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19 janvier 2007 5 19 /01 /janvier /2007 10:18
4°) Vous estimez que la modernité a perverti la notion de pouvoir, en donnant naissance à l'État moderne. Pouvez-vous nous expliquer la perversion de l'État moderne ?
 

« Etat moderne », c’est redondant : l’Etat est moderne. Le prince médiéval n’est pas l’Etat. A moins de l’employer abusivement dans un sens tellement large qu’il s’applique à toute forme d’organisation politique (y compris la tribu !), le concept d’« Etat » est une création relativement récente. Cet élément clé de la modernité politique a été élaboré entre 1450 et 1650, théorisé à partir de Jean Bodin (inventeur de la notion de souveraineté) puis développé par les penseurs du libéralisme tels que Hobbes, Locke. D’abord conçu à travers le modèle de la monarchie absolue, la souveraineté étatique et nationale a pris une dimension encore plus subversive au XVIIIe siècle en s’appuyant sur la souveraineté du peuple exprimée dans le contrat social et dont le totalitarisme fut au XXe siècle l’ultime développement.
L’espace politique et social antérieur à l’Etat est un espace « complexe », pour reprendre l’expression de John Milbank en opposition à l’espace « simple » unitaire moderne. Il présente une richesse de relations personnelles et sociales, une variété de libertés et de droits qui appartiennent aux différentes communautés et s’enchevêtrent : la souveraineté est conjuguée au pluriel. Tandis que l’Etat s’est constitué, notamment à l’occasion des guerres qu’il ne cesse d’attiser à son profit (l’Etat fait la guerre, la guerre fait l’Etat), en absorbant progressivement les droits de ces communautés (guildes, provinces etc.), en s’octroyant le monopole de la violence à l’intérieur d’un territoire déterminé, selon la définition classique.

5°) Face à l'État, comment doit agir le catholique aujourd'hui ? Comment notamment faire renaître vraiment de véritables communautés intermédiaires ?

Il y a un préalable d’ordre intellectuel : déconstruire les concepts de la modernité séculière et restaurer une véritable théologie politique. Certes, cela ne suffit pas, mais sans cet exercice, comment concevoir une action politique juste ? Et puis, il faut resocialiser les chrétiens, recommunautariser leur mode de vie. Cela passe par la multiplication d’initiatives de toutes sortes (entreprises, associations, réseaux…) y compris dans le champ économique et social. C’est ce qu’ont fait les militants de Communion de Libération en créant des milliers de coopératives. Ou les entrepreneurs s’inspirant de l’économie de communion des Focolari. Deux exemples parmi beaucoup d’autres. La communauté ecclésiale peut devenir, en tant que contre-société, le site à partir duquel la véritable société peut renaître. Pas demain : dès aujourd’hui. Sans rien attendre de l’Etat.

Denis Sureau, via le blog de Philippe Maxence

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