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14 avril 2019 7 14 /04 /avril /2019 19:28
Source: https://www.coulisses-tv.fr/index.php/divertissements/item/11670-“laissez-vous-guider-au-cœur-de-la-révolution“-avec-stéphane-bern-lorànt-deutsch-le-2-mai-sur-france-2

Source: https://www.coulisses-tv.fr/index.php/divertissements/item/11670-“laissez-vous-guider-au-cœur-de-la-révolution“-avec-stéphane-bern-lorànt-deutsch-le-2-mai-sur-france-2

Certains, se targuant de leur situation d’enseignants fonctionnaires, s’inquiètent de ce que les deux compères insistent trop lourdement sur les massacres de cette époque. Je les comprends tout à fait. Car ce n’est pas seulement le sang versé qui a servi à cimenter l’édification de notre régime, c’est plutôt un mélange de sang et de mensonge.

 

On serait tenté de relever au passage que « menteur » et « homicide » sont les deux caractéristiques que Jésus attribue à Satan (Jean 8), mais restons-en à la science historique.

 

Ceux qui s’alarment devraient, au contraire, se réjouir devant la perspective d’être libérés du grand mensonge.

 

Souvenons-nous, par exemple, de M. Mélenchon, avec toute sa fougue d’orateur, citant pompeusement à la tribune de l’Assemblée le prétendu « carnet intime » de Louis XVI, tout simplement parce qu’il ignore encore que ce « carnet » n’a jamais existé, que c’est une forgerie du régime.

 

Il est toujours souhaitable qu’en politique comme en d’autres matières, chacun se détermine librement, et pour ce faire, il convient que les opinions ne soient pas sournoisement orientées par la propagande subie dans les centres d’éducation nationale. Cela permettrait, par exemple, à beaucoup de gilets jaunes de cesser de brandir, comme signe d’émancipation, les symboles mêmes de ce qui les opprime.

 

Source: Boulevard Voltaire, Yves-Marie Adeline

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29 mars 2019 5 29 /03 /mars /2019 21:03
400ème anniversaire de la naissance de Colbert jeudi 4 Avril 2019

Jeudi 4 Avril 2019 400ème anniversaire de la naissance de Colbert, 19h30, Cercle de l'Union Interalliée


Dîner-débat animé par François d'Aubert, ancien secrétaire d'Etat au Budget, ancien ministre, ancien maire de Laval

 

Sous le gouvernement Mazarin (1642-1661), la Fronde parlementaire et princière (1648-1653) marque le jeune Louis XIV obligé à 3 heures du matin de fuir Paris en proie à l'insurrection. Au calendrier, c'est l'Epiphanie, "le jour de la fête des Rois", pour l'enfant-roi c'est le jour de l'humiliation et de la peur arrivant à Saint-Germain dans un château glacial et vide. Il s'endort sur un lit de camp pendant que ses compagnons d'infortune ont le "confort" de l'Enfant-Jésus au soir de Noël : un lit de paille. Ce traumatisme, Louis XIV le conservera toute sa vie ne cessant de neutraliser la noblesse de robe et les Grands du royaume. Peu avant sa mort, Mazarin présente au roi son "gestionnaire de fortune" en lui tenant ce propos : "Sire, je dois tout à votre Majesté, mais je m'acquitte de ma dette en lui présentant Colbert". Le 8 mars 1661 il est nommé intendant des Finances. Le lendemain, malade, le Cardinal trépasse au château de Vincennes. Désormais, Louis XIV gouvernera sans "principal" ou "Premier" ministre mais entouré de ses grands serviteurs. En présence de Colbert, Villeroy, Tellier, Lionne et Grammont, le roi dira : "Vous êtes tous de mes amis, ceux de mon royaume que j'affectionne le plus et en qui j'ai le plus de confiance."

 

Selon la légende la fastueuse réception donnée au château de Vaux-le-Vicomte aurait rendu jaloux le Roi-Soleil entraînant la chute de Fouquet. En réalité l'intendant Colbert n'est pas étranger à l'arrestation du surintendant pour des motifs personnels. 10 jours plus tard, Louis XIV supprime la surintendance et crée un conseil royal des finances composé de quelques membres : le chancelier, le chef du Conseil, 3 conseillers dont Colbert, intendant des Finances, puis en 1665, contrôleur général. Dés lors, la plupart des décisions seront prises par le roi et Colbert. L'abbé de Choisy écrit "À peine Colbert fut-il au Conseil qu'il voulut presque y être le maître." Fin 1661, après 9 mois au pouvoir, Colbert dispose de larges prérogatives s'étendant des finances aux domaines de la Marine, des bâtiments, des arts, des lettres, de l'instruction, préconisant un enseignement diversifié, avec de l'histoire, de la géographie, des sciences qui servent au quotidien.

 

Colbert unifie la Marine royale du Levant (Méditerranée) avec celle du Ponant (Manche et Atlantique) lui donnant sa puissance militaire avec 120 vaisseaux capable de contenir les flottes anglaise et hollandaise réunies lors de la bataille du cap Béveziers (ou bataille de Beachy Head pour les Anglais) sur la côte sud de l'Angleterre. Soucieux d'une meilleure justice fiscale, il est favorable à certaines suppressions de privilèges et franchises des villes et provinces aux statuts particuliers envisageant, par exemple, de supprimer les privilèges du Boulonnais : "qui sont fort grands, les peuples étant exempts...de toutes sortes d'imposition..." mais Louis XIV s'y oppose. Il allège les impôts des familles nombreuses et pensionne de 1 000 livres les gentilshommes ayant eu 10 enfants vivants "qui ne seront ni prêtres ni religieux" passant à 2 000 livres pour 12 enfants. Protectionniste, il taxe les produits étrangers de tarifs douaniers. Bien avant Rungis, Colbert a eu l'idée de créer un grand marché de bestiaux à Sceaux pour approvisionner les boucheries parisiennes et faire entrer des recettes fiscales dans les caisses de la ville. Pour favoriser les échanges, il améliore le réseau routier, mais aussi les voies navigables avec le creusement de nouveaux canaux tel le canal des deux mers qui unira la Méditerranée à l'Océan Atlantique par la Garonne. Colbert, "l'européen" encourage l'immigration de travail, non pas pour l'exploiter à vil prix mais pour l'utiliser à prix d'or et déstabiliser économiquement leurs pays d'origine : des tisserands italiens, des orfèvres allemands, des chapeliers espagnols, des dentellières hollandaises... Si la contrefaçon est organisée : imitation des cuirs à l'anglaise, la ferblanterie allemande, des tapis persans..., les malfaçons sont réprimées car "il faut des objets de qualité susceptibles de chasser les produits étrangers du marché national." Selon l'Edit du 17 février 1671 :"les étoffes manufacturées en France qui seraient défectueuses et non conformes aux règlements seront exposées sur un poteau de la hauteur de 9 pieds, avec un écriteau contenant le nom et surnom du marchand ou de l'ouvrier trouvé en faute", puis "coupées, déchirées, brûlées ou confisquées". Pendant 20 ans il subventionne les manufactures à hauteur de 16 millions de livres. 350 ans plus tard, Saint-Gobain, l'ancienne manufacture royale de glaces de miroirs, est devenue un fleuron de notre puissance industrielle. Le "Garde-Meuble de la Couronne" (les Gobelins) existe encore sous le nom de "Mobilier national" avec pour mission de meubler les bâtiments officiels de la République française.

 

Le XVIIème siècle est une société ouverte entre tradition et innovation. Au sommet de la société française de 1661 à sa mort en 1683, Colbert, ce roturier descendant de maçons champenois, fera de ses 3 filles des duchesses : Chevreuse, Beauvillier et Mortemart. Défenseur de la culture vivante, les Lys de France organiseront le Jeudi 4 Avril une conférence animée par François d'Aubert à l'Interalliée dans le salon Duc de Luynes, autre titre du Duc de Chevreuse, gendre de Colbert.

 

Source: Nicolas Chotard, Lys de France.

Jeudi 4 avril Cercle de l'union interalliée dîner-débat François d'Aubert

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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 19:26

La sécularisation du mariage (mariage civil), c'est-à-dire la "loi sur le mariage et le divorce" autorisant le divorce en France, fut adoptée le 20 septembre 1792, qui est aussi le jour de la proclamation de la première "république" (!), comme s'il n'y avait rien de plus important que de... légaliser le divorce le jour de la proclamation de la "république". Tout le programme de destruction de la France est là dès le premier jour de la dite "république".

L'intégrisme républicain contre le catholicisme
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1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 01:03

Y a-t-il un fascisme de la république dite française ?

« Le fascisme […] promet l'ordre et la force, la prospérité et le renouveau, il exalte la grandeur de la patrie en ranimant les souvenirs de l'Empire romain. Son fondateur, Benito Mussoloni. [...] Son premier programme s'inspire des thèmes du socialisme et du nationalisme. […] C'est […] l'affirmation de la suprématie de l'État, valeur absolue, qui réclame toutes les énergies à son service, fût-ce au mépris des personnes, et qui sollicite tous les moyens, y compris la violence.

 

Benito Mussolini en 1938.

 

Mussolini se présente comme le « sauveur » de l'Italie, le duce, le guide, le chef auquel il faut obéir. Dans la république, il y a aussi cette dimension du leader, du sauveur de la Révolution, depuis Robespierre, en passant par Napoléon Bonaparte à l'homme providentiel, qui n'est jamais que l'homme d'un parti qui devient président de la Ve république.

 

Pie XI

« […] Le Syllabus (de Pie XI en 1864) (39e proposition) avait déjà condamné une telle conception qui fait de l'État l'origine et la source de tous les droits et qui lui reconnaît une autorité sans limites.

 

« […] En mai 1931, il (Mussolini) fait fermer les cercles catholiques de jeunes et il supprime la procession de la fête-Dieu. À Rome et dans toute l'Italie, des escouades fascistes déploient leur violence contre les sièges des œuvres catholiques et contre les adhérents, garçons et filles. Mussoloni couvre lui-même les excès en concluant une interview de façon catégorique : "L'enfant, dès qu'il est en âge d'apprendre, appartient à l'État, à lui seul, sans partage possible."

 

Pie XI décide alors de réagir fermement. Son encyclique du 5 juillet 1931, Non abbiamo bisogno, rédigée en italien, condamne le totalitarisme étatique, repousse "une idéologie qui se résoud en une vraie statolâtrie païenne".

 

« […] Le conflit entre l'Église et le fascisme reprend avec le renversement de la politique italienne et la réalisation de l'Axe Rome-Berlin. […] À la veille du dixième anniversaire des accords du latran, Pie XI s'apprête à dénoncer l'attitude du fascisme à l'égard de l'Église. Mais il meurt le 10 février 1939. » (1)

 

Formule condamnée n°XXXIX du Syllabus : «L’État, étant l’origine et la source de tous les droits, jouit d’un droit qui n’est circonscrit par aucune limite.» 

 

Hormis les prétentions de ranimer l'Empire romain et la promesse affichée de la force, cette définition du fascisme correspond étrangement à la république dite française, particulièrement dans la promesse de prospérité (progrès) et de renouveau, dans le culte de l'homme providentiel, la prétention d'éduquer « l'enfant dès qu'il est en âge d'apprendre » (Mussolini), dès 3 ans chez Emmanuel Macron.

 

La promesse de renouveau est celle des politiciens républicains et francs-maçons qui ont une vénération quasi superstitieuse et religieuse pour le mot "changement", depuis Nicolas Sarkozy, sa "France d'après", son "monde nouveau" ("De cette crise va naître un monde nouveau". N. Sarkozy, voeux à la nation 31-12-2008; "Changer le monde" LipDub avec les jeunes de l'UMP en 2009) ; en passant par François Hollande et sa promesse "le changement c'est maintenant", le Nouveau Monde d'Emmanuel Macron. Un côté haineux contre la nature et la Création, qu'il faut changer, recréer. Au final, les naïfs se font systématiquement avoir avec ce type de promesses fallacieuses qu'affectionnent les francs-maçons depuis 1789 avec Rabaut de Saint-Etienne et son "pour rendre le peuple heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses lois, changer ses moeurs, changer les hommes, changer les choses, tout détruire, oui, tout détruire, puisque tout est à recréer". (Rabaut-Saint-Etienne cité dans Henri Delassus, La Conjuration antichrétienne, Le Temple maçonnique voulant s'élever sur les ruines de l'Eglise catholique, 1910, rééd. Expéditions pamphiliennes 2007, p. 280). Pour Emmanuel Macron le "Nouveau Monde" fait furieusement penser à l'ancien monde en pire.

 

La conception du pouvoir où (sous couvert de «souveraineté nationale»), l’État est en fait (dans les faits) la source et l'origine de tous les droits via la démocratie dite «représentative» est celle de la république. Pour Jacques Chirac en 1995, «il n'y a pas de loi morale au-dessus de la loi civile» («non à une loi morale qui primerait la loi civile», Jacques Chirac, Journal du Dimanche, avril 1995). Tout est possible, y compris le pire.

 

En 1789 déjà, « "aucune barrière ni droit naturel ni règle constitutionnelle" ne devait s'opposer, selon Mirabeau, à une majorité législative (en l'occurrence issue d'une minorité activiste dans le pays). Ce régime n'est qu'une forme de la tyrannie. Sous l'angle de l'État de droit, elle marque une régression par rapport à la pratique au XVIIIe siècle, de l'Ancien Régime. C'est ce que Hayek appelle une "démocratie illimitée", et ce que Benjamin Constant avait stigmatisé comme une "souveraineté illimitée". » (2)

 

En France, par exemple en 2019, la sécurité de manifestants contre les politiques économiques et sociales du gouvernement, les manifestants pacifiques se retrouvent blessés, éborgnés par des tirs de flashball des forces dites de l'"ordre". Cette force employée à la défense d'institutions qui ne respectent même pas la dignité humaine la plus élémentaire a pu faire l'objet de plaintes auprès de la Cour pénale internationale sur la base de la l'article 7 du "Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale". En réponse, sans viser un pays en particulier, l'Europe et l'ONU ont condamné le 14 février 2019 « l'usage disproportionné de la force par la police. »

 

Source: http://www.lefigaro.fr/international/2019/02/14/01003-20190214ARTFIG00278-l-europe-condamne-l-usage-disproportionne-de-la-force-par-la-police.php

 

Selon les auteurs du communiqué de presse diffusé le 14 par le groupe d'experts des droits de l'homme de l'Onu, «les restrictions imposées aux droits ont également entraîné un nombre élevé d'interpellations et de gardes à vue, des fouilles et confiscations de matériel de manifestants, ainsi que des blessures graves causées par un usage disproportionné d'armes dites "non-létales" telles que les grenades et les lanceurs de balles de défense ou flashballs».

 

Source: https://fr.sputniknews.com/international/201902151040029128-experts-denonciation-restrictions-droits-manifestants-france/

Source: https://fr.sputniknews.com/international/201902151040029128-experts-denonciation-restrictions-droits-manifestants-france/

CONCLUSION. Face à une statolâtrie envahissante et sans limites, et un État prêt à blesser des manifestants pacifiques, il est urgent de retrouver le sens de l'humanité et de remettre de l'humain dans nos institutions.

Add. Le Figaro 6 mars 2019: «Gilets jaunes»: l'ONU réclame à Paris une enquête sur «l'usage excessif de la force».

Dans un discours à Genève, la Haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, Michelle Bachelet, a mis en cause les conditions du maintien de l'ordre lors des manifestations des «gilets jaunes». Des critiques déjà formulées en février au sein de l'ONU, mais aussi de l'UE et de la CEDH.

Source: http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/03/06/01016-20190306ARTFIG00119-gilets-jaunes-l-onu-reclame-a-paris-une-enquete-sur-l-usage-excessif-de-la-force.php

Source: http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/03/06/01016-20190306ARTFIG00119-gilets-jaunes-l-onu-reclame-a-paris-une-enquete-sur-l-usage-excessif-de-la-force.php

Notes

 

(1) Paul CHRISTOPHE, 2000 ans d'Histoire de l'Église, Nouvelle Édition Mame Desclée, Paris 2017, p. 1004-1008.

(2) Le Livre noir de la Révolution française, par Pierre CHAUNU, Jean TULARD, Émmanuel LEROY-LADURIE, Jean SÉVILLIA, Cerf, Paris 2008, p. 14.

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 13:35

 

Dans notre pays, les rois sont héréditaires, cependant en période de troubles il est arrivé qu'un roi soit déposé, et qu'un autre soit élu à sa place pour les services rendus, et ses vertus (Pépin le Bref en 751; Eudes, le sauveur de Paris, en 888; Hugues Capet en 987). 

 

Ainsi en 987, l'archevêque de Reims Adalbéron, acquitté par Hugues Capet, dans son procès contre Lothaire, propose que le duc de France soit nommé roi à titre provisoire. Il soutient que le carolingien Charles de Lorraine n’a pas de droit au trône puisque vassal du roi de Germanie. Il convoque les plus hauts seigneurs de la Francie à Senlis et leur dit « Nous n'ignorons pas que Charles [de Lorraine] a des partisans : ils soutiennent qu'il a des droits à la couronne, transmis par ses parents. Mais on ne doit porter sur le trône qu'un homme exceptionnel par la noblesse du sang et la vertu de l'âme. Or, Charles n'obéit pas à l'honneur, il a perdu la tête au point de s'être remis au service d'un roi étranger Otton II. » [1] Adalbéron de Reims se démarque de l'opinion de son temps en refusant la règle de l'hérédité royale. Ceci va à l'encontre de l'interdiction pontificale qui affirme « d'oser jamais élire à l'avenir un roi d'autres reins » que ceux des Carolingiens. L'archevêque sait que par deux fois, les papes du Xe siècle ont soutenu le carolingien Louis IV contre Hugues le Grand. La thèse d'Adalbéron est la suivante : « Des empereurs de race illustre furent déposés à cause de leur absence de vertu (virtus), ils eurent des successeurs tantôt égaux, tantôt inférieurs par leurs origines » (allusion à Charles le Gros (887) et à Charles le Simple (922)). En bref, si le prétendant est un Carolingien, mais manque de virtus le trône doit revenir à quelqu'un de plus illustre. [2] Il plaide une dernière fois en faveur d'Hugues : « Le trône ne s'acquiert point par droit héréditaire, et l'on ne doit mettre à la tête du royaume que celui qui se distingue par ses qualités. Donnez-vous donc pour chef le duc Hugues, recommandable par ses actions, par sa noblesse et par ses troupes, en qui vous trouverez un défenseur, non seulement de l'intérêt public mais aussi des intérêts privés. » [3] Ainsi Hugues Capet est élu contre le carolingien Charles de Lorraine, en tant que prince national, grâce au soutien de l’archevêque de Reims, Adalbéron. Richer écrit qu'Hugues est couronné et sacré le 1er juin mais Yves Sassier n'imagine pas qu'on puisse à l'époque sacrer le nouveau souverain dix jours seulement après la mort du Carolingien. Il semble plutôt qu'Hugues ait été acclamé roi par l'assemblée de Senlis (peut-être le 3 juin) puis couronné et sacré roi le 3 juillet à Noyon. [4] Mais les sources font également mention d'une cérémonie à Reims, d'où l'idée émise de deux cérémonies : une à Noyon (laïque) et l'autre à Reims (religieuse).

 

Il y avait d’ailleurs une centaine d’années que la Couronne était devenue élective non seulement en France depuis l’agonie des Carolingiens au IXe siècle, avec l’élection d'Eudes en 888, mais en Lotharingie, en Italie, et en Allemagne où elle devait le rester.

Ainsi, en 887, en France, le carolingien Charles III le Gros est déposé pour avoir acheté le départ des Normands au lieu de les combattre, il abdique couvert de honte et est remplacé par Eudes (888-898), fils de Robert le Fort, comte de Paris, élu roi par les Grands à Compiègne en 888 parce qu'il avait sauvé Paris de l'envahisseur viking, lors de l'hiver 885-886. Là aussi, deux cérémonies, déjà, le couronnèrent : une laïque élit Eudes, roi des Francs, à Compiègne, puis une religieuse le sacre à Reims le 13 novembre 888

 

Un peu plus tard, en 922, Robert Ier (922-923), frère d'Eudes, sera élu roi contre Charles III (883-922). Robert Ier est le grand-père d'Hugues Capet, et donc l'ancêtre des Capétiens.

 

Saint David, fils de Jessé

 

En 751, « Pépin partage avec Saül et David le fait de ne pas avoir été appelé à régner par sa naissance. Comme ce dernier il devait recevoir une promesse de pérennité. » [5] Il se fait élire roi par les grands de Soissons et est sacré par Saint Boniface : il devint le premier roi de la dynastie carolingienne (751-887). Les rois mérovingiens étaient héréditaires depuis Clovis.

 

Auparavant encore, en remontant dans le temps, les monarchies gauloises étaient électives, parfois également héréditaires (Ambigat, Bellovèse, Segovèse pour les Bituriges au VIe s. av. J.-C., Luernos, Bituitos, Congentianos pour les Arvernes au IIe s. av. J.-C.). « La légitimité des princes était avant tout généalogique. » [6] « C'était du souvenir de l'unité primitive que s'inspiraient les traditions ou les légendes indigènes. - Elles racontaient que la Celtique avait formé autrefois un seul royaume, et n'ayant qu'un souverain. Ce roi lui était donné par les hommes du Centre, les Bituriges: le chef qui commandait tous les Celtes siégeait au milieu même du pays. On conserva longtemps la mémoire d'un de ces rois, Ambigat. » [7] « Divers auteurs ont cru pouvoir faire remonter l'apparition des Celtes au deuxième millénaire (avant J.-C.). Pour d'autres, on peut la chercher dans les phénomènes complexes qui touchent le domaine nord-alpin au Chalcolithique, au troisième millénaire [Brun 2006] » [8] 

 

Autrement dit, la monarchie sur notre territoire, depuis les Gaulois, a entre quatre et cinq millénaires. La république dite française, à côté, représente, en fait, 3,09% de l'histoire de France et de la Gaule. [9]

Nous sommes de loin la nation la plus vieille d'Europe, grâce à la monarchie.

Notes

 

[1] Richer de Reims, Histoire, IV, en 991-998, cité dans J.-M. LAMBIN, Histoire-Géographie, 5e, Hachette Collèges, Paris, 1992, p. 69.

[2] Y. SASSIER, Royauté et idéologie au Moyen Âge, Colin, Paris, 2000, p. 206-207.

[3] Richer de Reims, Histoire, IV, en 991-998 cité dans J.-M. LAMBIN, Histoire-Géographie, 5e, Hachette Collèges, Paris, 1992, p. 69.

[4] Michel PARISSE, La France de l'an Mil, Seuil, Paris, 1990, p. 38. 

[5] Patrick DUMOUY, Le Sacre du Roi, La Nuée bleue, Place des Victoires, Éditions du Quotidien, Strasbourg 2016, p. 30.

[6] Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 62.

[7] Camille JULLIAN, La Gaule avant César, Editions du Trident, Paris 2012, p. 69;

[8] L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, Nouvelle Clio, PUF, Mayenne 2015, p. 78.

[9] En comptant 8 ans entre 1792 et 1800 (1ère république), 3 ans entre 1848 et 1851 (2e république), 70 ans entre 1870 et 1940 (3e république), 73 ans entre 1946 et 2019 (4e et 5e républiques), la république a 154 ans d'histoire. Rapporté à 5000 ans de monarchie, cela fait 3,09%.

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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 17:40
À l'intérieur de la caverne sanctuaire de Monte Gargano (Italie) où saint Michel Archange est apparu

Source : À l'intérieur de la caverne-sanctuaire où saint Michel Archange est apparu, Par Billy Ryan - 21 janvier 2019 - Ucatholic.com

(Traduction)

 

C'est l'un des sites de pèlerinage les plus importants depuis le début du Moyen-Âge, visité par les empereurs, les rois, les princes et le plus saint des saints de l'histoire. Aujourd'hui, c'est un site du patrimoine mondial de l'UNESCO, et le site de destination de plus de 2 millions de pèlerins par an. Pourquoi le sanctuaire de Monte Gargano (en italien : Santuario di Monte Sant'Angelo sul Gargano), se retrouve-t-il à travers l'histoire catholique ? La réponse remonte à un millénaire et demi, lors de quatre apparitions célestes.

 

Le Liber de apparitione Sancti Michaelis, latin, "livre sur l’apparition de saint Michel sur le mont Gargano", raconte l’histoire des trois premières apparitions de l’archange dans la grotte de Monte Gargano - aujourd'hui sanctuaire catholique découvert dans la ville de Monte Sant'Angelo, Italie.

 

La première apparition a lieu vers l'an 490 de notre ère. Un homme riche, Garganus, avait perdu un de ses précieux taureaux après s'être séparé de son troupeau. En cherchant partout l'animal, il le trouva au repos à l'embouchure d'une grotte au sommet de la montagne. Irrité qu'il osa quitté le reste du bétail, il tira une flèche empoisonnée sur la bête, flèche qu'il vit seulement se retourner miraculeusement vers lui et le frapper. Il consulta l'évêque de Siponto, qui ordonna trois jours de jeûne et de prière pour chercher des réponses à Dieu. Le dernier jour, l'archange parla à l'évêque dans une vision: "Vous avez bien fait de chercher auprès de Dieu le mystère qui était caché aux hommes; c'est-à-dire un homme frappé par sa propre arme. Car vous devriez savoir que cela a été fait par ma propre volonté. Car je suis Michel Archange, qui reste toujours dans la contemplation du Seigneur. Et décidant de garder cet endroit et ses habitants dans ce pays, je voulais montrer par ce signe que je surveillais cet endroit et tout ce qui s'y passe."

 

Les habitants vivant près de Siponto ont instauré la coutume de prier Dieu et l’archange Saint-Michel près de l’entrée de la grotte.

 

La deuxième apparition (en 492 Ndlr.) intervient lorsque les Napolitains païens commencèrent une guerre contre les Sipontans. L'évêque de Siponto leur demanda une trêve de trois jours afin qu'ils puissent jeûner et prier pendant trois jours pour la protection de saint Michel. La nuit précédant le début du combat, l'archange apparut de nouveau à l'évêque, s'assurant qu'ils trouveraient la victoire dans le combat qui s'ensuivrait.

 

"C'est pourquoi, dans la matinée, heureux et confiants que l'ange apporterait la victoire, tandis que les Napolitains seraient réduits au moyen d'un esprit démoniaque, les chrétiens rencontraient les païens. À la fin de la bataille, le Mont Gargano fut frappé par un immense tremblement de terre. Des éclairs volèrent, et une brume sombre couvrit le sommet de la montagne."

 

Une empreinte de pas a été laissée dans le marbre des grottes-chapelles au nord, un signe que les Sipontans ont pris comme une marque laissée par saint Michel.

 

La troisième apparition eut lieu environ un an plus tard (en 493. Ndlr.), lorsque les Sipontans doutèrent de la pertinence des actions miraculeuses de l'évêque : devaient-ils entrer dans la grotte ou y dédier l'église? L'évêque de Saponto implora le pape pour obtenir une direction, ordonnant à nouveau trois jours de jeûne et de pénitence. Encore une fois, l'archange parla à l'évêque dans une vision le dernier jour:

 

"Ce n'est pas votre travail de dédier l'église que j'ai construite. Car moi, qui l’ai construit, je l’ai également dédiée. Mais entrez dans cet endroit où je suis présent en tant que protecteur et remplissez-le de prières. Et célébrez-y la messe demain et laissez les gens prendre la communion de la manière habituelle; ma prérogative est cependant de montrer de quelle manière, par moi-même, j'ai consacré cet endroit."

 

À l'intérieur, ils trouvèrent de l'eau douce coulant de la pierre du sanctuaire près de l'autel de la chapelle. Les Sipontans l'appelaient "le goutte-à-goutte" et en prenaient après la célébration de l'Eucharistie, car il était connu pour soigner toutes les blessures et les infirmités:

 

"Et par la suite beaucoup ont retrouvé la santé, après avoir longtemps souffert des flammes de la fièvre, il ont été immédiatement rafraîchis par la consommation de cette goutte. Également beaucoup de gens y furent guéris de maladies innombrables et diverses, et de nombreux miracles y sont attestés, ce qui ne pouvait avoir été accompli que par le pouvoir de l'ange."

 

La dernière apparition de l'archange a eu lieu plus de mille ans plus tard, le 25 septembre 1656. La région de Gargano était frappée par la peste qui faisait de nombreuses victimes; l'archevêque Alfonso Puccinelli eut recours à Saint Michel avec trois jours de jeûne et prière. Le dernier jour, l'archange Michael apparut à l'évêque et déclara :

 

"Je suis l'archange Saint Michel, celui qui utilise les pierres de cette grotte sera libéré de la peste; bénissez ces pierres, donnez-leur le signe de la croix et mon nom."

 

Bientôt, ceux de Gargano furent libérés de la peste, et ceux d'ailleurs aussi qui tenaient les pierres, connues aujourd'hui sous le nom de pierres reliques de saint Michel. [Ndlr. "Très rapidement, non seulement la ville fut délivrée de l'épidémie, mais également tous ceux qui invoquaient son intercession étaient guéris." (Gilles Jeanguenin, Le Prince des Anges Saint Michel, Pierre Téqui éditeur, Paris 2002, p. 12-13).]

 

Pierre relique de Saint Michel Archange du Mont Gargano (Italie)

 

Au cours de l'histoire, de nombreux pèlerins ont visité le sanctuaire de Saint-Michel, notamment les saints Thomas d'Aquin, Catherine de Sienne, Bernard et Guillaume de Vercelli. Lorsque Saint François d’Assise s'y rendit en 1221 pour se préparer au carême, la tradition veut qu’il se considéra indigne et qu’il n’entra pas, mais qu’il grava plutôt une croix dans le marbre. En 1987, le pape saint Jean-Paul II visita le sanctuaire de Saint-Michel et prononça une allocution que vous pouvez lire intégralement ici :

 

"Je suis venu ici, comme beaucoup de mes prédécesseurs sur la chaire de Pierre, pour profiter un instant de l'atmosphère propre à ce sanctuaire, une atmosphère de silence, de prière et de pénitence."

 

Lettre grecque tau gravée dans la pierre par saint Francois d'Assise au mont Gargano de saint Michel Archange (Italie)

 

Aujourd'hui, le sanctuaire de Saint-Michel demeure un lieu de pèlerinage chrétien extrêmement populaire. Les pèlerins peuvent recevoir les pierres reliques de saint Michel, considérées comme un puissant sacramental pour invoquer l'intercession de saint Michel Archange.

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30 janvier 2019 3 30 /01 /janvier /2019 02:50

Outre que le chant en lui-même de la Marseillaise est un ignoble appel à la tuerie d'autres Français opposants à la révolution, les « traîtres » du couplet 2 (nobles et prêtres réfractaires et tout opposant) parce que leur « sang impur » souillait le sol de la république (!), l'idée d'écrire ces quelques précisions sur le contexte de la création de la Marseillaise nous est venue suite à la volonté des Gilets jaunes de se doter, eux-mêmes, d'une nouvelle hymne. 

 

Fabuleux exemple de fabrication d'une fake new au berceau de la république et aux conséquences incalculables pour les Français (qui le payent encore), voici la coalition d'armées autrichiennes, « des cohortes étrangères », « ces phalanges mercenaires » (couplet 3), qui étaient prêtes à fondre sur le pays, en 1792, pour (soit-disant) enrayer la révolution : 

"Le Départ des Volontaires de 1792", également connue comme "La Marseillaise" : sculpture par François Rude, Arc de Triomphe de l'Etoile, Paris.

"Le Départ des Volontaires de 1792", également connue comme "La Marseillaise" : sculpture par François Rude, Arc de Triomphe de l'Etoile, Paris.

L'école républicaine enseigne encore un mythe qui n'est pourtant plus d'actualité parmi la majorité des historiens. Ce mythe, qui a eu court durant tout le XXe siècle, qui a endoctriné des générations d'écoliers et qui a servi à légitimer la république en 1792 est celui d'une Marseillaise composée en 1792 (de son vrai nom Chant de guerre pour l'armée du Rhin) pour les soldats qui se préparaient à affronter les armées autrichiennes soit-disant prêtes à envahir le pays pour enrayer la révolution et préserver la monarchie en France et dans toute l'Europe. Ceci est un mythe.

 

Et maintenant la vérité historique : Un sang impur souillait le sol de la république

 

Le révolutionnaire anglomane Brissot écrivait aux généraux de sa Révolution:

 

« Il faut incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là[1]

 

Dans la mystique révolutionnaire, les républicains se prétendaient "régénérés" grâce a la régénération républicaine. Ils se voyaient eux-mêmes pourvus d'un sang purifié. Sur ce thème de la régénération révolutionnaire, il faut lire l'ouvrage du professeur Xavier MARTIN, "Régénérer l'espèce humaine. Utopie médicale des Lumières (1750-1850) (Dominique Martin Morin édition, Mayenne 2008.) On trouve l'origine du thème du sang impur chez les Lumières, en lien au mépris de classe envers les pauvres (les paysans), par exemple chez Voltaire. « Le grand malheur (...) est d'être imbéciles » (Correspondance, t. 12, Paris 1988, p. 69, lettre du 18 mars 1775). « Le petit peuple ne raisonnera jamais », disait Voltaire, « le peuple non pensant », « la multitude sera toujours composée de brutes. » (Voltaire's Notebooks, éd. Bestermann, 2 vol. Genève, 1952,n t. 2, p. 131, 391 et 395.) D'où la haine de la démocratie directe chez les Lumières et les hommes de la Révolution. D'Holbach parlait de « l'homme sans culture, sans expérience, sans raison ». Un tel homme, interrogeait-il, « n'est-il pas plus méprisable et plus digne de la haine (sic) que les insectes les plus vils ou que les bêtes les plus féroces ? » (D'Holbach, Le Bon sens, ou idées naturelles opposées aux idées surnaturelles, 1772, Paris, éd. Rationalistes, 1971, p. 91) 

« À d'Alembert, Voltaire, déjà, ne confiait-il pas que tous chrétiens "fanatiques" sont "pétris" de matière fécale, poussée même au superlatif, puisque "détrempée de sang corrompu" (Lettre du 12 décembre 1757 : "Fanatiques papistes, fanatiques calvinistes, tous sont pétris de la même m... détrempée de sang corrompu". Voltaire, Correspondance, t. 4, p. 1187) : toujours donc, ou déjà, le thème du sang impur. » [2] 

Le mépris tenace de la paysannerie demeurera encore au XIXe siècle un thème tout à fait « progressiste ». Ainsi Fourier, le socialiste, évoquera-t-il « l'âne, emblème du paysan, de son patois ou braiment risible, de sa nourriture chétive. » (Le Nouveau monde industriel et sociétaire, ou Invention du procédé d'industrie attrayante, 1829, Paris 1973, p. 529.)

 

Pour les révolutionnaires, la guerre de la liberté purifie les âmes : 

« La guerre de la liberté est une guerre sacrée, une guerre commandée par le ciel; et comme le ciel elle purifie les âmes. ... Au  sortir des combats, c'est une nation régénérée, neuve, morale; tels vous avez vu les Américains: sept ans de guerre ont valu pour eux un siècle de moralité. ... La guerre seule peut égaliser les têtes et régénérer les âmes. » (Jacques-Pierre Brissot de Warville, discours du 16 décembre 1791). [3]

 

« Nous ferons de la France un cimetière, plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière et de manquer le but que nous nous sommes proposé. » (Jean-Baptiste Carrier) [4]

 

Carrier « purge » la France des asociaux (donc sous-humains) du Bas-Poitou: il annonce qu'il fait massacrer « par centaines » les naïfs qui se rendent. « La défaite des brigands est si complète qu'ils arrivent à nos avant-postes par centaines. Je prends le parti de les faire fusiller... C'est par principe d'humanité que je purge la terre de la liberté de ces monstres... J'invite mon collègue Francastel à ne pas s'écarter de cette salutaire et expéditive méthode. » (Lettre de Carrier à la Convention nationale, 30 frimaire an II, 20 décembre 1793, lue à l'assemblée le 6 nivôse, 26 décembre; Moniteur, n° 98, 8 nivôse, 28 décembre ("à la une") p. 393, col. 1.)

 

Fouché avoue simplement : « Oui, nous devons l'avouer, nous faisons répandre beaucoup de sang impur, mais c'est par humanité, par devoir. » (Lettre de Fouché à la Convention, 27 décembre 1793) [5]

 

Il faut « régénérer l'espèce humaine en épuisant le vieux sang » (Lettre de Le Batteux à Carrier, 21 nivôse an II, 10 janvier 1794.) [6] 

 

« Je ne juge pas, je tue. Une nation ne se régénère que sur des monceaux de cadavres» (Saint Just)

 

Les opposants politiques à la révolution sont animalisés : « La  République, en effet, bestialise les insurgés.» Elle « parle de "troupeau", et de "femelles", et de "juger les mâles et les femelles", et d'"animaux à face humaine" (Camille Desmoulins) [7], ou d'"un ramas de cochons, de gens qui n'avaient pas de figure humaine" (Bourdon de l'Oise, au club des Jacobins, le 11 septembre 1793 : Aulard, éd. La Société des Jacobins, t. 5, p. 399), ou qu'elle empile leurs corps "à peu près comme des cochons qu'on aurait voulu saler" (rapporté en l'an III par un républicain d'Anjou, réprobateur : Rapport du citoyen Benaben, p. 81). » [8]

 

Un observateur calviniste protestant contemporain des évènements de 1789, qu'on ne peut pas taxer de sympathie pour la monarchie catholique, Mallet du Pan, dans ses « Considérations sur la nature de la Révolution française », écrit :

 

 

(C'est le girondin) « Brissot qui s'est vanté solennellement d'avoir fait déclarer la guerre, pour avoir l'occasion au premier chef d'accuser le roi de collusion avec les ennemis, et de le précipiter du trône. » [9]

 

Il ne s'agit pas là d'une thèse « complotiste » ni d'une fake new. Cette thèse a été admise aujourd'hui par l'ensemble des historiens.

 

Ainsi, le spécialiste de la Révolution et de l'empire, Patrice Gueniffey, dans La Politique de la Terreur, écrit :

 

« La plupart des historiens s'accordent aujourd'hui pour reconnaître avec Jaurès que la guerre (de 1792), loin d'avoir été provoquée par l'étranger (et le roi), fut déclenchée à l'initiative de la Révolution et qu'elle le fut, non par la nation unanime que célèbre Michelet, mais par les hommes de la Révolution. […] [L]'incendie qui devait mettre le feu à toute l'Europe pendant un quart de siècle résulta des calculs et des intérêts des différents partis. […] Certains historiens ont pu s'appuyer sur cette distinction pour avancer l'idée que la guerre, même voulue par les révolutionnaires en l'absence de toute réelle et pressante menace extérieure, était inéluctable. » [10] 

 

« [L]es Girondins orchestrent la campagne d'opinion destinée à imposer la guerre. » [11]

 

Et dans Histoires de la Révolution et de l'Empire, Patrice Gueniffey ajoute :

 

« Cette crise […] a pour effet de renforcer le parti qui veut renverser la monarchie – les futurs Girondins – et qui, pour y parvenir, conçoit l'idée d'engager la France dans une guerre (celle de 1792) dont ils espèrent qu'elle sera perdue, défaite dont la responsabilité serait rejetée sur le roi. » (!) [12]

 

Parallèlement : 

 

les Girondins qu'on appelait aussi Brissotins du nom de l'anglomane Brissot, stipendié des banques et d'intérêts qui n'étaient pas ceux du peuple... (Cf. Le génocide en Vendée qui a fait entre 180 000 et 300 000 morts civils Français) ont orchestré « à partir de la fin de l'été 1791 une campagne contre les "ennemis de l'intérieur", nobles émigrés et prêtres réfractaires, qui leur permet […] de faire adopter des lois d'exception. » [13] (Comme nos patriot act d'aujourd'hui ou nos lois d'états d'urgence.) 

 

Enfin :

 

« En 1792, la rupture de l'alliance avec l'Autriche avait été décidée par les révolutionnaires en fonction de principes idéologiques et de calculs partisans : les Girondins avaient voulu, en déclarant la guerre à l'Autriche (20 avril 1792) sous prétexte d'une IMAGINAIRE coalition internationale contre la Révolution, non seulement porter un coup fatal à l'alliance forgée par la monarchie, mais attaquer le roi dans ses alliances familiales et démontrer ainsi […] qu'il était […] le représentant et l'allié des ennemis de la Révolution. 'Nous avons besoin de grandes trahisons', avait avoué Brissot, […] en se réjouissant par avance des défaites qui établiraient ainsi la preuve de la trahison royale. » [14] 

 

Ajoutons que l'ultimatum ou « Manifeste de Brunswick », connu à Paris dans la journée du 1er août 1792, et prévoyant de livrer la ville de Paris à « une exécution militaire et à une subversion totale » s'il était fait le moindre outrage au roi et à la reine, est en réalité un faux signé le 25 juillet à Coblence par le duc de Brunswick, « philosophe, franc-maçon » [15]. Ce texte provocateur servit de prétexte à l'insurrection et au coup d'État maçonnique du 10 août 1792 qui renversa la monarchie : « Connu à Paris le 1er aout, le manifeste servit de détonateur, de prétexte à l'insurrection du 10 août », mentionne le Dictionnaire de la Révolution française de Jean Tulard, J.F. Fayard et A. Fierro. [16] Un hasard sans doute ! « Le rédacteur du texte final, écrit l'historien Jean-Christian Petitfils, fut un obscur financier émigré proche de Fersen et de Breteuil, le marquis Geoffroy de Limon, ancien agent d'affaires du duc d'Orléans, renvoyé pour escroquerie. [17] Le duc d'Orléans était le « Grand-Maître du Grand Orient de France » (sic) : un hasard là encore. Louis XVI adressa à l'Assemblée nationale un ferme démenti niant toute collusion avec les puissances étrangères. Le 3 août, Pétion et la Commune présentaient à l'Assemblée une demande de déchéance du monarque...

 

La Marseillaise mettant en scène des soldats engagés sur les frontières contre une coalition imaginaire prête à envahir la France et à renverser la Révolution est donc une imposture qui servit à la république à renverser la monarchie contre l'usure, et aux bourgeois des clubs parisiens à prendre le pouvoir et le donner au capitalisme financier. Le malheur est que l'Europe a connu par la suite 23 années de guerre continue jusqu'en 1815, que la France, en guerre à l'extérieur, a elle-même connu une guerre civile à l'intérieur, simplement pour que la république dite française puisse émerger et que le capitalisme financier puisse tenir le haut du pavé. 

Sources:

(1) Mallett du Pan, Considérations sur la nature de la Révolution, 1793, réed. Editions du Trident, Paris 2007, p. 75 ; (2) Xavier Martin, Sur les Droits de l'Homme et la Vendée, DMM, Niort 1995, p. 64 ; (3) Brissot cité dans Lucien Jaume, Le Discours jacobin et la démocratie, Fayard, Saint-Amand-Montrond 1989, p. 71 ; (4) Jean-Baptiste Carrier cité dans G.-A. TRONSON-DUCOUDRAY, La Loire vengée ou recueil historique des crimes de Carrier et du comité révolutionnaire de Nantes, Paris, an III de la République, coll. Hervé de Bélizal, p. 232) ; (5) Fouché cité dans A. GERARD, Par Principe d'humanité..., La Terreur et la Vendée, Paris 1999, p. 25 ; (6) Cité dans J. CRETINEAU-JOLY, Histoire de la Vendée militaire (1840-1842), 4 vol., Paris 1979, t. 2, p. 78 ; (7) Camille Desmoulins, cité dans A. Gérard, La Vendée, 1789-1793, Seyssel, 1992, p. 144 ; (8) Xavier Martin, Sur les Droits de l'Homme et la Vendée, DMM, Niort 1995, p. 52 ; (9) Mallet du Pan, Considérations sur la nature de la Révolution française, 1793, rééd. Editions du Trident, Paris 2007, p. 68 ; (10) Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Tel Gallimard 2000, p. 133; (11) P. Gueniffey, La Politique de la Terreur, ibid., p. 161 ; (12) P. Gueniffey, Histoires de la Révolution et de l'Empire, Tempus Perrin 2011, p. 176 ; (13) P. Gueniffey, Histoires de la Révolution et de l'Empire, ibid., p. 176 ; (14) P. Gueniffey, Histoires de la Révolution et de l'Empire, ibid., p. 670 ; (15) Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, Lonrai 2012, p. 863 ; (16) J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et Dictionnaire de la Révolution française, 1789-1799, Robert Laffont, Paris 2004 ; (17) J.-C. Petitfils, Louis XVI, ibid., p. 863.

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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 19:52

Au matin du 21 janvier 1793, sur l'ancienne place Louis XV, du nom de son grand-père, celui qui en tant que Roi avait ratifié la Déclaration des Droits de l'Homme a rendez-vous avec son Créateur. Albert Camus dans "l'Homme révolté" écrira "Le 21 janvier avec le meurtre du roi-prêtre s'achève ce qu'on a appelé significativement la Passion de Louis XVI. Certes, c'est d'un répugnant scandale d'avoir présenté comme un grand moment de notre histoire l'assassinat public d'un homme faible et bon. Cet échafaud ne marque pas un sommet, il s'en faut. Il reste au moins que, par ses attendus et ses conséquences, le jugement du roi est à la charnière de notre histoire contemporaine. Il symbolise la désacralisation du Dieu chrétien. Dieu se mêlait jusqu'ici à l'Histoire par les rois. Mais on tue son représentant historique, il n'y a plus de roi. Il n'y a donc plus qu'une apparence de Dieu reléguée dans le ciel des principes." En faisant tomber la tête du roi, gardien de l'ordre social chrétien, on fait aussi tomber la société traditionnelle ! C'était la fin de l'ancienne France et l'avènement d'une ère nouvelle, mère de tous les totalitarismes contemporains et des idéologies "progressistes".

 

Pour "commémorer" la mort du "tyran", le 21 janvier 1794 à Laval, la justice républicaine fait guillotiner 14 "fanatiques", des prêtres qui ont choisi le chemin du martyr à celui de la souillure d'un parjure. L'Eglise les béatifiera. L'arrêté du 22 décembre 1793 les condamnant à mort, illustre ce nouveau monde inspiré des philosophes du XVIIIème siècle. Suivant l'esprit du Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau, l'Etat tire sa légitimité de la loi, expression de la volonté générale. En l'espèce la Commission judiciaire Volcler se comporte comme Créon, le tyran qui appliquait sans états d'âme la rigueur de la loi : "Par lequel il est prouvé que, requis par la loi de prêter le serment exigé des fonctionnaires publics prêtres, par l'Assemblée constituante, et celui de liberté et égalité exigé pour tous les républicains français, par la Convention nationale, et que, requis encore une fois de prêter devant le tribunal, s'ils s'y sont constamment refusés. Sur ce, considérant que ces individus, par le refus opiniâtre de se conformer aux lois de la République, de les reconnaître et de les observer, sont coupables de conspiration secrète contre la République française, conspiration d'autant plus dangereuse que, présentée sous les couleurs séduisantes de l'hypocrisie et du fanatisme, elle pourrait induire en erreur un peuple crédule, toujours facile à séduire dans ses opinions religieuses, enfin, que les principes que ces hommes professaient ouvertement étaient les mêmes qui avaient allumé dans l'intérieur de la République la guerre désastreuse de la Vendée...."

 

Ce même jour, les Colonnes infernales pénètrent dans la Vendée disparue administrativement devenue le département "Vengé" sur proposition du député aristocrate Antoine Merlin de Thionville. Les "Forces de l'ordre" ne font qu'exécuter les ordres reçus : "Je vous donne l'ordre de brûler tout ce qui peut brûler, de passer à la baïonnettes tous les habitants que vous rencontrerez. Je sais qu'il peut y avoir des patriotes, tant pis : il faut tout sacrifier" ainsi est la mission de la colonne de Grignon.

 

Par une loi du 21 nivôse an III (10 janvier 1795), le 21 janvier devient une "fête révolutionnaire" intitulée fête du "2 pluviôse (21 janvier) ou fête du serment de haine à la Royauté et à l'Anarchie". On y prête alors le serment suivant : "Je jure haine à la Royauté et à l'Anarchie, je jure attachement et fidélité à la République et à la Constitution de l'an III". L'instituteur breton Hémery compose même une chanson :

Français, c'est aujourd'hui le jour anniversaire



de la mort de Capet, le tyran, le faussaire.



Réjouissons-nous tous, il n'est plus de Tarquin ;



nous devenons républicains (bis).







La voyez-vous là-bas l'hideuse politique ?



menacer le berceau de votre République ;



plus près, le fanatisme éguiser ses poignards



et agiter ses étendards (bis)







Ces monstres infernaux ont des agents perfides



qui, du sang fraternel, sont des Caïns avides ;



défiez-vous, français, ces coquins sont nombreux ;



lisez les noms les plus fameux (bis) :



Dumouriez, La Fayette et Pichegru, ô traitre,



Talmont, Stofflet, Charette, abominables êtres !







Périssent tous les traitres et les rois conjurés,



c'est fait d'eux, vous l'avez juré (bis)



Je vous laisse, courez, volez à la victoire



en chantant ce refrain si digne de mémoire :



"Aux armes, citoyens ! formons nos bataillons,



Marchons, qu'un sang impur abreuve nos sillons !"







Etre suprême, viens, souris à notre fête,



fais briller ton soleil par-dessus nos têtes,



nous te faisons des voeux pour que tous nos guerriers



reviennent, couverts de lauriers (bis),



l'an prochain, célébrer, au temple décadaire,



de la mort de Capet le jour anniversaire



et chanter avec nous, il n'est plus de Tarquin,



le dernier en mourant nous fit républicain.

La Restauration fera du 21 janvier une fête expiatoire mais Louis-Philippe d'Orléans, fils de Philippe-Egalité, régicide, "gardien de l'héritage révolutionnaire" l'abolira. Cruel destin, le Comte de Paris, son descendant, vient de rejoindre en ce jour expiatoire la Maison du Père pour paraître devant le Christ-Roi, son Sauveur.

 

 

 

Source : Lys de france, Nicolas Chotard, Président des Lys de France. Trésorier de la Chouannerie du Maine.

https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1905_num_21_4_1231

https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1905_num_21_4_1231

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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 07:00
Jeanne d'Arc: Réponses aux falsificateurs de l'histoire de Jeanne d'Arc

En 2007, le journaliste au quotidien L’Est républicain, Marcel Gay, et le latiniste paléographe Roger Senzig, publiaient le livre "L'Affaire Jeanne d'Arc" (Florent Massot, 2007), dont les propos guère innovants, datent comme la presque totalité des pamphlets anticléricaux du XIXe siècle. Dans la tradition des auteurs "survivo-bâtardisants" comme on les appelle, Marcel Gay affirmait que la sainte de Domrémy n’était pas morte sur le bûcher mais dans son lit ; qu’elle aurait été mariée au chevalier lorrain Robert des Armoises. Entre temps, elle fut manipulée par la machiavélique Yolande d’Aragon, qui n’eut aucune difficulté à trouver cette jeune fille puisque, toujours d’après Gay, elle était ni plus ni moins que la fille d’Isabeau de Bavière et du duc d’Orléans ! Bâtarde donc de sang royale… Quelques mois plus tard, la chaîne de télévision Arte diffusait un reportage au cours duquel Marcel Gay fut largement interviewé en situation favorable tandis que la caution universitaire, elle, était cantonnée à l’obscurité des bibliothèques. Au cours de ce docu-fiction, la thèse de monsieur Gay fut largement retenue et exploitée quand celle des historiens fut déformée pour ne pas dire amputée… [1] Indignée par les inepties du livre et le montage du film, l'historienne Colette Beaune, agrégée d'histoire, professeur  émérite à l'université Paris X - Nanterre, qui avait pourtant été consultée par Arte, décida dans Jeanne d'Arc, Vérités et légendes (Perrin, Paris, 2008), de réagir et de répondre point par point aux bêtises qui circulent aujourd'hui sur le compte de la Pucelle. Or le résultat dépasse de loin le simple écrit de circonstances. Au-delà des rectifications nécessaires, le volume constitue une très bonne présentation, à jour, de l'histoire de Jeanne d'Arc et des enjeux dont elle est porteuse pour comprendre la fin du Moyen Age. [2]

 

Fille de Jacques d'Arc et d'Isabelle Rommée, Jeanne d'Arc a été condamnée pour hérésie par un tribunal ecclésiastique acheté par les Anglais en 1431. Prétendre que l'histoire de Jeanne d'Arc est un mythe inventé par l'Église de France à des fins de propagande monarchique est ridicule : c'est oublier que l'Angleterre, à cette époque-là, était également de cette même religion catholique romaine que la France; c'est écarter près de cinq cents ans entre le martyre de Jeanne et sa canonisation (1920) : un peu long pour y voir un "complot" de l'Église ! Et c'est ignorer que le roi Charles VII, ayant reconquis le pays, entreprit à la demande de la famille de Jeanne d'Arc un procès en annulation de la condamnation parce qu'il  n'était pas possible que le roi dut sa couronne à une "hérétique". Ce qui élimine également la thèse du "complot" monarchique.

 

On imagine en outre que Jeanne d'Arc est depuis longtemps l'une des saintes patronnes du pays. En réalité, sa sainteté est récente, elle date du début du XXe siècle. La démarche fut enclenchée en 1874 par l'évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, tandis que Jeanne d'Arc est déjà entrée dans le panthéon des grandes figures de la nation. [3]

 

Jeanne appartient à une famille de cinq enfants : Jeanne, Jacquemin, Catherine, Jean et Pierre. Elle n'était pas bergère, c'est vrai, et elle l'a déclaré elle-même : à Domrémy, elle s'occupait notamment des chevaux que possédait son père - un laboureur, doyen du village -, chevaux qu'elle montait à l'occasion. [4]

 

« Contrairement à ce que pensent nos chers mythographes du XIXe siècle, écrit Colette Beaune, le cheval n'est pas réservé aux nobles. Tous se déplacent ainsi dès que le trajet est un peu long. Destrier et haquenée sont de nobles montures mais le cheval de labour, le mulet ou le bourricot sont en revanche accessibles au plus grand nombre. » [5]

Que les paysans n'auraient pas le droit de monter à cheval « est une invention pure et simple. » [6]

 

Le père de Jeanne, Jacques d'Arc, devait être un laboureur aisé. Il bénéficiait d'une certaine notoriété à Domrémy, où il représenta à plusieurs reprises la communauté des villageois. Il avait été doyen (l'équivalent de maire du village), mais il avait été aussi procureur de celui-ci lors d'affaires évoquées devant Robert de Baudricourt, le capitaine royal de Vaucouleurs [7], forteresse voisine de Domrémy qui faisait partie des Marches de Lorraine (enclave française en terres barroises.) Les parents de Jeanne étaient armagnacs.

 

La légende de la bergère résulte probablement de la volonté des Armagnacs de transmettre cette image (plus symbolique qu'une simple fille de paysan) à des fins de propagande politico-religieuse pour montrer qu'une « simple d'esprit » pouvait aider le chef de la chrétienté du royaume de France et guider son armée, illuminée par la foi. [8]

 

De l'autre côté, se trouvaient les Bourguignons. « Aucun de ces deux ensembles mythiques n'est ni plus vrai ni plus rationnel que l'autre, contrairement à ce que croient les mythographes d'aujourd'hui, acharnés à détruire l'imaginaire armagnac mais prêts à gober tout ce que racontent les Bourguignons. » [9]

 

Jeanne, habitait à Vaucouleurs, qui appartenait au Royaume de France : elle parlait français. « Son adresse dans l'équitation [...] fut expliquée [...] par le fait qu'elle avait, quelque temps, fréquenté des gens de guerre, notamment à Neufchâteau: comme le dit Jean d'Estivet, ce fut là qu'elle "apprit la manière de monter à cheval et à avoir une connaissance des armes." Pour ce qui est de sa maîtrise du français de France, prononcé avec l'accent lorrain, il n'étonne pas les spécialistes des "francophonies" du XVe siècle non plus. » [10]

 

Elle n'était pas illettrée. ll est vrai qu'elle n'a jamais porté le nom de d'Arc : les filles, dans sa région, portaient le nom de leur mère. [11] 

 

Jeanne, fille d'Isabeau de Bavière ? Absurde. Si Charles VI ne pouvait pas coucher avec Isabeau de Bavière du fait de sa maladie, Charles VII serait également un bâtard (thèse bourguignonne du temps de Jeanne d'Arc). Mais si les deux enfants étaient des bâtards, quel eut été l'intérêt pour l'Église de légitimer des adultères et d'inventer toute une histoire pour défendre des enfants adultérins ? Cela n'a aucun sens. De même, si Jeanne était la soeur de Charles, comment expliquer que Charles VII ait pu abandonner sa soeur ? 

 

L'explication de l'abandon de sa soeur par Charles sera tentée par Jean Grimod en 1952 : « Charles VII n'avait pas abandonné sa soeur : elle avait survécu, c'était la dame des Armoises ! » [12] (Voir plus bas.)

 

Selon les bâtardisants, Jeanne aurait été amenée à Domremy en 1408. «[E]n acceptant que l'escorte imaginée ait réellement apportée une enfant pour la faire passer pour la fille d'Isabelle Romée, on aurait eu bien du mal à faire croire, même au paysan le plus crédule, qu'une enfant née en 1407 serait née dans la nuit du 6 janvier 1412; il y a quand même quelques différences visibles entre un nouveau-né et un enfant de quatre ans révolus. [...] Enfin, en acceptant même l'idée que Louis d'Orléans et Isabeau de Bavière ait eu un enfant, pourquoi la mener à Domremy, qui se trouve à la frontière de la Lorraine ? Le duc d'Orléans était justement en conflit avec le duc de Lorraine pour la question de Neufchâteau, qui lui avait été confisqué. On voit bien que son bâtard - lui, certifié comme tel - le futur comte de Dunois, avait été au contraire mis à l'abri en plein centre des domaines orléanais, à Blois. Comme les raisons du choix de Domremy restaient effectivement douteuses, on a voulu faire des d'Arc des familiers de la famille d'Orléans ou de la reine. Et comme il n'y avait pas qu'un âne qui s'appelle Martin, on a effectivement trouvé des d'Arc, harc ou Dart dans l'entourage d'Isabeau de Bavière. Les bâtardisants en ont tiré argument pour conforter leur choix de Domremy pour abriter une petite bâtarde, et les survivistes y ont trouvé des preuves que jeanne était de naissance bien plus noble que ce que les pauvres historiens bornés par les textes pouvaient croire. mais qu'il existe des d'Arc ailleurs qu'à Domremy ne constitue pas une preuve qu'ils faisaient partie de la même famille. [...] Il existe même deux autres authentiques Jeanne d'Arc quasi contemporaines, repérées par Marie-Thérèse Caron dans son étude sur la noblesse bourguignonne [...] : heureusement, personne n'a encore songé à affirmer que l'une ou l'autre était de la famille de la Jeanne de Domremy ! » [13]

 

En fait, les rumeurs sur Isabeau de Bavière, soufflées par le parti bourguignon qui cherchait à délégitimer Charles, commencèrent vers 1404-1405 : « le duc de Bourgogne fit semer faux mensonges de la reine et du duc d'Orléans. » Le petit Philippe dont les mythographes disent qu'il devait être Jeanne d'Arc, a « toute chance d'avoir été un enfant légitime. [...] On ne peut donc pas dire tout à trac : "Les mœurs légères d'Isabeau étaient connues de tous", parce que ce n'est pas vrai. Les rumeurs sont chronologiquement (1404-1407, 1428-1429) et géographiquement situées. Elles sont instrumentalisées par la propagande bourguignonne. Toute femme de pouvoir est potentiellement une Marie-couche-toi-là. Encore aujourd'hui ? » [14] Notons au passage que c'est le même mauvais procès que la Révolution dite française fit à Marie-Antoinette pour pouvoir la décapiter.

 

« La victoire de la monarchie et l'écriture d'une histoire nationale de plus en plus unitaire font prévaloir au XVIe siècle la vision des armagnacs. Celle des Bourguignons subsiste en contrepoint chez les protestants et nourrit l'illusion d'une Jeanne cachée au grand public mais qui serait la vraie » [15] « Les mythographes, écrit Colette Beaune, ne racontent son parcours que d'après les textes bourguignons. » [16]  

 

Ce petit garçon - Philippe - que les mythographes ont déclaré bâtard, […] a été enterré à Saint-Denis où le religieux moine Chantre de l'abbaye, […] Michel Pintouin […] dit qu'il fut inhumé près de ses frères, probablement donc dans le même tombeau que Charles, mort en 1386 à trois mois, que décrit le 10 août 1793 procès-verbal des exhumations à Saint-Denis. […] C'était un garçon : lors d'un accouchement public, il est difficile de tricher sur le sexe, qui est vérifié (un garçon est un héritier possible, une fille non). Que faire donc ? P. de Sermoise, mythographe notoire, fait naître des jumeaux : un petit Philippe qui meurt et une petite Jeanne conduite à Domrémy. » [17] 

 

Lors de son procès en 1430, Jeanne n'a pas affirmé qu'elle avait vingt-trois ou vingt-quatre ans, puisque, aux deux premières séances du procès de condamnation (1430), lorsque les juges demandèrent son âge à Jeanne, elle répondit qu'elle était âgée de 19 ans environ et ne rien savoir de plus sur ce sujet. [18]

 

Jeanne savait son âge approximativement comme la plupart de ses contemporains ; il n'est guère d'usage de fournir alors sa date de naissance. [19] 1412 est la date que les historiens sérieux retiennent aujourd'hui comme l'année de naissance de Jeanne.  « Nous n'avons pas de registre paroissial conservé. Il n'y a pas lieu de soupçonner un complot qui viserait à nous priver d'une date exacte puisque seuls trois registres de baptême-mariage-funérailles sont conservés pour cette période (Givry, Lyon, Porrentruy) et pour tout le royaume. » [20] 

 

L'armure de Jeanne, son cheval, lui furent donnés par Charles VII. Ce n'est donc pas Jeanne qui se serait elle-même « financé » son armure et son cheval.

 

La mort de Jeanne sur le bûcher a été constatée par des témoins « qui ne l'ont pas quittée des yeux » [21] et qui ont témoigné au procès de réhabilitation en 1452-1456, à commencer par son bourreau. Olivier Bouzy cite quinze témoins [22] qui la virent mourir sur le bûcher de Rouen, en les citant in extenso : malgré ces témoignages convergents, les auteurs survivistes ne mentionnent jamais leur existence et proposent à la place des descriptions de l'évasion !

Selon les survivistes il n'y a pas de procès-verbal ou d'acte de décès de Jeanne. « Utilisé par Grimod (p. 81), l'argument a été rarement réutilisé par ses successeurs. Il est en effet à double tranchant : si l'on réclame un acte de décès pour la vraie Jeanne d'Arc, le moins qu'on puisse faire est d'en produire un pour la fausse. Or il n'y a pas non plus d'acte de décès pour Claude des Armoises, pour laquelle les survivistes sont déjà bien en peine de fournir un acte de mariage. Il serait même fort suspect qu'acte de décès il y  eût : ce serait le seul du Moyen-Âge. Rappelons que l'état civil n'existe pas, et que ce n'est que François Ier qui rend obligatoire la tenue de registres de baptêmes, de mariages et de décès. Faudrait-il en conclure que Claude des Armoises est toujours vivante ? » [23]

La tête de Jeanne sur le bûcher ne fut pas recouvert ou dissimulé. « Grimod a rajouté [...] un voile qui n'est attesté dans aucun texte. [...] [A]ucun des témoins directs ne signale de "visage embronché" ni de voile ni davantage de substitution. Jeanne, le jour où elle fut brûlée, n'était pas méconnaissable. » [24]

 

Jeanne d'Arc mariée en 1436 à Robert des Armoises ?

« La nouvelle commence à circuler au mois de juin 1436 : Jeanne la Pucelle serait vivante, elle se serait manifestée aux environs de son pays d'origine ! [...] Après s'être fait remettre quelques cadeaux par les uns et les autres, un cheval, une épée, une armure, être allée à Metz et à Notre-Dame de Liesse, l'aventurière épouse un chevalier, Robert des Armoises, et le couple s'installe à Metz. La même aventurière est mentionnée dans un ouvrage de l'inquisiteur alsacien Jean Nider, prieur des Dominicains de Nuremberg, qui s'intitule le Formicarium. [...] Il termine son récit en disant que la fausse Pucelle aurait épousé un certain chevalier, dont il ne donne pas le nom. En 1440, [...] la carrière de "Jeanne" ou "Claude" des Armoises semble s'être achevée à Paris, où sa supercherie aurait été démasquée par le roi lui-même. La cité orléanaise mentionnent expressément le service funèbre fait, comme chaque année, à la mémoire de Jeanne d'Arc. D'où l'on peut conclure qu'on ne croyait guère à l'identité de la fausse Pucelle. » [25] 

 

Johannes Nyder

« Peut-être [...] n'a-t-on pas assez tiré parti du texte de Jean Nyder (vers 1380-13 août 1438), prieur des dominicains de Bâle (la cité du concile, où les informations ne manquaient pas de circuler) tel qu'il figure dans son célèbre Formicarius ? (1435-1437, Un traité sur les questions sociales du temps. Ndlr.) Il y expose les mesures prises à Cologne par son collègue Henri Kaltyseren, professeur de théologie et inquisiteur de la perversité hérétique, contre celle que nous appelons Jeanne des Armoises. [...] Nyder distingue parfaitement les deux femmes, celle de Cologne et celle de Rouen. » [26]

 

Pour authentifier Claude des Armoises, « curieusement, aucun examen de virginité n'est envisagé (j'ai quelques doutes sur le résultat!) et nul ne semble avoir demandé à la ressuscitée ce qu'elle avait bien pu faire pendant presque cinq ans ! », ironise Colette Beaune [27] « Quel aurait été l'intérêt, pour les partisans de Charles VII qui organisèrent le procès de réhabilitation (en 1452-1456), de dissimuler la survie de Jeanne si elle avait échappé au bûcher ? » [28]

 

« Claude-Jeanne » aurait fondé son imposture sur une vague ressemblance avec l'héroïne du siège d'Orléans. Les frères de Jeanne d'Arc et quelques membres de l'aristocratie messine auraient feint ou l'auraient reconnue pour leur sœur. Plusieurs personnages naïfs ou douteux auraient pu être dupés ou vouloir devenir les complices de l'aventurière pour tirer quelque subside de l'escroquerie. Soumise à une enquête de l'Université et du Parlement de Paris, Jeanne des Armoises (Claude des Armoises) est démasquée et condamnée en 1440. » [29]

 

Claude des Armoises s’effondra aux pieds du roi Charles VII, en sollicitant son pardon pour la supercherie. Elle admit publiquement son imposture et se retira avec son mari en son château de Jaulny, où elle termina ses jours. Est-il donc si difficile aujourd’hui d’accéder aux textes concernant Jeanne d’Arc ? Non. Le chartiste Quicherat publia, au milieu du XIXe siècle, l’intégralité des sources connues de son temps ; et il n’eut garde d’oublier la dame des Armoises, cette femme qui se fit passer pour Jeanne d’Arc après la mort de la Pucelle.

 

Les sources historiques sur Jeanne d'Arc sont les deux procès, celui de condamnation en 1431 à Rouen, et celui en annulation de la condamnation de 1452-1456.

 

« [L]e peu qu'on sache d'elle (la dame des Armoises) la situe très loin de la figure de l'authentique Jeanne d'Arc telle que la simple lecture des deux procès, de condamnation et de réhabilitation, permet de la reconstituer. [...] La difficulté vient d'ailleurs, en réaction. En effet, on a du mal à admettre que cette petite paysanne, [...] ait pu avoir l'idée, à elle toute seule, entre treize et dix-sept ans, de sauver le royaume de France, par sa propre action guerrière. [...] On a du mal à admettre qu'elle ait eu la capacité matérielle de ce faire [...], comme on a du mal à comprendre comment que Charles VII, [...] l'ait admise en audience, ait été convaincu par elle et lui ait confié la tâche urgentissime de porter secours à la cité d'Orléans, laquelle pouvait ouvrir ses portes d'un moment à l'autre à l'adversaire d'Angleterre. » [30] 

 

« L'ouvrage de Jules Quicherat, paru de 1841 à 1849, et réunissant la documentation du XVe siècle alors connue sur Jeanne d'Arc, à commencer par les deux procès de condamnation (1430) et de réhabilitation (1452-1456), [...] fut pris pour base des travaux [de canonisation de Jeanne]; ce qui ne laisse pas d'être paradoxal, lorsqu'on sait que Jules Quicherat, s'il fut un admirable érudit, était aussi un athée et un anticlérical convaincu. Il reste que c'est encore lui qui a élevé à Jeanne d'Arc le plus irremplaçable des monuments. » [31]

 

Dans les années 1960, la Société d’histoire de France fit traduire et publier les deux procès de Jeanne. Régine Pernoud et Georges Duby en ont publié des extraits facilement accessibles. Quant à Colette Beaune, professeur agrégée d'histoire médiévale à Paris Nanterre, elle en a édité le Journal d’un bourgeois de Paris qui est la source sur la dame des Armoises. Chacun peut le trouver en livre de poche pour 8,50 €. Une chose est sûre : les sources sont manuscrites, en latin, ou en vieux français [32]. Claude des Armoises qui se fit passer pour Jeanne d’Arc n’est pas Jeanne d’Arc mais l’imposture de cette aventurière fascinante est bien documentée. La notion d’une Jeanne manipulée est une nouveauté du XXe siècle : nul n’a jamais pensé avant les années 1900 qu’elle l’avait été par Yolande d’Aragon ou par l’internationale franciscaine ! [33]

 

« Les franciscains (à une autre époque, l'Opus Dei ou les Jésuites auraient tout aussi bien pu faire l'affaire) seraient à l'oeuvre dès la naissance de Jeanne. Ils organiseraient son apparition puis ses victoires. Reste à expliquer pourquoi Yolande ne se soucie nullement de la capture de Jeanne et pourquoi il y a des franciscains parmi les juges de Rouen. » [34]

 

« En fait, les survivo-bâtardisants partent d'une conviction souvent politisée, accablent leur lecteur sous un flot d'hypothèses et en cherchent ensuite désespérément les preuves, quitte à écarter les indices et réécrire les textes qui ne rentrent pas dans leur système. La bonne méthode aurait été de commencer par rassembler les textes disponibles, de chercher ensuite à en faire une synthèse, et d'écarter non pas les textes, mais les hypothèses qui ne conviennent pas. » [35]

***

 

Sources : (1) Source: Canal Academie; (2) Le Monde, 09 octobre 2008); (3) Le Point, Jeanne d'Arc : 8 mensonges sur la Pucelle d'Orléans, le 01/05/2017 ; (4) Marie-Véronique Clin, directrice de la Maison Jeanne d'Arc à Orléans et conservatrice du Musée d'histoire de la Médecine, qui a réfuté la plupart des hypothèses des mythographes Roger Senzig et Marcel Gay. Dans La Dépêche.fr, Et si l'Histoire de Jeanne d'Arc avait été falsifiée ? ; (5) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, Pour en finir avec ceux qui racontent n'importe quoi !, Perrin, Paris, 2008, p. 95 ; (6) (7) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, Perrin, Paris, 2008, p. 39 ; (8) Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc : mythes et réalités, La Ferté-Saint-Aubin, l'Atelier de l'Archer, 1999, p. 48 ; (9) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, ibid., p. 16 ; (10) Préface de Philippe Contamine dans Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, Éditions CLD, Tours 2008, p. 12 ; (11) Philippe Contamine, Olivier Bouzy et Xavier Hélary, Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2012 ; (12) Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, Éditions CLD, Tours 2008, p.  36 ; (13) Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, ibid., p. 82-86 ; (14) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, ibid., p. 61 ; (15) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, ibid., p. 17 ; (16) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, ibid., p. 20 ; (17) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, ibid., p. 61 ; (18) G. Duby, Le Procès de Jeanne d'Arc, Paris, réed. 1995 ; (19) R. Boucher de Molandon, Les Comptes de la Ville d'Orléans aux XIVe et XVe siècles, Orléans, 1884 ; (20) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, ibid., p. 58-61 ; (21) Le Point, Jeanne d'Arc : 8 mensonges sur la Pucelle d'Orléans, le 01/05/2017 ; (22) Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, ibid., p. 135-144 ; (23) Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, ibid., p. 148-149 ; (24) Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, ibid., p. 155 ; (25) Régine Pernoud, Jeanne d'Arc, La Reconquête de la France, Gallimard, Saint-Amand 1997, p. 59-62 ; (26) Préface de Philippe Contamine dans Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, ibid., p. 16-17 ; (27) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, ibid., p. 185-186 ; (28) Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, ibid., p. 148 ; (29) Colette Beaune, « Une nouvelle affaire Jeanne d’Arc », Libération.fr, 10 juin 2009) ; (30) Préface de Philippe Contamine dans Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, ibid., p. 9 ; (31) Régine Pernoud, Les Saints au moyen-Âge, La sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ?, Éditions Plon, Paris 1984, p. 273-274 ; (32) Libération.fr ; (33) Une nouvelle affaire Jeanne d’Arc, Par Colette Beaune, médiéviste, professeur émérite à l'université de Paris-X. — 10 juin 2009, Libération.fr ; (34) Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Vérités et légendes, Perrin, Paris, 2008, p. 232-233; (35) Olivier Bouzy, Jeanne d'Arc, L'histoire à l'endroit !, Éditions CLD, Tours 2008, p. 22.

***

Sources internet :

* www.ladepeche.fr/article/2007/09/09/10767-si-histoire-jeanne-arc-avait-ete-falsifiee.html

* https://www.liberation.fr/societe/2009/06/10/une-nouvelle-affaire-jeanne-d-arc_563566

* www.lemonde.fr/livres/article/2008/10/09/jeanne-d-arc-verites-et-legendes-de-colette-beaune_1104811_3260.html

* www.lepoint.fr/histoire/jeanne-d-arc-8-mensonges-sur-la-pucelle-d-orleans-01-05-2017-2123913_1615.php

* https://montjoye.net/jeanne-des-armoises-fausse-jeanne-darc

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 20:12

Lors du Grand Débat du Président de la République avec les maires de Normandie à Grand-Bourgtheroulde dans l'Eure le 15 janvier 2019, Emmanuel Macron a reconnu que le contournement du référendum négatif sur le traité européen en 2005 par la voie parlementaire en 2007 a été une erreur. Toutefois, il se livre immédiatement après à une critique du Référendum d'Initiative Citoyenne en ces termes (à 4:54:27 dans la video youtube) :

Emmanuel Macron :

 

« Sur le référendum d'Initiative Citoyenne que vous avez évoqué, vous avez parfaitement raison, il ne faut absolument pas l'éluder. Moi, je pense qu'on doit collectivement avoir une réflexion sur nos différentes formes de démocratie. Je n'ai pas la solution et j'attends beaucoup de ce débat qu'on aura avec vous et avec vos citoyens qui vont se mener dans vos communes. Je pense qu'il y a une frustration, si vous voulez le fond de ma pensée, qui est née dans le pays, entre 2005 et 2007. En 2005, la France a voté non à ce traité européen. Moi, ce n'était pas mon opinion. Mais qu'importe, la France a voté non. Et en 2007 on est revenu à l'équivalent du oui par une voie parlementaire. Et, je dois bien dire que, plus de dix ans après, ce qui s'est passé, là, a créé une frustration. Les gens disent même quand on s'est exprimé, qu'on a dit quelque chose, nos représentants reviennent (dessus) quand cela les arrange pas ce qu'on dit. On vit avec cela. Je pense qu'il ne faut pas l'éluder. C'est dans le pays. Il faut l'entendre. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que l'on ne doit pas créer une situation de concurrence entre les formes de démocratie (indirecte et directe. Ndlr.). Et là, on s'est trompé et donc il faut qu'on mette une forme de verrou quand le peuple s'est exprimé sous forme de référendum sur un sujet, le peuple souverain par la voie de ses représentants ne peut pas y revenir avant une période, en tout cas pas dans les mêmes termes. De la même façon, si on disait que l'on peut créer un référendum d'initiative citoyenne, qui chaque matin peut revenir sur ce que les parlementaires ont voté. Là, on tue la démocratie parlementaire. [...] Vos représentants ne servent plus à rien. On tue la démocratie. » (Fin de la citation)

 

Or il se trouve que si le RIC « tue la démocratie » parlementaire c'est que cette démocratie n'est pas authentiquement démocratique pour les raisons qu'en a donné l'historien Patrice Gueniffey. Faisons donc oeuvre d'un peu de pédagogie en direction d'Emmanuel Macron et des « marcheurs » de la « république en marche » : 

 

« Un peuple est libre lorsqu'il dispose des moyens qui lui permettront d'approuver ou de sanctionner régulièrement l'usage fait par les gouvernants des pouvoirs qu'il leur avait confiés. La démocratie ne se définit pas seulement par le droit d'élire; elle réside aussi dans ce qu'on nommait au XVIIIe siècle la "censure", c'est-à-dire le pouvoir de révoquer ou, au contraire, de renouveler la confiance précédemment accordée. » (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 210.)

Macron critique le RIC

Note du blog Christ-Roi. Au moment où Macron déclare qu'«on tue la démocratie», il utilise ce mot dans un sens contraire à ce qu'il signifie, un vrai langage de subversion maçonnique du sens des mots. (Cf. le poème d'Armand Robin qui explique le programme des deux derniers siècles).

Source: http://www.leparisien.fr/politique/macron-exprime-des-reserves-sur-le-referendum-d-initiative-citoyenne-15-01-2019-7989525.php

Source: http://www.leparisien.fr/politique/macron-exprime-des-reserves-sur-le-referendum-d-initiative-citoyenne-15-01-2019-7989525.php

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 19:56

Cet article est une réponse à l’article de Jacques Sapir «Les débats sur la souveraineté révélés par les évolutions des représentations de la Res Publica »

 

 

Cet article se veut un commentaire critique de l’article de Jacques Sapir commentant un ouvrage de Madame Claudia Moatti, professeur « d’histoire intellectuelle », qui traite de « l’évolution de la chose publique, de la Res Publica dans le monde romain »… c’est-à-dire des interprétations de la notion de « chose publique mais aussi des notions de légitimité et de droit ». Le présent article ne commentera pas ledit ouvrage, que l’auteur n’a pas lu, mais se revendique en tant que critique constructive à la présentation de cet ouvrage faite par Jacques Sapir.

 

Il est en effet intéressant, et sans doute non contestable, de savoir que le concept de « Res Publica » a subi, au temps de la Rome antique, de sérieuses variations tant quantitatives que qualitatives.

 

Néanmoins, ce genre d’analyse comporte, en particulier lorsqu’elle est mise en parallèle avec les temps républicains actuels, un biais intellectuel et cognitif. Une telle mise en perspective historique du concept de république a pour effet direct de tronquer les débats institutionnels en les enkystant définitivement autour du seul concept de République, avec, en arrière-fond, l’idée que la République instaurée en 1789 est incontournable.

 

Or, précisément, les républiques du XVIIIe siècle ne sont pas nées par hasard ou par la simple nostalgie des temps antiques. Les républiques du XVIIIe siècle sont nées de la volonté d’une nouvelle caste dominante, celle de la bourgeoisie menée par les banquiers, de prendre le pouvoir politique à un ordre ancien dominé par l’aristocratie et le clergé.

 

Il est ici impératif de constater que l’ordre politique de l’Ancien Régime était donc, tout imparfait qu’il était, fondé sur deux forces de valeur quasi égale et qui se faisaient face ; ces deux pouvoirs agissaient comme un contre-pouvoir l’un sur l’autre, libérant au passage un espace public libre. C’est justement sur cet espace de liberté qu’a pu se développer la bourgeoise commerçante et financière.

 

Or, avec l’avènement des républiques du XVIIIe siècle, la domination par, d’une part l’aristocratie et, d’autre part, le clergé catholique, a laissé la place, sous couvert de « bien public », à la domination de la seule caste de la bourgeoisie, menée par les banquiers commerçants. Pour résumer, une domination bicéphale a laissé la place à une domination monocéphale, dont nous voyons aujourd’hui l’aboutissement. Or, cette domination des banquiers commerçants est restée anonyme, elle s’est hypocritement cachée derrière :

 

Des institutions politiques organisées autour du principe de « mandat représentatif » ;

De belles pétitions de principes telles que la revendication de la liberté pour tous, alors qu’il s’agissait principalement de la liberté du commerce… de la libre concurrence qui bénéficie au bien commun, en oubliant de préciser qu’en système concurrentiel, seuls les plus forts s’en sortent…. Alors précisément que les critères de détermination « des plus forts » étaient fondés sur des règles, non dites, d’interprétation extrêmement flexible : ainsi, acquérir une fortune par malversations, assassinats et autres vilénies, n’en reste pas moins un signe que l’auteur de ces méfaits est « le plus fort ». La liberté de laquelle sont nées les républiques du XVIIIe siècle fait bon cas de la morale, de la droiture et de la Justice au profit de ce qui s’apparente juridiquement de facto à la glorification de la « voie de fait ».

Pour résumer, il faut constater que la liberté proclamée par les républiques du XVIIIe siècle se cache derrière des institutions politiques fondées sur la prééminence des Parlements dont les membres sont cooptés par des partis politiques avant que leur élection ne soit entérinée, sur fond de nombreuses et très opaques tractations médiatico-politiques, par un public pris en otage. Ce public – le peuple – étant dans l’incapacité totale et définitive de sanctionner les actions particulières prises par ses représentants autrement que quelques années après les faits en votant pour d’autres individus élus dans des conditions tout aussi fallacieuses et pernicieuses.

 

Pour parler clairement, les parlements, d’origine anglaise, généralement déployés dans le monde depuis le XVIIIe siècle ne sont rien d’autres que la vitrine présentable du fait que le pouvoir politique échoit désormais à des « partis politiques ». Or, lesdits partis ne peuvent vivre que s’ils sont financés, ce qui permet aisément aux puissances d’argent d’en prendre le contrôle. Cette prise de contrôle est d’autant plus aisée que l’accaparement généralisé des richesses, par ces mêmes puissances d’argent, est atteinte.

 

Ainsi, le retour à l’analyse de la Res Publica des temps antiques ne doit pas cacher les raisons et le contexte de la naissance des Républiques des temps modernes ! Il est donc impératif, pour éviter toute manipulation intellectuelle, de rappeler que si l’on peut trouver des points de ressemblance – notamment dans la terminologie utilisée – entre la Res Publica antique et les républiques modernes, il faut impérativement garder à l’esprit que les raisons profondes de la réapparition, en Occident, de la République ne sont pas tant dues à la nostalgie d’un passé glorieux et libre, plus ou moins bien interprété et réapproprié, qu’aux contraintes de la prise de pouvoir politique par une nouvelle caste arrivée à maturité : celle des banquiers commerçants.

 

Valérie Bugault est Docteur en droit, ancienne avocate fiscaliste, analyste de géopolitique juridique et économique

 

Source : Medias Presse Info

Note du blog Christ-RoiL'impasse des "droits dits de l'homme", c'est précisément qu'ils sont les principes de la pseudo démocratie dite "représentative", de la société marchande et du capitalisme financier qui rendent esclave l'humanité, en organisant la libre concurrence entre eux des pauvres, divisés avec les partis politiques, et forcés à se combattre les uns les autres. Bref, c'est la loi du plus fort, celui qui a l'argent.

Si les droits de l'homme proclament l'égalité, c'est pour organiser la libre concurrence des citoyens et les forcer à se combattre. La démocratie rétablit les combats de gladiateurs, non plus à l'échelle de l'arène mais à l'échelle du marché. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus toujours plus inégaux, et d'inégalités sans cesse croissantes. L'égalité des uns présuppose comme condition préalable l'inégalité économique et sociale des autres, la liberté de l'enrichissement indéfini des 1%, l'appauvrissement des 99%, un écart toujours plus grand entre les plus riches et les pauvres. 

 

Lire : Les 1 % les plus riches du monde possèdent plus que les 99 % restants (Le Point) 

Belle réussite du capital, mais impasse totale des principes de 1789.

La solution se trouve dans le règne du Christ, la monarchie française catholique traditionnelle, de droit divin, qui laisse une plus grande place au libre-arbitre, interdit l'usure et le prêt à intérêt, défend les pauvres, la veuve et l'orphelin.

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 13:44

Malgré sa profession d'avocat, André soutient les "Gilets jaunes" chaque samedi. Il donne son point de vue sur la politique française au micro de Nadège Abderrazak. Corruption, privilèges, justice à deux vitesses... un bilan inquiétant (source: RT France):

Extrait :

 

André: « Sachant que nous sommes en théorie dans un pays démocratique, je m'aperçois que de plus en plus règne une dictature. Alors je voudrais également parler de la corruption qui règne dans ce pays, qui devient absolument insoutenable pour tous les Français. la corruption c'est tout simplement l'évasion fiscale, cela veut dire tous les privilèges, dont beaucoup de gens au niveau du gouvernement, des gens qui sont beaucoup et pour beaucoup corrompus. Donc c'est complétement inadmissible dans un pays comme la France. Je voudrais également parler de la justice qui est véritablement une justice à deux vitesses, à savoir que tous ces gens, tous ces élus qui ont volé le peuple n'ont jusqu'à présent subi que des condamnations très légères. Les exemples, on peut les citer, par exemple, François Fillon, a volé le peuple et est toujours en liberté; Cahuzac, ministre du Budget, s'est permis d'avoir un compte à l'étranger et a été très peu condamné; Fabius et le sang contaminé, tout va bien pour lui (remercié et nommé comme président du Conseil constitutionnel par le président Hollande en 2016. Ndlr.); Sarkozy, se permet de déclarer des guerres, de détruire des populations entières, uniquement pour son intérêt personnel, on fait traîner le procès alors que la Libye a financé sa campagne électorale.

[...] Elle (la crise des Gilets jaunes) était inévitable. On est en train d'inventer un tas de taxes, depuis que Macron est au pouvoir, c'est taxes sur taxes sous le couvert d'autres choses : la taxe carbone qui sert à autre chose (financer le budget et dette sous couvert d'écologie qui a bon dos. Ndlr.); le prix de l'essence qui ne cesse de monter alors que nous sommes au plus bas sur les cours du pétrole, à savoir à 50 dollars le baril, on devrait aujourd'hui payer l'essence en France 80 centimes; nous devrions aujourd'hui avoir un smic à 3000 euros comme au Luxembourg si la France arrêtait l'évasion fiscale, si on taxait tous les grands groupes qui actuellement ne sont pas taxés en France et ont pignon en France. Il y a des sommes colossales à récupérer.

On a également un gros problème : on taxe, mais actuellement aucune dépense au niveau de l'État n'est réduite ! On continue de mener la grande vie. On a un tas de gens qui ne servent absolument à rien. Le sénat ne sert absolument à rien, cela nous coûte une fortune. Donc il est normal que Gilets jaunes aient lancé ce mouvement et je les soutiens de tout mon coeur. »

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 11:16
Source: https://www.midilibre.fr/2019/01/09/gilets-jaunes-luc-ferry-appelle-les-policiers-a-se-servir-de-leurs-armes,7562847.php

Source: https://www.midilibre.fr/2019/01/09/gilets-jaunes-luc-ferry-appelle-les-policiers-a-se-servir-de-leurs-armes,7562847.php

L'oligarchie jacobine terroriste de 1793 a des héritiers. Luc Ferry que l'on a connu mieux inspiré quand il dénonçait "la guerre de Vendée" comme "le premier grand génocide dans l'Histoire de l'Europe", eut mieux fait de réfléchir avant de parler et d'appeler les policiers à se servir de leurs armes contre les gilets jaunes "violents", le 7 janvier 2019 dans l'émission Esprits libres de Radio classique.

 

La république gouverne mal, mais se défend bien. Souvenez-vous :

- 1789, fausse révolution, massacres et coup d'État à la solde du capitalprès de 80% des personnes guillotinées étaient des petites gens (ouvriers, paysans, artisans envoyés par charrettes entières à la guillotine);  

- 1793, génocide vendéen,

- 1797, les républicains tirent sur la foule quand la république perd les élections (4-5 septembre 1797, la république annule les élections, déporte, tire sur la foule et met à mort les mal-pensants),

- 1848, fausse révolution à la solde du capital,

- 1871, la république tire sur la Commune, massacrée (consécration d'une pseudo 3e république au service du capital),

- 1968, fausse révolution à la solde du capital, les gauchistes et syndicalistes flinguent la lutte sociale.

 

2018-2019 ? Deux siècles de dictature contre le peuple.

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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 15:33

Les Gilets jaunes doivent toujours se rappeler "rien par force, tout par amour" (St François de Sales). Les Gilets jaunes sont un mouvement pacifique dès le départ, et si révolution il doit y avoir cela devra être une révolution de l'amour, amour de nos aînés, amour de nos enfants (leur avenir), amour de nos pays (la patrie), amour de la planète (production et consommation locale). Et le problème est que les Gilets jaunes sont infiltrés de gauchistes et syndicalistes violents à la solde du capital qui au final ne font que réformer le système qui reste au service du capital (1848, 1871, 1968), jamais en profondeur.

 

Lire: Francis Cousin : Gilets Jaunes, mensonges du capital et impostures citoyennes ?

François de Sales priant la Vierge Noire de Paris où il sera délivré de ses angoisses (vitrail de la chapelle des sœurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Neuilly-sur-Seine)

François de Sales priant la Vierge Noire de Paris où il sera délivré de ses angoisses (vitrail de la chapelle des sœurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Neuilly-sur-Seine)

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 15:49

"L'ennemi de l'intérieur veut nous détourner et nous emmener vers les voix constitutionnalistes et citoyennistes de l'amélioration marchande". RIC et Gilets jaunes, mensonges du capital ?

 

Si on oublie que, grâce au droit divin (interdiction de l'usure et du capitalisme financier) pendant mille ans la monarchie a empêché l'arraisonnement de la démocratie par le capital ("les voix constitutionnalistes et citoyennistes de l'amélioration marchande"), le raisonnement de Francis Cousin, auteur marxiste critique du RIC, est pertinent.

 

Pourtant, une solution existe qui a fait ses preuves. C'est la solution de la royauté traditionnelle française, système de l'anarchie + 1 (la loi appartenant au peuple uni indissociablement au roi, le peuple avait moins à faire à l'État avant 1789). De sorte, qu'"il y avait plus de démocratie avant 1789 qu'après" (Francis Dupuy-Déri, auteur de "Démocratie. Histoire politique d'un mot", Lux éditeur, 2013.)

 

Lire: 

Des Gilets Jaunes devant la banque Lazard Paris, un banquier donne son avis

 

Cependant, la proposition qui reste marxiste de Francis Cousin, c'est-à-dire de se débarrasser définitivement de l'État nous apparaît comme une illusion funeste, qui dans l'histoire n'a jamais pu être réalisée nulle part dans le monde, fusse au prix tragique de millions de morts.

 

Le reste du raisonnement du raisonnement de Francis Cousin est pertinent et mérite une oreille attentive :

Extraits:

 

Francis Cousin :

 

« "Nuit debout", c'est l'envers des "Gilets jaunes". Les "Gilets jaunes", c'est le prolétariat combattant de tout ce qui a été exclu de la grande métropole mondialiste, et "Nuit debout", c'était les couches moyennes narcissiques du coeur de la métropole de la mondialisation réussie. Et aujourd'hui, on a un ricochet de "Nuit debout", qui vient polluer la dynamique de lutte des classes des Gilets jaunes.

 

Les Gilets jaunes, c'est le prolétariat qui en l'état actuel n'a pas encore franchi le seuil où il y a une invalidation de la lutte réformiste en lutte révolutionnaire, mais il y a dans les "Gilets jaunes" quelque chose d'intransigeant et de radical qui naît contre la domination de l'argent. Et on a toute une série de porteurs de pancartes "RIC, RIC, RIC" qui arrivent et qui disent "mais non, mais non, on va jacasser pour restructurer le constituant." Mais, cela n'a jamais intéressé le prolo qui est parti sur les ronds-points au début. [...] Donc, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que tout cela s'explique par la lutte des classes.

 

[...] Tout ce qu'on nous ressort aujourd'hui avec les couches moyennes néo-pourdhonnistes qui ont fétichisé le mode de la décision, on l'avait déjà dans la Ière internationale (1864 Londres) avec toute une série de cénacles péri ou para proudhonniens qui ont été balayés par l'histoire et qui ont surtout été balayés par les révolutions de 1848 et de 1871 qui ont montré que tout ceux qui viennent se greffer sur une lutte sociale pour lui expliquer qu'elle doit d'abord se constituer en sujet de décision pour réagencer, etc., sont l'élément le plus contre-révolutionnaire et le plus utile au pouvoir !

 

Le pouvoir, il peut écraser le mouvement avec les CRS, il peut écraser un mouvement avec les gardes-mobiles, voire même avec l'armée, mais il a toujours eu besoin de supplétifs essentiels, qui sont, effectivement, ces cénacles qui organisent la démobilisation sociale pour déplacer la lutte sociale radicale sur la lutte réformiste, constitutionnaliste (Ndlr. Ce que l'auteur nationaliste Philippe Ploncard d'Assac appelle pour décrire la même réalité, l"infiltration, le noyautage et déviation"). 

 

Et on l'a eu en 1848. Relisez les luttes de classe en France. Que ceux qui ne les ont pas lu les lise. Toute l'histoire du mouvement révolutionnaire a été gangrénée de mouvements régénérateurs qui ont structuré le discours de la domination sur la démocratie directe. Puisque la démocratie directe, qui est toujours la démocratie directe du capital n'est que le mode supérieur de l'auto-gestion aliénatoire qui fait que le citoyen esclave demeure un esclave citoyen. 

 

[...] Le développement des "Gilets jaunes" épouse de manière substantielle le développement dialectique tel qu'il est posé par Marx dans "Le Capital", dans les luttes de classe en France, tel que cela renvoie à la science de la logique de Hegel, la fameuse triade, les trois temps. On a eu un premier temps, le temps du surgissement, qui a été le temps du mépris condescendant, parce qu'on pensait que cela ne durerait pas.

 

Derrière les "Gilets jaunes" on a un retour de mai 68, sous une autre forme, dans des conditions différentes, dans des projections différenciées, dans des perspectives nouvelles, mais c'est le retour de la lutte de classes.

 

La lutte de classe de mai 68 a été écrasée dans l'esprit soixante-huit de la novation marchande de la gauche et de l'extrême-gauche de la marchandise. Et, cela fait cinquante ans que l'on vit le totalitarisme économique, industriel, bancaire et culturel de la marchandise gaucharde qui a écrasé les luttes de 68 !  

 

Mais, comme le disent Marx, Rosa Luxembourg, ce cycle à un moment donné, il s'auto-invalide, et les "Gilets jaunes", c'est effectivement le retour de 68, mais avec une perspective bien plus radicale, parce qu'en 68, le mouvement était gangréné de toute une chapelle gauchiste, politique et syndicale, qui toute de suite pesait. Le mouvement qui surgissait au chantier naval de Saint-Nazaire, le mouvement qui surgissait aux usines Renault, il était immédiatement cadenassé par les appareils de la gauche du capital, de l'extrême-gauche du capital : les menottes politiques et syndicales étaient là.

 

Aujourd'hui, dans le grand mouvement d'éclatement de l'urbanisme du capital et de la géographie française, le mouvement n'est pas parti des entreprises. Il est parti du vivier éclaté des provinces à travers ces zones périphériques. Le prolétariat expulsé des villes et des banlieues s'est retrouvé dans ces vastes zones péri-urbaines où les "Gilets jaunes" ont surgi. C'est un mouvement qui, d'emblée, sort de l'entreprise, sort du cadenassage politique et syndical traditionnel, alors même que l'imaginaire politique et syndical qui existait en 68 a été totalement invalidé par la marche de l'histoire. Il n'y a plus de clownerie trotskyste, il n'y a plus de clownerie maoïste, il n'y a plus d'espérance de la gauche. Donc le roi est nu. Le capital, aujourd'hui, n'a plus les moyens pour écraser ce mouvement. Et on a vu Macron, de manière désespérée, en appeler aux corps intermédiaires mais qui n'existent plus.

 

[...] Aujourd'hui, la phase de synthèse, soumission, négociation, cahiers de doléances, RIP, RIC (signifie) : prenez vos affaires en main, dans le cadre du capital. On nous appelle à prendre nos affaires en main dans le cadre du capital, dans le cadre d'une constitution régénérant le capital. D'un RIC régénérant le capital, de cahiers de doléances modifiant les données du capital.

 

[...] Marx dit que le législatif est une imposture par essence. On ne transforme pas une société par le législatif, on transforme la société par l'abolition du législatif et de l'État, et par la constitution de la Commune. Et la Commune n'a pas de constitution, elle est l'immanence du vivre radical. Toute constitution marque qu'il y a une production collective à partir d'atomes dissociés, narcissiques, échangistes. La constitution, la démocratie, sont nées avec l'agora de la valeur d'échange, ils disparaîtront avec l'abolition de l'agora de la valeur d'échange.

 

[...] La constitution de 1789, elle n'a rien crée, elle formalise l'état de la société existante. [...] Une constitution formalise toujours l'état de la dépossession et de l'aliénation.

Là où il y a constitution, là où il y a démocratie, il y a valeur d'échange, puisque la démocratie, "liberté, égalité, fraternité", Marx le dit, (c'est) la liberté de circulation des hommes marchandisés, égalité des hommes dans la marchandisation circulatoire, fraternité circulatoire des hommes marchandisés. Et la constitution est le lieu majeur où les hommes marchandisés établissent leurs directives et leurs cheminements de décision pour le bien commun de la marchandisation universelle. Donc à bas la marchandisation universelle, à bas l'État, à bas la constitution, vive l'émancipation, et retrouvons l'esprit radical de la Commune universelle.  » 

 

Note du blog Christ-Roi. Francis Cousin analyse parfaitement l'incohérence fondamentale des droits de l'homme et leur impasse déjà relevée sur ce blog en ces termes : "Si les droits de l'homme proclament l'égalité, c'est pour organiser la libre concurrence entre eux et les forcer à se combattre, car cela est bon pour le marché. La démocratie en quelque sorte rétablit les combats de gladiateurs, non plus à l'échelle de l'arène mais à l'échelle du marché. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus toujours plus inégaux, et d'inégalités sans cesse croissantes. L'égalité des uns présuppose comme condition préalable l'inégalité économique et sociale des autres ! Belle réussite du marché, mais impasse totale des principes de 1789."

 

S'agissant du RIC, l'analyse de Francis Cousin est pertinente tant qu'elle critique le risque d'arraisonnement par les baronnies de l'argent, mais si un RIC décidait par exemple de revenir sur la loi Giscard de 1973, d'interdire l'usure, ou de sortir de l'Union européenne, on pourrait difficilement tenir que le RIC serait une arme du capital.

 

Quelque soit le régime politique, nul régime politique pérenne ne peut tenir dans le temps sans une adhésion de la population. La participation du peuple à sa gestion ne peut pas être écartée. Et dans l'histoire, le meilleur système qui a permis de combiner les intérêts du peuple et les exigences de la gestion politique a été la monarchie française traditionnelle. 

 

Le Référendum d'Initiative Citoyenne constituant, révocatoire et législatif est ainsi une excellente proposition, et le sera d'autant plus qu'il sera associé à la royauté traditionnelle qui permettrait, effectivement, de contrôler les baronnies modernes de l'argent et non de se laisser diriger par elles.

 

Lire: Quels sont les intérêts et avantages de la monarchie?

 

Dans le cas contraire, il y a effectivement un risque d'infiltration et de préemption de la lutte sociale par le capital. "La constitution, qu'elle soit bleue, jaune, rouge ou orange, c'est la mort", explique Francis Cousin. Pendant deux millénaires, les Gaulois sous Vercingétorix, en passant par Clovis, sainte Jeanne d'Arc, Charles VII ou Louis XVI, n'avaient pas de constitution, mais une constitution coutumière (orale non écrite). Le pouvoir appartenait aux peuples au niveau local. Les constitutionnalistes qui n'avaient pas besoin d'exister, n'offraient pas de prises aux démagogues ni à l'amélioration marchande. A contrario, depuis 1789, jamais le capital n'a eu autant de pouvoir. Ce n'est sans doute pas un hasard.

 

Lire: Gilets jaunes, Ancien régime et Révolution

Vercingétorix, Alesia

Vercingétorix, Alesia

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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 00:14

L'historienne Marion Sigaut encourage le mouvement des Gilets jaunes :

 

« Il faut comparer les Gilets jaunes aux jacqueries, à la Guerre des farines et à toute la violence pré-révolutionnaire populaire. La Révolution française, c'est la prise du pouvoir de la bourgeoisie. Dans l'affaire des Gilets jaunes, la bourgeoisie ne prendra pas le pouvoir parce qu'elle l'a déjà. 

On est à la fin d'un cycle. Le cycle qui vient de s'ouvrir c'est le retour du peuple après vraiment deux siècles, virgule quelque chose, de dictature totale idéologique de la bourgeoisie capitaliste. Et là c'est la fin de cela. 

C'est le réveil du peuple français. Ce peuple français qu'on calomnie, qu'on bafoue, qu'on exaspère depuis des décennies, se réveille et il est encore là. La France n'est pas morte. Le peuple français est encore là.

Tout est possible. Sauf que les gens rentrent chez eux en disant "on s'est trompé." Il y a un foisonnement d'intelligence, de prise de conscience, c'est extraordinaire ce qui se passe. Je ne dis pas qu'on va gagner. Je dis que la conscience collective est en train de progresser, de faire un saut qualitatif tel, qu'il n'y aura pas de retour en arrière possible. 

Je pense que dans l'histoire de France, jamais la France n'est tombée aussi bas. On atteint le fond. Et on atteint l'autre face, c'est le peuple français qui se réveille : il dormait. On le croyait anesthésié, on l'avait mis dans la marmite d'eau chaude ! Et non il est là, et c'est magnifique ! »

Gilets jaunes, Marion Sigaut : "la fin de deux siècles, virgule quelque chose, de dictature totale de la bourgeoisie"
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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 18:00
Gilets jaunes : pourquoi les insultes de la Macronie doivent-elles cesser ?

"Séditieux d'ultra-droite" (Christophe Castaner), "peste brune" (Gérald Darmanin), la diabolisation des Gilets jaunes a été entreprise dès le début du mouvement. Ce modeste article a pour objectif de montrer qu'il est temps à présent que les insultes de la Macronie sur les Gilets jaunes cessent.  

 

Dès le 21 novembre 2018, un des premiers sites résistants à la pointe de la clairvoyance et à annoncer la diabolisation a été le site nationaliste "Jeune nation", rapportant une page de "Rivarol" (n°3353) :

 

Libération s’en étrangle de rage : les gilets jaunes, du nom de ce mouvement protestant contre la hausse continue du prix du carburant, seraient racistes, antisémites et homophobes. [...] Alors qu’ils voulaient forcer un barrage dans l’Ain avec leur voiture, un conducteur et son passager ont été pris à partie, nous assure-t-on, par des gilets jaunes. [...] [I]l en va de la prétendue homophobie comme de l’antisémitisme, il suffit que les minorités visibles, surprotégées et surreprésentées accusent et se lamentent pour qu’on les croie sur parole. Alors que l’on recense des millions de crimes et de délits dans notre pays chaque année, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a cru bon de poster un tweet alarmiste, à propos d’un incident mineur dont n’est donnée de surcroît qu’une seule version des faits : « Rien. Absolument rien ne saurait justifier ces actes odieux. Chaque insulte, chaque agression homophobe est une injure à notre pacte républicain. Solidarité avec les victimes. Confiance en nos enquêteurs qui feront toute la lumière sur ces faits ». [...] Les officines spécialistes de la délation ont également pointé du doigt des gilets jaunes qui faisaient la fameuse quenelle de Dieudonné, que la LICRA assimile, avec un grand sens de l’imagination, à « un salut nazi inversé » voire à une « sodomisation des victimes de la Shoah ».

 

[...] Le quotidien anarcho-bancaire en a fait des tonnes également sur la mésaventure supposée d’une automobiliste de couleur qui aurait tenté de forcer le passage et qui aurait été prise à partie, avec des propos jugés racistes, sur les déboires d’une conductrice mahométane qui aurait été contrainte par des gilets jaunes à enlever son voile. Sachant que la journée du 17 novembre a réuni sur les routes de France plusieurs centaines de milliers de manifestants, on constate une nouvelle fois la volonté de désinformation des media mainstream qui braquent le projecteur sur des faits mineurs, accessoires, et dont de plus nous ne connaissons ni le contexte exact ni la réalité. (Source)

 

Cinq jours après la une de Rivarol, presstv.com rapportant l'acte II du 24 novembre et un rapport du quotidien français Le Temps, paru le 25 novembre, titrait le 26 novembre : "En France, le gouvernement veut diaboliser les Gilets jaunes".

 

« Séditieux de l’ultra-droite », « peste brune »: dans la majorité, les éléments de langage sont clairs: mettre les violences des «gilets jaunes» sur le compte de la présidente du Rassemblement national. Mais, pour l’instant, aucune force politique n’est en mesure de récupérer l’inclassable mouvement.

 

[...] [L]e ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner est passé directement de la case « maintien de l’ordre » à la case « offensive politique ». Il a directement mis en cause la présidente du Rassemblement national (ex-Front national), Marine Le Pen, l’accusant d’avoir appelé à manifester sur les Champs-Élysées et d’avoir ainsi ouvert la voie à des « séditieux de l’ultra-droite ».

 

La réalité est plus complexe. Marine Le Pen s’est en effet interrogée en fin de semaine dernière sur le fait que les «gilets jaunes» n’auraient pas droit à ce qu’on appelle « la plus belle avenue du monde » (du moins quand il n’y a ni casse, ni incendie, ni barricade). Mais elle n’a pas formellement appelé à manifester.

Dans la manifestation, on y voyait surtout des « gilets jaunes » sans appartenance politique, lassés de tout, déçus par tout et qui ont tendance, depuis quelques jours, à passer de la demande de baisse des taxes à la démission d’Emmanuel Macron.  Le piège tendu par le président de la République et sa majorité (le ministre Gérald Darmanin a évoqué « la peste brune ») est gros comme une maison: tenter d’imposer l’idée que le mouvement des « gilets jaunes » est une affaire de l’extrême droite et que la politique française se résume à un face-à-face entre Marine Le Pen et lui-même, entre « les nationalistes » et les « progressistes », à six mois des élections européennes, explique le journal. (Source)

 

Se tenant à distance de tout commentaire des évènements après l'acte II, Emmanuel Macron jouait alors la carte du pourrissement du mouvement.  

 

Deux jours après l'acte III des Gilets jaunes samedi 1er décembre 2018, le ministre de l'Intérieur Castaner à l'Assemblée nationale assurait que les manifestations étaient «de fait interdites», qualifiant ces rassemblements d'«attroupements». (Source: Le Figaro, 03/12/2018 21:17)

 

Dans ses voeux 2018 pour 2019, Emmanuel Macron, pompier pyromane parlant derrière un pentacle, traitait les Gilets jaunes de "foule haineuse".

 

Réagissant aux propos du chef de l'Etat sur les «porte-voix d'une foule haineuse», des internautes partagent une photographie de deux Gilets jaunes assis près d'un feu : une femme reposant sa tête sur l'épaule d'un homme âgé appuyé sur une canne.  [...]  Il avait en effet, notamment eu cette phrase : «Que certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple [...] et n'étant en fait que les porte-voix d'une foule haineuse, s'en prennent aux élus, aux forces de l'ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c'est tout simplement la négation de la France.» (Source)

 

Ce soir, pour le huitième samedi du mouvement, l'espoir d'essoufflement du mouvement par le gouvernement a été déçu, le mouvement ne faiblit pas avec des milliers de manifestants dans toute la France, 3500 à Paris au lieu de 800 samedi dernier (Bfmtv en direct.). Ceci montre que l'entêtement du gouvernement Macron à insulter les Gilets jaunes ne produit aucun effet bénéfique. Luc Ferry, remettant en question, dimanche 23 décembre dernier, la légitimité du chef de l’État et sa compréhension de la situation actuelle, a comparé Emmanuel Macron, à un "gamin qui ne comprend rien" et qu'on allait le "payer très cher". (Source) Du point de vue de la simple image, cette séquence montre en effet combien l'entêtement de Macron confine à l'image d'enfant mal-éduqué. Il y a un moment où Macron devra donner des explications.

 

Le gouvernement qui a pour vocation d'être le garant de l'ordre public ne doit pas servir à être le porte-parole d'un parti. Cette gestion de la part de la Macronie qui consiste à jeter de l'huile sur le feu et à faire constamment de la surenchère dans le mépris et l'insulte doit cesser immédiatement. La cohésion de la nation en dépend.

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 22:57

Un peuple est libre lorsqu'il dispose des moyens qui lui permettront d'approuver ou de sanctionner régulièrement l'usage fait par les gouvernants des pouvoirs qu'il leur avait confiés. La démocratie ne se définit pas seulement par le droit d'élire; elle réside aussi dans ce qu'on nommait au XVIIIe siècle la "censure", c'est-à-dire le pouvoir de révoquer ou, au contraire, de renouveler la confiance précédemment accordée.

Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 210

Les Gilets jaunes ont ceci d'inédit dans l'histoire de France et sans doute dans l'histoire du monde, qu'ils proposent, outre des mesures de justice sociale, une mesure concrète qui permettra d'injecter de la démocratie directe dans la démocratie dite « représentative » qui n'est qu'une oligarchie, composée de professionnels de la politique, et une ploutocratie.

 

Bfm-Tv a rapporté en ces termes des propositions de Priscillia Ludosky, porte-parole des Gilets jaunes évoquant la solution d'un « Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) constituant, révocatoire et législatif » :

 

"Résoudre la crise démocratique"

Priscillia Ludosky conclut sa diatribe en réitérant les propositions des gilets jaunes pour sortir de la crise: baisse "sérieuse" de toutes les taxes et impôts sur les produits de première nécessité, baisse "significative" de "toutes les rentes, salaires, privilèges et retraites courantes et futures des élus et hauts fonctionnaires", suppression de la hausse de la CSG pour les retraités et geste en faveur des adultes handicapés et mise en place d'un Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) constituant, révocatoire et législatif.

Source

Gilets jaunes : le Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) constituant, révocatoire et législatif 
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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 08:00

Depuis le début des événements, les références à la Révolution sont légion et elles sont toutes à côté de la plaque. Marion Sigaut remet les pendules à l’heure.

Verbatim :

 

« Bonjour, c'est Marion Sigaut. Il était tentant pour les Français pétris de culture républicaine que nous sommes de faire le parallèle entre l'actuel soulèvement des Gilets jaunes et la Révolution française. Cela n'a pas manqué. Et on entend régulièrement Macron comparer avec Louis XVI, la classe politique avec la noblesse, et ce système en décomposition avec l'Ancien Régime. J'aimerais qu'on remette les pendules à l'heure. Oui le peuple français avait faim avant la Révolution française, mais la raison n'est pas que la noblesse et le clergé s'en seraient mis les poches au détriment du peuple comme on l'entend souvent (Il y avait même de très nombreux nobles, à qui le commerce était interdit, plus pauvres que les bourgeois. Ndlr.) les foules désespérées qui faisaient le coup de point avec des forces de l'ordre complètement dépassées ne réclamaient pas la fin de l'Ancien Régime mais son sauvetage et l'interdiction du nouveau.

 

« Toujours les rois de France avaient assuré au peuple que le pain du peuple serait accessible à tous au meilleur prix et là était la raison d'être de la royauté. Le roi était le père nourricier et son autorité envoyait sur les marchés une police dont la fonction consistait à protéger le peuple contre les appétits des marchands. Pointilleuse, respectée, dotée de pouvoirs réels, la police des grains assurait une sorte de service public de l'alimentation, et ne laissait les marchands faire leurs achats qu'une fois que la population locale, toute la population locale s'était servie. En cas de disettes, quand pour des raisons politiques comme une guerre ou des raisons climatiques, le grain manquait, son prix était fixé par la négociation entre les autorités locales et les marchands. On appelait cette négociation la taxation ou la fixation d'un taux. Le peuple faisait confiance au roi pour le protéger des profiteurs, et Henri IV avait fait de l'exportation de blé en cas de disette un crime de lèse-majesté, donc puni de la peine de mort : le pain du peuple était sacré au nom du Bien commun.

 

« Un jour sont arrivées "les Lumières" qui ont prétendu remplacer le Bien commun par "la recherche du profit". Des gens sans scrupules ont poussé le roi à s'endetter jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus, puis l'ont convaincu que pour qu'il puisse rembourser la dette il libéralise le commerce des subsistances. Laisser circuler les blés sans la tracasserie de la police des grains, laisser la loi de l'offre et de la demande en fixer le prix. Laisser faire, laisser passer. Louis XV décida de tenter l'expérience en 1763 mais devant les violences et les cris de la population indignée par la hausse des prix, il choisit de reculer et de revenir à l'ancien système. À son avènement au trône en 1774, le jeune Louis XVI fut convaincu par les arguments du brillant Jacques Turgot, homme des Lumières, qui lui présenta tous les avantages qu'il aurait à libéraliser le commerce des subsistances. Intimidé, désireux de bien faire et manquant d'expérience, Louis XVI laissa Turgot vider les greniers à l'orée de l'hiver et laisser les marchands rafler les grains à la place des consommateurs, sous les applaudissements nourris d'un Voltaire qui voyait enfin se réaliser ses rêves. Ce fut un soulèvement. Comme un seul homme mais femmes en tête, et au cri de taxation, taxation, la population partit récupérer son grain et le distribua au bon prix, celui qui ne lèse personne et permet à tout le monde de vivre.

 

« Si les gigantesques manifestations de Gilets jaunes réclamant un carburant à prix abordable ressemble à quelque chose c'est bien à ces foules de la guerre des farines : dans les deux cas le peuple exige d'être entendu et refuse de payer pour une dette qui n'est pas la sienne. En 1776 encore le roi entendit son peuple et revint à l'ancien système, celui de la police des grains. Il renvoya Turgot. Or la dette continua d'augmenter encore et encore. Et quand elle fut telle que l'État risquait de ne plus pouvoir payer ses fonctionnaires, quand furent épuisés tous lés expédients habituels, le roi, acculé, accepta une nouvelle fois de libéraliser le commerce des subsistances. Puis il fut contraint de réunir les États généraux, assemblée chargée de répartir l'impôt, et d'apporter au roi les doléances du peuple, et rien d'autre. Les libéraux avaient eu le vent en poupe et avaient obtenu en même temps que la libre circulation des subsistances, un contrat de libre échange entre la France et l'Angleterre, qui inonda le marché français de produits à bas prix, fabriqués par des enfants et des ouvriers réduits à la misère en Angleterre. La hausse du prix du pain se doubla donc d'un chômage abominable et les six mois qui précédèrent la prise de la Bastille furent faits d'émeutes de chômeurs et de familles exigeant le retour du système protecteur qui avait eu cours jusque-là et non son abolition : le peuple ne contestait pas l'Ancien Régime mais le nouveau, celui du capitalisme appliqué à sa substance.

 

Chauffés par les loges maçonniques déterminées à renverser toutes les protections du peuple et les entraves au profit, les députés aux États généraux s'auto-proclamèrent "Assemblée Constituante", et inscrivirent dans le marbre l'économie de marché que le peuple rejetait de toutes ses forces. C'est cela la Révolution. Le roi ne pouvait plus rien puisqu'il était renversé. Il n'allait plus gêner les profiteurs enfin au pouvoir ! Ceux qui ont pris sa place et l'ont tué sont ceux qui ont imposé au peuple français la barbarie économique qui a cours encore aujourd'hui. C'est la bourgeoisie qui a voulu, fait et gagné la Révolution française pour imposer au peuple un régime que celui-ci ne voulait pas.  On le lui a imposé par la Terreur et les massacres (et la famine organisée. Ndlr.) Il a subi la pauvreté, la prolétarisation, la barbarie économique et la perte de toute sa tradition. Si Macron ressemble à quelqu'un ce n'est certainement pas au roi que le peuple chérissait et considérait comme son père. Macron n'est que le dernier en date des successeurs de ceux qui l'ont assassiné pour imposer le règne de l'argent-roi contre le Bien commun. » (Fin de citation)

 

 

Note du blog Christ Roi. Ajoutons qu'en 1788-89, le financier Necker, rappelé au trône, affama volontairement le peuple en organisant une flambée des prix agricoles (due soit-disant selon la légende républicaine par des mauvaises récoltes...) En réalité, la libéralisation des prix du grain demandée par les libéraux provoqua une famine. Et hasard : 

 

« De retour au trône, Necker affamera ce peuple pour le forcer à l'insurrection; les frères excitateurs enverront de Paris les harpies des faubourgs demander du pain à Louis XVI... »

 

(Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'Histoire du jacobinisme, tome 2, Editions de Chiré, Poitiers 2005, p. 458.)

 

L'historienne Marion Sigaut explique cette flambée des prix agricoles par l'introduction sous Turgot (1775) de la libéralisation du prix des subsistances et du libéralisme économique. « Le plus grand pas qu'ait à faire l'administration vers la régénération du royaume », expliquait Turgot. Le dogme « laissez-faire, laissez passer », c'est à ce moment-là que cela se joua. Laisser faire, c'était laisser les ouvriers travailler sans les corporations; laisser passer, c'était laisser passer les marchands et les marchandises.

 

La Révolution dite française n'est qu'un coup d'Etat, une immense escroquerie soutenue par la banque et la bourgeoisie d'affaires contre le peuple, l'acte de naissance d'« une oligarchie composée de professionnels de la politique.» (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206-207), dont le moteur est la haine dans la division, le "diviser pour régner" des partis républicains.   

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17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 14:22

(Direct) Actualisez la page.

 

Le mouvement des «gilets jaunes» se mobilise avec plus de 2 000 points de blocages et environ 124 000 manifestants, selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur. Source: RT

"Qu'ils viennent me chercher", avait dit Emmanuel Macron durant l'affaire Benalla. Les Gaulois sont venus le chercher ce 17 novembre et l'ordre a été donné de leur envoyer des gaz lacrymogène à 14 heures aux Champs-Elysées. Où sont le "dialogue" et la "démocratie" ? Source: Direct Video Les «Gilets jaunes» bloquent les Champs-Élysées. Sputnik

 

En Haute-Savoie (Ouest-France)

14h : «Gilets jaunes» : la situation dégénère sur les Champs-Élysées (en direct)

Les tensions montent progressivement sur les Champs-Élysées, les «gilets jaunes» cherchant à avancer vers le Palais présidentiel. Une série d'accrochages locaux avec la police a eu lieu. La police qui tente d'arrêter la progression des manifestants a fait usage de gaz lacrymogène, raconte un correspondant de Sputnik qui suit la situation sur place.

Source: Sputnik

Vers 14h45

Vers 14h45

à 14h57

à 14h57

Affrontements en cours aux Champs-Elysées. Source: Line Press

à 14h Affrontements en cours aux Champs-Elysées. Source : Line Press

à 14h Affrontements en cours aux Champs-Elysées. Source : Line Press

Après avoir crié "La police avec nous", les manifestants entonnent une marseillaise à 15h04 devant l'Elysée (présidence de la république) :

17 novembre : Usage de gaz lacrymogène à 14 heures aux Champs-Elysées

15h05 Des «gilets jaunes» chantent la Marseillaise à deux pas de l'Elysée (Le Figaro)

17 novembre : Usage de gaz lacrymogène à 14 heures aux Champs-Elysées

Des cris "Macron Démission" se font entendre. (Le Figaro)

"Silence radio du côté de l'entourage de la présidence de la république." (Bfm-Tv à 16h31)

Elysée: "Dispersion des manifestants avec du gaz" (BFM-TV à 16h45)

 

"Les manifestants dispersés." "Situation tendue autour de l'Elysée." 

"Des manifestants qui comptent bien revenir quand les gaz seront partis". "Des gens qui sont là pour en découdre. Des slogans très forts." (BFM-TV à 16h47)

 

17H01 La place de la Concorde est en train d'être quadrillée. (C News)

 

"On ne vit pas, on survit aujourd'hui en France" (Une manifestante à 17h02 sur France Info)

 

17h04 Usage de gaz lacrymogène par la police rue du faubourg St Honoré", "rue du luxe par excellence". (LCI)

 

17h07 «Gilets jaunes»: tentions sur les Champs l’Elyses Sputnik Direct

«Gilets jaunes»: tentions sur les Champs l’Elyses Sputnik à 17h13

«Gilets jaunes»: tentions sur les Champs l’Elyses Sputnik à 17h13

17h41 Le ministre de l'Intérieur a ensuite communiqué un bilan de 244 000 manifestants (RT)

 

17h50 "Au palais de l'Elysée, le président de la république a du entendre les manifestants" (BFM-TV)

 

18h00 Des images inédites à l'Elysée. "Très dur pour l'Exécutif". "Des images catastrophiques du point de vue de la symbolique." (LCI)

 

18h31 Manifestante à la Place de la Concorde : "Un retraité qui était à côté de moi s'est fait gazer" (BFM-TV)

 

19h55 Fin du Direct

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16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 08:25

Nicolas Dupont-Aignan, député de l'Essonne, "président de Debout La France" et invité de Jean-Jacques Bourdin dans Direct sur RMC Info et BFM TV, hier 15 novembre, a fait une citation inexacte de Marie-Antoinette.

 à 3:56 dans la video, la reine Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, n'a jamais dit "Vous n'avez pas de pain, mangez de la brioche". Il s'agit là d'un mensonge colporté par les Lumières destiné comme les autres à la politique de la table rase et à noircir notre histoire avant 1789.

 

L'expression prêtée à Marie-Antoinette nous vient de Jean-Jacques Rousseau, mort une décennie plus tôt..., qui écrit en 1782 dans ses Confessions (Livre VI, texte du manuscrit de Genève): « Je me rappelai le pis-aller d'une grande princesse à qui l'on disait que les paysans n'avaient pas de pain, et qui répondit : Qu'ils mangent de la brioche. »

 

Vous pouvez retrouver cette citation dans les Confessions en ligne, Livre VI, p. 274.

 

 

Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, manuscrit de Genève, 1782, Livre VI

Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, manuscrit de Genève, 1782, Livre VI

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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 13:25

La France commémore tout au long de la semaine l'Armistice de 1918. À cette occasion, le président de la République Emmanuel Macron, se rend dans différents hauts lieux de la Grande Guerre, dont Reims. Cette "ville martyre", détruite à 85% pendant le conflit à trouvé un visage : celui de "l'Ange au Sourire", plus connu sous le nom de "Sourire de Reims".

 

Connue pour être le lieu du sacre des rois de France, la cathédrale de Reims est aussi la « cathédrale martyre ». Pendant la Première Guerre mondiale ce sont quelques 288 obus allemands qui ont frappé ce joyau gothique. Autour d’elle, une ville détruite à 85%. Les premiers bombardements remontent au 4 septembre 1914, un peu plus d’un mois après le début du conflit et quelques jours avant que les troupes allemandes n’entrent dans Reims. Le drapeau blanc dressé à la hâte par les abbés Jules Thinot et Maurice Landrieux est ignoré par les belligérants. La ville est perdue puis reprise par les Français. Et finalement un obus allemand déclenche un incendie le 19 septembre 1914 sur un échafaudage en bois. Pendant le sinistre qui va ravager la cathédrale, une poutre tombe et emporte la tête d’une statue d’ange qui fait une chute de quatre mètres cinquante avant de s’éclater sur le sol en une vingtaine de morceaux.

 

Statues de la cathédrale de Reims, après les bombardements de 1914. L'Ange au sourire est la dernière à droite.

 

Cette « gueule cassée » est sauvée par l’abbé Thinot, aumônier volontaire mort au front en 1915, qui la met à l’abri dans les caves de l’archevêché de Reims. Ce n’est que plus d’un an après, le 30 novembre 1915, qu’elle est découverte par l’architecte Max Sainsaulieu. Alors que la destruction de la cathédrale suscite une vague d’émotion au sein de la population française, le sourire de l’ange devient l’emblème du génie français détruit par l’armée allemande.

 

Un sourire très médiatique

« Les statues du portail, avec leur suprême élégance, leur fin sourire, sont la fleur d’une civilisation… Le sourire, cet éclair de sympathie, apparaît pour la première fois à Reims… On retrouve partout ces proportions élégantes, cette grâce, ce sourire, ce désir de plaire, cette légèreté… Le sourire de Reims charme la France et l’Europe. » Voilà l’expression née sous la plume de l’historien Émile Mâle écrivant dans La Revue de Paris du 15 décembre 1914. Le « Sourire de Reims » apparaît alors dans de nombreux journaux français, italiens, anglais et américains — pays alliés contre l’Allemagne — qui en font la célébrité.

 

L’ange voyage même en dehors du continent : en 1916, un moulage de sa tête est accueilli à New York, au Canada, à Buenos Aire et à Santiago du Chili dans le cadre d’une exposition itinérante consacrée au patrimoine français détruit durant la guerre.

 

Même après la restauration de la statue en 1926, le sourire angélique continue de circuler en France et dans le monde entier. La poste émet à 580.000 exemplaires un timbre qui reprend ce sourire caractéristique. À la valeur d’affranchissement est ajoutée une surtaxe au profit de l’amortissement de la dette publique aidant ainsi à la reconstruction d’après-guerre. Un ange qui n’a pas fini de passer.

 

"Le sourire de Reims" : timbre à l'effigie de l'ange au sourire de la cathédrale de Reims.

 

Source: Aleteia.org

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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 06:45

Article mis à jour le 26-12-2020

Statue de Thomas Jefferson devant le préambule de la Déclaration d'indépendance américaine (1776). Jefferson Memorial, Washington, D.C.

Statue de Thomas Jefferson devant le préambule de la Déclaration d'indépendance américaine (1776). Jefferson Memorial, Washington, D.C.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Le Barbier, 1789, huile sur toile. Timbre de la Poste 1989

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Le Barbier, 1789, huile sur toile. Timbre de la Poste 1989

Le bonheur est inséparable de la possession de la vérité.

Saint Augustin, Les Confessions, liv. Xe, chap. XXIII

Se persuaderait-on, par hasard, [...] que la monarchie renversée par des monstres doit être rétablie par leurs semblables ? [...] Pour faire la Révolution française, il a fallu renverser la religion, outrager la morale, violer les propriétés et commettre tous les crimes : pour cette oeuvre diabolique, il a fallu employer un tel nombre d'hommes vicieux, que jamais peut-être autant de vices n'ont agi ensemble pour opérer un mal quelconque. Au contraire, pour rétablir l'ordre, le Roi convoquera toutes les vertus. [...] Son intérêt le plus pressant sera d'allier la justice à la miséricorde. [...] Le rétablissement de la monarchie, qu'on appelle contre-révolution, ne sera point une révolution contraire, mais le contraire de la révolution.

Joseph de Maistre, Considérations sur la France, Préface de Pierre Manent, Omnia Poche, Paris 2017, p. 128; et 157.

Depuis longtemps déjà Louis XVI porte sur les évènements révolutionnaires un regard surnaturel. À ses yeux, le mal est spirituel et le remède ne peut être que spirituel.

Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, Via Romana 2014, p. 164.

Il y a deux conceptions religieuses de la manière d'agir sur le monde: la manière chrétienne et la manière millénariste. La manière chrétienne consiste à se changer soi-même pour se consacrer aux autres. [...] [L]a solution millénariste est de changer le monde en changeant la société, ce qui veut dire concrètement en changeant les autres par la contrainte et même la violence.

Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, Desclée de Brouwer, Paris 2017, p. 138

Les Lumières ont parié – mais elles ignoraient en général que ce fut un pari – sur la possibilité de l'amélioration intellectuelle et morale de tous. La déclaration était l'un des instruments de ce pari.

Stéphane RIALS, La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Pluriel Inédit, Hachette, La Flèche 1988, p. 17

Les droits de l'homme sont une discipline par nature fortement idéologique : on peut faire dire à la Convention une chose et son contraire.

Grégor Puppinck, Valeurs Actuelles - n°4343 du 20 au 26 février 2020, p 31.

Introduction

 

http://idata.over-blog.com/4/27/14/37/Visuels-Royalistes/1789--coup-d-etat-.JPGComme nos lecteurs le savent, 1789 marque non pas la prise du pouvoir par le « peuple souverain » (mythe républicain : souverain, le peuple ne l'a jamais moins été que sous leur « démocratie » dite « représentative »), ni l'avènement du « bonheur de tous » promis dans le préambule de la déclaration des droits de l'homme de 1789 ou dans la déclaration d'indépendance des États-Unis de 1776, mais un coup d'État d'une oligarchie (un petit nombre) animée d'un affligeant « désir de tout changer » (Jean de Viguerie, Histoire et Dictionnaire du temps des Lumières, Robert Laffont, Bouquins, Paris 1995, p. 1134-1135.). 

Patrice Gueniffey, disciple de François Furet, considéré comme « l’un des meilleurs connaisseurs contemporains » de la Révolution et de l'Empire (André Larané, « Histoires de la Révolution et de l'Empire. Portraits et événements d'une époque oubliée », herodote.net, 28 avril 2017) a parfaitement défini cette oligarchie issue de 1789, en ces termes : 

« En théorie, le nouveau citoyen se voit reconnaître un pouvoir de contribuer à la formation des décisions. [...] Mais en réalité, il a moins de prise sur la décision qu'il n'en a jamais eu (Voir P. Gueniffey, Le Nombre et la raison. La Révolution française et les élections, Paris, Éd de l'EHESS, 1993, p. 208-213.) En effet, la participation démocratique repose sur une présomption de compétence universelle, laquelle, associée au postulat spontané de la volonté collective, constitue une double fiction dont l'effet est de transférer le pouvoir théoriquement possédé par les individus à une oligarchie composée de professionnels de la politique. Cette oligarchie trie les problèmes et définit les termes dans lesquels ils peuvent être résolus, médiation indispensable pour transmuer la poussière des volontés individuelles en 'volonté collective". La toute-puissance de la "machine", ou du parti, est la réalité de la liberté du citoyen moderne. Tout comme à l'intérieur de la société de pensée ou du mouvement jacobin, le pouvoir réel se trouve entre les mains du "cercle intérieur", [...] le peuple est réellement dépossédé de son pouvoir au profit du parti indispensable au fonctionnement de la démocratie. [...] C'est bien pourquoi le jacobinisme [...], [s]'il incarne par son principe le fondement de la démocratie, il en dévoile aussi, à l'apogée de son influence, le mensonge : la dictature d'une minorité prétendant énoncer la volonté générale au nom du peuple mais à la place du peuple. » (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206-207).   

 

Le 23 août 2018, Edgar Cabanas, chercheur en psychologie et sciences sociales Max Planck Institute, et Eva Illouz, Professeure de sociologie Hebrew University of Jerusalem, ont publié un intéressant ouvrage intitulé « Happycratie. Comment l'industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies », aux éditions Premier Parallèle, où ils évoquent une oligarchie consumériste, mercantile.

Dans un article pour Le Point du 24 août dernier, ils expliquent que le terme « happycratie », qu'ils ont forgé dans ce livre « s'attache avant tout à montrer comment, à l'ère du bonheur, sont apparus, de concert avec une nouvelle notion de la citoyenneté, de nouvelles stratégies coercitives, de nouvelles décisions politiques, de nouveaux styles de management, de nouvelles obsessions individuelles et hiérarchies émotionnelles.» « Ces dernières années, de nombreux écrits ont été consacrés à la question du bonheur, sous un angle critique, que ce soit par des sociologues, des philosophes, des anthropologues, des psychologues, des journalistes ou des historiens. Parmi les plus notables – et qui ont inspiré ces pages –, on pourra citer les travaux de Barbara Ehrenreich et Barbara Held consacrés à la tyrannie de la pensée positive, les analyses de Sam Binkley et William Davies des rapports entre bonheur et marché, ainsi que les réflexions de Carl Cederström et André Spicer sur l'idéologie du bien-être. »

Les deux auteurs indiquent que «si le présent ouvrage apporte une contribution à l'actuel débat, très vivace, sur le bonheur, c'est en vertu de sa perspective sociologique critique. Nous nous sommes appuyés ici sur les travaux que nous avons précédemment menés – des travaux consacrés aux émotions, au néolibéralisme et à la culture thérapeutique –, en creusant certaines idées déjà exposées ailleurs et en en introduisant de nouvelles, notamment quant aux rapports entre la poursuite du bonheur et les modalités d'exercice du pouvoir dans les sociétés capitalistes néolibérales

 

« Le bonheur est un marché très juteux. […] Poursuivre le bonheur, c'est avant tout, aujourd'hui, contribuer à la consolidation de ce concept en tant que marché très juteux, industrie et mode de vie consumériste envahissant et mutilant. Si le bonheur est devenu un moyen de gouverner notre vie, c'est parce que nous sommes devenus les esclaves de cette quête obsessionnelle.

Ce n'est pas le bonheur qui s'est adapté à nous, au clair-obscur et à la complexité de notre vie, aux ambiguïtés de nos pensées, mais bien le contraire : c'est nous qui nous sommes adaptés servilement à cette logique consumériste, qui avons consenti à ses exigences idéologiques aussi tyranniques que masquées, et qui avons accepté sans barguigner ses postulats étroits, réductionnistes et psychologisants. En prendre conscience pourrait causer une douloureuse déception chez certains, au regard des attentes que les chantres du bonheur ont fait naître. Mais ne pas en prendre conscience, ne pas envisager ces questions sous un angle critique, c'est laisser la voie libre à la grande machinerie du bonheur.»

 

« [D]ans sa forme et ses usages actuels, le bonheur est un puissant outil pour les organisations et les institutions – un outil qui leur permet de construire des travailleurs, militaires et citoyens bien obéissants. À notre époque, l'obéissance adopte la forme d'un travail sur le moi et d'une maximisation de ce moi

« Aux XVIIIe et XIXe siècles, poursuivent Edgar Cabanas et Eva Illouz, la revendication au bonheur avait un parfum de transgression ; la ruse de l'Histoire a fait ensuite de ce bonheur un instrument au service du pouvoir contemporain.

Précisons tout de suite que la recherche du bonheur n'est pas en soi une mauvaise chose, c'est même une chose naturelle. Mais les auteurs perçoivent une première incohérence de la pursuit of happiness des déclarations des droits de l'homme de 1776 et 1789 : « S'il (le bonheur) était d'une telle évidence, comme l'ont infatigablement affirmé les scientifiques du bonheur, nous n'aurions pas besoin de spécialistes pour l'approcher.

Et quand bien même s'imposerait un jour la nécessité d'un savoir-faire en la matière, il nous semble qu'il est chose trop importante pour être abandonné à une science réductionniste, incertaine, se caractérisant par des préjugés idéologiques, par un manque total d'autonomie par rapport au marché et à la politique technocratique, qui la recycle sans grands scrupules, et par sa promptitude à se prosterner devant le monde de l'entreprise, celui de l'armée, et l'éducation néolibérale.»

Nous verrons que l'on peut tenir le même argument s'agissant de la constitutionnalisation de la liberté et de l'égalité...  Si ces deux valeurs étaient si naturelles, pourquoi avons-nous besoin de les écrire ? Par ces réflexions, nos auteurs produisent ici un véritable ouvrage « contre-révolutionnaire » au bon sens du terme, en ce sens qu'ils portent un regard critique sur le système politique issu des Lumières et les déclarations des droits de l'homme.

 

« Tout incite à se méfier de ceux qui prétendent détenir les secrets du bonheur, » préviennent les auteurs; en effet, on doit se méfier des marchands de sommeil, surtout si ces secrets du bonheur sont utilisés à des fins politiques ! Or, c'est précisément le cas des déclarations des droits de l'homme de 1776 et 1789. Elles ont été rédigées par des grands partisans du commerce et du libéralisme anglo-saxon, dans le but de promouvoir le commerce et la main invisible qui devrait nous conduire au bonheur et au bien-être matériel. On peut appeler cela la politique de la carotte ! Nous verrons plus bas avec Mona Ozouf que la démocratie moderne, ainsi, se « condamne [...] à rendre sans cesse moins tolérable l'écart entre les promesses [...], les espérances qu'elle suscite et les accomplissements qu'elle offre ! » C'est-à-dire pas grand chose. Et au final une grande désillusion et une défiance généralisée envers les institutions.

 

« De façon plus fondamentale [...], s'il nous faut absolument nous méfier des apôtres du bonheur, c'est parce qu'en dépit de leurs sempiternelles promesses de nous remettre les clés de la bonne vie, ces clés restent et resteront parfaitement introuvables.»  Sur ce point les auteurs ont tort : nous verrons plus bas (par des citations bibliques) que la sainte Bible nous donne les clés pour trouver le bonheur (en Dieu), mais ce bonheur est toujours libre; il respecte notre libre arbitre, et il n'est pas obligatoire comme dans la religion des droits de l'homme.

 

« Alors qu'il est bien difficile de déterminer le nombre exact de personnes qui sont persuadées d'avoir concrètement bénéficié de leurs conseils, les praticiens de la psychologie positive, les économistes du bonheur et les autres professionnels du développement personnel ont touché et continuent de toucher de leur activité des revenus absolument considérables,» poursuivent les auteurs. « [...] Les scientifiques et spécialistes du bonheur s'expriment souvent comme s'ils l'étaient, parlant à n'en plus finir de “découvertes révolutionnaires”, de “preuves irréfutables” ou encore d'“acquis incontestés”. Il est vrai que tout ce qu'ils disent n'est pas faux. Le problème est qu'ils se contentent très souvent de reformuler dans un jargon sentencieux et solennel ce qui est tout simplement – dans le meilleur des cas – du bon sens.

 

Le problème est surtout que ces lieux communs sont accueillis avec une surprenante facilité par de nombreuses personnes très disposées à y croire, en dépit du vaste corpus scientifique qui met en garde contre elles, solides arguments à l'appui.» 

 

« Comme a pu l'écrire Terry Eagleton (théoricien critique de la littérature britannique, actuellement considéré comme l'un des plus influents du monde britannique) il est sûr que nous avons besoin d'espoir, nous n'avons certainement aucun besoin de l'optimisme tyrannique, conformiste et presque religieux qui accompagne désormais l'idée de bonheur. »

 

Et les auteurs définissent cet espoir qui laisse une large place au libre arbitre que la philosophie des Lumières tend à éliminer : « L'espoir dont nous avons besoin se fonde sur l'analyse critique, la justice sociale et une politique qui ne soit pas paternaliste, qui ne décide pas en notre nom de ce qui est bon pour nous et qui, loin de vouloir nous épargner les difficultés de la vie, nous y prépare – non en tant qu'individus isolés mais en tant que société

 

« L'industrie du bonheur qui cherche aujourd'hui à prendre le contrôle de nos subjectivités est l'équivalent contemporain de la “machine à expériences” de Robert Nozick, qu'un Aldous Huxley put en son temps mettre en scène à sa façon, à travers le roman [Le Meilleur des mondes, NDLR].

 

La justice étant la vertu qui rend à chacun ce qui lui appartient, il reste cet espoir d'une société qui nous rende notre libre arbitre : « [c]e sont la justice et le savoir, non le bonheur, qui demeurent l'objectif moral révolutionnaire de nos vies », concluent les deux chercheurs dans l'article du Point.

 

Edgar Cabanas et Eva Illouz ont vu juste :  S'il (le bonheur) était d'une telle évidence, comme l'ont infatigablement affirmé les scientifiques du bonheur, nous n'aurions pas besoin de spécialistes pour l'approcher. »

 

Les révolutionnaires d'Amérique ou de France, remplis de préjugés francs-maçonniques, prétendent que la politique doit se charger (pour nous) de nous montrer où est le bonheur public : dans le respect des droits de l'homme. Raisonnement circulaire parfaitement totalitaire aux conséquences tragiques.

 

Ainsi, "'La richesse et la pauvreté étaient destinées à disparaître dans un régime d'égalité', lit-on dans un décret de la ville de Paris en novembre 1793, et : 'Il ne faut plus ni riches ni pauvres. L'opulence est une infamie,' dirait Saint-Just cette même année. ... Montesquieu et Rousseau - d'accord sur ce point - avaient raison. La démocratie, pour être effective, avait besoin d'une égalité qui dépasse le seul plan des droits, pour arriver à toucher la substance de la vie matérielle des citoyens." (Aldo SCHIAVONE, Une Histoire de l'égalité, Leçons pour le XXIe siècle" (traduit de l'italien par Giulia Puma, Fayard, L'épreuve de l'histoire, Saint-Amand-Montrond 2020, p. 153.)

 

Outre le décalage sans cesse croissant entre les promesses de bonheur (le pouvoir du bonheur ou happycratie) et la réalisation inexistante, des personnes qui se suicident, une crise de l'autorité, une sécession des citoyens (leur désaffiliation bien analysée par le géographe Christophe Guilluy dans son dernier livre No Society, le "There is no society" de Margaret Thatche en 1987, la société, ça n’existe pas...), les contradictions internes des droits de l'homme détruisent la société (ce qui fait le lien social) : il n'y a plus de société.

Et dans ce contexte aujourd'hui d'une société française qui n'existe plus, comme le proposait en son temps François Furet avec son livre Penser la révolution française (1978), il est urgent de penser l'impasse des droits de l'homme.

 

Le sujet est vaste, il ressortit à plusieurs disciplines (philosophie, histoire, sociologie, psychologie.) Dans un but de recherche des moyens qui rendent possible la vie en société, et devant la destruction généralisée du lien social, cet article se propose de présenter l'optimisme philosophique des hommes des Lumières, l'impasse de la « religion des droits de l'homme », et d'en apporter les premiers remèdes.

 

Lire aussi"La crise de la démocratie n'est pas liée à nos institutions. Ça va mal dans toutes les sociétés occidentales !" (Henri Guaino)

 

 

La recherche politique du bonheur et la disparition mécanique du libre arbitre : l'individu effacé

 

 

La recherche d'un Âge d'or et la quête du bonheur sont les fondements des droits de l'homme des « Lumières »

 

« "La science divine de la politique est la science du bonheur social", écrivait un de nos premiers apôtres scientifiques du bonheur, John Adams (futur deuxième président des États-Unis après G. Washington), dans Pensées sur le Gouvernement en janvier 1776. » (Cité in Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, Perrin, Collection Tempus, Paris 2012, p. 325.) 

 

Le Dictionnaire de la philosophie de Didier Julia (Larousse, Sciences de l'homme, Evreux 1992) définit le terme « Lumières » (p. 227) ainsi : « [...] couramment, quand on parle de progrès de la civilisation, de la nature humaine, il s'agit d'un progrès vers le Bien: vers l'accroissement des connaissances de l'esprit, du bonheur de l'homme. La croyance au progrès était un des principes de l'esprit encyclopédique au XVIIIe siècle, du positivisme au XIXe siècle: par progrès, les philosophes du XVIIIe siècle (Diderot, Voltaire, les encyclopédistes) n'entendaient pas seulement un progrès de sciences, mais surtout un progrès social dans le sens des libertés politiques et du bien-être économique. » Dès le départ, on note l'importance donnée à l'économique et à un mouvement indéfini de progrès.

 

« Au XVIIIe siècle, les philosophes écartent la Révélation (autrement dit... la Bible. NdCR.), devenue synonyme d'obscurantisme et de superstition: le mot Lumières est systématiquement appliqué à l'activité intellectuelle et culturelle de l'homme.

« [...] Les Lumières sont donc le seul moyen de parvenir au bonheur, but de l'existence humaine, accessible à tous, puisque la raison éclaire tous les hommes. Rejetant l'autorité, la tradition, la raison se fonde sur l'expérience. Partant du réel, et non de principes a priori, elle observe, analyse, compare et cherche à découvrir les lois de la nature en s'efforçant de discerner la vérité de l'erreur. » (Guy Cabourdin, Georges Viard, Lexique historique de la France d'Ancien Régime, Armand Collin, 3e éd., Paris 1998, p. 203.)

 

Jean Ousset

Or « cette "évolution" [...], ne suffit-il pas qu'on l'examine d'un peu près pour constater qu'elle est le fruit d'un effort organisé de la subversion ? Envisagé sous cet angle, rien n'est moins naturel que ce prétendu cours "naturel" des évènements. Jamais peut-être leur déroulement ne fut aussi minutieusement et farouchement préparé et conduit par la volonté révolutionnaire d'un petit nombre d'hommes ! (l'oligarchie.) 

« Loin de parler d'évolution naturelle de l'histoire, ce sont les violences faites à ce cours de l'histoire que nous aurions profit à étudier !

« Qu'on jette un regard attentif sur l'enchaînement des principaux évènements depuis 1717 (date de la création de la Grande-Loge d'Angleterre, avènement officiel de l'institution maçonnique) n'y voit-on pas, au lieu de fonctionnement harmonieux de lois naturelles, les violences répétées qu'on sut faire à l'ordre des choses une foule de sectes et d'agents subversifs ? » (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. p. 409.) Voilà le décors planté : une promesse de bonheur économique, la carotte du progrès, une évolution spontanée qui n'est en réalité que le plan des hommes religieux des Lumières.

 

La première application de ce matérialisme philosophique des Lumières se trouve dans la Déclaration d'Indépendances des 13 États unis d'Amérique du 4 juillet 1776. Thomas Jefferson, assisté de Benjamin Franklin et de John Adams, était le principal rédacteur de cette déclaration, par laquelle les treize colonies britanniques d'Amérique du Nord firent sécession de la Grande-Bretagne. Elle énumérait les « droits inaliénables » :

 

«Nous tenons pour totalement évidentes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur" (the pursuit of happiness), et la sûreté (ou droit à la sécurité). « Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. [...] [L]orsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. » (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, ibid., p. 339.)

 

 

« À partir du 5 septembre 1774, un premier Congrès continental réunit au Carpenter's Hall de Philadelphie les cinquante-cinq délégués de douze des treize colonies (la géorgie mise à part). Parmi eux on remarquait quelques brillantes figures qui allaient s'illustrer dans la guerre d'Indépendance: George Washington et Patrick Henry pour la Virginie, John Adams pour le Massachussets, John jay pour New York, John Dickinson pour la Pennsylvanie. Dans uen ardente effervescence [...] on décida le boycott généralisé des produits anglais, la levée d'une armée de volontaires et l'achat d'armes en Europe. On ne revendiquait pas encore l'indépendance mais les "libertés américaines". Le Congrès se dota d'une sorte de bras armée, l'Association continentale, ligue patriotique destinée à former des comités locaux et à lever des milcies.

Un article en anglais d'un site maçonnique mentionne : "CARPENTER'S HALL [...] Parmi ses membres, il y avait des maçons, des tailleurs et divers artisans, un certain nombre d'entre eux appartenant à des loges maçonniques de Philadelphie. Le frère Robert Smith, l'un des architectes les plus parfaits de l'Amérique a conçu la salle des charpentiers, ainsi que le Christ Church steeple et d'autres importants bâtiments, dont la maison du frère Benjamin Franklin sur la rue haute (marché)...»  (Fin de citation) (source: http://www.masonicworld.com/education/files/apr02/include/masonic%20sites%20in%20philadelphia.htm)

 

Au 1er janvier (1775), leurs membres arborèrent leur nouveau drapeau, portant en alternance des bandes rouges et blanches, sur lesquelles se superposa en haut du côté de la hampe un canton d'azur couvert d'un cercle de treize étoiles, symbole des treize colonies (ce drapeau sera officiellement adopté le 14 juin 1777 par le Congrès). [...] Une seule nation, plusieurs États formant d'abord une confédération puis, à partir de la Constitution de 1787, une fédération» (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin Editions, Lonrai 2012, p. 364.)

 

« L'Amérique moderne, c'est un rêve que fit l'Europe du dix-huitième siècle et que réalisèrent […] le vingtième siècle et les États-Unis.

[…] Cette civilisation matérielle, […] orientée vers le bien-être, appuyée sur l'optimisme, et soumise avant tout à la disciple du travail utile, c'est l'idéal même du dix-huitième siècle philosophique franco-anglais.

 

[...] Cette frénésie de travail, ce goût pour l'action qui fait toujours oublier le repos, le loisir, les plaisirs, et qui remplace même le sens de la jouissance par celui du jeu, c'est la discipline même que patronnèrent les philosophes français du dix-huitième siècle. Le plus spirituel d'entre eux, M. de Voltaire, [...] concluait que rien n'avait de prix ni de sens, sauf le travail : "Cultivons notre jardin", disait Candide, et il ne voulait plus qu'on se laissât aller au rêve, à la philosophie, à la pensée, à l'amour même. "Cultivons", disait Candide. "Travaillons, reprenait tout le dix-huitième siècle en choeur.

 

[…] Le dix-huitième siècle prêcha que l'homme devait se préoccuper moins d'être et davantage de faire.  Il substitua à la vertu spirituelle, et intérieure la vertu bienfaisante et sociale, à l'acte moral accompli sous le regard de Dieu l'action ultime accomplie sous le regard des hommes. Il arracha les moines de leurs cellules, les savants de leurs laboratoires, les gens du monde de leurs salons pour en faire des politiciens, des industriels et des journalistes. 

 

[...] En Amérique, [...] Nous le voyons aujourd'hui: l'activité y règne en maître, le travail est sa discipline et la réussite pratique son but.. Tout a été sacrifier pour encourager et exalter le travail; la machine permet à l'homme de multiplier à l'infini l'efficacité de chaque geste. Politiciens, prêtres, juges, professeurs, écrivains, femmes et enfants, tout se plie à la règle, chacun se hâte, chacun agit. C'est l'apothéose du travail utile. Et c'est une catastrophe... » 

 

[...] En 1933, deux siècles après que l'Europe philosophique a commencé son pêche, l'Amérique, sa docile élève, offre l'image d'un pays qu'un cyclone a dévasté; les usines sont vides et silencieuses; 20 millions de chômeurs; [...] les riches continuent de travailler, et chaque objet qu'ils produisent ajoute au désarroi de l'univers... »

 

Triste bilan que l'explosion des inégalités... au pays qui déclara le premier l'égalité des droits ! « L'Amérique a fait faillite, dit-on. Soit. Mais l'Amérique qui a fait faillite c'est celle que le dix-huitième siècle européen avait inventée et façonnée. Elle commença comme un rêve, elle finit par un cauchemar. » (Bernard Faÿ, Roosevelt et son Amérique, Librairie Plon, Paris 1933, p. 10-12.)

 

« La Déclaration (d'Indépendance) fut saluée un peu partout par force réjouissances; à Philadelphie, le 8 juillet (1776) on proclama l'entrée dans une ère de liberté, au son du canon.» (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, ibid., p. 194.)

 

Avant d'être adoptée, la déclaration d'Indépendance avait été « bloquée par la délégation de Pennsylvanie, toujours temporisatrice. On ne pouvait rien faire sans elle. Franklin décida de lui forcer la main.

« Malgré la campagne d'opinion et le Sens commun les citoyens avaient réélu en mai 1776 une énorme majorité de ces tièdes. Ce parti tenait la colonie et on ne pouvait le briser par des moyens parlementaires. On en employa d'autres. Franklin et ses amis utilisèrent les Loges qui répandaient dans la haute bourgeoisie une doctrine libertaire et les "Associateurs", c'est-à-dire ces volontaires, boutiquiers et ouvriers, qui groupés dès 1749 par Franklin, formaient la police bénévole de Pennsylvanie. Seuls de toute la population ils étaient armés et entraînés. Ils étaient patriotes aussi. [...] Sous l'autorité de leur vieux maître et organisateur Franklin ils réunirent des meetings pour protester contre l'attitude des parlementaires de Pennsylvanie (mai, juin 1776) et de leur délégation au Congrès. Puis une convention préliminaire s'assembla par leur soin (19 juin), qui prépara et fit exécuter une élection (8 juillet). Tous les membres de l'Association, qu'ils qu'ils fussent, y furent électeurs et éligibles, tandis que les autres citoyens devaient montrer patte blanche, il leur fallait démontrer leur "patriotisme" et faire preuve d'une fortune relativement considérable. On eut donc de "bonnes élections". La convention provinciale ainsi élue, se réunit aussitôt et commença son travail (15 juillet) qui consistait à administrer la province et à lui donner une constitution. Son premier acte fut de choisir Franklin comme président [délégué au Second Congrès Continental organisé du 10 mai 1775 au 1er mars 1781. En 1785, de retour aux États-Unis après avoir été ambassadeur en France de 1776 à 1785, il sera de nouveau élu pour trois ans président du Conseil exécutif de Pennsylvanie et participera en 1787 à la rédaction de la Constitution américaine à Philadelphie (Pennsylvanie), avant de mourir en 1790], puis elle le nomma représentant de la Pennsylvanie au Congrès en lui adjoignant une délégation fort patriote. Ainsi la difficulté était tournée. L'Assemblée, atteinte au coeur, protesta avec éloquence, lutta avec noblesse et mourut d'inanition. Grâce à cette manoeuvre, le Congrès avait pu enfin voter une Déclaration d'Indépendance (4 juillet 1776). Ce texte, rédigé par Jefferson et corrigé par Franklin, était destiné à servir de signe de ralliement pour les Américains et à répandre par le moindre cri de guerre de la nouvelle République. Il était avant tout un texte de propagande, d'où son caractère si curieux et si ambigu. Jusqu'alors les Américains avaient combattu le Ministère et le Parlement, ménageant au contraire le Roi comme innocent et comme leur suprême ressource. Maintenant, soudain, ils se tournaient contre lui et l'invectivaient. » (Bernard Faÿ, Benjamin Franklin, Citoyen du Monde**, Nouvelle Collection Historique, ad. Calmann-Lévy, Paris 1931, p. 152-154.)

 

Lors de son ambassade en France, « Franklin alla s'établir sur la jolie colline de Passy auprès de Paris. [...] Passy était le centre d'une chapelle philosophique, économiste et franc-maçonne. les Loges y travaillaient activement, à la fois à l'écart de la grande ville et proches d'elle. Or, [...] la franc-maçonnerie française, [...] sous l'impulsion de la famille d'Orléans, se réorganisait et essaimait partout. 

« Comme philosophe et comme déiste, Franklin fut des leurs immédiatement et ils furent tout acquis à lui. C'était là un poste d'observation et un poste de commandement d'où il lui était facile de faire de la bonne besogne. Ainsi, lui était garanti l'accès aux journaux; car ceux de France, contrôlés officiellement par le gouvernement, étaient en pratique rédigés par des maçons et des Philosophes : Morellet, Suard, La Dixmerie, tous amis de Franklin, étaient de ceux-là. La plupart des journaux français publiés hors de France étaient possédés et rédigés par des Maçons. Sans coup férir Franklin eut ses entrées à la Gazette de France, au Mercure de France, aux Affaires de l'Angleterre et de l'Amérique, feuille de propagande publiée par le Ministère français pour houspiller les Anglais; il fit insérer tout ce qu'il voulait au Courrier de l'Europe, à la Gazette de Leyde, qui passait pour la meilleure d'Europe, à la Gazette Française d'Amsterdam, au Courrier du Bas-Rhin. Pour ce travail il avait des collaborateurs illustres, le duc de La Rochefoucauld, l'abbé Raynal (le philosophe français le plus en vue du temps), un certain abbé Niccoli, ministre à Paris du grand-duc de Toscane, Courtney Melmoth, polygraphe et acteur anglais, qu'il avait à sa solde. Mais surtout il mettait lui-même la main à la pâte. Dès 1777 circulaient en manuscrit et paraissaient furtivement deux petits écrits de source inconnue, mais de facture révélatrice: Comparaison entre la Grande-Bretagne et les États-Unis en ce qui touche le crédit des deux pays. - Lettre du comte de Schaumberg au baron Henhendorff, commandant les troupes hessoises en Amérique. [...] Par ses affiliations philosophiques et maçonniques, Franklin avait accès à des organes tels que le Journal de Paris, la feuille à la mode en France à cette époque. [...] Membre de la loge des Neuf Soeurs, il en était aussi le Vénérable (1779-1781). Il guidait leurs activités. [...] La loge des neuf soeurs n'avait point tardé [...] à grouper tous les esprits hardis de France: officiers, magistrats, écrivains, artistes, philosophes. » (Bernard Faÿ, Benjamin Franklin, Citoyen du Monde**, Nouvelle Collection Historique, ad. Calmann-Lévy, Paris 1931, p. 179-180; 213; 251-252.)

 

En tant que « père fondateur » du pays, l'effigie du frère Franklin a figuré sur plusieurs timbres d'usage courant, dont le cinq cents brun, un des deux premiers timbres des États-Unis. Son effigie apparaît sur le billet de cent dollars.

 

 

« La devise E Pluribus unum  (« un seul à partir de plusieurs » ou dans une traduction plus directe « De plusieurs, un ») remonterait à  l'été 1776, lorsque Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et John Adams reçurent mission de trouver un sceau de la nouvelle nation. Ils se tournèrent vers un artiste d'origine genevoise Pierre-Eugène Du Simitière. Franlin avait proposé un Moïse étendant les mais sur les eaux déferlant sur le pharaon avec cette légende : "La rébellion contre les tyrans et l'obéissance à Dieu." Adams avait choisi un jugement d'Hercule, d'après une gravure de Simon Gribelin, tandis que Jefferson songeait aux Israélites dans le désert, et à Hengist et Horsa, les deux dirigeants légendaires des premiers Anglo-Saxons en Grande-Bretagne. Finalement, le choix se porta sur un oeil dans un triangle très maçonnique - que l'on retrouve sur les billets de banque. » (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, ibid., note 2, p. 467.)

 

Grand sceau des États-Unis (Great Seal of the United States), recto

 

 

Grand sceau des États-Unis (Great Seal of the United States), verso

 

Le grand sceau des États-Unis (Great Seal of the United States) est utilisé pour prouver l'authenticité de certains documents au sein du gouvernement américain. C'est en 1782 qu'il a été utilisé publiquement pour la première fois.

 

Billet de un dollar américain

 

Le grand sceau figure sur le verso du billet de un dollar américain. À la suite d'une décision de Franklin D. Roosevelt, président au moment de sa conception en 1935, le sceau y figure inversé ; le verso du sceau (la face qui inclut l'Œil de la Providence au sommet d'une pyramide) est à gauche et le recto à droite.

 

Si « la déclaration d'Indépendance mentionnait encore en 1776 des "lois de la nature et du Dieu de la nature", [r]ien de tel une dizaine d'années plus tard dans la Constitution ou dans le Bill of Rights. » (B. Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, ibid., p. 317.)

 

Bernard Cottret ajoute : « Le caractère séculier de la société américaine [...] intéresse [...] les historiens : ne doit-on pas admettre le caractère partiellement mythique du passé puritain ? Jean Delumeau avait mentionné voici plusieurs années l'illusion rétrospective qui consiste à créditer les siècles passés de ferveur, en soulignant par contrecoup la déchristianisation ultérieure. Il n'est pas sûr que la société américaine ait toujours été aussi chrétienne qu'on a pu le prétendre, et les études récentes tendraient à démontrer que l'évangélisme conquérant des XIXe-XXe siècles a passablement brouillé les repères.

 

[...] Il faut renoncer désormais à la thèse d'un retrait linéaire du sacré, caractéristique de la modernité. [...] Le cas américain l'illustre parfaitement : [...] l'on n'est pas passé d'un monde saturé par le sacré à un monde de plus en plus profane. C'est exactement l'inverse : les États-Unis sont à tout prendre moins laïcs de nos jours qu'ils ne l'étaient lors de la Révolution. » (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, ibid., p. 318.) Toute la question est de savoir quelle religion a remplacé quelle autre ? « Ainsi l'historien P. Maier note-t-elle fort justement la sacralisation croissante de la déclaration d'Indépendance depuis deux siècles. » (Pauline Maier, American Scripture, Making the Declaration of Independence, 1997, New York, Vintage 1998, p. IX, cité in Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., note 70, p. 477.) 

 

« La Révolution américaine dut beaucoup plus à la philosophie des Lumières qu'à l'influence de la Bible. Elle demeure l'un des temps forts de la sécularisation des mondes modernes, tout en accouchant d'une "religion civile" prompte à vouer un culte à ses grands hommes. » (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, ibid., p. 318.) Et en effet, la Révolution américaine, comme la Révolution française, méconnaissent les fondements bibliques du bonheur que sont la recherche de Dieu (« connaître le Dieu saint » Pr. 9:10) et le respect des commandements divins.

« Le "modèle américain" est, comme chez nous la République, un "produit du siècle des Lumières", qui puise dans le même fonds commun politique et philosophique... » (D. Lacorne, L'Invention de la République, Hachette, Paris 1991, p. 10 in Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, ibid., p. 13.)

 

 

« Turgot [...] reprochait [...] aux Anglais, [...] d'avoir oublié la "science la plus intéressante de toutes, celle du bonheur public. » (Turgot, Lettre à R. Price, 22 mars 1778. Appendice à H. G. Riqueti, comte de Mirabeau, Considérations sur l'ordre de Cincinnatus, , p.  187)

 

« La quête du bonheur devenait ainsi le fondement de ce que l'on allait appeler peu après les droits de l'homme. » (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, ibid., p. 185; 429 note 14.) Le bonheur se définissait désormais comme matérialiste, par la possession des biens de ce monde, l'importance de l'économique et la recherche du commerce :

 

« Et un autre observateur français de surenchérir : "Le droit naturel est le droit de l'homme à son plus grand bonheur possible." (C. Guilloton-Beaulieu, Influence du despotisme de l'Angleterre sur les deux mondes, Boston, 1781, p. 11. Et l'auteur de poursuivre: "La satisfaction intérieure de l'âme, qui naît du libre et paisible exercice de ce droit, ainsi que de la possession des biens, des avantages légitimement acquis, est le bonheur. C'est ce mobile impérieux qui est le principe de toutes les actions. Mais l'homme se trompe souvent dans le choix des moyens qui conduisent vers ce but." Et encore: "L'origine des lois naturelles date de ce droit de l'homme. Ces lois sont des règles de direction qui indiquent la route du bonheur; et celui qui veut ardemment la fin d'une chose doit aussi en vouloir les moyens.")

« L'orgueil de l'homme, l'esprit du mal, la révolte contre Dieu » (Gustave Bord), dans la société moderne

 

Dès 1787, le futur conventionnel « Jacques-Pierre Brissot, exhortait les Français à s'intéresser à un pays (les États-Unis) dont le destin lui paraissait prometteur "pour le bonheur de la France.

[...] Le but de Brissot était nettement d'encourager les Français à "renoncer à leur langueur pour le commerce de l'Amérique" en exportant outre-atlantique une partie de leur production. [...] Chaque fois que l'on parle de la conception américaine du bonheur, c'est pour délivrer la vie économique de ses entraves. Le plaidoyer de Brissot possède déjà toute la rhétorique empruntée de la Lettre aux actionnaires de quelque multinationale de notre temps... » (Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 10.) 

 

« Quant à l'abbé Sieyès, il devait s'exclamer en juillet 1789 : "L'objet de l'union sociale est le bonheur des associés." » (Orateurs de la Révolution française, F. Furet, R. Halévi, Gallimard, La Pléiade, Paris 198, I, p. 1008, in B. Cottret, La Révolution américaine, ibid.,,  note 3, p. 363.) Et pour la poursuite de ce bonheur des associés, quoi de mieux que la théorisation du gouvernement représentatif ? (Sieyès, Discours du 7 septembre 1789.) Commerce et démocratie représentative vont ensemble. Au XIXe siècle, François Guizot aurait dit : « Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne et vous deviendrez électeurs.» Comme si devenir électeur était la nouvelle fin de l'homme, les révolutionnaire qui ont inventé la démocratie nous disent de nous occuper de rien : ils s'occupent pour nous de notre bonheur !

Cette prétention des Lumières à représenter les citoyens plongés dans l'obscurantisme (élitisme maçonnique millénariste) est tout sauf démocratique, parce que l'idée des Lumières est que seuls ceux qui ont les Lumières ont le droit de s'exprimer et de décider pour les autres; les autres sont dans les Ténèbres et il faut leur imposer les Lumières s'ils n'en veulent pas. C'est l'autoritarisme de la Révolution française où un Robespierre prétend avoir les Lumières et impose aux autres l'obéissance à sa liberté (ou la guillotine). On retrouve ce type de raisonnement dans pratiquement tous les processus révolutionnaires qui sont des révolutions menées par des athées rationalistes, des scientistes. Ce qui est paradoxal puisque les défenseurs des Lumières sont précisément ceux qui prétendent défendre la démocratie.

 

 

On remarquera ainsi que dans la soit-disant société démocratique, jamais les Français n'auront été informés ni prévenus de qui est cet Être suprême qui pourtant chapeaute leur droit, à la tête même de la déclaration dite des droits de l'homme; depuis deux siècles, ils vivent sous les « auspices de l'Être suprême » sans qu'il y ait eu aucune discussion à ce sujet pour savoir si ce dieu était le vrai Dieu... Dans le projet jacobin de 1789, la centralisation a la première place, tôt ou tard le bonheur est garanti, et les Français ne sont que des administrés qu'il faut éclairer des Lumières de ceux qui ont la connaissance. Une petite élite connaît la vérité, (ou qui croit la connaître) et elle est chargée de communiquer cette soit-disant connaissance, à nous les profanes (sic vocabulaire maçonnique) qui sommes plongés dans les ténèbres (re sic vocabulaire maçonnique). 

 

 

En France, en 1789, le « Dieu de la nature » des philosophes commence par être remplacé dans le préambule de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen par les « auspices de l'Être suprême » maçonnique.

 

« Le profane, en effet, celui qui est dans les ténèbres, fait partie d'une humanité différente d'un monde maçonnique; lui n'est pas un égal; c'est à peine si le maçon le considère comme une plante de la vaste pépinière dont il sélectionne les rejetons; mais afin de déterminer les vocations, il contamine la pépinière entière en la développant en vue des doctrines qui doivent dominer en lui; en faisant naître chez le profane des doutes au sujet de ses croyances religieuses, il le conduit ainsi à la religion maçonnique. » (Gustave Bord, La franc-maçonnerie en France des origines à 1815, 1852, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1908, p. 99.)

 

Que devient notre libre arbitre ? Dans les étapes que le maçon doit parcourir pour gagner ses grades, l'historien Gustave Bord précise cette inégalité dans la conduite du profane par le maçon : « ce qu'il faut qu'il (le maçon) comprenne, c'est comment on conduit les hommes, comment on les fait concourir, malgré eux, à la prospérité de l'Ordre. On leur explique comment un petit groupe organisé en aristocratie secrète mène la foule non-organisée; comment un pouvoir occulte, irresponsable mais actif, mène le pouvoir responsable et le rend le principal artisan de sa décadence et de sa mort. On leur apprend que les vices de l'humanité sont les grands leviers des habiles; que, dans la pratique, on ne rencontre qu'un obstacle : la révolte de la conscience humaine, cette chose qu'ils n'ont pu saisir ni comprendre dans les deux premières chapelles, et que tout l'art consiste à endormir cette conscience pour l'empêcher de se révolter. On leur apprend que lorsqu'il suffira à l'homme de déposer un bulletin anonyme dans une urne pour entretenir ses vices et flatter son orgueil, il le mettra.

Lorsque l'initié saura tout cela, il sera un maçon parfait; sa mentalité maçonnique sera parachevée. [...] Voilà ce qu'au XVIIIe siècle on appelait le travail de loge. Voilà comment au nom de l'égalité, le maçon escamotait cette égalité à son profit. Il veut l'égalité entre initiés, il veut l'égalité entre profanes, mais il ne veut pas l'égalité entre initié et profane. » (Gustave Bord, La franc-maçonnerie en France des origines à 1815, 1852, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1908, p. 200.)

 

Le président catholique américain John Fitgerald Kennedy pointa le problème d'une société qui détruit le libre-arbitre dans un discours du 27 avril 1961 au Waldorf Hastoria Hotel :

 

« [W]e are opposed around the world by a monolithic and ruthless conspiracy that relies primarily on covert means for expanding its sphere of influence--on infiltration instead of invasion, on subversion instead of elections, on intimidation instead of free choice, on guerrillas by night instead of armies by day. It is a system which has conscripted vast human and material resources into the building of a tightly knit, highly efficient machine that combines military, diplomatic, intelligence, economic, scientific and political operations.

 

« Its preparations are concealed, not published. Its mistakes are buried, not headlined. Its dissenters are silenced, not praised. No expenditure is questioned, no rumor is printed, no secret is revealed. »

 

Traduction :

 

« Nous sommes confrontés dans le monde entier à une conspiration monolithique et impitoyable qui s'appuie d'abord sur des moyens secrets pour étendre sa sphère d'influence, par l'infiltration plutôt que l'invasion, la subversion plutôt que les élections, et l'intimidation au lieu du libre-arbitre.

C'est un système qui a nécessité énormément de ressources humaines et matérielles dans la construction d'une machine étroitement soudée et d'une efficacité remarquable, elle combine des opérations militaires, diplomatiques, de renseignement, économiques, scientifiques et politiques.

Leurs planifications sont occultées et non publiées. Leurs erreurs sont passées sous silence ou non relayées par la presse. Leurs détracteurs sont réduits au silence et leurs avis non sollicités. Aucune dépense n'est remise en question, aucun secret n'est révélé. »

sources: https://www.jfklibrary.org/Research/Research-Aids/JFK-Speeches/American-Newspaper-Publishers-Association_19610427.aspx

et 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_John_Fitzgerald_Kennedy#Le_Président_et_la_Presse_(27_avril_1961) 

 

Entre les élites (maçonniques), c'est-à-dire dans le jargon de la religion maçonnique, ceux qui savent (ceux qui ont la connaissance) ne doivent pas être mis sur un pied d'égalité avec les profanes, les gens du peuple.

On commence à voir la différence entre les deux projets de société. Dans le christianisme, le bonheur est individuel, il est laissé à notre libre arbitre (Voir plus loin le paragraphe sur le mensonge de la liberté de l'article 1 de la déclaration des droits de 1789), il dépend de notre obéissance au commandements divins, il n'est pas garanti ici-bas et n'est pas obligatoire. Dans le projet jacobin, au contraire, comme nous le verrons plus loin, le bonheur est terrestre, mais il est collectif et il est obligatoire. Marque de tous les totalitarismes. 

 

Du simple point de vue de l'administration des territoires, on observe la même différence entre les deux types de sociétés : « les rois voulaient unir en respectant les traditions et les particularités locales, sans user de violence. Ils cherchaient à supprimer de façon graduelle, et tout en les tolérant d'abord, les frontières administratives, financières, douanières, etc., qui séparaient les diverses provinces de France. Les révolutionnaires, sans comprendre que la variété est une forme de la liberté, et peut-être la plus essentielle pour chacun, s'orientaient vers une unité dans l'uniformité. Le niveau, emblème de la Maçonnerie, correspondait à leur projet principal. » (Bernard Faÿ, La Grande révolution 1715-1815, Le Livre contemporain, Paris 1959, p. 244.) Après l'économique, l'uniformité caractérise la république des Lumières.

 

 

« Ce n'est pas que le pays fût malheureux : le servage, qui subsistait dans plus autres pays de l'Europe, en avait disparu. Le XVIIIe siècle avait été pour le paysan une ère de prospérité relative. Les hommes de la glèbe s'étaient enrichis jusqu'à acquérir et posséder plus de la moitié du sol. Voltaire dit leur bien-être.  L'instruction populaire sous l'Ancien Régime était plus développée qu'on ne le croit communément. L'industrie était généralement prospère, le commerce avec l'étranger très florissant; depuis Louis XIV, il avait plus que quadruplé. [...] La population du pays se montait à vingt-cinq millions d'habitants – chiffre égal à celui de l'Angleterre et de l'Allemagne réunies. De quoi pouvait-on souffrir ? D'une crise intellectuelle et morale. L'école économique et philosophique composée de ceux qu'on a dénommés les encyclopédistes – du fait que les principaux d'entre eux étaient les collaborateurs de l'Encyclopédie dirigée par Diderot – avait répandu des doctrines et théories faites d'abstractions et d'idées préconçues; à quoi ne tarda pas à se mêler la sensiblerie humanitaire de Jean-Jacques Rousseau. Les nouvellistes, depuis plus d'un siècle actifs à façonner l'opinion publique, s'emparèrent de cette mystique pour lui donner une multiple publicité: groupes de nouvellistes d'où sortiront les clubs dont Augustin Cochin a montré l'action sur les évènements révolutionnaires. [...] "Périssent les colonies plutôt qu'un principe !" "Et si le principe est faux, ajoutera bonnement le gouverneur Morris – ambassadeur américain en France – la maxime est parfaitement sublime." » (Frantz Funck-Brentano (1862-1947), de l'Institut, La Révolution française, Voir... et... Savoir, Paris : Flammarion, 1935, p. 3-4.)

 

Les partisans de la première « république » en France en 1792, croyaient dans les promesses du progrès. Voyez cette citation de Voltaire : « Le monde avec lenteur marche vers la sagesse. » (Voltaire. Les Lois de Minos, Act III., Sc. 5.)

 

L'allemand Emmanuel Kant (1724-1804), penseur de l'Aufklärung (Lumières allemandes), pariait lui aussi sur ce processus historique d'émancipation volontaire et progressive de l'homme, sa capacité à promouvoir le bonheur, la paix et la vertu. « À une philosophie (classique) qui a pour fondement Dieu, Kant substitue une philosophie qui part d'un point de vue : celui de l'homme. En ce sens, il effectue une véritable révolution copernicienne » (Info Bac, Les Philosophies et leurs idées, 65 portraits de philosophes, 82 citations, un mini-glossaire, Philosophie, Nathan.) L'anthropocentrisme trouve son regime dans la république des Lumières. Et le paradoxe est que l'homme disparaît, l'individu disparaît au profit d'une collectivité fabriquée, donc factice. On en verra des résultats meurtriers au XXe siècle dans le communisme et le nazisme. En 1799, l'abbé Barruel avait déja ainsi pu ironiser prophétiquement sur cette philosophie kantiste des Lumières : 

 

« Dans le système de ce fameux docteur : [...] Des milliers et des milliers d'années s'écouleront peut-être avant l'heureuse période de cette paix perpétuelle; mais quelque idée qu'on se fasse du libre exercice de la volonté, si est-il certain que les résultats apparents de cette volonté, les actions des hommes, sont ainsi que tous les autres faits de la nature, déterminés par des lois générales. Cette nature marche d'un pas lent, mais certain, à son objet. [...] Tôt ou tard, l'époque de la confédération générale, de la paix perpétuelle, arrivera. Cependant à cette époque même, l'espèce humaine n'en sera encore qu'à moitié chemin de son perfectionnement. – Je ne sais pas s'il plaît au dieu Kant de nous dire quelle est l'autre moitié de la route qui reste à parcourir (Voyez Idées d'une histoire universelle dans les vues du citoyen du monde, par M. Kant, spectateur du Nord, Avril 1798). Mais en attendant, ses disciples en grand nombre nous disent que "l'Europe doit nécessairement se dissoudre en autant de républiques qu'il y a maintenant de monarchies; et qu'alors seulement le genre humain se montrera dans toute sa force et sa grandeur; qu'alors on ne verra plus des êtres incapables à la tête des nations; qu'elles arriveront à ce haut degré de perfection dans lequel se trouve aujourd'hui la France, où la naissance n'est plus rien, où l'on parvient à tout par le génie et les talents." (Mémoires sur le jacobinisme en Allemagne). En attendant encore, d'autres disciples sentent parfaitement ce que c'est que cette autre moité du chemin à parcourir, pour arriver au perfectionnement de l'espèce; et pour ceux-ci, l'homme perfectionné, c'est l'homme n'ayant plus d'autre maître que lui-même, d'autre loi que sa raison; c'est l'homme du professeur de Iéna, l'homme de Weishaupt et de Babeuf. 

 

« [...] Malgré la différences des procédés, il est en effet aisé de voir que le système du docteur Kant, aujourd'hui encore (1799) professeur de Koenigsberg, vient ultérieurement se confondre avec celui du docteur Weishaupt, ci-devant professeur à Ingoldstadt. C'est près de l'un et de l'autre cette même haine de la Révélation, ce même esprit d'impiété, qui ne peut souffrir l'idée d'un monde à venir, où toutes les énigmes de celui-ci se résolvent par la sagesse et la justice du Créateur, où le grand objet de chaque homme et de tout le genre humain se dévoile au tribunal d'un Dieu vengeur et rémunérateur. C'est dans Kant et Weishaupt la même prétention au génie, punie par le délire de leurs suppositions également gratuites et absurdes, qui ne laisse à la génération présente, pour toute consolation de tous ses désastres, que le règne imaginaire de ces Cosmopolites, dont il leur plat de voir la terre se peupler au bout de milliers et des milliers d'années. [...] C'est la même ineptie d'un fatalisme qui nous montre partout une nature faisant toujours ce qu'elle veut, malgré toutes nos volontés, dominant toutes nos actions par ses lois générales. [...] Toute la différence que je vois ici entre ces deux héros du jacobinisme tudesque, c'est que l'un, au milieu de son école de Koenigsberg, s'enveloppe de tous les dehors pacifiques, tandis que l'autre, dans ses mystères, presse et anime ses adeptes, souffle son enthousiasme et ses fureurs à ses Époptes, en leur montrant le jour où il faudra recourir aux moyens de la force, subjuguer et étouffer tout ce qui leur résiste. [...] Les disciples s'échauffent, les Jacobins sourient; et à mesure que le système s'étend, les élèves de l'une et l'autre école s'unissent, forment leurs alliances souterraines. Sous prétexte de cette paix perpétuelle qui attend les générations futures, ceux-là ont commencé par déclarer et faire à l'univers une guerre de cannibales; et de ceux-ci à peine en est-il un qui ne soit prêt à livrer sa patrie, ses lois et ses concitoyens, pour hâter l'empire de leurs Cosmopolites, annoncé par l'oracle de Kant ou celui de l'Homme-Roi, prédit par le hiérophante Weishaupt. » (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, éd. de Chiré, tome 2, Poitiers 2005 ,p. 521-522.)  « Et de ceux-ci à peine en est-il un qui ne soit prêt à livrer sa patrie, ses lois et ses concitoyens, pour hâter l'empire de leurs Cosmopolites... » : Prophétique !

 

Au Canada, ils ont eu du mal avec ces Français (les Gaulois réfractaires au changement de Macron) : « il n'est pas toujours facile de séduire les Français; "Je ne suivrai pas la disposition naturelle de mon coeur, qui dicte la clémence", s'était écrit James Murray, premier gouverneur militaire du pays (6 novembre 1759. Cité par H. Neatby, Quebec. The Revolutionary Age, Oxford University Press, Oxford 1966, p. 142 in Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 17.) Après avoir combattu au siège de Louisbourg et sur les plaines d'Abraham, devant Québec, J. Murray (1722-1794) devenait gouverneur militaire de la région en 1760, puis gouverneur civil en 1764 avant d'être rappelé en 1766 et perdre sa charge deux ans plus tard. « Le bonheur, instrument de conquête ou de libération ? Succédant à la gloire des armes, le bonheur des peuples faisait visiblement partie du vocabulaire éclairé du gouvernement. » (Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 34.) 

 

« En 1774, le successeur de Murray, Carleton, parla pareillement de l'octroi d'un régiment aux Canadiens, pour que "leur bonheur fût complet..." » (H. Neatby, Quebec. The Revolutionary Age, Oxford University Press, Oxford 1966, p. 142 in Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 375.)

 

Le son du canon célébrant à Philadelphie la Déclaration d'Indépendance, l'envoi de régiments, le triangle maçonnique associé au dollar anticipent déjà la propagation du règne de la liberté et de la démocratie dans le monde, par la guerre et le capitalisme.

 

 

 

 

 

Le 3 mars 1794 (le 13 ventôse, an II), le révolutionnaire Saint-Just s'écriait : « Le bonheur est une idée neuve en Europe !» (Discours et rapports, A. Soboul, Paris, Messidor, 1998, p. 150,  cité in Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 325.) 

 

Tous promettaient le bonheur ici-bas.

Mais le bonheur de qui ? Il est légitime de se le demander. Ainsi, un exemple entre mille, la loi de ventôse an II prévoyait de voler les biens des « suspects » reconnus ennemis de la république pour les donner aux patriotes indigents. La mise en place d'États policiers criminels, les violations de la morale commune, les violations du droit naturel de propriété et des libertés publiques, des inégalités jamais vues autrefois, sont autant d'avancées de la démocratie dans le monde.

 

Depuis 1792 et l'apparition des républiques en Europe, l'ambition de mener l'humanité vers le « Bonheur pour tous », la construction d'une « France nouvelle » (expression de Philippe Pichot-Bravard dans La Révolution française, Via Romana, 2014, p. 79), la fabrication de l'« homme nouveau », « nouvel Adam » (expression de Mona Ozouf dans L'homme régénéré, Gallimard, Paris 1976, p. 116-118), la recherche d'un Âge d'or, sorte de paradis terrestre perdu qu'il s'agit de retrouver par tous les moyens..., quitte à faire la guerre aux autres qui n'en veulent pas, sont avec les droits de l'homme de 1789 les signes du « bonheur obligatoire » (expression du professeur Jean-Louis Harouel.)  

 

Adam et Ève au Paradis Terrestre, par Johann Wenzel Peter (1745–1829)

 

« La révolution [...] offre une promesse vague de liberté et de bonheur qui ouvre un espace infini aux spéculations.[...] Sitôt formulée, toute définition de la révolution s'expose à la concurrence d'autre discours, à des définitions qui en approfondiront la nature et en radicaliseront les objectifs. Là réside le moteur de la dynamique révolutionnaire qui, d'outrances en surenchère dans la définition des fins et le choix des moyens, conduit inexorablement, à travers un processus de radicalisation cumulative du discours, à la violence. » (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 230.) 

 

« Il n'y a jamais de retour en arrière durant ces années, mais, comme dans toute la Révolution (faut-il dire dans toute révolution ?), une radicalisation croissante. » (Lucien Jaume, Le Discours jacobin et la démocratie, Fayard, Paris 1989, p. 42.)

 

La promesse vague de liberté et la recherche d'un bonheur est la matrice gnostique et millénariste, qui associée au volontarisme et au constructivisme de la Révolution est à l'origine de tous les génocides, de 1789 à 1917, en passant par le nazisme et la promesse aujourd'hui, en 2018, du "nouveau monde" d'Emmanuel Macron avec son lot de remplacement de peuples et de destruction de sociétés...

 

Au départ pourtant se trouvaient toujours de belles idées, de beaux discours toujours teintés d'anciennes hérésies gnostiques antichrétiennes..., qui n'ont trompé que les personnes naïves. Et à chaque fois, la recherche millénariste de l'Âge d'or a abouti à un enfer.

 

Jean-Jacques Rousseau, le père de l'illuminisme [1] et du communisme nous dit qu'à l'état de nature les hommes vivaient comme le font les animaux. Pour lui, c'était l'âge d'or. Un âge de bonheur indépassable, un état de liberté et d'égalité, où "les fruits étaient à tous et la terre à personne" (Discours sur l'inégalité, ndlr.) Un état "chaque homme était citoyen de l'univers..." (cité in Mgr Delassus, La Conjuration antichrétienne, Le temple maçonnique voulant s'élever sur les ruines de l'Eglise catholique, 1910, réd. Expéditions Pamphiliennes, 1999, p. 281.)

 

L'âge d'or des révolutionnaires, où les hommes étaient libres et égaux n'a rien à voir évidemment avec le vrai Jardin d'Eden biblique (Cf. la Chute originelle) où la Chute de l'humanité est due à la première désobéissance à un commandement divin. 

 

Dans le monde nouveau des révolutionnaires, au contraire, la Chute n'est plus due à la désobéissance à Dieu, le fautif n'est plus l'homme, l'homme devient une victime..., le mal se trouve forcément à l'extérieur, dans la société qu'il s'agit de changer pour régler les problèmes et retrouver l'âge d'or de la « liberté ». Il s'agit de la « liberté » du démon de Genèse 3 et pas de celle de Dieu, bien évidemment. 

 

Et en France, la Déclaration des droits de l'homme de 1789 est placée « sous les auspices de l'Être suprême » très maçonnique. Et le « bonheur de tous », opium du peuple, est garanti

 

Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Être suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, 27 août 1789, Archives parlementaires, t. XXXII, p. 525-526, cité in Les Déclarations des droits de l'homme, présentées par Frédéric Rouvillois, Champs Classiques, Paris 2009, p. 58

Or, la recherche du bonheur simplement matérialiste de ces déclarations révolutionnaires méconnaît les vrais fondements immatériels et spirituels du bonheur (purification intérieure par la pénitence et la mortification, recherche de Dieu et respect de Ses commandements), fondements individuels, libres par nature (libre arbitre chrétien), et nécessairement non obligatoires (afin de respecter le libre arbitre de l'homme).

Nous verrons plus bas que le Décalogue (Dix commandements) est la vraie déclaration de droits universelle.

 

« La sagesse commence avec la crainte du Seigneur, connaître le Dieu saint, voilà l’intelligence ! » (Proverbes 9:10)

 

« La sagesse commence avec la crainte du Seigneur. + Qui accomplit sa volonté en est éclairé. À jamais se maintiendra sa louange. » (Ps 110 :10)

 

« Alléluia ! Heureux qui craint le Seigneur, qui aime entièrement sa volonté ! » (Psaumes 111:1)

 

« Fais-toi un cœur droit, et tiens bon ; ne t’agite pas à l’heure de l’adversité. Attache-toi au Seigneur, ne l’abandonne pas, afin d’être comblé dans tes derniers jours. Toutes les adversités, accepte-les ; dans les revers de ta pauvre vie, sois patient ; car l’or est vérifié par le feu, et les hommes agréables à Dieu, par le creuset de l’humiliation. Dans les maladies comme dans le dénuement, aie foi en lui. Mets ta confiance en lui, et il te viendra en aide. » (Livre de Ben Sira le Sage 2:2-6

 

« Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ? Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides. Évite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la. Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris. Le Seigneur affronte les méchants pour effacer de la terre leur mémoire. Le Seigneur entend ceux qui l'appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre. (Psaumes 33 :13-18)

 

« La lumière des justes est joyeuse ; la lampe des méchants s’éteint. » (Proverbes 13:9) La lumière et la lampe sont des symboles bibliques de la vie et de la joie.

 

« Il réserve aux hommes droits la réussite : pour qui marche dans l’intégrité, il est un bouclier, gardien des sentiers du droit, veillant sur le chemin de ses fidèles. Alors tu comprendras la justice, le jugement, la droiture, seuls sentiers qui mènent au bonheur.» (Proverbes 2:7-9)

 

La promesse divine de bonheur, d'aide et de soutien dans les difficultés de cette vie n'est pas une garantie matérielle contre toute épreuve ou malheur ici-bas (conséquence de la Chute). Notre Seigneur nous avertit même que ceux qui veulent devenir ses disciples s'apprêtent à porter leur croix ! « Alors Jésus dit à ses disciples : "Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive." (Évangile selon S. Matthieu 16:25)

Contrairement au christianisme qui promet un bonheur individuel dans l'autre monde et nullement ici-bas sur terre, la révolution millénariste promet le bonheur terrestre et collectif.

 

« La crainte du Seigneur, c’est la haine du mal. Je hais l’orgueil, l’arrogance, le chemin du mal et la bouche perverse. À moi le conseil et l’efficacité ; c’est moi l’intelligence, à moi la vigueur ! Par moi, les rois agissent en rois et les souverains édictent ce qui est juste. » (Proverbes 8:13-15)

 

« Si ton ennemi tombe, ne te réjouis pas ; s’il s’effondre, ne jubile pas : le Seigneur verrait cela d’un mauvais œil et détournerait de lui sa colère ! Ne t’indigne pas à la vue des malfaiteurs, ne jalouse pas les méchants, car le mauvais n’a pas d’avenir : la lampe des méchants s’éteindra. Crains le Seigneur, mon fils, et aussi le roi, ne fréquente pas le contestataire, car soudain surgira son désastre. » (Proverbes 24 :17-22)

 

« De tout ton cœur, fais confiance au Seigneur, ne t’appuie pas sur ton intelligence. Reconnais-le, où que tu ailles, c’est lui qui aplanit ta route. Ne te complais pas dans ta sagesse, crains le Seigneur, écarte-toi du mal ! » (Proverbes 3:5-7 )

 

Notre libre arbitre peut choisir de faire le mal mais il n'y a pas de liberté de pécher : « [À] toi, Seigneur, la grâce ! * [...] tu rends à chaque homme selon ce qu'il fait. » (Ps 61:13) Dans les déclarations des droits de l'homme au contraire, il n'y a plus de libre arbitre, la recherche du bonheur conçu comme le bien-être matériel devient le nouveau dogme obligatoire et l'homme est libre de faire le mal, les nouvelles bornes de la loi étant celles de l'homme (souveraineté nationale que nous présenterons plus bas dans le chapitre « Mensonges et contradictions de la déclaration des droits de l'homme de 1789 ») et non plus celles de Dieu (Décalogue).

 

«  [I]l rendra à chacun selon ses actes. » (Pr 24:12)

 

« [L]ui qui rendra à chacun selon ses œuvres. » (Rom 2:6)

 

« Le Seigneur lui rendra selon ses oeuvres. » (2 Thim 4:14)

 

« [J]e donnerai à chacun de vous selon ses œuvres. » (Apocalypse 2:23)

 

« Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il a fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. » (Apocalypse 22:12-13)

Mélanger des erreurs à la vérité a toujours été le propre des gnostiques, qui dès les premiers siècles avançaient masqués au sein de l'Église, afin d'y répandre le mensonge.

 

« Pour les Pères de l'Église qui, [...] avaient assimilé le paradis de la Genèse à l'âge d'or décrit par la littérature païenne, l'humanité était censée avoir d'abord vécu dans l'abondance sans qu'il y eût ni travail ni propriété privée.

Après quoi, à cause du péché des hommes, il avait fallu instituer la propriété et son corollaire : l'inégalité. Le thème de l'origine commune et publique de tous les biens a été dans l'histoire de l'Église, le sujet d'un grand nombre de sermons.

Ainsi, en 1718, devant le petit Louis XV, le Régent et la Cour, le célèbre prédicateur Massilon expose que toute chose a été commune avant que les biens ne soient partagés et que ne naisse la propriété, pour le bien des peuples et de leur commun consentement.

Personne dans l'Église ne songeait à rétablir ce communisme prétendu des origines, puisque son abandon avait été nécessité par le péché des hommes.

L'évocation d'une origine commune des biens n'était qu'un moyen rhétorique de stimuler la charité envers les pauvres. » (Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, Desclée de Brouwer, Paris 2017, p. 142-143)

 

La quête d'un bonheur matérialiste qui fonde les droits de l'homme des Lumières dans un état hors de soi est sans aucun doute une illusion. Comme le dit saint Augustin« le bonheur est inséparable de la possession de la vérité » (Les Confessions, liv. Xe, chap. XXIII.) Le bonheur est donc individuel. Il y a indéniablement une dimension spirituelle toute personnelle au bonheur que la recherche du bonheur collectif des déclarations des droits de l'homme ignore.

 

Le philosophe Alain (1868-1951) d'ailleurs dit qu'on ne peut trouver le bonheur dans le monde, hors de nous-même : « Dès qu'un homme cherche le bonheur, il est condamné à ne pas le trouver. [...] Le bonheur n'est pas comme cet objet en vitrine, que vous pouvez choisir, payer, emporter; si vous l'avez bien regardé il sera bleu ou rouge chez vous comme dans la vitrine. Tandis que le bonheur n'est bonheur que quand vous le tenez; si vous le cherchez dans le monde, hors de vous-même, jamais rien n'aura l'aspect du bonheur. En somme on ne peut ni raisonner ni prévoir au sujet du bonheur; il faut l'avoir maintenant. » (Alain, Propos sur le Bonheur, Folio, Essai, 1997, Victoires LXXXVII, p. 198-199.)

 

La Sainte Bible précise qu'on peut trouver ce bonheur, mais ce bonheur est individuel : « Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !  » (Psaumes 127)

 

Platon précise que « ce n'est pas de vivre selon la science qui procure le bonheur; ni même de réunir toutes les sciences à la fois, mais de posséder la seule science du bien et du mal. » (Platon, Dialogues, De la Sagesse.) » Il y a un bonheur tout individuel dans le respect des commandements de Dieu.

Inversement, pour les soit-disant « Lumières », « pour le libre-esprit, le vrai péché mortel est l'ignorance par l'homme de sa propre divinité.

[...] À celui qui se pense Dieu, tout est permis sans péché. Sa volonté est celle de Dieu. Tout ce qu'il fait, c'est Dieu qui le fait. [...] En conséquence, le libre-esprit professe un total mépris de la Bible, du Décalogue, de sa morale et de sa justice. À l'extrême, l'adepte du libre-esprit fait ce qu'il lui plaît, sans aucune limite. Il suit ses pulsions, ses caprices. Toute la Création lui appartient : il prend ce qu'il convoite, et si on veut l'en empêcher de s'en emparer, il peut voler et tuer sans péché. Le reste de l'humanité n'existait que pour être exploité par lui.

[...] Tout ce qu'ils font est saint. Même le vol, le meurtre et le viol sont saints, du moment que les victimes sont extérieures à leur groupe. Car seul leur groupe est saint. Seul les saints - c'est-à-dire les révolutionnaires millénaristes - régneront avec Jésus pendant mille ans. Le reste de l'humanité ne compte pas. Les chefs millénaristes ont le droit et le devoir de mener rudement, dans son propre intérêt, la masse aveugle et pécheresse des hommes ordinaires : ceux qui ne sont pas saints, ceux qui ne possèdent pas la connaissance. On retrouve chez les meneurs millénaristes l'élitisme méprisant qui caractérisait le gnostique. » (Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, Desclée de Brouwer, Paris 2017, p. 44, 105)

 

La première incohérence de l'illusion moderne est la recherche d'un Âge d'or largement fantaisiste et fantasmé, une promesse de bonheur où les hommes seraient libres et égaux. En effet, tout ce que la science a enseigné depuis sur la préhistoire a réduit à néant le mythe rousseauiste du « bon sauvage ». (Voir Laurence Keeley, Les guerres préhistoriques, Le Rocher, Paris 2000; Jean Guilaine et Jean Zammit, Le Sentier de la guerre, Le Seuil, Paris 2001)  

Mais le mythe du bon sauvage n'est pas la seule illusion qui peut être relevée. 

Changer la société. Changer les autres pour améliorer nos conditions et trouver le bonheur doit être définitivement réprouvé et condamné comme une position anti-humaine qui a conduit aux pires régimes. Cette grave erreur était déjà celle de Lucrèce, poète philosophe latin du Ier siècle av. J.-C., disciple d'Épicure, dont les idées inséraient la recherche du bonheur des hommes dans une vision matérialiste du monde. C'est cet épicurisme qui a imprégné la culture moderne, les "Lumières" et le darwinisme. La conclusion même de du poème De rerum natura de Lucrèce, se termine dans l'absurde : loin d'éloigner la peur de la mort, les épicuriens l’accentuent : « l'attitude  prométhéenne d'un certain siècle des Lumières, du positivisme, du néo-positivisme et de tous les courants qui deviennent les porte-parole d'une vie meilleure grâce aux efforts de la raison humaine pour se libérer du Mystère. L'objectif n'a pas été atteint. La sérénité et la joie dans le poème ne dominent pas. Le sens de l'absurde et de l'irrationnel semble finir par triompher dans les dernières scènes tragiques. » (Lire: Giovanni Fighera, « Lucrèce, l'impossible recherche du bonheur » ) Cette erreur fut ensuite celle de tous les totalitarismes. 

 

La première « république française » (1792-1802), la Révolution dite « russe » de 1917 et le communisme, le nazisme, ont montré que le secret du « bonheur » dans la divinité de l'homme succédant à celle de Dieu est une absurdité dangereuse. 

 

C'est l'historien François Furet qui, le premier, a vu le problème dans "Le Passé d'une illusion, essai sur l'idée communiste au XXe siècle (Robert Laffont / Clamann-Lévy, Mesnil-sur-l'Estée 1995, p. 41) : « En matière de démonstration des lois de l'histoire, Marx est inégalable. Il offre de quoi plaire aux esprits savants comme aux esprits simples, selon qu'on lit Le Capital ou le Manifeste. Tous, il semble donner le secret de la divinité de l'homme, succédant à celle de Dieu... »

« François Furet a observé que communisme et nazisme prétendaient offrir "quelque chose comme un salut en face des misères de l'égoïsme bourgeois." Par-delà les différences de contenu entre nazisme et communisme, il s'agissait dans les deux cas de réaliser le paradis sur la terre... et les mêmes mots furent employés pour décrire la société harmonieuse que l'on entendait fonder. D'où entre eux, une relation complexe, faite d'antagonisme, mais aussi de parenté. Et aussi bien Staline que Hitler ont été débarrassés "de tout scrupule sur les moyens" par la croyance que leur procurait l'idéologie : "La construction du socialisme implique la liquidation des 'Koulaks', et l'organisation de l'Europe nationale socialiste, celle des Juifs." » (François Furet, Le Passé d'une illusion, éd. Robert Laffont / Calmann-Lévy, Paris 1995, p. 217, 224, 228, cité dans Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, Desclée de Brouwer, Paris 2017, p. 154.)

Dans ce progrès des Lumières, seul compte le mouvement, qui donne l'impression que le gouvernement a prise sur le réel (mythe de l'efficacité révolutionnaire). 

En 2017, Patrick Buisson a pu ironiser sur les marcheurs : 

« vingt millions de marcheurs le 7 mai. Vingt millions, ils se sont mis en marche. Vers où, vers quoi ? La question est superflue. Cela n'a aucune espèce d'importance. L'important, c'est le mouvement. En marche, n'est qu'à bien y regarder la déclinaison remise au goût du jour du slogan de François Hollande en 2012 : "Le changement, c'est maintenant", disait-il. [...] Nous sommes ici au coeur du bougisme. Cette ultime métamorphose de l'idée de progrès. Une idée à bout de souffle, mais qui connaît un nouveau regain à travers le bougisme, règne du mouvement devenu l'essence même de l'existence, avènement du changement perpétuel non comme un moyen pour parvenir à sa fin mais comme sa propre fin ! 

« [...] Emmanuel Macron, le candidat pro business, le candidat geek des technologies de pointe, porteur d'une promesse d'un paradis de prospérité et de croissance économique, pourvoyeuse de confort et de vie heureuse (les "jeunes vieux"), à peine entré en fonction, a déjà une utopie de retard. Ces gens-là aiment se présenter comme la jeunesse du monde alors qu'il ne sont que la vieillesse de l'homme ! Il (E. Macron) a une utopie de retard car la promesse fondatrice du progrès, l'assurance absolue d'une amélioration, inéluctable, générale et universelle, cette promesse ne fait plus recette parce qu'elle a failli sur la question du bonheur. L'indicateur de cet échec, on le trouve dans la croissance exponentielle de la production, de la consommation et du trafic de la drogue à l'échelle de la planète. Le chiffre d'affaires mondial du trafic des stupéfiants, faut-il le rappeler, n'est dépassé que par le commerce de l'alimentation et celui du pétrole. Il se situe devant celui des médicaments. L'explosion du trafic de la drogue au coeur du village global, au coeur du village planétaire procède du principe fondateur de la modernité : la déception, l'attente toujours insatisfaite de plaisirs croissants, immédiats, l'incompréhension et le rejet de la nature humaine lorsqu'elle amène le vieillissement et l'affaiblissement du corps. En cela, il (E. Macron) exprime le décalage entre le bonheur promis et le bonheur réel dans nos sociétés...

« Comme l'écrit Pierre de La Coste, dans le livre "L'Apocalypse du Progrès", 'le progrès est en lui-même un crack, mélange d'addictifs d'héroïne individualiste et de cocaïne déterministe qui fait de l'homme un dieu." Ajoutons pour compléter ce bilan que la France compte aujourd'hui six millions (soit 10% de la population), de consommateurs d'anti-dépresseurs et d'anxiolytiques et qu'elle détient le record mondial de consommation de médicaments psychotropes avec 65 millions de boîtes vendues par an (une par habitant).

« La promesse du progrès et la dictature du bonheur qui l'a suivait comme un ciel de traîne auront été le paradis artificiel par excellence du demi-siècle qui vient de s'écouler. Érigée en impératif catégorique, l'injonction au bonheur a amplifié le désarroi de ses victimes et transformé l'hédonisme en pensum. Voilà comment nos sociétés, comme le dit Pascal Bruckner, sont "les premières de l'histoire à rendre les gens malheureux de ne pas être heureux !

« Socialisme et capitalisme, ces "deux idées chrétiennes devenues folles" (Chesterton) sont en train d'achever leurs courses : le mystère chrétien est disponible pour une autre aventure de l'esprit. Toute la question est de savoir maintenant laquelle ! » (Patrick Buisson le mardi 16 mai 2017 au Théâtre Montansier à Versailles.)

 

Les promesses du progrès et du bonheur collectif terrestre ont leurs sources  dans « le millénarisme et la gnose » qui « ont un point commun [...], qui est le refus de considérer que le mal peut résider en l'homme, ainsi que l'enseignent le judaïsme et le christianisme.  [...] Pour les gnostiques, le mal résulte exclusivement de l'enfermement de parcelles de l'esprit divin dans la matière et dans le temps, et par voie de conséquence de la formation des sociétés humaines et des règles qui les régissent. Le responsable du mal est le démiurge Yahvé, créateur d'un monde terrestre calamiteux. [Dans la gnose, Dieu devient le mal; la Création est mauvaise, il faut la changer !]

Et « dans cette affaire, l'homme n'est qu'une victime.[...] S. Augustin rapporte qu'ils (les manichéens) enseignaient que "le péché n'est pas notre fait, mais l'oeuvre en nous de je ne sais quelle substance étrangère...

[...] C'est l'idéologie selon laquelle le fautif est en réalité une victime ! » (Jean-Louis Harouel, Les Droits de l'Homme contre le peuple, Desclée de Brouwer, Paris 2016, p. 51.)

Les gnostiques confondent les créatures avec le Créateur (panthéisme); ils disent que le chemin de la libération pour l'homme c'est de se prendre pour Dieu. Ils enseignent un monde moniste (sans distinction du temporel et du spirituel), l'unité de l'homme et de Dieu. « Le gnostique appartient à la race supérieure des êtres "hypercosmiques". C'est l'homme-Dieu. La gnose divinise l'individu, ou du moins certains individus... (Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, Desclée de Brouwer, Paris 2017, p. 19.) Ceux qui ont la connaissance.

« À toutes les époques il y eut des hommes qui cherchèrent à expliquer les phénomènes de la nature et à deviner le secret de Dieu. L'homme, dès son berceau, voulut connaître les causes de son origine, le but de son existence, et sa destinée après sa mort. Il voulut goûter au fruit de l'arbre de la science et du mal, entrer en lutte avec la Divinité, et résoudre un problème dont il ne pouvait poser l'équation.

[…] [L]a secte des francs-maçons incarne depuis le XVIIIe siècle les sectes recherchant le secret éternel de l'humanité, de ces gens, qui ne pouvant comprendre et définir Dieu, las de le chercher en vain, trouvèrent plus commode de […] déifier l'homme. 

Envisagée de ce point de vue, la franc-maçonnerie est une secte fort ancienne, la plus ancienne même qui fût sur la terre ; sectaires en lutte acharnée avec l'homme résigné qui se contente de son travail, de l'amour, de la foi et de la prière, les francs-maçons représentent, au point de vue chrétien, l'orgueil de l'homme, l'esprit du mal, la révolte contre Dieu. » (Gustave BordLa franc-maçonnerie en France des origines à 1815, 1852, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1908, p. 5.)

 

Et alors que « l'homme de droite rejette l'idée de gauche d'une extériorité du mal », « la gauche [...], du fait de ses racines mentales gnostiques et millénaristes, considère que le mal ne réside pas en l'homme, que celui-ci en est la victime et non l'auteur.

« Pour la gauche, le mal n'est pas "un problème interne à l'âme, mais un problème externe, inhérent à un état de choses insatisfaisantes". Il y a là, selon l'expression d'Eric Voegelin, un processus d'"extériorisation du mal..." (Eric Voegelin, La Formation de l'idée de race, 1940, Cités, n° 38, 2008, p. 160).

« Alors que la gauche veut toujours tout changer, la droite prend le monde comme il est : son objectif est de le faire durer tout en essayant de le rendre le plus vivable possible malgré la présence du mal en l'homme. La droite est l'anti-utopie.

« Et cela, fondamentalement, parce que la droite ne croit pas au dogme de la gauche de la bonté de l'homme, un dogme qui - par-delà Rousseau - provient de la gnose et de son idée de divinité des âmes, une âme divine étant par définition parfaite. Cette foi en la divinité de l'âme engendre la croyance d'origine gnostique [...] en l'existence originelle de facultés supérieures, voire surnaturelles, dont on trouve trace chez le primitif et le jeune enfant : des pouvoirs perdus que l'homme moderne se doit de reconquérir (Serge Hutin, Les Gnostiques, Puf, Paris 1959, p. 124).

« [...] Refusant d'accepter le fait que le mal est en l'homme, la gauche est frappée d'une immense cécité envers le mal. [...] Décidant que le mal résultait d'un vice de la société - trop inégale ou comportant trop d'éléments malsains (aristocrates, bourgeois, ecclésiastiques, Juifs, contre-révolutionnaires, complotistes, ou même simples modérés) -, les grandes utopies qui ont prétendu extirper le mal de la société ont déchaîné le mal dans des proportions inouïes. Cela a donné les atrocités et les exterminations des grandes religions séculières, l'horreur des camps où tout reposait sur le mal - les kapos des camps nazis, les camps soviétiques livrés aux bandits -, le martyre de populations entières depuis l'holocauste des Vendéens jusqu'à celui des Cambodgiens, en passant par la Shoah. Et tout est à redouter du grand programme de remplacement par des populations immigrées des peuples européens condamnés à disparaître par le sens de l'histoire de l'utopie droit-de-l'hommiste.

« [...] Dans l'anthropologie chrétienne, le "mal dans le monde est intimement lié à la condition de l'homme en général, et de chaque homme en particulier." (Eric Voegelin» La Formation de l'idée de race, art. cit., p. 160.)

« Et si le mal est en l'homme, rien ne sert de bouleverser la société sinon à accroître encore le mal ! 

« La recherche du bien de tous passe par l'acceptation des réalités. Il n'y a pas d'utopie de droite : l'homme de droite est fondamentalement réaliste. » (Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, ibid., 123-126.)

 

Dans l'idéologie progressiste des Lumières, le passé, en plus d'être falsifié, est systématiquement noirci. 

 

Il n'y a rien de positif dans les idées révolutionnaires. La polémique révolutionnaire est négative. « Qu'il s'agisse de La Fayette, de Robespierre, du patriote Palloy, du vertueux La Rochefoucauld ou des commères des Halles, tous ils se grisent d'un enthouaisme dont l'éclat tient à leur haine pour un passé. [...] C'est le seul lien solide entre tous lés révolutionnaires.  [...] Et c'est encore à l'heure actuelle, la haine du passé qui, seule, peut maintenir le culte du progrès.

[...] La Révolution [...] commença comme un effort violent pour libérer les hommes de leur passé, mais elle devint à son tour un passé qui prétendit supplanter tous les autres » (Bernard Faÿ, L'homme mesure de l'histoire, La Recherche du Temps, Labergerie, Paris 1939, p. 77-80.) 

François Furet a ainsi pu écrire « Le Passé d'une illusion » au sujet du communisme. 

Le Sens commun de Thomas Paine – ce britannique « citoyen de l'univers » apôtre des Lumières qui avait débarqué à Philadelphie le 30 novembre 1774, à trente-sept ans, avec en poche une lettre de Banjamin Franklin (B. Vincent, Thomas Paine, ou la religion de la liberté, Paris, Aubier, 1987, p. 11) – célèbre cette genèse du monde qui permettrait à chaque jour d'inventer son avenir, sans les projections d'un passé fallacieux, marqué par la pesanteur et l'inertie.

Thomas Paine croyait à la jeunesse du monde. La monarchie, la filiation, l'inégalité étaient des absurdités qui perpétuaient l'injustice : il suffisait de s'en défaire. « Il existe en effet  une "parenté honteuse" entre la succession héréditaire et le péché originel : l'Amérique, nouvel Eden, permettait de surmonter les effets désastreux de la Chute. La Révolution américaine était un nouveau départ pour l'humanité tout entière ! » (Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 187.) Thomas Paine, « sorte d'idéaliste à la Rousseau, qui avait rejeté la religion quaker de son père, s'était installé à Philadelphie. » (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin Editions, Lonrai 2012, p. 377.) C'est là qu'il publia son manifeste de la Révolution à venir, le Common sense, qui connut un succès phénoménal. Imprégné de la philosophie des Lumières et de messianisme millénariste prophétique, il était franc-maçon. (Bernard Faÿ, Benjamin Franklin, Citoyen du Monde**, Nouvelle Collection Historique, ad. Calmann-Lévy, Paris 1931, p. 132.) « Il appelait au rejet des vieux mondes englués dans leur passé – celui des monarchies, des aristocraties, des castes inégalitaires – , et à l'édification d'un rêve américain, aurore éblouissante d'une ère nouvelle pour l'humanité entière... » (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, ibid., p. 377.) La jeunesse du monde de Thomas Paine, en réalité, était vieille comme la Genèse. Ses idées étaient celles du Serpent de Genèse 3. Le serpent, d'ailleurs (et ce n'est sans doute pas un hasard !) est le premier symbole américain (pré-révolutionnaire) de Benjamin Franklin :

 

"Joignez-vous, ou mourez": ce dessin politique de Franklin a exhorté les colonies à se réunir pendant la guerre de sept ans (1756-1763). Image : Benjamin Franklin. “Join or Die”. Pennsylvania Gazette (Philadelphia), May 9, 1754. Newspaper. Serial and Government Publications Division, Library of Congres.  Benjamin Franklin a consulté des livres d'emblème baroques pour trouver un symbole approprié pour l'union des colonies. Une source française a fourni l'image d'un serpent avec la devise qui se traduit comme "Joignez-vous, ou mourez". (Source: http://www.loc.gov/exhibits/uscapitol/s1.html )

 

Le terme hasard qu'aimaient employer les Lumières du XVIIIe siècle ne tombe-t-il pas bien dans le cas du Serpent de Benjamin Franklin ? Une gravure de 1782 qui suggère la futilité des nouveaux efforts britanniques pour réprimer les Américains par la force, et montre un serpent étouffant les Britanniques en formant un 666 (Source de la gravure) n'est-elle pas significative ?

 

« En cette fin d'hiver 1780-1781, la situation des Américains paraissait désespérée : pas d'argent, plus de médicaments dans les hôpitaux, une armée en débandade. Washington avait été confronté à plusieurs mutineries, notamment celle des troupes de Pennsylvanie à Morristown » (dans le New Jersey). (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, ibid., p. 413.) Washington informa Rochambeau de la gravité de la situation. (Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 239.) « Pendant ce temps, l'armée régulière de George III tenait New York et les États du sud, et la Royal Navy conservait la suprématie maritime. » (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, ibid., p. 413.) « Une bataille se déroula à la mi-janvier (1781) aux Cowpens, aux confins des deux Carolines, lorsque Morgan résista victorieusement à l'assaut du général anglais Banastre Tarleton. Charles Cornwallis fut plus heureux à Guilford Court House en mars (1781). » (Bernard Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 240.)

 

Gravure publiée au début des négociations de paix (en 1782). Le serpent à sonnettes américain dispose : "deux Armées britanniques pour lesquelles j'ai ainsi Burgoyn'd (?) Et une salle de plus j'ai derrière." Un écriteau est affiché sur un troisième encerclement vide : "un Appartement pour Messieurs les Militaires." Le dessin montre le serpent "américain", l'emblème utilisé par les Américains comme symbole sur leur drapeau avant l'adoption des étoiles et des rayures, avec deux de trois bobines autour des unités des soldats britanniques, commandé par Burgoyne et Cornwallis au moment de leur reddition. Gillray lance des satires contre l'effort de guerre britannique. Le vers imprimé au-dessous de l'image reflète la sympathie répandue en Angleterre pour la cause américaine. Source: http://www.loc.gov/pictures/item/96510312/

 

Jean-Christian Petitfils, dans sa biographie sur Louis XVI indique que « La Fayette [...] en juin (1782) [...] se fit recevoir à la loge de Saint-Jean d'Écosse du Contrat Social, mère loge du rite écossais en France, peut-être par fidélité pour Washington qui lui aussi était maçon... » (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin Editions, Lonrai 2012, p. 420-421.)

 

Il suffit de voir le fossé, le gap des inégalités aux États-Unis pour voir qu'il y a un gros problème dans le logiciel des Lumières. Voici une analyse des erreurs et de l'impasse des déclarations des droits de l'homme de 1776 et 1789.

 

La société de la promesse de bonheur conduit à l'amour obligatoire... Totalitarisme de l'injonction au bonheur

 

« [...] Religion de l'amour divin, le christianisme n'a guère cherché à introduire des valeurs d'amour dans le droit des nations européennes. [...] [C]ela était conforme à la disjonction chrétienne du politique et du religieux, fondée sur l'idée que les responsabilités politiques et juridiques sont d'ordre purement terrestre - de la compétence du prince ou du peuple -, tandis qu'à l'inverse le royaume de Dieu n'est pas de ce monde. 

 

[...] Un monde parfait n'est d'ailleurs même pas chose désirable aux yeux de S. Augustin, car si Dieu (qui est la Vérité) est le dispensateur du bonheur terrestre, il ne veut pas que celui-ci soit considéré comme important. L'instabilité des choses humaines est voulue par Dieu (depuis la Chute originelle) afin que les hommes ne se concentrent pas sur la recherche du bonheur terrestre au détriment du seul bonheur véritable: celui du salut éternel.

[...] Le projet chrétien n'est pas de changer la société, mais de changer les âmes. Il  y a dans le dogme chrétien, l"'impossibilité essentielle d'une théologie politique chrétienne." (Pierre Manent, dans Commentaire, cité par Paul-François Paoli, Quand la gauche agonise, éd. Le Roche, 2016, p. 151). 

 

[...] Malgré son appel constant à la charité et son idéal égalitaire et fraternel, le christianisme a toujours refusé l'idée de mesures coercitives pour les imposer à la société.» (Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, ibid., 129-131)

 

L'amour obligatoire, c'es-à-dire l'amour coercitif imposé par la religion des droits de l'homme contre le peuple, la société de l'injonction au bonheur, c'est cette grande hérésie gnostique qui continue d'imprégner nos institutions et d'inspirer les régimes dits libéraux à prétention universelle, fomantant à chaque fois avec l'argent de la banque toutes sortes de révolutions, de coup d'état et autres révolutions de couleurs, pour changer le monde... en changeant les autres biensûr, de force et souvent, contre leur volonté !

 

Ainsi l'histoire montre que « de demi-siècles en siècles » (selon l'expression de Reynald Secher dans Vendée, Du génocide au Mémoricide, Cerf politique, Paris 2011, p. 306) républiques et démocraties (populaires, représentatives directes ou indirectes) ont toutes été accouchées dans la violence, des bains de sang, des guerres internationales, des guerres civiles, des génocides de classes ou de races, au plus grand profit de la banque et des financiers.

C'est que, nécessairement, il doit y avoir dans la construction de cette chose de tous moderne, la res publica, un génome de la terreur. Ce génome, l'historien Patrice Gueniffey le trouve dans l'association du volontarisme (la Volonté générale) et du constructivisme (la prétention de construire une nouvelle société meilleure que l'ancienne...), dont la réunion contient virtuellement toute la terreur révolutionnaire : « L'association du "volontarisme" et du "constructivisme" constitue ainsi la première racine de la Terreur révolutionnaire. L'histoire de la Terreur ... ne commence de ce point de vue ni en 1793 ni même en 1791 ni en 1792 : elle est consubstantielle à la Révolution qui, dès 1789, se présente comme une pure aventure de la volonté» (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 50.)  

Le constructivisme est toujours l'idée reçue des politiques, dans la campagne infantilisante de François Hollande (« Le changement c'est maintenant »), la thématique de Nicolas Sarkozy avec sa « France d'après » en 2007, le sujet du clip « Changer le monde avec les jeunes de l'UMP », ou encore l'utopique « nouveau monde » et l'idéologie progressiste d'Emmanuel Macron, définissant les Gaulois « réfractaires au changement »... : 

 

« Emmanuel Macron qui avait promis le nouveau monde, manifestement il a gardé les habitudes, peut-être les pires de l'ancien monde, puisque cette affaire (Benalla) rappelle de sombres affaires que l'on a connues déjà sous la Ve république ! », a pu ironiser le journaliste Bruno Jeudy, dans l'émission C dans l'Air.

Dans le Nouveau Monde d'Emmanuel Macron, les apparatchiks ont une vénération quasi superstitieuse et religieuse pour le mot « changement », sorte de mot magique des marchands de sommeil, professionnels de la politique.

 

«  Je t'aime plus que jamais et jusqu'à la mort », écrivait le rosicrucien Robespierre au conventionnel Régicide Danton [2], un an avant de la lui faire infliger. (Danton sera exécuté le 5 avril 1794.)

 

Le bonheur: racine de la Terreur révolutionnaire et obligatoire

 

« C'est que « les acteurs de la Révolution ont la conviction [...] que la régénération du royaume apportera à tous le bonheur.

La tentation est grande, dès lors, de considérer comme un mal tout ce qui peut faire obstacle à cette régénération, à regarder comme nocifs et dangereux tous ceux qui ne partagent pas cet enthousiasme.

Cette conviction porte les plus radicaux à vouloir détruire ces obstacles, éliminer ces êtres qui ne peuvent être que pervers puisqu'ils s'opposent au bonheur de tous.

Quelques massacres individuels ont lieu pour en débarrasser l'humanité et pour frapper de terreur ceux qui seraient tentés de les suivre. [...] La poursuite de la Révolution exige donc leur neutralisation, leur opposition multipliant, en effet, les obstacles sur la route du bonheur collectif.

[...] Elle appelle donc un nouveau durcissement, une radicalisation, [...] de nouveaux massacres, qui suscitent en retour des réactions de rejet.

[...] La machine est lancée, plus rien, ni personne, ne peut l'arrêter.

Plus la Révolution se radicalise, moins elle est suivie; plus son assise populaire réelle est faible, plus la contrainte doit être forte, plus le climat de terreur doit être pesant.

Le paroxysme de cette radicalisation sera atteint, par étapes successives, au cours de l'hiver 1793 - 1794 au moment des colonnes infernales qui sillonèrent la Vendée, des Noyades de Nantes, des fusillades d'Angers et des canonnades de Lyon. » (Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, Via Romana, 2014, p. 66-67)

 

« Cet étrange phénomène a été parfaitement analysé par le doyen Carbonnier. Ainsi qu'il l'observe, il existe indiscutablement, depuis le départ, dans les droits de l'homme, l'idée d'une fraternité humaine et donc d'un devoir d'amour de l'autre. Mais cette dimension d'amour des droits de l'homme est longtemps restée strictement dans le registre de la morale individuelle. Elle ne relevait que de la conscience de chacun, qui était absolument libre de s'y conformer ou non. [...] Ce devoir restait purement éthique: il n'entraînait pas d'obligation juridique et donc pas de sanction judiciaire. L'autre ne disposait pas du droit de s'adresser aux tribunaux pour exiger l'accomplissement du devoir d'amour qui lui était moralement dû. Cette fraternité pouvait être fervente et sans limite, mais elle était librement consentie.

Or tout a changé dans le seconde moitié du XXe siècle après l'entrée en vigueur de la Convention européenne des droits de l'homme de 1950. [...] Il en est résulté une nouvelle version de la morale des droits de l'homme, centrée sur l'obsession de la non-discrimination. L'Etat s'est approprié cette "morale renouvelée". [...] Dès 1972, la loi Pleven a introduit la sanction pénale de tout propos jugé susceptible d'encourager à une quelconque discrimination. [...] Le nouveau code pénal de 1994 sanctionne comme des délits pénaux "une sérieur de pratiques discriminatoires". [...] Du code civil ainsi que de diverses autres lois, il en résulte une obligation juridique de non-discrimination : celui qui "propose au public quelque avantage" ne doit en exclure personne pour cause de sexe, de race, de religion, etc. Désormais, si quelqu'un estime avoir fait l'objet d'une discrimination de la part d'un autre individu, d'une entreprise ou d'un organisme quelconque, cette personne ou une association désireuse d'agir pour elle peut déclencher un procès pénal.

[...] L'amour qui est au coeur de la religion séculière des droits de l'homme n'est pas l'amour chrétien, même s'il présente des ressemblances avec lui. C'est une version profondément déformée de l'amour évangélique.

[...] (L'amour dans) [L]e christianisme évangélique, [...] c'est une démarche purement personnelle, intérieur et libre. La religion séculière des droits de l'homme transforme radicalement cette démarche en lui fixant pour objet non plus Dieu, mais l'homme-Dieu de la gnose, en la rendant collective et en lui donnant un caractère obligatoire.

[I]l s'agit comme on l'a vu d'obtenir le paradis sur la terre en instaurant hic et nunc un amour de l'autre jusqu'au mépris de soi au nom de l'humanité divinisée. C'est au nom de cet amour que l'on est requis de voir l'autre comme le même, fût-ce contre l'évidence. 

[...] Avatar actuel de la religion de l'humanité, la religion séculière des droits de l'home est un système politico-religieux réglementariste, coercitif et répressif dont l'État est en même temps l'Église.

[...] Il y a une véritable trahison du peuple par l'État. Car si tout État a des devoirs envers l'humanité, il a des devoirs prioritaires envers le pays dont il constitue le visage institutionnel. Il doit veiller prioritairement à ses intérêts, sa prospérité, son inscription dans la durée. Mais en Europe occidentale - et en France moins qu'ailleurs -, l'État n'a presque aucun souci des intérêts concrets du peuple. Son avenir importe peu. L'État veille seulement à sa sainteté, à sa vertu, par le respect obligatoire des dogmes du millénarisme de l'amour de l'autre jusqu'au mépris de soi. Les manifestations d'opinions non conformes à ces dogmes sont les nouveaux crimes religieux, sanctionnés par un nouveau droit pénal religieux...

[...] [D]ès 1965 [...] Léo Strauss [...] expose que le libéralisme repose essentiellement "sur la reconnaissance d'une sphère privée, protégée par la loi, mais où la loi ne peut pénétrer." Or une interdiction légale de toute discrimination signifie une inquisition policière et judiciaire constante au sein de la vie privée, et donc "l'abolition de la sphère privée, la négation de la différence entre l'État et la société, la destruction de l'État libéral." (Leo Strauss, cité par Pierre Manent, La raison des nations, p. 82-83) Bref, un système totalitaire. Il est fou et suicidaire de faire de l'amour absolu de l'autre la norme juridique suprême sanctionnée par le juge.

[...] Or, une fois laïcisées et transformées en religion séculière d'État dont les violations sont sanctionnées par le droit, les valeurs évangéliques sont socialement catastrophiques. Il y a un côté impraticable de l'Évangile pour la vie normale. Aimer son ennemi, tendre l'autre joue : ce sont des chemins de sanctification individuelle, pas des règles de droit que l'on peut imposer à toute une population. [...] Le Christ conseille de pardonner sans fin et de tendre l'autre joue quand on est frappé. Mais cela concerne la morale individuelle et non la justice publique. » (Jean-Louis Harouel, Les Droits de l'Homme contre le peuple, Desclée de Brouwer, Paris 2016)

 

La religion civile ou religion séculière des droits de l'homme 

 

« "La doctrine des droits de l'homme est la dernière en date de nos religions civiles", observait dès 1989 Régis Debray (R. Debray, Que vive la république, éd. Odole Jacob, Paris 1989, p. 173).

 

« Le même constat sera effectué peu après par le célèbre historien François Furet : "Les droits de l'homme sont devenus notre religion civile." (Inventaires du Communisme, éd. Ehess, Paris 2012, p. 68.)

 

« "La morale des droits de l'homme a revêtu les signes d'une religion d'État", a noté au même moment un juriste réputé, le doyen jean Carbonnier (J. Carbonnier, Droit et passion du droit sous la Ve république, éd. Flammarion, Paris 2010 [1996], p. 120).

 

« "Les droits de l'homme sont devenus notre 'dernière religion séculière", dira pour sa part Élie Wiesel (cité par Justine Lacroix, Jean-Yves Pranchère, Le Procès des droits de l'homme, éd. du Seuil, 2016, p. 23.) 

 

« [...] Le recul des croyances et de la pratique religieuse chrétienne qu'a connu l'Europe occidentale n'a pas fait disparaître le sacré, mais a seulement entraîné son déplacement. [...] Il existe aujourd'hui une véritable religion séculière des droits de l'homme, que l'on peut appeler aussi la religion humanitaire. 

 

[...] Le socialisme, observait Durkheim, "est tout entier orienté vers le futur" (Émile Durkheim, Le Socialisme, édité par M. Mauss, Félix Alcan, Paris 1928, p. 4). Et, selon une formule déjà présente chez Zola, la gauche se considère comme le parti de demain. La gauche est animée par la croyance progressiste en l'existence d'un grand mécanisme historique providentiel et irrésistible conduisant le genre humain vers un avenir radieux. (Jean-Claude Michéa, Les Mystères de la gauche, éd. Flammarion, Paris 2014, p. 30-32.)

 

[...] Se rattache à la religion de l'humanité cette religion républicaine instaurée sous le nom de laïcité par Ferdinand Buisson, maître d'oeuvre de la construction de l'école laïque de la IIIe république. Voyant dans la déclaration des droits de l'homme du 26 août 1789 la transposition sociale de l'Évangile, la morale laïque de Ferdinand Buisson se voulaient explicitement une religion civile se confondant plus ou moins avec le socialisme.. Cette religion laïque visait à instaurer le paradis sur la terre grâce à une rédemption collective assurant le salut de la société et non de l'individu. (Vincent Peillon, Une religion pour la République, éd. du Seuil, Paris 2008, p. 125, 141, 232, 248, in Jean-Louis Harouel, Les Droits de l'Homme contre le peuple, Desclée de Brouwer, Paris 2016, p. 41.)

 

Le christianisme a toujours enseigné que c'est la vérité qui donne un sens à l'amour et non l'inverse. On s'efforce d'aimer son prochain parce qu'on aime Dieu et que l'on souhaite conformer nos actes et nos pensées aux commandements divins.

L'amour des autres, le pardon, la compassion, le don gratuit, et le soutien utile, sont des capacités fondées sur les enseignements du Christ, conduites par la foi en un pouvoir extérieur à l'homme. Toutes les déclarations de droits et codes législatifs pourront proclamer l'amour obligatoire sanctionné pénalement, rien ne sera plus fort que l'amour gratuit, libre et non-coercitif, l'amour du prochain pour l'amour de Dieu. Jean-Louis Harouel l'explique très bien :

« En plaçant dans la perspective du salut son idéal d'amour absolu, le christianisme a pu apporter à la société des valeurs ineffables, mais sans compromettre le fonctionnement de la cité terrestre qui a besoin pour survivre de valeurs de durée.

[...] [M]algré son appel constant à la charité et son idéal égalitaire et fraternel, le christianisme a toujours refusé l'idée de mesures coercitives pour les imposer à la société. Il entend toucher les coeurs et non contraindre les corps. La poursuite de la liberté et de l'égalité à tout prix - même au prix de la violence et de la tyrannie - est une trahison du christianisme (que l'on trouve chez les gnostiques francs-maçons de la république dite française. NdCR.), lequel est certes porteur de ces valeurs, mais qui les inscrit dans l'optique du salut, dans le registre des âmes. Dans cette logique, on ne cherche pas à tout changer par la contrainte (le volontarisme et le constructivisme dans la Révolution. NdCR.) et la spoliation sous le prétexte toujours menteur au bout du compte de tout rendre parfait. On s'adapte à la société et aux institutions existantes, quitte à essayer d'y faire souffler un vent de générosité inspiré par l'amour de Dieu.

[...] On aime son prochain non à cause de lui-même, mais à cause de l'amour primordial que l'on porte à Dieu. 

[...] Il y a deux conceptions religieuses de la manière d'agir sur le monde: la manière chrétienne et la manière millénariste. La manière chrétienne consiste à se changer soi-même pour se consacrer aux autres. Pour tâcher de rendre meilleur le monde, la solution chrétienne est le don: un don qui dans l'absolu peut être le don intégral de soi-même et de ce que l'on possède. 

À la solution millénariste est de changer le monde en changeant la société, ce qui veut dire concrètement en changeant les autres par la contrainte et même la violence. Le projet millénariste de transformation sociale - qui est devenu mutatis mutandis celui de la gauche - repose sur la volonté de contraindre et de prendre. Prendre aux gens ce qu'ils possèdent, leur prendre leur liberté d'agir, de penser, de parler, pour les obliger à une sainteté collective (la vertu de Robespierre. NdCR.) censée être porteuse de l'avenir radieux du paradis égalitaire.

Le projet chrétien, inspirateur de la pensée de droite, repose sur l'idée généreuse du don : donner des secours, donner du savoir. Le projet millénariste, obsédé d'égalitarisme et inspirateur de la pensée de gauche, a pour méthode et pour objectif de prendre, de spolier. La passion égalitariste conduit au vol pur et simple. » (Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, Desclée de Brouwer, Paris 2017, p. 131-132; 138-139.)

 

En 1789, le culte de l'« Être suprême » légitime le pouvoir de l'oligarchie terroriste (Patrice Gueniffey)

 

« La Terreur vertueuse exige un pouvoir absolu, soustrait à tout examen comme à toute discussion. C'est à ces différents résultats que tend le culte de l'Être suprême institué le 7 mai 1794 sur la proposition de Robespierre. [Culte de l'être suprême déjà présent dès 1789 dans la déclaration des droits de l'homme de 1789 avec l'expression - en préambule - "sous les auspices de l'être suprême". NdCR.]

 

« En donnant à la Terreur la caution de la volonté divine, le nouveau culte la soustrait à toute critique qui s'appuierait par exemple sur la disparition de toute menace pour en contester l'utilité; en redéfinissant la révolution comme une guerre déclarée à la "corruption", il parachève l'absorption de la politique dans la sphère de la morale. Dans ce sens, le culte de l'Être suprême, qui est simultanément destiné à la régulation de la république future, [...] constitue une idéologie pour la Terreur au moment où, avec les victoires militaires et la fin des troubles intérieurs, la disparition de toute justification par les circonstances impose une redéfinition globale des fins et des moyens de la Révolution.

Premièrement, le culte de l'Être suprême légitime la perpétuation de la Terreur au-delà des circonstances (guerre, révoltes intérieures, crise de l'État) : [...] non plus vaincre des opposants déclarés ou même supposés, mais traquer le "vice" et la "corruption" jusqu'en chacun.

Deuxièmement, il légitime le pouvoir de l'oligarchie terroriste [...] qui se voit investie de la mission d'accomplir cette grande oeuvre.

Troisièmement, le culte de l'Être suprême confère une justification morale à la Terreur, dont la réalité quotidienne est contraire à toute morale.

Enfin, quatrièmement, la caution divine établit le caractère infaillible de l'entreprise révolutionnaire tout en rassurant les terroristes sur la justice ultime de leurs actes: la Providence, qui veille sur la Révolution française, garantit que les ennemis du peuple, tous les ennemis du peuple mais seulement les ennemis du peuple, seront finalement punis...» (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003

 

À la disparition du libre arbitre et à l'individu effacé correspond la surenchère dans la revendication des droits, des droits qui se contredisent entre eux et auxquels s'ajoutent les contradictions internes des droits de l'homme. Ces erreurs produisent leurs effets tragiques (inégalités et décalage croissant entre les promesse et la réalisation, suicides, violences.) 

 

Les contradictions et les erreurs des déclaration des droits de l'homme conduisent nos sociétés dans une impasse

Dans son anthologie inédite présentant en France « les déclarations des droits de l'homme » en 2009, le juriste Frédéric Rouvillois explique : 

 

« L'un des paradoxes de la Déclaration de 1789, ou plutôt de la sacralisation rapide puis de l'immense succès de cet "nouvel évangile" (A. Esmein, Éléments de droit constitutionnel, 4e éd. Larose et Tenin, Paris 1906, p. 458), tient à son caractère sinon bâclé, du moins incomplet.

Un inachèvement que reconnaissent ses auteurs eux-mêmes: le 27 août, après sept jours d'un travail mené sur "un fonds de réticence, mêlé parfois de grands enthousiasmes, mais aussi de beaucoup de mauvaise foi" (Ch. Fauré, Les Déclarations des droits de l'homme de 1789, p. 16), l'Assemblée nationale décide... d'en rester là. Ce jour-là, en effet, elle accepte, suivant la proposition d'un député aixois, un certain Bouche, d'attendre l'adoption de la Constitution avant d'examiner d'éventuels articles additionnels. Et lorsque Bouche propose ensuite d'adopter l'arrêté suivant : "L'Assemblée reconnaît que la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen n'est pas finie" (Archives parlementaires, 27 août 1789, t. VIII, p. 492), le président de l'Assemblée se contente de répondre que ceci ne ferait que répéter en d'autres termes ce que l'on vient de décréter. Le texte de la Déclaration, un préambule et dix-sept articles, est provisoire, partiel. Inachevé... C'est pourtant sur cette base que va se construire le "mythe de la Déclaration des droits", qui se déploie dans la France révolutionnaire, au fil des ruptures et de bouleversements qui se succèdent à un rythme accéléré.

En août 1791, on décide de l'intégrer sans changement à la nouvelle Constitution : le rapporteur de cette dernière, le juriste normand Thouret, reconnaît certes qu'il a fallu insérer dans le texte constitutionnel des "garanties" permettant de "perfectionner quelques dispositions de la Déclaration qui pouvaient paraître, les unes insuffisantes, les autres équivoques" (Arch. parlementaires, 8 août 1791, t. XXIX, p. 262); pour autant, il n'est déjà plus question de toucher à la Déclaration elle-même, qui est "depuis deux ans devenue le symbole de tous les Français", qui "a acquis en quelque sorte un caractère sacré et religieux", et qui constitue par conséquent "la véritable Déclaration des droits de l'homme et du citoyen." (Arch. parlementaires, 8 août 1791, t. XXIX, p. 226.) » (Frédéric Rouvillois, Les Déclarations des droits de l'homme, Champs Classiques, Paris 2009, p. 55-56)

 

C'est sans doute au caractère "inachevé" (F. Rouvillois) de la déclaration des droits de l'homme de 1789 que l'on doit ses nombreux mensonges et incohérences, pourtant érigée aujourd'hui au rang de nouvelle religion :

La lettre même de la Déclaration des droits de l'homme de 1789, nouvelle Table de la Loi, est une absurdité sans nom.

Qu'est-ce que les Droits de l'homme ? Une vérité ou un mensonge ? 

... La réponse est en tête de la Déclaration :

 

« Les représentants du Peuple français constitués en assemblée nationale; considérant que : l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu, etc. »

Ce considérant est unique. ... Or, ce considérant est faux, archifaux ! Non seulement l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme ne sont pas "les seules causes des malheurs publics ou de la corruption des gouvernements", mais ils n'en sont pas même les principales ! Les causes principales sont:

1° "L'ignorance, l'oubli ou le mépris" des Droits de Dieu et de son Christ ! De ce Christ qui a fait la France.

2° "L'ignorance, l'oubli ou le mépris" de cet unique droit de l'homme qui est de remplir ses devoirs, tous ses devoirs envers Dieu, envers son prochain, envers soi-même...

Voilà les deux causes principales des malheurs publics et de la corruption des gouvernements. Donc il est vrai que ce considérant est un mensonge ... aussi colossal que celui qui consisterait à dire : deux et deux font cinq ! Donc toute la Constitution des droits de l'homme qui repose sur ce mensonge, n'est elle-même qu'un mensonge :

 

Mensonge l'article 1er qui dit que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

 

La loi humaine, détermine les "bornes" de ces droits qui sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (article 4).

En fait, les hommes naissent sans raison, donc sans liberté. [...] Et quand la liberté lui arrive avec la raison, il a la liberté du bien seulement et le pouvoir simplement de faire le mal; mais il n'en a pas le droit, donc pas la liberté, qui ne peut jamais être que l'exercice d'un droit. [...]

L'homme ne fait jamais ni tout le bien, ni tout le mal qu'il voudrait ! Sa liberté est donc relative, très relative et nullement absolue, ainsi que se l'imaginent de très petits esprits à qui l'orgueil révolutionnaire a bouleversé la cervelle ! Il n'est pas vrai que les hommes naissent et demeurent libres sans autre restriction que celle de la loi humaine, c'est-à-dire de la volonté humaine limitant elle-même sa liberté : cette liberté est limitée par une volonté supérieure à la volonté humaine, la loi de Dieu.» (Abbé Vial, Jeanne d'Arc et la Monarchie, 1910, Éditions Saint-Rémi, p. 33-40).

 

La sainte Bible enseigne à propos de la liberté, que Dieu a donné à l'homme le libre arbitre ( « c’est lui (Dieu) qui, au commencement, a créé l’homme et l’a laissé à son libre arbitre. Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. » Livre de Ben Sira le Sage 15:14-15] ). 

 

Mais « Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher.» (Livre de Ben Sira le Sage, Siracide 15:20)

 

Dans les Frères Karamazov, roman qui explore des thèmes philosophiques et existentiels tels que Dieu, le libre arbitre ou la moralité, Dostoïevski a vu qu'avec la tyrannie des besoins dans la publicité - ce qu'on appelle la société de consommation - , l'homme libre est l'homme auquel on fait en sorte qu'il ait le plus possible de besoins, donc il est enchaîné à ses besoins et en fait il est de moins en moins libre...; il ne peut plus se passer des besoins que la publicité lui présente sinon il est malheureux, et c'est un esclavage intérieur. Donc, en réalité, on est dans un monde tyrannique qui détruit la liberté (libre arbitre) de l'homme.

 

Le monde moderne qui prône la liberté est à la fois laxiste et tyrannique. Le côté laxiste c'est ce qui lui permet de séduire les foules. En politique, par exemples, on va supprimer la peine de mort, on va réduire les peines le plus possible, on va libérer des prisonniers de la prison, mais le laxisme; le côté tyrannique c'est fait pour mettre les gens à raison. Ce double aspect du monde moderne correspond au visage du diable Woland, consultant de profession, tel qu'il a été décrit dans un roman russe de Boulgakov, Le Maître et Marguerite; il a un visage avec deux yeux; un oeil est vert et l'autre est noir. Pourquoi ? L'oeil vert, c'est pour séduire les hommes avec l'espérance et les fausses promesses (le vert étant la couleur de l'espérance); il va faire miroiter aux hommes des espoirs extraordinaires (on peut y voir les promesses jamais tenues de tous les candidats aux élections présidentielles); toutes les révolutions viennent de là; et l'oeil noir, c'est pour conduire les hommes vers la mort (la destruction de nos sociétés...) Le communisme a fait espérer une société parfaite et il a conduit vers les camps de Lénine, les charniers de Pol Pot et de Staline. 

 

De même, une critique philosophique de la liberté des droits de l'homme montre qu' « en décrétant législativement que les hommes naissaient libres par nature et par droit, les révolutionnaires ont fantasmé la nature et attribué au droit ce qu'il ne peut pas faire.

On n'est libre que par don et l'on se trompe si l'on croit garantir la pérennité d'un don en décrétant qu'il est naturel ou en en proclamant le droit. Un don est beaucoup plus pérenne que la nature (qui donne et reprend à commencer par le premier de ses dons qui est la vie); quant au droit écrit, un autre écrit peut l'annuler, c'est là toute sa faiblesse. Ce qui existe par l'écrit peut cesser d'exister par un autre écrit. En revanche, ce qui est donné ne peut être repris car le don est une extension de soi qui ne peut jamais être récupérée. [Exemple: le don du service gratuit ne peut jamais être repris.] Si Dieu nous a créés libres, c'est parce qu'Il s'est donné lui-même et ne peut se reprendre sans nous détruire et sans se détruire. Si les hommes naissaient libres, c'est que cela se ferait naturellement et il est donc contradictoire de le décréter par écrit. Ce qui est écrit est justement ce qui n'est pas naturel et a besoin de cet écrit pour exister. En confondant et en mélangeant les libertés publiques (qui existaient sous la royauté et dont le roi était le garant puisqu'elles tenaient sur sa parole, autrement plus solide que l'écrit) et la liberté personnelle (dont le siège est ma conscience), les révolutionnaires ont pris le risque qu'elles se contredisent l'une l'autre et s'empêchent de fonctionner.» (Fr. Jean-Michel Potin, o.p., historien archiviste de la Province dominicaine de France, dans Le Livre noir de la Révolution française, Les Editions du Cerf, Paris 2008, p. 421.)

 

En écrivant que l'homme est libre dès la naissance, les constituants de 1789 ont fantasmé un droit qui n'existe pas. Ils ont constitué un droit tyrannique, puisque il ne respecte pas le libre arbitre de l'homme, qui peut choisir entre le bien et le mal.

 

On peut également se demander pourquoi « des principes simples » seraient-ils « incontestables » (préambule) ? Ces principes des droits de l'homme seraient "incontestables" parce qu'ils seraient écrits ? Mais comme l'explique Jean-Michel Potin, c'est plutôt le contraire : ce qui est écrit peut cesser d'exister par un autre écrit.

 

La frénésie de l'écriture chez les révolutionnaires s'explique par l'imprégnation chez les élites modernes de la kabbale qui tient que tout ce qui n'est pas écrit, tout ce qui n'est pas gravé n'existe pas. Or, nos ancêtres les Gaulois n'avaient pas de constitution écrite, la spiritualité et la culture étaient transmises par oral par les druides, le langage avait la première place : écrire les libertés eut été un contre-sens. 

 

De même, notre Moyen-Âge (comme notre Ancien Régime) n'avaient pas de constitution écrite. Il y a là-dedans des éléments d'une « sagesse intuitive et expérimentale » (Bernard Faÿ, La Grande révolution 1715-1815, Le Livre contemporain, Paris 1959, p. 53). Une sagesse politique, propre aux nations celtiques, à méditer. 

 

« C'est l'un des premiers penseurs contre-révolutionnaires, Joseph de Maistre, qui a vu que le problème des Lumières était le problème de l'écrit :

"Quant à celui qui entreprend d'écrire des lois ou des constitutions civiles, et qui se figure que parce qu'il les a écrites il a pu leur donner l'évidence et la stabilité convenables, quel que puisse être cet homme, particulier ou législateur, et soit qu'on le dise ou qu'on ne le dise pas, il s'est déshonoré, car il approuve par là qu'il ignore également ce que c'est que l'inspiration et le délire, le juste et l'injuste, le bien et le mal : or, cette ignorance est une ignominie, quand même la masse entière du vulgaire applaudirait." (Platon, Phaed., dans Joseph de Maistre, Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, 1809, Lyon, Pélagand, 1880, p. 26-27).

"Toute institution fausse écrit beaucoup, parce qu'elle sent sa faiblesse, ajoute Joseph de Maistre, et qu'elle cherche à s'appuyer. [...] Nulle institution grande et réelle ne saurait être fondée sur une loi écrite, puisque les hommes mêmes, instruments successifs de l'établissement, ignorent ce qu'il doit devenir, et que l'accroissement insensible est le véritable signe de la durée, dans tous les ordres possibles des choses." (Joseph de Maistre, Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, 1809, Lyon, Pélagand, 1880, p. 31-32.) La Loi écrite, fondement d'une société, devient une entrave au développement et à la perpétuation de la dite société. Nous le verrons en présentant un peu plus loin l'impasse des droits de l'homme.

[...] La grande erreur de la théorie de la liberté républicaine est d'avoir fait croire qu'un régime de libertés publiques (qui ressemble fort à ce programme : "Nous nous occupons de tout, y compris de votre liberté") puisse instaurer la liberté. 

[...] Le roi n'était pas le garant de la liberté de l'homme (il n'avait pas cette toute-puissance) mais il garantissait les libertés publiques, celles qui permettaient le vivre-ensemble dans une négociation constante entre les sujets. » (Fr. Jean-Michel Potin, o.p., historien archiviste de la Province dominicaine de France, dans Le Livre noir de la Révolution française, Les Editions du Cerf, Paris 2008, p. 421-423).

 

En soutenant en 1776 les Insurgents (Patriots) américains, Louis XVI offrit l'indépendance à la jeune nation du Nouveau Monde, mais porta au pouvoir les idées nouvelles et endommagea celles du « vieux monde » avec ses valeurs naturelles. Bien que soutenu par Louis XVI pour obtenir l'indépendance des États-Unis, George Washington, premier président des États-Unis (1789-1797) resta fidèle aux idées de ses « frères », portées en France par les Jacobins et autres révolutionnaires de 1789, ne donnant simplement pas suite aux sollicitations du marquis de La Rouërie, son "vieil ami", mais devenu contre-révolutionnaire... Washington apporta son concours de manière implicite au camp révolutionnaire français en suspendant le remboursement des frais de guerre engagés par la monarchie française, l'affaiblissant davantage avec ses finances exsangues. Il les reprendra néanmoins sous le gouvernement révolutionnaire issu des Lumières, ses « frères », qui a contrario, refusa de reconnaître les dettes de la Monarchie... [3] Belle gratitude George Washington.

 

« Même ceux qui avaient aidé directement les Américains à se libérer furent peu ou mal récompensés. Jacques Leray de Chaumont qui avait hébergé gratuitement Franklin pendant deux ans, ne fut jamais payé des munitions, habits et médicaments qu'il avait envoyés en grande quantité aux États-Unis. Beaumarchais et ses associés, qui eux non plus n'avaient pas ménagé leur peine, hasardant leur capitaux avec générosité et désintéressement, risquant navires, équipages et cargaisons au milieu des batailles navales, ne parvinrent jamais à se faire rembourser la totalité des armes et des marchandises transportées, en espèces ou en biens [...] Les États-Unis devenus pourtant une nation prospère, feignirent de croire qu'ils 'agissait de dons du gouvernement français et ne voulurent rien entendre. "Américains, s'exclamait encore l'auteur du Barbier de Séville dans un mémoire du 10 avril 1795, je vous ai servis avec un zèle infatigable; je n'en ai reçu dans ma vie qu'amertume pour récompense, et je meurs votre créancier." Ses héritiers bataillèrent jusque sous la Monarchie de Juillet (1830) et, en dépit d'innombrables suppliques et de l'intervention de plusieurs ministres n'obtinrent qu'une partielle compensation. Sur une dette reconnue de 2 280 000 livres (qui obéra tant les finances du royaume qu'elle entraîna la convocation des tristes États généraux de 1789 qui finirent comme l'on sait), les Américains n'en versèrent finalement, un demi-siècle plus tard, que 800 000 sans indemnité de retard. À prendre ou à laisser. » (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin Editions, Lonrai 2012, p. 442.) Belle gratitude de George Washington et des Fils de la liberté envers ceux auxquels ils devaient tout et l'indépendance de leur chère patrie.

 

Et malheureusement, Louis XVI boira le calice jusqu'à la lie, condamné « pour la liberté » qui n'est pas une « liberté ». Selon la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, en effet, la « liberté » est acquise pour l'homme dès sa naissance

 

Pourtant, « Louis XVI aima toujours, depuis son enfance, s'entretenir avec les laboureurs, les ouvriers, le peuple des campagnes et celui des villes. À Reims, il ne put s'empêcher de pousser un cri de joie devant l'enthousiasme et leur bonhomie. "J'ai été fâché que vous n'ayez pas pu partager avec moi la satisfaction que j'ai goûtée ici, écrit-il à Maurepas (ministre de Louis XVI), le 15 juin 1775. Il est bien juste que je travaille à rendre heureux un peuple qui contribue à mon bonheur !" 

 

Pendant tout son règne, et jusqu'au 21 janvier 1793 (date de son assassinat. Ndlr.), Louis XVI ne fit rien qui ne tendît au bonheur de la nation. Bien plus, il se sentit toujours proche d'elle, car le peuple de France était encore en 1775 cette population que le Moyen-Âge avait façonnée, qu'il avait enrichie de cette sagesse intuitive et expérimentale, où la foi la plus ardente dans le Christ rejoignait le scepticisme le plus avisé quant aux choses de ce monde. Tel était encore le petit peuple de France, tel était Louis XVI à vingt ans. » (Bernard Faÿ, La Grande révolution 1715-1815, Le Livre contemporain, Paris 1959, p. 53.) 

« Louis XVI était « profondément charitable. Il lui arrivait, de bon matin, de se rendre à pied chez les familles les plus pauvres de Versailles. "Parbleu, Messieurs, dit-il un jour en riant à l'adresse des gardes qui venaient de le retrouver, il est cruel que je ne puisse aller en bonne fortune sans que vous le sachiez !" Un roi visitant les chaumières, cela ne s'était pas vu, depuis Henri IV ! Un jour, le directeur des Bâtiments, La Billarderie d'Angiviller, se vit tancer pour avoir dépensé en son absence 30.000 livres afin de restaurer une pièce des petits appartements : "J'aurais rendu trente familles heureuses !' clamait-il avec indignation dans tout le château. Sur sa cassette personnelle qu'on appelait le Comptant du roi, il entretenait quantité de familles nobles ou d'officiers sans fortune, des femmes ou des filles de militaires, réglait les dégâts et accidents de chasse, alimentait les bonnes œuvres du curé de Versailles. En avril 1781, il visita incognito l'Hôtel-Dieu où s'entassaient à trois ou quatre par lit des centaines de malades et de malheureux, dans des chambres qui ressemblaient à des cloaques. Il en ressortit en pleurs, décidant de prendre à sa charge la création de lits individuels et de dortoirs spécialisés pour chaque type d'infection. » (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin Editions, Lonrai 2012, p. 246.)

 

Étude de Louis XVI par Joseph-Siffred Duplessis (dans Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin 2005.)

 

« L'organisation du procès du roi se heurtait à un obstacle juridique incontournable, celui de l'inviolabilité du monarque. [...] Le 7 novembre 1792, le girondin Jean-Baptiste Mailhe s'employa à contourner l'obstacle de l'inviolabilité. Toute sa démonstration reposait sur le caractère absolu de la souveraineté de la nation : "La nation a parlé; la nation vous a choisis pour être les organes de ses volontés souveraines. Ici toutes les difficultés disparaissent, ici l'inviolabilité royale est comme si elle n'avait jamais été." (Archives parlementaires, t. LIII, p. 277.) En somme, aucune règle de droit ne résiste à la volonté de la nation. (Le rapport du girondin Jean-Baptiste Mailhe, le 7 novembre 1792, s'asseyait donc sur les droits de l'homme de 1789 qui déclarait l'homme libre dès la naissance. NdCR). « Louis XVI, avant même que le procès ait lieu, était coupable, coupable par principe, puisqu'il était roi. Ces sophismes n'avaient aucune valeur juridique, mais la Convention était composée, en grande majorité de députés déterminés à juger le Roi. Le 3 décembre suivant, Robespierre plaça la question sur le terrain du "salut public" :

"Vous n'avez pas une sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à rendre, un acte de providence nationale à exercer (applaudissements)

"[...] Louis ne peut être jugé; il est déjà condamné ou la République n'est point absoute. [...] Si Louis est absout, si Louis peut être présumé innocent, que devient la Révolution ? Si Louis est innocent, tous les défenseurs de la Liberté deviennent des calomniateurs; les rebelles étaient les amis de la vérité et les défenseurs de l'innocent opprimé." » (Robespierre, Archives parlementaires, t. LIV, p. 74-77, dans Philippe --Pichot-Bravard, La Révolution française, Via Romana 2014, p. 157-158.) 

 

Le 29 mars 1793, « les auteurs d'écrits royalistes furent promis à la peine de mort. Le 1er avril était supprimée l'immunité des députés. Les libertés individuelles, déjà passablement écornées, se trouvaient réduites à néant. » (Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, Via Romana 2014, p. 172-173.)

En Amérique, nombre de Patriots furent actifs, avant 1775, au sein de groupes comme les Sons of Liberty. Les plus importants dirigeants des "Patriots" que Louis XVI avait aidé à prendre le pouvoir sont aujourd'hui connus sous l'appellation de Pères fondateurs des États-Unis.

L'appellation "Fils de la Liberté" a été diffusée dans les cercles de la franc-maçonnerie. (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, Perrin, Collection Tempus, Paris 2012, note 43, p.p. 385 ; P. Maier, From Resistance to Revolution, New York, Norton, 1991, p. 81) Quel hasard ! 

 

« Depuis longtemps déjà Louis XVI porte sur les évènements révolutionnaires un regard surnaturel. À ses yeux, le mal est spirituel et le remède ne peut être que spirituel. » (Philippe Pichot-bravard, La Révolution française, Via Romana 2014, p. 164.)

À propos de l'égalité. L'idée égalitariste domine l'histoire des nations modernes depuis le XVIIIe siècle. Pourtant, dès le Moyen-Âge, en pleine monarchie absolue de droit divin, Saint Thomas d'Aquin définit la loi comme une "ordonnance de la raison, promulguée par celui qui a autorité sur la communauté, pour le bien commun" (I-II, Q. 90, a. 4). La loi ne lie pas de sa propre autorité mais de celle de Dieu, et nous sommes tenus d'obéir à la loi dans la mesure où elle porte l'autorité de Dieu. Par conséquent, si une loi viole la loi de Dieu - la loi naturelle ou divine - alors non seulement elle ne nous lie pas en conscience, mais nous sommes plutôt tenus de désobéir à ces lois, au moins par une résistance passive (comme le refus de participer à l'avortement ou l'euthanasie). Thomas d'Aquin dit que les lois sont contraignantes si elles remplissent trois critères:

 

Premièrement, la "fin": la loi doit servir le bien commun de la société pour laquelle elle est promulguée et destinée, et elle ne doit pas seulement être "bonne en général". Il peut être bénéfique pour les étudiants de faire de la gymnastique le matin, mais il serait étrange qu'un collège l'exige comme partie du régime du matin de chaque classe. 

 

Deuxièmement, "l'auteur": la loi doit être promulguée par l'autorité compétente. Un évêque ne peut décréter des lois liturgiques et autres que dans les limites géographiques (ou spirituelles) de son propre diocèse. Il y a des cardinaux et des archevêques qui voudraient imposer leurs protocoles de Covid à des provinces, des États ou des nations entières, mais eh bien, tant pis.

 

Troisièmement, la "charge" de la loi - car toute loi a sa dimension coercitive - ne peut être disproportionnée par rapport au bien recherché ou au mal évité (le remède ne doit pas être pire que le mal). La loi ne doit pas non plus retomber de manière disproportionnée sur une partie de la population plutôt qu'une autre. Les impôts doivent être imposés de manière équitable, de même que la conscription, la fonction de juré, et personne ne devrait bénéficier d'un traitement préférentiel indu. Tous sont égaux devant la loi, sans que certains soient plus égaux que d'autres.

 

Une égalité juridique entre les hommes peut et doit exister (l'égalité devant l'impôt que cherchèrent à réaliser les rois Louis XV et Louis XVI mais qui en furent empêchés par la magistrature parlementaire avant que les mêmes ne s'en empare en 1789... Cf. Michel Antoine, Louis XV).

 

Notons que le principe égalitaire n'était pas une chose évidente pour les droits de l'hommistes eux-mêmes. Historiquement, les mêmes qui déclaraient l'égalité de tous étaient de grands esclavagistes. « Après avoir hardiment affirmé que "les hommes naissent et demeurent libres en droit", les députés de l'Assemblée nationale constituante se déjugeront le 15 mai 1791 en renonçant à changer le statut des personnes que le législateur qualifie pudiquement de "non-libres". Si le maintien de l'esclavage dans les colonies est une entorse spectaculaire au principe, elle n'est pas la seule. Quelques mois plus tôt, l'Assemblée avait fondé l'exercice de la citoyenneté sur un principe censitaire distinguant entre les citoyens actifs et les citoyens passifs. On le voit : les hommes ne sont pas demeurés égaux en droit bien longtemps ! » (Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, Via Romana 2014, p. 94.)

 

Aux États-Unis, l'historien Bernard Cottret a remarqué la même « contradiction entre les principes affichés et la réalité profonde ». Cette contradiction est « plus éclatante encore à l'intérieur même de la société américaine (G. B. Nash, Race and Revolution, Madison, Wis, Madison House, The Merril Jensen Lectures in Constitutional Studies, 1990, p. 3).

 

D'ailleurs un peu avant le déclenchement de la Guerre d'Indépendance américaine,« les propagandistes anglais (loyalistes) ne manquèrent pas de le faire remarquer : comment refuser l'esclavage prétendu de la métropole quand on maintenait plusieurs centaines de milliers de Noirs dans la plus abjecte des sujétions ? » (Bernard Cottret, La Révolution américaine : La Quête du Bonheur 1763 – 1787, Perrin, Collection Tempus, Paris 2012, p. 178.)

 

Le principal rédacteur de la Déclaration d'Indépendance de 1776 qui proclame l'égalité de tous les hommes, Thomas Jefferson, est un planteur qui possédait des esclaves. Or, « en 1773, plusieurs esclaves du Massachussets avaient demandé à l'assemblée de leur province d'examiner leur cas, en se référant aux déclarations préalables contre l'esclavage auquel l'Angleterre voulait censément réduire tous les Américains » (H. G. Punger, John Hancock, Merchant King and American Patriot, New York, J. Wiley, 2000, p. 185, in B. Cottret, La Révolution américaine, ibid., note 69, p. 425.) « Comment se réclamer du droit naturel quand on s'opposait aux "sauvages" amérindiens au nom de la civilisation ? [...] Pouvait-on valablement décréter la liberté de tous les hommes dès leur naissance et enchaîner une partie de l'humanité ? Le paradoxe était flagrant, et les Britanniques, [...] ne manquèrent pas de s'indigner pieusement des moeurs esclavagistes de leurs cousins rebelles... » (B. Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 178.)

 

« [...] [L]e débat [...] avait des répercussions militaires immédiates : les Britanniques tentèrent d'ouvrir un second front au sein même de la société américaine, en appelant les esclaves à la révolte. Ou du moins, en leur promettant la liberté s'ils se joignaient aux troupes de Sa Majesté contre leurs maîtres. » (B. Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 180.)

 

« Dans sa défense des constitutions de gouvernement des États-Unis, publiée opportunément en décembre 1787 en Angleterre, John Adams, [...] le futur président des États-Unis associait dans sa réflexion les Anglais et les Germains. [...] La meilleure forme possible de gouvernement était celle qui associait la démocratie et la République – comme le faisait la Constitution. [...] Esclaves et Amérindiens étaient les grands exclus... De plus, le suffrage demeurait censitaire. » (B. Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 319.)

 

George Washington

George Washington lui-même « n'était pas hostile à la dépossession des Amérindiens; mais il voulait, flegmatique, qu'elle s'effectuât dans le calme et la bonne humeur, sans laisser les "bandits" profiter des circonstances en abusant de la crédulité des autochtones. Il fallait dépouiller ceux-ci avec distinction, circonspection, bonté et courtoisie, en usant de cette douce bienveillance que l'on voue aux plus faibles. Le général conseillait de concilier trois impératifs: l'établissement de nouveaux États, l'occupation des terres, et la paix. » (B. Cottret, La Révolution américaine, ibid., p. 276.)

 

« Était opulent en Virginie, celui qui avait à la fois de l'argent, des terres, des esclaves, des maisons et du crédit. Quiconque ne possédait qu'une de ces formes de la richesse était à la merci de la plus petite circonstance. [...] [I]l n'y avait de de sécurité que si l'on possédait abondamment toutes les sortes d'objets et d'êtres qu'il y avait à posséder. Washington le vit tout de suite. [...] Il cherche partout des terres neuves, en Floride, en Ohio, en pennsylvanie. Il est inlassable. [...] En 1760, il a 49 esclaves; en 1770 87, en 1774 135. » (Bernard Faÿ, Georges Washington, Gentilhomme, Éditions Bernard Grasset, Paris 1932, p. 167-169.)

 

 

Paradoxalement, alors que le libre arbitre biblique disparaît, l'idolâtrie de l'ego, l'orgueil de l'homme apparaît; elle est mise en forme juridique par les déclaration des droits de l'homme qui légitimeront les caprices les plus fous et anti-bibliques qui soient, comme l'esclavage, le divorce, l'avortement, le mariage homosexuel, la procréation pour autrui, etc. Et comme l'ego est souvent excessif, cela donne - on s'en doute - des droits qui se contredisent les uns les autres, des résultats catastrophiques pour la vie en société.

 

Dred Scott

Un exemple historique frappant : un peu avant la Guerre de Sécession (1861-1865), le sud des États-Unis pratiquait l'esclavage et le nord ne le pratiquait pas (ou peu); et le parlement de l'État de Missouri, entre le nord et le sud, abolit l'esclavage; les esclaves se libèrent, et les propriétaires d'esclaves allèrent devant les tribunaux, disant qu'on les avait privés de leur biens ! Le contentieux entre les propriétaires d'esclaves et l'État de Missouri remonta alors jusqu'à la Cour suprême des États-Unis, qui dans un arrêt Dred Scott vs Ferguson du 6 mars 1857 trancha qu'un parlement d'un état (le Missouri) n'a absolument pas le droit d'exclure l'esclavage, parce que l'esclavage fait partie des droits de l'homme, le droit de propriété étant un droit absolu ! La Cour La cour rejeta la demande de Scott par 7 voix contre 2. Les esclaves étaient une propriété, et les maîtres avaient la garantie du droit de propriété dans le cadre du cinquième amendement. 

Dans le même style, un arrêt Plessy v. Ferguson de la Cour suprême des États-Unis, rendu le 18 mai 1896, autorise les États à imposer par la loi des mesures de ségrégation raciale.

 

Si une certaine égalité (devant l'impôt par exemple) peut exister, l'égalitarisme, en revanche, cette idéologie issue de la constitutionnalisation de l'idée d'égalité, qui déforme l'idée originale chrétienne de l'égalité de tous les hommes devant Dieu, et établit ici-bas, en système, une stricte égalité à tous points de vue doit être rejetée. Cette idéologie égalitariste est dangereuse pour les destinées des nations européennes, car elle les prive de tout développement naturel possible en leur imposant indéfiniment une immigration pléthorique inassimilable, censée établir le règne de la liberté & de l'égalité. Une immigration qui donnera les mêmes droits à des individus qui ne partagent rien avec les européens.

Le professeur Jean-Louis Harouel, dans la conclusion de son livre « Les Droits de l'Homme contre le peuple »dit que c'est un « dissolvant social » :  « On ne peut pas fonder une société sur les droits de l'homme dès lors qu'ils sont un dissolvant social. Très grand nom du droit international privé, Henri Battifol observait qu'un faisceau de droits subjectifs ne résout aucunement le problème premier de toute société qui est celui de la vie en commun et que l'erreur du libéralisme individualiste a été de croire que la protection de l'individu suffirait à organiser la vie en commun.  (Cité par Yves Lequette, De la Proximité au fait accompli, Mélanges en l'honneur du professeur Pierre Mayer, Lgdj, Paris 2015, p. 514-515.)

[...]  Avec la religion des droits de l'homme, s'estompe l'idée de citoyenneté. L'idée d'une appartenance commune rassemblant les citoyens d'un même pays fait place à une juxtaposition d'individus ne se définissant plus que par leur "droit à avoir des droits" (Yves Lequette, De la proximité au fait accompli, mélanges en l'honneur du professeur Pierre Mayer, Paris, LGDJ, 2015, p. 515), selon la célèbre formule de Hannah Arendt (Les Origines du totalitarisme, Paris, éd. Gallimard, 2002). » (J.L. Harouel, Les Droits de l'Homme contre le peuple (Desclée de Brouwer, Paris 2016, p. 135-136.)

La juxtaposition d'individus qui n'ont que des droits fait que notre société est profondément fracturée sur le plan économique et social, mais aussi sur le plan sociétal. Une question d'éthique actuelle est de savoir si l'égalité républicaine ne va pas justifier que la PMA ne conduise à la GPA, cette marchandisation du corps humain.

Nous sommes dans une société où le nous a perdu son sens et ce qui compte c'est l'ego, le moi; il y a sans doute une réflexion à mener sur le nous. On ne construit pas une société en mettant les gens à côté les uns les autres, mais en bâtissant un projet collectif viable.

 

Gustave Bord, en 1908, faisait déjà la même analyse à propos des droits de l'homme, lorsqu'il parlait d'une « chose grave », d'une « pensée dangereuse, qui conduit les sociétés aux pires cataclysmes », d'une « idée implacable », qui a entraîné les maçons « jusqu'au bord de l'abîme où doivent succomber les sociétés modernes, car le dogme de l'égalité est par essence destructeur de toute idée sociale. » (Gustave Bord, La franc-maçonnerie en France des origines à 1815, 1852, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1908, p. 3.)

 

Sur le plan du combat citoyen : « [o]n dit toujours qu'un peuple ne doit pas s'enfermer dans son passé, or c'est ce que nous faisons avec notre culte béat de la religion des droits de l'homme. La France ne peut espérer survivre qu'en rompant avec son culte de la non-discrimination. Elle doit tout particulièrement maintenir et surtout restaurer la nécessaire discrimination entre nationaux et étrangers, qui est le fondement de la cité. Là est le véritable combat citoyen, n'en déplaise aux dévôts de l'immigrationnisme. » (J.L. Harouel, Les Droits de l'Homme contre le peuple (Desclée de Brouwer, Paris 2016, p. 135-136.)

S'agissant par exemple de l'islam, "[n]ous devons appliquer un régime particulier à l'islam en France. Ce n'est pas contraire à la liberté religieuse. L'islam n'est pas une religion au sens habituel du terme: c'est avant tout un code de règles de droit et de comportement qui prétend régir la totalité de la vie sociale. L'islam est porteur d'un projet politique mortel pour les nations occidentales. Il est suicidaire de continuer à laisser monter des minarets et proliférer le voile islamique dans les rues et les entreprises. l'actuelle arabo-islamisation visuelle de l'espace public constitue un des aspects de la transformation progressive des pays européens en des pays musulmans dans lesquels aura vocation à s'appliquer le droit musulman.» (J.L. Harouel, Les Droits de l'Homme contre le peuple (Desclée de Brouwer, Paris 2016, p. 137.)

Quand Emmanuel macron a dit qu'il n'y avait pas de culture française, il voulait dire qu'il n'y a plus de culture française. En effet, la liberté de 1789 détruit le lien social; chacun pouvant théoriquement poursuivre ses propres valeurs, il n'y a plus de valeurs communes, il n'y a plus de société.

Les partisans des Lumières, dans une surenchère, répondront que ce qui fait nos valeurs communes c'est l'absence de valeurs; mais l'absence de valeurs communes signifie la disparition de ce qui fait communauté... Il est temps de se réveiller ! 

Récemment, Jean-Louis Harouel a donné une conférence video (extraits) pour le Cercle de l'Aéropage dans laquelle il explique son analyse: « On ne peut pas fonder une société sur les droits de l'homme, pour une bonne raison que les droits de l'homme sont un dissolvant social. »

Mensonge l'article 2 qui dit « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels,»  etc. C'est son but prochain, non son but suprême qui est d'aider par-dessus tout à la conquête des biens surnaturels de l'autre vie (qui est la vraie fin dernière). Cette thèse est la négation très claire de l'ordre surnaturel; la négation d'une vérité, donc un mensonge.

« La Déclaration des droits de l'homme de 1789 est traversée par deux tensions. La première : la tension entre l'article 2 et l'article 6. L'article 2 proclame des droits naturels (influence très lockienne), la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. L'article 6 "la loi est l'expression de la Volonté générale". Là il n'est plus question de respects de droits naturels. Il y a donc cette tension entre l'affirmation de droits naturels et puis la définition de la loi que donne Rousseau comme "expression de la volonté générale". La loi est donc simplement l'expression d'une volonté. Il suffit que la notion veuille ou ses représentants pour que la loi existe. Il n'y a rien au-dessus de la loi. Pas de lois fondamentales, pas de droits naturels, pas de commandements de Dieu. La chose a d'ailleurs bien été refusée. Le député Mirabeau dit Tonneau avait proposé de mettre le Décalogue. Cela avait été écarté. On ne voulait pas en entendre parler. Cet article 6, en définissant la loi comme l'expression de la Volonté générale ruine, nie l'autotité juridique du droit naturel et crée un véritable absolutisme qui va bien plus loin que le pouvoir absolu du monarque de droit divin d'avant la Révolution puisque ce monarque de droit divin était soumis au respect des lois fondamentales, au respect du droit naturel, au respect des principes de justice et d'équité... La deuxième tension nous éclaire beaucoup sur nos institutions. Le système représentatif mis en place par l'abbé Sieyès supprime les mandats impératifs des États généraux, les remplacent par des mandats représentatifs (un député est le représentant de la nation toute entière et pas le représentant de tel ou tel baillage, il pourra résider à Paris et être élu "député de la Nièvre") et inaugure, non pas un régime démocratique, mais un régime oligarchique, un régime dans lequel le pays est gouverné par un petit groupe, qui agit, et échappe à ceux qui les ont désigné aux États généraux (violant deux fois la constitution: celle des lois fondamentales de la souveraineté du Roi, et celle des États généraux pour lesquels ils avaient été mandatés pour discuter des impôts et non pour créer une nouvelle constitution !) » (Philippe Pichot-Bravard, Conférence "Fondements idéologiques et légitimité du pouvoir", le vendredi 21 février 2014.) 

 

Mensonge l'article 3. 

 

Ces derniers jours, une énième violence scolaire sur un professeur braqué avec une arme factice secoue le monde « éducatif » (qui n'éduque pas puisque l'autorité n'existe plus mais réside dans le peuple, une abstraction). Les médias découvrent (ou font semblant de découvrir) des violences qui étaient inimaginables et inexistantes à l'école dans les années 1950 jusqu'aux années 1980  (le temps que le soixante-huitardisme produise ses pleins effets); toutes les crises que nous connaissons dans la société (crises de l'autorité à l'école, refus d'obéissance des enfants, crises éducatives, crises morales, violences aux personnes, suicides, crises culturelles et même crises économiques, etc.), toutes ces crises trouvent leur source dans une seule et même cause, qui est une conception erronée de l'autorité formulée par les Barbares révolutionnaires de 1789 et l'oubli du Décalogue. 

Et le drame est que cette erreur fondamentale se répand lentement par métastases dans tout le corps social jusqu'à tuer la société à présent.

 

« Il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu ». (Epître aux Romains, 13:1.) Dans la Révélation (rejetée par les soit-disant Lumières), le pouvoir vient de Dieu. En 1789, la Révolution détruit cet enseignement divin; elle détruit l’autorité et prétend que l'autorité vient d'en dessous, des inférieurs :

 

« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.»  (Article 3)

 

Cette nouvelle conception de la « souveraineté » a pu conduire en 1789 des fanatiques à détruire un million de fois plus d'oeuvres d'art qu'aujourd'hui les djihadistes de l'état islamiste.

 

Cette nouvelle conception de la souveraineté a conduit les soixante-huitards et les pédagogistes à déclarer l'égalité entre l'enseignant et l'élève.

Cette fausse conception de l'autorité fait des « citoyens » des commandés et des commandeurs à la fois.

Or, l'homme ne peut à la fois être son propre principe de commandement (conception schizophrène,) s'il n'a pas d'abord un principe supérieur. Aujourd'hui cette erreur sur l'autorité conduit des enfants à donner quasiment des ordres à leurs parents ou à leurs professeurs, sous couvert d'égalité et de recherche de l'épanouissement personnel des enfants. Ceci se fait dans le cadre d'une politique gouvernementale issue de l'Éducation nationale, relayée par des « éducateurs », des conseillers d'« éducation », des pédagogues et autres professionnels de l'« éducation ».

 

La conception erronée de l'autorité issue de 1789 conduit l'école républicaine dans l'impasse. Et des ministres républicains de l'«Éducation  nationale » cherche à y remédier avec des cautères sur une jambe de bois, des mesures inefficaces. Des républicains cherche à y remédier en établissant une nouvelle religion, la « religion de la république »(version Claude Bartolone), la « religion de la république » (version Vincent Peillon), sorte de nouveau principe supérieur nécessaire à l'équilibre de l'édifice franc-maçonnique (C. Bartolone et V. Peillon sont deux adeptes de la franc-maçonnerie). Ce nouveau principe supérieur vient remplacer l'ancien qui avait été éliminé par l'école républicaine, « laïque » et obligatoire...

C'est la verticalité de l'autorité que l'on trouve dans la religion catholique et la société chrétienne, qui fait qu'une société tient debout et peut progresser. Cette verticalité du pouvoir se rencontre dans la monarchie classique française. La république avec sa religion de la république™ cherche à en reproduire le modèle (après l'abaissement de la fonction présidentielle sous François Hollande, Emmanuel Macron : "J’assume la 'verticalité' du pouvoir"Emmanuel Macron : “Il y a de la transcendance dans l’engagement politique“; Emmanuel Macron : un président très spirituel...) L'autorité vient d'en haut et non d'en dessous. Même la république en vient à le reconnaître ! L'autorité qui se trouve en-dessous, ou à côté de moi, à mon hauteur, n'est pas respectée très longtemps car elle n'a aucune force, aucun principe supérieur pour être respectée (aucune légitimité). La "Souveraineté nationale" (article 3) est une erreur qui ne peut en aucun cas fonder un ordre politique pérenne, à moins de devenir dictatoriale et totalitaire (Exemples: démocraties populaires, régimes hitlérien nazi, communiste, nouvel ordre mondial et « moyens plus contraignants encore » de Nicolas Sarkozy, ce que lui permet la fiction de la démocratie représentative).

 

L'auteur royaliste Louis de Bonald a expliqué :

« des hommes ont avancé que la souveraineté résidait dans le peuple ... mais, il se trouve que le peuple n'a jamais été et qu'il ne peut jamais être souverain: car où seraient les sujets quand le peuple est souverain ? Si l'on veut que la souveraineté réside dans le peuple, dans ce sens qu'il ait le droit de faire des lois, il se trouve que nulle le part le peuple n'a fait de lois". [...] Donc cette proposition générale ou abstraite "La souveraineté réside dans le peuple" n'a jamais reçu et ne peut recevoir aucune application, donc c'est une erreur ». (Louis de Bonald, Théorie du pouvoir, cité in Le Livre noir de la Révolution française, Les Editions du Cerf, Paris 2008, p. 490.)

On peut tempérer le propos de Louis de Bonald en précisant que si le peuple n'a jamais effectivement élaboré seul des lois nulle part [à Athènes « Sous le nom de démocratie c’était en fait le premier citoyen qui gouvernait ». Thucydide II, 45, 5 ; 8-9], au Moyen Âge en France et encore sous l'Ancien Régime, théoriquement la loi appartenait au peuple, le roi n'était que le dépositaire de la souveraineté, le premier serviteur du peuple. Il était un avec son peuple, et ne pouvait par exemple pas aller contre les coutumes du peuple.

 

Comment en est-on donc arrivé à ce mensonge de l'article 3 ? La tactique a consisté d'abord à séparer la personne du roi du peuple, pour y substituer à la foi chrétienne la religion civile de l'Être suprême. Ce fut la tactique des parlements d'Ancien Régime (de Louis XV à Louis XVI) et des jacobins de 1789. Aujourd'hui le processus s'achève dans la farce bouffonne d'un Jean-Luc Mélenchon se prenant pour "la république" et déclarant sa "personne sacrée"

 

Jean de Viguerie a présenté le détail du conflit entre les cours (parlements) et le roi comme une « lutte sans merci » où « la caste parlementaire manifeste une agressivité jamais atteinte. » (Histoire et Dictionnaire du temps des Lumières, Bouquins, Robert Laffont, 1995, p. 213 et 214.). 

 

« [...] Les cours [...], poursuit Jean de Viguerie, exposaient dans leurs remontrances (imprimées et largement diffusées dans le public) une théorie politique nouvelle étrangère à la tradition monarchique et remettant en cause la Constitution du royaume. Selon cette théorie, le roi n'est plus la tête du corps politique, mais il y a deux pouvoirs distincts, celui du roi et celui de la nation. Un pacte lie ces deux pouvoirs, contrat dont les lois fondamentales sont l'expression. Car ces lois fondamentales, selon le parlement de Rennes, "fixent les droits respectifs du monarque et de la nation." (Cité par Roger Bickart, Les Parlements et la notion de souveraineté nationale au XVIIIe siècle, thèse de droit, Paris, 1932, p. 51.) Quant aux parlement, [...] ils sont les représentants de la nation ! Les cours sont, selon l'expression de Malesherbes, les "assemblées représentatives de la nation." (Dionis du Séjour, Mémoires pour servir à l'histoire du droit public de la France. Recueil de ce qui s'est passé de plus intéressant à la cour des aides de Paris, Bruxelles, 1779, p. 39.) »

Mieux que les Jacobins de 1789, ces parlementaires d'Ancien Régime se proclamaient être les représentants de la nation, tout étant non élus ! Pourquoi se gêner ?!

"Même à la fin de son règne, Louis XV ne manquait ni de séduction ni de majesté." (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin 2005, p.541.)

 

C'est ainsi qu'«en 1766, dans un discours célèbre, Louis XV rappelle que les droits et intérêts de la nation ne forment pas un corps séparé du roi, qu'ils sont unis avec les droits et intérêts du monarque et reposent entièrement entre ses mains. » (Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, Desclée de Brouwer, Paris 2017, p. 198.) Dans l'esprit du roi et de ses ministres, il s'agit moins de punir que de restaurer. Dans ce discours du 3 mars 1766, Louis XV déclare : « Je ne souffrirai pas, dit le prince, qu'il se formât dans mon royaume une association qui ferait dégénérer en une confédération de résistances le lien naturel des mêmes devoirs et des obligations communes, ni qu'il s'introduise dans la monarchie un corps imaginaire qui ne pourrait qu'en troubler l'harmonie. » (Jean de Viguerie, Histoire et Dictionnaire du temps des Lumières, Bouquins, Robert Laffont, 1995, p. 215.)

Le roi dit encore : « "Entreprendre d'ériger en principes des nouveautés si pernicieuses, c'est faire injure à la magistrature, démentir son institution, trahir ses intérêts et méconnaître les véritables lois fondamentales de l'État. Comme s'il était permis d'oublier que c'est en ma personne seule que réside la puissance souveraine, dont le caractère propre est l'esprit de conseil, de justice et de raison; que c'est de moi seul que mes cours tiennent leur existence et leur autorité; que la plénitude de cette autorité, qu'elles n'exercent qu'en mon nom, demeure toujours en moi, et que l'usage n'en peut jamais être tourné contre moi; que c'est à moi seul qu'appartient le pouvoir législatif, sans dépendance et sans partage; que c'est par ma seule autorité que les officiers de mes cours procèdent [...], que l'ordre public tout entier émane de moi et que les droits et les intérêts de la nation, dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens et ne reposent qu'en mes mains.

« [...] La séance n'avait pas duré une heure et s'était déroulée dans un calme impressionnant. Les magistrats, en effet, n'étaient pas là pour procéder à l'enregistrement de quelque édit ou déclaration qui aurait pu fournir matière à délibération. Ils étaient là en spectateurs et en auditeurs et ce qu'ils avaient vu et entendu les avait terrassés. "Discours de la Flagellation", "séance de la Flagellation" : c'est sous ces dénominations que ce discours et cette séance du lundi 3 mars 1766 entrèrent aussitôt dans l'histoire. » (Michel AntoineLouis XV, Fayard, Saint-Amand-Montrond 1989, p. 853.) On trouve également le texte de ce discours fameux dans Lucien Laugier, Un ministère réformateur sous Louis XV. Le triumvirat 1770-1771 (La Pensée universelle, paris 1975, p. 54-55, note 5.)

Maupéou

Louis XV parachèvera ce discours avec le coup de majesté de Maupéou (1770-1771), qui exila le parlement de Paris, supprima les parlements régionaux, la vénalité des offices de judicature, instaura la justice gratuite et établit pour la première dans le droit français le principe d'égalité devant l'impôt que les parlements avait systématiquement refusé jusqu'ici ! (ce qu'on a appelé l'« obstruction parlementaire au XVIIIe siècle »).

 

En 1789, à la suite des magistrats d'Ancien Régime, cassant l'unité ancestrale entre le peuple et le roi, les hommes de 1789 ont transformé les États généraux en une assemblée coupée de l'autorité royale... afin de confisquer le pouvoir d'élaborer la loi et se l'approprier avec leur démocratie dite représentative mais ne représentant en fait qu'eux-mêmes et leurs intérêts.

 

Le danger des assemblées rejetant Dieu, a été relevé par Jean-Paul II : « Dans la mentalité des Lumières, [...] le grand drame de l'histoire du Salut avait disparu. L'homme était resté seul: seul comme créateur de sa propre histoire et de sa propre civilisation; seul comme celui qui décide de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. [...] Si l'homme peut décider par lui-même, sans Dieu, de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, il peut aussi disposer qu'un groupe d'hommes soit anéanti. [...] Des décisions analogues furent prises sous le IIIe Reich, [...] par le parti communiste de l'union Soviétique et des pays soumis à l'idéologie marxiste. » (Jean-Paul II, Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 23-24).

 

« Le remplacement du royaume de France par une république égalitaire, vertueuse, despotique et conquérante a constitué un ébranlement majeur de la civilisation européenne, dont ont découlé beaucoup de malheurs pour la France et l'Europe. (Alain Besançon, Le Malheur du siècle, éd. Perrin, Paris 2005.)

L'idéal républicain a débouché sur la dictature jacobine qui fut un modèle pour Lénine et sur une nation hégémonique qui a suscité le choc en retour des nationalisme européens, et tout particulièrement du pangermanisme. C'est que les révolutionnaires ne voulaient pas seulement le pouvoir: ils voulaient s'emparer du pouvoir pour réaliser une utopie, pour changer le monde en changeant en l'homme, pour faire surgir un homme nouveau, pour accomplir l'émancipation de l'humanité. La Révolution a constitué un moment majeur dans la sécularisation du vieux rêve millénariste d'instaurer sur la terre un paradis égalitaire. D'abord en France et ensuite par contagion dans le monde entier. » (Jean-Louis Harouel, Droite – Gauche, Ce n'est pas fini, Desclée de Brouwer, Paris 2017, p. 200-201)

 

Le résultat est un enfer qui est l'inverse des buts qui avaient été définis par la Révolution. 

Les 1 % les plus riches du monde possèdent plus que les 99 % restants ! Jamais dans l'histoire du monde l'écart de richesse entre les plus riches et les plus pauvres n'a été aussi important. Les États-Unis, aujourd'hui, sont les champions du monde de l'inégalité : 

 

 

« Un Bill Gates était inimaginable à l'époque, ces fortunes qui dépassent la richesse de nombreuses nations n'existaient pas. » (Yves-Marie Adeline, Le Royalisme en question, L'Âge d'Homme - éd. de Paris,  Libres Mobiles, 2e édition, Paris 2006, p. 96).

On rappellera en comparaison que sous l'Ancien Régime, faire du commerce, faire de l'argent était interdit aux nobles. La noblesse pouvait se perdre par déchéance à la suite d'une condamnation infamante. Elle se perdait encore par dérogeance, lorsqu'un noble était convaincu d'avoir exercé un métier roturier ou un trafic quelconque : il lui était interdit de sortir du rôle qui lui est dévolu, et il ne devait pas non plus chercher à s'enrichir. (Régine Pernoud, Lumière du Moyen Âge, Grasset, Paris 1981, p. 39-40).

D'Artagnan arrête Fouquet

Le « Lexique historique de la France d'Ancien Régime » de Guy Cabourdin et Georges Viard (Armand Colin, 3e éd. Paris 1998, p. 105) précise que "pour un noble, déroger c'est perdre ses prérogatives et ses privilèges par l'exercice d'activités "ignobles", puisque, selon Loyseau, "le propre de la noblesse est de vivre de ses rentes". Plus que des édits royaux, il s'agit d'une maxime coutumière selon laquelle "le commerce dérogeait".» Un exemple frappant de dérogeance fut celui de Nicolas Fouquet. Enrichi grâce à des malversations et de prêts à l'État à des taux usuraires, le surintendant des finances de Louis XIV, fut arrêté par d'Artagnan, mousquetaire du roi, le 5 septembre 1661, déchu de sa charge, condamné au bannissement perpétuel du royaume pour avoir par trop affiché une opulence choquante, enrichie sa famille, et confondu ses finances et celles de l'État.

« Suivant la loi des clans, sa famille bénéficia de sa prodigieuse réussite et se trouva richement pourvue de charges et de bénéfices. [...] L'élimination de Fouquet et de son groupe de financiers attesterait de façon spectaculaire sa volonté (de Louis XIV) de rompre avec un passé de désordre, de corruption, d'improvisation et de laxisme. » (Jean-Christian Petitfils, Louis XIV,  éd. Perrin, Saint-Amand-Montrond 2010, p. 199, 207.) Louis XIV commua la peine de Nicolas Fouquet en emprisonnement à vie. (Lexique du siècle de Louis XIV, BH Créations Lexiques essentiels, p. 48-49). L'usure était interdite par l'Église, les usuriers étaient emprisonnés à vie sous Louis XIV , aujourd'hui ils sont les maitres du monde.

De nos jours, « il est [...] amusant de constater que la gauche, et plus généralement la république, aggrave, toujours les inégalités plutôt qu'elles ne les réduit. Par exemple, sous le septennat de Valery Giscard d'Estaing, l'éventail des revenus était moins large que sous son successeur François Mittérand.

[...] Aujourd'hui, [...] la moitié du patrimoine national (50%) est détenue par 10% des ménages. Et 40% des Français n'ont aucun patrimoine. 40% des Français sans patrimoine: ce chiffre était le même en 1800, au lendemain de la Révolution... On me parlera pour se consoler d'égalité devant la loi. Il y aurait au moins cela. Avez-vous suivi les affaires politico-financières? Qui va en prison? Les protagonistes secondaires, jamais les plus hautes personnalités. » (Yves-Marie AdelineLe Royalisme en question (1792-2002), Perspectives pour le XXIe siècle, Préface de Vladimir Volkoff, Postface de Jean Raspail, L'Âge d'Homme - Editions de Paris, Libres Mobiles, 2e édition corrigée, Paris 2002, p. 96-97.)

 

Quand on est passé de Giscard à Mitterrand en 1981, les marxistes chantaient victoire dans le vide, les riches ne pouvaient pas se douter qu’en fait les choses iraient mieux pour eux, ni les pauvres qu’elles iraient pire, ni les classes moyennes qu’elles étaient destinées à s’appauvrir. 

En 2014, un peu plus de deux siècles après leur Révolution, les plus riches s'inquiétaient de ce qu'était devenue leur « égalité  » : la pauvreté était le sujet phare de leur réunion annuelle qui se tint du 22 janvier au 25 janvier 2014 à Davos. Près de la moitié des richesses mondiales est détenue par 1% de la population !

Source: http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/01/21/20002-20140121ARTFIG00164-pres-de-la-moitie-des-richesses-mondiales-est-detenue-par-1-de-la-population.php

Source: http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/01/21/20002-20140121ARTFIG00164-pres-de-la-moitie-des-richesses-mondiales-est-detenue-par-1-de-la-population.php

Aujourd'hui, les États-Unis peuvent être qualifiés de ploutocratie.

 

[...] Ploutocratie signifie littéralement le pouvoir des riches. Le « pouvoir » peut avoir diverses nuances de signification : ceux qui exercent l’autorité d’une fonction publique sont riches ; leur richesse explique pourquoi ils occupent cette fonction ; ils exercent cette autorité dans l’intérêt des riches ; ils ont la principale influence sur qui occupe ces fonctions et sur les mesures qu’ils prennent. Ces aspects de la « ploutocratie » ne sont pas limitatifs. De plus, le gouvernement des riches et pour les riches n’a pas besoin d’être dirigé directement par les riches. [...] Aujourd’hui, les États-Unis remplissent les critères d’une ploutocratie – pour plusieurs raisons. Regardons quelques éléments de preuve frappants. La redistribution du revenu brut vers le haut de la hiérarchie a été une caractéristique de la société américaine au cours des dernières décennies. Des statistiques bien connues nous indiquent que près de 80 % de la richesse nationale générée depuis 1973 est passée aux 2 % les plus riches et 65 % aux 1 % supérieurs. Les estimations de l’augmentation du revenu réel des travailleurs salariés au cours des 40 dernières années varient de 20 à 28 %. Au cours de cette période, le PIB réel a augmenté de 110 % – il a plus que doublé. En d’autres termes, selon le Congressional Budget Office, selon le revenu le plus élevé de 1 % des ménages aux revenus les plus élevés a gagné environ 8 fois plus que celui des ménages du 60e centile après impôts fédéraux et transferts de revenu entre 1979 et 2007 et 10 fois celui des ménages du centile inférieur. En bref, l’écrasante fraction de toute la richesse créée sur deux générations est allée à ceux qui se trouvent au sommet de la pyramide des revenus. Cette tendance s’est nettement accélérée depuis la crise financière de 2008. Entre 2000 et 2012, la richesse nette réelle de 90 % des Américains a diminué de 25 %. Warren Buffet, Jeff Bezos et Bill Gates et al, c’est-à-dire le 1% le plus riche de la population mondiale, possèdent aujourd’hui plus de la moitié de la richesse mondiale (selon un rapport du Crédit Suisse en novembre 2017).

Un État policier au service de Wall Street. L’un des exemples les plus stupéfiants de l’implication ploutocratique directe dans l’État a été l’audace de Wall Street qui a coopté une partie du service de police de New York se dotant d’une unité semi autonome pour contrôler le quartier financier. Financée par Goldman Sachs et consorts, dirigée en partie par des employés de banques privées occupant des postes administratifs clés et ayant pour mandat explicite de prévenir et de traiter toute activité qui les menace, elle fonctionne avec du matériel à la pointe de la technologie, dans un établissement dédié fourni par ses commanditaires. Pendant des années, l’installation a été gardée « sous le comptoir » afin de ne pas inciter les personnes curieuses à la dénoncer. C’est l’unité qui a coordonné la répression des manifestations du mouvement Occupy à Manhattan. Elle représente l’appropriation d’un organisme public pour servir des intérêts privés. L’hyper-anxiété de l’après-11 septembre 2001 a servi de couverture politique et idéologique à un accord conçu par le maire Mike Bloomberg (lui-même un milliardaire de Wall Street qui a défendu Wall Street contre toute accusation d’abus financier) en collusion avec ses anciens associés. S’agit-il simplement de Bloomberg exposant la dépendance fiscale de la ville de New York à l’égard des emplois du secteur financier ? C’est le même Bloomberg qui a tué dans l’œuf une initiative largement soutenue visant à fixer un salaire minimum décent de 10 $ l’heure avec assurance maladie (11,50 $ sans) pour les projets de développement qui reçoivent plus d’un million de dollars en subventions des contribuables. Il a stigmatisé la mesure comme « un retour à l’époque où le gouvernement considérait le secteur privé comme une vache à lait… La dernière fois que nous avons vraiment eu une grande économie dirigée, c’était l’URSS et ça n’a pas si bien marché ». On pourrait difficilement être plus ploutocratique – et dans le New York de gauche.

Source: Michael Brenner, Consortium News, 05-09-2018 - Les Crises. fr

 

Mais la France est une ploutocratie depuis 1789. « À l'ancienne aristocratie se substitue l'aristocratie des riches. C'est une chose qui n'a pas été assez vue. On a dit : la Révolution de 1789 a donné le pouvoir à la bourgeoisie. C'est vrai, mais dans la bourgeoisie elle l'a donné à l'Argent. » (Jacques Ploncard d'Assac, Les jeunes ont droit à la vérité, Société de philosophie politique, Lisbonne 1970, p. 105).

« C'est cette situation que Stendhal décrit parfaitement lorsqu'il fait parler M. Leuwen, le banquier : "... depuis Juillet, la bourgeoisie a remplacé le faubourg Saint Germain, et la Banque est la noblesse de la classe bourgeoise... Le ministère ne peut pas défaire la Bourse, et la Bourse peut défaire un Ministère." Et M. Leuwen explique que ce régime coûtera cher, parce qu'il faut donner des places à tout l'état-major de la bourgeoisie: "Il y a là six mille bavards qui feront de l'éloquence contre vous si vous ne leur fermez la bouche avec une place à six mille francs". » (Jacques Ploncard d'Assac, ibid., p. 147).

« Une nouvelle bourgeoisie se substitue à celle de l'Ancien Régime: acquéreurs de biens nationaux, fournisseurs aux armées, nouveaux fonctionnaires, généraux, hommes de loi, etc. » (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 430.)

« Étrange conclusion: la Révolution, faite au nom de l'égalité, a enrichi les riches et appauvri les pauvres... C'est un résultat qu'on retrouvera sur d'autres terrains... » (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 173-174).

« Il ne s'agit pas d'un avènement du capitalisme: celui-ci coexistait avec l'ancienne société, dans le cadre d'une économie de marché. Mais les capitalistes n'avaient pas le premier rang. Même un Samuel Bernard, même un John Law ne pouvaient prétendre aux honneurs que dans la mesure où ils se pliaient aux règles établies, en s'anoblissant et en entrant dans le système. Le roi, de toute façon, était au-dessus de la mêlée.

Il s'agit d'une explosion du capitalisme. Du second rôle, il passe au premier. Aucune autorité, désormais, ne sera en mesure de lui servir de contrepoids. Les droits de la naissance ne pourront rien contre ceux de la finance. L'explosion se traduit par la promotion du banquier et du spéculateur: tout banquier, dans la tourmente, est nécessairement spéculateur; mais tous les spéculateurs ne sont pas banquiers.

Avant la révolution, les banquiers privés étaient nombreux, parfois influents, mais sauf Necker en 1789, ils ne tenaient jamais le haut du pavé. Beaucoup d'entre eux étaient de confession protestante, d'origine cévenole ou suisse, et ils fondaient des dynasties bancaires: le Genevois Isaac Mallet s'était établi à Lyon en 1735, le Neuchâtelois Perregaux à Paris en 1781. Genevois encore, Bidermann et Clavière apparaissaient dans la capitale en 1782, et le Zurichois Hottinguer en 1783. Le calviniste Tronchin était, à Lyon puis à Paris, le banquier favori de Voltaire, qui ne méprisait pas les manieurs d'argent. La révolution assure d'emblée la promotion des bourgeois fortunés, qui ne tardent pas à prendre le contrôle des municipalités à Marseille, Lyon, Bordeaux ou Nantes. "Ce sont les hommes riches qui vont gouverner Bordeaux" (Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française), Bordeaux qui choisit pour maire Saige, "dix fois millionnaire". À Nantes, le Comité de salut public est entre les mains des plus riches négociants, - la plupart affiliés aux loges maçonniques – dont Buteiller père, le plus opulent. » (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 242-243).

 

Au XXe siècle, l'historien François Furet, ancien communiste qui déconstruisit le communisme, ainsi que la Révolution de 1789 en montrant notamment que la Terreur était bien en germe dès les débuts de la Révolution, et qui devait récolter en retour l'agressivité des historiographes robespierristes, « avait longuement expliqué les potentialités despotiques de la démocratie révolutionnaire. Il n'en méconnaissait pas les potentialités utopiques. Il savait que la démocratie fondée sur la conviction que le corps politique est le produit des volontés de chacun, et portant jusqu'à l'incandescence l'idée d'une création de l'homme par lui-même, est vouée à étendre sans cesse les droits des individus. » (Préface de Mona Ozouf dans François Furet, La Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. XXI.)

 

L'impasse de principes désorganisateurs

 

Mona Ozouf relève ce qui semble bien être la contradiction fondamentale des principes démocratiques issus des Lumières (et la preuve de leur échec)

« En écrivant que la Révolution française était terminée, François Furet n'entendait pas dire que la passion révolutionnaire était désormais privée d'avenir. Il avait longuement expliqué les potentialités despotiques de la démocratie révolutionnaire. Il n'en méconnait pas les potentialités utopiques. Il savait que la démocratie fondée sur la conviction que le corps politique est le produit des volontés de chacun, et portant jusqu'à l'incandescence l'idée d'une création de l'homme par lui-même, est vouée à étendre sans cesse les droits des individus. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus inégaux, alors même qu'elle a posé en principe leur égalité. Elle se condamne donc à rendre sans cesse moins tolérable l'écart entre les promesses [...], les espérances qu'elle suscite et les accomplissements qu'elle offre... » (Préface de Mona Ozouf dans François Furet, La Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. XXI.)

 

« Aussi est-elle (la démocratie) une idée sans terme prévisible, exposée à la surenchère, et ouverte à toutes les dérives passionnelles: ce qui laisse prévoir que le répertoire des passions révolutionnaires est loin d'être fermé,» ajoute Mona Ozouf.

 

Si les droits de l'homme proclament l'égalité, c'est pour organiser la libre concurrence entre eux et les forcer à se combattre, car cela est bon pour le marché. La démocratie en quelque sorte rétablit les combats de gladiateurs, non plus à l'échelle de l'arène mais à l'échelle du marché. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus toujours plus inégaux, et d'inégalités sans cesse croissantes. L'égalité des uns présuppose comme condition préalable l'inégalité économique et sociale des autres ! Belle réussite du marché, mais impasse totale des principes de 1789.

 

Un livre paru en 2020, de l'historien italien Aldo SCHIAVONE, intitulé "Une Histoire de l'égalité, Leçons pour le XXIe siècle", traduit de l'italien par Giulia Puma, Fayard (L'épreuve de l'histoire, Saint-Amand-Montrond 2020, p. 153; 161-165) évoque lui aussi "la contradiction insurmontable que 1789 laissa en héritage au XIXe siècle, ... jusqu'à nous."

"Émergeait ainsi en pleine lumière, dès les formules sèches de ce texte, ... ce que François Furet pointait comme le grand dilemme du XVIIIe siècle : comment penser la sociabilité - c'est-à-dire plus exactement, le lien, la connexion, le commun - ... en partant uniquement de l'individuel, de la singularité, de la solitude du fragment.

"'La richesse et la pauvreté étaient destinées à disparaître dans un régime d'égalité', lit-on dans un décret de la ville de Paris en novembre 1793, et : 'Il ne faut plus ni riches ni pauvres. L'opulence est une infamie,' dirait Saint-Just cette même année. ... Montesquieu et Rousseau - daccord sur ce point - avaient raison. La démocratie, pour être effective, avait besoin d'une égalité qui dépasse le seul plan des droits, pour arriver à toucher la substance de la vie matérielle des citoyens.

"... Une égalité comme celle projetée en 1789 ... tendait à être rendue vaine, pour ce qui est de son effectivité...

Mais si le problème existait vraiment..., la voie choisie pour le résoudre était tragiquement erronée. Cette dernière imaginait que pour en voir le bout il suffisait d'armer le pouvoir - d'un pouvoir inouï - une avant-garde révolutionnaire, auto-persuadée d'agir au nom de la nation tout entière, et d'imposer, au moyen de son commandement, la politique et la volonté dont il était l'expression, en dehors duquel ne pouvait exister aucun espace de salut, aucune marge autonome de l'humain." Dans ce livre, Aldo Schiavone tente de trouver une solution à la contradiction fondamentale de la déclaration de 1789 : "Si l'individuel demeure la seule forme avec laquelle concevoir l'humain [...], comment concilier la pleine valorisation avec une égalité qui dépasse le niveau d'une parité formelle uniquement politique et juridique ?" (Aldo Schiavone, Une Histoire de l'égalité, Leçons pour le XXIe siècle", ibid.,p. 283.) "La construction de l'individu moderne, cuirassé dans ses libertés - auxquelles ont contribué organisation capitaliste, tradition chrétienne et pensée libérale puis démocratique - reste peut-être la conquête la plus importante d'un parcours d'émancipation auquel l'Occident a voué la meilleure partie de lui-même.

"Si nous définissons l'humain uniquement par l'individuel, son universalité - aussi emphatisée soit-elle par la tradition moderne et son arrière-plan chrétien - en pâtit forcément, et risque de se réduire à tout instant à une construction seulement abstraite. Afin d'écarter ce danger, deux voies ont été suivies. La première a fini par attribuer à l'Etat - comme c'est le cas de la pensée de Hegel, qui représente, à cette aune, l'apogée de la modernité chrétienne-bourgeoise - un rôle de conciliation et de producteur d'éthicité. [...] L'autre a déplacé, au contraire, cette instance de réunification supérieure au-delà du plan de l'histoire, dans un royaume des cieux théologiquement inféré, lieu exclusif où l'on trouverait la plénitude de la vérité et de la vie. Mais si on parvient plutôt à construire et à articuler, tout en restant bien dans l'horizon de l'histoire, une forme alternative de l'humain, les choses changent. Une figure qui ne se confonde ni avec le 'je' de l'individuel ni avec le 'nous' de la tradition rousseauiste-socialiste, mais avec l'impersonnalité du 'il', [...] qui à l'extérieur de tout homme, permet à chacun d'exister et de penser, et de ne pas se noyer dans la prison d'une autoreprésentation sans fin. [...] Tout l'effort des mystiques a toujours visé à obtenir qu'il n'y ait plus dans leur âme aucune partie qui dise 'je'. Mais la partie de l'âme qui dit 'nous' est encore infiniment plus dangereuse.' (Simone Weil, La Personne et le sacré, 1942-43, paru en 1950, Paris 2017, p. 37) Au contraire, elle finirait même par en perpétuer les effets, en se limitant à juxtaposer les individualités [...] sans les dépasser si ce n'est en surface, en croyant les unifier à travers le seul lien de la sérialité du travail à l'usine..." (Aldo Schiavone, Une Histoire de l'égalité, Leçons pour le XXIe siècle", ibid.,p. 309-311.)

"Il est certain que les inégalités imprévues qui ont soudain vu le jour dans les sociétés occidentales [...] ont eu un poids décisif. Il faut injecter des idées dans la démocratie, et ne pas la considérer comme une forme immuable, la 'fin de l'histoire', le lieu d'une vérité acquise pour toujours, mais simplement un mécanisme imparfait, fruit d'une combinaison instable entre éléments hétérogènes. [...] Une seule réponse, totale et définitive, n'existe pas. Il n'y a pas de proportion idéale - une espèce de règle d'or - à trouver et à mettre en pratique, valable dans toutes les situations. [...] Si nous essayons de [...] réduire l'égalité démocratique à l'intérieur de ses frontières strictement formelles, [...] - droits politiques, parité des citoyens face à la loi, et rien d'autre - nous empruntons une impasse

"[...] Le moment est venu de commencer à penser un nouveau pacte d'égalité pour sauver le futur de la démocratie. [...] Un pacte d'égalité qui sache se transformer en programme politique [...] et qui parle non pas de la parité des individus, mais de la divisibilité [...] de certaines choses, de certains biens, matériels et immatériels, à commencer par le bien que constitue la vie, à partager équitablement entre tous les vivants. [...] 

"À la dernière page de La Personne et le sacré, [...] Simone Weil [...] se demande si, au fond, il est bien vrai que le Dieu-Personne de la tradition chrétienne ne laisse pas de place à la pensée de l'impersonnel - une question qui parcourt silencieusement la pensée du philosophe allemand (Hegel). Et elle conclut qu'une jonction est concevable. À l'appui, elle cite le texte de Matthieu 5,45 : 'afin de devenir fils de votre père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes', considérant ce passage comme un exemple limpide de l'allusion évangélique à un 'ordre impersonnel et divin de l'univers', et donc à la possibilité que la figure de Dieu et celle de l'homme puissent se retrouver au-delà d'une théologie de la personne conçue comme dénuée d'alternatives. Je crois bien qu'elle avait raison."  (Aldo Schiavone, Une Histoire de l'égalité, Leçons pour le XXIe siècle", ibid., p. 331-332.)

 

Antoine de Rivarol

Le rêve du retour à l'état de nature de Jean-Jacques Rousseau se transforme en cauchemar de la concurrence de tous contre tous et à la loi du plus fort ! Antoine de Rivarol avait vu qu'avec les droits de l'Homme on obtiendrait le contraire de ce que la république se proposait : c'est le retour de la barbarie.

 

« Principes désorganisateurs » disait l'abbé Barruel, qui devaient conduire à la destruction de toute autorité et de toute religion dogmatique et au rétablissement des droits imprescriptibles de l'homme primitif... C'est en fait un retour à l'Âge des cavernes, à l'état anarchique, primitif et barbare : la loi du plus fort; une incroyable régression.

 

« Là où la religion est bannie de la société civile, et la doctrine et l'autorité de la révélation divine rejetées, la vraie notion de la justice et du droit humain s'obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la justice et du vrai droit » (Pie IX, Lettre Encyclique Quanta Cura, Rome 8 décembre 1864.)

 

« Loin d'avancer indéfiniment dans la voie du progrès, comme l'on a accoutumé de s'en vanter, l'humanité semble retourner à la barbarie ! » (Pie XI, Encyclique Urbi arcano, 1922)

 

« Revenir à Dieu, c'est revenir à la civilisation; c'est en finir avec l'horreur, le chaos et la barbarie ! » (Anne Bernet, Revue Fideliter, Janvier-Février 1996, N° 109, p. 74.)

 

Toutes les crises que nous connaissons dans la société (crises de l'autorité à l'école, refus d'obéissance des enfants, crises éducatives, crises morales, crises culturelles et même crises économiques, etc.), toutes ces crises trouvent leur source dans une seule et même crise, qui est une conception erronée de l'autorité formulée par les Barbares révolutionnaires et leurs principes désorganisateurs de 1789.

 

Dans ces conditions il n'est pas surprenant d'apprendre que lors de l'élaboration de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, rien de la déclaration des devoirs qui devait y être intégrée ne subsista dans l'adoption du document final. (Source : Stéphane RIALS, La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Pluriel Inédit, Hachette, La Flèche 1988, p. 15.)

 

Si l’on veut rétablir l’ordre naturel chrétien, supprimer le désorde maçonnique, et refonder la société sur ses bases naturelles (et donc pérennes), il faut commencer par supprimer la conception erronée de l'autorité issue de 1789, et affirmer clairement que l'autorité vient de Dieu et non du peuple. (Cf. Dieu, principe et modèle de toute autorité). Il s'agit d'affirmer que la démocratie comme "religion" horizontale est une impasse qui conduit à la destruction de la société et que les droits de l'homme de 1789 dans leur article 3 conduisent à la mort de la société par un retour inévitable à la barbarie.

 

Dans son Du Contrat social, Jean-Jacques Rousseau, utilise le terme de « démocratie » dans son sens sens originel pour désigner la démocratie directe, exercée sans intermédiaires par l'ensemble des citoyens. Il avait vu juste en rapportant cette fatalité de la démocratie représentative : « la souveraineté ne peut être représentée » :  « Le peuple anglais pense être libre; il se trompe, il ne l'est que durant l'élection des membres du Parlement; sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. Dans les cours moments de sa liberté, l'usage qu'il en fait mérite qu'il la perde. » (J.-.J Rousseau, Du Contrat social, 1762, Oeuvres Complètes, Paris, Gallimard, Pléiade, 1964, III, p. 429-430.) 

 

« 'Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation', dit la révolution. [...] L'ordre des sociétés politiques est réglé par les lois premières, aussi indépendantes de la volonté de l'homme, générale ou particulière, que le sont les lois qui règlent l'ordre du firmament. L'harmonie, l'accord, le bien-être du corps social sont assujettis à des lois aussi nécessaires en elles-mêmes, que le sont les lois qui font le bien-être et la santé du corps physique, ou qui distinguent le concert du charivari. On peut par ignorance ou par mauvais vouloir méconnaître et violer les unes et les autres; on n'empêchera pas que l'effet ne soit une perturbation, perturbation souvent mortelle, ou qui finira par le devenir. La plus grande injure qu'on puisse faire à un pays, c'est d'affirmer qu'il est représenté par des hommes qui donnent comme des principes incontestables les palpables absurdités que nous venons d'indiquer.

« [...] Tous les législateurs qui n'ont eu que des lumières purement humaines ont manifestement fort mal résolu le problème. Un signe d'horreur est empreint sur toutes leurs législations. ils ont broyé, écrasé la partie la plus nombreuse du genre humain, celle des faibles. Ils l'ont mise sous les pieds des forts, d'une minorité; ils ont gardé ou introduit l'esclavage: esclavage des vaincus, des enfants, des femmes. À vrai dire, ils ont établi des règles destinées au petit nombre seulement; ils ont légiféré pour régler comment les grands se partageraient les petits et conserveraient la proie. Barbares et homicides, ils ne sont pas des législateurs.

« [...] La déclaration n'est pas seulement en opposition avec la raison et la foi; elle est en contradiction avec ses propres principes. » (Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels et la régénération de la France, 1885, Rééd. Éditions Saint-Rémi, Cadillac 2009, p. 254, 257, 258)

Mensonge l'article 4 qui dit que « les bornes (de la liberté) ne peuvent être déterminées que par la loi » (humaine). Elles ne peuvent être déterminées que par la loi de Dieu qui seule établit la distinction entre le bien et le mal, le permis et le défendu, le possible et l'impossible.

Par exemple, mensonge la loi qui déclarerait libre le divorce, le « mariage » homosexuel, donc mensonge de dire que la loi humaine détermine les « bornes » de la liberté.

Une gravure de Legrand, conservée à la Bibliothèque nationale, illustre la « loi sur le mariage et le divorce » autorisant le divorce en France, adoptée le 20 septembre 1792 par l'Assemblée nationale (jour de la proclamation de la « république »). La gravure, reproduite ci-dessous, montre « le mariage et le divorce républicain en forme de tables du Sinaï, tables de Moïse, surmontées du bonnet rouge, une sorte de déesse portant flambeau et couronnant les jeunes mariés, un simulacre d'autel où officie un fonctionnaire, un soldat en armes surveillant la scène. Tel sera le "mariage républicain". La Révolution voudra répudier le catholicisme; elle cherchera à lui substituer ses propres rites, imités de la liturgie chrétienne. » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, sous la direction de Jean Dumont, L'Église des Révolutions, Librairie Arthème Fayard, 1965, p. 12.)

La société de l'injonction au bonheur ou du bonheur obligatoire : penser l'impasse des droits de l'homme
Moïse portant les Tables de la loi

Le divorce fut conservé par les rédacteurs du Code civil, puis abrogé sous la Restauration par la loi du 8 mai 1816. Il ne fut rétabli que sous la Troisième République, avec la loi du 27 juillet 1884. 

 

Mensonge l'article 5 qui dit que « tout ce qui n'est pas défendu par la loi (humaine) ne peut être empêché ». Ce qui n'est pas « défendu » par la loi humaine, peut être « empêché » par la loi divine. Le paganisme par exemple, non empêché par la loi humaine est formellement interdit par le 7e commandement de Dieu. Le divorce est interdit par les 6e et 9e commandement de Dieu. Dernier exemple : le vol des biens de l'Église en 1905, n'est-il pas interdit par la loi de Dieu ? « Non furtum facies » (Tu ne voleras pas. Exod. 20:15).

 

Mensonge l'article 6 qui dit que « la loi est l'expression de la volonté générale », que par conséquent le nombre crée le droit. La loi ne peut être que l'expression de la volonté de Dieu, qui n'a souvent rien de commun avec la volonté générale. (Abbé Vial, Jeanne d'Arc et la Monarchie, 1910, réed. Editions Saint-Rémi, p. 33-40, 561)

« Définir la loi comme l'expression de la volonté générale, (c'est) affranchir le législateur du respect d'un ordre naturel supérieur. L'ordre juridique tout entier se trouve ainsi sécularisé.

[...] L'affirmation du caractère de cette souveraineté marque un renversement complet de l'ordre du monde : le pouvoir ne vient plus d'en haut mais d'en bas. Dès lors, le souverain est affranchi du respect d'un ordre juridique supérieur extérieur à sa volonté. La définition de la loi s'en trouve radicalement bouleversée.

[...] La loi ne se définit plus en fonction de sa finalité mais en fonction de son origine. La loi n'est plus l'acte qui participe au règne de la justice mais l'acte qui exprime la volonté du souverain... Il y a ici une tension évidente entre l'affirmation de l'existence de droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme,  et le principe légicentriste formulé par l'article 6. L'absence de procédure juridictionnelle de contrôle de la constitutionnalité des lois (d'ailleurs) empêchera de vérifier que les volontés du législateur sont effectivement pleinement respectueuses de ces "droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme". Cette absence est volontaire, comme le montrera le débat du 8 août 1791. Les députés ne veulent pas qu'un organe conservateur de l'ordre constitutionnel vienne faire obstacle à leur volonté souveraine. » (Philippe Pichot-Bravard, Conserver l'ordre constitutionnel (XVIe-XIXe siècle), LGDJ, Paris 2011, p. 356-371.) 

« [...] Aucune procédure n'est prévue pour veiller à ce que les pouvoirs constitués respectent les dispositions de la Constitution. Les Constituants n'ont pas établi d'organes conservateur vérifiant la constitutionnalité des lois. »

Dans la préface de l'ouvrage La Machine révolutionnaire, Oeuvres d'Augustin Cochin (textes réunis par Denis Sureau), Patrice Gueniffey, le disciple de François Furet, écrit p. 11 : « le club jacobin [...] accompagne l'abstraction toujours croissante des rapports sociaux au nom d'une égalité en droits théoriquement inclusive, mais aboutissant en fait à la dépossession toujours croissante des individus et au règne, sous le nom fallacieux de "volonté générale", d'une opinion collective factice et impérieuse à la fois : la fabrique du consentement sans la participation ni le consentement de ceux qui devront s'y soumettre ! »

Et Denis Sureau dans son introduction aux Oeuvres d'Augustin Cochin, rapporte ce mot de Cochin (p. 32) : « Au terme de son long travail, Augustin Cochin conclut ainsi : "La France transformée en une vaste loge – l'opinion sociale substituée à l'opinion réelle – le Machinisme à l'autorité reconnue – la liberté de principe et la servitude de fait […] : tels sont bien en effet les caractères du "grand œuvre" qui venait de s'accomplir ! » (A. Cochin, Les sociétés de Pensée et la Révolution en Bretagne 1788-1789, t. I, Paris, Plon, 1928, p. 456.)

 

La France transformée en vaste loge (A. Cochin) : c'était aussi le regard que portait sur les évènements en 1793, Mallet du Pan, ce journaliste calviniste qui, attaché à la propriété, hostile à la bourgeoisie d'argent qui avait pris le pouvoir (10 août 1792) écrivait, dans un style aussi vif que celui de Cochin : « la France est une vaste caserne : tous les révolutionnaires sont soldats ou destinés à le devenir; de gré ou de force, pour l'intérêt même de leur sûreté, les mécontents et les opprimés seront obligés de dévouer leurs armes à la défense de leurs tyrans. Une Convention décrétante et des camps, voilà le régime de la République française: les Représentants du peuple ne sont pas autre chose que les Représentants de l'armée; leur principale fonction est de voler d'une main, et de partager de l'autre leurs vols avec les soldats. Ainsi en usait Cartouche; mais Attila et Mahomet, les Beys des Mameluks et les Sheiks d'Arabes bédouins fondèrent aussi leur autorité sur des procédés analogues ! Les Huns et les Hérules, les Vandales et les Goths, ne viendront ni du Nord ni de la Mer noire, ils sont au milieu de nous.» (Mallet du Pan, Considérations sur la nature de la Révolution française, 1793, rééd. Editions du Trident, Paris 2007, p. 58.)

 

« Si la loi était l'expression de la volonté générale, il serait à peine nécessaire de l'écrire. Il n'y aurait qu'à laisser faire la volonté générale. [...] La loi expression de la volonté générale ! Le peuple souverain dictant la loi Il aurait donc édicté qu'il dépenserait une partie notable de ses revenus à payer plusieurs centaines de milliers de surveillants, de gendarmes, chargés de lui faire vouloir ce qu'il veut? qu'il hérisserait son sol de prisons destinées à le renfermer et à le punir de ne pas vouloir ce qu'il veut ? Déjà en 1797, un grand ami de la France, Joseph de Maistre écrivait du peuple français :

"Ses maîtres le foudroient en se moquant de lui. Ils lui ont dit : Vous croyez ne pas vouloir cette loi; mais soyez sûrs que vous la voulez; si vous osez la refuser, nous vous tirerons à mitraille pour vous punir de ne pas vouloir ce que vous voulez; et ils l'ont fait." (Considér. sur la France, ch. VIII, p. 126, éd. de 1853).  

 

« C'est ce qui se fait équivalemment depuis une siècle pour une multitude de lois édictées par la révolution. [...] Gendarmes, garnisaires, étaient là pour punir le peuple français de ne pas vouloir ce qu'il voulait. Comme l'on surprendrait la multitude des paysans et des ouvriers de France, qui forment la volonté générale du pays, si on leur disait qu'ils donnent librement mandat pour payer des centaines de millions o l'Université césarienne, toujours si impopulaire après un siècle d'existence; aux théâtres; aux comédiennes de Paris; et qu'ils consentent volontiers à frustrer pour cela leurs fils, leurs filles, leurs femmes, d'un bien-être qui ne serait pas du superflu ! La volonté générale aurait donc statué que, de tous les peuples de la terre, le citoyen français seraient notoirement le plus imposé !!! Quelle lumière quand on rapproche le gros des faits des prétendus principes de la déclaration (des droits de l'homme). Elle ne promet avec plus de solennités et d'ampleur, que pour dénier d'une manière plus cynique et effrontée. » (Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels et la régénération de la France, 1885, Rééd. Éditions Saint-Rémi, Cadillac 2009, p. 260-262.)

 

Le mensonge du peuple

 

«Le 14 juillet 1789 : Spontanéité avec préméditation.

Les thèses "révisionnistes" [...] à propos de la prise de la Bastille [...] ont été formulées dès la fin de l'année 1789 et pendant la Révolution elle-même; elles ont été réétudiées par des historiens comme Lombard de Langres (Des Jacobins, depuis 1789 jusqu'à nos jours, Paris 1822), Taine, au XIXe siècle, Frantz Funck-Brentano (qui possède un fonds remarquable des papiers de la Bastille, dont le registre d'écrou, et écrivit un livre sur les évènements de juillet: La Prise de la Bastille, Paris, Fontemoing, 1899), plus explicitement encore par Gustave Bord (La Prise de la Bastille et les conséquences de cet évènement en province, Paris, 1882), plus tard par Bernard Faÿ, Pierre Gaxotte (La Révolution française, Paris 1928) ou Jean Mistler. À la suite de la plupart des contemporains des évènements, amis ou ennemis du "peuple", tels Montjoie, Marmontel, le marquis de Ferrières (Mémoires pour servir à l'histoire de l'Assemblée constituante et de la Révolution de 1789, Paris an VII, et Mémoires du marquis de Ferrières, 3 vol., Paris 1821), Sourdat (Les Véritables auteurs de la Révolution de France de 1789, Paris 1797), Barruel, Dusaulx lui-même, [...] [Pierre Dominique, Le Quatorze juillet, Lardanchet, 1950], ces thèses soulignent toutes la préparation de l'émeute par des "factions".» (Jean-Pierre et Isabelle Brancourt, historiens, professeur à l'université de Tours et chargée de recherche au CNRS, dans Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Paris 2008,  p. 35-36.)

Dans son avant-propos à son ouvrage "Le Quatorze juillet" (Lardanchet 1950, p. 7), Pierre Dominique précise que « la réaction populaire [...] est conduite par des éléments politiques correspondant à ce que nous appellerions aujourd'hui la Gauche et l'Extrême-gauche et qui se groupent autour du duc d'Orléans avec, à l'arrière-plan, la franc-maçonnerie. »

« Le duc d'Orléans [Grand maître du grand Orient de France, cousin de Louis XVI] a pour lui sa fortune. C'est le plus riche seigneur du royaume. [...] En ce début de la Révolution, il paie à bureaux ouverts les journalistes, brochuriers, libellistes de tout Paris et de tout Versailles, les crieurs, parleurs, aboyeurs qui remplissent les cafés, les coupe-jarrets dont il a des dizaines à sa solde et que se chargeront de recruter en payant à boire et, le moment venu, d'encadrer les braillards dans la rue. [...] Il sait agir sur le peuple autrement qu'en le payant; il lui retire son pain, le lui redonne. Comment ? En pratiquant l'agio sur les blés; Montjoie le dit, qui est royaliste, il est vrai, mais Malouet confirme : "Les agents du duc d'Orléans faisaient aussi sur cet objet (les blés), leurs spéculations; ils faisaient vendre et acheter en divers lieux suivant qu'ils avaient besoin de la faveur ou des fureurs de la populace." On l'accusa même d'avoir fait courir de fausses circulaires, signées Necker, arrêtant les approvisionnements sur Paris du 20 avril au 15 mai, au moment où se réunissaient les États généraux.

[...] Les frères se tiennent, marchent en ordre, murmurent leurs mots de passe, suivent aveugklément leurs chefs. le pouvoir ne peut rien contre cette organisation souterraine. Il peut d'autant moins qu'elle pénètre Cour, qu'elle est maîtresse à Versailles comme à Paris. [...] Dès 88, les Maçons avec toujours en bouche les grands thèmes d'ordre et de centralisation, sont la colonne vertébrale du parti national, de ce parti dont LaFayette est le dieu, qui vit des idées politiques anglaises et américaines.

[...] L'opposition secrète de la maçonnerie à la Monarchie traditionnelle se trouve ainsi secrètement manoeuvrée par l'Angleterre, alors que l'Angleterre battue dans une guerre précédente, a sa revanche à prendre sur terre et sur mer. Grave sujet de méditation pour un patriote, mais les patriotes de l'époque ignorent tout cela: ils marchent la tête dans les nuées. » (Pierre Dominique, Le Quatorze juillet, Lardanchet 1950, p. 30, 34-35.) « Louis XVIII pourra écrire à Saint-Priest : "Je crois que le ministère britannique a fomenté et peut-être payés les commencements de la Révolution. » (Pierre Dominique, Le Quatorze juillet, Lardanchet 1950, p. 216.) « Les Financiers, Laborde, Dufresnoy, d'autres, qui ont pris position à la hausse et pour qui Necker c'est la hausse, paient d'honnêtes contributions; on a de quoi acheter qui l'on veut...» (Pierre Dominique, Le Quatorze juillet, ibid., p. 62.) « Aussitôt les banquiers ouvrent plus large que jamais leur caisse aux révolutionnaires; toute la finance prend position contre le Roi.[...] "Il paraît même, dit Mme de Staël, qu'on avait fait distribuer parmi le peuple des imprimés qui annonçaient que M. Necker était la cause de la cherté du pain parce qu'il avait accablé le peuple d'impôts et amassé du blé..." » (Pierre Dominique, Le Quatorze juillet, ibid., p. 77-79.)

« Rivarol accuse [...] les banquiers Laborde de Méréville, Boscary et Dufresnoy, entre autres, d'avoir "soudoyé" l'émeute. Delessert fournit un témoignage en ce sens. (Voir Jacques Godechot, La Prise de la Bastille, p. 249, dans Jean-Pierre et Isabelle Brancourt, Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Paris 2008, p. 43)

«[...]Tandis que le duc conspirateur se voyait cantonné au rôle de pourvoyeurs de fonds, le déroulement des émeutes de juillet 1789 rend saisissante la présence continuelle de membres des loges à tous les échelons de l'action, et dans toutes les initiatives importantes : les noms que l'on connaît des chefs ou meneurs, [...] des délégués du Comité permanent de la commune qui constituèrent des ambassades auprès de Launay, [...] des chefs de la milice bourgeoise, dont La Fayette, à partir du 15 juillet, est le plus illustre, tous ces noms, confrontés aux listes des loges conservées au Fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale de France, révèlent une étrange similitude. Bertrand de Molleville put ainsi affirmer : "C'est dans une séance de la loge des Amis réunis que fut décidée la prise de la Batille." (B. de Molleville, Histoire de la Révolution de France, t. I, p. 27). Cette préparation systématique est confirmée par l'innocent Dusaulx [homme de lettres et homme politique français. Membre de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, traducteur de Juvénal et disciple de Rousseau] qui confesse: "Le gros du peuple ne se doutait pas que l'on allait marcher sur la forteresse, mais il est certain que la prise de la Bastille avait été projetée." (Dusaulx, De l'Insurrection parisienne et de la Prise de la Bastille, 1790, p. 24.)

[...] L'appartenance des chefs du tiers au "parti patriote", est-elle [...] un secret ? Bailly, Sieyès, Le Chapelier, Mirabeau, La Fayette, [...] Guillotin, tous appartenaient à la loge parisienne des Amis réunis. [...] Tous furent les personnages clés de ces évènements de juillet. » (Jean-Pierre et Isabelle Brancourt, Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Paris 2008,  p. 41, 49.)

 

Dans sa Conférence "Fondements idéologiques et légitimité du pouvoir" donnée le vendredi 21 février 2014, Philippe Pichot-Bravard explique que « le Club des Jacobins était un réseau de sociétés affiliées (maçonniques) et donc un puissant moyen de manipulation de l'opinion. » Il dit l'avoir « constaté cela à plusieurs reprises en consultant les archives parlementaires ». « Avant chaque coup de force, avant chaque mouvement un peu brusque, le 10 août 1792, le 31 mai 1793, lors de l'élimination des Girondins, on assiste à une préparation psychologique de l'opinion par le biais des sociétés affiliées. Le Club a donné des consignes: faites remonter à l'Assemblée des pétitions demandant telles et telles choses. Ainsi, le 10 août, nous demandons la déchéance du roi, le 31 mai nous demandons l'élimination des Girondins. En août-septembre 1793 on recommence... - et là c'est génial... - on vient élaborer une constitution... La constitution a été ratifiée par referendum. 75% des gens n'ont pas voté, mais les autres ont voté... Or les Girondins qu'on a éliminés, aux élections ils vont revenir à l'Assemblée avec des royalistes qui eux aussi auront été élus. Les Jacobins n'ont pas fait tout ça pour ça ! Donc il faut trouver un tour de passe-passe pour que la constitution ne puisse pas être mise en oeuvre. Comment fait-on ? Et bien, consignes aux sociétés (maçonniques) locales et les pétitions qui remontent 15 jours après la proclamation de la constitution ! Et elles disent toutes la même chose ! "Que la Montagne reste à son poste, et notre triomphe est assuré !" On retrouve cela partout. Alors évidemment "la société populaire de" ne dit pas la société populaire, elle dit "le peuple d'Angers" ou "la société populaire et les citoyens d'Angers". D'ailleurs ce n'est pas complètement faux puisque dans le discours révolutionnaire, le peuple ce sont les militants révolutionnaires. Les autres, ce ne sont pas le peuple : ce sont les "ennemis du peuple" ! La seule chose c'est que sur 30000 habitants, ils sont 30. Mais à 30 ils sont "le peuple" ! 

On crée donc un mouvement d'opinion artificielle, avec quelques centaines de pétitions, et avec ce mouvement, on justifie le coup de force qui est prévu depuis le départ (!), mais qui fait mine de s'appuyer sur une demande du peuple populaire... On l'a fait pour le 10 août 1792, pour la déchéance du roi, le 31 mai et le 2 juin 1793pour l'élimination des Girondins, et on le fait le 10 octobre 1793 pour la suspension de la Constitution et l'établissement du gouvernement révolutionnaire, qui donnant aux Jacobins les moyens d'action va mettre en place ce programme de régénération qui est vraiment le coeur du dessein révolutionnaire depuis 1789, c'est-à-dire faire naître un monde nouveau, régénérer la France et régénérer l'homme pour rendre cet homme compatible avec ce monde nouveau ! »

Dans cette conférence, à la question de l'entrisme dans les partis politiques existant pour changer le système de l'intérieur, Philippe Pichot-Bravard, lucide, répond qu'il ne croit pas trop à cette thèse : « Je suis assez méfiant avec tout ça, parce que les règles sont faites pour empêcher le pays réel de faire ce que vous dites. Le jour où le pays réel aura peut-être, de ce point de vue, une carte à jouer, et bien les règles seront changées pour qu'il ne parvienne pas au pouvoir. Le bon terrain : il faut reprendre les hiérarchies des priorité, il est d'abord spirituel. Il est ensuite culturel. Il faut mener cette action culturelle, réveiller les esprits. » Le combat est spirituel et culturel, c'était déjà le constat de Louis XVI.

 

Le nouveau pouvoir fondé sur la souveraineté populaire n'accepte pas le résultat des élections

 

Afin de conserver le pouvoir, l'oligarchie jacobine donne du canon et fait tirer sur le peuple qui vote royaliste. À Paris, le gouvernement révolutionnaire appelle l'armée à venir le secourir les 1er avril et 20 mai 1795, la troupe s'oppose à une révolte populaire. Dans l'une et l'autre journée, les soldats sont commandés par des généraux « suspects » de sympathie royaliste (Pichegru, puis Menou). Le 13 vendémiaire an III (5 octobre 1795), les soldats commandés par Barras et Bonaparte répriment une insurrection royaliste. Bonaparte, est nommé général en chef de l'armée de l'Intérieur.

Jean-Charles Pichegru

Deux ans plus tard, les royalistes sortis vainqueurs aux élections, le gouvernement révolutionnaire est de nouveau menacé. Le 20 mai 1797, le général royaliste Pichegru obtenait la présidence du Conseil des Cinq-cents et Barbé-Marbois celle du Conseil des Anciens. Le tirage au sort élimina Letourneur du Directoire. Et le 26 mai le royaliste Barthélemy était élu comme directeur en remplacement de Letourneur. (Jean Tulard, J.F. Fayard, A. Fierro, Histoire et Dictionnaire de la Révolution française 1789-1899, Bouquins, Robert Laffont, Paris 2004, p. 391.) 

François Furet narre ainsi les évènements :

« Quand les premières élections du Directoire ont lieu, en germinal (mars-avril) 1797, [...] les royalistes prennent le contrôle des assemblées, le général Pichegru préside les Cinq-Cents, Barbé-Marbois les Anciens. Ils votent l'abolition de la loi du 3 brumaire an IV et quelques mesures adoucissant le sort des prêtres réfractaires;

les émigrés [...] ont commencé à rentrer par petits paquets, profitant d'une procédure de "radiation" de la liste fatale qui les rendait passibles de la peine de mort prévue par une loi de la Convention.

Va-t-on vers une restauration ? [...] ceux qu'on appelle les "jacobins blancs", Pichegru, Imbert-Colomès, Willot sont décidés au coup d'État pour ramener Louis XVIII et l'émigration. 

[...] Au Directoire, [...] est prêt au coup d'État pour défendre la Révolution : Reubell [...], [l]'ancien député du Tiers-État de Colmar à la Constituante, [...] représentant aux armées, investit dans la défense de la République et des frontières naturelles [...] est rejoint par Barras qui a [...] pris langue avec l'armée d'Italie et son choix est fait au printemps 1797, quand un de ses amis ramène de Milan, transmise par le général en chef, la nouvelle que Pichegru est au service de Louis XVIII. [...] La seule grande force [...] au service de la République est désormais l'armée, qui vient de se couvrir de gloire en Italie.  [...] C'est Hoche, à la tête de l'armée de Sambre et Meuse, qui fournit le coup de main décisif, en faisant marcher neuf mille hommes vers Paris en juillet, sous le prétexte d'un transfert de troupes vers Brest. [...] Dans la nuit du 17 au 18 fructidor (4 au 5 septembre 1797), Paris est occupé militairement. Augereau (bras droit de Bonaparte) arrête Pichegru et ses amis des Conseils » (François Furet, La Révolution française, ibid., p. 415), ainsi que des députés et des journalistes royalistes. Le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), le Directoire, pressé par Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie, a donc fait contre le peuple qui a mal voté un coup d'État. Belle preuve de liberté de penser, belle marque de respect pour le vote et la démocratie, belle preuve de loi « expression de la volonté générale » ! On aura en outre remarqué que le seul « complot » autorisé, le seul « complot » qui existe, est le complot royaliste :

[...] Au matin du 18, une grande affiche-proclamation du Directoire-croupion annonce aux Parisiens et au Pays qu'un complot royaliste a été brisé, et que tout individu coupable de vouloir rétablir la royauté ou la Constitution de 1793 sera fusillé sans jugement !... » (François Furet, La Révolution française, Penser la Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. 415.) [4]

 

Augereau au pont d’Arcole, 15 novembre 1796 par Charles Thévenin

 

« Ce qu'on peut réunir des Conseils siège dans la journée (18 fructidor, 4 septembre 1797) et celles qui suivent pour voter des mesures de "salut public" : l'annulation des "mauvaises" élections, qui exclut un tiers du Corps législatif, la déportation en Guyanne de cinquante-trois députés et de deux Directeurs, Carnot et Barthélémy, plus quelques royalistes notoires. Le Directoire – ce qu'il en reste – casse en même temps les élections des pouvoirs administratifs et judiciaires locaux, désormais à sa discrétion. La presse est muselée. Enfin, une série de textes frappent à nouveau les émigrés et les prêtres réfractaires, passibles de la peine de mort ou de la déportation. 

[...] Comme le 2 juin 1793, le 18 fructidor an V (1797) est un coup d'État antiparlementaire, une épuration de la représentation du peuple au nom du salut public. [...] La différence principale tient à ce que, dans le rôle de bras séculier de la Révolution, les sans-culottes ont été remplacés par l'armée. Barras et Reubell triomphent, mais en débiteurs des généraux. Hoche meurt inopinément en septembre, mais un petit général corse, devenu déjà une gloire de la nation en conquérant l'Italie, peut à son tour faire figure de sauveur. [...] Michelet l'imagine royaliste, parce qu'au témoignage de Bourrienne, son camarade de l'école de Brienne, il s'exclame que Louis XVI aurait dû faire tirer sur l'émeute, le 20 juin 1792. » (François Furet, La Révolution française, ibid., p. 415-417)

 

En Europe, les républiques soeurs connaissent le même régime militaire. Les généraux font et défont les gouvernements. Ils apprennent ainsi, bien avant le 18 Brumaire (9 novembre 1799), la technique du coup d'État : en 1798, par exemple, Joubert en Hollande, Berthier et Brune en République Cisalpine, Schauenbourg en Suisse. S'ouvre ainsi le temps des « missionnaires armés » dont l'Italie devient le théâtre des stratégies de carrière. L'armée d'Italie fut quelquefois présentée comme un porte-parole tardif de la sans-culotterie, un conservatoire de l'esprit égalitaire, et volontiers déchristianisateur, de l'an II, un réceptacle des idées jacobines. La Banque (les « Régents de la Banque de France », tels que Le Couteulx de Canteleu et Guillaume Mallet, fondateurs de la Banque de France), la haute finance et le commerce deviendront les piliers du Consulat puis de l'Empire. La misère ouvrière au XIXe siècle viendra passablement écorner l'optimisme des Lumières : le progrès du bien-être n'était pas au rendez-vous !

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Le Barbier, 1789, huile sur toile

 

Mensonge l'article 10 qui n'admet que des « opinions, même religieuses » et les suppose toutes également respectables. En dehors des opinions toujours discutables, il y a des convictions indiscutables, des vérités certaines, acquises, patrimoine de l'humanité, bases des sociétés qu'un gouvernement digne de ce nom ne doit jamais laisser mettre en discussion. Exemple: l'existence de Dieu, audacieusement remplacé dans le préambule de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 par la « présence » et les « auspices de l'Être suprême. »    

Il y a également un fossé entre dire « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses », et la réalité des persécutions antichrétiennes sous la Révolution, l'élimination des réfractaires, le génocide en Vendée. 

Tandis qu'on proclamait la liberté religieuse (article VII de la Constitution de l'an I, 1793), dès « le 28 octobre 1789, "l'émission des voeux dans tous les monastères" fut suspendue : au nom de la liberté individuelle. Le député Treilhard, membre influent de la commission ecclésiastique de l'Assemblée, prépara un décret qui les supprimait; [...] il le fit voter le 13 février 1790. Des officiers municipaux se présenteraient dans les maisons religieuses et demanderaient à chacun ou à chacun des membres de la communauté, s'il désirait sortir ou rester. Ceux qui partiraient recevraient une indemnité, pour vivre. Les religieux fidèles seraient groupés, tous ordres confondus, dans les maisons conservées. Quant aux monastères abandonnés, ils seraient mis en vente, au titre de biens nationaux. » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, L'Église des Révolutions, Librairie Arthème Fayard, 1965, p. 23.)

La Constitution civile du clergé est votée le 12 juillet 1790, elle réorganise unilatéralement le clergé séculier français, instituant une nouvelle Église (l'Église constitutionnelle) et en novembre 1790, l'Assemblée impose au clergé de prêter serment à la Nation : belle preuve de liberté de conscience et de laïcité !

L'historien membre de l'Académie française Daniel-Rops avance que « l'affaire du serment allait précipiter le cours des évènements et entraîner la chute de la monarchie, puisque c'est pour sauvegarder sa liberté de conscience que Louis XVI tentera de fuir Paris et la France, se brouillant avec la Révolution. » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, sous la direction de Jean Dumont, L'Église des Révolutions, tome IX, Librairie Arthème Fayard, 1965, p. 32.)

Le 29 novembre 1791, les « réfractaires » sont déclarés « suspects de sédition », perdent leur pension et peuvent être exilés sur décision administrative. 

« [...] À l'Assemblée, le Vendredi saint 6 avril (1792), un débat avait commencé sur l'interdiction du vêtement ecclésiastique et la suppression de toutes les congrégations religieuses; le 28 avril, les deux mesures étaient votées. [...] Le 27 mai (1792) la Législative, sur la proposition de Guadet et Benoiston, votait un décret soumettant à la "déportation" (sans jugement) – c'est-à-dire à l'exil – au-delà des frontières tout ecclésiastique que vingt citoyens dénonceraient comme insermenté (dénonciation pour incivisme). [...] Tout prêtre passible de déportation qui serait pris en France serait condamné à dix ans de détention. » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, L'Église des Révolutions, ibid., p. 39.) Belle preuve de « liberté » et de liberté religieuse ! Désormais les prêtres se trouvaient directement livrés à la malveillance des dénonciateurs, au bon plaisir des administrateurs.

« Dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, l'abbé Barruel écrit : "Dans la Révolution française, tout, jusqu'à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué. » (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, Dominique Martin Morin 1986, Niort 1998, p. 220) 

L'abbé Barruel, traqué et poursuivi durant la Révolution dut se réfugier en Angleterre, où il rédigea ses Mémoires en 1796. Jean Ousset écrit à son sujet : « Barruel a eu des révélations directes de plusieurs personnages de l'époque (témoignages de convertis et de pénitents. Ndlr.) et trouvé en Allemagne surtout, des documents de premier ordre (sur les Illuminés de Bavière d'Adam Weishaupt. Ndlr.).

« Pendant l'empire, il (Barruel) se tint à l'écart. Napoléon le soupçonna d'avoir propagé le Bref de Pie VII et le fit emprisonner à l'âge de 70 ans... Il fut inquiété de nouveau sous les Cent Jours. Sur lui pèse bien entendu la conspiration du silence qui poursuit tous ceux qui se sont attachés un peu sérieusement à démasquer les agissements de la Secte. » (Jean Ousset, Pour qu'Il règne, Dominique Martin Morin 1986, Niort 1998, p. 220.)

 

 

Augustin Barruel indique par exemple que la fuite de Varennes fut organisée par la franc-maçonnerie (La Fayette) afin de perdre la monarchie.

Daniel-Rops précise qu'«à Pâques de 1791, le roi, ayant voulu aller à Saint-Cloud recevoir le sacrement des mains d'un prêtre fidèle, la populace, ameutée par le tocsin de Saint-Roch, s'y était opposée. Blessé dans ses convictions les plus profondes, Louis XVI s'était alors résolu à accepter le plan d'évasion qu'on lui proposait depuis déjà longtemps. Le 20 juin (1791), il partait avec toute sa famille, vers la frontière de l'Est, où l'armée des émigrés devait l'accueillir.[...] Lorsqu'à Varennes le maître de poste Drouet eut arrêté la voiture du monarque la monarchie elle-même était perdue. » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, L'Église des Révolutions, ibid., p. 32.)

Le traître La Fayette (membre de la loge La Candeur) ne laissa le roi dans l'illusion que pour le ramener couvert d'opprobre, et resserrer ses liens à son retour : « Les monuments publics pourraient manquer à l'historien sur la conduite de La Fayette dans cette circonstance. Bien des personnes ont voulu faire croire qu'il (La Fayette) n'avait pas été prévenu du départ du roi; voici la vérité des faits: une femme allemande mariée à un Français nomme Rochereuil, était attachée à la reine en qualité de porte-chaise-d'affaires. Cette femme avait témoigné tant d'imagination et versé de larmes sur les horreurs des 5 et 6 octobre (1789 marche sur Versailles), que la reine touchée de ces preuves d'attachement, lui donna sa confiance, la chargea du soin de préparer ses bouillons, et la logea au rez-de-chaussée de son appartement, dans une chambre qui communiquait à l'appartement qu'avait occupé M. le duc de Villequier. Au commencement de juin, la reine méditant son évasion, fit transporter dans une autre chambre la femme Rochereuil. Celle-ci soupçonna des projets; elle épia le roi et la reine. La confiance qu'on avait en elle, la mit à portée de connaître exactement ce qui se méditait pour la fuite du roi. Le 10 juin, elle en dénonça les préparatifs à MM. de La Fayette, de Gouvion, et au Comité des recherches de l'Assemblée nationale. Elle eut avec eux onze conférences, dans l'espace de neuf jours. D'après ces dénonciations, M. de La Fayette chargea treize officiers de confiance, de faire toutes les nuits des patrouilles dans l'enceinte des Tuileries, avec l'ordre secret de favoriser l'évasion. Ses ordres furent donnés de même sur la route. Drouet fut prévenu du rôle qu'il avait à jouer. Tout le reste de la fatale journée de Varennes et de l'arrestation du roi se conçoit aisément, si ce n'est cependant l'excès de cette insolence avec laquelle La Fayette usa de sa victoire, et des outrages qu'il fit essuyer à Louis XVI, en le ramenant dans sa prison des Tuileries. » (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, éd. de Chiré, tome 1, Poitiers 2005, p. 466-467.)

« Déjà s'élevaient les premières voix demandant la déchéance d'un souverain qui avait fui. [...] L'échec de Varennes faisait le lit de la république. » (J. Tulard, J.F. Fayard, A. Fierro, Histoire et Dictionnaire de la Révolution française 1789-1799, Robert Laffont, Paris 1998, p. 838.)

« Louis XVI, à son retour de Varennes, confessa [...] : "Que n'ai-je cru, il y a onze ans? Tout ce que je vois aujourd'hui, on me l'avait annoncé." » (Louis Blanc, Histoire de la Révolution française, t. II, p. 74 à 81 cité dans Jean Ousset, Pour qu'Il règne, Dominique Martin Morin 1986, Niort 1998, p. 220.) 

« Enfermé, de fait, aux Tuileries, depuis le triste retour de Varennes, Louis XVI avait certainement beaucoup évolué. Il se reprochait d'avoir été trop faible, lorsque les évènements avaient commencé. Sur le plan religieux sa conscience souffrait de l'approbation qu'il avait donnée à la Constitution civile, et toutes ses sympathies allaient certainement aux prêtres qui refusaient le serment. (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, L'Église des Révolutions, ibid., p. 38.)

 

La chute de la royauté et actes de cannibalisme à Paris

 

Massacre des Tuileries (10 Août 1792)

Le 10 août 1792 est la journée au cours de laquelle fut envahie l'Assemblée ainsi que le Palais des Tuileries, siège de l'Exécutif pris d'assaut. Un directoire secret entre les amis de La Fayette et du girondin Brissot lâcha des « manifestants » préparés politiquement et militairement pour susciter cette insurrection parisienne non spontanée (Cf. Gérard Maintenant, Les Jacobins, collection Que sais-je? PUF, Paris 1984, p. 52-58) qui devait aboutir à la proclamation de leur « république », le 20 septembre 1792.

 

Gérard Maintenant précise que jusqu'à la parution de son ouvrage "Les Jacobins", « la participation jacobine à cette journée n'a jamais été réellement abordée. On a beaucoup écrit sur le rôle joué par les dirigeants Robespierre, Danton, et sur leur soit-disant effacement relatif. M; Reinhard a insisté sur l'existence d'un Directoire secret composé entre autres d'Anhoine, Chabot, Carra, lequel organisa l'insurrection. Il tint sa première réunion au faubourg Saint-Antoine, à l'auberge du Soleil d'Or, le 26 juillet. Il est permis de rester sceptique quant aux déclarations de  Carra qui écrivit le 30 novembre 1792 un "Précis historique et très exact sur l'origine et les véritables auteurs de la célèbre insurrection du 10 août dernier, qui a sauvé la république."

"Ce directoire secret fut formé par le Comité central des Fédérés, établi dans la salle de correspondance aux Jacobins Saint-Honoré... J'écrivis de ma main tout le plan de l'insurrection, la marche des colonnes et l'attaque du château. Simon fit une copie de ce plan et nous l'envoyâmes à Santerre...."

« La question du rôle précis joué par les Jacobins dans cette journée mérite certainement d'être examinée. [...] Il semble bien établi que les Jacobins se rallièrent, dès le 29 juillet, aux thèses de Robespierre qui proposa la "destitution" du roi. [...] Mais une insurrection ne s'improvisant pas, les Jacobins participèrent à la création du "Directoire secret" insurrectionnel. [...] Le club pratiqua, fin juillet, une double action : l'une, légaliste, au grand jour, faite de motions de pétitions, de résolutions s'inscrivant dans le cadre des institutions; l'autre, secrète, annonçant la stratégie babouviste de prise du pouvoir. Choudieu, député jacobin à l'Assemblée législative et futur conventionnel montagnard, dans ses Mémoires, [...] donna [...] une vision assez juste de la préparation du 10 Août, en mettant en évidence le mouvement sectionnaire.

"Mais où donc fut préparé le 10 août me demandera-t-on ? Ce fut dans les quarante-huit sections, non pas secrètement, mais au su de tout le monde et de la cour elle-même. Parmi les représentants, Bazire, Chabot et Merlin (de Thionville) ont levé les premiers l'étendard de la révolte... Des assemblée secrètes se tenaient dans le faubourd Saint-Antoine, et les trois députés... s'y rendaient toutes les nuits. Mais malgré toute leur audace, ils n'auraient pas réussi s'ils n'eussent été secondés par les assemblées des différentes sections de Paris qui poussaient aussi au mouvement. Celle de Mauconseil se déclara la première en insurrection..."

 

« Agissant au sein même de leur section respective, les Jacobins contribuèrent, d'une façon décisive, à la mise en pratique d'un stratégie insurrectionnelle. Buchez et Roux écrivent: "Les Jacobins sont les provocateurs du 10 Août; les agents principaux de cette insurrection sont sortis de son sein." »

(Gérard Maintenant, Les Jacobins, Presses Universitaires de France, Paris 1984, p. 52-58.)

 

Frantz Funck-Brenatano rapporte : « Le 10, les Tuileries étaient envahies par les éléments extrêmes de la faction révolutionnaire, à l'instigation de Robespierre, qui aura le droit de se proclamer l'auteur du coup de force. [...] L'assemblée s'empressa de décréter l'abolition de la royauté; [...] Puis, sous la pression de la Commune de Paris, qui obéissait à Robespierre, elle décida l'élection d'une assemblée nouvelle qui sera la Convention. » (Frantz Funck-BrentanoLa Révolution française, Voir... et... Savoir, Paris : Flammarion, 1935, p. 30.)

 

Jean Tulard sur les « sections » : « Le 9 août (1792) au soir, les députés de la Législative se séparèrent tout en sachant que les sections se préparaient au combat. À 23h45, la grosse cloche des Cordeliers se mit à sonner. D'autres églises répondirent. C'est Danton qui aurait donné le signal. Tout était prêt. De 20 heures à 21 heures, les sections s'étaient réunies pour désigner des commissaires avec mission d'intimider ou remplacer les membres du conseil général de la Commune de Paris jugés trop modérés. À 23 heures, les commissaires étaient à l'Hôtel-de-Ville où ils obtenaient sans problème une salle destinée à abriter leurs délibérations. Ainsi s'établissait parallèlement à la commune légale un pouvoir insurrectionnel qui allait la supplanter. [...] Les insurgés (fédérés et membres des sections) entreprirent de cerner les Tuileries. On réveilla le roi pour lui faire passer en revue la garde nationale et stimuler l'ardeur de cette dernière à défendre le château. Mais le roi ne trouva pas les mots qui convenaient. [...] À 8 heures du matin, les Tuileries avaient été investies. |...] À l'Assemblée [...], sous la pression des députés, le roi signa un billet ordonnant aux Suisses de cesser le feu et de regagner leurs casernes. Ils obéirent mais comme ils opéraient leurs mouvements, ils furent cernés et massacrés dans des conditions ignobles par les émeutiers. [...] La Terreur était lancée. [...] Le roi fut finalement suspendu "jusqu'à ce que la Convention nationale eût prononcé." » (Jean Tulard, J.F. Fayard, A. Fierro, Histoire et Dictionnaire de la Révolution française 1789-1899, Bouquins, Robert Laffont, Paris 2004, p. 98.)

 

Sur ces évènements ignobles du 10 août, et le rôle joué par Danton, Bernard Faÿ évoque la minorité qui dirige :  « À minuit, Danton donna l'ordre de sonner le tocsin des Cordeliers. D'autres cloches répondirent. Tout se déroula ensuite selon ses ordres, et selon ses espoirs. [...] En décidant de partir pour l'Assemblée, le Roi accomplit l'acte le plus pénible, mais aussi le plus patriotique de sa vie; jusqu'au bout, il refusait de verser le sang français qui ne lui semblait jamais "impur". La ruine de la Monarchie ne résulta du reste point de sa retraite dans l'Assemblée, mais de l'émeute sanglante qui se produisit aux Tuileries après son départ, émeute suscitée par l'artifice des meneurs qui voulaient du sang pour intimider les députés. [...] Les gardes suisses [...] manquant de cartouches et accablés par le nombre, ils succombèrent; le roi, prévenu, essaya d'arrêter le carnage. Il donna ordre de cesser le feu; quelques suisses réussirent à se réfugier à l'Assemblée, les autres furent massacrés et déchiquetés, comme des animaux vaincus dans une lutte entre bêtes féroces. [...] 600 Suisses et 200 défenseurs du Château dépecés, les Tuileries entièrement pillées, 98 morts chez les assaillants, avec quelque 200 ou 300 blessés, tel fut le bilan de cette victoire que ses héros célébrèrent en promenant dans Paris les têtes et les organes des vaincus. [...] Ainsi s'écroulèrent et la Monarchie, vieille de douze siècles, et la Constitution, vieille de dix mois, et la législative, qui ne dura pas un an. [...] L'Assemblée élue jadis par une minorité d'électeurs, eux-mêmes une minorité dans le pays, ne se composait plus que d'une minorité de députés; elle usurpait les fonctions de l'exécutif qu'elle remplaçait par un "Comité exécutif".» (Bernard Faÿ, La Grande Révolution, Le Livre contemporain, Paris 1959, p. 363-364.)

« Rien de spontané dans ce soulèvement, pas plus que dans les précédentes manifestations populaires: le peuple, ou ce qui est censé le représenter, est mis en condition, encadré, conduit là où l'on veut qu'il aille. Ce 10 Août a été prémédité, et même commandité. les chômeurs marseillas qu'on a fait "monter" à Paris, et qui vont constituer la première force de frappe, sont payés trente sous par jour (ce qui est alors un salaire fort confortable) et ils recevront, avec le prix de leurs amres, une gratification supplémentaire de trois mille livres (soit deux à trois années du salaire moyen d'un ouvrier qualifié). Les Sans-Culottes parisiens, qui représentent la seconde force de frappe, touchent eux-mêmes quarante sous pour chaque séance de section, s'ils assurent n'avoir pas d'autre ressource. La colère ds émeutiers n'est pas gratuite ! [...] L'aube se lève sur la journée du Dix Août: inauguration de la Terreur. [...] Le roi a donné aux Suisses l'ordre de ne pas tirer. C'est les offrir à la "canaille" des faubourgs. [...] Les Suisses sont scalpés, éventrés, émasculés, dépecés ! Une fille publique, rue Fromenteau s'occupe tranquillement à délayer une cervelle du bout de son pied (Philippe Morice, dans ses Souvenirs). [...] Le jeune capitaine Bonaparte, qui habite alors rue du Mail, et qui s'est rendu au Carrousel, traverse le jardin des Tuileries: le spectacle des cadavres suisses lui donne la nausée. Bilan global : [...] sept ou huit cents tués dans le camp royal. Dans son Histoire des Girondins, Lamartine évoquera généreusement "les quatre mille cadavres" que, le lendemain, collectent les tombereaux de la Commune à la lumière du feu qui embrase les abords du palais, et qui donne "aux eaux de la Seine l'apparence du sang". » (René Sédillot, Le Coût de la Terreur, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée, p. 9-10.)

Ghislain de Diesbach dans Le Livre Noir de la Révolution française (Cerf, Paris 2008, p. 61-63) rapporte les actes ignobles commis sur les corps des Suisses : « Les Fédérés traquent les Suisses à travers les appartements, les assomment, puis se livrent à une véritable boucherie; les Suisses sont éventrés, empalés, ou saignés à mort. Des viragos les déculottent, leur tranchent le sexe ou se font des cocardes avec leurs boyaux, d'autres dépècent l'enseigne Georges-François de Montmollin et lui dévorent le coeur. De petits tambours sont lacés par les fenêtres sur les piques et les fourches, d'autres jetés dans les chaudières des cuises royales, qui ont continué de fonctionner, et bouillis tout vifs. Un tambour de neuf ans, qui sanglote accroché au cadavre de son père, est cloué à coups de baïonnettes sur celui-ci. Les médecins sont massacrés, tandis qu'ils donnent leurs soins aux blessés. les scènes de sadisme et de cannibalisme se multiplient. [...] [D]es ivrognes dansent la carmagnole aux carrefours en agitant des lambeaux de chair humaine au bout de leurs piques. [...] Le 10 août produisit en Suisse un déplorable effet, inspirant aux familles des victimes une invincible répugnance à l'égard de la République française, issue d'un bain de sang, répugnance accrue par l'invasion de la Suisse en 1798. Non contents de piller systématiquement le pays, de l'écraser d'impôts et de réquisitions, les Français, brandissant d'une main une torche et de l'autre la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, tout en répétant à satiété les mots vertu, justice, liberté, y firent plusieurs massacres spectaculaires, enfermant la population dans l'église et y mettant le feu, comme à Stans, et dans l'Unterwald où neuf églises furent brûlées avec les habitants des villages. » 

« Le 11 août, [...] était établie une commission martiale pour juger les Suisses échappés au massacre la veille, coupables d'avoir rempli leur devoir et de ne pas s'être laissé massacrer docilement, commission qui sera à l'origine du tribunal révolutionnaire ayant été transformé dès le 15 août, à la requête encore de Robespierre, en un tribunal destiné à juger "les complices de la conjuration du 10 août" ! » (Frantz Funck-BrentanoLa Révolution française, Voir... et... Savoir, Paris : Flammarion, 1935, p. 31.)

« Cette minorité active va alors mettre tout en oeuvre pour parvenir au pouvoir au moment où vont se tenir les élections pour la Convention. Elle commence par Paris, désormais sous la coupe des patrouilles jacobines (Danton écrit à propos des massacres de septembre : "C'est dans Paris qu'il faut se maintenir par tous les moyens. Les républicains sont une minorité infime, et, pour combattre, nous ne pouvons compter que sur eux; le reste de la France est attaché à la royauté." » (Robinet, Procès des dantonistes, p. 45, cité dans Hippolyte Taine, Les Origines de la France contemporaine, t. III, La Révolution: La Conquête jacobine, 101-1904, Paris, Robert Laffont 1986, p. 330, dans Le Livre noir de la Révolution française, Les Editions du Cerf, Paris 2008, p. 110-111.)

Depuis les élections de juin 1791 qui se traduisirent par une forte abstention, « les consultations organisées les années suivantes »,... n'ont « jamais mobilisé plus du cinquième des électeurs. » « La promotion aux responsabilités se faisait en circuit fermé : les fonctionnaires peuplent les assemblées chargées d'élire les fonctionnaires. [...] L'oligarchie née de ces pratiques n'était pas moins un démenti des attentes. [...] On n'imaginait pas que l'élection puisse conduire à la formation d'une "classe" politique distincte du reste de la société. » (Patrice Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire, Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 88-88).

 

Frédéric Bluche résume ainsi la non-spontanéité des journées révolutionnaires: 

« Il est ainsi possible, à partir de plus caractères dominants, de brosser à larges traits le déroulement d'une journée révolutionnaire type. Quelque soit la part de la spontanéité dans les mouvements populaires, l'origine d'une journée révolutionnaire ne peut être considérée comme spontanée. L'initiative ne vient pas exclusivement d'en bas; elle vient parfois d'assez haut. Si les mystères demeurent sur les véritables organisateurs des journées d'octobre 1789, la journée du 20 juin 1792 a sans doute été inspirée par les Brissotins-Girondins et leurs amis de la Commune de Paris (Pétion et Manuel, respectivement maire et procureur); celle du 10 Août et celle du 2 juin 1793 sont ouvertement cautionnées par des ténors de la Montagne. » (Frédéric Bluche, et Stéphane Rials, Les Révolutions françaises, Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1989, p. 234-235.)

 

Jean de Viguerie ajoute: « L'histoire de la France pendant la Révolution est l'un des épisodes les plus dramatiques de l'histoire du christianisme. Une grande persécutions sévit alors contre la religion. Cette persécution fut inattendue, surprenante et d'une extrême cruauté.

« Elle fut inattendue. Quatorze siècles s'étaient écoulés depuis la dernière persécution du paganisme, celle de Dioclétien. [...] La persécution exercée par la Révolution française est la première en date en occident depuis l'édit de Constantin.

Cette persécution fut surprenante. N'advenait-elle pas au siècle des Lumières, au siècle qui avait exalté la tolérance ? Elle fut d'une extrême cruauté. Elle fit périr 8 000 prêtres, religieux et religieuses, et plusieurs milliers de laïcs mis à mort en haine de la foi. L'accusation de férocité lui fut portée un jour par l'une de ses victimes. C'était au Puy-en-Velay en 1794. Suspectée d'avoir reçu chez elle son fils, prêtre réfractaire, Mme Beauzac, âgée de soixante ans, venait d'être condamnée à mort. Au moment de monter à la guillotine, elle se tourna verses juges, et les apostropha ainsi : "Une chienne peut nourrir ses petits, et une mère ne pourrait nourrir son enfant. Vous êtes plus féroces que des tigres." (Cité dans Jacqueline Bayon-Tollet, Le Puy-en-Velay et la Révolution française 1789-1799, Saint-Etienne, Université de Saint-Etienne, 1982, p. 338.)  

[...] On ne saurait oublier le serment exigé des prêtres contre leur conscience. On ne peut passer sous silence la déchristianisation systématique, l'instauration des cultes sacrilèges, et tant d'autres mesures violatrices des consciences et des âmes. La prison, la déportation et la mort ne sont que les conséquences extrêmes d'une détermination affirmée, explicite de changer les esprits et d'imposer la volonté de l'État. [...] [C]ette volonté existe et se manifeste dès le début de la Révolution. » (Jean de Viguerie dans Le Livre noir de la Révolution française, Les Editions du Cerf, Paris 2008, p. 213-214.)

« [L]a Terreur est bien en germe dès les débuts de la Révolution. » Préface de Mona Ozouf dans François Furet, La Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. XVIII.)

Nommé surintendant (ministre) des finances à la place de Jacques Necker, Joseph-François Foulon, un vieillard de soixante-quatorze ans, a été pendu à la lanterne de la place de Grève face à l'hôtel de Ville le 22 juillet 1789, puis décapité devant l'Hôtel de ville de Paris, en présence du nouveau maire Jean-Sylvain Bailly et de Lafayette, commandant de la Garde nationale, en même temps que l'intendant de Paris, Berthier de Sauvigny, avant d'avoir, comme lui, sa tête promenée au bout d'une pique. "Un coup d'Etat est chose sérieuse. La Cour va s'en apercevoir. Et d'ailleurs l'adversaire sait tout. Montgaillard, historien royaliste, dit que les mémoires de Foulon furent lus devant Narbonne, qui avertit sa maîtresse, Mme de Staël, laquelle en informa Necker ou Mirabeau. Peu importe le canal par où se font les fuites; l'autre camp voit clair dans le jeu du Roi." (Pierre Dominique, Le Quatorze juillet, Lardanchet 1950, p. 75.)

 

Les journées d'Octobre 1789. « On se mit en route le 5 octobre : sept ou huit mille individus, des femmes en majeure partie; troupe débraillée, hurlante, [....] Des harangères, chevauchaient des pièces d'artillerie tirées à la bricole. L'armement de la bande était des plus variés: fusils, hallebardes, piques, sabres et pertuisanes, faux à faucher le blé, broches, couteux de cuisine emmanchés au bout d'un bâton. À Versailles, dans le désarroi, la défense du château fut lamentable comme l'avait été celle de la Bastille. Quelques gardes du roi furent tués, leurs têtes, en style révolutionnaire, fichées au bout de piques sanglantes, cependant qu'une partie de nos conquérantes envahissaient l'Assemblée où elles s'installaient familièrement à côté des députés. [...] Louis XVI avait été contraint de se montrer à la foule, avec ses enfants, sur l'un des balcons du château. Contre la reine, qui vint à ses côtés, furent criées des menaces de mort. L'un des héros la mit en joue : la reine demeura impassible; le fusilleur n'osa tirer. La manifestation, en sa violence, dura jusqu'à deux heures du matin. La famille royale dut monter en carrosse, escortée d'une foule hurlante et qui portait au bout de piques sanglantes les têtes des gardes du corps massacrés. On les avait pour leur entrée dans la capitale, frisées, enrubannées. Le cortège allait au pas; on mit neuf heures de Versailles aux Tuileries. Le roi et les siens s'y installèrent. [...] Comme l'écrit P. Gaxotte : "les clubs tiennent leurs otages.» (Frantz Funck-Brentano (1862-1847), de l'Institut, La Révolution française, Voir... et... Savoir, Paris : Flammarion, 1935, p. 17.)

 

« En 1789 la Révolution commençante abolit l'ordre du clergé, supprime la dîme qui représentait plus de la moitié des revenus des prêtres, et nationalise les biens ecclésiastiques. » (Jean de Viguerie dans Le Livre noir de la Révolution française, Les Éditions du Cerf, Paris 2008, p. 213-214.) On se demande où est la laïcité – comme principe de distinction des pouvoirs temporel et spirituel – là dedans ?

« La suppression de l'ordre du clergé et la confiscation de ses biens placent les ministres du culte dans la dépendance entière de l'État. Il n'y aura plus désormais d'Église face à l'État. [...] [E]n confisquant les biens, c'est l'ordre du clergé que l'on veut achever de détruire. Comme le déclare le députe Le Chapelier, "si le clergé demeure propriétaire, il continuera à former un ordre dans la nation." (Cité dans Pierre de la Gorce, Histoire religieuse de la Révolution française, t. I, p. 150.)

[...] La nationalisation n'affecte pas seulement le clergé. La spoliation du clergé va contre les intentions des donateurs et des fondateurs qui, en constituant par leurs libéralités le patrimoine ecclésiastique, ont donné à l'Église et non à l'État. Elle lèse les pauvres, l'Église se servant de ses biens pour un grand nombre d'oeuvres d'assistance et d'éducation, et l'État, quoi qu'il en Veuille, n'étant pas encore en mesure de prendre en charge la totalité de ces oeuvres.

1790 est une année plus mauvaise encore. Le décret du 13 février 1790 interdit de prononcer des voeux solennels de religion, et supprime tous les ordres où l'on fait ce genre de voeux, c'est-à-dire tous les ordres monastiques ! [...] les religieux pressés de quitter leurs couvents, et bientôt rejetés de force dans la vie du siècle.

[...] La même année, la loi intitulée "Constitution civile du clergé" [...] crée une nouvelle Église en France, l'Église de l'ordre nouveau, simple administration du culte (!) [...] une Église d'État, [...] et une Église schismatique, les évêques se voyant interdire de solliciter du pape leur institution canonique et leur juridiction spirituelle. [...] L'Église de France est séparée de Rome en vertu de la loi. Ainsi est-elle condamnée au schisme. Car le schisme est vite rendu obligatoire. Par le décret Voidel, voté le 26 novembre, évêques et curés sont mis en demeure d'y adhérer.. Sous peine d'être démis de leurs fonctions, ils doivent jurer fidélité "à la nation, à la loi et au roi et à la Constitution." [...] C'est le serment constitutionnel. Si l'évêque veut garder son diocèse, si le curé veut garder sa paroisse, ils sont obligés de le prêter. Jurer ou s'en aller, telle est l'alternative. » (Jean de Viguerie dans Le Livre noir de la Révolution française, Les Éditions du Cerf, Paris 2008, p. 214-215) On se demande là encore où sont la laïcité et la liberté de conscience dans toutes ces mesures ?!... 

« Donc, en cette fin de l'année 1790, un an et demi à peine après le commencement de la Révolution, et alors que ce n'est pas encore manifestée la persécution sanglante – les premiers assassinats de prêtres datent de l'été 1792 – l'Église est déjà humiliée, asservie, mutilée. Humiliée par la confiscation de ses biens, asservie par l'État, mutilée par l'abolition des ordres religieux et par la suppression de 52 diocèses et de près de 4 000 paroisses. Mutilée, amputée, adjugée au plus offrant, vendue à l'encan: dès 1790, on commence à disperses aux enchères les biens des ordres religieux et ceux des paroisses supprimées, on vend des monastères, on vend des églises abbatiales. La France monastique est vendue. On vend même des églises paroissiales et des chapelles. À Angers, au début de 1791, l'église Saint-Denis, paroisse supprimée, est vendue à un menuisier. En Bretagne, dans le seul district de Locrognan, 13 chapelles sont vendues.

(En 1792) La Convention les déporte (les prêtres) et ordonne la mort pour tous ceux qu, refusant de quitter la France, se sont soustraits à la déportation. On est ainsi passé par trois étapes : 1) il faut prêter serment sous peine d'être démis; 2) il faut prêter serment sous peine d'exil; 3) il faut quitter le territoire ou se laisser déporter sous peine de mort. On est passé d'une liberté sous condition à une contrainte absolue. [...] Ce n'est pas la liberté ou la mort, c'est la liberté et la mort. » (Jean de Viguerie dans Le Livre noir de la Révolution française, Les Editions du Cerf, Paris 2008, p. 215-218)

En 1793, la Terreur s'installe, qui suspend toutes les grandes libertés: liberté individuelle à laquelle met fin la "loi des suspects" du 17 septembre 1793. « La guillotine dressée en permanence est devenue moyen de gouvernement. » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, sous la direction de Jean Dumont, L'Église des Révolutions, tome IX, Librairie Arthème Fayard, 1965, p. 53.) 

Les ouvriers ont été envoyés à la guillotine par charrettes entières (fournées). Les « décapitations [...] concernent pour 28% des paysans, pour 31% des artisans et des ouvriers, sans doute pour plus de 20% des marchands ... 8 à 9% des nobles, pour 6 à 7% des membres du clergé. »  (René Sédillot, Le Coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 24.)

"La véritable guillotine". Gravure anonyme. Musée Carnavalet. (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, sous la direction de Jean Dumont, L'Église des Révolutions, tome IX, Librairie Arthème Fayard, 1965, p. 72.)

 

« Le bilan estimé des morts liées à la Révolution demeure toujours incertain. [...] On s'en remet souvent aux calculs de Donald Greer en 1935 qui recense 30 000 à 40 000 victimes des procédures juridiques (fusillées et guillotinées). Il s'agit d'une base minimale à laquelle il faut ajouter environ 170 000 victimes vendéennes. »  (Patrice Gueniffey in La Révolution française, Préface de Michel Winock, L'Histoire Edition, 2014, p. 119-120.)

 

Pie VI (1175-1799)

« Pie VI [...] s'écriait, après avoir lu le récit de la mort de M. de Sandricourt, évêque d'Agde, une des dernières victimes de Robespierre, arrêté uniquement parce qu'il fallait un évêque légitime dans la fournée, et alors qu'il vivait totalement à l'écart de la politique, occupé seulement à prier : "Qu'on me dise que tous ces prêtres ne meurent pas pour la foi ! Voilà bien de vrais martyrs !" » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, sous la direction de Jean Dumont, L'Église des Révolutions, tome IX, Librairie Arthème Fayard, 1965, p. 71.)

 

« Le "catéchisme national", comme disait (le révolutionnaire) Barnave, reposait sur des bases irréligieuses. L'historien Mathiez, connu pour son agnosticisme, l'a noté en une formule parfaite: "Les principes de 1789 sont présentés comme un corps de doctrine qui se suffit à lui-même, qui tient sa valeur de l'évidence rationnelle et nullement de la révélation. Ainsi l'humanité devient son propre Dieu." (Albert Mathiez, historien socialiste de la religion civile révolutionnaire, cité dans Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, L'Église des Révolutions, ibid., p. 20.)

Albert Mathiez fut l'éditeur des œuvres de Saint-Just, le président de la Société des études robespierristes, et l'initiateur de la comparaison bolchevisme/jacobinisme. En 1920, il voyait dans l'institutionnalisation des soviets par Lénine un moyen d'« éviter les  inconvénients de la bureaucratie et du parlementarisme, et réaliser autant que possible ce gouvernement du peuple par le peuple qui est pour lui, comme pour Rousseau et pour Robespierre, le propre de la démocratie véritable. » (Article paru dans Le Progrès civique des 11 et 18 septembre 1920, cité dans François Furet, Le passé d'une illusion, Essai sur l'idée communiste au XXe siècle, Robert Laffont/Calmann-Lévy, Mesnil-sur-l'Estrée 1995, p. 92.)

 

« D'autre part, l'article 10 affirme de manière alambiquée une liberté de culte strictement encadrée par l'"ordre public établi par la loi" : le Religieux est soumis au politique. » (Drôle de conception de la "laïcité" !)

 

[...] Le triomphe de la loi positive, "expression de la volonté générale," expression d'une souveraineté qui réside "essentiellement dans la nation" renverse la source de la légitimité. [...] La loi suprême, la loi positive n'est plus soumise au respect d'un ordre naturel. Rien ne peut faire obstacle à la volonté de la nation souveraine, beaucoup plus absolue que la volonté tempérée du Roi sous l'Ancien Régime. » (Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, Via Romana 2014, p. 87; 92; 101; 107.) « Cette monarchie tempérée que Louis XVI avait décrite lors de la séance royale du 23 juin 1789. » (Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, ibid., p. 249.)

Constituant un « appel au peuple », l'historien Jean-Christian Petitfils qui commente cette Déclaration du roi adressée à tous les Français du 23 juin 1789, indique qu'« écrite de sa propre main, sans pression ni contrainte, [...] le roi y travailla quatre ou cinq mois, à l'insu de ses ministres. [...] Louis XVI commence par énumérer les gestes de bonne volonté qu'il a accomplis afin d'éviter la guerre civile et les sujets de défiance : la convocation des états généraux, le doublement du tiers, la réunion des ordres, le renvoi des troupes en juillet 1789, sa visite de conciliation à Paris, son installation aux Tuileries malgré les incommodités du lieu, alors qu'il aurait pu s'échapper de Versailles, le renvoi de ses fidèles gardes du corps... [Imaginez-vous aujourd'hui un quelconque président de la république agir de la même façon pour s'en remettre à des Français insurgés et les inviter à discuter avec lui ? NdCR.] Évitant de se référer à ses droits de souverain légitime, il (Louis XVI) évoque alors les cahiers de doléances, qui stipulaient que la confection des lois devait se faire de concert avec lui... Or l'Assemblée nationale, au mépris de cette demande, lui a imposé tous les articles qu'elle jugeait appartenir au domaine constitutionnel. [...] Que restait-il au roi sinon "le vain simulacre de la royauté" ?

[...] L'Assemblée triomphe, explique le roi, elle s'imagine omnipotente, mais elle est en réalité dominée par la Société des Amis de la Constitution - autrement dit le Club des Jacobins (club réunissant l'ensemble de la franc-maçonnerie. NdCR.) et ses multiples filiales, qui ont tissé sur le pays une véritable toile d'araignée, avec d'autant plus de facilité que l'administration s'est effondrée. Les clubs dominent tout, envahissent tout, s'arrogent tout, grâce à leurs comités de correspondance, leurs journaux, leurs pamphlets "calomniateurs et incendiaires" qui tyrannisent les esprits libres et s'acharnent à renverser les "derniers restes de la royauté", au nom d'idéaux abstraits éloignés de l'expérience et du bon sens.

"Français, s'exclame-t-il, est-ce là ce que vous attendiez en envoyant vos représentants à l'Assemblée nationale ? Désirez-vous que l'anarchie et le despotisme des clubs remplacent le gouvernement monarchique sous lequel la Nation a prospéré pendant quatorze cent ans ?" Et de conclure : "Français, et vous surtout Parisiens, [...] revenez à votre roi; il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n'aura-t-il pas à oublier toutes ses injures personnelles et de se revoir au milieu de vous lorsqu'une Constitution, qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée [que de naïveté de la part du roi au sujet des intentions antichrétiennes réelles des francs-maçons du club des Jacobins!], que le gouvernement sera rétabli sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l'état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables !". 

(Dans cette déclaration du roi du 23 juin 1789), « [o]n y trouve des éléments traditionnels et d'autres plus nouveaux : le roi, comme dans la pure conception monarchique, est inséparable de l'État et de la Nation, dont il est l'incarnation. Il veut le bien du peuple. Il n'a cessé de le dire et de le répéter depuis deus ans. Il est son protecteur naturel, son vrai père. [Aujourd'hui c'est la tentative d'un Emmanuel Macron qui tente d'incarner la volonté du peuple, mais sans la légitimité !] Mais il ne rejette pas la nécessité d'une représentation des forces et des intérêts du pays. En cela, il se sépare de l'absolutisme de ses prédécesseurs. Certes, il ne précise pas les contours des institutions nouvelles, mais on peut penser qu'il s'accommoderait d'une Chambre des députés permanente, sans distinction d'ordres ni de classes, chargées à ses côtés de confectionner les lois et de voter les impôts. En revanche, il pense que l'exécutif doit être fort et revenir intégralement au roi, à qui incomberaient le droit de paix et de guerre, celui de soumettre au parlement les projets de loi. Les ministres seraient nommés par lui et responsables seulement devant lui.

[...] Sa critique des Jacobins et des sociétés populaires est révélatrice des limites de son ouverture politique. Il a mis le doigt sur l'un des fléaux de la Révolution qui ont empêché sa stabilisation : la toute-puissance des factions, petites minorités agissantes et turbulentes, forces de négation et de révolte, éprises de violences, affichant superbement leur volonté de puissance et qui, sous prétexte d'éduquer le peuple, parlent en son nom, l'endoctrinent, manipulent l'opinion, suscitent des pétitionnaires qui viennent régulièrement interpeller les députés. Non seulement ces minorités s'approprient le pouvoir de l'Assemblée, mais elles détourent à leur profit la souveraineté du peuple. Étrangement prémonitoires, ces pertinentes observations rejoignent les analyses des historiens modernes, d'Augustin Cochin à François Furet, qui ont été frappés par le rôle des clubs dans la montée de cette démocratie intolérante et totalitaire, radicalement contraire à la Déclaration des droits de l'homme » (Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, Lonrai 2012, p. 809-812.)

 

« Parcourez tous les articles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, dans tous vous trouverez plus ou moins déguisés le mensonge du considérant fondamental.» (Abbé Vial, Jeanne d'Arc et la Monarchie, 1910, réed. Editions Saint-Rémi, p. 33-40, 561.)

 

Les révolutionnaires de 1789 dans leur combat contre l'« absolutisme » utilisent le même vocabulaire que celui des nobles et des parlementaires d'Ancien Régime, qui au nom des libertés, de la nation, des droits fondamentaux, du peuple, de la suprématie de la loi et de la souveraineté de la nation, refusaient toute réforme royale d'égalité devant l'impôt !, et se revendiquaient comme les membres d'un Corps (en réalité arcbouté sur la défense de ses privilèges) susceptible de s'opposer au corps du Roi. Ces parlementaires proclamaient les « lois fondamentales du royaume » dont ils se disaient être les gardiens, l'indépendance de la justice, la dévolution du droit à consentir l'impôt. Il liait le sort des parlements entre eux et déclaraient les magistrats inamovibles. Le vocabulaire des révolutionnaires de 1789, identique à celui des privilégiés de l'Ancien régime, était susceptible de rassembler l'opinion publique d'autant plus qu'il était polysémique. (Cf. L'obstruction parlementaire sous Louis XV et Louis XVi. Lire: Michel Antoine, Louis XV ; et Frédéric Bluche et Stéphane Rials, Les révolutions françaises.)

Incohérence de l'article 14 " Tous les citoyens ont le droit de constater eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique" ?

 

« On lit [...] dans l'article 14  :"Tous les citoyens ont le droit de constater eux-mêmes ou par leur représentants la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée." A quoi se réduit dans la pratique cette pompeuse garantie ? La majorité de la chambre nomme une commission d'environ quarante membres. [...] Ces trente ou quarante membres réunis dans un appartement isolé échafaudent un budget de trois milliards, que la majorité se hâte de voter à quelques cent millièmes près. Tous les citoyens, c'est-à-dire un sur un million, ont constaté la nécessité d'imposer à la France une contribution phénoménale, l'ont consentie librement, etc. La dérision pourrait difficilement être plus complète. Une immense et barbare dérision, c'est bien le dernier mot de cet étalage de droits de l'homme, de liberté, de consentement général. - En fait, c'est la confiscation de tout droit, l'esclavage le plus absolu; et cela en vertu d'un blanc-seing qu'on n'est as libre de refuser, dont la multitude ne choisir que fictivement le dépositaire. » (Père J.-B.-J. Ayroles, Jeanne d'Arc sur les autels et la régénération de la France, 1885, Rééd. Éditions Saint-Rémi, Cadillac 2009, p. 262.)

Incohérence de l'article 17 : décalage entre le beau discours sur la « propriété » «droit inviolable et sacré » et les vols des biens du clergé, de la Couronne et des émigrés

 

« Tandis que l'article 17 affirme que "la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité", l'Assemblée nationale constituante, deux mois et une semaine plus tard, décide de mettre "les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation". (L'Église) Le premier propriétaire de l'État se voit donc privé de sa propriété, pourtant "inviolable et sacrée", sans bénéficier pour autant de la moindre indemnité. Plus tard, les émigrés, les insurgés et les condamnés à mort de la Terreur verront à leur tour leur propriété confisquée purement et simplement. Jamais la propriété ne sera aussi peu respectée qu'après qu'elle aura été reconnue "inviolable et sacrée." » (Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, Via Romana 2014, p. 94-95)

 

«Le révolutionnaire Le Chapelier, déclara « que ce n'était pas seulement pour éviter la banqueroute qu'il fallait enlever ses biens à l'Église, mais "pour détruire l'ordre du clergé", au nom de l'égalité nécessaire.

Par 568 voix contre 346, un décret rédigé par Mirabeau, mit les biens du clergé à "la disposition de la nation, à la charge de pourvoir d'une manière convenable aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres". Le décret parut sous la signature du roi et sous le contreseing du garde des sceaux Mgr Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux. (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, L'Église des Révolutions, ibid., p. 20.) Joli progrès du droit de propriété et de la laïcité en 1789 ! 

 

« On commença par dresser des inventaires. Puis une première tranche des biens confisqués – biens de la Couronne et biens du clergé – fut mise en vente pour 400 millions. Puis, par deux décrets, votés en juillet et octobre 1790, l'aliénation totale des biens ecclésiastiques fut autorisée. L'Église perdait donc à la fois toutes ses sources de revenus, les dîmes étant abolies et les autres richesses spoliées. » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, L'Église des Révolutions, ibid., p. 20.) 

 

« L'État y gagna-t-il assez pour se sauver de la faillite ? Nullement. La mise en vente d'un seul coup d'une si grande quantité de terres et d'immeubles en fit baisser la valeur rapidement. Les "assignats", billets gagés sur les biens confisqués, ayant fait l'objet d'une inflation sans mesure, perdirent de leur valeur nominale très vite, au point qu'on devait en arriver à payer un hectare de bonnes terres au prix d'une motte de beurre. » (Daniel-Rops, Histoire de l'Église du Christ, IX, L'Église des Révolutions, ibid., p. 21.) 

 

Le vol des biens du clergé, c'est-à-dire la violation du droit de propriété proclamé par la déclaration des droits de l'homme de 1789 sera renouvelée avec la soit-disant loi sur la "laïcité" en 1905. L'année suivante, en 1906, dans l'encyclique Vehementer nos, le pape S. Pie X protesta contre cette loi de spoliation :

 

«la loi de séparation viole encore le droit de propriété de l'Eglise et elle le foule aux pieds! Contrairement à toute justice, elle dépouille cette Eglise d'une grande partie d'un patrimoine, qui lui appartient pourtant à des titres aussi multiples que sacrés. Elle supprime et annule toutes les fondations pieuses très légalement consacrées au culte divin ou à la prière pour les trépassés. Quant aux ressources que la libéralité catholique avait constituées pour le maintien des écoles chrétiennes, ou pour le fonctionnement des différentes oeuvres de bienfaisance cultuelles, elle les transfère à des établissements laïques où l'on chercherait vainement le moindre vestige de religion! En quoi elle ne viole pas seulement les droits de l'Eglise, mais encore la volonté formelle et explicite des donateurs et des testateurs! Il nous est extrêmement douloureux aussi qu'au mépris de tous les droits, la loi déclare propriété de l'Etat, des départements ou des communes, tous les édifices ecclésiastiques antérieurs au Concordat.» 

 

Le 24 avril 1793, Robespierre définissait la propriété comme "le droit qu'a tout citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui est est garantie par la loi." Pour lui, la propriété n'était pas naturelle, elle n'existait que par la loi, soumise à la volonté du législateur. Dès lors l'impôt devait permettre une redistribution des richesses afin d'être l'instrument d'une égalisation obligatoire et relative des conditions. Il proposa d'établir un impôt "progressif", idée que la république radical devait mettre en oeuvre au début du XXe siècle. (Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, Via Romana 2014, p. 174.) 

 

« Les "acquis de la Révolution" désignent d'abord le gigantesque transfert de propriété des biens nationaux, [...] qui a permis à nombre de petits notables d'arrondir substantiellement leur patrimoine au détriment du clergé, des émigrés et des victimes de la Terreur. Les plus habiles et les plus cupides bâtirent alors de véritables fortunes, détruisant parfois de véritables chefs-d'oeuvre comme l'abbatiale de Cluny. Ils furent bientôt les grands notables de la bourgeoisie française.