Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 juillet 2022 7 03 /07 /juillet /2022 00:00
Saint Thomas, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 177

Saint Thomas, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 177

Il est resté le modèle des incrédules, de ceux qui veulent "voir" pour croire.

 

Thomas appelé Didyme (le Jumeau) fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique, pour en faire ses apôtres. Il est "l'un des Douze" comme le précise S. Jean (Jn 21). Le même Jean nous rapporte plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. Lorsque Jésus s'apprêta à partir pour Béthanie en Judée au moment de la mort de Lazare, il y avait danger et les disciples lui rappelèrent qu'on avait voulu le lapider là-bas : "Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider." Jésus maintint sa décision et Thomas dit alors aux autres disciples: "Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui."

 

À la dernière Cène, quand Jésus dit à ses disciples : "Je vais vous préparer une place, et quand je serai allé et vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi vous soyez", Tomas fit celui qui ne comprenait pas : "Seigneur, nous ne savons pas où vous allez, comment saurions-nous le chemin ?" Il s'attira cette merveilleuse réponse du Maître : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne va à mon Père, si ce n'est par moi." (Jn, 14, 6.)

 

Thomas était absent lors d'une des apparitions de Jésus ressuscité. Quand on lui raconta cette apparition, Thomas fut si étonné d'une telle merveille, qu'il en douta et dit vivement: "Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point." (Jn 20, 25.) Voilà le second caractère de Thomas, esprit trop raisonneur. Mais son premier mouvement d'hésitation, en chose si grave, ne fut pas un crime et huit jours plus tard, Jésus apparut de nouveau et reprit les paroles même de l'Apôtre: "Mets ici ton doigt, et regarde mes mains; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois plus incrédule, mais croyant." (Jn, 20, 27.) Que fit alors Thomas? Nous le savons; il affirma alors sa foi : "Mon Seigneur et mon Dieu!"

L'Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

L'Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

On retrouvera Thomas dans le groupe de ceux qui verront Jésus ressuscité au bord du lac (Jn XXI,2.)

 

Dieu permit l'hésitation de cet Apôtre pour donner aux esprits difficiles une preuve de plus en faveur de la résurrection de Jésus-Christ.



Parmi les douze articles du Symbole, Saint Augustin attribue à saint Thomas celui qui concerna la Résurrection.

 

Quand les Apôtres se partagèrent le monde, les pays des Parthes et des Perses et les Indes furent le vaste lot de son apostolat. La tradition prétend qu'il rencontra les mages, les premiers adorateurs de Jésus parmi les Gentils, qu'il les instruisit, leur donna le Baptême et les associa à son ministère. Partout, sur son passage, l'Apôtre établissait des chrétientés, ordonnait des prêtres, consacrait des évêques.

 

Thomas et son palais

 

Parmi les écrits apocryphes que les chrétiens n'ont pas retenus dans les livres saints, on rencontre les Actes de Thomas, une Apocalypse et un Évangile. Les Actes, écrits au début du IIIe siècle, en syriaque, à Édesse, portent la trace des croyances manichéennes. Plus tard, les artistes puiseront dans ces récits légendaires et imagés. Selon les Actes de Thomas, devant le refus de l'Apôtre de partir en Inde lorsque les Douze se partagèrent les régions du monde à évangéliser, Jésus le vendit comme esclave à un marchand qui cherchait un architecte pour le roi indien Gondaphorus. Pendant le voyage, Thomas prit part aux noces du fils du roi d'Andropolis. L'échanson le gifla et Thomas prédit alors qu'un chien déchirerait sa main. Ce qui ne manqua pas d'arriver, à la stupeur générale. L'apôtre fut invité à prier pour les nouveaux époux et il les exhorta à la chasteté.

Thomas repartit avec le marchand et parvint enfin chez le roi Gondaphorus, qui lui confia la construction d'un palais. Mais Thomas distribuait l'argent aux pauvres, et Gondaphorus apprit que le chantier n'avait pas commencé. Gad, le frère du roi, en mourut alors de chagrin. Mais son âme, au ciel, vit un palais magnifique : c'était celui qu'avait construit Thomas. L'Apôtre ressuscita aussi un jeune homme, libéra une femme très belle de l'emprise du démon et guérit beaucoup de malades.

 

L'Évangile de Thomas, appelé parfois "Pseudo-Thomas", ou "Thomas l'Israélite", a été écrit, sans doute d'abord en syriaque, au IIe ou IIIe siècle. Il raconte l'enfance de Jésus, ses miracles extraordinaires pour montrer sa puissance et comment il n'a pas besoin de fréquenter l'école pour disposer de la connaissance. le récit s'achève au moment où ses parents le retrouvent au Temple avec les docteurs. Cet évangile n'a rien de commun avec le livre gnostique des Paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu'a transcrites Didyme Jude Thomas, recueil appelé aussi souvent l'Évangile de Thomas, écrit en Syrie durant le second siècle, en langue copte.

 

Quant à l'Apocalypse de Thomas, elle évoque la détresse du monde à l'approche de la fin des temps et décrit les signes qui précéderont durant sept jours l'événement ultime. Cet écrit est difficile à dater: on le situe généralement entre le IVe et le IXe siècle.


Évangélisateur des Indes, c’est pour avoir construit un palais pour un roi que Thomas est représenté avec une équerre d’architecte. Il est parfois également représenté avec la lance qui fut l’instrument de sa mise à mort.

 

Thomas est le patron des architectes, des maçons et des tailleurs de pierre.

 

Son tombeau ravagé par les musulmans, restauré par les Portugais, gardait encore quand on l'a ouvert au XXe siècle, des restes de ses os et le fer de la lance qui l'avait frappé, ainsi que des monnaies du règne de Néron.

 

Les chrétiens de l'Inde attribuent à S. Thomas leur évangélisation et se donnent eux-mêmes le nom de "chrétiens de saint Thomas", et prétendent en garder la tombe.

 

Au chapitre IV de l'ouvrage publié en 2016, "Les Apôtres en Inde", Ilaria Ramelli observe que le christianisme indien, qu’il s’agisse de ses rites, ses titres, ses coutumes, ses légendes, est pétri d’archaïsmes reconductibles à ce même christianisme syro-araméen primitif qui faisait de l’Évangile de Matthieu son texte central. Elle montre comment Thomas est lui-même fortement lié au christianisme syro-araméen pour avoir été à l’origine (en personne, ou à travers son disciple Thaddée) de l’évangélisation de la ville d’Édesse, de l’Osroène dont elle est la capitale, et de la Mésopotamie. Au chapitre V, du même ouvrage, Cristiano Dognini examine la présence d’échos chrétiens dans les mythes spécifiques à la naissance de Krishna, qui font leur apparition dans le panorama de la littérature sanscrite autour du IIe siècle ap. JC. L’auteur constate que les emprunts de motifs tirés des Évangiles (tels que Massacre des Innocents, la Fuite en Égypte, l’Annonciation…) sont indubitables, et en déduit que les récits chrétiens étaient assez connus en Inde pour que l’hindouisme se les approprie et les intègre au service de ses propres cycles mythiques.

Le même phénomène d'appropriation des mystères chrétiens sera l'objet du bouddhisme en Chine, comme nous le verrons un peu plus bas.

 

Quand au XIVe siècle, les Européens s'emparèrent des Indes orientales, ils trouvèrent dans les traditions des peuples de ce vaste pays des souvenirs chrétiens, et en particulier celui de saint Thomas. Un miracle de l'Apôtre, traînant avec un faible lien une poutre énorme que les éléphants n'avaient pu remuer, fut l'occasion d'innombrables conversions. Cependant les prêtres des faux dieux, jaloux de tant de succès, jurèrent la mort de l'Apôtre; il aurait été percé d'une lance devant une Croix où il priait, le 3 juillet de l'an 72 à Meliapouram, sur la côte méridionale est de l'Inde (aujourd'hui Madras-Chennay). 

 

Près de Saint-Thomas de Mailapur, à proximité de Madras, on peut voir une croix avec une inscription du VIIe siècle en ancien persan qui marquerait le lieu du martyre de Thomas.

Au XVIe siècle, Jean III, roi de Portugal, fit chercher le corps de saint Thomas dans une chapelle ruinée qui était sur son tombeau, hors des murs de Méliapour (Inde). On creusa la terre en 1523 et on découvrit une voûte construite en forme de chapelle. On y trouva les ossements du saint apôtre, avec une partie de la lance qui avait servi à son martyre, et une fiole teinte de son sang. On les renferma dans un vase richement orné. Les Portugais bâtirent auprès de cet endroit la nouvelle ville qu'ils appelèrent Saint-Thomas ou San-Thomé.

 

L'incrédule entre les incrédules à qui Jésus ressuscité fit toucher ses plaies, porta la Croix jusqu'au point du monde le plus éloigné du tombeau vide de Jérusalem. Tandis que S. Jacques allait jusqu'en Espagne à l'extrémité occidentale de l'Empire romain, il atteignait l'extrémité des terres orientales.

 

Sources : (1); (2); (3); (4) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 358 ; (5) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, 176 ; (6) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 1135-1136.

 

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2022 6 02 /07 /juillet /2022 00:00
Saint Martinien, statue Eglise du Pays d'Huriel (Auvergne)

Saint Martinien, statue Eglise du Pays d'Huriel (Auvergne)

Martinien est un des officiers romains qui ont permis l'évasion de Pierre et de Paul des prisons de Rome, même si Pierre ne s'évada pas longtemps puisqu'il retourna à Rome.

Martinien et Procès furent arrêtés pour leur foi et mis à mort. (1)

Le supplice sera féroce : visage meurtri, chevalet, fouet, bastonnade, feu, scorpions précèdent le glaive qui leur tranche la tête. Leurs reliques se trouvent aujourd’hui toujours auprès de Pierre dans la basilique de Saint-Pierre à Rome, au fond du transept droit de la basilique vaticane. (2)

 

Un tableau de Jean Valentin dit aussi Valentin de Boulogne représentant le Martyre de Saint Procès et Saint Martinien (1629) se trouve à la Pinacothèque, salle XII, musée du Vatican.

 

À Rome au cimetière de Damase, au second mille de la voie Aurélienne, les saints Procès et Martinien, martyrs. (3)

 

Martyrologe romain

Martyre de Saint Procès et Saint Martinien, 1629, par Valentin de Boulogne (Pinacothèque, Musée du Vatican)

Martyre de Saint Procès et Saint Martinien, 1629, par Valentin de Boulogne (Pinacothèque, Musée du Vatican)

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2022 5 01 /07 /juillet /2022 00:00
Blason de l'Abbaye de Saint-Thierry - Bénédictines de Sainte Bathilde.

Blason de l'Abbaye de Saint-Thierry - Bénédictines de Sainte Bathilde.

Fils du seigneur Marcard, célèbre bandit de grand chemin de la Marne, vivant de rapines et de vols, Thierry, voulait vivre autrement. Quand il fut en âge de se marier, ses parents l’obligèrent à épouser une jeune fille de leur connaissance. Mais tel n’était pas l’idée du jeune homme qui avait décidé de vivre dans la vie consacrée. Il demanda à sa jeune épouse de vivre comme frère et sœur, ce qu’elle refusa. Aussi décida-t-il, contre l'avis de sa femme, d'aller voir l'archevêque de Reims (S. Rémi, l'Apôtre des Francs) afin de défaire son mariage. Sur ses conseils, Thierry se fit moine puis se retira dans la solitude. Conduit, dit la tradition champenoise, par le vol d’un aigle au lieu-dit du Mont d'Hor près de Reims, il fonda le monastère et en fut le premier abbé. Là, de nombreux disciples vinrent à lui, dont son père qui se convertit.

Sa sainteté fut vite connue et de nombreux malades affluèrent. Il est même dit que Thierry guérit l'œil malade de Thierry Ier, fils de Clovis Ier. Il lui fit une onction d’huile sur l’œil que les médecins proposaient d’arracher. Menacé de devenir borgne, ce jeune roi se lamentait "Si je perds la moitié de mes yeux, je perds, du même coup, la moitié de mon autorité sur mes guerriers !". C'est pourquoi, pour rendre honneur à saint Thierry, les rois de France eurent pour coutume après leur sacre de se rendre à l'abbaye pour y manger. Ce rite se perpétua longtemps encore après la mort du saint, en 533.

Pendant treize siècles, des générations de moines se succèdent en ce lieu retiré. Le même appel les y a conduits : chercher Dieu, se laisser pénétrer et unifier par sa Parole.

Un village naît autour de l’abbaye.

Ses reliques sont toujours vénérées dans l’église paroissiale rémoise.

 

Autour de l’an 500, Thierry, disciple de Saint Remi, perçoit l’appel de Dieu: "Quitte tout pour suivre le Christ". Il part. A quelque distance de Reims se dresse la colline du Mont d’Hor; Thierry s’y établit au milieu des forêts. Il prie, il défriche la terre. Sa vie cachée, toute saisie par le mystère de Dieu, attire des frères autour de lui. Un monastère naît... (diocèse de Reims)

 

Martyrologe romain

La Parole de Dieu sera ma nourriture. Ce n’est pas de moi-même que je me promets une telle force. C’est vous, ô Jésus qui mettez ces paroles dans ma bouche et qui m’accordez la grâce de les accomplir.

 

Sources: 1; 2; 3; 4Histoire de la commune de Saint-Thierry

Partager cet article
Repost0
30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 08:18

Le 29 juin 2022, en la solennité des saints Pierre et Paul, le Vatican a publié la lettre apostolique Desiderio Desideravi sur la formation liturgique du peuple de Dieu. Cette lettre fait suite au Motu Proprio Traditionis Custodes du 16 juillet 2021. Dans cette lettre adressée aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux personnes consacrées et aux fidèles laïcs, le Pape souhaite "offrir quelques pistes de réflexion qui puissent aider à la contemplation de la beauté et de la vérité de la célébration chrétienne".

Parmi ces pistes de réflexion, nous trouvons le lien spécial entre notre adhésion à la foi chrétienne et notre ''possibilité de mourir et de ressusciter dans le Christ", notre "incorporation" au corps du Christ. 

Léon le Grand écrit: 'Notre participation au Corps et au Sang du Christ n’a d’autre fin que de nous faire devenir ce que nous mangeons'. (Desiderio Desideravi § 41). ''Sans cette incorporation, il n’y a aucune possibilité de vivre la plénitude du culte rendu à Dieu.'' (Desiderio Desideravi § 15)

Jésus retourne des Enfers, par Kocheliov (1900)

Jésus retourne des Enfers, par Kocheliov (1900)

François commence par rappeler le récit de la Dernière Cène : ''J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! » (Lc 22,15)

Il explique que ''Pierre et les autres se tiennent à cette table, inconscients.'' ''Jésus sait qu’il est l’Agneau de ce repas de Pâque, il sait qu’il est la Pâque. C’est la nouveauté absolue de ce repas, la seule vraie nouveauté de l’histoire, qui rend ce repas unique et, pour cette raison, ultime, non reproductible : 'la Dernière Cène'''.

''Dans ce cas, la disproportion entre l’immensité du don et la petitesse du destinataire est infinie et ne peut manquer de nous surprendre.''

"Le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9).''

''Toute la création, toute l’histoire – qui allait finalement se révéler comme l’histoire du salut – est une grande préparation à ce repas'' et ''personne n’avait gagné sa place à ce repas. Tout le monde a été invité.''

''Son désir infini de rétablir cette communion avec nous, qui était et reste son projet initial, ne sera pas satisfait tant que tout homme, de toute tribu, langue, peuple et nation (Ap 5,9) n’aura pas mangé son Corps et bu son Sang."

''Avant notre réponse à son invitation — bien avant ! — il y a son désir pour nous, Nous n’en sommes peut-être même pas conscients, mais chaque fois que nous allons à la Messe, la raison première est que nous sommes attirés par son désir pour nous.'' ''Toute réception de la communion au Corps et au Sang du Christ a déjà été voulue par Lui lors de la Dernière Cène.''

Comme le Christ a obéi à la volonté du Père, de même le Chrétien doit-il faire la volonté de Dieu : ''il n’y a qu’un seul acte de culte parfait et agréable au Père, à savoir l’obéissance du Fils dont la mesure est sa mort sur la croix.'' ''Le contenu du Pain rompu est la croix de Jésus, son sacrifice d’obéissance par amour pour le Père.'' ''C’est pourquoi l’Église a toujours protégé comme son trésor le plus précieux le commandement du Seigneur : 'Faites ceci en mémoire de moi''. 

Et "la Liturgie" est le "lieu de la rencontre avec le Christ, ... c’est là que réside toute la puissante beauté de la liturgie.'' 

En dehors de l'eucharistie, nous avons également "la garantie de pouvoir rencontrer le Seigneur Jésus et d’être atteints par la puissance de son Mystère Pascal" "dans tous les Sacrements". "La puissance salvatrice du sacrifice de Jésus, de chacune de ses paroles, de chacun de ses gestes, de chacun de ses regards, de chacun de ses sentiments, nous parvient à travers la célébration des sacrements.''

''Le baptême est ''notre première rencontre avec sa Pâque''. ''Il s’agit d’être plongé dans sa passion, sa mort, sa résurrection. ... Il ne s’agit pas d’un geste magique. … En parfaite continuité avec l’Incarnation, il nous est donné, en vertu de la présence et de l’action de l’Esprit, la possibilité de mourir et de ressusciter dans le Christ.'' "'Cette fois, c’est l’os de mes os, la chair de ma chair' (Gn 2,23). "Pour avoir cru en sa Parole et être descendus dans les eaux du baptême'', ''nouvel Adam'', le chrétien devient ''l’os de ses os et la chair de sa chair.''

la Liturgie étant la "source première et indispensable à laquelle les fidèles peuvent puiser l’authentique esprit chrétien" ( Sacrosanctum Concilium, n.14), François voudrait "inviter toute l’Église à redécouvrir, à sauvegarder et à vivre la vérité et la force de la célébration chrétienne". ''La beauté de la célébration chrétienne et ses conséquences nécessaires dans la vie de l’Église" ne doivent pas être "défigurées par une compréhension superficielle et réductrice de sa valeur ou, pire encore, par son instrumentalisation au service d’une vision idéologique, quelle qu’elle soit. La prière sacerdotale de Jésus à la dernière Cène pour que tous soient un (Jn 17,21), juge toutes nos divisions autour du Pain rompu, sacrement de piété, signe d’unité, lien de charité."

''La célébration liturgique nous purifie en proclamant la gratuité du don du salut reçu dans la foi''. "Elle est ... l’antidote le plus efficace contre ces poisons" du "gnosticisme" et du ''néo-pélagianisme'', ''un élitisme narcissique et autoritaire'', ''une autoréférentialité nourrie par son propre raisonnement'', ''un subjectivisme qui enferme l’individu 'dans l’immanence de sa propre raison ou de ses propres sentiments''' (Evangelii gaudium, n. 94), qui annule "la valeur de la grâce pour ne compter que sur ses propres forces." François avertit que "ces formes déformées de christianisme peuvent avoir des conséquences désastreuses pour la vie de l’Église. Il parle ici "évidemment de la Liturgie dans son sens théologique et certainement pas – Pie XII l’a déjà dit – comme un cérémonial décoratif ou une simple somme de lois et de préceptes réglant le culte (Litteræ encyclicæ Mediator Dei, 20 Novembris 1947). 

"L’action célébrative n’appartient pas à l’individu mais au Christ-Eglise, à la totalité des fidèles unis dans le Christ. La liturgie ne dit pas 'je' mais 'nous' et toute limitation de l’étendue de ce 'nous' est toujours démoniaque." (Desiderio Desideravi § 19)

"La Liturgie ne nous laisse pas seuls à la recherche d’une connaissance individuelle présumée du mystère de Dieu, mais nous prend par la main, ensemble, en assemblée."

François ''pense à tous les gestes et à toutes les paroles qui appartiennent à l’assemblée : se rassembler, marcher en procession, s’asseoir, se tenir debout, s’agenouiller, chanter, se taire, acclamer, regarder, écouter. Ce sont autant de façons par lesquelles l’assemblée, comme un seul homme (Ne 8,1), participe à la célébration. Effectuer tous ensemble le même geste, parler tous d’une seule voix, cela transmet à chaque individu l’énergie de toute l’assemblée. Il s’agit d’une uniformité qui non seulement ne mortifie pas mais, au contraire, éduque le fidèle individuel à découvrir l’unicité authentique de sa personnalité non pas dans des attitudes individualistes mais dans la conscience d’être un seul corps. Il ne s’agit pas de suivre un livre de bonnes manières liturgiques. ... Ce sont des gestes et des paroles qui mettent de l’ordre dans notre monde intérieur en nous faisant vivre certains sentiments, attitudes, comportements. Ils ne sont pas l’explication d’un idéal que nous cherchons à nous laisser inspirer, mais ils sont au contraire une action qui engage le corps dans sa totalité, c’est-à-dire dans son être unité de corps et d’âme. (Desiderio Desideravi § 51)

Ces paroles de François nous rappelle le moment où en avril 2020, le confinement obligeant à des aménagements, François condamna les "messes virtuelles et des medias" : "Ce n'est pas l'Église !" Le pape mit alors en garde contre ''une foi virtuelle'', le danger d'une ''familiarité gnostique'', la familiarité avec le Seigneur se vivant ''en communauté et avec les sacrements''. ''La familiarité'' du chrétien avec le Seigneur est une familiarité "toujours communautaire".  "Une familiarité sans communauté, une familiarité sans le Pain, une familiarité sans l’Eglise, sans le peuple, sans les sacrements, est dangereuse. Elle peut devenir une familiarité – disons-le – gnostique, une familiarité seulement pour moi, détachée du peuple de Dieu."

''Le début de chaque célébration me rappelle qui je suis, en me demandant de confesser mon péché et en m’invitant à supplier la bienheureuse Vierge Marie, les anges, les saints et tous mes frères et sœurs, de prier pour moi le Seigneur : nous ne sommes certainement pas dignes d’entrer dans sa maison, nous avons besoin de sa parole pour être sauvés (cf. Mt 8,8). Nous n’avons pas d’autre orgueil que celui de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ (cf. Ga 6,14). La Liturgie n’a rien à voir avec un moralisme ascétique : c’est le don de la Pâque du Seigneur qui, accueilli avec docilité, rend notre vie nouvelle. On n’entre dans le cénacle que par la force d’attraction de son désir de manger la Pâque avec nous: Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum, antequam patiar (Lc 22,15).''

Il leur dit : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !

''La redécouverte continuelle de la beauté de la liturgie n’est pas la poursuite d’un esthétisme rituel qui ne prend plaisir qu’à soigner la formalité extérieure d’un rite ou se satisfait d’une scrupuleuse observance des rubriques. Il va de soi que cette affirmation ne vise nullement à approuver l’attitude opposée qui confond la simplicité avec une banalité débraillée, l’essentialité avec une superficialité ignorante, ou le caractère concret de l’action rituelle avec un fonctionnalisme pratique exaspérant. (Desiderio Desideravi § 22)

''Tous les aspects de la célébration doivent être soignés (espace, temps, gestes, paroles, objets, vêtements, chant, musique, ...) Mais même si la qualité et le bon déroulement de la célébration étaient garantis, cela ne suffirait pas pour que notre participation soit pleine et entière." (Desiderio Desideravi § 23)

''L’ars celebrandi ne peut être réduit à la simple observation d’un système de rubriques, et il faut encore moins le considérer comme une créativité imaginative - parfois sauvage - sans règles. Le rite est en soi une norme, et la norme n’est jamais une fin en soi, mais elle est toujours au service d’une réalité supérieure qu’elle entend protéger." (Desiderio Desideravi § 48)

Nous ne devons pas être des pharisiens purement ritualistes, et nous ne devons pas non plus être des personnes qui désacralisent le culte. Il faut tenir les deux, et le cultuel et la charité.

Dans ce document, François évoque ''la nécessité d’une formation liturgique sérieuse et vitale'', ''la formation pour la liturgie et la formation par la liturgie.'' ''Une célébration qui n’évangélise pas n’est pas authentique, de même qu’une annonce qui ne conduit pas à une rencontre avec le Seigneur ressuscité dans la célébration n’est pas authentique … L’une et l’autre, sans le témoignage de la charité, ne sont qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante (cf. 1 Co 13,1). (Desiderio Desideravi § 37) Le respect du "cultuel" (§ 37) des rituels et des dogmes sans la charité ne vaut rien.

Dans les séminaires, "même la connaissance qui vient des études, ..., pour qu’elle ne devienne pas une sorte de rationalisme, doit servir à réaliser l’action formatrice de la Liturgie elle-même en chaque croyant dans le Christ.'' (Desiderio Desideravi § 40)

''Il apparaît clairement que la connaissance du mystère du Christ, question décisive pour notre vie, ne consiste pas en une assimilation mentale d’une idée quelconque, mais en un engagement existentiel réel avec sa personne. En ce sens, la liturgie n’a pas pour objet la 'connaissance', et sa portée n’est pas essentiellement pédagogique, même si elle a une grande valeur pédagogique (cf. Sacrosanctum Concilium n. 33). La liturgie est plutôt une louange, une action de grâce pour la Pâque du Fils dont la puissance atteint nos vies. La célébration concerne la réalité de notre docilité à l’action de l’Esprit qui opère par elle jusqu’à ce que le Christ soit formé en nous (cf. Ga 4,19). La pleine mesure de notre formation est notre conformation au Christ. Je le répète : il ne s’agit pas d’un processus mental abstrait, mais de devenir Lui.'' (Desiderio Desideravi § 41)

''La liturgie se fait avec des choses qui sont l’exact opposé des abstractions spirituelles : le pain, le vin, l’huile, l’eau, les parfums, le feu, les cendres, la pierre, les tissus, les couleurs, le corps, les mots, les sons, les silences, les gestes, l’espace, le mouvement, l’action, l’ordre, le temps, la lumière. Toute la création est une manifestation de l’amour de Dieu, et à partir du moment où ce même amour s’est manifesté dans sa plénitude dans la croix de Jésus, toute la création a été attirée vers lui. C’est toute la création qui est assumée pour être mise au service de la rencontre avec le Verbe : incarné, crucifié, mort, ressuscité, monté vers le Père.'' (Desiderio Desideravi § 42)

Au paragraphe 47, après un développement sur l'importance des symboles dans une société où le matérialisme et le spiritualisme détruise l'unité de l'âme et du corps (§ 44), François évoque ''l’éducation nécessaire pour pouvoir acquérir l’attitude intérieure qui nous permettra d’utiliser et de comprendre les symboles liturgiques. "Je pense aux parents, ou plus peut-être, aux grands-parents, mais aussi à nos pasteurs et catéchistes. Beaucoup d’entre nous ont appris d’eux la force des gestes de la liturgie, comme, par exemple, le signe de la croix, l’agenouillement, les formules de notre foi. Peut-être n’avons-nous pas de souvenir réel de cet apprentissage, mais nous pouvons facilement imaginer le geste d’une grande main qui prend la petite main d’un enfant et l’accompagne lentement en traçant pour la première fois sur son corps le signe de notre salut. Des paroles accompagnent le mouvement, elles aussi dites lentement, presque comme si elles voulaient s’approprier chaque instant du geste, prendre possession de tout le corps : 'Au nom du Père... et du Fils... et du Saint-Esprit… Amen.' Et puis la main de l’enfant est laissée seule, et on la regarde répéter toute seule, avec une aide toute proche en cas de besoin. Mais ce geste est maintenant consigné, comme une habitude qui va grandir avec lui, en lui donnant un sens que seul l’Esprit sait lui donner. Dès lors, ce geste, sa force symbolique, est à nous, il nous appartient, ou mieux, nous lui appartenons. Il nous donne une forme. Nous sommes formés par lui. Il n’est pas nécessaire de faire beaucoup de discours ici. Il n’est pas nécessaire d’avoir tout compris dans ce geste. Ce qu’il faut, c’est être petit, à la fois dans l’envoi et dans la réception. Le reste est l’œuvre de l’Esprit. C’est ainsi que nous sommes initiés au langage symbolique. Nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller d’une telle richesse. En grandissant, nous aurons d’autres moyens de comprendre, mais toujours à condition de rester petits."

François insiste aussi sur l'importance du silence et de l'agenouillement : 

''Parmi les gestes rituels qui appartiennent à l’ensemble de l’assemblée, le silence occupe une place d’importance absolue. Bien souvent, il est expressément prescrit dans les rubriques. Toute la célébration eucharistique est immergée dans le silence qui précède son début et qui marque chaque moment de son déroulement rituel. En effet, il est présent dans l’acte pénitentiel, après l’invitation « Prions », dans la Liturgie de la Parole (avant les lectures, entre les lectures et après l’homélie), dans la prière eucharistique, après la communion.'' (§ 52)

"Parmi les gestes rituels qui appartiennent à l’ensemble de l’assemblée, le silence occupe une place d’importance absolue. Bien souvent, il est expressément prescrit dans les rubriques. Toute la célébration eucharistique est immergée dans le silence qui précède son début et qui marque chaque moment de son déroulement rituel. En effet, il est présent dans l’acte pénitentiel, après l’invitation « Prions », dans la Liturgie de la Parole (avant les lectures, entre les lectures et après l’homélie), dans la prière eucharistique, après la communion.'' (§ 53)

Au paragraphe 54, François évoquent "les ministres ordonnés". "En visitant des communautés chrétiennes, j’ai remarqué que leur manière de vivre la célébration liturgique est conditionnée – pour le meilleur ou, malheureusement, pour le pire – par la façon dont leur pasteur préside l’assemblée. On pourrait dire qu’il existe différents « modèles » de présidence. Voici une liste possible d’approches qui, bien qu’opposées l’une à l’autre, caractérisent une manière de présider certainement inadéquate : une austérité rigide ou une créativité exaspérante, un mysticisme spiritualisant ou un fonctionnalisme pratique, une vivacité précipitée ou une lenteur exagérée, une insouciance négligée ou une minutie excessive, une amabilité surabondante ou une impassibilité sacerdotale. Malgré la grande variété de ces exemples, je pense que l’inadéquation de ces modèles de présidence a une racine commune : un personnalisme exacerbé du style de célébration qui exprime parfois une manie mal dissimulée d’être le centre de l’attention."

Le pape conclut que ''toute cette richesse'' de ''la beauté de la vérité de la célébration chrétienne'', ''n’est pas loin de nous. Elle est dans nos églises, dans nos fêtes chrétiennes, dans la centralité du Dimanche, Jour du Seigneur, dans la force des sacrements que nous célébrons. La vie chrétienne est un parcours continuel de croissance. Nous sommes appelés à nous laisser former dans la joie et dans la communion.'' (§ 62)

''Abandonnons nos polémiques pour écouter ensemble ce que l’Esprit dit à l’Eglise. Sauvegardons notre communion. Continuons à nous émerveiller de la beauté de la liturgie. La Pâque nous a été donnée. Laissons-nous protéger par le désir que le Seigneur continue d’avoir de manger sa Pâque avec nous. Sous le regard de Marie, Mère de l’Eglise.'' (§ 63)

L’humanité entière tremble,
l’univers entier tremble et le ciel se réjouit,
quand sur l’autel, dans la main du prêtre
Le Christ, le Fils du Dieu vivant, est présent.
Ô hauteur admirable et valeur stupéfiante !
Ô sublime humilité ! O humble sublimité !
que le Seigneur de l’univers, Dieu et Fils de Dieu
s’humilie au point de se cacher, pour notre salut,
sous un petit semblant de pain !
Voyez, mes frères, l’humilité de Dieu,
et ouvrez vos cœurs devant Lui ;
Humiliez vous aussi, afin d’être élevés par Lui.
Ne retenez donc rien de vous-mêmes,
afin que vous soyez reçus en tout et pour tout par Celui qui s’offre entièrement à vous.

Saint François d'Assise, Lettre à tout l’Ordre II,26-29

Partager cet article
Repost0
30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 00:00
Saint Martial de Limoges († v. 250), évêque des Gaules

Dès la première moitié du IIIe siècle, Martial de Limoges († v. 250), évêque des Gaules instaura un centre marial près de Rodez.

Les mentions écrites les plus anciennes de St Martial datent du début du Moyen-Age.

Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont mort en 488, écrit que la cité des Limousins reçut saint Martial comme évêque. 

Grégoire de Tours l’évoque dans son Historia Francorum (Histoire des Francs). On sait que le premier évêque fut inhumé dans le cimetière situé près de la via Agrippa.


Dans les années 1960, des fouilles furent effectuées à Limoges sous la "Place de la République", sur l'emplacement de l'ancienne abbaye Saint-Martial, le tombeau de saint Martial fut découvert ainsi qu'une mosaïque du Haut-Empire témoignant de l'importance du personnage inhumé.


Le nom de Martial sera mentionné pour la première fois dans le testament de Saint-Yrieix en 572 au sujet d'une donation faite aux clercs desservant son Tombeau.
En 848 ces clercs se firent moines. Ainsi naquit l'abbaye de Saint Martial, qui devint un grand centre de pèlerinage tout au long des XIè et XIIème siècles.

Tous les sept ans, c'est à la Grande Confrérie de Saint Martial qu'il appartient d'organiser les Ostensions à Limoges, c'est aussi elle qui a le privilège d'en arborer le drapeau qui sera fixé au clocher de l'église Saint-Michel des Lions pendant leur durée. Gardienne des Reliques du Saint, elle en perpétue la mémoire à travers les temps.

 

Sources: 1, 2, 3

Partager cet article
Repost0
29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 00:00
Saint Pierre, Prince des Apôtres crucifié la tête en bas

Saint Pierre, Prince des Apôtres crucifié la tête en bas

 Le 29 juin, l'Église honore à la fois saint Pierre et saint Paul, ces deux incomparables Apôtres, unis dans la foi, dans la prison et dans la mort.

 

Saint Pierre, fils de pêcheur et pêcheur lui-même, simple, ignorant, sans éducation, il entendit le Fils de Dieu lui adresser cet appel singulier : "Suis-Moi, Je te ferai pêcheur d'hommes."

 

Parmi tous les Apôtres, Pierre brille par sa foi énergique. C'est lui qui reconnaît en Jésus le Christ, Fils de Dieu (« Et lui les interrogeait : "Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre, prenant la parole, lui dit : "Tu es le Christ". Mc 8, 29 ; « Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : "Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux." Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Mt 16, 16-19)

Le titre de "Christ" (Messie) reconnu par Pierre à Jésus, exprime à l'époque la foi de l'Église en Jésus.(1) 

"Pierre ne semble être que le surnom d'un personnage dont la nom a été Simon. Ce dernier [...] paraît avoir reçu de Jésus la dénomination symbolique de Képha (Mc 3,16 ; Jn 1,42) - mot araméen qui a la signification de 'pierre' ou 'rocher' - que l'on a traduit en grec par Petros, à son tour transcrit en latin par Petrus, Pierre en français. Pierre est donc un surnom, qui repose probablement sur un trait de caractère particulier du personnage, avant de devenir le symbole d'un rôle de proue dans le groupe des douze apôtres. L'auteur des Actes des Apôtres "en fait le porte-parole des apôtres, le messager de la croyance commune au Messie Jésus et celui qui exprime le mieux la découverte progressive de l'extension de leur mission. Replacé dans le cadre des données du mouvement chrétien au Ier siècle, Mt 16,18 "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église" signifie que la communauté nouvelle va se fonder sur Pierre qui en sera l'assise." (2)

"Matthieu (16, 15-19) s'appuie sur ce nouveau nom pour établir la primauté de Pierre, considéré comme la roche de fondation de l'Église universelle." (3)

Pierre était pécheur installé à Capharnaüm au bord du lac de Tibériade. Tout comme son frère André, il semble avoir été le disciple de Jean le Baptiste avant de devenir le disciple de Jésus (Jn 1,35-42). Pierre ne quitte jamais le Sauveur, il est de toutes les grandes occasions de la vie du Maître.

Lors du dernier repas, Jésus annonça que Pierre le renierait (Mt 26,34). Après son arrestation, le jour de la Passion, Pierre jura par trois fois qu'il ne connaissait pas Jésus (Mt 26,69-75). Bouleversé par son acte, Pierre fut pardonné. Malgré son triple reniement - faute si noblement réparée par la suite - Pierre est confirmé comme chef des Apôtres et chef de l'Église.

Saint Pierre (détail du Polyptyque Griffoni), 1473 environ, Francesco del Cossa, Milan Pinacothèque de Bréra, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 384-385.

Saint Pierre (détail du Polyptyque Griffoni), 1473 environ, Francesco del Cossa, Milan Pinacothèque de Bréra, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 384-385.

Pierre a assisté et participé à plusieurs miracles ou événements majeurs de la vie de Jésus, comme la Marche sur les eaux (Mt 14,28-31), la Transfiguration, l'arrestation de Jésus, son procès, puis sa Passion. 

Après sa Résurrection, Jésus confirma Pierre dans son pouvoir apostolique, effaçant le triple reniement de Pierre après l'arrestation du Christ au jardin des Oliviers. Les Actes des Apôtres et les épîtres montrent que ce rôle prépondérant de Pierre fut reconnu et respecté par tous dès le début de la Chrétienté. (4)

"Le miracle de la Pentecôte, où les Apôtres, cinquante jours après la Résurrection reçoivent l'Esprit Saint, et sont appelés à prêcher dans le monde entier en parlant une multitude de langues, marque la fondation de l'Église. C'est Pierre qui prend la parole pour annoncer le premier cette bonne nouvelle (Actes 2, 1-36)." (5) 

Le siège de Pierre renversera bientôt celui des Césars, et l'humble pêcheur aura un nom plus immortel que les plus grandes célébrités de tous les siècles.

 

 

Jésus avait dit autrefois à Ses Apôtres: "Le disciple n'est pas plus que le Maître; si on Me persécute, on vous persécutera." Saint Pierre devait, en effet, avoir le sort de Jésus et arroser de son sang l'Église naissante. Touché par les larmes des fidèles, non mû par la crainte, Pierre songea (d'abord) à fuir la persécution que venait de soulever l'empereur Néron (54-68); mais, comme il sortait de Rome, il vit le Christ Se présenter à lui :


"Où allez-Vous, Seigneur, Lui dit-il.
-- Je vais à Rome, dit Jésus, pour y être crucifié de nouveau." (Actes de Saint Pierre, livre que la tradition attribue à Leucius Charinus, compagnon de l'apôtre Jean selon Épiphane de Salamine. (Leucius ne figure pas parmi les premiers auteurs hérétiques mentionnés par leur nom dans Adversus haereses d'Irénée de Lyon (v. 180). Ses Actes semblent avoir eu largement cours bien avant qu'une sélection en ait été lue à haute voix au Deuxième concile de Nicée en 787 et rejetée comme apocryphe.)

 

À ces mots, le Sauveur disparut, et Pierre comprit qu'il devait revenir à Rome pour y être crucifié. 

 

Jésus avait dit autrefois à Ses Apôtres: "Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur" (Matthieu 10,24), "un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi" (Jean 15,20), "Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître." (Luc 6,40), le prince des Apôtres eut à endurer les souffrances d'un long emprisonnement; il eut du moins la consolation d'y être le compagnon de saint Paul et de consommer son sacrifice le même jour que lui.

 

Pierre fut condamné au supplice de la Croix; mais, par humilité, se jugeant indigne d'être crucifié comme le divin Maître, il demanda à être crucifié la tête en bas, ce qui lui fut accordé. "Il peut également s'agir d'un caprice de Néron". (6)

 

Arrivé au lieu du supplice, Pierre ne put contenir la joie de son coeur: "C'est ici l'arbre de vie, cria-t-il au peuple, l'arbre où a été vaincue la mort et le monde racheté. Grâces à vous, Fils du Dieu vivant!

 

C'est son martyre qui fonde l'Église romaine.

 

Saint Pierre dit qu'il y a un mode d'interprétation erroné de l'Écriture et que des personnes la font (2P 1,16), et qu'aucune Écriture ne peut faire l'objet d'une interprétation privée, car ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. (2P 1,20) :

 

"En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur." (2P 1,16) "Car vous savez cette chose primordiale : pour aucune prophétie de l’Écriture il ne peut y avoir d’interprétation individuelle, puisque ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu." (2P 1,20-21) 

 

Dans ces deux derniers versets, on voit clairement affirmer la nécessité d'interpréter l'Écriture selon la tradition apostolique. C'est la condamnation scripturaire du "libre examen" biblique des protestants, qui autorise chacun à interpréter l'Écriture à sa guise. Encore au XIXe siècle, les apologètes catholiques reprocheront au protestantisme cette notion de libre examen comme une de leurs vanités qui faisait que dans l'interprétation des Écritures ils n'écoutaient qu'eux-mêmes :  A. M. Bensa, De ingenita protestantismi vanitate disputatio, dans : Revue de l’enseignement chrétien, tome troisième, Nîmes-Paris, 1854, p. 367 : « Si liberum examen protestanticum retines, cur eos vituperas qui in Scripturis interpretandis sibi unis auscultant ! ln hoc enim ipso consistit protestanticae huius libertatis natura ; ut privato quisque nostro iudicio in Bibliorum interpretatione auscultemus ». 

 

Mais on trouve encore, une autre condamnation de l'interprétation privée en dehors de la tradition apostolique, lorsque saint Philippe rencontrant l'eunuque, haut fonctionnaire de Candace, reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors, venu à Jérusalem pour adorer, et qui lisait le prophète Isaïe, Philippe demande à l'eunuque : "Comprends-tu ce que tu lis ?". L'eunuque lui répond : "Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? [...] Dis-moi, je te prie : de qui le prophète parle-t-il ?". Alors Philippe prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. (Actes 8,27-35)

 

Après la résurrection du Seigneur, à l'annonce par Marie la Magdaléenne que le tombeau de Jésus avait été trouvé vide, Pierre fut le premier à y entrer, le "disciple bien-aimé" lui ayant laissé la préséance (Jn 20,5 ; Jn 21,7).

 

Par la suite, Pierre bénéficia, avant les douze, d'une apparition du Christ ressuscité (1Co 15,5).

 

Lors de la dernière apparition du Christ à ses disciples, Pierre est réhabilité par Jésus à la suite de sa négation et ré-instauré dans sa mission de pasteur de l'Église : "Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Fais paître mes brebis." (Jn 21,15-17).

 

Les Actes des Apôtres montrent Pierre comme un des principaux dirigeants de la communauté chrétienne à Jérusalem après la Pentecôte (avec saint Jacques le Juste). C'est lui qui prend la parole et commence la prédication du message chrétien.

 

Pierre est à Jérusalem en 48 ou 49. Lors du concile de Jérusalem (49 après J.-C.), il prend position en faveur de l'admission des païens dans l'Église sans leur imposer les prescriptions mosaïques telles que la circoncision et les autres observances juives (Actes 15,29).

 

Comme cela provoquait une intense discussion, Pierre se leva et leur dit : « Frères, vous savez bien comment Dieu, dans les premiers temps, a manifesté son choix parmi vous : c’est par ma bouche que les païens ont entendu la parole de l’Évangile et sont venus à la foi.

Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous ;  sans faire aucune distinction entre eux et nous, il a purifié leurs cœurs par la foi.  10 Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ?  11 Oui, nous le croyons, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux. » (Actes 15,7-11).

Pierre explique que ce n'est pas nous qui convertissons les personnes, ce n'est pas non plus nous-mêmes qui nous sauvons par nos observances, c'est "la grâce du Seigneur Jésus" qui donne le salut.

 

Cependant Paul reprocha à Pierre à Antioche de ménager le point de vue des judaïsants menés par certains chrétiens judéens de la communauté de Jacques le mineur, "frère du Seigneur", chef de la communauté de Jérusalem (Ac 21,18) : "Le lendemain, Paul s’est rendu avec nous chez Jacques, où sont arrivés tous les Anciens." "Quant aux païens qui ont embrassé la foi, nous leur avons mandé nos décisions : se garder des viandes immolées aux idoles, du sang, des chair étouffées, et des unions illégitimes." (Actes 21,25 Bible de Jérusalem.) "Mais écrivons-leur de s'abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang." (Actes 15,20) "Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela", écrivirent "les Apôtres et les Anciens." (Actes 15,23-29) "Mais quand Céphas (Pierre) vint à Antioche, je (Paul) lui résistai en face, parce qu'il s'était donné tort. En effet, avant l'arrivée de certaines gens de l'entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l'écart, par peur des circoncis." (Ga 2,11-12). "L'incident d'Antioche rapporté par Galates 2,11-14 ne fait pas état à proprement parler d'une opposition théologique entre les deux apôtres: ce que Paul reproche à Pierre, c'est son attitude dans une circonstance particulière et non sa théologie." (7) 

Les conflits qu'on trouve dans les épîtres de Paul et dans les Actes des Apôtres au sujet des judéo-chrétiens ont trait à l'observance et non à la christologie. "C'est une constatation fondamentale." (8)

Lors du premier concile de Jérusalem, Pierre reconsidérera donc son attitude. Il ouvrit le débat en défendant clairement les thèses de saint Paul de ne pas imposer les prescriptions mosaïques aux chrétiens païens. Jacques le mineur, ou "le juste", chef de l'Église locale (le premier évêque de Jérusalem), clôtura le conseil en approuvant Pierre et Paul. Les chrétiens d'origine païenne étaient libérés de l'obligation de suivre les traditions juives. Ils devaient simplement observer un minimum de préceptes de la Torah en s'abstenant des souillures de l’idolâtrie, de l'immoralité, de la viande étouffée et du sang. (9)

 

Après le Concile de Jérusalem, les Actes ne disent plus rien de Pierre. Cette discrétion s'explique selon certaines hypothèses par les poursuites dont il fut l'objet. À partir de son évasion de Jérusalem (avant la mort d'Hérode-Agrippa I, au printemps 44), Pierre était presque un hors la loi aux yeux des autorités de Jérusalem. S'il était poursuivi, personne ne devait savoir où il se trouvait. C'est pourquoi le Nouveau Testament serait très discret sur ses résidences successives, même dans les Actes. Une explication plus simple consisterait à voir dans ce "silence" sur le lieu de Pierre un résultat du propos du livre des Actes (I. 8) : l'évangélisation auprès des Judéens (Circoncis) relevant de la mission pétrienne (Galates 2,8), celui-ci est plus présent dans l'ouvrage qui parle du témoignage apostolique en Judée, tandis qu'avec le chapitre 15 des Actes où se tient le concile sur la question des Gentils, le rôle de Pierre n'est plus mentionné parce qu'il est essentiellement question du ministère paulinien (évangéliser les païens).

 

La délivrance de saint Pierre, Par Raphaël, 1514

À Jérusalem (Ac 11,2), Hérode Agrippa fit décapiter Jacques le Majeur, frère de Jean l'Evangéliste. Voyant que cette mesure plaisait aux Juifs, il décida aussi d'arrêter Pierre (Ac 12, 1-2). Un ange du Seigneur survint, une lumière brilla dans la cellule et l'ange délivra Pierre (Ac 12, 7-11).

 

La tradition de l'Église catholique attribue à Pierre la direction de l'Église d'Antioche. Premier évêque de cette ville, une fête de "la chaire de saint Pierre à Antioche" est célébrée le 22 février depuis le IVe siècle. Il serait resté sept ans à Antioche.

 

Fuyant la persécution, Pierre semble avoir gagné Antioche dès le printemps 43 (au plus tard). Selon André Méhat, il se serait ensuite réfugié à Rome, où il espérait n'être pas poursuivi. (10) 

 

Mais vers 45, l'empereur Claude (41-54) expulse les juifs de Rome (Ac 18,2). Comme Priscille et Aquila, Pierre se rend alors en Achaïe, et il a l'occasion de visiter Corinthe (1 Co 1,12).

 

À la mort de l'empereur Claude, Pierre est de retour à Rome en 54, au début du règne de Néron (54-68). Il est à Rome lorsque Paul rédige l'Épître aux Romains, mais toujours dans un statut de clandestinité, ce qui pourrait expliquer à la fois que Paul adresse son épître aux chrétiens de Rome, mais qu'il n'y fasse pas mention du disciple.

 

Cette chronologie est hypothétique, mais elle correspond cependant à la tradition du Liber Pontificalis (rédigé en 530, ce catalogue chronologique de tous les papes repose sur des données légendaires sans que cela ne diminue l’intérêt de ce document comme source historique (11)), selon lequel Pierre est demeuré à Antioche pendant sept ans, et s'est fixé à Rome sous le règne de Néron.

 

Dans la littérature clémentine, Pierre est décrit comme un prédicateur itinérant dans les villes de la province romaine de Syrie. Il remporte de nombreux succès contre la prédication de Simon le Mage et enseigne au cours de ses déplacements Clément qui l'accompagne. Il le nomme par la suite évêque de Rome où il se rend et gagne un affrontement contre Simon le Mage. La légende raconte que ce dernier a tenté de voler pour impressionner l'empereur Néron et que par la prière, Pierre est parvenu à le faire tomber.

 

De nombreux lieux gardent des traces, souvent légendaires, du séjour de l'apôtre à Rome : église Domine Quo Vadis, basilique di Santa Francesca Romana, église Santi Nereo e Achilleo, tempietto dans l'église San Pietro in Montorio (autre lieu traditionnel de son martyre), Tullianum (lieu de son emprisonnement), basilique Saint-Pierre-aux-Liens (12). Ces lieux sont issus de traditions orales ou des récits légendaires regorgeant de prodiges fabuleux (miracles et guérisons de Pierre), tels les apocryphes Actes de Pierre, les Actes de Pierre et Paul (en), la Passion de Pierre(13)

 

Pour la tradition catholique, le séjour de Pierre à Rome semble attesté par la Première épître de Pierre : "L’Église des élus qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc, mon fils" (1P 5,13), sous réserve d'admettre que le mot Babylone désigne de façon péjorative Rome en tant que ville corrompue et idolâtre, une image familière aux lecteurs de la Bible. Même si certaines traditions orientales comme celle de l'église nestorienne professent que Simon-Pierre a rédigé son épître de Babylone, que des humanistes comme Calvin ou Érasme ont pu prendre l'indication au pied de la lettre suivis par certains savants protestants (14), pour la recherche contemporaine, il s'agit bien d'une allusion chiffrée à Rome (15), allusion que l’on retrouve chez l'auteur de l'Apocalypse. Aux débuts de l'histoire, Babel est la grande ville qui veut détrôner Dieu.  "Les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie. [...] Ils dirent : 'Allons ! bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. Et le Seigneur dit : 'Ils sont un seul peuple, ils ont tous la même langue : s’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. Allons ! descendons, et là, embrouillons leur langue : qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres.' De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela Babel, car c’est là que le Seigneur embrouilla la langue des habitants de toute la terre ; et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre." (Gn 11,2-9). Plus tard, à partir de l'Exil (déportation à Babylone des Juifs de Jérusalem, et du royaume de Juda sous Nabuchodonosor II, qui fit suite au siège de Jérusalem de 586 av. J.-C.) Babylone - qui a détruit Jérusalem, massacré ses habitants, incendié le Temple, déporté les élites (2 Chroniques 36,17-21) s'attaquant aux structures mêmes de la nation sainte pour lui faire perdre son identité - devient le symbole de tous les empires opposés à Dieu et à son peuple, et son roi Nabuchodonosor apparaît comme le type du souverain orgueilleux et sacrilège (Is 14; Dn 2,3; 4,26-27). 

 

Plusieurs textes antiques font allusion au martyre de Pierre, ainsi qu'à celui de Paul, qui se seraient produits lors des persécutions ordonnées par Néron, notamment dans l'enceinte du Circus Vaticanus construit par l’empereur Caligula, situé sur la colline Vaticane, à l'emplacement approximatif de l'actuelle basilique Saint-Pierre (Tacite, Annales, Livre XV.44). "Il est possible qu'elles aient eu lieu peu après (la persécution de Néron), et à des dates différentes; il n'y a pas de raison toutefois de douter du témoignage unanime des textes, pour lesquels les deux apôtres ont été mis à mort et ensevelis à Rome. (16)

 

Les suppliciés une fois morts pouvant être remis à leur famille pour être inhumés ou crématisés mais le plus souvent ils étaient jetés dans le Tibre. (17) Ainsi, une tradition immémoriale place ce martyre : inter duas metas - entre les deux bornes - de la spina (Cf. Cirque romain). Le plus ancien de ces textes, la Lettre aux Corinthiens de Clément de Rome datée de 96, ne cite pas explicitement de lieu, même s'il y a diverses raisons pour penser qu'il s'agit de Rome (Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, V, 3-5.). Sixte V fait transférer en 1586 l'obélisque ornant cette spina sur la place Saint-Pierre.

 

Une vingtaine d'années plus tard, une lettre d'Ignace d'Antioche aux chrétiens de Rome comporte ces mots : "Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul" (Lettre aux Romains, dans Les écrits des pères apostoliques, éditions du Cerf, 2001, p. 185 et s.).

 

Un passage, de la fin du IIe siècle, cité par Eusèbe de Césarée, indique qu'à un certain Proclus, qui se vantait que sa patrie possédait la tombe de l'apôtre Philippe, le Romain Gaïus a répondu : "Mais moi, je puis te montrer les trophées des saints apôtres. En effet, si tu veux te rendre au Vatican ou sur la voie d'Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui ont fondé cette Église." (Eusèbe, Histoire ecclésiastique II, 25, 7). Le mot trophée, du grec τροπαιον, monument de victoire, dans le contexte, désigne ici les tombes de Pierre et Paul. C'est en tout cas sur ces sites que seront édifiées au IVe siècle les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-murs qui leur sont dédiées. Eusèbe rapporte aussi les témoignages de Denys de Corinthe (Histoire ecclésiastique II, 25, 8) et de Zéphyrin de Rome (Histoire Ecclésiastique V, 28, 3).

 

Clément de Rome affirme que le martyre de St Pierre serait dû à une "injuste jalousie" et à la dissension entre les membres de la communauté chrétienne (à rapprocher de ce que dit Paul en 1 Phil 1, 15) : il y eut vraisemblablement dénonciation. Selon un apocryphe, les Actes de Pierre, St Pierre aurait été crucifié la tête vers le sol (Ac Pierre 38 - d'où le nom de croix de Saint-Pierre donné à la croix latine inversée -). Selon la tradition, l'apôtre a demandé ce type de supplice par humilité, ne se jugeant pas digne de mourir comme le Christ. Selon une autre version, il peut s'agir d'une cruauté supplémentaire de Néron.

 

Un des éléments en faveur de la "tradition romaine" de la présence de la tombe de Pierre est l'absence de toute autre revendication de sa tombe par une autre cité antique.

 

La tradition localise le tombeau de saint Pierre sur l'emplacement d'une nécropole située au nord du Circus Vaticanus, dont elle était séparée par une route secondaire : la via Cornelia. (18)

 

L'empereur Constantin Ier y fit édifier une première basilique (occupant le site de l'édifice actuel) et dont l'abside fut construite autour de l'emplacement de la tombe, cela malgré les difficultés considérables du terrain, à flanc de colline, obligeant à d’énormes travaux de terrassement, et bien qu'il ait fallu modifier un cimetière.

 

Les fouilles de la nécropole du Vatican ordonnées dès 1940 par Pie XII dans les Grottes du Vatican à l'occasion de la mise en place du sarcophage de Pie XI, ont mis en évidence un cimetière païen et chrétien contenant de nombreuses tombes et, au-dessous de l'autel et à la verticale exacte du sommet de la coupole, un monument culturel au-dessus d’une de ces tombes, trouvée vide, du premier siècle (tombe thêta). Ce mémorial, qui serait le "trophée de Gaïus", est par la suite inclus dans un monument de marbre et de porphyre d'époque constantinienne puis recouvert par des autels construits sous Calixte II (1123), Clément VIII (1594) et enfin par le baldaquin de Saint-Pierre construit de 1624 à 1633. Sur l'un des murs de soutien (mur rouge) a été incisé un graffito dont subsistent les quatre caractères grecs ΠΕΤR, c’est-à-dire les quatre premières lettres du nom de Pierre, et au-dessous EN(I), ce qui serait, selon Margherita Guarducci, la forme abréviative de εν εστι, mot à mot "dedans est".

 

Une cachette aménagée sur un mur perpendiculaire (mur G) contenait les ossements d'un individu de sexe masculin âgé de soixante à soixante-dix ans, de robuste constitution. Une expertise menée par Margarita Guarducci avec l'anthropologue Correnti permet de penser qu'il s'agit bien des ossements qui figuraient dans la tombe, car la terre à laquelle sont mêlés les ossements est du même type que celle qui se trouve devant le trophée de Gaïus. Mais s'agit-il de Pierre ? Trois détails vont dans ce sens, sans cependant imposer une conclusion incontestable : les ossements ont été conservés dans un tissu précieux de couleur pourpre, et brodé de fil d'or : un tel tissu ne peut avoir servi qu'à envelopper les restes d'un personnage illustre (19) ; aucun os des pieds n'a été retrouvé : cela pourrait indiquer qu'on a coupé ceux du défunt (ce qui était commun aux suppliciés qui mouraient la tête en bas) (20) ; les rotules étaient abîmées comme peuvent l'être celles de pêcheurs qui poussent leur bateau à la mer.

 

S'adressant à une réunion d'étudiants, le pape Pie XII leur dit : "Sous le point central de la gigantesque coupole de la basilique se trouvait et se trouve encore le lieu de la sépulture de saint Pierre." De telles paroles venaient confirmer celles qui, dans une allocution à Radio-Vatican, en 1942, avaient déjà révélé que, sous la basilique élevée par Constantin, on avait trouvé un lieu de culte chrétien où la dévotion des fidèles était prouvée par de nombreux graffiti et par des tombes.

 

À  l'occasion de son jubilé épiscopal, Pie XII avait également révélé que les traces avaient été retrouvées du "trophée", construit sur le lieu de la sépulture de l'apôtre, trophée dont le dénommé Gaïus, prêtre au IIe siècle, signalait l'existence dans un texte que par la suite l'historien Eusèbe reprit. (21)

 

En 1968, après avoir pris connaissance des études scientifiques réalisées, le pape Paul VI annonce qu'il s'agit selon toute probabilité des restes du corps de saint Pierre. (22) Le sépulcre a depuis été aménagé de façon que chaque visiteur puisse voir les reliques de saint Pierre et le "trophée de Gaïus".

 

Le 24 novembre 2013, pour clôturer l'Année de la foi 2012-2013, les reliques de Saint Pierre sont exposées dans un reliquaire de bronze, sur la place Saint-Pierre, en présence du pape François. (23) Ce fut alors la première ostension publique de ces reliques dans l'histoire : conservées dans la chapelle papale du palais apostolique; elles étaient uniquement montrées dans un cadre privé. Sur le reliquaire est gravé en latin "Ex ossibus quae in Arcibasilicae Vaticanae hypogeo inventa Beati Petri Apostoli esse putantur" (Des os retrouvés dans l'hypogée de la basilique vaticane, qui sont considérés comme ceux du bienheureux apôtre Pierre). (24)

Dans "Le Christianisme, des Origines à Constantin", Simon Claude Mimouni précise : "les découvertes archéologiques, réalisées au cours des fouilles qui ont eu lieu ces dernières décennies depuis 1940, laissent entendre que Pierre a bel et bien subi le martyre à Rome sous l'empereur Néron." (25)

De même, dans son Histoire du catholicisme, Yves Bruley écrit : "la venue de Pierre dans la capitale de l'Empire, attestée par des témoignages antiques, est confirmée par la découverte au XXe siècle de sa tombe au Vatican." (26)

 

Croix de Saint Pierre

« Saint Pierre fut crucifié le 13 octobre 64 au cirque de Néron, sur le mont Vatican. (bulletins de l'Association Jean Carmignac, N°44 de février 2010, pages 6 et 7.)

La démonstration, au jour près, semble très convaincante. Tentons de la résumer en quelques mots, mais il vaudra mieux s'y reporter car toutes les précisions de détail sont importantes.

* Le Circus Maximus, où se faisaient habituellement les exécutions, fut, d'après Tacite, indisponible de juillet 64 à fin 64. En novembre et décembre, il n'y a pas de jeux, car le temps est trop mauvais. Saint Pierre et les chrétiens ont donc été exécutés au cirque de Néron, cirque de substitution, en septembre ou octobre 64; c'est déjà beaucoup comme précision.

*Néron est mort (suicide) le 9 juin 68.

*Le livre apocryphe L'ascension d'Isaïe nous apprend que saint Pierre a été crucifié 3 ans, sept mois et 27 jours avant la mort de Néron, donc le 13 octobre 64. »


Ce texte, du Père Jacques Bombardier, curé de paroisse à Nancy, s'inspire des travaux du professeur Margherita Guarducci qui a joué un grand rôle dans les fouilles sous Saint-Pierre.

Saint Paul (Paul de Tarse en Asie mineure), portant aussi le nom juif de Saül, qui se prononce "Shaoul" (né à Tarse en Cilicie au début du Ier siècle et mort vers 67 - 68 à Rome), est un apôtre de Jésus-Christ, tout en ne faisant pas partie des "Douze". Il est citoyen romain de naissance et un juif pharisien (avant sa conversion).

Saint Paul

Saint Pierre et saint Paul : On ne peut les séparer. Ils sont les deux piliers de l'Église et jamais la Tradition ne les a fêtés l'un sans l'autre. Tous deux verront leur vie bouleversée par l'irruption d'un homme qui leur dit: "Suis-moi. Tu t'appelleras Pierre" ou "Saul, pourquoi me persécutes-tu?".  Pierre reçoit de l'Esprit-Saint la révélation du mystère caché depuis la fondation du monde : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." Paul, ravi jusqu'au ciel, entend des paroles qu'il n'est pas possible de redire avec des paroles humaines. Persécuteur des premiers chrétiens, Paul se donne au Christ: "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." Pierre reçoit la charge de paître le troupeau de l'Église: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église." Paul devient l'apôtre des païens. Pour le Maître, Pierre mourra crucifié et Paul décapité.

 

Paul s'est raconté. Il fait le récit de sa vie devant les communautés qui l'accueillent : confession publique, confession rituelle, dans la tradition d'une pratique juive qui remonte à l'époque de Jérémie, vers 650 (Jr, 11,18 ; 12,6 ; 15,10-21 ; 17,14-18 ; 18,18-23 ; 20,7-18). Paul est tellement marqué par les "Confessions de Jérémie" qu'il leur emprunte sa formule introductive, quand il résout de relater sa vocation "dès le ventre de ma mère" (Gal 1,15). Dans les communautés juives et chrétiennes du Ier siècle, la confession met en évidence les interventions divines qui distinguent une vie vouée à Dieu et qui manifestent la puissance de ce dernier. Pour Paul, les seuls moments remarquables de son existence sont les miracles de Dieu en sa faveur, et notamment sa conversion, qu'il présente selon un schéma de rupture tout à la gloire de Dieu. L'image du persécuteur converti, si vivante encore aujourd'hui, nous vient certainement de Paul lui-même et de la façon qu'il avait de se raconter. Non seulement Paul se racontait, mais il écrivait. Il voyageait avec parchemins et papyrus et tenait un journal de voyage, comme la plupart de ses contemporains cultivés.

 

Les Actes des Apôtres ont été composés pour mettre en évidence la vocation du christianisme à l'universalité. Paul y est présenté comme l'instrument de Dieu pour la conversion des païens et le rejet d'Israël ; sa carrière y est relatée selon un schéma répété à l'infini : l'apôtre attend d'être chassé de la synagogue pour aller aux païens. Son mode de vie dessine l'image du parfait intellectuel itinérant, dont rendent comptent les éloges officiels. Paul devint ainsi un héros de roman dès le milieu du IIe siècle, le premier héros de roman chrétien. Le jeune pharisien formé à la prédication et utilisé contre des groupes chrétiens garda l'habitude de la controverse : à la synagogue comme au tribunal, il ne cessa jamais d'argumenter contre l'adversaire et de se définir comme s'opposant à lui. Mais les excès du polémiste ont pour corollaire la grandeur du doctrinaire, dont le propos incisif a imposé la théologie par-delà les générations. (27)

 

Paul oppose sa naissance dans le judaïsme et dans le judaïsme le plus fidèle contre "ces mauvais ouvriers, avec leur fausse circoncision, prenez garde. Car c’est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui rendons notre culte par l’Esprit de Dieu, nous qui mettons notre fierté dans le Christ Jésus et qui ne plaçons pas notre confiance dans ce qui est charnel." (Phil 3,4-5)

 

Paul est né Juif à Tarse en Cilicie, "citoyen d’une ville qui n’est pas insignifiante !" (Ac 21,39.) Par sa naissance, il fait partie d'une élite dans l'Empire, celle des 4 ou 5 million s de citoyens romains. (A. N. Sherwin-White, Roman Citizenship, 2e éd., Oxford, 1973). Un privilège significatif : un naturalisé bénéficie immédiatement d'un statut personnel international de garanties judiciaires et fiscales reconnues dans tout l'Empire et du droit de participer à la vie publique à Rome.

 

Paul revendique ses origines pharisiennes. Il est né dans une famille de lettrés. La secte des pharisiens constituait alors une émanation de la classe des scribes et des spécialistes de l'exégèse biblique, qui s'était séparée au cours du IIe siècle avant notre ère du parti sacerdotal traditionaliste (sadducéens) quand celui-ci avait viré à l'hellénisme. (On consultera toujours avec profit le petit livre de Marcel Simon, Les Sectes juives au temps de Jésus, Paris 1960. Voir encore A. PAUL, Le Monde des Juifs à l'heure de Jésus, Paris 1981. Ou plus récemment Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, 2018).

 

Les pharisiens que Jésus dénonçaient comme rigoristes hypocrites et orgueilleux, étaient vus comme "des chercheurs d'allégement par la secte de Qumran'." (28) Toutefois ils avaient ajouté beaucoup d'observances très lourdes à la Loi de Moïse. Ils étaient très ritualistes, trés légalistes et cela a joué un rôle dans la formation du jeune Saül. (29)

Ils étaient déjà gagnés à l'idée de l'universalité du salut que certains prophètes avaient introduite dans les esprits. Mais l'aspiration à l'idéal de sainteté les incitaient toujours à se séparer des Gentils perçus comme pécheurs. Lors de ses longues escales, Paul assurait sa subsistance en travaillant dans le textile : c'est certainement le métier qu'il avait appris enfant dans le cadre familial, en application de la Loi, qui enjoignait aux parents d'enseigner à leur fils une activité manuelle.

 

Paul fit de longues études. Son enfance, comme celle de tout enfant juif, fut marquée par l''étude de la Bible, son premier livre de lecture, dont il reconnaîtra très clairement à l'âge adulte le caractère didactique, lorsqu'il affirme : "Tout ce qui a été écrit à l'avance dans les livres saints l'a été pour nous instruire" (Rom 15,4), il reprend certainement une maxime de son époque.

 

Il apprit à lire dans la Bible et en hébreu, mais il ne parlait pas l'hébreu comme une langue morte : il le parlait en famille. La pratique familiale de l'hébreu constituait à cette date le réflexe d'une minorité particulièrement attachée aux traditions nationales, mais tel était bien le cas des parents de Saül. La formation hébraïque élémentaire donnait à l'enfant juif une morale rigoureuse ainsi qu'une connaissance précise de l'histoire et des traditions de son peuple. Mais à Tarse comme partout dans la Diaspora en pays grec, on le formait aussi aux mécanismes de la pensée classique et il recevait une éducation bilingue ou trilingue. Le grec de Saül est celui des gens cultivés de son temps. C'est dans ce registre qu'il puisera des noms pour les institutions de l'Église nouvelle, tel celui d'episcopos (évêque). (30) Bien qu'il ait appris à lire dans la Bible hébraïque, Paul se familiarisa très tôt avec la version grecque élaborée à Alexandrie au IIIe siècle. Paul vivra sa vie comme une joute perpétuelle et sera toujours persuadé du primat de la parole, le Logos, ce qui est bien caractéristique d'un intellectuel grec. Il participera d'un état d'esprit qui préconisait l'égal développement des aptitudes physiques et intellectuelles. Paul participera aussi d'un état d'esprit qui préconisait l'égal développement des aptitudes physiques et intellectuelles.

 

C'est d'ailleurs un juif formé à Alexandrie, Ben Sirach, qui lui fournira le terme d'ecclesia (église) appliqué à l'assemblée en grec classique, pour désigner une communauté de dévots (le terme est employé en ce sens dans tout l'Ecclésiastique ou livre de la Sagesse de Ben Sira (Siracide), il était apparu avec cette acceptation dans la Septante, Deut 31,30). Les livres grecs de la Bible inspireront encore à Paul de nombreuses images littéraires : celle de la maison en construction (1 Co 3,14) celle de la culture ou des semailles (1 Co 3,6-9 "Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance" ; 9,10-11 "Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, serait-ce trop de récolter chez vous des biens matériels ?";  Gal 6,8 "Celui qui a semé en vue de sa propre chair récoltera ce que produit la chair : la corruption ; mais celui qui a semé en vue de l’Esprit récoltera ce que produit l’Esprit : la vie éternelle.").

 

Gamaliel

Un jour, le Père de Saül décide de l'envoyer continuer ses études à Jérusalem, ce qui est une pratique courante chez les Juifs de la diaspora. Certains n'hésite pas à suivre des stages auprès des différentes sectes pour mieux comparer leurs mérites (Josèphe, Vie 9-12). Son installation à Jérusalem n'implique pas de réelle rupture dans sa vie d'étudiant. Son père le confie au plus hellénisé et au plus libéral des maîtres de ce temps, Gamaliel. Gamaliel poursuivait une tradition inaugurée par son grand-père ; le célèbre Hillel l'Ancien, qui était venu de Babylone sous le règne d'Hérode pour fonder à Jérusalem une académie pharisienne animée d'un esprit conciliateur ; ce libéralisme l'opposait aux tenants d'une autre école, celle de Shammai, davantage attachée à la lettre des textes. La distinction était, d'ailleurs, toute relative car Gamaliel passa lui aussi à la postérité pour son respect scrupuleux de la Loi, son idéal de pureté, sa rigoureuse observance des interdits alimentaires.

 

Temple de Jérusalem au Ier siècle ap. J.-C. (Israel Museum, Jérusalem)

Le choix du père de Saül tint sans doute aussi à la particularité de ce rabbi dans la Diaspora : Gamaliel était l'auteur de lettres qui avaient circulé en Galilée et dans les régions environnantes et il accueillait très favorablement les prosélytes. Il y avait un terrain de pensée où se rencontraient depuis longtemps Grecs et Juifs, philosophes et docteurs de la Loi : le devoir de justice, la référence à l'ordre militaire, la thématiques des prémisses (A. Jaubert, La notion d'alliance dans le judaïsme aux abords de l'ère chrétienne, paris 1963, p. 408-411), le thème des prémices de Rom 16,5, 1 Co 16,15 est commun à Philon, De spec. Legibus, 4,180 ; à Jacques 1,18 "Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures"; à l'auteur de l'Apocalypse 14,4. L'idéal militaire, qui est fondamental dans l'esprit de Qumran, est repris dans 2 Tim 2,4 "Celui qui est dans l’armée ne s’embarrasse pas des affaires de la vie ordinaire, il cherche à satisfaire celui qui l’a enrôlé.") et surtout la notion centrale de parenté entre les peuples (syngeneia) (C. ORRIEUX, La Parenté entre Juifs et Spartiates, L'Etranger dans le monde grec, Nancy, 1988, p. 169-191, pour qui ces préoccupations sont surtout caractéristiques des Juifs de la Diaspora.) Ce n'était pas encore du cosmopolitisme, mais la conviction que les Juifs et les Grecs avaient un destin commun. Cet état d'esprit était partagé, au moins jusqu'à un certain point, par les Juifs de Jérusalem qui exaltaient déjà à l'époque des Macchabées la parenté entre le peuple élu et celui de Sparte, tous deux frères et de la race d'Abraham. (31) Gamaliel lui-même fut un homme ouvert, qui considérait d'un assez bon œil les idées nouvelles et qui n'hésita pas à prendre la défende de Pierre et des apôtres devant le Sanhédrin, en préconisant l'expectative ("si elle – l'entreprise de ces gens - vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu. Ac 5,39. Les membres du Conseil se laissèrent convaincre".) Il n'a donc pu développer chez Paul des sentiments antichrétiens. Les victimes de Saül seront, paradoxalement, des gens issus des mêmes milieux et de la même culture que lui, celle de la Diaspora hellénisée, mais aux courants opposés. Saint Étienne, martyr, pourtant élevé lui aussi à l'école du Rabbi Gamaliel, s'en prendra au Temple : c'est ce qui lui valut d'encourir le grief d'apostasie, que les Juifs définissaient comme l'abandon des prescriptions mosaïques. On l'accusera de blasphémer contre Moïse et contre le Temple en affirmant que Jésus détruirait le Lieu saint et changerait les coutumes que Moïse a transmises. (Ac 6,11-14). L'éducation pharisienne de Saül, son attachement aux traditions ancestrales ("J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères.Gal 1,14 ; "J'avais pour Dieu une ardeur jalouse." Ac 22,3) son loyalisme envers Rome, le Temple perçu comme le coeur du Peuple élu et le symbole vivant de son indépendance, tout le poussa (avant sa conversion) au même choix. Toute l'histoire ultérieure de Paul dépend peut-être de ce moment dramatique où, dans des communautés déchirées, il rejeta les convertis hétérodoxes (chrétiens), dissociés par lui des observants (pharisiens). C'est en cela que sa première expérience de prédicateur persécuteur s'exerçait contre des gens dont il se sentait proche et qu'il ne comprenait plus, ce qui augmenta encore sa colère. (32) Étienne professait une relation à Dieu qui n'avait plus besoin ni du temple ni des sacrifices d'animaux. Sur ce point, Paul, même après sa conversion, n'adoptera pas ces positions, il restera fidèle au temple. (33) Quant à son passé persécuteur, il lui sert surtout à évoquer d'une manière concrète et familière à ses lecteurs l'"adversaire de Dieu" (théomachos), gonflé d'orgueil et de démesure, plutôt qu'à opposer son passé de juif "zélé" à un "après" chrétien. 

 

Gamaliel insista sur la nécessité d'enseigner en comprenant et en se faisant comprendre (2 Co 1,13). La distinction qu'il établira entre le "maître" à la parole claire et le "magicien" aux propos hermétiques annonce les réactions rabbiniques ultérieures (Sota 22a.) "Évite les discussions folles et simplistes : tu sais qu'elles provoquent des querelles. Or, un serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur, il doit être attentionné envers tous, capable d'enseigner et de supporter la malveillance; il doit reprendre avec douceur les opposants." (2 Tm 2,24-25.)

 

Les pharisiens témoignent d'une intense espérance eschatologique nourrie de la littérature prophétique : Paul cite treize fois Isaïe dans la Lettre aux Romains. C'est aux prophètes qu'il emprunte le terme de "saints" pour désigner les fidèles du Christ. En Palestine, l'esprit millénariste et l'espérance eschatologique se renforce d'autant plus que l'occupation romaine y crée les conditions les plus favorables à leur développement. Les pharisiens font aussi appel à la l'expérience surnaturelle. Les anges et les démons appartiennent à leur univers (Jospèhe, BJ 2,8,142). La foi en la résurrection constitue la pièce maîtresse de la doctrine pharisienne. Au Ier siècle, les pharisiens sont convaincus de l'immortalité de l'âme et se préparent à affronter le Jugement de Dieu après la mort : une "prison éternelle" attend les mauvais ; "aux autres est accordée la faculté de revivre." (Josèphe, AJ, 18, 1,3 et BJ 2,8,14). La résurrection est une récompense promise aux justes. Entre toutes les sectes juives, les pharisiens semblent davantage préoccupé par le salut individuel que par l'espérance d'un Messie au sens juif du terme, c'est-à-dire d'un sauveur pour la nation.

 

Paul reçut également une solide formation de juriste, et acquit quelques rudiments de médecine, puisqu'il se montra capable lors de l'escale de Malte d'aider à soigner les malades atteints de fièvre et de dysenterie.  (Ac 28,9-10.

 

Grèce, IIIe s. av. J.-C.

La ville de Thessalonique était à cette époque devenue la capitale de la province romaine de Macédoine et le port le plus commerçant de la Méditerranée : elle avait dans l'Empire la qualité de ville libre. En 50, Saint Paul, s'y rendit dans sa seconde mission à sa sortie de Philippes (Macédoine orientale). Il y trouva une synagogue, où il prêcha à des Juifs, des prosélytes et des païens durant trois semaines et jeta les fondements d'une petite chrétienté. Mais bientôt chassé par les intrigues des Juifs accusant les prédicateurs d'agir contre les décrets impériaux et traînant certains chrétiens devant les magistrats (Ac 17:5-9), il se retira à Bérée, puis à Athènes, et de là à Corinthe (Grèce). C'est de cette dernière ville qu'il adressa à l'église naissante de Thessalonique vers l'an 51, à peu d'intervalle l'une de l'autre, deux épîtres, les premières que nous ayons de lui. La première (1 Thessaloniciens), qui contient des encouragements, est le plus ancien écrit du Nouveau Testament. L'apôtre y fait l'expérience de la mort et de la résurrection du Christ. Il l'a envoyée une vingtaine d'années après la mort de Jésus, peu après son arrivée à Corinthe où Thimothée, vint lui apporter des nouvelles en provenance de Thessalonique (1 Th 3:6).

 

À  cette date, les traditions évangéliques ont déjà pris corps et d'autres textes peuvent nous rapporter des traditions plus anciennes, mais 1 Thessaloniciens est le plus ancien document chrétien connu. Dans leur relative simplicité, les deux lettres aux Thessaloniciens, parlent des "Églises" et de ceux qui sont "à leur tête"; elles mentionnent tout ce qui est la foi commune des premiers chrétiens et l'expérience des premiers missionnaires : l'amour de Dieu qui appelle (1 Th 1:4; 1 Th 2:12, la foi en la Trinité de "Dieu le Père, et le Seigneur Jésus-Christ" et l'"Esprit-Saint" (1 Th 1-5; 1 Th 4:8), la foi dans la mort et la résurrection du Christ (1 Th 1-10 ; 1 Th 4:14), l'attente du retour du Christ (1 Th 3:13; 1 Th 5:23), la croyance dans la résurrection de ceux qui sont morts dans le Christ (1Th 4:16), la persévérance dans la persécution (1 Th 2:14-16), l'amour fraternel (1 Th 4:9) et le caractère collectif et solidaire des premières communautés chrétiennes (1 Th 4:6); l'action de l'Esprit Saint dans la parole de proclamation et dans la vie des communautés.

 

Paul traversa la Syrie et la Cilicie, en affermissant les Églises. ll arriva ensuite à Derbé, puis à Lystres. Il y avait là un disciple nommé Timothée ; sa mère était une Juive devenue croyante, mais son père était Grec. À Lystres et à Iconium, les frères lui rendaient un bon témoignage. Paul désirait l’emmener ; il le prit avec lui et le fit circoncire à cause des Juifs de la région, car ils savaient tous que son père était Grec. Dans les villes où Paul et ses compagnons passaient, ils transmettaient les décisions prises par les Apôtres et les Anciens de Jérusalem, pour qu’elles entrent en vigueur. Les Églises s’affermissaient dans la foi et le nombre de leurs membres augmentait chaque jour.

 

Paul et ses compagnons traversèrent la Phrygie et le pays des Galates (Galatie), car le Saint-Esprit les avait empêchés de dire la Parole dans la province d’Asie. Arrivés en Mysie, ils essayèrent d’atteindre la Bithynie, mais l’Esprit de Jésus s’y opposa.  Ils longèrent alors la Mysie et descendirent jusqu’à Troas (Troie). (Ac 15,41 et Ac 16,1-8)

 

La  prédication paulinienne est une exhortation à la "vraie" Sagesse, celle du Christ en qui sont tous les trésors cachés de la sagesse et de la connaissance"; seule la foi au Christ mène à la connaissance. Paul et ses collaborateurs dénoncent ce "vain leurre" qu'est la philosophie fondée sur l'histoire humaine. (Col 1,28 "Nous avertissons tout homme, nous instruisons chacun en toute sagesse, afin de l'amener à sa perfection dans le Christ" ; 2,3 le Christ "en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance"; 2,8 "Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ" ; et 23 "des enseignements humains... qui ont des airs de sagesse, de religion personnelle, d’humilité et de rigueur pour le corps, mais ne sont d’aucune valeur pour maîtriser la chair.(34)

 

S. Paul met en place des "anciens", comme nous le voyons à Éphèse (Actes 20, 17).

 

Il envoie deux collaborateurs, Tite et Timothée, deux convertis du paganisme dans les communautés qu'il a fondées, pour éviter qu'elles ne dérivent. Ils sont destinataires de trois épîtres avec des conseils pour l'avenir. À Thimothée, en particulier, il rappelle le "don spirituel que Dieu a déposé en toi par l'imposition de mes mains" (1 Tm, 4: 14; et 2 Tm 1:6). La mission principale de Timothée est de "garder le dépôt" (1 Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14). Ce dépôt doit être transmis à d'autres de génération en génération : "Ce que tu m’as entendu dire en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes dignes de foi qui seront capables de l’enseigner aux autres, à leur tour" (2 Tm 2,2).

 

De même S. Pierre recommande aux "anciens en fonction" de paître "le troupeau de Dieu qui leur est confié et aux "jeunes gens" d'être "soumis aux anciens" (1 P. 5, 1-2). Il invente la succession apostolique lorsque Judas, mort, il propose "qu'un autre prenne sa charge" (Ac 1,20), de prier le Seigneur, qui connait tous les coeurs, afin qu'il désigne par tirage au sort celui qui prendra, "dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne". Et c'est Matthias qui est élu. (Ac 1, 24-26

Carte itinéraires de Saint Paul et fondations des premières églises, dans Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, Fayard, 1991, p. 191.

Carte itinéraires de Saint Paul et fondations des premières églises, dans Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, Fayard, 1991, p. 191.

"Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur" (Matthieu 10,24), "un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi" (Jean 15,20), "Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître." (Luc 6,40), comme le prince des Apôtres, "Paul aura tout connu à Éphèse, sinon la misère et l'abandon (Phil 2,17 et 4,11-12). Il y  a couru le danger extrême qui l'a mené aux portes de la mort (2 Cor 1,5-8 et Rom 16,4 écrit lors du retour d'Éphèse à Jérusalem) ; il y a souffert dans son corps et constaté sa déchéance physique (2 Cor 4,16 et 6,5 "les coups, la prison, les fatigues, le manque de sommeil et de nourriture ; il y a été incarcéré avec Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus. (Philémon 23). En Galatie, à Lystres, Paul et Barnabé furent pris pour des dieux, mais c'est aussi à Lystres que Paul fut lapidé par les Juifs qui le laissèrent que lorsqu'ils le crurent mort (Ac 14-8,20) . À Césarée, il a passé presque deux ans en détention préventive (Ac 24,27).

 

Les années 67 ou 38 sont celles qu'ont avancées pour la mort de Paul, les chronographes antiques du IVe siècle (Eusèbe, Chronique, 111e olympiade après les morts de Sénèque - 65 - et d'Octavie ; Jérôme, De viris illustribus, 12). Les Actes du martyre de Paul (sur ordre de Néron), tels que le souvenir s'en conserva en Asie jusqu'au IIe siècle (Actes de Paul 11,1) situent l'évènement dans le même contexte que la lettre aux Philippiens et que la deuxième lettre à Thimothée. Luc est présent aussi, ainsi que Tite, de retour de Dalmatie, et peut-être encore Thimothée, dont on connaît une incarcération ultérieure. L'apôtre est entouré par des convertis de la maison impériale. Après sa condamnation on le conduit à la sortie de Rome sur la route d'Ostie pour l'exécuter par décapitation. (35) On ne sait rien de l'accusation qui pesa contre lui, ni des dénonciateurs.

"Une tradition attestée par des textes des Ve et VIe siècles rapporte que Paul avait été enterré sur la Via Ostiense, sur les terres d'une femme chrétienne, Lucina. Il aurait été décapité plus loin en dehors de la ville aux Acquae Salviae, à l'endroit aujourd'hui appelé Tre Fontane : la tête aurait rebondi trois fois, faisant naître trois fontaines. Paul sera désormais représenté une épée à la main, à l'image de sa statue géante qui garde l'entrée droite de la basilique Saint-Pierre de Rome.

"Eusèbe de Césarée au IVe siècle reporte une citation attribuée à un ouvrage écrit en 198 par un prêtre romain, Gaïus : 'Je peux te montrer les trophées des apôtres : si tu vas au Vatican ou sur la Via Ostiense, tu y trouveras les trophées des fondateurs de l'Église' (Histoire ecclésiastique 2,25,6-7.) Saint Pierre et saint Paul étaient donc bien commémorés dès l'origine sur les lieux où seront construites plus tard les deux basiliques. [...] C'est bien le martyre des deux apôtres à Rome qui donnera un tel prestige à une Église qui se réclame de leur fondation.

"[...] Au début du IIe siècle, sous le règne de Trajan, c'est une autre grande figure de ce premier christianisme, Ignace d'Antioche, qui arrive à Rome pour y être mis à mort. Petit à petit, on peut ainsi deviner dès le IIe siècle la constitution dans la capitale impériale d'une communauté prestigieuse, qui se présente comme une fondation apostolique, unie autour de la figure des deux apôtres, Pierre et Paul.

"[...] Vers l'an 180, Irénée de Lyon donne comme premiers successeurs de saint Pierre et saint Paul respectivement Lin, Anaclet, Clément (Contre les hérésies, III, 3,3), version que l'on retrouve chez Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, III, 2,13-15,21). [...] Plus tard, au VIe siècle, les notices biographiques compilées dans le Liber pontificalis fixeront la liste devenue canonique de la succession des papes depuis saint Pierre, premier évêque de Rome : elle reprend en son commencement la liste donnée par Irénée." (36)

 

Le souci de la continuité, le souci de garder le dépôt de la foi (1Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14) et de le transmettre à d'autres générations (2Tm 2), la transmission de la charge ecclésiastique (office) par les apôtres eux-mêmes (Ac 1,20-24), le caractère collectif autant que solidaire des premières communautés chrétiennes (1 Th 4,6), le titre de "pasteurs", titre qui convient d'abord au Christ et que Jésus avait donné à Pierre (Jn 21,15-17), ainsi que la nécessité de l'interprétation de l'Écriture dans le sens de la tradition apostolique (2 P 1,16-20 ; Ac 8,27-35) sont autant de traits particuliers de l'Église primitive qui existent toujours.

Iconographie : 

 

"Eusèbe de Césarée nous affirme un peu avant 312 que 'les images des Apôtres Pierre et Paul et du Christ lui-même ont été conservées par le moyen des couleurs des tableaux.' (Patrologie grecque de Migne (P.G.), t. 20, col 680 B.D.) Mais les musées conservent toute une série de médailles bien antérieures, de la fin du IIe siècle ou du début du IIIe, où l'on retrouve déjà les mêmes caractéristiques." (37)

 

Saints Pierre et Paul, icône russe de Belozersk (XIIIe s.) Le genre iconographique de cette icône remonte à celui de l'icône de Pierre et Paul datant du XIe siècle et provenant de la cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod (Art de la vieille Russie). Les apôtres sont représentés de face. Le peintre veut leur donner un statut d'égalité. Les mains droites sont pliées dans un geste de bénédiction. Paul bénit en levant l'index et l'auriculaire (Les doigts forment alors le monogramme des lettres grecques IC XC pour Jésus-Christ) et Pierre l'index et le majeur (Ces deux doigts et le pouce se touchent et forment le symbole de la Trinité). Source: Wikipedia russe https://fr.wikipedia.org/wiki/Apôtres_Pierre_et_Paul_(icône_de_Belozersk)

Saints Pierre et Paul, icône russe de Belozersk (XIIIe s.) Le genre iconographique de cette icône remonte à celui de l'icône de Pierre et Paul datant du XIe siècle et provenant de la cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod (Art de la vieille Russie). Les apôtres sont représentés de face. Le peintre veut leur donner un statut d'égalité. Les mains droites sont pliées dans un geste de bénédiction. Paul bénit en levant l'index et l'auriculaire (Les doigts forment alors le monogramme des lettres grecques IC XC pour Jésus-Christ) et Pierre l'index et le majeur (Ces deux doigts et le pouce se touchent et forment le symbole de la Trinité). Source: Wikipedia russe https://fr.wikipedia.org/wiki/Apôtres_Pierre_et_Paul_(icône_de_Belozersk)

Saint Paul, Bartolomeo

Saint Paul, Bartolomeo

La Prédication de Saint Paul à Athènes, Raphaël

La Prédication de Saint Paul à Athènes, Raphaël

La Prédication de Saint Paul aux Éphésiens, Eustache Le Sueur

La Prédication de Saint Paul aux Éphésiens, Eustache Le Sueur

Saint Paul rendant visite à saint Pierre en prison, F. Lippi

Saint Paul rendant visite à saint Pierre en prison, F. Lippi

Saint Paul, Apôtre et Docteur des Gentils, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 143.

Saint Paul, Apôtre et Docteur des Gentils, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 143.

Saints Pierre et Paul

***

 

Notes

 

(1) La Bible, Traduction oecuménique, édition intégrale TOB, 8è édition, Les Éditions du Cerf / Société Biblique Française, 1998, p. 2412, note h ; (2) Simon Claude MIMOUNI, Pierre MARAVAL, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 175-178 et 184 ; (3) Marie-Françoise BASLEZ, Bible et Histoire, Judaïsme, hellénisme, christianisme, Folio Histoire, Saint-Amand 2003, p. 168 ; (4) Dominique LE TOURNEAU, Les Mots du christianisme, Bibliothèque de Culture religieuse, Fayard, La Flèche 2005, p. 484 ; (5) Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 24; (6) Les Saints chrétiens, Collection Enigmes du Sacré, n° 13, 10 mai 2016, p. 22 ; (7) La Bible, Traduction Oecuménique, édition intégrale TOB, Les Éditions du Cerf, Société Biblique française, 8e édition, 1998, p. 2966; (8) Simon Claude MIMOUNI, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, Italie 2018, p. 315 ; (9) Simon Claude MIMOUNI, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, p. 134-135 ; (10) André MÉHAT, Simon dit Képhas, Lethielleux, Paris, 1989, p. 137-143 ; (11) Philippe LEVILLAIN, Gaius-Proxies, Routledge,‎ 2002, p. 942 ; (12) Roberta BERNABEI, Chiese di Roma, Electa,‎ 2007, p. 242, 338 ; (13) Louis LELOIR, Écrits apocryphes sur les apôtres : Pierre, Paul, André, Jacques, Jean, Brepols,‎ 1986, p. 68 ; (14) A. W. FORTUNE, Babylon in the NT, dans The International Standard Bible Encyclopedia, vol. I:A-D, Wm. B. Eerdmans Publishing,‎ 1979, p. 391 ; (15) Peter H. DAVIDS, James and Peter : The Literary Evidence, dans Bruce CHILTON et Craig EVANS (éds.), The Missions of James, Peter, and Paul, Brill,‎ 2005, p. 32 ; (16) Simon Claude MIMOUNI, Pierre MARAVAL, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 337 ; (17) Jocelyn TOYNBEE, John Bryan WARD-PERKINS, The Shrine of St. Peter and the Vatican Excavations, Longmans, Green and Co,‎ 1956 ; (18) Jocelyn TOYNBEE, John Bryan WARD-PERKINS, The Shrine of St. Peter and the Vatican Excavations, Longmans, Green and Co,‎ 1956 ; (19) Margherita CARDUCCI, Le reliquie di Pietro sotto la Confessione della Basilica Vaticana : una messa a punto, dans "Rivista di Archeologia classica" 19, 1967, p. 1-97 ; (20) Margherita CARDUCCI, ibid., p. 83 ; (21) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 93 ; (22) Paul VI, Audience Générale, Mercredi 26 juin 1968 ; (23) Vatican displays reputed bones of St. Peter, CBS This Morning, 25.11.2013 ; (24) « Les reliques de Saint-Pierre exposées pour la première fois », Tribune de Genève,‎ 24 novembre 2013 ; (25) Simon Claude MIMOUNI et Pierre MARAVAL, Le Christianisme, des Origines à Constantin, ibid., p. 185 ; (26) Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je ?, 4e édition, Paris 2018, p. 16 ; (27) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, Fayard, Saint Amand-Montrond 1991, p. 10-15 et 301 ; (28)  Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 27-28 ; (29) François BRUNE, Saint Paul Le témoignage mystique, Oxus Spiritualités, Paris 2003, p. 22 ; (30) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 40 ; (31) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 48 ; (32) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 66-67, 70 et 80 ; (33) François BRUNE, Saint Paul Le témoignage mystique, ibid., p. 23 ; (34) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 197 ; (35) Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, ibid., p. 293 ; (36) Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 29-37 ; (37) François BRUNE, Saint Paul Le témoignage mystique, ibid., p. 19.

 

 

***

 

. La tombe de Saint Paul contient des restes humains qui seraient les siens

. Les précieuses découvertes de la prison de saint Pierre

Partager cet article
Repost0
28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 00:00
Saint Irénée de Lyon, Evêque, et ses compagnons, Martyrs

Saint Irénée de Lyon, Evêque, et ses compagnons, Martyrs

Irénée écrivait : "Je n'étais encore qu'un enfant, mais je me souviens des choses d'alors, mieux que de ce qui est arrivé depuis. Je pourrais dire l'endroit où le bienheureux Polycarpe s'asseyait pour parler, sa démarche, sa façon de vivre, sa physionomie. Je pourrais répéter les discours qu'il adressait au peuple, comment il racontait sa familiarité avec saint Jean et avec les autres qui avaient vu le Seigneur, comment il évoquait leurs paroles; les détails sur le Seigneur, sur ses miracles, sur sa doctrine, qu'il avait appris de ceux qui avaient vu le Verbe de vie, comme il les rappelait, comme tout cela s'accordait avec les Ecritures !

Saint Irénée, cité in Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 165.

Saint Irénée est né à Smyrne en Asie Mineure vers 120 ap. J.-C., de parents grecs et chrétiens. 

 

Irénée est envoyé en Gaule vers 157 par son maître Saint Polycarpe, qui avait été disciple de saint Jean l'Évangéliste.

 

Jean, Polycarpe, Irénée, la tradition apostolique est directe et c'est dans cette tradition qu'il faut situer l'évêque Irénée.

 

Il parle de Rome, "l'Église très grande, très ancienne et connue de tous... C'est avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, que doit nécessairement s'accorder toute Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres.

 

Il donne la liste de succession épiscopale des évêques de Rome, liste qui est un document unique et fondamental pour le siège de Rome, comme attestation de son "excellence".

 

La "tradition apostolique" se transmet par la "succession apostolique", qui est pour Irénée, la "preuve" de l'identité et de la "vérité" de la foi de l'Église. C'est pourquoi, écrit Irénée, c'est en l'Église que se trouve la vérité et la vie: "Il faut aimer avec un zèle extrême ce qui est de l'Église", tout Irénée est là; son amour de l'Église est aussi notre raison d'aimer Irénée et le trait le plus caractéristique de sa sainteté.

 

En 177, avp. J.-C., Irénée succéda au premier évêque de Lyon, Saint Pothin, qui venait d'expirer en prison sous les mauvais traitement qu'on lui infligea lors de la persécution de Marc-Aurèle.

Une émouvante lettre adressée par "les Églises de Vienne et de Lyon aux Églises d'Asie et de Phrygie" relate le martyre des chrétiens lyonnais. De larges extraits de cette lettre nous ont été conservés par Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique (V, 1-5). Cette lettre"raconte la violence extrême qu'ont pu subir les chrétiens, mis à mort et dont les corps ont été brûlés et les cendres dispersées dans le Rhône afin de ne laisser aucune trace. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 38.)

 

Il fut le défenseur de la foi contre la gnose et les premiers gnostiques, qui rejetaient la création par Dieu du monde matériel, et auxquels il oppose la tradition apostolique établie à Rome par Pierre et Paul, qui s'impose aux fidèles de partout (Contre les hérésies, III, 3,1-2.)

En grec, "le pacifique", évêque de Lyon (177), Père de l'Église et théologien catholique anti-gnostique, saint Irénée eut le bonheur insigne d'être, jeune encore, disciple de l'admirable évêque de Smyrne, Polycarpe, qui fut lui-même le disciple de Jean l'Evangéliste

 
Irénée conçut une telle vénération pour son saint maître, que, non content de se pénétrer de sa doctrine et de son esprit, il modelait sur lui ses actions et jusqu'à son pas et sa démarche. Il écoutait ses discours avec une ardeur incroyable, et il les grava si profondément en son coeur, que jamais il ne les oublia, pas même dans sa vieillesse.
 
Il fut bientôt fort instruit dans les Saintes Écritures et dans les traditions apostoliques, et déjà l'on pouvait prévoir en lui l'auteur futur de tant de saints ouvrages et surtout de ce travail si remarquable Contre les Hérésies, où devaient puiser, comme à une source riche et sûre, tous les savants de l'avenir.

Irénée était l'enfant chéri de Polycarpe; mais il était aussi l'espoir et la joie de toute la chrétienté. Jamais diacre ne s'acquitta de toutes ses fonctions avec tant de zèle.
 
L'ardeur du jeune apôtre s'enflammait de plus en plus à la vue des missionnaires que Polycarpe envoyait dans les Gaules; aussi bientôt il reçut de son maître l'ordre impatiemment désiré d'aller au secours du vieil évêque de Lyon, saint Pothin.

Polycarpe fit, au jour de la séparation, un grand sacrifice; mais il fit aussi une oeuvre féconde. Le bonheur du vénérable évêque des Gaules dépassa toutes ses espérances, quand il reconnut tout le mérite de son jeune auxiliaire. Avec Irénée, l'avenir de l'Église occidentale était sauvé.

Une terrible persécution fit disparaître
saint Pothin avec grand nombre de fidèles. Les païens avaient cru noyer l'Église lyonnaise dans le sang de ses enfants, mais Irénée restait encore, et, par l'ordre du Pape Éleuthère (175-189), il monta bientôt sur le siège épiscopal de Lyon (178). Ses prières, ses prédications, ses exhortations, ses réprimandes, eurent bientôt reconstitué cette Église dévastée. La paix toutefois n'était que précaire, et la persécution fit couler de nouveau le sang des martyrs. Le temps d'Irénée n'était pas encore venu, son oeuvre n'était que commencée, et Dieu voulait lui donner le temps de l'accomplir.
 
Irénée contribua à la connaissance du gnosticisme (ce terme vient du grec gnosis, "connaissance révélée"), dont il reste peu de documents. Il défendit la vraie tradition de l'Église, transmise par les apôtres et fondée sur la "règle de vérité" qui est la foi en Dieu et en son Fils Jésus-Christ : la soit-disant "tradition" des hérétiques était sans autorité parce qu'elle ne reposait pas sur l'institution et la transmission légitime de l'autorité. Au contraire, les évêques étaient, eux, les héritiers, de l'autorité des Apôtres (traditio ab apostolis). Saint Irénée est le premier à parler de la tradition apostolique.
 
Ce qui constitue le fond de l'attitude gnostique, c'est tout à la fois un blasphème contre le seul vrai Dieu, qui, Créateur de l'univers aurait pourtant déchu, et un rejet passionné et méprisant de la Création, de notre humanité de chair, déclarée mauvaise en elle-même. Le secret dont s'enveloppent les doctrines gnostiques réservées à une élite de parfaits et d'initiés contribue à rompre l'universalité du salut chrétien, son caractère de "bonne nouvelle" adressée à tous les hommes, car, si le salut est un don divin radicalement gratuit pour tous, il est aussi une offre destinée à tous et tous sont appelés à accueillir dans un libre don d'eux-mêmes au Dieu qui les sauve.
 

"C'est l'orthodoxie qui crée l'hétérodoxie et non pas l'inverse : c'est en se considérant orthodoxes que ceux qui ne le sont pas sont rejetés comme hétérodoxes.

"[...] Dans l'Antiquité, le terme d'hérésie renvoie à un schème idéologique emprunté principalement à la culture hellénophone. Dans la tradition grecque, le terme désigne un courant de pensée, rattaché de manière assez lâche aux écoles philosophiques, [...] telles l'Académie de Platon ou le Lycée d'Aristote - dans un sens positif. Dans la tradition judéenne, [...] le terme a été adopté pour l'appliquer aux courants internes du judaïsme, celui des pharisiens, des esséniens ou de sadducéens par exemple - dans un sens neutre, même si le caractère péjoratif de la désignation comme hérésie pointe souvent dans les textes. Dans la tradition chrétienne, le terme a encore cette valeur dans les Actes des Apôtres. Cependant Paul l'emploie déjà pour réprouver la formation de 'partis' dans les communautés chrétiennes. [...] Il faut attendre le milieu du IIe siècle pour qu'apparaisse un modèle plus ou moins commun destiné à justifier l'exclusion, sous le nom d'hérésies, de doctrines considérés comme perverses. [...] L'intervention de Justin de Néapolis, dans les années 150 environ, semble avoir été déterminante en la matière. [...] L'attitude du mouvement pharisien ou rabbinique, après les échecs des révoltes judéennes contre Rome entre 70 et 135, [...] a eu probablement sur ce point, comme sur d'autres d'ailleurs, une certaine influence.

"[...] James F. McCue, par exemple, a fait remarquer que le développement de la pensée valentinienne, loin de prouver que l'hétérodoxie serait majoritaire et autonome, suppose, au contraire, l'existence de l'orthodoxie. (J.F. McCue, Orthodoxy and Heresy: Walter Bauer and the Valentinians, dans Vigiliae christianae 33, 1979, p. 118-130.) (Simon Claude MIMOUNI, Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, Bayard, Italie 2018, p. 296-297; 303)

 

"L'entité christianisme a toujours été, dès la première attestation du terme (dans les lettres d'Ignace d'Antioche aux chrétiens de Magnésie et Philadelphie vers 115), une construction conceptuelle, servant notamment à tracer des frontières entre pratiques et croyances différentes, et à connoter positivement ou négativement, les ensembles de phénomènes ainsi délimités.

"[...] L'hébraïsme du temps présent, [...] devenait désormais l'héritier de l'opposition à Dieu toujours active en Israël, et donc une branche morte, abandonnée de Dieu et de sa bienveillance ou, plutôt, s'étant elle-même obstinément, coupablement, détachée de Lui." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 12 et 22.)

 

 
Les sectes gnostiques, auxquelles est affronté Irénée, s'accrochent comme autant de plantes parasites, au tronc de la grande Église. Cet ésotérisme de la gnose ne contribue pas peu à sa séduction qu'elle exerce sur bon nombre de contemporains d'Irénée. Aussi, la méthode d'Irénée, est-elle d'exposer l'hérésie, de produire au grand jour les doctrines soigneusement tenues secrètes jusque-là par les gnostiques (livre I). Non sans peine, il a mis la main sur les écrits secrets que les gnostiques font circuler sous le manteau. Et, ensuite, il montre la fausseté des doctrines démasquées: ce sera la réfutation (livre II). Celle-ci se déploie en reprenant les points essentiels des doctrines exposées dans le livre I, Irénée les passe au crible d'une critique sévère, qui met en lumière leurs innombrables contradictions, extravagances et incohérences, bref, en relevant tout ce qui, en elles-mêmes, et indépendamment de toute règle de vérité, suffirait à les rendre inacceptables aux yeux d'un homme qui réfléchit. Irénée achève sa réfutation en l'élargissant et en la couronnant par une "démonstration", qui fera la matière des trois derniers livres : l'enseignement des apôtres (livre III); les paroles du Christ (Livre IV); les épitres pauliniennes et quelques faits précis particulièrement significatifs de la vie du Christ (livre V.) La démonstration réalisée sur le double clavier des Écritures fait surgir pour ainsi dire à chaque instant, de façon simultanée, à l'avant-plan des textes du Nouveau Testament, mais en les projetant sur l'arrière-plan des textes de l'Ancien, faisant ressortir l'accord profond des uns et des autres et reconstituant inlassablement l'unité des Testaments brisée par les Valentiniens et les Marcionites.
 
 
Les découvertes modernes, notamment celle de la bibliothèque gnostique copte de Nag Hammadi, ont confirmé de façon remarquable la valeur des renseignements que nous fournit Irénée sur le gnose du IIe siècle.
 
"La seconde moitié de ce IIe siècle voit certains théologiens (comme Irénée, et apologistes comme JustinNdlr.) penchant vers un projet de paix avec l'empire s'impliquer [...] dans l'élaboration de 'l'hérésie' comme un phénomène universel, provoqué par les puissances du mal dans le cadre de leur lutte contre Dieu au cours de l'histoire du monde ; et l'on range sous l'étiquette d''hérésie' des groupes et des modèles peu ou pas compatibles avec ce projet de prise de responsabilité chrétienne vis-à-vis du monde et de ses institutions.
"[...] C'est Irénée, évêque de Lyon, qui a posé les bases du modèle qui devait prévaloir dans le christianisme, dans son ouvrage Contre les hérésies, terminé vers 190. [...] Il connaît le Traité (perdu) contre toutes les hérésies de Justin, qu'il cite, et il en dépend [...] assez abondamment, encore qu'il ne soit pas possible de cerner très exactement tout ce qu'il en tire." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 23, et 369.)
  
 

Irénée dressa la liste de succession des évêques (papes) de Rome. 

Évoquant l'évangélisation des Gentils, S. Irénée explique :

"Celui qui reçut l'apostolat à destination des gentils peina plus que ceux qui prêchèrent le Fils de Dieu parmi les circoncis. Ceux-ci étaient secondés par les Écritures, que le Seigneur avait confirmées et accomplies en venant tel qu'il avait été annoncé. Là, en revanche, c'était un enseignement étranger, une doctrine nouvelle : non seulement les dieux des gentils ne sont pas des dieux, mais ils ne sont qu'idoles de démons ; il n'y a qu'un seul Dieu, qui est 'au-dessus de toute Principauté, Puissance et Seigneurie et de tout nom qui se nomme' ; son Verbe, invisible par nature, s'est fait palpable et visible parmi les hommes et est descendu 'jusqu'à la mort et la mort de la croix' ; ceux qui croient en lui deviendront incorruptibles et impassibles et auront part au royaume des cieux. Tout cela était prêché aux gentils par la simple parole, sans Écriture aucune : c'est pourquoi ceux qui prêchèrent aux gentils peinèrent davantage." (Contre les hérésies, Livre 4, Deuxième partie, 2.)

 

Cette évangélisation historique des gentils par la simple parole sans Écriture aucune, montre qu'il existe deux sources à la vérité : la tradition orale reçue des apôtres et les écrits évangéliques.

 

Irénée, premier défenseur des quatre évangiles et d'un premier canon biblique

 

Irénée est, en 170, une figure importante de la défense de seulement quatre évangiles. Et seuls quatre évangiles seront ultérieurement inscrits au canon du Nouveau Testament (canon de Muratori, IIIe siècle) : les évangiles selon Matthieu, selon Luc, selon Marc, et selon Jean. (Contre les hérésies, III, 11, 7-8). Ainsi Irénée est-il le premier écrivain chrétien connu à avoir fait la liste des quatre évangiles canoniques.

"Il connaît et reçoit les Actes des Apôtres, 13 épîtres de Paul, 1 Pierre, 1 et peut-être 2 Jean, l'Apocalypse de Jean." (Pierre MARAVAL, Simon Claude MIMOUNI, Le Christianisme, des Origines à Constantin, Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes, PUF, Clamecy 2018, p. 389.) 

 

Notons qu'aujourd'hui, les protestants qui contestent la tradition de l'Église catholique (ne craignant pas de se contredire) le font en se référant pour leur exégèse à un canon biblique fixé exclusivement par un évêque catholique au IIe siècle (S. Irénée de Lyon) qui spécifia l'accord nécessaire avec cette "Église de Rome" en raison de son origine plus excellente, et par l'Église catholique, elle-même, à la fin du même siècle (Canon de Muratori).

 

Jean-Christian PETITFILS, dans son ouvrage "Jésus, Le Jésus de l'Histoire" (Fayard, 2011, p. 25), citant des recherches récentes, date en effet le Canon de Muratori de la fin du IIe siècle : "Un document capital, le canon de Muratori, datant du IIe siècle après J.-C., comme semblent bien le montrer les dernières recherches."

 

Dans les notes p. 583, note 24, il précise : "Ce document daterait en réalité du IIe siècle. [...] Voir E. FERGUSON, 'Canon Muratori. Date and Provenance', Studia Patrisca, vol. 17,2, Oxford, 1982, p. 677-683; Philippe HENNE, 'La Datation du Canon de Muratori', Revue biblique, janv. 1993, p. 54-75 ; J. VERHEYDEN, 'The Canon Muratori. A Matter of Dispute', in J.M. AUWERS, J.J. DEJONGE, ed., The Biblical Canons, BETL, CLXIII, Leuven, 2003, p. 485-556."

 

Et "lorsque les groupes rejetés s'appuient sur les mêmes textes que ceux qui sont acceptés dans la 'Grande Église', Irénée ne juge légitimes que les interprétations fondées sur certains principes de base - par exemple la création du monde matériel par Dieu, Père de Jésus. Il déclare que c'est la succession des évêques (Ac 1,20, 2 Tm 2,2) qui est dépositaire et gardienne de ces principes. Car la succession des évêques [...] a reçu directement des apôtres, la 'règle de vérité'. Le message de Jésus n'est donc plus confié à la transmission orale, [...] mais à un nombre précis d'écrits dont l'interprétation est placée sous le contrôle des évêques. [...] À la fin du IIe siècle, le christianisme a donc désormais opéré une série de choix d'une immense portée, plus décisifs que ceux qu'il opéra lors des siècles suivants, et il s'est doté d'institutions capables de l'aider à surmonter les nombreuses difficultés qui l'attendent." (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 25-26.) 

 

Irénée, premier des Pères de l'Église à présenter la Vierge Marie comme la Nouvelle Ève 

 

"Irénée, disciple de Polycarpe qui fut lui-même familier de Jean, est le premier des Pères de l'Église d'Orient et d'Occident à nous présenter la Vierge Marie comme celle qui, par son obéissance est devenue la Nouvelle Ève, avocate de l'ancienne et mère des nouveaux vivants." (Cardinal Decourtray, Préface dans Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, Sagesses chrétiennes, Cerf, Paris 2007, p. 6.)

 
"Presque toutes les idées qu'il a défendues sont devenues des dogmes et lois dans l'Église catholique. Elle peut se réclamer de lui comme d'un de ses principaux fondateurs." (Camille JULLIAN, La Gaule dans l'Empire romain, Editions du Trident, Paris 2013, p. 73.)
 
 
L'unité de Dieu, Créateur et Père
 

Voici comment vous reconnaîtrez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui proclame que Jésus Christ est venu dans la chair, celui-là est de Dieu.

Tout esprit qui refuse de proclamer Jésus, celui-là n’est pas de Dieu : c’est l’esprit de l’anti-Christ.

1 Jn 4,2-3

Le blasphème fondamental contre le Dieu Créateur est avant tout le blasphème de Cerdon et de Marcion, son disciple. Cerdon, qui résida à Rome sous le pape Hygin (qui condamna sa doctrine et l'exclut de la communauté), "enseigna que le Dieu donné par la Loi et les prophètes n'est pas le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ : car le Père a été connu et le second est inconnaissable, l'un est juste et l'autre est bon."
 
 
La doctrine de la division en "deux dieux" - le Dieu de l'Ancien Testament et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ - vient donc de Cerdon, qui lui-même provenait d'un groupe de Simoniens (on connaît l'insistance d'Irénée à faire remonter toutes les sectes gnostiques à Simon le Mage.)
 
 
Irénée dénonce ceux qui "fabriquent des dieux multiples", "blasphèment leur Créateur", "s'imaginent avoir trouvé au-dessus de lui un autre Dieu" et "méprisent Dieu, le tenant pour minime parce que, dans son amour et sa surabondante bonté, il est venu en la connaissance des hommes."
 
 
Quand, en 202, après la publication d'un édit de persécution par Septime Sévère, les horreurs de la persécution éclatèrent encore, l'Église de Lyon, toujours en vue, était prête à subir le choc. Irénée, plus que jamais, ranima la foi de ses enfants et leur montra le Ciel. Il fut au nombre des premières victimes; c'était la juste récompense due à ses longs travaux. Nous ignorons la date et les circonstances de sa mort.
 
Parmi tous les éloges que lui ont donnés les Saints, citons les titres glorieux de Zélateur du Nouveau Testament, Flambeau de la foi, homme versé dans toutes les sciences.
 
Ses reliques sont conservées dans l'église Saint-Irénée auprès d'autres martyrs de Lyon, malgré le sac de l'église par les protestants du baron des Adrets en 1562.
 
Ce fut Érasme qui publia l'édition princeps de l'Adversus haereses en 1526 à Bâle.
 
Le concile Vatican II a donné à Irénée toute sa place dans la pensée théologique de l'Église et le propose à l'Église universelle comme modèle de grand évêque.
 
Le 21 janvier 2021,le pape François l'a déclaré Docteur de l'Église, avec le titre de "Doctor unitatis" (Docteur de l'unité).
 
 
S. Irénée, vitrail, Lucien Bégule (église Saint-Irénée de Lyon)

 

Sources : (1), (2), (3) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 178, (4) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 517-523.
Partager cet article
Repost0
27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 08:00
Notre-Dame du Perpétuel Secours

L'icône est traditionnellement attribuée à Saint Luc. Découvrant l'oeuvre achevée, la Vierge Marie aurait dit à Saint Luc : "Mon aide accompagnera toujours cette image".
De style byzantin, peinte sur bois et à fond d'or, l'image de Notre-Dame du Perpétuel-Secours mesure environ 50 centimètres de haut. La Vierge y apparaît avec son divin Enfant; sur leurs fronts brille une auréole d'or. Deux anges, l'un à droite et l'autre à gauche, présentent les instruments de la Passion à l'Enfant-Jésus effrayé, tandis que la Sainte Vierge regarde la scène pathétique avec une douleur calme et résignée.
Au IIeme siècle à Rome, la villa du Pape Saint Clet, deuxième successeur de Pierre, sert de "domus ecclesiae" (église domestique) à la chrétienté de Rome soumise à persécutions. Au IVeme
siècle, les Basiliques Sainte Marie Majeure et Saint Jean de Latran seront construites de part et d'autre de ce lieu primitif.
Du 22 juin au 31 juillet 431, autour de Saint Cyrille d'Alexandrie (fête le 27 juin), le Concile d'Éphèse professe les deux natures humaine et divine de l'unique personne divine qu'est JÉSUS en affirmant de Marie qu'elle est la "Théotokos" (Mère de DIEU). Le chant qui accompagne le Concile est le "Sub tuum praesidium" (Sous l'abri de ta miséricorde).
En 444, une icône réputée miraculeuse venant de Jérusalem et représentant la Mère de DIEU est offerte à l'empereur romain Théodose II. Dès 451, à Constantinople, capitale de l'Empire d'Orient, sa soeur Sainte Pulchérie fait construire une église pour la proposer à la vénération des fidèles. L'icône est l'objet d'une procession hebdomadaire qui obtient guérisons et nombreuses grâces.
Au rythme des miracles dont elle s'entoure, cette icône est abondamment copiée. Notamment par le moine Lazare au IXeme siècle, qui aurait ajouté les deux Archanges Michel et Gabriel présentant au CHRIST les instruments de la Passion. Celui-ci devait offrir son oeuvre au Pape Nicolas 1er, mais mourut en Crète avant d'atteindre Rome.
Après avoir été longtemps vénérée en Crète, des habitants de cette île qui fuyaient une invasion turque à la fin du XIVe siècle, apportèrent l'image de Notre-Dame du Perpétuel-Secours à Rome. A l'invocation de Marie, sous le titre de Notre-Dame du Perpétuel-Secours, le navire qui transportait Sa sainte image fut sauvé d'une terrible tempête.  Le 27 mars 1499, après avoir parcouru triomphalement les rues de la ville éternelle, précédé du clergé de Rome et suivi du peuple, le portrait de la Vierge du Perpétuel-Secours fut placé au-dessus du maître-autel de l'église St-Matthieu, près de Ste-Marie-Majeure.
En
1453, la chute de l'Empire romain byzantin voit la destruction par le feu de l'église où l'icône vénérée semble définitivement perdue. Certains parlent de janissaires furieux qui l'auraient fendue en quatre à coups de cimeterre.
En
1496, un marchand génois en route pour Rome dérobe en Crète une copie de l'icône miraculeuse. C'est à l'icône que les marins attribuent d'avoir réchappé au naufrage, mais le voleur rend l'âme après avoir confié à un ami de la déposer dans une église de Rome. Par trois fois, la Vierge apparut à cet ami pour exiger que l'icône soit placée dans un sanctuaire entre Sainte Marie Majeure et Saint Jean de Latran. Après la mort de cet homme, elle se montre à sa fille pour obtenir de la veuve qu'elle confie l'icône aux Frères Augustins responsable de l'église Saint Matthieu, bâtie à l'emplacement de l'ancien oratoire du Pape Saint Clet.
Le 27 mars 1499, lors de la procession d'intronisation, une femme paralysée d'un bras fut miraculeusement guérie au contact de l'icône. A Rome, en l'église Saint Matthieu, Notre-Dame du Perpétuel Secours est vénérée jusqu'à la destruction de l'église en 1798 par l'armée de Bonaparte, futur Napoléon 1er. Un des religieux Augustins qui desservaient ce sanctuaire eut le temps de soustraire secrètement la Madone miraculeuse et plaça l'icône dans la chapelle du Monastère Sainte Marie in Posturela Il la cacha avec tant de soin, que pendant soixante ans, on se demanda ce qu'était devenue la célèbre peinture. Vers 1840, un vieux frère augustin, le Père Orsetti, confia à son jeune servant de messe, Michèle Marchi, que cette icône avait été grandement vénérée sous le vocable de Notre Dame du Perpétuel Secours. Dieu permit qu'un concours de circonstances providentielles fît redécouvrir l'image vénérée.
En 1865, afin de rendre la pieuse représentation aux mêmes lieux où on l'avait priée jadis, Pie IX ordonna de la rapporter sur l'Esquilin, dans l'église St-Alphonse-de-Liguori bâtie dans l'enceinte où se trouvait autrefois l'église St-Matthieu. Le 26 avril 1866, les Rédemptoristes intronisèrent solennellement Notre-Dame du Perpétuel-Secours en leur chapelle. Depuis ce temps, grâce au zèle des fils de saint Alphonse et aux innombrables miracles obtenus dans leur pieux sanctuaire, la dévotion à Notre-Dame du Perpétuel-Secours a pris un essor extraordinaire.
Le 23 juin 1867, afin de reconnaître et de perpétuer le souvenir de ces précieuses faveurs, le vénérable Chapitre du Vatican couronna la sainte image avec grande pompe.  En 1876, le pape Pie IX érigea une Archiconfrérie dans l'église St-Alphonse, sous le vocable de Notre-Dame du Perpétuel-Secours. Aujourd'hui, la Sainte Vierge est invoquée sous ce vocable dans la plupart des églises d'Occident.

Notre-Dame du Perpétuel Secours

Sources


- Abbé L. Jaud, édition 1950, p. 463-464 -- F.E.C. Edition 1932, p. 483 Les saints du jour
- Paroisse Notre-Dame du Perpétuel Secours, Paris, Les données de l'histoire
-
Images de Notre-Dame du Perpétuel Secours
-
Séisme des Abruzzes: une statue de la Vierge miraculeusement intacte

Partager cet article
Repost0
27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 00:00
Saint Ferdinand d'Aragon, représenté avec ses attributs d'évêque, fresque du xve siècle, basilique Sainte-Marie de Culbuteria d'Alvignano

Saint Ferdinand d'Aragon, représenté avec ses attributs d'évêque, fresque du xve siècle, basilique Sainte-Marie de Culbuteria d'Alvignano

Saint Ferdinand de Cajazzo, appelé aussi Ferdinand d'Aragon, bénédictin, est un bienheureux, membre de la famille royale d'Aragon qui a été le cinquième évêque de Caiazzo en Campanie (Italie) au XIe siècle. (1)

Il est fêté comme saint de l'Église catholique le 27 juin, plus particulièrement à Alvignano (Campanie).

Fernand est également vénéré à Cornello en Sicile (Bénédictins). (2)


 

Sources : 12

Partager cet article
Repost0
26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 15:47

La France pittoresque présente "Révolution française. Histoire d'une conspiration contre le peuple" (Fénelon Gibon) :

[Entre crochets et en orange nos observations. NdCr.]

 

"Rien n'est aussi triste pour de bons Français que l'histoire de la Révolution, car elle est celle du suicide de la Patrie. Mais rien n'est aussi salutaire, car il faut connaître le mal pour le guérir", assure l'historien Gustave Gautherot.

 

Aux yeux des Français d'aujourd'hui, observe Fénelon Gibon (1850-1926), Secrétaire de la Société générale d'éducation et d'enseignement. notre pays avant 1789, "n'était qu'un sombre cloaque où de nombreuses larves, nos ancêtres, se débattaient dans l'abrutissement et la misère. Pour eux, l'histoire de France n'est que l'histoire des événements qui ont, leur semble-t-il, préparé ou annoncé la Révolution. [Dans l'idéologie progressiste des Lumières, le passé, en plus d'être falsifié, est systématiquement noirci.] La Révolution constitue elle-même l'événement unique, attendu depuis des siècles, le centre de l'histoire de la France et du monde. Tout ce qui l'a précédé, institutions politiques, sociales, militaires, religieuses, victoires, fondations, conquêtes est condamnable ou méprisable."

 

Or, pour répandue qu'elle soit, cette mentalité est pourtant diamétralement contraire à la vérité historique. En des siècles de progrès continue, la France de Hugues Capet était incontestablement devenue la première nation du monde. Comment dès lors, expliquer qu'aux réformes certes nécessaires et par ailleurs déjà entamées à la fin du XVIIIe siècle, on ait préféré substituer une Révolution faisant "table rase" du passé?

 

En quoi la Révolution "par le peuple et pour le peuple" est une imposture

 

Brossant dans son ouvrage paru originellement en 1929 sous le titre 'Petite Histoire de la Révolution française', un portrait sans phare de la période révolutionnaire proprement dite (1789-1799), Fénelon Gibon consacre également plusieurs chapitres aux racines anciennes et profondes d'un bouleversement que l'histoire officielle présente comme spontané, populaire et ne débutant qu'en 1789...

 

"Il souligne ainsi que la France d'Ancien Régime fut, contrairement à une idée reçue un gouvernement d'opinion publique, que la famille opposait alors un rempart infranchissable au despotisme de l'État. Il nous révèle quels furent les creusets les plus actifs de l'esprit révolutionnaire tout au long du XVIIIe siècle, recense les principes affichés de 1789 et nous explique comment, sous couvert de 'libéralisme' et sous le prétexte qu'il fallait suivre son siècle, on assimila ces principes à des conquêtes, lesquelles justifièrent de passer l'éponge sur le sang répandu. Il dénonce l'imposture des 'cahiers de doléance' qui loin de refléter l'opinion réelle du peuple français de l'époque ne sont que le produit artificiel des menées des philosophes des Lumières. Il effectue le décompte macabre des victimes de la Révolution en majorité issues du peuple, périssant sous la guillotine ou dans la 'Baignoire nationale'. [Les "décapitations [...] concernent pour 28% des paysans, pour 31% des artisans et des ouvriers, sans doute pour plus de 20% des marchands ... 8 à 9% des nobles, pour 6 à 7% des membres du clergé..." Près de 80% des victimes de la Révolution étaient des petites gens. (René Sédillot, Le Coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 24.)]

 

Il montre que la Terreur ne fut pas seulement le règne de la cruauté mais aussi celui de la lâcheté et explique comment le Directoire, époque de conspiration et de scandale, parvint à se maintenir par les plus odieux attentats, cassant notamment toutes les 'élections' ne lui étant pas favorables.

 

"Il est de mode, écrit Fénelon Gibon de se réclamer des grands mots de 'souveraineté nationale', de 'démocratie' qui étymologiquement est le règne du peuple. Or, ce gouvernement direct qu'instituèrent les Pères de la Révolution s'inspira d'une toute autre volonté que celle de la majorité des Français égarés par la piperie du mot." [En 1792, la 'Convention' est 'élue' avec 15% de participation, 85% d'abstention, ce qui n'a pas empêché les Révolutionnaires d'abolir illégalement la royauté bi-millénaire et de proclamer la 'république' au nom du 'peuple'... Source : François FURET, préface in Patrice GUENIFFEY, Le Nombre et la Raison, La Révolution française et les élections, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, Paris 1993.] C'est cette volonté et la brutalité perverse avec laquelle elle fut imposée, pour ne pas dire infligée au peuple, que cet ouvrage vous invite à sonder en suivant pas à pas le fil chronologique de l'intrigue révolutionnaire. S'abreuvant aux sources historiques les plus rigoureuses et notamment les travaux d'exhumations d'archives menés par Émile Keller, Gustave Gautherot, Louis Madelin, Hippolyte Taine, Frantz Funck-Brentano, Fénelon Gibon le déroule avec succès et montre que la Révolution, fruit d'une poignée de conspirateurs admirablement organisés, agissant tant avant qu'après la "prise" de la Bastille, au détriment de l'intérêt général, ne s'est pas seulement faite sans le peuple mais contre lui."

Fénelon Gibon : Révolution française. Histoire d'une conspiration contre le peuple
Partager cet article
Repost0
26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 00:00
Saint Anthelme de Chignin († 1178)

Saint Anthelme naquit au château de Chignin en Savoie non loin de Chambéry.

Encore jeune, il cumula les dignités ecclésiastiques à Genève et à Belley; Il préféra la solitude de la prière avec le Christ à la vie mondaine et chasseresse des grands seigneurs. Il reconstruisit la Grande-Chartreuse qu'une avalanche avait détruite et en devint le septième prieur. Ce fut lui qui fonda les premières chartreuses pour les femmes désireuses de mener une vie érémitique. Comme il avait dû punir deux de ses moines qui le méritaient, ceux-ci firent appel au pape Alexandre III, qui d'abord les soutint. Pour que règne la paix, saint Anthelme donna sa démission et rentra joyeusement dans le rang.

Le pape, mieux informé, revint sur sa décision, et le nomma évêque de Belley. Il s'était pareillement brouillé avec l'empereur Frédéric Barberousse pour avoir refusé Victor IV, un antipape de fabrication impériale. L'empereur se réconcilia avec saint Anthelme et l'éleva, lui et ses successeurs, à la dignité de prince-électeur du Saint Empire romain germanique. Il tenta en vain de servir de médiateur entre saint Thomas Beckett et le roi Henri II d'Angleterre.

Anthelme mourut le 26 juin 1178. Son culte est resté populaire à Belley.

Chateau et chapelle de Saint-Anthelme, en arrière-fond Chalue de Belledonne. Photos et cartes postales anciennes de Chignin (73800), Savoie, Rhône-Alpes et de la France en 1900.

 

                                               Intérieur de la chapelle de Saint Anthelme de Chignin

 

Nous savons peu de chose sur l’origine du château de Chignin. Guichenon et Albanis Beaumont pensent que le château fût bâti au début du VIIIe siècle soit entre 725 et 740. L’Europe était plongée dans la consternation et l’épouvante devant les hordes de barbares. Les sarrasins arrivaient dans les Alpes. Deux Princes Français, Charles Martel et Eudes d’Aquitaine, accablés par ces invasions et destructions réunirent leurs légions. Le 29 Octobre 732, les sarrasins furent taillés en pièces entre Poitiers et Tours. Après cette débâcle, les sarrasins se retirèrent sur les Alpes. Cette défaite les rendit furieux et ils mirent à mal tout ce qu’ils rencontrèrent sur leur passage. En arrivant en Tarentaise et en Maurienne les sarrasins s’y installèrent et fortifièrent les lieux. Pendant près de deux siècles ils occupèrent les hautes vallées savoyardes. Ce fut en 950 que Conrad, Roi de Bourgogne, leur tendit un piège près d’Argentine en Maurienne. Les savoyards ne restèrent pas inactifs en voyant les invasions périodiques et construisirent des châteaux, des tours, et des camps où la population pouvait venir s’y retrancher en cas d’attaque.

  rm-pb-chignin-chateau--forteresse-st-anthelme.jpg                 Le Château St Anthelme.

 

               Paysage de Belledonne

 

              Panorama sur le massif de Belledonne depuis le Col de la Faîta

 

 

Sources: 12

Partager cet article
Repost0
25 juin 2022 6 25 /06 /juin /2022 00:00

Saint Prosper d'Aquitaine (+ 466) Saint Prosper naquit dans l'Aquitaine, au commencement du Ve siècle; nous le connaissons surtout par ses excellents ouvrages, car ce savant homme semble avoir passé sa vie la plume à la main, dans les controverses contre les hérétiques.
 

Tout porte à croire que Prosper n'était ni évêque, ni même prêtre; mais comme il a passé sa vie à combattre les hérésies, à soutenir les vérités de la religion et éclaircir le grand et difficile mystère de la grâce, l'Église lui a donné place parmi ses Pères et ses Docteurs.

Il s'était évidemment appliqué à l'étude des belles-lettres et surtout à l'intelligence de la Sainte Écriture. Chez Prosper, à la science se joignait la vertu, et un auteur contemporain, faisant de lui les plus grands éloges, l'appelle homme saint et vénérable. Les semi-pélagiens, en particulier, eurent en lui l'un de leurs plus redoutables adversaires.

 

Son érudition et sa sainteté le rendirent célèbre dans toute l'Église, et saint Léon le Grand qui se connaissait en mérite, ne fut pas plutôt élevé au suprême pontificat, qu'il attira Prosper à Rome pour faire de lui son secrétaire et se servir de lui, comme saint Damase avait fait de saint Jérôme, pour répondre aux questions qui lui étaient adressées de tout l'univers chrétien. Plusieurs historiens croient même que le fond de l'admirable lettre de saint Léon sur l'Incarnation du Verbe est de la composition de saint Prosper, et que le grand Pape n'a fait qu'y mettre son style.


Le Saint n'était pas moins habile dans les sciences humaines que dans les sciences ecclésiastiques, surtout dans les mathématiques, l'astronomie et chronologie.

Partager cet article
Repost0
24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 00:00
Saint Jean le Baptiste, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

Saint Jean le Baptiste, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011.

Cousin de Jésus, né de Zacharie et Élisabeth, il est appelé "baptiste" car il baptisait dans le Jourdain pour préparer le baptême dans l'Esprit. Il annonçait la venue du Messie (l'Oint de Dieu). Jean est donc celui qui sera la précurseur du Christ, "la lumière du monde" - d'où le lien avec le solstice et le feu de joie.  

L'Église célèbre ordinairement la vie des Saints au jour de leur mort, qui est, à proprement parler, le jour de leur naissance à la vie éternelle. La Nativité de saint Jean-Baptiste a été exemptée de cette règle générale, parce qu'il fut sanctifié avant de naître, dans le sein de sa mère, par la présence de Jésus-Christ, dans la visite que fit la très Sainte Vierge à sainte Élisabeth.

La naissance de saint Jean-Baptiste fut une grande joie pour la terre, puisqu'elle lui annonçait l'approche de sa Rédemption. La puissance divine était intervenue d'une manière extraordinaire dans la naissance de quelques prophètes, de Samuel et de Jérémie, par exemple; mais elle éclata bien davantage dans celle du saint Précurseur, que la dignité de son ministère futur et le degré éminent de grâce et de sainteté auquel il était élevé rendaient, selon la parole de Jésus-Christ Lui-même, bien supérieur à tous les patriarches et à tous les prophètes.

Le Baptême du Christ par St Jean Baptiste

Le Baptême du Christ par St Jean Baptiste

Le message d'un Ange à Zacharie (archange Gabriel) pour lui annoncer la naissance de Jean-Baptiste, la maternité d'Élisabeth à un âge très avancé, le mutisme subit de Zacharie depuis l'annonce de l'Ange jusqu'à la Circoncision de l'enfant, et sa guérison miraculeuse, qui lui permit d'entonner le beau cantique Benedictus: tout est merveilleux dans l'apparition du Précurseur, qui allait montrer bientôt le Sauveur promis et attendu depuis quatre mille ans.

Saint Jean-Baptiste occupe dans l'histoire de l'humanité une place incomparable : il sert de trait d'union entre les deux mondes, il résume en lui tout l'Ancien Testament et prépare le Nouveau ; il ferme la mission des prophètes et ouvre celle des Apôtres.

 

Visite de Marie par Ghirlandaio

 

Jean mena une vie d'ascèse "caché dans le désert", se nourrissant frugalement de "sauterelles et de miel sauvage" (Matthieu III:4), et pratiquant le jeûne. En l'an 27, il s'installe sur les bords du Jourdain, où il commence à pratiquer le "baptême de repentir pour la rémission des péchés" par immersion dans l'eau, et prophétisé par Isaïe. Jean réunit autour de lui de nombreux disciples, leur annonçant la venue du Messie et leur dit: "Moi, je vous baptise avec de l'eau, pour vous amener à la repentance, mais vient celui plus fort que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu" (Matthieu III:11).

Selon l'Evangile de saint Matthieu (III, 13-17), Jésus vint voir Jean pour être baptisé. Jean lui dit : "C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi", et Jésus lui répondit : "Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste". Jean baptise donc Jésus et au sortir de l'eau tous virent l'Esprit Saint "descendre comme une colombe et venir sur lui", et une voix venue des cieux dit "Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré" (Luc III, 22; Matthieu III, 17).

 

Jean Baptiste demanda alors à ses disciples de suivre Jésus.

Saint Jean Baptiste prêchant devant Hérode Antipas

 

Selon Marc (VI, 14-29), Hérode, excédé par les critiques au sujet de son mariage avec Hérodiade, "la femme de Philippe, son frère" fit arrêter Jean et le fit lier en prison.

 

Hérodiade voulait faire tuer Jean mais Hérode Antipas le protégeait, car il le "connaissait pour un homme juste et saint" et "l'écoutait avec plaisir".
 

Cependant lors de la fête donnée pour son anniversaire, il dit à Salomé, la fille d'Hérodiade : "Demande-moi ce que tu voudras… ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume". Salomé demanda pour sa mère la tête de Jean Baptiste présentée sur un plateau. Hérode fort attristé, envoya cependant un garde décapiter Jean dans sa prison, placer sa tête sur un plateau et la présenter à Salomé, qui l'offrit à sa mère Hérodiade.

 

La Décollation de Saint Jean le Baptiste

La Décollation de Saint Jean le Baptiste

L’Église fête sa nativité, aussi bien en Orient qu'en Occident le 24 juin, au moment du solstice d'été. Le culte de saint Jean-Baptiste a toujours joui d'une immense popularité. Sa fête a été souvent célébrée par des feux de joie et il était de tradition que les jeunes gens sautent par-dessus les flammes. Les deux d'artifices en sont une réminiscence. On prêtait aussi des vertus magiques aux «herbes de la Saint-Jean» (millepertuis, armoise, fougère,...) cueillies ce jour avant le lever du soleil.

 

Parmi les nombreux rites qui sont associés à cette fête, certains semblent venir directement des anciennes grandes fêtes celtes du solstice d'été, lorsque cette nuit était réputée surnaturelle, et les feux cérémoniels.

Ces feux avaient à l'origine un but essentiellement agraire. Ils préservaient de la maladie, de la vermine et des incendies. Ils avaient aussi un pouvoir fécondant. Les brandons étaient promenés à travers les champs pour demander des récoltes abondantes.

Dans la version poitevine, une roue gainée de paille enflammée, dévalait une pente et fertilisait les champs traversés. Et les jeunes couples n'hésitaient pas non plus à sauter au-dessus du feu !

 

La Saint-Jean (ou Nativité de Saint Jean Baptiste) était une fête chômée en France avant le Concordat de 1801.

Sous la Révolution, les réjouissances de la Saint-Jean furent interdites.

Après 1905, l'anticléricalisme élimina peu à peu cette fête de nos contrées. 

Le dernier feu de la St Jean officiellement reconnu eut lieu à Nîmes le 23 juin 1905, suite à un arrêté du Maire, Gaston Crouzet (1900-1908) en date du 20 juin 1906 : "Considérant que les années précédentes les feux dits "de la St-Jean" ont causé des dégâts importants à des propriétés privées et que les citoyens de la commune de Nîmes ont eu à regretter plusieurs accidents occasionnés par l'explosion de fusées, pétards, serpenteaux, etc.., qu'on a l'habitude de tirer les jours de réjouissances populaires ; Qu'il est indispensable de prévenir le retour de semblables faits de nature à porter préjudice grave aux biens des personnes, à troubler la tranquillité publique et à compromettre la sécurité des citoyens. Article premier. Les feux dits "de la St-Jean" sont expressément défendus dans la commune de Nîmes" (Extrait de l'Histoire de la ville de Nîmes. Léon Ménard, 1636-1755 - livre XXIV, page 227).

 

Dans certaines communes françaises, la fête survit. Au début du XXe siècle déjà, il n'y a plus guère de feux de la Saint-Jean qu'en Bretagne, en Vendée, et dans quelques cantons du Midi. A Bordeaux, on en allume alors encore sur les places publiques de certains quartiers populaires. Tel apporte un fagot, tel une vieille futaille hors d'usage, tel une caisse ou un panier défoncé. Des rondes se forment, les enfants tirent des pétards, les femmes fredonnent une chanson, quelquefois un ménétrier mène le branle. Bordeaux est vraisemblablement avec Brest la seule grande ville de France qui ait à cette époque conservé l'usage des feux de la Saint-Jean. Encore, à Brest, les bûchers sont-ils remplacés par des torches promenées sur les glacis, qu'on lance en l'air et qui retombent en secouant une poussière lumineuse.

Un bûcher de bois d'une dizaine de mètres de haut est construit pour être brûlé le soir de la fête, notamment dans le sud de l'Alsace, dans les communes de la vallée de la Thur et du pays de Thann, avec le célèbre bûcher de la région qu'est celui de Bourbach-le-Bas avec 18 mètres de haut. En Alsace le bûcher est appelé un fackel. Dans les Vosges, ainsi que dans le Sud de Meurthe-et-Moselle, cette construction est appelée une chavande.  

À Sierck-les-Bains, en Lorraine, les lumières de la ville s'éteignent à la nuit tombée et l'on fait descendre le long d'une colline une roue de feu qui termine sa course dans la Moselle. Cette tradition remonte au moins à une cinquantaine d'années, et les spectateurs sont chaque année au rendez-vous.

Dans les Pyrénées, et particulièrement en Comminges, le feu de la Saint-Jean s'appelle le brandon. Il est constitué par un tronc de conifère préparé longtemps à l'avance : il est fendu longitudinalement, sur tout le pourtour, en plaçant dans les fentes des coins de bois. Finalement il a une forme de fuseau, il est dressé et on y met le feu.

Le bûcher de la Saint-Jean se pratiquait jadis à Paris, les autorités de la ville se chargeant de son organisation... Cette tradition a été abandonnée depuis très longtemps... On peut regretter qu'en 1982, le ministre de la Culture Jack Lang ait fixé au 21 juin la fête de la Musique. Le 24 juin eut permis de renouer avec ces traditions...

 

De nos jours, la pratique des feux de la Saint-Jean restée très vivace en Espagne, Portugal et Scandinavie tend à se développer à nouveau en France 

Au Québec, où subsistent maintes lois de l'Ancien Régime, la Saint-Jean est toujours une fête chômée. Saint Jean Baptiste est patron de nombreuses paroisses, de nombreuses confréries et des Canadiens français. La Saint-Jean est devenue, dès 1834, une occasion de célébration patriotique, à l'initiative de Ludger Duvernay, fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste. Depuis 1977, c'est officiellement la Fête nationale du Québec. Elle donne lieu à des concerts en plein air, à des agapes communautaires et à un défilé où les Québécois s'en donnent à coeur joie.

 

Lähikuva juhannuskokosta Mäntsälässä (Mäntsälä, Finland), Feu de la Saint-Jean (Finlande)

 

En France, en ce début XXI siècle, la fête de la Saint-Jean avec ses feux de joie est de retour dans une République "laïque" qui avait tenté d'en interdire les réjouissances. Dans les Pyrénées-Atlantiques, ces dernières années : "l'allumage des feux de la Saint-Jean sur plusieurs collines est désormais devenu une tradition souletine. Grâce à quelques associations locales, cette fête qui existe depuis huit ans sera organisée cette année le mercredi 23 juin" précise Sud-Ouest du 22 juin 2010.

 

Selon République des Pyrénées, juin 2010 en 2010, à Oloron Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), "la Pastorale samaritaine relance le feu de la Saint-Jean. Le premier feu de la Saint-Jean organisé par la Pastorale samaritaine avait rencontré un franc succès l'an dernier."... "Au départ, il s'agissait de créer un nouvel événement après la Pastorale de 2003 et le Mystère de Nadau (Noël) en 2004. « Nous avions toujours des sollicitations : quand est-ce que vous recommencez ? ». L'an dernier (en 2009), les organisateurs avaient presque été surpris par l'affluence au feu de la Saint-Jean, tradition remise au goût du jour par la Pastorale samaritaine." 

 

L'historien antique  Flavius Josèphe a évoqué Jean et son activité de baptiste, "pour la purification du corps, l'âme ayant été préalablement purifiée par la justice" (Antiquités judaïques XVII, 118-119 ; Histoire ecclésiastique, 11, 6 ; Dem. évang. IX, 5, 17)

 

Bien que Jean le Baptiste n'apparaisse dans aucun des Manuscrits de la mer Morte, pour certains critiques il pourrait un temps avoir appartenu au groupe des Esséniens, "pour le moins jusqu'à sa vocation (Lc 3,2)." Cet apparentement ne peut toutefois être ni récusé, ni confirmé (François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd Cerf, Paris, 2001, p. 213.).

 

L'Apparition du chef de Baptiste à Salomé, par Gustave Moreau

 

Décollation du Baptiste, Seconde moitié du XVe siècle, Stefano de Fedeli, Monza, cathédrale, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 510-511.

Décollation du Baptiste, Seconde moitié du XVe siècle, Stefano de Fedeli, Monza, cathédrale, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 510-511.

Graduel de la Messe de la Nativité de Saint Jean-Baptiste (24 juin)

SourcesRosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 510-511 ; Les saints du jour; Wikipedia ; herodote.net ; France pittoresque ; Dernières Nouvelles d'Alsace ;  Sud-Ouest ; La République des Pyrénées

Partager cet article
Repost0
24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 00:00
Solennité du Sacré-Coeur de Jésus
Le Christ révèle à sainte Marguerite-Marie, le 27 décembre 1673, à Paray le Monial (Saône-et-Loire): "Mon divin Coeur est si passionné d'amour pour les hommes, et pour toi en particulier que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen, et qu'il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre..."
 
Solennité du Sacré-Coeur de Jésus
En juin 1675, il s'adresse à elle en ces termes : 
"Voilà ce Coeur qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser et se consommer, pour leur témoigner son amour.
Je te demande que le premier vendredi d'après l'octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Coeur, en communiant ce jour là, et en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels.
Je te promets aussi que mon Coeur se dilatera, pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur, et qui procureront qu'il lui soit rendu.... 
 
Fait savoir au fils ainé de mon Sacré-Coeur (le roi Louis XIV) que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte enfance, de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par sa consécration à mon Coeur adorable. Mon Coeur veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis et de tous ceux de la sainte Eglise.
Mon Père veut se servir du roi pour l'exécution de son dessein, qui est la construction d'un édifice public où serait placé le tableau de mon Coeur pour y recevoir les hommages de toute la France". [Ndlr. Louis XIV ne fit jamais appliquer cette demande. Ni Louis XV ni Louis XVI...]
 
 
Il faudra attendre 1870 : la guerre éclate entre la France et l'Allemagne ; la défaite militaire française ne tarde pas, suivie de l'occupation d'une partie du pays par les troupes allemandes. Alexandre Legentil, député sous Louis-Philippe, et son beau-frère, Hubert Rohault de Fleury , font vœu de construire une église consacrée au Cœur du Christ, en réparation et pénitence pour les fautes commises par les Français : "Pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l'infinie miséricorde du Sacré-Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ le pardon de nos fautes, ainsi que les secours extraordinaires qui peuvent seuls délivrer le Souverain Pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France, nous promettons de contribuer à l'érection, à Paris, d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus." [Ce sera la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, dite du Voeu national, dont la construction fut décrétée par une loi d'"utilité publique" votée par l'Assemblée nationale de la IIIe République le 24 juillet 1873, par 382 voix sur 734 (Jacques Benoist, Le Sacré-Coeur de Montmartre de 1870 à nos jours, Les Editions ouvrières, 1992). La première pierre est posée le 16 juin 1875. L'intérieur de la nef sera inauguré en 1891, le campanile (clocher) ne sera terminé qu'en 1912. La basilique n'est achevée qu'en 1914 et consacrée en 1919, après la fin de la Première Guerre mondiale].  
     
Pendant la première guerre mondiale.
En 1917, la République a interdit la consécration individuelle des soldats au Sacré Cœur et le port du Sacré Cœur. 
 
 Mais les officiers sur le terrain laissaient circuler les images, fanions et drapeaux du Sacré-Coeur. Sujet tabou, aux archives souvent muettes..., aux détracteurs de tous bords dont les partis minimisent ou taisent les faits, l'histoire du Sacré-Coeur durant la Première Guerre mondiale constitue l'apothéose et la pérennité du Sacré-Coeur.
Plus de douze millions de drapeaux et fanions français ornés du Sacré Cœur de Jésus furent portés par les soldats et les régiments.  Les généraux français ne peuvent évoquer leurs convictions, même dans les communiqués, contrairement aux chefs étrangers. Le Kronprinz à Verdun appelle "l'aide de Dieu", le Gott mit uns, Pershing témoigne de la "confiance en Dieu". 
 
Le général Foch, commandant le 20° corps d'armée de Nancy, consacre malgré tout les armées françaises et alliées au Sacré-Coeur le 16 juillet 1918... Il sera vainqueur et l’armistice est signé le 11 novembre 1918 à 11 heures, en la fête de Saint-Martin, Apôtre des Gaules ! Il n’est pas inutile de savoir que "Martin" est un nom qui vient de "mars", Dieu Romain de la guerre.
(Source : Alain Denizot, Le Sacré-Coeur et la Grande Guerre, Nouvelles Editions Latines, Paris 1994, p. 135). Cf. Quelques précisions sur le Sacré-Coeur ("Faits de Loublande")
 
Dans une lettre aux pèlerins de Paray, en 1999, Jean Paul II "invite tous les fidèles à poursuivre avec piété leur dévotion au culte du Sacré-Coeur de Jésus, en l'adaptant à notre temps, pour qu'ils ne cessent d'accueillir ses insondables richesses, qu'ils y répondent avec joie en aimant Dieu et leurs frères, trouvant ainsi la paix, entrant dans une démarche de réconciliation et affermissant leur espérance de vivre un jour en plénitude auprès de Dieu, dans la compagnie de tous les saints."
 
On sait aujourd'hui - deux sources l'attestent  (celle du curé de Bonbon, l'abbé Paul Noyer, celle du P. Perroy le 17 novembre 1918) -, que Notre Seigneur a fait les douze promesses suivantes à sainte Marguerite Marie à Paray afin d’encourager la vraie dévotion au Sacré Cœur de Jésus qui est également la dévotion au Saint Sacrement.
Ces promesses sont octroyées sur ceux qui sont prêts à passer une heure avec Jésus dans le Saint Sacrement régulièrement. 
 1. Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires dans leur état.
 2. Je mettrai la paix dans leur famille.
 3. Je les consolerai dans toutes leurs peines.
 4. Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort.
 5. Je répandrai d’abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises.
 6. Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde.
 7. Les âmes tièdes deviendront ferventes.
 8. Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection.
 9. Je bénirai même les maisons où l’image de mon Cœur sera exposée et honorée.
 10. Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis.
 11. Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, et il n’en sera jamais effacé.
 12. Je te promets, dans l’excès de la miséricorde de mon Cœur, que mon amour tout puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, qu’ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir les sacrements, et que mon Cœur se rendra leur asile assuré à cette heure dernière.
 
Jesus-J-ai-Confiance-en-vous---Christ-misericordieux.jpg

L’histoire de  cette icône est liée à une vision du Christ Miséricordieux que sœur Faustine a eue le 22 février 1931. Au cours de cette vision, le Christ lui a commandé de peindre une image avec une inscription au bas :
« Jésus, j'ai confiance en Vous »

Partager cet article
Repost0
23 juin 2022 4 23 /06 /juin /2022 00:00
Sainte Audrey (Etheldrede), reine de Northumbrie, abbesse, fondatrice d'Ély († 679)

De son vrai nom Aethelthryth, elle était née dans un des royaumes anglais dont son père était le roi. Ayant choisi la virginité, elle la fit admettre au mari que ses parents lui avaient désigné. 

Lorsqu'elle devint veuve, elle fut obligée de se remarier à un jeune prince pour des raisons politiques. Celui-ci refusant la continence, elle s'enfuit sur les conseils de Saint Wilfried

Elle fonda en 673 le monastère double d'Ély et y finit sa vie de manière austère. La sœur, la nièce et la petite-nièce d'Etheldrède, princesses royales dont deux reines en veuvage (royaume de Mercie), prirent sa suite en tant qu'abbesses d'Ely. Ce monastère sera détruit lors de l'invasion danoise de 870.

Cathédrale d'Ely (Est-Anglie)

 

Partager cet article
Repost0
22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 00:00
Saint Alban, St Mary, Sledmere, East Riding of Yorkshire, England.

Saint Alban, St Mary, Sledmere, East Riding of Yorkshire, England.

Du temps de l'empereur Dioclétien, à Verulam en Grande Bretagne, vers 287, saint Alban, martyr. On rapporte que, soldat non encore baptisé, il avait recueilli dans sa maison un clerc qui lui donna les enseignements de la foi chrétienne. En changeant d’habit, il se livra lui-même à la place de son hôte, et pour ce motif, subit la flagellation, des tourments atroces et fut décapité. (Martyrologe Romain) (1)

Les Anglais voient en lui leur premier martyr. (2)

Vitrail montrant l'exécution de Saint Alban à la cathédrale de St Albans (Angleterre)

Vitrail montrant l'exécution de Saint Alban à la cathédrale de St Albans (Angleterre)

Une mémoire sur le lieu de l'exécution et des reliques de S. Alban existent au milieu du IVe siècle (peut-être plus tôt); Bède mentionne une église et Gildas un sanctuaire. L'évêque Germain d'Auxerre l'a visité en 429. Le style de la structure primitive est inconnu; le chroniqueur du XIIIe siècle Matthew Paris a affirmé que les Saxons ont détruit le bâtiment en 586. Une grande partie de la dimension de la structure actuelle de la cathédrale St Alban datent du premier abbé normand, Paul de Caen (1077-1093). L'abbaye monastique a été achevée en 1089, mais pas consacrée jusqu'au jour des Saints Innocents, le 28 décembre 1115 par l'Archevêque de Rouen. Le Roi Henri Ier Beauclerc était présent tout comme de nombreux évêques et la noblesse.

Cathédrale St Alban, Hertfordshire (Angleterre)

Cathédrale St Alban, Hertfordshire (Angleterre)

Sources: (1); (2); (3); (4) Wikipedia anglais

Partager cet article
Repost0
21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 00:00
Saint Rodolphe (ou Raoul), évêque de Bourges († 866)

À Bourges, en 866, saint Raoul, évêque. Soucieux de la vie de ses prêtres, et de réformer tous les abus qu'il avait constatés dans son diocèse, il prit soin de composer avec eux une Institution pastorale recueillant en quarante-cinq chapitres des sentences des Pères et des canons conciliaires.(1) Ce recueil servit jusqu'au XXe siècle à la formation du clergé.

Cette remarquable Instruction pastorale invitait à la Messe quotidienne et il recommandait aux bons chrétiens de communier tous les jours, ce qui était une innovation à son époque.(2)

Diplomate avisé, Rodolphe aida à régler des problèmes politiques difficiles. Il mérita d'être surnommé père de la Patrie. Ainsi en 845, il participa aux négociations entre Charles le Chauve et Pépin II d'Aquitaine qui eurent lieu à l'Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire dont il est l' abbé de ce monastère jusqu'en 859.(3)

Il meurt à Bourges le 21 juin 866.

Mgr Raoul fonda plusieurs monastères, dont l'abbaye de Dèvres (ou Deuvre) où il transféra les reliques de sainte Perpétue de Rome, l'abbaye Saint-Pierre de Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze), ou encore l'abbaye de Végennes.

Son influence spirituelle est attestée par le Pape Nicolas Ier, qui lui donna le titre de patriarche des Aquitaines et de la Narbonnaise.(4)

 

Sources: (1), (2), (3), (4)

 

Partager cet article
Repost0
21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 00:00
Saint Joseph Isabel Flores, prêtre mexicain et martyr († 1927)

Martyrologe Romain : À Zapotlanejo au Mexique, en 1927, saint Joseph Isabel Flores (1865 - † 1927), prêtre et martyr. Arrêté durant la grande persécution mexicaine, on lui promit la liberté s’il souscrivait aux lois anticléricales. Sur son refus, il fut fusillé. [1]

 

Saint Joseph Isabel Flores fut canonisé par Jean-Paul II le 21 mai 2000 avec Cristobal Magallanes Jara. [2]

 

Date de la fête : 21 juin.

St Joseph Isabel Flores Varela avec la palme du martyre, symbole de la victoire

St Joseph Isabel Flores Varela avec la palme du martyre, symbole de la victoire

Partager cet article
Repost0
20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 00:00

Saint-Silvere-pape-et-martyr--536-537-.jpgSilvère succéda au Pape Agapet, l'an 536, à une époque fort difficile, où l'Église était troublée par les intrigues et les hérésies.

L'impératrice de Constantinople, Théodora, femme de l'empereur Justinien, ayant voulu obtenir de lui le rétablissement, sur le siège patriarcal de cette ville, d'un hérétique, Anthime, de la secte des acéphales (qui ne reconnaît pas de chef) déposé par le Pape son prédécesseur, Silvère lui déclara qu'il ne le pouvait pas. Ce fut contre lui le signal de la persécution ; Théodora le fit saisir, dépouiller de ses ornements pontificaux et revêtir d'un habit monastique, et un antipape, nommé Vigile, fut proclamé à sa place.

Silvère, envoyé en exil à Patare, en Lycie (Asie mineure, Turquie actuelle), fut sans doute attristé de la grave situation de l'Église ; mais, d'autre part, il eut une joie extrême de souffrir pour la défense de la foi, et il semblait personnellement aussi heureux dans les épreuves de l'exil que dans les gloires du pontificat.

L'évêque de Patare le reçut d'une manière fort honorable et prit hardiment sa défense à la cour de Constantinople ; il menaça le faible empereur Justinien des jugements de Dieu, s'il ne réparait le scandale : "Il y a plusieurs rois dans le monde, lui dit-il, mais il n'y a qu'un Pape dans l'univers." Ces paroles, dans la bouche d'un évêque d'Orient, montrent bien que la suprématie du siège de Rome était reconnue partout.

Justinien, trompé jusqu'alors, se rendit aux observations de l'évêque, et peu après, malgré l'impératrice, Silvère revint en Italie ; mais bientôt de nouvelles intrigues le conduisirent dans l'île déserte de Pontia, où il subit un second exil plus rigoureux que le premier.

Au bout d'un an environ, ce bon Pape mourut de faim et des autres misères de l'exil, le 20 juin 538.

 PalmarolaD'après une légende des îles Ponza, des pêcheurs furent pris dans une tempête au large de Palmarola, et ils implorèrent l'aide du pape Silvère. Une apparition de celui-ci les attira vers Palmarola (archipel des Îles Pontines dans la mer tyrrhénienne) où ils accostèrent sains et saufs. Ce miracle fit de lui un saint.

Il ne fut jamais béatifié ou canonisé, mais simplement proclamé saint par le peuple. La première mention de son nom dans la liste des saints remonte au XIe siècle.

 

PRATIQUE. Faites du bien à ceux qui vous veulent du mal.

Sources:

1; 23; Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p, 171.

Partager cet article
Repost0
19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 00:00
La Fête-Dieu ou Solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

"La veille de sa Passion, au cours de la Cène pascale, le Seigneur prit le pain entre ses mains, et, ayant prononcé la bénédiction, le rompit et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps ». Puis, prenant la coupe, il rendit grâces, la leur donna, et ils en burent tous. Et il dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu pour une multitude » (Mc 14, 22-24). Toute l'histoire de Dieu avec les hommes est résumée dans ces paroles. Ce n'est pas seulement le passé qui est réuni et interprété, mais l'avenir également qui est anticipé : la venue du Royaume de Dieu dans le monde.

On fait une procession solennelle le jour de la Fête-Dieu pour sanctifier et bénir, par la présence de Jésus-Christ, les rues et les maisons de nos villes et de nos villages." (Extraits de l’homélie de Benoît XVI, Parvis de la basilique Saint-Jean-de-Latran, Jeudi 15 juin 2006) (1)

Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) prépara la liturgie de cette fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, notamment par la création du Lauda Sion Salvatorem et de Pange Lingua Gloriosi permettant aux fidèles une catéchèse simple et belle sur la Présence Réelle. Pange Lingua Gloriosi est l'hymne eucharistique par excellence de l'Église catholique, même s'il faut préciser qu'elle appartient aussi à la tradition orthodoxe, le premier vers de cette pièce reprenant celui de l'hymne de Fortunat (VIe siècle) composé avant le schisme de 1054.

 

L'hymne Pange lingua gloriosi est chantée le Jeudi saint lors de la translation du Saint-Sacrement au reposoir. La dernière séquence Tantum ergo est chantée à tous les saluts du Saint-Sacrement. L'hymne atteste la croyance très ancienne en la présence réelle du corps et du sang du Christ dans les espèces consacrées.

Texte original :
Pange lingua gloriosi
Corporis mysterium,
Sanguinisque pretiosi,
Quem in mundi pretium
Fructus ventris generosi,
Rex effudit gentium.

Nobis datus, nobis natus
Ex intacta Virgine
Et in mundo conversatus,
Sparso verbi semine,
Sui moras incolatus
Miro clausit ordine.  

In supremae nocte cenae
Recum bens cum fratribus,
Observata lege plene
Cibis in legalibus,
Cibum turbae duodenae
Se dat suis manibus.

Verbum caro, panem verum
Verbo carnem efficit:
Fitque sanguis Christi merum,
Et si sensus deficit,
Ad firmandum cor sincerum
Sola fides sufficit.  

Tantum ergo Sacramentum
Veneremur cernui,
Et antiquum documentum
Novo cedat ritui;
Praestet fides supplementum
Sensuum defectui.  

Genitori, Genitoque
Laus et iubilatio,
Salus, honor, virtus quoque
Sit et benedictio:
Procedenti ab utroque
Compar sit laudatio. Amen.  

P. Panem de coelo praestitisti eis. (T.P. Alleluia)
R. Omne delectamentum in se habentem. (T.P. Alleluia)  

Oremus: Deus, qui nobis sub sacramento mirabili, passionis tu? memoriam   reliquisti: tribue, quaesumus, ita nos corporis et sanguinis tui sacra   mysteria venerari, ut redemptionis tu? fructum in nobis iugiter sentiamus.
Qui vivis   et regnas in saecula saeculorum. Amen.

Traduction en français :
Chante, ô ma langue, le mystère
De ce corps très glorieux
Et de ce sang si précieux
Que le Roi de nations
Issu d'une noble lignée
Versa pour le prix de ce monde

Fils d'une mère toujours vierge
Né pour nous, à nous donné,
Et dans ce monde ayant vécu,
Verbe en semence semé,
Il conclut son temps d'ici-bas
Par une action incomparable :

La nuit de la dernière Cène,
À table avec ses amis,
Ayant pleinement observé
La Pâque selon la loi,
De ses propres mains il s'offrit
En nourriture aux douze Apôtres.

Le Verbe fait chair, par son verbe,  
Fait de sa chair le vrai pain ;
Le sang du Christ devient boisson ;
Nos sens étant limités,
C'est la foi seule qui suffit
Pour affermir les cœurs sincères.

Il est si grand, ce sacrement !  
Adorons-le, prosternés.
Que s'effacent les anciens rites
Devant le culte nouveau !
Que la foi vienne suppléer
Aux faiblesses de nos sens !

Au Père et au Fils qu'il engendre
Louange et joie débordante,
Salut, honneur, toute-puissance
Et toujours bénédiction !
À l'Esprit qui des deux procède soit rendue même louange. Amen.

P. Vous leur avez donné un pain   descendu du ciel, (T.P. Allélulia)
R. Un pain délicieux, (T.P. Alléluia).

Oraison. Seigneur Jésus Christ,   dans cet admirable sacrement tu nous as laissé le mémorial de ta passion ;   donne-nous de vénérer d'un si grand amour les mystères de ton corps et de ton   sang, que nous puissions recueillir sans cesse le fruit de la rédemption.
Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen.

 

Nous devons l'origine de la « Fête-Dieu » ou « Fête du Saint sacrement du corps et du sang du Christ » à une révélation faite à sœur Julienne du Mont Cornillon vers l'an 1210. Cette révélation demandait l'institution d'une fête annuelle en l'honneur du Saint Sacrement de l'autel. Malgré une vive persécution contre sœur Julienne et ceux qui souhaitaient que cette fête se répande, le diocèse de Liège l'institua vers l'an 1245 puis l'Église universelle ajouta cette fête au calendrier liturgique par le pape Urbain IV qui la rendit obligatoire pour l'Église entière en 1264.

 

En 1318, Jean XXII ordonna de compléter la fête par une procession solennelle où le très Saint Sacrement serait porté en triomphe.

 

Les processions du Saint Sacrement s'inspirent de 1 Roi 8, lorsque Salomon fit transporter l'Arche au Temple. Dès 675, on fit une procession du Saint Sacrement du Tabernacle. Ces processions du tabernacle étaient courantes et avaient lieu le dimanche ou pendant le Tridium au XIème siècle.
« Si quelqu'un dit que, dans le Saint Sacrement de l'Eucharistie, le Christ, Fils de Dieu, ne doit pas être adoré d'un culte de latrie, même extérieur et que, en conséquence, il ne doit pas être vénéré par une célébration festive particulière, ni être porté solennellement en procession selon le rite et la coutume louables et universels de la Sainte Église, ni être proposé publiquement à l'adoration du peuple, ceux qui l'adorent étant des idolâtres : qu'il soit anathème. »
(Concile de Trente, XIII session, 11 oct 1551)

 

Le culte eucharistique s'est développé de plus en plus depuis le XIVème siècle. À ce moment, l'Ostensoir apparaît en Allemagne et en France où l'hostie consacrée est exposée à l'adoration des fidèles. La pratique courante de l'exposition date de la période de l'instauration de la Fête Dieu.


SERMON POUR LA FETE-DIEU par SAINT THOMAS D'AQUIN,
Docteur des Docteurs de l'Église
(prononcé au Consistoire, devant le Pape et les Cardinaux)

          Révérendissimes Pères, les souvenirs pleins d'allégresse qu'évoque la solennité de ce jour nous invitent à entourer de joyeuses louanges le Corps très saint du Christ. Quoi de plus doux, quoi de plus suave au cœur des élus que de chanter les trésors de la divine charité et d'exalter l'ardeur d'un amour sans mesure ? C'est qu'à la table de la grâce nouvelle, tous les jours, par les mains du prêtre, Dieu donne à ses enfants et aux héritiers de son royaume sa chair en nourriture et son sang en breuvage. Ce sont là tes œuvres admirables, ô Christ, toi dont la puissance est infinie et la bonté sans bornes ! Dans cet aliment sacré et ce pain super-substantiel qu'annonçaient les prodiges antiques, tu as trouvé le secret d'une union merveilleuse et auguste : la chair immaculée de Jésus-Christ, l'Agneau sans tache, devient le remède de ceux que le fruit défendu avait rendus malades et qui avaient perdu l'éternelle et immarcescible couronne.

        Ô prodige qu'on ne peut trop exalter ! Effusion permanente de la bonté divine et d'une miséricorde sans mesure ! Dans ce sacrement, consommation de tous les sacrifices, Il demeure, ce Dieu, indéfectiblement avec nous ; Il y est pour jusqu'à la fin des siècles ; Il donne aux fils d'adoption le pain des anges et les enivre de l'amour qu'on doit aux enfants.

        Ô humilité singulière, délices de Dieu, et que le Christ pratique après l'avoir prêchée lui-même ! Il ne se refuse à personne ; Il ne craint pas de prendre pour habitacle même un cœur souillé.

        Ô pureté, qui semblable à celle du soleil n'est ternie par aucune fange et ne craint nulle contagion, mais qui gagne les âmes et en fait disparaître toute tache ! Ô nourriture des esprits bienheureux, qui sans cesse nous renouvelle et jamais ne s'épuise ! Tu n'es ni brisée, ni divisée, ni transformée ; mais, gardant ton intégrité et ta nature, tu nous rappelles le buisson antique, la farine et l'huile miraculeuses qui ne diminuaient pas.

        Ô Sacrement admirable, où Dieu se cache et où notre Moïse à nous se couvre le visage du manteau de ses œuvres, objet de louanges dans toutes nos générations ! Par la vertu des paroles sacrées, instrument de la puissance divine, les substances symboliques sont changées en chair et en sang ; les espèces sacramentelles subsistent sans support, et pourtant nulle loi naturelle n'a souffert violence. Par la vertu de la consécration, un seul Christ, parfait et intègre, se trouve en divers endroits, comme une parole se communique, toujours identique à elle-même. Quand l'hostie se divise, Jésus s'y trouve comme un même visage dans les fragments d'un miroir brisé. Les fidèles l'offrent à Dieu sous les deux espèces, quoiqu'il soit tout entier sous chacune d'elles, et c'est à bon droit qu'on agit ainsi, car ce sacrement donne aux hommes le double salut du corps et de l'Âme, et il rappelle l'amertume d'une double Passion.

        Ô Vertu ineffable du Sacrement, qui embrase notre cœur du feu de la charité et marque du sang de l'Agneau immaculé, au-dessus de leurs deux battants, les linteaux de nos portes !

        Ô véritable viatique de notre exil militant, soutien des voyageurs, force des faibles, antidote des infirmités, accroissement des vertus, abondance de la grâce et purification des vices, réfection des âmes, vie des débiles et union des membres dans l'organisme unique de la charité !

        Sacrement ineffable de la foi, Tu augmentes notre charité et nous communiques l'espérance ; soutien de l'Église, Tu éteins la concupiscence et parfais le corps mystique du Christ. Voici la substance de l'arbre de vie, ô Seigneur Jésus !  

        Ô Pasteur et nourriture, prêtre et sacrifice, aliment et breuvage des élus, pain vivant des esprits, remède à nos faiblesses quotidiennes, festin suave, source de tout renouveau !

        Ô sacrifice de louange et de justice, holocauste de la nouvelle grâce, repas excellent, non de volailles ou de taureaux, mais de viandes plus succulentes et de ce vin délicieux qui renouvelle les amis de Dieu et enivre ses élus !

        Ô table de bénédiction, table de proposition garnie d'une nourriture substantielle ! Table immense où tout est prodige étonnant ! Table plus douce que toute douceur, plus délectable que toute saveur, plus suave que tout parfum, plus magnifique que toute parure, plus succulente que toute nourriture ! Table que le Christ a préparée à ses amis et commensaux, que le père de famille sert à son fils de retour, après le repas de l'agneau symbolique. Vous êtes le bain sacré que figuraient les antiques piscines, ô notre Pâque, immolation du Christ, et vous exigez la conversion du vice à la vertu, donnant ainsi la liberté aux Hébreux de l'esprit.

        Ô nourriture qui rassasie et ne dégoûte point, qui demande la mastication de la foi, le goût de la dévotion, l'union de la charité, et que divise non les dents du corps, mais le courage de la croyance !

        Ô viatique de notre pèlerinage, qui attire les voyageurs sur les sommets des vertus !

        Ô pain vivant, engendré au ciel, fermenté dans le sein de la Vierge, cuit sur le gibet de la croix, déposé sur l'autel, caché sous les espèces sacramentelles, confirme mon cœur dans le bien et assure ses pas dans le chemin de la vie; réjouis mon âme, purifie mes pensées. Voici le pain, le vrai pain, consommé, mais non consumé, mangé, mais non transformé ; il assimile et il ne s'assimile pas ; il renouvelle sans s'épuiser ; il perfectionne et conduit au salut ; il donne la vie, confère la grâce, remet les péchés, affaiblit la concupiscence ; il nourrit les âmes fidèles, éclaire l'intelligence, enflamme la volonté, fait disparaître les défauts, élève les désirs.

        Ô calice de toutes suavités, où s'enivrent les âmes généreuses ! Ô calice brûlant, calice qui tourne au sang du Christ ; sceau du Nouveau Testament, chasse le vieux levain, remplis notre intime esprit, pour que nous soyons une pâte nouvelle, et que nous mangions les azymes de la sincérité et de la vérité.

        Ô vrai repas de Salomon, cénacle de toute consolation, soutien dans la présente tribulation, aliment de joie et gage de la félicité éternelle, foyer de l'unité, source de vertu et de douceur, symbole de sainteté ! La petitesse de l'hostie ne signifie-t-elle pas l'humilité, sa rondeur l'obéissance parfaite, sa minceur l'économie vertueuse, sa blancheur la pureté, l'absence de levain la bienveillance, sa cuisson la patience et la charité, l'inscription qu'elle porte la discrétion spirituelle, les espèces qui demeurent sa permanence, sa circonférence la perfection consommée ?

        Ô pain vivifiant, ô azyme, siège caché de la toute-puissance ! Sous de modestes espèces visibles se cachent d'étonnantes et sublimes réalités.

        Ô Corps, ô Âme, et Toi de tous deux inséparable, ô Substance Divine ! De ce dont on chante les grandeurs dans ce sacrement auguste, ô bon Jésus, seules, pour la foi, après la consécration, les espèces sacramentelles demeurent ; ce qui est mangé sans être assimilé ne souffre ni augmentation ni diminution ; ce que tous reçoivent en entier, mille ne le possèdent pas plus qu'un seul, un seul le possède autant que mille. Ce que contiennent tous les autels, les parcelles intactes ou brisées le contiennent toutes ; ta chair est mangée véritablement, c'est véritablement ton sang que nous buvons. Et tu es ici le prêtre, et tu es aussi l'hostie, et les saints Anges sont là présents, qui exaltent ta magnificence et louent ta souveraine majesté. C'est là ta puissance, Seigneur, qui seule opère de grandes choses ; elle dépasse tout sentiment et toute compréhension, tout génie, toute raison et toute imagination. C'est Toi qui as institué et confié à tes disciples ce sacrement où tout est miracle.

        N'approche donc pas de cette table redoutable sans une dévotion respectueuse et un fervent amour, homme ! Pleure tes péchés et souviens-toi de la Passion. Car l'Agneau immaculé veut une âme immaculée qui le reçoive comme un pur azyme.

        Recours au bain de la confession ; que le fondement de la foi te porte ; que l'incendie de la charité te consume ; que la douleur de la Passion te pénètre ; qu'un droit jugement t'éprouve.

        Approche de la table du Seigneur, de cette table magnifique et puissante, de telle sorte que tu parviennes un jour aux noces du véritable Agneau, là où nous serons enivrés de l'abondance de la maison de Dieu; là où nous verrons le Roi de gloire, le Dieu des vertus dans toute sa beauté; là où nous goûterons la Pain vivant dans le royaume du Père, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont la puissance et l'empire demeurent jusqu'à la fin des siècles. Amen.

            Traduction du P. Sertillanges (Les plus belles pages de saint Thomas d'Aquin) (2)         

 

La date de la Fête-Dieu est, dans l'Église universelle, le jeudi après la fête de la Trinité. Mais, en France, depuis le Concordat de 1801, la Fête-Dieu est solennisée le dimanche suivant et non le jeudi pour la majorité des catholiques. (3)

 

"La solennité du 'Corps et du Sang du Christ', instaurée par mon prédécesseur Urbain IV en mémoire de l'institution de ce grand mystère, comme acte de culte public rendu au Christ présent dans l'Eucharistie, appelle ici une mention spéciale." (S. Jean-Paul II, Dominicae Cenae, 3., 1980)

 

La Fête-Dieu ou Solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

Sources : 1, 2 , 3

Partager cet article
Repost0
18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 13:15
Partager cet article
Repost0
18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 00:00
Saint Léonce de Tripoli, martyr (Ier siècle)

Soldat phénicien engagé dans une des légions romaines basées à Tripoli (Liban), Léonce fut arrêté à cause de sa foi. Reniant les dieux romains et s'en moquant, il fut condamné à être décapité.

 

D'après la tradition, il aurait été martyrisé avec deux autres compagnons, Hypace et Théodule, non cités dans le nouveau Martyrologe Romain.

 

Saint Léonce était un soldat qui avait été dénoncé comme chrétien auprès du gouverneur de Phénicie Adrien, lequel envoya pour le saisir un tribun nommé Hypate et deux soldats, dont l’un s’appelait Théodule. Mais Hypate & Théodule, favorisés d’une apparition, crurent au Christ et reçurent le saint baptême. Averti de ce qui s’était passé, le gouverneur, après les avoir soumis à de multiples tourments, les fit décapiter. Quand à saint Léonce, il mourut sous les coups au milieu des tortures.

 

Leur martyre eut lieu à Tripoli en Phénicie, mais la date en est incertaine ; certains la situent sous l’empereur Vespasien (69-79), d’autres la placent au commencement du IVème siècle.

Saint Léonce de Tripoli, martyr (Ier siècle)

La mémoire de saint Léonce de Tripoli fut rapidement honorée par les différentes églises d’Orient & d’Occident. Sa fête est célébrée au même jour par les rits syriaque, byzantin & romain. Voici du reste ce que dit le Martyrologe romain au 18 juin :

 

A Tripoli, en Phénicie, saint Léonce soldat. Sous le préfet Adrien, il parvint, après de très cruels tourments, à la couronne du martyre, avec le tribun Hypace et Théodule, convertis par lui au Christ.

 

Sources: 1, 2

Partager cet article
Repost0
17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 08:53
https://eglise.catholique.fr/le-synode-2023/synode-des-eveques-sur-la-synodalite-2021-2023/527445-collecte-nationale-des-syntheses-locales-sur-le-synode-2023-sur-la-synodalite/

https://eglise.catholique.fr/le-synode-2023/synode-des-eveques-sur-la-synodalite-2021-2023/527445-collecte-nationale-des-syntheses-locales-sur-le-synode-2023-sur-la-synodalite/

17 JUIN, 2022

SOURCE: FSSPX.NEWS

 

Le 15 juin dernier, le évêques de France ont présenté la synthèse – ou la collecte comme ils l’appellent – des synthèses synodales diocésaines ou particulières, avant de la faire parvenir à Rome avec un bref document d’accompagnement, à la suite d’une réunion extraordinaire à Lyon.

 

Ce document regrette que le processus synodal n’ait pas atteint le « peuple de Dieu » dans sa diversité, notamment les jeunes générations. Constat qui est également celui d’autres pays comme l’Espagne.

 

La collecte précise que le processus synodal a mobilisé plus de 150.000 personnes en France, ce qui ne représente que 10% des catholiques pratiquants – à comparer au 215.000 personnes annoncées par le document espagnol.

 

Une Eglise plus fraternelle

 

C’est véritablement un leitmotiv : l’adjectif « fraternel » se retrouve neuf fois dans un document de moins de 12 pages. Et « écoute », dix-neuf fois.

 

Le premier point relevé par la collecte est l’importance de « se ressourcer dans la Parole de Dieu ». Ce qui peut être une bonne chose, mais malheureusement, le document reconnaît ailleurs un manque important de formation. Or, pour se former, ce n’est pas la Bible qu’il faut lire, mais le catéchisme. Certes, lire le saint Evangile est toujours enrichissant, si, et seulement si, le lecteur possède une formation première, sans quoi, l’erreur d’interprétation est inévitable.

 

Ce chapitre demande une meilleure formation à l’homilétique des prêtres. Mais « cela concernerait aussi toute personne laïque appelée à la prédication ». Il va bientôt être question de ces personnes.

 

Le deuxième chapitre demande de « donner des signes crédibles de la bonté de Dieu et de l’égale dignité des baptisés ». Ce qui se manifestera d’abord par la poursuite de l’expérience de la synodalité. Autrement dit, l’Eglise en état de synode.

 

Et la deuxième manifestation doit être d’avoir des « ministères au service de la rencontre de Dieu et des personnes ». Il s’agit surtout des prêtres, dont il est « régulièrement souhaité que le célibat soit laissé au libre choix de ceux-ci, de sorte que l’ordination sacerdotale et le mariage soient compatibles ».

 

Devant un telle proposition issue du « concile pastoral » hollandais, Paul VI réagit vivement. Mais que fera François qui a sollicité les fidèles en sachant parfaitement que ce serait une demande inévitable ?

 

La troisième signe crédible concerne « l’égale dignité des baptisés ». La collecte explique que « sur la question de la place faite aux femmes dans l’Eglise, les synthèses perçoivent une urgence ainsi que d’innombrables blessures.

 

« Les blessures viennent des difficultés dans les relations avec les prêtres et les évêques, de la criante disproportion entre le nombre de femmes engagées dans l’Eglise et de femmes qui sont en situation de décider. Si le service des femmes est apprécié, leur voix paraît ignorée. Qu’elles contribuent effectivement aux multiples discernements des Eglises locales est l’objet d’une attente criante.

 

« C’est ici qu’une urgence est identifiée dans bien des synthèses. La manière dont les femmes sont traitées dans l’Eglise n’est pas ajustée à la mission de celle-ci, à une époque où l’égalité entre les hommes et les femmes est devenue une évidence commune. »

 

La conséquence qui en est tirée est spécialement la demande que les femmes puissent prononcer l’homélie, mais aussi qu’elles puissent être ordonnées au sacerdoce. Ce qui est strictement impossible, de droit divin…

 

Un quatrième signe crédible est demandé : la coresponsabilité entre clercs et laïcs. Ce qui veut dire à l’échelle des diocèses : la réclamation d’authentiques contre-pouvoirs – par exemple avec des conseils composés de baptisés élus ; l’existence d’une réelle subsidiarité, qui consiste à déléguer la prise de décisions ; enfin, que les laïcs appelés à des responsabilités se voient proposer une formation appropriée.

 

Enfin la liturgie apparaît aussi dans les signes crédibles à mettre en place. C’est encore l’occasion d’enfoncer le clou : « les mentions d’un profond désaccord avec le refus que des filles servent à l’autel ou que des femmes entrent dans le chœur pour un service liturgique sont si nombreuses, qu’on ne peut douter d’une réelle souffrance vécue et d’une attente pressante à ce sujet ».

 

Enfin le troisième chapitre s’intitule « Vivre en frères et sœurs dans le Christ ». Il se divise en « servir la fraternité » et « cultiver l’écoute et le dialogue ». C’est l’occasion de confondre la vraie fraternité, celle qui unit les membres du Christ, et une vague fraternité universelle, qui doit embrasser tout et tous.

 

Si la bienveillance et la charité du disciple du Christ doit lui faire aimer tout homme, cela ne veut pas dire que tous peuvent accéder librement aux sacrements. Or c’est bien la réclamation centrale du paragraphe :

 

Dans de nombreuses synthèses « résonne souvent la souffrance de ceux qui se sentent exclus des communautés et/ou des sacrements (personnes homosexuelles, divorcées et remariées, etc.), ainsi que de ceux qui sont témoins de telles exclusions. Selon un nombre élevé de synthèses, celles-ci constituent de sérieux contre-témoignage. »

 

Un big-bang… déjà réalisé

 

Le chroniqueur religieux du Figaro, commentant ce rapport, titre : « Les évêques de France prêts à un big-bang de l’Eglise ». Malheureusement, c’est encore en-deçà de la réalité. Cette synthèse manifeste surtout que le big-bang a déjà eu lieu.

 

Certes, il est assez clair que c’est la frange la plus progressiste des catholiques français qui a participé à ce processus synodal. Mais c’est précisément la minorité agissante, qui a du poids. Et cette partie ne sait tout simplement plus ce qu’est la religion catholique, qu’ils confondent avec un vague sentiment religieux. Pascendi l’a si bien dit et annoncé : nous y sommes.

 

Une deuxième conclusion est la similitude d’un certain nombre de demandes avec la révolution du Chemin synodal allemand. Et ce n’est pas étonnant, ce dernier avait deux ou trois longueurs d’avance, et il a balisé « l’écoute et le dialogue » dans le Synode universel.

 

Enfin, la troisième conclusion, c’est la responsabilité plus qu’écrasante du pape François. En fait, c’est à lui que revient entièrement le désordre déjà créé dans les esprits et qui, bientôt, se jouera sur le terrain. Lorsque ces résultats – véritables cahiers de doléance – ne seront que partiellement entérinés, ce qui sera déjà beaucoup trop, que feront les troupes déçues ? Elles déserteront.

 

La preuve en a déjà été apportée par le « concile pastoral » hollandais, véritable anticipation de ce Synode, avec pour résultat un désastre dont l’Eglise des Pays-Bas ne s’est toujours pas remise.

 

(Sources : eglise.catholique.fr/Le Figaro – FSSPX.Actualités)

 

 

https://fsspx.news/fr/news-events/news/synode-sur-la-synodalite-synthese-de-la-phase-diocesaine-en-france-74400

A lire sur le Forum catholique le fil "Les évêques de France prêts à un big bang de l’Église".

 

Pour voir les synthèses des diocèses, c'est ici.

 

Le diocèse de Bayonne indique

''Les jeunes étudiants et professionnels ont été difficiles à mobiliser ...

Les mots qui reviennent le plus dans les contributions écrites et les prises de parole lors de l’assemblée conclusive sont : accueil, bienveillance, éviter les jugements. Il semble que l’expérience synodale ait permis des rencontres concrètes entre ces diversités. Même si l’on retrouve encore dans certaines contributions des jugements sévères et excluants sur les sensibilités plus traditionnelles ou liées aux nouvelles réalités ecclésiales… On sent toutefois un plus grand désir de fraternité et de communion.''

 

 

 

Partager cet article
Repost0
17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 00:00
Saint Hervé - statue de S. Hervé dans l'église de Guimiliau

Saint Hervé - statue de S. Hervé dans l'église de Guimiliau

Hyvarnion, barde renommé de l'île de Bretagne, est convié à la cour de Childebert, mais, pieux et chaste, la vie de cour ne lui convient pas. Résolu à se consacrer totalement à Dieu, il retourne chez lui en passant par l'Armorique. Là, il rêve d'un futur mariage. Décidé de se consacrer à Dieu il ne sait que penser quand un ange vient lui dire : "Elle s'appelle Rivanone ; tu la rencontreras demain et tu la prendras comme épouse ; de votre union naîtra un grand serviteur de Dieu." Il la rencontre et l’épouse. Ni l'un ni l'autre ne voulant d’une vie commune, le lendemain des noces Rivanone dit à Hyvarnion : "Si j'ai un fils je demande au Dieu tout puissant qu'il ne voie jamais la fausse et trompeuse lumière de ce monde", et avant de la quitter pour toujours, il lui répond : "Oui ! Mais qu'il ait au moins la vision des splendeurs célestes." L'enfant naît aveugle. Quand Hervé atteint l'âge de sept ans, alors qu’il connaît par cœur tous les psaumes et les sept hymnes de l’Église les plus employées de son temps, Rivanone le confie à un saint moine. Hervé ne retrouve sa mère que des années plus tard et c'est pour l'assister dans ses derniers instants. S'il est aveugle, comme le désirait Rivanone, Hervé est aussi barde comme Hyvarnion qui avait demandé que son fils ne cesse d'avoir la vision des splendeurs célestes. C'est ainsi qu'il compose le magnifique cantique du Paradis.

 

Son éducation terminée, Hervé part vivre en ermite mais il est vite rejoint par des disciples. Guidé par son disciple Guiharan et escorté d’un loup qu’il avait apprivoisé, Hervé, chantant la beauté du Paradis, conduit sa communauté qui, sillonnant la Bretagne, suit le soleil, pour finir par s’installer à Plouider qui deviendra Lanhouarneau (l’ermitage d’Hervé).

Toute sa vie, il refuse obstinément de recevoir le sacerdoce, acceptant seulement d’être ordonné exorciste. Bien qu’il fût aveugle, Hervé avait été lui-même l'architecte de sa petite église qu’il ne voulut jamais quitter. Il s’y trouvait enfermé, trois jours avant sa mort, lorsque ses yeux s'ouvrirent tout à coup, et il se mit à chanter un dernier cantique : "Je vois le Ciel ouvert, le Ciel ma patrie. Je veux m'y envoler. Je vois mon père et ma mère dans la gloire et la beauté ; je vois mes frères, les hommes de mon pays. Des chœurs d'Anges, portés sur leurs ailes, volent autour de leurs têtes, comme autant d'abeilles dans un champ de fleurs."

 

Le troisième jour après cette vision, il appela sa nièce Christine qui se trouvait alors auprès de lui ; c'était une orpheline élevée par sa mère : "Prépare-moi une pierre pour oreiller et de la cendre pour couchette ; quand l'ange noir viendra me chercher, qu'il me trouve couché sur la cendre."

Christine, tout en lui obéissant, lui dit : "Mon oncle, si vous m'aimez, demandez à Dieu que je vous suive sans tarder, comme la barque suit le courant." Elle fut exaucée : au moment où Hervé expirait, la petite Christine, se jetant à ses pieds, y mourut aussi. Lorsqu'il meurt entouré de ses nombreux moines, tous peuvent entendre les chœurs célestes entonner un hymne que leur saint père chantait depuis toujours.

Inhumé à Lanhouarneau (Finistère), son tombeau est vénéré par de grands concours de peuples.

Ses reliques, par crainte des Normands, sont recueillies dans la chapelle du château de Brest (878) ; mises dans une châsse d’argent, elles sont données par le duc Geoffroy à l’évêque de Nantes (1002) ; elles disparaissent de la cathédrale de Nantes pendant la révolution française. (1)

Saint Hervé est le patron des bardes bretons. A part saint Yves de Tréguier, il n'est pas de saint aussi populaire que lui en Bretagne.(2)

Il est invoqué pour les maladies des yeux, la guérison des peurs, des angoisses et de la dépression nerveuse, pour repousser les démons et protéger les chevaux. (3)

 

Statue de S. Hervé aveugle, et son loup apprivoisé (Sainte-Marie du Ménez-Hom, Finistère)

Statue de S. Hervé aveugle, et son loup apprivoisé (Sainte-Marie du Ménez-Hom, Finistère)

Sources: 1, 23

Partager cet article
Repost0
16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 09:21
Partager cet article
Repost0