Un journal suédois accuse l'armée israélienne de "trafic d'organe". Le lobby qui n'existe pas veut bien évidemment le faire taire. Mais la liberté d'expression au service du Lobby tombe sur un résistant récalcitrant. Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, ne se laisse pas faire et indique vendredi 21 août qu'il souhaitait respecter la liberté d'expression après les appels d'Israël à une condamnation officielle d'un article d'un tabloïde suédois accusant l'armée israélienne de trafic d'organes.
Les soldats israéliens enlèveraient des enfants palestiniens pour utiliser leurs organes à des fins commerciales. Telle est la thèse défendue par un article de Daniel Boström paru lundi dernier 17 août dans les pages culturelles du quotidien suédois à sensations, «Aftonbladet», plus grand tirage du pays. L'article est basé sur des témoignages recueillis notamment à Gaza. Cet article a provoqué une crise diplomatique.
Dans l'article, intitulé "Les organes de nos fils pillés", le principal quotidien de Suède laisse entendre que des soldats israéliens tuent des Palestiniens pour faire commerce de leurs organes. A Tel Aviv, on dénonce un retour aux clichés antisémites d'un autre âge. L'article est illustré par une photographie, prise apparemment après une autopsie, d'un Palestinien mort, porteur d'une cicatrice sur toute la longueur de son torse.
Le papier est accompagné de clichés de jeunes Palestiniens lançant des pierres et fait le lien avec Levy Izhak Rosenbaum, un juif américain de New York arrêté le mois dernier par le FBI et accusé d'avoir voulu acheter un rein à un ressortissant israélien pour le vendre 160.000 dollars (112.000 euros) à un patient américain.
"En tant que membre du gouvernement suédois et en vertu de la Constitution suédoise, je dois respecter la liberté d'expression, quel que soit l'avis personnel que je porte sur ce qui est publié çà et là dans les médias suédois", a déclaré Carl Bildt, au cours d'une conférence de presse à Reykjavik.
L'article a fait grand bruit en Israël, où certains commentateurs l'ont comparé aux croyances médiévales qui voulaient que les juifs tuent les enfants chrétiens pour leur sang. Daniel Seaman, chef du service de presse du gouvernement, a ainsi jugé qu'il jouait "sur d'abominables thèmes antisémites".
Le rédacteur en chef de l'"Aftonbladet", Jan Helin, a, lui, défendu sa publication. "L'article pose une question: pourquoi ce corps a-t-il été autopsié alors que la cause de la mort est évidente?", a-t-il déclaré. "Je pense que les autorités israéliennes nous doivent une réponse sur ce point", a-t-il ajouté, dénonçant "une campagne haineuse orchestrée par le biais de courriers électroniques adressés à moi et à la rédaction, ainsi que par les médias israéliens".A Stockholm, en tout cas, le quotidien rival "Sydsvenskan" s'est fendu d'un éditorial très critique, estimant que l'article reprenait "le modèle habituel d'une théorie du complot". Conjuration et complot. L’accusation de tuer des enfants pour vendre leurs organes est la sombre et triste survivance de l’accusation de tuer des enfants pour consommer leur sang.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, avait reproché jeudi soir à M. Bildt son silence après la publication par le tabloïde suédois Aftonbladet d'un article accusant l'armée israélienne de se livrer à un trafic d'organes prélevés sur des Palestiniens tués. "Il est honteux que le ministère suédois des Affaires étrangères refuse d'intervenir contre un cas d'appel au meurtre visant des juifs", a affirmé M. Lieberman. Or, l'article d'Aftonbladet ne comprend aucun appel au meurtre.
L'ambassadrice suédoise en Israël avait critiqué l'article, mais son ministère s'était abstenu de le condamner.
Le vice-ministre israélien des Affaires étrangère, Dany Ayalon, exige des excuses officielles, et affirme ne plus s’étonner des dernières déclarations suédoises…
Les mots de la réaction israélienne sont "forts", a observé M. Bildt vendredi, "mais je pense qu'Aftonbladet devra y répondre par lui-même".
"Je ne suis pas son rédacteur en chef et je ne cherche pas à l'être", a-t-il dit, tout en jugeant "compréhensibles" certaines réactions.
(...) Les relations entre Israël et la Suède ont été souvent marquées par des polémiques ces dernières années, Israël reprochant à Stockholm un parti pris pro-palestinien, tandis que la Suède accuse régulièrement l'Etat hébreu de se livrer à des violations des droits de l'Homme...
- Lire: Des Rabbins inculpés pour Trafic d'organes
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