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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 11:02

"L'historiographie reste celle des vainqueurs,... et de fait, notre connaisance de la pensée réactionnaire reste relativement rudimentaire comparée à celle que nous avons des libéralismes ou des socialismes. ... Nous connaissons Joseph de Maistre et Louis de Bonald, mais après eux, d'autres ont pris part au débat. Parmi ces derniers, il faut mentionner Antoine Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880), un continuateur méconnu de la pensée contre-révolutionnaire ou, comme on l'a dit justement, inconnu. 

... Qui le connait? Blanc de Saint-Bonnet figure à titre d'exception dans les dictionnaires courants, et les études, à lui consacrées, sont rares.

'La démocratie triomphe, et je viens combattre la démocratie. Les aristocraties sont repoussées, et je viens dire que ce sont elles qui ont créé les peuples... Partout la fausse liberté et la Révolution s'annoncent, et je viens, avec ma conscience seule, combattre la Révolution! Fondée sur des chimères et soutenue par l'imposture, elle conduit les peuples à leur perte et l'humanité à sa fin' (
Antoine Blanc de Saint-Bonnet, La Restauration française, Tournai, Casterman, 1872, p. 5-6).

SITUATION DE LA SOCIETE MODERNE: "POURQUOI SOMMES-NOUS MALHEUREUX?"

'La culture du gain',... la pratique du profit qu'amène l'essor industriel est 'sous une forme intelligente, sous un aspect légal, [...] une anthropophagie', autrement dit, 'l'exploitation de l'homme par l'homme'. ... Les industriels et les financiers 'ne regardent pas si les âmes se perdent, mais si les affaires se font'. L'argent est désormais une valeur suprême. 

L'homme moderne désespère: 'Le bonheur a fui la terre'. Les temps sont tristes et rouvrent 'cette plaie du suicide qi avait comme disparu avec l'Antiquité', et qui se répand de plus en plus, tout comme les cas de démence. Bref: 'Notre époque est une victime'. 

... [T]ous ces maux ont une explication: ils sont l'apanage de la Révolution. ... La Révolution est positivement responsable: premièrement parce que les hommes et les femmes ne souffraient pas tant auparavant (dans un temps pré-révolutionnaire que le philosophe n'idéalise pas mais qu'il estime plus conforme à la nature de la personne humaine); secondement, et c'est plus grave, parce que la Révolution a,... fait le serment d'apporter le
bonheur au genre humain. En effet, elle 'a échoué dans toutes ses tentatives, dans toutes ses promesses, et jusque dans ses généreux désirs. Elle a jeté... les ouvriers dans la misère, la France dans l'angoisse et les familles dans le malheur' alors que les révolutionnaires avaient juré que 'les richesses montaient au comble, que le monde arrivait au bonheur!'

... Le Peuple... la liberté devait lui donner le bonheur (visé dans le préambule de la DDH); mais, bannissant la protection et rallumant la concurrence, elle a fait éclater chez lui une lutte semblable à celle de l'état sauvage... 

GENEALOGIE DE LA REVOLUTION

La Révolution n'est pas une évènement historique accidentel. Ce moment marque sans doute un commencement 'en opposition à l'Ancien Régime), mais, il est aussi un aboutissement, un résultat: 'Avant d'éclater, la Révolution s'est formée dans les régions de la métaphysique'. C'est un mot catalysant les erreurs qui se sont développées pendant les trois siècles précédents, en gros l'époque moderne.

Certes, la
Renaissance a été une période favorable au développement de l'art, de la littérature, de la peinture et de l'architecture,... mais elle constitue ausi la racine d'un mal préjudiciable dans l'ordre des idées. Cette 'fille posthume du paganisme' équivaut, ni plus ni moins, à une régression historique: elle n'est qu'un retour intellectuel à l'Antiquité, tout particulièrement à l'idée de Nature, notion qui depuis lors, a remplacé partout l'idée de Dieu. De là est sorti la 'grande protestation', ... l'esprit individuel de l'homme voulant se dégager du point de vue divin et de toute transcendance. Ce qu'il est convenu d'appeler le naturalisme (négation d el'ordre surnaturel).

La première manifestation ... a produit le
protestantisme, que Saint-Bonnet appelle aussi Réformation. Celle-ci s'est déployée par la suite en plusieurs phases pour aboutir à la Révolution, dont la formule logique accomplie serait le socialisme. ... [L]'auteur croit en une continuité entre la révolution religieuse du XVIe siècle et la révolution politique du XVIIIe siècle: Réformation et Révolution sont les moments d'une seule et même Protestation indissolublement religieuse (libre-pensée: négation de l'autorité spirituelle de l'Eglise) et politique (libre volonté: négation de l'autorité temporelle de la société).

Cette Protestation générale se développe en trois phases principales successives :

1- tout d'abord le rationalisme (conception erronée de la raison), 
2- ensuite le libéralisme (conception erronée de la liberté) 
3- et enfin le socialisme (conception erronée de la nature morale et sociale de l'homme).

LE RATIONALISME OU "L'INTELLIGENCE EN DEHORS DE LA RAISON"

[L]a philosophie a perdu la notion de l'Être au profit du Moi, abandon qui se trouve au coeur du célèbre aphorisme de
René Descartes: cogito ergo sum. Blanc de Saint-Bonnet a conscience qu'il sera mal reçu enc ritiquant cette base de la pensée moderne. Pour autant faut-il vraiment reconnaître ce postulat comme une base? C'est toute la question du deuxième chapitre du livre titré La Raison que l'auteur a publié en 1866: "Il faudrait maintenant savoir... si le je pense joue ici en réalité le rôle qu'on lui attriue; si la pensée est au commencement". 

... Or, rétorque Blanc de Saint-Bonnet, loin de prouver l'existence par le raisonnement, de fonder l'être sur la pensée, on doit fonder, symétriquement, la pensée sur l'idée de l'être. Pourquoi? Tout simplement parce que le je pense inclut déjà l'idée de l'être avant toute déduction : dans je pense, il y a ce je, et c'est parce qu'on a pu prononcer ce je que la pensée a pu naître. Etant un principe pensant, le moi ne peut pas dire je pense sans avoir au moins inconsciemment l'idée de son existence. ... L'existence précède le raisonnement et même le supplante: un homme privé de raison, ou un enfant qui ne penserait pas, n'existeraient-ils donc pas? L'argument aussi simpliste soit-il, fait mouche.

... La démarche philosophique de Descartes... [o]ubliant l'idée de l'Être, et l'idée de cause qui nous fait remonter à la Cause première, à l'Auteur du je, la pensée ne voit plus qu'elle-même et se proclame principe et cause. Cette conclusion devait charrier des suites fâcheuses car 'de tout principe faux naissent des conséquences déraisonnables'.

- Si c'est le moi qui apporte la base, alors, tout dans la science procédera du moi (cartésianisme); 
- c'est le moi qui trouve dans ses raisonnements les évidences (rationalisme);
- ou dans ses sensations, la vérité (sensualisme);
- le moi est le centre, et ce qui est en dehors de sa circonférence l'indiffère (individualisme); 
- ce qui est affirmé par le moi appartient à l'existence (idéalisme);
- ce qui est extérieur au moi est douteux (relativisme):

'Tel est l'enchaînement et la marche évidente de deux siècles de philosophisme émanant du je pense.' L'erreur cartésienne entre donc dans le cercle de la Protestation dans le sens où cette base trop subjective, en faisant sortir l'existence du monde de ce 'moi' pensant, 'se rallie dans l'ombre au libre-examen de Luther', et frayer la voie à un mécompte grave sur la notion de liberté.

LE LIBERALISME OU L'ERREUR SUR LA LIBERTE

Le libéralisme philosophique qui se présente comme la doctrine de cette liberté, n'est pour Blanc de Saint-Bonnet, que la systématisation d'une incompréhension de cette notion fondamentale. 

L'auteur s'inscrit tout à fait en faux contre la définition qui veut voir dans la 'la liberté' la capacité de l'homme à faire ce qu'il veut sans en être empêché par qui que ce soit ou par quoi que ce soit (L'infaillibilité, p. 262, n° 1). Il lui oppose la philosophie classique, qui, postulant que les choses et les êtres ont une nature, considère qu'être libre consiste pour chaque homme à devenir ce qu'il est par nature ou à retrouver cette nature perdue, car les philosophes grecs, comme les théologiens catholiques, pensent que l'homme n'est pas né parfait. Ce que nie la philosophie du moi en écartant l'idée d'un ordre objectif. Blanc de Saint-Bonnet pose alors la question: l'homme a-t-il une loi ou peut-il la créer lui-même?

... En une formule thomiste, Blanc de Saint-Bonnet appelle liberté la capacité de se mouvoir dans le bien

'La liberté humaine,... est la faculté de faire le bien alors qu'on a la possibilité de faire le mal. ... Mais de ce que l'homme pourra choisir le mal, il ne s'en suit aucunement qu'il ait le droit de le faire. ... Voici le fait. Dieu impose sa loi à la nature, et il la propose à l'homme. La liberté est donc... le pouvoir qu'a l'homme d'accomplir sa loi. ... [L]e pouvoir d'accomplir de soi-même sa loi n'est point le droit de la violer ... : interprétation qui serait digne du néant, d'où nous sommes, et non de l'être que Dieu veut en faire sortir!' (L'infaillibilité, p. 262-263).

Il y a donc deux notions différentes : le libre arbitre (faire le choix entre le bien et le mal) et la liberté (agir en conformité avec la loi, ou faire le bien). ... Donc l'homme ne naît pas libre, à l'inverse de la thèse développée par
Rousseau, mais il 'naît pour le devenir', ce qui est tout différent.

La liberté n'est pas un fait primitif et inconditionné: c'est une puissance qui n'a de motif d'être que pour se conformer à l'ordre dicté par la raison. ... Sans doute l'homme est ainsi fait qu'il peut se sosutraire à son devoir mais, s'il lui arrive de le faire, c'est par un abus de son libre arbitre non par le résultat d'une liberté illimitée qui n'existe pas.

L'erreur des 'libéraux' anglais ou français du XVIIIe siècle résulte de la confusion des deux notions précitées: si l'homme avait le choix entre le bien et le mal, il aurait la liberté du bien et du mal. Seulement, 's'il en était ainsi, l'effort serait le même dans l'une et dans l'autre alternative. Mais nous savons que le bien seul coûte un effort, qui peut aller jusqu'au sacrifice de la vie; tandis que pour aller au mal, l'homme n'a qu'à se laisser choir...' Cette méprise représente une des formes de la Protestation et élève en même temps une menace contre l'homme.

Enfin, l'homme ne peut pas se donner de lui-même sa loi. ... Si elle se faisait sa loi, la volonté serait l'Absolu: alors elle n'aurait pas besoin de loi!' De même, il ne peut pas changer l'essence de l'organisation sociale en lui attribuant une loi différente: 'Le législateur ne peut pas plus faire une loi pour la société que le physicien n'en peut en faire une pour la nature. Le monde moral, comme le monde physique, a sa loi; il s'agit de la connaître et de la suivre'. D'où l'aberration du constitutionnalisme et du parlementarisme, héritiers des prémisses idéologiques du rationalisme, et partant du libéralisme

... La liberté des philosophes classiques n'est pas une prérogative acquise au berceau et de manière innée par l'enfant qui vient de naître, mais elle est une conquête qui s'offre à l'homme, et s'obtient par un travail incessant sur soi-même: 'La liberté est le fruit de l'effort et de la douleur'. Elle apparaît donc en contradiction avec l'égalité pour la raison que les hommes accèdent à cette liberté inégalement, et justifie le principe aristocratique. Le libéralisme, cette 'falsification de la liberté' dessine unn prolongement diamétralement inverse : comme la 'liberté' des modernes est une qualité essentielle à l'homme, tous la possèdent également, et doivent la posséder pour une part égale pratiquement. Le libéralisme menace donc la société. Il met 'l'erreur et le mal sur le même pied que le vrai et le bien, ou, dans le fait, [remet] à l'erreur et au mal le pouvoir d'étouffer le vrai et le bien', et supprime le mérite qui découle de l'effort produit pour atteindre une liberté sainement comprise: 'Dès que la liberté, qui suppose tant de vertus, est proclamée innée et non acquise, elle ouvra aussitôt la porte à l'armée innombrable des ambitieux, des paresseux et des scélérats, de tous les destructeurs de la liberté'.

En plus, cette erreur sur la liberté conduit fatalement au socialisme qui achève le parcours logique du libéralisme et ferme le cercle de la Protestation: 'Ces droits innés, ces droits sans cause, établissent de fait l'égalité brutale parmi les hommes: le mérite ne les distingue plus! Cette égalité monstrueuse, négation de la liberté et de l'individualité, conduit à une fausse égalité politique, c'est-à-dire au despotisme; et cette égalité politique, à une fausse égalité économique, c'est-à-dire au communisme'. La boucle est bouclée." (Source: Jonathan Ruiz de Chastenet, doctorant enseignant de l'Université d'Angers, membre du CERIEC (UPRES EA 922), in Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Paris 2008, p. 546-562).

Ainsi, la Révolution, c'est aussi - paradoxalement -, la négation de l'individu, la négation de l'homme. [Tout en prônant l'individualisme], "[o]n sait que toute l'entreprise des Lumières fut... d'évacuer l'homme en tant qu'individu (voire de l'éradiquer), au nom vague et généraliste de l'Humanité. La loi du collectif contre l'individu : voilà quelle fut l'ambition, avouée ou non, consciente ou non, des rédacteurs de l'Encyclopédie - et aussi de tous les idéalistes (vite rattrapés par l'idéologie), qui élaborèrent et rédigèrent les grimoires de leur alchimie à rebours, entre les années 1730 et l'accomplissement de 1789. ... Une humanité enfin corrigée de ses défauts se devait d'être, enfin, débarrassée de ces enfantillages, purgée de l'humain, trop humain de la faute originelle, cette tache ancestrale, indigne du monde idéal, de la société à venir, où la mort elle-même ne serait plus vaincue par le Christ, mais par la science... Les bourreaux de 1793 ne furent-ils pas de fervents hygiénistes? la guillotine n'était-elle pas elle-même (selon les mots des philanthropes qui en proposèrent l'usage à Louis XVI), un 'progrès' dans l'humanitarisme? ... On croit rêver, et l'on cauchemarde d'avance sur les raisons devenues folles de ces Etats tout-puissants, qui prétendront établir, de force et d'autorité, pour tous leurs citoyens, ce 'meilleur des mondes' prétendument 'pur', propre, aseptisé et égalitaire, en rendant l'existence invivable, et la planète inhabitable" (Pierre-Emmanuel Prouvost d'Agostino, L'autre Baudelaire in Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Paris 2008, p. 585-586).

LE SOCIALISME OU LA THESE DE L'IMMACULEE CONCEPTION DE L'HOMME

Il n'y a pas donc pas lieu d'opposer les penseurs libéraux aux doctrinaires socialistes, ceux-ci proviennent de ceux-là.

... Après avoir ôté la religion au peuple, et lui avoir prêché la jouissance, le libéralisme a de plus détruit l'Autorité en plaçant le pouvoir dans la majorité. Le socialisme arrive ici au pas de course de la logique: puisqu'il n'y a pas de Dieu, dit-il, et que je dois jouir, qu'en outre je suis la véritable majorité, je viens, suivant toutes les forces légales, édicter une loi qui répartisse à meilleur droit le capital. je viens détruire la propriété individuelle, c'est-à-dire l'injustice et l'inégalité, et faire asseoir enfin la foule tout entière au banquet de la vie sociale !

A partir de l'erreur libérale, le socialisme généralise non seulement le principe égalitaire contenu dans les prémisses du libéralisme, mais, en outre, avec
Rousseau,... il renouvelle complètement la vision que la philosophie avait de l'homme. 

..."Le XVIIIe a dit l'homme est né bon, et c'est la société qui le déprave. 'C'est le contraire de la proposition de Rousseau qu'il faut prendre: l'homme naît méchant, et le société le répare. Ou plutôt, il naît dans le mal, la société le recueille, et c'est l'église qui le répare'.

Troisièmement, cette croyance en la bonté native de l'homme a beau jeu de s'attaquer à la société, elle n'explique pas pour autant le problème du mal (dans la société) : si l'homme a pu être perverti, c'es qu'il n'était pas parfait, donc il n'est pas né bon, sinon il serait resté. ... 

Sans le mal, le socialisme a raison, mais le mal existe et l'homme n'arrive que difficelement au bien ('Je pousserai la thèse jusqu'au bout: sans la Chute, sans le mal, vos systèmes sont complètement vrais. Mais aussi dans la Chute, ils restent complètement faux'): les 'systèmes panthéistes, socialistes, rationalistes, parlementaristes,... tous, absolument, tombent devant ce fait, le Mal'.
[Note de Christ-Roi. Ce qui a pu faire par exemple qu'en Urss malgré la puissance du totalitarisme communiste, un ouvrier de base jalousait la belle Mercedes de l'apparatchik...] L'idée de la Chute de l'homme est une des idées maîtresses de l'auteur: pour lui, c'est le plus grands des faits de l'histoire, et même le premier. Seule, elle est capable d'expliquer l'énigme du monde. ... Parmi les peuples de l'Antiquité, on peut retrouver 'l'universel usage du sacrifice, attestation permanente de la chute, et de la nécessité d'une réparation, les rudiments des vérités natureles, et qurelques lambeaux voilés ou défigurés des traditions primitives'. Nier le dogme catholique - universel - du péché originel, c'est, pour Blanc de Saint-Bonnet, se condamner à ne pas saisir l'homme, à ne pas connaître la société: 'Loin de ce dogme, les lois, les droits, l'éducation, la répression, l'autorité, la propriété, l'existence même du peuple, ... nous présentent des faits qui ne s'expliquent plus: la société entière est incompréhensible'.

[L]'homme ne naît pas bon ou parfait, mais naît pour le devenir. ... L'homme est imparfait et il est social: c'est ce que n'aurait pas compris le socialisme, qui est,... une double erreur, une erreur sur l'homme et une erreur sur la société des hommes. [Saint-Bonnet] dénonce donc la thèse du socialisme, qu'il appelle doctrine de 'l'immaculée conception de l'homme'. Il la regarde comme étant le dernier stade de la décadence intellectuelle occidentale qui devait accoucher du carnage révolutionnaire. ... 'Et le Contrat social, arrivant sur le terrain avec son impossibilité pratique, produisit 1793'.

'En dehors du christianisme, l'homme est toujours anthropophage'. ... Le mot 'philanthropie' qu'elle affecte tant, ... démontre l'éclatante hypocrisie de la Révolution: elle est un faux ami car son oeuvre ne vise en réalité qu'à la 'démolition de l'homme'. Par ses théories qui tournent à vide, elle 'détruit l'homme jusque dans son essence'. En niant la validité des motifs véritables justifiant la dignité humaine - notamment le principe du mérite qui est la conséquence indispensable de la liberté -, 'la Révolution ne réussit qu'à découronner l'homme'.

... Il y a connexité entre la Révolution qui repose sur la fiction de la volonté générale, et le totalitarisme moderne: la démocratie succomberait si elle ne résistait pas au chox produit par l'addition de toutes les volontés libérées. Il lui est donc nécessaire de recourir à la centralisation. ... Tel est l'expédient fourni par la Révolution et promptement saisi par le despotisme, savoir: une centralisation anéantissant les individualités, afin de résister aux ébranelements que suscite toujours le régime parlementaire. 

La centralisation favorise alors logiquement l'uniformité. La Révolution en instituant la licence et non la liberté, peut prendre deux directions: d'une part favoriser cette liberté illimitée de l'homme, et elle tombe dans l'anarchie; d'autre part détruire l'individualité pour maintenir par la force l'unité sociale. Dans les deux cas, c'est arriver à 'l'anéantissement de la société humaine'. l'anarchie dissout la strucue sociale et la centralisation massifie le peuple quid evient 'troupeau': elle fait de toute la nation comme une seule pâte, elle ramène à une sorte d'unité de substance où toute personnalité disparaît'.

La Révolution ... est une 'abominable imposture'. ... La civilisation occidentale, c'est-à-dire le génie de l'Antiquité et de la Chrétienté, avait consisté à domestiquer l'hybris de l'individu. Tout au contraire, la Protestation ruine ce progrès pour restaurer la barbarie qui sommeille par nature au fond de l'orgueil."

(Source: Jonathan Ruiz de Chastenet, doctorant enseignant de l'Université d'Angers, membre du CERIEC (UPRES EA 922), in Le Livre noir de la Révolution française
, Cerf, Paris 2008, p. 546-572).

                                                ***

L'historien archiviste de la Province dominicaine de France Jean-Michel Potin, dans une formule lapidaire résume toute l'incohérence de la philosophie moderne et partant de la déclaration des droits de l'Homme (article 1er): "Si les hommes naissaient libres, c'est que cela se ferait naturellement et il est donc contradictoire de le décréter par écrit. Ce qui est écrit est justement ce qui n'est pas naturel et a besoin de cet écrit pour exister" (Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Paris 2008, p. 421). 

Et Rivarol illustra la chose par cette raillerie : "Dire que tous les hommes naissent et demeurent libres, c'est dire en effet qu'ils naissent et demeurent nus. Mais les hommes naissent nus et vivent habillés, comme ils naissent indépendants et vivent sous des lois' (Journal politique national, n° 19, cité in Le Livre noir de la Révolution française, ibid., p. 468).

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789Enfin, terminons cet exposé sur le sens métaphyique de la Révolution, par une réflexion de Joseph de Maistre, le premier qui identifia le principe essentiellement impérialiste de la Déclaration des droits de l'homme et au nom duquel les républicains justifièrent la colonisation et justifient aujourd'hui la croisade de la liberté et de la démocratie en Irak par exemple. [L]'écrivain est sensible à la contradiction qui apparaît d'emblée dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, lorsque son préambule affirme que c'est l'Assemblée nationale de la France qui proclame ces droits universels ("les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme"). Comment, en effet, une nation peut-elle ainsi se faire le dépositaire de ce qu'elle présente par ailleurs comme un bien commun de l'humanité? En identifiant les intérêts nationaux à ceux du genre humain, les révolutionnaires français ne se sont nullement élevés à l'universalité d'un principe unificateur : ils ont surtout dévoilé, selon Maistre, les potentialités funestes d'un impérialisme portant en lui les germes de la division et de la violence. Dans l'horreur sans limite de la Terreur, puis des campagnes napoléoniennes, Maistre voit donc la conséquence directe de la proclamation de ces droits universels, qui ne sont rien d'autre à ses yeux, que la 'guerre civile du genre humain' (Lettre du 25 avril 1814 à Mme de Constantin, dans O.C., t.. XII, p. 424). 'Voilà les droits de l'homme et les dons de la France' (Lettre d'un royaliste savoisien, Lettre 1, p. 107). 

L'idée même de droits de l'homme... n'est pour Maistre qu'une abstraction maléfique, car il n'existe aucun 'droit naturel' permettant de fixer la légalité dans des termes qui vaudraient en toutes circonstances pour l'humanité. L'homme étant par essence un animal sociable, il n'existe au contraire que des droits du citoyen qui varient dans l'histoire, selon les pays et les formes de gouvernement" (Joseph de Maistre cité in Pierre Glaudes, Le Livre noir de la Révolution française, ibid., p. 480-481).

                                                      ***

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