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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 14:00

 

JMJ 2013 : l'épiscopat brésilien singe les sectes évangélistes pour enrayer le départ des catholiques

 

L'esprit du Concile Vatican II a connu une nouvelle concrétisation à l'échelon mondial : lors des premières JMJ (Journées mondiales de la Jeunesse) sous l'autorité du pape François l'épiscopat brésilien s'est donné en spectacle de façon lamentable.

 

Croyant pouvoir stopper l'hémorragie de leurs fidèles qui désertent leurs églises en masse depuis "l'ouverture de l'Eglise au monde", les cardinaux, les archevêques et les évêques brésiliens se sont mis à singer les sectes évangélistes dans des cérémonies délirantes, où le ridicule le dispute au scandaleux.

 

On les voit dans cette vidéo en train de se trémousser (certains apparaissent d’ailleurs comme très mal à l’aise) comme leurs jeunes fidèles, plus assidus dans les "christotèques" - boîte de nuits pour chrétiens avec prêtres "DJ" (Disque Jockey) - que dans leurs églises.

 

C’est une folle illusion de penser que cette démagogie liturgique, attentatoire à la dignité de Notre Seigneur et à celle de la Sainte Eglise, permettra aux jeunes de retrouver le chemin de la pratique religieuse.

 

Dans le même temps, nous apprenons que le pape François vient de faire publier un décret, signé du 11 juillet 2013 [1], qui retire la possibilité aux prêtres des Frères Franciscains de l'Immaculée de célébrer selon la "forme extraordinaire" :

 

"En plus de ce qui est indiqué ci-dessus, le Saint Père François a décidé que tous les religieux de la congrégation des Frères Franciscains de l'Immaculée sont tenus de célébrer la liturgie selon le rite ordinaire et que, éventuellement, l'usage de la forme extraordinaire (Vetus Ordo) devra être explicitement autorisée par les autorités compétentes, pour tous les religieux et/ou communautés qui en feront la demande".

 

La Porte Latine

 

Source - video : http://www.laportelatine.org/mediatheque/videotheque/laportelatine/eveques_singeant_les_evangelistes_bresil_1307.php

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 07:57

Nous nous demandions ces derniers jours, sans l'exprimer ici, si la renonciation du pape Benoît XVI n'annonçait pas en fait un accord Rome-FSSPX signé au dernier moment ?... Un ultime accord permettant à Benoît XVI de se retirer en beauté, le devoir accompli. Cette hypothèse semble se dessiner. Loué soit Jésus-Christ. Le Saint-Esprit souffle et éclaire les consciences pour l'unité et le bien de toute l'Eglise en Christ ! 


Jean-Marie Guénois écrit sur son blog :

F"[...] il se trouve que ce dossier qui semblait perdu pourrait marquer les tous derniers jours du pontificat de Benoît XVI. Des discussions, ultimes, sont en cours entre Rome et Ecône... Jusqu'au bout le Pape tente de trouver un accord. J'ai moi-même écris après l'annonce de la démission de ce Pape le 11 février que ce dossier des négociations avec la Fraternité Saint Pie X fondée par Mgr Marcel Lefebvre s'annonçait comme l'un des « échecs » du pontificat. Si ce n'est son échec majeur : Benoît XVI a accepté toutes les requêtes de la Fraternité : réhabilitation de la messe selon l'ancien rite, levée des excommunications, proposition d'un accord doctrinal. Il y a mis tout son cœur de pasteur éperdu de l'unité du troupeau. Jamais un Pape n'avait consacré autant de labeur personnel à un dossier si particulier au risque d'être totalement incompris. Il a d'ailleurs subi une infamie mondiale lors de l'affaire Williamson.

Cette négociation, souvent considérée en Italie ou dans l'Eglise universelle comme une « question française » ne l'est pas en réalité. Elle est l'un des symboles du pontificat. Ce qui pourrait advenir ou échouer dans les jours qui viennent est donc très important à l'échelle de l'Eglise catholique. S'il fallait en effet résumer en un mot le pontificat de Benoît XVI ce serait : réhabilitation de la foi et de l'identité catholique. Une image résume le tout. Les JMJ de Madrid ont vu, lors de la veillée et avant la tempête et le déluge qui s'est soudain levé, non pas le show d'un Pape devant plus d'un million de jeunes, mais un incroyable silence de prière devant une hostie consacrée... avec un Pape, à genoux, au premier rang. Dans la vision catholique, donc, l'adoration de... Dieu puisque l'Eglise considère que le Christ est « réellement présent » dans l'hostie consacrée sous « l'apparence » du pain.  [...]

Une autre façon de le dire, plus ramassée, serait la suivante - elle est sans aucune acrimonie pour les protestants : le pontificat de Benoît XVI a comme « dé-protestantisé » l'Eglise catholique. Au grand dam de l'aile progressiste. Mais c'est bien cette réalité objective qui fait grincer des dents.

Il faut avoir cela à l'esprit pour mieux comprendre la portée des discussions avec les Lefebvristes, même de dernières minutes. Benoît XVI, théologien, a « re-catholicisé » l'Eglise. Il n'y a pas grand-chose à dire de plus. S'il a confié cet été, à son biographe, Peter Seewald, qu'il avait le sentiment d'avoir accompli sa mission, c'est en ce sens là. Il a effectivement redressé la barre. Son cap était l'essentiel de la foi catholique. Il a mis fin aux approximations et expérimentations de la période post conciliaire. C'est pour cela qu'il a toujours vu d'un œil favorable la fraternité Saint Pie X. Il ne l'a voit pas comme une tribu d'irréductibles, ou comme une conservatoire. Il ne se braque pas devant l'agressivité de certains à son égard. Il regarde ces prêtres et cette œuvre comme un lieu où l'essentiel de la foi catholique est vécue. Certains bondiront en lisant cela mais c'est le sens de la lettre de Mgr di Noia, publiée dans une note précédente.

Par conséquent Benoît XVI n'a jamais trouvé normal que ces gens qui partagent « l'essentiel » soient rejetés alors que beaucoup de prêtres, de théologiens et d'évêques, pourtant catholiques patentés, ne reconnaissent pas - ils ont de ce point de vue une théologie philo-protestante - cette « présence réelle » du Christ dans l'Eucharistie.

Bien sur il y a aussi les questions doctrinales et des approches très conflictuelles du Concile Vatican II. Mais il est capital de comprendre cette convergence sur l'essentiel de la foi : Benoît XVI ne veux pas réintégrer la Fraternité Saint Pie X pour « régler » un problème comme le ferait un manager. Il pense qu'elle a sa place dans le corps très large de l'Eglise et un rôle important à y jouer. Qu'elle joue déjà du reste sans qu'elle ne s'en rende compte.

[...] Une lettre datée du 8 janvier et signée du cardinal Müller [en fait, seulement Mgr, NDMJ], Préfet de la Doctrine de la foi et Mgr Di Noia, donc président et vice-président de la commission Ecclesia Dei, chargée des relations avec les Lefebvristes, a été adressée à Mgr Fellay. Rome lui propose avant que la renonciation de Benoît XVI ne soit effective le 28 février, de signer un dernier accord et de devenir une prélature qui lui donnerait une dépendance de Rome mais une indépendance vis-à-vis des évêques. Cette lettre demande une réponse pour le 22 février, jour de la fête de la chaire de Saint Pierre, une date très symbolique puisqu'elle fête le fondement de l'Eglise. [...]

Mgr Fellay ne s'attendait pas à la démission du Pape et pensait avoir du temps mais il n'en a plus. Même pas celui de consulter le chapitre de sa congrégation alors qu'il lui avait promis de ne pas passer un accord avec le Pape sans le consulter. Mgr Fellay sait donc que l'occasion est unique. [...] Mgr Fellay est donc devant une immense responsabilité. Va-t-il être celui qui par peur des ultras, ils le quitteront de toute façon, va refuser une dernière main tendue par ce Pape qui, d'une certaine manière, a mis spirituellement sa démission en jeu aussi pour cet accord ? Sinon que signifieraient ce courrier et ces échanges en cours à une semaine de la fin de pontificat ? [...]"



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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 19:50

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/da/Papa_Benedetto.jpg/140px-Papa_Benedetto.jpgDans un discours-testament devant plus de mille prêtres et religieux du diocèse de Rome, Benoît XVI, parlant pendant 35 minutes sans notes de son expérience du concile Vatican II, a dénoncé aujourd'hui, "les séminaires et les couvents vides, la liturgie banalisée" de l'après-concile Vatican, la vision "profane et politique" du concile donnée par les medias.

 

 

 

 Benoît XVI a estimé que les grandes orientations données par le Concile Vatican II n'avaient pas été complètement "réalisées". Il a appelé à "un vrai renouveau" de l'Eglise catholique. "Nous devons travailler pour que le vrai Concile se réalise et rénove vraiment l'Eglise", a-t-il déclaré.

Dénonçant "les séminaires vides, la liturgie banalisée de l'après-concile" (1), le pape, qui démissionnera le 28 février, a a estimé que les médias réunis à Rome à cette époque avaient alors tenu leur "propre concile", donnant une vision avant tout profane et politique de ce moment spirituel. Le Concile (assemblée des évêques du monde) qui est parvenu directement au peuple est le concile des médias et non celui des pères (synodaux) (...) : le concile (aux yeux des Journalistes) était une lutte de pouvoir entre différents courants dans l'Eglise". "Nous savons à quel point ce concile des médias a été accessible à tous (...) et a créé de nombreux problèmes : (...) des séminaires et des couvents fermés, une liturgie banalisée, et le vrai concile a eu du mal à se concrétiser, à se réaliser. Le concile virtuel était plus fort que le concile réel. 50 ans après le concile, il me semble que nous voyons que ce concile virtuel se perd et que le vrai concile apparaît avec toute sa force spirituelle". (2)

 

Le Saint-Père a exhorté les catholiques à "travailler pour que le vrai Concile se réalise et rénove vraiment l'Eglise. Le vrai Concile avec toute sa force spirituelle doit encore apparaître". (3)

 

Il a rappelé les nombreuses rencontres qu'il fit au Concile en tant qu'expert en théologie du cardinal de Cologne Joseph Frings, l'un des prélats qui voulaient le plus changer l'Eglise à l'époque.

 «Nous sommes allés au Concile [1962-1965] avec joie et aussi avec enthousiasme. Les épiscopats français, allemand, belge et hollandais étaient les plus préparés, avec des intentions bien précises. Dans la première phase du Concile, c'était eux qui indiquaient la route à suivre», a déclaré le Saint-Père.

 

A propos de la Déclaration "Nostra Aetate" (un des documents du Concile) sur les relations de l'Eglise avec les autres religions, Benoît XVI a déclaré : "dès le début, nos amis juifs étaient présents et ils ont dit, surtout à nous autres Allemands, que l'Eglise devait dire quelque chose sur l'Ancien Testament, sur le peuple juif, après les événements tristes du nazisme. Ils ont dit que même s'il est clair que l'Eglise n'est pas responsable de la Shoah, c'était en grande partie des chrétiens qui ont perpétré ces crimes. (...) Même si on sait bien que les vrais croyants ont résisté" au nazisme. ... "La relation avec le monde du peuple antique de Dieu devait être reflétée (dans "Nostra Aetate"). Les évêques des pays arabes ne voulaient pas de cela parce qu'ils craignaient un soutien à l'Etat d'Israël. (Ils ont dit) si vous voulez, parlez aussi de l'Islam. Nous, à ce moment-là, nous n'avons pas tellement compris, c'est maintenant que nous voyons combien c'était nécessaire".


Parlant de façon très claire et très libre, le pape a retracé le déroulement des séances initiales du Concile au cours desquelles les pères synodaux, particulièrement allemands, français et néerlandais, s'étaient rebellés contre des textes préparés à l'avance pour exiger de les rediscuter en clamant : "Nous sommes l'Eglise". Aujourd'hui "Nous sommes l'Eglise" est devenu paradoxalement le nom choisi par un mouvement de contestation interne germanophone qui critique le pape.(4)

 

Jugé parmi les plus imaginatifs parmi les experts, Joseph Ratzinger défendit toujours ensuite "un renouvellement de l'Eglise dans la continuité", contre ceux qui voyaient le Concile comme une rupture, voire une révolution et l'abandon de traditions millénaires.

En tant que gardien du dogme pendant 24 ans de Jean Paul II, il a combattu ce qu'il considérait comme des dérives liturgiques et théologiques, telle que l'option marxisante de la Théologie de la Libération en Amérique Latine. Une ligne qu'il a continué à suivre après son accession à la papauté en 2005. (5)


Le Saint-Père a exhorté les catholiques à "travailler pour que le vrai Concile se réalise et rénove vraiment l'Eglise. Le vrai Concile avec toute sa force spirituelle doit encore apparaître".

 

Benoît XVI a fait savoir qu'il ne participerait pas au conclave qui désignera son successeur, un choix dans lequel il ne veut pas s'impliquer personnellement. (6)


Il apparaîtra encore deux fois devant des foules : il célèbrera l'Angelus dimanche de la fenêtre de son appartement, et fera ses adieux le 27 au cours d'une audience générale sur la place Saint-Pierre. Le 28, il cessera d'être pape à 19H00 GMT.

 

http://actu.voila.fr/actualites/documents/2013/02/14/les-propos-de-benoit-xvi-sur-le-concile-et-le-dialogue-avec-les-juifs_5124157.html

 

Source :

 

(1) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/02/14/97001-20130214FILWWW00534-pape-appel-a-un-vrai-renouveau.php

(2) http://actu.voila.fr/actualites/documents/2013/02/14/les-propos-de-benoit-xvi-sur-le-concile-et-le-dialogue-avec-les-juifs_5124157.html

(3) http://www.lacote.ch/fr/dossiers/detail/pages/articles/index.php?idIndex=2631&idContent=1120483&idArticle=1121908

(4) http://actu.orange.fr/monde/avant-de-se-retirer-du-monde-benoit-xvi-appelle-a-un-vrai-renouveau-de-l-eglise-afp_1356084.html

(5) http://actu.orange.fr/monde/le-pape-benoit-xvi-appelle-a-un-vrai-renouveau-de-l-eglise-afp_1356084.html

(6) http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/02/14/demissionnaire-benoit-xvi-appelle-a-un-vrai-renouveau-de-l-eglise_1832813_3224.html

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 22:13

Le théologien Radaelli identifie presque deux églises dont l'une avec les Tarditionnalistes est restée fidèle au dogmes et est pleinement catholique et l'autre (avec le pape) qui doit se soumettre de nouveau au Ciel. Il envisage une réconciliation possible à deux conditions :

  • - que Rome garantisse aux lefebvristes le droit de célébrer la messe et les sacrements uniquement selon le rite de saint Pie V ;

 

  • - et que l'obéissance demandée envers Vatican II soit ramenée dans les limites de son langage "faux-pastoral" et donc susceptible de faire l’objet de critiques et de réserves.


Il rajoute toutefois deux autres demandes nécessaires et liées à ces conditions :

  • - la première, formulée au mois de décembre 2011 par Athanasius Schneider, l’évêque d’Astana au Kazakhstan, est la publication, par le pape, d’une sorte de nouveau "Syllabus" frappant d’anathème toutes "les erreurs actuelles" ;

 

  • - la seconde, qui a déjà été proposée par le théologien Brunero Gherardini au magistère suprême de l’Église, est celle d’une "révision des documents conciliaires et magistériels du dernier demi-siècle", qui devrait être effectuée "à la lumière de la Tradition".




VOICI L'ARTICLE DE SANDRO MAGISTER :



Un représentant de pointe du camp traditionaliste dicte les conditions nécessaires pour mettre fin au schisme. Il y en a quatre, mais trois d'entre elles paraissent impossibles à réaliser. Les critiques que le père Divo Barsotti adressait au concile Vatican II


Dans son nouveau livre, qui est sous presse ces jours-ci, le professeur Enrico Maria Radaelli – philosophe, théologien et disciple préféré de l’un des plus grands penseurs catholiques traditionalistes du XXe siècle, le Suisse Romano Amerio (1905-1997) – cite trois passages des carnets inédits du père Divo Barsotti (1914-2006).

Dans les passages en question, ce mystique et maître spirituel génial et estimé – qui fut appelé, en 1971, à prêcher les exercices de Carême devant le pape et la curie romaine – exprimait de fortes critiques contre le concile Vatican II.

Le père Barsotti écrivait ceci :

"Je suis perplexe en ce qui concerne le concile : la pléthore de documents, leur longueur, souvent leur langage, me font peur. Ce sont des documents qui témoignent d’une sûreté tout humaine plutôt que d’une fermeté simple de la foi. Mais ce qui m’indigne surtout, c’est le comportement des théologiens".

"Le concile et l'exercice suprême du magistère ne sont justifiés que par une nécessité suprême. La gravité impressionnante de la situation actuelle de l’Église ne pourrait-elle pas découler justement du fait que l’on a voulu, avec légèreté, provoquer et tenter le Seigneur ? Peut-être a-t-on voulu contraindre Dieu à parler alors que cette nécessité suprême n’existait pas ? Peut-être en est-il ainsi ? Pour justifier un concile qui a voulu rénover toutes choses, il fallait affirmer que tout allait mal, ce qui est fait sans cesse sinon par les évêques, en tout cas par les théologiens".

"Rien ne me paraît plus grave, contre la sainteté de Dieu, que la présomption des clercs qui croient, avec un orgueil qui est seulement diabolique, qu’ils peuvent manipuler la vérité, qui veulent renouveler l’Église et sauver le monde sans se renouveler eux-mêmes. Dans toute l’histoire de l’Église il n’y a rien de comparable au dernier concile, dans lequel l'épiscopat catholique a cru pouvoir renouveler toutes choses en n’obéissant qu’à son orgueil, sans s’efforcer à la sainteté, en une opposition si patente à la loi de l’évangile qui nous impose de croire que l'humanité du Christ a été l’instrument de la toute-puissance de l'amour qui sauve, dans sa mort
".


Il y a, dans ces affirmations du père Barsotti, deux éléments qui sont impressionnants.

Tout d’abord, ces critiques proviennent d’un homme à la vision théologale profonde, ayant une réputation de sainteté, très obéissant envers l’Église.

Et, en second lieu, les critiques ne s’adressent pas aux déviations de l’après-concile, mais au concile en soi.

Ces deux impressions, on les ressent aussi à la lecture du nouveau livre de Radaelli, intitulé : "Il domani - terribile o radioso ? - del dogma" ["Les lendemains - terribles ou radieux ? - du dogme"].

D’après Radaelli, la crise actuelle de l’Église est la conséquence non pas d’une application erronée du concile, mais d’un péché originel commis par le concile lui-même.

Ce péché originel serait l'abandon du langage dogmatique – précisément celui de tous les conciles précédents, avec l’affirmation de la vérité et la condamnation des erreurs – et son remplacement par un vague et nouveau langage "pastoral".

D’aucuns disent – et Radaelli le fait remarquer – que, même parmi les chercheurs de tendance progressiste, on reconnaît dans le langage pastoral une nouveauté décisive et qualifiante du dernier concile. C’est ce qu’a soutenu récemment, par exemple, le jésuite John O'Malley dans son ouvrage à succès "L’événement Vatican II".

Mais alors qu’O'Malley et les progressistes portent un jugement tout à fait positif sur le nouveau langage adopté par le concile, Radaelli, Roberto de Mattei et d’autres représentants importants de la pensée traditionaliste stigmatisent – comme Romano Amerio l’avait déjà fait précédemment – le langage pastoral dans lequel ils voient la racine de tous les maux.

Selon ces derniers, en effet, le concile aurait prétendu – abusivement – que l’obéissance due à l'enseignement dogmatique de l’Église l’était également au langage pastoral, élevant ainsi au niveau d’indiscutable "super-dogme" des affirmations et des argumentations dépourvues d’une véritable base dogmatique, à propos desquelles il serait au contraire légitime et nécessaire d’émettre des critiques et des réserves.

De ces deux langages opposés, le dogmatique et le pastoral, Radaelli voit découler et se séparer "presque deux Églises".

Dans la première, celle des traditionalistes les plus cohérents, il inclut également les lefebvristes, pleinement "catholiques pour ce qui est de la doctrine et du rite" et "obéissants au dogme", en dépit de leur désobéissance au pape qui leur a valu d’être excommuniés pendant 25 ans. Cette Église est celle qui, précisément en raison de sa fidélité au dogme, "rejette Vatican II en tant qu’assemblée en rupture totale avec la Tradition".

À la seconde Église il attribue tous les autres, c’est-à-dire la quasi-totalité des évêques, des prêtres et des fidèles, y compris le pape actuel. C’est cette Église qui a renoncé au langage dogmatique et qui "se fait en tous points fille de Vatican II, dont elle proclame – et cela y compris au niveau du trône le plus élevé, mais sans jamais en donner les preuves – qu’il est en totale continuité avec l’Église préconciliaire, même si c’est dans le cadre d’une certaine réforme".

Comment Radaelli pense-t-il que cette opposition puisse être résolue ? À son avis "ce n’est pas le modèle de l’Église obéissante au dogme qui doit recommencer à se soumettre au pape", mais "c’est plutôt le modèle obéissant au pape qui doit recommencer à se soumettre au dogme".

Pour dire les choses autrement :

"Ce n’est pas Ecône [c’est-à-dire la communauté des lefebvristes - ndlr] qui doit se soumettre à Rome, c’est Rome qui doit se soumettre au Ciel : toutes les difficultés existant entre Ecône et Rome ne seront résolues qu’après le retour de l’Église à son propre langage dogmatique".

Radaelli présuppose, pour que cet objectif soit atteint, deux points :

- que Rome garantisse aux lefebvristes le droit de célébrer la messe et les sacrements uniquement selon le rite de saint Pie V ;

- et que l'obéissance demandée envers Vatican II soit ramenée dans les limites de son langage "faux-pastoral" et donc susceptible de faire l’objet de critiques et de réserves.

Mais avant d’en arriver là – ajoute Radaelli – il faudra également que deux autres demandes soient exaucées :

- la première, formulée au mois de décembre 2011 (décembre 2010 et non 2011, NdCR.) par Athanasius Schneider, l’évêque d’Astana au Kazakhstan, est la publication, par le pape, d’une sorte de nouveau "Syllabus" frappant d’anathème toutes "les erreurs actuelles" ;

- la seconde, qui a déjà été proposée par le théologien Brunero Gherardini au magistère suprême de l’Église, est celle d’une "révision des documents conciliaires et magistériels du dernier demi-siècle", qui devrait être effectuée "à la lumière de la Tradition".

Les choses étant présentées ainsi, il y a donc lieu de penser que la réconciliation entre les lefebvristes et l’Église de Rome est tout sauf facile et proche. Comme le prouve le fait que les négociations entre les deux parties sont dans une impasse, situation qui dure maintenant depuis plusieurs mois.

Mais le fossé s’élargit également avec ceux des traditionalistes qui sont restés en communion avec l’Église, de Radaelli à de Mattei et à Gherardini. Ils ne cachent plus la déception que leur inspire le pontificat de Benoît XVI, en qui ils avaient mis certaines espérances. À leur avis, seul un net retour du magistère du pape et des évêques aux déclarations dogmatiques pourra remettre l’Église dans le droit chemin, avec, comme conséquence, la correction de toutes les erreurs propagées par le langage pastoral du concile.

Erreurs dont Radaelli dresse la liste de la manière suivante dans une page de son livre, en les qualifiant de "véritables hérésies" :

"Ecclésiologie, collégialité, source unique de la Révélation, œcuménisme, syncrétisme, irénisme (en particulier envers le protestantisme, l’islam et le judaïsme), transformation de la 'doctrine du remplacement' de la Synagogue par l’Église en 'doctrine des deux saluts parallèles', anthropocentrisme, perte des réalités ultimes (ainsi que des limbes et de l’enfer), de la théodicée correcte (d’où résulte beaucoup d’athéisme comme 'fuite pour échapper à un Père méchant'), du sens du péché et de la grâce, dédogmatisation liturgique, aniconologie, renversement de la liberté religieuse, en plus de la 'dislocation de la divine Monotriade' par laquelle la liberté détrône la vérité".



Radaelli conclut son livre par un appel à "déposer les armes" adressé à la fois aux "frères novateurs" et aux "frères traditionnistes" (comme il préfère les appeler, plutôt que "traditionalistes").

Mais, si l’on va au fond des choses, il paraît identifier, en fin de compte, la pacification souhaitée avec une victoire complète des lefebvristes et de ceux qui, comme eux, se considèrent comme les derniers et uniques défenseurs du dogme

Sandro Magister

 via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=704457

 

- Intervention de Monseigneur Athanasius Schneider (4ème Rencontre pour l'Unité catholique – 15 janvier 2012)

- Vatican II : Mgr Schneider demande au Pape un nouveau Syllabus (17 décembre 2010)

- Le  concile Vatican II contesté par Mgr. Brunero Gherardini (janvier 2010)

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 14:03

http://www.laportelatine.org/mediatheque/audiotheque/fellay_sermon.jpgLe 11 novembre 2012, Mgr Bernard Fellay a célébré la messe en l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris. Au cours dun sermon, il est revenu sur ces "quelques mois de souffrances, de troubles et de tourments chez nous", déclaré que nous en étions "au même point que Mgr Lefebvre en 1974" et posé la question de savoir "où Rome voyait dans le concile Vatican II la continuité ? A Assise ? Dans le baiser du coran ? Dans la suppression des Etats catholiques ?"

 

 

Extrait:

C’est le mystère de la Croix. Lorsque Jésus est sur la Croix, la Foi nous oblige à professer qu’Il est Dieu, qu’Il est Tout-Puissant, qu’Il est éternel et immortel. Il ne peut pas mourir ; Il ne peut pas souffrir. Dieu est infiniment parfait. Il est impossible que Dieu souffre. Et Jésus, sur la Croix est Dieu. La Foi nous le dit. Et nous sommes obligés de l’accepter, totalement, sans aucune diminution. Mais en même temps, l’expérience humaine nous dit que ce même Jésus souffre et même, Il meurt. Au pied de la Croix, seuls sont dans la vérité ceux qui maintiennent les deux, même si cela semble contradictoire. Et l’on voit à travers toute l’histoire de l’Eglise ce même problème ; la grande majorité va s’en tenir à ce que nous dit la connaissance humaine et conclure : « Donc il n’est pas Dieu. Il est vraiment mort. Il est mort et enterré. C’est fini. » C’est la plus grande partie des ennemis de l’Eglise, des athées, des hérétiques, et des modernistes qui se cachent dans l’Eglise qui font croire qu’ils ont la foi alors qu’ils ne l’ont pas. On distinguera habilement un Christ de l’Histoire, celui-là c’est le Christ réel et on le dira mort et jamais ressuscité et un soi-disant Christ de la Foi, celui auquel l’Eglise nous obligerait de croire et, pour Lui, on invente une résurrection. C’est absolument faux. Ce n’est pas juste. Il est vraiment ressuscité. Figurez-vous que d’autres hérétiques, au contraire, ont insisté pour dire : « Mais oui, Il est Dieu. Donc cette mort, ces souffrances, ce ne sont que des apparences. Il n’est pas vraiment mort. » Cette erreur s’est aussi trouvée, mais moins répandue.

Aujourd’hui, par rapport à l’Eglise, c’est le même problème. Pour rester dans la vérité, il faut garder ces deux données, les données de la Foi et aussi les données de la constatation de la raison. Ce Concile a voulu se mettre en harmonie avec le monde. Il a fait rentrer le monde dans l’Eglise et maintenant nous avons le désastre. Et toutes ces réformes qui ont été faites à partir du Concile, ont été faites par les autorités pour cela. Aujourd’hui, on nous parle de continuité, mais où est-elle ? A Assise ? Dans le baiser du Coran ? Dans la suppression des Etats catholiques ? Où est cette continuité ? Et donc, nous continuons tout simplement, bien chers Frères, sans rien changer, jusqu’au moment où le Bon Dieu voudra… Cela ne veut pas dire qu’il faut rester inactif. Tous les jours, nous avons ce devoir de gagner les âmes. Et nous savons bien que la solution viendra du Bon Dieu, et on peut même le dire, par la Sainte Vierge. On peut le dire, c’est une évidence de notre temps, signifiée par ces apparitions, belles, magnifiques, Notre Dame de La Salette, Notre Dame de Fatima, qui annoncent cette époque, douloureuse, terrible. Rome deviendra le siège de l’Antéchrist, Rome perdra la foi... c’est ce qui a été dit à La Salette. L’Eglise sera éclipsée. Ce ne sont pas des petites paroles. On a vraiment l’impression que c’est maintenant que l’on vit cela.

Il ne faut pas s’affoler. C’est terrifiant, oui, mais il faut donc d’autant plus se réfugier près de la Sainte Vierge, près de son Cœur Immaculé. C’est le message de Fatima : Dieu veut donner au monde cette dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Ce n’est pas pour rien ! Demandons dans toutes nos prières, à chaque Messe, cette grâce de la fidélité, de ne rien lâcher, coûte que coûte. Et que le Bon Dieu nous protège et nous guide, jusqu’au Ciel. Ainsi soit-il.

Mgr Bernard Fellay, Paris le 11 novembre 2012, Sermon à Saint-Nicolas

Source: http://www.laportelatine.org/mediatheque/sermonsecrits/fellay_st_nicolas_121111/fellay_st_nicolas_121111.php

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- Le Saint-Siège décatholicise lui-même le Liechtenstein ! Quelles conséquences ?

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 18:44

http://info.catho.be/wp-content/uploads/2012/11/Lichtenstein-500x281.jpg

La principauté du Liechtenstein et le Saint-Siège ont achevé les négociations en vue d’un nouveau concordat sur les relations Eglise-Etat. La signature de l’accord devrait intervenir au début décembre, communique le gouvernement du Liechtenstein.

 

Le parlement de la Principauté débat de cet accord lors d’une séance extraordinaire convoquée le 15 novembre 2012. Le point principal de ce nouvel accord est que la religion catholique n’est plus définie comme Eglise nationale. Cette modification constitutionnelle ouvre la voie à l’égalité des religions. Elle signifie aussi que l’Eglise catholique abandonne les privilèges liés à son statut de religion d’Etat.

 

La nouvelle réglementation doit codifier notamment la question de l’enseignement de la religion dans les écoles ainsi que celle du financement des communautés reconnues. Le gouvernement de la principauté propose l’introduction d’un impôt ecclésiastique pour les religions reconnues.

 

Source: http://info.catho.be/2012/11/15/le-catholicisme-ne-sera-plus-leglise-nationale-au-liechtenstein/

via http://royaume-de-france.clicforum.com/t1079-Le-catholicisme-ne-sera-plus-religion-d-etat-au-Lichtenstein.htm#p9648

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Note de Christroi. Cette initiative vient-elle de l'Eglise ou du Liechtenstein?

 

L'article de le dit pas, mais cette façon de faire pour un Etat d'être neutre en fait de religion, s'inscrit dans le fil de ce qui a été demandé par le Saint-Siège lui-même au lendemain du Concile Vatican II, comme en Italie en 1984 (renégociation du concordat italien de 1929, notamment sur la base des déclarations conciliaires sur la liberté religieuse et les relations entre l'Eglise et l'Etat : Gaudium et spes, n°76; Dignitatis humanae ), pour décider que la religion catholique ne serait plus la religion reconnue publiquement par l'Etat.

 

Ceci n'a pourtant pas été demandé ainsi par le texte même du concile Vatican II, qui n'a pas proprement demandé que les Etats ne soient plus déclarés catholiques. Tout semble se passer en fait comme si les nouveaux textes du Concile Vatican II avaient été conçus au départ, par leur rédaction ambiguë et ambivalente, comme des mines devant exploser en temps voulu via des interprétations hétérodoxes.

 

En Italie, la décatholicisation de l'Etat avait été demandée par le Saint-Siège et non pas par l'Etat italien, alors Etat socialiste. On est alors en droit de se demander pourquoi l'Eglise a condamné le communisme athée dans l'encyclique de Pie XI "Divini Redemptoris" (1937) si c'est concrètement pour faire la même chose que les bolchéviques ?

 

De même en Espagne, dans tous les Etats catholiques de l'Amérique du Sud, en Irlande, les cantons catholiques suisses, c'est le Saint-Siège qui a demandé à tous ces gouvernements de ne plus avoir de religion d'Etat catholique ! Là encore, pourquoi dans ces conditions pour l'Eglise dénoncer les totalitarismes et continuer d'annoncer l'Evangile si c'est pour mettre la lumière sous le boisseau et construire un monde sans Dieu ?

 

Cette manière de faire est étonnante et nous laisse perplexes. Lorsqu'on considère en effet que dans les autres Etats (non catholiques), les religions protestante ou musulmane restent religions d'Etat, on se demande pour quelle raison seule la religion catholique devrait être exclue et ne plus être religion d'Etat ? Les Etats protestants européens, membres de la zone euro, n'ont pas changé, eux. En Hollande, Angleterre, Norvège, Suède, Danemark, c'est toujours le protestantisme qui est reconnu religion publique dans ces Etats.

 

Au moment où un ministre de la république dite française (Vincent Peillon) déclare que la franc-maçonnerie est la religion de la république, il faudrait se résoudre à voir notre religion ainsi exclue ?

 

Alors même que les textes de l'Eglise demandent une "saine collaboration" (Gaudium et spes, n° 76) cette élimination du christianisme de la sphère publique entraînera bien sûr tôt ou tard, en temps voulu, l'abolition du calendrier chrétien avec ses fêtes, ses jours fériés, ses commémorations au profit d'autres religions non chrétiennes... Voire la création de toutes pièces de nouvelles fêtes de la religion laïque maçonnique.

 

http://www.gloria.tv/thumbnail/2009-08/media-32032-2.jpgUne autre question mérite d'être posée : comment le Saint-Siège compte-t-il articuler ce nouveau découronnement du Christ au Liechtenstein avec l'enseignement de la lettre encyclique du pape Pie XI "Quas Primas" (1925), réclamant qu'un culte public soit rendu à Jésus-Christ ? Et notamment ces passages :

 

- "1. ... ce débordement de maux sur l'univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique.

... jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur"

 

- "13. ... Et, à cet égard, il n'y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats; car les hommes ne sont pas moins soumis à l'autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. ... 

  ... Il est l'unique auteur, pour l'Etat comme pour chaque citoyen, de la prospérité et du vrai bonheur: " La cité ne tient pas son bonheur d'une autre source que les particuliers, vu qu'une cité n'est pas autre chose qu'un ensemble de particuliers unis en société (32). " Les chefs d'Etat ne sauraient donc refuser de rendre - en leur nom personnel, et avec tout leur peuple - des hommages publics, de respect et de soumission à la souveraineté du Christ; tout en sauvegardant leur autorité, ils travailleront ainsi à promouvoir et à développer la prospérité nationale."

 

- "14. ... ce que Nous écrivions alors n'a perdu dans le temps présent ni de son actualité ni de son à-propos: "Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l'autorité ne tenant plus son origine de Dieu mais des hommes, il arriva que... les bases mêmes de l'autorité furent renversées dès lors qu'on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d'obéir pour les autres. Inéluctablement, il s'en est suivi un ébranlement de la société humaine tout entière, désormais privée de soutien et d'appui solides (33)."

 

- "16. Oh! qui dira le bonheur de l'humanité si tous, individus, familles, Etats, se laissaient gouverner par le Christ!"

- "20. Au terme de cette Lettre, Nous voudrions encore, Vénérables Frères, vous exposer brièvement les fruits que Nous Nous promettons et que Nous espérons fermement, tant pour l'Eglise et la société civile que pour chacun des fidèles, de ce culte public rendu au Christ-Roi".

 

- "21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l'obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d'obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l'ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l'ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles".

 

(Source: Pie XI, Quas Primas, 1925 http://www.vatican.va/holy_father/pius_xi/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_11121925_quas-primas_fr.html )

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- Mgr Lefebvre : Ils l'ont découronné

 

Rediff.


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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 22:27

Rome, 22 mai 2012 (Apic) Le cardinal Walter Brandmüller, ancien président du Comité pontifical des sciences historiques, a affirmé le 21 mai que la déclaration Nostra Aetate (1965, ndlr) qui a marqué un tournant décisif dans les relations entre les juifs et l’Eglise catholique, n’avait pas un caractère “contraignant“ du point de vue doctrinal. Il intervenait devant la presse à l’occasion de la présentation du livre Les "clés" de Benoît XVI pour interpréter le Concile Vatican II, dont il est l’un des co-auteurs.

 

Interpellé par les journalistes, le cardinal Brandmüller a ainsi affirmé que la déclaration Nostra Aetate, l’un des grands documents du Concile Vatican II (1962-1965), qui reconnaît notamment le lien particulier qui unit juifs et chrétiens, n’avait pas de caractère doctrinal “contraignant“.

 

Source: http://www.kipa-apic.ch/index.php?pw=&na=0,0,0,0,f&ki=231888 via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=633773

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 10:09
Extraits de trois sources différentes :
 
Lundi 16 avril 2012, Benoît XVI aura 85 ans, et la réconciliation, orchestrée par ses soins, avec les disciples de Mgr Lefebvre, est presque un miracle.
 
Benoît XVI pourrait laisser l'image du pape de la réconciliation des catholiques dans l'histoire de l'église et de Rome.
 
En effet, Rome et Écône sont sur le point de sceller un accord, qui se traduira par la réintégration de tous les catholiques traditionalistes au sein de l'église romaine.
 
Pour Mgr Bernard Fellay (Ndlr. Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X), joint par téléphone, "la signature d'un document fixant les relations entre le Saint-Siège et les disciples de Mgr Lefebvre est une question de jours....." (1)
 
 Le Vatican attend la réponse de Mgr Bernard Fellay, le chef de fil des lefebvristes. Sitôt reçue à Rome - «c'est une affaire de jours et non plus de semaines», indique-t-on au Vatican -, elle sera «aussitôt» analysée. Si elle est conforme aux attentes, le Saint-Siège annoncera très vite un accord historique avec cette branche de fidèles, connus sous le nom d'«intégristes».
 
 Les uns derrières les autres, Benoît XVI a abattu, de toute son autorité de pape, les obstacles qui empêchaient une pleine réconciliation avec les disciples de Mgr Marcel Lefebvre.
 
 Et si un accord final est annoncé dans les jours qui viennent, l'essentiel du travail a déjà été fourni par ce pape.
- Rétablissement en 2007 - comme rite «extraordinaire» dans l'Église catholique - de la messe dite en latin, c'est-à-dire, selon le missel de Jean XXIII en vigueur avant le concile Vatican II.
- Levée des excommunications, en 2009, qui frappaient les quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre.
- Lancement des discussions doctrinales entre le Saint-Siège et la fraternité Saint Pie X, la même année, à propos du concile Vatican II.

L'échec apparent de ces dernières, il y a un an, avait donné l'impression d'un échec total de la négociation. (2)

 

En Australie, le théologien John Lamont montre qu'une réconciliation est possible. La partie en cours entre le Saint-Siège et la communauté fondée par l'archevêque Marcel Lefebvre a atteint son point culminant lorsque la congrégation pour la doctrine de la foi a remis aux lefebvristes, le 14 septembre 2011, un "préambule doctrinal" constituant la "base fondamentale pour parvenir à la pleine réconciliation". Et elle s’est poursuivie par l'acceptation en partie seulement de ce préambule par les lefebvristes, acceptation que Rome considère comme "pas suffisante" pour réparer la "fracture".

 

Le coup de sifflet final a été donné le 16 mars dernier, sous la forme d’un communiqué émis par le Saint-Siège. Mais, le même jour, les prolongations ont commencé et elles pourraient durer encore longtemps. Dans ce même communiqué du 16 mars, Rome a offert aux lefebvristes la possibilité d’une nouvelle réponse. Celle que l’on attend d’un jour à l’autre.

 

Mais quelle est exactement la cause doctrinale de la division ? Et comment se fait-il qu’il y ait une fracture entre Rome et les lefebvristes en raison de leur refus de quelques doctrines du concile Vatican II alors que, dans le même temps, d’autres courants catholiques de signe opposé continuent à vivre au sein de l’Église sans qu’on les dérange, bien qu’ils rejettent, eux aussi, des enseignements capitaux de ce même concile ?

Ce sont ces deux questions qui constituent le point de départ de la note de John R.T. Lamont que l’on pourra lire ci-dessous.

L'auteur, qui a obtenu une licence en philosophie à Oxford et une en théologie à Ottawa avec le grand théologien dominicain Jean-Marie Tillard, vit en Australie et enseigne à Sydney à l'Institut Catholique et à l'Université Notre-Dame, avec mandat canonique du diocèse pour l’enseignement de la théologie.

Il a publié plusieurs livres et essais, y compris dans des publications non spécialisées comme la revue américaine "First Things".

Un article de lui, paru ces jours-ci dans le dernier numéro de la revue internationale "Divinitas" dirigée par Mgr Brunero Gherardini, traite de la manière d’interpréter l'enseignement du concile en matière de liberté religieuse : "Pour une lecture pieuse de Vatican II au sujet de la liberté religieuse", Divinitas vol. 55, 2012/1, pp. 70-92.

La note qui suit (Ndlr. Extraits) a été écrite par John R.T. Lamont spécialement pour www.chiesa.

__________



LES QUESTIONS D’UN THÉOLOGIEN

par John R.T. Lamont



... Les sujets de la discussion concernent non pas les détails pratiques du règlement d’une situation canonique – qui aurait bien évidemment bénéficié de la confidentialité – mais des matières de foi et de doctrine, qui concernent non seulement les parties impliquées mais aussi tous les fidèles catholiques. Cependant, assez de choses ont été dites en public à propos de la position de la FSSPX pour qu’il soit possible d’évaluer la situation. Deux éléments doivent être pris en considération ici : d’une part la fracture entre le Saint-Siège et la FSSPX qui a été produite par les problèmes doctrinaux en discussion et d’autre part la nature de ces mêmes problèmes doctrinaux.

Dans une réponse à une étude de Fernando Ocáriz qui portait sur l'autorité doctrinale du concile Vatican II, l’abbé Jean-Michel Gleize de la FSSPX a établi une liste des éléments de ce concile qui sont considérés comme inacceptables par la FSSPX :

"Sur quatre points au moins, les enseignements du concile Vatican II sont tellement en contradiction logique avec les déclarations du magistère traditionnel antérieur qu’il est impossible de les interpréter dans la ligne des autres enseignements déjà contenus dans les documents antérieurs du magistère de l’Église. Vatican II a donc rompu l’unité du magistère, dans la mesure où il a rompu avec l'unité de son objet.

"Ces quatre points sont les suivants.

"La doctrine de la liberté religieuse, telle qu’elle exprimée au n. 2 de la déclaration 'Dignitatis humanæ', contredit les enseignements de Grégoire XVI dans 'Mirari vos' et ceux de Pie IX dans 'Quanta cura', ainsi que ceux de Léon XIII dans 'Immortale Dei' et ceux de Pie XI dans 'Quas primas'.

"La doctrine de l’Église, telle qu’elle est exprimée au n. 8 de la constitution 'Lumen gentium', contredit les enseignements de Pie XII dans 'Mystici corporis' et dans 'Humani generis'.

"La doctrine relative à l'œcuménisme, telle qu’elle est exprimée au n. 8 de 'Lumen gentium' et au n. 3 du décret 'Unitatis redintegratio', contredit les enseignements de Pie IX dans les propositions 16 et 17 du 'Syllabus', ceux de Léon XIII dans 'Satis cognitum' et ceux de Pie XI dans 'Mortalium animos'.

"La doctrine de la collégialité, telle qu’elle est exprimée au n. 22 de la constitution 'Lumen gentium', y compris le n. 3 de la 'Nota prævia', contredit les enseignements du concile Vatican I sur l'unicité du sujet du pouvoir suprême dans l’Église et la constitution 'Pater æternus'".

L’abbé Gleize a participé à la discussion doctrinale entre la FSSPX et les autorités romaines et c’est également le cas d’Ocáriz. On peut raisonnablement considérer les affirmations citées comme une description des points doctrinaux sur lesquels la FSSPX n’entend pas transiger et qui ont été considérés par le Saint-Siège comme l’inévitable origine de la fracture.


Vatican II comme motif de la fracture ?


La première question qui se présente à un théologien à propos de la position de la FSSPX concerne le problème de l'autorité du concile Vatican II. L'article d’Ocáriz auquel a répondu l’abbé Gleize avait été publié dans le numéro de "L'Osservatore Romano" en date du 2 décembre 2011. Cet article semble soutenir que la base de la fracture relevée par le Saint-Siège est un rejet de l'autorité de Vatican II. Mais cette thèse est difficile à comprendre pour tous ceux qui connaissent à la fois la position théologique de la FSSPX et le climat de l'opinion théologique au sein de l’Église catholique. L’abbé Gleize mentionne seulement quatre points du volumineux enseignement de Vatican II. La FSSPX ne rejette pas Vatican II dans son intégralité : bien au contraire, l’évêque Fellay a affirmé que 95 % des enseignements de celui-ci sont acceptés par la Fraternité. Ce qui veut dire que la FSSPX est plus fidèle aux enseignements de Vatican II qu’une bonne partie du clergé et de la hiérarchie de l’Église catholique.

Examinons les affirmations suivantes de ce Concile :

"Dei Verbum" 11 :

"Notre sainte Mère l’Église, de par la foi apostolique, tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint (cf. Jn 20, 31 ; 2 Tm 3, 16 ; 2 P 1, 19-21 ; 3, 15-16), ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même. Pour composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il a eu recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement".

"Dei Verbum" 19 :

"Les quatre Évangiles, dont l'Église affirme sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel (cf. Ac 1, 1- 2)".

"Lumen gentium" 3 :

"Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’œuvre de notre Rédemption s’opère".

"Lumen gentium" 8 :

"Cette société organisée hiérarchiquement d’une part et le corps mystique d’autre part, l’ensemble discernable aux yeux et la communauté spirituelle, l’Église terrestre et l’Église enrichie des biens célestes ne doivent pas être considérées comme deux choses, elles constituent au contraire une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin".

"Lumen gentium" 10 :

"Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective".

"Lumen gentium" 14 :

"Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, le Concile enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 5), c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu’il nous a confirmée en même temps".

"Gaudium et spes" 48 :

"C’est par sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement".

"Gaudium et spes" 51 :

"La vie doit être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables".

La grande majorité des théologiens des institutions catholiques d’Europe, d’Amérique du nord, d’Asie et d’Australie tend à rejeter la totalité ou la majeure partie de ces enseignements. Ces théologiens sont suivis par la majorité des ordres religieux et par une partie significative des évêques de ces régions. Il serait difficile, par exemple, de trouver un jésuite enseignant la théologie dans n’importe quelle institution jésuite qui accepte ne serait-ce qu’un seul de ces enseignements. Les textes cités ne sont qu’une sélection des enseignements de Vatican II qui sont rejetés par ces groupes ; et l’on pourrait en augmenter beaucoup le nombre.

Et bien, ces enseignements font justement partie de ces 95 % de Vatican II que la FSSPX accepte. Et, à la différence des 5 % de ce concile qui sont rejetés par la FSSPX, les enseignements cités ci-dessus sont centraux pour la foi et pour la morale catholiques et ils incluent certains des enseignements fondamentaux du Christ lui-même.

La première question que le communiqué du Saint-Siège pose à un théologien est donc : pourquoi le rejet d’une petite partie des enseignements de Vatican II par la FSSPX donne-t-il lieu à une fracture entre la Fraternité et le Saint-Siège, alors que le rejet d’enseignements de Vatican II beaucoup plus nombreux et plus importants par d’autres groupes au sein de l’Église n’empêche pas ces groupes de garder tranquillement leur place et de rester en possession d’une pleine situation canonique ? Le rejet de l'autorité de Vatican II par la FSSPX ne peut pas être la réponse à cette question. En réalité la FSSPX montre davantage de respect pour l'autorité de Vatican II que la plupart des ordres religieux qui existent dans l’Église.

Il est intéressant de noter que les textes de Vatican II qui sont rejetés par la FSSPX sont acceptés par ces groupes qui, au sein de l’Église, rejettent d’autres enseignements de ce concile. On pourrait donc supposer que ce sont précisément ces textes spécifiques – concernant la liberté religieuse, l’Église, l'œcuménisme, la collégialité – qui posent un problème. La fracture entre le Saint-Siège et la FSSPX naît parce que la Fraternité rejette ces éléments particuliers de Vatican II, pas parce que le Saint-Siège entend défendre Vatican II en bloc. En revanche il n’y a pas de fracture avec des groupes n’appartenant pas à la Fraternité qui rejettent une part beaucoup plus grande de Vatican II parce que ces groupes acceptent ces éléments particuliers. Mais, si c’est le cas, la première question se pose simplement, de nouveau, avec plus de force. (3)

 


 

Sources:

 

(1) http://www.suite101.fr/news/catholiques--la-reconciliation-des-disciples-decone-et-de-rome-a34247#ixzz1rziXlASg

(2) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/04/13/01016-20120413ARTFIG00626-rome-et-econe-sur-le-point-de-sceller-un-accord.php

(3) http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350219?fr=y

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 23:59

Vous recevez ou recevrez peut-être un courrier électronique envoyé par la « CCBF » et signé d'un certain Thierry Jaillet.
Derrière ce sigle se cache un groupe qui se dit « catholique » alors qu’il ne l’est pas : la « Conférence Catholique des Baptisé(e)s de France ».
Cette « Conférence » n’a en effet aucun mandat pour représenter l’Eglise catholique ou parler en son nom.
La CCBF, qui cherche des adhérents et réclame une cotisation de 30 à 50€, se propose de « préparer l’anniversaire de Vatican II ». En réalité, il s’agira surtout de « discuter » le Concile pour en gauchir les enseignements sur la base du très célèbre et très dévastateur « esprit du Concile » dont se prévalent des prêtres qui s’opposent au Magistère, appellent à la désobéissance et réclament la « démocratie » en pastorale aussi bien paroissiale que diocésaine.


Sur le site internet de la C(C)BF, on apprend d’ailleurs ce que revendiquent les prêtres se situant dans le sillage de ce mouvement : « ils prônent l’accueil des divorcés remariés aux sacrements, l’ordination des femmes, refusent des regroupements paroissiaux qui font du prêtre un distributeur anonyme de sacrements, revendiquent le droit des baptisés à célébrer l’Eucharistie, le partage des responsabilités et des décisions avec les laïcs… » Malheureusement, ces prêtres n'ont pas même le courage qu'avait Martin Luther qui, lui, a quitté l'Eglise quand il ne s'est plus senti en accord avec ses enseignements ; eux préfèrent rester "dans" l'Eglise pour la démolir de l'intérieur. Et aussi parce que hors de cette Eglise qu'ils contestent, personne ne prêterait la moindre attention à leurs élucubrations.

 

Source: http://www.proliturgia.org/

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Add. Christroi, 25.04.2012.

 

19/4/12 : Le Saint-Siège rappelle que la « Conférence catholique des Baptisé(e)s de France » n’est en rien « catholique ».

  

Cette « Conférence » ne représente qu’elle même et ce qu’elle déclare, enseigne ou revendique ne peut pas être tenu pour conforme à la foi proclamée par l’Eglise. Il serait important que les évêques diocésains rappellent ce point d'une façon qui écarte définitivement le doute et interdise aux représentant(e)s de la "Conférence" de prendre pied dans les paroisses.

 

 

Source: http://www.proliturgia.org/

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 10:04

Si ce n'est pas une revanche de l'histoire cela y ressemble. Le cinquantième anniversaire du Concile Vatican II qui va être célébré dans l'Eglise catholique en 2012 pourrait paradoxalement marquer le crépuscule de..."l'esprit du Concile" qui fut pourtant sa grande promesse.

Cet "esprit du Concile", c'était "l'ouverture" de l'Eglise catholique au monde et aux autres religions. "L'esprit du Concile", c'était "La" signature du Concile Vatican II, son caractère propre. Il fut le moteur de ce que l'on a appelé le "progressisme" dans l'Eglise depuis un demi siècle.

Un récent débat sur "les derniers Mohicans" (Ndlr. progressistes et modernistes en voie de disparition) animés par Mgr Daucourt évêque de Nanterre donne une illustration assez juste de cet état d'esprit et de ses limites.

Pourtant, une sorte de fermeture de l'ouverture se profile. ...Il suffit d'étudier, pour le réaliser, la "note avec indications pastorales pour l'Année de la foi" qui a été publiée, à Rome, le samedi 7 janvier, par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Ce texte donne la ligne de "l'année de la foi", lancée par Benoît XVI. 

Cette année spéciale est destinée à revigorer la foi des catholiques dans le monde. Elle sera d'ailleurs inaugurée le 11 octobre 2012... jour anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II. Ce qui n'est pas anodin.

 

 ...On peut toujours sous estimer la valeur de cette "note" qui n'a pas l'autorité d'une encyclique. Ce qui est vrai sur un plan technique. Mais cette "note" est toutefois beaucoup plus qu'une note car elle n'est rien d'autre que la mise en forme programmatique d'une politique que Benoît XVI avait annoncée dès 2005. La politique de son pontificat.

Neuf mois après son élection il avait donné, comme ligne d'action, une "interprétation" du Concile Vatican II non plus selon "l'herméneutique de la discontinuité et de la rupture"  mais selon "l'herméneutique de la réforme", c'est-à-dire, "en continuité" avec la grande tradition de l'Eglise.

Ce n'est plus un voeu pieux mais un programme désormais organisé qui a pour objet de réaliser une réforme interne de l'Eglise, lente mais certaineIl remet à l'heure les pendules doctrinales dans l'Eglise catholique. Et siffle la fin d'une certaine "récréation doctrinale" où tout et son contraire était possible dans la grande maison catholique.

... Certains y voient un simple retour de balancier, il s'agit plutôt d'un axe stratégique : L'Eglise catholique commence à réagir à son déclin occidental. Le nouveau concistoire qui verra la création de 22 nouveaux cardinaux le 18 février prochain, confirme cette orientation.

Si "l'esprit du Concile" se meurt, serait-ce "l'esprit catholique" qui revient ? 

 

Jean-Marie Guénois le 12 janvier 2012 18h30

 

Source: http://blog.lefigaro.fr/religioblog/2012/01/fin-de-la-recreation-doctrinal.html

 

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 13:59

concile_2Dans le prochain Courrier de Rome (n°350 – décembre 2011), l’abbé Jean-Michel Gleize, professeur d’ecclésiologie à Ecône, répond à l’article de Mgr Fernando Ocariz paru dans LOsservatore Romano du 2 décembre 2011 (lire DICI n°246 du 09/12/11). Tous deux ont participé aux entretiens doctrinaux sur Vatican II, à Rome, d’octobre 2009 à avril 2011.

Avec l’aimable autorisation du Courrier de Rome, DICI est heureux de pouvoir présenter à ses lecteurs des extraits significatifs de cette remarquable étude intitulée Une question cruciale.

(…) On pourrait sans doute se féliciter de voir enfin un théologien du Saint-Siège introduire toutes ces nuances, et opposer ainsi un déni des plus formels, quoiqu’implicite, à toutes les présentations unilatérales qui ont jusqu’ici présenté le concile Vatican II dans une optique maximaliste, comme un dogme absolument intouchable, « plus important encore que celui de Nicée ». Cependant, aussi séduisante soit-elle dans les nuances et les distinctions qu’elle apporte, une pareille analyse véhicule dans sa racine un postulat qui est loin d’être évident. L’étude de Mgr Ocariz évite ainsi de répondre à la question cruciale, qui reste encore pendante entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège. Plus exactement, la réponse à cette question semble si bien aller de soi aux yeux du prélat de l’Opus Dei que tout se passe comme s’il n’avait jamais été nécessaire de l’aborder. Ou comme si le débat ne devait jamais avoir lieu.

Celui-ci s’impose pourtant plus que jamais. Il est en effet loin d’être évident que le dernier Concile puisse s’imposer, en tout et pour tout, aux yeux des catholiques comme l’exercice d’un véritable magistère, réclamant leur adhésion aux différents niveaux indiqués. Si l’on se rappelle en effet la définition traditionnelle du magistère, on est bien obligé de constater que les procédés de Vatican II ne s’y conforment guère. D’autant moins que cette nouveauté intégrale du 21e concile œcuménique s’explique profondément en raison de présupposés absolument inédits. (…)

Le fait de Vatican II : des enseignements nouveaux contraires à la Tradition

 

Au moins sur quatre points, les enseignements du concile Vatican II sont évidemment en contradiction logique avec les énoncés du magistère traditionnel antérieur, de sorte qu’il est impossible de les interpréter en conformité avec les autres enseignements déjà contenus dans les documents antérieurs du magistère ecclésiastique. Vatican II a donc rompu l’unité du magistère, dans la mesure même où il a rompu l’unité de son objet.

Ces quatre points sont les suivants. La doctrine sur la liberté religieuse, telle qu’elle s’exprime dans le n° 2 de la Déclaration Dignitatis humanæ contredit les enseignements de Grégoire XVI dans Mirari vos et de Pie IX dans Quanta cura ainsi que ceux du pape Léon XIII dans Immortale Dei et ceux du pape Pie XI dans Quas primas. La doctrine sur l’Eglise, telle qu’elle s’exprime dans le n° 8 de la constitution Lumen gentium contredit les enseignements du pape Pie XII dans Mystici corporis et Humani generis. La doctrine sur l’œcuménisme, telle qu’elle s’exprime dans le n° 8 de Lumen gentium et le n° 3 du décret Unitatis redintegratio contredit les enseignements du pape Pie IX dans les propositions 16 et 17 du Syllabus, ceux de Léon XIII dans Satis cognitum, et ceux du pape Pie XI dans Mortalium animos. La doctrine sur la collégialité telle qu’elle s’exprime dans le n° 22 de la constitution Lumen gentium, y compris le n° 3 de la Nota prœvia, contredit les enseignements du concile Vatican I sur l’unicité du sujet du pouvoir suprême dans l’Eglise, dans la constitution Pastor æternus. (…)

Une nouvelle problématique

 

En conformité avec le Discours de Benoit XVI à la Curie Romaine, le 22 décembre 2005, Mgr Ocariz pose le principe d’une « interprétation unitaire », d’après lequel les textes du concile Vatican II et les documents magistériels précédents doivent s’éclairer mutuellement. L’interprétation des nouveautés enseignées par le concile Vatican II doit donc repousser, comme le dit Benoît XVI, « l’herméneutique de la discontinuité par rapport à la Tradition, tandis qu’elle doit affirmer l’herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité ». Il y a là un nouveau vocabulaire qui exprime clairement une nouvelle problématique. Celle-ci inspire tout le propos de Mgr Ocariz. « Une caractéristique essentielle du magistère », écrit-il, « est sa continuité et son homogénéité dans le temps ».

Si on parle de « continuité » ou de « rupture », cela devrait s’entendre, au sens traditionnel, d’une continuité ou d’une rupture objective, c’est-à-dire par rapport à l’objet de la prédication de l’Eglise. Cela équivaudrait à parler de l’ensemble des vérités révélées telles que le magistère de l’Eglise les conserve et les expose, tout en leur donnant la même signification, et sans que la prédication présente puisse contredire la prédication passée. La rupture consisterait à porter atteinte au caractère immuable de la Tradition objective et serait alors synonyme de contradiction logique entre deux énoncés dont les significations respectives ne pourraient se vérifier simultanément.

Mais il faut se rendre à l’évidence et reconnaître que le mot « continuité » n’a pas du tout ce sens traditionnel dans le discours actuel des hommes d’Eglise. On y parle précisément de continuité à propos d’un sujet qui évolue au cours du temps. Il ne s’agit pas de la continuité d’un objet, celle du dogme ou de la doctrine, que le magistère de l’Eglise proposerait aujourd’hui, en lui donnant le même sens que jadis. Il s’agit de la continuité de l’unique sujet Eglise. Benoît XVI parle d’ailleurs exactement non de la continuité mais « du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise, que le Seigneur nous a donné ; c’est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ». A l’inverse, ajoute-t-il aussitôt, « l’herméneutique de la discontinuité risque de finir par une rupture entre Eglise préconciliaire et Eglise post-conciliaire ». Cela signifie que la rupture doit se situer au même niveau : c’est une rupture entre deux sujets, au sens où l’Eglise, l’unique sujet du Peuple de Dieu, ne serait plus la même avant et après le Concile. (…)

Le nœud du dilemme

 

Dans la logique de Vatican II et du Discours de 2005, l’objet est en tant que tel relatif au sujet. Dans la logique de Vatican I, et de tout l’enseignement traditionnel de l’Eglise, le sujet est en tant que tel relatif à l’objet. Ces deux logiques sont inconciliables.

Le magistère, à quelque époque qu’il soit, doit rester l’organe du dépôt de la foi. Il se dénature dans la mesure même où il altère ce dépôt. Il est faux que des principes divinement révélés et explicités par le magistère antérieur ne s’imposeraient plus nécessairement, sous prétexte que le sujet-Eglise les vit différemment à travers la contingence de l’histoire, ou que le Peuple de Dieu se trouve conduit à établir une relation nouvelle entre sa foi et le monde moderne. Des principes que l’on applique en matière contingente (comme ceux qui fondent toute la doctrine sociale de l’Eglise) ne sont pas contingents. Sans doute, l’immutabilité substantielle de la vérité révélée n’est pas absolue, car l’expression conceptuelle et verbale de cette vérité peut gagner en précision. Mais ce progrès n’entraîne aucune remise en cause du sens de la vérité, qui devient seulement plus explicite dans sa formulation. Les principes restent nécessaires, quelles que soient les différentes formes concrètes de leur application. Cette distinction entre principes et formes concrètes s’avère factice en ce qui concerne la doctrine sociale de l’Eglise, et c’est en vain que Benoît XVI y recourt dans son Discours de 2005 pour légitimer la déclaration Dignitatis humanæ.

Pour en revenir à Vatican II, la question fondamentale est de savoir quel est le principe premier qui doit servir de règle ultime à l’activité du magistère. Est-ce le donné objectif de la révélation divine, telle qu’il s’exprime dans sa substance définitive à travers le magistère du Christ et des apôtres, auquel le magistère ecclésiastique ne fait que succéder ? Est-ce l’expérience communautaire du Peuple de Dieu, dépositaire (et pas seulement destinataire) du don de la Vérité en tant que porteur du sens de la foi ? Dans le premier cas, le magistère ecclésiastique est l’organe de la Tradition et il dépend comme de sa règle objective du magistère divino-apostolique ; la question est alors de savoir si les enseignements objectifs du concile Vatican II sont ceux d’un magistère constant et d’une Tradition immuable. Dans le second cas, le magistère ecclésiastique est le porte-parole fédérateur de la conscience commune du Peuple de Dieu, chargé d’établir la cohésion spatio-temporelle de l’expression du sensus fidei ; Vatican II est alors pour le sujet-Eglise le moyen d’exprimer en langage conceptuel son sensus fidei, vécu et réactualisé dans le respect des contingences de l’époque moderne.

Herméneutique et réinterprétation

 

Aux yeux de Mgr Ocariz, les enseignements de Vatican II représentent des nouveautés, « au sens où ils explicitent des aspects nouveaux, non encore formulés par le magistère, mais qui, au plan doctrinal, ne contredisent pas les documents magistériels précédents ». La juste exégèse des textes du Concile présupposerait donc apparemment le principe de non-contra- diction. Apparence trompeuse, puisque la non-contradiction n’a plus du tout le même sens que jusqu’ici.

Le magistère de l’Eglise a toujours entendu ce principe dans le sens d’une absence de contradiction logique entre deux énoncés objectifs. La contradiction logique est une opposition qui a lieu entre deux propositions dont l’une affirme et l’autre nie le même prédicat du même sujet. Le principe de non-contradiction exige que si cette opposition a lieu, les deux propositions ne puissent être vraies en même temps. Ce principe est une loi de l’intelligence et il ne fait qu’exprimer l’unité de son objet. La foi se définissant comme une adhésion intellectuelle à la vérité proposée par Dieu, elle vérifie ce principe. L’unité objective de la foi correspond elle aussi à une absence de contradiction dans les énoncés dogmatiques.

L’herméneutique de Benoît XVI entend désormais ce principe dans un sens non plus objectif mais subjectif, non plus intellectualiste mais volontariste. L’absence de contradiction est synonyme de continuité, au niveau du sujet. La contradiction est synonyme de rupture, au même niveau. Le principe de continuité n’exige pas d’abord et avant tout l’unité de la vérité. Il exige d’abord et avant tout l’unité du sujet qui se développe et grandit au cours du temps. C’est l’unité du Peuple de Dieu, tel qu’il vit dans le moment présent, dans le monde de ce temps, pour reprendre l’intitulé suggestif de la constitution pastorale Gaudium et spes. Unité qui s’exprime à travers la seule parole autorisée du magistère présent, précisément en tant que présent. Mgr Ocariz le souligne : « Une interprétation authentique des textes conciliaires ne peut être faite que par le magistère même de l’Eglise. C’est pourquoi le travail théologique d’interprétation des passages qui, dans les textes conciliaires, suscitent des interrogations ou semblent présenter des difficultés, doit avant tout tenir compte du sens dans lequel les interventions successives du magistère ont entendu ces passages. » Ne nous y trompons pas : ce magistère qui doit servir de règle d’interprétation est le nouveau magistère de ce temps, tel qu’issu de Vatican II. Ce n’est pas le magistère de toujours. Comme on l’a justement fait remarquer, Vatican II doit se comprendre à la lumière de Vatican II, réinterprétant dans sa propre logique de continuité subjective et vitale tous les enseignements du magistère constant.

Le magistère de l’Eglise ne s’est jamais compromis jusqu’ici dans une telle pétition de principe. Il s’est toujours voulu fidèle à sa mission de conserver le dépôt. Sa principale justification a toujours été d’en référer aux témoignages de la Tradition objective, unanime et constante. Son expression a toujours été celle de l’unité de la vérité. (…)

Voilà pourquoi nul ne saurait se satisfaire aujourd’hui de soi-disant « espaces de liberté théologique », au sein même de la contradiction introduite par Vatican II. Le désir profond de tout catholique fidèle aux promesses de son baptême est d’adhérer en toute soumission filiale aux enseignements du magistère de toujours. La même piété exige aussi, avec une urgence grandissante, de remédier aux graves déficiences qui paralysent l’exercice de ce magistère depuis le dernier Concile. C’est dans ce but que la Fraternité Saint-Pie X souhaite encore et plus que jamais une authentique réforme, au sens où il s’agit pour l’Eglise de rester fidèle à elle-même, de demeurer ce qu’elle est dans l’unité de sa foi, et de conserver ainsi sa forme d’origine, dans la fidélité à la mission reçue du Christ. Intus reformari. (Source : Courrier de Rome – Les passages soulignés en gras sont de la rédaction – DICI n°247 du 23/12/11)

Texte intégral de l’étude de l’abbé Gleize, avec une soixantaine de notes infrapaginales, dans le Courrier de Rome n°350 (3 €) : B.P. 10156 – 78001 Versailles Cedex.

Texte intégral de l’étude de l’abbé Gleize en italien (avec l’aimable autorisation du Courrier de Rome et du site du district d’ltalie de la FSSPX)

 

Source: http://www.dici.org/documents/debat-sur-le-concile-vatican-ii-labbe-gleize-repond-a-mgr-ocariz/

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 19:06

Disputationes Theologicae a demandé à Mgr Brunero Gherardini une contribution sur la notion de Magistère authentique et sur ses éventuelles limites. L’illustre professeur émérite de l’Université du Pape, doyen de la faculté de théologie, qui est déjà intervenu dans ces colonnes pour qualifier l’enseignement constitué par le Concile Vatican II, apporte maintenant avec plus d’ampleur, de manière agile et profonde, certaines précisions, en attirant l’attention sur des distinctions souvent omises. Un tel rappel est en consonance avec ce qui avait été relevé au sujet de la liberté religieuse au cours des années Soixante-dix par S. Exc. Mgr De Castro Mayer, à l’époque Ordinaire de Campos,  dans la conclusion de l’étude théologique sur la liberté religieuse envoyée à SS le Pape Paul VI (qui ne l’a pas condamnée) : il y a un cas spécifique dans lequel un enseignement n’est pas obligeant en conscience, tout en étant un acte de Magistère authentique, c’est lorsqu’il y a une dissonance par rapport à ce que l’Eglise a déjà longuement enseigné.  

 

Eglise-Tradition-Magistère

 

par Mgr. Brunero Gherardini

 

            La grande célébration cinquantenaire a commencé. On n’en est pas encore au tam-tam, mais on le perçoit dans l’air. Le cinquantenaire de Vatican II donnera libre cours à ce que l’on pourra inventer de plus grandiloquent en matière de jugements élogieux. De la sobriété qui avait été demandée comme moment de réflexion et d’analyse pour une évaluation critique et plus approfondie de l’événement conciliaire, on ne voit même pas l’ombre. Déjà on procède en roue libre en disant et en répétant ce que l’on dit et répète depuis cinquante ans : Vatican II est le point culminant de la Tradition, voire-même sa synthèse. Des congrès internationaux sur le plus grand et le plus significatif parmi tous les Conciles œcuméniques sont déjà programmés ; d’autres, de plus ou moins grande portée, le seront chemin faisant, et sur le sujet, les publications augmentent de jour en jour. L’Osservatore Romano, bien sûr, n’est pas en reste et insiste surtout sur l’adhésion due au Magistère (2/12/2011, p. 6): Vatican II est un acte du Magistère, donc… La raison avancée est que tout acte du Magistère est à recevoir comme venant des Pasteurs qui, en raison de la succession apostolique, parlent avec le charisme de vérité (D.V. 8), avec l’autorité du Christ (L.G. 25), à la lumière de l’Esprit Saint (ibid.).

 

            Mis à part le fait de prouver le Magistère de Vatican II par Vatican II, ce qui autrefois s’appelait petitio principii, il semble évident qu’une telle façon de procéder part de la prémisse d’un Magistère considéré comme absolu, sujet indépendant de tout et de tous, sauf de la succession apostolique et de l’assistance du Saint Esprit. Or, si la succession apostolique est garantie par le critère de la légitimité de l’ordination sacrée, il apparaît en revanche plus difficile d’établir un critère qui garantisse aussi clairement l’intervention du Saint Esprit dans les termes évoqués.

 

            Une chose, entre autre, est hors de discussion : rien au monde, réceptacle des choses crées, n’a le don de l’absolu. Tout est en mouvement, dans un circuit d’interdépendances réciproques, et donc tout est dépendant ; tout a eu un commencement, tout aura une fin: “Mutantur enim – disait le grand Augustin – ergo creata sunt”. L’Eglise ne fait pas exception ; sa Tradition et son Magistère non plus. Certes elles sont des réalités sublimes, situées au sommet de l’échelle de toutes les valeurs qui appartiennent à l’ordre créé, douées de qualités qui donnent le vertige ; mais elles resteront toujours des “réalités pénultièmes”. L’eschaton, la réalité ultime, c’est Dieu et Lui seul. On recourt souvent à un langage qui bouleverse ce donné de fait, et on accorde à ces sublimes réalités une portée et une signification au-delà de leurs confins : on les absolutise. La conséquence est qu’on les exproprie de leur statut ontique, on en fait un présupposé irréel, ce qui leur fait perdre leurs grandeurs de “réalité pénultième”.

 

            Immergée dans le mouvement trinitaire qui est à l’origine de sa structure, l’Eglise est et opère dans le temps comme sacrement de salut. Le théandrisme, qui en fait une continuation mystérique du Christ, ne se discute pas ; ses propriétés constitutives (unité, sainteté, catholicité et apostolicité) non plus, ni même sa structure et son service ; mais tout cela reste à l’intérieur d’une réalité de ce monde qui, en tant que telle, a la charge d’être le médiateur sacramentel de la présence divine. Restant une réalité de ce monde, elle exclut par définition l’absolu.

 

            Et cela à tel point qu’elle s’identifie dans sa Tradition, de laquelle elle puise la continuité avec elle-même, à laquelle elle doit son souffle vital, et par laquelle elle est assurée que son « hier » devient toujours son « aujourd’hui » pour préparer son « demain ». La Tradition donc, lui donne le mouvement intérieur qui la pousse vers le futur, en sauvegardant son présent et son passé. Mais la Tradition elle-même n’est pas un absolu: elle a commencé avec l’Eglise, elle finira avec elle. Seul Dieu demeure.

 

            L’Eglise exerce un véritable contrôle sur la Tradition: un discernement qui distingue l’authentique du non authentique. Elle le fait avec un instrument, auquel « le charisme de vérité » ne fait pas défaut, pourvu qu’il ne se laisse pas prendre la main par la tentation de l’absolu. Cet instrument c’est le Magistère, dont sont titulaires le Pape, en tant que successeur du premier Pape (l’apôtre saint Pierre) sur la chaire romaine ; et les évêques en tant que successeurs des Douze dans le ministère ou service de l’Eglise, partout où ils en sont l’expression locale. Rappeler les distinctions du Magistère – solennel, s’il est du Concile œcuménique ou du Pape, quand l’un ou l’autre définit des vérités de foi ou de morale ; ordinaire, s’il est du Pape dans son activité spécifique, ou des évêques dans leur ensemble et en communion avec le Pape – est chose superflue ; bien plus important est de préciser dans quelles limites « le charisme de la vérité » est garanti au Magistère.

 

            Il faut dire avant tout que le Magistère n’est pas une super-église qui imposerait ses jugements et ses comportements à l’Eglise elle-même, ni une caste privilégiée au-dessus du peuple de Dieu, une sorte de pouvoir fort auquel on aurait le devoir d’obéir et un point c’est tout. C’est un service, une diakonìa, mais c’est aussi une charge à accomplir, un munus, le munus docendi, qui ne peut ni ne doit prendre le pas sur l’Eglise, de laquelle il naît et pour laquelle il œuvre. Du point de vue subjectif, il coïncide avec l’Eglise enseignante (le Pape et les évêques qui lui sont unis), en tant que celle-ci propose officiellement la Foi. Du point de vue opératif, il est l’instrument par lequel cette fonction est accomplie.

 

            Trop souvent cependant, on fait de l’instrument une valeur en soi, indépendante, et on fait appel à lui pour trancher toute discussion dès sa naissance, comme s’il était au-dessus de l’Eglise et comme s’il n’y avait pas devant lui le poids énorme de la Tradition à accueillir interpréter et retransmettre dans son intégrité et sa fidélité. C’est précisément là qu’apparaissent avec évidence les limites qui le sauvegardent de l’éléphantiasis et de la tentation absolutiste.

 

Il n’y a pas lieu de s’arrêter sur la première de ces limites, la succession apostolique. Il ne devrait être difficile pour personne d’en démontrer au cas par cas la légitimité, et donc la succession dans la possession du charisme propre aux Apôtres qui en découle. Il faut par contre dire quelques mots sur la deuxième, c'est-à-dire sur l’assistance du Saint-Esprit. Le procédé expéditif aujourd’hui établi est plus ou moins le suivant : le Christ a promis aux Apôtres, et donc à leurs successeurs, c'est-à-dire à l’Eglise enseignante, l’envoi du Saint-Esprit et son assistance pour un exercice du munus docendi dans la vérité ; l’erreur serait ainsi évitée dès le départ. Certes le Christ a fait une telle promesse, mais il a aussi indiqué les conditions de son accomplissement. Or ce qui se passe, c’est que dans cette manière de se réclamer de la promesse on entrevoit une grave adultération de celle-ci : ou on ne rapporte pas les paroles du Christ, ou dans le cas où elles seraient citées on ne leur donne pas la signification qu’elles ont. Voyons de quoi il s’agit.

 

            La promesse est relatée surtout par deux textes du quatrième évangéliste: Jo 14,16.26 et 16,13-14. Déjà dans le premier, l’une des limites que nous avons mentionnées ressort avec une extrême clarté: Jésus en effet ne s’arrête pas à la promesse de “L’Esprit de la vérité” – que l’on remarque cet italique, dû à l’article « spécificatif » thV, que plus haut et plus bas on continue à traduire « de », comme si la vérité était un attribut optionnel du Saint-Esprit, alors que c’est Lui qui la personnifie –, mais Il en annonce la fonction : ramener à la mémoire tout ce que Lui, Jésus, avait enseigné avant. Il s’agit donc d’une assistance conservative de la vérité révélée, et non pas d’une intégration en elle de vérités autres ou différentes de celles qui furent révélées, ni de vérités présumées telles.

 

            Le second des deux textes de S. Jean, en confirmant le premier, descend à des précisions ultérieures : l’Esprit-Saint en effet, “vous conduira à la vérité toute entière” ; même aux  vérités dont Jésus  ne parle pas en ce moment, parce qu’elles sont encore hors de portée des siens (16,12). En faisant cela, l’Esprit “ne parlera pas de lui-même, mais il redira tout ce qu’il a entendu […] il reprendra ce qui vient de moi et il vous le communiquera”. Il n’y aura donc pas d’autres révélations. L’unique Révélation se clôt avec ceux auxquels Jésus est en train de parler à ce moment-là. Ses paroles se présentent avec une signification univoque, qui regarde l’enseignement imparti par lui et seulement cet enseignement. Ce langage, n’est ni crypté ni chiffré, mais limpide comme le soleil. On pourrait soulever une objection sur la perspective d’apparente nouveauté en relation à ce dont Jésus ne parle pas maintenant, et qui sera annoncé par l’Esprit-Saint, mais la délimitation de son assistance à une action de guide vers la possession de toute la vérité révélée par le Christ exclut toute nouveauté substantielle. Si des nouveautés doivent émerger, il s’agira de significations nouvelles et non de vérités nouvelles ; d’où le très juste “eodem sensu eademque sententia” de S. Vincent de Lérins. Bref, la prétention d’accrocher à l’assistance du Saint-Esprit n’importe quel bruit, je veux dire n’importe quelle nouveauté, et spécialement celles qui veulent redimensionner l’Eglise aux mesures de la culture dominante et de la soi-disant dignité de la personne humaine, non seulement une telle prétention est un bouleversement structurel de l’Eglise elle-même, mais elle est aussi un formidable rejet des textes indiqués plus haut.

 

            Et ce n’est pas tout. La limite de l’intervention magistérielle est aussi dans sa formulation technique même. Pour qu’elle soit vraiment magistérielle, en sens définitoire ou non, il faut que l’intervention recoure à un formulaire désormais consacré, duquel émerge sans aucune incertitude la volonté de parler en tant que « Pasteur et Docteur de tous les chrétiens en matière de Foi et de Morale, en vertu de son Autorité apostolique » si celui qui parle est le Pape ; ou qu’émerge avec pareille certitude, de la part d’un Concile œcuménique par exemple, à travers les formules habituelles de l’assertion dogmatique, la volonté des Pères conciliaires de lier la Foi chrétienne avec la Révélation divine et sa transmission ininterrompue. En absence de telles prémisses, on ne pourra parler de Magistère qu’au sens large: chaque parole du Pape, écrite ou prononcée, n’est pas forcément du Magistère ; et il faut en dire autant des Conciles œcuméniques, parmi lesquels un bon nombre ne parlèrent pas du dogme, ou n’en parlèrent pas exclusivement ; parfois même certains greffèrent le dogme dans un contexte de diatribes internes et de litiges personnels ou de partis, et une prétention magistérielle à l’intérieur d’un pareil contexte serait absurde. Encore à présent un Concile d’indiscutable importance dogmatico-christologique comme le fut celui de Chalcédoine, qui a dépensé la plupart de son temps dans une honteuse lutte de personnalisme, de préséances, de dépositions et de réhabilitations, suscite une impression nettement négative; ce n’est pas en cela que Chalcédoine est un dogme. De même que la parole du Pape n’en est pas un, quand il déclare de manière privée que « Paul n’entendait pas l’Eglise comme institution, comme organisation, mais comme organisme vivant, dans lequel tous opèrent l’un pour l’autre et l’un avec l’autre , en étant tous unis à partir du Christ » ; c’est exactement le contraire qui est vrai, et l’on sait que la première forme institutionnelle, justement pour favoriser l’organisme vivant, a été structurée par Paul de façon pyramidale ; l’apôtre au sommet, et après les episcopoi-presbuteroi, les hgoumenoi, les proistamenoi, les nouqetounteV, les diakonoi: il s’agit de distinctions de charges et d’offices non encore exactement définis, mais elles sont déjà les distinctions d’un organisme institutionnalisé. Même en ce cas, que cela soit bien clair, l’attitude du chrétien est celle du respect et, au moins en ligne de principe, de l’adhésion. Mais si  la conscience d’un croyant ne peut pas donner son adhésion à l’affirmation exposée ci-dessus, cela ne comporte pas une rébellion contre le Pape ou une négation de son Magistère : cela signifie seulement que cette affirmation n’est pas du Magistère.

 

            En conclusion revenons maintenant à Vatican II pour nous prononcer si possible de manière définitive sur son appartenance ou non à la Tradition et sur sa qualité magistérielle. Sur cette dernière la question ne se pose pas, et ces laudatores qui ne se fatiguent jamais depuis cinquante ans de soutenir l’identité magistérielle de Vatican II, perdent leur temps et font perdre le leur aux autres : personne ne le nie. Cependant vues leurs exubérances acritiques, un problème se pose quant à la qualité : de quel Magistère s’agit-il? L’article de “L’ Osservatore Romano” que j’ai cité plus haut, parle de Magistère doctrinal: et qui l’a jamais nié? Même une affirmation purement pastorale peut être doctrinale, dans le sens où elle appartient à une doctrine donnée. Mais celui qui dirait doctrinale dans le sens de dogmatique, se tromperait : aucun dogme n’est à l’actif de Vatican II, lequel s’il a une valeur dogmatique, ne l’a que par mode de reflet, là où il se réfère à des dogmes précédemment définis. Bref le magistère de Vatican II, comme on le dit et le redit à tous ceux qui ont des oreilles pour entendre, est un Magistère solennel et suprême. Plus problématique est sa continuité avec la Tradition : non qu’il ne l’ait pas affirmée ; mais parce que, surtout dans les points clés où il était nécessaire qu’une telle continuité fût évidente, cette assertion est restée sans démonstration.

 

(traduction française Yvain Cartier)

 

Source: http://disputationes.over-blog.com/article-mgr-gherardini-sur-l-importance-et-les-limites-du-magistere-authentique-91627919.html

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 22:06

Dans un entretien à Dici.org, le Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X, Mgr Bernard Fellay, expose l'avancement des discussions Rome-FSSPX sur le préambule doctrinal que le cardinal Levada lui remit le 14 septembre dernier et entouré d'un secret aussi bien de la part de la Congration de la foi que de la Fraternité Saint-Pie X.

 

"Du côté de Rome, explique Mgr Bernard Fellay, la discrétion s’impose aussi, car ce texte – même en l’état actuel qui nécessite de nombreux éclaircissements – risque fort de susciter l’opposition des progressistes qui n’admettent pas la simple idée d’une discussion sur le Concile (NdCR. Vatican II) , parce qu’ils considèrent que ce concile pastoral est indiscutable ou « non-négociable », comme s’il s’agissait d’un concile dogmatique.

...

Ces entretiens ont permis à nos théologiens d’exposer sans détours les points principaux du Concile qui font difficulté à la lumière de la Tradition de l’Eglise. Parallèlement et peut-être grâce à ces entretiens théologiques, pendant ces deux dernières années, d’autres voix que les nôtres se sont fait entendre, formulant des critiques qui rejoignent les nôtres sur le Concile. Ainsi Mgr Brunero Gherardini, dans son ouvrage Vatican II, le débat qui n’a pas eu lieu, a insisté sur les différents degrés d’autorité des documents conciliaires et sur le « contre-esprit » qui s’est glissé dans le concile Vatican II dès le début. Egalement Mgr Athanasius Schneider a eu le courage de demander, lors d’un congrès à Rome fin 2010, un Syllabus condamnant les erreurs d’interprétation du Concile. Dans le même esprit, l’historien Roberto de Mattei a bien montré les influences contraires exercées sur le Concile, dans son dernier livre Vatican II, une histoire jamais écrite. Il faudrait citer aussi la Supplique adressée à Benoît XVI par ces intellectuels catholiques italiens qui réclament un examen approfondi du Concile.

Toutes ces initiatives, toutes ces interventions manifestent clairement que la Fraternité Saint-Pie X n’est plus seule à voir les problèmes doctrinaux que pose Vatican II. Ce mouvement s’étend et il ne s’arrêtera plus.

 

...

 

L’opposition des évêques

Mais même si la Fraternité Saint-Pie X obtenait de Rome un statut canonique, elle ne pourrait malgré tout offrir aucune solution sur le terrain, car les évêques s’y opposeraient, comme ils l’ont fait pour le Motu Proprio sur la messe traditionnelle.

Cette opposition des évêques vis-à-vis de Rome s’est exprimée de façon sourde mais efficace à l’égard du Motu Proprio sur la messe tridentine, et elle continue de se manifester obstinément de la part de certains évêques à propos du pro multis du canon de la messe, que Benoît XVI, conformément à la doctrine catholique, veut voir traduit par « pour beaucoup » et non plus par « pour tous », comme dans la plupart des liturgies en langue vernaculaire. En effet, certaines conférences épiscopales persistent à maintenir cette traduction fausse, encore tout récemment en Italie.

Ainsi le pape lui-même fait l’expérience de cette dissidence de plusieurs conférences épiscopales, sur ce sujet et sur beaucoup d’autres, ce qui peut lui permettre de comprendre aisément l’opposition farouche que la Fraternité Saint-Pie X rencontrera indubitablement de la part des évêques dans leurs diocèses. On dit Benoît XVI personnellement désireux d’une solution canonique ; il lui faudra aussi vouloir prendre les moyens qui la rendront réellement efficace.

 

Menzingen, le 28 novembre 2011

(Source : FSSPX/MG – DICI du 28/11/11)"

 

Source: http://www.dici.org/actualites/entretien-avec-mgr-bernard-fellay-superieur-general-de-la-fraternite-saint-pie-x-la-fraternite-saint-pie-x-et-le-preambule-doctrinal/

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 19:01

Selon Enrico Morini, professeur d’Histoire du christianisme et des Eglises à l’Université de Bologne, le Concile Vatican II s’est mis « dans la perspective de la continuité la plus absolue avec la tradition du premier millénaire, selon une "périodisation" qui n’est pas purement mathématique mais qui porte sur le fond des choses, le premier millénaire d’histoire de l’Eglise étant celui de l’Eglise des sept Conciles, de l’Eglise encore indivise […]. En promouvant le renouvellement de l’Eglise le Concile [Vatican II] n’a pas cherché à introduire quelque chose de nouveau – comme le désirent et le craignent respectivement les progressistes et les conservateurs – mais à retourner à ce qui s’est perdu. »

Source: http://www.proliturgia.org/

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Question de Christroi : Si pour se rapprocher de la tradition du premier millénaire, on s'éloigne de la tradition du second, comment expliquer mille ans d'errance de la tradition du second ? 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 22:59

Le Pape Benoît XVI a annoncé la tenue d’une « Année de la Foi » qui débutera le 11 octobre 2012 – 50e anniversaire de l’ouverture du concile œcuménique Vatican II – et qui s’achèvera le 24 novembre 2013, solennité du Christ Roi de l’Univers. (Voir notre étude sur la page « articles de fond ».)
Les motivations, les finalités et les lignes directrices de cette « Année de la Foi » ont été exposées une Lettre Apostolique qui vient d'être publiée (http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/motu_proprio/documents/hf_ben-xvi_motu-proprio_20111011_porta-fidei_fr.html
) et dans laquelle le Souverain Pontife déclare :

 

"Il est nécessaire [que les documents conciliaires] soient lus de manière appropriée, qu’ils soient connus et assimilés, comme des textes qualifiés et normatifs du Magistère, à l’intérieur de la Tradition de l’Eglise… Je sens plus que jamais le devoir d’indiquer le Concile comme la grande grâce dont l’Eglise a bénéficié au vingtième siècle : il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence. (...) J’entends redire avec force [comme l'a fait le Bx Jean-Paul II] tout ce que j’ai eu à dire à propos du Concile quelques mois après mon élection comme Successeur de Pierre : « Si nous le lisons et le recevons guidés par une juste herméneutique, il peut être et devenir toujours davantage une grande force pour le renouveau, toujours nécessaire, de l’Eglise ». "

 

Source: http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/motu_proprio/documents/hf_ben-xvi_motu-proprio_20111011_porta-fidei_fr.html via http://proliturgia.pagesperso-orange.fr/styled-5/debut.htm

 

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 13:58

Dans une dépêche intitulée "Intégristes: les propositions du Vatican", Le Figaro rapporte que le Saint-Siège a proposé aujourd'hui, en la fête de la Croix glorieuse, à la Fraternité intégriste Saint-Pie X un document "doctrinal" à accepter rapidement, afin d'aboutir à une "une "réconciliation éventuelle et souhaitée" avec Rome, selon le communiqué.

La rencontre de deux heures et demie a eu lieu à huis clos au Vatican entre Mgr Bernard Fellay, le supérieur de la Fraternité, et le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans un "climat cordial et correct", a dit le père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège.

Une "prélature personnelle" pourrait être créée, de préférence à un "ordinariat" proposé en 2009 aux Anglicans dissidents, a expliqué le père Lombardi. Mgr Fellay n'a en revanche pas rencontré le pape qui donnait l'audience générale hebdomadaire à proximité du lieu de la réunion, a-t-il précisé. (1)

Une prélature personnelle, contrairement à l'ordinariat, a suggéré le Père Lombardi, réfère directement au Pape et non aux évêques locaux. (2)

 

Le site d'informations du Saint-Siège rapporte que "compte tenu des préoccupations et des instances présentées par la Fraternité sacerdotale saint Pie X à propos du respect de l’intégrité de la foi catholique face à l’herméneutique de la rupture du Concile Vatican II à l’égard de la Tradition – herméneutique mentionnée par le Pape Benoît XVI dans son Discours à la Curie romaine en date du 22 décembre 2005 –, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi prend pour base fondamentale de la pleine réconciliation avec le Siège apostolique l’acceptation du Préambule doctrinal qui a été remis au cours de la rencontre du 14 septembre 2011. Ce préambule énonce certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l’Église et au sentire cum Ecclesia, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du Concile Vatican II et du Magistère qui a suivi. Au cours de la même réunion ont été proposés quelques éléments en vue d’une solution canonique pour la Fraternité sacerdotale saint Pie X, qui suivrait la réconciliation éventuelle et espérée." (3)

 

Sources:

 

(1) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/09/14/97001-20110914FILWWW00565-integristes-les-propositions-du-vatican.php

(2) http://www.lefigaro.fr/international/2011/09/14/01003-20110914ARTFIG00582-rome-tend-la-main-aux-integristes.php

(3) http://press.catholica.va/news_services/bulletin/news/28010.php?index=28010&lang=fr#TESTO%20IN%20LINGUA%20FRANCESE

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Rendons grâce à Dieu et continuons de prier pour le succès des discussions doctrinales Rome-FSSPX.



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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 08:24

Cinq années se sont écoulées depuis la fondation de l’Institut du Bon-Pasteur. Pour les amateurs de chiffres, la jeune communauté internationale compte à ce jour 25 prêtres – le plus récent ordonné à St Eloi le 25 juin par SE le cardinal Castrillon-Hoyos – et autant de séminaristes venus de divers pays (France, Brésil, Pologne, Italie…) qui reçoivent leur formation à Courtalain, dans le diocèse de Chartres.

Sans détours, comme à son habitude, M. l’abbé Philippe Laguérie a bien voulu répondre à quelques questions sur la position théologique et liturgique de l’Institut du Bon-Pasteur et sur sa situation présente dans le paysage ecclésial.


  56 Ordinations30

  Ordinations à Saint-Eloi par S. Em. le card. Castrillon Hoyos, le 25 juin 2011

 

Disputationes Theologicae : Monsieur l’abbé, deux des piliers de votre Institut approuvé par le Saint Siège en 2006 sont bien connus : usage exclusif des livres liturgiques de 1962  (Statuts et Décret d’érection), engagement à l’étude critique constructive des points de doctrine qui, dans le texte du concile Vatican II ou dans la liturgie, paraissent difficilement conciliables avec la Tradition (Acte d’adhésion des premiers membres). Cinq ans après, Rome a édicté des précisions magistérielles et juridiques : votre position a-t-elle évoluée ? 

Abbé Philippe Laguérie : Notre position théologique et liturgique fondamentale approuvée par le Saint-Siège en 2006 n’a pas changé depuis notre fondation, fort heureusement. Mais elle a dû prendre en compte, bien sûr, toutes les précisions magistérielles romaines postérieures, avec la joie que vous savez. Tant, sur le plan générique, du discours du pape du 25 décembre 2005 devant la Curie que, sur le plan spécifique, par exemple, de la déclaration du 16 juillet 2007 (l’herméneutique du « Subsistit in ») que j’ai saluée avec enthousiasme (cf. mon blog, blog.institutdubonpasteur.org, 25/07/2007). Quant à la loi liturgique, nous avons reçu comme une bénédiction pour l’Eglise le Motu Proprio du 7 juillet 2007, que vient renforcer l’Instruction Universae Ecclesiae du 13 mai 2011.

 

Disp. Th. : Comment donc recevez-vous aujourd’hui le concile Vatican II ?

Ab. Ph. L. : C’est simple : nous recevons le texte de tous les conciles, et notamment du concile Vatican II, selon les normes définies par l’Eglise. Les théologiens savent quelles sont ces normes, rappelées dans Lumen Gentium n° 25, et ce qu’elles signifient[1].


Disp. Th. : Pouvez-vous expliciter ces « normes » ?

Ab. Ph. L. : L’IBP reçoit fidèlement les normes du Magistère de l’Eglise. Elles sont traditionnelles. Pour simplifier, l’adhésion à un document du Magistère, même non infaillible, venant de l’autorité suprême, suppose non seulement le respect qui lui est dû, mais requière en outre une herméneutique de conformité avec la Tradition quant à son interprétation. Cette adhésion due recouvre, par nature, des degrés d’assentiment variable, selon la forme revêtue par le Magistère : définitions infaillibles ou non, magistère ordinaire universel ou non, magistère solennel ou non, etc. ; ou pour résumer, selon que l’Eglise veut obliger ou non tous les fidèles à un assentiment ou une obéissance de foi. Pour Vatican II, on sait qu’il s’agit d’un concile pastoral non contraignant pour la foi (sauf sur les points antérieurement définis), dont la réception authentique est encore en cours ou à venir, comme l’a si bien exprimé S. E. le cardinal Ricard à Lourdes en 2006.

 

Disp. Th. : N’y a-t-il pas une difficulté, si recevoir le concile, c’est donner son adhésion à un texte dont le sens authentique n’est pas encore fixé ?

C’est en effet la difficulté à laquelle le pape ouvre une voie de résolution. Le sens (certifié par Rome en  conformité avec la Tradition) de l’ensemble des textes n’est pas encore totalement connu, car il n’a pas été déterminé en chaque point par l’Autorité Suprême ; la réception du sens authentique du concile reste par conséquent, elle aussi, en suspend sur ces points non élucidés qui ont paru induire une rupture. C’est ce que signifie : « La réception authentique est encore à venir ». Une liberté respectueuse est  donc laissée pour interroger de façon critique et non polémique le texte de ce magistère nouveau, voire en proposer une reformulation en continuité avec la Tradition. C’est ce qu’a fait le Saint-Père dans la déclaration précitée (signée du cardinal Lévada) sur le fameux « subsistit in » de Lumen Gentium ch. I, §8. Il n’est plus permis à un catholique de penser que cette expression ne désigne pas l’être et même la permanence dans l’être entre l’Eglise du Christ et l’Eglise Catholique. Et par notre acte d’adhésion fondateur, nous nous sommes engagés, bien modestement mais résolument à travailler dans ce sens.

 

Disp. Th. : Quelle est votre position quant à « l’herméneutique de rupture » des textes conciliaires, blâmée par le discours du Saint Père du 22 décembre 2005 ?

Ab. Ph. L. : Comme l’ont dit et publié à l’époque plusieurs d’entre nous, conformément à ce discours de Benoît XVI à la Curie (22/12/2005), nous rejetons fermement, à propos des textes du concile Vatican II, « l’herméneutique de la rupture » et le faux « esprit du concile ». Ces postures dialectiques ont majoré l’importance et l’autorité du concile, comme un « super dogme » qui serait « Plus important que celui de Nicée » qui définit l’identité de nature entre le Père et le Fils, autrement dit la divinité du Christ ! Elles ont causé des dégâts considérables dans de grandes parties de l’Eglise, avec des interprétations théologiques (faux dialogue interreligieux, refondation de l’Eglise du concile, fausse ecclésiologie, fausse collégialité, fausses théologies de la célébration, de la libération, de la liberté religieuse, etc.) contraires au Magistère et à l’orthodoxie. Avec parfois des réactions symétriques chez les plus ardents défenseurs de l’orthodoxie… Le chapitre 1 de « Lumen Gentium » est composé pour deux-tiers de citations du Nouveau Testament ! Dans sa foi, chaque théologien, chaque fidèle a le droit et le devoir de lire paisiblement dans la « continuité » de la Tradition les textes magistériels de l’autorité suprême, ceux du passé comme ceux à venir. C’est la grande libération du fameux 22 décembre 2005…

 

Disp. Th. : Qu’est-ce que ce discours de Benoît XVI vous inspire ? A-t-il modifié votre position sur Vatican II ?

Ab. Ph. L. : Ce texte libérateur du Pape Benoît XVI est un discours de réforme audacieuse, qui ramène  le texte du concile et son avenir à leurs justes proportions théologiques. Il est antérieur à notre fondation et  n’a donc en rien changé la position de notre Institut. C’est plutôt notre Institut qui s’est appuyé sur ce texte magistral. Au fond, le Saint Père invite les théologiens et tous les fidèles à repenser leur attitude par rapport au texte de Vatican II : d’un côté, à ne plus en faire le texte fondateur d’une nouvelle église. Mais pas davantage à en faire un prétexte de rejet global, polémique et systématique, qui serait en rupture avec l’autorité du Saint Père. Personne ne peut nier ou rejeter ce texte : il est là, historique, magistériel. Tant que le sens conforme à la Tradition n’est pas donné d’en haut en tous points, ce concile reste, certes, un texte du Magistère à recevoir, mais sujet à tant d’interrogations interprétatives qu’il est prudent de ne le recevoir qu’au rythme de l’interprétation authentique. Voilà 45 ans que les théologiens les plus divers proposent des interprétations possibles et contradictoires du sens de « Dignitatis Humanae »  sur la liberté religieuse. Idem pour « l’Unité spirituelle du genre humain » souvent citée et jamais définie. Etc.…

 

Disp. Th. : Où vous situez-vous exactement entre ces deux postures symétriques ?

Ab. Ph. L. : Je m’efforce de voir les choses d’un peu plus haut, à l’invitation du Saint-Père. Le « mérite », si l’on peut dire, de l’évènement Vatican II me paraît celui-ci : poser aujourd’hui, avec le recul du temps, les problématiques essentielles de la modernité à la foi traditionnelle, (Même si ces problématiques sont parfois complètement obsolètes : le Net n’existait pas en 1962 et la mondialisation donnée comme inéluctable facteur de paix sur les § 83 à 90 de « Lumen Gentium » a carrément échoué !) Comme disait S.E. le Cardinal Ricard à Lourdes (Cf. sup) « Il faut relire (Vatican II) à nouveaux frais et en retenir ce qui peut l’être ». Il y a du pain sur la planche. Mais attention, le texte touche parfois aux dogmes de l’Eglise, comme en témoignent les trois premières encycliques du Pape Jean-Paul II. Par l’interprétation authentique, par « L’herméneutique de réforme » du texte, qu’il s’agit de relire désormais dans la continuité avec la Tradition, le concile est remis à sa place théologique : non plus un super dogme, mais un texte magistériel composite, rappelant ici la tradition, ouvrant là un espace de recherche, n’obligeant jamais la foi (hormis les points déjà définis) ; mais présentant de sérieuses difficultés d’interprétation : dépassé en certaines parties, soumis sur d’autres à des interrogations critiques fondamentales, ou qui induisent, par les ambiguïtés du texte, des ruptures herméneutiques béantes ; mais qui ouvrent par là même des problématiques passionnantes au Magistère futur. Pour conclure sur ce point, « l’herméneutique de continuité ou de réforme », qui consiste à rechercher un sens au texte en conformité avec la Tradition, vise à réformer, sinon le texte, en tout cas son interprétation et par là même son sens, son importance et sa réception.


cardinaux saint éloi

 


Disp. Th. : Sur la question liturgique, comment votre Institut a-t-il reçu l’Instruction Universae Ecclesiae du 13 mai 2007 ?

Ab. Ph. L. : Nous recevons cette Instruction du cardinal Levada comme un document de droit liturgique positif. Il vient à point nommé, pour confirmer, préciser et faire appliquer la loi liturgique universelle posée par le Motu Proprio Summorum Pontificum, rétablissant le droit – jamais abrogé légitimement – du missel de Jean XXIII. C’est un bon document dont nous voyons déjà quelques fruits concernant l’IBP : en France, des évêques nous ont confié sans difficulté deux missions, et ont accepté une nouvelle implantation dans leur diocèse depuis cette Instruction. Alors qu’auparavant, tout semblait plus difficile.

 

Disp. Th. : Concernant le paragraphe 19 de cette instruction, l’encre a coulé dans la presse (par ex. La Croix) : certains ont voulu y voir une semonce contre certaines communautés traditionnelles…

Ab. Ph. L. : Ces gens feraient bien de relire d’abord le §2 et le §3 de l’Instruction, qui cite le Motu Proprio : « chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement sur la doctrine de la foi et sur les signes sacramentels, mais aussi sur les usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue ». Cette Instruction entend rappeler que la communion des églises locales suppose l’obéissance à la loi liturgique universelle édictée par Rome, et donc au Motu proprio, justement, que beaucoup rechignent à appliquer.

 

Disp. Th. : Mais n’êtes-vous pas concerné par ce paragraphe 19 ?

Ab. Ph. L. : Tout comme l’ensemble de l’Instruction Universae Ecclesiae, ce paragraphe 19 ne pose aucune difficulté. Supposer d’ailleurs qu’il concerne l’I.B.P. alors qu’il vise d’autres communautés serait une galéjade. Dois-je vous le citer ? « Que les fidèles du Christ qui réclament la célébration selon la forme extraordinaire ne prêtent pas leur concours ou ne donnent pas leur nom aux associations qui attaquent (Impugnent) la validité ou légitimité du Saint-Sacrifice de la messe selon la forme ordinaire, ou encore ne soient hostiles (Sint infensae), de quelque manière, au Souverain Pontife Romain, Pasteur de l’Eglise Universelle ». Puisqu’il s’agit du droit liturgique universel en vigueur, l’IBP atteste la validité théologique et la légitimité canonique des célébrations de la messe et des sacrements dans la "forme ordinaire", conformément à ce paragraphe 19. Ce paragraphe ne porte pas non plus atteinte à notre acte d’adhésion fondateur, qui nous engage encore, de façon constructive, dans le nouveau mouvement liturgique, en vue d’enrichissements possibles du missel de Paul VI souhaités par Benoît XVI lui-même, suivi par un cardinal Burke ou un Mgr Bux.

 

Disp. Th. : Pourquoi alors ne pas célébrer la "forme ordinaire" ?

Ab. Ph. L. : Si on les reçoit dans l’esprit de l’Eglise, à la lumière du Droit Canon et du Motu Proprio Summorum Pontificum, nos constitutions approuvées par Rome sont très claires. Le décret d’érection de l’Institut du Bon-Pasteur confère à ses membres « le droit de célébrer vraiment comme leur rite propre la Sainte Liturgie en usant des livres liturgiques codifiés par le Bx Jean XXIII en 1962 » (ibidem ; cf. Statuts de l’IBP, Ar.1 §2). Ce droit propre de l’IBP implique l’observance du canon 846 §2 : « Le ministre célèbrera les sacrements selon son rite propre ». Cette disposition générale englobe le missel, le rituel et le pontifical de 1962, ainsi que le bréviaire (Décret d’érection ; Statuts, art.1 §2 ; confirmé par Universae Ecclesiae, §35 ; §§28-32). Ainsi, le charisme propre de l’Institut du Bon-Pasteur garantit concrètement pour ses membres la liberté et le droit d’adhérer à la "forme extraordinaire", qui sont offerts à l’Eglise entière par le Motu Proprio. Et puisque « la forme extraordinaire doit être conservée avec l’honneur qui lui est due » (Universae Ecclesiae, §6), puisque qu’encore le Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI certifie la légitimité du missel de 1962 « jamais abrogé », ce droit propre pour l’IBP est légitime.

  hoyos-laguérie-aulagnier

 

Disp.Th. : Quel est alors votre contact avec les célébrations dans la "forme ordinaire" ? 

Ab. Ph. L. : De par son charisme propre, les membres de l’IBP célèbrent la liturgie ou y assistent selon l’usage de la "forme extraordinaire". Par rapport à l’assistance selon la "forme ordinaire", notre Institut est soumis au Droit Canon et au Motu Proprio – en tenant compte de la lettre et de l’esprit de nos statuts – et se contente d’en exiger l’observance. Les membres de l’IBP ont donc la liberté d’agir selon la loi générale étant saufs le droit propre (Décret d’érection et CIC c. 846) et la fidélité au caractère propre de l’Institut (CIC c. 578). Dans les diocèses où ils sont missionnés, il est pour eux notamment convenable, selon les exigences démontrées du bien commun, d'accepter les invitations des évêques à être présent aux moments significatifs de la vie du diocèse, par exemple les messes d’ordinations et chrismales qui réunissent autour de son évêque le presbyterium de l’église locale, mais aussi tel pèlerinage, des débats théologiques sur des problèmes actuels…, et surtout des agapes fraternelles entre prêtres ! L’Institut ne « réglemente » en rien au-delà de ses statuts, du droit de l’Eglise et de son Magistère, tout simplement parce qu’il est une œuvre d’Eglise. Fort heureusement d’ailleurs, puisque « l’Esprit vivifie et la lettre tue ». La fidélité à l’Eglise est aussi une question d’esprit. Le pape Benoît XVI a rendu à tous cette « glorieuse liberté des enfants de Dieu », cette « faculté de se mouvoir dans le bien », comme l’appelait le pape Léon XIII.

 

Disp.Th. : Merci pour cet entretien, M. l’abbé.  Une question supplémentaire : quelles sont vos perspectives pour l’Institut ?

Ab. Ph. L. : Au plan concret, les projets en cours exigent, de soi, la plus grande discrétion. En attendant de pouvoir vous en dire plus, Je puis seulement vous annoncer l’installation prochaine d’une maison générale formée. Au cœur de l’Eglise, les services sont variés et il n’en est pas de petit. De la paroisse personnelle à l’aumônerie de malades, en passant par les écoles, les simples missions paroissiales ou les remplacements de confrères…, l’Institut du Bon-Pasteur s’y engage volontiers, selon ses possibilités et se développe humblement, mais sûrement.

 

Disp.Th. : Observez-vous une évolution du contexte ?

Ab. Ph. L. : Les choses évoluent de façon évidente, trop lentement ou trop vite selon les points de vue. Peu importe, « ça tourne », comme disait Galilée de la terre, que d’aucuns avaient arrêtée à leur guise. L’abondance de la moisson, les contacts personnels qui se multiplient, l’écoute nouvelle des évêques qui répondent à la demande, les avancées romaines (en particulier le document Universae Ecclesiae qui établit la Commission Ecclésia Dei comme « juge »  de l’application du Motu Proprio)… Tout concourt à une mutation des esprits et des cœurs qui ouvre le champ à la liturgie traditionnelle, via les « Instituts spécialisés » (comme les appelaient le Cardinal Castrillon-Hoyos), qu’on le veuille ou non. Les années 70 sont bien mortes et les années 90 s’en vont aussi…

 

Disp.Th. : Et les obstacles, les difficultés ? 

Ab. Ph. L. : J’en profite pour rectifier une erreur aussi répandue que funeste. On veut croire que les réticences à notre égard (qui proviennent surtout des inévitables tiraillements internes de notre fondation et non point du positionnement doctrinal de l’Institut, au contraire, comme me le rappelait Mgr Pozzo il y a quelques jours), me mettraient dans l’embarras pour placer des prêtres que nous aurions en surnombre. C’est complètement faux ! Aucun de nous n’est au chômage, je vous prie de le croire et, à la vérité, je ne puis pourvoir à toutes les nécessités, à l’étranger comme en France. La formation sacerdotale, prunelle de nos yeux, et œuvre silencieuse de longue portée, suppose un investissement de nombreux prêtres professeurs  à plein temps (actuellement quatre résidents pour six années d’études). Je reporte des missions, bien malgré moi, pour des prêtres qu’on me demande. Nous serions deux fois plus nombreux que la tâche ne manquerait point.

 

Disp.Th. : M. l’abbé, merci, un mot pour la fin ?

Ab. Ph. L. : Si l’urgence reste de former de bons prêtres, alors confions à la Providence le soin de remplir notre séminaire de belles et nombreuses vocations. L’avenir est là, et non de gémir sur les malheurs des temps. L’Institut du Bon-Pasteur est vraiment une œuvre providentielle et, unique en son genre. Impossible sans le discours du 22 décembre 2005 qui la précède de quelques mois, elle anticipe cependant de quelques mois encore sur la restauration liturgique du Motu Proprio. Merci au pape et à l’Eglise de ce cadeau magnifique qui nous place si près du centre de l’histoire et du cœur de l’Eglise…      



[1] Pour le concile, cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium n° 25 ; Cal Periclès Felici, Secrétaire général de ce concile en 1965 ; Code de droit canonique CIC 1983, c. 749, 1-3 ; c. 752 ; Jean-Paul II, Ad Tuendam Fidem, 1998, etc.

 

Source: http://disputationes.over-blog.com/article-entretien-avec-m-l-abbe-philippe-laguerie-moderateur-general-de-l-institut-du-bon-pasteur-80517644.html

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 09:52

Les discussions doctrinales entre Rome et Ecône (Fraternité Sacerdotale Saint Pie X) sont terminées.

 

L'issue, n'est pas connue.

 

Ces conversations ... ont réuni, depuis octobre 2009 et selon la volonté du pape, une commission de théologiens des deux horizons pour dresser un inventaire méticuleux et argumenté des points d'accord et des questions en litige, essentiellement à propos du Concile Vatican II.

 

 Mais cette "phase" de travail, selon plusieurs sources autorisées et concordantes, est considérée comme accomplie. "Les contacts continuent. Nous arrivons probablement à la fin d'une phase de discussions" avait d'ailleurs laissé entendre, le 1er juin dernier, à Libreville (Gabon), Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint Pie X (successeur direct de Mgr Marcel Lefebvre, et l'un des quatre évêques dont Benoît XVI a levé l'excommunication le 21 janvier 2009).

 

Un rapport, document de synthèse de ces discussions, a été rédigé qui constate ... des points de concordances sur l'interprétation à donner aux textes du Concile Vatican II.

 

La seule question est maintenant l'issue de ces conversations. Ou plutôt, comment continuer à gérer ce long divorce, consommé le 30 juin 1988 par l'ordination illicite de quatre évêques par Mgr Marcel Lefebvre.

 

Source: http://blog.lefigaro.fr/religioblog/2011/06/les-discussions-doctrinales-en.html

 

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 15:43

Le blog de Christophe Saint-Placide "Summorum Pontificum" annonce : "Le moment décisif pour la Fraternité Saint Pie-X est imminent : intention de prière pour l’Octave de la Pentecôte". Il s'agit d'une traduction d'un texte en italien publié sur le site Messa in Latino.

Extraits :

 

 Ce matin le célèbre blog Messa in Latino a publié en italien un texte important concernant la Fraternité Saint-Pie X ainsi qu’un appel à la prière qui peut – et devrait – être repris par tous les catholiques et notamment les pèlerins des pèlerinages de la Pentecôte. En voici une proposition de traduction.

 

 Le moment décisif pour la Fraternité Saint Pie-X est imminent : intention de prière pour l’Octave de la Pentecôte

 

Pentecôte 2011 : sur la base des informations que nous avons pu recueillir, tout indique que l’on est arrivé, en ce mois de juin 2011, au moment le plus cruciale pour les rapports entre la FSSPX et Rome depuis le début du pontificat de Benoît XVI.

 

[...] Le Pape va sans doute proposer à Mgr Fellay la constitution d’un Ordinariat, pour régulariser la situation de la FSSPX et de ses communautés alliées, tout en lui laissant la pleine (et indispensable, compte tenu de ce que sont certains épiscopats) autonomie vis-à-vis des évêques diocésains. Des membres d’une communauté Ecclesia Dei ont pu préciser que cette proposition canonique sera faite au cours du présent mois de juin à Mgr Fellay.

 

Source: http://blog.messainlatino.it/2011/06/il-momento-decisivo-per-la-fsspx-e.html traduction via http://www.summorum-pontificum.fr/informations/le-moment-decisif-pour-la-fraternite-saint-pie-x-est-imminent-intention-de-priere-pour-l%e2%80%99octave-de-la-pentecote

 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 21:29

Le Secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, Mgr Pozzo a répondu aux questions des Nouvelles de France dans le cadre d'un entretien sur les intentions de Benoît XVI envers la messe traditionnelle et la Fraternité Saint Pie X. Extraits.

 

Le contenu des discussions qui ont lieu entre Rome et la Fraternité Saint Pie X est secret, mais sur quels points portent-elles et de quelle manière se déroulent-elles ?

Le nœud essentiel est de caractère doctrinal. Pour parvenir à une vraie réconciliation, il faut dépasser certains problèmes doctrinaux qui sont à la base de la fracture actuelle. Dans les colloques en cours, il y a confrontation d’arguments entre les experts choisis par la Fraternité Saint Pie X et les experts choisis par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. A la fin, on rédige des synthèses conclusives qui résument les positions exprimées par les deux parties. Les thèmes discutés sont connus : le primat et la collégialité épiscopale ; le rapport entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes non catholiques ; la liberté religieuse ; le Missel de Paul VI. Au terme des colloques, on soumettra les résultats des discussions aux instances autorisées respectives pour une évaluation d’ensemble.

Il ne semble pas concevable qu’il puisse y avoir une remise en cause du Concile Vatican II. Alors sur quoi peuvent porter ces discussions ? Sur une meilleure compréhension de celui-ci ?

Il s’agit de la clarification de points venant préciser la signification exacte de l’enseignement du Concile. C’est ce que le Saint-Père a commencé à faire le 22 décembre 2005 en comprenant le Concile dans une herméneutique du renouvellement dans la continuité. Toutefois, il y a certaines objections de la Fraternité saint Pie X qui ont du sens, car il y a eu une interprétation de rupture. L’objectif est de montrer qu’il faut interpréter le Concile dans la continuité de la Tradition de l’Église.

 

Source: Entretien exclusif "Nouvelles de France" avec Mgr Pozzo, Secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, http://www.ndf.fr/la-une/08-06-2011/entretien-avec-mgr-pozzo-secretaire-de-la-commission-pontificale-ecclesia-dei

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 13:46

Notre excellent confrère Sandro Magister poursuit ses études sur la réception de Vatican II avec un passionnant débat autour de la question de la liberté religieuse, opposant Dom Basile Valuet (défenseur de la continuité entre Dignitatis humanae et l’enseignement antérieur), Mgr Gherardini et Roberto de Mattei (qui nient cette continuité et contestent l’autorité doctrinale de DH) et le P. Rhonheimer (dont la thèse me semble plus compliquée à comprendre mais qui affirme, si je comprends bien, qu’avec DH, l’Eglise a approfondi son patrimoine traditionnel qui avait été partiellement occulté par l’enseignement des Papes du XIXe siècle).

« Distinguons trois positions différentes concernant la personne humaine (singulière ou collective). Par « erreur », nous entendons bien sûr ce que l’Église catholique déclare être une erreur :
[A] L’homme a la permission morale d’adhérer à l’erreur.
[B] L’homme a le droit d’adhérer à l’erreur.
[C] L’homme a le droit à l’immunité de contrainte extérieure, même s’il est dans l’erreur.
La proposition A, condamnée, bien sûr, de tout temps, en particulier au début du Syllabus, résume l’indifférentisme religieux. — B résume la thèse de la liberté de conscience et des cultes (LCC), condamnée aussi, à la fin du Syllabus. — C résume la doctrine de Vatican II.
A implique B, qui implique C. Mais C n’implique ni B ni A. Les rationalistes tiennent A et B. Le Lamennais de 1831, lui, ne soutenait pas A (ce qu’il fera en 1834), mais B, considérée comme essentielle à la constitution correcte de la société. C’est pour B qu’il fut condamné (infailliblement) par « Mirari vos ».
« Quanta cura », préparée bien avant 1863 pour condamner A et B, ne condamna pas les discours de Malines de Montalembert, lequel ne soutenait pas A, ni même B en théorie, mais estimait cependant dans la pratique devoir s’accommoder d’une société organisée sur B, parce qu’elle rendait possible C. Le Saint-Siège fit expliquer par Curci, en 1863, un an avant « Quanta cura » et le « Syllabus », que cette position d’hypothèse était acceptable. Léon XIII condamna encore A et B ; il affirma comme déjà Pie IX la possibilité de tolérer la situation concrète de B. Mais, 1er pape à avoir distingué la LCC idéologique européenne (B) et la LR pragmatique américaine (C), dans « Longinqua Oceani », en 1895, il déclara que C, situation bonne, n’était pas la meilleure dans l’absolu.
6. Que s’est-il passé ensuite ? L’État moderne dont parle le Saint-Père en 2005 a évolué de la conception de la LCC (B), à une conception autre de la liberté (C). De son côté, le magistère, dès « Libertas », a su distinguer progressivement de B la revendication de C. Et ainsi, le magistère a fini par se retrouver d’accord avec l’État moderne sur la LR (cf. les explications données en « Dignitatis humanae » 1), bien que reste condamnée la LCC (B) condamnée par Pie IX (il n’y a pas de droit à l’erreur), et pas seulement A. Il y a discontinuité sur la liberté dont on parle, non sur la doctrine : nous sommes donc d’accord.
Autre chose de très important a changé aussi : le fait que le droit à la LR (au sens C) ait été reconnu de manière inter-confessionnelle et internationale après la 2e guerre impliquait que l’expansion d’une religion autre que la religion dominante dans une société donnée ne constituait plus ipso facto un danger pour l’ordre public. De ce fait, la nécessité pour l’Église d’avoir un bras séculier chargé de réprimer « ipso facto » l’erreur religieuse n’existait plus. La situation antérieure était moins parfaite. Mais comme le remarque le Prof. Stefano Ceccanti, on pouvait comprendre que l’Église fît appel à un État catholique pour se défendre. La commission de rédaction de « Dignitatis humanae » a précisé que l’exigence, parfois prévue dans les concordats, de réprimer les confessions non catholiques, était due aux circonstances (A.S. III/VIII, 463-464).
Lorsque l’Allemagne et la France étaient en guerre, fait extrêmement déplorable, le droit naturel permettait aux armées de se tirer dessus. Mais dès l’armistice, il devient contraire au droit naturel de se tirer dessus. De Théodose à 1948, on a appliqué entre les confessions religieuses le « droit de la guerre ». Avec la reconnaissance mutuelle du droit à la LR, disparaît le droit « per se » à la coercition du bras séculier. Il me semble que je vous rejoins ici ? « Dignitatis humanae » énonce un principe englobant toutes les situations : là où une erreur religieuse ne nuit pas à l’ordre public juste, l’État n’a pas à la réprimer, mais si elle nuit à l’ordre public juste, l’État peut et parfois doit la réprimer.
7. Les papes du XIXe ont condamné le droit affirmatif (B), et non le droit négatif de Vatican II (C). »

 

Source: http://www.osservatore-vaticano.org/relations-avec-les-etats/retour-a-la-question-de-la-liberte-religieuse

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 22:18

Par Dr. Martin Rhonheimer
Professeur d’Ethique et de Philosophie politique
à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix, Rome

(Nova et .Vetera, no 4, 0ctobre-décembre 2010) 

   
       
 

 

Avec le Concile Vatican II l’Eglise a défini
de façon nouvelle ses rapports
avec le monde moderne : continuité ou rupture ?
Une contribution au débat contemporain sur cette question
[1].

 

Source : http://www.novaetvetera.ch/Art%20Rhonheimer.htm via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=595029

 

Comme on le sait, le 22 décembre 2005, le Pape Benoît XVI s’est exprimé, dans son discours à l’occasion de la présentation des vœux de Noël à la Curie romaine, contre une interprétation largement diffusée de Vatican II, selon laquelle l’Eglise postconciliaire serait une Eglise différente de l’Eglise « préconciliaire ». Benoît XVI qualifie cette interprétation erronée du Concile d’« herméneutique de la discontinuité et de la rupture ».

Cette expression a été reprise avec empressement par les catholiques partisans fidèles du pape. L’idée que le pape ait opposé dans son discours l’herméneutique de la discontinuité à l’herméneutique de la continuité s’est largement répandue. Il semble que Robert Spaemann ait également partagé cet avis, lorsqu’à propos des tentatives d’harmonisation en matière de liberté de religion, thème qui a gagné en actualité dernièrement, il salue la mise en relief d’une continuité sans rupture entre la doctrine conciliaire et la doctrine préconciliaire (cf. « Die Tagespost » du 25.4.2009)[2].

On doit toutefois contredire cette affirmation. Dans le discours susmentionné, le pape Benoît XVI n’a pas du tout opposé l’herméneutique erronée de la discontinuité à une « herméneutique de la continuité ». Il a plutôt expliqué qu’à « l’herméneutique de la discontinuité s’oppose l’herméneutique de la réforme… » Quelle est la « nature de la vraie réforme » ? « Elle consiste, explique le Saint Père, dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux ».

La relation avec l’Etat

Le Concile Vatican II doit être compris ainsi à la lumière de la catégorie herméneutique de « réforme » et non simplement de « continuité ». En effet, la « réforme » contient aussi bien des éléments de continuité que certains éléments de discontinuité. Cependant, comme le souligne Benoît XVI, continuité et discontinuité se trouvent à des niveaux différents. Identifier et distinguer entre ces niveaux différents constitue le véritable enjeu.

A cette fin, le pape précise tout d’abord : « Le Concile devait définir de façon nouvelle le rapport entre l’Eglise et l’époque moderne », et cela sous deux rapports : d’une part, par rapport aux sciences naturelles modernes ; d’autre part, « il fallait définir de façon nouvelle le rapport entre l’Eglise et l’Etat moderne, un Etat qui accordait une place aux citoyens de diverses religions et idéologies, se comportant envers ces religions de façon impartiale et assumant simplement la responsabilité d’assurer une coexistence ordonnée et tolérante entre les citoyens et leur liberté d’exercer leur religion ».

Il est clair, poursuit Benoît XVI, qu’en ce qui concerne l’enseignement du Concile « dans tous ces secteurs, dont l’ensemble forme une unique question, il pouvait ressortir une certaine forme de discontinuité et que, dans un certain sens, une discontinuité s’était effectivement manifestée ». Malgré cela, on pouvait affirmer « que la continuité des principes n’était pas abandonnée ». Or, « c’est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme ».

En anticipant de manière prophétique les débats actuels, Benoît XVI exemplifie « l’herméneutique de la réforme » par la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse. Benoît XVI exprime ici exactement la différence de niveaux que les enseignements préconciliaires n’avaient pas eu la capacité de relever en raison de précises conditions théologiques et historiques. Ainsi, Grégoire XVI et Pie IX, pour ne mentionner que ces deux papes, avaient identifié le droit fondamental du citoyen moderne à la liberté de religion, de conscience et de culte à une négation de la vraie religion. Et cela car ils ne pouvaient pas s’imaginer qu’une vérité religieuse et une vraie Eglise puissent exister sans que cette dernière ne soit également soutenue par l’Etat et la politique, et respectée par le droit civil. De fait, un grand nombre de leurs adversaires libéraux plaidèrent pour la liberté de religion en présentant l’argument exactement contraire : une telle liberté est nécessaire car il n’y a pas de vérité religieuse.

L’Eglise du XIXe siècle considérait comme un désaveu de la religion chrétienne, seule vraie et unique, et comme de l’« indifférentisme » et de l’« agnosticisme », la vision « libérale » selon laquelle l’Etat n’aurait ni la compétence ni le devoir, d’une part, de se porter garant de la valeur sociale de la vraie religion et de renoncer à reconnaître à d’autres religions le droit d’existence, et, d’autre part, de limiter par la censure publique la liberté d’expression et de presse en vue de protéger la vraie religion.

Dans le magistère préconciliaire, l’enseignement de l’unique vérité de la religion chrétienne allait de pair avec l’enseignement de la fonction et du devoir de l’Etat, qui se devait de faire appliquer la vraie religion et de protéger la société de la diffusion de l’erreur religieuse. Cela impliquait l’idéal d’un « Etat catholique » dans lequel, au meilleur des cas, la religion catholique est l’unique religion d’Etat dont l’ordre juridique est toujours au service de la protection de la vraie religion.

C’est précisément par rapport à cet enseignement des Papes du XIXe siècle que se trouve le point de discontinuité, bien qu’il se manifeste en même temps une continuité plus profonde et essentielle. Comme l’explique Benoît XVI dans son discours : « Le Concile Vatican II, reconnaissant et faisant sien à travers le Décret sur la liberté religieuse un principe essentiel de l’Etat moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l’Eglise. » Ce principe essentiel de l’Etat moderne et en même temps la redécouverte de cet héritage profond de l’Eglise constituent, selon Benoît XVI, le clair rejet d’une religion d’Etat. « Les martyrs de l’Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s’était révélé en Jésus-Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de conscience et pour la liberté de professer leur foi. »

La « liberté de conscience » a toujours été comprise par le monde moderne comme la liberté de culte, c’est-à-dire comme le droit de l’individu et des diverses communautés religieuses à exprimer librement leur foi, de manière publique et communautaire, dans le cadre de l’ordre et de la morale publiques, sans que l’Etat ait le droit d’intervenir pour l’empêcher. Or cela correspond exactement aux revendications des premiers chrétiens à l’époque des persécutions. Ils ne revendiquaient pas la promotion par l’Etat de la vérité religieuse mais plutôt la liberté de pouvoir confesser leur foi sans être brimés par l’Etat. Il revient au Concile Vatican II d’avoir enseigné ce droit fondamental de la personne humaine à confesser sa foi sans préjudice.

C’est bien à cela qu’a dû céder le pas l’ancienne revendication de la protection politico-juridique des soi-disant « droits à la vérité » et de la répression par l’Etat de l’erreur religieuse. Quoi qu’il en soit, on ne peut nier que c’est précisément cette doctrine de Vatican II qui a été condamnée par Pie IX dans l’Encyclique Quanta cura.

Benoît XVI conclut son exemplification de l’« herméneutique de la réforme » par la doctrine sur la liberté religieuse avec cette constatation frappante : « Le Concile Vatican II, avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l’Eglise et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques… » Ces corrections ne signifient pas une discontinuité au niveau de la doctrine de la foi catholique et de la doctrine morale, qui est objet du magistère authentique, lequel en ce cas - même en tant qu'enseignement ordinaire - revendique l'infaillibilité. En ce sens, Benoît XVI parle d’une simple « discontinuité apparente », car tout en se débarrassant de l’ancien fardeau d’une doctrine d’Etat dépassée, l’Eglise « a maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. L’Eglise est, aussi bien avant qu’après le Concile, la même Eglise une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps… »

Bref, la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse n’implique aucune réorientation dogmatique, mais plutôt une réorientation de la doctrine sociale de l’Eglise et, plus précisément, une correction de son enseignement sur la fonction et les devoirs de l’Etat. Les mêmes principes immuables sont repris donc de manière nouvelle dans le nouveau contexte historique. Il n’y a aucune doctrine de foi catholique et dogmatique sur l’Etat et il ne peut pas y en avoir, exception faite des éléments déjà présents dans la Tradition apostolique et dans l’Ecriture Sainte. Or, de ces écrits est totalement absente l’idée d’un « Etat catholique » qui serait le bras séculier de l’Eglise. Ils témoignent plutôt d’une séparation entre la sphère religieuse et celle politico-étatique.

La levée partielle du vrai dualisme chrétien entre pouvoir temporel et spirituel ainsi que leur amalgame apparurent plus tard, comme conséquence de situations historiques contingentes, dont, en premier lieu, l’imposition du christianisme comme religion d’Etat dans l’Empire romain et la lutte contre l’arianisme (qui plaidait à nouveau pour une déification de l’Etat) ; en deuxième lieu, l’intégration, au cours du bas moyen âge, de l’Eglise dans les structures du gouvernement impérial et, en troisième lieu, en réaction à cette dernière, la doctrine politico-canonique du haut moyen âge de la plenitudo potestatis du pape, une doctrine de laquelle on a tiré l’idée moderne d’un Etat princier confessionnel catholique, auquel Pie IX était encore très attaché et auquel on a bien évidemment opposé son pendant protestant.

La doctrine de Vatican II représente ici un clair point tournant par rapport au passé. Une fois définitivement libérée du fardeau historique, la doctrine du Concile sur la liberté religieuse demeure essentiellement une doctrine sur les devoirs et les limites de l’Etat ainsi que sur le droit civil fondamental – un droit de la personne et non de la vérité – par lequel sont restreintes la souveraineté et les compétences de l’Etat en matière de religion. Elle est, ensuite, une doctrine sur la liberté de l’Eglise à exercer librement – à l’instar de toute autre religion – sa mission de salut aussi dans l’Etat séculier, une doctrine établie sur la base des droits corporatifs fondamentaux à la liberté religieuse. Enfin, la doctrine conciliaire affirme le devoir qu’a l’Etat de garantir, de manière neutre et impartiale et toujours dans le respect de l’ordre et de la morale, les conditions nécessaires pour que chaque citoyen puisse pratiquer sa propre religion.

Tentatives de réconciliation : un échec ?

C’est justement cette nouvelle doctrine politico-juridique soutenant que l’Etat n’est plus le bras séculier de l’Eglise gardienne de la vérité religieuse, que réfutent aujourd’hui les traditionalistes. C’est effectivement ce que le P. Matthias Gaudron, porte-parole de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X en Allemagne, a mis en exergue dans une lettre de lecteur (parue dans « Die Tagespost » du 6.6.2009). Alors que les positions plus tempérées, telles que celle du Prof. H. Klueting (cf. « Die Tagespost » du 30.05.2009, p. 18), réduisent la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse à une « immunité de toute conversion forcée » suggérant ainsi à tort une continuité sans rupture, le P. Gaudron met le doigt sur le point décisif : la divergence ne porte pas sur la question du rejet de la « conversion forcée » – ce point fait l’unanimité – mais sur la question de savoir jusqu’où on peut aller dans la restriction de la pratique publique d’une foi erronée et dans sa propagation. Il constate ainsi et à raison une rupture de la continuité ou, pour le dire avec Benoît XVI, la discontinuité.

Le Mémorandum « La bombe à retardement de Vatican II » adressé par le supérieur provincial allemand de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le P. Franz Schmidberger, à tous les évêques allemands est encore plus explicite. Selon lui, la doctrine de Vatican II signifie « la sécularisation de l’Etat et de la société », ainsi que l’« agnosticisme d’Etat ». Elle représente le désaveu du droit et du devoir de l’Etat « d’empêcher aux membres de religions erronées de propager publiquement leurs convictions religieuses, en brimant leurs manifestations publiques et activités missionnaires et en leur refusant le permis de bâtir des lieux de culte ». Bref, par sa doctrine sur la neutralité religieuse de l’Etat – en fait, sa laïcité –, le Concile a renié la doctrine traditionnelle sur l’Etat catholique et sur le Royaume social de Jésus-Christ. En réalité, poursuit le P. Schmidberger, suivant en cela l’archevêque Lefebvre, « Jésus-Christ est le seul Dieu et la croix la seule source de salut ». Par conséquent, « il revient aux dirigeants d’Etat de faire valoir dans la société, autant que cela est possible, cette revendication d’exclusivité ».

Ici, il n’y a pas de point commun ou de continuité avec la doctrine de Vatican II. Je considère comme inutiles et concrètement erronées toutes ces tentatives d’harmonisation mises en œuvres par des[4] théologiens tels que Basil Valuet[3], auquel fait référence Spaemann, ou Bertrand de Margerie, et cela malgré leur effort méritoire d’obtenir une reconnaissance de la part des croyants traditionalistes, en vue de leur réconciliation avec le dernier concile. En réalité, ces tentatives sèment plutôt la confusion, car de tels plaidoyers masquent le véritable problème et par-là l’originalité de la doctrine du Concile Vatican II. Les arguments utilisés sont faux car ces tentatives d’harmonisation ne tiennent pas compte du contexte politico-juridique et de la distinction de niveaux mis en évidence par Benoît XVI.

On ne peut donc pas affirmer, comme le fait Bertrand de Margerie, que tant pour le pape Grégoire XVI que pour le Concile Vatican II la liberté de presse n’est pas illimitée, de sorte qu’il y a continuité entre la condamnation de la liberté de presse par le pape Grégoire XVI et la doctrine de Vatican II. En réalité, alors que le pape Grégoire plaidait pour une censure de la presse par l’Etat sous contrôle ecclésiastique en vue de servir la vraie religion, Vatican II – comme d’ailleurs déjà les libéraux au XIXe siècle – fait référence aux limites de la liberté de presse et de conscience présentes dans les droits accordés aux citoyens, droits définis par la loi et avec possibilité de recours et en tenant compte de l’ordre et de la morale publiques. Ces limites correspondent à la logique de neutralité et de laïcité propre de l’Etat constitutionnel, libéral et démocratique, face aux revendications religieuses de vérité, et n’ont rien à faire avec une « protection de la vraie religion » et une protection du citoyen de la « peste de l’erreur religieuse » ni avec une censure d’Etat exercée au service et au prorata de l’Eglise (comme le pratiquait le Saint-Office – aujourd’hui la Congrégation pour la doctrine de la foi – dans l’Etat ecclésiastique du XIXe siècle régi par le droit canonique).

De même, la tolérance telle qu’elle est encore enseignée par Pie XII dans son discours Ci riesce du 6.12.1953, et qui ne peut être exercée en matière de religion que « dans certaines circonstances » et selon le jugement d’appréciation de l’« homme d’Etat catholique », n’ouvre non plus la voie à la liberté religieuse. Et cela en raison du droit civil fondamental de la personne humaine qui limite la compétence du pouvoir d’Etat dans les questions religieuses. Sur cette base, de tels jugements d’appréciation de « l’homme d’Etat catholique » relatifs à la tolérance ne sont désormais plus possibles, car ils seraient contraires au droit. Ainsi il ne peut pas y avoir de soi-disant « droit à la tolérance », ce qui selon Basil Valuet se retrouverait chez Pie XII et serait conforme à la doctrine de Vatican II.

En aucun cas il ne s’agit ici – comme l’écrit Robert Spaemann – d’un « conflit de principes sans conséquents », mais bien plutôt de la question fondamentale concernant la relation de l’Eglise à la modernité, en particulier à l’Etat constitutionnel libre et démocratique et, bien davantage, de la question de la compréhension que l’Eglise a d’elle-même ainsi que de son rapport au problème de la contrainte dans le domaine religieux.

En fait, bien que l’Eglise ait de tout temps refusé l’idée de la conversion forcée, elle n’a généralement pas repoussé l’idée de la contrainte en matière religieuse. Au contraire, l’Encyclique Quanta Cura (1864) de Pie IX ne visait pas les athées libéraux, mais le groupe influent des catholiques libéraux réunis autour du politicien français Charles de Montalembert. Il s’agissait notamment des catholiques orthodoxes qui ont même défendu l’existence des Etats Pontificaux (Montalembert est à l’origine du principe « Eglise libre dans un Etat libre », qui plus tard sera repris, bien que de manière différente, par Cavour) et qui, au Congrès de Malines d’août 1863, ont revendiqué la reconnaissance de la part de l’Eglise de la liberté d’association, de presse et de culte.

Mais ces revendications entrent en collision avec la position « traditionnelle » de l’Eglise, reçue en héritage du haut moyen âge, selon laquelle l’Eglise possède le droit d’user de la contrainte – à l’aide de mesures juridiques pénales – pour préserver les chrétiens de l’apostasie. « Embrasser la foi, c’est affaire de liberté », écrit Thomas d’Aquin, « mais la garder quand on l’a embrassée est une nécessité » (Summa theologiae II-II, 10, 8, ad 3). Les théologiens qui ont étudié le Quanta Cura se réclament de ce principe. On l’a compris de telle manière qu’on a considéré du devoir de l’Etat, conçu comme bras séculier de l’Eglise, de préserver les fidèles, par le biais de la censure et du droit pénal, des influences dangereuses pour la foi et de l’apostasie.

C’est pour cette raison que Pie VI avait condamné la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de la Révolution française, dans son Bref Quod aliquantum de 1791. Elle représente l’apostasie publique de toute une nation. Pour les catholiques, revendiquer la liberté religieuse c’est l’affaire d’un Etat d’infidèles ou de juifs. Mais puisque la France est une nation chrétienne et les citoyens français sont des chrétiens baptisés, il ne peut pas y avoir de liberté civile générale de confesser une religion autre que la vraie religion catholique. Pie VI le précise : les non-baptisés « ne peuvent pas être contraints à obéir à la foi catholique ; les autres par contre doivent l’être (sunt cogendi) ».

Dans son discours de 2005, Benoît XVI prend la défense de la première phase, celle « libérale », de la Révolution française – qu’il distingue ainsi de la seconde, la phase jacobine, plébiscitaire et radical-démocratique, qui amena la Terreur de la guillotine. Ce faisant, il réhabilite également la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789, issue de l’esprit du parlementarisme représentatif et de la pensée constitutionnelle américaine.

La perspective du Concile

Vatican II a eu le mérite de surmonter l’assimilation typique effectuée par la doctrine préconciliaire de la liberté religieuse à l’« indifférentisme » et à l’« agnosticisme ». Il s’agit, pour ce qui concerne le magistère de l’Eglise, d’une étape historique qui ne peut être comprise qu’à la lumière de l’« herméneutique de la réforme » préconisée par Benoît XVI.

Il vaut la peine de se pencher sur cette exigence et ne pas la délayer dans de faux efforts de continuité, ce qui reviendrait à altérer la véritable continuité et par là l’essence même de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.

Et qu’en est-il de la « doctrine catholique sur le devoir moral de l’homme et de la société vis-à-vis de la vraie religion et de l’unique Eglise du Christ » qui, d’après les déclarations du Concile sur la liberté religieuse, devrait être « intangible » ? Effectivement, cette affirmation est souvent citée pour suggérer la « continuité sans rupture » dans la tradition de l’Eglise concernant, entre autres, la liberté religieuse. Sur ce point le Concile semble en effet être resté ambivalent.

Mais cette affirmation n’est pas aussi ambivalente qu’elle paraît, car ces devoirs moraux – comme le dit le texte susmentionné – ont pour condition « l’immunité de toute contrainte dans la société civile ». L’ancienne doctrine sur les devoirs de l’Etat comme bras séculier de l’Eglise semble ne plus tenir face au discours sur les devoirs des « hommes et des sociétés vis-à-vis de la vraie religion et de l’unique Eglise du Christ ».

Quels sont ces devoirs, c’est entre-temps une autre interprétation également correcte de cette phrase contestée à le suggérer. Il s’agit du Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 2105) – un document du magistère de l’Eglise – qui affirme, en citant le passage susmentionné, que c’est le devoir tant de l’individu que de la société « de rendre à Dieu un culte authentique ». Ce que l’Eglise réalise « en évangélisant sans cesse les hommes », afin qu’ils puissent pénétrer d’esprit chrétien « les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent ».

En revanche, on demande à chaque chrétien de faire connaître « l’unique vraie religion qui subsiste dans l’Eglise catholique et apostolique ».

Telle est la manière – conclut l’article du Catéchisme de l’Eglise catholique – par laquelle l’Eglise manifeste « la Royauté du Christ sur toute la Création et en particulier sur les sociétés humaines ». La perspective de Vatican II est donc l’annonce de l’Evangile par l’Eglise et par l’apostolat des fidèles visant à pénétrer d’esprit chrétien les structures de la société. Pas un mot, par contre, sur l’Etat qui en tant que bras séculier de l’Eglise serait censé protéger le « droit à la vérité » même avec la force et par là établir la royauté du Christ sur la communauté des hommes. La discontinuité est évidente. Et plus évidente encore est la continuité là où elle est vraiment essentielle et donc nécessaire. 

* * *

 Annexe. Continuité et discontinuité : qu’en est-il de l’infaillibilité du Magistère ?

Les réactions de quelques théologiens au sujet des réflexions ici exposées, ont relevé que mon interprétation mettrait en doute l’infaillibilité du magistère de l’Eglise, et donc qu’elle n’est pas acceptable car mes observations suggéreraient une réelle rupture dans la continuité du magistère ordinaire universel. Or, en déclarant la liberté religieuse comme un droit naturel, la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse a introduit une véritable nouveauté, sans pour cela entrer en conflit avec les déclarations magistérielles antérieures qui ne contemplaient pas encore un tel droit naturel. Pour cette raison on ne devrait pas parler de discontinuité, mais plutôt d’un élargissement de perspective. En effet, les condamnations de la liberté religieuse par les papes du XIXe siècle auraient eu une valeur disciplinaire et non doctrinale.

Bien qu’il ne revienne pas au philosophe moral ou au philosophe politique d’aborder ces questions fondamentales proprement théologiques, il est toutefois indispensable dans ce cas – également pour éviter tout malentendu – de compléter ce qui me paraît nécessaire. Pour ma part, je considère la question comme réglée par ce que je viens de dire. En effet, de mon interprétation des relations entre la dimension historique et celle purement théologique il aurait dû déjà clairement ressortir qu’elle ne remet nullement en question l’infaillibilité du magistère de l’Eglise, ni celle du magistère ordinaire universel. Cela se manifeste déjà à partir de la distinction entre les deux niveaux, d’une part, le niveau des principes de la doctrine de la foi catholique et, d’autre part, celui de leur application historique concrète, comme préconisé aussi par le discours de Benoît XVI. Il reste que celui qui ne peut consentir à cette distinction aura sûrement de la peine à suivre mon argumentation. Afin de montrer pourquoi je considère la critique exposée plus haut comme erronée et ses craintes respectives comme infondées, je vais essayer d’expliquer davantage cette distinction en réfutant les objections susmentionnées. Pour ce faire, je vais procéder en cinq étapes.

1. La question de l’infaillibilité

L’infaillibilité du magistère – affirme le Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique – « s’exerce quand le Souverain Pontife, en vertu de son autorité de suprême Pasteur de l’Eglise, ou le Collège des Evêques en communion avec le Pape, surtout lorsqu’ils sont rassemblés en Concile œcuménique, déclarent par un acte définitif une doctrine relative à la foi ou à la morale ». De même, l’infaillibilité du magistère universel du Collège des Evêques s’exerce « quand le Pape et les Evêques, dans leur magistère ordinaire, sont unanimes à déclarer une doctrine comme définitive » (n. 185). Cette infaillibilité ne concerne pas seulement le dogme au sens strict, mais la totalité de la doctrine de la foi et de la morale, y compris l’interprétation de la loi morale naturelle et toute autre déclaration ayant un rapport historique ou logique intrinsèque avec la foi, sans laquelle le dogme ne pourrait être correctement compris ou conservé.

Le premier cas – définition ex cathedra ou Concile œcuménique – n’est manifestement pas concerné par la question de la liberté de religion. En effet, le premier et jusqu’à ce jour le seul concile à s’être exprimé sur ce sujet a été le Concile Vatican II. Il revient justement à ce concile d’avoir reconnu la liberté de religion. De même, le magistère ordinaire universel non plus ne semble être ici concerné, car jamais auparavant le pape et les évêques n’avaient condamné la liberté religieuse et déclaré cette condamnation comme une doctrine définitive de l’Eglise. Cela a été plutôt le cas de quelques papes isolés, compris dans un laps de temps d’une centaine d’années, et jamais d’une revendication explicite de vouloir présenter une doctrine définitive en matière de foi ou de mœurs (même si c’est ainsi que cela a été implicitement compris par les papes du XIXe siècle).

De prime abord, il semble donc pour le moins très improbable que la discontinuité relevée plus haut dans la doctrine de l’Eglise sur la liberté de religion puisse mettre de quelque manière en question l’infaillibilité du magistère y compris le magistère ordinaire universel. Ce premier constat devrait être confirmé par ce qui suit.

2. La substance doctrinale de la condamnation de la liberté religieuse par Pie IX

Si on la considère sous le rapport de sa condamnation à la fois de l’indifférentisme ou du relativisme religieux, de l’opinion selon laquelle il n’y a pas de vérité religieuse exclusive ainsi que de l’opinion que toutes les religions sont en principe égales et que l’Eglise du Christ n’est pas l’unique voie de salut, il est indéniable que la condamnation de la liberté religieuse émise par Pie IX touchait effectivement à un aspect central du dogme catholique. Tel a paru en tout cas l’enjeu véritable à cette époque. Si je dis « tel a paru » c’est parce que – comme Vatican II l’a montré – la doctrine de la vérité exclusive de la religion chrétienne et de l’unicité de l’Eglise de Jésus-Christ comme voie de salut éternel n’est en réalité nullement affectée par l’acceptation de la liberté de religion et de culte.

Comme l’enseigne Vatican II, le droit à la liberté de religion et de culte n’implique nullement que toutes les religions s’équivalent. Ce droit est en effet un droit des personnes et ne concerne pas la question de savoir en quelle mesure ce que les personnes croient contredit à la vérité. En d’autres termes, reconnaître que les fidèles de toutes les religions jouissent du même droit civil à la liberté de culte ne signifie pas que, puisque c’est le droit de tout le monde, alors toutes les religions doivent être « également vraies ».

Que cela était ce que signifiait la liberté de religion ou la liberté de culte, telle était justement, comme on l’a montré plus haut, la conviction des papes du XIXe siècle et de la théologie dominante de l’époque. Pour ces derniers cela voulait également dire qu’abandonner le principe selon lequel l’Etat d’un pays catholique a pour tâche et devoir de protéger et de favoriser la vérité catholique, de nier le droit d’exister à toute confession religieuse déviante ou, tout au plus, de la tolérer dans certaines limites et dans la mesure du raisonnable, revenait à admettre ipso facto qu’il n’y a pas une seule vraie religion et Eglise, mais que toutes les religions s’équivalent. Or, il va de soi qu’à l’époque l’Eglise ne pouvait pas accepter une telle vision des choses, et ne le peut d’ailleurs pas non plus aujourd’hui. Toutefois, aujourd’hui l’Eglise a modifié sa conception de la fonction de l’Etat et de ses devoirs vis-à-vis de la vraie religion, une conception qui en réalité n’est pas du tout de nature purement théologique ni a affaire avec la nature de l’Eglise et sa foi, mais concerne la nature de l’Etat et sa relation avec l’Eglise. Il s’agit donc tout au plus d’une question concernant un aspect de la doctrine sociale de l’Eglise.

Ainsi, lorsque Benoît XVI affirme que le Concile Vatican II « par le Décret sur la liberté religieuse a reconnu et accepté un important principe de l’Etat moderne », cela manifeste clairement une conception de la nature et des devoirs de l’Etat bien différente et opposée à la conception de l’Etat de Pie IX ainsi qu’à la vision traditionnelle de la soumission du pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Une telle discontinuité ne signifie pas de rupture avec la Tradition doctrinale dogmatique de l’Eglise, ni un détournement du depositum fidei et des « quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est » (« ce qui a été cru partout, toujours et par tous », selon le canon de Vincent de Lérins). Par conséquent, il ne peut y avoir ici de contradiction non plus avec l’infaillibilité du magistère ordinaire universel de l’Eglise, car une telle contradiction n’est de soi pas possible.

Il est vrai que la doctrine sur le pouvoir temporel élaborée à partir de la Tradition apostolique, tout spécialement de l’Ecriture Sainte – dont les Epîtres de saint Paul – contient des éléments essentiellement de droit naturel qui pour cela font aussi l’objet du magistère infaillible de l’Eglise. Il s’agit notamment de la doctrine enseignant que tout pouvoir vient de Dieu, que les gouvernants et les autorités civiles font partie de l’ordre de la création, et qu’en conscience, et donc pour des raisons morales, chacun doit obéissance à l’autorité civile et doit lui reconnaître également le droit à prendre des mesures pénales. Il serait cependant prétentieux d’affirmer que ces principes contenaient également des indications sur la relation entre l’Eglise et l’Etat, sur les devoirs de l’Etat envers la vraie religion ou le droit de l’Eglise à faire valoir ses prétentions sur le bras séculier de l’Etat, aussi au moyen de condamnations ponctuelles et de leurs conséquences civiles. Ce n’est qu’au cours du temps et sous l’influence de diverses conjonctures et besoins historiques, que de telles positions ou enseignements se sont constitués, principalement aussi en relation au combat de l’Eglise pour la libertas ecclesiae, la liberté de l’Eglise face au contrôle et à la tutelle civile et politique. Cela a été un processus extrêmement complexe, dont j’ai traité des différentes étapes dans d’autres publications[5].

A ce propos il faut également souligner que la discontinuité relevée par Benoît XVI au niveau de l’application des principes n’implique aucune rupture dans la continuité de l’intelligence du mystère de l’Eglise. Au contraire, Benoît XVI constate que : « …l’Eglise est, aussi bien avant qu’après le Concile, la même Eglise une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps… ». On touche là, il me semble, à la véritable préoccupation de Benoît XVI face à une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » qui voit dans l’Eglise de Vatican II une autre Eglise, une nouvelle Eglise. D’après le Pape, les partisans d’une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » auraient considéré le Concile « … comme une sorte de Constituante qui élimine une vieille constitution et en crée une nouvelle…  ». En réalité, explique Benoît XVI, les Pères du Concile n’avaient pas reçu de tel mandat. En parlant de continuité et de discontinuité à différents niveaux – d’une part, celui du dogme, de l’intelligence du mystère de l’Eglise, de la compréhension de plus en plus vraie et profonde du depositum fidei de la part de l’Eglise et, d’autre part, le niveau des modes toujours concrets et contingents de son application – « l’herméneutique de la réforme » défendue par Benoît XVI ne constate aucune rupture dans la compréhension de l’Eglise. L’Eglise y est comprise plutôt comme « … un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ».

3. Droit naturel ou droit civil ? Le cœur de la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse

Comme l’argumente une autre objection dans la critique citée au début de cette annexe, Vatican II proclame dans sa déclaration conciliaire Dignitatis humanae (n. 2) que « … le droit à la liberté religieuse a son fondement réel dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même ». Or, cela signifie pour le Concile Vatican II aussi que la liberté religieuse est un droit naturel. Ce faisant, le magistère infaillible de l’Eglise s’étend jusqu’à l’interprétation de la loi morale naturelle et du droit naturel. Par conséquent, conclut l’objection, il ne peut y avoir ici ni de discontinuité ni de contradiction, et il serait donc faux d’affirmer que Vatican II a explicitement enseigné ce que Pie IX a condamné, soit le droit à la liberté de religion et de culte.

En effet, le Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 2106) l’exprime clairement : « Ce droit [à la liberté de religion] est fondé sur la nature même de la personne humaine…  ». Il est donc certainement juste de dire que le Concile Vatican II considère la liberté religieuse comme faisant partie du droit naturel. Mais il est également vrai de dire que Dignitatis humanae (n. 2) revendique que « ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse doit être reconnu dans l’ordre juridique de la société de telle manière qu’il puisse devenir un droit civil » (l’italique est nôtre). La perspective de Vatican II n’est donc pas simplement et uniquement celle du droit naturel, mais toujours aussi celle de la liberté religieuse comme droit civil (c’est-à-dire, en fin de compte, comme droit à la liberté de culte). De fait, telle était aussi la perspective de Pie IX, puisque la liberté de religion qu’il condamnait n’était autre que le droit civil à la liberté de culte revendiqué, entre autres, par l’aile catholique-libérale. Il est donc correct de dire que la revendication de la part de Vatican II de la liberté religieuse comme exigence propre du droit naturel, c’est-à-dire le droit civil à la liberté de culte, n’est autre chose que ce qui avait été condamné dans l’Encyclique Quanta cura de Pie IX et dans son annexe, le Syllabus errorum.

Le droit naturel en tant que tel n’est donc pas touché du tout par la discontinuité dont il est ici question. La contradiction ne joue qu’au niveau de la revendication du droit civil et n’est ainsi que d’ordre politique. La doctrine de Vatican II et le Quanta cura avec son Syllabus errorum ne se contredisent donc pas au niveau du droit naturel, mais au niveau de son application juridico-politique dans des situations et face à des problèmes concrets. Par ailleurs, la nouveauté introduite par Vatican II ne porte pas seulement sur son enseignement de la liberté religieuse comme droit naturel, mais également sur la nécessité qu’elle soit reconnue comme un droit civil (la liberté de culte). En d’autres termes, de la conception bien attestée de la liberté religieuse comme droit naturel, Vatican II a su tirer une nouvelle conséquence concernant l’ordre juridique positif de l’Etat. Or, Pie IX n’avait pas tiré cette même conséquence, qu’il considérait au contraire comme nocive et fausse car – à son avis – elle impliquait nécessairement l’indifférentisme religieux et le relativisme, tant du point de vue doctrinal que dans ses conséquences pratiques. En revanche, si le Concile Vatican II a pu le faire, c’est qu’il partait d’une conception différente de l’Etat et de sa relation avec l’Eglise, ce qui lui permettait de déplacer l’accent du « droit à la vérité » au droit de la personne, du citoyen considéré en tant qu’individu et de sa conscience religieuse.

Ainsi, encore une fois, ce n’est pas l’infaillibilité du magistère ordinaire dans son interprétation du droit naturel qui est en jeu ici, car dire « application » n’est pas égal à dire « interprétation ». En effet, cette dernière porte essentiellement sur ce qui concerne la loi morale naturelle et la norme morale correspondante, mais elle ne se prononce pas sur la manière dont la loi naturelle ou le droit naturel doivent être appliqués ni se préoccupe des conséquences qu’il faut en tirer à partir d’une situation historique donnée. Que le magistère s’exprime parfois sur une telle application est inévitable et peut être aussi utile. Cela dit, on ne peut toutefois affirmer qu’il s’agirait dans ce cas d’interprétations magistérielles du droit naturel ou de la loi morale naturelle susceptibles de faire l’objet de l’infaillibilité. Il s’agit là de réalisations et d’applications concrètes qui, à l’époque où elles sont entreprises, peuvent être contraignantes pour les fidèles catholiques, et exiger leur obéissance. Mais en aucun cas il ne s’agit d’enseignements qui ne pourraient être récusés par des décisions magistérielles postérieures[6].

4. Discontinuité dans la doctrine ou uniquement par rapport à l’orientation pratico-politique (disciplinaire) ?

Pour échapper au danger supposé d’une contradiction doctrinale, on pourrait cependant se réfugier derrière l’argument que les condamnations de Pie IX n’ont pas été des condamnations doctrinales, mais uniquement disciplinaires. En ce cas donc il n’y aurait pas de discontinuité doctrinale.

Or, premièrement, dans le discours du Pape de 2005 il n’est pas question d’une opposition entre, d’une part, des affirmations doctrinales et, d’autre part, des décisions de caractère pratique et disciplinaire. En fait, Benoît XVI distingue bien davantage entre « principes » et « la manière de les mettre en pratique ». Deuxièmement, je considère cette objection comme erronée aussi d’un point de vue historique, car au XIXe siècle cette question était clairement de nature doctrinale. En effet, Pie IX comprenait sa condamnation de la liberté religieuse comme une nécessité d’ordre dogmatique et non seulement comme une mesure disciplinaire (comme ce sera le cas plus tard du Non expedit, un document par lequel le Pape interdisait aux catholiques italiens de s’engager politiquement dans l’Italie laïque). Comme nous l’avons déjà dit, la revendication de la liberté religieuse ou l’affirmation que l’Eglise n’a pas le droit d’imposer aux fidèles, avec l’aide du « bras séculier », des peines ou des mesures coercitives temporelles était ressentie à l’époque comme une hérésie, ou du moins comme une manière d’y parvenir[7]. Il me semble donc tant historiquement qu’objectivement erroné d’interpréter la condamnation de la liberté religieuse de la part des acteurs de l’époque comme une simple mesure d’ordre pratico-disciplinaire.

En effet, pour Pie IX il en allait de la sauvegarde même de l’essence de l’Eglise, de sa revendication à être l’unique vérité et cause de salut. Ainsi, reconnaître la liberté de religion signifiait pour lui nier ces vérités ; cela signifiait également indifférentisme et relativisme religieux. C’est bien en cela que réside également la grandeur de ce pape qui, à partir des positions théologiques de son temps – dont toutefois il n’a pas su discerner le caractère historique – a agi certainement dans un esprit de fidélité héroïque à la foi et résisté tel un rocher dans la tourmente d’un relativisme déchaîné. Les temps n’étaient manifestement pas encore mûrs pour que l’Eglise se positionne dans ce combat défensif de manière nouvelle et différenciée[8].

C’est dans le rejet de l’indifférentisme et du relativisme religieux que se trouve le cœur toujours encore valable de cette condamnation du XIXe siècle. Cependant, que ce combat contre l’indifférentisme et le relativisme religieux soit devenu un combat contre le droit civil à la liberté de religion et de culte, cela était dû à la conception selon laquelle l’Etat est le garant de la vérité religieuse et l’Eglise possède le droit à se servir de l’Etat comme de son bras séculier pour assurer ses responsabilités pastorales. Or, une telle conception de l’Etat ne reposait nullement sur les principes de la doctrine de la foi et de la morale catholiques mais bien plutôt sur les traditions et les pratiques de droit ecclésiastique d’origine médiévale ainsi que sur leurs justifications théologiques.

A cela il faut ajouter que la discontinuité magistérielle en tant que telle n’est pas ici en question. Pour Benoît XVI il ne s’agit pas en premier lieu de la continuité du magistère mais bien de celle de l’Eglise et de la compréhension de l’Eglise. Il s’oppose à l’idée d’une rupture entre l’Eglise « préconciliaire » et « postconciliaire », telle qu’elle est représentée par les partisans d’une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture ». Dans les déclarations magistérielles – en particulier dans celles portant sur des questions politiques, économiques et sociales – on trouve beaucoup d’éléments dépendant des conjonctures historiques. Le magistère de l’Eglise dans le domaine de l’enseignement social contient aussi, à côté de principes immuables et fondés sur la doctrine de la foi, une foule de concrétisations qui sont souvent, rétrospectivement, plutôt douteuses. Il ne s’agit pas ici d’un type d’« enseignement » semblable à l’enseignement catholique en matière de foi et de mœurs, où l’Eglise interprète la loi naturelle aussi de manière contraignante, comme dans le cas des questions concernant la contraception, l’avortement, l’euthanasie et d’autres normes morales dans le domaine bioéthique. Dans ces derniers cas, il ne s’agit pas de simples applications de la loi naturelle à des situations concrètes, mais de la détermination de ce qui appartient au juste à la loi naturelle et de la norme morale correspondante. Dans ce domaine, le magistère ordinaire universel aussi est infaillible.

Les conceptions dominantes au XIXe siècle concernant le rôle et les devoirs du pouvoir temporel vis-à-vis de la vraie religion – des conceptions fondées sur des modèles médiévaux et de l’Antiquité chrétienne tardive mais qui ont acquis leur forme définitive seulement au sein de l’Etat confessionnel moderne – ne peuvent que très difficilement revendiquer pour elles-mêmes le privilège de reposer sur la Tradition apostolique ou d’être un élément constitutif du depositum fidei.

De même, ces conceptions n’appartiennent guère aux vérités qui possèdent une relation historique ou logique nécessaire avec les vérités de la foi ou le dogme, vérités qu’il serait en l’occurrence nécessaire de maintenir afin de conserver et d’interpréter correctement le depositum fidei[9].

En revanche, il paraît qu’à l’origine le christianisme ait même adopté une position plutôt opposée. Il est né et s’est développé dans un milieu païen, il s’est conçu, à partir de l’Evangile et de l’exemple de Jésus-Christ, comme fondé essentiellement sur la séparation entre religion et politique, et il n’a requis de l’Empire romain que la liberté de pouvoir se développer sans entraves. En reconnaissant et faisant sien à travers son Décret sur la liberté religieuse un « principe essentiel de l’Etat moderne », affirme Benoît XVI dans son discours, le Concile Vatican II « a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l’Eglise. Celle-ci peut être consciente de se trouver ainsi en pleine syntonie avec l’enseignement de Jésus lui-même (cf. Mt 22, 21), comme également avec l’Eglise des martyrs, avec les martyrs de tous les temps ».

Cependant, le recours à l’Evangile et aux premiers chrétiens est un thème qui n’a pas été mentionné uniquement par Benoît XVI. Il constitue davantage le cœur de l’argumentation de Dignitatis humanae, qui consacre deux paragraphes à une telle réflexion sur les origines (n. 11 et 12). Le Concile explique laconiquement : « L’Eglise, donc, fidèle à la vérité de l’Evangile, suit la voie qu’ont suivie le Christ et les Apôtres, lorsqu’elle reconnaît le principe de la liberté religieuse comme conforme à la dignité de l’homme et à la Révélation divine » (n. 12). C’est bien le recours à l’Evangile, à la tradition apostolique et au témoignage des premiers chrétiens qui, comme le souligne Benoît XVI, ont « rejeté clairement la religion d’Etat », qui caractérise vraiment la doctrine sur la liberté religieuse de Vatican II. Ainsi, la conception des tâches et des devoirs de l’Etat envers la vraie religion, qui faisait autorité pour Pie IX, a été tacitement classée par l’acte du Magistère solennel d’un concile œcuménique[10].

5. Fidélité à la foi, Tradition et Modernité politique

Le Concile Vatican II a libéré l’Eglise d’un lest historique séculaire, dont les origines ne remontent pas à la tradition apostolique et au depositum fidei, mais plutôt à des décisions concrètes de l’époque post-constantinienne du christianisme. Ces décisions se sont finalement cristallisées en des traditions canoniques et en leurs interprétations théologiques correspondantes, grâce auxquelles l’Eglise a essayé de défendre sa liberté, la libertas ecclesiae, des attaques incessantes des puissances temporelles (on pense notamment à la doctrine médiévale des deux glaives qui, à l’époque, cherchait à justifier théologiquement et bibliquement la compréhension de la plenitudo potestatis du pape). Cependant, au cours des siècles, ces traditions canoniques et leurs formulations théologiques ont changé de fonction et de teneur. Par la suite et dans la tradition des Etats souverains confessionnels modernes, elles sont devenues une justification de l’Etat catholique idéal, dans lequel « le trône et l’autel » existaient en étroite symbiose et l’homme d’Etat catholique plaidait avec zèle pour les « droits de l’Eglise » et non pour le droit civil à la liberté religieuse. Cette symbiose et cette vision unilatérale menant au cléricalisme et à une société cléricale n’ont pas manqué d’assombrir le visage propre de l’Eglise.

Le Concile Vatican II a osé là un pas faisant époque. Cependant, cela n’a pas changé la compréhension que l’Eglise a d’elle-même ni la doctrine de la foi et de la morale catholique. Seule a été redéfinie la manière dont l’Eglise conçoit sa relation au monde et notamment au pouvoir temporel de l’Etat, une redéfinition qui en réalité se réclame des origines, pour ainsi dire du charisme chrétien fondateur, et notamment des mots mêmes de Jésus invitant à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Ni l’infaillibilité du pape ni celle du magistère ordinaire universel du collège épiscopal ne sont affectées ou amoindries par une telle démarche. Au contraire, par la doctrine de Vatican II sur la liberté de religion se manifeste encore plus clairement l’identité de l’Eglise de Jésus-Christ et combien le magistère de l’Eglise en matière de foi et de morale possède une continuité, malgré toutes les discontinuités historiques, ce qui constitue par ailleurs le fondement et l’argument le plus convaincant de la possibilité de son infaillibilité. C’est pourquoi il me semble que toute interprétation qui cherche à retoucher, au moyen d’escamotages argumentatifs compliqués, une quelconque discontinuité à ce cadre d’ensemble, n’est d’aucun soutien pour la défense de l’infaillibilité du magistère de l’Eglise. Tout étant motivée par des raisons pastorales en soi compréhensibles et valides, mais de fait de manière pratiquement erronée, une telle interprétation complique inutilement les choses. Par l’évidence de ses intentions concrètes visant la politique ecclésiastique, elle peut même avoir un effet contre-productif en portant atteinte ainsi à la crédibilité du magistère.

Par contre, à ceux qui, comme les traditionalistes réunis autour de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X de l’archevêque Lefebvre, ne savent plus apercevoir dans l’Eglise de Vatican II « l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique » de la Tradition et parlent d’une rupture désastreuse avec le passé, on peut rétorquer qu’effectivement il y a ici un différend insurmontable dans la conception de l’Eglise, tout comme de l’Etat et de ses devoirs. C’est pourquoi ces traditionalistes, pour qui manifestement « la tradition en tant que telle » et « les traditions ecclésiales » sont plus importantes que la tradition apostolique[11], la seule qui soit au fond normative, n’accepteront guère les tentatives de médiation susmentionnées, car elles passent à côté du cœur du problème, qui n’est autre que la discontinuité réellement existante.

Dans une réaction à Robert Spaemann et à mes déclarations sur le thème de la liberté religieuse publiée sur internet, le Père Matthias Gaudron cite l’une de mes affirmations : « Il n’y a aucune doctrine de foi catholique universelle et dogmatique sur l’Etat et il ne peut y en avoir » et il remarque à ce propos : « Si cela est vrai alors le nouveau magistère de Vatican II n’est pas non plus dogmatique, mais lui aussi sujet à changement. Par ce fait même, personne ne peut donc reprocher à la Fraternité Saint Pie X de critiquer ce magistère[12]. » En effet, l’enseignement de Vatican II sur la liberté religieuse comme droit civil n’est sûrement pas de nature dogmatique. Cependant, il s’agit du Magistère solennel d’un concile œcuménique et, à ce titre, il doit être accepté par les fidèles avec une obéissance religieuse (pas moins, voire même plus que les condamnations de Pie IX en son temps). En tout cas, il ne peut constituer une raison de justification d’une division de l’Eglise. De plus, la position des traditionalistes ne se limite pas à affirmer qu’on peut critiquer cet e

nseignement, mais il va jusqu’à affirmer que cet enseignement est hérétique et que l’Eglise de Vatican II n’est plus la véritable Eglise de Jésus-Christ. C’est pourquoi l’argumentation du Père Gaudron passe aussi à côté du problème lorsqu’il écrit : « Il doit donc être permis au sein même de l’Eglise de critiquer un enseignement qui contredit l’ensemble des déclarations précédentes de l’Eglise et d’y opposer des objections importantes aussi d’un pont de vue juridique et politique. Il s’agit ici du droit d’avoir un avis différent… » Je considère cette déclaration comme malhonnête, car le problème n’est pas que les membres de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X « critiquent » l’enseignement conciliaire, mais bien qu’ils prétendent que la conception traditionnelle de l’Etat et des relations entre l’Etat et l’Eglise – en particulier la vision selon laquelle l’Etat a le devoir de promouvoir la religion catholique et dans la mesure du possible d’entraver l’expansion d’autres religions par des moyens coercitifs tout comme par la condamnation afférente d’un droit civil à la liberté de religion et de culte – soit un élément constitutif de la doctrine de la foi catholique, de sorte qu’en refusant cette conception le Christ a été « détrôné » et l’Eglise trahie. Face à une telle conception, le principe libéral de la liberté religieuse fait figure d’apostasie, l’Eglise de Vatican II n’est plus la véritable Eglise catholique et les ordinations épiscopales schismatiques de 1988 se trouvent en fin de compte justifiées[13].

Le Concile Vatican II nous place effectivement devant un choix : le choix entre, d’une part, une Eglise qui essaye d’affirmer et d’imposer sa vérité et ses devoirs pastoraux au moyen du pouvoir civil et, d’autre part, une Eglise qui reconnaît – ce pour quoi plaide Dignitatis humanae – que « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance » (n. 1). Il ne s’agit pas ici de deux Eglises distinctes au sens dogmatique ou constitutionnel, mais bien de deux Eglises qui comprennent de manière différente leurs relations au monde et à l’ordre temporel. Vatican II ne plaide ni pour un Etat strictement laïc – au sens de la laïcité française traditionnelle – ni pour le bannissement de la religion dans la sphère privée, mais pour une Eglise qui ne prétend plus vouloir imposer la royauté du Christ au moyen du pouvoir temporel et qui par ce fait même reconnaît à l’Etat moderne séculier - non militant - sa laïcité politique.

Telle est justement la perspective de Vatican II. Elle a été confirmée par la Note doctrinale à propos de certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 21 novembre 2002. Au n. 6 de cette Note on lit que « la laïcité, comprise comme autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique » représente pour la doctrine morale catholique « une valeur acceptée et reconnue par l’Église, qui appartient au patrimoine acquis de la civilisation ». Tout en n’étant pas moralement autonome – il doit bel et bien satisfaire à des critères moraux fondamentaux et objectifs–, l’Etat n’est par contre pas obligé de reconnaître une vérité religieuse ou une vraie Eglise plus que d’autres confessions ou communautés religieuses. En tant qu’Etat et pouvoir civil de coercition, il se déclare incompétent pour juger sur les questions religieuses de la vérité ou sur les privilèges afférents. Les devoirs et les buts de l’Etat sont de nature différente, même lorsqu’il se montre concerné par la vie religieuse du citoyen ou sait reconnaître dans une religion déterminée, profondément ancrée dans la tradition d’une nation, la vérité même de sa culture et de sa vie publique. En réalité, son action n’est finalement orientée que par les principes politiques de la justice et de l’égalité de toutes les confessions et par la reconnaissance des mêmes droits pour tout le monde. « Le pouvoir civil, dont la fin propre est de pourvoir au bien commun temporel, doit donc, certes, reconnaître et favoriser la vie religieuse des citoyens, mais il faut dire qu’il dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux » (Dignitatis humanae, n. 3).

La mission de la prédication de l’Evangile par l’Eglise et par les apostolats des fidèles laïques qui s’y fondent consiste à pénétrer de l’esprit du Christ les structures de la société et par là à favoriser la manifestation de la royauté du Christ. Le règne du Christ ne commence pas par la confession publique de la vraie religion, mais par l’annonce de l’Eglise dans le cœur des hommes jusqu’à le faire pénétrer par l’action apostolique des fidèles ordinaires dans toute la société humaine ainsi que dans toutes ses structures et réalités de vie.


 

[1] Le présent article a paru pour la première fois en langue allemande dans « Die Tagespost » du 26 septembre 2009, p. 14, et online sur KATH.NET le 28 septembre 2009. Traduction française de Marta Rossignotti Jaeggi et Christiane Gäumann-Gignoux. Une traduction espagnole de cet article figure en annexe de M. Rhonheimer, Cristianismo y laicidad. Historia y actualidad de una relación compleja, Rialp, Madrid 2009. La version que nous présentons en ces pages reprend de manière intégrale le texte de cet article, mais a été élargie et dotée d’une annexe. Cette dernière traite de questions spécifiques concernant la continuité et l’infaillibilité du magistère universel ordinaire, des questions inhérentes à la problématique ici présentée.

[2] Quelques mois plus tard Robert Spaemann a précisé sa position dans un article paru dans la Frankfurter Allgemeinen Zeitung. Cf. R. Spaemann, « Legitimer Wandel der Lehre », in F.A.Z. 1.10.2009, N. 228, 7. Spaemann aussi parle d’un « changement du magistère » et précisément en analogie avec le changement de la doctrine de l’Eglise sur le prêt à intérêt et l’interdiction du prêt à intérêt correspondante. Que cette analogie soit vraiment pertinente me paraît toutefois douteux.

[3] B. Valuet, La liberté religieuse et la tradition catholique, 3 vol., Le Barroux, Paris 1998.

[4] B. de Margerie, Liberté religieuse et règne du Christ, Editions du Cerf, Paris 1988.

[5] M. Rhonheimer, « Cristianesimo e laicità: storia ed attualità di un rapporto complesso », in Pierpaolo Donati (ed.), Laicità: la ricerca dell’universale nella differenza, Il Mulino, Bologna, 2008, 27-138. Traduction espagnole : M. Rhonheimer, Cristianismo y laicidad. Historia y actualidad de una relación compleja, Rialp, Madrid, 2009.

[6] Montalembert aussi se plia au verdict pontifical, assurément dans l’interprétation très tempérée et approuvée par le Pape qu’en donna Mgr Félix Dupanloup, évêque d’Orléans.

[7] C’est bien d’hérétique que le rédacteur principal des travaux préparatoires de l’encyclique Quanta Cura, le conseiller du Saint-Office P. Luigi Bilio, a qualifiée l’affirmation défendue par Montalembert « L’Eglise n’a pas le droit de réprimer les violateurs de ses lois par des peines temporelles ». Voir sur ce thème l’étude remarquablement documentée de Bernard Lucien, Grégoire XVI, Pie IX et Vatican II. Études sur la Liberté religieuse dans la doctrine catholique, Éditions Forts dans la foi, Tours 1990, 185p. (l’Auteur est par ailleurs un opposant à la doctrine de Vatican II.)

[8] C’est pour cette raison que, plus tard, Pie IX approuva aussi la distinction entre « thèse » et « hypothèse » élaborée par la revue Civiltà Cattolica qu’il avait lui-même créée. Suivant cette distinction, on devrait, d’un point de vue pratico-politique, accepter et même exiger les libertés modernes comme « hypothèse » au bénéfice de la chose catholique, mais on ne devrait jamais les affirmer comme « thèse », c’est-à-dire comme étant réellement vraies et justes. Cf. la prise de position, dans ce contexte décisif, par le P. Carlo Maria Curci S. J., « Il congresso cattolico di Malines e le libertà moderne », in La Civiltà Cattolica, 2 ottobre 1863 (Serie V, vol. VIII, fasc. 326), 129-149. Avec des exceptions importantes (comme par exemple Jacques Maritain, Yves Congar ou John Courtney Murray), la théologie catholique conserva cette distinction entre « thèse » et « hypothèse » jusqu’au Concile Vatican II.

[9] Cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Note doctrinale sur la “Professio fidei” et en particulier Jean-Paul II, Lettre apostolique en forme de Motu proprio Ad tuendam fidem du 18 mai 1998. Dans ce dernier document on lit à propos du deuxième paragraphe de la Professio fidei : « Ce paragraphe de la Profession de foi est d’une grande importance, car il indique les vérités nécessairement liées à la révélation divine. Ces vérités, qui, dans l’étude approfondie de la doctrine catholique, témoignent d’une inspiration particulière de l’Esprit divin pour que l’Église ait une meilleure intelligence de telle ou telle vérité relative à la foi ou aux mœurs, sont liées entre elles, tant pour des raisons historiques que par une cohérence logique. » Il paraît difficile de prouver qu’une telle relation existe dans le cas en question.

[10] Il me paraît évident qu’un Etat confessionnel, au sens traditionnel du terme, soit essentiellement incompatible avec la doctrine de Vatican II et en général avec le droit civil à la liberté de religion, car, forcément, dans un Etat confessionnel les discriminations d’ordre civil, surtout dans la sphère publique, sont inévitables. L’affirmation de Vatican II au n. 6 de Dignitatis humanae (« Si, en raison des circonstances particulières dans lesquelles se trouvent certains peuples, une reconnaissance civile spéciale est accordée dans l’ordre juridique de la cité à une communauté religieuse donnée, il est nécessaire qu’en même temps, pour tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le droit à la liberté en matière religieuse soit reconnu et sauvegardé ») ne doit pas être comprise au sens que le Concile soutiendrait ici une compatibilité entre l’Etat et la liberté religieuse, mais plutôt au sens d’une monition à abandonner toute discrimination de nature religieuse adressée aux Etats dans lesquels survivent encore des vestiges historiques du privilège accordé à une religion particulière.

[11] Voir, en sens contraire, le Catéchisme de l’Eglise catholique n. 83 et, ensuite, Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum sur la révélation divine.

[12] Sie haben ihn entthront! Eine Antwort von Pater Matthias Gaudron zur Diskussion um die Religionsfreiheit, à trouver sur www.piusbruderschaft.de.

[13] Cf. aussi Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné. Du libéralisme à l’apostasie. La tragédie conciliaire, Editions Fideliter, Escurolles 1987 ; Bernard Lucien, Grégoire XVI, Pie IX et Vatican II, op. cit.

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:59
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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:58

Dans une lettre pastorale « Sur les rapports entre les religions au sein d’un état de droit», l'évêque aux Armées Mgr Ravel, dont la devise est « Est, Est », qui se traduit par « Oui, Oui » et qui fait référence à un passage de l'évangile de Matthieu : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du démon » (Mt 5,37), cite les papes Pie XII, Saint Pie X et Léon XIII pour appuyer l’importance de l’amour de la patrie :

"... l’affirmation que «la loi naturelle nous ordonne d’aimer de prédilection et de dévouement le pays où nous sommes nés et où nous avons été élevés. » [Léon XIII, Sapientiae christianae] L’insistance porte ici sur le mot « prédilection » : « oui, elle est digne, non seulement d’amour, mais de prédilection, la patrie, … cette terre commune où vous avez votre berceau. »[Saint Pie X] Plus que tout autre, le fidèle catholique a pour mission de chercher, de connaître puis de construire un tissu de relations vivantes et vitales avec tous ses concitoyens pris dans leur diversité même : « Il existe un ordre établi par Dieu selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin maître Lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur l’imminente destruction de la Cité sainte. » [Pie XII, Summi pontificatus] Or, une nation n’est pas une idée, et pas plus un ensemble de valeurs; mais elle se dresse dans sa beauté et sa grandeur à travers la droiture de personnes imprégnées d’une culture, d’un pays et d’une histoire. Une nation existe d’abord d’une communauté de personnes tissée par une culture commune. En quoi notre attachement à notre patrie passe d’abord et surtout par la fraternité établie entre nous, fils et filles d’une même nation. Seule une fraternité éclose en solidarité, et une solidarité comprise comme une communauté de destin, donne une âme vivante et forme un corps concret à la réalité qu’est la France.

 

 ... depuis la loi contre les signes ostensibles dans les écoles de 2004, cet équilibre a été bousculé et on peut s’étonner que l’on continue à faire comme avant. Alors que jusque là, « laïcité » signifiait son sens premier de système social ou de structure politique dans lesquels les pouvoirs religieux et politique existent sans interférence, d'un coup son sens se met à recouvrir une surveillance plus ou moins serré du religieux par le politique au nom d'un principe de précaution ou d'une autorité agitée par la peur de dérives sociales : laïcité se met à vouloir dire « nous, Etat français, délimitons les religions dans l'espace que nous jugeons bon et nous codifions les pratiques telles que nous l'entendons pour le bien commun ». Serions-nous tombés dans ce que François Mauriac désignait d'uncalembour fameux : « limitation de Jésus Christ » ? ... Ne se dirige-t-on pas vers un gommage progressif de toute expression religieuse visible parce que certaines d'entre elles semblent gêner le fonctionnement du corps social ? Doiton traiter toutes les religions identiquement sous prétexte de n’en favoriser aucune ?

Les prises de position de 2004 ont placé le politique sur une trajectoire qui se poursuit et dont il n'est pas sûr qu'il s'en sorte seul... Il n'est pas sûr qu'il puisse permettre d'aller plus loin sans fracture sociale de grande portée. Si l'Etat se sent un jour débordé par des pratiques religieuses qu'il juge inacceptables pour la sauvegarde de la République, comment va-t-il réagir ? De façon autoritaire ? Mais jusqu'où le discours et les actions sécuritaires seront-ils supportables par des personnes catholiques ou musulmanes ou autres qui se sentiront de plus en plus agressées dans leur foi (alors que telle n'est pas la volonté du pouvoir politique en place) ? Ce sont là de redoutables questions qui appellent des réponses.

 

... Reprenons à grands traits la notion catholique de laïcité dont le fondement tient dans cette formule du concile Vatican II : « autonomie des réalités terrestres. » (Gaudium et spes, 36 § 1).

Selon la pensée catholique, la laïcité est d'abord dans les choses elles-mêmes : constater ce que sont les choses avec leurs lois propres et leurs modes singuliers de comportement assoit la juste appréciation de cette laïcité inscrite dans l’être des choses par le Dieu Créateur. La théologie de la création, en effet, rend compte de la qualité de « laïque » qui appartient à toute chose créée : choses matérielles régies par les lois physiques à la précision extrême ; choses spirituelles marquées du sceau de la liberté ; choses matérielles et spirituelles, tout à la fois, soumises au jeu complexe de la nécessité et de la liberté. Nulle grâce ne vient endeuiller ou ternir ces principes et les règles propres à chaque chose. Si toute réalité individuelle est ‘laïque’ par essence, les réalités plurielles, faites de diversité de choses, ne perdent pas cette qualité. Ainsi de la réalité politique composée d’hommes multiples. Le caractère ‘laïque’ d’une réalité ne s’oppose pas à Dieu et à son pouvoir d’alliance puisque Dieu lui-même a voulu et a fait les choses ‘laïques’ c'est-à-dire à distance de lui pour qu’elles aient leur consistance propre. La foi catholique affirme que l’acte de création n’est pas une émanation ou une diffraction de l’Etre divin mais un acte précis qui pose une chose dans l’être, non pas séparée de Dieu (qui en reste la source) mais différente de Lui (qui est le Tout Autre). Dieu est sans nulle proportion avec les choses qui sont, et les choses qu’Il a faites sont autres que Lui.

 

Il y a dans la conception chrétienne de la Création une étrange désacralisation du monde notée par les historiens des religions (Mircéa Eliade). Dieu a fait le monde comme en se rétractant, comme la mer fait la plage en se retirant (pour reprendre la belle image du père Bernard Bro). Par là, le monde ne perd pas sa valeur, bien au contraire. Mais les hommes, y compris les chrétiens, vont peiner à comprendre toute la profondeur de l'acte créateur tant il les détourne de leur manière ‘païenne’ de penser. Dans les paganismes, les choses tiennent leur valeur de leur caractère sacral. La religion « naturelle » appelle les hommes à vivre dans un monde tout entier possédé par des forces divines ou spirituelles. Ce monde là ne vaut que par la présence invisible de ce qui n'est pas lui. A l'opposé, la vision chrétienne déconcerte parce qu'elle énonce une valeur en soi des êtres, du simple caillou au plus beau des archanges.

 

Il nous faut revenir à ce point là pour saisir ce qu’est la laïcité. A cette théologie chrétienne de la laïcité s’opposent les visions panthéistes à travers lesquelles les choses et Dieu se confondent : la réunion totale de l’ensemble des créatures ne coïncide pas avec Dieu. A cette perspective biblique s'opposent aussi les visions qui ne pensent pas ce lien de Dieu aux choses selon la modalité de la distance, soit parce qu’elles ne peuvent accéder à la notion de création soit parce qu’elles ne voient pas Dieu dans sa transcendance.

 

... Ce caractère ‘laïque’ des réalités créées se tire de cette mise à distance sans séparation : chacune joue son rôle et accomplit sa vocation à travers un jeu plus ou moins mesurable de causes et d’effets. Apparemment Dieu n’y touche pas ou, pour le dire comme un scientifique, le physicien Laplace, « l’hypothèse Dieu est inutile ». Et il avait raison dans son ordre d'intelligence scientifique. Mais ce serait mal comprendre le sacré chrétien que d’y voir un abandon par Dieu de son oeuvre comme un certain déisme l’avait laissé entendre. Dieu ne joue pas au billard avec le monde : les images de l’artisan qui crée et laisse ensuite son oeuvre à elle-même sont très imprécises et porteuses de plus de malentendus que des vérités claires. L’action de Dieu dans les choses ‘laïques’ continue d’entretenir l’être et le mouvement propres de chaque réalité. Mais Dieu porte avec discrétion le cosmos tout entier en laissant l’homme découvrir un ordre magnifique imprimé dans les choses : en scrutant par la recherche ou en contemplant par l’admiration chaque chose, l’homme, stupéfait de son propre pouvoir et de la cohérence de la chose, perçoit la densité, la consistance, le mouvement particulier inhérent à l’être lui-même. Bref, la laïcité des choses évacue un « totalitarisme divin » sur le monde, elle donne aux réalités d’être davantage qu’une prolongation confite en divin ou une image évanescente, une sorte de songe dont il faudrait se déprendre pour atteindre Celui-là seul qui vaudrait quelque chose.

 

 

 

... Ce paradoxe de la laïcité, la Bible le nomme ‘Alliance’. Laïcité et alliance : voici deux mots qui signifient exactement la même chose mais sous des points de vue différents. « Alliance », en hébreu ‘berith’, signifie d'abord ‘distance’, mise en altérité réelle de deux réalités qu'il ne faut pas séparer. Entre Dieu et l’homme se conclut une série d’alliances échelonnées le long de l’histoire sainte et persistantes simultanément. L'alliance conclue au temps de Moïse entre Dieu et un peuple, le peuple des hébreux, ne supprime pas les alliances antérieures : celle avec Adam (alliance adamique, universelle), celle avec Noé (alliance noachique, universelle), ni celle avec Abraham (alliance abrahamique avec les croyants). Elle dispose à l'alliance avec le Christ (la nouvelle et ultime alliance dans le sang du Christ, universelle) qui recouvre et accomplit les précédentes. En fin de compte, notre foi chrétienne nous invite à voir tout homme venant dans ce monde comme « en alliance » avec Dieu qu’il le sache ou pas.

 

... Notons ce fait infiniment curieux : Dieu imprime en l'homme sa marque propre et, ce faisant, il le met donc encore plus à distance que n'importe quelle autre créature puisque le propre de Dieu est précisément d'êtreautonome. Parmi toutes les créatures, l’homme sera la plus autonome grâce au jeu de sa liberté. Il est de fait la plus laïque de toutes précisément parce qu’il est le plus ressemblant à Dieu : être à l’image de Dieu signifie pour l’homme avoir une densité et une valeur propre supérieures à celle de tout l’univers, une manière d’agir et d’être propre exclusive. Les philosophes mis devant cette spécificité humaine le diront à leur manière : si toutes les choses sont des « en soi », l’homme est un « pour soi ». Le Concile Vatican II affirme : « ... l’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulu pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »(Gaudium et spes 24 § 3)

Quand l’homme se tourne vers lui-même, il se voit vraiment dans la splendeur de son être, de sa liberté réelle, de sa valeur interne. Voilà ce que nous dit la théologie catholique. Et voilà pourquoi, ceux qui, sous prétexte d’élans mystiques, négligent ou sous-estiment l’homme se trompent puissamment. Ce n’est point en rapetissant la valeur de son oeuvre qu’on grandit Dieu. L’inverse est vrai aussi, disons-le au passage : ce n’est point en diminuant Dieu qu’on grandira l’homme… ou le monde. Et pour faire formule inverse, nous pourrions ajouter que Dieu vaut ce que l’homme veut : que vaudrait un dieu qui ne respecterait pas la libre volonté de l’homme ? Que vaudrait un dieu qui n’assumerait pas sa créature jusque dans ses errances ? Que vaudrait un dieu pour qui la volonté humaine n'aurait pas de véritable impact sur le monde ? Qu'il est grand le Dieu qui confirme la volonté de l'homme même dans ses déviations quitte à mourir sur une croix pour les racheter avec son sang ! Qu'il est grand le Seigneur qui commence ses entretiens avec l'homme en lui disant : « que veux-tu ? » !

 

 

... La laïcité athée, celle qui s’est enfermée dans le dogme de l’athéisme, perd son pouvoir fécondant : car si l'autonomie de l'homme est saine, son indépendance vis à vis de Dieu va la rendre folle. Nous voilà au coeur du mystère que nous nommons du désordre et du « salut ».

... Quel est ce lien de laïcité exacte entre l'homme reconnu dans son autonomie et Dieu dont il dépend en tout ? C'est tout le traité de théologie de la grâce qu'il nous faudrait développer ici, ce qui serait hors de propos. Il nous suffit d'affirmer que l'aide de Dieu, appelée grâce, soutient et confirme notre liberté ; elle ne la diminue en rien de sorte que nous ne sommes jamais les pantins de Dieu, marionnettes agitées par une autre volonté et d'autres muscles que les siens.

 La grâce de Dieu insère puissamment l'homme sur son origine, sa fin et son identité personnelle. En ce sens, elle est sacerdotale en nous car elle nous inscrit dans la dimension verticale ou transcendante de l'univers visible sans nous délier de tout le poids et la richesse de la chair. lle permet ensuite à l'homme de vivre au sein des aléas de l'histoire, traversant l'épaisseur des morts et accueillant les appels de la vie. En ce sens, elle est royale en nous puisqu'elle nous détache d'une soumission aux choses et aux événements pour nous épanouir dans une maîtrise de soi et du monde au profit de soi, des autres et du cosmos.

Elle donne enfin de surmonter les pièges du péché : en ce sens, elle est prophétique en nous tandis qu'elle purifie nos visions, en réorientant des vues trop courtes ou trop partielles. Elle appelle à l'intériorité et à la conversion. A revenir à soi et à retrouver ainsi les chemins de l'amour et de la générosité contre les conseils de peur et d'égocentrisme.

 

 

... En parlant de l’Eglise catholique, j’entends préciser le lien entre le politique et les religions en général : cette alliance telle que les catholiques veulent la vivre et telle qu’ils souhaiteraient qu’elle devienne source d’inspiration pour les justes relations entre la communauté politique et chaque religion. Il va de soi que chaque religion a ses particularités dans sa structuration : elles ne forment que rarement un corps uni comme l’est l’Eglise catholique ce qui pose des problèmes pour fournir une instance de dialogue avec les pouvoirs publics. Mais, en réfléchissant sur son lien avec la politique et l’Etat, l’Eglise ne réclame nul privilège. Tout au plus demande-t-elle que justice soit rendue sur des aspects culturels de son influence : par exemple sur le fait que notre histoire française est inséparable du catholicisme et qu’on ne peut renier une histoire inscrite dans les murs de ses églises...

 

... « Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l'Eglise sont indépendantes l'une de l'autre et autonomes. » (Gaudium et Spes 76 §1 à 3) Mais nous n'avons là que la première dimension de la laïcité, celle de la mise à juste distance. Suit l'affirmation d'une collaboration de principe qui suppose un lien : « Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. »

 

... L'affirmation de la saine laïcité nous protège d'une main mise du religieux sur le politique mais aussi d'une sacralisation du politique : il n'y a pas pour nous de saine mystique du politique qui accaparerait les forces du sacré à son profit. Si nos Etats jouent volontiers le rôle de victime d'un despotisme religieux (qui existe encore en certaines régions du monde, il est vrai), l'histoire du XXème siècle montre que les totalitarismes n'ont pas manqué aussi d'instrumentaliser le religieux.

 

 ... Or, si l’on regarde de plus près, Dieu veut éviter absolument une théocratie. A sa manière, Dieu est le roi de son peuple : mais pas les prêtres. Il n’y a pas un commandement direct du religieux sur le politique. Dieu guide son peuple toujours à distance. Du reste, quand le peuple lui réclame à cor et à cri un roi pour être comme les autres peuples, Dieu se fait tirer l’oreille. Parce qu’il craint la confusion des plans chez un peuple qui n’est particulier qu’en raison d’un lien original avec Lui, un lien qui donne une forme de vie inédite et profondément religieuse. S’il finit par en donner un (Saül, puis David…), Dieu établit une nette séparation des pouvoirs : le roi n’est ni le prêtre ni le prophète. Subsistent à côté de la royauté politique, la lignée des prêtres, qui le sont par appartenance à une tribu, et celle des prophètes, qui le deviennent par vocation, c'est-à-dire par un choix de Dieu absolument libre. La présence des prophètes garde les rois de la tentation de messianisme temporel. Celle des prêtres protège le peuple de la tentation d’idolâtrie royale. Même au temps de la splendeur du royaume d’Israël, la laïcité politique est conservée [Note de Christroi. Sauf sous la dernière dynastie juive, celle des Hasmonéens (Maccabées), où les fonctions de roi et de Grand prêtre reposent sur une même tête]. Et la religion du roi ne fait pas la royauté de la religion.

 

... Dieu veut n’être pas le seul à régir l’univers : en quelque sorte, il partage sa toute-puissance avec les créatures. Et voilà pourquoi dans son application ultime, le principe de laïcité conduit à une légitime dissociation entre le pouvoir religieux émanant directement de celui de Dieu, et le pouvoir politique procédant de la laïcité des choses : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » résume Jésus. Mais d'autres textes pourraient confirmer ce principe de distinction très ferme : « qui m'a instauré juge entre vous pour régler vos partages ? » s'exclame Jésus alors qu'un frère vient se plaindre à lui que son frère ne veut pas partager l'héritage avec lui. (Lc 12, 14)

 

11. L’EGLISE ET LETAT : LAME ET LE CORPS

 

... l’Etat n’est qu’une composante du politique, de « César » : il y a avant tout la nation ou le Peuple dont émane les lois et les gouvernements. Une nation peut exister sans Etat. L’Etat français n’est qu’une réalisation temporaire et nécessairement limitée de la France à un moment donné. De là, ceux qui le composent et l’animent doivent tirer une saine humilité. Ensuite parce que l'Eglise n'est pas Dieu, même si elle en vit, même si elle le porte avec amour en elle et autour d'elle, même si elle n'aurait aucun sens sans Lui. L'Eglise n'est pas Dieu en ce sens qu'elle s'incarne dans le monde et, à ce titre, elle s'intègre dans l'espace et le temps, dans des cultures et des nations, bref elle appartient, d'une certaine manière, à des nations gouvernées par des Etats alors même qu'elle ne peut s'identifier à aucune culture ou régime politique. L'Eglise sera donc le medium par lequel Dieu, qui a mis la juste distance entre lui et l'Etat, va maintenir le lien entre Lui et la Nation sans lequel aucune laïcité politique n'est satisfaisante. ... L'affirmation porte loin : l'Eglise catholique a parfaitement conscience qu'une immense partie de son rôle restera inconnue et que sa mission relève d'une source à laquelle les non chrétiens ne vont pas adhérer.

 

... L'Eglise attend de l'Etat la possibilité réelle d'exister dans la sphère publique, et cela à quatre niveaux :

Dans le droit et les moyens de vivre individuellement sa foi. C'est le niveau privé qui a toujours des incidences sur la sphère publique par la mentalité qu'il façonne et l’organisation qu’il réclame (par exemple : le repos du dimanche).

Dans le droit et les moyens de vivre communautairement sa foi (rassemblements de cultes, enseignements etc.). C'est le niveau cultuel de l’Eglise mais dont le retentissement social nécessite une prise encompte politique. Pour l’Eglise catholique, cultuel ne signifie pas exclusivement liturgique : l’enseignement (conférences, prédications, catéchèse) appartient de plein droit au culte catholique. Appartiennent aussi le partage des biens entre chrétiens et les prières publiques (par exemple, les processions extérieures).

Dans le droit et les moyens de faire partager ses convictions à d'autres. C'est le niveau apostolique. (écoles catholiques, publications etc.) L’Etat ne peut rester en dehors de cette transmission car il se doit de veiller à la salubrité des enseignements transmis en cohérence avec les projets sociaux et humains qui concourent à la paix et au bien commun.

Dans le droit et les moyens de faire écouter sa voix en toutes matières à toute la société. C'est le niveau prophétique (participations à des organismes publiques, à des enquêtes, etc.). Là encore, on mesure de suite les implications pour le politique de laisser résonner des voix religieuses dans les médias et les agoras modernes.

... Le cardinal Ratzinger, dans son discours lors de sa réception à l'Académie des sciences morales et politiques, a bien cadré les choses : « Il est conforme à la nature de l'Eglise qu'elle soit séparée de l'Etat et que sa foi ne puisse pas être imposée par l'Etat, mais repose sur des convictions librement acquises. Sur ce point il y a un beau mot d'Origène... : 'le Christ ne triomphe de personne sans qu'on ne le veuille soi-même. Il ne triomphe qu'en convaincant car Il est la Parole de Dieu.' Il n'appartient pas à l'Eglise d'être un Etat ou une partie de l'Etat mais d'être une communauté basée sur des convictions. Mais il lui appartient aussi de se savoir responsable du tout, et de ne pouvoir se limiter à elle-même. Il lui faut, avec la liberté qui lui est propre, s'adresser à la liberté de tous, de façon que les forces morales de l'histoire restent les forces du présent, et que resurgisse, toujours neuve, cette évidence des valeurs sans laquelle la liberté commune n'est pas possible. »

 

Sources: 1, 2

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 15:56

Ce matin, en la Basilique vaticane, Benoît XVI a présidé une messe au cours de laquelle ... dans son homélie, il a commenté l'Evangile du jour, "La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux", en disant que "même s'il peut sembler qu'une grande partie du monde moderne, des hommes d'aujourd'hui, tournent les épaules à Dieu et considèrent la foi comme une chose du passé, il existe cependant le désir que soient finalement établis la justice, l'amour, la paix, que la pauvreté et la souffrance soient dépassées et que les hommes trouvent la joie". La liturgie du jour, a-t-il poursuivi "nous donne donc deux définitions de votre mission d'évêques et de prêtres de Jésus-Christ: être des ouvriers de la moisson de l'histoire du monde avec le devoir de soigner en ouvrant les portes du monde à la seigneurie de Dieu, afin que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel...et coopérer à la mission de Jésus-Christ".

 

Evoquant ensuite l'eucharistie, il a indiqué que "en rompant le pain, on exprime aussi le partage et la transmission de notre amour aux autres. La dimension sociale, la coexistence n'est pas un appendice moral qui s'ajoute à l'eucharistie mais en fait partie".

 

Il a conclu par ces quelques mots: " "Duc in Altum (NDLR. "Avance au large"), vous dit le Seigneur en ce moment, chers amis. Vous avez été appelés à des taches qui concernent l'Eglise universelle. Vous êtes appelés à jeter les filets de l'Evangile dans la mer agitée de notre époque pour obtenir l'adhésion des hommes au Christ, pour les sortir, pour ainsi dire, des eaux salines de la mort et de l'obscurité dans laquelle la lumière du ciel ne pénètre pas. Vous devez les amener sur la terre de la vie, dans la communion avec Jésus-Christ".



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