Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 23:59

Vous recevez ou recevrez peut-être un courrier électronique envoyé par la « CCBF » et signé d'un certain Thierry Jaillet.
Derrière ce sigle se cache un groupe qui se dit « catholique » alors qu’il ne l’est pas : la « Conférence Catholique des Baptisé(e)s de France ».
Cette « Conférence » n’a en effet aucun mandat pour représenter l’Eglise catholique ou parler en son nom.
La CCBF, qui cherche des adhérents et réclame une cotisation de 30 à 50€, se propose de « préparer l’anniversaire de Vatican II ». En réalité, il s’agira surtout de « discuter » le Concile pour en gauchir les enseignements sur la base du très célèbre et très dévastateur « esprit du Concile » dont se prévalent des prêtres qui s’opposent au Magistère, appellent à la désobéissance et réclament la « démocratie » en pastorale aussi bien paroissiale que diocésaine.


Sur le site internet de la C(C)BF, on apprend d’ailleurs ce que revendiquent les prêtres se situant dans le sillage de ce mouvement : « ils prônent l’accueil des divorcés remariés aux sacrements, l’ordination des femmes, refusent des regroupements paroissiaux qui font du prêtre un distributeur anonyme de sacrements, revendiquent le droit des baptisés à célébrer l’Eucharistie, le partage des responsabilités et des décisions avec les laïcs… » Malheureusement, ces prêtres n'ont pas même le courage qu'avait Martin Luther qui, lui, a quitté l'Eglise quand il ne s'est plus senti en accord avec ses enseignements ; eux préfèrent rester "dans" l'Eglise pour la démolir de l'intérieur. Et aussi parce que hors de cette Eglise qu'ils contestent, personne ne prêterait la moindre attention à leurs élucubrations.

 

Source: http://www.proliturgia.org/

-----------------------------------------------------------------------

Add. Christroi, 25.04.2012.

 

19/4/12 : Le Saint-Siège rappelle que la « Conférence catholique des Baptisé(e)s de France » n’est en rien « catholique ».

  

Cette « Conférence » ne représente qu’elle même et ce qu’elle déclare, enseigne ou revendique ne peut pas être tenu pour conforme à la foi proclamée par l’Eglise. Il serait important que les évêques diocésains rappellent ce point d'une façon qui écarte définitivement le doute et interdise aux représentant(e)s de la "Conférence" de prendre pied dans les paroisses.

 

 

Source: http://www.proliturgia.org/

Partager cet article
Repost0
13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 10:04

Si ce n'est pas une revanche de l'histoire cela y ressemble. Le cinquantième anniversaire du Concile Vatican II qui va être célébré dans l'Eglise catholique en 2012 pourrait paradoxalement marquer le crépuscule de..."l'esprit du Concile" qui fut pourtant sa grande promesse.

Cet "esprit du Concile", c'était "l'ouverture" de l'Eglise catholique au monde et aux autres religions. "L'esprit du Concile", c'était "La" signature du Concile Vatican II, son caractère propre. Il fut le moteur de ce que l'on a appelé le "progressisme" dans l'Eglise depuis un demi siècle.

Un récent débat sur "les derniers Mohicans" (Ndlr. progressistes et modernistes en voie de disparition) animés par Mgr Daucourt évêque de Nanterre donne une illustration assez juste de cet état d'esprit et de ses limites.

Pourtant, une sorte de fermeture de l'ouverture se profile. ...Il suffit d'étudier, pour le réaliser, la "note avec indications pastorales pour l'Année de la foi" qui a été publiée, à Rome, le samedi 7 janvier, par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Ce texte donne la ligne de "l'année de la foi", lancée par Benoît XVI. 

Cette année spéciale est destinée à revigorer la foi des catholiques dans le monde. Elle sera d'ailleurs inaugurée le 11 octobre 2012... jour anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II. Ce qui n'est pas anodin.

 

 ...On peut toujours sous estimer la valeur de cette "note" qui n'a pas l'autorité d'une encyclique. Ce qui est vrai sur un plan technique. Mais cette "note" est toutefois beaucoup plus qu'une note car elle n'est rien d'autre que la mise en forme programmatique d'une politique que Benoît XVI avait annoncée dès 2005. La politique de son pontificat.

Neuf mois après son élection il avait donné, comme ligne d'action, une "interprétation" du Concile Vatican II non plus selon "l'herméneutique de la discontinuité et de la rupture"  mais selon "l'herméneutique de la réforme", c'est-à-dire, "en continuité" avec la grande tradition de l'Eglise.

Ce n'est plus un voeu pieux mais un programme désormais organisé qui a pour objet de réaliser une réforme interne de l'Eglise, lente mais certaine. Il remet à l'heure les pendules doctrinales dans l'Eglise catholique. Et siffle la fin d'une certaine "récréation doctrinale" où tout et son contraire était possible dans la grande maison catholique.

... Certains y voient un simple retour de balancier, il s'agit plutôt d'un axe stratégique : L'Eglise catholique commence à réagir à son déclin occidental. Le nouveau concistoire qui verra la création de 22 nouveaux cardinaux le 18 février prochain, confirme cette orientation.

Si "l'esprit du Concile" se meurt, serait-ce "l'esprit catholique" qui revient ? 

 

Jean-Marie Guénois le 12 janvier 2012 18h30

 

Source: http://blog.lefigaro.fr/religioblog/2012/01/fin-de-la-recreation-doctrinal.html

 

Partager cet article
Repost0
26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 13:59

concile_2Dans le prochain Courrier de Rome (n°350 – décembre 2011), l’abbé Jean-Michel Gleize, professeur d’ecclésiologie à Ecône, répond à l’article de Mgr Fernando Ocariz paru dans L’Osservatore Romano du 2 décembre 2011 (lire DICI n°246 du 09/12/11). Tous deux ont participé aux entretiens doctrinaux sur Vatican II, à Rome, d’octobre 2009 à avril 2011.

Avec l’aimable autorisation du Courrier de Rome, DICI est heureux de pouvoir présenter à ses lecteurs des extraits significatifs de cette remarquable étude intitulée Une question cruciale.

(…) On pourrait sans doute se féliciter de voir enfin un théologien du Saint-Siège introduire toutes ces nuances, et opposer ainsi un déni des plus formels, quoiqu’implicite, à toutes les présentations unilatérales qui ont jusqu’ici présenté le concile Vatican II dans une optique maximaliste, comme un dogme absolument intouchable, « plus important encore que celui de Nicée ». Cependant, aussi séduisante soit-elle dans les nuances et les distinctions qu’elle apporte, une pareille analyse véhicule dans sa racine un postulat qui est loin d’être évident. L’étude de Mgr Ocariz évite ainsi de répondre à la question cruciale, qui reste encore pendante entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège. Plus exactement, la réponse à cette question semble si bien aller de soi aux yeux du prélat de l’Opus Dei que tout se passe comme s’il n’avait jamais été nécessaire de l’aborder. Ou comme si le débat ne devait jamais avoir lieu.

Celui-ci s’impose pourtant plus que jamais. Il est en effet loin d’être évident que le dernier Concile puisse s’imposer, en tout et pour tout, aux yeux des catholiques comme l’exercice d’un véritable magistère, réclamant leur adhésion aux différents niveaux indiqués. Si l’on se rappelle en effet la définition traditionnelle du magistère, on est bien obligé de constater que les procédés de Vatican II ne s’y conforment guère. D’autant moins que cette nouveauté intégrale du 21e concile œcuménique s’explique profondément en raison de présupposés absolument inédits. (…)

Le fait de Vatican II : des enseignements nouveaux contraires à la Tradition

 

Au moins sur quatre points, les enseignements du concile Vatican II sont évidemment en contradiction logique avec les énoncés du magistère traditionnel antérieur, de sorte qu’il est impossible de les interpréter en conformité avec les autres enseignements déjà contenus dans les documents antérieurs du magistère ecclésiastique. Vatican II a donc rompu l’unité du magistère, dans la mesure même où il a rompu l’unité de son objet.

Ces quatre points sont les suivants. La doctrine sur la liberté religieuse, telle qu’elle s’exprime dans le n° 2 de la Déclaration Dignitatis humanæ contredit les enseignements de Grégoire XVI dans Mirari vos et de Pie IX dans Quanta cura ainsi que ceux du pape Léon XIII dans Immortale Dei et ceux du pape Pie XI dans Quas primas. La doctrine sur l’Eglise, telle qu’elle s’exprime dans le n° 8 de la constitution Lumen gentium contredit les enseignements du pape Pie XII dans Mystici corporis et Humani generis. La doctrine sur l’œcuménisme, telle qu’elle s’exprime dans le n° 8 de Lumen gentium et le n° 3 du décret Unitatis redintegratio contredit les enseignements du pape Pie IX dans les propositions 16 et 17 du Syllabus, ceux de Léon XIII dans Satis cognitum, et ceux du pape Pie XI dans Mortalium animos. La doctrine sur la collégialité telle qu’elle s’exprime dans le n° 22 de la constitution Lumen gentium, y compris le n° 3 de la Nota prœvia, contredit les enseignements du concile Vatican I sur l’unicité du sujet du pouvoir suprême dans l’Eglise, dans la constitution Pastor æternus. (…)

Une nouvelle problématique

 

En conformité avec le Discours de Benoit XVI à la Curie Romaine, le 22 décembre 2005, Mgr Ocariz pose le principe d’une « interprétation unitaire », d’après lequel les textes du concile Vatican II et les documents magistériels précédents doivent s’éclairer mutuellement. L’interprétation des nouveautés enseignées par le concile Vatican II doit donc repousser, comme le dit Benoît XVI, « l’herméneutique de la discontinuité par rapport à la Tradition, tandis qu’elle doit affirmer l’herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité ». Il y a là un nouveau vocabulaire qui exprime clairement une nouvelle problématique. Celle-ci inspire tout le propos de Mgr Ocariz. « Une caractéristique essentielle du magistère », écrit-il, « est sa continuité et son homogénéité dans le temps ».

Si on parle de « continuité » ou de « rupture », cela devrait s’entendre, au sens traditionnel, d’une continuité ou d’une rupture objective, c’est-à-dire par rapport à l’objet de la prédication de l’Eglise. Cela équivaudrait à parler de l’ensemble des vérités révélées telles que le magistère de l’Eglise les conserve et les expose, tout en leur donnant la même signification, et sans que la prédication présente puisse contredire la prédication passée. La rupture consisterait à porter atteinte au caractère immuable de la Tradition objective et serait alors synonyme de contradiction logique entre deux énoncés dont les significations respectives ne pourraient se vérifier simultanément.

Mais il faut se rendre à l’évidence et reconnaître que le mot « continuité » n’a pas du tout ce sens traditionnel dans le discours actuel des hommes d’Eglise. On y parle précisément de continuité à propos d’un sujet qui évolue au cours du temps. Il ne s’agit pas de la continuité d’un objet, celle du dogme ou de la doctrine, que le magistère de l’Eglise proposerait aujourd’hui, en lui donnant le même sens que jadis. Il s’agit de la continuité de l’unique sujet Eglise. Benoît XVI parle d’ailleurs exactement non de la continuité mais « du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise, que le Seigneur nous a donné ; c’est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ». A l’inverse, ajoute-t-il aussitôt, « l’herméneutique de la discontinuité risque de finir par une rupture entre Eglise préconciliaire et Eglise post-conciliaire ». Cela signifie que la rupture doit se situer au même niveau : c’est une rupture entre deux sujets, au sens où l’Eglise, l’unique sujet du Peuple de Dieu, ne serait plus la même avant et après le Concile. (…)

Le nœud du dilemme

 

Dans la logique de Vatican II et du Discours de 2005, l’objet est en tant que tel relatif au sujet. Dans la logique de Vatican I, et de tout l’enseignement traditionnel de l’Eglise, le sujet est en tant que tel relatif à l’objet. Ces deux logiques sont inconciliables.

Le magistère, à quelque époque qu’il soit, doit rester l’organe du dépôt de la foi. Il se dénature dans la mesure même où il altère ce dépôt. Il est faux que des principes divinement révélés et explicités par le magistère antérieur ne s’imposeraient plus nécessairement, sous prétexte que le sujet-Eglise les vit différemment à travers la contingence de l’histoire, ou que le Peuple de Dieu se trouve conduit à établir une relation nouvelle entre sa foi et le monde moderne. Des principes que l’on applique en matière contingente (comme ceux qui fondent toute la doctrine sociale de l’Eglise) ne sont pas contingents. Sans doute, l’immutabilité substantielle de la vérité révélée n’est pas absolue, car l’expression conceptuelle et verbale de cette vérité peut gagner en précision. Mais ce progrès n’entraîne aucune remise en cause du sens de la vérité, qui devient seulement plus explicite dans sa formulation. Les principes restent nécessaires, quelles que soient les différentes formes concrètes de leur application. Cette distinction entre principes et formes concrètes s’avère factice en ce qui concerne la doctrine sociale de l’Eglise, et c’est en vain que Benoît XVI y recourt dans son Discours de 2005 pour légitimer la déclaration Dignitatis humanæ.

Pour en revenir à Vatican II, la question fondamentale est de savoir quel est le principe premier qui doit servir de règle ultime à l’activité du magistère. Est-ce le donné objectif de la révélation divine, telle qu’il s’exprime dans sa substance définitive à travers le magistère du Christ et des apôtres, auquel le magistère ecclésiastique ne fait que succéder ? Est-ce l’expérience communautaire du Peuple de Dieu, dépositaire (et pas seulement destinataire) du don de la Vérité en tant que porteur du sens de la foi ? Dans le premier cas, le magistère ecclésiastique est l’organe de la Tradition et il dépend comme de sa règle objective du magistère divino-apostolique ; la question est alors de savoir si les enseignements objectifs du concile Vatican II sont ceux d’un magistère constant et d’une Tradition immuable. Dans le second cas, le magistère ecclésiastique est le porte-parole fédérateur de la conscience commune du Peuple de Dieu, chargé d’établir la cohésion spatio-temporelle de l’expression du sensus fidei ; Vatican II est alors pour le sujet-Eglise le moyen d’exprimer en langage conceptuel son sensus fidei, vécu et réactualisé dans le respect des contingences de l’époque moderne.

Herméneutique et réinterprétation

 

Aux yeux de Mgr Ocariz, les enseignements de Vatican II représentent des nouveautés, « au sens où ils explicitent des aspects nouveaux, non encore formulés par le magistère, mais qui, au plan doctrinal, ne contredisent pas les documents magistériels précédents ». La juste exégèse des textes du Concile présupposerait donc apparemment le principe de non-contra- diction. Apparence trompeuse, puisque la non-contradiction n’a plus du tout le même sens que jusqu’ici.

Le magistère de l’Eglise a toujours entendu ce principe dans le sens d’une absence de contradiction logique entre deux énoncés objectifs. La contradiction logique est une opposition qui a lieu entre deux propositions dont l’une affirme et l’autre nie le même prédicat du même sujet. Le principe de non-contradiction exige que si cette opposition a lieu, les deux propositions ne puissent être vraies en même temps. Ce principe est une loi de l’intelligence et il ne fait qu’exprimer l’unité de son objet. La foi se définissant comme une adhésion intellectuelle à la vérité proposée par Dieu, elle vérifie ce principe. L’unité objective de la foi correspond elle aussi à une absence de contradiction dans les énoncés dogmatiques.

L’herméneutique de Benoît XVI entend désormais ce principe dans un sens non plus objectif mais subjectif, non plus intellectualiste mais volontariste. L’absence de contradiction est synonyme de continuité, au niveau du sujet. La contradiction est synonyme de rupture, au même niveau. Le principe de continuité n’exige pas d’abord et avant tout l’unité de la vérité. Il exige d’abord et avant tout l’unité du sujet qui se développe et grandit au cours du temps. C’est l’unité du Peuple de Dieu, tel qu’il vit dans le moment présent, dans le monde de ce temps, pour reprendre l’intitulé suggestif de la constitution pastorale Gaudium et spes. Unité qui s’exprime à travers la seule parole autorisée du magistère présent, précisément en tant que présent. Mgr Ocariz le souligne : « Une interprétation authentique des textes conciliaires ne peut être faite que par le magistère même de l’Eglise. C’est pourquoi le travail théologique d’interprétation des passages qui, dans les textes conciliaires, suscitent des interrogations ou semblent présenter des difficultés, doit avant tout tenir compte du sens dans lequel les interventions successives du magistère ont entendu ces passages. » Ne nous y trompons pas : ce magistère qui doit servir de règle d’interprétation est le nouveau magistère de ce temps, tel qu’issu de Vatican II. Ce n’est pas le magistère de toujours. Comme on l’a justement fait remarquer, Vatican II doit se comprendre à la lumière de Vatican II, réinterprétant dans sa propre logique de continuité subjective et vitale tous les enseignements du magistère constant.

Le magistère de l’Eglise ne s’est jamais compromis jusqu’ici dans une telle pétition de principe. Il s’est toujours voulu fidèle à sa mission de conserver le dépôt. Sa principale justification a toujours été d’en référer aux témoignages de la Tradition objective, unanime et constante. Son expression a toujours été celle de l’unité de la vérité. (…)

Voilà pourquoi nul ne saurait se satisfaire aujourd’hui de soi-disant « espaces de liberté théologique », au sein même de la contradiction introduite par Vatican II. Le désir profond de tout catholique fidèle aux promesses de son baptême est d’adhérer en toute soumission filiale aux enseignements du magistère de toujours. La même piété exige aussi, avec une urgence grandissante, de remédier aux graves déficiences qui paralysent l’exercice de ce magistère depuis le dernier Concile. C’est dans ce but que la Fraternité Saint-Pie X souhaite encore et plus que jamais une authentique réforme, au sens où il s’agit pour l’Eglise de rester fidèle à elle-même, de demeurer ce qu’elle est dans l’unité de sa foi, et de conserver ainsi sa forme d’origine, dans la fidélité à la mission reçue du Christ. Intus reformari. (Source : Courrier de Rome – Les passages soulignés en gras sont de la rédaction – DICI n°247 du 23/12/11)

Texte intégral de l’étude de l’abbé Gleize, avec une soixantaine de notes infrapaginales, dans le Courrier de Rome n°350 (3 €) : B.P. 10156 – 78001 Versailles Cedex.

Texte intégral de l’étude de l’abbé Gleize en italien (avec l’aimable autorisation du Courrier de Rome et du site du district d’ltalie de la FSSPX)

 

Source: http://www.dici.org/documents/debat-sur-le-concile-vatican-ii-labbe-gleize-repond-a-mgr-ocariz/

Partager cet article
Repost0
10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 19:06

Disputationes Theologicae a demandé à Mgr Brunero Gherardini une contribution sur la notion de Magistère authentique et sur ses éventuelles limites. L’illustre professeur émérite de l’Université du Pape, doyen de la faculté de théologie, qui est déjà intervenu dans ces colonnes pour qualifier l’enseignement constitué par le Concile Vatican II, apporte maintenant avec plus d’ampleur, de manière agile et profonde, certaines précisions, en attirant l’attention sur des distinctions souvent omises. Un tel rappel est en consonance avec ce qui avait été relevé au sujet de la liberté religieuse au cours des années Soixante-dix par S. Exc. Mgr De Castro Mayer, à l’époque Ordinaire de Campos,  dans la conclusion de l’étude théologique sur la liberté religieuse envoyée à SS le Pape Paul VI (qui ne l’a pas condamnée) : il y a un cas spécifique dans lequel un enseignement n’est pas obligeant en conscience, tout en étant un acte de Magistère authentique, c’est lorsqu’il y a une dissonance par rapport à ce que l’Eglise a déjà longuement enseigné.  

 

Eglise-Tradition-Magistère

 

par Mgr. Brunero Gherardini

 

            La grande célébration cinquantenaire a commencé. On n’en est pas encore au tam-tam, mais on le perçoit dans l’air. Le cinquantenaire de Vatican II donnera libre cours à ce que l’on pourra inventer de plus grandiloquent en matière de jugements élogieux. De la sobriété qui avait été demandée comme moment de réflexion et d’analyse pour une évaluation critique et plus approfondie de l’événement conciliaire, on ne voit même pas l’ombre. Déjà on procède en roue libre en disant et en répétant ce que l’on dit et répète depuis cinquante ans : Vatican II est le point culminant de la Tradition, voire-même sa synthèse. Des congrès internationaux sur le plus grand et le plus significatif parmi tous les Conciles œcuméniques sont déjà programmés ; d’autres, de plus ou moins grande portée, le seront chemin faisant, et sur le sujet, les publications augmentent de jour en jour. L’Osservatore Romano, bien sûr, n’est pas en reste et insiste surtout sur l’adhésion due au Magistère (2/12/2011, p. 6): Vatican II est un acte du Magistère, donc… La raison avancée est que tout acte du Magistère est à recevoir comme venant des Pasteurs qui, en raison de la succession apostolique, parlent avec le charisme de vérité (D.V. 8), avec l’autorité du Christ (L.G. 25), à la lumière de l’Esprit Saint (ibid.).

 

            Mis à part le fait de prouver le Magistère de Vatican II par Vatican II, ce qui autrefois s’appelait petitio principii, il semble évident qu’une telle façon de procéder part de la prémisse d’un Magistère considéré comme absolu, sujet indépendant de tout et de tous, sauf de la succession apostolique et de l’assistance du Saint Esprit. Or, si la succession apostolique est garantie par le critère de la légitimité de l’ordination sacrée, il apparaît en revanche plus difficile d’établir un critère qui garantisse aussi clairement l’intervention du Saint Esprit dans les termes évoqués.

 

            Une chose, entre autre, est hors de discussion : rien au monde, réceptacle des choses crées, n’a le don de l’absolu. Tout est en mouvement, dans un circuit d’interdépendances réciproques, et donc tout est dépendant ; tout a eu un commencement, tout aura une fin: “Mutantur enim – disait le grand Augustin – ergo creata sunt”. L’Eglise ne fait pas exception ; sa Tradition et son Magistère non plus. Certes elles sont des réalités sublimes, situées au sommet de l’échelle de toutes les valeurs qui appartiennent à l’ordre créé, douées de qualités qui donnent le vertige ; mais elles resteront toujours des “réalités pénultièmes”. L’eschaton, la réalité ultime, c’est Dieu et Lui seul. On recourt souvent à un langage qui bouleverse ce donné de fait, et on accorde à ces sublimes réalités une portée et une signification au-delà de leurs confins : on les absolutise. La conséquence est qu’on les exproprie de leur statut ontique, on en fait un présupposé irréel, ce qui leur fait perdre leurs grandeurs de “réalité pénultième”.

 

            Immergée dans le mouvement trinitaire qui est à l’origine de sa structure, l’Eglise est et opère dans le temps comme sacrement de salut. Le théandrisme, qui en fait une continuation mystérique du Christ, ne se discute pas ; ses propriétés constitutives (unité, sainteté, catholicité et apostolicité) non plus, ni même sa structure et son service ; mais tout cela reste à l’intérieur d’une réalité de ce monde qui, en tant que telle, a la charge d’être le médiateur sacramentel de la présence divine. Restant une réalité de ce monde, elle exclut par définition l’absolu.

 

            Et cela à tel point qu’elle s’identifie dans sa Tradition, de laquelle elle puise la continuité avec elle-même, à laquelle elle doit son souffle vital, et par laquelle elle est assurée que son « hier » devient toujours son « aujourd’hui » pour préparer son « demain ». La Tradition donc, lui donne le mouvement intérieur qui la pousse vers le futur, en sauvegardant son présent et son passé. Mais la Tradition elle-même n’est pas un absolu: elle a commencé avec l’Eglise, elle finira avec elle. Seul Dieu demeure.

 

            L’Eglise exerce un véritable contrôle sur la Tradition: un discernement qui distingue l’authentique du non authentique. Elle le fait avec un instrument, auquel « le charisme de vérité » ne fait pas défaut, pourvu qu’il ne se laisse pas prendre la main par la tentation de l’absolu. Cet instrument c’est le Magistère, dont sont titulaires le Pape, en tant que successeur du premier Pape (l’apôtre saint Pierre) sur la chaire romaine ; et les évêques en tant que successeurs des Douze dans le ministère ou service de l’Eglise, partout où ils en sont l’expression locale. Rappeler les distinctions du Magistère – solennel, s’il est du Concile œcuménique ou du Pape, quand l’un ou l’autre définit des vérités de foi ou de morale ; ordinaire, s’il est du Pape dans son activité spécifique, ou des évêques dans leur ensemble et en communion avec le Pape – est chose superflue ; bien plus important est de préciser dans quelles limites « le charisme de la vérité » est garanti au Magistère.

 

            Il faut dire avant tout que le Magistère n’est pas une super-église qui imposerait ses jugements et ses comportements à l’Eglise elle-même, ni une caste privilégiée au-dessus du peuple de Dieu, une sorte de pouvoir fort auquel on aurait le devoir d’obéir et un point c’est tout. C’est un service, une diakonìa, mais c’est aussi une charge à accomplir, un munus, le munus docendi, qui ne peut ni ne doit prendre le pas sur l’Eglise, de laquelle il naît et pour laquelle il œuvre. Du point de vue subjectif, il coïncide avec l’Eglise enseignante (le Pape et les évêques qui lui sont unis), en tant que celle-ci propose officiellement la Foi. Du point de vue opératif, il est l’instrument par lequel cette fonction est accomplie.

 

            Trop souvent cependant, on fait de l’instrument une valeur en soi, indépendante, et on fait appel à lui pour trancher toute discussion dès sa naissance, comme s’il était au-dessus de l’Eglise et comme s’il n’y avait pas devant lui le poids énorme de la Tradition à accueillir interpréter et retransmettre dans son intégrité et sa fidélité. C’est précisément là qu’apparaissent avec évidence les limites qui le sauvegardent de l’éléphantiasis et de la tentation absolutiste.

 

Il n’y a pas lieu de s’arrêter sur la première de ces limites, la succession apostolique. Il ne devrait être difficile pour personne d’en démontrer au cas par cas la légitimité, et donc la succession dans la possession du charisme propre aux Apôtres qui en découle. Il faut par contre dire quelques mots sur la deuxième, c'est-à-dire sur l’assistance du Saint-Esprit. Le procédé expéditif aujourd’hui établi est plus ou moins le suivant : le Christ a promis aux Apôtres, et donc à leurs successeurs, c'est-à-dire à l’Eglise enseignante, l’envoi du Saint-Esprit et son assistance pour un exercice du munus docendi dans la vérité ; l’erreur serait ainsi évitée dès le départ. Certes le Christ a fait une telle promesse, mais il a aussi indiqué les conditions de son accomplissement. Or ce qui se passe, c’est que dans cette manière de se réclamer de la promesse on entrevoit une grave adultération de celle-ci : ou on ne rapporte pas les paroles du Christ, ou dans le cas où elles seraient citées on ne leur donne pas la signification qu’elles ont. Voyons de quoi il s’agit.

 

            La promesse est relatée surtout par deux textes du quatrième évangéliste: Jo 14,16.26 et 16,13-14. Déjà dans le premier, l’une des limites que nous avons mentionnées ressort avec une extrême clarté: Jésus en effet ne s’arrête pas à la promesse de “L’Esprit de la vérité” – que l’on remarque cet italique, dû à l’article « spécificatif » thV, que plus haut et plus bas on continue à traduire « de », comme si la vérité était un attribut optionnel du Saint-Esprit, alors que c’est Lui qui la personnifie –, mais Il en annonce la fonction : ramener à la mémoire tout ce que Lui, Jésus, avait enseigné avant. Il s’agit donc d’une assistance conservative de la vérité révélée, et non pas d’une intégration en elle de vérités autres ou différentes de celles qui furent révélées, ni de vérités présumées telles.

 

            Le second des deux textes de S. Jean, en confirmant le premier, descend à des précisions ultérieures : l’Esprit-Saint en effet, “vous conduira à la vérité toute entière” ; même aux  vérités dont Jésus  ne parle pas en ce moment, parce qu’elles sont encore hors de portée des siens (16,12). En faisant cela, l’Esprit “ne parlera pas de lui-même, mais il redira tout ce qu’il a entendu […] il reprendra ce qui vient de moi et il vous le communiquera”. Il n’y aura donc pas d’autres révélations. L’unique Révélation se clôt avec ceux auxquels Jésus est en train de parler à ce moment-là. Ses paroles se présentent avec une signification univoque, qui regarde l’enseignement imparti par lui et seulement cet enseignement. Ce langage, n’est ni crypté ni chiffré, mais limpide comme le soleil. On pourrait soulever une objection sur la perspective d’apparente nouveauté en relation à ce dont Jésus ne parle pas maintenant, et qui sera annoncé par l’Esprit-Saint, mais la délimitation de son assistance à une action de guide vers la possession de toute la vérité révélée par le Christ exclut toute nouveauté substantielle. Si des nouveautés doivent émerger, il s’agira de significations nouvelles et non de vérités nouvelles ; d’où le très juste “eodem sensu eademque sententia” de S. Vincent de Lérins. Bref, la prétention d’accrocher à l’assistance du Saint-Esprit n’importe quel bruit, je veux dire n’importe quelle nouveauté, et spécialement celles qui veulent redimensionner l’Eglise aux mesures de la culture dominante et de la soi-disant dignité de la personne humaine, non seulement une telle prétention est un bouleversement structurel de l’Eglise elle-même, mais elle est aussi un formidable rejet des textes indiqués plus haut.

 

            Et ce n’est pas tout. La limite de l’intervention magistérielle est aussi dans sa formulation technique même. Pour qu’elle soit vraiment magistérielle, en sens définitoire ou non, il faut que l’intervention recoure à un formulaire désormais consacré, duquel émerge sans aucune incertitude la volonté de parler en tant que « Pasteur et Docteur de tous les chrétiens en matière de Foi et de Morale, en vertu de son Autorité apostolique » si celui qui parle est le Pape ; ou qu’émerge avec pareille certitude, de la part d’un Concile œcuménique par exemple, à travers les formules habituelles de l’assertion dogmatique, la volonté des Pères conciliaires de lier la Foi chrétienne avec la Révélation divine et sa transmission ininterrompue. En absence de telles prémisses, on ne pourra parler de Magistère qu’au sens large: chaque parole du Pape, écrite ou prononcée, n’est pas forcément du Magistère ; et il faut en dire autant des Conciles œcuméniques, parmi lesquels un bon nombre ne parlèrent pas du dogme, ou n’en parlèrent pas exclusivement ; parfois même certains greffèrent le dogme dans un contexte de diatribes internes et de litiges personnels ou de partis, et une prétention magistérielle à l’intérieur d’un pareil contexte serait absurde. Encore à présent un Concile d’indiscutable importance dogmatico-christologique comme le fut celui de Chalcédoine, qui a dépensé la plupart de son temps dans une honteuse lutte de personnalisme, de préséances, de dépositions et de réhabilitations, suscite une impression nettement négative; ce n’est pas en cela que Chalcédoine est un dogme. De même que la parole du Pape n’en est pas un, quand il déclare de manière privée que « Paul n’entendait pas l’Eglise comme institution, comme organisation, mais comme organisme vivant, dans lequel tous opèrent l’un pour l’autre et l’un avec l’autre , en étant tous unis à partir du Christ » ; c’est exactement le contraire qui est vrai, et l’on sait que la première forme institutionnelle, justement pour favoriser l’organisme vivant, a été structurée par Paul de façon pyramidale ; l’apôtre au sommet, et après les episcopoi-presbuteroi, les hgoumenoi, les proistamenoi, les nouqetounteV, les diakonoi: il s’agit de distinctions de charges et d’offices non encore exactement définis, mais elles sont déjà les distinctions d’un organisme institutionnalisé. Même en ce cas, que cela soit bien clair, l’attitude du chrétien est celle du respect et, au moins en ligne de principe, de l’adhésion. Mais si  la conscience d’un croyant ne peut pas donner son adhésion à l’affirmation exposée ci-dessus, cela ne comporte pas une rébellion contre le Pape ou une négation de son Magistère : cela signifie seulement que cette affirmation n’est pas du Magistère.

 

            En conclusion revenons maintenant à Vatican II pour nous prononcer si possible de manière définitive sur son appartenance ou non à la Tradition et sur sa qualité magistérielle. Sur cette dernière la question ne se pose pas, et ces laudatores qui ne se fatiguent jamais depuis cinquante ans de soutenir l’identité magistérielle de Vatican II, perdent leur temps et font perdre le leur aux autres : personne ne le nie. Cependant vues leurs exubérances acritiques, un problème se pose quant à la qualité : de quel Magistère s’agit-il? L’article de “L’ Osservatore Romano” que j’ai cité plus haut, parle de Magistère doctrinal: et qui l’a jamais nié? Même une affirmation purement pastorale peut être doctrinale, dans le sens où elle appartient à une doctrine donnée. Mais celui qui dirait doctrinale dans le sens de dogmatique, se tromperait : aucun dogme n’est à l’actif de Vatican II, lequel s’il a une valeur dogmatique, ne l’a que par mode de reflet, là où il se réfère à des dogmes précédemment définis. Bref le magistère de Vatican II, comme on le dit et le redit à tous ceux qui ont des oreilles pour entendre, est un Magistère solennel et suprême. Plus problématique est sa continuité avec la Tradition : non qu’il ne l’ait pas affirmée ; mais parce que, surtout dans les points clés où il était nécessaire qu’une telle continuité fût évidente, cette assertion est restée sans démonstration.

 

(traduction française Yvain Cartier)

 

Source: http://disputationes.over-blog.com/article-mgr-gherardini-sur-l-importance-et-les-limites-du-magistere-authentique-91627919.html

Partager cet article
Repost0
28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 22:06

Dans un entretien à Dici.org, le Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X, Mgr Bernard Fellay, expose l'avancement des discussions Rome-FSSPX sur le préambule doctrinal que le cardinal Levada lui remit le 14 septembre dernier et entouré d'un secret aussi bien de la part de la Congration de la foi que de la Fraternité Saint-Pie X.

 

"Du côté de Rome, explique Mgr Bernard Fellay, la discrétion s’impose aussi, car ce texte – même en l’état actuel qui nécessite de nombreux éclaircissements – risque fort de susciter l’opposition des progressistes qui n’admettent pas la simple idée d’une discussion sur le Concile (NdCR. Vatican II) , parce qu’ils considèrent que ce concile pastoral est indiscutable ou « non-négociable », comme s’il s’agissait d’un concile dogmatique.

...

Ces entretiens ont permis à nos théologiens d’exposer sans détours les points principaux du Concile qui font difficulté à la lumière de la Tradition de l’Eglise. Parallèlement et peut-être grâce à ces entretiens théologiques, pendant ces deux dernières années, d’autres voix que les nôtres se sont fait entendre, formulant des critiques qui rejoignent les nôtres sur le Concile. Ainsi Mgr Brunero Gherardini, dans son ouvrage Vatican II, le débat qui n’a pas eu lieu, a insisté sur les différents degrés d’autorité des documents conciliaires et sur le « contre-esprit » qui s’est glissé dans le concile Vatican II dès le début. Egalement Mgr Athanasius Schneider a eu le courage de demander, lors d’un congrès à Rome fin 2010, un Syllabus condamnant les erreurs d’interprétation du Concile. Dans le même esprit, l’historien Roberto de Mattei a bien montré les influences contraires exercées sur le Concile, dans son dernier livre Vatican II, une histoire jamais écrite. Il faudrait citer aussi la Supplique adressée à Benoît XVI par ces intellectuels catholiques italiens qui réclament un examen approfondi du Concile.

Toutes ces initiatives, toutes ces interventions manifestent clairement que la Fraternité Saint-Pie X n’est plus seule à voir les problèmes doctrinaux que pose Vatican II. Ce mouvement s’étend et il ne s’arrêtera plus.

 

...

 

L’opposition des évêques

Mais même si la Fraternité Saint-Pie X obtenait de Rome un statut canonique, elle ne pourrait malgré tout offrir aucune solution sur le terrain, car les évêques s’y opposeraient, comme ils l’ont fait pour le Motu Proprio sur la messe traditionnelle.

Cette opposition des évêques vis-à-vis de Rome s’est exprimée de façon sourde mais efficace à l’égard du Motu Proprio sur la messe tridentine, et elle continue de se manifester obstinément de la part de certains évêques à propos du pro multis du canon de la messe, que Benoît XVI, conformément à la doctrine catholique, veut voir traduit par « pour beaucoup » et non plus par « pour tous », comme dans la plupart des liturgies en langue vernaculaire. En effet, certaines conférences épiscopales persistent à maintenir cette traduction fausse, encore tout récemment en Italie.

Ainsi le pape lui-même fait l’expérience de cette dissidence de plusieurs conférences épiscopales, sur ce sujet et sur beaucoup d’autres, ce qui peut lui permettre de comprendre aisément l’opposition farouche que la Fraternité Saint-Pie X rencontrera indubitablement de la part des évêques dans leurs diocèses. On dit Benoît XVI personnellement désireux d’une solution canonique ; il lui faudra aussi vouloir prendre les moyens qui la rendront réellement efficace.

 

Menzingen, le 28 novembre 2011

(Source : FSSPX/MG – DICI du 28/11/11)"

 

Source: http://www.dici.org/actualites/entretien-avec-mgr-bernard-fellay-superieur-general-de-la-fraternite-saint-pie-x-la-fraternite-saint-pie-x-et-le-preambule-doctrinal/

Partager cet article
Repost0
21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 19:01

Selon Enrico Morini, professeur d’Histoire du christianisme et des Eglises à l’Université de Bologne, le Concile Vatican II s’est mis « dans la perspective de la continuité la plus absolue avec la tradition du premier millénaire, selon une "périodisation" qui n’est pas purement mathématique mais qui porte sur le fond des choses, le premier millénaire d’histoire de l’Eglise étant celui de l’Eglise des sept Conciles, de l’Eglise encore indivise […]. En promouvant le renouvellement de l’Eglise le Concile [Vatican II] n’a pas cherché à introduire quelque chose de nouveau – comme le désirent et le craignent respectivement les progressistes et les conservateurs – mais à retourner à ce qui s’est perdu. »

Source: http://www.proliturgia.org/

-----------------------------------------------------

Question de Christroi : Si pour se rapprocher de la tradition du premier millénaire, on s'éloigne de la tradition du second, comment expliquer mille ans d'errance de la tradition du second ? 

Partager cet article
Repost0
17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 22:59

Le Pape Benoît XVI a annoncé la tenue d’une « Année de la Foi » qui débutera le 11 octobre 2012 – 50e anniversaire de l’ouverture du concile œcuménique Vatican II – et qui s’achèvera le 24 novembre 2013, solennité du Christ Roi de l’Univers. (Voir notre étude sur la page « articles de fond ».)
Les motivations, les finalités et les lignes directrices de cette « Année de la Foi » ont été exposées une Lettre Apostolique qui vient d'être publiée (http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/motu_proprio/documents/hf_ben-xvi_motu-proprio_20111011_porta-fidei_fr.html
) et dans laquelle le Souverain Pontife déclare :

 

"Il est nécessaire [que les documents conciliaires] soient lus de manière appropriée, qu’ils soient connus et assimilés, comme des textes qualifiés et normatifs du Magistère, à l’intérieur de la Tradition de l’Eglise… Je sens plus que jamais le devoir d’indiquer le Concile comme la grande grâce dont l’Eglise a bénéficié au vingtième siècle : il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence. (...) J’entends redire avec force [comme l'a fait le Bx Jean-Paul II] tout ce que j’ai eu à dire à propos du Concile quelques mois après mon élection comme Successeur de Pierre : « Si nous le lisons et le recevons guidés par une juste herméneutique, il peut être et devenir toujours davantage une grande force pour le renouveau, toujours nécessaire, de l’Eglise ». "

 

Source: http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/motu_proprio/documents/hf_ben-xvi_motu-proprio_20111011_porta-fidei_fr.html via http://proliturgia.pagesperso-orange.fr/styled-5/debut.htm

 

Partager cet article
Repost0
14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 13:58

Dans une dépêche intitulée "Intégristes: les propositions du Vatican", Le Figaro rapporte que le Saint-Siège a proposé aujourd'hui, en la fête de la Croix glorieuse, à la Fraternité intégriste Saint-Pie X un document "doctrinal" à accepter rapidement, afin d'aboutir à une "une "réconciliation éventuelle et souhaitée" avec Rome, selon le communiqué.

La rencontre de deux heures et demie a eu lieu à huis clos au Vatican entre Mgr Bernard Fellay, le supérieur de la Fraternité, et le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans un "climat cordial et correct", a dit le père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège.

Une "prélature personnelle" pourrait être créée, de préférence à un "ordinariat" proposé en 2009 aux Anglicans dissidents, a expliqué le père Lombardi. Mgr Fellay n'a en revanche pas rencontré le pape qui donnait l'audience générale hebdomadaire à proximité du lieu de la réunion, a-t-il précisé. (1)

Une prélature personnelle, contrairement à l'ordinariat, a suggéré le Père Lombardi, réfère directement au Pape et non aux évêques locaux. (2)

 

Le site d'informations du Saint-Siège rapporte que "compte tenu des préoccupations et des instances présentées par la Fraternité sacerdotale saint Pie X à propos du respect de l’intégrité de la foi catholique face à l’herméneutique de la rupture du Concile Vatican II à l’égard de la Tradition – herméneutique mentionnée par le Pape Benoît XVI dans son Discours à la Curie romaine en date du 22 décembre 2005 –, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi prend pour base fondamentale de la pleine réconciliation avec le Siège apostolique l’acceptation du Préambule doctrinal qui a été remis au cours de la rencontre du 14 septembre 2011. Ce préambule énonce certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l’Église et au sentire cum Ecclesia, tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l’étude et l’explication théologique d’expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du Concile Vatican II et du Magistère qui a suivi. Au cours de la même réunion ont été proposés quelques éléments en vue d’une solution canonique pour la Fraternité sacerdotale saint Pie X, qui suivrait la réconciliation éventuelle et espérée." (3)

 

Sources:

 

(1) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/09/14/97001-20110914FILWWW00565-integristes-les-propositions-du-vatican.php

(2) http://www.lefigaro.fr/international/2011/09/14/01003-20110914ARTFIG00582-rome-tend-la-main-aux-integristes.php

(3) http://press.catholica.va/news_services/bulletin/news/28010.php?index=28010&lang=fr#TESTO%20IN%20LINGUA%20FRANCESE

----------------------------------------------------

Rendons grâce à Dieu et continuons de prier pour le succès des discussions doctrinales Rome-FSSPX.



Partager cet article
Repost0
31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 08:24

Cinq années se sont écoulées depuis la fondation de l’Institut du Bon-Pasteur. Pour les amateurs de chiffres, la jeune communauté internationale compte à ce jour 25 prêtres – le plus récent ordonné à St Eloi le 25 juin par SE le cardinal Castrillon-Hoyos – et autant de séminaristes venus de divers pays (France, Brésil, Pologne, Italie…) qui reçoivent leur formation à Courtalain, dans le diocèse de Chartres.

Sans détours, comme à son habitude, M. l’abbé Philippe Laguérie a bien voulu répondre à quelques questions sur la position théologique et liturgique de l’Institut du Bon-Pasteur et sur sa situation présente dans le paysage ecclésial.


  56 Ordinations30

  Ordinations à Saint-Eloi par S. Em. le card. Castrillon Hoyos, le 25 juin 2011

 

Disputationes Theologicae : Monsieur l’abbé, deux des piliers de votre Institut approuvé par le Saint Siège en 2006 sont bien connus : usage exclusif des livres liturgiques de 1962  (Statuts et Décret d’érection), engagement à l’étude critique constructive des points de doctrine qui, dans le texte du concile Vatican II ou dans la liturgie, paraissent difficilement conciliables avec la Tradition (Acte d’adhésion des premiers membres). Cinq ans après, Rome a édicté des précisions magistérielles et juridiques : votre position a-t-elle évoluée ? 

Abbé Philippe Laguérie : Notre position théologique et liturgique fondamentale approuvée par le Saint-Siège en 2006 n’a pas changé depuis notre fondation, fort heureusement. Mais elle a dû prendre en compte, bien sûr, toutes les précisions magistérielles romaines postérieures, avec la joie que vous savez. Tant, sur le plan générique, du discours du pape du 25 décembre 2005 devant la Curie que, sur le plan spécifique, par exemple, de la déclaration du 16 juillet 2007 (l’herméneutique du « Subsistit in ») que j’ai saluée avec enthousiasme (cf. mon blog, blog.institutdubonpasteur.org, 25/07/2007). Quant à la loi liturgique, nous avons reçu comme une bénédiction pour l’Eglise le Motu Proprio du 7 juillet 2007, que vient renforcer l’Instruction Universae Ecclesiae du 13 mai 2011.

 

Disp. Th. : Comment donc recevez-vous aujourd’hui le concile Vatican II ?

Ab. Ph. L. : C’est simple : nous recevons le texte de tous les conciles, et notamment du concile Vatican II, selon les normes définies par l’Eglise. Les théologiens savent quelles sont ces normes, rappelées dans Lumen Gentium n° 25, et ce qu’elles signifient[1].


Disp. Th. : Pouvez-vous expliciter ces « normes » ?

Ab. Ph. L. : L’IBP reçoit fidèlement les normes du Magistère de l’Eglise. Elles sont traditionnelles. Pour simplifier, l’adhésion à un document du Magistère, même non infaillible, venant de l’autorité suprême, suppose non seulement le respect qui lui est dû, mais requière en outre une herméneutique de conformité avec la Tradition quant à son interprétation. Cette adhésion due recouvre, par nature, des degrés d’assentiment variable, selon la forme revêtue par le Magistère : définitions infaillibles ou non, magistère ordinaire universel ou non, magistère solennel ou non, etc. ; ou pour résumer, selon que l’Eglise veut obliger ou non tous les fidèles à un assentiment ou une obéissance de foi. Pour Vatican II, on sait qu’il s’agit d’un concile pastoral non contraignant pour la foi (sauf sur les points antérieurement définis), dont la réception authentique est encore en cours ou à venir, comme l’a si bien exprimé S. E. le cardinal Ricard à Lourdes en 2006.

 

Disp. Th. : N’y a-t-il pas une difficulté, si recevoir le concile, c’est donner son adhésion à un texte dont le sens authentique n’est pas encore fixé ?

C’est en effet la difficulté à laquelle le pape ouvre une voie de résolution. Le sens (certifié par Rome en  conformité avec la Tradition) de l’ensemble des textes n’est pas encore totalement connu, car il n’a pas été déterminé en chaque point par l’Autorité Suprême ; la réception du sens authentique du concile reste par conséquent, elle aussi, en suspend sur ces points non élucidés qui ont paru induire une rupture. C’est ce que signifie : « La réception authentique est encore à venir ». Une liberté respectueuse est  donc laissée pour interroger de façon critique et non polémique le texte de ce magistère nouveau, voire en proposer une reformulation en continuité avec la Tradition. C’est ce qu’a fait le Saint-Père dans la déclaration précitée (signée du cardinal Lévada) sur le fameux « subsistit in » de Lumen Gentium ch. I, §8. Il n’est plus permis à un catholique de penser que cette expression ne désigne pas l’être et même la permanence dans l’être entre l’Eglise du Christ et l’Eglise Catholique. Et par notre acte d’adhésion fondateur, nous nous sommes engagés, bien modestement mais résolument à travailler dans ce sens.

 

Disp. Th. : Quelle est votre position quant à « l’herméneutique de rupture » des textes conciliaires, blâmée par le discours du Saint Père du 22 décembre 2005 ?

Ab. Ph. L. : Comme l’ont dit et publié à l’époque plusieurs d’entre nous, conformément à ce discours de Benoît XVI à la Curie (22/12/2005), nous rejetons fermement, à propos des textes du concile Vatican II, « l’herméneutique de la rupture » et le faux « esprit du concile ». Ces postures dialectiques ont majoré l’importance et l’autorité du concile, comme un « super dogme » qui serait « Plus important que celui de Nicée » qui définit l’identité de nature entre le Père et le Fils, autrement dit la divinité du Christ ! Elles ont causé des dégâts considérables dans de grandes parties de l’Eglise, avec des interprétations théologiques (faux dialogue interreligieux, refondation de l’Eglise du concile, fausse ecclésiologie, fausse collégialité, fausses théologies de la célébration, de la libération, de la liberté religieuse, etc.) contraires au Magistère et à l’orthodoxie. Avec parfois des réactions symétriques chez les plus ardents défenseurs de l’orthodoxie… Le chapitre 1 de « Lumen Gentium » est composé pour deux-tiers de citations du Nouveau Testament ! Dans sa foi, chaque théologien, chaque fidèle a le droit et le devoir de lire paisiblement dans la « continuité » de la Tradition les textes magistériels de l’autorité suprême, ceux du passé comme ceux à venir. C’est la grande libération du fameux 22 décembre 2005…

 

Disp. Th. : Qu’est-ce que ce discours de Benoît XVI vous inspire ? A-t-il modifié votre position sur Vatican II ?

Ab. Ph. L. : Ce texte libérateur du Pape Benoît XVI est un discours de réforme audacieuse, qui ramène  le texte du concile et son avenir à leurs justes proportions théologiques. Il est antérieur à notre fondation et  n’a donc en rien changé la position de notre Institut. C’est plutôt notre Institut qui s’est appuyé sur ce texte magistral. Au fond, le Saint Père invite les théologiens et tous les fidèles à repenser leur attitude par rapport au texte de Vatican II : d’un côté, à ne plus en faire le texte fondateur d’une nouvelle église. Mais pas davantage à en faire un prétexte de rejet global, polémique et systématique, qui serait en rupture avec l’autorité du Saint Père. Personne ne peut nier ou rejeter ce texte : il est là, historique, magistériel. Tant que le sens conforme à la Tradition n’est pas donné d’en haut en tous points, ce concile reste, certes, un texte du Magistère à recevoir, mais sujet à tant d’interrogations interprétatives qu’il est prudent de ne le recevoir qu’au rythme de l’interprétation authentique. Voilà 45 ans que les théologiens les plus divers proposent des interprétations possibles et contradictoires du sens de « Dignitatis Humanae »  sur la liberté religieuse. Idem pour « l’Unité spirituelle du genre humain » souvent citée et jamais définie. Etc.…

 

Disp. Th. : Où vous situez-vous exactement entre ces deux postures symétriques ?

Ab. Ph. L. : Je m’efforce de voir les choses d’un peu plus haut, à l’invitation du Saint-Père. Le « mérite », si l’on peut dire, de l’évènement Vatican II me paraît celui-ci : poser aujourd’hui, avec le recul du temps, les problématiques essentielles de la modernité à la foi traditionnelle, (Même si ces problématiques sont parfois complètement obsolètes : le Net n’existait pas en 1962 et la mondialisation donnée comme inéluctable facteur de paix sur les § 83 à 90 de « Lumen Gentium » a carrément échoué !) Comme disait S.E. le Cardinal Ricard à Lourdes (Cf. sup) « Il faut relire (Vatican II) à nouveaux frais et en retenir ce qui peut l’être ». Il y a du pain sur la planche. Mais attention, le texte touche parfois aux dogmes de l’Eglise, comme en témoignent les trois premières encycliques du Pape Jean-Paul II. Par l’interprétation authentique, par « L’herméneutique de réforme » du texte, qu’il s’agit de relire désormais dans la continuité avec la Tradition, le concile est remis à sa place théologique : non plus un super dogme, mais un texte magistériel composite, rappelant ici la tradition, ouvrant là un espace de recherche, n’obligeant jamais la foi (hormis les points déjà définis) ; mais présentant de sérieuses difficultés d’interprétation : dépassé en certaines parties, soumis sur d’autres à des interrogations critiques fondamentales, ou qui induisent, par les ambiguïtés du texte, des ruptures herméneutiques béantes ; mais qui ouvrent par là même des problématiques passionnantes au Magistère futur. Pour conclure sur ce point, « l’herméneutique de continuité ou de réforme », qui consiste à rechercher un sens au texte en conformité avec la Tradition, vise à réformer, sinon le texte, en tout cas son interprétation et par là même son sens, son importance et sa réception.


cardinaux saint éloi

 


Disp. Th. : Sur la question liturgique, comment votre Institut a-t-il reçu l’Instruction Universae Ecclesiae du 13 mai 2007 ?

Ab. Ph. L. : Nous recevons cette Instruction du cardinal Levada comme un document de droit liturgique positif. Il vient à point nommé, pour confirmer, préciser et faire appliquer la loi liturgique universelle posée par le Motu Proprio Summorum Pontificum, rétablissant le droit – jamais abrogé légitimement – du missel de Jean XXIII. C’est un bon document dont nous voyons déjà quelques fruits concernant l’IBP : en France, des évêques nous ont confié sans difficulté deux missions, et ont accepté une nouvelle implantation dans leur diocèse depuis cette Instruction. Alors qu’auparavant, tout semblait plus difficile.

 

Disp. Th. : Concernant le paragraphe 19 de cette instruction, l’encre a coulé dans la presse (par ex. La Croix) : certains ont voulu y voir une semonce contre certaines communautés traditionnelles…

Ab. Ph. L. : Ces gens feraient bien de relire d’abord le §2 et le §3 de l’Instruction, qui cite le Motu Proprio : « chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement sur la doctrine de la foi et sur les signes sacramentels, mais aussi sur les usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue ». Cette Instruction entend rappeler que la communion des églises locales suppose l’obéissance à la loi liturgique universelle édictée par Rome, et donc au Motu proprio, justement, que beaucoup rechignent à appliquer.

 

Disp. Th. : Mais n’êtes-vous pas concerné par ce paragraphe 19 ?

Ab. Ph. L. : Tout comme l’ensemble de l’Instruction Universae Ecclesiae, ce paragraphe 19 ne pose aucune difficulté. Supposer d’ailleurs qu’il concerne l’I.B.P. alors qu’il vise d’autres communautés serait une galéjade. Dois-je vous le citer ? « Que les fidèles du Christ qui réclament la célébration selon la forme extraordinaire ne prêtent pas leur concours ou ne donnent pas leur nom aux associations qui attaquent (Impugnent) la validité ou légitimité du Saint-Sacrifice de la messe selon la forme ordinaire, ou encore ne soient hostiles (Sint infensae), de quelque manière, au Souverain Pontife Romain, Pasteur de l’Eglise Universelle ». Puisqu’il s’agit du droit liturgique universel en vigueur, l’IBP atteste la validité théologique et la légitimité canonique des célébrations de la messe et des sacrements dans la "forme ordinaire", conformément à ce paragraphe 19. Ce paragraphe ne porte pas non plus atteinte à notre acte d’adhésion fondateur, qui nous engage encore, de façon constructive, dans le nouveau mouvement liturgique, en vue d’enrichissements possibles du missel de Paul VI souhaités par Benoît XVI lui-même, suivi par un cardinal Burke ou un Mgr Bux.

 

Disp. Th. : Pourquoi alors ne pas célébrer la "forme ordinaire" ?

Ab. Ph. L. : Si on les reçoit dans l’esprit de l’Eglise, à la lumière du Droit Canon et du Motu Proprio Summorum Pontificum, nos constitutions approuvées par Rome sont très claires. Le décret d’érection de l’Institut du Bon-Pasteur confère à ses membres « le droit de célébrer vraiment comme leur rite propre la Sainte Liturgie en usant des livres liturgiques codifiés par le Bx Jean XXIII en 1962 » (ibidem ; cf. Statuts de l’IBP, Ar.1 §2). Ce droit propre de l’IBP implique l’observance du canon 846 §2 : « Le ministre célèbrera les sacrements selon son rite propre ». Cette disposition générale englobe le missel, le rituel et le pontifical de 1962, ainsi que le bréviaire (Décret d’érection ; Statuts, art.1 §2 ; confirmé par Universae Ecclesiae, §35 ; §§28-32). Ainsi, le charisme propre de l’Institut du Bon-Pasteur garantit concrètement pour ses membres la liberté et le droit d’adhérer à la "forme extraordinaire", qui sont offerts à l’Eglise entière par le Motu Proprio. Et puisque « la forme extraordinaire doit être conservée avec l’honneur qui lui est due » (Universae Ecclesiae, §6), puisque qu’encore le Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI certifie la légitimité du missel de 1962 « jamais abrogé », ce droit propre pour l’IBP est légitime.

  hoyos-laguérie-aulagnier

 

Disp.Th. : Quel est alors votre contact avec les célébrations dans la "forme ordinaire" ? 

Ab. Ph. L. : De par son charisme propre, les membres de l’IBP célèbrent la liturgie ou y assistent selon l’usage de la "forme extraordinaire". Par rapport à l’assistance selon la "forme ordinaire", notre Institut est soumis au Droit Canon et au Motu Proprio – en tenant compte de la lettre et de l’esprit de nos statuts – et se contente d’en exiger l’observance. Les membres de l’IBP ont donc la liberté d’agir selon la loi générale étant saufs le droit propre (Décret d’érection et CIC c. 846) et la fidélité au caractère propre de l’Institut (CIC c. 578). Dans les diocèses où ils sont missionnés, il est pour eux notamment convenable, selon les exigences démontrées du bien commun, d'accepter les invitations des évêques à être présent aux moments significatifs de la vie du diocèse, par exemple les messes d’ordinations et chrismales qui réunissent autour de son évêque le presbyterium de l’église locale, mais aussi tel pèlerinage, des débats théologiques sur des problèmes actuels…, et surtout des agapes fraternelles entre prêtres ! L’Institut ne « réglemente » en rien au-delà de ses statuts, du droit de l’Eglise et de son Magistère, tout simplement parce qu’il est une œuvre d’Eglise. Fort heureusement d’ailleurs, puisque « l’Esprit vivifie et la lettre tue ». La fidélité à l’Eglise est aussi une question d’esprit. Le pape Benoît XVI a rendu à tous cette « glorieuse liberté des enfants de Dieu », cette « faculté de se mouvoir dans le bien », comme l’appelait le pape Léon XIII.

 

Disp.Th. : Merci pour cet entretien, M. l’abbé.  Une question supplémentaire : quelles sont vos perspectives pour l’Institut ?

Ab. Ph. L. : Au plan concret, les projets en cours exigent, de soi, la plus grande discrétion. En attendant de pouvoir vous en dire plus, Je puis seulement vous annoncer l’installation prochaine d’une maison générale formée. Au cœur de l’Eglise, les services sont variés et il n’en est pas de petit. De la paroisse personnelle à l’aumônerie de malades, en passant par les écoles, les simples missions paroissiales ou les remplacements de confrères…, l’Institut du Bon-Pasteur s’y engage volontiers, selon ses possibilités et se développe humblement, mais sûrement.

 

Disp.Th. : Observez-vous une évolution du contexte ?

Ab. Ph. L. : Les choses évoluent de façon évidente, trop lentement ou trop vite selon les points de vue. Peu importe, « ça tourne », comme disait Galilée de la terre, que d’aucuns avaient arrêtée à leur guise. L’abondance de la moisson, les contacts personnels qui se multiplient, l’écoute nouvelle des évêques qui répondent à la demande, les avancées romaines (en particulier le document Universae Ecclesiae qui établit la Commission Ecclésia Dei comme « juge »  de l’application du Motu Proprio)… Tout concourt à une mutation des esprits et des cœurs qui ouvre le champ à la liturgie traditionnelle, via les « Instituts spécialisés » (comme les appelaient le Cardinal Castrillon-Hoyos), qu’on le veuille ou non. Les années 70 sont bien mortes et les années 90 s’en vont aussi…

 

Disp.Th. : Et les obstacles, les difficultés ? 

Ab. Ph. L. : J’en profite pour rectifier une erreur aussi répandue que funeste. On veut croire que les réticences à notre égard (qui proviennent surtout des inévitables tiraillements internes de notre fondation et non point du positionnement doctrinal de l’Institut, au contraire, comme me le rappelait Mgr Pozzo il y a quelques jours), me mettraient dans l’embarras pour placer des prêtres que nous aurions en surnombre. C’est complètement faux ! Aucun de nous n’est au chômage, je vous prie de le croire et, à la vérité, je ne puis pourvoir à toutes les nécessités, à l’étranger comme en France. La formation sacerdotale, prunelle de nos yeux, et œuvre silencieuse de longue portée, suppose un investissement de nombreux prêtres professeurs  à plein temps (actuellement quatre résidents pour six années d’études). Je reporte des missions, bien malgré moi, pour des prêtres qu’on me demande. Nous serions deux fois plus nombreux que la tâche ne manquerait point.

 

Disp.Th. : M. l’abbé, merci, un mot pour la fin ?

Ab. Ph. L. : Si l’urgence reste de former de bons prêtres, alors confions à la Providence le soin de remplir notre séminaire de belles et nombreuses vocations. L’avenir est là, et non de gémir sur les malheurs des temps. L’Institut du Bon-Pasteur est vraiment une œuvre providentielle et, unique en son genre. Impossible sans le discours du 22 décembre 2005 qui la précède de quelques mois, elle anticipe cependant de quelques mois encore sur la restauration liturgique du Motu Proprio. Merci au pape et à l’Eglise de ce cadeau magnifique qui nous place si près du centre de l’histoire et du cœur de l’Eglise…      



[1] Pour le concile, cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium n° 25 ; Cal Periclès Felici, Secrétaire général de ce concile en 1965 ; Code de droit canonique CIC 1983, c. 749, 1-3 ; c. 752 ; Jean-Paul II, Ad Tuendam Fidem, 1998, etc.

 

Source: http://disputationes.over-blog.com/article-entretien-avec-m-l-abbe-philippe-laguerie-moderateur-general-de-l-institut-du-bon-pasteur-80517644.html

Partager cet article
Repost0
20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 09:52

Les discussions doctrinales entre Rome et Ecône (Fraternité Sacerdotale Saint Pie X) sont terminées.

 

L'issue, n'est pas connue.

 

Ces conversations ... ont réuni, depuis octobre 2009 et selon la volonté du pape, une commission de théologiens des deux horizons pour dresser un inventaire méticuleux et argumenté des points d'accord et des questions en litige, essentiellement à propos du Concile Vatican II.

 

 Mais cette "phase" de travail, selon plusieurs sources autorisées et concordantes, est considérée comme accomplie. "Les contacts continuent. Nous arrivons probablement à la fin d'une phase de discussions" avait d'ailleurs laissé entendre, le 1er juin dernier, à Libreville (Gabon), Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint Pie X (successeur direct de Mgr Marcel Lefebvre, et l'un des quatre évêques dont Benoît XVI a levé l'excommunication le 21 janvier 2009).

 

Un rapport, document de synthèse de ces discussions, a été rédigé qui constate ... des points de concordances sur l'interprétation à donner aux textes du Concile Vatican II.

 

La seule question est maintenant l'issue de ces conversations. Ou plutôt, comment continuer à gérer ce long divorce, consommé le 30 juin 1988 par l'ordination illicite de quatre évêques par Mgr Marcel Lefebvre.

 

Source: http://blog.lefigaro.fr/religioblog/2011/06/les-discussions-doctrinales-en.html

 

Partager cet article
Repost0
10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 15:43

Le blog de Christophe Saint-Placide "Summorum Pontificum" annonce : "Le moment décisif pour la Fraternité Saint Pie-X est imminent : intention de prière pour l’Octave de la Pentecôte". Il s'agit d'une traduction d'un texte en italien publié sur le site Messa in Latino.

Extraits :

 

 Ce matin le célèbre blog Messa in Latino a publié en italien un texte important concernant la Fraternité Saint-Pie X ainsi qu’un appel à la prière qui peut – et devrait – être repris par tous les catholiques et notamment les pèlerins des pèlerinages de la Pentecôte. En voici une proposition de traduction.

 

 Le moment décisif pour la Fraternité Saint Pie-X est imminent : intention de prière pour l’Octave de la Pentecôte

 

Pentecôte 2011 : sur la base des informations que nous avons pu recueillir, tout indique que l’on est arrivé, en ce mois de juin 2011, au moment le plus cruciale pour les rapports entre la FSSPX et Rome depuis le début du pontificat de Benoît XVI.

 

[...] Le Pape va sans doute proposer à Mgr Fellay la constitution d’un Ordinariat, pour régulariser la situation de la FSSPX et de ses communautés alliées, tout en lui laissant la pleine (et indispensable, compte tenu de ce que sont certains épiscopats) autonomie vis-à-vis des évêques diocésains. Des membres d’une communauté Ecclesia Dei ont pu préciser que cette proposition canonique sera faite au cours du présent mois de juin à Mgr Fellay.

 

Source: http://blog.messainlatino.it/2011/06/il-momento-decisivo-per-la-fsspx-e.html traduction via http://www.summorum-pontificum.fr/informations/le-moment-decisif-pour-la-fraternite-saint-pie-x-est-imminent-intention-de-priere-pour-l%e2%80%99octave-de-la-pentecote

 

Partager cet article
Repost0
9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 21:29

Le Secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, Mgr Pozzo a répondu aux questions des Nouvelles de France dans le cadre d'un entretien sur les intentions de Benoît XVI envers la messe traditionnelle et la Fraternité Saint Pie X. Extraits.

 

Le contenu des discussions qui ont lieu entre Rome et la Fraternité Saint Pie X est secret, mais sur quels points portent-elles et de quelle manière se déroulent-elles ?

Le nœud essentiel est de caractère doctrinal. Pour parvenir à une vraie réconciliation, il faut dépasser certains problèmes doctrinaux qui sont à la base de la fracture actuelle. Dans les colloques en cours, il y a confrontation d’arguments entre les experts choisis par la Fraternité Saint Pie X et les experts choisis par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. A la fin, on rédige des synthèses conclusives qui résument les positions exprimées par les deux parties. Les thèmes discutés sont connus : le primat et la collégialité épiscopale ; le rapport entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes non catholiques ; la liberté religieuse ; le Missel de Paul VI. Au terme des colloques, on soumettra les résultats des discussions aux instances autorisées respectives pour une évaluation d’ensemble.

Il ne semble pas concevable qu’il puisse y avoir une remise en cause du Concile Vatican II. Alors sur quoi peuvent porter ces discussions ? Sur une meilleure compréhension de celui-ci ?

Il s’agit de la clarification de points venant préciser la signification exacte de l’enseignement du Concile. C’est ce que le Saint-Père a commencé à faire le 22 décembre 2005 en comprenant le Concile dans une herméneutique du renouvellement dans la continuité. Toutefois, il y a certaines objections de la Fraternité saint Pie X qui ont du sens, car il y a eu une interprétation de rupture. L’objectif est de montrer qu’il faut interpréter le Concile dans la continuité de la Tradition de l’Église.

 

Source: Entretien exclusif "Nouvelles de France" avec Mgr Pozzo, Secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, http://www.ndf.fr/la-une/08-06-2011/entretien-avec-mgr-pozzo-secretaire-de-la-commission-pontificale-ecclesia-dei

Partager cet article
Repost0
4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 13:46

Notre excellent confrère Sandro Magister poursuit ses études sur la réception de Vatican II avec un passionnant débat autour de la question de la liberté religieuse, opposant Dom Basile Valuet (défenseur de la continuité entre Dignitatis humanae et l’enseignement antérieur), Mgr Gherardini et Roberto de Mattei (qui nient cette continuité et contestent l’autorité doctrinale de DH) et le P. Rhonheimer (dont la thèse me semble plus compliquée à comprendre mais qui affirme, si je comprends bien, qu’avec DH, l’Eglise a approfondi son patrimoine traditionnel qui avait été partiellement occulté par l’enseignement des Papes du XIXe siècle).

« Distinguons trois positions différentes concernant la personne humaine (singulière ou collective). Par « erreur », nous entendons bien sûr ce que l’Église catholique déclare être une erreur :
[A] L’homme a la permission morale d’adhérer à l’erreur.
[B] L’homme a le droit d’adhérer à l’erreur.
[C] L’homme a le droit à l’immunité de contrainte extérieure, même s’il est dans l’erreur.
La proposition A, condamnée, bien sûr, de tout temps, en particulier au début du Syllabus, résume l’indifférentisme religieux. — B résume la thèse de la liberté de conscience et des cultes (LCC), condamnée aussi, à la fin du Syllabus. — C résume la doctrine de Vatican II.
A implique B, qui implique C. Mais C n’implique ni B ni A. Les rationalistes tiennent A et B. Le Lamennais de 1831, lui, ne soutenait pas A (ce qu’il fera en 1834), mais B, considérée comme essentielle à la constitution correcte de la société. C’est pour B qu’il fut condamné (infailliblement) par « Mirari vos ».
« Quanta cura », préparée bien avant 1863 pour condamner A et B, ne condamna pas les discours de Malines de Montalembert, lequel ne soutenait pas A, ni même B en théorie, mais estimait cependant dans la pratique devoir s’accommoder d’une société organisée sur B, parce qu’elle rendait possible C. Le Saint-Siège fit expliquer par Curci, en 1863, un an avant « Quanta cura » et le « Syllabus », que cette position d’hypothèse était acceptable. Léon XIII condamna encore A et B ; il affirma comme déjà Pie IX la possibilité de tolérer la situation concrète de B. Mais, 1er pape à avoir distingué la LCC idéologique européenne (B) et la LR pragmatique américaine (C), dans « Longinqua Oceani », en 1895, il déclara que C, situation bonne, n’était pas la meilleure dans l’absolu.
6. Que s’est-il passé ensuite ? L’État moderne dont parle le Saint-Père en 2005 a évolué de la conception de la LCC (B), à une conception autre de la liberté (C). De son côté, le magistère, dès « Libertas », a su distinguer progressivement de B la revendication de C. Et ainsi, le magistère a fini par se retrouver d’accord avec l’État moderne sur la LR (cf. les explications données en « Dignitatis humanae » 1), bien que reste condamnée la LCC (B) condamnée par Pie IX (il n’y a pas de droit à l’erreur), et pas seulement A. Il y a discontinuité sur la liberté dont on parle, non sur la doctrine : nous sommes donc d’accord.
Autre chose de très important a changé aussi : le fait que le droit à la LR (au sens C) ait été reconnu de manière inter-confessionnelle et internationale après la 2e guerre impliquait que l’expansion d’une religion autre que la religion dominante dans une société donnée ne constituait plus ipso facto un danger pour l’ordre public. De ce fait, la nécessité pour l’Église d’avoir un bras séculier chargé de réprimer « ipso facto » l’erreur religieuse n’existait plus. La situation antérieure était moins parfaite. Mais comme le remarque le Prof. Stefano Ceccanti, on pouvait comprendre que l’Église fît appel à un État catholique pour se défendre. La commission de rédaction de « Dignitatis humanae » a précisé que l’exigence, parfois prévue dans les concordats, de réprimer les confessions non catholiques, était due aux circonstances (A.S. III/VIII, 463-464).
Lorsque l’Allemagne et la France étaient en guerre, fait extrêmement déplorable, le droit naturel permettait aux armées de se tirer dessus. Mais dès l’armistice, il devient contraire au droit naturel de se tirer dessus. De Théodose à 1948, on a appliqué entre les confessions religieuses le « droit de la guerre ». Avec la reconnaissance mutuelle du droit à la LR, disparaît le droit « per se » à la coercition du bras séculier. Il me semble que je vous rejoins ici ? « Dignitatis humanae » énonce un principe englobant toutes les situations : là où une erreur religieuse ne nuit pas à l’ordre public juste, l’État n’a pas à la réprimer, mais si elle nuit à l’ordre public juste, l’État peut et parfois doit la réprimer.
7. Les papes du XIXe ont condamné le droit affirmatif (B), et non le droit négatif de Vatican II (C). »

 

Source: http://www.osservatore-vaticano.org/relations-avec-les-etats/retour-a-la-question-de-la-liberte-religieuse

Partager cet article
Repost0
12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 22:18

Par Dr. Martin Rhonheimer
Professeur d’Ethique et de Philosophie politique
à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix, Rome

(Nova et .Vetera, no 4, 0ctobre-décembre 2010) 

   
       
 

 

Avec le Concile Vatican II l’Eglise a défini
de façon nouvelle ses rapports
avec le monde moderne : continuité ou rupture ?
Une contribution au débat contemporain sur cette question
[1].

 

Source : http://www.novaetvetera.ch/Art%20Rhonheimer.htm via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=595029

 

Comme on le sait, le 22 décembre 2005, le Pape Benoît XVI s’est exprimé, dans son discours à l’occasion de la présentation des vœux de Noël à la Curie romaine, contre une interprétation largement diffusée de Vatican II, selon laquelle l’Eglise postconciliaire serait une Eglise différente de l’Eglise « préconciliaire ». Benoît XVI qualifie cette interprétation erronée du Concile d’« herméneutique de la discontinuité et de la rupture ».

Cette expression a été reprise avec empressement par les catholiques partisans fidèles du pape. L’idée que le pape ait opposé dans son discours l’herméneutique de la discontinuité à l’herméneutique de la continuité s’est largement répandue. Il semble que Robert Spaemann ait également partagé cet avis, lorsqu’à propos des tentatives d’harmonisation en matière de liberté de religion, thème qui a gagné en actualité dernièrement, il salue la mise en relief d’une continuité sans rupture entre la doctrine conciliaire et la doctrine préconciliaire (cf. « Die Tagespost » du 25.4.2009)[2].

On doit toutefois contredire cette affirmation. Dans le discours susmentionné, le pape Benoît XVI n’a pas du tout opposé l’herméneutique erronée de la discontinuité à une « herméneutique de la continuité ». Il a plutôt expliqué qu’à « l’herméneutique de la discontinuité s’oppose l’herméneutique de la réforme… » Quelle est la « nature de la vraie réforme » ? « Elle consiste, explique le Saint Père, dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux ».

La relation avec l’Etat

Le Concile Vatican II doit être compris ainsi à la lumière de la catégorie herméneutique de « réforme » et non simplement de « continuité ». En effet, la « réforme » contient aussi bien des éléments de continuité que certains éléments de discontinuité. Cependant, comme le souligne Benoît XVI, continuité et discontinuité se trouvent à des niveaux différents. Identifier et distinguer entre ces niveaux différents constitue le véritable enjeu.

A cette fin, le pape précise tout d’abord : « Le Concile devait définir de façon nouvelle le rapport entre l’Eglise et l’époque moderne », et cela sous deux rapports : d’une part, par rapport aux sciences naturelles modernes ; d’autre part, « il fallait définir de façon nouvelle le rapport entre l’Eglise et l’Etat moderne, un Etat qui accordait une place aux citoyens de diverses religions et idéologies, se comportant envers ces religions de façon impartiale et assumant simplement la responsabilité d’assurer une coexistence ordonnée et tolérante entre les citoyens et leur liberté d’exercer leur religion ».

Il est clair, poursuit Benoît XVI, qu’en ce qui concerne l’enseignement du Concile « dans tous ces secteurs, dont l’ensemble forme une unique question, il pouvait ressortir une certaine forme de discontinuité et que, dans un certain sens, une discontinuité s’était effectivement manifestée ». Malgré cela, on pouvait affirmer « que la continuité des principes n’était pas abandonnée ». Or, « c’est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme ».

En anticipant de manière prophétique les débats actuels, Benoît XVI exemplifie « l’herméneutique de la réforme » par la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse. Benoît XVI exprime ici exactement la différence de niveaux que les enseignements préconciliaires n’avaient pas eu la capacité de relever en raison de précises conditions théologiques et historiques. Ainsi, Grégoire XVI et Pie IX, pour ne mentionner que ces deux papes, avaient identifié le droit fondamental du citoyen moderne à la liberté de religion, de conscience et de culte à une négation de la vraie religion. Et cela car ils ne pouvaient pas s’imaginer qu’une vérité religieuse et une vraie Eglise puissent exister sans que cette dernière ne soit également soutenue par l’Etat et la politique, et respectée par le droit civil. De fait, un grand nombre de leurs adversaires libéraux plaidèrent pour la liberté de religion en présentant l’argument exactement contraire : une telle liberté est nécessaire car il n’y a pas de vérité religieuse.

L’Eglise du XIXe siècle considérait comme un désaveu de la religion chrétienne, seule vraie et unique, et comme de l’« indifférentisme » et de l’« agnosticisme », la vision « libérale » selon laquelle l’Etat n’aurait ni la compétence ni le devoir, d’une part, de se porter garant de la valeur sociale de la vraie religion et de renoncer à reconnaître à d’autres religions le droit d’existence, et, d’autre part, de limiter par la censure publique la liberté d’expression et de presse en vue de protéger la vraie religion.

Dans le magistère préconciliaire, l’enseignement de l’unique vérité de la religion chrétienne allait de pair avec l’enseignement de la fonction et du devoir de l’Etat, qui se devait de faire appliquer la vraie religion et de protéger la société de la diffusion de l’erreur religieuse. Cela impliquait l’idéal d’un « Etat catholique » dans lequel, au meilleur des cas, la religion catholique est l’unique religion d’Etat dont l’ordre juridique est toujours au service de la protection de la vraie religion.

C’est précisément par rapport à cet enseignement des Papes du XIXe siècle que se trouve le point de discontinuité, bien qu’il se manifeste en même temps une continuité plus profonde et essentielle. Comme l’explique Benoît XVI dans son discours : « Le Concile Vatican II, reconnaissant et faisant sien à travers le Décret sur la liberté religieuse un principe essentiel de l’Etat moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l’Eglise. » Ce principe essentiel de l’Etat moderne et en même temps la redécouverte de cet héritage profond de l’Eglise constituent, selon Benoît XVI, le clair rejet d’une religion d’Etat. « Les martyrs de l’Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s’était révélé en Jésus-Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de conscience et pour la liberté de professer leur foi. »

La « liberté de conscience » a toujours été comprise par le monde moderne comme la liberté de culte, c’est-à-dire comme le droit de l’individu et des diverses communautés religieuses à exprimer librement leur foi, de manière publique et communautaire, dans le cadre de l’ordre et de la morale publiques, sans que l’Etat ait le droit d’intervenir pour l’empêcher. Or cela correspond exactement aux revendications des premiers chrétiens à l’époque des persécutions. Ils ne revendiquaient pas la promotion par l’Etat de la vérité religieuse mais plutôt la liberté de pouvoir confesser leur foi sans être brimés par l’Etat. Il revient au Concile Vatican II d’avoir enseigné ce droit fondamental de la personne humaine à confesser sa foi sans préjudice.

C’est bien à cela qu’a dû céder le pas l’ancienne revendication de la protection politico-juridique des soi-disant « droits à la vérité » et de la répression par l’Etat de l’erreur religieuse. Quoi qu’il en soit, on ne peut nier que c’est précisément cette doctrine de Vatican II qui a été condamnée par Pie IX dans l’Encyclique Quanta cura.

Benoît XVI conclut son exemplification de l’« herméneutique de la réforme » par la doctrine sur la liberté religieuse avec cette constatation frappante : « Le Concile Vatican II, avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l’Eglise et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques… » Ces corrections ne signifient pas une discontinuité au niveau de la doctrine de la foi catholique et de la doctrine morale, qui est objet du magistère authentique, lequel en ce cas - même en tant qu'enseignement ordinaire - revendique l'infaillibilité. En ce sens, Benoît XVI parle d’une simple « discontinuité apparente », car tout en se débarrassant de l’ancien fardeau d’une doctrine d’Etat dépassée, l’Eglise « a maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. L’Eglise est, aussi bien avant qu’après le Concile, la même Eglise une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps… »

Bref, la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse n’implique aucune réorientation dogmatique, mais plutôt une réorientation de la doctrine sociale de l’Eglise et, plus précisément, une correction de son enseignement sur la fonction et les devoirs de l’Etat. Les mêmes principes immuables sont repris donc de manière nouvelle dans le nouveau contexte historique. Il n’y a aucune doctrine de foi catholique et dogmatique sur l’Etat et il ne peut pas y en avoir, exception faite des éléments déjà présents dans la Tradition apostolique et dans l’Ecriture Sainte. Or, de ces écrits est totalement absente l’idée d’un « Etat catholique » qui serait le bras séculier de l’Eglise. Ils témoignent plutôt d’une séparation entre la sphère religieuse et celle politico-étatique.

La levée partielle du vrai dualisme chrétien entre pouvoir temporel et spirituel ainsi que leur amalgame apparurent plus tard, comme conséquence de situations historiques contingentes, dont, en premier lieu, l’imposition du christianisme comme religion d’Etat dans l’Empire romain et la lutte contre l’arianisme (qui plaidait à nouveau pour une déification de l’Etat) ; en deuxième lieu, l’intégration, au cours du bas moyen âge, de l’Eglise dans les structures du gouvernement impérial et, en troisième lieu, en réaction à cette dernière, la doctrine politico-canonique du haut moyen âge de la plenitudo potestatis du pape, une doctrine de laquelle on a tiré l’idée moderne d’un Etat princier confessionnel catholique, auquel Pie IX était encore très attaché et auquel on a bien évidemment opposé son pendant protestant.

La doctrine de Vatican II représente ici un clair point tournant par rapport au passé. Une fois définitivement libérée du fardeau historique, la doctrine du Concile sur la liberté religieuse demeure essentiellement une doctrine sur les devoirs et les limites de l’Etat ainsi que sur le droit civil fondamental – un droit de la personne et non de la vérité – par lequel sont restreintes la souveraineté et les compétences de l’Etat en matière de religion. Elle est, ensuite, une doctrine sur la liberté de l’Eglise à exercer librement – à l’instar de toute autre religion – sa mission de salut aussi dans l’Etat séculier, une doctrine établie sur la base des droits corporatifs fondamentaux à la liberté religieuse. Enfin, la doctrine conciliaire affirme le devoir qu’a l’Etat de garantir, de manière neutre et impartiale et toujours dans le respect de l’ordre et de la morale, les conditions nécessaires pour que chaque citoyen puisse pratiquer sa propre religion.

Tentatives de réconciliation : un échec ?

C’est justement cette nouvelle doctrine politico-juridique soutenant que l’Etat n’est plus le bras séculier de l’Eglise gardienne de la vérité religieuse, que réfutent aujourd’hui les traditionalistes. C’est effectivement ce que le P. Matthias Gaudron, porte-parole de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X en Allemagne, a mis en exergue dans une lettre de lecteur (parue dans « Die Tagespost » du 6.6.2009). Alors que les positions plus tempérées, telles que celle du Prof. H. Klueting (cf. « Die Tagespost » du 30.05.2009, p. 18), réduisent la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse à une « immunité de toute conversion forcée » suggérant ainsi à tort une continuité sans rupture, le P. Gaudron met le doigt sur le point décisif : la divergence ne porte pas sur la question du rejet de la « conversion forcée » – ce point fait l’unanimité – mais sur la question de savoir jusqu’où on peut aller dans la restriction de la pratique publique d’une foi erronée et dans sa propagation. Il constate ainsi et à raison une rupture de la continuité ou, pour le dire avec Benoît XVI, la discontinuité.

Le Mémorandum « La bombe à retardement de Vatican II » adressé par le supérieur provincial allemand de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le P. Franz Schmidberger, à tous les évêques allemands est encore plus explicite. Selon lui, la doctrine de Vatican II signifie « la sécularisation de l’Etat et de la société », ainsi que l’« agnosticisme d’Etat ». Elle représente le désaveu du droit et du devoir de l’Etat « d’empêcher aux membres de religions erronées de propager publiquement leurs convictions religieuses, en brimant leurs manifestations publiques et activités missionnaires et en leur refusant le permis de bâtir des lieux de culte ». Bref, par sa doctrine sur la neutralité religieuse de l’Etat – en fait, sa laïcité –, le Concile a renié la doctrine traditionnelle sur l’Etat catholique et sur le Royaume social de Jésus-Christ. En réalité, poursuit le P. Schmidberger, suivant en cela l’archevêque Lefebvre, « Jésus-Christ est le seul Dieu et la croix la seule source de salut ». Par conséquent, « il revient aux dirigeants d’Etat de faire valoir dans la société, autant que cela est possible, cette revendication d’exclusivité ».

Ici, il n’y a pas de point commun ou de continuité avec la doctrine de Vatican II. Je considère comme inutiles et concrètement erronées toutes ces tentatives d’harmonisation mises en œuvres par des[4] théologiens tels que Basil Valuet[3], auquel fait référence Spaemann, ou Bertrand de Margerie, et cela malgré leur effort méritoire d’obtenir une reconnaissance de la part des croyants traditionalistes, en vue de leur réconciliation avec le dernier concile. En réalité, ces tentatives sèment plutôt la confusion, car de tels plaidoyers masquent le véritable problème et par-là l’originalité de la doctrine du Concile Vatican II. Les arguments utilisés sont faux car ces tentatives d’harmonisation ne tiennent pas compte du contexte politico-juridique et de la distinction de niveaux mis en évidence par Benoît XVI.

On ne peut donc pas affirmer, comme le fait Bertrand de Margerie, que tant pour le pape Grégoire XVI que pour le Concile Vatican II la liberté de presse n’est pas illimitée, de sorte qu’il y a continuité entre la condamnation de la liberté de presse par le pape Grégoire XVI et la doctrine de Vatican II. En réalité, alors que le pape Grégoire plaidait pour une censure de la presse par l’Etat sous contrôle ecclésiastique en vue de servir la vraie religion, Vatican II – comme d’ailleurs déjà les libéraux au XIXe siècle – fait référence aux limites de la liberté de presse et de conscience présentes dans les droits accordés aux citoyens, droits définis par la loi et avec possibilité de recours et en tenant compte de l’ordre et de la morale publiques. Ces limites correspondent à la logique de neutralité et de laïcité propre de l’Etat constitutionnel, libéral et démocratique, face aux revendications religieuses de vérité, et n’ont rien à faire avec une « protection de la vraie religion » et une protection du citoyen de la « peste de l’erreur religieuse » ni avec une censure d’Etat exercée au service et au prorata de l’Eglise (comme le pratiquait le Saint-Office – aujourd’hui la Congrégation pour la doctrine de la foi – dans l’Etat ecclésiastique du XIXe siècle régi par le droit canonique).

De même, la tolérance telle qu’elle est encore enseignée par Pie XII dans son discours Ci riesce du 6.12.1953, et qui ne peut être exercée en matière de religion que « dans certaines circonstances » et selon le jugement d’appréciation de l’« homme d’Etat catholique », n’ouvre non plus la voie à la liberté religieuse. Et cela en raison du droit civil fondamental de la personne humaine qui limite la compétence du pouvoir d’Etat dans les questions religieuses. Sur cette base, de tels jugements d’appréciation de « l’homme d’Etat catholique » relatifs à la tolérance ne sont désormais plus possibles, car ils seraient contraires au droit. Ainsi il ne peut pas y avoir de soi-disant « droit à la tolérance », ce qui selon Basil Valuet se retrouverait chez Pie XII et serait conforme à la doctrine de Vatican II.

En aucun cas il ne s’agit ici – comme l’écrit Robert Spaemann – d’un « conflit de principes sans conséquents », mais bien plutôt de la question fondamentale concernant la relation de l’Eglise à la modernité, en particulier à l’Etat constitutionnel libre et démocratique et, bien davantage, de la question de la compréhension que l’Eglise a d’elle-même ainsi que de son rapport au problème de la contrainte dans le domaine religieux.

En fait, bien que l’Eglise ait de tout temps refusé l’idée de la conversion forcée, elle n’a généralement pas repoussé l’idée de la contrainte en matière religieuse. Au contraire, l’Encyclique Quanta Cura (1864) de Pie IX ne visait pas les athées libéraux, mais le groupe influent des catholiques libéraux réunis autour du politicien français Charles de Montalembert. Il s’agissait notamment des catholiques orthodoxes qui ont même défendu l’existence des Etats Pontificaux (Montalembert est à l’origine du principe « Eglise libre dans un Etat libre », qui plus tard sera repris, bien que de manière différente, par Cavour) et qui, au Congrès de Malines d’août 1863, ont revendiqué la reconnaissance de la part de l’Eglise de la liberté d’association, de presse et de culte.

Mais ces revendications entrent en collision avec la position « traditionnelle » de l’Eglise, reçue en héritage du haut moyen âge, selon laquelle l’Eglise possède le droit d’user de la contrainte – à l’aide de mesures juridiques pénales – pour préserver les chrétiens de l’apostasie. « Embrasser la foi, c’est affaire de liberté », écrit Thomas d’Aquin, « mais la garder quand on l’a embrassée est une nécessité » (Summa theologiae II-II, 10, 8, ad 3). Les théologiens qui ont étudié le Quanta Cura se réclament de ce principe. On l’a compris de telle manière qu’on a considéré du devoir de l’Etat, conçu comme bras séculier de l’Eglise, de préserver les fidèles, par le biais de la censure et du droit pénal, des influences dangereuses pour la foi et de l’apostasie.

C’est pour cette raison que Pie VI avait condamné la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de la Révolution française, dans son Bref Quod aliquantum de 1791. Elle représente l’apostasie publique de toute une nation. Pour les catholiques, revendiquer la liberté religieuse c’est l’affaire d’un Etat d’infidèles ou de juifs. Mais puisque la France est une nation chrétienne et les citoyens français sont des chrétiens baptisés, il ne peut pas y avoir de liberté civile générale de confesser une religion autre que la vraie religion catholique. Pie VI le précise : les non-baptisés « ne peuvent pas être contraints à obéir à la foi catholique ; les autres par contre doivent l’être (sunt cogendi) ».

Dans son discours de 2005, Benoît XVI prend la défense de la première phase, celle « libérale », de la Révolution française – qu’il distingue ainsi de la seconde, la phase jacobine, plébiscitaire et radical-démocratique, qui amena la Terreur de la guillotine. Ce faisant, il réhabilite également la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789, issue de l’esprit du parlementarisme représentatif et de la pensée constitutionnelle américaine.

La perspective du Concile

Vatican II a eu le mérite de surmonter l’assimilation typique effectuée par la doctrine préconciliaire de la liberté religieuse à l’« indifférentisme » et à l’« agnosticisme ». Il s’agit, pour ce qui concerne le magistère de l’Eglise, d’une étape historique qui ne peut être comprise qu’à la lumière de l’« herméneutique de la réforme » préconisée par Benoît XVI.

Il vaut la peine de se pencher sur cette exigence et ne pas la délayer dans de faux efforts de continuité, ce qui reviendrait à altérer la véritable continuité et par là l’essence même de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.

Et qu’en est-il de la « doctrine catholique sur le devoir moral de l’homme et de la société vis-à-vis de la vraie religion et de l’unique Eglise du Christ » qui, d’après les déclarations du Concile sur la liberté religieuse, devrait être « intangible » ? Effectivement, cette affirmation est souvent citée pour suggérer la « continuité sans rupture » dans la tradition de l’Eglise concernant, entre autres, la liberté religieuse. Sur ce point le Concile semble en effet être resté ambivalent.

Mais cette affirmation n’est pas aussi ambivalente qu’elle paraît, car ces devoirs moraux – comme le dit le texte susmentionné – ont pour condition « l’immunité de toute contrainte dans la société civile ». L’ancienne doctrine sur les devoirs de l’Etat comme bras séculier de l’Eglise semble ne plus tenir face au discours sur les devoirs des « hommes et des sociétés vis-à-vis de la vraie religion et de l’unique Eglise du Christ ».

Quels sont ces devoirs, c’est entre-temps une autre interprétation également correcte de cette phrase contestée à le suggérer. Il s’agit du Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 2105) – un document du magistère de l’Eglise – qui affirme, en citant le passage susmentionné, que c’est le devoir tant de l’individu que de la société « de rendre à Dieu un culte authentique ». Ce que l’Eglise réalise « en évangélisant sans cesse les hommes », afin qu’ils puissent pénétrer d’esprit chrétien « les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent ».

En revanche, on demande à chaque chrétien de faire connaître « l’unique vraie religion qui subsiste dans l’Eglise catholique et apostolique ».

Telle est la manière – conclut l’article du Catéchisme de l’Eglise catholique – par laquelle l’Eglise manifeste « la Royauté du Christ sur toute la Création et en particulier sur les sociétés humaines ». La perspective de Vatican II est donc l’annonce de l’Evangile par l’Eglise et par l’apostolat des fidèles visant à pénétrer d’esprit chrétien les structures de la société. Pas un mot, par contre, sur l’Etat qui en tant que bras séculier de l’Eglise serait censé protéger le « droit à la vérité » même avec la force et par là établir la royauté du Christ sur la communauté des hommes. La discontinuité est évidente. Et plus évidente encore est la continuité là où elle est vraiment essentielle et donc nécessaire. 

* * *

 Annexe. Continuité et discontinuité : qu’en est-il de l’infaillibilité du Magistère ?

Les réactions de quelques théologiens au sujet des réflexions ici exposées, ont relevé que mon interprétation mettrait en doute l’infaillibilité du magistère de l’Eglise, et donc qu’elle n’est pas acceptable car mes observations suggéreraient une réelle rupture dans la continuité du magistère ordinaire universel. Or, en déclarant la liberté religieuse comme un droit naturel, la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse a introduit une véritable nouveauté, sans pour cela entrer en conflit avec les déclarations magistérielles antérieures qui ne contemplaient pas encore un tel droit naturel. Pour cette raison on ne devrait pas parler de discontinuité, mais plutôt d’un élargissement de perspective. En effet, les condamnations de la liberté religieuse par les papes du XIXe siècle auraient eu une valeur disciplinaire et non doctrinale.

Bien qu’il ne revienne pas au philosophe moral ou au philosophe politique d’aborder ces questions fondamentales proprement théologiques, il est toutefois indispensable dans ce cas – également pour éviter tout malentendu – de compléter ce qui me paraît nécessaire. Pour ma part, je considère la question comme réglée par ce que je viens de dire. En effet, de mon interprétation des relations entre la dimension historique et celle purement théologique il aurait dû déjà clairement ressortir qu’elle ne remet nullement en question l’infaillibilité du magistère de l’Eglise, ni celle du magistère ordinaire universel. Cela se manifeste déjà à partir de la distinction entre les deux niveaux, d’une part, le niveau des principes de la doctrine de la foi catholique et, d’autre part, celui de leur application historique concrète, comme préconisé aussi par le discours de Benoît XVI. Il reste que celui qui ne peut consentir à cette distinction aura sûrement de la peine à suivre mon argumentation. Afin de montrer pourquoi je considère la critique exposée plus haut comme erronée et ses craintes respectives comme infondées, je vais essayer d’expliquer davantage cette distinction en réfutant les objections susmentionnées. Pour ce faire, je vais procéder en cinq étapes.

1. La question de l’infaillibilité

L’infaillibilité du magistère – affirme le Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique – « s’exerce quand le Souverain Pontife, en vertu de son autorité de suprême Pasteur de l’Eglise, ou le Collège des Evêques en communion avec le Pape, surtout lorsqu’ils sont rassemblés en Concile œcuménique, déclarent par un acte définitif une doctrine relative à la foi ou à la morale ». De même, l’infaillibilité du magistère universel du Collège des Evêques s’exerce « quand le Pape et les Evêques, dans leur magistère ordinaire, sont unanimes à déclarer une doctrine comme définitive » (n. 185). Cette infaillibilité ne concerne pas seulement le dogme au sens strict, mais la totalité de la doctrine de la foi et de la morale, y compris l’interprétation de la loi morale naturelle et toute autre déclaration ayant un rapport historique ou logique intrinsèque avec la foi, sans laquelle le dogme ne pourrait être correctement compris ou conservé.

Le premier cas – définition ex cathedra ou Concile œcuménique – n’est manifestement pas concerné par la question de la liberté de religion. En effet, le premier et jusqu’à ce jour le seul concile à s’être exprimé sur ce sujet a été le Concile Vatican II. Il revient justement à ce concile d’avoir reconnu la liberté de religion. De même, le magistère ordinaire universel non plus ne semble être ici concerné, car jamais auparavant le pape et les évêques n’avaient condamné la liberté religieuse et déclaré cette condamnation comme une doctrine définitive de l’Eglise. Cela a été plutôt le cas de quelques papes isolés, compris dans un laps de temps d’une centaine d’années, et jamais d’une revendication explicite de vouloir présenter une doctrine définitive en matière de foi ou de mœurs (même si c’est ainsi que cela a été implicitement compris par les papes du XIXe siècle).

De prime abord, il semble donc pour le moins très improbable que la discontinuité relevée plus haut dans la doctrine de l’Eglise sur la liberté de religion puisse mettre de quelque manière en question l’infaillibilité du magistère y compris le magistère ordinaire universel. Ce premier constat devrait être confirmé par ce qui suit.

2. La substance doctrinale de la condamnation de la liberté religieuse par Pie IX

Si on la considère sous le rapport de sa condamnation à la fois de l’indifférentisme ou du relativisme religieux, de l’opinion selon laquelle il n’y a pas de vérité religieuse exclusive ainsi que de l’opinion que toutes les religions sont en principe égales et que l’Eglise du Christ n’est pas l’unique voie de salut, il est indéniable que la condamnation de la liberté religieuse émise par Pie IX touchait effectivement à un aspect central du dogme catholique. Tel a paru en tout cas l’enjeu véritable à cette époque. Si je dis « tel a paru » c’est parce que – comme Vatican II l’a montré – la doctrine de la vérité exclusive de la religion chrétienne et de l’unicité de l’Eglise de Jésus-Christ comme voie de salut éternel n’est en réalité nullement affectée par l’acceptation de la liberté de religion et de culte.

Comme l’enseigne Vatican II, le droit à la liberté de religion et de culte n’implique nullement que toutes les religions s’équivalent. Ce droit est en effet un droit des personnes et ne concerne pas la question de savoir en quelle mesure ce que les personnes croient contredit à la vérité. En d’autres termes, reconnaître que les fidèles de toutes les religions jouissent du même droit civil à la liberté de culte ne signifie pas que, puisque c’est le droit de tout le monde, alors toutes les religions doivent être « également vraies ».

Que cela était ce que signifiait la liberté de religion ou la liberté de culte, telle était justement, comme on l’a montré plus haut, la conviction des papes du XIXe siècle et de la théologie dominante de l’époque. Pour ces derniers cela voulait également dire qu’abandonner le principe selon lequel l’Etat d’un pays catholique a pour tâche et devoir de protéger et de favoriser la vérité catholique, de nier le droit d’exister à toute confession religieuse déviante ou, tout au plus, de la tolérer dans certaines limites et dans la mesure du raisonnable, revenait à admettre ipso facto qu’il n’y a pas une seule vraie religion et Eglise, mais que toutes les religions s’équivalent. Or, il va de soi qu’à l’époque l’Eglise ne pouvait pas accepter une telle vision des choses, et ne le peut d’ailleurs pas non plus aujourd’hui. Toutefois, aujourd’hui l’Eglise a modifié sa conception de la fonction de l’Etat et de ses devoirs vis-à-vis de la vraie religion, une conception qui en réalité n’est pas du tout de nature purement théologique ni a affaire avec la nature de l’Eglise et sa foi, mais concerne la nature de l’Etat et sa relation avec l’Eglise. Il s’agit donc tout au plus d’une question concernant un aspect de la doctrine sociale de l’Eglise.

Ainsi, lorsque Benoît XVI affirme que le Concile Vatican II « par le Décret sur la liberté religieuse a reconnu et accepté un important principe de l’Etat moderne », cela manifeste clairement une conception de la nature et des devoirs de l’Etat bien différente et opposée à la conception de l’Etat de Pie IX ainsi qu’à la vision traditionnelle de la soumission du pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Une telle discontinuité ne signifie pas de rupture avec la Tradition doctrinale dogmatique de l’Eglise, ni un détournement du depositum fidei et des « quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est » (« ce qui a été cru partout, toujours et par tous », selon le canon de Vincent de Lérins). Par conséquent, il ne peut y avoir ici de contradiction non plus avec l’infaillibilité du magistère ordinaire universel de l’Eglise, car une telle contradiction n’est de soi pas possible.

Il est vrai que la doctrine sur le pouvoir temporel élaborée à partir de la Tradition apostolique, tout spécialement de l’Ecriture Sainte – dont les Epîtres de saint Paul – contient des éléments essentiellement de droit naturel qui pour cela font aussi l’objet du magistère infaillible de l’Eglise. Il s’agit notamment de la doctrine enseignant que tout pouvoir vient de Dieu, que les gouvernants et les autorités civiles font partie de l’ordre de la création, et qu’en conscience, et donc pour des raisons morales, chacun doit obéissance à l’autorité civile et doit lui reconnaître également le droit à prendre des mesures pénales. Il serait cependant prétentieux d’affirmer que ces principes contenaient également des indications sur la relation entre l’Eglise et l’Etat, sur les devoirs de l’Etat envers la vraie religion ou le droit de l’Eglise à faire valoir ses prétentions sur le bras séculier de l’Etat, aussi au moyen de condamnations ponctuelles et de leurs conséquences civiles. Ce n’est qu’au cours du temps et sous l’influence de diverses conjonctures et besoins historiques, que de telles positions ou enseignements se sont constitués, principalement aussi en relation au combat de l’Eglise pour la libertas ecclesiae, la liberté de l’Eglise face au contrôle et à la tutelle civile et politique. Cela a été un processus extrêmement complexe, dont j’ai traité des différentes étapes dans d’autres publications[5].

A ce propos il faut également souligner que la discontinuité relevée par Benoît XVI au niveau de l’application des principes n’implique aucune rupture dans la continuité de l’intelligence du mystère de l’Eglise. Au contraire, Benoît XVI constate que : « …l’Eglise est, aussi bien avant qu’après le Concile, la même Eglise une, sainte, catholique et apostolique, en chemin à travers les temps… ». On touche là, il me semble, à la véritable préoccupation de Benoît XVI face à une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » qui voit dans l’Eglise de Vatican II une autre Eglise, une nouvelle Eglise. D’après le Pape, les partisans d’une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » auraient considéré le Concile « … comme une sorte de Constituante qui élimine une vieille constitution et en crée une nouvelle…  ». En réalité, explique Benoît XVI, les Pères du Concile n’avaient pas reçu de tel mandat. En parlant de continuité et de discontinuité à différents niveaux – d’une part, celui du dogme, de l’intelligence du mystère de l’Eglise, de la compréhension de plus en plus vraie et profonde du depositum fidei de la part de l’Eglise et, d’autre part, le niveau des modes toujours concrets et contingents de son application – « l’herméneutique de la réforme » défendue par Benoît XVI ne constate aucune rupture dans la compréhension de l’Eglise. L’Eglise y est comprise plutôt comme « … un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ».

3. Droit naturel ou droit civil ? Le cœur de la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse

Comme l’argumente une autre objection dans la critique citée au début de cette annexe, Vatican II proclame dans sa déclaration conciliaire Dignitatis humanae (n. 2) que « … le droit à la liberté religieuse a son fondement réel dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même ». Or, cela signifie pour le Concile Vatican II aussi que la liberté religieuse est un droit naturel. Ce faisant, le magistère infaillible de l’Eglise s’étend jusqu’à l’interprétation de la loi morale naturelle et du droit naturel. Par conséquent, conclut l’objection, il ne peut y avoir ici ni de discontinuité ni de contradiction, et il serait donc faux d’affirmer que Vatican II a explicitement enseigné ce que Pie IX a condamné, soit le droit à la liberté de religion et de culte.

En effet, le Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 2106) l’exprime clairement : « Ce droit [à la liberté de religion] est fondé sur la nature même de la personne humaine…  ». Il est donc certainement juste de dire que le Concile Vatican II considère la liberté religieuse comme faisant partie du droit naturel. Mais il est également vrai de dire que Dignitatis humanae (n. 2) revendique que « ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse doit être reconnu dans l’ordre juridique de la société de telle manière qu’il puisse devenir un droit civil » (l’italique est nôtre). La perspective de Vatican II n’est donc pas simplement et uniquement celle du droit naturel, mais toujours aussi celle de la liberté religieuse comme droit civil (c’est-à-dire, en fin de compte, comme droit à la liberté de culte). De fait, telle était aussi la perspective de Pie IX, puisque la liberté de religion qu’il condamnait n’était autre que le droit civil à la liberté de culte revendiqué, entre autres, par l’aile catholique-libérale. Il est donc correct de dire que la revendication de la part de Vatican II de la liberté religieuse comme exigence propre du droit naturel, c’est-à-dire le droit civil à la liberté de culte, n’est autre chose que ce qui avait été condamné dans l’Encyclique Quanta cura de Pie IX et dans son annexe, le Syllabus errorum.

Le droit naturel en tant que tel n’est donc pas touché du tout par la discontinuité dont il est ici question. La contradiction ne joue qu’au niveau de la revendication du droit civil et n’est ainsi que d’ordre politique. La doctrine de Vatican II et le Quanta cura avec son Syllabus errorum ne se contredisent donc pas au niveau du droit naturel, mais au niveau de son application juridico-politique dans des situations et face à des problèmes concrets. Par ailleurs, la nouveauté introduite par Vatican II ne porte pas seulement sur son enseignement de la liberté religieuse comme droit naturel, mais également sur la nécessité qu’elle soit reconnue comme un droit civil (la liberté de culte). En d’autres termes, de la conception bien attestée de la liberté religieuse comme droit naturel, Vatican II a su tirer une nouvelle conséquence concernant l’ordre juridique positif de l’Etat. Or, Pie IX n’avait pas tiré cette même conséquence, qu’il considérait au contraire comme nocive et fausse car – à son avis – elle impliquait nécessairement l’indifférentisme religieux et le relativisme, tant du point de vue doctrinal que dans ses conséquences pratiques. En revanche, si le Concile Vatican II a pu le faire, c’est qu’il partait d’une conception différente de l’Etat et de sa relation avec l’Eglise, ce qui lui permettait de déplacer l’accent du « droit à la vérité » au droit de la personne, du citoyen considéré en tant qu’individu et de sa conscience religieuse.

Ainsi, encore une fois, ce n’est pas l’infaillibilité du magistère ordinaire dans son interprétation du droit naturel qui est en jeu ici, car dire « application » n’est pas égal à dire « interprétation ». En effet, cette dernière porte essentiellement sur ce qui concerne la loi morale naturelle et la norme morale correspondante, mais elle ne se prononce pas sur la manière dont la loi naturelle ou le droit naturel doivent être appliqués ni se préoccupe des conséquences qu’il faut en tirer à partir d’une situation historique donnée. Que le magistère s’exprime parfois sur une telle application est inévitable et peut être aussi utile. Cela dit, on ne peut toutefois affirmer qu’il s’agirait dans ce cas d’interprétations magistérielles du droit naturel ou de la loi morale naturelle susceptibles de faire l’objet de l’infaillibilité. Il s’agit là de réalisations et d’applications concrètes qui, à l’époque où elles sont entreprises, peuvent être contraignantes pour les fidèles catholiques, et exiger leur obéissance. Mais en aucun cas il ne s’agit d’enseignements qui ne pourraient être récusés par des décisions magistérielles postérieures[6].

4. Discontinuité dans la doctrine ou uniquement par rapport à l’orientation pratico-politique (disciplinaire) ?

Pour échapper au danger supposé d’une contradiction doctrinale, on pourrait cependant se réfugier derrière l’argument que les condamnations de Pie IX n’ont pas été des condamnations doctrinales, mais uniquement disciplinaires. En ce cas donc il n’y aurait pas de discontinuité doctrinale.

Or, premièrement, dans le discours du Pape de 2005 il n’est pas question d’une opposition entre, d’une part, des affirmations doctrinales et, d’autre part, des décisions de caractère pratique et disciplinaire. En fait, Benoît XVI distingue bien davantage entre « principes » et « la manière de les mettre en pratique ». Deuxièmement, je considère cette objection comme erronée aussi d’un point de vue historique, car au XIXe siècle cette question était clairement de nature doctrinale. En effet, Pie IX comprenait sa condamnation de la liberté religieuse comme une nécessité d’ordre dogmatique et non seulement comme une mesure disciplinaire (comme ce sera le cas plus tard du Non expedit, un document par lequel le Pape interdisait aux catholiques italiens de s’engager politiquement dans l’Italie laïque). Comme nous l’avons déjà dit, la revendication de la liberté religieuse ou l’affirmation que l’Eglise n’a pas le droit d’imposer aux fidèles, avec l’aide du « bras séculier », des peines ou des mesures coercitives temporelles était ressentie à l’époque comme une hérésie, ou du moins comme une manière d’y parvenir[7]. Il me semble donc tant historiquement qu’objectivement erroné d’interpréter la condamnation de la liberté religieuse de la part des acteurs de l’époque comme une simple mesure d’ordre pratico-disciplinaire.

En effet, pour Pie IX il en allait de la sauvegarde même de l’essence de l’Eglise, de sa revendication à être l’unique vérité et cause de salut. Ainsi, reconnaître la liberté de religion signifiait pour lui nier ces vérités ; cela signifiait également indifférentisme et relativisme religieux. C’est bien en cela que réside également la grandeur de ce pape qui, à partir des positions théologiques de son temps – dont toutefois il n’a pas su discerner le caractère historique – a agi certainement dans un esprit de fidélité héroïque à la foi et résisté tel un rocher dans la tourmente d’un relativisme déchaîné. Les temps n’étaient manifestement pas encore mûrs pour que l’Eglise se positionne dans ce combat défensif de manière nouvelle et différenciée[8].

C’est dans le rejet de l’indifférentisme et du relativisme religieux que se trouve le cœur toujours encore valable de cette condamnation du XIXe siècle. Cependant, que ce combat contre l’indifférentisme et le relativisme religieux soit devenu un combat contre le droit civil à la liberté de religion et de culte, cela était dû à la conception selon laquelle l’Etat est le garant de la vérité religieuse et l’Eglise possède le droit à se servir de l’Etat comme de son bras séculier pour assurer ses responsabilités pastorales. Or, une telle conception de l’Etat ne reposait nullement sur les principes de la doctrine de la foi et de la morale catholiques mais bien plutôt sur les traditions et les pratiques de droit ecclésiastique d’origine médiévale ainsi que sur leurs justifications théologiques.

A cela il faut ajouter que la discontinuité magistérielle en tant que telle n’est pas ici en question. Pour Benoît XVI il ne s’agit pas en premier lieu de la continuité du magistère mais bien de celle de l’Eglise et de la compréhension de l’Eglise. Il s’oppose à l’idée d’une rupture entre l’Eglise « préconciliaire » et « postconciliaire », telle qu’elle est représentée par les partisans d’une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture ». Dans les déclarations magistérielles – en particulier dans celles portant sur des questions politiques, économiques et sociales – on trouve beaucoup d’éléments dépendant des conjonctures historiques. Le magistère de l’Eglise dans le domaine de l’enseignement social contient aussi, à côté de principes immuables et fondés sur la doctrine de la foi, une foule de concrétisations qui sont souvent, rétrospectivement, plutôt douteuses. Il ne s’agit pas ici d’un type d’« enseignement » semblable à l’enseignement catholique en matière de foi et de mœurs, où l’Eglise interprète la loi naturelle aussi de manière contraignante, comme dans le cas des questions concernant la contraception, l’avortement, l’euthanasie et d’autres normes morales dans le domaine bioéthique. Dans ces derniers cas, il ne s’agit pas de simples applications de la loi naturelle à des situations concrètes, mais de la détermination de ce qui appartient au juste à la loi naturelle et de la norme morale correspondante. Dans ce domaine, le magistère ordinaire universel aussi est infaillible.

Les conceptions dominantes au XIXe siècle concernant le rôle et les devoirs du pouvoir temporel vis-à-vis de la vraie religion – des conceptions fondées sur des modèles médiévaux et de l’Antiquité chrétienne tardive mais qui ont acquis leur forme définitive seulement au sein de l’Etat confessionnel moderne – ne peuvent que très difficilement revendiquer pour elles-mêmes le privilège de reposer sur la Tradition apostolique ou d’être un élément constitutif du depositum fidei.

De même, ces conceptions n’appartiennent guère aux vérités qui possèdent une relation historique ou logique nécessaire avec les vérités de la foi ou le dogme, vérités qu’il serait en l’occurrence nécessaire de maintenir afin de conserver et d’interpréter correctement le depositum fidei[9].

En revanche, il paraît qu’à l’origine le christianisme ait même adopté une position plutôt opposée. Il est né et s’est développé dans un milieu païen, il s’est conçu, à partir de l’Evangile et de l’exemple de Jésus-Christ, comme fondé essentiellement sur la séparation entre religion et politique, et il n’a requis de l’Empire romain que la liberté de pouvoir se développer sans entraves. En reconnaissant et faisant sien à travers son Décret sur la liberté religieuse un « principe essentiel de l’Etat moderne », affirme Benoît XVI dans son discours, le Concile Vatican II « a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l’Eglise. Celle-ci peut être consciente de se trouver ainsi en pleine syntonie avec l’enseignement de Jésus lui-même (cf. Mt 22, 21), comme également avec l’Eglise des martyrs, avec les martyrs de tous les temps ».

Cependant, le recours à l’Evangile et aux premiers chrétiens est un thème qui n’a pas été mentionné uniquement par Benoît XVI. Il constitue davantage le cœur de l’argumentation de Dignitatis humanae, qui consacre deux paragraphes à une telle réflexion sur les origines (n. 11 et 12). Le Concile explique laconiquement : « L’Eglise, donc, fidèle à la vérité de l’Evangile, suit la voie qu’ont suivie le Christ et les Apôtres, lorsqu’elle reconnaît le principe de la liberté religieuse comme conforme à la dignité de l’homme et à la Révélation divine » (n. 12). C’est bien le recours à l’Evangile, à la tradition apostolique et au témoignage des premiers chrétiens qui, comme le souligne Benoît XVI, ont « rejeté clairement la religion d’Etat », qui caractérise vraiment la doctrine sur la liberté religieuse de Vatican II. Ainsi, la conception des tâches et des devoirs de l’Etat envers la vraie religion, qui faisait autorité pour Pie IX, a été tacitement classée par l’acte du Magistère solennel d’un concile œcuménique[10].

5. Fidélité à la foi, Tradition et Modernité politique

Le Concile Vatican II a libéré l’Eglise d’un lest historique séculaire, dont les origines ne remontent pas à la tradition apostolique et au depositum fidei, mais plutôt à des décisions concrètes de l’époque post-constantinienne du christianisme. Ces décisions se sont finalement cristallisées en des traditions canoniques et en leurs interprétations théologiques correspondantes, grâce auxquelles l’Eglise a essayé de défendre sa liberté, la libertas ecclesiae, des attaques incessantes des puissances temporelles (on pense notamment à la doctrine médiévale des deux glaives qui, à l’époque, cherchait à justifier théologiquement et bibliquement la compréhension de la plenitudo potestatis du pape). Cependant, au cours des siècles, ces traditions canoniques et leurs formulations théologiques ont changé de fonction et de teneur. Par la suite et dans la tradition des Etats souverains confessionnels modernes, elles sont devenues une justification de l’Etat catholique idéal, dans lequel « le trône et l’autel » existaient en étroite symbiose et l’homme d’Etat catholique plaidait avec zèle pour les « droits de l’Eglise » et non pour le droit civil à la liberté religieuse. Cette symbiose et cette vision unilatérale menant au cléricalisme et à une société cléricale n’ont pas manqué d’assombrir le visage propre de l’Eglise.

Le Concile Vatican II a osé là un pas faisant époque. Cependant, cela n’a pas changé la compréhension que l’Eglise a d’elle-même ni la doctrine de la foi et de la morale catholique. Seule a été redéfinie la manière dont l’Eglise conçoit sa relation au monde et notamment au pouvoir temporel de l’Etat, une redéfinition qui en réalité se réclame des origines, pour ainsi dire du charisme chrétien fondateur, et notamment des mots mêmes de Jésus invitant à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Ni l’infaillibilité du pape ni celle du magistère ordinaire universel du collège épiscopal ne sont affectées ou amoindries par une telle démarche. Au contraire, par la doctrine de Vatican II sur la liberté de religion se manifeste encore plus clairement l’identité de l’Eglise de Jésus-Christ et combien le magistère de l’Eglise en matière de foi et de morale possède une continuité, malgré toutes les discontinuités historiques, ce qui constitue par ailleurs le fondement et l’argument le plus convaincant de la possibilité de son infaillibilité. C’est pourquoi il me semble que toute interprétation qui cherche à retoucher, au moyen d’escamotages argumentatifs compliqués, une quelconque discontinuité à ce cadre d’ensemble, n’est d’aucun soutien pour la défense de l’infaillibilité du magistère de l’Eglise. Tout étant motivée par des raisons pastorales en soi compréhensibles et valides, mais de fait de manière pratiquement erronée, une telle interprétation complique inutilement les choses. Par l’évidence de ses intentions concrètes visant la politique ecclésiastique, elle peut même avoir un effet contre-productif en portant atteinte ainsi à la crédibilité du magistère.

Par contre, à ceux qui, comme les traditionalistes réunis autour de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X de l’archevêque Lefebvre, ne savent plus apercevoir dans l’Eglise de Vatican II « l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique » de la Tradition et parlent d’une rupture désastreuse avec le passé, on peut rétorquer qu’effectivement il y a ici un différend insurmontable dans la conception de l’Eglise, tout comme de l’Etat et de ses devoirs. C’est pourquoi ces traditionalistes, pour qui manifestement « la tradition en tant que telle » et « les traditions ecclésiales » sont plus importantes que la tradition apostolique[11], la seule qui soit au fond normative, n’accepteront guère les tentatives de médiation susmentionnées, car elles passent à côté du cœur du problème, qui n’est autre que la discontinuité réellement existante.

Dans une réaction à Robert Spaemann et à mes déclarations sur le thème de la liberté religieuse publiée sur internet, le Père Matthias Gaudron cite l’une de mes affirmations : « Il n’y a aucune doctrine de foi catholique universelle et dogmatique sur l’Etat et il ne peut y en avoir » et il remarque à ce propos : « Si cela est vrai alors le nouveau magistère de Vatican II n’est pas non plus dogmatique, mais lui aussi sujet à changement. Par ce fait même, personne ne peut donc reprocher à la Fraternité Saint Pie X de critiquer ce magistère[12]. » En effet, l’enseignement de Vatican II sur la liberté religieuse comme droit civil n’est sûrement pas de nature dogmatique. Cependant, il s’agit du Magistère solennel d’un concile œcuménique et, à ce titre, il doit être accepté par les fidèles avec une obéissance religieuse (pas moins, voire même plus que les condamnations de Pie IX en son temps). En tout cas, il ne peut constituer une raison de justification d’une division de l’Eglise. De plus, la position des traditionalistes ne se limite pas à affirmer qu’on peut critiquer cet e

nseignement, mais il va jusqu’à affirmer que cet enseignement est hérétique et que l’Eglise de Vatican II n’est plus la véritable Eglise de Jésus-Christ. C’est pourquoi l’argumentation du Père Gaudron passe aussi à côté du problème lorsqu’il écrit : « Il doit donc être permis au sein même de l’Eglise de critiquer un enseignement qui contredit l’ensemble des déclarations précédentes de l’Eglise et d’y opposer des objections importantes aussi d’un pont de vue juridique et politique. Il s’agit ici du droit d’avoir un avis différent… » Je considère cette déclaration comme malhonnête, car le problème n’est pas que les membres de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X « critiquent » l’enseignement conciliaire, mais bien qu’ils prétendent que la conception traditionnelle de l’Etat et des relations entre l’Etat et l’Eglise – en particulier la vision selon laquelle l’Etat a le devoir de promouvoir la religion catholique et dans la mesure du possible d’entraver l’expansion d’autres religions par des moyens coercitifs tout comme par la condamnation afférente d’un droit civil à la liberté de religion et de culte – soit un élément constitutif de la doctrine de la foi catholique, de sorte qu’en refusant cette conception le Christ a été « détrôné » et l’Eglise trahie. Face à une telle conception, le principe libéral de la liberté religieuse fait figure d’apostasie, l’Eglise de Vatican II n’est plus la véritable Eglise catholique et les ordinations épiscopales schismatiques de 1988 se trouvent en fin de compte justifiées[13].

Le Concile Vatican II nous place effectivement devant un choix : le choix entre, d’une part, une Eglise qui essaye d’affirmer et d’imposer sa vérité et ses devoirs pastoraux au moyen du pouvoir civil et, d’autre part, une Eglise qui reconnaît – ce pour quoi plaide Dignitatis humanae – que « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance » (n. 1). Il ne s’agit pas ici de deux Eglises distinctes au sens dogmatique ou constitutionnel, mais bien de deux Eglises qui comprennent de manière différente leurs relations au monde et à l’ordre temporel. Vatican II ne plaide ni pour un Etat strictement laïc – au sens de la laïcité française traditionnelle – ni pour le bannissement de la religion dans la sphère privée, mais pour une Eglise qui ne prétend plus vouloir imposer la royauté du Christ au moyen du pouvoir temporel et qui par ce fait même reconnaît à l’Etat moderne séculier - non militant - sa laïcité politique.

Telle est justement la perspective de Vatican II. Elle a été confirmée par la Note doctrinale à propos de certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 21 novembre 2002. Au n. 6 de cette Note on lit que « la laïcité, comprise comme autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique » représente pour la doctrine morale catholique « une valeur acceptée et reconnue par l’Église, qui appartient au patrimoine acquis de la civilisation ». Tout en n’étant pas moralement autonome – il doit bel et bien satisfaire à des critères moraux fondamentaux et objectifs–, l’Etat n’est par contre pas obligé de reconnaître une vérité religieuse ou une vraie Eglise plus que d’autres confessions ou communautés religieuses. En tant qu’Etat et pouvoir civil de coercition, il se déclare incompétent pour juger sur les questions religieuses de la vérité ou sur les privilèges afférents. Les devoirs et les buts de l’Etat sont de nature différente, même lorsqu’il se montre concerné par la vie religieuse du citoyen ou sait reconnaître dans une religion déterminée, profondément ancrée dans la tradition d’une nation, la vérité même de sa culture et de sa vie publique. En réalité, son action n’est finalement orientée que par les principes politiques de la justice et de l’égalité de toutes les confessions et par la reconnaissance des mêmes droits pour tout le monde. « Le pouvoir civil, dont la fin propre est de pourvoir au bien commun temporel, doit donc, certes, reconnaître et favoriser la vie religieuse des citoyens, mais il faut dire qu’il dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux » (Dignitatis humanae, n. 3).

La mission de la prédication de l’Evangile par l’Eglise et par les apostolats des fidèles laïques qui s’y fondent consiste à pénétrer de l’esprit du Christ les structures de la société et par là à favoriser la manifestation de la royauté du Christ. Le règne du Christ ne commence pas par la confession publique de la vraie religion, mais par l’annonce de l’Eglise dans le cœur des hommes jusqu’à le faire pénétrer par l’action apostolique des fidèles ordinaires dans toute la société humaine ainsi que dans toutes ses structures et réalités de vie.


 

[1] Le présent article a paru pour la première fois en langue allemande dans « Die Tagespost » du 26 septembre 2009, p. 14, et online sur KATH.NET le 28 septembre 2009. Traduction française de Marta Rossignotti Jaeggi et Christiane Gäumann-Gignoux. Une traduction espagnole de cet article figure en annexe de M. Rhonheimer, Cristianismo y laicidad. Historia y actualidad de una relación compleja, Rialp, Madrid 2009. La version que nous présentons en ces pages reprend de manière intégrale le texte de cet article, mais a été élargie et dotée d’une annexe. Cette dernière traite de questions spécifiques concernant la continuité et l’infaillibilité du magistère universel ordinaire, des questions inhérentes à la problématique ici présentée.

[2] Quelques mois plus tard Robert Spaemann a précisé sa position dans un article paru dans la Frankfurter Allgemeinen Zeitung. Cf. R. Spaemann, « Legitimer Wandel der Lehre », in F.A.Z. 1.10.2009, N. 228, 7. Spaemann aussi parle d’un « changement du magistère » et précisément en analogie avec le changement de la doctrine de l’Eglise sur le prêt à intérêt et l’interdiction du prêt à intérêt correspondante. Que cette analogie soit vraiment pertinente me paraît toutefois douteux.

[3] B. Valuet, La liberté religieuse et la tradition catholique, 3 vol., Le Barroux, Paris 1998.

[4] B. de Margerie, Liberté religieuse et règne du Christ, Editions du Cerf, Paris 1988.

[5] M. Rhonheimer, « Cristianesimo e laicità: storia ed attualità di un rapporto complesso », in Pierpaolo Donati (ed.), Laicità: la ricerca dell’universale nella differenza, Il Mulino, Bologna, 2008, 27-138. Traduction espagnole : M. Rhonheimer, Cristianismo y laicidad. Historia y actualidad de una relación compleja, Rialp, Madrid, 2009.

[6] Montalembert aussi se plia au verdict pontifical, assurément dans l’interprétation très tempérée et approuvée par le Pape qu’en donna Mgr Félix Dupanloup, évêque d’Orléans.

[7] C’est bien d’hérétique que le rédacteur principal des travaux préparatoires de l’encyclique Quanta Cura, le conseiller du Saint-Office P. Luigi Bilio, a qualifiée l’affirmation défendue par Montalembert « L’Eglise n’a pas le droit de réprimer les violateurs de ses lois par des peines temporelles ». Voir sur ce thème l’étude remarquablement documentée de Bernard Lucien, Grégoire XVI, Pie IX et Vatican II. Études sur la Liberté religieuse dans la doctrine catholique, Éditions Forts dans la foi, Tours 1990, 185p. (l’Auteur est par ailleurs un opposant à la doctrine de Vatican II.)

[8] C’est pour cette raison que, plus tard, Pie IX approuva aussi la distinction entre « thèse » et « hypothèse » élaborée par la revue Civiltà Cattolica qu’il avait lui-même créée. Suivant cette distinction, on devrait, d’un point de vue pratico-politique, accepter et même exiger les libertés modernes comme « hypothèse » au bénéfice de la chose catholique, mais on ne devrait jamais les affirmer comme « thèse », c’est-à-dire comme étant réellement vraies et justes. Cf. la prise de position, dans ce contexte décisif, par le P. Carlo Maria Curci S. J., « Il congresso cattolico di Malines e le libertà moderne », in La Civiltà Cattolica, 2 ottobre 1863 (Serie V, vol. VIII, fasc. 326), 129-149. Avec des exceptions importantes (comme par exemple Jacques Maritain, Yves Congar ou John Courtney Murray), la théologie catholique conserva cette distinction entre « thèse » et « hypothèse » jusqu’au Concile Vatican II.

[9] Cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Note doctrinale sur la “Professio fidei” et en particulier Jean-Paul II, Lettre apostolique en forme de Motu proprio Ad tuendam fidem du 18 mai 1998. Dans ce dernier document on lit à propos du deuxième paragraphe de la Professio fidei : « Ce paragraphe de la Profession de foi est d’une grande importance, car il indique les vérités nécessairement liées à la révélation divine. Ces vérités, qui, dans l’étude approfondie de la doctrine catholique, témoignent d’une inspiration particulière de l’Esprit divin pour que l’Église ait une meilleure intelligence de telle ou telle vérité relative à la foi ou aux mœurs, sont liées entre elles, tant pour des raisons historiques que par une cohérence logique. » Il paraît difficile de prouver qu’une telle relation existe dans le cas en question.

[10] Il me paraît évident qu’un Etat confessionnel, au sens traditionnel du terme, soit essentiellement incompatible avec la doctrine de Vatican II et en général avec le droit civil à la liberté de religion, car, forcément, dans un Etat confessionnel les discriminations d’ordre civil, surtout dans la sphère publique, sont inévitables. L’affirmation de Vatican II au n. 6 de Dignitatis humanae (« Si, en raison des circonstances particulières dans lesquelles se trouvent certains peuples, une reconnaissance civile spéciale est accordée dans l’ordre juridique de la cité à une communauté religieuse donnée, il est nécessaire qu’en même temps, pour tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le droit à la liberté en matière religieuse soit reconnu et sauvegardé ») ne doit pas être comprise au sens que le Concile soutiendrait ici une compatibilité entre l’Etat et la liberté religieuse, mais plutôt au sens d’une monition à abandonner toute discrimination de nature religieuse adressée aux Etats dans lesquels survivent encore des vestiges historiques du privilège accordé à une religion particulière.

[11] Voir, en sens contraire, le Catéchisme de l’Eglise catholique n. 83 et, ensuite, Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum sur la révélation divine.

[12] Sie haben ihn entthront! Eine Antwort von Pater Matthias Gaudron zur Diskussion um die Religionsfreiheit, à trouver sur www.piusbruderschaft.de.

[13] Cf. aussi Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné. Du libéralisme à l’apostasie. La tragédie conciliaire, Editions Fideliter, Escurolles 1987 ; Bernard Lucien, Grégoire XVI, Pie IX et Vatican II, op. cit.

 

Partager cet article
Repost0
1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:59
Partager cet article
Repost0
1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 23:58

Dans une lettre pastorale « Sur les rapports entre les religions au sein d’un état de droit», l'évêque aux Armées Mgr Ravel, dont la devise est « Est, Est », qui se traduit par « Oui, Oui » et qui fait référence à un passage de l'évangile de Matthieu : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du démon » (Mt 5,37), cite les papes Pie XII, Saint Pie X et Léon XIII pour appuyer l’importance de l’amour de la patrie :

"... l’affirmation que «la loi naturelle nous ordonne d’aimer de prédilection et de dévouement le pays où nous sommes nés et où nous avons été élevés. » [Léon XIII, Sapientiae christianae] L’insistance porte ici sur le mot « prédilection » : « oui, elle est digne, non seulement d’amour, mais de prédilection, la patrie, … cette terre commune où vous avez votre berceau. »[Saint Pie X] Plus que tout autre, le fidèle catholique a pour mission de chercher, de connaître puis de construire un tissu de relations vivantes et vitales avec tous ses concitoyens pris dans leur diversité même : « Il existe un ordre établi par Dieu selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin maître Lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur l’imminente destruction de la Cité sainte. » [Pie XII, Summi pontificatus] Or, une nation n’est pas une idée, et pas plus un ensemble de valeurs; mais elle se dresse dans sa beauté et sa grandeur à travers la droiture de personnes imprégnées d’une culture, d’un pays et d’une histoire. Une nation existe d’abord d’une communauté de personnes tissée par une culture commune. En quoi notre attachement à notre patrie passe d’abord et surtout par la fraternité établie entre nous, fils et filles d’une même nation. Seule une fraternité éclose en solidarité, et une solidarité comprise comme une communauté de destin, donne une âme vivante et forme un corps concret à la réalité qu’est la France.

 

 ... depuis la loi contre les signes ostensibles dans les écoles de 2004, cet équilibre a été bousculé et on peut s’étonner que l’on continue à faire comme avant. Alors que jusque là, « laïcité » signifiait son sens premier de système social ou de structure politique dans lesquels les pouvoirs religieux et politique existent sans interférence, d'un coup son sens se met à recouvrir une surveillance plus ou moins serré du religieux par le politique au nom d'un principe de précaution ou d'une autorité agitée par la peur de dérives sociales : laïcité se met à vouloir dire « nous, Etat français, délimitons les religions dans l'espace que nous jugeons bon et nous codifions les pratiques telles que nous l'entendons pour le bien commun ». Serions-nous tombés dans ce que François Mauriac désignait d'uncalembour fameux : « limitation de Jésus Christ » ? ... Ne se dirige-t-on pas vers un gommage progressif de toute expression religieuse visible parce que certaines d'entre elles semblent gêner le fonctionnement du corps social ? Doiton traiter toutes les religions identiquement sous prétexte de n’en favoriser aucune ?

Les prises de position de 2004 ont placé le politique sur une trajectoire qui se poursuit et dont il n'est pas sûr qu'il s'en sorte seul... Il n'est pas sûr qu'il puisse permettre d'aller plus loin sans fracture sociale de grande portée. Si l'Etat se sent un jour débordé par des pratiques religieuses qu'il juge inacceptables pour la sauvegarde de la République, comment va-t-il réagir ? De façon autoritaire ? Mais jusqu'où le discours et les actions sécuritaires seront-ils supportables par des personnes catholiques ou musulmanes ou autres qui se sentiront de plus en plus agressées dans leur foi (alors que telle n'est pas la volonté du pouvoir politique en place) ? Ce sont là de redoutables questions qui appellent des réponses.

 

... Reprenons à grands traits la notion catholique de laïcité dont le fondement tient dans cette formule du concile Vatican II : « autonomie des réalités terrestres. » (Gaudium et spes, 36 § 1).

Selon la pensée catholique, la laïcité est d'abord dans les choses elles-mêmes : constater ce que sont les choses avec leurs lois propres et leurs modes singuliers de comportement assoit la juste appréciation de cette laïcité inscrite dans l’être des choses par le Dieu Créateur. La théologie de la création, en effet, rend compte de la qualité de « laïque » qui appartient à toute chose créée : choses matérielles régies par les lois physiques à la précision extrême ; choses spirituelles marquées du sceau de la liberté ; choses matérielles et spirituelles, tout à la fois, soumises au jeu complexe de la nécessité et de la liberté. Nulle grâce ne vient endeuiller ou ternir ces principes et les règles propres à chaque chose. Si toute réalité individuelle est ‘laïque’ par essence, les réalités plurielles, faites de diversité de choses, ne perdent pas cette qualité. Ainsi de la réalité politique composée d’hommes multiples. Le caractère ‘laïque’ d’une réalité ne s’oppose pas à Dieu et à son pouvoir d’alliance puisque Dieu lui-même a voulu et a fait les choses ‘laïques’ c'est-à-dire à distance de lui pour qu’elles aient leur consistance propre. La foi catholique affirme que l’acte de création n’est pas une émanation ou une diffraction de l’Etre divin mais un acte précis qui pose une chose dans l’être, non pas séparée de Dieu (qui en reste la source) mais différente de Lui (qui est le Tout Autre). Dieu est sans nulle proportion avec les choses qui sont, et les choses qu’Il a faites sont autres que Lui.

 

Il y a dans la conception chrétienne de la Création une étrange désacralisation du monde notée par les historiens des religions (Mircéa Eliade). Dieu a fait le monde comme en se rétractant, comme la mer fait la plage en se retirant (pour reprendre la belle image du père Bernard Bro). Par là, le monde ne perd pas sa valeur, bien au contraire. Mais les hommes, y compris les chrétiens, vont peiner à comprendre toute la profondeur de l'acte créateur tant il les détourne de leur manière ‘païenne’ de penser. Dans les paganismes, les choses tiennent leur valeur de leur caractère sacral. La religion « naturelle » appelle les hommes à vivre dans un monde tout entier possédé par des forces divines ou spirituelles. Ce monde là ne vaut que par la présence invisible de ce qui n'est pas lui. A l'opposé, la vision chrétienne déconcerte parce qu'elle énonce une valeur en soi des êtres, du simple caillou au plus beau des archanges.

 

Il nous faut revenir à ce point là pour saisir ce qu’est la laïcité. A cette théologie chrétienne de la laïcité s’opposent les visions panthéistes à travers lesquelles les choses et Dieu se confondent : la réunion totale de l’ensemble des créatures ne coïncide pas avec Dieu. A cette perspective biblique s'opposent aussi les visions qui ne pensent pas ce lien de Dieu aux choses selon la modalité de la distance, soit parce qu’elles ne peuvent accéder à la notion de création soit parce qu’elles ne voient pas Dieu dans sa transcendance.

 

... Ce caractère ‘laïque’ des réalités créées se tire de cette mise à distance sans séparation : chacune joue son rôle et accomplit sa vocation à travers un jeu plus ou moins mesurable de causes et d’effets. Apparemment Dieu n’y touche pas ou, pour le dire comme un scientifique, le physicien Laplace, « l’hypothèse Dieu est inutile ». Et il avait raison dans son ordre d'intelligence scientifique. Mais ce serait mal comprendre le sacré chrétien que d’y voir un abandon par Dieu de son oeuvre comme un certain déisme l’avait laissé entendre. Dieu ne joue pas au billard avec le monde : les images de l’artisan qui crée et laisse ensuite son oeuvre à elle-même sont très imprécises et porteuses de plus de malentendus que des vérités claires. L’action de Dieu dans les choses ‘laïques’ continue d’entretenir l’être et le mouvement propres de chaque réalité. Mais Dieu porte avec discrétion le cosmos tout entier en laissant l’homme découvrir un ordre magnifique imprimé dans les choses : en scrutant par la recherche ou en contemplant par l’admiration chaque chose, l’homme, stupéfait de son propre pouvoir et de la cohérence de la chose, perçoit la densité, la consistance, le mouvement particulier inhérent à l’être lui-même. Bref, la laïcité des choses évacue un « totalitarisme divin » sur le monde, elle donne aux réalités d’être davantage qu’une prolongation confite en divin ou une image évanescente, une sorte de songe dont il faudrait se déprendre pour atteindre Celui-là seul qui vaudrait quelque chose.

 

 

 

... Ce paradoxe de la laïcité, la Bible le nomme ‘Alliance’. Laïcité et alliance : voici deux mots qui signifient exactement la même chose mais sous des points de vue différents. « Alliance », en hébreu ‘berith’, signifie d'abord ‘distance’, mise en altérité réelle de deux réalités qu'il ne faut pas séparer. Entre Dieu et l’homme se conclut une série d’alliances échelonnées le long de l’histoire sainte et persistantes simultanément. L'alliance conclue au temps de Moïse entre Dieu et un peuple, le peuple des hébreux, ne supprime pas les alliances antérieures : celle avec Adam (alliance adamique, universelle), celle avec Noé (alliance noachique, universelle), ni celle avec Abraham (alliance abrahamique avec les croyants). Elle dispose à l'alliance avec le Christ (la nouvelle et ultime alliance dans le sang du Christ, universelle) qui recouvre et accomplit les précédentes. En fin de compte, notre foi chrétienne nous invite à voir tout homme venant dans ce monde comme « en alliance » avec Dieu qu’il le sache ou pas.

 

... Notons ce fait infiniment curieux : Dieu imprime en l'homme sa marque propre et, ce faisant, il le met donc encore plus à distance que n'importe quelle autre créature puisque le propre de Dieu est précisément d'êtreautonome. Parmi toutes les créatures, l’homme sera la plus autonome grâce au jeu de sa liberté. Il est de fait la plus laïque de toutes précisément parce qu’il est le plus ressemblant à Dieu : être à l’image de Dieu signifie pour l’homme avoir une densité et une valeur propre supérieures à celle de tout l’univers, une manière d’agir et d’être propre exclusive. Les philosophes mis devant cette spécificité humaine le diront à leur manière : si toutes les choses sont des « en soi », l’homme est un « pour soi ». Le Concile Vatican II affirme : « ... l’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulu pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »(Gaudium et spes 24 § 3)

Quand l’homme se tourne vers lui-même, il se voit vraiment dans la splendeur de son être, de sa liberté réelle, de sa valeur interne. Voilà ce que nous dit la théologie catholique. Et voilà pourquoi, ceux qui, sous prétexte d’élans mystiques, négligent ou sous-estiment l’homme se trompent puissamment. Ce n’est point en rapetissant la valeur de son oeuvre qu’on grandit Dieu. L’inverse est vrai aussi, disons-le au passage : ce n’est point en diminuant Dieu qu’on grandira l’homme… ou le monde. Et pour faire formule inverse, nous pourrions ajouter que Dieu vaut ce que l’homme veut : que vaudrait un dieu qui ne respecterait pas la libre volonté de l’homme ? Que vaudrait un dieu qui n’assumerait pas sa créature jusque dans ses errances ? Que vaudrait un dieu pour qui la volonté humaine n'aurait pas de véritable impact sur le monde ? Qu'il est grand le Dieu qui confirme la volonté de l'homme même dans ses déviations quitte à mourir sur une croix pour les racheter avec son sang ! Qu'il est grand le Seigneur qui commence ses entretiens avec l'homme en lui disant : « que veux-tu ? » !

 

 

... La laïcité athée, celle qui s’est enfermée dans le dogme de l’athéisme, perd son pouvoir fécondant : car si l'autonomie de l'homme est saine, son indépendance vis à vis de Dieu va la rendre folle. Nous voilà au coeur du mystère que nous nommons du désordre et du « salut ».

... Quel est ce lien de laïcité exacte entre l'homme reconnu dans son autonomie et Dieu dont il dépend en tout ? C'est tout le traité de théologie de la grâce qu'il nous faudrait développer ici, ce qui serait hors de propos. Il nous suffit d'affirmer que l'aide de Dieu, appelée grâce, soutient et confirme notre liberté ; elle ne la diminue en rien de sorte que nous ne sommes jamais les pantins de Dieu, marionnettes agitées par une autre volonté et d'autres muscles que les siens.

 La grâce de Dieu insère puissamment l'homme sur son origine, sa fin et son identité personnelle. En ce sens, elle est sacerdotale en nous car elle nous inscrit dans la dimension verticale ou transcendante de l'univers visible sans nous délier de tout le poids et la richesse de la chair. lle permet ensuite à l'homme de vivre au sein des aléas de l'histoire, traversant l'épaisseur des morts et accueillant les appels de la vie. En ce sens, elle est royale en nous puisqu'elle nous détache d'une soumission aux choses et aux événements pour nous épanouir dans une maîtrise de soi et du monde au profit de soi, des autres et du cosmos.

Elle donne enfin de surmonter les pièges du péché : en ce sens, elle est prophétique en nous tandis qu'elle purifie nos visions, en réorientant des vues trop courtes ou trop partielles. Elle appelle à l'intériorité et à la conversion. A revenir à soi et à retrouver ainsi les chemins de l'amour et de la générosité contre les conseils de peur et d'égocentrisme.

 

 

... En parlant de l’Eglise catholique, j’entends préciser le lien entre le politique et les religions en général : cette alliance telle que les catholiques veulent la vivre et telle qu’ils souhaiteraient qu’elle devienne source d’inspiration pour les justes relations entre la communauté politique et chaque religion. Il va de soi que chaque religion a ses particularités dans sa structuration : elles ne forment que rarement un corps uni comme l’est l’Eglise catholique ce qui pose des problèmes pour fournir une instance de dialogue avec les pouvoirs publics. Mais, en réfléchissant sur son lien avec la politique et l’Etat, l’Eglise ne réclame nul privilège. Tout au plus demande-t-elle que justice soit rendue sur des aspects culturels de son influence : par exemple sur le fait que notre histoire française est inséparable du catholicisme et qu’on ne peut renier une histoire inscrite dans les murs de ses églises...

 

... « Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l'Eglise sont indépendantes l'une de l'autre et autonomes. » (Gaudium et Spes 76 §1 à 3) Mais nous n'avons là que la première dimension de la laïcité, celle de la mise à juste distance. Suit l'affirmation d'une collaboration de principe qui suppose un lien : « Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. »

 

... L'affirmation de la saine laïcité nous protège d'une main mise du religieux sur le politique mais aussi d'une sacralisation du politique : il n'y a pas pour nous de saine mystique du politique qui accaparerait les forces du sacré à son profit. Si nos Etats jouent volontiers le rôle de victime d'un despotisme religieux (qui existe encore en certaines régions du monde, il est vrai), l'histoire du XXème siècle montre que les totalitarismes n'ont pas manqué aussi d'instrumentaliser le religieux.

 

 ... Or, si l’on regarde de plus près, Dieu veut éviter absolument une théocratie. A sa manière, Dieu est le roi de son peuple : mais pas les prêtres. Il n’y a pas un commandement direct du religieux sur le politique. Dieu guide son peuple toujours à distance. Du reste, quand le peuple lui réclame à cor et à cri un roi pour être comme les autres peuples, Dieu se fait tirer l’oreille. Parce qu’il craint la confusion des plans chez un peuple qui n’est particulier qu’en raison d’un lien original avec Lui, un lien qui donne une forme de vie inédite et profondément religieuse. S’il finit par en donner un (Saül, puis David…), Dieu établit une nette séparation des pouvoirs : le roi n’est ni le prêtre ni le prophète. Subsistent à côté de la royauté politique, la lignée des prêtres, qui le sont par appartenance à une tribu, et celle des prophètes, qui le deviennent par vocation, c'est-à-dire par un choix de Dieu absolument libre. La présence des prophètes garde les rois de la tentation de messianisme temporel. Celle des prêtres protège le peuple de la tentation d’idolâtrie royale. Même au temps de la splendeur du royaume d’Israël, la laïcité politique est conservée [Note de Christroi. Sauf sous la dernière dynastie juive, celle des Hasmonéens (Maccabées), où les fonctions de roi et de Grand prêtre reposent sur une même tête]. Et la religion du roi ne fait pas la royauté de la religion.

 

... Dieu veut n’être pas le seul à régir l’univers : en quelque sorte, il partage sa toute-puissance avec les créatures. Et voilà pourquoi dans son application ultime, le principe de laïcité conduit à une légitime dissociation entre le pouvoir religieux émanant directement de celui de Dieu, et le pouvoir politique procédant de la laïcité des choses : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » résume Jésus. Mais d'autres textes pourraient confirmer ce principe de distinction très ferme : « qui m'a instauré juge entre vous pour régler vos partages ? » s'exclame Jésus alors qu'un frère vient se plaindre à lui que son frère ne veut pas partager l'héritage avec lui. (Lc 12, 14)

 

11. L’EGLISE ET L’ETAT : L’AME ET LE CORPS

 

... l’Etat n’est qu’une composante du politique, de « César » : il y a avant tout la nation ou le Peuple dont émane les lois et les gouvernements. Une nation peut exister sans Etat. L’Etat français n’est qu’une réalisation temporaire et nécessairement limitée de la France à un moment donné. De là, ceux qui le composent et l’animent doivent tirer une saine humilité. Ensuite parce que l'Eglise n'est pas Dieu, même si elle en vit, même si elle le porte avec amour en elle et autour d'elle, même si elle n'aurait aucun sens sans Lui. L'Eglise n'est pas Dieu en ce sens qu'elle s'incarne dans le monde et, à ce titre, elle s'intègre dans l'espace et le temps, dans des cultures et des nations, bref elle appartient, d'une certaine manière, à des nations gouvernées par des Etats alors même qu'elle ne peut s'identifier à aucune culture ou régime politique. L'Eglise sera donc le medium par lequel Dieu, qui a mis la juste distance entre lui et l'Etat, va maintenir le lien entre Lui et la Nation sans lequel aucune laïcité politique n'est satisfaisante. ... L'affirmation porte loin : l'Eglise catholique a parfaitement conscience qu'une immense partie de son rôle restera inconnue et que sa mission relève d'une source à laquelle les non chrétiens ne vont pas adhérer.

 

... L'Eglise attend de l'Etat la possibilité réelle d'exister dans la sphère publique, et cela à quatre niveaux :

Dans le droit et les moyens de vivre individuellement sa foi. C'est le niveau privé qui a toujours des incidences sur la sphère publique par la mentalité qu'il façonne et l’organisation qu’il réclame (par exemple : le repos du dimanche).

Dans le droit et les moyens de vivre communautairement sa foi (rassemblements de cultes, enseignements etc.). C'est le niveau cultuel de l’Eglise mais dont le retentissement social nécessite une prise encompte politique. Pour l’Eglise catholique, cultuel ne signifie pas exclusivement liturgique : l’enseignement (conférences, prédications, catéchèse) appartient de plein droit au culte catholique. Appartiennent aussi le partage des biens entre chrétiens et les prières publiques (par exemple, les processions extérieures).

Dans le droit et les moyens de faire partager ses convictions à d'autres. C'est le niveau apostolique. (écoles catholiques, publications etc.) L’Etat ne peut rester en dehors de cette transmission car il se doit de veiller à la salubrité des enseignements transmis en cohérence avec les projets sociaux et humains qui concourent à la paix et au bien commun.

Dans le droit et les moyens de faire écouter sa voix en toutes matières à toute la société. C'est le niveau prophétique (participations à des organismes publiques, à des enquêtes, etc.). Là encore, on mesure de suite les implications pour le politique de laisser résonner des voix religieuses dans les médias et les agoras modernes.

... Le cardinal Ratzinger, dans son discours lors de sa réception à l'Académie des sciences morales et politiques, a bien cadré les choses : « Il est conforme à la nature de l'Eglise qu'elle soit séparée de l'Etat et que sa foi ne puisse pas être imposée par l'Etat, mais repose sur des convictions librement acquises. Sur ce point il y a un beau mot d'Origène... : 'le Christ ne triomphe de personne sans qu'on ne le veuille soi-même. Il ne triomphe qu'en convaincant car Il est la Parole de Dieu.' Il n'appartient pas à l'Eglise d'être un Etat ou une partie de l'Etat mais d'être une communauté basée sur des convictions. Mais il lui appartient aussi de se savoir responsable du tout, et de ne pouvoir se limiter à elle-même. Il lui faut, avec la liberté qui lui est propre, s'adresser à la liberté de tous, de façon que les forces morales de l'histoire restent les forces du présent, et que resurgisse, toujours neuve, cette évidence des valeurs sans laquelle la liberté commune n'est pas possible. »

 

Sources: 1, 2

Partager cet article
Repost0
7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 15:56

Ce matin, en la Basilique vaticane, Benoît XVI a présidé une messe au cours de laquelle ... dans son homélie, il a commenté l'Evangile du jour, "La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux", en disant que "même s'il peut sembler qu'une grande partie du monde moderne, des hommes d'aujourd'hui, tournent les épaules à Dieu et considèrent la foi comme une chose du passé, il existe cependant le désir que soient finalement établis la justice, l'amour, la paix, que la pauvreté et la souffrance soient dépassées et que les hommes trouvent la joie". La liturgie du jour, a-t-il poursuivi "nous donne donc deux définitions de votre mission d'évêques et de prêtres de Jésus-Christ: être des ouvriers de la moisson de l'histoire du monde avec le devoir de soigner en ouvrant les portes du monde à la seigneurie de Dieu, afin que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel...et coopérer à la mission de Jésus-Christ".

 

Evoquant ensuite l'eucharistie, il a indiqué que "en rompant le pain, on exprime aussi le partage et la transmission de notre amour aux autres. La dimension sociale, la coexistence n'est pas un appendice moral qui s'ajoute à l'eucharistie mais en fait partie".

 

Il a conclu par ces quelques mots: " "Duc in Altum (NDLR. "Avance au large"), vous dit le Seigneur en ce moment, chers amis. Vous avez été appelés à des taches qui concernent l'Eglise universelle. Vous êtes appelés à jeter les filets de l'Evangile dans la mer agitée de notre époque pour obtenir l'adhésion des hommes au Christ, pour les sortir, pour ainsi dire, des eaux salines de la mort et de l'obscurité dans laquelle la lumière du ciel ne pénètre pas. Vous devez les amener sur la terre de la vie, dans la communion avec Jésus-Christ".



Source

Partager cet article
Repost0
4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 09:17

030211_egypte.jpg"Une bonne partie de la population égyptienne qui s’est rebellée ces jours-ci contre le régime trentenaire de Hosni Moubarak affirme qu’elle préfère la démocratie à toute autre forme de gouvernement. Mais dans le même temps elle veut, à une majorité écrasante, que ceux qui commettent l’adultère soient lapidés, que l’on coupe les mains aux voleurs et que ceux qui abandonnent la religion musulmane soient mis à mort".

 

Pour le christianisme, rien de tel. L'homosexualité, l'adultère, le vol, l'apostasie sont des péchés, mais le remède est la conversion, le pardon, la miséricorde. La prochaine béatification de Jean Paul II, le jour de la divine Miséricorde, donnera au monde entier le message central de la foi catholique: Dieu est Amour et Pardon. Assise d'octobre 2011, donnera un autre message, celui de la Paix; et non pas  du syncrétisme, qui veut que toutes les religions soient égales.

 

Source: http://lesuisseromain.hautetfort.com/archive/2011/02/03/l-islam-ne-connait-pas-le-pardon.html

 

- Assise III: Une supplique au Pape est lancée à propos d'Assise 2011

- Compte-rendu du colloque du mois de décembre 2010 à Rome sur l’herméneutique de Vatican II

Partager cet article
Repost0
1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 12:40

Le blog du Mesnil reproduit un riche compte-rendu du colloque qui s’est tenu à Rome du 16 au 18 décembre et organisé par l’Institut des Frères Franciscains de l’Immaculée sur « Le concile Vatican II et sa juste herméneutique à la lumière de la Tradition de l’Église ». Il s'agit d'une des premières réponses à l’invitation au débat et à l’analyse critique sur Vatican II, adressée par Benoît XVI dans son fameux discours à la Curie Romaine, le 22 décembre 2005. (1)

 

 

« Les Franciscains de l’Immaculée forment un institut particulièrement intéressant. De même que les carmélites ont depuis longtemps une branche qui s’est constituée pour refuser un aggiornamento dévastateur (les carmélites de la Mère Maravillas de Jésus), les franciscains ont désormais une branche qui s’oppose à la dérive sans fin de l’ordre de saint François : les Franciscains de l’Immaculée, fondés en 1970 par le P. Stefano Manelli (leur supérieur) et le P. Gabriele Pelletieri. Ils ont, bien entendu, beaucoup de vocations. Ils ont été reconnus de droit pontifical en 1998 et rassemblent dans le monde entier plus de 300 frères, dont une centaine de prêtres et comptent près de 400 religieuses, en Australie, aux Etats-Unis, au Bénin où ils disposent d’une chaîne de télévision, en Italie, aux Philippines, au Brésil, en France dans le diocèse de Toulon (P. Antoine Santoro). Ils suivent la règle franciscaine, en se distinguant par leur fidélité traditionnelle à cette règle, par leur consécration personnelle à l’Immaculée et désormais… par leur attachement à la forme extraordinaire du rite. (2)

 
Le compte-rendu entier du colloque est à lire ici: http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/01/29/2011-11-rome-un-tres-important-colloque-consacre-au-concile-vatican-ii/. En voici des extraits :

 

« L’homme que le concile rencontre – a dit Mgr Negri – porte sur ses épaules l’échec de la modernité ». Le prélat a fait remarquer que la culture chrétienne, à l’époque moderne, s’est d’abord heurtée à la culture séculière, puis s’est vue peu à peu absorbée par cette dernière, altérant ses caractéristiques spécifiques et se conformant aux lignes de pensée du rationalisme et de l’illuminisme. Le concile représentait une occasion propice pour recentrer la culture catholique sur la Tradition mais, à cause des oppositions, des luttes intestines, des lectures sécularisées et des applications errantes qui le minaient, il n’a pas pu jouer son rôle. »

 

« Le concile Vatican II – a affirmé Mgr Gherardini – ne fut pas un concile dogmatique et pas même disciplinaire, mais seulement un concile pastoral, et le sens authentique de ce caractère pastoral est encore vague ». Lorsqu’on parle du concile, il convient de distinguer quatre niveaux différents, dont chacun exprime le Magistère suprême mais avec une qualité théologique distincte. Énoncer ici la graduation suggérée par Mgr Gherardini signifierait en trahir l’extraordinaire exactitude théologique. C’est pourquoi nous nous limitons à signaler le fait que, selon cette exégèse, un seul de ces niveaux, correspondant au troisième, comporte une validité théologique incontestable, même si ce n’est que par reflet, déduite des définitions précédentes : ce niveau coïncide avec les citations importantes de la part du concile de doctrines déjà solennellement définies, traitant des thèmes de foi et de morale.

Les autres domaines du magistère conciliaire, en raison de leur nature pastorale, de leur nouveauté intrinsèque ou de leur contextualisation historique contingente, ne comportent en eux-mêmes pas d’infaillibilité, ni de caractère définitif ; ils exigent donc un certain hommage de l’intelligence, mais non « l’obéissance de la foi ». L’erreur d’un bon nombre de théologiens du post-concile consista précisément à dogmatiser un concile qui se voulait être pastoral, faisant de ce dernier tout autre chose que ce que celui qui l’avait convoqué s’était fixé.

Vatican II un débat à ouvrir

« La prétention de séparer le concile du post-concile, selon Roberto De Mattei, est aussi insoutenable que celle de séparer les textes conciliaires du contexte pastoral dans lequel ils ont été produits. Aucun historien sérieux, aucune personne de bon sens, ne saurait accepter cette séparation artificielle qui naît plus d’une prise de position que d’une évaluation sereine et objective des faits. « Aujourd’hui encore – a conclu l’historien romain – nous vivons les conséquences de la “Révolution conciliaire” qui a anticipé et accompagné celle de soixante-huit. Pourquoi vouloir le cacher ? L’Église, comme l’a affirmé Léon XIII, en ouvrant aux chercheurs les Archives Secrètes du Vatican, “ne doit pas craindre la vérité” ». »

Professeur Roberto de Mattei

Le Professeur Roberto de Mattei.

 

« Une conférence d’une grande valeur théologique fut celle du R.P. Serafino M. Lanzetta, jeune théologien des Franciscains de l’Immaculée. Le père Lanzetta a fait un status quaestionis sur l’approche théologique de Vatican II, à travers l’analyse de la réception du concile par diverses écoles théologiques post-conciliaires. La conclusion qui en découle est que le concile, dont personne ne peut douter sincèrement de la rectitude d’intention, a favorisé les herméneutiques opposées du post-concile pour avoir abandonné, ou du moins négligé l’approche métaphysique des réalités de la foi et de la morale. Ce que le concile enseigne, il le fait en utilisant une forme descriptive et très souvent seulement allusive : ceci a permis aux novateurs d’extrapoler des conclusions théologiques aberrantes dont le Vatican II n’est pas responsable, sinon à cause d’un certain manque de clarté et de précision terminologique.
Il était, par exemple, impossible d’appliquer ces nombreuses herméneutiques en acte ainsi que les grilles interprétatives si variées, aux textes de Vatican I : si elles ont été appliquées avec une certaine facilité à Vatican II, cela est dû à un certain rejet du langage scholastique typique de la tradition théologique précédente, laquelle a été nommée, avec mépris, “livresque”. On a voulu la remplacer par le « ressourcement » (de Lubac), c’est-à-dire le retour aux Pères : mais les Pères, sur plusieurs points de la théologie et de la philosophie, en savent moins que nous, vu le progrès théologique réalisé dans la compréhension de la Révélation Divine immuable et l’apport décisif du Concile de Trente et de Vatican I en matière de dogmatique. Le retour aux Pères et à leurs formules, à la liturgie des origines et à l’Écriture cache bien souvent sous le parfum une odeur prononcée de biblicisme, de fidéisme et d’archéologisme : tout ce que le Pape Pie XII repoussait prophétiquement dans l’Humani generis (1950). »

« L’abbé Florian Kolfhaus, de la Secrétairerie d’État, a tenu une importante relation. Le théologien allemand a fait une critique “de l’intérieur” des documents conciliaires, en montrant que leur valeur magistérielle variée et différentiée correspond à leur majeure ou mineure autorité, laquelle se réduit quelques fois à un pur précepte disciplinaire. Le concile Vatican II a voulu être un concile pastoral, c’est-à-dire orienté vers les nécessités de son temps, tourné vers l’ordre de la pratique. Il n’a affirmé aucun nouveau dogme, aucun anathème solennel, et il a promulgué des catégories différentes de documents par rapport aux conciles précédents ; et malgré cela, Vatican II doit être compris dans la continuité ininterrompue du Magistère, puisqu’il a été un concile de l’Église légitime, œcuménique et doué de l’autorité relative. Certains de ses documents, c’est-à-dire les décrets et les déclarations, comme l’Unitatis Redintegratio sur l’œcuménisme, Nostra Aetate sur les religions non-chrétiennes et Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse, a souligné l’abbé Kolfhaus, ne sont ni des documents définissant des vérités infaillibles, ni des textes disciplinaires présentant des normes concrètes. C’est en cela que réside la grande nouveauté de Vatican II : contrairement à tous les autres conciles, qui exposaient la doctrine ou la discipline, il transcende toutes ces catégories.
Il s’agit d’une exposition doctrinale, qui ne vise pas à donner de définitions ni à imposer de limites dans l’intention de combattre l’erreur, mais qui est tournée vers l’agir pratique conditionné par le temps. Le concile n’a proclamé aucun “nouveau” dogme et n’a révoqué aucune “vieille” doctrine, mais a plutôt fondé et promu une nouvelle praxis dans l’Église. La proposition de l’abbé Kolfhaus est de mieux préciser l’expression fuyante « magistère pastoral » par le « munus praedicandi » plus limité que le « munus determinandi ». Cela signifie : annonce de la doctrine, non pas définition doctrinale ; liée au temps et conforme au temps, non pas immuable et pas toujours égale ; qui oblige, mais n’est pas infaillible. »

 

Le prof. R.P. Nicola Bux, pour sa part, a parlé de la disparition du ius divinum dans la liturgie : cette disparition date aussi de Vatican II et de l’immédiat post-concile. Le liturgiste de Bari a remarqué que la Sacrosanctum Concilium permettait une interprétation en conformité avec la tradition liturgique catholique, exprimée encore en 1963 par la Veterum Sapientia de Jean XXIII, mais dans les faits, les logiques de la désacralisation et de l’innovation ont prévalu. En effet, entre 1965 et le nouveau missel de 1970, des circulaires et des autorisations non seulement différentes mais même contradictoires ont été promulguées de la part de divers organes, comme la Congrégation pour la doctrine de la Foi et celle pour le Culte divin, entraînant un chaos liturgique dont l’Église entière ne s’est plus jamais remise.

Le prof. Bux a encouragé l’assistance à une double fidélité à la tradition liturgique, réhabilitée par le récent Motu proprio Summorum Pontificum, et à l’exemple du Souverain “Liturge” qui, peu à peu, est en train de remettre de l’ordre et du décor dans la célébration du Culte Divin.

Don Nicolas Bux

Don Nicolas Bux

Le site "Osservatore-Vaticano" qui commente le colloque fait cette juste observation:

 

"entre « l’intégrisme » conciliaire qui consisterait à considérer que tous les textes de Vatican II sont normatifs et le rejet en bloc de tous les textes, il est clair qu’il doit exister une voie. Disons, puisque c’est devenu l’expression à la mode, une voie « d’herméneutique de la continuité ». Mais il importe aussi de préciser que c’est à l’autorité magistérielle qu’il incombe de donner l’interprétation légitime des textes litigieux (en nombre d’ailleurs relativement réduits) et que le nouveau Syllabus que demandait à ce même colloque Mgr Schneider serait fort bien venu…" (3)

 

Mgr. Athanasius Schneider

Monseigneur Athanasius Schneider

 

Sources:  

(1) http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/01/29/2011-11-rome-un-tres-important-colloque-consacre-au-concile-vatican-ii/

(2) http://www.summorum-pontificum.fr/revue-de-presse/lesfranciscainsdelimmaculeeparpaixliturgique

(3) http://www.osservatore-vaticano.org/divers/un-colloque-sur-lhermeneutique-de-vatican-ii

 

--------------------------------------------------------------

 

- Vatican II : Mgr Schneider demande au Pape un nouveau Syllabus

- « Le Concile Vatican II : un débat à ouvrir » (Mgr Gherardini)

- Interview de Mons. Nicola Bux

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:58

Pour l’honneur de Pie IX

Considérer DH (NDLR. Dignitatis Humanae) comme un anti-Syllabus est l’expression superficielle d’une erreur théologique majeure qui ne contribue en rien à résoudre le problème posé par la liberté religieuse.

Il s’agit d’une opposition globale qui rejette indistinctement ce qui relève de l’ordre contingente et de l’ordre des principes.

Voici quelques précisions que Mgr. Gherardini donne pour mieux comprendre le sens des condamnations de Pie IX :

« Ce qui intéresse l’Eglise, selon le divin mandat auquel elle obéit, et de par sa définition, c’est le salut des âmes et toutes les valeurs qui peuvent le favoriser.

Dans le nouveau de la modernité, ces valeurs parurent soit absentes, soit compromises. D’où l’intention ecclésiale de sauver ce qui peut être sauvé. Tout en conservant la doctrine séculaire sur la liberté du choix religieux et même, du moins en ligne de principe, la tolérance envers des religions et des cultes différents, l’Eglise a perçu à un certain moment le danger pressant du minimalisme confessionnel, en même temps que celui de l’indifférentisme religieux.

Et contre la montée dévastatrice de ce danger, elle a élevé ses digues.

Etait-ce une faute ? Pour un grand nombre, oui, et une faute grave. Pour ceux qui entrent dans la logique que ces digues avaient suggérée, il ne s’agit pas de faute, mais de cohérence et de fidélité.

Si l’on pense au mécénat de l’Eglise même en faveur des arts et des sciences ; si l’on pense que celui qui sur ce plan laissa des traces indélébiles fut justement l’auteur du Syllabus ; si l’on pense que, à l’aube de son pontificat, ce Pie IX avait pris tellement à cœur la cause des Juifs romains que ceux-ci l’acclamaient comme leur père et lui offrirent de le défendre (A. Canestri, L’anima de Pio IX, II, Marino-Roma, 1966, pp. 46-48), toute accusation d’intolérance et d’obscurantisme s’évapore comme un flocon de neige au premier soleil.

Il faut donc projeter sur ce fond les interventions à la faveur desquelles Dignitatis Humanae apparut comme une correction providentielle aux yeux de critiques hâtifs, imprudents et trop intéressés. Je pars de l’encyclique Mirari vos du pape Grégoire XVI, en date du 15 août 1832.

Félicité de Lammennais, en 1830, avait soutenu publiquement des idées libérales inconciliables avec la tradition catholique. Mirari vos les rassembla (peut-être de façon un peu simpliste) sous le concept d’indifférentisme, et définit ce dernier comme la « cause très fertile de tous les maux » qui affligent l’Eglise ainsi que la « source empoisonnée d’où découle cette maxime fausse et absurde, ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience » (DS 2730). Le texte continue sur le même diapason : « Erreur de plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l’Eglise et de l’Etat, va se répandant de toutes parts » (DS 2731)

Pour le théologiquement correct, voilà des coups bien bas, Un scandale !

Soyons clairs : ces coups cessent d’être bas et scandaleux seulement s’ils sont portés contre un Grégoire XVI ou un Pie IX.

Moi-même, pendant les travaux d’une commission officielle, je les ai entendus, répétés plusieurs fois pendant plus d’une demi-heure par un champion de l’actuel libéralisme historique et théologique, sur les lèvres duquel les épithètes « pestiféré » et « pestilentiel » fleurissaient contre l’auteur du Syllabus comme l’expression d’une correction critique et scientifique irréprochable.

Si l’on savait au moins lire la lettre, vu qu’on ne sait pas l’interpréter ! Et lire à contre jour, c’est-à-dire sur le modèle des idées libérales de F. Lamennais et de son courant.

La liberté de conscience, qui ici est prise pour cible, est non pas le sanctuaire inviolable de l’homme en tant que tel, mais la conviction absurde, erronée et délirante « que toute profession de foi est capable de procurer la vie éternelle de l’âme » (DS 2730)

Une conviction de ce genre non seulement ramène la foi catholique au niveau de n’importe quelle autre croyance, y compris la croyance animiste, fétichiste, spiritiste et ainsi de suite, mais prive la conscience d’un horizon objectif et universel, dont découle la moralité de ses choix.

Si seulement les critiques modernes, toujours si théologiquement corrects, savaient au moins traduire le latin facile du grand évêque d’Hippone (Ep 105, 2, 10 :PL 33, 400), cité par Grégoire XVI pour clore son réquisitoire : « Quae peior mors animae, quam libertas erroris , », « Y a-t-il peut-être pour l’âme une mort pire que sa liberté d’embrasser l’erreur ? »

La gamme des erreurs fustigées par le bienheureux Pie IX et synthétisées auparavant par Grégoire XVI dans l’indifférentisme est plus large : panthéisme, naturalisme, rationalisme, idéalisme, matérialisme, socialisme, maçonnerie et anticléricalisme, qui contestaient les droits innés de l’Eglise, son autonomie par rapport à l’Etat, et ses libertés, vomissant une haine implacable contre elle, et surtout contre le Souverain Pontife.

La somme de ces erreurs était la »libertas erroris » à laquelle saint Augustin avait refusé le droit de cité, imité en cela par le grand Mastai Ferreti.

Comme ils l’on mal compris ceux qui, même dans le désir très louable de le disculper de l’accusation d’être contraire au progrès, le classent dans des contextes sociaux complètement différents des contextes actuels et trouvent injuste qu’on parle des décisions d’alors avec les paramètres critiques d’aujourd’hui.

Le noyau du problème n’absolument pas là : à ce problème le bienheureux Pie IX, prévoyant et prophète (L. Negri, Pio IX, Attualità e profezia, ed. Ares, Milano, 2004), a donné une solution radicale, et aujourd’hui presque incompréhensible pour tous les théologiquement corrects.

Par sa condamnation, il aurait voulu éviter à l’Eglise les maux dont aujourd’hui, malheureusement, elle souffre :

- Que toutes les religions se valent

- Que l’Eglise n’est pas indépendante de l’Etat

- Que chacun est libre de penser dans tous les domaines comme bon lui semble

- Que les droit des Dieu sont les même que ceux de l’homme et qu’on s’acquitte des premiers en s’acquittant des seconds

- Que le prêtre est l’homme de la rue et non de l’autel"

(Brunero Gherardini – Le Concile Œcuménique Vatican II Un débat à ouvrir – Casa Mariana Editrice 2009 – pp.176-179)

 

  

Source: http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=580155

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 19:30

Après nous être interrogé au sujet de la prochaine réunion interreligieuse d'Assise en octobre 2011, sur le point de savoir dans quelle mesure Assise III augmentera la Paix dans le monde et diminuera le nombre des martyrs chrétiens (les deux réunions d'Assise 1986 et 1992 ayant fait exploser les persécutions antichrétiennes, et pratiquement diminué la liberté religieuse juridique de l'Eglise dans le monde via le renforcement des régimes totalitaires), nous apprenons ce soir que d'Italie, un appel au Pape en forme de supplique est lancé à Rome contre Assise 2011, de la part de ratzinguériens connus, qui reprend cette même interrogation, mais cette fois en affirmant :

 

"Saint Père, nous pensons qu'avec un nouvel "Assise 1986" aucun chrétien en terre d'orient ne sera sauvé, ni dans la Chine communiste, ni en Corée du Nord ni au Pakistan, ni en Irak... tellement de fidèles par contre ne comprendront plus pourquoi en ces pays meurent encore aujourd'hui des martyrs pour ne pas renier non une religion; mais leur rencontre du Christ. Comme sont morts les apôtres..."

Les signataires:

 

Francesco Agnoli
Lorenzo Bertocchi
Roberto de Mattei
Corrado Gnerre
Alessandro Gnocchi
Camillo Langone
Mario Palmaro

 

Source: http://blog.messainlatino.it/2011/01/santita-abbiamo-paura-per-lincontro-di.html

 

via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=580087

 

Il y aurait eu un précédent appel dont parle clairement la supplique. Traduction via  http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=580196 (excusez les fautes):

"Sainteté, nous avons peur pour la rencontre d'Assise

Saint-Père Benoit XVI,

nous sommes quelques catholiques reconnaissants de l'oeuvre que votre Sainteté a accompli comme pasteur de l'Eglise universelle, reconnaissants pour sa grande valorisation de la raison humaine, pour avoir concédé le"Motu proprio Summorum pontificum", pour Son proficuo rapport avec les anglicans qui reviennent à l'unité, et pour beaucoup encore.
Nous avons pris le courage de Lui écrire après avoir entendu, juste après le massacre des chrétiens en Egypte, Son intention de convoquer à Assise, pour le mois d'octobre, une grande rencontre inter religieuse, 25 ans après "Assisi 1986".

Nous nous rappelons tous cet évènement.

Un évènement également médiatique comme il y en eût peu, qui, a contrario des intentions et déclarations de qui le convoqua, eût un contrecoup innegabile,relançant, même dans le monde catholique, l’indifferentisme et le relativisme religieux.

Justement de cet évènement prît vigueur auprès du peuple chrétien l'idée que l'enseignement séculaire de l'Eglise "una, santa cattolica e apostolica", sur l'unicité du Sauveur était quelque chose à "archiver".

Tous, nous nous rappelolns ces représentants de toutes les religions dans un temple catholique, santa Maria degli Angeli, alignés un rameau d'olivier à la main, presque pour rappeler que la paix ne passe pas par le Christ mais indistinctement par tous les fondateurs d'un credo quel qu'il soit (Maometto, Budda, Confucio, Kalì, Cristo…)

Nous nous rappelons la prière des musulmans Ricordiamo à Assisi, dans la ville d'un saint qui avait fait de leur conversion son objectif !
Nous nous rappelons la prière des animistes.../...d'autres croyants ou des représentants de religions athées comme le giainismo.

Ce "prier" ensemble, volens nolens eût l'effet de faire croire à beaucoup que tous priaient le même Dieu sous divers noms.

 


Pourtant les Ecritures parlent clair: "Tu n'auras d'autre Dieu que Moi" (I comandamento); Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne vient au Père si ce n'est par Moi" (Gv, 14, 6).

Nous ne nions pas le dialogue avec les personnes de quelque religion que ce soit.
Nous vivons dans le monde et tous les jours parlons et aimons même qui n'est pas chrétien...Mais cela ne nous empêche pas de croire que Dieu est descendu sur terre et a souffert pour nous enseigner le chemin et la Vérité, et non pas un des chemins ou une des vérités. Christ est pour nous le Sauveur unique du monde.
Nous nous rappelons aussi les poulets offerts sur l'autel de santa Chiara selon des rites tribaux et la statue de Budda sur l'autel de san Pietro, sur les reliques du martyr Vittorino.

Nous nous rappelons ces prêtres se soumettant à d'autres rites .../...faisant passer l'idée que tous ces signes sont des gestes humains sans valeur, interchangeables.... Voila l'esprit d'Assise duquel les médias et les ailes relativistes de l'Eglise se réclamèrent ajoutant à la confusion.

Nous réécrivons ce commentaire ironique d'un journaliste français: "en présence de tant de religions on croira plus facilement qu'elles sont toutes valides ou qu'elles sont toutes indifférentes; en voyant tant de dieux le parisien taquin imitera le collectionneur sceptique, dont un ami avait renversé une idole d'une vitrine: ‘Ah! malheureux, ça pourrait être le vrai Dieu !"

Nous nous réclamons du réconfort de tant de pontifes qui avaient toujours condamné tel dialogue. Un tel congrès avait déjà été organisé, à Chicago, en 1893, et à Paris, en 1900. Mais Léon XIII avait interdit toute participation catholique.

 
De la même façon Pie XI, condamnait nazisme et communisme dans leur tentative d'unir les hommes au nom d'un vague instinct religieux sans Christ. Et dans "Mortalium Animos" (Epifania del 1928), il écrivait au regard des congrès oecuméniques....etc...

 

- Le point sur la réitération du "scandale d'Assise" en 2011

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 17:57

Hier 1er janvier, a été publié le message de Benoît XVI donné au Vatican le 8 décembre 2010 "pour la Célébration de la Journée mondiale de la Paix", dans lequel le Saint-Père définit plus précisément la notion de "liberté religieuse" comme "une absence de la coercition", coercition qui nierait ou limiterait de manière arbitraire "le rôle public de la religion" ou l'expression publique de la foi. La liberté religieuse serait également une "arme authentique de la paix" qui aurait "une mission historique et prophétique". Dans ce document, le Saint-Père annonce la fête en 2011 du "25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, convoquée en 1986 à Assise par le vénérable Jean-Paul II".

 

Extraits :

 

Je remercie vivement les Gouvernements qui s’efforcent de soulager les souffrances de ces frères en humanité et j’invite les catholiques à prier pour leurs frères dans la foi qui souffrent violences et intolérances [NDLR. Les chrétiens d'Orient], et à leur manifester leur solidarité. Dans ce contexte, j’ai ressenti de manière particulièrement vive l’opportunité de partager avec vous tous quelques réflexions sur la liberté religieuse, chemin vers la paix. Il est douloureux en effet de constater que, dans certaines régions du monde, il n’est pas possible de professer et de manifester librement sa religion, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. En d’autres points du monde, il existe des formes plus silencieuses et plus sophistiquées de préjugés et d’opposition à l’encontre des croyants et des symboles religieux [NDLR. Exemple : en Europe...]. Les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi. Beaucoup subissent des offenses quotidiennes et vivent souvent dans la peur à cause de leur recherche de la vérité, de leur foi en Jésus Christ et de leur appel sincère afin que soit reconnue la liberté religieuse. Tout cela ne peut être accepté, parce que cela constitue une offense à Dieu et à la dignité humaine ; de plus, c’est une menace à la sécurité et à la paix, et cela empêche la réalisation d’un réel développement humain intégral.

 

... Nier ou limiter de manière arbitraire cette liberté signifie cultiver une vision réductrice de la personne humaine ; mettre dans l’ombre le rôle public de la religion signifie engendrer une société injuste, puisque celle-ci n’est pas en harmonie avec la vraie nature de la personne humaine ; cela signifie rendre impossible l’affirmation d’une paix authentique et durable de toute la famille humaine.

... Voilà le sentiment qui inspire et guide le Message pour la XLIVème Journée Mondiale de la Paix, consacré au thème : Liberté religieuse, chemin vers la paix.

 

2. ... Dieu a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27). C’est pour cela que chaque personne a le droit sacré à une vie intègre aussi du point de vue spirituel.Sans la reconnaissance de son être spirituel, sans l’ouverture au transcendant, la personne humaine se replie sur elle-même, et elle n’arrive pas à trouver des réponses aux interrogations de son cœur sur le sens de la vie et à conquérir des valeurs et des principes éthiques durables. Elle ne peut donc même pas réussir à expérimenter une authentique liberté et à développer une société juste.

 

3. La liberté religieuse est à l’origine de la liberté morale. En effet, l’ouverture à la vérité et au bien, l’ouverture à Dieu, qui est enracinée dans la nature humaine, confère une pleine dignité à chaque personne et elle est garante d’un respect mutuel et plénier entre les personnes. C’est pourquoi la liberté religieuse doit être comprise non seulement comme une absence de la coercition, mais d’abord comme une capacité d’ordonner ses choix selon la vérité.

... il est inconcevable que des croyants « doivent se priver d’une partie d’eux-mêmes – de leur foi – afin d’être des citoyens actifs ; il ne devrait jamais être nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits ».

 

5. ... "Quand la liberté religieuse est reconnue, la dignité de la personne humaine est respectée à sa racine même, et l’ethos et les institutions des peuples se consolident. A l’inverse, quand la liberté religieuse est niée, quand on essaie d’empêcher de professer sa religion ou sa foi et de vivre en conformité avec elles, la dignité humaine est lésée, et de cette manière se trouvent menacées la justice et la paix, lesquelles se fondent sur l’ordre social juste qui s’édifie à la lumière de la Vérité Suprême et du Souverain Bien.

 

... toute personne doit pouvoir exercer librement le droit de professer et de manifester individuellement ou de manière communautaire, sa religion ou sa foi, aussi bien en public qu’en privé, dans l’enseignement et dans la pratique, dans les publications, dans le culte et dans l’observance des rites. Elle ne devrait pas rencontrer d’obstacles si elle désire, éventuellement, adhérer à une autre religion ou n’en professer aucune.

 

6. La liberté religieuse, comme toute liberté, tout en provenant de la sphère personnelle, se réalise dans la relation avec les autres. Une liberté sans relations n’est pas une liberté achevée. La liberté religieuse ne s’épuise pas non plus dans la seule dimension individuelle, mais elle se met en œuvre dans la communauté dont elle fait partie et dans la société, ceci en cohérence avec l’être relationnel de la personne et avec la nature publique de la religion.

... On ne peut pas nier la contribution que les communautés religieuses apportent à la société. Nombreuses sont les institutions caritatives et culturelles qui attestent le rôle constructif des croyants pour la vie sociale. D’une importance plus grande encore est la contribution éthique de la religion dans le domaine politique. Elle ne devrait pas être marginalisée ou interdite, mais comprise comme un apport valable à la promotion du bien commun. Dans cette perspective il convient de mentionner la dimension religieuse de la culture, tissée au long des siècles grâce aux contributions sociales et surtout éthiques de la religion. Une telle dimension ne constitue en aucune manière une discrimination vis-à-vis de ceux qui n’en partagent pas la croyance, mais elle renforce plutôt la cohésion sociale, l’intégration et la solidarité.

 

7. L’instrumentalisation de la liberté religieuse pour masquer des intérêts occultes, comme par exemple la subversion de l’ordre établi, l’accaparement de ressources ou le maintien du pouvoir de la part d’un groupe, peut provoquer des dommages énormes aux sociétés. Le fanatisme, le fondamentalisme, les pratiques contraires à la dignité humaine, ne peuvent jamais trouver une justification, encore moins si cela est accompli au nom de la religion. La profession d’une religion ne peut pas être instrumentalisée, ni imposée par la force.

 

... Comment nier la contribution des grandes religions du monde au développement de la civilisation ? La recherche sincère de Dieu a conduit à un plus grand respect de la dignité de l’homme. Les communautés chrétiennes, avec leur patrimoine de valeurs et de principes, ont fortement contribué à la prise de conscience de la part des personnes et des peuples, de leur identité et de leur dignité, de même qu’à la conquête d’institutions démocratiques et à l’affirmation des droits de l’homme ainsi que des devoirs correspondants.

Aujourd’hui encore, dans une société toujours plus mondialisée, les chrétiens sont appelés, non seulement à un engagement civil, économique et politique responsable, mais aussi au témoignage de leur charité et de leur foi, à offrir une contribution précieuse à l’engagement rude et exaltant pour la justice, le développement humain intégral et le juste ordonnancement des réalités humaines. Exclure la religion de la vie publique, c’est enlever à cette dernière un espace vital qui ouvre à la transcendance. Sans cette expérience originelle, orienter les sociétés vers des principes éthiques universels s’avère pénible et il devient difficile de mettre en place des règlements nationaux et internationaux où les droits et les libertés fondamentaux peuvent être pleinement reconnus et mis en œuvre comme se le proposent les objectifs – malheureusement encore négligés ou contredits – de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948.

 

8. La même détermination avec laquelle sont condamnées toutes les formes de fanatisme et de fondamentalisme religieux, doit animer aussi l’opposition à toutes les formes d’hostilité à l’égard de la religion, qui limitent le rôle public des croyants dans la vie civile et politique.

On ne peut oublier que le fondamentalisme religieux et le laïcisme sont des formes spéculaires et extrêmes du refus du légitime pluralisme et du principe de laïcité. Tous deux, en effet, absolutisent une vision réductrice et partiale de la personne humaine, favorisant dans le premier cas, des formes d’intégralisme religieux, et dans le second, de rationalisme.

 

... Lorsque l’ordonnancement juridique, à tous les niveaux, national et international, permet ou tolère le fanatisme religieux ou antireligieux, il manque à sa mission même qui est de protéger et de promouvoir la justice et le droit de chacun. Ces réalités ne peuvent être abandonnées à l’arbitraire du législateur ou de la majorité, car, comme l’enseignait déjà Cicéron, la justice consiste en quelque chose de plus qu’un simple acte productif de la loi et de son application. Elle implique de reconnaître à chacun sa dignité, laquelle, sans liberté religieuse, garantie et vécue dans son essence, résulte mutilée et lésée, exposée au risque de tomber sous la coupe des idoles, des biens contingents transformés en absolus. Tout cela risque de mener la société à des totalitarismes politiques et idéologiques qui donnent une place exagérée au pouvoir public, tandis que les libertés de conscience, de pensée et de religion sont humiliées ou jugulées, comme si elles pouvaient lui faire concurrence.

 

... Dans le respect de la laïcité positive des institutions étatiques, la dimension publique de la religion doit toujours être reconnue. Dans ce but, il est fondamental que s’instaure un dialogue sincère entre les institutions civiles et religieuses pour le développement intégral de la personne humaine et l’harmonie de la société.

 

10. Dans l’univers mondialisé caractérisé par des sociétés toujours plus multi-ethniques et multi-confessionnelles, les grandes religions peuvent représenter un important facteur d’unité et de paix pour la famille humaine.

 

11. Pour l’Eglise, le dialogue entre les fidèles des diverses religions représente un instrument important pour collaborer au bien commun avec toutes les communautés religieuses. L’Eglise elle-même ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les diverses religions.

 

... Le chemin ainsi indiqué n’est pas celui du relativisme ou du syncrétisme religieux. L’Eglise en effet « annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie" (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses ». Cela n’exclut pas cependant le dialogue et la recherche commune de la vérité dans divers milieux vitaux, car, selon une expression souvent utilisée par saint Thomas d’Aquin, « toute vérité, qui que ce soit qui la dise, vient de l’Esprit Saint ».

 

En 2011 sera fêté le 25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, convoquée en 1986 à Assise par le vénérable Jean-Paul II. A cette occasion, les responsables des grandes religions du monde ont manifesté combien la religion est un facteur d’union et de paix et non de division et de conflits. Le souvenir de cette expérience est un motif d’espérance en un avenir où tous les croyants se sentent et deviennent effectivement artisans de justice et de paix.

 

12. La politique et la diplomatie devraient prendre en considération le patrimoine moral et spirituel offert par les grandes religions du monde pour reconnaître et affirmer des vérités, des principes et des valeurs universelles qui ne peuvent être niés sans nier en même temps la dignité de la personne humaine. Mais, dans la pratique, qu’est-ce que cela veut dire promouvoir la vérité morale dans le monde de la politique et de la diplomatie ? Cela signifie agir de manière responsable à partir de la connaissance objective et complète des faits ; cela veut dire déstructurer des idéologies politiques qui finissent par supplanter la vérité et la dignité humaine et veulent promouvoir des pseudo valeurs sous le couvert de la paix, du développement et des droits humains ; cela veut dire favoriser un engagement constant pour fonder la loi positive sur les principes de la loi naturelle.

 

...

13. En dépit des enseignements de l’histoire et de l’engagement des Etats, des Organisations internationales au niveau mondial et local, en dépit des efforts des Organisations non gouvernementales et de tous les hommes et femmes de bonne volonté qui, chaque jour, se dépensent pour la sauvegarde des droits et des libertés fondamentaux, on constate aujourd’hui encore, dans le monde des persécutions, des discriminations, des actes de violence et d’intolérance liés à la religion. En Asie et en Afrique en particulier, les principales victimes sont les membres des minorités religieuses, auxquels il est interdit de professer librement leur religion ou d’en changer, par des intimidations, par la violation des droits et des libertés fondamentaux et des biens essentiels, allant jusqu’à la privation de la liberté personnelle ou même de la vie.

Il existe en outre - comme je l’ai déjà dit - des formes plus élaborées d’hostilité envers la religion, qui, dans les pays occidentaux, se manifestent parfois par le reniement de l’histoire et des symboles religieux dans lesquels se reflètent l’identité et la culture de la majorité des citoyens. Ces attitudes alimentent souvent haine et préjugés et ne sont pas cohérentes avec une vision sereine et équilibrée du pluralisme et de la laïcité des institutions, sans compter qu’elles peuvent empêcher les jeunes générations d’entrer en contact avec le précieux héritage spirituel de leurs pays.

 

... 14. Je m’adresse maintenant aux communautés chrétiennes qui souffrent de persécutions, de discriminations, de violences et d’intolérance, particulièrement en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et spécialement en Terre Sainte, lieu choisi et béni par Dieu. Tout en leur renouvelant l’assurance de mon affection paternelle et de ma prière, je demande à tous les responsables d’agir avec promptitude pour mettre fin à toute brimade contre les chrétiens qui habitent dans ces régions. Puissent les disciples du Christ, confrontés aux adversités du moment, ne pas perdre courage, car le témoignage rendu à l’Evangile est et sera toujours signe de contradiction !

 

Source: http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/messages/peace/documents/hf_ben-xvi_mes_20101208_xliv-world-day-peace_fr.html

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 23:59

 
Le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X a fait un saut en Calédonie pour Noël. Il a célébré la messe, à minuit et en latin, à Katiramona, dans le local de cette communauté qui revendique un retour au traditionalisme.

 

 

Bio express

L’évêque Bernard Fellay est le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre. Il était un des quatre évêques excommuniés en 1988, car consacrés par Mgr Lefebvre sans mandat du Saint-Siège. Le pape a levé cette excommunication en 2009, dans un climat polémique. La Fraternité Saint-Pie X a refusé les principales nouveautés du concile Vatican II (1962-65), qui ont symbolisé l’ouverture de l’Eglise au monde moderne.

 

 

  • Les Nouvelles calédoniennes : Vous avez débarqué le 23 décembre à Tontouta. Vous souhaitiez être là pour Noël ?

Mgr Bernard Fellay : Ma visite est fortuite. J’étais en tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande pour ordonner des prêtres. Et comme j’ai eu du temps libre à Noël, j’ai décidé de venir encourager notre petite communauté (*) ici, qui vient de construire une chapelle, même si elle n’a pas encore de prêtre à plein-temps. Mais ça viendra.

  • La Fraternité Saint-Pie X se qualifie de traditionaliste quand on la taxe d’intégriste. Vous vous opposez pourtant à toutes les avancées progressistes de l’Eglise depuis 1962...

Notre situation est controversée, mais elle est aussi liée à ce qui se passe dans l’Eglise catholique. La vie de l’Eglise a changé avec le concile [Vatican II]. Et le bilan est dévastateur. La quantité de prêtres et de religieuses a baissé. Il y a une perte de vitesse religieuse généralisée. Il faut faire quelque chose pour restaurer la situation. La liberté totale démolit la société. Les hommes ont besoin d’une aide spéciale pour connaître le chemin de Dieu et le salut des âmes. D’ailleurs, le pape revient aux idées traditionnelles. Il voit très bien qu’il y a une déviation et qu’il faut la corriger. On est peut-être beaucoup plus proche du pape qu’il n’y paraît.

  • Avez-vous été supris par Benoît XVI qui a dit tolérer le port du préservatif, dans des cas exceptionnels, pour lutter contre le sida ?

J’ai été un peu déçu par le livre. Mais je suis très heureux du changement intervenu depuis : on voit bien que Rome veut éclaircir cette question du préservatif qui a semé la confusion. Le préservatif n’est pas le moyen pour résoudre ce problème de la santé. Il va contre la nature de l’acte de mariage car il empêche le fruit normal de cet acte. La famille est très importante. L’acte doit se faire dans le mariage. Il y a une discipline à respecter qui avait beaucoup de valeur autrefois, et qui aujourd’hui est dépréciée.

  • Sentez-vous que vous êtes à contre-courant de l’évolution de la société ?

Oui je m’en rends bien compte. Mais, ça ne me gêne pas. Des fois, je dis même qu’on nous prend pour des Martiens. Mais nous ne sommes pas des Martiens.

On est peut-être beaucoup plus proche du pape qu’il n’y paraît.

 

  • Le but de votre communauté est toujours d’intégrer l’Eglise catholique ?

Oui, on a toujours soutenu qu’on ne veut pas faire bande à part. On maintient qu’on est catholiques et qu’on le reste. Nous souhaitons que Rome nous reconnaisse comme de vrais évêques. D’ailleurs, on n’ose plus le mot schismatique à notre encontre. Alors si on n’est pas schismatiques, ni hérétiques, c’est qu’on est sacrément catholiques. D’ailleurs le pape dit qu’il y a seulement un problème d’ordre canonique. Il suffit d’un acte de Rome pour dire que c’est fini et nous rentrons dans l’Eglise. Ça viendra. Je suis très optimiste.

  • Vous accepteriez alors les décisions de Vatican II ?

Non, pas comme ça. Nous demandons que les grandes ambiguïtés de Vatican II soient dissipées.

  • Qu’est ce que vous appelez les grandes ambiguïtés ?

D’abord, la liberté religieuse : est-ce que ça veut dire que tout homme a droit de choisir sa religion ? Non, le bon Dieu n’en a fondé qu’une. Ensuite, l’œcuménisme : est-ce qu’un homme peut être sauvé dans d’autres religions que celle catholique ? Non, il n’y a que l’Eglise qui sauve.

  • Pourtant plusieurs religions existent de par le monde. Quelle légitimité avez-vous pour les nier ?

Je vois qu’elles existent, mais elles n’arrivent pas à produire les effets de la religion catholique. Pour l’affirmer, on se repose sur ce que dit l’Eglise ancienne. La démarche de l’Eglise est bien expliquée dans Vatican I. Il existe tout un tas de signes extérieurs qui permettent de reconnaître que la religion catholique est la vraie. C’est une science que l’on apprend. L’idéal serait bien sûr de prouver l’existence de Dieu. On s’en approche.

Propos recueillis par Bérengère Nauleau

(*) En Calédonie, la Fraternité Saint-Pie X compterait quelque 200 fidèles, selon l’abbé Laisney qui fait les voyages entre la Nouvelle-Zélande et ici.

 

Source: http://www.lnc.nc/pays/186-interview/231117-l-nous-ne-sommes-pas-des-martiens-r.html

 

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 21:22

Débat sur le Concile Vatican II

Vient de paraître en Italie, il y a quelques jours, le dernier ouvrage du Professeur Roberto de Mattei, Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta (Le Concile Vatican II, une histoire jamais écrite), éditions Lindau. Ce livre a suscité un large débat dans lequel sont intervenus des apologètes de renom tels que Francesco Agnoli, Mario Palmaro, Alessandro Gnocchi, Corrado Gnerre, qui se sont exprimés en faveur des thèses du Prof. de Mattei, alors que l’historien progressiste de l’école de Bologne, Alberto Melloni, et le sociologue modéré Massimo Introvigne se sont exprimés contre.

Le Prof. de Mattei est intervenu dans le débat avec un article, publié dans le quotidien “Libero” le 12 décembre, que nous reproduisons ci-dessous.

Quarante-cinq ans sont passés depuis la conclusion du Concile Vatican II, le vingtième dans l’histoire de l’Eglise, mais les problèmes qu’il a entraînés sont encore présents et actuels. Un premier problème dont on discute est celui du rapport entre la « lettre » (les textes) et l’« esprit » du Concile, respectivement opposés entre les deux écoles de la continuité et de la discontinuité. Le différend, cependant, risque de se réduire à un dialogue de sourds. Les documents promulgués par les suprêmes autorités ecclésiastiques n’ont pas, en effet, la même valeur du point de vue théologique. Si Benoît XVI exprime ses opinions dans une interview, comme cela s’est passé lors de la parution de son dernier livre Lumière du monde, il est évident qu’il faut les accueillir avec le plus grand respect, car celui qui parle est, de toute manière, le Vicaire du Christ. Il est également évident qu’entre l’interview et la définition d’un dogme il y une différence d’autorité qui n’engage pas, au même niveau, le respect des fidèles. C’est ce qui arrive aussi pour un Concile tel que le Vatican II qui, en tant que réunion solennelle des évêques unis au Pape, a proposé des enseignements authentiques certainement pleins d’autorité. Mais seulement ceux qui ignorent la théologie pourraient accorder un degré d’“infaillibilité” à ces enseignements. Même parmi les catholiques, pas tous savent que l’infaillibilité papale est utilisé très rarement et s’applique seulement à la foi et à la morale.

Si le Concile a l’autorité que le Pape qui le convoque et le dirige veut lui donner, tous les discours de Jean XXIII et de Paul VI, avant, durant et après le Concile Vatican II, en soulignent la dimension, non pas dogmatique, mais pastorale. Ce même but pastoral, étranger à toute définition dogmatique, est attribué aux documents conciliaires par Benoît XVI, dont l’“herméneutique de la continuité” est très mal interprétée par beaucoup de catholiques, tant progressistes que conservateurs. L’affirmation même selon laquelle le Concile Vatican II doit être considéré comme en continuité avec le Magistère de l’Eglise présuppose évidemment l’existence dans les documents conciliaires de passages douteux ou ambigus, ayant besoin d’une interprétation. Pour Benoît XVI, le critère d’interprétation de ces passages ne peut qu’être la Tradition de l’Eglise, comme il l’a maintes fois affirmé lui-même. Si, par contre, comme l’estiment les promoteurs du site web Vive le Concile, on admettait que le Concile Vatican II était le critère herméneutique pour relire la Tradition, il faudrait donner, paradoxalement, une force interprétative à ce qui a besoin d’être interprété. Interpréter la Tradition à la lumière du Concile Vatican II, et non pas l’inverse, ne serait possible que si l’on acceptait la position d’Alberigo (auteur d’une œuvre monumentale Storia del Vaticano II, en 5 volumes), qui donne une valeur interprétative non pas aux textes, mais à l’esprit du Concile. Mais ceci, bien entendu, n’est pas la position de Benoît XVI, qui critique l’herméneutique de la discontinuité, justement pour la suprématie qu’elle accorde à l’esprit sur les textes. Mgr Gherardini, professeur émérite d’ecclésiologie à l’Université du Latran, dans son livre Le Concile Oecuménique Vatican II, un débat à ouvrir (2009), a bien développé le bon critère de l’herméneutique théologique. Soit l’on estime, comme Gherardini, que les propositions du Concile Vatican II, non liées à des définitions précédentes, ne sont ni infaillibles ni irréformables et donc même pas contraignantes, soit l’on accorde au Concile une autorité telle qu’elle éclipse les vingt autres assises précédentes de l’Eglise, les abrogeant ou les remplaçant. Sur ce dernier point, il paraît qu’il n’y a pas de différence entre les historiens de l’école de Bologne, comme le prof. Alberto Melloni, et les sociologues, comme Massimo Introvigne, qui semblent donner une valeur d’infaillibilité au Concile Vatican II.

Il y a pourtant un deuxième problème qui va au-delà de la discussion sur la continuité/discontinuité des textes conciliaires et ne concerne pas le domaine théologique, mais le domaine historique. C’est le sujet auquel j’ai voulu apporter une contribution dans mon récent livre, Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta, publié par les éditions Lindau en décembre 2010. Dans cet ouvrage, je ne propose pas une lecture théologique des textes, au sens d’en évaluer la continuité ou la discontinuité avec la Tradition de l’Eglise, mais une reconstruction historique de ce qui se passa à Rome entre le 11 octobre 1962 et le 8 décembre 1965. Il s’agit d’un travail complémentaire à l’approche théologique et qui ne devrait donner du souci à personne. On ne comprend pas en effet les réactions préoccupées de ceux qui craignent que cette histoire puisse apporter de l’eau au moulin de l’herméneutique de la discontinuité. Faudrait-il alors renoncer à écrire l’histoire du Concile Vatican II ? Ou faudrait-il admettre que seule l’école de Bologne a le droit de l’écrire, elle qui a offert des contributions certes remarquables, mais idéologiquement tendancieuses ? Et si des éléments de discontinuité devaient émerger, sur le plan historique, pourquoi craindre leur divulgation ? Comment nier une discontinuité, non pas dans les contenus, mais dans le nouveau langage du Concile Vatican II ? Un langage fait non seulement de déclarations, mais aussi de gestes, de silences et d’omissions, qui peuvent révéler les tendances profondes d’un événement encore plus que le contenu des textes. L’histoire de l’inexplicable silence sur le communisme, par exemple, de la part d’un Concile qui aurait dû s’occuper des faits du monde, ne peut pas être ignorée.

L’historien qui se prépare à cette tâche ne peut pas isoler les textes du Concile Vatican II du contexte historique au sein duquel ils furent produits, car c’est justement du contexte qu’il s’occupe en tant qu’historien. De même, le Concile Vatican II ne peut pas être présenté comme un événement qui ne concerne que trois années de l’histoire de l’Eglise, sans en considérer les racines profondes et les conséquences également profondes qu’il eut dans l’Eglise et dans la société.

La prétention de séparer le Concile du post-Concile est aussi insoutenable que celle de séparer les textes conciliaires du contexte pastoral où ils furent écrits. Aucun historien sérieux et même aucune personne de bon sens ne pourrait accepter cette séparation artificielle qui naît d’un pur parti pris et non d’une sereine et objective évaluation des faits. Encore aujourd’hui, nous vivons les conséquences de la « Révolution conciliaire » qui anticipa et accompagna celle de Mai 68. Pourquoi le cacher ? L’Eglise, comme l’affirma Léon XIII, ouvrant aux chercheurs les Archives Secrètes du Vatican, « ne doit pas craindre la vérité ». (R. d. M.)

Source :
Correspondance européenne n. 227 du 20 décembre 2010

CE 227/01
lettre de diffusion de Correspondance européenne. Voir son site.

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=577757

Partager cet article
Repost0
18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 13:00

Un véritable ouragan a soufflé hier, 17 décembre 2010, à Rome, à deux pas de la basilique Saint-Pierre : un évêque a proposé ni plus ni moins que… la remise en marche du magistère infaillible de l’Église.

Depuis le 16 décembre se tient en effet à Rome un important colloque intitulé « Concile Vatican II, un concile pastoral – Analyse historique, philosophique et théologique ». Voulu par les courageux Franciscains de l’Immaculée, ce colloque se déroule dans les salles de conférence de Santa Maria Bambina, derrière la colonnade du Bernin, près du Palais du Saint-Office, dans un quasi silence médiatique en dépit de l’actualité du thème au regard du pontificat de Benoît XVI et de la qualité des intervenants.

Deux interventions attendues ont marqué la première journée : celle de Mgr Gherardini, auteur du livre Concile Vatican II, un débat à ouvrir et celle du professeur Roberto De Mattei, historien italien, auteur d’un récent volume sur le concile, intitulé Concile Vatican II, une histoire jamais écrite (disponible pour l’instant en italien seulement, éditions Lindau). Tous les deux ont répondu aux critiques que leurs travaux ont soulevés, assez paradoxalement d’ailleurs dans le camp conservateur, au sein duquel se trouvent les quelques rares défenseurs de l’infaillibilité du Concile.

Hier, 17 décembre, c’est Monseigneur Schneider, évêque auxiliaire de Karaganda, qui a créé l’événement au cours de sa communication sur le thème du culte de Dieu comme fondement théologique de la pastorale conciliaire.

Proposant un long florilège de citations sélectionnées, théologiquement très orthodoxes, extraites des textes conciliaires, il a en quelque sorte présenté à l’assistance des textes choisis d’un Vatican II « plus orthodoxe que Trente ». La captatio benevolentiae a été particulièrement efficace : l’assistance attendait la suite, suspendue aux lèvres de l’évêque. C’est alors que, dénonçant l’interprétation erronée de ce concile-là dans la période postconciliaire, l’évêque a conclu son intervention en suggérant… la rédaction d’un Syllabus condamnant infailliblement « les erreurs d’interprétation du Concile Vatican II ».

Car selon Mgr Schneider, seul le magistère suprême de l’Église (celui du Pape ou d’un nouveau Concile œcuménique) peut corriger les abus et les erreurs nés du Concile et rectifier sa compréhension et sa réception à la lumière de la tradition catholique. Répondant à une demande de précision, il a fait éclater de rire la docte assistance en estimant qu’il n’était pas possible de réunir un concile avant 500 ans. Reste donc le magistère suprême du Pape. D’où son appel à un nouveau Syllabus où figureraient face à face les erreurs condamnées et leur interprétation orthodoxe.

Comme tant et tant d’autres depuis 40 ans, c’est donc au jugement infaillible du Pape « reformulant » Vatican II qu’il en est appelé. Sauf que, depuis la « libération de la parole » opérée par Benoît XVI, ce sont désormais des personnages officiels qui interjettent l’appel.

Source : http://www.osservatore-vaticano.org/dicastres/mgr-schneider-demande-au-pape-un-nouveau-syllabus via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=576894

 

Note de Christ-Roi. Rappelons que la demande de Mgr Schneider d'un nouveau Syllabus n'a rien de saugrenu compte tenu du fait que Benoît XVI lui-même a créé en 2006 un "institut de droit pontifical", l'Institut du Bon Pasteur , avec mission, "conformément au discours du pape Benoît XVI à la Curie Romaine le 22 décembre 2005", d'engager "une « critique sérieuse et constructive » du concile Vatican II, pour permettre au Siège Apostolique d’en donner l'interprétation authentique." (Source : http://www.institutdubonpasteur.org/home.php?area=presentation)

 

-  Le concile Vatican II contesté par Mgr Brunero Guerardini  

Partager cet article
Repost0

Articles RÉCents

  • Saint Luc, Évangéliste, Patron des médecins (Ier s.)
    Patron des médecins, des sculpteurs et des peintres. Saint Luc l'évangéliste en peintre, Guerchin, 1562 Né à Antioche en Syrie au Ier siècle, on ignore si, avant sa conversion, il était païen ou observait la religion juive ; cette dernière opinion est...
  • Saint Baudouin Archidiacre de Laon (+ 679)
    De la lignée des Sicambres, fils de sainte Salaberge, archidiacre de Laon dans l’Aisne au temps des rois mérovingiens, au VIIe siècle, Baudouin est assassiné par les gens d'Ebroïn, maire du palais de Neustrie qui le considérait comme un partisan du royaume...
  • Sainte Edwige (1174- † 1243)
    Duchesse de Silésie et de Pologne, elle mena une vie de foi intense : jeûnes prolongés, endurance au froid, ascèse acceptée d'un commun accord par les deux époux dans leurs relations conjugales. Edwige et son époux vécurent d’une manière très pieuse....
  • L'ayatollah Khomeiny promettait la liberté. Il a fait fusiller ceux qui l'avaient porté au pouvoir
    L'ayatollah Khomeiny promettait la liberté. Il a fait fusiller ceux qui l'avaient porté au pouvoir. En 1978, la révolution iranienne n'est pas l'œuvre des mollahs seuls. Trois forces de gauche combattent le Shah à ses côtés. >Les Moudjahidine du peuple...
  • Sainte Thérèse d'Avila, vierge et Docteur de l'Église (1515-1582)
    L'amour n'est jamais oisif. Thérèse d'Avila (en espagnol Teresa de Ávila), en religion Thérèse de Jésus, naquit en Espagne, de parents nobles et chrétiens. Teresa Sanchez Cepeda Davila y Ahumada est née dans la ville castillane d'Avila au cours de l'année...
  • Saint Géraud ou Gérard d'Aurillac, fondateur de l'abbaye d'Aurillac († 909)
    Géraud, Gérault ou Gérard, comte d’Aurillac (Cantal), était le fils de Géraud, d'origine mérovingienne, seigneurs d'Aurillac, et d'Adeltrude, d'origine carolingienne, qui fut également canonisée. Saint Arède était un de ses ancêtres. Géraud d'Aurillac...
  • Saint Carlo Acutis
    Ce 7 septembre 2025, le pape Léon XIV a canonisé Carlo Acutis, en même temps que Pier Giorgio Frassati. Des messages en anglais, en italien ou en français défilent frénétiquement à droite d'une vidéo YouTube. "Accorde-moi la connaissance en informatique...
  • Saint Wilfried, évêque d'York (634-709)
    Wilfrid naît en Northumbrie (royaume du nord-est de l'Angleterre) aux alentours de l'an 633. Depuis les invasions anglo-saxonnes au Ve siècle, l'Église était divisée comme le pays. L'Église celte refusait l'archevêque anglais de Cantorbéry et vivait pratiquement...
  • Saint Firmin d'Uzès
    À 22 ans, il est l'un des premiers évêques de l'ancien diocèse d'Uzès dans le Gard (France). Il était le disciple et ami de Césaire d'Arles. Il assista au Concile d'Orléans en 541. Son grand renom de docteur et d'orateur s'étendit jusqu'en Italie. Il...
  • Saint Ghislain de Mons, moine évangélisateur († 681)
    Saint Ghislain de Mons († 681), ou saint Ghislain, en latin Gislenus, était moine dans le Hainaut. C'est un saint chrétien fêté le 10 octobre selon le martyrologe romain ainsi que selon le calendrier ecclésiastique orthodoxe. En Belgique, près de Mons,...