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1 janvier 2007 1 01 /01 /janvier /2007 16:05

(Via dici.org, thomatique)

On l’accusa alors de faire de la politique ;

et Dieu sait si ce n’est pas un crime bien au contraire, de faire la politique de Jésus-Christ et de susciter des hommes politiques qui utilisent tous les moyens légitimes, même légaux, pour chasser de la cité les ennemis de Notre Seigneur Jésus-Christ !1

les faits parlent d’eux mêmes :

ce que la monarchie française n’avait pas réussi à faire, la démocratie l’a réalisé : cinq révolutions sanglantes (1789, 1830, 1848, 1870, 1945), quatre invasions étrangères (1815, 1870, 1914, 1940), deux spoliations de l’Eglise, bannissements des ordres religieux, suppressions des écoles catholiques, et laïcisations des institutions (1789 et 1901), etc...

Pourtant, diront certains, le pape Léon XIII demanda le "ralliement" des catholiques français au régime républicain3 (ce qui, entre parenthèses, provoqua une catastrophe politique et religieuse). D’autres critiquent du reste cet acte de Léon XIII en le qualifiant, ainsi que son auteur, de libéral. - Je ne crois pas que Léon XIII fût un libéral, ni, encore moins, un démocrate. Non : il crut simplement susciter une bonne combinaison politique pour le bien de la religion en France ; mais il est clair qu’il oubliait l’origine et la constitution irrémédiablement libérales, maçonniques et anti-catholiques de la démocratie française.

L’idéologie démocratique
Issue du postulat libéral de l’individu-roi, l’idéologie démocratique se construit ensuite logiquement : les individus passent à l’état social par un pacte conventionnel : le contrat social, qui est, dit Rousseau, une "aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté" . De là viennent :
— la nécessaire souveraineté populaire : le peuple est nécessairement souverain, il ne tient son pouvoir que de lui-même, et il le garde même après qu’il ait élu ses gouvernants.
— l’illégitimité de tout régime qui n’a pas pour base la souveraineté populaire ou dont les gouvernants assurent recevoir leur pouvoir de Dieu.
De là par conséquent, en pratique
— la lutte pour l’établissement universel de la démocratie.
— la "croisade des démocraties" (dernier exemple en date : la "croisade de la démocratie et de la Liberté en Irak" selon les mots de Bush au début de la IIe guerre d'Irak) contre tout régime qui fait référence à l’autorité divine, qualifié alors de régime" sacral" ," absolutiste" . A cet égard, le traité de Versailles de 1919, qui supprimait les dernières monarchies vraiment chrétiennes, fut une victoire libérale, précisément maçonnique4.
— le règne politique des majorités, qui sont censées exprimer la sacro-sainte et infaillible volonté générale.
J’aime à répéter à l’occasion, face à ce démocratisme qui pénètre maintenant l’Eglise par la collégialité, j’aime à dire que la majorité ne fait pas la vérité : et hors de la vérité et de la vraie justice envers Dieu et le prochain, que peut-on construire de solide ?

Condamnation de l’idéologie démocratique par les papes
Les papes n’ont cessé de condamner cette idéologie démocratique. Léon XIII l’a fait ex professo dans son encyclique Diuturnum dont je vous ai déjà parlé ;

" Bon nombre de nos contemporains, marchant sur les traces de ceux qui, au siècle dernier, se sont décerné le titre de philosophes, prétendent que tout pouvoir vient du peuple ; que, par suite, l’autorité n’appartient pas en propre à ceux qui l’exercent, mais à titre de mandat populaire, et sous cette réserve que la volonté du peuple peut toujours retirer à ses mandataires la puissance qu’elle leur a déléguée.
C’est en quoi les catholiques se séparent de ces nouveaux maîtres ; ils vont chercher en Dieu le droit de commander et le font dériver de là comme de sa source naturelle et de son nécessaire principe.
Toutefois, il importe de remarquer ici que, s’il s’agit de désigner ceux qui doivent gouverner la chose publique, cette désignation pourra dans certains cas être laissée au choix et aux préférences du grand nombre, sans que la doctrine catholique y fasse le moindre obstacle. Ce choix, en effet, détermine la personne du souverain, il ne confère pas les droits de la souveraineté ; ce n’est pas l’autorité que l’on constitue, on décide par qui elle devra être exercée"5.

Donc, toute autorité vient de Dieu, même en démocratie !
Toute autorité vient de Dieu. Cette vérité est une vérité révélée et Léon XIII s’applique à l’établir solidement par l’Écriture Sainte, la tradition des Pères, et enfin par la raison : une autorité émanée du peuple seul n’aurait pas la force d’obliger en conscience sous peine de péché6.

"Il n’est pas un homme qui ait en soi ou de soi ce qu’il faut pour enchaîner par un lien de conscience le libre vouloir de ses semblables, Dieu seul, en tant que créateur et législateur universel, possède une telle puissance ; ceux qui l’exercent ont besoin de la recevoir de lui et de l’exercer en son nom"7.

Enfin Léon XIII s’attache à montrer la fausseté du contrat social de Rousseau, qui est la base de l’idéologie démocratique contemporaine.

L’Église ne condamne pas le régime démocratique
Ce que je veux vous montrer maintenant, c’est que toute démocratie n’est pas libérale. Il y a l’idéologie démocratique, et il y a le régime démocratique ; si l’Église condamne l’idéologie, elle ne condamne pas le régime, c’est-à-dire la participation du peuple au pouvoir.
Déjà saint Thomas justifie la légitimité du régime démocratique

"Que tous aient une certaine part au gouvernement, par là est en effet conservée la paix du peuple, et tous aiment une telle organisation et veillent à la conserver, comme dit Aristote au livre II de sa Politique"8.

Sans préférer la démocratie, le Docteur commun estime que concrètement le meilleur régime politique est une monarchie dans laquelle tous les citoyens ont une certaine part au pouvoir, par exemple en élisant ceux qui gouvernent sous le monarque : c’est, dit saint Thomas, "un régime qui bien allie la monarchie, l’aristocratie et la démocratie"9.
La monarchie française d’Ancien Régime, comme beaucoup d’autres, était plus ou moins de ce type quoi qu’en disent les libéraux : il existait alors, entre le monarque et la multitude des sujets, tout un ordre et une hiérarchie de multiples corps intermédiaires, qui faisaient valoir en haut lieu leurs avis compétents.
L’Eglise catholique, quant à elle, ne marque pas de préférence pour tel ou tel régime ; elle admet que les peuples choisissent la forme de gouvernement la plus adaptée à leur génie propre et aux circonstances

"Rien n’empêche que l’Eglise n’approuve le gouvernement d’un seul ou celui de plusieurs, pourvu que le gouvernement soit juste et ordonné au bien commun. C’est pourquoi, si la justice est sauve, il n’est point interdit aux peuples de se donner telle ou telle forme politique qui s’adaptera mieux à leur génie propre ou à leurs traditions et à leurs coutumes"10.

Qu’est-ce qu’une démocratie non libérale ?
J’avoue qu’une démocratie non libérale est une espèce rare, aujourd’hui disparue, mais elle n’est quand même pas tout à fait une chimère : comme le prouve la république du Christ-Roi, celle de l’Equateur de Garcia Moreno au siècle dernier.
Voici les traits caractéristiques d’une démocratie non libérale
1. Principe premier. Le principe de la souveraineté populaire d’abord : il se limite au régime démocratique, et respecte la légitimité de la monarchie. Ensuite, il est radicalement différent de celui de la démocratie rousseauiste : le pouvoir réside dans le peuple, soit ; mais ni originellement ni définitivement : c’est donc de Dieu que le pouvoir vient au peuple ; de Dieu auteur de la nature sociale de l’homme, et non des individus-rois. Et une fois que des gouvernants sont élus par le peuple, ce dernier ne conserve pas l’exercice de la souveraineté11.
— Première conséquence : ce n’est pas une multitude amorphe d’individus qui gouverne, mais le peuple en corps constitués ses chefs de familles (qui pourront légiférer directement dans de très petits Etats, comme celui d’Appenzell en Suisse), ses paysans et commerçants, industriels et ouvriers, grands et petits propriétaires, militaires et magistrats, religieux, prêtres et évêques, c’est, dit
Mgr de Ségur," la nation avec toutes ses forces vives, constituée en une représentation sérieuse et capable par ses vrais représentants d’exprimer ses vœux, d’exercer librement ses droits"12. Pie XII à son tour distingue bien le peuple et la masse :

"Peuple et multitude amorphe, ou, comme on a coutume de dire," masse" , sont deux concepts différents. Le peuple vit et se meut de sa vie propre ; la masse est en elle-même inerte, et elle ne peut être mue que de l’extérieur. Le peuple vit de la plénitude de la vie des hommes qui le composent, dont chacun, à la place et de la manière qui lui est propre, est une personne consciente de ses propres responsabilités et de ses propres convictions. La masse, au contraire, attend l’impulsion du dehors, jouet facile entre les mains de quiconque en exploite les instincts et les impressions, prompte à suivre tour à tour, aujourd’hui ce drapeau et demain cet autre"13.

— Deuxième conséquence : des gouvernants élus, même si on les appelle, comme le fait saint Thomas," vicaires de la multitude" , le sont seulement en ce sens qu’ils font pour elle ce qu’elle ne peut pas faire elle-même, à savoir gouverner. Mais le pouvoir leur vient de Dieu" de qui toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom" (Eph. 3. 15). Les gouvernants sont donc responsables de leurs actes d’abord devant Dieu dont ils sont les ministres, et ensuite seulement devant le peuple, pour le bien commun duquel ils gouvernent.
2. Deuxième principe : Les droits de Dieu (et ceux de son Eglise, dans une nation catholique) sont posés comme le fondement de la constitution. Le décalogue est donc
l’inspirateur de toute la législation.
Première conséquence : la "volonté générale" est nulle si elle va contre les droits de Dieu. La majorité ne "fait" pas la vérité, elle doit se maintenir dans la vérité, sous peine d’une perversion de la démocratie. Pie XII souligne avec raison le danger, inhérent au régime démocratique, et contre lequel la constitution doit réagir : le danger de dépersonnalisation, de massification et de manipulation de la multitude par des groupes de pression et des majorités artificielles.
Seconde conséquence : la démocratie n’est pas laïque, mais ouvertement chrétienne et catholique. Elle se conforme à la doctrine sociale de l’Eglise concernant la propriété privée, le principe de subsidiarité, et l’éducation laissée au soin de l’Eglise et des parents, etc...

Je me résume : la démocratie, non moins que tout autre régime, doit réaliser le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ. La démocratie doit quand même avoir un Roi : Jésus-Christ.

1. Ce n’est pas parce que les évêques gauchistes font de la politique socialiste ou communiste, que l’Eglise devrait s’abstenir de faire de la politique ! L’Eglise a un pouvoir, sans doute indirect, mais réel sur le domaine temporel et sur la vie de la cité. Le règne social de N.S.J.C. est une préoccupation essentielle de l’Eglise.  

2. Quotidien et mouvement politique dirigés par Charles Maurras L’Action Française luttait, sur des bases naturelles saines, contre le démocratisme libéral. On l’accusa faussement de naturalisme. Le Pape Pie XI, trompé, condamna L’Action Française. Son successeur, Pie XII devait lever cette sanction. Mais le mal était fait : 1926 marque en France une étape décisive dans “ l’occupation ” de l’Eglise par la fraction libérale, dite a catholique libérale ”.

3. Cf. Encyclique Au milieu des sollicitudes, du 16 février 1892, aux évêques et fidèles de France.

4. Cf. H. Le Caron, Le plan de domination mondiale de la contre-église, p. 22.

5. PIN. 94.

6. Elle pourrait bien contraindre par la menace des peines, mais ce n’est pas ainsi, dira Jean XXIII dans Pacem in Terris, que l’on suscite la recherche par chacun du bien commun ! L’autorité est avant tout une force morale.

7. Diuturnum, PIN. 96.

8. I II, 105, I.

9. Ibid.

10. Léon XIII, Encyclique Diuturnum, PIN. 94.

11.Cf. Diuturnum, citée plus haut et également Mgr de Ségur, La Révolution, p. 73.

12. Op. cit. p. 73.

13. Radio-message de Noël, 24 décembre 1944.

 

 

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commentaires

C
Bonjour,Il ya beaucoup de choses intéressantes dans cet article qui provoquent de nombreuses questions.Entre autre, ne serait-il pas du devoir de chacun d'entre nous de transformer la masse en peuple ?Quelle est la définition de Dieu ? N'est-il pas en chacun de nous, ne sommes-nous pas chacun d'entre nous divin ?  Et la différence entre la masse et le peuple  ne résiderait-elle pas  la découverte de  la divinité  dans sa propre humanité ?Le message du Christ n'a-t-il pas été déformé par l'Eglise Catholiquedepuis le concile de Nicé ? A-t-elle appris aux hommes a devenir un peuple plutôt que de rester une masse ?Je vous rappelle de je suis de culture catholique, que je respecte l'Eglise tout en étant critique à son égard. En effet comme toute émanation humaine elle est imparfaite
Répondre
I
Bonjour,Contre-Courant : "N'est-il pas en chacun de nous, ne sommes-nous pas chacun d'entre nous divin ?"
Nous sommes plus divins à mesure que nous nous rapprochons de Dieu, nous sommes plus diaboliques à mesure que nous nous en éloignons. Dieu nous rend libre, nous fait participer à sa divinité, si vous obéissons à Ses commandements.
"Le message du Christ n'a-t-il pas été déformé par l'Eglise Catholiquedepuis le concile de Nicé ?"
En tant qu'historien je pense que non, l'Eglise n'a pas déformé le message du Christ depuis le Concile de Nicée (325), mais au contraire, elle seule, contre les hérésies, a garder fidèlement le message du christ au travers de la "traditio ab apostolis" (Saint Irénée), la Tradition apostolique transmise par les successeurs des apôtres (les évêques), tradition que n'ont pas les sectes hérétiques et/ou gnostiques de l'époque (ou d'aujourd'hui !) Au moment où des films gnostico-maçonniques comme Da vinci code font accroire que l'Eglise a dénaturé le message du Christ depuis le concile de Nicée en inventant la divinité de Jésus, il est important de restituer la vérité historique et de dire que la divinité du Christ n'a pas été inventée par l'Eglise catholique, apostolique et romaine, en 325, mais que c'est un dogme de foi hérité des premiers apôtres, un dogme de foi inscrit dans le Nouveau Testament, professé par le Christ lui-même et témoigné par les martyrs de la foi qui refusèrent d'envoyer de l'encens..., bref de sacrifier aux idoles de l'Empire, ce qui revenait à apostasier le nom du Seigneur Jésus-Christ. Signe très clair de la divinité du Christ, divinité en laquelle croyaient les premiers chrétiens puisqu'ils n'ont pas hésité à donner leur vie pour être les témoins du Christ.
En tant que catholique maintenant, acte de foi : "Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous avez révélées, et que vous nous enseignez par votre Eglise, parce que vous ne pouvez ni vous tromper, ni nous tromper."
"Je vous rappelle de je suis de culture catholique, que je respecte l'Eglise tout en étant critique à son égard. En effet comme toute émanation humaine elle est imparfaite"
L'Eglise n'a jamais dit qu'elle était une communauté de saints ou de "purs"..., il y a aussi des pécheurs. Elle s'est même violemment heurtée à des courants hérétiques proposant exactement le contraire et professant que l'Eglise était une communauté de purs, exclusivement (exemple : le montanisme, le donatisme au IVe siècle). On a vu ce type d'hérésie resurgir au XIIIe siècle, avec les Cathares par exemple. Nous pouvons donc critiquer des erreurs commises par des représentants de l'Eglise, mais nous ne pouvons pas remettre en cause un dogme de foi comme la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, sans tomber dans l'hérésie (l'hérésie étant une remise en cause d'un dogme de foi).