaine, 1985, p. 162.)(3)
Un peu avant, la célèbre mosaïque du VIe siècle de l'abside de la basilique Saint-Apollinaire in Classe, à Ravenne, nous représente dans une synthèse théologique extraordinaire le paradis reconquis par la Croix, comme une Transfiguration éternisée. (4) Saint Apollinaire au milieu des fidèles, comme le Christ au milieu de ses apôtres, célèbre la messe. Au cours de la liturgie, il a une vision de la Transfiguration du huitième jour qui ne finira jamais (il y a les six jours de la Création; le septième est celui de la faute et de la Rédemption; le huitième est celui de la vie éternelle). La Transfiguration du mont Thabor est ici évoquée par la présence de Moïse et d'Elie, et par les trois grandes brebis qui figurent Pierre, Jacques et Jean. Mais c'est une Transfiguration après la Croix. Dans l'immense cercle constellé, il y a 99 étoiles, évoquant les brebis restées avec leur pasteur. La brebis perdue, la centième, c'est toute l'humanité (et chacun de nous) ramenée dans le plérôme, au milieu des autres étoiles, en plein centre. C'est le Christ lui-même qui nous porte en Lui. Alors le Paradis nous sera rendu. (5)
Mosaïque de l'abside de la Basilique Saint-Apollinaire in Classe, Ravenne.
Transfiguration, Fra Angelico v. 1395-1455
La Transfiguration, église russe. Bordeaux
Transfiguration du christ, Carl Heinrich Bloch
Transfiguration, Raphaël 1483-1520
Transfiguration du Christ, Jason Polintan
Car la gloire n'est pas venue vers le corps du dehors, mais de l'intérieur, de la divinité supradivine, du Verbe de Dieu, unie au corps selon l'hypostase.
Sources: (1); (2); Rosa GIORGI, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 464-465; (3) Michel COUNE cité dans François BRUNE, Pour que l'homme devienne Dieu, Dangles, Collection Horizons spirituels, St Jean de Braye 1992, p. 311-312 ; (4) P. François BRUNE, Pour que l'homme devienne Dieu, ibid., p. 312; (5) P. François BRUNE, Pour que l'homme devienne Dieu, ibid., p. 316; (6) Jean MEYENDORFF, La théologie byzantine, Le Cerf 1969, p. 232.
Les hommes, unis par une même langue, ont voulu construire une tour pour atteindre le ciel, non par amour de Dieu, mais par orgueil, pour se faire un nom et éviter d’être dispersés. Dieu a confondu leur langage et les a dispersés sur la face de la terre.
S. Augustin d’Hippone, De Genesi ad litteram (415), XVI, 4
Dans Genèse 11,1-9, la destruction de Babel montre Dieu punissant la démesure et l’orgueil des hommes qui voulaient bâtir "une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux", se faisant ainsi "un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre". "De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela Babel, car c’est là que le Seigneur embrouilla la langue des habitants de toute la terre ; et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre."
Dans la tradition maçonnique - comme toujours -, la symbolique de la tour de Babel est inversée, réinterprétée de manière positive... Les francs-maçons, tout en reconnaissant le récit biblique, le réinterprete à rebours en y voyant une allégorie de l’art de bâtir et de la quête spirituelle ! La tour devient alors le symbole de l’ascension de l’esprit humain à travers les étapes de la "perfection", et la confusion des langues est transformée en une métaphore de la nécessité de retrouver un langage universel, des symboles et de l’esprit. Nous voyons aussitôt que dans ce projet, l'homme se passe de son Créateur. Pour la franc-maçonnerie, Babel n’est pas un échec, c'est le point de départ d’une reconstruction en esprit, où l’unité se retrouve dans le langage symbolique et l’action spirituelle. Certains textes maçonniques vont jusqu’à dire que la tour de Babel est le lieu où l’art et le mystère de la maçonnerie ont été mis en œuvre pour la première fois, avant d’être transmis à travers les âges... [Cf. https://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/04/la-tour-de-babel.html ]
Dans la tradition des Pères de l’Église, la grâce est un secours intérieur et gratuit, nécessaire pour faire le bien et être sauvé. Le salut est d’abord un don de Dieu, non un mérite humain construit. La tour de Babel est le symbole de cette démesure d'une construction qui écarterait Dieu et sa grâce, le symbole de l’orgueil humain et de la rébellion contre Dieu punis par :
>la confusion des langues
>et la dispersion de l’humanité.
Saint Augustin d’Hippone, dans son commentaire de la Genèse (Livre XVI, 4-10), y voit une illustration du péché d’orgueil et de la multiplicité détruisant l’unité originelle, une tentative de s’élever au-dessus de la condition humaine et de s’égaliser à Dieu. La destruction de la tour et la confusion des langues sont une punition divine, une réponse à l’hybris des hommes. Augustin souligne que Babel (Babylone) devient, dans la tradition biblique et patristique, le symbole des ennemis de la Cité de Dieu, c’est-à-dire de ceux qui s’opposent au dessein divin de salut et d’unité.
De même, pour les Pères, Babel-Babylone désigne les ennemis de la chrétienté, et la destruction de la tour est une punition divine contre l’hybris des hommes qui, en voulant atteindre le ciel, ont cherché à égaler Dieu. La confusion des langues et la dispersion des peuples la conséquence directe de cette chute, marquant la rupture de l’unité originelle de l’humanité.
Jean Chrysostome dans ses Homélies sur la Genèse, insiste sur la folie de vouloir rivaliser avec Dieu et sur la justesse de la punition divine.
La symbolique patristique est la suivante :
- Babel = Babylone = symbole de l’idolâtrie, de la rébellion, de la confusion spirituelle.
- La destruction de la tour est une leçon : l’unité ne peut venir que de Dieu, non de l’effort humain orgueilleux...
Aujourd'hui, sans jamais avoir mis les pieds dans une loge, de nombreuses personnes ont inconsciemment assimilé des idées maçonniques.
Par exemples,
>l’idée que toutes les religions mènent à Dieu,
>la construction orgueilleuse d’une cité, ne tenant pas compte de Dieu, et de Sa Révélation.
>la perfectibilité de l'homme par lui-même, par ses propres forces, comme si Dieu n'existait pas,
>l’idée que le salut réside dans le cœur humain, que l'homme est responsable de son propre salut.
Toutes ces opinions anthropocentriques nient fondamentalement l'Incarnation - donc la Rédemption offerte par le Fils de Dieu -, et par conséquent, la Trinité. Bien qu’il puisse y avoir des éléments apparemment "chrétiens" (la "croyance en Dieu", "la Trinité"), la doctrine maçonnique est inévitablement irréconciliable avec les doctrines du péché originel, de la grâce et de la rédemption offerte par le sacrifice unique de l'Agneau de Dieu.
Jamais la "perfection" maçonnique de l’homme ne tient compte de l'athée qui découvre l’existence de l'Agneau de Dieu, de l'amour gratuit et infini de Dieu et de la grâce et se convertit. La recherche de la Rédemption est inarrêtable. C'est ce qui aujourd’hui attire les jeunes en nombre croissant, notamment en Occident sécularisé (fortes augmentations des baptêmes ces dernières années) vers les rites traditionnels de l'Église où ils "trouvent non seulement une oasis sacrée, mais aussi le rempart nécessaire pour lutter contre la chair, le monde et le mal." (Cf. Diane Montagna, Nouvelle manipulation extraordinaire : le cardinal Roche s'exprime à nouveau sur la messe traditionnelle en latin.)
Il s'agit donc de repérer ces hérésies et de les exposer.
C'est ce que fait très bien Henry Von Blumental dans un texte en anglais, que nous traduisons ci-dessous en français et que nous complèterons en suivant par d'autres considérations :
Les francs-maçons ont pour mission d'ériger une tour de Babel nouvelle et parfaite.
Henry Von Blumental
Le pape Clément XII, âgé de 78 ans et déjà aveugle, accéda au trône en 1730. Juriste et administrateur compétent, encore plein d'énergie, il trouva le trésor public vide, les États pontificaux gangrenés par la corruption et l'Église en disgrâce. Durant ses dix années de pontificat, il redressa les finances, rehaussa le prestige politique de la papauté tant au niveau national qu'international – même au Moyen-Orient – et entreprit de vastes travaux de bienfaisance, tels que l'assèchement de marais infestés de paludisme et la construction d'importants monuments publics, dont la fontaine de Trevi, qu'il ne put admirer lui-même, étant aveugle. Tout cela fut accompli grâce à une lutte acharnée contre la corruption.
Pour des raisons politiques, jacobites et hanovriens (par l'intermédiaire de leurs alliés au sein du gouvernement français) faisaient pression sur le pape pour qu'il excommunie les loges de l'autre camp. Il est toutefois aisé de comprendre pourquoi une société secrète importante et méconnue fut perçue comme un terreau d'activités illégales. En 1738, Clément Ier prit les devants avec sa courte bulle In Eminenti. Ce document révèle sa difficulté : la franc-maçonnerie étant alors encore plus secrète qu'aujourd'hui, il n'était pas tout à fait certain de ce qu'il interdisait. Il était difficile de dire s'il y avait quelque chose d'hérétique, mais le fait qu'elle soit ouverte à toutes les confessions paraissait suspect. Faute de preuves concrètes d'hérésie, il se concentra sur les préceptes civils et moraux plutôt que sur les préceptes doctrinaux. Les hommes honnêtes n'ont nul besoin de secret, argumente la bulle : "S'ils ne faisaient pas le mal, ils n'auraient pas une telle haine de la lumière." Cette focalisation sur les comportements maçonniques plutôt que sur les idées maçonniques a, depuis lors, déterminé la position de l'Église sur le sujet.
Cela ne signifie pas pour autant que les théologiens ne recherchaient pas eux aussi l'hérésie. La prochaine injonction anti-maçonnique, Providas Romanorum , promulguée par le successeur de Clément, Benoît XIV, en 1751, soulevait des objections philosophiques à l'encontre de la franc-maçonnerie, l'accusant implicitement d' indifférentisme religieux. Benoît cherchait à comprendre pourquoi de nombreux athées, inspirés par la philosophie libérale anthropocentrique de Rousseau, commençaient à se rassembler dans les loges maçonniques. Il supposait que la franc-maçonnerie propageait des idées anti-religieuses. Les événements lui ont donné raison, mais jusqu'alors, aucune véritable analyse des implications théologiques du rituel maçonnique n'avait été menée. Une partie du problème pour l'Église résidait dans le fait que la franc-maçonnerie n'affirme pratiquement rien quant à ses croyances. Elle se décrit avec justesse comme "un système moral particulier, voilé d'allégories et illustré par des symboles". Les implications des allégories et du symbolisme maçonniques sont laissées à l'interprétation de chacun. Cela n’est pourtant pas difficile à faire, et étant donné que l’Église a toujours compris que le rituel véhicule des idées, il est surprenant qu’elle n’ait jamais analysé en détail le rituel maçonnique.
L'histoire se poursuivit donc.
Aucune des condamnations papales de la franc-maçonnerie au XIXe siècle ne faisait allusion aux détails concrets du rituel maçonnique.
Pie IX, qui semble avoir lui-même appartenu à une loge en Amérique du Sud dans sa jeunesse avant de renier la franc-maçonnerie, condamna "les sectes, qu'on les appelle maçons ou autrement", et ajouta : "C'est de là que se forme la synagogue de Satan." Mais même lui ne fit aucune référence concrète à un quelconque détail du rituel maçonnique.
C'est fort surprenant. L'implication la plus évidente du rituel maçonnique est que l'homme est responsable de son propre salut, une position qui nie inévitablement l'Incarnationet [la Rédemption offerte par le Fils de Dieu], par conséquent, la Trinité. Cette conception est clairement illustrée par la présence, dans chaque loge, de deux pierres de taille, l'une brute, l'autre parfaitement cubique, représentant respectivement l'âme non éclairée et l'âme après l'illumination maçonnique. Elle est également mise en scène de façon saisissante lors de la reconstitution, au troisième degré, du meurtre d'Hiram Abiff, l'architecte fictif du Temple de Salomon, qui symbolise l'âme éclairée, éliminée par des scélérats non éclairés désireux de s'emparer du secret maçonnique. Les tentatives pour ressusciter Hiram par l'application maçonnique de l'amour fraternel, du savoir et de la raison échouent ; mais l'âme est alors ranimée par la lumière qui réside au cœur du franc-maçon accompli.
En réalité, les papes de l'époque étaient distraits de la théologie par la politique. Le Vatican était indifférent aux rouages de la franc-maçonnerie et cherchait simplement à l'interdire. L'Église craignait peut-être qu'en étant trop explicite, les francs-maçons n'adaptent leurs rituels sans en altérer le caractère révolutionnaire. En Italie, les révolutionnaires du Risorgimento étaient presque tous francs-maçons, et nombre d'entre eux appartenaient également à des groupes paramilitaires comme la Camorra et les Carbonari, qui n'avaient guère de prétentions philosophiques. L'Église utilisa donc le terme "maçon" au sens large pour désigner tout groupe philosophique secret, sans se soucier des différentes définitions et des luttes intestines au sein de la franc-maçonnerie.
Un développement maçonnique important restait donc hors de portée des papes. Dès ses débuts au début du XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie se divisait en deux branches : la première, dite "moderne", ne reconnaissait que trois degrés, à l’instar des guildes de tailleurs de pierre, et la seconde, appelée de manière confuse "antique", en reconnaissait trente autres. Les modernes prônaient la croyance en Dieu, tandis que les anciens étaient plutôt athées. Dans le monde anglophone, ces deux systèmes parvinrent à un compromis et les deux grandes loges rivales fusionnèrent en 1813 (d’où le nom de Grande Loge "Unie" d’Angleterre). Les trois degrés de la franc-maçonnerie moderne, dite "de métier", étaient alors considérés comme suffisants pour qu’un franc-maçon puisse achever son parcours, les trente degrés supplémentaires du rite ancien et du rite accepté étant des options. La dérive des Anciens vers l'athéisme fut, formellement parlant, bloquée par la Grande Loge d'Angleterre, qui exigeait que les membres soient à la fois chrétiens et trinitaires pour accéder aux hauts grades, une condition récemment levée. Cependant, l'accusation initiale d'indifférentisme formulée par Benoît XIV demeurait valable. En Europe, c'est la franc-maçonnerie ancienne qui était dominante, gouvernée par les Grands Orients de France et d'Italie et rejetant toute religion. Léon XIII, dans Humanum Genus, identifia alors le naturalisme comme la principale hérésie maçonnique.
La doctrine fondamentale des naturalistes est que la nature et la raison humaines doivent, en toutes choses, être maîtresses et guides. Partant de ce principe, ils se soucient peu de leurs devoirs envers Dieu, ou les pervertissent par des opinions erronées et vagues. Car ils nient que Dieu ait enseigné quoi que ce soit.
Le naturalisme équivaut à l'athéisme, ce qui est tout à fait différent de l'indifférentisme qui prévalait dans la franc-maçonnerie à l'époque de Benoît XIV. Léon XIII manifeste sa conscience de cette incohérence au sein du système maçonnique plus loin dans la même encyclique :
La secte accorde une grande liberté à ses adeptes, de sorte que chaque camp a le droit de défendre sa propre opinion, soit qu'il y a un Dieu, soit qu'il n'y en a pas ; et ceux qui soutiennent obstinément qu'il n'y a pas de Dieu sont initiés aussi facilement que ceux qui soutiennent que Dieu existe, bien que, comme les panthéistes, ils aient des idées fausses à son sujet : tout cela n'est rien d'autre que de nier la réalité, tout en conservant une représentation absurde de la nature divine.
Alors que la franc-maçonnerie traditionnelle exige qu'une Bible, ou un autre texte sacré, soit toujours ouverte en loge, le Grand Orient a retiré le "Volume de la Loi sacrée" de toutes ses loges. La Grande Loge Unie d'Angleterre a réagi en lui retirant sa reconnaissance, et ses membres n'ont toujours pas le droit de fréquenter les loges du Grand Orient.
La franc-maçonnerie traditionnelle donne accès à divers degrés et grades annexes, dont certains exigent que l'initié foule aux pieds une effigie du pape en criant "À bas l'imposture !". Rares sont les francs-maçons traditionnels qui s'aventurent jusqu'à ces degrés ésotériques sans jamais y réfléchir. Malgré l'apparence anodine des trois premiers degrés de la franc-maçonnerie traditionnelle et le trinitarisme apparent des trente degrés supérieurs du Rite Ancien et Accepté, il est difficile de concevoir comment un catholique pourrait s'associer sereinement à un tel système. Nous avons déjà constaté le mélange hétéroclite de naturalisme et d'indifférentisme qui imprègne le rituel maçonnique, et d'autres hérésies spécifiques méritent d'être examinées.
Le plus évident de ces courants est le pélagianisme. Pélage était un avocat britannique typique de la vieille école, réputé pour son esprit critique et son souci du détail, un héritier philosophique du pharisaïsme, qui vécut au Ve siècle. En Grande-Bretagne, c'était l'époque du roi Arthur, quelle que soit la forme que prit cette ère, aujourd'hui plongée dans la brume historique. Contemporain et opposant de saint Augustin, il fut témoin du sac de Rome par les Wisigoths. Il était consterné par la basse moralité de son temps. Il soutenait que l'homme devait être tenu pleinement responsable de ses actes, non seulement des mauvais, pour lesquels il devait être puni, mais aussi des bons, pour lesquels il devait espérer une récompense. Il en déduisait qu'un homme pouvait accéder au paradis par ses propres efforts, ce qui impliquait que sa nature n'était pas déchue [Selon Pélage, le Christ n'était donc pas le Rédempteur offrant sa propre vie au Père en sacrifice expiatoire pour guérir la nature humaine blessée par le péché originel, mais plutôt un maître moral et un modèle de vertu.]. Il serait jugé uniquement selon le bien et le mal qu'il avait faits à son prochain. L'idée de la bonté innée de l'homme est un élément clé de la théorie marxiste ; Pélage mérite donc d'être considéré comme l'un des premiers héros de la gauche.
C’est le Synode général de l’Église d’Angleterre qui, en 1987, publia le premier document accusant explicitement la franc-maçonnerie de pélagianisme après avoir examiné en détail le rituel maçonnique. J’ai déjà évoqué les pierres de taille brutes et lisses, mais l’expression la plus flagrante du pélagianisme se trouve peut-être dans le rituel d’initiation d’un candidat au troisième degré, lorsqu’il est expliqué que les francs-maçons travaillant au Temple recevaient leur salaire en fonction précisément de la qualité de leur travail, ni plus ni moins. Le dialogue entre le Maître et le candidat est touchant, et d’autant plus dangereux spirituellement.
Maître : Puisque c'est l'espoir d'une récompense qui adoucit le travail, où allaient donc nos anciens frères recevoir leur salaire ?
Candidat : Dans la chambre centrale du temple du roi Salomon.
Maître : Comment les ont-ils reçus ?
Candidat : Sans scrupules ni timidité.
Maître : Pourquoi de cette manière si particulière ?
Candidat : Sans scrupules, sachant pertinemment qu’ils y avaient légitimement droit, et sans aucune hésitation, forts de la grande confiance qu’ils accordaient à l’intégrité de leurs employeurs à cette époque.
Les dix premiers mots du Maître pourraient servir de titre à un manifeste pélagien. Comparons cela à l'Acte de Contrition catholique, qui cite deux motifs de regret du péché : la crainte du châtiment et le chagrin d'avoir offensé Dieu. Le franc-maçon, quant à lui, apprend ici que ses bonnes œuvres lui donnent "justement droit" à sa récompense céleste. S'il demande pourquoi l'Église n'enseigne pas cela, on lui répond qu'à l'époque préchrétienne, les autorités religieuses étaient plus dignes de confiance qu'elles ne le sont aujourd'hui. Ce bref échange catéchétique suffit à lui seul à condamner d'emblée la franc-maçonnerie, la jugeant irréconciliable avec les doctrines du péché originel, de la grâce et de la rédemption sacrificielle.
On pourrait percevoir une idée similaire lors de la cérémonie d'initiation, où le candidat, les yeux bandés, se trouve, à son insu, confronté au double danger d'être poignardé ou étranglé. Symboliquement, il s'est placé de son plein gré dans une situation où sa sécurité, c'est-à-dire son salut, dépend de sa volonté de se conformer aux vertus maçonniques de courage et de prudence.
À la fin de la cérémonie, le candidat est conduit dans un coin de la loge, près du Vénérable Maître, qui s'adresse à lui :
Il est de coutume, lors de l'érection de tout édifice majestueux et remarquable, de poser la première pierre, ou pierre de fondation, à l'angle nord-est du bâtiment. Vous, nouvellement admis en franc-maçonnerie, êtes placé à l'angle nord-est de la Loge, symbolisant ainsi cette pierre. Puisse cette fondation, posée ce soir, vous permettre d'édifier une construction parfaite et digne de son bâtisseur. Vous apparaissez désormais, en apparence, comme un franc-maçon juste et intègre, et je vous recommande vivement de toujours continuer ainsi.
Le sens est clair : en rejoignant la Loge, la perfection personnelle et le salut spirituel sont à portée de main.
Nous en venons maintenant à l'hérésie du manichéisme. Une fois encore, une incohérence apparaît dans la pensée maçonnique, cette fois-ci avec l'hérésie du pélagianisme que nous venons d'évoquer. En effet, lors de leur grand différend, Pélage accusa Augustin de manichéisme, et la franc-maçonnerie se trouve ainsi potentiellement à cheval sur deux camps. Les manichéens originaux pratiquaient une religion dualiste perse, dont l'héritage a refait surface depuis lors. Il est aisé de comprendre cette religion, car elle naît de l'amour du Dieu bon et de l'horreur face à l'état de la création. Elle propose, pour expliquer la cruauté et la souffrance de ce monde, l'idée que le monde n'est pas l'œuvre de Dieu, mais qu'il s'oppose à sa volonté. Les pavés, conçus avec les meilleures intentions pour protéger la réputation de Dieu, tracent littéralement un chemin vers l'enfer, car la conclusion de cette logique est que le monde est le domaine de Satan et que la Création n’a rien de bon... Quel rapport avec la franc-maçonnerie ? On en revient au gnosticisme, qui considérait le monde comme impur, à purifier par un savoir secret. Par des signes, des symboles et des mots de passe, les francs-maçons se distinguent des non-initiés, qu’ils considèrent comme des êtres ignorants, persuadés de vivre dans la lumière, laquelle, comme le précise le rituel, est toujours à son apogée en franc-maçonnerie.
Ce dualisme est assurément symbolisé même par le sol à damier sur lequel se déroule le rituel maçonnique.
Ceci est tout à fait différent de la sainteté qui, étymologiquement parlant, renferme également l'idée de séparation. On trouve (ou du moins, jusqu'au concile Vatican II) une illustration éloquente de ce concept lors de la messe : le sanctuaire délimité par une balustrade d'autel, les vêtements liturgiques du prêtre, sa confession séparée de celle des fidèles, l'emploi d'un langage sacré. Mais toutes ces expressions de séparation reflètent la sainteté du Créateur par rapport à la Créée, et non la prétendue supériorité intellectuelle de l'initié par rapport aux gens ordinaires, que la franc-maçonnerie qualifie de "profanes". Dans la pensée catholique, la sanctification est accessible à tous par la foi et la grâce, à travers les sacrements ; en franc-maçonnerie, une poignée d'initiés peuvent l'obtenir par leurs propres efforts personnels – à condition, bien sûr, d'avoir acquitté leur cotisation annuelle.
Il est on ne peut plus clair que le rituel maçonnique propose un programme spirituel et théologique qui contredit frontalement les fondements du christianisme. Il est d'autant plus inquiétant, dès lors, que le Vatican, sous ce pontificat, semble enclin à accepter la franc-maçonnerie sans exiger de renonciation à sa croyance en la perfectibilité de l'homme par lui-même. En effet, il semblerait que les papes actuels souhaitent que l'Église se rapproche de la vision du monde maçonnique. Dans l'encyclique Fratelli Tutti de 2020 , le pape François appelle à :
Une aspiration universelle à la fraternité. La fraternité entre tous les hommes et toutes les femmes. Voilà un secret précieux qui nous révèle comment rêver et faire de notre vie une merveilleuse aventure. Les différentes religions contribuent de manière significative à l'édification de la fraternité. Le dialogue entre les fidèles des différentes religions ne se limite pas à la diplomatie, à la considération ou à la tolérance. Son but est d'établir l'amitié, la paix et l'harmonie. Un droit fondamental de la personne humaine ne doit pas être oublié sur le chemin de la fraternité et de la paix : la liberté de religion pour les croyants de toutes confessions. Cette liberté affirme que nous pouvons bâtir l'harmonie et la compréhension entre les différentes cultures et religions.
Les paragraphes de Fratelli Tutti sont intitulés "Liberté, égalité et fraternité ", "Un amour universel qui promeut les personnes" et "Les religions au service de la fraternité dans notre monde".
En février 2024, le cardinal Coccopalmieri a appelé à un dialogue permanent avec le Grand Orient, la Grande Loge et la Grande Loge Régulière d'Italie. Trois mois plus tard, le 8 avril, paraissait l'encyclique Dignitas Infinita, affirmant que la dignité humaine est sans limites, plaçant ainsi implicitement tous les hommes sur un pied d'égalité avec Jésus-Christ et la Vierge Marie. Le document précisait également :
Pour Jésus, le bien fait à chaque être humain, indépendamment des liens du sang ou de la religion, est le seul critère de jugement.
En fin de compte, il n'existe que deux conceptions possibles de l'univers : soit l'on croit, à l'instar des habitants de Babel, que l'on peut construire son propre chemin vers Dieu, soit l'on croit que Dieu, dans sa grâce et sa miséricorde, vient à nous. On croit soit aux valeurs relatives, soit aux valeurs absolues. Ce sont les deux cités décrites par saint Augustin. Toutes les visions du monde, même chez les athées, se situent d'un côté ou de l'autre de cette distinction.
La grande accusation que l'Église catholique a toujours portée contre la franc-maçonnerie tient toujours : la superstructure que tous les francs-maçons sont tenus d'ériger, parfaite en tous points, n'est rien de plus qu'une ziggourat babylonienne.
La Tour de Babel, par Lucas van Valckenborch en 1594.
Autres considérations
Deux hérésies maçonniques
1. Le pélagianisme maçonnique et l’absence de référence explicite à la grâce :
Le pélagianisme est une hérésie du Ve siècle qui nie la doctrine du péché originel, affirmant que les humains naissent moralement neutres et capables d'atteindre le salut sans la grâce sanctifiante ou l'assistance divine. Fondée par Pélage, elle prétend que le péché d'Adam n'a affecté que lui-même, permettant aux individus de choisir librement le bien ou le mal. En outre, le pélagianisme postule que le péché est un acte volontaire plutôt qu'une condition héritée d'Adam, rejetant ainsi la nécessité du baptême. Ce point de vue a été condamné par plusieurs conciles œcuméniques, notamment sous l'influence de saint Augustin, car il contredit les enseignements de l'Église sur la grâce et la nature humaine.
Les sacrements, dont celui de l'Eucharistie accroissent la grâce sanctifiante en nous (moyen d'union à Dieu par les moyens divins). "Chaque réception digne (de l'Eucharistie ) accroît la grâce sanctifiante, vie surnaturelle de Dieu dans l’âme, nous rendant plus saints et plus agréables à Dieu. Cela élève notre dignité et nous prépare à la vie éternelle (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n° 1392 ; Thomas d’Aquin).
Léon XIII (Humanum Genus, 1884) associe la franc-maçonnerie à un "naturalisme" proche du pélagianisme, où l’homme se prend pour son propre sauveur, niant le besoin de la grâce pour s'unir à Dieu.
Dans La Franc-maçonnerie selon l’Église, 2010, Yves Maris, théologien catholique, nuance les accusations, mais souligne que la franc-maçonnerie peut conduire à une forme de pélagianisme pratique.
Pour René Guénon (La Franc-maçonnerie et le pélagianisme, in Études sur la franc-maçonnerie et l’ésotérisme), la franc-maçonnerie moderne a perdu son caractère traditionnel et est devenue une "contre-initiation" proche du pélagianisme par son humanisme rationaliste.
Le pélagianisme est une doctrine attribuée à Pélage (IVe-Ve siècle), moine britannique, qui nia la nécessité de la grâce divine pour le salut, affirmant que l’homme pouvait, par sa seule volonté et ses efforts, atteindre la perfection morale et spirituelle. L’Église (notamment par saint Augustin et les conciles de Carthage en 418 et d’Éphèse en 431) a condamné le pélagianisme comme hérésie, car il minimise le rôle de la grâce et du péché originel, et exalte la capacité humaine à se sauver par elle-même.
En franc-maçonnerie, l’homme s’autosauve par le travail sur soi, la perfection morale, la construction de son propre temple intérieur. Pour certains théologiens, cela ressemble à une forme de pélagianisme, où l’homme se perfectionne par ses propres forces, sans recourir à la grâce divine.
Dans les rituels maçonniques, le salut ou l’élévation spirituelle ne passent pas par la médiation du Christ ou des sacrements, ni par la grâce, mais par l’"initiation", la réflexion et l’action vertueuse. La raison ne vient plus de Dieu mais de l’homme, qui progresserait par la "science" de l'arbre... et la philosophie, un rationalisme optimiste, proche du pélagianisme.
Exemples rituels
- Le grade d’Apprenti : Le néophyte reçoit la lumière de la raison et est invité à travailler sur lui-même pour "tailler sa pierre brute". Ce symbolisme peut être lu comme une métaphore de l’autoperfectionnement, sans référence à une aide divine extérieure.
- Le serment maçonnique : Le travail sur soi, l’engagement à se perfectionner, à aider ses frères, à chercher la vérité, repose sur la volonté individuelle, sans invocation explicite de la grâce.
En franc-maçonnerie le travail sur soi est un moyen de s’élever spirituellement, ce qui peut être compatible avec une foi en Dieu (y compris pour un chrétien).
Chaque franc-maçon est libre d’intégrer sa propre vision de la grâce ou de la providence dans son travail initiatique, ainsi que le "GADLU" comme principe transcendant : Le Grand Architecte de l’Univers pourrait être interprété comme une source de grâce ou d’inspiration divine, mais son rôle n’est pas clair :
"Le Grand Architecte de l'Univers des francs-maçons n'est pas le Dieu chrétien parce qu'il n'est pas 'transcendant' au sens chrétien, mais est un démiurge 'interne' au Cosmos. Le Grand Maître Oscar Wirth, entre autres, l'a reconnu.
Le déisme mécanique de Newton, un suprême moteur interne à la matière, annonce le déisme maçonnique et la croyance en l'existence d'un démiurge, esprit moteur, horloger ou Grand Architecte d'une Nature divinisée (panthéisme), Or le théisme, au contraire, affirme un Dieu transcendant à la matière, un Dieu surnaturel, personnel et providentiel. (Cf. Alain PASCAL, Le Siècle des Roses-Croix, Pascal contre Descartes, La Conspiration des philosophes, tome II, éd. Des Cimes, Paris 2018, p. 431.)
"Les maçons font référence à un Grand architecte de l'univers qui n'est pas le Dieu chrétien, mais un Esprit cosmique, donc qui n'a pas d'Être. Or on ne peut pas s'unir ou contempler un Dieu qui n'a pas d'Être (c'est la mystique), ni atteindre à la raison sans la Révélation chrétienne (vrai rationalisme). " (Alain PASCAL, La Révolution des Illuminés, Les droits de l'homme contre Dieu, La Conspiration des philosophes tome IV, éd. Cimes, Paris 2023, p. 34.)
La vraie mystique et le vrai rationalisme ne sont possibles que dans un dualisme métaphysique (une différentiation entre l'Être créateur et l'être créé (la Nature), qui se trouve dans le christianisme, mais ne se trouve plus dans le panthéisme du démiurge GADLU.
Suite logique:
>le collectif sombre dans la folie
>suicides...
"La grâce divine est source du SALUT de l'humanité; c'est par grâce que Dieu nous sauve."("Grâce" dans Pascal-Raphaël AMBROGI, Dictionnaire culturel du christianisme, Le sens chrétien des mots, Honoré Champion éd., Paris 2021, p. 431.)
Croire que le monde est créé par un démiurge est en refus de la Création gratuite et par amour ex nihilo, refus qui a plusieurs conséquences, dont
>le puritanisme (ou son inverse...)
>la croyance erronée que la création est mauvaise, qu'il convient de s'en détacher. Dans le gnosticisme et dans le manichéisme (cathares par exemple) l'univers et le corps humain sont mauvais (la chair considérée comme mauvaise), comme dans la tradition indienne.
>le rejet de l'amour infini et gratuit de Dieu (désespérance)
>le rejet de la grâce
>la perte de la grâce dans notre monde.
Suite logique: Jésus n'est pas le Fils de Dieu, le Messie qui offre le salut gratuit et personnel, mais chacun doit au contraire par ses propres efforts espérer et construire un royaume terrestre matérialiste (messianismes, millénarismes, sectes apocalyptiques).
Le salut d'individuel et libre devient collectif et obligatoire, la soumission aux "initiés".
Il n'y a plus de destinée individuelle mais collective.
C'est ce qui arrive.
L'homme moderne a cru se libérer du Dieu de la tradition chrétienne, en se prétendant son égal (auto-sauveur), l'homme a perdu sa liberté en se soumettant à la dictature mondialiste... (Cf. Alain PASCAL, La Guerre des Gnoses, Les ésotérismes contre la tradition chrétienne, La Pré-kabbale, Éd. de l'Æncre, Paris 1999, pages 78, 80 et 277.)
"Les faits sont là: la Démocratie fondée sur l'Humanisme prétendait offrir la liberté à l'individu, or elle a inexorablement dévié ... en dictature.
Les forces occultes monopolisent la Démocratie et nous vivons les 'fascismes des Droits de l'Homme' ... avec le mondialisme. Désormais, c'est la liberté de s'exprimer qui est condamnée et bientôt celle de penser." (Alain PASCAL, La Renaissance, cette imposture, La Guerre des Gnoses, tome III, éd. Des Cimes, Paris 2021, p. 335.)
2. Le manichéisme et la franc-maçonnerie
Julius Evola (La Tradition hermétique) voit dans la franc-maçonnerie une déviation manichéenne, notamment dans ses formes "profanes" et laïcisées.
Oswald Wirth (La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes) : Franc-maçon lui-même, il explique que le dualisme maçonnique est un outil pour l’initié, non une métaphysique.
Éliphas Lévi (Dogme et Rituel de la Haute Magie), autre "initié" voit dans la franc-maçonnerie une voie de réconciliation des opposés.
- Le manichéisme : Le rituel maçonnique utilise un langage dualiste, mais il s’agit d’un dualisme méthodologique (pour stimuler la réflexion), non d’un dualisme métaphysique. La franc-maçonnerie ne pose pas l’existence de deux principes divins opposés.
a. Qu’est-ce que le manichéisme ?
- Origine : Doctrine fondée par Mani (IIIe siècle), qui repose sur un dualisme radical entre le bien (esprit, lumière) et le mal (matière, ténèbres). Le monde est le théâtre d’un combat cosmique entre ces deux principes.
- Condamnation : Le manichéisme a été condamné par l’Église comme hérésie, car il nie l’unité de la création (Dieu a créé un monde bon) et introduit un principe du mal aussi puissant que Dieu.
b. Accusation de manichéisme contre la franc-maçonnerie
- Le dualisme symbolique : La franc-maçonnerie utilise abondamment des symboles dualistes :
- Lumière vs Ténèbres (le passage de l’obscurité à la lumière lors de l’initiation).
- Bien vs Mal (la lutte contre les passions, les vices, l’ignorance).
- Esprit vs Matière (la recherche de la connaissance spirituelle au-delà du monde matériel).
- Le combat initiatique : Le rituel maçonnique met en scène une lutte intérieure (contre ses propres défauts, ses passions), qui peut être interprétée comme un combat entre le bien et le mal en l’homme, à l’image du dualisme manichéen.
L’influence gnostique : Certains auteurs (comme René Guénon) ont souligné des similitudes entre la franc-maçonnerie et le gnosticisme (qui partage avec le manichéisme une vision dualiste du monde). Les rituels maçonniques, avec leurs références à la connaissance secrète (gnose), à l’initiation comme libération de l’ignorance, rappellent en effet certains thèmes gnostiques.
Exemples rituels
- Le voyage initiatique : Dans certains hauts grades (notamment du Rite Écossais Ancien et Accepté), le candidat est confronté à des épreuves symbolisant la lutte entre la lumière et les ténèbres, la vie et la mort.
- Le mythe d’Hiram : La légende du maître architecte assassiné par trois mauvais compagnons (symbolisant l’ignorance, la passion et la tyrannie) peut être lue comme une allégorie du combat entre le bien et le mal.
- Les couleurs noir et blanc : Le damier du temple maçonnique, alternant cases noires et blanches, est parfois interprété comme une représentation du dualisme cosmique.
Le dualisme maçonnique serait "pédagogique", non métaphysique, nous dit-on : La franc-maçonnerie utiliserait le dualisme comme outil symbolique pour "stimuler la réflexion", mais ne poserait pas l’existence de deux principes divins opposés. Le mal n’est pas une entité autonome, mais le résultat de l’ignorance ou de la méchanceté humaine.
- L’unité du principe créateur : Le GADLU est unique et bon ; les ténèbres ou le mal ne sont que des absences de lumière ou de connaissance, non des réalités substantielles.
En franc-maçonnerie il n’y a donc pas de bien et de mal objectifs, tout est relatif.
Mais les symboles maçonniques montrent un manichéisme métaphysique et une cosmologie dualiste. Serge Abad-Gallardo l'explique dans une video en 2017 :
Le Rite écossais rectifié est le rite qui va nous intéresser le plus parce qu'il se base sur la tradition chrétienne originelle, nourri des enseignements des Pères de l'Eglise. Donc cela, ca nous plaît, sauf que ce n'est pas le Magistère de l'Eglise, ce n'est pas un enseignement de l'Eglise, c'est une interprétation à partir des écritures des Pères. Cela veut dire que quiconque peut s'intituler interprète des Écritures. (Une des sources) de ce rite est l'enseignement de Martinès de Pasqually (1727-1774), un occultiste, magicien et hermétiste qui a vécu au XVIIIe siècle, qui a écrit un ouvrage "Traité de la Réintégration des Êtres" (1754-1772), qui développe une cosmologie théurgique et réintégratrice qui a profondément marqué la franc-maçonnerie à travers le Rite écossais rectifié et le martinisme, une doctrine manichéiste en son dualisme métaphysique radical, où le mal y est décrit comme le résultat "réparable" d'une chute et d'une corruption de la création originelle. Parfaitement gnostique également (dans la suite de Valentin et Basilide), cette doctrine sépare la matière et l'esprit; nous serions aujourd'hui prisonnier de la matière décrite comme négative (prison), alors que pour nous chrétiens, et catholiques en particulier, le corps et l'esprit font un, même si l'âme est une troisième entité. La matière y a été corrompue par la chute des êtres spirituels (par orgueil et désir de s'égaler à Dieu), ce qui a introduit le mal dans la création, la matière elle-même qui n'y est pas décrite comme une création de Dieu mais comme la conséquence de la chute, une création en quelque sorte "à réparer", "à réintégrer", comme si Dieu avait fait une création "mauvaise" à réparer !... Notons à ce sujet que dans les premiers siècles les démons chez les païens étaient terrifiés par les reliques des saints. (Source: Peter Brown, Le culte des saints, Essor et fonction dans la chrétienté latine, 1971.) On est supérieur aux anges déchus parce qu’en notre chair/matière, on les vainc par la grâce qu'ils ont rejetée et qu’ils enseignent à rejeter. Martines de Pasqually enseigne ainsi que l'homme par des "rites théurgiques" (rituels) peut purifier la matière en lui redonnant sa "dimension spirituelle" (sans la grâce), "libérer les esprits prisonniers de la matière", "accélérer la réintégration universelle" (sic). L'initié doit agir sur le monde pour le "réintégrer" en Dieu. C'est tout le baratin maçonnique courant que nous entendons chaque jour dans les programmes politiques, le contraire même de la laïcité présentée comme séparation du spirituel et du temporel..., via les slogans du type "changer l'homme", "refaire le monde", "recréer le monde", etc., etc.
Sur la chute des êtres, Martines de Pasqually a dit : "La matière n'est pas une création directe de Dieu, mais le résultat de la corruption des esprits. Elle est une limite, une prison, mais aussi un moyen de réintégration."
Martines de Pasqually (1727-1774) a eu une influence majeure sur la franc-maçonnerie notamment à travers:
>le rite écossais rectifié (RER), rectifié par son disciple Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) entre 1778-1782 et d'autres francs-maçons lyonnais.
Une réforme du ''Rite écossais Ancien Et Accepté (REAA), inspirée directement des principes de Martines de Pasqually.
Le RER inclut des pratiques théurgiques telles que prières, invocations au "Christ" "Médiateur" et "réintégrateur"..., méditations, visant à purifier l'''initié'' de ses passions et de ses ignorances, agir sur le monde pour "accélérer la réintégration universelle" (sic) (!) avec "le Principe" (qui est le Grand Architecte de l'Univers, qui n'est PAS le Dieu chrétien), qui résultera de l'"illumination" par la seule "initiation maçonnique", une croyance purement ésotérique dénommée "illuminisme" : l'homme n'y est en rien sauvé par la Grâce divine ou par la Croix, mais par son propre mérite sur le chemin initiatique... (Cf. Serge ABAD-GALLARDO, Secret maçonnique ou vérité catholique, Artège, Monaco 2019, p. 27.)
Dieu n'est pas le Grand Architecte. Il faut insister sur ce point, tant la franc-maçonnerie joue sur un double langage afin d'attirer dans ses filets les fidèles chrétiens: un auteur franc-maçon de référence et occultiste de haut niveau le confirme : 'Gardons-nous de céder à cette paresse d'esprit qui confond le Grand Architecte des Initiés [le GADLU] avec le Dieu des croyants." (Oswald WIRTH, La Franc-maçonnerie rendu intelligible à ses adeptes, t. III, Le Maître, éd. Dervy 1977, p. 148 in Serge ABAD-GALLARDO, Secret maçonnique ou vérité catholique, Artège, Monaco 2019, p. 309.)
Pour ce rite, "Adam a été le précurseur de la quête initiatique, puisque sa transgression visait à obtenir la Connaissance, et à vouloir devenir 'comme des dieux' (Gn 3,5). Cette interprétation de la Chute se retrouve dans de nombreux rites maçonniques, tels que le Rite Écossais rectifié par Jean-Baptiste Willermoz, et qui est privilégié en tant qu'il se veut le support rituel des obédiences maçonniques prétendument 'chrétiennes'. Or, le secret des Élus Cohen est une théurgie emprunte de magie et de consultations d'esprits par des somnambules extralucides censés recevoir des messages de l'Au-delà. Gnose, kabbale, théurgie, magie, consultations d'esprits, une véritable panoplie de pratiques hétérodoxes dangereuses qui s'opposent au christianisme depuis les origines. (Cf. Alain PASCAL, La Révolution des Illuminés, Les droits de l'homme contre Dieu, La Conspiration des philosophes tome IV, éd. Cimes, Paris 2023, p. 85)
Le rite Écossais Rectifié (RER) fondé par Willermoz prétend être 'antidogmatique'... Cf. Karl Van der Eyken, ''L'Imposture de la maçonnerie chrétienne et traditionnaliste''. (Serge ABAD-GALLARDO, Secret maçonnique ou vérité catholique, Artège, Monaco 2019, p. 26.)
La quête de la Connaissance, telle que la poursuit l'"initié" est donc bien la poursuite d'une tentative de s'approprier ''le fruit de l'Arbre qui est au milieu du Jardin... (Gn 3,3)'' C'est-à-dire celui qui permet ''la connaissance du bien et du mal...'' (Gn 2,9), et dont la consommation aura pour conséquence que vos ''yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal.'' (Gn 3,5). Il se confirme que le secret de l'initiation est donc un procédé luciférien, une tentation adressé par le Malin à l'homme désirant se diviniser lui-même par l'appropriation du Secret et de la Connaissance.'' (Serge ABAD-GALLARDO, Secret maçonnique ou vérité catholique, ibid., p. 328- 329.)
>le mouvement ésotérique dit "martiniste" (martinisme)
Un autre disciple de Martines de Pasqually au 18e siècle, Louis-Claude de Saint Martin (1743-1803) qui a fondé le "martinisme", mouvement ésotérique qui reprend et développe la doctrine de la "réintégration".
>la franc-maçonnerie dite "chrétienne" (loges qui intègrent une dimension théurgique et "réintégratrice") où l'"Homme-Dieu" (sic) est appelé à devenir un être divin non pas par la grâce et les sacrements de Dieu dans son Eglise, mais par les moyens maçonniques de la "Réintégration"...
''En observant mon parcours, je constate finalement qu'il y a près d'un quart de siècle, j'avais frappé à la porte d'un Temple qui abritait un système métaphysique spécifique : la franc-maçonnerie, déiste ou athée, confesse en effet, parmi les nombreux dogmes qui lui sont spécifiques, une métaphysique dualiste, omniprésente depuis le symbolisme du Pavé mosaïque, que l'apprenti découvre à son initiation, jusqu'à celui du 30e degré du haut grade de Chevalier Kadosh, Chevalier de l'aigle blanc et noir. Cette dualité, en tant que système de conception de l'Univers, repose sur ces deux forces antinomiques, de valeur égale, blanche et noire. C'est ainsi que, bien et mal s'équilibrant parfaitement, rien ne saurait, selon son enseignement initiatique, être totalement vrai ou faux : 'L'initié se tient debout et avance dans la vie sur ce damier qui proportionne exactement les satisfactions et les peines, les joies et les douleurs des vivants.' (Oswald WIRTH, Le Symbolisme occulte de la franc-maçonnerie, Dervy 1993, p. 87) Le dualisme maçonnique devient alors la clef de voûte du relativisme : 'Les manières de voir divergentes qui se font jour […] expriment la vérité sous les différents aspects.' (Oswald WIRTH, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, t. I : L'apprenti, Dervy 2003, p. 123 in Serge ABAD-GALLARDO, Je servais Lucifer sans le savoir, Pierre Téqui éditeur, Préface de Maurice Caillet, Paris 2016, p. 138.)
Lisez Oswald Wirth (1860-1943). Lisez Jules Boucher également, des planches maçonnique sur le "pavé mosaïque" en tapant l''édifice.net' sur internet. Et alors vous verrez que la franc-maçonnerie a une croyance. Il y a un livre qui a été écrit par Richard DUPUIS, qui a été "Grand Maître" de la "Grande Loge de France" et qui s'appelle "La Foi d'un franc-maçon". Ils ont une croyance... Et cette croyance est que l'univers est régi par deux puissances également fortes. Cette croyance veut dire que le bien et le mal sont équivalents. Cela veut dire que si le bien et le mal sont équivalents, Dieu n'est pas Tout-Puissant. On est dans la doctrine manichéenne. Et cela veut dire également que le mal peut être utile au bien. Je ne l'invente pas, je le tire de planches que je cite dans mon deuxième ouvrage. Et donc quelque part, le mal est nécessaire à l'humanité. Or, l'enseignement du Christ, et de l'Eglise, ce n'est pas cela. Le Christ nous dit qu'il a vaincu définitivement le monde, il a vaincu le mal, en mourant sur la Croix. Saint Michel, aussi, écrase Satan et l'a vaincu.
Donc vous voyez ce pavé mosaïque est important parce qu'il va amener au relativisme, à la dualité, ensuite à l'inversion entre le bien et le mal... Et à une glorification de la transgression. Là non plus je n'invente pas :
"Le mal est l'ombre du bien. Il en est inséparable. Donc, le mal est nécessaire à l'humanité comme le sel est indispensable à l'eau des mers. Là aussi, l'harmonie ne peut seulement dériver que de l'équilibre des contraires." (Albert Pike, Morals and Dogma, volume 6, p. 212 et 213) pour les personnes qui auraient des doutes sur la réalité de la citation.
Cette inversion des valeurs amènera à la transgression.
Je cite une planche maçonnique : "N'a-t-on pas prétendu que le Serpent tentateur était le diable, alors que de tout temps, le Serpent primordial a symbolisé le savoir, la connaissance".
Vous voyez, lorsqu'on est catholique, on aurait du mal à dire que le Serpent représente la connaissance ! [Au contraire, c'est Dieu qui est Connaissance qui nous donne par son Esprit-Saint le don d'intelligence (raison spéculative) et le don de conseil (raison pratique) pour saisir la vérité, ainsi que le don de sagesse et le don de science pour bien juger (Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Seconde partie, La foi q. 8 et 9). Cf. Lessept dons du Saint-Esprit.]
Que fait le Serpent ? Il pousse Eve et Adam à consommer le fruit défendu par Dieu et il dit -comme le fait et le dit la franc-maçonnerie d'ailleurs - Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. Dieu vous a menti. (Genèse III, 5). La franc-maçonnerie dit exactement la même chose que le Serpent de la Genèse. D'où il ressort que la franc-maçonnerie considère que l'homme doit devenir un dieu et dieu lui-même en désobéissant aux commandements de Dieu...
Cette divinisation de l'individu commence donc par une glorification personnelle de l'homme. Cela est précisé au 4e degré des hauts grades, c'est le grade qui s'appelle "maître secret" :
- Voici le Rituel. "Êtes-vous Maître secret ?"
- Réponse : "Je m'en glorifie".
A contrario, voilà ce que nous dit Saint Paul : " Où est donc le sujet de se glorifier ? Il est exclu... par la loi de la foi" (Romains, III:5) Il poursuit dans Colossiens, chapitre 12, verset 7 : "Et pour que je ne sois pas enflé d'orgueil, il m'a été mis une écharde dans la chair. Un ange de Satan pour me souffleter et m'en empêcher de m'enorgueillir. Trois fois j'ai prié Seigneur de l'éloigner de moi et Il m'a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses afin que la puissance du Christ repose sur moi."
Il n'y a pas cela en franc-maçonnerie : la grâce de Dieu n'y existe pas, c'est l'autonomie du maître qui s'impose. Oswald Wirth dit : "Un maître maçon ne peut être contesté. Il est libre dans une loge libre".
"Le signe luciférien du 18e degré des hauts grades. Au 18e degré, 'le signe du grade se fait en élevant la main droite fermée, l'index levé verticalement montrant le ciel. Le contre-signe s'exécute en descendant la main et en montrant la terre avec l'index. Signe et contre-signe [...] évoquent la maxime hermétique : 'Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut', comme l'indique loe rituel maçonnique. Or ce geste est repris dans l'arcane XV du tarot, qui représente le diable, lequel pointe une main vers le haut et une autre vers le bas, afin de signifier également que le haut et le bas sont de même nature...
On retrouve la dualité du pavé maçonnique. Et là on est au 18e degré quand même, on n'est plus au grade d'apprenti. Le 18e degré, c'est un petit peu au-delà de la moitié des grades.
Et bien le Christ au contraire nous dit, je cite : "Jésus leur dit : 'Vous, c'est d'en bas que vous êtes, moi c'est d'en haut que je suis. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde." (Jn 8:23) Ce qui est en haut n'est pas comme ce qui est en bas.
"Ce signe se retrouve aussi, tout comme sa signification et son symbolisme maçonnique dans une illustration d'Oswald WIRTH, représentant Ishtar, la déesse des polarités. Ishtar était également nommée, tout comme Lucifer, 'Étoile du matin'!
Enfin, on retrouve ce signe du diable sur une représentation de Baphomet, tel que dessiné par Éliphas Lévi et reprise (aujourd'hui. Ndlr.) sous forme de statue dans le Temple satanique de Détroit (États-Unis). [...] Cette croyance, ce dogme, car c'est bien de cela qu'il s'agit, de l'égalité entre ce qui vient d'en haut et ce qui vient d'en bas, sont d'inspiration dualiste, manichéenne. À l'inverse, la Parole de Dieu nous apprend que seul ce qui vient d'en haut est revêtu de la puissance divine. Jésus [...] leur disait : 'Vous c'est d'en bas que vous êtes; moi, c'est d'en haut que je suis. Vous, c'est de ce monde que vous êtes; moi, je ne suis pas de ce monde.' (Jn 8,23) [...] Il sera même précisé plus loin que toute philosophie qui vient d'en bas vient du démon: 'Pareille sagesse ne descend pas d'en haut: elle est terrestre, animale, démoniaque [...]. Tandis que la sagesse d'en haut est tout d'abord pure, puis pacifique, indulgente, bienveillante, pleine de pitié et de bons fruits.'' (Jc 3,15-17.)
(Serge ABAD-GALLARDO, Je servais Lucifer sans le savoir, Pierre Téqui éditeur, Préface de Maurice Caillet, Paris 2016, p. 128.)
Cf. Serge ABAD-GALLARDO, Je servais Lucifer sans le savoir, Pierre Téqui éditeur, Préface de Maurice Caillet, Paris 2016, p. 128.
"Pour l'Église catholique, la clef de la nature n'est absolument pas une analogie de cet ordre. C'est l'amour infini de Dieu auquel nous devons offrir notre cœur. Et cette clef, le chrétien ne cherche pas à se la procurer par le chemin initiatique vers la Connaissance. Il adore et loue simplement Celui qui la détient: Dieu Tout-Puissant, créateur du Ciel et de la terre. Par ailleurs, il n'existe pour l'Église catholique aucune analogie entre le créé et le Créateur, mais une création par laquelle la créature est créée (gratuitement) par l'amour de Dieu." (Serge ABAD-GALLARDO, Secret maçonnique ou vérité catholique, Artège, Monaco 2019, p. 243.)
Une initiation luciférienne pour "libérer l'humanité de Dieu le Père"
Au cœur du mythe du "Fils de la Veuve", Max HEINDEL, fondateur de la Rosicrucian Fellowship (Association rosicrucienne) propose une réécriture du livre de la Genèse, ancrée dans une cosmologie différente de la version biblique classique. Dans ce récit alternatif, un ange déchu nommé Samaël apparaît dès le deuxième chapitre de cette genèse gnostico-rosicrucienne.
Samaël donne à Ève son premier enfant, "Caïn" (avant donc que celle-ci s'unisse à Adam dans la Bible pour engendrer Abel.) Caïn est alors décrit comme un hybride "ange de feu" / humain, et comme un "Fils de la Veuve". Les textes rosicruciens s'appuient souvent, directement ou indirectement, sur des traditions juives mystiques où l'on trouve des idées similaires: Zohar (kabbale) affirme que Samaël "monta Ève et injecta l'impureté"; de cette union naît Caïn "du côté de l'impureté", tandis qu'Abel vient du côté de la sainteté via Adam. Pirque de-Rabbi Eliezer (midrash) suggère que la serpente/Samaël séduit Ève et qu'elle conçoit Caïn de cette "mauvaise semence", Adam engendrant ensuite Abel. Le Targum Pseudo-Jonathan et certains passages du Talmud laissent entendre une relation surnaturelle entre Ève et le serpent/Samaël, d'où la naissance de Caïn. Ces sources juives kabbalistiques forment le fonds textuel que les rosicruciens (et d'autres courants ésotériques) réinterprétèrent. (Sources: Max HEINDEL, La Cosmogonie des Rose-Croix, éd. ENSRO. C'est dans cet ouvrage que se trouve l'essentiel de son interprétation alternative de la Genèse (Adam, Ève, Caïn, Abel, Samaël, etc.)
Serpent tentateur dans la tradition kabbalistique et gnostique, Samaël offre à Ève le fruit de l'arbre de la connaissance. Dans certains courants ésotériques, Lucifer est vu comme un prométhéen qui apporte la lumière (savoir) à l'humanité, même si cela implique une rupture avec l'ordre divin. Certaines interprétations gnostiques et rosicruciennes suggèrent que Ève aurait été fécondée par Samaël (ou l'esprit luciférien) avant sa relation avec Adam, donnant ainsi naissance à Caïn. Cette union symbolise: la dualité en l'humain; l'union du spirituel (Ève, liée à la lumière) et du matériel (Samaël, lié aux ténèbres). Caïn représente la descendance caïnite de ceux qui cherchent le savoir au-delà des limites imposées par Dieu... (Yahvé vu souvent dans la tradition gnostique comme un démiurge ignorant), c'est-à-dire que les Cainites sont la descendance de ceux qui s'opposent à Dieu pour, prétendument, acquérir la "Connaissance" (sic). Dans la Bible, Caïn, premier-né d'Adam et Ève, tue son frère cadet Abel par jalousie; il est maudit, marqué par Dieu, condamné à errer sur terre. Dans la réinterprétation rosicrucienne, Caïn est le symbole de la libération par la connaissance..., comme Prométhée volant le feux aux dieux. Les Caïnites, lignée de Caïn incarne ceux qui défient l'ordre établi. Dans la symbolique rosicrucienne, Caïn représente l'alchimiste: celui qui travaille avec les forces obscures (la matière, le plomb) pour les transfigurer en lumière (l'or "spirituel"), le chercheur de vérité qui explore les mystères interdits pour soit-disant accéder à la "sagesse'. Les Caïnites symbolisent les initiés. La Rose-Croix voit en Caïn l'équilibre des opposés, un dualisme moyen de comprendre la soit disant "unité sous-jacente du tout"... Or il n’y a évidemment rien de commun entre la vérité et l'erreur, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, le Christ et Satan (2 Co 6,14-15)... Dans la théosophie, Helena Blavatsky mentionne Caïn comme un symbole de la révolte contre l'autorité aveugle. Dans le satanisme (LaVey, Temple of Set), Caïn est parfois vénéré comme un archétype du 'libre penseur'... (sic)
Dans le gnosticisme, Dieu le Père y est présenté comme responsable du malheur originel et le principal obstacle à la régénération, donc il faut l'évincer pour que la Nature soit purifiée. "Comme la théosophie, la légende Rose-Croix créée ainsi une culpabilité de Dieu, mais aussi un irrationalisme divin. [...] Dieu le Père est à la fois contre le Bien, contre la Nature, contre l'Humain; il est obscur, jaloux, haineux et il convient donc de lui apporter la lumière contre sa volonté. Ce sera le 'grand oeuvre' du Fils.
Pour les Rose-Croix, le Père n'offre pas le Fils en sacrifice pour la Rédemption de l'humanité, c'est le Fils qui va débarrasser l'humanité de ce Dieu obscur qui a transmis le Mal à l'homme en l'obligeant à la corporéité et qui l'empêche de faire le Bien ! Comment ? En forçant le Père à céder à l'Humain la Connaissance. Un modèle existe, Lucifer, le chef des anges révoltés contre Jéhovah. [...] L'humanité doit donc se tourner vers Lucifer pour obtenir la Connaissance, la Gnose suprême (c'est la Kabbale). Lucifer est le diable, mais, comme sa lumière peut permettre à l'homme de se libérer de Dieu, le Mal devient bénéfique, ''positif''. [...] En d'autres termes, l'initiation rosicrucienne est une invitation à prendre le Diable pour Maître, c'est-à-dire à soumettre l'humain à l'Adversaire, que la Genèse représente sous la forme du Serpent, qui est aussi le symbole de l'initiation égyptienne.
Rappelons ici que certains Pères de l'Église comme Saint Basile le Grand (Homélie sur le Saint-Esprit) voient dans l'attribution du mal à Dieu une forme de blasphème ou de désespoir.
>Le Saint-Esprit est la source de toute sainteté et nier sa bonté ou lui attribuer le mal revient à renier la nature même de Dieu qui est amour (Jn 1,4,8.)
>St Grégoire de Nysse, dans Contre Eunome, condamne l'idée que Dieu pourrait être l'auteur du mal, car cela contredit Sa perfection absolue.
>St Thomas d'Aquin, synthétisant les Pères dans la Somme théologique (II-II, q. 14), classe le péché contre le St-Esprit parmi les péchés irremissibles par leur nature (non par limitation divine, mais par le refus humain de se repentir et d'accepter la Rédemption du Christ via désespoir, obstination, impénitence finale, présomption d'être sauvé sans mérite ou par ses propres forces, résistance à la vérité (refus de la lumière ou du St-Esprit), l'envie de la grâce d'autrui (tristesse face au bien spirituel des autres). L'attribution du mal à Dieu pourrait relever de la résistance à la vérité connue car Dieu est bon par essence, ou du blasphème, mais St Thomas ne l'énumère pas explicitement comme une catégorie distincte. Cependant, il souligne que toute pensée qui contredit la bonté divine est une offense contre l'Esprit de vérité (Cf. Somme théologique, II-II, q. 13, a.2)
Dans le Catéchisme de l'Église catholique (1992), le sujet est abordé aux n° 1864 et 2091.
>1864 "Tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis " (Mt 12, 31 ; cf. Mc 3, 29 ; Lc 12, 10). Il n’y a pas de limites à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l’Esprit Saint (cf. DeV 46). Un tel endurcissement peut conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle."
>2091 "Par le désespoir, l’homme cesse d’espérer de Dieu son salut personnel, les secours pour y parvenir ou le pardon de ses péchés. Il s’oppose à la Bonté de Dieu, à sa Justice – car le Seigneur est fidèle à ses promesses -, et à sa Miséricorde."
Le refus délibéré de Dieu implique une fausse image de Dieu (comme dire qu'il est un juge cruel plutôt qu'un Père miséricordieux).
Pour le cardinal Journet (Le Mal, 1948), le mal n'est pas une création positive de Dieu, c'est une absence de bien, une absence de l'Être de Dieu, qui seul est. Attribuer le mal à Dieu revient à confondre l'ordre naturel (où le mal se répand comme conséquence du péché originel) avec la volonté divine, qui ne veut que le Bien. Cela confine à une erreur intellectuelle ou à un péché de volonté (si fait avec malice).
L'attribution du mal à Dieu peut être une erreur intellectuelle par ignorance (ex : Pourquoi Dieu permet-il la souffrance?). Cela n'est pas un péché si c'est une question honnête. Mais l'attribution du mal à Dieu devient un péché quand cette attribution devient volontaire, systématique, obstinée, ou malveillante (ex: Dieu est cruel, je Le hais).
La tradition catholique distingue : Dieu permet le mal pour en tirer un bien plus grand, cf. Rm 8,28, mais ne le veut pas positivement (car Il est bon). Attribuer à Dieu la volonté positive du mal est une hérésie (close du manichéisme) et peut relever du péché contre le Saint-Esprit, si obstination et impénitence finale.
Lien avec le désespoir: si l'attribution du mal à Dieu conduit à perdre l'espérance en Sa miséricorde, cela rejoint directement le péché contre le Saint-Esprit (cf. Catéchisme, 1864 )
[...] Les Fils de la Veuve et le Temple d'Hiram
Comment Caïn est le premier "Fils de la Veuve" :
Les francs-maçons se nomment eux-mêmes ''Fils de la Veuve''. Reprenons donc le récit de la légende Rose-Croix pour comprendre d'où vient cette expression.
Dans la Genèse, l'Humanité se perpétue sur terre après la Chute. Adam et Ève enfantent Abel et Caïn, puis, après le meurtre d'Abel par Caïn (meurtre de l'aîné par le cadet), Seth. La légende Rose-Croix est très différente, puisque Ève est créée la première et qu'elle est séduite avant l'existence d'Adam par un esprit luciférien, Samaël, qui, s'unissant à elle, lui engendre Caïn. Caïn est donc l'aîné d'Abel et il n'est plus un fils d'Adam, mais du diable; il n'est donc pas un fils d'homme, mais ''semi-divin'', écrit Max HEINDEL, dans ''Franc-maçonnerie et catholicisme", éd. Maison rosicrucienne, 1983 (qui dévoile quel est son camp, car il devrait dire semi-diabolique). Si le diable envoie Samaël féconder Ève, c'est parce qu'il faut ''libérer l'esprit captif de la lumière''. Par Samaël, Caïn hérite du feu de Lucifer, dont il est ainsi le Fils spirituel.
Dans la kabbale juive (Zohar), Samaël est le chef des forces du mal, parfois décrit comme l'époux de Lilith (figure démoniaque liée à la sexualité et à la rébellion).
Lien avec le serpent de la Genèse. Dans la gnose valentinienne, le serpent de la Genèse est interprété comme un libérateur (il révèle à Adam et Eve la Connaissance qui leur permet de s'affranchir du démiurge, créateur de la matière mauvaise.
Quand Jéhovah chasse Samaël du Paradis, Ève et Caïn sont abandonnés sur terre, où Cain devient le premier ''Fils de la veuve'', la veuve du Diable !
Jéhovah crée alors, et alors seulement, Adam - qui n'a donc pas connu le Paradis -, et qui est un simple être humain. Adam s'unit à son tour à Ève, laquelle enfante Abel, qui est donc un simple enfant d'humains, c'est-à-dire inférieurs à Caïn. [...] Le premier fils de la veuve possède le secret de la 'science', l'alchimie, mais aussi la 'sagesse', qui n'est pas de Dieu, mais du Serpent.... Après la mort d'Abel, Adam et Ève ont un autre enfant, Seth, lequel, comme Abel, est un simple fils d'humains. Il y a dès lors dans le monde deux races d'hommes, la race de Caïn et la race de Seth. Et non plus d'Abel. Cette division .... remonte pour le moins à Satornil... Pour les Rose-Croix, la race de Caïn est semi-divine (sic). Et, étant engendrée par l'esprit luciférien, elle est douée de l'"énergie dynamique" du Feu, ce qui lui donne l'initiative du progrès. Par contre la race de Seth [...] est ignorante et docile comme l'était Abel, ce qui "plaît à Jéhovah", car le Père est ''jaloux'' de ses prérogatives de créateur. Rien ne peut venir de cette race soumise et crédule, et qui est exploitée par les pires des fils de Seth, les serviteurs de Jéhovah sur terre, le clergé. L'humanité dont donc être libérée de Jéhovah et de son clergé par les Fils de Caïn, qui détiennent le feu de Lucifer, le porteur de lumière.... Le "grand oeuvre" assigné par le Diable aux Fils de Caïn est d'achever la construction du Temple qu'avait commencé Hiram....
Dans la Bible, Salomon, fils de David a recours à Hiram, le roi de Tyr pour accomplir le voeu de David, mais il n'a pas la vertu de son père. Il tolère l'idolâtrie et Dieu lui pardonne uniquement parce qu'il est le Fils de David. Hiram fournit à Salomon les matériaux et les ouvriers. (1 Rois 6-7; 2 Chroniques 3-4)
Les Rose-Croix reprennent cet épisode en créant une légende du Grand Architecte Hiram, qui nous intéresse, car les francs-maçons ont fait d'Hiram l'ancêtre de leur Grand Architecte de l'Univers - Hiram est une personnage central de l'initiation maçonnique -, alors que pour les Rose-Croix, Hiram est un fils de Caïn, c'est-à-dire un représentant de l'esprit de Lucifer. Le grand ancêtre maçonnique n'est donc pas le roi de Tyr, mais un des noms secrets du Diable.
[...] Il y a donc deux Hiram, et celui des Rose-Croix n'est pas le roi de Tyr auquel (dans la Bible) Salomon s'adresse pour construire le Temple, mais Hiram Abiff, un phénicien envoyé par le roi. Or, si le premier Hiram est dans la Bible, le second n'y est pas. C'est donc par subterfuge que les maçons prétendent faire revivre un personnage biblique au 3e Degré, celui de Maître. Dans le Rite Ecossais, le Hiram qui est invoqué lors du rituel du 3e grade, celui de Maître, est en effet ''Hiram Abiff'', en d'autres termes le Diable.
Et il y a des catholiques initiés dans ce rite...
Par conséquent, le Temple d'Hiram Abiff construit n'est pas celui que Salomon veut édifier selon la volonté et à la gloire de Dieu, mais un Temple symbolique au service d'une autre volonté, celle du Diable, dont les Fils de Caïn doivent réaliser le désir de soumettre les fils de Seth. (Cf. Alain PASCAL, Les Sources occultes de la philosophie moderne, De la Gnose à la théosophie, tome 1 de La Conspiration des philosophes, éd. des Cimes, Paris 2017, p. 253-266.)
Ces deux temples, bien que distincts dans leur origine historique et légendaire, sont volontairement confondus dans la tradition Rose-Croix et maçonniques, dans les rituels et les enseignements ésotériques. La légende d'Hiram Abiff, dans la légende maçonnique apparaît dans les textes maçonniques du XVIIIe siècle, notamment dans le grade de Maître du Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) et du Rite de York. Le récit est le suivant : trois mauvais compagnons (Jubéla, Jubélo et Jubélum) tentent d'extorquer les secrets à Hiram, celui-ci refuse de les révéler et ils l'assassine et cachent son corps sous un acacia. Son corps est retrouvé par Salomon, qui le fait inhumer dans le Saint des Saints du Temple. La légende se termine par la résurrection symbolique d'Hiram, qui devient un symbole de l'immortalité de l'âme et de la transmission des secrets sacrés.
Les hauts grades maçonniques du 4e au 33e développent la légende d'Hiram en y ajoutant des éléments kabbalistiques et rose-croix.
Exemple: dans le rituel du grade de Chevalier Rose-Croix (18e degré du REAA), le candidat est invité à reconstruire le Temple spirituel lui-même. Le Temple d'Hiram Abiff devient alors une métaphore du Temple intérieur que chaque Rose-Croix et franc-maçon doit construire en lui-même. La mort et la résurrection d'Hiram symbolisent le processus alchimique et la transformation de l'initié, sans aucun rapport avec le Hiram Ier, roi biblique de Tyr, fils d'une veuve de la tribu de Nephtali, lui-même fils d'un artisan de bronze tyrien (1 Rois 7 :13-14), et son temple matériel historique...
La tradition Rose-Croix au 17e siècle, telle qu'elle apparaît dans les Manifestes (Fama Fraternitatis, Confessio Fraternitatis) et dans les enseignements ultérieurs de Robert Fludd, Elias Ashmole, ou Stanislas de Guaita, intègre des éléments du gnosticisme. Samaël est alors présenté comme une force nécessaire dans le processus de réintégration (influence de Martines de Pasqually), un ange déchu, mais aussi un agent de la purification par le feu, un symbole de l'ombre qui doit être transmué en lumière.
Stanislas de Guaita, fondateur de l'ordre kabbalistique de la Rose-Croix (1888), dans son ouvrage Au Seuil du Mystère, décrit Samaël comme un ange déchu, une force nécessaire dans l'équilibre cosmique... Il le lie à Lith et à une révolte contre Dieu qui peut être transcendée par l'"initié".
Eliphas Levi, occultiste du 19e siècle, dans Dogme et Rituel de la Haute Magie, associe ouvertement Samaël à Satan, mais aussi à Lucifer, le "porteur de lumière", soulignant son rôle de tentateur poussant l'homme à la chute, et de "libérateur" par la délivrance de la "Connaissance" (sic). Lévi écrit: "Samaël est l'ange de la mort, mais aussi celui qui en tuant l'homme ancien, permet la naissance de l'homme nouveau." Et voilà notre "homme nouveau" maçonnique.
Caïn a eu une influence sur l'occultisme moderne:
>Théosophie d'Helena Blavatsky, reprend l'idée que Lucifer est un "porteur de lumière", nécessaire à l'évolution humaine.
>Satanisme (LaVey, Temple de Set): Caïn et Lucifer sont célébrés comme symboles de l'individualisme et de la "libération" des dogmes.
>Néopaganisme: certains courants voient en lui le premier "sorcier" ou chamane, maître des forces cachées de la nature.
La franc-maçonnerie, descendante directe de Caïn, inspiré par Lucifer
Le grade de Grand Maître Architecte du 12e degré des hauts grade était perçu de la sorte: 'Ce degré, en effet achève la formation du maître et annonce déjà l'Élu que façonneront les 13e et 14e degrés. (Claude LLORENS, Planche maçonnique 'Grand Maître Architecte: un thème du 12e degré', in Serge ABAD-GALLARDO, Je servais Lucifer sans le savoir, Pierre Téqui éditeur, Préface de Maurice Caillet, Paris 2016, p.131- 132.)
"[...] Ainsi que l'avoue un franc-maçon dans l'une de ses planches : 'Tubal-Caïn [...], mot de passe des maîtres qui donne à réfléchir, car il comporte une telle ambiguïté qu'il ne peut nous laisser indifférent...' (Planche maçonnique 'Tubal-Caïn' https://ledifice.net/maitre/tubalcain/7076-2 )
L'institution maçonnique met Tubal-Caïn en relation avec le secret du feu et des métaux. [...] Elle l'assimile à un alchimiste: 'Tubal-Caïn, le forgeron, travaille les métaux et s'inscrit spirituellement comme continuateur de LA LIGNEE CAÏNITE [...]'. Mais il est aussi considéré par les obédiences comme un artisan de guerre et de violence : 'Tubal fut, d'après la légende, le premier qui conquit l'art de forger le bronze, donnant à ses alliés un avantage militaire inévitable sur ceux qui ne connaissaient alors que le cuivre pour la fabrication de leurs armes.' (Planche maçonnique 'Tubal-Caïn' https://ledifice.net/maitre/tubalcain/7076-2 ) 'C'est la raison pour laquelle Caïn et ses descendants gagnèrent une réputation de tyrans, de voleurs brutaux et d'assassins, et acquirent des biens matériels de toutes sortes.' (ibid.)
"Tubal-Caïn! On aurait rêvé mieux comme référence pour un maître franc-maçon et bienfaiteur de l'humanité!", écrit Serge-Abad Gallardo dans Je servais Lucifer sans le savoir, ibid., p.133.
Cf. https://ledifice.net/maitre/tubalcain/7076-2
Or, précisément, "le mardi 5 avril 1785 [...] Jean-Baptiste Willermoz [...] reçut onze cahiers rédigés par Marie-Louise de Monspey, dite Mme de Vallière' (SAPPIA ART, Planche maçonnique 'De Tubal-Caïn à Phaleg', 20 mai 2012 ) Dans certains de ses écrits, il était alors question de "substituer le mot de passe [...], à savoir 'Tubal-Caïn'".
Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), adepte de Martines de Pasqually qui le reçuthttps://christroi.over-blog.com/article-l-illuminisme-philosophique-maconnique-au-xviiie-siecle-39283401.html dans l'ordre des 'Élus Cohens', organisa en juillet 1782 le convent de Wilhelmsbad (où les "Illuminés" tiennent un rôle actif et où sera décidé de la Révolution en France... Cf. Alain PASCAL, La Révolution des Illuminés, Les droits de l'homme contre Dieu, La Conspiration des philosophes tome IV, éd. Cimes, Paris 2023, p. 85-177.)
Il fut à l'origine de la création du Rite écossais rectifié (RER). C'est la raison pour laquelle, 'le 5 mai 1785, Jean-Baptiste Willermoz remplace le nom de Tubal-Caïn par Phaleg, sur décision de la Régence écossaise de Lyon et du directoire d'Auvergne.' Le fondateur de ce rite prit conscience grâce aux cahiers de Madame de Vallière, de la portée satanique de la référence à Tubal-Caïn. De l'aveu même d'une certaine franc-maçonnerie déiste, 'Tubal-Caïn [...] est qualifié d'''agent diabolique' et portant les 'vices charnels', 'c'est un nom d'abomination' [...], 'il n'apprit l'art du travail des métaux et la maîtrise du feu que par des voies profanatrices et sataniques'.
Depuis, le RER ne comporte plus de référence à Tubal-Caïn au grade de maître. Le RER est le rite privilégié de la Grande Loge nationale de France, même s'il n'est pas le seul. (Serge-Abad Gallardo dans Je servais Lucifer sans le savoir, ibid., p.135-136.)
Mais 'Tubal-Caïn' est toujours le mot dans d'autres rites maçonniques .... :
"Au Rite Émulation, Tubalcaïn est le mot de passage donnant accès du 2ème au 3ème grade.
"Au Rite York, Tubalcaïn est le nom de la griffe de passage de compagnon à maître, servant de mot de passe au 2ème degré, tel que cela apparaît dans l’échange entre le 1er surveillant et le 1er expert dans les instructions du degré : «- A-t-elle un nom? -Oui – Voulez-vous me le donner ? – Ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu et je ne le communiquerai jamais ainsi.- Comment en disposez-vous ? – En l’épelant ou par syllabe. – Donnez-le par syllabe et commencez. – Commencez vous-même. – C’est à vous de commencer.». Le mot Tubalcaïn est donné par syllabe entre le premier expert et le V\ M\ Puis complètement par le 1er expert. Cette griffe est un en-deçà de la griffe véritable du maître.
"Au REAA, c’est le mot de passe du Maître. 'Ce mot est TULBAKAIN, que nous avons adopté en raison de l’intimité qui doit exister entre nous et le premier Vulcain dans l’univers. Nous appelons cela un mot de veille, car nous exigeons qu’il soit prononcé avant ce qui était jadis connu, à savoir JAKIN' (Solomon in All His Glory or the Master-mason, traduction du Franc-maçon démasqué ou le vrai secret des Frans maçons de 1751)." ( Cf. https://450.fm/2023/02/07/tubalcain-un-personnage-sulfureux-en-franc-maconnerie/)
Les Caïnites étaient une secte gnostique antique (IIᵉ–IIIᵉ siècles) qui vénéraient Caïn, Judas, Ésaü, et d’autres figures bibliques traditionnellement considérées comme "maudites". Pour eux, ces personnages incarnaient la révolte contre le Démiurge (Yahvé, vu comme un dieu ignorant et tyrannique) et la recherche de la connaissance véritable au-delà des dogmes religieux.
Influences :
- Gnosticisme : L’idée que le monde matériel est une prison créée par un dieu inférieur (le Démiurge), et que l’humain doit se libérer par la gnose (connaissance spirituelle).
- Manichéisme : Dualisme entre lumière et ténèbres, où l’humain doit libérer les particules de lumière piégées dans la matière.
- Hermétisme : Utilisation de rituels magiques pour accéder à des vérités cachées.
Textes Fondateurs
- Évangile de Judas (apocryphe du IIe siècle) : Présente Judas comme un héros qui aide Jésus à accomplir sa mission en le trahissant, permettant ainsi la libération de l’âme humaine. Saint Irénée de Lyon fait mention de l'Évangile de Judas à la fin du IIe siècle dans son ouvrage Contre les hérésies (Livre 1, chapitre 31, alinéa 1): l’Évangile de Judas y est attribué à la secte gnostique des Caïnites...
- Apocryphon de Jean (texte gnostique du IIe siècle) : Décrit le Démiurge comme un être ignorant, et encourage la rébellion contre ses lois.
- Pistis Sophia : Texte gnostique où Jésus enseigne des rituels pour libérer l’âme des chaînes de la matière.
Exemples de rituels caïnites
Voici quelques exemples reconstruits à partir de textes gnostiques, occultes et rosicruciens :
A. Rituel de l’Illumination par le Serpent
But : Éveiller la gnose (connaissance divine) en l’individu, comme Ève l’a reçue de Samaël (le serpent).
Étapes :
1. Préparation :
- Lieu : Un espace sacré, souvent un cercle tracé à la craie ou au sang (symbolique).
- Objets : Une pomme (symbole de la connaissance), un miroir (pour la réflexion intérieure), une bougie noire et une bougie blanche (dualisme).
- Participants : Un officiant (le "Guide") et un initié.
2. Invocation de Samaël :
- Le Guide récite une prière ou un hymne à Samaël (ou Lucifer), souvent en araméen ou en hébreu, pour invoquer son énergie de connaissance.
- Exemple d’invocation :
"Samaël, Porteur de Lumière, toi qui as offert à Ève le fruit de la sagesse,
Ouvre nos yeux à la vérité cachée, libère-nous des chaînes de l’ignorance."
3. Consommation du Fruit :
- L’initié mange une pomme (ou un fruit symbolique) en méditant sur la chute comme éveil.
- Le Guide déclare :
"Par ce fruit, tu quittes l’innocence de l’ignorance et entre dans le jardin de la connaissance." Ce qui équivaut à une réédition du Péché originel !
4. Méditation sur la Dualité :
- L’initié médite devant le miroir, symbolisant la connaissance de soi comme premier pas vers la libération.
- Les bougies (noire et blanche) représentent l’acceptation des ténèbres et de la lumière en soi.
5. Clôture :
- Le Guide éteint les bougies en déclarant :
"Que la lumière de Samaël brille en toi, et que tu marches sur le chemin de Caïn, le premier des libres."
B. Rituel du Sang de Caïn
But : Se connecter à la lignée spirituelle de Caïn et recevoir sa "bénédiction" de rébellion et de force. En somme, vous recevez la "bénédiction" du Diable;
Étapes :
1. Préparation :
- Lieu : Un autel avec une dague rituelle (ou un couteau symbolique), un calice, et une image de Caïn (ou un symbole comme un crane ou une épée).
- Participants : Un groupe ou un individu.
2. Offrande Symbolique :
- Les participants déposent des objets personnels (une mèche de cheveux, une lettre écrite à la main) sur l’autel, symbolisant leur ancienne vie qu’ils abandonnent.
3. Récit de Caïn :
- Lecture d’un texte gnostique ou d’une réinterprétation de la Genèse, où Caïn est présenté comme un héros.
- Exemple :
"Caïn, premier-né de l’humanité, tu as osé défier le Démiurge.
Ton sang crie du sol, non pas pour la vengeance, mais pour la libération de ceux qui osent voir au-delà."
4. Partage du "Sang" :
- Le Guide verse du vin rouge (symbolisant le sang) dans le calice et le partage avec les participants.
- Chaque participant boit en déclarant :
"Je bois le sang de Caïn, et je deviens un enfant de la rébellion sacrée." (sic)
5. Marquage Symbolique :
- Le Guide trace une marque (une croix inversée, un serpent, ou un symbole caïnite) sur le front ou la main de chaque participant avec de l’huile ou du charbon, en disant :
"Que cette marque te rappelle que tu es un héritier de Caïn, libre et indomptable." Cette marque en somme est un Pacte avec le diable.
C. Rituel de la Rose Noire (Inspiré de la Rose-Croix)
But : Utiliser la symbolique de la rose noire (représentant la connaissance cachée et la beauté dans l’obscurité) pour accéder à des vérités ésotériques.
Étapes :
1. Création de la Rose Noire :
- Les participants fabriquent une rose noire (réelle ou symbolique, en papier ou en tissu) en méditant sur les mystères cachés du monde.
2. Consécration :
- La rose est placée au centre d’un cercle et aspergée d’eau salée (purification) et de vin (symbolisant le sang et la vie).
- Le Guide récite :
"Rose Noire, fleur de la connaissance interdite,
Ouvre-toi à nous, et révèle les secrets que le Démiurge a cachés."
3. Méditation sur les Opposés :
- Les participants méditent sur l’union de la rose (beauté, amour) et de la croix (souffrance, sacrifice), en visualisant une Rose-Croix noire.
4. Brûlure de la Rose :
- La rose est brûlée dans un encensoir, et la fumée est inhalée comme une offrande aux esprits de la connaissance.
- Les participants déclarent :
"Par cette fumée, nous envoyons nos prières à ceux qui ont osé savoir."
D. Certains groupes maçonniques et rosicruciens (maçonnerie dite "déviante", loges ouvertement lucifériennes, loges "Noires") font des pactes avec des démons, des rituels de malédictions (actes sexuels violents, sacrifices animaux ou humains). Leurs membres souffrent de de déséquilibres psychologiques (folie, suicides).
Temple of Set : Vénère Lucifer et explore les thèmes caïnites...
Fraternitas Rosicruciana Antiqua (FRA) : Intègre des éléments gnostiques et alchimiques dans ses pratiques.
Rituels et pratiques empruntes de magie noire
En maçonnerie.
>L'ambivalence ("Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas", et inversement), l'ambiguïté elle-même utilisée comme "outil de transformation" pour "stimuler la réflexion" est un outil occultiste puissant permettant un passage facile vers la Magie, le satanisme, porte ouverte à des forces incontrôlables.
>Les menaces symboliques lors de l'"initiation" ou "mort symbolique" - bandage des yeux, menaces de morts avec une épée pointée sur la gorge, le serment de fidélité sous peine de châtiments terrifiants Ex: avoir la gorge tranchée, la langue arrachée) - ont été perçues comme des malédictions réelles, une manipulation psychologique ou un pacte occulte.
>Le rituel de Maître maçon : la légende d'Hiram et la recherche du Mot perdu ou secret, une une apologie du meurtre rituel
>l'utilisation d'un langage codé et allégorique confinent à des incantations magiques
En Rosicrucianisme.
>Visualisations de lumière noire (nigredo) comme étape de purification dans certains rituels.
>Le rituel du "Pacte avec Soi-Même" rappelle le pacte avec le diable (comme celui de Faust)
>L'utilisation des "forces de la nature", des "éléments", par Paracelse et Agrippa
>L'utilisation du Baphomet par Eliphas Lévi
>Le mélange de maçonnerie, de rosicrucianisme et de magie noire (Thelema) par Aleister Crowley (1875-1947), membre de l'O.T.O. et de la Golden Dawn (Ordre hermétique de l'Aube dorée), fondateur d'une "magie sexuelle", qui a pratiqué des rituels d'invocations de démons (Livre de la Loi)... et a rapporté des rencontres avec des entités.
>L'utilisation de pentacles, de talismans, de symboles hermétiques et d'invocations magiques.
>L'utilisation de rituels d'invocations d'"anges" et de démons... par Samuel Liddell MacGregor Mathers (1854-1918), un des fondateurs de la Golden Dawn.
Dangers
Un symbole comme Baphomet peut représenter
>pour un rosicrucien: l'équilibre des forces.
>pour un sataniste : l'adoration du mal.
L'ambivalence des rituels maçonniques, l'union des opposés, l'ambiguïté "pour stimuler la réflexion" et outil dit "de transformation", est un moyen occultiste puissant (hermétisme, rosicrucianisme, maçonnerie) reposant sur le principe "Comme en haut, ainsi en bas" (Hermès Trimégiste), reflétant la dualité du monde (bien/mal; lumière/ténèbres; esprit/matière; homme/femme) utilisant des symboles ambivalents (serpent, androgyne, Baphomet, étoile flamboyante) intégrant les opposés en soi-même, permettant un passage facile vers la magie, le satanisme, porte grande ouverte à la possession diabolique.
Les expériences de l'O.T.O. d'Aleister Crowley : Crowley a pratiqué des rituels d'invocation (Comme ceux du Livre de la Loi) et a raconté des rencontres avec des entités. Certains de ses disciples ont :
>perdu la raison (folie, irrationalisme); dire tout et son contraire "en même temps" (ce qui nous rappelle un certain président de la république)
>ou sont tombés dans la dépravation (magie noire sexuelle)
>ont développé orgueil et isolement. L'occultiste développe un sentiment de supériorité ("je saisis des choses que les autres ignorent"), il peut rejeter toute morale, sombrer dans le nihilisme ou le cynisme.
Des cauchemars récurrents, des hallucinations ou des voix intérieures, sont un signe d'infestation d'entités. Que faire ? Consulter un thérapeute spécialisé (approche psychologique d'abord), un exorciste si le thérapeute est "dépassé".
L'ambiguïté est donc dangereuse :
>elle peut conduire à des dérives psychologiques graves (folie, possession).
>elle expose à des manipulations (sectes, gourous)
>elle ouvre des portes à des forces obscures incontrôlables.
Que répondre à un proche qui s'intéresse à l'occultisme ?
Qu'il pratique une tendre dévotion à la Vierge Marie "gratia plena", Pleine de grâce, qui ouvre à la grâce, s'intéresse plutôt à la douceur et à la collaboration avec Dieu de la Mère de Dieu (Notre-Dame de Guadalupe, Vierge des Amériques portant en elle les deux continents).
Cette voie est une Protection puissante: la Vierge Marie est une Protectrice et une Mère
Notre-Dame de Guadalupe est un symbole universel de miséricorde, de compassion et de protection. Son apparition au Mexique en 1531 à Juan Diego montre qu'elle se révèle aux humbles et intercède pour eux. Son manteau étoilé montre le Ciel enveloppant la terre, image de protection divine. Les roses de Castille rappellent que:
>la beauté et la grâce viennent de Dieu. Pas de nos propres forces.
>la Vierge Marie intercède puissamment. Elle dissout la peur et l'angoisse.
C'est déjà la prière que faisaient les premiers Chrétiens au IIIe siècle à la Vierge Marie :
Sous l'abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu.
Ne méprise pas nos prières dans nos nécessités, mais délivre-nous toiujours de tous les dangers,
Ô Vierge glorieuse et bénie.
Qu'il apprenne à prier en aimant d'abord la Création, en la voyant belle et bonne, car elle est une image du Créateur.
Qu'il apprenne à croire en la bonté gratuite et l'amour infini de Dieu. "Père, que ta volonté soit faite" et non pas la mienne.
La prière humble et confiante "Que ta volonté soit faite" (Mt 6,10) détache de l'ego (on ne cherche plus à imposer sa chair, sa volonté, on cherche à l'aligner sur la volonté de Dieu). C'est un antidote puissant contre l'orgueil, la manipulation et les forces obscures. Cette prière apporte la paix, elle apaise l'âme : la confiance en Dieu chasse la peur et l'anxiété.. Elle protège des tentations.
En acceptant la volonté divine, on évite de tomber dans l'orgueil ou la rébellion (comme Lucifer / Caïn)
L'amour de la création (nature, humanité, vie) est un chemin de lumière qui éloigne des tentations de pouvoir, de domination ou de contrôle humain.
Prier en aimant la Création c'est:
>passer du temps dans la nature (marcher en forêt, contempler un lever ou un coucher de soleil, la mer, la montagne, écouter le chant des oiseaux : tout cela est une prière)
>reconnaître que tout vient de Dieu (la nature, les autres, nous-mêmes),
>voir le monde avec des yeux de gratitude (comme S. François d'Assise qui appelait le Soleil ''frère" et la lune ''soeur''),
>devenir pour soi-même et les autres un canal de bonté: En aimant ce que Dieu a créé, on participe à Son amour.
Pratiquer la gratitude quotidienne :
Remercier.
Chaque soir, noter 2 choses pour lesquelles on est reconnaissant
Ex: "Merci Seigneur,
>pour ce repas,
>pour cette personne rencontrée qui m'a souri
>pour la beauté des fleurs.
"Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour toutes Tes créatures, et spécialement pour notre frère le Soleil, qui nous donne le jour et nous éclaire de sa lumière." (Cantique des créatures)
Vivre dans la confiance
"S'abandonner". Lâcher prise: accepter que tout ne dépend pas de nous, mais de Dieu
Demander la volonté de Dieu: avant de prendre une décision, prier; "Seigneur, Que ta volonté soit faite, pas la mienne''.
Se détacher des résultats. "Faire notre devoir et laisser faire à Dieu".
Se protéger spirituellement
>fréquenter les sacrements pour vivre dans la grâce
Ô Vierge de Guadalupe, Mère des Amériques et Protectrice des affligés,
Nous venons à toi avec confiance et amour
Tu as choisi de te révéler à un humble indigène pour nous montrer ta tendresse,
Intercède pour nous auprès de ton Fils Jésus.
Aide-nous à aimer comme toi, avec un coeur pur et généreux.
Protège-nous des pièges du mal et des tentations de l'orgueil.
Apprends-nous à prier avec simplicité et à vivre dans la confiance.
Que notre vie soit un chant d'amour à Dieu.
Et que, comme Saint Juan Diego, nous portions Ta Lumière au monde.
Notre-Dame de Guadalupe, Prie pour nous.
Amen.
Conclusion
Le pélagianisme, le dualisme manichéen, la réinterprétation symbolique du temple d'Hiram, reposent sur des analogies entre certains aspects du rituel maçonnique et ces hérésies...
Sans nier ouvertement la possibilité d’une aide divine, la franc-maçonnerie promeut un autosauvetage humain directement inspiré du luciférisme, le devoir de "réintégration" du monde - comme si Dieu avait créé un monde mauvais - n'étant alors que la construction du royaume de Satan et des ennemis de Dieu sur terre.
Il n'existe pas de vérité absolue accessible à l'homme. Sa quête réside dans le secret et dans la transgression.
A travers Tubal-Caïn, Caïn et Samaël le serpent, Lucifer est glorifié comme un dieu. L'obéissance à Dieu est considéré comme servile, l'obéissance au serpent comme libératrice !
La tradition rosicrucienne et maçonnique est donc :
>une inversion du dogme chrétien et son remplacement par ses propres dogmes maçonniques
>un renversement du bien et du mal qui fait incontestablement du Diable, du Serpent, son propre dieu, "un bienfaiteur." "Rien n'est complètement mauvais, rien n'est entièrement bon". Pas même le Dieu de la Bible et de la Révélation chrétienne. Chacun décidant de ses propres critères moraux, le pavé mosaïque étant parfois présenté comme le ying et le yang de la cosmologie manichéenne extrême-orientale.
Or, attribuer le mal à Dieu peut être considéré comme un aspect du péché contre le Saint-Esprit, seul péché irrémissible, à condition que ce soit:
>un acte libre et conscient (pas une simple erreur ou doute)
>une persistance dans cette croyance malgré la lumière de la foi (obstination et impénitence finale)
>un rejet de la bonté divine (ex: haïr Dieu à cause du mal)
Pourquoi ? Parce que:
>cela nie la nature même de Dieu (Amour et Vérité)
>rejette l'action du Saint-Esprit (qui relève Dieu comme Père miséricordieux)
>bloque la grâce en fermant le cœur à la conversion.
Lorsque tout est relatif et provisoire, [...] tout est permis et LA MORALE N'EXISTE PLUS.
Serge ABAD-GALLARDO, Je servais Lucifer sans le savoir, Pierre Téqui éditeur, Préface de Maurice Caillet, Paris 2016, p. 38
Et lorsque la morale n'existe plus, les tyrans font ce qu'ils veulent.
Saint Curé d'Ars, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 119.
On a dit de plus d'un personnage, de plus d'un Saint, qu'ils furent les prodiges de leur siècle. Ceci n'est peut-être vrai de personne autant que du curé d'Ars (Ain). Cet homme si humble vit, pendant une trentaine d'années, tout l'univers, pour ainsi dire, attentif à ses vertus et à sa gloire, et tout le monde chrétien à ses pieds; il est assurément l'une des merveilles de la sainteté et de l'apostolat.
Né à Dardilly, non loin de Lyon, trois ans avant la Révolution, de simples cultivateurs profondément chrétiens, il fut d'abord berger et occupé aux travaux des champs. Dès ses premières années, il se distingua par sa candeur, sa piété, son amour pour la Sainte Vierge, et sa charité pour les pauvres.
Il parvint au sacerdoce grâce à sa piété plus qu'à ses talents. Mais que d’obstacles à sa vocation sacerdotale ! Son père d’abord, qui avait trop besoin de bras pour la ferme familiale, la conscription dans les armées napoléoniennes, et jusqu’à l’examen final d’admission au sacerdoce : Jean-Marie Vianney ne parvenait pas à comprendre les questions, posées en latin. Mais la divine Marie veillait. Monsieur Courbon, premier grand vicaire du diocèse de Lyon à qui revenait la décision demanda simplement : ''L’abbé Vianney est-il pieux ? A-t-il de la dévotion à la Sainte Vierge ? Sait-il dire son chapelet ?
– Oui, c’est un modèle de piété !
– Un modèle de piété ! Ehbien, je l’appelle ! La grâce de Dieu fera le reste !''
Ainsi fut ordonné prêtre, en 1815, celui qui quelques années après, sera connu dans toute la France sous le nom de Curé d’Ars et qui fut l’apôtre ardent de l’Immaculée Conception dont il cachait jalousement les apparitions. Mais le saint Curé d’Ars voyait aussi Notre-Seigneur. Sous quels traits ? Il ne le révéla jamais, ni aucune des grâces extraordinaires dont il a bénéficié.
La France était encore sous le choc de la Révolution "française", les églises étaient profanées, les prêtres exilés. La foi était pratiquement morte. Dans ce silence, Dieu envoya un pauvre prêtre qui parlait à peine le latin.
Après quelques années de vicariat, le père Jean Vianney a été affecté à Ars en 1818, un village de 230 habitants, dont personne ne se souciait. La plupart avaient cessé d'aller à la messe. En apercevant le clocher de sa paroisse, il se mit à genoux pour prier Dieu et lui recommander son ministère. Il jeûna, pria et se nourrit de pommes de terre moisies, déterminé à sauver leurs âmes.
Son premier soin fut de visiter ses paroissiens; il les eut vite conquis par sa vertu, et l'on vit succéder aux abus de toutes sortes et à l'indifférence, grâce à son zèle, un esprit profondément chrétien, une parfaite observance du dimanche: la paroisse, sous l'impulsion d'un Saint, était devenue une communauté religieuse.
Puis les attaques ont commencé.
Le Diable l'a tourmenté chaque nuit pendant 35 ans.
Quand son lit prit feu, une nuit : "Le démon n'a pas pu brûler l'oiseau, il n'a brûlé que la cage" dit-il. Des grognements dans le noir. Des bruits de griffes. Son lit violemment secoué.
Une fois, son matelas a pris feu. Il appelait le démon "le grappin".
Chambre du Saint Curé d'Ars
"Le démon est comme un chien sur une chaîne, dit-il, il aboie mais ne peut pas mordre.''
Pourquoi l'enfer avait-il si peur ? Parce que le père Vianney arrachait des âmes à son emprise.
Saint Jean-Marie Vianney comprit que l'aide divine était son premier besoin. Toute la journée, il s'agenouilla devant le Saint-Sacrement et pria pour ses brebis. Ce zèle pour la prière fut bientôt remarqué, et la grâce qu'il avait demandée continua son œuvre. Le peuple fut étonné de la dévotion dont saint Jean-Marie Vianney faisait preuve en célébrant la sainte messe. Sa vie très mortifiée les impressionna profondément. Son amour pour les pauvres et les malades, sa douce parole à tous, lui gagnèrent bientôt tous les cœurs.
Bientôt, les gens ont commencé à venir. des pays voisins, on accourut pour l'entendre, pour se confesser à lui et obtenir des miracles, qu'il attribuait à sainte Philomène, dont le culte tout nouveau croissait chaque jour en popularité; aussi l'appelait-il sa "chère petite Sainte".
Dix ans plus tard, la réputation du saint curé s'était étendue au-delà de la France, et l'on ne tarda pas à venir de plus loin; la paroisse d'Ars, jadis inconnue et solitaire, était devenue un centre d'attraction universelle; aux personnes pieuses se joignaient des impies, des incrédules, des débauchés; les conversions se multipliaient par milliers. Il entendait parfois 300 confessions en une seule journée, passait régulièrement jusqu'à seize et dix-huit heures par jour au confessionnal, et le reste du temps en prédications, catéchisme et prières.
Un jour une personne corpulente lui dit : "Quand vous irez au Ciel, je tâcherai de m'accrocher à votre soutane", et le Curé d'Ars, qui n'avait que la peau sur les os à force de toujours tout donner et de refuser la nourriture un peu reconstituante que ses paroissiennes essayaient de lui prodiguer, de répondre :"Gardez-vous-en bien ! L'entrée du Ciel est étroite, et nous resterions tous deux à la porte".
Il reçut la visite deLacordaire: "La plus célèbre visite qu'ait reçue le curé d'Ars est sans doute celle du père Lacordaire. Venant à Lyon en simple pèlerin, l'illustre dominicain arrive incognito dans une modeste voiture. Or, sous les plis de son manteau noir, quelqu'un aperçoit une robe blanche, et très vite les pèlerins d'Ars apprennent qui est le visiteur. Remous profond. Le lendemain, on voit le père Lacordaire écouter dans un humble recueillement le sermon du curé(...) Il ne le quitte qu'avec déchirement et va même, s'agenouillant devant lui, jusqu'à lui demander sa bénédiction. Après quoi, J.M.Vianney le prie de le bénir à son tour : et c'est bien une scène étrange et pathétique, éclairée d'un jour du Moyen-Âge, digne de saint François d'Assise et de saint Dominique". (Michel de Saint-Pierre, La vie prodigieuse du curé d'Ars).
On rapporte plusieurs faits extraordinaires. Par exemples son intuition des faits psychologiques ou des pensées d'autrui (il lisait dans les cœurs avec précision), ses moments de lévitation etc.
"Dois-je dire vos péchés", demandait-il aux gens, "ou le ferez-vous ?"
Par le Christ, il guérissait les malades, multipliait la nourriture. Pourtant, il disait simplement :
''Je suis un pauvre homme ignorant qui ne peut rien faire.''
Une femme a posé des questions sur son mari, un athée qui s'était suicidé.
Vianney la regarda et dit:
"Il est sauvé. Il est au purgatoire. Entre le pont et l'eau, il s'est repenti." (P. Paul O'Sullivan, The Wonders of the Holy Name)
Malgré sa renommée pour ses miracles, le père Vianney a tenté de fuir Ars à quatre reprises pour entrer dans un monastère. Chaque fois, les villageois le poursuivirent dans la nuit et plaidaient : "Vous ne pouvez pas prendre notre prêtre."
Par de fréquentes instructions, notamment par le catéchisme, il enseignait à ses paroissiens la vertu et le vice, et décrivait en termes vivants la récompense que Dieu réserve aux bons et le châtiment qui sera infligé aux méchants.
Saint Jean-Marie Vianney les invita à prier, le matin pour assister à la messe, le soir pour réciter le chapelet. Il instaura également une confrérie eucharistique. Il s'efforça d'éliminer les dangers auxquels le peuple s'exposait par ses danses hebdomadaires. Lorsqu'un homme qui gagnait sa vie grâce à ces danses lui dit : "Mais il faut vivre", le prêtre répondit : "C'est vrai, mais il faut aussi mourir."
Saint Jean-Marie Vianney. "Heureux l’homme qui souffre patiemment l’épreuve, car lorsqu’il aura été éprouvé, il recevra la couronne de vie." (Jc 1) Tableau Anonyme - L’âme du Chrétien accepte La Croix. - vers 1630 - Musée du Prado
Une nuit, alors qu'il récitait ses prières, on le vit s'élever dans les airs, les traits transfigurés, un orbe de lumière encerclant son visage.
Dans les années 1850, plus de 20 000 pèlerins par an venaient à Ars, en attendant plusieurs jours pour se confesser.
Le 4 août 1859, le père Vianney mourut d'épuisement. 6 000 personnes en deuil vinrent. Aujourd'hui, plus de 450 000 pèlerins par an visitent Ars.
Saint Jean-Marie Vianney, inhumé au-dessus du maître-autel de la basilique d'Ars, en France. Son visage est recouvert d'un masque de cire.
C'est ainsi que Vianney vécut : chaque messe comme si elle était le Paradis. "Si nous comprenions vraiment le sens de la messe, nous mourrions de joie", dit-il.
Chaque âme vaut la peine de souffrir. Chaque nuit est une bataille pour l'éternité.
Saint Pie X a béatifié saint Jean Vianney et Pie XI l'a canonisé.
Il est le saint patron des prêtres de paroisse, "Patron de tous les curés de l'univers" (Pie XI, 1929).
Un siècle après la mort du saint patron des prêtres, S. Jean XXIII dans l'encyclique Sacerdotii Nostri Primordia (1959) écrite à l'occasion du centenaire de la mort de Vianney, l'a qualifié de modèle de sainteté sacerdotale. "[Le prêtre] n'est plus censé vivre pour lui-même… Il doit être enflammé de charité envers tous. Même ses pensées, sa volonté, ses sentiments ne lui appartiennent pas, car ils sont ceux de Jésus-Christ qui est sa vie", écrivait-il, citant un sermon du pape Pie XII. Vianney, membre du Tiers-Ordre de Saint-François, menait manifestement une vie de pauvreté, et de mortifications : il se privait de nourriture, de sommeil et d'autres biens personnels, jeûnait presque constamment et dormait sur une planche.
"Ce détachement des biens extérieurs lui permettait d’offrir aux pauvres les soins les plus dévoués et les plus touchants", a déclaré le pape. "Il a passé une vie presque complètement détachée des biens changeants et périssables de ce monde, et son esprit était libre et non encombré par des obstacles de ce genre, de sorte qu'il pouvait toujours être ouvert à ceux qui souffraient de n'importe quelle sorte de misère." De même, le pape Jean XXIII a écrit que la préservation de la chasteté brise les contraintes de l’intérêt personnel et accorde à une personne un plus grand dévouement envers ceux qui sont dans le besoin.
"Toute sa vie, il aspirait à mener une vie tranquille et retirée, et il considérait les devoirs pastoraux comme un fardeau très lourd qui pesait sur ses épaules, et plus d'une fois il a essayé de s'en libérer", a déclaré le pape. Bien que Dieu ne lui ait jamais permis d'atteindre cet objectif, c'était certainement la manière dont Dieu formait le saint dans la vertu d'obéissance, a-t-il dit.
Le pape Jean XXIII a déclaré que Vianney "avait l'habitude de modérer sa propre volonté" pour se consacrer davantage à l'Église.
On dit que saint Jean-Marie Vianney vécut dans l'Église de telle manière qu'il travailla seul pour elle et se consuma comme un fétu de paille sur des charbons ardents.
Citations
Qu'il est beau, qu'il est grand de connaître, d'aimer et de servir Dieu, nous n'avons que cela à faire en ce monde. Tout ce que nous faisons en dehors de cela est du temps perdu.
Saint Curé d'Ars Jean-Marie Vianney in A. Monnin, Esprit du Curé d'Ars, M.Vianney dans ses catéchismes, ses homélies et sa conversation, Paris, 1864, 7ème édition, 1873, p. 64-65.
Une âme ornée de la vertu de chasteté ne peut s'empêcher d'aimer les autres ; car elle a découvert la source et la source de l'amour : Dieu.
Saint Curé d'Ars
L'âme a faim de Dieu, et rien d'autre que Dieu ne peut la rassasier. C'est pourquoi il est venu habiter sur terre et a pris un corps pour que ce corps devienne la nourriture de nos âmes.
Saint Jean-Marie Vianney
Si quelque chose de peu charitable est dit en votre présence, prenez la parole en faveur de l'absent, ou retirez-vous, ou si possible, arrêtez la conversation.
S. Jean-Marie Vianney
Le Bon Dieu pardonnera plus vite le pécheur repenti qu'une mère retirera du feu son enfant.
S. Jean-Marie Vianney
Le bon Dieu ne pardonnera qu'à ceux qui auront pardonné : c'est la loi.
Nous pouvons devenir des saints : si ce n'est pas par l'innocence, ce sera par la pénitence.
Celui qui va au-devant de la croix marche à l’opposé des croix ; il les rencontre peut-être, mais il est content de les rencontrer ; il les aime, il les porte avec courage. Elles l’unissent à Notre-Seigneur ; elles lui aident à traverser la vie, comme un pont aide à passer l’eau.
Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus.
Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre : on y adorera les bêtes.
Plus on connaît les hommes moins on les aime. C'est le contraire pour Dieu. Plus on le connaît plus on l'aime.
Ne cherchez pas à plaire à tout le monde. Ne cherchez pas à plaire à quelques-uns. Cherchez à plaire à Dieu.
Le démon nous attire par la pensée, le monde par la vanité, le chair par les plaisirs. Il faut dire non à tous les trois.
Saint Jean-Marie Vianney, Entretiens rapportés par M. l'Abbé Monnin
Sources:(1); (2) ; (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 118 ; (4)CNA, Pourquoi saint Jean-Marie Vianney est un modèle pour tous les prêtres
Lydie de Thyatire (ville de Mysie, actuelle Turquie) ou Lydie de la Pourpre (Ier s.)
D'après Saint Luc, elle serait la première Européenne à s'être convertie au Christ.
Saint Paul l'aurait rencontrée alors qu'il arrivait en Macédoine orientale. Elle était une non-juive et venait de la Grèce d'Asie (Lydie, d'où son nom) et s'était installée à Philippes, port de la mer Egée pour son commerce de tissu et de pourpre.Philippes était une ville qui avait été fondée en 356 av. J.-C. par Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre le Grand. C'est là qu'elle rencontra saint Paul et saint Luc (Actes des Apôtres 16. 11).
Elle crut ce que Paul lui disait du Christ et lui offrit l'hospitalité :
"Si vous voulez bien me considérer comme une servante de Dieu, descendez chez moi." On ne sait ce qu'elle devint.
Paul écrira plus tard :
«Vous le savez vous-mêmes, Philippiens : dans les débuts de l’Évangile, quand je quittai la Macédoine, aucune Église ne m’assista par mode de contributions pécuniaires; vous fûtes les seuls, vous qui, dès mon séjour à Thessalonique, m’avez envoyé, et par deux fois, ce dont j’avais besoin.»(Philippiens. 4, 15-16).
Elle dut mourir vers 50-55, puisque Paul écrivant aux chrétiens de Philippes ne la mentionne pas dans sa lettre.
Fondateur de la Congrégation des Pères du Saint-Sacrement et de celle des Servantes du Saint-Sacrement (1811-1868).
Fils d'un boutiquier de village dans la région de Grenoble, il fut d'abord prêtre séculier. En 1839, il entre chez les Pères maristes dont il quitte la congrégation en 1856, à la suite des apparitions qu'il reçut de la Vierge Marie, le chargeant de fonder un institut sacerdotal voué à l'adoration perpétuelle du Saint Sacrement.
Ses dernières années furent remplies de souffrances venant de ses religieux qui n'avaient plus confiance en lui. "Donnez-moi la croix, Seigneur, disait-il, pourvu que vous me donniez aussi votre amour et votre grâce."
"Né le 4 février 1811 à La Mure (Isère) dans une famille d'artisan profondément chrétienne, Pierre-Julien, après un essai chez les Oblats à Marseille, a été ordonné prêtre de Grenoble en 1834. Pendant 5 ans, il exerce son ministère dans son diocèse d'abord comme vicaire à Chatte puis comme curé à Monteynard.
En 1839, il entre chez les Maristes et, pendant 17 ans, y exerce des charges variées : directeur spirituel au collège de Belley en 1840, assistant général du P. Colin à Lyon en 1844, puis visiteur général et directeur du Tiers-Ordre de Marie en 1846, enfin supérieur du collège de La Seyne-sur-Mer en 1851.
À la suite d'une 'grâce de vocation' reçue à Fourvière le 21 janvier 1851, il se sent appelé à créer un corps religieux destiné à promouvoir le culte de l'Eucharistie. Après bien des épreuves, il quitte la Société de Marie et fonde à Paris le 13 mai 1856 la Congrégation du Saint-Sacrement, institut contemplatif et apostolique, avec l'adoration du Saint-Sacrement et des oeuvres pour les laïcs, notamment la Première communion des adultes et l'Agrégation du Saint-Sacrement. En 1858, avec Marguerite Guillot, une tertiaire lyonnaise qu'il a accompagnée, il forme la branche féminine des Servantes du Saint-Sacrement, institut contemplatif à laquelle Mgr Angebault, évêque d'Angers, conférera en 1864 son statut canonique, avec pour but la préparation à la première communion et à l'adoration eucharistique. En 1865, le P. Eymard reçoit à Rome une grâce singulière, celle du don total de lui-même à Dieu - le 'voeu de la personnalité'.
Adorateur et prédicateur infatigable, il révèle à Paris, en province et en Belgique la richesse de l'Eucharistie et il invite les fidèles à la communion fréquente. En réponse aux défis de son époque, il promeut une spiritualité animée par l'amour et dont l'Eucharistie est la source et le terme. Épuisé, il meurt à La Mure le 1er août 1868. - Béatifié par Pie XI en 1925, canonisé par Jean XXIII le 9 décembre 1962 à l'issue de la 1e session du concile Vatican II, saint Pierre-Julien Eymard a été inscrit en 1995 au calendrier liturgique de l'Église à la date du 2 août.
Cet 'apôtre éminent de l'Eucharistie', fondateur de deux Congrégations répandues sur tous les continents, a laissé une nombre considérable de manuscrits. Ceux-ci ont fait l'objet d'une édition électronique, accessible sur le site www.eymard.org, et d'une édition imprimée, ses OEuvres complètes en 17 vol., Centro eucaristico, Ponteranica (Italie) et Nouvelle Cité (France), 2008.
Mémoire de saint Pierre-Julien Eymard, prêtre, d'abord diocésain, puis membre de la Société de Marie. Il fut un propagateur merveilleux du culte du mystère eucharistique, ce qui le conduisit à fonder deux nouvelles Congrégations, celle des Prêtres, et celle des Servantes du Saint-Sacrement pour vénérer et diffuser la piété envers le sacrement de l'Eucharistie. Il mourut, en 1868, à La Mure, près de Grenoble où il était né. Martyrologe romain (1)
Les Religieux du Saint-Sacrement sont environ un millier, répartis en 140 maisons à travers 29 nations. Les Servantes du Saint-Sacrement (près de 300 religieuses) ont des maisons en France, en Belgique, aux États-Unis, au Canada et au Vietnam.(2)
Évêque, fondateur de la “Congregatio Sanctissimi Redemptoris”
Docteur de l'Église
Alfonso Maria de Liguori naît à Marianella, près de Naples, le 27 septembre 1696, dans une famille noble.
Après de fort brillantes études, docteur en droit civil et canonique à seize ans, il embrassa la carrière d'avocat. Pendant les dix années qu'il remplit cette charge, il fut le modèle du parfait chrétien.
Dévoué aux plus humbles, il est visiteur des malades dans les hôpitaux. Il entre dans la congrégation de la Misericordia, une oeuvre de laïcs chargée de pourvoir aux besoins des clercs emprisonnés dans la ville.
Il commençait à se relâcher, quand il échoua dans un plaidoyer superbe où il avait déployé tous ses talents ; "Ô monde ! s'écria-t-il, désormais je te connais; tu ne m'auras plus."
Peu après, le 28 août 1723, il visite les malades de l'hospice des incurables de Naples quand soudain une lumière mystérieuse l'entoure et il entend une voix lui disant : "Abandonne le monde et livre-toi à moi tout entier !" Aussitôt il répondit, fondant en larmes : "Ô Dieu ! Me voici, faites de moi ce qu'il Vous plaira." Aussitôt, Alphonse va déposer à l'église de la Sainte Vierge son épée de gentilhomme, prend bientôt l'habit ecclésiastique, fait ses études de théologie, et au bout de trois ans reçoit le sacerdoce. Désormais le voilà embrasé du zèle des âmes ; il se mêle au peuple des campagnes et s'éprend d'un amour spécial pour lui.
C'est alors que l'idée lui vint de fonder, pour exercer l'apostolat parmi cette classe si intéressante de la société, la "Congrégation des Rédemptoristes". Traité d'insensé par son père, ses proches et ses amis, persécuté et abandonné bientôt par plusieurs de ses premiers collaborateurs, délaissé et méprisé par son directeur lui-même, Alphonse endura toutes les souffrances morales qui peuvent tomber sur un homme : rien ne put l'abattre ni le décourager.
Assurément, parmi toutes les dévotions, celle d’adorer Jésus sacrement est la première après les sacrements, la plus chère à Dieu, et celle qui nous est la plus utile.
Dès sa jeunesse, Alphonse est thaumaturge; ses guérisons sont nombreuses : un enfant muet se met à parler, un autre en train d'agoniser se rétablit après que le futur saint eut tracé sur le signe de croix; le 27 juillet 1729, Michele Monichino Brancia retrouve l'usage de la vue à Nole.
Le 3 octobre 1731, soeur Marie-Céleste (+1755) voit le Christ accompagné de saint François d'Assise et d'un prêtre inconnu qu'elle identifiera plus tard comme étant Alphonse. Elle entend : "C'est lui [le prêtre] que j'ai voulu pour être la tête de mon Institut." Cette religieuse, [...] attesta observer à plusieurs reprises la silhouette de Jésus dans une hostie consacrée. Le 22 mars 1732, à Foggia, la Vierge lui apparaît ainsi qu'Alphonse.
Selon de tels témoignages, la fondation de l'ordre des Rédemptoristes (congrégation du Très-Saint Rédempteur) aurait donc eu une origine surnaturelle, comme nombre de congrégations ou de lieux de culte. [4]
Il eut plusieurs visions de la très Sainte Vierge ; une fois, pendant un sermon sur les gloires de Marie, il fut ravi, et environné d'une éblouissante lumière.
Un jour, son pauvre accoutrement le fit prendre pour le cocher des autres missionnaires, et, à son premier sermon, son éloquence fit dire au peuple : "Si le cocher prêche si bien, que sera-t-il des autres !" Aux travaux apostoliques, Alphonse joignait les travaux intellectuels, et il composa un grand nombre d'ouvrages de piété et de morale qui l'ont fait élever au rang des docteurs.
Pour bien prier, il faut d'abord prier avec humilité. Dieu résiste aux orgueilleux et fait grâce aux humbles. Dieu rejette les demandes des orgueilleux, mais ne permet pas que les humbles s'en aillent sans avoir entendu toutes leurs prières.
Saint Alphonse
Sacré évêque, Alphonse égala par ses vertus les plus saints pontifes.
Mais au cours des trois dernières années de sa vie, il traversa une "nuit de l'esprit" sans pareil. Il se sentit envahi de multiples tentations et se sentit rejeté par Dieu.
Il eut le temps d'écrire 111 ouvrages dont les fameuses Gloires de Marie. Les miracles ont jalonné son existence; mais il note dans l'Art d'aimer Jésus-Christ qu'ils deviennent dangereux à partir de l'instant où on les désire, rejoignant en cela toute la tradition de l'Église catholique et, en particulier, les conseils de saint Benoît et de tous ses fils spirituels à travers les siècles : "... De tels désirs doivent être repoussés, parce qu'ils sont contraires à l'humilité."
Alphonse passa de la terre au ciel, à l'âge de quatre-vingt-onze ans, le Ier août 1787, à Pagani, en Campanie.
Son corps repose dans cet autel à Pagani, en Italie
Il a été déclaré saint en 1839 par Grégoire XVI puis Docteur de l'Église en 1871 par Pie IX. [5]
Congrégation du Très Saint Rédempteur. Devise : Copiosa apud Eum redemptio.
C'est donc uniquement dans l'Église catholique qu'on trouve le véritable amour envers Dieu et envers le prochain, le véritable zèle à propager la foi, et la véritable sollicitude des pasteurs à la conserver.
Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, éd. H. Casterman (1867), Vérité de la Foi, Partie III, Chapitre I, § 1, p. 14
Celui qui prie se sauve certainement, qui ne prie pas se damne certainement. Tous les élus du ciel, en dehors des enfants, se sont sauvés par la prière. Tous les damnés se sont perdus pour n’avoir pas prié. S’ils avaient prié, ils ne se seraient pas perdus.
Saint Alphonse, Le grand moyen de la prière.
Sources: (1) ; (2) ; (3) ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 12-13; (4) Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 267-268 ; (5) Frédérick M. JONES, Alphonse de Liguori, 1696-1787, fondateur des Rédemptoristes, Gill and Macmillan Ltd 2012.
Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 85.
Un militaire
Saint Ignace naquit en 1491 au château de Loyola, en Espagne. Il était le dernier de douze enfants, et il donna dès son bas âge des marques d'une grande vivacité d'esprit. Sa jeunesse fut celle d'un homme nourri des maximes du monde. Il fut d'abord page du roi Ferdinand V; puis il embrassa la carrière des armes. Il ne le céda en courage à personne, mais négligea complètement de vivre en chrétien, dirigé uniquement par l'orgueil et l'amour des plaisirs. De ce chevalier mondain, Dieu allait faire l'un des premiers chevaliers chrétiens de tous les âges.
Au siège de Pampelune, un boulet de canon brisa la jambe droite du jeune officier, qui en peu de jours fut réduit à l'extrémité et reçut les derniers sacrements. Il s'endormit ensuite et crut voir en songe saint Pierre, qui lui rendait la santé en touchant sa blessure. A son réveil, il se trouva hors de danger, quoique perclus de sa jambe.
Pour se distraire, il demanda des livres; on lui apporta la Vie du Christde Ludolphe le Chartreux (ou "de Saxe") et La Vie des Saints, La Légende dorée de Jacques de Voragine. Il les lut d'abord sans attention, puis avec une émotion profonde. Il se livra en lui un violent combat; mais enfin la grâce l'emporta, et comme des hommes de cette valeur ne font rien à demi, il devint, dans sa résolution, un grand Saint dès ce même jour. Il commença à traiter son corps avec la plus grande rigueur; il se levait toutes les nuits pour pleurer ses péchés. Une nuit, il se consacra à Jésus-Christ par l'entremise de la Sainte Vierge, refuge des pécheurs, et Lui jura une fidélité inviolable. Une autre nuit, Marie lui apparut environnée de lumière, tenant en Ses bras l'Enfant Jésus.
Rédacteur des "Exercices Spirituels"
Peu après, Ignace fit une confession générale et se retira à Manrèze dans une grotte écarlate, pour s'y livrer à des austérités qui n'ont guère d'exemple que dans la vie des plus célèbres anachorètes: vivant d'aumônes, jeûnant au pain et à l'eau, portant le cilice, il demeurait tous les jours six ou sept heures à genoux en oraison.
Le démon fit en vain des efforts étonnants pour le décourager. C'est dans cette solitude qu'il composa ses Exercices spirituels, l'un des livres les plus sublimes qui aient été écrits par la main des hommes. "Exercices, dit le sous-titre, pour amener l'homme à se vaincre, à se dégager de toute affection désordonnée, à se faire une vie chrétienne". Un tel programme est exactement celui que tout baptisé doit se proposer, et il est bien vrai que n'importe qui, pourvu qu'il soit croyant, trouve dans les Exercices de quoi alimenter sa vie religieuse, l'aider à se mieux connaître et à régir son âme.Saint François de Sales, dans son Traité de l'amour de Dieu (1616), conseillera aux évêques, aux prêtres et religieux de les utiliser.
"Ignace se place, dans le prolongement du Connais toi toi-même de l'Imitation de Jésus-Christ." (Pierre Chaunu, Église, Culture et Société, Essais sur Réforme et Contre-Réforme 1517-1620, S.E.D.E.S, Paris 1981, p. 390.)
Fondateur de la Compagnie de Jésus (Jésuites)
Passons sous silence son pèlerinage en Terre Sainte et différents faits merveilleux de sa vie, pour rappeler celui qui en est de beaucoup le plus important, la fondation de la Compagnie de Jésus (1534), que l'on pourrait appeler la chevalerie du Christ et le boulevard de la chrétienté. Cette fondation est assurément l'une des plus grandes gloires de l'Église catholique; sciences profanes et sciences sacrées, enseignement, apostolat, rien ne devait être étranger à la Compagnie d'Ignace. Les vertus du fondateur égalaient ses grandes oeuvres; elles avaient toutes pour inspiratrice cette devise digne de lui: Ad majorem Dei gloriam! "A la plus grande gloire de Dieu!". Il s'associa neuf compagnons, qui firent avec lui le voeu de renoncer à tout pour travailler au salut des âmes. Aucune bonne oeuvre n'étrangère à cet institut. Ses membres s'occupent aux missions, à la visite des malades et des prisonniers. Ils ont pour but principal d'instruire la jeunesse dans les sciences et dans la piété, et d'aller prêcher en quelque lieu qu'il plaira au pape de les envoyer.
D'une grande indulgence envers les hérétiques
"Ignace de Loyola écrit dès les années 1530, ..., dans l'avis préalable de ses Exercices Spirituels, que le chrétien doit être plutôt disposé à sauver une proposition de son prochain qu'à la condamner. Vingt ans plus tard il donne aux religieux de sa Compagnie de Jésus cette directive : 'En classe comme en chaire [...], ils ne démontreront la fausseté des principes de nos adversaires que la le simple exposé de notre croyance. Que jamais, une parole d'injure ne soit sur leurs lèvres, et qu'ils ne témoignent aucune indignation envers les hérétiques.'" [6]
"Cet homme que si souvent, on représentera dur, rigide, impitoyable, lorsqu'il veut résumer en trois lignes toute sa doctrine - comme c'est le cas dans une lettre aux scolastiques de Coïmbre -, il ne parle ni de discipline, ni de crainte sacrée de Dieu, mais il dit simplement : "Par-dessus tout, je voudrais exciter en vous le pur amour de Jésus-Christ, le désir de son honneur et celui du salut des âmes qui furent rachetées par lui." [7]
Le saint fondateur mourut en 1556.
PRATIQUE. Faites toutes vos actions pour la plus grande gloire de Dieu.
Extrait des Exercices spirituels : Les Deux Etendards
Quatrième jour : LES DEUX ETENDARDS
Méditation de deux étendards : l'un de Jésus-Christ, notre chef souverain et notre Seigneur ; l'autre de Lucifer, ennemi mortel de la nature humaine.
136 ‹ L'oraison préparatoire est toujours la même.
137 ‹ Le premier prélude consiste à se rappeler le fait historique de la méditation. Ici c'est, d'un côté, Jésus-Christ qui appelle tous les hommes et veut les réunir sous son étendard ; de l'autre, c'est Lucifer qui les appelle sous le sien.
138 ‹ Le second prélude est la composition de lieu. Ici, on se représentera une vaste plaine près de Jérusalem, au milieu de laquelle se trouve Notre Seigneur Jésus-Christ, chef souverain de tous les hommes vertueux, et une autre plaine près de Babylone, où est Lucifer, le chef des ennemis.
139 ‹ Le troisième prélude consiste à demander ce que je veux obtenir. Dans cet exercice ce sera, premièrement, la connaissance des ruses du chef des méchants et le secours dont j'ai besoin pour m'en défendre ; secondement, la connaissance de la véritable vie, qui nous est montrée par le chef souverain et légitime, et la grâce nécessaire pour l'imiter.
Première partie :
140 ‹ Dans le premier point, je me représenterai le chef du parti ennemi dans cette vaste campagne de Babylone, assis dans une chaire élevée, toute de feu et de fumée, sous des traits horribles et d'un aspect épouvantable.
141 ‹ Dans le second point, je considérerai comment il appelle autour de lui des démons innombrables ; comme il les répand, les uns dans une ville, les autres dans une autre, et ainsi dans tout l'univers, n'oubliant aucune province, aucune condition, aucun lieu, aucune personne en particulier.
142 ‹ Dans le troisième point, j'écouterai le discours qu'il leur adresse, comme il leur ordonne avec menaces de jeter des filets et des chaînes. Ils doivent tenter les hommes, en leur inspirant d'abord le désir des richesses, comme il fait le plus souvent lui-même, afin de les conduire plus facilement à l'amour du vain honneur du monde, et de là à un orgueil sans bornes.. Suite
La Compagnie de Jésus témoigna en Europe et plus encore en Asie ou en Amérique d'un respect pour les peuples et leurs cultures qui n'avait d'égal nulle part ailleurs.
En 1555, Jules III désignait plusieurs pères pour aller créer une hiérarchie catholique en Ethiopie. Ignace de Loyola leur conseillait de se faire éthiopiens avec les Ethiopiens.
Au Japon
En 1563, quinze ans après le départ de François-Xavier, la communauté catholique japonaise comptait 150 000 membres.
En Chine
Quand les jésuites pénètrent pour la première fois en Chine à la fin du XVIème siècle ils découvrent une civilisation en pointe dans l'observation du ciel et la conception de calendriers.
Après une premier voyage de François-Xavier en Chine au milieu du XVIe siècle, en 1582, les pères Ruggieri et Ricci arrivaient en Chine à Macao. Ils gagnent Nankin puis Pékin, possèdent une vaste culture encyclopédique; ils sont à l'avant-garde de leur époque pour les connaissances mathématiques, astronomiques et cosmologiques. Ils parlent et écrivent le chinois. Ils se sont rendus compte de la valeur humaine du confucianisme, religion de l'empereur et de l'élite du pays. Ils s'efforcent d'intégrer au christianisme un certain nombre de concepts confucéens de telle sorte que la révélation chrétienne puisse devenir une réalité intellectuelle pour cette élite.
Étudier les étoiles nous rapproche un peu plus de Dieu.
Matteo Ricci
Portrait de Matteo Ricci par le frère chinois Emmanuel Pereira
Demeuré seul Ricci s'avance très loin dans cette voie, particulièrement dans le domaine de la liturgie qui est par excellence celui des symboles. Ayant adopté un nom chinois, il s'habille à la manière des mandarins dont il respecte strictement les usages.
Lui et un de ses compagnons jésuites, Michele Ruggieri, s'habillent d'abord en moines bouddhistes, puisqu'ils sont religieux, mais adoptent plus tard le vêtement des lettrés, ayant appris que les bonzes étaient généralement incultes et mal considéré. (Philippe Oswald, Ce jésuite qui ouvrit les portes de la Chine, Famille chrétienne no 1686, 8-14 mai 2010)
Pour les Chinois d'autrefois, le temps avait une signification particulière. Ils voulaient faire chaque chose au moment approprié. Ils pensaient que ce moment approprié était déterminé par le rythme de la nature. Pendant la dynastie Ming, pour asseoir, la légitimité impériale, l'empereur était proclamé "fils du ciel". Il représentait le peuple devant le ciel et le ciel devant le peuple. Il était donc l'intermédiaire entre le peuple et le ciel. Le pouvoir suprême de l'empereur provenait naturellement du pouvoir de la guerre, de la conquête d'un territoire ou d'un pays, mais une fois cela accompli, s'il voulait devenir un souverain légitime, il devait être investi du "mandat du ciel".
Matteo Ricci et son ami mandarin, Xu Guangqi
Le calcul du temps et du calendrier était la prérogative de l'empereur. Le soleil symbolisant l'empereur, la prévision des éclipses de soleil était essentielle.
Matteo Ricci fut formé à Rome au Collège romain et eut comme professeur le mathématicien et astronome, le jésuite allemand Christophe Clavius, surnommé l'"Euclide du XVIe siècle", qui fut à l'origine du calendrier grégorien, nouveau calendrier qui corrigeait l'erreur du calendrier Julien (1582).
Au cours de son périple, Matteo Ricci découvre par hasard l'ancien observatoire de Nankin, avec ses étonnants instruments astronomiques. Dans son journal, il note : "J'ai découvert quelque chose qui dépassait tout ce que je pouvais imaginer." Les instruments chinois utilisaient un système de coordonnées équatoriales, alors qu'en Europe, depuis la Grèce antique jusqu'au XVIe siècle, les astronomes ont toujours utilisé le système de coordonnées écliptiques. "Observer le ciel au moyen de l'écliptique, c'est se référer à la trajectoire du soleil, mais les calculs sont moins précis alors qu'il est plus simple de se référer à l'Equateur pour déterminer la position des corps célestes. Je ne pouvais pas imaginer que la Chine avait un système astronomique si complet", écrit Matteo Ricci dans son journal.
Système de coordonnées écliptiques
Après 20 ans d'activité missionnaire, Matteo Ricci arrivait enfin aux portes de la capitale Pékin, aux portes de la Cité interdite (1601). Il se rendit compte que les Chinois étaient intéressés par tout ce qui concerne les sciences mathématiques et en particulier l'astronomie, qui était une activité officielle organisée par l'État. Les astronomes étaient des fonctionnaires qui faisaient partie intégrante de la bureaucratie. Il comprit vite que l'art de mesurer le temps et de prévoir les phénomènes célestes, notamment les éclipses lunaires et solaires, était aux sources de l'autorité impériale. Lorsqu'il y avait des erreurs de prévision dans le calcul d'une éclipse de soleil ou de lune, cela indiquait qu'il y avait un problème de gouvernement du pays. L'empereur devait faire son examen de conscience et revoir sa politique.
Certains ne comprennent pas pourquoi nos missionnaires doivent parler de science et de mathématiques avec les Chinois, mais si nous voulons que les Chinois s'intéressent à nos enseignements religieux, le meilleur moyen est de leur donner de la science avec de la religion. Cela retient mieux leur attention que tout le reste, et ils voient que notre science est construite sur des preuves solides. C'est ce qui leur fait penser que notre religion doit être aussi bien fondée.
Matteo Ricci, cité dans le documentaire "Chine, l'empire du temps (1/2) Les jésuites à la conquête de la Cité interdite"
Quand Ricci est arrivé en Chine, depuis des années les calendriers officiels traversaient une crise et il y avait eu plusieurs tentatives de réforme infructueuses. Ricci, qui n'était pas lui-même un spécialiste, a donc adressé une lettre à Rome pour demander que soient envoyés en Chine des jésuites qui soient formés en astronomie : "Je répète avec insistance une requête que j'ai déjà formulée et qui est restée sans réponse. Il serait très bénéfique d'avoir à la cour de Pékin un père ou un frère qui soit astronome. Je connais suffisamment l'astronomie, l'horlogerie, et les astrolabes, et j'ai les ouvrages nécessaires. Mais les Chinois attachent moins d'importance à ces sciences qu'au mouvement des planètes, au calcul des éclipses, et en fait, au calendrier. J'espère que vous traiterez de cette question qui est de la plus haute importance pour la Chine avec le père général." (Lettre au Pape Paul V, 1607)
Mappemonde de Matteo Ricci
Ricci dessina des mappemondes qui firent connaître aux Chinois le reste du monde, traduisit en chinois des livres de philosophie, de mathématiques et d'astronomie. Sa rencontre avec les proches de l'empereur fut à l'origine de l'essor de l'horlogerie moderne en Chine.
Le lettré mathématicien et astronome Xu Guangqi dont Ricci devint grand ami, se convertit au christianisme et fut baptisé en 1603 sous le nom de Paul. Il traduira en chinois de nombreux ouvrages scientifiques occidentaux, principalement en astronomie et mathématiques (notamment les Éléments d'Euclide).
Les ouvrages de Ricci aidèrent à faire progresser la cartographie chinoise, participant à la popularisation de la représentation de la Terre comme étant une sphère. [Timothy Brook (trad. Odile Demange), Sous l’œil des dragons : La Chine des dynasties Yuan et Ming, Paris, Payot, 2012, p. 233-237]
La chaine Arte diffuse ces jours-ci un documentaire sur les Jésuites en Chine, intitulé "Chine : L'empire du temps". S'appuyant sur des reconstitutions historiques soignées, cet éclairant documentaire-fiction bénéficie d'un accès sans précédent à de nombreux laboratoires et installations astronomiques chinois comme le FAST, le plus grand radiotélescope du monde, mis en service en 2016.
Chine, l'empire du temps (1/2) Les jésuites à la conquête de la Cité interdite :
En 1610, année de la mort de Matteo Ricci, le Bureau astronomique impérial à Pékin échoue à prévoir convenablement une éclipse de très forte magnitude. Être capable de prévoir une éclipse était le test suprême d'un système astronomique en Chine, et le plus difficile était de prédire une éclipse de soleil. Après cet échec, il devint vital pour l'empereur de lancer une nouvelle réforme du calendrier
Les connaissances scientifiques et techniques en astronomie et en horlogerie de Matteo Ricci lui valurent les faveurs de l'empereur et une influence si grande à la cour que lorsqu'il mourut en 1610 à Pékin, on lui fit des funérailles nationales. Il fut inhumé avec une permission spéciale de l'empereur, à proximité de la Cité interdite (palais impérial à Pékin des dynasties Ming et Qing).
Son travail et ses activités ont toujours eu une perspective d'évangélisation en profondeur, même s'il n'a pas cherché à baptiser en masse. On estime à 2 500 le nombre de chrétiens chinois à sa mort. Et 9 des 18 jésuites œuvrant en Chine étaient chinois.
Ricci est considéré comme le fondateur de l'Église chinoise. Aujourd'hui, au "Millennium Center" de Pékin, le bas-relief consacré à l'histoire de la Chine ne comporte que deux étrangers, tous deux italiens : Marco Polo à la cour de Kubilaï Khan et Matteo Ricci scrutant le ciel et habillé comme un mandarin confucéen.
Dans la religion populaire chinoise, Matteo Ricci est vénéré comme maître des horloges et protecteur des horlogers. Sa cause en béatification est maintenant étudiée à Rome par la Congrégation pour la Cause des Saints.
Les successeurs jésuites de Ricci en Chine eurent la même ligne de conduite. En 1626, le jésuite allemand Johann Adam Schall von Bell écrivit le premier traité chinois sur le télescope, le Yuanjingshuo.
Les idées de Johannes Kepler et de Galilée pénétrèrent lentement en Chine grâce au jésuite polonais Michał Piotr Boym (1612–1659) en 1627 et au traité d'Adam Schall von Bell en 1640. Les travaux de Boym incluront une traduction du texte se trouvant sur la stèle nestorienne découverte dans Sian (Xi'an) en 1625, qui témoigne de la présence du christianisme nestorien dans la Chine du VIIIe siècle. Cette traduction est publiée dans le China illustrata d'Athanasius Kircher.
La "méthode Ricci" se caractérisait par quatre principes directeurs : une politique d'ajustement ou d'adaptation à la culture chinoise; la propagation de la Foi et l'évangélisation par "le haut" : les jésuites s'adressent à l'élite instruite; la propagation indirecte de la Foi : l'exposé des sciences et techniques européennes doit attirer l'attention des chinois instruits et les persuader du degré d'avancement de la civilisation européenne; l'ouverture aux valeurs chinoises et la tolérance à leur égard : Ricci considère qu'il côtoie une société aux hautes valeurs morales, pour laquelle il éprouve une profonde admiration. Suivant la tradition humaniste, il estime que Confucius (552-479 av J.-C.) est tout à fait comparable à "un autre Sénèque". Il plaide pour un retour au confucianisme initial qu'il considère comme une philosophie fondée sur la loi naturelle et qui contient l'idée de Dieu. Enfin, il adopte une attitude de tolérance envers les rites confucéens tels que le culte des ancêtres ou la vénération de Confucius, considérés comme des "rites civils".
Pour calculer l'éclipse de 1629, Xu Guangqi collabore avec Johann Schreck, un jésuite astronome allemand envoyé par Rome et ami de Galilée. À la suite de cette éclipse, l'empereur Chongzhen (1627-1644) - dernier empereur de la dynastie Ming, renversé par une révolte qui amena au pouvoir la dynastie mandchoue Qing-approuva les résultats obtenus par Xu Guangqi grâce aux méthodes occidentales, et confia à Xu Guangqi la réforme du calendrier.
Sur le moment du calcul de l'éclipse, les Chinois étaient à une minute et les européens à quinze minutes, mais la magnitude calculée par les Européens était plus précise. Ce n'était pas la compétence des Chinois qui était en cause, mais leur système. Les Européens les aidèrent à le corriger.
Xu Guangqi fit venir à Pékin deux missionnaires, l'allemand Johann Adam Schall von Bell (1592-1666) et le jésuite italien Giacomo Rho (1593-1638), qui commencèrent la rédaction du nouveau calendrier selon la méthode occidentale. Ce sont eux qui ont jouèrent le rôle le plus important dans la réforme du calendrier chinois. Après le renversement de la dynastie Ming en 1644, Adam Schall von Bell ne put se résoudre à voir réduit à néant le travail accompli depuis l'arrivée de Matteo Ricci. Il décida de rester à Pékin.
Chine, l'empire du temps (2/2) Le procès des jésuites :
Bien que les Mandchous aient eu une armée très puissante et qu'ils aient vaincu les Ming, culturellement ils étaient relativement en retard. Pour régner sur un grand pays comme la Chine, ils devaient assurer la continuité de certaines choses, comme le confucianisme et l'idée de "mandat du ciel".
Une éclipse du soleil fut annoncée pour le 1er septembre 1644; le nouveau pouvoir eut besoin d'une prévision fiable. Schall y vit l'occasion de relancer la mission des jésuites en Chine. Il écrivit à l'empereur : "Votre sujet, soumet à votre grandeur, des prédictions concernant une éclipse de soleil, qui aura lieu le premier jour du huitième mois, calculée selon la nouvelle méthode occidentale. [...] Les données ayant servi à cette prédiction sont dans la présente lettre. Votre sujet prie humblement votre grandeur de publier un décret pour que le ministère des rites examine publiquement la précision de cette prédiction de l'éclipse de soleil." Le régent Dorgon, durant la minorité du nouvel empereur, accorda la permission. Pour cette éclipse, comme pour toutes les autres éclipses, un fonctionnaire du Bureau astronomique impérial surveillait les observations. Von Bell fut déclaré vainqueur. La méthode chinoise fut moins précise. L'erreur maximale de la méthode occidentale était de 9 minutes, alors qu'elle se situait entre 21 et 30 minutes pour la méthode chinoise. L'observation prouva que la méthode occidentale était plus précise et que les méthodes chinoises lui étaient nettement inférieures. Schall von Bell se vit offrir la direction du Bureau impérial d'astronomie. Pour la première fois dans les missions jésuites, un missionnaire occupait un poste au sein du mandarinat chinois. Quelques années plus tard, pour obéir à l'ordre de l'empereur, Adam Schall introduisit le système selon le calendrier occidental.
Lorsque en 1650 à la mort du régent Dorgon, le jeune empereur mandchou Shunzhi, accéda au trône, il était très lié à Adam Schall depuis sa tendre enfance, et l'appelait grand-père.
Schall enseignait que la terre était sphérique, ce qui lui valut les pamphlets de Yang Guangxian, un chinois musulman confucéen, à la tête du Bureau de l'astronomie de 1665 à 1669. Il abandonna le calendrier occidental pour revenir au calendrier chinois : "Schall dit que la terre est sphérique. Ceux qui vivent dans l'hémisphère supérieur se tiendraient debout, donc à l'opposé de ceux qui vivent dans l'hémisphère inférieur. Comment des gens pourraient être la tête en bas ? Je n'ai entendu parler que de gens qui se tiennent debout, jamais de gens qui se tiendraient horizontalement ou la tête en bas."
Plus grave, Yang Guangxian soutint que Adam Schall était responsable de la mort du régent Dogon, en choisissant un jour défavorable pour l'enterrement de son fils en 1658. En avril 1665, Schall et sept de ses assistants chinois, accusés de sédition, furent reconnus coupables et condamnés à mort. Lors du procès, Verbiest, répondant pour Schall, alors malade, déclara: "Si nous étions des traîtres, nous aurions un appui militaire et un arsenal, mais où sont ces forces ? Où sont ces armes ? Nous avons toujours conseillé au peuple de vénérer l'empereur et de respecter la loi. C'est un non-sens absolu que de nous qualifier d'agitateurs."
Finalement, seulement cinq chinois chrétiens furent exécutés: tous les missionnaires chrétiens furent exilés à Macao, seulement quatre jésuites restant à Pékin. Adam Schall, mort en 1666, ne vécut pas assez longtemps pour voir l'interdiction levée en 1671. En 1668, Yang Guangxian fut démis de son poste et remplacé par le collaborateur de Schall von Bell, le jésuite flamand Ferdinand Verbiest, parce qu'il ne put pas produire un calendrier valide lors d'une compétition avec les astronomes jésuites.
En cette année 1668 en effet, Kangxi, fils de Shunzhi, devenu officiellement empereur à l'âge de quatorze ans, trouva des moyens pour renforcer son pouvoir: l'astronomie. Il demanda aux jésuites de vérifier le calendrier qui devait être publié l'année suivante. On alla donc chercher le collaborateur de Schall, Ferdinand Verbiest. Sa réponse fut que le calendrier était truffé d'erreurs et qu'il avait de solides éléments pour le prouver. L'empereur décida qu'il ne voulait plus jamais voir de chose aussi honteuse à sa cour dans un domaine qui avait autant de conséquences. En 1669, Kangxi nomma Ferdinand Verbiest à la tête du Bureau de l'astronomie pour garder le contrôle sur le calendrier. Verbiest devint le nouveau président du tribunal mathématique. C'est lui qui modernisa l'observatoire de Pékin et fit traduire en chinois saint Thomas d'Aquin.
Sur les instruments astronomiques fabriqués par Verbiest en 1673 - 1674 et conservés à Pékin, en dépit de leur caractère occidental, on relève des motifs de dragons et phénix, symboles du pouvoir impérial. On a donc une union entre l'astronomie avancée de l'Occident et le pouvoir de l'empereur Kangxi. Ces instruments symbolisent ces deux dimensions. Verbiest devint l'ami de Kangxi, à qui il enseigna la géométrie. Mort en 1688, Verbiest sera enterré près de ses prédécesseurs Matteo Ricci et Adam Schall.
L'affaire précédente contre les Jésuites fut réexaminée et toutes les conclusions furent inversées.
Les jésuites brilleront également en médecine et obtiendront en 1692, après avoir guéri l'empereur Kang Hsi avec de l'écorce de quinquina ("l'écorce des jésuites"), l'autorisation de prêcher publiquement dans tout le pays.
Vers 1700, il y avait plus de 300 000 Chinois baptisés et l'embryon d'un clergé indigène. Cela marque un échange unique et sans précédent de connaissances scientifiques entre deux civilisations, unique parce qu'il s'est déroulé sur un pied d'égalité.
Le 29 septembre 2016, la Chine a inauguré le FAST, le plus grand radiotélescope du monde. À la différence d'un télescope traditionnel qui reçoit de la lumière visible, le radiotélescope reçoit des signaux radios de l'espace comme le rythme impulsé par un pulsar et en déduire les micro-variations de cet astre dans l'univers. Et si l'on traduit le pulsar en son, cela ressemble au battement du coeur, très régulier. C'est même plus stable qu'une horloge atomique. Ici, les Chinois ont installé une scène parfaite pour les scientifiques. Bientôt ils pourront y réaliser leur projet et montrer leur talent.
Aux Indes entre 1606 et 1656
Robert de Nobili, missionnaire jésuite parmi les brahmes d'Inde du Sud
Roberto de Nobili (1577-1656) était admis à Maduré dans la caste supérieure des brahmanes. Connaissant le sanskrit et le tamoul, il abandonna jusqu'à son nom pour se faire appeler Tatuva Podapar Suami, "le maître des 96 perfections du sage".
En 1609, 70 brahmanes de la province se convertirent au catholicisme sans avoir le sentiment d'être infidèles à l'enseignement des vedas ni renoncer à leurs pratiques rituelles (bains, encensement au santal, etc.)
A Lisbonne, le tribunal de l'Inquisition saisi de l'affaire par les adversaires de la Compagnie, donna raison à de Nobili.
Le pape Grégoire XV confirma le jugement et décida qu'il y aurait désormais plusieurs rites (c'est par impropriété de terme qu'on les a qualifiés de "rites malabars" au lieu de rites de Maduré).
Malheureusement, en 1780 en Chine, à la mort du père Martial Cibot, l'un des derniers jésuites qui survécurent quelques années en Chine après la destruction de leur ordre en 1773, la pénétration du christianisme avait été totalement interrompue dans les milieux lettrés du fait de l'interdiction par Rome en 1739 des rites locaux indiens malabars et chinois quelques années plus tard.
Il faudra attendre 1942 pour que Pie XII, se référant explicitement à l'autorisation de Paul V en 1615, permît à nouveau de célébrer la messe en langue littéraire chinoise !
Actuellement les contacts de la Compagnie de Jésus avec la Chine continentale restent sporadiques.
Au Paraguay et en Uruguay, entre 1600 et 1725
La confusion est complète entre les pouvoirs religieux et civil. La politique est en fait dirigée de Madrid par le Conseil des Indes. La confusion du spirituel et du temporel, grave dans son principe et dans ses effets, recèle néanmoins ici quelques avantages. Les jésuites, en effet, ont reçu de Madrid la charge d'administrer les régions que n'habitaient pas encore les Blancs. Ils y jouissaient d'une large autonomie à laquelle ils devraient bientôt renoncer si les colons espagnols s'installaient. Or l'expérience leur montra les conséquences fâcheuses du contact entre indigènes et colons. Ces derniers, par leur racisme et leur avidité au gain, donnaient le plus mauvais exemple et ne provoquaient que ressentiment. Tout poussa donc ces évangélisateurs à perpétuer un isolement si favorable à leur dessein. Ainsi fondent-ils en 1610 le tout premier village chrétien composé uniquement d'Indiens guaranis, la "réduction" de Saint-Ignace.
En 1700, il y aura trente réductions d'environ 3000 à 4000 habitants. Ces villages où les Européens n'étaient donc pas admis étaient tous constitués sur le même modèle: l'église et la résidence des pères était construite au centre; autour étaient installées l'école et les bâtiments sociaux, puis venait le cercle des habitations (une par famille), enfin, à la périphérie, il y avait les ateliers. Au-delà, les terres labourables étaient propriété collective. Le maire, indigène, était élu par les habitants. La justice était rendue par les jésuites, la peine la plus grave étant l'expulsion du village. Ces petites républiques guaranis formaient un véritable Etat jésuite, à la fois collectiviste et théocratique. Elles prospérèrent jusqu'au jour où un accord conclu entre l'Espagne et le Portugal fera passer treize des plus importantes réductions sous l'autorité fort peu libérale du gouvernement de Lisbonne. La rébellion indienne qui suivra l'emprise maladroite des fonctionnaires portugais sera imputée aux jésuites. Quant aux réductions demeurées sous la tutelle espagnole, elles tomberont après la dissolution de la Compagnie de Jésus en des mains peu scrupuleuses qui les exploiteront sans vergogne et l'aventure se terminera misérablement.
Les jésuites partirent en mission également en Turquie, au Moyen-Orient.
La Compagnie utilisait les cultures locales pour donner à l'Evangile et à la foi un support, une expression, un langage qui soient compris des populations. Cet effort pour intégrer au christianisme des civilisations exotiques (que reprend saint François-Xavier) avait été jadis celui de l'Eglise palestinienne à l'égard de Rome ou celui des premiers évangélisateurs de la Gaule, saint Martin, saint Hilaire qui firent construire des lieux de culte catholiques sur d'anciens sanctuaires druidiques.
Au XVIe siècle, la Compagnie de Jésus arrivait dans un contexte où les conceptions luthérienne et calvinienne du péché originel faisaient prévaloir l'idée que la faute initiale de l'humanité avait totalement détruit dans l'homme la faculté du libre arbitre et vicié toutes ses entreprises à la base.
Luther affirmait que nul homme ne pouvait être "juste" aux yeux de Dieu. Même baptisé et élu, disait-il, un chrétien conserve sa tare fondamentale de pécheur. Au contraire de cette position, les Jésuites (Jacques Lainez, Alfonso Salmeron) affirmaient que la faute du péché originel n'avait pas complétement détruit dans l'homme la faculté du libre arbitre et que les mérites du Christ et son amour pouvaient apporter cette "justification inhérente" qui permet d'espérer une pleine participation à la divinité du Fils. Sous l'influence directe de saint Ignace de Loyola, l'humanité recevait une promesse inouïe de divinisation par la voie même du Concile de Trente (1542-1563) qui proclama que tout homme, fût-il non baptisé, avait la possibilité d'agir sans déplaire à Dieu.
Jacques Lainez (1512-1565) - Jacques Lainez, deuxième Supérieur Général des Jésuites
Pendant le Concile de Trente, de Lainez et Salmeron au belge Lessius en 1587, et aux espagnols Molina, Banez ou Escobar, cible préférée de Pascal, les jésuites s'efforcèrent d'affirmer la prééminence de la liberté humaine contre des doctrines, souvent défendues par l'ordre rival des Dominicains, qui tendaient à subordonner au bon vouloir divin l'exercice du libre arbitre humain. Ces débats nous font maintenant l'impression d'un dialogue de sourds car les interlocuteurs ne parlaient pas de la même chose. Les jésuites, bien entendu, ne mettaient pas en question la toute-puissance de Dieu comme on les en accusait, ni le "néant" de la créature réduite à elle-même. Ils se contentaient de reconnaître implicitement ce qu'admettent aujourd'hui la plupart des théologiens, à savoir que cette toute-puissance ne s'exerce que dans le sens de l'Amour infini. L'homme, certes, ne peut se sauver que par la grâce de Dieu, mais cette grâce ne lui est jamais refusée. Dans le mécanisme du salut, c'est donc la volonté de l'homme qui est "souveraine" : elle, seule, peut faire obstacle à un Dieu qui ne se refuse pas (en enfer, il n'y a que des volontaires, pourrait-on résumer).
La doctrine inverse (défendue par les protestants et les jansénistes), qui subordonnait au bon vouloir divin l'exercice du libre arbitre aurait pu être le rappel d'une vérité évidente dans l'ordre de l'ontologie. Mais elle n'avait de sens que si elle supposait un Dieu qui ne veut pas le salut de tous les hommes. La logique de cette doctrine conduira les jansénistes à défendre contre les jésuites la thèse de la prédestination.
Les conceptions jansénistes ne pouvaient être que méfiantes, voire hostile à l'égard des cultures locales et profanes alors que les conceptions jésuites sur le libre arbitre et la "justification" portaient la marque foncièrement prophétique, accueillante et optimiste de la Compagnie de Jésus. Cette porte ouverte sur l'humanité non chrétienne permit à la Compagnie d'adopter des coutumes, des symboles et même des liturgies que l'on considérait jusqu'alors comme païennes, c'est-à-dire foncièrement mauvaises.
Cette audace lui fit adopter (dans la liturgie) les langues et les coutumes exotiques de ces peuples et qu'elle appliqua à la confession pour l'appréciation des cas de conscience (casuistique) faillit lui coûter la vie. En 1773, le pape Clément XIV, cédant à la pression des Bourbons de France, d'Espagne et de Naples, décidera de suspendre ses activités pour des motifs qui n'avaient rien à voir avec la Foi (voir plus bas).
Pendant plus de deux siècles, le jansénisme a profondément marqué le catholicisme français. Son rigorisme a été repris et adopté par le clergé qui a écarté des sacrements une grande partie des croyants et arraché de leur esprit la figure du Christ miséricordieux au profit d'un Dieu vengeur. La confession a été le lieu de ce véritable drame qui a éloigné les uns de la religion et a stérilement culpabilisé les autres. La question du délai ou du refus de l'absolution a constitué l'enjeu de ce que l'on a appelé improprement la querelle du laxisme; des millions d'hommes et de femmes en ont été les victimes.
C'est l'assemblée du clergé dominée par Bossuet et réunie à Saint-Germain-en-Laye, qui, en 1700, orienta l'Eglise gallicane vers un rigorisme qui, sur le plan de la fréquentation des sacrements, n'avait rien à envier à celui de Port-Royal. Bossuet, tout en rejetant la doctrine janséniste, n'hésitait pas à en approuver la rigueur envers les pécheurs. Si le régime de l'absolution refusée, ou différée (quelques fois pendant plusieurs années) s'est implanté, c'est à lui et à l'assemblée de clergé gallican qu'on le doit. Sous leur influence, les évêques de France et les confesseurs refuseront l'absolution à des pécheurs repentants et "en progrès", parce que la sincérité de leur contrition n'est pas certaine. Le délai d'absolution était encore recommandé par les manuels des séminaires au milieu du XIXe siècle. On devra attendre 1832 et la publication par l'abbé Thomas Gousset (futur cardinal) d'une Justification de la Théologie morale de saint Alphonse de Liguori (fondateur de l'ordre des Rédemptoristes) pour que le clergé de France commence à en revenir à une tradition évangélique, qui se matérialisera plus tard dans la recommandation de la pratique fréquente de l'Eucharistie. C'est Thomas Gousset, alors prefesseur au séminaire de Besançon, qui s'attaquera d'une manière décisive aux doctrines rigoristes et permettra leur reflux. C'est aux pécheurs récidivistes les plus enfoncés dans leurs faiblesses qu'il faut rendre facile l'accès à la confession, un "alimentpour les faibles" dira le pape jésuite François dans son Exhortation évangélique Evangelii Gaudium, n°47 (sur le fondement de saint Ambroise, De sacramentis, IV, 6, 28 : PL 16, 464 ; SC 25, 87 : « Je dois toujours le recevoir pour que toujours il remette mes péchés. Moi qui pèche toujours, je dois avoir toujours un remède » ; IV, 5, 24 : PL 16, 463 ; SC 25, 116 : « Celui qui a mangé la manne est mort ; celui qui aura mangé ce corps obtiendra la rémission de ses péchés ». saint Cyrille d’Alexandrie, In Joh. Evang. IV, 2 : PG 73, 584-585 : « Je me suis examiné et je me suis reconnu indigne. À ceux qui parlent ainsi je dis : et quand serez-vous dignes ? Quand vous présenterez-vous alors devant le Christ ? Et si vos péchés vous empêchent de vous approcher et si vous ne cessez jamais de tomber – qui connaît ses délits ?, dit le psaume – demeurerez-vous sans prendre part à la sanctification qui vivifie pour l’éternité ?). Au XIXe siècle, le point de vue de saint Alphonse de Liguori et du cardinal Gousset était celui des jésuites au XVIIe. Il allait exactement à l'encontre de la morale janséniste et gallicane du clergé français. C'était la faculté pour le confesseur de tenir compte des situations; de ne pas décourager le repentir par une exigence qui serait conforme aux principes moraux, mais inapplicable. C'est faire confiance au discernement humain et à la miséricorde divine; en deux mots : à la raison et à la grâce. Cette voie était celle d'Ignace de Loyola et ce sera l'un des mérites des jésuites que d'avoir contribué à la rouvrir à la suite d'Alphonse de Liguori et contre l'école des moralistes religieux français du XVIIIe siècle.
Leurs adversaires au XVIIe siècle trouvèrent en Blaise Pascal un polémiste de génie qui sut faire descendre le débat du plan théologique où il se situait au niveau de la morale pratique, domaine dans lequel la Compagnie était beaucoup plus vulnérable pour avoir voulu donner forme écrite et systématiser ce qui ressortissait à la seule conscience du confesseur. Le succès des Lettres à un Provincial contribua à imposer dans l'esprit public une caricature du jésuite qui n'est pas encore totalement effacée.
Le rôle des jésuites dans l'éducation et l'enseignement
Le jésuite Pierre Canisius organisa la défense de l'Eglise par le livre et l'école. Chacun des grands collèges créés par lui devint un centre de résistance aux thèses luthériennes et calvinistes. Canisius n'avait à son arrivée en Allemagne en 1550 que deux compagnons pour le seconder. Près de mille deux cents jésuites y exerçaient leur activité trente ans plus tard. Et dans toute l'Europe, suivant une ligne stratégique qui traversait le nord de la France, la Belgique, l'Allemagne, la Hongrie et la Pologne, furent fondés les universités et les collèges de la Contre-Réforme.
"Le triomphe de la papauté, a estimé l'historien anglais Macaulay, a été dû principalement à un grand reflux de l'opinion publique... Cinquante ans après la séparation des luthériens, a-t-il écrit, le catholicisme pouvait à peine se maintenir sur les rives de la Méditerranée. Cinquante ans plus tard, le protestantisme pouvait à peine se maintenir sur les rives de la Baltique."
Ce résultat fut, en grande partie, l'oeuvre de la Compagnie de Jésus, de ses collèges, de ses prédicateurs, de ses théologiens.
Dès 1590, les jésuites consacraient plus des trois quarts de leur activité à la formation des jeunes. L'accent était mis sur les humanités gréco-latines parce qu'elles constituaient alors la culture de l'honnête homme. Diverses congrégations plus ou moins liées à la Compagnie permettaient à celle-ci d'étendre son influence au-delà de la sphère universitaire. Charles Borromée, auteur du fameux catéchisme connu sous le nom de Catéchisme du Concile de Trente (1566), fut un de leurs membres et contribua à l'installation des jésuites dans les cantons catholiques de Suisse. C'est sur son insistance que le pape Clément XIII ordonna à la Compagnie de fonder des collèges à Lucerne et à Fribourg (en Suisse).
Un tel développement et une telle influence devait fatalement inquiéter les pouvoirs régants et la Compagnie aura longtemps à souffrir de leur méfiance.
Pourtant, dès l'origine, elle tentera de se prémunir contre l'hostilité des princes en interdisant formellement à ses membres de se mêler de la politique intérieure des pays.. L'auteur de cette consigne, le père Claudio Aquaviva, cinquième général de l'ordre (1581), ira même plus loin en conseillant au pape de se soumettre aux injonctions de la République de Venise qui exigeait l'expulsion des jésuites comme condition de sa fidélité aux Saint-Siège.
En France, les jésuites, comme serviteurs de la papauté ne pouvaient qu'être suspects aux yeux du Parlement gallican et de la Sorbonne. Néanmoins, vers 1610, au nombre de 1400 environ, ils possédaient déjà trente-six collèges, l'un des plus célèbres étant celui de La Flèche où sera formé Descartes.
La défense de "l'unité du peuple français", la défense du pouvoir monarchique
On trouve dans l'ouvrage "Histoire du Peuple français, De la Régence aux trois Révolutions", de Pierre Lafue quelques développements instructifs sur le rôle positif des Jésuites dans la défense de "l'unité du peuple français et pour l'extension du pouvoir monarchique" contre les Gallicans et les Jansénistes au XVIIIe siècle.
Ainsi, "lors de la réaction des ordres privilégiés, ont-ils été l'objet de l'hostilité de nombreux prélats - particulièrement des 6 cardinaux jansénistes dont le Cardinal de Noailles, archevêque de Paris, est le chef relativement modéré. En outre, l'Université et le Parlement se sont prononcés contre les partisans de l'ultramontanisme (les jésuites NDLR.).
... La coalition formée contre eux va toutefois demeurer assez longtemps impuissante par suite de l'attitude du roi qui leur sait gré, non seulement de fournir des confesseurs à toute sa famille, mais encore de désavouer la coterie parlementaire dressée contre le trône qui a tenté d'imposer la loi commune en matière d'impôt." [8]
La Compagnie de Jésus, cible de la franc-maçonnerie
Le Principal ministre de Louis XV entre 1758 et 1770, le comte de Choiseul, "allié des magistrats, fera alors pression pour obtenir l'expulsion des Jésuites." [9]
Comme par hasard, Choiseul était franc-maçon, "Vénérable de la Loge Les Enfants de la Gloire" en 1761. [10]
Les jésuites subirent ainsi les attaques conjuguées des jansénistes, des gallicans, des parlementaires et des "philosophes" de l’"Encyclopédie".
Le 6 août 1761, le parlement de Paris ordonna que les écrits de 23 jésuites dont Bellarmin, Toledo et Lessius fussent bannis comme "contraires à la morale et nuisibles à la jeunesse". Interdiction leur fut faite de recevoir des novices. Dans les villes où existaient d’autres écoles, les collèges jésuites durent fermer le 1er octobre 1761, et ailleurs ils furent fermés en avril 1762. Louis XV, favorable aux jésuites, intervint plusieurs fois, temporisa et obtint quelques délais. Cela tourna au conflit politique entre le parlement et le roi. Des compromis successifs, tous à tendance gallicane (pratiquement une séparation vis-à-vis de Rome), furent proposés aux jésuites et furent rejetés comme inacceptables.
Défiant le roi, le parlement de Paris, le 6 août 1762, déclara que la Compagnie de Jésus "nuit à l’ordre civil, viole la loi naturelle, détruit la religion et la moralité, corrompt la jeunesse" et la bannit de France. Certains parlements régionaux (comme celui de Flandre) refusèrent d’emboiter le pas ; la plupart temporisèrent. Le roi, de nouveau, obtint un délai. Mais malgré l'intervention du pape Clément XIII, pape de 1758 à 1769 qui défendit vigoureusement la Compagnie de Jésus, il dut finalement s’incliner tout en mitigeant les mesures prises. En novembre 1764, Louis XV édicta ce qui devint la mesure pour toute la France : la Compagnie de Jésus était proscrite en France, et ses biens étaient confisqués. Les jésuites furent cependant autorisés à y demeurer comme "bons et fidèles sujets", sous l’autorité des évêques. Les jésuites anglais de Saint-Omer durent également partir : ils s’installèrent dans les Pays-Bas méridionaux (alors autrichiens).
Si l’exécution de l’édit royal se passa moins dramatiquement qu’au Portugal les conséquences en furent tout aussi graves. L’enseignement en France fut désorganisé, de nombreux jésuites ayant choisi de partir en exil. Outremer, les missions des jésuites français furent confiées aux pères de Missions étrangères de Paris, mais ils ne suffisaient pas à la tâche. De nombreux postes furent fermés.
L'alliance de circonstance entre jansénistes, gallicans et philosophes des Lumières eut raison des jésuites. En 1761, dans une lettre à Voltaire, D’Alembert écrivit : "Que la canaille janséniste nous débarrasse des polissons jésuites. Ne fais rien pour empêcher que ces araignées se dévorent les unes les autres". En 1763 il triompha : "Les jésuites étaient les troupes régulières et disciplinées luttant sous l’étendard de la Superstition […] Les jansénistes ne sont que des cosaques dont la Raison va vite se débarrasser maintenant qu’ils doivent se battre seuls."
L’"affaire Lavalette" (scandale financier à la suite de la banqueroute du prêtre jésuite Antoine Lavalette) contraint Louis XV à interdire la Compagnie et à la bannir de France en 1763-1764, en fermant ses deux cents collèges. Déjà chassés du Portugal en 1759 par le ministre portugais franc-maçon, le marquis de Pombal, ils le furent encore d'Espagne en 1767 et du duché de Parme et de Plaisance en 1768. Cependant le roi Stanislas, avant 1766, les accueillit dans son duché de Lorraine, resté théoriquement indépendant du royaume de France.
Supérieur des Missions Françaises de l'Amérique du Sud en 1754, mais avec un ordre explicite d'arrêter toute entreprise commerciale, le Père Antoine Lavalette ignora cet ordre et poursuivit sa compagnie commerciale. Quelque temps plus tard, il emprunta pour acheter des terres. Or une épidémie en 1756 décima les ouvriers qui devaient les défricher et les mettre en culture pour exploiter la canne à sucre puis plusieurs de ses navires furent saisis par les pirates anglais à leur retour en Europe. La guerre de Sept Ans interrompant le trafic de sa maison de commerce avec la métropole, cette dernière fit faillite qui s'élevait à deux millions quatre cent mille livres. Deux de ses créanciers, de gros négociants marseillais, Gouffre et Lionci, poursuivirent La Valette devant le parlement à Aix qui le condamna. Le provincial des Jésuites fit appel, l'affaire remonta au Parlement de Paris. Ce dernier sous prétexte de se prononcer sur cette simple faillite, ordonna aux Jésuites de déposer au greffe un exemplaire des Constitutions de leur ordre et prononça un arrêt le 6 août 1762 qui déclarait la Compagnie de Jésus "inadmissible par sa nature dans tout État policé". [14]
Fritz Hochwälder a popularisé leur tragédie dans sa pièce Sur la terre comme au Ciel, véritable drame de l'obéissance. Les jésuites étaient soupçonnés à juste titre de fidélité romaine. La soumission ne leur épargna pas le bannissement qui précédera de peu la dissolution de la Compagnie !
L'opposition des cours européennes fut si forte que le pape Clément XIV en vint, le 21 juillet 1773, à supprimer la Compagnie de Jésus partout dans le monde ; c'est le bref Dominus ac Redemptor, qui dit que la Compagnie a souvent été sévèrement critiquée (mais ne dit pas si ces critiques étaient justifiées ou pas).
Leur salut viendra de l'Est. En Russie, la tsarine orthodoxe Catherine II interdit la promulgation de la bulle papale, et en Prusse le roi protestant Frédéric II fit de même, heureux de marquer sa désapprobation au Pape, tout en profitant de l'aubaine que constituaient tous ces savants et ces professeurs pour organiser l'enseignement et la recherche dans ses États.
En France, les maisons d'éducation des Jésuites furent fermées, et cette victoire fut représentée audacieusement par les partisans de l'opposition à la monarchie comme une mesure 'libérale'... [15]Dans sa lutte pour la domination politique, l'oligarchie parlementaire s'appuyait sur la secte religieuse des Jansénistes, grâce à laquelle elle s'est emparée de l'opinion publique, qui sans cela n'eût sans doute pas été abusée par son faux libéralisme.
La calomnie joua son rôle. On réédita de prétendus statuts secrets, Monita Privata Societatis Jesu, imprimés à Cracovie en 1614. Ce document republié sous le titre Monita Secreta, voulait prouver les visées temporelles (pouvoir, domination) de la Compagnie de Jésus. Il s'agissait d'un faux dont l'auteur était un ex-jésuite polonais, Jérôme Zahorowski. [16]
Au XVIIIe siècle toute la magistrature était devenue janséniste. C'est cette secte religieuse, alliée de la franc-maçonnerie qui empêchera toute saine réforme de l'Etat royal et obstruera la volonté du roi d'établir l'égalité devant l'impôt et sera à l'origine de la Révolution dite française.
La politique de la Compagnie au-delà des mers fit éclater la crise. Les jésuites ayant toujours défendu les droits et valeurs des civilisations indigènes sur les territoires de leurs missions, leur attitude, combattue par les protestants et les jansénistes, provoqua la haine des colons, commerçants ou négriers des possessions d'Asie, d'Afrique et d'Amérique, et n'avait pas été complètement comprise par Rome.
Restauration de la Compagnie et nouveaux ennuis
Après les guerres napoléoniennes, le climat politique changea. Les monarques qui avaient expulsé les Jésuites n'étaient plus au pouvoir. Le pape Pie VII procèda à la restauration universelle de la Compagnie en promulguant le décret Sollicitudo omnium ecclesiarum (en français: la sollicitude pour toutes les Églises) du 7 août 1814.
Pie VII avait d'abord discrètement approuvé son existence en Russie (bref Catholicae fidei du 7 mars 1801) et dans le royaume de Naples en 1804.
Le 7 août 1814, le pape Pie VII célébra une messe solennelle dans l'église du Gesù à Rome où se trouve le tombeau de saint Ignace, le fondateur de la Compagnie de Jésus. Ensuite, il fit lire la bulle qui autorisait à nouveau l'existence de l'Ordre dans le monde entier. En même temps, il nomma le supérieur des jésuites de Russie, Tadeusz Brzozowski, "Supérieur général de la Compagnie de Jésus". La Bulle fut promulguée le lendemain, le 8 août.
En 1828 néanmoins, Charles X expulsa les jésuites. De 1835 à 1845, la Compagnie se développa jusqu'à ce que Louis-Philippe et la Deuxième république leur imposent de nouvelles épreuves. Le Second empire et les tout débuts de la Troisième république seront une période plus heureuse.
En 1880, lorsque Jules Ferry ordonna le 29 mars la "dissolution et l'évacuation" des collèges que la Compagnie de Jésus "occupe sur la surface du territoire de la République", ceux-ci étaient au nombre de 29.. Ils enseignaient près de 11 000 élèves et réunissaient 815 professeurs.
Le conservatisme des jésuites était l'objet des quolibets des polémistes et des attaques d'un Edgar Quinet ou d'un Jules Michelet qui dénonçaient le "jésuitisme" et s'en prenaient aux visées "secrètes" de la Compagnie.
Précisons simplement que les Constitutions de l'Ordre, dont le document définitif n'a été promulgué qu'en 1594, ont subi de nombreuses modifications car la souplesse est une marque de la Compagnie qui a toujours su rester maîtresse de sa règle fondamentale, notamment par des décrets qui vinrent périodiquement en corriger les archaïsmes. Les Constitutions ne devaient pas être considéres comme une loi figée. Chaque congrégation avait le pouvoir de modifier les Constitutions, de les compléter et même de les abroger... Cette charte est donc loin d'avoir le caractère sacré d'autres documents du même genre, par exemple les Constitutions d'Anderson, qui fondent les loges maçonniques.
Bien des adversaires de bonne foi ignorent encore, par exemple, que "les Constitutions n'obligent pas sous peine de péché." Autrement dit, leur violation par un jésuite n'est pas en soi une faute aux yeux de Dieu. Cette disposition relativise considérablement les règles de l'Ordre, y compris, évidemment, celles qui impliqueraient les visées "secrètes" de la Compagnie.
Aujourd'hui: les attaques et les calomnies contre les Jésuites persistent
La Compagnie de Jésus est accusée d'être à l'origine du Nouvel ordre mondial.., au prétexte qu'un ex-jésuite fonda l'ordre maçonnique des Illuminati. Or, Adam Weishaupt, le fondateur des Illuminati, était né dans une famille juive le 6 février de 1748 à Ingolstadt. Converti, il devint jésuite. Il tomba dans la pratique de la sorcellerie et se sépara de l'Eglise. Professeur de droit à l'Université d'Ingolstadt en Allemagne, il fut accepté dans la franc-maçonnerie en 1778; mais il avait créé deux ans plus tôt l'ordre occulte des Illuminati, les Illuminés, ceux qui ont la lumière, ceux qui savent (Illuminisme) en copiant certains statuts des Jésuites. Il croyait être appelé à "régénérer" l'humanité...
L'Abbé Barruel, prêtre jésuite, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme (1798), indique que "dans les jours où ce conspirateur conçut ses projets (+) il ne connaissait point encore l'objet de la Franc-Maçonnerie: il savait seulement que les Francs-Maçons tenaient des assemblées secrètes: il les voyait unis par un lien mystérieux, se connaissant pour frères à certains signes, à certaines paroles, de quelque nation & de quelque religion qu'ils fussent..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 13)
En 1785, après la découvertes des papiers de la secte illuminée par la police bavaroise, Adam Weishaupt fut destitué de sa chaire professorale, "proscrit de sa patrie comme traître à son Souverain & traître à l'Univers" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 2), il s'exila lui-même; se réfugia d'abord à Regensburg, puis dans l'état du prince Ernest-Louis, duc de Saxe-Gotha, "nourri de pensions sur le Trésor public, décoré du titre de conseiller honoraire."
Weishaupt recruta à Weimar, le duc Charles-Auguste (Eschylus), Goethe (Abaris), Herder (Damasus pontifex), Shardt (Appollonis), von Fritsh (Werner), le duc Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha, le baron de Dalberg, le duc Ferdinand de Brunswick, le comte (futur prince) de Metternich.
De nos jours, les attaques et des diffamations faites par la franc-maçonnerie contre les jésuites continuent par tous les moyens (média, musiques).
Il me semble que vous devriez vous résoudre à faire avec calme ce que vous pouvez. Ne soyez pas inquiets de tout, mais abandonnez à la divine Providence ce que vous ne pouvez accomplir par vous-même.
S. Ignace de Loyola, Lettre du 17 novembre 1755
SOURCES
[1] Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 212;
[6] Pachtler, Ratio studiorum (Mon. Germ. paed., Berlin 1887-1897, t. III, p. 470-474 cité in Jean DUMONT, L'Eglise au risque de l'Histoire, Préface de Pierre Chaunu de l'Institut, Editions de Paris, Ulis 2002, p. 325-326)
[7] Daniel-Rops, Histoire de l'Eglise du Christ, tome VI, La Réforme catholique, Librairie Arthème Fayard, Éditions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 45
[8] Histoire du Peuple français, De la Régence aux trois Révolutions, Pierre LAFUE, Nouvelle Librairie de France, tome 3, Paris 1960, p. 36, 37
[9] Histoire du Peuple français, De la Régence aux trois Révolutions, Pierre LAFUE, ibid., p. 37
[10] Sur l'appartenance maçonnique de Choiseul : Grande Loge Suisse Alpina http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/artikel/artikel-2006-4-01.php
[11] Choiseul avait "en réalité, par calcul personnel,[...] laissé la crise morale et institutionnelle se développer jusqu'à mettre le royaume en péril" : Pierre PLUCHON, Histoire de la colonisation française, tome 1er, Le Premier empire colonial, Des origines à la Restauration, Fayard, Saint-Amand-Montrond 1996, p. 294.
[12] Pierre GAXOTTE de l'Académie française, Le siècle de Louis XV, Texto, Paris 2015, p . 295.
[13] Choiseul "de coeur avec les Parlements et presque leur complice" inP. GAXOTTE, ibid., p. 343.
[14] François RIBADEAU THOMAS, Grandeur et misère des Jésuites, Dervy, 1994, p. 262
[15] Histoire du Peuple français, De la Régence aux trois Révolutions, Pierre LAFUE,ibid., p. 37
[16] Alain GUICHARD, Les Jésuites, Club français du livre, Editions Grasset et Fesquelle, Ligugé 1974, p. 70
Le martyre de sainte Julitte (anonyme, 2e moitié du XVIIe siècle), église Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Villejuif
Julitte de Tarse ou Juliette de Césarée est une riche veuve de Césarée (aujourd'hui Kayseri en Turquie), dépouillée par un homme d'affaires qu'elle voulut poursuivre en justice ; mais les chrétiens du début du ive siècle ne pouvaient témoigner à un procès qu'en reniant leur foi. La persécution qu'elle voulut éviter la força à venir à Tarse en Cilicie, avec son fils, Cyr, âgé de trois ou quatre ans. Elle refusa d'abjurer sa foi et elle fut condamnée au bûcher sous le règne de Dioclétien ; elle est fêtée le 16 juin1 en Occident et le 30 juillet en Orient2,3 Son jeune fils Cyr, dit aussi parfois saint Quirice, est l'un des plus jeunes martyrs de la chrétienté à la suite des saints Innocents.
Nous la connaissons par l'un des sermons d'un de ses contemporains, saint Basile de Césarée.
À Césarée de Cappadoce, en 303, sainte Julitte, martyre. Ayant refusé sans relâche d'offrir de l'encens sur un autel, comme le juge le lui ordonnait, elle fut jetée dans le feu.
En Chine, les prêtres sont tenus de se conformer aux directives officielles : un nouveau code de conduite a été dévoilé (en février dernier – voir le texte intégral ci-dessous), exigeant du clergé un lien étroit avec le parti au pouvoir et le socialisme. Ce code révèle clairement des visées politiques.
En Chine, les prêtres doivent prêter allégeance au Parti communiste et au socialisme et adapter leurs actions en conséquence. C'est ce qu'impose un nouveau code de conduite pour le clergé catholique, publié dans le dernier numéro de *China heute* (La Chine aujourd'hui), magazine du China-Zentrum (Centre Chine). Le document stipule que les responsables ecclésiastiques doivent "soutenir la direction du Parti communiste chinois, soutenir le système socialiste et aider le gouvernement à mettre en œuvre la politique de liberté de croyance". Selon le China-Zentrum, ces règles portent "une forte connotation politique et intègrent nombre d'exigences du parti-État en matière de politique religieuse".
Par exemple, les prêtres et les évêques doivent adhérer à la "sinisation" du catholicisme, c'est-à-dire adapter la religion à la culture chinoise et, par conséquent, à la ligne du Parti communiste. "Guidés par les valeurs socialistes fondamentales et profondément imprégnés de l'excellente culture traditionnelle chinoise, ils doivent interpréter les enseignements et les règles de l'Église d'une manière qui réponde aux exigences du développement de la Chine contemporaine et qui soit en accord avec l'excellente culture traditionnelle chinoise", stipulent les règles.
De plus, ils sont tenus de remplir leurs fonctions officielles avec diligence, de mener une vie spirituelle saine et de respecter les traditions de l'Église ainsi que le vœu de continence. Il leur est interdit de détourner des biens de l'Église ou de collaborer avec des entreprises commerciales pour organiser des mariages. Le népotisme, les "passe-temps vulgaires" et la vente en ligne de documents religieux sont également proscrits.
Publication uniquement pour le moment
Le code de conduite a été adopté par l'Association patriotique catholique chinoise – organisation faîtière officielle des catholiques – et la Conférence des évêques catholiques de Chine. Adopté en décembre dernier, il n'a été rendu public qu'à la fin du mois de mai.
[...]
Les autorités prennent parfois des mesures répressives sévères contre les activités de l'Église menées en dehors des structures officielles. Récemment, l'organisation de défense des droits humains Amnesty International a critiqué l'État pour son traitement de plus en plus sévère des groupes religieux. Parallèlement, le Vatican s'efforce depuis plusieurs années d'apaiser la situation grâce à un accord secret avec l'État concernant la nomination des évêques.
Le Centre chinois (China-Zentrum eV) existe depuis 1988. Cette association, reconnue comme organisation à but non lucratif, a pour objectif de favoriser la rencontre et les échanges entre les cultures et les religions de l'Occident et de la Chine. Elle compte parmi ses membres des organisations caritatives catholiques, des ordres religieux et des diocèses d'Allemagne, d'Autriche, de Suisse et d'Italie.
Leur revue *China heute* (La Chine aujourd'hui) est consacrée aux religions dans la sphère culturelle chinoise, et plus particulièrement au christianisme en République populaire de Chine. Fondée en 1982 à l'Institut Monumenta Serica, elle propose des informations actualisées, des documents, des rapports de fond et des analyses, ainsi que des notes historiques et bibliographiques. *China heute* est une publication trimestrielle du Centre Chine.
Dans Dialogue sur l'art et l'architecture religieux en Allemagne et en Chine – Troisième consultation interreligieuse germano-chinoise, Berlin, 6-8 mai 2026 (pp. 71-73)
À la mémoire de : Frank Joseph Shulman (1943–2026) (p. 74)
Chronique de la religion et de l'Église en Chine, du 14 mars au 26 juin 2026 (pp. 74–85)
Documentation
Mesures relatives à l'administration des évangélistes dans les Églises protestantes en Chine
Code de conduite des responsables de l'Église catholique
Chang Kuei-Min Un échange paradoxal : asymétrie institutionnelle et limites du Front uni à caractère religieux à travers le détroit de Taïwan
Ma Tianji "Embrasser le monde avec amour" : Le parcours littéraire de Bing Xin, un amour d’inspiration chrétienne en marge du courant dominant
Notes historiques
Hans Ingvar Roth, un architecte méconnu de la Déclaration universelle des droits de l'homme – PC Chang (Zhang Pengchun) et sa contribution
Notes bibliographiques
Critique du livre :
Léopold Leeb Zhang Chengzhi – L’auteur musulman contemporain le plus connu de Chine et ses œuvres
Bibliographie sur la religion et la politique religieuse en Chine (136)
Règles de conduite pour le personnel religieux catholique
Règles de conduite pour le personnel religieux catholique
(Discuté et adopté lors de la septième réunion des dix comités permanents de l'Association catholique chinoise "Une association, une conférence".)
§1
Le personnel religieux catholique doit aimer la patrie, soutenir la direction du Parti communiste chinois, défendre le système socialiste, aider le gouvernement à mettre en œuvre sa politique de liberté de croyance religieuse, adhérer à la sinisation du catholicisme en Chine, sauvegarder l'unité nationale, la solidarité ethnique, l'harmonie entre les religions, la stabilité sociale et la paix mondiale, et contribuer à la grande cause de la construction d'un pays fort et de la réalisation du renouveau national.
§2
Ils devront respecter la Constitution, les lois, les règlements et les règles, établir fermement le principe selon lequel le droit de l'État prime sur le droit canonique , accepter activement la direction et l'administration légitime du Parti et du gouvernement, et exercer des activités religieuses dans les limites permises par les politiques, lois, règlements et règles religieuses de l'État.
§3
Ils devront observer la doctrine catholique, les règlements de l'Église et les règles internes établies par les organisations catholiques à tous les niveaux, et accepter consciemment la direction et l'administration des organisations catholiques patriotiques.
§4
Ils adhéreront au principe d' indépendance, d'autonomie et d'autogestion , sauvegarderont la souveraineté nationale et l'autonomie des affaires de l'Église, et s'opposeront à l'infiltration de forces étrangères par la religion.
§5
Ils doivent renforcer le respect de l'État de droit, promouvoir la légalisation de l'administration religieuse, coopérer avec le gouvernement dans la répression des activités religieuses illégales et résister consciemment à l'extrémisme religieux, aux fausses croyances et aux hérésies.
§6
Ils ne doivent pas devenir des "hypocrites" politiques — ceux qui disent une chose en public tout en en pensant une autre, qui professent ouvertement leur loyauté tout en y résistant secrètement, ou même qui collaborent secrètement avec des forces étrangères.
§7
Guidés par les valeurs socialistes fondamentales et puisant constamment dans l'excellence de la culture traditionnelle chinoise, ils interpréteront la doctrine catholique et les règles de l'Église de manière à ce qu'elles correspondent au développement de la Chine contemporaine et à l'excellence de sa culture traditionnelle. Ils contribueront activement à l'édification d'un système théologique aux caractéristiques chinoises pour la nouvelle ère.
§8
Ils accompliront fidèlement leurs devoirs, préserveront la vérité de l'Église, écouteront attentivement les opinions des fidèles, veilleront à leur vie et à leur bien-être physique et mental, et serviront de bons exemples aux croyants.
§9
Ils mèneront une vie spirituelle saine, éviteront d'être distraits par les intérêts personnels du monde ou les plaisirs matériels, suivront le Christ, vivront dans la pauvreté devant Dieu, perfectionneront continuellement leur vie et leur conduite, glorifieront Dieu et serviront l'humanité.
§10
Ils devront préserver les saines traditions spirituelles de l'Église, pratiquer fréquemment l'ascèse et les bonnes œuvres, et observer fidèlement les offices du matin et du soir.
§11
Ils devront promouvoir la frugalité et rejeter le gaspillage, être diligents et économes, vivre simplement, résister consciemment aux tendances malsaines telles que la compétitivité, le luxe et l'ostentation, et abandonner les mauvaises habitudes.
§12
Ils cultiveront un esprit d'amour pour les autres et de service à la société, mettront leur foi en action, pratiqueront sincèrement la charité et accompliront davantage d'œuvres de miséricorde qui purifient les cœurs, profitent aux gens et apportent des bénédictions au monde.
§13
Ils ne doivent ni individuellement ni collectivement détourner, ni s'approprier indûment, ni partager de manière privée les biens de l'Église, portant ainsi atteinte aux intérêts des fidèles.
§14
Ils ne doivent pas s'associer à des capitaux commerciaux ni exercer d'activités commerciales dans des lieux de culte dans le but d'obtenir des profits illégaux.
§15
Ils ne doivent pas coopérer avec des entreprises commerciales pour la célébration de mariages dans les églises ; ils ne doivent pas officier lors de mariages où aucune des parties n'est croyante ; et ils ne doivent pas exiger de dons des fidèles ni imposer de frais cachés.
§16
Ils ne doivent pas pratiquer le népotisme, discriminer ceux qui ont des opinions différentes, former des cliques ou des factions, monopoliser l'autorité, exercer un autoritarisme ecclésiastique, prendre des décisions arbitraires concernant les "Trois Questions Majeures et une Dépense Importante", ni enfreindre de quelque manière que ce soit le principe de l'administration démocratique de l'Église.
§17
Ils ne doivent pas se livrer à des goûts vulgaires, violer l'ordre public ni les normes morales acceptées, et encore moins enfreindre les règles et les commandements de l'Église, donnant ainsi le mauvais exemple.
§18
Ils ne doivent pas utiliser Internet pour vendre des articles religieux ou du matériel religieux interne, ni se livrer à des activités illégales telles que l'évangélisation illégale.
§19
La responsabilité d'interpréter ces règles incombe à l'association catholique chinoise "Une seule association, une seule conférence".
§20
Le présent règlement entrera en vigueur à la date de sa promulgation.
Le code de conduite a été adopté par l'Association patriotique catholique chinoise – organisation faîtière officielle des catholiques – et la Conférence des évêques catholiques de Chine. Adopté en décembre dernier, mais rendu public qu'en mai dernier, le paragraphe 2 de ce code stipule que "le droit de l'État prime sur le droit canonique", au paragraphe 3 "Ils devront observer la doctrine catholique", et au paragraphe 10, "Ils devront préserver les saines traditions spirituelles de l'Église."
Le Parti communiste chinois devrait dans ce cas commencer par respecter ce conseil des Apôtres Pierre et Paul :
En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes."
Sainte Marthe, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 141.
Sainte Marthe était soeur de Lazare. C'est elle qui dirigeait la maison de Béthanie et s'en montrait digne par sa douceur et son amabilité envers les siens, par sa charité envers les pauvres et par l'hospitalité si dévouée qu'elle offrait au Sauveur et à Ses disciples. Un jour, Marthe était absorbée par les soins domestiques, tandis que Madeleine se tenait aux pieds de Jésus. Marthe se plaignit:
"Seigneur, dites donc à Marie de venir m'aider, ne voyez-Vous pas qu'elle me laisse toute la charge?
– Marthe, Marthe, lui dit le Maître, vous vous agitez trop. Une seule chose est nécessaire; Marie a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera point enlevée."
C'est Marthe qui fit prévenir Jésus de la maladie, puis de la mort de son frère Lazare: "Seigneur, Lui dit-elle, dès qu'elle L'aperçut, si Vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort." Et Jésus lui donnant des paroles d'espérance: "Votre frère ressuscitera". "Seigneur, ajouta-t-elle, je crois que Vous êtes le Christ, Fils du Dieu Vivant."
Après la mort de la Très Sainte Vierge, Marthe subit le sort de Lazare et de Madeleine: exposée par les Juifs endurcis sur une frêle barque, à la merci des flots irrités, elle est portée avec les siens vers les beaux rivages de la Provence. Là elle participe à l'apostolat de son frère Lazare, qui devint évêque de Marseille, et à la sainte vie de Madeleine. Après un passage à Avignon, elle va se fixer àTarascon, en Provence, où la tradition lui attribue la mort de la Tarasque.
''Qui sont ces premiers missionnaires qui ont foulé le sol de notre pays'' ?, demande Francine BAY dans ''Au Matin de la France chrétienne, Les Premiers évangélisateurs de la Gaule'' (Transmettre, La Courneuve 2021, p. 14)
''D'abord la barque qui partit de l'Orient, vers l'an 42, avec à son bord Lazare et ses sœurs Marthe et Marie-Madeleine, Maximin, qui était sans doute l'intendant de Béthanie, et Sidoine, l'aveugle-né guéri par Jésus. Il y avait aussi Marthe-Jacobé et Marie-Salomé, cousines déjà âgées de la Vierge Marie. La barque accosta en Provence, qui fut la première région de la Gaule touchée par la lumière de l'Évangile. Vers la même époque, sept missionnaires furent envoyés vers notre pays par Saint Pierre : Trophime, Martial, Austremoine, Paul-Serge, Saturnin, Gatien et Valère. D'autres encore, compagnons de Saint Paul pendant ses voyages, seront dirigés par lui vers telle, ou telle ville. Plus tard, ce sera au tour de Saint Denis, escorté de quelques compagnons. Après le départ de ces groupes, le mouvement amorcé s'amplifie et de nouveaux missionnaires se mettent encore en route; parmi eux : Crescent, Bénigne, Savinien, Sixte, Clément, Front, Eutrope, Pothin et Irénée. Il est temps de rendre justice à ces grands oubliés qui, dès les deux premiers siècles, et au risque de leur vie – car la plupart sont morts martyrs – ont foulé au sol notre pays pour lui apporter la Bonne nouvelle. La plupart d'entre eux faisaient probablement partie des 72 disciples qui avaient été désignés par Jésus et qui le suivaient. (Luc 10,1)"
Marthe est devenue célèbre par l'enchaînement d'un dragon. Au moment où elle commençait à prêcher la foi sur les rives du Rhône, un monstre effroyable, connu sous le nom de Tarasque, jetait la terreur dans toute la contrée. Un jour que Marthe annonçait la parole divine dans la ville deTarascon, la foule s'écria: "Si vous détruisez le dragon, nous embrasserons votre foi."
– Si vous êtes disposés à croire, répondit Marthe, tout est possible à celui qui croit." Et seule, elle s'avance vers la caverne du monstre. Pour combattre cet ennemi, Marthe se munit du signe de la Croix; le monstre baisse la tête et tremble. Elle s'avance, l'enlace avec sa ceinture et l'amène comme un trophée de victoire aux habitants, et bientôt la Tarasque tombe écrasée sous les coups vengeurs de tout le peuple. En triomphant de ce monstre, Marthe avait triomphé du dragon infernal.
Marthe s'établit dans la ville, devenue chrétienne, se fit la servante des pauvres, et fonda une communauté de vierges.
Elle affectionnait sa retraite où elle préparait son apostolat par une ascèse des plus rudes : elle était vêtue de toile grossière, pratiquait un jeûne continuel, couchait sur un amis de branches d'arbres et de sarments...; malgré son attrait pour la solitude, elle consacrait tout le temps nécessaire à la propagation de la doctrine du Christ, qui confortait son zèle en lui faisant multiplier les miracles. Ainsi elle guérissait les lépreux, les paralytiques, ressuscitait les morts; elle rendait l'usage de leurs organes aux aveugles, aux muets, aux sourds et à toutes sortes de malades. Voilà qui illustre fort bien la prophétie de l'Évangéliste : "Ceux qui croiront en lui chasseront en son nom les démons, parleront plusieurs langues, rendront aux malades la santé, détruiront les monstres." (Mc, 16, 17-18).
Voici la narration par Françoise Bouchard, d'un de ses plus grands miracles (inMarthe, L'hôtesse du Seigneur, Résiac, 2° éditon, Montsûrs, 2005). Un jour aux portes d'Avignon, elle haranguait une foule immense rassemblée sur le bord du Rhône. Sur l'autre rive, une jeune homme, gêné par le tumulte des flots ne parvenait pas à l'entendre; il se jeta donc à l'eau pour rejoindre l'auditoire à la nage. Emporté par le courant, il disparut dans un tourbillon d'écume. Ce fut aussitôt la consternation générale. Malgré l'intervention rapide de quelques pécheurs, il resta introuvable. Au grand désespoir de ses parents, on se résigna donc à abandonner les recherches à la tombée de la nuit. Le lendemain - trois jours plus tard affirment certains -, vers la neuvième heure, le fleuve rejeta son corps inerte sur le rivage. On accourut de toutes parts auprès de Marthe et on lui apporta le cadavre tuméfié, en la suppliant de le ramener à la vie. Celui qui avait fait sortir son frère du tombeau au bout de trois jours ne devait-il pas, en l'occurence, prouver qu'il était le seul vrai Dieu en le ressuscitant aussi ? Réalisant que la conversion de son auditoire était en jeu, elle se mit en prière; et, en s'avançant tout près du jeune homme, elle lui dit d'une voix ferme, en serrant sa main raide et glacée dans la sienne : "Au nom du Seigneur, Sauveur, Fils de Dieu, levez-vous et soyez témoin de la puissance et de la bonté du Dieu que j'annonce." L'enfant se leva, le visage aussi frais que s'il se réveillait d'un long sommeil. Un tel événement eut ses effets retentissants : tout d'abord, le baptême immédiat du jeune homme et de toute l'assistance, et ensuite le ralliement au christianisme de tous ceux qui en furent informés. Pour commémorer ce miracle, on érigea sur cet emplacement, une petite chapelle (c'est tout près de cette chapelle queS. Dominiqueeut à coeur de faire bâtir un couvent de son ordre) qui disparut, comme tant d'autres, sous les pics et les pioches des Révolutionnaires de 1789.
Après sa mort, Sainte Marthe fit encore de nombreux miracles; au V° siècle, elle obtint la guérison deClovisvenu la prier sur son tombeau à Tarascon en 500. À peine eut-il touché le tombeau de la bienheureuse qu'il fut délivré d'une maladie de reins dont il avait été jusqu'alors tourmenté. En reconnaissance, Clovis donna à Dieu par une charte scellée de son sceau la terre située autour de l'église de Sainte-Marthe, jusqu'à trois lieues de l'un et l'autre côté du Rhône.
Le tombeau de sainte Marthe, qui contient encore ses reliques, est un sarcophage, en marbre blanc, ayant des sujets sculptés sur l'une de ses faces, comme on en voit beaucoup dans les catacombes. Il représente Moïse faisant jaillir l'eau du rocher pour désaltérer le peuple hébreu dans le désert; Notre-Seigneur multipliant les pains et les poissons pour nourrir une grande foule dans le désert; Suzanne entre les deux vieillards figurant l'Église persécutée par les Juifs et par les païens; Notre-Seigneur changeant l'eau en vin aux noces de Cana; puis prédisant le reniement de S. Pierre, en enfin ressuscitant Lazare.
"depuis deux siècles le tombeau de la sainte n'est plus visible aux pélerins; ... on en a fait mouler les bas-reliefs, il y a une trentaine d'années (soit vers 1850, sans doute au moment de la Seconde république. Ndlr.) et on les a reproduits en fonte dans l'église supérieure.
... En 1793, les impies qui avaient mutilé le portail de l'église, brisé les statues des saints et les pierres sépulcrales, voulurent aussi détruire le tombeau de sainte Marthe et profaner ses reliques. Trois fois ils descendirent dans la crypte, et trois fois la puissance divine les arrêta. C'est alors qu'un ancien magistrat fit murer l'entrée de la crypte, qui fut rouverte quelques années après, et où Notre-Seigneur glorifie encore sa sainte hôtesse par des guérisons miraculeuses.
L'église de Sainte-Marthe perdit à la Révolution une croix de cuivre à deux branches superposées, celle d'en haut plus étroite que celle d'en bas, dont on croit que sainte Marthe se servit quand elle prit la Tarasque. C'est ainsi qu'elle est mentionnée dans un inventaire de 1487. Elle était représentée dans les sculptures du portail qui date du douzième siècle. Cette croix servit de modèle à celle que portaient les chevaliers, les religieux et les religieuses de l'Ordre du Saint-Esprit."
(Mgr Gaume, Biographies évangéliques, 1881-1893, tome I, Nouvelle édition ESR, 2007, p. 317-318.)
Église Sainte-Marthe de Tarascon
Ci-dessous, image de la Croix de l'Ordre du Saint-Esprit, "croix de cuivre à deux branches superposées, celle d'en haut plus étroite que celle d'en bas, dont on croit que sainte Marthe se servit quand elle prit la Tarasque" (Mgr Gaume) :
Croix de l'Ordre du Saint-Esprit. Supprimé en 1791 pendant la Révolution française, l’ordre du Saint-Esprit fut ensuite rétabli en 1814. Louis XVIII le conférera notamment à Alexandre Ier de Russie, à Francois Ier d'Autriche, à Frédéric-Guillaume III de Prusse et au duc de Wellington. Charles X restaura les cérémonies de l'ordre. Comme l'ordre de Saint-Michel, l'ordre du Saint-Esprit n'est plus attribué par l'État à partir de la Révolution de juillet 1830.
Sources :(1); (2); (3) Françoise Bouchard, Marthe l'hôtesse du Seigneur, Résiac, 2° édition, Montsûrs, 2005, p. 45-46; (4) Mgr Gaume, Biographies évangéliques, 1881-1893, tome I, Nouvelle édition ESR, Cadillac 2007, p. 317-318 ; (5) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 140.
Un synode est (était) par définition un événement : il a été convoqué, tenu et conclu. Il en a été ainsi pendant vingt siècles. Le Synode sur la synodalité s’est achevé en octobre 2024. Son document final a été remis. Affaire classée, pourrait-on penser.
Le synode qui vient de s'achever a été suivi d'une "phase de mise en œuvre" (2025-2028). Cette mise en œuvre est désormais suivie d'une "évaluation de sa mise en œuvre" : assemblées diocésaines au premier semestre 2027, assemblées des conférences épiscopales au second, assemblées continentales en 2028 et une "assemblée ecclésiale" au Vatican en octobre 2028. Et pour que nul n'espère que cela marque la fin du processus, les Notes précisent : "le chemin n'est pas terminé, mais s'ouvre sur une nouvelle phase". Parmi les critères de sélection des membres de l'assemblée figure l'exigence explicite qu'ils "sont disponibles pour poursuivre le processus au-delà de 2028". Autrement dit : on recrute aujourd’hui du personnel pour un processusdont on ignore la finalité, le mandat et la date de fin, puisqu’il n’existe pas. Le Synode a constaté ce mouvement incessant. Nous évaluerons la mise en œuvre, puis nous mettrons en œuvre l’évaluation, puis nous évaluerons la mise en œuvre de l’évaluation. Ce n’est pas une caricature : c’est, littéralement, le calendrier officiel.
Une fortune et des millions dépensés dans un processus littéralement sans fin et sans but défini.
Le 27 juillet 2026, le Vatican a publiéde nouvelles directives pour la prochaine étape du Synode de synodalité, appelant les diocèses à impliquer des représentants d'autres religions, à approfondir les structures synodales permanentes et à évaluer des rôles de leadership plus larges pour les laïcs catholiques.
Le document téléchargeable en français s’intitule ‘’Faire mémoire, Accompagner la préparation de l’Assemblée d’évaluation de l’Église synodale, Notes à l’intention des évêques et des équipes synodales’’ en date du 27 juillet 2026.
Le 27 juillet, le Secrétariat général du Synode a publié un nouveau document de 19 pages intitulé "Recueillement", fournissant aux évêques et aux équipes synodales diocésaines des instructions détaillées pour la préparation d’"assemblées d’évaluation" locales au cours du premier semestre 2027, dans le cadre de la mise en œuvre du synode 2021-2024. Le document décrit ces assemblées non pas comme une consultation ponctuelle, mais comme une étape d’une "transformation" continue de la vie et de la gouvernance diocésaines.
Publié sous l’autorité du Secrétariat général du Synode, « Se recueillir » offre un guide pratique aux évêques et aux équipes synodales diocésaines. Il explique comment chaque diocèse doit rédiger un rapport narratif et convoquer une assemblée locale d’évaluation avant de soumettre ses conclusions aux instances synodales nationales et, en dernier ressort, au Vatican.
Parmi les dispositions qui retiennent particulièrement l'attention figure la recommandation faite aux diocèses d'envisager l'inclusion de non-catholiques dans les structures synodales. Dans la section décrivant la composition des équipes synodales diocésaines, le document précise que les évêques peuvent souhaiter inviter "des représentants d'autres Églises et communautés chrétiennes ou d'autres religions en tant qu'observateurs".
Cette même approche se retrouve plus loin dans les directives régissant les assemblées d'évaluation diocésaines. Concernant les participants, le document indique que les diocèses doivent ''prévoir la participation de représentants d'autres Églises et communions chrétiennes ou d'autres religions''[Le passage en question se trouve p. 16 du PDF, dans la 3e partie ‘’Quelques éléments de référence’’, dans ‘’C. L'équipe synodale diocésaine ou éparchiale’’, ‘’C.2 La composition des équipes synodales’’ : ‘’c) on pourrait également envisager d’inviter, en tant qu’observateurs, quelques représentants d’autres Églises et communautés chrétiennes ou d’autres religions’’ (sic)], tout en précisant que les modalités de cette participation "peuvent varier" selon les circonstances locales et les "contextes culturels".
Les nouvelles directives présentent également la synodalité comme une caractéristique durable de la gouvernance de l'Église plutôt que comme un processus temporaire. Elles précisent que les assemblées de 2027 visent à aider les Églises locales à poursuivre un processus qui "façonne progressivement l'identité de chaque Église locale, ses relations et son mode de vie à travers les choix, la dynamique, les pratiques et les structures synodales".
Ailleurs, le document indique que les assemblées sont conçues pour cultiver "un style d’écoute, de coresponsabilité et de discernement" que les églises locales sont censées préserver dans leur vie normale après la conclusion des assemblées.
Lorsqu'il s'agit de décrire les sujets que les diocèses devraient évaluer dans le cadre de leurs rapports, le document mentionne spécifiquement "l'accès des fidèles laïcs aux rôles de gouvernance qui ne requièrent pas le sacrement de l'Ordre et à d'autres responsabilités ecclésiales"[Le passage en question se trouve p. 9 du PDF intitulé ''Vers les Assemblées 2027-2028, ''Etapes, critère et instruments pour la préparation, Faire mémoire, interpréter, orienter, célébrer'', dans ‘’A. Le compte rendu narratif’’, "la valorisation des ministères et des charismes ; accès des fidèles laïcs à des rôles de gouvernance qui ne requièrent pas le sacrement de l'ordre, et à d'autres responsabilités ecclésiales(cf. DF, nn. 60, 75-77)"], ainsi que des questions concernant la prise de décision synodale, la transparence, la responsabilité et les structures ecclésiales.
Les "rapports narratifs" des églises locales, affirme le document, devraient se concentrer sur la "promotion d’une spiritualité synodale" parallèlement aux propositions de nouvelles mises en œuvre liturgiques, afin que la messe ou d’autres rites puissent être réformésde manière à être "vécus dans une perspective synodale". [Le passage en question se trouve p. 9 du PDF intitulé ''Vers les Assemblées 2027-2028, ''Etapes, critère et instruments pour la préparation, Faire mémoire, interpréter, orienter, célébrer'', dans ‘’A. Le compte rendu narratif’’, ‘’la promotion d'une spiritualité synodale (cf. DF, nn. 43-46) et d'une liturgie en clé synodale (cf. DF, n. 27)". Cette formulation est également reprise à la page 13 dans la liste des fiches thématiques pour l'étape des Eglises locales d'une Conférence Episcopale.
Que signifie "liturgie en clé synodale" ? Le document ne détaille pas cette notion, mais il renvoie explicitement au Document Final (DF) du Synode 2021-2024, notamment aux numéros 27, 43-46, 60, 75-77, etc. Cela suggère que la réforme ou l’adaptation de la liturgie (messe, rites) pour une perspective synodale s’inscrit dans une dynamique plus large :
- Participation active de tous les fidèles (laïcs, femmes, jeunes, etc.) dans la célébration.
- Coresponsabilité dans la préparation et l’animation des rites.
- Ouverture à la diversité des charismes et ministères (cf. DF, nn. 60, 75-77).
- Style synodal : écoute, dialogue, inclusion, et reconnaissance des dons de chacun.
3. Pour aller plus loin
Pour comprendre précisément ce que le Vatican entend par « liturgie en clé synodale », il faudrait consulter :
- Le Document Final (DF) du Synode 2021-2024, notamment les numéros 27, 43-46, 60, 75-77.
- Les Pistes pour la phase de mise en œuvre du Synode (29 juin 2025), disponibles sur synod.va.
4. Exemples concrets (hypothèses)
D’après les orientations générales du Synode sur la synodalité, une liturgie « en clé synodale » pourrait impliquer :
- Une plus grande participation des laïcs (lectures, homélies partagées, intentions de prière variées).
- Des rites adaptés pour refléter la diversité culturelle et générationnelle.
- Des temps de dialogue ou de partage intégrés à la célébration (par exemple, des moments de discernement communautaire).
- Une attention aux marginalisés (personnes en situation de fragilité, exclus, etc.) dans la préparation et le déroulement des célébrations.]
La publication de ce document s’inscrit dans le cadre du calendrier de mise en œuvre établi à l’issue du Synode sur la synodalité. Conformément au calendrier présenté dans ce document, des assemblées diocésaines et éparchiales se tiendront au cours du premier semestre 2027, suivies d’assemblées nationales et régionales plus tard dans l’année, d’assemblées continentales durant les premiers mois de 2028 et d’une assemblée ecclésiale finale au Vatican en octobre 2028.
Le lecteur devrait se demander : quelle est la valeur canonique d’une "Assemblée d’évaluation diocésaine" ? Et d’une "Équipe synodale" ? Et d’une "Assemblée ecclésiale" au Vatican — notez bien : ecclésiale , et non épiscopale — prévue pour 2028 ?
La réponse est : aucune. Elles ne figurent pas dans le Code de droit canonique. Il ne s’agit pas d’un synode diocésain (canons 460 à 468), qui régit la convocation, la composition et les effets. Ce ne sont pas des conciles particuliers. Ce ne sont ni des conciles presbytéraux ni des conciles pastoraux, qui existent bel et bien en droit canonique et dont le document lui-même reconnaît incidemment la fonction "propositive et consultative", avant de les associer à des "équipes synodales" qui n’existent dans aucun canon. Nous sommes face à une architecture institutionnelle complète – équipes diocésaines, nationales et continentales, enregistrées dans une base de données romaine par courriel à l’adresse synodus@synod.va – construite entièrement en dehors du cadre du droit canonique.
Et il ne s'agit pas d'un oubli, mais bien de la méthode. Ce qui est dépourvu de statut légal n'a ni pouvoirs définis, ni responsabilité exécutoire, ni recours. Un synode diocésain canonique impose à l'évêque des procédures précises ; une "équipe synodale" n'est tenue à aucune obligation et n'est responsable devant personne, et c'est précisément pour cette raison qu'elle peut tout faire : convoquer, filtrer, rédiger, synthétiser et porter à Rome "la voix du Peuple de Dieu".
Il est bon de rappeler que le droit canonique existe pour protéger. Il protège les fidèles de l'arbitraire, le curé de l'appareil diocésain, l'évêque des pressions et l'Église tout entière des caprices de majorités passagères. Remplacer le droit par la "facilitation" n'est pas une libération pastorale : c'est laisser chacun à la merci de ceux qui contrôlent le processus.
Qui contrôle ce processus ? Les Notes l'expliquent sans détour. Les assemblées ne doivent pas "représenter un diocèse" — à Dieu ne plaise la représentation, qui a ses propres règles — mais plutôt s'assurer de la présence de "personnes connaissant bien les processus en cours et capables de les interpréter". Autrement dit : des experts en méthodologie. La liste est établie par l'équipe synodale, dont les critères d'admission sont la « connaissance du Document final" et "l'expérience directe de la dynamique synodale". Le cercle est parfait : un comité de convertis sélectionne une assemblée de convertis qui évaluera la conversion, et dont la conclusion — préalablement rédigée dans un « compte rendu narratif" que les membres de l'assemblée reçoivent pour "s'approprier" — sera envoyée à Rome comme le fruit spontané de l'écoute.
Même la question est biaisée. La "question directrice" officielle est formulée ainsi : "Quel visage concret d’une Église synodale missionnaire et quelles nouvelles voies de synodalité émergent dans notre communauté ?" Une question qui présuppose la réponse. Aucune case n’est prévue : aucune . Elle ne tient pas compte du fait qu’un diocèse puisse conclure que cinq années de réunions n’ont produit que des dossiers, des animateurs et de l’épuisement. Le questionnaire ne laisse place qu’à la gratitude.
Et, détail digne d'un traité, les Notes insistent sur la nécessité d'accorder une "attention particulière à la participation des curés". Comprenez bien : un effort particulier doit être déployé pour garantir la participation des prêtres ayant des responsabilités pastorales. Dans ce système, les hommes qui baptisent, entendent les confessions, enterrent les morts et font vivre l'Église constituent un groupe périphérique dont il faut solliciter la présence, tandis que les fidèles ordinaires ne sont qu'une source de "témoignages" à sélectionner par d'autres. Une Église fondée sur une assemblée, certes, mais une assemblée composée de membres triés sur le volet.
Dans ce système, le successeur des Apôtres est réduit à un simple témoin. Le document lui attribue les verbes "convoquer", "accompagner", "reconnaître" et "valider". S’il est en désaccord avec le texte que lui présente son équipe, il ne le corrige pas : il le « renvoie à l’équipe en expliquant les raisons de ses observations », à la manière de quelqu’un qui présente des arguments devant un comité. Celui qui a de droit divin le pouvoir d’enseigner et de gouverner son Église apparaît ici comme un évaluateur de ce qui produit une structure que ni la loi ni lui-même n’ont pu librement façonner, car les critères de sa composition provenaient déjà de Rome.
Les partisans de ce système répondront, comme toujours, que tout est consultatif, que rien ne touche à la doctrine et que l'évêque conserve le dernier mot. Formellement, c'est vrai. Mais le véritable pouvoir ne réside pas dans la dernière parole, mais dans l'avant-dernière : dans la rédaction du résumé, le choix des intervenants, la formulation de la question et la gestion du calendrier. Et ce pouvoir a été transféré, sans loi, sans vote et sans échéance, à une bureaucratie à l'écoute qui s'est autoproclamée permanente.
Vingt siècles de droit canonique, cherchant à répondre à une question – comment l’autorité s’exerce et est limitée dans l’Église –, ont été remplacés par une dynamique de groupe animée par un facilitateur. Juridiquement parlant, il s’agit d’une synodalité sans fin : non pas une réforme, car les réformes sont inscrites dans les canons et peuvent être lues, appliquées et contestées. C’est la dissolution progressive du pouvoir. Et les processus, contrairement aux lois, ne sont pas abrogés : ils se renouvellent.
Moine gallois, il partit prêcher en Irlande puis en Cornouailles avant de se rendre en Bretagne.
Né en 490, Samson est l'un des nombreuxsaints bretonsque les traditions font venir des pays celtiques d'outre-Manche. Il est l'un dessept saints fondateursde Bretagne. († v. 565). La ville de Dol-de-Bretagne est une étape du pèlerinage médiéval des sept saints de Bretagne continentale appeléTro Breizh(Tour de Bretagne).
Il fonda un monastère et une ville, Dol, se créa autour. Lorsque le suzerain se fit renverser, Samson alla voir Childéric Ier pour qu'il rétablisse son suzerain qui l'avait aidé dans ses projets missionnaires. Il évangélisa la basse Seine avant de revenir mourir à Dol.
Son arrivée se signala par un miracle : la guérison de deux femmes, l'une lèpreuse et l'autre possédée du démon. D'après la légende, le mari de la lèpreuse fit don à saint Samson d'un terrain sur lequel s'élèvera le monastère de Dol.
Samson aurait reçu sa formation dans le monastère de saint Iltud (Llantwitt). Il est consacré évêque du Pays de Galles par Dubric et décide de s’exiler en Armorique où il débarque à l’embouchure du Guioul avant de fonder le monastère de Dol. On le retrouve lors des tractations entre le roi franc Childebert Ier (511-588) et le chef breton Judual (Judikaël), qui grâce à son intervention, est rétabli dans ses droits sur la Domnonée.
Saints Georges, Aurèle et Nathalie de Cordoue, Félix et Liliose, martyrs (+ 852)
Le 27 juillet 852, deux couples, Nathalie et son mari Aurèle, Félix et sa femme Liliane, accusés d’avoir renié l’Islam sont exécutés sur ordre du calife Abderrahman II. Cette histoire ne manque pas de concordance avec l'époque actuelle.
L’émirat de Cordoue (756-1031) en Andalousie est souvent décrit comme un symbole de la tolérance entre Musulmans, Chrétiens et Juifs. Les relations étaient souvent bonnes mais à condition que les Chrétiens acceptent leurs positions de dhimmis ou protégés, qu’ils n’épousent pas de musulmanes, et surtout qu’ils ne renient pas l’Islam s’ils avaient à un moment ou l’autre changé de religion.
Les dhimmis étaient 'protégés' moyennant l'acquittement d'un lourd impôt de capitation (jizya), d'un impôt foncier (kharâj), d'une certaine incapacité juridique et du respect de certaines règles édictées dans un "pacte" conclu avec les autorités. Ils ont une liberté de culte restreinte (interdiction de construire de nouveaux lieux de culte ou l'interdiction du prosélytisme)...
La majeure partie des Chrétiens d'Espagne n'avait déjà plus de Chrétien que le nom, ils dérangeaient fort peu les occupants musulmans. Les plus fervents et convaincus pratiquaient essentiellement en cachette, les prêtres non-apostats ne devaient pas avoir beaucoup de paroissiens... Des siècles d'arianisme jamais guéri et d'autres aventurismes théologiques, tout cela avait éloigné une bonne partie de la population du Christ. Mêmes causes, mêmes effets, voyez le restant de l'Occident de nos jours... Notons que cela n'empêcha pas ensuite la fameuse Reconquista, maison par maison, forêt par forêt... mais, il est vrai, il y avait alors les rois catholiques.
Certains comme l’évêque de Cordoue, prônaient la négociation, le compromis... D’autres comme le moine Euloge, criaient à la compromission et poussaient à des gestes ou des paroles jugées 'provocantes' qui aboutissaient au martyre. Le résultat ce sont 48 martyrs entre 851 et 858, souvent des prêtres accusés de blasphème antimusulman. Une histoire relativement moderne donc.
Aurèle et sa femme Nathalie faisaient comme tous les chrétiens de Cordoue : ils cachaient leur foi. Aurèle était fils d'un Arabe et d'une Espagnole de la haute société. Ces derniers moururent quand il était encore jeune et le confièrent à une tante qui l'éleva Chrétiennement. Devenu grand, il se crut autorisé à faire preuve d'un certain conformisme aux usages des autorités occupantes, mais il n'abandonnait pas sa religion secrète. Mieux, il confirma dans sa Foi sa jeune épouse Sabigothe, nommée aussi Nathalie (ou Noéle), née de parents musulmans, mais qu'un beau-père Chrétien avait de très bonne heure amenée au Christianisme. Aurèle avait un parent, Félix, qui avait cru prudent d'abandonner toute profession extérieure de la Foi, mais qui la pratiquait dans l'intimité avec sa femme Liliose, fille de Chrétiens cachés. Voyant un jour un chrétien se faire bafouer en public, ils décidèrent avec des amis de ne plus se cacher ni d'avoir peur. Arrêtés parce que les femmes ne portaient pas le voile, ils furent condamnés à être décapités.
Lorsque Cordoue eut un émirat indépendant : il y eut une véritable persécution. Saint Euloge, archevêque de Tolède, y fut massacré en 859, mais avant d'être décapité, le saint conta par écrit la fin héroïque des Chrétiens qui l'avaient précédé dans le martyre. Il a consacré des pages émouvantes, dans son "Memoriale sanctorum" (2,10), aux saints que nous fêtons aujourd'hui. Parmi ces martyrs de Cordoue que nous fêtons tout au long de l'année, voici donc ce groupe important. Un jour, Aurèle croisa sur sa route ce cortège tragique : un Chrétien, nommé Jean, à califourchon sur un âne, tourné vers la queue, précédé de crieurs, suivi de sbires. Son torse sanglant était fouetté par la valetaille mauresque. Aurèle voulut racheter ses petites compromissions en imitant ce saint. Il se prépara au sacrifice suprême en adoptant avec Nathalie une vie toute vouée à la pénitence et à la charité. Ils mirent de côté le strict nécessaire à l'entretien d'une fillette qu'ils laisseraient après eux.
Nathalie et Liliose parurent dans la rue sans le voile habituel aux musulmanes. Bientôt les 2 ménages durent comparaître devant le cadi, le responsable musulman local. Avec eux fut arrêté Georges, un moine quêteur venu de Palestine. Celui-ci fit une violente déclaration contre Mahomet, "fidèle du diable, ministre de l'anti-Christ, labyrinthe de tous les vices." C'en était trop : il fut condamné à partager le sort des autres. On tua d'abord Félix, puis Georges, puis Liliose, et enfin Aurèle et Nathalie. C'était le 27 juillet 852.
Sainte Nathalie, martyre décapitée à Cordoue en 852 sous le régime du calife Abd-El-Raman II
En 858, le moine lettré bénédictin Usuard rapporta des reliques d'Aurèle et de Georges à Saint-Germain-des-Prés.
Il ne faut pas la confondre avec une autre sainte Nathalie, fêtée le 26 août avec son mari saint Adrian, martyrs à Nicomédie au tout début du 4ème siècle.
Lorsqu'il s'agit d'évoquer les origines de l'attirance pour les personnes du même sexe chez les hommes, seules deux possibilités sont envisagées publiquement : "c'est la nature" et "c'est l'éducation". Mais que se passerait-il si nous négligions une troisième source : l'influence démoniaque ?
( LifeSiteNews ) – Le célèbre exorciste, le père Chad Ripperger, a déclaré sans équivoque à l'animateur de podcast Shawn Ryan qu'"Asmodée est le démon de l'homosexualité chez les hommes".
"L’archange Raphaël est l’un des ennemis d’Asmodée, le démon de l’homosexualité masculine. Il est aussi un démon de l’impureté", a déclaré Ripperger.
Le père Ripperger a expliqué que Raphaël, dans l'Ancien Testament, avait "séquestré" Asmodée dans le désert, en référence au Livre de Tobit. [Tobie 8,3]
Asmodée assassina chacun des sept maris de Sarah, la belle fille de Raguel d'Ecbatane, la nuit de leurs noces, avant même que leurs mariages ne soient consommés. Saint Raphaël vint en aide à Sarah et à son nouvel époux, Tobie, en chassant Asmodée dans le désert d'Égypte, loin des jeunes mariés.
"Et donc, si vous êtes aux prises avec ce démon particulier (l'homosexualité), vous pouvez demander à saint Raphaël de vous aider", a déclaré Ripperger.
Saint Raphaël enseigne à Tobie la façon de guérir la cécité de son père en prenant la bile du poisson et en l'appliquant sur les yeux. Le père de Tobie fut ainsi instantanément guéri (Tb 10). Dans le livre de Tobie, c'est au chapitre 8, verset 3 que Raphaël poursuit le démon, le maîtrise et l'enchaîne immédiatement. Le passage est souvent résumé ainsi: Tobie brûle le foie et le cœur du poisson, ce qui fait fuir le démon, puis Raphaël le capture et l'enchaîne.
Les discussions sur l'homosexualité ont longtemps masqué la réalité.
Lorsqu'il s'agit de débattre des origines de l'attirance pour les personnes du même sexe, seules deux possibilités sont envisagées publiquement : "c'est la nature" et "c'est l'éducation". Les homosexuels sont soit "nés comme ça", "c'est inné", soit ils le sont à cause d'une anomalie dans leur éducation.
L'establishment LGBTQ désormais solidement installé s'est rallié à l'idée d'"orientation sexuelle innée" car elle a permis aux militants gays de revendiquer des protections constitutionnelles fondées sur une caractéristique immuable, même si celle-ci est artificielle. Elle permet aux homosexuels de se présenter comme d'éternelles victimes. Elle leur a également permis de revendiquer un droit à la parentalité par gestation pour autrui ou adoption, car, par nature, leurs relations seraient stériles.
"Né comme ça" est une tactique, pas une vérité, même si elle donne cette impression à force d'être répétée à l'envi. La plupart des jeunes d'aujourd'hui n'ont jamais entendu un point de vue contraire, et de ce fait, les deux idées reçues – "né comme ça" et "les homosexuels sont des victimes de la société hétéronormative" – sont largement acceptées comme des faits. Remettre en question l'une ou l'autre est considéré comme antisocial, voire criminel.
Or, ce débat est malvenu. Il ne s'agit que d'une diversion visant à masquer une importante réalité spirituelle.
Source, suite, et prières de délivrances :
Doug Mainwaring, journaliste pour LifeSiteNews, auteur et militant pour les droits du mariage, de la famille et des enfants. Il a témoigné devant le Congrès américain et les assemblées législatives des États, a rédigé et co-rédigé des mémoires d'amicus curiae pour la Cour suprême des États-Unis et a été invité à de nombreuses émissions de télévision et de radio.
Sainte Anne appartenait à ce peuple choisi qui, dans les desseins de Dieu, devait donner naissance au Sauveur des hommes. Elle était de la tribu de Juda et de la race de David. Ses parents, recommandables par leur origine, devinrent illustres entre tous leurs concitoyens par l'éclat d'une vie pleine de bonnes oeuvres et de vertus. Dieu, qui avait prédestiné cette enfant à devenir l'aïeule du Sauveur, la combla des grâces les plus admirables.
Les plus anciens écrits qui racontent son histoire sont les évangiles apocryphes, l'évangile de la Nativité de Marie et de l'enfance du Sauveur, et le Protévangile de Saint Jacques. Il y est raconté que le père d'Anne, Nathan, était prêtre et habitait Bethléem. Il eut trois filles, Marie, Sobé et Anne. Marie épousa un homme de Bethléem et devint la mère de Marie Salomé; Sobé se maria aussi dans le même village, et donna le jour à Ste Elisabeth (la mère de S. Jean Baptiste et la cousine de la Vierge Marie); enfin, Anne épousa S. Joachim, qui était de Galilée. Elle fut longtemps stérile, mais elle obtint enfin de Dieu la Bienheureuse Vierge Marie, que ses parents consacrèrent au service du Temple à l'âge de trois ans. (Cf. F. Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Paris 1912, p. 629.)
Après Marie, aucune femme plus que sainte Anne ne fut bénie et privilégiée entre toutes les autres. Toute jeune enfant, elle était douce, humble, modeste, obéissante et ornée des naïves vertus de son âge. Plus tard, comme elle sut bien garder intact le lis de sa virginité! Comme elle dépassait toutes les filles, ses compagnes, par sa piété, par la réserve de sa tenue, son recueillement et la sainteté de toute sa conduite!
Puis, quand il plut à Dieu d'unir son sort à celui de Joachim, combien Anne fut une épouse prévenante, respectueuse, laborieuse, charitable et scrupuleusement fidèle à tous les devoirs de son état, vaquant à propos au travail et à la prière. Dieu lui refusa longtemps de devenir mère; elle se soumit humblement à cette épreuve et l'utilisa pour sa sanctification. Mais à l'épreuve succéda une grande joie, car de Joachim et d'Anne, déjà vieux, naquit miraculeusement Celle qui devait être la Mère du Sauveur et, dans l'ordre de la grâce, la Mère du genre humain. C'est sans doute un grand honneur pour sainte Anne, que d'avoir donné naissance à la Mère de Dieu; mais il lui revient beaucoup plus de gloire d'avoir formé le coeur de Marie à la vertu et à l'innocence!
L'Église célébrera dans tous les âges la piété maternelle de sainte Anne; la gloire de sa Fille rejaillira sur elle de génération en génération.
Le culte de sainte Anne a subi diverses alternatives.
Son corps fut transporté dans les Gaules, au premier siècle de l'ère chrétienne, et enfoui dans un souterrain de l'église d'Apt, en Provence, à l'époque des persécutions romaines. A la fin du VIIIe siècle, il fut miraculeusement découvert et devint l'objet d'un pèlerinage. Mais c'est essentiellement au XVIIe siècle que le culte de sainte Anne acquit la popularité dont il jouit.
De tous les sanctuaires de sainte Anne, le plus célèbre est celui d'Auray, en Bretagne; son origine est due à la miraculeuse découverte d'une vieille statue de la grande Sainte accompagnée des circonstances les plus extraordinaires et suivies de prodiges sans nombre. Sainte-Anne d'Auray est encore aujourd'hui l'objet d'un pèlerinage national.
En breton, sainte Anne est surnommée « Mamm gozh ar Vretoned », c’est-à-dire la grand-mère des Bretons. Des légendes la décrivent comme originaire de Plonévez-Porzay (Gwenc'hlan Le Scouëzec, Guide de la Bretagne (page 457), Coop Breizh, Spézet, 1997).Anatole Le Brazpublie un récit (Magies de la Bretagne, tome 1 - Le Pardon de la mer, page 1088, Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 1994) dans laquelle Anne est mariée à un seigneur cruel et jaloux, qui lui interdit d’avoir des enfants. Lorsqu’elle tombe enceinte, il la chasse du château de Moëllien. Son errance avec la petite Marie la conduit à la plage de Tréfuntec où l’attend un ange, près d’une barque. Selon la volonté de Dieu, l'ange l'amène jusqu’en Galilée. Bien des années plus tard, Marie épouse Joseph et devient la mère du Christ. Anne revient en Bretagne pour y finir sa vie dans la prière et distribue ses biens aux pauvres. Toujours selon cette légende, le Christ vient lui rendre visite, accompagné de ses disciples Pierre et Jean, et lui demande sa bénédiction, avant de retourner en Terre sainte. Son corps aurait disparu après sa mort, mais des pêcheurs auraient retrouvé une statue à son effigie en baie de Douardenez. Celle-ci, installée près de l'endroit où Jésus avait fait jaillir une source, est devenue le but du plus ancien pèlerinage consacré à Sainte Anne et a pris le nom deSainte-Anne-la-Palud.
Le Grand Pardon qui, depuis l'antiquité, rassemble des milliers de pèlerins, le dernier week-end d'août de chaque année, est certainement le plus authentique et le plus ancien d'Armorique.
Dans la mythologie du monde celte, une "divine Ana" (di-ana) était déjà réputée pour être la mère de tous les dieux et l'épouse d'un dieu-père jupitérien (un caractère comparable à celui du Jupiter classique). Cette grand-mère, incarnation de la Terre elle-même, était surnommée Matrona, "la Mère divine".
"Appelée Ana ou Dana en Irlande, Anna ou Dôn en Galles, elle s'est maintenue comme Ste Anne, la 'Grand-mère de tous les Bretons', en Armorique. [...] "le sol, la terre", [...] une incarnation de la Terre elle-même, ce que confirment son autre appellation fréquente -Ana - 'la Mère, la Nourrice' - sa présentation comme celle qui assure la nourriture des occupants du monde.
En Irlande, "son souvenir s'est perpétué jusqu'à nos jours dans la tradition orale qui situe en effet sa cour féérique - Seanhaile Anann, l'antique Cour d'Ana' - toutes les nuits près de Waterford en Leinster.
[...] En Armorique, le culte d'Anne, la grand-mère du Christ, ne date, à ce que l'on sait, que du XIIe siècle et son nom n'est attesté plus anciennement que par l'anthroponymie et la toponymie. Le succès de ce culte n'en a pas moins été si important qu'il a valu à Anne le titre de patronne officielle du pays et celui, populaire, de Mamm Gozh ar vretoned, la 'Grand-Mère, Ancêtre des Bretons. Connaissant le satut divin éminent d'Ana/Dana en irlande et d'Anna/Dôn au pays de Galles, on ne peut croire que ce ne soit là qu'une 'coïncidence miraculeuse', d'autant plus que déjà l'Antiquité celte, une 'divine Ana', Di-Ana, était déjà réputée comme grande Mère de tous les dieux et épouse du dieu-père identifié à Jupiter..." (Claude STERCKX, La mythologie du Monde celtique, Poche Marabout, Allemagne 2014, p. 218-219)
L'historienne Anne Bernet évoque elle aussi dans son livre Clovis et le Baptême de la France, un lien entre Ste Anne et la religion primitive de la Gaule. Elle indique non pas que sainte Anne serait originaire de Bretagne, y aurait vécu avant d'aller en Galilée, puis serait revenue en Bretagne, mais que "le culte d'une déesse-mère chtonienne, maîtresse de la vie et de la mort, associée à l'agriculture, protectrice des troupeaux et des chevaux, parfois identifiée à la lune, aux sources, au feu, et guérisseuse" était répandu en Gaule.
Ce qui est étonnant, c'est que sainte Anne était déjà connue et vénérée chez nous en France, avant l'apparition du christianisme. "Elle est ainsi évoquée, écrit Anne Bernet, selon les lieux et les circonstances, sous le nom d'Epona ou de Rigantona...; sous le nom d'Anna ou de Dana, aïeule des dieux et des hommes... ; et parfois sous ceux de Belisima (la 'Très Brillante') ou de Rosmerta.
C'est encore sous une autre appellation, la 'Vierge qui enfantera', que la connaissent les druides du collège national de la forêt desCarnutes. Encore très populaire aux premiers temps du christianisme, la déesse a été convertie.
Le sanctuaire de la 'Virgo paritura' correspond à la cathédrale deNotre-Dame de Chartres; tant la croyance des Carnutes en la Vierge-Mère était propre à annoncer le mystère de l'Incarnation. Les sanctuaires d'Anna sont devenus ceux de sainte Anne, aïeule elle aussi, mais du vrai Dieu, et que les Bretons nomment toujours 'Mamm Goz', grand-mère".
La fête de Sainte Anne, la grand mère de Jesus-Christ, en Bretagne.
"Marie aime la France, elle lui a envoyé les amis de son coeur, Lazare, Marthe et Marie-Madeleine, et lui a confié les reliques de sainte Anne sa mère. La cathédrale Sainte-Anne d'Apt, dans le Vaucluse, l'une des plus anciennes églises d'Occident à avoir mis en honneur le culte d'Anne, détient une partie de ses reliques rapportées d'Orient. Celles qui se trouvent en Bretagne, notamment à Sainte-Anne d'Auray, en Italie, au Canada, proviennent d'Apt." (Père Marie-Antoine de Lavaur, Les Grandes Gloires de Saint Antoine de Padoue, Éditions du pech, Toulouse 2016, pp. 27-28.)
Une relique du pied gauche de sainte Anne, mère de la Théotokos, grand-mère du Christ, est restée incorruptible. Les nerfs et les orteils sont parfaitement visibles, et le corps conserve la température d'un être vivant. Selon l'IA Grok interrogée, ''C'est vraiment fascinant ! cette relique conservée au skite Sainte-Anne sur le mont Athos est le pied gauche intact de sainte Anne, mère de la Vierge Marie. Des sources orthodoxes décrivent cette relique comme conservant une chaleur vivante et des détails visibles, et rapportent des miracles, en particulier pour les couples sans enfants."
"Cette relique est moins connue que d'autres en raison des restrictions du Mont Athos — accès réservé aux hommes, permis requis, situation isolée — et de sa vénération principale dans les traditions orthodoxes, peu médiatisée. Bref historique : Sainte Anne mourut vers le Ier siècle après J.-C. à Jérusalem. Ses reliques furent vénérées très tôt, puis transférées à Constantinople, et ensuite en Europe (notamment en France par Charlemagne au IXe siècle, puis en Allemagne). Son pied gauche parvint au skite Sainte-Anne du Mont Athos (datant du XVIIe siècle environ), probablement par l’intermédiaire de moines fuyant les persécutions ; il est conservé incorrompu, chaud et parfumé à la myrrhe, et on lui attribue des vertus miraculeuses pour la fertilité." (Grok)
Sainte Marie jeune lisant pour sa mère Anne, Manuscrit du XVe siècle
Sources: (1); (2); (3) Claude STERCKX, La mythologie du Monde celtique, Poche Marabout, Allemagne 2014, p. 218-220; (4) Anne Bernet, Clovis et le Baptême de la France, Editions Clovis, 1995, p. 28-30.
Le père Chad Ripperger avait précédemment déclaré au podcasteur Shawn Ryan que les conditions nécessaires à l'arrivée de l'Antéchrist étaient presque réunies.
Vendredi 24 juillet 2026 - 12 h 42 HAE
( LifeSiteNews ) — Le père exorciste Chad Ripperger a déclaré à l'ancien Navy SEAL américain Shawn Ryan que l'Antéchrist se "présentera comme la solution aux problèmes des êtres humains".
Au cours d'un entretien de près de trois heures diffusée jeudi sur les thèmes de l'influence diabolique, la bataille spirituelle pour l'esprit et l'âme humaine, les affirmations entourant la divulgation des OVNI, la nature et la chute des anges, ainsi que le rôle du sacrifice, du libre arbitre et de la foi dans la résistance au mal, Ryan a demandé à Ripperger à quoi ressemblerait la "bataille finale".
Le prêtre exorciste a réitéré les signes de la fin des temps présentés dans les Saintes Écritures, tels que la dégradation des mœurs et les "guerres et rumeurs de guerres". Ripperger avait déjà confié à Ryan que le monde connaissait un "effondrement" de la moralité depuis au moins les années 1950 et qu'il y avait effectivement un rejet généralisé des lois divines et naturelles.
"C’est alors que l’Antéchrist apparaît et se présente comme la solution aux problèmes des êtres humains, et il acquiert ainsi un contrôle significatif sur la population humaine", a déclaré Ripperger.
Il a également déclaré auparavant à Ryan que l'une des conditions du règne de l'Antéchrist est « l'unification de l'économie mondiale », car c'est par l'économie que l'Antéchrist contrôlera les gens, même s'il « contrôlera aussi les gouvernements ».
Lors de son dernier entretien avec Ryan, Ripperger a déclaré que la période durant laquelle l'Antéchrist apparaîtra se déroulera en plusieurs étapes. Parmi celles-ci figurent la présence d'Énoch et d'Élie, ainsi qu'un combat entre l'archange saint Michel et l'Antéchrist.
"En fin de compte, c’est le Christ qui apparaît et qui met à mort l’Antéchrist", a déclaré Ripperger. Ceci est dit dans 2 Thessaloniciens 2:8 : 'Alors sera révélé l’Impie, que le Seigneur Jésus supprimera par le souffle de sa bouche et fera disparaître par la manifestation de sa venue.'
Concernant la Marque de la Bête, Ripperger a déclaré à Ryan lors d'une interview en mars : "Nous y sommes presque."
"Ils pourraient tout simplement décider que, sauf si vous approuvez certaines choses, vous n'aurez pas accès à la monnaie numérique qu'ils vont mettre en place dans le monde entier", a-t-il déclaré.
"Je pense que c'est l'un des moyens qu'il compte utiliser pour contrôler les gens, par le biais des monnaies numériques", a-t-il poursuivi, soulignant que ces monnaies peuvent servir à exclure certaines personnes de l'accès aux biens et services.
"Et c’est ainsi qu’ils affameront les gens s’ils ne sont pas prêts à approuver le règne de l’Antéchrist", a déclaré Ripperger, confirmant à Ryan que cela pourrait être mis en œuvre sous la forme d’un système de crédit social.
Ryan a demandé à Ripperger ce que les gens devraient faire une fois la Marque de la Bête instaurée. "Que sommes-nous censés faire si nous ne pouvons plus manger, prendre soin de nous, subvenir aux besoins de nos familles ?"
Le prêtre a souligné la nature de la marque, qui, selon lui, sera "quelque chose dans notre corps qui nous donnera accès" à des biens, comme une puce RFID pouvant être scannée, ou un dispositif similaire à Neuralink.
"Les Pères de l'Église affirment qu'il est impossible d'obtenir cette puce sans une forme de renonciation au Christ", a déclaré Ripperger. Cela signifie que les gens doivent accepter quelque chose qu'ils "savent contraire à la volonté de Dieu et à la volonté du Christ".
En définitive, pour refuser cette marque, nous "devons être prêts à sacrifier le moindre bien pour atteindre le plus grand bien".
Il a toutefois souligné que Dieu peut aider les gens à survivre sans cette marque.
"Dieu pourvoit très souvent aux besoins des gens. S'il veut que les gens survivent à cette période, il fera en sorte que ce soit possible", a déclaré Ripperger.
Il a conseillé aux gens de "faire preuve d'intelligence, d'apprendre les techniques de survie de base et de savoir se débrouiller seuls".
Ripperger a toutefois ajouté qu’il sera "extrêmement difficile d’échapper à la détection", compte tenu du niveau technologique actuel.
Le célèbre podcasteur Shawn Ryan a publié son deuxième podcast avec le prêtre catholique Fr. Chad Ripperger après que leur premier épisode sur la guerre spirituelle ait suscité un intérêt généralisé pour le catholicisme, de nombreux spectateurs affirmant qu'il les avait inspirés à explorer ou à se convertir à la foi.
Prominent podcaster Shawn Ryan released his second podcast with Catholic priest Fr. Chad Ripperger after their first episode on spiritual warfare sparked widespread interest in Catholicism, with many viewers saying it inspired them to explore or convert to the faith.
On le surnomma le Majeur, pour le distinguer de l'Apôtre du même nom surnommé le Mineur (fête le 3 mai), qui fut évêque de Jérusalem.
Jacques était de Galilée et vint au monde douze ans avant Jésus-Christ. Il exerçait la profession de pêcheur, ainsi que son père et Jean, son frère. Un jour qu'ils nettoyaient leurs filets dans une barque sur les bords du lac de Génésareth, Jésus appela les deux frères; à l'instant, quittant leur barque et leur père, ils se mirent à Sa suite et furent bientôt agrégés au collège des Apôtres.
Le choix que Jésus fit des deux frères pour être, avec Pierre, témoins de Sa Transfiguration, et plus tard de Sa prière au Jardin des Oliviers, montre assez l'affection dont Il les honorait. Après la dispersion des Apôtres, Jacques le Majeur vint en Espagne, dont Dieu le destinait à faire la conquête. Il la parcourut en tous sens et la féconda de ses sueurs; mais il ne put convertir que neuf disciples. N'est-ce pas un sujet de consolation pour les prédicateurs dont les efforts ne sont pas toujours couronnés de succès? Dieu Se plaît ainsi à éprouver Ses envoyés; ils sèment, d'autres recueilleront la moisson.
Du reste, Jacques eut une grande consolation: la Sainte Vierge, vivante encore, lui apparut et lui demanda de construire, en Son honneur, une chapelle qui serait une protection pour l'Espagne. La Sainte Vierge a maintes fois prouvé depuis aux Espagnols qu'ils étaient sous Sa sauvegarde.
Saint Jacques revint à Jérusalem, y prêcha la foi de Jésus-Christ et convertit beaucoup de personnes. L'Apôtre gagna à Jésus-Christ deux magiciens qui avaient cherché à le confondre par leur art diabolique.
Un jour qu'il prêchait, une émeute, préparée à l'avance, se souleva contre lui; on le conduisit au gouverneur Hérode, en disant: "Il séduit le peuple, il mérite la mort." Hérode Agrippa Ier, homme sans conscience, visant avant tout à plaire, commanda de trancher la tête au saint Apôtre.
Saint Jacques le Majeur, fêté le 25 juillet, est le premier apôtre martyr, décapité sur l'ordre d'Hérode Agrippa vers 41 (Ac. 12, 1-2) lors des premières grandes persécutions contre les communautés chrétiennes à Jérusalem
Eusèbe, d'après Clément d'Alexandrie, raconte que ce martyre fut l'occasion de la conversion du dénonciateur de Jacques, qui soutenant l'accusation devant le tribunal, fut bouleversé par le courage de l'apôtre, se convertit sur l'heure et se déclara chrétien. Conduit au supplice avec sa victime, il le supplia de lui pardonner. Jacques réfléchit un instant. "La paix soit avec toi, dit-il. Et il l'embrassa." (1) Le dénonciateur s'appelait Josias. (Source: Clément d'Alexandrie cité par Eusèbe, Historia Ecclesiastica)
Le privilège de l'épithète "majeur" lui vient de sa plus grande ancienneté parmi les appelés du Christ. (2) Ayant repéré Jacques et Jean, son frère, qui rangeaient leurs filets dans leur barque, Jésus leur dit : "Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes." (Mt, IV, 18-19;)
Une tradition fit de Jacques l'évangélisateur de l'Espagne, avant sa mort ou par ses reliques. Sa dépouille mortelle y fut conduite par quelques disciples. Il n'est peut-être pas au monde un ancien pèlerinage plus célèbre que celui de Saint-Jacques de Compostelle.
St Jacques a été souvent le défenseur de l'Espagne contre les Sarrasins.Il y est particulièrement vénéré sous le nom de Santiago.
Son corps aurait été découvert en 813 grâce à une étoile dans un champ, d’où le nom de "Compostelle".
"C'est alors que St Jacques devient le patron de la Reconquête sur l'islam.
On l'a vu apparaître, en 844, au fort de la bataille de Clavijo, pour conduire l'épée à la main, les armées de la chrétienté contre celle de l'Infidèle. St Jacques est le Matamore, celui qui vainc les Maures."(3)
"L'an 844 est, ... selon la tradition, l'année de la bataille de Clavijo où l'apôtre saint Jacques apparaît pour aider les chrétiens à battre les musulmans."(4)
Miracle de Clavijo (844) lorsque Saint Jacques descendit pour combattre
Mais dès 776, on trouvait déjà cette idée que St Jacques devait défendre les chrétiens contre les musulmans dans les Commentaires de l'Apocalypse de Beatus, un personnage influent de la cour des Asturies.(5)
Le pèlerinage vers St Jacques de Compostelle a été le grand pèlerinage depuis le Moyen Age, et les "jacquets" marchent toujours vers le champ de l’étoile.
Saint Jacques en matamore. Musée de Carrión de los Condes, sur le Camino francés
Au lendemain de l'invasion de la péninsule Ibérique par les troupes arabo-imazighennes musulmanes, des nobles chrétiens wisigoths refusèrent la domination musulmane et fondèrent le royaume des Asturies en 718.
Ramire Ier, Roi des Asturies (842-850)
En 844, alors que Ramire Ier, Roi des Asturies, dixième descendant de Pelayo, venait de subir une sévère défaite à Albelda, face à l'armée d'Abd al-Rahman II, il remporta une victoire sur son opposant. S'étant retiré sur la proche colline de Clavijo pour passer la nuit, saint Jacques lui apparut en songe, l'encouragea à reprendre les armes le lendemain et l'assura de sa protection. Au cours de ce nouveau combat, monté sur un destrier étincelant de blancheur, l'apôtre prêta main forte à ses protégés, qu'il mena à la victoire, et libéra du tribut les cent vierges que l'émir percevait chaque année depuis le règne de Mauregat des Asturies (783-788) pour les harems de Cordoue, et qui devait comprendre un certain nombre d'esclaves.(6).
Le 25 mai 844, en signe de gratitude, le roi Ramire Ier institua la Voto de Santiago, un tribut dû à la cathédrale de Compostelle, renouvelable chaque année, sur les céréales, par les agriculteurs du Nord de la péninsule Ibérique. Ce tribut ne fut aboli qu'en 1812 par les Cortès de Cadix. Il s'agit de la première manifestation historique de saint Jacques en matamore.
Clavijo, ermitage : Santiago, tableau Matamore. A Clavijo, dans l'ermitage, sur la montagne où se retira le roi Ramire avant la bataille, un tableau commémore sa victoire.
Image de l'apôtre Santiago Matamoros (le Matamore, tueur de Maures) brandissant une grande épée, sur son cheval et combattant l'ennemi de l'Europe comme le décrivent les chroniques médiévales. Ce qui est étrange, c'est que depuis le changement moderniste de l'Église catholique, dans les sculptures et les peintures de ce saint, les Maures dont la tête est coupée par l'apôtre n'apparaissent généralement pas. Même lors des processions, si la figure du Maure existe, on tente de le cacher parmi des kilos de fleurs comme cette image. L'apôtre Santiago "el Matamoros" est une figure prépondérante pour l'Europe chrétienne attaquée par les musulmans mais surtout pour l'essence de l'Hispanité chrétienne catholique.
Vers 1130, dans le miracle XIX du Livre des miracles de saint Jacques, saint Jacques lui-même se présente, annonçant la victoire de Coïmbra au Portugal (1064), à l'embouchure du Mondego, lorsque le roi Ferdinand Ier de Léon (1029-1065) prendra la ville aux musulmans : "Je suis chevalier du Christ, secoureur de chrétiens. (…) je marche en tête des armées chrétiennes contre les Sarrasins."
En 1175, les statuts de l’Ordre de Santiago montrent le saint patron comme un pourfendeur d’Infidèles, selon les paroles du pape Alexandre III (1159-1181) demandant aux chevaliers "qu’ils participent à la défense de la chrétienté et fassent la guerre aux Sarrasin." La bannière des chevaliers porte le saint cavalier brandissant son épée.(7)
Des routes de pèlerinage s'inscrivent sur la carte de l'Europe
Ce sont les routes que les pèlerins se conseillent mutuellement, celles que leur indiquent les monastères. Ce sont aussi les routes où les pèlerins sont assurés de trouver gîte, soins et assistance en des hospices conçus pour eux et financés à cette fin par la charité publique. Les hôtels-Dieu sont des lieux sacrés, des maisons de Dieu, qui procurent le réconfort aux pèlerins, le repos aux indigents, la consolation aux malades, le salut aux morts et l'aide aux vivants.
Les plus célèbres de ces "chemins" sont ceux de Compostelle, dont le réseau étendu sur toute l'Europe organise la convergence et facilite les aménagements logistiques.
Les Chemins de St Jacques de Compostelle au Moyen Âge. Image extraite du livre de Jean FAVIER, "Les Grandes découvertes, d'Alexandre à Magellan", Fayard, Paris 1991, p. 124-125.
Il y a le "Chemin" par excellence, le Camino, dont le tronçon final atteint Compostelle depuis Saint-Jean-Pied-de-Port et le Val de Cize par le col de Roncevaux, Pampelune, Logrono, Burgos et Leon.
https://www.senderismoenasturias.es/caminsa.htm
Une route littorale par Bayonne, Bilbao, Santander et Oviedo double le "Chemin".
Vers ces passages des Pyrénées convergent en France quatre grandes routes.
1- L'une vient de la Loire et de l'Aquitaine. C'est celle des pélerins regroupés à Paris, où le départ se donne traditionnement à Saint-Jacques-de-la-Boucherie et où les premiers soins sont donnés en haut de la rue St Jacques, à l'établissement tenu par les frères Hospitaliers de Saint-Jacques-du-Haut-Pas.
Par Orléans, Tours, Poitiers, Saint-Jean-d'Angély, Saintes et Bordeaux, elle gagne Ostabat et la montée vers le Col.
Quelques-uns préfèrent à Poitiers, abandonner la route traditionnelle et passer par Charroux et Angoulême. Pour l'essentiel, cette "route de Tours" est celle qui permet de prier sur la tombe de l'Apôtre des Gaules : saint Martin est à peu près aussi célèbre que saint Jacques. En 732, devant l'invasion des Arabes, le monde franc eut peur pour son sanctuaire de Tours où est le tombeau de St Martin. Pouvoir conjuguer les deux pélerinages ne laisse personne indifférent.
D'autres, les Normands et les Bretons, partent du Mont-Saint-Michel; par Nantes ou par Angers, ceux-là rejoignent le gros des pélerins à Poitiers ou à Saint-Jean-d'Angély.
2- L'autre part de Vézelay. Elle en tire une grande renommée. Ste Marie-Madeleine va protéger le pélerin au long de sa route (en 882 le moine Badilon apporta de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume à Vézelay, des reliques de Marie-Madeleine.) C'est la "route limousine", celle des pélerins venus de Champagne et de Lorraine; voire d'Allemagne. Dès le départ, elle offre une "option" : on peut, avant de prendre la route du sud-ouest, faire une excursion à Avallon et Cluny, voir Autun ou Tournus. De Vézelay, on gagne Neuvy-Saint-Sépulcre, soit par le nord, c'est-à-dire par La Charité, Bourges et Châteauroux, où l'on se repose à l'abbaye de Déols, soit par le sud, c'est-à-dire parNevers, Saint-Amand et La Châtre. Les deux cheminements de la route limousine se joignent à Neuvy-Saint-Sépulcre, d'où la plupart des pélerins gagnent Saint-Léonard-de-Nobat, Limoges, Périgueux. On prie Saint Léonard de Noblat, contemporain de Clovis, célèbre pour avoir fait libérer des prisonniers, saint Martial, évêques des Gaules, et saint Front, et l'on admire par la même occasion, les trésors de reliquaires qui font la réputation de l'émail limousin aussi bien que les extraordinaires coupoles des églises périgourdines. On fait la provision de médailles. Le Musée de Cluny conserve de ces médailles de plomb, comme celle où, sur une silhouette de château crénelé, on voit Léonard briser en levant la main les chaînes d'un prisonnier. La médaille protégera des mauvaises rencontres.
3- La troisième route vient du Puy. Elle passe par Figeac et Cahors. Elle offre la possibilité de vénérer à Conques les reliques de sainte Foy, l'une des martyres les plus renommées de la France médiévale, morte cuite sur un lit d’airain et décapitée à l’âge de douze ans, à Agen en Gaule, en 303. On peut aussi trouver à l'abbaye de Moissac l'occasion de prier et de se faire panser. Sur cette route cheminent les pélerins venus de Lyon, de Vienne et de l'au-delà, du Dauphiné comme de la comté de Bourgogne et de tout l'Empire. C'est la "route des Teutons". Elle comporte une variante par Brioude, Aurillac et Souillac. Mais le pélerin peut aussi rejoindre à Clermont la route de Tulle et de Souillac.
4- Une quatrième route ne rejoint le "Chemin" qu'au-delà des Pyrénées: c'est la "route de Saint-Gilles" qui, de Provence, atteint l'hospice d'Oloron-Sainte-Marie et le col du Somport en visitant Arles, Saint Gilles-du-Gard, Saint-Guilhem-le-Désert et Toulouse. Les pélerins venus d'Italie, voire d'Orient, l'empruntent avec les Provençaux et les languedociens.
Par cette route, ils peuvent prier devant les restes de Saint Trophime, fondateur de l'église d'Arles au IIIe siècle, Saint-Gilles, moine ermite du VIIe siècle, et Saint-Sernin, martyr du IIIe siècle, mais on peut aussi flâner aux Alicamps et rêver là aux héros des chansons de geste, puis faire le détour par les Saintes-Maries-de-la-Mer.
Au Mexique, dans une petite ville du Michoacán, Santiago est le saint patron. Il est représenté avec son cortège de Maures défaits. De nombreux indigènes portent le nom de Santiago. Il y a toujours des processions de Maures et de Chrétiens.
À Santiago de Gualaceo, une ville de la province d'Azuay en Équateur, la procession de motos et de chrétiens se poursuit encore aujourd'hui.
En Colombie, à Santiago de Cali, ville fondée le 25 juillet 1536, il y avait dans l'une des nefs de la cathédrale une statue équestre de Santiago avec le Maure tombé au combat, qui a été enlevée il y a plusieurs années.
Le combat était de sauvegarder la foi chrétienne, qui aurait été anéantie dans le monde entier. Mais alors que tout était contre elle, elle a été sauvée.
Sources
(1) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965;
(2) Xavier BARRAL I ALTET, Compostelle, Le Grand chemin, Découvertes Gallimard, p. 14;
(3)Jean FAVIER, Les Grandes découvertes, d'Alexandre à Magellan, Fayard, Paris 1991, p. 122;
(4)Serafin FANJUL, Al-Andalus, L'Invention d'un mythe, La réalité historique de l'Espagne des trois cultures, L'Artilleur, Condé-sur-Noireau 2017, p. 35;
(5)Xavier BARRAL I ALTET, Compostelle, Le Grand chemin, Découvertes Gallimard, p. 19-20;
(6) Adeline RUCQUOI, Histoire médiévale de la Péninsule ibérique, éditions du Seuil, coll. Points histoire, Paris, 1993, p. 163.
Christine était une enfant de dix ans; cependant il ne fallut pas moins de trois tyrans successifs pour la faire mourir, car les deux premiers furent victimes de leur cruauté. Elle devait périr sous les flèches, puis attachée à une roue, puis mordue par des serpents..
Elle avait pour père un gouverneur romain, nommé Urbain, très attaché au culte des faux dieux. Christine, inspirée d'en haut, après avoir ouvert les yeux à la vraie foi, enleva toutes les idoles d'or et d'argent que son père adorait dans sa maison, les mit en pièces et les donna en aumône à de pauvres chrétiens. A cette nouvelle, la colère de son père ne connut pas de bornes; elle fut souffletée, fouettée, déchirée avec des griffes de fer et jetée dans une profonde prison.
Au milieu de ces tortures, l'héroïque enfant conservait la paix de son âme et ramassait les morceaux de sa chair pour les présenter à son père dénaturé. Le supplice de la roue et celui du feu lui furent inoffensifs.
Un Ange vint ensuite dans la prison de Christine guérir ses plaies. Son père tenta un dernier effort; il la fit jeter dans le lac de Bolsène (Italie centrale) avec une pierre au cou, mais un Ange la conduisit saine et sauve au rivage. Ce nouveau prodige irrita tellement le père barbare, que, le lendemain, on le trouva mort dans son lit.
Un nouveau gouverneur fut l'héritier de sa cruauté; il fit coucher Christine dans un bassin d'huile bouillante mêlée de poix; mais elle fit le signe de la Croix Salut du monde, sur elle, et ne ressentit pas les atteintes de ce supplice. Après de nouvelles tortures, on la conduisit dans le temple d'Apollon; dès qu'elle y entra, l'idole se brisa en pièces, et le tyran tomba raide mort. Sur le coup, trois mille infidèles se convertirent à la vraie foi.
La courageuse martyre dut être présentée devant un troisième juge, qui eut à cœur de venger la honte et la mort de ses deux prédécesseurs. Il fit jeter la jeune martyre dans une fournaise ardente, où elle resta cinq jours sans en rien souffrir. Les bourreaux, à bout d'expédient, la laissèrent en prison au milieu d'une quantité de vipères que ne lui firent aucun mal. On lui coupa la langue sans qu'elle perdît l'usage de la parole. Enfin, attachée à un poteau, elle fut percée de flèches.
Son tombeau fut retrouvé à Bolsena, ville italienne du sud de la Toscane, en 1880.
La tradition chrétienne célèbre le miracle du Corporal, survenu à Bolsena en 1263. Un prêtre originaire de Bohème, Pierre de Prague, durant la célébration de l'Eucharistie dans l’église de sainte Christine, aurait eu des doutes sur la transsubstantiation. Du sang, jailli de l'hostie consacrée, mouilla le corporal et les linges liturgiques. Le pape Urbain IV, qui se trouvait dans la ville voisine d'Orvieto, fut informé de cet événement et envoya l'évêque Giacomo pour contrôler la situation, avec la mission de ramener avec lui le linge consacré ensanglanté qui se trouve toujours dans la cathédrale d'Orvieto. Le pape, constatant le miracle ainsi que saint Thomas d’Aquin, promulgua le 11 août 1264 la bulle Transiturus de hoc mundo ad Patrem qui instituait la Fête du Corpus Domini (Fête-Dieu).
PRATIQUE. Ne vous rebutez d'aucune difficulté; dites avec saint Paul: "Je puis tout en Celui qui me fortifie."
Sainte Christine portant des flèches et avec sa meule est accompagnée par saint Jacques. Peinture flamande vers 1490. Ancienne Pinacothèque de Munich
Sainte Christine de Rome ne doit pas être confondue avec deux autres saintes du même nom fêtées le même jour, Sainte Christine de Tyr, célébrée en Orient, et qui a été victime à 14 ans des persécutions de l’empereur Dioclétien vers 300, a subi de terribles supplices en gardant le sourire, avant d’avoir le cœur transpercé par une lance; et Sainte Christine l’admirable, une mystique du XIIIème siècle dont les expériences sont "admirables" et incroyables bien que rapportées par un sage chroniqueur, le cardinal Jacques de Vitry.
Sources: (1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 205; (2) Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.
Sainte Brigitte, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 29.
Fille de parents nobles, sainte Brigitte fut éducatrice à la cour royale de Suède, épouse, mère de famille, veuve et fondatrice d'une congrégation religieuse. Favorisée de révélations célestes, elle fut appelée à jouer un rôle éminent aussi bien auprès des papes qu'auprès des dirigeants politiques de Suède et d'Europe, comme put en faire autantSte Catherine de Sienne(1347-1380).
Sainte Brigitte naquit en Suède vers l'an 1302, dans le Roslagen à une cinquantaine de kilomètres au nord de Stockholm. Elle était fille de Birgier Magnusson, prince du sang royal de Suède. Sa mère avait été sauvée d'un naufrage en considération de l'enfant qu'elle portait dans son sein. Bien qu'à sa naissance un saint personnage eût reçu de la Sainte Vierge l'assurance que cette enfant ferait entendre sa voix dans tout l'univers, Brigitte fut muette, jusqu'à l'âge de trois ans; mais, ce temps écoulé, elle parla tout à coup aussi bien qu'une grande personne.
Dès son enfance, elle ne prenait plaisir qu'à des discours sérieux. La grâce agissait si puissamment dans son coeur, qu'elle n'avait d'attrait que pour les exercices de piété. A l'âge de dix ans, elle fut singulièrement touchée d'un sermon sur la Passion du Sauveur. La nuit suivante, elle vit le divin Crucifié tout couvert de plaies et de sang, et L'entendit dire: "Regarde, Ma fille, comme J'ai été traité. – Et qui Vous a traité si cruellement? dit-elle. – Ce sont ceux qui Me méprisent et sont insensibles à Mon amour pour eux." À partir de cette époque, la seule pensée des mystères de la Passion lui faisait couler ses larmes. Horrifiée par l’état physique dans lequel Il se trouvait, elle fut prise de dévotion pour les Saintes Plaies du Christ, à qui elle en demanda le nombre précis.
Une nuit que Brigitte était en prière, sa tante, chargée de son éducation après la mort de sa mère, la surprit et voulut la frapper; mais la verge se rompit entre ses mains. Brigitte, tout enfant, était souvent assaillie par le démon qui prévoyait en elle une grande ennemie; mais elle trouvait un secours assuré en courant dans sa chambre se jeter aux pieds du crucifix qui lui avait parlé.
Malgré son goût pour la virginité, Brigitte accepta le mariage par obéissance; elle et le prince Ulf, son mari, se préparèrent par un an de prières et de bonnes oeuvres aux obligations de leur état. Dieu donna à ces pieux époux huit enfants, dont sainte Catherine de Suède. Brigitte fut le modèle des mères par sa sollicitude envers sa famille; elle éloignait de sa maison tout ce qui n'y aurait pas apporté l'édification et la vertu:
"Après la lecture de la Bible, répétait-elle à ses enfants, n'ayez rien de plus cher que la Vie des Saints."
Elle fut appelée en 1335 à la Cour de Suède pour être la gouvernante de la jeune épouse du roi Magnus Eriksson, Blanche de Namur.
Après avoir accompli son premier pèlerinage au sanctuaire de Saint Olav, à Nidaros (Trondheim), Brigitte et Ulf entreprirent en 1341 le pèlerinage de Compostelle. Ce fut à cette occasion qu'elle prit conscience de ce qui fut toujours pour elle le plus grand scandale, le séjour du pape à Avignon. Au retour, Ulf tomba malade à Arras, et les époux auraient fait voeu d'entrer en religion. Ulf n'eut pas le temps de le réaliser, puisqu'il mourut le 12 février 1344 au monastère cistercien d'Alvastra. Commença alors pour Brigitte la seconde partie de sa vie.
À la mort de son mari, elle s'adonna aux saintes oeuvres avec plus de liberté que jamais, apprenant à ses enfants à laver les pieds des pauvres, à soigner les plaies des malades, à soulager toutes les misères.
Jusqu'en 1349, s'étant dépouillée de ses biens, elle mena dans une dépendance d'Alvastra une vie de pénitence et de prière. Là se manifestèrent les premières révélations, dont ses confesseurs lui affirmèrent l'authenticité et l'origine divine. Elle prit alors conscience de la mission dont Dieu l'avait investie : travailler au salut du peuple chrétien. Son premier champ d'action fut la cour de Suède, mais les avertissements divins qu'elle transmit à Magnus Eriksson et à son entourage ne reçurent pas l'accueil favorable qu'elle espérait.
Ses révélations étonnantes ont fait d'elle la merveille de son siècle. Ainsi, eut-elle la vision d'un saint martyr qui lui dit: "Moi et d'autres saints, nous avons obtenu pour toi, de Dieu, la grâce d'entendre, voir et connaître les choses spirituelles, et l'Esprit de Dieu enflammera ton âme." Ce qui l'amènera à révéler la présence aupurgatoirede son mari décédé peu de temps auparavant.
En 1349, accompagnée de ses confesseurs et de sa fille Catherine, Brigitte partit pour Rome dans un triple but : assister au jubilé proclamé pour 1350 par Clément VI; obtenir l'approbation de la maison religieuse qu'une révélation lui avait commandée de fonder; engager, par ordre du Christ, le pape à regagner la ville des Apôtres. Elle y mena une vie de prière, de pénitence et d'oeuvres charitables, entrecoupée de visites aux différents sanctuaires de la ville et de la campagne romaine. Cette ascèse, sainte Brigitte l'a poussée à l'extrême. Elle s'adonnait quotidiennement à une mortification volontaire: refus de dormir dans un lit, jeûnes prolongés, flagellation, port de cordes nouées sur la chair.
La souffrance appliquée à son propre corps exprimait non seulement une volonté exacerbée de pénitence, mais aussi le désir de s'identifier au Christ souffrant. La vision de la Passion du Christ, qu'elle eut dès son enfance, a été toute sa vie l'objet particulier de ses méditations, et dans les Révélations, elle la décrit avec insistance et avec un réalisme extrême. Elle y ajoutait une dévotion à la maternité douloureuse de Marie, intermédiaire privilégiée entre l'homme et la justice divine, dévotion qui transparaît dans la place essentielle que Brigitte accorde à la Vierge dans ses Révélations. Elle attribuait plus de vertu à l'humilité et à la simplicité de l'âme qu'au savoir intellectuel: cette opinion, ni nouvelle ni originale, allait à l'encontre de l'idée répandue depuis le XIIIe siècle que la science pouvait être source de sainteté.
À Rome, il y a un crucifix qui, selon la tradition, a changé de position une seule fois. En 1350. Et depuis, il est resté ainsi. Ce n’est pas une légende urbaine. C’est un crucifix en bois grandeur nature que vous pouvez encore voir aujourd’hui dans la basilique Saint Paul Hors-les-Murs. Regardez-le bien, quand vous y allez. Il y a quelque chose qui ne va pas. La tête. Elle est tournée. De manière anormale. Vers la droite. Comme si quelqu’un ou quelque chose l’avait appelée. Brigitte de Suède, arrive à Rome pour le Jubilé de 1350. Elle est veuve, mère, mystique. Elle dit avoir des visions depuis l’enfance. Elle veut fonder un nouvel ordre religieux. Et pour cela, elle s’arrête dans la ville éternelle. Rome, à ce moment-là, est très différente d’aujourd’hui. Le Pape n’est pas là. Les basiliques hors les murs sont isolées. Mais Brigitte les atteint toutes. Et elle arrive devant ce crucifix. Elle s’agenouille. Elle prie. Selon la tradition, elle entre en extase. Et le Christ en bois tourne la tête vers elle. Il lui parle.
Crucifix en bois qui parla à Sainte Brigitte, Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, Rome. Cf. https://x.com/paracleto4/status/2107388128981893340?s=20
De cet épisode naîtront les célèbres Quinze Oraisons de la Passion, une dévotion qui se propagera dans toute l’Europe au cours des siècles suivants. Aujourd’hui, ce crucifix est encore là. Dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs. Et la tête est encore inclinée. Vers un point précis. Le point où, selon la tradition, Brigitte était agenouillée. Au fil du temps, sont nées des inscriptions, des peintures et des récits qui rappellent cet épisode. La scène a été représentée plusieurs fois : la sainte en prière, le Christ qui la regarde. En 1823, un incendie a presque entièrement dévasté la basilique. Mais le crucifix a été sauvé.
Pendant toute ces années, Brigitte envoya aussi quantité de messages de reproches, de menaces et d'exhortation au repentir et à la réforme, que le Christ lui commandait de transmettre aux abbés, aux cardinaux, aux souverains (l'empereur Charles IV, le roi de France, la reine de Naples...), aux papes surtout, à Clément VI, puis à Innocent VI, à Urbain V et à Grégoire XI. Tous ces grands personnages de la scène politique ne s'en émurent guère, et si Urbain V fit son entrée à Rome le 16 octobre 1367, il semble bien que les objurgations de Brigitte n'aient pas joué de rôle dans ce retour. Le pape repartit d'ailleurs en 1370, non sans avoir approuvé la fondation du monastère de Vadstena.
La fondation de Vadstena et aussi l'organisation de sa vie, à Alvastra puis à Rome, montrent la fascination qu'exerçait sur elle la vie monastique, bien qu'elle fût demeurée laïque. Son assiduité à la prière et à la méditation quotidienne ainsi qu'au sacrement de l'eucharistie dépassait largement ce qui était demandé à une simple laïque.
C'est à Rome, où elle aimait à séjourner près des tombeaux des Saints, que le Sauveur lui fit connaître l'heure de sa mort prochaine; elle rendit le dernier soupir en 1373 en prononçant avec amour les dernières paroles de Jésus expirant:
"Mon Père, je remets mon âme entre Vos mains."
Sa contemporaine, sainte Catherine de Sienne, liée aux Dominicains, meurt en 1380. Ces deux saintes ont en commun de ne n'avoir pas hésité à prendre à partie les puissants de leur temps, jusqu'aux papes; toutes les deux soutinrent avec fermeté l'idée d'un retour pontifical à Rome. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 219.)
Abside de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs - Christ bénissant entouré de saints
S'agissant des Quinze oraisons attribuées à sainte Brigitte, oraisons à réciter 365 fois pendant un an, qu'elle aurait reçues par la bouche du crucifix, il faut préciser qu'il faut les prendre avec prudence compte tenu du fait qu'elles seraient fausses. En Suède, elles n'ont ainsi jamais été attribuées à sainte Brigitte et ne figurent pas dans son livre des Révélations Célestes et ne sont pas même éditées avec ce livre en supplément sinon à partir du XIXe siècle : certains esprits critiques les pensent donc apocryphes, par exemple réalisées par une religieuse brigittine du nom de Mary Oestrewyk, pourtant elles sont toujours répandues et popularisées sous le nom de Sainte Brigitte : elles ne furent très répandues qu'à partir du XVe siècle.
Une édition fut mise à l'Index en 1661, et elles furent condamnées par l'autorité épiscopale au XIXe siècle (Sainte Brigitte de Suède : sa vie, ses révélations et son œuvre par Madame de Flavigny) puis interdites par Rome en janvier 1954 pendant la période de "crise de l'Église" (soit quatre ans près l'interdiction faite à Henri de Lubac d'enseigner à la suite de son livre Surnaturel.)
« AVERTISSEMENT DU SAINT-OFFICE CONCERNANT LES RÉVÉLATIONS DE SAINTE BRIGITTE (28 janvier 1954)
On répand en diverses régions un opuscule traduit en plusieurs langues qui a pour titre : "Le secret du bonheur. Les quinze oraisons révélées par Notre-Seigneur à sainte Brigitte dans l'église Saint-Paul à Rome", et est édité à Nice et ailleurs. Comme cette brochure affirme que Dieu aurait fait à sainte Brigitte certaines promesses dont l'origine surnaturelle n'est nullement prouvée, les Ordinaires des lieux doivent veiller à ce que ne soit pas accordé le permis d'éditer les opuscules qui contiendraient ces promesses ». (Avertissement du Saint-Office concernant les révélations de sainte Brigitte, Acta Apostolicae Sedis, 1954, p. 64.)
Les Quinze oraisons furent cependant approuvées par un très grand nombre de prélats, de Papes (Urbain VI , Pie IX, le 31 mai 1862), et de religieux ("Ces Oraisons et ces Promesses ont été copiées sur un livre imprimé à Toulouse en 1740 et publié par le P. Adrien Parvilliers, de la Compagnie de Jésus, missionnaire apostolique de la Terre Sainte, avec approbation, permission et recommandation de les répandre"), de souverains (elles furent éditées sous Mary Tudor en Angleterre où elles jouèrent également un très grand rôle. The Medieval mystical tradition in England: Exeter Symposium VII : papers Edward Alexander Jone, Annette Grisé Pages 83-85), et furent manuscrites puis imprimées et enfin enregistrées et numérisées de siècles en siècles jusque de nos jours.
Le 4 octobre 2002 à l'occasion du jubilé de sainte Brigitte de Suède, de nombreux évêques luthériens étaient présents à Rome, ainsi que la princesse Victoria de Suède et la princesse Bénédicte de Danemark.
Le 27 octobre 2010, Benoît XVI a consacré sa catéchèse à sainte Brigitte de Suède. (Audience générale, Place Saint-Pierre, Mercredi 27 octobre 2010)
Le site Abbaye-saint-benoit.ch a publié une Vie de Sainte Brigitte écrite d'après les documents authentiques par une religieuse de l'Adoration perpétuelle avec approbation épiscopale (tome second, Paris Librairie Saint-JOSEPH, Libraire éditeur, 1879)
Sources
(1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 283;(2), (3); (4); (5); (6); (7); (8) ; (9) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 28 ; (10) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 194-199.
"Dis-nous, Marie-Madeleine, qu'as-tu vu en chemin ?" "J'ai vu le sépulcre du Christ vivant, j'ai vu la gloire du Ressuscité. J'ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée."
Séquence, liturgie de Pâques
Sainte Marie Madeleine
Patronne des convertis, des pécheurs repentants, de la tentation sexuelle et des femmes, Marie Madeleine, soeur de Marthe et de Lazare, était d'une famille distinguée de Béthanie.
Après la mort de ses parents, Marie avait reçu en héritage le château de Magdala, en Galilée, d'où lui vint le surnom de Madeleine, et elle y vivait dans le luxe et les plaisirs au point qu'elle devint le scandale de toute la Galilée, et qu'on ne la connut bientôt que sous le nom de la Pécheresse.
En punition de ses débordements, elle fut possédée du démon jusqu'au jour où le Sauveur, lui remettant ses péchés, la délivra de la domination de Satan.
Dieu avait fait naître en ce coeur coupable le désir de voir Jésus; ce désir devait être son salut, car le Sauveur voulait donner en Madeleine un exemple frappant de Sa miséricorde infinie en même temps que de la plus parfaite pénitence. C'est elle qui, ayant un jour suivi le Seigneur chez Simon le Pharisien, versa sur les pieds de Jésus un vase de parfum précieux, les arrosa de ses larmes et les essuya avec ses cheveux, et qui entendit ensuite cette parole:
"Beaucoup de péchés lui sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup aimé." (1)
Nous la rencontrons, depuis lors, très souvent dans l'Évangile; elle contemple Jésus et L'écoute, dans la maison de Béthanie, pendant que sa soeur Marthe s'occupe seule du service de la maison: "Marie, dit le Sauveur, a choisi la meilleure part."
Une autre fois, dans les derniers jours de sa vie, Jésus voit Madeleine répandre un parfum délicieux sur cette tête divine qui bientôt sera couronnée d'épines.
Elle accompagne le Sauveur au sommet du Calvaire, assiste à Sa mort et à Sa sépulture, et bientôt reçoit l'une des premières visites du Christ ressuscité: "Marie!", s'écrie le Sauveur. Et Marie, reconnaissant Jésus, Lui répond dans une effusion d'amour: "O mon Maître!" (Jn 20:16). (1) Marie-Madeleine avait connu les ténèbres du péché, elle s'était égarée dans un amour passionnel et sensible, alors que, comme beaucoup sans le savoir, elle recherchait le véritable amour. Et elle rencontra Jésus, celui qui pouvait, à lui seul, combler son coeur. Elle se jeta à ses pieds jusqu'à ce que Sa miséricorde la délivre du mal et la relève. Elle l'a suivi sur les chemins de Galilée. C'est l'amour qui la rend fidèle et lui donne la force d'être au pied de la Croix. C'est encore lui qui la fait courir au tombeau dès le lever du jour de Pâques. Elle qui avait connu de si profondes ténèbres, celles du péché qui conduit à la mort, elle découvre, la première, les lueurs du jour de Pâques qui ne finira jamais. La foi de l'Église en la résurrection du Christ se manifeste merveilleusement dans l'obéissance de son amour.
Fondée sur la tradition écrite et la tradition orale de l'Église, la séquence de la liturgie catholique de Pâques, petit chant ou poème récité avant la lecture de l'Évangile qui condense ou résume l'Évangile, indique ainsi : "Dis-nous, Marie-Madeleine, qu'as-tu vu en chemin ?" "J'ai vu le sépulcre du Christ vivant, j'ai vu la gloire du Ressuscité. J'ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée".(2) [Mt 28:1-10; Mc, 16:1-10; Lc 24:1-10, Jn 20:1-18]
Peu après, les Juifs endurcis, fatigués de ses exhortations et de celles de Marthe et de Lazare, les exposèrent sur la mer par une tempête, dans une pauvre barque sans rames ni voiles. La nacelle voguait à la garde de Dieu, et vint aborder, après quelques jours, au rivage de Marseille.
Les pieux disciples du Christ firent là de nombreuses conquêtes.
''Qui sont ces premiers missionnaires qui ont foulé le sol de notre pays'' ?, demande Francine BAY dans ''Au Matin de la France chrétienne, Les Premiers évangélisateurs de la Gaule'' (Transmettre, La Courneuve 2021, p. 14)
''D'abord la barque qui partit de l'Orient, vers l'an 42, avec à son bord Lazare et ses sœurs Marthe et Marie-Madeleine, Maximin, qui était sans doute l'intendant de Béthanie, et Sidoine, l'aveugle-né guéri par Jésus. Il y avait aussi Marthe-Jacobé et Marie-Salomé, cousines déjà âgées de la Vierge Marie.
La barque accosta en Provence, qui fut la première région de la Gaule touchée par la lumière de l'Évangile. Vers la même époque, sept missionnaires furent envoyés vers notre pays par Saint Pierre :
D'autres encore, compagnons de Saint Paul pendant ses voyages, seront dirigés par lui vers telle, ou telle ville. Plus tard, ce sera au tour de Saint Denis, escorté de quelques compagnons.
La plupart d'entre eux faisaient probablement partie des 72 disciples qui avaient été désignés par Jésus et qui le suivaient. (Luc 10,1)"
Après le départ de ces groupes, le mouvement amorcé s'amplifie et de nouveaux missionnaires se mettent encore en route; parmi eux :
-Crescent,
-Bénigne,
-Savinien,
-Sixte,
-Clément,
-Front,
-Eutrope,
-Pothin et Irénée, ... - ces grands oubliés qui, dès les deux premiers siècles, et au risque de leur vie - car la plupart sont morts martyrs - ont foulé au sol notre pays pour lui apporter la Bonne nouvelle.
La plupart d'entre eux faisaient probablement partie des 72 disciples qui avaient été désignés par Jésus et qui le suivaient. (Luc 10,1)"
Quant à Madeleine, dans la tradition chrétienne médiévale consignée dans les années 1260 par le bienheureux dominicain Jacques Voragine, après avoir débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer, elle s'enfonça dans les montagnes sauvages et solitaires et fut transportée par les anges dans une grotte appelée depuis la Sainte-Baume près de Marseille, qu'elle occupa pendant trente ans où elle mena une vie plus angélique qu'humaine dans le dénuement et l'abandon le plus total, favorisée des grâces les plus merveilleuses, ne vivant que de la Sainte Communion, soupirant et versant des larmes de pénitence et d'amour.
Selon le site Internet de La Sainte-Baume, c'est vers 47 après JC. que Marie-Madeleine est arrivée dans ce qui est aujourd'hui connu sous le nom de Les Saintes-Maries-de-la-Mer, une commune de la Camargue, dans le sud de la France. Au pied de la montagne dans le Var et aux portes des Bouches du rhône, la basilique Sainte Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, achevée en 1532 est le plus important exemple de style gothique en Provence.
À l'intérieur de la grotte en France où beaucoup pensent que Marie-Madeleine a passé ses dernières années. C'est l'un des plus anciens lieux de pèlerinage chrétien au monde, car c'est là que Marie-Madeleine aurait passé les trente dernières années de sa vie.
"Avant de mourir, elle se rendit à Saint-Maximin, reçut la communion des mains de l'évêque, puis mourut", raconte Thomas Rist, frère dominicain de la province de Toulouse, à CNA. "Son corps fut conservé et les pèlerins commencèrent à affluer. Lorsque les musulmans tentèrent d'envahir le sud de la France au VIIIe siècle, son corps fut caché dans un lieu qui tomba peu à peu dans l'oubli."
Saint Louis est allé en pélerinage à la Sainte Baume. Il semble qu'il se soit beaucoup intéressé à la vie de Marie-Madeleine ou Myriam ou Maya qui signifie aussi goutte d'eau de mer.
"Au XIIIe siècle, un pèlerinage en son honneur existait encore, mais sans reliques. Le comte de Provence se mit à leur recherche et les trouva dans ce qui est aujourd'hui la crypte de la basilique Saint-Maximin", poursuit-il. Les Dominicains furent ensuite nommés gardiens du site en 1295 par le comte de Provence, avec le soutien du pape Boniface VIII, en partie parce que "les Dominicains avaient l'autorisation spéciale d'absoudre les péchés particulièrement graves". "Les pénitents ayant commis ces péchés pourraient être envoyés en pèlerinage pour vénérer les reliques de Marie-Madeleine et recevoir l'absolution d'un dominicain", a déclaré Rist.
Les Dominicains ont pour mission d'accueillir et d'évangéliser les pèlerins qui se rendent à La Sainte-Baume. Chaque année, ils entretiennent ce lieu et organisent une fête le jour de sa fête, le 22 juillet, et une procession avec les reliques a lieu du couvent jusqu'à la grotte, sous forme de chemin de croix. On gravit la montagne et arrivés en haut, avant les dernières marches dans le virage, on se trouve devant une scène de l'Evangile: la croix de Jésus et celles des deux larrons, avec la Vierge Marie, Saint Jean et Sainte Marie Madeleine au pied de la croix de Jésus, d'un réalisme saisissant et émouvant; et juste avant de pénétrer dans la grotte, on se trouve devant Sainte Marie Madeleine pleurant au pied de la croix. Ce pèlerinage en souvenir de celle qui a tant aimé Jésus et a radicalement changé de vie est très porteur et nous plonge 2000 ans en arrière...
Dans l'histoire moderne, l'ordre fut contraint de partir pendant la Révolution française du XVIIIe siècle, au cours de laquelle la grotte fut pillée et le sanctuaire des Dominicains détruit. Ils revinrent plus tard en 1859, à la demande du prêtre dominicain, journaliste et militant politique, frère Henri Lacordaire, qui fit reconstruire le sanctuaire.
La basilique est mondialement connue pour son orgue, magnifique témoin de l'école française, ayant conservé l'intégralité de ses 2960 tuyaux d'origine. En juillet 1971 André Stricker (1931-2003) y donne un récital "Des fils de Bach à Beethoven" d'où est extrait ce choral de Buxtehude: "Wie schön leuchtet der Morgenstern", d'aprés l'hymne de 1599 de Philipp Nicolai dont Bach tirera sa cantate du même nom.
Saint Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique Mulieris dignitatem, a mis en relief le rôle particulier de Marie-Madeleine. Elle est la première témoin du tombeau vide au matin de Pâques, la première à rencontrer le Christ ressuscité, et la première à lui rendre témoignage devant les Apôtres. C'est pour cela que Saint Thomas d'Aquin l'a même appelée "l'apôtre des Apôtres". Pour Jean-Paul II, cet événement est révélateur de la volonté du Christ de transmettre la vérité divine aux femmes, sur un pied d'égalité avec les hommes.
À propos de Sainte Marie-Madeleine, Grégoire de Nysse explique que "puisque c'est par une femme qu'a été causée la séparation d'avec Dieu par la désobéissance, il convient qu'une femme soit aussi le premier témoin de la Résurrection, afin que la ruine résultant de la désobéissance soit redressée par la foi en la Résurrection". (3)
Certaines reliques de Marie-Madeleine sont conservées dans la grotte de La Sainte-Baume, tandis que son crâne repose dans la basilique Saint-Maximin, située à 30 minutes en voiture, selon Rist. Une communauté de sœurs dominicaines vit à Saint-Maximin, qui est "celle qui a connu le plus de vocations en France ces derniers temps".
Un décret publié le 10 juin 2016 par la Congrégation du culte divin a élevé la mémoire de Marie de Magdala le 22 juillet au rang de fête dans le calendrier liturgique. Lorsque Jésus lui dit : "Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père", c’est à toute l’Église que cette invitation s’adresse, pour qu’elle entre dans une expérience de foi capable de dépasser toute appropriation matérialiste et toute compréhension humaine du mystère divin. Ces mots ont une portée ecclésiale et constituent une leçon pour les disciples de Jésus afin qu’ils ne cherchent pas les certitudes humaines ou les titres mondains, mais la foi dans le Christ vivant et ressuscité. Voilà pourquoi la célébration liturgique de cette femme a désormais le même caractère festif réservé à la célébration des apôtres dans le calendrier romain afin qu’elle soit un modèle pour toute femme dans l’Église.
Le matin de la résurrection, par Edward Burne-Jones (1833-1899). Guidée par deux anges, Marie-Madeleine aperçoit le Christ ressuscité.
Sources: (1) Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950; (2) Missel du Dimanche 2018, Nouvelle Traduction liturgique, Année B, Bayard Éditions, Lonrai 2017, p. 378 (3) Missel du dimanche 2018, ibid., p. 341 ; Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 126.
À 22 ans, il est l'un des premiers évêques de l'ancien diocèse d'Uzès dans le Gard (France). Il était le disciple et ami de Césaire d'Arles. Il assista au Concile d'Orléans en 541. Son grand renom de docteur et d'orateur s'étendit jusqu'en Italie. Il...
Saint Ghislain de Mons († 681), ou saint Ghislain, en latin Gislenus, était moine dans le Hainaut. C'est un saint chrétien fêté le 10 octobre selon le martyrologe romain ainsi que selon le calendrier ecclésiastique orthodoxe. En Belgique, près de Mons,...
Connaissez-vous cet œil ? Il était à l'origine destiné à l'Église catholique. Il n'a pas été créé par les francs-maçons ; ils ne l'ont fait qu'adapter. L'Œil de la Providence — un œil unique à l'intérieur d'un triangle, souvent entouré de rayons — n'est...
Cf. Marco Rubio sur x le 7-10-2026. Cf. https://x.com/StateDept/status/2107871064889921970 "Ce thumos, comme l'appelaient les anciens Grecs - le feu de la passion, de la force, du courage, de la fierté - est le cœur des grandes civilisations. Sans lui,...
Avec Saint Martin au siècle suivant, Saint Denis est Apôtre des Gaules. Venu d'Italie vers 250 ou 270, avec six compagnons pour évangéliser la France, Denis aurait été le premier évêque de Paris (Lutèce). Il fonda plusieurs églises en France, et fut martyrisé...
Illustration: image de la paroisse S Pelagia in Guinzano diocesi di Pavia (sites en italien)
Nous avons le récit de sa mort grâce à saint Jean Chrysostome. Au début de la persécution de Dioclétien vers 302, les policiers se présentent au domicile de Pélagie...
C'est ce que demande Allah : " Allah a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens en échange du paradis. Ils combattent dans le chemin d'Allah : ils tuent et se font tuer. (Coran 9.111) " ; " Allah aime ceux qui vont jusqu'à tuer pour sa cause.
Cf....
L'Histoire retient Pol Pot comme le boucher du Cambodge. Mais on oublie souvent le paradoxe le plus glaçant de ce dictateur. Le tyran qui a voulu ramener son pays à l'âge de pierre n'était pas un paysan illettré. C'était un bourgeois formé dans les universités...
Le rosaire est l'arme que Marie nous a donnée pour lutter contre les ruses de l'ennemi infernal.
La prière du Rosaire n’est pas une condition du salut, ni le centre de la foi. De nombreux chrétiens fidèles vivent et meurent sans jamais le prier. Mais...
À Rosafa en Euphratésie de Syrie, Serge était un officier militaire supérieur romain, commandant avec son collègue officier Bacchus une troupe d'élite composée de Barbares, appelée la Schola Gentilium. (1) Sergius était sans doute un officier romain qui...