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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 22:16

Un commentaire intéressant d'Olo sur la venue d'Alain Soral, un écrivain marxiste, sur le Forum catholique développe l'idée que j'avais déjà entrevue sur cet auteur, à savoir qu'il emploie les outils de la Révolution (par exemple la notion révolutionnaire de "progrès" qu'il situe aujourd'hui clairement dans le camp national) et les retourne contre elle, ce qui fait de lui finalement un authentique contrerévolutionnaire dans la ligne d'un Proudhon : il "renverse les dogmes du modernisme en employant les outils critiques valables qui en sont issus".

Olo : "On invite Soral, et l'on découvre benoîtement que ce n'est pas un pur tradi royaliste et tout et tout !
Vous vous attendiez à quoi ? A une conférence de carême ? A un prône sur les spirations trinitaires dans l'histoire de France?

Au fond qui est le plus marxiste entre lui et nous ; qui est le plus idéologue ?
Lui, qui a sacrifié sa carrière et sa respectabilité médiatique , et au nom du bien commun a tendu la main à des personnes ouvertement opposés à la famille de pensée ?
Ou nous, qui lui reprochons comme des petits Robespierre de n'être pas à 100 % dans la pure ligne du parti ?

Il faut considérer chez Soral non le particulier, mais l'entièreté de sa stupéfiante trajectoire ; elle est prophétique, elle manifeste les grands transferts idéologiques souterrains actuels :
Depuis la fin de la guerre froide, les équipes se reforment comme il suit : libéralisme libertaire contre socialisme réactionnaire.
On revient un peu au clivage du XIXème siècle qui voyait s'opposer bougeoisie voltairienne capitaliste et catholiques sociaux réactionnaires.
Pour ma part ça me convient. Ça fait revenir le socialisme authentique, entendu comme promotion du bien commun face aux intérêts particuliers, dans le giron de la réaction chrétienne d'où il a surgi au lendemain de la révolution.

Soral est beaucoup plus dangereux pour la pensée unique que beaucoup d'entre nous, parce qu'il renverse les dogmes du modernisme en employant les outils critiques valables qui en sont issus."
 (Fin de citation).

D'autres cas se sont produits où des écrivains classés à gauche ont développé une pensée contrerévolutionnaire. "On sait que Proudhon a été souvent revendiqué comme un des maîtres de la Pensée contrerévolutionnaire. Il peut sembler étonnant, à première vue, que le grand écrivain socialiste du XIXe siècle soit appelé à témoigner contre la Révolution et, pourtant, cela n'est étonnant qu'en apparence. Si l'on veut bien considérer que le socialisme - je ne dis pas le marxisme, qui est tout autre chose - traduit la révolte spontanée des prolétaires contre la société démo-capitaliste instaurée par les hommes de 1789, les choses deviennent plus claires... Ce qui fait la nocivité du marxisme, c'est l'esprit de lutte des classes, destructeur de toute communauté nationale. Le socialisme n'est pas lié nécessairement à l'idée de lutte des classes et c'est précisément ce qui nous permet de revendiquer bien des pages de Proudhon comme authentiquement contrerévolutionnaire... Proudhon nous rejoint, ou nous rejoignons proudhon, comme on voudra".

... Une des pages les plus curieuses de Proudhon est celle où il s'en prend à la théorie de la démocratie de J.-J. Rousseau (L'idée de la révolution au XIXe siècle, p. 126). ... Proudhon de conclure sur Rousseau en ces termes : "Jamais l'homme n'avait réuni à tel degré l'orgueil de l'esprit, la sécheresse de l'âme, la bassesse des inclinations, la dépravation des habitudes, l'ingratitude du coeur; jamais l'éloquence des passions, l'ostentation de la sensibilité, l'effronterie du paradoxe, n'excitèrent une telle fièvre d'engouement (...). Disons pour finir qu'à la honte du XVIIIe siècle et du nôtre, le Contrat social de Rousseau, chef d'oeuvre de jonglerie oratoire, a été admiré, porté aux nues, regardé comme la table des libertés publiques; que Constituante, Girondins, Jacobins, Cordeliers, le prirent tous pour oracle. Qu'il a servi de texte à la constitution de 93, déclarée absurde par ses propres auteurs, et que c'est encore de ce livre que s'inspirent aujourd'hui les plus zélés réformateurs de la science politique et sociale. Le cadavre de l'auteur que le peuple trainera à Montfaucon le jour où il aura compris le sens de ces mots, Liberté, Justice, Morale, Raison, Société, ordre, repose glorieux et vénéré sous les catacombes du Panthéon, où n'entrera jamais un de ces honnêtes travailleurs qui nourrissent de leur sang leur pauvre famille, tandis que les profonds génies qu'on expose à leur adoration, envoient dans leur rage lubrique, leurs bâtards à l'hôpital". Comment ne pas comprendre que l'Ecole Contrerévolutionnaire se réclame, aussi, du socialisme national Proudhon ?" (Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 38-42).

Si donc Alain Soral doit rester marxiste, il ne pourra pas se dire un authentique nationaliste puisque le marxisme, par la lutte des classes, est destructeur de toute communauté nationale. Il devra donc faire un choix, marxisme ou nationalisme. Ce qui ne l'empêchera pas de reprendre des outils intellectuels du marxisme, comme l'idée gauchiste du "progrès" et des "progressistes" qu'on peut aisément retourner contre ses thuriféraires. Où nous a conduit le "progrès" de 1789 et des dites "Lumières" ?... Mais ce n'est pas faire du marxisme que de faire cela, c'est faire du catholicisme, tout simplement.

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