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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 13:04

Le Figaro, Vladimir Poutine rend hommage à Soljenitsyne, Publié le 13 juin 2007

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L’ex-colonel du KGB devenu patron du Kremlin a remis un prestigieux prix d’État, hier, à l’ancien dissident soviétique, un «écrivain majeur» qui a «dédié sa vie à sa patrie».

C’EST UNE ironie de l’histoire. Alexandre Soljenitsyne, le pourfendeur du totalitarisme soviétique, décoré de l’une des plus hautes distinctions officielles russes par Vladimir Poutine, le chef du Kremlin, accusé de faire reculer la démocratie dans son pays. L’auteur de L’Archipel du goulag, expulsé d’URSS en 1974, récompensé par l’ancien colonel du KGB qui a qualifié la disparition de l’Union soviétique de « plus grande catastrophe géo-politique du siècle ».

Et pourtant, à l’occasion de la fête nationale célébrée hier, Vladimir Poutine a bel et bien signé, la semaine dernière, un oukase décernant le prix d’État à Alexandre Soljenitsyne, « historien majeur », le premier à avoir rapporté « l’une des tragédies de la période soviétique », selon le communiqué du Kremlin. Âgé de 88 ans, affaibli, le lauréat du Nobel de littérature (1970) ne s’est pas déplacé pour recevoir son titre prestigieux. « Alexandre Issaïevitch voit ce prix comme une marque d’attention pour l’oeuvre de toute sa vie », a commenté son épouse Natalia à l’agence Interfax. « Ce prix donne un certain espoir, poursuit-elle, […] que notre pays tire la leçon de son autodestruction au XXe siècle et qu’il ne la répète jamais. »

Résurgence du nationalisme

Le paradoxe n’est qu’apparent. Car depuis son retour d’exil, en 1994, l’écrivain à la barbe de prophète, qui vit reclus dans la région de Moscou, s’est montré de plus en plus sévère pour l’Occident. Il y a un an, dans l’une des rares interviews accordées à la presse, il avait fustigé « l’encerclement total de la Russie » par l’Otan et les États-Unis qui « placent leurs troupes d’occupation dans les pays, l’un après l’autre ». Pour lui, avait-il confié à Moskovskyie Novosti, le rapprochement de la Russie avec l’Otan pourrait conduire « à la chute de la civilisation chrétienne ».

Un discours qui coïncide parfaitement avec celui du Kremlin, même si l’ancien dissident a parfois pris ses distances avec Poutine, sur la Tchétchénie par exemple. Dans son discours à la nation du 26 avril dernier, Vladimir Poutine avait averti que « copier aveuglément les modèles (culturels) étrangers conduira inévitablement à la perte de notre identité nationale ».

Intérêt tactique

Pour le Kremlin, dénoncer « l’impérialisme américain » et les projets de révolution orange fomentés à l’étranger présente un intérêt tactique, à neuf mois de la présidentielle. Rien de tel pour rassembler le peuple autour du clan au pouvoir. Cette résurgence du nationalisme répond cependant à l’aspiration profonde des Russes, humiliés par la chute de l’empire et déboussolés par la fulgurante transformation de la société, à se raccrocher à des valeurs. Mais lesquelles ? Comme pour faire écho à l’appel de Soljenitsyne de revenir aux principes moraux traditionnels, Vladimir Poutine s’affiche régulièrement avec le patriarche orthodoxe de toutes les Russies, Alexis II. Lequel avait reçu en 2006, le prix d’État.

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