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15 avril 2007 7 15 /04 /avril /2007 15:00

Craonne, dans l'Aisne, commémore ce week-end la meurtrière bataille de 1917.

 

En ce dimanche soir, à 20 heures, les 22 kilomètres du Chemin des Dames s'illumineront en souvenir de l'offensive Nivelle du 16 avril 1917, qui mit plus de 100 000 hommes hors de combat en quinze jours.

« Aujourd'hui, il fait beau, vous avez bien mangé... Il y a quatre-vingt-dix ans, les soldats avaient 25 kg sur le dos, 10 kg de terre aux pieds ; il faisait froid et les mitrailleuses allemandes tiraient. » Désignant la vue qui porte à des kilomètres, il leur montre la butte de Beaux-Marais, quelques centaines de mètres plus bas. « On leur avait dit qu'ils mettraient deux jours pour vaincre. Ils n'ont atteint le plateau que le 5 mai suivant. Dans la dernière montée, les soldats perdaient cent copains à la minute » (Le Figaro  Actualisé le 14 avril 2007 : 21h17)

L'historien Jean de Viguerie rappele que les politiciens appelèrent cela la "guerre du droit". "Le patriotisme révolutionnaire" a poussé les politiciens au pouvoir à souhaiter la guerre. Ils invoquaient "le droit", la "justice" et la "liberté". La France est "la patrie du droit et de la justice" (déclaration de René Viviani, président du Conseil le 1er août 1914). Elle "aura pour elle le droit" (Raymond Poincaré, président de la république, à la Chambre des députés, déclaration lue par René Viviani le 3 août 1914).

Ce droit contient les "droits de l'Homme" et le "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" (Albert Thomas, ministe, L'Illustration n° 3877, 23 juin 1917, p. 586). La "guerre du droit", le "sacrifice sans mesure" et l'"émouvante civilisation" face à la "barbarie allemande". "Je crois, écrit par exemple Henri Lavedan, à la force du droit, à la croisade des civilisés" (L'Illustration, n° 3731, 29 août 1914, p. 161). [Lors du déclenchement de la IIe guerre d'Irak, Bush parlait lui aussi de "croisade de la démocratie et de la liberté"]. ...

Le vocabulaire est celui de La Marseillaise et du Chant du départ. Les Allemands sont des "brutes", une "exécrable race", des "naimaux fouisseurs", des "hordes humaines", des "êtres à face humaine", une "nation maudite"... Difficile de mépriser davantage l'adversaire. ... Mourir pour "la patrie" est le sort le plus beau... Ce vers célèbre de Rouget de l'Isle est répété sans cesse, et l'on en fait même une musique militaire. Parfois on se trompe et l'on fait jouer cette musique pour l'exécution d'un insoumis ou d'un déserteur" (Roland Dorgelès, Les Croix de bois, Paris, Albin Michel, 1919, p. 180). ... Il n'est pas facile de transformer ainsi en tueurs des millions de paisibles citoyens. Faire accepter les énormes pertes n'est pas chose aisée. le gouvernement a une idée remarquable. Il invente l'"Union sacrée" (Poincaré). Les catholiques doivent faire cause commune avec le régime, mais il est hors de question pour le régime de faire cause commune avec les catholiques. L'anticléricalisme est dans la nature du régime.

Le chef d'oeuvre a été d'obtenir le concours des nationalistes et des catholiques. Réduits à ses seules forces et à la propagande officielle ou soldée, le patriotisme révolutionnaire aurait eu beaucoup de mal à s'imposer, ... les politiciens n'auraient pas réussi à faire accepter les morts. Mais... la pensée nationaliste et la pensée catholique se sont engagées à fond dans la "guerre du droit", et ont obtenu des familles le consentement que tous les politiciens réunis n'auraient jamais réussi à leur arracher, le plein consentement à l'immolation de leurs enfants. Nous disons "plein consentement": les familles en effet n'ont pas seulement accepté la mort de leurs enfants, elles l'ont offerte en sacrifice... à la patrie. Elles ont réalisé ainsi l'idéal du patriotisme révolutionnaire. C'est bien à cela que les politiciens républicains, héritiers des "grands ancêtres" voulaient arriver, mais il n'y seraient jamais arrivés sans les nationalistes et sans les catholiques. ... La trouvaille de génie a été "L'union sacrée". ... Au nom de l'Union sacrée, il fut ordonné de consentir. Sous peine d'être un "mauvais Français". Ce fut une trouvaille ingénieuse et bien plus efficace que la "Patrie en danger".

Ainsi le patriotisme révolutionnaire triomphait. ... Les orphelins de guerre - on les compte par millions - protestent dans leurs coeurs: "C'est cela votre France, disent-ils, cette idole inhumaine, avide du sang de nos pères, et pouvons-nous l'aimer?" Ils se trompent: la déesse cruelle qu'ils accusent est la patrie révolutionnaire, non la France. Mais comment le sauraient-ils? Nul ne pourrait leur expliquer? La manipulation est parfaite." (Jean de Viguerie, Les Deux Patries, Essai historique sur l'idée de patrie, Dominique Martin, Mayenne 2004, p. 185-212).

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