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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 00:00

Source Video : Gloria.tv

 

Avec la solennité du Christ Roi, l'Église célèbre la souveraineté du Christ sur toute la création; c'est pourquoi cette solennité est fêtée le dernier dimanche de l'année liturgique, afin de montrer que le Christ est le "commencement et la fin", le Maître du temps et de l'Histoire.

 

La fête du Christ Roi a été instituée il y a moins de 100 ans par le Pape Pie XI, avec l'encyclique "Quas Primas". Le Pape déclara qu'avec cette fête "c'est désormais à notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d'apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine, le laïcisme."

 

Durant ces années au Mexique les "Cristeros" persécutés par le gouvernement franc-maçon se battaient pour la liberté religieuse et mouraient en criant "Viva Cristo Rey" ("Vive le Christ Roi").

 

Solennité du Christ Roi

Mgr Louis-Édouard Pie (1815-1880), évêque de Poitiers, cardinal et prélat antilibéral du XIXe siècle, a expliqué la doctrine intégrale de la Royauté de Jésus-Christ. La parole du Christ "Mon Royaume n'est pas de ce monde" est souvent interprétée d'une manière erronée par les libéraux. Cette parole de Jésus à Pilate indique simplement que la royauté du Christ vient d'en haut, et non de ce monde. Son pouvoir s'origine du Ciel et non d'ici-bas. Il s'agit d'un royaume spirituel, et non matériel. "Le Royaume de Jésus est avant tout un royaume spirituel qui s'établit par la puissance divine et non par la force des armes. [Ainsi, lorsque Jésus est livré par Judas et arrêté à la demande du grand prêtre Caïphe, "l’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. Alors Jésus lui dit : 'Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges'" (Mt 26: 51-53)]. Mais il ne résulte aucunement de ces paroles, que Jésus ne veuille pas régner socialement, c'est-à-dire imposer ses lois aux souverains et aux nations." (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, O.M.C., Lecteur émérite en théologie, Editions Saint-Rémi, p. 30). Une prophétie tirée du livre du prophète Isaïe dans l'Ancien Testament, précise, par exemple : "Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit." La prophétie d'Isaïe poursuit : "Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois. Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui crée les cieux et les déploie, qui affermit la terre et ce qu’elle produit ; il donne le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent." (Is 42, 1-5.) Cela signifie simplement que le Seigneur est doux et humble de coeur, et que Son règne social ne s'impose pas par la force, mais par "l'esprit". En effet, "qui vit par l'épée périra par l'épée" (Mt 26: 52). Au XVIe siècle, contre ceux qui avait imposé la religion protestante par la force à Genève en 1535-1536, et en avait chassé l'évêque catholique, saint François de Sales dont la devise était, "Rien par force, tout par amour", dit en 1594 : "C'est par la charité qu'il faut ébranler les murs de Genève, par la charité qu'il faut la recouvrer... il faut [les] renverser par des prières ardentes et livrer l'assaut par la charité fraternelle". 

 

"Ne voyons surtout pas dans le règne social du Christ une confusion du temporel et du spirituel. Le monde antique, païen ou juif, opère cette confusion, et l'empereur Constantin conservera une vision païenne du pouvoir où le Prince Souverain Pontife intervient dans les affaires religieuses (césarisme). C'est le Christ qui distingue le temporel du spirituel : 'Rendez à César ce qui appartient à César' (Mc 12:17; Mt 22:21, Lc 20:25). Mais si Jésus affirme sa royauté spirituelle, le monde, lui, n'a pas droit à l'indifférence religieuse : "Je suis la lumière du monde" (Jn 8:12) (Gérard BEDEL, Le Cardinal Pie, Un défenseur des droits de Dieu, Clovis Diffusion, Suresnes 2015, p. 61). En Lituanie, en 2009, la laïcité n'empêche pas la Royauté sociale du Christ

La thèse libérale moderne prétend fonder un contrat social indépendant de toute société extérieure à l'État. Dans ce système, tout vient de l'État et tout revient à l'État. Mais cette thèse qui prétend que l'État doit être purement laïque est une exagération de la parole du Christ et aboutit à rendre tout à César. "C'est-à-dire encore que, sous prétexte d'échapper à la théocratie imaginaire de l'Église, il faut acclamer une autre théocratie aussi absolue qu'elle est illégitime, la théocratie de César, chef et arbitre de la religion, oracle suprême de la doctrine et du droit..." (Cardinal Pie, Homélie sur le Panégyrique de saint Emilien, Nantes, 8 novembre 1859, III, p. 511-518 cité in Gérard Bedel, Le Cardinal Pie, ibid., p. 65-66.) Le pape Pie IX (1846-1878), a ainsi pu légitimement dénoncé un défaut majeur de l'État moderne, en ce qu'il se proclame "origine et source de tout droit", qui prétend jouir "d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 91.) 

 

L'Évangile (Mt 21,1 - 9, Mc 11,1 - 10, Lc 19, 28 - 40) raconte qu'à proximité de la fête de la Pâque juive, Jésus décida de faire une entrée solennelle à Jérusalem (Rameaux). Il organisa son entrée en envoyant deux disciples chercher un ânon. Il entra à Jérusalem sur une monture pour se manifester publiquement comme le Messie que les juifs attendaient. C'est une monture modeste comme l'avait annoncé le prophète pour montrer le caractère humble et pacifique de son règne.

 

"Il est le Roi des cœurs, à cause de son inconcevable charité qui surpasse toute compréhension humaine (Eph 3:19) et à cause de sa douceur et de sa bonté qui attirent à lui tous les cœurs: car dans tout le genre humain il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais personne pour être aimé comme le Christ Jésus." (Quas Primas 4) 

 

"Il est venu tout réconcilier, faisant la paix par le sang de sa croix (Col. 1:20); C’est lui, le Christ, qui est notre paix ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres par le moyen de la croix; en sa personne il a tué la haine (Ephésiens 2,14-16); il n'est pas venu pour être servi, mais pour servir (Mt 20:28); maître de toutes créatures, il a donné lui-même l'exemple de l'humilité et a fait de l'humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger (Mt 11:30)" (Quas Primas 15). Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes qu'il leur faille invoquer pour être sauvés (Ac 4:12). 

 

Prétendre que le Christ ne doit pas régner sur les sociétés revient à dire que le Christ serait mort en vain sur la Croix et que ses lois n'auraient pas à être suivies par les souverains et les nations. "Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. [...] C'est le droit de Dieu de commander aux états comme aux individus. Ce n'est pas pour autre chose que N.-S. est venu sur la terre." (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, ibid., p. 43-44; 73).

 

Devant Pilate lui demandant s'il était roi, Jésus répondit : "Tu l'as dit, je suis roi. Si je suis né et si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité, écoute ma voix." (Jn, 18:37).

 

Le titulus crucis, titre de la Croix que Pilate fit placer au-dessus de la tête du Christ lors de sa crucifixion est "Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm" (INRI), "Jésus de Nazareth, Roi des Juifs" (Jn 19, 19). L'inscription était en trois langues, en hébreu, en grec et en latin (Jn 19:20).

 

Le grand moyen de promouvoir ce règne, c'est la prière qui vivifie l'action et obtient du Ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient procurer. (La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le Cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, ibid., p. 86.)

 

Se manifestant aux Onze pendant qu'ils étaient à table, Jésus ressuscité leur dit : "Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création." (Mc 16,15). En montant au Ciel, lors de son Ascension, Jésus adressa encore ces paroles explicites à ses disciples : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre", leur commandant : "Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps." (Mt 28:18-19). "Garder" ce qu'Il a prescrit, "tout pouvoir" lui ayant été donné, "au ciel et sur la terre", sont les termes qu'emploie Jésus. Il y a un devoir d'évangéliser les nations sur la terre, c'est-à-dire d'apprendre aux nations, et à leurs souverains, à "garder" les enseignements du Christ. 

A Lui seul soit le gouvernement

 

La louange et la joie

 

Jusqu'à l'accomplissement des temps. Amen !

 

Les jours meilleurs arrivent !

 

Les bons temps arrivent !

 

Par le rachat du Sang du Christ !

 

Maintien dans la joie

 

Félicitations !

 

Et bonne fortune !

 

La Paix du Christ vient

 

Le Règne du Chrits arrive

 

Rendons grâce à Dieu. Amen.

 

La Grande guerre prouve la vanité de l'optimisme des "Lumières". Cherchant à rétablir la distinction des deux pouvoirs temporel et spirituel, opposant une "laïcité saine" à la "laïcité anticléricale", et constatant l'échec du système libéral moderne, cet athéisme public où tout vient de César et revient à César, et où une modernité crée des rapports sociaux injustes, méprise l'autorité spirituelle et conduit au "suicide de l'Europe civilisée" via des idées politiques autoritaires ou totalitaires, suite au conflit mondial de 1914, le pape Pie XI (1922-1939) instaure en 1925 la fête et la théologie du Christ-Roi comme remède. 

21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l'obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d'obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l'ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l'ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles."

(
Pie XI, Lettre encyclique Quas Primas instituant la fête du Christ-Roi, § 21., 1925)


La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ (Cardinal Pie)
 
P. THEOTIME DE SAINT JUST O.M.C.
LECTEUR EMERITE EN THEOLOGIE
LA ROYAUTÉ SOCIALE DE N. S. JESUS-CHRIST D’APRÈS LE CARDINAL PIE

 

Image du Christ, Roi des Nations; extrait de la magnifique tenture de l'Apocalyspe exposée au chateau d'Angers, rescapée des destructions de la Révolution dite française.(Merci aux divers responsables qui ont permis la mise en valeur de ce trésor)
Image du Christ, Roi des Nations; extrait de la magnifique tenture de l'Apocalyspe exposée au chateau d'Angers, rescapée des destructions de la Révolution dite française.(Merci aux divers responsables qui ont permis la mise en valeur de ce trésor)

 

{Editions de Chiré BP 1 86190 Chiré en Montreuil 05 49 51 83 04 /
Editions Sainte jeanne d'Arc les Guillots 18260 Villegenon 02 48 73 74 22 }


«JESUS-CHRIST EST LA PIERRE ANGULAIRE DE TOUT L'EDIFICE SOCIAL. LUI DE MOINS, TOUT S'EBRANLE, TOUT SE DIVISE, TOUT PERIT...»

«METTEZ DONC AU CŒUR DE NOS CONTEMPORAINS, AU COEUR DE NOS HOMMES PUBLICS, CETTE CONVICTION PROFONDE QU'ILS NE POURRONT RIEN POUR LE RAFFERMISSEMENT DE LA PATRIE ET DE SES LIBERTES, TANT QU'ILS NE LUI DONNERONT PAS POUR BASE LA PIERRE QUI A ETE POSEE PAR LA MAIN DIVINE : PETRA AUTEM ERAT CHRISTUS ».

«JESUS-CHRIST, C'EST LA PIERRE ANGULAIRE DE NOTRE PAYS, LA RECAPITULATION DE NOTRE PAYS, LE SOMMAIRE DE NOTRE HISTOIRE, JESUS-CHRIST, C'EST TOUT NOTRE AVENIR... » (CARDINAL PIE : ŒUVRES , V, 333 ; VIII, 54 ; X, 493).

On a pu reprocher les empiétements de l'Église sur le pouvoir temporel des rois. Ceux-ci ont une explication historique simple : des empereurs de la Rome tardive ont prétendu intervenir dans la vie de la jeune Église chrétienne en nommant les évêques, en imposant des papes, en convoquant des conciles, en légiférant en matière de discipline ecclésiastique, en intervenant dans les débats doctrinaux

Les rois capétiens, les rois d'Angleterre, les empereurs du Saint empire romain germanique furent ainsi nombreux à intervenir dans la vie de l'Église, en désignant des évêques, légiférant en matière de discipline ecclésiastique. (Source: Dictionnaire du Moyen-Âge, sous la direction de Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink, Quadrige, Puf, 2002, p. 242).

Or, l'Église est seule maîtresse de sa morale et de son dogme (Cf. Saint Athanase, Saint Ambroise, Saint Jean Chrysostome, Saint Augustin). 

« Les siècles de la féodalité, longtemps définis comme des siècles de fer', correspondent en réalité au moment du "décollage" européen ». (Jean-Louis BIGET, Préface dans Florian MAZEL, 888-1180 Féodalités, Histoire de France, sous la direction de Joël Cornette, Folio, Gallimard, Trebaseleghe, Italie 2019, p. 10.) 

 

Voici donc comment l'Église s'est dégagée de l'ingérence et de l'influence des empereurs et des rois, ce qui a permis le développement inédit dans l'histoire d'une civilisation originale, distinguant le temporel du spirituel, le laïque du religieux, la civilisation occidentale :

 

Dans les sociétés païennes antiques, "ignorant des raisons de sa présence en ce monde, l'homme subissait totalement un destin qui lui était imposé par la volonté divine. Cette volonté s'exprimant au travers des prêtres (païens) qui étaient chargés de la servir, le pouvoir clérical (païen) était sans limite et pesait considérablement sur la direction de la cité jusqu'à se confondre avec elle. Pharaon, roi, dictateur ou tyran, les dirigeants antiques portaient en eux une partie de la vie divine. Ils étaient moitié fils de dieux ou de déesses, divinisés de leur vivant, tant on était convaincu que le pouvoir, même politique, échappait à la volonté de l'homme qui n'avait aucune prise sur sa destinée. L'Etat était une communauté religieuse, le roi un pontife, le magistrat un prêtre, la loi une formule sainte." (Fustel de Coulanges, La cité antique, Hachette 1967, p. 457).

 

Cette confusion totale du politique et du religieux, l'Empire romain, par l'intermédiaire d'Octave Auguste, le premier empereur, la portera à son sommet, en réalisant la fusion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel en sa personne. "César, à cette époque, était le grand pontife, le chef et le principal organe de la religion romaine; il était le gardien et l'interprète des croyances, il tenait dans ses mains le culte et le dogme. Sa personne même était sacrée et divine" (Fustel de Coulanges, Ibid., p. 461.).

 

Or, "le christianisme n'est pas intégré au système étatique. Au contraire, il introduit une distinction inédite entre religion et politique. L'évêque Ossius de Cordoue (257-359) est de ceux qui veulent tenir l'État à distance dans les questions doctrinales  : 'Ne vous mêlez pas des affaires religieuses et ne donnez pas d'ordres à ce sujet : [...] Dieu a mis la royauté dans vos mains et nous a chargés des affaires de son Église.' [...] Les pouvoirs politiques et religieux doivent donc collaborer, bien qu'ils soient distincts." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je ?, 4e édition, Paris 2018, p. 22.)

 

Distinction (les "deux cités" de Saint Augustin) et coordination (des deux pouvoirs) est la double vérité sur laquelle s'appuie l'Église depuis Saint Augustin (Cf. Jacques CHEVALIER, De saint Augustin à saint Thomas d'Aquin: Histoire de la pensée, Préface de Serge-Thomas Bonino, Collection Philosophie européenne dirigée par Henri Hude, Editions Universitaires, vol. 3, 1992, p. 70.)

"Augustin conçut son ouvrage La Cité de Dieu, achevé vers 426, comme une démonstration de la compatibilité entre l'Empire et la foi. Il n'y a qu'une seule cité de Dieu, mais elle offre deux faces, l'une est terrestre, l'autre céleste, la seconde se révélant au fur et à mesure que la première s'efface. La cité de Dieu est à la fois l'Église réalisée, le ciel à venir et la communauté terrestre avec sa législation, gouvernée par le Christ. Mais cette conception mystique de l'Église laissait une liberté d'intervention concrète au profit des pouvoirs séculiers. [...] Le pape cherchait à préserver la liberté de l'Église romaine face aux empiétements impériaux, tout en reconnaissant la légitimité de l'autorité temporelle." (L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean Sévillia, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 73.)

 

De très bonne heure, c'est l'Occident qui admit la dualité des pouvoirs temporel (séculier) et spirituel (religieux). "Duo quippe sunt potestates", en effet il y a deux pouvoirs, écrivit le pape Gélase Ier à l'empereur Anastase au Ve siècle en 494, pour le réprimander, lui précisant par là une idée vieille de deux siècles (qui avait commencé à germer dans l'Église à partir du moment où Constantin avait commencé à convoquer lui-même les conciles d'évêques), idée selon laquelle les empereurs ne peuvent pas faire le dogme ni décider pour l'Église.

Une tradition impériale de convocation des conciles d'évêques initiée par Constantin à Nicée en 325, Théodose Ier à Constantinople en 381, Théodose II à Constantinople en 449, poursuivie en Occident par certains rois de France, comme Clovis le 10 juillet 511 à Orléans, Clotaire II à Paris en 614, Pépin le Bref à Compiègne en 757, Charlemagne à Tours et Mayence en 813, Philippe le Bel en 1312 au concile de Vienne..., en Orient par les empereurs byzantins, comme Justinien II en 692 au concile in Trullo, le IIe concile de Nicée en 787, et les empereurs germaniques, comme Frédéric Barberousse au concile de Pavie en 1160, et Sigismond au concile de Constance en 1414), voyait les conciles de l'Église convoqués par les rois

 

Grégoire VII, Pape

Mille ans après sa fondation par le Seigneur à la Pentecôte, où saint Pierre prit la parole, la papauté est devenue presque malgré elle, de manière accidentelle, un pouvoir impliqué dans les querelles de ce monde (Les disciples du Christ ne sont pas DU monde, mais ils sont DANS le monde. Jn 17,14-18). Outre, le choix des évêques ou la convocation des conciles, "l'empereur germanique passait par-dessus le peuple romain et les notables pour nommer directement les papes

 

Le pape Saint Grégoire VII, l'un des plus grands Papes, fut au XIe siècle l'homme providentiel qui combattit tous les grands abus de cette époque. Sa "réforme grégorienne" régla les empiétements des empereurs d'Allemagne, c'est-à-dire un pouvoir politique trop envahissant, la vente des dignités ecclésiastiques (simonie), la contagion des mauvaises moeurs du clergé et dans le peuple. 

En 1122, le compromis du concordat de Worms, le premier de l'histoire, régla le problème: désormais, l'évêque serait élu librement par le clergé en présence de l'empereur ou de son représentant. En France, des procédures analogues furent mises en place pour l'élection des évêques.

L'Église n'a jamais enseigné la confusion des deux pouvoirs, ni l'absorption du temporel par le spirituel (théocratie), ni l'absorption du spirituel par le temporel (césarisme, gallicanisme, églises nationales), parce que ce sont des erreurs régulièrement condamnées par le Saint-Siège.

On adressait déjà cet absurde reproche (d'absorption du temporel) au pape Boniface VIII, qui, dans sa Bulle Unam, sanctam, définit contre les légistes courtisans de Philippe le Bel, déjà gallicans, la subordination (qui n'est pas absorption) de la puissance temporelle à la puissance spirituelle. "Il enseigne, disait-on, que le pape peut disposer des couronnes selon son bon plaisir..." - "Il y a quarante ans que j'étudie le doit, répondait le saint Pontife dans le Consistoire de 1303, et je sais apparemment qu'il y a deux puissances... Comment peut-on croire qu'une telle folie me soit venue à l'esprit?" (Boniface VIII, cité dans Mgr Gaume, Le dogme de l'infaillibilité.)

 

En réaction aux empiétements des pouvoirs temporels, la papauté au "Moyen-Âge" a cherché à affirmer "sa liberté tout en ouvrant la porte à une autonomie du politique, de la société, qui se serait développée grâce à cette séparation." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 17.)

"La réforme grégorienne va [...] en fait bien au-delà de la simple 'liberté' ou de la volonté de dégager les Églises des jeux politiques et de la corruption. La papauté grégorienne, veut rompre avec l'association organique des empereurs avec leurs évêques. Ce faisant, la réforme grégorienne commence à poser en des termes nouveaux la question des rapports entre pouvoir laïc et pouvoir religieux. Elle amorce à terme une forme de séparation avec les pouvoirs politiques et une laïcisation de ces derniers." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 135, 146-150.) "La réforme grégorienne fut une révolution qui agita l'Église durant un siècle et remit totalement en causes ses rapports avec le système politique. [...] Ainsi, bien avant la séparation de 1905, le principe de l'autonomie des pouvoirs séculier et spirituel était acquis, et ce en raison de l'insistance de la papauté." (L'Église en procès, La Réponse des historiens, sous la direction de Jean SÉVILLIA, Tallandier, Le Figaro, Paris 2019, p. 80.)

 

Les ordres monastiques de Cluny (Xe siècle) puis de Citeaux (Cisterciens) diffusent les principes de la réforme du clergé et d'obéissance à l'Église romaine. (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 48.)

 

"Pour l'essentiel, c'est aux moines que l'on doit la transmission de l'héritage antique. [...] Le monachisme s'est répandu en Occident dès le IVe siècle, après que saint Martin a fondé le premier monastère d'Occident à Ligugé." (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, ibid., p. 37.)

 

Ainsi, l'Europe a dominé le monde dès l'époque dite 'obscure' du "Moyen-Âge". L'explication première réside dans la foi des Européens en la raison, dans l'engagement manifeste de l'Église sur la voie d'une théologie rationnelle (scolastique XIe-XIVe siècle) qui a rendu possibles les progrès.

Au IIe siècle à Alexandrie, Clément enseigne de 190 à 202 dans le Didascalé (école philosophique chrétienne, sur le modèle des écoles d'Athènes) que Dieu donne à l'esprit humain les moyens de parvenir à la vérité. Élève de Clément, Origène († 254) assume dans le christianisme l'héritage de la rhétorique et de la philosophie antiques, en intégrant la philosophie platonicienne dans la théologie chrétienne.  (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, ibid., p. 23-24.)

Entre le Ve siècle et le IXe siècle, Boèce (480-524), philosophe romain chrétien contemporain de Clovis, répand les oeuvres d'Aristote en Occident. Son travail a été la source antique principale de la philosophie médiévale avant le XIIIe siècle. Son traité Logica vetus (logique ancienne) comprend entre autres ses traductions latines de l'Organon (Analytiques I et II), des Catégories, des Topiques, et De l'Interprétation d'Aristote, qu'il a transmis en Occident avant que soient connus les commentaires d'Averroès, philosophe andalou (1126-1198) au XIIIe siècle.

"La période n'est pas celle de 'l'infélicité des Goths', le long tunnel d'ignorance déploré par Rabelais et les humanistes. La convergence culturelle des élites 'barbares' et des élites gallo-romaines a permis leur fusion rapide. Au Ve et VIe siècles, aucune régression ne se discerne dans la culture des laïcs ni dans l'usage de l'écrit. [...] Monastères et églises jouent un rôle positif dans la conservation des oeuvres antiques. [...] La période du Ve au IXe siècle ne correspond donc nullement au degré zéro de la culture. Tout au contraire, elle assume un rôle primordial dans la transmission d'une grande part de la littérature latine à l'Occident des temps futurs. [...] À bien y regarder, on est donc amené à reconsidérer l'idée d'un déclin de cette noblesse sénatoriale dans la Gaule du Ve siècle en raison de l'hégémonie des chefs barbares. En vérité, la plupart des grandes familles ont maintenu leur position, entretenu un style de vie antique et participé à la transmission de la culture écrite." (Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX, La France avant la France 481-888, Histoire de France, Sous la direction de Joël Cornette, Folio Histoire, 2019, p. 19 et 40.)

 

La scolastique primitive, du début du XIe siècle à la fin du XIIe siècle débute avec la figure d'Anselme de Cantorbéry, et l'école de Chartres. Les œuvres d'Aristote marquées par l'influence de Platon sont copiées par Jacques de Venise († 1147) et traduites du grec au latin par Albert le Grand (1193-1206), maître dominicain de Thomas d'Aquin, qui les introduit dans les universités, en même temps que les traités scientifiques grecs. Thomas d'Aquin formule l'aristotélisme chrétien en appliquant à la théologie les méthodes et les exigences du raisonnement philosophique. Alexandre de Hales (1180-1245) surnommé le "Docteur irréfragable", Robert Grossetête (1175-1253) à Lincoln, un des représentants de la Première Renaissance, et Roger Bacon (1214-1294) à Oxford (Angleterre), surnommés le "Docteur admirable", davantage portés vers l'expérience que vers la spéculation pure, identifient quelques erreurs commises par Aristote à propos des phénomènes naturels, ce qui ne les empêche nullement de reconnaître l'importance de la philosophie d'Aristote. La scolastique tardive du XIVe siècle est représentée par la figure de Jean Duns Scot (1266-1308), à Oxford, Paris et Cologne, le "docteur subtil" qui donne une priorité à la volonté (d'où l'étiquette de "volontarisme") devant les autres facultés comme l'intelligence intellectualiste ou la charité.

 

"Le christianisme irrigue toutes les constructions sociales, il est le modèle d’explication des sociétés, des cultures et du système de pensée occidental dans ses structures conceptuelles. Il se présente comme la constituante essentielle de l’histoire des civilisations et des hommes. Cette assertion, indéniable aujourd’hui et scientifiquement acquise..." (Bénédicte Sère, Histoire générale du christianisme. Volume I : Des origines au xve siècle, dir. Jean-Robert Armogathe, Pascal Montaubin, Michel-Yves Perrin, Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 04 avril 2012. URL : http://journals.openedition.org/rhr/7840 )

 

"Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe." (Théodore ZELDIN, Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, Points Histoire, Paris-Mesnil 1981, p. 446.)

Le self-government rural ou la "démocratie" et des élections à la pluralité des voix dans chaque village était un usage courant sous l'"Ancien Régime". (Frantz FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, p. 33-35.)

"Les rois du vieux temps laissaient se gouverner leurs sujets à l'abri de leur autorité souveraine. [...] Dallington va jusqu'à définir la France sous le gouvernement de ses princes, 'une vaste démocratie'." (Frantz FUNCK-BRENTANO, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 525-526.)

Le parlement local était élu par la population locale. Chaque grande ville élisait ses dirigeants, désignés parfois sous le terme d'échevin. (Pierre GAXOTTE, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 9-10.) Mais, "dans certaines provinces, les sujets du roi pouvait naître, vivre et mourir sans avoir directement affaire à l’Etat." (Michel ANTOINE, Louis XV, Fayard, 1989).

Sous "l'Ancien Régime", "le principe des libertés nationales était posé dans cette maxime fondamentale de l'Etat français : Lex fit consensu populi et constitutione regis. "Consentement de la nation et décret du prince", voilà l'antique formule du pouvoir législatif en France, depuis l'établissement de la monarchie." (Mgr FREPPEL, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 33.)

"L'enseignement était obligatoire et gratuit. [...] Au cours de son livre L'École sous la Révolution, V. Pierre constate qu'il y avait en 1789 des écoles dans chaque paroisse 'et presque dans chaque hameau'." (Frantz-FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, pp. 50-51.)

  

La liberté et l'égalité sont des principes monarchiques français qui ont été dévoyés par l'oligarchie républicaine.  

"Dans le régime démocratique, [...] (e)n théorie, le nouveau citoyen se voit reconnaître un pouvoir de contribuer à la formation des décisions. [...] Mais en réalité, il a moins de prise sur la décision qu'il n'en a jamais eu (Voir Patrice Gueniffey, Le Nombre et la raison, La Révolution française et les élections, éd. de l'EHESS, Paris 1993, p. 208-213). En effet, la participation démocratique [...], constitue une double fiction dont l'effet est de transférer le pouvoir théoriquement possédé par les individus à une oligarchie composée de professionnels de la politique. Cette oligarchie trie les problèmes et définit les termes dans lesquels ils peuvent être résolus, médiation indispensable pour transmuer la poussière des volontés individuelles en 'volonté collective'." (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaireFayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206-210.)

"L'État de nos jours est plus directif que sous l'Ancien Régime. [...] La plus libérale des démocraties actuelles est bien plus absolue que la monarchie dite 'absolue'... En effet, l’autorité étatique y est beaucoup plus à même d’imposer sa volonté." (Jean-Louis HARROUEL, L’esprit des institutions d’Ancien Régime, Le miracle capétien, Perrin, 1987).

 

Rappelons les progrès scientifiques et moraux dus au christianisme. Le christianisme est directement responsable des percées intellectuelles, politiques, scientifiques et économiques les plus significatives du dernier millénaire; la théologie chrétienne en est la source même. "Les autres grandes religions ont mis l'accent sur le mystère, l'obéissance et l'introspection. Seul le christianisme s'est ouvert à la logique et à la pensée déductive comme moyens d'accès aux lumières, à la liberté et au progrès. Au Ve siècle déjà, saint Augustin célébrait le progrès théologique et "l'invention exubérante". Les valeurs qui nous sont les plus chères aujourd'hui - le progrès scientifique, le règne de la démocratie, la liberté des échanges et de la circulation des hommes et des idées - doivent largement leur universalité au christianisme vu comme une tradition grandiose dont nous sommes tous les héritiers", écrit Rodney STARK dans son ouvrage "Le triomphe de la raison : pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, traduction de Gérard Hocmard, Paris, Presses de la Renaissance, 2007.)

 

Au VIIe siècle, les sacrifices humains en Europe étaient encore pratiqués dans certaines régions païennes comme la Frise où les enfants étaient "noyés dans la mer par la marée montante afin d'apaiser la colère des dieux" (Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MERIAUX, La France avant la France 471-888, Histoire de France, Sous la direction de Joël Cornette, Folio Histoire, 2019, p. 276); en Suède où les habitants de l'île de Gotland sacrifiaient leurs enfants, en Norvège où on jetait les enfants sur des lances, en Islande où des êtres humains étaient jetés dans des fosses sacrificielles (blotgrafar, des puits à offrandes); en Suède encore à Uppsala où tous les neuf ans, des hommes étaient sacrifiés pendus dans un bois près du temple, ou noyés dans une source (Stéphane COVIAUX, La fin du Monde Viking, Passés Composés, Paris 2019, p. 158); au Danemark au Xe siècle, où l'archéologie témoigne de l'existence de sites dédiés aux sacrifices rituels, y compris humains, à Tisso, près de la grande halle, ou à Trelleborg. 

Ces sacrifices humains réalisés dans l'espoir de se concilier les dieux Odin, Thor et Freya, parce que leur sang avait davantage de prix, avaient disparu au XIIIe siècle dans la "Chrétienté", et au XVIe siècle dans le monde, en Amérique latine. "Ils ne cesseront définitivement qu'une fois le christianisme bien implanté." (Jean RENAUD, Les vikings, vérités et légendes, Perrin, 2019, p. 294-302.)

 

L'infanticide et l'exposition des enfants. L'anthropologue Laila Williamson note que "l'infanticide a été pratiqué sur tous les continents et par des gens de tous niveaux de complexité culturelle, des chasseurs-cueilleurs aux grandes civilisations, y compris nos propres ancêtres. Plutôt que d'être une exception, il a donc été la règle. (Laila Williamson, Infanticide: an anthropological analysis, in Kohl, Marvin (ed.). Infanticide and the Value of Life, NY: Prometheus Books, 1978, pp. 61–75.)

Une méthode d'infanticide fréquente dans l'Europe et l'Asie anciennes consistait simplement à abandonner le nourrisson , le laissant mourir par exposition (c'est-à-dire par Hypothermie, faim, soif ou attaque animale). [John Eastburn Boswell, "Exposition et oblation: l'abandon des enfants et la famille antique et médiévale". Revue historique américaine, 1984.]

Les Grecs historiques considéraient la pratique du sacrifice des adultes et des enfants comme barbare [26], cependant, l'exposition des nouveau-nés était largement pratiquée dans la Grèce antique , elle était même préconisée par Aristote dans le cas de la déformation congénitale - "Quant à l'exposition des enfants, qu'il y ait une loi interdisant à un enfant déformé de vivre. » [PM Dunn, "Aristotle (384–322 bc): philosopher and scientist of ancient Greece, 2006] En Grèce, la décision d'exposer un enfant appartenait généralement au père, bien qu'à Sparte, la décision ait été prise par un groupe d'anciens.

Cette pratique était également répandue dans la Rome antique. Selon la mythologie, Romulus et Remus , deux fils jumeaux du dieu de la guerre Mars, ont survécu au quasi-infanticide après avoir été jetés dans le Tibre. Selon le mythe, ils ont été élevés par des loups et ont ensuite fondé la ville de Rome.

Philon a été le premier philosophe à se prononcer contre. [The Special Laws. Cambridge: Harvard University Press. III, XX.117, Volume VII, pp. 118, 551, 549.] Une lettre d'un citoyen romain à sa sœur ou à une femme enceinte de son mari [Greg Woolf (2007). Ancient civilizations: the illustrated guide to belief, mythology, and art. Barnes & Noble. p. 386.], datant du 1er av. J.-C., montre la nature décontractée avec laquelle l'infanticide était souvent considéré.

Dans certaines périodes de l'histoire romaine, il était traditionnel qu'un nouveau-né soit amené au pater familias , le patriarche de la famille, qui déciderait alors si l'enfant devait être gardé et élevé, ou laissé mourir par exposition. [John Crossan, The Essential Jesus: Original Sayings and Earliest Images, p. 151, Castle, 1994, 1998] Les Douze Tables de droit romain l'ont obligé à mettre à mort un enfant visiblement déformé. Les pratiques concurrentes d' esclavage et d'infanticide ont contribué au «bruit de fond» des crises de la République.

L'infanticide est devenu une infraction capitale en droit romain en 374 après JC , mais les contrevenants étaient rarement, sinon jamais, poursuivis. [Samuel X. Radbill, 1974, "A history of child abuse and infanticide", in Steinmetz, Suzanne K. and Murray A. Straus (ed.). Violence in the Family. NY: Dodd, Mead & Co, pp. 173–179.]

La première maison d'enfant trouvé en Europe a été établie à Milan en 787 en raison du nombre élevé d'infanticides et de naissances hors mariage. L' hôpital du Saint-Esprit à Rome a été fondé par le pape Innocent III parce que les femmes jetaient leurs enfants dans le Tibre. [Richard Trexler, (1973). "Infanticide in Florence: new sources and first results". History of Childhood Quarterly. 1: 99.]

Contrairement à d'autres régions européennes, au Moyen Âge, la mère allemande avait le droit d'exposer le nouveau-né. [C.W. Westrup (1944). Introduction to Roman Law. London: Oxford University Press. p. 249.]

Au Haut Moyen Âge, l'abandon d'enfants non désirés a finalement éclipsé l'infanticide. Les enfants non désirés étaient laissés à la porte de l'église ou de l'abbaye, et le clergé était supposé prendre soin de leur éducation. Cette pratique a donné naissance aux premiers orphelinats. (Josiah Cox Russell, 1958, Late Ancient and Medieval Population, pp. 13-17.]

Le judaïsme interdisait l'infanticide. Tacite a enregistré que les Juifs "considèrent comme un crime de tuer tout enfant né tard". [Tacitus (1931). The Histories. London: William Heinemann. Volume II, 183.] Josephus , dont les travaux donnent un aperçu important du judaïsme du 1er siècle, a écrit que Dieu "interdit aux femmes de provoquer l'avortement de ce qui est engendré, ou de le détruire par la suite". [Josephus (1976). The Works of Flavius Josephus, "Against Apion". Cambridge: Harvard University Press. pp. II.25, p. 597.]

Dans les tribus païennes germaniques, John Boswell écrit que les enfants indésirables étaient exposés, généralement dans la forêt. "C'était la coutume des païens [teutoniques], que s'ils voulaient tuer un fils ou une fille, ils seraient tués avant d'avoir reçu de la nourriture." [Boswell, John (1988). The Kindness of Strangers. NY: Vintage Books.] Habituellement, les enfants nés hors mariage étaient disposés de cette façon.

Dans son Temps préhistoriques très influent, John Lubbock a décrit des os brûlés indiquant la pratique du sacrifice d'enfants dans la Grande-Bretagne païenne. [John Lubbock (1865). Pre-historic Times, as Illustrated by Ancient Remains, and the Manners and Customs of Modern Savages. London: Williams and Norgate. p. 176.]

Le dernier canto, Marjatan poika (Fils de Marjatta) de l'épopée nationale finlandaise Kalevala décrit un infanticide supposé. Väinämöinen ordonne que l'enfant bâtard de Marjatta se noie dans le marais.

Le Íslendingabók , une source principale pour la première histoire de l'Islande , raconte que lors de la conversion de l'Islande au christianisme en 1000, il a été prévu - afin de rendre la transition plus agréable pour les païens - que "les anciennes lois autorisant l'exposition des nouveau-nés resterait en vigueur". Cependant, cette disposition - comme d'autres concessions faites à l'époque aux païens - fut abolie quelques années plus tard.

Ce sont les principes chrétiens sur lesquels la civilisation occidentale a été fondée qui ont d'abord interdit, puis empêché pendant si longtemps et pendant tant de siècles le meurtre d'enfants. 

 

"Le christianisme a libéré les femmes." (Jacques Le Goff).

 

Le consentement dans le mariage est une révolution introduite avec l'institution du mariage chrétien qui revenait sur la pratique du mariage forcé hérité du droit romain où la femme romaine est une mineure, sous la coupe du pater familias, père de famille, puis du mari. Voici quelques lignes de Jacques Le Goff sur ce sujet :

 

À l'instar des nombreuses saintes qui furent persécuter et martyres pour avoir exercé leur liberté de consentement, comme sainte Thècle au Ier siècle, sainte Agathe au IIIe siècle, ou encore sainte Agnès au début du IVe siècle, "voyez [...] la réflexion qu'a menée l'Église sur [...] le mariage, afin d'aboutir à cette institution typiquement chrétienne formalisée par le IVe siècle concile de Latran en 1215, [...] un acte qui ne peut avoir lieu qu'avec l'accord plein et entier des deux adultes concernés (consentement). [...] Le mariage est impossible sans l'accord [...] de l'épouse : la femme ne peut pas être mariée contre son gré, elle doit avoir dit oui. (Michel SOT, La Genèse du mariage chrétien, L'Histoire n°63, pp. 60-65).

 

"[...] C'est une de mes idées favorites, confortée par le progrès des études historiques : le Moyen-Âge, [...] a été aussi et surtout un moment décisif dans la modernisation de l'Occident." (Jacques LE GOFF, L'histoire n° 245, cité dans La Véritable Histoire des Femmes, De l'Antiquité à nos Jours, Présenté par Yannick RIPA, L'Histoire, Nouveau Monde Éditions, Paris 2019, pp. 67-82.)

 

"À l'ère moderne, les découvertes scientifiques, l'essor du commerce [...] auraient achevé d'installer en Occident un mouvement de liberté et de progrès, à opposer à la stagnation des autres mondes, islamique, chinois, indien." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 15.)

 

Le christianisme a permis le "décollage européen" au "Moyen-Âge", le progrès économique, le progrès scientifique, technologique et matériel, et le progrès moral, dans la mesure où la papauté a travaillé à l'autonomie des pouvoirs temporel et spirituel ("réforme grégorienne" au XIe siècle), ce qui n'existe dans aucune autre ère de civilisation. (CfJean-Louis HAROUEL, Le Vrai génie du christianisme, Laïcité, Liberté, Développement, éditions Jean-Cyrille Godefroy, Clamecy 2012 ; Rodney STARK, Faux témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, Salvator, Paris 2019.)

 

"L'une des incantations républicaines consiste à faire croire que la République a apporté l'égalité entre les citoyens. ... [J]e ne suis pas certain que les inégalités aient été plus criantes sous Louis XVI que sous notre république. Précisément parce que l'institution de la noblesse, cet ordre prestigieux auquel toute famille désireuse de se hisser dans la société rêvait d'accéder, empêchait par là même qu'elles continuent à s'enrichir interminablement (il était interdit à la noblesse de s'enrichir; l'honneur interdisait à la noblesse de sortir du rôle qui lui était dévolu, la noblesse pouvait se perdre par déchéance à la suite d'une condamnation infamante, ou par dérogeance, lorsqu'un noble était convaincu d'avoir exercé un métier roturier ou un trafic quelconque). Un Bill Gates était inimaginable à l'époque, ces fortunes qui dépassent la richesse de nombreuses nations n'existaient pas. [...] Rien de plus politique que d'arrêter, par un moyen aussi puissant que volontaire, par le motif de l'honneur, l'accroissement immodéré des richesses dans les mêmes mains. Ainsi l'institution de la noblesse empêchait-elle la constitution de fortunes insensées, aberrantes, outrancières, et ce n'est pas le moindre paradoxe que de voir dans l'ancienne monarchie un monde mieux armé pour prévenir ces aberrations. [...] Malgré l'évidence..., on continue de nous représenter la société sous l'Ancien Régime comme monde inégalitaire. Il l'était, sans aucun doute. Comme toute société. Il n'existe pas de société égalitaire. La société communiste, qui s'est imposée au prix d'une terreur jamais vue dans l'histoire, n'a pas réussi le pari de l'égalité, au contraire: elle a connu un éventail des revenus plus large que nos sociétés d'Europe occidentale. Il est d'ailleurs amusant de constater que la gauche, et plus généralement la république, aggrave, toujours les inégalités plutôt qu'elles ne les réduit. Par exemple, sous le septennat de Valery Giscard d'Estaing, l'éventail des revenus était moins large que sous son successeur François Mittérand. ... Aujourd'hui, ... [l]a moitié du patrimoine national (50%) est détenue par 10% des ménages. Et 40% des Français n'ont aucun patrimoine. 40% des Français sans patrimoine: ce chiffre était le même en 1800, au lendemain de la Révolution." (Yves-Marie ADELINE, Le Royalisme en question (1792-2002), Perspectives pour le XXIe siècle, Préface de Vladimir Volkoff, Postface de Jean Raspail, L'Âge d'Homme - Editions de Paris, Libres Mobiles, 2e édition corrigée, Paris 2002, p. 96-97). 

Au Ve siècle, avec nos premiers rois de France, la tradition royale était, sur les conseils de saint Rémi, qui baptisa Clovis, de soulager les habitants du pays, de réconforter les affligés, de veiller sur les veuves, de nourrir les orphelins (M.C. ISAÏA, Rémi de Reims, Mémoire d'un saint, histoire d'une église, Cerf, Paris 2010, p. 777), et pour ceux que la Providence avait particulièrement dotés de donner le plus largement possible aux pauvres. À l'instar de l'amour du prochain, la charité publique, commandée par la foi, et librement consentie, n'était pas (encore...) imposée par l'État. "Protège les Pauvres, ils te protégeront", tel était l'enseignement de Philippe Auguste à Saint-Louis.

 

La charité publique. C'est surtout sous la direction des évêques, protecteurs des faibles et des malheureux, que se développa le mouvement charitable; ils créèrent les Hôtels-Dieu que l'on retrouve à l'ombre de toutes les cathédrales. Dans la plupart des pays d'Europe, les maladreries étaient sous la juridiction directe des évêques. La dîme servait à alimenter la charité paroissiale, pendant plus de 1200 ans, le budget de l'Église fut en même temps celui de l'assistance et de la charité publiques. (Jean GUIRAUD, Histoire partiale histoire vraie, tome III, L'Ancien Régime, 5° édition, Gabriel Beauchesne & Cie Editeurs, Paris 1914, p. 210.)  

 

"Les principes consolants et la morale bienfaisante du christianisme, ses doctrines démocratiques et libérales, devaient concilier aux prêtres qui les enseignaient le respect et l’amour des peuples ; l’organisation de l’Église, sa hiérarchie, sa discipline, la tenue de ses conciles généraux et particuliers, la richesse de ses revenus et de ses aumônes, lui assuraient un ascendant considérable dans la société." Ainsi s’exprime l’historien Benjamin GUÉRARD, dans sa préface du Cartulaire de l’église Notre-Dame de Paris, publié en 1850. Guérard était loin d’être un "clérical" ; mais ses recherches et sa science approfondie du Moyen Age, étudié par lui aux sources, l’ont amené à tracer du rôle de l’Église dans la civilisation française et dans la conquête des droits et des libertés des citoyens un tableau d’une grande largeur de vues d’un grand intérêt. Le clergé n’eut une si grande influence sur les masses comme sur les individus que parce qu’il se montra d’abord et resta populaire dans la meilleure et la plus sympathique acception de ce mot, tant profané depuis, écrit Charles BARTHÉLEMY dans Erreurs et mensonges historiques ; c’est dans l’Église et par les actes du clergé, non moins que par sa voix, que furent promulgués et mis en pratique les grands principes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

 

Croix et Calvaire du Cher

L’asile, d’après la loi de l’empereur Théodose le Jeune (23 mars 431), comprenait non seulement l’intérieur du temple, mais encore toute l’enceinte du lieu sacré, dans laquelle étaient situés les maisons, les galeries, les bains, les jardins et les cours qui en dépendaient.

 

Le droit d’asile dans les églises fut confirmé par les rois des Francs et par les conciles.

 

Ceux qui se réfugiaient dans les asiles étaient placés sous la protection de l’évêque, devenu pour ainsi dire responsable des violences qui leur seraient faites. Les voleurs, les adultères, les homicides même n’en pouvaient être extraits, et ne devaient être remis aux personnes qui les poursuivaient qu’après que celles-ci avaient juré sur l’Évangile qu’elles ne leur feraient subir ni la mort, ni aucune mutilation. L’esclave réfugié n’était rendu à son maître qu’autant que celui-ci faisait serment de lui pardonner.

 

Les revenus ecclésiastiques étaient divisés en quatre parts. La première seule appartenait à l’évêque, la seconde était pour son clergé, la troisième pour les pauvres de l’Église, et la quatrième pour l’entretien des édifices consacrés au culte.

 

"Partout la part du pauvre était réservée dans les revenus ecclésiastiques, et lorsqu’elle ne suffisait pas, elle devait être accrue des autres fonds dont le clergé avait la disposition. Nourrir tous les indigents et secourir tous les malheureux, telle était la mission de l’Église, qui, pour la remplir, dut quelquefois se dépouiller de ses biens et mettre en gage jusqu’aux objets les plus précieux du culte", explique Guérard. Une des plus belles œuvres, à cette époque ; une des plus méritoires et qui atteste le mieux de sa charité, c’est celle du rachat des captifs. Les sommes que le clergé y consacrait, d’après l’injonction expresse des conciles, étaient souvent très considérables ; il lui était même permis, pour satisfaire à cette obligation, de mettre en gage jusqu’aux vases sacrés des églises.

Aussi, dans ces siècles de fer, où les populations étaient emmenées captives comme des troupeaux à la suite des armées et partagées comme un butin entre les soldats, on voit les évêques épuiser leurs trésors pour les délivrer des liens de l’esclavage.

Saint Épiphane, évêque de Pavie, délivre, en 494, dans les Gaules, par ses instances auprès du roi Gondebaud ou à prix d’argent, plus de six mille Italiens que les Bourguignons retenaient en captivité.

Le prêtre saint Eptade, originaire d’Autun, rachète plusieurs milliers d’Italiens et de Gaulois emmenés pareillement en esclavage par les Bourguignons, et ensuite une foule de captifs que les Francs de l’armée de Clovis avaient faits dans leur guerre contre les Visigoths.

En 510, saint Césaire, évêque d’Arles, distribue des vêtements et des vivres à une immense multitude de prisonniers francs et gaulois tombés au pouvoir des Goths, et les rachète ensuite avec le trésor de son église, que son prédécesseur Éonius avait amassé. Puis, ayant reçu de Théodoric, roi des Ostrogoths, trois cents sous d’or avec un plat d’argent du poids d’environ soixante livres, il vend le plat, achète la liberté des captifs dispersés dans l’Italie, et leur procure des chevaux ou des chars pour les ramener dans leurs foyers.

Dans le siècle suivant, saint Éloi rachetait les prisonniers saxons et les affranchissait devant le roi.

 

La fin de l'esclavage. Lors de la chute de Rome (476), l'esclavage était répandu partout en Europe; à la "Renaissance", il avait disparu partout en Europe. Le règne du Christ, le premier, a permis l'abolition de l'esclavage, bien avant que les États modernes ne portent de nouvelles législations d'abolition.

 

Benjamin Guérard nous révèle encore que "[...] l’Église, [...] en prenant à sa charge et pour ainsi dire chez elle les veuves, les orphelins et généralement tous les malheureux, ne pouvait manquer de les avoir dans sa dépendance ; mais ce qui devait surtout lui gagner le cœur de ses nombreux sujets, c’est qu’au lieu d’être humiliée ou embarrassée de leur cortège, elle s’en faisait honneur et proclamait que les pauvres étaient ses trésors. D'où l'expression médiévale "Nos Seigneurs les pauvres".

 

"Elle (l’Église) couvrait aussi de sa protection les affranchis, et frappait d’excommunication le seigneur et le magistrat qui opprimaient l’homme faible ou sans défense. Lorsque des veuves ou des orphelins étaient appelés en justice, l’évêque ou son délégué les assistait à la cour du comte et empêchait qu’on ne leur fît aucun tort. L’archidiacre ou le prévôt des églises devait visiter tous les dimanches les prisonniers et subvenir à leurs besoins avec le trésor de la maison épiscopale. Aux trois grandes fêtes de l’année, savoir : à Noël, à Pâques et à la Pentecôte, les évêques faisaient ouvrir les prisons aux malheureux qu’elles renfermaient.

 

"Ne perdons pas de vue que les institutions qui, dans les temps modernes, et principalement de nos jours, ont agité les peuples, les touchaient alors fort médiocrement et leur étaient non seulement indifférentes, mais encore incommodes, onéreuses, antipathiques. On préférait de beaucoup l’assemblée des fidèles à celle des scabins (échevins, magistrats) ou des hommes d’armes ; on fuyait les plaids et les champs de mars ou de mai pour accourir aux temples ; on était bien plus puni d’être privé dans l’église de son rang, de la participation aux offrandes, aux eulogies, à la communion, que du droit de porter les armes et de juger ; en un mot, on tenait bien plus à l’exercice de ses droits religieux qu’à celui de ses droits politiques, parce que l’État religieux était bien supérieur à l’état politique, et que, hors de l’Église, tous les devoirs et tous les droits de l’homme étaient à peu près méconnus", écrit l’historien Guérard.

 

Reprenant en 1877 ces propos de Guérard, Charles Barthélemy estime : "[...] où M. Guérard nous semble avoir le mieux compris et proclamé le grand rôle de l’Église dans la revendication des droits de l’homme, c’est dans cette page que lui a été dictée le spectacle des utopies dangereuses de 1848 :

 

"Ce qu’aucun gouvernement ne ferait aujourd’hui qu’en courant le risque de bouleverser la société, l’Église le faisait tous les jours dans le Moyen Age, sans la compromettre, et même en la rendant plus tranquille et plus stable. Quelle monarchie, quelle république pourrait, par exemple, proclamer impunément ce dangereux droit au travail qui paraît menacer notre civilisation ? Eh bien, l’Église osait plus encore. Des deux grandes classes dans lesquelles la population fut de tout temps divisée, savoir, les riches et les pauvres, l’Église ne craignait pas de se charger de la dernière. Elle mettait dans son lot tous ceux qui n’avaient rien, et s’inquiétant peu pour elle de leur nombre ni de leur exigence, elle leur disait que ses biens étaient à eux ; elle les installait chez elle ; elle s’obligeait à les nourrir et réglait leur part, sans craindre qu’ils n’en fussent bientôt plus contents et qu’ils ne voulussent à la fin tout avoir. Effectivement, malgré le danger de tels principes, le clergé sut rester riche au milieu de ces misérables et faire respecter par eux ses richesses et son autorité... Ce qui favorisait le plus le respect de l’Église, ce qui constituait véritablement sa force, c’était la foi de ses peuples ; et cet article de sa constitution : Beati qui lugent [Heureux ceux qui pleurent], ne les consolait pas moins que sa charité."

 

De son côté, l’historien et géographe Théophile-Sébastien LAVALLÉE (1804-1867) écrit dans son Histoire des Français : "La monarchie de l’Église fut le commencement de la liberté ; elle n’avait rien d’étroit et de personnel ; elle fut le plus beau triomphe de l’intelligence sur la matière, et eut la plus grande influence sur la révolution plébéienne qui enfanta les communes et les républiques du Moyen Age."

 

Puis (Barthélemy ) de citer un autre souverain, le roi saint Louis prodiguant quelques recommandations à son fils appelé à régner : "Cher fils, s’il advient que tu viennes à régner, pourvois que tu sois juste ; et si quelque querelle, mue entre riche et pauvre, vient devant toi, soutiens plus le pauvre que le riche, et quand tu entendras la vérité, ce fais-leur droit. Surtout, garde les bonnes villes et les coutumes de ton royaume dans l’état et la franchise où tes devanciers les ont gardées, et tiens-les en faveur et amour. »

 

Charles Barthélemy, regrettant d’avoir dû brossé trop rapidement un tableau des 'droits de l’homme au Moyen Age' (dans Erreurs et mensonges historiques, tome 8) conclut en citant le "publiciste et peu clérical" mais éminent historien, journaliste et homme politique Louis Blanc, député sous la IIIe République, s’exprimant ainsi au sujet des corporations d’ouvriers au Moyen Age : "La fraternité fut l’origine des communautés de marchands et d’artisans. Une passion qui n’est plus aujourd'hui dans les mœurs et dans les choses publiques rapprochait alors les conditions et les hommes : c’est la charité. L’Église était le centre de tout ; et quand la cloche de Notre-Dame sonnait l’Angelus, les métiers cessaient de battre. Le législateur chrétien avait défendu aux taverniers de jamais hausser le prix des gros vins, comme une boisson du menu peuple ; et les marchands n’avaient qu’après tous les autres habitants la permission d’acheter des vivres sur le marché, afin que le pauvre pût avoir sa part à meilleur prix. C’est ainsi que l’esprit de charité avait pénétré au fond de cette société naïve qui voyait saint Louis venir s’asseoir à côté d’Etienne Boileau, quand le prévôt des marchands rendait la justice." (Source: Droits de l’homme au Moyen Age, ou de l’action sociale du clergé. France pittoresque)

Aujourd'hui, selon un article du Figaro du 21/01/2014, "près de la moitié des richesses mondiales est détenue par 1% de la population". En 1789, la liberté & l'égalité ont été proclamées ensemble. "La démocratie fondée sur la conviction que le corps politique est le produit des volontés de chacun, et portant jusqu'à l'incandescence l'idée d'une création de l'homme par lui-même, est vouée à étendre sans cesse les droits des individus. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus inégaux, alors même qu'elle a posé en principe leur égalité. Elle se condamne donc à rendre sans cesse moins tolérable l'écart entre les promesses [...], les espérances qu'elle suscite et les accomplissements qu'elle offre." (Préface de Mona OZOUF dans François Furet, La Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. XXI.) Dans ce système, dit de "progrès", l'égalité des uns présuppose l'inégalité économique et sociale des autres; la charité publique et l'amour du prochain sont imposés par l'État. Une belle réussite du marché, mais une impasse totale pour les principes de 1789.

 

Le dualisme créé par la papauté depuis le Ve siècle (lettre de 494 de Gélase Ier à l'empereur Anastase) et amélioré par Grégoire VII (réforme grégorienne) ne sera fondamentalement remis en question que treize siècles plus tard, sous les "Lumières" et le "despotisme éclairé" de souverains comme l'impératrice Marie-Thérèse (1740-1780) et l'empereur Joseph II (1780-1790) - "joséphisme" - où les évêques seront désormais nommés sans contrôle du pape, la carte des diocèses et des paroisses modifiée par décret, les séminaristes placés sous tutelle de l'État (Yves BRULEY, Histoire du Catholicisme, Que Sais-je, 4e édition, Paris 2018, p. 85), et par les révolutionnaires français imposeront la "constitution civile du clergé" du 12 juillet 1790 sans aucune concertation avec la papauté. "Les religieux deviendront des fonctionnaires de l'État" et "les évêques seront consacrés sans intervention du pape." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019, p. 337-338.) La "nation" déclarée souveraine s'arroge le droit d'intervenir seule dans l'organisation du culte. 

 

En 1905, la loi dite de "séparation de l'Église et de l'État", mise en oeuvre par l'obédience maçonnique du "Grand Orient" dit "de France", consacrera non le règne de la laïcité, mais le règne de César en réactualisant le monisme antique de confusion des deux pouvoirs, le temporel (républicain) et le religieux (franc-maçonnique). Et bien vite après César, le règne du marché. 

"Après sa naissance en Angleterre en 1717, la franc-maçonnerie a essaimé très rapidement, dans les trente ou quarante années, dans toute l'Europe; en France, on trouve une première Loge anglo-saxonne 'Amitié et Fraternité' à Dunkerque. La première 'Grande Loge française' est créée en 1738." (Serge ABAD-GALLARDO, conférence L'incompatibilité d'être franc-maçon et catholique, du 18 septembre 2018.) 

Les pouvoirs laïcs ont leur autonomie, de la même manière que le corps a son autonomie par rapport à l'âme; mais c'est quand même l'âme qui doit fournir ses règles de comportement au corps et le contrôler. En ce sens, le règne du Christ ne propose pas une théocratie : ni le pape ni l'Église ne prétend se substituer aux pouvoirs laïcs.

À ce titre, après un siècle de laïcisme où un même personnel politique temporel et spirituel dicte la loi d'une manière opaque, une nouvelle loi de séparation de la franc-maçonnerie et de l'État est urgente, qui consacrerait la "saine et légitime laïcité" définie par Pie XII (le terme a été expliqué par Jean-Paul II, dans Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 145-146.)  

 

 

Paradoxalement au XXe siècle, c'est la papauté elle-même qui reviendra sur mille ans de maturité de la réforme grégorienne, avec "un concile très occidental, dont le tempo sera donné par un épiscopat nord-européen, pour ne pas dire carolingien", qui "voit arriver à maturité [...] la nouvelle théologie très critique envers l'incapacité du monde curial romain à se rendre compte des défis posés par l'areligiosité du monde contemporain". Ce concile "adopte le 21 novembre 1964 la constitution Lumen gentium, qui pose les principes fondamentaux de ce que sera le nouvel enseignement. Après la Révolution française, face à des institutions qui avaient découronné le Christ, l'Église avait cherché à conserver une légitime autonomie, particulièrement sous les pontificats de Léon XII (1823-1829), Pie VIII (1829-1830), Grégoire XVI (1831-1846) et Pie IX (1846-1878). Mais à  partir du pontificat de Léon XIII (1878-1903), elle a commencé à demander aux catholiques de s'engager dans les institutions modernes et à voter pour peser de tout leur poids dans les institutions afin de faire modifier les lois de laïcisation (encyclique Au milieu des sollicitudes, 1892, doctrine qualifiée à l'époque de "ralliement" à la république.) Le concile Vatican II, cherchant à s'ouvrir au monde, consacre l'engagement des laïcs dans la vie politique et les institutions modernes. Mais l'engagement des laïcs doit, aussi, se réaliser dans la vie de l'Église elle-même, "[c]omme tous ses fidèles ont été régénérés par le Saint-Esprit, ils sont tous appelés à un 'sacerdoce commun'. En d'autres termes, "cette constitution [Lumen gentium] cherche à revenir sur la séparation entre clercs et laïcs progressivement montée en puissance depuis la réforme grégorienne, pour affirmer au contraire la participation de tous dans un rapport d'égalité à la vie de l'Église." [En conséquence, n'importe quel laïc aux idées subversives sur les sujets moraux comme la famille, le mariage, le divorce, la contraception, l'avortement, et d'autres sujets, peut entrer dans une paroisse et la démolir de l'intérieur, à la demande même de l'Église.] Dans l'encyclique Pacem in terris le 11 avril 1963, Jean XXIII avait explicitement dit que les États étaient "dépassés et incapables d'assurer le bien commun", et appelé "à la constitution d'une autorité publique de compétence universelle", dont les rapports avec les États, "les citoyens, les familles et les corps intermédiaires doivent être régis par le principe de subsidiarité", un avenir préfiguré par les Nations-Unies et la Déclaration universelle des droits de l'homme. Tous les catholiques étaient appelés à s'engager pour cette tâche. La constitution Gaudium et spes [du concile Vatican II] [...] reprend les principes de Pacem in terris. "L'encyclique Populorum progressio de 1967 complétera Gaudium et spes", avec un "un idéal ecclésial fait désormais d'engagements, de mobilisations et de participation de tous." (Thomas TANASE, Histoire de la papauté, ibid., p. 422- 431.)

 

L'engagement politique n'est pas la panacée, ni ce qu'on demande en priorité à l'Église. Et une question demeure. En confondant clercs et laïcs ("la participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte" de LG 34) en associant étroitement au temporel tous les croyants à la vie politique (LG 36), en liant désormais plus étroitement le sort des chrétiens à celui des empires, en demandant que les laïcs s'engagent résolument pour un modèle global et universel qui sert de base au nouvel ordre international, cette nouvelle orientation de l'Église revient sur mille ans de distinction nuancée des clercs et des laïcs.

 

Benoît XVI "a rappelé qu'une "saine laïcité de l'État, en vertu de laquelle les réalités temporelles sont régies selon leurs règles propres", ne doit cependant pas oublier "les références éthiques qui trouvent leurs fondements ultimes dans la religion".

Quand la communauté civile écoute le message de l'Église, elle est "plus responsable", plus "attentive à l'exigence du bien commun". Son livre, L'Europe de Benoît dans la crise des cultures, fut présenté en grande pompe le 21 juin 2005 à Rome. C'est un recueil de trois conférences en italien – déjà publiées par ailleurs – données de 1992 à 2005. On peut y lire que le futur pape estime que la crise de l'Europe est due au développement d'une culture 'qui, de façon inconnue jusqu'ici, exclut Dieu de la conscience publique.'"(Source: Le Vatican : Hervé Yannou, Le Figaro, Benoît XVI veut réconcilier l'Europe autour des valeurs chrétiennes, 25 juin 2005).

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 07:27

L'image sélectionnée

Source: Peter Kwasniewski

LifeSiteNews

 

Si l'Église est censée se retirer du monde, alors sa liturgie doit faire de même, nous indiquant des réalités célestes qui demeurent à jamais.

Mar 22 sept. 2020 - 9 h 57 HNE

 

22 septembre 2020 ( LifeSiteNews ) - J'ai dit une fois dans une interview :

 

Dans tous ses aspects, l'usus antiquior est comme un exorcisme perpétuel du diable, en indiquant encore et encore le triomphe de Dieu incarné sur l'ancien ennemi de la nature humaine. Le fait même que la nouvelle liturgie ait aboli ou abrégé les exorcismes partout où ils se trouvaient - dans le rite du baptême, dans diverses bénédictions, dans le rite même de l'exorcisme lui-même! - en dit long.

 

Une dame en Allemagne m'a écrit à propos de cette interview, partageant avec moi ses réflexions sur le discours du Pape Benoît XVI à Fribourg le 25 septembre 2011, dans lequel il appelait à une "déworldification" (Entweltlichung) de l'Église. Voici l'essentiel de ses observations très intéressantes.

 

Si l'Église est censée se retirer du monde - non pas pour l'abandonner à l'enfer, mais pour l'appeler à son destin ultime et élever sa vision au-dessus de l'éphémère - alors sa liturgie doit faire de même, nous indiquant les réalités célestes qui demeurent pour toujours et donner un sens à tout ce qui passe ici-bas, et relativiser le temporel contre les horizons de l'histoire et de l'éternité.

 

Cette déworldification a lieu particulièrement fortement dans l'ancien rite, moins dans le nouveau. La célébration traditionnelle de la messe souligne que le sacrifice de Jésus-Christ sur la croix au Golgotha ​​est renouvelé sans effusion de sang. Le Seigneur nous joint mystiquement à sa mort sur la croix; Son amour sans bornes pour les hommes nous irradie au moment où il donne sa vie en sacrifice en expiation de nos péchés. Sous la croix se tiennent la Sainte Mère et le disciple que Jésus aimait. Le rideau du temple est déchiré en deux; les soldats tombent au sol. L'obscurité descend sur tout le pays. Les forces du mal sont jetées dans l'abîme de l'enfer. En conséquence, un nettoyage en profondeur a lieu, un «exorcisme» se produit, et cela se fait dans chaque Sainte Messe au cours de laquelle le Saint Sacrifice est offert. L'Église est glorifiée par le saint amour du Christ et en même temps libérée des mauvaises puissances. Ses ennemis sont détruits. Dans la célébration du sacrifice de la messe, il y a toujours une déworldification dans le sens de la purification du mal, du renforcement dans le bien et de la promesse d'immortalité.

 

Dans le nouveau rite de la messe, cependant, la célébration de la «Dernière Cène» est au centre. Ici, l'aspect de l'amour fraternel est renouvelé; il favorise une coexistence pacifique, l'idée de communauté et l'unité de l'assemblée. Néanmoins, au Cénacle, Judas est également toujours présent. La Sainte Mère a disparu. Aucun ennemi n'est détruit, pas même menacé. Judas s'en va seul, inaperçu, comme beaucoup de ceux qui quittent l'église aujourd'hui. Presque tous ceux qui sont rassemblés s'approchent de la table du Seigneur pour recevoir la communion, qu'ils soient spirituellement en communion ou non. Est-ce qu'ils approuvent pleinement l'enseignement du Maître et le reçoivent comme leur Seigneur et Dieu, ou sont-ils alignés avec les pharisiens et les scribes qui planifient sa chute, avec Ponce Pilate qui hausse les épaules et se lave, ou essaie de se laver les mains de complicité? Ce rite de messe,

 

Pour faire une comparaison avec un drame, cela n'a aucun sens pourquoi l'acte final et l'apogée (le sacrifice du Christ sur la croix) est plus ou moins ignoré dans la pièce, et au lieu de cela, l'avant-dernier acte (le Dîner du Seigneur) est effectué. La suppression phénoménologique du caractère sacrificiel de la Sainte Messe au profit de son caractère de repas est au fond un scandale. Cela ne peut s'expliquer que par le fait que les ennemis de l'Église savaient qu'ils ne pourraient jamais éliminer complètement la Sainte Messe; ils ont d'abord dû créer une forme plus faible, qui devient de plus en plus faible et, à un moment donné, est assimilée au dévouement protestant traditionnel.

 

C'est pourquoi les ennemis de la Sainte Mère Eglise, petits et grands, sont contre l'ancienne messe. Même les ecclésiastiques qui voient que sous la nouvelle forme, ils sont entourés de tous côtés par des problèmes pour eux-mêmes, continuent de s'y accrocher.  

 

Le ressort le plus profond de la décision du pape Benoît XVI de "libérer" l'usus antiquior - c'est-à-dire le rite romain historiquement continu de la messe transmis par la tradition - n'était pas simplement la réconciliation avec la Fraternité Saint-Pie X, ou des relations amicales avec des groupes dispersés de traditionalistes. Comme il l'a dit dans sa lettre Con Grande Fiducia, il s'agissait de réconcilier l'Église avec elle-même, avec sa propre histoire et tradition. Ce qu'il a omis de dire, sans doute pour des raisons de diplomatie papale, c'est que c'est son prédécesseur Paul VI qui a fait plus que tout autre pape pour rompre les liens avec l'héritage catholique immémorial dans tous les aspects de la vie de l'Église. Ce n'était pas une simple "mauvaise application" du Concile Vatican II, mais une attaque frontale approuvée par le pape contre le surnaturel ou l'essence et la mission surnaturelles de l'Église du Christ sur terre.

 

Malheureusement, près de dix ans après le discours de Fribourg, nous pouvons dire que le message du Pape Benoît XVI d'Entweltlichung ou "déworldification" est tombé dans l'oreille d'un sourd, à la fois dans la bureaucratie richement financée de l'épiscopat allemand et dans l'Église au sens large qui continue sur sa manière pas très joyeuse de sécularisation.

 

Avec l'aimable autorisation de Juventutem DC, nous avons ces statistiques époustouflantes d'Allemagne. Les détails ont quelque peu changé depuis l'annonce initiale de ces plans, mais le fait même qu'ils aient été et soient toujours envisagés nous donne un "portrait du nouveau printemps" effectif:

 

L'archidiocèse de Fribourg est en train de regrouper 1057 paroisses en 40.

L'archidiocèse d'Utrecht, qui comptait 355 paroisses en 1965 et en est réduit à 280 aujourd'hui, n'en aura que 20 au cours de la prochaine décennie.

Le diocèse de Trèves - le plus ancien d'Allemagne - regroupe 905 paroisses en 35.

Le diocèse d'Essen a réduit le nombre de ses paroisses de 259 à 43.

L'archidiocèse de Luxembourg a réduit le nombre de ses paroisses de 274 à 33.

L'archidiocèse de Berlin réduit le nombre de ses paroisses de 105 à 30 d'ici 2020.

 

D'un autre côté, depuis la promulgation de Summorum Pontificum en juillet 2007, le nombre de lieux de messe latine traditionnelle (non-FSSPX) en Allemagne est passé de 35 à plus de 150, selon Pro Missa Tridentina. La FSSPX, pour sa part, rapporte 42 sites, un nombre qui n'a cessé de grimper au fil des ans. Il y a, après tout, des pousses vertes dans cet étrange printemps. Ils sont précisément là où le processus de déworldification ne s'est pas installé ou est consciencieusement combattu.

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 08:32

Dernière folie à Milan: Confirmation avec des cotons-tiges biodégradables

 

06-09-2020

 

La Nuova Bussola Quotidiana

 

Luisella Scrosati

 

Une note du bureau de l'archidiocèse de Milan dicte les nouvelles règles pour la célébration des confirmations: en plus des mesures absurdes habituelles pour garantir la distanciation sociale, pour l'onction, il est suggéré - au lieu de la boule de coton habituelle - d'utiliser le  "coton-tige biodégradable", un exemple admirable d'Église sainement corrigée et écologiquement convertie. Pendant ce temps, dans la province de Forlì, un maire - apparemment avec le consentement du curé de la paroisse - impose aux enfants des tampons comme condition pour recevoir la première communion. Il s'agit-là seulement des derniers exemples d'une Église en plein désarroi et désormais complètement asservie à l'État.

 

Le cher cardinal Giacomo Biffi, dans son Cinquième Évangile, humoristique et pénétrant - qui imaginait la découverte d'un nouvel évangile, en fait, qui reprenait certains passages traditionnels et les relisait ironiquement à la lumière de la théologie moderne - n'avait pas pu imaginer autant de choses. Son esprit avait peut-être été quelque peu freiné par son célèbre réalisme et son bon esprit substantiel. Lui, le bon Biffi, n'en était pas venu à penser que ses frères dans le sacerdoce et l'épiscopat seraient un jour inspirés par quelques versets d'un pseudo-évangile qui rapportait, à sa manière, l'histoire de la guérison du lépreux.

 

S'il avait toujours été parmi nous, il aurait certainement aussi "trouvé" cette partie dans laquelle, à la supplication du lépreux, Jésus, au lieu de tendre la main, de le toucher et de dire: "Je le veux, sois purifié!" (cf. Mc 1, 40-41), avait fait usage de ses apôtres et du pouvoir de Rome, pour vérifier que le lépreux n'avait pas une température supérieure à 37,5 ° C et n'avait pas été en contact avec des personnes mises en quarantaine. Bref, les choses se seraient plus ou moins passées comme cela, selon le texte "redécouvert":

 

"Puis un lépreux vint vers lui: il le supplia à genoux et lui dit: Si tu veux, tu peux me guérir!". Poussé par la peur, Jésus retira sa main, s'assura de garder la distance d'au moins deux mètres et, plaçant soigneusement le voile devant son nez et sa bouche, lui dit: "Je le veux, sois guéri. Mais dans tous les cas, vous comptez comme une personne infectée". Immédiatement, la lèpre a disparu et il s'est rétabli. Et, le réprimandant sévèrement d'avoir quitté la maison et de ne pas avoir observé la quarantaine, il le renvoya et lui dit: "Fais attention à ne pas te promener sans masque, mais va, présente-toi au prêtre, et dis-lui de se méfier de tout le monde, de ceux qui ont des maladies infectieuses". Et les gens se sont réjouis de l'attention portée par le Maestro à la santé publique".

 

C'est plus ou moins de cet "évangile" que l'archidiocèse de Milan a dû s'inspirer en publiant la dernière note méticuleuse pour la célébration de la Confirmation ( ici ) éditée par le Bureau et datée du 3 septembre. Ainsi, alors que dans les écoles de toute l'Italie, y compris celles de Milan et des environs, les enfants pourront s'asseoir à leur bureau sans masque, les mêmes enfants qui se retrouveront à leur place parmi les bancs d'une église, qui notoirement (expliquez-le à l'évêque, et au CTS) ont un volume cubique des dizaines de fois supérieur à celui des places d'une salle de classe, ils devront garder le masque.

 

Et évidemment le candidat doit garder une distance d'un mètre avec le parrain. Ce qui, vous pouvez être sûr, se produira également pendant les festivités au restaurant ou à la maison. Et cela avait sûrement dû se produire avant la célébration. Car l'oncle, la sœur ou la cousine du candidat, de février à aujourd'hui, n'ont certainement jamais approché l'enfant. Qu'il l'a ensuite touché, sans même y penser; la première fois, le premier contact n'aura lieu qu'au moment fatidique, lorsqu'il posera sa main sur l'épaule du filleul, un geste gracieusement accordé par le diocèse. Hypocrisie.

 

Mais ce n'est pas tout. Lorsque les confirmants iront recevoir la Sainte-Hostie, tous à bonne distance, et que le ministre aura mis une muselière, alors l'onction sera donnée, selon les dispositions de la CEI, avec "une boule de coton ou une serviette pour chaque confirmant". Mais le diocèse de Milan, toujours zélé, fait encore plus : il suggère - entendez, entendez - "l'utilisation de cotons-tiges biodégradables", c'est-à-dire les cotons-tiges nouvelle génération. Le ministre de l'Environnement sera donc également satisfait et la conversion écologique est démontrée.

 

Inutile de dire que le ministre "en faisant le geste expressif de l'imposition de la main veillera à ne pas toucher la tête du candidat en même temps", puisque l'on sait l'augmentation des contagions "par la tête". Le ministre "échangera alors la paix avec le candidat en prononçant les paroles prévues par le Rituel mais sans aucun contact physique". Hypocrisie totale.

 

Le diocèse devrait expliquer pourquoi, lors des dernières ordinations sacerdotales dans la cathédrale, l'archevêque a touché les mains des ordonnés avec ses mains, les a graissées sans les bâtons biodégradables et a imposé ses mains en touchant la tête des diacres - un geste répété, horreur ! par tous les prêtres présents - (voir photos ici).

 

Donc, pour récapituler : le virus se transmet par les cheveux du Confirmant, mais pas par les cheveux de l'ordinant ; il est très dangereux de toucher le front d'un candidat à la Confirmation, alors qu'il n'y a aucun problème pour toucher les mains d'un prêtre ; à l'école, on peut aller sans masque, mais pas à l'église. Devons-nous continuer ? [Oui continuons : le gel désinfectant dans les bénitiers à la place de l'eau bénite, alors qu'on peut se baigner de la tête aux pieds dans les piscines. Ndlr.] Ou suffit-il de comprendre que les pasteurs sont maintenant dans le désarroi ? Pendant des décennies, ils ont fait semblant de ne pas voir les abus et les aménagements liturgiques de toute sorte et de toute espèce, et maintenant, ils font preuve d'un zèle inégalé pour soigner chaque détail hygiénique...

 

Juste pour compléter le tableau et pour préciser que les pasteurs ont maintenant définitivement baissé leur pantalon devant les manies hygiéniques d'un pouvoir qui, après avoir été muselé, va imposer la laisse, nous passons de la Lombardie à l'Émilie-Romagne, du diocèse de Milan à celui de Forlì. Municipalité et paroisse de Galeata, où la maire, Elisa Deo, a bien pensé que, à l'occasion des premières communions d'aujourd'hui, le 6 septembre, les enfants devront tous être testés. Sinon, pas de Première Communion. Et le curé ? Il est d'accord, du moins selon Deo. Le maire décide donc qui peut recevoir la Première Communion et qui ne le peut pas, même si ce n'est pas le Père Éternel. C'est le nom de famille qui lui est passé par la tête ? Nous ne le savons pas, mais après les abus des évêques et des prêtres qui refusent la communion à ceux qui veulent la recevoir dans leur bouche, nous avons maintenant les maires qui empêchent les enfants de recevoir le Seigneur. La raison ? Toujours la même : une contagion croissante. Pas moins de sept (sic !) cas notifiés (pas gravement malades ni morts !) dans cette commune de 2 500 habitants, en augmentation probable (les infectés, pas les habitants). Avec un prêtre de la paroisse, et probablement des parents, pour vous remercier de votre sensibilité.

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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 07:21

"Je veux que tous les catholiques sachent que recevoir la Sainte Communion sur la langue est leur droit, et ce qu'ils peuvent faire pour retrouver ce droit, car cela fonctionne!"

Un laïc catholique révèle la stratégie qu'il a utilisée pour surmonter l'interdiction de la communion sur la langue d'un prêtre

LifeSiteNews

Jeu.23 juil.2020-13: 27

 

23 juillet 2020 ( LifeSiteNews ) - "Je veux que tous les catholiques sachent que recevoir la Sainte Communion sur la langue est leur droit, et ce qu'ils peuvent faire pour retrouver ce droit, car cela fonctionne!" Un lecteur français a raconté à LifeSite son expérience personnelle de se voir refuser la communion dans sa paroisse locale en raison des directives du COVID-19, et de son combat réussi, par un appel officiel à l'évêque, pour réclamer la possibilité de recevoir notre Seigneur humblement et avec révérence, à genoux et sur la langue.

 

Son nom de famille, ainsi que les éléments d'identification, seront omis de cette histoire, dans un souci de paix et de discrétion: Guillaume est son prénom chrétien, et c'est ainsi qu'il sera appelé par la suite.

 

Ayant obtenu la capitulation de l'évêque, pure et simple, pour la paroisse que lui et sa femme fréquentent (quelque part en France) Guillaume est maintenant confronté à des courriels désobligeants du curé qui y officie; on a même demandé au couple de se retirer de diverses responsabilités qu'il avait été heureux d'accepter dans cette paroisse de Novus Ordo.

 

Comment Guillaume a-t-il obtenu un tel succès? Sur la base des conseils donnés par le P. Reginald-Marie Rivoire de la communauté dominicaine traditionnelle de Saint-Vincent-Ferrier dans le bimensuel catholique L'Homme nouveau au début des restrictions données concernant le coronavirus, Guillaume a décidé de présenter un appel fondé sur le canon à l'évêque local, dans lequel il a cité plusieurs textes de Rome qui permettent de donner des indults locaux pour la Communion dans la main, mais qui ont confirmé à plusieurs reprises que tous les fidèles "ont toujours le droit de recevoir la communion sur la langue selon leur choix."

 

Le P. Reginald-Marie Rivoire est docteur en droit canonique.

 

Le droit des fidèles catholiques a été précisé par l'Instruction Redemptionis Sacramentum de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements datée du 25 mars 2004, clarifiant Memoriale Domini de 1969 autorisant la Communion à la main comme une exception que les évêques pouvaient concéder par un "indult" dans leur propre diocèse.

 

Cinq ans plus tard, dans le contexte de l'épidémie de grippe porcine en 2009, la même Congrégation a répondu à une question sur la Communion sur la langue dans les nouvelles circonstances par lettre du 24 juillet en déclarant: «Ce Dicastère observe que son Instruction Redemptionis Sacramentum (…) stipule clairement que ``chacun des fidèles a toujours le droit de recevoir la sainte communion sur la langue'' (n. 92), et il n'est pas non plus licite de refuser la sainte cène à l'un quelconque des fidèles du Christ qui ne soit pas empêché par la loi de recevoir la sainte Eucharistie.»

 

La même lettre se terminait par les mots: "Puissiez-vous persévérer dans la foi et dans l’amour pour Notre Seigneur et sa Sainte Église, et dans une dévotion continue au Très Saint Sacrement."

 

L'appel de Guillaume n'a pas abouti sur le bureau de la Congrégation pour le culte divin, peut-être parce que les lois et les instructions de l'Église sont si claires que l'évêque a estimé qu'il aurait été inutile de résister. C'est la leçon qu'il aimerait partager avec tant de catholiques confrontés au même genre de difficultés - pour ne pas dire de persécution - de la part des autorités de l'Église partout dans le monde "à cause" du COVID-19.

 

L'épreuve a commencé le premier dimanche de mars, lorsque le curé de la paroisse de Guillaume - dont les fidèles avaient l'habitude de recevoir la communion sur la langue avant son arrivée - a déclaré lors de son homélie qu'en raison de l'épidémie, il ne donnerait la communion qu'à la main, pour des raisons sanitaires.

 

LireCoronavirus : prétexte à la communion dans la main et à la réduction du Saint Sacrifice à une assemblée eucharistique

 

Le moment venu, Guillaume alla à la communion les mains jointes, s'agenouilla et ouvrit la bouche pour recevoir l'hostie comme il l'avait toujours fait, directement sur la langue. Le prêtre a refusé. Ne voulant pas faire de problème à l'église, Guillaume retourna silencieusement sur son banc, profondément blessé, ayant été traité comme un pécheur public.

 

Peu de temps après, la France est entrée en confinement général le 17 mars et les messes publiques ont été suspendues par les autorités civiles, sans résistance de la hiérarchie ecclésiastique française. Lorsque le confinement général a été levé le 25 mai, Guillaume et sa famille ont décidé de se rendre dans une autre paroisse où le prêtre local continuait à donner la communion sur la langue.

 

À ce stade, il a commencé à recevoir des lettres de colère du prêtre qui avait refusé de lui donner la communion avant le confinement. On lui a dit qu'il avait choisi d'aller voir un prêtre "désobéissant" et qu'il n'était "pas sur le bon chemin vers la sanctification". Il a été accusé d'être "obstiné", de "vouloir que Dieu se soumette à ses désirs personnels" même si le Fils de Dieu a donné à ses évêques l'autorité sur les questions disciplinaires. On a même demandé à Guillaume s'il pensait être en état de grâce pour aller recevoir la Sainte Communion ailleurs en raison de son manque d'humilité et de sa désobéissance à l'évêque local, qui a été présenté comme ayant pris la décision que les prêtres doivent donner la communion dans la main. Une autre lettre similaire a suivi. Guillaume et sa femme ont décidé de ne pas répondre.

 

Ils se sont plaints de la correspondance à la hiérarchie catholique et, le 25 juin, Guillaume a déposé un recours formel auprès de l'évêque local, invoquant poliment mais fermement les documents romains cités ci-dessus. Dans cette lettre, rédigée en termes courtois, il a souligné la "grande souffrance" qui affectait sa vie spirituelle et celle de sa femme.

 

"En ce qui concerne la loi, c'est une grande injustice, et en ce qui concerne la communion ecclésiale, cela constitue une discrimination", écrit-il.

 

Comptant sur la "bonne volonté pastorale" de l'évêque, la lettre disait: "Nous avons recours à vous, Excellence, qui êtes garante de la justice et de la communion dans les paroisses du diocèse, pour que nous puissions à nouveau avoir l'immense joie de recevoir Notre Seigneur, dans notre paroisse, suivant l'humble inclination de notre cœur, c'est-à-dire sur la langue, conformément aux normes liturgiques."

 

Quatre jours plus tard, une lettre recommandée de l'évêque invitait le couple à venir discuter de la situation avec lui, mais avant que cela ne pusse arriver, une semaine après que Guillaume eut envoyé son appel officiel, sa paroisse reçut un avis informel de l'évêque indiquant que la sainte communion pouvait être distribué sur la langue. Depuis, environ la moitié des paroissiens ont repris la manière traditionnelle de recevoir l'hostie, à genoux et sur la langue.

 

Mais Guillaume a depuis reçu plusieurs lettres du curé de sa paroisse remettant en question sa connaissance du droit canon et des affaires ecclésiales et l'accusant d'"entêtement" et même de "fierté fanatique".

 

Dans une présentation de son combat pour la réception respectueuse de l'Eucharistie sur Gloria.tv, Guillaume a publié la lettre qui a amené un évêque à retirer une interdiction générale de la communion sur la langue, même si ce n'était que pour une paroisse et aussi discrètement que possible.

 

Il suggère que les fidèles se trouvant dans la même situation que lui se mettent d'abord en contact avec le prêtre qui refuse la communion sur la langue, en invoquant Redemptionis sacramentum et la lettre de 2009 relative à une situation sanitaire. Si cela est impossible, ils peuvent aussi essayer humblement de recevoir notre Seigneur sur la langue, avec un certain espoir de succès. Guillaume lui-même a été renvoyé avec un brusque: "Je ne vous donnerai pas la communion".

 

Si le prêtre, comme il le fera probablement, s'oppose à son devoir d'obéir à son évêque, Guillaume suggère que c'est le moment de s'adresser directement à cet évêque, par lettre recommandée, en prenant soin d'en conserver une copie.

 

La lettre doit indiquer précisément la date, la paroisse et les circonstances dans lesquelles un prêtre donné a refusé la communion sur la langue. Il doit rappeler précisément les normes et demander à l'évêque d'intervenir pour mettre fin aux abus. Elle devrait aussi, "subtilement" préciser, insiste Guillaume, qu'en cas de refus, un recours serait fait à la Congrégation pour le Culte Divin. L'ajout d'une copie de la réponse de cette dernière en 2009 peut suffire.

 

N'oubliez pas de prier pour votre prêtre, votre évêque et le succès de votre action, a ajouté Guillaume, et n'ayez pas l'espoir exagéré de voir l'évêque rétablir la communion sur la langue dans tout son diocèse.

 

N'oubliez pas non plus de remercier votre prêtre ou votre évêque si vous réussissez… et "préparez-vous à souffrir". Citant les messages violents reçus du prêtre local, Guillaume a commenté: "Cette incroyable explosion de violence de la part d'un prêtre, malgré le fait qu'il soit "classique" (sans être traditionnel) nous a fait prendre conscience de l'importance capitale du respect pour le Saint Sacrement. Si cela n'avait aucune importance, de telles passions ne se déchaîneraient pas. Satan ne semble pas du tout aimer la communion sur la langue…"

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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 20:33
https://www.lanuovabq.it/it/ortodossi-e-comunione-la-fede-che-e-mancata-alla-cei

https://www.lanuovabq.it/it/ortodossi-e-comunione-la-fede-che-e-mancata-alla-cei

La Nuova Bussola Quotidiana

 

(Traduction)

 

ÉGLISE 07/09/2020

 

Luisella Scrosati

 

Les églises orthodoxes en Italie et dans le monde entier ont défendu leurs rites liturgiques, comme l'administration de la Sainte Eucharistie à la cuillère d'or, sans provoquer qui sait quels nouveaux foyers. Bien qu'il n'y ait pas de ligne unique, la foi en la communion a été affirmée comme une médecine de l'immortalité et un signe d'abandon de soi à Dieu, et l'expérience des pandémies passées a été rappelée. Une perspective de foi que nous attendions de nos évêques.

 

Face aux protocoles gouvernementaux visant à réglementer le culte en ces temps de pandémie, l'Église catholique italienne a eu une attitude plutôt conforme. Nous l'avons déjà constaté et nous ne voulons pas nous emporter davantage. Cependant, il est important de comprendre que quelqu'un d'autre n'a pas suivi le même chemin - ou du moins a essayé de ne pas le faire - sans être à l'origine d'on ne sait quels nouveaux foyers. Il s'agit des églises orthodoxes, présentes en Italie et en général en Europe et dans le monde. Il n'y avait pas de ligne univoque, mais ce qui était certainement frappant, du moins en contraste avec notre situation de catholiques italiens, c'était le désir de défendre son identité propre et ses rites liturgiques.

 

Les orthodoxes administrent la Sainte Eucharistie aux fidèles en leur donnant une cuillère en or, qui recueille le Pain consacré plongé dans le Sang du Christ et le place directement dans la bouche des fidèles, sans qu'il y ait aucun contact. Une pratique nettement plus dangereuse que la communion dans la bouche en usage dans le monde catholique, du moins jusqu'à il y a quelques mois.

 

C'est le mode séculaire des églises orthodoxes et cela a été défendu. Pas toujours avec succès. Comme à Reggio Emilia, où le père Evangelos Yfantidis, le vicaire général Archimandrite, confronté à l'interdiction d'utiliser la cuillère, avait déclaré : "Pour vous, c'est risqué, à notre avis non. Notre foi est celle-ci et nous continuerons à utiliser la cuillère". Cependant, après quelques jours, le préfet est intervenu et la conclusion "convenue" a été atteinte : Messe oui, Communions non. Impensable pour eux de donner la Communion dans la main ou autrement.

 

La réaction la plus dure est enregistrée dans l’Église orthodoxe grecque (voir ici), qui considère impensable que l’Eucharistie puisse être un véhicule de transmission de virus : "En ce qui concerne la question qui est soulevée de temps en temps de manière injustifiée au sujet des prétendus dangers qui, dans ces visions blasphématoires, se cachent dans le Mystère vivifiant de la Sainte Communion, le Saint Synode de l'Église de Grèce exprime son amertume, sa profonde tristesse et sa dure opposition", déclarant "à tous ceux qui, par ignorance ou par infidélité consciente, insultent brutalement tout ce qui est saint et sacré, les dogmes et les règles sacrées de notre foi, que la Sainte Communion est la médecine de l'immortalité, un antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre selon les enseignements de Jésus-Christ pour toujours".

 

Dans le même ordre d'idées, la décision de l'Église orthodoxe de la République tchèque et de la Slovaquie : "La communion n'a jamais été et ne sera jamais une cause de maladie et de mort, mais, au contraire, est une source de vie nouvelle en Christ, de rémission des péchés et de guérison de l'âme et du corps". En bref, les remèdes de l'immortalité ne peuvent pas devenir un véhicule de maladie ni de mort. Et l'Église orthodoxe, sans se tromper, avance l'expérience de siècles d'épidémies et de pandémies.

 

Un stimulant qui est courageux et intéressant, mais pas concluant, du moins comme la théologie catholique a expliqué le mystère de la transsubstantiation, car c'est la substance du pain et du vin qui cède la place à la substance du corps et du Sang du Christ, tandis que les accidents restent, ainsi que leurs propriétés. Donc, à proprement parler, ces accidents pourraient transmettre des microbes, la poussière, etc. Le fait est que le comité scientifique doit démontrer que les particules enfermées dans un ciboire et placées directement et sans contact sur la langue du fidèle des mains propres du prêtre sont capables d'infecter... Tout comme  une étude scientifique montrant que la communion dans la main est plus sûre que celle dans la bouche devrait le prouver avant de faire des recommandations.

 

Et peut-être que la CEI, pour sa part, devrait prendre note qu'il n'y a pas seulement le comité technico-scientifique du gouvernement qui soit capable d'émettre des avis sur la question et que, cependant, ce sont toujours des avis et non des preuves (voir ici et ici). Avant de piétiner le droit des fidèles, reconnu par le droit canonique et par la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements (voir ici) de recevoir la Communion directement dans leur bouche, peut-être aurait-il fallu exiger du gouvernement qu'il fournisse les preuves scientifiques sur la base desquelles la commission s'est permis de donner des indications à gauche et à droite.

 

Au-delà de ces considérations, il faut saluer ce que le Synode de l'Église grecque orthodoxe a publié le 10 mars dernier : "Pour les fidèles de l'Église, la participation à la divine Eucharistie et à la communion du calice de vie ne peut devenir une cause de transmission de maladie, car les fidèles de tous les temps savent que la participation à la communion divine, même pendant les pandémies, constitue une affirmation claire d'abandon de soi au Dieu vivant et, d'autre part, une manifestation claire d'amour qui surmonte toutes les peurs humaines, même justifiées".

 

Ceci est un paragraphe à lire et à méditer. Et pas seulement une fois. De nos évêques, nous aurions attendu une perspective de foi de ce genre, plutôt qu'une flagrante réaction d'hystérie hygiéniste. L'exhortation calme et déterminée à s'abandonner au Dieu vivant, en surmontant ainsi toutes les peurs qui en ces temps se nourrissent jour après jour, et qui dévastent le cœur des hommes, aurait certainement été d'une plus grande aide que les centimètres de distanciation sociale. Parce que les pandémies, même celles qui sont beaucoup plus graves que le coronavirus, ont toujours été surmontées grâce à la force qui vient de la foi, capable d'exorciser la peur qui paralyse.

 

Malheureusement, ce que nous vivons dans le monde catholique est le résultat d'une pastorale malade depuis des décennies : nous avons cessé d'avoir la juste crainte du péché et de l'enfer et nous avons plongé dans la peur d'un virus. Et cette crainte - je suis désolée de le dire - a été l'âme des dispositions liturgiques de l'Église italienne. Beaucoup de gens l'ont remarqué depuis un certain temps; certains se sont mis en colère, certains ont été choqués et déçus. Un supplément de foi était attendu des évêques, nous étions censés être entraînés vers l'abandon de soi à Dieu, précisément dans les sacrements institués par Lui pour notre salut. Bref, quelque chose de similaire était attendu de ce que faisaient nos frères orthodoxes. "Les fidèles de tous les temps savent que la participation à la communion divine, même lors des pandémies, constitue une affirmation claire de l'abandon de soi au Dieu vivant" : de nombreux fidèles le savent. Mais où sont les bergers?

 

C'est pourquoi nous continuons à demander à nos lecteurs d'écrire à leurs propres évêques, au Cardinal Bassetti et surtout à la Congrégation pour le Culte Divin, afin que le droit de recevoir la Communion dans la bouche soit rétabli et supprimées, toutes ces inventions haineuses qui rendent nos messes invivables et donnent aux fidèles le signe d’une foi en Dieu fanée, pour ne pas dire volatilisée. Une fille "de la foi" qui a peur.

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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 12:58

Dans les traductions des bibles modernes (Bible de Jérusalem, TOB), l'occultation du verset I Jean V, 7-8 fait débat. Au prétexte que l'on n'a pas conservé de manuscrit grec ancien datant d'avant le XIVe siècle, les traductions modernes occultent le verset I Jean V, 7-8 mentionnant la sainte Trinité, pourtant connu depuis le IIIe siècle chez Saint Cyprien, en passant par le Concile de Carthage au Ve siècle, saint Fulgence au Ve - VIe s., et saint Thomas d'Aquin au XIIIe.

Sainte Trinité, Sanctuaire Mont Sacré de la Sainte Trinité de Ghiffa (Piémont, Italie)

Sainte Trinité, Sanctuaire Mont Sacré de la Sainte Trinité de Ghiffa (Piémont, Italie)

Lors du 1er dimanche après Pâques, la liturgie de la forme extraordinaire de la messe nous offre la lecture de l'un des plus beaux passages de l'Écriture Sainte:

''Car il y en a trois qui rendent témoignage [dans le ciel : le Père, le Verbe et l’Esprit ; et ces trois sont un. Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre] : l’Esprit, l’eau et le sang ; et ces trois sont d’accord.'' (1 Jn 5, 7-8)

La partie des 3 témoins célestes (en caractère gras) - il s'agit du verset 7 et on l'appelle le comma johannique - ne se retrouve plus dans les traduction modernes de la Bible, ni dans le lectionnaire de la nouvelle messe. Le texte cité de l'épître de Jean est de la Bible de Crampon qui a conservé cette partie mais en la mettant entre crochets.

On retrouve le comma johannique (sans crochets) dans les traductions de Sacy, Fillion, et Vigoureux, mais pas dans la Bible de Jérusalem.

Du côté protestant, on le retrouve dans la King James, et dans la Bible de David Martin, mais pas dans la traduction de Louis Second.

Sur le blog d'Yves Daoudal, on y lit ceci:

 

''L’épître de ce dimanche présente une particularité unique, c’est d’avoir une importante partie de texte qui n’existe pas. (…) Des tentatives désespérées ont été faites au cours de l’histoire pour voir le texte complet comme étant le texte canonique, d’autant que son parallélisme est si séduisant, et surtout que son affirmation de la Sainte Trinité est si claire… Mais il faut se rendre à l’évidence. La partie litigieuse ne se trouve dans aucun manuscrit grec ancien. Le plus ancien est du… XIVe siècle.'' ( Source)



S'il est vrai que beaucoup de manuscrits omettent cette partie, je ne suis pas d'accord que cela suffise à mettre en cause son authenticité, et encore moins sa canonicité.

Chez les Orthodoxes

Malgré son absence des manuscrits grecs antérieurs au XIVe siècle, les Orthodoxes ont intégré ce verset dans leur liturgie:

 

''(…) ce que l'on appelle « le comma johannique ». Les exégètes considèrent généralement cet élément textuel comme : « une incise, absente dans les manuscrits grecs anciens, les versions anciennes et les meilleurs manuscrits de la Vulgate » (...).

La Tradition de l'Église est tout autant liturgique qu'écrite. Nous croyons, pour notre part, que la Tradition de l'Église s'exprime par cette vision trinitaire des « Trois qui sont Un ». Cette Tradition s'est trouvée incluse dans le texte de la première épître du saint Apôtre et Évangéliste Jean, de sorte qu'elle se trouve maintenant présente dans le texte liturgique utilisé dans l'Église orthodoxe, tout comme dans la Vulgate de l'Église latine.'' (Source)



Non seulement on retrouve le comma johannique dans la liturgie orthodoxe, mais on le retrouve également dans le "Texte autorisé du Nouveau Testament grec" du Patriarcat oecuménique de Constantinople, dans son édition de 1904 ICI.

Chez les Latins

Évidemment, chez les Latins, on a évoqué ce texte bien avant le XIVe siècle.

Au XIIIe siècle, saint Thomas d'Aquin le cite dans la Somme théologique:

 

''En sens contraire, on lit dans la 1° lettre de S. Jean (5, 7) : “ Ils sont trois qui témoignent dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit. ” Et si l’on demande : Trois quoi ? on répond : Trois Personnes, comme S. Augustin l’expose. Il y a donc seulement trois Personnes en Dieu.'' (Ia pars, Q. 30, a. 2)



Au V-VIe siècle, saint Fulgence invoque ce texte pour contrer l'arianisme:

 

''Ce Père [saint Fulgence] rapporte un grand nombre de passages pour prouver la divinité du Fils et du Saint-Esprit, entre autres celui de la première Épître de saint Jean, où il est dit: ''Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, et ces trois sont une même chose.'' (Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques).




Au Ve siècle, le Concile de Carthage cite le comma johannique contre les ariens:

 

''Les évêques s'étendent particulièrement sur la divinité du Saint-Esprit, et la prouvent entre autres par ce texte de saint Jean, déjà cité par saint Cyprien: «Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint, et ces trois sont une même chose.» Ils concluent en ces mots : Telle est notre foi, appuyée sur l'autorité et les traditions des évangélistes et des apôtres, et fondée sur la société de toutes les églises catholiques du monde, dans laquelle, par la grâce de Dieu tout-puissant, nous espérons persévérer jusqu'à la fin de notre vie. Ce mémoire est daté du vingt avril 484.'' (Histoire universelle de l'Église catholique)



Quant à saint Cyprien de Carthage (IIIe siècle), on peut penser raisonnablement qu'il connaissait le texte en question comme le rappelle Bossuet:

 

''Un passage positif vaut mieux tout seul que cent omissions, surtout quand c'est un passage d'une aussi savante église que celle d'Afrique, qui, dès le cinquième siècle, a mis ce passage en preuve de la foi de la Trinité contre les hérétiques qui la combattaient. On ne doit pas oublier qu'une si savante Église allègue comme incontestable le texte dont il s'agit ; ce qu'elle n'aurait jamais fait s'il n'avait été reconnu, même par les hérétiques. Il n'y a rien qui démontre mieux l'ancienne tradition qu'un tel témoignage ; aussi vient-elle bien clairement des premiers siècles ; et on la trouve dans ces paroles de saint Cyprien au livre de l'Unité de l'Église. ''Le Seigneur dit : ''Moi et mon Père nous ne sommes qu'un''; et il est encore écrit du Père, du Fils et du Saint-Esprit : ''et ces trois sont un'', et hi tres unum sunt'' : où cela est-il écrit nommément et distinctement du Père, du Fils et du Saint-Esprit, sinon en saint Jean, au texte dont il s'agit ?'' (Oeuvres complètes de Bossuet, lere partie, Écriture sainte)



L'autorité de l'Église

Au-delà des témoignages historiques montrant l'importance que revêt ce verset, il y a l'autorité de l'Église dont il faut tenir compte.

Comme le rappelait Lycobates ICI, il importe de croire en l'authenticité du comma johannique en raison de ''l'autorité de l'Église, notamment du Concile de Trente (sess.IV, 1546), qui, en pleine connaissance de cause, a déclaré infailliblement qu'il fallait accepter, cum omnibus suis partibus, avec toutes ses parties, comme sacrés et canoniques, tous les livres de l'Écriture que l'Église a coutume de lire, tels qu'ils se trouvent dans la Vulgate.''

En 1897, un décret papal interdit de nier l'authenticité du comma johannique:

 

“Secrétariat de la Congrégation du Saint-Office de l’Inquisition. En ce qui concerne l’authenticité du texte de I Jean V. 7 (mercredi 12 janvier 1897).

“En Congrégation générale de la Sainte Inquisition romaine (...) la question discutable fut présentée comme suit, à savoir :
''Si nous pouvons impunément nier, voire mettre en doute, l’authenticité de ce texte (I Jean V. 7) (...)''

“Toutes choses ayant été examinées et pesées avec un très grand soin, et les grands Consulteurs ayant été chargés de donner leur avis, les très éminents Cardinaux susdits font savoir que ‘la réponse est négative’. Le vendredi 15 du mois et de l’année susmentionnés, à l’audience habituelle accordée du révérend père le grand Assesseur du Saint-Office, après qu’il eut fait un compte rendu exact des délibérations mentionnées ci-dessus au très saint et grand pape Léon XIII, Sa Sainteté a approuvé et confirmé la résolution de ces très éminents Pères (...).”
 Acta Sanctae Sedis, tome XXIX, 1896-7, p. 637.



Ce texte des AAS (qui me semble véridique) a été publié sur Internet par… les Témoins de Jéhovah mais pas pour en faire l'apologie comme on s'en doute. Ces derniers sont, comme on le sait, anti-trinitaires, et voient donc le comma johannique une falsification des Écritures par les catholiques. Une rhétorique similaire existe chez les musulmans. Mais nous savons, nous les catholiques, que c'est à l'Église catholique qu'il appartient de définir ce qui fait partie du canon des Écritures.

Historité et canonicité

Peut-être devrions-nous séparer la question de l'historicité et celle de la canonicité de ce verset. En effet, ne serait-il pas possible de laisser aux spécialistes la liberté de débattre de la datation de ce verset tout en laissant à l'Église le soin de dire que ce verset est canonique, et donc inspiré? Personnellement, j'aimerais bien que l'Église dise que ce comma johannique fait partie intégrante des Écritures.

Saviez-vous que du côté protestant (baptiste), ces dernières années, la défense de l'authenticité du comma johannique est devenue importante au sein du King James Only Movement? De nombreux partisans considèrent ce verset comme un texte trinitaire important.

Comme catholiques, nous devrions être en mesure de voir cela. Ainsi, en raison de son caractère dogmatique, de son intégration dans la liturgie (tant dans la forme extraordinaire du rite romain que dans les liturgies orthodoxes), et de sa présence dans la Vulgate, je pense que le comma johannique devrait se retrouver dans toute bonne Bible catholique, et sa canonicité devrait même faire l'objet d'un rappel par l'Église.

(Fin de citation) 

 

Note du blog Christ-Roi. La solution de la Bible Crampon de mettre le verset ne remontant qu'au XIVe siècle entre crochets était judicieuse. Les bibles modernes (connues pour d'autres traductions erronées) pourraient également ajouter une note explicative en bas de page comme elles le font déjà pour les autres versets.

 

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 16:45
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/les-messes-catholiques-reprennent-progressivement-des-ce-samedi-avec-des-fideles-20200523

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/les-messes-catholiques-reprennent-progressivement-des-ce-samedi-avec-des-fideles-20200523

Le Figaro

Les messes catholiques reprennent progressivement dès ce samedi avec des fidèles

Suite à la publication par le ministère de l'intérieur, samedi 23 mai, de la nouvelle version du décret sur le déconfinement, le culte est ouvert aux fidèles mais avec de strictes conditions sanitaires.

 

Par Jean-Marie Guénois

 

le ministère de l'intérieur a publié dans la nuit de vendredi à samedi la nouvelle mouture du décret sur le déconfinement autorisant, cette fois, les rassemblements religieux, le Conseil d'Etat ayant cassé, le 18 mai, la première version du décret qui interdisait les rassemblements religieux. Cette reprise se fera néanmoins sous de strictes mesures sanitaires, le ministère de l'Intérieur recommandant toujours d'attendre le 2 juin pour reprendre les cultes.

 

« Nous reprenons dès maintenant explique Mgr Mathieu Rougé, évêque de Nanterre (Hauts-de-Seine) puisque le décret le permet. Je connais même une paroisse qui va célébrer une messe avec des fidèles, dès ce samedi, avec toutes les mesures de sécurités requises. Comme évêque, je donne mon feu vert en laissant à chaque paroisse et à chaque curé l'initiative de recommencer à leur rythme et sous leur responsabilité quant à la mise en œuvre. J'ai une grande confiance en eux ».

 

Ce jeune évêque est l'un de ceux qui a osé publiquement s'opposer au gouvernement pour que soit appliquée la liberté de cultes. « J'éprouve une grande joie en ce jour parce que nous allons pouvoir mettre en place ce que nous souhaitions : un déconfinement ecclésial responsable, au rythme de la société ». Ce prélat a réuni samedi à 11h les 260 prêtres de son diocèse pour leur annoncer cette décision. Lui-même se prépare à célébrer une messe dimanche 24 mai avec des fidèles. La première depuis dix dimanches.

 

Cahier des charges

Plus à l'Est, dans le diocèse de Strasbourg, Mgr Luc Ravel contactait ce samedi matin les deux préfets du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, zone couverte par ce diocèse concordataire, « pour vérifier, par précaution et par cordialité, qu'il n'y ait pas ici ou là une restriction particulière » avant de publier dans l'après-midi une « ordonnance épiscopale » autorisant la « reprise des messes » dans le cadre du nouveau décret et « à condition, insiste-t-il, que toutes les mesures sanitaires demandées soient effectivement en place » et « avec obligation de reprendre, au plus tard, pour la Pentecôte ».

 

Ce bilingue, passé par l'école polytechnique, s'est inspiré des mesures prises dans les diocèses allemands. Il a envoyé, il y a une dizaine de jours à toutes ses paroisses, un cahier des charges détaillé précisant les conditions d'hygiènes indispensables. « Les curés n'ont pas tardé à les mettre en œuvre, explique l'archevêque, certains m'ont envoyé des photos, où l'on voit le marquage au sol, la signalétique du sens de circulation. Ils sont prêts. Les catholiques sont des gens très responsables ! ».

 

La communion derrière un plexiglass

Quant au port du masque obligatoire demandé par le ministère pendant les messes, ce prélat estime que « les gens, déjà isolés les uns des autres par les 4 mètres carrés réglementaires, pourraient le déposer, si cela les gênent vraiment et particulièrement pour aller communier ». Une communion qui sera fera d'ailleurs en Alsace comme en Allemagne, derrière un plexiglass : « les fidèles devant tendre une main très plate pour éviter le contact physique et y recevoir la sainte hostie. » L'archevêque aura en revanche interdit les chants lors des célébrations, « hormis ceux qu'un petit chœur ou d'un soliste » pour réduire encore le risque de contamination éventuelle. Globalement, Mgr Luc Ravel se refuse à mettre la pression sur la reprise qui doit se faire « au rythme des paroisses » car, prévient-il, « il faut aussi tenir compte de nos aînés qui sont nombreux dans les paroisses ».

 

À Paris, Mgr Denis Jachiet, évêque auxiliaire, explique dans une note spécifique envoyée aux paroisses samedi : « Le nouveau décret du gouvernement paru ce matin autorise la reprise du culte » mais « Les conditions et les moyens à disposition de chaque paroisse du diocèse sont divers et ne permettront pas partout une reprise simultanée des messes en public. » Il précise : « Il vous est toutefois possible de célébrer des messes avec public dès ce week-end. A la condition expresse que vous soyez en mesure de respecter l'ensemble des consignes consignes de reprise du culte. ».

 

Le diocèse de la capitale insiste sur la responsabilité civile et pénale qui repose sur chaque paroisse et non sur l'archevêque car « le curé agit en responsabilité et engage donc sa responsabilité civile et pénale ». Les prêtres des paroisses seront donc responsables en cas de mauvaise application des mesures sanitaires. Plusieurs paroisses de la capitale qui avaient déjà tout préparé sur le plan sanitaire vont accueillir des fidèles pour les messes dès ce samedi. Et beaucoup d'autres dès dimanche 24 mai.

 

La liberté est laissée à chaque responsable (évêques et prêtres) de déterminer la date de la reprise des messes avec assemblée et que cette liberté entraîne leur responsabilité

 

la Conférence des Evêques

Pour sa part, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, qui fut également l'un des évêques les plus en pointe dans le débat pour obtenir le retour du culte, salue la rapidité d'action du gouvernement après la décision du Conseil d'Etat. Et précise : « Dans le diocèse de Rouen, les messes reprendront ce dimanche 24 mai, à condition que les communautés soient prêtes à les vivre sereinement, en respectant les consignes sanitaires indispensables. Le Culte peut donc reprendre progressivement. » Il ajoute « Nous continuons à participer à l'effort national et international pour la santé publique. »

 

Dans un communiqué, la Conférence des Evêques qui n'avait pas osé attaquer le gouvernement au Conseil d'Etat - grâce à qui, suite au recours d'associations catholiques traditionnalistes et du Parti Démocrate-Chrétien, le retour du culte est possible - « se réjouit » que le nouveau décret « redonne sa juste place à la liberté d'exercice des cultes ». Elle prévient que « la liberté est laissée à chaque responsable (évêques et prêtres) de déterminer la date de la reprise des messes avec assemblée et que cette liberté entraîne leur responsabilité », ce qui laisse clairement entendre qu'elle n'assumera pas la responsabilité de problèmes qui interviendraient suite à cette reprise des cultes par manque de respects des normes techniques qu'elle communique aux paroisses. Dans cette ligne, elle souligne que « la recommandation du Gouvernement reste de ne commencer les assemblées liturgiques qu'à partir du 2 juin. » Avec cet argument : « Ce n'est que la semaine prochaine, en effet, que les éventuels premiers effets du déconfinement en terme de contagion pourront être constatés ».

***

Le Forum catholique sur le sujet : 

Suite à l'arrêt du Conseil d'Etat, fin de cette période durant laquelle l'Etat s'est arrogé le droit d'interdire les cérémonies religieuses.

 

Nouveau Décret n° 2020-618 du 22 mai 2020 complétant le décret n° 2020-548 du 11 mai 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, entrant en vigueur aujourd'hui même 23/05 :

 

"1° Le III de l'article 10 est remplacé par les dispositions suivantes :

 

"III. Les établissements de culte relevant du type V sont autorisés à recevoir du public dans le respect des dispositions qui leur sont applicables et dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er [la distanciation physique d'au moins un mètre].

 

"Toute personne de onze ans ou plus qui accède ou demeure dans ces établissements porte un masque de protection répondant aux caractéristiques techniques fixées par l'arrêté conjoint des ministres chargés de la santé et du budget mentionné au K bis de l'article 278-0 bis du code général des impôts. L'obligation du port du masque ne fait pas obstacle à ce que celui-ci soit momentanément retiré pour l'accomplissement des rites qui le nécessitent.

 

"Le gestionnaire du lieu de culte s'assure à tout moment, et en particulier lors de l'entrée et de la sortie de l'édifice, du respect des dispositions mentionnées au présent III." 

 

"Le préfet de département peut, après mise en demeure restée sans suite, interdire l'accueil du public dans les établissements de culte si les conditions de leur organisation ainsi que les contrôles mis en place ne sont pas de nature à garantir le respect des dispositions mentionnées au présent III." (Fin de citation du décret)

***

Communiqué de la CEF

La Conférence des évêques de France (CEF) se réjouit que le décret publié ce matin, samedi 23 mai 2020, par le Gouvernement, conformément à la sentence rendue par le Conseil d’État lundi dernier, 18 mai, redonne sa juste place à la liberté d’exercice des cultes ; les restrictions qui y sont apportées, comme à toute liberté fondamentale, devant être justifiées et proportionnées.

 

Ce décret est accompagné de lignes directrices (jointes au présent communiqué) qui confirment les dispositions qui avaient été proposées par la CEF dans le plan de déconfinement soumis aux pouvoirs publics.

 

La CEF note :

 

– que la liberté est laissée à chaque responsable (évêques et prêtres) de déterminer la date de la reprise des messes avec assemblée et que cette liberté entraîne leur responsabilité. La CEF note que recommandation du Gouvernement reste de ne commencer les assemblées liturgiques qu’à partir du 2 juin. Ce n’est que la semaine prochaine, en effet, que les éventuels premiers effets du déconfinement en terme de contagion pourront être constatés ;

 

– que le port du masque est obligatoire en plus des 4 mètres carrés ainsi que le lavage des mains à l’entrée et à la sortie des églises et autres « établissements de culte ».

 

Dans la perspective de la reprise des célébrations communautaires dès la semaine prochaine et notamment pour la Pentecôte, la CEF fait connaître aux prêtres et aux équipes d’animation pastorale les règles sanitaires ainsi fixées. Il s’agira pour eux de sélectionner avec soin les églises qui pourront accueillir des assemblées dans les semaines qui viennent, de déterminer le nombre de personnes qui pourront y être accueillies, de soigner la communication vers les fidèles notamment, et de s’assurer de disposer des équipes et des matériels nécessaires.

***

Directives de la CEF sur le déroulement des célébrations. PDF

 

1. Assurer la distanciation physique

- Les organisateurs s’assurent du respect de la règle de distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes. Le respect de cette règle, se traduit par une superficie individuelle d’environ 4 m² par personne qui déterminera le seuil maximal de fréquentation.

Les organisateurs demeurent évidement libres de fixer un seuil inférieur qui tient compte notamment de l’agencement des lieux et de leur aménagement (sanitaires, couloirs, plan de circulation…), des accès ainsi que de la sécurité de l’environnement de l’édifice.

Les organisateurs s’assurent du respect du seuil de fréquentation maximal déterminé pour chaque le lieu de culte

o L’inscription à distance préalable est une solution qui peut être mise en œuvre localement pour limiter l’afflux au-delà de la fréquentation autorisée.

o Au moins un membre identifiable de l’organisation est responsable des phases d’entrée et de sortie. Il est positionné suffisamment en amont du début de la cérémonie. Il veille à limiter la formation de rassemblements aux abords de l’édifice et s’assure du respect des limitations de fréquentation en fonction de la taille de l’édifice.

o Le port d’un masque de protection est obligatoire lors des rassemblements de personnes dans les établissements de culte, conformément au décret n° 2020-548 du 11 mai 2020.

o L’espace minimal d’un mètre entre personnes est matérialisé au sol dans les espaces d’attente dans et en dehors de l’édifice. Une attention particulière est portée aux flux de personnes afin qu’elles ne se croisent pas.

o En cas d’affluence prévisible importante, la multiplication des cérémonies successives est envisagée. Elles sont organisées de manière suffisamment espacée pour éviter les croisements de flux.

- Une désinfection obligatoire des mains est organisée au moment de l’entrée et de la sortie de l’édifice. Pour ce faire du gel mis à disposition.

- Une distance de sécurité d’un mètre entre personnes de plus de 11 ans est matérialisée pendant la phase statique (éloignement des chaises ou des tapis / condamnation d’emplacements).

 

 

[…] 4. Dispositions générales

- L’équipe chargée de l’accueil et de la bonne tenue de la cérémonie reçoit une formation préalable aux gestes barrière par le responsable de la cérémonie ou un référent sanitaire.

5. Modalités de communication en direction des fidèles

- Le public est informé des conditions d’accueil, des mesures d’hygiène et de distanciation physique (gestes « barrières ») et de l’adaptation des rites aux contraintes sanitaires : information préalable en ligne, panneaux d’information dans l’édifice, prises de parole du responsable en début de cérémonie et à chaque phase lorsque c’est nécessaire, traduction dans les langues des différentes communautés représentées. (Fin de citation)

***

Le ministère de l'Intérieur et les responsables des cultes se sont accordés lors d'une réunion vendredi soir «sur les mesures à prendre pour assurer la sécurité sanitaire de tous».

Le ministre de l'Intérieur et les responsables des cultes se sont accordés lors d'une réunion «sur les mesures à prendre pour assurer la sécurité sanitaire de tous», a expliqué Beauvau dans un communiqué peu avant la publication du décret , dans la nuit de samedi. Cette concertation s'est imposée au gouvernement après que le Conseil d'Etat lui a ordonné lundi de lever dans un délai de «huit jours» l'interdiction totale de réunion de cultes figurant dans le décret de déconfinement du 11 mai.

[...] «Les préfets de département pourront interdire l'ouverture ou ordonner la fermeture d'un lieu de culte si ces règles ne sont pas respectées», précise le ministère. «Nous avons travaillé et trouvé une solution pour permettre la reprise des cérémonies religieuses tout en assurant la protection sanitaire de chacun», se félicite Christophe Castaner dans le communiqué.

(Le Figaro)

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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 13:15
https://www.catholicnewsagency.com/news/can-bishops-require-communion-on-the-hand-82862

https://www.catholicnewsagency.com/news/can-bishops-require-communion-on-the-hand-82862

( traduction )

 

Les évêques peuvent-ils exiger la communion dans la main ?

Par Kate Scanlon

Washington, DC Newsroom, 19 mai 2020 / 16h00 MT ( CNA ) .- Alors que les diocèses à travers les États-Unis commencent à reprendre des messes publiques au milieu de la pandémie de coronavirus, beaucoup prennent des précautions supplémentaires pour respecter les directives des autorités sanitaires locales. Dans certains cas, les évêques ont interdit la distribution de la Sainte Communion sur la langue afin d'empêcher la propagation du virus.

 

Mais un évêque peut-il ordonner que l'Eucharistie soit distribuée uniquement sur la main?

 

Timothy Olson, canoniste du diocèse de Fargo et secrétaire de la Société de la Loi canonique d'Amérique (Canon Law Society of America), a déclaré à CNA qu'un évêque a le pouvoir de restreindre la distribution de la Sainte Communion à la seule main, lorsque c'est une question de nécessité.

 

"D'ordinaire, il ne fait aucun doute qu'un évêque n'a pas le pouvoir de restreindre la réception de la communion à la seule main", a déclaré Olson." Redemptionis sacramentum [une instruction du Vatican sur les questions eucharistiques] est explicite à ce sujet."

 

"En même temps", a poursuivi Olson, "le droit canonique, y compris le droit liturgique, est l'expression pratique de l'Église de sa théologie et de sa philosophie. Ainsi, il est parfois nécessaire de recourir à des sources allant au-delà des textes juridiques simples et évidents."

 

Olson a souligné la Somme théologique de St. Thomas d'Aquin est instructive sur la question.

 

"Dans ce cas, Thomas d'Aquin est une source précieuse pour comprendre comment fonctionne le droit humain en regardant la Summa Theologiae, I-II, Q. 96", a déclaré Olson.

 

"Thomas d'Aquin enseigne que toute loi vise le bien commun de l'homme. Il enseigne également que, contrairement au législateur divin, un législateur humain est incapable de prévoir toutes les circonstances dans lesquelles la loi sera appliquée."

 

"En conséquence, une loi humaine qui, dans la plupart des circonstances, promeut le bien commun, peut dans une situation individuelle nuire réellement au bien commun. Thomas d'Aquin conclut que dans un tel cas, le respect du droit humain peut être dispensé."

 

Le Père James Bradley, professeur adjoint à l'École de droit canonique de l'Université catholique d'Amérique, n'était pas d'accord, arguant que la décision d'interdire la distribution de l'Eucharistie sur la langue devrait incomber à Rome, et non aux évêques diocésains.

 

"La discipline liturgique de l'Église, en raison de son importance par rapport à la nature des sacrements et au dépôt de la foi, est généralement réservée au Siège apostolique", a déclaré Bradley à CNA.

 

"Depuis le Concile Vatican II, il y a eu un élargissement de ce que les évêques diocésains et les conférences épiscopales peuvent réglementer dans la liturgie, mais ce que cela implique est assez étroitement défini dans la loi", a déclaré Bradley.

 

Olson a convenu que "normalement, la dispense d'une loi est réservée à l'autorité qui a émis la loi."

 

"Cependant", a-t-il dit, "Thomas d'Aquin note qu'en cas de nécessité où des mesures doivent être prises de toute urgence afin de prévenir le préjudice," la simple nécessité entraîne une dispense, car la nécessité ne connaît pas de droit (humain)".

 

Olson a donné l'exemple d'Aquin d'une ville dont le souverain ordonne la fermeture des portes de la ville à un certain moment, mais une armée de défenseurs de la ville se retrouve coincée devant la porte avec une force ennemie à sa poursuite.

 

"Thomas d'Aquin conclut que si l'autorité légitime peut être atteinte à temps pour ouvrir les portes avec sa permission, cela devrait être fait", a déclaré Olson. "Cependant, s'il y a un danger dans le retard causé par le renvoi de l'affaire, la nécessité elle-même permet l'ouverture des portes."

Olson a dit qu'en ce qui concerne la liturgie, il y a "certains aspects qui sont de la loi divine, et donc jamais soumis à dispense, comme la matière et la forme d'un sacrement."

 

"Cependant, d'autres aspects de la liturgie sont du droit humain, tels que les lectures à lire ou le mode de réception de la communion", a-t-il dit. "Bien que ces lois humaines soient écrites pour protéger la dignité et l'efficacité de la liturgie, elles peuvent être dispensées en cas d'urgence."

 

Il a ajouté qu'il existe un précédent pour de telles décisions.

 

"Un exemple frappant de lois liturgiques dispensées par nécessité s'est produit dans les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale", a déclaré Olson. "Des prêtres, comme Saint Maximilien Kolbe, observant toujours la matière et la forme pour la confection de l'Eucharistie, ont tenu des messes extrêmement tronquées pendant leur emprisonnement, observant uniquement les rubriques qui étaient possibles dans la situation."

 

Olson a déclaré que "pourvu qu'une véritable nécessité urgente soit présente, un évêque diocésain peut reconnaître qu'une loi humaine, même si elle est liturgique ou habituellement réservée à une autorité supérieure, puisse être dispensée".

 

Mais Bradley a mis en garde contre la présomption de la capacité de se passer des lois liturgiques dans l'Église.

 

"Il me semble que le fait que la loi liturgique soit spécifiquement réservée au Siège apostolique, sauf dans des cas limités définis par la loi, signifie que les changements dans la discipline et la pratique liturgiques ne sont pas de la compétence de l'évêque diocésain à moins que la loi ne le prescrive ainsi", a déclaré Bradley.

 

"Bien sûr", a déclaré Olson à CNA, "les canonistes présenteront toujours des opinions différentes sur la façon dont la loi peut être interprétée et appliquée, c'est le travail des avocats. En fin de compte, l'autorité finale de l'interprétation appartient à Rome, et ce sera à Rome d'intervenir - ou non - comme ils le décideront."

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 18:40
http://www.paixliturgique.fr/aff_lettre.asp?LET_N_ID=2978

http://www.paixliturgique.fr/aff_lettre.asp?LET_N_ID=2978

1/ C’est parce que des fidèles de la liturgie « extraordinaire » l’ont demandé que les évêques de France, tel Mgr Aupetit, archevêque de Paris, et Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques, vont bénéficier plus tôt que prévu de pouvoir célébrer au milieu de leur peuple. C’est ainsi : l’initiative ne vient pas des évêques, ni même d’associations catholiques « ordinaires », mais de catholiques attachés à la messe traditionnelle et aussi de cet « incorrect » qu’est J.-F. Poisson. Ce faisant, ces catholiques traditionnels ne perdent pas de vue qu’ils n’ont pas demandé une « permission », mais qu’ils ont simplement profité des dispositions de la procédure en vigueur France pour desserrer l’étau d’une législation laïque illégitime.

 

 

2/ Ces catholiques de la messe traditionnelle ont, pour faire valoir la liberté de la messe, la longue habitude d’un combat qui dure depuis plus de 50 ans. Interdite de fait lors de la promulgation de la réforme liturgique qui a suivi le deuxième concile du Vatican, la messe tridentine a continué malgré tout à être célébrée par un nombre conséquent de prêtres, qui se sont ensuite multipliés du fait de l’œuvre de Mgr Lefebvre et de la « reconnaissance » que lui ont accordée à la fin les autorités romaines. Ils ont en somme défendu la liberté de cette messe avec leurs pieds (souvent avec leurs voitures, en faisant de nombreux kilomètres pours y assister…), en payant de leur personne et de leurs deniers pour défendre les prêtres qui la célébraient. Cela sans nulle « désobéissance », mais au contraire en toute soumission à l’obligation de confesser sa foi qui pèse sur tout catholique, une foi qui, du point de vue liturgique, est exprimée par ce véritable Credo cultuel qu’est la messe traditionnelle en regard d’une messe nouvelle qui estompe gravement la manifestation du sacrifice sacramentel, de l’adoration eucharistique, de la transcendance divine, de la hiérarchie sacerdotale.

 

 

3/ Dans les présentes circonstances, celles d’une éclipse du culte divin qui aura duré plus de deux mois, un certain nombre de prêtres ont fait en sorte que les sacrements soient toujours distribués et la messe dite, dans des conditions que les médias ont qualifiées de « clandestines ». Ces prêtres sont majoritairement des prêtres traditionnels, et aussi des prêtres de paroisses pour la plupart fort classiques et proches du monde traditionnel. Ils l’ont fait à la demande et avec le soutien des fidèles assistant habituellement à la messe tridentine. Ce qui peut s’expliquer très modestement par la compréhension théologale puissante du saint sacrifice de la messe que leur instille la liturgie qu’ils pratiquent ou qu’ils connaissent de près.

 

 

4/ Les suites de cette crise sanitaire seront assurément fort douloureuses pour l’Eglise, surtout en France. Une telle démission d’une majorité des pasteurs, un tel abandon des fidèles en ce qui concerne le bien le plus précieux qui soit, le saint sacrifice de la messe, ne pourra pas ne pas avoir des conséquences désastreuses. Bien plus que la terrible crise économique et sociale qui se prépare, c’est une crise religieuse aggravée dans laquelle nous allons entrer. La religion, en France spécialement, mais aussi en Italie, en Allemagne, et en bien d’autres endroits, sera plus encore marginalisée, et, ce qui est plus terrible encore, parce qu’elle volontairement accepté de se laisser marginaliser. Nous ne prétendons nullement que la messe traditionnelle va « tirer les marrons du feu », mais nous estimons qu’il est possible qu’elle joue plus encore un rôle de recours pour un catholicisme en décomposition accélérée. Expression vivante de la foi multiséculaire de l’Eglise, elle a la capacité d’exprimer notamment que la religion du Christ a vocation à être celle de la société tout entière. Elle est, par elle-même, et il faut le souhaiter par les convictions de ceux qui lui sont attachés, tout le contraire d’un acte marginal et « confiné » : elle est destinée à être, elle veut être, la célébration par le Christ-Roi du culte que rendent individuellement et en corps les membres de la Cité terrestre en marche vers la Cité céleste.

 

 

Source : Paix Liturgique / le Forum catholique

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 20:21
https://twitter.com/CatholicSat/status/1262266918268030977

https://twitter.com/CatholicSat/status/1262266918268030977

"Aujourd'hui, alors que la célébration publique de la messe reprend en Italie, le pape François ouvre la voie ad orientem.'' (Source).

''Ce 18 mai marque le centenaire de la naissance de saint Jean-Paul II.'' Le Pape François a donc célébré ''à cette occasion la messe sur la tombe du Souverain Pontife polonais'' (Vatican News).

 

Source: CatholicSat TwitterLe Forum catholique

Le Cardinal Sarah se recueille devant la tombe de Jean-Paul II :

 

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=895790

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=895790

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 18:08
https://www.marcotosatti.com/2020/05/16/eucarestia-guanti-monouso-assurdo-igienico-e-profanazione/

https://www.marcotosatti.com/2020/05/16/eucarestia-guanti-monouso-assurdo-igienico-e-profanazione/

Source: Marco Tosatti

 

( traduction rapide )

 

Marco Tosatti

Chers amis et ennemis de Stilum Curiae, l'avocate Maria Stella Lopinto nous a envoyé une réflexion bien documentée pleine de bon sens, ainsi que de sensibilité religieuse et de foi, sur les dispositions émises concernant la distribution de l'Eucharistie dans les messes qui à partir du 18 mai devraient pouvoir être célébrés en présence des fidèles (en Italie. Ndlr.). Bonne lecture.

 

LA FOI DU CHARBONNIER SUFFIT

 

Cher Dr. Tosatti,

 

quelques jours se sont écoulés depuis le protocole fatidique du 7 mai 2020.

 

Avant même d'aborder la question brûlante de la distribution de l'Eucharistie avec des gants, j'aimerais souligner brièvement un aspect formel de ce document : l'Église catholique est la seule à pouvoir disposer de la liturgie et de l'administration des sacrements dont elle est la gardienne, et par conséquent la CEI, qui n'est pas l'Église, a signé ce document en abusant de pouvoirs qui ne lui appartiennent pas, puisque ces dispositions dénaturent substantiellement les accords passés avec la République italienne, vidant de leur contenu les règles essentielles qui établissent que l'Église est indépendante et souveraine et, en tant que telle, libre d'exercer sa mission pastorale, sa sanctification, son organisation, et l'exercice public du culte (art. 1 et article 2 de l'accord du 3 juin 1985). Que conclure sinon que le protocole est une mesure anormale ? Comment l'État italien peut-il s'immiscer dans des affaires qui ne sont pas les siennes et que la Conférence épiscopale italienne signe ?

 

Et pas seulement cela. De nombreux détails suggèrent que le protocole qui n'a été signé que par le cardinal Bassetti, en fait, a été transmis avec une lettre d'accompagnement du ministère de l'Intérieur qui le définit comme "mesures de sécurité nécessaires pour s'y conformer", sur un papier mal photocopié et granuleux, sans en-tête, avec des termes qui disent exactement par qui il a été préparé, certainement pas la CEI, avec un ton affirmé et unilatéral, venant d'un côté qui ordonne et adressé à un autre qui "se conforme", rempli d'une série de "mode d'utilisation .... les portes restent ouvertes ... il n'est pas permis ... il est permis ... les fidèles veillent ... à ce que le sacrement soit administré ...".

 

Cet emploi de l'impératif ne peut être utilisé que d'une partie à l'autre, ce qui, dans un protocole, est tout à fait inapproprié et révèle qu'il ne s'agissait pas du tout d'un accord - la seule forme qui aurait pu trouver place conformément à l'article 13, paragraphe 2 de l'accord de 1985 -, car ici deux parties d'égale dignité n'apparaissent pas du tout, au contraire la dignité du Saint-Siège est complètement ignorée, pour employer un euphémisme.

 

Sans considérer que le document n'indique pas un terme définitif d'efficacité ni une référence utile pour le déterminer, ainsi, après avoir été privés de messes depuis le 9 mars, le résultat est qu'ils "permettent" (selon la terminologie autoritaire établie) qu'elles ne soient finalement célébrées avec le peuple que sous certaines conditions, et espérons-le, pas sans terme indéfini. Nous courons le risque, en somme, que les messes soient ainsi limitées à volonté par le ministère de l'Intérieur.

 

Quoi donc en penser? Si le Protocole est un acte anormal, il pourra peut-être engager le Saint-Siège jusqu'à ce qu'il intervienne pour le dénoncer, ce qui est quelque peu difficile au niveau international. Cependant, il n'engage ni les évêques, ni les prêtres, à moins qu'ils ne le reconnaissent eux-mêmes. Il pourra à la limite (car ils ne sont pas obligés d'obéir à des choses contraires à la foi et à la morale) engager les prêtres, mais pas faire que l'acte soit légitime, parce que leurs évêques respectifs ont à leur tour des protocoles plus stricts encore, comme c'est déjà malheureusement le cas.

 

Ce qui m'intéresse, c'est que cela ne lie certainement pas les fidèles.

 

En fait, je ne m'attarderai pas sur l'anachronique "permission" de célébrer les messes avec le peuple à l'aube du 18 mai, alors qu'il est déjà question d'ouvrir des salles de sport et que dans les supermarchés, toutes les réglementations relatives aux limitations ont en fait été levées et que jusqu'à présent, personne ne s'est préoccupé, pour ne citer qu'elle, de la contagion causée par l'échange d'argent. Un de mes amis m'a écrit : quelle est la différence entre l'Italie et l'Église d'État chinoise ? S'il y avait cet accord en Chine, nous avons le nôtre !

 

La seule réflexion, sans préjudice de ladite clarification sur l'anomalie du Protocole puisque la personne qui l'a signé n'avait pas la procuration sur la reddition qu'il a signée, c'est qu'avec ce document les pouvoirs du Saint-Père apparaissent tristement vides également, vu que toute conférence, sans pouvoir ni en ce qui concerne les évêques, ni en ce qui concerne la discipline des relations avec un autre État, a pu se permettre de faire ce que seul le pape peut faire, en l'autorisant. Le scénario qui ouvre cet abus est inquiétant. Le fort écho du "Quo vadis" se fait entendre. Il faut espérer que personne ne quittera Rome.

 

L'aspect qui me préoccupe davantage est lié à une réflexion à laquelle j'ai été induit par le commentaire de nombreux collègues et amis qui, voulant me distraire de l'enquête sur la question de la distribution avec des gants, ont fait appel au fait qu'il s'agit d'une affaire de spécialistes (liturgistes, canonistes et théologiens) et il ne nous appartient pas de la traiter.

 

Cependant, la montée des voix discordantes sur l'interprétation du document et des premiers protocoles locaux des différents diocèses m'ont d'autant plus convaincu que, s'il est toujours important d'avoir la science et la conscience de son propre comportement, c'est surtout dans cette période de démembrement des droits de la personne, en laquelle il est facile de s'habituer aux mensonges et de perdre le sens de la vérité, jusqu'à ce que vous soyez heureux d'avoir la messe "à tout prix".

 

La considération que le Protocole est un règlement anormal va de pair avec le fait que la loi n'est pas en soi juste pour le simple fait d'être loi. De ce point de vue, nous n'avons malheureusement pas été éduqués et c'est pourquoi un effort plus important est nécessaire pour donner un poids approprié à la "loi". Nous souffrons toujours du lavage de cerveau, d'invitations continues à "observer les règles avec responsabilité": nous évoquons des termes, les "règles", désormais remplies de contenu autoritaire et qui n'ont rien à voir avec un bon objet et une fin et avec la responsabilité qui en découle.

 

La loi n'est pas bonne en soi et ne dégage donc pas la responsabilité de se livrer à un comportement déloyal en son nom, car la personne est toujours libre de choisir et, en tant que telle, elle est responsable de son comportement.

 

Si cela est ignoré, le risque est la naturalisation de l'être humain, qui conduit à des comportements qui vont au-delà de la rationalité et de la liberté.

 

J'omets la réglementation du quota d'entrée dans les églises, car elle n'affecte pas les questions dans lesquelles chacun de nous peut interférer, mais surtout en ne se rapportant pas directement aux questions morales, elle peut être compatible avec les règles de prudence ordinaires et en tant que telle acceptable.

 

Au contraire, la question de la distribution de l'Eucharistie avec des gants jetables concerne directement une question de foi à laquelle il n'est pas indifférent de donner ou non un consentement abstrait ou même de coopérer avec elle avec son propre comportement.

 

Ce que ces collègues et amis m'ont contesté, c'est-à-dire qu'il s'agisse d'une affaire spécialisée de liturgistes et de théologiens, ce qui n'est pas vrai. Il n'est pas concevable que l'on puisse si facilement abdiquer sa conscience, même si le caractère exceptionnel des faits pouvait l'absoudre. C'est évidemment une tromperie. Il n'est pas non plus concevable qu'une chose aussi importante puisse être remise en question ni déléguée à la libre interprétation de tel ou tel évêque. Au lieu de cela, la foi du charbonnier est suffisante. Chacun de nous devrait être capable de comprendre ce qui est conforme à la foi et ce qui ne l'est pas. Pas besoin de théologiens ou d'élucubrations sonores. Ce serait bien s'il y en avait, il serait souhaitable qu'il y ait des pasteurs et des enseignants, mais cela ne peut pas constituer un alibi pour accepter tout ce qu'ils nous proposent, surtout en ce moment historique où il est plus vrai que jamais que chacun de nous est une église. Le sensus fidei devrait suffire à tout le monde pour comprendre ce qu'est la vérité. Et en ce qui concerne la distribution avec des gants, même le plus simple des baptisés qui a reçu la connaissance de base du catéchisme, devrait être capable de comprendre s'il s'agit d'un acte qui ignore la présence réelle de Dieu dans l'Eucharistie, le fait principal de notre Alliance.

 

J'ai donc essayé de mettre quelques idées en forme pour tenter de comprendre et décider.

 

La prémisse est que c'est une vérité de foi que le corps du Christ est présent dans l'hôte consacré, tout comme il est pleinement présent même dans les particules les plus petites et les plus infinies dans lesquelles la particule devrait être divisée.

 

Cette simple considération suffit pour conclure que la simple idée ou la simple vue d'un prêtre qui met des gants à l'autel doit susciter la consternation, pour ne pas dire le scandale, et faire percevoir comme indigne, indécente, offensante, irrespectueuse, la distribution de l'Eucharistie avec des gants jetables.

 

Le doute légitime que le recours à cette disposition ait pu être causé par une raison sérieuse, proportionnée et raisonnable telle que la préservation de la contagion, conduit à considérer immédiatement que les mains d'un prêtre qui s'apprête à consacrer sont nécessairement propres, étant donné qu'il existe déjà des "normes" liturgiques qui prévoient qu'il doit se laver et se purifier les mains avant de célébrer, précisément en vue de l'acte suprême qu'il va accomplir, à tel point que dans les sacristies il y a un bassin spécial. Donc dans le plus il y a le moins: s'il a les mains suffisamment propres pour toucher l'Hostie, il a les mains suffisamment propres pour la distribuer aux fidèles.

 

En outre, la formulation du paragraphe 3.4 du Protocole s'exprime comme suit : "La distribution de la Communion aura lieu après que le célébrant et l'éventuel ministre extraordinaire ont pris soin de l'hygiène de leurs mains et porté des gants jetables". Les gants ne doivent donc être portés qu'une seule fois et non pas chaque fois que la communion est distribuée à chaque fidèle. On aurait plutôt pu s'attendre à ce que, pour se prémunir contre la contagion, un changement de gants soit prescrit pour chaque fidèle (ce qui est évidemment absurde à concevoir). Ce n'est pas le cas, et donc en théorie les gants pourraient déjà être infectés après leur distribution au premier croyant. Il est alors clair que la prescription n'a pas pour but de préserver de la contagion, ni ne tient compte de la santé des fidèles, car précisément les gants pourraient être un vecteur de contagion. Sur la base d'une simple observation, n'importe qui pourra donc en déduire que la disposition est inutile. Il est inutile de porter des gants, car ils n'épargnent pas de la contagion. La raison de la prescription d'une chose aussi grave et inutile pourrait être une simple insouciance ou une intention de profaner l'hôstie consacrée ou un abus de pouvoir de la part de l'État athée.

 

En tout état de cause, si l'utilisation de gants n'est pas nécessaire pour des raisons de santé, son caractère raisonnable et proportionné est exclu. Par conséquent, comme il n'y a même pas de raison sérieuse d'accorder, ni même de raison sérieuse de justifier leur utilisation, ils finissent par n'être qu'une profanation.

 

Supposons un instant que les gants n'aient pas toute cette charge offensive intrinsèque, c'est-à-dire qu'ils ne soient pas si indécents.

 

Voyons voir.

 

Nous savons que les gants jetables adhèrent à la peau jusqu'à ce qu'ils s'y collent, il n'est pas facile de les arracher d'un mouvement rigide, mais il faut les arracher parce qu'ils collent, ils s'attachent et deviennent souvent une masse informe, et c'est une entreprise inutile malgré une manipulation insistante pour essayer de les ramener à leur forme originale après les avoir arrachés, parce qu'ils s'effilochent, ils se cassent.

 

Il s'ensuit que la distribution des hosties consacrées avec des gants à usage unique les expose intrinsèquement à la dispersion des minuscules particules eucharistiques, qui pourraient rester cachées et écrasées entre les plis, et à l'impossibilité matérielle de les retrouver et de les purifier, même avec une opération minutieuse. Par conséquent, même si les gants jetables étaient absurdement décents, le simple fait de les exposer à la dispersion des particules constitue une fois de plus seulement et uniquement une profanation.

 

De plus, la définition même des "gants jetables" implique qu'ils ne peuvent pas être purifiés. Ce que le prêtre purifie est un objet d'une valeur et d'une dignité particulières et pour ce sujet à usages multiples, comme le caporal.

 

Les gants en question, par le seul fait d'être jetables, sont en matière très basse, leur durée de vie est courte car ils sont par définition "jetables".

 

Les gants jetables ne peuvent donc pas être purifiés soit parce qu'ils sont destinés à être jetés, soit parce qu'ils ne se prêtent objectivement pas à cette opération.

 

Et s'ils ne peuvent pas être purifiés, une fois utilisés pour distribuer des hosties consacrés, en théorie, selon la liturgie, ils devraient être brûlés, mais déjà c'est une notion complexe, pas du catéchisme pour les enfants, nous irions donc au-delà de ce que nous nous sommes fixés (cependant , probablement le matériau dont ils sont faits ne permet même pas la destruction par le feu). Cependant, il permet de saisir le sens de la mauvaise utilisation des outils "jetables" pour la distribution des hosties consacrées, précisément à cause intrinsèquement de matériel non digne d'une telle utilisation et qui expose à la dispersion automatique des particules.

 

Un objet "à usage unique", non purifiable, peut-il être utilisé en vain pour distribuer des hosties consacrées, puisqu'il est par définition "jetable", c'est-à-dire destiné à être "jeté" en plus des restes d'hosties consacrées?

 

Même un enfant avec des notions de catéchisme saurait répondre: non.

 

Par conséquent, distribuer l'Eucharistie avec un instrument qui implique intrinsèquement la dispersion des particules de l'Hostie qui lui sont attachées, constitue une manifestation de manque de foi dans la présence réelle et une coopération directe avec la dispersion de ces particules. Recevoir la Communion à travers cette distribution ne constitue pas un acte indifférent à la morale, car il l'accepte et coopère avec elle. Cela vous donne votre consentement, même si ce n'est pas avec une pensée explicite, mais oui avec le comportement.

 

Il n'est donc pas nécessaire de recourir à des citations théologiques de haut niveau. Ce qu'ils nous ont appris sur le catéchisme est suffisant. Le sensus fidei naturel est suffisant.

 

Toute autre connaissance, comme le magnifique hymne de saint Thomas ou les écrits de saint Alphonse, ne peut que nous corroborer dans cette foi, mais elle ne serait pas décisive, sauf que c'est précisément à partir de ces sources que nous avons appris les mêmes vérités de foi.

 

Cela devrait être suffisant pour vous dissuader de participer, dans la mesure du possible, aux messes où vous distribuez la communion avec des gants et en tout cas de prendre la communion de cette manière.

 

À ces fins, il n'est pas nécessaire de discerner s'il s'agit d'un sacrilège ou non.

 

Bien que plusieurs aient évoqué le sacrilège.

 

Le cardinal Sarah, précisément dans un article du 7 mai, stigmatise certains comportements sacrilèges contre l'eucharistie et il n'est pas impossible de penser que, même s'il n'a pas examiné le cas spécifique envisagé par le Protocole, sachant très bien quel aurait été son contenu, il a voulu de cette façon donner un enseignement précis sur ce sujet. A propos de la distribution avec des gants.

 

Le Card. Sarah dit (dans l'article que je vous attache avec le Protocole): "Nous entendons des histoires de SACRILEGE qui vous coupent le souffle: des prêtres qui enveloppent les hosties consacrées dans des sacs en plastique ou en papier ... ou d'autres aussi qui distribuent la sainte communion et utilisent par exemple des pincettes pour éviter la contagion…. CETTE MANIÈRE DE TRAITER JÉSUS COMME UN OBJET SANS VALEUR EST UNE PROFANATION DE L'Eucharistie… La communion n'est pas un droit".

 

De même, Don Gino Oliosi, un exorciste, concernant la distribution avec des gants, dit que c'est la main du prêtre qui doit être consacrée, et non les gants : "si les fragments de l'hostie restent sur le gant, qui doit alors être détruit, que faisons-nous, nous détruisons le Corps du Christ dans la poubelle ?" ( https://www.cristianitoday.it/prendere-con-i-guanti-leucarestia-e-come-gettarlo-nellimmondizia-parla-unesorcista/ )

 

 

Le père Flavio Uboldi, théologien capucin, à propos de donner Jésus avec des gants, dit que "c'est une profanation qui frise le sacrilège". Cela signifie ne pas avoir de respect pour Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie et même pas pour les fidèles qui le reçoivent. Il y a aussi le problème des fragments du Corps du Christ qui peuvent rester attachés aux gants et nous ne savons pas ce qui leur arrive". ( https://lanuovabq.it/it/da-fatima-a-civitavecchia-siamo-dentro-il-terzo-segreto )

 

Alors: est-ce un sacrilège? Certes, sur la base du sensus fidei, c'est répugnant, tout comme cela devrait repousser tout prêtre.

 

Cependant, voulant aller au-delà de la "simple foi", selon le Code de droit canonique, can. 1367, "Quiconque profane les espèces consacrées, ou les enlève ou les conserve à des fins sacrilèges, encourt l'excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique".

 

Puisque c'est le prêtre qui fait l'acte de distribuer avec des gants et on ne peut pas connaître ses intentions (profanation volontaire des Hôtes consacrés), ni ce qu'il va faire avec les gants et les particules résiduelles (la norme pose deux hypothèses: la profanation sic et utilisation simpliciter et sacrilège par élimination et conservation, même si certains comprennent le cas unique et déterminé par le but), nous pouvons seulement dire qu'abstrait oui, cela peut être un sacrilège. Cela peut potentiellement être un sacrilège car de nombreux éléments extérieurs peuvent faire croire que ce geste constitue un manque de foi et une obéissance à un sujet autre que l'Église auquel seuls les prêtres sont plutôt obligés. La preuve externe est: l'obéissance à une disposition de l'État, à travers un accord illégitime avec l'autorité de l'Église non hiérarchiquement ordonnée - la CEI -, l'utilisation d'un instrument inutile, non nécessaire, déraisonnable et non proportionné dans la distribution de l'Eucharistie, non soumis à purification et probablement même pas à la destruction par le feu, mais théoriquement destiné à être jeté dans les déchets, n'ayant pas été discipliné et laissé à la bonne volonté et à la volonté des individus le moyen de ne pas disperser les particules résiduelles de l'hôte. L'hypothèse de certains selon laquelle le prêtre peut purifier les doigts en les plongeant dans le purificateur, "avant d'enlever les gants et avant même de ranger le SS Sacramento, en évitant toute sorte de dispersion", ne semble pas surmonter deux inconvénients: d'une part, il reste également dans ce cas, il évite de détruire les gants, car ils ne sont pas réutilisables et ne peuvent pas être éliminés comme de simples déchets, avec toute incertitude déjà détectée, en revanche les gants jetables ont une fragilité et une détérioration telles qu'il n'est pas exclu qu'ils se cassent pendant la utiliser ou même en essayant de les purifier avant de les retirer des mains, avec dispersion définitive des particules.

 

Il est donc confirmé que l'hypothèse ne peut être qu'un sacrilège potentiel et une occasion de scandale. Cependant, il n'est pas nécessaire de vérifier qu'il s'agit bien d'un sacrilège pour décider de participer ou non à la distribution de l'Eucharistie avec des gants. Les preuves décrites sont suffisantes.

 

Que faire? L'hypothèse extrême, le drame, est de savoir si, en plus du Protocole, l'Évêque a même lié les prêtres à d'autres protocoles, si le curé ne se sent pas obligé en conscience de rejeter de telles pratiques, si la paroisse est la seule église dans laquelle pour pouvoir assister à la messe: dans ce cas, il faut se souvenir de ce qu'a dit le cardinal Sarah et qui fait aussi partie du sensus fidei, c'est-à-dire que la communion n'est pas un droit, ce qui signifie qu'il n'est pas légal de le faire "à tout prix". L'important est d'assurer le bien de la messe et ensuite d'espérer pouvoir recevoir la communion plus tard, en espérant que le prêtre ne soit pas aussi "obéissant à l'Etat" pour utiliser les gants inutiles dans ce cas aussi, et en espérant qu'il la donnera dans la bouche, car cela devrait être un choix et non une obligation. Sinon, meilleure est la communion spirituelle.

 

Si, en revanche, vous avez la possibilité de choisir, après avoir demandé au curé s'il utilisera des gants (donc au cas où il doute qu'il ne soit pas moral de le faire), vous pouvez toujours changer l'église et en chercher une dans laquelle on agit en appliquant la raison et en vivant la Foi.

 

Rome, 16.5.2020 maria stella lopinto

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 17:17
https://www.proliturgia.org/actua.html

https://www.proliturgia.org/actua.html

Source: Pro Liturgia, Mercredi, 13 mai 2020.

On trouve sur plusieurs sites internet la formule « rendez-nous la messe ». C’est une demande adressée aux évêques qui ont supprimé les messes paroissiales pour se plier aux règles édictées par le gouvernement afin de faire face à la pandémie de coronavirus.

« Rendez-nous la messe » ? A vrai dire, on ne voit pas très bien comment on pourrait nous rendre en ce temps de pandémie ce qu’on nous avait déjà confisqué bien avant le début de la crise.

Car bien avant la diffusion du virus, on nous avait déjà supprimé la messe pour la remplacer par quelque chose qui n’avait de messe plus que le nom. Qu’on se souvienne des appels lancés par Jean-Paul II puis par Benoît XVI dans le but de donner aux fidèles l’occasion de retrouver la messe, la vraie, pas celle bricolée par tel célébrant ou telle équipe liturgique. En ces temps-là, personne ne demandait que la messe véritablement « catholique » - c’est-à-dire célébrée sans ajouts, omissions ou modifications et avec une place majeure donnée au chant grégorien (cf. Vatican II et Introduction générale du Missel romain) - fut rendue aux fidèles, la majorité des pratiquants se satisfaisant de “célébrations reconstituées” ou de “messes-puzzles”.

Oui, messeigneurs les évêques, « rendez-nous la messe » : nous n’avons pas attendu l’actuelle pandémie pour vous adresser à temps et à contretemps cette demande à laquelle, reconnaissez-le, vous n’avez jamais donné suite. Mais par pitié, ne nous réchauffez pas les simili-liturgies que vous nous serviez avant la pandémie : rendez-nous « LA » messe !

 

Lundi, 11 mai 2020. Le P. Georg Rheinbay, curé de la paroisse Saint-Michel de Hackenheim (dioc. de Mayence -D-) a déclaré dans son homélie de dimanche dernier que « l’humanité est dans une crise profonde dans laquelle plonge aussi l’Église. » Le prêtre a violemment critiqué l’idée selon laquelle les décisions politiques en rapport avec l’épidémie de coronavirus étaient justifiées par le fait qu’elles concernaient la protection de la vie humaine. Et d’ajouter : « En Allemagne, chaque année, 120 000 personnes meurent en raison de leur consommation de tabac, dont 3 000 ne sont que des fumeurs passifs. Où est la législation d’urgence qui interdit de fumer en Allemagne ? Les accidents font 3 000 morts chaque année. Pourtant, aucune loi n’interdit la conduite des véhicules. Curieusement, ce n’est que dans le cas des décès par effet plus ou moins avéré de coronavirus qu’il y a des discussions. Et quiconque essaie de peser le pour et contre des décisions prises est immédiatement considéré comme un méprisant cynique. »

Le P. Rheinbay est tout aussi sévère avec l’Église en Allemagne qui, dit-il, abandonne ses propres croyants : « Aujourd'hui, les évêques permettent à l’État de décider du don des sacrements ! Je n’ai pas le droit de baptiser un enfant sauf s’il est en danger de mort. Je n’ai pas le droit de célébrer un mariage. Je ne peux pas célébrer l’Eucharistie avec les fidèles. Je ne suis pas autorisé à visiter les mourants pour les accompagner, leur apporter la communion et leur donner l’extrême onction. »

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 19:34
https://lanuovabq.it/it/comunione-in-bocca-nessun-rischio-per-la-salute

https://lanuovabq.it/it/comunione-in-bocca-nessun-rischio-per-la-salute

COVID infecte les cellules des muqueuses des voies respiratoires principalement en voyageant à travers des gouttelettes ou dans une forme hydro-gazeuse d'aérosol. Ainsi, tant que la salive ne passe pas de l'état liquide, comme elle est normalement dans la bouche, à l'état de gouttelettes ou d'aérosols, elle est potentiellement inoffensive. C'est pourquoi la communion dans la bouche ne peut pas être contre-indiquée. Un médecin l'explique.

 

 

Cher directeur,

Je travaille dans un hôpital avec des patients COVID, ce qui m'a amené à approfondir et à discuter du sujet également avec d'autres collègues. Selon la littérature scientifique, nous sommes parvenus aux conclusions suivantes: contrairement aux autres virus, le coronavirus attaque directement les muqueuses des voies respiratoires supérieures (nez, pharynx et larynx) et inférieures (bronches et bronches), directement sur ses récepteurs et sans passer par voies lymphatiques et sanguines comme le font d'autres virus.

 

COVID infecte les cellules des muqueuses des voies respiratoires principalement en voyageant à travers des gouttelettes ou dans une forme hydro-gazeuse d'aérosol. Par conséquent, bien que cela ait été supposé, la transmission par contact n'a jamais été démontrée jusqu'à présent.

 

Les paumes des mains et du bout des doigts, comme la salive, sont les principaux vecteurs du Coronavirus, mais il est difficile qu'elles puissent provoquer une infection en ne contenant pas de virus sous forme de gouttelettes ou d'aérosols: en effet le Coronavirus doit "prendre son envol" pour infecter.

 

Tant que la salive ne passe pas de l'état liquide, comme elle est normalement dans la bouche, à l'état de gouttelettes ou d'aérosols, elle est potentiellement inoffensive. La salive devient dangereuse lors de la nébulisation de gouttelettes avec éternuements ou toux ou en parlant fort à courte distance.

 

Sans masque ou avec masque abaissé sous le nez, les gouttelettes de salive après un éternuement atteignent jusqu'à 6 mètres, (donc 1 mètre ne suffirait pas), après avoir toussé jusqu'à 2 mètres.

 

Les paumes des mains et du bout des doigts peuvent être des dépôts de virus, mais elles peuvent difficilement être la cause d'une infection directe, donc certaines solutions suggérées, telles que la désinfection des mains à l'église avant de recevoir l'hostie, ou le port de gants sont, à mon avis, discutables. Et je ne dis pas inutile, mais ces manoeuvres ne nous protégeront certainement pas principalement contre les infections.

 

Et même la salive, même si elle contient des virus, ne peut pas infecter tant qu'elle reste liquide dans la bouche et ne passe pas dans un état d'air (même si la vieille femme classique gratte les doigts du prêtre, ce qui devrait en tout cas être évité en prenant l'hostie avec les lèvres).

 

De plus, la salive contient du lysozyme qui est un désinfectant naturel, qui agit également contre les virus: le lysozyme même est désormais également utilisé comme médicament contre le coronavirus.

 

En conclusion, les méthodes de réception de l'hostie sont à mon avis indifférentes et potentiellement à la fois inoffensives en ce qui concerne le risque de coronavirus.

 

Il faudra plutôt accorder beaucoup plus d'attention aux autres gestes barrières, c'est-à-dire aux masques, en évitant les éternuements ou la toux dans l'église et surtout au moment de la communion devant le prêtre quand il faut nécessairement retirer le masque pendant quelques secondes pour recevoir l'hostie.... d'une manière ou d'une autre..

 

Nous avons souvent été attaqués sur l'affaire Galilée, quand, le Père jésuite Grassi a voulu imposer une fausse idée scientifique (d’une durée de 2 siècles !) juste pour défendre ses convictions, pas même théologiques, mais cléricales : je voudrais empêcher que des choses similaires ne se répètent, autant que j'aime l'Église.

 

Alors que la terre et le soleil continuaient de tourner à leur manière, quelles que fussent les idées des jésuites, le coronavirus fait de même et n'infecte que par l'air, peu importe qui est pour ou contre la communion dans la bouche ou les mains.

 

On pourrait dire avec une expression efficace que COVID ne se déplace que par voie aérienne, mais qu'il ne navigue pas par la salive tant qu'il reste sous forme liquide dans la bouche. Pour confirmer ce qui précède, lors de l'épidémie de COVID, les chirurgiens ont réduit les interventions faites en laparoscopie précisément pour éviter qu'en soufflant du gaz dans l'abdomen ne s'échappent aux valves des gouttelettes aéroformes contenant le Coronavirus.

 

En résumé, cela devrait être une bonne nouvelle pour tout le monde: savoir qu'aucune des 2 façons de recevoir l'hostie ne représente réellement un risque sérieux d'infection. Par cela, je ne veux pas du tout diminuer l'importance des précautions d'hygiène suggérées jusqu'à présent.

 

Cordialement

 

Dr Fabio Sansonna

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 00:00

Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

Matthieu 28:10

Bonnes et Joyeuses Fêtes de Pâques à tous

La fête de Pâques se célèbre dans l'Eglise chrétienne en mémoire de la résurrection de Jésus-Christ.

D’après les Évangiles, c’est le jour de la fête juive de Pâque (délivrance de l'esclavage en Égypte. Ex 12,1,28) qu’eut lieu la résurrection du Sauveur.

Les plus anciens monuments nous attestent que cette solennité est de même date que la naissance du christianisme, qu'elle a été établie du temps des apôtres.

La mort de Jésus, sa résurrection, et le don du Saint-Esprit à Pentecôte, cinquante jour après Pâques,  sont le déploiement du même mystère, le mystère pascal (temps pascal).

Saint Pierre le dit longuement à la foule à Jérusalem le jour de la Pentecôte (Ac 2:23-33). Cela reflète la relation entre les fêtes de la Pâque juive et le Chavouot/Pentecôte, qui commémore l'alliance que Dieu fait avec Israël.

Aussi, dès les premiers siècles, la fête de Pâques a été regardée comme la plus grande et la plus auguste fête de notre religion; elle renfermait les huit jours que nous nommons la Semaine sainte, et l'octave entière du jour de la Résurrection; on y administrait solennellement le baptême aux catéchumènes; les fidèles y participaient aux saints mystères avec plus d'assiduité et de ferveur que dans les autres temps de l'année; on y faisait d'abondantes aumônes: la coutume s'introduisit d'y affranchir les esclaves; plusieurs empereurs ordonnèrent de rendre à cette occasion la liberté aux prisonniers détenus pour dettes ou pour des crimes qui n'intéressaient point l'ordre public.

Cette résurrection est le grand miracle devant lequel l'incrédulité est forcée de s'avouer vaincue. Les ennemis de Jésus-Christ ayant voulu le faire passer pour un imposteur, les mesures mêmes qu'ils avaient prises pour dévoiler sa prétendue imposture ne devaient servir, en rendant impossible l'enlèvement de son corps, qu'à les confondre eux-mêmes, et à donner une force irrésistible à cette preuve capitale de sa divinité.

Bonnes et Joyeuses Fêtes de Pâques à tous

Dès la pointe du jour, de pieuses femmes venaient au sépulcre, avec des aromates pour achever l'embaumement. Pendant cet intervalle, il se fit un grand tremblement de terre aux environs du tombeau. Le Sauveur en sortit vivant, glorieux et triomphant, et un ange descendit du ciel, renversa la pierre qui fermait le sépulcre et s'assit dessus. Les gardes demeurèrent d'abord comme morts, puis ils prirent la fuite, et allèrent rapporter aux princes des prêtres ce qu'ils avaient vu. Ceux-ci leur donnèrent de l'argent pour dire qu'on était venu enlever le corps pendant qu'ils dormaient. 

Cependant les saintes femmes pénétrèrent dans l'intérieur, et n'y trouvèrent que des linges qui avaient enveloppé le corps. Leur inquiétude fut extrême; mais des anges les rassurèrent, et leur apprirent que Jésus-Christ était ressuscité. Lui-même, il apparut à sainte Marie-Madeleine (Mt 28,1-10 ; Mc 16,1-10 ; Lc 24,1-10 ; Jn 20,1-18), à Jean et à Pierre (Jn 20,2-4), aux deux disciples d'Emmaüs (Lc 24:13), et aux onze apôtres assemblés (1Co 15,5 Mc 16,14 ; Mt 28, 16-17Lc 24,33).

Les apparitions continuèrent; on le vit, on le toucha; on mangea et conversa avec lui. Les plus incrédules se rendirent; la conviction était portée à son comble.

Enfin l'on s'y préparait comme l'ont fait aujourd'hui par le jeûne solennel de quarante jours, que nous appelons le carême.

Dieu s'est fait chair (Jn 1,14). "Celui qui est le roi de gloire", "le Seigneur vaillant des combats" (Ps 23,7-8) est venu "sans armes, sans la force" (Benoît XVI, Audience générale de la Catéchèse du mercredi 23 décembre 2009). "Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir; son nom est proclamé : Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince de la Paix (Prophétie d'Isaïe 9,5 qui parle d'un Messie Dieu-Fort). "Il vient lui-même et va vous sauver. Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie", annonce encore Isaïe 35,4Il a pris sur Lui nos infirmités, nos maladies, nos iniquités (Isaïe 53, 3-6). Dans cet échange, Dieu Père n'est pas exactement le même que lorsqu'il est Dieu Fils dans son humanité, qui lui-même n'est pas le même que Dieu-Père avant qu'il ne soit retourné à Dieu Père dans son Corps glorieux ressuscité. Les apparitions du Ressuscité aux disciples expriment une communication inattendue entre un corps glorieux et des corps non ressuscités. Les disciples ne l'ont pas immédiatement reconnu. Si l'on a bien réalisé le caractère étrange de la manifestation d'un corps glorieux à des hommes restés dans les conditions de notre monde, cela apparaît très cohérent (La Croix).

Ce qui fait que la première fête chrétienne n'est pas Noël, mais Pâques, le moment qui explique et résume l'Écriture. C'est avec la Résurrection du Seigneur que prend toute sa valeur la mission de Jésus.

"Le dimanche, où, de par la tradition apostolique, est célébré le mystère pascal, doit être observé dans l’Église tout entière comme le principal jour de fête de précepte." (CEC 2177)

Après la Résurrection, beaucoup des Juifs qui se sont convertis l'ont fait en méditant les prophéties juives du Messie devant mourir au combat pour son peuple. "Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort" (Dn 9,26). (V. Robert Eisenman, défenseur de la thèse du Messie mourant à la guerre: Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte, Perrin 2003, page 361. Le fragment 5 de 4Qumran 285,11Q14 décrit l’exécution d’un messie.) "Car il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs" (Is 53 ,5-12). Jésus n'a donc pas immédiatement annoncé à ses disciples qu'il était le Christ et qu'il serait mis à mort, car il devait accomplir sa mission. Il devait d'abord mourir et ressusciter le 3e jour, conformément aux Écritures (Osée 6, 2). Il défendit même à ses disciples de dire à personne qu'il était le Christ. "Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c'était lui Christ. À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter." (Mt 16, 20-21.) Leur disant cela, les disciples ne comprenaient pas. Et en effet, beaucoup n'ont compris la messianité de Jésus et n'ont cru en Lui qu'après la Résurrection.

C'est la semence de la Résurrection en nous qui nous fait reconnaître la vraie nature de Jésus Dieu. Marie-Madeleine, d'abord, crut à un enlèvement du corps de Jésus, les disciples d'Emmaüs (Luc 24, 22-24), les apôtres (Luc 24, 11) n'ont d'abord pas cru en sa résurrection ni n'ont reconnu immédiatement le Christ Ressuscité parce qu'il leur manquait cette semence de la Résurrection. (Jésus dit cela dans Le Livre du Ciel de Luisa Piccarreta). "Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître" nous dit Luc 24,16 au sujet des disciples d'Emmaüs. En effet, cela ne correspondait pas à ce qu’ils attendaient. À la veille même de l’Ascension du Christ, les Actes nous disent qu’ils ont demandé à Jésus s’il allait "restaurer la royauté en Israël" (Ac 1, 6). Ils restaient encore accrochés à un messianisme immédiatement triomphant. Jésus était 'ressuscité d’entre les morts" (Jn 20, 9), sans que la Résurrection finale et son triomphe eschatologique soient arrivés. Il apparaît donc de manière non glorieuse, tout ordinaire : Marie-Madeleine le prend pour le jardinier, les disciples d’Emmaüs pour un voyageur et les apôtres qui pêchent dans le lac de Galilée voient la silhouette d’un inconnu sur le rivage.

Jésus apparaissait et disparaissait. Si au moins il était resté tout le temps avec eux, mais sa présence était intermittente. On dit d’habitude qu’il est passé à travers les portes ou les murs du Cénacle ("Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : La paix soit avec vous !". Jn 20,19). Mais, non, cela voudrait dire qu’il venait de l’autre côté de la porte ; pas plus qu’il n’a eu à rattraper les disciples d’Emmaüs sur le chemin. Jésus était là dans toute sa réalité ; et puis il n’était plus là. Car Jésus n’est pas revenu comme Lazare à la vie de ce monde. Jésus ressuscité n’appartient plus à notre monde, c’est notre monde qui lui appartient. Lui, dans son humanité ressuscitée, appartient au monde à venir dont il est "les prémices" (1 Co 15, 20.23).

Il n’est plus soumis aux lois de la pesanteur, ni à celles de la distance ou du temps ; il n’ y a plus pour lui de barrières infranchissables. (Christ est vivant.fr)

Cela lui donne la possibilité de se rendre réellement présent partout où il veut dans notre monde, sans être contenu par aucun de ces lieux. Non pas qu’il soit partout, il est ailleurs. C’est très exactement ainsi qu’il se donne à nous dans le sacrement de l’eucharistie quand il se rend présent sur tous les autels et dans tous les tabernacles sans être contenu par aucun. La présence du Christ ressuscité continue parmi nous, de manière très réelle même si voilée par les signes du pain et du vin, dans le sacrement de l’eucharistie. Jésus a donc dû apporter sans cesse aux apôtres la solidité de la paix que donne la foi. (Toulouse Dominicains

Les disciples d'Emmaüs sont découragés, ils ont perdu l'espérance, ils continuent le mouvement de dispersion provoqué par la crucifixion de Jésus. Celui-ci les rejoint inopinément, mais ne révèle pas son identité : il entre dans leur tristesse et la transforme progressivement en joie, en leur donnant une leçon sur les Écritures qui rend leur cœur tout brûlant. Ce sont eux qui le reconnaissent à la fraction du pain, un geste particulièrement familier à Jésus, celui qui l'évoque tout entier. Thomas, également, n'a compris la messianité divine de Jésus et n'a cru qu'après la Résurrection. "Alors Thomas lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jean 20, 28). Thomas dit à Jésus : "Mon Seigneur et mon Dieu" à Jésus, qui ne le corrige pas pour cette assimilation de Sa personne à Dieu. Jésus au contraire lui répond : Heureux celui qui croit sans voir. Jésus n'est pas reconnu comme tel par la simple perception sensorielle, mais bien par les yeux de la foi, par une expérience spirituelle, une rencontre et grâce à des paroles qui expliquent le sens des Écritures.

Après la Résurrection, Jésus est resté sur terre pendant quarante jours au cours desquels il est apparu plusieurs fois à ses disciples dans son corps glorieux avant son Ascension au Ciel. Combien, nous ne le savons pas précisément, car comme il est dit dans l’Évangile de Jean : "Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre." (Jn 20, 30) (Aleteia.org)

 

 

La fixation de la date de Pâques

 

S. Léon le Grand est intervenu dans la querelle qui avait repris concernant la date de la fête de Pâques.

 

Le concile de Nicée (325) avait mis fin aux anciennes controverses en condamnant définitivement les quartodecimans, qui voulaient célébrer Pâques avec les Juifs le 14 Nisan, et en fixant cette fête au dimanche qui suit la pleine lune de mars. Alexandrie avait été chargée de la notification de cette décision.

 

Au milieu du Ve siècle, on mit en doute de-ci de-là l'exactitude des calculs alexandrins. S. Léon trancha en faveur des décisions prises et des calculs faits à Alexandrie, par "souci de l'unité qu'il importe avant tout de conserver." (Source: Daniel-Rops, Histoire de l'Eglise du Christ, tome III L'Eglise des temps barbares, Librairie Arthème Fayard, Editions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 91.)

 

De nos jours, la plupart des Églises chrétiennes célèbrent Pâques à une date indépendante du calendrier juif selon les prescriptions du Concile de Nicée et de S. Léon au Ve siècle. Seules quelques cultes évangélistes schismatiques suivent le calendrier juif : "Église de Dieu du Septième Jour", "Baptistes du Septième Jour", "Témoins de Jéhovah", "Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours."

 

Pourquoi le lundi de Pâques est-il jour férié?

 

C’est une tradition païenne. Après la fête du dimanche du Pâques, les employeurs donnaient un jour de repos. La coutume a été conservée sous Napoléon et par la République. (Source)

***

 

PRATIQUE. Un jour, un prêtre, un moine dit : "Tu sais pourquoi les couvents ont des cloîtres, qui sont fermés et sans sortie ? C'est parce que la seule sortie c'est vers le haut."

"Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui." (Rm 6,8)

Si vous êtes ressuscité avec Jésus-Christ, cherchez les choses du ciel.

 

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Iconographie. 

Noli me tangere, Fra Angelico, 1440-1441.

Noli me tangere, Fra Angelico, 1440-1441.

La Résurrection du Christ,  Matthias Grünewald, retable d'Issenheim, 1515

La Résurrection du Christ, Matthias Grünewald, retable d'Issenheim, 1515

La nuit de Pâques peut être célébrée soit en début soit en fin de nuit. Mais si l’on considère que toute la fête repose sur la symbolique du passage des ténèbres à la lumière, il apparaît que si une célébration organisée le soir, après le coucher du soleil, a certes des côtés pratiques, une célébration placée au lever du jour correspondrait mieux à l’essence même de cette liturgie. Ainsi la liturgie de Pâques débuterait dans l’obscurité : l’Église bénit le feu pascal, la lumière est transportée dans l’église et partagée entre les fidèles, et l’on chante l’ « Exultet », la louange solennelle de la lumière pascale.

De tout temps l’Église a comparé la Résurrection du Christ avec le soleil levant.

Qu’on pense à la façon dont Matthias Grünewald a représenté la Resurrection du Christ au XVIe siècle sur son retable d’Issenheim : Jésus-Christ y apparaît comme un soleil personnifié illuminé de l’intérieur. Et pourtant, le corps de Jésus porte les stigmates de sa Passion, preuve qu’il ne s’agit pas ici d’une transfiguration ésotérique, mais d’une réelle transformation, au cours de laquelle la personnalité et l’histoire individuelle restent intactes. Le Crucifié et le Ressuscité sont tout un.

Angelus Silesius a repris cette même symbolique dans ces vers qui sont parvenus jusqu’à nous et qui sont chantés aussi bien dans la liturgie catholique que dans le culte protestant en Allemagne: « Morgenstern der finstern Nacht, der die Welt voll Freuden macht, Jesu mein, komm herein, leucht in meines Herzens Schrein. (…) Du erleuchtest alles gar, was jetzt ist und kommt und war; voller Pracht wird die Nacht, weil dein Glanz sie angelacht. » « Sainte étoile du matin, qui illumine la nuit et remplit la terre de sa joie, mon Jésus, viens en moi, illumine le secret de mon cœur. (…) Tu illumines tout ce qui est, tout ce qui vient et tout ce qui était. Grandiose est la nuit que ton sourire illumine. »

C’est pour toutes ces raisons que, déjà dans l’Église primitive, les fidèles se tournaient vers l’Est lors de la célébration de la sainte messe. Les prêtres et les fidèles se trouvaient ainsi dans une orientation commune au cours de leur prière : ils faisaient face au Christ ressuscité, symbolisé par le soleil levant.

Dans les églises orthodoxes on a conservé cette attitude mais dans la plupart des églises catholiques et protestantes, l’orientation de la prière a été malheureusement abandonnée pour mettre l’accent davantage sur la communion du prêtre avec l’assemblée. Au départ, beaucoup d’églises avaient pourtant été construites en orientant l’abside vers l’Est.

Dans l’Église catholique, la célébration « ad orientem » a disparue de facto depuis la réforme liturgique : mais cette liquidation ne repose sur aucune norme liturgique. Il importe de repréciser les choses : la célébration de la messe n’est pas un face à face prêtre/communauté. Le Cardinal Ratzinger, futur pape Benoît XVI, écrivait déjà dans ses livres consacrés à la liturgie que le célébrant devrait à tout le moins se tourner vers une grande croix pour célébrer la messe, créant ainsi une sorte d’orient virtuel pour pallier la perte d’une orientation physique réelle.

Au cours de l’été 2016, le cardinal Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, a encouragé prêtres et fidèles à reprendre l’habitude de se tourner ensemble dans la même direction pour prier. Il a même clairement demandé que tous les prêtres reviennent à la célébration de la messe « ad orientem ». Malheureusement, le pape François n’a donné aucune suite à cette demande.

La liturgie catholique a ainsi perdu son orientation. Qui, parmi les chrétiens, connaît encore de nos jours la symbolique du soleil levant ? Mgr Georg Alois Oblinger, Recteur de Marienfried (diocèse d’Augsbourg). Source: Kathnet (Trad. MH/APL) / Pro Liturgia Actualité du dimanche de Pâques 21 avril 2019.

Résurrection du Jésus, par Noël Coypel (1700)

Résurrection du Jésus, par Noël Coypel (1700)

Jésus retourne des Enfers, par Kocheliov (1900)

Jésus retourne des Enfers, par Kocheliov (1900)

Matin de Pâques (M. Denis, 1870-1943)

Matin de Pâques (M. Denis, 1870-1943)

Musique.

 

Gaudii Paschalis (A. Scandello, 1517-1580)

 

Dialogo per la Pescua (H. Schültz, 1535-1672)

 

J.S. Bach (1685-1750)

Les thèmes de cette ouverture sont en grande partie extraits de la liturgie orthodoxe russe, basés plus exactement sur une collection d'anciens cantiques disparates, souvent anonymes, appelés Obikhod et adoptés comme chants liturgiques officiels à la Cour Impériale des Romanov.

La Grande Pâque russe (N. Rimski-Korsakov, 1844-1908)

Sources :

(1) Encyclopédie théologique Nicolas Bergier 1718-1790, publié par M. l'abbé Migne, Ateliers catholiques au Petit-Montrouge, tome III, Paris 1850-1851, p. 1262; (2) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. XVIII; (3) Missel du Dimanche 2018, Nouvelle Traduction liturgique, Année B, Bayard Éditions, Lonrai 2017, p. 337.

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 18:57
Distribution de la Communion : historique

Suite aux récentes mesures de l’épiscopat français sur l’interdiction de la communion sur la langue dans certains diocèses, les lecteurs sont nombreux à réagir.

 

Pour justifier ses “mesures de précautions” le diocèse de Paris a publié une vidéo pleine de mensonges et d’approximations [Disant que "jusqu'au Haut Moyen-Âge dans l'Eglise catholique au cours de la célébration de la sainte messe on a toujours communier dans la main" (sic) et laissant donc entendre que la Communion dans la bouche est une invention du "Moyen-Âge".]

 

Le site "Riposte catholique" a apporté des éléments historiques précis :

 

Voici donc ces quelques éléments:

 

On vous raconte qu’au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, le rite de la communion aurait comporté la manipulation des hosties consacrées par les fidèles se tenant debout. Avec cette présentation historique, on peut évidemment faire passer ensuite la nouveauté pour une vieille tradition remise à l’honneur.

 

En fait, il s’agit là d’une tentative malhonnête de justifier par une coutume prétendument "antique" la pratique récente, bien postérieure au concile Vatican II (1962-1965) et, de plus, absolument pas ordonnée ni même prévue par celui-ci.

Le Concile Vatican II ne s'est pas pas exprimé sur le sujet de la communion dans la bouche ou dans les mains. Il faut attendre 1969 pour que ce sujet soit abordé par la Sacrée Congrégation pour le culte divin dans l’instruction Memoriale Domini du 29 mai 1969. "[L]es fidèles ont pu autrefois recevoir cet aliment divin dans la main et le porter eux-mêmes à la bouche. […] Cependant, les prescriptions de l'Église et les textes des Pères attestent abondamment le très profond respect et les très grandes précautions qui entouraient la sainte Eucharistie."

 

Feuilletez donc attentivement les documents conciliaires et vous constaterez que nous disons vrai. [Sacrosanctum concilium, Constitution sur la sainte liturgie. Lire également Sacrosanctum caritatis, exhortation apostolique du pape Benoît XVI. NdCR.]

 

Quant au véritable rite antique de la communion à genoux et sur la langue, on vous raconte de manière tout aussi trompeuse que ce serait un phénomène médiéval.

 

Or, pour mentionner brièvement ici quelques éléments de réfutation, signalons que le pape Sixte I (117-126) avait déjà interdit de toucher les mystères sacrés si l’on ne faisait pas partie du clergé (ut mysteria sacra non tangerentur, nisi a ministris).

 

Le pape Saint Eutychian (275-283) interdira que la communion à porter aux malades soit confiée à un laïc ou à une femme (nullus praesumat tradere communionem laico vel feminae ad deferendum infirmo).

 

Déjà Tertullien de Carthage (160-250) attestait que la sainte eucharistie était reçue uniquement du prêtre et pas d’autrui (nec de aliorum manu sumimus).

 

Le pape Saint Léon I (440-461) notait, pour sa part, que l’on reçoit en bouche ce qui est cru par la foi (hoc enim ore sumitur quod fide tenetur).

 

Plus tard, à savoir en 536, le pape Saint Agapet I accomplira un miracle de guérison après avoir donné l’hostie en bouche à quelqu’un (cumque ei Dominicum corpus mitteret in os). C’est le pape Saint Grégoire I (590-604) qui le relate, attestant également la pratique de l’Église dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Dans ses dialogues (Romain 3, c. 3) il rapporte que le Pape saint Agapet accomplit un miracle durant la messe après avoir placé le Corps du Seigneur dans la bouche d'une personne. Jean le Diacre nous parle également de la manière dont ce Pape distribuait la sainte communion. 

 

En l’an 380, le concile de Saragosse avait en son canon 3 lancé l’anathème contre ceux qui voudraient encore toucher la sainte eucharistie comme en temps de persécution. Saint Basile, Père grec et Docteur de l’Église (329-379), avait expliqué qu’en des circonstances pareilles et en l’absence de prêtre ou de diacre pour administrer la communion et la porter aux malades, on avait pu jadis "recevoir la communion au moyen de sa propre main". L’historien Eusèbe de Césarée (270-339) attestait déjà au livre VI de son "Histoire ecclésiastique" que cela se faisait seulement en cas de véritable nécessité. La pratique normale avait toujours été que les fidèles communient à genoux et sur la langue. Devant des abus locaux, le concile de Rouen rappellera en 650 cette norme apostolique, interdisant la communion avec les mains (nulli autem laico aut feminae Eucharistiam in manibus ponat, sed tantum in os ejus).

 

En Orient, le concile de Constantinople statuera pareillement en 692, frappant d’excommunication tous ceux qui s’aviseraient de prendre l’hostie en main alors qu’un évêque, un prêtre ou un diacre sont disponibles pour la leur dispenser en bouche. Dans une homélie sur la première épître à Timothée, Saint Jean Chrysostome (347-407) indiquait déjà cette humble et pieuse attitude de réception de la part des fidèles : "Que rien d’amer ne sorte de la bouche qui a été gratifiée d’un si grand mystère ; que la langue, sur laquelle le divin Corps a été déposé, ne profère rien de déplaisant."

 

Ces éléments et ces témoins remontent à la fin de l'Antiquité. Dès les premiers siècles du christianisme la communion est prise sur la lange, bien avant le "Moyen âge" qui pratiquait peu la communion, et en tous les cas, pas à la main, sauf en temps de persécution, et en l’absence de prêtre ou de diacre pour administrer la communion et la porter aux malades.

La communion fréquente, et des enfants, est une pratique instaurée par le pape Saint Pie X (1903-1914).

88% du volume de l’instruction Memoriale Domini (29 mai 1969) du pape Paul VI est consacré à confirmer la réception de la communion à genoux et sur les lèvres

 

Comment peut-on raisonnablement affirmer que la communion dans la main était la pratique officielle qui s'est poursuivie jusqu'au dixième siècle ? Comment peut-on affirmer que la communion sur la langue est une invention médiévale ? Nous ne prétendons pas que jamais, en aucune circonstance, les fidèles n'ont reçu la communion dans la main. Mais dans quelles conditions cela se passait-il ? 

Il est certain que les apôtres ont pris le pain et ont bu la coupe à la main, mais eux étaient des ministres désignés par Notre-Seigneur.

 

On ne vous rapporte pas des citations de ce genre. On ne vous donne aucune référence pertinente, pas même celle alléguée comme étant de Saint Cyrille de Jérusalem (313-386), à savoir les « Catéchèses mystagogiques » dont on vous épingle un passage cité hors de son contexte qui aurait pu vous faire réaliser que ce n’est pas un texte chrétien normal. En effet, on vous cite seulement ce qui fait penser à la pratique moderne : « Lorsque tu t’avances pour Le recevoir, ne t’approche pas sans respect, les paumes des mains grandes ouvertes ou les doigts écartés ; mais avec ta main gauche, fais un trône pour la droite où va reposer le Roi. Reçois le Corps du Christ dans le creux de ta main et réponds Amen.»

 

Les passages sautés sont notamment ceux-ci : « Sanctifie tes yeux par le contact du saint Corps » et puis, après avoir bu au calice, « lorsque tes lèvres en sont encore mouillées, touche-les avec les mains et passe sur tes yeux, ton front et tous tes autres sens, pour les sanctifier.» (sic)” 

Source: Jusqu’au Haut Moyen-Âge on communiait dans la main : fake news, Riposte catholiqueLe Forum catholique

En 1969, Paul VI indique dans Memoriale Domini que :

 

"les prescriptions de l'Église et les textes des Pères attestent abondamment le très profond respect et les très grandes précautions qui entouraient la sainte Eucharistie.

[...] De plus, le soin et le ministère du Corps et du Sang du Christ étaient confiés d'une façon toute spéciale aux ministres sacrés ou aux hommes désignés à cet effet : « Après que celui qui préside a récité les prières et que le peuple tout entier a acclamé, ceux que nous appelons les diacres distribuent â tous ceux qui sont présents, et portent aux absents, le pain, le vin et l'eau sur lesquels ont été données les grâces »

[...] Aussi, la fonction de porter la Sainte Eucharistie aux absents ne tarda-t-elle pas à être confiée uniquement aux ministres sacrés, afin de mieux assurer le respect dû au Corps du Christ, et en même temps de mieux répondre aux besoins des fidèles. Par la suite, lorsque la vérité et l'efficacité du mystère eucharistique, ainsi que la présence du Christ en lui, ont été plus approfondies, on a mieux ressenti le respect dû à ce Très Saint Sacrement et l'humilité avec laquelle il doit être reçu, et la coutume s'est établie que ce soit le ministre lui-même qui dépose sur la langue du communiant une parcelle de Pain consacré.

Compte tenu de la situation actuelle de l'Église dans le monde entier, cette façon de distribuer la Sainte Communion doit être conservée, non seulement parce qu'elle a derrière elle une tradition multiséculaire, mais surtout parce qu'elle exprime le respect des fidèles envers l'Eucharistie.

[...] Ce respect exprime bien qu'il s'agit non pas « d'un pain et d'une boisson ordinaires », mais du Corps et du Sang du Seigneur, par lesquels « le peuple de Dieu participe aux biens du sacrifice pascal, réactualise l'alliance nouvelle scellée une fois pour toutes par Dieu avec les hommes dans le Sang du Christ, et dans la foi et l'espérance préfigure et anticipe le banquet eschatologique dans le Royaume du Père ». 

[...] De plus, cette façon de faire, qui doit déjà être considérée comme traditionnelle, assure plus efficacement que la Sainte Communion soit distribuée avec le respect, le décorum et la dignité qui lui conviennent ; que soit écarté tout danger de profanation des espèces eucharistiques, dans lesquelles, « d'une façon unique, totalement et intégralement le Christ, Dieu et homme, se trouve présent substantiellement et sous un mode permanent » ; et qu'enfin soit attentivement respecté le soin que l'Église a toujours recommande à l'égard des fragments de Pain consacré : « Ce que tu as laissé tomber, considère que c'est comme une partie de tes membres qui vient à te manquer. »

[...] [U]ne forte majorité d'évêques estiment que rien ne doit être changé à la discipline actuelle et que si on la changeait cela offenserait le sentiment et la sensibilité spirituelle de ces évêques et de nombreux fidèles.

C'est pourquoi, compte-tenu des remarques et des conseils de ceux que « l'Esprit-Saint a constitués intendants pour gouverner » les Églises, eu égard à la gravité du sujet et à la valeur des arguments invoqués, le Souverain Pontife n'a pas pensé devoir changer la façon traditionnelle de distribuer la Sainte Communion aux fidèles.

Aussi, le Saint-Siège exhorte-t-il vivement les évêques, les prêtres et les fidèles à respecter attentivement la loi toujours en vigueur et qui se trouve confirmée de nouveau, en prenant en considération tant le jugement émis par la majorité de l'épiscopat catholique que la forme utilisée actuellement dans la sainte liturgie, et enfin le bien commun de l'Église.

Mais là où s'est déjà introduit un usage différent - celui de déposer la Sainte Communion dans la main - le Saint-Siège, afin d'aider les Conférences épiscopales à accomplir leur tâche pastorale, devenue souvent plus difficile dans les circonstances actuelles, confie à ces mêmes Conférences la charge et le devoir de peser avec soin les circonstances particulières qui pourraient exister, à condition cependant d'écarter tout risque de manque de respect ou d'opinions fausses qui pourraient s'insinuer dans les esprits au sujet de la Très Sainte Eucharistie, et d'éviter soigneusement tous autres inconvénients."

 

Depuis une lettre de la Sacrée Congrégation du 6 juin 1969, en réponse à une demande de la Conférence épiscopale de France sur la permission de distribuer la Communion en déposant l'Hostie dans la main, le Saint-Siège, tout en rappelant l'instruction en date du 29 mai 1969 sur le maintien en vigueur de l'usage traditionnel de la communion "sur la langue", 

 

"accorde que, sur le territoire de Votre Conférence Épiscopale, chaque Évêque, selon sa prudence et sa conscience, puisse autoriser dans son diocèse l'introduction du nouveau rite pour distribuer la Communion, à condition que soient évités toute occasion de surprise de la part des fidèles et tout danger d'irrévérence envers l'Eucharistie.

 

Pour cela, on tiendra compte des normes suivantes :

1. La nouvelle manière de communier ne devra pas être imposée d'une manière qui exclurait l'usage traditionnel. Il importe notamment que chaque fidèle ait la possibilité de recevoir la Communion sur la langue, là où sera concédé légitimement le nouvel usage et lorsque viendront communier en même temps d'autres personnes qui recevront l'Hostie dans la main. En effet, les deux manières de communier peuvent coexister sans difficulté dans la même action liturgique. Cela, pour que personne ne trouve dans le nouveau rite une cause de trouble à sa propre sensibilité spirituelle envers l'Eucharistie et pour que ce Sacrement, de sa nature source et cause d'unité, ne devienne pas une occasion de désaccord entre les fidèles." (Fin de citation)

 

Les conférences épiscopales peuvent donc autoriser officiellement l’introduction de la communion dans la main à partir de 1969. Mais la Sacrée Congrégation pour le culte divin précise bien, dans la lettre du 6 juin 1969, que l’usage traditionnel est maintenu "en vigueur", et que "la nouvelle manière de communier ne devra pas être imposée d'une manière qui exclurait l'usage traditionnel", ... "les deux manières de communier" pouvant "coexister dans la même action liturgique".

 

Ainsi, nous arrivons presque à la fin du texte de Paul VI et on se demande si c’est bien dans ce document-là que Paul VI a introduit la réception dans la main ? Et voilà que, dans les dernières lignes, un indult est accordé, en totale incohérence avec tout le raisonnement qui précède. Tolérance restreinte, encadrée, assortie d’un contrôle strict etc. mais toutes ces précautions étaient évidemment illusoires. Ce qui est important, ce n’est pas le barrage qui est solide en tous points sauf un, c’est la brèche. On sait ce qui est advenu après cette instruction romaine de 1969... La norme est à présent si bien inversée que c’est la communion "sur la langue" qui est vue comme une bizarrerie à peine tolérée par les évêques de France et que c'est l'indult (la communion dans les mains) qui est devenu quasiment la norme.

 

Lire: La brèche par laquelle s'est introduite la "communion dans la main"

Il n’y a finalement pas si longtemps, lorsque se déclarait une épidémie, on allait prier dans les églises, on faisait dire des messes, on utilisait l’eau bénite...

Aujourd’hui, on fait tout le contraire : le coronavirus conduit à fermer les églises, à supprimer les messes et à vider les bénitiers.

On fera difficilement croire aux païens que les catholiques ont des comportements accordés à leur foi en un Dieu tout puissant.

 

SourcePro Liturgia, Actualité du vendredi 6 mars 2020

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6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 19:54
Distribution de la Communion en période d'épidémie : Réponse de la Congrégation pour le Culte divin (en 2009)

Lors de la grippe porcine de juin 2009, un catholique britannique avait demandé à la Congrégation pour le Culte divin quelles étaient les restrictions diocésaines contre la communion sur la langue en raison des inquiétudes liées à l'épidémie.

Dans sa réponse, la Congrégation avait alors réaffirmé que LES FIDELES ONT TOUJOURS LE DROIT de recevoir la sainte Communion sur la langue :

Distribution de la Communion en période d'épidémie : Réponse de la Congrégation pour le Culte divin (en 2009)
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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 15:40

... Le Saint-Sacrifice aboli ? (Daniel 8,11Matthieu 24,15)

 

Vendredi 28 février, Mgr Michel Dubost, Administrateur apostolique à Lyon, a recommandé de "ne pas être agent de la propagation du coronavirus (Covid-19)", appelle "les catholiques [...] à suivre scrupuleusement les consignes des autorités publiques" et demande "en ce qui concerne nos assemblées eucharistiques" "pour éviter tout risque de contamination" "que le « pain eucharistique » soit exclusivement donné dans les mains (et non dans la bouche) et qu’il n’y ait pas de communion des fidèles au sang du Christ. Ces mesures seront levées lorsque les risques de toute contamination auront disparu." 

Le même qui, arrivant dans le diocèse, s'étonnait, en s'en agaçant, du nombre de fidèles qui persistent à s'agenouiller. (Le Forum catholique)

 

L'archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, a adressé une message urgent aux prêtres et aux diacres de la capitale. Il leur demande d'appliquer dès aujourd'hui plusieurs mesures pour éviter la propagation du coronavirus. À savoir :

 

- proposer la communion uniquement dans les mains des fidèles et refuser dans la bouche,

- ne pas proposer de communion au calice pour les fidèles,

- demander aux concélébrants de communier par intinction,

- demander aux fidèles de ne pas échanger de poignée de main en signe de paix pendant les messes,

- vider les bénitiers présents dans l’église. 

 

Mgr Aupetit a révélé qu'un prêtre du diocèse de Paris, rentré mi-février d'Italie, a été contaminé par le virus. Ce prêtre résidait à Rome et a rejoint la France en traversant l'Italie en voiture. (Le Figaro / Le Forum catholique)

Les messes sont suspendues jusqu'à nouvel ordre dans l'Oise.

Refuser de donner l'hostie dans la bouche des communiants, «vider les bénitiers» : à Paris, Rennes, Lille, Lyon ou Marseille, les archevêques ont demandé aux prêtres de leurs paroisses de prendre des mesures contre la propagation du nouveau coronavirus.

Dans l'Oise, [...] la célébration des messes (entendue dans le simple sens de célébration de l'eucharistie) est suspendue jusqu'à nouvel ordre dans les 41 paroisses du département. (Le Figaro)

 

Source: https://www.lefigaro.fr/flash-actu/coronavirus-les-messes-sont-suspendues-jusqu-a-nouvel-ordre-dans-l-oise-20200301

 

La contamination ne se fait pas seulement par les mains mais aussi par les gouttelettes de salive émises durant l’action de parler, il faudrait donc aussi interdire aux fidèles de répondre au prêtre, de chanter, et de parler entre eux à la sortie de la messe !

La suite servile bien plus que scrupuleuse des consignes des autorités publiques semble bien davantage être la ligne de l'Église-qui-est-en-France, laquelle préconise des consignes irrationnelles. La communion dans la main contient en effet beaucoup plus de risques de contagion que la communion directement dans la bouche, la paume de mains et les doigts du fidèle étant beaucoup plus contaminées que la bouche elle-même. De sorte que si l'on voulait vraiment lutter efficacement contre la contagion, c'est la communion dans la main qu'il faudrait logiquement proscrire. 

La sécurité totale serait de supprimer les messes en raison du risque de contagion lors des rassemblements de foules. On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a donc comme un petit côté idéologique dans le fait de rendre obligatoire la communion dans la main à cause de l’épidémie.

D'autant que à l'issue du conseil extraordinaire des ministres ce matin consacré au coronavirus, Olivier Véran, ministre de la Santé (et médecin) a été particulièrement clair : "la contamination se fait par les mains. Donc, dit-il : on ne se serre plus la main etc." (Le Forum catholique)

Source: https://www.europe1.fr/societe/coronavirus-stop-aux-poignees-de-mains-3952398

Source: https://www.europe1.fr/societe/coronavirus-stop-aux-poignees-de-mains-3952398

Dans un point presse vendredi, le ministre de la Santé Olivier Véran a recommandé de ne plus se serrer la main, en raison de la diffusion du coronavirus sur le territoire français. [...] Olivier Véran affirmait vendredi que "l'essentiel des contaminations se faisait par les mains". (Europe 1)

Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie à Astana (Kazakhstan), auteur d'un message sur la réception de la sainte communion en temps de pandémie, dénonce dans ces conditions, et assez logiquement, un "abus d’autorité" et un "manque de foi" :

 

"Personne ne peut nous contraindre à recevoir le Corps du Christ d'une manière qui comporte un risque de perte des fragments, et qui entraîne une diminution de la révérence, comme c’est le cas lorsqu’on reçoit la Communion dans la main. [...] La Communion dans la main n’est pas plus hygiénique que la Communion dans la bouche. En effet, elle peut être dangereuse sur le plan de la contagion. Du point de vue de l’hygiène, la main est porteuse d’une énorme quantité de bactéries. De nombreux agents pathogènes sont transmis par les mains. Que ce soit en serrant la main d’autres personnes ou en touchant fréquemment des objets, telles les poignées de porte ou les rampes et barres d’appui dans les transports en commun, les germes peuvent rapidement passer d’une main à une autre ; et les gens se portent alors souvent ces mains peu hygiéniques au nez et à la bouche. En outre, les germes peuvent parfois survivre pendant plusieurs jours à la surface des objets touchés. Selon une étude de 2006, publiée dans la revue “BMC Infectious Diseases”, les virus de la grippe et les virus similaires peuvent persister pendant quelques jours à la surface d’objets inanimés, comme par exemple les poignées de porte ou les rampes et les poignées dans les transports et les bâtiments publics. De nombreuses personnes qui viennent à l'église et reçoivent ensuite la sainte Communion dans leurs mains ont d’abord touché les poignées de porte ou les rampes et les barres d’appui dans les transports en commun ou dans d'autres bâtiments. Ainsi, des virus s’impriment sur la paume et les doigts de leurs mains. Puis, pendant la Sainte Messe, ils se touchent parfois le nez ou la bouche avec ces mains et ces doigts. Avec ces mains et ces doigts, ils touchent l’hostie consacrée, transférant ainsi le virus également sur l’hostie, et ils transporteront ainsi les virus par l’hostie dans leur bouche. La communion dans la bouche est certainement moins dangereuse et plus hygiénique que la communion dans la main. En effet, la paume et les doigts de la main, à défaut de lavage intense, contiennent indéniablement une accumulation de virus. L’interdiction de la Communion dans la bouche n’est pas fondée par rapport aux grands risques sanitaires de la Communion dans la main en temps de pandémie. Une telle interdiction constitue un abus d’autorité. De plus, il semble que certaines autorités ecclésiastiques utilisent la situation d’une épidémie comme prétexte. Il semble également que certaines d’entre elles éprouvent une sorte de joie cynique à propager de plus en plus le processus de banalisation et de désacralisation du très saint et divin Corps du Christ dans le sacrement eucharistique, exposant le Corps du Seigneur lui-même aux dangers réels de l’irrévérence (perte de fragments) et des sacrilèges (vol d’hosties consacrées).

"Il y a aussi le fait qu’au cours des 2000 ans d’histoire de l’Église, on ne connaît pas de cas avéré de contagion due à la réception de la Sainte Communion. 

"Dans l’Église byzantine, le prêtre donne même la Communion aux fidèles avec une cuillère, la même cuillère pour tous. Et ensuite, le prêtre ou le diacre boit le vin et l’eau avec lesquels il a purifié la cuillère, qui parfois avait même été touchée par la langue d’un fidèle lors de la réception de la sainte communion. De nombreux fidèles des Églises orientales sont scandalisés par le manque de foi qu'ils constatent chez des évêques et des prêtres de rite latin lorsque ceux-ci mettent en place l'interdiction de recevoir la Communion par la bouche, interdiction faite finalement par manque de foi dans le caractère sacré et divin du Corps et du Sang du Christ eucharistique.

"Si l’Église de notre temps ne s’efforce pas à nouveau avec le plus grand zèle d’accroître la foi, la révérence et les mesures de sécurité à l’égard du Corps du Christ, toutes les mesures de sécurité pour les êtres humains seront vaines.

"Si l’Église de nos jours ne se convertit pas et ne se tourne pas vers le Christ, en donnant la primauté à Jésus, et notamment à Jésus Eucharistique, Dieu montrera la vérité de Sa Parole qui dit : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent ; Si le Seigneur ne garde pas la cité, en vain la sentinelle veille à ses portes » (Psaume 126, 1-2)." (Fin de citation) (Source: Pro Liturgia, actualité du 29 février 2020)

 

Rappelons qu'en 590, lorsque saint Grégoire le Grand (540–604), Pape et docteur de l'Église, fut élu pape, prenant le nom de Grégoire Ier, "l'Italie se trouvait dans une situation déplorable : la peste et la famine avaient exterminé les populations." (Yvan GOBRY, Dictionnaire des Papes, Pygmalion, Paris 2013, p. 187). Entre 589 et 590, une violente flambée de peste, les terribles lues inguinaria, après avoir dévasté le territoire byzantin à l'est et les terres franques à l'ouest, sema la mort et la terreur dans la péninsule et frappa la ville de Rome. Les citoyens romains virent cette épidémie comme un châtiment divin en réponse à la corruption qui régnait dans la ville. La première victime que fit la peste à Rome fut le Pape Pélage II, mort le 5 février 590 et enterré dans la crypte de la Basilique Saint-Pierre. Le clergé et le Sénat romain élurent Grégoire en tant que son successeur qui, après avoir été praefectus urbis [Préfet de Rome], vécut dans sa cellule monastique à Monte Celio. À l'occasion de cette épidémie de peste à Rome, le saint Pontife s'illustra par sa foi comme le rapporte Grégoire de Tours (538-594), contemporain de ces événements et qui en fut le chroniqueur. Dans un sermon mémorable prononcé dans l'église de Santa Sabina, il invita le peuple romain à suivre — contrit et pénitent — l'exemple des habitants de Ninive :

 

"Puis le Pape exhorta [tout le peuple] à lever les yeux vers Dieu, Qui permet de si terribles châtiments dans le but de corriger Ses enfants. Pour apaiser le courroux divin, le Pape ordonna une « litanie en sept Chœurs », c'est-à-dire une procession de toute la population romaine, divisée en sept cortèges, selon le sexe, l'âge et la condition. La procession se déplaça depuis les différentes églises romaines en direction de la basilique Saint-Pierre au Vatican, chantant des litanies en chemin. C'est l'origine de ce que l'on appelle aujourd'hui les grandes Litanies de l'Église, ou Rogations, que nous prions pour que Dieu nous protège contre les adversités. Les sept cortèges traversèrent les bâtiments de la Rome antique, pieds nus, à pas lent, la tête couverte de cendres. Tandis que la multitude traversait la ville, dans un silence sépulcral, la peste atteignit un tel point de fureur qu'en l'espace d'une heure, quatre-vingts personnes tombèrent mortes au sol. Cependant, Grégoire ne cessa pas une seconde d'exhorter le peuple à continuer de prier et insista pour que l'image de la Vierge peinte par saint Luc et conservée à Santa Maria Maggiore soit portée en tête de procession. (Gregorio di Tours, Historiae Francorum, liber X, 1, in Opera omnia, a cura di J.P. Migne, Parigi 1849 p. 528)"

(Source: LifeSiteNews / Le forum catholique )

 

Voici les réactions pour le moment dans le monde catholique traditionnel francophone :

 

La communion sur la langue ayant été interdite dans le diocèse d'Amsterdam, la paroisse de la Fraternité Saint Pierre suspend la distribution de la communion jusqu'à Pâques. (Le forum catholique)

Par mandement en date du samedi 29 février 2020, l’archevêque de Bordeaux interdit la distribution de la Très Sainte Eucharistie directement sur la langue, afin de contribuer à la lutte contre l’épidémie de coronavirus. En raison de l’attachement de la Fraternité Saint-Pierre à la forme extraordinaire du rit romain qui ne prévoit aucun autre mode de distribution de la Sainte Eucharistie, et dans l’obéissance à leurs supérieurs, les prêtres de Fraternité Saint-Pierre à Bordeaux ne distribueront donc plus la Très Sainte Eucharistie et ce jusqu’à nouvel ordre. (Le Forum catholique)

 

Un canoniste consulté a fait la réponse suivante :

 

"De mon point de vue, un évêque ne peut demander à personne de recevoir dans la main. Même dans la forme ordinaire, la prescription est la communion sur la langue, avec le droit d'approcher et de recevoir dans la main. La norme est la norme, et elle est fondée sur le droit des fidèles de choisir comment adorer Dieu à un moment de la messe profondément personnel et non communautaire. Mon opinion est basée sur la jurisprudence répétée du Saint-Siège confirmant le droit d'un catholique de recevoir la communion sur la langue tout en s'agenouillant lors d'une messe OF, même si son évêque a émis une loi particulière à l'effet contraire. Ces lois sont considérées de nature suggestive et nullement contraignantes."

 

Quel que soit le cas avec la forme ordinaire de la messe, il faut comprendre que les évêques n'ont aucun pouvoir de modifier les rubriques de la forme extraordinaire, qui est régie par les rubriques et les lois en vigueur en 1962.

 

Le document législatif pertinent, l'Instruction Universae Ecclesiae, détermine ce qui suit:

24. Les livres liturgiques de la forme extraordinaire seront utilisés tels qu’ils sont. Tous ceux qui désirent célébrer selon la forme extraordinaire du rite romain doivent connaître les rubriques prévues et les suivre fidèlement dans les célébrations.

28. De plus, en vertu de son caractère de loi spéciale, le Motu Proprio Summorum Pontificum déroge, dans son domaine propre, aux mesures législatives sur les rites sacrés prises depuis 1962 et incompatibles avec les rubriques des livres liturgiques en vigueur en 1962.

 

À la forme extraordinaire, les laïcs doivent recevoir la communion sur la langue; il n'y a aucun autre moyen envisagé ou autorisé par la loi. Pour qu'une nouvelle coutume soit établie ( quod Deus avertat ), un évêque ou une conférence épiscopale devrait demander un rescrit à la Congrégation pour la doctrine de la foi, tout comme les évêques de différents pays devaient demander à Rome un rescrit pour permettre la communion dans la main il y a des décennies. Et même si un évêque obtenait ce rescrit, il resterait au choix du profane, à qui l'on ne peut refuser le Saint-Sacrement à moins qu'il ne soit un pécheur public notoire. Un prêtre qui, de sa propre initiative, a dit aux gens qu'ils devaient recevoir dans la main violerait la loi et entraînerait le peuple à la violer. (New Liturgical Movement)

 

 

Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,35

Voici ce que nous pouvons dire sur ce blog cet après-midi.

Si la communion n'est pas une obligation, elle est nécessité pour notre vie spirituelle et notre croissance en tant qu'enfant de Dieu d'où émane la vie (Jean 6:35) et qui est le pain eucharistique. L'Eucharistie est notre nourriture spirituelle, elle est vitale pour nos âmes. Jésus est présent dans l'Eucharistie, c'est Lui qui donne la vie. Il ne peut pas apporter la maladie ! 

Et là, les évêques et les prêtres obéissants sont en train de nous dire que Jésus pourrait nous apporter la maladie, Lui qui guérissait les malades ! Et l'eau bénite également puisqu'il est demandé aux prêtres de vider l'eau des bénitiers ! 

 

Source: https://croire.la-croix.com/Definitions/Sacrements/Eucharistie/Jesus-present-dans-l-hostie

 

Lire : Comment expliquer que Jésus est présent dans l'hostie ?

 

Si la Communion reste autorisée mais obligatoirement dans la main, il nous semble moralement permis, voire nécessaire, de ne pas obéir à un tel ordre injustifié du fait de l'état actuel de la science (communiqués de presse du ministère de la santé quant à la propagation de la maladie essentiellement par les mains), et surtout injustifié théologiquement du fait que la communion dans la main expose le Corps du Christ à un risque sérieux de profanation.

D'autant que : 

- 91 [...] il n’est pas licite de refuser la sainte Communion à un fidèle, pour la simple raison, par exemple, qu’il désire recevoir l’Eucharistie à genoux ou debout.

- 92 - Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche.

Instruction Redemptionis sacramentum § 91-92

La Fraternité Saint Pierre s'alignant déjà sur les consignes de leurs évêques, il s'agit de trouver des lieux de messes  dans la forme extraordinaire du rit romain (missel de 1962), en particulier dans la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Site : 

https://laportelatine.org/district/lieux/lieux.php

Add. 01/03/2020 20:12. Curieusement en ce jour où l'on nous annonce la quasi suppression de la messe dans nombre de diocèses, nous fêtons un anniversaire providentiel, qui donne à réfléchir sur le sens de l'eucharistie. En effet : 

 

"nous nous trouvons actuellement entre deux anniversaires importants : d’une part, il y a cinquante ans, la nouvelle messe était promulguée et, avec elle, les fidèles se sont vu imposer une nouvelle conception de la vie chrétienne, adaptée aux soi-disant exigences modernes. D’autre part, nous fêtons cette année le cinquantième anniversaire de la fondation de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Il va de soi que ces deux anniversaires ont une relation étroite, car le premier événement demandait une réaction proportionnée. C’est de cela que je voudrais vous entretenir afin d’en tirer quelques conclusions valables pour le présent, mais en faisant d’abord un retour en arrière, car ce conflit qui s’est manifesté il y a cinquante ans a, en réalité, déjà commencé pendant la vie publique de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 

En effet, lorsque Notre-Seigneur annonça pour la première fois aux Apôtres et à la foule qui l’écoutait à Capharnaüm le grand don de la Messe et de l’Eucharistie, un an avant sa Passion, certains se séparèrent de lui, tandis que d’autres s’attachèrent à lui de façon plus radicale. Cela est paradoxal, mais c’est l’idée-même de l’Eucharistie qui a provoqué le premier « schisme » et, en même temps, a poussé les Apôtres à adhérer définitivement à la personne de Notre-Seigneur.

 

Voici comment saint Jean rapporte les paroles de Notre-Seigneur et la réaction de ses auditeurs : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. De même que le Père vivant m’a envoyé, et que, moi aussi, je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi. Voici le Pain qui est descendu du ciel. Ce n’est pas comme la manne, que vos pères ont mangée, après quoi ils sont morts. Celui qui mange ce Pain vivra éternellement. Il dit ces choses en enseignant dans la synagogue, à Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, l’ayant entendu, dirent : “Cette parole est dure, et qui peut l’écouter ?” (…) Dès lors beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n’allaient plus avec lui. » (Jn 6, 57-61, 67).

 

Essayons de répondre à trois questions qui s’appellent l’une l’autre. Pourquoi les Juifs se scandalisèrent et que refusèrent-ils dès lors ? Que refuse à son tour le chrétien moderne ? Que devons-nous faire pour ne pas tomber, nous aussi, dans cette erreur si ancienne ?

 

* * *

 

L’Evangile nous dit que les Juifs se scandalisèrent, car ils ne pouvaient pas comprendre comment Notre-Seigneur pouvait leur donner à manger sa chair. Et Notre-Seigneur, devant cette difficulté, au lieu de leur donner des explications rationnellement plus accessibles, insiste davantage, en réaffirmant plusieurs fois la nécessité de manger sa chair et de boire son sang pour avoir la vie éternelle. En fait, ce qui manqua aux Juifs, c’était la disponibilité et la confiance à se laisser guider par Notre-Seigneur, malgré le miracle dont ils venaient d’être témoins (cf. Jn 6, 5-14). En un mot, il leur manquait la foi par laquelle le Père introduit les âmes dans le mystère du salut : « La volonté de mon Père qui m’a envoyé, c’est que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éternelle ; et moi-même je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 40). Ce faisant, les Juifs refusaient déjà ce qu’ils allaient refuser définitivement une année plus tard : ils rejetteraient le sacrifice de la Croix, dont la Messe est la continuation, et la Sainte Eucharistie, le fruit. Ils refusaient par avance l’économie de la Croix, qui devient incompréhensible sans un regard de foi. Pour eux, la Croix serait un scandale, tout comme les paroles de Notre-Seigneur annonçant la Sainte Eucharistie les scandalisaient. Il s’agit donc de deux manifestations d’un seul et même « scandale ». En effet, l’on ne peut aimer l’Eucharistie si l’on n’aime pas la Croix, et l’on ne peut aimer la Croix si l’on n’aime pas l’Eucharistie.

 

* * *

 

Et que refuse, de son côté, le chrétien moderne ? Il rejette également d’entrer lui-même dans l’économie de la Croix, c’est-à-dire d’être incorporé au sacrifice de Notre-Seigneur, qui se renouvelle sur l’autel. Cette perspective le scandalise de nouveau aujourd’hui. Il ne parvient pas à comprendre comment Dieu pourrait lui demander une telle chose, car il ne comprend plus comment Dieu le Père a pu demander à Notre-Seigneur de mourir sur la Croix. Par-là, sa conception de la vie chrétienne change irrémédiablement. Il n’accepte plus l’idée de compléter en lui-même ce qui manque aux souffrances du Christ (cf. Col. 1, 24). Ainsi, graduellement, l’esprit de la Croix est remplacé par celui du monde. Le désir profond de voir le triomphe de la Croix laisse la place à un vague désir de voir un monde meilleur, une terre plus vivable, le respect de l’écosystème, une humanité meilleure, mais sans plus savoir dans quel but et par quel moyen. Ainsi, du moment que cette nouvelle perspective propre au chrétien moderne n’a pas de sens et conduit à l’indifférence, l’Eglise tout entière, avec sa hiérarchie et ses fidèles, perd sa raison d’être, entre dans une crise profonde et cherche alors désespérément à se donner dans le monde une nouvelle mission, car elle a abandonné la sienne propre, celle qui ne cherche que le triomphe de la Croix par la Croix. Immanquablement, dans cette nouvelle conception de la vie chrétienne et de l’Eglise, le saint sacrifice de la Messe n’a plus sa place, car la Croix elle-même ne l’a plus. Par conséquent, la chair et le sang du Christ, que les hommes sont censés manger et boire pour avoir la vie éternelle, vont revêtir une nouvelle signification. La nouvelle messe n’est pas seulement un nouveau rite, mais c’est la dernière expression de l’infidélité à la Croix, telle que Notre-Seigneur l’avait prêchée aux Juifs et telle que les Apôtres l’avaient prêchée à l’Eglise naissante. Nous avons ici, à la fois, la clef d’interprétation des derniers cinquante ans d’histoire de l’Eglise et celle de la plupart des erreurs et des hérésies qui l’ont menacée pendant deux mille ans.

 

* * *

 

Mais alors, que devons-nous faire en 2020 pour garder l’esprit de la Croix et un amour inconditionnel envers l’Eucharistie ? Car, tôt ou tard, la même tentation qui poussa les Juifs à s’éloigner de Notre-Seigneur, va nous atteindre par d’autres biais et Notre-Seigneur nous interrogera comme il a interrogé les Apôtres : « Et vous, est-ce que vous voulez aussi vous en aller ? » (Jn 6, 68) Comment pouvons-nous être toujours prêts à répondre comme saint Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Et nous, nous avons cru et nous avons connu que Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. » (Jn 6, 69-70) ?

 

La réponse à cette question primordiale se trouve dans la vraie participation au sacrifice de la Messe et dans une vie vraiment eucharistique. La sainte Messe renouvelle nos âmes dans la mesure où nous entrons dans le mystère de la Croix, où nous le faisons nôtre, non seulement en assistant à un rite exprimant notre foi dans le Sacrifice, mais en entrant nous-mêmes dans ce Sacrifice, de telle manière qu’il devienne parfaitement nôtre, tout en restant parfaitement celui de Notre-Seigneur. Pour y parvenir, pour s’offrir soi-même avec Notre-Seigneur, il est d’abord nécessaire d’accepter sincèrement la Croix, avec toutes ses conséquences. Il s’agit de nous détacher de tout pour être vraiment en mesure de tout offrir avec et par Notre-Seigneur : notre ego, notre volonté, notre cœur, nos aspirations, nos ambitions, nos affections, en un mot ce que nous sommes et ce que nous avons, et même nos frustrations.

 

Avec ces prédispositions, lorsque le Fils s’offre au Père, nous sommes aussi dans le Fils, car la Croix nous unit à lui et fusionne notre volonté avec la sienne. De cette façon, nous sommes prêts pour être offerts au Père avec lui. Nous ne pouvons pas nous offrir véritablement au Père si nous ne sommes pas un seul être avec le Christ. C’est seulement grâce à cette union à la divine Victime que l’offrande de nous-mêmes acquiert une grande valeur. Or cela peut se réaliser uniquement pendant et par la sainte Messe.

 

Et c’est après ce don total de nous-mêmes, renouvelé à chaque Messe, que nous sommes capables de recevoir le Tout en échange : c’est la sainte Eucharistie, fruit du Sacrifice, dans lequel le Fils s’offre et dans lequel nous nous offrons avec lui."

 

 

 

(Don Davide Pagliarani, Supérieur général de la FSSPX, Lettre du Supérieur général aux amis et bienfaiteurs, n° 89, 29 FÉVRIER, 2020, le 1er mars 2020, premier dimanche de Carême. Source: FSSPX.news )

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 13:55
Querida Amazonia: Résumé et analyse (Par Adam Rasmussen / Where Peter Is)

Source: Querida Amazonia: Résumé et analyse

PAR ADAM RASMUSSEN

Where Peter is, 14 février 2020

 

[Entre crochets, dans la traduction, nos commentaires en orange.]

 

La réponse officielle du pape sur le Synode en Amazonie a été publiée mercredi. Intitulée Querida Amazonia ("Amazonie bien-aimée"), elle est censée plutôt compléter que remplacer le document final du synode (dont vous pouvez lire l'analyse ici) (QA 2). Le pape recommande à tout le monde de lire ce document dans son intégralité, et il dit qu'il le "présente officiellement" (QA 3). De plus, François dit qu'il a choisi de ne pas répondre à tout dans le document (QA 2). Cela ne signifie pas que ces parties ont été rejetées ou jugées sans importance. Ces parties dépendent plutôt de leur propre autorité.

 

Chapitre 1: Justice sociale

 

Le premier chapitre déplore l'injustice sociale et l'exploitation dont a souffert l'Amazonie, à la fois la terre et - plus important encore - les peuples autochtones. Les puissants ont saisi les ressources de l'Amazonie comme si elles n'appartenaient pas aux autochtones, et ont tué et asservi ces personnes (QA 12). Le pape souligne que cette exploitation, vol et violence sont souvent légales et perpétrées avec la complicité des gouvernements locaux. Néanmoins, "elles devraient être appelées pour ce qu'elles sont: l'injustice et le crime" (QA 14).

 

[Qa 13 "Les pauvres restent toujours pauvres, et les riches deviennent toujours plus riches." (S. Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 57 : AAS 59 (1967), p. 285.)]

 

Face à cela, les chrétiens devraient se sentir outragés, à l'imitation de Dieu:

 

"Nous devons ressentir l'indignation, comme Moïse l'a fait (cf. Ex 11, 8), comme Jésus l'a fait (cf. Mc 3, 5), comme Dieu le fait face à l'injustice (cf. Am 2, 4-8; 5: 7-12; Ps 106: 40)."

 

Les nombreuses citations bibliques ici sont révélatrices. Le pape réfute une erreur pernicieuse qui s'est développée au sein de l'Église: le quiétisme. C'est la conviction selon laquelle parce que le monde est plein de péchés, la personne spirituelle devrait chercher à s'en échapper par la paix et la foi intérieures. Plutôt que d'essayer d'affronter le péché et de corriger l'injustice, elle devrait plutôt se retirer dans la prière et la méditation, en se concentrant sur le Royaume de Dieu, où tout ira bien. Après tout, le péché est la condition humaine; rien ne peut être fait à ce sujet, sauf pour chercher votre propre salut et vous échapper. En fait, devenir bouleversé et indigné par la misère et l'exploitation humaines menacerait votre paix intérieure, indiquant une préoccupation déplacée, voire dangereuse pour les choses temporelles! Il est arrogant de penser que vous pouvez y faire quelque chose: seul Dieu peut éliminer le mal. Ceux qui prétendent faire du monde un meilleur endroit se considèrent comme des dieux, se vénérant au lieu de faire confiance au calendrier de Dieu pour éliminer le mal lors de la seconde venue du Christ. Les chrétiens devraient rester concentrés sur les choses éternelles et prier pour que la fin arrive. Lorsque les chrétiens se préoccupent de justice sociale, ils deviennent "mondains", "laïcs" et "politiques". Ils devraient plutôt porter leur attention sur le "salut des âmes", qui passe par la foi et les sacrements, et non par l'action politique.

 

Comme toutes les hérésies, le quiétisme prend une vérité et la souffle hors de proportion avec l'exclusion des autres vérités. Toutes les choses que les quiétistes apprécient, comme la prière, les sacrements, la méditation sur le Royaume de Dieu, sont bonnes et nécessaires. Mais elles n'excluent ni ne minimisent l'action sociale ou les œuvres de miséricorde. C'est plutôt l'inverse: elles sont le fondement de l'action sociale de la personne spirituelle, sans laquelle nous ne pouvons pas être sauvés (cf. Matt 7:21; 25: 31-46). La colère est une réponse naturelle à l'injustice et en tant que telle est une bonne chose (cf. St. Thomas d'Aquin, Summa Theologiae I-II, q. 46, a. 2). Comme le pape le mentionne, les gens de la Bible se mettent en colère lorsqu'ils sont témoins d'une grave injustice. Supprimer cet outrage est égoïste, en ce que vous mettez votre propre désir de contentement avant les besoins des affligés. Dieu nous a donné de la colère pour nous inciter à demander justice.

 

Le pape reconnaît la complicité historique de l'Église dans l'exploitation de l'Amazonie, car les missionnaires catholiques faisaient souvent partie du système d'exploitation, bien que certains aient essayé de protéger les indigènes (QA 18-19). François demande à l'Église de la région d'examiner la provenance des dons financiers, car ceux-ci ont souvent constitué de la corruption: tant que les puissants faisaient un don à l'Église, l'Église ignorait leurs crimes (QA 25).

 

Le chapitre conclut en disant que l'objectif principal à l'avenir est le dialogue avec les autochtones: "Et la grande question est: "Quelle est leur idée de 'bien vivre' pour eux-mêmes et pour ceux qui viendront après eux?"" (QA 27). Aucune proposition pour la région amazonienne ne peut être faite sans leur permission explicite (QA 26).

 

Chapitre 2: Culture

 

Dans le deuxième chapitre, le pape François déclare que les cultures particulières de la région amazonienne doivent être préservées et respectées. Il y a ici un motif théologique:

 

Dans chaque pays et ses caractéristiques, Dieu se manifeste et reflète quelque chose de sa beauté inépuisable. Chaque groupe distinct, puis, dans une synthèse vitale avec son environnement, développe sa propre forme de sagesse. Ceux d'entre nous qui observent cela de l'extérieur devraient éviter les généralisations injustes, les arguments simplistes et les conclusions tirées uniquement sur la base de nos propres mentalités et expériences. (QA 32)

 

Il y a deux modes de révélation ici. Premièrement, la création est le miroir de la beauté de Dieu. Lorsque nous examinons la beauté naturelle, nous voyons l'œuvre de Dieu (cf. Rm 1, 19-20). Regarder l'Amazonie et ne voir que les ressources à saisir et à vendre est gravement diabolique.

 

Deuxièmement, les cultures de l'Amazonie contiennent la sagesse divine. La référence du pape à la sagesse évoque l'ancienne théologie chrétienne des "semences du Verbe". Cela signifie que Dieu a révélé sa vérité ou sa Parole, non seulement dans les Écritures, mais partout dans le monde, au moins sous une forme fragmentaire. Ces révélations partielles préparent et trouvent leur accomplissement dans le Verbe incarné, Jésus-Christ. Ce n'est pas une compétition mais un achèvement. Cette idée profonde a d'abord été exprimée par l'apologiste du deuxième siècle, St. Justin Martyr:

 

"Il semble y avoir des graines de vérité parmi tous les êtres humains. (Première apologie 44 [tr. Roberts-Donaldson])

 

"Chaque [philosophe] parlait bien en proportion de la part qu'il avait du mot spermatique, en voyant ce qui s'y rapportait. [...] Tout ce qui a été dit à juste titre parmi tous les êtres humains est la propriété de nous chrétiens. Car à côté de Dieu, nous adorons et aimons la Parole, qui vient du Dieu non engendré et ineffable [...]. Car tous les écrivains ont été capables de voir les réalités de façon obscure à travers la semence du Verbe implanté qui était en eux." (Deuxième Apologie 13)

 

 

La Parole de Dieu est dans l'Ancien Testament appelée la Sagesse de Dieu (par exemple, Prov 8: 22-31). Alors que les Pères de l'Église se sont surtout penchés sur les écrits de Platon, parce qu'il était une lumière de leur propre culture, le principe est universel. Lorsque le pape dit que les peuples de l'Amazonie ont également la sagesse, il parle en accord avec la tradition chrétienne. Les Occidentaux qui trafiquent des stéréotypes désobligeants à propos des peuples amazoniens et méprisent leur sagesse comme "non civilisés" (cf. QA 29), pensant que leur propre culture est supérieure, ne parviennent pas à penser avec la tradition chrétienne et la théologie saine.

 

Une menace pour la préservation des cultures est "une vision consumériste des êtres humains, encouragée par les mécanismes de l'économie mondialisée d'aujourd'hui" (Laudato Si' 144; QA 33). C'est un thème commun du pape François: la mondialisation menace de réduire chaque culture et chaque être humain à rien d'autre qu'aux consommateurs, dont la seule valeur réside dans leur pouvoir d'achat. Ceux qui n'ont pas ce pouvoir sont jetables. Il appelle souvent cela "culture du déchet".

 

Il ne s'agit pas d'un rejet général de ce que les nationalistes appellent le "mondialisme". Le pape François, peu de temps avant le synode, a dénoncé les dangers du nationalisme et de l'isolationnisme, affirmant, par exemple, qu'"un pays doit être souverain, mais pas fermé." Ici, il cite Jean-Paul II: "Le défi, en somme, est d'assurer une mondialisation solidaire, une mondialisation sans marginalisation" (QA 15). Nous voulons que les personnes et les cultures travaillent ensemble sans effacer les identités individuelles et culturelles.

 

Il est bon que les nations et les cultures travaillent ensemble et partagent; ce n'est pas le danger:

 

"L’identité et le dialogue ne sont pas ennemis. La propre identité culturelle s’approfondit et s’enrichit dans le dialogue avec les différences, et le moyen authentique de la conserver n’est pas un isolement qui appauvrit." (QA 37)

 

Le nationalisme et l'isolationnisme prétendent offrir la préservation de la culture et de l'identité. Ce sont de bons objectifs, mais ils y parviennent en méprisant les autres cultures avec une supériorité qui se manifeste par la violence et le racisme. Ce que le pape François propose comme antidote au globalisme, c'est plutôt un dialogue interculturel dans lequel les cultures ne sont pas statiques mais sont enrichies par l'autre. Le "mélange" des cultures est une bonne chose et quelque chose qui ne peut en aucun cas être empêché. Il s'agit de construire des ponts, pas des murs , un autre thème de sa papauté.

 

Chapitre 3: Écologie

 

Le troisième chapitre s'inspire largement de la lettre encyclique de François Laudato Si' de 2015. Le point principal, qui vient à l'origine du pape Benoît XVI (le "pape vert"), est que l'écologie naturelle doit être intégralement unie à l'écologie humaine et sociale (QA 41). Il ne suffit pas seulement de prendre soin de la nature; cette tâche est inextricablement liée à la prise en charge des êtres humains pour qui la terre a été faite pour être notre maison commune (QA 42). Donc:

 

"Abuser de la nature c'est abuser des ancêtres, des frères et sœurs, de la création et du Créateur, en hypothéquant l'avenir."(QA 42)

 

Le pape François prend une note libératrice quand il compare le cri des pauvres et de la terre elle-même (les deux cris sont unis) au cri des Israélites en Égypte, qui a incité Dieu à se souvenir de son alliance (Exode 2: 23-25; 3: 7; QA 52).

 

Un fondement biblique pour prendre soin de la terre est la parole de Jésus selon laquelle Dieu se souvient même des moineaux (Luc 12: 6; QA 57). J'ajouterais à cela la préoccupation explicite de Dieu pour les animaux, énoncée dans Jonas 4:11. (Et, bien sûr, Genèse 1 et 2!)

 

Le Pape François dit que nous pouvons même "entrer en communion avec la forêt" et ainsi offrir une prière de louange et de chant au Créateur de tous (QA 56)! Cela remonte au célèbre Cantique du Soleil de Saint François d'Assise, dans lequel Dieu est loué ("Laudato si") à travers la nature. Notez bien qu'il n'y a rien ici comme adoration de la nature ou idolâtrie. Nous n'adorons pas plus la forêt ou la rivière que saint François n'adorait le soleil et la lune; nous adorons Dieu en vantant et en contemplant toutes ses merveilleuses créations, dont le fleuve Amazone et la forêt en sont les meilleurs exemples!

 

Dans ce chapitre, le Saint-Père réitère le danger du consumérisme, qui ne voit la nature que comme quelque chose à utiliser plutôt que la création de Dieu et un instrument de louange (QA 58-59).

 

Chapitre 4: Mission et évangélisation

 

Le quatrième chapitre concerne l'Église elle-même et ce qu'elle doit faire pour évangéliser et prospérer dans la région amazonienne. C'est là que se trouvent les problèmes brûlants qui ont été tellement examinés par les médias catholiques et laïques.

 

Proclamation

Le Pontife romain définit d'abord quelle est la mission fondamentale de l'Église: proclamer le kérygme (Grec pour proclamation), qui est que Dieu "aime infiniment chaque être humain, qui a manifesté pleinement cet amour dans le Christ crucifié pour nous et ressuscité dans nos vies" (QA 64). Les chrétiens doivent revenir sur cette fondation encore et encore et ne jamais la perdre de vue (QA 65). Comme le pape a mis en garde contre l'indifférence à l'égard de la souffrance (quiétisme), il met maintenant en garde contre l'erreur inverse: réduire le christianisme à un "message social" ou à un "code moral" et réduire l'Église à "une ONG de plus" (QA 63- 64). C'est quelque chose qu'il a déjà dit. Comme d’habitude, le catholicisme est à la fois/et, pas l'un ou l'autre. Nous devons à la fois lutter pour la justice sociale et le changement politique - atténuer la misère humaine et protéger la terre - et proclamer le salut au nom de Jésus le Sauveur. Ceux-ci ne sont pas opposés. C'est précisément notre foi en Jésus-Christ qui nous motive, chrétiens, à prendre soin des pauvres, des étrangers, des orphelins et des veuves - en un mot, des marginalisés. En eux, nous trouvons Jésus lui-même (Mt 25, 37-40). Si nous ne le trouvons pas là, nous ne le trouverons pas non plus dans le Pain et le Vin.

 

Inculturation

Pour que l'évangélisation réussisse, dit le pape, l'Évangile doit être inculturé. Il doit s'adapter et s'intégrer dans les formes, les schémas de pensée et les coutumes de chaque culture (QA 66-67). Dans l'Église primitive, cela a été si réussi dans la culture gréco-romaine que de nombreux termes philosophiques grecs ont fait leur chemin dans le vocabulaire du dogme chrétien (par exemple, prosopon, ousia, hypostase). En fait, il a presque réussi, car il peut être difficile de séparer l'essence de la religion de formes gréco-romaines et médiévales particulières. C'est un danger constant pour les missionnaires, qui finissent par essayer d'imposer la culture occidentale plutôt que de proposer l'Évangile (QA 69). François cite Jean-Paul II disant que "l'inculturation engage l'Église dans un voyage difficile mais nécessaire" (Discours du 17/01/87).

 

L'inculturation est une voie à double sens de dialogue interculturel (QA 68-69). Non seulement une culture reçoit l'Évangile, mais l'Église apprend alors de cette culture: "L'Église elle-même vit un chemin de réception qui l'enrichit de ce que l'Esprit a déjà semé mystérieusement dans cette culture" (QA 68). Cela renvoie à cette sagesse culturelle que Justin Martyr appelait les "graines de vérité". L'Église découvre ce que Dieu avait déjà révélé à cette culture et intègre cette sagesse dans sa propre compréhension de la révélation. François cite encore JP II: "Le Saint-Esprit orne l'Église, lui montrant de nouveaux aspects de la révélation et lui donnant un nouveau visage" (Vita Consecrata 116). Cette compréhension de l'œuvre missionnaire en tant qu'échange interculturel la libère du fléau du colonialisme. François cite un document de conférence épiscopale (comme c'est son habitude) qui énumère certaines des choses que l'Église peut apprendre et embrasser de la culture amazonienne:

 

"l’ouverture à l’action de Dieu, le sens de la reconnaissance pour les fruits de la terre, le caractère sacré de la vie humaine et la valorisation de la famille, le sens de la solidarité et la coresponsabilité dans le travail commun, l’importance du cultuel, la croyance en une vie au-delà de la vie terrestre, et beaucoup d’autres valeurs." (QA 70)

 

Le pape François fait également allusion à la controverse "Pachamama". (Les catholiques conservateurs prétendaient qu'une statuette d'une femme enceinte au synode était une idole de la déesse Pachamama.) Comme beaucoup d'entre nous à l'époque, le pontife défend la pratique catholique traditionnelle d'incorporer des éléments religieux indigènes:

 

"Ne décrivons pas rapidement comme superstition ou paganisme certaines pratiques religieuses qui naissent spontanément de la vie des peuples. […] Il est possible de reprendre un symbole indigène d'une certaine manière, sans nécessairement le considérer comme de l'idolâtrie. Un mythe chargé de sens spirituel peut être utilisé à son avantage et n'est pas toujours considéré comme une erreur païenne. Certaines fêtes religieuses ont un sens sacré et sont des occasions de rassemblement et de fraternité, bien qu'elles aient besoin d'un processus graduel de purification ou de maturation. (QA 78-79, emphases ajoutées)

 

Un exemple précoce de cela dans l'histoire de l'Église est lorsque saint Grégoire le Grand a conseillé que les temples et festivals païens en Angleterre, plutôt que d'être détruits, soient absorbés et transposés dans le christianisme, même s'il a fallu du temps pour purifier complètement les anciennes manières (Bede, History of the English Church and People, 86-87, cité dans l'excellent article de Henry Karlson, "Christian Missions, Inculturation and the Amazon Synod"). Le pape François a dit à l'époque que l'affichage de la figure de "Pachamama" n'avait aucune "intention idolâtre". Étant donné tout ce que l'Église enseigne sur la protection de la nature et sa révérence à l'égard de la Vierge Marie en tant que Mère universelle, l'adoption de "Pachamama" est un exemple classique de "prendre [un] symbole autochtone".

 

Ensuite, François écrit sur la nécessité d'inculturer la liturgie et les sacrements eux-mêmes (QA 81-84). Il est dans la nature des sacrements, étant des moyens matériels de grâce surnaturelle, de nous inculquer une appréciation du monde matériel (QA 81). Il cite son encyclique Laudato Si' selon laquelle les sacrements encouragent l'intendance environnementale et réfutent toute tentation de "fuir le monde" (quiétisme encore!) (QA 82). Sans entrer dans des propositions spécifiques, il rappelle que Vatican II a appelé à l'inculturation de la liturgie (Sacrosanctum Concilium 37-40, 65, 77, 81). Cela signifie plus que simplement traduire le latin (et encore moins d'une manière servilement littérale). François déplore que "plus de cinquante ans se sont écoulés et nous avons fait peu de progrès dans ce sens" (QA 82). Si l'Église va grandir en Amazonie, elle aura besoin d'une vie liturgique pleinement inculturée.

 

Clergé et laïcs

Nous arrivons enfin à la question qui est devenue si importante dans les médias qu'elle a menacé d'engloutir le synode: autoriser ou non les diacres mariés à être ordonnés prêtres dans les régions reculées. Le synode a demandé cela dans le document final:

 

"Nous proposons que des critères et des dispositions soient établis par l'autorité compétente, dans le cadre de Lumen Gentium 26, pour ordonner comme prêtres des hommes de la communauté convenables et respectés avec une famille légitimement constituée et stable, qui ont eu un diaconat permanent fructueux et reçoivent une formation adéquate pour le sacerdoce, afin de soutenir la vie de la communauté chrétienne à travers la prédication de la Parole et la célébration des sacrements dans les régions les plus reculées de la région amazonienne." (111)

 

Le pape François a choisi de ne pas répondre directement à cette proposition dans ce document. Au lieu de cela, il appelle à une augmentation du nombre de diacres et à ce qu'ils, avec les religieuses et les laïcs, "assument régulièrement des responsabilités importantes pour la croissance des communautés" (QA 92). Il dit que le besoin de plus de prêtres doit être considéré dans le contexte plus large d'un besoin de renouvellement de la vie spirituelle de l'ensemble des communautés avec des ministres laïcs (QA 93).

 

Beaucoup ont déjà mal interprété sa décision de ne pas répondre comme l'équivalent d'une réponse négative. C'est une erreur parce que le pape François a ouvert son document en disant que le document final reste valable en soi, que son exhortation ne le remplace pas et qu'il "présente officiellement" le document final. Par conséquent, la proposition du synode d'ordonner des diacres mariés comme prêtres reste ouverte. Le cas a été confirmé explicitement par le cardinal Michael Czerny lors de la conférence de presse présentant l'exhortation.

 

Je pense que François a refusé de décider pour le moment comme un moyen de lutter contre le récit selon lequel ce synode était entièrement consacré aux prêtres mariés. (Ce n'est pas seulement la faute des médias, car les opposants de François dans l'Église ont toujours affirmé que tout le synode n'était qu'un subterfuge pour abolir la loi du célibat sacerdotal.) Le pape a déjà dit à certains évêques américains qu'il était frustré par le réaction des médias à son exhortation à se focaliser sur la question du célibat. Les synodes familiaux ont été également submergés par la discussion de savoir si certains catholiques remariés seraient autorisés à recevoir à nouveau la communion. Apparemment pour lutter contre cela, le pape a relégué la décision de l'autoriser "dans certains cas" à une note de bas de page. Mais plutôt que de se concentrer sur d'autres questions, cela a provoqué l'indignation des catholiques conservateurs qui pensaient qu'il essayait de faire des changements en catimini. Cette fois, il a séparé la question des prêtres mariés, qui n'a jamais été au centre du synode, des préoccupations plus larges de la région amazonienne. François estime que les préoccupations plus générales - injustice et exploitation sociales, effacement des identités autochtones et destruction de l'environnement - sont plus urgentes. La question des prêtres mariés est devenue une distraction (tout comme l'affaire "Pachamama"), tout comme la question des catholiques divorcés distrait du problème plus large du ministère de l'Église auprès des familles.

 

Femmes diacres

Enfin, de nombreux évêques du synode amazonien ont proposé d'ordonner des femmes diacres: "Dans un grand nombre de ces consultations, le diaconat permanent des femmes a été demandé" (Document final 103). Ils ont jugé cela possible parce que

 

1) Les femmes diacres sont mentionnées dans le Nouveau Testament (Rom 16: 1-2; 1 Tim 3: 8-11).

2) Il y avait un bureau de diaconesse dans l'Église primitive, avec un rituel d'ordination par l'évêque (par exemple, Constitutions apostoliques 8, 19-20).

3) Les décisions du magistère romain contre l'ordination des femmes au XXe siècle (Inter Insigniores et Ordinatio Sacerdotalis) ne concernent que l'ordination sacerdotale, tandis que les diacres sont ordonnés au service, pas la prêtrise.

 

Un examen attentif du libellé exact utilisé par François dans cette section (QA 99-103) révèle qu'ici aussi, il n'a pas répondu directement et explicitement à la demande. Comme pour la proposition de prêtres mariés, elle est toujours techniquement "sur la table". Je ne joue pas avec les mots; le pape a déjà rouvert la commission théologique sur les femmes diacres pour une étude plus approfondie. S'il avait déjà réglé le problème magistralement, il ne l'aurait pas fait. Du point de vue d'une doctrine définie, les femmes diacres restent une question ouverte.

 

Cela étant dit, cependant, François s'oppose clairement à l'ordination des femmes et le dit. Cela a déjà causé à certains catholiques de la déception, de la douleur et de la colère. Selon François, ordonner des femmes équivaudrait à les "cléricaliser" et constituerait une réponse étroite aux problèmes actuels (QA 100). Cela ne devrait pas être trop surprenant à entendre, car il a prévu son opinion sur cette question juste après la fin du synode.

 

François est sensible à la critique selon laquelle l'exclusion des femmes du ministère ordonné garde le pouvoir dans l'Église entre les mains des hommes; que c'est sexiste. Il a deux réponses: premièrement, que le sacerdoce n'est pas principalement un exercice de pouvoir. Il ne nie pas que les prêtres exercent un pouvoir hiérarchique, mais il insiste pour que ce pouvoir soit compris comme le pouvoir de sanctifier (QA 87), principalement en célébrant l'Eucharistie et la confession (QA 88). Ce sont les seuls aspects du ministère sacerdotal qui ne peuvent pas être délégués aux laïcs. En revanche, les femmes ont beaucoup contribué à l'Église d'Amazonie, notamment en baptisant (en l'absence de prêtres), en catéchisant, en priant et en agissant comme missionnaires (QA 99). Il appelle ces rôles "le genre de pouvoir qui est typiquement le leur" (QA 101, je souligne). Ces rôles ne devraient pas être informels ou ad hoc, mais commandés publiquement par l'évêque en tant que ministères laïques stables (QA 103). Grâce à ces ministères officiels, les femmes "auraient un impact réel et efficace sur l'organisation, les décisions les plus importantes et l'orientation des communautés" (AQ 103, je souligne). "Une Église aux caractéristiques amazoniennes nécessite la présence stable de dirigeants matures et laïcs dotés d'autorité" (QA 94, italiques ajoutés). En donnant aux ministres laïcs un véritable pouvoir de décision et en définissant le pouvoir de la prêtrise comme étant plus sacramentel qu'administratif, il envisage une Église dans laquelle le clergé n'est pas le seul à prendre des décisions. Au contraire, ils exerceraient leur pouvoir sacramentel aux côtés de nombreuses formes de ministère laïc qui exercent également un véritable pouvoir.

 

De l'aveu même de François, le cléricalisme est un énorme problème dans l'Église; il l'attaque constamment. Par conséquent, faire du rêve du pape ici une réalité me semble très éloigné. Aux États-Unis, les catholiques considèrent généralement le prêtre comme "le patron" de tout, même lorsqu'il y a des ministres laïcs et des conseils paroissiaux. Amener les catholiques et les prêtres eux-mêmes à repenser les ministères sacerdotaux et laïques de cette manière serait un changement radical. (Et cela signifierait probablement aussi réécrire des parties du droit canonique.) Cependant, en Amazonie, il y a peu de prêtres, donc cela pourrait arriver si les évêques le soutenaient activement. Le pape indique que c'est déjà de facto le cas dans une certaine mesure. Selon Austen Ivereigh : "Presque toutes les communautés catholiques de la région sont dirigées par des laïcs, dont 60% de femmes; seule une infime proportion a un clergé résident."

 

François estime que les réponses divergentes aux problèmes de l'Église (telles que ces débats sur les femmes diacres et les prêtres mariés) sont mieux résolues en "transcendant les deux approches et en trouvant d'autres voies meilleures, peut-être même pas encore imaginées" (QA 104). En d'autres termes, il ne veut pas qu'une partie gagne et que l'autre perde, mais que tout le problème soit transcendé de manière créative. Cela ne se fera pas du jour au lendemain et cela semble presque impossible dans notre société fortement polarisée. "Mais avec Dieu, tout est possible" (Matthieu 19:26). Le pape insiste sur le fait que chercher une réponse transcendante "cela ne veut assurément pas dire qu’il faille relativiser les problèmes, les fuir ou laisser les choses comme elles étaient. Les vraies solutions ne sont jamais atteintes en affaiblissant l’audace, en se soustrayant aux exigences concrètes ou en cherchant les culpabilités chez les autres." (QA 105). Il s'attend à être critiqué pour "laisser les choses rester telles qu'elles sont" et "se dérober" aux "exigences concrètes" du synode envers les femmes diacres et les prêtres mariés! Il attend une réponse plus élevée qui permettra aux deux côtés de l'Église de "s'intégrer à l'autre dans une nouvelle réalité" (QA 104).

 

Le chapitre conclut en disant que l'Église doit engager sa mission dans le contexte du dialogue interreligieux et œcuménique (QA 106-10). Nous, chrétiens, ne devons pas nous concentrer autant sur ce qui nous divise, mais sur ce qui nous unit (QA 108). Cela n'a rien à voir avec un affaiblissement de la doctrine ou un obscurcissement de notre propre identité catholique (QA 106). Comme il l'a déjà dit: le dialogue et l'identité ne sont pas des ennemis (QA 37)! Comme pour les autres documents papaux, l'exhortation se termine par une prière à Marie.

 

Dernières pensées

Le document est puissant. Il est regrettable que notre guerre culturelle sans fin, qui afflige même le Corps du Christ, ait réduit ce processus synodal et ses documents au débat vieux de 60 ans sur les prêtres mariés et l'ordination des femmes. Les questions soulevées dans les trois premiers chapitres sont des questions de vie ou de mort. Je ne veux pas minimiser l'importance des propositions des évêques pour la réforme du ministère, qui sont également graves pour l'Église, mais elles ne doivent pas éclipser tout le reste comme elles l'ont fait. Que le pape François a placé la section controversée comme le dernier chapitre dit quelque chose; il a fait de même avec Amoris Laetitia après les synodes familiaux. J'espère que les catholiques prendront le temps de lire ce document et, plus important encore, de donner suite à ses paroles sur la justice sociale, la préservation et le dialogue culturels et l'écologie.

 

Adam Rasmussen

 

Le Dr Rasmussen est chargé de cours au Département de théologie de l'Université de Georgetown. Il a un doctorat. en théologie et études religieuses de l'Université catholique d'Amérique, spécialisée en théologie historique et au début du christianisme. Ses recherches portent sur Saint-Basile, Origène et l'interface entre la théologie et la science dans leurs écrits.

 

Source : (Traduction) Querida Amazonia: Summary and Analysis, Adam Rasmussen, Where Peter Is, 14/02/2020

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13 février 2020 4 13 /02 /février /2020 09:07

Le document de François "Querida Amazonia" porte un regard positif sur le rôle des laïcs dans la mission amazonienne de l'Église, et élargit leur domaine de  compétence vu comme une présence accrue et un rôle approfondi qui doit être étendu aux femmes.

Mais le cœur de la lettre du Pape est son appel à une plus grande inculturation. Le message de l'Église "doit constamment résonner en Amazonie", écrit François, "à travers l'écoute et le dialogue avec le peuple, les réalités et l'histoire des terres dans lesquelles elle se trouve".

Le document papal appelle ainsi à une estimation plus importante du "mysticisme indigène" vu comme "l'interconnexion et l'interdépendance de l'ensemble de la création", une "gratuité qui aime la vie comme un cadeau", un "émerveillement sacré devant la nature et toutes ses formes de vie."

"Le Concile Vatican II a appelé à cet effort pour inculturer la liturgie parmi les peuples autochtones; plus de cinquante ans se sont écoulés et nous avons encore beaucoup à faire dans ce sens."

"Les entreprises, nationales et internationales" "ne respectent pas le droit des peuples originels à la terre et à ses frontières, à l'autodétermination et au consentement préalable." Les actes d'irrespect envers la région "devraient être appelés pour ce qu'ils sont: l'injustice et le crime." Les gouvernements nationaux doivent faire preuve d'un "plus grand sens des responsabilités", car nombre d'entre eux sont largement responsables de la déforestation de la région.

La mondialisation ne peut pas risquer de devenir "une nouvelle version du colonialisme", avertit François.

Querida Amazonia : un appel pour une authentique inculturation

Cité du Vatican - Dans sa dernière exhortation apostolique, Querida Amazonia, le pape François appelle à une inculturation "authentique" en Amazonie, afin de permettre la création d'une Église qui porte véritablement les caractéristiques de la région et la culture de son peuple.

 

Dans le dernier document du Pape, publié le 12 février, François établit un "cadre bref" pour la présence de l'Église dans la région. En réfléchissant au synode qui eut lieu en octobre 2019, le pontife latino-américain exhorte l'Église à prendre au sérieux la réalité et "l'appel" de la région amazonienne et à ne pas recourir à une "nouvelle version du colonialisme".

 

"Nous, croyants, rencontrons dans la région amazonienne un lieu théologique", écrit le pape François, "un espace où Dieu lui-même se révèle et convoque ses fils et ses filles".

 

Au début de la lettre, François souligne qu'il ne "remplacera" ni "dupliquera" le document final du synode d'octobre 2019, mais "voudrait le présenter officiellement". Cela fait de Querida Amazonia le tout premier document papal reconnaissant l'enseignement autoritaire inhérent - c'est-à-dire la nature magistrale - au processus synodal.

 

Le document final du Synode sur l'Amazonie appelait l'Église dans la région à porter un "visage amazonien" et cherchait à revigorer son "option préférentielle pour les pauvres".

 

Le document proposait également d'autoriser l'ordination de diacres mariés - ce que l'on appelle les viri probati - un point qui fut adopté par la majorité des deux tiers des pères synodaux.

 

Malgré les attentes de beaucoup, Querida Amazonia ne traite pas de la question du célibat, même si le silence de François sur la question ne doit pas être considéré comme une réponse définitive - ou, du reste, une réponse du tout.

 

Cependant, le document fait des pas vers l'élargissement de la compétence des ministères laïcs dans la région. "Une église aux caractéristiques amazoniennes nécessite la présence stable de dirigeants matures et laïcs", écrit François, "dotés d'autorité et familiers avec les langues, les cultures, l'expérience spirituelle et le mode de vie communautaire dans les différents endroits".

 

Dans un langage qui rappelle les critiques du pape à l'égard du cléricalisme, il appelle "à faire confiance, et à permettre concrètement, la croissance d'une culture ecclésiale spécifique qui est distinctement laïque".

 

La présence accrue et le rôle approfondi des laïcs dans la mission amazonienne de l'Église doivent également être étendus aux femmes. François reconnaît la participation des femmes de la région, l'un des thèmes clés du Synode sur l'Amazonie: "Nous devons continuer à encourager ces cadeaux simples et directs qui ont permis aux femmes de la région amazonienne de jouer un rôle si actif dans la société."

 

François ajoute que cette présence des femmes nécessite "l'émergence d'autres formes de service et de charismes propres aux femmes" et écrit "qu'il convient de noter que ces services impliquent stabilité, reconnaissance publique et commission de l'évêque".

 

Cela implique une imposition des mains au nom des évêques de la région, l'envoi de femmes laïques pour servir davantage la région et l'église amazonienne d'une manière institutionnellement reconnue.

 

Cependant, le cœur de la lettre du Pape est son appel à une plus grande inculturation, qui a été longuement débattu par les pères synodaux en octobre 2019.

 

Le message de l'Église "doit constamment résonner en Amazonie", écrit François, "à travers l'écoute et le dialogue avec le peuple, les réalités et l'histoire des terres dans lesquelles elle se trouve".

 

"Pour que l'Église parvienne à une inculturation renouvelée de l'Évangile dans la région amazonienne", souligne encore le Pape, "elle doit écouter sa sagesse ancestrale, écouter à nouveau la voix de ses aînés, reconnaître les valeurs présentes dans la voie de la vie des communautés d'origine et retrouver les riches histoires de ses habitants."

 

Querida Amazonia place l'inculturation et le désir de l'Église au cœur de son rôle missionnaire dans la région. "L'inculturation élève et accomplit", dit le document, "nous devons estimer le mysticisme indigène qui voit l'interconnexion et l'interdépendance de l'ensemble de la création, le mysticisme de la gratuité qui aime la vie comme un cadeau, le mysticisme d'un émerveillement sacré devant la nature et toutes ses formes de vie."

 

Lors du Synode sur l'Amazonie, beaucoup de participants - et le document final lui-même - ont évoqué l'importance de puiser dans le sensus fidei, l'instinct de foi, déjà présent dans les traditions de la région. Dans le document final du synode, il était écrit que "nous devons donner une réponse authentiquement catholique à la demande des communautés amazoniennes, adapter la liturgie en valorisant sa vision du monde, ses traditions, ses symboles et ses rites originaux qui incluent des dimensions transcendantes, communautaires et écologiques".

 

La compréhension du sensus fidei avec lequel les pères synodaux travaillaient est basée sur le document du Concile Vatican II Lumen Gentium, qui le définit comme un "sentiment de foi surnaturel", qui doit ensuite être guidé par l'Église et ses ministres.

 

L'appel, porté par le Concile Vatican II, est repris par François dans Querida Amazonia lorsqu'il écrit: "Le Concile Vatican II a appelé à cet effort pour inculturer la liturgie parmi les peuples autochtones; plus de cinquante ans se sont écoulés et nous avons encore beaucoup à faire dans ce sens."

 

Mais la transformation pastorale que réclame François ne s'arrête pas seulement aux questions d'ecclésiologie. L'état de la région amazonienne nous appelle à avoir un "sain sentiment d'indignation" pour le tort qui lui est fait.

 

"Les entreprises, nationales et internationales", écrit François, "ne respectent pas le droit des peuples originels à la terre et à ses frontières, à l'autodétermination et au consentement préalable." Les actes d'irrespect envers la région "devraient être appelés pour ce qu'ils sont: l'injustice et le crime."

 

La responsabilité politique de ceux qui contrôlent la région - qui comprend neuf États d'Amérique latine, dont environ 60 % de la forêt tropicale humide se trouve à l'intérieur des frontières du Brésil - est également mise en avant dans Querida Amazonia.

 

Les gouvernements nationaux doivent faire preuve d'un "plus grand sens des responsabilités", car nombre d'entre eux sont largement responsables de la déforestation de la région.

 

Sous le président d'extrême droite du Brésil, Jair Bolsonaro, la déforestation a explosé en Amazonie, les critiques affirmant que ses politiques et sa rhétorique encouragent également les activités illégales dans la région.

 

En octobre 2019, Bolsonaro a accusé le Vatican, et le Synode sur l'Amazonie en particulier, de chercher à "internationaliser" la région, la soustrayant ainsi au "contrôle souverain" du Brésil. Bien que les fonctionnaires du Vatican aient nié à plusieurs reprises cette allégation, et qu'aucune preuve d'un tel plan n'ait jamais fait surface, les critiques et les personnalités proches de Bolsonaro au sommet de l'Église n'ont pas cédé.

 

Dans Querida Amazonia, François mentionne explicitement ce point : "La réponse ne se trouve donc pas dans "l'internationalisation" de la région amazonienne".

 

Mais François met également en garde contre une plus grande culture de la "corruption" qui entoure la région, et qui est la source de beaucoup de ses problèmes. "Les puissants ne se satisfont jamais des profits qu'ils font, et les ressources du pouvoir économique augmentent considérablement grâce aux progrès scientifiques et technologiques", écrit François. De plus, il prévient que la mondialisation ne peut pas risquer de devenir "une nouvelle version du colonialisme".

 

Ce qui émerge de Querida Amazonia est l'appel de François à proposer une approche pastorale de la région amazonienne qui supprime les simplifications et les comportements d'exploitation inhérents au "colonialisme" et, à la place, "apprendre à contempler la région amazonienne" afin de "l'aimer, pas simplement l'utiliser, avec pour résultat que l'amour peut éveiller un intérêt profond et sincère."

 

François cite ensuite Laudato Si, son encyclique de 2015 sur l'écologie, appelant l'Église à "ne pas regarder le monde de l'extérieur mais de l'intérieur, consciente des liens avec lesquels le Père nous a liés à tous les êtres".

 

C'est seulement ainsi que "nous pourrons nous sentir intimement partie prenante et non seulement la défendre ; alors la région amazonienne redeviendra comme une mère pour nous", poursuit François dans Querida Amazonia.

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 09:00

Merci à Famille chrétienne du 3 février 2020 (n° 2195) pour cette merveilleuse nouvelle : l'édition du Missel français 2021 « à paraître en novembre prochain » réintroduit les mentions du missel rénové de 1969 (missel de Paul VI) selon lesquelles à certains moments le prêtre doit se tourner vers l’assemblée, et que donc la messe doit se célébrer ad orientem. Traduisez « tournés vers Dieu ». Célébrer la messe face au peuple est une simple permission :

Source: https://www.famillechretienne.fr/vie-chretienne/liturgie/ils-celebrent-la-messe-vers-l-orient-269032

Source: https://www.famillechretienne.fr/vie-chretienne/liturgie/ils-celebrent-la-messe-vers-l-orient-269032

Ces prêtres qui célèbrent en français tournés vers l'Orient

 

Joseph Ratzinger

• « La prière vers l’orient est de tradition depuis l’origine du christianisme, elle exprime la spécificité de la synthèse chrétienne, qui intègre cosmos et Histoire, passé et monde à venir dans la célébration du mystère du Salut. »

• « Dans la prière vers l’orient, nous exprimons donc notre fidélité au don reçu dans l’Incarnation et l’élan de notre marche vers le second avènement. »

 

Extraits de L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001.

 

Des prêtres diocésains disent parfois la messe en direction de l’est. Ils nous expliquent les raisons de ce choix.

 

lls ne sont pas « tradis », n’ont pas adopté la forme extraordinaire du rite romain, mais célèbrent pourtant de temps à autre la messe ad orientem. Traduisez « tournés vers Dieu ». D’aucuns disent « dos au peuple » 

 

« Je célèbre habituellement la messe face au peuple, mais j’ai toujours considéré que c’était naturel de célébrer vers l’orient », indique l’abbé Vincent de Mello, aumônier du patronage du Bon Conseil à Paris. « Je le fais systématiquement pour certaines messes : celle de l’aurore, à Noël, celle de l’Ascension, pour signifier que nous sommes tournés vers le Christ monté en gloire et que notre vocation est d’aller au Ciel, et lorsque c’est la fête d’un saint représenté sur la mosaïque placée derrière l’autel de la chapelle. » Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, déclare célébrer « assez régulièrement » la messe ad orientem dans les églises de son diocèse, selon l’emplacement de l’autel qui s’y trouve :

 

« À travers cette disposition, je signifie que le prêtre et la communauté sont dirigés dans la même direction qu’est le Christ. »

 

Tandis que, pour prier, les juifs et les musulmans se tournent vers un lieu spirituel (Jérusalem, La Mecque), les chrétiens ont pris l’habitude de se tourner vers l’orient, d’où, selon les Écritures, le Christ est venu sur Terre et d’où Il reviendra. « Comme l’éclair part de l’orient et brille jusqu’à l’occident, ainsi sera la venue du Fils de l’homme », nous dit saint Mathieu (24, 27).

 

Sur la base notamment d’une interprétation de la « participation active » des fidèles, souhaitée par Vatican II (Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium, 1963), cette pratique de célébrer la messe vers l’orient a été très largement abandonnée dans l’Église catholique après le Concile.

 

Abandonnée, mais pas abolie, nuance l’abbé de Mello. « Après le concile, l’Église n’a pas absolutisé une manière de faire.

 

Célébrer face au peuple est une permission.

 

Dans le missel rénové de 1969, les rubriques précisent qu’à certains moments le prêtre doit se tourner vers l’assemblée, ce qui signifie que la messe doit être célébrée dos au peuple. Ce sont les éditions françaises successives du missel romain qui ont supprimé ces mentions, mais je constate qu’elles ont été réintroduites dans l’édition du missel à paraître en novembre prochain. »

 

Fondateur de la communauté Aïn Karem et auteur d’une Initiation à la liturgie romaine (Ad Solem), le Père Michel Gitton explique que la célébration ad orientem est très ancienne et que les premières églises étaient déjà orientées vers l’est. « Cela a été remis en cause dans les années 1930 par le Mouvement liturgique sur la base d’études sans doute incomplètes montrant que le prêtre était tourné vers le peuple dans les premiers temps de l’Église. Certains ont alors commencé à célébrer face au peuple. Le concile Vatican II n’a pas tranché cette question, mais cette nouvelle pratique s’est généralisée dans les années qui l’ont suivi, avant que l’on retrouve, notamment sous l’influence du cardinal Joseph Ratzinger, l’importance de la célébration versus dominum. »

 

En 2016, le cardinal Robert Sarah, préfet pour la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a invité les prêtres à « retourner aussi vite que possible à une orientation [...] vers l’est ou du moins vers l’abside [...] dans toutes les parties du rite où l’on s’adresse au Seigneur ».

 

Source: Diakonos.be facebook / Famille Chrétienne

 

Note du blog Christ-Roi. En 1992, le Cardinal Ratzinger rédigea une préface pour le livre de Mgr Klaus Gamber «Tournés vers le Seigneur», dans laquelle il écrit :

 

« L'orientation de la prière commune aux prêtres et aux fidèles - dont la forme symbolique était généralement en direction de l'est, c'est-à-dire du soleil levant - était conçue comme un regard tourné vers le Seigneur, vers le soleil véritable. Il y a dans la liturgie une anticipation de son retour; prêtre et fidèles vont à sa rencontre. Cette orientation de la prière exprime le caractère théocentrique de la liturgie; elle obéit à la monition : Tournons-nous vers le Seigneur !»

 

 

L'édition du Missel français 2021 réintroduit les mentions du missel rénové (Paul VI) de 1969 selon lesquelles à certains moments le prêtre doit se tourner vers l’assemblée
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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 23:11

En raison des nombreux cas signalés de déshonneur envers l'Eucharistie qui ont été associés à la réception de l'Eucharistie dans les mains, il est temps de revenir à la méthode la plus respectueuse de recevoir l'Eucharistie, à savoir sur la langue.

Mgr Lwanga, archevêque catholique de Kampala

Il s'agit de Mgr Lwanga, et cela se passe en Ouganda!

 

''L'archevêque catholique de Kampala, Mgr Cyprian Kizito Lwanga, a ordonné qu'aucun catholique n'était autorisé à recevoir la Sainte Communion dans la main.

 

(…)

 

Les directives sont contenues dans un décret qu'il a publié ce samedi, le 1er février 2020, à la suite d'une réunion de haut niveau avec le clergé et les comités de direction des paroisses de la cathédrale de Rubaga à Kampala. (…)

 

Auparavant, les catholiques recevaient l'Eucharistie sur la paume de la main ou directement dans la bouche. Mais, en vertu du nouveau décret, le prêtre ne sera autorisé à distribuer la Sainte Eucharistie que dans la bouche. L'archevêque Lwanga a déclaré que la mesure est conforme aux normes liturgiques et canoniques de l'Église universelle en vertu du droit canonique.

 

''Désormais, il est interdit de distribuer ou de recevoir la Sainte Communion dans les mains. La Mère Église nous enjoint de célébrer la Très Sainte Eucharistie avec la plus grande révérence (Can. 898). En raison des nombreux cas signalés de déshonneur envers l'Eucharistie qui ont été associés à la réception de l'Eucharistie dans les mains, il est temps de revenir à la méthode la plus respectueuse de recevoir l'Eucharistie, à savoir sur la langue'', lit-on en partie dans la lettre du décret.

 

(…)

 

L'archevêque Lwanga met également en garde ceux qui cohabitent car ils ne peuvent pas recevoir la sainte communion.

 

«En suivant les normes claires du Can. 915, il faut réaffirmer que ceux qui vivent en cohabitation illicite et ceux qui persistent dans un péché grave et manifeste ne peuvent être admis à la sainte communion. De plus, afin d'éviter le scandale, l'Eucharistie ne doit pas être célébrée dans les foyers des personnes qui vivent dans une telle situation », lit-on en partie dans sa lettre.

 

Il a également été demandé aux prêtres d'éviter de permettre aux laïcs de distribuer la sainte communion pendant la messe.

 

«Selon la loi de l'Église, le ministre ordinaire de la Sainte Communion est l'évêque, le prêtre ou le diacre (Can. 910: 91). Compte tenu de cette norme, il est interdit à un membre des fidèles qui n'a pas été désigné comme ministre extraordinaire de la Communion (Can. 910§2) par l'autorité ecclésiastique compétente de distribuer la Sainte Communion. De plus, avant de distribuer la sainte communion, le ministre extraordinaire doit d'abord recevoir la sainte communion du ministre ordinaire (…).

 

Voici le texte (en anglais) du décret:

 

Source: ICI

En français : Le Forum catholique 

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 20:30
"Una Voce France" vient de faire paraître un annuaire des choeurs liturgiques grégoriens

Una Voce France vient de faire paraître un annuaire des choeurs liturgiques grégoriens sur son site web.

 

Cet annuaire a pour buts :

– de faire connaître les chorales existantes à celles et ceux qui veulent prier en chantant le chant propre de la liturgie de l’Église catholique romaine

– de faciliter le recrutement de choristes par les chefs de chœur

– de permettre l’entraide entre chefs de chœur.

 

1 – Vous dirigez un chœur liturgique grégorien et souhaitez figurer dans cet annuaire ?

 

2 – Votre chœur est déjà inscrit et vous souhaitez corriger des informations ?

Indiquez le n° de département, le nom du lieu de culte, et ajoutez les informations à rectifier.

 

3 – les chœurs éligibles sont ceux qui chantent chaque dimanche tout le Kyriale et au moins une pièce du Propre. Il n’y a pas de nombre minimum de choristes.

 

Cet annuaire est encore loin d'être complet, mais nous souhaitons qu'il le devienne. Tous les chefs de chœur liturgique grégorien sont bienvenus à figurer dans l'annuaire.

 

Source: Una Voce FranceLe Forum Catholique

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 10:40
Démolisseurs de la liturgie, pervertisseurs et fossoyeurs de la vérité catholique

Pendant longtemps, il y a eu au sein de l’Eglise, et particulièrement parmi les membres du clergé le plus influent, des fidèles qui n’étaient pas d’accord avec les exigences de la doctrine catholique et qui, pour des raisons personnelles, assez souvent d’ordre moral, ne supportaient pas le poids de ces exigences. Cependant, ces fidèles souhaitaient coûte que coûte demeurer au sein de l’Eglise afin, pensaient-ils, de pouvoir la changer de l’intérieur, de pouvoir la « faire évoluer » - comme ils disaient - de pouvoir en faire une organisation flasque dans laquelle tout comportement et toute idée présentée comme novatrice pourraient devenir acceptable, c’est-à-dire considérés comme « catholique ».

Le concile Vatican II a donné à ces fidèles l’occasion inespérée de mettre leurs projets corrosifs en œuvre. En annonçant que « la liturgie était le sommet et la source de la vie de l’Eglise » (§ 10), l’Eglise donnait aux pervertisseurs et aux fossoyeurs de la vérité catholique l’outil dont ils avaient besoin, auquel ils rêvaient. Ceux-ci comprirent très vite qu’il leur suffirait de s’engager dans les structures pastorales afin de pouvoir librement travailler à fausser la liturgie, à travestir les rites, à dissocier la « lex orandi » de la « lex credendi », à plier les célébrations eucharistiques aux exigences de leurs lubies pour que la « source » soit polluée et que le « sommet » soit arasé. Il leur suffisait de tirer sur le bon bout pour réussir à « détricoter » déconstruire tout l’édifice ecclésial. « Minons la liturgie, le reste s’écroulera morceau par morceau. » C’est ce qu’ils firent et c’est ce qui se passa : abandon du sacré, négligence de la vie sacramentelle, discrédit jeté sur tout ce que l’Eglise avait enseigné durant deux millénaires, inobservance des règles liées à l’exercice du ministère sacerdotal, mystification des fidèles par des effets d’annonces, abêtissement des assemblées paroissiales par l’usage de chants doucereux et l’adoption de comportements infantiles ... Tout pouvait s’enchaîner à des fins de démolition.

Et tout s’est effectivement enchaîné avec la complaisance d’évêques qui n’osaient rien dire au sujet de cet empilement de fadaises pastorales, de peur de passer pour d’indécrottables « has been ». Une fois tout mis par terre, on pouvait en toute impunité mettre en place n’importe quelle pratique, n’importe quel enseignement. Ubu pouvait se proclamer père de l’Eglise.

Le résultat de ce silence des évêques - pour ne pas dire de cette « poltronnerie épiscopale » - qui aura duré des années est aujourd’hui sous nos yeux : des enfants qui ne vont à l’église que pour faire leur communion solennelle au cours de célébrations théâtralisées de façons grotesques pour faire plaisir aux parents munis d’un smartphone dernier cri ; une pratique dominicale qui ne concerne plus que 2 ou 3% des fidèles et, dans certaines régions, encore moins ; des séminaires vides ; des maisons religieuses ressemblant à des EHPAD en raison de l’absence de vocations ; un délabrement spirituel de certains pasteurs ; des prêtres sans arrêt au bord du « burn out » à force de s’employer à faire survivre 20, 30 clochers composant des « secteurs paroissiaux » ingérables ; des messes qui ne signifient plus rien de précis - du moins plus rien de vraiment catholique - pour celles et ceux qui les fréquentent ; une génération de prêtres dont personne ne souhaite la compagnie tellement leurs conversations sont sans intérêt ; des scandales de clercs s’achevant par des mises en examens ou, bien plus douloureux, par des suicides. Et à présent, la cerise sur le gâteau : un synode sur l’Amazonie qui, aux yeux des naïfs sera la réalisation de leurs fantasmes tandis qu’aux yeux des plus clairvoyants il viendra officialiser l’émergence de cette Eglise qui ne sera plus ni une mais plurielle, ni sainte mais douteuse, ni catholique mais fuligineuse, ni apostolique mais relativiste. Bref, une Eglise qui pourra se satisfaire de tous les schismes internes qui la mèneront, elle et ses fidèles, à l’égarement complet.

 

Source : Pro Liturgia, Actualité mercredi 25 septembre 2019

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30 août 2019 5 30 /08 /août /2019 05:46
Main ou langue: le débat sur la réception eucharistique

Par André Levesque 28 août 2019

 

One Peter Five

 

Lorsque nous fouillons dans la Parole de Dieu, ce sont souvent ces petits détails qui nous procurent des surprises. Considérez la réaction de la plupart des personnages bibliques lors d’une rencontre avec des créatures divines telles que des anges, sans parler du Créateur lui-même. Reconnaissant qu'ils ont rencontré le surnaturel, ils tombent presque invariablement et immédiatement au sol dans une prostration [1]. Cela nous donne quelques idées. Premièrement, dans les cultures anciennes, il était de coutume de se prosterner ou de se prosterner devant une autorité supérieure en signe de respect et de soumission [2]. De plus, cela révèle la connaissance innée dans notre âme que nous sommes faits pour notre Créateur et désirons nous unir à Lui, mais que nous sommes infiniment indignes de Lui. Nos âmes reconnaissent notre indignité, et la manifestation de cette reconnaissance est notre face à la terre, en adoration.

 

Mettre les Œillères?

Quelle est notre réaction lorsque nous rencontrons Dieu? Rencontrons-nous même le Dieu trine de la même manière que les personnages bibliques ?

 

Chaque catholique fidèle reconnaîtrait que nous le rencontrons pleinement dans l’Eucharistie au moins une fois par semaine. Dans ce cas, il semblerait que nous ayons suffisamment de preuves expérimentales pour déterminer la disposition des catholiques aujourd'hui lorsqu'ils rencontrent Jésus face à face. Dans la plupart des paroisses nord-américaines, vous voyez la plus grande partie des participants se tenant devant le prêtre ou les ministres extraordinaires de la Sainte Communion, tendant leurs mains pour recevoir Jésus. C'est un contraste frappant avec ce que nous voyons dans la Bible.

 

Maintenant une question se pose. Ces personnages bibliques se plient-ils à leurs anciennes normes sociales ou expriment-ils une dulie réservée aux créatures ayant la vision béatifique et, d'une manière plus importante encore, la latrie due à Dieu? Il semblerait qu'ils exprimaient leur respect, leur culte. Pourquoi les catholiques aujourd'hui n'accordent-ils pas le même niveau d'adoration à notre Sauveur incarné dans l'Eucharistie?

 

Le changement à la main

Pourquoi l'Église a-t-elle institué la pratique de la communion dans la main? Comment a-t-elle pris le contrôle de toute l’Église, en si peu de temps?

 

Ce changement a été provoqué par la négligence des évêques néerlandais peu après Vatican II. La communion debout et dans la main était jusque-là une idée protestante implantée pendant la Révolution. Après Vatican II, la pratique commença à être utilisée dans les paroisses catholiques de toute la Hollande et n'a pas été arrêtée par la Conférence des évêques. Cet abus s'est étendu à l'Allemagne, à la France et à la Belgique. Comme il se généralisait, le pape Paul VI a chargé les évêques du monde entier de répondre aux questions concernant cette pratique. Au retour des évêques, le pape promulgua l'Instruction Memoriale Domini (29 mai 1969). Cette instruction comprenait les éléments suivants:

 

- Les évêques du monde étaient pour la plupart contre l'innovation.

- La manière traditionnelle de distribuer la Sainte Communion doit être conservée.

- L'innovation pourrait conduire à l'irrévérence, à la profanation et à l'adultération de la doctrine correcte.

 

En conclusion du document, il a même exhorté les évêques du monde à conserver l'ancienne pratique pour le bien de toute l'Église.

 

Il est donc étonnant que le pape Paul VI ait ensuite autorisé, pour des raisons "pastorales", un indult pour cette pratique. Les pays ayant déjà cette pratique et une majorité des deux tiers pourraient demander cet indult. Il fut immédiatement accordé aux Pays-Bas, à la France, à l'Allemagne et à la Belgique et, à la fin des années 1970, il se répandit essentiellement dans le monde entier comme moyen normatif de recevoir la communion dans l'Église catholique.

 

Le principal argument avancé pour défendre ce changement de pratique est le "ressourcement" - notion selon laquelle l’Eglise est en train de revenir à la pratique des premiers chrétiens. Examinons cet argument.

 

La réception de l'Eucharistie dans l'histoire de l'Église

L'église primitive

Comment les premiers chrétiens recevaient-ils l'Eucharistie? C'est une question difficile. L'église primitive (avant 313) a été proscrite et persécutée pendant longtemps. Ce n’est que lorsque Constantin publia l’édit de Milan que l’Église primitive jouit d’une relative stabilité. Même alors, les chrétiens étaient encore largement persécutés. Pour cette raison, il n’y eut pas beaucoup de documents survivants ou existants sur les pratiques liturgiques des premiers chrétiens. La Didache (96 ap. J.-C.) ne mentionne pas la façon de la réception, mais seulement celle qu'ils reçurent le jour du Seigneur. Cependant, il existe des indices intéressants que nous pouvons découvrir lorsque nous examinons l'Ancien Testament. Ces indications pourraient fournir des indications utiles sur la manière dont les premiers chrétiens auraient pu la recevoir.

 

Pour commencer, les trois principaux prophètes de l'Ancien Testament ont tous été nourris de la Parole de Dieu dans leur bouche au début de leur ministère [3]. De plus, les Juifs ne savaient pas s’approcher de ce qui était saint. L'histoire d'Oza me vient à l'esprit [4]. Seuls les Lévites, qui étaient consacrés par Dieu, pouvaient toucher l'Arche de l'Alliance [5]. Sachant cela, il semble légitime de demander si les apôtres, les consacrés de Jésus (évêques), auraient laissé des membres non consacrés de l'Église toucher le corps, le sang, l'âme et la divinité de notre Seigneur dans l'Eucharistie. Bien que cet argument ne soit pas définitif, cela prouve qu'il est raisonnable de penser que les premiers chrétiens auraient pu recevoir l'Eucharistie sur la langue [6] .

 

Ères patristique et médiévale

En entrant dans la patristique et dans les époques médiévales, où nous avons une documentation plus complète, nous pouvons établir de manière plus définitive le mode de réception de l’Eucharistie pratiqué dans l’Église. Les citations suivantes montrent que la communion sur la langue était la norme dans l'Église:

 

Le concile de Saragosse (380): Excommuniait tous ceux qui osaient continuer à recevoir la Sainte Communion à la main. Décision confirmée par le synode de Tolède (400).

Le pape saint Léon le Grand (440-461): "Hoc enim ore sumitur quodide creditur" se traduit par "Ceci est effectivement reçu au moyen de la bouche, à quoi nous croyons par la foi" [7] .

6 ème concile œcuménique, à Constantinople (680-681): Interdit aux fidèles de prendre l'Armée sacrée entre leurs mains, en menaçant les transgresseurs d'excommunication.

Le Synode de Cordoue (839): a condamné la secte de "Casiani" pour son refus de recevoir la Sainte Communion directement dans la bouche [8].

Le Synode de Rouen (878) a déclaré: "L'Eucharistie ne peut jamais être confiée à un laïc, ni à une femme, mais doit seulement être donnée à la bouche".

 

De manière plus indirecte, les citations suivantes prouvent également la pratique de la communion sur la langue dans l'Église. Il découle de la prémisse que si les vases et les mains du prêtre touchant l'Eucharistie devaient être consacrés, elle ne serait pas par la suite remis entre les mains du profane.

 

Le pape saint Sixte Ier (vers 115): "Les Vaisseaux Sacrés ne doivent pas être manipulés par des personnes autres que celles consacrées au Seigneur" [9] .

 

Saint Thomas d'Aquin (1225–1274): "Par respect pour ce sacrement [la Sainte Eucharistie], rien ne le touche, sauf ce qui est consacré. c'est pourquoi le corporal et le calice sont consacrés, ainsi que les mains du prêtre, pour toucher ce sacrement " [10] .

 

La contre position

Toute personne plaidant en faveur d'un élément de religion, de morale ou de tradition devrait plaider avec force en faveur de sa contre-position afin de ne pas souffrir de partis pris pour la confirmation ou de plaider contre un homme de paille. J'aimerais donc examiner quelques-uns des textes utilisés pour soutenir la communion dans la main en ce qui concerne le ressourcement, puisqu'il s'agit généralement du principal argument en faveur de la communion dans la main.

 

Saint Cyrille de Jérusalem (350)

"Quand tu iras pour communier, ne va pas les poignets tendus, ni les doigts séparés, mais place ta main gauche comme un trône à ta droite, qui doit recevoir un si grand roi, et reçois dans le creux de la paume le corps du Christ en disant: Amen" [11].

 

À première vue, cette citation semble constituer un argument de poids pour la pratique de la communion à la main à l'ère patristique. Cet extrait provient d'un des cinq Conférences de Pâques (mystagogies) attribuées à saint Cyrille. Ses 18 conférences de catéchumènes préparant au baptême sont incontestables, mais on se demande si ces cinq conférences de suivi ont bien été attribuées au grand saint. Le Dr. Taylor Marshall est un érudit qui en doute. Il pose que certains manuscrits n'attribuent pas ces conférences à saint Cyrille [12]. En outre, il écrit que cette même citation continue en mentionnant que le corps de Christ devrait être porté aux yeux et au front et que le communicateur devrait toucher ses lèvres avec le sang précieux de notre Seigneur [13].

 

De plus, la même Catéchèse mystagogique propose des textes apparemment déroutants aux partisans de la communion:

 

"Ne tendez pas les mains, mais en vous inclinant dans une posture d'adoration et de respect ..."

 

“… Veillez à n'en perdre aucune partie [le Corps du Seigneur]. Une telle perte serait la mutilation de votre propre corps. Pourquoi, si on vous avait donné de la poussière d'or, ne prendriez-vous pas le plus grand soin de la retenir, en ne laissant pas un grain glisser entre vos doigts, de peur que vous ne deveniez autant plus pauvre? Avec plus de soin, ne vous garderez-vous donc de la perte d'une miette de ce qui est plus précieux que l'or ou les pierres précieuses?” [14] .

 

Il semble raisonnable de douter de la légitimité de cette citation, car elle contient des déclarations confuses et étranges sur la réception de l'Eucharistie et certains érudits doutent qu'elle ait été attribuée à juste titre à Saint Cyrille de Jérusalem. Néanmoins, je suis prêt à concéder son authenticité.

 

Saint Basile (330–379)

Saint Basile est souvent utilisé comme source pour prouver l'existence de la communion dans la main à l'ère patristique. Néanmoins, il déclare clairement que recevoir la communion de sa propre main n'est autorisé qu'en cas de persécution ou, comme c'était le cas pour les moines dans le désert, lorsque aucun diacre ou prêtre n'était disponible pour la donner [15].

 

Autres travaux

Saint Athanase (298–373), Saint Cyprien (210–258), Saint Jean Chrysostome (349–407) et Théodore de Mopsuestia (350–428) peuvent tous témoigner de la pratique de la communion dans la main. Saint Athanase parle de se laver les mains avant de la recevoir. Saint Cyprien, Saint Jean Chrysostome et Théodore de Mopsuestia mentionnent des choses similaires, comme recevoir dans la main droite puis l'adorer et l'embrasser [16].

 

Il n'est pas clair quelle fut la pratique largement utilisée depuis les temps apostoliques jusqu'à la publication de l'édit de Milan (313). De ces œuvres, on peut clairement voir que la communion dans la main a été pratiquée dans la première partie de l'ère patristique de l'Église (environ 313–400). Cependant, il semble qu'à la fin des années 300, la communion sur la langue devenue populaire, devint le moyen normatif de la réception. La communion entre les mains s'était donc considérablement réduite à la fin de l'ère patristique et encourut finalement des conséquences graves, telles que l'excommunication.

 

Pourquoi ce changement de pratique à la fin de l'ère patristique? Des textes comme ceux de saint Cyrille de Jérusalem et de Théodore de Mopsuestia peuvent nous donner un bon aperçu. Ils mentionnent le contact du corps eucharistique et du sang de notre Seigneur avec les yeux, les lèvres et le front [17]. L'Eglise, sous l'inspiration du Saint-Esprit, a jugé bon de changer la pratique pour quelque chose de plus approprié à une adoration appropriée de notre Seigneur. Le charbon en feu des séraphins [18] constituait désormais la base d'une réception liturgique correcte de l'Eucharistie. Les autres facteurs qui ont été clairement pris en compte sont la possible dispersion des particules eucharistiques et la possibilité de voler les hosties. L’Eucharistie étant «la source et le sommet de la vie chrétienne» [19], il s’ensuit que sa protection aurait été la préoccupation première et primordiale de l’Église. Enfin, dans la pratique de la communion à genoux et sur la langue, l'Église a trouvé un moyen d'accroître la confiance en la présence réelle substantielle de notre Seigneur dans l'Eucharistie. Un bon moyen de confirmer cette affirmation est de regarder la révolution protestante. Zwingli et Calvin ont nié la présence réelle et leur solution pour réduire la croyance dans ce principe central de la foi était d'introduire la communion debout et dans la main [20] .

 

Que peut-on faire?

Il n’est pas étonnant que la croyance en la présence réelle ait chuté depuis Vatican II. L'indice des principaux indicateurs catholiques de Kenneth C. Jones montre une diminution de toutes les principales catégories statistiques de l'Église catholique de la fin des années 50 au milieu des années 60 et jusqu'en 2000. On peut dire que ces chiffres sont encore pires vingt ans plus tard. En outre, l'étude du nouveau centre de recherche Pew sur la croyance des catholiques en la présence réelle est renversante. Je sais que cette crise ne peut pas être mise uniquement sur le changement du mode de réception de la communion, mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'elle y est pour quelque chose. Lex orandi, lex credendi ne peut pas être plus manifeste que dans ce cas particulier.

 

La question semble avoir une réponse évidente: abolir la communion debout et dans la main pour une communion nettement plus respectueuse et plus appropriée, à genoux et sur la langue. Ramener les rails de l'autel! Le cardinal Sarah pense que l'une des priorités absolues de Satan serait certainement d'attaquer la croyance en la présence réelle. Il est difficile de discuter une telle assertion.

 

Comme les indults donnés par le Saint-Siège à partir de 1969 ne sont pas infaillibles par nature, ils pourraient facilement être révoqués. Il faudrait un peu d'humilité pour admettre que le retour à la communion dans la main était une erreur imprudente. La tradition de l'église soutiendrait une telle révocation. Biensûr, même la documentation actuelle du Vatican soutient la communion sur la langue plutôt que la communion dans la main.

 

En guise de dernière remarque, considérons l’une des révélations privées les plus populaires de l’Église catholique. Fatima est bien connue pour son secret en trois parties, révélé par Notre-Dame. Ce qui l'est moins, c’est son traitement de l’Eucharistie.

 

Quand l'ange leur apparut à Loca do Cabeço, il tenait «un calice dans ses mains, surmonté d'une hostie d'où des gouttes de sang tombaient dans le vaisseau sacré». L'Ange laissa le calice et l'hostie suspendus en l’air, se prosterna sur le sol avec les enfants et pria avec eux à trois reprises la prière suivante:

 

"Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre le corps, le sang, l'âme et la divinité les plus précieux de Jésus-Christ, présents dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, des sacrilèges et de l'indifférence avec laquelle il est Lui-même offensé. Et à travers les mérites infinis de son Cœur le plus sacré et du Cœur Immaculé de Marie, je vous prie de convertir les pauvres pécheurs. Amen."

 

L'ange se leva ensuite et, prenant l'hostie, la donna à Lucie, ainsi qu'à Jacinthe et à Francisco, il donna le contenu du calice en disant: "Prenez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outré par hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu." Puis il se prosterna encore une fois avec les enfants et répéta trois fois la prière à la Très Sainte Trinité, puis il disparut.

 

L'Ange et les enfants se prosternent devant le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre-Seigneur pour faire un acte d'adoration en priant pour la réparation des péchés du monde. Le témoignage de Lucie et les œuvres d'art traditionnelles de cette scène montrent l'ange donnant la communion aux enfants dans la bouche, alors qu'ils sont encore à genoux. Ils font ensuite des actions de grâces. Quel beau témoignage d'un bon mode de réception de l'Eucharistie.

 

Alors que l’Église nous invite à imiter les anges et les saints, ne devrions-nous pas écouter son invitation et recevoir l’Eucharistie comme l’ange nous le montre?

 

Pour un traité plus complet sur le sujet, je recommande l'excellent travail de Monseigneur Athanasius Schneider intitulé «Dominus Est».

 

Notes

 

[1] Une étude rapide du Nouveau Testament et de l'Ancien Testament a révélé plusieurs cas où cela était vrai.

 

Nb. 22:31 (Balaam qui vit l’ange du Seigneur posté sur le chemin, son épée dégainée à la main. Balaam s’inclina et se prosterna sur son front.)

Is. 6: 2 (Même les séraphins se couvrent le visage devant Dieu)

Mt. 2:11 (Les hommes sages rencontrant l'Enfant Jésus)

Mt. 28: 9 (Marie-Madeleine voyant Jésus ressuscité des morts)

Apoc. 5:14 (Les anciens dans le ciel se prosternèrent)

11:16 (24 anciens qui étaient assis sur des trônes, se jetant face contre terre, se prosternèrent devant Dieu)

Ap. 1:17 (Jean voyant Jésus tomba à ses pieds comme mort)

Mt. 28: 4 (Les gardes romains apercevant Jésus ressuscité au tombeau tremblèrent et devinrent comme morts)

 

[2] Le terme approprié pour cette notion est Proskynesis.

 

[3] Est. 6: 7, Jer. 1: 9, Ez. 2: 8 à 9; 3: 1–3

 

[4] 2 Sam. 6: 7

 

[5] 1 Chro. 15: 2

 

[6] Par souci d'intégrité, je tiens à noter que dans Apocalypse 10:10, l'ange donne le livre à Jean pour qu'il le mange et Jean le lui prend des mains.

 

[7] "Le minerai" est ici dans l'ablatif; dans le contexte, cela désigne l'instrumentation. La bouche est donc le moyen par lequel la Sainte Eucharistie est reçue.

 

[8] Mgr Athanasius Schneider, «Dominus Est», p.47.

 

[9] Liber Pontificatis, éd. DUCHESNE, I (Paris, 1886), 128

 

[10] Summa Theologica, partie III, Q.82, art. 3, Rep. Obj.8.

 

[11] Catéchèse mystagogie V, xxi-xxii, Migne Patrologia Graeca, 33.

 

[12] Michael Davies est un autre érudit de ce type. Vous pouvez lire son traitement de cette question dans son travail: Communion dans la main et autres fraudes similaires, P.8

 

[13] https://taylormarshall.com/2011/01/did-church-fathers-practice-communion.html

 

[14] Mgr Athanasius Schneider, «Dominus Est», p. 23, 26 (citant Catechesis Mystagogica V, ii, xxii).

 

[15] Saint Basile, Lettre 93

 

[16] Mgr Athanasius Schneider, «Dominus Est», p.29.

 

[17] Cette pratique peut également être mentionnée dans des œuvres de Theodoret, évêque de Cyrrhus et de saint Jean de Damas.

 

[18] Is. 6: 7

 

[19] CEC 1324

 

[20] Mgr Athanasius Schneider, «Dominus Est», p. 37–38.

Note du blog Christ-Roi. Rappelons que la réception de la communion sur la langue et à genoux est un droit de tout catholique et qu'un prêtre n'a pas le droit de la refuser.

Au sujet de la distribution de la sainte Communion, il faut se rappeler que «les ministres sacrés ne peuvent refuser les sacrements aux personnes qui les leur demandent opportunément, sont dûment disposées et ne sont pas empêchées par le droit de les recevoir». Ainsi, tout baptisé catholique, qui n’est pas empêché par le droit, doit être admis à recevoir la sainte Communion. Par conséquent, il n’est pas licite de refuser la sainte Communion à un fidèle, pour la simple raison, par exemple, qu’il désire recevoir l’Eucharistie à genoux ou debout.

Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche.

Instruction “Redemptionis Sacramentum”, § 91-92

Les fidèles ont le droit d’obtenir que l’autorité ecclésiastique gouverne la sainte Liturgie totalement et d’une manière efficace, afin que celle-ci n’apparaisse jamais comme «la propriété privée de quelqu’un, ni du célébrant, ni de la communauté dans laquelle les Mystères sont célébrés»

Instruction “Redemptionis Sacramentum”, § 18

Tous les fidèles du Christ disposent du droit de bénéficier d’une véritable liturgie - et cela vaut tout particulièrement pour la célébration de la sainte Messe - qui soit conforme à ce que l’Église a voulu et établi, c’est-à-dire telle qu’elle est prescrite dans les livres liturgiques et dans les autres lois et normes. De même, le peuple catholique a le droit d’obtenir que le Sacrifice de la sainte Messe soit célébré sans subir d’altération d’aucune sorte, en pleine conformité avec la doctrine du Magistère de l’Église.

Instruction Redemptionis Sacramentum

Enfin, la communauté catholique a le droit d’obtenir que la très sainte Eucharistie soit célébrée de telle manière que celle-ci apparaisse vraiment comme le sacrement de l’unité, en excluant complètement toutes sortes de défauts et d’attitudes, qui pourraient susciter des divisions et la formation de groupes dissidents dans l’Église.

Instruction Redemptionis Sacramentum, § 12

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 09:04
Seul un tiers des fidèles affirment que l’Eucharistie est le Corps et le Sang du Christ

Mardi, 20 août 2019. Au cours des années 1970-90, un certain nombre de théologiens bien en vue - certains enseignant dans des université catholiques - se sont moqués des fidèles qui croyaient qu’après la consécration, à la messe, le pain et le vin étaient réellement devenus le Corps et le Sang du Christ. Si l’on en croit les récentes statistiques, seul un tiers des fidèles affirment que l’Eucharistie est le Corps et le Sang du Christ. Deux tiers pensent que pendant la messe, le pain (et éventuellement le vin) donnés à la communion « ne sont que des symboles du Corps et du Sang de Jésus-Christ », des « moyens d’affirmer une convivialité entre les participants à une célébration commune. »

On a là le résultat d’une catéchèse qui fut longuement défaillante ajoutée à des liturgies désacralisées par leur adaptation systématique aux prétendus « goûts des fidèles » relevant plus de la subjectivité que de la foi catholique.

L’Eglise est donc confrontée à un réel problème : les catholiques ont une idée appauvrie ou fausse de ce qu’est l’Eucharistie et, par contrecoup, de ce qu’est le sacerdoce.

Une grande partie de la théologie qui aborde les questions relatives à l’Eucharistie - en particulier l’enseignement catholique sur la « transsubstantiation » - remonte au XIIIe siècle, une époque durant laquelle les fidèles communiaient rarement au cours des messes. Ils n’allaient souvent à l’église que pour adorer le Christ présent dans l’Eucharistie, la messe elle-même n’ayant pour seul objectif que la transformation du pain en Corps du Christ pour susciter l’adoration. Sur le plan purement dévotionnel, la messe n’était alors pas si différence qu’une adoration du Saint-Sacrement, lorsque l’hostie est placée dans un ostensoir afin de pouvoir être vue du plus grand nombre.

Pour expliquer comment ce qui ressemblait à du pain pouvait être réellement le Corps du Christ, les théologiens du XIIIe siècle ont utilisé une philosophie qui, à l’époque, passait pour « progressiste » : l’aristotélisme.

Dans la Grèce antique, Aristote avait décrit la réalité qui nous entoure en utilisant les concepts d’accident (la forme visible de la matière) et de substance (ce qui est « sous » la forme visible). En utilisant ces catégories de la philosophie aristotélicienne les théologiens catholiques pouvaient expliquer que la « substance » du pain - sa réalité fondamentale - était transformée en Corps du Christ, tandis que les « accidents » - les apparence que pouvaient avoir le pain - demeuraient inchangés. Pour qualifier ce mode de présence réelle du Christ dans le pain consacré, on a utilisé le mot « transsubstantiation » qui indique un changement de la « substance » du pain. A des enfants, on peut expliquer ces choses-là d’une façon peut-être plus simple et qui leur sera plus parlante : on peut leur montrer des photos de leur grand-père à des âges différents... Ça, c’est ton grand-père faisant sa première communion ; ça, c’est ton grand-père le jour de son mariage ; ça, c’est ton grand-père qui part à la pêche avec ton papa... C’est toujours « substantiellement » le même grand-père. Mais « accidentellement », on ne peut pas nier qu’il a changé ! Les « accidents » - les apparences - sont donc autre chose que la « substance » - ce que nos yeux ne voient pas mais qui cependant existe. Dans le cas de l’Eucharistie, de la « transsubstantiation », nous ne voyons que les apparences du pain, de l’hostie, mais nous croyons de foi catholique que la substance du pain a comme « cédé la place » à la réalité du Corps du Christ. Notons au passage que cette théologie faisait problème : le courant dit « nominaliste » prendra ses distances d’avec la conception de la « transsubstantiation » et aboutira, via Guillaume d’Occam et Gabriel Biel, à la théologie de l’ « impanation » professée par Martin Luther et selon laquelle le Christ est présent « dans » le pain tant que les membres d’une assemblée s’accordent pour y croire chacun à sa façon. Une fois l’assemblée dispersée, le pain retrouve ses simples qualités de pain ordinaire.

Utiliser au XXIe siècle les concepts aristotéliciens pour expliquer aux fidèles catholiques ce qu’est véritablement l’Eucharistie s’apparente, pour un prêtre ou un simple catéchiste, à un parcours d’obstacles. À quand remonte la dernière fois que, dans un séminaire catholique, des candidats au sacerdoce ont entendu un professeur leur expliquer clairement l’Eucharistie sur les bases de la philosophie aristotélicienne et thomiste ? Il est toutefois certain que quand Jésus a dit à ses disciples : « Ceci est mon Corps... Ceci est mon Sang... », il n’avait pas à l’esprit une philosophie particulière et faisait appel plus à la solidité de la foi permettant d’adhérer à un mystère qu’à une savante démonstration intellectuelle.

Quoi qu’il en soit, Jésus n’a pas dit « ceci est mon Corps : adorez-le » mais « ceci est mon Corps, prenez-le et mangez-le. » Il faudra attendre le XXe siècle pour que, grâce au pape Saint Pie X, la communion retrouve sa place et son sens dans l’Eglise catholique.

L’Eglise a également parlé de la liturgie eucharistique - la messe - comme étant l’acte qui rend présent et efficace le sacrifice du Christ sur la croix. Mais malgré cette précision, la notion de sacrifice est restée assez mal comprise. Au point qu’au synode de 2005, les évêques se demandaient encore si l’Eucharistie était un sacrifice ou un repas communautaire. Le pape Benoît XVI a dû intervenir et expliquer aux évêques que cette question relevait de ce qu’ils auraient dû apprendre au cours de leurs premières leçons de théologie sacramentelle. Le contexte de la dernière Cène est également essentiel pour comprendre ce que Jésus instituait. Benoît XVI a donc expliqué que la dernière Cène était un repas de la Pâque permettant aux Juifs de faire mémoire de l’Exode et de remercier Dieu d’avoir renouvelé son alliance avec son peuple.

Par conséquent, la messe, qui a ses racines dans la Pâque juive, doit être vue comme un repas sacrificiel nous permettant de rendre grâce à Dieu, en particulier pour le don de son fils, et de renouveler notre alliance avec Lui : nous nous attachons à Dieu par son Fils unique réactualisant sur l’autel son sacrifice auquel nous nous unissons.

La messe ne consiste donc pas à adorer Jésus, ni même à prier Jésus : au cours de la Prière eucharistique dite par le prêtre, nous prions le Père par et avec le Christ. Nous remercions et louons Dieu pour ses actions merveilleuses, en particulier pour nous avoir envoyé Jésus pour nous sauver.

La Prière eucharistique demande à ce que l’Esprit nous transforme pour que nous puissions devenir comme le Christ ou, comme l’a dit saint Augustin, « nous devenions semblables à Celui que nous recevons ». En fin de compte, la messe concerne moins le fait que le pain devienne le Corps du Christ que le fait que nous puissions devenir des membres à part entière du Corps mystique du Christ. L’Eucharistie a pour objectif premier de nous rendre plus semblables au Christ afin que nous puissions continuer sa mission qui est de conduire tous les hommes dans le Royaume de Dieu. Le souci de la justice et la paix, bien qu’étant important, n’est que secondaire puisqu’il a été très clairement annoncé que ce monde passera et que nous y demeurons que pendant un laps de temps plus ou moins court.

 

Source: Pro Liturgia, mardi 20 août 2019

Seul un tiers des fidèles affirment que l’Eucharistie est le Corps et le Sang du Christ
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