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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 10:56
Comment supprimer le mal dans nos sociétés?

Vaste question! Mais qui mérite qu'on s'y arrête. Tout d'abord un constat. Les gouvernements les plus équitables, les plus sages, sont souvent forcés de tolérer des abus, lorsqu'ils sont universellement établis, comme l'usure, la prostitution, les pilleries des traitants, etc. Comment lutter contre le torrent des mœurs, lorsqu'il entraîne généralement tous les états de la société? Par des lois prohibitives? N'est-ce pas plutôt le cœur de l'homme qu'il s'agit de changer? Ainsi, dans l'histoire, l'Eglise a-t-elle toléré l'esclavage antique, esclavage alors répandu universellement, mais elle l'a condamné dans son avenir par le concept, nouveau, révolutionnaire dans l'Antiquité, de l'égalité de tous devant Dieu.

 
Le Christ répondait aux Pharisiens et aux Scribes qui accusaient ses disciples de prendre leurs repas avec des mains impures: "Il n'y a rien d'extérieur à l'homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui. … puisque cela ne pénètre pas dans son cœur, mais dans son ventre, puis s'en va dans la fosse. Il déclarait ainsi que tous les aliments sont purs. Il disait: 'Ce qui sort de l'homme, c'est cela qui rend l'homme impur. En effet, c'est de l'intérieur, c'est du cœur des hommes que sortent les intentions mauvaises, inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidité, perversités, ruse, débauche, envie, injures, vanité, déraison. Tout ce mal sort de l'intérieur et rend l'homme impur'". (Evangile selon Saint Marc, VII, 15-23).
 
Les "démocrates" ont inversé l'ordre : "c'est de la société que sort le mal et c'est la société qu'il faut changer", variante du rousseauisme (de mémoire): "l'homme est bon par nature, c'est la société qui le corrompt" (Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité). C'est la société qu'il faut changer. "Liberté, égalité, fraternité", disent-ils. Seulement l'homme n'est pas bon par nature et toutes les lois du monde ne suffiront pas à changer la société si l'on ne change pas d'abord le cœur de l'homme: "c'est de l'intérieur, c'est du coeur des hommes que sortent les intentions mauvaises". C'est là la grande vérité que la franc-maçonnerie cache aux peuples. Contrairement à la propagande, la devise maçonnique n'entraîne nullement l'avènement d'une société meilleure. Je dirais tout au contraire: elle travestit et inverse le conseil du Christ. L'explosion des atteintes aux biens et aux personnes dans nos sociétés dites de "progrès", "avancées" et "civilisées", le prouve assez. 

Comment donc améliorer le sort de l'humanité, disais-je? Les leçons de charité universelle, de douceur et de fraternité portées par le christianisme et l'Eglise nous sont données à tous, sans aucune autre contrainte que celle(s) à venir, n'ont-elles pas, ne contribuent-elles pas, pour le moins aussi efficacement, à l'adoucissement, puis à la suppression des "intentions mauvaises": cannibalisme, sacrifices humains, esclavage (dans l'antiquitié), aujourd'hui, vols, adultères, etc., que pourraient le faire des lois prohibitives? Sarkozy? nos gouvernants pourront mettre toute la police et l'armée même dans les banlieues, il pourra même les arroser d'euros : si la société reste sur son modèle maçonnique laïciste, mercantile, nihiliste, relativiste, purement matérialiste, elle continuera sa chute, la ruine pour achèvement.
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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 11:33

La visite de Sarkozy au Vatican me surprend sur le point de la conception du président sur la laïcité. Cette conception, dite de "laïcité positive", tranche nettement avec la laïcité de combat contre l'Eglise jusque-là habituelle au pays des "droits de l'Homme". 



Le président s'est exprimé en ces termes surprenants: 

 

"«Ce que j'ai le plus à cœur à vous dire, c'est que, dans ce monde obsédé par le confort matériel, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient», a-t-il lancé hier, juste après avoir été installé comme «chanoine d'honneur» du Latran." (Le Figaro, Sarkozy défend les «racines chrétiennes» de la France, 20/12/2007)

 

Cet article du Figaro indique assez justement que "[l]a laïcité version Sarkozy tourne le dos à la traditionnelle conception de la laïcité dite «à la française». «Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes», a-t-il martelé en voulant «assumer pleinement le passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Église». Une manière de se démarquer de son prédécesseur qui, en 1996, n'avait pas souhaité assister à Reims à la messe de Jean-Paul II marquant le quinzième centenaire du baptême de Clovis. Le successeur de Jacques Chirac n'est pas loin d'un exercice de repentance lorsqu'il rappelle que «la République laïque a longtemps sous-estimé l'importance de l'aspiration spirituelle» et qu'il souligne : «La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû.» 

 

Cette défense d'une «laïcité positive» n'est pas nouvelle chez Sarkozy. ... Il avait ... «rodé» ce discours dans son livre d'entretiens avec le dominicain Philippe Verdin et le philosophe Thibaud Collin, La République, les Religions, l'Espérance (Cerf).


Ces propos constituent une nouveauté historique, une première lézarde dans l'édifice maçonnico-laïciste construit directement contre l'Eglise en 1905. En somme, Sarkozy explique que la séparation de la France avec ses racines chrétiennes (comprendre la séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905), fut une erreur. Il rejoint ainsi l'avis du pape Saint Pie X qui qualifia cette séparation de "pernicieuse erreur" dans l'encyclique de 1906, Vehementer nos.

___________

. Nicolas Sarkozy exalte les "racines chrétiennes de l'Europe" (30 janvier 2008)

. Sphères publique et privée : Sarkozy n'abolit pas la distinction, il adoucit la séparation (27 décembre 2007)

Sarkozy/Vatican: le Grand Orient inquiet

L'Unsa-Education charge Nicolas Sarkozy sur la laïcité positive

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29 octobre 2007 1 29 /10 /octobre /2007 15:06

La monarchie française d’Ancien Régime est présentée aujourd’hui comme « absolue » et, pourtant, elle était bien plus parlementaire que ne l’est notre régime néo-présidentiel actuel, il n’y avait simplement pas un mais plusieurs parlements souverains, appliquant les lois du royaume en fonction des traditions locales de la province sur laquelle s’étendait leur juridiction. (Afe-blog)

Dans chaque province existait en effet un 'parlement' souverain chargé de la vie politique locale, et qui opposait souvent au Roi les "coutumes", "libertés" que le Roi devait respecter et même défendre. D'où l'expression "le Roi de France est le père des libertés françaises". On en est loin aujourd'hui..., avec un président de la "république française", jacobin fanatique, persécuteur de nos identités et de nos traditions les plus sacrées (lundi de Pentecôte, travail le dimanche, etc.)

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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 15:44

"Rousseau a soutenu que la volonté nationale ne peut être déléguée [Du Contrat Social, livre III, chap. 15 "Des députés ou représentants": "La souveraineté ne peut être représentée pour la même raison qu'elle ne peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point"]; on est libre de dire oui ou non, et de disputer mille ans sur ces questions de collège... Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que le régime représentatif exclut directement l'exercice de la souveraineté, surtout dans le système françaisles droits du peuple se bornent à nommer ceux qui nomment; où non seulement il ne peut donner de mandats spéciaux à ses 'représentants', mais où la loi prend soin de briser toute relation entre eux et leurs provinces respectives, en les avertissant qu'ils ne sont point envoyés par ceux qui les ont envoyés, mais par la Nation; grand mot infiniment commode parce qu'on en fait ce qu'on veut. En un mot, il n'est pas possible d'imaginer une législation mieux calculée pour anéantir les droits du peuple. Il avait donc bien raison, ce vil conspirateur jacobin, lorsqu'il disait rondement dans un interrogatoire judiciaire: Je crois le gouvernement actuel usurpateur de l'autoirité, violateur de tous les droits du peuple qu'il a réduit au plus déplorable esclavage. C'est l'affreux système du bonheur d'un petit nombre, fondé sur l'oppression de la masse. Le peuple est tellement emmuselé, tellement environné de chaînes par ce gouvernement aristocratique, qu'il lui devient plus difficile que jamais de les briser (Interrogatoire de Babeuf, juin 1796)." 

Gracchus Babeuf (1760-1797), ce révolutionnaire fut arrêté le 10 mai 1796 et guillotiné un an après le 27 mai 1797...

Source:
Joseph de Maistre, Œuvres, Edition établie par Pierre Glaudes, Bouquins Robert Laffont, Paris 2007, p. 222-223.

Lire aussi : 

* La volonté générale et l'asservissement de la liberté 
* 1789 Une aristocratie en chasse une autre, naissance de la bourgeoisie d'affaires et de l'Argent-Roi, la ploutocratie

 

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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 16:56
La Monarchie absolue de droit divin, Impostures et réalités

La Gazette Royale, (fichier PDF)

 

 

« Les rois, comme rois, n’ont rien à eux que le droit, ou plutôt le devoir, de tout conserver à la société, dont ils sont les tuteurs et les chefs … » (Louis XVI) (Cit. dans G. Boissy, Paroles choisies des rois de France. Paris 1921). 

 

 

« Pour reprendre une formule récente (F. Bluche, Louis XIV. Paris 1986. p. 11.), une « légende noire » court sur la royauté des XVIIème et XVIIIème siècles, et se résume dans l’arbitraire d’un pouvoir étouffant la liberté, qu’illustrent les trop fameuses lettres de cachet par lesquelles quiconque serait emprisonné sur simple décision du roi » (Jean Barbey, Être roi. Fayard 1992. p. 7.)
 
Cette vision fallacieuse de la monarchie prend naissance et se développe dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, à partir notamment de mises en parallèle entre le régime politique français, et la monarchie parlementaire à l’anglaise – ou tout du moins ce que les hommes comme Montesquieu croyaient en avoir compris (Plusieurs historiens anglais, non radicaux, ont fait une critique sévère de la naïveté des remarques de Montesquieu sur la monarchie de leur pays).
 
Le paradoxe est qu’au moment où se met en place, avec un réel succès dans « l’opinion éclairée », cette fantaisie, la France vit sous deux rois successifs, parmi les moins autoritaires de tous les Capétiens, et que, par ailleurs, pour la plupart des visiteurs étrangers, la France apparaît alors comme le pays européen le mieux policé – c’est à dire gouverné – et où chacun, quelle que soit sa condition, peut jouir de la plus grande liberté raisonnablement possible (Voltaire reprochera alors à l’autorité royale non pas d’être tyrannique, mais au contraire de ne pas être assez ferme...) Si la chose n’avait pas été aussi dramatique, rien n’apparaîtrait aussi grotesque que la foule délirante allant prendre la Bastille afin d’en libérer de malheureux prisonniers, pour trouver les cachots vides et cette si terrible forteresse gardée par quelques invalides de guerre que cette courageuse troupe d’émeutiers s’empressera de massacrer.
 
Les historiens du XIXème siècle, imbus de préjugés hérités de la Révolution et de plus convaincus de l’existence d’un sens progressiste de l’histoire, vont faire du terme « absolutisme » appliqué à l’ancienne monarchie comme une marque d’infamie, heureusement effacée par les « lumières philosophiques » et l’émergence de nouvelles valeurs et de nouveaux principes d’organisation politique...
 
Tout en restant fidèles à l’idée monarchique, certains courants royalistes de l’époque de la Restauration vont contribuer au discrédit qui frappe dès ce moment l’État royal à partir de Louis XIV.
 
Plaçant leur idéal dans la monarchie telle qu’ils supposaient qu’elle avait fonctionné sous saint Louis ou Henri IV, ils entendaient se placer sous l’emblème d’une « monarchie tempérée » dont la mesure et l’équilibre auraient été perdus de vue à partir du Roi Soleil.
 
Or le paradoxe majeur que ni les uns ni les autres n’ont perçu, c’est que la monarchie capétienne est restée jusqu’au bout mesurée et équilibrée – ou tout au moins elle a constamment tenté de le faire – et que c’est avec la Révolution puis l’Empire que s’est mis en place un État d’un genre nouveau, un État véritablement absolu et qui n’a jamais cessé d’étendre son emprise sur tous les aspects de la vie des individus et des groupes, comme on ne cesse de le constater encore de nos jours.
 
Quels griefs véhicule l’étiquette, péjorative pour les Modernes, d’« absolutisme royal » ?
 
Tout d’abord l’absence de participation du « peuple » à la désignation de l’autorité suprême, puisque chaque nouveau roi est reconnu comme tel en fonction de règles héréditaires. Face au caractère hasardeux de ce mode de désignation, on oppose l’aspect rationnel d’un processus de sélection du détenteur de l’autorité grâce aux mécanismes de l’élection.
 
D’autre part, on dénonce dans le fonctionnement de l’autorité royale un pouvoir décisionnel unique s’exerçant sans « contrepoids » et donc sans responsabilité politique, et en outre un pouvoir absolu, c’est-à-dire sans limites, puisqu’il n’existait alors aucune constitution écrite fixant des limites à l’arbitraire supposé du pouvoir.
 
Quant au premier grief, il est aisé de répondre que l’observation du fonctionnement politique des sociétés démocratiques est bien loin de confirmer le postulat de la rationalité des choix électoraux.
 
Les hommes politiques sont supposés être élus sur la base d’un programme d’action gouvernementale, lui-même supposé avoir fait l’objet de discussions libres et de confrontations en toute transparence, et finalement choisi ou écarté par les électeurs sur la base d’arguments purement rationnels.
 
Or on multiplierait sans difficulté le nombre d’exemples où l’on voit l’heureux élu s’empresser de tourner le dos à son programme dès le lendemain de sa victoire. Il suffit de se rappeler le sinistrement fameux « je vous ai compris » de De Gaulle en mai 1958 et ce qui s’en est suivi. Quant à l’élection de Hitler et de quelques autres dictateurs de moindre envergure par le mécanisme du suffrage universel, la chose se passe de commentaires.
 
Un journaliste anglais formulait récemment cette observation typiquement machiavélienne et donc moderne : qu’un « grand » homme politique se remarque au fait qu’il est capable de conduire, lorsqu’il est au pouvoir, une politique diamétralement opposée à celle pour laquelle il a été élu.
 
Quant au deuxième grief, s’il est clair qu’il ne nous apprend rien sur le fonctionnement de la monarchie, il nous apprend beaucoup sur les traits fondamentaux de l’état d’esprit des Modernes.
 
Ainsi :
- une vision égalitariste des hommes aboutit à considérer que « tous les hommes se valent », ce qui n’est qu’une autre façon de dire « les autres ne valent pas mieux que moi ». Dès lors, il n’y a aucune raison que je fasse confiance à qui ce soit, pour se comporter mieux que je ne le ferais si j’étais à sa place. Il n’y a donc aucune raison de croire que le roi pouvait être à certains égards un homme hors du commun, et pas davantage de croire que les sujets du roi obéissaient volontairement, par confiance et même amitié pour l’institution royale, et non pas par crainte ;
 
- le relativisme moral a pour effet de considérer qu’aucun principe moral ne peut suffire à servir de fondement à la rectitude de l’action. D’autant que ceux que l’on a appelés les « maîtres du soupçon » (Marx, Nietzsche, Freud) nous ont appris que les principes moraux étaient en fait des rationalisations destinées à justifier a posteriori les actes que nous avons commis, ou encore à renforcer notre pouvoir, notre domination sur autrui. Dès lors, il n’y a aucune raison de croire que le roi ne gouvernait pas prioritairement pour ses intérêts personnels, ceux de sa famille, ou encore pour satisfaire ses caprices ;
 
- la sécularisation radicale de la société moderne a eu pour conséquence de reléguer Dieu au rang de « petite divinité » intime – un peu à la façon des dieux Lares des Romains – et de ce fait de considérer que la soi-disante Loi divine n’est rien d’autre qu’une morale personnelle, insusceptible en tant que telle de servir de fondement à l’institution politique. Dès lors, il n’y a aucune raison de penser que le roi gouvernait en se tenant dans les limites posées par le respect de la loi divine, de la loi naturelle et de la loi morale ; d’ailleurs la vie privée de certains etc. …
 
- la négation, du fait du scientisme ambiant, de l’idée classique de « nature humaine » a pour résultat de faire considérer par nos contemporains qu’il n’existe pas et qu’il n’a jamais existé – sinon dans l’illusion de la pensée « obscurantiste » - des lois naturelles dans lesquelles le droit positif devait s’ancrer. Dès lors les lois de la monarchie étaient aussi conjoncturelles et aussi éphémères que les nôtres, et n’étaient certainement pas plus respectées qu’aujourd’hui;
 
- l’historicisme, enfin, de la pensée moderne s’exprime à travers la certitude que nous sommes le produit du mouvement progressif de l’histoire, que nous sommes dès lors mieux informés et instruits que nos ancêtres, et que par là-même nous pensons mieux qu’eux. Il génère également la conviction que, du fait de notre suprématie intellectuelle sur nos devanciers, nous comprenons ceux-ci, ce qu’ils faisaient et ce qu’ils pensaient, mieux qu’ils ne se comprenaient eux-mêmes. Dès lors nous sommes capables de dévoiler le passé dans sa nudité, c’est-à-dire en écartant toutes les mystifications politico-éthicoreligieuses utilisées par les dominants de jadis pour assurer leur pouvoir sur les malheureux mystifiés.
 
En résumé, les Modernes, aveuglés par leurs sentiments de supériorité, sont incapables de pénétrer réellement dans le passé pour tenter de le comprendre de l’intérieur, tel qu’en lui-même et non pas tel que reconstruit par les idéologies et les préjugés. Ce que l’étroitesse de leur intelligence ne leur permet pas de comprendre, c’est qu’il puisse exister des mystères, dans le domaine de la Foi bien sûr, mais aussi dans le domaine du fonctionnement humain et social. Et dans le cas qui nous occupe ici, ce qu’ils sont incapables de comprendre, c’est ce qu’un auteur a appelé le « mystère de la monarchie ». (Jean Barbey. Op. Cit. p.9.)
 
Ce « mystère de la monarchie » se présente sous deux aspects étroitement liés.
 
D’une part on voit un homme qui se dit « Roi par la Grâce de Dieu », qui n’accède à la dignité royale de façon parfaite qu’après avoir reçu une onction sacrée, qui accepte que l’on parle de lui comme du « Roi Très Chrétien », qui entretient, avec le Fondement sur lequel repose son autorité, un tout autre rapport qu’un président de la République avec une abstraction que l’on appelle « la souveraineté populaire » et des mots d’ordre comme « Liberté, Égalité, Fraternité » qui, isolés de tout contexte, ne peuvent être que des slogans. (Parodiant Anatole France, on peut dire que la liberté, l’égalité et la fraternité républicaines sont ce au nom de quoi le riche et le pauvre sont tous deux autorisés à coucher sous les ponts.)
 
Le roi n’est donc pas un homme ordinaire dont la seule différence avec les autres serait qu’il est assis sur le Trône, alors que les autres restent aux pieds du même trône. C’est un homme dont l’existence s’inscrit dans une lignée de rois dont certains l’ont précédé et dont d’autres vont lui succéder. Il est formé dès son enfance au métier qu’il devra exercer plus tard : le métier de roi. Il est enfin le récipiendaire d’un charisme particulier : celui que reçoit tout détenteur de l’autorité dès lors qu’il est conscient de l’origine divine de son pouvoir et qu’il fait en sorte de ne pas trahir cette nécessaire subordination de l’autorité à ce qui la fonde.
 
C’est en raison de ces traits que le roi, s’appuyant sur la Loi divine et la loi naturelle qui en dérive, s’attache à maintenir le caractère absolu de son autorité tout en sachant limiter l’exercice de cette autorité à ce qui est conforme au bien de ses sujets. Certes, les libertés des sujets – pour mieux dire : les franchises et privilèges – n’étaient pas garanties par un texte écrit, une constitution. Et alors, combien la France a-t-elle eu de constitutions depuis 1789 ? L’Allemagne de Hitler et la Russie de Staline étaient-t-elles privées de constitutions ?
 
Par ailleurs, qui peut croire que la monarchie en France ait pu durer treize siècles, si l’autorité royale n’avait reposé que sur la contrainte physique, la coercition? D’où vient cette obéissance plus que millénaire ? Faut-il dire, comme les marxistes de tous bords, que nos ancêtres étaient « aliénés », c’est-à-dire comme étrangers à eux-mêmes, à leurs propres intérêts, victimes de « l’opium du peuple » - la religion - victimes de l’inculcation d’une « morale d’esclave » comme disait Nietzsche ? Ou bien faut-il penser comme La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire qu’il y a chez la plupart des hommes une sorte de propension innée à s’en remettre à des « chefs » et à servir, une préférence à être le chien repu plutôt que le loup famélique ?
 
Ouvrons une parenthèse : si les hommes se laissent si facilement mystifier et aliéner, qui ne comprend qu’à partir de cette conception que l’on voit s’épanouir depuis les sophistes grecs jusqu’aux adeptes du « Führer prinzip », c’est le fondement théorique même de la démocratie qui est scié à la base ? Que la démocratie soit d’ailleurs impossible, on peut s’en convaincre aisément au vu de la confiscation du suffrage universel par les grands acteurs de la « politique spectacle » que l’on a pu observer au cours de cinq républiques.
 
Tout se tient ici, y compris le mépris d’un Voltaire pour le « peuple », ou les contradictions d’un Rousseau voyant dans la démocratie un régime politique qui ne serait applicable dans sa pureté qu’à des dieux, ce pour quoi il se résigne à faire de la contrainte le ressort fondamental de la démocratie réelle, puisque faute de les convaincre il faudra forcer les hommes à être « libres ». Fermons la parenthèse.
 
Le « mystère de la monarchie » tient tout entier dans cette alliance durable entre l’autorité qui venait d’en-haut et la confiance qui venait d’en-bas, c’est-à-dire à l’existence d’une légitimité reconnue par tous de la fonction royale et de ses manifestations, qu’elles soient législatives, administratives ou encore judiciaires. Ce « mystère » de l’alliance du roi et de son peuple tient simplement au fait que nos ancêtres, moins “intellectuels” que nous, plus sensés, savaient faire confiance à l’autorité pour réaliser l’harmonie entre le bien commun et le bien propre à chacun, et ce d’autant plus qu’ils concevaient eux-mêmes leur bien personnel comme étant indissociable du bien commun de la société.
 
Il existait, au-delà des différences culturelles entre le roi et les plus modestes de ses sujets, une vision commune du monde, de la vie, et de la place de l’homme dans la société. De ce fait, il se produisait aisément une sorte d’identification entre la volonté royale et leur volonté intime. Parler d’« identification » n’est pas introduire dans l’analyse politique, une sorte de « deus ex machina ».
 
D’une part le concept d’« identification », entendu comme les processus par lesquels chacun cherche à construire son identité personnelle mais en référence à une réalité extérieure, joue un rôle important dans les sciences humaines et sociales. (Les psychanalystes parlent de l’identification au père ou à la mère. Les sociologues disent que les Antillais ou les “beurs” souffrent d’un problème d’identité, etc.) Savoir reconnaître sa volonté particulière dans l’expression de sa propre volonté par un détenteur de l’autorité était, il n’y a guère, une expérience fréquente que ce soit dans la famille ou à l’école, bref dans toutes les situations où les volontés, quoique distinctes et plus ou moins éminentes, étaient néanmoins orientées vers l’obtention d’un même bien : l’éducation, l’instruction, la paix publique, etc.
 
Chez nos ancêtres, l’obéissance et la fidélité au roi reposaient non sur un pouvoir de contrainte - bien faible au regard des États modernes - mais sur une sorte d’effet d’optique, ce qui ne veut pas dire une illusion, toutes les volontés individuelles convergeant vers un point focal incarné par la majesté royale. Et ce qui permettait la réalisation de ce processus, malgré la distance géographique et sociale, c’était la présence de corps intermédiaires, qui constituaient une sorte d’échelon indispensable pour faire remonter les aspirations du peuple vers son souverain. Et dans l’autre sens, c’était la présence « sur le terrain » des représentants du roi, c’est-à-dire de l’administration royale, pour transcrire dans les réalités locales toutes les décisions prises par l’autorité royale.
 
Pour éviter toute ambiguïté, il faudrait encore dire que le processus d’identification précédemment évoqué ne relève ni d’une sorte d’idéalisme à travers lequel la pensée créerait son objet, ni d’un processus d’analyse rationnelle à la façon des politiciens modernes cherchant leur « créneau » à travers l’analyse des sondages. L’identification n’est pas une illusion, car elle repose sur un objet très précis, à savoir la capacité du roi à rendre, dès l’origine de la monarchie, la justice à ses sujets, puis, par la suite lorsque les moyens le permettront, à assurer « la paix du roi » et la « sauvegarde du royaume ». Par ailleurs, l’identification ne se réalisait pas à travers la lecture des discours royaux permettant d’en peser chaque mot à l’aune d’un esprit critique exacerbé, et bien entendu pas davantage à travers la vue du monarque en chair et en os - du moins pour la très grande majorité. C’est sur le mode rationnel, l’homme étant un animal calculateur, mais aussi symbolique que se nouait l’alliance entre le roi et ses sujets, un symbolisme qui reposait sur une étroite articulation entre l’univers religieux et l’univers politique. Le sacre apparaissait ainsi comme le point privilégié de jonction entre ces deux sphères qui, sous l’Ancien Régime, ne seront jamais perçues comme séparées par l’immense majorité des Français.
 
L’alliance ainsi nouée dès le haut Moyen-Âge entre le roi et son peuple, comme en témoignent les Laudes royales qui apparaissent au temps de Charlemagne, l’alliance entre la dynastie royale et les sujets du royaume, a-t-elle toujours fonctionné sur les mêmes fondements ? N’y a-t-il pas eu, à partir du XVIIème siècle, une sorte de radicalisation monarchique creusant un fossé de plus en plus large entre le roi et ses sujets, et qui contribuerait à expliquer, pour une large part, l’éruption révolutionnaire comme le produit d’une sorte de pression sociale trop longtemps contenue ? Autrement dit : ne s’est-il pas trouvé une époque à propos de laquelle on pourrait parler de “monarchie tempérée” et qui aurait été suivie par une seconde période, celle de la « monarchie absolue » ?
 
Il est évident, et personne ne songerait à le nier, que la monarchie des premiers capétiens, n’est pas exactement la même que celle de Louis XV et Louis XVI. Mais, il ne suffit pas de constater la présence de changements, encore faut-il voir si les évolutions relèvent du conjoncturel, de l’accidentel ou bien si c’est la substance même de la monarchie qui a été transformée.
 
Or, on peut affirmer deux choses : d’une part que, de Clovis à Louis XVI, l’essence profonde de la monarchie en France n’a pas changé, mais que d’autre part ce qui a changé c’est la capacité royale à réaliser l’unité politique du royaume et à promouvoir la grandeur de l’État royal tout en respectant les libertés des sujets.
 
 
Pour ce qui est de l’essence de la monarchie, elle se définit par quatre dimensions :
 
a) un monarque qui détient en son royaume une autorité absolue, c’est-à-dire souveraine, en ce sens qu’aucun centre de pouvoir qu’il soit à l’intérieur ou à l’extérieur du royaume n’a la capacité et surtout la légitimité d’imposer au roi des bornes à l’exercice de son autorité;
 
b) le caractère absolu de l’autorité royale ne trouve son fondement ni dans le caractère ou le charisme exceptionnels des personnalités royales qui se sont succédées – ce serait le modèle des théocraties bibliques
 
- ni dans un contrat établi entre le roi et ses sujets établissant une délégation d’autorité sous réserve du respect des libertés – ce serait le modèle de la monarchie constitutionnelle - ni dans une soumission volontaire des sujets se déchargeant de toute responsabilité politique sur un roi auquel ils délivreraient une sorte de chèque en blanc - comme dans le cas des régimes d’exception. L’autorité royale trouve son fondement en Dieu, principe de toute autorité et dans l’action de la Providence divine intervenant au niveau des causes secondes ;
 
c) l’exercice de cette autorité absolue, ou souveraine, est finalisé par ce qui constitue l’essence de la fonction royale : rendre la justice et assurer le bien commun de tous les sujets ; mais la justice et le bien commun sont eux-mêmes des fins relatives ordonnées à une fin plus haute : la Gloire de Dieu et le Salut des hommes, de sorte que conjointement avec l’Église, mais dans la sphère temporelle qui est la sienne, la monarchie se reconnaît la mission d’oeuvrer pour inciter les hommes à être vertueux en promulguant de bonnes lois ;
 
d) dans son déploiement, cette autorité royale est ordonnée par le nécessaire respect de la Loi divine, de la loi naturelle, des lois fondamentales du royaume, des bonnes coutumes, et enfin par les lois civiles existant à un moment donné - ce qui n’empêche pas le roi de changer les lois civiles si les circonstances lui paraissent l’exiger, encore ne le faisait-il qu’avec prudence contrairement au « zapping » législatif permanent que nous connaissons aujourd’hui.
 
Or aucune de ces quatre dimensions n’a été substantiellement modifiée depuis le début de la monarchie franque jusqu’à la fin du XVIIIème siècle.
 
Si l’autorité royale ne connaît aucune altération au cours de ces treize siècles, les formes de son intervention, par contre, vont se trouver largement modifiées. Pour dire les choses en bref : on va assister à une progressive institutionnalisation de l’autorité royale qui se détache peu à peu de la personne du roi pour s’incarner dans l’État royal.
 
L’histoire de la monarchie en France.
 
Elle débute avec Clovis et la dynastie mérovingienne. Les apports des rois mérovingiens à la construction de la France font aujourd’hui l’objet d’une réévaluation par les historiens modernes. (« La royauté mérovingienne a eu l’immense mérite de donner naissance à la future France et d’assimiler de la romanité ce qui pouvait l’être » (J. Barbey, op. cit. p. 11). Tributaire néanmoins de la culture germanique et de l’état embryonnaire de la pensée juridique, elle ne parviendra pas à s’évader d’une conception patrimoniale du royaume ce qui débouchera sur une instabilité chronique et les luttes sanglantes que l’on connaît.
 
Avec les Carolingiens, et principalement Charlemagne, l’influence de l’héritage romain se renforce, grâce aux travaux des clercs, de sorte qu’au temps du grand empereur, on voit apparaître les premières fondations de ce que pourrait être l’État franc. Mais là encore, le poids de l’atavisme germanique reste trop pesant, de sorte que l’unité impériale va voler en éclats, et la France s’enfoncer dans une féodalité qui ruine le concept d’unité politique indispensable à l’avènement d’un État.
 
Les premiers Capétiens vont devoir louvoyer et jouer finement pour empêcher que l’idée royale elle-même ne sombre. Pourtant, peu à peu, leurs forces s’affermissent, grâce notamment au soutien indéfectible de l’Église, de sorte qu’à partir de Philippe-Auguste, le roi de France est devenu le suzerain - en théorie sinon toujours en pratique - de tous les féodaux.
 
Dès lors s’ouvre une deuxième période qui s’étend jusqu’au règne de Henri IV. Au cours de celle-ci on voit le royaume traverser de longues et difficiles épreuves, et alors qu’il semblait sur le point de sombrer on le voit providentiellement, tel un phénix, renaître plus jeune et plus fort. Une véritable administration civile et judiciaire couvre peu à peu le territoire, des ressources nouvelles et permanentes sont dégagées au profit du trésor royal, un embryon d’armée permanente apparaît au XVème siècle.
 
Dégagé tant de l’hypothèque que faisait peser le Saint Empire, que des interventions parfois excessives de la papauté, et enfin les « Grands » ayant été mis au pas, le roi peut se dire « empereur en son royaume ». En bref l’État royal est né.
 
Pourquoi marquer une coupure avec le règne et la mort de Henri IV ? Est-ce pour indiquer que l’on serait alors passé d’une « monarchie tempérée » à une « monarchie absolue de droit divin » ? Absolument pas. Les théoriciens du « pouvoir absolu et divin des rois » comme Cardin Le Bret n’ont fait qu’obscurcir inutilement une question qui était tranchée depuis longtemps, depuis, peut-on dire, le premier sacre royal. Plus exactement ces théoriciens ont fait oeuvre de polémistes pour contrebalancer les influences délétères des juristes protestants, voire, à un degré certes moindre, de théologiens catholiques comme Suarez. Enfin, sans peut-être l’avoir voulu, des hommes comme Loyseau et Cardin Le Bret ont alimenté en justifications théoriques les revendications des magistrats parlementaires affirmant que le droit de juger était d’essence divine et qu’ils tenaient leur mission « de droit divin » et non pas de « droit royal ».
 
Qu’il n’y ait rien de fondamentalement nouveau dans ces écrits des théoriciens absolutistes, on en verra le témoignage dans le fait que de Loyseau à Bossuet en passant par Le Bret, on retrouve toujours la même affirmation qui court depuis des siècles : les lois fondamentales bornent le pouvoir royal au même titre que les lois de Dieu, ce à quoi Bossuet dans son ouvrage sur la Politique tirée de l’Écriture sainte ajoutera que le roi « doit garder les anciennes maximes sur lesquelles la monarchie a été fondée et s’est soutenue ». N’est-ce pas Louis XIV, d’ailleurs, qui se félicitera de son « heureuse impuissance » à modifier les lois du royaume. (Voir J-L Thireau : Les idées politiques de Louis XIV. Paris 1973.)
 
Répétons-le, l’autorité royale ne change pas d’essence de 1610 à 1789. Certes, les États-Généraux cessent d’être réunis, plus tard ce seront les assemblées de notables, les Parlements se verront privés du droit de remontrance par Louis XIV. Mais il est erroné de voir dans ces mesures la marque d’une sorte de radicalisation absolutiste de l’autorité royale. En fait, d’une part les troubles du XVIème siècle et plus récemment de la
Fronde ont démontré que ces structures, principalement les parlements, jusque-là orientées, malgré quelques dérives, comme la monarchie elle-même vers la recherche du bien commun, étaient devenues des chambres de résonance pour toute idéologie ou slogan à la mode qui se donnaient pour visée d’abaisser l’Église, le
 
Trône, ou les deux. Chambres de résonance, mais aussi foyers d’agitation et de critique permanente à l’égard de l’action politique de la monarchie, avant de devenir le principal obstacle à toutes les tentatives par lesquelles l’État royal tentait de se réformer.
 
Or, il faut considérer également que les problèmes politiques et administratifs étaient devenus au fil du temps d’une complexité croissante. 
Il suffit de songer à l’importance des rouages administratifs civils et militaires indispensables pour suivre de près l’évolution de la situation internationale en ces temps de guerres quasi-permanentes
 
– au moins sous Louis XIV – et de renversements d’alliances incessant ; à la nécessité de maintenir une rentrée régulière des ressources fiscales, celle de recruter, former, entretenir une armée et une marine nombreuses, au nécessaire suivi des entreprises coloniales, sans oublier les missions premières dans l’ordre interne : assurer le bon fonctionnement de la justice et le maintien de la Paix du roi. Dans un tel contexte, on comprend qu’un roi comme Louis XIV et à un moindre degré Louis XV, aient considéré que la nécessaire cohésion du royaume, l’indispensable mobilisation des énergies, ne pouvaient guère s’accommoder d’un parlementarisme bavard uniquement préoccupé par ce que Marx aurait appelé des « intérêts de classe », non plus qu’avec des États Généraux incapables de s’élever au-delà des préoccupations de leurs paroisses. 
Ainsi, une fois encore, c’est à partir des faits, des leçons de l’expérience, et non pas pour mettre en oeuvre une construction idéologique qui en elle-même n’apportait rien que l’on ne sache déjà, que s’est manifesté un nécessaire renforcement de l’autorité royale. (Renforcement d’ailleurs très relatif si l’on se souvient que Voltaire ne reprochait pas à la monarchie ses excès mais plutôt ses faiblesses dans l’exercice de son autorité.)
 
Cela dit, si l’autorité royale se renforce dans tout le royaume, cette évolution est principalement due au fait que ce sont les capacités d’action de la monarchie qui se sont renforcées et non le poids de l’autorité qui s’est accru. Pour des raisons précédemment évoquées, mais aussi pour d’autres – accroissement de population et lutte contre les famines, intensification du commerce international, migrations des campagnes vers les villes etc. - le poids de l’État royal se renforce parce que d’une part les besoins de l’État sont en croissance continue pour la guerre, mais aussi parce que les besoins des sujets sont eux aussi en croissance continue. De ce fait l’administration ne cesse de s’étoffer, de se répandre sur le territoire, de prendre en charge de nouveaux aspects de la vie économique et sociale qui jusque-là relevaient de la coutume et de l’initiative privée.
 
Cette emprise accrue de l’État devenait-t-elle tyrannique ? Il suffit de songer qu’au XVIIIème siècle il existe un corps d’à peine 3.000 gendarmes qui quadrillent le territoire y compris dans les endroits les plus isolés. Leur rôle est de veiller à l’exécution des lois et des règlements, de lutter contre la criminalité
 
- la Paix du roi est parfaitement assurée au temps de Louis XIV - mais aussi de faire remonter des informations de la périphérie vers le centre, et enfin, de « montrer le drapeau » à l’occasion des « chevauchées » qu’ils diligentent de façon régulière.
 
Tyrannique, la monarchie ?
 
Mais combien de militaires, gendarmes et policiers sont mobilisés pour un déplacement présidentiel de 24 heures – et l’on n’évoquera même pas la visite d’un président des États-Unis. Charles VII est le premier roi à s’entourer d’une troupe d’élite : les gardes écossaises.
 
A la fin du XVIème siècle, ils sont 7.000 à assurer la protection de l’Hôtel du Roi et du monarque dans ses déplacements par des routes souvent encore insécures. La courbe de ces effectifs atteint son maximum vers 1690 : ils sont alors environ 10.000. Ce sont d’ailleurs des troupes d’apparat autant que des gardes du corps, mais aussi des troupes de combat qui se mêlent à la bataille en temps de guerre.
 
Vient le règne de Louis XVI et les meilleures troupes, celles spécialement attachées à la personne du roi, sont dissoutes en 1775 sous prétexte de faire quelques économies. Mesure suicidaire, dira-t-on, voilà le « tyran sanguinaire » dénoncé par les « patriotes » qui se met à la merci d’une émeute de mégères comme on le verra en octobre 1789 !
 
[Note du Blog Christ-Roi. François Bluche a pu parlé d'un "despotisme de la faiblesse"... (F. BLUCHE, La Vie quotidienne au temps de le Louis XVI, Hachette, 1980, p.47, cité dans Stéphane RIALS, La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Pluriel Inédit, Hachette, La Flèche 1988, p. 28)]
 
Combien de régimes politiques la France a-t-elle connus depuis 1789 ?
 
Quatre monarchies, deux empires, cinq républiques, sans compter un certain nombre d’intermèdes éphémères. Une seule monarchie a régné en France au cours de treize siècles. Qui peut croire que nos ancêtres avaient à ce point l’âme servile pour ne pas résister par tous les moyens à leur disposition à ce qu’ils auraient considéré comme une insupportable oppression – et alors que les rois de leur côté en possédaient si peu pour résister à des soulèvements populaires ?
 
S’ils ont si longtemps soutenu de leurs forces et de leurs prières la personne des rois et l’exercice des fonctions royales, c’est indépendamment de toute autre considération morale qu’ils y trouvaient un avantage certain : « Celui d’unroi qu’une légitimité héréditaire place hors des compétitions pourle pouvoir qui aujourd’hui détournentpériodiquement vers elles l’énergiepolitique » (J. Barbey. Op.cit. p. 460.)
 
Le président de la République peut se prétendre au-dessus des partis et se présenter comme le « président de tous les Français », immédiatement après avoir été élu par généralement un Français sur trois, personne n’est dupe. Le roi, lui, se tenait véritablement au-dessus du jeu des intérêts particuliers, des conflits entre groupes sociaux et des querelles de personnes. Et si son autorité était considérée comme absolue, c’est bien pour signifier qu’il n’était l’otage d’aucun « groupe de pression », d’aucune idéologie partisane, qu’il n’était le faux-nez d’aucun intérêt privé, fût-ce celui d’un pair du royaume.
 
Qu’était ce monarque absolu de droit divin, si ce n’est l’arbitre, le régulateur, le modérateur de la conflictualité sociale, mais aussi celui qui insufflait comme une âme à la nation rassemblée autour de lui.
 
En fin de compte, si les sujets ont adhéré si longtemps à l’institution monarchique et soutenu l’État royal, c’est parce qu’à leurs yeux le roi s’identifiait avec la communauté nationale comme eux s’identifiaient avec la personne royale. Mais, au-delà même de cette vision purement temporelle du roi comme garant de l’intérêt national et du bien propre de chacun, le roi était perçu, sinon comme l’image de Dieu puisque chaque homme l’est aussi, mais comme le canal privilégié par lequel le Divin venait s’inscrire au coeur de l’histoire de la patrie." 

(
La Gazette Royale, fichier PDF, avril - mai - juin 2006, n° 107, p. 10-17).
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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 17:36

Par Yves-Marie Adeline, Alliance Royale

"L’auteur fait remonter la division entre Droite et Gauche en France à la révolution de 1789, mais pour lui l’origine du mal est bien plus profonde. 

La Gauche est l’exaltation de l’indépendance et du libre arbitre à tout prix. Valeurs poussées à leur extrême, elles entraînent la chute des valeurs transcendantes
. En effet, avec la gauche, l’homme devient son propre maître, son unique maître, il n’existe pas de valeurs le dépassant ou dépassant sa volonté. Sa volonté fixe sa propre morale, ses propres obligations, selon sa volonté propre. Les droits passent devant les devoirs et finalement poussées à l’extrême, ces valeurs entraînent la non-reconnaissance de l’autre, tant l’homme de Gauche se replie sur ses droits acquis ou à acquérir. Ainsi une mère n’est plus obligée de prodiguer de l’amour maternel à ses enfants, elle le fera si elle le veut bien, car elle est libre, le père abandonnera son rôle protecteur et ne le reprendra que si bon lui chante, il est libre. Peu leur importe que par ce comportement le père et la mère se soient montrés indignes, dignité et indignité sont des valeurs morales dépassant la volonté de l’homme, ce sont des valeurs de Droite. La Droite, elle, se base sur des valeurs transcendantes qui dépassent la volonté de l’homme. Une morale naturelle ou morale sacrée qui guide les pas de l’homme. La Droite est bridée tandis que la Gauche va où bon lui semble.

Cette division on l’a dit, remonte à des temps anciens, mais sa concrétisation en France remonte pour ainsi dire aux événements de 1789. Entre un groupe d’hommes (majoritaires alors) voulant conserver les valeurs traditionnelles et transcendantes de la France et un autre groupe d’hommes (minoritaires) s’exprimant soi-disant au nom de tous, pour une marche en avant vers le progrès, c’est-à-dire plus de libertés individuelles.

La gauche se base alors sur une imposture, elle défend la liberté et le droit des peuples contre une droite féodaliste et despotique. Peu importe que ce discours aille à l’encontre de la réalité des faits, d’un régime qui au nom de la liberté à tué des centaines de milliers d’innocents et enlevé justement leurs libertés anciennes aux peuples. Car c’est le mot de Robespierre, il faut savoir sacrifier les libertés pour sauvegarder la liberté. Autrement dit il faut savoir détruire les libertés des peuples au profit de la liberté révolutionnaire, au nom du progrès. Tout doit se plier voir disparaître devant le progrès érigé en principe. On voit dors et déjà la destruction des valeurs poindre le nez, car elles sont un reproche perpétuel à la gauche, lui rappelant que quelque chose dépasse le progrès, la morale transcendante. N’importe qui de censé serait révolté à l’idée de perdre ses libertés concrètes au profit d’une déesse liberté abstraite. Mais la force de la Gauche est là, seule restera l’idée qu’elle défend la liberté. Les hommes du moment seront accusés d’avoir été des monstres, mais l’idée maîtresse du progrès sera passée... 

Alors la Droite se fait piéger une première fois en décrétant qu’elle aussi est pour la liberté afin de ne pas être dite réactionnaire. Elle n’entend pas par-là la même chose que la gauche, mais comme cette dernière tient la barre, la Droite devra se plier à la liberté de la Gauche. La deuxième imposture de la Gauche est plus récente. Il s’agit de se revendiquer l’idéologie défenderesse des pauvres et des déshérités contre une Droite capitaliste et affameuse. C’est l’émergence des socialismes et des communismes. Peu importe là encore que l’histoire nous montre le contraire, avec un Gambetta proclamant : « il n’y a pas de question sociale » et des catholiques légitimistes comme René de la Tour du Pin ou même Henri V prônant au contraire la
défense des ouvriers. Là encore le mot est passé, la Gauche désormais est pour la défense des pauvres et la Droite pour celle des riches. L’imposture va plus loin, lorsque le prolétariat vote à Gauche, c’est normal, mais lorsqu’il se tourne vers des partis de droite nationale, la Gauche hurle au populisme et à la démagogie. On voit que dès les origines, la Gauche mène le débat et oblige la Droite à s’accorder à son discours. Plus rien alors ne semble pouvoir s’opposer à la marche du progrès, puisque la Droite sera toujours en retard d’une guerre.

La conquête des esprits et des institutions par la Gauche. Cet Etat de fait, a été rendu de plus en plus possible par la conquête des esprits par la Gauche. Cette conquête des esprits se double également d’une volonté de conquête des institutions par la Gauche, qui alors tente de remodeler la société qui l’environne à son image. Bien-sûr un changement brutal ne fonctionnerait pas. La Gauche voulant détruire toute morale transcendante et ancestrale, il s’agissait à l’origine du moins en France, de faire table rase du passé. D’annihiler toute ancienne morale, au profit de la nouvelle, celle que l’homme s’est donné lui-même et dont il peut changer comme on change de chemise. On a vu ce que donnait un changement trop brutal en France durant les événements révolutionnaires, où la politique antireligieuse de la république et la suppression rapide et sanglante de la monarchie ont entraîné une réaction violente de la par de la population. L’erreur alors avait été de vouloir faire table rase. La Gauche va alors progresser par système de cliquets. C’est-à-dire une progression par étape. Chaque étape sera considérée comme acquise, on ne pourra plus revenir dessus sous peine de devenir un réactionnaire."
Suite

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17 juin 2007 7 17 /06 /juin /2007 09:18

Via le Forum catholique





Alexis de TocquevilleDans De la démocratie en Amérique (1835-1840), le français Alexis de Tocqueville, fin observateur de la jeune nation américaine écrit : « La plus grande partie de l'Amérique anglaise est pilotée par des hommes qui, après s'être soustraits à l'autorité du Pape, ne s'étaient soumis à aucune suprématie religieuse. Ils apportaient donc dans le nouveau monde un christianisme que je ne saurais mieux dépeindre qu'en l'appelant « démocratique et républicain ». Ceci favorisa singulièrement l'établissement de la république et de la démocratie dans les affaires. Dès le principe, la politique et la religion se trouvèrent d'accord et depuis, elles n'ont point cessé de l'être ». 

L'analyse de Tocqueville est toujours d'actualité et éclaire bien le propos : aux Etats-Unis, l'influence protestante est majeure. Puisqu'elle repose sur le refus de l'autorité et du dogme, leur préférant la liberté, elle porte en elle les principes démocratiques et républicains (autant dire les principes de la révolte luciférienne organisés, le non  serviam de Satan, légalisé et encouragé).
Ceux-ci furent définitivement ancrés dans la Constitution des Etats-Unis qui vit le jour en 1787.

Les Pères fondateurs des Etats-Unis (Washington, Jefferson, Adams, Franklin) sont donc à l’origine de la conception laïque américaine. Marqués par les philosophes des Lumières et les idées de la franc-maçonnerie, ils étaient déistes, dans la mesure où ils croyaient en l’existence d’un Dieu supérieur, et profondément libéraux en posant comme valeurs fondamentales : la
liberté et la tolérance. C’est pourquoi Dieu est omniprésent dans la vie publique aux Etats-Unis et que toutes les religions ont le droit de cité, sans pour autant qu’une d’entre elles s’établisse comme religion d’Etat. Une des raisons d’être de la religion aux Etats-Unis est qu’elle assure la bonne conduite des hommes. « Les Pères fondateurs sont des lecteurs de Montesquieu pour qui une foi pour être fausse n'en assure pas moins un règne de probité parmi les hommes » . Toutes les religions doivent alors coexister sans heurts car la religion est nécessaire au maintien de la concorde. Force est de souligner que ce statu quo s’est mis en place de manière pacifique, contrairement à la France. Dans l'histoire américaine, il n'y a pas de 1789. La révolution qui a conduit à l'indépendance était politique, les substrats philosophiques étaient préexistants : l'esprit libéral imprégnait les premiers colons. Pas de fracture violente donc, mais une continuité sur des bases philosophiques admises et constamment approuvées. Le Premier amendement, qui régit les relations Eglises-Etat, envisage les choses d'une manière totalement différente de la loi française de 1905. Pour les Américains, il ne s'agit pas de lutter contre une religion en particulier, à l'encontre de la France qui voulut se débarrasser en premier lieu du catholicisme. Le premier amendement est fait pour lutter contre les religions établies (ou religions d'Etat), comme en Angleterre. « Le « désétablissement » de la religion apparaît comme le principe conditionnant la liberté religieuse. » L'objectif premier est de protéger la religion de l'ingérence de l'Etat fédéral.

1.2 Conséquences : pluralisme religieux et interdépendance des sphères politiques et religieuses

Donner à chaque religion le droit de manifester publiquement sa foi a contribué au développement de toutes sortes de confessions possibles et imaginables ainsi qu’à l’intrusion du religieux dans le politique : les deux caractéristiques de la laïcité à l’américaine. 

Si les XVIIe et XVIIIe siècles sont dominés par le
protestantisme, au XIX e et au XX e siècles, les confessions se diversifient : des catholiques irlandais, à la communauté juive, en passant par les innombrables sectes fondées au XIXe – adventistes du 7ème jour, témoins de Jéhovah, Mormons... etc. – et qui continuent de proliférer aujourd'hui, ainsi que l’islam et les religions asiatiques. Les Etats-Unis représentent un vaste panel de toutes les religions du globe et font partie des Etats les plus religieux. Toutes ces confessions se font concurrence sur un marché religieux et chacun peut alors librement choisir sa confession selon sa sensibilité religieuse. Les chiffres sont parlants : la religion touche la quasi intégralité de la population américaine. Adrien Lherm donne les estimations suivantes : plus de 95% des Américains croient en Dieu et 90% appartiennent à une confession particulière. 70% participent à une association cultuelle et 40% affirment pratiquer régulièrement. Les Etats-Unis comptent 80 millions de protestants, 65 millions de catholiques, 6 millions de juifs et autant de musulmans. On dénombre 350 000 lieux de culte, soit un pour 850 habitants : ratio le plus élevé du monde.

Pourtant, il existe bien une séparation des Eglises et de l'Etat. Le troisième président des Etats-Unis, Jefferson, l'avait bien entendu de cette façon. Il disait que la clause contre l'établissement d'une religion par une loi avait pour objectif l'érection d'un mur de séparation entre l'Eglise et l'Etat . Selon la formule de J-F Colosimo : « Récusant également le tout-Dieu et le zéro-Dieu, les Etats-Unis reposent sur le tout-religieux et le zéro-religion… Il s'agit moins, en l'espèce, de préserver l'Etat de l'Eglise que de protéger les Eglises de la politique en ce qu'elle a de nécessairement profane ».

Des centaines de confessions et de religions différentes, professant des corps de doctrine divergents voire contradictoires, pratiquées par des millions de gens, se trouvent résumées et rassemblées sur les dollars : « In God we trust ». Curieux syncrétisme de l'argent? Il s'agit bien plutôt d'un concept propre aux Etats-Unis, cette nation construite sur des principes importés du Vieux Continent et rénovés dans ce nouveau monde qui continue de fasciner pour sa faculté de création. Le Dieu en qui croient les Américains a tous les visages, mais il se voile dans les plis de la bannière étoilée. Le culte qu'on lui rend se confond avec une religion nouvelle qui a pour autel les Etats-Unis d'Amérique. Le sociologue Robert Bellah lui a donné le nom de « religion civile » repris depuis par tous les observateurs du fait religieux aux Etats-Unis. C'est là qu'il faut voir la spécificité de la relation entre les Etats-Unis et le phénomène religieux.

La notion de « religion civile » provient du Contrat social (1762) de
J.-J. Rousseau. Le philosophe des Lumières considère une religion civile obligatoire pour maintenir le lien social : « Il importe à l'Etat que chaque citoyen ait une religion qui lui fasse aimer ses devoirs ; mais les dogmes de cette religion n'intéressent ni l'Etat ni ses membres qu'autant que ces dogmes se rapportent à la morale et aux devoirs que celui qui la professe est tenu de remplir envers autrui ». On voit bien combien le philosophe réduit la religion à une simple morale. La façon dont les Etats-Unis appréhendent les religions est fondée sur ce principe rousseauiste. 

Le Dieu auquel font allusion tous les présidents dans leurs discours est, suivant l'interprétation de R. Bellah, « un signe creux, tant l'absence de référence à un culte singulier, à une confession particulière fait évidence. Ce Dieu est simplement celui de l'Amérique » . Ce sociologue résume ce que signifie le terme de religion civile aux Etats-Unis : « ensemble institutionnalisé de croyances sacrées sur la nation américaine ». Cette religion civile peut alors rassembler tous les Américains. Peu importe les religions. Elles se fondent toutes dans les « croyances sacrées sur la nation américaine ». On retrouve cette idée dans un discours d’Eisenhower dans les années 1950 déclarant que la forme du gouvernement des Etats-Unis « n’a de sens que si elle se fonde sur une foi religieuse profonde. Ce que peut-être cette foi, peu m’importe du moment qu’elle existe ». 

J.-F. Colosimo commente ainsi la définition : « La religion civile confère une dimension proprement religieuse à l'entièreté de la vie américaine, non seulement parce que les Américains en partagent le principe, mais encore parce qu'elle s'exprime à travers une foi et des rites. Elle a ses textes sacrés : les chartes fondatrices, la Constitution, les discours présidentiels. Ses dogmes : Dieu, la loi, la providence, la mission des Etats-Unis. Ses temples : les monuments d'Etat, les immeubles publics, les cimetières militaires. Ses ex-voto : le drapeau, l'hymne national, la monnaie. Ses fêtes: Thanksgiving, Memorial Day, 4th July, Veterans Day. Ses martyrs: Lincoln, Martin Luther King. » Il continue en expliquant qu'en Europe la séparation renvoie la religion à la sphère privée tandis qu'en Amérique, on distingue la croyance, qui relève du domaine privé, de la « dimension religieuse inhérente à la sphère publique qui aurait grand tort de ne pas s'en soucier ». On a vu pour quelles raisons pratiques. La religion civile apparaît donc comme une « combinaison démocratique de théocratie laïcisée et de laïcité sacralisée ». 

En accordant à chaque religion une pleine liberté, elle lie toutes les confessions à la défense d’un certain état d’esprit religieux en Amérique. Reste à la religion civile à trouver le point commun à toutes ces croyances. Elle le trouve dans l'idée que les Etats-Unis sont un peuple choisi qui a une mission à remplir. 

Pour les Pères fondateurs, cette nation naissante est un autre Israël. Jefferson parle de « cet être qui guida nos pères, à l'instar de l'ancien Israël, hors des pays où ils étaient nés pour les installer sur une terre d'abondance » . Selon les théories protestantes, la religion est une relation personnelle du croyant avec le Créateur, une sorte de profession de foi en l'individualisme qui constitue l'essence de la démocratie. Pour les Etats-Unis, le régime politique est forcément démocratique. Voici donc le credo de la religion civile : la démocratie est l'établissement du règne de Dieu sur terre et les droits de l'homme en sont les garants

Dès lors les Etats-Unis, nouvelle Terre promise, se doivent de transmettre ce message. D'où leur messianisme qui veut étendre au monde le modèle américain. Le président est le grand prêtre de l'Amérique, l'armée son bras vengeur. 

La laïcité à l’américaine : une solution miracle ?

Dans un discours, prononcé dans un établissement scolaire au moment de la polémique sur la laïcité à l’école, Bill Clinton s’exprima ainsi : «Ne pensez-vous pas que si tous les enfants qui vivent dans un quartier difficile fréquentaient chaque week-end une institution religieuse, une synagogue le samedi, une église le dimanche, ou une mosquée le vendredi, ne pensez-vous pas que la toxicomanie, la criminalité, la violence, le sentiment d’autodestruction diminueraient et que les valeurs morales gagneraient du terrain dans notre pays ? » Dans ce plaidoyer en faveur de la laïcité à l’américaine, Bill Clinton semble sous-entendre que les différentes religions (coexistant pacifiquement) sont facteurs de paix sociale. On peut alors se demander, à juste titre, si finalement une pluralité de religions, qui vivraient côte à côté et qui s’épanouiraient pleinement dans un Etat leur laissant une liberté quasi-absolue, ne serait pas la solution miracle au « problème » religieux et du coup social d’un pays. N’est-ce d’ailleurs pas le rêve de certains hommes politiques français souhaitant une révision de la loi de 1905 et le développement du communautarisme religieux ?

On peut cependant émettre quelques réserves quant à cette conception des rapports entre Etat et religions. Tout d’abord, comme nous l’avons souligné, la laïcité à l’américaine pousse les hommes politiques à instrumentaliser la religion pour arriver à leurs fins et assurer une certaine morale. N’est-ce pas alors un peu réducteur de l’utilité de la religion ? Celle-ci n’est-elle pas faite pour relier les hommes à Dieu plutôt qu’un candidat à ses potentiels électeurs pratiquants ? En admettant qu’une religion a pour but d’honorer Dieu, le louer et le servir, on peut également se demander si une telle utilisation de la religion honore vraiment Dieu …

De plus, accorder la liberté de culte absolue, c’est finalement permettre à importe quelle secte aussi dangereuse soit-elle, d’avoir droit de cité dans la société. En effet, aux Etats-Unis, si quelqu’un décide de fonder une nouvelle « religion », l’Etat, qui doit laisser les religions autonomes et indépendantes, ne peut l’en empêcher même si cette dernière est contraire à la « morale » communément admise se réduisant au plus petit dénominateur commun aux principales religions en place. Pis encore, cette acception de la laïcité place sur le même plan d’égalité toutes les communautés religieuses : les adorateurs du choux farcis ont alors les mêmes droits de s’exprimer sur la place publique que les catholiques pourtant majoritaires. La question n’est pas celle de la majorité mais celle de la non-existence de la vérité. Finalement la laïcité à l’américaine, aussi séduisante soit-elle, a le même dogme que la laïcité à la française : « Il n’y a pas de vérité, ou tout au moins il n’est pas possible pour l’homme de la connaître avec certitude. » Or pour un catholique, cette acception pose problème : cela mène au relativisme (toutes les vérités se valent) et à son corollaire, l’indifférentisme. Il ne peut se satisfaire de ce statu quo à l’américaine qui contribue à la prolifération d’une législation de plus en plus contraire à la morale chrétienne : légalisation de l’avortement, divorce …

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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 08:04

La république dite "française" est un régime fondé sur
- l'illusion (des chimères comme l'article 1er de la Ddh),
- la mystification (le mythe)
- et le mensonge. La corruption de la liberté.


"Le libéralisme, dit Charles Maurras, est la doctrine morale politique qui fait de la Liberté le principe fondamental par rapport auquel tout doit s'organiser, en fait, par rapport auquel tout doit se juger, en droit. ... [L]e libéralisme supprime en fait toutes les libertés. Libéralisme égale despotisme. Je le démontre" : 

                              En religion

"Dans l'ordre religieux, la liberté-principe peut tout admettre, hors l'aliénation de la liberté elle-même. Un homme qui aliène sa liberté personnelle n'est plus un homme, dit la philosophie libérale. Il a perdu son rang, sa dignité. Mais, objectera-t-on, il fit acte de liberté en immolant sa liberté? Il n'avait pas ce droit de l'immoler. La liberté, c'est l'intangible. "Pas de liberté contre la liberté"... Dès lors, point de voeux monastiques, point de Congrégations... C'est le sophisme protestant des Renouvier et des Buisson. Mais qu'on y prenne garde: ce raisonnement est sophistique parce que le point de départ en est faux : il n'est point vrai que la liberté soit un principe fondamental. Mais si la prémisse était vraie, la conclusion le serait aussi. C'est très logiquement, très rigoureusement que M. Buisson a déduit la loi de 1901 du principe libéral. Dans le principe libéral, la liberté des ordres religieux serait chose immorale. Dans le principe libéral, cette liberté doit être étouffée. Et voilà donc une première 'liberté' dont la conquête exige au préalable le renversement du principe libéral...

                              En économie politique

Dans l'ordre économique, la liberté principe veut que la concurrence des libertés individuelles, d'où le bien doit sortir inévitablement, soit oeuvre sacrée. Il n'y a qu'à laisser faire et à laisser passer. Toute intervention de l'Etat de l'Etat ou de la Société mérite le nom d'attentat et presque de profanation. Le statut du travail doit donc être individuel. Autant par respect pour sa liberté propre que par vénération de la mécanique du monde, l'ouvrier doit respecter les injonctions du décret de
Chapelier et s'interdire sévèrement toute association, corporation, fédération, tout syndicat d'ordre professionnel, de nature à troubler le libre jeu de l'offre et de la demande, le libre échange du salaire et du travail. ... La liberté économique aboutit donc, par une déduction rapide, à la célèbre liberté de mourir de faim. ... Toute liberté réelle, toute liberté pratique, tout pouvoir libre et certain de conserver sa vie, de soutenir sa force, est refusé à l'ouvrier tant qu'on lui refuse la liberté d'association. 

Il a fallu le déclin des idées libérales pour obtenir, dans l'ordre économique, un certain degré de liberté d'association. Pour étendre cette liberté, pour l'étoffer, pour la nourrir, on devra écraser tout ce qui subsiste du libéralisme dans les esprits.

                              En science politique

Dans l'ordre politique, le libéralisme exprimé à la première phrase du Contrat social et au premier article de la Déclaration des Droits de l'homme, porte que l'homme naît libre. Le libéralisme veut dégager l'individu humain de ses antécédences ou naturelles ou historiques: il l'affranchira des liens de familles, des liens corporatifs et de tous les autres liens sociaux ou traditionnels. Seulement, comme il faut vivre en société, et que la société exige un gouvernement, le libéralisme établira le gouvernement de la société en accordant un suffrage à chaque liberté et en faisant le compte de ses souverains suffrages. La majorité, exprimant ce que
Rousseau appelle la volonté générale, exprimera ainsi, en quelque sorte, une liberté générale: la volonté de la majorité devient dès lors un décret-loi contre lequel personne ni rien ne saurait avoir de recours, si utile et si raisonnable, ou si précisue et si sacrée que puisse être cette chose ou cette personne. La liberté-principe établit une règle qui confisque méthodiquement les forces et les libertés particulières; elle se vante de créer toute seule et de constituer la liberté de chacun; mais en pratique, l'histoire le montre bien, cet individualisme affaiblit les individus. C'est son premier effet. Le second est de tyranniser, sans sortir du "droit", tous les individus n'appartenant pas au parti de la majorité, et ainsi de détruire les derniers refuges des libertés réelles. Tels sont les deux effets successifs de la Liberté politique (ou volonté du peuple) sous son aspect le plus connu qui est celui de la "démocratie libérale" ou démocratie fondée sur la Liberté, Liberté fondant son gouvernement.

Il y a une autre forme de libéralisme, plus aiguë, plus logique, à laquelle arrivent toujours, quand ils ont persisté dans l'opposition, les partis libéraux: ils se font anarchistes purs. Le principe libéral en ce cas, ne détruit pas seulement ces liens de famille, de tradition et de relation, créateurs de forces de résistance et centres de pouvoirs: il renverse l'Etat, il nie la Patrie. Il livre donc l'Etat à l'arbitraire du désordre et aux corps des révolutions, comme il ouvre la Patrie aux armes de l'Etranger. Par ce libéralisme absolu, l'homme né libre tend à perdre: 1° la liberté d'aller et venir dans la rue sans être assomé (même si les libertariens, comme ils se nomment, le nient...); son indépendance de citoyen d'une race déterminée.

Telle est la conséquence naturelle du libéralisme non mitigé: il tue la Société et, par là même, toutes les libertés contenues dans la société existante (il subvertit radicalement la Société en opposant les individus et les classes). Quant au libéralisme mitigé, s'il laisse subsister la société, il la caporalise sous la moins juste, la plus rude et la moins responsable des dictatures, celle du Nombre. 

Ainsi, le libéralisme et le despotisme, c'est tout un. Le dévouement aux libertés commande donc le sacrifice de l'idole et de la nuée Liberté" (
Charles Maurras, La Dentelle du rempart, Choix de pages civiques en prose et en vers 1886-1936, Préface de Bernard Grasset, Mayenne 1937, p. 206-211).

Pour être tout à fait complet, on ajoutera que toute l'astuce de la démocratie dite libérale est de faire croire aux personnes, c'est peut-être là le "Grand mensonge", que c'est la majorité qui dirige alors que la soit-disant volonté générale n'est pas la volonté du Nombre, ni de la majorité, c'est au contraire, le règne despotique d'une minorité (de droite ou de gauche, à tour de rôle), le règne d'une caste qui se coopte entre elle, et exploite la majorité en la divisant et en jouant des minorités contre elle. C'est toute l'imposture démocratique (cliquez sur le lien pour lire l'article). 

"Il est contradictoire que l'Etat fondé pour établir l'unité entre les hommes, unité dans le temps (la continuité), unité dans l'espace (l'accord) soit légalement constitué par les compétitions et les disputes des partis, qui sont essentiellement diviseuses" (Charles Maurras, ibid., p. 254).

Parler même de "Liberté" avec un grand L, exactement comme si rien ne pouvait limiter cette liberté est un mensonge, pour plusieurs raisons. Les révolutionnaires en même temps qu'il scandaient le mot "Liberté" en donnait une nette limitation dans l'article 4 de la Déclaration des Droits de l'homme: "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. D'où la contradiction : "l'homme né libre, mais il n'est pas libre..." L'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits: ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. Autrement dit, imposture de la Liberté érigée en norme suprême, si l'on veut garantir la sécurité, il faut d'abord commencer par créer un ordre politique qui, si libéral soit-il, ne peut exister qu'au prix d'une limitation de la dite "Liberté"...  

Prétendre ensuite que "les hommes naissent libres et égaux en droits" (article 1er de la Déclaration des droits de l'Homme) est un mensonge que la réalité contredit. Il est d'abord impossible que "chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant..." (J.-J. Rousseau, Du contrat social, liv. I, ch. VI.) Ensuite, à l'âge d'une minute, les hommes sont-ils libres? Et selon la thèse égalitaire, à ce même âge, sont-ils aussi libres que père et mère??

Le britannique Edmund Burke qui se présenta comme un défenseur de la Loi naturelle dans ses grands combats "libéraux", s'éleva dès 1790 contre la prétendue filiation du libéralisme français avec le libéralisme anglais. Alors que Maurras précise "que le libéralisme anglais ne soit point un libéralisme, c'est ce qu'il est un peu trop facile de voir" (Charles Maurras, Kiel et Tanger, La République française devant l'Europe 1895-1921, Bibliothèque des Œuvres Politiques Versailles, Évreux 1928, p. 104), la thèse d'Edmund Burke, en 1790, était déjà de dire que le prétendu libéralisme en France en 1789 n'était qu'une corruption du libéralisme anglais. Pour lui la Révolution dite "française" repose sur des principes totalement étrangers au libéralisme. Il commence par observer que dans la Déclaration britannique des droits de 1689, "on ne trouve pas un mot ni même une allusion concernant un droit général 'de choisir nous-mêmes ceux qui nous gouvernent; de les destituer pour cause d'indignité; d'instituer notre propre forme de gouvernement'" (Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France, 1790, Pluriel Histoire, Paris 2004, p. 21). 

Il indique ensuite que "si l'on s'accordait sans scrupule la facilité de changer de régime autant et aussi souvent et d'autant de manières qu'il y a de fluctuations dans les modes et dans les imaginations, on romprait toute la chaîne et toute la continuité de la chose publique. Il n'y aurait plus aucun lien d'une génération à l'autre. Les hommes ne vaudraient guère mieux que les mouches d'un été...." (
Edmund Burke, ibid., p. 120).

"Nous sommes si loin de devoir à la Révolution de 1688 le droit de choisir nos rois qu'on pourrait dire au contraire que si jamais un tel droit avait appartenu à la nation anglaise avant cette Révolution, elle y a alors solennellement renoncé pour elle-même et pour toute sa postérité" (Edmund Burke, ibid., p. 25). "[L]a succession à la Couronne a toujours été ce qu'elle est aujourd'hui, une succession héréditaire conformément à la loi. Cette loi, dans l'ancienne lignée, était de droit coutumier; dans la nouvelle, elle est de droit écrit, établie suivant les principes mêmes du droit coutumier, sans rien changer au fond" (ibid., p. 27). "Chaque membre de la société renonce au premier droit fondamental de l'homme naturel, celui de juger par lui-même et de défendre son propre droit. Il abdique le droit d'être son propre gouverneur. ... Les hommes ne peuvent jouir à la fois des droits de l'état de nature (uncivil) et de ceux de la société civile. Pour obtenir justice, l'individu renonce au droit de la déterminer dans ce qui lui importe le plus. Et pour s'assurer d'un certain degré de liberté, il s'en déssaisit en totalité pour en confier la garde à d'autres instances" (ibid., p. 75-76).

Edmund Burke "Nous ne sommes, dit-il, ni les catéchumènes de Rousseau ni les disciples de Voltaire; et Helvétius n'a guère pénétré chez nous. Les athées ne sont pas nos prédicateurs, ni les fous nos législateurs. Nous savons bien qu'en morale nous ne pouvons nous prévaloir d'aucune découverte; mais c'est que nous pensons qu'en la matière il n'y a pas de découvertes à faire, et fort peu quant aux grands principes de gouvernement et aux idées de liberté, qu'on comprenait tout aussi bien longtemps avant que nous fussions au monde qu'on les comprendra lorsque la terre se sera refermée sur notre présomption et que le silence de la tombe aura mis fin à notre impudent verbiage" (ibid., p. 109). 

"Tels maîtres, tels élèves! Qui aurait songé à Voltaire et à Rousseau comme législateurs? Le premier a le mérite d'écrire agréablement et personne n'a, si bien que lui, uni aussi heureusement le blasphème à l'obscénité. Le second n'était pas qu'un peu dérangé dans son esprit, j'en suis à peu près sûr" (
Edmund Burke, The Correspondence of Edmund Burke, janvier 1790 in Edmund Burke, ibid., p. 657).

"J'entends dire que l'on prétend quelquefois en France que ce qui s'y passe actuellement est fait d'après l'exemple de l'Angleterre. Permettez-moi d'affirmer que presque rien de ce qui s'est fait chez vous ne dérive ni dans la pratique ni dans son esprit de notre manière de faire ou des idées généralement reçues dans notre pays" (ibid., p. 111-112).

"Nous savons, et, qui mieux est, nous sentons intimement que la Religion est la base de la Société civile et la source de tout bien et de toute consolation (Cicero, De legibus, II, 7., cité in Edmund Burke, ibid., p. 114).

"[L]a majorité du peuple anglais, loin de considérer l'institution d'une Eglise d'Etat établie, comme illégitime, incline tout au contraire à penser qu'il est illégitime de s'en passer. Vous abusez complètement en France si vous ne nous croyez pas attachés à cette institution par-dessus tout. ... Le peuple anglais considère son établissement religieux comme le fondement de toute sa constitution" (Edmund Burke, ibid., p. 126).

"La nation anglaise entend montrer aux arrogants potentats de ce monde, et à leurs verbeux sophistes, qu'une nation LIBRE, généreuse et instruite honore les hauts dignitaires de son Eglise; qu'elle ne permettra jamais à l'insolence des richesses et des titres, ... de regarder de haut et avec mépris ce que nous considérons avec vénération, ou d'oser fouler aux pieds cette noblesse personnelle acquise..., fruit ... du savoir, de la piété et de la vertu" (Edmund Burke, ibid., p. 131).

"Il n'y a pas dans notre royaume un seul homme public, parmi ceux auxquels vous aimeriez vous référer, pas un seul, dis-je, dans quelque parti ou quelque groupe que ce soit, qui ne réprouve comme malhonnête, perfide et cruelle la confiscation de biens que votre Assemblée nationale a été contrainte d'ordonner (en vertu des décrets des 13 mai et 16 juillet 1790, l'"Assemblée nationale" remit à l'Etat les biens de l'Eglise et les vendit aux particuliers. L'Angleterre avait connu une confiscation de ce genre sous Henry VIII), alors que son premier devoir était de les protéger. ... Par cet acte, ses yeux (de notre peuple) se sont ouverts, et s'ouvriront de plus en plus sur les abîmes d'égoïsme et d'étroitesse que recouvre la prétendue générosité d'esprit et de sentiment de ceux qui en portent la responsabilité. ... Ce qui a commencé sous le voile de l'hypocrisie et de la fraude a fini par la pratique ouverte de la violence et de la rapine" (Edmund Burke, ibid., p. 133-134). 

"Nous ne saurions trop nous remplir d'horreur pour les excès d'un peuple féroce, sanguinaire et tyrannique, qui, sans raison et sans principe, autorise les proscriptions, les confiscations, les pillages, les meurtres et les incendies. ... Ce n'est plus de l'intolérance dont la France nous donne l'exemple; mais, ce qui est mille fois pis, de l'athéisme, vice abominable, dont toute la nature démontre la monstruosité, qui dégrade l'homme et flétrit son âme en lui ravissant sa plus douce consolation. Depuis longtemps ce germe pestiféré a étendu des racines en France... spectacle d'un genre de tyrannie que l'espèce humaine n'a pas encore connue" (Edmund Burke, Discours sur la situation actuelle de la France prononcé à la Chambre des Communes, le 9 février 1790, lors du fameux débat sur les estimations de l'armée, cité in ibid., p. 327-329). 

Burke établit le bon diagnostic : "genre de tyrannie que l'espèce humaine n'a pas encore connue" puisque aussi bien les Etats classiques antiques que les monarchies chrétiennes, aussi bien les philosophes classiques que les érudits chrétiens du "Moyen Âge", reconnaissaient que l'authentique liberté consistait en la recherche et la découverte de la loi que la divinité avait mis en l'homme. Mais aussi dans le respect de cette loi par l'individu (liberté-effort sur soi, liberté-conquête) et par la politique de la cité, sous peine de détruire la liberté de l'individu et celle de la société tout entière... Lire le "Le sens métaphysique de la Révolution
" et "Ce pour quoi on se bat : la survie de 2000 ans de civilisation européenne classique et chrétienne".

On dit enfin que - privilège du Peuple souverain - "nous vivons au moins sous un régime représentatif et un pouvoir que le peuple s'est choisi". Rien n'est plus faux!! Les constitutions des révolutionnaires illustrent assez le caractère profondément hypocrite et mensonger de la doctrine des droits de l'homme: en théorie, l'égalité naturelle des hommes devrait donner à chacun un droit égal dans le désignation des représentants et soumettre ceux-ci à un pouvoir réel de l'électeur. En fait, que se passa-t-il? Les révolutionnaires, conscients de l'inanité de leurs formules, instaurèrent un régime "représentatif" par mandats indirects en interdisant les mandats impératifs qui étaient depuis Rousseau jugés trop dangereux.

"Il faut dire et redire que les élus des Assemblées révolutionnaires, héritières de ces états de 1789, n'ont, à aucun moment, pensé instaurer un semblant de suffrage universel. ... Dès les premiers débats, dès les premiers écrits des théoriciens, s'affirmaient des exclusives et la volonté de n'accorder le droit de vote qu'aux hommes dignes de comprendre.... On ne s'aventurait pas à courir le risque de disparaître en donnant la parole au vulgaire. La démocratie directe fut tout de suite hautement proclamée irréalisable, utopique ou, plutôt indécente, et, bien évidemment, contraire aux intérêts de 'la nation'. Les amis du peuple ne lui faisaient pas confiance et le lui montraient bien. L'idée était de décider en petits groupes d'initiés ce qui était bon pour les croquants et de clamer à grands cris faire leur bonheur sans leur demander leur avis... De si fortes entorses au grand principe révolutionnaire de l'Egalité n'ont soulevé aucun concert de protestations dans les clubs de ce temps ni, plus tard et jusqu'à aujourd'hui, ému vraiment la plus grosse part de nos historiens. ... La Convention, qui... se disait si haute... émanation du peuple, ne fut qu'une coterie menée de petits maîtres" (
Jacques Heers, Un Homme un vote? Editions du Rocher, Monaco 2007, p. 14-16).

En 1789, "les représentants qui siégeaient aux Etats généraux furent désignés, non par le peuple de France mais, au prix de toutes sortes de manoeuvres, de magouilles et de coup bas, par les salons et les sociétés de pensée. En somme par des partis et, pour dire plus vrai, par un seul. C'était la dictature des
Lumières" (Jacques Heers, Un Homme un vote?  Editions du Rocher, Monaco 2007, p. 187). 


Après 1830, contrairement à une idée reçue, ce sont les légitimistes qui ont milité pour le suffrage universel et les révolutionnaires pour le suffrage censitaire" (Stéphane Rials in Révolution et Contre-Révolution au XIXème siècle - Editions D.U.C./Albatros, Paris, 1987.)
 
Add. 1 mai 2011. 14:55.
Les "élections" de juin 1791 se traduisirent par une forte abstention. "La participation avait atteint son étiage; elle ne devait plus remonter de façon significative, les consultations organisées les années suivantes,... n'ayant jamais mobilisé plus du cinquième des électeurs. ... En l'absence de votants, le système électif se transforme très vite en un système de cooptation, les uns accédant aux charges que les autres viennent de quitter, et réciproquement. La promotion aux responsabilités se fait en circuit fermé : les fonctionnaires peuplent les assemblées chargées d'élire les fonctionnaires. ...La réalité du système répondait à un besoin, celui de la formation d'une classe politique ... qui soit assurée de la continuité en étant délivrée de l'incertitude inséparable du suffrage universel. Mais l'oligarchie née de ces pratiques n'était pas moins un démenti des attentes. On imaginait en effet avec une certaine ingénuité que la vertu première d'un système électif consistait à assurer le renouvellement permanent du personnel dirigeant et l'élargissement constant de son recrutement. On n'imaginait pas que l'élection puisse conduire à la formation d'une 'classe' politique distincte du reste de la société" (Patrice Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire, Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 86-88).
 
Pourquoi les révolutionnaires ont-ils, à ces époques, préféré certaines formes de monarchie à la république ? Le suffrage censitaire au suffrage universel ? Parce que les conditions n’étaient pas, alors, réunies pour que la manipulation puisse fonctionner. (Lire "Il y a toujours eu un lien étroit entre élection et manipulation") 


S'agissant maintenant du vote des femmes, "un acquis de la république", qu'en est-il? 

"En fait, lors de la nuit du Moyen Âge, les femmes étaient souvent convoquées aux conseils au même titre que les hommes et, de façon toujours active, à la gestion des affaires. ... On les voyait voter lors des assemblées politiques (le procès-verbal d'une réunion de la commune de Provins, au XIXe siècle, alors que les citadins devaient voter pour accepter ou refuser la tutelle royale, fait état de 2700 personnes, nommément désignées, dont 350 femmes. Participation certes faible 13% mais pas plus, certainement, que dans certains de nos conseils et assemblées aujourd'hui). L'exclusion de la femme ne date absolument pas des siècles obcurs mais vint plus tard, de la modernité. Au moment même où l'on proclamait les droits de l'Homme, l'égalité de tous et la libération des opprimés, nos lois françaises ont interdit, et pour de longues années, aux femmes de prendre part aux affaires de l'Etat. Les défenseurs des trois grandes vertus, inscrites aux frontons des édifices publics et des temples républicains, décidèrent qu'elles devaient rester en leurs foyers" (Jacques Heers, Un Homme un vote?  Editions du Rocher, Monaco 2007, p. 19-20).


Et que se passe-t-il aujourd'hui concrètement en 2007? 

Un homme, un vote?L'historien Jacques Heers répond: "[L]a moindre attention apportée aux pratiques électorales montre que cette égalité des droits... n'est qu'un leurre. Les votes, à l'intérieur d'un même Etat, ne pèsent pas tous le même poids. Il s'en faut de beaucoup...  Les 'circonscriptions électorales' qui rassemblent plusieurs cantons ou fractions de cantons. Chacune désigne un député et l'on aimerait croire qu'elles sont de populations égales, ou à peu près. Il n'en est rien... Un habitant de Trappes en vaut presque deux de Rambouillet. Prime à un certain type de société? (Jacques Heers, Un Homme un vote? Editions du Rocher, Monaco 2007, p. 23-25). 

Maurras propose alors de rendre à l'Etat ce qui lui appartient: "Rendons à l'Etat ce qui appartient à l'Etat, ou plutôt ajoutons à son édifice un étage supérieur, un organe SOUVERAIN, - un roi - faute de quoi les libertés, les biens, l'existence même de chacun de nous, resteront sans défense et sans garantie....Il existe un parlementarisme sain, utile, nécessaire, c'est celui des assemblées représentatives des corps et des communautés. Ces assemblées, dans l'ordre de leur compétence, paraissent avoir un rôle consultatif de la plus haute importance. Elles peuvent aussi administrer les intérêts professionnels et locaux, et c'est non seulement leur avantage propre, mais, d'un point de vue général, c'est l'avantage de l'Etat, car elles le délivrent d'une lourde charge. En tant qu'il gouverne, l'Etat doit laisser les compagnies et les corps s'administrer sous son contrôle par leurs délégations et représentations. En tant qu'il légifère, il doit consulter à tout propos et aussi souvent que possible ces délégations compétentes. Tout manquement fait par l'Etat à cette double règle est une faute qu'il commet, et contre lui-même. Il se lie, il s'encombre, il se diminue en croyant s'agrandir, et les citoyens dont il pense faire le bonheur en sont liés, chargés et diminués avec lui.... En fait donc, nous voilà plus libéraux que les libéraux de doctrine" (
Charles Maurras, Kiel et Tanger, La République française devant l'Europe 1895-1921, Bibliothèque des Œuvres Politiques Versailles, Évreux 1928, p. 236).

"L'Etat français qui se mêle de tout aujourd'hui, même de faire des écoles et de de vendre des allumettes, et qui, en conséquence, fait tout infiniment mal, vendant des allumettes ininflammables et distribuant un enseignement insensé, l'Etat est lui-même impuissant à remplir sa fonction d'Etat. Il est abandonné aux représentants du pouvoir législatif" (
Charles Maurras, La Dentelle du rempart, Choix de pages civiques en prose et en vers (1886-1936), Préface de Bernard Grasset, Editions Bernard Grasset, Mayenne 1937, p. 131). 

"Considérant que les âges de vraies et solides propsérité nationale furent en France ceux où le pouvoir royal, indépendant et maître des attributions propres de l'Etat, n'empêchait point les différents corps, compagnies et communautés de la nation de gérer librement leurs intérêts particuliers.... Considérant que ces éclatantes leçons données au Roi et à la France par huit siècles d'expérience historique ne seront point perdues pour la France ni pour le Roi: le pouvoir royal ne peut désormais manquer de tendre.... à rétablir l'usage de ces libertés partout où l'intérêt supérieur de la patrie et de l'Etat n'exigera pas le déploiement de l'autorité" (
Charles Maurras, La Dentelle du rempart, Choix de pages civiques en prose et en vers (1886-1936), Préface de Bernard Grasset, Editions Bernard Grasset, Mayenne 1937, p. 128-129).

"Au résumé, le citoyen, dans toute la sphère où il est compétent et intéressé directement, dans tout ce qu'il a le pouvoir de connaître et donc de juger, est présentement un esclave. Le pouvoir royal lui rendra la disposition et la souveraineté de ce domaine qui lui fut arraché SANS DROIT, sans utilité, et au péril même de la force de la patrie" (
Charles Maurras, La Dentelle du rempart, Choix de pages civiques en prose et en vers (1886-1936), Préface de Bernard Grasset, Editions Bernard Grasset, Mayenne 1937, p. 130).


Conclusion


"Cette impuissance du peuple, cette dépossession du peuple, c'est la contradiction fondamentale des démocraties modernes. Elles veulent défendre la démocratie sous prétexte que la démocratie est le "pouvoir du Peuple". Et elles défendent la démocratie en empêchant qu'il puisse y avoir sur la scène politique autre chose que des partis démocratiques... La démocratie ainsi conçue se retourne contre le peuple. Elle lui assure une liberté qui n'est qu'un mot, elle lui donne un bulletin de vote qui est sans valeur" (
Maurice Bardèche, Les Temps modernes, Editions Les Sept Couleurs, Montargis 1956, p. 32-33). 

"Nous sommes antilibéraux, mais pourquoi? Parce que nous voulons garantir les libertés publiques" (Oliveira Salazar, Une Révolution dans la paix, Paris 1957, p. XXXII).

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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 10:56
Dans tout ce que nous a appris l'école de la République sur notre histoire, tout est faux. Nous recensons ici l'ensemble des clichés, propagandes républicaines sous le titre de "dictionnaire des sornettes", terme employé par Jacques Heers dans son livre "Le Moyen Âge, une imposture" (Perrin Malesherbes 2001, p. 118-119). "Cet héritage mérite examen et il ne semble pas inutile de prendre conscience des "VERITES" que l'on voulait alors imposer en priorité; certaines trop outrancières, n'ont connu que de brèves fortunes mais quelques-uns de nos auteurs d'aujourd'hui restent toujours fidèles à plusieurs clichés inventés et peaufinés alors..." (ibid. p. 122).


Cliché La "réaction féodale au XVIIIe siècle"

"Les monographies nombreuses dont nous disposons témoignent à cet égard d'une réalité très différenciée: les paysans de Le Roy Ladurie, dans un Midi qui a été relativement peu 'féodalisé', semblent avoir liquidé la rente seigneuriale très tôt, dès le début du XVIe siècle (Emmanuel Le Roy Ladurie, Les Paysans de Languedoc, SEVPEN, t. I, p. 291-292). Dans la Sarthe de Paul Bois (Paysans de l'Ouest, Mouton 1960, p. 362 et suiv.), le taux de la redevance seigneuriale semble très faible et même infime à l'intérieur de la rente foncière, par rapport au montant du fermage. Et la révision des terriers quis 'opère au XVIIe siècle ne fait pas apparaître de droits supplémentaires. "On peut dire dire, conclut Paul Bois, en exagérant à peine, que la question des rentes seigneuriales ne concerne pas le paysan"...

"Il n'est donc pas possible, dans l'état actuel de nos connaissances, de parler de 'réaction féodale' au XVIIIe siècle".

(François Furet, La Révolution française, Préface de Mona Ozouf, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. 110).

"(Les Français) sont est-il besoin de le dire ? des hommes libres. Le servage qui s'est conservé dans presque tous les pays d'Europe n'existe plus en France. Il ne subsiste, sous une forme atténuée, que dans quelques coins du Jura et du Bourbonnais. C'est l'impossibilité de tester et c'est ce qu'on appelle la mainmorte. Si le mainmortable décède sans enfant, il est réputé sans héritier et ses biens reviennent au seigneur. Par un édit de 1779, préparé par Necker, Louis XVI supprima les dernières traces de servage sur les terres de la couronne."

(Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 22-23).

 

Cliché La Révolution abolit le servage

"Au fil du temps, les incapacités frappant les serfs se transforment en taxes. Puis le servage recule. Encouragé par l'Eglise, le mouvement d'émancipation s'accélère dès le IXe siècle. Le moine Suger, ami et conseiller de Louis VI puis de Louis VII, est fils de serf. Le roi donne l'exemple: il affranchit les serfs de son domaine. À la mort de Saint-Louis, le servage a pratiquement disparu en France"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 29). 


Cliché La Révolution abolit l'esclavage

Voir notre article "La franc-maçonnerie et l'histoire de l'esclavage". 

L'abolition de l'esclavage antique en France remonte, au VIIe siècle, à la Monarchie mérovingienne et plus particulièrement à une reine catholique, sainte Bathilde, épouse de Clovis II, qui provoque la disparition de l'esclavage dans les royaumes francs.

Le roi de France Louis X le HutiN (1314-1316) signa une ordonnance "selon laquelle tout individu mettant le pied dans le royaume de France était libre". 

(
Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières, Folio Histoire, Saint-Amand 2006, p. 257).

 

Cliché, "Les temps de barbarie"

"Féodalité et noblesse, nous dit-on, appellent barbarie, cruauté, corruption des moeurs.

"[...] Les livres pour enfants, manuels scolaires ou autres outils 'pédagogiques', ont repris l'image de la "guerre féodale", dès les premiers temps de l'Ecole républicaine de Jules Ferry: "Les barons féodaux étaient (forcément) brutaux et farouches; quelques-uns n'étaient pas moins atroces que les Huns venus jadis en Gaule...", "Le seigneur vit uniquement de brigandage, pille les chaumières, détrousse les voyageurs; la guerre, toujours la guerre, voilà ce que rêve cet homme épais et brutal... ses plaisirs sont barbares", ou encore: "Le seigneur est un guerrier brutal,c ruel, ignorant; la guerre est son unique occupation... il foule les moissons dorées..., il sème partout la ruine; le serf a moins de valeur qu'une bête"; et enfin: "Le serf vit comme un lièvre poltron; toujours il a l'oreille tendue; au premeir appel, il s'enfuit avec sa femme... il vit dans l'épouvante [Et aussi: "Que de charges pèsent sur ce misérable serf!... réduits à se nourrir d'herbes, d'animaix immondes, les misérables se révoltent". Cf J. Guiraud, Histoire partielle... Introduction au chap. XX "La féodalité, les seigneurs féodaux" qui présente des extraits des manuels scolaires...]. DE TELLES STUPIDITES ETAIENT ENSEIGNEES SANS SOURCILLER PAR LES MAITRES D'ECOLE qui, sans aucun sens du ridicule, devaient illsutrer et broder par quantité d'exemples édifiants; nos enfants étaeint jugés sur ce savoir...

"Les manières certes ont changé et, généralement (mais pas toujours...), les auteurs évitent ces outrances qui, peut-être feraient douter de leur bonne foi... MAIS, mis à part quelques livres édités ces toutes dernières années, et encore bien rares, LE FOND DU DISCOURS RESTE LE MÊME... Le seigneur féodal, brutal et inculte, occupé surtout à guerroyer s'impose encore à nous comme une image force de notre passé et, loin d'y voir un de ces vieux poncifs dépassé, nous y adhérons souvent... De nombreux livres nous le montrent ainsi et certains hsitoriens, pour expliquer l'évolution des sociétés et des économies, bâtissent leurs hypothèses sur ce postulat.

"[...] Il n'est pas rare de trouver, dans les livres récents, une analyse très commune des origines de la guerre de Cent Ans, à savoir que la noblesse de France, les seigneurs féodaux donc, voyant leurs revenus fonciers diminuer d'une façon dramatique (la crise, toujours la crise..!), n'avaient trouvé d'autre façon de se maintenir au même niveau de fortune que de pousser leur roi à la guerre contre les Anglais...

"[...] L'Encyclopaedia Universalis (qui passe pour la pluss cientifique des Encyclopédies...), qui se pique de donner le dernier état des questions..., en est encore là et renchérit sur les positions ordinairement exposées dans quelques manuels déjà anciens... L'article, consacré ici à la guerre de Cent Ans, affirme, sous le titre "La féodalité en mutation", que "les causes profondes de la guerre de Cent Ans" doivent être recherchées dans les réactions du monde féodal face "aux mutations que les historiens ont baptisées 'crise' ou 'crises' du XIVe siècles". Les nobles, gravement lésés par les transformations de l'économie et plus particulièrement par led éveloppement de l'économie monétaire, voyaient dans la guerre une solution à leurs difficultés. pendant plus de cent ans, ils furent poussés à renouveler les combats par le désir de réaliser quelques profits (pillages et rançons), par l'espoir de prendre ou de retrouver une bonne part du pouvoir politique, par l'espoir aussi de voir la guerre freiner les 'évolutions naturelles' qui leur étaient si contraires, et même par la quête d'un 'divertissement' apporté aux inquiétudes par les 'aventures militaires' (Encyclopaedia Universalis, éd. 1984, t. 8, p. 1150, article Guerre de Cent Ans de J. Le Goff...]

"Ignorance ou parti pris... TOUT EST A REVOIR, TOUT EST FAUX!

"D'une part, dire que la noble foncière avait vu ses revenus s'amenuiser d'une façon sensible à l'aube du XIVe siècle, est énoncer un de ces postulats passe-partout qui connaissaient certes un beau succès il y a un demi-siècle mais qui sont maintenant gravement mis en cause et même souvent contredits...

"Très vraisemblabement, cette idée d'une seigneurie "en crise" n'a connu une telle fortune que parce qu'elle s'inscrivait tout net dans une vue générale des fameuses, et pour la plupart mythiques..., crises de la fin du Moyen Age. En tout état de cause, à la veille de la guerre de Cent Ans, nous ne sommes encore qu'au tout début des années 1300; cette crise serait donc le fait des temps de Saint Louis et de ses successeurs immédiats, temps souvent reconnus comme de grande prospérité ou, du moins d'équilibre. De toutes façons, il apparaît clairement, à lire nombre d'études bien documentées, que les grands propriétaires et même les nobles moins bien lotis étaient capables de faire face à d'éventuelles difficultés de trésorerie, aux dévaluations de la monnaie, aux évolutions des marchés et des goûts.

"De plus et surtout, l'image du seigneur poussant à la guerre dans le but de s'enrichir est ABSTRACTION et INVENTION: elle traduit là encore un grave manque d'information. Le Roi de France Philippe VI, appelant ses vassaux nobles aux armes pour combattre les Anglais et défendre son royaume, se heurtait à quantité de mauvais vouloirs, à des refus délibérés. Les semonces des hommes astreints au service d'ost (servive militaire), loin de provoquer de grands mouvements d'enthousiasme, restèrent souvent sans grands effets; les nobles se dérobaient ou arrivaient très tard, mal armés, avec de trop petites suites; certains, tout de même mis en demeure, combattaient à peine, préféraient négocier et livrer leur château ou garnison [P.C. Timbal, La guerre de Cent Ans vue à travers les registres du Parlement (1337-1369), Paris 1961, p. 7, 14-19; M. Jusselin, Comment la France se préparait à la guerre de Cent Ans in Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1912; R. Cazelles, La société politique et la crise de la Royauté sous Philippe VI de Valois, Paris 1958 - "Lettres closes, lettres 'de par le Roy' Philippe VI de Valois in Annuaire Bulletin de la Société de l'Histoire de France, 1958].

"Au total, la guerre a plutôt ruiné la noblesse de France, lui infligeant des pertes considérables en hommes et en argent..., l'obligeant à aliéner ses biens, à s'endetter outre-mesure. Avec, pour conséquences, tout naturellement, la perte d'une part d'indépendance, un renforcement du pouvoir royal ou princier car seul ce service de l'Etat pouvait offrir d'intéressantes compensations aux pertes subies sur les champs de bataille"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 124-128).

 

Cliché Le "seigneur qui pressure le serf en lui confisquant tout"

"...jusqu'aux grains à semer ! Quel un propriétaire agricole à tarir sa propre source de revenu ?"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin, 1992, p. 29)

 

Cliché Les "corvées effrayantes"

"Les corvées auxquelles les manuels de jadis faisaient une réputation effrayante, se bornent à un ou deux jours de travail par an, six au maximum (à comparer aujourd'hui avec le nombre de jours que l'Etat nous vole par le biais de l'impôt sur les revenus)... Avant la lettre, c'est une forme de contribution locale."

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin, 1992, p. 27)

 

Cliché Le paysan "taillable et corvéable à merci"

"Le paysan paie la taille. Certains "à merci", ce qui signifie que cet impôt direct est fixé par le seigneur (l'impôt royal apparaît relativement tard, à la fin du XIVe s.) Dans la pratique, la taille est négociée sous forme d'un abonnement communautaire qui fixe la part de chacun. La ponction fiscale, remarque Jaques Heers, est de tout gouvernement: les taxes médiévales ne sont pas plus nombreuses ni plus élevées que dans l'Antiquité ou les temps modernes"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin, 1992, p. 28)

 

Cliché Le serf "esclave"

"Un serf n'est certes pas un homme libre. Il n'est pas non plus un esclave. Le droit romain reconnaissait le droit de vie et de mort sur l'esclave: rien de tel n'existe au Moyen Age.

L'étymologie des deux mots a beau être commune (servus), l'esclave est une chose tandis que le serf est un homme, mais un homme dont le statut social est grevé d'incapacités. Si le serf est tenu de rester sur le domaine et de le cultiver, s'il peut être vendu avec les terres, il ne peut en être expulsé et reçoit sa part de la moisson. Il est libre de se marier contrairement à l'esclave antique et de transmettre sa terre et ses biens à ses enfants (tenures héréditaires).

Le servage personnel, transmissible à ses descendants, se distingue du servage réel, qui tient à la terre que l'on exploite: prenant l'exploitation d'une terre servile, des hommes libres peuvent volontairement devenir des serfs."

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin, 1992, p. 28)

 

Cliché, Le "droit de cuissage" ("la plus belles des balivernes"!)

"Si le répertoire s'est un peu déquanté, nous demeure tout de même comme vérité attestée le fameux "droit de première nuit" qui permettait au seigneur de posséder, le premier, l'épouse de chacun des vassaux... Nombre d'ouvrages en parlent encore très sérieusement...; quantité de romans historiques et mêmes plusieurs scénarios de films ont agrémenté et renforcé leurs intrigues de tels épisodes scandaleux qui provoquaient à juste titre, la révolte des dits vassaux aidés de leurs amis. Nos historiens du XIXe siècle étaient, sur ce point, intarrissables et rappelaient régulièrement les abus d'"un droit qui prouve l'excès de la tyrannie des seigneurs et de l'esclavage de leurs sujets"... En France, écrivaient-ils, ce droit de cuissage s'est maintenu plus longtemps qu'ailleurs "par le caractère des Français qui attachent beaucoup de prix à de telles redevances!" (Sur ce "droit", toutes les anecdotes sont rapportées très sérieusement par J.A Dulaure, La noblesse..., pp. 605 et sq.)

"[...] TOUT CECI, insistons, ADMINISTRE sans ordre, sans précisions de dates bien souvent, SANS LA MOINDRE PREUVE SOLIDE, mais avec tant de sérieux et rencontrant des audiences SI BIEN préparées QUE LES PLUS BELLES BALIVERNES FIRENT LEUR CHEMIN PENDANT DES GENERATIONS...

"Dans le même temps, dans les dernières décennies, plusieurs recherches rigoureuses furent menées sur le sujet, conduisant à des conclusions toutes différentes et ne retenant que l'aspect financier d'une taxe sur le mariage des serfs [Il y a déjà plus d'un siècle: C. Schmidt, Der Streit über das Jus primae noctis in Zeitschrift für Ethnologie, t. XVI, 1884]; mais ces travaux sont restés (et restent encore...) confidentiels, jamais repris par les livres de large diffusion... Personne n'en tint compte et l'on continua, de façon plus ou moins directe, à accréditer toutes manières de légendes"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 135-136).

 

Cliché, Le "peuple d'illettrés"

"...les livres scolaires, au lendemain des lois sur l'obligation scolaire (Lois scolaires Jules Ferry), endoctrinaient les enfants dès leurs jeune âge. Les manuels d'histoire accusaient, sans nuance et sans crainte du ridicule, l'Eglise médiévale d'avoir mis tout en oeuvre pour maintenir les hommes dans un état de totale inculture; tous disaient que, pour le clergé, "la diffusion des livres était le triomphe du diable". À les lire, s'imposait l'idée que l'Eglise avait "réservé jalousement pour ses moines, dans le mystère des cloîtres, des bribes de science qu'elle se garda bien de communiquer au grand public"... Ces responsables de l'enseignement, appliqués à forger des esprits, suivaient de très près leurs maîtres, Michelet surtout qui intitulait les chapitres de son Histoire de France, consacrés à l'Eglise: "De la création d'un peuple de fous" ou encore "La proscription de la nature"... Certains diraient qu'avant Jules Ferry rien n'avait été fait pour l'instruction du peuple! En tout cas, truisme constamment rappelé, aux temps "médiévaux" (pourquoi pas 'moyenâgeux' ?) aucune école ni dans les villages, ni dans les divers quartiers des villes, si ce n'est pour quelques privilégiés... aussitôt destiné aux carrières ecclésiastiques.

"Or nous voici dans l'erreur la plus totale car toutes sortes de documents (archives comptables des municipalités et archives judiciaires, registres fiscaux) témoignent amplement, pour différents pays, de l'existence, outre le curé et ses assesseurs, de maîtres d'école de profession, régulièrement patentés et rémunérés. À Paris, en 1380, Guillaume de Salvadille, professeur de théologie au collège des Dix-Huit, chef des "petites écoles" de la ville, réunit les directeurs de ces écoles où l'on apprenait aux enfants la lecture, l'écriture, le calcul et le catéchisme; sont présents vingt-deux "maîtresses" et quarante et un "maîtres", tous non-clercs, dont deux bacheliers en droit et sept maitres ès arts (J. Hillairet, L'Ile de la Cité, Paris 1969, p. 48)"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Vérités et Légendes, Perrin, Perrin Malesherbes 2001, p. 217-218).

 

Cliché, Le "paysan attaché à sa glèbe"

"Le Moyen Age est le théâtre de grandes migrations : pour explorer des terres lointaines, des villages entiers se déplacent" (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 27).

"l'image du paysan attaché à sa terre s'est profondément ancrée dans notre bagage culturel; nous y croyons, nous en parlons volontiers: contraintes seigneuriales qui interdisaient de se dépalcer, impossibilité de s'établir à son gré... L'image s'est largement diffusée et appliquée à toute condition paysanne. C'est à tort. Les hommes de noscampagnes acceptaient alors l'aventure, en de nombreuses occasions. les grandes errances, les déplacements de communautés, les Croisades, les défrichements de terres lointaines, le repeuplement des pays repris aux musulmans jusqu'en Andalousie, tous ces phénomènes parfaitement situés et analysés nous éclairent sur cette aptitude, cette propension parfois à la mobilité; sur ce goût de l'inconnu même"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 166).

 

Cliché, Le paysan misérable

"Certes, quand un accident climatique ruine la récolte, la famine menace. Il en sera ainsi bien au-delà du Moyen Age, donc bien après la fin de la féodalité, tant qu'on aura pas maîtrisé les techniques de fertilisation des sols et de stockage des grains. Des paysans pauvres, il y en a toujours au XXIe siècle. Dès le Moyen Age, certains s'enrichissent soit en se mariant, soit en héritant, soit en travaillant beaucoup. On voit des laboureurs plus fortunés que les petits nobles ruinés par la guerre. L'alleu, terre (libre) appartenant à un paysan, se rencontre en Languedoc, en Provence, dans le Mâconnais, en Bourbonnais, dans le Forez, en Artois, en Flandre. Locataires de leur exploitation, les tenanciers ne peuvent en être expulsés. Ils possèdent le droit de le transmettre à leurs héritiers, ce qui institue de facto des tenures héréditaires."

(Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 27).

"De nos jours, le locataire d'une maison, d'un champ, d'une exploitation rurale quelconque, est-il assuré de le rester tout le temps lui sied, aux mêmes conditions, sans augmentation de son loyer quelles que soient la conjoncture et l'inflation de la monnaie ? Est-il assuré de ne pas devoir quitter les lieux si le propriétaire veut s'y installer, ou établir l'un des siens, ou vendre à une entreprise qui promettrait d'y construire un plus bel immeuble, de plus fort rapport ? Est-il assuré encore de transmettre cette maison ou cette ferme à ses enfants, ainsi de génération en génération, pour le même prix, sans que le propriétaire puisse rien y contrevenir ? peut-il vendre son droit d'occupation à bon prix, équivalent à la valeur réelle du bien au jour de l'opération, à un tiers qui prendrait sa palce, s'y installerait, ne versant au "seigneur" qu'un pourcentage, au demeurant assez faible, du prix de cette vente ? Peut-il sous-louer avec un fort bénéfice et exiger plusieurs fois le loyer qu'il paie, lui, et qui n'a pas varié depuis des lustres ? Partager le terrain en plusieurs lots pour en tirer de meilleurs revenus ? Enfin, vous est-il loisible, locataire d'aujourd'hui, d'hypothéquer ce bien, de le mettre en gage contre un prêt d'argent ? Tout ceci, nombre de tenanciers 'non propriétaires' pouvaient, à la ville comme à la campagne, le faire et ne s'en privaient pas...

La tenure, c'est indiscutable, était non seulement viagère mais héréditaire; seul le preneur pouvait rompre le contrat, fuir, déguerpir ailleurs, là où pouvaient l'appeler de meilleures possibilités. Régulièrement, les fils succédaient aux pères et leurs droits n'étaient pas contestés... De plus, au cours des âges, ces tenures pouvaient subir toutes sortes d'avatars. Face à de pressants besoins d'argent, le paysan laissait en gage la terre qu'il tenait de son seigneur. D'autres n'hésitaient pas à sous-louer si l'occasion s'en présentait... En tout état de cause, de ces analyses des conditions sociales ne se dégagent que des contours assez flous, une teinte d'ambiguïté, qui conduisent à penser que l'idée que les gens de l'époque se faisaient de la propriété seigneuriale différait quelque peu de celle, bien mieux tranchée, que nous en avons aujourd'hui"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 170-171).

"La distribution (du blé) se faisait régulièrement toutes les semaines sous l'inspection d'un préposé. Si la provision de quelque loge venait à s'épuiser, on prenait dans le tas du seigneur toute la quantité nécessaire pour la famille qui en manquait, à charge par elle d'en rendre la même quantité à la moisson nouvelle. Ainsi le paysan le plus pauvre était assuré de sa subsistance. Qu'on décide si ce régime ne vaut pas celui des mendiants libres & mourans de faim..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 247).

Sur la richesse de l'Ancienne France et la richesse des paysans, notons ce témoignage capital d'un ennemi acharné de l'Eglise, Voltaire:

"Je ne sais comment il est arrivé que, dans nos villages, où la terre est ingrate, les impôts lourds, la défense d'exporter le blé qu'on a semé intolérable, il n'y ait guère pourtant un colon qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri..."

(Voltaire cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 410-411).

"L'industrie augmente tous les jours, écrit Voltaire; à voir le luxe des particuliers, ce nombre prodigieux de maisons agréables bâties dans Paris et dans les provinces, cette quantité d'équipages, ces commodités, ces recherches qu'on appelle 'luxe', on croirait que l'opulence est vingt fois plus grande qu'autrefois... Le moyen ordre s'est enrichi par l'industrie.. Les gains du commerce ont augmenté. Il s'est trouvé moins d'opulence qu'autrefois chez les grands et plus dans le moyen ordre et cela a mis moins de distance entre les hommes... aujourd'hui, l'industrie a ouvert mille chemins qu'on ne connaissait pas il y a cent ans" (Voltaire cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 485).

Ce témoignage du chef des impies est capital pour contrer le manichéisme farfelu des marxistes agitant aujourd'hui encore le spectre du peuple, pauvre, dominé et opprimé par la noblesse sous l'Ancien Régime...

"Puis voici le témoignage d'étrangers qui jugent nos conditions sociales sans arrière-pensée, celui de Lady Montague qui note en 1739 'l'air d'abondance et de constentement (contentement)répandu dans les campagnes en France'"

(Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 411).

[...] celui d'Horace Walpole traversant l'Artois en 1765: "Je trouve ce pays-ci prodigieusement enrichi... les moindres villages ont un air de prospérité'.

"Un intendant du Roussillon note les nombreux repas que font les campagnards, "quatre, cinq, six repas par jour et, à chaque repas, de la viande et du vin...'"

(Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 411).

"Telle est exactement la situation des paysans de l'Ancien Régime: une grande affectation de misère et, derrière ce manteau de guenilles, une vie paisible, souvent aisée, quelquefois large..."

( Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 22-23).

"En 1789, les Français n'étaient pas malheureux. Les documents les plus sûrs nous prouvent, au contraire, que la richesse s'était considérablement accrue depuis un demi-siècle et que l'état matériel de toutes les classes de la société, sauf celui de la noblesse rurale, s'était sensiblement amélioré. Le régime corporatif n'avait pas empêché la naissance et la mise en place de la grande industrie..." (Pierre Gaxotte, ibid., p. 19).

Et si "en 1789 la partie la moins favorisée de la population paysanne était en révolte virtuelle contre la transformation capitaliste de l'agriculture, il n'en reste pas moins que, depuis un siècle, les campagnes s'étaient enrichies..." (Pierre Gaxotte, ibid., p. 30).

"Aussi, on peut dire que la vie est devenue plus sûre pour tout le monde. Plus de famines. Les disettes qui au siècle précédent, avaient provoqué une raréfaction des mariages et une restriction des naissances ne sont plus que souvenirs ou imprécises menaces. les meilleurs rendements, le maïs, la pomme de terre, les communciations plus faciles en sont venus à bout. A défaut de signe, l'accroissement régulier de la population suffirait à le prouver" (Pierre Gaxotte, ibid., p. 31).

"Les paysans sont aussi le plus souvent des propriétaires. Ils profitent de la hausse des produits agricoles pour améliorer leur condition. Il est certain... qu'ils possèdent au moins la moitié du sol..." (Pierre Gaxotte, ibid., p. 23-24).



Cliché "Le paysan français est écrasé d'impôts par un pouvoir tyrannique"

"En trois années la Révolution a délivré plus de lettres de cachet pour affaires d'Etat, - et dont la plupart ont eu les plus tragiques conséquences - que le gouvernement royal en huit siècles"

(Frantz-Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 539).

Exemple de falsification-manipulation relevée dans les extraits de l'intervention d'un conférencier franc-maçon (La libre pensée de Haute-Garonne), via l'article "Franc-maçonnerie et République" du Blog maçonnique: "La monarchie, d’absolue, devint despotique, et ce au moment même où le mouvement des idées tendait à remettre en cause les anciens schémas". 

Notre article "Une légende républicaine: le paysan français de l'Ancien Régime écrasé d'impôt par un pouvoir tyrannique", s'appuyant sur les travaux de l'historien Jean-Christian Petitfils, et ceux d'autres historiens, démonte cette sornette inventée par les propagandistes de la république et prouve l'exact inverse de ce que dit la franc-maçonnerie : 

"L'image du paysan français écrasé d'impôts par un pouvoir tyrannique est une légende inventée par l'historiographie du XIXe siècle à partir des stéréotypes révolutionnaires".  En 1715, le contribuable français payait en moyenne deux fois et demie moins d'impôts que son homologue britannique. A cette date, en effet, la pression fiscale représentait un équivalent de 0,70 hectolitre de grain de froment pour la France contre 1,62 de l'autre côté de la Manche (Peter Mathias et Patrick O'Brien, Taxation in Britain and France 1715-1810, A Comparison of the Social and Economic Incidence of Taxes collected for the Central Government, The Journal of European Economic History, vol. 5, n° 3, 1976, p. 618-620). La monarchie absolue par conséquent fut moins oppressive fiscalement que la monarchie 'représentative et tempérée' à l'anglaise"

(Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, 2002, réed. Collection Tempus, La Flèche 2006, p. 703-705).

"Le règne personnel de Louis XIV est un règne de relatif calme fiscal; quant au XVIIIe, il correspond à une décrue. l'impôt en France, à la différence de ce qui se passe partout en Europe, ne suit pas l'accroissement de la population, de la richesse et des besoins. ... La France devient un paradis fiscal" 

(Pierre Chaunu, Le Grand déclassement, à propos d'une commémoration, Robert Laffont, Paris 1989, p. 82).

"L'absolutisme se révèle, par nature, un régime limité et tempéré, certainement pas la matrice d'un pouvoir totalitaire. Ce n'est pas lui qui parviendra à imposer la fiscalisation généralisée de la population, la conscription obligatoire, la levée en masse et le concept de guerre totale" 

(Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Collection Tempus, La Flèche 2006, p. 148).

Aujourd'hui, un président de la République "française", dont les pouvoirs peuvent aller, outre la violation des lois divines, jusqu'à la violation du droit de propriété (impôt de succession...), la violation du droit naturel, la violation de la morale (avortement, eugénisme, manipulations génétiques), la cession de territoires (la liquidation de nos colonies), la destruction de coutumes et traditions françaises (suppression du lundi de Pentecôte), a plus de pouvoirs qu'un roi de France qui devait respecter les "libertés françaises", les coutumes du royaume et les lois fondamentales du Royaume. Le Roi n'était pas propriétaire du Royaume, il ne pouvait en disposer à sa guise: la loi d'inaliénabilité des biens de la Couronne interdisait au Roi de céder des territoires du Royaume de France déclarés inaliénables. Aujourd'hui, un président de la république peut aliéner des pans entiers de notre territoire (comme de Gaulle qui liquida l'Algérie française en 1962). En toutes ces choses, le président de la "République" est un bien plus grand despote que n'a pu l'être n'importe quel Roi de France.

"La monarchie française n'est pas 'absolue' au sens moderne du terme, qui évoque un pouvoir totalitaire. D'abord parce qu'elle reste fondée sur les 'lois fondamentales' du royaume, qu'il n'est au pouvoir d'aucun souverain de changer: les règles de succession au trône, les propriétés de ses 'sujets' sont par exemple hors de son atteinte. Mais surtout les rois de France n'ont pas développé leur pouvoir sur les ruines de la société traditionnelle. Ils l'ont au contraire construit" 

(François Furet, La Révolution française, Préface de Mona Ozouf, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. 125). 

"Loin d'être réactionnaire, ou prisionnier d'intérêts égoïstes, l'Etat monarchique du XVIIIe siècle est ainsi un des grands agent du changement et du progrès général" 

(François Furet, ibid., p. 127).

"Être français, c'est, avec des libertés, des privilèges reconnus, partager la fierté d'être gouverné par un roi qui ne ressemble en rien à ces despotes orientaux que l'on voit honorés par une foule servile.

"La patrie française est terre gouvernée par un roi qui respecte les coutumes de ses sujets et dont la gloire rejaillit sur l'ensemble de ses peuples"

(Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, collection Tempus, La Flèche 2004, p. 15). 

"La monarchie chrétienne et française est par son essence même, une monarchie 'tempérée' qui n'a rien à voir avec ces gouvernements d'aventure qui promettent l'âge d'or et conduisent aux abîmes

(Comte de Chambord, dans son manifeste du 2 juillet 1874).

"Le monarque absolu au royaume de France n’est donc ni un tyran ni un despote. C’est pourquoi certains auteurs ont songé à remplacer monarchie absolue par monarchie 'administrative' ou même de monarchie 'tempérée'..." 

(François Bluche, Louis XIV, Fayard, Paris 2002, p. 195).

Pour revenir au paysan croulant sous les impôts, Jacques Heers explique: "Mis à part certains manuels récents, pas un seul ouvrage de grande diffusion qui ne présente inlassablement le même thème de la pauvreté paysanne; tous, des livres de classe pour nos enfants jusqu'aux volumes agrémentés de belles illustrations, publiés sous la garantie d'un grand auteur, insistent, évoquent les "révoltes paysannes" et, surtout, alignent régulièrement d'impressionnantes listes de taxes et d'impôts. Si vous faites le compte de toutes ces retenues, vous vous apercevez qu'il ne restait vraiment à ces malheureux qu'à peine de quoi vivre, de quoi ne pas mourir de faim.

Cependant tout ceci sent trop bien la mauvaise foi ou, plus souvent peut-être, le conformisme et l'ignorance têtue. Certes ces catalogues de redevances complaisamment détaillés, si impressionnants, laissent à juste titre accablé. Mais tout y est truqué, faux, incohérent, truffé d'erreurs grossières et de contradictions. Comment expliquer qu'un auteur, même polygraphe, même très hâtif, ne puisse s'apercevoir que l'on a mis là ensemble, pour faire très lourd, des prélèvements qui n'ont rien à voir avec l'impôt ou qui découlent de taxes perçues non du fait de la seigneurie mais des pouvoirs publics ?

Pour les hommes libres, pour lesquels l'on parle communément d'arbitraire et de charges insupportables, chacun des prélèvements régulièrement cités mérite une attention particulière.

Nos manuels citent presque toujours, en premier lieu, le cens dû par le tenancier. or le cens, enc ertaines occasions d'ailleurs seulement symbolique ou très faible, n'est absolument pas un impôt mais un loyer. Il ne viendrait à aucun de nos contemporains l'idée de comptabiliser le loyer de sa maison ou de son commerce, ou de so natelier, de son champ, au titre des impôts. Manque de discernement ou supercherie? En fait, dès les premières attaques contre la féodalité, cette affectation d'ignorer la véritable nature du cens n'avait rien d'innocent mais participait d'une volonté de combat... Avant même la révolution, plusieurs auteurs, philosophes ou historiens des formes de la vie politique, ont volontairement entretenu la confusion et, pour certains même, laissé entendre que le fait de payer le cens sur ses tenures était une marque de servitude... De telles sornettes se trouvent dans Montesquieu qui écrit, d'une belle assurance: "c'était la même chose d'être serf et de payer le cens, d'être libre et de ne le payer pas".

Les catalogues des droits féodaux, des redevances en tout cas, font état tout naturellement, de la dîme, perçue par l'Eglise ou par des accapareurs. mais, là aussi, l'examen tourne vite court et n'envisage rarement ni le poids de cette levée, ni sa véritable nature. Les mises au point pourtant ne manquent pas. Sur le poids tout d'abord: le prélèvement ne s'appliquait pas à toutes les récoltes mais principalement aux blés et n'atteignait pas toujours les 10 pour cent, loin de là. Sur l'usage ensuite: outre l'entretien du clergé, l'exercice du culte, les messes et prières auxquels nombre de civilisations consacraient et consacrent encore, tout naturellement, des sommes appréciables, l'Eglise assurait alors une part notable de l'assistance publique (hospices, hôpitaux, maisons Dieu, aumônes, enfants abandonnés) et de l'enseignement dans les paroisses. Faut-il comparer ces prélèvements de 5 à 10 % à ceux d'aujourd'hui pour notre sécurité sociale et au coût de nos systèmes d'éducation ?

Quant aux impôts proprement dits, ceux effectivement perçus comme des taxes spécifiques par tel ou tel seigneur "féodal", notons, avant toute chose, que l'impôt royal est apparu en France, non sans grand mal d'ailleurs, relativement tard, à partir de 1357, avec le système fort complexe et très aléatoire des aides. Jusqu'alors l'impôt n'était pas perçu par le roi mais par ceux investis d'une part de l'autorité. Tous les maîtres des seigneuries ne pouvaient y prétendre et nombre d'auteurs, avec en particulier Robert Boutruche, ont bien su distinguer la seigneurie "foncière" (la propriété du sol) de la seigneurie banale (pouvoir de commandement, délégation ou usurpation des droits régaliens). Ces "impôts" étaient donc des "banalités"; ils ne relevaient pas des relations seigneurs-paysans mais de celles entre l'Etat et les sujets. Un long temps accaparés par différents féodaux, ils furent par la suite perçus au profit du roi et, depuis lors, ont connu de belles destinées, end es temps où il n'est question ni de féodalité ni de seigneurie. Il n'est pas nécessaire d'y penser longuement pour constater que nous en connaissons, sous diverses formes, l'équivalent ou la réplique, largement amplifiée et perfectionnée...

On a beaucoup disserté sur ces banalités, liées donc au pouvoir politique, féodaux si l'on veut et non seigneuriaux; nos manuels ne nous laissent rien ignorer ni de leurs diversités, de leurs ridicules même, ni de leur poids, des entraves quec es prélèvements imposaient à la vie économique. Nos temps de barbarie auraient beaucoup souffert de ces taxes abusives, invoquées à tout propos par des seigneurs qui en inventaient toujours quelques nouvelles et ne mettaient aucun frein à leurs exigences...

D'autres banalités frappaient les droits de passages à un carrefour de routes, à l'entrée d'une seigneurie, sur un pont ou sur le cours d'un fleuve. Ces péages ou tonlieux ont eux aussi fait couler beaucoup d'encre, souvent présentés comme les plus graves abus de la féodalité. Le péage féodal fut ainsi, à longueur d'ouvrages, l'objet d'attaques indignées qui ont forgé une image noire... aussi fausse mais aussi solidement ancrée que els autres. Un auteur du XIXe siècle, emporté par sa verve critique et cherchant comment convaincre davantage, n'hésitait pas à montrer à ses elcteurs le commerce ruiné par ces extorsions arbitraires, les communciations devenues impossibles, les routes en mauvais état et cosntamment barrées par des receveurs arrogants... Comment pouvons-nous charger d'un tel discrédit ces taxes et droits de passages seigneuriaux comme s'ils représentaient, dans l'histoire du passé, une malheureuse exception ? Pourquoi clamer de si vertueuses indignations alors que tout au long des siècles à travers le monde, et plus particulièrement en Occident, les droits de circulation, les échanges de ville à ville, les passages sur les ponts, etc. ont été sans cesse soumis à ponctions fiscales de toutes natures, dont on ne parle pas volontiers ? Au temps médiéval, le seigneur n'était certainement pas le mieux organisé. Quant à l'époque moderne et en Europe, faut-il rappeler les droits d'octroi maintenus si longtemps aux portes de nos cités, les péages sur les ponts et ouvrages d'art ? Rien n'a changé et l'habitude de payer paraît acceptée. Aujourd'hui, en Occident et ailleurs, les routes et passages privés, maintenus sans assistance de l'Etat, ne peuvent être empruntés que contre paiment d'un péage, au bénéfice du promoteur et propriétaire, individu ou organisme: droit éminemment privé, fixé ou gré du marché, que nous tolérons naturellement.

Tout indique que l'idée que nous nous faisons, de nos jours encore, des charges fiscales qui, au Moyen Age, pesaient sur les paysans, que ces condamnations des abus que, inlassablement, rappellent nos manuels ou nos récits romancés, résulte d'un parti pris... ou d'un manque de réflexions. celles-ci devraient, pour une vue plus sereine et plus exacte des choses, s'orienter en deux directions.

D'une part, admettre que la ponction fiscale est un procédé inhérent à toute sorte de gouvernement, de quelque nature qu'il soit: aux temps médiévaux, en Occident, les villes marchandes et les princes avaient établi des organismes de perception plus expérimentés et plus contraignants que ceux des seigneurs féodaux aux réputations pourtant si détestables. De toute évidence, les taxes n'étaient ni plus nombreuses ni plus élevées en ces temps de barbarie féodale que dans l'Antiquité ou dans les temps dits modernes. Hors d'Occident, ces organismes et officiers sévissaient certainement avec autant de soin et d'exigence.

D'autre part, considérer comme établi que tout renforcement de l'Etat contre les structures particularistes, en l'occurence la féodalité, a provoqué, au fil des siècles, un alourdissement des prélèvements et, en même temps, une plus grande sévérité dans les processus de perception"

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 171-179)

Conclusion

Relativement aux sornettes inventées par l'enseignement national républicain, cet article est appelé à être augmenté régulièrement, au fur et à mesure de nos découvertes historiographiques sur le sujet.

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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 11:21

Mis à jour 6 septembre 2013 8h58.

 

Avec "Clovis et son temps", film de Jacques Barsac (conseiller historique Michel Rouche, Professeur à la Sorbonne, auteur d'un "Clovis"), aux riches documents iconographiques et images de synthèse, France 3 Production 1997 publie un documentaire aux détails parfois discutables, mais l'essentiel est respecté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous notons pour les francs-maçons qui tiennent que la "France" n'existe pas avant le XIIIe-XIXe siècle, voire 1789, cette petite information (video 1) : "Les géographes romains dressent des cartes qui leur permettent de maîtriser leur immense territoire. Sur la rive droite du Rhin apparaît le terme de "FRANCIA" pour désigner les territoires occupés par les Francs, un peuple germanique encore situé hors de l'Empire."

 

Video 3: "La res publica, Clovis est le refondateur de l'Etat de droit". Cette autre précision change des falsifications "républicaines" tenant que l'"Etat de droit" aurait été inventé par les révolutionnaires en 1789!

 

Video 3: "Le 10 juillet 511, il convoque un concile à Orléans…, les évêques votent des canons, des lois religieuses. Il les propose ensuite à Clovis pour approbation comme lois publiques conformément à l'union de l'Eglise et de l'Etat, qui datait de 392. Chacun donc, l'Eglise comme l'Etat sont AUTONOMES dans sa sphère (c'est cela la vraie laïcité : la reconnaissance de deux pouvoirs DISTINCTS, un temporel et un spirituel, cependant que les hérétiques ariens proposaient une théocratie à l'antique où le Roi était à la fois chef de religion et chef d'Etat… Ce que la video nomme un totalitarisme, est en fait un césarisme. On imagine donc quel progrès Clovis et le catholicisme ont apporté).

 

"Au Roi incombe la tâche de diriger les laïcs, à l'évêque…, appartient la responsabilité de dire le Bien divin pour tous (le tout, cette alliance des deux pouvoirs devant conduire au "Bien commun", notion de théologie catholique). Tels étaient les conséquences du baptême de Clovis. Distinguer l'activité des laïcs du rôle spirituel des clercs (comme le dit Jean-Paul II dans ses Mémoires, "distinction n'est pas 'séparation'…, mais saine collaboration").

 

 

Petite bibliographie sur Clovis :

 

* C. Guénot, Clovis le Fils aîné de l'Eglise, Epopées de l'histoire de France, Vve H. Castermann, Tournai 1883 (magnifique narration de l'histoire de Clovis et Clotilde. Livre rare).

* Anne Bernet, Clovis et le Baptême de la France, Editions Clovis, Condé-sur-Noireau 1996

* Anne Bernet, Clotilde, Épouse de Clovis, Pygmalion, Bergame 2005

* Pierre Chaunu, Éric Mension-Rigau, Baptême de Clovis, baptême de la France, De la religion d'État à la laïcité d'État, Éditions Balland, Paris 1996 (livre intéressant écrit par deux protestants)

* Abbé Dessailly, Authenticité du Grand Testament de Saint Rémy, Livres d'autrefois, Condé-sur-Noireau 1996

* Francis Dallais, Clovis ou le combat de gloire, Préface du professeur Jean-Pierre Brancourt, PSR Editions, La Roche Rigault 1996

* Georges Bordonove, Les rois qui ont fait la France, J'ai lu, Paris 2001.

* Michel Rouche, Clovis.

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> "Francia" : les origines de la France

> Clovis , La France et la chrétienté

> Abolition de l'esclavage : qui a aboli l'esclavage le premier ?

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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 15:10
Une légende républicaine démontée: "le paysan français de l'Ancien Régime écrasé d'impôt par un pouvoir tyrannique"

L'historien Jean-Christian Petitfils nous livre une perle dans sa biographie de Louis XIV: le paysan français sous l'Ancien Régime n'était pas écrasé d'impôt et le Roi n'était pas un tyran... L'exact inverse de ce que nous raconte les falsificateurs professionnels de la république. La vérité finit toujours par sortir.

"La monarchie n'a rien à voir avec la tyrannie à l'antique ou le despotisme à l'oriental. Simple dépositaire de la Couronne, le souverain doit respecter les lois fondamentales du royaume et le droit naturel, notamment le droit de propriété auquel il ne peut porter atteinte... La peur de la malédiction était, au plan politique, un puissant frein aux abus et aux détournements de pouvoir. A contrario, le scepticisme des Lumières, sur lequel s'appuie le "despotisme éclairé" - que l'on présente d'ordinaire comme une régime plus "moderne" et plus rationnel -, a contribué non pas à la limitation de l'arbitraire mais à son extension..." (Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, 2002, réed. Collection Tempus, La Flèche 2006, p. 222)."La vérité qui se fait jour aujourd'hui oblige à revenir sur le vieux cliché tenace du despotisme broyeur et de la tyrannie du pouvoir royal.... L'image du paysan français écrasé d'impôts par un pouvoir tyrannique est une légende inventée par l'historiographie du XIXe siècle à partir des stéréotypes révolutionnaires. En 1715, le contribuable français payait en moyenne deux fois et demie moins d'impôts que son homologue britannique... La monarchie absolue, par conséquent, fut moins oppressive fiscalement que la monarchie représentative et tempérée à l'anglaise" (ibid. p, 703-705). Le malheur est qu'en France aujourd'hui, le régime républicain continue d'endoctriner les enfants, d'une manière obligatoire, à ce type de clichés mensongers. L'entreprise de décervelage est toujours en place. Les Français ont reconduit les candidats du système "démocrate" au pouvoir.

Le point de vue de Jean-Christian Petitfils n'est pas isolé. Il rejoint ceux d'autres éminents historiens: François BluchePierre Gaxotte, Frantz Funck-Brentano, Jean-Louis Harrouel, Jacques Heers : Le Roi de France n'était pas un tyran. J.-L. Harrouel indique: "La plus libérale des démocraties actuelles est bien plus absolue que la monarchie dite 'absolue'... En effet, l’autorité étatique y est beaucoup plus à même d’imposer sa volonté..." (Jean-Louis Harrouel, L’esprit des institutions d’Ancien Régime, Le miracle capétien, Perrin, 1987). 

"En 1789, le paradoxe veut que la France soit 'un Etat pauvre dans un pays riche' (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Arthème Fayard, Paris 1928) les impôts sont trop légers (5% du revenu national, 10% dans les périodes où la pression est la plus forte, contre 45% à la fin du XXe siècle)" (Yves-Marie Adeline, Histoire mondiale des Idées politiques, Ellipses, Paris 2007, p. 323).

Dans un autre livre (Le Royalisme en question), Yves-Marie Adeline précise que non seulement rien n'a changé aujourd'hui, mais qu'au contraire tout a changé: "nous ne payons plus seulement une taxe sur le sel, mais sur tous nos produits, et nous payons infiniment plus d'impôts que sous Louis XVI. Dans les périodes des plus lourdes taxes, l'impôt sous l'Ancien Régime allait jusqu'à atteindre 10% du revenu national, mais globalement il s'est maintenu au niveau de 5%. Aujourd'hui il est à 45%. Neuf fois plus! Mais nous sommes en république, donc c'est normal: tel est encore un effet de la tyrannie de l'ignorance. ... " (Yves-Marie Adeline, Le Royalisme en question, L'Âge d'Homme - Editions de Paris,  Libres Mobiles, 2e édition, Paris 2006, p. 100).

Aujourd'hui, un président de la République "française", dont les pouvoirs peuvent aller, outre la violation des lois divines, jusqu'à la violation du droit de propriété (impôt de succession...), la violation du droit naturel, violation de la morale (avortement, eugénisme, manipulations génétiques), la cession de territoires (la liquidation de nos colonies), la destruction de coutumes françaises (suppression du lundi de Pentecôte), a incontestablement plus de pouvoirs qu'un roi de France qui devait respecter les "libertés françaises", les coutumes des pays et les lois fondamentales du royaume. Le Roi n'était pas propriétaire du Royaume, il ne pouvait en disposer à sa guise. ... (Exemple: un roi n'eut pas pu céder à sa guise un territoire comme l'a fait de Gaulle avec l'Algérie). La loi d'inaliénabilité du territoire faisait que les territoires n'étaient pas cessibles par une volonté du Roi. En toutes ces choses, le président de la "République" est donc un bien plus grand despote que n'a pu l'être n'importe quel Roi de France.

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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 17:04
"Pour demander leurs secrets au temps modernes.., il faut débrouiller ses mensonges et reconnaître son véritable état malgré les illusions qu'ils cherchent à répandre. L'euphorie des temps modernes en France et dans les autres démocraties, cache une malhonnêteté fondamentale qui est la cause de notre décadence. Les régimes que nous appelons 'démocratiques' sont une comédie au même titre que les 'démocraties populaires'. La volonté nationale y est escamotée. Une caste de privilégiés s'y est emparée de la nation. 

"Son pouvoir a pour condition la libre pénétration du pouvoir de l'étranger (et le jeu des minorités contre la majorité) qui aboutit à notre division politique, à notre impuissance, à notre domestication. 

"Finalement, sous prétexte de Liberté, nous ne sommes plus maîtres de rien chez nous, ni de nos économies, ni de nos territoires, ni de notre destin. Nous ne sommes plus rien dans nos nations. Les temps modernes, c'est le temps de l'expropriation, c'est de cela que nous devons d'abord prendre conscience" (Maurice Bardèche , Les Temps modernes, Editions Les Sept couleurs, Montargis 1956, p. 10-11). 

"La puissance de l'argent dans nos démocraties est immense, mais toujours oblique, tortueuse, omniprésente et sourde

"L'argent règne, mais sans ministres, sans appareil, sans charte. Il pénètre tout, mais comme l'humidité, comme le sel. Les groupes financiers ou du moins certains groupes financiers font les élections et ils font les partis: mais ensuite les partis gouvernent comme ils peuvent et ils ne font pas toujours, ils ne peuvent pas toujours faire la politique pour laquelle ils ont été payés. 

"Les barons financiers autorisent et soutiennent telle idéologie et tolèrent ou combattent telle autre. ... On découvre alors que les gouvernements ne peuvent se mouvoir que dans des limites très étroites. ..." (Maurice Bardècheibid., p. 85-86).  
"L'empire de l'argent est un empire sans loi morale. Sa seule loi est le gain. Les hommes de l'argent n'ont pas intérêt à la puissance de nos patries. Ils ont intérêt à traiter avec un pouvoir faible et, si possible, vénal. C'est pourquoi la démocratie est leur instrument. ... 
"Ils aiment diviser pour régner. Le régime des partis leur offre cette occasion" (Maurice Bardècheibid., p. 92).

Résumé

La démocratie "moderne" française est donc nocive et dangereuse pour la nation, car elle divise pour régner, elle détruit la communauté nationale en la démembrant en autant d'intérêts particuliers devant s'exprimer à chaque élection
... En cela elle est fatale à l'unité, à la paix et la tranquillité de notre nation. Et c'est là un "devoir civique" que de participer au démembrement et à la division !! 

Entre les élections ? Rien. Ou plutôt une division sectaire et haineuse entre camps constitués et institutionnalisés, une division portant aux affaires le groupe le plus sournois, le groupe rompu aux techniques subversives de communication et de manipulation médiatique de l'opinion, le groupe qui a réussi le mieux à s'emparer des avenues du pouvoir, le plus soutenu par la
bourgeoisie d'affaires et d'Argent, qui peut être, à tout de rôle, de droite comme de gauche, démocratie oblige (!) 
 


L'imposture du suffrage universel

"Le suffrage universel..., a pour signification essentielle de faire connaître l'avis du peuple sur la politique du régime. C'est là sa fonction... Et à ce titre..., il est utile à tout régime de connaître l'opinion du peuple (au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, le Roi aussi aimait à connaître l'avis de ses peuples en convoquant les Etats généraux, mais qui n'avaient qu'un but consultatif et informatif). 

Mais, pratiquement, dans nos régimes 'modernes', le suffrage universel ne sert PAS seulement à cela, il sert essentiellement, il sert surtout à désigner les hommes parmi lesquels seront choisis obligatoirement les dirigeants politiques et techniques de la nation... 

Rien dans la définition du suffrage universel, rien même dans nos constitutions ne force à choisir les ministres parmi les députés (élus de la nation). Mais en fait,... on ne peut devenir un dirigeant politique de la nation sans être d'abord député... Le peuple, une fois tous les quatre ans ou une fois tous les six ans, épuise d'un seul coup tout son pouvoir en mettant un nom dans une enveloppe, puis il est la proie silencieuse des maîtres qu'il a choisis... 

Le peuple aimerait bien parler peut-être de temps en temps, il aimerait bien donner son avis sur certaines affaires qu'il trouve importantes. Mais c'est trop tard alors. Il gît désarmé, épuisé par l'acte électoral, comme ces princes des contes de fées qui n'ont qu'une flèche pour se défendre, comme ces pêcheurs auxquels un génie des eaux n'a accordé qu'un seul souhait. 

Le suffrage universel qui devait fonder une démocratie, c'est-à-dire un pouvoir du peuple, fonde en fait une oligarchie, c'est-à-dire le pouvoir d'une caste que le peuple croit désigne
r
. Les régimes actuels ont perfectionné la désignation de cette caste... Les électeurs connaissent personnellement les candidats et il leur arrivait parfois, simplement par instinct, de préférer d'honnêtes gens à des fripouilles chargées de reliques. Cela amenait au Parlement de mauvaises têtes qui faisaient des discours inconvenants. On a évité cet inconvénient en invitant deux cent mille personnes à voter pour quelqu'un qu'elles ne connaissent pas. Et, comme ils auraient pu s'obstiner à désigner quelqu'un qu'ils estiment, on a décidé qu'on ne tiendrait pas compte des suffrages égarés sur des amateurs qui n'ont pas reçu l'investiture des grands partis... Appartenir à cette caste des gouvernants est donc devenu obligatoirement le commencement de toute carrière politique" (Maurice Bardèche, Les Temps modernes, Editions Les Sept Couleurs, Montargis 1956, p. 16-18). 

"[L]es Français voient fleurir de nouveaux partis et de nouveaux sigles qui n'ont pas toujours de sens bien précis et changent au gré des modes. L'art consiste, pour les uns, à maintenir une référence au "socialisme", présenté comme un garant de la justice sociale, des privilèges et des monopoles; pour les autres, à fondre en un seul titre et quel que soit l'ordre plusieurs mots porteurs de grands symboles: Démocratie, Peuple, France ou Français, plus rassemblement ou Union. Ces partis décident de tout et tiennent d'une main ferme les ressorts des scrutins. [N]i le président ni même les députés, représentants du Peuple, ne sont  désignés par les seules élections. Les citoyens n'ont pas le libre choix des candidats; ceux-ci leur sont dictés, imposés, par des instances où ils n'ont pas la parole et par des stratèges que, généralement ils n'ont pas nommés" (
Jacques Heers, Un Homme un vote? Editions du Rocher, Monaco 2007, p. 188-189). 

Ces instances, ces stratèges, les amis du parti sont les actionnaires de grandes compagnies qui attendent un retour sur leurs commandites. Les hommes mis en place ne sont que des guignols, des pantins manipulés par ces groupes. Ce système est dirigé comme standard planétaire et est imposé par la force aux Etats rebelles, au nom de la démocratie et de la liberté.

"On ne choisit pas, on ne délègue personne: on se borne à approuver un choix déjà fait par d'autres. Un choix fait par qui? Eh bien, par les dirigeants du parti, par le comité central, par le comité directeur, par le bureau, par le centre national... Si bien que ces députés que nous croyons élire, ils sont en réalité sélectionnés, ils nous sont en réalité imposés par la caste gouvernementale déjà en place, laquelle, agissant comme toutes les oligarchies, s'agrège les sujets qui lui conviennent et dont le caractère, les penchants, les alliances ont été soigneusement éprouvés. Nous croyons vivre sous un régime de suffrage universel, en réalité nous vivons sous un régime de cooptation" (
Maurice Bardèche, Les Temps modernes, Editions Les Sept Couleurs, Montargis 1956, p. 25-26).
 
"Cette impuissance du peuple, cette dépossession du peuple, c'est la contradiction fondamentale des démocraties modernes. Elles veulent défendre la démocratie sous prétexte que la démocratie est le pouvoir du peuple. Et elles défendent la démocratie en empêchant qu'il puisse y avoir sur la scène politique autre chose que des partis démocratiques... La démocratie ainsi  conçue se retourne contre le peuple. Elle lui assure une liberté qui n'est qu'un mot, elle lui donne un bulletin de vote qui est sans valeur" (Maurice Bardèche, ibid., p. 32-33). 


L'imposture de la démocratie en temps de guerre

"Quoiqu'il en soit, il est évident que cette division, plus ou moins factice ou inutile, des citoyens en de multiples factions plus ou moins étanches et hostiles, division qui se répercute dans l'enceinte des parlements, et même au sein des gouvernements, ne saurait être propice à la bonne conduite des affaires du pays, à la sauvegarde de l'intérêt national. 

Et c'est si vrai que, dans les moments de crise grave, où l'existence du pays est menacée, en particulier en temps de guerre, les gouvernements de nos démocraties - généralement investis pour la circonstance de ce que l'on appelle 'les pleins pouvoirs', c'est-à-dire en fait, transformés en dictatures (!) - proclament la "Patrie en danger", invitent les citoyens à "surmonter leurs querelles partisanes", et lancent des appels angoissés à l'union sacrée! Mais qu'est-ce donc que ce régime qui n'est capable de gouverner que lorsque tout va bien? Et qui, dans les moments de crise, c'est-à-dire précisément quand il lui faudrait prouver sa capacité et son efficacité, est obligé de se renier lui-même?!... Et s'imagine-t-on que les travaux de la paix sont moins importants, moins ardus et moins difficiles que les travaux de la guerre, et que si les partis, et les divisions qu'ils engendrent, sont néfastes en temps de guerre, ils sont salutaires en temps de paix?!..." (Jean Haupt, Le procès de la Démocratie, Cahiers Découvertes, Lisbonne 1971, p. 85-86).
 
 
Résumé général

Le concept de démocratie est biaisé.

- Le "suffrage universel" remet le pouvoir à des partis qui se partagent le pouvoir; il devait fonder une démocratie, un pouvoir du peuple, il fonde en réalité une oligarchie, le pouvoir d'une minorité microscopique, une caste ploutocrate qui se coopte entre elle ("l'élu" est d'abord l'élu du parti) et que le peuple croit désigner. 

- La démocratie est de la poudre aux yeux. Les dirigeants sont préalablement choisis par les partis, l'élite se coopte entre elle et grimpe dans la hiérarchie en fonction de son degré d'initiation et de son degré d'adhésion aux "valeurs" du parti. Le "peuple" sert à terminaliser l'opération, il donne une onction de légitimité au processus. Le vote "démocratique" donne aux masses l'illusion de la liberté de choix et d'opinion. Les vrais décideurs se situant, à un niveau bien supérieur.

- La démocratie n'est donc pas le règne de la Volonté générale, c'est le règne d'une minorité microscopique (de droite ou de gauche, à tour de rôle), qui exploite cyniquement les divisions dans la société au nom de la "démocratie"..
 
- La démocratie "moderne" (à ne pas confondre avec la représentation traditionnelle, organique et réellement représentative, avec au-dessus l'arbitrage royal qui existait dans nos pays d'Etat sous l'"Ancien Régime"), c'est le règne de l'imposture & du mensonge, le règne de l'inconséquence et de la division, la perversion et l'immoralité institutionnalisée, l'école du vice et du crime, l'Argent-Roi, l'individualisme, le matérialisme, la destruction de la Société...

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 14:20

S'il y a bien une liberté à inventer, ou à restaurer c'est bien la liberté des peuples à durer dans leur être (importance de l'identité dans les débats actuels...) Cette liberté existe pour tous les peuples de la planète, sauf le Français... qui, seul au monde, devrait accepter d'être submergé démographiquement, d'être substitué dans sa population, insulté dans son propre pays. Cette profonde injustice, ce deux poids deux mesures dans le traitement du racisme, risque à terme d'amener de violentes réactions.

L'autre liberté à restaurer serait la liberté de ne pas se laisser vomir dessus, dans son propre pays. Cette liberté n'est-elle d'ailleurs pas inscrite dans la déclaration des Droits de l'homme qui stipule (art. 4) que "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme N'A DE BORNES QUE CELLES QUI ASSURENT AUX AUTRES MEMBRES DE LA SOCIETE LA JOUISSANCE DE CES MÊMES DROITS"....  Les révolutionnaires finirent donc par l'admettre eux-mêmes - et ainsi se contredisant totalement avec la liberté d'expression ou de penser par exemple -, le paradoxe de la liberté est qu'elle ne peut exister sans sa limitation ("bornes"). L'autorité et la censure viennent au secours de la liberté.

En fait, le trait majeur de la "démocratie" "française" est sa profonde hypocrisie, mais aussi une fantastique imposture, une incroyable illusion : partant de l'abstraction individualiste et égalitaire, l'autosuffisance individuelle (l'individu-Roi et souverain), elle est incapable d'organiser une véritable représentation des intérêts présents dans la nation et qu'elle tend AU CONTRAIRE, pour conserver le pouvoir, à démembrer la nation (on le voit aujourd'hui : les faits donnent raison aux principes traditionnels), en la divisant, en la décomposant, subvertissant la Société en opposant les individus et les classes, la réduisant à un conglomérat d'unités artificielles et communautaires, le tout devant s'exprimer dans le cadre des institutions "démocratiques"... La démocratie "moderne" est nocive parce qu'elle détruit la communauté nationale, elle démembre la nation : c'est l'absolutisation ou universalisation de la liberté politique. En absolutisant les revendications individualistes et d'autonomie (un homme un vote), l'individualisme-roi détruit les moeurs et la Société qui a permis l'amélioration de sa condition (échec actuel complet de la démocratie, dans tous les domaines, déclin, décadence et destruction de la Société). Inversement, et paradoxalement, l'ordre politique de l'Europe classique (monarchies, "éclairées" par des élites parlementaires ou non...), permet en fait une approximation meilleure de la volonté générale que la domination pure et simple d'une Assemblée dite "représentative".

En voulant garantir les "droits de l'Homme", les "démocrates" Révolutionnaires raisonnèrent comme si la situation des hommes dans leur condition "naturelle" était préférable à celle dont ils jouissent dans l'état civil : il est donc logique qu'ils aient cherché à recréer dans les corps politiques les déchirements et les divisions qui caractérisent en fait "l'état de nature".... Inversement, si on veut réellement garantir les droits de l'homme (et donc par exemple les libertés publiques, la liberté de penser, etc....), si l'on veut garantir la sécurité (le droit de tout peuple à durer dans son être, la "Souveraineté nationale"...), il faut, avant de faire des grandes déclarations, d'abord créer un ordre politique qui, si libéral soit-il..., ne peut exister qu'au prix d'une LIMITATION de la liberté, au travers, nécessairement, d'un Etat "autoritaire". La Monarchie traditionnelle française est cet ordre politique.

"Un des premiers objets de la société civile, est que personne ne soit juge dans sa propre cause. Chaque membre de la société renonce au premier droit fondamental de l'homme naturel, celui de juger par lui-même, et de défendre son propre droit: il abdique le droit d'être son propre gouverneur. ... Les hommes ne peuvent jouir à la fois des droits de l'état de nature [uncivil] et de ceux de la société civile. Pour obtenir justice, l'individu renonce au droit de la déterminer... Et pour s'assurer d'une certain degré de liberté, il s'en déssaisit en totalité pour en confier la garde à d'autres instances" (Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France, Pluriel Histoire, Paris 2004, p. XVI).

Les liens, les limitations créés par la civilisation sont précisément la condition de la sécurité et de la liberté de l'homme et d'une société et, au-delà, de l'amélioration de l'humanité. Dès lors, dans le "contrat social" tel que le conçoit Burke, il est impossible que "chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant...." (J.J. Rousseau, Du contrat social, liv. I, ch. VI). C'est par là que les Révolutionnaires se contredisent (contradiction-polarité entre la liberté et la société civile) et que Burke est le plus éloigné de la pensée des Constituants de 1789, dont la doctrine de la loi "expression de la volonté générale" hérite de Rousseau... L'opposition entre "liberté" et "pouvoir-limitation" interdit de considérer la participation aux affaires publiques comme un droit fondamental, puisque les droits de l'homme, sa sécurité, sa liberté, ne peuvent être réellement garantis que par une LIMITATION de sa liberté politique, et qu'a contrario, le droit du citoyen à participer aux affaires publiques entraîne mécaniquement le démembrement de la nation (jeu incessant des minorités contre les majorités). Pour reprendre une phrase de Jean Haupt, la démocratie est donc "contraire à la fois aux intérêts légitimes des citoyens et aux intérêts supérieurs de la nation" (Jean Haupt, Le Procès de la démocratie, Cahiers Découvertes - Lisbonne 1971, p. 15). Mais ne nous méprenons pas, il n'est pas question pour nous de ressusciter subitement le passé médiéval ou même l'Ancien Régime, mais simplement de préserver dans les conditions de la "modernité" les anciennes règles de vie, les principes traditionnels de gouvernement qui s'opposaient tous à la l'absolutisation de la liberté politique, à l'individualisme-roi. La "modernité" devra conserver un lien vivant avec le monde traditionnel qui lui a permis de naître, ou bien la Société disparaîtra, sous l'effet des principes absurdes et contradictoires de la Révolution, disloquée, par l'anarchie produite par les illusions de l'autosuffisance individuelle, ou par le despotisme de la loi qui aura voulu compensé l'absolutisation de la liberté. Ou bien mourra-t-elle des deux ?...

Les Réflexions sur la Révolution française d'Edmund Burke sont un des apports les plus célèbres à la pensée conservatrice et contrerévolutionnaire et, au-delà, à la critique de philosophie politique dite "moderne" héritée des dites "Lumières". Elle constitue une des critiques les plus profondes de la Révolution, et surtout, une attaque d'un type inédit contre ce qui, dans l'Esprit des Lumières, avait pu préparer 1789.

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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 12:41

Mis à jour le 27/02/2016

Démocratie: les deux types de représentation politique

Il existe deux systèmes de représentation démocratique : le type corporatif organique et le type (actuel) dit "démocratique". 

 

 

Premier type démocratique, l'organique corporatif

 

Dans le premier, le peuple, c'est une hiérarchie de familles, de professions, de communes, d'associations territoriales, intellectuelles, spirituelles, articulées et fédérées pour former une PATRIE. C'est de ces réalités vivantes qu'émanent naturellement les organes représentatifs; la société conserve son état réel, ses hiérarchies, ses décisions et ses droits acquis (coutumes, traditions), l'ensemble de ses leaders, la diversité de ses valeurs; elle ne se modifie pas structurellement pour devenir un corps politique, un interlocuteur du pouvoir; elle reste telle qu'elle a été constituée par ses intérêts, son histoire. Elle n'a donc pas besoin de créer un personnel spécialisé dans la "politique". 

Ces association naturelles fournissent une représentation authentique des Français, fondées sur des assises, des intérêts réels stables, permanents et légitimes; leurs membres expriment des volontés véritablement éclairées pour le coup et intelligentes, dignes d'obtenir l'audience de l'Etat et les satisfactions compatibles avec le Bien commun… 

Cette représentation redevient un MANDAT IMPERATIF, véritable, limité, précis, comme celui que recevaient les députés aux Etats provinciaux et généraux de l'Ancienne France. C'est par l'intermédiaire des (véritables) corps sociaux (et non des partis…) que les citoyens sont véritablement représentés auprès de l'Etat... 

C'est le régime corporatif organique de l'ancienne France où les Français étaient appelés par de nombreux suffrages (y compris et surtout au Moyen Âge) à choisir leurs représentants, leurs dirigeants pour telle ou telle fonction.

 
 

Second type, dit "démocratique moderne"

 

Dans le second type, la société pour accéder à la politique doit changer de costume; elle se constitue en société ABSTRAITE d'individus égaux : un peuple d'électeurs. Le pouvoir s'adresse à chaque électeur, abstraction faite de son milieu, de son activité, de ses valeurs…, puisque c'est seulement le vote qui constitue cet individu abstrait, dépossédé de son rapport réel au monde social, privé à la fois d'intérêts particuliers et de compétence sur des questions débattues; l'acte qui le constitue, le vote, est préparé et déterminé en dehors de lui: ce qu'on lui demande, c'est un assentiment: il faut que les politiciens de métier lui présentent des formules.., des hommes… ou des femmes… 

Ce système de "représentation", dit pourtant "démocratique" est plus proche des démocraties "populaires" de l'ex union Soviétique; elle ne respecte aucunement la réalité du peuple dans son organisation naturelle, mais crée au contraire des divisions en créant un Parti unique (l'UMPS en France, le PC en URSS) et à côté du Parti unique (Pensée unique), elle crée des partis pour donner le change, donner l'illusion du choix aux électeurs, des partis censés représentés leurs volontés...


Posons la question, qui se sent représenté par ses députés ? Qui ? Personnellement, je ne me sens aucunement représenté. Et ce semble l'avis d'une majorité des Français lassés des institutions politiques de la République (l'augmentation régulière de l'abstention aux élections en est un indice et un argument de poids dans notre contribution à la vie publique: l'abstention est systématiquement analysée, décortiquée, elle est lisible politiquement).

 

Conclusion


Une représentation organique et corporative peut seule satisfaire les aspirations de représentation légitimes des Français.

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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 15:15
"Le vrai peuple en 1789 n'existe que virtuellement, dans la conscience ou l'imagination des "hommes libres", des "patriotes", dit-on alors, des "citoyens conscients", c'est-à-dire d'un petit nombre d'initiés, pris jeunes, entraînés sans répit, formés toute leur vie dans les sociétés philosophiques - les sociétés de pensée - à la discipline de la liberté. [...] Contre le commun des hommes, qui ne sont pas ces privilégiés de la conscience et de la raison, il est nécessaire d'employer la ruse et la force. C'est un devoir pour les initiés. Il faut les forcer d'être libres, a dit Rousseau (Contrat social, éd. Dreyfus-Brisac, p. 38). Les Jacobins de 1793 s'y prendront par la terreur; ceux de 1909, qui ont le temps de penser aux enfants, par l'enseignement forcé et la mainmise légale..." (Augustin Cochin, L'esprit du jacobinisme, PUF, Sociologies, Vendôme 1979, p. 96-97).    

                                                                **** 
    "Ce qui frappe lorsqu'on étudie l'histoire de la Révolution française, c'est que tout ce bouleversement a été l'oeuvre de quelques hommes. Jamais, à aucun moment, on ne s'est trouvé devant une volonté déterminée de la majorité de la nation. Ce sont toujours de petits groupes qui ont dicté leurvolonté à la masse et se sont imposés par la force la plus brutale... et la plus ouverte" (Jacques Ploncard d'Assac, Les jeunes ont droit à la vérité, Société de philosophie politique, Lisbonne 1970, p. 94).

  "1789, c'est une minorité qui s'empare du pouvoir et se le dispute... Conduite AU NOM du peuple, la Révolution s’est effectuée sans le consentement du peuple, et souvent même CONTRE le peuple..."
(Jean Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 177). 
 Pierre Gaxotte explique que "la Volonté générale n'est pas la volonté du plus grand nombre, c'est la voix profonde de la Conscience humaine, telle qu'elle devrait parler en chacun de nous et telle qu'elle s'exprime par la bouche des citoyens les plus vertueux et les plus éclairés... Comment connaître la volonté générale dans les cas où elle n'est point expliquée ? Faudra-t-il assembler toute la nation à chaque évènement . Il le faudra d'autant moins qu'il n'est pas sûr que sa décision fût l'expression de la volonté générale... Aussi, de 1792 à 1795, le recours aux électeurs sera-t-il considéré comme le crime contre-révolutionnaire par excellence: ce serait un retour vers l'opinion de la masse, vers l'opinion réelle, vers l'opinion du plus grand nombre. En définitive, la Volonté générale se définit donc par la conformité à un système philosophique. Le vrai peuple est un être idéal qui n'existe que virtuellement dans la conscience des "hommes libres" comme on disait alors, c'est-à-dire d'un petit nombre d'initiés, entraînés sans répit au despotime de la liberté et c'est ainsi que la "volonté générale", par ruse, par crainte ou par force, asservit la "pluralité"... L'Etat prime la famille car l'Etat demeure et la famille se dissout". L'Etat est le maître des consciences car la justice, le bien public, l'obéissance aux lois, les vertus sociales et tous les devoirs de l'homme et du citoyen, il appartient au gouvernement d'en connaître... Sans pouvoir obliger personne à croire à ces dogmes, le peuple peut bannir de l'Etat quiconque ne les croit pas; il peut le bannir non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d'aimer sincèrement les lois, la justice est d'immoler au besoin sa vie à son devoir. Que si quelqu'un, après avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort... La République s'identifie avec une doctrine; la société est soumise à un dogme; le faire passer dans les faits, le traduire en actes, réorganiser le monde conformément à ses postulats: voilà la politique révolutionnaire. Sa première tâche et, pour ainsi dire, sa tâche unique, consiste à DETRUIRE et EMPECHER toute résurrection des organismes naturels qui jusque-là, encadraient et soutenaient les individus et qui sont désormais considérés comme oppressifs et immoraux..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 54-55). 


  "Les régimes que nous appelons 'démocratiques' sont une comédie au même titre que les 'démocraties populaires'. La

volonté nationale y est escamotée. Une caste de privilégiés s'y est emparée de la nation. Son pouvoir a pour condition la libre pénétration du pouvoir de l'étranger (et le jeu des minorités contre la majorité) qui aboutit à notre division politique, à notre impuissance, à notre domestication. Finalement, sous prétexte de 'Liberté', nous ne sommes plus maîtres de rien chez nous, ni de nos économies, ni de nos territoires, ni de notre destin. Nous ne sommes plus rien dans nos nations. Les 'temps modernes', c'est le temps de l'expropriation, c'est de cela que nous devons d'abord prendre conscience" (Maurice Bardèche, Les Temps modernes, Editions Les Sept couleurs, Montargis 1956, p. 10-11). 



Add. 1 mai 2011.  14:55.

Les "élections" de juin 1791 se traduisirent par une forte abstention. "La participation avait atteint son étiage; elle ne devait plus remonter de façon significative, les consultations organisées les années suivantes,... n'ayant jamais mobilisé plus du cinquième des électeurs. ... En l'absence de votants, le système électif se transforme très vite en un système de cooptation, les uns accédant aux charges que les autres viennent de quitter, et réciproquement. La promotion aux responsabilités se fait en circuit fermé : les fonctionnaires peuplent les assemblées chargées d'élire les fonctionnaires. ...La réalité du système répondait à un besoin, celui de la formation d'une classe politique ... qui soit assurée de la continuité en étant délivrée de l'incertitude inséparable du suffrage universel. Mais l'oligarchie née de ces pratiques n'était pas moins un démenti des attentes. On imaginait en effet avec une certaine ingénuité que la vertu première d'un système électif consistait à assurer le renouvellement permanent du personnel dirigeant et l'élargissement constant de son recrutement. On n'imaginait pas que l'élection puisse conduire à la formation d'une 'classe' politique distincte du reste de la société" (Patrice Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire, Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 86-88).

 

L'imposture du suffrage universel

  "Le suffrage universel..., a pour signification essentielle de faire connaître l'avis du peuple sur la politique du régime. C'est là sa fonction... Et à ce titre..., il est utile à tout régime de connaître l'opinion du peuple (au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, le Roi aussi aimait à connaître l'avis de ses peuples en convoquant les Etats généraux, mais qui n'avaient qu'un but consultatif et informatif). Mais, pratiquement, dans nos régimes 'modernes', le suffrage universel ne sert PAS seulement à cela, il sert essentiellement, il sert surtout à désigner les hommes parmi lesquels seront choisis obligatoirement les dirigeants politiques et techniques de la nation... Rien dans la définition du suffrage universel, rien même dans nos constitutions ne force à choisir les ministres parmi les députés (élus de la nation). Mais en fait,... on ne peut devenir un dirigeant politique de la nation sans être d'abord député... Le peuple, une fois tous les quatre ans ou une fois tous les six ans, épuise d'un seul coup tout son pouvoir en mettant un nom dans une enveloppe, puis il est la proie silencieuse des maîtres qu'il a choisis... Le peuple aimerait bien parler peut-être de temps en temps, il aimerait bien donner son avis sur certaines affaires qu'il trouve importantes. Mais c'est trop tard alors. Il gît désarmé, épuisé par l'acte électoral, comme ces princes des contes de fées qui n'ont qu'une flèche pour se défendre, comme ces pêcheurs auxquels un génie des eaux n'a accordé qu'un seul souhait. Le suffrage universel qui devait fonder une démocratie, c'est-à-dire un pouvoir du peuple, fonde en fait une oligarchie, c'est-à-dire le pouvoir d'une caste que le peuple croit désigner. Les régimes actuels ont perfectionné la désignation de cette caste... Les électeurs connaissent personnellement les candidats et il leur arrivait parfois, simplement par instinct, de préférer d'honnêtes gens à des fripouilles chargées de reliques. Cela amenait au Parlement de mauvaises têtes qui faisaient des discours inconvenants. On a évité cet inconvénient en invitant deux cent mille personnes à voter pour quelqu'un qu'elles ne connaissent pas. Et, comme ils auraient pu s'obstiner à désigner quelqu'un qu'ils estiment, on a décidé qu'on ne tiendrait pas compte des suffrages égarés sur des amateurs qui n'ont pas reçu l'investiture des grands partis... Appartenir à cette caste des gouvernants est donc devenu obligatoirement le commencement de toute carrière politique" (Maurice Bardèche, ibid., p. 16-18). 

 "On ne choisit pas, on ne délègue personne: on se borne à approuver un choix déjà fait par d'autres. Un choix fait par qui? Eh bien, par les dirigeants du parti, par le comité central, par le comité directeur, par le bureau, par le centre national... Si bien que ces députés que nous croyons élire, ils sont en réalité sélectionnés, ils nous sont en réalité imposés par la caste gouvernementale déjà en place, laquelle, agissant comme toutes les oligarchies, s'agrège les sujets qui lui conviennent et dont le caractère, les penchants, les alliances ont été soigneusement éprouvés. Nous croyons vivre sous un régime de suffrage universel, en réalité nous vivons sous un régime de cooptation" (Maurice Bardèche, ibid., p. 25-26). 

                                                                         ***

Articles connexes 

"Le mensonge de la "Liberté" : la corruption de la liberté par les libéraux "
"L'imposture de la devise "Liberté Egalité Fraternité" "
"L'imposture démocratique"
"Le pouvoir de l'argent dans nos démocraties"  
"1789 Une aristocratie en chasse une autre, naissance de la bourgeoisie d'affaires et de l'Argent-Roi, la ploutocratie "
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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 17:57
"L'Encyclopédie soviétique rappelle justement que Marx et Engels admettaient parfaitement la "collaboration des communistes avec les démocrates petits bourgeois dans le cadre d'une même organisation", pourvu qu'ils n'oublient pas que "la Révolution démocratique bourgeoise n'est qu'une étape indispensable de la lutte et non le but final. 

Au XIXe siècle, alors que le Comte de Chambord cherche à améliorer le sort des classes ouvrières en les organisant, en les protégeant contre l'arbitraire patronal, en faisant de l'Etat l'arbitre des intérêts divergents, Karl Marx, lui, entend exploiter les contradictions internes du système capitaliste... pour faire la Révolution et installer son parti au pouvoir" (Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 101-104).
 
Les notes du comte de Chambord sont importantes pour l'histoire des idées. Elles confirment que la question sociale non seulement n'avait pas échappé à la droite légitimiste dont le nationalisme contemporain est, sur ce point, l'héritier incontestable, mais que, seule, elle insistait sur cette question et, qu'en définitive elle manqua le pouvoir par la conjugaison de la gauche républicaine et de la "droite" orléaniste, celle des affaires" (Jacques Ploncard d'Assac, ibid., p. 131).
 
Le constitutionnaliste Maurice Duverger, stratège progressiste, dans son Introduction à la politique (Paris 1964) claquemure la droite dans un vocable qui lui est encore attaché et qui permet de la discréditer face aux "progressistes" (de gauche évidemment). "Réduit à sa plus grande simplicité, à son élément fondamental, écrit-il, le combat politique oppose ceux qui sont à peu près satisfaits de l'ordre social existant, qui veulent le conserver, et ceux à qui cet ordre ne convient pas, qui veulent le changer. Les premiers constituent "la droite" les seconds "la gauche", au sens le plus général des termes...." (fin de citation) Rien n'est plus arbitraire comme classification. Voilà un exemple de la tactique "progressiste" consistant à donner à la droite une image inexacte contre laquelle on déchaîne l'hostilité de l'opinion." (Jacques Ploncard d'Assac, Critique nationaliste, La Librairie Française, Paris, p. 24).
 
On peut dire alors que lorsque la droite (la dernière fois c'était en 1940...) dénonce et interdit la démo-ploutocratie, elle porte au système de la Fortune anonyme et vagabonde né en 1789 un coup décisif, parce qu'il vise le milieu même où se développe le règne de l'Argent.
 
L'ordre social démo-ploutocratique s'est donc toujours allié, finalement, avec l'autre matérialisme : le marxisme, et il le fait encore aujourd'hui afin de conserver le pouvoir : c'est l'Umps, la collusion de la gauche et de la droite dans la trahison des Français.
. Immigration : le réel interdit, par Eric Zemmour  (l'immigration au service du marché et du capitalisme industriel et libéral)
.
Collusion patronat-syndicat 
 
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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 17:50
1789 : Une aristocratie en chasse une autre, naissance de la bourgeoisie d'affaires et de l'Argent-Roi, la ploutocratie
"Votre confusion présente, a atteint telle une paralysie, les sources mêmes de la vie. Tous ceux qui parmi vous étaient faits pour obéir à l'honneur ont été déchus et humiliés... Mais cette génération de la noblesse sera bientôt éteinte. Celle qui doit la suivre ne pourra plus être distinguée des charlatans et des bouffons, des agioteurs, des usuriers et des Juifs qui seront toujours ses compagnons et parfois même ses maîtres.Croyez-m'en, Monsieur, ceux qui prétendent niveler n'instaurent jamais l'égalité. Dans toutes les sociétés composées de différentes classes de citoyens, il faut qu'il y en ait une qui tienne le premier rang. C'est pourquoi les niveleurs ne font que changer et que pervertir l'ordre naturel des choses" (Edmund Burke en 1790 dans ses Réflexions sur la Révolution de France, Pluriel Histoire, paris 2004, p. 62).
 
"A l'ancienne aristocratie se substitue l'aristocratie des riches. C'est une chose qui n'a pas été assez vue. On a dit : la Révolution de 1789 a donné le pouvoir à la bourgeoisie. C'est vrai, mais dans la bourgeoisie elle l'a donné à l'Argent" (Jacques Ploncard d'Assac, Les jeunes ont droit à la vérité, Société de philosophie politique, Lisbonne 1970, p. 105).
 
C'est cette situation que Stendhal décrit parfaitement lorsqu'il fait parler M. Leuwen, le banquier : "... depuis Juillet, la bourgeoisie a remplacé le faubourg Saint Germain, et la Banque est la noblesse de la classe bourgeoise... Le ministère ne peut pas défaire la Bourse, et la Bourse peut défaire un Ministère." Et M. Leuwen explique que ce régime coûtera cher, parce qu'il faut donner des places à tout l'état-major de la bourgeoisie: "Il y a là six mille bavards qui feront de l'éloquence contre vous si vous ne leur fermez la bouche avec une place à six mille francs" (Jacques Ploncard d'Assac, ibid. p. 147).
 
"Étrange conclusion: la Révolution, faite au nom de l'égalité, a enrichi les riches et appauvri les pauvres... C'est un résultat qu'on retrouvera sur d'autres terrains... (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 173-174).
 
"Une nouvelle bourgeoisie se substitue à celle de l'Ancien Régime: acquéreurs de biens nationaux, fournisseurs aux armées, nouveaux fonctionnaires, généraux, hommes de loi, etc." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 430). 

La Révolution instaure l'aristocratie des riches. "La Révolution aboutit dans sa première phase à la mise en place du système électoral censitaire élaboré par l'Assemblée nationale constituante: la possibilité de voter comme d'être élu dépendait du niveau d'impôt acquitté, et donc des biens possédés." (Manex Goyhenetche, Histoire Générale du Pays Basque, La Révolution de 1789, tome IV,  Elkar, Donostia 2002, p. 39). "Le suffrage censitaire consacra... l'inégalité politique fondée sur la fortune" (M. Goyhenetche, ibid., p. 39). Dans une seconde phase, que nous traitons dans un autre article, la Révolution bourgeoise instaure le "suffrage universel" qui donne aux masses l'
illusion de la liberté de choix et d'opinion, cependant que les vrais décideurs se situent à un niveau bien supérieur. Dans son Histoire générale du Pays basque, pour décrire cette prise du pouvoir par la bourgeoisie d'affaires, Manex Goyhenetche, fournit l'exemple des villes de Saint-Jean-De-Luz et de Bayonne: "Imprégnés des 'Lumières', épris de liberté et de libéralisme, conformément aux intérêts financiers et commerciaux, les bourgeois de Saint-Jean-De-Luz et de Bayonne participaient dans les années 1788-1789 au vaste mouvement.... Ils furent parmi les principaux bénéficiaires de la Révolution qui incarnait l'émergence du nouveau système de pouvoir" (M. Goyhenetche, ibid., p. 46). [L]e monde des marchands, des négociants... furent des hommes avisés, partisans du progrès des Lumières.... que l'on retrouve aux postes de commandes en 1789, puis sous le Directoire pour ceux qui échappèrent à la guillotine" (M. Goyhenetche, ibid., p. 47).  Les charlatans, bouffons, agioteurs et usuriers d'Edmund Burke. Ce groupe social se pérennise au pouvoir par le biais des sociétés secrètes qui contrôlent les grandes compagnies et groupes bancaires qui financent les grands partis libéraux et socialistes.
 
"La Révolution française fut, avant tout, une Révolution économique"... L'aboutissement "d'une lutte entre deux formes du capital, le capital immobilier et le capital mobilier, le capital foncier et le capital industriel et agioteur. Avec la suprématie de la noblesse disparut la suprématie du capital foncier, et la suprématie de la bourgeoisie amena la suprématie du capital industriel et agioteur" (Bernard Lazare, L'antisémitisme, son histoire et ses causes, 1894, rééd. Documents et Témoignages, Vienne 1969, p. 115). "Dans la lutte qu'elle avait entreprise, la bourgeoisie avait besoin d'auxiliaires; le Juif fut pour elle un aide précieux, un aide qu'elle avait intérêt à délivrer. Dès la Révolution (de 1789), le Juif et le bourgeois marchèrent ensemble, ensemble ils soutinrent Napoléon. ... Les Juifs ... se montrèrent les plus sûrs alliés de la bourgeoisie, d'autant qu'en travaillant pour elle ils travaillaient pour eux et, dans toute l'Europe, ils furent au premier rang du mouvement 'libéral' qui, de 1815 à 1848, acheva d'établir la domination du capitalisme bourgeois" (ibid., p. 116).
 
"...La vraie révolution française, celle qui va marquer tout le siècle, se situe sur le plan financier: à la primauté du sang, qui caractérisait théoriquement l'Ancien Régime, succède la primauté de l'argent. A la noblesse, qui détenait en principe les privilèges succède la bourgeoisie. Aux nobles succèdent les notables. Marat lui-même s'interroge: "Qu'allons-nous gagner à détruire l'aristocratie des nobles, si elle est remplacée par l'aristocratie des riches?"…
 
René Sédillot explique: "Il ne s'agit pas d'un avènement du capitalisme: celui-ci coexistait avec l'ancienne société, dans le cadre d'une économie de marché. Mais les capitalistes n'avaient pas le premier rang. Même un Samuel Bernard, même un John Law ne pouvaient prétendre aux honneurs que dans la mesure où ils se pliaient aux règles établies, en s'anoblissant et en entrant dans le système. Le roi, de toute façon, était au-dessus de la mêlée.
 
"Il s'agit d'une explosion du capitalisme. Du second rôle, il passe au premier. Aucune autorité, désormais, ne sera en mesure de lui servir de contrepoids. Les droits de la naissance ne pourront rien contre ceux de la finance. L'explosion se traduit par la promotion du banquier et du spéculateur: tout banquier, dans la tourmente, est nécessairement spéculateur; mais tous les spéculateurs ne sont pas banquiers.
 
"Avant la révolution, les banquiers privés étaient nombreux, parfois influents, mais sauf Necker en 1789, ils ne tenaient jamais le haut du pavé. Beaucoup d'entre eux étaient de confession protestante, d'origine cévenole ou suisse, et ils fondaient des dynasties bancaires: le Genevois Isaac Mallet s'était établi à Lyon en 1735, le Neuchâtelois Perregaux à Paris en 1781. Genevois encore, Bidermann et Clavière apparaissaient dans la capitale en 1782, et le Zurichois Hottinguer en 1783. Le calviniste Tronchin était, à Lyon puis à Paris, le banquier favori de Voltaire, qui ne méprisait pas les manieurs d'argent. 
"La révolution assure d'emblée la promotion des bourgeois fortunés, qui ne tardent pas à prendre le contrôle des municipalités à Marseille, Lyon, Bordeaux ou Nantes. "Ce sont les hommes riches qui vont gouverner Bordeaux" (Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française), Bordeaux qui choisit pour maire Saige, "dix fois millionnaire". A Nantes, le Comité de salut public est entre les mains des plus riches négociants, - la plupart affiliés aux loges maçonniques – dont Buteiller père, le plus opulent..." (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 242-243).
 
"Le règne de l'argent n'implique pas seulement la promotion des banquiers et des spéculateurs. Il se traduit par une montée de la corruption... (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 247).
 
"La vertu fait cruellement défaut dans l'histoire de la révolution. Les corrupteurs ont le champ libre, pour acheter les consciences, les concours, les suffrages. Les corruptibles sont légion, et ils ne résistent pas toujours à la tentation" (René Sédillot, ibid., p. 248).
 
"Les puissances occultes qui dominent la société contemporaine ont parfaitement compris que dans un système politique basé sur la loi du Nombre, seul l'Argent pouvait influencer le Nombre, que l'Intelligence ne gagnerait la masse à ses idées qu'aidée par l'Argent : l'Argent qui signifie le moyen de communication, le véhicule de la pensée" (Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 13-14).
 
Ceci explique la peur actuelle du système ploucrate UMPS devant les Nouvelles Technologies de l'Information et Télécommunications (N.T.I.C.), qui permettent au citoyen de base d'avoir accès, via internet, à des informations qui échappent à loi du silence. Nouvelles technologies que le système cherche donc à présent à contrôler par des lois (antiracisme, homophobie, etc.), devant empêcher la vérité de sortir, y compris sur les blogs d'information privés. 
 
"Le système est irréformable, il produit toujours les mêmes effets.Thomas Molnar, La Contre-Révolution, Poche, Union Générale d'Éditions, Saint-Amand 1972, p. 110). On ne le domine qu'en s'emparant de l'opinion. Le parti républicain qui le sait aura toujours une politique de la presse et de la librairie. La droite..., repliée sur un système contraire à ses principes formateurs, s'épuise en vains combats d'arrière garde. Voilà un siècle que cela dure... L'Argent, les Pouvoirs Occultes, derrière la presse formatrice de l'opinion, voilà ce que l'on retrouve toujours dès qu'on cherche un peu la réalité des démocraties" (Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 194-195). Thomas Molnar dresse le même constat de l'échec des contrerévolutionnaires faute d'avoir su maîtriser les techniques d'information de l'opinion : "On peut dire que la stratégie principale de la révolution depuis deux cents ans est l'utilisation consciente des moyens de communication(Or)… ce que les contre-révolutionnaires ne comprenaient pas était que le système qu'ils rejetaient, et qui était incontestablement fragile, reposait sur la possibilité d'une rapide mobilisation de l'opinion publique, c'est-à-dire sur l'action des moyens de communication au sens étroit (au début surtout les journaux) et d'amplificateurs tels que les masses urbaines, les partis politiques, et des groupes d'intellectuels capables de formuler dans l'instant des idéologies capables de séduire. Ainsi le contenu de la révolution était-il inséparable de sa méthode de propagation dans tous les coins de la société et, en retour, cette méthode ne pouvait que servir le dessein révolutionnaire" 
 
"La démocratie a bel et bien reculé devant les riches, ou, plus exactement, ils l'ont achetée. Ils ont acheté les votes, les consciences, les idées. Tout dépendant de l'opinion, ils ont acheté les moyens de fabriquer l'opinion. Il n'est plus rester de la démocratie qu'un mécanisme des dirigeants, mais les Forces occultes et la Fortune anonyme et Vagabonde font jouer le mécanisme à volonté. La féodalité s'est naturellement reconstituée... Groupes de pression, coalitions d'intérêts, forces bancaires, c'est sous cent formes diverses que s'est reconstituée la pire des féodalités, celle de l'Argent, qui ne reconnaît aucun devoir, aucune fonction sociale, parasite pur de la société, 'fleur du mal du pire capitalisme'" (Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 79).
"Examinant les structures des républiques modernes, M. Jean-Jacques Servan-Schreiber faisait cet aveu : "Les nouveaux barons, les nouveaux ducs autonomes, séparatistes, hors de toute loi, sont aujourd'hui en Occident, les maîtres de la finance et de l'industrie. Les Parlements, quand ils existent, sont mis par eux en coupe réglée. Ils s'en servent comme d'un autre champ de bataille pour leurs rivalités. Le vieil instrument de 'progrès', le parlementarisme, est en ruine. Il n'est plus qu'un trompe-l'oeil, et devient un mensonge. Face aux barons, il faut un roi"  (J.-J. Servan-Schreiber, L'Express du 26.10.64 cité in Jacques Ploncard d'Assac, Critique nationaliste, La Librairie Française, Paris, p. 31).
 
Si vous arrêtez là les propos de M. Servan-Schreiber, ils ont un sens. ... mais M. Servan-Schreiber poursuit insidieusement : "Le problème politique de l'heure n'est plus de rêvasser sur les freins qu'il y a lieu d'imposer au chef politique élu, responsable du gouvernement d'une nation. Mais sur la réalité de son pouvoir qu'il puisse effectivement imposer l'intérêt public aux intérpets féodaux ; sur la manière dont il doit être choisi pour que ce choix soit le mielleur, le plus démocratique, le plus éclairé possible..."  
Quelle bonne plaisanterie ! Le "Roi" de M. Servan-Schreiber sera l'élu d'une opinion façonnée par la presse des barons et des ducs de la Finance. Quelle indépendance aura-t-il en face de ceux-ci? ... L'opération vise tout simplement au renforcement du pouvoir ploutocratique par la dictature d'un seul commis des "200 Familles..." (Jacques Ploncard d'Assacibid. p. 31-32). 

Aujourd'hui, Yves-Marie Adeline, fondateur d'Alliance Royale, indique dans son livre La droite piégée, 1996 (
Entretien video Vox Galliae):

"Nous sommes des gestionnaires de droite dans un régime de gauche. A chaque parti politique d'en entretenir le contenant; mais on n'a pas de prise sur le contenu. ... [L]a droite ("droite" traditionnelle, légitimiste qui n'est pas la droite d'affaires, bourgeoise, libérale, orléaniste, celle qui a fait la Révolution et qui se trouve aujourd'hui au pouvoir) dans un régime comme celui-là ne peut être que locataire des institutions et ne peut pas en être la propriétaire."

"La droite n'a pas l'inititative des changements; son rôle est juste pour faire tampon, par périodes, vis-à-vis de la gauche. C'est Lénine qui disait: "Deux pas en avant, un pas en arrière, puis deux pas en avant, un pas en arrière". Autrement dit, le pas en arrière qui est un peu le conservatisme de droite, est là en réalité pour consolider non pas les deux pas en avant, mais au moins le premier pas en avant. Puis ensuite, on repart en avant; la gauche récupère à chaque fois son témoin. ... Phénomène de cliquet: toute avancée produite par la gauche se fait selon un mouvement non rétrogradable comme un filet de tennis que l'on élève; on ne peut pas revenir en arrière. Et la droite ne revient jamais en arrière. Quand elle est tentée de le faire, et encore, sur les moeurs, le social ou l'économique, la droite a du mal à revenir en arrière; regardez les 35 heures. Donc on est vraiment dans un système de cliquet, ce qui fait que ce régime avance toujours vers la gauche, vers la Révolution, vers une sorte de Révolution permanente."

Dans ce système, la droite est au mieux "locataire du régime quand elle en prend la gestion". Elle se trouve piégée dans le mesure où elle ne peut pas faire s'épanouir les valeurs auxquelles elle croit. Pire : elle ne peut jamais revenir sur les "conquêtes" fondamentales de la gauche ("effet cliquet").  Pour en sortir, il faut abolir la République, restaurer, ou instaurer, la Monarchie

Le tout est de savoir où se situera la souveraineté,dans le Roiou dans l'opinionen Dieu ou dans l'Homme ? Si la deuxième solution l'emporte, si  au-dessus de la loi des hommes il n'y a pas le Décalogue, cette loi morale qui lui est supérieure, nous n'aurons pas fait l'ombre d'un progrès...., mais nous aurons au contraire produit une nouvelle étape dans la régression démocrate libérale.
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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 17:44

C'est chez les monarchistes légitimistes et catholiques (catholicisme social) que va se manifester la première réaction contre le traitement inhumain que la ploutocratie, bourgeoisie d'affaires, impose aux ouvriers. Avant l'utilisation de la question sociale par Karl Marx, c'est la droite légitimiste et traditionaliste qui la première, prend la défense des travailleurs. 

"
Bonald (1754-1840) est le premier à se préoccuper de la misère ouvrière, consécutive au triomphe de la bourgeoisie et des nouvelles méthodes de travail, permettant l'exploitation des ouvriers depuis la destruction des barrières corporatistes. Ainsi est-il également le précurseur des doctrinaires sociaux de droite du XIXe siècle, comme Le Play et La Tour du Pin" (Yves-Marie Adeline, Histoire mondiale des Idées politiques, Ellipses, Paris 2007, p. 349).

"Karl Marx... leur contestation rencontrait celle des aristocrates catholiques qui avaient, vicomte Alban de Villeneuve-Bargemont et vicomte Armand de Melun, dénoncé les premiers l'exploitation manufacturière et fait voter les premières lois sociales. Dès 1841, c'est Alban de Villeneuve-Bargemont qui fait voter la loi règlementant le travail des enfants, réclamée aussi par le comte de Montalembert, autre grand aristocrate catholique. C'est Villeneuve-Bargemont qui pose le premier, devant la Chambre française, le problème ouvrier dans toute son ampleur (22 décembre 1840). Alors que l'ide de la lutte des classes n'est lancée qu'en 1843 par Flora Tristan, dans sa Lutte ouvrière. En 1850 et 1851, c'est le catholique vicomte Armand de Melun qui fait voter le premier grand train de lois sociales : logements insalubres, caisse de retraite, délit d'usure, assistance judiciaire, assistance hospitalière, contrats d'apprentissage. En 1852, c'est le même qui rédige le décret légalisant et développant le grand mouvement mutualiste" (Jean Dumont, L'Eglise au risque de l'histoire, préface de Pierre Chaunu de l'Institut, Editions de Paris, Ulis 2002, p. 115-116). 
 
Villeneuve-Bargemont dénonce "l'état de dépendance et d'abandon dans lequel la société livre les ouvriers aux chefs et entrepreneurs de manufactures... la facilité illimitée laissée à des capitalistes spéculateurs de réunir autour d'eux des populations entières pour en employer les bras suivant leur intérêt, pour en disposer, en quelque sorte, à discrétion, sans qu'aucune garantie d'existence, d'avenir, d'amélioration morale ou physique soit donnée de leur part, ni à la population, ni à la société qui doit les protéger".

"Voyez par exemple, la fameuse Lettre sur les ouvriers, de M. le Comte de Chambord (Henri d'Artois). Elle date du 20 avril 1865, voilà plus d'un siècle ; ... c'est la réplique d'un contemporain de Karl Marx. M. le Comte de Chambord rappelait d'abord que la royauté avait toujours été "la patronne des classes ouvrières".

"Les établissements de Saint Louis, rappelait-il, les règlements des métiers, le système des corporations, en sont les preuves manifestes. ... Qu'avec le temps, et à la longue, les institutions aient dégénéré; que des abus s'y soient introduits, c'est ce que personne ne conteste. Louis XVI, un de nos rois qui ont le plus aimé le peuple, avait porté ses vues sur les améliorations nécessaires; mais les économistes qu'il consulta servirent mal ses paternelles intentions, et tous leurs plans échouèrent. L'Assemblée constituante ne se contenta pas, ainsi que l'avaient demandé les cahiers, de donner plus de liberté à l'industrie, au commerce et au travail; elle renversa toutes les barrières, et au lieu de dégager les associations des entraves qui les gênaient, elle prohiba jusqu'au droit de réunion et à la faculté de concert et d'entente" (Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 97). 

"Cette identification de la vraie droite à la justice sociale sera étouffée par la droite des affaires, opportuniste, qui se battra farouchement pour empêcher, à chaque occasion historique, la conjonction des traditionalistes et du peuple. On l'a vu en 1875 lorsqu'elle a refusé la restauration corporative du Comte de Chambord et en 1944, la même tentative corporative de la Révolution nationale. Il faut tout de même que cela soit sû" (Jacques Ploncard d'Assac, Les jeunes ont droit à la vérité, Société de philosophie politique, Lisbonne 1970, p. 107-108.)

Henri d'Artois, duc de Bordeaux

 

Henri V, Comte de Chambord

"... Ainsi, voilà plus d'un siècle, le Comte de Chambord parle comme un syndicaliste moderne, et le fait que cela surprenne montre à quel point la 'droite des affaires', les orléanistes, ont perverti la doctrine sociale de la vraie droite que Léon XIII ne fera que démarquer dans l'encyclique Rerum novarum. L'antériorité appartient au Comte de Chambord. C'est un fait." (Jacques Ploncard d'Assac, ibid., p. 98).

"Dès 1865, M. le Comte de Chambord montre le chemin à suivre : "Quant aux remèdes, dit-il, voici ceux que les principes et l'expérience paraissent indiquer. "A l'individualisme, opposer l'association; à la concurrence effrénée le contre-poids de la défense commune; au privilège industriel la constitution volontaire et réglée des corporations libres". Personne ne peut nier que toute la question sociale soit contenue et résolue dans ces trois lignes : On ne dira jamais mieux." (Comte de Chambord cité in Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 101-102).

La Tour du Pin, qui a du coup d'oeil, voit l'édifice à construire, trouve le nom : l'Ordre social-chrétien, le thème : "Aux doctrines subversives, aux enseignements funestes, il faut opposer les saintes leçons de l'Evangile; au matérialisme, les notions de sacrifice; à l'esprit cosmopolite, l'idée de Patrie; à la négation athée, l'affirmation catholique..." (Jacques Ploncard d'Assac, ibid., p. 124).

"La vraie contre-révolution, écrit M. Dimier, ne vas pas sans un programme social, par la raison que le Révolution a fait état de méconnaître la catégorie des rapports économiques... Le syndicalisme, l'organisation du travail sont d'accord avec tous les principes de l'ordre, contraires à la Révolution.

... C'est un des artifices les plus monstrueux de la propagande que d'avoir dressé les travailleurs contre la vraie droite, leur alliée naturelle, car, seule, elle préconise l'établissement d'un ordre social basé sur les lois naturelles, mais "la Révolution dont ils éprouvent le mal, a façonné leur intelligence à ne maudire que ses ennemis".

On sait que Proudhon a été souvent revendiqué, comme un des maîtres de la pensée contrerévolutionnaire... Cela n'est étonnant qu'en apparence. Si l'on veut bien considérer que le socialisme - je ne dis pas le marxisme, qui est tout autre chose - traduit la révolte spontanée des prolétaires contre la société démo-capitaliste instaurée par les hommes de 1789, les choses deviennent plus claires.

La contre-révolution ne va pas sans programme social et le Marquis de La Tour du Pin ou l'abbé de Pascal étaient certainement beaucoup plus "avancés" au point de vue social que les gouvernements libéraux de leur temps. Ce qui fait la nocivité du marxisme, c'est l'esprit de lutte des classes, destructeur de toute communauté nationale. Le socialisme n'est pas lié nécessairement à l'idée de lutte des classes et c'est précisément ce qui nous permet de revendiquer bien des pages de Proudhon comme authentiquement contre-révolutionnaire.

Voyez par exemple ce qu'il dit du véritable contrat social qu'il oppose aux sophismes de J.-J. Rousseau :

"... Le contrat social doit embrasser l'universalité des citoyens, de leurs intérêts et de leurs rapports. Si un seul homme était exclu du contrat, si un seul des intérêts sur lesquels les membres de la nation, êtres intelligents, industrieux, sensibles sont appelés à traiter, étaient omis, le contrat serait plus ou moins relatif et spécial; il ne serait pas social.

"Le contrat social doit augmenter pour chaque citoyen le bien-être et la liberté. S'il s'y glissait des conditions léonines, si une partie des citoyens se trouvait, en vertu du contrat, subalternisée, exploitée par l'autre, ce ne serait plus un contrat, ce serait une fraude contre laquelle la résiliation pourrait être à toute heure et de plein droit invoquée."

Et Proudhon, s'en prenant directement à J.-J. Rousseau écrit :

"Rousseau définit ainsi le contrat social : 'Trouver une forme d'association qui défende et protège, de toute la force commune, la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous, n'obéisse, qu'à lui-même, et reste aussi libre qu'auparavant'.

"Oui, ce sont bien là des conditions du pacte social, quant à la protection et à la défense des biens et des personnes. mais, quant au mode d'acquisition et de transmission des biens, quant au travail, à l'échange, à la valeur et au prix des produits, à l'éducation, à cette foule de rapports qui, bon gré, mal gré, constituent l'homme en société perpétuelle avec ses semblables, Rousseau ne dit mot, sa théorie est de la plus parfaite insignifiance..."

La Révolution a défait l'ancien ordre social. Elle n'a rien reconstitué et n'a songé à défendre que les biens de ceux qui l'avait faite. Alors, en face d'eux s'est levée la classe des oubliés. Il y a là une conséquence trop néfaste et trop évidente pour que l'école contrerévolutionnaire ne s'en soit pas emparée comme d'un argument irrésistible contre les Principes de 1789. Proudhon nous rejoint, ou nous rejoignons Proudhon, comme on voudra. 

... Et Proudhon de conclure sur Rousseau en ces termes : "Jamais homme n'avait réuni à un tel degré l'orgueil de l'esprit, la sécheresse de l'âme, la bassesse des inclinations, la dépravation des habitudes, l'ingratitude de coeur; jamais l'éloquence des passions, l'ostentation de la sensibilité, l'effronterie du paradoxe, n'excitèrent une telle fièvre d'engouement... Disons pour finir, qu'à la honte du XVIIIe siècle et du nôtre, le Contrat social de Rousseau, chef d'oeuvre de jonglerie oratoire, a été admiré, porté aux nues, regardé comme la table des libertés publiques; que Constituante, Girondins, Jacobins, Cordeliers le prirent tous pour oracle. Qu'il a servi de texte à la constitution de 1793, déclarée absurde par ses propres auteurs..., et que c'est encore de ce livre que s'inspirent aujourd'hui les plus zélés réformateurs de la science politique et sociale. Le cadavre de l'auteur que le peuple trainera à Montfaucon le jour où il aura compris le sens de ces mots, Liberté, Justice, Morale, Raison, Société, Ordre, repose glorieux et vénéré sous les catacombes du Panthéon, où n'entrera jamais un de ces honnêtes travailleurs qui nourrissent de leur sang leur pauvre famille, tandis que les profonds génies qu'on expose à leur adoration, envoient dans leur rage lubrique, leurs bâtards à l'hôpital". Comment ne pas comprendre que l'Ecole contrerévolutionnaire se réclame, aussi, du socialiste national Proudhon ?" (Jacques Ploncard d'Assac, Les Idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 39-40).

"Il y a dans ces années 1860 trois courants qui s'affrontent : l'individualisme libéral ploutocratique ("droite" orléaniste), le socialisme marxiste et le corporatisme traditionaliste. Avec des fortunes variées, ces trois courants vont continuer d'exister dans les cent années qui suivent. On verra les deux premiers s'allier contre le troisième dans lequel ils ont reconnu leur commun ennemi et cette collusion seule désigne le corporatisme comme la solution vraie, exacte, correcte du problème économico-social. ...

"L'Encyclopédie soviétique rappelle justement que Marx et Engels admettaient parfaitement la "collaboration des communistes avec les démocrates petits bourgeois dans le cadre d'une même organisation", pourvu qu'ils n'oublient pas que "la Révolution démocratique bourgeoise n'est qu'une étape indispensable de la lutte et non le but final". Alors que le Comte de Chambord cherche sincèrement à améliorer le sort des classes ouvrières en les organisant, en les protégeant contre l'arbitraire patronal, en faisant de l'Etat l'arbitre des intérêts divergents, Karl Marx, lui, entend exploiter les contradictions internes du système capitaliste... pour faire la Révolution et installer son parti au pouvoir" (Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 101-104).

"Ces notes sont importantes pour l'histoire des idées. Elles confirment que la question sociale non seulement n'avait pas échappé à la droite légitimiste dont le nationalisme contemporain est, sur ce point, l'héritier incontestable, mais que, seule, elle insistait sur cette question et, qu'en définitive elle manqua le pouvoir par la conjugaison de la gauche républicaine et de la "droite" orléaniste, celle des affaires" (Jacques Ploncard d'Assac, ibid., p. 131).

"On a dit qu'il (le Comte de Chambord) avait fait échouer la restauration en refusant de céder sur la question du drapeau blanc. On peut dire avec plus de raison que ce sont les orléanistes qui l'ont fait échouer en refusant de céder sur le drapeau tricolore" (Jacques Ploncard d'Assac, ibid., p. 175).

Le constitutionnaliste Maurice Duverger, stratège progressiste, dans son Introduction à la politique (Paris 1964) claquemure la droite dans un vocable qui lui est encore attaché et qui permet de la discréditer face aux "progressistes" (de gauche évidemment). "Réduit à sa plus grande simplicité, à son élément fondamental, écrit-il, le combat politique oppose ceux qui sont à peu près satisfaits de l'ordre social existant, qui veulent le conserver, et ceux à qui cet ordre ne convient pas, qui veulent le changer. Les premiers constituent 'la droite' les seconds 'la gauche', au sens le plus général des termes...."
Rien n'est plus arbitraire comme classification. Quand la droite authentique dénonce la démo-ploutocratie, elle porte au système de la Fortune anonyme et vagabonde un coup décisif, parce qu'il vise le milieu même où se développe le règne de l'Argent.
L'ordre social démo-ploutcratique s'est toujours allié, finalement, avec l'autre matérialisme : le marxisme, et il le fait encore aujourd'hui (pour conserver le pouvoir). Voilà un exemple de la tactique progressiste consistant à donner à la droite une image inexacte contre laquelle on déchaîne l'hostilité de l'opinion" (
Jacques Ploncard d'Assac, Critique nationaliste, La Librairie Française, Paris, p. 24).

Aujourd'hui, on pourrait dire que les "progressistes" authentiques ne sont ni à "gauche" ni à "droite" (droite libérale d'affaires) qui toutes les deux ont intérêt au contraire à conserver telles quelles les institutions politiques. Les progressistes sont ceux qui veulent changer le système en place, jusque dans le régime politique pour restaurer le régime traditionnel et naturel de la France qui a fait ses preuves pendant quatorze siècles. Les authentiques "progressistes" pour reprendre le terme des partisans des "Lumières" et de la "modernité", sont donc les royalistes et les catholiques traditionalistes qui veulent rompre avec l'Ordre maçonnique athée, défendant par exemple la culture de vie contre la culture de mort en place. Et les conservateurs sont la (fausse) "droite" et la gauche, qui depuis 1789 ont toujours collaboré ensemble pour empêcher tout retour au pouvoir des catholiques, et des partisans de la Société fondée sur ses bases naturelles.

Voir aussi:

- La
doctrine sociale de l'Eglise qui dénonce les excès du capitalisme et encourage le syndicalisme chrétien et le catholicisme social.

-
Contre-information. Le mythe de la République 'sociale'

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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 14:44

Le constat


"En démocratie, le gouvernement gouverne au nom du 'peuple souverain', ou au nom de 'la majorité', et conformément à la volonté de la majorité. Et c'est une opinion aujourd'hui généralisée qu'il est impossible de gouverner sans l'assentiment de la majorité du pays.


C'est partir du principe que l'opinion, la volonté de la majorité est toujours conforme à l'intérêt de la nation. C'est évidemment faux.


Placé devant l'alternative d'avoir à choisir entre son intérêt, sa tranquillité, son bien-être immédiats - c'est-à-dire la solution de facilité - et l'intérêt permanent de la nation - c'est-à-dire la solution du sacrifice - la majorité optera pour la solution de facilité, au risque d'engager l'avenir, l'indépendance, la survivance même de la Nation.
Dans une telle alternative, le gouvernement qui gouverne a le devoir et doit avoir la possibilité d'imposer la solution qui sauvegarde l'avenir, l'intégrité, l'indépendance de la Nation, même au sacrifice des intérêts immédiats, même contre la volonté de la majorité. Le gouvernement démocratique, émanant de la volonté de la majorité, est, par définition, incapable de le faire. Sa survivance même dépendant du vote de la majorité, il est évident qu'il évitera de faire quoi que ce soit qui puisse mécontenter profondément cette 'majorité'.

En 'démocratie', le gouvernement ne gouverne pas. Il est gouverné. Gouverné par son parti, gouverné par le parlement, gouverné par la presse, gouverné par les syndicats, gouverné par la 'majorité'" (Jean Haupt, Le procès de la Démocratrie, Cahiers Découvertes, Lisbonne 1971, p. 161-162).

André Figueras : "Qu'est-ce que le régime parlementaire 'français'? C'est un système dans lequel la dictature est exercée par 314 personnes (le nombre de députés à l'époque). Quel est le fondement éthique du système parlementaire 'français'? C'est la loi du plus fort, loi immorale entre toutes. Le régime parlementaire, en France, n'est pas destiné à servir les intérêts généraux de la Nation, mais les intérêts d'une majorité. Comment marche le régime parlementaire 'français'? Il boîte, il trottine, il claudique, il rampe, il se traîne, et il n'y a pas moyen de le jeter par terre, parce qu'il est déjà couché...

Qui participe au régime parlementaire 'français'? Environ six cent vingt bonshommes, dont trois peut-être ont la compétence requise pour diriger un pays. Les six cent dix-sept autres ne sont là que parce qu'un astucieux moyen de recrutement permet d'écarter à coup sûr du Palais-Bourbon tout ce qui n'est pas d'une médiocrité certaine.

Que sont en effet les élections? Une bonne mascarade faite pour amuser le bon peuple, qui s'imagine choisir 'ses représentants', quand il ne fait qu'avaliser la liste des maîtres que des comités lui désignent..." (André Figueras, Zoologie du Palais-Bourbon, 1956, cité in Jean Haupt, ibid., p. 110-111).


"Ce qui frappe lorsqu'on étudie l'histoire de la Révolution française
, c'est que tout ce bouleversement a été l'oeuvre de quelques hommes. Jamais, à aucun moment, on ne s'est trouvé devant une volonté déterminée de la majorité de la nation. Ce sont toujours de petits groupes qui ont dicté leur volonté à la masse et se sont imposés par la force la plus brutale... et la plus ouverte" (Jacques Ploncard d'Assac, Les jeunes ont droit à la vérité, Société de philosophie politique, Lisbonne 1970, p. 94).


"1789..., c'est une minorité qui s'empare du pouvoir et se le dispute.... Conduite au nom du peuple, la Révolution s'est effectuée sans le consentement du peuple, et souvent même CONTRE le peuple" (
Jean Sévillia, Historiquement correct, pour en finir avec le passé unique).

 

Add. 1 mai 2011. 15:00. "La participation avait atteint son étiage; elle ne devait plus remonter de façon significative, les consultations organisées les années suivantes,... n'ayant jamais mobilisé plus du cinquième des électeurs. ... En l'absence de votants, le système électif se transforme très vite en un système de cooptation, les uns accédant aux charges que les autres viennent de quitter, et réciproquement. La promotion aux responsabilités se fait en circuit fermé : les fonctionnaires peuplent les assemblées chargées d'élire les fonctionnaires. ...La réalité du système répondait à un besoin, celui de la formation d'une classe politique ... qui soit assurée de la continuité en étant délivrée de l'incertitude inséparable du suffrage universel. Mais l'oligarchie née de ces pratiques n'était pas moins un démenti des attentes. On imaginait en effet avec une certaine ingénuité que la vertu première d'un système électif consistait à assurer le renouvellement permanent du personnel dirigeant et l'élargissement constant de son recrutement. On n'imaginait pas que l'élection puisse conduire à la formation d'une 'classe' politique distincte du reste de la société" (Patrice Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire, Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 86-88).


En réalité, la loi n'est pas l'expression de la Volonté générale
car cette 'volonté générale' n'est pas la volonté du plus grand nombre!

A. Cochin: "Rousseau l'a dit: La volonté générale n'est pas la volonté du nombre et a raison contre elle; la liberté du citoyen n'est pas l'indépendance de l'homme et la supprime...

Le vrai peuple en 1789 n'existe que virtuellement, dans la conscience ou l'imagination des "hommes libres", des "patriotes", dit-on alors, des "citoyens conscients", c'est-à-dire d'un petit nombre d'initiés, pris jeunes, entraînés sans répit, formés toute leur vie dans les sociétés philosophiques - les sociétés de pensée - à la discipline de la liberté. [...] Contre le commun des hommes, qui ne sont pas ces privilégiés de la conscience et de la raison, il est nécessaire d'employer la ruse et la force. C'est un devoir pour les initiés. Il faut les forcer d'être libres, a dit Rousseau (Contrat social, éd. Dreyfus-Brisac, p. 38). Les Jacobins de 1793 s'y prendront par la terreur; ceux de 1909, qui ont le temps de penser aux enfants, par l'enseignement forcé et la mainmise légale..." (
Augustin Cochin, L'esprit du jacobinisme, PUF, Sociologies, Vendôme 1979, p. 96-97).

...
L'abbé Barruel, fin XVIIIe siècle, explique qu'à la Révolution, l'opinion des Français était bien pour le Roi: ce sont les Francs-Maçons qui par tous les artifices de leurs sophismes ont travaillé dans les Loges à modifier cette opinion. Il dit qu'il connaissait "des Maçons qui dans le grade de Kadosch, avaient juré haine à tout culte & à tout Roi; qui peu d'instans après n'en oubliaient pas moins ce serment & n'en étaient pas moins décidés pour la Monarchie. L'esprit Français dans la plupart des Frères, l'emportait sur l'esprit maçonnique. L'opinion comme le coeur restait encore pour le Roi. Il fallait triompher de cette opinion dans l'esprit de ces Frères; il fallait pour cela toute la force des sophismes & toute l'illusion des Hiérophantes. C'était dans son grade d'Epopte que
Weishaupt paraissait avoir épuisé son génie, pour faire passer ses élèves du mépris des Autels à la haine du Trône" (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 96-97).

En terme de dictature, la république “démocratique” est ce qui se fait de mieux
. Un Jacques Chirac a par exemple bien plus de pouvoirs qu’un Louis XIV qui ne pouvait par exemple pas abolir les traditions du pays ni ses coutumes..., ni ses libertés, ce que pratique allègrement et sans vergogne la "république".


En fait, la république dite “française” n’est pas la “res publica”, la chose publique des Français, c’est la chose d’une minorité (et non d'une majorité), une oligarchie, une caste, la bourgeoisie d’affaires : l’aristocratie de l’argent, ploutocratie qui a remplacé l’aristocratie terrienne de l’Ancien régime. Une aristocratie contre une autre. Il n’est pas sûr que celle de l’argent-roi et du matérialisme le plus abject soit un progrès… 


"Les puissances occultes qui dominent la société contemporaine ont parfaitement compris que dans un système politique basé sur la loi du Nombre, seul l'Argent pouvait influencer le Nombre, que l'Intelligence ne gagnerait la masse à ses idées qu'aidée par l'Argent : l'Argent qui signifie le moyen de communication, le véhicule de la pensée" (
Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 13-14).

Ce qui explique aussi la peur actuelle du système ploucrate UMPS devant les Nouvelles Technologies de l'Information et Télécommunications (N.T.I.C.), qui permettent au citoyen de base d'avoir accès, via internet, à des informations qui échappent au système. NTIC que le système cherche donc à présent à contrôler par des lois (antiracisme, homophobie, etc.), devant empêcher le peuple d'accéder à la vérité. 

Résumé. La république dite “française” est la pire des dictatures que les Français aient eu à vivre, la plus ignoble (celle de l'Argent-roi), la plus dangereuse parce que la plus hypocrite et la plus insidieuse
:

la forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision” (article bien nommé 89 de la Constitution de la Ve République), ce qui signifie que même si le peuple voulait revenir à la monarchie, les "démocrates" et les hommes d'affaires ont verrouillé le système en l’interdisant. Le peuple n’est donc pas 'souverain'.

 

Voilà le constat. Quel remède, quelles propositions?

"Dès 1865, M. le Comte de Chambord montre le chemin à suivre : "Quant aux remèdes, dit-il, voici ceux que les principes et l'expérience paraissent indiquer. "A l'individualisme, opposer l'association; à la concurrence effrénée le contre-poids de la défense commune; au privilège industriel la constitution volontaire et réglée des corporations libres".

Personne ne peut nier que toute la question sociale soit contenue et résolue dans ces trois lignes : On ne dira jamais mieux." (Comte de Chambord cité in Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 101-102).

La Tour du Pin, qui a du coup d'oeil, voit l'édifice à construire, trouve le nom : l'Ordre social-chrétien, le thème : "Aux doctrines subversives, aux enseignements funestes, il faut opposer les saintes leçons de l'Evangile; au matérialisme, les notions de sacrifice; à l'esprit cosmopolite, l'idée de Patrie; à la négation athée, l'affirmation catholique" (Jacques Ploncard d'Assac, ibid., p. 124).

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19 janvier 2007 5 19 /01 /janvier /2007 20:53

"Depuis cette date fatale du 21 janvier 1793, pas un de nos échecs nationaux qui n'ait scellé quelque ruine, sinon définitive, tout au moins fort durable, puisque le dommage en a subsisté jusqu'à nous. Et pas un succès, pas une gloire, pas une conquête, pas un bonheur national qui n'ait eu les lendemains les plus douloureux. La suite de nos Rois représente la plus admirable continuité d'un accroissement historique, et l'assassinat de l'un d'eux donne le signal des mouvements inverses, qui malgré la multitude des compensations provisoires, prennent dans leur ensemble la formme d' une régression.

* Pour le progrès social
* comme pour les moeurs,
* pour l'ordre politique
* comme pour l'étendue territoriale
* ou le nombre des habitants par rapport à celui des autres Etats de l'Europe, la France est tombée au-dessous de ce qu'elle était en 1793. Premier fait !

Second fait: avec des ressources admirables et d'incomparables moyens, la France tend à persévérer dans la chute"
(Mgr Delassus écrit cela il y a bientôt cent ans!...)

La France tend à persévérer dans la chute en raison même des principes qui la déterminèrent, il y a cent seize ans, à son régicide.

Il est donc vrai, qu'en coupant la tête à son Roi, la France a commis un suicide."

(Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, note 1, p. 42.)

La France est le « Royaume chéri et béni de Dieu dont l’exaltation est inséparable de celle de l’Église » (Alexandre III,
Pape 1159-1181, Epst. XXX t. X, Conc. Col. 1 212, in Marquis de la Franquerie, La mission divine de la France, ESR, 2000, p. 132.)

C’est également ce qu’affirmait Grégoire XI
(1370-1371) : t. XI, Conc. Col. 367
 
"M. Leroy-Beaulieu, a pu dire: "Le jour où la France, pour obéir aux sommations de l'anticléricalisme, aura lâchement abdiqué ses fonctions de grande nation catholique, ce sera pour nous le signal de la décadence définitive, de l'irrémédiable déchéance, préparée par des mains françaises. La politique de l'anticléricalisme est, pour la France, une politique de suicide national." Nous le voyons que trop! (A. Leroy-Beaulieu cité in Mgr Delassus, ibid., p. 228.)

"La France reviendra aux traditions de saint Louis, ou elle périra dans la honte et dans la ruine." (
Léon XIII)

«La France reviendra aux traditions de saint Louis, ou elle périra dans la honte et dans la ruine… La France est née, elle a vécu catholique et monarchique. Sa croissance et sa prospérité ont été en raison directe du degré où elle s’est rattachée à son Église et à son Roi. Toutes les fois, qu’au contraire, ses énergies se sont exercées à l’encontre de ces deux idées directrices, l’organisation nationale a été profondément, dangeureusement troublée. D’où cette impérieuse conclusion, que la France ne peut cesser d’être catholique et monarchique sans cesser d’être la France ! » (Léon XIII
, le 21 avril 1903, parlant des dirigeants républicains devant six cents Français, cité in Marquis de la Franquerie, La mission divine de la France, ESR, p. 277-278.)
Ainsi à la fin de son pontificat, Léon XIII donnait aux Catholiques de France la nouvelle direction à suivre. C’est cette politique que son successeur, saint Pie X, va continuer. Il ne va pas cesser de donner les instructions les plus nettes à tous les Catholiques de France, de s’unir sur le terrain religieux, et non plus sur le terrain constitutionnel.

C’était à dessein que saint Pie X
suppliait les Français d’avoir toujours présents à la mémoire le Testament de saint Rémy et la mission divine de Jeanne d’Arc :

« Vous direz aux Français qu’ils fassent leur trésor des Testaments de saint Rémy, de Charlemagne et de saint Louis, qui se résument dans ces mots si souvent répétés par l’héroïne d’Orléans : Vive le Christ qui est Roi de France (Saint Pie X à Mgr Touchet le 13 décembre 1908 lors de la lecture du décret de Béatification de Jeanne d’Arc).

A ce titre seulement la France est grande parmi les nations, à cette clause Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse..." (Saint Pie X
, Act., t. V, p. 204.)

"Ne l'oubliez pas ! c'est par le retour à ses traditions de Foi et d'honneur, que la grande nation (i.e. la France) un moment affaiblie, recouvrera sa puissance et sa gloire." (Le Comte de Chambord, manifeste du 9 octobre 1870).

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23 décembre 2006 6 23 /12 /décembre /2006 16:12

Au moment où le journal libéral capitaliste et mondialiste Le Point, tenu par Claude Imbert, membre honoraire de la Trilatérale, publie un numéro spécial intitulé "La Renaissance : Quand la France s'éveillait", (N° 1788-1789, 21-28 décembre 2006), il nous paraît opportun de préciser tout au contraire de ce que dit ce numéro (bien nommé) 1789 du Point (!), que sous la dite "Renaissance", la France commençait son long et lent déclin : "la Renaissance, quand la France s'éteignait", le "mouvement d'unification matérielle" (Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, tome I, Paris 1890, p. 458-472 ; Voir aussi l'histoire détaillée de la Renaissance dans notre son ouvrage La Révolution, t. IX), c'est-à-dire de la mondialisation devant préparer le règne de l'Antichrist.

C'est qu'à ce moment, premier phénomène, un cri général de réprobation contre le "moyen âge" part de l'Italie et retentit dans toute l'Europe. L'injure, le sarcasme, la calomnie, tout ce que la haine et le mépris peuvent inventer de plus outrageant, tombe à flots sur l'époque où le Saint-Esprit régna avec le plus d'empire. Théologie, philosophie, arts, poésie, littérature, institutions sociales, langage même, sont grossièreté, ignorance, superstition, esclavage, barbarie. Les fils ont rougi de leurs pères et répudié leur héritage. « Et pourtant les croyances anciennes, les créations anciennes, les aristocraties anciennes, les institutions anciennes, malgré ce qui a pu leur manquer, comme à tout ce qui est humain, qu'était-ce donc après tout ? C'était le travail de nos ancêtres ; c'était l'intelligence, c'était le génie, c'était la gloire, c'était l'âme, c'était la vie, c'était le coeur de nos pères » (Le P. Félix, XIe conf. à Notre-Dame de Paris, 1860.) Il faut ajouter : c'était le christianisme dans la vie de nos pères, et le règne du Saint-Esprit sur le monde.

Deuxième phénomène : au cri frénétique de réprobation contre le moyen âge, succède l'acclamation non moins frénétique et non moins générale de l'antiquité païenne. L'époque où Satan fut tout à la fois Dieu et Roi du monde devient l'âge le plus brillant de l'humanité. Dans les seules républiques de la Grèce et de l'Italie, honteusement prosternées aux pieds de Jupiter et de César, a brillé de tout son éclat le soleil de la "civilisation".... Philosophie, arts, poésie, éloquence, vertus publiques et privées, caractères, institutions sociales, lumières, libertés : chez elles, tout est grand, héroïque, inimitable.... Retourner à leur école et recevoir leurs leçons comme des oracles, est pour les nations baptisées le seul moyen de sortir de la barbarie et d'entrer dans la voie du progrès.

Troisième phénomène. Un changement radical ne tarde pas à se manifester dans la vie de l'Europe. Remis en honneur, l'esprit de l'antiquité redevient l'âme du monde qu'il fait à son image. Alors commence un impur déluge de philosophies païennes, de peintures et de sculptures païennes, de livres païens, de théâtres païens, de théories politiques païennes, de dénominations païennes, de panégyriques sans cesse renouvelés du paganisme, de ses hommes et de ses oeuvres. Ce vaste enseignement s'incarne dans les faits. On voit les nations chrétiennes briser tout à coup les grandes lignes de leur civilisation indigène, pour organiser leur vie sur un plan nouveau ; et, jetant, comme un haillon d'ignominie, le manteau royal dont l'Église leur mère les avait revêtues, s'affubler des oripeaux souillés du paganisme gréco-romain. De là est sortie ce qu'on appelle la civilisation moderne : civilisation factice, qui n'est le produit spontané ni de notre religion, ni de notre histoire, ni de notre caractère national ; civilisation à rebrousse-poil, qui, au lieu d'appliquer de plus en plus le christianisme aux arts, à la littérature, aux sciences, aux lois, aux institutions, à la société, les informe de l'esprit païen et nous fait rétrograder de vingt siècles ; civilisation corrompue et corruptrice, qui, se faisant tout au profit du bien-être matériel, c'est-à-dire de la chair et de toutes ses convoitises, ramène l'Europe, à travers les ruines de l'ordre moral, au culte de l'or et aux habitudes indescriptibles de ces jours néfastes, où la vie du monde, esclave de l'Esprit infernal, se résumait en deux mots manger et jouir, panem et circenses.

Quatrième phénomène. La première conséquence des faits que nous venons de rappeler devait être l'oubli de plus en plus profond du Saint-Esprit : il en fut ainsi. La nuit et le jour sont incompatibles dans le même lieu : quand l'une entre, l'autre sort. Plus Satan avance, plus le Saint-Esprit recule. Du cénacle au concile de Florence, l'enseignement du Saint-Esprit coule à pleins bords sur l'Europe qu'il vivifie. Avec la Renaissance, on voit les eaux du fleuve se retirer, et le grand enseignement du Saint-Esprit rentrer dans des limites de plus en plus étroites. La Renaissance arrive; et la guerre contre le christianisme, qui, depuis plusieurs siècles, se réduisait à des combats partiels, recommence, avec vigueur, sur toute la ligne.

Cinquième phénomène. Rentré dans la Cité du bien, Satan commence par en ébranler la base.

L'unité de foi, la puissance sociale de l'Église, le droit chrétien, la constitution chrétienne de la famille, étaient les quatre grandes assises de l'édifice religieux et social de nos ancêtres : que sont-elles devenues? Où est aujourd'hui l'unité de foi ? Le symbole catholique est brisé en morceaux comme un verre. La moitié de l'Europe n'est plus catholique ; l'autre moitié est à peine catholique à demi. Où est la puissance sociale de l'Église ? où est sa propriété ? Son sceptre est un roseau, et la mère des peuples n'a plus où reposer sa tête. Où est le droit chrétien ? Honni, foulé aux pieds, il est remplacé par le droit nouveau, disons mieux, par le droit de César, le droit de la force, du caprice et de la convenance. Où est la constitution chrétienne de la famille ? Le divorce est rentré dans les codes de la moitié de l'Europe. Ailleurs, sous le nom de mariage civil, vous avez le concubinage légal. Partout l'autorité paternelle désarmée ; et la famille, sans perpétuité, devenue une institution viagère. Quel est l'artisan de ces grandes ruines qui en supposent et qui en ont déterminé tant d'autres ? Si ce n'est pas l'Esprit du bien, c'est l'Esprit du mal : il n'y a pas à sortir de là.

Cependant, fasciner et détruire n'est que la première partie de l'œuvre satanique. Sur les ruines qu il a faites, l'usurpateur s'empresse d'élever son trône. Qui ne serait épouvanté en voyant, au dix-neuvième siècle de l'ère chrétienne, le règne du démon se manifester au cœur même de la Cité du bien, avec tous les caractères qu'il eut dans l'antiquité païenne? Ces caractères, on ne l'a pas oublié, furent le RATIONALISME, le SENSUALISME, le CÉSARISME, la HAINE DU CHRISTIANISME.

De ces différents caractères quel est celui qui nous manque? Le Rationalisme, ou l'émancipation de la raison de toute autorité divine en matière de croyances, peut-il être beaucoup plus complet ? L'autorité divine enseigne par l'organe de l'Église : quel est aujourd'hui le gouvernement qui l'écoute ? Sous le nom de liberté de conscience, toutes les religions ne sont-elles pas, politiquement et aux yeux d'un grand nombre, également vraies, également bonnes, et dignes d'une égale protection ? Qu'est-ce que cela, sinon l'Esprit de mensonge donnant, dans la Rome antique, le droit de bourgeoisie à tous les cultes et admettant tous les dieux au même Panthéon ?

"Sont-ils relativement nombreux les particuliers qui règlent leur foi sur la parole de l'Église ? Les hommes, les livres, les brochures, les journaux antichrétiens, ne sont-ils pas les oracles de la multitude ? D'ailleurs, la foi se connaît aux oeuvres, comme l'arbre aux fruits. Interrogez les membres du sacerdoce consultez les statistiques de la justice ; regardez autour de vous. Si cela ne vous suffit pas pour mesurer la puissance de la foi sur le monde actuel et fixer les limites de son empire, prenez une mappemonde et jugez !

Le Sensualisme
"Le Sensualisme, ou l'émancipation de la chair de toute autorité divine en matière de moeurs, ne marche-t-il pas de pair avec le Rationalisme ? Sous ce rapport, le monde actuel court à toutes jambes aux antipodes du christianisme. Le concile de Trente définit la vie chrétienne une pénitence continuelle, perpetua poenitentia ; et notre époque, une jouissance continuelle, la plus large possible et par tous les moyens possibles.... L'homme devient chair. Inutile d'insister sur ce caractère du règne satanique, dont le développement rapide alarme tous les esprits sérieux.

Le Césarisme
Le Césarisme, ou l'émancipation de la société de l'autorité divine en matière de gouvernement, par la concentration de tous les pouvoirs spirituels et temporels dans la main d'un homme, empereur et pontife, ne relevant que de lui-même. Qu'en est-il de ce nouveau caractère ? Regardez : la moitié des rois de l'Europe se sont faits papes (Ex : Angleterre, Pays Scandinaves) ; l'autre moitié aspire à le devenir.... Fouler aux pieds les immunités de l'Église, empiéter sur les droits de l'Église, souffleter l'Église, dépouiller l'Église, enchaîner l'Église : n'est-ce pas là ce qu'ont fait ou laissé faire tous les gouvernements de l'Europe, depuis la Renaissance ? N'est-ce pas ce qu'ils font encore? Si ce n'est pas là du Césarisme païen, nous ne comprenons plus le sens des mots.

La Haine du christianisme
"La Haine du christianisme. Le paganisme ancien haïssait le christianisme d'une haine implacable, universelle, à qui tous les moyens étaient bons pour insulter, pour écraser son ennemi. Il le haïssait dans son Dieu, dans ses ministres, dans ses disciples, dans ses dogmes, dans sa morale, dans ses manifestations publiques. Son nom était devenu celui de tous les crimes. Il était responsable de toutes les calamités publiques. La prison, l'exil, la mort au milieu des tortures, étaient justement dus à une secte, dit Tacite, coupable de la haine du genre humain. Satan est toujours Satan. Sa haine du christianisme est aussi jeune, aussi universelle, aussi implacable aujourd'hui qu'autrefois.

Il hait le Dieu des chrétiens. Depuis un siècle surtout, quels blasphèmes restent à proférer contre la personne adorable du Verbe incarné ? Citez un seul de ses mystères qui n'ait été mille fois attaqué, un seul de ses droits qui n'ait été nié et qui ne soit foulé aux pieds ? Il le hait dans ses ministres. Dans le paroxysme de sa fureur, n'a-t-il pas dit qu'il voudrait tenir le dernier boyau du dernier des rois, pour étrangler le dernier des prêtres ? (Diderot.) Autant qu'il a pu, n'a-t-il pas réalisé son voeu sanguinaire ? Est-il un seul pays, en Europe, où, depuis la Renaissance, les évêques, les prêtres, les religieux n'aient pas été dépouillés, chassés, poursuivis comme des bêtes fauves, insultés et massacrés ? Le Vicaire même du Fils de Dieu, le Père du monde chrétien, Pierre, du moins, aura été respecté. Voyez plutôt comme ils l'ont traité dans la personne de Pie VI et de Pie VII ; comme ils le traitent encore dans la personne de Pie IX. Qu'est-ce que l'Europe actuelle, sinon une famille en révolte contre son père ? Chaque jour, depuis neuf ans, des millions de voix ne font-elles pas retentir le cri déicide : Nous ne voulons plus qu'il règne sur nous ? Assiégée par cent mille excommuniés, la papauté n'est-elle pas un Calvaire ? Judas le vendeur; Caïphe l'acheteur; Hérode le moqueur; Pilate le lâche; le soldat spoliateur et bourreau, ne reparaissent-ils pas sur la scène ? Il le hait dans ses disciples. Les vrais catholiques subissent le sort de leurs prêtres. Toutes les injures adressées à leurs pères par les païens d'autrefois leur sont adressées par les païens d'aujourd'hui (On peut en voir la nomenclature dans Mamachi, Antiquitates et origines christianae, etc. Mieux que tous les raisonnements, ce fait seul manifeste l'identité de l'Esprit dominateur des deux époques.) On les tient pour inhabiles ou pour suspects. Autant qu'on le peut, on les exclut des charges publiques, on les traite d'arriérés, d'ennemis du "progrès", de la "liberté", des institutions modernes, demeurants d'un autre âge qui voudraient ramener le monde à l'esclavage et à la barbarie. On les opprime dans leur liberté, en annulant les dons qu'ils ont faits à l'Église, leur mère, ou aux pauvres, leurs frères ; en supprimant leurs associations de charité, qu'on ne rougit pas de mettre au-dessous des sociétés excommuniées. On les opprime dans leur droit de propriété, on prend leurs couvents pour en faire des casernes ; leurs églises, pour en faire des écuries ; leurs cloches, pour en faire des canons ; leurs vases sacrés, pour en faire de la monnaie ou des objets de luxe, à l'usage de leurs ennemis. On les opprime dans leur conscience, en leur imposant un travail défendu, en insultant, chaque jour, sous leurs yeux, tout ce qu'ils aiment, tout ce qu'ils respectent, tout ce qu'ils adorent. Pour que rien ne manque ni à leur martyre ni à la haine qui les poursuit, dans toute l'Europe, depuis la Renaissance, on les a pendus, brûlés, guillotinés. Encore aujourd'hui, en Italie, on les fusille ; en Pologne, on les pend ; en Irlande, on les tue par la faim. Si Dieu ne se lève, on en fera des boucheries, et des milliers de voix crieront: C'est justice ! Reus est mortis !

Il le hait dans ses dogmes. Depuis quatre siècles, au sein de l'Europe baptisée, il s'est dépensé, pour détruire l'édifice de la vérité chrétienne, plus d'encre, plus de papier, plus de temps, plus d'argent, plus d'efforts, qu'il n'en faudrait pour convertir le monde : cette guerre impie n'a pas cessé. Sans parler des livres, des théâtres, des discours antichrétiens: que font ces myriades de feuilles empoisonnées qui, chaque soir, partent de toutes les capitales de l'Europe, pour tomber le lendemain, comme des nuées de sauterelles venimeuses, dans les villes et les campagnes, et semer partout le mépris et la haine de la religion, le doute et l'incrédulité ?

Il le hait dans sa morale. Redevenu ce qu'il était aux jours de la souveraineté satanique, le monde actuel semble organisé pour la corruption des moeurs : Totus in maligno positus. Si les tristesses et les alarmes de tout ce qui porte encore un coeur chrétien ne vous le disent pas assez haut, regardez vous-mêmes.

La fièvre des affaires ; la soif de l'or et du plaisir ; l'industrie qui constitue des millions d'âmes dans l'impossibilité morale de remplir les devoirs essentiels du christianisme ; le luxe babylonien dont les coupables folies vont toujours croissant ; les modes impudiques ; les danses obscènes ; cinq cent mille cafés ou cabarets (en France seulement), gouffres béants où se perdent l'amour du travail, la pudeur, la santé, l'esprit de famille, le respect de soi-même et de toute autorité ; dans toutes les classes de la société des habitudes de mollesse qui énervent les âmes ; des scandales retentissants qui familiarisent avec le mal et tuent la conscience ; le mépris des lois qui ont pour but l'asservissement de la chair ; la profanation du dimanche ; la sanctification du lundi ; l'abandon de la prière et des sacrements : qu'est-ce que cela sinon la haine de la morale chretienne, haine infernale dont le dernier mot est d'étouffer le christianisme dans la boue ?

Il le hait dans ses manifestations publiques et privées. Là, il interdit le son des cloches et condamne le prêtre qui, en public, porterait son costume ; ailleurs, il abat les croix. Ici, il défend au Fils de Dieu de sortir de ses temples pour recevoir les hommages de ses enfants, et, sous peine d'être insulté, il doit se cacher avec soin lorsqu'il va les visiter sur leur lit de douleur. Tout cela se passe dans des sociétés qui se disent chrétiennes !

"Il s'y passe bien autre chose. En signe de victoire, Satan a replacé ses statues dans les jardins, dans les promenades, sur les places des grandes villes, dans l'Europe entière. Pénétrant jusque dans l'intérieur du foyer domestique, il en a banni les images du Verbe incarné et mis les siennes à leur place.

« Il n'y a plus de Christ au foyer, s'écriait naguère un éloquent prédicateur; il n'y a plus de Christ suspendu à la muraille ; il n'y a plus de Christ se révélant dans les moeurs. Quoi! vous avez sous vos yeux les portraits de vos grands hommes ; vos maisons se décorent de statues et de tableaux profanes ! Que dis-je ? vous gardez, exposés aux regards de vos enfants et aux admirations de la famille, les Amours du paganisme, les Vénus du paganisme, les Apollons du paganisme ; oui, toutes les hontes du paganisme trouvent un asile au foyer des chrétiens ; et, sous ce toit qui abrite tant de héros humains et de divinités païennes, il n'y a plus de place pour l'image du Christ, que Tibère lui-même ne refusait pas d'admettre avec ses divinités au Panthéon de Rome » (Le P. Félix,ibid. supra.)

Oui, il est vrai, vrai non-seulement en France où enseigne l'Université, mais vrai en Europe où enseignent les ordres religieux, vrai longtemps avant l'Université et la révolution française : chez les chrétiens lettrés des temps modernes, le Christ n'est plus au foyer. Mais il y était chez nos aïeux ignorants du moyen âge. Comment en a-t-il été banni ? comment a-t-il été remplacé par les dieux du paganisme, c'est-à-dire par Satan lui-même sous ces formes multiples, omnes dii gentium daemonia ? A quelle époque remonte cette substitution sacrilège ? Qui a formé les générations qui s'en rendent coupables ? Dans quels lieux et dans quels livres ontelles appris à se passionner pour les choses, les hommes, les idées et les arts du paganisme ? Quel Esprit a dicté l'enseignement qui aboutit à un pareil résultat ? Est-ce l'esprit du Cénacle ou l'esprit de l'Olympe ? C'est l'un ou l'autre.

Le début de la "mondialisation" ou "première mondialisation".
Il est un dernier phénomène qui, chaque jour, se manifeste avec plus d'éclat : c'est le double mouvement auquel le monde actuel obéit : mouvement d'unification matérielle, et mouvement de dissolution morale.
* En même temps, il absorbe les petites nationalités, supprime la famille, la commune, la province, la corporation, toute espèce de franchise et d'autonomie ;
* il ressuscite les armées permanentes de l'ancien monde, rebâtit ses grandes capitales, et, au cou des peuples affranchis par le Christianisme, rive les chaînes de la centralisation césarienne.
* Armées permanentes, grandes capitales, rapidité des communications, centralisation universelle, unification matérielle des peuples, poussée avec une ardeur fiévreuse; dissolution morale, arrivée au morcellement indéfini de tout symbole et de toute foi : qui oserait soutenir que ce double phénomène n'est pas le précurseur de la plus colossale tyrannie ? Peut-être la pierre d'attente du règne antichrétien, annoncé pour les derniers temps ? A nos yeux, c'est César à cheval avec Lucifer en croupe."

Source :
Mgr Gaume, Le Traité du Saint-Esprit, 1865, troisième édition, Gaume et Cie Editeurs, 3 rue de l'Abbaye, tome I, Paris 1890, p. 458-472; Voir aussi l'histoire détaillée de la Renaissance dans notre son ouvrage La Révolution, t. IX.

 

Conclusion

Avec la "Renaissance", la France hélas ne s'est pas éveillée comme le dit si perfidement le trilatéral Le Point, elle s'est éteinte, sombrant peu à peu dans les pièges que lui tendaient le Prince des Ténèbres qui lui préparait une place de choix en enfer !! La France des dites "Lumières"..., contre la France Fille aînée de l'Eglise, tel est bien le combat qui se livre depuis quatre siècles maintenant.

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22 décembre 2006 5 22 /12 /décembre /2006 15:12
Le baptême de Clovis représenté dans une enluminure des Grandes Chroniques de France de Charles V, vers 1370-1379.

Le baptême de Clovis représenté dans une enluminure des Grandes Chroniques de France de Charles V, vers 1370-1379.

A l'heure de la disparition des nations devant la mondialisation, à l'heure où le système broyeur des peuples et destructeur des sociétés apprend aux petits Français des mythes construits sur leurs origines (1789 aurait fondé la "nation française"!!...), à l'heure de la destruction de notre société, nous pensons qu'il est un devoir premier de rappeler à tous qu'avant la "nation française" révolutionnaire de 1789, il y eut la nation gauloise qui, il y a plus de 2000 ans, résista à la conquête romaine dans un magnifique sursaut national concrétisé par la levée d'une armée des Gaules par Vercingétorix.

César lui-même appela cette terre "la Gaule" dans les écrits qu'il rassembla dans De bello Gallico ou Commentaires sur la Guerre des Gaules. Cette Gaule reçut, un siècle plus tard, le catholicisme comme aboutissement et parachèvement de sa propre religion druidique, elle se fit chrétienne avant la conversion de l'Empire romain au IVe siècle et forma cette magnifique civilisation Gallo-Romaine que tous les rois germaniques cherchèrent à imiter. Avant sa propre conversion en 496, le roi des Francs Clovis (481-511), se fit le champion et le défenseur de la culture gallo-romaine de la Gaule, le protecteur de sa religion chalcédonienne (trinitaire) contre les rois germaniques voisins burgondes et wisigoths, ariens (hérétiques niant la Trinité et la divinité de Jésus-Christ), et donc le défenseur de Rome sur ses terres, ce qu'on appelait alors la Romania. La Gaule et les Gaulois au IVe siècle étaient romanisés, on parlait des "Gallo-Romains" ou des "Romains", c'est-à-dire qu'ils étaient catholiques de cette foi romaine fixée définitivement au grand Concile Œcuménique tenu à Chalcédoine en 451... Il est donc d'un devoir premier et urgent de rappeler ces faits et de rappeler à tous d'où nous venons, la culture et la civilisation primitive de nos ancêtres.

La nation française n'a pas deux siècles d'histoire, mais vingt et notre culture est celto-romaine ou gallo-romaine, et catholique.


Pour le démontrer, nous nous appuierons sur les travaux d'Anne Bernet, journaliste et historienne de l'histoire religieuse dans son livre Clovis et le Baptême de la France (Editions Clovis, Condé-sur-Noireau 1996) qui, disons-le tout de suite, a le mérite de souligner le lien entre la religion primitive des Gaulois et le catholicisme qui "a finalement converti les pays celtes, mieux préparés que d'autres à recevoir les mystères chrétiens."

De la religion primitive de la Gaule, deux divinités ont conservé les faveurs du peuple.

D'abord une déesse-mère chtonienne, maîtresse de la vie et de la mort, associée à l'agriculture, protectrice des troupeaux et des chevaux, parfois identifiée à la lune, aux sources, au feu, et guérisseuse. Comme tous les cultes rendus à une Grande Mère, le sien s'est estompé lorsque la société, de type matriarcal, est devenue patriarcale. Réduite au rang de parèdre d'un dieu, la Mère a pourtant continuée d'être vénérée sous diverses appelations qui cachent mal la croyance en une déesse unique. Elle est ainsi évoquée, selon les lieux et les circonstances, sous le nom d'Epona ou de Rigantona, patronne des cavaliers et psychopompe, le cheval étant, pour les Celtes, un animal lié au monde funéraire; sous le nom d'Anna ou de Dana, aïeule des dieux et des hommes, reine du monde souterrain, des marais, de la nuit et de la mort; sous celui de Brigida, patronne de la médecine, de l'univers féminin et des sages femmes; et parfois sous ceux de Belisama (la "Très Brillante") ou de Rosmerta.

C'est encore sous une autre appellation, "la Vierge qui enfantera", que la connaissent les druides du collège national de la forêt des Carnutes.

Encore très populaire aux premiers temps du christianisme, la déesse a été convertie. Le sanctuaire de la "Virgo paritura" correspond à la cathédrale de Notre-Dame de Chartres; tant la croyance des Carnutes en la Vierge-Mère était propre à annoncer le mystère de l'Incarnation.

Les sanctuaires d'Anna sont devenus ceux de sainte Anne, aïeule elle aussi, mais du vrai Dieu, et que les Bretons nomment toujours "Mamm Goz", grand-mère.

Quant à Brigida, elle a cédé la place à son homonyme, sainte Brigitte, abbesse de Kildare en Irlande; certaines anciennes légendes bretonnes voient aussi en elle la fille infirme de l'aubergiste de Bethléem, qui, seule du village, proposa son aide à Notre-Dame et, en remerciant, se vit donner deux bras, elle qui était née manchote.

La déesse primitive avait un compagnon, Cernunnos, un Dieu doté d'une ramure de cerf, associé au printemps, à la nature sauvage, aux animaux libres, à la croissance des arbres. Cerrunos était un Dieu magicien, dispensateur de sagesse.

César et Lucain, ont résumé le panthéon gaulois sous la forme d'une triade masculine : Toutatis, Hésus et Taranis. Il semble cependant qu'il ne s'agissait pas d'une véritable triade, trois divinités associées et distinctes, mais plutôt d'une ébauche de conception trinitaire. Les druides auraient ainsi vénéré un seul dieu en trois personnes, ce qui expliquerait la relative facilité avec laquelle l'Eglise a finalement converti les pays celtes, mieux préparés que d'autres à recevoir les mystères chrétiens.

Appelé par ses fidèles "dieu-père" ou "bon dieu", devenu "Dispater" chez César, Taranis-Sucellos commandait au jour et à la nuit, à la mort et à la vie. Roi du ciel, créateur universel, il était à la fois seigneur et prêtre. Ses représentations tardives, car les druides n'aimaient pas voir réduire la divinité à des simulacres de pierre ou de bois, le montrent à cheval, écrasant sous les sabots de sa monture un serpent que le dieu transperce de sa lance. Cette image est deveue l'iconographie traditionnelle du patron chrétien des cavaliers, saint Georges.

Le surnom de Taranis indique clairement que le dieu commandait à la foudre et au tonerre, raison pour laquelle les Romains l'identifièrent à Jupiter tonnant.

Dieu-père, Taranis a un fils, "le Grand Fils". Appelé Bélénos ou Grannos, ce qui signifie "Brillant", "Brûlant", ce dieu solaire que l'on célébrait le 1er mai par des feux de joie, avait ses temples sur les lieux élevés. Ses sanctuaires sont devenus ceux de Saint Michel.

Esus est un dieu bûcheron, du moins sur les images qui le représentent. Cette iconographie signifierait qu'il était à la fois un destructeur et un libérateur.

Quant à Toutatis, plus célèbre chez les Celtes sous le nom d'Ogmios, vieillard chauve à la langue percée, il était le dieu de l'éloquence, de la persuasion, de la justice et de la guerre. Enfin, Lug (le Lumineux), fêté le 1er août, et dont le nom se retrouve dans l'étymologie de nombreux noms de villes (Lyon, Laon, Loudun...) était le maître de l'intelligence, desarts et des techniques, civiles et militaires.

Cette apparente diversité, peut-être plus accessible au commun des fidèles, dissimulait en réalité pour les initiés une unique figure divine, créateur universel, parfaitement juste et parfaitement bienveillant.

De la foi véritablement pratiquée par les druides, et des enseignements religieux dispensés par les collèges druidiques, nous ne savons pratiquement rien. S'ils possédaient un alphabet dit "ogamique" parce qu'il aurait été inventé par Ogmios, les druides se refusaient à mettre par écrit leurs doctrines qui se transmettaient oralement, au terme d'un apprentissage qui pouvait durer vingt ans. Ce que nous en savons, pour l'essentiel, a été transmis par les Romains et déformé, soit par malveillance afin de noircir les druides, ennemis déclarés des conquérants et seul ferment d'unité dans le monde celtique; soit par incompréhension.

Quelques certitudes surnagent cependant.

Les druides et les initiés croyaient en un dieu unique. Ils savaient que le monde ne se bornait pas à l'univers visible mais qu'il existait un univers invisible, plus désirable que le monde présent. Réfutant les croyances héritées des constructeurs de mégalithes, adeptes de métempsycoses, les druides croyaient en une seule vie terrestre, suivie, pour les justes, par une éternité de survie bienheureuse dans un Au-delà de joie et de consolation. Cet Au-delà se nomme "Sid" (le pays de la Paix"), "Avalon" (le pays des pommes) ou encore "Terre des jeunes", "Terre des Vivants", "terre du Bonheur". Les bienheureux y sont défintivement libérés des souffrances terrestres et unis à la divinité.

Cette foi intense en l'immortalité de l'âme est la seule prêchée publiquement par les drudies. Réduisant la mort à un simple passage vers un état meilleur, elle libère ses adeptes de l'angoisse de mourir. Face aux Champs-Elysées romains ou grecs, face au Tartare, endroits sans charme pour l'un et terrible pour l'autre, le Sid est évidemment plus souhaitable pour y vivre son éternité... Le monde romain de la conquête, lecteur de Lucrèce et qui croit que la mort ne débouche que sur le néant, sera quelque peu terrifié par des peuples guerriers délivrés de la plus fondamentale des frayeurs humaines.

Pour mériter le Sid, les Celtes doivent suivre un commandement, le seul public, qui résume assez bien la loi naturelle : "Sois pieux. Sois courageux. Ne fais pas le mal".

Ceux qui ne l'auront pas scrupuleusement suivi n'auront pas une part convenable du bonheur éternel, ne seront pas réunis au dieu et connaîtront une éternité plus proche de notre conception des Limbes que de l'Enfer ou du Purgatoire.

Les druides annoncent que le monde sera détruit par le feu et l'eau et qu'une nouvelle vie succédera à ce cataclysme....

"Pieux et braves, les Celtes de Gaule possèdent déjà les qualités qui, après leur conversion au christianisme, feront d'eux les défenseurs naturels de l'Eglise." (Anne Bernet, Clovis et le Baptême de la France, Editions Clovis, Condé-sur-Noireau 1996, p. 28-36.)

"Les Saints Forts ne sont autres que les habitants d'un village du pays carnute. Ils reconnurent aussitôt la Virgo paritura qu'adoraient leurs ancêtres dans la Vierge Mère que leur annonçait un missionnaire. Convertis en masse, les Carnutes refusèrent d'abjurer leur foi, qui renouait si bien avec les plus hautes aspirations de l'ancienne religion celte. Ils furent jetés vivants dans le puits que l'on voit toujours sous la cathédrale de Chartres."

(Anne Bernet, ibid., p. 81.)

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