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24 janvier 2026 6 24 /01 /janvier /2026 00:00
Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 62.

Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 62.

Rien n'est plus fort que la douceur ; rien n'est plus doux que la vraie force.

St François de Sales

François de Sales naquit au château de Sales, en Savoie, en 1567. Issu d’une vieille famille aristocratique du duché de Savoie, il choisit le chemin de la foi. Consacrant sa vie à Dieu, il renonça à tous ses titres de noblesse. Le futur saint était l'aîné de six frères et sœurs.

 

Lors de son baptême, il reçut le prénom de "François" en vénération pour François d'Assise.

 

Après ses premières années d'études, on l'envoya au collège des jésuites à Paris.

 

François aimait aller prier devant l'image de Notre-Dame de Bonne-Délivrance, dans l'église aujourd'hui détruite de Saint-Étienne des Grès à Paris; ce fut là qu'il fit voeu de chasteté, et qu'il recouvra miraculeusement la paix de son âme, troublée par une horrible tentation de désespoir. En souvenir sera érigée en 1692 une chapelle Saint-François-de-Sales dans cette église (l'une des plus anciennes églises de Paris, fondée par Saint Denis, qui, malheureusement, sera détruite par les vandales révolutionnaires en 1792).

 

Après avoir fait son droit à Padoue, François embrassa l'état ecclésiastique. [1]

Saint François de Sales, évêque et Docteur de l'Eglise (+1622) Nommer ce saint, c'est personnifier la vertu de douceur ; il fut le saint aimable par excellence et, sous ce rapport particulièrement, le parfait imitateur de Celui qui a dit : "Apprenez de Moi que Je suis doux et humble de cœur." [2]

 

"Écartant le rigorisme desséchant d'une certaine Église, ce grand maître fut, comme d'aucuns l'ont dit, le 'saint de la douceur de Dieu', indulgent à l'égard de la faiblesse humaine, en un temps où le Dieu des chrétiens était encore le Dieu de l'Ancien Testament." [3]

 

Jeune homme, il mena la vie des anges. Prêtre, il se montra digne émule des plus grands apôtres, par ses travaux et par les innombrables conversions qu'il opéra parmi les protestants. Évêque, il fut le rempart de la foi, le père de son peuple, le docteur de la piété chrétienne, un Pontife incomparable. 

 

"On disait communément, écrit sainte Jeanne de Chantal, qu'il n'y avait pas de meilleur moyen de gagner sa faveur que de lui faire du mal, et que c'était la seule vengeance qu'il sût exercer." -- "Il avait un cœur tout à fait innocent, dit la même sainte ; jamais il ne fit aucun acte par malice ou amertume de cœur. Jamais on n'a vu un cœur si doux, si humble, si débonnaire, si gracieux et si affable qu'était le sien."

 

Les armes de François de Sales étaient celles de l'amour. C'est d'ailleurs l'une de ses devises : 

 

Rien par force, tout par amour.

François de Sales incarna de façon exemplaire, au cours d'une existence souvent harassante, les plus hautes vertus évangéliques au point d'être appelé le Docteur de l'amour. [4]
 

Saint François de Sales a converti 72 000 calvinistes non seulement en gagnant des débats, mais en incarnant une qualité : la douceur. Il l'appelait "la fleur de la charité". Cette vertu oubliée compte plus que vous ne le pensez.

 

François a écrit Introduction à la vie devote pour les catholiques ordinaires. Pas pour les moines ou les nonnes. Son message : vous pouvez être saint au travail, à la maison, au marché. Mais cela commence par la maîtrise des "petites vertus".

 

Les grandes vertus attirent toute l'attention. Courage, fermeté, grandeur d'âme. François dit que nous en avons rarement besoin.

Mais les petites vertus...

Nous en avons besoin chaque jour.

Douceur. Patience. Humilité. Tempérance.

La douceur gagne les cœurs là où les arguments échouent. Elle change les esprits là où la force les brise. C'est pourquoi François a réussi là où des apologistes plus sévères auraient pu échouer.

 

Imaginez ceci: vous êtes dans la circulation. Quelqu'un vous coupe la route.

Votre sang bout. Vous voulez klaxonner, faire un geste, crier.

François dit que ce moment compte plus que n'importe quelle grande réussite spirituelle.

La façon dont vous gérez cela révèle votre sainteté réelle.

 

François met en garde contre la fausse dévotion :

"Il jeûne mais son cœur est rempli de haine. Il ne boira pas de vin ni même d'eau, mais il ne s'abstiendra pas non plus de boire le sang de son voisin par des commérages ou des calomnies."

 

La vraie dévotion apparaît dans la façon dont vous traitez votre conjoint quand il vous agace, vos enfants, quand ils testent votre patience, vos collègues quand ils vous frustrent. Et surtout vous-même quand vous échouez. La douceur dans ces moments est la sainteté.

 

Le conseil de François pour la colère :

Directement, vous êtes conscient d'un acte de colère, expiez-le par un acte rapide de douceur envers la personne qui a excité votre colère.

Vous vous êtes emporté contre vos enfants ? Retournez-y et parlez doucement.

Vous avez perdu votre sang-froid ? Excusez-vous avec gentillesse.

 

Mais le plus dur : Soyez doux envers vous-même.

"Ayez de la patience envers toutes choses, mais avant tout envers vous-même".

François savait que nous ne pouvons pas aimer notre prochain si nous nous traitons avec une dureté constante.

 

Vous ne corrigerez jamais tous vos défauts du jour au lendemain.

Vous trébucherez et vous échouerez.

Vous pécherez à nouveau.

François dit de ne pas être surpris. De ne pas se laisser submerger. Ne pas désespérer.

Dieu attend de vous que vous soyez patient envers votre propre faiblesse.

 

La fausse dévotion se concentre sur les pratiques extérieures tandis que le cœur reste froid. La vraie dévotion découle de l'amour. Elle montre de la douceur envers les autres et de la patience envers soi-même.

 

"Les gens font beaucoup plus par amour et charité que par sévérité et rigueur".

 

Vous voulez arrêter un vice particulier ? François dit de pratiquer son contraire quand vous tombez.

Vous luttez contre la colère ? Répondez par la douceur.

Vous combattez l'orgueil? Choisissez l'humilité.

Vous luttez contre la luxure ? Pratiquez la pureté.

Cultivez activement la vertu contraire au lieu d'éviter simplement le vice.

 

"Les petites actions qui procèdent de la charité plaisent à Dieu et ont leur place parmi les actes méritoires."

 

Un mot gentil pour votre conjoint.

De la patience envers une personne difficile.

De la douceur lorsque vous corrigez votre enfant.

Ces petits gestes comptent aux yeux de Dieu.

 

"La dévotion est amour prompt et actif".

Pas simplement se sentir pieux ni simplement prier plus longtemps.

Un amour actif qui apparaît dans votre mariage, votre travail, vos interactions quotidiennes.

 

Trois fondements pour la paix :

Une intention pure de chercher la gloire de Dieu

Faites le peu que vous pouvez, en suivant des conseils avisés.

Laissez le reste à Dieu

Arrêtez d'essayer de tout contrôler. Faites votre part. Confiez le résultat à Dieu.

 

Le test de votre vie spirituelle :

"Examiner si votre cœur lui plaît n'est pas nécessaire, mais plutôt si votre cœur vous plaît".

Arrêtez d'être obsédé par vos performances.

Concentrez-vous sur la joie que vous procure de l'amour de Dieu.

 

Écoutez attentivement :

La douceur l'emporte sur toutes les autres vertus comme étant la fleur de la charité.

La charité sans douceur reste théorique.

La douceur sans charité devient manipulation.

Ensemble, elles vous transforment à l'image du Christ, doux et humble de cœur.

 

Écrite il y a 400 ans, l'Introduction à la Vie devote est toujours d'actualité aujourd'hui.

La sainteté n'est pas réservée au cloître. Dieu vous u appelle là où vous êtes. (Meta Thomist)

 

Reconstituons le contexte historique quelques années avant la prise de fonction de François. Berne, en Suisse, qui s'était déclaré pour la Réforme en 1528, dépêcha plusieurs "évangélistes" à Genève en 1530 (tels que Ami Perrin, Malbuisson, Clauder Roger et surtout Farel). La religieuse Jeanne de Jussie, du couvent de Sainte-Claire, relata ainsi les troubles qui secouèrent Genève à partir de l'arrivée des troupes et des "évangélistes" bernois : "Et le jour de Monsieur Saint François (d'Assise), un mardi [1530], à dix heures du matin, arrivèrent à Morges les fourriers des Suisses pour prendre logis pour l'armée. Le mercredi, jeudi et vendredi, arrivèrent les troupes des deux cantons de Berne et Fribourg, audit Morges, et firent de grands maux... ils commencèrent à piller, dérober, à fourrager les pauvres gens, et ne laissèrent blé, vin, chair ni meubles par les maisons et châteaux des nobles, et puis brûlèrent tout, qui ne fut pas petite perte... Non contents encore, ces hérétiques rompirent la sacristie et toutes les armoires... et prirent tous les ornements qu'ils trouvèrent et emportèrent tout avec l'horloge du couvent, toutes les couvertures et linges des frères, tellement qu'il ne resta chose aucune... Et tous les prêtres [catholiques] qu'ils trouvaient portant longue robe la leur ôtaient, les dépouillaient et battaient, à toutes les images qu'ils trouvaient tant en plate peinture (fresque) qu'en tableaux, ils leurs crevaient les yeux avec la pointe de leurs piques et épées, et crachaient contre... ils brûlèrent tous les livres, tant de la chanterie qu'autres..."

 

"Le lundi, environ midi [1530], l'armée entra dedans Genève, poursuit soeur Jeanne de Jussie; ils menaient dix-neuf grosses pièces d'artillerie... Les luthériens se firent ouvrir l'église cathédrale Saint-Pierre. Le prédicateur Guillaume Farel se mit en chaire et prêchait en langue allemande. Ses auditeurs sautaient par-dessus les autels comme chèvres et bêtes brutes... Ces chiens abattirent l'autel de l'Oratoire et mirent en pièces la verrière où était en peinture l'image de monsieur Saint Antoine... Ils rompirent aussi une belle croix de pierre... et au couvent des Augustins rompirent plusieurs belles images, et au couvent des Jacobins rompirent de belles croix de pierre...

 

Au mois d'août 1532, les hérétiques firent descendre les cloches du prieuré de Saint-Victor, et puis abattre jusqu'au fondement tout le monastère. En ce même mois, le jour de la Décollation de Saint Jean Baptiste, ils abattirent une petite et fort jolie église de Saint Laurent, et fut aussi abattue l'église de Madame Sainte Marguerite... 

 

L'an 1534,... la veille de Pentecôte, à dix heures de nuit, les hérétiques [luthériens] coupèrent les têtes à six images [statues] devant la porte des Cordeliers, puis les jetèrent dans les puits de Sainte-Claire. Le jour de la Saint-Denis fut découverte [le toit démonté] l'église paroissiale de Saint-Léger hors la ville, et puis entièrement rasée et abattue, et tous les autels rompus et mis en pièces. [5]

 

(En 1535) Expulsion des soeurs de Sainte-Claire. Le dimanche dans les octaves de la Visitation vinrent les syndics [réformés]... Le syndic ordonna à la mère abbesse d'ouvrir les portes (les Soeurs de Ste Claire ou Clarisses appartenaient à un ordre cloîtré). [L]es soeurs s'étant assemblées, Farel les harangua, ... vantant le mariage, la liberté. La mère abbesse l'arrêta mais fut expulsée. Le jour de monsieur saint Barthélémy, vinrent grandes compagnies tous en armes et bien embâtonnées [bien armés] et de toutes sortes d'armes.... ils vinrent heurter à la grande porte du couvent Sainte-Claire. La porte une fois ouverte, le chef de la troupe ordonna aux soeurs 'de par messieurs de la ville que plus ne dites aucun office, haut ni lus, et de ne plus ouïr la messe'. Il fut convenu entre la mère abbesse et le syndic que les soeurs quitteraient le couvent sans rien emporter... Le syndic promit de les conduire à la porte de la ville, sous bonne garde. La sortie se fit alors tant bien que mal, car plusieurs des soeurs étaient âgées et malades. ... Parties de Genève à cinq heures du matin, elles arrivèrent à Saint-Julien en fin de journée, où elles purent prendre du repos, avant de rejoindre Annecy, où le duc de Savoie leur avait fait préparer un couvent.

 

Le 5 août [1535], il (Farel) prêcha à Saint-Dominique et le 8 à Saint-Pierre. Après chacun de ses prêches, la foule de ses partisans abattit les statues et les croix, renversa les autels et les tabernacles, brûla les reliques et jeta les cendres au vent. [6]

Pierre de la Baume, le dernier évêque résidant avait quitté Genève le 1er octobre 1535, après que les syndics eurent publié un décret (le 27 août) par lequel ils ordonnaient 'que tous les citoyens et habitants eussent à embrasser la religion protestante, abolissant entièrement et absolument celle de la catholique'".

 

La théocratie genevoise

"Le 3 avril 1536, il fut donné un mois aux prêtres catholiques pour qu'ils se convertissent et, en attendant, il leur fut interdit de 'se mêler de dire la messe, de baptiser, confesser, épouser [marier]'. Le 5 avril, pareille défense fut faite aux chanoines. Enfin, le 21 mai 1536, 'le peuple réuni en Conseil général, adhérait unanimement à la Réforme religieuse'. En juin 1536, le Conseil abolit la célébration des fêtes, à l'exception du dimanche. Genève était une ville protestante".[7] La ville, dont l'évêque a été chassé, est devenue une république.

 

Le 2 novembre 1536, le bailli de Lausanne, jugeant que les réformés l'avaient emporté, se mit à la tête d'une troupe d'archers et fit le tour des paroisses du lausannois, 'parcourant les campagnes, rasant les chapelles, renversant les autels et abattant les croix... aux cris de 'À bas les papistes'". [8]

 

Appelé à Genève en 1536, Calvin en fut banni deux ans après, mais il y fut rappelé en 1540. Il exercera alors l'influence la plus absolue, faisant reconnaître comme loi d'État un formulaire réglant les principaux articles de foi. "De lourdes amendes punirent les catholiques qui restaient chez eux au lieu d'aller au prêche; harassés, traqués, les fidèles se lassèrent, beaucoup se soumirent pour avoir la paix. La Réforme, assez vite, régna en maître dans le Chablais." [9]

 

Fondateur de la théocratie genevoise, Calvin forge toute la future démocratie européenne. Du fer antique : l'Ancien Testament - la Loi, il forge une nouvelle Jérusalem terrestre. Calvin confond simplement la nouvelle Sion avec l'ancien Sinaï. Il ne voit pas ou ne veut pas voir la loi nouvelle de l'Évangile par rapport à l'Ancien Testament, à la Loi. "La fin de la loi est le Christ", dit l'apôtre Paul (Rom 10:4); "La fin du Christ, c'est la Loi", aurait pu dire Calvin.

"Composé de pasteurs et de laïcs (les "Anciens"), un consistoire est notamment chargé de la surveillance de la vie privée des citoyens. Jeux, spectacles, bals, chansons et tavernes sont interdits, toute infraction morale (adultère, violence, impiété) étant considérée comme un crime." [10]

 

"La profession de foi de 1536 doit être jurée par les habitants. [...] Pour Luther, la volonté humaine ne pouvait que faire le mal, pour Calvin, elle ne veut que le mal et sa responsabilité est entière.

[...] Dieu prédestine au salut (Traité de la prédestination, 1552).

Calvin fait exiler ses contradicteurs, l'humaniste Castellion, en 1544, le pasteur Bolsec, qui rejetait la prédestination, en 1551." [11]

 

Le 12 novembre 1537, le Conseil ordonne à tous ceux qui avaient refusé de jurer la Réformation [accepter le formulaire] de quitter la ville.

 

"Calvin inféode l'Église à l'État" : "Les seigneurs sont des dieux. Le peuple est Satan". Il "fait de l'État le serviteur et l'instrument de l'Église. À Genève il proscrit les jeux et le théâtre, impose l'assistance aux sermons, détermine les prénoms permis, règle la coupe des habits. [...] Les huguenots (de l'allemand eidgenosse, lié par serment), les huguenots de religion se transforment en huguenots d'État. [...] [L]'Église calviniste devient une coalition d'idées et d'intérêts, un parti et une armée." [12]

 

"Tous doivent prêter serment au nouveau Credo; ceux qui y manqueraient seront chassés de la ville; car, [...] l'Église, 'Cité de Dieu', et l'État, 'Cité des hommes', dans l'action, ne font qu'un, aux yeux de Calvin. Être ou ne pas être dans l'Église signifie être ou ne pas être dans l'État. Les dizenniers, ou hommes du guet, font irruption dans les maisons et traînent le peuple, par groupe de dix, à la prestation de serment.

"Plusieurs Eidgnots firent remarquer, en se gaussant, que Farel et Calvin 'qui étaient venus pour faire triompher le libre examen [la liberté de conscience] l'étouffaient à la première manifestation de dissidence'. Quelques-uns d'entre eux allèrent jusqu'à se moquer des 'deux papes qui étaient apparus pour ressusciter la lettre et qui l'emprisonnaient après la lutte de Lausanne.' Très vite ces propos se répandirent dans Genève, et firent rire, le peuple ne tarda pas à appeler leurs auteurs des libertins (car ils défendaient la liberté de penser), et le surnom leur resta ; injure qui devait bientôt se propager et dont on allait flétrir tout individu qui jouerait aux dés, qui n'aurait point éteint sa lumière après le signal du couvre-feu, qui boirait pendant les offices, danserait le dimanche, critiquerait les actes du syndic, ou garderait une image [pieuse] au logis.' (J.M. Aulin)." [13]

 

Après la théocratie de l'Ancien Testament, ici, à Genève, se manifeste à nouveau non pas un homme sacré, mais un peuple sacré; le but de l'État et de l'Église devient non plus la sainteté individuelle, mais la sainteté commune. 'Vous êtes un genre élu, une sainteté royale, un peuple saint.' (I P 2:9), dit Calvin aux Genevois. La ville grouille de limiers, dénommés 'Gardiens', dont l'oeil, tel 'l'oeil qui voit tout', pénètre partout (Ordonnances Ecclésiastiques de 1541). On ne juge pas seulement les actes, mais aussi les pensées et les sentiments. Toute tentative, même la plus secrète, de s'élever contre le 'Règne de Dieu', est soumise, en tant que 'trahison envers l'État', aux plus féroces châtiments de la loi: au fer et au feu. Tout le peuple genevois deviendra une sorte de Prisonnier de Chillon, et la Théocratie de Calvin - une ténébreuse prison souterraine dans l'azurée lumière du Léman." [14]

 

Calvin va plus loin que Luther : le salut est offert aux uns, refusé aux autres (Traité sur la Prédestination, 1552). En outre, la volonté humaine est totalement corrompue et l'homme ne peut sortir de cette corruption par aucune oeuvre. Seule la foi peut le sauver. "Ainsi, ... du plus profond pessimisme, le calvinisme débouche sur un certain orgueil, celui d'appartenir à une élite, d'être une sorte de nouveau peuple élu, donc d'être investi d'une mission de régénération du monde.

[...] La marque calviniste, même si elle déborde le milieu protestant, est présente dans la manie moderne de tout remettre en question, dans l'interventionnisme moralisateur à propos de tout, [...] dans ce besoin de décerner des bons et des mauvais points aux quatre coins du monde, dans ces discours politiques qui prennent souvent le ton du prêche. [...] Les conformismes qui pullulent aujourd'hui, dont celui du 'politiquement correct', voire du 'sexuellement correct', ne sont pas étrangers à l'influence protestante dans les milieux de la politique ou de l'édition", résume A. Richardt. [15] 

 

De 1541 à 1546 seulement, 76 citoyens sont bannis, et 58 genevois sont envoyés au bûcher par Calvin. [16] Ce qui fait quasiment une personne de la ville envoyée au bûcher tous les mois en cinq ans.

 

Les prisons étaient pleines de délinquants. Aimé Richardt, donne des "exemples de la tyrannie mesquine qu'exerçaient les ministres protestants" à Genève. "C'est ainsi que, en date du 20 mai 1537, nous trouvons : 'Une épouse étant sortie dimanche dernier avec les cheveux plus abattus [plus tombant sur les épaules] qu'il ne se doit faire, ce qui est un mauvais exemple et contraire à ce qu'on évangélise, on fait mettre en prison la maîtresse, les dames qui l'ont menée et celle qui l'a coiffée.'

 

Un autre jour, on saisit à un pauvre diable un jeu de cartes. 'Que va-t-on faire du coupable? Le mettre en prison?' La peine eût été trop douce aux yeux de Calvin. On le condamna donc à être exposé au pilori, son jeu de cartes autour du cou."

[...] Les rieurs ne manquèrent pas de protester... L'un demandait 'où le Saint-Esprit avait marqué dans l'Écriture la forme des coiffures des femmes?'. ... Un autre voulait savoir si la barbe de bouc que portait Farel ressemblait à celle d'Aaron !" [17]

 

Dmitri Mèrejkovski donne d'autres exemples de cette tyrannie : 

- un marchand fort connu, fut condamné à mort pour fornication; il monta sur l'échafaud en remerciant Dieu de ce qu'il allait être exécuté "suivant les lois sévères, mais impartiales de sa patrie";

- Le libertin athée Jacques Gruet fut le premier à être décapité le 26 juillet 1547, après avoir été torturé matin et soir, pendant un long mois, du 28 juin au 25 juillet. Sa tête fut clouée au pilori sur le Champel pendant de longs jours. La flamme des bûchers s'éleva.

Lors de la peste de 1543 à Genève, on brûla quinze sorcières; les sorciers, on les châtiait avec 'une plus grande sévérité' : après des tortures inouïes, on les écartelait ! Plusieurs s'étranglaient dans leur cachot pour échapper à la question.

On brûla également le médecin et ses deux aides de l'hôpital des pestiférés. Le 'Règne de Dieu' à Genève équivalut au règne du diable à Munster.

[...] En novembre 1545, les pasteurs de Genève faisant jeter au feu une de leurs fournées de sorcières, Calvin requit les Conseils de la ville, de 'commander aux officiers de la dicte terre de faire légitime inquisition contre telles hérégies, afin de extyrper telle rasse de la dicte terre.'" [18]

 

En 1555. Deux bateliers, les frères Comparet furent soumis à la question et condamnés à mort. "Je suis certainement persuadé que ce n'est pas sans un spécial jugement de Dieu qu'ils ont tous deux subi, en dehors du verdict des juges, un long tourment sous la main du bourreau" (le fer ayant glissé sur leurs vertèbres). Après l'exécution, les corps des deux frères, suivant la sentence, furent écartelés et l'une des quatre parties de chaque corps, fut clouée au pilori, devant la porte Cornavin, afin que quiconque pénétrait dans la ville sût ce qu'il en coûtait de ne pas se soumettre à la parole de Dieu ou à celle de Calvin.

 

Le 15 septembre 1555, sur le Champel, fut mis à mort ce même Berthelier qui, trois ans auparavant, presque à la veille de l'affaire Servet, avait causé un soulèvement des plus dangereux pour Calvin. Debout au pied de la chaire où prêchait Calvin, des indicateurs observaient la manière dont les gens l'écoutaient.

 

Deux personnes furent arrêtées parce qu'elles sourirent quand quelqu'un tomba, endormi, de son banc; deux autres, parce qu'elles avaient prisé.

 

On jeta en prison celui qui avait dit : "Il ne faut pas croire que l'Église soient pendue à la ceinture de maître Calvin!" On faillit brûler une vieille femme comme sorcière parce qu'elle avait regardé Calvin trop fixement.

 

Calvin est le maître à penser de la cité. "Je vous défends d'obéir au pape, répète-t-il, mais je veux que vous obéissiez à Calvin."

 

Une jeune femme fut condamnée à l'exil perpétuel parce qu'elle avait prononcé en sortant de l'Église : "Il nous suffit bien ce que Jésus-Christ a prêché !" 

 

Deux enfants, qui avaient mangé pour deux florins de gâteaux sur le parvis de l'église, furent fouettés des verges. On était jeté en prison pour la lecture de Amadis; pour le port de chaussures à la mode et de manches à gigots; pour trop bien tresser la chevelure, ce dont Dieu se trouvait 'grandement offensé'; pour un coup d'oeil de travers; pour avoir dansé ou avoir simplement regardé d'autres le faire. Plusieurs personnes qui avaient ri pendant un de ses prêches (de Calvin) furent jetées en prison.." [19] 

 

Le 3 juin 1555. "Ami Perrin fut condamné (ainsi que ceux des libertins qui s'étaient enfuis avec lui, Philibert Berthelier, Michalet, Vernat) par contumace, à avoir 'le poing du bras droit duquel il a intenté aux bâtons syndicaux coupé.' Il sera ensuite décapité puis 'la tête et le dit poing seront cloués au gibet et les corps mis en quatre quartiers (Annales Calviniani, O.C., 21, p. 608)."

 

"Les deux Comparet [...] qui, après avoir eu les têtes décapitées, furent mis en quartiers et les quartiers pendus chacun à une potence, aux quatre coins des franchises de la ville, et la tête d'un chacun d'eux avec l'un des quartiers. [...] L'on ne fit que couper les têtes à (François-Daniel) Berthelier et au Bastard [Claude Genève] sans les écarteler; la tête de Berthelier et son corps demeurèrent au gibet, aussi fut le corps du Bastard, mais sa tête fut clouée à un chevron sur la muraille du Mollard." [20]

 

L'épisode le plus connu de ces dérèglements meurtriers est celui de Michel Servet. Ce médecin aragonais professait publiquement que Dieu n'était pas trinitaire. Ignorant le ressort intime du régime de la ville-église, il eut l'audace d'en discuter avec le maître qui l'envoya brûler en 1555.

 

En 1594, le jeune François de Sales s'écriera :

C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut la recouvrer... il faut [les] renverser par des prières ardentes et livrer l'assaut par la charité fraternelle. [21]

Saint François de Sales, évêque et Docteur de l'Église († 1622)

Et dans son Introduction à la vie dévôte (III 23), en 1608, il dira : "Qui a gagné le cœur de l’homme a gagné tout l’homme."

Et "Bénis les coeurs tendres, car ils ne se briseront jamais."

"La mesure de l'amour est l'amour sans mesure."

 "L'amour ne nous trouvant pas égaux, il nous égale ; ne nous trouvant pas unis, il nous unit." (Traité sur l'amour de Dieu, 1616) 

 

Luther et Calvin "demandent" une Réforme extérieure. Saint François de Sales et l'Église catholique répondent par une Réforme intérieure.

En 1602, n'ayant rien dit dans ses sermons contre le calvinisme, François écrira encore : "Voyez-vous, ce sermon-là [sur le Dernier jugement] qui ne fut point fait contre l'hérésie respirait néanmoins contre l'hérésie, car Dieu me donna lors cet esprit en faveur des âmes. Depuis, j'ai toujours dit que qui prêche avec amour prêche assez contre les hérétiques, quoiqu'il ne dise un seul mot de dispute contre eux![22]

 

Le règlement de vie intérieure et de vie extérieure

 

En 1591, il avait rédigé sur les conseils de son confesseur, un 'règlement de vie intérieure et de vie extérieure', dont il observera l'esprit jusqu'à sa mort. Ce règlement est divisé en quatre parties:

l'exercice de préparation, qui consiste à "se prescrire au début de chaque journée l'acte mêlé de réflexions et de prières". François le jugeait indispensable, écrivant : "la prescription est comme un fourrier [préparateur] à toutes nos actions... Je la préférerais toujours à toute autre chose ..."

Fixer les exercices de piété qui doivent ponctuer la journée d'un étudiant chrétien en commençant la journée par une action de grâce "avec ces paroles du Psalmiste royal, David : Dès l'aube, vous serez le sujet de ma méditation."

Le repos spirituel ou l'"exercice du sommeil". "Comme le corps a besoin de prendre son sommeil pour délasser et soulager ses membres travaillés [fatigués], de même est-il nécessaire que l'âme ait quelque temps pour sommeiller et se reposer entre les chastes bras de son céleste Époux, afin de restaurer par ce moyen les forces et la vigueur de ses puissances spirituelles...."

Règles pour les conversations et rencontres. Cette dernière partie du règlement de vie intérieure cherche "à établir la liaison entre la vie du monde et la perfection chrétienne." C'est un thème que François reprendra dans son Introduction à la Vie dévôte (1608), l'une des œuvres majeures de la littérature Chrétienne. François établit la manière dont il entend régler ses relations avec ses semblables : "Je ne mépriserai jamais ni ne montrerai signe de fuir totalement la rencontre de quelque personne que ce soit... Surtout je serai soigneux de ne mordre, piquer, de me moquer d'aucun... J'honorerai particulièrement chacun, j'observerai la modestie, je parlerai peu et bon..." [23]

 

 

Charité en actes et bonnes oeuves : La foi mise en application

 

Saint François de Sales mettait en application ce qu'il prêchait. Évêque, il recommandera, une fois pour toutes, à ses domestiques, de prendre garde à ne renvoyer aucune personne qui demandait à lui parler... "Il recevait toujours chacun avec un visage doux et gracieux... quand ceux de sa maison, pour le détourner de tant recevoir, lui parlaient des rusticités et des insipidités d'autrui, il répliquait : et nous, que sommes-nous? Mgr de Sales recevra en cachettes les pauvres honteux, et nourrira beaucoup de personnes qui n'osaient mendier leur pain (Ier Procès, t. II et t. III, art. 46 et 27).

 

Ces activités charitables terminées; François prenait plaisir à se promener dans sa ville, s'arrêtant ça et là pour donner quelques pièces aux pauvres. Il s'arrêtait pour visiter les malades et des infirmes, puis se rendait à l'hôpital, où il donnait sa bénédiction aux plus proches de l'agonie. Après cela, il allait à la cathédrale pour y entendre des confessions, et s'en revenait paisiblement à sa maison. Encore quelques audiences, quelques lettres, et c'est enfin le recueillement du soir, suivi d'une légère collation, dont il s'abstenait le vendredi et le samedi. Puis François de Sales disait son chapelet à la Vierge Marie, "ne se couchant jamais, fût-il onze heures, minuit, qu'il n'eût satisfait à cette obligation à laquelle il employait une heure de temps" (1er Procès, t. II, art. 33) [24]

 

Le mercredi 14 septembre 1594, en la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, accompagné de son cousin Louis de Sales, François se mit en route pour la forteresse des Allinges, où il avait l'intention de s'installer dans un premier temps. Partout la route était "bordée de débris de calvaires épars dans les haies; des potences élevées à la place des croix; l'église de Boringe, l'église d'Avully démolies de fond en comble, l'église de Bons, transformée en un temple calviniste; l'église de Saint-Didier, celle de Fessy, celle de Lully, abandonnées, les portes grandes ouvertes, les voûtes crevées.. Les autels renversés, tous les presbytères en ruines. Plus un son de cloche nulle part... Et les gens du pays qui voyaient passer ces deux voyageurs en soutane, harassés, couverts de poussière, leur jetaient des regards de haine..." [25] Très vite, devant l'ampleur de la tâche, les deux cousins se partagèrent le travail : Louis évangélisera, avec la colline d'Allinges, les paroisses qui l'avoisinent... François concentrera ses efforts sur Thonon, centre de l'erreur. [26] 

Resté seul, il décida de prêcher presque tous les jours de la semaine, développant les vérités rejetées par les hérétiques, telles que l'origine divine de l'Église catholique, la réalité de l'Eucharistie et de la Messe. Peu à peu son auditoire s'accrut pour atteindre une douzaine, tous anciens catholiques devenus calvinistes par la force des choses.

La réaction des autorités réformées ne se fit pas attendre. Les principaux de Thonon [les chefs calvinistes] ayant assemblé leur conseil, se sont jurés que ni eux ni le peuple n'assisteraient jamais aux prédications catholiques... Loin de se décourager, François proposa de "rétablir la célébration du Saint Sacrifice [la Messe] le plus tôt qu'il pourra, afin que l'homme ennemi voie que, par ses artifices, il nous donne du courage au lieu de nous l'enlever." [27]

La besogne est rude, "les gens ont peur, le prêtre papiste est à l'index, et l'oeil de Genève surveille tout." [28]

 

 

Le 8 janvier 1595, François fut attaqué par un homme qui s'"est promis de le tuer et de porter sa tête à Genève"; miraculeusement, le mousquet de l'assassin fit long feu et l'homme s'enfuit.

Une autre atteinte se produisit un soir de février 1595. Accompagné de trois autres personnes, François remontait paisiblement vers la forteresse des Allinges lorsque deux hommes surgirent d'un buisson, et s'avancèrent vers lui, l'épée à la main. Sans perdre son sang-froid, le pieux missionnaire alla à eux et leur parla. Stupéfaits, les assaillants lui dirent qu'on les avait payés pour le tuer..., puis ils s'enfuirent. [29]

 

En juin 1595, l'abjuration de Poncet fit enrager les calvinistes, qui, selon Favre, étaient allés jusqu'à prétendre que "le prêtre papiste était un magicien qui veillait la nuit pour pratiquer des sortilèges sur la personne du converti". Les choses s'envenimèrent très vite, au point qu'un huguenot affirma par serment public avoir vu François au sabbat, dont il portait la marque, et dans les assemblées nocturnes des sorciers. Ce bruit courut tellement qu'on ne parlait que de tuer et de brûler les papistes... [30]

Dans le même temps, François inaugure une série de prédications sur l'Eucharistie, s'attaquant de front aux thèses des protestants (Luther rejetait la Transsubstantiation, n'admettant qu'une consubstantiation; Zwingli n'admettait qu'une présence figurative, et Calvin niait toute présence du Christ dans l'hostie).

En décembre 1595, le petit troupeau dépasse largement la centaine ! Mgr Trochu écrit : "Il y avait maintenant [à la fin 1595], dans la partie protestante de Chablais, environ 300 catholiques, dont 200 avaient été gagnés, un par un, en l'espace de quinze mois".[31]

"Le Chablais comptait 15 catholiques à Thonon en 1594. Ils sont plus de 25 000 en 1600." [32]

 

Cette situation déplaisait fort aux syndics [conseillers municipaux] de Thonon. Constatant que les tentatives de harassement du missionnaire (jets de pierre, insultes, accusations de sorcellerie...) avaient échoué, ils décidèrent de se tourner vers le pasteur calviniste Viret, en lui demandant de convaincre François d'erreurs doctrinales au cours d'une dispute publique. Viret occupait le poste de ministre à Thonon depuis plus de sept ans, "pour les gens du peuple, il était réputé grand savant, et il se drapait habilement dans cette légende"....  Viret battit le rappel des ministres du Chablais et du pays de Vaud, les appelant à son aide. Ils tombèrent d'accord pour proposer à François une conférence publique pensant que se sentant seul contre tous, il refuserait le combat. François accepta la rencontre. Cette réunion eut lieu en présence d'Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully, président du consistoire de Thonon, mais les pasteurs ne parvinrent pas à une entente. Il y eut "autant d'opinions que de têtes" [33]

 

Au jour et au lieu fixés, il y eut une foule... toute la ville de Thonon s'assembla. La foule attendit, puis commença à s'agiter; François, paisible, souriant, attendit aussi... Tout à coup, un homme, un seul, apparut : c'était Viret qui, confus, tint au peuple le discours suivant : "Mes collègues de Chablais et de Vaud, tout comme moi, étaient véritablement prêts à la dispute, mais après avoir mûrement considéré [réfléchi], ils ne jugent pas à propos de commencer une chose de si grandes importance sans le consentement et expresse permission de Son Altesse [le duc de Savoie], de peur que cette entreprise n'apporte plutôt du dommage que du profit, autant à un parti qu'à l'autre". Ébahie par cette dérobade, la foule hua le malheureux pasteur, pendant que François et plusieurs de ses amis riaient à gorge déployée ! Puis, le missionnaire restant seul maître du terrain, "prit en témoin tous les assistants qu'il ne tenait pas à lui que la dispute ne se fît".

 

Conséquence directe de la dérobade de Viret ? ....Un évènement de la plus haute importance se produisit le 19 février 1596. Ce jour-là, en l'église de Thonon, Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully, issu d'une vieille famille genevoise, président du Consistoire réformé, "un des plus savants et opiniâtres calvinistes de la province", confesse publiquement la foi catholique ! Il abjura le 26 août à Turin, en présence du nonce. Mis au courant, le pape Clément VIII lui adressa le 20 septembre un bref personnel de félicitations. [34]

 

En décembre 1596, François prit l'audacieuse décision de célébrer les trois messes de Noël dans l'église saint Hippolyte de Thonon, qui était devenue un temple protestant, et où François n'avait obtenu que le droit de prêcher. "Sonner la messe à Saint-Hippolyte après soixante ans de silence ! François savait que ce serait frapper un grand coup. La messe, symbole du papisme, la messe que Luther et Calvin ont rejetée, la messe dans leur temple, ce serait pour les protestants [de Thonon] le suprême scandale. Les syndics, en effet, se récrièrent; des bagarres éclatèrent, mais François tint bon... et mit lui-même "la main à la pâte" pour "parer l'église le mieux qui lui fût possible d'images, de tapis, de cierges, et de lampes". Les Visitandines ajoutent qu'"il fut trois jours et trois nuits sans dormir et presque sans manger". Et c'est ainsi, qu'au coeur de la Thonon protestante, François de Sales "à la minuit de la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, célébra le très saint sacrifice de la messe." [35] En janvier 1597, François reçut du duc de Savoie, Charles-Emmanuel, l'autorisation de dire les messes en public, et rétablit par conséquent la messe à Thonon.

Le 9 avril 1597, le successeur de Calvin à Genève (1564), le protestant Théodore de Bèze accepta de rencontrer saint François de Sales, qui s'était réfugié à Annecy. Lors de son entrevue avec lui, François lui posa trois questions :

 

La première question

 

Après les amabilités d’usage, François, avec un sens aigu de l’essentiel, pose une question très courte

Monsieur, peut-on faire son salut en l’Église romaine ?

Bèze voit tout de suite la difficulté : si l’Église catholique assure le salut de ses fidèles, pourquoi s’en séparer ? Il suffisait de l’améliorer par le dedans, comme avaient déjà fait tous les saints réformateurs depuis des siècles (saint Grégoire VII, saint François d’Assise, saint Dominique, sainte Catherine de Sienne, etc.) et comme avait aussi fait le concile de Trente. Mais si le salut est impossible dans l’Église romaine, quelle autre société religieuse a donc donné le Christ aux hommes et assuré leur salut, avant le protestantisme ? Théodore de Bèze demande à se retirer pour réfléchir. Après une longue réflexion, il revient pour répondre : "Vous m’avez demandé si l’on pouvait faire son salut dans l’Église romaine. Certes je vous réponds affirmativement ; il est ainsi sans doute, et on ne peut nier avec vérité qu’elle ne soit la Mère-Église." [36]

 

Les pasteurs calvinistes Rotan et Morlas avaient été obligés de faire la même réponse au roi Henri IV, qui leur avait posé la même question, quatre ans plus tôt.

 

Deuxième question

 

Nouvelle question de François de Sales :

Puisqu’il en est ainsi et que le salut éternel est en l’Église romaine, pourquoi avez-vous planté cette prétendue Réforme, prenons l’exemple en France, avec tant de guerres, de saccagements, de ruines, d’embrasements, de séditions, de rapines, de meurtres, de destructions de temples et autres maux, qui sont innombrables ?

Réponse de Théodore de Bèze, après un long silence : "Je ne veux point nier que vous ne fassiez votre salut en votre religion. Mais il y a ce malheur que vous embrouillez les âmes de trop de cérémonies et difficultés ; car vous dites que les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, qui toutefois ne sont que de bienséance. D’où arrivent plusieurs maux : les peuples, croyant à cette nécessité des bonnes œuvres par vos prédications et ne le faisant pas, ils se damnent misérablement parce qu’ils contreviennent à leur conscience. C’est pourquoi, afin de remédier à ces maux, nous avons tâché d’établir notre religion, en laquelle le chemin du ciel est rendu facile aux fidèles, ayant jeté ce fondement que la foi sauve sans les œuvres, que les bonnes œuvres ne sont point de la nécessité du salut, mais seulement, comme je vous ai déjà dit, de bienséance."

 

Conclusion et troisième question

 

François réplique alors :

Vous ne prenez pas garde qu’en rejetant les bonnes œuvres, vous tombez en des labyrinthes desquels vous aurez peine de sortir ! Pouvez-vous ignorer la raison pour laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ, en l’évangile de saint Matthieu, enseignant à ses Apôtres ce qu’il voulait qu’ils crussent du dernier Jugement, ne fait point de mention des péchés commis, mais dit tant seulement qu’il condamnera les mauvais parce qu’ils n’auront pas fait les bonnes œuvres. Voici ces paroles : « Allez, maudits, au feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges ; car j’ai eu faim, et vous ne m’avez point donné à manger… » Et le reste. (Mt 25:42-43) 

Voyez-vous que pour avoir manqué aux bonnes œuvres s’ensuit la damnation éternelle. Si elles n’étaient que de bienséance, comme vous dites, pensez-vous que ceux qui ne les auraient pas faites fussent punis d’une peine si rigoureuse ?

Quant à moi j’attends votre solution à cette difficulté, ou bien que vous soyez d’un même sentiment avec moi.

Théodore de Bèze ne put rien répondre. [37] 

Bèze se tut pendant un moment, puis "il se laissa aller à proférer des paroles indignes d'un philosophe" (on ignore ce que furent ces paroles indignes), précise Aimé Richardt. [38]

Intolérant, ce protestant fit une honteuse apologie du supplice de Michel Servet (un hérétique qui après avoir écrit en 1531 un livre "Des erreurs dans la doctrine de la Trinité", où il niait la consubstantialité du Fils au Père, fut condamné à être brûlé vif avec son livre, au lieu de Champel, le 27 octobre 1553). Or, dans un traité écrit à l'occasion du supplice de Servet, un certain Martin Bellius, avait en effet prôné la tolérance envers les hérétiques. Contre ce livre qu'il appelait un 'blasphème', Bèze écrivit une réfutation qu'il intitula Anti-Bellius. Il commença par réclamer du duc de Wurtemberg, auquel était dédié la dissertation de Bellius, une punition exemplaire de l'auteur. Puis il fit la théorie de l'extermination de tous les hérétiques : '... vaut mieux avoir un tyran, voire bien cruel, que d'avoir une licence telle que chacun fasse à sa fantaisie.'" [39] L'étonnant est qu'aussi bien Farel, qui conduisit Servet au bûcher, que Calvin avaient été eux-mêmes accusés de la même erreur une vingtaine d'années auparavant... En 1903, sur le Champel sera érigé un "monument expiatoire" au lieu même où fut brûlé Servet, avec l'inscription : "Fils respectueux et reconnaissants de Calvin... mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle... nous avons élevé ce monument expiatoire."[40] Ce qui veut dire que Servet fut brûlé "par erreur".

Relatant son entrevue avec Théodore de Bèze au pape Clément VIII, François lui écrivit : " Enfin [à la fin de notre entretien] je me retirai après avoir tenté tous les moyens de lui arracher l'aveu de sa pensée... alors je compris que je venais d'aborder un coeur de pierre, jusqu'ici inébranlable... je veux dire un coeur vieilli dans le mal." [41]

Devançant le rigorisme janséniste qui n'était pas encore paru, François de Sales conseilla une religieuse, la mère abbesse Angélique, qu'il rencontra le 5 avril 1619 et avec laquelle il entretint une correspondance nourrie. Il s'efforça souvent de tempérer les ardeurs de celle-ci, écrivant par exemple : "Manger peu, travailler beaucoup, avoir beaucoup de tracas d'esprit et refuser le dormir au corps, c'est vouloir tirer beaucoup de service d'un cheval qui est efflanqué, et sans le faire repaître... Ne vous chargez pas trop de veille et d'austérité..." Ou bien encore : "L'humilité, la simplicité de coeur... et la soumission d'esprit sont les solides fondements de la vie religieuse..., j'aimerais mieux que les cloîtres fussent remplis de tous les vices que du péché d'orgueil et de vanité..." Hélas, s'écrie l'abbé Fuzet, à la douce et riante figure de François de Sales... va succéder le sombre Saint-Cyran (ami de Jansénius, "d'extérieur humble et de coeur orgueilleux", écrit Aimé Richardt, il défendit le jansénisme), qui imposera à Angélique "une direction de crainte et de tremblement, une théologie de terreur, et un mysticisme obscur et exubérant". [42]

Le Saint patron des journalistes et des écrivains

 

On a dit, écrit Mgr Trochu, "si saint Paul revenait de nos jours, il se ferait journaliste. Or, c'est François de Sales qui, le premier en date, va le devenir. Il inaugure l'apostolat par la presse."

Il semble que cette vocation lui a été inspirée par Charles de Charmoisy [43] qui lui aurait conseillé de rédiger des articles destinés à remplacer les sermons, puis de les faire distribuer dans les foyers hérétiques. Ainsi, au lieu de prêcher pour une poignée de catholiques, il toucherait des centaines, voire des milliers de lecteurs. Convaincu, François se mit à la tâche: le 25 janvier 1595 parut une Épître à Messieurs de Thonon. Il réunira ces écrits dans un voulume qui sera publié sous le titre Controverses. Il fit imprimer ses écrits, comme le décrivent les Visitandines (Année sainte, manuscrit, p. 7) : "Chaque semaine, ce bon pasteur [François] envoya à Chambéry pour imprimer une nouvelle feuille qu'il faisait distribuer ensuite dans les maisons de Thonon et dans celles de la compagnie". Son ami, le sénateur Favre, s'occupait de la correction et de l'édition, ainsi que de l'expédition de ces feuilles volantes. Ces périodiques sont considérés aujourd'hui comme les premiers journaux catholiques au monde. 

Parmi ces Controverses, on trouve cette mise en garde aux Réformés : "Premièrement, Messieurs, vos devanciers et vous aussi, avez fait une faute inexcusable quand vous prêtates l'oreille à ceux qui s'étaient séparés de l'Église." (tels Luther, Zwingli, Calvin...)

"Vous dites que le peuple dévôt vous a appelés, mais quel peuple ? Car ou il était catholique, ou il ne l'était pas : s'il était catholique, comment vous eût-il appelés et envoyés prêcher ce qu'il ne croyait pas ?.... Quand Luther commença, qui l'appela ? Il n'y avait encore point de peuple qui pensait aux opinions qu'il a soutenues...."

Il s'en prend ensuite à ces pasteurs qui prétendent que chacun peut lire et interpréter les Écritures. "Mais ne serait-ce pas tout brouiller de permettre à chacun de dire ce que bon lui semblerait ? Il se faut ranger à l'Écriture, en laquelle on ne retrouvera jamais que les peuples aient pouvoir de se donner des pasteurs et prédicateurs."  [44]

Saint François de Sales, évêque et Docteur de l'Église († 1622)

Le résultat est là. Et quand en 1598, l'évêque vient examiner la tâche accomplie, il constate que la quasi-totalité des Chablaisiens ont réintégré la bergerie catholique. François a alors trente-deux ans. Sa mission du Chablais l'a rendu célèbre. [45]

 

Le 8 décembre 1602, François de Sales est ordonné évêque de Genève à Thorens par Mgr Vespasien Gribaldi, archevêque émérite de Vienne, et métropolitain de Genève. Nouvel évêque, il décide d'instituer le catéchisme afin de diffuser, de faire connaître et comprendre la foi catholique aux croyants de son diocèse. Ses fidèles l’appellent "l'aimable Christ de Genève". [46] Dans la petite ville qu'est alors Annecy - puisque Genève est aux mains de Théodore de Bèze -, il vit modestement, à la façon d'un moine plus que d'un dignitaire.

En 1603, François recommandait : "Dieu seul soit votre repos et consolation!" (Lettre à Mademoiselle de Soulfour, 16 janvier 1603: Œuvres complètes, XII, p. 163, cité in Lettre du pape Jean-Paul II, pour les 400 ans de l’ordination épiscopale de saint François de Sales, 23 novembre 2002).

En 1606, dans la querelle sur la prédestination "entre le molinisme (jésuites qui attaquaient la prédestination comme entachée de protestantisme), qui semble faire la part trop grande à l'homme, et le thomisme (dominicains qui ripostèrent en attaquant les jésuites de pélagianisme), qui centre tout sur Dieu, ... il suffisait, comme le dira Bossuet, 'de tenir les deux bouts de la chaîne", ce qu'avait conseillé de faire saint François de Sales [47], qui "fut consulté par Rome (vers la fin de 1606). Hélas, sa réponse est perdue. Charles-Auguste de Sales nous en donne une idée en écrivant : 'Il répondit son sentiment de la même façon qu'il l'a traité en son livre Traité de l'Amour de Dieu (L III, chap. V) :

Dieu a voulu premièrement, d'une vraie volonté, qu'encore après le péché d'Adam, tous les hommes fussent sauvés; mais en une façon et par des moyens convenables à la condition de leur nature douée du libre arbitre [liberté]; c'est-à-dire, il voulut le salut de tous ceux qui voudraient contribuer par leur consentement aux grâces et faveurs qu'il leur préparait, offrirait et départirait à cette intention. Or, entre ces faveurs, il voulut que la vocation [l'appel à la foi et à la vie chrétienne] fût la première et qu'elle fût tellement [assortie] à notre liberté que nous la puissions accepter ou rejeter à notre gré. [48]

C'est au cours de l'année 1608 que l'évêque de Genève, François de Sales, âgé de 41 ans et prêtre depuis 15 ans, écrivit son œuvre la plus connue, l'Introduction à la vie dévote. Pour François de Sales et ses contemporains, la dévotion désignait, grosso modo, ce que nous appelons aujourd'hui la vie spirituelle, considérée dans sa réalisation la plus authentique, et la plus fervente.

 

Saint Thomas d'Aquin définit la dévotion comme "un acte de la vertu de religion, dont le propre est de relier l'homme à Dieu."

 

Sa doctrine spirituelle est simple : 1. viser à plaire à Dieu et non aux hommes. - 2. Rien par contrainte, tout par amour. - 3. Ne rien demander, ne rien refuser. - 4.  Aller de l'intérieur à l'extérieur. - 5. Aller "tout bellement". 6. Avec douce diligence. 7. Ne penser qu'à aujourd'hui. 8. Recommencer chaque jour. 9. Profiter de toutes les occasions. - 10. Se guérir de ses imperfections. - 11. Vivre paisiblement. 12. Vivre joyeux. 13. Vivre en esprit de liberté.

 

Les éditions du Cerf ont publié en 2019 une très utile "Introduction à la vie dévote, mise en français contemporain", Collection Spiritualité LeXio. On trouvera le texte original de l'Introduction à la vie dévote dans Saint François de Sales, Oeuvres, Paris, Galimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1969, avec l'orthographe modernisée.

 

 

Le langage et le style utilisés étaient très simples pour l'époque, sans citations latines ni grecques, permettant une lecture beaucoup plus large que les traités spirituels qui existaient alors. L'ouvrage était destiné à des laïcs ne se destinant pas à la vie religieuse, et avait pour principal but de montrer qu'il était possible de mener une vie sainte tout en vivant dans le monde. Les vies des saints, et particulièrement de ceux qui ont vécu dans le monde, sont souvent prises comme exemple. Ce livre eut très vite un énorme succès : il fut réimprimé plus de quarante fois du vivant de François de Sales ; le roi de France Henri IV lui-même le lut et la reine Marie de Médicis en offrit un exemplaire "orné de diamants", au roi d'Angleterre.

 

Comment expliquer l'énorme succès que connut l'Introduction à la Vie dévôte (plusieurs centaines d'éditions) ?

 

"[L]'austérité de tels textes tels que le Combat spirituel ou l'Imitation de Jésus-Christ, [...] réservaient 'l'amour de Dieu à une élite contemplative' (André Ravier). Tout autre était cette Introduction à la Vie dévote que Vaugelas appellera 'le livre nécessaire', le livre en qui les gens qui vivent en la presse du monde reconnaîtront leur livre, parce qu'il a 'rendu la dévotion sociable'." [49] 

 

Il ose dire qu'on peut être chrétien sans être austère ni faire des oraisons prolongées, qu'on peut atteindre la perfection sans être du clergé mais en pratiquant son devoir d'état et en acceptant sa condition de vie qu'on soit "soldat, artisan, prince ou simplement marié'. Il répond à l'inquiétude qui habite tout chrétien de son temps : "Que notre âme soit en clarté, en ténèbres, en goût, en dégoût, il faut pourtant qu'à jamais la pointe de notre coeur qui est notre boussole, tende à l'amour de Dieu". [50] Le jeune Louis XIII se nourrira de la spiritualité de la Vie dévote de François de Sales qu'il se fera lire. [51]

 

Lorsque en 1607, François exposa ainsi la situation de son diocèse au pape Clément VIII, il écrivit : "Il y a douze ans, dans soixante-quatre paroisses voisines de Genève [les paroisses du Chablais] et pour ainsi parler, sous ses murs, l'hérésie occupait les chaires [les églises], elle avait tout envahi; à la religion catholique, il ne restait [rien]. Or, aujourd'hui, dans la même région, l'Église étend de toutes parts ses rameaux, avec des poussées si vigoureuses que l'hérésie n'y a plus de place. Jadis on avait peine à convoquer cent catholiques entre toutes les paroisses réunies : aujourd'hui on n'y verrait pas cent hérétiques....'" [52] 

 

"Il convertit, dit-on, plus de soixante-douze mille hérétiques, dont un assez grand nombre appartenaient aux classes élevées." [53]

 

 

"Ravissements, visions, lectures des âmes, parfums mystérieux, le saint vit des phénomènes incroyables. ses pénitents qui viennent à lui, il affirme voir 'clairement dans leur coeur comme au travers d'un cristal.' Il obtient la guérison de Jeanne de Chantal par la prière adressée à saint Charles Borromée (+1584) qu'il aime tant." [54]

 

 

Le dimanche 6 juin 1610, François de Sales fonde à Annecy avec Ste Jeanne de Chantal l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie, ordre monastique féminin de droit pontifical, initialement établi dans une modeste "maison de la Galerie". La cave de cet immeuble, conservée, a été aménagée en oratoire et de nombreux pèlerins viennent aujourd'hui encore visiter le berceau de cet ordre, dont les membres sont couramment appelées les "visitandines". En souvenir du jour où la Vierge Marie, enceinte du Christ s'en alla aider sa cousine Élisabeth âgée et enceinte de Jean-Baptiste, les religieuses auraient pour tâche principale de visiter les malades et les pauvres et de les réconforter.

En 1616, François publie le "Traité de l'Amour de Dieu". Son idée était d'écrire un livre sur la manière d'aimer Dieu dans l'observation des Dix commandements, en révélant aux âmes, "clairement et simplement les beaux secrets de l'amour de Dieu". [55] Cette publication sera suivie de l'édition post-mortem de ses Entretiens spirituels, en 1629.

L'aube de l'amour

Ô Jésus ! Que c'est un plaisir délicieux de voir l'amour céleste, qui est le soleil des vertus, quand petit à petit, par des progrès qui insensiblement se rendent sensibles, il va déployant sa clarté sur une âme, et ne cesse point qu'il ne l'ait toute couverte de la splendeur de sa présence, lui donnant enfin la parfaite beauté de son jour ! Ô que cette aube est gaie, belle, aimable et agréable ! Mais pourtant il est vrai que, ou l'aube n'est pas jour, ou si elle est jour, c'est plutôt l'enfance du jour que le jour même. Et de même, sans doute, ces mouvements d'amour, qui précèdent l'acte de la foi, requis à notre justification, ou ils ne sont pas amour à proprement parler, ou ils sont un amour commençant et imparfait, ce sont les premiers bourgeons verdoyants, que l'âme

aint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, II, 13

Le démon vaincu par le missionnaire du Chablais

 

"[S]i nous en croyons les biographes, il (S. François) délivra plus de quatre cents démoniaques du pouvoir de Satan. (Abbé Édouard, Un nouveau docteur de l'Église, saint François de Sales, Paris, Éd. Jules Vic, 1878, p. 43.) [56] 

 

"Dans son Traité de l'Amour de Dieu, François rapporte le terrible aveu que fit le démon : 'Je suis ce malheureux privé d'amour.'

 

"[...] 'Seul le diable est incapable d'amour!', écrit S. François (Traité de l'Amour de Dieu, VI, 14). [...] N'avez-vous pas remarqué l'air triste et patibulaire qu'affichent ceux qui s'adonnent à la violence et à la haine ?

"[...] Saint François nous a fait remarquer [...] que les démons sont pris d'effroi au contact du crucifix et à l'énonciation du nom de Jésus. [...] La croix est l'instrument de notre rédemption, l'emblème de la victoire du Christ, le don de la vraie vie; en fait, elle est tout ce que les démons ne pourront jamais aimer et posséder." [57]

 

"À certaines mauvaises langues qui accusaient le saint évêque d'accomplir des miracles avec ostentation, il donna cette réponse : "Ces bonnes gens n'ont-ils pas pris garde que la femme a dit son Pater et que Dieu l'a exaucée, la délivrant d'un si grand mal, afin qu'elle ne fût plus induite en tentation par le démon qui la possédait ? Si nous avions soin de le dire (le Notre Père) selon l'esprit et l'intention de Jésus-Christ, nous y trouverions le remède de tous nos maux. Et même, ajouta-t-il en souriant [pour répondre à ses détracteurs], je trouve le remède à ces attaques, en disant : 'Seigneur, pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.'"

 

"[...] Le Notre Père est une vraie prière d'exorcisme: ce sont les paroles mêmes de Jésus, paroles de libération, de l'unique Libérateur et Sauveur du monde. Il ne suffit pas de la réciter machinalement; mais il faut croire de toutes ses forces en la puissance libératrice de la prière de Jésus ! 

 

"[...] Souvent, un Pater prié avec foi se révèle bien plus efficace que de nombreuses et longues prières de délivrance !" [58]

 

Terrassé par un attaque d'apoplexie, Saint François de Sales mourut à Lyon le 28 décembre 1622, le jour des saints Innocents. Avant sa mort, il eut la joie de voir douze monastère de la Visitation se crééer et prospérer : Lyon, en 1615; Moulins, en 1616; Grenoble et Bourges, en 1618; Paris, en 1619; Montferrand, Nevers et Orléans, en 1620; Dijon, Bellay et Saint-Étienne en 1622. [59]

 

Alité, malade, quelques heures avant sa mort, saint François de Sales reçut la visite du vicaire général de Lyon, Ménard, qui l'interrogea alors : "Eh ! Monseigneur, que pensez-vous de la foi catholique ? Ne seriez-vous point huguenot ?... Oh ! Oh ! répondit François, Dieu m'en garde !" Puis, un religieux lui demanda : "Eh ! quoi, Monseigneur, vous voulez donc laisser vos filles de la Visitation orphelines ?" François lui répondit : "Celui qui a commencé, parfera, parfera, parfera [y pourvoiera]. [60] Alors qu'on le portait sur son lit, Mgr de Sales dit : Il se fait fait tard et le jour baisse... Jésus Maria !" Son agonie dura deux heures, sans qu'il prononce d'autres paroles et il rendit l'âme sur les huit heures du soir. Il était âgé de cinquante-cinq ans, quatre mois et sept jours, et était évêque-prince de Genève depuis vingt ans et vingt jours."

 

Le 24 janvier 1623, ses restes ont été transportés à Annecy et portés à la vénération des fidèles dans la basilique de la Visitation où l'on signale des guérisons miraculeuses; par la suite, le docteur de l'Église fut enterré dans l'édifice sacré qui porte son nom dans le centre-ville. Son coeur est toujours incorrompu, il est vénéré à Trévise dans le Monastère de la Visitation. [61]

 

"Selon de très nombreux témoignages il semble que saint François de Sales ait accompli plus de miracles après sa mort que durant sa vie terrestre. On a relevé, en effet, une telle profusion de miracles survenus devant son tombeau, qu'il n'a jamais été possible de tous les connaître ni de les comptabiliser !" [62]

 

Un premier miracle

 

Le vendredi 28 avril 1623, une fillette de huit ans (Françoise-Angélique de la Pesse) qui tentait de cueillir des fleurs sur une rive du Thieu (affluent du Lac d'Annecy), glissa et tomba dans l'eau, le courant l'emporta. Un certain Jean-Louis Daurillac, après plusieurs plongées, finit par remonter le petit corps et le déposa sur la rive. Un seul cri s'éleva alors des spectateurs atterrés : "Elle est morte ! ". Seule la mère invoqua François de Sales : Sa fille ! ... Il lui rendra sa fille !... Étant resté près de trois heures dans le fond de la rivière, le pauvre petit corps est froid. Un docteur (le docteur Grandis) l'examine et déclare que la fillette est morte. Il la recouvre d'un drap. Or, alors que des amies de la mère éplorée soulèvent ce drap pour dire un dernier adieu à Françoise-Angélique, l'enfant ouvre les yeux et joint les mains. "J'ai bien dormi", dit-elle. Miracle ! Miracle ! , s'écrient les dames; à ces cris, Mme de la Pesse accourt, enlace sa fille en éclatant en sanglots, alors que l'enfant s'étonne "que dans la maison on rie et pleure à la fois". Bientôt, a écrit la mère de Chaugy, les miracles que le Tout-Puissant opérait par l'intercession de son serviteur furent "si fréquents qu'on avait peine d'en tenir le compte". [63]

 

François disait : 

Je fais le signe puissant de la croix. Par ce signe puissant j'enchaîne le démon, je disperse toute terreur.

Le procès en béatification de François de Sales est ouvert par le Saint-Siège dès 1626. Il est déclaré bienheureux en 1661, saint en 1665, et est fêté le 24 janvier. 

Il est élevé à la dignité de Docteur de l'Église par le pape Pie IX, en 1877. 

 

À l'occasion du 400e anniversaire de la naissance de S. François de Sales, dans sa lettre Sabaudiae Gemma, Paul VI affirma que S. François de Sales fut "l'une des plus grandes figures de l'Église et de l'Histoire", "le protecteur des journalistes et des publicistes parce qu'il rédigea lui-même une première publication périodique. Nous pouvons qualifier d''œcuménique' ce saint qui écrivit les controverses afin de raisonner clairement et aimablement avec les calvinistes de son temps. Il fut un maître de spiritualité qui enseigna la perfection chrétienne pour tous les états de vie. Il fut sous ces aspects un précurseur du IIe concile œcuménique du Vatican. Ses grands idéaux sont toujours d'actualité." (Lettre apostolique Sabaudiae Gemma, 29 janvier 1967). 

 

À l’occasion des 400 ans de l’ordination épiscopale de saint François de Sales, Jean-Paul II rappela que "celui que le roi Henri IV appelait de manière élogieuse 'le phénix des Évêques', parce que, disait-il, 'c’est un oiseau rare sur la terre', après avoir renoncé aux fastes de Paris et aux propositions du roi de lui donner un siège épiscopal de renom, devint le pasteur et l’évangélisateur inlassable de sa terre savoyarde, qu’il aimait par-dessus tout, car, avouait-il, 'je suis Savoyard de toutes façons, de naissance et d’obligation'. 

 

Docteur de l’amour divin, François de Sales n’eut de cesse que les fidèles accueillent l’amour de Dieu, pour en vivre en plénitude, tournant leur cœur vers Dieu et s’unissant à Lui (cf. Traité de l’amour de Dieu: Œuvres complètes, IV, p. 40 ss). C’est ainsi que, sous sa conduite, de nombreux chrétiens marchèrent dans la voie de la sainteté; il leur montra que tous sont appelés à vivre une intense vie spirituelle, quelles que soient leur situation et leur profession, car "l’Église est un jardin diapré de fleurs infinies, il y en faut donc de diverses grandeurs, de diverses couleurs, de diverses odeurs, et, en somme, de différentes perfections. Que toutes ont leur prix, leur grâce et leur émail, et toutes, en l’assemblage de leurs variétés, font une très agréable perfection de beauté" (Traité de l’amour de Dieu: Œuvres complètes, IV, p. 111).

La perfection consiste à être conforme au Fils de Dieu, en se laissant conduire par l’Esprit Saint, dans une parfaite obéissance (cf. Traité de l’amour de Dieu: Œuvres complètes, XI, 15, V, pp. 291 ss): "Le parfait abandon entre les mains du Père céleste et la parfaite indifférence en ce qui regarde la divine volonté sont la quintessence de la vie spirituelle […]. Tout le retard dans notre perfection provient seulement du manque d’abandon, et il est sûrement vrai qu’il convient de commencer, de continuer et d’achever la vie spirituelle à partir de là, à l’imitation du Sauveur qui a réalisé cela avec une extraordinaire perfection, au début, durant et à la fin de sa vie" (Sermon pour le Vendredi Saint, 1622: Œuvres complètes, X, p. 389)."

Dans cette lettre, Jean-Paul II invitait "les pasteurs et les fidèles à se laisser enseigner par son exemple et par ses écrits, qui demeurent d'une grande actualité". (Zenit.org)

Vierge à l'Enfant avec saint François de Sales, Carlo Maratta, 1691, Forli, Pinacoteca Civica, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 57.

Vierge à l'Enfant avec saint François de Sales, Carlo Maratta, 1691, Forli, Pinacoteca Civica, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 57.

Citons quelques paroles de François lui-même :

 

"Soyez, disait-il, le plus doux que vous pourrez, et souvenez-vous que l'on prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu'avec cent barils de vinaigre. S'il faut donner en quelque excès, que ce soit du côté de la douceur."

 

"Je le veux tant aimer, ce cher prochain, je le veux tant aimer ! Il a plu à Dieu de faire ainsi mon cœur ! Oh ! Quand est-ce que nous serons tout détrempés en douceur et en charité !"

 

"Ayons toujours les yeux sur Jésus crucifié ; marchons à son service avec confiance, simplicité et sagesse. Il sera le protecteur de notre réputation, et s'il permet qu'elle nous soit enlevée, ce sera pour que nous jouissions de sa sainte humilité."

 

"Comme le dit le Docteur angélique, le meilleur moyen pour aimer Dieu, c'est de connaître ses bienfaits. (...) Si nous nous rappelons ce que nous avons fait lorsque Dieu n'était pas avec nous, nous devrons bien reconnaître que ce que nous faisons quand il est avec nous ne vient pas de nous."

 

"Ne cherchez pas à vouloir opposer la vertu contraire à la tentation que vous éprouvez, car ce serait encore discuter avec elle. Dirigez plutôt votre coeur vers Jésus-Christ, et dans un élan d'amour embrassez ses pieds sacrés. C'est le meilleur moyen de vaincre l'ennemi, aussi bien dans les grandes que dans les petites tentations."

 

"L'un des meilleurs usages que nous puissions faire de la douceur, c'est de l'appliquer à nous-mêmes, en ne nous étonnant jamais de nos imperfections. (....) Il faut pourtant nous garder de toute aigreur, de tout dépit, de toute colère. Il en est beaucoup qui pour s'être trop énervés, s'énervent encore d'avoir été énervés, ont du dépit d'en avoir eu, sont en colère de l'avoir été. Par là ils tiennent leurs coeurs dans un mécontentement permanent. (...) Ainsi lorsque notre coeur aura commis quelque faute, reprenons-le avec douceur et patience, avec plus de compassion que de passion, en l'encourageant à se réformer. Le repentir qu'il en concevra sera bien plus profond."

 

"Il nous faut garder une continuelle et inaltérable égalité de coeur."

 

"Pour recevoir la grâce de Dieu en nos coeurs, il faut qu'ils soient vides de notre propre gloire. (...) Ainsi l'humilité repousse Satan. Elle nous fait garder les grâces et les dons du Saint-Esprit. C'est la raison pour laquelle Notre-Seigneur, Sa Mère et tous les saints, entre toutes les vertus morales, ont aimé et honoré l'humilité plus que toutes les autres."

 

"Ne vous permettez jamais de vous mettre en colère ; n'ouvrez jamais la porte de votre cœur à cette passion sous quelque prétexte que ce soit."

 

"On fait toujours assez vite ce qu'on fait bien. Les bourdons font toujours plus de bruit et sont plus pressés que les abeilles, mais ils ne font que de la cire et pas de miel ; de même ceux qui se pressent avec une inquiétude ardente et une sollicitude bruyante, ne font jamais ni beaucoup ni bien."

 

 

PRATIQUE. Soyez doux : un zèle amer ne produit que du mal. 

 

Soyez en paix.

N’attendez pas avec peur les changements de la vie ;
regardez-les plutôt avec l'espoir qu'à mesure qu'ils se présenteront,
Dieu, à qui vous appartenez, vous guidera en toute sécurité à travers toutes choses ; et quand vous ne pourrez pas le supporter, Dieu vous portera dans ses bras.
Ne craignez pas ce qui peut arriver demain ; le même Père compréhensif qui prend soin de vous aujourd’hui prendra soin de vous alors et chaque jour.
Soit il vous protégera de la souffrance, soit il vous donnera une force sans faille pour la supporter. Soyez en paix et mettez de côté toutes pensées et imaginations anxieuses.

St François De Sales

Sources :

(1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 29 ; (2) L'Evangile au quotidien ; (3) Jean-Christian PETITFILS, Louis XIII, Perrin, Lonrai 2008, p. 264 ; (4) Wikipedia ; (5) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réforme, François-Xavier de Guibert, Paris 2013, p. 18-21 ; (6) Aimé RICHARDT, Calvin, François-Xavier de Guibert, Clamecy 2009, p. 76-78 ; (7) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 15 et 21 ; (8) RUCHAT, t. VI, p. 334 ; (9) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 76 ; (10) Jean SÉVILLIA, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 104 ; (11) Bartolomé BENNASSAR, Jean JACQUART, Le XVIe siècle, Armand Colin Poche, Paris 2013, p. 154-158 ; (12) Pierre GAXOTTE, de l'Académie française, Histoire des Français, Flammarion, Saint-Amand, 1972, p. 374; 377 ; (13) Aimé RICHARDT, Calvin, ibid., p. 91 ; (14) Dimitri MEREJKOVSKI, Calvin, Traduit du russe par Constantin Andronikoff, Nrf, Gallimard, Paris 1942, p. 19; 91-92; 113; 117- 118; 124-125 ; (15) Aimé RICHARDT, Calvin, ibid., p. 8; 223-234 ; (16) Yves-Marie ADELINE, Histoire mondial edes idées politiques, Ellipses, Paris 2007, p. 254 ; (17) Aimé RICHARDT, Calvin, ibid., p. 102-103 ; (18) Jean DUMONT, L'Église au risque de l'histoire, préface de Pierre CHAUNU de l'Institut, Éditions de Paris, 2002, p. 579 ; (19) Dimitri MEREJKOVSKI, Calvin, ibid, p.  118;157-158; 167; 176 ; (20) Aimé RICHARDT, Calvin, ibid., p. 180-181 ; (21) François ANGELIER, Saint François de Sales, Pygmalion, Paris, 1997, p. 100, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 23 ; (22) Oeuvres, t. VII, p. 73, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 131 ; (23) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 52-53 ; (24) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 206 ; (25) Cité in Charles-Auguste DE SALES, Histoire du Bienheureux François de Sales, Lyon 1634, p. 81, cité in Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 79 ; (26) Mgr TROCHU, Saint François de Sales, Lyon, 1955, p. 324, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 82 ; (27) Cité par André RAVIER, François de Sales, Nouvelle Cité, 2009, p. 77 ; (28) Mgr TROCHU, ibid., p. 333 ; (29) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 84 ; (30) Cité par Mgr TROCHU, Vie de Saint François de Salesibid., p. 372, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 90 ; (31) Mgr TROCHU, ibib, p. 393, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 92 ; (32) Samuel Pruvot, Nos Ancêtres les Saints, Petite histoire de la France missionnaire, Cerf, Paris 2017, p. 90-91 ; (33) Dom Jean de Saint-François, La Vie du bienheureux Messire François de Sales, 1624, p. 90, cité in, Aimé RICHARDT, ibid., p. 95 ; (34) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 95 ; (35) Charles-Auguste de SALES, ibid., p. 128, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 99 ; (36) Selon Aimé Richardt, qui rapporte cette discussion (p. 101-102), "on connaît l'essentiel des propos échangés par les deux hommes grâce surtout aux relations de Charles-Auguste de SALES, ibid., p. 130-134 ; (37) d'après Mgr Francis TROCHU, Vie de Saint François de Sales, t. 1, p. 462-465, Dominicains d'Avrillé ; (38) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 102 ; (39) Jean GUIRAUD, Histoire partiale, Histoire vraie, tome II, Moyen-Âge, Renaissance, Réfome, Quatrième édition, Gabriel Beauchesnes & Cie Éditeurs, Paris 1912 ; (40) Dimitri MEREJKOVSKI, Calvin, ibid., p. 153-154 ; (41) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 103 ; (42) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 215-216 ; (43) Mgr PICARD, La Mission de Saint François de Sales en Chablay, p. 86, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., 85 ; (44) Les Controverses, édition d'Annecy, p. 21-27, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 87 ; (45) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome VI, La Réforme catholique, Librairie Arthème Fayard, Éditions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 357-358 ; (46) Marguerite & Roger Isnard, Nouvel almanach du Comté de Nice, Serre Éditeur, 2006, p. 31 ; (47) DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome VI, ibid., p. 324 ; (48) S. François de Sales, cité par André RAVIER, op. cit., p. 183, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 175 ; (49) Mère de CHAUGY, 2e Procès, t. IV, p. 791, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 186 ; (50) Des Premiers Martyrs à nos jours, Saints et Saintes de France, Hatier, Renens, 1988, p. 79 ; (51) Jean-Christian PETITFILS, ibib., p. 150 ; (52) Oeuvres, op. cit., t. XIII, p. 237, cité in, A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 143 ; (53) Mgr Paul GUERIN, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Argenté-sur-Plessis 2003p. 61 ; (54) Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Eglise catholique, Artège, Paris 2019, p. 261 ; (55) Mgr TROCHU, op. cit., t. II, p. 471, cité in A. RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 197 ; (56) Abbé EDOUARD, cité dans Gilles JEANGUENIN, Saint François de Sales, Son Combat contre le démon, Éditions de l'Émmanuel, Dijon 2009, p. 36 ; (57) Gilles JEANGUENIN, Saint François de Sales, Son Combat contre le démon, ibid.,, p. 22-23 ; (58) Gilles JEANGUENIN, Saint François de Sales, Son Combat contre le démon, ibid., p. 100-101; et 113 ; (59) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 196 ; (60) Charles-Auguste de SALES, op. cit., p. 576, cité in A. RICHARDT, ibid., p. 231 ; (61) Un évêque modèle : Saint François de Sales, Corrispondenza Romana ; (62) Gilles JEANGUENIN, Saint François de Sales, Son Combat contre le démon, ibid., p. 102 ; (63) Aimé RICHARDT, Saint François de Sales et la Contre-Réformeibid., p. 234.

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22 janvier 2026 4 22 /01 /janvier /2026 01:00

Diacre et martyr espagnol du IVe siècle, Vincent est l'un des plus illustres martyrs de Jésus-Christ.

Saint Vincent de Saragosse en prison. Peinture à l'huile. Auteur anonyme, école de Francisco Ribalta

Saint Vincent de Saragosse en prison. Peinture à l'huile. Auteur anonyme, école de Francisco Ribalta

La basilique du Pilar et le pont de pierre sur l'Èbre.Saint Vincent est né à Saragosse, en Espagne, où il fut diacre de l'évêque Valère. Ce dernier vieillissant souffrait d'un défaut d'élocution, aussi conféra-t-il à Vincent le diaconat et le chargea-t-il de sa mission de prêcher et d'instruire les fidèles, fonction normalement dévolue à l'évêque. Vincent se fit remarquer par son souci des pauvres, des veuves et des orphelins.

 

Lorsque vinrent les persécutions sous Dioclétien et Maximien, l'évêque et le diacre furent arrêtés et emprisonnés. Le procurateur Dacien les fit comparaitre, et Vincent prit la parole pour confesser leur foi commune. Dacien condamna alors Valère à l'exil et Vincent à la torture, en exemple. Ce dernier conserva un calme inaltérable, se réjouissant même selon la Légende dorée, avant de mourir le 22 janvier 304 (ce jour étant devenu celui de sa fête). 

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Jacobus de Voragine avec son ouvrage La Légende dorée entre les mains, œuvre de Ottaviano Nelli, Foligno, Italie.

 

 

Vincent, en latin Vincentius, signifie étymologiquement "vainqueur". Par son nom, Vincent symbolise la victoire du martyr chrétien. Dans son cas, Vincent a même remporté une double victoire puisqu'il a triomphé d'un double martyr : vivant, il triomphe des flammes et des diverses sortes de torture; après sa mort, son cadavre résiste victorieusement à l'acharnement du bourreau qui cherche en vain à l'éliminer en le donnant en pâture aux fauves, puis en l'immergeant dans les flots.

Il a été torturé sur une maie de pressoir, ce qui pourrait expliquer le fait qu'il soit saint patron des vignerons (symbolique du sang ayant coulé dans le pressoir à la place du vin, etc.)

Les membres du diacre sont distendus et écartelés par le chevalet; ses chairs sont déchirées par un ongle de fer.

 

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Saint Vincent, Diacre et Martyr, consolé par des Anges.

 

Le martyr reste serein et joyeux parce qu'il "voit la présence du Christ" et il encourage même les bourreaux, qui s'épuisent en vain. Datien suspend momentanément les tortures.

 

Le supplice de l'ongle reprend; mais comme il n'obtient aucun résultat, Datien décide de passer à de nouvelles tortures : "le feu, le gril et les lames ardentes". En effet, raffinement par rapport au supplice habituel du gril qu'avait subi un autre diacre célèbre, le martyr romain Laurent, les barres du gril sont découpées en lamelles de scie, et les bourreaux jettent des pincées de sel ou versent de la graisse fondue pour rendre les brûlures encore plus douloureuses. Pourtant, Vincent était allé de lui-même au-devant du supplice, et il le supporte avec joie : il ne sent pas la douleur et regarde fixement le ciel. saint Augustin dit que loin de le brûler, la flamme le durcissait : elle transformait la molle argile de son corps en brique réfractaire. Vainqueur du tyran, Datien suspend à nouveau le supplice, et fait jeter Vincent en prison. Pour empêcher le détenu de dormir, le sol de la cellule a été parsemé de débris de poteries. Mais la prison tout à coup s'illumine.

 

Au milieu de la nuit, les anges viennent le consoler et le libèrent de ses entraves :

 

"Réjouis-toi, lui disent-ils, bientôt ton âme, libre du joug de la chair, va prendre place parmi nous !"

Le gardien de la prison voit cette clarté divine et il entend le martyr chanter des hymnes; il rapporte ce miracle au préfet Datien. Un peu plus tard, il se convertira.

Datien décide de faire soigner Vincent avant de le soumettre à de nouveaux supplices. Il le fait étendre sur des coussins moelleux afin de lui retirer la gloire d'avoir péri dans les souffrances. Toujours est-il que, lorsque le corps de Vincent se trouve allongé sur le lit, son âme s'élance vers le ciel. Jean-Baptiste, jadis emprisonné comme lui, et des chœurs de saints l'accompagnent au ciel.

 

Datien ne s'avoue pas pour autant vaincu : il veut poursuivre Vincent après sa mort, en jetant son cadavre aux bêtes : ainsi il ne pourra pas être enseveli et les chrétiens n'auront pas la possibilité de vénérer son tombeau. Mais Dieu envoie un corbeau qui protège le corps du martyr, et ce faible volatile met en fuite un loup, ainsi que des oiseaux de proie, ajoute la Passion.

Furieux, Datien décide de noyer le cadavre. Il ordonne à un soldat nommé Eumorphion de mettre le corps dans un sac (ou dans un filet), d'y attacher une lourde pierre et de le jeter dans la mer.

 

Le corps de Saint Vincent jeté à la mer

Le corps de Saint Vincent jeté à la mer.

 

Mais le corps de Vincent regagna le rivage plus vite que les marins qui avaient été chargés de cette tâche.

Vincent apparut alors en vision à une dame, à qui il indiqua la position de sa dépouille.

 

Le corps de Saint Vincent défendu par un corbeau.

 

Selon Prudence, Les chrétiens recueillent le corps de Vincent et lui dressent un tertre, sur le rivage, près de Sagonte-Murviedro, au nord de Valence.

Ses restes auraient pu, selon certaines sources, être transportés à l'abbaye Saint-Benoît de Castres en 855 et à la Sé de Lisbonne en 1173. On raconte que durant ce dernier trajet, le navire les emportant aurait été escorté par deux corbeaux.

Selon d'autres, ils auraient été transportés en 779 au cap Saint-Vincent en Algarve (Portugal)

 

Saint Vincent est nommé dans le canon romain de la messe et son culte est universel. Il est fêté le 22 janvier.

 

Une "passion" en prose raconte le martyre de saint Vincent ; elle est mentionnée par saint Augustin, qui atteste que dès la fin du IVe siècle, son culte était célébré dans toutes les églises de la chrétienté. (Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 1175.) On a conservé cinq sermons de S. Augustin en l'honneur de ce martyr.

 

Saint Vincent est notamment célébré pour la première fois par une hymne du poète Prudence (348-405) dans son Peristephanon. Prudence compare le martyr espagnol aux Maccabées de l'Ancien Testament, famille juive qui mena la résistance contre la politique d’hellénisation forcée menée par les Séleucides au IIe siècle av. J.-C.

 

Il est également mentionné par saint Paulin de Nole (353-431) et des poèmes lui ont été consacrés par Pierre Damien (1007-1072), Hildebert de Lavardin (1056-1133), Adam de Saint-Victor († 1146) notamment.

 

Son culte est largement répandu en France au VIe siècle.

Une relique (peut-être une étole) de saint Vincent fut rapportée d'Espagne en France, vers 543, par le roi mérovingien Childebert Ier (511-558), 4e fils de Clovis, à la suite d'une campagne au-delà des Pyrénées contre les Wisigoths. La ville de Saragosse assiégée l'aurait cédée pour éviter d'être prise. Le roi fit édifier une église, aux portes du Paris de l'époque, près de la voie romaine de Sèvres, pour l'honorer ainsi qu'une abbaye à proximité. Initialement dédiée à saint Vincent, l'abbaye prendra le nom d'un évêque qui l'administra, saint Germain, pour devenir l'abbaye de "Saint-Germain-des-Prés".

 

En 864, des reliques de Vincent solennellement transférées à Castres, des miracles se produisent. Cette translation se fêtait le 27 octobre, mais les reliques furent détruites au XVIe siècle par les calvinistes, de même que le cœur de Vincent que l'on disait conservé dans une châsse à Dun-le-Roi en Berry, brûlé en 1562.

 

Plusieurs miracles accomplis en Espagne par Vincent ont été rapportés dans un poème de Guarnerius et dans une lettre d'Hermann, abbé de Saint-Martin de Tours (1143). 

 

Chaque année, en Côte-d'Or, la Confrérie des Chevaliers du Tastevin intronise de nouveaux membres, à l'occasion d'une fête viticole nommée La Saint-Vincent Tournante. Cette fête a lieu à chaque premier week-end suite au 22 janvier (voir à partir du 22 janvier même, s'il s'agit d'un samedi), et dont la responsabilité est chaque année donnée à une ville ou un village différent de Côte-d'Or. Cette tradition est également perpétrée en Champagne mais à la différence que chaque confrérie se rassemble le week-end précédant dans une ville donnée: un an sur deux à Épernay et en alternance un an sur deux à Reims, Château-Thierry ou à Troyes. Ensuite les vignerons organisent cette manifestation pour chaque village viticole le 22 janvier.

Une tradition similaire se perpétue dans le terroir des vins de l'Orléanais. Ainsi, la culture de la vigne et l'élevage du vin ayant depuis longtemps marqué les communes de Bou, de Mardié et de Chécy, on y célèbre vers le 22 janvier, la Saint-Vincent, fête religieuse, et la Fête des vignerons, fête laïque.

 

Saint Vincent diacre et martyr

 

Il est représenté, comme saint Laurent, en costume de diacre, ayant pour attribut un lit de fer à pointes aiguës, des ongles de fer, une meule. Il est représenté aussi portant un bateau (ceci rappelant qu'il fut embarqué pour être jeté au large) ; ou avec une serpette, un seau et des grappes de raisin, en sa qualité de patron des vignerons et viticulteurs.

 

La popularité de Vincent explique les nombreux patronages qui lui ont été attribués. Le martyr espagnol a même été revendiqué par la corporation des tuiliers et couvreurs, en souvenir du lit de tessons sur lequel Vincent fut étendu.

 

Sources: 1, 2, 3, 4; 5 Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019

 

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21 janvier 2026 3 21 /01 /janvier /2026 01:00

Patronne des couples, des chastes, des victimes de viols et des scouts.

Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 8.

Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 8.

La fête de ce jour nous rappelle un des plus touchants et des plus beaux triomphes de la foi chrétienne ; elle nous montre une faible enfant sacrifiant, pour l'amour de Jésus-Christ tout ce que le monde a de plus séduisant : noblesse, fortune, jeunesse, beauté, plaisirs, honneurs.

 

Son nom, d'origine grecque, signifie "pure, chaste".

Agnès, enfant de l'une des plus nobles familles de Rome, se consacre au Seigneur dès l'âge de dix ans. Elle a à peine treize ans quand un jeune homme païen, fils du préfet de Rome, la demande en mariage, lui promettant mille richesses ; mais Agnès prétend être promise à un noble encore plus riche. Elle lui fait cette belle réponse :

"Depuis longtemps je suis fiancée à un Époux céleste et invisible ; mon cœur est tout à Lui, je Lui serai fidèle jusqu'à la mort. En L'aimant, je suis chaste ; en L'approchant, je suis pure ; en Le possédant, je suis vierge. Celui à qui je suis fiancée, c'est le Christ que servent les Anges, le Christ dont la beauté fait pâlir l'éclat des astres. C'est à Lui, à Lui seul, que je garde ma foi."
 

Peu après, à douze ans, la noble enfant est traduite comme chrétienne devant le préfet de Rome, dont elle avait rebuté le fils ; elle persévère dans son refus, disant : "Je n'aurai jamais d'autre Époux que Jésus-Christ." Le tyran veut la contraindre d'offrir de l'encens aux idoles, mais sa main ne se lève que pour faire le signe de la Croix.
 

Supplice affreux pour elle : le préfet la fait conduire toute nue à travers Rome, jusqu'à un lupanar pour être violée par le fils du préfet. Tous assistent à ce prodige incroyable: alors qu'on veut l'approcher, elle crie : "Je ne crains rien, mon Époux Jésus, saura garder mon corps et mon âme !" À cet instant, ses cheveux croissent soudain et couvrent son corps dénudé, une lumière l'environne et elle voit son ange à ses côtés. Le jeune homme qui veut l'approcher est foudroyé à l'instant. Compatissante et pardonnant, Agnès le relève et le rassure. Et nouveau prodige, le jeune homme changé par la grâce, se déclare chrétien.

Sainte Agnès de Rome, vierge et martyre († 304)

Agnès est jetée sur un bûcher ardent, mais le feu n'atteint pas sa chair : les flammes la respectent et forment comme une tente autour d'elle et au-dessus de sa tête.

Pour en finir, le juge la condamne à avoir la tête tranchée. Le bourreau tremble ; Agnès l'encourage : "Frappez, dit-elle, frappez sans crainte, pour me rendre plus tôt à Celui que j'aime ; détruisez ce corps qui, malgré moi, a plu à des yeux mortels." Le bourreau frappe enfin, et l'âme d'Agnès s'envole au Ciel.

 

Lorsque le martyre d'Agnès fut consommé, ses restes furent recueillis et portés dans une villa de la famille, non loin de la voie Nomentane ; on a cru retrouver cette villa dans le monastère de Sainte-Agnès-hors-les-Murs.

S. Damase

Quand la paix fut donnée à l'Église, les malades affluèrent au tombeau d'Agnès. Constance, qu'on a dite fille de Constantin le Grand fut guérie par l'intercession de sainte Agnès.

Au tombeau de cette sainte, le pape Libère (352-366) fit mettre des tables de marbre, sur l'une de ces tables; saint Damase, 37e évêque de Rome (366-384) inscrivit les louanges d'Agnès et y mentionna le nom de Constance. Cette princesse avait, en 321, résolu d'élever une basilique sur le tombeau : ce fut Sainte-Agnès-hors-les-Murs.

Ses attributs sont l'agneau et la palme. Elle est vénérée universellement.

 

 

Vers 410, Innocent Ier mit la basilique et son cimetière sous la juridiction du prêtre titulaire de Saint-Vital.

 

Les récits du V° siècle font allusion à la conservation du corps sous l'autel majeur de Sainte-Agnès-hors-les-Murs. Il y eut des réparations, sous Symmaque, Honorius Ier ; des dévastations par les Lombards en 755, puis des réparations sous Adrien Ier, en 773.

 

Près de la basilique se trouvait un monastère de religieuses basiliennes grecques auxquelles Léon III fit des dons magnifiques pour l'ornementation de l'église. En somme, jusqu'au IXe siècle, les reliques de sainte Agnès restèrent intactes dans le tombeau où l'on avait placé aussi le corps de sainte Émérentienne (23 janvier) ; sous Pascal Ier (817-824), les religieuses grecques furent remplacées par des bénédictines ; le corps de sainte Émérentienne fut tiré du tombeau, son chef resta à la basilique de la voie Nomentane, mais sans être placé sous l'autel. Le corps de sainte Agnès resta dans le tombeau, sous l'autel majeur ; le chef en fut détaché pour être porté dans la chapelle du palais pontifical du Latran, appelée Sancta sanctorum. En 877, Jean VIII pouvait emporter dans ses voyages le chef de sainte Agnès ; de là, diverses translations et repositions pendant les XIVe et XVIe siècles. Il était dans un reliquaire donné par Honorius III, on en a fait une reconnaissance en 1903.

 

Quant au corps de sainte Agnès, la reconnaissance qui en fut faite l'an 1605 en constate la présence à Sainte-Agnès-hors-les-Murs.

 

Une pratique annuelle observée dans cette basilique a quelque rapport symbolique avec la sainte elle-même. Chaque année, après la messe solennelle du 21 janvier, l'abbé de Saint-Pierre-ès-Liens bénit deux agneaux qui ont été donnés à titre de redevance au chapitre de Saint-Jean-de-Latran ; les chanoines de ce chapitre desservent maintenant la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs ; ils offrent au pape ces deux agneaux bénits dont le soin est confié aux religieuses du couvent de Saint-Laurent in Panisperna ; elles en recueillent et tissent la laine pour la confection des palliums.

 

Outre la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, Rome possédait plusieurs églises construites en l'honneur de sainte Agnès dont deux ont disparu : celle du Transtevere et S. Agnese ad duo furna ; en revanche, il existe encore, place Navonne, S. Agnese in Agone, à l'endroit même où s'élevaient les arcades du stade de Domitien, là où la tradition latine place l'exposition et le supplice de sainte Agnès.

 

À Paris, au début du XIIIe siècle, sainte Agnès possédait une chapelle, près des Halles, qui fut plus tard érigée en église paroissiale sous le vocable de Saint-Eustache où Augustin de Saint-Aubin dessina la châsse de sainte Agnès, telle qu'il la voyait, vers 1779, dans le recueil de Stockholm. Lepautre sculpta une sainte Agnès sur le banc d'oeuvre.

 

PROTECTRICE : Des vierges, des fiancées (elle est fiancée au Christ) et des jardiniers (parce que la virginité est symbolisée par un jardin clos, l'hortus conclusus).

Sainte Agnès de Rome, vierge et martyre († 304)

Sources: (1Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950, (2); (3) Missel du Dimanche 2019, Nouvelle traduction liturgique, Année C, Artège Bayard, Lonrai 2018, p.169-170; (4) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne - hachette Livre, 2011, p. 8 ; (5) Rosa Girogi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006 , p. 50-51.

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20 janvier 2026 2 20 /01 /janvier /2026 01:00

Si les chrétiens étaient d'accord avec les valeurs du monde, il n'y aurait pas de martyrs... et pas d'Église.

Cardinal Arinze

Saint Sébastien, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 165.

Saint Sébastien, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 165.

Gaulois, dont le père était de Narbonne et la mère, de Milan, Sébastien fut cher à Dioclétien pour sa noblesse et sa bravoure. Il naît à Narbonne vers 260 ap. J.-C. de parents chrétiens. Adulte, il choisit de devenir archer dans une des nombreuses compagnies romaines. Il devint capitaine.

Chef de la première cohorte, il assistait les chrétiens, dont il partageait la foi en secret. Il encourageait par ses exhortations ceux qui chancelaient. De ce nombre furent Marc et Marcellin, deux jeunes patriciens, arrêtés comme chrétiens. Leurs parents, leurs amis les conjuraient d'éviter la mort en reniant leur foi; saint Sébastien, qui les visitait souvent, soutint leur courage, et convertit leurs pères, leurs mères, leurs femmes, leurs enfants et beaucoup d'autres païens. 

Impressionnée par les paroles de Sébastien, une femme muette nommée Zoé s'approche du militaire, qui lui rend alors la parole. Ce miracle impressionne grandement les témoins de la scène, qui se convertissent ensuite en nombre, ce qui donne lieu à de nouvelles guérisons.

 

La nouvelle de ces événements ne tarde pas à se répandre et arrive bientôt jusqu'à Chromace, préfet de la ville de Rome. Atteint d'une maladie grave, celui-ci sollicite l'aide de Sébastien et du prêtre Polycarpe, qui promettent de le guérir s'il permet la destruction d'un grand nombre d'idoles. Ce n'est cependant qu'après que Chromace a renoncé à s'adonner à la divination qu'il retrouve la santé, non sans qu'un ange soit apparu dans son palais. Ce nouveau miracle amène la conversion de 4 000 personnes, issues de la maison du préfet.

Ces faits furent dénoncés à Dioclétien: il ordonna d'attacher Sébastien à un poteau et de cribler son corps de flèches. Ce genre de supplice était sans doute militaire. Sébastien fut laissé pour mort. Une sainte femme, Irène, le fit enlever, pendant la nuit, pour l'ensevelir; mais il fut retrouvé vivant. Elle le fit soigner chez elle et il se rétablit. Dès qu'il fut en état de sortir, le 20 janvier 290 il vint se mettre sur le passage de l'empereur, qui se rendait au temple; celui-ci fut d'abord terrifié de cette apparition. Le martyr lui reprocha de persécuter des sujets fidèles qui le servaient loyalement et priaient pour lui. Dioclétien passa de la stupéfaction à la fureur contre le jeune officier; il le fit battre de verges jusqu'à ce qu'il expirât sous les coups; puis il ordonna de le jeter dans un cloaque (cloaca maxima) "pour que les chrétiens" n'en fassent pas un martyre. Une pieuse chrétienne, Lucine, fit retirer son corps qui fut enseveli dans les catacombes, au lieu où s'éleva plus tard la magnifique église de Saint-Sébastien.

 

Sainte Lucine faisant retirer le corps de saint Sébastien de la fosse, fresque de la Chapelle Saint-Sébastien de Venanson

 

En 680, une peste frappa Rome. Le fléau cessa après qu'une procession se fut rendue à l'église de Saint-Pierre-aux-Liens avec des reliques de Sébastien (Paul Diacre, Historia Langonardorum, VI, 5); invoqué à Pavie dans les mêmes circonstances, il obtint le même miracle.

 

Les flèches demeurent à l'origine d'autres vocations du saint : elles justifient que les archers, les arquebusiers et les soldats l'aient adopté comme patron; il est aussi invoqué par les tailleurs de pierre, les tapissiers, les artisans des métaux, les jardiniers et les pompiers.

Saint Sébastien, martyr († 288)
Le tombeau de saint Sébastien, dans la basilique San Sebastiano fuori le mura, Rome

Le tombeau de saint Sébastien, dans la basilique San Sebastiano fuori le mura, Rome

Saint Sébastien, martyr († 288)

Sources : (1) Mgr Paul Guérin, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Argentré-du-Plessis 2003 ; (2) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 1071

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19 janvier 2026 1 19 /01 /janvier /2026 01:00
Saints Marius, Marthe, Audifax et Abacum, martyrs († 270)

Marius était un notable perse qui s'était converti avec son épouse Marthe et ses deux enfants Audifax et Abacum.

Venus en pèlerinage à Rome sous le règne de Claude-le-Gothique (268-270) pour vénérer le tombeau des saints apôtres Pierre et Paul, ils se dévouèrent à soulager les victimes de la persécution, à visiter les prisonniers et à ensevelir dignement les chrétiens exécutés.

Arrêtés, ils refusèrent toute proposition d'idolâtrie ; le juge Muscianus les fit torturer mais ils n'abjurèrent pas. Les trois hommes furent décapités et Marthe périt noyée.

 

Sources : 1, 2, 3

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18 janvier 2026 7 18 /01 /janvier /2026 13:17
Les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem ont publié une déclaration rejetant le sionisme chrétien

Les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem ont publié une déclaration rejetant le sionisme chrétien et mettant en garde contre la "représentation" non autorisée des chrétiens en Terre sainte.

 

Le texte souligne l'unité des chrétiens et rejette les tentatives extérieures de "représenter" les chrétiens locaux, en particulier ceux liés au sionisme chrétien.

 

Les églises évangéliques soutiennent l'établissement d'Israël sur le territoire palestinien, tentant de le justifier comme faisant partie d'un plan divin.

 

Ce communiqué semble répondre à des événements récents au cours desquels des groupes évangéliques ont été officiellement reçus en Israël ou à l'étranger, s'immisçant ainsi dans les affaires ecclésiastiques internes.

 

Cela s'inscrit dans un contexte de tensions post-conflit : bien qu'un cessez-le-feu ait été mis en place à Gaza en octobre 2025, les violations, les morts civiles et les besoins humanitaires urgents persistent.

Déclaration complète (traduction de l'espagnol au français):

 

Les patriarches et chefs des Églises de Terre Sainte affirment devant les fidèles et le monde entier que le troupeau du Christ en cette terre est confié aux Églises apostoliques, qui ont accompli leur mission sacrée avec une dévotion inébranlable à travers les siècles. Les agissements récents de certains individus locaux, promouvant des idéologies néfastes telles que le sionisme chrétien, égarent le public, sèment la confusion et portent atteinte à l'unité de notre troupeau. Ces initiatives ont trouvé un écho favorable auprès de certains acteurs politiques, en Israël et ailleurs, qui cherchent à promouvoir un agenda politique susceptible de nuire à la présence chrétienne en Terre Sainte et, plus largement, au Moyen-Orient.

 

L’Écriture Sainte nous enseigne que "nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres, chacun pour sa part" (Romains 12, 5). S’arroger une autorité en dehors de la communion de l'Eglise, c’est porter atteinte à l’unité des fidèles et surcharger la mission pastorale confiée aux Églises historiques, sur la terre même où notre Seigneur a vécu, enseigné, souffert et est ressuscité.

 

Les patriarches et chefs des Églises constatent avec inquiétude que ces individus ont été reçus à des niveaux officiels, tant au niveau local qu'international. De tels agissements constituent une ingérence dans les affaires internes des Églises et un mépris de la responsabilité pastorale dévolue aux patriarches et chefs des Églises à Jérusalem.

 

Les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem réaffirment qu'ils sont les seuls à représenter les Églises et leurs fidèles pour tout ce qui concerne la vie religieuse, communautaire et pastorale chrétienne en Terre sainte.

 

Que le Seigneur, qui est le Berger et le Gardien des âmes, accorde la sagesse pour la protection de son peuple et la sauvegarde de ses témoins en cette terre sainte.

 

—Les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem

 

Cf. https://x.com/UniCatolicos_es/status/2012655869004075426/photo/1

 

Cf. https://x.com/UniCatolicos_es/status/2012655897642693036/photo/1

 

 

Cf.  Universitarios Católicos sur X

AFPost sur X

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Lire aussi: 

L'Église catholique est le Royaume d'Israël (Shane Schaetzel)

https://x.com/ShaneSchaetzel/status/1865962585192890655

https://x.com/ShaneSchaetzel/status/1865962585192890655

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Rappelons que la déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur l'unicité et l'universalité de Jésus-Christ et de l'Église catholique Dominus Iesus § 17 approuvée par le pape Jean-Paul II le 16 juin 2000, et signé par le préfet Joseph Ratzinger (futur pape Benoît XVI) explique que :

 

''il existe donc une unique Église du Christ, qui subsiste dans l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques en communion avec lui. Les Églises qui, quoique sans communion parfaite avec l'Église catholique, lui restent cependant unies par des liens très étroits comme la succession apostolique et l'Eucharistie valide, sont de véritables Églises particulières. Par conséquent, l'Église du Christ est présente et agissante dans ces Églises, malgré l'absence de la pleine communion avec l'Église catholique, provoquée par leur non-acceptation de la doctrine catholique du Primat, que l'Évêque de Rome, d'une façon objective, possède et exerce sur toute l'Église conformément à la volonté divine. En revanche, les Communautés ecclésiales qui n'ont pas conservé l'épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique, ne sont pas des Églises au sens propre ; toutefois, les baptisés de ces Communautés sont incorporés au Christ par le baptême et se trouvent donc dans une certaine communion bien qu'imparfaite avec l'Église.''

 

L'impossibilité de la communion avec les protestants ne vient pas de l'Eglise, elle vient du "credo" des protestants eux-mêmes. En 1985, le Cardinal Ratzinger (futur Benoît XVI) indiqua qu'à cause de leur remise en cause de la Tradition de l'Eglise, l'intercommunion avec les protestants n'est pas possible, car "s'il n'y a pas de succession apostolique, il n'y a pas de sacerdoce authentique, et il ne peut donc y avoir d'Eucharistie sacramentelle au sens propre." C'est dans l'Entretien sur la foi (1985) avec Vittorio Messori que le Cardinal Ratzinger donna cette explication.

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Add. La déclaration ne provient pas exclusivement d'églises non protestantes. Le chef de l'"Eglise évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte" (ELCJHL) est cosignataire de la déclaration.


Cf.
https://elcjhl.org/statement-from-the-jerusalem-patriarchs-and-heads-of-churches-on-unity-and-representation-of-christian-communities-in-the-holy-land

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Add. 24-01-2026.  La condamnation du sionisme chrétien par les chefs des Églises de Jérusalem suscite la controverse

Les observateurs catholiques soulignent la distinction entre les conceptions protestante et catholique du sionisme.

 

[U]n conseiller politique et médiatique du Patriarcat latin de Jérusalem a déclaré à ACI MENA, le service frère arabophone d'EWTN News, que le Patriarcat latin approuvait pleinement la déclaration publiée par les patriarches et chefs des Églises.

 

[L]'évêque auxiliaire William Shomali, vicaire général du Patriarcat latin à Jérusalem, a expliqué à ACI MENA que les déclarations de cette nature sont généralement publiées collectivement au nom de l'autorité ecclésiale et non individuellement sous le nom de chaque patriarche.

 

Dans un entretien accordé à Al Jazeera Net, Shomali a également mis en garde contre les dangers du sionisme chrétien, déclarant : "Les chefs religieux critiquent une idéologie qui prend parti pour un camp au détriment de l’autre et qui accorde des droits à l’un tout en les refusant à l’autre. C’est inacceptable."

 

Shomali a poursuivi : "Il est notoire que le sionisme chrétien soutient une pensée sioniste extrémiste qui s’oppose aux droits du peuple palestinien. Ceux qui la promeuvent prétendent représenter le point de vue chrétien, alors qu’en réalité, ils sont minoritaires. Les véritables représentants du christianisme en Terre sainte sont les chefs des Églises."

 

Il a fait remarquer que certains individus cherchent, par le biais de visites officielles ou de revendications partielles, à obtenir une légitimité médiatique et politique, soulignant : "Nous disons clairement qu'ils ne représentent qu'eux-mêmes."

 

Réponses supplémentaires

Plusieurs observateurs catholiques aux États-Unis et en Israël ont également abordé la question de ce que les principaux chefs religieux de Terre sainte entendent par "sionisme chrétien".

 

Selon Simone Rizkallah, directrice de Philos Catholic, "lorsque les patriarches et autres responsables religieux s'expriment contre le "sionisme chrétien", ils font principalement référence au sionisme chrétien tel qu'il est communément compris dans les milieux protestants."

 

"Ce cadre théologique, ancré dans la pensée évangélique et dispensationaliste, interprète l’État moderne d’Israël principalement à travers des récits de la fin des temps, réduisant souvent l’histoire juive et la théologie chrétienne à une eschatologie schématique", a-t-elle déclaré à EWTN News.

 

Philos Catholic est la branche catholique du Philos Project, une organisation chrétienne œcuménique à but non lucratif qui défend le pluralisme et l'existence pacifique d'Israël au Moyen-Orient.

 

L’Église catholique reconnaît le lien qui unit le peuple juif à sa terre ancestrale, a expliqué Rizkallah, mais elle rejette certaines théologies protestantes qui considèrent l’État d’Israël moderne comme l’accomplissement d’une prophétie biblique. Elle considère plutôt, a-t-elle précisé, que l’État d’Israël moderne s’est développé librement.

 

"Rejeter le sionisme chrétien protestant n'implique pas de rejeter le sionisme dans son ensemble."

 

"Rejeter le sionisme protestant ne signifie pas rejeter le sionisme dans son ensemble, ni excuser l’ambivalence des catholiques face au retour du peuple juif sur sa terre ancestrale", a déclaré Rizkallah. "Les catholiques possèdent ici leur propre héritage intellectuel et moral, qui ne remet pas en cause la géopolitique moderne et ne considère pas l’attachement des Juifs à leur terre comme dénué de sens théologique."

 

"Le pape Benoît XVI avance également une thèse qui met mal à l’aise nombre de catholiques : le retour moderne du peuple juif en terre d’Israël revêt un caractère mystérieux, voire providentiel", a-t-elle poursuivi. "Il ne s’agit ni d’un soutien politique, ni d’une approbation théologique de toutes les actions de l’État moderne. C’est reconnaître que l’histoire, la théologie et la prophétie convergent parfois de manière simpliste."

 

Rizkallah a souligné qu’"un catholique devrait lire la déclaration des patriarches comme une simple condamnation du cadre protestant", faisant remarquer que la distinction entre les conceptions catholique et protestante du sionisme "est d’une importance capitale".

 

Citant des érudits tels que le père dominicain Thomas Joseph White et Gavin D'Costa , qui, selon elle, "ont articulé ce que l'on pourrait appeler un sionisme catholique "minimaliste" ", Rizkallah a souligné que le débat catholique autour du sionisme peut défendre la légitimité de l'État moderne d'Israël sans adopter les revendications protestantes.

 

"La théologie catholique offre une place à notre propre approche du peuple juif et de la Terre sainte, et la clarté sur cette distinction est essentielle à un dialogue fidèle", a-t-elle déclaré, avant de conclure : "Prise dans son ensemble, cette déclaration relève moins d’une position politique que d’une clarification pastorale et théologique. Pour les catholiques américains en particulier, c’est une invitation à approfondir leur formation, à parler d’Israël et du peuple juif avec précaution, et à éviter de confondre l’enseignement catholique avec des cadres protestants importés."

 

Dans un article publié dans First Things , D'Costa, professeur à l'Angelicum et spécialiste des relations judéo-catholiques, a donné son point de vue sur la controverse, affirmant que "les préoccupations fondamentales de la déclaration de 2026 sont légitimes".

 

"Le gouvernement israélien actuel compte parmi ses membres des personnalités sionistes religieuses telles qu'Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, qui affirment que Gaza et la Cisjordanie appartiennent à Israël et qui envisagent le départ des Palestiniens de ces territoires. Si de telles opinions l'emportaient, il en résulterait probablement la disparition des communautés chrétiennes arabes des territoires occupés", a indiqué D'Costa.

 

Pour sa part, le président de l'Association des catholiques hébreux internationaux, Yarden Zelivansky, un Juif converti au catholicisme et membre des Forces de défense israéliennes (FDI), a déclaré à EWTN News : "En tant que catholiques d'origine juive, nous cherchons à témoigner du Christ au sein de la communion de l'Église, dans la continuité de son enseignement et libres de toute distorsion idéologique de l'Évangile."

 

"Dans ce contexte, nous estimons qu’il est important de faire une distinction claire entre ce qu’on appelle le sionisme chrétien — un cadre théologique qui instrumentalise l’Écriture et le peuple juif au service d’un agenda eschatologique ou politique — et la légitime adhésion de convictions sionistes politiques par des chrétiens individuels, qui, comme d’autres positions politiques, relève de l’ordre de la prudence plutôt que de la doctrine", a-t-il déclaré.

 

L' Association des catholiques hébreux a été fondée en 1979 par le père carme Elias Friedman, un juif converti au catholicisme qui vivait à Haïfa, en Israël.

 

Zelivansky s'est inquiété du "langage imprécis ou ambigu" utilisé dans le discours public, qui, selon lui, a contribué à la validation des idées antisémites et à l'hostilité envers les Juifs, y compris les Juifs chrétiens.

 

"L’Association des catholiques hébreux ne défend aucune théologie politique et ne revendique aucune autorité en dehors de l’Église, mais existe pour favoriser l’intégration, l’accompagnement pastoral et un dialogue sincère, convaincue que la clarté, la charité et la compréhension mutuelle renforcent l’authentique unité ecclésiale", a-t-il déclaré.

 

Cf. https://www.ewtnnews.com/world/middle-east/condemnation-of-christian-zionism-by-heads-of-churches-in-jerusalem-stirs-controversy?redirectedfrom=cna

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Lire aussi:

>Le vrai Judaïsme

>Verus Israël : les Juifs d'aujourd'hui n'ayant pas reçu le Christ ne peuvent se prévaloir de la promesse de Dieu à Abraham (S. Paul)

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18 janvier 2026 7 18 /01 /janvier /2026 01:00
Sainte Prisca, ou Priscille, Vierge et martyre († 268-270)

Prisca fut martyre sous le règne de Claude le Gothique (268-270). Elle est vénérée à Rome où une église lui est dédiée dur l'Aventin. 

Les Acta Sanctorum racontent l'histoire d'une fillette de 13 ans qui fut emprisonnée du temps de l'empereur Claude pour avoir refusé d'adorer la statue d'Apollon. Comme elle avait persévéré dans sa foi chrétienne, elle fut flagellée et condamnée à être livrée aux fauves dans le Cirque Maxime. Cependant les lions, au lieu de la dévorer, se couchèrent à ses pieds. Alors, la jeune fille fut de nouveau emprisonnée, flagellée et condamnée au bûcher. Mais les flammes la laissèrent intacte. À la fin, elle fut conduite au dixième milliaire de la voie Ostiense où elle fut décapitée. (Parrocchia di Santa Prisca all'Aventino - Roma)

Sainte Prisca, ou Priscille, Vierge et martyre († 268-270)

À Rome, commémoraison de sainte Prisque, au nom de qui une basilique fut dédiée à Dieu sur l'Aventin avant la fin du Ve siècle.


Martyrologe romain

Sainte Prisca, ou Priscille, Vierge et martyre († 268-270)


Sources : 1, 2, 3

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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 19:25
Le Vatican enquête sur un possible miracle de Benoît XVI

En 2012, Benoît XVI imposa les mains à un Américain atteint d'une maladie incurable. Une guérison inexplicable s'ensuivit. En 2021, cet homme fut ordonné prêtre. Ce miracle fait désormais l'objet d'une enquête dans le cadre d'un procès en béatification.

 

Un miracle inexplicable s'est-il produit après une rencontre avec Benoît XVI ? Le Vatican enquête actuellement sur le cas de Peter Srsich, originaire du Colorado (États-Unis). M. Srsich souffrait d'une tumeur grave – selon le journal "Il Giornale", un lymphome de Hodgkin à un stade avancé qui comprimait son cœur. La tumeur était déjà très volumineuse ; les médecins jugeaient une biopsie sous anesthésie extrêmement risquée. Or, en 2012, cet Américain en phase terminale a rencontré le pape Benoît XVI, qui a imposé les mains sur lui et – apparemment sans le savoir au préalable – a placé sa main précisément à l'endroit où se situait la tumeur. Cette rencontre a été rendue possible grâce à l'association américaine "Make-A-Wish", qui réalise les vœux d'enfants et de jeunes gravement malades. D'un point de vue médical, une guérison inexplicable s'en est suivie. Le 15 mai 2021, Peter Srsich a été ordonné prêtre. Selon le journal, son cas est désormais examiné de plus près dans le cadre du processus de béatification du pape émérite.

 

Source: 

https://www.kath.net/news/89373

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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 07:00
Ce qui a tué Sacrosanctum Concilium

Par Grégory DiPippo pour New Liturgical Movement

16 janvier 2026

 

Nombre de lois, décrets, constitutions et autres textes ont, au cours de la longue histoire de l'Église, sombré dans l'oubli sans jamais être formellement abrogés. Bien souvent, il est impossible de déterminer avec précision la date à laquelle ces lois sont devenues lettre morte. Mais dans le cas de Sacrosanctum Concilium, la constitution du Concile Vatican II sur la liturgie, nous connaissons le jour exact où elle est devenue lettre morte. Ce jour-là, c'était le 26 septembre 1964, lorsque la Congrégation pour les Rites publia le décret Inter Oecumenici, présenté, à tort, comme un pas vers sa mise en œuvre, mais en réalité comme la garantie qu'elle ne serait pas appliquée, mais rejetée.

 

Je dis cela car c'est ce décret qui a consacré la célébration de la messe face au peuple. "Le maître-autel doit de préférence être indépendant, afin de permettre la circulation autour et la célébration face au peuple." (par. 91) Le problème ne résidait pas principalement dans une erreur d'interprétation flagrante, parmi tant d'autres qui ont entaché le processus de réforme liturgique bien avant même que Vatican II ne soit envisagé. Il résidait plutôt dans le fait que Sacrosanctum Concilium ne contenait aucune indication en ce sens, et pourtant, cette pratique a été adoptée au nom de la mise en œuvre de ladite constitution. Le document fut signé par le cardinal Giacomo Lercaro (archevêque de Bologne et révolutionnaire liturgique déclaré), premier président du Consilium ad exsequendam – le comité pour la mise en œuvre de la Constitution. Son deuxième paragraphe contient la déclaration selon laquelle "Consilium […] s’est promptement attelé à ses deux tâches assignées : exécuter les directives de la constitution", et pourtant il a déclaré comme "préférable" une nouveauté que la constitution n’avait en aucun cas envisagée.

 

Je n'ai aucun doute que cette partie de la litanie des échecs post-conciliaires est bien connue de nos lecteurs. Je la répète néanmoins pour rappeler un point essentiel, que j'ai également souligné dans mon analyse récente du mémorandum liturgique, étrangement lacunaire, partagé par le cardinal Roche avec ses collègues éminences lors du récent consistoire. La réforme liturgique n'est pas née de Sacrosanctum Concilium, comme l'affirme à tort le pape François dans sa lettre apostolique Desiderio desideravi (citée par Son Éminence). elle est née du rejet de Sacrosanctum Concilium.

Voici Gianmarco Busco, nommé évêque de Mantoue, en Italie du Nord, le 3 juin 2016. Coïncidence troublante, cette date marque l'anniversaire de la mort du pape Jean XXIII, initiateur du concile Vatican II et saint patron des conséquences inattendues. Après près de dix ans d'épiscopat, Son Excellence a décidé d'engager sa magnifique cathédrale, dédiée à saint Pierre, dans une "expérience" pastorale d'un an, afin de moderniser l'édifice selon la "réforme liturgique conciliaire". Ces photos ont été prises par un ami lors d'une récente visite.

 

Voici l'explication officielle, affichée sur un panneau dans la cathédrale.

Diocèse de Mantoue - Cathédrale Saint-Pierre-Apôtre

Interventions expérimentales pour la mise à jour de la réforme liturgique conciliaire.

"Cher pèlerin, touriste ou qui que vous soyez. (C'est tout aussi étrange et impoli en italien que dans n'importe quelle autre langue .)"

En entrant dans cette cathédrale, vous serez un peu désorienté par rapport à l'agencement traditionnel. En effet, vous vous trouvez dans un espace qui fait l'objet d'un processus de modernisation liturgique, inspiré des critères du concile Vatican II.

Ce concile important des années 1960 a consacré l'un de ses documents principaux au thème de la liturgie, comme expression de la prière la plus élevée de l'Église. Il s'agit de la Constitution intitulée Sacrosanctum Concilium.

À la lumière des critères de la réforme liturgique, une équipe composée d'hommes et de femmes, de spécialistes, de liturgistes et d'agents pastoraux, a travaillé ensemble pendant des mois afin de concevoir une manière efficace de réaménager l'espace liturgique de la cathédrale. Leur objectif était de traduire dans la cathédrale ( nb. ici ) les orientations du Concile, dont l'intention, ne l'oublions pas, est de favoriser la redécouverte du sens profond de la liturgie et la participation du peuple de Dieu à celle-ci.

 

Le texte explique ensuite qu'il ne s'agit que d'une expérience et que les fidèles seront invités à donner leur avis, en vue d'un projet plus définitif. Il précise également que ces masses de bois disgracieuses qui trônent dans la nef sont des "modèles provisoires" et qu'elles n'ont pas coûté cher. Mais hélas, si l'expérience passée avec ce genre de projets nous a appris quelque chose, on peut supposer que :

A. le projet sera réalisé tel que nous le voyons ici, avec quelques ajustements mineurs ;

B. l'appréciation très négative des fidèles sera ignorée ;

et C. le mobilier définitif, une fois commandé et installé, sera tout aussi laid et d'un coût exorbitant.

 

Lorsque j'écris sur ce genre de choses, il m'arrive rarement d'utiliser des formules rhétoriques commençant par "Il va sans dire…" ou "Il est inutile de le répéter…". Mais dans ce cas précis, il est nécessaire de le dire, et il est nécessaire de le répéter : il s'agit d'une trahison de ce que demandait Sacrosanctum Concilium, et cela n'a rien à voir avec ce que les évêques de Vatican II ont demandé, ni avec ce qu'ils attendaient d'une réforme de la liturgie.

J'ai conclu mon précédent commentaire en affirmant que, tôt ou tard, l'Église devra se poser de nombreuses questions difficiles concernant l'échec des réformes post-conciliaires. Puisque le pape Léon XIV a décrété la tenue de consistoires réguliers, et puisque les consistoires constituent précisément le lieu où ces questions doivent être posées et résolues, je propose la première formule suivante :

Plus de soixante ans se sont écoulés depuis la publication de Sacrosanctum Concilium, et des évêques continuent de prétendre "mettre en œuvre Sacrosanctum Concilium" en faisant quelque chose qui n’était ni prévu ni même mentionné. Existe-t-il encore une possibilité réaliste de démêler le véritable message de ce concile de ces contrevérités omniprésentes et délibérées ?

Éminences, la réponse est non. Nous prions pour que vous trouviez le courage de le reconnaître et d'agir en conséquence.

Voici quelques autres photos de la magnifique cathédrale de Mantoue, pour vous rafraîchir le palais...

Source: https://www.newliturgicalmovement.org/2026/01/what-killed-sacrosanctum-concilium.html

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Note du Blog Christ-Roi. Rappelons qu'aucun évêque ne peut interdire la célébration ad orientem de la messe (célébrée par le prêtre en direction de l'orient, le soleil levant symbolisant le Christ, expression couramment utilisée pour signifier la même orientation versus Deum "vers Dieu" du prêtre et des fidèles, c'est-à-dire vers l'autel et dos aux fidèles, indépendamment de l'orientation de l'église elle-même vers l'est, orientation traditionnelle remontant aux origines de l'Eglise) dans son diocèse au-delà de ses pouvoirs, car elle est prévue dans le Missel romain (notamment dans l'Instruction générale du Missel romain, ou IGMR, qui présuppose souvent cette position et ne prescrit pas la position versus populum comme obligatoire), que cette pratique ne relève pas de la "forme extraordinaire" de la liturgie (comme la messe tridentine) mais relève de la forme ordinaire (Novus Ordo), avec une orientation liturgique permise, et que le Dicastère du culte divin a confirmé dans des correspondances, y compris privées, que la célébration ad orientem reste une manière légitime de célébrer la messe. Par exemple, dans une lettre de 2000 (Prot. n° 2036/00/L), il a clarifié que les deux orientations (ad orientem et versus populum) sont permises. Plus récemment, dans une réponse à un évêque américain, le Dicastère a réaffirmé que les deux formes sont autorisées, tout en soulignant le rôle de l'évêque pour guider les pratiques liturgiques sans opposition aux réformes du Concile Vatican II. Selon le Canon 838 § 4, l'évêque diocésain a une compétence pour réglementer la liturgie dans son diocèse, mais dans les limites des normes universelles de l'Eglise (y compris celles émanant du Saint-Siège). Le Pape Benoît XVI dans son livre L'Esprit de la liturgie (2000), dans sa préface au livre de Klaus GamberTournés vers le Seigneur (1989), ainsi que dans ses discours, a défendu cette pratique comme légitime et encouragée pour des raisons théologiques (l'orientation commune vers Dieu). 

 

''[...] Les arguments historiques avancés par l’auteur sont fondés sur une étude approfondie des sources, qu’il a faite lui-même; ils concordent avec les résultats de grands savants tels que F.-J. Dölger, J. Braun, J.-A. Jungmann, Érik Peterson. Mais ce qui fait l’importance de ce livre, c’est surtout le substrat théologique mis à jour par ces savantes recherches. L’orientation de la prière commune aux prêtres et aux fidèles —dont la forme symbolique était généralement en direction de l’est, c’est-à-dire du soleil levant— était conçue comme un regard tourné vers le Seigneur, vers le soleil véritable. Il y a dans la liturgie une anticipation de son retour; prêtre et fidèles vont à sa rencontre. Cette orientation de la prière exprime le caractère théocentrique de la liturgie; elle obéit à la monition: Tournons-nous vers le Seigneur! Cet appel s’adresse à nous tous, et montre, au-delà même de son aspect liturgique, comment il faut que toute l'Eglise vive et agisse pour correspondre à la mission du Seigneur." (Joseph Cardinal Ratzinger, Préface au livre de Klaus Gamber, "Tournés vers Dieu", Rome, 18 novembre 1992)

 

Si un prêtre souhaite célébrer ad orientem, il peut le faire en respectant les rubriques, sans besoin d'autorisation spéciale.

 

Malheureusement, de nombreux évêques l'ignorent. Pourquoi interdire ce qui a été fait pendant 1300 ans ou plus ?, demande sur X le Père Gerald Murray.

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Lire aussi: 

>L’Église doit entrer dans le véritable esprit de Vatican II !

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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 01:00
Sainte Roseline de Villeneuve, vierge, moniale chartreuse (1263-1329)

Fille aînée d'Arnaud de Villeneuve et Sybille de Sabran, Roseline naît au Château des Arcs le 27 janvier 1263. Très vite l'enfant fait preuve d'une grande bonté : elle distribue sans compter des réserves du Château aux pauvres du castrum malgré l'interdiction de son père. (1)

Au contact de sa tante Jeanne, Prieure du monastère de la Celle-Roubaud, Roseline souhaite devenir religieuse chartreuse mais son père a pour elle un projet de mariage. Devant la persévérance de sa fille, le père finit par s'incliner. Elle entre à la Chartreuse en 1278.

En 1285, elle retourne à la Chartreuse de La Celle Roubaud Aux Arcs, pour la plus grande joie de sa famille et des Arcois.

En 1288, elle est consacrée comme diaconesse par l'Evêque de Fréjus et devint prieure de 1300 à 1328. Elle se dépense sans compter, s'interdisant de dormir plus de 4 heures par nuit, vivant dans un état de prière et d'union à Dieu continuel, aidant les pauvres qui viennent frapper à la porte du couvent où Roseline et ses religieuses se privent de nourriture. (2)

 

Le Miracle des roses. Roseline et son père Arnaud de Villeneuve, tableau de l'église Sainte-Roseline de Roquefort-la-Bédoule.

 

Roseline est rattachée à ce que l'on appelle "Le miracle des Roses". La généreuse fille du seigneur du village se cachait pour donner à manger aux pauvres qui la sollicitaient. Un matin, Arnaud, qui se doutait des largesses de sa fille, se cache près du cellier pour la confondre… Il ne tarde pas à la voir arriver, le tablier chargé de victuailles. Lorsqu'il lui demande de montrer le contenu de son tablier, Roseline (prenant, dit-on, Dieu à témoin) ouvre craintivement son tablier duquel dépasse une brassée de roses en lieu et place de la nourriture subtilisée. (3)

En 1300, à l'âge de 37 ans elle succède à sa tante comme Prieure. Plusieurs miracles dont "le repas des anges" se sont produits depuis son noviciat.

Elle expire le 17 janvier 1329 à l'âge de 66 ans. 

Exhumé 5 ans après sa mort, son corps est retrouvé intact et ses yeux ouverts avaient conservé tout leur éclat. Afin que les fidèles puissent l'honorer, son corps fut placé dans une châsse et les yeux sertis dans un reliquaire. (4)

"Sainte Roseline de Villeneuve [...] est un cas exceptionnel; exhumée en 1334, 1614, 1644, 1657, 1835, 1929 puis 1991, l'incorruptibilité est chez elle affaire de long terme !

En 1835, les médecins observent des 'yeux frais' tandis qu'en 1929 on évoque une peau 'noircie' et légèrement 'desséchée', et qu'en 1911 sont identifiées des traces de moisissure." (5)

En 1660, soit plus de trois siècles après sa mort, Louis XIV souhaita vérifier la réalité de ce prodige. Croyant à une supercherie, son médecin Vallot creva l'œil gauche, la prunelle se troubla instantanément, les yeux étaient bien naturels.

 




Chapelle Sainte-Roseline (XIe siècle)
 


Aujourd'hui, le reliquaire des yeux* et la châsse en cristal où repose le corps sont toujours exposés aux fidèles et aux touristes, dans l’ancienne chapelle du monastère de la Celle-Roubaud, édifice construit au XIe siècle, devenu Chapelle sainte Roseline, sur la commune des Arcs dans le Var, classé monument historique en 1980.

Cinq pèlerinages se déroulent chaque année : le 17 janvier, anniversaire de la mort de Sainte-Roseline ; le cinquième dimanche de Carême ; le dimanche de la Sainte-Trinité, jour de l'exhumation du corps de la sainte ; le 1er dimanche d'août et le dimanche le plus proche du 16 octobre, ancienne fête de la Grande Chartreuse.
 

***

Sources : (1); (2); (3) ; (4); (5) Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 159.

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16 janvier 2026 5 16 /01 /janvier /2026 10:53

Les synodes ne doivent pas servir de tribune aux débats doctrinaux. Lorsque des doctrines établies deviennent l'objet de décisions synodales, l'Église sombre dans le relativisme et le doute.

Mgr Robert Barron, évêque de Winona-Rochester (Etats-Unis) sur X, le 6 janvier

Synodalité dans l'archidiocèse de Madrid : "Nous pensons que l'imposition du célibat aux prêtres (et aux futures femmes prêtres) est une loi injuste et anti-évangélique qui produit des victimes et contribue à un cléricalisme dominant qui crée des inégalités dans la communauté".

Synodalité dans l'archidiocèse de Madrid : "Nous pensons que l'imposition du célibat aux prêtres (et aux futures femmes prêtres) est une loi injuste et anti-évangélique qui produit des victimes et contribue à un cléricalisme dominant qui crée des inégalités dans la communauté"

L’archidiocese de Madrid intègre des propositions hérétiques  dans les documents officiels du Convivium

 

L’archidiocèse de Madrid a lancé un processus intitulé Convivium, présenté comme un cheminement de réflexion ecclésiale et de participation pastorale. Cependant, la surprise ne réside pas dans la promotion du dialogue, de l’écoute ou du discernement communautaire – légitimes en soi – mais dans la nature des contenus introduits dans les instances officielles comme outils de travail.

La documentation préparatoire elle-même révèle l’ampleur du processus : il s’agit d’un document de travail qui comprend, entre autres, un résumé des réponses des différentes zones diocésaines – dont 137 réponses des Conseils pastoraux paroissiaux – ainsi que des contributions des doyennés, des responsables de la vie consacrée et d’autres instances. De plus, elle inclut des données internes sur le clergé de Madrid (novembre 2025), ce qui confirme son caractère d’instrument "officiel" et non de simple compilation informelle.

Le plus inquiétant est que cette dynamique s'est déjà manifestée dans d'autres processus récents, notamment dans le cadre du chemin synodal allemand : sous couvert d'écoute, des propositions doctrinalement inadmissibles finissent par être légitimées. Et aujourd'hui, sous l'impulsion du cardinal José Cobo, Madrid semble s'engager dans la même voie : normaliser l'inacceptable comme s'il s'agissait d'un débat ecclésial légitime.

Dans le document distribué aux participants à l'assemblée, dans la section "Synthèse d'autres réalités ecclésiales", certaines propositions sont mises en avant sous le titre "Propositions "spéciales" ». Mais ce que le document qualifie de "spéciales" ne sont pas des propositions extravagantes ou marginales, mais plutôt des déclarations ouvertement hérétiques présentées dans un cadre de normalité institutionnelle.

Le problème n’est pas seulement l’existence de courants de pensée hétérodoxes dans les milieux ecclésiaux — cela a toujours été le cas —, mais le fait qu’un processus diocésain officiel les recueille, les ordonne, les intègre et les présente comme éléments sujets à débat au sein d’une dynamique pastorale.

Des hérésies présentées comme des "particularités".

La gravité de la question s'accroît lorsqu'on analyse le contenu précis de ces propositions. Le document ne les présente ni comme des erreurs doctrinales à corriger, ni comme des approches étrangères à la foi catholique, mais plutôt comme une contribution marquante intégrée au cadre général du travail. Et il le fait avec un langage qui agit comme un anesthésiant : les qualifier de "spéciales" revient à en minimiser la gravité, à suggérer qu'il s'agit de simples opinions au sein d'un spectre pluraliste, et non d'affirmations radicalement incompatibles avec le dépôt de la foi.

Propositions "uniques".
– Nous croyons que l’imposition du célibat aux prêtres (et aux futures femmes prêtres) est une loi injuste et contraire à l’Évangile qui crée des victimes et contribue à un cléricalisme dominant engendrant des inégalités au sein de la communauté. (MOCEOP – Mouvement pour le célibat optionnel)
– La possibilité d’un célibat optionnel, non pas perçu comme un désengagement du service sacerdotal, mais, pour ceux qui se sentent appelés, comme une forme d’encouragement et de soutien. (Communauté laïque de Kédate)
– Nous croyons que le célibat volontaire peut aider les prêtres à être plus proches des réalités sociales. Nous proposons la possibilité d’un sacerdoce temporaire, non à vie. Laïcs et religieux traversent tous deux différentes étapes de la vie. (Groupes catholiques Loyola)

 

"Futures femmes prêtres" : une rupture doctrinale normalisée

 

L’évocation de l’expression "futures femmes prêtres" n’est ni une anecdote ni une provocation rhétorique. Elle introduit, comme un horizon "possible", une affirmation incompatible avec la doctrine catholique sur le sacrement de l’Ordre. De plus, elle n’est pas formulée comme une question ou une discussion théologique, mais comme un avenir attendu, une évolution naturelle. Il ne s’agit pas d’une "bizarrerie" : c’est une hérésie présentée sous un masque de normalité.

 

Lorsqu'un diocèse laisse circuler une telle formulation dans un document de travail officiel, le préjudice est double : tant par son contenu que par le message implicite. La donne change : ce qui était inacceptable devient "discutable", ce qui était une erreur doctrinale devient une "contribution", et ce qui devrait être corrigé apparaît comme une simple susceptibilité de plus.

 

"Le sacerdoce temporaire" : les ordres sacrés transformés en une scène vivante 

 

Tout aussi grave est la proposition d’un "sacerdoce temporaire, non à vie". Cette formule s’attaque au cœur même du sacerdoce catholique, qui n’est ni une mission temporaire ni une fonction soumise aux aléas de la vie, mais un sacrement définitif. Le proposer comme temporaire, c’est le vider de son essence, le réduire à un rôle réversible et adapter le ministère ordonné à la mentalité contemporaine du "tout est révisable".

 

En pratique, cette idée aboutit à une conception fonctionnaliste du ministère : le prêtre ne serait plus un "prêtre" en vertu d’un don sacramentel stable, mais un "ministre" pour une période déterminée. Il en résulte une distorsion du sacerdoce et, par conséquent, de la vie sacramentelle et ecclésiale qui en dépend.

 

L'effet pastoral : la doctrine réduite au rang d'opinion

 

L'intégration de ces affirmations dans un cadre institutionnel a des conséquences désastreuses. Non seulement les idées hérétiques sont blanchies, mais le cadre de pensée des personnes concernées s'en trouve altéré : ce qui figure dans le document officiel est perçu comme légitime, comme faisant partie intégrante du cheminement, comme matière à "discerner". Dès lors, la foi cesse d'être le critère et devient un simple élément du débat.

 

Un diocèse peut et doit écouter ses fidèles, répondre à leurs préoccupations, les accompagner dans leurs faiblesses, améliorer ses structures et purifier son fonctionnement. Mais il ne peut – sans dénaturer son identité – transformer en enjeu pastoral ce qui nie des éléments essentiels du sacerdoce catholique. Dans une démarche présentée comme un discernement communautaire, la foi ne saurait se réduire à une simple "proposition". La doctrine ne saurait devenir un sujet d’opinion. Et l’hérésie ne saurait s’introduire subrepticement comme une "bizarrerie".

 

La position de l'archidiocèse

 

Suite à une demande d'informations d'infovaticana, l'archidiocèse de Madrid a répondu, déclarant que, "par souci de transparence", il jugeait opportun d'inclure toutes les contributions reçues, même si cela "n'implique pas qu'elles feront l'objet de débats". L'archidiocèse a souligné que, "en particulier", les questions relatives au sacerdoce temporaire ou à l'ordination des femmes "ne sont pas à l'ordre du jour". Il a précisé qu'il ne s'agissait pas de propositions formulées par l'archidiocèse lui-même, mais d'une synthèse de "plus de 800 pages" de contributions provenant de paroisses, de doyennés, de personnes consacrées et d'autres "réalités ecclésiales non formalisées". L'archidiocèse a insisté sur le fait que ces contributions avaient été "écoutées et recueillies avec respect", mais que certaines, conformément aux critères établis dès le départ, ne seraient pas abordées car Convivium "n'est pas" un processus de discussion sur les questions doctrinales.

 

Madrid ne devrait pas importer le chemin allemand

 

Le grand danger de ces processus réside non seulement dans les propos tenus, mais aussi dans la méthode employée : d’abord, on introduit un cadre bienveillant ("écoute", "conversation", "accueil") ; ensuite, on glisse des propositions incompatibles avec la foi ; et enfin, on tente de présenter la rupture comme une "évolution pastorale" car "elle est née du processus". C’est le scénario que nous avons vu se dérouler en Allemagne, et c’est celui qui se dessine aujourd’hui à Madrid.


L’Église ne "discerne"  pas ce qu’elle a déjà reçu comme dépôt de la foi. Discernement ne consiste pas à soumettre la doctrine à un débat sociologique, ni à transformer la sacramentalité en une expérience de laboratoire. Si l’archidiocèse de Madrid aspire à un véritable renouveau pastoral, le premier acte de charité – et de responsabilité – est de ne pas semer la confusion chez les fidèles et de ne pas habituer le diocèse à traiter l’hérésie comme une simple excentricité. Qualifier l’hérésie de "particulière" n’est pas un acte de neutralité : c’est une normalisation. Et la normalisation de l’hérésie finit toujours par avoir des conséquences néfastes.

Cf. https://infovaticana.com/2026/01/14/la-archidiocesis-de-madrid-presenta-propuestas-hereticas-para-el-debate-pastoral-convivium/

via Père Dave Nix

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16 janvier 2026 5 16 /01 /janvier /2026 10:27

Dire : "Dieu est sadique parce qu’il guérit après avoir laissé souffrir" repose sur une erreur métaphysique.

Selon saint Thomas d’Aquin, Dieu ne veut jamais le mal (ST I, q.19, a.9). La souffrance n’est pas voulue comme fin ni comme moyen. Elle est permise, car le mal n’a pas d’être propre : c’est une privation.

Dire que Dieu "aurait dû guérir plus tôt" suppose que la santé est un droit absolu que Dieu serait tenu de garantir. Or, pour nous, Dieu ne doit rien à la créature par justice stricte : l’existence elle-même est déjà un don gratuit.

Le miracle n’est donc pas la réparation d’une injustice, mais une surabondance de grâce (Cajetan). Si Dieu guérissait toujours immédiatement, il n’y aurait plus de miracle, mais une nature mécaniquement garantie.

Quand l’Évangile dit que la maladie sert à manifester la gloire de Dieu (Jn 9,3), cela ne signifie pas que Dieu inflige la souffrance pour se glorifier. Jean de Saint-Thomas disait : la souffrance n’est pas instituée pour la gloire de Dieu, elle est ordonnée à une restauration plus profonde.

Enfin, l’accusation de sadisme s’effondre sur un point décisif :
Dieu n’est pas extérieur à la souffrance qu’il permet.
Dans le Christ, Dieu touche le lépreux, assume l’impureté, souffre et meurt.
Un sadique utilise la douleur des autres.
Le Dieu chrétien entre lui-même dans la douleur qu’il permet.

Conclusion :
L’objection projette une morale d’agents finis sur l’Acte pur.
Ce n’est d'ailleurs pas le thomisme qui justifie la souffrance mais c’est bien  l’objection qui suppose une métaphysique du "droit au bonheur" étrangère au christianisme.

 

Cf. Balzaac 1000 Raisons de croire 

"Dieu est sadique parce qu’il guérit après avoir laissé souffrir"
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16 janvier 2026 5 16 /01 /janvier /2026 01:00
Saint Marcel, Pape et martyr

Romain d'origine, Marcel fut choisi le 21 mai 308, pour succéder à saint Marcellin, martyrisé deux mois auparavant. Il siégea sous le règne de Maxence, cinq ans, six mois et vingt-et-un jours.

Devenu Pape, saint Marcel n'oublia point les exemples de vertus et de courage de son prédécesseur. Il obtint d'une pieuse matrone nommée Priscille, un endroit favorable pour y rétablir les catacombes nouvelles, et pour pouvoir y célébrer les divins mystères à l'abri des profanations des païens. Les vingt-cinq titres de la ville de Rome furent érigés en autant de paroisses distinctes, afin que les secours de la religion fussent plus facilement distribués aux fidèles. A la faveur d'une trêve dans la persécution, Marcel s'efforça de rétablir la discipline que les troubles précédents avaient altérée. Sa juste sévérité pour les chrétiens qui avaient apostasié durant la persécution lui attira beaucoup de difficultés.

L'Église subissait alors la plus violente des dix persécutions. Dioclétien venait d'abdiquer en 305, après avoir divisé ses États en quatre parties, dont chacune avait à sa tête un César. Maxence, devenu César de Rome en 306, ne pouvait épargner le chef de l'Église universelle. L'activité du Saint Pontife pour la réorganisation du culte sacré au milieu de la persécution qui partout faisait rage, était aux yeux du cruel persécuteur, un grief de plus.

Maxence le fit arrêter par ses soldats et comparaître à son tribunal, où il lui ordonna de renoncer à sa charge et de sacrifier aux idoles. Mais ce fut en vain: saint Marcel répondit hardiment qu'il ne pouvait désister un poste où Dieu Lui-même l'avait placé et que la foi lui était plus chère que la vie. Le tyran, exaspéré par la résistance du Saint à ses promesses comme à ses menaces, le fit flageller cruellement. Il ne le condamna point pourtant à la mort; pour humilier davantage l'Église et les fidèles, il l'astreignit à servir comme esclave dans les écuries impériales. 

Le Pontife passa de longs jours dans cette dure captivité, ne cessant dans la prière et le jeûne, d'implorer la miséricorde du Seigneur. Après neuf mois de détention, les clercs de Rome qui avaient négocié secrètement son rachat avec les officiers subalternes, vinrent pendant la nuit et le délivrèrent. Une pieuse chrétienne nommée Lucine donna asile au Pontife. Sa maison devint dès lors un titre paroissial de Rome, sous le nom de Marcel, où les fidèles se réunissaient en secret. 

Maxence en fut informé, fit de nouveau arrêter Marcel, et le condamna une seconde fois à servir comme palefrenier dans un haras établi sur l'emplacement même de l'église. Saint Marcel, Pape, mourut au milieu de ces vils animaux, à peine vêtu. La bienheureuse Lucine l'ensevelit dans la catacombe de Priscille, sur la voie Salaria. Les reliques de ce Souverain Pontife reposent dans l'ancienne église de son nom, illustrée par son martyre. Il fut le dernier des Papes persécutés par le paganisme, en ce temps.

 

Sources: 12 Abbeville F. Paillart, édition 1900, p. 16-17, 3 wikipedia

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15 janvier 2026 4 15 /01 /janvier /2026 00:00
Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Né vers 436 à Laon dans l'actuel département département de l'Aisne (Hauts-de-France), forteresse imprenable construite par les Romains et ancien promontoire sacré des druides (Laudunum ou Lugdunum, provenant du dieu Lau ou Lug, divinité celtique du Vème siècle avant J.C), Rémi illustre l'église des Gaules par son savoir, son éloquence, sa sainteté et ses miracles.

 

L'histoire de sainte Clotilde nous a appris comment le roi des Francs, Clovis, son époux, se tourna vers le Dieu des chrétiens à la bataille de Tolbiac, et remporta la victoire. Ce fut saint Rémi, né en 438 à Cerny-en-Laonnois, près de Laon, du comte Émile de Laon (Emilius) et de sainte Céline (Célinie), dans la bonne société gallo-romaine, qui acheva d'instruire le prince.

 

Selon la tradition, ce qui rendait les parents de Rémi surtout recommandables, c'était leur zèle pour la pratique des vertus chrétiennes. Ils furent très attentifs au choix de ceux qu'ils chargèrent de l'éducation de leur fils; aussi Dieu bénit leurs soins, et, dès l'âge de vingt-deux ans, Rémi s'était acquis une telle réputation de science et de vertu, qu'on crut pouvoir passer par-dessus les règles ordinaires en l'élevant - malgré sa jeunesse - sur le siège de Reims, à vingt-deux ans. Un épiscopat de soixante-dix ans, et une suite non interrompue de grandes actions ont rendu son nom célèbre ! Évêque de Reims, Rémi géra avec application son diocèse, mettant en application ce qu'il prêchait dès 486 à Clovis, secourant les pauvres et les pèlerins, protégeant les veuves, nourrissant les orphelins, rachetant les captifs, affranchissant de nombreux esclaves, et jouant un rôle de médiateur auprès des barbares.

 

Par exemple, dans la célèbre lettre qu'il adresse à Clovis en 482, lors de l'accession au pouvoir du roi à la mort de son père Childéric, Rémi recommande : 

Une grande nouvelle est venue jusqu'à nous : vous avez hérité du gouvernement de la Belgique seconde. Rien d'étonnant à ce que tu sois à tes débuts ce que tes parents ont toujours été. À ce poste dominant, et si élevé, où t'a porté ton mérite et ton active humilité. Tu dois avant tout veiller à ce que le Seigneur ne te retire pas sa faveur.

[...] Soulage les habitants de ta province, réconforte les affligés, veille sur les veuves, nourris les orphelins - fais mieux, instruis-les -.

[...] Que ton Palais reste ouvert à tous, pour que personne ne s'afflige d'être tenu à l'écart. Tu détiens de ton père quelque richesses : tu t'en serviras pour délivrer les captifs et les délier du joug de la servitude. Que celui qui paraît devant vous ne se sente pas étranger.

M.C. ISAÏA, Rémi de Reims, Mémoire d'un saint, histoire d'une église, Cerf, Paris 2010, p. 777.

L'histoire du retour des vases sacrés (vases de Soissons), sans doute des vases de Reims, qui avaient été volés puis rendus à Rémi, témoigne des bonnes relations qui existaient entre lui et le roi Clovis.

Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Le baptême de Clovis

 

La nuit avant son baptême, Rémi alla chercher le roi, la reine et leur suite dans le palais; il les conduisit à l'église, où il leur fit un éloquent discours sur les grands mystères de la religion chrétienne et la vanité des faux dieux. Le Saint prédit à Clovis et à Clotilde les grandeurs futures des rois de France, s'ils restaient fidèles à Dieu et à l'Église. (Cf. Testament de S. Remi)

Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Quand fut venu le moment du baptême le 25 décembre 496, avec 3.000 de ses guerriers francs, Rémi dit au roi :

 

"Courbe la tête, fier Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré."

 

 

Au moment de faire l'onction du Saint Chrême, le pontife, s'apercevant que l'huile manquait, leva les yeux au Ciel et pria Dieu d'y pourvoir. Tout à coup, un ange descendit d'en haut, portant une fiole pleine d'un baume miraculeux ; le saint prélat la prit, et fit l'onction sur le front du prince. Cette fiole, appelée dans l'histoire la "sainte Ampoule", exista jusqu'en 1793, époque où elle fut brisée par les révolutionnaires.

Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Outre l'onction du baptême, saint Rémi avait conféré au roi Clovis l'onction royale. Deux sœurs du roi, trois mille seigneurs, une foule de soldats, de femmes et d'enfants furent baptisés le même jour.  

 

Rémi envoya ce message à Clovis :

Secourez les malheureux, protégez les veuves, nourrisez les orphelins... Que votre tribunal reste ouvert à tous et que personne n'en sorte triste ! Toutes les richesses de vos ancêtres, vous les emploierez à la libération des captifs et au rachat des esclaves. Admis en votre palais, que nul ne s'y sente étranger ! Plaisantez avec les jeunes, délibérez avec les vieillards !

Missel du Dimanche 2019, Nouvelle traduction liturgique, Année C, Artège Bayard, Lonrai 2018, p. 157-158.

Le saint évêque aurait rendu la vue à deux aveugles, conjuré d'un seul geste de sa main un incendie allumé par les démons et qui menaçait d'embraser toute la ville de Reims.

 

Sa sollicitude allait aux plus humbles créatures de Dieu, tels ces moineaux qui venaient familièrement picorer dans sa main les miettes de son repas.

Saint Rémi, archevêque de Reims, Apôtre des Francs (438-533)

Saint Rémi s'éteignit, âgé de quatre-vingt-seize ans, l'an 533. La basilique rémoise où il fut enseveli passa dès le milieu du VIe siècle sous son vocable. Dès lors Rémi fut vénéré comme principal patron de la ville de Reims : en 546, les habitants, pour écarter une épidémie de peste venant de Germanie, avaient porté en procession la pièce de tissu (palla) recouvrant le tombeau du saint évêque. Sa réputation de thaumaturge assura le développement de son culte  dans les régions voisines, en Lorraine, où le village natal de Jeanne d'Arc porte son nom (Domrémy), et en Alsace (Eschau), mais aussi en Provence (Saint-Rémi-de-Provence) et dans les régions alpestres du Trentin, du Tyrol et de la Bavière. Une première Vie de Saint Rémi fut rédigée peu après sa mort. Avant que cette biographie primitive disparût - ce qui advint très tôt -, Grégoire de Tours put s'en inspirer dans les chapitres de son Histoire des Francs.

 

Il est l'un des cinq patrons catholiques de France, avec S. Martin, S. Denis, Ste Jeanne d'Arc et Ste Thérèse de Lisieux.


Dans le diocèse de Reims, il est fêté le 1er octobre conformément à une tradition locale qui remonte à la fin du VIe siècle.

Tombeau de Saint Remi dans la basilique Saint Remi à Reims (Marne - Champagne-Ardennes)

Tombeau de Saint Remi dans la basilique Saint Remi à Reims (Marne - Champagne-Ardennes)

En mémoire du baptême de Clovis, les évêques de Reims ont été depuis en possession d'un droit de sacrer les rois de France.

Sources : (1) (2), (3) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 276; (4) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, p. 1022-1026.

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14 janvier 2026 3 14 /01 /janvier /2026 13:22
Un jeune homme vient trouver son prêtre et lui dit : — Père, je n'irai plus à la messe !

Un jeune homme vient trouver son prêtre et lui dit :

 

— Père, je n'irai plus à la messe !

 

Le prêtre répondit :

 

— Mais pourquoi ?

 

Le jeune homme a répondu :

 

Je vois la sœur qui médit d'une autre sœur ; le frère qui a des difficultés de lecture ; le groupe de chant qui vit dans la misère ; les gens qui, pendant la messe, consultent leur téléphone portable, parmi tant d'autres mauvaises choses que je vois se produire à l'église.

 

Le prêtre lui dit :

 

— Très bien, mais avant cela, je veux que tu me rendes un service : prends un verre d’eau et fais trois fois le tour de l’église sans en renverser une seule goutte. Ensuite, tu pourras quitter l’église.

 

Et le jeune homme pensa : trop facile !

Et il fit les trois tours comme son prêtre le lui avait demandé. Une fois terminé, il dit :

 

- Prêt, Père.

 

Et le prêtre répondit :

 

— Quand tu te promenais, as-tu vu la sœur dire du mal de l'autre ?

 

Le jeune homme :

 

- Non

 

Avez-vous vu des gens se plaindre les uns aux autres ?

 

Le jeune homme :

 

- Non

 

Avez-vous vu quelqu'un regarder son téléphone portable ?

 

Le jeune homme :

 

- Non

 

Sais-tu pourquoi ? Tu étais concentré sur le verre pour ne pas gaspiller l'eau.

 

Il en va de même dans notre vie. Lorsque notre attention est tournée vers notre Seigneur Jésus-Christ, nous n'aurons pas le temps de voir les défauts des autres.

 

Celui qui quitte l'Église à cause des autres l'a quittée parce qu'il n'y est jamais entré pour Jésus.

 

Source:  ☩ 𝕁𝕄𝕋 ☩

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13 janvier 2026 2 13 /01 /janvier /2026 00:00
Sainte Yvette (ou Jutte) Recluse (1158-1228)

Née à Huy près de Liège, elle fut mariée à 13 ans et eut 3 enfants.

 

Veuve à 18 ans, elle se dévoua alors aux lépreux puis, une fois ses enfants élevés, elle fut recluse dans une cellule accolée à l'église de Huy en Belgique. [1]

 

On lui attribue des dons mystiques : elle lit dans les consciences, dit-on.

 

Les disciples augmentent et les aumônes affluent. Elle fait construire un hôpital, avec grande église, pour ses lépreux. De sa recluserie elle en dirige la construction.

 

Vers 1191 son père qui jusqu’alors a tout fait pour la détourner de cette voie extraordinaire, est touché par la grâce et se convertit. Il est veuf et se fait cistercien à l’abbaye de Villers-en-Brabant. On se souvient de lui comme du bienheureux Otton de Villers. [2]

 

Yvette meurt dans sa cellule le 13 janvier 1228 ; elle a 70 ans. Immédiatement une grande vénération entoure son corps et un culte se développe.

 

Hugues de Floreffe, un témoin contemporain, nous en a laissé un récit d’où vient tout ce que nous savons de sa vie.

 

Elle est emblématique d'un mouvement mystique féminin florissant au Moyen Âge qui comptait déjà Marie d'Oignies, Hildegarde de Bingen ou encore Ida de Nivelles. Après elle, au XIIIe siècle, viendront Marguerite Porete, Sybille de Gages et tant d'autres moins connues. [3]

 

À Huy près de Liège, en 1228, la bienheureuse Jutte, veuve, qui se consacra à soigner les lépreux et finit sa vie près d’eux, en recluse.

Martyrologe romain [4]

Sources: (1) L'Evangile au quotidien; (2) Lumière de Dieu; (3) Wikipedia; (4) Nominis.cef

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12 janvier 2026 1 12 /01 /janvier /2026 00:00
Sainte Tatiana (Tatienne) de Rome, martyre († 226)

Fille d'un consul romain et dénoncée comme chrétienne, Tatiana fut condamnée à être suspendue à une potence, le corps labouré et mis à nu avec des peignes de fer. Les bourreaux l'outragèrent en lui tondant la chevelure, et finalement elle fut décapitée.

Tatiana est un prénom tellement usité en Russie qu’on penserait cette sainte originaire de l’Orient. Pourtant c’est bien d’une sainte romaine dont il s’agit, son nom est du reste bien latin : il s’agit de la forme féminine de Tatianus, dérivé lui-même de Titus Tatius, roi des Sabins au VIIIème siècle avant Jésus-Christ.

Sainte Tatiana (ou Tatienne) fut arrêtée à Rome pendant la persécution de l’empereur Sévère Alexandre (qui régna de 222 à 235). Elle est condamnée comme chrétienne par le préfet du prétoire et célèbre juriste, Ulpien, second personnage de l’empire. Attachée au chevalet, elle a les côtés déchirés par les ongles de fer. Détachée, on la jette aux lions dans l’amphithéâtre, mais ceux-ci respectent son innocence. Le juge ordonne de la jeter au feu mais le brasier refuse de la consumer. Après qu’elle fut rasée, le glaive du bourreau mit fin à l’horreur de ces supplices en la décapitant, lui obtenant la couronne glorieuse du martyre. C’était un 12 janvier 226.

Par des circonstances assez fortuites, sainte Tatiana est devenue la patronne des étudiants russes.

Sainte Tatiana de RomeEn effet c’est un 12 janvier 1724 que Pierre le Grand fonda l’Académie des Sciences de Saint-Petersbourg mais c’est surtout le 12 janvier 1755 (le 25 selon le calendrier moderne) que choisit sa fille l’impératrice Elisabeth Ière pour fonder l’Université nationale de Moscou; le projet qui lui était proposé auparavant par deux grands hommes de la culture russe Michail Lomonossov et le prince Chouvalov. On dit que le prince voulait donner l’université comme cadeau à sa mère, nommée Tatiana, pour sa fête et avait alors demandé à l’impératrice de signer l’oukase ce jour particulier. Ainsi la Sainte Tatiana, qui pendant sa vie n’eut aucun rapport avec les sciences, est devenue, la protectrice des étudiants russes.

La sainte avait son église dans l’université, et les étudiants venaient assister à la divine liturgie solennelle au matin de sa fête, liturgie qui était suivie de la cérémonie de la distribution des prix. 

En Occident, sainte Tatienne est représentée traditionnellement avec les instruments de son martyre : peignes de fer, lion ou glaive. Voici ce que dit le Martyrologe romain au 12 janvier :

A Rome, sainte Tatienne, martyre, qui, sous l’empereur Alexandre, fut déchirée avec des ongles & des peignes de fer, exposée aux bêtes, & jetée dans le feu, sans néanmoins en recevoir aucune atteinte ; enfin, ayant péri par le glaive, elle s’en alla au ciel.

 

Sources: 1234

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10 janvier 2026 6 10 /01 /janvier /2026 01:00
Saint Guillaume, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 88

Saint Guillaume, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 88

Évêque de Bourges, il n'hésita pas à s'opposer au roi pour maintenir les principes religieux.

Issu des anciens comtes de Nevers, Guillaume vint au monde vers le milieu du XIIe siècle. Il fut élevé avec soin dans la crainte de Dieu.

Quand on lui demandait un miracle, il disait: "Je ne suis qu'un pauvre pécheur" mais il cédait aux larmes des malades et les guérissait par sa bénédiction.

Le monde lui souriait, avec sa gloire et ses plaisirs; il renonça à tout, il s'éloigna même des honneurs ecclésiastiques qui semblaient le poursuivre, et s'enfonça dans la solitude d'un monastère à Grandmont dans la Haute-Vienne. Voulant plus d'austérités, il demanda à être admis chez les cisterciens de Pontigny en Bourgogne.

Il vécut dans la présence continuelle de Dieu; sa modestie, sa dévotion, sa régularité, ranimaient la ferveur de ses frères; il suffisait de le regarder au chœur ou à l'autel pour être embrasé du saint désir de marcher sur ses traces. Il avait surtout un grand amour pour le Saint-Sacrement, près duquel il trouvait ses délices. 

Il fallut lui faire violence pour le nommer abbé de Chaalis, filiale de Pontigny. Pourtant il dut bientôt se résigner à monter plus haut et répondre à l'appel du ciel clairement manifesté.

Sacré archevêque de Bourges (Berry), Guillaume montra, dès les premiers jours, toutes les vertus des plus illustres pontifes. Il fut l'évêque des pauvres, ce qui lui valut l'opposition des chanoines de Bourges qui se sentaient délaissés, et du roi Philippe-Auguste, à qui il reprochait son divorce et son remariage. Le roi qui réunit le Berry à la couronne de France, avait épousé Ingelburge (ou Ingbor), princesse danoise dont il se sépara peu après. La reine, odieusement répudiée, d'autant plus que son époux le roi vivait maritalement avec Agnès de Méranie, confia sa cause à l'Église, et notamment au pape Innocent III, lequel frappa le royaume de France d'interdit. Guillaume exécuta la sentence pontificale dans son diocèse de Bourges, ce qui aggrava le conflit qui existait déjà entre lui et ses clercs, et lui attira la colère du roi de France. Agnès étant morte en couches, Philippe-Auguste se résigna à reprendre Ingelburge, qu'il ne tarda pas à faire enfermer dans la tour d'Étampes. Même les plus grands rois ne sont pas exempts de fautes !

Guillaume demeura moine dans son palais, moine par l'habit et plus encore par les austérités. Il sut concilier les exercices de sa piété avec les immenses occupations de sa charge; il parcourait son diocèse, prêchait, instruisait les petits et les humbles, administrait les sacrements, visitait les hôpitaux, délivrait les captifs, et multipliait les prodiges.

http://nominis.cef.fr/images/gallerie/guillaumedebourges.jpgOn a conservé de lui quelques belles paroles: "Tel pasteur, telles brebis," disait-il souvent.

L'interdit ayant été levé par le légat du pape, Guillaume pensait aller évangéliser les cathares quant il mourut, le 10 janvier 1209.

Le pape Honorius III le canonisa en 1218.

 

Sources: 1, 2, 3, 4

Daniel BONNIN, Les Saints du Berry, A à Z Patrimoine Editions, Sury-en-Vaux 2006, p. 110-111.

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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 18:18
Pape Léon XIV : L’Occident est aujourd’hui dominé par un langage "inclusif" orwellien qui viole les droits fondamentaux de l’homme, y compris le droit à la liberté de conscience

Extrait de son discours au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 9 janvier 2026 :

 

 

Aujourd'hui, le sens des mots est plus fluctuant que jamais et les concepts qu'ils représentent sont de plus en plus ambigus. Le langage n'est plus le moyen privilégié par lequel les êtres humains se connaissent et se rencontrent. Pire encore, dans les contorsions de l'ambiguïté sémantique, le langage devient une arme de plus en plus utilisée pour tromper, frapper et offenser ses adversaires. Nous avons besoin de mots capables d'exprimer à nouveau des réalités claires et distinctes, sans équivoque. C'est la seule façon pour un dialogue authentique de reprendre, exempt de malentendus. Cela doit se produire dans nos foyers et dans l'espace public, en politique, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il en va de même dans le contexte des relations internationales et du multilatéralisme, afin que ce dernier puisse retrouver la force nécessaire à son rôle de rencontre et de médiation. C'est en effet indispensable pour prévenir les conflits et pour garantir que personne ne soit tenté de dominer autrui par la force, qu'elle soit verbale, physique ou militaire.

 

 

 

Il convient également de relever le paradoxe suivant : cet affaiblissement du langage est souvent invoqué au nom de la liberté d’expression elle-même. Or, à y regarder de plus près, c’est l’inverse qui se produit, car la liberté d’expression est précisément garantie par la certitude du langage et par le fait que chaque terme s’appuie sur la vérité.

 

Lire: Pourquoi sombrons-nous dans la folie et la barbarie ?

 

Il est douloureux de constater à quel point, notamment en Occident, l’espace de la véritable liberté d’expression se réduit comme peau de chagrin. Parallèlement, un nouveau langage, digne d’un roman d’Orwell, se développe et, dans sa volonté d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui le sous-tendent.

 

 

 

Malheureusement, cela entraîne d'autres conséquences qui finissent par restreindre les droits fondamentaux, à commencer par la liberté de conscience. À cet égard, l'objection de conscience permet aux individus de refuser des obligations légales ou professionnelles qui entrent en conflit avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans leur vie personnelle. Il peut s'agir du refus du service militaire au nom de la non-violence, ou du refus, de la part des médecins et des professionnels de santé, de pratiquer des actes tels que l'avortement ou l'euthanasie. L'objection de conscience n'est pas une rébellion, mais un acte de fidélité à soi-même. À l'heure actuelle, la liberté de conscience semble de plus en plus remise en question par les États, même ceux qui se réclament de la démocratie et des droits de l'homme. Or, cette liberté établit un équilibre entre l'intérêt collectif et la dignité individuelle. Elle souligne également qu'une société véritablement libre n'impose pas l'uniformité, mais protège la diversité des consciences, prévenant ainsi les dérives autoritaires et favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social.

 

 

 

---

 

 

 

L'adresse complète du Pape Léon XIV est disponible ci-dessous :

 

 

 

Discours du pape Léon XIV

aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège

 

Salle de la Bénédiction

Vendredi 9 janvier 2026

 

SUITE

 

Résumé du discours du Pape Léon XIV :

1. Retour à la maison du Pape François L’année écoulée a vu le retour à la maison du Père, le Pape François, dont le monde a ressenti la perte. Son héritage de charité pastorale a marqué l’histoire.

2. Faiblesse du multilatéralisme La diplomatie basée sur la force remplace progressivement la diplomatie du dialogue et du consensus. La paix est devenue un instrument de domination, menaçant l’État de droit.

3. Faites confiance aux Nations Unies L’ONU, née après la Seconde Guerre mondiale, reste un centre de coopération multilatérale. Elle doit promouvoir le dialogue et l’aide humanitaire pour un avenir plus juste.

4. L’Occident dominé par un langage orwellien Le langage perd son sens, devient un outil de tromperie. La liberté d’expression s’est rétrécie, et un langage inclusif exclut les non-conformistes.

5. Les États sapent les libertés La liberté de conscience est menacée. L’objection de conscience, notamment dans le refus du service militaire ou des pratiques médicales, est en débat.

6. Progrès sur la voie du dialogue interreligieux Les violations de la liberté religieuse augmentent. Cependant, les progrès du dialogue interreligieux sont reconnus. Toutes les religions cherchent un seul mystère divin.

7. Je n’oublie pas non plus les victimes de la violence djihadiste Le Pape demande à toutes les nations de garantir la liberté de religion. Il rappelle les victimes de la violence djihadiste dans divers pays.

8. Ne portez pas atteinte à la dignité des migrants Chaque migrant est une personne avec des droits inaliénables. Les mesures contre la criminalité ne doivent pas justifier une atteinte à la dignité des migrants.

9. Les droits deviennent autoréférentiels Les droits de l’homme perdent leur vitalité lorsqu’ils deviennent autoréférentiels et déconnectés de la réalité.

10. Gaza et le Venezuela La crise humanitaire en Terre Sainte persiste. La solution des deux États reste une perspective institutionnelle. Les tensions dans la mer des Caraïbes et au Venezuela nécessitent des solutions pacifiques.

11. Régulation de l’intelligence artificielle L’intelligence artificielle pose un risque de course à l’armement. Elle doit être gérée éthiquement et avec des cadres réglementaires protégeant la liberté humaine.

TEXTE INTEGRAL SUR LE SITE DU VATICAN:

https://www.vatican.va/content/leo-xiv/en/speeches/2026/january/documents/20260109-corpo-diplomatico.html

Extraits: 

 

Chers Ambassadeurs,

Suite aux événements tragiques du sac de Rome en 410, saint Augustin écrivit De Civitate Dei, La Cité de Dieu. Cet ouvrage est l'un des plus marquants de son œuvre théologique, philosophique et littéraire. Comme l'a souligné le pape Benoît XVI, il s'agit d'une « œuvre impressionnante, essentielle au développement de la pensée politique occidentale et de la théologie chrétienne de l'histoire »[1] . Elle s'appuie, pour reprendre une idée contemporaine, sur un « récit » qui se répandait alors, car « les païens, encore nombreux à cette époque, et même un certain nombre de chrétiens, pensaient que le Dieu de la nouvelle religion et les Apôtres eux-mêmes s'étaient montrés incapables de protéger la ville. Au temps des dieux païens, Rome était caput mundi, la grande capitale, et nul n'aurait pu imaginer qu'elle tomberait aux mains de ses ennemis. Désormais, avec le Dieu des chrétiens, cette grande ville ne paraissait plus en sécurité » [2] .

Certes, notre époque est très éloignée de ces événements. Il ne s'agit pas seulement d'une question d'éloignement temporel, mais aussi d'une conscience culturelle différente et d'une évolution des modes de pensée. Cependant, nous ne pouvons ignorer que notre propre sensibilité culturelle s'est nourrie de cette œuvre qui, comme tous les classiques, parle à toutes les générations.

Augustin interprète les événements et l'histoire elle-même selon le modèle des deux cités. D'une part, la cité de Dieu, éternelle et caractérisée par l'amour inconditionnel de Dieu (amor Dei), ainsi que par l'amour du prochain, en particulier des pauvres. D'autre part, la cité terrestre, demeure temporaire où les êtres humains vivent jusqu'à leur mort. De nos jours, cette dernière englobe toutes les institutions sociales et politiques, de la famille à l'État-nation et aux organisations internationales. Pour Augustin, cette cité était incarnée par l'Empire romain. En effet, la cité terrestre est centrée sur l'orgueil et l'amour-propre (amor sui), sur la soif de pouvoir et de gloire terrestres qui mène à la destruction. Toutefois, il ne s'agit pas d'une lecture de l'histoire qui oppose l'éternité au présent, l'Église à l'État, ni d'une dialectique sur le rôle de la religion au sein de la société civile.

Pour Augustin, les deux cités coexistent jusqu'à la fin des temps. Chacune possède une dimension à la fois extérieure et intérieure, car elles doivent être comprises non seulement à l'aune de leur construction historique, mais aussi à travers le prisme des attitudes intérieures de chaque être humain face aux réalités de la vie et aux événements historiques. Dans cette perspective, chacun de nous est un acteur et, de ce fait, responsable de l'histoire. De plus, Augustin souligne que les chrétiens sont appelés par Dieu à demeurer dans la cité terrestre le cœur et l'esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. Parallèlement, les chrétiens vivant dans la cité terrestre ne sont pas étrangers au monde politique et, guidés par les Écritures, s'efforcent d'appliquer l'éthique chrétienne au gouvernement civil.

La Cité de Dieu ne propose pas de programme politique. Elle offre plutôt de précieuses réflexions sur des questions fondamentales concernant la vie sociale et politique, telles que la recherche d'une coexistence plus juste et pacifique entre les peuples. Augustin met également en garde contre les graves dangers que représentent pour la vie politique les falsifications de l'histoire, le nationalisme exacerbé et la perversion de l'idéal du dirigeant politique.

Bien que le contexte dans lequel nous vivons aujourd’hui soit différent de celui du Ve siècle, certaines similitudes demeurent très pertinentes. Nous sommes aujourd’hui, comme alors, à l’ère des migrations massives ; comme alors, nous vivons une période de profonds bouleversements des équilibres géopolitiques et des paradigmes culturels ; comme alors, nous sommes, selon la célèbre expression du pape François , non pas dans une ère de changement, mais dans un changement d’ère[3]

À notre époque, la faiblesse du multilatéralisme est particulièrement préoccupante sur la scène internationale. Une diplomatie qui favorise le dialogue et recherche le consensus entre toutes les parties est supplantée par une diplomatie fondée sur la force, qu'elle soit exercée par des individus ou des groupes d'alliés. La guerre est de nouveau à la mode et un zèle belliqueux se répand. Le principe établi après la Seconde Guerre mondiale, qui interdisait aux nations de recourir à la force pour violer les frontières d'autrui, a été complètement bafoué. La paix n'est plus recherchée comme un don, un bien précieux en soi, ni dans la poursuite de « l'établissement de l'univers ordonné voulu par Dieu, avec une justice plus parfaite entre les hommes et les femmes » [4] .  Désormais, la paix est recherchée par les armes, comme condition préalable à l'affirmation de sa propre domination. Ceci menace gravement l'État de droit, fondement de toute coexistence civile pacifique.

De plus, comme le souligne saint Augustin, « il n’est personne qui ne désire la paix. Car même ceux qui font la guerre ne désirent que la victoire ; ils désirent, c’est-à-dire parvenir à une paix glorieuse. Car qu’est-ce que la victoire sinon la conquête de ceux qui nous résistent ? Et lorsque cela est fait, il y a la paix… car même ceux qui perturbent intentionnellement la paix dans laquelle ils vivent ne haïssent pas la paix, mais souhaitent seulement qu’elle se transforme en une paix qui leur convienne mieux. Ils ne souhaitent donc pas l’absence de paix, mais seulement la paix qu’ils désirent. » [5]

C’est précisément cette attitude qui a conduit l’humanité à la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. De ces cendres est née l’Organisation des Nations Unies, dont le quatre-vingtième anniversaire a été récemment célébré. L’ONU a été créée par la volonté de cinquante et une nations de servir de centre de coopération multilatérale afin de prévenir de futures catastrophes mondiales, de préserver la paix, de défendre les droits fondamentaux de la personne et de promouvoir le développement durable.

Je tiens à souligner l’importance du droit international humanitaire. Son respect ne saurait dépendre des circonstances ni d’intérêts militaires ou stratégiques. Le droit humanitaire, outre le fait de garantir un minimum d’humanité face aux ravages de la guerre, constitue un engagement pris par les États. Ce droit doit toujours prévaloir sur les ambitions des belligérants, afin d’atténuer les effets dévastateurs de la guerre, notamment en vue de la reconstruction. Nous ne pouvons ignorer que la destruction d’hôpitaux, d’infrastructures énergétiques, d’habitations et de lieux essentiels à la vie quotidienne constitue une grave violation du droit international humanitaire. Le Saint-Siège réaffirme avec fermeté sa condamnation de toute forme d’implication de civils dans des opérations militaires. Il souhaite également que la communauté internationale se souvienne que la protection du principe de l’inviolabilité de la dignité humaine et du caractère sacré de la vie prime toujours sur tout simple intérêt national.

C’est dans cette optique que les Nations Unies ont œuvré à la médiation des conflits, promu le développement et aidé les États à protéger les droits humains et les libertés fondamentales. Face à un monde confronté à des défis complexes tels que les tensions géopolitiques, les inégalités et les crises climatiques, l’ONU doit jouer un rôle essentiel en favorisant le dialogue et l’aide humanitaire, contribuant ainsi à bâtir un avenir plus juste. Il est donc nécessaire de veiller à ce que les Nations Unies reflètent non seulement la réalité du monde actuel et non celle de l’après-guerre, mais aussi qu’elles soient plus ciblées et efficaces dans la mise en œuvre de politiques visant l’unité de la famille humaine plutôt que des idéologies.

Le multilatéralisme vise donc à offrir un lieu de rencontre et de dialogue, à l'image du Forum romain ou de la place publique médiévale. Toutefois, pour que le dialogue soit possible, il est nécessaire de s'accorder sur les mots et les concepts employés. Redécouvrir le sens des mots est peut-être l'un des principaux défis de notre époque. Lorsque les mots se déconnectent de la réalité, et que la réalité elle-même devient sujette à débat, voire incommunicable, nous ressemblons aux deux personnes évoquées par saint Augustin, contraintes de cohabiter sans connaître la langue de l'autre. Il observe : « Les animaux muets, même ceux d'espèces différentes, se comprennent plus facilement que ces deux individus. Car, bien qu'ils soient tous deux des êtres humains, leur nature commune ne favorise en rien la convivialité lorsqu'ils sont empêchés, par la diversité des langues, d'exprimer leurs sentiments ; de sorte qu'un homme converserait plus volontiers avec son chien qu'avec un étranger ! » [6]

Aujourd'hui, le sens des mots est plus fluctuant que jamais et les concepts qu'ils représentent sont de plus en plus ambigus. Le langage n'est plus le moyen privilégié par lequel les êtres humains se connaissent et se rencontrent. Pire encore, dans les contorsions de l'ambiguïté sémantique, le langage devient une arme de plus en plus utilisée pour tromper, frapper et offenser ses adversaires. Nous avons besoin de mots capables d'exprimer à nouveau des réalités claires et distinctes, sans équivoque. C'est la seule façon pour un dialogue authentique de reprendre, exempt de malentendus. Cela doit se produire dans nos foyers et dans l'espace public, en politique, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il en va de même dans le contexte des relations internationales et du multilatéralisme, afin que ce dernier puisse retrouver la force nécessaire à son rôle de rencontre et de médiation. C'est en effet indispensable pour prévenir les conflits et pour garantir que personne ne soit tenté de dominer autrui par la force, qu'elle soit verbale, physique ou militaire.

Il convient également de relever le paradoxe suivant : cet affaiblissement du langage est souvent invoqué au nom de la liberté d’expression elle-même. Or, à y regarder de plus près, c’est l’inverse qui se produit, car la liberté d’expression est précisément garantie par la certitude du langage et par le fait que chaque terme s’appuie sur la vérité. Il est douloureux de constater à quel point, notamment en Occident, l’espace de la véritable liberté d’expression se réduit comme peau de chagrin. Parallèlement, un nouveau langage, digne d’un roman d’Orwell, se développe et, dans sa volonté d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui le sous-tendent.

Malheureusement, cela entraîne d'autres conséquences qui finissent par restreindre les droits fondamentaux, à commencer par la liberté de conscience. À cet égard, l'objection de conscience permet aux individus de refuser des obligations légales ou professionnelles qui entrent en conflit avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans leur vie personnelle. Il peut s'agir du refus du service militaire au nom de la non-violence, ou du refus, pour les médecins et les professionnels de santé, de pratiquer des actes tels que l'avortement ou l'euthanasie. L'objection de conscience n'est pas une rébellion, mais un acte de fidélité à soi-même. À l'heure actuelle, la liberté de conscience semble de plus en plus remise en question par les États, même ceux qui se réclament de la démocratie et des droits de l'homme. Or, cette liberté établit un équilibre entre l'intérêt collectif et la dignité individuelle. Elle souligne également qu'une société véritablement libre n'impose pas l'uniformité, mais protège la diversité des consciences, prévenant ainsi les dérives autoritaires et favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social.

De la même manière, la liberté religieuse risque d'être restreinte. Comme l'a rappelé Benoît XVI , il s'agit du premier de tous les droits de l'homme, car elle exprime la réalité la plus fondamentale de la personne. [7]  Les données les plus récentes montrent que les atteintes à la liberté religieuse sont en augmentation et que 64 % de la population mondiale subit de graves violations de ce droit.

En demandant le plein respect de la liberté religieuse et du culte des chrétiens, le Saint-Siège demande le même respect pour toutes les autres communautés religieuses. À l’occasion du soixantième anniversaire de la promulgation de la Déclaration Nostra Aetate, fruit du Concile œcuménique Vatican II qui s’est achevé le 8 décembre 1965, j’ai eu l’occasion de réaffirmer le rejet catégorique de toutes les formes d’antisémitisme, qui, malheureusement, continue de semer la haine et la mort. J’ai également souligné l’importance de cultiver le dialogue judéo-chrétien et d’approfondir nos racines bibliques communes.

À cette même occasion commémorative, la rencontre avec des représentants d’autres religions m’a permis de renouveler mon appréciation des progrès accomplis ces dernières décennies sur la voie du dialogue interreligieux. En effet, dans toute quête religieuse sincère se trouve « le reflet de l’unique Mystère divin qui embrasse toute la création » [8].  À cet égard, j’invite toutes les nations à garantir à chacun de leurs citoyens la pleine liberté de religion et de culte.

Il est toutefois impossible d'ignorer que la persécution des chrétiens demeure l'une des crises des droits humains les plus répandues aujourd'hui, touchant plus de 380 millions de croyants à travers le monde. Ils subissent des discriminations, des violences et une oppression importantes, voire extrêmes, en raison de leur foi. Ce phénomène affecte environ un chrétien sur sept dans le monde et s'est aggravé en 2025 du fait des conflits persistants, des régimes autoritaires et de l'extrémisme religieux. Malheureusement, tout cela démontre que la liberté religieuse est souvent perçue davantage comme un « privilège » ou une concession que comme un droit fondamental.

Je tiens à évoquer tout particulièrement les nombreuses victimes de violences, notamment celles perpétrées à des fins religieuses au Bangladesh, au Sahel et au Nigéria, ainsi que celles du grave attentat terroriste commis en juin dernier contre la paroisse Saint-Élie à Damas. Je n'oublie pas non plus les victimes des violences djihadistes à Cabo Delgado, au Mozambique.

Parallèlement, il ne faut pas oublier une forme insidieuse de discrimination religieuse à l’encontre des chrétiens, qui se répand même dans les pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique. Dans ces pays, leur capacité à proclamer les vérités de l’Évangile est parfois restreinte pour des raisons politiques ou idéologiques, notamment lorsqu’ils défendent la dignité des plus vulnérables, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille.

Dans ses relations et actions internationales, le Saint-Siège défend avec constance la dignité inaliénable de toute personne. Il est essentiel de rappeler, par exemple, que chaque migrant est une personne et, à ce titre, possède des droits inaliénables qui doivent être respectés en toutes circonstances. Si tous les migrants ne se déplacent pas par choix, nombreux sont ceux qui sont contraints de fuir en raison de la violence, des persécutions, des conflits, voire des effets du changement climatique, comme dans diverses régions d’Afrique et d’Asie. En cette année qui marque également le soixante-quinzième anniversaire de l’Organisation internationale pour les migrations, je réaffirme l’espoir du Saint-Siège que les mesures prises par les États contre la criminalité et la traite des êtres humains ne serviront pas de prétexte pour porter atteinte à la dignité des migrants et des réfugiés.

Les mêmes considérations s’appliquent aux prisonniers, qui ne sauraient jamais être réduits aux crimes qu’ils ont commis. À cette occasion, je tiens à exprimer ma profonde gratitude aux Gouvernements qui ont répondu favorablement à l’appel de mon vénérable Prédécesseur en faveur de gestes de clémence durant l’ Année jubilaire . J’espère que l’esprit du Jubilé inspirera durablement et structurellement l’administration de la justice, afin que les peines soient proportionnées aux crimes commis, que des conditions de détention dignes soient garanties et, surtout, que des efforts soient déployés pour abolir la peine de mort, mesure qui anéantit tout espoir de pardon et de rédemption. [9]  Nous ne pouvons oublier non plus les souffrances de tant de prisonniers détenus pour des raisons politiques dans de nombreux pays.

De plus, dans une perspective chrétienne, les êtres humains sont créés à l’image et à la ressemblance de Dieu qui, « en les appelant à l’existence par amour , les a en même temps appelés à aimer » [10].  Cette vocation se révèle de manière privilégiée et unique au sein de la famille. C’est dans ce contexte que nous apprenons à aimer et à développer la capacité de servir la vie, contribuant ainsi au développement de la société et à la mission de l’Église.

Malgré son rôle central, l'institution familiale est aujourd'hui confrontée à deux défis majeurs. D'une part, on observe une tendance inquiétante au sein du système international à négliger et à sous-estimer son rôle social fondamental, ce qui conduit à sa marginalisation institutionnelle progressive. D'autre part, nous ne pouvons ignorer la réalité croissante et douloureuse des familles fragiles, brisées et souffrantes, en proie à des difficultés internes et à des phénomènes préoccupants, notamment les violences conjugales.

La vocation à l'amour et à la vie, qui se manifeste de façon essentielle dans l'union exclusive et indissoluble entre un homme et une femme, implique un impératif éthique fondamental : permettre aux familles d'accueillir et de prendre pleinement soin de la vie à naître. Il s'agit d'une priorité croissante, notamment dans les pays qui connaissent une chute dramatique de la natalité. La vie est en effet un don inestimable qui s'épanouit au sein d'une relation engagée, fondée sur le don et le service mutuels.

À la lumière de cette profonde vision de la vie comme un don précieux et de la famille comme sa gardienne responsable, nous rejetons catégoriquement toute pratique qui nie ou exploite l’origine et le développement de la vie. Parmi celles-ci figure l’avortement, qui interrompt une vie en devenir et refuse d’accueillir le don de la vie. À cet égard, le Saint-Siège exprime sa profonde préoccupation concernant les projets visant à financer la mobilité transfrontalière pour accéder au prétendu « droit à l’avortement sans risque ». Il considère également comme déplorable que des ressources publiques soient allouées à la suppression de la vie, au lieu d’être investies dans le soutien aux mères et aux familles. L’objectif premier doit demeurer la protection de chaque enfant à naître et le soutien effectif et concret de chaque femme afin qu’elle puisse accueillir la vie.

De même, la pratique de la gestation pour autrui, en transformant la grossesse en un service négociable, viole la dignité de l'enfant, réduit à un « produit », et celle de la mère, exploitant son corps et le processus de procréation et pervertissant la vocation relationnelle originelle de la famille.

Des considérations similaires peuvent être étendues aux malades, aux personnes âgées ou isolées, qui parfois peinent à trouver une raison de continuer à vivre. La société civile et les États ont également la responsabilité de répondre concrètement aux situations de vulnérabilité, en proposant des solutions à la souffrance humaine, comme les soins palliatifs, et en promouvant des politiques de solidarité authentique, plutôt que d'encourager des formes de compassion illusoires telles que l'euthanasie.

On peut faire une réflexion similaire concernant les nombreux jeunes confrontés à de multiples difficultés, dont la toxicomanie. Afin d'éviter que des millions de jeunes à travers le monde ne deviennent victimes de la toxicomanie, des efforts concertés sont nécessaires pour éradiquer ce fléau et le trafic de drogue qui l'alimente. Parallèlement, il est indispensable de mettre en place des politiques de réinsertion adaptées et d'investir davantage dans le développement humain, l'éducation et la création d'emplois.

Face à ces défis, nous réaffirmons avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement indispensable de tous les autres droits humains. Une société n’est saine et ne progresse véritablement que lorsqu’elle garantit le caractère sacré de la vie humaine et œuvre activement à sa promotion.

Les considérations susmentionnées me portent à croire que, dans le contexte actuel, nous assistons à un véritable court-circuit des droits humains. Le droit à la liberté d'expression, à la liberté de conscience, à la liberté religieuse et même le droit à la vie sont restreints au nom d'autres prétendus nouveaux droits, ce qui a pour conséquence de vider de sa substance le cadre même des droits humains et d'ouvrir la voie à la force et à l'oppression. Cela se produit lorsque chaque droit devient autoréférentiel, et surtout lorsqu'il se déconnecte de la réalité, de la nature et de la vérité.

Ambassadeurs distingués,

Alors que saint Augustin souligne la coexistence des cités céleste et terrestre jusqu'à la fin des temps, notre époque semble encline à nier à la cité de Dieu son « droit de citoyenneté ». Il semble que seule la cité terrestre existe, enfermée exclusivement à l'intérieur de ses frontières. La recherche exclusive des biens immanents compromet cette « tranquillité de l'ordre » [11] , qui, pour Augustin, constitue l'essence même de la paix, laquelle concerne la société et les nations autant que l'âme humaine elle-même, et est essentielle à toute coexistence civile. En l'absence d'un fondement transcendant et objectif, seul l'amour-propre prévaut, jusqu'à l'indifférence envers Dieu, qui gouverne la cité terrestre. [12]  Or, comme le note Augustin, « grande est la folie de l'orgueil chez ceux qui pensent que le bien suprême se trouve dans cette vie et qu'ils peuvent être heureux par leurs propres moyens ». [13]

L’orgueil obscurcit la réalité elle-même et notre empathie envers autrui. Ce n’est pas un hasard si l’orgueil est toujours à l’origine de tous les conflits. Par conséquent, comme je l’ai rappelé dans mon Message pour la Journée mondiale de la paix , « nous perdons notre sens du réalisme et nous nous soumettons à une vision partielle et déformée du monde, obscurcie par l’obscurité et la peur » [14] , ouvrant ainsi la voie à une mentalité de confrontation, prélude à toute guerre.

Nous le constatons dans de nombreux contextes, à commencer par la guerre en Ukraine et les souffrances infligées à la population civile. Face à cette situation tragique, le Saint-Siège réaffirme avec force l'urgence d'un cessez-le-feu immédiat et d'un dialogue animé d'une recherche sincère des voies menant à la paix. J'en appelle avec insistance à la communauté internationale pour qu'elle maintienne son engagement à poursuivre des solutions justes et durables qui protègent les plus vulnérables et redonnent espoir aux peuples touchés. Je souligne également la pleine volonté du Saint-Siège de soutenir toute initiative promouvant la paix et l'harmonie.

Dans le même temps, nous constatons cette situation en Terre Sainte où, malgré la trêve annoncée en octobre, la population civile continue de subir une grave crise humanitaire, aggravant ainsi les souffrances déjà endurées. Le Saint-Siège est particulièrement attentif à toute initiative diplomatique visant à garantir aux Palestiniens de la bande de Gaza un avenir de paix et de justice durables sur leur terre, ainsi qu'à l'ensemble du peuple palestinien et à l'ensemble du peuple israélien. En particulier, la solution à deux États demeure la perspective institutionnelle permettant de répondre aux aspirations légitimes des deux peuples ; or, malheureusement, les violences se sont intensifiées en Cisjordanie contre la population civile palestinienne, qui a le droit de vivre en paix sur sa terre.

L’escalade des tensions dans la mer des Caraïbes et le long de la côte pacifique américaine est également une source de vive inquiétude. Je tiens à réitérer mon appel pressant à la recherche de solutions politiques pacifiques à la situation actuelle, dans l’intérêt commun des peuples et non pour défendre des intérêts partisans.

Cela concerne tout particulièrement le Venezuela, au vu des récents événements. À cet égard, je renouvelle mon appel au respect de la volonté du peuple vénézuélien et à la sauvegarde des droits humains et civils de tous, afin d'assurer un avenir de stabilité et de concorde. À cette fin, l' exemple de deux de ses enfants, que j'ai eu la joie de canoniser en octobre dernier – José Gregorio Hernández et Sœur Carmen Rendiles – peut être une source d'inspiration. Puisse leur témoignage inspirer l'édification d'une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité, et permettre ainsi à la nation de se relever de la grave crise qui la frappe depuis tant d'années.

D'autres crises se multiplient à travers le monde. Je pense tout d'abord à la situation désespérée en Haïti, marquée par de nombreuses formes de violence, allant du trafic d'êtres humains à l'exil forcé et aux enlèvements. À cet égard, j'espère qu'avec le soutien nécessaire et concret de la communauté internationale, le pays pourra prendre au plus vite les mesures indispensables pour rétablir l'ordre démocratique, mettre fin aux violences et parvenir à la réconciliation et à la paix.

Nous ne pouvons oublier non plus la situation qui affecte depuis des décennies la région des Grands Lacs africains, ravagée par une violence qui a fait de nombreuses victimes. J'encourage les parties concernées à rechercher une solution définitive, juste et durable qui mette un terme à un conflit qui n'a que trop duré. De même, je pense à la situation au Soudan, devenu un immense champ de bataille, ainsi qu'à l'instabilité politique persistante au Soudan du Sud, le plus jeune pays de la communauté internationale, né du référendum d'il y a quinze ans.

Nous ne pouvons passer sous silence les signes croissants de tension en Asie de l'Est, et exprimer l'espoir que toutes les parties concernées adopteront une approche pacifique et fondée sur le dialogue concernant les questions litigieuses qui sont source de conflits potentiels.

Mes pensées se tournent tout particulièrement vers la grave crise humanitaire et sécuritaire qui frappe le Myanmar, encore aggravée par le séisme dévastateur de mars dernier. Avec une ferveur renouvelée, j'appelle à ce que l'on emprunte courageusement les voies de la paix et d'un dialogue inclusif, afin de garantir à tous un accès équitable et rapide à l'aide humanitaire. Pour être authentiques, les processus démocratiques doivent s'accompagner de la volonté politique de poursuivre le bien commun, de renforcer la cohésion sociale et de promouvoir le développement intégral de chaque personne.

Au cœur de nombre des situations que j'ai évoquées, on retrouve ce qu'Augustin lui-même a souligné : l'idée persistante que la paix n'est possible que par le recours à la force et à la dissuasion. Si la guerre se contente de détruire, la paix exige des efforts de construction continus et patients, ainsi qu'une vigilance constante. Ces efforts sont requis de tous, à commencer par les pays dotés d'arsenaux nucléaires. Je pense notamment à l'impérieuse nécessité d'assurer le suivi du traité New START, qui expire en février. En effet, le risque est grand de renouer avec la course à la production d'armes toujours plus sophistiquées, y compris grâce à l'intelligence artificielle. Cette dernière est un outil qui requiert une gestion appropriée et éthique, ainsi que des cadres réglementaires axés sur la protection des libertés et la responsabilité humaine.

Chers Ambassadeurs,

Malgré la situation tragique qui se déroule sous nos yeux, la paix demeure un bien difficile à atteindre, mais réaliste. Comme le rappelle Augustin, la paix est « le but de notre bien » [15], car elle est le but même de la cité de Dieu, à laquelle nous aspirons, même inconsciemment, et dont nous pouvons avoir un avant-goût dès la cité terrestre. Durant notre pèlerinage sur cette terre, œuvrer pour la paix exige humilité et courage : l’humilité de vivre dans la vérité et le courage de pardonner. Dans la vie chrétienne, nous voyons ces vertus se refléter à Noël, lorsque la Vérité, le Verbe éternel de Dieu, s’incarne humblement, et à Pâques, lorsque le Juste, condamné, pardonne à ses persécuteurs et leur offre sa vie de Ressuscité.

De plus, si nous y regardons de plus près, les signes d'espoir courageux ne manquent pas en notre temps, et nous devons les soutenir sans relâche. Je pense, par exemple, aux accords de Dayton, qui, il y a trente ans, ont mis fin à la guerre sanglante en Bosnie-Herzégovine. Malgré les difficultés et les tensions, ils ont ouvert la voie à un avenir plus prospère et harmonieux. Je pense également à la Déclaration conjointe de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, signée en août dernier. Nous espérons qu'elle ouvrira la voie à une paix juste et durable dans le Caucase du Sud et permettra de résoudre les questions en suspens à la satisfaction des deux parties. Je rappelle aussi les efforts déployés ces dernières années par les autorités vietnamiennes pour améliorer les relations avec le Saint-Siège et les conditions de fonctionnement de l'Église dans le pays. Ce sont autant de graines de paix qu'il convient de cultiver.

En octobre prochain, nous commémorerons le huitième centenaire de la mort de saint François d'Assise, homme de paix et de dialogue, universellement reconnu, même par ceux qui ne sont pas catholiques. Sa vie rayonne, car elle fut inspirée par le courage de vivre dans la vérité et par la conviction qu'un monde de paix se construit sur des cœurs humbles tournés vers Dieu. C'est un cœur humble et épris de paix que je souhaite à chacun d'entre nous et à tous ceux qui vivent dans nos pays en ce début d'année.

Merci.

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Add. Le Pape Léon XIV sur X en allemand le 9 janvier 2026:

 

Dans le contexte actuel, nous assistons à un véritable "court-circuit" des droits humains. Le droit à la liberté d'expression, à la liberté de conscience, à la liberté de religion et même à la vie est restreint au nom d'autres droits dits nouveaux, ce qui affaiblit le système des droits humains lui-même et ouvre la voie à la violence et à l'oppression. Cela se produit lorsque chaque droit devient autoréférentiel et, en particulier, lorsqu'il perd son lien avec la réalité des choses, avec leur nature et avec la vérité.

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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 01:00

Mise à jour le 15-02-2023. Le mystère du cœur de Pauline Jaricot, naturellement conservé pendant 160 ans, intrigue les scientifiques.

https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/le-mystere-du-coeur-de-pauline-jaricot-naturellement-conserve-pendant-160-ans-intrigue-les-scientifiques_169441

Vénérable Pauline Jaricot († 1862)

Pour donner beaucoup aux autres, il faut puiser dans son propre cœur; et pour alimenter ce cœur, il faut puiser dans celui de Dieu.

Héroïne catholique lyonnaise renommée à travers le monde, mais curieusement méconnue en France, Pauline Jaricot a contribué au renouveau missionnaire, en inventant l’œuvre de la Propagation de la Foi, devenue aujourd'hui les Œuvres Pontificales Missionnaires, pour collecter des fonds et soutenir la mission.

Jeune fille du XIXe issue d'une famille de riches industriels lyonnais, Pauline Jaricot connaît à 17 ans une conversion fulgurante. Elle invente le Rosaire vivant, la récitation du chapelet, qui rassemble à sa mort 2 millions de personnes priant tour à tour les mystères du rosaire... (Pauline Jaricot, La Mère des missions - paroisse de Saint Vincent en Lignon) (1)

Pauline-Marie Jaricot, née à Lyon (France) le 22 juillet 1799. 

Jeune fille, elle fait une chute, tombe malade. Sa mère aurait fait un vœu en offrant sa vie pour la guérison de sa fille. 

En 1814, à quinze ans, Pauline fait une mauvaise chute d'un tabouret. Elle est frappée d'une maladie étrange. Elle se met à marcher comme une personne ivre, l'air égaré. Elle a perdu entièrement l'usage de la parole. Sa mère, catholique fervente, a voulu la veiller jour et nuit, en promettant de donner sa vie pour sa fille. Échange mystérieux qui va se produire, en effet. Elle meurt alors que Pauline guérit. Ce deuil fait réfléchir l'insouciante jeune fille.

À la suite d'un sermon de l'abbé Wurtz sur la vanité, Pauline veut rompre avec les mondanités, elle se confesse, abandonne ses bijoux, s'habille comme une ouvrière. Elle fait alors vœu de chasteté de corps et d'esprit, bien qu'elle se rende compte qu'elle n'a pas la vocation religieuse. Halte au chapeaux, aux plumes et aux bijoux. De retour à la maison, elle brûle ses livres romantiques. Elle décide de s'habiller comme les ouvrières en soierie des pentes de la Croix-Rousse. Pauline va porter une sorte de robe monacale de couleur violette, une étroite pèlerine, une coiffe à godrons et de gros socques à courroie de cuir.

À la suite d'une sorte d'illumination survenue le dimanche des Rameaux, en 1817, elle forme un groupe informel "Les Réparatrices du cœur de Jésus méconnu et méprisé."

Un attrait commence à envahir son coeur. C'est la fascination pour les missions lointaines. En Extrême-Orient. Pauline lit régulièrement les Bulletins des MEP (Missions étrangères de Paris) qui parlent d'exploits aux confins du monde. Surnommée l'école polytechnique du martyr, les MEP vont attirer toute l'ardeur évangélisatrice dont la France est capable après le rude hiver révolutionnaire et impérial. Pauline rêve de devenir missionnaire en Chine, un idéal partagé par son frère Philéas qui ne va pas tarder à entrer au séminaire Saint-Sulpice. En 1822, ne pouvant raisonnablement pas suivre les missionnaires, Pauline cherche un moyen concret de soutenir leur périlleuse mission. Le rayonnement de la France est pour elle en lien avec celui de son Seigneur. Elle veut recueillir des aumônes pour la cause des congrégations missionnaires. Dotée d'un étonnant esprit pratique, elle se lance dans l'aventure. "Un soir que je cherchais en Dieu le secours, c'est-à-dire le plan désiré, la claire vue de ce plan me fut donnée et je compris la facilité qu'aurait chaque personne de mon intimité à trouver dix associés donnant un sou chaque semaine pour la Propagation de la Foi". Elle lance la chose avec 200 ouvrières de l'usine de son beau-frère. L'Association de la Propagation de la Foi est née. Elle continuera sans elle, portée par un succès qui la dépasse. L'œuvre jouera un rôle de première importance dans le développement du mouvement missionnaire français au XIXe siècle. (Voir les Missions catholiques au XIXe et au XXe siècles). À la fin du XIXe siècle, l'œuvre sera présente dans tous les pays de la Chrétienté.

En 1835, Pauline achète le domaine "sis 24 montée Saint-Barthélemy" (aujourd'hui le Centre Scolaire aux Lazaristes) qu'elle rétrocède aux Frères des Écoles chrétiennes en 1839.

Sérieusement malade du cœur, elle va en pèlerinage à Mugnano, sur la tombe de sainte Philomène. Elle est d'abord reçue à Rome par le pape Grégoire XVI et lui demande si, au cas où elle reviendrait guérie, ce serait un miracle suffisant pour faire avancer la cause de la sainte. Le souverain pontife répond que oui, persuadé qu'il a affaire à une mourante et qu'il ne faut pas lui refuser cette consolation, comme il le confie en italien à des religieuses présentes. Elle arrive à Mugnano après un voyage épuisant dans la chaleur du mois d'août. C'est la veille de la fête de la sainte et la foule des pèlerins se presse ; le lendemain, elle communie et défaille : on la croit morte mais elle reprend ses esprits et demande qu'on la porte jusqu'au tombeau de la sainte, et c'est alors qu'elle se trouve miraculeusement guérie. Le supérieur du couvent fait sonner les cloches pour annoncer la nouvelle tandis que la foule exulte. Après avoir passé quelques jours à Mugnano en prières de remerciements, elle retourne à Rome où le pape approuve son œuvre et lui donne sa bénédiction.

Le Curé d'Ars se serait écrié : "Ah ! mes frères, je connais, moi, une personne qui sait bien accepter les croix, des croix très lourdes, et qui les porte avec un grand amour. C'est Mlle Jaricot." (Monseigneur Jules de Trannoy, Marie-Pauline Jaricot et l'Œuvre pontificale de la Propagation de la Foi, Xaveriana, 15ième série, n° 177, Louvain, Belgique, 1946, p. 27.)

 

Et si la mission de Pauline se trouvait aussi à Lyon ?

Lyon est une ville mariale à travers ses premiers évêques comme saint Pothin et saint Irénée, Saint Pothin ayant emporté cette belle image de la Vierge qui a été à l'origine de cette piété mariale. Lyon sera encore à l'origine de la dévotion à l'Immaculée conception. C'est la seconde Rome pour son culte pour Marie. Et c'est de Lyon que vient Pauline et son Rosaire vivant. La sainte Vierge est vraiment la reine de Lyon et garde sous sa protection ceux qui se recommandent à elle. On peut dire que la sainte Vierge a choisi cette auguste cité pour être dès les premiers siècles un des berceaux de la piété mariale qui s'est épanouie dans notre pays. (2)

Cette prise de conscience s'impose peu à peu à Pauline à force de côtoyer l'industrie de la soie. La Révolution industrielle, venue d'Angleterre, n'a pas attendu les livres de Karl Marx pour qu'on voie les ravages s'étendre de l'autre côté de la Manche. La machine, ce monstre chaud dans les mains d'entrepreneurs avides, tend à dévorer la main d'oeuvre qui se presse dans les villes. Mais l'homme n'est pas une simple "force de travail à vendre". Bref, un prolétaire. En référence au statut de citoyen romain pauvre qui n'existait que par ses enfants qu'il devait nourrir. En vérité, sous la Restauration, le capitalisme industriel avance sans rencontrer de sérieux obstacles. Seuls quelques catholiques - minoritaires - commencent à s'émouvoir de la condition de ces ouvriers que certains transforment en chair à capital. 

C'est le cas d'Alban de Villeneuve Bargemon qui dénonce l'exploitation manufacturière : "Ce qui frappe le plus tout homme animé d'un esprit de justice et d'humanité dans l'examen de la classe ouvrière, c'est l'état de dépendance et d'abandon dans lequel la société livre les ouvriers aux chefs et aux entrepreneurs des manufactures. C'est la faculté illimitée laissée à des capitalistes spéculateurs de réunir autour d'eux des populations entières pour en employer les bras suivant leur intérêt."

Lyon est la première ville ouvrière de France. L'arrivée des métiers à tisser de grande taille révolutionne le travail de la soie. On s'installe dans les anciens couvents de la Croix-Rousse, aux plafonds très élevés. C'est le quartier des "Canuts", des ouvriers qui travaillent quatorze, quinze heures par jour et qui n'arrivent pas à faire vivre leur famille. Des familles où le père, la mère et les enfants sont obligés de travailler pour survivre. Au milieu du siècle, on compte environ 40 000 compagnons lessivés par les ignobles conditions de travail. La révolte gronde. Pauline Jaricot conserve des principes justes. Alors que très souvent, ceux qui s'intéressent à la classe ouvrière tombent dans certains travers des penseurs socialistes, elle ne cède jamais aux erreurs de son temps. Pauline Jaricot évite de tomber et dans l'erreur libérale et dans l'erreur socialiste. Au moment des insurrections des Canuts en 1831, 1834, 1848-1849, Pauline se réjouit de la décision du préfet de Lyon d'accepter l'idée d'un tarif, pour garantir un salaire minimum, le pouvoir d'achat des Canuts s'étant fortement dégradé. Elle fait distribuer des médailles aux Canuts et aux militaires chargés de la répression; elle se tient aux antipodes du courant violent socialiste. Et la grande erreur de beaucoup de catholiques sociaux c'est de se laisser prendre par l'action sociale au point de négliger l'action spirituelle, Pauline pense que si l'on mène une action sociale qui n'a pas le fondement chrétien, si on laïcise le combat social, cette action sociale est vouée à l'échec : on ne fera pas mieux que les libéraux ou que les socialistes !

En 1841, Pauline décide de consacrer toute sa fortune à la création d'un centre industriel. Elle achète une usine avec un bâtiment attenant pour loger les familles et à côté une école et une chapelle. Pour lancer cette aventure, Pauline a confié la somme de 700 000 francs-or à des hommes d'affaires. (3) 

 

Statue Mgr Giraud, Cathédrale Notre-Dame de Grâce de Cambrai

Mgr Giraud, évêque de Rodez, se voit attribuer le siège de Cambrai, redevenu archevêché après la mort de Mgr Belmas. Son mandement de 1845 Sur la loi du travail s'en prend à cet édifice d'orgueil et d'ambition qui "s'élève sur les débris d'intelligences abaissées, de santés ruinées, de consciences perverties, d'âmes immortelles perdues pour l'éternité." Il écrit une page vengeresse contre l'injustice des salaires et les odieuses conditions de travail :"Pour tout dire en un mot, la religion proteste contre cette exploitation de l'homme par l'homme qui spécule sur son semblable comme un vil bétail, ou comme sur un agent et un pur instrument de production; qui calcule froidement jusqu'à quelles limites ont peu ajouter à sa tâche, sans qu'il tombe écrasé sous le poids; qui suppute goûte à goûte ce que des ruisseaux de sueur peuvent lui rapporter d'or, pareille à ces vampires que la sombre imagination des enfants de la Germanie nous représente s'abattant sur des corps pleins de force et de vie, et n'abandonnant leur proie qu'après lui avoir tirée toute la moëlle de ses os et tout le sang de ses veines!" Ainsi, trois ans avant le Manifeste du Parti communiste, Mgr Giraud dénonce "l'exploitation de l'homme par l'homme". Il a emprunté l'expression aux catholiques sociaux qu'il cite dans son mandement : Villeneuve, de Coux, Rousseau. Dans les années 1840-1841, Louis Rousseau écrivait : "L'état normal de la civilisation consiste dans la lutte du principe spirituel qui tend incessamment à éliminer de la société l'élément païen, c'est-à-dire l'exploitation de l'homme par l'homme, contre le principe matériel qui tend à retenir cet élément subversif." (J. TOUCHARD, Aux Origines du catholicisme social, Louis Rousseau, A. Colin, 1968, p. 151, note 126.) Aux ouvriers de Lyon, dont la condition est particulièrement dure, Mgr de Bonald s'adresse dès son arrivée en juillet 1840. Dans son mandement de Carême de 1842, l'archevêque de Lyon proteste contre les économistes qui ne voient dans l'ouvrier que son utilité et son rendement. Il montre la caractère impitoyable de la production industrielle et l'asservissement auquel elle condamne les ouvriers. En 1847, il réclame "une justice rigoureuse pour proportionner le salaire au labeur." La plupart de ces interventions épiscopales dénoncent en un vigoureux langage, l'exploitation des ouvriers par un salaire insuffisant, blâment la condition qui leur est faite et qui constitue un attentat permanent contre leur conscience religieuse (travail le dimanche), mais aussi contre leur santé, contre leur intelligence. Ils réclament un salaire juste. Ils protestent vigoureusement contre tout ce qui porte atteinte à la dignité de l'homme. (4)

Les encycliques sociales de Léon XIII viendront plus tard. Nous sommes ici au milieu du XIXe siècle et l'idée vient à Pauline de réunir quinze personnes qui feront des petits dons qui alimenteront un capital destiné à l'achat d'une entreprise par des ouvriers co-gestionnaires de l'entreprise. Elle crée la coopérative ouvrière. Les ouvriers possèdent des intérêts dans cette entreprise et se versent des salaires justes avec des horaires sociaux. L'idée plaît à un banquier qui fait partie du Rosaire vivant, et il en parle à ses associés. Ces banquiers parlent à Pauline d'une usine industrielle qui a fait faillite et qui pourrait être rachetée à un très bas prix. Ils en parlent à Pauline qui leur fait confiance. Pauline en parle elle-même à ses amis et donne l'argent aux banquiers. Malheureusement, ces banquiers escrocs vont se servir de cet argent à leur propre service. Et l'argent de Pauline va fondre comme neige au soleil. Si bien qu'elle se retrouve endettée et ruinée, avec sur la conscience tous les braves gens qui lui font confiance et qui lui ont donné de l'argent, parfois de l'argent qui leur était nécessaire. C'est ainsi que Pauline va vivre le martyre du surendettement, et des créanciers vont la poursuivre jusqu'à la fin de sa vie.

Elle peut se déclarer en faillite et disparaître, mais sa conscience morale lui dit que jusqu'au bout elle devra rembourser. Il y a eu malversation et elle prend sur elle. Des amis qui la soutenaient avant commencent à se détourner d'elle de plus en plus, et sa réputation commence à en pâtir. Elle, qui jusqu'ici était admirée pour les deux oeuvres qu'elle avait créées (la Propagation de la foi et l'oeuvre du Rosaire) et maintenant elle se met à être considérée comme quelqu'un de malhonnête. De plus, sa santé ne s'améliore pas, ses jambes sont de plus en plus enflées. Elle se demande comment faire pour rembourser ceux qui lui ont donné de l'argent pour son projet. Elle se dit que la meilleure façon est de faire des tournées en France pour faire participer les gens. Elle en parle à Mgr Villecourt, évêque de La Rochelle et qu'elle a bien connu à une certaine époque à Lyon, lui écrit ceci, avec sa bénédiction : "Agissez sans écouter les cris de la nature, sollicitez des aumônes au nom de Jésus-Christ." 

La Providence veille sur elle. Le Curé d'Ars lui envoie une jeune femme, une femme très simple, une femme de la campagne qui rentre à Lorette et qui se met de tout son coeur au service de Pauline Jaricot. Elle s'appelle Marie Dubouis. Et bien qu'elle lui ait dit au début "Mais c'est une folie, restez donc ici, vous n'avez rien pour réussir tout cela." (ce tour de France). Mais Maria va suivre Pauline fidèlement toute sa vie, et être un appui un peu comme l'ange qui soutient Jésus lorsqu'il est à l'agonie au jardin des Oliviers.

Pauline récolte de l'argent, mais elle le fait de manière très strict. Ce qui est donné pour l'oeuvre de la mission reste pour l'oeuvre de la mission. Ce qui est donné pour renflouer l'entreprise qui a fait faillite, c'est pour rembourser ses créanciers. Il n'y a pas de mélange, il n'y a pas de prise d'intérêt. Si bien qu'elle récolte beaucoup pour Dieu et très peu pour elle, si bien qu'elle restera jusqu'au bout endettée. Des missionnaires écrivent du monde entier à Pauline pour la remercier : "C'est grâce à ce que vous faites que nous pouvons continuer nos missions." Elle ne garde rien pour elle, là, de cet argent qui arrive pour le coup en quantité.

En 1859, en plein hiver, Pauline passe une dernière fois à Ars. Le Curé d'Ars est dans son Confessionnal, comme d'habitude. On lui annonce que Melle Jaricot est là. Il sort et consacre une heure à Pauline et lui demande: "Où en êtes-vous de vos persécuteurs et de vos persécutions ?" Et elle lui demande: "Mon Père, dites-moi ce que je dois faire, je dois rembourser mes dettes, je ne veux pas laisser les pauvres gens qui m'ont fait confiance, sans les rembourser. Que faire ? Je fais ce que je peux, et je n'y arrive pas." Le Saint Curé d'Ars lui dit: "Acceptez courageusement cette cruelle épreuve, vous ne pouvez pas l'impossible. Laissez parler et agir ceux qui ont résolu de vous perdre aux yeux des hommes. Ils ne peuvent empêcher le Bon Sauveur d'être à vous." Et il bénit Pauline en lui donnant une petite croix, où est marqué : "Dieu seul pour témoin, le Christ pour modèle, Marie pour soutien, et puis rien. Rien qu'amour et sacrifice." Elle ne reverra jamais le Curé d'Ars qui meurt six mois plus tard, usé par son ministère, tout consacré aux âmes. Et elle retourne à Lorette, où elle recommence le service de l'oeuvre du Rosaire avec les conseils spirituels et le Bulletin mensuel.

À un moment donné, le cardinal Villecourt, en voyant tout ce qui arrive à Pauline, cette impossibilité de la faire sortir de cette misère, dira : "Manifestement, il y a quelque chose qui n'est pas normal, quelque chose qui dépasse les forces de l'homme." On dirait qu'il y a dans sa vocation quelque chose comme celle d'une âme victime. (5)

Pauline décède le 9 janvier 1862 dans la misère et dans l'indifférence générale, déconsidérée, spoliée de son œuvre (d'après Yannick Essertel). Elle fut inhumée dans le caveau familial, au cimetière de Loyasse, avant que sa dépouille ne soit transférée en 1922 dans l'église Saint-Nizier, près de l'autel de la Vierge dans le transept sud. Quant à son cœur, il se trouve dans l'église Saint-Polycarpe.

Une vingtaine d'année après la mort de Pauline Jaricot, le Père Luc Marquet, dominicain qui était chargé d'étudier ses écrits et son oeuvre, a déclaré sous la foi du serment :

"Depuis sainte Catherine de Sienne, je ne connais rien de pareil comme action sur l'Église. Dieu a confié à Pauline la tâche de rebâtir un édifice social brisé par la Révolution française. Le Rosaire vivant se compose des quinzaines, c'est-à-dire un groupe de quinze personnes où chacun s'engage à réciter chaque jour une dizaine du Rosaire. Quant au mystère à méditer pendant cette dizaine, une fois par mois on se réunit pour le tirer au sort.(6)

Dans son Bref de 1881, le pape Léon XIII rend hommage à Pauline Jaricot, sous le triple point de vue de la propagation de la foi, du Rosaire vivant, et de son action en faveur des ouvriers. (7)

Le pape Jean XXIII la déclare vénérable en 1963, en proclamant l'héroïcité de ses vertus. Sa mémoire est fixée au 9 janvier. (8)

C'est le 18 juin 1930 que Pie XI traçait le Placet Achilleo au bas du document qui introduisait en Cour de Rome la cause de béatification de Marie-Pauline Jaricot, fondatrice de la Propagation de la Foi.

Lors du 150ème anniversaire de la mort de Pauline Jaricot en 2012, les médias ont parlé de Pauline. Le postulateur de la cause de béatification de Pauline-Marie Jaricot, François Duthel pense qu’à cette occasion, "Lyon a redécouvert Pauline Jaricot". Quelle Pauline ? Assurément, pas celle qui fréquentait les pentes de la Croix Rousse. (9)

"Je tombai, écrit-elle, comme l'homme descendant de Jérusalem à Jéricho, entre les mains de voleurs.

"J'ai aimé Jésus-Christ plus que tout sur la terre, et pour l'amour de Lui, j'ai aimé plus que moi-même tous ceux qui étaient dans le travail ou la douleur", écrit Pauline. Sur l'autel du capitalisme débridé, elle a perdu et sa réputation et sa santé. (10)

 

Jean-Paul II a reconnu la sainteté de Pauline Jaricot dans une lettre à l’archevêque de Lyon, le futur cardinal Louis-Marie Billé, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Pauline-Marie Jaricot, célébré du 17 au 19 septembre 1999, à Lyon et à Paris. Il souligne notamment sa spiritualité "eucharistique": "Très tôt, écrit-il, elle manifesta son désir de devenir une 'Eucharistie vivante'."

 

"Comme l’attestent les nombreux cahiers qu’elle a laissés, écrit Jean-Paul II, c’est dans une profonde et intense vie spirituelle qu’elle trouvait son énergie pour la mission. Sa grande initiative de prière, le « Rosaire vivant », révèle son amour pour la Vierge Marie, qui l’a poussée à venir habiter à l’ombre de la basilique Notre-Dame de Fourvière. Sa vie quotidienne était illuminée par l’Eucharistie et par l’adoration du Saint-Sacrement. Très tôt, elle manifesta son désir de devenir une « Eucharistie vivante », d’être remplie de la vie du Christ et de s’unir profondément à son sacrifice, vivant ainsi deux dimensions inséparables du mystère de l’Eucharistie: l’action de grâce et la réparation. C’est ce qui a fait dire au Curé d’Ars: « Je connais quelqu’un qui a beaucoup de croix et de très lourdes, et qui les porte avec un grand amour, c’est Mademoiselle Jaricot ». Sa spiritualité est marquée par son désir d’imiter le Christ en toutes choses. » (11)

 

La congrégation pour les causes des saints a rendu public le 27 mai 2021 un décret reconnaissant un miracle attribué à la vénérable Pauline-Marie Jaricot et qui ouvrait la voie à sa béatification.(12)

 

 

Après 161 ans de conservation naturelle, le cœur de Pauline Jaricot est demeuré en bon état. À l’occasion de la rénovation du reliquaire de la religieuse lyonnaise pour sa béatification le 22 mai 2022, le Diocèse de Lyon en a confié le cœur momifié à une équipe de chercheurs de l’université Paris-Saclay menée par Philippe Chartier, médecin légiste et paléopathologue.

Le 3 février 2023, l’équipe de recherche pluridisciplinaire publie ses résultats en accès libre dans la revue scientifique l'International Journal of Molecular Sciences.

Le cœur de la religieuse a été prélevé peu de temps après son décès

Paradoxalement, Pauline Jaricot était connue pour sa santé fragile. Victime d’un anévrisme et souffrant de palpitations douloureuses, elle rend visite au Pape Grégoire XVI en 1835 à Rome pour soulager sa souffrance. Elle en serait ressortie guérie deux semaines plus tard, selon différents textes rédigés durant sa vie. En 1862, l’année de son décès, elle tombe particulièrement malade. Livide selon les écrits ayant suivi sa mort, elle crache du sang et souffre d’une importante lésion mammaire. À sa mort, son cœur est immédiatement extrait de son corps par un chirurgien, puis scellé dans un reliquaire en argent. En 2021, l'organe est retrouvé en excellent état de conservation après ouverture du reliquaire par Stéphane Crevat, spécialisé dans la restauration d’objets historiques. Comment expliquer cette étonnante préservation ? […] [L]'analyse du cœur de Pauline Jaricot ne montre aucune trace d’embaumement ou autre technique de conservation. […] Les mystères de la miraculeuse conservation du cœur de Pauline Jaricot, et de la cause de son décès n’ont pu être élucidés par cette analyse.(13)

 

Le 22 mai 2022, la vénérable Pauline-Marie Jaricot, fondatrice du Rosaire Vivant et inspiratrice du père Eyquem pour la création des Equipes du Rosaire, a été béatifiée à Lyon, qui était la paroisse de sa famille.(14)

Sources:

 

(1) Nominis

(2) Jacques BUFFET, Pauline-Marie Jaricot, Le rosaire vivant, Cinquième colloque marial organisé par le prieuré de Lyon de la FSSPX, le 1er décembre 2012 au Palais de la Mutualité à Lyon

(3) Samuel PRUVOT, Nos Ancêtres les Saints, Petite histoire de la France missionnaire, Cerf, Paris 2017, p. 95-109

(4) Paul CHRISTOPHE, 2000 ans d'Histoire de l'Église, Nouvelle Édition Mame Desclée, Paris 2017, p. 929-930

(5) Chaîne Catholique d'Arnaud DUMOUCH, La vénérable Pauline Jaricot, protectrice des personnes surendettées (+ 1862)

(6) R.P. ANGELICO O.P., Avrillé, dans Jacques BUFFET, Pauline-Marie Jaricot, Le rosaire vivant, ibid.

(7) Hugues PETIT, dans Jacques BUFFET, Pauline-Marie Jaricot, Le rosaire vivant, ibid.

(8) Wikipedia

(9) enmanquedeglise.com

(10) Samuel PRUVOT, Nos Ancêtres les Saints, ibid., p. 107-108

(11) Zenit 

(12) https://equipes-rosaire.org/pauline-jaricot-bienheureuse-le-22-mai-2022-a-lyon/

(13) https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/le-mystere-du-coeur-de-pauline-jaricot-naturellement-conserve-pendant-160-ans-intrigue-les-scientifiques_169441

(14) https://equipes-rosaire.org/pauline-jaricot-bienheureuse-le-22-mai-2022-a-lyon/

 

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8 janvier 2026 4 08 /01 /janvier /2026 01:00
Saint Lucien, martyr

On pense qu'il fut l'un des prêtres romains qui vinrent évangéliser la Gaule au début du troisième siècle et qui donnèrent leur vie pour le Christ.

Saint Lucien évangélisa la région de Beauvais avec saint Denis et saint Rieul.

Si grande fut son action qu'elle permit à la légende de la rendre plus vivante.

"Saint Lucien est honoré comme apôtre du Beauvaisis. Après qu'il eut appelé à la foi et au baptême de nombreux habitants de cette région, une persécution s'ensuivit; il fut arrêté et décapité. Sa Passion lui adjoint deux disciples, Maxien (Maximien) et Julien, martyrisés avec lui sur la colline de Montmille (fin du IIIe siècle)."

(source: diocèse de Beauvais)

 

À Beauvais, vers 290, les saints Lucien, Maximien et Julien, martyrs. Martyrologe romain 


Sa devise:

"Je crois de coeur et je confesse de bouche, que Jésus-Christ est le fils de Dieu." [1]

 

Vers 290, l’empereur Dioclétien opposé au christianisme envoie Latinus, Jarius et Antor afin de tuer Lucien qui, averti du danger se réfugie avec ses deux compagnons Maxien et Julien à Montmille. Retrouvés par les Romains, ses compagnons sont décapités, Lucien est battu de verges puis enfin décapité. Le lieu probable du martyre s’appelle la Rosière. [2]

 

Ses vertus, ses actions de chair et les miracles qu’il aurait accomplis dans la région auraient contribué à la conversion de près de 30 000 homme. 

 

Saint Lucien. Cathédrale de Beauvais

Sources : (1), (2

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7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 01:00
Saint Raymond de Penyafort, prêtre (+ 1275), o.p.

Saint Raymond de Penyafort, prêtre (+ 1275), o.p. (Ordre des Frères Prêcheurs, Dominicains)

Saint Raymond vint au monde l'an 1175, au château de Penyafort (Peñafort) en Catalogne (Espagne), d'une famille alliée aux rois d'Aragon. Ce Catalan est professeur de philosophie à l'Université de Barcelone et décide de se rendre à l'Université de Bologne, la plus grande Université de Droit de son temps, pour y étudier puis enseigner le droit civil et canonique.[1]

Le Pape Grégoire IX qui savait détecter les gens intelligents, lui confie la rédaction d'une "Somme des cas pénitentiaux", puis celle des "Décrétales" qui serviront de Code de Droit canonique à l'Eglise Catholique romaine jusqu'en 1917. Il rencontre alors saint Dominique de passage à Bologne et, dès son retour à Barcelone, le Vendredi saint 1222 il quitte le clergé séculier et entre dans l'Ordre des Dominicains à 47 ans. Il en deviendra le Maître Général et encourage l'apostolat de ses frères auprès des hérétiques, des Juifs et des Musulmans qui sont en Espagne.

http://saints.sqpn.com/wp-content/gallery/pictorial-lives-of-the-saints/saint-raymund-of-pennafort.jpg Préoccupé par l'Islam, il encourage saint Thomas d'Aquin à écrire "la Somme contre les Gentils" et fonde simultanément l'Ordre de Notre-Dame de la Merci pour la libération et le rachat des chrétiens captifs des Sarrasins.

Appelé à la cour pontificale par Grégoire IX qui en fit son confesseur, Raymond est nommé pénitencier (1230) et fait instaurer l'Inquisition en Aragon. Il révise les décrétales et en fait établir la nouvelle collection promulguée par la bulle "Rex pacificus" (5 septembre 1234). Raymond de Penyafort quitte Rome en avril 1236 pour rentrer en Espagne où il arrive par mer au début de l’été.[2]


Lorsque Raymond de Penyafort débarque au port catalan de Zossa, on le conduit près d’un malade appelé Barcelon du Fare ; le pauvre homme qui est à toute extrémité, a perdu l’usage de ses sens, et ses parents se morfondent qu’il ne puisse se confesser avant de mourir. Raymond de Penyafort prie longtemps près de l’agonisant puis lui demander s’il veut se confesser, mais il n’obtient aucune réponse. Il fait alors mettre en prière tous ceux qui se trouvent là. Au bout d’une longue prière collective, Raymond de Penyafort repose la question ; cette fois, le malade paraît sortir d’un profond sommeil et dit : "Mais oui, je veux me confesser et j’en ai un vif désir." Raymond de Penyafort fait sortir les assistants, entend le malade qui, l’absolution dite, rend paisiblement l’âme.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/73/Dolabella_St._Raymond_of_Penyafort.jpg

Raymond a pour Jacques Ier d’Aragon une très forte affection mais il est parfaitement lucide sur les faiblesses du Roi qu’il n’excuse pas. Vers la fin du règne de Jacques I, Raymond de Penyafort accompagne le roi dans l'île de Majorque. Or, débarqué, Raymond de Penyafort s’aperçoit que le roi entretient des relations coupables avec une dame de la cour ; comme, malgré ses objurgations, Jacques I ne se décide pas à rompre, le dominicain résout de retourner à Barcelone, ce que veut empêcher le roi qui fait défense à tout vaisseau de l’embarquer. Aucun marin n’osant désobéir au roi, Raymond de Penyafort s'avance sur les rochers que baigne la mer, et dit au frère qui l’accompagne :

  • "Puisque les hommes n’ont point de bateau à nous offrir, tu vas voir comment Dieu va nous en fabriquer un."

 

ce disant, il étend sur l'eau son manteau, et en redresse un coin avec son bâton pour en faire une voile ; il monte sur le manteau qui surnage et s'avance rapide sous les yeux stupéfaits du compagnon qui, demeuré timidement sur le bord, le voit disparaître à l'horizon. C'est assez pour que Jacques I cesse ses désordres.

 

Prétextant son grand âge, Raymond demande à être relevé de la charge de Maître de l'Ordre, ce qui ne l'empêchera pas de mourir centenaire. Il emploie les trente-cinq dernières années de sa vie à se préparer plus spécialement à la mort.

 

Entouré des rois d'Aragon et de Castille, Raymond meurt à Barcelone le 6 janvier 1275, jour de l’Epiphanie, sur les dix heures du matin.

 

En 1279, le concile de Tarragone demanda au pape Nicolas IV la canonisation de Raymond pour sa "sainteté au service de la justice", mais il ne fut béatifié que par Paul III, en 1542, et canonisé par Clément VIII, le 29 avril 1601.[3]

 

Outre la "Summa de pænitentia", Raymond de Penyafort a laissé une œuvre écrite considérable dont la plupart des ouvrages servirent longtemps de référence chez les Dominicains et à l’Université de Paris.

 

PRATIQUE. Dans nos occupations, imitons nos saints anges gardiens, qui ne perdent jamais Dieu de vue. [4]

 

http://www.holycrossoshawa.ca/wp-content/gallery/church-windows/st-raymond-of-penafort.jpg

Sources:

 

(1); (2); (3);(4) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 23.

 

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5 janvier 2026 1 05 /01 /janvier /2026 17:35
Une lettre aux cardinaux propose une solution pour la messe tridentine avant le premier consistoire du pape Léon XIV

Étant donné que la liturgie est à l'ordre du jour du consistoire extraordinaire des cardinaux convoqué par le pape Léon XIV cette semaine, l'un des plus anciens membres du clergé traditionaliste français a envoyé aux membres du Sacré Collège une lettre proposant une nouvelle voie pour l'ancien rite romain dans l'Église catholique.

Publiée ici exclusivement en traduction française et anglaise, la lettre vise à ouvrir un dialogue constructif et à fournir un cadre pastoral stable aux communautés et aux fidèles consacrés à la liturgie romaine traditionnelle.

Écrite par le père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent Ferrier, et datée du 24 décembre, la lettre a été envoyée en version papier à quinze cardinaux connus pour leur intérêt pour la liturgie traditionnelle, et à une centaine de cardinaux supplémentaires par courrier électronique. À la base se trouve une proposition visant à établir une juridiction ecclésiastique - sur le modèle des ordinariats militaires - dédiée au vetus ordo, offrant une structure canonique qui respecte à la fois la tradition et la communion avec le Saint-Siège.


Le père de Blignières, 76 ans, est largement considéré comme ayant une autorité morale considérable et une vaste expérience du mouvement traditionaliste. En 1988, à la suite des consécrations épiscopales illicites de Mgr Marcel Lefebvre, le père de Blignières faisait partie du clergé qui a engagé le dialogue avec le pape Jean-Paul II, contribuant ainsi aux discussions qui ont conduit à la création de la Commission pontificale Ecclesia Dei pour réconcilier les groupes attachés au rite traditionnel. Il a été prieur de la Fraternité Saint-Vincent Ferrer depuis sa fondation en 1979 jusqu'en 2011, puis de 2017 à 2023, où il a dirigé la communauté pendant plus de trois décennies pendant deux mandats.

Le concept d'une juridiction ecclésiastique dédiée à l'Ancien Rite n'est pas nouveau et a été discuté, en particulier parmi les communautés traditionalistes françaises, au cours de la dernière décennie. Ces conversations, cependant, ont été largement interrompues après le motu proprio du pape François en 2021, Traditionis Custodes, qui imposait de sévères restrictions au vetus ordo.

Pour comprendre comment une telle juridiction pourrait fonctionner dans la pratique, Diane Montagna a interrogé le père Matthieu Raffray, supérieur du district européen de l’Institut du Bon Pasteur et ancien professeur de philosophie à l’Angelicum de Rome. Le père Raffray, qui connaît bien la lettre et soutient sa proposition, apporte une vaste expérience pastorale et institutionnelle, ainsi qu'un apostolat des médias sociaux qui a conduit de nombreuses personnes - en particulier des jeunes adultes - à se convertir ou à revenir à la foi catholique.

Dans cette interview, elle discute de la façon dont une juridiction ecclésiastique dédiée à l'ancienne liturgie romaine pourrait fonctionner, de sa relation avec les communautés ex-Ecclesia Dei, à la formation sacerdotale, en passant par son impact sur la célébration de la liturgie traditionnelle dans les diocèses existants.

Le père Raffray note que la lettre n'a pas été envoyée au pape Léon XIV et qu'elle n'est pas une "requête ou une demande". Il s'agit plutôt d'une "hypothèse de travail adressée aux cardinaux" avant le consistoire du 7 au 8 janvier, et il faudrait naturellement l'examiner et la développer davantage, en particulier avec l'aide des canonistes.

Une telle approche, dit-il, reconnaît dès le départ que cette proposition n'est pas la seule solution possible. Il est probable que certains membres des communautés traditionnelles ne soient pas favorables à cette voie ou suggèrent d'autres voies d'étude. La lettre ne cherche pas à imposer une réponse uniforme, mais à ouvrir une discussion sérieuse et raisonnée.

Selon le Père Raffray, l'élément le plus positif de la lettre est son approche constructive et proactive qui vise à renforcer "l'unité ecclésiale, dans un esprit de communion et au service du Saint-Siège".

Ici est l'entretien de Diane Montagna avec le Père Matthieu Raffray:

ROME, 5 janvier 2026 — Alors que la liturgie figure à l'ordre du jour du consistoire extraordinaire des cardinaux convoqué cette semaine par le pape Léon XIV, l'un des plus hauts dignitaires traditionalistes du clergé français a adressé aux membres du Sacré Collège une lettre proposant une nouvelle voie pour l'ancien rite romain dans l'Église catholique.

Publiée ici exclusivement en français et en traduction anglaise , cette lettre vise à ouvrir un dialogue constructif et à fournir un cadre pastoral stable aux communautés et aux fidèles attachés à la liturgie romaine traditionnelle.

Diane Montagna (DM) : Père Raffray, quel est l'objectif principal de la lettre envoyée aux cardinaux par le Père de Blignières ?

Le Père Matthieu Raffray (MR) : Son objectif principal est de proposer une solution ecclésiale stable et constructive à une opposition qui, depuis de nombreuses années, s'est enlisée dans la division de l'Église : celle entre les personnes attachées au rite latin ancien et celles qui s'y opposent. Constatant l'impasse pastorale et humaine engendrée par ce conflit récurrent, le texte cherche à dépasser la confrontation et à ouvrir une voie positive au service de la communion ecclésiale.

 

Cette opposition prolongée a engendré de réelles souffrances, notamment au sein des communautés attachées à la liturgie traditionnelle, souvent fragilisées institutionnellement et parfois confrontées à des attitudes laissant entendre qu'elles n'ont aucun avenir légitime au sein de l'Église. La lettre prend cette réalité au sérieux et souligne l'urgence d'une solution juste, pacifique et durable.

Dans cette perspective, elle propose l’érection d’une juridiction ecclésiastique dédiée – telle qu’une administration apostolique personnelle ou un ordinariat – offrant un cadre canonique stable aux prêtres et aux fidèles pleinement en communion avec le Saint-Siège et attachés à l’ancien rite latin. Loin de présenter cette liturgie comme une menace ou un repli nostalgique sur un passé idéalisé, le texte souligne sa fécondité actuelle comme authentique moyen de sanctification et d’évangélisation, particulièrement dans les sociétés fortement sécularisées.

Ainsi, cette lettre ne vise pas à raviver une controverse liturgique, mais à proposer une réponse institutionnelle pragmatique, dans la continuité de la tradition vivante de l’Église, qui a maintes fois conçu des structures juridiques pour préserver l’unité tout en respectant la diversité légitime. Son mérite particulier réside dans la proposition d’une solution constructive à une impasse, plutôt que dans l’ouverture d’une nouvelle phase de confrontation interne.

(DM): 

La lettre propose une juridiction ecclésiastique analogue, à certains égards, aux ordinariats militaires. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas ces structures, pourriez-vous expliquer comment fonctionnerait la juridiction proposée, notamment en ce qui concerne la juridiction cumulative et les relations avec les évêques locaux des diocèses existants ?

(MR) : La lettre s’appuie sur l’analogie des ordinariats militaires pour montrer comment la solution proposée pourrait s’intégrer harmonieusement aux structures diocésaines existantes. Un ordinariat militaire est une juridiction ecclésiastique personnelle, définie non par un territoire mais par les personnes qui y appartiennent en raison d’un besoin pastoral particulier. En l’espèce, ce besoin consisterait en un attachement libre et volontaire à la liturgie traditionnelle.

 

La juridiction proposée chevaucherait donc les diocèses territoriaux sans les remplacer, dans un cadre de complémentarité et de communion. L’évêque chargé de cette structure – au niveau d’un pays ou d’une aire linguistique – travaillerait en coordination avec les évêques diocésains afin de discerner, selon les contextes locaux, les dispositions pastorales les plus appropriées.

Un point essentiel de cette proposition est qu’elle ne vise pas à isoler les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle, mais plutôt à leur offrir un cadre pastoral clair et légitime, accessible à tous ceux qui peuvent en bénéficier, que ce soit de manière temporaire ou permanente. Placée sous l’autorité du Saint-Siège et en harmonie avec les Ordinaires du lieu, une telle juridiction pourrait ainsi contribuer à une pastorale plus sereine, au service de la communion et de l’unité au sein de l’Église.

Que signifierait concrètement la création d'un Ordinariat ou d'une juridiction ecclésiastique personnelle pour le Vetus Ordo pour les anciennes communautés Ecclesia Dei , comme la vôtre ? Ces communautés seraient-elles placées sous l'autorité d'un tel Ordinariat ? Compte tenu de leur diversité, comment seraient prises en compte les questions d'autonomie et de charisme ?

Concrètement, une telle solution n’entraînerait aucun changement substantiel du statut ni de la vie interne des communautés autrefois rattachées à la Commission Ecclesia Dei. Ces instituts conserveraient leur autonomie canonique, leur gouvernance propre et leur charisme spécifique. Comme c’est déjà le cas, leurs prêtres pourraient être mis au service de différentes réalités ecclésiales par le biais d’accords clairement définis : soit au sein de diocèses territoriaux, soit, lorsque les besoins pastoraux l’exigent, au sein de l’Ordinariat proposé ou de la juridiction personnelle.

 

Les relations entre ces communautés, l’autorité de l’Ordinariat et les évêques diocésains seraient régies par des dispositions canoniques claires, garantissant le respect des compétences respectives de chacun et une pleine communion ecclésiale. Une telle configuration permettrait de mettre l’expérience liturgique et pastorale de ces communautés au service de l’Église sans les absorber ni les uniformiser, tout en offrant un cadre juridique plus stable et intelligible à leur mission.

Comment la formation sacerdotale serait-elle organisée au sein d'une telle juridiction ecclésiastique ? Prévoirait-elle ses propres séminaires, des séminaires partagés ou une coopération avec les institutions existantes ? Comment la formation garantirait-elle à la fois la fidélité à la tradition et la pleine communion ecclésiale ?

En principe, un ordinariat ou une juridiction ecclésiastique personnelle pourrait avoir son propre séminaire, pourvu que les conditions pastorales, humaines et institutionnelles le permettent. Une telle possibilité exigerait cependant un discernement prudent et progressif et ne saurait être envisagée de manière uniforme ou immédiate.

 

En pratique, l’organisation de la formation sacerdotale devrait être adaptée aux réalités de chaque pays ou zone géographique. Selon le contexte, elle pourrait prendre diverses formes : la création de séminaires dédiés lorsque le nombre de candidats et la stabilité des structures le justifient ; des programmes de formation dispensés au sein des séminaires diocésains ; ou encore une formation assurée dans des séminaires ou maisons de formation appartenant à des communautés spécialisées dans la célébration de la liturgie traditionnelle. Des solutions mixtes pourraient également être envisagées, permettant une formation commune dans certaines disciplines académiques tout en garantissant une formation liturgique et spirituelle spécifique.

Une telle approche progressive et pragmatique, fondée sur de réels besoins pastoraux, apporterait les garanties nécessaires pour assurer à la fois la fidélité à la tradition liturgique et doctrinale propre au Vetus Ordo et la pleine insertion dans la communion ecclésiale, sous l'autorité du Saint-Siège et en coordination avec les structures de formation existantes de l'Église.

 

Quels effets pratiques l'établissement d'une telle juridiction aurait-il sur l'utilisation du Vetus Ordo au sein des diocèses existants, et sur le clergé diocésain qui souhaite le célébrer ?

L’établissement d’une juridiction ecclésiastique personnelle dédiée au Vetus Ordo aurait des conséquences essentiellement pastorales et pragmatiques, à apprécier au cas par cas , selon les circonstances locales. Dans les diocèses où l’évêque et les fidèles concernés sont satisfaits des dispositions existantes, il ne serait pas nécessaire de modifier l’organisation actuelle : le Vetus Ordo pourrait continuer d’être pleinement appliqué dans le cadre diocésain ordinaire.

 

En revanche, dans les situations de tension ou lors de l'émergence d'un nouveau groupe de fidèles, la juridiction proposée offrirait un cadre clair de médiation et de coordination. Dans ces cas, il appartiendrait à l'ordinaire de la juridiction personnelle d'engager un dialogue avec l'ordinaire diocésain afin de déterminer les solutions pastorales les plus appropriées, dans le respect des compétences respectives de chacun et pour le bien des fidèles.

Concernant le clergé diocésain, plusieurs possibilités peuvent être envisagées. Les prêtres diocésains pourraient être mis à la disposition de la juridiction personnelle pour une durée limitée ou solliciter une incardination permanente au sein de celle-ci. Cette pratique s'inscrirait dans un modèle canonique déjà bien établi, comparable à celui des prêtres diocésains affectés, temporairement ou définitivement, au service des ordinariats militaires.

Ainsi comprise, la création d'une telle juridiction n'aurait pas pour but de priver les diocèses de leur clergé ni d'imposer des solutions rigides, mais plutôt d'offrir une flexibilité canonique capable de répondre plus sereinement aux besoins pastoraux liés à l'utilisation du Vetus Ordo , au service de la paix et de la communion ecclésiales.

Compte tenu du chevauchement géographique entre les diocèses et la juridiction ecclésiastique proposée, cette structure pourrait-elle offrir des solutions dans des situations impliquant des fermetures d'églises, des bâtiments sous-utilisés ou un déclin de la vie paroissiale ?

 

La question des lieux de culte et des structures paroissiales appelle une fois de plus des réponses différenciées, fondées sur un discernement pastoral pragmatique et attentives aux réalités locales. La coexistence géographique de diocèses territoriaux et d'une juridiction ecclésiastique personnelle permettrait d'offrir des solutions flexibles à une grande diversité de situations.

Dans certaines régions du monde, notamment en Europe, où un nombre croissant d'églises sont fermées ou sous-utilisées, une telle juridiction pourrait apporter une réponse pastorale fructueuse. Les édifices religieux pourraient être confiés à l'Ordinariat par les évêques diocésains au moyen d'accords clairement définis, garantissant ainsi la préservation du patrimoine ecclésiastique et le rétablissement d'une vie liturgique et pastorale stable.

Dans d’autres contextes, par exemple en Amérique latine ou en Asie, où les dynamiques ecclésiales sont différentes et où les besoins pastoraux sont davantage axés sur la croissance que sur la restructuration, l’Ordinariat pourrait encourager la construction de nouveaux lieux de culte, avec le soutien des communautés locales. Selon les circonstances, l’acquisition de bâtiments existants adaptés à un usage liturgique et pastoral pourrait également être envisagée.

Ainsi, de par sa nature personnelle et sa capacité de coordination avec les ordinaires locaux, une telle juridiction serait bien placée pour contribuer de manière réaliste et ordonnée à la gestion des lieux de culte, en soutenant la vitalité pastorale là où elle est fragile et en favorisant une utilisation plus fructueuse des ressources ecclésiales existantes, toujours dans un esprit de communion et de respect des responsabilités des évêques diocésains.

 

Comme le souligne la lettre, cette solution a déjà été proposée à plusieurs reprises. Le pape Benoît XVI a institué les Ordinariats anglicans par la Constitution apostolique Anglicanorum coetibus de 2009 , mais a opté pour une approche différente – Summorum Pontificum – pour traiter le Vetus Ordo. Pourquoi pensez-vous qu'une juridiction personnelle serait une solution appropriée, voire préférable, aujourd'hui ?

 

Depuis la promulgation de Summorum Pontificum , les communautés et groupes traditionalistes ont tenté de collaborer directement avec les paroisses et les diocèses. Or, force est de constater que cette approche a porté ses fruits dans certains endroits, tandis qu'elle a échoué dans d'autres. Il semble donc judicieux de rechercher une nouvelle solution plutôt que de revenir à Summorum Pontificum.

La pertinence actuelle d'une solution fondée sur l'établissement d'une juridiction ecclésiastique personnelle repose avant tout sur une clarification théologique. En effet, les différentes approches du Vetus Ordo ont mis en lumière une réelle tension concernant son statut liturgique. Le pape Benoît XVI, dans Summorum Pontificum, a proposé une interprétation unificatrice en parlant de deux formes – ordinaire et extraordinaire – d'un seul rite romain. Le pape François, en revanche, a explicitement affirmé qu'il n'existe qu'une seule forme du rite romain, à savoir celle issue de la réforme liturgique.

Face à cette contradiction apparente, la solution la plus cohérente semblerait être la reconnaissance, de facto sinon de jure , de l’existence de deux rites latins distincts : un rite latin ancien ou traditionnel et un rite latin réformé. Une telle reconnaissance permettrait de dépasser une opposition conceptuelle devenue de plus en plus difficile à maintenir, tout en offrant un cadre théologique et canonique plus clair.

La coexistence pacifique de deux rites latins serait, de surcroît, conforme à la tradition même de l’Église, qui a depuis longtemps su concilier pluralité de rites et unité de communion ecclésiale. Elle correspond également à l’image évangélique du sage maître de maison qui "tire de son trésor ce qui est nouveau et ce qui est ancien", reconnaissant ainsi que la fécondité de la tradition ne réside pas dans l’exclusion, mais dans l’intégration harmonieuse de ce qui a été reçu et de ce qui a été développé.

 

Dans cette perspective, une juridiction ecclésiastique personnelle apparaîtrait non seulement comme une solution pastorale, mais aussi comme l’expression institutionnelle appropriée d’une réalité théologique qui a désormais atteint sa pleine maturité : à savoir, l’existence de deux rites latins appelés à coexister pacifiquement, au service de l’unité de l’Église et de sa mission d’évangélisation.

 

La lettre a-t-elle été envoyée au pape Léon XIV ?

 

À ma connaissance, le texte n'a pas été adressé directement au Pape. Ce point est significatif, car la lettre ne se présente ni comme une requête ni comme une demande, mais plutôt comme une hypothèse de travail adressée aux cardinaux dans un contexte préparatoire. Elle est proposée comme une contribution à la réflexion, destinée à être examinée et approfondie, notamment avec l'aide des canonistes.

 

Cette approche reconnaît d'emblée que cette proposition n'est pas la seule solution envisageable. Il est probable que certains membres des communautés traditionnelles ne soient pas favorables à cette voie ou suggèrent d'autres pistes de recherche. La lettre ne vise pas à imposer une position uniforme, mais à ouvrir un débat sérieux et argumenté.

Ce qui ressort le plus positivement de ce texte, c'est précisément cet esprit constructif. Les communautés traditionalistes ont souvent été critiquées pour leur attitude essentiellement réactive ou critique. Ici, au contraire, la lettre cherche à contribuer activement à l'édification de l'unité ecclésiale, dans un esprit de communion et au service du Saint-Siège.

Source : 

https://dianemontagna.substack.com/p/exclusive-letter-to-cardinals-offers

Add. 07-01-2026À la veille du consistoire, un prêtre exhorte à une nouvelle structure canonique pour résoudre le blocage de la messe en latin.

Alors que les cardinaux se réunissent cette semaine en un consistoire extraordinaire convoqué par le pape Léon XIV les 7 et 8 janvier, un prêtre traditionaliste français a adressé un mémorandum aux membres du Sacré Collège des cardinaux proposant la création d'une juridiction ecclésiastique spécifiquement structurée pour superviser la célébration de la messe traditionnelle en latin, dans le but de résoudre la crise liturgique qui a marqué l'Église ces dernières années.

La lettre, datée du 24 décembre 2025 et rendue publique par la journaliste américaine Diane Montagna, a été écrite par le père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier en 1979 et figure importante du  mouvement Ecclesia Dei post-1988 , qui a participé au dialogue avec saint Jean-Paul II suite aux consécrations épiscopales illicites de l'archevêque Marcel Lefebvre.

[...] 

D'autres personnalités de l'Église ont toutefois déjà exprimé des réserves.

Le père Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles près de Paris et également bien connu sur les réseaux sociaux, a affirmé que si une juridiction dédiée est « une solution », ce n'est « pas la meilleure » à son avis, prévenant qu'elle pourrait « isoler les traditionalistes au sein d'une structure, alors que le contact et l'interaction sont une source d'enrichissement pour tous ».

 

Cf. https://www.catholicnewsagency.com/news/268933/ahead-of-consistory-priest-urges-new-canonical-structure-to-resolve-latin-mass-standoff

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5 janvier 2026 1 05 /01 /janvier /2026 01:00
Saint Édouard, le Confesseur, Roi des Angles († 1066)

À Londres, en 1066, saint Édouard le Confesseur, roi d’Angleterre, fut très aimé de son peuple, notamment des plus pauvres à cause de sa remarquable charité et sa grande piété (il n'aurait jamais consommé son mariage avec son épouse Édith de Wessex). Il assura paix et prospérité à son royaume et maintint avec soin la communion avec le Siège romain.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/37/Westminster_Abbey_West_Door.jpg/250px-Westminster_Abbey_West_Door.jpgÉdouard meurt sans descendance le 3 janvier 1066 à l'abbaye de Westminster, qu'il a lui-même fondée sur les ruines d'un ancien monastère.

 

Son décès déclenchera une crise de succession au trône d'Angleterre entre son beau-frère Harold, qui s’empara aussitôt de la couronne après sa mort, et Guillaume de Normandie (Guillaume le Conquérant).

 

Trente-six ans après la mort d'Edouard, en 1102 on aurait ouvert son tombeau sans constater la moindre trace de décomposition de son corps. Un parfum suave emplit l'église, le roi avait sa couronne sur la tête, son sceptre au côté, un anneau au doigt.

 

"Le corps de saint Édouard III le Confesseur (1003-1066), roi des Angles, à qui on attribue divers miracles, visions et autres prophéties de son vivant, demeure 'incorrompu' longtemps après son décès [...] 'plusieurs années après sa mort'." (Patrick SBALCHIERO, Enquête sur les miracles dans l'Église catholique, Artège, Paris 2019, p. 157)

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5b/Str%C3%B6hl-Regentenkronen-Fig._11.png/220px-Str%C3%B6hl-Regentenkronen-Fig._11.pngSa couronne sera utilisée pour le couronnement de tous les souverains britanniques jusqu'à la destruction des joyaux par Cromwell, après l'exécution du roi Charles Ier en 1649.

 

Édouard était connu pour sa générosité. Selon la légende attachée au "saphir d'Édouard le Confesseur", il fut un jour accosté par un mendiant alors qu'il se rendait à l'Abbaye de Westminster. Sa première réaction fut de chercher quelque argent pour le lui donner. Mais ses poches étant vides, il enlèva sans hésitation le saphir de son doigt et le donna au mendiant. Celui-ci remercia le monarque et s'en alla. Quelques années plus tard, deux pèlerins de Terre Sainte rapportèrent la bague au roi et lui dirent qu'ils rencontrèrent S. Jean l'Évangéliste. Ce dernier leur raconta que, sous les traits d'un mendiant, il reçut jadis cet anneau. Il félicita Édouard pour sa gentillesse et lui promit de le voir au ciel dans six mois. Exactement six mois plus tard, Édouard le Confesseur mourut.


Edouard est canonisé en 1161.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/86/BayeuxTapestryScene01.jpg

Édouard le Confesseur (première scène de la tapisserie de Bayeux, broderie commandée par Odon de Bayeux, le demi-frère de Guillaume le Conquérant et décrit les faits relatifs à la conquête normande de l'Angleterre en 1066.)

 

Sources: 1 Martyrologe Romain, 23

 

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4 janvier 2026 7 04 /01 /janvier /2026 15:00
https://www.kath.net/news/89277

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Trois ans après la mort de Benoît XVI (1927-2022), de plus en plus de voix s'élèvent pour demander une ouverture rapide du processus de béatification du pape théologien.

 

 

Cité du Vatican (kath.net) Trois ans après la mort de Benoît XVI (1927-2022), de plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer l'ouverture rapide du procès en béatification du pape théologien. Ce procès ne peut généralement être ouvert que cinq ans après le décès de la personne concernée, mais des exceptions sont possibles avec l'accord du pape régnant, comme ce fut le cas pour Jean-Paul II. La Fondation Ratzinger du Vatican a déjà recensé des dizaines de pétitions. L'historien et écrivain allemand Michael Hesemann appelle désormais à se joindre à ces demandes et invite à adresser des lettres à Son Éminence le Cardinal Marcello Semeraro, Préfet du Dicastère pour les Causes des Saints, Piazza Pio XII, 10, SCV - 00120 Cité du Vatican.

 

Voici le texte intégral de la lettre de Hesemann au cardinal Semeraro, publiée par kath.net :

 

Éminence le

Préfet,

trois années se sont écoulées depuis le retour du pape Benoît XVI à la maison du Père céleste ; trois années durant lesquelles la vénération de cet exemplaire serviteur de Dieu s'est accrue à travers le monde, de même que la conviction qu'il possédait ces vertus héroïques que l'Église a toujours attribuées aux grands saints. Il était un homme qui proclamait l'œuvre de Dieu avec une clarté et une beauté littéraire exceptionnelles, gagnant à sa cause des millions de personnes auparavant éloignées de la foi. Il était résolument attaché à la vérité qu'il voulait servir, défiant héroïquement l'esprit de son temps, préférant même endurer le ridicule et le mépris plutôt que d'altérer ne serait-ce qu'un iota de la Parole de Dieu. Mais il était aussi un homme d'humilité, toujours soumis à la volonté divine, dont la devise était "serviam", même lorsque cela bouleversait ses projets personnels, même lorsqu'il pressentait que ses forces physiques ne suffiraient pas à accomplir ces grandes tâches. Un homme entouré de signes de Dieu, enraciné dans le surnaturel et dans la foi en la divine providence. Mais aussi un homme prêt à renoncer à toute splendeur mondaine et, comme Célestin V avant lui, à devenir, en quelque sorte, un moine priant, par amour pour l'Église et par crainte que sa force physique ne soit pas suffisante pour la papauté.

 

 

 

J'ai eu le grand honneur de collaborer avec son frère, Georg Ratzinger, à l'étude de sa vie et à la rédaction de sa biographie "Mon frère, le Pape". Pour ce projet, j'ai pu interviewer des dizaines de personnes de sa Bavière natale – camarades de classe, voisins, amis – et chaque témoignage a renforcé mon respect pour cet homme qui, malgré lui, est devenu Pape par la seule action du Saint-Esprit. Tout au long de sa vie, il a vécu dans la foi, l'espérance et la charité, s'est consacré au service de l'Évangile et a affronté toutes les crises avec une confiance inébranlable en Dieu. Sa bienveillance envers tous, sa disponibilité à aider et, le cas échéant, à pardonner immédiatement, ainsi que sa douceur même envers ses adversaires témoignent d'une profonde charité chrétienne. Son zèle pour l'étude des Saintes Écritures et des Pères et Docteurs de notre foi, ainsi que la maturité et la clarté de sa pensée, font de lui le plus grand théologien catholique des XXe et XXIe siècles.

 

J'ai évoqué la présence du surnaturel et les signes de la providence divine : sa naissance le Samedi saint l'a d'abord guidé, tout comme son lieu de naissance, Marktl, à mi-chemin entre le sanctuaire marial d'Altötting et Braunau am Inn. Sa guérison quasi miraculeuse d'une grave maladie, consécutive à un AVC, en 1991. La découverte de l'ancre du navire de saint Paul au large de Malte le 24 avril 2005, jour de son intronisation. L'arc-en-ciel apparu au-dessus d'Auschwitz lorsque Benoît XVI, le pape allemand, a imploré le pardon de Dieu pour les crimes nazis. Mais aussi l'éclair qui a frappé le monde comme un avertissement le jour de sa démission en 2013. Et enfin, les nombreuses prières exaucées rapportées par ceux qui avaient sollicité l'intercession du "pape émérite" dans une épreuve difficile.

 

Ceux qui ont eu le privilège de rencontrer le pape Benoît XVI au monastère témoignent de la sérénité et de l'humilité, de la profonde sagesse et du rayonnement véritablement saint de ce grand maître de l'Église, fermement enraciné dans la confiance en Dieu, vivant dans l'espérance de la vie éternelle et aspirant ardemment au ciel.

 

Plus que tout autre, il devint un phare de foi et de vérité, une figure prophétique dans une période tumultueuse pour le monde et pour l'Église. Son élévation aux honneurs des autels garantirait que son exemple perdure à travers les siècles comme témoin de l'Évangile, comme un héros courageux et inébranlable combattant de la dictature antichrétienne du relativisme.

 

Des millions de chrétiens à travers le monde, grandement bénis par son ministère, espèrent l'ouverture rapide de son procès de béatification. Ne laissez pas leur espoir être vain, ne laissez pas leurs voix rester inaudibles !

 

 

Meilleurs vœux pour la nouvelle année ,

Michael Hesemann,

historien et auteur

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