Mis à jour le 8-11-2025
L’Église était unanime sur de nombreuses doctrines catholiques avant même le canon du Nouveau Testament officiellement établi au IVe siècle.
L'Eucharistie (c'est-à-dire le corps et le sang du Christ entendus comme présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et le caractère sacrificiel de l'Eucharistie), est une de ces doctrines que l’Église primitive partageait unanimement, avec :
-la Succession apostolique [Comment l'Eglise est gouvernée]
-le sacerdoce de la Nouvelle Alliance
-la régénération baptismale [Comment nous devenons chrétiens],
-le péché mortel,
-la virginité perpétuelle de Notre-Dame - Nouvelle Ève],
-l'offrande de prières, l'aumône et la messe pour les morts
-la supériorité de la virginité/célibat, etc.
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"Si les sacrifices offerts à Yahvé ont été au centre de la vie des Israélites, il en est un qui fut toujours fêté avec grandeur et magnificence, il s'agit de la Pâque juive, au cours de laquelle un agneau était sacrifié dans chaque maison. Aussi, ne soyons pas étonnés si Abram, animé d'une foi exceptionnelle, fut prêt à offrir en holocauste son fils unique Isaac.
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"Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. [...] Il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés." (1 Jn 4,9-10)
Plus tard, le Christ se substituera à l'Agneau Pascal et offrira Sa Vie à Son Père pour la rédemption du monde. Il est l'Agneau de Dieu qui remplace le sacrifice de l'Ancienne alliance, par le seul sacrifice de l'Eucharistie. (Ap 13,8)
On retrouve également une préfiguration du sacrifice de la messe dans l'attitude de Melchisedech, roi de Shalem. Il apporta du pain et du vin en tant que prêtre de Dieu avant de prononcer sa bénédiction "béni soit Abram par le Dieu très haut qui a créé le ciel et la terre." Les pères ont vu dans le pain et le vin une figure du sacrifice eucharistique (Gn 14, 17-21). (Gérard Faivre d'Arcier, Jésus-Hostie, Document émis à titre privé, Imprimerie J. Kayzerp, Montsûrs 2017, 7.)
Le miracle de la multiplication des pains fut le miracle qui prépara de la façon la plus explicite l'institution de l'Eucharistie. Les Apôtres et la foule qui suivait le Christ était loin de penser ce que serait un jour l'Eucharistie. Ce n'est qu'après la mort du Christ que les Apôtres comprirent la signification profonde de ce miracle, le Sauveur pain de vie se donnant au monde, institution de l'Eucharistie par le Christ le Jeudi qui précéda sa mort sur la Croix.
Il était partout évident dans l'Église antique que la plénitude du culte chrétien était le sacrifice de l'Eucharistie offert par un prêtre de Jésus-Christ.
Lorsque les catholiques reçoivent le Corps du Christ dans un état de grâce, ils s'unissent intimement à Lui, nourrissant leur âme, renforçant leur foi et grandissant spirituellement dans une paix et une joie profondes.
L'Eucharistie est plus efficace lorsqu'elle est reçue dignement. La grâce coule là où il y a repentance, humilité et conversion.
La paix s'approfondit.
Le péché perd son emprise.
La prière change.
La force revient.
Ce n'est pas de la nostalgie. C'est une réalité catholique.
La messe (Eucharistie) précède la ''Bible'' de 350 ans. C'est la messe qui a porté la foi des trois premiers siècles, avant même que ne soit fixé le canon biblique (Concile de Rome 382).
Aller à la messe c'est respecter le 1er commandement ''Dieu tu adoreras et serviras'' et le 3e commandement ''Tu sanctifieras le jour du Seigneur…'' Le premier appel et la juste exigence de Dieu est que l’homme l’accueille et l’adore.
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Dans Jean 6, 42-67, nous voyons Jésus enseigner aux Juifs qui récriminaient une doctrine pour laquelle beaucoup le quittèrent. Cette doctrine n'a pas changé depuis. Jésus est : ''le ''pain qui est descendu ciel'', ''le pain de la vie''... ''tel que celui qui en mange ne mourra pas''. 'Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde''.
''Les Juifs se querellaient entre eux :
'Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?'
Voilà ce que Jésus a dit, alors qu’il enseignait à la synagogue de Capharnaüm : … ''Jésus leur dit alors : 'Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement.'
Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : 'Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ?' À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner, en raison de la difficulté à comprendre et à accepter l'enseignement de Jésus sur sa nature divine et l'Eucharistie. Alors Jésus dit aux Douze : "Voulez-vous partir, vous aussi ?"
Déjà à l'époque du Christ donc ces paroles du Christ avaient choqué à tel point que certains de ses disciples incrédules le quittèrent.
Si "mangez ma chair" signifiait juste "croyez en moi", Jésus a vu les gens l'abandonner à cause d'une mauvaise formulation!
Dans sa Lettre aux Smyrniotes, VII, 1, S. Ignace d'Antioche, disciple de Saint Jean l'évangéliste et de Saint Pierre, écrit :
'ils s'abstiennent de l'eucharistie et de la prière,
parce qu'ils ne confessent pas que l'eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ,
chair qui a souffert pour nos péchés, et que dans sa bonté le Père a ressuscitée.
Ainsi ceux qui refusent le don de Dieu meurent dans leurs disputes.''
Les sacrements sont des instruments de la grâce.
Supprimez la réalité, vous supprimez l'effet. Si votre communion est symbolique, votre grâce est symbolique.
Dans sa Lettre aux Philadelphiens, IV, Ignace ajoute:
''Ayez donc soin de ne participer qu'à une seule eucharistie ;
car il n'y a qu'une seule chair de notre Seigneur Jésus Christ,
et un seul calice pour nous unir en son sang,
un seul autel, comme un seul évêque avec le presbyterium et les diacres, mes compagnons de service : ainsi, tout ce que vous ferez, vous le ferez selon Dieu.''
La messe, ainsi, s'est-elle développée lentement au fil des siècles. Mais nous avons là le sens spirituel profond de la messe :
-la transsubstantiation, ou conversion du pain en corps du Christ,
-et la Présence réelle dans l'eucharistie, "pain de la vie".
Enracinée dans la foi des apôtres, façonnée par Rome, codifiée par Trente et transmise sans changement jusqu'aux années 1960, voici une brève histoire de l'origine de la messe et de son développement.
La messe dans les premiers siècles : Comment les premiers chrétiens recevaient-ils l'Eucharistie?
Saint Paul dit aux Corinthiens de recevoir l'Eucharistie avec crainte et tremblement.(1 Co 11,26-29)
La discipline eucharistique la plus ancienne était stricte, respectueuse et jamais désinvolte.
Saint Clément de Rome († 97/101) mentionne explicitement l'autel comme le seul lieu approprié pour offrir un sacrifice
Dans sa Première Lettre aux Corinthiens écrite à la fin du Ier siècle apr. J.-C., et postérieure d'une quarantaine d'années aux deux épîtres adressées par S. Paul à la même communauté corinthienne, au chapitre 40, S. Clément établit un parallèle étroit entre le culte de l'Ancien Testament et le culte chrétien : de même que les Juifs ont un lieu où ils sacrifient, de même les chrétiens en ont un aussi ; de même que les premiers ont leurs prêtres, les seconds en ont aussi. Dans ce contexte, la recommandation apparaît que nous fassions "avec ordre tout ce que le Maître nous a prescrit d’accomplir en temps déterminés, car c'est Dieu lui-même qui prescrit "que les offrandes et le service divin soient faits, non pas au hasard et sans ordre, mais à des temps et à des heures fixés. Il a déterminé lui-même par sa décision souveraine à quels endroits et par quels ministres ils doivent s'accomplir, afin que toute chose se fasse saintement selon son bon plaisir, et soit agréable à sa volonté. Donc, ceux qui présentent leurs offrandes aux temps marqués sont bien accueillis et bienheureux; car, à suivre les ordonnances du Maître, ils ne font pas fausse route. Au grand-prêtre des fonctions particulières ont été conférées ; aux prêtres, on a marqué des places spéciales ; aux lévites incombent des services propres ; les laïques sont liés par des préceptes particuliers aux laïques." (XL, 1-5).
La fin de l'Ancienne Alliance ne met pas fin à l'ordre dans lequel Dieu veut être servi en termes de temps, de lieux et de ministres. Avec la venue de Jésus-Christ et la fondation de l’Église, le culte n’est pas laissé à la discrétion de chacun ; les lieux, les temps et les ministres sacrés ne disparaissent pas. (Luisella Scrosati )
Les premiers chrétiens célébraient l'Eucharistie dans leurs maisons, suivant les paroles du Christ lors de la Cène, mais il n'existe aucune preuve écrite ou archéologique attestant que les chrétiens des trois premiers siècles utilisaient des tables communes pour célébrer l'Eucharistie dans un cadre convivial. Au contraire, les résultats des recherches approfondies de Mgr Stefan Heid, témoignent de l'utilisation par les premiers chrétiens d'une table sacrée, considérée comme un véritable autel exclusivement dédié au culte, et qui est devenue un signe tangible de leur appartenance exclusive au seul vrai Dieu, un et trinitaire.
"La mosaïque de Meggido"
En 2005, quatre mosaïques d'un autel consacré dédié à 'JESUS CHRIST DIEU', dans le cadre de la célébration de l'Eucharistie, ont été découvertes sur le site d'un camp légionnaire daté de 230 à 250 ap. J.-C., sur la colline de Megiddo en Galilée (Tel Megiddo en hébreu ; Tell el-Muteselim en arabe), qui domine la vaste vallée de Jezreel. (Y. TREPPER et L. Di SEGNI, A Christian Prayer Hall of the Third Century, Jerusalem, Israrel Antiquities Authority, 2006, in Marie-Françoise BASLEZ, Comment les Chrétiens sont devenus catholiques, Texto Lonrai 2021, p . 29.)
Ce site est devenu un important centre de fouilles archéologiques en raison de son ancienneté, attestant d'une présence d'habitation dès 6000 av. J.-C. En 2005, alors que des travaux étaient en cours pour la construction d'un lieu de détention, dans une zone anciennement connue sous le nom de Legio, des traces d'une mosaïque ont été découvertes ; des fouilles archéologiques ultérieures ont permis de mettre au jour une mosaïque occupant une surface de 10 x 5 mètres, datant d'entre 230 et 250 apr. J.-C. Il s'agit sans aucun doute de l'une des plus anciennes découvertes d'un lieu de culte chrétien.
Une inscription dans mosaïque, est particulièrement intéressante. On y lit : "Akeptous, qui aime Dieu, offrit la table à Jésus-Christ Dieu en mémorial", payant manifestement de sa poche, la table sur laquelle l'Eucharistie fut célébrée. "Jésus-Christ Dieu" n'est pas mentionné intégralement dans l'inscription, mais avec une abréviation : Θω ΙΥΧω. La juxtaposition du nom de Dieu avec celui de Jésus-Christ, ainsi que l'utilisation de cette abréviation, est caractéristique des nomina sacra.
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Il est clair que ce qui fut offert à Dieu au IIIe siècle en mémorial n'était pas une table ordinaire sur laquelle prendre ses repas, mais une table sacrée, c'est-à-dire une table-autel dédiée exclusivement à la célébration de l'Eucharistie, qui reposait vraisemblablement sur de grandes pierres centrales. Le sens de l'offrande à Dieu réside précisément dans le fait de lui dédier un objet, c'est-à-dire de le lui consacrer, acte qui méritait d'être gravé au sol devant l'autel. Quel sens aurait-il eu à immortaliser le don d'une table commune dans une mosaïque ? Et qui plus est, devant deux grandes pierres centrales, manifestement destinées à soutenir cette table ?
Et au contraire, il n'y a aucune preuve pour soutenir l'hypothèse opposée à celle évidente, à savoir que cette table offerte par Akeptous aurait été une simple table, utilisée lorsque cela était nécessaire également pour l'Eucharistie.
C'est donc une question difficile. Ce qui est sûr c'est que l'église primitive (avant 313) a été proscrite et persécutée pendant longtemps. La découverte de la mosaïque de Megiddo révèle l'incohérence de l'idée reçue selon laquelle les chrétiens ne pouvaient pas avoir d'autel. Mais elle met également à mal un autre mythe de l'Église primitive : celui selon lequel il n'existait pas de véritables lieux de culte, mais seulement les domus Ecclesiæ, ces maisons privées accueillant des groupes de chrétiens pour l'Eucharistie.
Ce n’est que lorsque Constantin publia l’édit de Milan que l’Église jouit d’une relative stabilité. Même alors, les chrétiens étaient encore largement persécutés.
Pour cette raison, il n’y eut pas beaucoup de documents survivants ou existants sur les pratiques liturgiques des premiers chrétiens.
Posture debout, mains ouvertes et yeux tournés vers le ciel : les gestes des premiers chrétiens (St Justin, Première Apologie LXVII )
L'idée que les chrétiens, pour l'Eucharistie, s'asseyaient ou s'allongeaient autour d'une table pour y prendre un repas est historiquement dénuée de fondement. Ils se tenaient debout, comme l'a décrit saint Justin. Leurs mains et leurs yeux devaient également être levés.
Dans le langage religieux du paganisme et du judaïsme, il est caractéristique que le prêtre et le donateur se tiennent debout devant l'autel pendant l'offrande. Non seulement l'offrande matérielle, mais aussi la prière à l'autel exigeaient de se tenir debout, les mains levées. Cette posture est attestée par des bas-reliefs sur des sarcophages et des autels votifs, ou encore par des gravures sur des pièces de monnaie ; et l'on ignore pourquoi les premiers chrétiens auraient bouleversé cette posture traditionnelle. Une importante méprise concernant une supposée eucharistie durant laquelle les fidèles seraient assis ou allongés en cercle, proviendrait de certaines images anciennes, comme celle découverte dans les catacombes de Saint-Calixte. Longtemps considérées comme des synaxes eucharistiques, ces images représentent en réalité des festins funéraires. Il est possible qu'aux premiers siècles, en certains lieux, la célébration de l'Eucharistie ait été liée à un repas fraternel ; mais cela ne signifie pas pour autant que l'Eucharistie se déroulait au sein de l'agapè. L'idée que les chrétiens, pour l'Eucharistie, étaient assis ou allongés autour d'une table pour y prendre un repas est sans fondement historique, et le fait qu'elle se réfère précisément à des repas communautaires n'implique pas que l'Eucharistie était célébrée pendant le repas et en faisait partie intégrante.
Dans le passage bien connu de la Première Apologie, où saint Justin décrit le dimanche chrétien, nous trouvons clairement la posture adoptée par les chrétiens lors de la prière liturgique :
"LXVII. Après cela, dans la suite, nous renouvelons le souvenir de ces choses entre nous. Ceux qui ont du bien viennent en aide à tous ceux qui ont besoin, et nous nous prêtons mutuellement assistance. [2] Dans toutes nos offrandes, nous bénissons le Créateur de l'univers par son Fils Jésus-Christ et par l'Esprit-Saint. [3] Le jour qu'on appelle le jour du soleil, tous, dans les villes et à la campagne, se réunissent dans un même lieu : on lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes, autant que le temps le permet. [4] Quand le lecteur a fini, celui qui préside fait un discours pour avertir et pour exhorter à l'imitation de ces beaux enseignements. [5] Ensuite, nous nous levons tous et nous prions ensemble à haute voix. Puis, comme nous l'avons déjà dit, lorsque la prière est terminée, on apporte du pain avec du vin et de l'eau, Celui qui préside fait monter au ciel les prières et les eucharisties autant qu'il peut, et tout le peuple répond par l'acclamation Amen. Puis a lieu la distribution et le partage des choses consacrées à chacun et l'on envoie leur part aux absents par le ministère des diacles. [6] Ceux qui sont dans l'abondance, et qui veulent donner, donnent librement chacun ce qu'il veut, et ce qui est recueilli est remis à celui qui préside, et il assiste les orphelins, les veuves, les malades, les indigents, les prisonniers, les hôtes étrangers, en un mot, il secourt à tous ceux qui sont dans le besoin. [7] Nous nous assemblons tous le jour du soleil, parce que c'est le premier jour, où Dieu, tirant la matière des ténèbres, créa le monde, et que, ce même jour, Jésus-Christ notre sauveur ressuscita des morts. La veille du jour de Saturne, il fut crucifié, et le lendemain de ce jour, c'est-à-dire le jour du soleil, il apparut à ses apôtres et à ses disciples et leur enseigna cette doctrine, que nous avons soumise à votre examen."
Se tenir debout pour être en présence de Dieu a toujours été la posture du priant, surtout près de l’autel ; Saint Justin souligne que même les chrétiens, assis, écoutent le lecteur, mais se lèvent pour prier et se joindre au prêtre qui présente les offrandes, élevant leurs prières et rendant grâces. Les Chrétiens se mettent debout pour montrer que Jésus ressuscité, ils célèbrent la vie.
Le moment où le fidèle est assis est le moment où le disciple écoute. Les moments où l’on s'incline plus ou moins profondément ou même lorsque le fidèle se met à genoux, c’est un signe de pénitence et d'humilité, un signe où devant Dieu le fidèle se fait tout petit
Non seulement la posture droite, mais aussi les mains et les yeux devaient être levés vers le ciel. C'est une autre caractéristique typique de ceux qui se présentaient devant le Très-Haut pour le prier ; et cela vaut également pour la prière liturgique, orientée vers l'autel, qui est comme l'extrémité terrestre de l'autel placé devant le trône du Très-Haut (cf. Ap 8, 3.5 ; 9, 13).
La signification du geste des mains est controversée, mais il semble que le texte d'Isaïe 1, 15 soit particulièrement décisif : "Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux. Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang." Celui qui se présente devant Dieu montre à son regard ses propres mains, afin qu'il puisse voir qu'elles sont désarmées, qu'elles ne sont souillées ni par le sang de son frère, ni même par le sang des victimes offertes aux idoles de tous les temps. Il ne s'agit pas de revendiquer une innocence présomptueuse, mais de vouloir exclure toute duplicité et toute hypocrisie. C'est probablement pour cette même raison que les chrétiens se lavaient les mains avant d'entrer dans l'église, comme cela se fait encore aujourd'hui dans les monastères et avec l'utilisation des bénitiers aux entrées des églises.
Ce point important permet également d'écarter la possibilité que les chrétiens aient pu célébrer l'Eucharistie allongés sur des tricliniums, la tête appuyée sur un bras. Aucun païen ne se serait jamais allongé devant la divinité, et rien ne prouve que les premiers chrétiens, issus du paganisme, l'aient fait.
L'autel n'a pas été conçu comme une table pour y déposer de la nourriture, ni même simplement comme une table conviviale. L'autel est le fondement d'une ligne reliant la terre au Ciel, ou, plus précisément, l'autel de la terre est le signe et la présence de l'autel du Ciel, qui se dresse devant le Très-Haut. Pour cette raison profonde, une attitude caractéristique de la prière consiste à lever les yeux vers le ciel, comme pour retracer cette ligne jusqu'à son sommet. Les Psaumes indiquent à plusieurs reprises ce geste ; le Canon romain représente le Christ lui-même levant les yeux vers le Père lors de l'institution de l'Eucharistie — et elevátis oculis in cælum ad te Deum Patrem suum omnipotentem — et enjoint au prêtre d'en faire autant.
Le rite romain prescrit à plusieurs reprises, durant la célébration eucharistique, que le prêtre lève les yeux vers le ciel. Ce regard levé ne cherche pas un Dieu perdu dans les régions célestes, mais le reconnaît comme présent. Elle reconnaît que la prière s'accomplit précisément devant Lui, en Sa présence , une expression très lourde de sens qui évoque précisément le regard que nous croisons de nos propres yeux.
Ces trois aspects caractéristiques de l'homme en prière, que l'on retrouve explicitement chez les Juifs et les Chrétiens – la position debout, les mains ouvertes vers le haut, les yeux levés vers le Ciel – confirment combien il est anachronique et injustifié d'attribuer aux Chrétiens des premiers siècles une position qui nie radicalement la posture de la personne en prière. (Luisella Scrosati)
L'autel était orienté vers l'Est
Dans les cultes païens, les images des idoles jouaient le rôle de point de focalisation. La personne en prière se tournait vers l'image et tendait les mains dans cette direction. Il en allait de même pour le sacrifice : l'offrant et le prêtre étaient orientés vers l'image. Cela impliquait un fait intéressant : l'autel avait une direction, c'est-à-dire qu'il avait un devant et un derrière, de sorte que le prêtre qui offrait le sacrifice se tenait debout devant lui, orienté vers l'image de la divinité, qui se trouvait donc derrière.
Stefan Heid (Altar and Church, pp. 236-237) souligne que, selon l'architecte romain Marco Vitruvio Pollione, l'autel devait se trouver à l'extérieur, sur le côté ouest du temple, tourné vers l'est, de sorte que le prêtre offrait le sacrifice en regardant vers le ciel, en direction de l'est, face à l'image de l'idole.
Clément d'Alexandrie confirme également cette orientation : "C'est pourquoi même les temples les plus anciens étaient orientés vers l'ouest, afin que ceux qui se trouvaient face aux statues des divinités soient amenés à se tourner vers l'est" (Stromata, VII, 43, 7).
Dans le judaïsme également, l'orientation était fondamentale. L'interdiction de faire des images de Yahvé empêchait la création de statues et de représentations semblables à celles des païens ; mais cette interdiction n'affectait en rien l'orientation de la prière et du sacrifice. Concernant le sacrifice expiatoire, Dieu ordonne à Moïse : "Voici l'holocauste perpétuel que vous offrirez de génération en génération, à l'entrée de la tente de la rencontre, devant l'Éternel, où je vous rencontrerai pour vous parler" (Exode 29, 42). L'immolation des animaux avait lieu sur l'autel de bronze, à l'intérieur de l'enceinte sacrée, mais hors du Lieu Saint. Le sacrifice devait être offert par les prêtres "en présence de l'Éternel", c'est-à-dire face au Saint des Saints. Le sacrifice d'encens devait également être offert "devant l'Éternel" : "Il l'offrira aussi au crépuscule, quand Aaron allumera les lampes ; ce sera un encens perpétuel devant l'Éternel, de génération en génération" (Exode 30, 8). Tout sacrifice offert par le roi et le peuple l’était "devant l’Éternel" (cf. 1 Rois 8, 62). Cette expression, que l’on retrouve dans de nombreux passages de l’Ancien Testament, désigne moins une disposition intérieure qu’une orientation corporelle, étroitement liée à celle des autels. Aucun Lévite n’aurait jamais offert le sacrifice debout entre le Saint des Saints et l’autel, et aucun Juif n’aurait jamais prié dos au Temple, comme l’Éternel l’avait expressément condamné par la bouche du prophète Ézéchiel (cf. Ézéchiel 8, 16).
Pour les chrétiens aussi, l'exercice du sacerdoce est synonyme de présence à Dieu, de se tenir devant lui, de se présenter devant son visage, de s'exposer au regard de la Majesté divine. Les expressions "in conspectu Dei stare", "coram oculis Dei", "astare coram te", "adstanes ante tuam Maiestatem" abondent dans les textes liturgiques anciens et chez les Pères de l'Église. Ces expressions, encore une fois, ne visent pas à exprimer un recueillement intérieur, mais une orientation corporelle concrète : le prêtre se tient devant Dieu, car il se tient face à l'autel ("ante altare stans"), tourné vers l'image du Christ et vers l'Orient, point cardinal également présent dans les cultes païens, mais qui revêt pour les chrétiens une signification nouvelle. Le prêtre qui sacrifie et les fidèles qui offrent se tiennent "du même côté", devant l’autel, et se tiennent en présence de Dieu, le regardant, représenté en image, comme on peut le voir dans de nombreuses mosaïques et fresques de l’abside ; ou simplement vers l’Est, le point cardinal considéré comme le plus noble par nature, une expression dans la création du Soleil de justice (Mal 4,2), du Soleil levant (Luc 1,78), de Jésus-Christ notre Seigneur. De nombreux textes des Pères de l'Église attestent que cette coutume de prier face à l'Orient , c'est-à-dire orientée vers lui, nous vient directement des Apôtres.
-Saint Jean Damascène, après avoir expliqué les raisons de cette orientation, écrit : "Cette tradition des Apôtres n'est pas écrite ; en fait, ils nous ont transmis beaucoup de choses qui ne sont pas écrites" (Sur la foi orthodoxe, IV, 12).
-Saint Basile le Grand considère comme une évidence que la prière s'élève lorsqu'on se tourne vers l'Orient, bien que peu se souviennent aujourd'hui de la raison : "C'est pourquoi nous nous tournons tous vers l'Orient quand nous prions ; mais peu savent que nous recherchons la patrie originelle, le paradis, que Dieu a planté en Éden, à l'Orient" ( Sur le Saint-Esprit , XXVII, 66, 60).
Lors des prières et des sacrifices , les chrétiens et les prêtres se tournent donc vers l'Orient, souvent vers une image du Christ.
L'autel est également orienté. À cet égard, il est important de dissiper un malentendu : l'autel orienté a souvent été confondu avec l'autel "mural", c'est-à-dire l'autel à trois côtés libres, intégré à une structure plus complexe ; un autel libre sur ses quatre côtés était considéré comme un signe de libre orientation, laissant supposer que le prêtre pouvait faire face aux fidèles. Or, il n'en est rien : l'autel a toujours été orienté, c'est-à-dire qu'il avait un devant et un derrière, et le prêtre se tenait devant, même lorsque l'autel était libre sur ses quatre côtés. (Luisella Scrosati)
Des sources du IIIe siècle et du IVe siècle sur la liturgie chrétienne, comme la Tradition apostolique ou la Diataxeis des saints Apôtres (Traité du début IIIe s. attribué à S. Hippolyte de Rome) et les Constitutions apostoliques (IV.e s.) ont des éléments dans lesquels Adrian Fortescue a discerné des antécédents d'éléments spécifiques du rite romain. (Adrian Fortescue, ''Liturgy of the Mass'', dans The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, Robert Appleton Company, 1910.)
La Didache (96 ap. J.-C.) ne mentionne pas la façon de la réception, mais seulement celle qu'ils reçurent le jour du Seigneur. Cependant, il existe des indices scripturaires intéressants que nous pouvons découvrir lorsque nous examinons l'Ancien Testament. Ces indications pourraient fournir des indications utiles sur la manière dont les premiers chrétiens auraient pu recevoir l'Eucharistie:
-Les trois principaux prophètes de l'Ancien Testament ont tous été nourris de la Parole de Dieu dans leur bouche au début de leur ministère [Es 6,7; Jr. 1: 9, Ez. 2: 8-9 ; 3: 1–3]
-De plus, les Juifs ne savaient pas s’approcher de ce qui était saint. L'histoire d'Ozame vient à l'esprit [2 Sam. 6: 7].
-Seuls les Lévites, qui étaient consacrés par Dieu, pouvaient toucher l'Arche de l'Alliance [1 Chroniques 15:2].
TÉMOIGNAGES PATRISTIQUES
DIDACHÈ Doctrine des 12 apôtres
"Pour l’Eucharistie, rendez grâces de la manière suivante : [...] Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie hors ceux baptisés au nom du Seigneur. Car à ce sujet aussi, le Seigneur a dit : ne donnez pas ce qui est saint aux chiens." (9, 1.5 in Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017.)
SAINT JUSTIN
"[1] Cette nourriture reçoit chez nous le nom d''Eucharistie', et nul n'est admis à y prendre part, sinon celui qui a foi en la vérité de nos enseignements, qui a reçu le bain pour la rémission des péchés et en vue de la régénération, et qui vit selon les préceptes donnés par le Christ. [2] Ce n'est en effet ni comme un pain ordinaire ni comme une boisson ordinaire que nous prenons cette nourriture; mais de même que, fait chair par le Verbe de Dieu, Jésus Christ, notre sauveur, prit chair et sang pour notre salut, de même la nourriture faite 'eucharistie' par la parole de prière que nous tenons de lui, et dont notre sang et nos chairs sont nourris par transformation, est-elle – c'est l'enseignement que nous avons reçu – la chair et le sang de ce Jésus fait chair. [...] [4] Cela, les démons malfaisants l'ont aussi imité, dans la tradition des mystères de Mithra: on présente en effet dans les cérémonies d'initiation [de Mithra. Ndlr.] du pain et une coupe d'eau qu'on accompagne de certaines formules; si vous ne le savez déjà, vous pouvez vous en informer." (1 Apologie 66, 1-3 in Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017.)
SAINT IGNACE D'ANTIOCHE
"Cherchez donc à n'avoir qu' une seule Eucharistie ; en effet, il n'y a qu'une seule chair de notre Seigneur Jésus-Christ et une seule coupe pour l'union de son sang , un seul autel, comme un seul épiscope avec le presbytérion et les les diacres, mes compagnons de service - pour que tout ce que vous fassiez, vous le fassiez selon Dieu." (S. Ignace d'Antioche, Lettre aux Philadelphiens, 4).
"Je n'ai pas de plaisir à la nourriture corruptible, ni aux plaisirs de cette vie. C’est le pain de Dieu que je veux, c'est-à-dire la chair de Jésus-Christ, qui est de la race de David, et comme boisson, c'est son sang que je veux, c'est l’amour incorruptible". (S. Ignace d'Antioche, Romains 7:3 in Premiers écrits chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Nrf Gallimard, Lonrai 2017.)
SAINT IRÉNÉE DE LYON
"Recommandant aussi à ses disciples d’offrir à Dieu les prémices de ses créatures, non pas parce qu’il en avait besoin, mais pour qu’ils ne paraissent pas inactifs et ingrats, il prit le pain issu de la création, rendit grâce en disant : Ceci est mon corps ; de même, il prit la coupe, et il revient lorsque nous, ceux de la création, proclamons son sang et établissons la nouvelle offrande de la nouvelle alliance.
C'est la même offrande que l’Église a reçue des Apôtres et que, dans le monde entier, elle offre à Dieu qui nous nourrit, comme prémices des dons de Dieu." (Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies 4,17,5)
"Quant à nous, notre manière de penser et d’être est conforme à l’Eucharistie, ce qui confirme notre doctrine, car nous offrons ce qui lui appartient déjà, proclamant, comme il se doit, la communion et l’unité de la chair et de l’esprit. De même que le pain issu de la terre, recevant l’invocation de Dieu, n’est plus pain ordinaire, mais Eucharistie, composée de deux éléments : terrestre et céleste, de même nos corps, recevant l’Eucharistie, ne sont plus corruptibles, car ils ont l’espérance de la Résurrection." (Contre les hérésies 4,18, 3-4)
"De même que la semence de la vigne, plantée en terre, porte ensuite du fruit, et que le grain de blé, tombé à terre et détruit, ressuscite multiplié par l’action de l’Esprit de Dieu qui soutient toutes choses, et que, par l’œuvre des hommes, ces choses deviennent vin et pain, qui, par la parole de Dieu, deviennent l’Eucharistie, c’est-à-dire le corps et le sang du Christ."
De même, nos corps, nourris par cette Eucharistie, après leur décomposition, ressusciteront en leur temps, lorsque la parole de Dieu les élèvera à la gloire de Dieu le Père, car elle donnera l’immortalité aux corruptibles, puisque la puissance de Dieu se manifestera dans la faiblesse » (Contre les hérésies 5,2, 2-3).
TERTULLIEN 3e siècle
"C’est pourquoi, par le sacrement du pain et du calice, nous avons déjà prouvé dans l’Évangile la vérité du corps et du sang du Seigneur, contrairement au fantôme prêché par Marcion (Contre Marcion 5: 8).
"C’est pourquoi, par le sacrement du pain et du calice, nous avons déjà prouvé dans l’Évangile la vérité du corps et du sang du Seigneur, contrairement au fantôme prêché par Marcion (Contre Marcion 5: 8).
"Le sacrement de l’Eucharistie, confié par le Seigneur à tous lors de la Cène, nous le recevons aussi dans les réunions avant l’aube, non des mains d’étrangers, mais de ceux qui président (…) Nous souffrons d’angoisse si quelque chose tombe de notre calice ou de notre pain." (De la couronne 3)
HIPPOLYTE DE ROME
"Que tous les fidèles s’empressent de recevoir l’Eucharistie avant toute autre chose. S’ils la reçoivent par foi, quoi qu’il leur soit donné ensuite, même mortel, ne pourra leur nuire."
"Faites tout votre possible pour que l’incroyant ne goûte pas à l’Eucharistie, ni un rat ou un autre animal, et pour qu’aucune partie ne tombe et ne soit perdue : c’est le corps du Christ, que les croyants doivent manger et ne doivent pas négliger." (Tradition apostolique).
ORIGÈNE D’ALEXANDRIE
"N’avez-vous pas peur de recevoir le Corps du Christ et de vous approcher de l’Eucharistie comme si vous étiez purs et irréprochables ? Comment pouvez-vous mépriser le jugement de Dieu ? Ne vous souvenez-vous pas qu’il est écrit : « C’est pourquoi beaucoup parmi vous sont faibles, malades et mourants » ? Pourquoi tant de personnes sont-elles faibles ? Parce qu’elles ne se jugent pas elles-mêmes, qu’elles ne s’examinent pas, qu’elles ne comprennent pas ce que signifie participer à l’Église, ni ce que signifie s’approcher de tant de sacrements si précieux. Elles subissent ce que subissent habituellement ceux qui ont de la fièvre lorsqu’ils osent goûter aux mets délicats des saints, c’est-à-dire qu’elles se perdent." (Commentaires sur les Psaumes 37,2,6).
"Sachez-le vous-mêmes, vous qui avez l’habitude de voir les mystères en les racontant : lorsque nous recevons le corps du Seigneur, vous le gardez avec tout le soin et la vénération nécessaires, afin que rien n’en tombe, ni qu’aucune partie du don consacré ne disparaisse ; car, comme vous le savez, on sera accusé, et à juste titre, si quelque chose est perdu par négligence." (Homélie sur Exode 13, 3).
"[Auparavant,] la manne était la nourriture dans Enigma ; maintenant, il est clair que la chair de la parole de Dieu est la vraie nourriture, comme il le dit lui-même : ma chair est vraiment de la nourriture et mon sang est vraiment de la boisson." (homélie sur le numéro 7.2)
SAINT HILAIRE DE POITIERS
"Le Verbe s’est véritablement fait chair, et nous, dans le repas du Seigneur, recevons véritablement la chair du Verbe (…) Il nous donne à la fois la réalité de sa chair et la réalité de sa divinité dans le sacrement de sa chair." (Sur la Trinité 8, 13)
" S’il est vrai que “le Verbe s’est fait chair”, il est également vrai que dans la sainte nourriture (l’Eucharistie), nous recevons le Verbe incarné. Dès lors, nous devons être convaincus que Celui qui (…) s’est aussi fondu dans le sacrement qui unit sa chair à la nature de l’éternité (…) par sa chair, demeure en nous, en nous, et nous en lui. (…) Il témoigne lui-même que nous sommes pleinement en lui, par le Sacrement dans lequel il nous communique sa chair et son sang (…) ceci est donc la source de notre vie : la présence du Christ en nous par sa chair." (Sur la Trinité 8.13 trait 16)
"Il dit lui-même : “Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure avec moi, et moi avec lui” (Jean 6, 56). Quant à la vérité de la chair et du sang, il n’y a aucun doute : c’est véritablement chair et véritablement sang, comme nous le voyons dans la déclaration même du Seigneur et dans notre foi en ses paroles. Cette chair, une fois mangée, et ce sang, une fois bu, nous unissent aussi en Christ et Christ en nous." (Sur la Trinité).
SAINT ATHANASE D’ALEXANDRIE
"Vous verrez les Lévites apporter du pain et une coupe de vin, et les déposer sur la table. Jusqu’à ce que les invocations et les prières soient faites, il n’y a que du pain et du vin dans la coupe ; cependant, après que les grandes et admirables prières aient été dites, alors le pain devient le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ et le vin devient votre sang." (Aux nouveaux baptisés, p. 26, 325).
SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM
"Après avoir déclaré sur le pain : « Ceci est mon corps », qui osera en douter ? Et après avoir affirmé : « Ceci est mon sang », qui pourra douter et dire que ce n’est pas son sang ? (…) À une autre occasion, il changea l’eau en vin à Cana en Galilée, par un signe. Ne croirons-nous donc pas en lui lorsqu’il change le vin en sang ? (…)
Ainsi, avec une certitude absolue, nous participons au Corps et au Sang du Christ . Car, sous la forme du pain, le Corps vous est donné, et sous la forme du vin, le Sang vous est donné, afin que, ayant participé au Corps et au Sang du Christ, vous soyez un avec lui corps et sang. Nous devenons ainsi « Christophores », c’est-à-dire porteurs du Christ, dont le Corps et le Sang se diffusent en nous. Et alors, comme le dit saint Pierre, « nous participons à la nature divine » (2 Pierre 1, 4). En effet, ne les considérez pas comme du simple pain et du simple vin, car ils sont, selon la foi, le Corps et le Sang du Christ : croyez fermement, sans aucun doute, que vous avez été rendus dignes du Corps et du Sang du Christ (Catéchèse 4, 1-2, 6).
SAINT AMBROISE DE MILAN
"Vous dites peut-être : ́Mon pain est du pain ordinaire.’ Cependant, ce pain est Pain avant les paroles sacramentelles. Dès que la consécration a lieu, le pain qu’il est devient la Chair du Christ » (Sur les Sacrements 4).
"Le Seigneur a commandé, et les cieux furent faits ; le Seigneur a commandé, et la terre fut faite ; le Seigneur a commandé, et les mers furent faites ; le Seigneur a commandé, et toutes les créatures furent créées. Voyez donc combien la parole du Christ est efficace. Si la parole du Seigneur Jésus est si puissante que, par elle, des choses qui n’existaient pas auparavant commencent à être, combien plus doit-elle l’être pour que des choses qui existaient déjà puissent être et devenir autre chose." (Sur les Sacrements 4,4,15).
[...] "Confirmons la vérité du mystère de l’Eucharistie par l’exemple de l’Incarnation : la naissance du Christ a-t-elle été précédée d’un processus naturel ? (…) Il est évident qu’il est né de la Vierge au-dessus de la nature. Or, le corps que nous consacrons est né de la Vierge. Pourquoi chercher à ordonner le Corps du Christ (l’Eucharistie) alors que le Seigneur est né de la Vierge au-dessus de la nature ? La chair du Christ, crucifié et enseveli, était réelle ; par conséquent, ce sacrement est véritablement de sa chair."
Cf. https://www.primeroscristianos.com/la-eucaristia-que-pensaban-y-que-decian-los-primeros-cristianos-de-ella/
Sachant cela, il semble légitime de se demander si les apôtres, les consacrés de Jésus (évêques) auraient laissé des membres non consacrés de l'Église toucher le corps, le sang, l'âme et la divinité de notre Seigneur dans l'Eucharistie alors que seuls les lévites, une fois purifiés, pouvaient toucher l'Arche (1 Chroniques 15:2-14)
Au IIe siècle, les prières et les lectures formaient déjà une structure ressemblant de la messe.
Sixte I (117-126) interdit de toucher les mystères sacrés si l’on ne faisait pas partie du clergé : ut mysteria sacra non tangerentur, nisi a ministris, "les Mystères Sacrés ne doivent pas être manipulés par des personnes autres que celles consacrées au Seigneur. (Liber Pontificatis, éd. DUCHESNE, I, Paris, 1886, 128.)
Au IIIe s., Saint Eutychian, Pape (275-283) interdit que la communion à porter aux malades soit confiée à un laïc ou à une femme (nullus praesumat tradere communionem laico vel feminae ad deferendum infirmo).
Tertullien de Carthage (160-250) attestait que la sainte eucharistie était reçue uniquement du prêtre et pas d’autrui (nec de aliorum manu sumimus).
À mesure que le christianisme se répandit, les liturgies locales se développèrent.
Au IVe siècle, Rome développa son propre style liturgique, simple, sobre et fortement inspiré des Écritures.
D'autres lieux (comme Byzance) avaient leurs propres rites.
Le latin devint la langue officielle au IVe siècle.
Le grec était la première langue de la liturgie romaine, mais le latin remplaça le grec, unifiant l'Occident. La messe était célébrée dans la langue du peuple de l'empire romain.
En entrant dans la patristique et dans les époques médiévales où nous avons une documentation plus complète, nous pouvons établir de manière plus définitive le mode de réception de l’Eucharistie pratiqué dans l’Église.
Les citations suivantes montrent que la communion dans la bouche (ou sur la langue) était la norme dans l'Église:
Le concile de Saragosse (380) dans son canon 3 excommuniait tous ceux qui osaient continuer à recevoir la Sainte Communion à la main comme en temps de persécution. Décision confirmée par le synode de Tolède (400).
Une formule apocryphe est alléguée comme étant de Saint Cyrille de Jérusalem (313-386) dans ses "Catéchèses mystagogiques" vers 350, citée hors contexte pour faire penser à la pratique moderne : "Lorsque tu t’avances pour Le recevoir, ne t’approche pas sans respect, les paumes des mains grandes ouvertes ou les doigts écartés ; mais avec ta main gauche, fais un trône pour la droite où va reposer le Roi. Reçois le Corps du Christ dans le creux de ta main et réponds Amen." [Catéchèse mystagogie V, xxi-xxii, Migne Patrologia Graeca, 33.] Les passages supprimés sont : "Sanctifie tes yeux par le contact du saint Corps" et puis, après avoir bu au calice, "lorsque tes lèvres en sont encore mouillées, touche-les avec les mains et passe sur tes yeux, ton front et tous tes autres sens, pour les sanctifier."
Cet extrait provient d'une des cinq Conférences de Pâques (mystagogies) attribuées à saint Cyrille, mais on se demande si ces cinq conférences de suivi sont bien du grand saint. L'érudit Dr. Taylor Marshall en doute. Il pose que certains manuscrits n'attribuent pas ces conférences à saint Cyrille. Il écrit que cette même citation continue en mentionnant que le corps de Christ devrait être porté aux yeux et au front et que le communicateur devrait toucher ses lèvres avec le sang précieux de notre Seigneur. Les passages supprimés sont : "Sanctifie tes yeux par le contact du saint Corps" et puis, après avoir bu au calice, "lorsque tes lèvres en sont encore mouillées, touche-les avec les mains et passe sur tes yeux, ton front et tous tes autres sens, pour les sanctifier." De même Michael Davies, un autre érudit, évoque la question de l'identité de l'auteur de la citation alléguée à S. Cyrille dans son ouvrage "Communion dans la main et autres fraudes similaires" (P.8).
Les témoignages des premiers siècles attestent que si la communion pouvait être reçue dans la main, c’était dans des cas exceptionnels relevant de circonstances très particulières (persécutions, nécessité de mettre le Pain consacré à l’abri... etc.) [Pro liturgia, Lundi 30/3/2015]
Saint Basile, Père grec et Docteur de l’Église (329-379), expliqua qu’en des circonstances pareilles de persécution et en l’absence de prêtre et/ou de diacre pour administrer la communion et la porter aux malades, on avait pu jadis "recevoir la communion au moyen de sa propre main". [Saint Basile, Lettre 93]
L’historien Eusèbe de Césarée (270-339) attesta au livre VI de son "Histoire ecclésiastique" que la communion dans la main se faisait seulement en cas de véritable nécessité. La pratique normale avait toujours été que les fidèles communient à genoux et dans la bouche. Devant les abus locaux, le concile de Rouen rappela en 650 cette norme apostolique, en interdisant la communion dans la main (nulli autem laico aut feminae Eucharistiam in manibus ponat, sed tantum in os ejus).
Dans une homélie sur la première épître à Timothée, Saint Jean Chrysostome (347-407) indiquait cette humble et pieuse attitude de réception de la part des fidèles : "Que rien d’amer ne sorte de la bouche qui a été gratifiée d’un si grand mystère ; que la langue, sur laquelle le divin Corps a été déposé, ne profère rien de déplaisant."
D'après la tradition, à la fin du IVe siècle, S. Ambroise de Milan régla la forme du chant ecclésiastique (cantus ambrosianus, seu firmus) et pour parler de l'assemblée dominicale (dominicum) imposa le mot missa, messe.
Au Moyen-Âge
Au Ve siècle, le pape Saint Léon I (440-461) enseigna que l’on recevait en bouche ce qui était cru par la foi (hoc enim ore sumitur quod fide tenetur), "ceci est effectivement reçu au moyen de la bouche, à quoi nous croyons par la foi". "Le minerai" est ici dans l'ablatif; dans le contexte, cela désigne l'instrumentation. La bouche est donc le moyen par lequel la Sainte Eucharistie est reçue.
Au VIe siècle, en 536, le pape Saint Agapet I accomplit un miracle de guérison après avoir donné l’hostie en bouche à quelqu’un (cumque ei Dominicum corpus mitteret in os).
Au VIe et VIIe siècles, le pape Saint Grégoire I le Grand (590-604) perfectionna les prières et les chants. Il façonna le Canon (le cœur de la messe) et donna à la liturgie une grande partie de sa stabilité, ce qui lui valut le nom de ''messe grégorienne''. Dans ses dialogues (Romain 3, c. 3) il attesta que le Pape saint Agapet accomplit le miracle de la guérison durant la messe après avoir placé le Corps du Seigneur dans la bouche de la personne. Jean le Diacre parla de la manière dont ce Pape distribuait la sainte communion.
Au VIIe siècle, en Orient, le 3ème concile de Constantinople (680-681), 6e concile œcuménique, interdit sous peine d'excommunication aux fidèles de prendre l'Armée sacrée dans la main alors qu’un évêque, un prêtre ou un diacre étaient disponibles pour la leur dispenser en bouche.
Le Synode de Cordoue (839) a condamné la secte de "Casiani" pour son refus de recevoir la Sainte Communion directement dans la bouche [Cf. Mgr Athanasius Schneider, Dominus Est, p.47.].
Le Synode de Rouen (878) a déclaré: "L'Eucharistie ne peut jamais être confiée à un laïc, ni à une femme, mais doit seulement être donnée à la bouche".
Il découle de la prémisse que si les vases et les mains du prêtre touchant l'Eucharistie devaient être consacrés, elle ne serait pas par la suite remis entre les mains du profane.
Au IXe siècle, le Synode de Cordoue au condamna en 839 la secte de "Casiani" pour son refus de recevoir la Sainte Communion directement dans la bouche. [Cf. Mgr Athanasius Schneider, Dominus Est, p.47.]
Le Synode de Rouen (878) déclara : "L'Eucharistie ne peut jamais être confiée à un laïc, ni à une femme, mais doit seulement être donnée à la bouche".
Au XIIIe siècle saint Thomas d'Aquin (1225–1274) précisa : "Par respect pour ce sacrement [la Sainte Eucharistie], rien ne le touche, sauf ce qui est consacré. c'est pourquoi le corporal et le calice sont consacrés, ainsi que les mains du prêtre, pour toucher ce sacrement." (Summa Theologica, partie III, Q.82, art. 3, Rep. Obj.8.)
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La messe Saint Pie V ou "tridentine"
En 1570, après le concile de Trente, le pape Pie V publia le Missel romain (Bulle Quo Primum). Il n'inventa pas la messe. Il préserva et normalisa la forme qui s'était déjà développée naturellement pendant plus de 1 000 ans.
Des églises domestiques aux basiliques, du grec au latin, de la tradition orale au Missel.
La messe en latin est un lien vivant avec les apôtres.
C'est la messe des siècles, qui grandit comme un chêne à partir d'une minuscule graine.
À l'époque contemporaine
La communion fréquente, et des enfants, est une pratique instaurée par Saint Pie X (1903-1914).
La constitution sur la divine liturgie du concile vatican II, Sacrosanctum Concilium n° 36,1 a demandé de conserver l'usage du latin dans la liturgie :
"L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins".
Le Concile Vatican II ne s'est pas pas exprimé sur le sujet de la communion dans la bouche ou dans la main, mais précise dans Lumen Gentium § 11 que 'l’Eucharistie est "la source et le sommet de la vie chrétienne".
Les autres sacrements ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques sont tous liés à l’Eucharistie et ordonnés à elle. Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque." [CEC 1324]
Le 3 avril 1969, le pape Paul VI promulgue la constitution apostolique Missale romanum pour officialiser le "nouveau missel romain" de la messe dite "de Paul VI" désormais en usage dans l'Église latine, rendant obsolète le missel romain de 1570. Toutefois, certains fidèles sont demeurés attachés à l'ancien rite.
Le 29 mai 1969, le sujet de la distribution de la Communion est abordé par la Sacrée Congrégation pour le culte divin dans l’instruction de Paul VI, Memoriale Domini, pour confirmer la réception de la communion à genoux et sur les lèvres :
"... la coutume s'est établie que ce soit le ministre lui-même qui dépose sur la langue du communiant une parcelle de Pain consacré. Compte tenu de la situation actuelle de l'Église dans le monde entier, cette façon de distribuer la Sainte Communion doit être conservée, non seulement parce qu'elle a derrière elle une tradition multiséculaire, mais surtout parce qu'elle exprime le respect des fidèles envers l'Eucharistie."
Mais cette instruction de Paul VI de 1969 a ouvert une brèche dans le principe énoncé de conserver la tradition de la distribution de la communion dans la bouche "sur la langue": à la fin du texte, l'on se demande si c’est bien dans ce document que Paul VI a introduit la réception dans la main ? Dans les dernières lignes, un indult est accordé, en totale incohérence avec le raisonnement qui précède. Tolérance restreinte, encadrée, assortie d’un contrôle strict, etc... mais toutes ces précautions étaient évidemment illusoires. Ce qui est important, ce n’est pas le barrage qui est solide en tous points sauf un, la brèche... On sait ce qui est advenu après cette instruction romaine de 1969. La norme est à présent si bien inversée que la règle est devenue l'exception et que c’est la communion dans la bouche qui est vue comme une bizarrerie à peine tolérée dans certains endroits. C'est l'époque de la désacralisation. Au nom de ''l'esprit du concile'' toutes sortes d'abus ont vu le jour :
-distribution de la communion par des laïcs ;
-obligation de recevoir la communion dans la main ;
-célébration ''face au peuple' sur des édicules dépourvus de valeur et de dignité ;
-médiocrité du répertoire musical et limitation - voir interdiction - du chant grégorien ;
-disparition des chorales au profit de l’"assemblée-chantante" invitée à répéter n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment... pourvu que ce soit des airs qu’il ne viendrait à l’idée de personne de chanter ailleurs que dans une église où le mauvais goût est de bon ton ;
-geste de paix transformé en séance de "shake your hands" totalement anti-liturgique ;
-équipes d’animation liturgique envahissantes et totalement inefficaces... sauf, bien sûr, quand c’est pour démolir la liturgie ;
-donné du missel romain Paul VI lui-même systématiquement modifié ou ignoré par les célébrants ;
-absence de dignité, de tenue, de réserve des célébrants ;
-etc.
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Aussi, en 2007, Benoît XVI libéralisa la messe latine traditionnelle, autorisa à nouveau l'usage de l'ancien rite (bien qu'il n'ait jamais été formellement interdit) dans son Motu proprio Summorum Pontificum, sous le nom de forme extraordinaire du rite romain. Cette forme est parfois erronément appelée 'rite tridentin'. Pour l'Église catholique il ne s'agit pas d'un autre rite, mais bien d'une forme exceptionnelle ("extraordinaire") du même rite romain.
En 2008,Benoît XVI déclarait que dans l’Eucharistie se trouve la "force de la révolution chrétienne", la "plus profonde de l’histoire humaine", qui donne à l’homme une "vraie liberté".
En 2009, pour le n° 7000 de PRESENT du Jeudi 31 décembre 2009, Jean Madiran dresse un bilan accablant de la messe en français ''sur quarante ans, de 1965 (fin du Concile) à 2005 (élection de Benoît XVI)''. ''Selon un bilan de la Croix'', ''c’est le désastre des 'messalisants', c’est-à-dire des catholiques allant chaque dimanche à la messe. En 1965, ils étaient 27 % de la population française. Ils ne sont plus que 4,5 % en 2005.'' ''La messe en français'' serait ''la principale cause prochaine'. Il faut se souvenir des raisons de l’institution d’une messe nouvelle, telles qu’elles ont été énoncées par Paul VI. Il s’agissait de sacrifier le latin et les magnifiques vêtements de la liturgie traditionnelle, dont il ne niait pas l’éclat merveilleux, mais qui étaient selon lui un obstacle à la participation des masses populaires, des journalistes et des hommes d’affaires.''
'La courbe plonge à partir des années 1970'', ''celles où bat son plein la plus spectaculaire 'audace post-conciliaire'. (sic)'' A la page suivante du même numéro de La Croix (29 décembre), Frédéric Mounier, nous rapporte un propos du cardinal Poupard : ''Il faut se souvenir de l’homélie de Paul VI lors de l’ouverture de son pontificat. Pour lui, avant de parler, l’Eglise devait se faire écoute. Ce fut le thème de sa première encyclique. De même (…), il n’a pas condamné la jeunesse en ébullition. Il s’est interrogé : – Saurons-nous les comprendre ?'' ''Si bien, ironise Jean Madiran, que ce n’est plus guère : 'Allez enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit' (Mt 28, 19). Ce n’est plus guère ; 'Allez dans le monde entier, proclamer l’Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné' (Mc 16,15-16). C’est plutôt : Allez écouter ce qu’on dit dans le monde, comprenez leurs désirs, accompagnez leurs problèmes…'' (Fin de citation)
En 2021, la législation de l'Église catholique déclare que les livres liturgiques promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du concile Vatican II, sont les seuls du rite romain. Néanmoins chaque évêque diocésain, en suivant les orientations du Saint-Siège (annulant l'élargissement proposé par Benoît XVI en 2007) et en particulier celles qui sont mentionnées dans le motu proprio Traditionis custodes, peut permettre dans son diocèse une utilisation limitée du missel de 1962 (la messe latine traditionnelle Saint Pie V).
D'autres formes rituelles sont en vigueur de plein droit dans l'Église latine:
-le rite ambrosien, en vigueur à Milan et dans certains diocèses du Nord de l'Italie,
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-le rite de Braga au Portugal,
-le rite mozarabe célébré à Tolède et quelquefois à Salamanque et à Madrid
-ou le rite cartusien des Chartreux.
-le rite maya ou "amazonien" (2024)
-les Églises catholiques orientales pratiquent des rites orientaux et n'utilisent donc pas le rite romain ni aucun autre rite liturgique latin. Il existe un grand nombre de rites dits "orientaux", dont l'arménien, le copte, le syriaque et le byzantin. Et un catholique romain entrant dans une église catholique maronite au Liban, ou une église catholique byzantine en Ukraine, ou une église catholique chaldéenne en Irak, la messe lui paraît différente, les vêtements semblent étranges, les chants lui sont inconnus. Et pourtant, au moment de la communion, ce catholique romain peut s'avancer et recevoir l'Eucharistie. Pourquoi ? Parce que l'Église catholique romaine et les 23 Églises catholiques orientales ne forment qu'une seule et même Église catholique. Nous avons une seule foi, un seul baptême et, surtout, une seule Eucharistie. Les prières peuvent être différentes, les traditions peuvent paraître différentes, mais c'est le même Corps et le même Sang du Christ, car nous sommes tous en pleine communion avec le Pape. C’est là la beauté de notre Église : de nombreuses traditions, de nombreux rites, mais un seul Seigneur, un seul Pasteur, une seule table.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Le Card. Francis Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, s'exprima sur le sujet à la conférence liturgique de Gateway, St. Louis, Missouri, 11 novembre 2006 (Texte intégral) :
"L’Église fondée par notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ s’efforce de rassembler les hommes de toutes races, langues, peuples et nations (cf. Ap 5,9), afin que "toute langue proclame que Jésus Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père" (Phil 2,11). Le jour de la Pentecôte, des hommes et des femmes "issus de toutes les nations qui sont sous le ciel" (cf. Ac 2,5) ont écouté les Apôtres relater les oeuvres prodigieuses de Dieu. Cette Église, ce nouveau peuple de Dieu [Cf. Note 1 du décret Optatam Totius du Concile Vatican II] ce corps mystique du Christ, prie. Sa prière publique est la voix du Christ et celle de l’Église, son épouse. Tête et membres. La liturgie est une expression du magistère sacerdotal de Jésus Christ. En elle, le culte public est accompli par l’Église tout entière, autrement dit par le Christ qui y associe ses membres. "Par conséquent, toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré." (Sacrosanctum Concilium, § 7). À la sainte source de la liturgie, nous tous qui avons soif des grâces de la Rédemption, allons puiser l’eau vive (cf. Jn 4,10).
La conscience que, dans chaque acte liturgique, Jésus Christ est le grand prêtre, devrait instiller en nous une grande ferveur. Comme le disait saint Augustin : "Il prie pour nous comme notre Prêtre ; il prie en nous comme notre Chef ; nous le prions comme notre Dieu. Nous reconnaissons ainsi notre voix en lui, et sa voix en nous" (Enarratio in Psalmum, 85).
[...] À l’origine, l’Église de Rome utilisait le grec. Ce n’est que progressivement que le latin a été introduit, jusqu’à la latinisation définitive de l’Église de Rome au IVe siècle (cf. A.G. Martimort, L’Église en prière, Desclée 1983).
[...] Il est à noter que beaucoup de religions du monde, ou leurs ramifications principales, ont une langue qui leur est chère. On ne peut pas penser à la religion judaïque sans penser à l’hébreu. Pour l’islam, la langue sacrée est l’arabe du Coran. L’hindouisme classique considère le sanscrit comme sa langue officielle, tandis que les textes sacrés du bouddhisme sont rédigés en pali.
Il serait superficiel de notre part de croire qu’il s’agit là d’une tendance ésotérique, bizarre, désuète, vieux jeu ou médiévale. Ce serait ignorer une composante subtile de la psychologie humaine. Dans les questions religieuses, les personnes tendent à conserver ce qu’elles ont reçu depuis les origines, la manière dont leurs prédécesseurs ont formulé leur religion et prié. Les paroles et les formules utilisées par les premières générations sont chères à ceux qui en ont hérité aujourd’hui. S’il est vrai qu’on ne peut certes pas identifier une religion avec une langue, la façon dont elle se comprend peut créer un lien affectif avec une expression linguistique particulière en usage dans sa période de croissance classique.
[...] Comme nous l’avons vu, le latin a remplacé le grec comme langue officielle de l’Église de Rome au IVe siècle. Parmi les principaux Pères de l’Église qui écrivirent en latin de manière ample et belle figurent
-saint Ambroise (339-397),
-saint Augustin d’Hippone (354-430),
-et le pape Grégoire le Grand (540-604)... en particulier donna au latin toute sa splendeur dans la sainte liturgie, dans ses sermons et dans l’usage général de l’Église.
[...] Les papes et l’Église de Rome ont constaté que le latin était bien adapté pour diverses raisons. C’est la langue qui convient à une Église universelle, à une Église où tous les peuples, toutes les langues et toutes les cultures doivent se sentir chez eux, et où nul n’est considéré comme un étranger.
[...] Le latin a pour caractéristique de posséder des mots et des expressions qui conservent leur sens de génération en génération. C’est un avantage, lorsqu’il s’agit d’exprimer notre foi catholique et de rédiger les documents papaux et autres textes de l’Église. Les universités modernes apprécient également cette caractéristique, puisque certains de leurs titres solennels sont en latin.
Le Bienheureux Jean XXIII, dans sa Constitution apostolique Veterum Sapientia, publiée le 22 février 1962, avance deux raisons à cela, et en donne une troisième. La langue latine a une noblesse et une dignité non négligeables (cf. Veterum Sapientia, 5, 6, 7). Nous pouvons ajouter que le latin est concis, précis, et poétiquement mesuré.
N’est-il pas admirable que des personnes, et en particulier des clercs s’ils sont bien formés, puissent se rencontrer dans des réunions internationales et être capables de communiquer entre eux au moins en latin ?
[...] Il est vrai qu’il existe une tendance, tant à l’intérieur de l’Église que dans le monde en général, à accorder plus d’attention aux langues modernes comme l’anglais, le français et l’espagnol, qui peuvent nous aider à trouver plus rapidement un emploi sur le marché du travail ou au ministère des affaires étrangères de notre pays. Mais l’exhortation du Pape Benoît XVI aux étudiants de la Faculté de lettres classiques et chrétiennes de l’Université pontificale salésienne de Rome, à l’issue de l’Audience générale du mercredi 22 février 2006, garde toute sa valeur et son importance. Et il l’a prononcée en latin ! En voici une traduction libre en français : "Avec raison, nos prédécesseurs ont insisté sur l’étude de la grande langue latine afin que l’on puisse mieux apprendre la doctrine salvifique contenue dans les disciplines ecclésiastiques et humanistiques. De même, je vous invite à cultiver cette activité, afin que le plus grand nombre possible de personnes puissent accéder à ce trésor et en apprécier l’importance" (in L’Osservatore Romano, 45, 23 fév. 2006, p.5).
Le chant grégorien
"L’action liturgique présente une forme plus noble lorsque les offices divins sont célébrés solennellement avec chants" (Sacrosanctum Concilium, 113). Selon un vieil adage, bis orat qui bene cantat, ce qui veut dire : "Celui qui chante bien prie deux fois". Cela, parce que l’intensité que prend la prière lorsqu’elle est chantée renforce sa ferveur et multiplie son efficacité (cf. Paul VI, Discours à la Schola Cantorum italienne le 25 sept. 1977, Notitiae 136, nov. 1997, p. 475).
La bonne musique aide à prier, élève l’âme des fidèles vers Dieu, et donne à ceux qui l’écoutent un avant-goût de la bonté divine.
Dans le rite latin, ce qui est connu sous le nom de "chant grégorien" fait partie de la tradition. Un chant liturgique particulier existait à Rome, il est vrai, avant saint Grégoire le Grand (+ 604). Mais ce fut ce grand pape qui donna à ce chant sa prééminence. Après saint Grégoire, cette forme de chant continua à se développer et à s’enrichir jusqu’aux bouleversements qui marquèrent la fin du moyen âge. Les monastères, et en particulier ceux de l’Ordre bénédictin, ont beaucoup fait pour préserver cet héritage.
Le chant grégorien est caractérisé par une cadence méditative et émouvante. Il touche les profondeurs de l’âme. Il manifeste la joie, la tristesse, le repentir, la requête, l’espérance, la louange ou l’action de grâce propres à une fête particulière, à une partie de la Messe ou à toute autre prière. Il rend les Psaumes plus vivants. Il exerce une fascination universelle, qui le rend approprié à toutes les cultures et à tous les peuples. Il est apprécié aussi bien à Rome, qu’à Solesmes, Lagos, Toronto ou Caracas. Il résonne dans les cathédrales, les séminaires, les sanctuaires, les centres de pèlerinage et les paroisses traditionnelles.
Le saint Pape Pie X célébra le chant grégorien en 1904 (Tra le Sollecitudini, 3).
Le Concile Vatican II en fit l’éloge en 1963 : "L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place." (Sacrosanctum Concilium, 116). Le Serviteur de Dieu et Pape Jean-Paul II renouvela cet éloge en 2003 (cf. Chirographe pour le centenaire de Tra le Sollecitudini, 4-7, in Cong. Pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Spiritus et Sponsa, 2003, p. 130). À l’occasion d’une rencontre à Rome à la fin de 2005, le Pape Benoît XVI a encouragé l’association internationale des Pueri Cantores, qui fait une grande place au chant grégorien. À Rome et dans le monde entier, de nombreuses chorales, composées tant de professionnels que d’amateurs, interprètent ces chants de façon magnifique, en communiquant l’enthousiasme qu’il leur inspire.
Ce n’est pas vrai que les fidèles laïcs ne veulent pas chanter le chant grégorien. Ils demandent au contraire que les prêtres, les moines et les religieuses partagent ce trésor avec eux. Les CD gravés par les moines bénédictins de Silos, par leur maison généralice de Solesmes et par beaucoup d’autres communautés sont très demandés par les jeunes. Les monastères sont visités par des personnes désireuses de chanter les laudes, et surtout les vêpres.
[...] En 1962, juste avant d’ouvrir le Concile, le Bienheureux Jean XXIII a rédigé une Constitution apostolique dans laquelle il insistait sur l’usage du latin dans l’Église. Le Concile Vatican II, bien qu’ayant autorisé l’introduction de la langue vulgaire, a mis l’accent sur la place du latin : "L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins" (Sacrosanctum Concilum, 36). Le Concile a également demandé aux séminaristes d’avoir "la connaissance de la langue latine qui leur permettra de comprendre et d’utiliser les sources de tant de sciences et les documents de l’Église" (Optatam Totius, 13). Le Code de Droit Canonique publié en 1983 dit : "La célébration eucharistique se fera en latin, ou dans une autre langue, pourvu que les textes liturgiques aient été légitimement approuvés" (can. 928).
Par conséquent, ceux qui veulent donner l’impression que l’Église a voulu éliminer le latin de la liturgie se trompent. En avril 2005, on a assisté au niveau mondial à une manifestation de l’adhésion à une liturgie bien célébrée en latin, lorsque des millions de personnes ont suivi à la télévision les obsèques du Pape Jean-Paul II et, deux semaines plus tard, la Messe inaugurale du Pontificat de Benoît XVI.
[...] L’article 54 précise les modalités à suivre pour que "les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent". Dans la célébration de la Liturgie des Heures, "selon la tradition séculaire du rite latin dans l’office divin, les clercs doivent garder la langue latine" (SC 101).
[...] Les développements furent tellement rapides qu’aujourd’hui certains clercs, religieux et fidèles laïcs ignorent que le Concile Vatican II n’a pas introduit la langue vulgaire dans toutes les parties de la liturgie.
Les requêtes d’extension de l’usage de la langue vulgaire ne se firent pas attendre. À la demande pressante de certaines Conférences épiscopales, le Pape Paul VI autorisa d’abord la célébration de la Préface de la Messe en langue vulgaire (cf. Lettre du Cardinal Secrétaire d’État, 27 avril 1965), puis de tout le Canon et des prières d’ordination en 1967. Enfin, le 14 juin 1971, la Congrégation pour le Culte Divin publia une communication selon laquelle les Conférences épiscopales pouvaient autoriser l’usage de la langue vulgaire dans tous les textes de la Messe, et tout Ordinaire pouvait donner la même autorisation pour la célébration chorale ou privée de la Liturgie des Heures (pour tous ces développements, voir A. G. Martimort : Le dialogue entre Dieu et son peuple, in A.G. Martimort : L’Église en prière, op. cit.)
Les raisons de l’introduction de la langue du pays ne sont pas difficiles à comprendre. Celle-ci favorise une meilleure compréhension de la prière de l’Église : "La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui, en vertu de son baptême, est un droit et un devoir pour le peuple chrétien" (SC 14).
[...] Les textes latins ont été préparés avec la plus grande attention à la doctrine, dans une formulation exacte, 'exempte de toute influence idéologique, et possédant les qualités voulues pour que les saints mystères du salut et la foi inébranlable de l’Église soient transmis efficacement, au moyen du langage humain, à la prière et à une adoration digne offerte au Très-Haut' (Liturgiam Authenticam, 3).
[...] La liturgie latine n’exprime pas seulement des faits, mais aussi des sentiments, des sensations, par exemple celle de la transcendance de Dieu, de sa majesté, de sa miséricorde et de son amour infini (cf. Liturgiam Authenticam, 25). Des expressions telles que Te igitur, clementissime Pater, Supplices te rogamus, Propitius esto, veneremur cernui, Omnipotens et misericors Dominus, nos servi tui, ne doivent pas être affaiblies ou démocratisées par une traduction iconoclaste. Quelques-unes de ces expressions latines sont difficiles à traduire. Il faut s’adresser aux meilleurs spécialistes en matière de liturgie, de classiques, de patrologie, de théologie, de spiritualité, de musique et de littérature, afin de réaliser des traductions qui soient belles sur les lèvres de notre sainte Mère l’Église. Les traductions doivent refléter la ferveur, la gratitude et l’adoration devant la majesté transcendante de Dieu, la faim de Dieu chez l’homme, toutes choses qui apparaissent clairement dans les textes latins.
[...] Tout ne peut pas être expliqué pendant la célébration liturgique. La liturgie n’épuise pas toute l’activité de l’Église (cf. Sacrosanctum Concilium, 9). La théologie, la catéchèse et la prédication sont également nécessaires. Et même après une bonne catéchèse, un mystère de notre foi demeure un mystère.
En réalité, nous pouvons dire que le plus important dans le culte divin, ce n’est pas de comprendre chaque mot ou chaque concept. Le plus important, c’est que nous ayons une attitude de ferveur et de crainte devant Dieu, que nous l’adorions, le louions et lui rendions grâce. Le sacré, les choses de Dieu, doivent être abordées sans idées préconçues.
[...] Il en résulte que personne, pas même un prêtre ou un diacre, n’a autorité pour changer la formulation approuvée de la sainte liturgie. C’est une question de bon sens. Mais on constate parfois que le bon sens n’est pas très répandu. C’est pourquoi Redemptionis Sacramentum a tenu à réaffirmer expressément : "L’usage suivant, qui est expressément réprouvé, doit cesser : ici ou là, il arrive que les prêtres, les diacres ou les fidèles introduisent, de leur propre initiative, des changements ou des variations dans les textes de la sainte Liturgie, qu’ils sont chargés de prononcer. En effet, cette manière d’agir a pour conséquence de rendre instable la célébration de la sainte Liturgie, et il n’est pas rare qu’elle aille jusqu’à altérer le sens authentique de la Liturgie" (Red. Sacramentum, 59 ; cf. aussi Instruction générale sur le Missel romain, n. 24).
[...]Tous les fidèles laïcs ne connaissent pas le latin, mais ils peuvent apprendre au moins les réponses les plus simples en latin. Les prêtres doivent accorder plus d’attention au latin, et célébrer de temps en temps une messe en latin. Dans les grandes églises où plusieurs messes sont célébrées le dimanche et les jours de fête, pourquoi ne pas dire l’une de ces messes en latin ?
Dans les paroisses rurales, une messe en latin devrait être possible, disons une fois par mois.
Dans les assemblées internationales, le latin est encore plus nécessaire. C’est pourquoi les séminaires doivent s’efforcer de préparer et de former les prêtres à l’usage du latin (cf. Synode des Évêques, octobre 2005, Prop. 36).
[...] Que la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Verbe fait chair dont nous célébrons les mystères dans la sainte liturgie, veuille obtenir pour nous tous la grâce de remplir notre rôle en participant par notre chant aux louanges du Seigneur, que ce soit en latin ou en langue vulgaire. Francis Card. Arinze (Agence Fides 20/12/2006)
Pourquoi gardons-nous le latin ? (Bénédictines de l'Abbaye Notre Dame de Wisques, Diocèse d'Arras)
"L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place." (Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, 116).
La musique du chant grégorien est au service de la Parole, au point qu'il a pu être appelé : "la Bible en musique".
Priant et chantant dans la même langue, au fil des années liturgiques, une véritable imprégnation de la Parole se fait.
La célébration en latin, même pour le rite ordinaire, est donc une des expressions possibles et normales de la liturgie vivante de l’Église au 3ème millénaire. À l’issu du Concile, le pape a souhaité que cette langue soit gardée, par choix, dans certains monastères.
La langue latine est la langue de l’Église universelle, catholique.
De plus, le latin est un vrai patrimoine culturel et surtout spirituel. Au cours des siècles, cette langue s’est révélée particulièrement apte à exprimer le sacré, c’est-à-dire à nous mettre en présence de Dieu.
Le latin nous permet aussi de garder le chant grégorien. Ce chant a été composé sur des mots latins entre le 8ème et le 12ème siècle. Chant profondément contemplatif, il aide la prière et soutient l’attention. C’est un véritable trésor de l’Église.
"L’œuvre essentielle de notre vie est la contemplation, c’est la prière de l’Église célébrée par nous, devenue l’objet et le moyen de notre contemplation." (Mère Cécile Bruyère, fondatrice des Bénédictines de l'Abbaye Notre Dame de Wisques, Diocèse d'Arras)
En 2008, dans un entretien donné à Bruno Volpe, S. Exc. Mgr Albert Malcolm Ranjith Patabendige Don, secrétaire de la S. Congrégation pour le culte divin et la discipline des Sacrements a exprimé son désir que la communion dans la main soit revue :
"Il est vraiment mauvais que des prêtres, heureusement pas tous, continuent à dénaturer, avec des extravagances inexplicables, la liturgie qui – on devrait se le rappeler – n’est pas leur propriété mais appartient à l’Église. Je rappelle à ces prêtres qu'ils doivent, et j'insiste, respecter la liturgie officielle de l'Eglise catholique. A propos des abus et des interprétations personnelles : la messe n'est pas un spectacle, mais un sacrifice, un don et un mystère. Ce n'est pas un hasard si le Saint-Père Benoît XVI nous rappelle sans cesse de célébrer l'Eucharistie avec dignité et décorum.
"... (La question de la communion dans la main). Je crois tout "simplement" que cette pratique doit être revue. Comment procéder ? Pour commencer, un bon catéchisme. Vous savez, hélas, beaucoup de gens ne savent même plus Qui ils reçoivent dans la communion, qui est le Christ, et ainsi approchent de la table de communion sans grande concentration et avec très peu de respect.
"Nous avons besoin de retrouver le sens du sacré. Je parle seulement en mon nom, mais je suis convaincu de l'urgence du réexamen de la pratique de la communion donnée dans la main, du retour à la distribution de l’hostie aux fidèles directement dans la bouche, sans qu’ils la touchent, rappelant par là que Jésus est vraiment dans l'Eucharistie et que chacun doit Le recevoir avec dévotion, amour et respect.
"L’agenouillement au moment de la communion... constituerait une véritable marque de respect pour le don et le mystère de l'Eucharistie. ... En tant que catholique, je me demande et je me pose la question : pourquoi avoir honte de Dieu ? S’agenouiller à la communion serait un acte d’humilité et de reconnaissance de notre nature en tant qu’enfant de Dieu."
Lors de la grippe porcine de juin 2009, un catholique britannique demanda à la Congrégation pour le Culte divin quelles étaient les restrictions diocésaines contre la communion sur la langue en raison des inquiétudes liées à l'épidémie? Dans sa réponse, la Congrégation réaffirma que les fidèles ont toujours le droit de recevoir la sainte Communion sur la langue :

Source: Pro Liturgia, Actualité du vendredi 6 mars 2020
En 2014, dans un entretien à Corpus Christi, Mgr Athanasius Schneider, Evêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, s’exprima sur la situation de l’Eglise à l'occasion de la publication de son livre “Corpus Christi ; la communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise” aux éditions Contretemps :
"Tant que l’adorable personne du Christ, cachée sous les humbles espèces sacramentelles, sera traitée d’une manière aussi banale, indélicate et superficielle qu’aujourd’hui il ne pourra se produire un vrai progrès spirituel dans l’Eglise.
... Parmi les principaux problèmes soulevés par la Communion dans la main il faut d’abord signaler les deux faits les plus graves. Tout d’abord une perte importante de parcelles de la Sainte Hostie qui tombent sur le sol où elles sont piétinées, ensuite le nombre grandissant de vols d’hosties consacrées.
De plus l’absence quasi-totale de gestes manifestes d’adoration et de sacralité au moment de la distribution et de la réception de la sainte Communion entraîne, avec le temps, une diminution et même une perte de la croyance en la présence réelle et en la transsubstantiation.
Le geste moderne de la Communion dans la main – substantiellement différent du geste analogue dans la primitive Eglise – contribue à la banalisation et même à la profanation non seulement de la réalité la plus sainte, mais de la Personne la plus sainte qui est Notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ. "
En 2020, le covid fut le prétexte à distribuer la communion dans la main.
L'instruction Redemptionis sacramentum § 91-92 donne un droit à tous les fidèles de communier à genoux et dans la bouche :
"ll n’est pas licite de refuser la sainte Communion à un fidèle, pour la simple raison, par exemple, qu’il désire recevoir l’Eucharistie à genoux ou debout.
- Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche."
Ce droit est confirmé par le canon 843 §1 du CIC : "Les ministres sacrés ne peuvent pas refuser les sacrements aux personnes qui les leur demandent opportunément, sont dûment disposées et ne sont pas empêchées par le droit de les recevoir."
Add. 18 septembre 2025. Dans un entretien avec Elise Ann Allen, auteur de la biographie du Pape "Léon XIV: citoyen du monde, missionnaire du XXIe siècle", paru en espagnol le 18 septembre au Pérou, Léon XIV affirme avoir "déjà reçu plusieurs demandes et lettres [à propos de ]: La question concernant la messe latine." "Si nous célébrons correctement la liturgie de Vatican II, voyons-nous vraiment une telle différence entre telle expérience ?', demande le Pape.
"Il y a un autre sujet, également brûlant, pour lequel j'ai déjà reçu plusieurs demandes et lettres : la question de savoir si l'on dit toujours 'la messe latine'. Et bien, vous pouvez dire la messe en latin maintenant. S'il s'agit du rite Vatican II, il n'y a aucun problème. Évidemment, entre la messe tridentine et la messe Vatican II, la messe de Paul VI, je ne sais pas trop où cela va nous mener. C'est évidemment très compliqué.
"Je sais qu'une partie de ce problème, malheureusement, est devenue – encore une fois, un élément d'un processus de polarisation – certains ont utilisé la liturgie comme prétexte pour faire avancer d'autres sujets. C'est devenu un outil politique, et c'est très regrettable.
"Je pense que parfois, l'"abus" de la liturgie de ce que nous appelons la messe de Vatican II, n'a pas aidé ceux qui recherchaient une expérience plus profonde de la prière, un contact avec le mystère de la foi qu'ils semblaient trouver dans la célébration de la messe tridentine. Là encore, nous sommes devenus polarisés, de sorte qu'au lieu de pouvoir dire : 'Si nous célébrons correctement la liturgie de Vatican II, voyons-nous vraiment une telle différence entre telle expérience ?'
"Je n'ai pas encore eu l'occasion de rencontrer un groupe de personnes qui défendent le rite tridentin. Une occasion se présentera bientôt, et je suis sûr que d'autres occasions se présenteront. Mais c'est un sujet sur lequel, je pense aussi, peut-être avec la synodalité, nous devons nous asseoir et discuter. C'est devenu un sujet tellement polarisé que les gens refusent souvent de s'écouter. J'ai entendu des évêques m'en parler, me disant : "On les a invités à ceci et à cela, et ils ne veulent même pas entendre." Ils ne veulent même pas en parler. C'est un problème en soi. Cela signifie que nous sommes désormais dans l'idéologie, que nous ne sommes plus dans l'expérience de la communion ecclésiale."
Cf. https://cruxnow.com/vatican/2025/09/pope-leo-speaks-to-cruxs-elise-ann-allen-about-lgbtq-issues-and-the-liturgy
Conclusion
La messe est devenue une sorte de spectacle où par endroits les applaudissements ou l'auto-célébration d'un groupe remplacent le culte du Dieu vivant adoré à l'autel sacré.
La communion dans beaucoup d'endroits a perdu tout sens mystique et sacré. Des gens communient dans la main et retournent à leur place sans conscience de la Présence réelle. Sans parler des actes de vols et de profanations d'osties.
Aujourd'hui comme il y a deux mille ans, la mosaïque de Megiddo, il est clair que ce qui est offert à Dieu en mémorial n'est pas une table ordinaire sur laquelle prendre ses repas, mais une table sacrée.
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Le plus important dans le culte divin, ce n’est pas de comprendre chaque mot ou chaque concept. Le plus important, c’est que nous ayons une attitude de ferveur et de crainte devant Dieu, que nous l’adorions, le louions et lui rendions grâce.
Parce que la liturgie est la grande école de la prière de l’Église, il a été jugé bon d’introduire et de développer l’usage de la langue vivante, sans éliminer l’usage de la langue latine, conservée par le Concile pour les rites latins.
Je pense que parfois, l'"abus" de la liturgie de ce que nous appelons la messe de Vatican II, n'a pas aidé ceux qui recherchaient une expérience plus profonde de la prière, un contact avec le mystère de la foi qu'ils semblaient trouver dans la célébration de la messe tridentine.
[...] Si nous célébrons correctement la liturgie de Vatican II, voyons-nous vraiment une telle différence entre telle expérience ?
Des experts suggèrent des réformes urgentes dans la nouvelle messe catholique de 1969 afin de rétablir des éléments traditionnels tels que le silence sacré, la communion à genoux dans la bouche, certaines parties en latin, les Prières au pied de l'autel, de multiples signes de croix, le dernier évangile, le canon silencieux, les génuflexions du prêtre avant chaque contact avec l'hostie.
La messe préconisée par Vatican II s'apparentait davantage au Missel intérimaire utilisé entre 1965 et 1970, qui était essentiellement le Missel de 1962, traduit en langues vernaculaires, sans les options décrites précédemment. Si Rome s'en était tenue à cette règle et avait poursuivi le lent développement organique, la messe aurait encore aujourd'hui une allure beaucoup plus tridentine, et nous aurions beaucoup moins de problèmes de division et de polarisation au sein de l'Église catholique.
Rien n'empêche le pape (quel qu'il soit) de mettre en œuvre une telle solution. Il n'est pas nécessaire de convoquer un autre concile œcuménique, ni un grand synode. Le pape a le pouvoir de le faire de son propre chef s'il le souhaite.
La solution est donc simple. Il suffit de fixer la messe Novus Ordo (messe régulière) avec plus de révérence, plus de latin. Exiger des homélies orthodoxes et interdire les innovations liturgiques. En d'autres termes : suivre Vatican 2. Et c'est, bien sûr, ce que Vatican 2 exige.
Quant à l'autre forme du rite romain, le pape peut aussi prévoir de libéraliser la messe traditionnelle en latin (tridentine). Ces fidèles ont également besoin d'un bon soutien pastoral et ne devraient pas être punis pour les péchés des autres. Il est injuste et peu charitable de punir une personne pour les péchés d'une autre personne.
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>Cardinal Sarah: "Je me demande s'il est possible d'interdire un rite vieux de plus de mille ans"
>Modérer les "excès" du "geste de la paix"
>"La messe, c’est revivre le calvaire, ce n’est pas un spectacle" (François)
>Messe Ad Orientem du Pape François au tombeau de St. Jean-Paul II
>François célèbre la Messe "versus orientem" à l’occasion de la fête du Baptême du Christ 2017
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