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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 15:58

Les pratiques des différentes constitutions républicaines qui se sont succédé autant que celle de l’Union européenne indiquent que « le peuple » n’agit que comme une fiction juridique utile pour asseoir les décisions de l’élite dirigeante que la représentation protège. Quand le « peuple français » a rejeté le traité constitutionnel européen, Nicolas Sarkozy s’est contenté de le contourner en utilisant la voie parlementaire. 

A l’heure actuelle, l’Irlande a beau avoir rejeté le traité de Lisbonne, les bureaucrates qui nous gouvernent songent déjà à l’artifice juridique qui leur permettra de passer outre.

...
À l’origine du fétichisme de la volonté générale, populaire ou nationale, comme de son bras armé le référendum, il y a la même erreur sur la notion de souveraineté, abstraite chez les républicains et les démocrates, concrète en monarchie et pour la pensée classique.

Cette dernière classait les régimes en fonction du nombre de personnes gouvernantes, et des raisons invoquées pour gouverner. Ainsi, pour un Aristote ou un Cicéron, un régime gouverné par une petite portion d’hommes en fonction de ses mérites moraux et politiques était appelé aristocratie, en fonction de la fortune oligarchie, alors que le régime gouverné par un seul pouvait être soit monarchique quand il était vertueux, soit
tyrannique quand il était corrompu.

A l’opposé de cette conception, la démocratie moderne, à échelle nationale ou européenne, reconnaît nominalement la souveraineté au peuple, mais réellement un appareil d’Etat (représentation, assemblées, cours de justice, bureaucratie) : le peuple ne décide jamais de son destin directement, il est censé l’avoir délégué à des représentants plus capables que lui pour agir dans le débat public.

L’erreur des souverainistes consiste à croire qu’à intervalles réguliers, par voie référendaire, il est possible de revenir à la souveraineté réelle du peuple, masquée d’ordinaire par sa gestion étatique et bureaucratique.

C’est là méconnaître la finalité de la substitution entre les deux définitions de souveraineté :
la souveraineté abstraite du peuple ne sert qu’à masquer la souveraineté réelle de l’oligarchie républicaine et libérale, et le jour où la première ne jouera plus son rôle de masque, elle sera remplacée par une autre fiction juridico-politique.

Plusieurs théoriciens de la démocratie représentative se sont déjà lancés sur cette voie. On peut citer Bernard Manin, Pierre Rosanvallon, Marcel Gauchet, et aux Etats-Unis Bruce Ackerman ou Paul Eidelberg qui chacun à leur manière cherchent à substituer au « peuple » d’autres fictions, comme les droits de l’homme, l’histoire ou les libertés fondamentales.

La distance entre souveraineté réelle et souveraineté abstraite ne doit pas nous conduire à en appeler à plus de démocratie, comme le souhaiteraient conjointement une partie de la gauche révolutionnaire et du mouvement souverainiste, mais à accepter le caractère naturellement inégalitaire de la politique.

Maurras et Pareto l’ont rappelé, Aristote et saint Thomas l’enseignaient, là où il y a division entre gouvernants et gouvernés, il y a différences de compétences et de vertus, celles du bon citoyen n’étant pas semblables à celles du bon dirigeant. L’ère moderne, en creusant le fossé entre gouvernants et gouvernés, a implicitement acquiescé à ce jugement.

Mais au lieu de chercher l’harmonie entre différences de situations et celles des qualités et dispositions humaines, elle a préféré affirmer crânement l’exigence morale d’égalité entre les hommes comme une fin en soi, au plus grand mépris du droit naturel.

... Les thèmes souverainistes en France sont devenus inaudibles pour la plus grande partie de la population, parce que la situation n’est plus la même qu’il y a dix ans ; il n’est plus question de conserver une souveraineté d’ores et déjà transférée à l’étranger.

Devant la consolidation de l’Union européenne, les patriotes et les nationalistes doivent repenser leur argumentation et la finalité de leur combat, qui n’est plus maintien d’une souveraineté nationale qui de facto n’existe plus, mais appel à la sécession du Léviathan européen.

L’empirisme organisateur nous commande de reconsidérer l’opinion générale telle qu’elle est pour pouvoir l’attirer à la solution monarchique.

... Les royalistes doivent se mobiliser dès maintenant, et faire comprendre à leurs amis souverainistes que l’erreur européenne était déjà en germe dans celle républicaine, et que la reconquête de nos libertés perdues passe par la défense de la monarchie.


Pierre Carvin

Aspects de la France

 

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