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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 00:00
Saint Thomas, Apôtre des Indes

Thomas appelé Didyme (le Jumeau) fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique, pour en faire ses apôtres. Il est "l'un des Douze" comme le précise S. Jean (Jn 21). Le même Jean nous rapporte plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. Lorsque Jésus s'apprête à partir pour Béthanie au moment de la mort de Lazare, il y a danger et les disciples le lui rappellent: "Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider." Thomas dit alors aux autres disciples: "Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui."

 

A la dernière Cène, quand Jésus dit à ses disciples : "Je vais vous préparer une place, et quand je serai allé et vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi vous soyez", Tomas fit celui qui ne comprenait pas : "Seigneur, nous ne savons pas où vous allez, comment saurions-nous le chemin ?" Il s'attira cette merveilleuse réponse du Maître : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne va à mon Père, si ce n'est par moi." (Jn, 14, 6.)

 

Après sa résurrection, le Sauveur était apparu à plusieurs de ses disciples en l'absence de Thomas. Quand à son retour, on lui raconta cette apparition, Thomas fut si étonné d'une telle merveille, qu'il en douta et dit vivement: "Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point." (Jn 20, 25.) Voilà le second caractère de Thomas, esprit trop raisonneur. Mais son premier mouvement d'hésitation, en chose si grave, ne fut pas un crime et le bon Sauveur répondit à son défi: "Mets ici ton doigt, et regarde mes mains; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois plus incrédule, mais croyant." (Jn, 20, 27.) Que fit alors Thomas? Nous le savons; un cri du coeur s'échappa de ses lèvres: "Mon Seigneur et mon Dieu!"

L'Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

L'Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

Dieu permit l'hésitation de cet Apôtre pour donner aux esprits difficiles une preuve de plus en faveur de la résurrection de Jésus-Christ.

Parmi les douze articles du Symbole, Saint Augustin attribue à saint Thomas celui qui concerna la Résurrection.

Quand les Apôtres se partagèrent le monde, les pays des Parthes et des Perses et les Indes furent le vaste lot de son apostolat. La tradition prétend qu'il rencontra les mages, les premiers adorateurs de Jésus parmi les Gentils, qu'il les instruisit, leur donna le Baptême et les associa à son ministère. Partout, sur son passage, l'Apôtre établissait des chrétientés, ordonnait des prêtres, consacrait des évêques.


Évangélisateur des Indes, c’est pour avoir construit un palais pour un roi que Thomas est représenté avec une équerre d’architecte. Il est parfois également représenté avec la lance qui fut l’instrument de sa mise à mort.

 

Son tombeau ravagé par les musulmans, restauré par les Portugais, gardait encore quand on l'a ouvert au XXe siècle, des restes de ses os et le fer de la lance qui l'avait frappé, ainsi que des monnaies du règne de Néron.

 

Les chrétiens de l'Inde attribuent à S. Thomas leur évangélisation et se donnent eux-mêmes le nom de "chrétiens de saint Thomas", et prétendent en garder la tombe.

 

Au chapitre IV de l'ouvrage publié en 2016, "Les Apôtres en Inde", Ilaria Ramelli observe que le christianisme indien, qu’il s’agisse de ses rites, ses titres, ses coutumes, ses légendes, est pétri d’archaïsmes reconductibles à ce même christianisme syro-araméen primitif qui faisait de l’Évangile de Matthieu son texte central. Elle montre comment Thomas est lui-même fortement lié au christianisme syro-araméen pour avoir été à l’origine (en personne, ou à travers son disciple Thaddée) de l’évangélisation de la ville d’Édesse, de l’Osroène dont elle est la capitale, et de la Mésopotamie. Au chapitre V, du même ouvrage, Cristiano Dognini examine la présence d’échos chrétiens dans les mythes spécifiques à la naissance de Krishna, qui font leur apparition dans le panorama de la littérature sanscrite autour du IIe siècle ap. JC. L’auteur constate que les emprunts de motifs tirés des Évangiles (tels que Massacre des Innocents, la Fuite en Égypte, l’Annonciation…) sont indubitables, et en déduit que les récits chrétiens étaient assez connus en Inde pour que l’hindouisme se les approprie et les intègre au service de ses propres cycles mythiques.

Le même phénomène d'appropriation des mystères chrétiens sera l'objet du bouddhisme en Chine, comme nous le verrons un peu plus bas.

 

Quand au XIVe siècle, les Européens s'emparèrent des Indes orientales, ils trouvèrent dans les traditions des peuples de ce vaste pays des souvenirs chrétiens, et en particulier celui de saint Thomas. Un miracle de l'Apôtre, traînant avec un faible lien une poutre énorme que les éléphants n'avaient pu remuer, fut l'occasion d'innombrables conversions. Cependant les prêtres des faux dieux, jaloux de tant de succès, jurèrent la mort de l'Apôtre; il aurait été percé d'une lance devant une Croix où il priait, le 3 juillet de l'an 72 à Meliapouram, sur la côte méridionale est de l'Inde (aujourd'hui Madras-Chennay).

Au XVIe siècle, Jean III, roi de Portugal, fit chercher le corps de saint Thomas dans une chapelle ruinée qui était sur son tombeau, hors des murs de Méliapour (Inde). On creusa la terre en 1523 et on découvrit une voûte construite en forme de chapelle. On y trouva les ossements du saint apôtre, avec une partie de la lance qui avait servi à son martyre, et une fiole teinte de son sang. On les renferma dans un vase richement orné. Les Portugais bâtirent auprès de cet endroit une nouvelle ville qu'ils appelèrent Saint-Thomas ou San-Thomé.

L'incrédule entre les incrédules à qui Jésus ressuscité fit toucher ses plaies, porta la Croix jusqu'au point du monde le plus éloigné du tombeau vide de Jérusalem. Tandis que S. Jacques allait jusqu'en Espagne à l'extrémité occidentale de l'Empire romain, il atteignait l'extrémité des terres orientales.

 

Sources : (1); (2); (3); (4) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 358.

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
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Renaud 03/07/2013 12:29


Bonjour à tous,


Grands compliments pour votre blog, on y trouve des informations, des propos, des approches des hommes, des faits et des événements d'une grande qualité, de finesses, de sagesse et de
prudence tout à fait bienvenus.


Au sujet de saint Thomas, je voulais signaler que, de très bonnes sources, on lui attribue la rédaction d'un évangile apocryphe peu connu: L'Évangile selon Thomas, c'est d'ailleurs le titre d'un
livre de 24 pages d'introduction, plus 354 pages, paru en décembre 1974 (ou début 1975) aux Éditions MÉTANOÏA (aujourd'hui sans doute disparues ou fondues dans d'autres éditions),
dont j'ai très bien connu le fondateur, directeur et auteur de ce livre, Émile Gillabert (1914-1995), un homme d'une grande probité, pas assez connu, auquel, on peut le souhaiter, l'on
rendra hommage plus tard. Selon l'Introduction de cet ouvrage reproduisant cet Évangile directement traduit du copte (langue égyptienne, ici copte sahidique) en français, L'Évangile selon
Thomas fut découvert en 1945 en Haute-Égypte près de la localité de Nag- Hammadi. Des paysans exhumèrent fortuitement d'une galerie rocheuse servant de cimetière, une jarre qui contenait 12
manuscrits reliés en cuir, écrits en langue copte sur papyrus et remontant au IIIème ou IVème siècle de notre ère. Il commence ainsi: Voici les paroles cachées que Jésus-le-Vivant a dites et
qu'a transcrites Didymes Judas-Thomas.


Il contient 114 logia (97 pages du livre), ou Paroles de Jésus, dans une forme littéraire qui en révèle dès l'abord son caractère archaïque. En effet, contrairement aux Évangiles traditionnels
qui veulent donner une vue globale de l'activité messianique de Jésus, l'Évangile selon Thomas nous livre les Paroles de Jésus sans aucun commentaire. Toutes les logias sont exactement
reproduites, selon les documents originaux trouvés à Nag-Hammadi en pages de gauche, et le texte français se trouve en pages de droite. Tandis que: Synopse, Commentaires et Notes,
Lexique et Précis grammatical, Notes de traduction, Bibliographie, occupent les 251 pages suivantes. C'est là un travail absolument remarquable et magistral de Philippe de Suarez qui a
consacré plusieurs années à l'étude de manuscrit égyptien. Philippe de Suarez est l'un des rares spécialistes du dialecte dans lequel cet évangile est écrit, le copte sahidique. Les travaux
d'Émile Gillabert et de Philippe de Suarez sont d'une valeur inappréciable.


Je vous confie ces données à vous, car connaissant à peu près votre blog, je crois que vous méritez la confiance. Car cet Évangile apocryphe, d'un intérêt exceptionnel, et à peu près intact
lors de sa découverte, ainsi que la justesse à peu près certaine de sa datation, et la qualité hors série des travaux de Philippe Suarez, pourraient être utilisés être "mal utilisés"
par certains qui chercheraient, une fois de plus, à nuire à l'Église Catholique et semer la confusion qu'ils recherchent... Car cet évangile est dit: évangile gnostique. Or le terme
gnostique comporte plusieurs significations portant à la confusion. Certains milieux seraient capables d'utililser cet évangile dit gnostique pour jusfifier la pensée gnostique, la
gnose combattue historiquement et à juste titre par l'Église. Une précision, cet Évangile selon Thomas ne comporte que les Paroles de Jésus ici transcrites. Il n'y est pas question de la
Passion de Jésus Christ. D'ailleurs, et c'est seulement mon avis personnel, la "substance" de cet évangile, si l'on en saisit un minimum de sens, n'est centré - que - sur la Parole Vivante
et Éternelle de Jésus-Christ. Il serait dommage que, dans cet évangile, l'absence de récit de la Passion de Jésus-Christ fasse délaisser stupidement l'intérêt énorme, et à plus d'un
titre, de cet Évangile selon Thomas. La Passion de Jésus-Christ, Sa mort et Sa Résurrection comporte le Sens d'une réalité exemplaire prouvant pour tous les
hommes Son immortalité, tandis que l'Évangile selon Thomas apporte particulièremement l'essence spirituelle si l'on peut dire de Jésus-Christ Vivant à jamais. 


Votre dévoué


Renaud