TBILISSI (AFP) - Manifestations en Géorgie: état d'urgence après de violents heurts
Le président géorgien pro-occidental Mikheïl Saakachvili a décrété mercredi l'état d'urgence pour quinze jours sur tout le territoire après de violents heurts entre police et manifestants à Tbilissi et a annoncé l'expulsion de diplomates russes, accusant Moscou d'alimenter les troubles.
"Il y a eu une tentative de coup d'Etat et nous devons donc réagir", a déclaré le Premier ministre Zourab Nogaïdeli sur la chaîne de télévision privée Roustavi-2. L'état d'urgence "sera levé quand la situation redeviendra normale", a-t-il ajouté.
Le décret pris par le chef de l'Etat "instaure l'état d'urgence pendant quinze jours et impose des restrictions aux rassemblements, réunions et manifestations, ainsi que sur l'information. Seule la télévision d'Etat fonctionnera", a précisé le ministre de l'Economie et du Développement Georgi Arvaladze dans une déclaration à la télévision nationale..
Peu auparavant, la chaîne d'opposition Imedi TV avait cessé d'émettre tandis que des responsables de l'opposition étaient arrêtés, selon des informations de médias géorgiens non confirmées.
Dans la journée, la police géorgienne a violemment dispersé des milliers de manifestants qui réclamaient depuis six jours la démission du président Saakachvili.
Les forces anti-émeutes ont frappé les manifestants à coups de matraque, tiré des balles en caoutchouc et utilisé gaz lacrymogènes et canons à eau, plongeant la capitale de cette ex-république soviétique dans le chaos. Des manifestants ont riposté à coups de pierres, de bouteilles et de bâtons, blessant également des policiers.
... En fin de journée, le président Saakachvili a accusé de "hauts responsables des services spéciaux russes" d'être "impliqués" dans les troubles.
"Certains d'entre eux sont en Géorgie, d'autres à Moscou", a-t-il affirmé dans un discours télévisé à la nation. "Certains collaborateurs (de l'ambassade de Russie) se sont livrés à des activités subversives, d'espionnage", a-t-il ajouté.
Au total, trois membres de l'ambassade - deux conseillers et le troisième secrétaire - doivent être expulsés dans les prochains jours, selon un communiqué du ministère géorgien des Affaires étrangères.
... La Russie a immédiatement réagi, qualifiant la décision géorgienne d'expulser des diplomates de "provocation politique irresponsable" et promettant "une réponse appropriée". Elle a aussi appelé les alliés occidentaux de la Géorgie à faire pression sur Tbilissi pour éviter des "pas lourds de conséquences imprévisibles".
... Le mouvement de contestation a pris forme après l'arrestation le 27 septembre de l'ex-ministre de la Défense Irakli Okrouachvili, qui accusait le président d'avoir planifié le meurtre de personnalités et a été libéré depuis.
Les manifestants, mobilisés depuis vendredi, étaient entre 7.000 et 15.000 ces derniers jours. Ils avaient été jusqu'à 50.000 le premier jour.
Il s'agit de la plus importante contestation populaire dans le pays depuis la Révolution de la rose de novembre 2003 qui avait porté au pouvoir M. Saakachvili.