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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 00:00
Sainte Brigitte, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 29.

Sainte Brigitte, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 29.


Sainte Brigitte de Suède, Veuve, Fondatrice d'Ordre, co-patronne de l'Europe

Fille de parents nobles, sainte Brigitte fut éducatrice à la cour royale de Suède, épouse, mère de famille, veuve et fondatrice d'une congrégation religieuse. Favorisée de révélations célestes, elle fut appelée à jouer un rôle éminent aussi bien auprès des papes qu'auprès des dirigeants politiques de Suède et d'Europe, comme put en faire autant Ste Catherine de Sienne (1347-1380).


Sainte Brigitte naquit en Suède vers l'an 1302, 
dans le Roslagen à une cinquantaine de kilomètres au nord de Stockholm. Elle était fille de Birgier Magnusson, prince du sang royal de Suède. Sa mère avait été sauvée d'un naufrage en considération de l'enfant qu'elle portait dans son sein. Bien qu'à sa naissance un saint personnage eût reçu de la Sainte Vierge l'assurance que cette enfant ferait entendre sa voix dans tout l'univers, Brigitte fut muette, jusqu'à l'âge de trois ans; mais, ce temps écoulé, elle parla tout à coup aussi bien qu'une grande personne.
 

Dès son enfance, elle ne prenait plaisir qu'à des discours sérieux. La grâce agissait si puissamment dans son coeur, qu'elle n'avait d'attrait que pour les exercices de piété. A l'âge de dix ans, elle fut singulièrement touchée d'un sermon sur la Passion du Sauveur. La nuit suivante, elle vit le divin Crucifié tout couvert de plaies et de sang, et L'entendit dire: "Regarde, Ma fille, comme J'ai été traité. – Et qui Vous a traité si cruellement? dit-elle. – Ce sont ceux qui Me méprisent et sont insensibles à Mon amour pour eux." À partir de cette époque, la seule pensée des mystères de la Passion lui faisait couler ses larmes. Horrifiée par l’état physique dans lequel Il se trouvait, elle fut prise de dévotion pour les Saintes Plaies du Christ, à qui elle en demanda le nombre précis.

 

Une nuit que Brigitte était en prière, sa tante, chargée de son éducation après la mort de sa mère, la surprit et voulut la frapper; mais la verge se rompit entre ses mains. Brigitte, tout enfant, était souvent assaillie par le démon qui prévoyait en elle une grande ennemie; mais elle trouvait un secours assuré en courant dans sa chambre se jeter aux pieds du crucifix qui lui avait parlé.

Malgré son goût pour la virginité, Brigitte accepta le mariage par obéissance; elle et le prince Ulf, son mari, se préparèrent par un an de prières et de bonnes oeuvres aux obligations de leur état. Dieu donna à ces pieux époux huit enfants, dont sainte Catherine de Suède. Brigitte fut le modèle des mères par sa sollicitude envers sa famille; elle éloignait de sa maison tout ce qui n'y aurait pas apporté l'édification et la vertu:

 

 

"Après la lecture de la Bible, répétait-elle à ses enfants, n'ayez rien de plus cher que la Vie des Saints."

 

Elle fut appelée en 1335 à la Cour de Suède  pour être la gouvernante de la jeune épouse du roi Magnus Eriksson, Blanche de Namur.

 

Après avoir accompli son premier pèlerinage au sanctuaire de Saint Olav, à Nidaros (Trondheim), Brigitte et Ulf entreprirent en 1341 le pèlerinage de Compostelle. Ce fut à cette occasion qu'elle prit conscience de ce qui fut toujours pour elle le plus grand scandale, le séjour du pape à Avignon. Au retour, Ulf tomba malade à Arras, et les époux auraient fait voeu d'entrer en religion. Ulf n'eut pas le temps de le réaliser, puisqu'il mourut le 12 février 1344 au monastère cistercien d'Alvastra. Commença alors pour Brigitte la seconde partie de sa vie.
 

 

Sainte Brigitte de Suède (1302-1373), Patronne de la Suède et des pèlerins, co-patronne de l'Europe

À la mort de son mari, elle s'adonna aux saintes oeuvres avec plus de liberté que jamais, apprenant à ses enfants à laver les pieds des pauvres, à soigner les plaies des malades, à soulager toutes les misères.

 

Jusqu'en 1349, s'étant dépouillée de ses biens, elle mena dans une dépendance d'Alvastra une vie de pénitence et de prière. Là se manifestèrent les premières révélations, dont ses confesseurs lui affirmèrent l'authenticité et l'origine divine. Elle prit alors conscience de la mission dont Dieu l'avait investie : travailler au salut du peuple chrétien. Son premier champ d'action fut la cour de Suède, mais les avertissements divins qu'elle transmit à Magnus Eriksson et à son entourage ne reçurent pas l'accueil favorable qu'elle espérait.

 

Ses révélations étonnantes ont fait d'elle la merveille de son siècle. Ainsi, eut-elle la vision d'un saint martyr qui lui dit: "Moi et d'autres saints, nous avons obtenu pour toi, de Dieu, la grâce d'entendre, voir et connaître les choses spirituelles, et l'Esprit de Dieu enflammera ton âme." Ce qui l'amènera à révéler la présence au purgatoire de son mari décédé peu de temps auparavant.

 

En 1349, accompagnée de ses confesseurs et de sa fille Catherine, Brigitte partit pour Rome dans un triple but : assister au jubilé proclamé pour 1350 par Clément VI; obtenir l'approbation de la maison religieuse qu'une révélation lui avait commandée de fonder; engager, par ordre du Christ, le pape à regagner la ville des Apôtres. Elle y mena une vie de prière, de pénitence et d'oeuvres charitables, entrecoupée de visites aux différents sanctuaires de la ville et de la campagne romaine.

Cette ascèse, sainte Brigitte l'a poussée à l'extrême. Elle s'adonnait quotidiennement à une mortification volontaire: refus de dormir dans un lit,  jeûnes prolongés, flagellation, port de cordes nouées sur la chair. La souffrance appliquée à son propre corps exprimait non seulement une volonté exacerbée de pénitence, mais aussi le désir de s'identifier au Christ souffrant. La vision de la Passion du Christ, qu'elle eut dès son enfance, a été toute sa vie l'objet particulier de ses méditations, et dans les Révélations, elle la décrit avec insistance et avec un réalisme extrême. Elle y ajoutait une dévotion à la maternité douloureuse de Marie, intermédiaire privilégiée entre l'homme et la justice divine, dévotion qui transparaît dans la place essentielle que Brigitte accorde à la Vierge dans ses Révélations. Elle attribuait plus de vertu à l'humilité et à la simplicité de l'âme qu'au savoir intellectuel: cette opinion, ni nouvelle ni originale, allait à l'encontre de l'idée répandue depuis le XIIIe siècle que la science pouvait être source de sainteté.

Pendant toute ces années elle envoya aussi quantité de messages de reproches, de menaces et d'exhortation au repentir et à la réforme, que le Christ lui commandait de transmettre aux abbés, aux cardinaux, aux souverains (l'empereur Charles IV, le roi de France, la reine de Naples...), aux papes surtout, à Clément VI, puis à Innocent VI, à Urbain V et à Grégoire XI. Tous ces grands personnages de la scène politique ne s'en émurent guère, et si Urbain V fit son entrée à Rome le 16 octobre 1367, il semble bien que les objurgations de Brigitte n'aient pas joué de rôle dans ce retour. Le pape repartit d'ailleurs en 1370, non sans avoir approuvé la fondation du monastère de Vadstena.

La fondation de Vadstena et aussi l'organisation de sa vie, à Alvastra puis à Rome, montrent la fascination qu'exerçait sur elle la vie monastique, bien qu'elle fût demeurée laïque. Son assiduité à la prière et à la méditation quotidienne ainsi qu'au sacrement de l'eucharistie dépassait largement ce qui était demandé à une simple laïque.



C'est à Rome, où elle aimait à séjourner près des tombeaux des Saints, que le Sauveur lui fit connaître l'heure de sa mort prochaine; elle rendit le dernier soupir en 1373 en prononçant avec amour les dernières paroles de Jésus expirant:

 

"Mon Père, je remets mon âme entre Vos mains."


Sa contemporaine, sainte Catherine de Sienne, liée aux Dominicains, meurt en 1380. Ces deux saintes ont en commun de ne n'avoir pas hésité à prendre à partie les puissants de leur temps, jusqu'aux papes; toutes les deux soutinrent avec fermeté l'idée d'un retour pontifical à Rome. (Thomas TANASE, Histoire de la papauté d'Occident, Gallimard, Folio Inédit Histoire 2019

p. 219.)

 

Le crucifix qui a parlé à sainte Brigitte se trouve dans la basilique Saint Paul Hors les Murs au sud de Rome.

Abside de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs - Christ bénissant entouré de saints

Abside de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs - Christ bénissant entouré de saints

S'agissant des Quinze oraisons attribuées à sainte Brigitte, oraisons à réciter 365 fois pendant un an, qu'elle aurait reçues par la bouche du crucifix, il faut préciser qu'il faut les prendre avec prudence compte tenu du fait qu'elles seraient fausses. En Suède, elles n'ont ainsi jamais été attribuées à sainte Brigitte et ne figurent pas dans son livre des Révélations Célestes et ne sont pas même éditées avec ce livre en supplément sinon à partir du XIXe siècle : certains esprits critiques les pensent donc apocryphes, par exemple réalisées par une religieuse brigittine du nom de Mary Oestrewyk, pourtant elles sont toujours répandues et popularisées sous le nom de Sainte Brigitte : elles ne furent très répandues qu'à partir du XVe siècle.

 

Une édition fut mise à l'Index en 1661, et elles furent condamnées par l'autorité épiscopale au XIXe siècle (Sainte Brigitte de Suède : sa vie, ses révélations et son œuvre par Madame de Flavigny) puis interdites par Rome en janvier 1954 pendant la période de "crise de l'Église" (soit quatre ans près l'interdiction faite à Henri de Lubac d'enseigner à la suite de son livre Surnaturel.)

 

 

« AVERTISSEMENT DU SAINT-OFFICE CONCERNANT LES RÉVÉLATIONS DE SAINTE BRIGITTE (28 janvier 1954)

 

On répand en diverses régions un opuscule traduit en plusieurs langues qui a pour titre : "Le secret du bonheur. Les quinze oraisons révélées par Notre-Seigneur à sainte Brigitte dans l'église Saint-Paul à Rome", et est édité à Nice et ailleurs. Comme cette brochure affirme que Dieu aurait fait à sainte Brigitte certaines promesses dont l'origine surnaturelle n'est nullement prouvée, les Ordinaires des lieux doivent veiller à ce que ne soit pas accordé le permis d'éditer les opuscules qui contiendraient ces promesses ». (Avertissement du Saint-Office concernant les révélations de sainte Brigitte, Acta Apostolicae Sedis, 1954, p. 64.)

 

Les Quinze oraisons furent cependant approuvées par un très grand nombre de prélats, de Papes (Urbain VI , Pie IX, le 31 mai 1862), et de religieux ("Ces Oraisons et ces Promesses ont été copiées sur un livre imprimé à Toulouse en 1740 et publié par le P. Adrien Parvilliers, de la Compagnie de Jésus, missionnaire apostolique de la Terre Sainte, avec approbation, permission et recommandation de les répandre"), de souverains (elles furent éditées sous Mary Tudor en Angleterre où elles jouèrent également un très grand rôle. The Medieval mystical tradition in England: Exeter Symposium VII : papers Edward Alexander Jone, Annette Grisé Pages 83-85), et furent manuscrites puis imprimées et enfin enregistrées et numérisées de siècles en siècles jusque de nos jours.

Sainte Brigitte de Suède, aux côtés de saint Benoîta été déclarée par Jean-Paul II co-patronne de l'Europe avec sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix. (Lettre apostolique « Spes aedificandi » 02/10/1999)

Le 4 octobre 2002 à l'occasion du jubilé de sainte Brigitte de Suède, de nombreux évêques luthériens étaient présents à Rome, ainsi que la princesse Victoria de Suède et la princesse Bénédicte de Danemark

 

Le 27 octobre 2010, Benoît XVI a consacré sa catéchèse à sainte Brigitte de Suède. (Audience générale, Place Saint-Pierre, Mercredi 27 octobre 2010)

 

Le site Abbaye-saint-benoit.ch a publié une Vie de Sainte Brigitte écrite d'après les documents authentiques par une religieuse de l'Adoration perpétuelle avec approbation épiscopale (tome second, Paris Librairie Saint-JOSEPH, Libraire éditeur, 1879)


Sources

 

(1) Vie des Saints pour tous les jours de l'année avec une pratique de piété pour chaque jour et des instructions sur les fêtes mobiles, Alfred Mame et Fils éditeurs, Tours 1867, p. 283; (2), (3); (4); (5); (6); (7); (8) ; (9) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 28 ; (10) Dictionnaire des saints et Grands témoins du christianisme, Sous la direction de Jean-Robert ARMOGATHE et André VAUCHEZ, CNRS Éditions, Paris 2019, pp. 194-199.

 

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour