Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 14:09
"Dans les milieux d’idées contre-révolutionnaires, le nom de Bernard Lugan est bien connu pour ses travaux sur l’Afrique. Ses travaux sont parmi les meilleurs sur le sujet, si ce n’est les meilleurs tout court. C’est à juste titre que ce sujet et cet auteur intéressent nos milieux, car l’histoire de l’Afrique française figure parmi les plus belles pages de l’histoire de France. Il est bon de le rappeler à l’heure où la France disparaît dans le mondialisme et perd sa substance et son identité, sur fond de repentance à tout va de la part des autorités civiles ou religieuses.
Cependant, dans un récent entretien accordé à la « Nouvelle Revue d’Histoire » Bernard Lugan condamne la colonisation avec des propos particulièrement vigoureux. Cette position vis-à-vis de la colonisation et les termes avec lesquels elle se trouve exprimée sont très surprenants, et même à peine croyables, de la part de cet auteur (1).

Voici les phrases en question :

- « En Afrique, au nom des principes philanthropiques qu’elle portait la colonisation a brisé l’ordre naturel, cassant le pouvoir des dominants et favorisant l’ascension des anciens dominés. Sur le continent africain où la force et le prestige sont respectés, elle a introduit piété et compassion, abaissant les anciens maîtres… »
- « C’est en effet par dizaine de milliers que nous avons envoyé les meilleurs des nôtres mourir des fièvres sur le continent africain afin d’y soigner les populations, de leur apporter la paix, l’instruction. L’erreur fut colossale car la démentielle surpopulation africaine qui achève de détruire le continent est une conséquence directe de la colonisation ».
- «…Charles Maurras disait qu’une politique se juge à ses résultats ; or ceux de la colonisation sont calamiteux et cela tant pour l’Europe que pour l’Afrique »[2].
 
Remarques préalables.
 
Ce discours semble assez scandaleux, ou en tout cas franchement maladroit. Peut-on affirmer que les Africains ne méritaient pas “piété et compassion” ? Peut-on affirmer qu’il y a opposition entre “piété et compassion” et “force et prestige”? Peut-on affirmer qu’il valait mieux laisser les Africains mourir des fièvres, des guerres tribales, de l’esclavage, et autres tares propres aux sociétés primitives, que Lugan signale si bien dans ses ouvrages, sous prétexte que ces misères auraient évité la surpopulation actuelle ? Autant dire que les Africains (tout au moins les dominés) ne sont pas des hommes !

Ces lignes ne s’accordent pas avec la morale catholique et ni même avec la morale naturelle la plus élémentaire. Monsieur Bernard Lugan, pour signifier la situation catastrophique de l’Afrique, parle de “surpopulation”. Certes l’Afrique n’arrive pas à nourrir sa population actuelle, mais le terme de surpopulation ne paraît pas adapté, à moins de préciser qu’il s’agit d’une conséquence de problèmes que nous étudierons plus loin. Effectivement la densité de population du continent africain est une des moins élevée au monde, alors que ce continent recèle de grandes richesses, et un potentiel agricole de plus en plus mal mis en valeur. Il est maladroit de relayer sans précisions un des thèmes majeurs de la manipulation actuelle : la pseudo surpopulation de la planète.[3]

La vérité c’est que le continent africain est extrêmement mal géré sans quoi il pourrait accueillir une population plus importante. Dans le Sahara il existe des ruines de villes romaines dont l’analyse révèle, par exemple, des thermes chauffés. Nourrir une ville et chauffer des thermes, cela demande de la nourriture et du bois que le Sahara a produit dans l’Antiquité[4].

Au temps de Saint Augustin il y avait 300 évêchés en Afrique du Nord. Autre exemple révélateur: certaines zones de l’Algérie ont été remises en culture grâce aux efforts de la colonisation après des siècles d’abandon, mais, depuis la décolonisation leur rendement a été divisé par cinq ![5]
 
La colonisation, un échec ?
 
On ne peut à première vue que s’incliner, les colonies ne forment plus le grand empire français, et mis à part le Maroc, elles ont donné naissance à des pays, des sociétés bien malades aujourd’hui.
Mais cette première vue doit être complétée.

Monsieur Lugan cite Charles Maurras pour résumer sa pensée: 
“ …une politique se juge à ses résultats…”. Une autre phrase du même auteur “ la démocratie c’est la mort ” devrait l’inciter à préciser son jugement. La sévérité de Monsieur Lugan se justifie, mais il faut mettre démocratisation à la place de colonisation. Effectivement, pour les politiques qui ont présidé l’oeuvre coloniale, ces deux mots étaient synonymes, et bien loin de poursuivre l’effort initial de Charles X, ils n’ont eu de cesse de démocratiser les colonies.

Si aujourd’hui l’Afrique périt c’est l’aboutissement, le fruit naturel de la démocratie : la mort.[6]

Voici quelques pensées révélatrices à ce sujet. Elles émanent d’éminents révolutionnaires et laïques :

- de Léon Hugonnet radical de 1880, acolyte de Jules Ferry “ la grandeur de la France est indispensable au progrès de l’humanité.
C’est pourquoi j’approuve une politique qui unira sous le drapeau français cent millions dedéfenseurs de la république ”.
- de Albert Bouyet au nom de la ligue des droits de l’homme “ Faire connaître aux peuples les droits de l’homme, ce n’est pas une besogne d’impérialisme, c’est une tache de fraternité ”.
- de Jules Ferry “ C’était un devoir supérieur de civilisation qui légitimait le droit d’aller chez les barbares (sic)” “ La race supérieure (sic) ne conquiert pas pour le plaisir, dans le désir d’exploiter le faible, mais bien de le civiliser et de l’élever jusqu’à elle ”.
- de Léon Blum “ Le droit et même le devoir des races supérieures (sic) est d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture.

Dans la bouche de Jules Ferry et de Léon Blum inutile de traduire ce que ces mots veulent réellement dire.[7]

Philippe Conrad résume “ la mission civilisatrice de la France est mise en avant avec une référence très claire au langage des lumières. La France se plaçait ainsi dans l’héritage de 1789[8]

Ainsi la colossale énergie que la France a dépensée pour ces colonies, les milliers de sacrifices que les français ont consentis pour notre empire, tout cela était vain ou condamné à périr à plus ou moins long terme, car, par-dessus ces bonnes intentions, ces éminents sacrifices, ces remarquables capacités, il y avait la volonté de répandre la démocratie, les “Lumières” de 1789, mais, Maurras le dit : ces lumières-là produisent la mort, “ la démocratie c’est la mort ”.
 
L’évangélisation, un échec ?
 
Bernard Lugan dit également : “ J’ai longtemps hésité à écrire que l’évangélisation porte sa part dans la destruction mentale des africains. Si du moins, elle avait permis de leur apporter la paix… Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Ce sont en effet les pays les plus christianisés qui ont connu ou qui connaissent les pires massacres[9]

Le constat de Bernard Lugan est à première vue exact. Mais là encore c’est la révolution qui fut à l’oeuvre. De même qu’il ne faut pas confondre colonisation avec démocratisation, il ne faut pas confondre évangélisation avec modernisation.

Nous avons vu d’une part l’opposition qui s’est instaurée dès la monarchie de juillet entre le gouvernement et l’Eglise pour ce qui concerne l’évangélisation. Dans ces conditions, celle-ci ne pouvait pas être pleinement efficace. Il faut imaginer la difficulté d’un missionnaire européen pour convertir des africains, alors que les autorités administratives françaises manifestent une franche opposition pour la religion catholique, alors que bien des militaires et des hommes d’affaires français se comportent en opposition avec la morale catholique, et que ce comportement bien loin de leur valoir des sanctions leur vaut les faveurs de gouvernements sous perfusion permanente de la Franc-Maçonnerie.

D’autre part il est impossible de nier que, dès le 19ème siècle, bien des clercs intervenant en mission furent des libéraux, qui s’empressèrent de libérer les “dominés des dominants”, qui véhiculèrent plus les idées de la démocratie que celle de l’Evangile, et ceci avec d’autant plus de facilité qu’il s’agissait de populations sans grande culture, et que bien des clercs libéraux n’ont pas hésité à mettre toute leur autorité spirituelle pour influencer outre mesure la politique des pays en question[10].

Durant la deuxième moitié du vingtième siècle, le problème s’accentue terriblement. Le modernisme triomphant, il ne devient même plus possible de parler d’évangélisation, au sens où l’on emploie ce terme lorsque l’on parle de l’évangélisation de la Gaule, par St Hilaire, St Martin … ou de l’Irlande par St Patrick, ou des Indiens par les Jésuites. Non, cela fait rêver, mais cela n’est plus la même chose. La religion proposée par nombre de clercs est, bien souvent, une religion qui prend, sur bien des points, le contre-pied de la foi catholique, et a bien du mal, parfois, à cacher un zèle certain à poursuivre l’oeuvre destructrice des libéraux du 19ème siècle.

Les ruines accumulées dans les pays de tradition catholique ne laissent-elles pas présager une impuissance à “évangéliser” les pays païens ?

Un certain clergé ne déconseille-t-il pas, par ailleurs, de se convertir ? Pourquoi se convertir, en effet, si toutes les religions se valent ?

N’y a-t-il pas autre chose à apporter aux catéchumènes que la liberté, l’égalité et la fraternité ?

Qui avouera la responsabilité du clergé dans le génocide rwandais ?

Qui dira le soutien odieux apporté par des évêques et des monastères de France ou d’Algérie au FLN?[11]
Faut-il s’étonner, dans ces conditions, que les résultats soient catastrophiques si les missionnaires n’apportent plus l’Evangile, mais la démocratie ?
Car, “ la démocratie c’est la mort ”.

Aussi, il semble impropre de dire, sans plus de précision, que l’évangélisation est en partie responsable de la destruction mentale des africains. Il faut d’une part rattacher ce problème au problème du catholicisme libéral qui affecte l’Eglise depuis deux siècles, et signaler que, depuis au moins, il ne s’agit bien souvent plus d’évangélisation mais de “modernisation” des esprits.

On ne peut pas dire non plus qu’il y a incompatibilité psychologique ou organique entre une religion et une civilisation qui ne seraient valables que dans les pays où elles se sont développées, et non en Afrique, par exemple. Effectivement l’histoire nous apporte bien des exemples qui prouvent que la religion catholique s’est parfaitement adaptée à des populations très différentes et hors d’Europe, justifiant sa qualité d’universelle.

L’histoire nous apprend également que par la colonisation, un pays civilisé peut très bien apporter et adapter cette civilisation dans des pays plus primitifs, comme ce fut le cas pour la colonisation de la Gaule par les Romains, ou de l’Amérique du Nord par les Français.

En conclusion il semble que Monsieur Lugan ait raison de parler de catastrophe, mais au lieu de colonisation il faut employer le mot de démocratisation, et au lieu d’évangélisation il faut employer le mot de “modernisation”.

Il ne faut pas s’attrister longuement sur le passé, mais, si la colonisation et l’évangélisation avaient été conduites et aidées par Charles X et ses successeurs légitimes, elles ne seraient pas tombées dans les travers qui ont ruiné ses efforts."

(Source: La Gazette Royale, Fichier PDF, octobre - novembre - décembre 206, n° 109, p. 15- 17).

[1] Notons bien que si Bernard Lugan s’oppose à la colonisation ce n’est pas du tout pour les mêmes raisons que celles qu’avancent les médias et Mr Boutéflika. Ceux-ci font croire aux jeunes français que la métropole s’enrichissait au détriment de ses colonies. Or, comme le prouve abondamment Bernard Lugan, ce sont plutôt les colonies qui se sont enrichies au dépend de la métropole.
 
[2] Ces citations sont extraites de la N.R.H., N°21, page 11 et suivantes. Du fait de la qualité de plusieurs de ses collaborateurs cette revue publie des articles tout à fait intéressants. Cependant il faut être très prudent car plusieurs de ces collaborateurs, pratiquent un anticatholicisme militant, d’autant plus dangereux qu’il n’apparaît pas souvent clairement.
 
[3] Il faut lire à ce sujet le livre de Pascal Bernardin « L’empire écologique, manipulation planétaire. »
 
[4] Dominique Soltner “Les bases de la production végétale” tome II page 191. éditions Sciences et Techniques Agricoles, Angers, 1995.
 
[5] Amicale des anciens élèves des écoles d’agriculture d’Algérie, ‘L’oeuvre agricole française en Algérie 1830-1962’, éditions de l’Atlanthrope, Versailles, 1990. Selon ces auteurs, qui savent de quoi ils parlent, « En 1957 le rendement moyen de l’Algérie, toute céréales confondues, était de 11,9 quintaux à l’hectare, en culture européenne et de 4,9 quintaux à l’hectare chez les fellah. Pour la période de 1969 à 1971…le rendement…était de 1,6 quintal à l’hectare. »
 
[6] Il est certain que Charles X et le maréchal de Bourmont ne concevait leur entreprise colonisatrice sans la doubler d’une évangélisation. Cf. à ce sujet le livre d’Yves Griffon “Charles X roi méconnu” éditions Rémi Perrin, Paris 1999. Le gouvernement de Juillet 1830 a aussitôt annulé les bonnes dispositions prises par Charles X. Ce sont de tels faits qui ont fait dire au marquis de Roux, historien de la Restauration, la phrase suivante « La Restauration a été le dernier gouvernement français qui ait compté parmi ses devoirs d’état l’appui à donner à l’Eglise pour le bien des âmes. » in “La Restauration”, p 439, Arthème Fayard, Paris, 1930. Ceux des historiens catholiques qui ne cessent de critiquer les rois de France pour leurs fautes devraient en prendre acte.
 
[7] Ces quelques citations sont extraites de la N.R.H., N° 22, pages 40 et suivantes.
 
[8] Philippe Conrad. N.R.H. N°22, page 39.
 
[9] N.R.H., N°21.
 
[10] Cf. à ce sujet le livre de Bernard Lugan sur l’Eglise catholique et le Rwanda.
 
[11] Un membre de l’UCLF a cessé toute pratique religieuse au cours de la guerre d’Algérie le jour ou il s’est aperçu que le monastère où il allait à la messe tous les dimanches en Algérie servait de cache d’armes au FLN. Il est revenu à la pratique religieuse par le biais de la tradition et de Monseigneur Lefebvre.
Plusieurs des collaborateurs de la N.R.H., dont les idées anticatholiques ont été signalées plus haut, sont d’anciens militaires de la guerre d’Algérie, ces faits n’ont pas du les aider à garder la foi, il ne faut pas l’oublier.
Partager cet article
Repost0

commentaires