La tolérance n'entraîne pas l'égalité. L'affirmation différentiste de son identité est la base du dialogue (ou bien c'est de l'hypocrisie... mais ce n'est pas la même chose); tandis que la "tolérance" indifférentiste est toujours une négation de cette identité. Edmund Burke - cet auteur libéral du XVIIIe siècle que ses adversaires politiques classèrent aussitôt dans le camp des "réacs" contre-révolutionnaires - l'avait bien compris, il fut un des premiers à entrevoir l'importance du différentisme et à définir dès 1791 les principes d'une saine tolérance.
"Les nouveaux docteurs ne cessent de se vanter de leur esprit de tolérance. Mais il n'y a guère de mérite à tolérer toutes les opinions quand on pense qu'il n'en est aucune qui soit digne d'estime. Ce n'est pas en témoignant d'une égale indifférence à toute chose qu'on fait preuve de son indulgence ou de son impartialité. L'espèce de bienveillance qui est fille du mépris n'a rien à voir avec la véritable charité. Nous comptons chez nous beaucoup d'hommes qui pratiquent la tolérance dans son véritable esprit. Ils attachent de l'importance à tous les dogmes religieux, mais à des degrés différents; et ils estiment que, comme pour toutes les choses qui ont de la valeur, il existe de bonnes raisons d'en préférer certains. Et c'est tout en affirmant leurs préférences qu'ils se montrent tolérants à l'égard de ceux qui ne font pas le même choix."
(Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France, Pluriel Histoire, paris 2004, p. 191-192).
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