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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 17:31

Extrait d'un texte de l'abbé Christophe Legrier publié pour la revue "Fideliter", n° 189, mai-juin 2009 :

La "messe anticipée" ou samedi contre dimanche

Consultons d’abord le Catéchisme du concile de Trente (Ch. 31). « Ces paroles [interdisant les œuvres serviles] nous montrent d’abord que nous devons éviter tout ce qui peut entraver le culte divin. D’où il est aisé de conclure que les œuvres serviles de toute espèce sont défendues (...) parce qu’elles seraient capables de détourner notre esprit du service de Dieu, qui est la fin du précepte » (§ 5). Voilà qui est clair.

 

Toutefois, comme un mauvais préjugé envahit les esprits actuels, préjugé qui affirme que l’Église du concile de Trente était une Église fort éloignée des origines, nous allons d’une enjambée remonter au VIe siècle, pour y entendre la voix du concile d’Agde (506) : « Nous ordonnons aux fidèles, par un précepte spécial, d’entendre toute la Messe le dimanche, et de ne pas quitter [l’église] avant la bénédiction du prêtre. » Encore cette insistance sur le culte divin.

 

Entrons à présent dans l’ère des persécutions. Nos ancêtres dans la foi sanctifiaient alors le dimanche sans qu’il y eût obligatoirement de repos dominical (il faudra pour cela attendre le IVe siècle, avec la naissance de l’État chrétien). En 305, le concile d’Elvire menace d’excommunication ceux qui manqueraient trois fois de suite à la messe le dimanche. Vers 230, la Didascalie (un texte syrien ou palestinien) s’adresse aux chrétiens avec une belle éloquence : « Abandonnez tout au jour du Seigneur et courez avec diligence à vos églises, car c’est là votre louange (envers Dieu). Sinon quelle excuse auront, auprès de Dieu, ceux qui ne se réunissent pas, au jour du Seigneur, pour entendre la parole de vie et se nourrir de la nourriture divine qui demeure éternellement ? » Remontons encore dans le temps : nous trouvons au IIe siècle l'Apologie de saint Justin, expliquant que les chrétiens se réunissent « le jour du soleil » (c’est-à-dire le dimanche) pour rendre le culte à Dieu. [NDCR. Et encore plus tôt, voici ce que l'on trouve dans la "Didachè", à propos de la réunion dominicale. La Didaché est un "livre anonyme" qui "fut tellement apprécié des premiers chrétiens qu'il fut parfois tenu pour inspiré. Son auteur n'est pas connu. Il a dû voir le jour entre 100 et 150, vraisemblablement dans la région syrienne. C'est une sorte de catéchisme à l'usage des fidèles, composé de textes divers, préexistant à l'état dispersé, concernant la morale chrétienne, la hiérarchie ecclésiastique, les fêtes liturgiques, l'administration du baptême et de l'eucharistie. ... Le document émane d'une communauté de Juifs convertis au christianisme au tournant du premier siècle. ... Voici les prescriptions de la Didaché pour le Jour du Seigneur : "Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain et rendez grâce, après avoir d'abord confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur. Celui qui a un différend avec son compagnon ne doit pas se joindre à vous avant de s'être réconcilié, de peur de profaner votre sacrifice, car voici ce qu'a dit le Seigneur : 'Qu'en tout lieu et en tout temps, on m'offre un sacrifice pur; car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon nom est admirable parmi les nations.'" Source: A. HAMMAN, L'Empire et la Croix, in DANIEL-ROPS, Histoire de l'Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p.26. "[I]nsensiblement, une fissure devait se dessiner entre eux (les premiers chrétiens) et les autres Juifs. Par exemple, la fête hebdomadaire rituelle, le Sabbat, minutieusement consacrée à la prière, se plaçait le samedi. En tant que Juifs, les premiers fidèles l'observaient. Mais à côté, une autre fête s'était imposée à eux, celle du Jour du Seigneur, où l'on commémorait la Résurrection : dans les épîtres de Saint Paul (I Cor., XVI, 2), dans les Actes (XX, 7), comme dans le texte non canonique dit Lettre de Barnabé datant d'environ 132, on trouve la preuve que ce 'premier jour de la semaine' était fête chrétienne. Il en résulte une rivalité entre ces deux journées, et peu à peu, ce fut le dimanche qui l'emporta. ... La substitution des nouvelles observances aux anciennes ne sera complète qu'à la fin du second siècle. DANIEL-ROPS, ibid., p. 27.] Tous ces témoignages montrent que, dans la sanctification du dimanche, le culte rendu à Dieu a toujours tenu la première place.

La "messe anticipée" ou samedi contre dimanche

Une réforme pas à pas

 

L’innovation introduite dans le nouveau droit fut précédée de plusieurs demandes et autorisations. Les premières apparurent au début du pontificat de Paul VI (2). Puis une Instruction (3) fixa en 1967 les règles de cette célébration. En 1968, la faculté d’autoriser la messe anticipée fut confiée à chaque évêque diocésain. Et, en 1983, l’innovation fit son entrée triomphale dans le nouveau droit, au canon 1248 § 1.

 

Il faut rappeler le contexte dans lequel cette nouveauté a vu le jour. Un mot résume l’état d’esprit des hommes d’Église dans les années 1960 : l’aggiornamento, c’est-à-dire, selon certains, l’adaptation à la société moderne. Il y a une bonne adaptation et il y en a une mauvaise. S’adapter à un contexte que l’on n’a pas choisi est permis : l’Église s’est ainsi toujours adaptée aux circonstances que lui imposaient les sociétés qu’elle n’avait pas encore amenées au Christ (« christianisées ») – ou qu’elle ne pouvait plus maintenir sous le règne du Christ (4).

 

S’adapter à des principes néfastes en les adoptant n’est pas permis : l’Église ne peut adopter un état d’esprit contraire à sa mission et à l’esprit de Dieu. Or l’aggiornamento des années 1960 est plus qu’une adaptation au monde moderne, il consiste en une adoption de l’esprit moderne. La messe dominicale anticipée en est une belle illustration et les textes ci-dessous vont nous le montrer.

 

Du Ski au Syndicat

 

Une note de la Commission épiscopale (française) de liturgie, datée du 15 janvier 1969, donne les motifs qui ont amené à autoriser les messes le samedi soir. « Dans le monde tel qu’il se présente maintenant, il y a, le dimanche, des chrétiens qui sont en état de loisir, il y a des chrétiens qui travaillent. » Soit. Examinons à présent ces motifs dans le détail.

 

Voici d’abord pour les chrétiens en « état de loisir ». Il y a premièrement ceux qui « veulent éviter la fatigue du dimanche matin quand il s’agit de préparer toute une famille pour la messe, ou qui reçoivent des amis non croyants et veulent passer toute la journée avec eux ». Deuxièmement, il y a ceux qui partent en week-end : « c’est le cas de jeunes ou d’adultes qui font partie d’un groupe dont les activités de loisirs commencent très tôt le dimanche matin ou qui se rendent dans un lieu où il n’y a pas de messe (ski...) ». Ou encore « c’est le cas de personnes ou de familles qui, s’étant échappées soit le samedi midi, soit même le vendredi soir (...) pourront disposer de tout leur dimanche pour des activités de loisir ». Enfin vient le cas du conjoint incroyant, à qui l’on pourra consacrer tout son dimanche : « Dans les foyers où l’un des époux est incroyant, l’époux croyant pourra participer à la messe du samedi soir et consacrer à son conjoint toute la journée du dimanche... »

 

Quant à ceux qui sont « en état de travail », il y a premièrement ceux dont la profession rend difficile l’assistance à la messe (motif sérieux, mais déjà résolu en grande partie par Pie XII) ; il y a deuxièmement « la mère de famille que ses occupations retiennent le dimanche » ; il y a troisièmement les « chrétiens engagés dans les structures sociales, politiques, syndicales ou autres et qui sont en réunion à l’heure de la messe paroissiale ou toute la journée du dimanche ».

 

Plages de l'atlantique

 

Rome elle-même a donné le ton. En 1964, une concession est donnée pour cause de « tourisme » et de « sports d’équipe » ; en 1965, nouvelle concession accordée à l’archevêque d’Alger, où figurent les motifs de « culture », de « voyage » et de « légitime détente ». A nouveau, en 1967, Paul VI concède à l’archevêque de Bordeaux la possibilité d’anticiper la messe dominicale dès le samedi soir, car « beaucoup de fidèles se rendent le dimanche sur les plages de l’Atlantique ou dans les Pyrénées et peuvent difficilement assister à la messe... » !

 

Pour réaliser toutes ces aspirations, le repos dominical est l’occasion idéale. A une condition, toutefois : que le culte rendu à Dieu, à savoir la messe, ne vienne pas troubler ce repos. Et voilà le divorce entre les deux obligations ! On pense au repos dominical en oubliant qu’il est au service du culte de Dieu. Désormais ce culte divin gêne le repos de l’homme, à qui on donne la place d’honneur : il gêne le sport d’équipe, le tourisme, le séjour sur les plages ou en montagne ; il gêne les réunions politiques et syndicales ; il gêne l’incroyant (pensez!) ; alors on le relègue au samedi soir, à une place secondaire, et l’inversion complète est achevée. Au culte de Dieu, qui tenait la première place, on a substitué à présent le repos de l’homme. Belle adoption, en vérité, de l’esprit moderne, qui place l’homme au centre de tout, et refuse à Dieu la première place qui lui est due !

 

Concluons que la messe anticipée du samedi a contribué, à sa place, à la diminution de la connaissance et de la pratique du précepte dominical.

 

Ces motifs expliquent pourquoi, dans les chapelles de la Fraternité Saint-Pie X, aucune des messes célébrées le samedi soir n’est une messe dominicale : la liturgie n’y est jamais celle du lendemain, mais celle du samedi. Si l’on est empêché d’aller à la messe le dimanche matin, on satisfera au précepte par la messe du dimanche soir. Et si l’empêchement dure toute la journée du dimanche, on recourra alors aux sages et traditionnelles règles de la dispense.

 

La messe anticipée a surtout anticipé... la ruine du dimanche. N’anticipons rien en la matière. Le dimanche, c’est le dimanche, ce n’est pas le samedi. La Palisse n’aurait pas dit autrement !

(2) 21 juin 1963 – 6 août 1978.

(3) Eucharisticum Mysterium, SRC, 25 mai 1967

(4) Un exemple d’adaptation légitime : la messe du dimanche soir. Traditionnellement, la messe dominicale avait pour elle la place d’honneur : le matin. Le pape Pie XII toutefois a autorisé cette messe le soir, non pour adopter l’esprit du monde, mais pour des raisons de bien commun : pour les détenus, empêchés par le règlement d’entendre la messe le matin (1946) ; pour les ouvriers obligés de travailler le dimanche matin (1947) ; pour les prêtres empêchés de célébrer leurs trois messes le matin (1947)

 

Source: http://www.lalettreauxelus.com/dossiers/pdf/messe_anticipee.pdf

 

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Publié par Ingomer - dans Religion
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