La littérature courtoise ou chevaleresque fut aussi importée de France. "Le Roman de la Rose " a fortement inspiré les premiers auteurs en langue anglaise... à la fin du XIVe siècle comme Geoffrey Chaucer (Contes de Cantorbéry) ou William Langland (La Vision de Pierre le Laboureur). «Sans récuser ce qu'il doit à Jean de Meung et même à Guillaume de Machaut», Geoffrey Chaucer ne se refuse pas « les emprunts aux procédés français de l'écriture lyrique - les décasyllabes rimés - et au vocabulaire français qui lui fournissent bien des rimes... La langue anglaise accède enfin au rang de langue noble quand le remplacement du dernier des Plantagenêts, Richard II par le Lancastre Henri IV met en 1399 sur le trône, pour la première fois depuis Edouard le Confesseur, un prince dont l'anglais est la langue maternelle. Et c'est en anglais qu'il prononce les formules de son accession au trône. » (19)
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Douce Dame Jolie, Guillaume de Machaut (1300-1377)
Douce dame jolie,
Pour dieu ne pensés mie
Que nulle ait signorie
Seur moy fors vous seulement.
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La courtoisie est « un code d'honneur, une sorte de rituel social, qui sont ceux de la chevalerie; une certaine aisance des manières aussi; enfin une attention pleine d'égards que la femme exige de l'homme. » (20) « L'amour courtois rejoint la prouesse du guerrier, participant d'une même morale et dessinant un même comportement.
« La geste du roi s'organise, avec Berthe au grand pied (mère de Charlemagne), le Pèlerinage de Charlemagne, la Chanson d'Aspremont et bien d'autres qui sont la postérité mythique et littéraire de la Chanson de Roland. » (21)
« Il y a un savoir-vivre de la courtoisie.. L'aboutissement est est une délicatesse lyrique, par laquelle s'expriment les porte-parole de la société raffinée du XIIe siècle.
« Les vertus que l'on exalte sont, avec le désintéressement, le dévouement sans réponse, le courage physique et la dignité dans l'épreuve. » (22)
Or, « [e]ntre les premières déplorations qui suivirent la défaite de Roncevaux (774) et la Chanson de Roland (v. 1100) une continuité existe, que d'ingénieux travaux d'érudition se sont attachés à mettre en lumière.
« L'oriflamme de Saint-Denis, le cri de Montjoie (sont) : autant d'éléments d'une symbolique profondément enracinée dans le passé (français) carolingien... » (23)

« La théorie diffusionniste, qui fait partir la courtoisie d'un centre français vers une périphérie des marges européennes, prévaut parmi les meilleurs spécialistes de la cour médiévale: pour Joachim Bumke, en particulier, à partir des années 1100, les routes commerciales, les déplacements des clercs et les connexions dynastiques auraient importé en Allemagne la culture aristocratique venue de la cour royale de France. La supériorité savante du monde capétien et le succès général de ses modèles de comportement sous-tendent une telle thèse. ...
« C'est dans ce contexte que se développent les thèmes de la fin'amors, expression qu'on traduit depuis le XIXe siècle précisément par "amour courtois", que Guillaume IX d'Aquitaine a fixés dans ses chansons pour la première fois en Occident. Civilité et courtoisie vont donc de pair. » (24)

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Clovis recevant la fleur de lys - XVe siècle, Bedford Book of Hours, 1423, illustrant la légende du Roi Clovis recevant les fleurs de lys de son épouse sainte Clotilde.
Au XIVe siècle, l'armorial français montre Clovis arborant des fleurs de lys. Lorsque Clovis se bat contre son ennemi et le tue près de la tour Montjoie, celui-ci confesse la Trinité et fonde l'abbaye de Joyenval qui accueille alors le bouclier comme relique.
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Giraud de Barri (1146-1223), prêtre issu de la haute aristocratie normande du sud du pays de Galles, « considère que la vertu par excellence des Capétiens est la douceur, alors que la race diabolique des Angevins les condamne irrémédiablement à la lutte : il compare les ours, lions et léopards, bêtes féroces choisies pour leurs emblèmes héraldiques, aux fleurs de lys (symbole virginal) de leurs ennemis; d'un côté l'orgueil, de l'autre l'humilité.» (25)
«L'origine démoniaque des Plantagenêts - l'enchanteur Merlin est à la mode - et la malédiction planant sur leur lignage sont connues jusqu'en Rhénanie. » (26)
Dans le domaine administratif, la Magna Carta (Grande Charte) rédigée en 1215 sur le sol français est à l'origine du "Common Law"... encore en vigueur aujourd'hui dans la plupart des pays anglophones. Martin Aurell ne s'y trompe pas : «A sa suite, cette oligarchie laïque (la noblesse anglaise) prend même de façon institutionnelle le roi sous sa coupe.» (27) «Ce qu'elle protège ainsi de l'arbitraire royal, ce sont les intérêts de l'aristocratie...» (28)
Le Parlement d'Angleterre fut créé sous les Plantagenêts. De même que les universités de Cambridge et d'Oxford.

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Abélard d'après une gravure du XIXe siècle.
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L'Université de Paris reçoit ses privilèges en 1200 et ses premiers statuts en 1215.
« Après 1150, ... Paris rassemblait plus d'écoles et d'étudiants que tout autre centre.
« A l'école épiscopale de Notre-Dame (arts libéraux et Ecritures saintes) s'ajoutaient les écoles canoniales de Saint-Victor et de Sainte Geneviève et les écoles privées tenues par de nombreux maîtres sur le Petit Pont et la montagne Sainte Geneviève.
« Une des premières et des plus fameuses fut celle dirigée par Pierre Abélard (1079-1142) qui enseignait à la fois la grammaire, la dialectique et la théologie.
« ... Dès cette époque, l'enseignement des maîtres parisiens jouissait dans toute la Chrétienté d'un prestige exceptionnel,.... qu'il drainait par suite des auditeurs d'origine parfois lointaine, parmi lesquels les Anglais semblent avoir été les plus nombreux, devant les Italiens et les Allemands.
« Ce rayonnement des écoles parisiennes, qu'on doit évidemment rapprocher de l'affermissement de la dynastie capétienne et de l'apparition à la même époque de l'"art français", c'est-à-dire gothique, était une donnée tout à fait nouvelle et désormais fondamentale de la géographie culturelle de l'Occident.
« ...Dans les années suivantes, l'ensemble de la logique d'Aristote fut traduit en latin...
« La naissance de l'Université de Paris, au début du XIIIe siècle, a été l'aboutissement normal de la croissance scolaire du XIIe siècle.» (29)
Fin XIIe siècle, on entend à Oxford en Angleterre un ancien maître de l'école de droit de Paris, Giraud de Barri (30), qui ne cache pas alors sa vénération pour les Capétiens, et affirme que les rois de France sont de la race de Charlemagne, roi auquel les Bretons et Écossais étaient jadis soumis. (31)
« Au lendemain de la chute de la Normandie en 1204, Giraud de Barri rapporte les causes qui ont rendu la conquête si facile à Philippe Auguste : il met alors en avant l'amour des Français pour la connaissance, qui les rend supérieurs aux autres peuples, comme dans l'Antiquité les Grecs et les Romains.» (32)

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Sceau de l'Université de Paris au 13e siècle, dans la niche supérieure, la Vierge avec l'enfant Jésus
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« Pour l'empire Plantagenêt, le mal est réel. Il ne semble pas que Henri II, Richard ou Jean s'en soient avisés. ... L'essor du monde universitaire (français)... apporte à la Couronne du Capétien un prestige auquel le pouvoir royal est assez sensible pour favoriser le mouvement. ... Une attention royale que manifestent aussi bien les privilèges accordés à partir de 1200 aux maîtres et aux étudiants. ... La situation en Angleterre n'a rien de comparable. ... Le seul studium generale qui émerge au XIIe siècle, c'est Oxford. Or, Oxford n'est pas Londres et Londres n'a encore rien d'une capitale.
« ... Le monde universitaire est en Angleterre embryonnaire quand il est déjà à Paris comme à Toulouse, fortement ancré dans la société et conforté par une notoriété qui tient "au nombre et à la célébrité des écoles" (J. Baldwin) (33)
En médecine, «le changement est si profond que l'on peut parler d'une véritable renaissance médicale.
C'est à Montpellier qu'est fondée la première faculté de médecine au début du XIIe siècle. En janvier 1180, le comte Guilhem VII proclame que l'enseignement de la physique y sera désormais libre, c'est-à-dire permis à tous les maîtres quelles que soient leur nationalité ou leur religion. Dès lors, elle acquiert, dans tout l'Occident, une grande réputation pour la qualité de son enseignement.
... Alors que jusqu'au Xe siècle, il (l'art médical) est à peu près entièrement entre les mains des moines et des prêtres, l'Église va inviter ceux-ci à s'en dégager pour se consacrer à des activités plus conformes à leur état.» (34)
L'actuelle langue anglaise comprend 30 à 40% de mots français. Ces mots ne proviennent non pas du latin, mais directement du français parlé par la classe dirigeante angevine.

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Devise - « Honi soit qui mal y pense » (devise de l'ordre de la Jarretière et du souverain d'Angleterre) au Château de Windsor
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« Dieu et mon droit » and « Honi soit qui mal y pense » sont les actuelles devises de l'Angleterre... Ces phrases furent respectivement prononcées par Richard Coeur de Lion et Edouard III. Elles nous rappellent le temps où, selon l'historien anglais Thomas Babington Macaulay, « les rois français d'Angleterre atteignirent un prestige qui faisait l'admiration de tous les peuples. »
Edouard III fait broder en avril 1348 les premières jarretières bleues aux lettres d'or et d'argent : "Honni soit qui mal y pense."
Les chevaliers de la Jarretière sont recrutés parmi "les plus profitables à la Couronne et au royaume."
Les romans de la Table ronde ont offert un modèle: celui d'un groupe de chevaliers laïcs choisis par le roi et conduits par lui. L'idéal est celui de la chevalerie la protection des faibles, la défense du bon droit.
C'est sous le règne d'Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie et d'Aquitaine, que se réalise « la diffusion de la matière de Bretagne, qui s'impose aussi bien sur l'Île que sur le continent, comme l'un des domaines les plus porteurs, novateurs et populaires de la littérature occidentale. Des poètes nombreux en développent... les thèmes en dehors de la Grande-Bretagne... Grâce à eux, la légende du roi mythique des Bretons s'étend partout en Occident. Elle dépasse largement les frontières du Pays de Galles et des autres régions insulaires où les dialectes celtiques avaient cours, voire même de l'Armorique... Elle devient un phénomène européen à part entière. Elle est la source d'inspiration de maints auteurs qui chantent les aventures d'Arthur, de Merlin et des Chevaliers de la Table ronde aussi bien en latin que dans toutes les langues romanes et germaniques.
Le roi Henri II, « son épouse et ses enfants animent un cercle de courtisans lettrés qui la développent et la diffusent... À la suite d'une d'une adroite manipulation idéologique, Arthur (roi celte légendaire de Grande-Bretagne qui repoussa les invasions saxonnes fin Ve, début VIe siècle, Ndlr.). serait donc devenu l'ancêtre héroïque, le modèle prestigieux et la source de droits des rois angevins d'Angleterre... » (35)
Le roi de France Jean le Bon (1350-1364), fils de Philippe VI de Valois, voit l'Anglais réaliser ce qu'il a naguère rêvé. L'Ordre de l'Étoile sera le pendant français de la Jarretière. Les membres en sont désignés à la fin de 1351. Les statuts sont promulgués en octobre 1352. L'Étoile garantit au roi ce dont l'assurait l'ancien hommage: la loyauté à toute épreuve d'une véritable armée. Napoléon fera de même: la Garde impériale sera une armée d'élite au sein d'une grande armée passablement disparate. Les chevaliers se réunissent en "cour plénière" le 15 août de chaque année, dans la Noble Maison de Saint-Ouen. Chacun y raconte sous serment ses prouesses et ses faiblesses à la guerre. En bref, on fait le bilan des expériences. (36)
Plus tard, l'hymne britannique lui-même, "God save the queen " ou "king" selon les règnes (adapté par Haendel pour le roi George Ier 1714-1727, le fondateur de la dynastie britannique maçonnique de Hanovre...) sera une copie de notre Dieu sauve le Roy de Mme de Brinon (1686), mis en musique par Lully en 1687 et Charpentier en 1785.
Cependant, «l'origine démoniaque des Plantagenêts - l'enchanteur Merlin est à la mode - et la malédiction planant sur leur lignage sont connues jusqu'en Rhénanie.» (37)
« Selon le témoignage de Giraud de Barri, le roi (Henri II) avait fait peindre dans son palais de Winchester une fresque qui représentait un grand aigle attaqué par ses quatre aiglons, afin d'être figuré avec sa progéniture séditieuse.
« ... Les Plantagenêts et leur entourage recourent spontanément aux vaticinations de Merlin pour disculper leur guerre intestine.
« ... Les vaticinations de Merlin, tout comme l'ancêtre féérique des comtes d'Anjou, appartiennent au registre folklorique des interventions du démon et de ses satellites (Merlin était le sorcier du roi Arthur Pendragon. Ndlr.)
Nul ne l'a mieux exprimé que Giraud de Barri, l'un des promoteurs de l'idée d'une malédiction pesant sur les Plantagenêts. Il attribue en effet à Geoffroy de Bretagne (fils d'Aliénor et d'Henri) - dont le fils Arthur sera assassiné un jour par son frère Jean - la réponse faite à Geoffroy de Lucy, futur évêque de Winchester (1189-1204), émissaire de son père qui le prie de se réconcilier avec lui : "Vous ne devez pas ignorer qu'il nous a été donnés par nature, et pour ainsi dire par droit d'héritage de nos ancêtres, qui nous l'ont légué et inculqué, qu'aucun de nous n'aime l'autre, et que toujours le frère combattra le frère et le fils le père de toutes les forces dont il sera capable. Ne tâchez donc pas de nous priver de nos droits héréditaires, en vous efforçant en vain de chasser le naturel". À en croire Pierre de Blois, Henri II ne dit rien d'autre : "Je suis par nature le fils de la colère, comment pourrais-je ne pas me mettre en colère?" » (38)
Richard Coeur de Lion dira lui-même : "Nous qui provenons du diable, reviendrons au diable." (39)
« Richard Coeur de Lion ne récusera pas les récits qui mêleront les fées et les enchanteurs aux origines de sa famille. C'est l'entrée en scène du roi Arthur, qui passe pour avoir bénéficié de la protection de Merlin (et qui serait le fils illégitime d'Uther Pendragon - "tête(s) de(s) dragon(s)" en gallois -, fruit de la magie de Merlin et du dragon qui fit prendre à Uther les traits du mari de Igerne, Ndlr.)

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Drapeau du Pays de Galles (une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni, et parmi celles-ci, l'une des trois celtes, au centre-ouest).
Les Saxons ont toujours échoué à conquérir le pays de Galles, tant en raison du terrain montagneux, que de la résistance acharnée du peuple gallois. L'un des rois saxons, Offa de Mercie finit par ériger un grand mur de terre, « Offa's Dyke », à la frontière de son pays, pour délimiter la partie de la région du Powys qu'il venait de conquérir. Certains vestiges de cette construction sont encore visibles.
Geoffrey de Monmouth dépeint Arthur comme un roi ayant établi un empire rassemblant toute l'île de Bretagne, ainsi que l'Irlande, l'Islande, la Norvège, le Danemark et une bonne partie de la Gaule, fin 5e, début 6e siècle.
Les Normands finissent par dominer le pays, mais cette domination fut plus progressive que la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, en 1066. Commencée par les Saxons, au VIe siècle, la conquête du pays de Galles ne s'acheva qu'en 1282 sur un champ de bataille, avec la victoire d'Édouard Ier sur Llywelyn le Dernier, le dernier prince indépendant. Pour asseoir sa domination, Édouard bâtit dans la région plusieurs grands châteaux, dont celui de Caernarfon, celui de Conwy ou celui d'Harlech.
Le pays est resté celtique et l'usage de la langue galloise s'est toujours perpétué, alors même qu'en Angleterre et en Écosse, l'usage des langues celtiques s'est perdu ou a largement diminué.
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Dès le temps de Henri II, les poètes et les historiens liés aux Plantagenêts rivalisent pour magnifier la figure du héros mythique de la Table ronde et pour forger une généalogie qui convienne au dessein politique du roi d'Angleterre. La chose est pourtant malaisée : le personnage historique ayant été le héros des combats du peuple breton contre les envahisseurs saxons... Heureusement, Geoffroy de Monmouth, dans son Histoire des rois de Bretagne , a déjà intégré, en 1138, le personnage mythique d'Arthur - comme ceux de l'enchanteur Merlin et de la fée Morgane - dans une tradition et une généalogie qui conduisent d'Enée et d'Arthur à la royauté d'Etienne de Blois [petit-fils de Guillaume le Conquérant par sa mère Adèle de Blois et dernier roi normand en Angleterre avant l'accession au trône des Plantagenêts avec Henri II (1154-1189)].
Ce n'est pas par hasard qu'en 1191 on annonce que, sur une indication donnée avant sa mort par Henri II, on a découvert à l'abbaye de Glastonbury aux confins du Pays de Galles, la tombe du roi Arthur et de la reine Guenièvre..., reconnaissables l'un à sa haute taille et l'autre à sa tresse de cheveux blonds. Arthur est le lien entre le société courtoise et la royauté. La découverte du corps vient de surcroît permettre d'intégrer Arthur dans la société chrétienne, puisqu'elle réduit à néant la légende de la survie magique du roi de la Table ronde et de son retour.
Dans la lignée de Charlemagne, Arthur devient le parangon des vertus du prince chrétien et le héros du combat pour la foi... (Mais) si Arthur peut faire figure de héros national (anglais), c'est aux yeux des indociles Gallois (nation celte conquise par Edouard Ier en 1282, Ndlr.) et son retour pouvait être embarrassant puisqu'il avait pour fin de chasser définitivement les Anglais (Saxons) et de rétablir la royauté celtique...
Sur le continent, les Plantagenêts font grand cas de l'épée d'Arthur, Excalibur... offerte, dit-on, en 1127 par Henri Beauclerc à Geoffroy Plantagenêt, encore comme comte d'Anjou, et passée dans la chapelle de Richard Coeur de Lion. Avant la découverte du corps d'Arthur en 1191, elle fait le lien nécessaire entre le roi mythique et la dynastie angevine. On retient surtout, et Wace y insiste au milieu du siècle dans son Roman de Brut, qu'Arthur est l'ancêtre prestigieux des Plantagenêts, qu'il combat les Français comme les païens et qu'il est à la fois modèle de courage, de vertu et de sagesse politique. Mais le roi Arthur ne siège qu'au sein de sa Table ronde, autrement dit de ses vassaux. Sa royauté n'est qu'une primatie, et son pouvoir est fortement marqué par les limites qu'impose au roi la nature contractuelle du lien qui unit le seigneur et le vassal... L'origine arthurienne de la monarchie des Plantagenêt est prestigieuse. Elle est fortement réductrice. » (40)
Notes
(1) Jean Favier, La France féodale, 1984, réed. Le Grand Livre du Mois, Paris 1995, p. 52.
(2) Martin Aurell, L'Empire des Plantagenêts 1154-1224, Edition Le Grand Livre du Mois, Paris 2002, p. 15.
(3) Jean Favier, Les Plantagenêts, Origines et destin d'un empire, XIe-XIVe siècles, Fayard, Poitiers 2004, p. 830-831.
(4) L. Mace, Les Comtes de Toulouse et leur entourage (XIIe - XIIIe siècle), Toulouse 2000, p. 213, in Martin Aurell, ibid., p. 140.
(5) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., Poitiers 2004, p. 11.
(6) Martin Aurell, ibid., p.11.
(7) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 709.
(8) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 57-58.
(9) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 63.
(10) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 850.
(11) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 858.
(12) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 774.
(13) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 865.
(14) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 122-123.
(15) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 187.
(16) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 188.
(17) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, Fayard, Vitry-sur-Seine 1983, p. 417-418.
(18) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 347.
(19) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 832.
(20) Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, 1977, Points Histoire, Mayenne 2001, p. 61.
(21) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 98.
(22) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 129.
(23) Martin Aurell, ibid., p. 90.
(24) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 268.
(25) Martin Aurell, ibid., p. 121.
(26) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 649.
(27) Martin Aurell, ibid., p. 183.
(28) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 723.
(29) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, Fayard, Vitry-sur-Seine 1983, p. 497/8.
(30) Martin Aurell, ibid., p. 157.
(31) La France médiévale, Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 326.
(32) Martin Aurell, ibid., p. 90.
(33) La France médiévale, Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 328-331.
(34) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 441-443.
(35) Martin Aurell, La Légende du roi Arthur, 550-1250, Perrin, Tempus, 2018, pp. 219-220.
(36) Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Editions Fayard, Le Grand Livre du Mois, Paris 2002, p. 183-185.
(37) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 649.
(38) Martin Aurell, ibid., p. 49.
(39) Martin Aurell, ibid., p. 7.
(40) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 350-351.