« Je recommande à mon fils s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, [...] qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. » (Testament de Louis XVI)
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La grande majorité des messes font aujourd’hui office de narcotiques.
Transformées en simples occasions d’activisme et de bavardage, ces prétendues messes, tels des soporifiques spirituels, nous poussent à nous échapper de la profondeur de notre être afin de nous rendre peu à peu étrangers à la présence de Dieu.
Certes, en participant à de telles liturgies, nous restons encore dans l’Eglise ; mais c’est dans une Eglise sans Dieu et sans foi ; une Eglise où les célébrations liturgiques, vidées de leur sens, sont remplacée par un culte du « moi » par lequel les célébrants et leurs groupies imaginent encore susciter un quelconque intérêt de la part des fidèles qui y assistent.
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« L’une des manifestations de la vie liturgique postconciliaire dont on puisse se réjouir, c’est qu’il y a toujours plus de fidèles à vouloir célébrer pleinement l’Eucharistie en recevant le Corps du Seigneur, communiant avec lui et en lui avec l’Eglise de Dieu tout entière.
Cependant, parfois, en voyant des communautés aller communier en masse, on ne peut s’empêcher d’être gagné par un secret malaise : trouve-t-on ici encore ce que saint Paul exigeait avec tant d’insistance des Corinthiens - « discerne-t-on » encore le Corps du Seigneur (1 Co 11,29) ?
On a quelquefois l’impression que la communion est considérée comme faisant partie du rituel, et qu’elle se déroule comme un rite qui ne ferait qu’exprimer l’appartenance à la communauté. Il faut que l’on comprenne beaucoup plus nettement que l’Eucharistie n’est pas sans valeur parce qu’on ne communie pas. En communiant sans discernement, nous ne nous élevons pas vers les hauteurs de la communion, mais nous ravalons le don du Seigneur à la banalité de ce qui relève de notre bon plaisir, du quotidien.
Parce que l’Eucharistie n’est pas un repas rituel, mais la prière commune de l’Eglise, au cours de laquelle le Seigneur prie avec nous et se communique à nous, elle demeure précieuse et grande, elle demeure don véritable, même si nous ne pouvons communier. Si nous comprenions à nouveau mieux cela, et qu’ainsi nous comprenions à nouveau plus exactement ce qu’est l’Eucharistie elle-même, certains problèmes de pastorale, tels que la situation dans l’Eglise des divorcés remariés, perdraient d’eux-mêmes beaucoup de leur lourde pesanteur. »
J’ai assisté l’autre jour à un enseignement sur le chant grégorien lors d’une retraite de famille. Le moine nous parlait de l’histoire du chant grégorien. Le chant grégorien était à l’origine un chant aux intonations orientales mais depuis la révolution française, les partitions de ces chants ont été brûlées et perdues.
[L’église/les moines] a donc créé de nouveaux chants grégoriens inspirés par les premiers chants.
Nous avons ainsi deux sortes de chants grégoriens : les chants grégoriens orientaux ou grecs et les occidentaux.
Le moine a continué son enseignement en nous montrant comment on pouvait faire pour chanter ces chants, en paroisse, car ce chant est le chant par excellence de la liturgie. Les papes n’ont cessé de le rappeler, et pendant presque 2 000 ans le chant grégorien était le chant officiel de la liturgie.
Le moine a fait tenir à l’assemblée une note pendant que lui chantait un chant grégorien. Il nous a ainsi montré que peu de gens bien formés sur le chant grégorien pourraient animer le chant dans une paroisse.
Lorsque j’écoutais les chants grégoriens, durant cet enseignement, j’étais comme porté aux portes du Ciel, c’était ineffable, mais c’est ainsi que je l’ai ressenti.
Ensuite, j’en discutais avec mon épouse qui dit ne pas être très enthousiaste sur ce type de chant, qu’elle n’aimait pas vraiment. Elle est plus versée dans les chants à la Glorious un peu plus pop ou rock. Je me sens alors bien seul. J’ai réfléchi aux différences entre l’homme et la femme. Je pense que les femmes sont plus à agir et à penser avec le psychisme, le sensible et l’affectif. La femme donne la vie au bébé à naître et le fait de porter la vie en elle en fait une personne plus touchée par le message du Christ que l’homme. Mais pourtant, l’homme malgré sa nature moins sensible, est probablement un être plus spirituel et lorsqu’il se tourne vers Dieu, il n’a pas de demi-mesure. Le chant grégorien touche directement l’âme de la personne contrairement aux chants à la Glorious qui touchent la partie sensible de l’être et va nous rappeler des moments heureux ou des moments tristes. Pour le chant grégorien, il ne rappelle rien car est inchangé depuis 2 000 ans (sauf le changement suite à la révolution française qui n’a finalement pas changé grand-chose à ce chant), et le chanteur ou le compositeur, est souvent (ou presque toujours) anonyme, le chanteur s’efface devant le chant car la façon de le chanter est toujours la même.
Le lendemain, je parlais avec une personne que j’ai prise pour le moine qui nous avait parlé du chant grégorien la veille. Je ne peux m’empêcher de déplorer qu’aujourd’hui l’Église catholique (du moins en France) est à côté de la plaque. Le chant grégorien en paroisse à quasiment totalement disparu sauf dans certaines abbayes. Le prêtre me dit que ce n’est pas lui qui a fait l’enseignement de la veille. Il me dit que je suis un peu sévère car il existe de très beaux chants non grégoriens utilisés dans la liturgie. Je lui dis que je suis d’accord mais que le chant par excellence, le chant de prédilection, le chant qui a 10 sur 10 pour la liturgie est le chant grégorien. Même les très beaux chants non grégoriens sont inférieurs en pertinence pour la liturgie comme nous l’a expliqué le moine de la veille. Le prêtre que j’avais pris pour le moine de la veille a fini par acquiescer en disant que j’avais raison. Je n’ai pu m’empêcher de penser que tous les prêtres fidèles à la tradition savent que le chant grégorien est le chant par excellence de la liturgie mais préfèrent pour la majorité d’entre eux (et je ne parle pas des prêtres modernistes) laisser chanter des chants au mieux très beaux mais non liturgiques, au pire les chants les plus mièvres et parfois hérétiques qui restent pendant au moins un mois dans la tête avant d’en sortir.
Je me suis dit que faute de pouvoir influer mon prêtre sur le sujet (je me promets qu’un jour je lui en parlerai au moment opportun même si ça fait grincer des dents), ma façon de témoigner sur ce sujet est d’ignorer les répétitions de chants qui rompent le silence avant la messe, et de ne pas chanter ces même chants anti-liturgiques pendant la messe.
Si demain tous les fidèles ignorent et ne chantent plus tous ces chants non grégoriens, cela préparera les prêtres à instaurer le chant grégorien. Amen
(Fin de citation)
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Petite histoire du chant grégorien :
Grégoire Ier (590 - † 604)
Un mélange de musiques païennes, juives, grecques, et romaines, a engendré la musique officielle de l'Église Catholique Romaine, rassemblée et codifiée sous Grégoire Ier, d'où le nom de chants Grégoriens.
Les manuscrits occupent des pans entiers de bibliothèques. Le chant grégorien connaît de nombreuses modifications au fil du temps, mais les mélodies originales, simples et sacrées ont survécu et constituent la base de la musique rituelle de l'Église latine.
Le récent succès mondial de l'enregistrement Chants grégoriens fait par les moines bénédictins de Sancto Domingo de Silos en Espagne, illustre le regain d'intérêt non seulement au sein de l'Église, mais également dans le monde séculier pour les chants grégoriens. Beaucoup de personnes apprécient ces mélodies nobles sans avoir besoin de comprendre les paroles. Ce son enchanteur et mystique semble porteur d'une transcendance qui va bien au-delà de la signification du texte sacré.
De nombreuses maisons de disques ont participé à la résurrection de ces mélodies médiévales, ce qui permet au chant grégorien de retentir également dans les foyers et plus seulement dans les églises.
Les racines du chant grégorien sont antérieures au christianisme. Les mélodies et la structure sont le résultat d'un amalgame de styles de chants païens, juifs, grecs et romains utilisés jusqu'en 590, que l'Église a récupérés pour ses chants rituels. Ainsi, le chant grégorien existe depuis les origines de l'Église. La Synagogue utilisait déjà une forme de chant grégorien. Dans l'Ancien Testament – et et S. Paul précise même qu'il était un pharisien converti au judaïsme –, il a dit qu'on chantait des chants et des cantiques. Il y avait toujours une lecture des saintes Écritures, quelques commentaires sur leurs significations, puis des chants. Et l'Église a réutilisé cette forme de culte. N'oubliez pas que les premiers convertis étaient juifs. Avec l'essor du christianisme, les Juifs se sont dispersés. Ils étaient déjà convertis, ou bien c'étaient les Apôtres qui partaient. Paul, en particulier était un grand voyageur. Les musiques des différents pays furent intégrées dans le culte. Le chant grégorien n'avait d'unique que son caractère de musique sacrée. C'était un style de musique ordinaire utilisé pour accompagner des textes sacrés. Nous avons perdu le lien avec la musique séculaire qui a continué une évolution propre. Par exemples, la plupart des miracles étaient accompagnés par une musique chantée qui était la musique à la mode, c'était un moyen d'instruire les gens illettrés. (Père Sayles, historien et moine bénédictin, dans le documentaire "Sanctus! The History, Spirit, and Music of The Gregorian Chant", Recherche historique Marc Retish, Musique additionnelle Jon Menell, 1994.)
À l'origine du chant grégorien, il y a les 150 psaumes dont la composition est attribuée au roi David (env. 1000 avant J.C.) Ces psaumes, qui sont des "prières poétiques" pour diverses circonstances, ont eu une place très importante dans la liturgie des Juifs. Jésus lui-même en cite régulièrement des passages et l'on sait que sur la croix, il a récité le Psaume 21: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné..." Les premières liturgies chrétiennes - qui se déroulent avant que les Évangiles n'aient été mis par écrit - reprennent elles-mêmes les textes des psaumes.
Lorsque les Évangiles sont composés (fin premier siècle), la liturgie chrétienne en saisit certains passages pour les ajouter aux textes déjà connus des psaumes. Ces passages sont choisis en respectant deux grands critères: soit on choisit un passage narratif qui rappelle un épisode de la vie du Christ ou qui reprend une parole tirée de son enseignement, soit on choisit un passage qui exprime une démarche intérieure de foi ou une attitude extérieure capable d'exprimer cette démarche.
On peut aussi trouver des textes plus tardifs qui sont des compositions ecclésiastiques plus ou moins inspirées de textes bibliques.
On aboutit ainsi à la constitution d'un corpus de textes qui possède deux caractéristiques: premièrement, certains textes sont "adaptés" à la liturgie et ne reprennent pas exactement le texte biblique original, et deuxièmement, les "organisateurs" de ces textes sont - à quelques rares exceptions près -anonymes.
Le chant qui est l'ancêtre du grégorien - et au sujet duquel nous ne savons pour ainsi dire rien - n'a pu naître que lorsque l'Église a employé la langue latine. Sans latin, pas de chant grégorien...
Au cours des premiers siècles, la liturgie se fait en grec qui est la langue ordinairement comprise dans le bassin méditerranéen. C'est au cours du IIIe siècle que l'on passe assez rapidement du grec au latin. Mais, contrairement à ce qui a souvent été dit, l'usage du latin ne se fait pas pour permettre aux fidèles qui parlent cette langue de comprendre la liturgie. Car le latin qui va être utilisé par l'Église n'est pas le latin qui est parlé dans la rue et que les gens comprennent: en liturgie, c'est un latin spécial qui va être utilisé dans le but de donner à la chrétienté un outil linguistique pouvant garantir la justesse des notions théologiques. Pour les chrétiens, ce ne sont pas tellement les mots de la liturgie qu'il faut absolument comprendre, mais la liturgie elle-même: c'est par son mouvement, par son déroulement harmonieux qu'elle crée un "climat" capable d'entraîner le fidèle dans la prière. La liturgie s'adresse donc plus à l'oeil qu'à l'ouïe; d'où l'utilité de sa ritualisation et de mise en valeur de sa beauté intrinsèque. Et il en sera ainsi jusqu'au XXè siècle... jusqu'à l'installation des micros et des hauts-parleurs dans les églises qui vont conduire à donner de l'importance à ce qui s'entend - et donc doit être compris des fidèles, alors même que ça ne s'adresse pas à eux directement - au détriment de ce qui doit se voir.
L'histoire du chant grégorien se divise en quatre périodes. Une période de formation entre le début de l'Église et environ 590 ap. J.-C. Il s'est développé plus particulièrement après la fin des persécutions contre les chrétiens en 313, où ils acquirent la liberté de culte (édit de Milan). Cette période marque pour toute la chrétienté une sorte d'éclosion printanière à la fois théologique et liturgique. Dans le même temps, les cinq Eglises-mères (les Patriarcats apostoliques de Jérusalem, Antioche, Alexandrie, Rome et Constantinople) doivent combattre ensemble les premières grandes hérésies gnostiques (S. Irénée de Lyon) afin de maintenir la vraie foi, l'"orthodoxie". C'est toujours le respect de la liturgie reçue des "Anciens" qui va garantir la fidélité à la vraie foi. Ainsi donc, au moment où la liturgie passe du grec au latin au IIIe siècle, puis pendant tout le premier millénaire, l'unité de la foi sera maintenue en même temps que l'unité de la prière liturgique. Unité dans la variété (et non dans l'uniformité), si l'unité liturgique demeure bien marquée, elle n'exclut jamais des différences légitimes, principalement dans les formes et les expressions extérieures du culte. La liturgie de l'Église présente des visages variés avec une grande variété de rites, chacun ayant son chant propre.
Parmi ces chants existe le "romain", propre à la liturgie romaine. On sait peu de choses à son sujet. Probablement n'était-il pas très démonstratif, très orné: à Rome, on se voulait plus attentif aux textes sacrés qu'aux mélodies. À Jérusalem, puis à Antioche, à Alexandrie, à Rome, et plus tard à Byzance, le même enseignement évangélique, la même filiation apostolique et la même prière liturgique, unissent toutes les communautés chrétiennes tant orientales qu'occidentales. Le noyau central de la liturgie - la "fraction du pain" - est sensiblement le même partout. Mais autour de la prière eucharistique qui constitue le coeur de la liturgie (offrande, récit de la Cène, consécration et communion), s'ajoutent peu à peu d'autres éléments (lectures de lettres des Apôtres, d'extraits de l'Évangile, prières d'intercessions, processions, proclamation du Symbole des Apôtres, de la "Prière de Jésus", prières d'action de grâces... etc.) dont l'agencement va donner la forme spécifique de chaque rite.
En 590, Grégoire Ier fut élu pape après avoir été moine, puis abbé. Il a donné son nom au chant grégorien bien qu'il soit improbable qu'il ait composé quoique ce soit, mais il a organisé des mélodies qui existait déjà, les a ressemblées dans des livres pour qu'elles soient facilement accessibles, et aussi attribué des textes et des mélodies au divers actes du culte. Il a en fait organisé tout un ensemble de musiques qui existaient depuis des siècles. Et aussi il a créé des écoles de chants. (Père Sayles.)
L'introït(procession d'entrée), l'offertoire et la communion, les chants les plus importants de la messe, n'ont été écrits que des années après la mort de S. Grégoire.
S. Augustin de Cantorbéry
Avec la diffusion du christianisme dans toute l'Europe, les chants utilisés au cours des cérémonies variaient d'une région à l'autre. Le pape Grégoire envoya l'abbé bénédictin Augustin (fondateur de l'église anglo-saxonne, † 605) accompagné de quarante moines romains en Angleterre pour convertir les Anglo-Saxons. Ils traversèrent les Alpes et la France et eurent l'occasion au cours de ce voyage d'assister à des services bien différents de ceux auxquels ils étaient habitués à Rome. Cette découverte leur ouvrit de nouvelles perspectives, et lorsqu'ils s'installèrent en Angleterre, Augustin envoya un messager demander au pape quelle forme de musique et de prière liturgique ils devaient utiliser, la romaine ou la gauloise. Le pape lui donna la permission d'utiliser les prières et la musique que préféraient les fidèles, et susceptibles de plaire à Dieu.
Chaque école possède sa propre originalité. Vous avez l'école romaine sous le règne de Pépin et de son fils Charlemagne. Ils ont pensé qu'adopter ce type de musique pour le culte pouvait unifier l'empire. Ils ont donc encouragé Pierre, qui était diacre et qui connaissait parfaitement le grégorien à généraliser son utilisation. Ils l'ont fait venir en France, puis voyager pour apprendre aux gens le chant grégorien. Des manuscrits apparurent avec du texte et des gribouillis. Il y a donc une école romaine et une école gallicane ou française. Il y a également l'école ambrosienne (rite ambrosien) antérieure à l'école romaine. La forme du chant diffère du chant romain, elle est influencée par les Arabes qui envahirent le sud de l'Espagne
Le chant grégorien se caractérise par l'absence de rythme. Il semble flotter dans l'air sans effort et n'est interrompu par aucune pause. Il transporte les gens dans un autre monde.
Quand on écoute le chant grégorien, on ressent quelque chose de fort même si on ne comprend pas ce qui se dit. Le son de la musique suffit à nous transcender au-delà de nous, à un niveau plus élevé, spirituel. La musique du chant grégorien comprend des accents aigus caractéristiques, légers et courts, et pourtant forts. Ils apportent ce côté aérien qui fait que les pensées et les sentiments sont plus proches du surnaturel que du monde terrestre.
Il existe essentiellement deux types de mélodies pour les plains-chants, la syllabique (où chaque syllabe est portée par une seule note) et la mélismatique (où chaque syllabe est portée par plusieurs notes).
Le chant syllabique était un type de chant simple dans lequel à chaque syllabe correspond une seule note, parfois plusieurs à certains endroits. Dans le chant mélismatique, les syllabes sont chantées sur plusieurs notes.
Aujourd'hui, l'originalité et la simplicité de ces chants ont traversé les âges et procurent toujours le même sentiment de sérénité et de plénitude.
Dans les communautés qui observent la forme de Paul VI, certaines parties de l’ordinaire de la messe (Kyrie, Gloria, Credo, Pater noster, Sanctus, Agnus Dei) sont chantées en latin sur les airs traditionnels grégoriens, mélangés aux chants liturgiques en langue vernaculaire.
Le Père Sayles, dans le documentaire "Sanctus! The History, Spirit, and Music of The Gregorian Chant" (Recherche historique Marc Retish, Musique additionnelle Jon Menell, 1994) indique que le chant grégorien peut être chanté dans les langues vernaculaires. Selon lui:
"si le chant grégorien n'est pas traduit dans les langues parlées, il va disparaître. Plus personne ne l'utilisera. Aux États-Unis, peu de personnes le font. Certaines y sont opposées. Je chante parfois en anglais. Cela gêne les personnes qui ont un sens poétique, particulièrement les hymnes parce qu'elles ne riment pas. Dans le texte latin des hymnes, il n'y a aucune volonté de rimes, ce n'était pas le style de l'époque l'époque. Mais biensûr il existait une métrique définie. Ce que fait Soeur Cécile (elle est très forte pour cela et je l'aide pour la traduction), elle ne transpose pas exactement le latin, mais les idées selon la métrique latine. Il n'y a donc pas de décalage entre l'anglais et la musique des chants."
« "Au troisième congrès de musique sacrée, qui s'est tenue à Paris en 1957, Joseph Samson a dit en substance : "Si entendre ou chanter du chant grégorien ne mène pas à une vie spirituelle plus intense, rien ne sert de chanter. Si la prière n'apporte pas d'aide, autant se taire. Si elle ne calme pas le tumulte intérieur, autant ne rien faire. Si elle n'a pas le même pouvoir que le silence qu'elle brise, place au silence. Et si le chant grégorien n'encourage pas le silence, il est inutile." C'est une pensée très profonde.
« [...] Ce qu'il est essentiel de retenir, c'est quele chant grégorien est (par-dessus tout) une prière chantée. » (Père Sayles, historien et moine bénédictin, dans le documentaire "Sanctus! The History, Spirit, and Music of The Gregorian Chant", Recherche historique Marc Retish, Musique additionnelle Jon Menell, 1994.)
C'est pour cette raison que les cérémonies religieuses et les actes de foi sont un moment idéal pour l'exécution de ces mélodies sans âge. Il n'existe nulle part dans le monde d'oeuvres musicales aussi anciennes, aussi vastes et pourtant aussi pures que le chant grégorien.
Un proverbe bulgare dit que le silence irrite le diable.
Nombre de célébrations liturgiques sont si peu propices au silence que le malin pourrait s’y sentir à l’aise.
Une liturgie faite de silence est souvent le dernier refuge du croyant. Malheureusement, on trouve aujourd’hui trop peu de prêtres qui savent cela. (Source:Pro Liturgia -Actualité du jeudi 19/05/2016)
"Le vrai et bon silence appartient toujours à celui qui veut sa place aux autres, et surtout à tout autre, à Dieu." (Cardinal R. Sarah)
« Le chant grégorien n'est plus audible par celui qui, relativiste, n'admet que ce qu'il comprend ou ressent. Or la liturgie chantée en grégorien nous apprend à déjouer cette prétention: elle nous fait approcher Dieu en shuntant le circuit usé de la connaissance sceptique ou sensuelle (pour reprendre ici une expression du P. Diradourian). Le chant grégorien conserve cette possibilité de connecter l'homme directement au mystère de Dieu qui ne se révèle pas "aux sages et aux intelligents" mais qui se fait "sensible au coeur". Ainsi le chant grégorien, né de la contemplation des mystères divins, est-il une théologie mise à la portée des plus humbles. Voilà pourquoi le concile Vatican II, dans sa Constitution Sacrosanctum concilium sur la liturgie, a jugé nécessaire d'en rappeler toute la valeur. » (Source: Pro Liturgia )
PRO LITURGIA, Vendredi 10/4/2015 : Quelques conseils pour chanter le grégorien...
1. CONTRÔLER SA VOIX.
Souvent, nous perdons le contrôle de notre voix dès que nous chantons : nous nous mettons à chanter fort, plus fort que les autres, quand nous pensons bien connaître un chant, ou quand une pièce nous plaît particulièrement, ou encore quand l’accompagnement de l’orgue est trop fort, ou que la puissance des micros de l’église est mal réglée et que celui qui chante à l’ambon incite à chanter... encore plus fort que lui.
Souvenons-nous que même si nous avons à remplir le volume d’un sanctuaire, Dieu n’est pas sourd ! Il nous faut donc sans cesse garder le contrôle de ce que nous chantons, de la façon dont nous chantons. Et garder aussi un bon “tempo” : un chant ne devient pas plus “religieux” parce qu’il est chanté avec lenteur.
Chacun doit donc apprendre à garder le contrôle de sa propre voix : le célébrant à l’autel, le chantre à l’ambon, le choriste à la tribune, le fidèle dans la nef. Pour cela, avant de vouloir chanter à tout prix, il faut apprendre à écouter et à respecter le silence du sanctuaire dans lequel se déploie la louange. Ecouter : c’est essentiel !
2. NE JAMAIS CHANTER UNE SUCCESSION DE NOTES.
Le grégorien n’est pas un chant constitué d’une succession de notes, mais d’inflexions vocales. N’oublions jamais que le chant grégorien a été composé et a été chanté en des siècles où les notes n’existaient pas.
Le grégorien est d’abord une parole chantée ou, si l’on préfère, une “parole qui chante”, une “parole devenue chant”. C’est donc bien le mot latin qu’il faut faire chanter ; et au-delà du mot, toute la phrase. Ce qui n’est pas la même chose que chanter une succession de notes et de syllabes sans y mettre le moindre relief !
3. APPRENDRE À ARTICULER.
Le respect de la valeur des syllabes - valeur élastique même quand elle est traduite par un simple “punctum” dans les livres de chant - de la couleur des voyelles, du timbre des consonnes... est essentiel.
Chaque mot doit être correctement articulé pour pouvoir être correctement chanté et clairement entendu. C’est ainsi qu’il aura sa propre vie au sein de la phrase grégorienne.
Le latin est une langue qui ne connaît pas les liaisons. Il faut donc éviter de “coller” la fin d’un mot au début du mot suivant. Par exemple, pour “Agnus Dei”, le “s” de “Agnus” achève le mot “Agnus” et ne doit pas coller au mot “Dei”. Il ne faut donc pas entendre “Agnu - sdei” ou encore, comme c’est si souvent le cas dans Messe XVII pour l’Avent et le Carême, “A - gnusde - i”. Même chose dans le “Credo” où l’on entend trop souvent “Patre - momnipotentem”...
4. BIEN ACHEVER LES MOTS ET LES PHRASES.
Tout mot latin, toute phrase, a une syllabe finale qui a autant d’importance que l’ensemble du texte de la pièce qu’on chante. Les finales doivent être particulièrement soignées, posées sans heurts et non pas brusquement rompues ou appuyées.
La finale d’un mot achève l’épanouissement de l’accent réalisé sur la syllabe importante de ce mot (= l’accent verbal indiqué par un accent aigu dans les livres de chants : exemple “iustificatiónibus”). Le développement de la syllabe finale d’une phrase met en relief l’atmosphère qui se dégage de l’ensemble de la pièce : son traitement mérite donc un soin particulier.
5. NE PAS CHANTER DE FAÇON DISTRAITE.
Il est important de toujours chanter en faisant attention en même temps à ce qui est écrit dans le livre et aux indications données par le maître de chœur.
Ce n’est pas parce qu’on croit bien savoir une pièce grégorienne qu’il faut relâcher son attention : les chantres qui sont sûrs d’eux parce qu’ils connaissent une pièce par cœur sont souvent ceux qui répètent inlassablement les mêmes erreurs. Croyant pouvoir se dispenser de faire attention, ils ne tiennent pas compte des indications données par le maître de chœur et souvent même entraînent les autres choristes dans leurs fautes... C’est ce qui explique que les pièces les plus courantes sont généralement les moins réussies : la fameuse “Messe des Anges” et le populaire “Credo III” sont souvent exécutés d’une façon fort peu... “grégorienne”.
Il faut donc se concentrer et, à la fin d’une pièce, ne pas bouger tant que le maître de chœur n’a pas fait signe qu’on peut poser son livre de chant et tant que le silence qui suit la dernière note chantée n’est pas total. Même le chant d’un “amen” demande de la concentration et de l’application : le “amen” le plus simple se chante sur deux notes. Existe-t-il beaucoup de chorales capables de respecter ces deux notes ? Non. Car en général, par manque de concentration, d’attention, on se laisse entraîner à doubler, à tripler la valeur de ces deux notes, ce qui a pour effet de produire un “amen” pâteux, lent... Surtout si l’organiste croit utile d’accompagner cette acclamation en plaquant deux accords. On entend alors : “aaaaaaaaa - meeeeeeeen”.
6. NE PAS RALENTIR LE CHANT.
Le ralentissement est un phénomène naturel : une foule a toujours tendance à ralentir le chant. Il faut donc que les choristes veillent à ne pas chanter lentement, surtout au démarrage des pièces. Le grégorien doit demeurer un chant souple, léger, vivant : évitons de le traîner sous prétexte qu’il est un “chant sacré” et qu’un chant sacré est nécessairement lent (ce que l’on prétendait au XIXe siècle).
Certes, chaque pièce possède sont propre “tempo” et l’on ne chante pas un graduel comme on chante un introït. On ne chante pas non plus un “Credo” - qui est une proclamation - comme on chante un “Sanctus”, qui est une louange où nos voix sont associées à celles des anges (cf. Préfaces).
Enfin, pour ce qui concerne la vitesse du chant, il faut tenir compte de deux autres facteurs importants : l’acoustique de l’église et le nombre de choristes. Une acoustique généreuse impose un “tempo” plus lent. Ceci pour éviter que le chant ne devienne une véritable “soupe”. Une schola composée de 5 ou 6 choristes chevronnés, habitués à chanter ensemble, permet un chant plus souple, plus allant, qu’une chorale de 30 personnes. De ce fait - pour ne prendre que cet exemple - un verset d’ “Alleluia” chanté par 5 chantres (ce qui est suffisant) devra être plus fluide que l’ “Alleluia” orné de son “iubilus”. Il ne faut pas hésiter à marquer ces contrastes pour respecter le style de chaque pièce.
7. RESPIRER CALMEMENT.
La respiration est d’autant plus importante que le grégorien impose parfois de chanter de longues successions de notes : des mélismes.
Pour réussir à chanter une longue phrase musicale, mieux vaut ne pas attendre le dernier moment pour reprendre son souffle : mieux vaut respirer souvent - et surtout calmement - pour bien remplir ses poumons. Cette façon de faire permet d’aller plus loin dans la phrase suivante.
Pour bien respirer, il faut “quitter le chant” doucement - ce qui ne peut se faire que si l’on n’est pas déjà à court d’air -, continuer à chanter dans sa tête pour ne perdre ni le “tempo” ni le texte, puis revenir dans le chant en fondant sa voix dans le chœur sans attaquer brutalement la note sur laquelle on repart. De cette façon, il n’y aura pas de “trou” dans le chant... ce qui se produit généralement quand tous les chantres attendent consciencieusement d’être à bout de souffle pour respirer et reprennent inévitablement de l’air tous au même moment.
8. AVOIR UNE BONNE TENUE.
Pour bien chanter, il est nécessaire d’avoir une bonne tenue : être bien droit et avoir une bonne assise sur les deux jambes... sans être raide.
Il faut tenir son livre des deux mains et à hauteur de la poitrine, ce qui permet de suivre le texte et les notes tout en gardant toujours un œil sur les indications gestuelles données par le geste du maître de chœur.
La tête doit rester droite : ce sont les yeux qui travaillent et qui bougent pour suivre la direction du maître de chœur, et non le cou ou la nuque. Il faut absolument s’interdire tout geste, tout mouvement qui conduirait à faire sa propre direction du chant, indépendante de celle du maître de chœur. Dom Cardine, à Solesmes, disait que même emporté par le chant, le choriste n’a le droit que de remuer discrètement un orteil dans sa chaussure... Enfin, il ne faut jamais regarder ailleurs que devant soi, même si le voisin fait une fausse note ou s’il y a un bruit distrayant quelque part : la pratique du chant grégorien n’est pas difficile en elle-même, mais elle exige toujours une certaine discipline.
9. APPRENDRE À “ECOUTER LA PARTITION” AVEC LES YEUX.
Avant de vouloir chanter, il convient d’avoir une vue d’ensemble de la partition musicale, de la pièce : il faut donc, avant tout, avoir préalablement repéré les notes essentielles, les formules mélodiques qui reviennent en plusieurs endroits, les montées et les descentes importantes, les mots soulignées par des notes particulières ou des mélismes, les phrases musicales qui se répondent ou s’opposent... etc.
Quand l’œil a bien fait ce premier travail de déchiffrage, alors l’ “oreille intérieure” se met à l’ouvrage à son tour : elle permet d’entendre déjà en soi-même, grosso modo, la mélodie de la pièce. Certaines subtilités apparaissent alors et se mettent déjà en place : en travaillant la pièce avec les autres choristes, on ne sera plus surpris par tel ou tel passage délicat.
Quand l’oreille intérieure a correctement achevé son travail, c’est alors la voix qui entre en action. A ce moment, il faut bien s’écouter soi-même et prendre conscience de ce que l’on fait : il faut contrôler si ce que l’on chante correspond bien à ce que l’on avait entendu intérieurement et se souvenir qu’une bonne exécution d’une pièce grégorienne résulte d’un subtil dosage de 20% de chant... et de 80% d’écoute attentive.
Enfin, le maître de chœur corrige, achève et parfait le travail.
10. L’ORGANISTE.
L’organiste donne le ton d’une pièce sans faire de fioritures.
Il accompagne le plus discrètement possible en veillant à être dans le mode de la pièce. (Un bel exemple d’accompagnement qui ne respecte habituellement pas le mode d’une pièce est celui du “Credo I” : dans les livres d’accompagnements, il est systématiquement donné en majeur alors que le 4e mode dans lequel il est écrit impose le mineur).
Aux respirations, l’organiste devance très subtilement les choristes afin que ceux-ci ne soient pas hésitants à la reprise de la note qui débute la phrase musicale suivante.
L’organiste ne traîne pas, surtout lorsqu’il s’agit d’accompagner une assemblée qui a l’habitude de ralentir. Il s’abstient d’utiliser des jeux de 2’ ou des fournitures, lesquelles ont généralement pour effet de faire “brailler” les assemblées qui, à ce moment, ne font plus attention à la façon dont elles chantent.
11. LE MAÎTRE DE CHŒUR.
Il reste un mot à dire à propos du maître de chœur. Ou plutôt de sa direction. Partons du principe qu’il connaît les bases de l’interprétation du chant grégorien : l’importance de l’accent latin, le sens à donner à chaque épisème en fonction de sa place dans le texte, le rôle joué par les “coupures neumatiques” qui structurent les pièces ornées ainsi que les mélismes... etc. Ne donnons donc ici que quelques conseils - ou “trucs” - qui aideront à obtenir la meilleure interprétation possible du chant. Il conviendra surtout :
- d’éviter une direction à deux temps ou qui fait des “moulinets” ;
- d’éviter une direction faite de gestes trop “morcelés” qui conduiraient à briser l’unité des mots et des phrases ;
- de donner de l’élan au chant, surtout dans les passages ascendants ; et pour cela mieux vaut s’interdire de faire comme des vagues en agitant les bouts des doigts ; mieux vaut toujours “porter” le chant en le dirigeant paumes des mains dirigées vers le haut ;
- d’éviter de laisser tomber - ou mourir - les fins de phrases (même là, la paume de la main est dirigée vers le haut afin de faire sentir que la dernière syllabe doit être correctement posée) ;
- de préparer le bon tempo d’une pièce afin que l’interprétation ne donne pas l’impression de démarrer de façon “poussive” et de n’atteindre sa “vitesse de croisière” qu’après échauffement des choristes.
Depuis quelques semaines, à l’église Saint-Joseph de Biarritz (ancien couvent des dominicains), desservie par les prêtres de la Communauté saint Martin, les messes de semaine sont célébrées versus orientem à l’autel du saint sacrement. Un exemple à suivre.
On dit, avec raison, que dans la liturgie, Dieu parle à son peuple.
Mais si, au cours des célébrations liturgiques, le peuple ne s’emploie plus qu’à chanter, à remuer, à faire des commentaires... alors, le bruit qu’il fait ne permet plus à Dieu de se faire entendre. Et le peuple, tout occupé qu'il est à s'exprimer, ne peut plus écouter Dieu.
On dit qu’il faut « animer » les célébrations liturgiques. Réfléchissons : « animer » signifie « donner une âme ». Si donc il faut « animer » les célébrations, c’est que les messes n’ont plus d’âme... Quand une messe n’a plus d’âme, elle devient morte, ennuyeuse, pénible. Voilà pourquoi certains célébrant essaient de trouver un « truc » qui rendra la célébration moins rebutante : rondes, fabrication de panneaux, mots d’accueil et souhaits de bon dimanche... Il faut bien trouver des occupations pour passer le temps en attendant le « allez dans la paix du Christ » libérateur.
« Bien qu’étant organiste, je ne suis attaché à aucune paroisse. Le dimanche, je ne joue nulle part. Ce qui m’évite de devoir accompagner des célébrations sans intérêt du fait que le célébrant s’attache davantage à suivre le programme élaboré par l’équipe liturgique locale que le missel romain. Et puis, restant dans la nef au lieu d’être sur une tribune, il m’est plus facile de quitter les lieux lorsque la célébration devient indigente au point d’être insupportable.
N’ayant pas de service dominical régulier à assurer, il m’arrive assez régulièrement de recevoir des appels téléphoniques : « Nous ne trouvons pas d’organiste pour dimanche prochain ; est-ce que vous accepteriez de nous dépanner ? » Comme je fais partie de cette génération d’organistes qu’on a “gentiment” évincés dans les années 1970-80 au motif que pour attirer les jeunes à l’église il fallait faire des “messes rythmées” au cours desquelles les guitares et les batteries devaient remplacer l’orgue, j’ai parfois envie de répondre : « Vous devriez plutôt faire appel à des membres des anciens groupes de rock qui ont pris la place de nos anciennes chorales. » Je m’abstiens, bien sûr, et je demande plutôt quel “type de messe” il s’agit d’accompagner. Et là, j’obtiens généralement deux sortes de réponses : soit il s’agit d’accompagner une messe “de S. Pie V”, soit il s’agit d’accompagner une messe paroissiale “ordinaire”.
Lorsqu’on me précise qu’il est question d’accompagner une messe “de S. Pie V”, j’accepte. Les choses sont simples : il suffit d’arriver à l’heure à l’église, de monter à la tribune, de se mettre aux claviers de l’orgue, d’ouvrir le “paroissien romain” (le missel) à la bonne page et... d’accompagner la messe. Pas besoin d’aller chercher un programme de chants à la sacristie ; pas besoin de demander au célébrant ce qu’il fera et comment il fera... Tout juste est-il nécessaire de prévoir, avant la messe, une demi-heure de répétition avec les choristes afin d’accorder le chant avec l’accompagnement. Quant à la messe, elle se déroule toujours comme elle doit se dérouler : il n’y a ni mauvaises surprises, ni fantaisies du célébrant.
Lorsqu’on me précise qu’il s’agit d’accompagner une messe paroissiale “ordinaire”, je me risque habituellement à demander : « Qu’est-ce que vous chantez ? Quel est le programme ? » Et là, les réponses varient du tout au tout d’une paroisse à l’autre avec, cependant, un point commun : le grégorien ne subsiste plus, dans le meilleur des cas, que pour le “Credo”.
Récemment, lorsque j’ai demandé à la personne qui me téléphonait quel était le “programme”, il m’a été répondu : « Nous chantons ce qui se chante dans les autres paroisses. » « C’est-à-dire ? » ai-je demandé. Et là, j’ai eu droit au programme concocté par l’équipe liturgique locale : en guise de pièces du Propre, les rengaines habituelles et en guise de l’Ordinaire, des machins en français qui ne respectaient pas les textes officiels et dont les refrains rappelaient l’air de la poule sur un mur qui picotte du pain dur. Bien entendu j’ai répondu à la personne que j’avais au bout du fil que je n’accompagnais pas ce genre de messe parce qu’elle ne respectait pas la liturgie de l’Eglise catholique. J’ai alors senti que ce que je venais de dire là passait à des années-lumières de mon interlocuteur, les explications que je tentais de donner me faisant passer pour un indécrottable “traditionaliste qui refuse les messes conciliaires”. “Traditionaliste” ? J’assume de porter cette étiquette qui fait bien rire les personnes qui me connaissent.
Parfois, lorsque le “programme” de la messe paroissiale “ordinaire” me paraît relativement classique et que je sais que le célébrant n’est pas spécialement un innovateur en liturgie, j’accepte de venir dépanner. Mais même dans ce cas, il faut que je m’attende tout au long de la célébration, à des variations plus ou moins insolites auxquelles je devrai m’adapter : ici, c’est le “Je confesse à Dieu” qui passe à la trappe ; là c’est l’embolisme qui suit le “Notre Père » qui est systématiquement omis ; ailleurs le pain et le vin sont offerts ensemble au moment de l’offertoire... Et presque partout, il faut subir un animateur qui, sans aucune formation musicale, fait traîner une assemblée ne sait plus s’il faut le suivre lui ou s’il faut se caler sur l’orgue. Presque partout le service d’autel d’une liturgie minimaliste est assurée par deux ou trois fillettes obligées de donner des coups de tête pour remettre leur queue de cheval en place. Presque partout, les lectures sont assurées par des dames qui, arrivée à l’ambon, commencent par mettre sur le nez leurs lunettes à verres progressifs... Partout ces mêmes tics, ces mêmes mauvaises habitudes qui donnent aux célébrations paroissiales cette désagréable impression d’être défectueuses sur le plan liturgique.
Mais surtout, ce je vois surtout et c’est ce qui est inquiétant, c’est que les jeunes pour lesquels on organise des messes-spectacles à l’occasion des communions solennelles ou des confirmations ne sont pas là : pas un seul ! Ces messe paroissiales “pauvrettes” font systématiquement le vide autour d’elles.
Telles sont les choses que je constate quand il m’arrive d’accepter d’accompagner à l’orgue une messe dominicale. Service qui, bien souvent, se limite à n’être plus qu’une B.A. dominicale qui, sur le plan, de la foi ne m’apporte vraiment pas grand-chose. »
Seuls 3% des fidèles catholiques vont à la messe le dimanche. Les séminaires sont pratiquement vides. Le nombre de jeunes refusant d’aller au catéchisme et d’être confirmés est en augmentation. Les statistiques sont là, implacables. On nous dit que cette situation n’est pas imputable à nos évêques : ils ont fait ce qu’ils ont pu mais leurs directives n’ont pas été suivies. Vraiment ? Que celui ou celle qui se souvient d’avoir entendu un évêque rappeler les normes liturgiques et avoir ouvertement soutenu ses prêtres qui respectaient le missel romain lève le doigt. Personne ? En fait, les évêques ont été - et sont encore, à deux ou trois exceptions près - les grands responsables de la situation que nous connaissons aujourd’hui et qui vient de ce que les directives qu’ils ont données allaient toutes dans des directions opposées à celle indiquée par l’Eglise, comme le montre le sociologue Guillaume Cuchet dans « Comment notre monde a cessé d’être chrétien » (éd. du seuil, 2018) et comme l’a laissé entendre Mgr Gaidon dans « Un évêque français entre crise et renouveau de l’Eglise » (éd de l’Emmanuel) ou encore l’académicien André Frossard dans « Le parti de Dieu ; lettre ouverte aux évêques » (éd. Fayard). Voici pêle-mêle ce qui fut fait au cours des années 1970-90 (les plus anciens s’en souviennent) avec la bénédiction de nos pasteurs diocésains et qui a aura conduit, sans faire de bruit, à la situation calamiteuse qui se prolonge actuellement :
1. Liturgie :
- retournement des autels et généralisation des « messes face au peuple » ;
- suppression des messes en latin (nous parlons ici uniquement de la « forme ordinaire ») et limitation drastique du chant grégorien ;
- suppression de la confession individuelle au profit d’absolutions collectives célébrées les veilles de grandes fêtes (Noël, Pâques, Toussaint) ;
- suppression des agenouilloirs afin que les fidèles ne puissent plus exprimer un sentiment d’adoration ;
- obligation de rester debout pour recevoir la communion et de prendre l’hostie dans les mains ;
- encouragements à chanter « par Lui, avec Lui et en Lui... » avec le célébrant à la fin de la prière eucharistique ;
- suppression du « Je confesse à Dieu » et du rite du lavement des mains à l’offertoire ;
- obligation de truffer la messe de mots d’accueil, de bienvenue et de souhaits de « bon dimanche » ;
- liberté laissée aux célébrants de modifier ou d’ « adapter » tel rite, telle oraison ;
- liberté laissée aux prêtres de ne pas revêtir la chasuble pour célébrer la messe ;
- appel lancé aux fillettes pour servir la messe ;
- systématisation de la distribution de la communion par des laïcs ;
- messes épiscopales célébrées dans des cirques, des aut-tamponneuses, des salles de sport, des salles de spectacles...
- liturgies « revisitées » par des « équipes d’animation pastorale » regroupant des laïcs qui n’ont jamais lu ni les textes conciliaires ni la Présentation Générale du Missel romain.
2. Catéchèse.
- publication de parcours catéchétiques (le plus bel exemple étant « Pierres vivantes ») passant sous silence les connaissances de base de la doctrine catholique ;
- catéchèses paroissiales assurées par des laïcs peu formés et parfois même non-pratiquants ;
3. Séminaires ; formation des candidats au sacerdoce.
- aucune formation liturgique solide ;
- discrédit jeté sur les candidats au sacerdoce qui veulent mettre en application des enseignements du Concile.
4. Clergé.
- obligation faite aux prêtres d’abandonner l’habit ecclésiastique, le costume-cravate de « cadre légèrement supérieur » devenant le signe distinctif des évêques.
Il fut un temps où l'on pensait que la pleine beauté des rites liturgiques de l'Église catholique était un instrument efficace de conversion. Après tout, Benoît XVI a également dit que les deux grandes preuves de la vérité du catholicisme sont la beauté et la sainteté. Cela était connu par le frère Jean de Marignol (Giovanni de Marignolli), envoyé en mission dans l'empire chinois (alors dominé par la dynastie Yuan d'origine mongole). Déjà ici d'autres frères franciscains étaient actifs, tels que Jean de Montecorvino (Giovanni da Montecorvino), Jean de Plan Carpin (Giovanni da Pian del Carpine) et Odoric de Pordenone (Odorico da Pordenone), entre autres. Mais la mission chinoise sera toujours parmi les plus difficiles, pour diverses raisons.
Giovanni de Marignolli était probablement d'origine florentine, sa famille était active dans le village de San Lorenzo. En 1338, il fut chargé d'une mission spéciale: "Après avoir pris l'habit franciscain de Sainte Croix à Florence, il fut lecteur à l'étude de Bologne, où deux documents attestent sa présence entre mars et décembre 1332. En 1338, il était à Avignon. d'où il est parti avec un grand groupe de confrères pour une mission diplomatique décidée par le Saint-Siège dans l'empire mongol du khan Togan Temur (décembre 1338). Le but de la mission était de répondre aux pressions répétées de la cour mongole et des dignitaires chrétiens y travaillent pour rétablir une présence franciscaine après la mort de l'archevêque de Pékin, Giovanni da Montecorvino, décédé dix ans plus tôt. Le prélat n'a pas encore été remplacé bien que Jean XXII, le 18 septembre 1333, ait nommé le successeur en la personne du frère mineur Nicolò, qui est décédé l'année suivante avant d'arriver à cet endroit.
Pour des raisons non précisées, le chef de la délégation nommée en 1338 par Benoît XII, Nicolas Bonet, doit rapidement revenir à Avignon et M. prend sa place, même s'il n'y a pas eu de disposition officielle pour le sanctionner. Déjà à Constantinople, en mai 1339, il tenta un rapprochement avec le patriarche grec Jean (XIV) Calecas. Le 24 juin, M., passant par Caffa et Azov, arriva à Saraj, accueilli par Uzbek Khan qui lui fournit des chevaux et des vivres. En 1340, la mission atteignit Almalyk, dans le territoire de Khazko, où se trouvait déjà un important peuplement franciscain détruit par Ali Sultan qui, contrairement à son prédécesseur Kazan Khan, avait banni toutes les religions non musulmanes du Khanat. La mission, n'ayant pas respecté l'édit de proscription, avait été dévastée et trois frères, un tertiaire, deux convertis, un marchand et l'évêque Riccardo de Burgundia avaient été tués l'année précédant l'arrivée de Marignolli. Après la mort d'Ali Sultan, M. a été en mesure de rétablir de bonnes relations avec les nouveaux dirigeants et de financer et reconstruire la communauté, l'achat de terres pour de nouveaux logements et la construction d'une nouvelle église.
Quelques frères de la délégation s'arrêtèrent ainsi à Almalyk pour reprendre le travail des frères tués. En 1342, M. atteint Pékin, après avoir traversé le désert de Gobi. Accueillis en audience solennelle par Togan Temur le 12 août, les trente-deux frères ont remis les lettres du pape et ont repris l'activité d'assistance spirituelle aux chrétiens résidant à la cour. Le khan fournissait directement aux mineurs, en leur fournissant également des sommes substantielles (que M. estimait à environ 4000 marks), comme coutume des tribunaux mongols, coutumier d'accorder aux frères frères, c'est-à-dire des vitalités et des subsides impériaux" (Paolo Evangelisti, Giovanni de Marignolli, Dictionnaire biographique des Italiens, Volume 70, 2008).
Bref, le bon frère Jean avait réussi à rétablir une relation qui n'était pas facile compte tenu des différentes distances, non seulement géographiques, mais aussi culturelles, qui étaient peut-être encore plus importantes. Là où Jean, m'intéresse particulièrement ici, c'est lorqu'il nous donne ce beau témoignage dans sa Relatio de sa rencontre avec le Khan: "Nous avons été admis en présence du Khan, je portais les vêtements sacrés, j'étais précédé d'une belle croix et accompagné de bougies et de l'encens, en chantant le Credoin unum Deum en présence du Khan, qui attendait dans son glorieux palais. Quand le chant fut fini, je lui donnai ma bénédiction solennelle, qu'il reçut avec humilité" (dans Jean Pierre Charbonnier, Chrétiens en Chine, Ignatius Press, 2007, ma traduction). Comme il est bon de penser que l'annonce faite par le frère italien est partie de la beauté de la liturgie, des vêtements sacrés, des bougies et de l'encens, de la solennité du latin, du chant liturgique. Le Khan l'a reçu avec beaucoup de respect, même s'il ne s'est pas converti personnellement. Mais comme dit, les distances culturelles entre les deux mondes étaient certainement énormes.
J'aime à penser que la "diversité catholique" fortement affirmée à travers sa liturgie a certainement mérité ce respect et ce soutien de l'empereur mongol, une étape dans une histoire qui verra alors beaucoup de lumières et d'ombres.
Dans certaines paroisses, on trouve des messes célébrées dans le respect du missel romain. Il ne manque rien ; tout est à sa place. On ne peut faire aucun reproche au célébrant. Et pourtant... certaines de ces messes sont comme “fades”, “atones”. Elles se déroulent dans un climat qui n’a rien ou pas grand-chose de réellement convaincant, d’attirant.
Peut-être manque-t-il tout de même quelque chose à ces messes impeccables sur le plan du rituel ? A y regarder de plus près, on s’aperçoit que ce qui fait défaut est la “cohérence”. Tout y est mais... sans “cohérence”.
Que doit-on entendre par “cohérence” ? En latin, “cohaere” signifie “être étroitement uni, faire corps avec, être en concordance avec, former un tout uniforme”.
Pour le terme “cohérent”, le dictionnaire Larousse donne comme définition : “qui se compose de parties unies, harmonisées entre elles”.
Il peut donc arriver que, lors de messes où le rituel est parfaitement respecté, on sente que les différentes parties ou étapes de la liturgie ne sont pas parfaitement harmonieusement unies entre elles. La célébration liturgique apparaît alors non plus comme un tout se déroulant selon un processus de continuité allant du signe de croix initial à l’ “ite missa est final”, mais plutôt comme un ensemble de “morceaux” venant s’ajouter les uns aux autres.
Le mot “cohérent” se rapporte à l’ “aptitude à être en interférence” ou encore à la “faculté de corrélation des interdépendances réciproques”. Autrement dit, au cours d’une célébration, chaque élément composant la liturgie ne devrait pas être pris pour lui-même mais être mis en œuvre en respectant les interactions qu’il entretient avec l’ensemble des rites.
C’est cette cohérence qui donne vie à une célébration, qui permet qu’une liturgie puisse être autre chose que la simple mise en œuvre de rites successifs (chants, déplacements, gestes...)
Le problèmes, c’est que la “cohérence” ne s’apprend pas : elle se ressent ; elle se vit ; elle s’expérimente à travers l’ “ars celebrandi”, lequel ne peut germer et grandir que dans la prière et le silence.
Il y a des prêtres - et une majorité de fidèles - qui sont insensibles à l’ “incohérence” de certaines messes où pourtant, le célébrant fait exactement ce qu’il doit faire. Ces prêtres-là et ces fidèles-là déploreront - à juste titre - que ces messes “bien célébrées” n’attirent pas grand monde le dimanche. Ils ne verront pas que le problème vient du manque de “cohérence” qui peut tenir à peu de choses : au dessin d’une chasuble, à la pièce que va jouer l’organiste, au ton de voix du célébrant, à l’agencement du chœur...
Une liturgie ne peut être attirante et ne peut subjuguer que s’il elle apparaît comme un tout formées de parties proportionnées et harmonieuses s’enchaînant selon un rapport logique excluant toute irrégularité touchant aux formes, aux couleurs, aux sons, aux attitudes, au temps.
Aujourd'hui, nous voulons relancer une initiative qui nous semble à la fois légitime et souhaitable, à un moment où le sens du sacré est continuellement érodé, également au sein de l'Église, par d'autres préoccupations et priorités, souvent liées aux modes passagères. Nous reproduisons ici une lettre que l'ex-préfet de la Congrégation pour le Culte divin, le cardinal Canizares, aujourd'hui archevêque de Valence, a envoyée à ses prêtres en janvier, et que l'on peut trouver à Nuova Bussola Quotidiana. Entre autres choses, se référant à une lettre pastorale d'il y a quelque temps, l'archevêque a écrit :
"Dans cette même lettre je me suis rappelé comment échanger le signe de la paix et comment recevoir la communion. Je vous avoue qu'il y a des moments où je suis en colère de voir comment certaines personnes s'avancent, sans aucun souvenir ni dévotion, sans aucun geste d'adoration, comme si elles prenaient un biscuit ou quelque chose de semblable. J'insiste sur ce que j'ai dit dans cette lettre sur l'Eucharistie: on peut recevoir la communion directement dans la bouche, ou avec la main pour ensuite placer le Corps du Christ dans la bouche. Mais je dois ajouter que la forme la plus conforme au mystère du Corps du Christ que l'on reçoit est de le recevoir agenouillé et dans la bouche. En disant cela, je ne remets pas l'horloge en marche; Je dis simplement ce qui est en accord avec [la nature de] la communion."
Et précisément ces jours-ci, une demande a été faite, à tous les évêques catholiques, à laquelle n'importe qui peut montrer son soutien en la signant. C'est le texte.
Lettre adressée aux évêques de l'Église catholique
Nous demandons des agenouilloirs pour les fidèles qui souhaitent recevoir l'Eucharistie à genoux; une pétition promue par le "Comité uni au Jésus eucharistique à travers les très saintes mains de Marie".
Nous demandons prie-dieu pour les fidèles qui désirent recevoir Jésus eucharistie à genoux; une pétition promu par le “Comité d'Organisation de la célébration Eucharistique, Jésus, par la très Sainte Mains de Marie.”
Sur la réception de la communion dans la main
Afin de comprendre l'importance de la manière dont la Sainte Communion est reçue, il est nécessaire de commencer par une brève réflexion sur la signification de la Messe, au cours de laquelle le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang du Christ. Le document Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II affirme deux choses centrales: la Messe en tant que sacrifice et la Présence réelle. En outre, la formulation du Catéchisme de l'Église catholique, sous la direction du [Cardinal] Ratzinger, a réaffirmé ces connotations catholiques concernant l'Eucharistie. C'est le pape même qui conclut le Concile, Paul VI, qui se sentait même enclin à publier une lettre encyclique dans laquelle il réaffirmait le caractère sacrificiel de la messe et la validité légitime de l'adoration eucharistique par les fidèles en dehors de la messe.
Entre-temps, les conférences épiscopales nationales ont eu la faculté d'accorder un indult pour la réception de l'Eucharistie dans la main, les bancs de communion et les prie-Dieu ont été éliminés, les tabernacles ont été déplacés du centre des églises, nonobstant le fait que le Catéchisme (toujours en 1992) a réaffirmé que le tabernacle devait être situé "dans un endroit particulièrement digne dans l'église et devrait être construit de telle façon qu'il souligne et manifeste la vérité de la Présence Réelle du Christ dans le Saint Sacrement." Concernant la question de la réception de l'Eucharistie, il faut surtout se rappeler que dans les documents conciliaires - y compris ceux qui font les déclarations les plus progressistes concernant les innovations les plus significatives proposées dans la liturgie - on ne parle pas de la communion dans la main. Et pourtant, elle est considérée comme quelque chose que le Concile voulait, même si le Concile ne l'a même pas abordé. En réalité, la réception de la Sainte Eucharistie dans la main reste seulement un indult du Siège Apostolique. Lorsque les évêques italiens ont approuvé la communion dans la main (avec une majorité de deux voix seulement), il y avait ceux, comme le Président de la Conférence épiscopale qui était évidemment contre et très inquiet, qui avaient inséré une recommandation aux fidèles, en particulier aux enfants et aux adolescents, qu'ils doivent être sûrs que leurs mains étaient propres. Au lieu d'arrêter l'abus, ils ne se sont préoccupés d'abord que d'essayer de limiter l'ampleur de la profanation. C'est précisément cette génération de jeunes catholiques, élevée dans les années 80 et 90 qui (hormis la contre-tendance des groupes de prière liés à la Tradition ou aux apparitions de Medugorje) manifestent un certain désintérêt pour le dévouement et l'adoration de la Sainte Eucharistie, n'ayant aucune perception de Qui est reçu. Le document en question - l'Instruction sur la Communion Eucharistique - est celui de mai 1989, suivi du décret de la Conférence Épiscopale Italienne qui le contient, daté du 19 juillet 1989 et entré en vigueur le 3 décembre de la même année, le Premier Dimanche de l'Avent.
Le texte de l'Instruction sur la Communion Eucharistique concernant cette nouvelle manière de recevoir l'hostie consacrée explique: "Il semble particulièrement approprié de se présenter processionnellement à l'autel et de recevoir l'Eucharistie debout, avec un geste de révérence, professant avec un "Amen" "la foi dans la présence sacramentelle de Christ." Nous rappelons que nous avons ici affaire à un indult. Par l'intermédiaire de l'Instruction Memoriale Domini promulguée par la Sacrée Congrégation pour le Culte Divin le 29 mai 1969, le Saint-Siège a autorisé les conférences épiscopales individuelles à demander à la faculté d'introduire la pratique de la communion dans la main. Une possibilité n'oblige pas! Pourtant, ce n'est pas une question non pertinente, car elle ne concerne personne d'autre que la présence réelle de Jésus. Ce n'est donc pas une simple pratique des traditionalistes; c'est plutôt l'affaire centrale de toute l'Église qui, avant de s'occuper des questions écologiques, ou de la question des immigrés, doit garder et protéger le Seigneur eucharistique avec cet amour et cette fidélité avec lesquels saint Joseph protégeait l'Enfant Jésus. Dans l'Eucharistie, en effet, par amour pour les âmes, Jésus se rend vulnérable comme il était quand il était petit enfant, attaqué par la haine meurtrière d'Hérode.
Cet aspect a été configuré par Mgr Schneider comme ius Christi, c'est-à-dire la loi du Christ. Récemment, commentant cette intuition de Schneider, le cardinal Burke, reconnaissant de cette intuition, a déclaré: "rappelant l'humilité totale de l'amour du Christ qui se donne à nous dans la petite Hostie, fragile par nature, Mgr Schneider rappelle notre attention à l'obligation grave de protéger et d'adorer Notre Seigneur. En effet, dans la sainte communion, il est ému par son amour incessant et incommensurable pour l'homme, il se fait le plus petit, le plus faible, le plus délicat d'entre nous. Les yeux de la Foi reconnaissent la Présence Réelle dans les fragments, même les plus petits, de l'Armée Sacrée, et nous conduisent ainsi à aimer l'Adoration." Comme saint Thomas d'Aquin l'a enseigné, Jésus est réellement présent dans son moindre fragment d'Hostie consacrée. Le grand théologien dominicain a affirmé que l'Eucharistie est sacrée et ne peut donc être touchée que par des mains consacrées; il a fait référence à la pratique de recevoir la communion seulement sur la langue, de sorte que la distribution du Corps du Seigneur ne serait faite que par le prêtre consacré. Il en est ainsi pour plusieurs raisons, parmi lesquelles le Docteur Angélique mentionne aussi le respect envers le Sacrement, qui "ne doit pas être touché par tout ce qui n'est pas consacré: et donc le corporal, le calice, et aussi les mains du prêtre sont consacrés, afin de pouvoir toucher ce sacrement. Il n'est permis à personne d'y toucher en dehors des cas de nécessité: si, par exemple, il doit tomber sur le sol, ou dans d'autres situations similaires."
Une expérience menée aux États-Unis a démontré que, en plaçant la communion dans la main, divers fragments, difficiles à voir à l'œil nu, restent d'abord imprimés dans la paume de la main, puis tombent au sol. En outre, avec le risque de profanation continue, il y a aussi le problème des "messes noires" et des cercles sataniques qui, presque étonnés de la nouvelle pratique, peuvent maintenant plus facilement voler l'hostie et l'emporter. Récemment, diverses voix isolées mais significatives ont été soulevées dans l'Église, appelant à une réflexion sur les dommages causés et les risques de communion dans la main. Le travail pluriannuel de Mgr Schneider, évêque auxiliaire d'Astana, qui, dans plusieurs essais traduits en plusieurs langues, a courageusement dénoncé les grands dangers de la communion dans la main mérite une mention particulière. De même, Benoît XVI, bien qu'il se soit prononcé en faveur des deux pratiques (à la fois agenouillées et à la main), a toujours voulu privilégier la pratique de l'agenouillement lors des messes pontificales. Plus récemment, le Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin (qui signifie l'homme n ° 1 de la liturgie catholique!) a parlé à Milan avec des mots sans équivoque sur les dangers de la communion dans la main. Aussi digne de mention en Italie est le fr. Giorgio Maffei qui se bat depuis longtemps sur ce sujet. Il a fait de nombreux appels, tous tombant dans l'oreille d'un sourd, dans lequel, avec un zèle sacerdotal authentique, il a fait appel à ses frères prêtres, comme par exemple dans une de ses diverses contributions sur ce thème: "avec la pratique de la communion dans la main, les fragments restent sur les mains des fidèles, qui habituellement ne les regardent même pas, ne s'en soucient même pas ou ne s'en aperçoivent pas, de sorte que les fragments finissent au sol où ils sont piétinés, emportés et profanés. Ceci est bien connu, et tous les prêtres le savent bien, car comme on l'a dit, ils en ont une expérience quotidienne.
Aussi les jeunes prêtres, qui ont été chargés de donner la communion et de ne pas utiliser le plateau de communion, connaissent aussi ce problème particulier de perdre des fragments de l'Hostie, même quand on ne la touche pas. Les fidèles ont moins d'expérience et sont moins coupables que les prêtres." Ce prêtre traditionaliste bien connu a également favorisé au moins la réintroduction du plateau de communion, argument pour lequel il a subi l'humiliation et le ridicule d'un prêtre jugé démodé qui ne comprend pas ce que sont les "vrais problèmes". Cependant, le fr. Maffei a fermement soutenu que l'utilisation du plateau de communion peut réduire de manière significative le risque concret de fragments tombant au sol lors de la Communion. A plusieurs reprises, non sans raison, ce prêtre de Bologne a même exprimé son inquiétude quant au risque d'excommunication pour ceux qui ont permis la profanation des fragments de l'Hostie par la pratique de la communion dans la main, car, a-t-il dit, un péché commis contre Dieu et son Christ est un signe avant-coureur d'excommunication, et quel péché plus sérieux pourrait-il y avoir que celui d'un outrage contre les espèces eucharistiques? Parmi les mystiques, nous rappelons le témoignage de l'Autrichienne Maria Simma, qui avait un rapport exclusif avec les âmes du Purgatoire, qui lui révéla que tous les pasteurs de l'Église qui avaient approuvé la communion dans la main, s'ils mouraient en l'état de grâce resterait néanmoins au purgatoire jusqu'au jour où l'Église révoquerait l'indult le permettant.
Il est possible de penser que cette innovation, qui ne provenait pas du Concile Vatican II, du moins pas directement, est née du mouvement [après Vatican II] qui s'est infiltré dans les rangs des Conférences épiscopales nationales, en particulier celles de l'Europe du Nord. Ce mouvement prétendait revenir à la pratique de l'ancienne foi, mais cherchait en fait à délégitimer toutes les réformes faites par le Concile de Trente. Je vais essayer de m'expliquer mieux. Tous les cercles qui demandaient la communion dans la main étaient liés de façon radicale à la théologie progressiste avec son origine dans le modernisme. En réalité, le slogan d'un retour souhaité aux sources patristiques (aussi attrayantes et méritoires que cela puisse paraître) signifiait de la part de ces personnes le discrédit de l'époque du Concile de Trente. Et pourquoi? Car le discrédit de l'époque du Concile de Trente permettrait la réhabilitation de Martin Luther. C'était une considération de Ratzinger, le théologien, juste après le Concile. Et ainsi, en tout cas, la réforme liturgique s'orientait unilatéralement dans la direction de l'ère patristique, mais comme un rejet voilé de l'ère tridentine. Comme pour dire, oui, les cinq premiers siècles sont normatifs, ne faites pas attention au reste. Cette thèse d'une opposition inexistante [entre la pratique de l'ancienne Église et les réformes du Concile de Trente], même voilée, accompagnait la réforme liturgique trafiquée par les modernistes. Ils tenaient en haute estime la pratique en usage dans les premiers siècles du christianisme, abondamment attestée par les Pères de l'Église, de recevoir l'Eucharistie dans les mains.
Dans les premières communautés chrétiennes, il était normal de recevoir directement le Corps du Christ dans les mains; à cet égard, il existe de nombreux témoignages, tant dans l'Église orientale que occidentale: beaucoup de Pères de l'Église (Tertullien, Cyprien, Cyrille de Jérusalem, Basile, Théodore de Mopsuestia), divers canons juridiques pendant les synodes et les conciles (le Synode de Constantinople de 629, les Synodes des Gaulois entre les VIe et VIIe siècles, le Concile d'Auxerre qui eut lieu entre 561 et 605), jusqu'aux témoignages du VIIIe siècle de Saint Bède le Vénérable et de Saint Jean Damascène: tout cela témoigne de la même tradition largement pratiquée. Et il était certainement utile de reconnaître cette pratique. Mais à ce stade, il faut se demander ce qui s'est passé - en termes de légitimation théologique et liturgique - comme la prochaine étape de la foi de l'Église. Lorsque, dans la période médiévale, certaines écoles de théologie ont commencé à discuter de la modalité de la présence réelle du Christ dans le Très Saint Sacrement - certaines finissant en le définissant seulement comme un signe vide qui rappelle vaguement la réalité substantielle du Seigneur présent parmi nous [seulement spirituellement] - la réaction de la communauté ecclésiale était de souligner fortement la vénération et l'adoration donnée aux espèces eucharistiques, au point d'introduire le nouveau rite de la Communion directement dans la bouche en s'agenouillant, précisément pour souligner la grandeur de la Présence Réelle du Corps du Christ. S'il n'y avait pas eu une telle intervention, il y aurait eu le risque réel que l'Eucharistie aurait été complètement profanée.
Nous voudrions ajouter, humblement, que d'un point de vue hygiénique, il vaut mieux que l'Hostie ne soit touchée que par le prêtre et ne passe pas entre des mains qui n'ont peut-être pas été lavées avant la messe. Mains comme les miennes, qui [sur le chemin de la messe] ont manipulé une bicyclette, ou conduit une voiture et utilisé des clés et des serrures, qui ne sont certainement pas les choses les plus hygiéniques... de toute façon, voici le lien.
Traduit par Giuseppe Pellegrino. Publié à l'origine sur MarcoTosatti.com et édité pour 1P5.
Note du traducteur. Pour une meilleure compréhension dans la traduction de ce texte, des liens des sources bibliques en français ont été ajoutés ainsi que des liens vers wikipedia français.
Dans mon article "L'évolution de Cinquante Ans à la Note 351: La progressive désensibilisation à la Très Sainte Eucharistie", j'ai parlé de la façon dont les nombreux changements soudains et radicaux apportés à la réforme liturgique ont contribué à une érosion continuelle de la croyance en la Messe comme un Sacrifice vrai et réel et dans la Présence Réelle de Notre Seigneur dans le Saint Sacrement.Dans le présent article, je souhaite aborder un sujet étroitement lié, à savoir, comment la sainte crainte de Dieu, qui commence dans la crainte de ses justes punitions pour le péché et mûrit dans l'amour de Lui pour Lui-même et un désir de demeurer avec Lui pour toujours dans le ciel, a été miné par l'enlèvement systématique des textes liturgiques concernant la réalité de l'enfer et notre besoin de vigilance et de renoncement de soi afin d'éviter cela.
De nombreux articles montrent à quel point les prières ont été radicalement modifiées dans le missel du Novus Ordo, soit pour minimiser la subordination des choses terrestres aux choses célestes (comme par exemple avec saint Albert), soit pour "purger l'élément mythique" (comme avec Sainte Catherine), ou pour éviter de s'adresser directement au Christ en tant que Dieu (comme cela se produit à l'Avent), ou pour minimiser la royauté du Christ sur les sociétés et les gouvernements (comme la réinvention du Christ Roi) [Cf. traduction de ce dernier lien : ici. NDT.].La liste s'allonge encore et encore, comme Lauren Pristas, Anthony Cekada, et d'autres auteurs l'ont montré. Ici, mon propos est plus modeste: je me concentrerai sur des textes qui parlent d'enfer, et nous verrons comment ils se sont tenus dans le temps entre le Missale Romanum de 1962 et son remplacement prévu moins d'une décennie plus tard.
La Messe de Requiem
Le témoignage le plus évident et éloquent de la doctrine de l'Église sur les Quatre fins dernières (la mort, le jugement, le ciel et l'enfer, ainsi que leur adjonction, le purgatoire) est la traditionnelle Messe de Requiem, qui a été priée dans le Rite Latin pendant tant de siècles inchangée et est toujours utilisée partout où la messe latine fleurit.La Messe de requiem s'est organiquement développée de telle sorte qu'il y a un équilibre dans ses textes entre, d'une part, la consolation et la confiance dans le ciel, et, d'autre part, la peur de la punition par des prières pour le salut de l'âme de l'enfer.Elle est simplement catholique à cet égard, en tenant compte de la plénitude de l'enseignement de l'Évangile sur l'au-delà.Inutile de dire que tous ces textes doivent être récités ou chantés à chaque Messe de Requiem - rien n'est "optionnel", tout comme la mort, le jugement et la destinée éternelle de la béatitude ou de la souffrance ne sont pas facultatifs.
Le Requiem ne manque certainement pas de prières consolantes ou confiantes. Regardez l'Introït, l'Épître (1 Thessaloniciens 4: 13-18), le Graduel (Psaume 111: 7), l'Evangile (Jean 11: 21-27), le Secret, la Communion et la Postcommunion: toutes celles-là demandent un pardon miséricordieux et un repos éternel, et expriment votre confiance que l'âme avec foi en Christ "sera dans le souvenir éternel" et "ne craindra pas l'audition maléfique" (Graduel).Le Trait semble osciller entre la lumière et les ténèbres:
"Absous, Ô Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts de tout lien de péché, et que, secourues par ta grâce, elles méritent, Seigneur, d’échapper au jugement vengeur et de goûter aux joies de la lumière éternelle ".
La Séquence, le fameux "Dies Irae", laisse libre cours aux vérités terrifiantes et tremblantes:
Le jour de la colère, ce terrible jour, réduira le monde en cendres, comme David et la Sibylle l'ont prophétisé.Que la terreur sera grande, quand le juge viendra examiner tout rigoureusement!... Le livre écrit doit être présenté, contenant tout ce pour quoi le monde doit être jugé.Quand, donc, le Juge sera assis, tout ce qui est caché sera mis au jour, rien ne restera impuni.Que vais-je donc, malheureux homme, alléguer?Qui invoquerai-je comme protecteur, alors que le juste sera à peine assuré? Ô Roi de la majesté terrible, qui de ton don gratuit sauve ceux qui doivent être sauvés, sauve-moi, ô source de miséricorde!... Mes prières ne sont pas dignes, mais toi qui es bon, accorde dans ta bonté que je ne puisse pas brûler dans le feu éternel.Donne-moi une place parmi tes brebis et sépare-moi des boucs, en me plaçant à ton côté droit.Quand le réprouvé, couvert de confusion, aura été condamné aux flammes cruelles, appelle-moi avec le bienheureux.
L'Offertoire continue dans la même veine:
Ô Seigneur Jésus-Christ, Roi de gloire, délivre les âmes de tous les fidèles qui se sont éloignés des douleurs de l'enfer et de la fosse sans fond.Délivre-les des mâchoires du lion, que l'enfer ne les engloutisse pas, afin qu'ils ne soient pas plongés dans les ténèbres.Mais que le porte-étendard Saint-Michel les conduise dans cette lumière sainte, Répons. que tu as promis une fois à Abraham et à sa postérité.Célébrant. Seigneur, nous t'offrons des sacrifices de louanges et de prières;accepte-les en faveur de ceux dont nous nous souvenons ce jour: Seigneur, fais-les passer de la mort à la vie, Répons. ce que tu as autrefois promis à Abraham et à sa postérité.[1]
Peut-être le plus parlant de tout est le Collect nommé pour le jour de la mort ou de l'enterrement:
O Dieu, dont la propriété doit toujours avoir pitié et épargner, nous te supplions humblement en faveur de ton serviteur N., que tu as commandé aujourd'hui de sortir de ce monde, afin que tu ne le livres pas entre les mains de l'ennemi, ne l'oublie jamais, mais ordonne qu'il soit pris par tes saints anges et porté à la patrie du paradis;comme il met son espoir et sa foi en Toi, il ne souffrira pas les douleurs de l'enfer, mais il pourra posséder des joies éternelles.
Ce sont des prières fortes qui traitent sans vergogne des mâchoires béantes de l'enfer et de la possibilité que nous puissions être consommés par elles pour des péchés non repentis.Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre l'Église;mais elles peuvent très bien prévaloir contre vous ou moi.
Une telle liturgie présente toute la foi catholique.Encore une fois: lex orandi, lex credendi. [NDT. La loi de la prière détermine la loi de la croyance] Nous croyons comme nous prions.Et ce que nous ne prions pas, nous cesserons tôt ou tard de le croire - il sera remplacé par un ersatz de doctrine au pedigree douteux.
Le témoin de la Lex Orandi
Une reconnaissance salutaire des conséquences éternelles peut être vue dans n'importe quel nombre d'endroits dans le missel romain traditionnel.Voici la collecte pour la fête de Saint-Nicolas le 6 décembre:
O Dieu, qui a paré d'innombrables miracles le bienheureux évêque Nicolas: accorde-nous, nous t'en supplions, que par ses mérites et ses prières nous puissions être délivrés des flammes de l'enfer.
(Dans le Novus Ordo, cela a été affadi: "Nous implorons humblement votre miséricorde, Seigneur: protégez-nous en tous les dangers par les prières de l'évêque saint Nicolas, afin que la voie du salut puisse s'ouvrir devant nous.")
Le Vendredi de la Semaine de la Passion comprend cette galvanisation de la prière d'ouverture [Collecte]:
Verse miséricordieusement, nous t'en supplions, Ô Seigneur, Ta Grâce dans nos coeurs: que nous qui nous préservons du péché par le châtiment volontaire, souffrions plutôt pendant un certain temps que de nous condamner à la punition éternelle.
La Collecte pour la Messe du Jeudi Saint parle avec clarté du sort de Judas :
Ô Dieu, de qui Judas a reçu le châtiment de sa culpabilité, et le voleur la récompense de sa confession; accorde-nous le plein fruit de ta clémence;que, comme dans sa Passion, notre Seigneur Jésus-Christ a donné à chaque rétribution selon ses mérites, ainsi, ayant purifié notre ancienne culpabilité, il peut nous accorder la grâce de Sa résurrection.
Le deuxième dimanche après Pâques prie dans sa Collecte :
Ô Dieu, qui, par l'humilité de ton Fils, a relevé un monde déchu, accorde une joie sans fin à tes fidèles;que ceux que tu as arrachés aux périls de la mort sans fin, tu peux les faire jouir des délices sans fin.
Le troisième dimanche après la Pentecôte offre une de ces magnifiques Collectes qui en dit tellement en si peu de mots, et qui peut être priée avec ferveur par quiconque a la moindre connaissance de soi:
O Dieu, protecteur de tout ceux qui se confient en Toi, sans qui rien n'est fort, rien n'est saint, multiplie Tes miséricordes sur nous: que t'ayant pour chef et guide, nous pouvons ainsi passer à travers les choses temporelles, et que nous ne perdions pas finalement. celles qui sont éternels.
Bien sûr, la seule Prière Eucharistique jamais utilisée dans l'usus antiquior [usage ancien NDT] est le Canon Romain du 6ème siècle, qui implore sans détour la Majesté Divine:
Nous Te supplions, Seigneur, d'être apaisés et d'accepter cette oblation de notre service, comme aussi de toute ta famille, et de disposer de nos jours dans ta paix, de nous arracher à la damnation éternelle et de nous compter dans le troupeau de tes élus.
En outre, on pourrait citer des versets pertinents des Séquences Stabat Mater et Lauda Sion, qui, bien que donnés en option dans le Novus Ordo, sont généralement sautés, en raison de leur longueur;ils sont, comme d'habitude, exigés dans la vieille messe latine certains jours de l'année.
Cher lecteur, me croiriez-vous si je disais qu'aucun des textes liturgiques précédents n'a survécu à la réforme liturgique? Mais c'est vrai. Dans certains cas, les textes ont été supprimés complètement et ne peuvent être trouvés nulle part dans les nouveaux livres. Dans d'autres cas, certains textes (tels que l'Offertoire du Requiem) peuvent être trouvés dans un livre recherché et rare comme le Graduale Romanum, ou caché comme une quatorzième option quelque part, mais en pratique ils ont disparu de la vie de l'Eglise. Le seul endroit où ils s'épanouissent est l'endroit où ils sont au centre dans leur culte public, notamment dans les communautés qui profitent de la liturgie traditionnelle.
"La Parole de Dieu n'est pas enchaînée" (2 Tim 2: 9)
Au-delà de ces prières, l'enfer est mentionné plusieurs fois par an dans les lectures évangéliques de la Messe latine traditionnelle, qui, heureusement, conserve l'ancien cycle de lectures d'un an, plutôt que les cycles gargantuesques de deux et trois ans du Novus Ordo.Dans l'usus antiquior, la déclaration solennelle de Notre-Seigneur dans le chapitre 12 de l'Évangile de saint Luc: "Je vous le dis, mes amis, ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ensuite ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre; craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne.Oui, je vous le dis, craignez-le" - on le lit au moins quatre fois dans l'année, à savoir, pour la fête de saint Justin Martyr (14 avril), SS.Jean et Paul (26 juin), les saints Maccabées (1er août) et SS.Tiburtius et Susanna (11 août), ainsi que n'importe quel autre moment, le commun de plusieurs martyrs pourrait être utilisé.En comparaison, ce passage est lu une fois tous les deux ans dans le Novus Ordo.Le passage parallèle du chapitre 10 de l'Évangile de saint Matthieu: "Et ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et qui ne peuvent tuer l'âme; mais craignez plutôt celui qui peut détruire l'âme et le corps en enfer". lisons pour quatre fêtes, celles de Saint-Polycarpe (26 janvier), de Saint-Cyrille de Jérusalem (18 mars), de Saint-Athanase (2 mai) et de Saint-Irénée (3 juillet).Dans le Novus Ordo, il est lu un samedi de chaque année et un dimanche tous les trois ans.
Matthieu 5:22, "Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu", fait partie de l'Evangile du cinquième dimanche après la Pentecôte.Dans le Novus Ordo, cela apparaît heureusement deux jours de la semaine par an, et un dimanche tous les trois ans.La péricope de Matthieu 18: 1-10, qui comprend ces mots obsédants-
Malheur au monde à cause des scandales.Car il faut que les scandales viennent: mais malheur à l'homme par qui le scandale vient.Et si ta main ou ton pied te scandalise, coupe-le et jette-le loin de toi.Il vaut mieux pour toi entrer dans la vie mutilé ou boiteux, que d'avoir deux mains ou deux pieds, pour être jeté dans le feu éternel.Et si ton oeil te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi.Mieux vaut pour toi avoir un œil pour entrer dans la vie que d'avoir deux yeux pour être jeté dans le feu de l'enfer.
- est lu au moins deux fois par an dans l'usus antiquior, àsavoir, pour la dédicace de St. Michel Archange (29 septembre) et les anges gardiens saints (2 octobre). Dans le Novus Ordo, étonnamment, ces versets ne sont jamais lus : les versets "amicaux" 1-5, 10 et 12-14 sont lus à plusieurs reprises, mais les versets sur le feu de l'enfer sont supprimés.Trop effrayant, je suppose.
Si j'ai fait les calculs correctement, sur une période de trois ans, celui qui assiste à la messe latine traditionnelle entendra 33 fois ces Evangiles en particulier, alors que celui qui fréquente le Novus Ordo les entendra 13 fois.[2] Évidemment, il y a beaucoup d'autres facteurs dont il faudrait tenir compte pour une comparaison complète de la présentation des quatre dernières choses dans les deux formes du Roman Rite, un projet qui dépasse le but de cet article.Néanmoins, la comparaison que nous venons d'exposer expose déjà le genre de différences profondes dans la lex orandi que je prétends pertinentes pour comprendre la confusion de notre temps dans la doctrine (lex credendi) et en morale (lex vivendi).[3]
Conséquences spirituelles pour les fidèles
Nous avons vu que la liturgie traditionnelle prie pour les vivants et les morts de manière réaliste et nous instruit en conséquence, soulignant la miséricorde de Dieu et la possibilité d'atteindre la vie éternelle sans négliger le "jugement vengeur" du Seigneur et la possibilité réelle de la damnation.La liturgie nous inculque une conscience vive de notre faiblesse et de notre dépendance à la grâce, de la gravité du péché, du besoin de pénitence et d'ascétisme, et du rôle fondamental que la crainte du Seigneur doit jouer dans notre vie intérieure.L'attitude de base de l'adorateur est celle louée par le psalmiste: "Servez le Seigneur avec crainte, rendez-lui votre hommage en tremblant." (Ps 2, 11).[4]
Instruits par la messe des âges et d'autres textes liturgiques, [5] nous croyons que (a) tout le monde ne va pas automatiquement au ciel, (b) il y a un juge tout-puissant, omniscient, juste qui examinera nos œuvres et nous donnera ce que nous avons cherché dans nos choix, que ce soit la gloire ou la honte, la béatitude ou la damnation.(c) l'âme défunte a désespérément besoin de nos prières parce que nous souhaitons qu'elles soient libérées des angoisses du purgatoire, et l'une des manières qui se produit est quand les membres de l'Église militante offrent des prières et des pénitences pour les morts.
Nos actions dans cette vie ont des conséquences éternelles, pour le bien ou pour le mal.Une de ces actions que nous devons discerner est de savoir si nous vivons maintenant en accord avec les commandements de Dieu, en particulier les Dix Commandements.Ce n'est pas un examen de conscience facultatif pour l'extra-pieux mais un examen exigé pour chaque être humain qui a atteint l'usage de la raison.En d'autres termes, personne ne peut s'excuser devant le Juge en disant: "Je ne savais pas que j'étais censé examiner ma conscience pour savoir si j'acceptais ou non les Dix Commandements." Il y a certaines choses dont personne ne peut être blâmées de ne pas le savoir, si on ne leur a jamais dit, mais il y a d'autres choses - la loi morale naturelle, en particulier - que nous sommes obligés de connaître et que tous sont capables de connaître.En outre, le catholique, après avoir examiné sa conscience de cette manière, doit discerner s'il est dans un état de grâce sanctifiante, afin qu'il puisse s'approcher du banquet céleste pour recevoir la chair blessée et glorifiée du Sauveur.Ceci, après tout, est l'enseignement de non moins une autorité que l'apôtre saint Paul dans 1 Corinthiens 11: 27-29:
Celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe.Celui qui mange et qui boit mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le corps du Seigneur.
Mais ces versets ont été entièrement enlevés du Novus Ordo.On commence à détecter un motif dans tout cela.Le fait effrayant, Mesdames et Messieurs, est que le Novus Ordo minimise systématiquement la réalité de l'enfer.[6]
La disparition virtuelle de certaines prières et lectures liturgiques, et la réduction significative des autres, fait sûrement partie de la raison, sans doute la raison principale, que les catholiques d'aujourd'hui sont enclins à croire au salut universel et à une attitude "tout le monde est le bienvenu", concernant ceux qui peuvent recevoir la Sainte Communion. Ces deux points de vue vont main dans la main.
La débâcle d'Amoris Laetitia ne peut être résolue que lorsqu'il y a un large retour à l'enseignement traditionnel (c'est-à-dire catholique) sur tous ces sujets.La restauration de cet enseignement dépend de sa pénétration, de son efficacité et de sa longévité dans l'adhésion zélée aux liturgies traditionnelles (orientales et occidentales) où elles fleurissent déjà, et leur restauration complète partout où elles ne le sont pas.Aussi loin que paraisse cet objectif, nous ne devons jamais nous lasser de le poursuivre, car le lien qui unit la lex orandi, la lex credendi et la lex vivendi est intrinsèque, indissoluble et inévitable.
NOTES
[1] Incidemment, la grande antiquité de cet Offertoire est évidente dans un certain nombre de dispositifs.Premièrement, il conserve la forme d'un respons, qui était la forme originale de toutes les antiphons de l'offertoire.Au fil du temps, les autres chants d'offrandes furent raccourcis, mais celui-ci resta toujours entier.(Les versets originaux pour d'autres chants d'Offertoire sont disponibles dans Offertoriale publié par Solesmes.) Deuxièmement, ses résonances de l'Ancien Testament sont caractéristiques de la prière classique de l'Église romaine, en particulier la mention de la promesse à Abraham et à sa postérité (c.-à-d. Christ, comme l'enseigne saint Paul dans Galates), et l'utilisation de l'expression "sacrifice de louange", qui décrit comment le canon romain du 6e siècle décrit l'oblation eucharistique.Nous examinons ici le cœur même de la liturgie catholique romaine.
[2] Les nombres que j'ajoute ensemble sont (4 + 4 + 4) + (4 + 4 + 4) + (1 + 1 + 1) + (2 + 2 + 2) pour les évangiles de l'usus antiquior, et (1 + 0 + 1) + (1 + 1 + 2) + (2 + 2 + 3) + (0 + 0 + 0) pour le Novus Ordo.
[3] L'outil d'étude idéal pour cette question est l'Index Lectionum de Matthew P. Hazell : Un Tableau Comparatif des Lectures pour les Formes Ordinaires et Extraordinaires du Rite Romain (np: Lectionary Study Press, 2016).Ma préface à ce volume va dans un certain nombre d'autres aspects inquiétants du lectionnaire révisé.Récemment j'ai écrit sur la signification du fait que l'Évangile de la fête de mariage à Cana est lu chaque année dans la Messe traditionnelle (deuxième dimanche après l'Epiphanie) mais seulement une fois tous les trois ans dans le Novus Ordo (Second Dimanche du Temps Ordinaire, Année C).
[4] Saint Augustin commente ce verset: "Servez le Seigneur avec crainte, depeur que ce qui est dit: vous, rois et juges de la terre, ne vous tourniez dans l'orgueil, et ne vous réjouissiez pas en tremblant.On se réjouit très excellemment, de peur que servir le Seigneur avec crainte ne semble tendre à la misère.Mais encore une fois, de peur que cette même réjouissance ne coule sur une inconsidération sans retenue, il est ajouté avec tremblement, qu'il pourrait servir à un avertissement, et à la garde prudente de la sainteté."
[5] Tels que le Credo de S. AthanaseQuicumque, dont les premières paroles sont comme un renversement du gant de l'indifférentisme et de l'universalisme: "Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s'il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l'éternité."
[6] Nous voyons souvent la même chose dans les versions édulcorées des prières traditionnelles qui sont utilisées dans de nombreuses classes de catéchisme aujourd'hui.Je suis tombé sur un acte de contrition dans une salle de classe du CCD qui lisait plus ou moins comme suit: "Mon Seigneur, je suis désolé pour mes péchés. Aide-moi à vivre comme Jésus et à aimer tous ceux que je rencontre.Amen." Une prière de ce genre n'exprime convenablement ni la contrition parfaite ni la contrition imparfaite.Comparez-la avec l'une des versions traditionnelles de l'Acte de Contrition: "O mon Dieu, je suis sincèrement désolé de t'avoir offensé, et je déteste tous mes péchés, parce que je redoute la perte du ciel et les douleurs de l'enfer, mais surtout parce que ces péchés t'ont offensé, mon Dieu, qui est tout bon et qui mérite tout mon amour.Je prends la ferme résolution, avec le secours de Ta grâce, de faire pénitence, de ne plus pécher, et d'éviter tout ce qui me conduit au péché. Amen."
Dans sa divine Providence, Dieu Tout-puissant a fondé l’Eglise et institué la Liturgie Sacrée à travers laquelle nous pouvons Lui offrir un culte véritable dans la Nouvelle Alliance établie par le Christ. Ce faisant, en entrant dans les exigences des rites sacrés déployés dans la tradition de l’Eglise, nous donnons un vrai sens à notre identité de fils et de filles du Père. La liturgie garde ainsi résolument les yeux fixés sur Dieu Tout-puissant, et non sur la modernité, la postmodernité ou je ne sais quel autre courant culturel ou philosophique. Elle occupe, comme l’a enseigné Sacrosanctum Concilium, une place fondamentale dans la vie du chrétien comme source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise. La liturgie catholique est normative pour la vie du chrétien, et bénéficie d’une objectivité dans la mesure où son contenu n’est pas affecté par les modes passagères propres à chaque génération – ou les formes particulières que lui donneraient certains prêtres ou évêques – mais est maintenue ferme et intègre dans la tradition tout en restant raisonnablement adaptable à des besoins pastoraux avérés. Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise Catholique, la liturgie catholique est un élément constituant de la sainte et vivante Tradition.
Il est ainsi évident que la Sainte Liturgie est de par sa nature contraire à cette exaltation de la subjectivité en toutes circonstances propre aux cultures postmodernes ; et cela se confirme tout particulièrement pour la prétention centrale de l’Eglise qui affirme que la Vérité est constituée par la Révélation de Dieu à l’humanité. »
Catherine Pickstock, théologienne professeur à Cambridge, présente à ce propos une appréciation fascinante de cette confrontation entre deux mondes quand elle écrit : « Une réforme liturgique authentique… devrait, soit être amenée à renverser notre modernité antirituelle, ou, cela étant impossible, àconcevoir une liturgie qui refuserait d’être inculturée dans nos schémas de pensée et de discours modernes. » Elle plaide pour la création d’une liturgie qui « serait plus apte à nous confronter au défi que représente le choc avec un langage non familier », et aussi «à faire de toute notre vie une adoration, et à nous réunir dans le seul but de recevoir le don du Corps du Christ ». Catherine Pickstock voit juste lorsqu’elle dit que la liturgie doit refuser de suivre servilement les chemins de la modernité, et reste persuadée que le côté peu familier de la liturgie peut et doit servir à secouer de façon salutaire ceux qui se sont déjà avancés trop loin sur ces chemins.
Le site Zenit a publié la traduction intégrale de la catéchèse en italien prononcée par le pape, lors de l’audience générale de ce mercredi 22 novembre 2017 sur la Place Saint-Pierre :
Le pape a invité à réfléchir :
"si, au moment de la messe, nous allons au calvaire – réfléchissons avec notre imagination – et si nous savons que cet homme, là, est Jésus. Mais est-ce que nous nous permettrions de bavarder, de faire des photos, de faire un peu de spectacle ? Non ! Parce que c’est Jésus ! Nous resterions certainement en silence, en pleurs et aussi dans la joie d’être sauvés. Quand nous entrons dans une église pour célébrer la messe, pensons à cela : j’entre au calvaire, où Jésus donne sa vie pour moi. Et ainsi, le spectacle disparaît, les bavardages disparaissent, les commentaires et ce genre de choses qui nous éloignent de cette chose si belle qu’est la messe, le triomphe de Jésus."
Et le pape de conclure :
"La messe, c’est revivre le calvaire, ce n’est pas un spectacle."
Dans l’édition typique du Missel romain servant de référence aux traductions dans les différentes langues courantes, on lit « Hic est enim calix sanguinis mei ... qui pro vobis et pro multis effundetur » (Ceci est la coupe de mon sang ... qui sera versé pour vous et pour beaucoup. NdCR.). Beaucoup de versions postconciliaires ont choisi de lire le « pro multis » comme un « pro omnibus » avec comme conséquence une différence non négligeable à un moment crucial touchant la foi catholique : la même messe... mais des formules liturgiques divergentes au moment de la consécration eucharistique, en fonction des groupes linguistiques.
Ainsi, en italien, le célébrant doit dire « per tutti » (pour tous) ; ceux qui vont à la messe dans un pays germanophone entendront dans certaines régions « für viele » (pour beaucoup) et dans d’autres régions « alle für » (pour tous). De telles discordances existent également en espagnol : certaines conférences épiscopales ont choisi de traduire « por muchos » (pour beaucoup), d’autres « por todos los hombres » (pour tous les hommes). En France, on dit « pour la multitude », faisant ainsi écho à la multitude évoquée par François.
La position du pape Benoît XVI
En 2006, Benoît XVI a demandé au cardinal Francis Arinze, alors préfet de la congrégation pour le Culte divin, d’envoyer une lettre à toutes les conférences épiscopales dans laquelle était signifiée une nette préférence pour une traduction littérale de « pro multis » et appelant à faire un changement là où était utilisée l’expression « pour tous ». Mais cette demande est souvent tombée dans le vide. Benoît XVI a repris cette question dans une lettre envoyée en 2012 aux évêques d’Allemagne. Le document, signé de sa propre main, résume les raisons théologiques pour la fidélité nécessaire à l’original latin, précisant en outre que le changement de la traduction doit être accompagnée d'une catéchèse spécifique aux fidèles. Pour le pape Ratzinger, l’expression « pour beaucoup » permet de conserver et de signifier une conception juste du salut qui laisse le croyant libre de dire « oui » à l’amour de Dieu.
Que dit François ?
Les enseignements de François ne semblent pas mettre fin au débat. Surtout quand on sait qu’il célèbre lui-même la messe en utilisant, selon le cas, l’une ou l’autre traduction. Ainsi, à Cuba, le 20 Septembre, 2015, il utilisé la formule espagnole « por todos los hombres », mais trois jours plus tard, à Washington, alors qu’il célébrait également en espagnol, il a dit « por muchos », plus proche de la formule latine « pro multis » utilisée au cours du même voyage apostolique lorsque la prière eucharistique était dite en latin. Et si vendredi dernier, pour la messe à Saint-Pierre, François a utilisé la prière en latin avec le « pro multis », la veille, au cimetière de Nettuno, en utilisant la même prière eucharistique, mais en italien cette fois, il avait utilisé les mots « pour tous » qui se trouvent dans le Missel actuellement en vigueur en Italie.
L’homélie du pape François
Le pape François va-t-il prendre position pur l’une ou l’autre traduction ? Il faut rappeler qu’en 2015, les participants au Ve Congrès de l’Eglise d’Italie à Florence ont déclaré : « Vous savez que le Seigneur n’a pas versé son sang pour certains, ni pour quelques-uns, ni pour beaucoup, mais pour tous. » Or l’homélie faite par le pape, vendredi dernier à Saint-Pierre, serait, selon le théologien Andrea Grillo, une façon de « conclure des discussions inutiles sur le “pro multis”, qui caractérisaient les dernières années du pontificat de Benoît XVI. »
Ouvrir à nouveau le débat ?
A présent, le pape Bergoglio semble rouvrir le débat. Un débat encadré par son Motu proprio de septembre “Magnum principium” qui pousse à une plus grande liberté dans les traductions liturgiques et a été vu par beaucoup comme un renversement du précédent document sur la matière, “Liturgiam authenticam”. Un Motu proprio défendu par le cardinal Robert Sarah qui, pour avoir minimisé la nouveauté introduite par François, a été humilié publiquement par le pape François.
La question de la traduction du « pro multis » qui est au cœur de la consécration, et donc de notre foi catholique, risque bien d’occasionner un nouveau désordre dans la liturgie et, par ricochet, dans l’Eglise.
Les évêques français ont décidé, durant leur Assemblée plénière à Lourdes (du 28 au 31 mars 2017), « l’entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Notre Père dans toute forme de liturgie publique, le premier dimanche de l’Avent 2017 ». C’est ce qu’a indiqué la Conférence des évêques de France (CEF).
Nouvelle version du Notre Père récitée à compter du 3 décembre 2017
Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation, [Jusqu'au 3 décembre 2017 : "Et ne nous soumets pas à la tentation"]
mais délivre-nous du Mal.
La nouvelle traduction francophone du Notre Père, – « ne nous laisse pas entrer en tentation », au lieu de « ne nous soumets pas à la tentation » –, était en fait actée depuis novembre 2013. Elle avait été décidée dans le cadre d’un chantier plus global, entamé il y a 17 ans par les conférences épiscopales francophones, qui ont travaillé sur une nouvelle traduction intégrale de la bible, pour son usage liturgique.
La version prononcée actuellement, qui évoluera donc le 3 décembre 2017, datait de 1966
(...) La version prononcée actuellement, qui évoluera donc le 3 décembre 2017, datait, elle, de 1966 et avait été adoptée de manière œcuménique par les Églises luthériennes et réformées de France ainsi que par l’Église orthodoxe.
En mai 2016, au terme de leur synode annuel, les membres de l’Église protestante unie de France (Epudf) ont de leur côté, recommandé à leurs paroisses, par soucis « œcuménique », d’utiliser la nouvelle version, « ne nous laisse pas entrer en tentation.»
Note du blog Christ-Roi. La traduction "ne nous laisse pas entrer en tentation" est tirée des écrits de saint Matthieu (Mt 6:9-13) ou saint Luc (Lc 11:1-4). Elle correspond mieux à l'Epître de Saint Jacques : "Que nul, quand il est tenté, ne dise : 'Ma tentation vient de Dieu'. Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l'entraîne et le séduit" (TOB, Jc., 1:13-14.);"Que nul, s'il est éprouvé, ne dise :'C'est Dieu qui m'éprouve.' Dieu en effet n'éprouve pas le mal, il n'éprouve non plus personne. Mais chacun est éprouvé par sa propre convoitise, qui l'attire et le leurre."(Bible de Jérusalem,Jc., 1:13-14.); "Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : ' Ma tentation vient de Dieu.' Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne et le séduit." (Bible de l'Association épiscopale liturgique des pays francophones, Jc, 1: 13-14).
En 2013, le Cardinal Canizarès Llovera, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, se réjouit de donner ainsi aux fidèles "une Bible liturgique qui leur permettra d’accéder à la source de la foi et de louer le Seigneur dans une langue à la fois compréhensible, claire et magnifique (...) dans la fidélité à la Néo-Vulgate latine qui constitue le modèle de toute Bible catholique."
Dans l’Eglise, un schisme commence quand d’une paroisse à l’autre, la liturgie offre d’innombrables variantes témoignant de ce que les célébrants ont perdu “l’esprit de foi” (cf. S. Jean-Paul II, Lettre “Dominicae Cenae”, # 12.) ; il commence quand on adapte la liturgie aux différents “types” de fidèles (jeunes, vieux, modernistes, classiques...) et que d’un “type” à l’autre, plus rien ne passe, plus rien n’est reçu et plus rien n’est transmis.
A y regarder de plus près, l’Eglise est depuis des années dans un état de schisme rampant.
Extraits de Dominicae Cenae, # 9 et # 12. Dans le paragraphe 12, S. Jean Paul II utilise six fois le mot "unité" en association avec le mot "esprit de foi" :
9. L'Eucharistie est surtout un sacrifice : sacrifice de la Rédemption et, en même temps, sacrifice de la Nouvelle Alliance (46), comme nous le croyons et comme le professent clairement les Eglises d'Orient : " Le sacrifice d'aujourd'hui - a affirmé il y a des siècles l'Eglise grecque - est comme celui qu'offrit un jour l'unique Verbe incarné, il est offert (aujourd'hui comme alors) par Lui, car il est le sacrifice identique et unique " (47). C'est pourquoi justement, en rendant présent cet unique sacrifice de notre salut, l'homme et le monde sont restitués à Dieu par la nouveauté pascale de la Rédemption. Cette restitution ne peut faire défaut : elle est le fondement de la " Nouvelle et Eternelle Alliance " de Dieu avec l'homme et de l'homme avec Dieu. Si elle venait à manquer, il faudrait mettre en cause aussi bien l'excellence du sacrifice de la Rédemption, qui fut pourtant parfait et définitif, que la valeur sacrificielle de la sainte messe. Etant un véritable sacrifice, l'Eucharistie réalise donc la restitution à Dieu.
(...)
12.(...) L'Eucharistie est un tel don, elle est un tel bien. Nous devons rester fidèles dans les détails à ce qu'elle exprime en elle-même et à ce qu'elle nous demande, c'est-à-dire l'action de grâces.
L'Eucharistie est un bien commun de toute l'Eglise, comme sacrement de son unité. L'Eglise a donc le devoir rigoureux de préciser tout ce qui concerne la participation à l'Eucharistie et sa célébration. Il nous faut agir, par conséquent, selon les principes établis par le dernier Concile qui, dans sa constitution sur la sainte liturgie, a défini les autorisations et les obligations de chaque Evêque dans son diocèse comme aussi des Conférences épiscopales, étant donné que les uns et les autres agissent en unité collégiale avec le Siège Apostolique.
Nous devons en outre suivre les ordonnances publiées par les différents dicastères en ce domaine : aussi bien en matière liturgique, dans les règles établies par les livres liturgiques en ce qui concerne le mystère eucharistique, et dans les instructions consacrées au même mystère (67), que pour ce qui regarde la "communicatio in sacris", dans les normes du "Directorium de re oecumenica" (68) et dans l'"Instruction sur les cas d'admission des autres chrétiens à la communion eucharistique dans l'Eglise catholique" (69). Et même si la possibilité d'une certaine autonomie "créative" a été admise dans cette étape de renouveau, ilfaut toutefois respecter strictement les exigences de l'unité substantielle. Sur la voie de ce pluralisme (qui découle déjà, entre autres, de l'introduction des diverses langues dans la liturgie), nous ne pouvons poursuivre que jusqu'à une certaine limite : celle de ne pas supprimer les caractéristiques essentielles de la célébration de l'Eucharistie, et de respecter les normes prescrites par la récente réforme liturgique.
Il faut accomplir partout l'effort indispensable pour que dans le pluralisme du culte eucharistique, prévu par le Concile Vatican II, se manifeste l'unité dont l'Eucharistie est le signe et la cause.
Cette tâche sur laquelle, par la force des choses, doit veiller le Siège Apostolique, devrait être assumée non seulement par les diverses Conférences épiscopales, mais aussi par tout ministre de l'Eucharistie, sans exception. Chacun doit en outre se rappeler qu'il est responsable du bien commun de toute l'Eglise. Leprêtre, comme ministre, comme célébrant, comme étant celui qui préside l'assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir un sens particulier du bien commun de l'Eglise, qu'il représente par son ministère, mais auquel il doit être aussi subordonné selon une discipline correcte de la foi. Il ne peut pas se considérer comme un "propriétaire", qui dispose librement du texte liturgique et du rite sacré comme de son bien propre, en allant jusqu'à lui donner un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété subjective, mais objectivement c'est toujours trahir l'union qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de l'unité.
Tout prêtre qui offre le Saint Sacrifice doit se rappeler que, pendant ce sacrifice, ce n'est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c'est toute l'Eglise qui prie, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu'un voulait appeler une telle position "uniformisme", cela prouverait seulement l'ignorance des exigences objectives de l'unité authentique, et ce serait un symptôme d'individualisme dangereux.
La subordination du ministre, du célébrant, au "Mysterium" qui lui a été confié par l'Eglise pour le bien de tout le peuple de Dieu, doit aussi trouver son expression dans l'observation des exigences liturgiques relatives à la célébration du Saint Sacrifice. Ces exigences portent, par exemple, sur l'habit, et en particulier sur les ornements que revêt le célébrant. Il est naturel qu'il y ait eu et qu'il y ait des circonstances dans lesquelles les prescriptions n'obligent pas. Nous avons lu avec émotion, dans des livres écrits par des prêtres qui avaient été prisonniers dans des camps d'extermination, des relations de célébrations eucharistiques faites sans suivre ces règles, c'est-à-dire sans autel et sans ornements. Si, en de telles conditions, cela était une preuve d'héroïsme et devait susciter une profonde estime, dans des conditions normales toutefois, négliger les prescriptions liturgiques peut être interprété comme un manque de respect envers l'Eucharistie, éventuellement dicté par l'individualisme ou par un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes, ou par un certain manque d'esprit de foi."
Toujours au paragraphe 12, "(...) en arrivant au terme de ces considérations", le pape S. Jean Paul II ajoute : "je voudrais demander pardon - en mon nom et en votre nom à tous, vénérés et chers Frères dans l'épiscopat - pour tout ce qui, en raison de quelque faiblesse humaine, impatience, négligence que ce soit, par suite également d'une application parfois partielle, unilatérale, erronée des prescriptions du Concile Vatican II, peut avoir suscité scandale et malaise au sujet de l'interprétation de la doctrine et de la vénération qui est due à ce grand sacrement. Et je prie le Seigneur Jésus afin que désormais, dans notre façon de traiter ce mystère sacré, soit évité ce qui peut affaiblir ou désorienter d'une manière quelconque le sens du respect et de l'amour chez nos fidèles."
Des forces envoyées par lui surgiront, profaneront le Lieu saint, la citadelle ; elles feront cesser le sacrifice perpétuel et établiront l’Abomination de la désolation.
Ceux qui transgressent l’Alliance, il en fera des renégats par ses intrigues, mais le peuple de ceux qui connaissent leur Dieu réagira fermement.
[...]
Le roi agira selon son bon plaisir, il s’élèvera et s’enflera d’orgueil au-dessus de tout dieu. À propos du Dieu des dieux, il dira des choses aberrantes. Il réussira jusqu’à ce que la colère soit à son comble, car ce qui a été décidé s’accomplira.
Il n’aura d’égard ni pour le dieu de ses pères, ni pour le dieu favori des femmes, il n’aura d’égard pour aucune divinité, car il s’enflera d’orgueil au-dessus de tout.
À leur place, il honorera la divinité des citadelles, une divinité inconnue de ses pères ; il l’honorera avec de l’or, de l’argent, des pierres rares et des objets précieux. Il interviendra contre les fortifications des citadelles avec l’aide d’une divinité étrangère.
Des nouvelles inquiétantes (non encore confirmées officiellement) annoncent que le pape François préparerait dans le plus grand secret une messe sans consécration... Pour faire l'"unité"avec les protestants, les paroles de la consécration seraient supprimées. Vers l'abolition du Saint Sacrifice annoncé en Daniel 11, 31 ?
LE VATICAN PRÉPARERAIT UNE MESSE ŒCUMÉNIQUE DANS LE PLUS GRAND SECRET AVEC UNE CONSÉCRATION SILENCIEUSE
Il ne s'agit encore que de rumeurs et il faut donc prendre ces informations avec un grain de sel, voire même deux ou trois. Mais le fait qu'elles circulent est déjà un signal et les antennes de ceux qui m'en ont parlé sont en général fiables.
Nous écrirons donc tout ceci au conditionnel. Une commission mixte composée de luthériens et d'anglicans liés par le secret travaillerait actuellement pour mettre au point une forme de messe à laquelle pourraient participer les fidèles des trois confessions chrétiennes. Il n'est pas question des orthodoxes. Il ne semble pas qu'il y ait de documents écrits et tout cela n'en serait qu'au niveau de conversations.
L'hypothèse prévoirait une première partie de la liturgie de la parole qui ne pose pas de problème; après la reconnaissance des péchés, la demande de pardon à Dieu et la récitation du Gloria, on poursuivrait par les lectures et l'Evangile.
La commission plancherait actuellement sur la problématique du Credo. Les Eglises protestantes, même si elles reconnaissent le Symbole de Nicée-Constantinople, récitent de préférence le Symbole des apôtres. L'Eglise catholique les alterne. Au fond, même ce point ne devrait pas constituer un problème majeur.
Tout comme la présentation des dons qui, même si elle devra être étudiée avec attention, ne semble pas présenter d'obstacles majeurs au projet.
Le nœud central concerne l'eucharistie. La vision catholique de l'eucharistie diverge profondément de la vision luthérienne et de celles des autres confessions protestantes. Et il va de soi qu'à ce moment aussi fondamental au cours lequel, pour les catholiques, se déroule la transsubstantiation (mais pas pour les protestants), la liturgie ne peut pas être différente pour les différents célébrants.
Comment célébrer une liturgie commune alors que la définition alors que les définitions de ce qui s'y passe réellement à son point culminant divergent?
Une des possibilités envisagées serait le silence. C'est-à-dire qu'après le Sanctus, au moment où le célébrant prononce les paroles: "Toi qui es vraiment saint, toi qui es la source de toute sainteté, Seigneur, nous te prions" les célébrants se tairaient et chacun répéterait mentalement "sa" formule.
La parole reviendrait dans les assemblées avec la récitation du Notre Père. La façon dont devraient se former les files pour recevoir l'eucharistie n'est pas encore très claire.
Voilà ce que nous avons entendu et dont nous vous informons. Une confirmation partielle du fait que ces travaux sont en cours se trouve dans cet article de Luisella Scrosati dans La Bussola Quotidiana évoque un tour de passe-passe trouvé par le Conseil pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens, à l'époque présidé par le Cardinal Kasper, qui consisterait à recourir à l'Anaphore d'Addai et Mari qui est une prière de l'Eglise assyrienne d'Orient, plus connue comme Eglise nestorienne (Une Eglise orthodoxe des deux conciles).
Cette prière ne contient pas les paroles de la consécration sinon, comme l'affirme le document datant 2001, "non pas sous la forme d'une narration cohérente et ad litteram, mais de manière eucologique et disséminée, c'est-à-dire qu'elles sont intégrées aux prières d'action de grâce, de louange et d'intercession qui suivent."
> Orientations pour l'admission à l'Eucharistie entre l'Eglise chaldéenne et l'Eglise assyrienne d'Orient
Autrement dit, elle ne contient pas de façon explicite les mots 'ceci est mon corps... ceci est la coupe de mon sang' mais ceux-ci sont 'dispersés' dans les prières qui composent l'anaphore. Une véritable aubaine pour pouvoir justifier la création d'une nouvelle prière eucharistique sans les paroles de la consécration susceptibles de heurter les frères protestants.
Cette liturgie était uniquement réservée à l'Eglise chaldéenne et à l'Eglise assyrienne en cas de problèmes pastoraux [dus à la coexistence de ces deux communautés dans la diaspora au Kurdistan, le document mentionne explicitement qu'elles partagent la même foi eucharistique sur la présence réelle, NdT].
Mais naturellement, un détail aussi insignifiant n'aura aucun poids dans la fièvre œcuménique actuelle. De minimis non curat praetor.
Source: Marco Tosatti, journaliste et vaticaniste à La Stampa. Traduction Diakonos.be
Selon le vaticaniste Mario Tosatti, le rituel d’une “messe œcuménique” serait en préparation au Vatican. Elle pourrait être célébrée aussi bien par les catholiques que les protestants ou les anglicans puisqu’elle ne contiendrait plus rien d’explicite concernant l’aspect sacrificiel de l’Eucharistie, cette dernière n’étant plus qu’un repas fraternel célébré sur une table, comme c’est déjà le cas dans nombre de paroisses.
Dans cette nouvelle “messe”, il ne serait plus question de lien entre la “lex orandi” et la “lex credendi”, chacun étant libre de célébrer comme il veut pour croire ce qu’il veut. L’attaque contre la foi catholique viendrait donc du plus haut sommet de l’Eglise où la pratique du double langage est devenue habituelle.
Au cours d’une conférence donnée 6 mois après l’élection du successeur de Benoît XVI, le Cardinal Theodore McCarrick, Archevêque émérite de Washington (USA) révélait le plan ourdi par la “Maffia de Saint-Gall” (composée entre autres des cardinaux da Cruz Policarpo, Martini, Danneels, Murphy-O'Connor, Silvestrini, Husar, Kasper, Lehmann) pour faire élire Jorge Bergoglio.
Dans sa conférence, le Cardinal McCarrick précisait encore que cette “maffia” avait donné 5 ans au Pape François pour mettre l’Eglise sens dessus-dessous en sorte que la foi catholique puisse se dissoudre dans une vague religiosité sans consistance... La vidéo de la conférence (en anglais) est ici.
Ce n’est pas seulement la messe qu’une commission est chargée de démolir pour la rendre œcuménique, c’est-à-dire sans aucun rapport avec la foi professée par l’Eglise catholique. Comme si ça ne suffisait pas, c’est aussi la paroisse qui va faire l’objet d’un changement total. Selon des indiscrétions venant de Sainte-Marthe, la paroisse devrait disparaître pour être remplacée par des “communautés œcuméniques” dirigées par des “équipes de bergers” composées de “mamies bigoudis” (déjà en place), de laïcs catholiques, protestants et anglicans. Aux Pays-Bas, ce genre de paroisses existe déjà ; en Allemagne, on espère en créer. Le vénérable Hans Küng a fait savoir qu’il souhaitait encore davantage de nouveautés...
C’est une réalité : les messes bricolées célébrées en langue du peuple, face au peuple, pour plaire au peuple ont partout fait fuir... le peuple. Ces messes-là ont contribué dans une très large mesure à l’effondrement de la pratique dominicale en France, en Suisse, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas... Désacralisées, banalisées, infantilisantes, atones, elles n’ont pas attiré un fidèle de plus mais ont chassé hors des églises celles et ceux qui auraient souhaité s’y rendre pour avoir l’occasion d’un cœur à cœur avec le Seigneur et non d’un face à face avec un célébrant dérisoirement autolâtre.
Tels sont les vrais résultats - les seuls résultats - de la pastorale liturgique imaginée par les évêques et mise en œuvre par des braves prêtres qui continuent obstinément à croire qu’en disloquant la liturgie de l’Eglise, ils rendront leurs messes plus attrayantes. Quand donc les uns et les autres ouvriront-ils les yeux et reconnaitront-ils que plus aucun catholique de ce nom n’est attiré par leur “cinéma dominical” ? Quand donc cesseront-ils de mentir en prétendant qu’ils appliquent le Concile, suivent le Missel romain et respectent la liturgie de l’Eglise ? Quand donc cesseront-ils de critiquer, rabaisser, négliger, oublier, duper, humilier en toute impunité les fidèles qui leur demandent des messes qui soient des messes et non des apparences ou des caricatures de liturgie ?
Denis Crouan, théologien et auteur de "La Liturgie Confisquée", Téqui, 2000.
Les prêtres qui souhaitent célébrer la messe “versus orientem” dans les paroisses ne doivent pas hésiter à le faire sans avoir à se justifier à qui que ce soit, pas même à leur évêque. Il leur faudra préalablement expliquer aux fidèles le bien-fondé de cette pratique en utilisant, si besoin, un argument-choc : le Pape François a lui-même donné l’exemple de la célébration “orientée” à l’occasion de la fête du baptême du Christ...
Source: Pro Liturgia, Actualité du lundi, 9 janvier 2017
Cette Messe "versus orientem" (orientée vers le Seigneur), au début de laquelle le Pape a baptisé des enfants, a été filmée. En voici la video, "Eucharist with Baptism of infants" :
A la page “Pastorale” du site internet "Pro Liturgia" se trouve le texte de l’allocution donnée par le Cardinal Robert Sarah lors de la rencontre internationale “Sacra Liturgia 2016”sur l’authentique mise en œuvre de la Constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie. Il s’agit d’un document de première importance du Préfet de la Congrégation pour le Culte divin qui montre, au passage, le bien-fondé de l’action menée depuis plusieurs années par l'association “Pro Liturgia”.
Elle suggère de mener deux actions :
1. Que chacun diffuse le plus possible le texte du Cardinal Sarah (auprès de son curé, du responsable de l’équipe locale d’animation liturgique...)
2. Que chacun écrive à son évêque pour lui demander de bien vouloir mettre en oeuvre les suggestions faites par le Cardinal Sarah, afin que la liturgie voulue par Vatican II devienne (enfin!) une réalité dans les paroisses.
Dans l'actualité du mercredi 17 août 2016 analysée par "Pro Liturgia", on lit ce commentaire révélateur :
(Par la non application et le non-respect par les évêques de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. NDLR) "... le concile Vatican II aura révélé de la façon la plus lumineuse qui soit que nous avons dans nos diocèses et dans nos paroisses, des évêques et des prêtres véritablement hostiles à la liturgie de l’Eglise catholique et, par conséquent hostiles à la foi qu’elle célèbre et transmet.
Le silence épiscopal qui a a suivi les récentes déclarations du Cardinal Sarah sur la liturgie conciliaire ainsi que le fait de reporter sine die la publication d'une version corrigée du Missel romain en français confirment cette analyse."
Et celui-ci :
"Une fois qu’on a compris que les évêques ne veulent pas que la liturgie de l’Eglise soit respectée, on comprend que gloser sur la forme “ordinaire” ou “extraordinaire” n’a plus aucun sens.
La seule question qu’il faut se poser est celle qu’avait indirectement mais très clairement posée S. Jean-Paul II au début de son pontificat : ces clercs qui passent leur temps à saboter la liturgie de l’Eglise et à la refuser aux fidèles ont-ils encore la foi catholique ?"
C'est du moins ce qu'affirme Messainlatino ce matin: le cardinal lance depuis Londres où il se trouve dans le cadre de Sacra Liturgia 2016, un appel à tous les prêtres pour qu'ils célèbrent désormais ad orientem à partir du 1er Dimanche de l'Avent 2016. Mgr Rey lui répond qu'il en sera ainsi dans le diocèse de Toulon, après envoi d'une lettre à tous ses prêtres.
Plus d'informations sur la page Facebook du Congrès de Londres.
Add. Yves Daoudal sur son blog propose une traduction du discours du cardinal R. Sarah à Londres, lors de la troisième conférence internationale Sacra Liturgia, dans lequel ce dernier explique que lorsqu'il fut « reçu en audience par le Saint-Père en avril dernier », François lui « a demandé d’étudier la question d’une réforme de la réforme et la manière dont on pourrait enrichir les deux formes du rite romain. ...
Si nous voulons mettre en œuvre Sacrosanctum Concilium plus fidèlement, explique-t-il, si nous voulons réaliser ce que le concile souhaitait, cela est une question qui doit être étudiée avec attention et examinée avec la clarté et la prudence requises. »
Extrait de la traduction proposée :
« Parfois, j’ai vu des prêtres s’écarter pour laisser des ministres extraordinaires distribuer la sainte communion : cela n’est pas acceptable parce que c’est autant une négation du ministère du prêtre qu’une cléricalisation des laïques. Lorsque cela se produit, c’est le signe que la formation a été particulièrement médiocre, et cela doit être corrigé.
...
Je veux lancer un appel à tous les prêtres. Peut-être avez-vous lu mon article dans L’Osservatore Romano il y a un an, ou mon entretien donné au journal Famille chrétienne au mois de mai de cette année. A chaque fois, j’ai dit qu’il est de première importance de retourner aussi vite que possible à une orientation commune des prêtres et des fidèles, tournés ensemble dans la même direction – vers l’est ou du moins vers l’abside – vers le Seigneur qui vient, dans toutes les parties du rite où l’on s’adresse au Seigneur. Cette pratique est permise par les règles liturgiques actuelles. Cela est parfaitement légitime dans le nouveau rite. En effet, je pense qu’une étape cruciale est de faire en sorte que le Seigneur soit au centre des célébrations.
Aussi, chers frères dans le sacerdoce, je vous demande de mettre en œuvre cette pratique partout où cela sera possible, avec la prudence et la pédagogie nécessaire, mais aussi avec la confiance, en tant que prêtres, que c’est une bonne chose pour l’Eglise et pour les fidèles. Votre appréciation pastorale déterminera comment et quand cela sera possible, mais pourquoi ne pas commencer le premier dimanche de l’Avent de cette année, quand nous attendons le « Seigneur [qui] va venir sans tarder » (cf l’introït du mercredi de la première semaine de l’Avent) ? Chers frères dans le sacerdoce, prêtons l’oreille aux lamentations de Dieu proclamées par le prophète Jérémie : « Car ils m’ont tourné le dos » (Jr 2,27). Tournons-nous à nouveau vers le Seigneur !
Je voudrais aussi lancer un appel à mes frères évêques : conduisez vos prêtres et vos fidèles vers le Seigneur de cette façon, particulièrement lors des grandes célébrations de votre diocèse et dans votre cathédrale. Formez vos séminaristes à cette réalité : nous ne sommes pas appelés à la prêtrise pour être au centre du culte nous-mêmes, mais pour conduire les fidèles au Christ comme de fidèles compagnons. Encouragez cette simple, mais profonde réforme dans vos diocèses, vos cathédrales, vos paroisses et vos séminaires. En tant qu’évêques, nous avons une grande responsabilité, et un jour nous devrons en rendre compte au Seigneur. Nous ne possédons rien ! Comme saint Paul l’enseigne, nous sommes seulement « des serviteurs du Christ et […] des intendants des mystères divins » (1Co 4,2). Il nous faut nous assurer que la liturgie soit réellement respectée dans nos diocèses et que nos prêtres et diacres non seulement observent les règles liturgiques, mais également connaissent l’esprit et la vertu de la liturgie dont elles découlent. J’ai été fortement encouragé en lisant le texte « L’évêque, gouverneur, promoteur et gardien de la vie liturgique dans de le diocèse » présenté en 2013 lors de la conférence Sacra Liturgia à Rome par Mgr Alexandre Sample, archevêque de Portland dans l’Oregon, aux Etats-Unis. J’invite fraternellement les évêques à étudier avec attention ces considérations.
A ce stade, il me paraît utile de rappeler ce que j’ai déjà dit ailleurs : le pape François m’a demandé de continuer l’œuvre liturgique entreprise par Benoît XVI. (cf le message à la conférence Sacra Liturgia de 2015 à New York, aux Etats-Unis). Ce n’est pas parce que nous avons un nouveau pape que la vision de son prédécesseur est invalidée. Tout au contraire, le Saint-Père a un immense respect pour la vision liturgique et les mesures mises en œuvre par le pape Benoît XVI, dans la fidélité scrupuleuse aux intentions et aux objectifs des pères du concile.
Avant de conclure, permettez-moi de mentionner d’autres manières, plus modestes, de contribuer à une mise en œuvre plus fidèle de Sacrosanctum Concilium. La première est que nous devons chanter la liturgie, c’est-à-dire chanter les textes liturgiques, respecter les traditions liturgiques de l’Eglise et apprécier le vaste trésor de la musique sacrée qui est le nôtre, en particulier la musique propre du rite romain, à savoir le chant grégorien.
Nous devons trouver un bon équilibrer entre les langues vernaculaires et l’usage du latin dans la liturgie. Le concile n’avait jamais eu l’intention que le rite romain fût exclusivement célébré en langue vernaculaire.[NDLR. Constitution sur la Sainte Liturgie "Sacrosanctum Concilium", paragraphe 36 : "La langue liturgique. 1. L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins."] Mais il avait l’intention d’accroître son usage, en particulier pour les lectures. Aujourd’hui, il devrait être possible, en particulier avec les moyens d’impression modernes, de faciliter la compréhension de tous quand le latin est utilisé dans la liturgie eucharistique. Le latin est aussi particulièrement approprié pour les rassemblements internationaux, lorsque la langue vernaculaire n’est pas comprise par beaucoup. Evidemment, lorsque la langue vernaculaire est utilisée, elle doit être une traduction fidèle de l’original en latin, comme le pape François me l’a récemment réaffirmé.
Nous devons nous assurer que l’adoration est au cœur de nos célébrations liturgiques. Trop souvent, nous n’allons pas de la célébration vers l’adoration. Or, si nous ne le faisons pas, j’ai peur que nous ne participions pas toujours pleinement et intérieurement à la liturgie. Deux dispositions physiques sont utiles, et même indispensables. La première est le silence. Si je ne suis jamais en silence, si la liturgie ne me donne pas d’espace pour prier en silence et contempler, comment puis-je adorer le Christ ? Comment puis le rejoindre dans mon cœur et dans mon âme ? Le silence est très important, et pas uniquement avant ou après la liturgie. [NDLR.Constitution sur la Sainte Liturgie "Sacrosanctum Concilium", paragraphe 30 : "On observera aussi en son temps un silence sacré."]
Il en va de même pour l’agenouillement lors de la consécration (à moins d’être malade) : il est essentiel. En Occident, c’est un acte physique d’adoration qui nous humilie devant notre Seigneur et Dieu. C’est en soi un acte de prière. Là où l’agenouillement et la génuflexion ont disparu de la liturgie, ils doivent être rétablis, en particulier pour la réception de notre Seigneur dans la sainte communion. Chers prêtres, chaque fois qu’il est possible, avec la prudence pastorale dont j’ai parlé plus haut, formez vos fidèles à ce bel acte d’adoration et d’amour. Agenouillons-nous pour adorer et aimer le Seigneur dans l’Eucharistie à nouveau !
S’agissant de la réception de la Sainte Communion en s’agenouillant, je voudrais rappeler la lettre de 2002 de la congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements, laquelle rend clair que « tout refus de la Sainte Communion à un fidèle à cause de son agenouillement [est] une grave violation de l’un des droits les plus fondamentaux des fidèles » (Lettre, 1er juillet 2002, Notitiae, n. 436, novembre-décembre, p. 583, traduction libre).
Veiller à l’habillement convenable de tous les ministres de la liturgie dans le sanctuaire, y compris les lecteurs, est aussi très important, si nous voulons que ceux-ci soient considérés comme d’authentiques ministres. Ces services doivent être remplis avec la bienséance due à la sainte liturgie, et les ministres eux-mêmes doivent montrer la révérence convenable pour les mystères qu’ils servent.
Voilà quelques suggestions : je suis certain que beaucoup d’autres pourraient être faites. Je vous les présente comme autant de manières possibles d’aller de l’avant vers « une manière digne de célébrer la liturgie, tant dans sa forme extérieure que dans les dispositions intérieures qu’elle appelle », qui était bien sûr le souhait exprimé par le cardinal Ratzinger au début de son grand ouvrage L’Esprit de la liturgie (Joseph Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, Genève 2001, p.10). Je vous encourage à faire tout votre possible pour réaliser ce but qui est en parfaite cohérence avec celui de la constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II. »
Messe ad Orientem par le Cardinal R. Sarah (Sacra Liturgia UK - 06-07-2016)
On dit souvent que le concile Vatican II a demandé aux fidèles de participer “activement” à la liturgie. Il s’agit d’une erreur que nous avons souvent soulignée. En effet, la Constitution conciliaire parle de “participatio actuosa” - de participation effective - et non de “participation activa” - de participation active -.
A présent, si l’on regarde ce qui se fait dans les paroisses, on constate qu’à partir de cette erreur s’est développée une participation proprement “activiste”.
Et de ce fait, deux types de participations s’opposent. La première, généralement mal perçue par les prêtres de la génération postconciliaire, consiste à entrer dans la contemplation de ce qui est signifié par la liturgie de l’Eglise. A première vue, il s’agirait d’une participation “passive” proche de l’indifférence. La seconde, qui a le vent en poupe, consiste à inviter un maximum de personnes à se mettre en scène dans des célébrations adaptées à des présupposés pastoraux. Il s’agit de cette participation “active” que des pasteurs considèrent encore comme dynamisante, même si tout le monde reconnaît aujourd’hui qu’elle est aussi artificielle et stérile... en plus d’être destructrice de la liturgie (cf. les enseignements de S. Jean-Paul II et de Benoît XVI).
La participation donnant l’impression d’être “passive” est du type de celle qu’on retrouve dans les liturgies orientales ou orthodoxes. Là, les fidèles ne se promènent pas dans le chœur qui demeure l’espace sacré réservé aux prêtres ; ils ne chantent pas, car c’est la chorale qui est chargé du chant ; ils ont peu de réponses à donner aux célébrants, ne s’agenouillent pas, ne s’asseyent pas. Les seuls gestes qu’ils puissent faire, en dehors de s’avancer pour recevoir la communion, sont le signe de croix et la vénération des icônes. Et pourtant ces fidèles “participent” au plein sens du terme : il suffit de les observer au cours d’une longue liturgie pour constater qu’ils sont attentifs, que rien de ce que font les ministres sacrés ne leur échappe. On peut dire que leur “participation” naît de ce qu’ils sont proprement saisis par le déroulement d’une liturgie - qui est la même pour tous quel que soit l’âge des fidèles - se voulant le reflet de la liturgie céleste qui se célèbre de toute éternité devant le trône de la Majesté divine.
En fin de compte, ce type de participation que l’on ne retrouve que trop rarement dans nos paroisses est totalement en phase avec ce qui est demandé par le Concile pour permettre aux fidèles d’acquérir une juste compréhension de la liturgie romaine : “Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. Même les servants, les lecteurs, les commentateurs et ceux qui font partie de la schola cantorum s’acquittent d’un véritable ministère liturgique. C’est pourquoi ils exerceront leur fonction avec toute la piété sincère et le bon ordre qui conviennent à un si grand ministère, et que le peuple de Dieu exige d’eux à bon droit. Aussi faut-il soigneusement leur inculquer l’esprit de la liturgie, selon la mesure de chacun, et les former à tenir leur rôle de façon exacte et ordonnée.” (Sacrosanctum Concilium, nn. 28-29)
L’agitation, le désordre, les changements continuels, la présence de fidèles laïcs dans les chœurs des églises, l’animation liturgique... sont autant d’éléments factices et étrangers à la liturgie qui conduisent les pratiquants à perdre le sens véritable de la participation “en profondeur” à la liturgie de l’Eglise.
En conclusion, on peut dire que l’authentique participation souhaitée par le Concile n’est pas dans le “faire quelque chose”. Elle consiste d’abord à se mettre en présence de Dieu et à se “laisser instruire” par la liturgie. Or le premier moyen de favoriser cette “instruction” du peuple de Dieu est de lui permettre de participer à des liturgies célébrées par des prêtres qui auront parfaitement intégré et intériorisé cet “ars celebrandi” qui découle de l’obéissance fidèle aux normes liturgiques dans leur totalité, puisque c'est justement cette façon de célébrer qui a assuré, depuis 2000 ans, la vie de foi de tous les croyants appelés à vivre la célébration en tant que peuple de Dieu, sacerdoce royal, nation sainte. (Cf. Exhortation post-synodale “Sacramentum Caritatis”.)
Que signifie “participer” en liturgie ? Comment “participer” à la liturgie ?
L’idée de “participation” n’est pas née au moment du concile Vatican II. On la retrouve dans le “mouvement liturgique” du XIXe siècle, essentiellement dans le Motu proprio de S. Pie X, en 1903, “Tra le sollecitudini”, qui fait accéder la participation active au rang d’un concept permettant le renouveau liturgique : “Notre plus vif désir étant que le véritable esprit chrétien refleurisse de multiples façons et se maintienne chez tous les fidèles, il est nécessaire de pourvoir avant tout à la sainteté et à la dignité du temple où les fidèles se réunissent, précisément pour puiser cet esprit à la source première et indispensable : la participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l’Eglise.” Ce texte de S. Pie X sera repris quasi à la lettre au n° 14 de la Constitution “Sacrosanctum Concilium” de Vatican II : “Cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu’on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie. Elle est en effet la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien.”
Pour autant, le Concile précise, au n° 19 de “Sacrosanctum Concilium”, qu’il est nécessaire de former les fidèles à la “participation intérieure et extérieure”. Ces deux aspects de la participation, en effet, ne peuvent pas être dissociés puisqu’ils caractérisent les deux faces d’une même et unique réalité.
Cet enseignement du Concile sera ensuite résumé dans le “Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique” de la manière suivante : “La liturgie est la célébration du Mystère du Christ, en particulier du Mystère pascal” (n° 218). Ainsi l’ “actio” à laquelle sont appelés à participer, est l’ “actio” même du Christ continuée par son Corps qui est l’Eglise : elle est divine avant de devenir nôtre ou d’être notre façon de faire.
On comprend alors la requête si souvent formulée par le Magistère post-conciliaire, en particulier devant les dérives auxquelles la mise en œuvre de la réforme liturgique a souvent conduit, de “redécouvrir le sens du Mystère”. Dans l’Exhortation post-synodale “Ecclesia in Europa”, Jean-Paul II écrivait : “A toi, Eglise qui vit en Europe, j’adresse un appel pressant : sois une Eglise qui prie, qui loue Dieu, qui en reconnaît la primauté absolue et qui l’exalte avec une foi joyeuse. Redécouvre le sens du Mystère (...). Célèbre le Salut du Christ : accueille-le comme un don qui fait de toi son sacrement ; fais de ta vie le vrai culte spirituel qui plaît à Dieu (cf. Rm 12, 1)” (n° 69). Et d’ajouter : “Certains symptômes révèlent un affaiblissement du sens du mystère dans les célébrations liturgiques elles-mêmes, qui devraient au contraire y introduire. Il est donc urgent que l’Eglise soit retrouvé le sens authentique de la liturgie” (n° 70).
Le fidèle est donc appelé à participer à la liturgie qui doit apparaître comme célébration du Mystère de notre Rédemption. Ainsi comprise, la “participation”, pour être enrichissante sur le plan de la foi, doit pouvoir s’enraciner dans un acte qui est de l’ordre de l’être et qui n’est autre que la participation à la nature divine du Christ, sans laquelle l’action liturgique ne serait pas proportionnée à son objet. C’est ce que le pape Jean-Paul II soulignait dans le texte déjà cité :
“Comme le souligne bien aussi la tradition des vénérables Eglises d’Orient, par la liturgie, les fidèles entrent en communion avec la Sainte Trinité, faisant l’expérience de leur participation à la nature divine, en tant que don de la grâce” (Ecclesia in Europa, n° 70).
Il ne s’agit donc pas pour les prêtres qui célèbrent la liturgie de créer les conditions d’un contact avec le Mystère, mais plutôt d’en accueillir la présence, d’en célébrer la présence à travers le rite de l’Eucharistie que le seigneur a lui-même institué. Il s’agit donc, pour l’ensemble des fidèles, de participer, au sens de “prendre part” au Mystère pascal du Christ, lequel est rendu réellement présent dans la liturgie. On revient ainsi à l’invitation pressante de Jean-Paul II dans l’Exhortation apostolique “Ecclesia in Europa” “à redécouvrir le sens du mystère ; à renouveler les célébrations liturgiques afin qu’elles soient des signes toujours plus éloquents de la présence du Christ Seigneur” (n° 69). La participation ne sera alors que la conséquence pastorale de l’actualisation du Mystère par la liturgie : puisque le Mystère est présent, il faut lui être présent ! D’où le concept de participation consciente : consciente du Mystère ainsi rendu présent et qui précède la célébration elle-même.
Cette participation à la liturgie revêt aussi aspect communautaire. Car c’est l’Eglise qui est le sujet de la liturgie. C’est ce qu’enseigne clairement “Sacrosanctum Concilium” : les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Eglise qui est le sacrement de l’unité, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques (n° 26) : c’est pourquoi elles manifestent le Corps tout entier de l’Eglise.
La participation n’est donc pas livrée à l’arbitraire du célébrant, encore moins à la fantaisie de telle ou telle communauté ou groupe de fidèles ; car l’action de l’Eglise précède toujours cette participation.
A présent, si l’on regarde de près les préconisations du Concile sur la “participatio actuosa”, on voit bien qu’on y insiste surtout sur les activités extérieures. Trois principes pastoraux commandent même cette participation extérieure.
Il y a d’abord l’agencement liturgique, c’est-à-dire la répartition des rôles. On peut lire au n° 50 de “Sacrosanctum Concilium” : “Le rituel de la messe sera révisé de telle sorte que se manifestent plus clairement le rôle propre de chacun” (Voir aussi le n° 28). Il y a ensuite la question de l’intelligibilité : au n° 34, on insiste sur la “noble simplicité” des rites, sur la “transparence” des signes et l’intelligence des textes et des signes qui en facilitent la compréhension. Enfin, il y va de la nature communautaire de l’action liturgique qui l’emporte sur toutes les célébrations individuelles ou privées (cf. n° 27).
Force est de constater que si l’on n’établit pas assez clairement le lien vital qui unit participation extérieure et participation intérieure, ces principes pastoraux peuvent conduire à une conception erronée de la liturgie qui s’exprimera en terme de théâtralisation excessive des rôles, de célébration réductrice des rites, et d’autocélébration abusive de l’assemblée.
Il faut dire, comme l’écrit Aidan Nichols dans son livre “Regard sur la liturgie et la modernité”, “qu’au moment de l’ouverture du Concile, les principales écoles de sociologie à la disposition des liturgistes étaient positivistes, empiristes ou fonctionnalistes” (p. 63). Fort de présupposés hérités davantage de la philosophie rationaliste des Lumières que de la grande tradition théologique de l’Eglise, on a recherché la simplicité, par un désir de renouer avec la pratique de l’Eglise primitive, mais avec le refus a priori de voir dans la complexification du rituel à travers les siècles un enrichissement qui pouvait bien découler d’une expérience toujours plus profonde par le sujet-Eglise du Mystère du Christ.
De même, on partait du principe que plus un rite est rendu intelligible et convivial, plus il suscite un assentiment plus profond. Or, les sociologues d’aujourd’hui affirment que l’action symbolique nécessite au contraire une certaine opacité.
La méconnaissance de cette réalité fait qu’on assiste aujourd’hui, au nom de la répartition des rôles, à une excessive personnalisation, voire à une théâtralisation du rôle de chacun qui se fait au détriment de la manifestation de la personne même du Christ qui, dans la liturgie, doit avoir la place centrale. D’où ce fâcheux appauvrissement du sens de la foi que l’on constate dans de nombreuses assemblées, et cet aplatissement du Mystère qui caractérise tant de célébrations.
Le dessèchement liturgique ainsi induit par une conception par trop rationaliste de la participation active, a paradoxalement engendré par réaction un certain romantisme liturgique, où l’excès de cérébralisation a laissé la place à un excès de sensiblerie, accru par cette autre requête de certains liturgistes modernes de créer des communautés vivantes et chaleureuses qui réduisent la liturgie à une fête au sens du divertissement ou de la distraction par rapport aux épreuves souvent pesantes de l’existence.
C’est dans ce contexte qui rend difficile la découverte du véritable sens de la liturgie que des pasteurs dûment formé doivent apprendre aux fidèles en quoi doit consister la “participation” aux célébrations telle qu’elle est demandée par l’Eglise. Ne serait-il pas urgent, pour mener à bien un tel travail pastoral, de bénéficier d’un enseignement solide donné par les évêques ?
Le “New Age” des années postconciliaires, qui a consisté à admettre plusieurs voies d’accès à l’absolu, ajouté au pragmatisme ecclésial se manifestant dans une démocratisation du gouvernement de l’Eglise et dans l’horizontalisme liturgique, a été à l’origine du relativisme qui mine les sociétés occidentales.
A ce sujet, le Pape Benoît XVI parlait d’une véritable “dictature du relativisme” qui s’était introduite même dans l’Eglise pour favoriser tant les théologies qui considèrent que toutes les religions se valent que les courants œcuméniques qui, voyant les Eglises comme égales, sont favorables à l’intercommunion.
Or, la Constitution dogmatique de Vatican II “Lumen gentium” considère que l’Eglise n’est pas qu’une organisation pouvant s’adapter au relativisme ambiant. Elle est l’organisme de l’Esprit Saint. Et à ce titre, elle ne peut se développer que de l’intérieur - et non à partir de “périphéries” coupées du centre - par sa communion au Christ, dans la foi, l’espérance et la charité.
Affirmer et croire que l’Eglise est le Corps du Christ, implique que celui-ci s’est donné un corps communautaire et historique, fondé sur l’Eucharistie.
Ainsi, la liturgie de la messe est-elle la loi essentielle, capitale, fondamentale de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique : elle est née à la dernière Cène et permet, à travers sa forme rituelle authentifiée par le Magistère, d’actualiser la Nouvelle Alliance.
Il en découle qu’une Eglise locale - diocèse, paroisse... - ne peut jamais apparaître comme une réalité isolée ou se considérer comme telle, mais doit sans cesse veiller à s’affirmer dans une communion catholique avec les fidèles de tous les temps : passé, présent et à venir.
En effet, l’Eglise catholique n’est pas une juxtaposition statique d’Eglises locales et de communautés particulières : celles-ci ne sont que des réalisations de la seule et unique Eglise née à la Pentecôte et dans laquelle l’essence de la vocation chrétienne ne peut en aucun cas se réduire à un programme politique, à une morale, à un humanisme quelconque, à une philosophie ou à une sagesse.
On comprend donc que le véritable leitmotiv du message de Jésus est le Royaume de Dieu : le Christ qui a proclamé la venue du Royaume était lui-même ce Royaume.
Le Royaume de Dieu n’est donc pas un concept politique. Il n’est pas davantage une règle dont on pourrait se servir directement pour élaborer une praxis politique ou exercer une critique des réalisations de tel ou tel gouvernement.
L’image du Royaume de Dieu nous est donnée par la liturgie, laquelle est d’une importance capitale pour la vie de l’Eglise en ce qu’elle est une incarnation de l’espérance eschatologique, de notre désir d’accéder au Royaume.
Une théologique saine ne peut que s’appuyer sur une liturgique saine. Inversement, des liturgies bancales, approximatives, banalisées sont inévitablement le lieu où s’élaborent des théologies hétérodoxes. On s’en rend compte si l’on considère que la crise que traverse aujourd’hui l’Eglise a été précédée d’une destruction de la liturgie, laquelle destruction a elle-même été précédée du rejet de la prière au profit de l’activisme pastoral.
Car, en effet, le point de départ d’une liturgie juste capable de protéger la doctrine est la prière : la liturgie de l’Eglise naît de la prière et enseigne la prière.
Cependant, on ne peut pas faire de la prière liturgique un acte personnel sans rapport avec l’héritage liturgique. Ainsi, par exemple, le chant liturgique ne peut pas se couper du chant grégorien pour adopter des formes de pop ou de rock, lesquelles relèvent essentiellement de l’excitation politique ou érotique, ou du simple désir de divertissement. Le chant liturgique authentique doit être créateur d’instants où l’homme devient capable de saisir intérieurement son attente persévérante du Royaume.
Par conséquent, tout dans la liturgie - paroles, chants, gestes, vêtements des ministres, beauté du sanctuaire - doit s’opposer aux tendances qui préfèrent la rationalité à la Tradition. En effet, ces tendances, généralement dictées par le relativisme contemporain qui conduit à oublier de sens de l’eschatologie, ont toutes comme conséquence de réduire la liturgie à une austérité calviniste qui abolit la contemplation pour mettre les questions morales (la communion aux “divorcés-remariés”) et politiques (il faut se mobilier pour sauver la planète) au centre du christianisme et à la place du Royaume de Dieu.
On en vient alors à oublier ce n’est ni la rationalité ni les changements de structures qui détermineront l’avenir de l’Eglise mais les saints. Ça a toujours été le cas dans l’histoire, surtout dans les périodes de crises.
Source: Pro Liturgia, Actualité du samedi 5 décembre 2015
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Cf....
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