Il y a 49 ans, le 26 mars 1962, un lundi après-midi, la fusillade de la rue d’Isly appelée aussi le massacre de la rue d'Isly a eu lieu devant la grande poste de la rue d’Isly à Alger (dont le nom commémore la bataille éponyme du 16 août 1844 qui vit la victoire du Maréchal Bugeaud... sur Moulay Abdal-Rahman, sultan du Maroc qui soutenait Abd el-Kader, à Alger).
Ce jour-là, vers 14h45, l'armée "française", composée en majorité de tirailleurs musulmans "en tenue de l'armée française", selon de très nombreux témoins, tirait sur des manifestants pacifiques pro-Algérie française, non-armés, "sans aucune sommation, ni par tambour, ni par clairon, ni par haut-parleur ou par voix". Les tirailleurs, selon les nombreux témoins, se trouvaient à la hauteur de l'Agence Havas. Selon ces témoins, "aucun avertissement n'a été donné à la foule préalablement à l'ouverture du feu. Le feu a été dirigé subitement sur des femmes et des hommes de tous âges et de toutes conditions venus à cette manifestation sans armes pour témoigner en faveur des isolés de Bab el Oued. Et ils tirèrent "dans le dos de la foule" qui, se retournant, cherchait à fuir... Les militaires tirèrent "sans arrêt rafale après rafale", "sur des gens à terre", "sur ceux qui levaient les bras". Achevant les blessés, ils tirèrent "sur ceux qui venaient secourir les blessés". "Les premiers médecins et infirmières, et pompiers furent mitraillés aussi et plusieurs tués, dont un docteur et plusieurs pompiers". "Le docteur qui se trouvaint là voulut porter secours pendant une accalmie à des blessés. Il fut tué sur place. Ils tirèrent aussi "sur les autres soldats". Ils n'obéirent pas au cessez-le feu. Les tirailleurs métropolitains adjurant les musulmans ne purent "rien empêcher, ceux-ci ne voulant rien entendre". "Simultanément, d'autres fusillades" éclatèrent à la même heure. Vers 14h50 dans le bas de la rue Richelieu, aux environs de la 'Boucherie Populaire', des éléments des C.R.S., 'habillés de bleu', se tenant à la hauteur du boulevard Baudin, en travers de la Rampe Chasseriau, ouvrit "brutalement le feu au moyen d'armes automatiques", en direction du carrefour de l'Agha et de la rue Richelieu, alors que la population qui emplissait la rue à ce moment était parfaitement calme et ne se livrait à aucune provocation... Après l'arrêt du feu, les C.R.S. firent lever les bras aux personnes qui étaient à proximité du carrefour de l'Agha et les ont matraquées à coup de crosse. Un témoin chrétien, déclara "devant Dieu" avoir vu, de ses yeux vu, "un garde mobile la mine réjouie, inviter ses camarades à venir prendre la position dans la corniche droite du monument aux morts en faisant le signe de la main que c'était formidable d'ici et que cette position leur assurait un endroit plus confortable pour continuer le massacre." Un témoin ancien officier affirme sa conviction que "l'ouverture du feu a été préparée et exécutée sur ordre général." "Les tirailleurs de la rue d'Isly appartenaient au 4e R.T., dont le P.C. se trouvait à Berrouaghia." (1)
La France avait son Oradour et avait édifié dans le sang son mur de la honte.
Le "dernier bilan officiel" (fiche wikipedia), un carnage, est de 46 morts et 150 blessés, bien que de nombreux blessés meurent à l'hôpital Mustapha, où la morgue est débordée. Aucune liste définitive des victimes n'a jamais été établie... Toutes les victimes étaient des civils, européens, quelques juifs séfarades. Toutefois en 2003, dans sa contre-enquête Bastien-Thiry : Jusqu'au bout de l'Algérie française, le grand reporter Jean-Pax Méfret avance le nombre de 80 morts et 200 blessés au cours de ce qu'il nomme « le massacre du 26 mars » (Jean Jean-Pax Méfret, Bastien-Thiry : Jusqu'au bout de l'Algérie française, Pygmalion, 2003). L'association des victimes du 26 mars publie une liste de 62 morts, tous des civils ; 7 militaires (dont 2 gendarmes) sont tués. Il faut attendre 12 septembre 2008, pour que la télévision "française" (France 3), consacre une émission à cet événement méconnu, Le massacre de la rue d'Isly, documentaire de 52 minutes, réalisé par Christophe Weber conseillé par l'historien Jean-Jacques Jordi. Les familles n'ont jamais eu le droit de récupérer les corps des victimes. Beaucoup ayant été clandestinement enterrés au cimetière Sainte Eugène.
Le Livre blanc, publié en 1962, avance quant à lui, le chiffre de 80 morts, et 200 blessés de la fusillade. (2)
Selon l'article wikipedia, "c'est un des derniers exemples de guerre civile entre Français" (sic). En réalité, il n'y a pas du tout eu de "guerre civile" ce 26 mars1962 : il s'agit là d'un pur mensonge, ce jour-là il n'y a pas eu de guerre entre des civils français, mais plutôt une attaque en règle de la dite "armée française" contre des civils français qui manifestaient pacifiquement pour l'Algérie française à la rue d'Isly. Ce n'est donc pas pareil. Il s'agit à notre sens d'un "crime de guerre" qui n'a jamais vu son (ses) auteur(s) poursuivi(s) devant un quelconque tribunal international... Les crimes de guerre étant définis par des accords internationaux et en particulier dans le Statut de Rome (les 59 alinéas de l'article 8) régissant les compétences de la Cour pénal internationale (CPI), comme des violations graves des Conventions de Genève (dont la première date de 1864). Ceci inclut les cas où une des parties en conflit s'en prend volontairement à des objectifs (aussi bien humains que matériels) non militaires, comme les civils, les prisonniers de guerres et les blessés.
En 1945, le procès de Nuremberg, chargé après la Seconde Guerre mondiale de juger les criminels et organisations nazis, définissait ainsi le crime de guerre, dans la Chartres de Londres : « Assassinat, mauvais traitements ou déportation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés... » (3)
Au soir du 26 mars 1962, le président Charles de Gaulle s'adressait au "peuple français"... par l'intermédiaire d'une allocution télévisée (Allocution Elysée JT 20H - 26/03/1962). Il demanda au peuple de voter "oui" à l'imminent référendum portant sur l'autodétermination de l'Algérie et déclara que « En faisant sien ce vaste et généreux dessein, le peuple français va contribuer, une fois de plus dans son Histoire, à éclairer l'univers » (sic)..., mais ne fait aucune référence au massacre qui eut lieu dans la journée ; bien qu'un reportage ait été filmé par un correspondant de l'ORTF à Alger (Algérie: les événements du lundi 26 mars 1962, reportage muet filmé le 26 mars à Alger par Michel Colomes mais non diffusé, Journal Télévisé de 13H, ORTF, 28/03/1962).
45 minutes avant l'allocution du Président démarrant à 20h, Inter Actualités rapportait les évènements de la rue d'Isly par un reportage radiodiffusé de Claude Joubert, envoyé spécial à Alger.
Sources:
(1) Livre blanc, Alger le 26 mars 1962, L'Esprit nouveau, Meaux 1962, p. 29, 79, 80, 93, 99, 103, 109, 111, 117, 123, 143, 144, 150, 154, 179.
(2) Livre blanc, Alger le 26 mars 1962, ibid., p. 11.
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Crime_de_guerre
- L'Algérie avant 1830: raids barbaresques en Méditerranée, enlèvements d'hommes, femmes, enfants réduits en esclavage