Les Églises d'Orient le fêtent aussi en janvier.
Nul ne contribua davantage à la défaite de l'arianisme; il n'écrivit, ne souffrit, ne vécut que pour défendre la divinité du Christ.
Petit de taille, prodigieusement intelligent, nourri de culture grecque, Athanase n'était encore que diacre lorsqu'il accompagna l'évêque d'Alexandrie au concile de Nicée en 325. Il y contribua à la condamnation de son compatriote Arius et à la formulation des dogmes de l'Incarnation et de la Sainte Trinité.
Durant les soixante années séparant le concile de Nicée (325) du concile de Constantinople (381), l'Église traversa, à travers la crise arienne, l'un des moments les plus difficiles de son histoire. Ce fut une ère de défection, où se distinguèrent de fervents défenseurs de l'orthodoxie, tels que saint Athanase d'Alexandrie et saint Hilaire de Poitiers. Athanase devint le symbole de la lutte contre l'arianisme, qui avait infiltré les plus hautes sphères de la hiérarchie ecclésiastique. Devenu lui-même évêque d'Alexandrie en 328, il fut dès lors et pour toujours en butte à la persécution des ariens, semi-ariens et anti-nicéens de tout genre qui pullulaient en Égypte et dans l'Église entière. Ces ariens étaient soutenus par les empereurs qui rêvaient d'une formule plus souple que celle de Nicée, d'une solution de compromis susceptible de rallier tous les chrétiens et de rendre la paix à l'empire. C'est ce qui explique que sur les quarante-cinq années de son épiscopat, saint Athanase en passa dix-sept en exil: deux années à Trèves, sept années à Rome, le reste dans les cavernes des déserts de l'Égypte. Il fut même accusé d'avoir assassiné l'évêque Arsène d'Ypsélé. Il ne dut la reconnaissance de son innocence qu'au fait qu'Arsène revint en plein jour et se montra vivant à ses accusateurs. Saint Athanase fut probablement qualifié de "désobéissant" par 98 % des évêques autour de la Méditerranée au IVe siècle. Le fait est qu'il ne l’était pas. Eux étaient ceux qui désobéissaient aux Apôtres.
Dans une lettre à propos des Ariens, Athanase écrit :
"Que Dieu vous console ! Ce qui vous attriste aussi, c’est que les autres ont occupé les églises par violence tandis que vous, pendant ce temps, vous êtes dehors.
"C’est un fait, ils ont les locaux : mais vous avez la foi apostolique. Eux, ils peuvent occuper nos églises, mais ils sont hors de la vraie Foi catholique.
"Réfléchissez. Qu’est ce qui est le plus important : le lieu ou la Foi ? La vraie foi, c’est évident. Dans cette lutte, qui a perdu, qui a gagné, celui qui garde le lieu ou celui qui garde la foi ?
"Le lieu, c’est vrai, est bon quand on y prêche la foi apostolique ; il est saint si tout s’y passe saintement.
"Mais c’est vous qui êtes heureux, vous qui restez dans l’Église par votre foi, vous qui tenez fermement aux fondements de la foi qui vous est parvenue de la sainte Tradition apostolique et si, à maintes reprises, une jalousie exécrable a voulu l’ébranler, elle n’y a pas réussi.
"C’est ceux qui s’en sont détachés dans la crise présente. Personne, jamais, ne prévaudra sur notre foi, frères bien aimés.
"Et nous croyons que Dieu nous rendra un jour nos églises. Ainsi donc, plus ils s’acharnent à occuper les lieux de culte, plus ils se séparent de l’Église. Ils prétendent représenter l’Église; en réalité, ils s’en expulsent eux-mêmes et s’égarent.
"Les catholiques fidèles à Dieu dans la sainte Tradition, même s’ils sont réduits à une poignée, voilà ceux qui sont la vraie Église de Jésus-Christ." (Saint Athanase, Lettre de l’évêque d’Alexandrie à son troupeau, in Coll. Selecta SS. Eccl. Patrum, Caillau et Guillou, vol. 32, pp. 411-412
Dans sa lettre aux évêques de Libye et d'Égypte également, il réfute les ariens en dénonçant leur sola scriptura :
"Aussi je vous en avertis que personne de vous ne se laisse égarer, que personne ne devienne leur victime; au contraire, attachez-vous au Seigneur, comme si l'impiété judaïque faisait invasion dans la foi chrétienne; restez fermes dans la croyance des Pères, cette croyance qu'ils ont établie dans leur saint concile de Nicée, et repoussez au loin tous ceux qui voudraient faire la moindre innovation. Quand bien même ils vous apporteraient des textes de l'Écriture, ne les supportez pas. Quand même ils parleraient le langage de l'orthodoxie, n'ouvrez pas même l'oreille pour les écouter. Car ce n'est qu'un manteau dont ils s'enveloppent: au dedans, leur esprit est pervers, leur doctrine est celle d'Arius, et ils ne font qu'imiter le démon, père de toutes les hérésies: lui aussi prenait les paroles de la Sainte Écriture, mais le Sauveur lui imposa silence. ... Les Sadducéens et les hérodiens avaient bien aussi la loi sur les lèvres, et pourtant ils ont été flétris et couverts de honte par le Sauveur quand il leur dit: 'Vous erreurs et ne savez pas les Écritures ni la puissance de Dieu' (Jn 8,41). Et il fut démontré à tous que ceux-là qui semblaient appuyés sur les textes des livres saints n'en étaient pas moins au fond des hérétiques et des ennemis de Dieu." (Cf. Via Fidelis Verax )
Dans ses Quatre lettres à Sérapion (Lettre 1, §28) (milieu des années 300 après J.-C.), Athanase explique que la vraie foi est conservée dans l'Église catholique: ́'Notons que la tradition, l'enseignement et la foi de l'Église catholique ont été donnés depuis le début par le Seigneur, prêchés par les Apôtres et conservés par les Pères. C'est sur cela qu'a été fondée l'Église ; et si quelqu'un s'en écarte, il n'est plus ni ne doit être appelé chrétien.’́
Il existait alors une pratique bien établie, que le premier concile de Nicée a codifiée dans le canon 4. Cette pratique stipulait que tout nouvel évêque devait être consacré par tous les évêques de la province ecclésiastique ou, lorsque cela était impossible, par au moins trois évêques, avec la confirmation finale du métropolitain – l’évêque principal de la province ecclésiastique. Le métropolitain possédait une juridiction ordinaire sur sa province, tandis que le pape exerçait une primauté universelle sur toute l’Église. Athanase, devenu évêque du siège métropolitain d'Alexandrie le 8 juin 328, se vit confier l'une des plus vastes juridictions ecclésiastiques du Proche-Orient. Le canon 6 du concile de Nicée établissait que l'ancienne coutume en vigueur en Égypte, en Libye et en Pentapole devait demeurer applicable, de sorte que l'évêque d'Alexandrie exerçait son autorité sur l'ensemble de ces régions. L'opposition arienne à la nomination d'Athanase se manifesta immédiatement. Le synode de Tyr, en 335, le déposa irrégulièrement, tandis que l'empereur Constantin décréta son premier exil à Trèves. Ces événements entraînèrent une alternance constante dans les diocèses égyptiens entre des évêques fidèles au Credo de Nicée et des candidats soutenus par le parti eusébien. L'activité d'Athanase ne se limita pas à la défense doctrinale du Credo de Nicée, mais impliqua un effort intense pour reconstruire la hiérarchie ecclésiastique dans les provinces relevant de sa juridiction. À chaque retour d'exil, l'évêque d'Alexandrie constatait que de nombreux sièges épiscopaux étaient occupés par des évêques pro-ariens, installés avec le soutien de l'autorité impériale. Sa première tâche consistait à les déposer et à les remplacer par des pasteurs fidèles à la profession de foi nicéenne. L'étude fondatrice d'Annick Martin a reconstitué cette activité avec précision, démontrant que les nominations effectuées par Athanase concernaient des sièges appartenant à l'Égypte, à la Libye ou à la Pentapole — c'est-à-dire des territoires soumis à sa juridiction canonique. Une conclusion similaire se dégage de la reconstitution proposée par le professeur Manlio Simonetti. Analysant le retour d'Athanase en 346 et son retour définitif en 362, Simonetti souligne comment le patriarche a procédé à la restauration de la hiérarchie nicéenne dans les Églises égyptiennes sans jamais outrepasser les limites de sa compétence ecclésiastique. L'activité d'Athanase était pleinement conforme à la discipline juridique de l'époque, puisqu'elle constituait l'exercice naturel de l'autorité métropolitaine d'Alexandrie. Les nombreuses ordinations épiscopales qui lui sont attribuées n'ont jamais été considérées comme abusives par l'Église de son temps, précisément parce qu'elles ont eu lieu sur le territoire relevant de sa compétence canonique. Les consécrations effectuées par le patriarche d'Alexandrie eurent lieu dans des circonstances exceptionnelles, mais elles ne furent jamais accomplies contre le pape ni en opposition au Saint-Siège. Au contraire, la reconnaissance romaine constituait un élément essentiel de l'action pastorale d'Athanase. Durant toute la crise arienne, l'évêque d'Alexandrie rechercha constamment le soutien des pontifes romains et reconnut leur autorité. Après sa destitution décrétée par les synodes orientaux, Athanase se rendit à Rome, où il fut reçu par le pape saint Jules Ier. Le synode romain de 341 déclara invalides les accusations portées contre le patriarche d'Alexandrie et reconnut pleinement sa légitimité. Dans sa célèbre lettre adressée aux évêques orientaux, Jules leur reprocha d'avoir agi sans consulter l'Église romaine, leur rappelant que des questions d'une telle importance devaient être soumises au jugement du Siège apostolique. Dans les années qui suivirent, Athanase maintint des relations constantes avec le pape Libère. La faiblesse passagère manifestée par Libère durant son exil ne modifia jamais l'attitude du patriarche égyptien, qui continua de considérer Rome comme le centre de la communion ecclésiale. Plus étroite encore fut sa collaboration ultérieure avec le pape saint Damase, qui soutint pleinement la restauration de l'orthodoxie nicéenne et confirma le prestige du siège d'Alexandrie. Le cardinal John Henry Newman, dans son ouvrage sur les Ariens du IVe siècle, a clairement mis en lumière la portée ecclésiologique de ces événements. Athanase résista aux empereurs, aux conciles pro-ariens et aux pressions politiques, mais il ne s'opposa jamais au principe de la primauté romaine. Son combat était dirigé contre les évêques hétérodoxes et contre l'ingérence du pouvoir civil, non contre l'organisation hiérarchique de l'Église. Toute son action pastorale semble s'inscrire dans l'exercice de la juridiction légitime du siège d'Alexandrie et dans la recherche de la communion avec le siège de Rome. (Rorate Caeli)
Son excommunication par le pape Libéré fait débat parmi les historiens et théologiens.
Selon certains textes anciens (notamment des lettres attribuées à Libère, comme « Studens paci », « Pro deifico », « Quia scio ») suggèrent que Libère aurait, sous la pression de l’empereur arien Constance II, signé en 357 une condamnation d’Athanase, ce qui équivaudrait à une forme d’excommunication ou de rupture de communion avec lui. Ces lettres sont souvent citées comme preuve de la « chute » de Libère, qui aurait cédé à l’arianisme ou du moins à une position ambiguë pour retrouver sa liberté après son exil en Thrace. Cependant, l’authenticité de ces lettres est très contestée. Plusieurs historiens et théologiens (notamment saint Hilaire, saint Jérôme, saint Athanase lui-même) soulignent que ces documents pourraient être des faux fabriqués par les ariens pour discréditer Libère et Athanase lui-même. Le pape Pie IX et Benoît XV ont affirmé que Libère n’a jamais cédé à l’arianisme ni excommunié Athanase, et que les accusations contre lui sont des calomnies . Libère a d’abord défendu Athanase avec fermeté, refusant de le condamner sans procès équitable et exigeant un concile général. Il a même convoqué un synode à Rome pour disculper Athanase. Sous la pression impériale, il a été exilé en 356. C’est pendant son exil que la question de sa possible « défection » se pose. Les sources les plus critiques admettent que, même s’il a pu signifier une forme de rupture avec Athanase pour des raisons politiques, il n’a jamais adhéré à l’hérésie arienne et est revenu à l’orthodoxie nicéenne après la mort de Constance II. Il est très douteux que Libère ait formellement excommunié Athanase. Les preuves textuelles sont contestées, et l’Église a toujours défendu l’orthodoxie de Libère, qui a d’ailleurs été canonisé. L’épisode est surtout utilisé par les ariens pour semer la confusion.
Son œuvre théologique est considérable. Ses œuvres ont été publiées aux éditions du Cerf.
Mémoire de saint Athanase, évêque et docteur de l'Église. Homme très éminent en sainteté et en doctrine, placé sur le siège d'Alexandrie, il défendit la foi orthodoxe avec une vigueur intrépide, depuis le temps de Constantin jusqu'à celui de Valens, contre les empereurs, les gouverneurs de province, contre un nombre infini d'évêques ariens, qui lui tendirent toutes sortes de pièges et le forcèrent plusieurs fois à l'exil ; enfin, après bien des combats et des triomphes qu'il remporta par sa patience, il rentra dans son Église et s'endormit dans la paix du Christ la quarante-neuvième année de son épiscopat, en 373.
Martyrologe romain
Athanase a été sans aucun doute l'un des Pères de l'Église antique les plus importants et les plus vénérés... Nous avons de nombreux motifs de gratitude envers Athanase. Sa vie, comme celle d'Antoine et d'innombrables autres saints, nous montre que "celui qui va vers Dieu ne s'éloigne pas des hommes, mais qu'il se rend au contraire proche d'eux" (Saint Athanase - audience du 20 juin 2007 - Benoît XVI)
Signe que personne n'avait d'excuse pour diviser l'Église, Saint Athanase a observé que le Christ est mort sans que son corps soit séparé en plusieurs morceaux :
"C'est pourquoi il n'a pas subi la mort de Jean, dont la tête a été coupée, ni celle d'Isaïe, qui a été scié en deux ; afin que, même dans la mort, il puisse garder son corps intact et en parfaite santé, et qu'aucun prétexte ne soit donné à ceux qui voudraient diviser l'Église." Saint Athanase, De l'incarnation du Verbe (chap. 24, §4)
Car il (Le Verbe de Dieu ) s'est fait homme pour que nous puissions devenir Dieu; il s'est rendu visible dans un corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et il a lui-même enduré la violence des hommes fin que nous puissions hériter de l'incorruptibilité.
Si le Fils est roi, sa mère doit nécessairement être considérée et intitulée reine.
Si le monde est contre la Vérité,
je serai alors contre le monde.
Eux ont les temples, nous avons la foi.
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