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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 15:00
La tempête qui a provoqué la désacralisation de la liturgie semble désormais derrière nous

Lundi, 14 juin 2021. La position d’un moine bénédictin à propos de la réforme liturgique :

« La réforme liturgique était nécessaire dans le rite latin de l’Église catholique. Le concile Vatican II a eu raison de la décréter. Dans les faits, cette réforme a échoué. En beaucoup d’endroits, l’authentique liturgie catholique n’existe plus et le mystère eucharistique est falsifié et dénaturé. Les causes principales sont les suivantes : le manque d’une vraie vie intérieure, une fausse conception des rapports entre ministère ordonné et laïcat, un grand nombre de chants en langue vernaculaire qui privilégient l’émotionnel et qui occultent la richesse de la doctrine et, last but not least, les nouveaux autels placés devant les anciens maîtres-autels pour permettre une célébration vers le peuple et non plus vers le Seigneur qui vient vers nous.

Si, dans les années qui viennent, la situation ne s’améliore pas ou si elle continue à se dégrader, je ne vois d’autre solution pour les catholiques lucides, que de revenir à la liturgie du missel de 1962, dans l’attente du jour où une vraie réforme sera faite, dans l’esprit de l'authentique Vatican II. »

 

Heureusement, il y a des monastères et quelques paroisses (conduites par de valeureux prêtres) qui ont compris Vatican II et en appliquent les idées sans les accommoder au goût du jour. Et on remarque aussi que le jeune clergé - hélas trop peu nombreux et obligé de composer avec des situations difficiles - est de plus en plus appliqué à respecter et à faire comprendre ce qu’a vraiment voulu le Concile. La tempête qui a provoqué la désacralisation de la liturgie semble désormais derrière nous ; mais tel un tsunami, elle aura laissé une Eglise passablement dévastée.

* * * * Vendredi, 11 juin 2021. Message envoyé par un internaute :

« L’un des derniers articles publiés sur le site de Pro Liturgia, d’un grand intérêt, commence par : « Le sujet qui devrait être en tête de liste des préoccupations actuelles dans nos diocèses et nos paroisses est bien la liturgie ». Cette seule phrase suscite le commentaire que je me permets de vous livrer.

La liturgie est un sujet sérieux et grave. Les orthodoxes la considèrent comme centrale dans la vie chrétienne et toute leur formation spirituelle, qu’ils soient laïcs ou religieux, y est fermement amarrée. Dans un reportage sur les journées d’études liturgiques du centre Saint-Serge, à Paris, diffusé il y a quelques années, son directeur tenait des propos sans ambigüité à ce sujet. On est loin de la logorrhée du « Service National de Pastorale Liturgique » (« et sacramentelle » depuis peu) !

Du côté oriental, on préserve la source et tout ce qui irradie de l’intérieur la vie spirituelle, tandis que du côté occidental liturgistes et autres exégètes intellectualisants des années 1950 ont desséché, désincarné la liturgie, la livrant toujours davantage aux fruits de leurs circonlocutions cérébrales. Abordé sous cet angle, le retour à l’unité dans l’Eglise du Christ n’est pas pour demain.

Devant la tristesse du spectacle que laissent nos églises vides, et pourtant soucieux de les remplir de fidèles, les évêques français persistent à organiser des synodes diocésains (où l’on retrouve souvent les mêmes personnes et les mêmes invités) pour « insuffler un nouvel élan missionnaire », « redynamiser la mission »... Bref, comme si, en quelque sorte, chacun d’eux cherchait à se positionner vis-à-vis de ses confrères, en faisant comme eux (et si possible mieux) sur le thème : « comment attirer le chaland ; forces et faiblesses de la pastorale ». Comment « remonter le moral des troupes » ? Au moyen de quel événement ?

Comment mais jamais pourquoi. La forme mais jamais le fond. Les conséquences mais jamais les causes... Et à chaque fois c’est reparti pour un tour. Alors, entre une célébration d’ouverture et une Messe de clôture (généralement organisées dans des stades ou des palais des expositions (lieux sacrés s’il en est), se succèdent des sessions produisant cahiers synodaux et rapports d’étape naturellement votés en assemblée plénière en fin de parcours. De tout ce travail législatif sort un épais catalogue de bonnes résolutions (tenant généralement sur plusieurs dizaines de pages) que l’on retrouve formulées autrement après chaque synode et avec le vocabulaire à la mode du moment. En parcourant cette paperasse, on se dit que, décidément, rien n’a changé dans l’Eglise en France depuis 50 ans. Les gens se font plaisir mais tournent en rond. Pour renouveler un genre passablement usé, la dernière trouvaille consiste à organiser un synode diocésain se déroulant dans les paroisses (les cadres vieillissants seraient-ils devenus moins mobiles ? A moins que ce ne soit pour mieux atteindre des fidèles peu au fait des « démarches synodales »). On change les modalités en pensant que celles-ci sont la clé de résolution des problèmes. Malheureusement, l’expérience démontre que ce n’est pas ainsi que l’on remplit les églises ; si les synodes diocésains (et autres conciliabules du même acabit) donnaient du fruit, ouvraient les portes du ciel, cela se verrait !

Dans le christianisme, un synode est une assemblée délibérative d’ecclésiastiques. Observons en passant notre conception occidentale du synode où celui-ci fonctionne comme une assemblée de parlementaires en débat (non élus mais cooptés), laquelle diffère notablement de la conception orientale, orthodoxe. Ainsi par exemple, dans l’Eglise russe, le Saint-Synode (ou « concile » permanent) est une institution collégiale placée au sommet de la hiérarchie religieuse. Composé aujourd’hui du patriarche, de sept membres permanents (métropolites) et cinq membres tournants choisis dans le reste de l'épiscopat, le Saint-Synode est notamment chargé de désigner les nouveaux évêques, de nommer les recteurs des séminaires et des académies de théologie, de pourvoir à la nomination des supérieurs monastiques (d’après wikipedia). Décidément, les deux poumons de l’Eglise jadis indivise ne respirent pas le même air...

Comprendra-t-on un jour, dans l’hémisphère occidental, que les bonnes intentions ne remédient pas à la désertion des églises ? Les fidèles participants aux commissions et autres groupes de travail ont le sentiment d’œuvrer pour l’Eglise mais en réalité ils vivent en circuit fermé, « autoréférentiels » comme l’avait dit Benoît XVI aux évêques de France ; ce ne sont pas des résolutions qui feront (re)venir les fidèles dans les paroisses. Si beaucoup ont décroché, tandis que ceux à qui leurs parents n’ont pas transmis la foi (et qui cherchent) sont de plus en plus nombreux à rester sur le seuil, c’est parce qu’ils ont le sentiment de trouver devant eux un club d’initiés qui ne se reconnaissent que dans le « faire » et dans l’ « agir » : « faire Eglise », agir ou « s’engager » pour (ou contre). Un milieu où l’on est d’autant plus considéré que l’on est « militant ». Or, un engagement caritatif (et le « paraître » qui va avec) ne se suffit pas à lui-même : il demeure stérile s’il n’est pas nourri.

Depuis des années, l’Église, en France, fait tout à l’envers. L’épiscopat, piégé par le langage des convenances médiatiques autant que par certaines postures mondaines, n’a rien vu, n’a rien compris. A-t-il conscience que les fidèles se trouvent spirituellement en danger ? Que sont, pour lui, tous ceux dont la foi a été stérilisée par le résultat de plusieurs décennies de pastorales où l’Essentiel a été sacrifié sur les autels de la mode, des tendances ? Le résultat des enquêtes ou des études sur la connaissance de leur religion par les catholiques en France est à cet égard particulièrement éloquent ! Dramatique !

Beaucoup frappent à la porte. Mais une fois celle-ci ouverte, ce qu’ils découvrent lorsqu’ils la franchissent suscite guère leur enthousiasme : les « célébrations » apparaissent comme d’aimables divertissements « autour de », comme des robinets d’eau tiède laissant chacun assoiffé. A contrario, une liturgie ordonnée, tournée vers le sacré et la transcendance, tendue vers les réalités d’En-Haut (Col 3, 1-2), suscite une ferveur intérieure, touche les cœurs. On peut ainsi observer dans les grandes villes combien les liturgies dignes, soignées (et parfois même célébrées en latin) attirent un nombre croissant de jeunes parmi lesquels certains n’avaient jusqu’alors aucun contact avec l’Eglise. Tout ceci démontre que la solution existe ; il suffit de vouloir l’appliquer (ce qui suppose évidemment de la clairvoyance et un certain courage.)

L’avenir de l’Église s’annonce très compliqué ; comment faire face aux nombreux (et terribles) défis qui se présentent à elle ? Pas seulement climatiques ou environnementaux, mais aussi - et surtout - sociaux, culturels, spirituels et religieux, civilisationnels, donc comportementaux, donc environnementaux. Le substrat chrétien de la société française part en lambeaux. Va-t-il subsister ? Combien de temps ? Que va-t-il en rester ? La nature ayant horreur du néant, le vide spirituel ambiant sera tôt ou tard, et d’une manière ou d’une autre, comblé par les plus entreprenants. N’y-a-t-il pas urgence car non-assistance à personnes en danger ? »

 

Source: Pro Liturgia

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commentaires

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Bonjour,
On a tourné le prêtre face à l'assemblée, passe encore, même si ça ne me plaît pas, puisque au cours de la messe le prêtre est le représentant visible de Dieu.
Toutefois, pour aller jusqu'au bout de cette ineptie, on a inventé les animateurs :
Ces marionnettes gigotantes, qui président à la place du prêtre (Ils introduisent la célébration par un mot d'accueil ridicule “Bonjour et bienvenue à toutes et à tous, nous somme réunis bla-bla de 3mn …”
Ce sont eux aussi qui concluent la célébration par un “Bon dimanche à toutes et à tous”
Ces gens, qui malheureusement sont de bonne foi et ne font que ce qu'on leur a appris, battent continuellement la mesure et chante les prières de la messe LE DOS TOURNÉ À L’AUTEL.
Ils ont tellement habitué la foule (qui chantait très bien autrefois sans eux) que s'ils s’arrêtent d'agiter les bras, la foule s’arrête de chanter.
Comme ils ne veulent pas qu'on pense qu'ils ne font rien, ils écrivent des prières universelles interminables, des phrase à intercaler dans le Kyrie (je dis Kyrie, mais c'est plus souvent “Prends-pitié”, si possible en omettant “Seigneur” : Cette manière de faire est licite, mais elle permet de s’affranchir du Confiteor, qui n'est plus jamais récité.
Les plus actifs ajoutent de copieux commentaires avant chaque lecture…
Souvent, pour s'encourager, ils sont plusieurs (j'en ai compté une douzaine lors de la veillée pascale 2019)
On ne sais plus sur qui l'attention doit se porter, on ne sait plus qui préside.
De plus le souci de “convivialité” l'emporte sur le sacré et le beau : Ces gens chantent généralement avec la voix que prennent certain pour chanter des comptines aux enfant de 18 mois. Tout le monde chante tout, sans alterner (Par exemple, pour le Kyrie)

Par ailleurs, pour justifier les lectures et les gestes mal faits, on me dit : Ça n'est pas du théâtre.
Et pourtant, on fait des gestes de révérences (tout à fait justifiés) pendant la célébration, mais avant on s'agite autour de l'autel, on se fait la bise, on vérifie les hostie qui reste dans le ciboire sans aucune marque de respect. Après, on remet la clé du tabernacle dans le calice, on secoue le corporal pour enlever “les miettes”, on le met à cheval sur le bras, comme un torchon. (Je ne parle pas du livre, de la croix de procession, du cierge pascal, qui malgré toute l'apparence de vénération durant les cérémonie, deviennent ensuite de simple objets.
Les animateurs qui ont lu la PGMR sont l’exception, et ceux qui ont réfléchi au sens profond de leur rôle sont encore plus rares.
Il faudrait vraiment réfléchir au vrai rôle de chacun; il faudrait que les prêtre reprennent la présidence des cérémonies et que celles-ci soient expurgées des bla-bla inutiles et non liturgique.
On peut très bien initier le chant depuis l'assemblée, et, s'il y a un chantre dans le chœur, il ne doit pas tourner le dos à l'autel.
Après, s'il dot y avoir quelqu'un pour quelques annonces pratique (page des chant), il n'a pas à prendre la vedette, il doit se faire discret et il doit s'en tenir au strict nécessaire et non pas “Aujourd'hui, comme chant d'entrée, nous prendront le chant … page …, qui est bien en rapport avec la phrase … que nous entendrons tout à l'heure dans la lettre de Saint Paul et qui nous rappelle …”
Ces “micro-homélies” que certains animateurs casent partout, n'ont pas lieu d'être : L'Homélie est du rôle du président de la célébration.
L'animateur n'est qu'un des outils de la désacralisation de nos cérémonies, mais son rôle dans ce domaine est important; il y a beaucoup à faire pour remettre un peu d'ordre.
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