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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 10:49

"Avez-vous lu le livre posthume de Mère Teresa ? J’en parlais récemment avec l’un de mes vicaires, habituellement très branché sur les mystiques. Il a fait la grimace. Teresa n’a pas bonne réputation.
Je crois que nous autres Français, on en fait un peu trop facilement le pendant féminin de l’abbé Pierre. Ce rôle de parèdre spirituel du fondateur d’Emmaüs existe, mais c’est au Caire qu’il faut aller en chercher l’emblème. Sœur Emmanuelle (avec ses chiffonniers) ressemble spirituellement comme deux gouttes d’eau à notre vedette du Top 50 des personnalités préférées des Français. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas l’un et l’autre leurs qualités. Mais enfin, ils sont l’un et l’autre les vedettes d’un christianisme humanitaire, en harmonie avec l’individualisme démocratique partout régnant. Leur action en faveur des pauvres est belle sans doute ; mais leur message est en syntonie avec l’idéologie des droits de l’homme, « Emmaüs constituant, par la volonté de son fondateur, le préliminaire et le complément de toutes luttes pour la justice ».
L’abbé Pierre, de l’avis de ses nombreux biographes (dernièrement Bernard Violet) représente le type de chrétien qui a transposé le spirituel dans l’ordre temporel, ce que Maritain appelait la temporalisation du Royaume de Dieu. Son projet spirituel, axé sur l’avènement de la justice, est essentiellement politique. Comme le dit Hervé Le Ru, qui fut l’un de ses compagnons de route, « il a réalisé la conjonction entre le socialisme utopique et un messianisme religieux qui traverse l’histoire ».
Tout autre est la perspective de Mère Teresa, dans les bidonvilles de Calcutta.
... Dans le secret de son cœur, elle n’était que l’humble servante de Jésus qu’elle avait toujours voulu être, traversant depuis 1948 une terrible aridité spirituelle. Voici, à ce sujet, qui a fait couler beaucoup d’encre, le témoignage récent de Mgr Curlin : « Elle me répéta plusieurs fois : Quel merveilleux don de la part de Dieu, de me permettre de lui offrir le vide que je ressens. Je suis si heureuse de lui faire ce don ». On pense là encore à la nuit que traversa Thérèse de Lisieux, laissant échapper, parmi ses ultima verba : « Il est des moments où j’ai douté que le Ciel s’ouvre pour moi, où j’ai douté qu’il y ait un Ciel ».
Ce vide rend-il Mère Teresa plus tiède ou moins fervente ? C’est tout le contraire. Voici par exemple le conseil qu’elle donne à un jeune prêtre en 1996 : « Première chose le matin : embrassez le crucifix. Offrez lui tout ce que vous direz, ferez ou penserez durant la journée. Aimez-le d’un amour profond, personnel et intime, et vous deviendrez un saint prêtre ».
Ce qui frappe, c’est le caractère profondément traditionnel de cette piété, fondée sur le sacrifice et l’offrande de soi. Comme l’écrit
Mgr di Falco, dans le livre qu’il lui a consacré : « Elle est indéniablement plus proche des positions de Mgr Lefebvre que des hardiesses théologiques de Hans Küng ». C’est un euphémisme !
Mais alors comment expliquer sa présence publique à Assise, lors du Sommet interreligieux d’octobre 1986 ? Une seule chose est claire : cela n’a jamais signifié pour elle une forme quelconque de relativisme spirituel. Ainsi écrit-elle à une religieuse : « Priez – je dois être capable de ne donner que Jésus au monde ».
Et ensuite, face à la tentation de temporaliser le Royaume de Dieu, en ne faisant que de l’humanitaire, elle poursuit : « Les gens ont faim de Dieu. Quelle terrible rencontre ce serait avec notre prochain, si nous ne lui donnions que nous-mêmes ! »
Nous sommes très loin ainsi du socialisme utopique de l’abbé Pierre. Des formules comme celle-la, on les trouve par dizaines dans les Ecrits intimes de Mère Teresa, qui viennent de paraître en français.
On peut récuser tel ou tel geste de Mère Teresa. Facile pour qui n’a pas été à sa place. Mais sa doctrine est profondément catholique. Et sa vie, pleine de constance dans le don de soi, apparaît comme un chef d’œuvre que la grâce divine réservait à notre époque.
On peut se laisser égarer sur son compte par tel ou tel de ses thuriféraires. Mais il suffit de considérer la vie que mènent les quelque 5000 femmes qui dans le monde ont voulu vivre de la règle qu’elle a donnée et porter, dans les endroits les plus déshérités du Globe, ce titre de “Missionnaires de la Charité”, dont elle a voulu revêtir ses sœurs.
Quelques mois après avoir ouvert un des premiers Centres au monde pour soigner le sida, elle a eu ce mot, qui est un mot de missionnaire : « Aucun n’est mort sans Jésus »." (Abbé Guillaume de Tanoüarn, metablog).

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