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Christ Roi

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 22:18

Par Dr. Martin Rhonheimer
Professeur d’Ethique et de Philosophie politique
à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix, Rome

(Nova et .Vetera, no 4, 0ctobre-décembre 2010) 

   
       
 

 

Avec le Concile Vatican II l’Eglise a défini
de façon nouvelle ses rapports
avec le monde moderne : continuité ou rupture ?
Une contribution au débat contemporain sur cette question
[1].

 

Source : http://www.novaetvetera.ch/Art%20Rhonheimer.htm via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=595029

 

Comme on le sait, le 22 décembre 2005, le Pape Benoît XVI s’est exprimé, dans son discours à l’occasion de la présentation des vœux de Noël à la Curie romaine, contre une interprétation largement diffusée de Vatican II, selon laquelle l’Eglise postconciliaire serait une Eglise différente de l’Eglise « préconciliaire ». Benoît XVI qualifie cette interprétation erronée du Concile d’« herméneutique de la discontinuité et de la rupture ».

Cette expression a été reprise avec empressement par les catholiques partisans fidèles du pape. L’idée que le pape ait opposé dans son discours l’herméneutique de la discontinuité à l’herméneutique de la continuité s’est largement répandue. Il semble que Robert Spaemann ait également partagé cet avis, lorsqu’à propos des tentatives d’harmonisation en matière de liberté de religion, thème qui a gagné en actualité dernièrement, il salue la mise en relief d’une continuité sans rupture entre la doctrine conciliaire et la doctrine préconciliaire (cf. « Die Tagespost » du 25.4.2009)[2].

On doit toutefois contredire cette affirmation. Dans le discours susmentionné, le pape Benoît XVI n’a pas du tout opposé l’herméneutique erronée de la discontinuité à une « herméneutique de la continuité ». Il a plutôt expliqué qu’à « l’herméneutique de la discontinuité s’oppose l’herméneutique de la réforme… » Quelle est la « nature de la vraie réforme » ? « Elle consiste, explique le Saint Père, dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux ».

La relation avec l’Etat

Le Concile Vatican II doit être compris ainsi à la lumière de la catégorie herméneutique de « réforme » et non simplement de « continuité ». En effet, la « réforme » contient aussi bien des éléments de continuité que certains éléments de discontinuité. Cependant, comme le souligne Benoît XVI, continuité et discontinuité se trouvent à des niveaux différents. Identifier et distinguer entre ces niveaux différents constitue le véritable enjeu.

A cette fin, le pape précise tout d’abord : « Le Concile devait définir de façon nouvelle le rapport entre l’Eglise et l’époque moderne », et cela sous deux rapports : d’une part, par rapport aux sciences naturelles modernes ; d’autre part, « il fallait définir de façon nouvelle le rapport entre l’Eglise et l’Etat moderne, un Etat qui accordait une place aux citoyens de diverses religions et idéologies, se comportant envers ces religions de façon impartiale et assumant simplement la responsabilité d’assurer une coexistence ordonnée et tolérante entre les citoyens et leur liberté d’exercer leur religion ».

Il est clair, poursuit Benoît XVI, qu’en ce qui concerne l’enseignement du Concile « dans tous ces secteurs, dont l’ensemble forme une unique question, il pouvait ressortir une certaine forme de discontinuité et que, dans un certain sens, une discontinuité s’était effectivement manifestée ». Malgré cela, on pouvait affirmer « que la continuité des principes n’était pas abandonnée ». Or, « c’est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme ».

En anticipant de manière prophétique les débats actuels, Benoît XVI exemplifie « l’herméneutique de la réforme » par la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse. Benoît XVI exprime ici exactement la différence de niveaux que les enseignements préconciliaires n’avaient pas eu la capacité de relever en raison de précises conditions théologiques et historiques. Ainsi, Grégoire XVI et Pie IX, pour ne mentionner que ces deux papes, avaient identifié le droit fondamental du citoyen moderne à la liberté de religion, de conscience et de culte à une négation de la vraie religion. Et cela car ils ne pouvaient pas s’imaginer qu’une vérité religieuse et une vraie Eglise puissent exister sans que cette dernière ne soit également soutenue par l’Etat et la politique, et respectée par le droit civil. De fait, un grand nombre de leurs adversaires libéraux plaidèrent pour la liberté de religion en présentant l’argument exactement contraire : une telle liberté est nécessaire car il n’y a pas de vérité religieuse.

L’Eglise du XIXe siècle considérait comme un désaveu de la religion chrétienne, seule vraie et unique, et comme de l’« indifférentisme » et de l’« agnosticisme », la vision « libérale » selon laquelle l’Etat n’aurait ni la compétence ni le devoir, d’une part, de se porter garant de la valeur sociale de la vraie religion et de renoncer à reconnaître à d’autres religions le droit d’existence, et, d’autre part, de limiter par la censure publique la liberté d’expression et de presse en vue de protéger la vraie religion.

Dans le magistère préconciliaire, l’enseignement de l’unique vérité de la religion chrétienne allait de pair avec l’enseignement de la fonction et du devoir de l’Etat, qui se devait de faire appliquer la vraie religion et de protéger la société de la diffusion de l’erreur religieuse. Cela impliquait l’idéal d’un « Etat catholique » dans lequel, au meilleur des cas, la religion catholique est l’unique religion d’Etat dont l’ordre juridique est toujours au service de la protection de la vraie religion.

C’est précisément par rapport à cet enseignement des Papes du XIXe siècle que se trouve le point de discontinuité, bien qu’il se manifeste en même temps une continuité plus profonde et essentielle. Comme l’explique Benoît XVI dans son discours : « Le Concile Vatican II, reconnaissant et faisant sien à travers le Décret sur la liberté religieuse un principe essentiel de l’Etat moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l’Eglise. » Ce principe essentiel de l’Etat moderne et en même temps la redécouverte de cet héritage profond de l’Eglise constituent, selon Benoît XVI, le clair rejet d’une religion d’Etat. « Les martyrs de l’Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s’était révélé en Jésus-Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de conscience et pour la liberté de professer leur foi. »

La « liberté de conscience » a toujours été comprise par le monde moderne comme la liberté de culte, c’est-à-dire comme le droit de l’individu et des diverses communautés religieuses à exprimer librement leur foi, de manière publique et communautaire, dans le cadre de l’ordre et de la morale publiques, sans que l’Etat ait le droit d’intervenir pour l’empêcher. Or cela correspond exactement aux revendications des premiers chrétiens à l’époque des persécutions. Ils ne revendiquaient pas la promotion par l’Etat de la vérité religieuse mais plutôt la liberté de pouvoir confesser leur foi sans être brimés par l’Etat. Il revient au Concile Vatican II d’avoir enseigné ce droit fondamental de la personne humaine à confesser sa foi sans préjudice.

C’est bien à cela qu’a dû céder le pas l’ancienne revendication de la protection politico-juridique des soi-disant « droits à la vérité » et de la répression par l’Etat de l’erreur religieuse. Quoi qu’il en soit, on ne peut nier que c’est précisément cette doctrine de Vatican II qui a été condamnée par Pie IX dans l’Encyclique Quanta cura.

Benoît XVI conclut son exemplification de l’« herméneutique de la réforme » par la doctrine sur la liberté religieuse avec cette constatation frappante : « Le Concile Vatican II, avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l’Eglise et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques… » Ces corrections ne signifient pas une discontinuité au niveau de la doctrine de la foi catholique et de la doctrine morale, qui est objet du magistère authentique, lequel en ce cas - même en tant qu'enseignement ordinaire - revendique l'infaillibilité. En ce sens, Benoît XVI parle d’une simple « discontinuité apparente », car tout en se débarrassant de l’ancien fardeau d’une doctrine d’Etat dépassée, l’Eglise « a maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. L’Eglise est, aussi bien avant qu’après le Concile, la même Eglise une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps… »

Bref, la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse n’implique aucune réorientation dogmatique, mais plutôt une réorientation de la doctrine sociale de l’Eglise et, plus précisément, une correction de son enseignement sur la fonction et les devoirs de l’Etat. Les mêmes principes immuables sont repris donc de manière nouvelle dans le nouveau contexte historique. Il n’y a aucune doctrine de foi catholique et dogmatique sur l’Etat et il ne peut pas y en avoir, exception faite des éléments déjà présents dans la Tradition apostolique et dans l’Ecriture Sainte. Or, de ces écrits est totalement absente l’idée d’un « Etat catholique » qui serait le bras séculier de l’Eglise. Ils témoignent plutôt d’une séparation entre la sphère religieuse et celle politico-étatique.

La levée partielle du vrai dualisme chrétien entre pouvoir temporel et spirituel ainsi que leur amalgame apparurent plus tard, comme conséquence de situations historiques contingentes, dont, en premier lieu, l’imposition du christianisme comme religion d’Etat dans l’Empire romain et la lutte contre l’arianisme (qui plaidait à nouveau pour une déification de l’Etat) ; en deuxième lieu, l’intégration, au cours du bas moyen âge, de l’Eglise dans les structures du gouvernement impérial et, en troisième lieu, en réaction à cette dernière, la doctrine politico-canonique du haut moyen âge de la plenitudo potestatis du pape, une doctrine de laquelle on a tiré l’idée moderne d’un Etat princier confessionnel catholique, auquel Pie IX était encore très attaché et auquel on a bien évidemment opposé son pendant protestant.

La doctrine de Vatican II représente ici un clair point tournant par rapport au passé. Une fois définitivement libérée du fardeau historique, la doctrine du Concile sur la liberté religieuse demeure essentiellement une doctrine sur les devoirs et les limites de l’Etat ainsi que sur le droit civil fondamental – un droit de la personne et non de la vérité – par lequel sont restreintes la souveraineté et les compétences de l’Etat en matière de religion. Elle est, ensuite, une doctrine sur la liberté de l’Eglise à exercer librement – à l’instar de toute autre religion – sa mission de salut aussi dans l’Etat séculier, une doctrine établie sur la base des droits corporatifs fondamentaux à la liberté religieuse. Enfin, la doctrine conciliaire affirme le devoir qu’a l’Etat de garantir, de manière neutre et impartiale et toujours dans le respect de l’ordre et de la morale, les conditions nécessaires pour que chaque citoyen puisse pratiquer sa propre religion.

Tentatives de réconciliation : un échec ?

C’est justement cette nouvelle doctrine politico-juridique soutenant que l’Etat n’est plus le bras séculier de l’Eglise gardienne de la vérité religieuse, que réfutent aujourd’hui les traditionalistes. C’est effectivement ce que le P. Matthias Gaudron, porte-parole de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X en Allemagne, a mis en exergue dans une lettre de lecteur (parue dans « Die Tagespost » du 6.6.2009). Alors que les positions plus tempérées, telles que celle du Prof. H. Klueting (cf. « Die Tagespost » du 30.05.2009, p. 18), réduisent la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse à une « immunité de toute conversion forcée » suggérant ainsi à tort une continuité sans rupture, le P. Gaudron met le doigt sur le point décisif : la divergence ne porte pas sur la question du rejet de la « conversion forcée » – ce point fait l’unanimité – mais sur la question de savoir jusqu’où on peut aller dans la restriction de la pratique publique d’une foi erronée et dans sa propagation. Il constate ainsi et à raison une rupture de la continuité ou, pour le dire avec Benoît XVI, la discontinuité.

Le Mémorandum « La bombe à retardement de Vatican II » adressé par le supérieur provincial allemand de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le P. Franz Schmidberger, à tous les évêques allemands est encore plus explicite. Selon lui, la doctrine de Vatican II signifie « la sécularisation de l’Etat et de la société », ainsi que l’« agnosticisme d’Etat ». Elle représente le désaveu du droit et du devoir de l’Etat « d’empêcher aux membres de religions erronées de propager publiquement leurs convictions religieuses, en brimant leurs manifestations publiques et activités missionnaires et en leur refusant le permis de bâtir des lieux de culte ». Bref, par sa doctrine sur la neutralité religieuse de l’Etat – en fait, sa laïcité –, le Concile a renié la doctrine traditionnelle sur l’Etat catholique et sur le Royaume social de Jésus-Christ. En réalité, poursuit le P. Schmidberger, suivant en cela l’archevêque Lefebvre, « Jésus-Christ est le seul Dieu et la croix la seule source de salut ». Par conséquent, « il revient aux dirigeants d’Etat de faire valoir dans la société, autant que cela est possible, cette revendication d’exclusivité ».

Ici, il n’y a pas de point commun ou de continuité avec la doctrine de Vatican II. Je considère comme inutiles et concrètement erronées toutes ces tentatives d’harmonisation mises en œuvres par des[4] théologiens tels que Basil Valuet[3], auquel fait référence Spaemann, ou Bertrand de Margerie, et cela malgré leur effort méritoire d’obtenir une reconnaissance de la part des croyants traditionalistes, en vue de leur réconciliation avec le dernier concile. En réalité, ces tentatives sèment plutôt la confusion, car de tels plaidoyers masquent le véritable problème et par-là l’originalité de la doctrine du Concile Vatican II. Les arguments utilisés sont faux car ces tentatives d’harmonisation ne tiennent pas compte du contexte politico-juridique et de la distinction de niveaux mis en évidence par Benoît XVI.

On ne peut donc pas affirmer, comme le fait Bertrand de Margerie, que tant pour le pape Grégoire XVI que pour le Concile Vatican II la liberté de presse n’est pas illimitée, de sorte qu’il y a continuité entre la condamnation de la liberté de presse par le pape Grégoire XVI et la doctrine de Vatican II. En réalité, alors que le pape Grégoire plaidait pour une censure de la presse par l’Etat sous contrôle ecclésiastique en vue de servir la vraie religion, Vatican II – comme d’ailleurs déjà les libéraux au XIXe siècle – fait référence aux limites de la liberté de presse et de conscience présentes dans les droits accordés aux citoyens, droits définis par la loi et avec possibilité de recours et en tenant compte de l’ordre et de la morale publiques. Ces limites correspondent à la logique de neutralité et de laïcité propre de l’Etat constitutionnel, libéral et démocratique, face aux revendications religieuses de vérité, et n’ont rien à faire avec une « protection de la vraie religion » et une protection du citoyen de la « peste de l’erreur religieuse » ni avec une censure d’Etat exercée au service et au prorata de l’Eglise (comme le pratiquait le Saint-Office – aujourd’hui la Congrégation pour la doctrine de la foi – dans l’Etat ecclésiastique du XIXe siècle régi par le droit canonique).

De même, la tolérance telle qu’elle est encore enseignée par Pie XII dans son discours Ci riesce du 6.12.1953, et qui ne peut être exercée en matière de religion que « dans certaines circonstances » et selon le jugement d’appréciation de l’« homme d’Etat catholique », n’ouvre non plus la voie à la liberté religieuse. Et cela en raison du droit civil fondamental de la personne humaine qui limite la compétence du pouvoir d’Etat dans les questions religieuses. Sur cette base, de tels jugements d’appréciation de « l’homme d’Etat catholique » relatifs à la tolérance ne sont désormais plus possibles, car ils seraient contraires au droit. Ainsi il ne peut pas y avoir de soi-disant « droit à la tolérance », ce qui selon Basil Valuet se retrouverait chez Pie XII et serait conforme à la doctrine de Vatican II.

En aucun cas il ne s’agit ici – comme l’écrit Robert Spaemann – d’un « conflit de principes sans conséquents », mais bien plutôt de la question fondamentale concernant la relation de l’Eglise à la modernité, en particulier à l’Etat constitutionnel libre et démocratique et, bien davantage, de la question de la compréhension que l’Eglise a d’elle-même ainsi que de son rapport au problème de la contrainte dans le domaine religieux.

En fait, bien que l’Eglise ait de tout temps refusé l’idée de la conversion forcée, elle n’a généralement pas repoussé l’idée de la contrainte en matière religieuse. Au contraire, l’Encyclique Quanta Cura (1864) de Pie IX ne visait pas les athées libéraux, mais le groupe influent des catholiques libéraux réunis autour du politicien français Charles de Montalembert. Il s’agissait notamment des catholiques orthodoxes qui ont même défendu l’existence des Etats Pontificaux (Montalembert est à l’origine du principe « Eglise libre dans un Etat libre », qui plus tard sera repris, bien que de manière différente, par Cavour) et qui, au Congrès de Malines d’août 1863, ont revendiqué la reconnaissance de la part de l’Eglise de la liberté d’association, de presse et de culte.

Mais ces revendications entrent en collision avec la position « traditionnelle » de l’Eglise, reçue en héritage du haut moyen âge, selon laquelle l’Eglise possède le droit d’user de la contrainte – à l’aide de mesures juridiques pénales – pour préserver les chrétiens de l’apostasie. « Embrasser la foi, c’est affaire de liberté », écrit Thomas d’Aquin, « mais la garder quand on l’a embrassée est une nécessité » (Summa theologiae II-II, 10, 8, ad 3). Les théologiens qui ont étudié le Quanta Cura se réclament de ce principe. On l’a compris de telle manière qu’on a considéré du devoir de l’Etat, conçu comme bras séculier de l’Eglise, de préserver les fidèles, par le biais de la censure et du droit pénal, des influences dangereuses pour la foi et de l’apostasie.

C’est pour cette raison que Pie VI avait condamné la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de la Révolution française, dans son Bref Quod aliquantum de 1791. Elle représente l’apostasie publique de toute une nation. Pour les catholiques, revendiquer la liberté religieuse c’est l’affaire d’un Etat d’infidèles ou de juifs. Mais puisque la France est une nation chrétienne et les citoyens français sont des chrétiens baptisés, il ne peut pas y avoir de liberté civile générale de confesser une religion autre que la vraie religion catholique. Pie VI le précise : les non-baptisés « ne peuvent pas être contraints à obéir à la foi catholique ; les autres par contre doivent l’être (sunt cogendi) ».

Dans son discours de 2005, Benoît XVI prend la défense de la première phase, celle « libérale », de la Révolution française – qu’il distingue ainsi de la seconde, la phase jacobine, plébiscitaire et radical-démocratique, qui amena la Terreur de la guillotine. Ce faisant, il réhabilite également la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789, issue de l’esprit du parlementarisme représentatif et de la pensée constitutionnelle américaine.

La perspective du Concile

Vatican II a eu le mérite de surmonter l’assimilation typique effectuée par la doctrine préconciliaire de la liberté religieuse à l’« indifférentisme » et à l’« agnosticisme ». Il s’agit, pour ce qui concerne le magistère de l’Eglise, d’une étape historique qui ne peut être comprise qu’à la lumière de l’« herméneutique de la réforme » préconisée par Benoît XVI.

Il vaut la peine de se pencher sur cette exigence et ne pas la délayer dans de faux efforts de continuité, ce qui reviendrait à altérer la véritable continuité et par là l’essence même de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.

Et qu’en est-il de la « doctrine catholique sur le devoir moral de l’homme et de la société vis-à-vis de la vraie religion et de l’unique Eglise du Christ » qui, d’après les déclarations du Concile sur la liberté religieuse, devrait être « intangible » ? Effectivement, cette affirmation est souvent citée pour suggérer la « continuité sans rupture » dans la tradition de l’Eglise concernant, entre autres, la liberté religieuse. Sur ce point le Concile semble en effet être resté ambivalent.

Mais cette affirmation n’est pas aussi ambivalente qu’elle paraît, car ces devoirs moraux – comme le dit le texte susmentionné – ont pour condition « l’immunité de toute contrainte dans la société civile ». L’ancienne doctrine sur les devoirs de l’Etat comme bras séculier de l’Eglise semble ne plus tenir face au discours sur les devoirs des « hommes et des sociétés vis-à-vis de la vraie religion et de l’unique Eglise du Christ ».

Quels sont ces devoirs, c’est entre-temps une autre interprétation également correcte de cette phrase contestée à le suggérer. Il s’agit du Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 2105) – un document du magistère de l’Eglise – qui affirme, en citant le passage susmentionné, que c’est le devoir tant de l’individu que de la société « de rendre à Dieu un culte authentique ». Ce que l’Eglise réalise « en évangélisant sans cesse les hommes », afin qu’ils puissent pénétrer d’esprit chrétien « les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent ».

En revanche, on demande à chaque chrétien de faire connaître « l’unique vraie religion qui subsiste dans l’Eglise catholique et apostolique ».

Telle est la manière – conclut l’article du Catéchisme de l’Eglise catholique – par laquelle l’Eglise manifeste « la Royauté du Christ sur toute la Création et en particulier sur les sociétés humaines ». La perspective de Vatican II est donc l’annonce de l’Evangile par l’Eglise et par l’apostolat des fidèles visant à pénétrer d’esprit chrétien les structures de la société. Pas un mot, par contre, sur l’Etat qui en tant que bras séculier de l’Eglise serait censé protéger le « droit à la vérité » même avec la force et par là établir la royauté du Christ sur la communauté des hommes. La discontinuité est évidente. Et plus évidente encore est la continuité là où elle est vraiment essentielle et donc nécessaire. 

* * *

 Annexe. Continuité et discontinuité : qu’en est-il de l’infaillibilité du Magistère ?

Les réactions de quelques théologiens au sujet des réflexions ici exposées, ont relevé que mon interprétation mettrait en doute l’infaillibilité du magistère de l’Eglise, et donc qu’elle n’est pas acceptable car mes observations suggéreraient une réelle rupture dans la continuité du magistère ordinaire universel. Or, en déclarant la liberté religieuse comme un droit naturel, la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse a introduit une véritable nouveauté, sans pour cela entrer en conflit avec les déclarations magistérielles antérieures qui ne contemplaient pas encore un tel droit naturel. Pour cette raison on ne devrait pas parler de discontinuité, mais plutôt d’un élargissement de perspective. En effet, les condamnations de la liberté religieuse par les papes du XIXe siècle auraient eu une valeur disciplinaire et non doctrinale.

Bien qu’il ne revienne pas au philosophe moral ou au philosophe politique d’aborder ces questions fondamentales proprement théologiques, il est toutefois indispensable dans ce cas – également pour éviter tout malentendu – de compléter ce qui me paraît nécessaire. Pour ma part, je considère la question comme réglée par ce que je viens de dire. En effet, de mon interprétation des relations entre la dimension historique et celle purement théologique il aurait dû déjà clairement ressortir qu’elle ne remet nullement en question l’infaillibilité du magistère de l’Eglise, ni celle du magistère ordinaire universel. Cela se manifeste déjà à partir de la distinction entre les deux niveaux, d’une part, le niveau des principes de la doctrine de la foi catholique et, d’autre part, celui de leur application historique concrète, comme préconisé aussi par le discours de Benoît XVI. Il reste que celui qui ne peut consentir à cette distinction aura sûrement de la peine à suivre mon argumentation. Afin de montrer pourquoi je considère la critique exposée plus haut comme erronée et ses craintes respectives comme infondées, je vais essayer d’expliquer davantage cette distinction en réfutant les objections susmentionnées. Pour ce faire, je vais procéder en cinq étapes.

1. La question de l’infaillibilité

L’infaillibilité du magistère – affirme le Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique – « s’exerce quand le Souverain Pontife, en vertu de son autorité de suprême Pasteur de l’Eglise, ou le Collège des Evêques en communion avec le Pape, surtout lorsqu’ils sont rassemblés en Concile œcuménique, déclarent par un acte définitif une doctrine relative à la foi ou à la morale ». De même, l’infaillibilité du magistère universel du Collège des Evêques s’exerce « quand le Pape et les Evêques, dans leur magistère ordinaire, sont unanimes à déclarer une doctrine comme définitive » (n. 185). Cette infaillibilité ne concerne pas seulement le dogme au sens strict, mais la totalité de la doctrine de la foi et de la morale, y compris l’interprétation de la loi morale naturelle et toute autre déclaration ayant un rapport historique ou logique intrinsèque avec la foi, sans laquelle le dogme ne pourrait être correctement compris ou conservé.

Le premier cas – définition ex cathedra ou Concile œcuménique – n’est manifestement pas concerné par la question de la liberté de religion. En effet, le premier et jusqu’à ce jour le seul concile à s’être exprimé sur ce sujet a été le Concile Vatican II. Il revient justement à ce concile d’avoir reconnu la liberté de religion. De même, le magistère ordinaire universel non plus ne semble être ici concerné, car jamais auparavant le pape et les évêques n’avaient condamné la liberté religieuse et déclaré cette condamnation comme une doctrine définitive de l’Eglise. Cela a été plutôt le cas de quelques papes isolés, compris dans un laps de temps d’une centaine d’années, et jamais d’une revendication explicite de vouloir présenter une doctrine définitive en matière de foi ou de mœurs (même si c’est ainsi que cela a été implicitement compris par les papes du XIXe siècle).

De prime abord, il semble donc pour le moins très improbable que la discontinuité relevée plus haut dans la doctrine de l’Eglise sur la liberté de religion puisse mettre de quelque manière en question l’infaillibilité du magistère y compris le magistère ordinaire universel. Ce premier constat devrait être confirmé par ce qui suit.

2. La substance doctrinale de la condamnation de la liberté religieuse par Pie IX

Si on la considère sous le rapport de sa condamnation à la fois de l’indifférentisme ou du relativisme religieux, de l’opinion selon laquelle il n’y a pas de vérité religieuse exclusive ainsi que de l’opinion que toutes les religions sont en principe égales et que l’Eglise du Christ n’est pas l’unique voie de salut, il est indéniable que la condamnation de la liberté religieuse émise par Pie IX touchait effectivement à un aspect central du dogme catholique. Tel a paru en tout cas l’enjeu véritable à cette époque. Si je dis « tel a paru » c’est parce que – comme Vatican II l’a montré – la doctrine de la vérité exclusive de la religion chrétienne et de l’unicité de l’Eglise de Jésus-Christ comme voie de salut éternel n’est en réalité nullement affectée par l’acceptation de la liberté de religion et de culte.

Comme l’enseigne Vatican II, le droit à la liberté de religion et de culte n’implique nullement que toutes les religions s’équivalent. Ce droit est en effet un droit des personnes et ne concerne pas la question de savoir en quelle mesure ce que les personnes croient contredit à la vérité. En d’autres termes, reconnaître que les fidèles de toutes les religions jouissent du même droit civil à la liberté de culte ne signifie pas que, puisque c’est le droit de tout le monde, alors toutes les religions doivent être « également vraies ».

Que cela était ce que signifiait la liberté de religion ou la liberté de culte, telle était justement, comme on l’a montré plus haut, la conviction des papes du XIXe siècle et de la théologie dominante de l’époque. Pour ces derniers cela voulait également dire qu’abandonner le principe selon lequel l’Etat d’un pays catholique a pour tâche et devoir de protéger et de favoriser la vérité catholique, de nier le droit d’exister à toute confession religieuse déviante ou, tout au plus, de la tolérer dans certaines limites et dans la mesure du raisonnable, revenait à admettre ipso facto qu’il n’y a pas une seule vraie religion et Eglise, mais que toutes les religions s’équivalent. Or, il va de soi qu’à l’époque l’Eglise ne pouvait pas accepter une telle vision des choses, et ne le peut d’ailleurs pas non plus aujourd’hui. Toutefois, aujourd’hui l’Eglise a modifié sa conception de la fonction de l’Etat et de ses devoirs vis-à-vis de la vraie religion, une conception qui en réalité n’est pas du tout de nature purement théologique ni a affaire avec la nature de l’Eglise et sa foi, mais concerne la nature de l’Etat et sa relation avec l’Eglise. Il s’agit donc tout au plus d’une question concernant un aspect de la doctrine sociale de l’Eglise.

Ainsi, lorsque Benoît XVI affirme que le Concile Vatican II « par le Décret sur la liberté religieuse a reconnu et accepté un important principe de l’Etat moderne », cela manifeste clairement une conception de la nature et des devoirs de l’Etat bien différente et opposée à la conception de l’Etat de Pie IX ainsi qu’à la vision traditionnelle de la soumission du pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Une telle discontinuité ne signifie pas de rupture avec la Tradition doctrinale dogmatique de l’Eglise, ni un détournement du depositum fidei et des « quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est » (« ce qui a été cru partout, toujours et par tous », selon le canon de Vincent de Lérins). Par conséquent, il ne peut y avoir ici de contradiction non plus avec l’infaillibilité du magistère ordinaire universel de l’Eglise, car une telle contradiction n’est de soi pas possible.

Il est vrai que la doctrine sur le pouvoir temporel élaborée à partir de la Tradition apostolique, tout spécialement de l’Ecriture Sainte – dont les Epîtres de saint Paul – contient des éléments essentiellement de droit naturel qui pour cela font aussi l’objet du magistère infaillible de l’Eglise. Il s’agit notamment de la doctrine enseignant que tout pouvoir vient de Dieu, que les gouvernants et les autorités civiles font partie de l’ordre de la création, et qu’en conscience, et donc pour des raisons morales, chacun doit obéissance à l’autorité civile et doit lui reconnaître également le droit à prendre des mesures pénales. Il serait cependant prétentieux d’affirmer que ces principes contenaient également des indications sur la relation entre l’Eglise et l’Etat, sur les devoirs de l’Etat envers la vraie religion ou le droit de l’Eglise à faire valoir ses prétentions sur le bras séculier de l’Etat, aussi au moyen de condamnations ponctuelles et de leurs conséquences civiles. Ce n’est qu’au cours du temps et sous l’influence de diverses conjonctures et besoins historiques, que de telles positions ou enseignements se sont constitués, principalement aussi en relation au combat de l’Eglise pour la libertas ecclesiae, la liberté de l’Eglise face au contrôle et à la tutelle civile et politique. Cela a été un processus extrêmement complexe, dont j’ai traité des différentes étapes dans d’autres publications[5].

A ce propos il faut également souligner que la discontinuité relevée par Benoît XVI au niveau de l’application des principes n’implique aucune rupture dans la continuité de l’intelligence du mystère de l’Eglise. Au contraire, Benoît XVI constate que : « …l’Eglise est, aussi bien avant qu’après le Concile, la même Eglise une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps… ». On touche là, il me semble, à la véritable préoccupation de Benoît XVI face à une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » qui voit dans l’Eglise de Vatican II une autre Eglise, une nouvelle Eglise. D’après le Pape, les partisans d’une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » auraient considéré le Concile « … comme une sorte de Constituante qui élimine une vieille constitution et en crée une nouvelle…  ». En réalité, explique Benoît XVI, les Pères du Concile n’avaient pas reçu de tel mandat. En parlant de continuité et de discontinuité à différents niveaux – d’une part, celui du dogme, de l’intelligence du mystère de l’Eglise, de la compréhension de plus en plus vraie et profonde du depositum fidei de la part de l’Eglise et, d’autre part, le niveau des modes toujours concrets et contingents de son application – « l’herméneutique de la réforme » défendue par Benoît XVI ne constate aucune rupture dans la compréhension de l’Eglise. L’Eglise y est comprise plutôt comme « … un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ».

3. Droit naturel ou droit civil ? Le cœur de la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse

Comme l’argumente une autre objection dans la critique citée au début de cette annexe, Vatican II proclame dans sa déclaration conciliaire Dignitatis humanae (n. 2) que « … le droit à la liberté religieuse a son fondement réel dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même ». Or, cela signifie pour le Concile Vatican II aussi que la liberté religieuse est un droit naturel. Ce faisant, le magistère infaillible de l’Eglise s’étend jusqu’à l’interprétation de la loi morale naturelle et du droit naturel. Par conséquent, conclut l’objection, il ne peut y avoir ici ni de discontinuité ni de contradiction, et il serait donc faux d’affirmer que Vatican II a explicitement enseigné ce que Pie IX a condamné, soit le droit à la liberté de religion et de culte.

En effet, le Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 2106) l’exprime clairement : « Ce droit [à la liberté de religion] est fondé sur la nature même de la personne humaine…  ». Il est donc certainement juste de dire que le Concile Vatican II considère la liberté religieuse comme faisant partie du droit naturel. Mais il est également vrai de dire que Dignitatis humanae (n. 2) revendique que « ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse doit être reconnu dans l’ordre juridique de la société de telle manière qu’il puisse devenir un droit civil » (l’italique est nôtre). La perspective de Vatican II n’est donc pas simplement et uniquement celle du droit naturel, mais toujours aussi celle de la liberté religieuse comme droit civil (c’est-à-dire, en fin de compte, comme droit à la liberté de culte). De fait, telle était aussi la perspective de Pie IX, puisque la liberté de religion qu’il condamnait n’était autre que le droit civil à la liberté de culte revendiqué, entre autres, par l’aile catholique-libérale. Il est donc correct de dire que la revendication de la part de Vatican II de la liberté religieuse comme exigence propre du droit naturel, c’est-à-dire le droit civil à la liberté de culte, n’est autre chose que ce qui avait été condamné dans l’Encyclique Quanta cura de Pie IX et dans son annexe, le Syllabus errorum.

Le droit naturel en tant que tel n’est donc pas touché du tout par la discontinuité dont il est ici question. La contradiction ne joue qu’au niveau de la revendication du droit civil et n’est ainsi que d’ordre politique. La doctrine de Vatican II et le Quanta cura avec son Syllabus errorum ne se contredisent donc pas au niveau du droit naturel, mais au niveau de son application juridico-politique dans des situations et face à des problèmes concrets. Par ailleurs, la nouveauté introduite par Vatican II ne porte pas seulement sur son enseignement de la liberté religieuse comme droit naturel, mais également sur la nécessité qu’elle soit reconnue comme un droit civil (la liberté de culte). En d’autres termes, de la conception bien attestée de la liberté religieuse comme droit naturel, Vatican II a su tirer une nouvelle conséquence concernant l’ordre juridique positif de l’Etat. Or, Pie IX n’avait pas tiré cette même conséquence, qu’il considérait au contraire comme nocive et fausse car – à son avis – elle impliquait nécessairement l’indifférentisme religieux et le relativisme, tant du point de vue doctrinal que dans ses conséquences pratiques. En revanche, si le Concile Vatican II a pu le faire, c’est qu’il partait d’une conception différente de l’Etat et de sa relation avec l’Eglise, ce qui lui permettait de déplacer l’accent du « droit à la vérité » au droit de la personne, du citoyen considéré en tant qu’individu et de sa conscience religieuse.

Ainsi, encore une fois, ce n’est pas l’infaillibilité du magistère ordinaire dans son interprétation du droit naturel qui est en jeu ici, car dire « application » n’est pas égal à dire « interprétation ». En effet, cette dernière porte essentiellement sur ce qui concerne la loi morale naturelle et la norme morale correspondante, mais elle ne se prononce pas sur la manière dont la loi naturelle ou le droit naturel doivent être appliqués ni se préoccupe des conséquences qu’il faut en tirer à partir d’une situation historique donnée. Que le magistère s’exprime parfois sur une telle application est inévitable et peut être aussi utile. Cela dit, on ne peut toutefois affirmer qu’il s’agirait dans ce cas d’interprétations magistérielles du droit naturel ou de la loi morale naturelle susceptibles de faire l’objet de l’infaillibilité. Il s’agit là de réalisations et d’applications concrètes qui, à l’époque où elles sont entreprises, peuvent être contraignantes pour les fidèles catholiques, et exiger leur obéissance. Mais en aucun cas il ne s’agit d’enseignements qui ne pourraient être récusés par des décisions magistérielles postérieures[6].

4. Discontinuité dans la doctrine ou uniquement par rapport à l’orientation pratico-politique (disciplinaire) ?

Pour échapper au danger supposé d’une contradiction doctrinale, on pourrait cependant se réfugier derrière l’argument que les condamnations de Pie IX n’ont pas été des condamnations doctrinales, mais uniquement disciplinaires. En ce cas donc il n’y aurait pas de discontinuité doctrinale.

Or, premièrement, dans le discours du Pape de 2005 il n’est pas question d’une opposition entre, d’une part, des affirmations doctrinales et, d’autre part, des décisions de caractère pratique et disciplinaire. En fait, Benoît XVI distingue bien davantage entre « principes » et « la manière de les mettre en pratique ». Deuxièmement, je considère cette objection comme erronée aussi d’un point de vue historique, car au XIXe siècle cette question était clairement de nature doctrinale. En effet, Pie IX comprenait sa condamnation de la liberté religieuse comme une nécessité d’ordre dogmatique et non seulement comme une mesure disciplinaire (comme ce sera le cas plus tard du Non expedit, un document par lequel le Pape interdisait aux catholiques italiens de s’engager politiquement dans l’Italie laïque). Comme nous l’avons déjà dit, la revendication de la liberté religieuse ou l’affirmation que l’Eglise n’a pas le droit d’imposer aux fidèles, avec l’aide du « bras séculier », des peines ou des mesures coercitives temporelles était ressentie à l’époque comme une hérésie, ou du moins comme une manière d’y parvenir[7]. Il me semble donc tant historiquement qu’objectivement erroné d’interpréter la condamnation de la liberté religieuse de la part des acteurs de l’époque comme une simple mesure d’ordre pratico-disciplinaire.

En effet, pour Pie IX il en allait de la sauvegarde même de l’essence de l’Eglise, de sa revendication à être l’unique vérité et cause de salut. Ainsi, reconnaître la liberté de religion signifiait pour lui nier ces vérités ; cela signifiait également indifférentisme et relativisme religieux. C’est bien en cela que réside également la grandeur de ce pape qui, à partir des positions théologiques de son temps – dont toutefois il n’a pas su discerner le caractère historique – a agi certainement dans un esprit de fidélité héroïque à la foi et résisté tel un rocher dans la tourmente d’un relativisme déchaîné. Les temps n’étaient manifestement pas encore mûrs pour que l’Eglise se positionne dans ce combat défensif de manière nouvelle et différenciée[8].

C’est dans le rejet de l’indifférentisme et du relativisme religieux que se trouve le cœur toujours encore valable de cette condamnation du XIXe siècle. Cependant, que ce combat contre l’indifférentisme et le relativisme religieux soit devenu un combat contre le droit civil à la liberté de religion et de culte, cela était dû à la conception selon laquelle l’Etat est le garant de la vérité religieuse et l’Eglise possède le droit à se servir de l’Etat comme de son bras séculier pour assurer ses responsabilités pastorales. Or, une telle conception de l’Etat ne reposait nullement sur les principes de la doctrine de la foi et de la morale catholiques mais bien plutôt sur les traditions et les pratiques de droit ecclésiastique d’origine médiévale ainsi que sur leurs justifications théologiques.

A cela il faut ajouter que la discontinuité magistérielle en tant que telle n’est pas ici en question. Pour Benoît XVI il ne s’agit pas en premier lieu de la continuité du magistère mais bien de celle de l’Eglise et de la compréhension de l’Eglise. Il s’oppose à l’idée d’une rupture entre l’Eglise « préconciliaire » et « postconciliaire », telle qu’elle est représentée par les partisans d’une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture ». Dans les déclarations magistérielles – en particulier dans celles portant sur des questions politiques, économiques et sociales – on trouve beaucoup d’éléments dépendant des conjonctures historiques. Le magistère de l’Eglise dans le domaine de l’enseignement social contient aussi, à côté de principes immuables et fondés sur la doctrine de la foi, une foule de concrétisations qui sont souvent, rétrospectivement, plutôt douteuses. Il ne s’agit pas ici d’un type d’« enseignement » semblable à l’enseignement catholique en matière de foi et de mœurs, où l’Eglise interprète la loi naturelle aussi de manière contraignante, comme dans le cas des questions concernant la contraception, l’avortement, l’euthanasie et d’autres normes morales dans le domaine bioéthique. Dans ces derniers cas, il ne s’agit pas de simples applications de la loi naturelle à des situations concrètes, mais de la détermination de ce qui appartient au juste à la loi naturelle et de la norme morale correspondante. Dans ce domaine, le magistère ordinaire universel aussi est infaillible.

Les conceptions dominantes au XIXe siècle concernant le rôle et les devoirs du pouvoir temporel vis-à-vis de la vraie religion – des conceptions fondées sur des modèles médiévaux et de l’Antiquité chrétienne tardive mais qui ont acquis leur forme définitive seulement au sein de l’Etat confessionnel moderne – ne peuvent que très difficilement revendiquer pour elles-mêmes le privilège de reposer sur la Tradition apostolique ou d’être un élément constitutif du depositum fidei.

De même, ces conceptions n’appartiennent guère aux vérités qui possèdent une relation historique ou logique nécessaire avec les vérités de la foi ou le dogme, vérités qu’il serait en l’occurrence nécessaire de maintenir afin de conserver et d’interpréter correctement le depositum fidei[9].

En revanche, il paraît qu’à l’origine le christianisme ait même adopté une position plutôt opposée. Il est né et s’est développé dans un milieu païen, il s’est conçu, à partir de l’Evangile et de l’exemple de Jésus-Christ, comme fondé essentiellement sur la séparation entre religion et politique, et il n’a requis de l’Empire romain que la liberté de pouvoir se développer sans entraves. En reconnaissant et faisant sien à travers son Décret sur la liberté religieuse un « principe essentiel de l’Etat moderne », affirme Benoît XVI dans son discours, le Concile Vatican II « a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l’Eglise. Celle-ci peut être consciente de se trouver ainsi en pleine syntonie avec l’enseignement de Jésus lui-même (cf. Mt 22, 21), comme également avec l’Eglise des martyrs, avec les martyrs de tous les temps ».

Cependant, le recours à l’Evangile et aux premiers chrétiens est un thème qui n’a pas été mentionné uniquement par Benoît XVI. Il constitue davantage le cœur de l’argumentation de Dignitatis humanae, qui consacre deux paragraphes à une telle réflexion sur les origines (n. 11 et 12). Le Concile explique laconiquement : « L’Eglise, donc, fidèle à la vérité de l’Evangile, suit la voie qu’ont suivie le Christ et les Apôtres, lorsqu’elle reconnaît le principe de la liberté religieuse comme conforme à la dignité de l’homme et à la Révélation divine » (n. 12). C’est bien le recours à l’Evangile, à la tradition apostolique et au témoignage des premiers chrétiens qui, comme le souligne Benoît XVI, ont « rejeté clairement la religion d’Etat », qui caractérise vraiment la doctrine sur la liberté religieuse de Vatican II. Ainsi, la conception des tâches et des devoirs de l’Etat envers la vraie religion, qui faisait autorité pour Pie IX, a été tacitement classée par l’acte du Magistère solennel d’un concile œcuménique[10].

5. Fidélité à la foi, Tradition et Modernité politique

Le Concile Vatican II a libéré l’Eglise d’un lest historique séculaire, dont les origines ne remontent pas à la tradition apostolique et au depositum fidei, mais plutôt à des décisions concrètes de l’époque post-constantinienne du christianisme. Ces décisions se sont finalement cristallisées en des traditions canoniques et en leurs interprétations théologiques correspondantes, grâce auxquelles l’Eglise a essayé de défendre sa liberté, la libertas ecclesiae, des attaques incessantes des puissances temporelles (on pense notamment à la doctrine médiévale des deux glaives qui, à l’époque, cherchait à justifier théologiquement et bibliquement la compréhension de la plenitudo potestatis du pape). Cependant, au cours des siècles, ces traditions canoniques et leurs formulations théologiques ont changé de fonction et de teneur. Par la suite et dans la tradition des Etats souverains confessionnels modernes, elles sont devenues une justification de l’Etat catholique idéal, dans lequel « le trône et l’autel » existaient en étroite symbiose et l’homme d’Etat catholique plaidait avec zèle pour les « droits de l’Eglise » et non pour le droit civil à la liberté religieuse. Cette symbiose et cette vision unilatérale menant au cléricalisme et à une société cléricale n’ont pas manqué d’assombrir le visage propre de l’Eglise.

Le Concile Vatican II a osé là un pas faisant époque. Cependant, cela n’a pas changé la compréhension que l’Eglise a d’elle-même ni la doctrine de la foi et de la morale catholique. Seule a été redéfinie la manière dont l’Eglise conçoit sa relation au monde et notamment au pouvoir temporel de l’Etat, une redéfinition qui en réalité se réclame des origines, pour ainsi dire du charisme chrétien fondateur, et notamment des mots mêmes de Jésus invitant à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Ni l’infaillibilité du pape ni celle du magistère ordinaire universel du collège épiscopal ne sont affectées ou amoindries par une telle démarche. Au contraire, par la doctrine de Vatican II sur la liberté de religion se manifeste encore plus clairement l’identité de l’Eglise de Jésus-Christ et combien le magistère de l’Eglise en matière de foi et de morale possède une continuité, malgré toutes les discontinuités historiques, ce qui constitue par ailleurs le fondement et l’argument le plus convaincant de la possibilité de son infaillibilité. C’est pourquoi il me semble que toute interprétation qui cherche à retoucher, au moyen d’escamotages argumentatifs compliqués, une quelconque discontinuité à ce cadre d’ensemble, n’est d’aucun soutien pour la défense de l’infaillibilité du magistère de l’Eglise. Tout étant motivée par des raisons pastorales en soi compréhensibles et valides, mais de fait de manière pratiquement erronée, une telle interprétation complique inutilement les choses. Par l’évidence de ses intentions concrètes visant la politique ecclésiastique, elle peut même avoir un effet contre-productif en portant atteinte ainsi à la crédibilité du magistère.

Par contre, à ceux qui, comme les traditionalistes réunis autour de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X de l’archevêque Lefebvre, ne savent plus apercevoir dans l’Eglise de Vatican II « l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique » de la Tradition et parlent d’une rupture désastreuse avec le passé, on peut rétorquer qu’effectivement il y a ici un différend insurmontable dans la conception de l’Eglise, tout comme de l’Etat et de ses devoirs. C’est pourquoi ces traditionalistes, pour qui manifestement « la tradition en tant que telle » et « les traditions ecclésiales » sont plus importantes que la tradition apostolique[11], la seule qui soit au fond normative, n’accepteront guère les tentatives de médiation susmentionnées, car elles passent à côté du cœur du problème, qui n’est autre que la discontinuité réellement existante.

Dans une réaction à Robert Spaemann et à mes déclarations sur le thème de la liberté religieuse publiée sur internet, le Père Matthias Gaudron cite l’une de mes affirmations : « Il n’y a aucune doctrine de foi catholique universelle et dogmatique sur l’Etat et il ne peut y en avoir » et il remarque à ce propos : « Si cela est vrai alors le nouveau magistère de Vatican II n’est pas non plus dogmatique, mais lui aussi sujet à changement. Par ce fait même, personne ne peut donc reprocher à la Fraternité Saint Pie X de critiquer ce magistère[12]. » En effet, l’enseignement de Vatican II sur la liberté religieuse comme droit civil n’est sûrement pas de nature dogmatique. Cependant, il s’agit du Magistère solennel d’un concile œcuménique et, à ce titre, il doit être accepté par les fidèles avec une obéissance religieuse (pas moins, voire même plus que les condamnations de Pie IX en son temps). En tout cas, il ne peut constituer une raison de justification d’une division de l’Eglise. De plus, la position des traditionalistes ne se limite pas à affirmer qu’on peut critiquer cet e

nseignement, mais il va jusqu’à affirmer que cet enseignement est hérétique et que l’Eglise de Vatican II n’est plus la véritable Eglise de Jésus-Christ. C’est pourquoi l’argumentation du Père Gaudron passe aussi à côté du problème lorsqu’il écrit : « Il doit donc être permis au sein même de l’Eglise de critiquer un enseignement qui contredit l’ensemble des déclarations précédentes de l’Eglise et d’y opposer des objections importantes aussi d’un pont de vue juridique et politique. Il s’agit ici du droit d’avoir un avis différent… » Je considère cette déclaration comme malhonnête, car le problème n’est pas que les membres de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X « critiquent » l’enseignement conciliaire, mais bien qu’ils prétendent que la conception traditionnelle de l’Etat et des relations entre l’Etat et l’Eglise – en particulier la vision selon laquelle l’Etat a le devoir de promouvoir la religion catholique et dans la mesure du possible d’entraver l’expansion d’autres religions par des moyens coercitifs tout comme par la condamnation afférente d’un droit civil à la liberté de religion et de culte – soit un élément constitutif de la doctrine de la foi catholique, de sorte qu’en refusant cette conception le Christ a été « détrôné » et l’Eglise trahie. Face à une telle conception, le principe libéral de la liberté religieuse fait figure d’apostasie, l’Eglise de Vatican II n’est plus la véritable Eglise catholique et les ordinations épiscopales schismatiques de 1988 se trouvent en fin de compte justifiées[13].

Le Concile Vatican II nous place effectivement devant un choix : le choix entre, d’une part, une Eglise qui essaye d’affirmer et d’imposer sa vérité et ses devoirs pastoraux au moyen du pouvoir civil et, d’autre part, une Eglise qui reconnaît – ce pour quoi plaide Dignitatis humanae – que « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance » (n. 1). Il ne s’agit pas ici de deux Eglises distinctes au sens dogmatique ou constitutionnel, mais bien de deux Eglises qui comprennent de manière différente leurs relations au monde et à l’ordre temporel. Vatican II ne plaide ni pour un Etat strictement laïc – au sens de la laïcité française traditionnelle – ni pour le bannissement de la religion dans la sphère privée, mais pour une Eglise qui ne prétend plus vouloir imposer la royauté du Christ au moyen du pouvoir temporel et qui par ce fait même reconnaît à l’Etat moderne séculier - non militant - sa laïcité politique.

Telle est justement la perspective de Vatican II. Elle a été confirmée par la Note doctrinale à propos de certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 21 novembre 2002. Au n. 6 de cette Note on lit que « la laïcité, comprise comme autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique » représente pour la doctrine morale catholique « une valeur acceptée et reconnue par l’Église, qui appartient au patrimoine acquis de la civilisation ». Tout en n’étant pas moralement autonome – il doit bel et bien satisfaire à des critères moraux fondamentaux et objectifs–, l’Etat n’est par contre pas obligé de reconnaître une vérité religieuse ou une vraie Eglise plus que d’autres confessions ou communautés religieuses. En tant qu’Etat et pouvoir civil de coercition, il se déclare incompétent pour juger sur les questions religieuses de la vérité ou sur les privilèges afférents. Les devoirs et les buts de l’Etat sont de nature différente, même lorsqu’il se montre concerné par la vie religieuse du citoyen ou sait reconnaître dans une religion déterminée, profondément ancrée dans la tradition d’une nation, la vérité même de sa culture et de sa vie publique. En réalité, son action n’est finalement orientée que par les principes politiques de la justice et de l’égalité de toutes les confessions et par la reconnaissance des mêmes droits pour tout le monde. « Le pouvoir civil, dont la fin propre est de pourvoir au bien commun temporel, doit donc, certes, reconnaître et favoriser la vie religieuse des citoyens, mais il faut dire qu’il dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux » (Dignitatis humanae, n. 3).

La mission de la prédication de l’Evangile par l’Eglise et par les apostolats des fidèles laïques qui s’y fondent consiste à pénétrer de l’esprit du Christ les structures de la société et par là à favoriser la manifestation de la royauté du Christ. Le règne du Christ ne commence pas par la confession publique de la vraie religion, mais par l’annonce de l’Eglise dans le cœur des hommes jusqu’à le faire pénétrer par l’action apostolique des fidèles ordinaires dans toute la société humaine ainsi que dans toutes ses structures et réalités de vie.


 

[1] Le présent article a paru pour la première fois en langue allemande dans « Die Tagespost » du 26 septembre 2009, p. 14, et online sur KATH.NET le 28 septembre 2009. Traduction française de Marta Rossignotti Jaeggi et Christiane Gäumann-Gignoux. Une traduction espagnole de cet article figure en annexe de M. Rhonheimer, Cristianismo y laicidad. Historia y actualidad de una relación compleja, Rialp, Madrid 2009. La version que nous présentons en ces pages reprend de manière intégrale le texte de cet article, mais a été élargie et dotée d’une annexe. Cette dernière traite de questions spécifiques concernant la continuité et l’infaillibilité du magistère universel ordinaire, des questions inhérentes à la problématique ici présentée.

[2] Quelques mois plus tard Robert Spaemann a précisé sa position dans un article paru dans la Frankfurter Allgemeinen Zeitung. Cf. R. Spaemann, « Legitimer Wandel der Lehre », in F.A.Z. 1.10.2009, N. 228, 7. Spaemann aussi parle d’un « changement du magistère » et précisément en analogie avec le changement de la doctrine de l’Eglise sur le prêt à intérêt et l’interdiction du prêt à intérêt correspondante. Que cette analogie soit vraiment pertinente me paraît toutefois douteux.

[3] B. Valuet, La liberté religieuse et la tradition catholique, 3 vol., Le Barroux, Paris 1998.

[4] B. de Margerie, Liberté religieuse et règne du Christ, Editions du Cerf, Paris 1988.

[5] M. Rhonheimer, « Cristianesimo e laicità: storia ed attualità di un rapporto complesso », in Pierpaolo Donati (ed.), Laicità: la ricerca dell’universale nella differenza, Il Mulino, Bologna, 2008, 27-138. Traduction espagnole : M. Rhonheimer, Cristianismo y laicidad. Historia y actualidad de una relación compleja, Rialp, Madrid, 2009.

[6] Montalembert aussi se plia au verdict pontifical, assurément dans l’interprétation très tempérée et approuvée par le Pape qu’en donna Mgr Félix Dupanloup, évêque d’Orléans.

[7] C’est bien d’hérétique que le rédacteur principal des travaux préparatoires de l’encyclique Quanta Cura, le conseiller du Saint-Office P. Luigi Bilio, a qualifiée l’affirmation défendue par Montalembert « L’Eglise n’a pas le droit de réprimer les violateurs de ses lois par des peines temporelles ». Voir sur ce thème l’étude remarquablement documentée de Bernard Lucien, Grégoire XVI, Pie IX et Vatican II. Études sur la Liberté religieuse dans la doctrine catholique, Éditions Forts dans la foi, Tours 1990, 185p. (l’Auteur est par ailleurs un opposant à la doctrine de Vatican II.)

[8] C’est pour cette raison que, plus tard, Pie IX approuva aussi la distinction entre « thèse » et « hypothèse » élaborée par la revue Civiltà Cattolica qu’il avait lui-même créée. Suivant cette distinction, on devrait, d’un point de vue pratico-politique, accepter et même exiger les libertés modernes comme « hypothèse » au bénéfice de la chose catholique, mais on ne devrait jamais les affirmer comme « thèse », c’est-à-dire comme étant réellement vraies et justes. Cf. la prise de position, dans ce contexte décisif, par le P. Carlo Maria Curci S. J., « Il congresso cattolico di Malines e le libertà moderne », in La Civiltà Cattolica, 2 ottobre 1863 (Serie V, vol. VIII, fasc. 326), 129-149. Avec des exceptions importantes (comme par exemple Jacques Maritain, Yves Congar ou John Courtney Murray), la théologie catholique conserva cette distinction entre « thèse » et « hypothèse » jusqu’au Concile Vatican II.

[9] Cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Note doctrinale sur la “Professio fidei” et en particulier Jean-Paul II, Lettre apostolique en forme de Motu proprio Ad tuendam fidem du 18 mai 1998. Dans ce dernier document on lit à propos du deuxième paragraphe de la Professio fidei : « Ce paragraphe de la Profession de foi est d’une grande importance, car il indique les vérités nécessairement liées à la révélation divine. Ces vérités, qui, dans l’étude approfondie de la doctrine catholique, témoignent d’une inspiration particulière de l’Esprit divin pour que l’Église ait une meilleure intelligence de telle ou telle vérité relative à la foi ou aux mœurs, sont liées entre elles, tant pour des raisons historiques que par une cohérence logique. » Il paraît difficile de prouver qu’une telle relation existe dans le cas en question.

[10] Il me paraît évident qu’un Etat confessionnel, au sens traditionnel du terme, soit essentiellement incompatible avec la doctrine de Vatican II et en général avec le droit civil à la liberté de religion, car, forcément, dans un Etat confessionnel les discriminations d’ordre civil, surtout dans la sphère publique, sont inévitables. L’affirmation de Vatican II au n. 6 de Dignitatis humanae (« Si, en raison des circonstances particulières dans lesquelles se trouvent certains peuples, une reconnaissance civile spéciale est accordée dans l’ordre juridique de la cité à une communauté religieuse donnée, il est nécessaire qu’en même temps, pour tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le droit à la liberté en matière religieuse soit reconnu et sauvegardé ») ne doit pas être comprise au sens que le Concile soutiendrait ici une compatibilité entre l’Etat et la liberté religieuse, mais plutôt au sens d’une monition à abandonner toute discrimination de nature religieuse adressée aux Etats dans lesquels survivent encore des vestiges historiques du privilège accordé à une religion particulière.

[11] Voir, en sens contraire, le Catéchisme de l’Eglise catholique n. 83 et, ensuite, Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum sur la révélation divine.

[12] Sie haben ihn entthront! Eine Antwort von Pater Matthias Gaudron zur Diskussion um die Religionsfreiheit, à trouver sur www.piusbruderschaft.de.

[13] Cf. aussi Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné. Du libéralisme à l’apostasie. La tragédie conciliaire, Editions Fideliter, Escurolles 1987 ; Bernard Lucien, Grégoire XVI, Pie IX et Vatican II, op. cit.

 

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:59
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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:58

Dans une lettre pastorale « Sur les rapports entre les religions au sein d’un état de droit», l'évêque aux Armées Mgr Ravel, dont la devise est « Est, Est », qui se traduit par « Oui, Oui » et qui fait référence à un passage de l'évangile de Matthieu : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du démon » (Mt 5,37), cite les papes Pie XII, Saint Pie X et Léon XIII pour appuyer l’importance de l’amour de la patrie :

"... l’affirmation que «la loi naturelle nous ordonne d’aimer de prédilection et de dévouement le pays où nous sommes nés et où nous avons été élevés. » [Léon XIII, Sapientiae christianae] L’insistance porte ici sur le mot « prédilection » : « oui, elle est digne, non seulement d’amour, mais de prédilection, la patrie, … cette terre commune où vous avez votre berceau. »[Saint Pie X] Plus que tout autre, le fidèle catholique a pour mission de chercher, de connaître puis de construire un tissu de relations vivantes et vitales avec tous ses concitoyens pris dans leur diversité même : « Il existe un ordre établi par Dieu selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin maître Lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur l’imminente destruction de la Cité sainte. » [Pie XII, Summi pontificatus] Or, une nation n’est pas une idée, et pas plus un ensemble de valeurs; mais elle se dresse dans sa beauté et sa grandeur à travers la droiture de personnes imprégnées d’une culture, d’un pays et d’une histoire. Une nation existe d’abord d’une communauté de personnes tissée par une culture commune. En quoi notre attachement à notre patrie passe d’abord et surtout par la fraternité établie entre nous, fils et filles d’une même nation. Seule une fraternité éclose en solidarité, et une solidarité comprise comme une communauté de destin, donne une âme vivante et forme un corps concret à la réalité qu’est la France.

 

 ... depuis la loi contre les signes ostensibles dans les écoles de 2004, cet équilibre a été bousculé et on peut s’étonner que l’on continue à faire comme avant. Alors que jusque là, « laïcité » signifiait son sens premier de système social ou de structure politique dans lesquels les pouvoirs religieux et politique existent sans interférence, d'un coup son sens se met à recouvrir une surveillance plus ou moins serré du religieux par le politique au nom d'un principe de précaution ou d'une autorité agitée par la peur de dérives sociales : laïcité se met à vouloir dire « nous, Etat français, délimitons les religions dans l'espace que nous jugeons bon et nous codifions les pratiques telles que nous l'entendons pour le bien commun ». Serions-nous tombés dans ce que François Mauriac désignait d'uncalembour fameux : « limitation de Jésus Christ » ? ... Ne se dirige-t-on pas vers un gommage progressif de toute expression religieuse visible parce que certaines d'entre elles semblent gêner le fonctionnement du corps social ? Doiton traiter toutes les religions identiquement sous prétexte de n’en favoriser aucune ?

Les prises de position de 2004 ont placé le politique sur une trajectoire qui se poursuit et dont il n'est pas sûr qu'il s'en sorte seul... Il n'est pas sûr qu'il puisse permettre d'aller plus loin sans fracture sociale de grande portée. Si l'Etat se sent un jour débordé par des pratiques religieuses qu'il juge inacceptables pour la sauvegarde de la République, comment va-t-il réagir ? De façon autoritaire ? Mais jusqu'où le discours et les actions sécuritaires seront-ils supportables par des personnes catholiques ou musulmanes ou autres qui se sentiront de plus en plus agressées dans leur foi (alors que telle n'est pas la volonté du pouvoir politique en place) ? Ce sont là de redoutables questions qui appellent des réponses.

 

... Reprenons à grands traits la notion catholique de laïcité dont le fondement tient dans cette formule du concile Vatican II : « autonomie des réalités terrestres. » (Gaudium et spes, 36 § 1).

Selon la pensée catholique, la laïcité est d'abord dans les choses elles-mêmes : constater ce que sont les choses avec leurs lois propres et leurs modes singuliers de comportement assoit la juste appréciation de cette laïcité inscrite dans l’être des choses par le Dieu Créateur. La théologie de la création, en effet, rend compte de la qualité de « laïque » qui appartient à toute chose créée : choses matérielles régies par les lois physiques à la précision extrême ; choses spirituelles marquées du sceau de la liberté ; choses matérielles et spirituelles, tout à la fois, soumises au jeu complexe de la nécessité et de la liberté. Nulle grâce ne vient endeuiller ou ternir ces principes et les règles propres à chaque chose. Si toute réalité individuelle est ‘laïque’ par essence, les réalités plurielles, faites de diversité de choses, ne perdent pas cette qualité. Ainsi de la réalité politique composée d’hommes multiples. Le caractère ‘laïque’ d’une réalité ne s’oppose pas à Dieu et à son pouvoir d’alliance puisque Dieu lui-même a voulu et a fait les choses ‘laïques’ c'est-à-dire à distance de lui pour qu’elles aient leur consistance propre. La foi catholique affirme que l’acte de création n’est pas une émanation ou une diffraction de l’Etre divin mais un acte précis qui pose une chose dans l’être, non pas séparée de Dieu (qui en reste la source) mais différente de Lui (qui est le Tout Autre). Dieu est sans nulle proportion avec les choses qui sont, et les choses qu’Il a faites sont autres que Lui.

 

Il y a dans la conception chrétienne de la Création une étrange désacralisation du monde notée par les historiens des religions (Mircéa Eliade). Dieu a fait le monde comme en se rétractant, comme la mer fait la plage en se retirant (pour reprendre la belle image du père Bernard Bro). Par là, le monde ne perd pas sa valeur, bien au contraire. Mais les hommes, y compris les chrétiens, vont peiner à comprendre toute la profondeur de l'acte créateur tant il les détourne de leur manière ‘païenne’ de penser. Dans les paganismes, les choses tiennent leur valeur de leur caractère sacral. La religion « naturelle » appelle les hommes à vivre dans un monde tout entier possédé par des forces divines ou spirituelles. Ce monde là ne vaut que par la présence invisible de ce qui n'est pas lui. A l'opposé, la vision chrétienne déconcerte parce qu'elle énonce une valeur en soi des êtres, du simple caillou au plus beau des archanges.

 

Il nous faut revenir à ce point là pour saisir ce qu’est la laïcité. A cette théologie chrétienne de la laïcité s’opposent les visions panthéistes à travers lesquelles les choses et Dieu se confondent : la réunion totale de l’ensemble des créatures ne coïncide pas avec Dieu. A cette perspective biblique s'opposent aussi les visions qui ne pensent pas ce lien de Dieu aux choses selon la modalité de la distance, soit parce qu’elles ne peuvent accéder à la notion de création soit parce qu’elles ne voient pas Dieu dans sa transcendance.

 

... Ce caractère ‘laïque’ des réalités créées se tire de cette mise à distance sans séparation : chacune joue son rôle et accomplit sa vocation à travers un jeu plus ou moins mesurable de causes et d’effets. Apparemment Dieu n’y touche pas ou, pour le dire comme un scientifique, le physicien Laplace, « l’hypothèse Dieu est inutile ». Et il avait raison dans son ordre d'intelligence scientifique. Mais ce serait mal comprendre le sacré chrétien que d’y voir un abandon par Dieu de son oeuvre comme un certain déisme l’avait laissé entendre. Dieu ne joue pas au billard avec le monde : les images de l’artisan qui crée et laisse ensuite son oeuvre à elle-même sont très imprécises et porteuses de plus de malentendus que des vérités claires. L’action de Dieu dans les choses ‘laïques’ continue d’entretenir l’être et le mouvement propres de chaque réalité. Mais Dieu porte avec discrétion le cosmos tout entier en laissant l’homme découvrir un ordre magnifique imprimé dans les choses : en scrutant par la recherche ou en contemplant par l’admiration chaque chose, l’homme, stupéfait de son propre pouvoir et de la cohérence de la chose, perçoit la densité, la consistance, le mouvement particulier inhérent à l’être lui-même. Bref, la laïcité des choses évacue un « totalitarisme divin » sur le monde, elle donne aux réalités d’être davantage qu’une prolongation confite en divin ou une image évanescente, une sorte de songe dont il faudrait se déprendre pour atteindre Celui-là seul qui vaudrait quelque chose.

 

 

 

... Ce paradoxe de la laïcité, la Bible le nomme ‘Alliance’. Laïcité et alliance : voici deux mots qui signifient exactement la même chose mais sous des points de vue différents. « Alliance », en hébreu ‘berith’, signifie d'abord ‘distance’, mise en altérité réelle de deux réalités qu'il ne faut pas séparer. Entre Dieu et l’homme se conclut une série d’alliances échelonnées le long de l’histoire sainte et persistantes simultanément. L'alliance conclue au temps de Moïse entre Dieu et un peuple, le peuple des hébreux, ne supprime pas les alliances antérieures : celle avec Adam (alliance adamique, universelle), celle avec Noé (alliance noachique, universelle), ni celle avec Abraham (alliance abrahamique avec les croyants). Elle dispose à l'alliance avec le Christ (la nouvelle et ultime alliance dans le sang du Christ, universelle) qui recouvre et accomplit les précédentes. En fin de compte, notre foi chrétienne nous invite à voir tout homme venant dans ce monde comme « en alliance » avec Dieu qu’il le sache ou pas.

 

... Notons ce fait infiniment curieux : Dieu imprime en l'homme sa marque propre et, ce faisant, il le met donc encore plus à distance que n'importe quelle autre créature puisque le propre de Dieu est précisément d'êtreautonome. Parmi toutes les créatures, l’homme sera la plus autonome grâce au jeu de sa liberté. Il est de fait la plus laïque de toutes précisément parce qu’il est le plus ressemblant à Dieu : être à l’image de Dieu signifie pour l’homme avoir une densité et une valeur propre supérieures à celle de tout l’univers, une manière d’agir et d’être propre exclusive. Les philosophes mis devant cette spécificité humaine le diront à leur manière : si toutes les choses sont des « en soi », l’homme est un « pour soi ». Le Concile Vatican II affirme : « ... l’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulu pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »(Gaudium et spes 24 § 3)

Quand l’homme se tourne vers lui-même, il se voit vraiment dans la splendeur de son être, de sa liberté réelle, de sa valeur interne. Voilà ce que nous dit la théologie catholique. Et voilà pourquoi, ceux qui, sous prétexte d’élans mystiques, négligent ou sous-estiment l’homme se trompent puissamment. Ce n’est point en rapetissant la valeur de son oeuvre qu’on grandit Dieu. L’inverse est vrai aussi, disons-le au passage : ce n’est point en diminuant Dieu qu’on grandira l’homme… ou le monde. Et pour faire formule inverse, nous pourrions ajouter que Dieu vaut ce que l’homme veut : que vaudrait un dieu qui ne respecterait pas la libre volonté de l’homme ? Que vaudrait un dieu qui n’assumerait pas sa créature jusque dans ses errances ? Que vaudrait un dieu pour qui la volonté humaine n'aurait pas de véritable impact sur le monde ? Qu'il est grand le Dieu qui confirme la volonté de l'homme même dans ses déviations quitte à mourir sur une croix pour les racheter avec son sang ! Qu'il est grand le Seigneur qui commence ses entretiens avec l'homme en lui disant : « que veux-tu ? » !

 

 

... La laïcité athée, celle qui s’est enfermée dans le dogme de l’athéisme, perd son pouvoir fécondant : car si l'autonomie de l'homme est saine, son indépendance vis à vis de Dieu va la rendre folle. Nous voilà au coeur du mystère que nous nommons du désordre et du « salut ».

... Quel est ce lien de laïcité exacte entre l'homme reconnu dans son autonomie et Dieu dont il dépend en tout ? C'est tout le traité de théologie de la grâce qu'il nous faudrait développer ici, ce qui serait hors de propos. Il nous suffit d'affirmer que l'aide de Dieu, appelée grâce, soutient et confirme notre liberté ; elle ne la diminue en rien de sorte que nous ne sommes jamais les pantins de Dieu, marionnettes agitées par une autre volonté et d'autres muscles que les siens.

 La grâce de Dieu insère puissamment l'homme sur son origine, sa fin et son identité personnelle. En ce sens, elle est sacerdotale en nous car elle nous inscrit dans la dimension verticale ou transcendante de l'univers visible sans nous délier de tout le poids et la richesse de la chair. lle permet ensuite à l'homme de vivre au sein des aléas de l'histoire, traversant l'épaisseur des morts et accueillant les appels de la vie. En ce sens, elle est royale en nous puisqu'elle nous détache d'une soumission aux choses et aux événements pour nous épanouir dans une maîtrise de soi et du monde au profit de soi, des autres et du cosmos.

Elle donne enfin de surmonter les pièges du péché : en ce sens, elle est prophétique en nous tandis qu'elle purifie nos visions, en réorientant des vues trop courtes ou trop partielles. Elle appelle à l'intériorité et à la conversion. A revenir à soi et à retrouver ainsi les chemins de l'amour et de la générosité contre les conseils de peur et d'égocentrisme.

 

 

... En parlant de l’Eglise catholique, j’entends préciser le lien entre le politique et les religions en général : cette alliance telle que les catholiques veulent la vivre et telle qu’ils souhaiteraient qu’elle devienne source d’inspiration pour les justes relations entre la communauté politique et chaque religion. Il va de soi que chaque religion a ses particularités dans sa structuration : elles ne forment que rarement un corps uni comme l’est l’Eglise catholique ce qui pose des problèmes pour fournir une instance de dialogue avec les pouvoirs publics. Mais, en réfléchissant sur son lien avec la politique et l’Etat, l’Eglise ne réclame nul privilège. Tout au plus demande-t-elle que justice soit rendue sur des aspects culturels de son influence : par exemple sur le fait que notre histoire française est inséparable du catholicisme et qu’on ne peut renier une histoire inscrite dans les murs de ses églises...

 

... « Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l'Eglise sont indépendantes l'une de l'autre et autonomes. » (Gaudium et Spes 76 §1 à 3) Mais nous n'avons là que la première dimension de la laïcité, celle de la mise à juste distance. Suit l'affirmation d'une collaboration de principe qui suppose un lien : « Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. »

 

... L'affirmation de la saine laïcité nous protège d'une main mise du religieux sur le politique mais aussi d'une sacralisation du politique : il n'y a pas pour nous de saine mystique du politique qui accaparerait les forces du sacré à son profit. Si nos Etats jouent volontiers le rôle de victime d'un despotisme religieux (qui existe encore en certaines régions du monde, il est vrai), l'histoire du XXème siècle montre que les totalitarismes n'ont pas manqué aussi d'instrumentaliser le religieux.

 

 ... Or, si l’on regarde de plus près, Dieu veut éviter absolument une théocratie. A sa manière, Dieu est le roi de son peuple : mais pas les prêtres. Il n’y a pas un commandement direct du religieux sur le politique. Dieu guide son peuple toujours à distance. Du reste, quand le peuple lui réclame à cor et à cri un roi pour être comme les autres peuples, Dieu se fait tirer l’oreille. Parce qu’il craint la confusion des plans chez un peuple qui n’est particulier qu’en raison d’un lien original avec Lui, un lien qui donne une forme de vie inédite et profondément religieuse. S’il finit par en donner un (Saül, puis David…), Dieu établit une nette séparation des pouvoirs : le roi n’est ni le prêtre ni le prophète. Subsistent à côté de la royauté politique, la lignée des prêtres, qui le sont par appartenance à une tribu, et celle des prophètes, qui le deviennent par vocation, c'est-à-dire par un choix de Dieu absolument libre. La présence des prophètes garde les rois de la tentation de messianisme temporel. Celle des prêtres protège le peuple de la tentation d’idolâtrie royale. Même au temps de la splendeur du royaume d’Israël, la laïcité politique est conservée [Note de Christroi. Sauf sous la dernière dynastie juive, celle des Hasmonéens (Maccabées), où les fonctions de roi et de Grand prêtre reposent sur une même tête]. Et la religion du roi ne fait pas la royauté de la religion.

 

... Dieu veut n’être pas le seul à régir l’univers : en quelque sorte, il partage sa toute-puissance avec les créatures. Et voilà pourquoi dans son application ultime, le principe de laïcité conduit à une légitime dissociation entre le pouvoir religieux émanant directement de celui de Dieu, et le pouvoir politique procédant de la laïcité des choses : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » résume Jésus. Mais d'autres textes pourraient confirmer ce principe de distinction très ferme : « qui m'a instauré juge entre vous pour régler vos partages ? » s'exclame Jésus alors qu'un frère vient se plaindre à lui que son frère ne veut pas partager l'héritage avec lui. (Lc 12, 14)

 

11. L’EGLISE ET LETAT : LAME ET LE CORPS

 

... l’Etat n’est qu’une composante du politique, de « César » : il y a avant tout la nation ou le Peuple dont émane les lois et les gouvernements. Une nation peut exister sans Etat. L’Etat français n’est qu’une réalisation temporaire et nécessairement limitée de la France à un moment donné. De là, ceux qui le composent et l’animent doivent tirer une saine humilité. Ensuite parce que l'Eglise n'est pas Dieu, même si elle en vit, même si elle le porte avec amour en elle et autour d'elle, même si elle n'aurait aucun sens sans Lui. L'Eglise n'est pas Dieu en ce sens qu'elle s'incarne dans le monde et, à ce titre, elle s'intègre dans l'espace et le temps, dans des cultures et des nations, bref elle appartient, d'une certaine manière, à des nations gouvernées par des Etats alors même qu'elle ne peut s'identifier à aucune culture ou régime politique. L'Eglise sera donc le medium par lequel Dieu, qui a mis la juste distance entre lui et l'Etat, va maintenir le lien entre Lui et la Nation sans lequel aucune laïcité politique n'est satisfaisante. ... L'affirmation porte loin : l'Eglise catholique a parfaitement conscience qu'une immense partie de son rôle restera inconnue et que sa mission relève d'une source à laquelle les non chrétiens ne vont pas adhérer.

 

... L'Eglise attend de l'Etat la possibilité réelle d'exister dans la sphère publique, et cela à quatre niveaux :

Dans le droit et les moyens de vivre individuellement sa foi. C'est le niveau privé qui a toujours des incidences sur la sphère publique par la mentalité qu'il façonne et l’organisation qu’il réclame (par exemple : le repos du dimanche).

Dans le droit et les moyens de vivre communautairement sa foi (rassemblements de cultes, enseignements etc.). C'est le niveau cultuel de l’Eglise mais dont le retentissement social nécessite une prise encompte politique. Pour l’Eglise catholique, cultuel ne signifie pas exclusivement liturgique : l’enseignement (conférences, prédications, catéchèse) appartient de plein droit au culte catholique. Appartiennent aussi le partage des biens entre chrétiens et les prières publiques (par exemple, les processions extérieures).

Dans le droit et les moyens de faire partager ses convictions à d'autres. C'est le niveau apostolique. (écoles catholiques, publications etc.) L’Etat ne peut rester en dehors de cette transmission car il se doit de veiller à la salubrité des enseignements transmis en cohérence avec les projets sociaux et humains qui concourent à la paix et au bien commun.

Dans le droit et les moyens de faire écouter sa voix en toutes matières à toute la société. C'est le niveau prophétique (participations à des organismes publiques, à des enquêtes, etc.). Là encore, on mesure de suite les implications pour le politique de laisser résonner des voix religieuses dans les médias et les agoras modernes.

... Le cardinal Ratzinger, dans son discours lors de sa réception à l'Académie des sciences morales et politiques, a bien cadré les choses : « Il est conforme à la nature de l'Eglise qu'elle soit séparée de l'Etat et que sa foi ne puisse pas être imposée par l'Etat, mais repose sur des convictions librement acquises. Sur ce point il y a un beau mot d'Origène... : 'le Christ ne triomphe de personne sans qu'on ne le veuille soi-même. Il ne triomphe qu'en convaincant car Il est la Parole de Dieu.' Il n'appartient pas à l'Eglise d'être un Etat ou une partie de l'Etat mais d'être une communauté basée sur des convictions. Mais il lui appartient aussi de se savoir responsable du tout, et de ne pouvoir se limiter à elle-même. Il lui faut, avec la liberté qui lui est propre, s'adresser à la liberté de tous, de façon que les forces morales de l'histoire restent les forces du présent, et que resurgisse, toujours neuve, cette évidence des valeurs sans laquelle la liberté commune n'est pas possible. »

 

Sources: 1, 2

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 15:56

Ce matin, en la Basilique vaticane, Benoît XVI a présidé une messe au cours de laquelle ... dans son homélie, il a commenté l'Evangile du jour, "La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux", en disant que "même s'il peut sembler qu'une grande partie du monde moderne, des hommes d'aujourd'hui, tournent les épaules à Dieu et considèrent la foi comme une chose du passé, il existe cependant le désir que soient finalement établis la justice, l'amour, la paix, que la pauvreté et la souffrance soient dépassées et que les hommes trouvent la joie". La liturgie du jour, a-t-il poursuivi "nous donne donc deux définitions de votre mission d'évêques et de prêtres de Jésus-Christ: être des ouvriers de la moisson de l'histoire du monde avec le devoir de soigner en ouvrant les portes du monde à la seigneurie de Dieu, afin que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel...et coopérer à la mission de Jésus-Christ".

 

Evoquant ensuite l'eucharistie, il a indiqué que "en rompant le pain, on exprime aussi le partage et la transmission de notre amour aux autres. La dimension sociale, la coexistence n'est pas un appendice moral qui s'ajoute à l'eucharistie mais en fait partie".

 

Il a conclu par ces quelques mots: " "Duc in Altum (NDLR. "Avance au large"), vous dit le Seigneur en ce moment, chers amis. Vous avez été appelés à des taches qui concernent l'Eglise universelle. Vous êtes appelés à jeter les filets de l'Evangile dans la mer agitée de notre époque pour obtenir l'adhésion des hommes au Christ, pour les sortir, pour ainsi dire, des eaux salines de la mort et de l'obscurité dans laquelle la lumière du ciel ne pénètre pas. Vous devez les amener sur la terre de la vie, dans la communion avec Jésus-Christ".



Source

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 09:17

030211_egypte.jpg"Une bonne partie de la population égyptienne qui s’est rebellée ces jours-ci contre le régime trentenaire de Hosni Moubarak affirme qu’elle préfère la démocratie à toute autre forme de gouvernement. Mais dans le même temps elle veut, à une majorité écrasante, que ceux qui commettent l’adultère soient lapidés, que l’on coupe les mains aux voleurs et que ceux qui abandonnent la religion musulmane soient mis à mort".

 

Pour le christianisme, rien de tel. L'homosexualité, l'adultère, le vol, l'apostasie sont des péchés, mais le remède est la conversion, le pardon, la miséricorde. La prochaine béatification de Jean Paul II, le jour de la divine Miséricorde, donnera au monde entier le message central de la foi catholique: Dieu est Amour et Pardon. Assise d'octobre 2011, donnera un autre message, celui de la Paix; et non pas  du syncrétisme, qui veut que toutes les religions soient égales.

 

Source: http://lesuisseromain.hautetfort.com/archive/2011/02/03/l-islam-ne-connait-pas-le-pardon.html

 

- Assise III: Une supplique au Pape est lancée à propos d'Assise 2011

- Compte-rendu du colloque du mois de décembre 2010 à Rome sur l’herméneutique de Vatican II

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 12:40

Le blog du Mesnil reproduit un riche compte-rendu du colloque qui s’est tenu à Rome du 16 au 18 décembre et organisé par l’Institut des Frères Franciscains de l’Immaculée sur « Le concile Vatican II et sa juste herméneutique à la lumière de la Tradition de l’Église ». Il s'agit d'une des premières réponses à l’invitation au débat et à l’analyse critique sur Vatican II, adressée par Benoît XVI dans son fameux discours à la Curie Romaine, le 22 décembre 2005. (1)

 

 

« Les Franciscains de l’Immaculée forment un institut particulièrement intéressant. De même que les carmélites ont depuis longtemps une branche qui s’est constituée pour refuser un aggiornamento dévastateur (les carmélites de la Mère Maravillas de Jésus), les franciscains ont désormais une branche qui s’oppose à la dérive sans fin de l’ordre de saint François : les Franciscains de l’Immaculée, fondés en 1970 par le P. Stefano Manelli (leur supérieur) et le P. Gabriele Pelletieri. Ils ont, bien entendu, beaucoup de vocations. Ils ont été reconnus de droit pontifical en 1998 et rassemblent dans le monde entier plus de 300 frères, dont une centaine de prêtres et comptent près de 400 religieuses, en Australie, aux Etats-Unis, au Bénin où ils disposent d’une chaîne de télévision, en Italie, aux Philippines, au Brésil, en France dans le diocèse de Toulon (P. Antoine Santoro). Ils suivent la règle franciscaine, en se distinguant par leur fidélité traditionnelle à cette règle, par leur consécration personnelle à l’Immaculée et désormais… par leur attachement à la forme extraordinaire du rite. (2)

 
Le compte-rendu entier du colloque est à lire ici: http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/01/29/2011-11-rome-un-tres-important-colloque-consacre-au-concile-vatican-ii/. En voici des extraits :

 

« L’homme que le concile rencontre – a dit Mgr Negri – porte sur ses épaules l’échec de la modernité ». Le prélat a fait remarquer que la culture chrétienne, à l’époque moderne, s’est d’abord heurtée à la culture séculière, puis s’est vue peu à peu absorbée par cette dernière, altérant ses caractéristiques spécifiques et se conformant aux lignes de pensée du rationalisme et de l’illuminisme. Le concile représentait une occasion propice pour recentrer la culture catholique sur la Tradition mais, à cause des oppositions, des luttes intestines, des lectures sécularisées et des applications errantes qui le minaient, il n’a pas pu jouer son rôle. »

 

« Le concile Vatican II – a affirmé Mgr Gherardinine fut pas un concile dogmatique et pas même disciplinaire, mais seulement un concile pastoral, et le sens authentique de ce caractère pastoral est encore vague ». Lorsqu’on parle du concile, il convient de distinguer quatre niveaux différents, dont chacun exprime le Magistère suprême mais avec une qualité théologique distincte. Énoncer ici la graduation suggérée par Mgr Gherardini signifierait en trahir l’extraordinaire exactitude théologique. C’est pourquoi nous nous limitons à signaler le fait que, selon cette exégèse, un seul de ces niveaux, correspondant au troisième, comporte une validité théologique incontestable, même si ce n’est que par reflet, déduite des définitions précédentes : ce niveau coïncide avec les citations importantes de la part du concile de doctrines déjà solennellement définies, traitant des thèmes de foi et de morale.

Les autres domaines du magistère conciliaire, en raison de leur nature pastorale, de leur nouveauté intrinsèque ou de leur contextualisation historique contingente, ne comportent en eux-mêmes pas d’infaillibilité, ni de caractère définitif ; ils exigent donc un certain hommage de l’intelligence, mais non « l’obéissance de la foi ». L’erreur d’un bon nombre de théologiens du post-concile consista précisément à dogmatiser un concile qui se voulait être pastoral, faisant de ce dernier tout autre chose que ce que celui qui l’avait convoqué s’était fixé.

Vatican II un débat à ouvrir

« La prétention de séparer le concile du post-concile, selon Roberto De Mattei, est aussi insoutenable que celle de séparer les textes conciliaires du contexte pastoral dans lequel ils ont été produits. Aucun historien sérieux, aucune personne de bon sens, ne saurait accepter cette séparation artificielle qui naît plus d’une prise de position que d’une évaluation sereine et objective des faits. « Aujourd’hui encore – a conclu l’historien romain – nous vivons les conséquences de la “Révolution conciliaire” qui a anticipé et accompagné celle de soixante-huit. Pourquoi vouloir le cacher ? L’Église, comme l’a affirmé Léon XIII, en ouvrant aux chercheurs les Archives Secrètes du Vatican, “ne doit pas craindre la vérité” ». »

Professeur Roberto de Mattei

Le Professeur Roberto de Mattei.

 

« Une conférence d’une grande valeur théologique fut celle du R.P. Serafino M. Lanzetta, jeune théologien des Franciscains de l’Immaculée. Le père Lanzetta a fait un status quaestionis sur l’approche théologique de Vatican II, à travers l’analyse de la réception du concile par diverses écoles théologiques post-conciliaires. La conclusion qui en découle est que le concile, dont personne ne peut douter sincèrement de la rectitude d’intention, a favorisé les herméneutiques opposées du post-concile pour avoir abandonné, ou du moins négligé l’approche métaphysique des réalités de la foi et de la morale. Ce que le concile enseigne, il le fait en utilisant une forme descriptive et très souvent seulement allusive : ceci a permis aux novateurs d’extrapoler des conclusions théologiques aberrantes dont le Vatican II n’est pas responsable, sinon à cause d’un certain manque de clarté et de précision terminologique.
Il était, par exemple, impossible d’appliquer ces nombreuses herméneutiques en acte ainsi que les grilles interprétatives si variées, aux textes de Vatican I : si elles ont été appliquées avec une certaine facilité à Vatican II, cela est dû à un certain rejet du langage scholastique typique de la tradition théologique précédente, laquelle a été nommée, avec mépris, “livresque”. On a voulu la remplacer par le « ressourcement » (de Lubac), c’est-à-dire le retour aux Pères : mais les Pères, sur plusieurs points de la théologie et de la philosophie, en savent moins que nous, vu le progrès théologique réalisé dans la compréhension de la Révélation Divine immuable et l’apport décisif du Concile de Trente et de Vatican I en matière de dogmatique. Le retour aux Pères et à leurs formules, à la liturgie des origines et à l’Écriture cache bien souvent sous le parfum une odeur prononcée de biblicisme, de fidéisme et d’archéologisme : tout ce que le Pape Pie XII repoussait prophétiquement dans l’Humani generis (1950). »

« L’abbé Florian Kolfhaus, de la Secrétairerie d’État, a tenu une importante relation. Le théologien allemand a fait une critique “de l’intérieur” des documents conciliaires, en montrant que leur valeur magistérielle variée et différentiée correspond à leur majeure ou mineure autorité, laquelle se réduit quelques fois à un pur précepte disciplinaire. Le concile Vatican II a voulu être un concile pastoral, c’est-à-dire orienté vers les nécessités de son temps, tourné vers l’ordre de la pratique. Il n’a affirmé aucun nouveau dogme, aucun anathème solennel, et il a promulgué des catégories différentes de documents par rapport aux conciles précédents ; et malgré cela, Vatican II doit être compris dans la continuité ininterrompue du Magistère, puisqu’il a été un concile de l’Église légitime, œcuménique et doué de l’autorité relative. Certains de ses documents, c’est-à-dire les décrets et les déclarations, comme l’Unitatis Redintegratio sur l’œcuménisme, Nostra Aetate sur les religions non-chrétiennes et Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse, a souligné l’abbé Kolfhaus, ne sont ni des documents définissant des vérités infaillibles, ni des textes disciplinaires présentant des normes concrètes. C’est en cela que réside la grande nouveauté de Vatican II : contrairement à tous les autres conciles, qui exposaient la doctrine ou la discipline, il transcende toutes ces catégories.
Il s’agit d’une exposition doctrinale, qui ne vise pas à donner de définitions ni à imposer de limites dans l’intention de combattre l’erreur, mais qui est tournée vers l’agir pratique conditionné par le temps. Le concile n’a proclamé aucun “nouveau” dogme et n’a révoqué aucune “vieille” doctrine, mais a plutôt fondé et promu une nouvelle praxis dans l’Église. La proposition de l’abbé Kolfhaus est de mieux préciser l’expression fuyante « magistère pastoral » par le « munus praedicandi » plus limité que le « munus determinandi ». Cela signifie : annonce de la doctrine, non pas définition doctrinale ; liée au temps et conforme au temps, non pas immuable et pas toujours égale ; qui oblige, mais n’est pas infaillible. »

 

Le prof. R.P. Nicola Bux, pour sa part, a parlé de la disparition du ius divinum dans la liturgie : cette disparition date aussi de Vatican II et de l’immédiat post-concile. Le liturgiste de Bari a remarqué que la Sacrosanctum Concilium permettait une interprétation en conformité avec la tradition liturgique catholique, exprimée encore en 1963 par la Veterum Sapientia de Jean XXIII, mais dans les faits, les logiques de la désacralisation et de l’innovation ont prévalu. En effet, entre 1965 et le nouveau missel de 1970, des circulaires et des autorisations non seulement différentes mais même contradictoires ont été promulguées de la part de divers organes, comme la Congrégation pour la doctrine de la Foi et celle pour le Culte divin, entraînant un chaos liturgique dont l’Église entière ne s’est plus jamais remise.

Le prof. Bux a encouragé l’assistance à une double fidélité à la tradition liturgique, réhabilitée par le récent Motu proprio Summorum Pontificum, et à l’exemple du Souverain “Liturge” qui, peu à peu, est en train de remettre de l’ordre et du décor dans la célébration du Culte Divin.

Don Nicolas Bux

Don Nicolas Bux

Le site "Osservatore-Vaticano" qui commente le colloque fait cette juste observation:

 

"entre « l’intégrisme » conciliaire qui consisterait à considérer que tous les textes de Vatican II sont normatifs et le rejet en bloc de tous les textes, il est clair qu’il doit exister une voie. Disons, puisque c’est devenu l’expression à la mode, une voie « d’herméneutique de la continuité ». Mais il importe aussi de préciser que c’est à l’autorité magistérielle qu’il incombe de donner l’interprétation légitime des textes litigieux (en nombre d’ailleurs relativement réduits) et que le nouveau Syllabus que demandait à ce même colloque Mgr Schneider serait fort bien venu…" (3)

 

Mgr. Athanasius Schneider

Monseigneur Athanasius Schneider

 

Sources:  

(1) http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/01/29/2011-11-rome-un-tres-important-colloque-consacre-au-concile-vatican-ii/

(2) http://www.summorum-pontificum.fr/revue-de-presse/lesfranciscainsdelimmaculeeparpaixliturgique

(3) http://www.osservatore-vaticano.org/divers/un-colloque-sur-lhermeneutique-de-vatican-ii

 

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- Vatican II : Mgr Schneider demande au Pape un nouveau Syllabus

- « Le Concile Vatican II : un débat à ouvrir » (Mgr Gherardini)

- Interview de Mons. Nicola Bux

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:58

Pour l’honneur de Pie IX

Considérer DH (NDLR. Dignitatis Humanae) comme un anti-Syllabus est l’expression superficielle d’une erreur théologique majeure qui ne contribue en rien à résoudre le problème posé par la liberté religieuse.

Il s’agit d’une opposition globale qui rejette indistinctement ce qui relève de l’ordre contingente et de l’ordre des principes.

Voici quelques précisions que Mgr. Gherardini donne pour mieux comprendre le sens des condamnations de Pie IX :

« Ce qui intéresse l’Eglise, selon le divin mandat auquel elle obéit, et de par sa définition, c’est le salut des âmes et toutes les valeurs qui peuvent le favoriser.

Dans le nouveau de la modernité, ces valeurs parurent soit absentes, soit compromises. D’où l’intention ecclésiale de sauver ce qui peut être sauvé. Tout en conservant la doctrine séculaire sur la liberté du choix religieux et même, du moins en ligne de principe, la tolérance envers des religions et des cultes différents, l’Eglise a perçu à un certain moment le danger pressant du minimalisme confessionnel, en même temps que celui de l’indifférentisme religieux.

Et contre la montée dévastatrice de ce danger, elle a élevé ses digues.

Etait-ce une faute ? Pour un grand nombre, oui, et une faute grave. Pour ceux qui entrent dans la logique que ces digues avaient suggérée, il ne s’agit pas de faute, mais de cohérence et de fidélité.

Si l’on pense au mécénat de l’Eglise même en faveur des arts et des sciences ; si l’on pense que celui qui sur ce plan laissa des traces indélébiles fut justement l’auteur du Syllabus ; si l’on pense que, à l’aube de son pontificat, ce Pie IX avait pris tellement à cœur la cause des Juifs romains que ceux-ci l’acclamaient comme leur père et lui offrirent de le défendre (A. Canestri, L’anima de Pio IX, II, Marino-Roma, 1966, pp. 46-48), toute accusation d’intolérance et d’obscurantisme s’évapore comme un flocon de neige au premier soleil.

Il faut donc projeter sur ce fond les interventions à la faveur desquelles Dignitatis Humanae apparut comme une correction providentielle aux yeux de critiques hâtifs, imprudents et trop intéressés. Je pars de l’encyclique Mirari vos du pape Grégoire XVI, en date du 15 août 1832.

Félicité de Lammennais, en 1830, avait soutenu publiquement des idées libérales inconciliables avec la tradition catholique. Mirari vos les rassembla (peut-être de façon un peu simpliste) sous le concept d’indifférentisme, et définit ce dernier comme la « cause très fertile de tous les maux » qui affligent l’Eglise ainsi que la « source empoisonnée d’où découle cette maxime fausse et absurde, ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience » (DS 2730). Le texte continue sur le même diapason : « Erreur de plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l’Eglise et de l’Etat, va se répandant de toutes parts » (DS 2731)

Pour le théologiquement correct, voilà des coups bien bas, Un scandale !

Soyons clairs : ces coups cessent d’être bas et scandaleux seulement s’ils sont portés contre un Grégoire XVI ou un Pie IX.

Moi-même, pendant les travaux d’une commission officielle, je les ai entendus, répétés plusieurs fois pendant plus d’une demi-heure par un champion de l’actuel libéralisme historique et théologique, sur les lèvres duquel les épithètes « pestiféré » et « pestilentiel » fleurissaient contre l’auteur du Syllabus comme l’expression d’une correction critique et scientifique irréprochable.

Si l’on savait au moins lire la lettre, vu qu’on ne sait pas l’interpréter ! Et lire à contre jour, c’est-à-dire sur le modèle des idées libérales de F. Lamennais et de son courant.

La liberté de conscience, qui ici est prise pour cible, est non pas le sanctuaire inviolable de l’homme en tant que tel, mais la conviction absurde, erronée et délirante « que toute profession de foi est capable de procurer la vie éternelle de l’âme » (DS 2730)

Une conviction de ce genre non seulement ramène la foi catholique au niveau de n’importe quelle autre croyance, y compris la croyance animiste, fétichiste, spiritiste et ainsi de suite, mais prive la conscience d’un horizon objectif et universel, dont découle la moralité de ses choix.

Si seulement les critiques modernes, toujours si théologiquement corrects, savaient au moins traduire le latin facile du grand évêque d’Hippone (Ep 105, 2, 10 :PL 33, 400), cité par Grégoire XVI pour clore son réquisitoire : « Quae peior mors animae, quam libertas erroris , », « Y a-t-il peut-être pour l’âme une mort pire que sa liberté d’embrasser l’erreur ? »

La gamme des erreurs fustigées par le bienheureux Pie IX et synthétisées auparavant par Grégoire XVI dans l’indifférentisme est plus large : panthéisme, naturalisme, rationalisme, idéalisme, matérialisme, socialisme, maçonnerie et anticléricalisme, qui contestaient les droits innés de l’Eglise, son autonomie par rapport à l’Etat, et ses libertés, vomissant une haine implacable contre elle, et surtout contre le Souverain Pontife.

La somme de ces erreurs était la »libertas erroris » à laquelle saint Augustin avait refusé le droit de cité, imité en cela par le grand Mastai Ferreti.

Comme ils l’on mal compris ceux qui, même dans le désir très louable de le disculper de l’accusation d’être contraire au progrès, le classent dans des contextes sociaux complètement différents des contextes actuels et trouvent injuste qu’on parle des décisions d’alors avec les paramètres critiques d’aujourd’hui.

Le noyau du problème n’absolument pas là : à ce problème le bienheureux Pie IX, prévoyant et prophète (L. Negri, Pio IX, Attualità e profezia, ed. Ares, Milano, 2004), a donné une solution radicale, et aujourd’hui presque incompréhensible pour tous les théologiquement corrects.

Par sa condamnation, il aurait voulu éviter à l’Eglise les maux dont aujourd’hui, malheureusement, elle souffre :

- Que toutes les religions se valent

- Que l’Eglise n’est pas indépendante de l’Etat

- Que chacun est libre de penser dans tous les domaines comme bon lui semble

- Que les droit des Dieu sont les même que ceux de l’homme et qu’on s’acquitte des premiers en s’acquittant des seconds

- Que le prêtre est l’homme de la rue et non de l’autel"

(Brunero Gherardini – Le Concile Œcuménique Vatican II Un débat à ouvrir – Casa Mariana Editrice 2009 – pp.176-179)

 

  

Source: http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=580155

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 19:30

Après nous être interrogé au sujet de la prochaine réunion interreligieuse d'Assise en octobre 2011, sur le point de savoir dans quelle mesure Assise III augmentera la Paix dans le monde et diminuera le nombre des martyrs chrétiens (les deux réunions d'Assise 1986 et 1992 ayant fait exploser les persécutions antichrétiennes, et pratiquement diminué la liberté religieuse juridique de l'Eglise dans le monde via le renforcement des régimes totalitaires), nous apprenons ce soir que d'Italie, un appel au Pape en forme de supplique est lancé à Rome contre Assise 2011, de la part de ratzinguériens connus, qui reprend cette même interrogation, mais cette fois en affirmant :

 

"Saint Père, nous pensons qu'avec un nouvel "Assise 1986" aucun chrétien en terre d'orient ne sera sauvé, ni dans la Chine communiste, ni en Corée du Nord ni au Pakistan, ni en Irak... tellement de fidèles par contre ne comprendront plus pourquoi en ces pays meurent encore aujourd'hui des martyrs pour ne pas renier non une religion; mais leur rencontre du Christ. Comme sont morts les apôtres..."

Les signataires:

 

Francesco Agnoli
Lorenzo Bertocchi
Roberto de Mattei
Corrado Gnerre
Alessandro Gnocchi
Camillo Langone
Mario Palmaro

 

Source: http://blog.messainlatino.it/2011/01/santita-abbiamo-paura-per-lincontro-di.html

 

via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=580087

 

Il y aurait eu un précédent appel dont parle clairement la supplique. Traduction via  http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=580196 (excusez les fautes):

"Sainteté, nous avons peur pour la rencontre d'Assise

Saint-Père Benoit XVI,

nous sommes quelques catholiques reconnaissants de l'oeuvre que votre Sainteté a accompli comme pasteur de l'Eglise universelle, reconnaissants pour sa grande valorisation de la raison humaine, pour avoir concédé le"Motu proprio Summorum pontificum", pour Son proficuo rapport avec les anglicans qui reviennent à l'unité, et pour beaucoup encore.
Nous avons pris le courage de Lui écrire après avoir entendu, juste après le massacre des chrétiens en Egypte, Son intention de convoquer à Assise, pour le mois d'octobre, une grande rencontre inter religieuse, 25 ans après "Assisi 1986".

Nous nous rappelons tous cet évènement.

Un évènement également médiatique comme il y en eût peu, qui, a contrario des intentions et déclarations de qui le convoqua, eût un contrecoup innegabile,relançant, même dans le monde catholique, l’indifferentisme et le relativisme religieux.

Justement de cet évènement prît vigueur auprès du peuple chrétien l'idée que l'enseignement séculaire de l'Eglise "una, santa cattolica e apostolica", sur l'unicité du Sauveur était quelque chose à "archiver".

Tous, nous nous rappelolns ces représentants de toutes les religions dans un temple catholique, santa Maria degli Angeli, alignés un rameau d'olivier à la main, presque pour rappeler que la paix ne passe pas par le Christ mais indistinctement par tous les fondateurs d'un credo quel qu'il soit (Maometto, Budda, Confucio, Kalì, Cristo…)

Nous nous rappelons la prière des musulmans Ricordiamo à Assisi, dans la ville d'un saint qui avait fait de leur conversion son objectif !
Nous nous rappelons la prière des animistes.../...d'autres croyants ou des représentants de religions athées comme le giainismo.

Ce "prier" ensemble, volens nolens eût l'effet de faire croire à beaucoup que tous priaient le même Dieu sous divers noms.

 


Pourtant les Ecritures parlent clair: "Tu n'auras d'autre Dieu que Moi" (I comandamento); Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne vient au Père si ce n'est par Moi" (Gv, 14, 6).

Nous ne nions pas le dialogue avec les personnes de quelque religion que ce soit.
Nous vivons dans le monde et tous les jours parlons et aimons même qui n'est pas chrétien...Mais cela ne nous empêche pas de croire que Dieu est descendu sur terre et a souffert pour nous enseigner le chemin et la Vérité, et non pas un des chemins ou une des vérités. Christ est pour nous le Sauveur unique du monde.
Nous nous rappelons aussi les poulets offerts sur l'autel de santa Chiara selon des rites tribaux et la statue de Budda sur l'autel de san Pietro, sur les reliques du martyr Vittorino.

Nous nous rappelons ces prêtres se soumettant à d'autres rites .../...faisant passer l'idée que tous ces signes sont des gestes humains sans valeur, interchangeables.... Voila l'esprit d'Assise duquel les médias et les ailes relativistes de l'Eglise se réclamèrent ajoutant à la confusion.

Nous réécrivons ce commentaire ironique d'un journaliste français: "en présence de tant de religions on croira plus facilement qu'elles sont toutes valides ou qu'elles sont toutes indifférentes; en voyant tant de dieux le parisien taquin imitera le collectionneur sceptique, dont un ami avait renversé une idole d'une vitrine: ‘Ah! malheureux, ça pourrait être le vrai Dieu !"

Nous nous réclamons du réconfort de tant de pontifes qui avaient toujours condamné tel dialogue. Un tel congrès avait déjà été organisé, à Chicago, en 1893, et à Paris, en 1900. Mais Léon XIII avait interdit toute participation catholique.

 
De la même façon Pie XI, condamnait nazisme et communisme dans leur tentative d'unir les hommes au nom d'un vague instinct religieux sans Christ. Et dans "Mortalium Animos" (Epifania del 1928), il écrivait au regard des congrès oecuméniques....etc...

 

- Le point sur la réitération du "scandale d'Assise" en 2011

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 17:57

Hier 1er janvier, a été publié le message de Benoît XVI donné au Vatican le 8 décembre 2010 "pour la Célébration de la Journée mondiale de la Paix", dans lequel le Saint-Père définit plus précisément la notion de "liberté religieuse" comme "une absence de la coercition", coercition qui nierait ou limiterait de manière arbitraire "le rôle public de la religion" ou l'expression publique de la foi. La liberté religieuse serait également une "arme authentique de la paix" qui aurait "une mission historique et prophétique". Dans ce document, le Saint-Père annonce la fête en 2011 du "25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, convoquée en 1986 à Assise par le vénérable Jean-Paul II".

 

Extraits :

 

Je remercie vivement les Gouvernements qui s’efforcent de soulager les souffrances de ces frères en humanité et j’invite les catholiques à prier pour leurs frères dans la foi qui souffrent violences et intolérances [NDLR. Les chrétiens d'Orient], et à leur manifester leur solidarité. Dans ce contexte, j’ai ressenti de manière particulièrement vive l’opportunité de partager avec vous tous quelques réflexions sur la liberté religieuse, chemin vers la paix. Il est douloureux en effet de constater que, dans certaines régions du monde, il n’est pas possible de professer et de manifester librement sa religion, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe des formes plus silencieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre des croyants et des symboles religieux [NDLR. Exemple : en Europe...]. Les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi. Beaucoup subissent des offenses quotidiennes et vivent souvent dans la peur à cause de leur recherche de la vérité, de leur foi en Jésus Christ et de leur appel sincère afin que soit reconnue la liberté religieuse. Tout cela ne peut être accepté, parce que cela constitue une offense à Dieu et à la dignité humaine ; de plus, c’est une menace à la sécurité et à la paix, et cela empêche la réalisation d’un réel développement humain intégral.

 

... Nier ou limiter de manière arbitraire cette liberté signifie cultiver une vision réductrice de la personne humaine ; mettre dans l’ombre le rôle public de la religion signifie engendrer une société injuste, puisque celle-ci n’est pas en harmonie avec la vraie nature de la personne humaine ; cela signifie rendre impossible l’affirmation d’une paix authentique et durable de toute la famille humaine.

... Voilà le sentiment qui inspire et guide le Message pour la XLIVème Journée Mondiale de la Paix, consacré au thème : Liberté religieuse, chemin vers la paix.

 

2. ... Dieu a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27). C’est pour cela que chaque personne a le droit sacré à une vie intègre aussi du point de vue spirituel.Sans la reconnaissance de son être spirituel, sans l’ouverture au transcendant, la personne humaine se replie sur elle-même, et elle n’arrive pas à trouver des réponses aux interrogations de son cœur sur le sens de la vie et à conquérir des valeurs et des principes éthiques durables. Elle ne peut donc même pas réussir à expérimenter une authentique liberté et à développer une société juste.

 

3. La liberté religieuse est à l’origine de la liberté morale. En effet, l’ouverture à la vérité et au bien, l’ouverture à Dieu, qui est enracinée dans la nature humaine, confère une pleine dignité à chaque personne et elle est garante d’un respect mutuel et plénier entre les personnes. C’est pourquoi la liberté religieuse doit être comprise non seulement comme une absence de la coercition, mais d’abord comme une capacité d’ordonner ses choix selon la vérité.

... il est inconcevable que des croyants « doivent se priver d’une partie d’eux-mêmes – de leur foi – afin d’être des citoyens actifs ; il ne devrait jamais être nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits ».

 

5. ... "Quand la liberté religieuse est reconnue, la dignité de la personne humaine est respectée à sa racine même, et l’ethos et les institutions des peuples se consolident. A l’inverse, quand la liberté religieuse est niée, quand on essaie d’empêcher de professer sa religion ou sa foi et de vivre en conformité avec elles, la dignité humaine est lésée, et de cette manière se trouvent menacées la justice et la paix, lesquelles se fondent sur l’ordre social juste qui s’édifie à la lumière de la Vérité Suprême et du Souverain Bien.

 

... toute personne doit pouvoir exercer librement le droit de professer et de manifester individuellement ou de manière communautaire, sa religion ou sa foi, aussi bien en public qu’en privé, dans l’enseignement et dans la pratique, dans les publications, dans le culte et dans l’observance des rites. Elle ne devrait pas rencontrer d’obstacles si elle désire, éventuellement, adhérer à une autre religion ou n’en professer aucune.

 

6. La liberté religieuse, comme toute liberté, tout en provenant de la sphère personnelle, se réalise dans la relation avec les autres. Une liberté sans relations n’est pas une liberté achevée. La liberté religieuse ne s’épuise pas non plus dans la seule dimension individuelle, mais elle se met en œuvre dans la communauté dont elle fait partie et dans la société, ceci en cohérence avec l’être relationnel de la personne et avec la nature publique de la religion.

... On ne peut pas nier la contribution que les communautés religieuses apportent à la société. Nombreuses sont les institutions caritatives et culturelles qui attestent le rôle constructif des croyants pour la vie sociale. D’une importance plus grande encore est la contribution éthique de la religion dans le domaine politique. Elle ne devrait pas être marginalisée ou interdite, mais comprise comme un apport valable à la promotion du bien commun. Dans cette perspective il convient de mentionner la dimension religieuse de la culture, tissée au long des siècles grâce aux contributions sociales et surtout éthiques de la religion. Une telle dimension ne constitue en aucune manière une discrimination vis-à-vis de ceux qui n’en partagent pas la croyance, mais elle renforce plutôt la cohésion sociale, l’intégration et la solidarité.

 

7. L’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer des intérêts occultes, comme par exemple la subversion de l’ordre établi, l’accaparement de ressources ou le maintien du pouvoir de la part d’un groupe, peut provoquer des dommages énormes aux sociétés. Le fanatisme, le fondamentalisme, les pratiques contraires à la dignité humaine, ne peuvent jamais trouver une justification, encore moins si cela est accompli au nom de la religion. La profession d’une religion ne peut pas être instrumentalisée, ni imposée par la force.

 

... Comment nier la contribution des grandes religions du monde au développement de la civilisation ? La recherche sincère de Dieu a conduit à un plus grand respect de la dignité de l’homme. Les communautés chrétiennes, avec leur patrimoine de valeurs et de principes, ont fortement contribué à la prise de conscience de la part des personnes et des peuples, de leur identité et de leur dignité, de même qu’à la conquête d’institutions démocratiques et à l’affirmation des droits de l’homme ainsi que des devoirs correspondants.

Aujourd’hui encore, dans une société toujours plus mondialisée, les chrétiens sont appelés, non seulement à un engagement civil, économique et politique responsable, mais aussi au témoignage de leur charité et de leur foi, à offrir une contribution précieuse à l’engagement rude et exaltant pour la justice, le développement humain intégral et le juste ordonnancement des réalités humaines. Exclure la religion de la vie publique, c’est enlever à cette dernière un espace vital qui ouvre à la transcendance. Sans cette expérience originelle, orienter les sociétés vers des principes éthiques universels s’avère pénible et il devient difficile de mettre en place des règlements nationaux et internationaux où les droits et les libertés fondamentaux peuvent être pleinement reconnus et mis en œuvre comme se le proposent les objectifs – malheureusement encore négligés ou contredits – de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948.

 

8. La même détermination avec laquelle sont condamnées toutes les formes de fanatisme et de fondamentalisme religieux, doit animer aussi l’opposition à toutes les formes d’hostilité à l’égard de la religion, qui limitent le rôle public des croyants dans la vie civile et politique.

On ne peut oublier que le fondamentalisme religieux et le laïcisme sont des formes spéculaires et extrêmes du refus du légitime pluralisme et du principe de laïcité. Tous deux, en effet, absolutisent une vision réductrice et partiale de la personne humaine, favorisant dans le premier cas, des formes d’intégralisme religieux, et dans le second, de rationalisme.

 

... Lorsque l’ordonnancement juridique, à tous les niveaux, national et international, permet ou tolère le fanatisme religieux ou antireligieux, il manque à sa mission même qui est de protéger et de promouvoir la justice et le droit de chacun. Ces réalités ne peuvent être abandonnées à l’arbitraire du législateur ou de la majorité, car, comme l’enseignait déjà Cicéron, la justice consiste en quelque chose de plus qu’un simple acte productif de la loi et de son application. Elle implique de reconnaître à chacun sa dignité, laquelle, sans liberté religieuse, garantie et vécue dans son essence, résulte mutilée et lésée, exposée au risque de tomber sous la coupe des idoles, des biens contingents transformés en absolus. Tout cela risque de mener la société à des totalitarismes politiques et idéologiques qui donnent une place exagérée au pouvoir public, tandis que les libertés de conscience, de pensée et de religion sont humiliées ou jugulées, comme si elles pouvaient lui faire concurrence.

 

... Dans le respect de la laïcité positive des institutions étatiques, la dimension publique de la religion doit toujours être reconnue. Dans ce but, il est fondamental que s’instaure un dialogue sincère entre les institutions civiles et religieuses pour le développement intégral de la personne humaine et l’harmonie de la société.

 

10. Dans l’univers mondialisé caractérisé par des sociétés toujours plus multi-ethniques et multi-confessionnelles, les grandes religions peuvent représenter un important facteur d’unité et de paix pour la famille humaine.

 

11. Pour l’Eglise, le dialogue entre les fidèles des diverses religions représente un instrument important pour collaborer au bien commun avec toutes les communautés religieuses. L’Eglise elle-même ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les diverses religions.

 

... Le chemin ainsi indiqué n’est pas celui du relativisme ou du syncrétisme religieux. L’Eglise en effet « annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie" (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses ». Cela n’exclut pas cependant le dialogue et la recherche commune de la vérité dans divers milieux vitaux, car, selon une expression souvent utilisée par saint Thomas d’Aquin, « toute vérité, qui que ce soit qui la dise, vient de l’Esprit Saint ».

 

En 2011 sera fêté le 25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, convoquée en 1986 à Assise par le vénérable Jean-Paul II. A cette occasion, les responsables des grandes religions du monde ont manifesté combien la religion est un facteur d’union et de paix et non de division et de conflits. Le souvenir de cette expérience est un motif d’espérance en un avenir où tous les croyants se sentent et deviennent effectivement artisans de justice et de paix.

 

12. La politique et la diplomatie devraient prendre en considération le patrimoine moral et spirituel offert par les grandes religions du monde pour reconnaître et affirmer des vérités, des principes et des valeurs universelles qui ne peuvent être niés sans nier en même temps la dignité de la personne humaine. Mais, dans la pratique, qu’est-ce que cela veut dire promouvoir la vérité morale dans le monde de la politique et de la diplomatie ? Cela signifie agir de manière responsable à partir de la connaissance objective et complète des faits ; cela veut dire déstructurer des idéologies politiques qui finissent par supplanter la vérité et la dignité humaine et veulent promouvoir des pseudo valeurs sous le couvert de la paix, du développement et des droits humains ; cela veut dire favoriser un engagement constant pour fonder la loi positive sur les principes de la loi naturelle.

 

...

13. En dépit des enseignements de l’histoire et de l’engagement des Etats, des Organisations internationales au niveau mondial et local, en dépit des efforts des Organisations non gouvernementales et de tous les hommes et femmes de bonne volonté qui, chaque jour, se dépensent pour la sauvegarde des droits et des libertés fondamentaux, on constate aujourd’hui encore, dans le monde des persécutions, des discriminations, des actes de violence et d’intolérance liés à la religion. En Asie et en Afrique en particulier, les principales victimes sont les membres des minorités religieuses, auxquels il est interdit de professer librement leur religion ou d’en changer, par des intimidations, par la violation des droits et des libertés fondamentaux et des biens essentiels, allant jusqu’à la privation de la liberté personnelle ou même de la vie.

Il existe en outre - comme je l’ai déjà dit - des formes plus élaborées d’hostilité envers la religion, qui, dans les pays occidentaux, se manifestent parfois par le reniement de l’histoire et des symboles religieux dans lesquels se reflètent l’identité et la culture de la majorité des citoyens. Ces attitudes alimentent souvent haine et préjugés et ne sont pas cohérentes avec une vision sereine et équilibrée du pluralisme et de la laïcité des institutions, sans compter qu’elles peuvent empêcher les jeunes générations d’entrer en contact avec le précieux héritage spirituel de leurs pays.

 

... 14. Je m’adresse maintenant aux communautés chrétiennes qui souffrent de persécutions, de discriminations, de violences et d’intolérance, particulièrement en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et spécialement en Terre Sainte, lieu choisi et béni par Dieu. Tout en leur renouvelant l’assurance de mon affection paternelle et de ma prière, je demande à tous les responsables d’agir avec promptitude pour mettre fin à toute brimade contre les chrétiens qui habitent dans ces régions. Puissent les disciples du Christ, confrontés aux adversités du moment, ne pas perdre courage, car le témoignage rendu à l’Evangile est et sera toujours signe de contradiction !

 

Source: http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/messages/peace/documents/hf_ben-xvi_mes_20101208_xliv-world-day-peace_fr.html

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 23:59

 
Le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X a fait un saut en Calédonie pour Noël. Il a célébré la messe, à minuit et en latin, à Katiramona, dans le local de cette communauté qui revendique un retour au traditionalisme.

 

 

Bio express

L’évêque Bernard Fellay est le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre. Il était un des quatre évêques excommuniés en 1988, car consacrés par Mgr Lefebvre sans mandat du Saint-Siège. Le pape a levé cette excommunication en 2009, dans un climat polémique. La Fraternité Saint-Pie X a refusé les principales nouveautés du concile Vatican II (1962-65), qui ont symbolisé l’ouverture de l’Eglise au monde moderne.

 

 

  • Les Nouvelles calédoniennes : Vous avez débarqué le 23 décembre à Tontouta. Vous souhaitiez être là pour Noël ?

Mgr Bernard Fellay : Ma visite est fortuite. J’étais en tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande pour ordonner des prêtres. Et comme j’ai eu du temps libre à Noël, j’ai décidé de venir encourager notre petite communauté (*) ici, qui vient de construire une chapelle, même si elle n’a pas encore de prêtre à plein-temps. Mais ça viendra.

  • La Fraternité Saint-Pie X se qualifie de traditionaliste quand on la taxe d’intégriste. Vous vous opposez pourtant à toutes les avancées progressistes de l’Eglise depuis 1962...

Notre situation est controversée, mais elle est aussi liée à ce qui se passe dans l’Eglise catholique. La vie de l’Eglise a changé avec le concile [Vatican II]. Et le bilan est dévastateur. La quantité de prêtres et de religieuses a baissé. Il y a une perte de vitesse religieuse généralisée. Il faut faire quelque chose pour restaurer la situation. La liberté totale démolit la société. Les hommes ont besoin d’une aide spéciale pour connaître le chemin de Dieu et le salut des âmes. D’ailleurs, le pape revient aux idées traditionnelles. Il voit très bien qu’il y a une déviation et qu’il faut la corriger. On est peut-être beaucoup plus proche du pape qu’il n’y paraît.

  • Avez-vous été supris par Benoît XVI qui a dit tolérer le port du préservatif, dans des cas exceptionnels, pour lutter contre le sida ?

J’ai été un peu déçu par le livre. Mais je suis très heureux du changement intervenu depuis : on voit bien que Rome veut éclaircir cette question du préservatif qui a semé la confusion. Le préservatif n’est pas le moyen pour résoudre ce problème de la santé. Il va contre la nature de l’acte de mariage car il empêche le fruit normal de cet acte. La famille est très importante. L’acte doit se faire dans le mariage. Il y a une discipline à respecter qui avait beaucoup de valeur autrefois, et qui aujourd’hui est dépréciée.

  • Sentez-vous que vous êtes à contre-courant de l’évolution de la société ?

Oui je m’en rends bien compte. Mais, ça ne me gêne pas. Des fois, je dis même qu’on nous prend pour des Martiens. Mais nous ne sommes pas des Martiens.

On est peut-être beaucoup plus proche du pape qu’il n’y paraît.

 

  • Le but de votre communauté est toujours d’intégrer l’Eglise catholique ?

Oui, on a toujours soutenu qu’on ne veut pas faire bande à part. On maintient qu’on est catholiques et qu’on le reste. Nous souhaitons que Rome nous reconnaisse comme de vrais évêques. D’ailleurs, on n’ose plus le mot schismatique à notre encontre. Alors si on n’est pas schismatiques, ni hérétiques, c’est qu’on est sacrément catholiques. D’ailleurs le pape dit qu’il y a seulement un problème d’ordre canonique. Il suffit d’un acte de Rome pour dire que c’est fini et nous rentrons dans l’Eglise. Ça viendra. Je suis très optimiste.

  • Vous accepteriez alors les décisions de Vatican II ?

Non, pas comme ça. Nous demandons que les grandes ambiguïtés de Vatican II soient dissipées.

  • Qu’est ce que vous appelez les grandes ambiguïtés ?

D’abord, la liberté religieuse : est-ce que ça veut dire que tout homme a droit de choisir sa religion ? Non, le bon Dieu n’en a fondé qu’une. Ensuite, l’œcuménisme : est-ce qu’un homme peut être sauvé dans d’autres religions que celle catholique ? Non, il n’y a que l’Eglise qui sauve.

  • Pourtant plusieurs religions existent de par le monde. Quelle légitimité avez-vous pour les nier ?

Je vois qu’elles existent, mais elles n’arrivent pas à produire les effets de la religion catholique. Pour l’affirmer, on se repose sur ce que dit l’Eglise ancienne. La démarche de l’Eglise est bien expliquée dans Vatican I. Il existe tout un tas de signes extérieurs qui permettent de reconnaître que la religion catholique est la vraie. C’est une science que l’on apprend. L’idéal serait bien sûr de prouver l’existence de Dieu. On s’en approche.

Propos recueillis par Bérengère Nauleau

(*) En Calédonie, la Fraternité Saint-Pie X compterait quelque 200 fidèles, selon l’abbé Laisney qui fait les voyages entre la Nouvelle-Zélande et ici.

 

Source: http://www.lnc.nc/pays/186-interview/231117-l-nous-ne-sommes-pas-des-martiens-r.html

 

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:22

Débat sur le Concile Vatican II

Vient de paraître en Italie, il y a quelques jours, le dernier ouvrage du Professeur Roberto de Mattei, Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta (Le Concile Vatican II, une histoire jamais écrite), éditions Lindau. Ce livre a suscité un large débat dans lequel sont intervenus des apologètes de renom tels que Francesco Agnoli, Mario Palmaro, Alessandro Gnocchi, Corrado Gnerre, qui se sont exprimés en faveur des thèses du Prof. de Mattei, alors que l’historien progressiste de l’école de Bologne, Alberto Melloni, et le sociologue modéré Massimo Introvigne se sont exprimés contre.

Le Prof. de Mattei est intervenu dans le débat avec un article, publié dans le quotidien “Libero” le 12 décembre, que nous reproduisons ci-dessous.

Quarante-cinq ans sont passés depuis la conclusion du Concile Vatican II, le vingtième dans l’histoire de l’Eglise, mais les problèmes qu’il a entraînés sont encore présents et actuels. Un premier problème dont on discute est celui du rapport entre la « lettre » (les textes) et l’« esprit » du Concile, respectivement opposés entre les deux écoles de la continuité et de la discontinuité. Le différend, cependant, risque de se réduire à un dialogue de sourds. Les documents promulgués par les suprêmes autorités ecclésiastiques n’ont pas, en effet, la même valeur du point de vue théologique. Si Benoît XVI exprime ses opinions dans une interview, comme cela s’est passé lors de la parution de son dernier livre Lumière du monde, il est évident qu’il faut les accueillir avec le plus grand respect, car celui qui parle est, de toute manière, le Vicaire du Christ. Il est également évident qu’entre l’interview et la définition d’un dogme il y une différence d’autorité qui n’engage pas, au même niveau, le respect des fidèles. C’est ce qui arrive aussi pour un Concile tel que le Vatican II qui, en tant que réunion solennelle des évêques unis au Pape, a proposé des enseignements authentiques certainement pleins d’autorité. Mais seulement ceux qui ignorent la théologie pourraient accorder un degré d’“infaillibilité” à ces enseignements. Même parmi les catholiques, pas tous savent que l’infaillibilité papale est utilisé très rarement et s’applique seulement à la foi et à la morale.

Si le Concile a l’autorité que le Pape qui le convoque et le dirige veut lui donner, tous les discours de Jean XXIII et de Paul VI, avant, durant et après le Concile Vatican II, en soulignent la dimension, non pas dogmatique, mais pastorale. Ce même but pastoral, étranger à toute définition dogmatique, est attribué aux documents conciliaires par Benoît XVI, dont l’“herméneutique de la continuité” est très mal interprétée par beaucoup de catholiques, tant progressistes que conservateurs. L’affirmation même selon laquelle le Concile Vatican II doit être considéré comme en continuité avec le Magistère de l’Eglise présuppose évidemment l’existence dans les documents conciliaires de passages douteux ou ambigus, ayant besoin d’une interprétation. Pour Benoît XVI, le critère d’interprétation de ces passages ne peut qu’être la Tradition de l’Eglise, comme il l’a maintes fois affirmé lui-même. Si, par contre, comme l’estiment les promoteurs du site web Vive le Concile, on admettait que le Concile Vatican II était le critère herméneutique pour relire la Tradition, il faudrait donner, paradoxalement, une force interprétative à ce qui a besoin d’être interprété. Interpréter la Tradition à la lumière du Concile Vatican II, et non pas l’inverse, ne serait possible que si l’on acceptait la position d’Alberigo (auteur d’une œuvre monumentale Storia del Vaticano II, en 5 volumes), qui donne une valeur interprétative non pas aux textes, mais à l’esprit du Concile. Mais ceci, bien entendu, n’est pas la position de Benoît XVI, qui critique l’herméneutique de la discontinuité, justement pour la suprématie qu’elle accorde à l’esprit sur les textes. Mgr Gherardini, professeur émérite d’ecclésiologie à l’Université du Latran, dans son livre Le Concile Oecuménique Vatican II, un débat à ouvrir (2009), a bien développé le bon critère de l’herméneutique théologique. Soit l’on estime, comme Gherardini, que les propositions du Concile Vatican II, non liées à des définitions précédentes, ne sont ni infaillibles ni irréformables et donc même pas contraignantes, soit l’on accorde au Concile une autorité telle qu’elle éclipse les vingt autres assises précédentes de l’Eglise, les abrogeant ou les remplaçant. Sur ce dernier point, il paraît qu’il n’y a pas de différence entre les historiens de l’école de Bologne, comme le prof. Alberto Melloni, et les sociologues, comme Massimo Introvigne, qui semblent donner une valeur d’infaillibilité au Concile Vatican II.

Il y a pourtant un deuxième problème qui va au-delà de la discussion sur la continuité/discontinuité des textes conciliaires et ne concerne pas le domaine théologique, mais le domaine historique. C’est le sujet auquel j’ai voulu apporter une contribution dans mon récent livre, Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta, publié par les éditions Lindau en décembre 2010. Dans cet ouvrage, je ne propose pas une lecture théologique des textes, au sens d’en évaluer la continuité ou la discontinuité avec la Tradition de l’Eglise, mais une reconstruction historique de ce qui se passa à Rome entre le 11 octobre 1962 et le 8 décembre 1965. Il s’agit d’un travail complémentaire à l’approche théologique et qui ne devrait donner du souci à personne. On ne comprend pas en effet les réactions préoccupées de ceux qui craignent que cette histoire puisse apporter de l’eau au moulin de l’herméneutique de la discontinuité. Faudrait-il alors renoncer à écrire l’histoire du Concile Vatican II ? Ou faudrait-il admettre que seule l’école de Bologne a le droit de l’écrire, elle qui a offert des contributions certes remarquables, mais idéologiquement tendancieuses ? Et si des éléments de discontinuité devaient émerger, sur le plan historique, pourquoi craindre leur divulgation ? Comment nier une discontinuité, non pas dans les contenus, mais dans le nouveau langage du Concile Vatican II ? Un langage fait non seulement de déclarations, mais aussi de gestes, de silences et d’omissions, qui peuvent révéler les tendances profondes d’un événement encore plus que le contenu des textes. L’histoire de l’inexplicable silence sur le communisme, par exemple, de la part d’un Concile qui aurait dû s’occuper des faits du monde, ne peut pas être ignorée.

L’historien qui se prépare à cette tâche ne peut pas isoler les textes du Concile Vatican II du contexte historique au sein duquel ils furent produits, car c’est justement du contexte qu’il s’occupe en tant qu’historien. De même, le Concile Vatican II ne peut pas être présenté comme un événement qui ne concerne que trois années de l’histoire de l’Eglise, sans en considérer les racines profondes et les conséquences également profondes qu’il eut dans l’Eglise et dans la société.

La prétention de séparer le Concile du post-Concile est aussi insoutenable que celle de séparer les textes conciliaires du contexte pastoral où ils furent écrits. Aucun historien sérieux et même aucune personne de bon sens ne pourrait accepter cette séparation artificielle qui naît d’un pur parti pris et non d’une sereine et objective évaluation des faits. Encore aujourd’hui, nous vivons les conséquences de la « Révolution conciliaire » qui anticipa et accompagna celle de Mai 68. Pourquoi le cacher ? L’Eglise, comme l’affirma Léon XIII, ouvrant aux chercheurs les Archives Secrètes du Vatican, « ne doit pas craindre la vérité ». (R. d. M.)

Source :
Correspondance européenne n. 227 du 20 décembre 2010

CE 227/01
lettre de diffusion de Correspondance européenne. Voir son site.

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=577757

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 13:00

Un véritable ouragan a soufflé hier, 17 décembre 2010, à Rome, à deux pas de la basilique Saint-Pierre : un évêque a proposé ni plus ni moins que… la remise en marche du magistère infaillible de l’Église.

Depuis le 16 décembre se tient en effet à Rome un important colloque intitulé « Concile Vatican II, un concile pastoral – Analyse historique, philosophique et théologique ». Voulu par les courageux Franciscains de l’Immaculée, ce colloque se déroule dans les salles de conférence de Santa Maria Bambina, derrière la colonnade du Bernin, près du Palais du Saint-Office, dans un quasi silence médiatique en dépit de l’actualité du thème au regard du pontificat de Benoît XVI et de la qualité des intervenants.

Deux interventions attendues ont marqué la première journée : celle de Mgr Gherardini, auteur du livre Concile Vatican II, un débat à ouvrir et celle du professeur Roberto De Mattei, historien italien, auteur d’un récent volume sur le concile, intitulé Concile Vatican II, une histoire jamais écrite (disponible pour l’instant en italien seulement, éditions Lindau). Tous les deux ont répondu aux critiques que leurs travaux ont soulevés, assez paradoxalement d’ailleurs dans le camp conservateur, au sein duquel se trouvent les quelques rares défenseurs de l’infaillibilité du Concile.

Hier, 17 décembre, c’est Monseigneur Schneider, évêque auxiliaire de Karaganda, qui a créé l’événement au cours de sa communication sur le thème du culte de Dieu comme fondement théologique de la pastorale conciliaire.

Proposant un long florilège de citations sélectionnées, théologiquement très orthodoxes, extraites des textes conciliaires, il a en quelque sorte présenté à l’assistance des textes choisis d’un Vatican II « plus orthodoxe que Trente ». La captatio benevolentiae a été particulièrement efficace : l’assistance attendait la suite, suspendue aux lèvres de l’évêque. C’est alors que, dénonçant l’interprétation erronée de ce concile-là dans la période postconciliaire, l’évêque a conclu son intervention en suggérant… la rédaction d’un Syllabus condamnant infailliblement « les erreurs d’interprétation du Concile Vatican II ».

Car selon Mgr Schneider, seul le magistère suprême de l’Église (celui du Pape ou d’un nouveau Concile œcuménique) peut corriger les abus et les erreurs nés du Concile et rectifier sa compréhension et sa réception à la lumière de la tradition catholique. Répondant à une demande de précision, il a fait éclater de rire la docte assistance en estimant qu’il n’était pas possible de réunir un concile avant 500 ans. Reste donc le magistère suprême du Pape. D’où son appel à un nouveau Syllabus où figureraient face à face les erreurs condamnées et leur interprétation orthodoxe.

Comme tant et tant d’autres depuis 40 ans, c’est donc au jugement infaillible du Pape « reformulant » Vatican II qu’il en est appelé. Sauf que, depuis la « libération de la parole » opérée par Benoît XVI, ce sont désormais des personnages officiels qui interjettent l’appel.

Source : http://www.osservatore-vaticano.org/dicastres/mgr-schneider-demande-au-pape-un-nouveau-syllabus via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=576894

 

Note de Christ-Roi. Rappelons que la demande de Mgr Schneider d'un nouveau Syllabus n'a rien de saugrenu compte tenu du fait que Benoît XVI lui-même a créé en 2006 un "institut de droit pontifical", l'Institut du Bon Pasteur , avec mission, "conformément au discours du pape Benoît XVI à la Curie Romaine le 22 décembre 2005", d'engager "une « critique sérieuse et constructive » du concile Vatican II, pour permettre au Siège Apostolique d’en donner l'interprétation authentique." (Source : http://www.institutdubonpasteur.org/home.php?area=presentation)

 

-  Le concile Vatican II contesté par Mgr Brunero Guerardini  

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 07:30
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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 06:31

ROME, Mardi 27 mai 2010 (ZENIT.org) - Les déclarations de Vatican II sur le judaïsme sont irrévocables, a rappelé le cardinal Walter Kasper, lors d'une conférence à l'université « Hope » de Liverpool, le 24 mai. Il a également annoncé que l'ouverture des archives du Vatican sur le pontificat de Pie XII, annoncée par le Saint-Siège aura lieu d'ici 6 ans.

Il a aussi ajouté qu'une Eglise qui se couperait de son héritage juif courrait le risque du « gnosticisme », reconnaissant en même temps que par le passé les chrétiens ont pu participer à la création d'un climat d'anti-judaïsme.

« Comme tout le monde le sait, l'histoire des relations entre juifs et chrétiens est complexe et difficile, elle remonte aux débuts de l'Eglise et au Ier siècle. La communauté chrétienne primitive de Jérusalem participait encore aux prières dans le Temple et était très estimée ; de fait, l'apôtre Paul, dans ses voyages missionnaires, se rendait toujours en premier dans les synagogues et seulement ensuite auprès des païens. Mais le fossé entre juifs et chrétiens, et le schisme entre les juifs et l'Eglise unie des juifs et des gentils avait commencé déjà au Ier siècle, spécialement après la destruction du second Temple par les Romains, en 70. Cette historie a eu aussi ses époques positives, comme lorsque les évêques ont pris les juifs sous leur protection contre les pogroms par les foules, mais ont aussi eu leurs époques obscures qui se sont imprimées de façon spéciale dans la conscience juive collective ».

Le cardinal Kasper invite à distinguer un certain « anti-judaïsme théologiquement fondé » et ces pogroms de « l'antisémitisme racial primitif qui s'est développé au XIXe siècle et qui a conduit à l'idéologie nazie, culminant avec le crime violent - et historiquement sans comparaison - de la Shoah, l'assassinat sponsorisé et organisé par l'Etat de quelque 6 millions de juifs d'Europe, ce qui est le point le plus bas absolu de l'histoire ».

« L'Holocauste ne peut pas être attribué au Christianisme en tant que tel, puisqu'il avait aussi des traits clairement anti-chrétiens. Cependant, des siècles d'anti-judaïsme chrétien théologique y ont contribué, en encourageant de développement d'une antipathie vis-à-vis des juifs, si bien que l'antisémitisme motivé idéologiquement et racialement a pu dominer de cette terrible façon et que la résistance à cette brutalité outrageusement inhumaine n'a pas atteint l'ampleur et la clarté que l'ont aurait attendu ».

Le cardinal Kasper a fait observer que le « crime sans précédent de la Shoah » a requis une révision fondamentale de la façon de penser. C'est ce qui s'est passé, dit-il, après 1945, dans toutes les principales Eglises. Du côté catholique, le « tournant décisif », c'est Vatican II et la déclaration conciliaire « Nostra Aetate » sur les relations de l'Eglise avec les religions non-chrétiennes.

Il rappelle que le pape Jean XXIII doit être considéré comme « le père spirituel de cette déclaration » et qu'en tant que nonce apostolique à Istanbul, il était intervenu pendant la guerre pour « sauver de nombreux juifs » et qu'au début de son pontificat, « après une visite historique du distingué expert juif Jules Isaac, il avait demandé au cardinal allemand Augustin Bea - qui était aussi un bibliste renommé - de préparer une déclaration conciliaire sur ce thème ». Le document fut promulgué « après des controverses » lors de la dernière session du concile, en 1965, par le pape Paul VI.

« C'est irrévocable, comme l'a réaffirmé absolument clairement le pape Benoît XVI au cours de sa visite à la synagogue de Rome le 17 janvier 2010. C'est irréversible pour le simple fait que les sujets théologiques décisifs de la déclaration Nostra Aetate sont fermement établis dans les constitutions conciliaires de plus d'autorité : la constitution dogmatique sur l'Eglise (Lumen Gentium, 6, 9, 16) et la constitution dogmatique sur la Révélation divine (Dei Verbum, 3, 14) ».

Pour le cardinal Kasper, il y a deux principaux enseignements du concile sur le judaïsme. Tout d'abord, il souligne que le concile reconnaît « les racines juives du christianisme » et son « héritage juif », en citant le ch. 9 de l'Epître de saint Paul aux Romains. Le concile est aussi conscient que Marie était une « femme juive » et que les apôtres aussi étaient juifs.

« C'est sur la base de ces racines communes et de ce commun héritage que le pape Jean-Paul II a dit, lors de sa visite à la synagogue de Rome le 13 avril 1986, que le judaïsme n'est pas extérieur mais intérieur au christianisme : le christianisme a avec lui une relation unique. Cela renverse le vieil anti-judaïsme. Le pape Pie XI avait déjà fait observer que spirituellement tous les chrétiens sont des sémites ».

« La seconde affirmation importante du concile concerne la condamnation de l'antisémitisme, souligne le cardinal Kasper. Dans la déclaration, l'Eglise « déplore les haines, les persécutions et les manifestations d'antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs ». »

« Ces deux affirmations ont été, ajoute le cardinal Kasper, explicitement confirmées par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI à de nombreuses reprises, en particulier lors de leurs visites à la synagogue de Rome et à Auschwitz, entre autres. La célébration impressionnante et émouvante du mea culpa du 1er dimanche de carême du Jubilé de l'An 2000, qui impliquait parmi d'autres la relation avec le peuple juif, est bien connue ».

C'est le cardinal Idris Cassidy qui avait lu la prière de repentance vis-à-vis du peuple juif, le 12 mars 2000 en la basilique Saint-Pierre. Jean-Paul II est allé placer cette prière dans une fissure du Mur Occidental, à Jérusalem, lors de son voyage, également en mars 2000.

Le cardinal Kasper a également évoqué l'action du pape Pie XII pendant la guerre.

Source : http://www.zenit.org/article-24580?l=french

 

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Rappelons que selon le même cardinal Kasper (une opinion qui reste personnelle et n'engage pas l'Eglise) a déclaré en 2002 que "les Juifs n'ont pas besoin d'être convertis". "L’universalité de la rédemption du Christ pour les Juifs et les Gentils est si fondamentale à travers tout le Nouveau Testament qu’elle ne peut pas être délibérément ignorée ou passée sous silence. Cela ne signifie pas que les Juifs doivent devenir chrétiens pour être sauvés ; s’ils suivent leur propre conscience et croient dans les promesses de Dieu comme ils les comprennent dans leur tradition religieuse, ils sont dans la ligne du plan de Dieu" (discours prononcé au Centre d’enseignement chrétien-juif à l’université de Boston, le 6 novembre 2002) en contradiction avec l'enseignement évangélique : Saint Pierre dans les Actes des Apôtres dit : "[I]l n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné [Jésus-Christ] aux hommes par lequel nous devions être sauvés". Ac. IV, 12.

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- Le Cardinal Vingt-Trois milite pour une herméneutique de la rupture

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 11:31

Dieu a le droit d’être adoré comme Il le veut et non pas comme nous le voulons nous-mêmes. Sinon l’on tombe dans un culte « idolâtrique », au sens propre du terme grec, à savoir un culte fabriqué à notre image. Lorsque la liturgie reflète les goûts et les tendances créatives du prêtre ou d’un groupe de laïcs, elle devient idolâtrique. Le culte catholique est un culte en esprit et en vérité, parce qu’il s’adresse au Père dans le Saint-Esprit, mais qu’il doit passer aussi par Jésus-Christ, il doit passer par la Vérité même. C’est pour cela qu’il faut redécouvrir que Dieu a le droit d’être adoré comme Lui-même l’a établi. Les formes rituelles ne sont pas quelque chose à « interpréter », puisqu’elles sont l’aboutissement de la foi méditée et devenue en un certain sens culture de l’Église. L’Église s’est toujours attachée à ce que les rites ne soient pas le produit de goûts subjectifs, mais précisément l’expression de l’Église entière, c’est-à-dire « catholique ». La liturgie est catholique, universelle. Donc même à l’occasion d’une célébration particulière ou en un lieu particulier, il est inimaginable de célébrer en contraste avec la physionomie « catholique » de la liturgie.

 

... Lorsqu’on évacue cet aspect, les sacrements sont réduits à de purs symboles, on oublie leur « efficacité » et les effets qu’ils produisent ; ce n’est plus alors le Christ qui « agit », qui « opère », par le moyen des sacrements. C’est là pourtant le sens de l’expression classique « ex opere operato », un peu étrange, mais qui signifie l’opérativité du sacrement à partir de Celui qui opère en lui. On peut donner l’exemple d’un médicament : en apparence on ne voit qu’une fiole ou une pastille ou un liquide ; or ce qui compte n’est pas seulement le symbole du remède que le médecin veut nous donner, puisque si nous les prenons ils nous guérissent, c'est-à-dire qu’on en constate les effets. Dans le sacrement, l’auteur de cet effet est le Seigneur présent et opérant dans le rite sacramentel. Saint Léon le Grand, cité dans le catéchisme de l’Eglise catholique, dit qu’après l’Ascension tout ce qui dans le Seigneur était visible sur terre est passé dans les sacrements. C’est de cette façon qu’aujourd’hui le Christ continue à être présent et visible pour nous. C’est à la lumière de ceci qu’il faut comprendre ce que saint Thomas veut dire lorsqu’il parle de « matière » du sacrement. Si on ne revient pas à ce genre de notion réaliste, il est impossible de comprendre les sacrements. La présence divine n’est pas seulement quelque chose qu’il faut envisager « symboliquement », mais elle est quelque chose qui touche l’homme par le moyen du sacrement, elle est quelque chose qui agit. Moi-même je peux attester, comme beaucoup d’autres prêtres, de la guérison de malades après qu’ils aient reçu l’Onction, et plus encore de la guérison d’une âme après la Confession ou grâce à la réception fréquente de l’Eucharistie. Les sacrements ont des effets, ils ont des conséquences en raison de la cause qui agit en eux. Ce sont les effets de la présence divine, qui est précisément ce qui opère dans la divine liturgie. Le Pape l’a exposé merveilleusement aux curés de Rome, cette année, en leur disant que le sacrement est l’introduction de notre être dans l’être du Christ, dans l’être divin lui-même.

 

Effectivement, la croix au centre de l’autel est le bon moyen de rappeler ce qu’est la Messe. Je ne parle pas d’une croix « minimale », mais d’une croix qui puisse être vue, c’est-à-dire dont les dimensions sont adaptées à l’espace ecclésial. Elle doit être replacée au centre, dans l’axe de l’autel, et elle doit pouvoir être vue par tous. Elle doit être le point de rencontre du regard des fidèles et du regard du prêtre, comme le dit Joseph Ratzinger dans son Introduction à l’esprit de la liturgie. Elle doit être placée au centre, indépendamment de la célébration, donc même si celle-ci est faite « vers le peuple ». J’insiste sur un croix bien visible : à quoi sert une image dont on ne peut pas profiter comme il faudrait ? Les images renvoient à leur original. Nous savons tous qu’il y a eu dans l’histoire des doctrines aniconiques, par exemple Épiphane de Salamine, ou encore les cisterciens, mais le culte des images a par la suite prévalu dans l’Église avec le concile de Nicée II en 787, sur la base de ce qui disait saint Jean Damascène : « L’image renvoie au prototype ». Cela vaut encore plus aujourd’hui dans ce que l’on appelle la civilisation de l’image. A une époque où la vision est devenue un instrument privilégié pour nos contemporains, on ne peut pas se contenter de mettre de côté une petite croix ou une esquisse illisible de la croix, mais il est nécessaire que la croix, avec le crucifix, soient bien visibles sur l’autel, quelque soit le lieu d’où on le regarde.  

 

 

 

Source : Interview de Mons. Nicola Bux

 

http://disputationes.over-blog.com/article-interview-de-mons-nicola-bux-49441368.html

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 14:06

Nous nous demandions jeudi si le cardinal Vingt-Trois n'était pas un adepte de l'"herméneutique de la rupture" (avec la Tradition de l'Eglise), herméneutique condamnée par Benoît XVI. La lecture de la conférence du rabbin Krygier à Notre-Dame, sans que le cardinal ne fasse de contredit ou de réponse, permet de le ranger clairement dans le camp des apostats.

En effet, nous apprenons aujourd'hui par l'excellent site de notre confrère Perepiscopus, que "[l]a conférence (de Carême !) du rabbin Krygier
a été retranscrite sur le site de l'archidiocèse de Paris. Il n'y a aucune réserve ni aucune remarque des autorités catholiques, qui laissent ainsi se répandre le néfaste relativisme condamné par Benoît XVI. En voici des extraits :

"Nostra Ætate sera mon propos. Non en refaire l’historique ou le panégyrique mais me concentrer sur sa postérité."
Donc, il n'est même pas question du Concile mais de ce qui a été fait après lui. Or, nous savons combien les hommes d'Eglise, en particulier en France, se sont éloignés du Concile pour n'en faire qu'à leur tête.

Et juste après, nous trouvons ce dérapage :
"Nous n’ignorons pas non plus que des décisions encore récentes de l’Église catholique ont réveillé des blessures profondes."
Si la critique de Benoit XVI est claire, il est également très clair que le rabbin n'a rien compris à ce qui s'est passé. Le plus grave, c'est de pouvoir affirmer cela dans une cathédrale, avec l'accord du Cardinal Vingt-Trois et sans aucune remarque de ce dernier.

Sur le problème de la catéchèse, alors que nous connaissons les lacunes des catholique, peut-on laisser passer une phrase telle que :
"
Or si la vérité ultime peut se trouver ailleurs que chez soi, fut-ce partiellement, pourquoi se confiner, pourquoi rester juif ou chrétien, pourquoi se déterminer dans une identité singulière ?" (Saint Pierre dans les Actes des Apôtres dit le contraire : "[I]l n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné [Jésus-Christ] aux hommes par lequel nous devions être sauvés". Ac. IV, 12.)

"Vatican II a révélé quelque chose de capital pour toute religion digne de ce nom, dont nous mesurons encore à peine l’impact : que la remise en question de certaines certitudes passées peut s’avérer être l’aiguillon de la vérité, non son couperet (...)".

Le summum du relativisme est atteint vers la fin :

"La seconde chose à faire pour avancer est de repenser l’idée de vérité révélée. Nos traditions respectives partagent une conviction fondamentale : en amont, Dieu Se fit « logos ». [...] Nous devons admettre que les traditions religieuses sont autant de déclinaisons de ce logos (de « l’Esprit Saint offert à tous les hommes ») mais que son sens ultime est encore en aval de toutes. Telle est la valeur de vérité de chacune, comme un vecteur sur une trajectoire distincte, tournée vers un même sommet. [...] L’œuvre spirituelle consiste désormais à faire éclore cet universel du sein du particulier. Et désormais, c’est le dialogue interreligieux qui seul le peut et le doit, urgemment." (Contraire à la parole du Christ : "Thomas lui dit : 'Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ?' Jésus lui dit : 'Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi'". Evangile selon Saint Jean, XIV, 6.)

Bref, pour résumer la pensée du rabbin Krygier, toutes les religions conduisent au salut et l'Eglise catholique n'est pas universelle (donc elle n'est pas catholique). C'est le dialogue interreligieux qui est universel. D'ailleurs le rabbin Krygier termine en appellant à la construction d'un Temple commun à toutes les religions, à l'image de la Tour de Babel. Nous sommes en plein dans l'herméneutique de la rupture, cautionnée par l'archevêque de Paris !

- Mgr Vingt-Trois : partisan de l'"herméneutique de la rupture" ?
- N.O.M. et religion mondiale à Jérusalem

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 11:01

                                              Mgr. Brunero GHERARDINI

Avec le livre de Brunero Gherardini « Le Concile Vatican II un débat à ouvrir » on peut dire qu’une nouvelle étape est franchie dans la bonne direction, c’est-à-dire la mise à mal de la lettre et de l’esprit du concile œcuménique Vatican II. Ouf ! Enfin !

Pourquoi « ouf ! » ? Parce que faire douter l’adversaire c’est le début de sa ruine et la ruine de l’erreur n’est-ce pas  le commencement du triomphe de la vérité ? Pourquoi « enfin ! » ? Parce que désormais ce n’est plus une Fraternité St Pie X marginalisée qui tient ce discours sévère contre un concile trop adulé mais les observations critiques viennent de l’intérieur. Il est vrai que Gherardini est d’accord pour dire que le concile est un événement aux dimensions grandioses et retentissantes - il déclame cela sur une page sur 264 -  mais une fois ces quelques grains d’encens brûlés au concile tout son travail pulvérise en fait ses petites louanges qui s’insèrent mal dans le tout. Finalement et comme sans y toucher la conclusion que l’on est obligé de tirer de l’ensemble de son ouvrage c’est que le retentissement mondial de ce concile est davantage celui d’un tremblement de terre du type « Haïti » avec le désastre que l’on sait étendu  à la dimension du monde,  plutôt qu’un vent violent de Pentecôte qui a transformé les peureux apôtres en ardents missionnaires et «…  3000 juifs demandèrent le baptême ».

Mais qui est Gherardini ? Si l’on en croit ses états de service c’est quelqu’un de bien. Ce prêtre  a fait des études, de fortes études et, dit-il, contrairement aux disciples de Mgr Lefebvre « il n’a pas de préventions contre Vatican II » ce qui lui donne (selon lui) l’avantage de la sérénité  requise pour bien le juger. De plus il n’est pas dénué de capacité d’analyse, il connaît sa théologie, la seule bonne, c’est-à-dire la théologie thomiste, et  c’est tant mieux car sa critique n’en est que plus pertinente. Comme on dit vulgairement, c’est plutôt « une grosse pointure » ou si vous préférez une  autorité intellectuelle et c’est d’ailleurs préférable quand on écrit des livres, beaucoup de livres. Mais voyons de plus près son C.V.  qui le rend recommandable à bien des égards au monde ecclésiastique :   « Prêtre italien au service du Saint Siège depuis 1960  à l’Université pontificale du Latran, notamment comme professeur d’ecclésiologie et d’œcuménisme jusqu’en 1995…auteur de centaines d’ouvrages…chanoine de l’Archibasilique Vaticane, directeur de revue internationale théologique. ..etc ». Bref, apparemment on a affaire à un cerveau et à un travailleur fécond, ça se respecte.

Conscient que son livre frise la rébellion ouverte vis-à-vis du  cléricalement correct  ambiant,  il prend bien la précaution de se dédouaner de certains groupuscules honnis et suspects des  médias et du clergé conciliaire. « Nullam partem ! », « aucune connivence avec eux !»,  « je ne connais point ces individus ! » Et de préciser qu’il n’est pas un sédévacantiste « un pur délire, dit-il » p.35 …on peut comprendre en partie. Il n’est pas non plus, disons le mot pour faire court « lefebvriste », c’est pour lui encore un délire différent du premier, certes,  mais délire tout de même. Ce bon prêtre tout dévoué à Rome ne donne pas l’impression d’avoir compris « l’opération survie » de la Tradition engagée par Mgr Lefebvre. Pour lui l’évêque aurait dû sans doute obéir inconditionnellement et saborder son œuvre plutôt que de la perpétuer par les sacres en arguant un agrément papal futur très hypothétique.  En somme Ghérardini semble admettre ce que nous nions catégoriquement à savoir : on peut vivre très bien sa foi dans l’Eglise officielle depuis 40 ans même si tout va très mal. Car tout va très mal depuis le concile, il le dit quasiment à chacune des pages de son livre. Mais, selon lui, la situation ne peut jamais réclamer un comportement extraordinaire de résistance vis-à-vis du consensus ecclésial et l’autorité suprême surtout quand celle-ci a simplement murmuré ou signifié sa désapprobation. Néanmoins, il faut le souligner encore et insister, il conteste tout ou quasiment tout ce qui s’est fait et se passe encore aujourd’hui de par le concile ou l’esprit du concile dans toutes les paries du monde.

L’auteur est donc un spécimen rare. Il se présente aujourd’hui comme un contestataire à outrance du concile et de son esprit et cependant selon toute vraisemblance,  depuis 40 ans, il est s’est montré très obéissant à la vague conciliaire qui a tout renversé. Jamais on a entendu dire que ce prêtre ait eu une quelconque difficulté avec sa hiérarchie comme Mgr Lefebvre a pu en avoir et comme tant d’autres prêtres en ont eu à cause du péché impardonnable « de garder la Tradition ». Il est donc passé à travers les mailles du filet sans connaître le blâme, la persécution ou l’exclusion. D’où cela vient-il ? Comment expliquer une telle chose ?  

La réponse est sans doute qu’on a affaire à un professeur bien discret, italien de surcroît (en Italie le bouleversement de Vatican II a été moins perceptible qu’en France). Intellectuellement il conteste toutes les innovations de Vatican II, il le fait avec force et beaucoup mieux que certains écrits sévères de chez nous, mais  pratiquement, depuis quatre décennies, qu’a-t-il fait pour s’opposer ? Néant total, il le dit lui-même page 259  « jusqu’à aujourd’hui je me suis scrupuleusement gardé d’intervenir auprès de celui qui a la responsabilité de l’Eglise ».

Il nous faire comprendre que ce n’était pas de son ressort de s’opposer, d’un air de dire : « je ne suis pas responsable », « je n’ai pas l’autorité canonique pour agir contre», « je n’ai que le pouvoir critique d’un professeur de théologie ». Il y a du vrai dans ces propos car en fait chacun doit rester à sa place dans la Sainte Eglise et on ne peut pas s’immiscer sans de graves raisons dans les affaires des supérieurs surtout pour contester. Tout n’est pas faux dans ces bonnes excuses, loin de là. En somme Ghérardini est un  pur intellectuel, un professeur qui a agi, ou plutôt qui commence à agir, dans sa sphère un point c’est tout. Mgr Lefebvre, lui, se savait comme évêque responsable devant Dieu des âmes. En face des erreurs environnantes il était dans l’obligation morale non seulement de parler ou d’écrire mais d’agir et d’agir comme évêque pour le bien de l’Eglise en perpétuant, seul s’il le fallait ,des prêtres et des évêques qui gardent la Tradition. 

Le professeur Ghérardini  ne comprend pas cette désobéissance, mais il ouvre enfin la bouche (espérons que son exemple soit suivi par d’autres ) et déplore le désordre dans lequel Vatican II a jeté l’Eglise. D’ailleurs il se sent si peu responsable que son livre se termine par une supplique adressée au seul responsable selon lui, au Saint Père,  pour le conjurer enfin d’intervenir et de faire quelque chose dans cette grave affaire. Car le Saint Père et non Ghérardini et non les « lefebvristes »,  ces désobéissants,  peut agir avec le droit, l’autorité et toute la force persuasive pour clarifier le chaos conciliaire et remettre l’Eglise sur ses rails. Encore une fois tout n’est pas faux dans sa démarche. Il est vrai qu’en fin de compte c’est un pape qui pourra achever pleinement le travail de lutte et de résistance au modernisme entamé magnifiquement, mais de façon embryonnaire, par Mgr Lefebvre dans l’illégalité apparente.

Cette supplique est donc charmante venant de ce qu’on peut appeler un conciliaire. Voyez ce qu’il demande au pape Benoît XVI concernant le nœud du problème c’est-à-dire la fidélité de ce concile au passé de l’Eglise: « Dans le cas où, en tout ou en partie, cette continuité ne pourrait être scientifiquement prouvée (car jusqu’ici elle n’a été que déclamée), il serait nécessaire de le dire avec sérénité et franchise, en réponse à l’exigence de clarté attendue depuis presque un demi-siècle ». C’est au Pape qu’il s’adresse. En termes clairs on ne sait pas encore si « ce grand concile » Vatican II  que les évêques ont pris pour boussole est vraiment fidèle à l’Eglise de toujours ou fidèle au Christ ou  fidèle à Dieu. Quel aveu ! Il faut qu’un pape nous le dise mais le dise non en le proclamant dans un pathos touchant, cela a déjà été fait des centaines de fois et plus, mais en le démontrant de façon argumentée avec les instruments rigoureux de la théologie thomiste qui ne laisse aucune échappatoire.

Cette supplique sera-t-elle  entendue et suivie d’effets ? Nous le souhaitons pour tous ceux qui n’ont pas la chance de faire l’expérience de la Tradition et qui gobent tranquillement le poison moderniste qu’on leur sert dans les paroisses et qui leur fait perdre gentiment la foi pour la remplacer par un sentiment religieux vague et sans dogme. Autrement les bonnes idées critiques de notre auteur resteront lettre morte dans une bibliothèque pour encore bien longtemps et les âmes se perdront par la praxis moderniste ravageuse sans que  les soubresauts d’intellectuels perspicaces n’y changent rien.

En attendant, c’est  toujours le chaos dans l’Eglise et au bout de 40 ans le débat du concile est, comme le titre du livre l’exprime très bien « à ouvrir ». Jusqu’ici il n’y a eu qu’une admiration béate, un applaudissement unanime et inconditionnel dépourvu d’esprit critique sans que personne comprenne vraiment ce que ce concile a dit. Mais en pratique une seule chose par contre a été bien retenue et farouchement appliquée par tous les évêques du monde entier : ce concile  autorise, favorise, exalte  un renversement dans tous les domaines (liturgique, philosophique, théologique et surtout pastoral ) de tout ce qui s’est fait avant lui : d’où la sévérité extraordinaire vis-à-vis du mouvement traditionaliste et la condamnation de Mgr Lefebvre, d’où le pullulement des aberrations dans l’Eglise qui continuent d’ailleurs  bon train  et au plus haut niveaux.

Exemple récent d’aberration : sur invitation de Mgr Vingt-trois, archevêque de Paris, président de la conférence épiscopale de France, un rabbin prêchera à Notre Dame de Paris pour le carême 2010 ! Du jamais vu ! Mais c’est dans la logique destructrice de Vatican II, d’ailleurs le thème de ce carême n’est-il pas « le concile Vatican II boussole pour notre temps » ? Un rabbin au cas où certain ne le savent pas c’est quelqu’un qui ne croit pas en Jésus-Christ Fils de Dieu, c’est quelqu’un qui pense que Jésus est un imposteur, c’est quelqu’un qui ne croit en rien aux sacrements de l’Eglise et à ses mystères (Trinité, Incarnation, Rédemption), c’est quelqu’un, surtout, qui prend comme critère de jugement la Thora;  or, rappelez-vous l’évangile : Pilate dit aux juifs qui lui amènent Jésus : « Jugez-le selon votre loi » Jean 18-31 ; réponse des chefs religieux « Nous avons une loi,(Thora) et d’après cette loi il doit mourir » Jean 19-7.

Un tel homme va enseigner du haut de la chaire comme un Lacordaire les pauvres baptisés qui vont boire ses paroles parce que Mgr Vingt-Trois a décidé de mettre le paquet ( perçoit-il que le vent tourne trop en faveur de la Tradition ?) pour appliquer Vatican II.

Quels sont les évêques de France qui vont se dresser ou au moins réclamer ou disons s’étonner de cette démarche de leur président ? Ne rêvons pas, même à Rome il n’y a plus l’énergie suffisante pour s’opposer à ce genre de scandale et la paix pour les infidèles, les hérétiques et les hérésies est sans doute assurée. Seuls les tenants de la Tradition ne peuvent apparaître dans de telles circonstances comme fauteurs de troubles parce que seuls ils sont logiques avec la foi de toujours.

Abbé Pierre Barrère

Extrait du Sainte-Anne n° 216 de février 2010

Source

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- La valeur « magistérielle » de Vatican II par Mgr. Brunero GHERARDINI

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 00:02

Samedi dernier (23 janvier 2010), un pas supplémentaire a été franchi par le Cardinal archevêque de Paris dans sa politique de négation de la demande et d’opposition au Motu Proprio de Benoît XVI. Monseigneur Vingt-Trois, par ailleurs Président de la Conférence des Evêques de France, a choisi la violence de la force policière pour bâillonner l’expression d’une demande d’application du Motu Proprio superbement ignorée et méprisée depuis plusieurs années par le curé, couvert par son archevêque.

Que s'est-il passé ? Samedi soir, à l’issue de la messe anticipée de 18 heures de la paroisse de l'Immaculée Conception dans le 12ème arrondissement de Paris, plus d'une trentaine de catholiques, faute de pouvoir dialoguer avec leur curé et faute d’avoir des réponses à leurs demandes anciennes et ancrées d’application du Motu Proprio (voir la note à la fin de cette lettre) ont décidé - à l'occasion de la semaine de l'Unité - de rester dans l’église le temps d'une prière de supplique et d'appel à l'unité. C’est tout : 32 catholiques disent ensemble un chapelet, après la messe, dans une église de Paris. C’est tout.  

Comme le ridicule, paraît-il, ne tue pas, cette « intolérable agression » a été réprimée par l’envoi de trois équipages de police ! Car la réaction du curé, le Père Géniteau, du Père Chauvet puis du Cardinal Vingt-Trois ne s’est pas fait attendre : Aucun dialogue mais… recours immédiat à la force policière. Il est vrai que la « violence » aurait pu perdurer et que ces malheureux fidèles auraient pu tenter d’aller… jusqu’à réciter un rosaire...


... trois équipages de police sont intervenus pour chasser de l’église 32 fidèles âgés de 18 à 91 ans qui… priaient la Vierge Marie dans une église.

Le pire est que cette manière de « dialoguer » a été mise en œuvre au cours de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens contre des femmes et des hommes qui veulent la paix dans l’Eglise et qui s’expriment… en priant la Sainte Vierge dans une église.


Nier la demande d’une partie du Peuple de Dieu, la mépriser, la faire taire : qu’on le veuille ou non, c’est objectivement très grave.

Source Paix Liturgique, lettre 215 - 27 janvier 2010, via Le Forum catholique
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L'envoi de trois équipages de police contre des catholiques tradis en prière dans une église, le refus de répondre à la demande d'application du Motu Proprio du Saint-Père libéralisant la messe dans le "rite extraordinaire", le grand silence de Mgr Vingt-Trois au courrier de l'
Association Pro Liturgia relevant l'inexistence en France de messes célébrées selon le missel romain de Paul VI et restauré à la suite du Concile Vatican II (1970), laissant la place à la célébration de messes fabriquées, ignorant la sainte liturgie telle que la demande l'Eglise : curieuse conception du "dialogue", de l'"ouverture" et de l'"oecuménisme" chez Mgr Vingt-Trois.

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 17:01

Conférence de Mgr Bernard Fellay

Le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, était à Paris les 8,9 et 10 janvier 2009 à l’occasion du IXe congrès du Courrier de Rome. Dans le contexte des discussions doctrinales entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X, nous avons choisi de vous proposer un long extrait de sa conférence du 10 janvier sur le thème de « Vatican II : Un débat à ouvrir »
Source : 
Dici.org via Le forum catholique

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 18:03

Des informations "de première" main (et non des indiscrétions) rapportées par le blog italien Messa in Latino (22/12/2009)

Texte en italien: http://blog.messainlatino.it/...

Traduction : Benoit-et-moi

[S]ynthèse de l'homélie du 19 Décembre 2009, prononcée par Mgr De Galarreta (qui coordonne l'équipe de théologiens de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X engagés dans des pourparlers avec Rome) au cours de la messe d'ordination de 5 prêtres et 3 diacres au séminaire Lefebvriste de La Reja en Argentine. (...) Pendant l'allocution, Mgr Alfonso de Galarreta a révélé les points intéressants suivants, en référence aux discussions engagées à Rome il y a deux mois:

(1) Le résultat de la première rencontre a été positive.
(2) On a défini principalement l'agenda et la méthode de discussion.
(3) Les questions à discuter sont de nature doctrinale, à l'exclusion expresse de toute question se rapportant d'ordre canonique de la FSSPX.
(4) Le point de référence commun sera l'enseignement doctrinal avant Vatican II.
(5) Les pourparlers suivent une méthode rigoureuse: un problème se pose, la partie qui le soulève envoie un travail faisant valoir ses questions. Le Saint-Siège réagit par écrit, après un échange de consultants par e-mail. La réunion discute la question.
(6) Toutes les réunions sont enregistrées par les deux parties, et filmées.
(7) Les conclusions de chaque sujet seront présentées au Saint-Père et au Supérieur Général de FSSPX.
(8) Le calendrier de ces réunions dépend si le sujet est nouveau ou s'il est déjà en discussion. Dans le premier cas, ce sera tous les trois mois. Dans le second, tous les deux mois. La prochaine réunion est prévue pour la mi Janvier.
(10) Les représentants théologiens du Saint-Siège sont "des gens avec qui on peut parler", ils parlent "le même langage théologique que nous" (lire: ils sont thomistes).
(11)

Voici quelques-unes des questions à l'étude, citée par l'évêque - liste non exhaustive:

(a) Le magistère du Concile et le post-concile
(b) la réforme liturgique conciliaire.
(c) l'œcuménisme et le dialogue interreligieux
(e) l'autorité papale et la collégialité
(f) la liberté de conscience, la liberté religieuse, la laïcité et le Règne social de Jésus-Christ
(g) les "droits de l'homme" et la "dignité humaine" en conformité avec la doctrine conciliaire.


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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 10:58

J'invite vivement à tous les fidèles à prier le Seigneur, par l'intercession de Marie, afin que Ut Unum Sint" (Qu'ils soient un, Motu proprio « Ecclesiae unitatem », le 2 juillet 2009)



Les discussions doctrinales entre Rome et la F.S.S.P.X. s'ouvrent aujourd'hui (source : dépêche Ats / Afp). Elles doivent permettre un éclaircissement des points ambigus du concile Vatican II qui ont été systématiquement interprétés dans une herméneutique de rupture avec la sainte Tradition et leur donner une interprétation conforme à l'enseignement de l'Eglise et des papes d'avant le Concile... Cela grince dans les rangs progressistes... Tous à vos chapelets chaque jour pour l'unité de l'Eglise ! Prions pour ce Pape intellectuel, pape de l'unité que la Providence nous a envoyé.

Les Anglicans rentrent à la maison, les orthodoxes envisagent de faire de même en étudiant la manière dont Rome accorde un statut disciplinaire aux Anglicans afin qu'ils conservent l'usage de leur rite et traditions. Tout cela relève du miracle. N'oublions pas que le schisme anglican remonte au XVIe siècle et le schisme orthodoxe à 1053... Ne lachons rien et continuons de prier.

*
Discussions Rome / FSSPX
*
Publication du Motu Proprio Ecclesiae unitatem

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 11:00

Dans un article que vient de publier le blog dirigé par l’abbé Carusi, Disputationes theologicae, intitulé « Les discussions entre le Saint-Siège et la FSSPX : le Concile au risque de l’interprétation de Mgr Gherardini », l’abbé Claude Barthe met en contexte ces discussions prêtes à s’ouvrir. [I]l donne les noms des trois consulteurs de la Congrégation pour la Doctrine de la foi qui auraient été pressentis pour mener ces discussions sous la direction de Mgr Guido Pozzo, Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei. Il s'agit de trois théologiens « restaurationnistes », fidèles à un thomisme rigoureux :

- le P. Charles Morerod, op, nouveau Secrétaire de la Commission théologique internationale, doyen de la faculté de philosophie de l’Université romaine Saint-Thomas d’Aquin, qui a déjà participé à des discussions préliminaires avec la FSSPX ;
- le P. Karl Becker, sj, théologien lui aussi très proche de Benoît XVI, ancien professeur à l'Université grégorienne ;
- et Mgr Fernando Ocáriz, de l’Opus Dei, professeur à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix.
 Source : Osservatore Vaticano

A lire sur le Forum catholique : "il aurait été justement intéressant d'avoir en face des théologiens plus modernistes, afin de mieux mettre en évidence le fossé qui nous sépare... C'est ce que voulait Mgr Tissier : arriver à comprendre et à percevoir comme eux perçoivent les choses.

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L'article
http://disputationes.over-blog.com/article-35795536.html

On peut s'interroger sur l'efficacité réelle de la "dispute theologique" et sur les limites effectives du débat autour du Concile Vatican II, qui semble comporter aujourd'hui encore un certain nombre de tabous insurmontables. On ne peut nier cependant que la personnalité d'un Pape "universitaire" ait engagé la discussion théologique dans une perspective de recherche de la Verité moins soumise aux préjugés qu'il y a quelques années. Il faut noter toutefois qu'en contrepartie, un pessimisme chronique d'une certaine frange du monde traditionel semble vouloir fermer les yeux face à l'ouverture intellectuelle qui s'annonce à l'horizon.

L'Abbé Barthe, déjà connu de nos lecteurs pour son intervention sur le Magistère ordinaire infaillible, délimite ici le cadre d'une telle ouverture chez les théologiens du Vatican, qui laisse apercevoir de réelles perspectives d'approfondissement sur les problèmes théologiques majeurs. En particulier, il met en évidence la disponibilité du Saint Siège à écouter les objections relatives à certains passages du Concile Vatican II, quelle que soit l'origine de ces objections : théologiens de l'école romaine ou même membres de la Fraternité Saint Pie X. La recherche de la Verité ne s'impose pas a priori de limites.
Dans l'ensemble, le cadre dessiné par cette nouvelle ouverture est celui d'un climat de recherche encourageant, qui semble avoir abandonné le stérile esprit de dialectique hégelienne qui prétend laisser chacun dans "sa" vérité, pour aborder la discussion dans l'esprit d'une véritable "disputatio theologica" aboutissant à l'unique vérité que les deux parties doivent embrasser : le but en est, dans la limite du possible, de parvenir à une réelle résolution des problèmes. La Vérité n'appartient pas aux uns ou aux autres, la Vérité doit être à tous et pour tous.

La perspective envisagée ici par l'abbé Barthe se revèle d'un intérêt particulier, dans la mesure où elle trace les contours réels du débat, et met en évidence l'unique façon de l'envisager aujourd'hui.

Les discussions entre le Saint-Siège et la FSSPX :
le Concile au risque de l’interprétation de Mgr Gherardini

par M. l'abbé Claude BARTHE

Le point de départ de mon présent article – dont les réflexions n’engagent bien entendu que moi – est ma lecture dans le dernier numéro de La Nef (septembre 2009, p. 21), d’un entretien du P. Manelli, supérieur des Franciscains de l’Immaculée, avec Christophe Geffroy et Jacques de Guillebon. Le P. Manelli déclare : « Il [le Pape] cherche à éviter des ruptures, notamment dans la réception du Concile Vatican II – c’est la fameuse "herméneutique de la réforme dans la continuité". Il peut toutefois exister dans le Concile des discontinuités sur des points précis, cela n’aurait rien de scandaleux, car celui-ci s’est voulu "pastoral", il a pu y avoir en cela des "erreurs" que le pape peut corriger, comme Mgr Gherardini l’a montré dans une étude que nous avons publiée et qui sera traduite bientôt en français ».

De telles déclarations, nouvelles non pas dans leur fond, mais dans la claire assurance avec laquelle elles sont désormais formulées, sont en effet comme cristallisées par la « ligne herméneutique » que représente Mgr Bruno Gherardini [1], à laquelle Disputationes theologicae a donné un large écho [2]. Elle réactive, en la renouvelant substantiellement, celle de la minorité conciliaire – minorité dont on ne saurait oublier l’importance du rôle dans l’élaboration de textes de transaction, ou dit plus polémiquement d’ambiguïté – à savoir en résumé : un certain nombre de points de Vatican II sont susceptibles, non seulement de précisions, mais aussi éventuellement de futures corrections.

D’une autre manière, Mgr Nicola Bux, voix très écoutée à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, déclarait à l’agence Fides le 29 janvier 2009 : « On a constaté qu’il n’y avait pas de différences doctrinales substantielles, et que le Concile Vatican II, dont les Décrets furent signés par S. Exc. Mgr Marcel Lefebvre, ne pouvait pas être séparé de la Tradition entière de l’Eglise. Dans un esprit de compréhension, il faut ensuite tolérer et corriger les erreurs marginales. Les divergences anciennes ou plus récentes, grâce à l’action du Saint-Esprit, seront redressées grâce à la purification des cœurs, à la capacité de pardon, et à la volonté de parvenir à les dépasser définitivement ».

Dans ce contexte de liberté théologique et de bouillonnement de saines disputationes auxquelles ce site veut participer, les conversations doctrinales à venir évoquées implicitement par Nicola Bux, qui vont bientôt s’ouvrir entre des théologiens représentant la Congrégation de la Doctrine de la foi et des théologiens représentant la Fraternité Saint-Pie-X, devraient logiquement faire avancer les choses. C’est en tout cas ce que l’on peut penser, compte tenu de la qualité des trois théologiens, tous les trois consulteurs à la Congrégation de la Doctrine de la foi, qui devraient participer à ces discussions du côté du Saint-Siège (dans la mesure où les informations concernant ces nominations sont bien exactes et étant évident que l’« équipe » ainsi constituée peut être modifiée, réduite ou augmentée), sous la houlette de Mgr Guido Pozzo, nouveau secrétaire de la Commission Ecclesia Dei.

Quel degré d’autorité pour les points qui font difficultés dans Vatican II ?

De Mgr Pozzo, qui a enseigné de manière fort classique à l’Université du Latran, Le Figaro du 8 juillet citait ces propos : « Le point faible de l'Église est son identité catholique souvent pas claire », en ajoutant : « Ce n'est pas en renonçant à sa propre identité que l'Église se mettra dans de meilleures conditions pour dialoguer avec le monde, c'est exactement le contraire », pour enfin conclure : « Nous avons besoin de sortir de cette illusion optimiste, quasi irénique, qui a caractérisé l'après-concile ». Il est, entre autres, un spécialiste de ce que l’on appelle les « notes théologiques » (valeur normative que l’on peut attribuer aux textes doctrinaux), de sorte que les discussions ne pourront éviter de traiter de la normativité des assertions discutées, de leur valeur contextuelle, de l’éventuelle absence de toute obligation de foi qu’elles comportent [3].

Le P. Charles Morerod, nouveau Secrétaire de la Commission théologique internationale, qui devrait participer à ces discussions, est un dominicain helvétique qui a fait sa thèse sur Luther et Cajetan. Il est doyen de la faculté de philosophie de l’Université Saint-Thomas d’Aquin, l’Angelicum à Rome, rédacteur de l’édition française de la revue Nova et Vetera. A la demande de la Congrégation de la foi, il a beaucoup travaillé sur la question de l’anglicanisme. C’est un proche du cardinal Cottier, il jouit de la totale confiance du Secrétaire d’État, jadis Secrétaire du Saint-Office et du Pape lui-même.

Dans son importante bibliographie, on peut citer : Tradition et unité des chrétiens. Le dogme comme condition de possibilité de l’œcuménisme [4] ; Œcuménisme et philosophie. Questions philosophiques pour renouveler le dialogue [5].

Il est désormais notoire que le P. Morerod a participé avec des membres de la FSSPX à des conversations doctrinales que l’on pourrait qualifier de préliminaires. Dans une réunion publique tenue dans le cadre du Grec (Groupe de Rencontres entre catholiques), dans les locaux de Saint-Philippe-du-Roule, à Paris, le 26 février 2008, où il débattait avec l’abbé Grégoire Célier, de la FSSPX, sur le thème : « Réviser et/ou interpréter certains passages de Vatican II ? », les deux orateurs étaient arrivés à une très intéressante convergence. Le P. Morerod expliquait qu’il lui paraissait : 1°/ que la possibilité d’une réception de Vatican II « qui se fonderait très fortement sur l’état du Magistère antérieur » pourrait parfaitement avoir sa place dans l’Église, avec pour condition, lui semblait-il, que cette interprétation ne soit pas un rejet de Vatican II ; 2°/ et que pouvait être admise la non-confession de certains points de Vatican II, avec « une certaine exigence de respect » de l’enseignement « officiel » de Vatican II.

Des précisions interprétatives à goût d’inachevé

Le P. Karl Josef Becker, jésuite qui devrait lui aussi participer à ces discussions, né en 1928, théologien très aimé de Benoît XVI, a été professeur invité à la Faculté de théologie de l'Université grégorienne (il a notamment enseigné la théologie sacramentaire, et écrit sur la justification, l’ecclésiologie). Il a publié un article paru dans L’Osservatore Romano du 5 décembre 2006 [6], dans lequel tout le monde a vu une application du discours du Pape du décembre 2005 que j’évoquerai plus loin. Il y défendait que le subsistit in du n. 8 Lumen gentium (l’Eglise du Christ subsiste dans l’Eglise catholique) ne veut rien dire d’autre que le traditionnel : est (l’Eglise du Christ est purement et simplement l’Eglise catholique). Et même, selon la relecture très volontariste du P. Becker, le subsistit in serait destiné à renforcer le est, d’où il résulterait, estimait-il, en visant la part de l’œcuménisme conciliaire qu’il est le plus difficile à faire concorder avec la doctrine traditionnelle, que l’ecclésialité partielle des Eglises séparées est très douteuse [7].

[va dans le sens du document du Cardinal Ratzinger Dominus Iesus § 17 qui ne reconnait pas la qualité d'Eglises au sens propre aux églises réformées, "communautés ecclésiales qui n'ont pas conservé l'épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique"]


Fernando Ocáriz, le troisième théologien qui devrait également faire partie de l’équipe Pozzo pour participer à ces débats théologiques, né en 1944, vicaire général de l’Opus Dei, a enseigné à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix, est l’auteur de très nombreux ouvrages.

Sa désignation tient assurément à son intérêt pour la question de l’interprétation homogène de la déclaration sur la liberté religieuse, Dignitatis humanae, à propos du point le plus sensible – l’apparent remplacement de la doctrine de la tolérance par celle de liberté en matière de "droit public de l’Église" [8] – sur lequel il a lui-même écrit [9]., ou sur lequel il a dirigé des thèses d’étudian. On peut d’ailleurs sans grand risque affirmer qu’il est pour beaucoup dans la formulation que l’on pourrait qualifier de transactionnelle de la liberté religieuse dans le Catéchisme de l’Église catholique [10].

Quant au P. Charles Morerod, profitant de la part importante qu’il a prise aux travaux de l’Anglican-Roman Catholic International Commission (ARCIC), il a montré dans Œcuménisme et philosophie. Questions philosophiques pour renouveler le dialogue [11] qu’un dialogue œcuménique sérieux se devait d’intégrer des éclaircissements sur les présupposés philosophiques des positions théologiques des chrétiens séparés, présupposés qui peuvent largement expliquer leur incompréhension des dogmes de l’Eglise.

Mais c’est surtout son ouvrage Tradition et unité des chrétiens. Le dogme comme condition de possibilité de l’œcuménisme [12] qui mérite une particulière attention pour le sujet qui nous intéresse. Cet ouvrage représente un considérable effort d’interprétation traditionnelle de l’œcuménisme porté à un degré très élevé d’acuité et d’agilité, puisqu’il ne vise à rien moins qu’à montrer comment le dogme catholique en général et celui de l’infaillibilité pontificale en particulier sont… les moteurs les plus efficaces de l’œcuménisme. Démonstration paradoxale (paradoxale dans la mesure où l’on tient communément, pour s’en réjouir ou pour le regretter, que l’œcuménisme cherche à atténuer les arrêtes dogmatiques de la doctrine catholique). Or le paradoxe redouble lorsque la pia interpretatio du savant dominicain fait une lecture thomiste d’un point souvent critiqué dans le texte conciliaire, la « hiérarchie des vérités ».

Selon lui, si l’on accorde aux séparés que, des deux côtés, il y a eu mauvaise compréhension des positions respectives, il faudra bien émettre à la fin quelque formule obligatoire pour tous – autrement dit, un dogme – qui manifestera que l’on se comprend désormais parfaitement et que l’on s’accorde univoquement en exprimant la foi reçue des Apôtres. Concernant le décret conciliaire sur l’œcuménisme, au n. 11 § 3 [13], il rappelle que la tradition catholique, notamment par la bouche de saint Thomas, a toujours affirmé que le refus de croire un quelconque article de foi revient à refuser l’autorité de Dieu de qui dépend la foi, et annihile par le fait le motif de croire et donc pulvérise la foi. Cependant, comme l’expose aussi saint Thomas, l’ensemble des vérités à croire s’organise selon un certain ordre, qui ne supprime aucunement l’importance de chaque article. Le P. Morerod explique, qu’ainsi entendue, la « hiérarchie des vérités » n’est fondamentalement rien d’autre qu’une méthode de catéchèse élémentaire pour expliciter, par exemple, la Maternité divine à partir de l’Incarnation, un moyen pédagogique d’amener à la foi catholique ceux qui s’en sont écartés.

Un nouveau contexte théologique et ses virtualités

Les démonstrations en forme de précisions des PP. Becker, Ocáriz, Morerod, et de bien d’autres encore, sont très séduisantes. L’ennui est qu’elles sont justement rendues nécessaires parce que les textes concernés (dans ce que j’ai évoqué : le n. 8 de Lumen gentium, le n. 2 de Dignitatis humanae, le n. 11 d’Unitatis redintegratio, mais il existe d’autres lieux de difficulté [14]) ne contiennent pas ces précisions qui auraient évité toute interprétations déviantes

N’est-ce pas, plus généralement, la grande difficulté que soulève telle ou telle assertion de Vatican II, à savoir celle d’avoir eut l’effet de ce que l’on pourrait qualifier un « réenveloppement » du dogme (pour faire allusion à la théorie du « désenveloppement » que représente, selon le cardinal Journet, la fonction dogmatique) ?

Mais auparavant, il faut remarquer que le phénomène déclenché par le discours adressé le 22 décembre 2005 par un pape théologien, Benoît XVI, à la Curie romaine, sur la bonne interprétation de Vatican II, se situe dans une phase historique de « retour au dogme » particulièrement intéressante. On pourrait au reste défendre que l’exercice de sa charge de Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, spécialement de 1985 (publication de L’Entretien sur la foi) à 2005, a constitué une espèce de pré-pontificat de réinterprétation et d’encadrement des points sensibles de Vatican II.

A la limite, ce que l’on dit et écrit aujourd’hui librement un peu partout était parfaitement connu : à savoir que l’autorité des passages de Vatican II qui ont paru ou paraissent, prout sonant, ne pas s’accorder avec des assertions dogmatiques antérieures, n’avaient rien de dogmatiques. De même, on pourrait dire que les réinterprétations en forme de précisions orthodoxes de ces passages qui se multiplient aujourd’hui sous des plumes très autorisées ont toujours existé. Mais il est permis de remarquer que ces deux voies conjuguées, qui prennent aujourd’hui un caractère quasi officiel, restent jusqu’à un certain point insatisfaisantes : la première voie (la non-infaillibilité des points contestés) parce qu’elle est purement négative et ne règle pas le fond du débat ; la seconde (la réinterprétation thomiste de ces points) parce qu’elle semble relativement artificielle ou qu’elle est en tout cas évidemment a posteriori.

Mais cependant, de même que dans la vie spirituelle l’accession aux voies mystiques ne peut faire l’économie des purifications ascétiques, tout le bouillonnement actuel déclenché ou activé par le discours théologique libérateur de 2005 a une valeur préparatoire à long terme – et sans doute très long terme – indispensable. Me sera-t-il permis de dire que la situation magistérielle présente (je parle toujours ici, uniquement, des points sensibles de Vatican II, et en aucune manière des avancées indiscutables de ce concile, comme le décret Ad gentes, et, à mon avis la constitution Dei Verbum) est assez inédite dans l’histoire des dogmes. Il ne s’agit pas, comme classiquement, d’hérésies externes et de condamnations internes, mais de flous doctrinaux internes et de rejet (jusqu’à présent) à l’extérieur de leur contestation. On est en présence d’une crise qui ressemble si l’on veut à une crise – fort tardive, il est vrai – d’adolescence, où le meilleur et le pire se mêlent pour accéder à une maturité.

Le pire serait de rester au milieu du gué – par exemple : Unitatis redintegratio n’assigne pas de but clairement précisé en termes dogmatiques à l’œcuménisme. Le meilleur est dans la matière nouvelle qui a émergé – je parle toujours à titre personnel –, et qui fait que, n’en déplaise à ceux qui voudraient revenir à un statu quo ante, il est impossible de prétendre par exemple rayer l’œcuménisme de l’enseignement de l’Église. Plus exactement, il faudra, au terme d’un labeur théologique qui n’a certes jamais cessé depuis 40 ans mais auquel un Pape théologien permet un développement libre et inespéré, faire de l’œcuménisme un enseignement de l’Église comme tel. Les difficultés de ces textes que j’appelle « d’adolescence » (puisqu’on m’a reproché de toutes parts l’appellation de « magistère inachevé ») peuvent être alors comprises comme des questionnements.

Je m’explique en approfondissant cet exemple de l’œcuménisme. A lire le n. 3 d’Unitatis redintegratio, on peut comprendre ce texte comme la reconnaissance traditionnelle de l’existence d’éléments de l’Église catholique, tels le baptême, l’Écriture Sainte, parfois l’ordre, au sein des communautés séparées : « Parmi les éléments ou les biens par l’ensemble desquels l’Église se construit et est vivifiée, plusieurs et même beaucoup, et de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de l’Église catholique ». Mais Unitatis redintegratio rajoute, ce qui apporte une considérable difficulté, une certaine légitimation ecclésiale de ces communautés séparées comme telles : « En conséquence, ces Églises et communautés séparées, bien que nous les croyions souffrir de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique ». Les termes du texte semblent donc dire qu’en tant que séparées ces Églises seraient des « relais » de l’Église catholique. Ce qui serait, si telle était la véritable interprétation, en rupture avec l’enseignement antérieur.

Et pourtant, force est de convenir que si – conformément à la doctrine traditionnelle – des séparés de bonne foi accèdent au salut par ces éléments catholiques qui se trouvent de facto dans leurs communautés, n’est-ce pas leur appartenance concrète à ces communautés séparées qui peut (dans le mystère insondable de Dieu) leur apporter ces éléments catholiques salutaires. En même temps, il est vrai, que cette appartenance est aussi le principal obstacle objectif à leur retour dans l’unité de l’Église. Il est clair que le dogme du passé n’a pas intégré explicitement ce fait que les éléments catholiques qui existent dans ces communautés séparées peuvent être instruments de la grâce pour des chrétiens séparés de bonne foi et donc de leur éventuel rattachement in voto à l’Église de Pierre, ni qu’ils sont en attente d’être revivifiés par le retour à l’Église catholique des chrétiens séparés qui en bénéficient. (Ce dont je ne prétends aucunement rendre raison en quelques lignes). Comme si le « questionnement » du n. 3 d’Unitatis redintegratio témoignait de deux sortes d’insuffisances, l’une pour le passé qui disait trop peu, et l’autre pour le présent qui en revanche dit trop.

Abbé Claude Barthe

1. Concilio Ecumenico Vaticano II. Un discorso da fare, Case Mariana Editrice, 25 mars 2009.

2. Mgr Brunero Gherardini, « La valeur magistérielle de Vatican II », dans Disputationes theogicae, jeudi 9 mai 2009 ; Claude Barthe, « Le Magistère ordinaire infaillible. L’abbé Barthe défend la position de Mgr Gherardini », jeudi 18 juin 2009.

3. Sur la manière dont la FSSPX décline le thème de la non-infaillibité des points contestés de Vatican II : Jean-Michel Gleize, « Le concile Vatican II a-t-il exercé l’acte d’un véritable magistère ? » et Alvaro Calderón « L’autorité doctrinale du concile Vatican II », dans Magistère de soufre (Iris, 2009, pp. 155-204 et 205-218)

4. Parole et Silence, 2005.

5. Parole et silence, 2004.

6. « Nel clima dell’Immacolata i quarant’anni del Concilio. Subsistit in (Lumen gentium, 8) », pp. 1, 6-7.

7. Un autre ancien professeur de l’Université Grégorienne, le P. Francis A Sullivan, avait d’ailleurs contesté cette interprétation dans « A Response to Karl Becker, S.J., on the Meaning of Subsistit In » Theological Studies, vol. 67 (2006), pp. 395-409. Le P. Sullivan, d’une tendance opposée à celle du P. Becker, ne croit cependant pas davantage que lui à l’autorité infaillible de Vatican II. Dans la ligne Sullivan, mais dans une perspective tout autre que le débat sur les points contestés de Vatican II, la bibliographie sur la relativisation de l’autorité magistérielle dans la théologie actuelle est considérable. En français : un classique, Jean-François Chiron, L’infaillibilité et son objet. L’autorité du magistère infaillible de l’Église s’étend-elle aux vérités non révélées ? (Cerf, 1999) ; et la plus récente contribution : Grégory Woimbée, Quelle infaillibilité pour l’Église ? De jure veritatis (Téqui, 2009).

8. Dernier ouvrage paru donnant un bref, mais très substantiel résumé du débat : Guillaume de Thieulloy, « Vers une relecture de Vatican II), dans La théologie politique de Charles Journet (Téqui, 2009, pp. 149-163). Pour l’état le plus complet et le plus parfaitement référencé de la doctrine d’avant Dignitatis humanae, voir le chapitre 9 du schéma De Ecclesia (Documenta oecumenico Vaticano II apparando, Constitutio De Ecclesia, c. 9, traduction dans Claude Barthe, Quel avenir pour Vatican II. Sur quelques questions restées sans réponse (François-Xavier de Guibert, 1999, pp. 163-179).

9. « Délimitación del concepto de tolerancia y su relación con el principio de libertad », Scripta Theologica 27 (1995), pp. 865-884. Cf. sur cette question : P. Basile Valuet, osb, La liberté religieuse et la Tradition catholique, éditions Sainte-Madeleine, 1998, dont il faut souligner qu’il ne semble pas vouloir assimiler l’enseignement conciliaire au magistère ordinaire universel. Tiennent, en revanche, pour la qualification de magistère ordinaire et universel à la doctrine conciliaire de la liberté religieuse (dont ils donnent des interprétations catholiques aux nuances diverses, qu’il n’est pas possible de rapporter ici) : Brian W. Harrison, Le développement de la doctrine catholique sur la liberté religieuse (Dominique Martin Morin, 1988) ; de nombreux articles de Dominique-M. de Saint-Laumer, par exemple « Liberté religieuse. Le débat est relancé », Sedes Sapientiae, 25, pp. 23-48 ; Bernard Lucien, : Les degrés d’autorité du Magistère (La Nef, 2007).

10. « Le devoir social de religion et le droit à la liberté religieuse », nn. 2104-2109.

11. Op. cit., Parole et silence, 2004.

12. Op. cit., Parole et Silence, 2005.

13. « En exposant la doctrine, ils [les théologiens catholiques] se souviendront qu’il y a un ordre ou une "hiérarchie" des vérités de la doctrine catholique en raison de leur rapport différent avec les fondements de la foi chrétienne ».

14. Le n. 2 de la Déclaration Nostra aetate : « « Elle [l’Église catholique]considère avec un respect sincère — observantia : respect religieux — ces manières d’agir et de vivre, ces règles et doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes ».

15. En ce qui concerne l’ensemble des difficultés levées par la FSSPX et la manière dont elle les présente, on peut notamment lire le livre collectif : Magistère de soufre, op. cit. (Iris, 2009).


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Au sujet de la messe dans le rite moderne, un article précédent du blog de DISPUTATIONES THEOLOGICAE donne la parole à Monseigneur Domenico Bartolucci proche du pape Benoît XVI qui avoue n'avoir jamais dit la messe du rite moderne. ...
"Que le nouveau rite ait des déficiences est désormais une évidence pour tout le monde, et le Pape a dit et il a écrit plusieurs fois que celui-ci devrait « regarder vers l’ancien ».
[15].

En 2006, Mgr Bartolucci a dirigé, à la demande du pape Benoît XVI, un concert dans la chapelle Sixtine au cours duquel a été créé le motet à six voix Oremus pro Pontifice nostro Benedicto, dédié au pape.

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 07:03

Le Concile Vatican II : un débat à ouvrir, tel est le titre de l’ouvrage de Mgr Brunero Gherardini paru en italien avant l’été, et dont une traduction française doit être publiée prochainement. Tel est également le thème retenu par la revue Le Courrier de Rome pour son IXe congrès théologique qui se tiendra à Paris les 8, 9 et 10 janvier 2010. Alors que l’ouverture des discussions doctrinales entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège est annoncée pour l’automne prochain, il est utile de prendre connaissance du contenu de l’ouvrage de Mgr Gherardini grâce à la synthèse qu’en donne Le Courrier de Rome de juin 2009 (n°323, pp.1-5), et dont on trouvera ici les extraits les plus significatifs. Les numéros de pages donnés entre parenthèses sont celles de l’édition italienne indiquée in fine.

Mgr Brunero Gherardini, né en 1925, a été doyen de la Faculté de théologie de l’Université du Latran. Théologien de renom, il a publié plus de quatre-vingt ouvrages et plusieurs centaines d’articles. Il est actuellement chanoine de la Basilique Saint-Pierre, directeur de la revue thomiste Divinitas. Il peut être considéré comme le dernier représentant de l’école romaine de théologie illustrée par les Ottaviani, Tromp, Parente, Piolanti…

(…) Si l’on accepte le Concile Vatican II, comment s’accommoder des enseignements de ce concile qui sont difficilement compatibles avec la ligne de la continuité doctrinale ? (…) Mgr Gherardini ne cache pas que (cette question) n’est pas imaginaire, il ne pense pas qu’elle puisse être simplement contournée par l’affirmation que les textes du conciles sont bons, et que seule leur interprétation pose problème. Le problème, au contraire, est bien réel. C’est vrai : les évêques, les papes et le concile lui-même ont à plusieurs reprises revendiqué l’appartenance de Vatican II à la Tradition vivante de l’Eglise ; toutefois, « la communication vitale entre ses différentes phases ne doit pas être déclamée, mais démontrée et de façon telle que sa démonstration coïncide avec la continuité au moins substantielle de son contenu avec celui des phases précédentes » (p.131). En effet, alors que Mgr Gherardini s’apprête à faire une analyse détaillée des textes conciliaires, il fait remarquer que dans ces textes se trouvent des affirmations vraiment problématiques. (…)

En se référant, par exemple, à la Constitution Sacrosanctum Concilium, au chapitre VI intitulé « Vatican II et la liturgie », il observe qu’ « ici, il y a beaucoup plus qu’une simple porte ouverte (aux novateurs, ndlr) : elle est grande ouverte. Tout d’abord on doit, du rite romain, sauver au moins la substance, puis les diversités sont dites légitimes et… l’on n’indique pas du tout lesquelles d’entre elles sont réellement légitimes, ni en quoi consiste la substance du rite romain. Cela peut être tout et le contraire de tout… Certes, la porte est vraiment grande ouverte. Et si quelqu’un est passé par cette porte pour introduire dans l’Eglise non pas une réforme liturgique qui mette en harmonie, sur la base de ses sources, la Tradition ecclésiale avec les attentes d’aujourd’hui en vue du lendemain, mais une liturgie subversive de sa propre nature et de ses finalités premières, le responsable (de cette intrusion) est en définitive le style conciliaire lui-même.» (p.147) – C’est nous qui soulignons ici et plus bas.

Le chapitre VII intitulé « Le grand problème de la liberté religieuse », après avoir étudié attentivement la question de la liberté religieuse, tant du point de vue objectif que du point de vue subjectif, conclut que ce sont certaines affirmations – contenues dans le texte conciliaire lui-même – qui sont problématiques : « Le fait d’avoir déclaré (dans Dignitatis Humanae, ndlr) le choix religieux exempt de toute coercition, inévitablement libre et responsable, rend évidente la condition métaphysique et existentielle du sujet… Le niveau est par conséquent subjectif, et le sujet est ainsi envisagé dans l’hypothèse d’un solipsisme absolu, c’est-à-dire absurde. La conscience du sujet – de ce sujet – en fait n’est jamais la seule réalité et n’est pas non plus l’unique valeur. » (p.181)

(…)

Si dans Dignitatis Humanae est posée la prééminence de l’élément subjectif sur l’élément objectif dans Unitatis Redintegratio ce principe est en quelque sorte absolutisé, en faisant passer l’œcuménisme de la saine perspective consistant à mettre en œuvre tous les efforts et les moyens possibles pour ramener les brebis à l’unique bercail du Christ, à une sorte de dialogue pour le dialogue, au nom d’un présumé respect de la dignité de l’homme qui empêcherait tout prosélytisme : selon Mgr Gherardini, en effet, par l’accent mis sur la dimension subjective, « les bases anthropocentriques du dialogue œcuménique étaient ainsi jetées ; sur ces bases on pouvait tranquillement ériger l’édifice des ‘principes catholiques de l’œcuménisme’, dans le but non pas de se mettre en cordée avec les confessions chrétiennes – différentes et opposées – en visant à former un seul troupeau sous un seul berger (Jn 10,16), mais d’en faciliter l’engagement chrétien commun au service de l’homme, chacune restant elle-même et toutes étant arrêtées sur la ligne de départ. » (p.190)

(…)

La solution est donc celle d’une reconsidération attentive des documents conciliaires, selon une herméneutique théologique tout aussi attentive (herméneutique résumée par Mgr Gherardini au chapitre III, §2) ; il faut enfin prendre le concile au sérieux pour dissiper le doute (et vérifier) « si effectivement la Tradition de l’Eglise a été en tout et pour tout sauvegardée par le dernier concile et si, par conséquent, l’herméneutique de la continuité évolutive est son mérite indéniable et si l’on peut lui en donner acte » (p. 87). Il est nécessaire de faire ce travail parce que trop nombreux et trop graves sont les dommages qui détournent les âmes de la foi catholique ; et c’est pour cette raison que Mgr Gherardini termine son livre par une fervente supplique adressée au Saint-Père, pour que l’on réalise un examen scientifique des documents de Vatican II : « Si la conclusion scientifique de l’examen aboutit à l’herméneutique de la continuité comme la seule herméneutique possible et nécessaire, alors il faudra démontrer – au-delà de toute assertion déclamatoire – que cette continuité est réelle, et qu’elle ne se manifeste comme telle que dans l’identité dogmatique de fond. Dans le cas où, en tout ou en partie, cette continuité ne serait pas en définitive scientifiquement prouvée, il serait nécessaire de le dire avec sérénité et franchise, en réponse à l’exigence de clarté ressentie et attendue depuis presque un demi-siècle » (p.256)

(…)

Dans sa préface à l’ouvrage, Mgr Mario Oliveri, évêque d’Albenga-Imperia, rappelle les conditions dans lesquelles doit s’ouvrir ce débat sur le Concile Vatican II.

Toute l’analyse de Mgr Gherardini, imprégnée de saine théologie et soutenue par le Magistère de l’Eglise, se rattache à « une conception philosophique et donc aussi théologique (dans la mesure où l’attention porte sur la Vérité) qui reconnaît à l’intellect humain sa vraie valeur et sa vraie nature, au point de le considérer capable d’atteindre et d’adhérer à une vérité qui est immuable, comme est immuable l’être de toutes les choses, parce qu’il tire, par la création, sa nature de l’Etre absolu, de Celui qui est. Mais l’intellect humain ne crée pas la vérité, puisqu’il ne crée pas l’être : l’intellect connaît la vérité, quand il connaît le ‘ce qui est’ des choses. En dehors de cette vision, en dehors de cette philosophie, tout discours sur l’immutabilité de la vérité et sur la continuité de l’adhésion de l’intellect à la même vérité identique ne tiendrait plus, ne serait absolument plus soutenable. Il ne resterait plus qu’à accepter une mutabilité continuelle de ce que l’intellect élabore, exprime et crée » (pp.5-6). Telle doit être la base commune pour une saine herméneutique du concile. La continuité qu’il faudra vérifier à travers une analyse attentive, approfondie et pondérée des textes et des sources conciliaires doit être comprise dans la ligne de la philosophia perennis que l’Eglise a toujours défendue et encouragée. Qu’il n’arrive jamais que l’herméneutique du concile – et ce n’est pas un jeu de mots – s’abîme dans les méandres de l’herméneutique contemporaine, mais qu’au contraire elle s’enracine dans l’eodem dogmate, eodem sensu eademque sententia (dans le même dogme, dans le même sens et dans la même pensée) de saint Vincent de Lérins, que Vatican I a fait sien, et qui est le seul critère pour s’assurer que « tels passages, ou tels autres passages et affirmations du concile, ne disent pas seulement nove (de façon nouvelle) mais aussi nova (des choses nouvelles), par rapport à la Tradition pérenne de l’Eglise. » (p.7)

Traduction française de l’original italien

Dici.org

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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 14:15
Catholicisme : le retour des intégristes ? (première partie)

Le mythomane Henri Tincq n'en est pas à son coup d'essai. Inlassablement, il ânonne ses certitudes tel un cheval de course avec ses oeillères, incapable de voir au-delà de son pauvre champ visuel. Journaliste à l'immonde, auto-proclamé "spécialiste du fait religieux", il explique que Vatican II a abandonné la soutane et le latin. Nulle part le Concile Vatican II fait une telle proposition, au contraire Vatican II a recommandé de conserver l'usage du latin. Je cite : "36. Langue liturgique

§ 1. L'usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins." (Sacrosanctum Concilium, Constitution sur la Sainte Liturgie, n° 36, 4 décembre 1963). Mais cela n'empêche pas Henri Tincq, en bon disciple du siècle des Chimères, d'assener ses mensonges. "Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose" disait Voltaire...

Le premier. Sur "la messe selon saint Pie V" (messe traditionnelle, en latin, face à Dieu et non "dos au peuple"...) Henri Tincq oublie le
Motu proprio de Benoît XVI du 07/07/2007 qui dit que cette messe n'a jamais été abrogée. Il oublie que  le "rite extraordinaire" est la même messe que la messe moderne (dit "rite ordinaire"). Et que cette messe traditionnelle fait partie des trésors de l'Eglise. Je cite : "Le Missel romain promulgué par S. Pie V et réédité par le B. Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même « lex orandi » de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique." (article 1).

La "liberté religieuse", défendue par Mgr Lefebvre, le "spécialiste des religions" ne précise pas de quelle liberté il s'agit. Profitant de la complexité de cette notion (que les prochaines discussions doctrinales ouvertes par Benoît XVI avec la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X fondée par Mgr Lefebvre devraient éclaircir), il confond allègrement la liberté religieuse de l'Eglise qui est une notion traditionnelle de l'Eglise avec la liberté de croyance (libre arbitre).

La "doctrine sociale de l'Eglise" qui selon Henri Tincq serait un développement du courant moderniste que les papes auraient condamnée ! Or c'est l'exact inverse puisque la doctrine sociale de l'Eglise est un développement magistériel des papes anti-modernistes notamment de la fin du XIXe siècle, de condamnation du modernisme libéral issu de 1789 qui après avoir détruit les corporations causa chez les ouvriers une misère sociale jamais vue...


Dans cette partie II, Henri Tincq revient sur le rite extraordinaire de la messe, il parle de "missel de Saint Pie X", missel qui n'existe pas, il confond sans doute avec la messe dite "de Saint Pie V" (messe traditionnelle). Ceci pour mépriser la prière pour les Juifs traditionnellement récitée par l'Eglise le Vendredi saint dans le rite extraordinaire. Henri Tincq feint d'ignorer que cette "prière pour les Juifs" est priée également dans le rite ordinaire de la messe (messe moderne) le Vendredi saint.

Sur le même sujet, lire :

-
Le rite extraordinaire en latin n’est pas en opposition avec le Concile, selon Benoît XVI
- Haine, mépris, mensonges et affolement : l'article de Tincq "Le pape Benoît XVI et ses intégristes"
où il accuse Mgr Lefebvre d'être un "insoumis, esprit borné" et la Tradition de l'Eglise d'être un "folklore désuet promis aux poubelles de l'histoire" (sic) et termine son article par un "la réintégration des schismatiques risquent de se faire au prix d'un grignotage des acquis de quarante ans". (les fameux acquis...)
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Le complot traditionaliste : "On est cernés!" 
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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 07:19

Signification du rapprochement de Rome avec les traditionalistes par le Cardinal Ricard

ROME, Jeudi 9 juillet 2009 (ZENIT.org) - « La grande préoccupation du pape Benoît XVI est la sauvegarde de l’unité de l’Eglise et le désir d’ouvrir un dialogue avec la Fraternité Saint Pie X », fait observer le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, dans cette réflexion sur « la signification du nouveau motu proprio Ecclesiae Unitatem ».


... [C]e qui est le plus intéressant dans ce texte, ce sont les attendus, les raisons, qui ont amené le pape à promulguer un nouveau Motu proprio. La raison principale en est le changement de contexte et l’évolution parcourue.

 

Le précédent Motu proprio Ecclesia Dei adflicta datait du 2 juillet 1988, juste après l’ordination illégitime de 4 évêques par Mgr Lefebvre, le 30 juin 1988. Il s’agissait alors pour la nouvelle Commission mise en place d’accueillir les prêtres, les séminaristes, les religieux, religieuses et laïcs qui refusaient de suivre Mgr Lefebvre dans cette démarche schismatique.

 

Aujourd’hui, l’enjeu s’est déplacé. Actuellement, la grande préoccupation du pape Benoît XVI est la sauvegarde de l’unité de l’Eglise et le désir d’ouvrir un dialogue avec la Fraternité Saint Pie X. Or, ce dialogue porte essentiellement sur des questions doctrinales, qui sont de fait du ressort de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. C’est la prise en compte de cette dimension qui explique la volonté de ce rattachement institutionnel de la Commission Ecclesia Dei à cette Congrégation. D’autres questions d’ordre liturgique ou d’ordre psychologique et canonique s’étaient posées. Elles avaient eu une réponse dans le Motu Proprio Summorum Pontificorum du 7 juillet 2007 (pour la liturgie) et dans la levée de l’excommunication des 4 évêques le 21 janvier de cette année.

 

Caritas in veritate. Le titre de la dernière encyclique pourrait également servir de sous-titre à ce Motu Proprio, tant il caractérise la conduite du pape dans sa responsabilité pastorale : la charité dans la vérité. Charité, car le pape veut montrer sa paternelle sollicitude envers la Fraternité Saint Pie X ; il fait tout pour faciliter le dialogue. Mais dans la clarté et dans la vérité aussi. Le texte rappelle que « tant que les questions doctrinales ne seront pas éclaircies, la Fraternité n’a pas de statut canonique dans l’Eglise et que ses ministres ne peuvent exercer aucun ministère légitime. » Le pape sait que les vraies difficultés sont d’ordre doctrinal et qu’une véritable communion dans l’Eglise ne saurait s’établir sur des ambiguïtés ou un flou doctrinal.

 

Lisant ce Motu Proprio, il m’est venu à l’esprit cette suggestion : pourquoi ne pas confier ce dialogue, qui va s’ouvrir avec la Fraternité Saint Pie X, à l’intercession de Sainte Catherine de Sienne qui a vécu dans une période de grande crise de l’Eglise une véritable passion de l’unité ?

 

Bordeaux, le 8 juillet 2009,

 

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

***

Commentaire du jour : "Arrachez donc les ronces des péchés mortels et plantez des vertus" (Sainte Catherine)

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