L'image est qualifiée "d'historique" par de nombreux commentateurs, dans le monde.
Un arrêt imprévu à la dimension symbolique très forte. Dimanche 25 mai, dans le cadre de son voyage en Terre sainte, le pape François s'est arrêté dans la ville palestinienne de Bethléem devant la barrière de séparation édifiée par Israël en Cisjordanie.
Il est descendu de sa voiture pour se recueillir quelques minutes au pied d'un mirador de ce haut mur de béton. Il a posé ses mains, au-dessus de graffiti récents, dont l'un, en anglais, lui était directement destiné : "Pape, nous avons besoin de quelqu'un pour parler de justice."
Il a appelé à mettre fin à une situation "inacceptable".
François a accompli ce geste impromptu à l'emplacement d'une tour de guet sur le chemin de la place de la Mangeoire, où il a célébré une messe, peu après une rencontre avec le président palestinien Mahmoud Abbas qui l'avait pris à témoin du "mur hideux que construit Israël par la force brutale sur notre terre".
Le chef de l'Eglise catholique a appelé à "la reconnaissance de la part de tous du droit de deux Etats à exister et jouir de la paix et de la sécurité dans des frontières internationalement reconnues".
L'édification de la barrière, baptisée "mur de l'apartheid" par les Palestiniens et "clôture de sécurité" pour empêcher les attentats par Israël, a commencé en 2002. Achevée aux deux tiers, elle doit atteindre à terme environ 712 km. Son tracé se trouve à 85% en Cisjordanie, isolant 9,4% du territoire palestinien, dont Jérusalem-Est, selon l'ONU. La Cour internationale de justice (CIJ) a jugé le 9 juillet 2004 sa construction illégale et exigé son démantèlement.
L'image du pape priant sur ce mur est qualifiée "d'historique" par de nombreux commentateurs, dans le monde. Un conseiller politique de Mahmoud Abbas a ainsi salué, dimanche, "un message éloquent et clair au monde entier, en particulier à Israël, qu'on ne peut parvenir à la paix tant qu'Israël continue à construire des murs de séparation racistes entre les peuples palestinien et israélien".
Mahmoud Abbas a accusé Israël de tenter de "changer l'identité et le caractère de Jérusalem-Est et asphyxier sa population palestinienne, chrétienne et musulmane, afin de la chasser" de la ville.
Il a ensuite été accueilli avec des vivats sur la basilique de la Nativité, pavoisée de drapeaux du Vatican et palestiniens et ornée d'un tableau géant de la naissance de Jésus, représenté enveloppé d'un keffiyeh, le symbole national palestinien, généreusement distribué à l'assistance.
Le pape François a invité dimanche le président israélien Shimon Peres et son hôte palestinien Mahmoud Abbas à venir dans "sa maison" au Vatican pour prier avec lui pour la paix, dimanche à la fin de la messe célébrée à Bethléem.
"En ce lieu (de Bethléem), où est né le Prince de la paix, je désire adresser une invitation à vous, monsieur le président Mahmoud Abbas, et à monsieur le président Shimon Peres, pour faire monter ensemble avec moi une prière intense en invoquant de Dieu le don de la paix", a-t-il dit, juste avant la prière à la Vierge du "Regina Coeli" qui concluait la messe. Ce message du pape n'avait pas été communiqué à la presse à l'avance.
"J'offre ma maison, au Vatican, pour accueillir cette rencontre de prière. Tous nous désirons la paix. Beaucoup de personnes la construisent chaque jour par de petits gestes. Nombreux sont ceux qui souffrent et supportent patiemment les efforts de beaucoup de tentatives pour la construire", a-t-il ajouté.
Selon la radio publique, quelque 150 extrémistes s'étaient rassemblés dans la nuit de samedi à dimanche pour dénoncer la visite du chef de l'Eglise catholique ainsi que "les croisades et l'Inquisition" dont les juifs ont été victimes dans le passé.
Ces incidents se sont produits sur le site qui abriterait la tombe du roi David au rez-de-chaussée du même édifice que le Cénacle, localisé au deuxième étage, sur le mont Sion, près des remparts de la Vieille ville. C'est aussi un sanctuaire musulman.
Des rassemblements de juifs ultra-orthodoxes et nationalistes religieux, considérant comme "impie" la prochaine messe du pape au Cénacle, s'y sont déroulés ces dernière semaines.
Pour tenter d'éviter des incidents les autorités israéliennes ont émis des ordres d'éloignement d'étudiants d'une yéshiva (école talmudique) installée sur le Mont Sion.
Les autorités israéliennes font face depuis des mois à une recrudescence d'actes de vandalisme raciste et intolérant attribués à des extrémistes juifs, qui se sont intensifiés à l'approche de l'arrivée du pape.
"Nous ferons tout notre possible pour assurer qu'ils (les extrémistes juifs) ne s'en prendront à aucun lieu saint chrétien et pour que ce voyage soit un succès", a également promis le chef de la police, Yohanan Danino.
Cette critique du mur israélien par le Vatican n'est pas nouvelle.
| Benoît XVI appelle à la destruction du mur israélien le 13 mai 2009 |
Le 13 mai 2009, le pape François avait déjà jugé "tragique" le mur israélien et demandé la destruction du mur, affirmant que les murs "peuvent être abattus". Le président palestinien M. Abbas avait qualifié la visite du pape d'"historique".
A Bethléem, cette séparation prend la forme d'un mur de béton de quatre mètres de haut, avec des tours de guet.
Israël érige des murs à toutes ses frontières.
Une barrière électronique high tech, inaugurée le 2 janvier 2013, a été édifiée le long de sa frontière avec l'Egypte.
En 2011, Israël a érigé un mur le long de la frontière syrienne sur le plateau du Golan, 120 kilomètres afin de “bétonner” hermétiquement la frontière, un territoire conquis face aux Syriens en 1967 et annexé “officiellement” en 1981.
. Jérusalem-est : annexion en cours (mars 2010)
. Déportations : Des Palestiniens menacés d'expulsions massives (avril 2010)
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