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Qui peut déterminer l’authenticité d’une révélation privée ?
L’Église seule est maîtresse en cette matière : elle est seul guide en matière de foi, seule interprète authentique de ce qui est conforme ou non au dépôt de la foi. C’est donc l’Église seule qui approuve ou réprouve les révélations privées. Or, il est clairement spécifié par saint Pie X, reprenant un décret de 1877, que les révélations privées ne sont pas approuvées en elles-mêmes par l’Église, mais autorisées.
Y a-t-il une différence entre autoriser simplement une révélation privée et l’approuver ?
Approuver une révélation signifie que l’Église reconnaît publiquement l’origine divine de la révélation, en encourage la divulgation et en fait une référence en matière de foi et de morale.
Autoriser une révélation signifie que l’Église constate simplement qu’elle ne contient rien de contraire à la Révélation publique et au Magistère constant de l’Église.
Que dit le Droit Canon à propos des révélations privées ?
Le code de droit canonique dit formellement que :
sont prohibés de plein droit […] les livres et opuscules qui racontent de nouvelles apparitions, révélations, prophéties ou miracles, ou qui suggèrent de nouvelles dévotions, même sous le prétexte qu’elles sont privées, si ces publications sont faites sans qu’on ait observé les prescriptions canoniques [2].
Qu’ont enseigné les Papes à propos des révélations privées ?
Quand il y a autorisation, c’est ordinairement une simple permission de publier des révélations où l’on n’a rien trouvé de répréhensible ou d’inopportun. Telle est la règle que l’ensemble des souverains pontifes et particulièrement Benoît XIV [3] et saint Pie X ont voulu imposer à l’attention des fidèles. Quand il voudra donner des normes générales en matière de culte, de reliques et de traditions pieuses, saint Pie X se contentera de citer les décisions de ses prédécesseurs en les commentant sommairement :
En ce qui regarde le jugement à porter sur les pieuses traditions, voici ce qu’il faut avoir sous les yeux : l’Église use d’une telle prudence en cette matière qu’elle ne permet point que l’on relate ces traditions dans des écrits publics, si ce n’est qu’on le fasse avec de grandes précautions et après insertion de la déclaration imposée par Urbain VIII (décret Sanstissimus Dominus noster, 13 mars 1625) ; encore ne se porte-t-elle pas garante, même dans ce cas, de la vérité du fait ; simplement elle n’empêche pas de croire des choses auxquelles les motifs de foi humaine ne font pas défaut. C’est ainsi qu’en a décrété, il y a trente ans, la Sacrée Congrégation des Rites (décret du 2 mai 1877) :
Ces apparitions ou révélations n’ont été ni approuvées ni condamnées par le Saint-Siège qui a simplement permis qu’on les crût de foi purement humaine, sur les traditions qui les relatent, corroborées par des témoignages et des monuments dignes de foi.
Qui tient cette doctrine est en sûreté. Car le culte qui a pour objet quelqu’une de ces apparitions, en tant qu’il regarde le fait même, c’est à dire en tant qu’il est relatif, implique toujours comme condition la vérité du fait ; en tant qu’absolu, il ne peut jamais s’appuyer que sur la vérité, attendu qu’il s’adresse à la personne même des saints que l’on veut honorer [4].
Est-on obligé d’adhérer à une révélation privée ?
L’enseignement de l’Église et de ses Papes est clair : on est libre d’adhérer à une révélation privée reconnue, mais on ne peut y être obligé. En effet, les Papes enseignent que croire à une révélation privée est un acte de foi humaine, qui n’a donc aucune comparaison avec la Foi théologale. Il y a cependant une certaine obligation de respect et une obligation morale à accepter ce que l’Église permet : les révélations privées autorisées font partie intégrante de la vie de l’Église et sont des manifestations de sa sainteté qui ne peuvent être négligées.
Pourquoi l’Église ne fait-elle qu’autoriser les révélations privées ?
Si l’Église autorise sans réellement approuver les révélations privées, c’est qu’elle procède ainsi pour de graves raisons. En effet, l’Église est la gardienne de la Foi ; elle veut que ses fidèles fondent leur piété sur la Foi révélée. Les révélations privées peuvent y contribuer et c’est la raison pour laquelle elles sont parfois autorisées. En revanche, l’origine divine d’une révélation privée ne lui garantit pas l’infaillibilité.
Une révélation privée peut-elle contenir des erreurs ?
Nombreux sont les exemples dans l’histoire de l’Église qui nous montrent une certaine contradiction ou incompréhension relativement aux révélations privées.
UNE RÉVÉLATION PRIVÉE PEUT ÊTRE ERRONÉE
Elle est mal interprétée par celui qui la reçoit : saint Vincent Ferrier annonce la fin du monde pour la génération de son temps et appuie cette prophétie sur un miracle.
Elle renferme des faits historiques qui ne sont pas essentiels et qui sont donc donnés de façon approximative (détails de la vie du Christ chez sainte Françoise Romaine).
Diverses révélations peuvent se contredirent (celles de sainte Brigitte et celles de sainte Gertrude).
L’esprit humain du voyant peut mêler de façon plus ou moins consciente ses propres idées à ce qui vient de Dieu (idées préconçues de l’époque ou de l’entourage). Sainte Françoise Romaine parle du ciel de cristal selon la cosmologie héritée d’Aristote ; sainte Catherine de Ricci prône un culte à Jérôme Savonarole qui lui apparaît souvent, qui fait des miracles en sa faveur et qu’elle considère comme un prophète et un martyr, mais Benoît XIV juge que la sœur a péché en invoquant un homme que l’Église avait livré au bras séculier (Benoît XIV, op.cit. L.3, ch.25, § 17-20).
Une révélation véritable peut être altérée après coup : par le voyant lui-même ou par ses secrétaires : en 1377, extase de sainte Catherine de Sienne où la Sainte Vierge dit qu’elle n’est pas immaculée (Benoît XIV, op.cit. L.3, ch.53, § 16) ; cas de Catherine Emmerich ; ou encore Johannes Grossi rapporte plus de 160 ans après la mort de saint Simon Stock qu’il prêchait que tous ceux qui porteraient le scapulaire seraient assurés d’éviter l’enfer (Catholic Encyclopedia, article « Saint Simon Stock »).
UNE RÉVÉLATION PEUT ÊTRE FAUSSE :
Mensonge ou simulation du voyant, avec mauvaise foi.
Bonne foi du voyant, victime de son imagination ou de son déséquilibre psychologique (le bienheureux Alain de La Roche a eu d’authentiques visions mais aussi des hallucinations).
Œuvre du démon : Madeleine de La Croix, Nicole Tavernier [5].
Falsifications opérées aux époques de grands troubles politiques ou religieux (l’An Mil, le Grand Schisme, les Guerres de religion. Et on pourrait ajouter la crise de l’Église après Vatican II). Pour plus de détails sur cette question et ces exemples, consulter les ouvrages du RP Auguste Poulain [6], de Mgr Auguste Saudreau [7] et du RP Ovila Melançon [8]
Pouvez-vous citer un exemple d’une apparition privée autorisée mais dont le message est condamné ?
L’exemple le plus frappant est l’autorisation des apparitions de La Salette alors que le message de La Salette est lui-même condamné !
Il est parvenu à la connaissance de cette suprême Congrégation qu’il ne manque pas de gens, même appartenant à l’ordre ecclésiastique, qui, en dépit des réponses et décisions de la Sacrée Congrégation elle-même, continuent — par des livres, brochures et articles publiés dans des revues périodiques, soit signés soit anonymes — à traiter et discuter la question dite du Secret de La Salette, de ses différents textes et de son adaptation aux temps présents ou aux temps à venir, et cela, non seulement sans l’autorisation des Ordinaires, mais même contrairement à leur défense. Pour que ces abus, qui nuisent à la vraie piété et portent une grave atteinte à l’autorité ecclésiastique, soient réprimés, la même Sacrée Congrégation ordonna à tous les fidèles, à quelque pays qu’ils appartiennent, de s’abstenir de traiter et de discuter le sujet dont il s’agit, sous quelque prétexte et sous quelque forme que ce soit, tels que livres, brochures ou articles signés ou anonymes, ou de toute autre manière. Que tous ceux qui viendraient à transgresser cet ordre su Saint-Office soient privés, s’il sont prêtres, de toute dignité qu’ils pourraient avoir, et frappés de suspense par l’Ordinaire du lieu, soit pour entendre les confessions, soit pour célébrer la Messe ; et s’ils sont laïques, qu’ils ne soient pas admis aux sacrements, avant d’être venus à résipiscence. En outre, que les uns et les autres se soumettent aux sanctions portées, soit par Léon XIII dans la Constitution Officiorum et munerum contre ceux qui publient, sans l’autorisation régulière des supérieurs, des livres traitant de choses religieuses, soit par Urbain VIII dans le décret Sanctissimus Dominus noster, rendu le 13 mars 1625, contre ceux qui répandent dans le public, sans la permission de l’Ordinaire, ce qui est présenté comme révélations. Au reste, ce décret n’est pas contraire à la dévotion envers la Très Sainte Vierge, invoquée et connue sous le titre de Réconciliatrice de La Salette [9]. [10]
Quelle est donc l’attitude recommandée aux fidèles par l’Église par rapport aux révélations privées ?
Les quelques exemples cités dans les questions précédentes révèlent l’extrême prudence requise lorsque l’on traite de révélations privées : l’autorisation donnée n’embrasse pas forcément la totalité du message.
Concernant la promotion de ces révélations et messages, l’Église, comme il est clairement exprimé dans le texte de saint Pie X cité plus haut, préfère la discrétion et la réserve.
Comment se fait-il alors que l’Église ait institué des fêtes liturgiques universelles à partir de révélations privées ? N’est-ce pas les prendre comme critères de la Foi ?
L’Église n’engage jamais directement son autorité pour dire que les faits des révélations sont vrais ni que les messages sont d’origine divine ; elle ne fait que prendre en compte et signaler à ses fidèles des témoignages historiques qui fondent une crédibilité humaine. Et c’est pourquoi sa déclaration ne nous donne pas de certitude mais une simple probabilité en faveur des faits invoqués.
En ce qui concerne le culte, il y a l’objet relatif ou occasionnel : c’est un fait quelconque de l’histoire humaine que l’Église n’entend pas canoniser du simple fait qu’elle l’évoque dans sa liturgie. Ce fait pourra être : une apparition, ou un miracle (translation de la maison de la Très Sainte Vierge Marie à Lorette, le 10 décembre ; stigmatisation de saint François d’Assise, le 17 septembre ; le miracle qui valut l’édification de la basilique Sainte-Marie-Majeure, le 5 août), ou encore tel ou tel épisode de la vie d’un saint (fondation d’une congrégation religieuse, martyre, etc.), mais dans tous les cas il ne jouera que le rôle d’une circonstance accidentelle, c’est une occasion à la faveur de laquelle l’Église entend rendre l’honneur dû à la sainteté d’une personne. On veut rendre adoration à la divinité et vénération à la sainteté, divinité et sainteté qui restent ce qu’elles sont indépendamment de toutes circonstances contingentes, au nombre desquelles se trouvent les apparitions et les miracles.
Il y a aussi l’objet absolu du culte, c’est celui qui a pour objet la personne même de Notre-Seigneur, de la Très-Sainte Vierge ou de l’un des saints ou encore tel ou tel mystère de foi divinement révélé. On veut ici professer la foi en un fait qui n’est pas seulement un épisode historique de la vie du Christ ou de la Sainte Vierge, mais qui est, aussi et plus, un mystère dont la reconnaissance est nécessaire au salut.
Y a-t-il un danger pour un catholique à ne pas suivre les indications de l’Église quant aux révélations privées ?
Le plus raisonnable est de s’en tenir aux préceptes si sensés de l’Église et à l’exemple de sa pratique : en l’absence de toute appréciation autorisée émanant de la hiérarchie ecclésiastique, on aura toujours avantage à se montrer prudent et réservé vis-à-vis de ce genre de manifestations, et ce d’autant plus que la crédulité populaire se montre davantage portée à l’excès dans ce domaine aventureux.
Saint Bonaventure se plaignait déjà au XIIIe siècle d’entendre à satiété des prophéties sur les malheurs de l’Église et la fin du monde.
Cajetan fera preuve de la même prudence (sur Ia IIae, q. 80, art. 2 ; sur IIa IIae, q. 178, art. 2 ; sur IIIa, q. 27, art. 6, § 4).
À l’issue du Grand Schisme d’Occident, le concile de Latran V dans sa session 11 du 19 décembre 1516 engagera son autorité à l’appui de cette juste sévérité.
N’oublions pas non plus quel est le sens du jugement ecclésiastique qui autorise ces manifestations : ce n’est certes pas l’intention des autorités que de donner licence à un engouement intempestif. On pourra par exemple tenir compte à ce sujet des sages avertissements prodigués par le cardinal Ottaviani, secrétaire Saint Office sous Pie XII, face à la crédulité superstitieuse des temps modernes (« Chrétiens, ne vous excitez pas si vite », traduction française de la D.C. du 25/03/1951 (col. 353-6) d’un article paru dans l’Osservatore romano du 4/02/1951).
Il y a donc un réel danger pour la foi ; le fait d’adhérer à une révélation privée avec un manque de discernement ou un enthousiasme déplacé peut conduire le catholique, parfois malgré lui, à une piété sentimentale, à une morale formaliste dénuée de principes, à la superstition, voire même à l’hérésie ou au schisme, plaçant un message privé au-dessus de l’enseignement du magistère. Il faut cependant noter que ce que l’Église autorise doit être reçu avec respect et ne peut être dénigré. Un rejet systématique de la révélation privée serait téméraire.
[...]
Le cas de Nicole Tavernier : même les plus hautes autorités religieuses peuvent être trompées
Dans son Histoire littéraire du sentiment religieux en France l’abbé Brémond rappelle l’affaire Nicole Tavernier pour illustrer les cas de fausse apparition :
Voici un exemple que j’emprunte à l’historien de Mme Acarie :
Nicole Tavernier, native de Reims, vivait à Paris pendant les troubles de la Ligue, et elle avait la réputation d’être une très sainte fille et d’opérer des miracles. Elle expliquait les passages difficiles de l’Écriture de manière à étonner les plus fameux docteurs. Elle avait des extases, des visions et des révélations ; elle prédisait les choses figures, et avertissait les moribonds des péchés qu’ils n’avaient pas confessés ; et ce qu’elle avait dit se trouvait véritable [...] Un prêtre qui avait eu intention de consacrer un pain pour la communion, ne trouva pas l’hostie qu’il lui destinait, quand le moment de la communion fut venu ; elle assura qu’un ange la lui avait apportée. Étant à côté de Mme Acarie, dans l’église des capucins de Meudon, elle disparut pendant plus d’une heure. Lorsqu’elle revint, cette sainte femme lui demanda ce qu’elle était devenue ; elle répondit qu’elle était allée à Tours pour détourner quelques grands seigneurs d’exécuter un projet qui devait nuire à la religion.
On la consultait de toutes parts ; les grands du royaume se recommandaient à ses prières ; les ecclésiastiques et les religieux l’estimaient beaucoup ; et personne n’avait encore remarqué en elle [...] aucune imperfection [...] Elle annonçait que, si on se repentait de ses péchés, bientôt on verrait cesser les calamités publiques. Sur sa parole, le peuple se confessait et communiait […] ; on ordonna même des processions dans plusieurs villes de France. Elle en fit faire une à Paris, à laquelle assista le Parlement, accompagné des autres cours souveraines et d’une grande multitude de citoyens ; elle avait osé dire à l’évêque que, si cette procession ne se faisait pas, il mourrait avant la fin de l’année.
Malgré l’estime générale dont jouissait cette fille, Mme Acarie et M. de Bérulle n’avaient aucune confiance en elle. La bienheureuse avait dit dès le commencement que cette âme était dans l’illusion ; que le démon était l’auteur de tout ce qui se voyait en elle et qu’il savait perdre un peu pour gagner beaucoup ; que l’extase et les ravissements pouvaient avoir lieu dans une pécheresse ; que l’esprit de ténèbres avait pu enlever l’hostie qui avait disparu de dessus l’autel ; que le prétendu voyage à Tours n’était nullement prouvé et que d’ailleurs il ne surpassait pas le pouvoir du malin esprit ; enfin que cette personne paraissait absolument dépourvue de l’esprit de Dieu (J. B. A. Boucher, Vie de la B. Marie de l’Incarnation, Édition Bouix, Paris, 1873, p. 187-189.)
Laissons de côté les explications qu’elle donne de ces faits étranges. Au surplus, la raison foncière et décisive, c’est la dernière : en cette personne excentrique, elle n’a pas reconnu l’esprit de Dieu.
Mme Acarie persistait à dire cela avec tant d’assurance qu’on commença d’avoir des doutes sur la vertu de cette fille ; et ses doutes se changèrent en une entière certitude, lorsque la bienheureuse qui l’avait reçue dans sa maison, l’eut mise à différentes épreuves, et convaincue de plusieurs mensonges (J. B. A. Boucher, Vie de la B. Marie de l’Incarnation, Édition Bouix, Paris, 1873, p. 187-189.) [16]
Le frère Michel de la Trinité souligne de son coté :
Nicole Tavernier, femme laïque douée de dons préternaturels, vécut en France au début du XVIIe siècle. Tous les théologiens qui l’examinèrent la tinrent pour dirigée par l’esprit de Dieu. Seule la bienheureuse Marie de l’Incarnation (Madame Acarie) avait vu, par une grâce spéciale, que cette fille était vide de Dieu et animée par Satan . Madame Acarie mit Nicole Tavernier à l’épreuve et la convainquit de curiosité et de mensonge. Satan, furieux d’être ainsi démasqué, pris congé de Nicole Tavernier qui perdit aussitôt son esprit relevé et ses apparences de hautes vertus, pour redevenir ce qu’elle était : fort grossière, rude et imparfaite [17].
Saint François de Sales ne s’exprime pas autrement sur cette affaire :
Il y eut du temps de la bienheureuse sœur Marie de l’Incarnation, une fille de bas lieu qui fut trompée d’une tromperie la plus extraordinaire qu’il est possible d’imaginer. L’ennemi, en figure de Notre Seigneur, dit fort longtemps ses Heures avec elle, avec un chant si mélodieux qu’il la ravissait perpétuellement. Il la communiait fort souvent sous l’apparence d’une nuée argentée et resplendissante, dedans laquelle il faisait venir une fausse hostie dedans sa bouche. Il la faisait vivre sans manger chose quelconque [...] Cette fille avait tant de révélations qu’enfin cela la rendit suspecte envers les gens d’esprit. Elle en eut une extrêmement dangereuse, pour laquelle il fut trouvé bon de faire faire essai de la sainteté de cette créature ; et pour cela on la mit avec la bienheureuse sœur Marie de l’Incarnation, lors encore mariée, où étant chambrière et traitée un peu durement par feu M. Acarie, on découvrit que cette fille n’était nullement sainte et qu’il n’y avait chose du monde en elle qu’un amas de visions fausses. Et quant à elle, on connut bien que non seulement elle ne trompait pas malicieusement le monde, mais qu’elle était la première trompée, n’y ayant de son côté aucune autre sorte de faute, sinon la complaisance qu’elle prenait à s’imaginer qu’elle était sainte et la contribution qu’elle faisait de quelque simulation et duplicité pour maintenir la réputation de sa vaine sainteté. Et tout ceci m’a été raconté par la bienheureuse Marie de l’Incarnation [18].
Le cas de Madeleine de la Croix
Le frère Michel de la Trinité — déjà cité — rappelle à propos de cette affaire :
Madeleine de la Croix, religieuse franciscaine espagnole, née en 1487, bénéficiait depuis l’âge de cinq ans de nombreuses apparitions de Notre-Seigneur et des saints. Élue abbesse des franciscaines de Cordoue, elle fut vénérée par l’Espagne tout entière à cause de ses extases, stigmates, guérisons miraculeuses etc. Au comble de sa gloire, en 1542, des religieuses de son couvent découvrirent qu’elle utilisait à son gré les dons qui étaient faits au couvent. Madeleine de la Croix persuadait aussi que plusieurs prêtres et moines entretenaient des concubines sans offenser Dieu, parce que ce n’était pas un péché d’en avoir, etc. Ces dénonciations furent repoussées comme étant des calomnies. Ce n’est qu’au moment de mourir que Madeleine de la Croix fit ses aveux : à l’âge de cinq ans le démon lui était apparu sous la forme d’un ange de lumière, lui annonçant qu’elle serait une grande sainte. À l’âge de 13 ans le diable lui révéla sa véritable identité, et elle accepta alors de le prendre pour conseil et se lia à lui en toute connaissance de cause [...] Le cas de Madeleine de la Croix est un des plus monstrueux de toute l’histoire de l’Église : cinquante ans de tromperies diaboliques et de supercherie qui abusèrent les plus grands théologiens d’Espagne, les inquisiteurs et les cardinaux [19].
Manfred Hauke enseigne la dogmatique et la patristique à Lugano ; il est président de l’Association allemande de mariologie et montre combien sont fragiles les convictions personnelles fondées sur une révélation privée, y compris la conviction des plus hauts dignitaires de l’Église.
Un exemple connu de l’œuvre du démon dans les phénomènes pseudo-mystiques, dans l’Espagne du XVIe siècle, c’est le cas de la religieuse Madeleine de la Croix (1487-1560). Depuis l’âge de cinq ans, elle avait de très nombreuses extases et visions. Elle racontait que saint Dominique et saint François l’avaient préparée à recevoir la première communion. Trois mois avant d’être admise à la communion eucharistique, elle recevait quotidiennement la communion « d’une manière mystique », et à cette occasion, elle poussait chaque fois un cri. Elle est entrée à 17 ans dans le couvent des clarisses de Cordoue. Elle reçoit des stigmates et sait retrouver par clairvoyance des objets cachés. Lors de sa profession solennelle, les religieuses s’étonnent de la présence d’une colombe qui s’attarde et qui est interprétée comme un signe du Saint-Esprit. Charles 1er, roi d’Espagne, fait bénir par Madeleine, entre autres, les insignes royaux et l’habit de son fils Philippe. Le Cardinal Cisneros et de nombreux autres responsables d’église sont également enchantés de la charismatique religieuse. Même le Saint Père en personne se recommande aux prières de la clarisse espagnole. Des sceptiques, il ne reste que quelques contemporains pensifs, comme Saint Ignace de Loyola ou Saint Jean d’Avila. Leurs doutes sont confirmés lorsqu’en 1542, les clarisses de Cordoue s’étonnent de la conduite laxiste de leur supérieure et en élisent une autre pour lui succéder. La « nonne-miracle » souffre alors d’attaques de convulsions. Après qu’un exorcisme pratiqué à ce sujet eut mis en évidence une présence démoniaque, l’Inquisition a intenté un procès à Madeleine. Elle a avoué avoir conclu en 1504 un pacte avec le diable pour 40 ans, qui a pris fin en 1544. Ses pouvoirs paranormaux ont cessé. Après avoir renoncé à ses erreurs, elle a fait pénitence pendant plusieurs années, n’a pu être élue à aucune charge dans l’ordre, et a terminé sa vie de façon exemplaire. En d’autres termes, le démon peut berner pendant des décennies même les plus hauts dignitaires de l’Église. Un tel exemple appelle à la prudence en ce qui concerne les événements contemporains [20].
Avertissement du Saint-Office concernant les révélations de sainte Brigitte
On répand en diverses régions un opuscule traduit en plusieurs langues qui a pour titre : « Le secret du bonheur. Les quinze oraisons révélées par Notre-Seigneur à sainte Brigitte dans l’église Saint-Paul à Rome » et est édité à Nice ou ailleurs. Comme cette brochure affirme que Dieu aurait fait à sainte Brigitte certaines promesses dont l’origine surnaturelle n’est nullement prouvée, les Ordinaires des lieux doivent veiller à ce que ne soit pas accordé le permis d’éditer des opuscules qui contiendraient ces promesses [21].
Réprobation pontificale des « prétendus faits de Loublande » (révélations de Claire Ferchaud)
Décret touchant « les faits de Loublande »

- Décret de Réprobation des faits de Loublande
Dans l’assemblée plénière du mercredi 10 mars 1920, relation faite des prétendues visions, révélations, prophéties, etc., vulgairement connues sous les noms de faits de Loublande, et les écrits qui s’y rapportent ayant été examinés, les Éminentissimes et Révérendissimes Cardinaux Inquisiteurs Généraux en matière de foi et de mœurs, après le vote préalable des Consulteurs, ont décrété : Toutes choses mûrement pesées, la S. Congrégation déclare que les prétendues visions, révélations, prophéties, etc., vulgairement comprises sous le nom de faits de Loublande, ainsi que les écrits qui s’y rapportent, ne peuvent être approuvés.
Et le jeudi suivant, 11 du même mois, Notre Très Saint Père le Pape Benoît XV, dans l’audience ordinaire accordée au Révérendissime Assesseur du S.O., a approuvé et confirmé la résolution des Éminentissimes et Révérendissimes Pères, et en a ordonné la publication dans les Acta Apostolicae Sedis.
Donné à Rome, du Palais du Saint-Office, le 12 mars 1920.
L.Castellano, notaire de la Sup. Congr. du Saint-Office. [22]
Précision de la S. Congrégation sur la traduction française précédente
Après la promulgation, dans les Acta Apostolicae Sedis, du décret du Saint-Office du 12 mars dernier, touchant les prétendues visions, révélations, prophéties, etc., connues vulgairement sous l’appellation de « faits de Loublande », ainsi que les écrits s’y rapportant — décret porté le 10 du même mois et, le jour suivant 11, approuvé et confirmé par le Saint-Père, — certains journaux et périodiques français ont publié des traductions, interprétations et explications de ce décret, qui s’efforcent d’exclure absolument un sens de réprobation de ces faits et écrits, sens énoncé et expressément voulu par la S. Congrégation, ou tâchent de le restreindre au simple défaut d’approbation juridique de la suprême autorité ecclésiastique.
Afin que les traductions, interprétations, explications arbitraires et fausses de ce genre ne risquent point d’induire en erreur les fidèles sur le véritable sentiment de la S. Congrégation, les Éminentissimes Cardinaux inquisiteurs en matière de, foi et de mœurs ont, avec l’approbation du Saint-Père, ordonné de publier la traduction française authentique suivante du susdit décret. [23]
[Note de Christ-Roi. Le décret de désapprobation du Saint-Office de 1920, qui a déclaré que les prétendus faits de Loublande "ne peuvent être approuvés" a été confirmé à nouveau trois fois, sous Pie XI en 1929, et Pie XII en 1939 et 1940, selon l'Histoire du Diocèse de Poitiers.
C'est Paul VI, le pape de la clôture du Concile Vatican II qui a fait rouvrir au public la petite chapelle où Claire Ferchaud venait se recueillir.]
Notes
[1] IIa IIæ, q.174, art. 6.
[2] CIC1917, c1399, §5.
[3] Benoît XIV, De Servorum Dei beatificatione et Beatorum canonizatione, livre 2, ch 32, § 11.
[4] Pie X, Pascendi, § 6 « Des mesures à prendre contre le modernisme ».
[5] Fr Michel de la Trinité, Medjugorje en toute vérité, selon le discernement des esprits, 1991, p. 164-192.
[6] Auguste Poulain, Des Grâces d’oraison, Traité de théologie mystique, partie 4, 21-23, p. 334-418.
[7] Mgr Auguste Saudreau, Les faits extraordinaires de la vie spirituelle, § 8-10, p. 240-340.
[8] RP Ovila Melançon, Jésus appelle Sa Messagère, F.-X. de Guibert, p. 21-34.
[9] Donné à Rome, au palais du Saint-Office, le 21 décembre 1915, Acta Apostolicae Sedis, 1915 p. 594.
[10] Acta Apostolicae Sedis, 1915, p. 594.
[11] Concile de Trente, Session 25, 2e décret.
[12] Cardinal Billot, « Lettre au Père Lebrun » sur son livre Le bienheureux Jean Eudes et le culte public du Sacré-Cœur de Jésus, lettre citée par l’abbé Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, tome III, Paris, 1923, p. 588, en note.
[13] Cardinal Ottaviani, « Chrétiens, ne vous excitez pas si vite », Osservatore romano, 4 février 1951.
[14] IIa IIæ, q. 174, art.6, ad tertium.
[15] Cardinal Pie, « Homélie prononcée dans la solennité du couronnement de Notre-Dame de Lourdes par Mgr le nonce apostolique, délégué de Pie IX », Œuvres Épiscopales, T. IX, p. 330.
[16] Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, tome II, Editeur Bloud et Gay, Paris, 1916, p. 69-71.
[17] Fr. Michel de la Trinité, ibid.
[18] Saint François de Sales, Œuvres, « Lettre à la mère de Chastel », T. XVII, p. 325.
[19] Fr. Michel de la Trinité, ibid.
[20] « Le phénomène de Medjugorje et le discernement des esprits : une entrevue avec le dogmaticien Manfred Hauke », article traduit du journal catholique allemand Die Tagespost.
[21] Avertissement du Saint-Office concernant les révélations de sainte Brigitte, Acta Apostolicae Sedis, 1954, p. 64.
[22] Actes de Benoit XV, Encycliques, Motu-Proprio, Brefs, Allocutions, Actes des dicastères, etc... , Maison de la Bonne Presse, Tome 2, Paris, 1918-Septembre 1920, (Traduction française officielle), p. 234.
[23] Actes de Benoit XV, Encycliques, Motu-Proprio, Brefs, Allocutions, Actes des dicastères, etc... , Maison de la Bonne Presse, Tome 2, Paris, 1918-Septembre 1920, (Traduction française officielle), p. 234.
Source: http://www.viveleroy.fr/Petit-catechisme-des-revelations
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