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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 17:57
L'ouverture à gauche de Sarközy est révélatrice de ce qu'Yves-Marie Adeline appelle l'effet de cliquet. Le fondateur d'Alliance Royale l'explique dans son livre La droite piégée, 1996, (Entretien video Vox Galliae):

"Nous sommes des gestionnaires de droite dans un régime de gauche. A chaque parti politique d'en entretenir le contenant; mais on n'a pas de prise sur le contenu. ... [L]a droite ("droite" traditionnelle, légitimiste qui n'est pas la droite d'affaires, bourgeoise, libérale, orléaniste, celle qui a fait la Révolution et qui se trouve aujourd'hui au pouvoir) dans un régime comme celui-là ne peut être que locataire des institutions et ne peut pas en être la propriétaire.

La droite n'a pas l'inititative des changements; son rôle est juste pour faire tampon, par périodes, vis-à-vis de la gauche. C'est Lénine qui disait: "Deux pas en avant, un pas en arrière, puis deux pas en avant, un pas en arrière". 

Autrement dit, le pas en arrière qui est un peu le conservatisme de droite, est là en réalité pour consolider non pas les deux pas en avant, mais au moins le premier pas en avant. Puis ensuite, on repart en avant; la gauche récupère à chaque fois son témoin. ... 

Phénomène de cliquet: toute avancée produite par la gauche se fait selon un mouvement non rétrogradable comme un filet de tennis que l'on élève; on ne peut pas revenir en arrière. Et la droite ne revient jamais en arrière. Quand elle est tentée de le faire, et encore, sur les moeurs, le social ou l'économique, la droite a du mal à revenir en arrière; regardez les 35 heures. 

Donc on est vraiment dans un système de cliquet, ce qui fait que ce régime avance toujours vers la gauche, vers la Révolution, vers une sorte de Révolution permanente."

Cette brillante analyse d'Yves-Marie Adeline a déjà été développée en 1932 par Albert Thibaudet (Les Idées politiques de la France, Paris, Librairie Stock, 1932, p. 36) qui parlait de mouvement sinistrogyre (du latin sinister, qui est à gauche, s'oppose à dextrisme, du latin dexter, qui est à droite) pour décrire la démocratie, "une sorte, écrit P.-A. Taguieff, de création continuée qui "va globalement vers la gauche, la gauche étant comme attirée par l'extrême gauche, et la droite déportée vers la gauche. ... [O]n ne saurait être de gauche, on ne peut que le rester en étant de plus en plus à  gauche. On ne peut rester progressiste qu'en se montrant de plus en plus "progressiste". Tout arrêt sur la voie de la gauchisation indéfinie est aussitôt stigmatisé comme indice de position "réactionnaire". En témoigne le passage à droite du libéralisme, originellement situé à gauche" (Pierre-André Taguieff, Les Contre-réactionnaires, Le progressisme entre illusion et imposture, Denoël, Mesnil-sur-l'Estrée 2007, p 12).
 
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Entretiens videos d'Yves-Marie-Adeline à Vox Galliae
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