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L'encyclique de Benoît XVI Caritas in veritate est publiée. La complexité et la gravité de la situation économique actuelle (§ 21) conduisent
le Saint-Père à proposer des réponses du point de vue de la foi à la crise mondiale et à la mondialisation. "La crise devient ainsi, écrit-il, une occasion de
discernement et elle met en capacité d’élaborer de nouveaux projets. C’est dans cette optique,... qu’il convient d’affronter les difficultés du moment présent" (§ 21).
"La mondialisation est un phénomène multidimensionnel et polyvalent, qui exige d’être saisi dans la diversité et dans l’unité de tous ses aspects, y compris sa
dimension théologique. Cela permettra de vivre et d’orienter la mondialisation de l’humanité en termes de relationnalité, de communion et de partage." (§ 42).
Benoît XVI encadre l'exercice de la mondialisation (à ne pas confondre avec le mondialisme) dans un humanisme intégral qui reconnaît la pleine nature de l'homme avec sa dimension transcendante,
et sa dignité. Le Saint-Père fournit ainsi la clé d'un développement authentique : la juste compréhension de la nature de l'homme, ou ce qu'il appelle le "deloppement humain intégral" ( § 4), qui
est est portée vers la transcendance, une "écologie de l'homme" qui "concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses
dimensions (§ 11). Le développement humain intégral sur le plan naturel, réponse à un appel du Dieu créateur, demande de trouver sa vérité dans un « humanisme transcendant,
qui (…) donne [à l’homme] sa plus grande plénitude: telle est la finalité suprême du développement personnel ». La vocation chrétienne à ce développement concerne donc le plan naturel comme le plan surnaturel;
c’est pourquoi « quand Dieu est éclipsé, notre capacité de reconnaître l’ordre naturel, le but et le "bien" commence à s’évanouir » (§ 18).
Le Saint-Père précise que si "[l]’Église n’a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend « aucunement s’immiscer dans la politique des États »...
[e]lle a toutefois une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d’une société à la mesure de l’homme, de sa dignité et de sa vocation ( §
9).
Du point de vue économique, "La richesse mondiale croît en terme absolu, mais les inégalités
augmentent... Dans les pays riches, de nouvelles catégories sociales s’appauvrissent et de nouvelles pauvretés apparaissent. Dans des zones plus pauvres, certains groupes jouissent d’une
sorte de surdéveloppement où consommation et gaspillage vont de pair" (§ 22).
"Il manque... une organisation des institutions économiques qui soit en mesure aussi bien de garantir un accès régulier et adapté du point de vue nutritionnel à la nourriture et à l’eau, que de
faire face aux nécessités liées aux besoins primaires et aux urgences des véritables crises alimentaires, provoquées par des causes naturelles ou par l’irresponsabilité politique nationale ou
internationale" (§ 27).
... "Le marché n’est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. (§ 36).
"Ces dernières années, on a vu la croissance d’une classe cosmopolite de managers qui, souvent, ne répondent qu’aux
indications des actionnaires de référence, constitués en général par des fonds anonymes qui fixent de fait leurs rémunérations. ... Il faut éviter que le motif de l’emploi des ressources
financières soit spéculatif et cède à la tentation de rechercher seulement un profit à court terme, sans rechercher aussi la continuité de l’entreprise à long terme. ... [I]l n’est pas
licite de délocaliser seulement pour jouir de faveurs particulières ou, pire, pour exploiter la société locale sans lui apporter une véritable contribution à la mise en place d’un système
productif et social solide, facteur incontournable d’un développement stable." (§ 40).
"Les banques proposent des comptes et des fonds d’investissement appelés « éthiques ». Une « finance éthique » se développe surtout à travers le microcrédit et, plus généralement, la
microfinance. Ces processus sont appréciables et méritent un large soutien. Leurs effets positifs se font sentir même dans les régions les moins développées de la terre. Toutefois, il est bon
d’élaborer aussi un critère valable de discernement, car on note un certain abus de l’adjectif « éthique » qui, employé de manière générique, se prête à désigner des contenus très divers,
au point de faire passer sous son couvert des décisions et des choix contraires à la justice et au véritable bien de l’homme." (§
45).
"L’accaparement des ressources énergétiques non
renouvelables par certains États, groupes de pouvoir ou entreprises, constitue, ... un grave obstacle au développement des pays pauvres." (§ 49).
... "C’est pourquoi la société actuelle doit réellement reconsidérer son style de vie qui, en de nombreuses régions du monde, est porté à l’hédonisme et au consumérisme, demeurant indifférente
aux dommages qui en découlent..." (§ 51).
Sur le plan culturel, "les cultures sont simplement mises côte à côte et considérées comme substantiellement équivalentes et interchangeables entre
elles. Cela favorise un glissement vers un relativisme qui n’encourage pas le vrai dialogue interculturel; sur le plan social, le relativisme culturel conduit effectivement les
groupes culturels à se rapprocher et à coexister, mais sans dialogue authentique et, donc, sans véritable intégration. En second lieu, il existe un danger constitué par le nivellement culturel et par l’uniformisation des comportements et des styles de vie. ... Eclectisme et
nivellement culturel ont en commun de séparer la culture de la nature humaine. Ainsi, les cultures ne savent plus trouver leur mesure dans une nature qui les transcende, et elles
finissent par réduire l’homme à un donné purement culturel. Quand cela advient, l’humanité court de nouveaux périls d’asservissement et de manipulation." (§ 26).
Le Saint-Père relève une tendance à favoriser un syncrétisme "effet négatif possible du processus de mondialisation"... "La liberté religieuse ne veut pas dire indifférence religieuse et elle n’implique pas que toutes les religions soient équivalentes" (§
55).
... "L’humanité tout entière est aliénée quand elle met sa confiance en des projets purement humains, en des idéologies et en de fausses utopies." (§
53).
"Le développement de la personne s’étiole, si elle prétend en être l’unique
auteur. Analogiquement, le développement des peuples se dénature, si l’humanité croit pouvoir se recréer en s’appuyant sur les "prodiges"
de la technologie. De même, le développement économique s’avère factice et nuisible, s’il s’en remet aux "prodiges" de la finance pour soutenir une croissance artificielle liée à une
consommation excessive. Face à cette prétention prométhéenne, nous devons manifester un amour plus fort pour une liberté qui ne soit pas arbitraire, mais vraiment humanisée par la reconnaissance
du bien qui la précède. Dans ce but, il faut que l’homme rentre en lui-même pour reconnaître les normes fondamentales de la loi morale que Dieu a inscrite dans son cœur." (§ 68).
"La négation du droit de professer publiquement sa religion et d’œuvrer pour que les vérités de la foi inspirent aussi la vie publique a des conséquences négatives sur le développement véritable.
L’exclusion de la religion du domaine public, comme, par ailleurs, le fondamentalisme religieux, empêchent la rencontre entre les personnes et leur collaboration en vue du progrès de l’humanité.
La vie publique s’appauvrit et la politique devient opprimante et agressive. Les droits humains risquent de ne pas être respectés soit parce qu’ils sont privés de leur fondement transcendant soit
parce que la liberté personnelle n’est pas reconnue. Dans le laïcisme et dans le fondamentalisme, la possibilité d’un dialogue fécond et d’une collaboration efficace
entre la raison et la foi religieuse s’évanouit." (§ 56).
"Pour ne pas engendrer un dangereux pouvoir universel de type monocratique, la « gouvernance » de la mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples niveaux et
sur divers plans qui collaborent entre eux.
La mondialisation réclame certainement une autorité, puisqu’est en jeu le problème du bien commun qu’il faut poursuivre ensemble; cependant cette autorité devra être exercée de manière
subsidiaire et polyarchique " (§ 57).
"L’homme moderne est parfois convaincu, à tort,
d’être le seul auteur de lui-même, de sa vie et de la société. C’est là une présomption, qui dérive de la fermeture égoïste sur lui-même, qui provient – pour parler en termes de foi – du
péché des origines. La sagesse de l’Église a toujours proposé de tenir compte du péché originel même dans l’interprétation des faits sociaux et dans la construction de la société: «
Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale et des mœurs ». À la liste
des domaines où se manifestent les effets pernicieux du péché, s’est ajouté depuis longtemps déjà celui de l’économie. Nous en avons une nouvelle preuve, évidente, en ces temps-ci. La
conviction d’être autosuffisant et d’être capable d’éliminer le mal présent dans l’histoire uniquement par sa seule action a poussé l’homme à faire coïncider le bonheur et le salut avec des
formes immanentes de bien-être matériel et d’action sociale. De plus, la conviction de l’exigence d’autonomie de l’économie, qui ne doit pas tolérer « d’influences » de caractère moral, a conduit
l’homme à abuser de l’instrument économique y compris de façon destructrice. À la longue, ces convictions ont conduit à des systèmes économiques, sociaux et
politiques qui ont foulé aux pieds la liberté de la personne et des corps sociaux et qui, précisément pour cette raison, n’ont pas été en mesure d’assurer la justice qu’ils
promettaient. (§ 34).
"La sagesse et la prudence nous suggèrent de ne pas proclamer trop hâtivement la fin de l’État. Lié à la solution de la crise actuelle, son rôle semble destiné à croître, tandis
qu’il récupère nombre de ses compétences. Il y a aussi des nations pour lesquelles la construction ou la reconstruction de l’État continue d’être un élément clé de leur développement. " (§
41).
Conclusion ."[L]a fermeture idéologique à l’égard de Dieu et l’athéisme de l’indifférence, qui oublient le Créateur et
risquent d’oublier aussi les valeurs humaines, se présentent aujourd’hui parmi les plus grands obstacles au développement. L’humanisme qui exclut Dieu est un
humanisme inhumain (§ 78).