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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 16:08

Alors, commençons par nous-mêmes. Respectons en nous-mêmes notre nature.

Jean de Viguerie

L’histoire du citoyen (Jean de Viguerie)

Conférence donnée par Jean de Viguerie à l'école Saint-Bernard de Bailly le samedi 9 mai 2015. Jean de Viguerie est un historien et essayiste français, spécialiste du XVIIIe siècle et de l'histoire du catholicisme français. Il est professeur honoraire de l'Université Lille III.

Extrait :

 

Image illustrative de l'article Pie VI(A partir de 31:06) "La république n'est pas un régime politique comme le croient certaines personnes. C'est un régime étrange qui ne veut connaitre le français que tel que le définit la déclaration des droits de l'homme, qui n'a ni famille ni propriété ni profession, et surtout, qui n'a pas de raison. C'est le Pape Pie VI qui l'a dit, dans son Bref "Quod Aliquantum" du 10 mars 1791. C'est le meilleur lecteur de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Le meilleur, et j'allais dire, le seul Pape qui ait bien défini cette déclaration. Il a dit :

 

"Qu'est-ce que c'est que cette liberté et cette égalité insensée qui méconnaît la raison humaine, le plus grand privilège que Dieu ait accordé à l'être humain." [1]

Elle (la déclaration des droits de l'homme de 1789) méconnaît la nature humaine, elle méconnaît surtout la Raison.

 

[...] (A partir de 1:17:44) Jean de Viguerie termine magnifiquement sa conférence par ces quelques remarques :

"L'histoire montre que la vraie Patrie des Français ne consistent pas dans la déclaration des droits de l'homme, mais qu'elle a été pour nos ancêtres - non seulement la terre et les morts comme disait Barrès -, mais les vertus, les vertus chrétiennes, la monarchie sacrée.

L'histoire montre que les droits de l'homme et du citoyen sont une illusion, un mensonge, que l'être nouveau qui n'a pas de métier ni de famille est un mythe et que ce mythe a engendré la mort des Français et le déclin de la France.

[...] Seulement ces mensonges ont la vie dure. Alors commençons par nous-mêmes. Moi c'est le conseil que je donne. Commençons par nous-mêmes, dévoilons les mensonges, cessons d'agir en 'citoyen'. Et pensons au respect. Pensons au respect de notre propre nature, nature d'être raisonnable créé par Dieu. [2]

Rappelons-nous l'Antiquité grecque, rappelons-nous Antigone, qui voulait enterrer la dépouille mortelle de son frère. Créon ne voulait pas. Elle va mourir à cause de cela. Mais elle va le faire quand même, non pas par devoir, mais par respect pour son frère.

S'agissant de l'avenir de la France, le suffrage universel, nous en sommes certains, ne ramènera pas le Bien commun. Jusqu'ici en tout cas il ne l'a pas fait. On peut même dire qu'il a agravé la situation. Tous les ans, on fait des progrès, on descend. On descend jusqu'au fond. Alors des gens me disent : 'Quand on sera au fond, on remontera.' Mais non, il n'y a pas de fond.

Le 'politique d'abord', vous savez le fameux axiome de Charles Maurras, vaut-il encore ? Je ne sais pas, j'en doute. Je sais seulement que nous affrontons non un régime mais une idéologie.

Si on affrontait un régime politique, on pourrait se soulever contre un régime. Mais contre une idéologie ce n'est pas la même chose.

Alors, commençons par nous-mêmes. Respectons en nous-mêmes notre nature, la nature de nos enfants, dans notre prochain l'homme créé à l'image de Dieu.

Et ce sera un petit commencement. Nous serons peu nombreux et la république peut durer encore longtemps grâce à ce qu'elle appelle la défense républicaine, c'est-à-dire des alliances imprévues, grâce à des fortes mobilisations.

On ne peut pas dire que nous serons sauvés par les électeurs. Je suis même convaincu du contraire.

Je mets dans ma conclusion qu'il faudra pour mettre fin à la fausse trinité ('Liberté, égalité, fraternité, NDLR.), une intervention des puissances supérieures. [...] - mon éditeur était intrigué -. Mais si mêmes peu nombreux nous dénonçons le mensonge et nous le démasquons, la république révolutionnaire, la république de l'idéologie perdra peu à peu de sa force, et nous la verrons disparaître.

Ainsi, je l'espère, si nous chassons le mensonge, la vraie cité revivra. Et elle puisera, comme elle l'a toujours fait, à la source grecque, c'est-à-dire à la justice et à l'amitié, dont Aristote dans son Ethique à Nicomaque, vante les vertus. Elle puisera aussi et biensûr à la source chrétienne, animée par la charité."

Un exemple frappant de ce citoyen déraisonnable façonné par la Déclaration des droits de l'homme de 1789 se trouve dans une déclaration contradictoire située dans le texte même de la Déclaration, et qui a bien été observée par Philippe Pichot-Bravard, docteur en droit, maître de conférences en histoire du droit, pour Monde & Vie (numéro 908) :

 

"Il y a une triple ambiguïté dans la déclaration des droits de l’homme.

Premièrement, il existe dans la déclaration une tension entre l’article 2 qui proclame l’existence de droits naturels de l’homme et l’article 6 qui définit la loi comme l’expression de la volonté générale : l’article 6 fait de la volonté de la nation souveraine la source de toute norme juridique; ce faisant, il escamote l’existence d’un ordre naturel supérieur à la volonté du législateur. Or les constituants, de manière volontaire, ont refusé d’établir un organe et une procédure juridique permettant de vérifier que les textes adoptés par le législateur soient réellement respectueux des droits naturels proclamés dans la déclaration. Avec la déclaration des droits de l’homme, la volonté du législateur ne rencontre plus aucune limite, ce qui était l’une des conditions de la régénération révolutionnaire.

Deuxièmement, comme l’a montré Edmund Burke, le caractère abstrait des droits de l’homme n’offre aucune garantie. Tout au contraire, la Liberté abstraite s’avérera très rapidement redoutablement dangereuse pour les libertés concrètes. Un exemple, parmi d’autres ? L’article premier proclame que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Or, quelques mois plus tard, l’Assemblée constituante ventile les citoyens en quatre catégories censitaires; les citoyens passifs, les citoyens actifs, les citoyens actifs éligibles et les citoyens actifs éligibles à la députation. Les deux-cinquièmes des hommes se voient ainsi privés du droit de vote et les trois-quarts sont exclus de l’éligibilité.

Troisièmement, la déclaration des droits de l’homme passe pour porter une conception élevée de l’homme; en réalité, elle exalte l’homme comme individu, mais, en escamotant la nature spirituelle et sociale de cet homme, elle l’appauvrit considérablement. J’invite ici le lecteur à consulter les ouvrages du Pr. Xavier Martin qui a mis en lumière le réductionnisme anthropologique qui découle du matérialisme et de l’individualisme des Lumières.

Aujourd’hui, notre système occidental insiste beaucoup sur la promotion de droits de l’homme, abstraits, qui restent soumis à la définition qu’en donnent les institutions, et notamment les cours suprêmes de justice, nationales et supranationales, définition qu’adopte une opinion publique changeante et partiellement mondialisée, que des campagnes de presse peuvent guider aisément.

De là d’inévitables inflexions qui permettent de concilier ces droits de l’homme avec de puissants intérêts économiques et idéologiques. Ainsi, la promotion des droits de l’homme coexiste harmonieusement avec le refus catégorique des sociétés contemporaines de protéger la vie des êtres humains depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. Comment accorder du crédit à l’idée de droits de l’homme lorsque le premier droit, celui de vivre, est non seulement nié mais combattu afin de satisfaire tout à la fois les revendications idéologiques du féminisme révolutionnaire, les préoccupations malthusiennes des organisations supranationales et les calculs financiers des laboratoires de recherches ?" (Philippe Pichot-Bravard, Monde et Vie, numéro 908.)

 

Les thèmes développés par Jean de Viguerie (méconnaissance par la déclaration des droits de l'homme de 1789 de la raison humaine et de la nature humaine) m'amènent à rappeler comme je l'écrivais le 6 novembre 2008, dans l'article "Contre-Lumières. Ebauche d'un programme politique fédérateur", ce qui se voulait être "un programme politique écologique et anthropologique véritablement fondé sur l'homme" :

 

"En réduisant l'homme à sa bouche et à son ventre" ... la vision républicaine de l'homme et des droits de l'homme "en présente une vision déformée et amputée réduite à la dimension matérielle".

"[C]ette vision de l'homme pèche par son défaut essentiel: elle est incomplète..." "Elle divise la double nature de l'homme matérielle et spirituelle, pour ne retenir que la première."

 

Ce qui en 2008 m'avait amené à cette réflexion fut une réflexion du Pape Saint Jean-Paul II en 2003, dans son livre Mémoire et identité, qui avait déjà noté que :

"Le refus du Christ et en particulier de son mystère pascal - de la Croix et de la Résurrection - se dessina à l'horyzon de la pensée européenne à cheval sur le XVIIe et le XVIIIe s., dans la période des 'Lumières'... Les 'illuministes' repoussaient la vérité sur le Christ... De ce Dieu-homme, mort et ressuscité, la pensée européenne des Lumières voulait se défaire, et elle fit de nombreux efforts pour l'exclure du continent. Il s'agit d'un effort auquel de nombreux penseurs et hommes politiques actuels continuent de rester obstinément fidèles. [...] Le Christ affirme: 'Moi, Je suis la vigne, et vous, les sarments' (Jean XV, 5). [...] C'est seulement en acceptant d'être greffé sur la vie divine du Christ que l'homme peut se réaliser pleinement lui-même. En refusant d'y être greffé, il se condamne de fait à une humanité incomplète." (Jean-Paul II, Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 119-120).

 

Ainsi, la "vision catholique" des droits de l'homme intègre "la totalité des dimensions constitutives de la personne humaine" et notamment "sa relation à Dieu"...

C'est ce qu'avait expliqué le 10 décembre 2008, le cardinal Renato Martino, Président du Conseil pontifical Justice et Paix qui s'exprimait lors d'une soirée présidée par le pape Benoît XVI, salle Paul VI, en l'honneur du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Selon le prélat,

il existe une conception "individualiste" où "la revendication des droits de l'homme s'est transformée en affirmation des droits de l'individu plus que de la personne, c'est-à-dire de l'être humain amputé de sa dimension sociale et privé de transcendance"...

 

Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican, qui s'exprimait après le cardinal Martino, avait jugé que les droits de l'homme ne devaient pas être confondus "avec de simples besoins contingents souvent limités". Il estima que la Déclaration définit les droits de l'homme à partir de "la dignité commune à tout être humain", et "sans faire partir la demande de droits dans toutes les directions". Il ajouta que l'Eglise catholique "a toujours défendu le principe de l'indivisibilité des droits de l'homme" :

"Il ne semble plus possible de garantir les droits, si l’on oublie leur caractère indivisible."

"Il est toujours plus difficile, a rappelé le cardinal Bertone, de prévoir une protection des droits, efficace et universelle, sans un lien avec cette loi naturelle qui féconde les droits eux-mêmes et est l’antithèse de cette dégradation qui, dans nombre de nos sociétés, a intérêt à mettre en discussion l’éthique de la vie et de la procréation, du mariage et de la vie de la famille, mais aussi de l’éducation et de la formation des jeunes générations, en introduisant uniquement une vision individualiste sur laquelle construire arbitrairement de nouveaux droits plus ou moins bien précisés dans leur contenu et dans la logique juridique".

Il a conclu que "seule une vision faible des droits de l’homme peut considérer que l’être humain est la résultante de ses droits, en ne reconnaissant pas que ces droits restent un instrument créé par l’homme pour donner sa pleine réalisation à sa dignité innée".

 

Le pape Benoît XVI confirma les propos du cardinal Renato Martino sur les "droits de l'homme" indivisibles, dont l'approche 'individualiste' ampute la nature de l'homme, le prive de sa dimension de transcendance... Il expliqua que les droits de l'homme trouvent leur fondement en Dieu créateur. Privés de cette base éthique, ils demeurent fragiles.

Le 4 mai 2009, enfin, recevant les membres de l'Académie des sciences sociales au terme de leur XV session plénière, Benoît XVI expliqua que "l'Eglise a toujours affirmé que les droits fondamentaux, ... sont intrinsèques à la nature de l'être humain créé à l'image et à la ressemblance de Dieu"... et "partagent ainsi une caractéristique commune qui les unit et qui exige un respect universel". De même, l'Eglise a toujours enseigné que "l'ordre éthique et politique qui gouverne les relations entre les personnes trouve ses racines dans la structure même de l'être humain".

 

Afin que la pleine nature de l'homme dans toutes ses dimensions, matérielle, spirituelle et sociale soit reconnue, il est donc temps pour les politiciens et députés catholiques, à la suite de l'appel de Benoît XVI en 2008 et de l'historien Jean de Viguerie dans cette conférence, de produire une réflexion qui conduise à corriger les déclarations erronées de la déclaration des droits de l'homme de 1789.

Notes

 

[1] Le texte exact de la citation est : "que pouvoit-il y avoir de plus insensé, que d'établir parmi les hommes cette égalité et cette liberté effrénée qui semble étouffer la raison, le don le plus précieux que la nature ait fait à l'homme, et le seul qui le distingue des animaux ?" (Pie VI, Bref Quod aliquantum, 1791.)

[2] Ce conseil de Jean de Viguerie rejoint celui donné vers 500 av. J.C. par le philosophe chinois Confucius dans sa Grande étude ou Ta Hio, pour qui il fallait insister sur la nécessité universelle d’appliquer sa raison à la connaissance de la morale et de s’y conformer. Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et plus obscur, il y a un devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ... le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral. Et le Sage d’établir le programme politique du prince pour bien gouverner son royaume : les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères ; les intentions étant rendues pures et sincères, l’âme se pénètre ensuite de probité et de droiture ; l’âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée ; la personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée ; la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ; le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie. (Doctrine de Confucius ou les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine, Traduit du Chinois par M.G. Pauthier, Librairie Garnier Frères, 1921, p.73. in "Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes".)

 

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commentaires

Ludovicus 24/05/2015 15:21

Commençons par nous-mêmes, respectons Jésus-Christ dont nous sommes les membres en tant que baptisés.
Magnifique démonstration de l'utopiste révolutionnaire.
C'est Descartes qui est grande partie responsable de cette vision de l'homme, c'est lui qui a actionné la guillotine métaphysique.