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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 08:00
La légitimité politique (Yves-Marie Adeline)

Dans son livre Philosophie de la Royauté, Yves-Marie Adeline donne cette définition de la légitimité politique :

 

"La légitimité politique est indissociable d'une légitimité morale : il ne suffit pas de reconnaître dans une personne l'incarnation d'un principe politique commun, il faut aussi que l'exercice de la souveraineté obéisse à des règles communément acceptées.

 

[...] [L]e caractère sacré de l'autorité royale se traduit en termes inverses de ceux qui honorent l'Inca ou le Mikado. Ainsi, c'est en vertu de sa personne a priori sacrée que le Mikado est souverain, tandis que sous la légitimité, la déférence obéit à un mouvement contraire : le roi n'est honorable que parce qu'il est roi. En cela, on honore la fonction, la légitimité elle-même, et non pas le souverain en tant qu'il est seulement un homme...

 

[...] L'intérêt de la philosophie est de pouvoir démontrer que le principe de légitimité reste le même quel que soit le système étudié.

 

[...] [U]n ordre politique suppose un ordre moral qui, en dernière mesure, le justifie. 

[...] La légitimité du pouvoir [...] ne connaît son plein épanouissement que dans la mesure où la souveraineté répond aux exigences morales de la cité."

 

Yves-Marie ADELINE, Philosophie de la Royauté, Via Romana, Versailles 2015, p. 17, 202-203.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 10:10

  Toutes les guerres impérialistes dont l'Irak, la Syrie, l'Ukraine ne sont que les derniers rebondissements, sont soutenues par le mensonge et la propagande. La solution pour les vaincre ? L'art.

 

« La violence trouve son seul refuge dans le mensonge, et le mensonge son seul soutien dans la violence. Tout homme qui a choisi la violence comme moyen doit inexorablement choisir le mensonge comme règle.

Au début, la violence agit à ciel ouvert, et même avec orgueil. Mais, dès qu'elle se renforce, qu'elle est fermement établie, elle sent l'air se raréfier autour d'elle et elle ne peut survivre sans pénétrer dans un brouillard de mensonges, les déguisant sous des paroles doucereuses.»

Alexandre Soljenitsyne, Le Cri. Le discours du prix Nobel, in L’Express, septembre 1972, L’EXPRESS, Paris, no 1104, 4-11 septembre 1972, pp. 66-73.

 

Soljenitsyne---La-violence-trouve-son-seul-refuge-dans-le-m.jpgALEXANDRE SOLJENITSYNE. « L'art vaincra toujours le mensonge et la violence. » [Kuballa-Stern]

 

Alexandre Soljenitsyne, prix Nobel 1970, n'a pas la parole.

Alors, il crie. Et c'est ce long cri dont L'Express

publie ici le texte intégral.

Parler de lui est interdit dans son pays,

où son œuvre continue à être bannie.

La cérémonie privée qui devait avoir lieu, à Pâques dernier,

dans un appartement de Moscou,

au cours de laquelle le prix Nobel devait lui être remis,

a été annulée parce que le secrétaire général

de l'académie suédoise n'a pas pu obtenir

des autorités soviétiques un visa d'entrée.

Soljenitsyne a refusé d'aller recevoir ce prix

à Stockholm, selon la coutume, parce qu'il craint,

s'il quitte le territoire russe,

de ne plus revoir son pays.

Ainsi le discours traditionnel du lauréat Nobel

a-t-il été escamoté.

Mais l'ambassadeur des ombres,

le survivant du « Pavillon des cancéreux »

et du « Premier Cercle », n'a pas accepté le silence.

Le discours qu'il aurait prononcé, il l'a écrit.

C'est un grand texte. Le voici dans son entier.

 

Comme le sauvage intrigué qui a ramassé un étrange objet – venu de l'océan ? dégagé des sables ou tombé du ciel ? - aux courbes compliquées et qui luit d'abord faiblement pour lancer ensuite de vifs éclats, de même qu'il le tourne d'un côté puis de l'autre, puis le retourne, essayant de découvrir ce qu'il peut en faire, s'efforçant de lui trouver une utilisation terrestre qui soit à sa portée, mais ne pouvant imaginer qu'il puisse avoir une plus haute fonction. 

Ainsi sommes-nous, tenant l'art entre nos mains, convaincus d'en être les maîtres : nous avons l'audace de le diriger, de le renouveler, de le réformer ; nous le vendons pour de l'argent, l'utilisons pour nous attirer les faveurs du pouvoir, le transformons parfois en amusement - jusqu'aux chansons populaires et aux boîtes de nuit - ou, à d'autres moments, le brandissons comme une arme - carotte ou bâton - pour les besoins éphémères de la politique ou de mesquins idéaux sociaux. Mais l'art n'est pas souillé par nos efforts, pas plus qu'il ne s'écarte de sa vraie nature, car, à chaque occasion et pour chaque application, il nous révèle un peu de son feu interne et secret.

 

DOSTOIEVSKI-La-beaute-sauvera-le-monde.jpg 

FÉDOR DOSTOIEVSKI. « La beauté sauvera le monde. »[ Roger-Viollet]

 

Pourrons-nous jamais, percevoir cette lumière dans sa plénitude. ? Qui aura l'audace de dire qu'il a pu définir les limites de l'art et qu'il en a recensé toutes les facettes ? Dans le passé, il est probablement arrivé que quelqu'un l'ait compris et nous l'ait fait savoir, mais nous ne nous en sommes pas contentés longtemps : nous avons écouté, puis nous avons oublié, et nous avons éparpillé cette connaissance de-ci, de-là, pressés comme d'habitude d'échanger ce que nous avions pourtant de meilleur, pour quelque chose de nouveau. Et lorsqu'on nous redit cette vérité ancienne, nous ne nous souvenons 'même plus que nous la possédions déjà. 

L'artiste se considère comme le créateur d'un monde spirituel qui lui est propre : il porte sur ses épaules la responsabilité de créer ce monde, de le peupler et d'en assumer l'entière responsabilité. Mais il est écrasé sous ce fardeau, car un génie mortel n'est pas en mesure de supporter une telle charge. De même que l'homme, après s'être déclaré le centre de la vie, n'a pas réussi à construire un système spirituel équilibré. Et fi l'infortune s'abat sur lui, il en rejette le blâme sur l'éternel manque d'harmonie du monde, sur la complexité des âmes brisées du temps présent, ou sur la stupidité du public. 

D'autres artistes, reconnaissant l'existence d'une puissance supérieure, travaillent avec enthousiasme comme d'humbles apprentis sous le regard de Dieu. Mais alors, leur responsabilité : face à tout ce qu'ils écrivent ou peignent, et face aux âmes qui reçoivent leur message, est plus astreignante que jamais. En revanche, ils ne sont plus les créateurs de ce monde ni ne le dirigent. Pour eux, le doute n'est plus possible : l'artiste a seulement alors une conscience plus aiguë que celle des autres de l'harmonie du monde, de sa beauté et de sa laideur, de l'apport de l'homme, qu'il doit transmettre intelligemment aux autres. Et dans le malheur, et même au plus profond de la détresse de l'existence, dénuement, prison ou maladie, sa certitude d'une permanente harmonie ne l'abandonne jamais. 

L’irrationalité de l'art, ses éblouissants revirements, ses découvertes imprévisibles, l'influence explosive qu'il a sur les êtres humains, tout cela contient trop de magie pour être épuisé par la vision que l'artiste a du monde, par la conception qu'il a de son art ou par l'œuvre de ses mains indignes. 

Les archéologues n'ont pas découvert de traces d'existence humaine qui n'aient connu de forme artistique. Dès l'aube de l'humanité, nous avons reçu l'art de mains que nous avons été trop lents à reconnaître. Et nous avons été trop lents à nous demander : pourquoi avons-nous reçu ce don et qu'allons-nous en faire ? 


 “Ils se trompent ceux qui prophétisent que l'art va mourir. C'est nous qui mourrons, l'art est éternel” 

  

Ils se trompent, et ils se tromperont toujours. ceux qui prophétisent que l'art va se désintégrer, et mourir. C'est nous qui mourrons, l'art est éternel. Serons-nous capables, même au jour de notre mort, d'en percevoir tous les aspects et toutes les possibilités ? 

On ne peut donner un nom à toutes choses, car certaines choses nous entraînent bien au-delà des mots. L’art peut même enflammer une âme glacée plongée dans les ténèbres, et l'élever à une expérience spirituelle. Grâce à l'art, il nous arrive d'avoir des révélations, même vagues et brèves, qu'aucun raisonnement, si serré soit-il, ne pourrait faire naître. 

Comme cette petite glace des contes de fées dans laquelle on ne se voit pas soi-même, mais où, pendant une brève seconde, on voit l'inaccessible, où aucun homme ne peut aller, ni avec ses jambes ni avec ses ailes. Et l'âme seule exhale sa plainte... 

Un jour, Dostoïevski a laissé échapper cette énigmatique remarque : « La beauté sauvera le monde. » Qu'est-ce que cela veut dire ? Pendant longtemps, j'ai pensé que ce n'étaient que des mots. Comment était-ce possible ? Quand donc, au cours de notre sanglante Histoire, la beauté a-t-elle sauvé quiconque de quoi que ce soit ? Ennobli, exalté, oui. Mais qui a été sauvé ? 

Il existe, toutefois, une certaine particularité dans l'essence même de la beauté et dans la nature même de l'art : la conviction profonde qu'entraîne une vraie oeuvre d'art est absolument irréfutable, et elle contraint même le coeur le plus hostile à se soumettre. On peut parfaitement composer un discours politique apparemment bien fait, écrire un article convaincant, concevoir un programme social ou un système philosophique, en partant d'une erreur ou d'un mensonge. Dans ce cas, ce qui est caché ou déformé n'apparaît pas immédiatement. 

Un discours, un article ou un programme exactement contraire et un système philosophique construit d'une façon entièrement différente rallieront l'opposition. Et ils sont tout aussi bien construits, tout aussi convaincants. Ce qui explique à la fois la confiance et la défiance qu'ils provoquent. 

Mais une oeuvre d'art porte en soi sa propre confirmation. Si la pensée est artificielle ou exagérée, elle ne supporte pas d'être portée en images. Tout s'écroule, semble pâle et terne, et ne convainc personne. En revanche, les oeuvres d'art qui ont cherché la vérité profonde et nous la présentent comme une force vivante s'emparent de nous et s'imposent à nous, et personne, jamais, même dans les âges à venir, ne pourra les réfuter. 

Ainsi cette ancienne trinité que composent la vérité, la bonté et la beauté n'est peut-être pas simplement une formule vide et flétrie, comme nous le pensions aux jours de notre jeunesse présomptueuse et matérialiste. Si les cimes de ces trois arbres convergent, comme le soutiennent les humanistes, mais si les deux troncs trop ostensibles et trop droits que sont la vérité et la bonté sont écrasés, coupés, étouffés, alors peut-être surgira le fantastique, l'imprévisible, l'inattendu, et les branches de l'arbre de beauté perceront et s'épanouiront exactement au même endroit et rempliront ainsi la mission des trois à la fois. 

Alors, la remarque dé Dostoïevski « La beauté sauvera le monde » ne serait plus une phrase en l'air, mais une prophétie. Après tout, il est vrai qu'il eut des illuminations fantastiques. Et, dans ce cas, l'art, la littérature peuvent vraiment contribuer à sauver notre monde. C'est la compréhension qu'au cours des années j'ai pu acquérir en cette matière que je voudrais essayer de vous exposer aujourd'hui. 

Pour accéder à cette tribune d'où est lu le discours du prix Nobel, où peu d'écrivains sont invités, occasion unique dans leur vie, je ne me suis pas contenté de monter trois ou quatre marches, j'en ai gravi des centaines et des milliers, raides, abruptes, glacées, émergeant de l'obscurité et du froid, où ce fut mon sort de survivre, tandis que d'autres - peut-être plus doués et plus forts que moi - périssaient. Je n'en ai rencontré que quelques-uns sur la multitude des Îles du Gulag [1]. Écrasé sous la surveillance policière, je n'ai pu parler à tous, je n'ai eu de nouvelles que de quelques-uns. Pour les autres, j'ai deviné. Ceux qui ont été engloutis dans ce gouffre, alors qu'ils s'étaient déjà fait un nom, sont au moins connus. Mais combien ont pu en revenir ? Toute une littérature nationale est enfouie là, plongée dans l'oubli, non, seulement sans une pierre tombale, mais sans vêtements, nue, avec seulement un numéro. La littérature russe n'a jamais cessé d'être, mais, du dehors, elle semble une terre en friche. Là où devrait s'élever une calme forêt ne subsistent, après cette coupe dramatique, que deux ou trois arbres épargnés par hasard. 

Et si je suis ici aujourd'hui, accompagne par les ombres de ceux qui sont tombés, le front baissé pour laisser passer devant moi, à cette place, ceux qui la méritèrent avant moi, comment moi, devant vous, puis-je deviner et exprimer ce qu'ils auraient voulu vous dire ? 

Cette obligation pèse sur nous depuis longtemps, et nous l'avons comprise. Comme le dit Wladimir Soloviev : « Même dans nos chaînes, nous devons nous-mêmes boucler le cercle que les dieux ont tracé pour nous. » Souvent, dans le grouillement pénible des camps, dans les colonnes de prisonniers, lorsque les guirlandes de lanternes percent les ténèbres des frimas nocturnes, jaillissaient au-dedans de nous les mots que nous aurions voulu crier au monde, si le monde extérieur avait pu nous entendre. 

À ce moment-là, tout semblait clair, ce que notre ambassadeur devait dire et comment le monde réagirait aussitôt. Notre horizon embrassait distinctement les choses matérielles et les mouvements spirituels, et le monde indivisible ne présentait pour moi aucun défaut. Ces idées ne venaient pas des livres. Elles étaient nées au cours de conversations avec ceux qui sont morts aujourd'hui, dans les cellules des prisons et autour des feux. C'est de cette existence-là qu'elles sont nées et c'est à l'épreuve de cette vie-là qu'elles ont été soumises. 

Lorsque, enfin, la pression se fut atténuée et que notre horizon se fut graduellement agrandi, à travers une fente minuscule, nous vîmes apparaître ce qu'était « le monde entier ». Et à notre stupéfaction, nous découvrîmes que ce n'était pas du tout ce que nous attendions, ce que nous espérions, c'est-à-dire un monde qui ne vivrait pas « par cela » et qui ne conduirait pas « à cela ». C'était un monde qui pouvait s'écrier, à la vue d'un bourbeux marécage : « Oh ! la jolie petite mare », ou, devant de lourds carcans : « Oh ! le charmant collier », un monde où certains versaient d'inconsolables larmes et d'autres dansaient au rythme d'une musique légère. 

Comment cela a-t-il pu se produire ? Pourquoi cette faille ? Étions-nous insensibles ? Le monde était-il insensible ? Ou était-ce dû aux différences de langage ? Pourquoi les êtres humains ne peuvent-ils entendre, ce que disent distinctement les autres ? Les mots cessent d'avoir un sens et coulent comme l'eau, sans goût, sans couleur, sans odeur, sans laisser de trace. 

Et, au cours des années, au fur et à mesure que je comprenais cela, changeaient la construction, le contenu et le ton de mon discours, ce discours que je prononce aujourd'hui. Il a maintenant peu de points communs avec le plan, initial, conçu au cours des soirées glaciales des camps. 

Depuis les temps immémoriaux, l'homme a été ainsi fait que sa vision du monde, tant qu'elle ne lui est pas imposée par l'hypnose, ses motivations et son échelle des valeurs, ses actes et ses intentions sont déterminés par son expérience personnelle et collective de la vie. 

Comme le dit un proverbe russe : « Ne crois pas ton frère, mais crois plutôt ton oeil, même s'il louche. » C'est le moyen le plus sûr de comprendre le monde qui nous entoure et le comportement des hommes qui y vivent. Pendant ces longues périodes où notre monde était plongé dans le mystère et la barbarie, avant qu'il ait été rapetissé par les moyens de communication, avant qu'il ait été transformé en un unique bloc aux pulsations convulsives, les hommes, se fondant sur l'expérience, apprirent à se gouverner dans le cadre de leurs communautés, de leurs sociétés et, finalement, de leurs territoires nationaux. À cette époque, il était possible aux êtres humains de discerner et d'admettre une échelle de valeurs commune, de faire la distinction entre ce qui était considéré comme normal, ou incroyable, ou cruel, ou ce qui dépassait les limites de la perversité, ou ce qu'était la loyauté, ou, au contraire, la tromperie. 

Et bien que ces peuples disséminés aient mené des vies très différentes, que leurs valeurs sociales fussent souvent en violent désaccord, de même que leurs systèmes de poids et mesures ne coïncidaient pas, ces, contradictions ne surprenaient que d'occasionnels voyageurs, n'étaient signalées dans les récits que comme des sujets d'étonnement et ne présentaient aucun danger pour l'humanité, qui n'était pas encore unifiée. 

Mais au cours des dernières décennies, imperceptiblement mais rapidement, l'humanité est devenue une seule entité -source à la fois de confiance et de danger - de sorte que les chocs et les embrasements de l'une de ses parties sont immédiatement transmis aux autres, détruisant parfois une immunité nécessaire. L'humanité est devenue une, mais pas aussi fermement que les communautés ou même les nations, pas grâce à des années d’expérience mutuelle, ni parce qu'elle a appris à voir avec un seul oeil, même s'il louche, ni parce qu'elle utilise le même langage, mais en enjambant toutes les barrières grâce à la radio et à l'imprimerie. Une avalanche d'événements s'abat sur nous et, en une minute, la moitié du monde en est informée. 

Mais l'étalon qui permettrait de mesurer ces événements et de les évaluer en fonction des lois qui régissent des régions peu connues du globe n'est pas et ne peut pas se trouver sur les ondes ou dans les colonnes de journaux. Car ces échelles de valeur ont été mûries et assimilées pendant trop d'années, dans des conditions trop particulières, dans les communautés et les sociétés, pour qu'elles puissent être échangées à travers l'éther. Dans les diverses parties du monde, les hommes appliquent leurs propres références aux événements, et ils les jugent, avec entêtement et confiance, en fonction d'elles, et non selon celles des autres. 

S'il n'existe pas tellement d'échelles de valeurs différentes dans le monde, on en dénombre au moins quelques-unes : une pour les événements proches, une pour les événements éloignés, une pour les vieilles sociétés, une autre pour les jeunes. Les peuples malheureux en ont une, les peuples heureux une autre. Les sons discordants et grinçants de ces diverses échelles nous abasourdissent et nous étourdissent, et, sans être toujours douloureux, ils nous empêchent d'entendre les autres dont nous nous tenons éloignés, comme nous le ferions de la démence ou de l'illusion, pour ne juger en toute confiance le monde entier que d'après nos propres valeurs. 

C'est pourquoi nous considérons comme le, plus important, le plus pénible et le moins supportable ce qui est le plus proche de nous. Tout ce qui est loin, tout ce qui ne menace pas de nous envahir à l'instant et de franchir le seuil de notre porte même avec ses gémissements pathétiques, ses cris étouffés, ses vies détruites, ses millions de victimes - tout cela, nous le considérons comme parfaitement supportable et tolérable. 


 En se retirant dans sa tour d'ivoire, l'artiste risque d'abandonner le monde aux mains de mercenaires, de nullités, sinon de tous 

 

 Dans une partie du monde, il n'y a pas si longtemps, des persécutions semblables à celles de la Rome antique ont condamné des centaines de milliers de chrétiens silencieux à donner leur vie pour leur foi en Dieu. Dans l'autre hémisphère, un fou (il n'est sûrement pas le seul) se hâte de traverser l'océan pour nous délivrer de la religion, en frappant le grand prêtre d'une lame. Son acte a été calculé pour frapper chacun d'entre nous en fonction de son échelle de valeurs personnelle. 

Ce qui paraît de loin, selon une certaine échelle de valeurs, une liberté enviable et florissante, est ressenti sur place, et selon des valeurs différentes, comme une contrainte insupportable, déchaînant la colère et les émeutes. Ce qui, dans une partie du monde, peut représenter un rêve d'incroyable prospérité peut exaspérer les hommes dans une autre et être considéré comme une exploitation sauvage, appelant la grève immédiate. Les échelles de valeurs sont aussi différentes Pour les catastrophes naturelles : une inondation qui emporte des centaines de milliers de vies humaines a moins de signification pour nous qu'un accident au coin de la rue. 

Il en est de même pour les insultes personnelles : un sourire ironique ou un simple geste de renvoi est parfois humiliant, alors qu'à d'autres moments des brutalités physiques sont pardonnées, comme s'il s'agissait d'une mauvaise plaisanterie. 

Il en est de même pour les châtiments : pour les uns, un mois de prison, ou une interdiction de séjour, ou l'isolement dans une cellule avec du pain et du lait pour toute nourriture, frappe l'imagination et emplit les colonnes des journaux d'articles furieux. Tandis que, pour d'autres, des peines de vingt-cinq ans de prison, des cellules dont les murs sont givrés de glace et où les prisonniers n'ont que leurs sous-vêtements, des asiles de fous pour les gens sains d'esprit, d'innombrables gens qui, pour les raisons mystérieuses, s'obstinent à fuir et sont abattus, aux frontières, tout cela est courant et parfaitement accepté. 

Notre esprit est tout à fait en paix quand il s'agit de cette partie exotique du monde dont nous ne savons pratiquement rien, dont nous ne recevons même pas d'informations, à l'exception des supputations superficielles et déjà dépassées de quelques correspondants. 

Cependant, nous ne pouvons reprocher à la vision humaine cette dualité, cette incompréhension ahurissante de la peine d'un autre homme éloigné, car l'homme est ainsi fait. Mais, pour l'ensemble de l'humanité, unie en un seul bloc, cette incompréhension mutuelle présente la menace d'une destruction imminente et brutale. Un monde, une humanité ne peuvent exister en face de six, de quatre ou même de deux échelles de valeurs : nous serions déchirés par cette disparité de rythmes, cette dualité de vibrations. 

Si un homme avec deux coeurs n'est pas fait pour ce monde, nous ne pouvons pas non plus vivre avec cette dualité sur une même Terre. 

Alors, qui coordonnera ces échelles de valeurs ? Et comment ? Qui créera pour l'humanité un seul système d'interprétation, valable pour le bien et le mal, pour ce qui est supportable et pour ce qui ne l'est pas ? Qui fera clairement comprendre à l'humanité ce qui est une souffrance réellement intolérable et ce qui n'est qu'une égratignure superficielle ? Qui orientera la colère des hommes contre ce qui est le plus terrible, et non plus contre ce qui est le plus proche ? Qui réussira à transposer une telle compréhension au-delà des limites de son expérience personnelle ? Qui réussira à faire comprendre à une créature humaine fanatique et bornée les joies et les peines de ses frères lointains, à lui faire comprendre ce dont il n'a lui-même aucune notion ? 

Propagande, contrainte, preuves scientifiques, tout est inutile. Mais il existe heureusement un moyen de le faire dans ce monde : l'art, la littérature. 

Les artistes peuvent accomplir ce miracle. Ils peuvent surmonter cette faiblesse caractéristique de l'homme qui n'apprend que de sa propre expérience tandis que l'expérience des autres ne le touche pas. L'art transmet d'un homme à l'autre, pendant leur bref séjour sur la Terre, tout le poids d'une très longue et inhabituelle expérience, avec ses fardeaux, ses couleurs, la sève de sa vie : il la recrée dans notre chair et nous permet d'en prendre possession, comme si elle était nôtre. 

Plus encore, les pays et les continents répètent les fautes des autres avec des intervalles de parfois plusieurs siècles. 

Dans ce cas, tout devrait être clair. Mais non. Ce que certaines nations ont déjà rejeté est brusquement découvert par d'autres, qui le considèrent comme le dernier cri. Là encore, le seul substitut à l'expérience que nous n'avons pu acquérir est l'art, la littérature. Ceux-ci possèdent un merveilleux pouvoir : au-delà des différences de langues, de coutumes, de structures sociales, ils peuvent transmettre l'expérience de toute une nation à une autre. Ils peuvent faire connaître à une nation novice la pénible épreuve d'une autre s’étendant sur des dizaines d'années, lui évitant ainsi de suivre une route inutile, ou erronée, ou même désastreuse, abrégeant ainsi les sinuosités de l'histoire de l'humanité. 

La littérature transmet encore l'expérience d'une autre façon : d'une génération à l'autre. Elle préserve ainsi son histoire et ranime sa flamme sous une forme pure de toute déformation ou calomnie. C'est ainsi que la littérature, avec le langage, protège l'âme d'une nation. 

Il était de bon ton, récemment, de parier du nivellement des nations, de la disparition des différentes races dans le creuset de la civilisation contemporaine. Je ne suis pas d'accord avec cette opinion. La disparition des nations ne nous appauvrirait pas moins que si tous les hommes devenaient semblables, avec une seule personnalité et un seul visage. Les nations sont la richesse de l'humanité, ses personnalités collectives : la plus infime d'entre elles a sa coloration particulière et porte en elle un reflet particulier de l'intention divine. 

Mais malheur au pays dont la littérature est menacée par l'intervention du pouvoir ! Car il ne s'agit plus là seulement d'une violation du « droit d'écrire », c'est l'étouffement du coeur d'une nation, la destruction de sa mémoire. La nation cesse d'être attentive à elle-même, elle est dépossédée de son unité spirituelle, et, en dépit d'un langage supposé commun, ses citoyens cessent brusquement de se comprendre les uns les autres. 

Des générations silencieuses vieillissent et meurent sans s'être adressé la parole. 

Quand des écrivains comme Evguéni Zamiatine - enterrés vivants pour le reste de leur vie - sont condamnés à créer en silence jusqu'à leur mort, sans entendre jamais l'écho des mots qu'ils ont écrits, alors ce n'est plus seulement une tragédie personnelle, c'est le martyre d'une nation tout entière. 

Et même, dans certains cas - lorsqu'il résulte d'un tel silence que l'ensemble des faits historiques cesse d'être compris - c'est un danger pour l'ensemble de l'humanité. 

En plusieurs occasions et dans divers pays, on a assisté à des débats animés, passionnés, subtils, sur la question de savoir si l'artiste doit être libre de vivre pour lui-même ou s'il doit toujours avoir à l'esprit ses devoirs envers la société et s'il doit toujours se mettre à son service. Le discours d'Albert Camus, à l'occasion de la remise de son prix Nobel, est un des plus brillants qui aient été prononcés à ce sujet, et je suis heureux de souscrire à ses conclusions. En fait, depuis plusieurs décennies, la littérature russe s'est gardée de se perdre dans une attitude contemplative, elle a évité les spéculations frivoles. Je n'ai pas honte d'avoir respecté cette tradition, du mieux que j'ai pu. L'idée qu'un écrivain peut faire beaucoup Pour la société où il vit et que c'est un devoir pour lui de le faire est depuis longtemps familière à la littérature russe.

 

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UN CAMP DE TRAVAIL SOVIÉTIQUE. « Même dans nos chaînes, nous devons boucler le cercle que les dieux ont tracé pour nous. » 

 

Ne violons pas le droit de l'artiste d'exprimer exclusivement son expérience et Sa vie, intérieure, sans se soucier de ce qui se passe dans le monde extérieur. N'exigeons rien de lui, mais demandons-lui, supplions-le, encourageons-le. Cela, nous pouvons le faire. 

Après tout, il ne peut cultiver lui-même qu'une partie de son talent : pour la plus grande part, il lui est insufflé à la naissance, comme un produit fini. Et ce don impose des responsabilités à son libre arbitre. 

Partons du principe que l'artiste ne doit rien à personne. Néanmoins, il est pénible de voir comment, en se retirant dans sa tour d'ivoire ou dans le monde de ses fantasmes, il risque d'abandonner le monde réel aux mains de mercenaires, de nullités, sinon de fous. 

Notre XXe siècle a prouvé qu'il était plus cruel que les siècles précédents, et sa première moitié n'a pas encore effacé ses horreurs. Notre monde est toujours déchiré par les passions de l'âge des cavernes : la cupidité, l'envie, l'emportement, la haine, qui, au cours des ans, ont acquis de nouveaux noms respectables, comme la lutte des classes, l'action des masses, le conflit racial, le combat syndical. Le refus primitif de tout compromis est devenu. un principe et l'orthodoxie est considérée comme une vertu. Elle exige des millions de sacrifices par une guerre civile incessante. Elle essaie de nous convaincre a grands coups de tambour que les concepts universels de bonté et de justice n'existent pas, qu'ils sont relatifs et changeants. D'où la règle : « Fais toujours ce qui est le plus profitable pour ton parti ». Dès qu'un groupe perçoit l'occasion de s'emparer d'un morceau, même superflu, même immérité, il l'arrache sur-le-champ, et tant pis si toute la société doit s'écrouler. 

Vue du dehors, l'amplitude des soubresauts de la société occidentale approche de la limite au-delà de laquelle le système perdra l'équilibre et s'effondrera. La violence, de moins en moins embarrassée par les restrictions imposées par des siècles de légalité, embrase le monde entier, se souciant peu de savoir que l'Histoire a démontré maintes fois son caractère stérile. Bien plus, ce n’est pas seulement la force brute qui triomphe au-dehors, mais sa justification enthousiaste. 

Le monde est emporté par la conviction cynique que la force peut tout, la justice rien. Les démons de Dostoïevski -apparemment, les produits du ; cauchemar d'un provincial au siècle dernier - rampent à travers le monde sous nos yeux, contaminant des contrées où l'on ne pouvait même pas les imaginer. 

À travers les enlèvements, les actes de piraterie, les explosions et les incendies de ces dernières années, ils manifestent leur volonté d'ébranler et de détruire la civilisation. Et ils pourraient bien y parvenir. 

Les jeunes, à un âge où ils n'ont d'autre expérience que sexuelle, où ils n'ont pas encore des années de souffrance et de compréhension derrière eux, répètent avec jubilation les erreurs de la Russie dépravée du XIXe siècle, en ayant l'impression de découvrir quelque chose de nouveau. Ils applaudissent aux derniers actes de vandalisme des Gardes rouges chinois et les donnent joyeusement en exemple. Avec une méconnaissance totale de l'essence millénaire de l'humanité, avec la confiance naïve de cœurs sans expérience, ils crient : « Chassons ces gouvernements d'oppresseurs, cruels et avides ! Les nouveaux (c'est-à-dire nous), après avoir déposé les fusils et les grenades, seront justes et indulgents. » 

Ce sera le contraire. Mais ceux qui ont vécu et qui savent, ceux qui pourraient s'opposer à ces jeunes ? Beaucoup n'osent pas. Ils gobent même n'importe quoi pour ne pas paraître « conservateurs ». Encore un de ces phénomènes russes du XIXe siècle que Dostoïevski appelait être esclave des dupes progressistes. 

L'esprit de Munich ne s'est certainement pas estompé dans le passé : ce n'était pas une simple péripétie. Je me risquerais même à dire que l'esprit de Munich domine le XXe siècle. 

Un monde civilisé et timide n'a rien trouvé d'autre a opposer à la renaissance brutale et à visage découvert de la barbarie, que des sourires et des concessions. L'esprit de Munich est une maladie de la volonté chez les peuples nantis. Un état d'âme permanent chez ceux qui se sont abandonnés à la poursuite de la prospérité à tout prix, ceux pour qui le bien-être matériel est devenu le but principal de leur vie sur terre. Ces gens-là - et il y en a beaucoup dans le monde aujourd'hui - ont choisi la passivité et la reculade, afin de prolonger un peu leur train-train quotidien, afin d'éluder la difficulté aujourd'hui. Et demain, vous verrez, tout ira bien. Mais rien n'ira bien. Le prix de la lâcheté est toujours le mal. Nous ne récolterons la victoire que si nous avons le courage de faire des sacrifices. 


 Un écrivain n'est pas le juge indifférent de ses compatriotes. Il est le complice de tout le mal commis dans son pays 

 

 Et, par-dessus tout cela, nous sommes menacés de destruction parce que notre monde, physiquement tendu et comprimé, n'a pas le droit de communier spirituellement. Les molécules de la connaissance et de là sympathie n'ont pas le droit de sauter d'une moitié dans l'autre. Voilà un danger évident : l'interdiction de l'échange d'informations entre les différentes parties de la planète. L'histoire contemporaine sait que l'interdiction de l'information rend toute signature d'accords internationaux illusoire. Dans un monde clos, il ne coûte rien d'interpréter n'importe quel accord à sa façon. Ou même, plus simplement, de l'ignorer complètement, comme S'il n'avait jamais existé (Orwell a compris cela admirablement), Un monde clos est peuplé, non pas de Terriens, mais d'un corps expéditionnaire de Martiens, qui ne savent rien de sensé sur le reste de la planète et qui sont prêts à l'écraser avec la conviction sacrée d'être des « libérateurs ». 

Il y a un quart de siècle, naissait l'Organisation des nations unies, qui portait les espoirs de l'humanité. Hélas ! dans un monde immoral, elle est devenue immorale. Ce n'est pas une organisation de nations unies, mais une organisation de gouvernements unis, où tous les gouvernements sont égaux : ceux qui ont été élus librement, ceux qui ont été imposés par la force et ceux qui se sont emparé du pouvoir par les armes. S'appuyant sur une majorité mercenaire, l'ONU protège jalousement la liberté de certains pays et néglige souverainement celle des autres. 

À la suite d'un vote servile, elle a refusé d'entendre les appels - sanglots, cris, suppliques - d'humbles individus ordinaires. Une bien petite chose pour une si grande organisation. L'ONU n'a déployé aucun effort pour faire de l'adoption de la Déclaration des droits de l'homme - son meilleur texte en vingt-cinq ans - la condition pour être admis en son sein. Elle a ainsi trahi ces humbles gens placées à la merci de gouvernements qu'ils n'ont pas choisis. 

Il semblerait que la physionomie du monde contemporain dépende, en fin de compte, des savants. Tous les progrès techniques de l'humanité sont entre leurs mains. Il semblerait donc que l'avenir du monde devrait dépendre de la bonne volonté des savants, et non de celle des hommes politiqués. D'autant plus que certains exemples ont montré tout ce dont ils sont capables, quand ils conjuguent leurs efforts. Eh bien ! non : les savants n'ont manifesté aucune volonté de devenir une force importante et indépendante de l'humanité. Ils consacrent des congrès entiers à ignorer les malheurs des autres. Il vaut mieux rester sagement dans les limites de la science. L'esprit de Munich a étendu ses ailes démoralisantes sur eux. 

Quels sont donc exactement la place et le rôle de l'écrivain dans ce monde cruel, déchiré et sur le point de se détruire lui-même ? Après tout, nous n'avons rien à voir avec le lancement des fusées. Nous ne poussons même pas la plus petite des voitures à bras. Nous sommes méprisés par ceux qui respectent seulement le pouvoir matériel. N'est-il pas naturel que nous aussi, nous nous retirions du jeu, que nous perdions la foi dans la pérennité de la bonté, de l'indivisibilité de la vérité, pour nous contenter de faire part au monde de nos réflexions amères et détachées : comme l'humanité est devenue désespérément corrompue, comme les hommes ont dégénéré, et comme il est devenu difficile, pour des âmes nobles et raffinées, de vivre parmi eux ! 

Mais nous n'avons même pas recours à cette échappatoire. Quand on a épousé le monde, on ne peut plus lui échapper. Un écrivain n'est pas le juge indifférent de ses compatriotes et de ses contemporains. Il est le complice de tout le mai commis dans son pays ou par ses compatriotes. Si les tanks de son pays ont inondé de sang les rues d'une capitale étrangère, alors les taches brunes, marqueront son visage pour toujours. Si, par une nuit fatale, on a étrangle son ami endormi et confiant, les paumes de ses mains porteront les traces de la corde. Si ses jeunes concitoyens, proclamant joyeusement la supériorité de la dépravation sur le travail honnête, s'adonnent à la drogue, leur haleine fétide se mêlera à la sienne. 

Aurons-nous la témérité de prétendre que nous ne sommes pas responsables des maux que connaît le monde d'aujourd'hui ? 

Et, pourtant, je suis réconforté par le sentiment que la littérature mondiale est comme un seul cœur géant, qui bat au rythme des soucis et des drames de notre monde, même s'ils sont ressentis et exprimés différemment en ses quatre coins. 

Au-delà des littératures nationales vieilles comme le monde, l'idée d'une littérature mondiale qui serait Comme une anthologie des sommets des littératures nationales et la somme de leurs influences réciproques a toujours existé, même dans le passé. Mais il y a toujours eu un décalage dans le temps. Lecteurs et auteurs ne pouvaient connaître les œuvres des écrivains d'une autre languie qu'après un certain délai, parfois après des siècles. De sorte que les influences réciproques étaient, elles aussi, retardées, et que l'anthologie des littératures nationales ne se révélait qu'aux générations futures. 

Aujourd'hui, le contact entre les écrivains d'un pays et les écrivains ou les lecteurs d'un autre est presque instantané. J'en ai fait personnellement l'expérience. Ceux de mes livres qui - hélas ! - n'ont pas été publiés dans mon pays ont trouvé une audience immédiate dans le monde entier, malgré des traductions hâtives et souvent imparfaites. Des écrivains occidentaux comme Heinrich Böll ont entrepris de les analyser. Au cours de ces dernières années, alors que mon travail et ma liberté ne se sont pas écroulés, mais, contrairement aux lots de la gravité, sont restés suspendus en l'air, rattachés à rien, sinon à la toile d'araignée invisible d'un public sympathisant, alors j'ai découvert, avec une immense gratitude, un soutien inattendu : celui de la fraternité des écrivains internationaux.

 

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 LE SIÈGE DE L'ONU. Les humbles ont été trahis.

 

Pour mon cinquantième anniversaire, j'ai eu la surprise de recevoir les vœux de célèbres hommes de lettres occidentaux. Aucune pression sur moi ne fut plus ignorée. Au cours des semaines dangereuses où je fus exclu de. l'Union des écrivains, le, mur dressé par les auteurs les plus éminents du monde m'a protégé contre des persécutions plus graves. Des écrivains et des artistes norvégiens me préparaient un asile, pour le cas où l'on me forcerait à l'exil, comme on m'en menaçait. Finalement ce n'est pas le pays où je vis et ou j'écris qui a proposé mon nom pour le prix Nobel, mais François Mauriac et ses collègues. Et, plus tard, toutes les associations d'écrivains m'ont soutenu. 

J'ai ainsi compris et senti que la littérature mondiale n'est plus une anthologie abstraite ni un vague concept inventé par les historiens de la littérature, mais un corps et un esprit vivants, reflétant l'unité grandissante de l'humanité. Les frontières des États sont encore portées au rouge par les fils électriques et les tirs des mitrailleuses, et de nombreux ministres de l'Intérieur considèrent encore la littérature comme « une affaire de politique intérieure » relevant de leur juridiction. Les manchettes des journaux proclament encore : « Pas le droit d'interférer dans nos affaires intérieures ! » Alors qu'il n'y a plus d'« affaires intérieures » sur notre terre surpeuplée et que le salut de l'humanité dépend de ce que chacun fasse siennes les affaires d'autrui, de ce que les peuples de l'Est aient un intérêt vital pour ce qu'on pense à l'Ouest, de ce que les peuples de l'Ouest aient un intérêt vital pour ce qui se passe à l'Est. 

La littérature, un des instruments les plus sensibles de l'être humain, a été la première à détecter ce sentiment d'unité grandissante du monde et à le faire sien. 

Aussi, je me tourne avec confiance vers le monde littéraire d'aujourd'hui, vers ces centaines d'amis que je ne connais pas et que je ne verrai peut-être jamais. 

Mes amis. Essayons d'être utiles si nous pouvons servir à quoi que ce soit. Qui donc, depuis les temps immémoriaux, a constitué une force d'union, et non de division, dans nos pays déchirés par les partis, les mouvements, les castes, les groupes ? Voilà, en substance, le rôle des écrivains : ils expriment à travers leur langue maternelle la force principale d'unité d'un pays, de la terre qu'occupe son peuple, et, au mieux, de son esprit national. 

Je crois que la littérature mondiale, dans ces temps troublés, est capable d'aider l'humanité à se voir telle qu'elle est, en dépit de l'endoctrinement et des préjugés des hommes et des partis. La littérature mondiale est capable de communiquer une expérience condensée d'un pays à un autre afin que nous ne soyons plus divisés et déconcertés, que nos différentes échelles de valeurs puissent coïncider ; et, surtout, que le citoyen d'un pays puisse lire de façon concise et véridique l'Histoire d'un autre et la vivre avec une telle force et un tel réalisme douloureux qu'il lui soit ainsi épargné de commettre les mêmes erreurs cruelles. 

Peut-être que, de cette façon, nous, les artistes, nous pourrons développer en nous un champ de vision capable d'embrasser lé monde entier : en observant, comme tout être humain, ce qui se passe tout près,, autour de nous, et en y introduisant ce qui se passe dans le reste du monde. Nous établirons ainsi des relations à l'échelle mondiale. 

Et qui, sinon nous, les écrivains, pourra porter un jugement sur nos gouvernements défaillants (dans certains États, c'est la façon la plus facile de gagner son pain, occupation de tout homme qui n'est pas un paresseux), et aussi sur le peuple, lui-même, sur sa lâche humiliation, sur sa faiblesse satisfaite ? Qui pourra porter un jugement sur les écarts inconsidérés de la jeunesse et sur les jeunes pirates qui brandissent leurs couteaux ? 

On nous dira : que peut la littérature contre la ruée sauvage de la violence ? Mais n'oublions pas que la violence ne vit pas seule, qu'elle est incapable de vivre seule : elle est intimement associée, par le plus étroit des liens naturels, au mensonge. La violence trouve son seul refuge dans le mensonge, et le mensonge son seul soutien dans la violence. Tout homme qui a choisi la violence comme moyen doit inexorablement choisir le mensonge comme règle. 

Au début, la violence agit à ciel ouvert, et même avec orgueil. Mais, dès qu'elle se renforce, qu'elle est fermement établie, elle sent l'air se raréfier autour d'elle et elle ne peut survivre sans pénétrer dans un brouillard de mensonges, les déguisant sous des paroles doucereuses. Elle ne tranche pas toujours, pas forcément, les gorges ; le plus souvent, elle exige seulement un acte d'allégeance au mensonge, une complicité. 

Et le simple acte de courage d'un homme simple est de refuser le mensonge. Que le monde s'y adonne, qu'il en fasse même sa loi - mais sans moi. 

Les écrivains et les artistes peuvent faire davantage. Ils peuvent vaincre le mensonge. Dans le combat contre le mensonge, l'art a toujours gagné, et il gagnera toujours, ouvertement, irréfutablement, dans le monde entier. Le mensonge peut résister à beaucoup de choses. Pas à l'art. 

Et dès que le mensonge sera confondu, la violence apparaîtra dans sa nudité et dans sa laideur. Et la violence, alors, s'effondrera. 

C'est pourquoi, mes amis, je pense que nous pouvons aider le monde en cette heure brûlante. Non en nous donnant pour excuse de ne pas être armés, non en nous adonnant à une vie futile, mais en partant en guerre. 

Les Russes aiment les proverbes qui ont trait à la vérité. Ceux-ci expriment de façon constante et parfois frappante la dure expérience de leur pays : « Une parole de vérité pèse plus que le monde entier. » 

Fin du texte


[1]    Administration centrale des camps de travail obligatoire.

 

Source: http://classiques.uqac.ca/contemporains/soljenitsyne_alexandre/le_cri_prix_nobel/le_cri_prix_nobel_texte.html

 

 

. "La violence n'exige de nous que notre obéissance au mensonge" (A. Soljenitsyne, à Moscou le 12 février 1974)

. "Un combat aux proportions cosmiques, un combat pour notre planète, physique et spirituel" (Alexandre Soljénitsyne)

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 23:00

"Il ne peut avoir Dieu pour Père, celui qui n'a pas l'Eglise et Marie pour mère."

 

Saint Augustin (354-430), docteur de l'Eglise.

 

 

 

 

 

 

 

Source: Méditations sur la Vierge Marie, Presses de la Renaissance, Paris 2009.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 21:15

"Si tu veux éviter la peur, donne-toi à l'amour

Si tu veux éviter l'ignorance, recherche la sagesse

Si tu veux éviter la colère, cultive la patience

Si tu veux éviter le trouble, sois humble

Si tu veux éviter le désir de posséder, laisse-toi appauvrir

Si tu veux éviter l'avarice, sois joyeux

Si tu veux éviter les préoccupations mauvaises,

Cherche la paix intérieure

Si tu veux éviter l'errance de l'esprit,

Aime la méditation

Si tu veux éviter la dureté du coeur,

Découvre la miséricorde"

 

(Saint François d'Assise, Admonitions 27, in Stan Rougier, Saint François d'Assise ou la Puissance de l'amour, Albin Michel, Saint-Amand-Montrond 2009, p. 267.)

 

 "On raconte qu'au temps de François un loup féroce sévissait dans la région de Gubbio, s'attaquant aux bêtes et aux gens. Le pauvre d'Assise l'aurait apprivoisé par sa douceur. Nous avons appris à mieux connaître ce loup cruel. Il est de tous les temps. Il ne court pas seulement les bois. Il se cache aussi au fond des coeurs. Il est en chacun de nous. François fut en son temps un semeur de paix, un créateur de fraternité. Il était devenu lui-même un être pacifié, un homme fraternel.

 

Qui aujourd'hui nous délivrera du loup cruel ? Qui saura l'apprivoiser ? Celui-là sera l'homme fraternel, l'homme du siècle à venir. Comme François, il marchera au milieu de milliers de frères. Et à ses côtés, trottera libre et joyeux le grand loup apprivoisé."

 

(Père Eloi Leclerc, Saint François d'Assise, Editions du Livre ouvert, Langres 2000, p. 51.)

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 20:02
http://eucharistiemisericor.free.fr/images/christ_misericordieux_12.jpg"Qui veut rencontrer le Christ un jour définitivement et vivre avec Lui
la Vie qui ne doit plus finir, doit dès ici-bàs, approcher du Christ, Le rencontrer
intimement...
     Lorsqu' on veut Le rencontrer... il faut s' oublier soi-même, ne plus se chercher,
garder sur Lui les yeux en toute entreprise et tout événement, le coeur tendu vers
sa louange et sa gloire, et cela jusqu' à la mort".

                    Bienheureux Jean de Ruysbroeck (+ 1381)
                    Les noces spirituelles.
Source
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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 11:01

"[J]e pense que progressistes et réactionnaires ont raison contre les libéraux (à ne pas confondre avec les progressistes). Je rejoins en cela l’analyse de Claude Karnoouh. S’il y a bien eu un point commun entre le monde chrétien d’hier et la tentative communiste, c’est le refus du libéralisme. L’un lui est antérieur, l’autre postérieur. Mais il fallait de part et d’autre échapper à la dictature de l’argent et de la marchandise. Le monde communiste reste à mon sens profondément chrétien. Il essayait d’échapper à la logique implacable du profit et à cette ignoble théorie de la main invisible où les égoïsmes individuels travaillent, soi-disant, à l’intérêt collectif! La solution à mes yeux consisterait à réconcilier progressistes et réactionnaires contre les libéraux. Ce qui ne semblera étrange qu’à ceux qui se font de l'Histoire une représentation binaire."

      Alain Soral, entretien dans la revue Choc numéro 31.
L'Entretien en PDF avec Alain Soral


Alain Soral a raison sur ce point que monde chrétien et monde communiste refusent le libéralisme comme culte idolâtrique de Mamon-Roi, l'"Argent-Roi". Mais le monde communiste a aussi un défaut majeur, comme tout matérialisme il se trompe sur la nature de l'homme.

Le monde communiste postule, avec tous les révolutionnaires, que l'homme est bon par nature et que c'est la société qui le corrompt, il faudrait donc changer la société, l'homme se libérerait lui-même, sans tenir compte de Dieu... C'est la Société organisée en dehors de Dieu. C'est cela le "matérialisme"... Or, "l'homme bon" est un mythe hérétique. Le monde chrétien enseigne que l'homme est entaché par le péché originel qui fait qu'il n'est pas un être conçu sans péché, une sorte d'"Immaculé conception" qui agirait en Société toujours en bien, sans jamais faire le mal... Non, en réalité l'homme n'est pas bon par nature, il n'est ni prédisposé à l'altruisme ni au partage. Pour cela, l'homme doit se faire violence et tendre de tout son être vers le bien.

Le monde communiste s'est donc trompé. Il s'est trompé en pensant qu'une idéologie matérialiste (l'organisation de la Société en dehors de Dieu) tendant naturellement au partage (sans Dieu) entraînerait le bonheur de la Société. C'est le contraire qui s'est passé, car les droits de la nature finissent toujours par reprendre le dessus... Par exemple, un ouvrier en Urss, qui observait ses chefs de la Nomenklatura, se disait que lui aussi voulait avoir une belle mercedes...

Si donc le monde communiste est chrétien c'est simplement par son refus du libéralisme comme culte idolâtrique de l'Argent-Roi, mais sa prétention à organiser le monde en dehors de Dieu est déjà un matérialisme, un libéralisme, et même tout le "libéralisme"... Ce qui a pu faire dire au pape Pie XI que le communisme était "intrinsèquement pervers" (Lettre encyclique Divini Redemptoris, 1937).

Encore une fois, si Alain Soral veut se sortir de sa contradiction et refuser pleinement l'idolâtrie, et notamment l'idolatrie moderne de l'Argent-Roi à la place du Christ-Roi, culte idolâtrique maçonnique mis à la place du culte du Dieu vivant, il est temps qu'il quitte le vieil homme et ses vieilles lunes et qu'il adopte l'authentique progressisme qui est, et a toujours été, le monde chrétien fondé sur une juste analyse de la nature de l'homme (dogme catholique du
péché originel).

Alain Soral se demande : "jusqu'où va-t-on descendre"? Je suis en mesure de lui répondre que "Si le Seigneur ne bâtit la maison, ses bâtisseurs travaillent en vain" (Psaumes 127, 1), et avec Notre Seigneur Jésus-Christ : "La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé; ils sont venus battre cette maison, elle s'est écroulée, et grande fut sa ruine..." (Evangile selon Saint Matthieu, 7, 27). Voilà comment cela finira si nous continuons à vouloir bârir la maison en dehors du Christ, "pierre d'angle" : un tas de ruines. 

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 10:58

Quand on reçoit toutes choses comme envoyées par la Providence
, et qu'on vit dans un abandon entier à tout ce que veut cette Providence adorable, on n'est jamais contrarié. Comme on n'a d'autres volontés ni d'autres désirs que la volonté de Dieu, et qu'on voit cette très aimable volonté dans tout ce qui arrive, on a toujours tout ce qu'on veut et tout ce qu'on désire.
      A l'exemple du saint roi David, on donne joyeusement la main au bon plaisir de Dieu, qui nous conduit d'une action à une autre, de cette seconde à une troisième; et ainsi toute la vie s'écoule doucement, joyeusement, saintement. Aucun accident n'inquiète ni ne trouble, parce qu'on sait que tout vient de Dieu, et que sa volonté mille fois aimable préside à tout.
      Cette pensée change les souffrances et les peines en joie, les amertumes en douceur; et ce qui désole les autres console l'âme unie au bon plaisir de Dieu. De là, en elle, une tranquillité, une paix, que rien ne peut altérer; une sérénité constante, une manière calme d'agir et de parler qui prouve combien l'Apôtre, et le Sage avant lui, ont dit vrai : l'Apôtre, en affirmant que tout tourne à bien pour ceux qui aiment Dieu (Rm 8,28) ; et le Sage, en déclarant que, quoi qu'il arrive au juste, rien ne peut le contrister (Prov. 12,21). Il pourra être éprouvé de Dieu, comme le saint homme Job ; mais, comme lui, il dira à Dieu : Vous m'éprouvez d'une manière qui me ravit (Job 10,16) ; et ni sa paix intérieure n'en sera troublée, ni son extérieur ne laissera échapper une parole on un geste de chagrin, d'emportement ou d'impatience ; et l'on pourra dire de lui comme de Tobie : il ne s'est plaint ni à Dieu ni aux hommes (Tob. 2,13)

Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année, 
Commentaire du jour Per Ipsum 
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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 07:53

Le révérend père Charles MAIGNEN

Frère de Saint-Vincent-de-Paul

Auteur de l’opuscule «  la souveraineté du peuple est une hérésie. »

Nous  voudrions apporter notre contribution au débat sur la forme de la constitution européenne par le rappel de quelques principes et vérités élémentaires.

Le père Charles Maignen dans une étude sur la souveraineté populaire aborde une question qui intéresse tous les juristes et surtout bien sûr les juristes catholiques.

Le dogme de la souveraineté du peuple n'est plus remis en question si ce n'est par la doctrine traditionnelle de l'Eglise qui est largement oubliée ou niée non seulement par les néo -catholiques de l'église conciliaire, mais par tous les tenants des doctrines libérales qui se sont installés dans l'Eglise depuis deux siècles.

« Omnis potestas a Deo » ou bien « Omnis potestas  a populo »

L'argutie consiste à fausser le problème en prétendant que cette souveraineté vient (peut-être ?) de Dieu mais passe nécessairement par le suffrage populaire.

 

Charles Maignen est né en 1858 ; il est le neveu du Père Maurice Maignen qu'il rejoint, à vingt ans, dans la congrégation des Frères de Saint-Vincent-de-Paul. Envoyé en 1881 au Séminaire français de Rome, il y organise une  « Conférence »  en liaison avec l'oeuvre des cercles catholiques d'ouvriers. Il gagne la confiance du supérieur, le Père Eschbach, qu'il tient au courant des publications concernant les questions sociales.

Il est ordonné prêtre à Rome en 1884. Docteur en théologie, attaché d'abord, à Paris, à l'Association des jeunes ouvriers de Notre-Dame de Nazareth, il devient en 1886 le premier aumônier de l'A.C.J.F. et y assume, en outre, la direction de la section des Etudes. Très informé de la recherche doctrinale poursuivie à Rome, il propose une «fidélité inventive » dans le domaine social.

Pour garder l'unité et le dynamisme de I'A.C.J.F., Albert de Mun la soustrait à une dépendance trop étroite de l'épiscopat en transférant aux Jésuites la charge d'aumônier. Fin décembre 1887, le Père Le Tallec remplace l'abbé Maignen qui garde la direction des Études.

Mais, royaliste, Maignen désapprouve l'adhésion d'A. de Mun à l'encyclique de Léon XIII sur le Ralliement et il quitte l'A.C.J.F. en 1892. En 1894, il perd sa charge de directeur du Cercle catholique de Montparnasse, pour avoir soutenu Drumont contre A. de Mun qui avait appuyé le gouvernement dans le vote des  « lois scélérates ».

Après un passage à l'oeuvre des Orphelins apprentis d'Auteuil, l'abbé Maignen reste sans fonction précise durant une dizaine d'années qu'il emploie à combattre les courants novateurs. En 1898, il publie un livre contre l'américanisme et le Père Hecker : Le Père Hecker est-il un saint ? Contre la tendance démocrate, le Congrès de Bourges de 1900 et les abbés Lemire, Birot, Naudet et Dabry, il publie en 1901: `Nationalisme, catholicisme, révolution.

Sur le même sujet, en réponse au livre du P. Maumus : La République et la politique de l'Église, ilavait rédigé en 1892, la brochure dont nous publions ici un extrait.

Dans `Nouveau catholicisme et nouveau clergé’, qu'il publie en 1902, il s'attaque au modernisme. Il s'en prend aux articles d'A. Firmin (pseudonyme de l'abbé Loisy) parus dans la Revue du clergé français. Dans La Vérité, puis La Vérité française, hostile au Ralliement, organe né d'une scission dans la rédaction de L'Univers, en 1893, et qu'il a contribué à fonder avec Élise Veuillot, il multiplie les articles ; en 1903, il y dénonce les ouvrages de Loisy : 'L'Evangile et l'Église' et `Autour d'un petit livre’.

Le premier « détruit l'édifice catholique tout entier, depuis les fondements jusqu'au faîte, sans en respecter aucune partie et menace la foi des simples ». Charles Maignen estime que « l'esprit nouveau inspire chaque jour des témérités plus grandes à ceux qui ont entrepris de rajeunir l'Église en la réconciliant avec le siècle », et il réclame des « exécu­tions nécessaires » et des « mesures suprêmes ».

Le second ouvrage prouve le dualisme intellectuel de Loisy, et Maignen montre l'étendue des ravages accomplis déjà dans l'Église. Pour lui, tous les novateurs ont partie liée, « depuis les Annales de philosophie chrétienne jusqu'au Sillon en passant par la Justice sociale... »

Il attaque aussi Blondel dont le système, dit-il, « altère ou plutôt détruit la notion du miracle, d'accord avec l'exégèse de M. Loisy qui vient lui prêter appui et en doubler le danger ». Charles Maignen ne cessera plus de pourfendre le « nouveau catholicisme » : par là, il désigne tous les courants qui dérivent du catholicisme libéral et dans lesquels il discerne la menace d'un schisme.

Sous le supériorat du Père Anizan, Charles Maignen est envoyé à Tournai, à la maison mère dela Congrégation. Sous le pseudonyme de Vincent Després, il correspond avec Mgr Benigni, le chef du Sodalitium Pianum, autrement dit La Sapinière.

Lorsque Pie X dépose le P. Anizan, au début de 1914, Maignen est appelé à Rome comme recteur du scolasticat. En 1917, il est nommé procureur général de sa Congrégation et qualificateur du Saint-Office.

En 1933, Charles Maignen a résumé sa pensée dans `La doctrine sociale de l'Église d'après les encycliques’. Il meurt en 1937.                                                                                                                                    

(D’après M. l’Abbé N. PINAUD dans « Le Donjon «  de février 2004.) 

LA SOUVERAINETE DU PEUPLE EST UNE HERESIE

Doctrine des théologiens sur l'origine de la société et du pouvoir civil

‘Suffrage universel — Mensonge universel’ Pie IX

Quelle est l'origine de la société civile ?

Avant de répondre à cette question, il est nécessaire d'en bien préciser le sens, car l'origine de la société peut être considérée au point de vue de l'histoire ou au point de vue de la doctrine.

C'est à la philosophie chrétienne, que nous demanderons d'abord de nous répondre et de nous dire pour quelles raisons il est nécessaire à l'homme de vivre en société.

L'homme, dit Saint-Thomas d'Aquin(1), ne peut se suffire à lui seul(2).

Comment un individu isolé pourrait-il se procurer tout ce qui est nécessaire à sa nourriture ? Comment se préparerait-il des vêtements, des remèdes, un abri ? Comment fabriquerait-il, en même temps, ses instruments de travail ?

Restant seul, il ne pourrait faire de son temps et de ses forces une part suffisante pour accorder à l'étude, au travail manuel et aux soins de sa nourriture ce qui est nécessaire, cependant, pour qu'un homme arrive au complet développement de ses forces physiques et de ses facultés morales.

Il est vrai que les philosophes du XVIII° siècle ont prétendu que cet état d'ignorance et d'isolement était l'état naturel de l'homme ; mais, par une con­tradiction singulière, ils avouaient que si l'humanité n'était sortie de cet état de nature, pour se constituer en sociétés, elle eût infailliblement péri.

Singulier état de nature, assurément, qui eût mené la nature humaine à sa destruction !

Cet aveu seul peut suffire à prouver la vérité de la thèse catholique : car l'état naturel d'une créature doit être favorable à sa conservation et au perfectionnement de ses facultés.

Or, cet état, qui favorise la conservation et l'amélioration de l'espèce humaine, c'est l'état social.

Le véritable état de nature est donc celui de l'homme vivant en société avec ses semblables.

Mais il y a plusieurs sortes de sociétés parmi les hommes.

La première, la plus naturelle, la plus néces­saire de toutes, c'est la famille, qui fournit à l'homme les premiers secours, et les plus indispensables, à la conservation et au bien-être de la vie.

C'est elle qui,par le mariage, assure la mul­tiplication du genre humain sur la terre; c'est elle qui procure à l'enfance les soins multiples qu'exigent la délicatesse de son corps et l'ignoran­ce de son esprit ; c'est elle qui donne les affections pures et fidèles.

Mais elle n'est pas la seule société nécessaire. Ce que nous avons dit de l'individu isolé peut, dans une certaine proportion, s'appliquer à la famille, si elle ne trouve dans une société plus étendue et plus forte le complément dont elle a besoin.

Elle aussi ne peut se suffire entièrement à elle-même.

Pourra-t-elle, par ses seules ressources, exercer les industries multiples que suppose un degré con­venable d'aisance et de bien-être dans le vêtement, la nourriture et l'habitation ? Ses membres pour­ront-ils, à eux seuls, acquérir les connaissances nombreuses et difficiles que suppose l'exercice convenable de ces différentes industries ? Pou­rront-ils se livrer à l'étude des sciences, dans la mesure où elles sont nécessaires au dévelop­pement normal de l'intelligence ? Enfin seront-ils en mesure de résister à leurs ennemis et de se faire justice eux-mêmes, sans blesser les droits d'autrui ?

Une famille isolée, placée en dehors de toute société, et n'ayant rien, qu'elle ne doive tirer de ses propres ressources, sera nécessairement dans une grande indigence des biens dont l'homme a besoin pour le développement de ses facultés.

Ainsi, les familles sont amenées par la néces­sité à s'unir en une société plus parfaite, comme les individus sont poussés par une nécessité encore plus impérieuse à se grouper autour d'un foyer.

Cette société, appelée à suppléer à l'insuffisan­ce de la société domestique et à assurer, en même temps, sa conservation et sa prospérité, dans l'ordre public, est désignée communément par les auteurs sous le nom de société civile ou société politique ; son origine, sa raison d'être, c'est la loi naturelle elle-même, c'est-à-dire Dieu, qui en est la règle et l'auteur.

C'est Dieu qui a fait l'homme, tel qu'il ne puisse vivre sans l'institution de la famille ; c'est donc Dieu qui est l'auteur de la famille. C'est Dieu, auteur de la famille qui a fait cette société première insuffisante par elle-même, en sorte que les familles aient une tendance naturelle à s'unir pour former la société civile ; Dieu est donc l'auteur de la société civile.

Ainsi, la cause première de la société civile, c'est Dieu ; sa cause prochaine, c'est la nature de l'homme, sa cause immédiate, c'est la nature de la famille.

Telle est, en quelques mots, la réponse de la philosophie catholique à notre question : Quelle est l'origine de la société civile ? (3)

Interrogeons maintenant l'histoire. Il ne s'agit pas ici de remonter à l'origine de chaque société civile, de chaque nation, mais seulement à l'origine de la première société, de celle avant laquelle il n'existait que des familles.

L'histoire des origines de notre race est tout entière contenue dans les premiers chapitres dela Genèse ; les faits qu'elle rapporte sont attestés par l'autorité même de Dieu : il n'y en a donc pas qui puissent présenter un plus grand caractère de certitude.

Nous trouvons, dans ces faits, une confirmation éclatante de la doctrine formulée plus haut.

Au commencement, Dieu crée un seul homme, mais il ajoute bientôt : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul (4) ». Il lui donne une compagne, « adjutorium simile sibi »(5), et la famille est fondée.

L'homme pécha, avant que la famille eût pu donner naissance à une autre société ; faut-il en conclure que la société civile n'aurait pas existé si Adam eût persévéré dans l'état d'innocence ?

Ce serait trop se hâter de résoudre une question sur laquelle de grands théologiens ont des opinions contraires et qui, d'ailleurs, est indifférente.

En tout cas, il est de fait que la société civile, supposant la pluralité des familles, n'a pu se former et ne s'est formée, en réalité, qu'après une certaine propagation du genre humain sur la terre.

Toutefois, la formation de la société fut con­temporaine des premiers hommes.La Genèse fait, pour la première fois, mention de la fondation d'une ville, après le meurtre d'Abel par son frère (6).

Caïn ne fut pas le seul fils d'Adam qui donnât naissance à une cité, et, avant la fin de sa longue carrière, le père de tous les hommes put voir des villes nombreuses et florissantes sortir de cette terre que Dieu lui avait donnée pour être fécondée par son travail.

Le fait primordial qui a déterminé la formation des anciennes sociétés politiques, c'est l'extension et la multiplication des familles issues d'une même souche, lui restant unies d'abord par des liens purement domestiques, puis, peu à peu, par des relations d'un caractère public et juridique.

Ensuite, la conquête, les traités ou le libre consentement de plusieurs, ont servi de point de départ à la formation d'un grand nombre d'États ; mais la communauté d'origine reste le fait naturel qui donne naissance aux cités. C'est ce que Cicéron exprimait ainsi : « Prima societas in ipso conjugio est, proxima in liberis, deinde una domus, communia omnia. Id autem est principium urbis et quasi seminarium reipublicae ». (De Officiis).

Ainsi, la philosophie et l'histoire s'accordent pour affirmer que la société est voulue et exigée par la nature, et que les théories du Contrat social ne sont pas moins en contradiction avec les faits qu'avec la raison.

Dans l'Encyclique « Immortale Dei » le Sou­verain Pontife a résumé la doctrine catholique : « L'homme, dit-il, est né pour vivre en société, car ne pouvant dans l'isolement ni se procurer ce qui est utile et nécessaire à la vie, ni acquérir la perfection de l'esprit et du coeur ;la Providence l'a fait pour s'unir à ses semblables en une société tant domestique que civile, seule capable de four­nir ce qu'il faut à la perfection de l'existence ». Déjà, dans l'Encyclique « Diuturnum illud », le Pape avait dit plus brièvement encore et avec plus de force : « Magnus est error non videre, id quod manifestum est, homines, quum non sint solivagum genus, citra liberam ipsorum voluntatem ad naturalem communitatem esse natos » ; et, parlant du Contrat social, il ajoutait : « Ac praeterea, pactum quod praedicant, est aperte commentitium et fictum. »

L'enseignement de l'Église est donc très net­tement formulé sur ce point, et les catholiques ne peuvent hésiter à le suivre.

II
Quelle est la nature et la fin de la société civile ou politique?

Nature de la société civile.

La société civile est une société naturelle, nécessaire, parfaite et organique. Elle est naturelle, ce qui ne veut pas seulement dire qu'elle est conforme à la nature de l'homme et que les principes de la raison naturelle suffisent, par eux-mêmes, à sa constitution et à son fonction­nement ; cela implique encore que ses lois fon­damentales, sa constitution essentielle, sont dictées et imposées par la nature et qu'il n'est pas loisible à l'homme d'en méconnaître les principes et d'en violer les prescriptions.

De même que, pour la société domestique, l'unité et l'indissolubilité du lien conjugal sont imposées aux hommes par une volonté supérieure, de même, pour la société civile, il est des lois qui s'imposent au législateur lui-même, qu'il n'a pas le pouvoir d'enfreindre, mais qu'il a le devoir de reconnaître et de sanctionner.

Tous les droits et tous les devoirs, même dans l'ordre civil, ne dérivent donc pas de la loi humaine ; l'État n'en est pas l'auteur et la source ; mais il est des droits imprescriptibles dont il a le devoir de se faire le protecteur et le gardien. C'est pourquoi, la proposition suivante a été condamnée dans le Syllabus :

39. L'État, comme étant l'origine et la source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite.

La société civile est, en second lieu, une société nécessaire, c'est-à-dire qu'elle n'est pas seulement conforme et proportionnée à la nature de l'hom­me, mais que cette même nature exige qu'une telle société existe.

Ce qui a été dit précédemment sur l'origine de la société civile peut servir à prouver cette nécessité et à en expliquer la nature.

L'existence de la société civile est nécessaire au complet et parfait développement de l'espèce humaine ; elle n'est pas rigoureusement et direc­tement exigée pour la conservation de chaque individu et de chaque famille considérée séparément

Nous verrons combien cette remarque est importante quand nous traiterons du but de la société.

La société civile est encore une société parfaite. On désigne, dans l'Ecole, sous le nom de société parfaite ou complète celle qui possède, par elle-même, tous les moyens d'atteindre son but, en sorte qu'elle n'est pas destinée à trouver dans une société supérieure son complément et sa perfection.

C'est ce que le Souverain Pontife a plus brièvement exprimé dans l'encyclique Immortale Dei, en rappelant que l'Église est une société parfaite ; Elle possède, en soi et par elle-même, toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action.

La société civile répond bien à cette définition de la société parfaite ; elle possède tous les moyens naturels de procurer à l'homme la félicité de cette vie, puisqu'elle supplée, en cela, tout ce qui manque à la société domestique ; et elle n'est pas destinée à faire partie d'une société supérieure de même ordre, puisque nous ne voyons pas, dans l'ordre naturel, de société à laquelle elle puisse être subordonnée.

Ainsi, la société civile est justement considérée comme une société parfaite, et le pouvoir suprême lui appartient dans les choses purement temporelles.

C'est encore l'enseignement du Saint-Père, dans la même encyclique ; parlant des deux sociétés, l'Église et l'Etat, il dit : Chacune d'elles, en son genre, est souveraine.

Enfin, la société civile est une société organique, c'est-à-dire qu'à l'exemple des corps vivants dont les membres ne sont pas animés d'un mouvement purement mécanique, mais jouissent chacun d'une vie propre, bien que dépendante de la vie du corps tout entier, la société civile se compose d'organes dont la vie et la constitution sont distinctes de la sienne, tout en lui restant subordonnés. Ces organes vitaux de la société civile, ce sont ses membres, c'est-à-dire les familles, les communes, les provinces : car la société civile ne se compose pas d'individus, elle se compose de sociétés moindres, antérieures à elle par leur nature, plus strictement nécessaires et plus directement instituées de Dieu: Ces sociétés ont leurs droits et leur constitution propres, que la société civile n'a pas le droit d'altérer ou de méconnaître, mais qu'elle a le devoir de sauvegarder.

La société civile n'est donc pas une collection d'individus égaux, mais une hiérarchie de sociétés subordonnées, auxquelles les individus peuvent appartenir à différents titres et dans lesquelles ils exercent des magistratures et des fonctions en rapport avec leur condition.

La constitution des sociétés modernes est loin de présenter ce caractère ; c'est là son tort et son malheur. Fondée pour l'individu, ne connaissant d'autres droits que les droits individuels et les droits de l'État, cette constitution sociale est fatalement conduite à osciller entre le libéralisme et le socialisme, pour tomber enfin dans une complète dissolution.

Toute définition de la société civile qui ne la présente pas comme un corps moral naturel, nécessaire, complet et hiérarchiquement organisé, doit donc être rejetée.

Mais il n'est pas possible de connaître la véritable nature et les caractères essentiels de la société civile, si l'on n'en précise nettement le but, la fin.

2° Fin de la société civile.

Il résulte de la constitution organique de la société civile que sa fin propre et immédiate ne peut être ni le bien individuel de chaque homme, ni le bien privé de chaque famille, mais le bien commun des familles et des autres associations qui lui sont subordonnées.

Ce bien commun est un bien temporel : car le bien spirituel est la fin propre de l'Église, et on ne saurait l'assigner pour but immédiat à la société civile, sans amener entre les deux pouvoirs une inévitable et funeste confusion ; c'est, de plus, un bien extérieur : car le bien intérieur, même temporel, de chaque homme est d'ordre individuel et privé, nullement d'ordre social ; enfin, ce bien temporel que doit procurer l'union des familles en une société parfaite consiste dans l'ordre et la prospérité publiques.

Cet ordre et cette prospérité ne sauraient être limités aux seules conditions matérielles de la vie, et doivent s'étendre à l'ordre moral tout entier ; en effet, le bonheur de l'homme, même en cette vie, ne consiste pas uniquement, ni même prin­cipalement, dans la satisfaction des exigences du corps ; il dépend surtout des dispositions intellec­tuelles et morales de l'âme ; la société civile ne serait donc pas une société naturelle et parfaite dans son ordre, ni même une société vraiment hu­maine, si elle ne tendait à procurer la félicité temporelle conformément à la nature de l'homme dans ce qu'il y a en elle de plus élevé et de proprement humain. La société doit donc pourvoir, par des moyens proportionnés à sa nature, au perfectionnement intellectuel et moral de l'homme.

Si nous voulons embrasser dans une même définition toute l'étendue de la fin de la société civile, nous dirons donc : La société civile a pour but le bien commun temporel de l'homme tout entier, en tant que ce bien peut être obtenu par les actions extérieures (7)

Ainsi, c'est donner une définition incomplète et tronquée du but de la société, que de lui assigner la protection des droits et de la liberté de chacun, ou le maintien de la paix et de la sécurité publiques ; elle doit tendre à procurer le bien temporel de l'homme dans toute sa plénitude et son extension, mais seulement dans l'ordre public et en dehors de la sphère d'action des individus, des familles ou des associations.

Ainsi, le rôle de la société est très étendu : il atteint tout ce qui intéresse le bonheur et le perfectionnement de l'homme en cette vie, mais les limites en sont très nettement définies, puisque sa raison d'être et sa mission cessent là où commencent celles de la famille et des autres organes du corps social.

Cette conception de la fin de la société civile permet seule de rester à égale distance entre les deux écueils les plus redoutables en ces matières : le libéralisme et le socialisme.

(1) De regimine Principum, lib. I, cap. I.

(2) :Cf Charles Maurras — Mes Idées politiques

(3)Taparelli : Essai théorique de Droit naturel ; cardinal Zigliara : Philosophia moralis ; Mgr Cavagnis : Notions de droit public naturel et ecclésiastique.

(4) 2. Genèse : Chap. II, v.18.

(5) Ibidem.

(6)Genèse : Chap. IV, v. 17.

(7) Mgr Cavagnis : Notions de Droit public naturel et ecclésiastique


                                                    Pie IX


Source : http://juristes.catho.free.fr/maignen.html
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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 09:00
Tous les bons et fidèles chrétiens, mais surtout les glorieux martyrs, peuvent dire : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8,31).
Contre eux le monde grondait, les peuples préparaient de vains complots, les princes se liguaient (Ps 2,1) ; on inventait de nouveaux tourments et imaginait contre eux d'incroyables supplices. On les accablait d'opprobre et d'accusations mensongères, on les enfermait dans des cachots insupportables, on labourait leur chair avec des ongles de fer, on les massacrait à coups d'épée, on les exposait aux bêtes, les livrait aux flammes, et ces martyrs du Christ s'écriaient : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » ... Ils peuvent déchaîner leur fureur, nous injurier, nous accuser injustement, nous couvrir de calomnies ; ils peuvent non seulement tuer mais torturer. Que feront-ils les martyrs ? Ils répéteront : « Voici que Dieu vient à mon secours, c'est le Seigneur qui soutient mon âme » (Ps 53,6)... Or, si le Seigneur est le soutien de mon âme, en quoi le monde peut-il me nuire ?... C'est lui aussi qui rétablira mon corps... « Tous vos cheveux sont comptés » (Lc 12,7)... Disons donc, disons avec foi, disons avec espérance, avec un coeur brûlant de charité : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »  
Commentaire du jour, Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église Sermon 334, pour les Saints Martyrs, §1.
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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 07:06
"La mesure de l'humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine...

La parole latine « con-solatio », consolation, l'exprime de manière très belle, suggérant un être-avec dans la solitude, qui alors n'est plus solitude. La capacité d'accepter la souffrance par amour du bien, de la vérité et de la justice est constitutive de la mesure de l'humanité, parce que si, en définitive, mon bien-être personnel, mon intégrité sont plus importants que la vérité et la justice, alors la domination du plus fort l'emporte ; alors règnent la violence et le mensonge...

... À la foi chrétienne, dans l'histoire de l'humanité, revient justement ce mérite d'avoir suscité dans l'homme d'une manière nouvelle et à une profondeur nouvelle la capacité de souffrir de la sorte, qui est décisive pour son humanité. La foi chrétienne nous a montré que vérité, justice, amour ne sont pas simplement des idéaux, mais des réalités de très grande densité. Elle nous a montré en effet que Dieu -- la Vérité et l'Amour en personne -- a voulu souffrir pour nous et avec nous. " (Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, § 38-39, trad. Libreria Editrice Vaticana,  
Commentaire du jour).

                                                                       ***



Il n'y a pas d'autres explications à la souffrance sur terre que la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ.
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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 12:39


Roi des Saints,
Verbe du Père Très-Haut
Qui domine tout,
Prince de la Sagesse,
Réconfort dans les peines...
Jésus, Sauveur de la race mortelle...
Tu es le Verbe toujours vivant,
Durée infinie,
Lumière éternelle,
Source de miséricorde
Artisan de la vertu
Pour ceux qui, par une vie digne,
Savent glorifier Dieu,
Ô Christ Jésus...
Chantons donc tous
Des louanges simples,
Des hymnes sincères
au
Christ-Roi,
Pieux tributs de gratitude
Pour la doctrine de Vie;
D'un coeur simple, venons honorer
Le Fils Tout-Puissant!
Choeur de la paix,
Nous qui sommes nés du Christ,
Peuple de la modération,
Chantons d'une seule voix
Le Dieu de la Paix.



Extraits de l'Hymne au Christ-Roi de
saint Clément d'Alexandrie
in Maurice VALLERY-RADOT, L'Eglise des premiers siècles, Collection Tempus, Paris 2006, p. 249.

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 23:01

“Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi ici-bas des royaumes différents, suivant la diversité des langues et des climats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des missions spéciales pour l’accomplissement de Ses desseins.




Et, comme autrefois, Il préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob et comme Il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi Il choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre, pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, la France est le Royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ.
 Lettre de Grégoire IX à saint Louis, 21 octobre 1239

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 08:03
Reprenant une phraséologie du pape Pie XI dans l'Encyclique Divini Redemptoris (1937), au sujet du "communisme intrinsèquement pervers", Jean-Marie Le Pen a déclaré dimanche 15 mars à Arras (Pas-de-Calais), lors du lancement de sa campagne pour les Européennes : "nous avons un devoir d'expliquer à nos compatriotes que le mondialisme est intrinsèquement pervers. Oui nous sommes des patriotes fiers de l'être qui voulons sécuriser leur peuple d'abord plutôt que de se lancer dans des aventures folles dont la course ne peut mener qu'au chaos. La Patrie ne peut être sauvée que si l'on rompt avec les compromissions et les trahisons du système en place."

Source:
Nationspresse.info (39:28 au compteur)

Il est indéniable que le mondialisme s'interprète de plus en plus à présent comme un mélange de communisme au plan mondial (totalitarisme d'un gouvernement mondial soit-disant "démocratique", la "République universelle"...) et d'un régime dominateur, matérialiste, consumériste et athée.

*
Divini Redemptoris, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie XI sur le communisme athée (1937)
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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 11:00

"L’élimination de Dieu et de sa loi, comme condition de la réalisation du bonheur de l’homme, n’a en aucune manière atteint son objectif ; au contraire, elle prive l’homme des certitudes spirituelles et de l’espérance nécessaires pour affronter les difficultés et les défis quotidiens.

Lorsque, par exemple, il manque l’axe central sur une roue, c’est toute sa fonction motrice qui disparaît. Ainsi, la morale ne peut remplir sa fonction ultime si elle n’a pas comme axe l’inspiration et la soumission à Dieu, source et juge de tout bien.

... A l’époque post-moderne, Rome doit retrouver son âme la plus profonde, ses racines civiles et chrétiennes, si elle veut devenir promotrice d’un nouvel humanisme qui place en son centre la question de l’homme reconnu dans sa pleine réalité. Séparé de Dieu, l’homme serait privé de sa vocation transcendante. Le christianisme est porteur d’un message lumineux sur la vérité de l’homme, et l’Eglise, qui est dépositaire de ce message, est consciente de sa responsabilité à l’égard de la culture contemporaine."

(Benoît XVI, Discours du pape Benoît XVI au Capitole à Rome le 9 mars 2009)

- Poursuivre la « recherche des racines chrétiennes de notre société » (Benoît XVI)
-
Droits de l'homme: il reste "un long chemin à faire" (Benoît XVI)
-
Ne pas confondre droits de l'homme et droits de l'individu (Vatican)
- Les Lumières condamnent l'homme à une humanité incomplète (Jean-Paul II)
-
Contre-Lumières. Ebauche d'un programme politique fédérateur

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 15:05
Rappel d'un mot de Benoît XVI en préface du livre de Marcello Pera, Pourquoi nous devons nous dire chrétiens.

Source:

Benoît XVI veut le dialogue entre cultures

AFP Le Figaro 
25/11/2008 | Mise à jour : 14:36 
 

Le dialogue entre religions "au sens strict" est impossible mais le dialogue sur leurs implications culturelles est aujourd'hui "particulièrement urgent", affirme le pape Benoît XVI dans la préface d'un livre publié aujourd'hui en Italie.

Moins de trois semaines après avoir accueilli au Vatican une rencontre avec de hauts dignitaires musulmans, Benoît XVI réitère dans ce texte sa réticence à engager un dialogue proprement théologique avec les non chrétiens.

Le pape s'exprime dans une brève lettre au parlementaire de droite Marcello Pera que ce dernier publie en préface de son livre "Pourquoi nous devons nous dire chrétiens".

"Vous expliquez avec une grande clarté qu'un dialogue interreligieux au sens strict du mot n'est pas possible, alors que le dialogue interculturel, approfondissant les conséquences culturelles de la décision religieuse de fond, s'avère particulièrement urgent", écrit-il.

Un "vrai dialogue" interreligieux impliquerait de "mettre sa propre foi entre parenthèse", ce qui "n'est pas possible", précise le pape.

Ce texte a relancé les commentaires sur la solidité de l'engagement du pape dans le dialogue avec les non chrétiens, deux ans après son "discours de Ratisbonne" (septembre 2006, Allemagne) qui avait provoqué une crise dans les relations du Vatican avec l'islam.

Mais la thèse exprimée par Benoît XVI "n'a rien de nouveau" et "ne contredit pas ses gestes symboliques comme ses visites dans des synagogues, à la mosquée bleue d'Istanbul, ou ses rencontres avec des représentants de diverses religions", a commenté le porte-parole du Vatican Federico Lombardi, interrogé par l'AFP.
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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 17:30

Piqûre de rappel.

"Même si sa prédication est toujours un appel à la conversion personnelle, il vise en réalité continuellement la constitution du Peuple de Dieu qu'il est venu rassembler et sauver. C'est pourquoi l'interprétation individualiste de l'annonce que le Christ fait du Royaume, proposée par la théologie libérale, apparaît unilatérale et privée de tout fondement".

Source: Benoît XVI, Audience générale : La volonté de Jésus sur l’Eglise et le choix des Douze, Texte intégral de la catéchèse de Benoît XVI sur « la relation entre le Christ et l’Eglise », ROME, Mercredi 15 mars 2006.

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 07:45
"On ne peut pas ouvrir un parti sur une société si on commence à le fermer à la moitié des siens".

Cette
phrase de Ségolène Royal à l'encontre de Martine Aubry (Le Figaro, Royal fustige le «sectarisme» et la «fermeture» d'Aubry, Samuel Potier (lefigaro.fr),avec AFP, 17/12/2008 | Mise à jour : 17:07), éclair de bon sens, pourrait tout aussi bien s'adresser à l'encontre de l'ensemble de la classe politique favorable à l'"ouverture", à la "société ouverte" et "métissée", etc. alors que les Français sont discriminés dans leur propre pays. On ne peut faire d'ouverture qu'en commençant avec les siens.
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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 08:33

"Taper sur Nicolas Sarkozy est une activité saine, morale et satisfaisante, mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut bien comprendre qu’il n’a pas été élu en dépit de ses défauts mais grâce à eux. Et s’il m’intéresse, comme chercheur, c’est parce qu’il est un concentré des tendances mauvaises qui travaillent la société française.

Nicolas Sarkozy n’a pas seulement été élu pour ses défauts : le verbe-talentueux quoi que vous en pensiez-d’Henri Guaino a eu sa part.

Oui, mais ce verbe ne renvoie à rien. Ce qui caractérise Sarkozy, c’est sa capacité à dire tout et son contraire" (Emmanuel Todd via Nationspresse.info)

Autrement dit, si le président de la république n'est pas élu "en dépit de ses défauts mais grâce à eux", si l'élu Sarkozy est un "concentré des tendances mauvaises qui travaillent la société", "l'intellectuel" de service Emmanuel Todd devrait en tirer la conclusion que dans la démocratie, le chef d'Etat élu "grâce à ses défauts" (la "capacité à dire tout et son contraire"...), la démocratie est essentiellement et intrinsèquement une hypocrisie et une ignominie que tout être normalement constitué et doté de raison doit nécessairement rejeter au loin.  Mais là je crains que l'on touche à l'interdit "libéral" du catéchisme "moderne"...

Todd a écrit une Illusion économique, il pourrait penser à présent à rédiger une illusion démocratique !... (On peut toujours rêver)

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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 12:27

Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu…

Être gouverné, c’est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est sous prétexte d’utilité publique et au nom de l’intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré.

Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale ! Et qu’il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, cette ignominie ; des prolétaires qui posent leur candidature à la présidence la République !”

Pierre-Joseph Proudhon, Idée générale de la révolution au XIXe siècle, 18


via Novopress.info

Sur le même sujet, lire : "
Le gouvernement gouverné"
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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 10:29
"L'absolutisme se révèle, par nature, un régime limité et tempéré, certainement pas la matrice d'un pouvoir totalitaire. Ce n'est pas lui qui parviendra à imposer la fiscalisation généralisée de la population, la conscription obligatoire, la levée en masse et le concept de guerre totale" (Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Collection Tempus, La Flèche 2006, p. 148).

Quant à "l'image du paysan français écrasé d'impôts par un pouvoir tyrannique", il s'agit d'"une légende inventée par l'historiographie du XIXe siècle à partir des stéréotypes révolutionnaires. En 1715, le contribuable français payait en moyenne deux fois et demie moins d'impôts que son homologue britannique. A cette date, en effet, la pression fiscale représentait un équivalent de 0,70 hectolitre de grain de froment pour la France contre 1,62 de l'autre côté de la Manche. La monarchie absolue, par conséquent, fut moins oppressive fiscalement que la monarchie représentative et tempérée à l'anglaise" (ibid., p. 704-705)
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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 19:34
Un mot de Jeanne d'Arc que je renvoie aux "nationalistes" qui s'imaginent redresser la France sans Dieu.

"Elle me prescrivit d'avertir publiquement tous les hommes d'armes de confesser leur péchés et de rendre grâces à Dieu de la victoire obtenue; sinon, elle ne les aiderait plus et même ne resterait pas en leur compagnie.

... Elle dit encore qu'on veillât que les femmes dissolues ne fissent pas partie de sa suite, car, à cause de leurs péchés, Dieu permettait qu'on eût le dessous." (R.P. Dom H. Leclercq, Le procès de Jeanne d'Arc et son procès de réhabilitation, 1431-1456, 1906, Editions Saint-Rémi 2005, p. 93).

Qu'eut dit Jeanne d'Arc aujourd'hui que la majeure partie des Français ont apostasié et sont devenus des babyloniens dégénérés ? Faut pas vous étonner des conséquences en terme d'invasion et de colonisation.
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12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 18:57
« Je me réjouis qu’il y ait des nationalités ; j’estime qu’elles sont la richesse de l’humanité. ... Il faut donc les préserver. En Occident, les Lumières, depuis le XVIIIe siècle, ont propagé cette idée mensongère que toutes les différences nationales seraient un jour gommées et que toute l’humanité serait une, réunie. Le XXe siècle nous a montré avec une évidence particulière qu’il n’en était rien. Les nationalités essaient toutes de se renforcer et d’affirmer leur originalité. C’est une bonne chose. (...) Notre tâche majeure la plus haute c’est de préserver notre peuple déjà tellement éprouvé, de préserver son être physique (la démographie), mais aussi moral, sa culture, ses traditions. »
Alexandre Soljenitsyne, Une Minute par Jour, Fayard, 2007, via
Unité populaire
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12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 15:28
"Enfonçons le clou. L'une des incantations républicaines consiste à faire croire que la République a apporté l'égalité entre les citoyens. ... [J]e ne suis pas certain que les inégalités aient été plus criantes sous Louis XVI que sous notre république. Précisément parce que l'institution de la noblesse, cet ordre prestigieux auquel toute famille désireuse de se hisser dans la société rêvait d'accéder, empêchait par là même qu'elles continuent à s'enrichir interminablement. Un Bill Gates était inimaginable à l'époque, ces fortunes qui dépassent la richesse de nombreuses nations n'existaient pas..."

Yves-Marie Adeline, Le Royalisme en question, L'Âge d'Homme - Editions de Paris,  Libres Mobiles, 2e édition, Paris 2006, p.96.

* Propagande : "Cette société de l'argent ... On est dans un système d'ancien régime" (Jack Lang)
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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 16:46
"Le mot de liberté, que nos pères ont laissé trop souvent s'obscurcir au cours de leurs frivoles querelles, reprendra le sens religieux que lui donnèrent jadis nos ancêtres celtes. La liberté française deviendra du même coup la liberté du genre humain. [...] Nous aurons raison de vous et des vôtres, si nous avons su garder notre âme !" 

(
Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune, dans Essai et écrits de combats, t. I,  p. 450, cité in Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Paris 2008, p. 725).
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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 12:46
Intéressante remarque d'Alain Finkielkraut, autour de la liberté d'expression (via internet) : "je suis de ceux qui pensent qu'un homme ça s'empêche, l'inhibition c'est la civilisation" (Alain Finkielkraut, Parlons net, France-Info, video daylymotion).

Cette remarque d'A. Finkielkraut est intéressante car elle s'inscrit en complète opposition avec deux siècles de propagande républicaine - "liberté de penser" ou "d'expression" (
libertés-prétextes, libertés-chimères, au service de la Secte) - et propose l'inhibition, le fait donc d'être empêché, la censure, l'emploi de la force contre ces pseudo libertésIl y a toujours besoin de censures, d'empêchements et de contraintes. Liberté ne signifie pas "licence".

Encore un peu d'effort monsieur Finkielkraut et vous rejoignez les positions catholiques traditionnelles et contrerévolutionnaires contre la "libre pensée" (maçonnique)... Ces positions, classiques et chrétiennes, nous apprennent que, dans certains cas, empêcher que des erreurs soient publiquement formulées n'est pas une odieuse atteinte à la "liberté", mais au contraire une liberté sainement comprise, un bien et une protection pour la société. 

Lire "
Le sens métaphysique de la Révolution" pour une explication de la liberté-effort, liberté-conquête, (liberté authentique au sens classique et chrétien du terme, liberté sainement comprise) contre la "liberté" révolutionnaire (une licence - choisir le mal - qui aboutit à une absence de liberté, et à la destruction même de la liberté). 
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