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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 06:02

Face à une augmentation exponentielle des concurrences victimaires et des revendications communautaires en tous genres auxquelles la modernité a cherché à octroyer des droits sur le reste de la société, organisant ainsi une division et une sorte de guerre civile larvée permanente, la jeunesse du pays qui a refusé dimanche 25 mai de participer à la mascarade de la "démocratie" européenne, a voulu dire en réalité qu'elle en avait assez de cette société.

 

La jeunesse a sanctionné toute l'escroquerie de la pseudo "loi" Taubira sur le "mariage" gay et l'adoption. On doit voir dans l'abstention massive de la jeunesse dimanche, la recherche d'une autre société, plus juste, plus solidaire, moins individualiste, moins égoïste, et donc plus raisonnée et plus civique.

 

La jeunesse souhaiterait créer en fait une société plus responsable et unie. 

 

Liens-sociaux.jpgCette recherche pourrait conduire à redécouvrir les vertus de la société administrative et sociale et à rejeter la société de la pauvreté politique moderne.

 

Pour reprendre la formule de Julie Graziani, porte-parole du collectif Ensemble pour le bien commun, à l'individualisme il convient de "préférer un principe plus général de respect dû à toute personne à raison, non pas de son appartenance à tel ou tel groupe mais à raison de ma propre responsabilité de créer du lien avec ceux que je côtoie."

 

Aux Etats-Unis, Tocqueville a montré que l'essor de l'individualisme s'est accompagné de la dissolution du lien social. Or ce qui fait qu'une société s'enrichit c'est la somme des liens sociaux qu'elle aura créés, pas la somme des liens qu'elle aura détruits.  


Le sociologue et historien américain Richard Sennett ouvre son livre The Fall of public man (1977) sur une citation de Tocqueville. Il y déplore l’affaiblissement du civisme et la fin de la culture publique. Sennett en voit un symptôme dans l’augmentation des gestes d’incivilité.

 

La quête de la jeunesse pour une société plus juste pourrait la conduire à rejeter la société séparatrice pour lui préférer une société unificatrice avec une vision supérieure de l'Etat et une vision générale du Bien commun.


Cette nouvelle société sera fondée sur la souveraineté étatique. Donnons-lui ce nom. Cette souveraineté est, disons-le, le principe monarchique pur. Cette souveraineté ne se partage pas avec la souveraineté nationale qui juxtapose, additionne, mais aussi isole les individus (national républicanisme) et finit par rendre toute société schizophrène (dépersonnalisation de la personne collective, désagrégation de sa mémoire, négations de son identité..., émoussement de son affectivité, indifférences aux sort des plus faibles, aux malheurs des gens, etc.)

 

Les "droits de l'homme", ces temps-ci (dont la souveraineté nationale fait partie - article 3 DDH 1789) ont ainsi été étendus à tout et n'importe quoi, jusqu'au droit à assassiner l'enfant dans le ventre de sa mère au nom d'un "droit de la femme à disposer de son corps", ou le droit à adopter un enfant en le fabriquant à l'autre bout du monde au nom du "droit" des paires homosexuelles à avoir des enfants comme les hétérosexuels.


Pour recouvrer une société juste, la souveraineté étatique doit venir remplacer cette société individualiste composée d'adultes rendus irresponsables et dangereux, gavés de "droits" (sans jamais avoir le pendant des devoirs), par une société civique, administrative composée d'adultes rendus responsables, conscients de leurs devoirs de respecter autrui dans sa dignité de personne humaine, et donc rendus capables de mettre du lien entre les personnes là où la modernité avait déresponsabilisé, divisé, opposé, catégorisé et entretenu davantage la discrimination qu'elle ne l'avait combattue réellement.

 

Un autre problème sérieux : au lieu de régler le problème de notre rapport à autrui, l'individualisme l'a exacerbé, sans lui donner de solution. Ce qui est le propre de l'anticivisme.

 

 

. Pourquoi l’oligarchie financière ne veut pas de l’économie sociale

. Y a-t-il une possession collective en France ?

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 11:39

Mis à jour, 12 juin 2014

L'Histoire, Bouvines 1214, La plus belle bataille du Moyen

La victoire de Bouvines (Nord) est l'une des plus belles batailles du Moyen Âge. Elle sauve le royaume de France au 13e siècle d'une invasion anglo-germano-flamande cimentée par l'argent (40 000 marcs d'argent) du roi d'Angleterre Jean sans Terre (1), et ouvre à la France un siècle de prospérité. Ses retombées en termes culturel, civilisationnel et géopolitique sont considérables. Pourtant, l'Oligarchie a décidé d'ignorer son 8ème centenaire.

La situation, grave, dramatique, vit en juillet 1214 une coalition des rancoeurs et des avidités se former. Le Plantagenêt, l'empereur allemand et des féodaux jaloux de la puissance capétienne, constituèrent un terrible danger national dont l'argent et/ou l'appât du gain constituait le ressort.

Le 27 juillet prochain doit avoir lieu la reconstitution de la bataille à l'occasion du huitième centenaire. Un article de La Croix du Nord mentionne le programme des festivités, quatre temps forts et une ribambelle de rendez-vous tout cet été. Les temps forts :

1 – Le son et lumière Bouvines la Bataille, les 3,4,5 et 6 juillet. Un spectacle écrit par Alain Streck, trente tableaux combinant du théâtre, de la danse, des chants, de la cascade, de l’art équestre et de la pyrotechnie ! Réservations ouvertes sur le site www.bouvines-la-bataille.fr.

2 – Les Médiévales, des campements médiévaux, le samedi 5 et le dimanche 6 juillet, qui racontent la vie des contemporains de Philippe-Auguste.

3 – Bouvines 2014, entre Ciel et Terre : un rassemblement de géants, le dimanche 6 juillet, autour du nouveau venu, le géant Philippe Auguste !

4 – Les commémorations officielles du dimanche 27 juillet 2014 : messe, dépôt de gerbe et concert chorale dans le parc du Château !

 

Timbre-commemoratif-2014-Bataille-de-Bouvines--1214-.jpg

Le 25 et 26 avril 2014, à la salle Jean-Noël à Bouvines  a eu lieu une exposition philatélique pour l'édition d’un timbre commémoratif de la bataille (dans la série des « grandes heures de l’histoire de France »).

 

Le maire de Bouvines et président de Bouvines 2014, Alain Bernard, qui organise de juillet 2013 à juillet 2014 "des manifestations festives et culturelles, d'ampleur au moins régionales, voire nationales, de façon à rappeler au maximum de personnes ce qui s'est passé ici à Bouvines, un évènement important pour l'histoire de la France", a poussé un coup de gueule le 10 juin 2013 : « "Pas de subventions, pas de commémorations. Ou réduites à leur plus simple expression!" pour le jubilé des 800 ans de la bataille de Bouvines, une des dates majeures de l’Histoire de France, qui n'intéresse ni l’État ni les collectivités locales... qui n’ont pour l’heure accordé aucun subside à l’association qui prépare l’événement depuis cinq ans. Philippe Auguste doit se retourner dans sa tombe!».

Georges Duby mentionne qu'en 1914 déjà, à l'occasion du 7e centenaire, « il vint aussi "quelques centaines de socialistes qui sifflèrent sottement vendredi soir à Lille la retraite militaire organisée en souvenir de Bouvines". L'Echo de Paris du 29 juin le déplore. » (2) 

Les socialistes de 2014, moins sots mais plus sournois, pourraient traiter l'évènement par le silence doublé d'un refus de subventionner le jubilé du 800e anniversaire... Cette attitude est emblématique du mépris que l'Oligarchie mondialiste, financière et matérialiste porte pour notre histoire, nos héros, et finalement pour toutes les valeurs-qualités françaises qui ont fait la France (libertés des villes, des communes, des corporations professionnelles, l'égalité chrétienne, etc.), valeurs-droits qui protégeaient le petit face au grand, le faible contre le fort, que l'Oligarchie libérale marchande a détruit en 1791 (Cf. Analyse de La loi Le Chapelier par Marion Sigaut) et n'a depuis de cesse d'éliminer... Bouvines, symbole de cette société de multiples protections sociales doit être abattu !

La Bataille de Bouvines, absente des manuels scolaires, avec ses conséquences pour la France, nous montre une forme d'Etat différente de celle que nous connaissons aujourd'hui, d'une administration centralisée, que l'autorité a pu résider ailleurs qu'à Paris... Bouvines nous montre une société où le fondement des rapports d'homme à homme (féodalisme) résidait ailleurs que dans le rapport du capital et du travail (salariat), une société où l'argent était secondaire, le profit et l'utilité absents ou très secondaires. Une société où le serment vassalique imprégnant les relations d'homme à homme et irriguant toutes les valeurs d'honneur et de fidélités, amicales, familiales, professionnelles (corporations) protégeait l'individu de l'arbitraire des puissants et non l'asservissait pendant les "siècles obscurs"... (3) 

C'est la raison pour laquelle, contre cette manipulation-falsification de l'histoire mise au service de l'idéologie libérale républicaine, face au silence et au mépris oligarchique, la commémoration du 800e anniversaire de la bataille doit être l'occasion pour nous tous de porter plus loin notre réflexion sur l'Etat que nous voulons pour la France aujourd'hui, et cette alternative politique que nous avons vu ne pouvoir advenir que par un changement des institutions !

 

 

 

Par son retentissement formidable, cette bataille menée de face, et remportée grâce à notre cavalerie, est classée parmi les mythes fondateurs de notre nation.   

Régulièrement à partir de 1190, et définitivement à partir de 1204, Philippe Auguste remplace son titre de rex francorum, "roi des Francs" par rex Francie, "roi de France". Le principe héréditaire prenant le dessus sur le principe électif, Philippe II est le premier des Capétiens à ne pas prendre la peine de faire sacrer son fils de son vivant.

 De 1202 à 1206, Philippe unifie son royaume, il reconquit sans grande difficulté le duché de Normandie, les comtés du Maine, Anjou, Touraine, Poitou et Saintonge. De l'immense héritage que Jean sans Terre a reçu de son frère Richard Coeur de Lion, il ne lui reste plus sur le continent que le duché d'Aquitaine, tandis que la Bretagne demeurait hors du domaine royal que Philippe quadrupla.

 

Sortie à Bouvines

Conseil de guerre de Valenciennes : les coalisés ( flamands , Saxons, Allemands ) partagent la France avant la bataille.

 

Sortie à Bouvines

Prière du roi Philippe Auguste au matin de la bataille , dans l'église de Bouvines.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51FK8EFF0CL._SY300_.jpgDès le XIIIe siècle, Bouvines se transforme en légende. C'est le mythe de la naissance de la nation et de la royauté réunies comme l'a révélé Georges Duby dans son livre à sensation Le Dimanche de Bouvines. "Le premier sentiment de nation France" pour Max Gallo, la première expression d’une véritable conscience nationale. L’annonce de la victoire provoqua un tel "mouvement d’enthousiasme populaire", une si grande allégresse, qu’on y pourra lire la "naissance d’une nation" (J. Bainville, Histoire de France.)

 

 

« Roger de Wendower qui, dans sa Fleur des histoires, raconta entre 1219 et 1225 les évènements marquants des années 1193-1216, fournit du combat de Bouvines une relation... bien informée et qui au 13e siècle, fut maintes fois utilisée par d'autres historiens anglais. Il a bien vu comme le roi Philippe s'appuyait sur les trois "ordres", sur les comtes, les barons, les chevaliers qui l'entouraient, mais aussi sur les sergents à cheval et à pied, sur les communes des villages et des cités qui lui apportaient le soutien du peuple, les clercs et les moines se tenaient en prière, chantant sans cesse, multipliant les offices "pour l'état du royaume". » (4)

 

Philippe-Auguste--1165-1223-.JPG

Armorial-de-Philippe-II-Auguste--Roi-de-France.gif

 

 Armorial de Philippe II Auguste, D'azur semé de fleurs de lys d'or

 

La bataille a opposé l'ost royal (service militaire que les vassaux devaient à leur suzerain au Moyen Âge), une magnifique cavalerie commandée par des chefs dévoués et unis, renforcée par quelques milices communales et soutenues par Frédéric II de Hohenstaufen, à une coalition hétéroclite beaucoup plus nombreuse mais affaiblie par des rivalités, constituée de princes et seigneurs menée par Jean sans Terre, duc d'Aquitaine, de Normandie et roi d'Angleterre, et soutenue par l'empereur du saint empire Otton IV de Brunswick, les princes de l'empire, le duc de Lorraine, Ferdinand de Portugal comte de Flandre, le marquis de Namur,  le duc de Brabant, un contingent redoutable de mercenaires combattant à pied, en phalange compacte et épaisse, qu'on appelle "Brabançons", ainsi qu'un grand nombre de seigneurs et chevaliers allemands.

Le contingent anglais était commandé par le demi-frère de Jean sans Terre, Guillaume de Longue-Épée, fils illégitime d'Henri II d'Angleterre.

 

Philippe-Auguste-a-la-Bataille-de-Bouvines-1214.jpg

En 1914, dans Le Petit journal, la presse populaire célèbre le 700ème anniversaire d'une "grande victoire française."

 

 

On a vu que d'autres batailles plus anciennes peuvent prétendre à ce titre à la naissance du sentiment national, comme les antiques batailles de Tolbiac sur les Alamans en 496 (qui entraîna la conversion de Clovis et fit de la France la "Fille aînée de l'Eglise"), ou même celle en plein empire romain, du Pont Milvius en 312, une bataille qui vit deux visions du monde s'affronter, le monde païen et le monde chrétien, les légions gauloises - qui avaient déjà été fédérées par Vercingétorix à Alésia- et chrétiennes de Constantin face aux légions païennes de Maxence. Deux batailles qui aux 3e et 5e siècles marquent incontestablement à leur manière, le berceau jusqu'à nos jours, de la civilisation européenne et chrétienne.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cf/Oriflamme.png/111px-Oriflamme.png

Notons également, qu'en juillet 1124, l'invasion de l'empereur germanique Henri V (qui voulant aider son beau-père Henri Ier d'Angleterre, plus jeune fils de Guillaume le Conquérant, dans le conflit qui l'opposait à Louis VI pour la succession dans le duché de Normandie, envahit la France et avança jusqu'à Reims avec une puissante armée), vit  le capétien Louis VI faire appel à l’ost, lever en hâte une armée et convoquer les grands vassaux du royaume, qui tous envoyèrent des contingents. Pour l'historienne Régine Pernoud, c'est « la preuve la plus convaincante de l'existence du sentiment national ». « [O]n assiste alors à une levée d'armes générale dans tout le royaume; les barons les plus turbulents, parmi lesquels un Thibaut de Chartres, alors en pleine révolte, oublient leurs querelles pour venir se ranger sous l'étendard royal, le célèbre oriflamme rouge frangé de vert que Louis VI avait pris sur l'autel de Saint-Denis. La notion de patrie était donc, dès cette époque, assez ancrée pour provoquer une coalition générale, et l'on avait, à travers la diversité et l'émiettement des fiefs, conscience de faire partie d'un tout. Cette notion devait s'affirmer encore avec éclat, un siècles plus tard, à Bouvines. » (5)

L'oriflamme « que l'on dit avoir conduit les armées de Dagobert ...serait, à ce que laisse entendre la Chanson de Roland (rédigée v. 1100) et que montrera la mosaïque de Latran, la bannière de la Rome antique transmise à Charlemagne par le pape Léon III. » (6)

 

Mosaique-de-Latran--796-798-.jpg

La Mosaïque de l'archibasilique Saint-Jean-de-Latran de Rome, exécutée entre 796 et 798 à la demande du pape Léon III, représente notamment ce dernier et Charlemagne, agenouillés aux pieds de Saint Pierre qui leur remet les clefs et la bannière, symboles de leurs pouvoirs respectifs.

 

 Conservé à la Basilique Saint-Denis, l'oriflamme n'était sorti que lorsque des grands dangers menaçaient le royaume. Hissé sur le champ de bataille, il signifiait aux troupes françaises qu'il ne fallait pas donner de quartier aux ennemis.  

L'armée de Louis VI, réunie à Reims, fit une telle impression qu'à la mi-août 1124 les troupes germaniques rebroussèrent chemin sans livrer bataille. Dans un même élan patriotique, tous les Grands avaient répondu présent : le cousin du roi, le comte de Vermandois Raoul « le Borgne », le duc Hugues II de Bourgogne, le duc Guillaume IX d’Aquitaine, le comte Charles Ier de Flandre, le duc Conan III de Bretagne, le comte Foulque V d'Anjou, le comte de Champagne Hugues de Troyes, le comte Guillaume II de Nevers et même le comte de Blois, Thibaud IV. Après avoir été chercher l'oriflamme à Saint-Denis, Louis VI se retrouva donc à la tête d’une telle armée que l’affrontement que tout le monde pensait inévitable, ne se fit pas. Henri V, certainement impressionné par cette mobilisation prétexta des troubles dans sa capitale de Worms, et se retira sur Metz le 14 août sans combattre. (7)

 

Gisant-de-Louis-VI-le-Gros.jpg

Gisant de Louis VI, grand-père de Philippe Auguste

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0c/Lothaire-Face.jpg/220px-Lothaire-Face.jpgEnfin, en remontant au 10e s., nous trouvons un affrontement, moins important certes, mais qui en 978 opposa l'empereur germanique Otton II et le roi de Francie occidentale, Lothaire, lequel aidé d'Hugues Capet (descendant des Robertiens et fondateur onze ans plus tard de la dynastie capétienne) vainquit les impériaux à la "petite bataille de Soissons". À cette occasion, l'empereur Otton II leva une armée germanique de 60000 hommes qui ravagea et incendia les faubourgs de Paris. Une défense ardente de la capitale par Hugues Capet, le vit refluer, et au franchissement de l'Aisne, aux portes de Soissons, entre la rivière, l'abbaye Saint-Médard et le bourg Saint-Waast, être taillé en pièces sur les rives de la rivière qui s'appelle Le Champ bouillant à cause du grand bouillonnement d'eau et turbulences infernales qui emportaient les soldats germains gesticulant sans qu'aucque puisse leur porter secours.

 

 

Philippe-Auguste-prend-l-oriflamme-a-Saint-Denis-le-24-jui.jpg

Philippe Auguste prend l'oriflamme à Saint-Denis, par Pierre Henri Revoil, 2e quart du 19e siècle, Musée national des châteaux de Versailles et Trianon.

Quand Philippe prend l'oriflamme à la basilique Saint-Denis, la situation des Français semble désespérée.

 

C'est derrière l'oriflamme de Saint-Denis que combattirent les troupes communales de Philippe Auguste à Bouvines ce dimanche 27 juillet 1214.

 

La survie de la France, son indépendance, tint alors à peu de choses. Qu'on se rappelle qu'à la suite du partage carolingien de Verdun (843), la France n'était plus au XIIIe siècle qu'un royaume réduit, menacé à l'ouest par l'Angleterre et à l'est par l'Empire. La France ne dut son salut qu'à la volonté tenace de reconquête des Capétiens, dont les efforts continus conduiront la papauté sous Louis IX (dont nous avons fêté le 800ème anniversaire de la naissance le 25 avril) à officialiser son indépendance effective face au saint empire romain germanique.

 

La-France-en-1180.png

La bataille décisive de Bouvines nous rappelle que l'indépendance de notre nation française, fut toujours fragile et mérita tous les efforts de nos rois.

 

 

Les coalisés espéraient broyer la puissance française capétienne alors émergente.

Jean sans Terre devait débarquer en Poitou et marcher sur Paris par le sud.

Au Nord, s'avanceraient Flamands, Allemands et Hollandais.

À l'issue des hostilités, le royaume devait être partagé entre les vainqueurs, dépecé... Paris devait revenir au comte de Flandre.

Averti de ces menaces, Philippe se tourne vers les communes libres du Royaume pour qu'elles lui apportent leur soutien. De nombreuses villes du Nord répondent favorablement à l'appel du souverain et envoient plusieurs milliers de miliciens pour renforcer l'ost royal. Pour la première fois après 1124 et depuis l'époque gauloise, une véritable armée populaire levée par les communes, réveille le sentiment national. C'est une France unie derrière son roi qui avance vers l'armée des Coalisés perçus comme des envahisseurs.

Philippe lève deux armées. Dès le 2 juillet, Jean sans Terre dont l'armée constituait la pointe sud de la tenaille, fut terrassé par le prince Louis, fils de Philippe Auguste (le futur Louis VIII le Lion), à la Roche-aux-Moines en Anjou.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/71/John_of_England_vs_Louis_VIII_of_France.jpg/800px-John_of_England_vs_Louis_VIII_of_France.jpg

La bataille de la Roche-aux-Moines. (Miniature du XIVe siècle)

 

Au Nord, Philippe Auguste guettait les coalisés massés à la frontière du Hainaut.

C'est à Bouvines dimanche 27 juillet 1214, qu'eut lieu le choc décisif. C'est  sur un plateau qui domine d'une dizaine de mètres les marécages de Flandre, près de Lille (Nord) que se joua le destin du peuple français et sa liberté. 15000 Français faisaient face à 25000 Coalisés. Le combat engagé vers midi se termina vers 5 heure du soir.

Othon-IV.jpg

 Armorial-d-Othon-IV-de-Brunswick.gif

 

Armorial d'Otton IV de Brunswick

 

Contrairement aux usages du temps, l'empereur Otton qui se tenait là, dans son armure, un dragon surmonté d'un aigle d'or, ne respecta pas la trêve du dimanche (interdiction pontificale de faire la guerre le dimanche) et voulut engager le combat contre l'arrière-garde française. Il avait juré d'en finir avec la France.  

Philippe fit aussitôt faire à son armée une conversion totale et présenta toutes ses troupes rangées en bataille face aux Impériaux.

Avant la bataille, Georges Duby explique que Philippe « entra dans la chapelle » (à quelques distances, en lisière des fonds, un monastère de fondation carolingienne à Cysoing) « et fit une brève oraison à Notre Seigneur. Quand il en sortit, il se fit armer hâtivement, puis sauta au destrier allégrement et en aussi grande liesse que s'il dût aller à une noce ou à une fête où il eut été invité. Alors commença-t-on à crier parmi les champs "aux armes, barons!", aux armes!" Trompes et buccins commencèrent à bondir... Alors fut rappelée l'oriflamme de Saint-Denis. ...[L]e roi retourna tout premier à grande course de cheval et se mit au premier front de la première bataille, si bien qu'il n'y avait personne entre lui et son ennemi. » (8) 

Les Français avaient l'avantage d'avoir derrière eux le soleil, très violent, qui éblouit l'ennemi. (9)

Pour les Français, on comptait mille et trois cents chevaliers, autant de sergents montés qu'avait assemblé Frère Guérin et entre quatre et six mille piétons qui étaient pour la majeure part des milices communales. Pour les alliés, bien trois fois ce nombre. Voici ce qu'en dit un prud'homme anonyme de Béthune :

 

"Tels sont les noms des hauts hommes qui avec le roi de France allèrent à cette bataille: Eudes, le duc de Bourgogne;  Henri, le comte de Bar; Henri, le comte de Grandpré, Jean, le comte de Beaumont; Gaucher de Châtillon, le comte de Saint Pol; Guillaume, le comte de Ponthieu ; Arnould, le comte de Guines; Raoul, le comte de Soissons; Mathieu de Montmorency;  Guillaumes des Barres; Enguerrand de Coucy, et ses deux frères, Thomas et Robert, et maint autres hauts hommes, dont je ne veux pas les noms nommer, car trop j'aurais de peine...

 

Cette bataille de Bouvines fût faite par un dimanche, le mois de juillet, en l'an de l'incarnation mille et deux cent et quatorze.

 

L'armée d'Othon a de son côté perdu soixante et dix chevaliers et un bon millier de fantassins. Le nombre de chevaliers fait prisonniers est remarquable, on en a compté au moins cent trente et au mieux nobles et chevaliers qui ont été pris par nous, Et parmi eux encore sont Renaud de Dammartin,, le comte Ferrand et Guillaume Longuespée, ainsi que des comtes allemands."

 

Philippe-II--dit-Philippe-Auguste.jpg

Soudain, un silence impressionnant traversa les lignes françaises. Philippe Auguste au centre de nos troupes s'adressa aux combattants : « Seigneurs, barons et chevaliers, en Dieu est notre espoir et notre confiance. Otton et son armée ont été excommuniés… Ils sont les ennemis de la religion !... Et bien que nous soyons pécheurs comme autres hommes, toutefois nous nous soumettons à Dieu et à sa sainte Eglise. Nous la gardons et la défendons selon notre pouvoir, c'est pourquoi nous devons nous fier hârdiment à la miséricorde de Notre Seigneur, qui nous donnera de surmonter nos ennemis [et les siens] et de vaincre." ...Les barons lui demandèrent bénédiction [et lui, la main levée, pria pour attirer sur eux la bénédiction du Seigneur]. Trompes et airains firent sonner, puis firent assaut à leurs ennemis par grande et merveilleuse hardiesse. » (10)

 

Notre général en chef est un chef Hospitalier, Frère Guérin, vêtu de la tunique rouge croisée de noir. Puis les trompettes crachent leur musique de mort. Enfin les deux masses d'hommes se heurtent.

Armorial-de-Frere-Guerin--Eveque-de-Senlis-commandant-l-.gif

Armorial de Frère Guérin, Evêque de Senlis, vice chancelier du royaume de France et premier des conseillers de la couronne.

De sable à la croix d'argent.


Le bon évêque, qui sut si judicieusement conseiller notre roi et nous mettre en bataille, portait ce jour une cotte d'arme et un écu qui étaient ceux qu'il avait reçu lorsqu'il avait prononcé ses voeux chez les très bons frères de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem que l'on dit de l'Hôpital. Il commandait la bataille de la droite, ensemble avec le duc Eudes de Bourgogne.

 

 

La bataille est longtemps indécise.

 

Après trois heures de combats acharnés, Ferrand, le comte de Flandre est contraint par l'aile droite française de se rendre et ses troupes se débandent.

 

Philippe-Auguste-a-Bouvines--Gravure-du-septieme-centenai.jpg

Gravure Philippe-Auguste désarçonné à Bouvines pour la commémoration du 7e centenaire "d'une grande victoire française".

 

Au centre, Philippe Auguste se précipite dans les rangs ennemis pour désarçonner Otton ; coupé des siens, il manque d'être pris ou tué. « Renversé de son cheval, Philippe Auguste ne doit son salut qu'à la vigoureuse intervention de Guillaume des Barres. … La grande surprise, c'est l'entrée sur le champ de bataille de l'infanterie des communes » (11).

Sauvé in extremis par ses gardes du corps, remis en selle, Philippe lance alors avec Guillaume des Barres une charge massive droit sur l'empereur. Ce qui redouble la vaillance des Français. La violence de la charge brise les défenses impériales. Otton choisit lamentablement de fuir le champ de bataille.

Le sort de la bataille sera finalement dû à la fougue et au courage de la chevalerie franque, qui trace des sillons de sang dans les rangs impériaux. "On les vit à plusieurs reprises, par escadrons massifs, comme un énorme projectile, traverser de part en part les rangs ennemis" (12). L'armée coalisée perd, avec son chef, toute sa fougue. L'aile gauche française a plus de mal à venir à bout du corps de 700 Flamands qui finalement se fait massacrer. 

 

 

 

A l'endroit précis où Philippe a été désarçonné, selon la tradition et la rumeur populaire, a été édifiée la "Chapelle-aux-Arbres", une chapelle qui se trouve encore aujourd'hui au même endroit,  construite sur le chemin de Cysoing à Tournai.

Sur la façade de la chapelle était gravée une inscription en caractères gothiques.

La chapelle régulièrement démolie de siècles en siècles par les différentes troupes qui venaient de l'est, a été démolie en 14-18. Reconstruite dans les années 1930, démolie en 1940, elle a été remplacée par un calvaire qui laisse quelques mots abrégés.

  

Chapelle aux Arbres à Cysoing - Bouvines

Au lendemain de Waterloo, le 11 juin 1816, Marie-Angélique Vigneron-Sigié, très attachée au catholicisme, propriétaire des lieux, décida de faire donation à la fabrique de l’église de Cysoing d’une parcelle de deux ares soixante-six centiares de terres situées à Cysoing héritée de ses parents, « faisant l’emplacement d’une ancienne chapelle dite la chapelle aux Arbres, sous l’obligation que ce terrain sera et restera perpétuellement affecté à l’établissement d’un monument de piété ».

 

Enfin, la victoire tant espérée se profile.  

Otton enfui, esquivant de peu les braves chevaliers qui s'étaient lancés à sa poursuite, les Impériaux sont défaits.

La bataille se termine par l'écrasement complet de la coalition.

Otton perd ses insignes impériaux, son emblème personnel, un dragon, qu'il a fait transporter exhibé sur un chariot sur le champ de bataille, est capturé. L'aigle, le symbole de l'empire, subit le même sort.

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Frédéric II et son faucon représentés dans son livre De arte venandi cum avibus (De l'art de chasser au moyen des oiseaux)

 

Otton sera chassé de son trône et contraint d'abdiquer par les princes l'année suivante. Frédéric II de Hohenstaufen, soutenu par Philippe, lui succède.

Le roi d'Angleterre Jean sans Terre, qui fut l'âme damnée de la coalition, était son oncle. Le nombre de prisonniers est considérable. La plupart des barons sont capturés, dont Guillaume de Longue-Épée.

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Mathieu de Montmorency à Bouvines capture douze étendards ennemis

 

Mathieu II de Montmorency, Blason à 16 aigles après BouviLes Français ont occis 170 chevaliers enemis, dont plusieurs comtes sont capturés. Quant aux pertes de la "piétaille" ennemie, elles se chiffrent en milliers. L'un des grands héros du jour est Mathieu de Montmorency, qui a capturé à lui seul, douze étendards ennemis, selon la chronique de Flandres. Suprême récompense, le roi lui octroiera le droit d'ajouter douze aigles (de l'Empire) à son blason, en souvenir de cet exploit. Le comte de Flandre, Ferrand, est livré à la vindicte populaire, qui inventera un bon mot pour l'occasion : "Ferrand, te voilà ferré !

 

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A l'annonce de la victoire, le peuple de France laisse éclater sa joie et fait un triomphe aux troupes de Philippe Auguste de retour vers Paris.

 
Le peuple accueillit Philippe comme un sauveur qui venait d’affranchir le territoire de l’invasion allemande ; les témoignages d’admiration et de reconnaissance éclatèrent partout sur son passage ; dans toutes les villes qu’il traversait, les maisons étaient tendues de riches étoffes, de courtines, de tapisseries de soie, les rues jonchées de fleurs et de verdure ; le clergé lui adressait des remerciements solennels ; de tous côtés on accourait pour le saluer.

A Paris, l’enthousiasme s’accrut encore : les écoles, le clergé, la bourgeoisie, se rendirent au-devant de Philippe en chantant des hymnes et des cantiques. Les fêtes se prolongèrent durant une semaine, et la nuit même ne les interrompait pas ; de nombreux flambeaux éclairaient les danses et les festins, « si bien, dit Guillaume le Breton, que la nuit paraissait aussi brillante que le jour. »

 

Sortie à Bouvines

A sa rentrée triomphale à Paris , l'armée victorieuse est acclamée par la population. Vitrail, église de Bouvines.

 

Pour commémorer sa victoire et pour remercier la Vierge de l'avoir sauvé, le roi fonde un monastère, Notre-Dame de la Victoire, non loin de Senlis. (13)

 

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Abbaye de la Victoire ou abbaye Notre-Dame-de-la-Victoire-lès-Senlis, fondée par lettres-patentes de Philippe-Auguste datées du 8 mai 1222. 

 

 

Les conséquences de la victoire de Bouvines sont considérables. « Bouvines a fixé pour des siècles le destin de tous les Etats d'Europe » (14)

 

 

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La victoire assure la soumission de la Flandre et l'acquisition d'Amiens, du Vermandois et du Valois. Philippe démantèle à son profit les possessions de Jean sans terre sur le continent qui ne conserve qu'une Aquitaine lointaine et parcellaire.

L'enthousiasme dans le royaume est énorme. On n'oubliera jamais le soleil de Bouvines !

 

Le roi Plantagenêt subit la révolte de ses barons, qui en 1215, le contraignent à signer la Magna Carta (Grande Charte), ce document qui, passe dans l'histoire officielle pour être une des bases du parlementarisme (contrôle de l'impôt), de la "démocratie" britannique, la "grande charte des libertés d'Angleterre" limitant l'"absolutisme" royal, alors qu'il ne marque jamais que l'affirmation de la puissance aristocratique des Barons qui ne représentaient nullement le peuple anglais..., la naissance de la "démocratie représentative" (oligarchique en réalité) et la victoire de la société individualiste et d'argent sur la société communautaire et solidaire féodale. 

Annulée par le pape pour protéger les droits de souverains régnants, la charte désavouée en 1216 par Jean sans Terre (elle sera confirmée par son fils, Henri III en 1265), les barons élisent roi le futur Louis VIII de France, fils de Philippe Auguste ! La mort de Jean la même année sauve de peu la dynastie anglaise. L'influence de la Grande Charte hors d'Angleterre peut se remarquer dans la constitution des États-Unis.

Le pape Innocent III se réjouit de la victoire de Philippe sur Otton qu'il avait excommunié. La France renforce encore sa position de protectrice de l'Eglise.

 

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La bataille de Bouvines, Horace Vernet

 

Les braves de Bouvines offre à la France un XIIIe siècle prospère et glorieux.

Le commerce s'accroît, notamment avec les foires de Champagne, de Brie et d'Île de France (Provins, Lagny, Lendit à Saint-Denis, Bar, Troyes, etc.)

Les arts et la mode française brillent. De nouvelles inspirations arrivent des Etats francs (ou latins) d'Orient.
Avec ses 15 millions d'habitants, la France est - de très loin - le pays le plus peuple et le plus dynamique d'Occident.

Paris est la plus vaste ville d'Europe et son université au XIIIe siècle devient la plus prestigieuse de tout l'Occident médiéval.

http://i18.servimg.com/u/f18/11/21/59/07/roman_10.jpgL'architecture et l'esthétique françaises (plus tard renommées "gothiques") resplendissent et s'étendent par delà les frontières.

Les chevaliers français codifient les tournois et inventent l'"amour courtois", auquel sont rattachés les mots courtois, courtoisie française. Un idéal, "un code d'honneur, une sorte de rituel social qui sont ceux de la chevalerie; une certaine aisance des manières aussi; enfin une attention pleine d'égards que la femme exige de l'homme." (15)

Les droits des femmes connaissent une apogée que la modernité cherchera à réduire et à faire disparaître en ressuscitant le droit romain (Renaissance) où la femme avait un statut de quasi objet, mouvement qui culminera dans le code civil de Napoléon... par l'infériorisation actée du statut de la femme (l'article 1124 stipule que "les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels, les débiles mentaux").

 

« Si le serf ne peut pas quitter sa tenure, on ne peut pas non plus la lui enlever; cette particularité n'était pas loin au Moyen Âge d'être considérée comme un privilège, et en fait, le terme se retrouve dans un recueil de coutumes, le Brakton, qui dit expressément en parlant des serfs : "tali gaudent privilegio, quod a gleba amoveri non poterunt... Ils jouissent de ce privilège de ne pouvoir être arrachés à leur terre" (à peu près ce que serait de nos jours une garantie contre le chômage) » (16) avec le statut de la fonction publique en plus, et le droit de le transmettre à son héritier !...

 

Ainsi « généralement, les serfs se trouvaient satisfaient de leur sort et le plus souvent refusaient d'en changer quand liberté leur était offerte. ... On vit des serfs sortis de servitude faire leurs efforts pour y rentrer. En 1276 le roi Philippe le Hardi déclara "francs" (libres Ndlr.) grand nombre des serfs de ses domaines; mais ceux-ci d'en manifester leur mécontentement. En ce temps c'était la femme qui entraînait la condition du mari: un homme libre, qui épousait une serve, devenait serf; un serf qui épousait une femme libre, s'affranchissait en se mariant. Et l'on vit nombre de serfs affranchis par Philippe III épouser des serves à seule fin de rentrer en servitude. Et voici les rois en leurs ordonnances, les prédicateurs en leurs sermons qui font un point d'honneur à leurs contemporains de rechercher "la noble franchise" et repousser "la chétiveté de servitude"; mais par la séduction de ces belles paroles les intéressés ne se laissaient parfois convaincre que difficilement. Ainsi que l'écrit encore Henri Doniol, les seigneurs s'efforcent de toute manière de faire sortir leurs serfs de servitude pour les faire entrer en condition "vilaine", en faire de francs paysans; "mais ce ne fut qu'avec le temps, quand le servage fut tombé - écrit Doniol - au niveau de la condition des paysans libres, quand il perdit les garanties de sécurité et de calme qu'il avait pu donner, quand il ne parut plus être qu'une inutile et tyannique privation de l'individualité civile, alors seulement la condition libre, l'état de vilain (paysan) fut recherché." » (17)

 

Quoiqu'il en soit, un siècle plus tard, en 1315, Louis X le Hutin ordonnera l'affranchissement de tous les serfs du domaine royal. Le servage n'est plus mentionné lors de la rédaction des coutumes au XIVe siècle que dans celles de Bourgogne, d'Auvergne, de la Marche, du Bourbonnais et du Nivernais, et dans les coutumes locales de Chaumont, Troyes et Vitry; partout ailleurs il avait disparu. Quelques ilôts de servitude très adoucie subsistèrent çà et là, que Louis XVI abolit définitivement en 1779. (18)
 

Bouvines modifiera la situation géopolitique sur le continent pour de nombreux siècles.

 

L'ordalie, au Moyen Age est un jugement de Dieu. Elle somme le Ciel de désigner le bon droit. Elle est une manière de construire la vérité : Dieu arme le bras du vainqueur, qui n'est pas seulement le bras du plus fort mais celui qui a raison.

En ce sens, Bouvines, qui consacre la société féodale des trois ordres, oratores (ceux qui prient, le clergé), bellatores (ceux qui se battent, la noblesse), laboratores (ceux qui travaillent) est une ordalie. Avec Bouvines, Dieu triomphe en imposant l'image idéale d'une société ordonnée. (19) 

 Les vertus chrétiennes et chevaleresques fondent un socle de valeurs communes à toute l'Europe. Après l'Empire romain, Bouvines marque une seconde unification européenne : «Tout était fondé sur des liens personnels tissés d'homme à homme, avec tout ce que cela comportait de diversité, de vitalité et de richesse affective. [...] Tout reposait sur une hiérarchie de communauté dont chacune, fût-ce la plus humble, baignait dans le sacré.» (20)

Plus puissant souverain du continuent, le roi de France s'impose tout au long de ce 13e siècle comme l'arbitre des conflits internationaux. Bouvines lui donne raison, face au ciel, contre tous ceux qui ne savent pas résister à l'insidieux pouvoir de l'argent qui lentement sape les fondations de l'ordre féodal. 

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Le conflit franco-anglais, qui perdurera encore 600 ans, se termine par la victoire de la banque et de l'argent à Waterloo en 1815... L'âge des banques centrales s'ouvre, l'humanité est prête pour l'exploitation la plus subtile et sournoise qui ait été inventée, celle du consentement à l'esclavage au nom de la "démocratie" et des "droits de l'homme".

Quant au conflit franco-allemand issu du partage de l'empire de Charlemagne entre ses fils (Traité de Verdun en 843), il coûtera à l'Europe deux guerres mondiales. Ce conflit né du droit successoral germanique et du partage à égalité entre les descendants, ne fut réglé définitivement qu'à la victoire du principe dynastique héréditaire sous les Capétiens, fin 10e siècle. À cet égard, Bouvines, dernière bataille des lignages, marque l'affrontement de deux Europe, la vieille Europe des lignages incarnée par le saint empire, que les grandes familles germaniques se disputent, et l'Europe des Etats modernes incarnée par la France de Philippe Auguste.

 

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Philippe laisse à ses successeurs un état riche, bien administré et équilibré.

 

Tout pouvoir implique une responsabilité. Le roi lui-même n'est pas à l'abri de cette règle. Henri le Grand, qui définit ses pouvoirs, reconnaît à ses sujets le droit de le déposer s'il leur donne un ordre contraire à leur conscience; le pape peut les délier de leur serment de fidélité, et ne manque pas d'user de cette faculté lorsqu'un roi commet quelque exaction, même dans sa vie privée. Le principe fondamental est que, selon la doctrine de saint Thomas :  Le peuple n'est pas fait pour le prince, mais le prince pour le peuple". (21) 

Le récent ouvrage d'Olivier Christin, Vox populi, Une histoire du vote avant le suffrage universel, montre que si l’élection n’a pas toujours été tenue pour le moyen le plus équitable, le plus efficace et le plus transparent de distribuer les charges et les honneurs publics ou de désigner ceux qui devaient contribuer à la fabrication de la Loi (longtemps, d’autres systèmes ont joui d’un prestige égal sinon supérieur (tirage au sort, hérédité, cooptation ou appel à l’Esprit Saint), les élections existaient pourtant dans d’innombrables lieux et institutions : les villes et les villages, les ordres religieux et les conclaves où agissait justement l’Esprit Saint, les universités et les académies. L'Eglise médiévale fut même le lieu par lequel passa le développement du principe majoritaire, après une longue éclipse commencée avec la fin de la République romaine. Des pontifes comme Innocent III (décrétale de 1199 sur l'élection de l'évêque de Capoue), des princes et des souverains redonnent vie à d'antiques maximes du droit romain, empruntées à Ulpien ou à Mucius Scaevola, comme dans le cas de la célèbre formule Quod Omnes Tangit, ab omnibus approbari debet (QOT); "Que ce qui touche à tout le monde soit approuvé par tout le monde", venue du droit des tutelles et qui finit par servir à la théorisation du nécessaire consentement que tout pouvoir doit obtenir de ceux sur qui il s'exerce (22). Autour de 1200, la règle majoritaire gagne de nouveaux domaines d'application et quelques-unes des institutions les plus importantes de la société médiévale - les universités, les communes, les confréries ou encore les métiers - vont s'édifier sur les fondations juridiques qui sont les siennes et plus précisément sur la notion de persona ficta, de personne collective dont la volonté ne se réduit pas à la somme des volontés individuelles des membres qui la composent. Ce qui se permet de se passer de l'assentiment de tous et de chacun des membres de la personne collective et donc de s'affranchir de l'exigence d'unanimité. (23) Peu à peu, le rôle joué par l'idée de consentement fonde la légitimité et justifie le rôle d'institutions comme les Etats généraux où s'accomplit justement ce consentement, notamment en matière fiscale. (24) Et qui fera qu'un Louis XVI les convoquera en 1789 afin de régler les problèmes de la dette publique. Ainsi, en 1788 le Chef du Conseil royal des finances Loménie de Brienne «au début de juillet... annonce l'imminente réunion des Etats généraux, invitant du même coup tous les Français à faire connaître leurs voeux quand au mode d'élection et à l'organisation de cette assemblée, pour la rendre "aussi nationale et aussi générale qu'elle doit l'être". » (25) Vous voyez un président de la république aujourd'hui convoquer tous les Français en Assemblée générale pour discuter du mode d'élection et de la manière de régler les problèmes financiers de la France ?...

 

Pour le moment, « les progrès de l'autorité royale à partir du XIIIe siècle bousculent traditions et privilèges. Afin de maîtriser le zèle de ses officiers, et pour répondre aux plaintes des populations, Saint Louis entreprend la correction des abus provoqués par l'administration des baillis, des prévôts et des sergents. Le vocable de reformatio d'un usage ancien s'identifie alors à la nécessité de discipliner les agissements d'agents royaux par trop envahissants.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1d/JeanIIdFrance.jpg/220px-JeanIIdFrance.jpg...A partir des années 1300, c'est par la voix des Etats généraux et des assemblées locales qu'est entretenu l'idéal de réformation. C'est désormais à la demande ou sous la pression des députés des trois ordres que la royauté réforme par ordonnances solennelles et autorise pour leur application la mise en place d'un personnel spécifique. C'est donc la contestation régulière des assemblées représentatives qui provoque la réitération des mesures réformatrices (au 14e siècle, Ndlr.) ...Au total dans le dialogue qui jusque vers 1440 s'installe entre le prince et le pays, (la) royauté... ne peut faire autrement que de réclamer l'assentiment de ses sujets pour faire la guerre et lever des impôts.

...(Sous Jean II le Bon) La dernière assemblée d'Etats, ... de décembre 1355, marquée par l'entente entre la noblesse et la patriciat urbain, aboutit le 28 du même mois à la publication d'une ordonnance dictée au roi en l'échange d'un soutien fiscal. L'impôt consenti sera levé par les élus des Etats. A leur tête, avec tout pouvoir de décision et de justice sur le subside, un collège de neuf "généraux" répartis à égalité entre les représentants des ordres. On prévoit que les Etats se réuniront deux fois dans l'année pour ouïr les comptes. Plusieurs articles limitent les prérogatives du roi et de sa famille, d'autres s'attaquent aux spéculateurs et aux officiers royaux. ...Le roi lui-même ne paraît pas faire de réserves ou tenter de freiner l'action des réformateurs clercs, nobles et bourgeois. Dans les mois qui suivent, il semble même que Jean II laisse l'initiative gouvernementale se déplacer vers les Etats, soit aux séances, soit dans les commissions. Comme si le monarque, comprenant que son intérêt est lié à celui des députés, ne manifestait aucune hostilité à leur égard. ... (Suite à) [l]a nouvelle réunion des Etats... ouverte à Paris le 5 février 1357, ... [l]'ordonnance du 3 mars qui en résulta ne fut pas un texte négocié entre les députés et le dauphin. Il fut imposé par les représentants comme la contrepartie d'un impôt levé par eux pour la poursuite de la guerre (de Cent Ans, Ndlr.) ... Ce texte... prescrit l'épuration de toute l'administration royale, la liberté pour les Etats de se réunir d'eux-mêmes, sans convocation royale. La grande ordonnance de 1357 aboutit ainsi à enlever au dauphin le gouvernement du royaume. ...Bien loin de marquer une réaction antinobiliaire, la réforme imposée en 1357 est même, à l'inverse, patronnée par des nobles, parfois même de très ancienne noblesse. ...Le Journal de 1356 insiste sur la "science", la "sagesse" et l'"autorité" des députés, sur la varité de leur origine géographique aussi, ce qui leur vaut, mieux que quelques créatures du gouvernement, de conseiller "sainement" le dauphin. Asurément, c'est le principe de la major et sanior pars qui transpire ici. Issu du droit romano-canonique, il légitime la prise de décision. ...On remarque aussi ce type d'expression : "Car elle [la levée de l'impôt] se feroit de volunté de peuple et consentement commun". Rien de démocratique ici, au sens actuel du terme, mais bien plus la traduction du principe fondamental, connu de longue date pour justifier la tenue de toutes sortes d'assemblées ecclésiastiques ou laïques, selon lequel : "quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbari debet" : "ce qui intéresse tout le monde doit être discuté et approuvé par tout le monde". » (26)

 

Le système politique médiéval, fait de libertés à la base (élections dans les communes, les métiers, les ordres religieux), d'autorité en haut (le roi), et d'élites aristocratiques au milieu (noblesse et clergé) caractérisa le modèle politique français jusqu'en 1793.

Chacune des forces vices du pays sont représentées et participent dans sa sphère propre au bien commun.

Regine-Pernoud--Lumiere-du-Moyen-Age--1981-copie-1.JPG« Il est évident, explique Régine Pernoud, qu'il n'y avait place au Moyen Age ni pour un régime autoritaire ni pour une monarchie absolue. Les caractères de la royauté médiévale en prennent d'autant plus d'intérêt, chacun d'eux apportant la solution d'un problème sur la question toujours épineuse des rapports de l'individu et du pouvoir central. Ce qui est remarquable au premier abord, c'est la multitude d'échelons qui s'interposent entre l'un et l'autre. Loin d'être les deux seules forces en présence, l'Etat et l'individu ne correspondent que par une foule d'intermédiaires. L'homme au Moyen Âge n'est jamais isolé; il faut nécessairement partie d'un groupe: domaine, association ou université quelconque, qui assure sa défense... Une série de contacts personnels jouent ainsi le rôle de "tampons" entre le pouvoir central et le "Français moyen", qui de ce fait ne peut jamais être atteint par des mesures générales arbitrairement appliquées, et n'a jamais affaire non plus à des puissances irresponsables ou anonymes, comme le serait par exemple celle d'une loi, d'un trust ou d'un parti... La coutume est un ensemble d'observances, de traditions, de règlements issus de la nature des faits, non d'une volonté extérieure. Le respect que l'on a pour elle explique pourquoi, pendant toute la durée de l'Ancien Régime, les rois n'ont jamais fait d'ordonnance sur le droit privé. » (27) Cela change de la loi Taubira légalisant le "mariage" gay, dite loi de "réforme de civilisation" !

La loi du roi, dès le Haut Moyen Âge ne pouvait pas aller contre la loi des gens, les coutumes et les traditions du peuple parce que cette loi appartenait au peuple... Sous Charlemagne, la loi est "intangible" parce qu'elle "appartient au peuple", le roi ne peut y "toucher quant au fond" (28). « Le roi n'a rien d'un autocrate. Pour bien des affaires législatives ou politiques, qui ne sont pas dans le champ d'application du ban royal, la rédaction de l'assemblée paraît avoir infléchi ou déterminé la décision royale » (29). « En 792, il (le roi) évoque les nombreuses plaintes de ceux qui "n'ont pas conservé leur loi". Si quelqu'un dit qu'on lui a refusé le bénéfice de sa loi, écrit le roi, les missi (sorte de préfets de l'époque Ndlr.) doivent bien dire que ce n'est ni la volonté ni l'ordre du roi. On punira le missus ou le comte qui aura confondu les lois. Pour limiter les contentieux, le roi prescrit que l'on fasse enquête pour savoir "quelle est la loi de chacun, d'après son nom" ! » Cette conception de la loi et de l'appartenance de la loi est bien éloignée de celle d'aujourd'hui. « Lorsque le roi ajoute aux lois, c'est pour clarifier les ambiguïtés et combler les lacunes, non pour changer le sens de la législation » (30) Encore moins changer de civilisation comme a pu le faire en toute impunité, au nom du "progrès", une "ministre de la Justice" de la Ve république, Christiane Taubira. Ce qui notons-le est du jamais vu dans l'histoire de France et même du monde :

   

Christiane Taubira en juin 2013.

 « C'est une réforme de société et on peut même dire une réforme de civilisation », déclara Christiane Taubira, le 7 novembre 2012 au sujet du projet de loi du mariage et de l'adoption des duos homosexuels, dans un entretien publié dans "Ouest France".

 

Dans le système politique médiéval,  « les pouvoirs s'équilibrent et se font contrepoids sans qu'aucun ne puisse imposer sa volonté à l'ensemble. Ainsi comprise, la démocratie n'est pas étrangère à la république (res publica, chose de tous, Ndlr), qui peut intégrer des éléments démocratiques, aristocratiques, voire monarchiques. » (31). 

 

« La monarchie absolue eut la sagesse de ne pas toucher aux usages locaux, de ne pas imposer un type d'administration uniforme; ce fut l'une des forces - et l'un des charmes - de l'ancienne France. » (32) 

 

Gouverner--c-est-servir--Jacques-Dalarun.jpg"Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers" (Matthieu, 20-16). C'est ce précepte évangélique qui aux XIIe et XIIIe siècles inspire et anime les Abélard, Héloïse, Dominique de Guzman, François et Claire d'Assise, d'autres encore, qui inventent cette forme de gouvernement renversante où le chef d'une communauté doit se faire le dernier des serviteurs de ceux qu'il guide... Un devoir d'humilité strictement codifié, inspiré directement de l'enseignement du Christ. Les ardents réformateurs du Moyen Age abaissent les puissants pour exalter les humbles, tout en se dépouillant eux-mêmes des emblèmes du pouvoir. Dans le sillage de Michel Foucault et Giorgio Agamben, Jacques Dalarun, dans son livre "Gouverner c'est servir", a fait revivre cette tradition politique contestataire chrétienne différente du modèle gréco-romain, une "puissance de la faiblesse" toujours active dans les démocraties du XXIe siècle.

 

La démocratie comme participation du peuple à la prise de décision politique était plus vivace au Moyen-Age, qu’elle ne le fut depuis la Révolution : c’est la Révolution "française" qui, au nom du "peuple", de la "souveraineté populaire", du "progrès", et autre "république", va éliminer cet ensemble de pratiques démocratiques populaires séculaires : « Au Moyen Age et pendant la Renaissance européenne, des milliers de villages disposaient d’une assemblée d’habitants où se prenaient en commun les décisions au sujet de la collectivité. Les "communautés d’habitants", qui disposaient même d’un statut juridique, ont fonctionné sur le mode de l’autogestion pendant des siècles... Les rois et les nobles se contentaient de gérer les affaires liées à la guerre ou à leurs domaines privés, d’administrer la justice et de mobiliser leurs sujets par des corvées. Les autorités monarchiques ou aristocratiques ne s’ingéraient pas dans les affaires de la communauté, qui se réunissait en assemblée pour délibérer au sujet d’enjeux politiques, communaux, financiers, judicaires et paroissiaux. » (33) 

 

« On discutait ainsi des moissons, du partage de la récolte commune ou de sa mise en vente, de la coupe de bois en terre communale, de la réfection des ponts, puits et moulins, de l’embauche de l’instituteur, des bergers, de l’horloger, des gardes-forestiers, parfois même du curé, des gardiens lorsque sévissaient les brigands, les loups ou les épidémies. On y désignait ceux qui serviraient dans la milice, on débattait de l’obligation d’héberger la troupe royale ou de l’utilité de dépêcher un notable pour aller soumettre à la cour des doléances au nom de la communauté. » (34)

 

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Imaginez que, dans votre ville ou votre commune, de nos jours, vous puissiez, par le biais d’une assemblée communale publique, décider en commun de la répartition de la récolte commune ou de sa mise en vente (alors qu’aujourd’hui, les paysans – souvent les « serfs » modernes de l’industrie agro-alimentaire – se voient imposer leurs cotâts de production, les prix de vente, le cahier des charges et jusqu’aux semences qu’ils peuvent utiliser), la réfections ou l’édification des ouvrages d’art (routes, voiries communales, ponts, éoliennes, barrages, écluses, etc.), décider de qui, parmi les habitants, servira dans la police municipale (qui est maintenant un corps centralisé au service de l’Etat, et non du peuple). Impensable, n’est-ce pas ?... 

 

Ainsi, le peuple, au Moyen-âge, parvenait à s’autogérer sur tout un ensemble de domaines considérés non comme « privés », mais comme publiques, car à l’inverse de nous, les « modernes » atomisés par une culture du chacun pour soi (la culture individualiste que nous devons à l’origine aux physiocrates du XVIIIe siècle et à leurs successeurs libéraux et capitalistes du XIXe et du XXe siècle), nos ancêtres « médiévaux » avaient conscience de l’interdépendance mutuelle dans laquelle ils étaient, et la majeure partie des ressources produites par la terre étaient considérées comme un ensemble de richesses communes, non comme des richesses privées. Cela n’empêchait pas le commerce, l’artisanat, ni même une certaine forme d’industrie. Ils parvenaient, en dépit de leurs intérêts individuels, à s’entendre et à gérer eux-mêmes ces ressources en commun, chose qui nous semblent aujourd’hui hors de portée – il suffit, pour s’en convaincre, de voir les commentaires récurrents qui décrient l’apathie populaire et considère, aujourd’hui, la masse comme incapable de débattre et de décider communément de ses propres intérêts. Ainsi, il serait impossible aux hommes « modernes » de ce XXIe siècle de faire ce que les paysans « incultes » du moyen-âge faisaient couramment ? Si cela est vrai, pouvons-nous encore parler de « progrès de la modernité » ? Ne devrions-nous pas plutôt faire le terrible constat de la régression imposée par cette « modernité » ?

Francis-Dupuis-Deri--Democratie--Histoire-politique-d-un-.jpg« La démocratie médiévale, bien vivante alors, mais aujourd’hui si méconnue, permettait au peuple de traverser de longs mois sans contact direct avec des représentants de la monarchie, une institution qui offrait finalement très peu de services à sa population composée de sujets, non de citoyens. En d’autres termes : un territoire et une population pouvaient être soumis à plusieurs types de régimes politiques simultanément, soit un régime autoritaire (monarchie pour le royaume, aristocratie pour la région) et un régime égalitaire (démocratie locale ou professionnelle). » (35)

 

On rêverait, de nos jours, de disposer de cette autonomie et de ce régime égalitaire, rien qu’au niveau local de nos villes ou de nos communes. Or, même cela nous est refusé, et cette simple idée fait se dresser un mur de défit et de mépris qui, au moyen-âge ou à la renaissance, aurait donné lieu à une « jacquerie », une révolte justifiée du peuple contre l’oppression d’un pouvoir par trop dictatorial et jugé tyrannique.... (Les Citoyens constituants)

 

"La féodalité qui assurait la protection du faible par le fort, avec réciprocité de dévouement du protégé à son patron - le mot est également du temps, - n'a pas seulement engendré les fiefs proprements dits, les domaines agglomérés autour d'un château; elle a formé les villes; de la féodalité sont issues les constitutions urbaines; elle a formé les jurandes et maîtrises; au clergé lui-même elle a donné son inébranlable constitution" (36). La richesse elle-même de la paysannerie française et ce n'est pas un paradoxe de le dire, vient tout droit du régime féodal et du servage : "aucune institution n'a davantage contribué à la fortune de la paysannerie française; maintenue pendant des siècles sur le même sol, sans responsabilités civiles, sans obligations militaires, le paysan est devenu le véritable maître de la terre... Si la condition du paysan dans l'est de l'Europe, en Pologne et ailleurs, est demeurée aussi misérable, c'est qu'il n'a pas eu cette attache protectrice du servage.... Si le paysan français a pu jouir jusqu'à ces derniers temps d'une existence aisée, par rapport au paysan d'Europe orientale, ce n'est pas seulement à la richesse du sol qu'il le doit, mais aussi et surtout à la sagesse de nos anciennes institutions, qui ont fixé son sort au moment où il avait le plus besoin de sécurité." (37) Il n'est pas certain que ce qui reste de la riche paysannerie française en 2014 soit épargnée par le traité transatlantique négocié en douce et sans débat par les Oligarques en vue de démanteler ce qui nous reste d'indépendance et de souveraineté.


Jean-Pierre-Poly--La-Mutation-feodale-copie-1.jpg"L'Etat (jacobin) qui nie les corps intermédiaires, peut à présent les dédaigner, ou feindre de dédaigner la soumission d'un homme à un autre (rapports féodo-vassaliques), fiction rituelle d'une paternité toute-puissante. Il n'est pas sûr qu'aujourd'hui encore, il puisse se maintenir sans elle. L'Etat contre la féodalité ? Plutôt, l'Etat par la féodalité" ! (38). 

 

 

Add. 31 juillet 2014. Le Premier ministre Manuel Valls s'est désisté au dernier moment pour les fêtes des 800 ans de la bataille de Bouvines. Il a préféré le Tour de France.

L'association organisatrice de la commémoration « Bouvines 2014 » avait « déjà bouclé » sa version papier, qui annonçait sa venue. Mais « les organisateurs eux aussi ne l’ont appris que le jeudi 24 juillet, soit 3 jours seulement avant l’événement. »

 

On pourrait comprendre que l’actualité exige la présence d’un Premier ministre français, surtout étant donné les drames de l’été. Mais que nenni !

 

Manuel Valls a fait savoir qu’il donnait priorité à la dernière étape du départ du Tour de France à Evry, ville dont il est maire. Ce qui est étonnant, puisqu’il avait déjà donné son engagement ferme à être présent à Bouvines ce dimanche 27 juillet. Le tracé du Tour de France aurait-il changé depuis 3 semaines ? En tous cas, ce n’est que cette semaine que Manuel Valls s’est rendu compte que les cyclistes passaient par sa ville.

 

Il a ainsi donné préférence au Tour de France plutôt qu'aux commémorations de la bataille de 1214 qui célèbrent célébrer la nation France, l’unité de la nation.

 

Plusieurs descendants de Philippe Auguste ont été réunis pour l’occasion. La branche de la Maison des Bourbons sera représentée par le Duc d’Anjou, Prince Louis de Bourbon, le Prince Axel de Bourbon-Parme, le Prince et la Princesse de Bauffremont, le Comte de Beaumont-Beynac et le Baron Pinoteau.

 

La république étant absente lors des commémorations célébrant la bataille qui est considérée comme le berceau du patriotisme, tous les yeux se sont tournés vers les représentants de la monarchie, dont le plus important n’est autre que le prince Louis de Bourbon, descendant et héritier du roi Philippe Auguste, qui, lui, avait honoré sa promesse d’être là.

La République et le socialisme ont, encore une fois, négligé notre Histoire… Décevant, oui ! Étonnant, non ! 

 

Notes

 

(1)  L'Histoire, Bouvines 1214, La plus belle bataille du Moyen Âge, N° 399, Mai 2014, p. 46

(2) G. Duby, Le Dimanche de Bouvines, 1985, Folio Histoire, La Flèche 2002, p. 293.

(3) R. Pernoud, Lumière du Moyen Âge, Grasset, Poitiers 1981, p. 29; et Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, 1977, Points Histoire, Mayenne 2001.

(4) G. Duby, ibid., p. 251.

(5) R. Pernoud, ibid., p. 97.

(6) Jean Favier, Les Plantagenêts, Origines et destin d'un empire, XIe-XIVe siècles, Fayard, Poitiers 2004, p. 340.

(7) Dominique Barthélemy, L'ordre seigneurial XIe-XIIe siècle, Éditions du Seuil, Points, Paris, 1990, p. 234-235.

(8) G. Duby, ibid., p. 59, 72, 73.

(9) Le Grand Livre de l'Histoire de France, Sous la Direction de Christian Melchior-Bonnet avec la collaboration de Denis Maraval-Hutin, Maquette Louis-Paul Delplanque, Librairie Jules Tallandier, Paris 1980, p. 68.

(10) Guillaume le Breton, manuscrit latin 5925 de la Bibliothèque nationale cité in G. Duby, Le Dimanche de Bouvines, 1985, Folio Histoire, La Flèche 2002, p. 74.

(11) Jean Favier, Les Plantagenêts, Origines et destin d'un empire, XIe-XIVe siècles, Fayard, Poitiers 2004, p. 711.

(12) F. Funck-Brentano , Le Moyen Âge.

(13) L'Histoire, Bouvines 1214, La plus belle bataille du Moyen Âge, N° 399, Mai 2014, p. 46.

(14) G. Duby, ibid., p. 239.

(15) R. Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, 1977, Points Histoire, Mayenne 2001, p. 61.

(16) R. Pernoud, ibid., p. 46-47.

(17) F. Funck-Brentano, La Société au Moyen Age, Flammarion, Paris 1937, p. 55-57.

(18) R. Pernoud, ibid., p. 48-49.

(19)  Revue L'Histoire, Bouvines 1214, La plus belle bataille du Moyen Âge, N° 399, Mai 2014, p. 61.

(20) J. Benoist-Méchin, Frédéric de Hohenstaufen, Librairie Académique Perrin, 1980, p. 19. Source: "L'Europe, notre identité commune".

(21) R. Pernoud, ibid., p. 78-79.

(22) Y. Congar, Quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbari debet, Revue historique de droit français et étranger, vol. 35, 1958, p. 210-259, cité in O. Christin, ibid., p. 141.

(23) O. Christin, Vox populi, Une histoire du vote avant le suffrage universel, Collection Liber, Seuil, 2014, p. 141, 142.

(24)  O. Christin. ibid., p. 260.

(25) Frédéric Bluche et Stéphane Rials, Les Révolutions françaises, Les phénomènes révolutionnaires en France du Moyen Age à nos jours , Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1989, p. 193.

(26) F. Bluche et S. Rials, ibid., p. 92-103.

(27) R. Pernoud., ibid., p. 74-75.

(28) J. Favier, Charlemagne, Texto, Le Goût de l'histoire, Lonrai 2013, p. 334-335.

(29) J. Favier, Charlemagne, Texto, Le Goût de l'histoire, Lonrai 2013, p. 303.

(30) J. Favier, Charlemagne, Texto, Le Goût de l'histoire, Lonrai 2013, p. 347-348.

(31) F. Dupuis-Déri, Démocratie, Histoire politique d'un mot, aux Etats-Unis et en France, Lux Humanités, Québec 2013? P. 75-76.

(32) R. Pernoud, ibid., p. 58.

(33) Henry Bardeau, De l'origine des assemblées d'habitants, Droit romain : du mandatum pecuniae - Droit français : les assemblées générales des communautés d'habitants en France du XIIIe siècle à la Révolution, Paris, Arthur Rousseau, 1893, p. 63.

(34) F. Dupuis-Déri, ibid., p. 42.

(35) F. Dupuis-Déri, ibid., p. 45.

(36) F. Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926,p.18.

(37) R. Pernoud, ibid., p. 47-48.

(38) J.-P. Poly, La Mutation féodale, Xe-XIIe siècle, Nouvelle Clio, l'histoire et ses problèmes, PUF, Vendôme 1991, p. 515.

 

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 08:49
La révolution orléaniste de 1830
Les causes de l’insurrection de 1832
vendredi 16 mai 2014 par Jean-Pierre Brancourt
 

 

En 1830, le roi légitime Charles X est renversé par Louis-Philippe, rejeton de la branche cadette d’Orléans porté par la haute-finance. Si dans la monarchie traditionnelle, le roi tient son autorité de Dieu et l’exerce pour le bien commun, l’usurpateur Louis-Philippe ne peut invoquer cette transcendance, aussi se réclame-t-il de la Révolution dont il revendique l’héritage et poursuit les persécutions contre l’Église et tous les fidèles de la France traditionnelle. Subversion, conscription, assassinats, barbaries, viols des sépultures et autres crimes planifiés par le nouveau pouvoir politique placent alors la population en état de légitime défense et suscitent l’insurrection contre-révolutionnaire de 1832.

La Vendée fidèle subit la haine de l’Usurpateur
Le régime policier instaure la délation

Dès son installation au pouvoir, le gouvernement de Louis-Philippe, dans l’ivresse d’une victoire qui n’avait pas été disputée, avait dardé sur la Vendée un regard malveillant. L’agression contre cette région coupable deux fois d’hostilité envers le jacobinisme, fut préparée attentivement par la mise en place d’un personnel civil et militaire adéquat. Le caractère des actions menées allait le confirmer et situer la volonté gouvernementale dans la ligne de la politique suivie contre l’Ouest royaliste de 1793 à 1795.

Aussitôt qu’il fut en place, le gouvernement issu des trois « Glorieuses » infesta la campagne vendéenne d’une nuée de policiers qui offraient aux délateurs des récompenses alléchantes.

Les nouveaux fonctionnaires arrivèrent portant en croupe la persécution. Ils appartenaient pour la plupart à la génération des fils des terroristes : conspirateurs des sociétés secrètes, fils de prêtres mariés pullulaient dans leurs rangs.

Dans l’armée, les révolutionnaires sont promus

D’anciens officiers de l’Empire que leur qualité de vieux débris républicains, avait rappelés à l’activité faisaient bonne garde sur la côte pour éviter un hypothétique débarquement « carliste ». Le général Dumoustier, protestant et franc-maçon, et d’autres officiers à qui le jacobinisme tenait lieu de compétence, multiplièrent les tracasseries contre les Vendéens.

L’armée était travaillée par des loges auxquelles appartenaient les officiers républicains et bonapartistes. Le gouvernement y distribua les croix et les médailles et procéda à des promotions nombreuses pour remplacer les officiers qui avaient démissionné pour ne pas prêter serment au nouveau régime. La hiérarchie nouvelle qu’avaient grossie les jacobins impénitents considéra l’orléanisme avec plus d’intérêt que l’ancienne. Quant à la troupe, on lui raconta d’horribles légendes sur les tourments que chouans et vendéens faisaient subir à leurs prisonniers.

La haine domina, dès l’été 1830, les rapports du gouvernement avec la Vendée.

L’Église persécutée
L’objectif : détrôner Dieu

La révolution orléaniste qui nourrissait l’espoir de détrôner Dieu et de faire danser la carmagnole au clergé voulut contraindre les prêtres à participer aux mascarades patriotiques dont elle décréta la célébration.

Dans l’Ouest, l’orléanisme fit renverser les croix, briser les calvaires et poursuivre les prêtres. On supprima les cérémonies publiques du culte : la procession de la Fête-Dieu, celle du 15 Août qui consacrait la France à la Sainte-Vierge, furent interdites. Il ne fut possible de porter le viatique aux agonisants qu’à la dérobée.

 

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La nouvelle religion du drapeau tricolore

En même temps, la révolution orléaniste exigeait des vœux et des bénédictions pour son drapeau. L’anticléricalisme légal se fit dévot. L’Orléanisme singeant la piété, fit de l’église Sainte-Geneviève un dépotoir maçonnique pour les invalides de la tribune et les frénétiques de l’insurrection. Des parodies sacrilèges furent organisées par les autorités. Lorsque des émeutes prenaient une direction marquée contre la religion ou les souvenirs de la royauté, lorsque les enfants des complices de Monsieur Égalité pillaient les églises et mettaient à sac l’archevêché de Paris, les feuilles dévouées à la monarchie de 1830 conseillaient : « laissez passer la justice du peuple ».

La Vendée était pieuse. Elle fut outragée dans sa foi. Les paysans de l’Ouest détestaient la Révolution : ils en pressentirent le retour, accompagné des pillages, des proscriptions et des guillotines. L’autorité politique confirma les craintes des Vendéens aussitôt qu’elle fut en place.

La politique orléaniste
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La conscription obligatoire

Dans une grande partie de la France, et en particulier dans l’Ouest, certains paysans n’avaient jamais pu s’acclimater au système de la conscription obligatoire. La Restauration avait fermé les yeux : les jeunes paysans vivaient à proximité de leur ferme, où ils prenaient leurs repas et dont ils accomplissaient les travaux saisonniers.

Dès l’été de 1830, les réfractaires de Vendée furent brutalement pourchassés, emprisonnés et parfois même fusillés, dans une atmosphère de guerre civile et de haine populacière qu’encouragèrent sur place les journaux libéraux comme Le Breton et L’ami de la Charte. Des soldats furent envoyés en garnison dans les métairies, avec l’ordre d’être impitoyables.

Subversion par les faux chouans et la presse libérale

L’autorité militaire recruta dans les bagnes, dans les prisons (et dans la gendarmerie), des bandes de faux chouans dont la mission était de multiplier les exactions en criant « Vive Henri V ». Pour déshonorer la chouannerie dont le souvenir était vivace et vénéré, elles répandaient scapulaires et médailles partout où elles commettaient leurs forfaits. L’exemple avait été donné en 1793.

La complicité de la presse libérale fut inconditionnelle et son rôle capital : on décrivit avec un luxe de détails les prétendues atrocités commises par les chouans et on plaignit les victimes en termes émus.

La « chasse aux Blancs »

Entre le mois de juillet 1830 et le soulèvement de juin 1832, la Vendée, victime de la hargne orléaniste, fut le théâtre d’une « chasse aux blancs » dans la meilleure tradition révolutionnaire avec exécutions sommaires, représailles sur les blessés, prises d’otages, etc.

  • Trois mois avant le soulèvement, par exemple, le chouan Secondi fut pris, blessé. En prison il fut mal soigné. On l’amputa. On le condamna à mort et on lui fit une jambe de bois pour marcher au supplice. Louis-Philippe venait de gracier une bande d’assassins : il refusa de commuer la peine de Secondi, qui mourut courageusement.
  • Jamier, le ventre ouvert, fut torturé sous les yeux de sa sœur par ses meurtriers, avec les encouragements du lieutenant qui les commandait.
  • Josselin fut fusillé devant ses parents sur l’ordre du capitaine Picard du 43e de ligne.

La valeur des allégations de la presse a été résumée en termes simples et précis par le Capitaine Galleran du 41e de ligne :

Je dis ce que ma conscience et la connaissance approfondie des localités m’ont suggéré. Ce qui est constant pour moi c’est que les journaux et même les rapports des agents du gouvernement ont trompé l’opinion et n’ont pas été l’expression de la vérité.
L’Orléanisme recourt à la terreur
Humiliation des populations et profanation des tombes

Marie-Caroline--duchesse-de-Berry--1827-.jpgTel était le climat psychologique et politique de la Vendée lorsque se déclencha, en juin 1832, le mouvement armé en faveur de la monarchie légitime. En prenant les armes pour la Duchesse de Berry (mère du Comte de Chambord, dit "Henri V", Ndlr.), les Vendéens se trouvaient, en fait, en état de légitime défense. Les conditions d’une persécution systématique avaient été soigneusement préparées par le régime philippiste. La guerre menée par Louis-Philippe se situa dans le prolongement exact de celle qu’avaient conduite les colonnes infernales.

  • Les préfets dressèrent des chiens de police pour faire la chasse aux suspects.
  • Les officiers firent déshabiller les paysannes par la troupe pour s’assurer qu’elles ne cachaient pas de papiers séditieux sous leurs vêtements.
  • Les gendarmes s’emparèrent des enfants en bas-âge pour amener les parents à se découvrir.
  • On ne respecta pas même les sépultures : la tombe de Mademoiselle de Coulin fut violée. Le Maréchal de Bourmont qui avait conquis Alger à la France avait emmené quatre de ses fils dans son expédition en Afrique du Nord ; l’un d’eux, Amédée, avait été tué à Staouëli en chargeant à la tête d’une compagnie de grenadiers : lorsque son corps eut été ramené en France, le gouvernement fit ouvrir le cercueil sous prétexte d’y chercher des documents secrets. Étrange façon de récompenser les services rendus : il est vrai que Bourmont était royaliste ; contre lui, tous les procédés pouvaient être utilisés.
Assassinats et barbarie

La guerre de 1832 fut une succession d’assassinats de royalistes.
Parmi beaucoup d’autres, Louis de Bonnechose, Mademoiselle de La Robrie, Cathelineau furent tués à bout portant dans des circonstances odieuses.

  • Cathelineau, sans défense, se livrait ; les soldats refusèrent de tirer malgré les ordres, et c’est leur officier qui ouvrit le feu lui-même sur le chef désarmé.
  • Céline de La Robrie fut tuée à bout portant, de dos, par un sergent du 17e léger ; les soldats trouvèrent l’exploit amusant et, sous les yeux de leurs officiers, ils criblèrent de coups de baïonnette le corps de cette jeune fille de seize ans. Aucune sanction ne fut prise.
  • Les vendéens prisonniers furent détenus dans des conditions de barbarie exceptionnelle au Mont St-Michel. Barbes, Blanqui et d’autres républicains partagèrent leur détention. Flaubert et Barbes devaient témoigner de l’horreur de cette captivité, qui dura jusqu’à la visite du prince-président et de son ministre Falloux, en 1849.
Crimes organisés contre les fidèles de toutes classes

La Vendée a été assaillie par le gouvernement de Louis-Philippe parce qu’elle était considérée comme un défenseur ardent de la civilisation chrétienne de l’Ancien Régime. Elle a subi une guerre révolutionnaire menée contre l’ensemble de la population que soudaient encore les fidélités organiques de la France royale : des prêtres et des hobereaux [1] au plus simple des paysans, la persécution a frappé toute la chaîne sociale ; elle n’a pas été le fait d’initiatives isolées et mal contrôlées par les autorités : elle a été le fruit d’une résolution du gouvernement que ses agents ont appliquée.

Les crimes commis par la troupe ont été ordonnés par les officiers qui ont surveillé les exécutions : ce ne sont pas des déserteurs ni des irréguliers qui ont assassiné Cathelineau, Céline de La Robrie ou Charles Bas-cher [2], aveuglé à coup de baïonnette et achevé au sabre alors qu’il était prisonnier.

La trahison de Deutz

Du reste, le 30 janvier 1833, l’Orléanisme légalisait solennellement le crime : la princesse Adélaïde, au grand bal des Tuileries, dansait le premier quadrille avec Simon Deutz qui, après s’être converti à grand fracas du judaïsme au catholicisme, avait gagné la confiance de la Duchesse de Berry pour mieux la livrer à Louis-Philippe [3]. Cette trahison, qui rapporta 500 000 francs à Deutz, avait pourtant provoqué une indignation unanime, à telle enseigne que même Victor Hugo ne craignit pas d’écrire, dans un poème amère :

Ce n’est pas même un juif ! C’est un payen immonde,
Un renégat, l’opprobre et le rebut du monde,
Un fétide apostat, un oblique étranger
Qui nous donne du moins le bonheur de songer
Qu’après tant de revers et de guerres civiles
Il n’est pas un bandit écumé dans nos villes,
Pas un forçat hideux blanchi dans les prisons,
Qui veuille mordre en France au pain des trahisons !
 
Victor Hugo, Les chants du crépuscule , « À l’homme qui a livré une femme », (1836).
Légitime défense des Vendéens
Il est permis de lutter contre le tyran

La riposte a naturellement frappé un système qui, aux yeux des Vendéens, avait combattu leur clergé après avoir évincé la tête de l’édifice social : le Roi.

Le soulèvement s’est d’ailleurs organisé autour des hiérarchies traditionnelles, des chefs connus à qui on était héréditairement lié et qui avaient fait leurs preuves. L’Église elle-même reconnaît la légitimité d’une révolte née de pareilles circonstances. Sans doute Saint Thomas a-t-il expliqué, dans son Commentaire sur les Sentences de Pierre Lombard, qu’il fallait obéir aux puissances séculières parce que la fonction politique est un ordre établi par Dieu ; mais il a aussi affirmé que l’on peut tuer celui qui a pris le pouvoir par la violence s’il n’y a pas d’autre moyen de s’en débarrasser. Quant au tyran d’exercice, l’obéissance ne lui est pas due lorsqu’il commande contre Dieu : il est légitime de résister aux lois injustes. S’il est vrai que la sédition est opposée à la justice et au bien commun, il est également certain, parce que le régime tyrannique n’est pas juste, que ce n’est pas commettre un acte de rébellion que de le renverser.

 

Insurrections-dans-l-Ouest-1793-1832--Musee-Dobree-1935.png

Du devoir de combattre l’oppression révolutionnaire

Un gouvernement issu de la violence révolutionnaire était-il un régime juste ? La politique anti-religieuse amorcée dès 1830 était-elle conciliable avec un exercice paisible de l’autorité ? Des catholiques fervents devaient-ils la tolérer ?
Catholiques et royalistes, les Vendéens avaient appris à connaître la Révolution. Ils virent dans la politique choisie par l’ancien général Égalité la résurrection de celle qui avait ravagé leurs foyers de 1791 à 1802. Leur révolte [4] de 1832 relevait de la légitime défense. Elle fut le dernier sursaut de l’Ancien Régime.

 

[1En 1831, la troupe assaillit le château de Couboureau appartenant au marquis de la Bretesche ; elle assassina le capitaine du Baillet retiré sur sa terre de la Bruffière, elle malmena M. de Clabat, le baron du Chillou, etc.

[2Assassiné le 8 juin 1832 près de la Hautière par une compagnie de la garde nationale commandée par le capitaine Roch. Lors des élections de 1848 Roch rédigea un factum pour affirmer son innocence.

[3Giacinto Gonzagua, connu sous le nom de Simon Deutz, était le fils d’un grand-rabbin de Paris. Comme ce fut parfois le cas ailleurs, il sut, en cette période de philosémitisme, tirer le profit le plus prosaïque et le plus rapide de sa conversion… auprès du pape lui-même : en 1830, il avait reçu de Léon XII, avec une forte somme, la mission d’étudier la situation des juifs d’Amérique. Son passeport était au nom de : Hyacinthe de Gonzague.

[4Voir l’excellent ouvrage de M. Jacques Dinfreville, Le secret de Marie-Caroline Duchesse de Berry, Louviers 1982.

 

Jean-Pierre Brancourt

 

Source: http://www.viveleroy.fr/?La-revolution-orleaniste-de-1830

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 12:55
«Il n’y a plus de corporation dans l’État; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général. Il n’est permis à personne d’inspirer aux citoyens un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un esprit de corporation». Ces formules de Le Chapelier, prononcées à l’été 1791 au moment où les corporations sont officiellement abolies, ont symbolisé ce face à face des individus et de l’État que les constituants appelaient de leurs vœux. Les «corps intermédiaires politiques» étaient considérés comme une menace insupportable pour ce qui fonde le gouvernement représentatif. 
Les corps intermédiaires sont des groupes sociaux et humains situés entre l’individu et l’État, indépendants et autonomes, constitués naturellement ou par accord délibéré en vue d’atteindre un objectif commun.
Un article intitulé, "Les corps intermédiaires, entre individu et État", publié sur Vive le Roy, aborde la question des corps intermédiaires, leur évolution sous l'Ancien Régime, leur suppression à la Révolution..., et les conséquences de cette suppression.    
Selon Pierre Rosanvallon, Histoire moderne et contemporaine du politique, cours au Collège de France, Les corps intermédiaires dans la démocratie ) la Révolution a procédé non seulement du rejet de la société d'ordre, mais aussi du rejet de la société de corps, introduisant un face-à-face de l'individu et de l'État. Au cours du XIXe siècle, trois impératifs de sociabilité, de gouvernabilité et de liberté ont conduit à relégitimer les corps intermédiaires précédemment voués aux gémonies (par les révolutionnaires) et ont abouti (sous la pression des royalistes légitimistes) à l'adoption des libertés syndicales (loi de 1884) et d'association (loi de 1901).
Plus rien ne devait rester entre l'Etat et l'individu. Dernièrement, l'acharnement jacobin contre les corps intermédaires s'est à nouveau distingué par la redéfinition du mariage, imposée sans débat et sans dialogue. Cette redéfinition contre la volonté du peuple qui manifestait, constitue une suppression pure et simple du mariage naturel (un homme et une femme) au profit de l'adoption d'une définition extensible d'un "mariage" indifférencié homosexualiste (homme + homme, ou homme + femme, ou femme + femme, et bientôt des "trouples", un homme + 2 femmes, ou 2 hommes + 1 femme, etc.) niant la complémentarité des sexes. Une nouvelle fois, aucune institution, même la plus vénérable et dotée de la plus haute antiquité comme le mariage, n'aura résisté à la barbarie révolutionnaire.      


Les corps intermédiaires, entre individu et État

 

samedi 3 mai 2014 par Valancony

 

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Les corps intermédiaires étaient des communautés traditionnelles au sein desquelles l’homme détenait des parcelles d’autorité en vertu du principe de subsidiarité ; ils lui apportaient protection, responsabilités, honneur et dignité dans le service du bien commun. La Révolution leur a substitué les sociétés de pensée, ces communautés artificielles où la personne est privée de toute possibilité d’action concrète et soumise à la tyrannie de l’opinion. La démocratie égalitaire la laisse nue et désemparée face à un État tout puissant qui, pour durer, lui propose l’ignoble marchandage : « on te donne la liberté de jouir si tu nous laisses le pouvoir et l’argent. »

 

Les communautés traditionnelles sous l’ancien régime

La famille

Suivant la définition donnée par l’abbé H. Collin, dans son Manuel de Philosophie Thomiste :

La famille est l’union stable de l’homme et de la femme en vue de la génération et de l’éducation des enfants ainsi que de l’apaisement de la concupiscence et de l’assistance physique et morale mutuelle.

Au sens strict, ceci concerne la société conjugale, distincte de la société paternelle liée à l’existence des enfants. Cependant, pour notre propos on peut confondre ces deux concepts dans l’idée générale de famille.

La cellule familiale est une société mais elle se distingue radicalement des autres formes d’association par sa référence au droit naturel. Pour cette raison, on ne peut en modifier :

    • . ni la fin : propagation du genre humain, assistance mutuelle, éducation des enfants ;
    • . ni les moyens essentiels : unicité et stabilité d’où découle le principe d’indissolubilité.

Sous l’Ancien Régime, la législation matrimoniale relevait de la seule compétence des juridictions ecclésiastiques du fait que le mariage était d’abord un sacrement ; sacrement particulier administré par les époux eux-mêmes lors de l’échange des consentements.

La notion de consentement implique le plus grand respect de la liberté des futurs conjoints. Cette dernière constitue la règle du mariage et les empêchements, parfois nécessaires, l’exception. Le droit canon a distingué d’ailleurs avec soin entre les empêchements faisant obstacles à la validité de l’acte : union antérieure, profession religieuse, âge, parenté... et ceux qui, bien que constituant une faute grave ne remettent pas en cause le mariage : défaut de consentement des parents lorsqu’il est requis...

Pendant bien longtemps, les épousailles ne furent pas soumises à un formalisme rigoureux, suivant l’adage : « Boire, manger et dormir ensemble, c’est mariage ce me semble ». Mais la liberté ayant engendré de nombreux abus, le Concile de Trente exigea un rite plus codifié : présence du prêtre, témoins, etc. Sur le fond cependant, rien ne se trouva modifié : la démarche resta consensuelle. (Exemple des mariages clandestins sous la Révolution. Cas plus actuel de la Petite Église qui ne subsiste que grâce aux deux seuls sacrements que peuvent administrer les laïcs : le baptême et le mariage).

« L’homme ne peut séparer ce que Dieu a uni ». Cette parole du Christ fonde l’indissolubilité du mariage. Si la vie commune devient insupportable, la séparation reste possible mais celle-ci laisse subsister le lien matrimonial.

Reste le problème délicat des annulations. Dans les siècles passés elles furent assez fréquentes, justifiées le plus souvent par l’existence d’empêchements ou par la non-validité du contrat.

Les époux ne font qu’un. Ils appartiennent à la même Cité, pratiquent la même Foi, sont généralement de même condition sociale et possèdent un domicile commun. Mari et femme délibèrent ensemble sur les affaires communes, et l’époux prend la décision en vertu de l’autorité paternelle.

 

Iseult-epouse-le-roi-Marc.jpg

 

Le mariage ainsi conçu, placé sous l’autorité de l’Église, est l’unique source légitime de la parenté et de la famille civile. Cette famille traditionnelle est large. Elle groupe autour des époux les ascendants, descendants, collatéraux, et alliés vivant sous le même toit. Le monde rural connaît d’ailleurs des groupements plus vastes encore, connus sous le nom de communautés familiales.

Jusqu’à la Révolution, tout est mis en œuvre pour assurer la protection du patrimoine familial sans pour autant interdire à chaque conjoint de disposer des fruits de son activité. Cette volonté se trouve à l’origine de la distinction faite par le droit français entre les biens propres et les acquêts. La règle successorale tend également à protéger les enfants. En leur absence, l’héritage se partage également entre les lignes maternelle et paternelle. Les meubles et acquêts sont dévolus au parent le plus proche.

Le droit d’aînesse, si décrié au nom du dogme démocratique de l’égalité, demeura sous la Monarchie le trait caractéristique des successions nobles. Les fiefs de dignité : duchés, marquisats, comtés, baronnies sont normalement indivisibles. Les fiefs non titrés, quant à eux, se partagent plus librement ; on accorde seulement une plus grande part à l’aîné (moitié ou deux tiers) afin qu’il puisse tenir son rang.

Il n’y a là aucune place pour l’individualisme libéral. La famille passe avant l’intérêt particulier de l’un ou l’autre de ses membres.

Les communautés territoriales

Les communautés territoriales, autrement dénommées corps intermédiaires géographiques, ont toujours eu une grande importance dans l’organisation de la Cité. L’histoire, appuyée sur la géographie, les a suscitées et façonnées, voire parfois détruites. Pour notre étude, nous accorderons une place aux communautés d’habitants et paroisses, aux seigneuries, aux villes, aux pays et provinces.


LA COMMUNAUTÉ D’HABITANTS


La communauté d’habitants s’inscrit dans le cadre d’un village où se regroupent tout naturellement ceux qui y travaillent et ceux qui y résident. Elle s’administre de manière autonome sous le regard du seigneur garant de la paix publique. L’assemblée des chefs de famille y joue un rôle primordial même si la pratique des délégations laisse souvent la réalité du pouvoir aux syndics et procureurs. La dite assemblée légifère sur tout ce qui tient à la vie immédiate :

  •  
    • . police rurale,
    • . organisation des cultures,
    • . réglementation des forêts,
    • . usages locaux,
    • . régime des communaux...

Ce territoire constitue également une circonscription fiscale, élément inséparable de toute vie collective.


LA PAROISSE


Dans plusieurs régions du royaume, la communauté d’habitants se confond avec la paroisse, rassemblement des âmes rattachées à une église donnée dans un cadre territorial précis. Toute paroisse possède un patrimoine propre : sanctuaire, cimetière, presbytère, école... qui est géré par la fabrique, organisme juxtaposé au « corps politique » de la communauté d’habitants et qui est parfois absorbé par lui.


Centre de la vie spirituelle, l’église est aussi au cœur du temporel. L’assemblée des chefs de famille, souvent réduite à quelques notables, se réunit autour du curé et du seigneur ou de son représentant, dans un lieu dépendant du sanctuaire : sacristie, chapelle...

 

LA SEIGNEURIE


Selon le professeur François Olivier Martin, « la seigneurie est un territoire plus ou moins étendu et dispersé, dont le seigneur, en même temps qu’il en est le propriétaire, est aussi, à bien des égards le souverain, car il exerce un très large pouvoir de commandement ».

La seigneurie est le fondement majeur de l’organisation féodale.

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On peut considérer que la féodalité résulte du sursaut du corps social pour pallier la défaillance des autorités suprêmes de la Cité afin que soit sauvegardés l’ordre nécessaire et la recherche du bien commun. C’est une manière de pouvoir de substitution tombé entre les mains de la classe militaire, des grands propriétaires fonciers et des fonctionnaires de haut rang. Cet ordre nouveau, privilégiant les liens d’homme à homme, associe la domination des forts à la protection des faibles.

Le châtelain incarne l’intérêt de la collectivité dont il se trouve chef de guerre, juge et administrateur. Il accomplit dans le cadre étroit de ses fiefs un effort d’organisation réel même s’il ne néglige pas ses propres affaires. Considéré comme le « premier habitant de la paroisse », il s’affirme comme le représentant naturel de ses vassaux et tenanciers. En conséquence, il est de son devoir de soutenir leur cause.


LES VILLES


Les villes connaissent aussi le régime féodal et se voient souvent partagées entre plusieurs seigneuries. Avec le temps, elles chercheront à recouvrir leur unité primitive et leur autonomie de gouvernement.

Dès le XIIIe siècle, se marque nettement la différence existant entre les villes et le pays. Cette évolution est directement liée au renouveau des activités artisanales et commerciales. En l’an 1077, Cambrai se voit dotée d’une charte ; peu à peu, dans de nombreuses cités, les marchands, mal à l’aise dans le cadre limité de leur seigneurie, tenteront par la diplomatie, la force ou l’argent, d’obtenir un statut privilégié. La prospérité économique et la croissance démographique accentuent cette évolution. Les seigneurs laïcs se laissent en général fléchir plus facilement que les seigneurs ecclésiastiques.

Ainsi se crée la classe des bourgeois, hommes de la même cité ayant très tôt eu conscience de leur solidarité. Ils sont d’ailleurs souvent responsables ensemble des dettes de leur ville. La pratique des affaires a renforcé en eux le goût des réunions, des discussions et des négociations.

Au plan spirituel, ils se groupent en confréries pieuses et charitables afin de mettre en pratique les exigences du bien commun. Par ailleurs, pour la nécessité des affaires, on verra se constituer de puissantes associations marchandes : les guildes et les hanses.

Bien entendu, des déviations restent toujours possibles. Des sociétés secrètes peuvent voir le jour, des révoltes éclater contre le pouvoir des princes. Alors il faut réprimer, apaiser, négocier, faire droit aux revendications les plus raisonnables. Les usages évoluent, des chartes sont rédigées en bonne et due forme afin de tenir compte de la réalité nouvelle. C’est ainsi que l’on peut expliquer le mouvement communal des XIIe et XIIIe siècles.

 

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Ville de Feurs (Loire) au Moyen Âge (miniature du XVe siècle)

 

L’administration locale s’organise alors de manière empirique, au gré des réalités et des forces en présence. Dans certaines localités le seigneur ne concède qu’un minimum de franchises : abolition du servage selon l’adage : « l’air de la ville rend libre » ; propriété libre, mais limitée, dans l’enceinte urbaine ; négociation concernant le calcul et la perception de la taille, participation des bourgeois au fonctionnement de la justice seigneuriale.

À l’opposé, certaines villes jouissent d’une quasi souveraineté. Seigneuries roturières, elles s’intègrent totalement au monde féodal. C’est le cas des communes jurées dans lesquelles les bourgeois sont liés par un serment de paix et d’assistance alors que nobles et clercs sont écartés des responsabilités. De telles communes possèdent leur milice, leurs armoiries, leur beffroi. Le rôle du seigneur, toujours maintenu, se trouve alors extrêmement diminué.


LES PAYS ET PROVINCES


On entend par les mots pays ou province une entité territoriale spécifique jouissant d’un statut particulier en droit public comme en droit privé. L’origine de cette situation se trouve dans l’histoire. Tel fut le destin de la Bretagne qui, avant 1532, était un état souverain, une Cité au sens plein du terme et qui put conserver, en raison de son passé, un minimum d’autonomie et de privilèges.

Dans le pré carré français d’avant 1789, chaque pays, chaque province garde sa personnalité. Le roi, dans ses ordonnances, parle de « ses peuples » et, au moment du rattachement à la couronne de telle ou telle communauté, le souverain s’engage à en respecter ses libertés. Son rôle est celui d’un arbitre garant du bien commun général. En conséquence, il ne peut permettre à aucune partie de se substituer au tout dont il est l’incarnation. Aucun élément constituant le Royaume n’est autorisé à s’isoler de l’ensemble français ou à avoir un comportement contraire à ses fins propres.

Les corporations

Les métiers ou corporations peuvent être désignées par l’expression : corps intermédiaires professionnels. C’est d’ailleurs à leur propos que les auteurs des XIXe et XXe siècles ont utilisé le plus souvent ce vocable de corps intermédiaires. Le mot métier remonte aux temps anciens alors que celui de corporation date seulement du XVIIIe siècle.

La distinction traditionnelle fait le partage entre les métiers jurés et les métiers réglés.

  • Les premiers constituent des groupements professionnels autonomes doués de la personnalité juridique. Ils possèdent un pouvoir de discipline sur leurs membres, lesquels sont liés par un serment.
  • Les seconds sont soumis seulement à une réglementation et une surveillance des autorités municipales.

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  Edification de la cathédrale de Canterbury, Angleterre, (début des travaux au XIe)

 

Comme pour l’ensemble de la Cité, les communautés de métier vivent de la morale chrétienne. Celle-ci exige la pratique d’un commerce ou d’une activité artisanale, voire industrielle, honnête. L’ouvrage exécuté ou le service rendu doit être payé au « juste prix », celui qui permet à son auteur de vivre sans s’enrichir de manière exagérée. La bonne économie n’est pas celle qui produit sans limite mais celle qui permet aux plus démunis de subsister.

Si l’artisan ou le commerçant sont d’abord à leurs affaires, ils ne doivent pas pour autant négliger le service de la ville où ils exercent. Là encore, les intérêts du groupe, de la communauté, priment l’intérêt individuel.

Le métier reste avant tout une association de tous ceux qui ont la même activité : maîtres, ouvriers, apprentis. Cette association, primitivement régie par une coutume orale connaîtra, à partir du XIIIe siècle, la généralisation d’une coutume écrite, ceci afin de limiter les litiges d’interprétation.

Les dirigeants des métiers sont, dans la pratique peu nombreux. Ils tiennent leur mandat des gens de la profession, sauf lorsqu’ils sont désignés par le seigneur mais le cas est assez rare. Élus généralement pour une année, ils assurent le respect des usages, de la réglementation, de la discipline. Ils ont un droit de visite des ateliers et peuvent saisir les marchandises ou œuvres déloyales. La justice seigneuriale intervient alors pour sanctionner les contrevenants.

Selon ce qui est rapporté par François Olivier-Martin déjà cité : « À Paris les règlements ont été rédigés pour le commun profit du métier et de la ville (...) et pour le profit du Roi ». Ceci montre bien que l’intérêt de la Cité n’est jamais oublié.

On le sait, la communauté de métier se double le plus souvent d’une pieuse association qui est aussi une œuvre de charité destinée à secourir les plus nécessiteux de la profession : malades, accidentés, vieilles gens, veuves, orphelins...

 

 

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Symbole du particularisme normand, la Charte aux Normands octroyée le 19 mars 1315 par le roi de France Louis X le Hutin , confirmée par Philippe de Valois en 1339, bien qu’abolie par Louis XIV, continuera de figurer au titre des ordonnances royales jusqu’à la révolution française de 1789. Cette charte, sans équivalence dans la France de cette époque et aux valeurs quasi constitutionnelles, conférait à la Normandie une large autonomie vis à vis du pouvoir royal en matière fiscale, judiciaire et militaire. Source


 

Révolution et corps intermédiaires


Les corps intermédiaires à la veille de la Révolution

L’esprit qui avait présidé à l’établissement de ces diverses institutions s’est modifié au fil du temps. Déjà, sous la Monarchie, le mouvement de centralisation étatique et l’apparition de l’absolutisme ont amené le pouvoir à intervenir directement dans de nombreux domaines sans laisser jouer librement, dans les limites de leur légitime vocation, les corps intermédiaires.

C’est toujours la tentation des responsables de la Cité. Le souverain ne se trouve plus en position d’arbitre suprême mais de dirigeant, tente de considérer l’existence des communautés comme un obstacle à sa volonté de puissance. L’exemple de l’affaiblissement progressif des libertés provinciales est significatif.

Cependant on ne cherche pas à mettre en cause l’esprit du système. C’est seulement la réalité d’un rapport de forces, un penchant naturel, une sorte d’effet pervers du pouvoir. La famille, réglée par la loi religieuse, est préservée. On respecte les métiers et l’autonomie des villes et communautés rurales. L’essentiel du principe du subsidiarité se trouve maintenu.


L’avènement du libéralisme.
Les corps intermédiaires après la Révolution

 

Le grand changement arrivera avec la victoire du libéralisme et de son complice obligé, l’individualisme. Sans omettre, à l’autre extrémité de l’univers des idées, en une manière de réaction, le poids de l’étatisme forcené d’inspiration collectiviste. Cette évolution se conjuguera avec la perte progressive de la notion de bien commun, seul fondement légitime de toute société.

Ainsi que l’exprime Jean-Jacques Rousseau pour la pensée moderne : «  il faut trouver une combinaison où l’homme obéissant à l’autorité sociale n’obéisse en fait qu’à sa propre volonté libre  ».

L’individu devient, au moins en théorie, le centre et la mesure unique de la vie collective. Il se voit élevé au rang de seul interlocuteur de l’État alors que dans la doctrine traditionnelle il est saisi au travers de sa famille, de son village, de sa ville, de sa province, de sa profession.

À l’homme concret de l’Ancienne France, les idéologues cherchent à substituer un individu abstrait, déraciné, proie facile de toutes les manipulations. Ceci va avoir des conséquences dramatiques mettant en grave péril l’existence même de la Cité. Nous pouvons aujourd’hui en constater les effets.

Conséquences sur la famille

Les atteintes portées à la famille sont les plus sérieuses. Elles ébranlent et fissurent l’ensemble de l’édifice social. Ne l’oublions pas, la cellule familiale n’est pas un moyen ordinaire de réalisation du bien commun mais un moyen privilégié et irremplaçable découlant du droit naturel.

La famille se trouve, depuis des décennies, soumise à de nombreuses agressions : laïcisation du mariage, instauration du divorce, reconnaissance de l’union libre, PACS, destruction de l’autorité paternelle, législation sur l’héritage, rôle de l’enseignement public, législation de l’avortement, mise en œuvre de nouvelles techniques de procréation...

On peut aussi affirmer, sans risque d’être contredit, que les aides accordées par les gouvernants (parfois bien intentionnés) ont contribué à la remise en cause de la famille en permettant l’intrusion de l’État au cœur même de l’institution familiale.

 

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Le mariage civil institué par une loi du 20 septembre 1792, dernier jour de l'"Assemblée nationale Législative" qui laisse la place à la "Convention nationale" : on change de dénomination et on recommence...


La famille a été durement touchée par l’instauration du mariage civil. Notons, pour en sourire, qu’au regard du Code, le maire, ou son délégué, marie les futurs époux alors que pour l’Église, ce sont les fiancés qui se donnent mutuellement le sacrement de mariage.

La laïcisation tend à considérer l’acte comme un simple contrat révocable unilatéralement ou par consentement mutuel. On ôte ainsi à cette union toute transcendance, dimension pourtant conforme à sa nature et si nécessaire à sa pérennité.

Le divorce s’inscrit exactement dans la logique individualiste et libérale. Ce que la volonté a pu faire, la volonté peut le défaire. Actuellement, un mariage sur trois aboutit à un divorce, à Paris, un sur deux. Cet état de chose touche de plein front les enfants dans leur éducation. Il porte aussi à la diminution relative du nombre des naissances : peut-on mettre des enfants au monde et les élever dans le cadre d’une institution si fragile et si menacée ?

Suite logique de la décadence du mariage, l’union libre s’est développée dans une société ou plus de quarante pour cent des enfants voient le jour hors de la famille. Quelques retouches législatives suffiraient à lui permettre de supplanter définitivement le dit mariage dans l’esprit de nos concitoyens.

Enfin, le « mariage homosexuel » porte un coup de grâce à l’institution en la dénaturant, en s’attaquant à sa finalité même : la transmission de la vie humaine et l’éducation des enfants dans le respect de l’altérité complémentaire la plus manifeste, celle de l’homme et de la femme.

Notre époque a vu, bien sûr, la disparition de l’autorité maritale mais aussi l’anéantissement de l’autorité paternelle. L’autorité parentale qui a succédé à cette dernière, souvent illusoire dans les faits, est une nouvelle porte ouverte à l’intervention de l’État (ici sous l’habit du juge) dans le débat familial.

Il nous faudrait aussi citer, dans tout cet arsenal, les lois sur l’héritage qui mangent le patrimoine familial et réduisent la famille « reconnue » à quelques membres proches. Les autres parents subissent, pour leur part, une véritable spoliation par le biais de droits de succession confiscatoires. Pour le législateur, la famille moderne se compose des époux et, pour un temps seulement, des enfants non encore parvenus à l’autonomie. Il est opportun d’évoquer ici le rôle néfaste joué par l’abaissement, démagogique, de l’âge de la majorité.

L’école a tenu, et continue à tenir, une grande place dans cette funeste évolution. Certes, on pourrait s’attarder sur l’action redoutable de l’école laïque déterminée à promouvoir une société organisée en dehors de Dieu, mais nous devons constater que l’ensemble des acteurs du système éducatif a sa part de responsabilité dans ce naufrage. Personne ne s’est opposé à ce que l’État, après avoir cherché à monopoliser l’enseignement, s’empare de tout le domaine de l’éducation. Domaine dans lequel il montre, au demeurant, peu de réussite !

 

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La scolarisation des très jeunes enfants, alors que tout est dit entre deux et quatre ans, l’éloignement de la mère par le travail féminin, l’éclatement de la cellule familiale et la disparition des solidarités naturelles, ont rendu difficile, voire impossible, la transmission par chaque foyer des valeurs nécessaires à la Cité. C’était pourtant la vocation même de la famille. Les parents ont été mis dans l’incapacité de remplir leur mission par ceux-là mêmes qui ensuite ont fustigé leurs carences.

Le sujet qui nous occupe est immense. On ne peut qu’ouvrir des voies à la réflexion de chacun. Nul n’ignore, par exemple, l’influence prépondérante des groupes de pression agissant en faveur de la « libération des mœurs ». Le phénomène n’est pas récent même si son poids s’est multiplié grâce aux moyens de communication modernes. Déjà, à la fin de l’Ancien Régime, la diffusion des idées des Lumières, provoqua, entre autres méfaits, une très forte augmentation de la prostitution. Plus près de nous, et comme un lointain écho, la « révolution de mai 68 » a grand-ouvert les vannes de la licence et de l’esprit de jouissance, pulvérisant une morale devenue incompréhensible, tant il est vrai que l’égoïsme libéral a fini par occulter tout esprit de service du bien commun. Cet air vicié met en cause directement la famille.

L’esprit du temps, constatons-le, accepte toute cette décadence avec passivité, comme si c’était le prix à payer pour la liberté de chacun. C’est en particulier le regard que beaucoup de nos contemporains jettent sur le problème de l’avortement. Nous touchons ici un cas extrême où les protecteurs de l’innocence se trouvent condamnés et les criminels justifiés !

Conséquences sur les communautés territoriales

Les communautés territoriales, au moins les bourgs ruraux et les villes, paraissent avoir heureusement survécu aux secousses révolutionnaires. Pour le plus grand nombre, les communes se sont coulées dans le lit des anciennes paroisses. Il faut avouer cependant que nous l’avons échappé belle car les projets de découpage de la fin du XVIIIe siècle se moquaient allègrement de toutes réalités historique, géographique, religieuse, humaine. Déjà les technocrates étaient en marche.

 

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[La proposition géométrique des départements du comité Sieyès-Thouret, le 7 septembre 1789 propose de découper la France en carrés de départements géométriques.

 

Le département ainsi créé sera un nouveau moyen de contrôle politique étroit du territoire de la part du pouvoir central. Le 11 novembre 1789, l’Assemblée nationale constituante adopte un nouveau projet de découpage en départements dont les noms sont choisis en fonction de la géographie et de l’hydrographie, mais nullement de la réalité humaine et culturelle. La France est découpée en départements à la suite du décret d'application du 22 décembre 1789.  

Le département, cette imposture révolutionnaire conserva un semblant d'administration locale, mais en retira les spécificités des provinces, considérées comme provenant essentiellement des privilèges de l'aristocratie locale.

Les représentants des territoires et les députés à l'Assemblée dite "nationale", manipulés et trompés, déchantent. Le découpage départemental, fruit d'un  projet politique et idéologique ne tenant aucun compte des réalités humaines, culturelles, et identitaires locales, mélangeait des peuples différents au sein d'un même département. L'attitude d'incompréhension, de surdité et d'autisme adoptée par l'Assemblée nationale suscita une énorme désillusion. Ainsi, Basques et Béarnais étaient réunis dans le département des Basses-Pyrénées le 26 février 1790 (auj. "Pyrénées-Atlantiques"). « Le maire de Saint-Jean-Pied-de-Port, Fargues, prit l'initiative d'organiser une délégation auprès de l'Assemblée nationale. Ainsi, le 9 mars 1790 il adressait une lettre au syndic de Navarre : "Il importe croyons-nous, aux Pays Basques de se plaindre de leur réunion au Département du Béarn, de faire connaître à l'Assemblée Nationale le malheur incalculable qui en résulte pour eux, afin de préparer le redressement de ce grief à la prochaine législature, s'il n'est pas possible de faire revenir nos législateurs actuels sur leur pas." » (Arch. nat. D IV bis 110. Le document a été transmis par Pierre HOURMAT, "Bayonne et le Pays Basque au temps de la Révolution", Choix de documents, année 1790, Publication B.S.S.L.A.B., p. 15-16., cité in Manex GOYHENETCHE, Histoire générale du Pays Basque, La Révolution de 1789, tome IV, Elkar, Donostia 2002, p. 204.) Cette initative du maire de Saint-Jean-Pied-de-Port aurpès de l'Assemblée "nationale", laissée lettre morte, montre bien quel mépris cette institution oligarchique et non démocratique portait dès 1790 pour ses "administrés". Dans son Histoire générale du Pays Basque, Manex GOYHENETCHE précise qu'«il est manifeste qu'au-delà de l'intervention des députés du Pays Basque devant l'Assemblée nationale, l'opinion publique basque, favorable jusque-là au processus révolutionnaire, comme on l'a vu, vécut l'imposition du découpage départemental comme une grave atteinte à ses aspirations profondes. Plus d'un témoignage d'archives locales, dans la mesure où elles ont été conservées, abonde dans ce sens» (M. GOYHENETCHE, ibid., p. 203.) «A partir de l'été 1790, beaucoup de registres de délibérations ne contiennent plus que l'enregistrement ou la copie des décrets de l'Assemblée nationale. Ainsi à Saint-Jean-de-Luz, la dernière mention de réunion du corps municipal date du 14 décembre 1790. Ensuite, le registre ne contient que les décrets de l'Assemblée nationale jusqu'au 9 octobre 1793. Les communautés locales s'étaient transformées en organe d'enregistrement et de transcription des décrets de l'Assemblée nationale» (M. GOYHENETCHE, ibid., p. 217.) NdCR.]
 


Après la Révolution, il faudra compter avec le poids de la nouvelle administration. La tutelle royale laissait aux communautés villageoises, selon l’expression même de l’historien Pierre Goubert : « plus de liberté d’action (et parfois de parole) que les autorités préfectorales du XIXe et surtout du XXe siècle. »

Mais surtout, la commune que nous connaissons aujourd’hui, rurale ou urbaine, n’est plus l’émanation de la famille, cellule essentielle du corps social. Elle est le produit, dans son gouvernement, du suffrage censitaire ou universel, c’est à dire l’otage d’une majorité de rencontre, voire le résultat d’un mouvement d’opinion provoqué ou non.

La société qui s’installe en France, en application des principes de 1789, ne reconnaît plus qu’une seule légitimité, celle de l’élection. Ceci d’autant mieux que l’on sait orienter le vote de l’électeur, cette caricature de souverain empruntée et éphémère.

Confusion aussi dans la mesure où les communes, comme les départements et les régions, sont tout à la fois des collectivités territoriales décentralisées et des circonscriptions administratives d’État. C’est ainsi que le maire qui préside aux destinées de sa ville, agit aussi, en certains domaines, comme fonctionnaire du pouvoir : police, état civil, élections...

Notons également que depuis deux siècles toutes les communes, grandes ou petites, sont mesurées à la même aune politique. On ne connaît que quelques particularités minimes touchant Paris, Lyon ou Marseille. Cette uniformité technocratique oublie qu’« il n’y a pas de plus grande injustice que de traiter également des choses inégales ».

Cette situation stupide qui donne au bourg de cinquante habitants les mêmes pouvoirs qu’à la cité de cent mille âmes a poussé à la multiplication des niveaux de décision. On trouve ainsi des communes, des syndicats de commune, des districts, des communautés urbaines, des communautés de communes... et j’en oublie ! Dire que les bons esprits du XVIIIe s’étonnaient de la diversité des circonscriptions de l’Ancien Régime.

Tout cela a, sans doute, contribué en partie à la triste évolution des campagnes.
Les villes, disposant de ressources plus importantes en hommes et en moyens, ont, semble-t-il mieux résisté. Mais méritent-elles encore le nom de communes, au sens plein du terme, à l’instar de la commune jurée évoquée plus haut qui pratiquait réellement, entre ses membres, la solidarité et l’assistance ? Les populations urbaines s’avèrent aujourd’hui trop diverses et trop instables pour que puissent subsister des valeurs de l’antique bourgeoisie.

Les pays ou provinces ont disparu en même temps que les seigneuries lors de la grande braderie du 4 août 1789. Ces dernières avaient beaucoup évolué depuis la lointaine féodalité, réduites en importance par la consolidation progressive du pouvoir royal.

Grâce à Dieu, siècles après siècles, les habitants ressentaient moins le besoin de cette présence armée du château et le souverain, tout en maintenant les justices locales, s’affirmait toujours davantage comme le justicier suprême, par la voie de l’appel. Cependant la seigneurie, devenue essentiellement une entité économique et sociale, continuait à jouer un rôle. Aucune des réformes engagées au XVIIIe siècle ne prônait sérieusement sa disparition. L’autorité morale du seigneur restait, le plus souvent, irremplaçable.

Les nouveaux maîtres de la France, confondant unité et uniformité, dans leur volonté de faire table rase du passé, supprimèrent également provinces et pays. On avança pour les condamner le mot de privilège en l’affublant d’une signification péjorative qu’il n’avait pas ordinairement. La manipulation du vocabulaire est une arme puissante aux mains des révolutionnaires.

Plus récemment, les provinces ont semblé renaître lors de la mise en place des régions. Les vieux noms ont été repris, au moins pour beaucoup d’entre elles mais ce ne fut qu’une illusion. Il y a peu de choses communes entre ces nouvelles structures et les antiques provinces chargées d’histoire.

Conséquences sur les corporations

Dès avant les événements de 1789 les esprits « éclairés » s’opposèrent aux corporations au motif qu’elles constituaient une entrave inadmissible à la liberté du commerce et de l’industrie. Le XVIIIe siècle les considérait comme des corps exclusivement tournés vers la défense de leurs intérêts particuliers et foncièrement hostiles aux innovations techniques nécessaires. Rien ne devait barrer la route au progrès dont le règne était amorcé pour le bonheur des peuples !

 

Certes, comme toute institution, les métiers pouvaient parfois avoir besoin de réformes, de retour à l’esprit qui les animait lors de leur création, mais le libéralisme avait juré leur perte. L’édit de février 1776 supprima corporations et métiers et ce, sans indemnisation des intéressés. Les idées de Turgot triomphaient.

Pourtant cette victoire du « laisser faire laisser passer » fut de courte durée. Quelques mois plus tard, Maurepas rétablit ces corps intermédiaires en concédant cependant qu’ils ne seraient plus obligatoires.

http://img.over-blog.com/600x810/0/51/99/49//acquis-1789-copie-1.jpgLa loi Le Chapelier anéantit définitivement les corporations le 14 juin 1791. Cette décision qui interdisait toute coalition des ouvriers (sous l’influence de grèves récentes) s’avéra une des plus néfastes pour le peuple surtout lorsque arriva ce que l’on a appelé justement la « révolution industrielle » : la misère des ouvriers exploités par la bourgeoisie révolutionnaire reste un des plus grands scandales du XIXe siècle.

Durant les XIXe et XXe siècles on essaya pourtant de lutter contre cet état de chose si préjudiciable aux plus faibles. Mais selon l’expression même du Comte de Chambord, dans sa Lettre sur les ouvriers publiée en 1865 :

Malgré la création de sociétés de secours mutuels, des caisses de secours, des caisses d’épargne, des caisses de retraite, des œuvres pour le logement, pour le service des malades, pour l’établissement des écoles dans les manufactures, pour la moralisation des divertissements, pour la réforme des compagnonnages, pour les soins aux infirmes, aux orphelins, aux vieillards, malgré tous les efforts de cette charité chrétienne qui est particulièrement l’honneur de notre France, la protection n’est pas suffisamment exercée partout, et les intérêts moraux et matériels des classes ouvrières sont grandement en souffrance.

Et à ce mal l’héritier de nos Rois propose un remède :

À l’individualisme opposer l’association, à la concurrence effrénée le contrepoids de la défense commune, au privilège industriel la constitution volontaire et réglée des corporations libres.

Cette idée sera souvent reprise par des hommes politiques et des penseurs mais ne sera qu’exceptionnellement mise en œuvre et dans un contexte peu propice à cette mutation.


Les souverains pontifes ont, à propos des corporations parlé :

  • « d’une institution due à la sagesse de nos pères et momentanément interrompue » [1]
  • et de la « bienfaisante influence des corporations » [2],
  • ou encore de « la nature [qui] incline les membres d’un même métier ou d’une même profession... à créer des groupements corporatifs » [3].
  • En 1949, le pape Pie XII déclarait dans la même ligne : « Nous ne nous lassons pas de recommander instamment l’élaboration d’un statut de droit public de la vie économique, de toute la vie sociale en général, selon l’organisation professionnelle. »

Bien entendu la doctrine libérale s’oppose à cette nécessaire association tout comme les syndicats modernes qui vivent des antagonismes suscités au nom de la lutte des classes. Il y a bien le Conseil économique et social mais ce n’est pas, il s’en faut de beaucoup, une chambre corporative.

 

Conclusion

 

Malgré le triomphe, sans doute provisoire, du libéralisme et de l’individualisme, doctrines si funestes pour la Cité, l’homme ressent toujours le besoin d’appartenir à des communautés diverses et complémentaires, de s’y enraciner. Il s’y trouve à la fois protégé et encouragé dans son effort de perfectionnement.

Sa nature profonde le pousse à s’associer à ses semblables pour réaliser une œuvre qui le grandit et lui donne sa véritable dimension : la recherche du bien commun. Ainsi il peut surmonter ses faiblesses, dépasser son égoïsme, aller au delà de son immédiat intérêt et assumer pleinement son destin de fils de Dieu.

Faute de trouver normalement l’appui de ces corps intermédiaires, l’homme risque de sombrer dans la solitude stérile où de s’agréger à des solidarités de rencontre porteuses de fausses valeurs. Ainsi égaré, il ne pourra accomplir sa vocation temporelle et spirituelle.

C’est donc à un long travail de reconstruction que nous sommes conviés. Cette tâche dépasse nos pauvres forces mais Dieu viendra à notre aide si nous acceptons, selon la parole de saint Pie X de « tout restaurer dans le Christ ». Alors les individus et les nations prendront le chemin de la conversion, la chrétienté rayonnera à nouveau et le Roi reviendra.

Aujourd’hui ou demain, peu importe. Celui qui sème n’est pas toujours celui qui récolte, mais l’un et l’autre ont accompli leur devoir.


[1Léon XIII - Humanum genus

[2Léon XIII - Rerum Novarum

[3Pie XI - Quadragesimo Anno

 

 

Source: http://www.viveleroy.fr/?Les-corps-intermediaires-entre

 

 

. Le mythe de la République "sociale"

. C'est la droite légitimiste qui la première prend la défense des travailleurs

. Marion Sigaut: Comprendre les Lumières, Aux sources de la prolétarisation du monde ouvrier

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 06:45

"La France est née en 1789", "la nation française est née en 1789", etc. sont des antiennes républicaines assénées régulièrement par les hommes politiques dans de grands élans lyriques, afin de faire croire que la France d'avant 1789, nécessairement plongée dans les ténèbres de l'obscurantisme moyen-âgeux et d"'Ancien Régime"..., est venue soudainement à la lumière en 1789 (Cf. L'illuminisme au XVIIIe siècle). Cette illumination soudaine serait l'acte fondateur de la nation française... Le dernier à le dire est le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, dénommé El Blanco "Quand même" dans les banlieues, aujourd'hui devenu Premier ministre par la grâce des loges..., qui le 8 octobre 2013, déclara : "Historiquement, c'est la gauche qui a inventé la nation, en 1789" (sic).

 

Lors du Discours de Villepinte le 11 février 2007, Ségolène Royal (socialiste) déclarait : "La France,... c'est la grande lumière jamais éteinte de la Révolution française, ... ce sont des valeurs exigeantes et belles proclamées par la Révolution française". Cinq jours auparavant, dans Le Monde du 6 février 2007, elle déclarait : "La France n'est pas la synthèse de l'Ancien Régime et de la Révolution.... C'est la rupture opérée par la Révolution qui explique la France d'aujourd'hui".

 

Le 9 mars 2007, c'était au "centriste" François Bayrou de faire son cinéma : "L'identité nationale de la France, elle a un nom, c'est la République" (La Croix, AFP, 09/03/2007 20:54, PERPIGNAN (AFP) - François Bayrou: "l'identité nationale de la France c'est la République").   

 

À "droite", un agent "libéral" du mondialisme illuminateur, Nicolas Sarozy, invité en 2007 à dire s'il se sentait l'héritier de Jacques Chirac, indiquait "ne se sentir l'héritier de personne...  La France, c'est la République, ce n'est pas un héritage", affirmait-il. (Le Monde, 12.03.07 | 09h24 Sarkozy "touché" par la déclaration de Jacques Chirac).  

 

Un peu plus tôt en 2004, Dominique de Villepin ("droite" UMP), apôtre des "Lumières", s'écriait : "Je crois à cette folle immortalité française qui veut réconcilier les contraires. Je crois à l'éternité de l'homme né un soir de 1789..." (Dominique de Villepin, Le requin et la mouette, éd. Plon 2004). 

   

Ces quelques exemples montrent des hommes politiques, à la suite de tout un courant républicain qui balayent d'un revers de la main, l'histoire de la France avant 1789, selon une méthode qui conciste en une sorte de mémoricide historique, pour reprendre la terminologie du "mémoricide" qui a été défini juridiquement par l'historien Reynald Secher, "comme un crime contre l'humanité qui consiste à concevoir, réaliser, être complice, tant dans la conception que dans la réalisation partielle ou totale, d'une volonté ou d'un acte dont la finalité est de nier, relativiser, justifier, partiellement ou totalement dans le temps, un acte premier de génocide" (Vendée, du génocide au mémoricide, mécanique d'un crime légal contre l'Humanité, Cerf Politique, Paris 2011, p. 267.)

 

La France en effet n'a pas attendu les mémoridices de son histoire pour être une nation. La culture française, la France et ses valeurs existaient bien avant la date fatidique !


Le mémoricide

 

Ainsi, à la fin du XIXe siècle, un auteur catholique antilibéral, Mgr de freppel s'étonnait déjà : "On a calculé que la Constituante avait confectionné, en deux ans, 2557 lois; la Législative, en un an, 1712; et la Convention, en trois ans, 11 210... Jamais spectacle plus byzarre n'avait été donné au monde. On eût dit que la France ne faisait que de naître, et qu'il fallait la traiter comme une horde de sauvages arrivant à l'état social..." (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 46.)


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  Les États généraux se réunissent le 5 mai 1789 à Versailles, dans la salle de l'hôtel des Menus Plaisirs.

 

Sous la Révolution dite "française", un Condorcet, parmi d'autres..., dans Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain (1795), explique que le processus d'émancipation du genre humain, composé de neuf stades successifs, débute par la Réforme et l'invention de la presse et atteint son apogée dans la Révolution... Celle-ci serait le point de départ, la date de naissance de la France émancipée, libre & égale évidemment, et sur la voie du progrès... Le mythe révolutionnaire était né.

 

L'historien Pierre Gaxotte indique à la première page de son Siècle de Louis XV, que "PENDANT tout un siècle, les Français ont eu la faiblesse de croire que leur histoire commençait en 1789..." (P. Gaxotte, Le siècle de Louis XV (1933), Livre de Poche Historique, Paris-Coulommiers 1956, p. 7). Aujourd'hui encore, on l'a vu, il est courant d'entendre la légende révolutionnaire se répandre. Or, ce n'est pas en 1789 que la France est née, mais treize siècles plus tôt... en 496 exactement, au moment du baptême de Clovis. On fonde traditionnellement la naissance de notre pays à cette date, lorsque par la conversion de Clovis, la France devient "la Fille aînée de l'Eglise", première nation européenne à être convertie selon le commandement de Notre Seigneur Jésus-Christ ("Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit". Evangile selon Saint-Matthieu, XXVIII, 19.)

 

Le médiéviste Jacques Heers dans "L’Eglise et les deux glaives", indique que la civilisation occidentale elle-même est née de l’alliance du Trône et de l’Autel. On comprend toute l'importance qu'a pu ainsi jouer notre nation dans l'éclosion de cette "civilisation occidentale".

 

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Seulement, comme le déplore l'historienne archiviste-paléographe Régine Pernoud, les universitaires, au moins en France, se sont soigneusement appliqués à ignorer délibérément les grands noms de notre Moyen Âge : "Tristan et Iseut, Roland et Olivier, le roi Arthur et Charlemagne, ce sont, avec Renart et ses comparses, les seuls noms ou à peu près qui aient pu, en France du moins..., subsister dans notre patrimoine folklorique et triompher d'une ignorance soigneusement entretenue par les universitaires." (Régine Pernoud, Aliénor d'Aquitaine, Livre de poche, La Flèche 1965, p. 148).

 

Il est donc temps aujourd'hui de mettre fin à la propagande révolutionnaire, et d'en finir avec le mémoricide historique de la "France née en 1789".

 

La France est née en 496

 

"La France, avait écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, est originairement et substantiellement chrétienne: AUCUNE RÉVOLUTION NE CHANGERA SA NATURE, SA CONSTITUTION, SON TEMPÉRAMENT, SA MISSION, SON HISTOIRE, SA DESTINÉE, SES ASPIRATIONS" (Cardinal Pie, La Royauté sociale de N.S. Jésus-Christ, d'après le cardinal Pie, P. Théotime de Saint-Just, O.M.C., Lecteur émérite en théologie, 1923, Éditions Saint-Rémi, note 246, p. 186).

 

Le baptême de Clovis Ier en 496, acte de naissance de la France "Fille aînée de l'Eglise" est une donnée de l'histoire, un acquis que les républicains ne peuvent pas effacer, faire comme s'il ne s'était jamais produit. Les ennemis de l'Eglise auront beau écrire n'importe quoi, tourner autour du pot, ils ne pourront pas et ne pourront jamais effacer le baptême de Clovis, baptême de la France Fille aînée de l'Eglise.

L'ennemi infernal a alors imaginé un stratagème en enseignant aux enfants qu'en réalité le baptême de Clovis n'en est pas un et donc la France n'est pas née en 496, car Clovis se serait converti à des fins purement politiques (ce qui ôte l'élément spirituel dans la naissance de la France).


La vocation chrétienne de la France

 

« Au regard des catholiques, les nations ne sont pas toutes égales. Certaines remplissent, dans l'histoire de l'Eglise, un rôle exceptionnel. Comment ne pas penser à ce propos à l'Italie, terre des saints et du pape, ainsi qu'à l'Espagne, qui eut avec le Portugal le privilège d'offrir au Christ le Nouveau Monde?

 

"La France, elle aussi, a tenu dans l'Eglise une place éminente. Ce n'est pas sans raison que les souverains pontifes voulurent la saluer du nom de "Fille aînée de l'Eglise" et conférèrent à ses rois le titre de "Très-Chrétiens".

 

Cette place de la France dans le plan divin n'est pas d'abord le fruit de qualités que la France aurait possédées, ou d'une tâche qu'elle aurait accomplie pour la gloire de Dieu. Bien au contraire, c'est parce que Dieu voulait que notre pays accomplit une tâche extraordinaire qu'il la dota de qualités particulières. En d'autres termes, il s'agit d'une prédestination, d'une vocation, la "vocation chrétienne de la France".

 

Comme toute vocation, celle de la France comporte d'abord une prédilection, un amour particulier antérieur à tout mérite. Parmi tant d'autres pays qu'il aurait pu choisir, c'est le nôtre que, gratuitement et sans mérite de sa part, Dieu a voulu appeler à cet honneur. Cette prédilection s'est manifestée clairement dans le choix de Clovis.

 

Celui-ci n'était qu'un obscur petit chef barbare et païen, noyé dans une Gaule appartenant nominalement à l'Empire romain mais entièrement envahie par de puissants peuples germaniques de confession chrétienne-arienne. Ces trois "qualités" de Clovis, l'obscurité, la barbarie et le paganisme, n'étaient certainement pas des titres particuliers à un amour préférentiel de la part du Seigneur. Pourtant, c'est bien Clovis qui fut choisi entre tous et tiré efficacement de son obscurité, puis de son paganisme, enfin de sa barbarie, pour fonder, sur les débris de l'Empire, la première et la plus puissante des nations européennes modernes.

 

Cette vocation se traduit ensuite par des grâces et des secours particuliers, permettant à la France de remplir dignement la mission divine qui est la sienne. Les figures de saint Rémi, de sainte Clotilde, de sainte Geneviève, de saint Louis, de saint Vincent de Paul, de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, du saint Curé d'Ars, de sainte Thérèse de Lisieux, de tant de saints envoyés à la France pour la guider et lui obtenir les grâces de sa vocation, sont les signes éclatants de ce secours divin. Par dessus tout, c'est le personnage de Jeanne d'Arc qui atteste plus qu'aucun autre que Dieu voulait la continuité de la France, menacée alors d'être englobée et dissoute dans le royaume d'Angleterre." [ce qui aurait fait d'elle par la suite un pays protestant...]

 

(Abbé Benoît de Jorna, Fideliter, Le Christ qui aime les Francs, Mars-Avril 1996, n° 110, éditorial, p. 1-3).


14 juillet 1790, la "Fête de la fédération" fondant l'unité française : un mythe (Jean Sévillia)

 

"Le 14 juillet 1790, au cours de la fête de la Fédération (fête révolutionnaire célébrée pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille), Louis XVI prête serment à la Constitution. Mais lors de cette journée que les manuels scolaires présentent comme la fondation de l'unité française, la personne du roi est applaudie, particulièrement par les provinciaux: la légitimité royale n'est pas morte..."

 

(Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 181-182.)

 

 

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La victoire de Tolbiac: baptême de Clovis, baptême de la France

 

La victoire de Tolbiac eut lieu en 496 et non dix ans plus tard... (Georges Bordonove)

 

"Le choc décisif se produisit sur les rives du Rhin, dans un endroit indéterminé, mais qui pourrait être Zülpich (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) en raison de sa position stratégique.

 

Les Alamans ne cédaient rien aux Francs en matière de bravoure. Leur armement était le même. Ils utilisaient la terrible lance à crochet et la hâche de jet. Ils avaient le même mépris de la mort, et d'autant que, dans leurs croyances, les guerriers braves étaient promis aux voluptés du Walhalla. Peut-être leur férocité dépassait-elle celle des Francs. Selon le témoignage de Procope, ils immolaient aux divinités des arbres et des eaux des boeufs, des chevaux auxquels ils tranchaient la tête et leurs autels ruisselaient de sang.

 

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Il est possible que l'armée de Clovis ait été inférieure en nombre. Les soldats de Clovis plièrent soudain. Il s'efforça en vain de ranimer leur courage: à cette époque, les rois combattaient au premier rang; leur mort entraînait le plus souvent une débandade générale.

Grégoire de Tours écrit : "Il arriva en effet que la rencontre des deux armées dégénéra en un violent massacre et que l'armée de Clovis fut sur le point d'être exterminée".

 

Mal engagé, sentant venir pour la première fois de sa vie une défaite militaire, c'est le moment précis où Clovis invoque le Dieu de Clotilde, ouvre les bras et lève les yeux vers le ciel où le Christ et ses anges apparaissent soudain.

 

Clovis tint ce discours: "Ô Jésus-Christ, que Clotilde proclame fils du Dieu vivant, toi qui, dit-on, donnes une aide à ceux qui peinent et attribue la victoire à ceux qui espèrent en toi, je demande pieusement la gloire de ton assistance; si tu m'accordes la victoire sur mes ennemis et si j'éprouve la vertu miraculeuse que ton peuple déclare avoir constatée, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom. J'ai en effet invoqué mes dieux, mais comme j'en fais l'exprérience, ils se sont abstenus de m'aider; je crois donc qu'ils sont dépourvus de puissance, eux qui ne viennent pas au secours de leurs serviteurs. C'est toi maintenant que j'invoque, c'est à toi que je désire croire pour que j'échappe à mes adversaires"...

 

Les Alamans fléchirent brusquement et commencèrent à reculer. Leur roi-chef de guerre venait d'être tué. Le massacre commença, mais les Alamans demandèrent grâce. Clovis la leur accorda et arrêta la tuerie. [...] Les Alamans se soumirent, abandonnant le cour supérieur du Rhin désormais placé sous le contrôle de Sigebert...

 

Ayant gagné sa capitale, qui était encore Soissons, il raconta à la reine Clotilde comment il avait remporté la victoire sur les Alamans en invoquant le nom du Christ.

 

"La tradition du voeu de Clovis en pleine bataille, [...] est trop constante, en dépit de ses variantes, pour qu'on puisse la révoquer en doute... Certains ont vu dans la promesse inconditionnelle du roi des Francs un vulgaire marché. Il n'appartient pas aux historiens de sonder les reins et les coeurs; ils ne connaissent que les faits. Or ceux-ci motivent précisément en faveur de la sincérité de Clovis" (Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Clovis, J'ai lu, Edition illustrée, Paris 2001, p. 95-96).

 

"La bataille dite de Tolbiac contre les Alamans, eut lieu la quinzième année du règne de Clovis, par conséquent en 496. Cette date est généralement admise. Je passe à nouveau sur les querelles d'érudits tendant à la reculer de dix ans, pour le seul plaisir de bouleverser la chronologie traditionnelle..." (Georges Bordonove, ibid., p. 94).

 

C'est qu'en effet, certains ennemis de l'Eglise ont entrepris de jeter le trouble sur cette date afin d'occulter le divin miracle de la conversion et de la victoire de Tolbiac.

 

"La construction sociopolitique de notre pays n'est pas le seul fait de la dynastie capétienne. Elle a ses premières racines, non les moins tenaces, dans l'histoire des Mérovingiens comme dans celle des Carolingiens" (Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Clovis, J'ai lu, Edition illustrée, Paris 2001, p. 7.)

 

"Épris de la fière Burgonde Clotilde, dont l'âme était aussi haute que la sienne, il [Clovis] lui donna une large part d'influence dans les affaires publiques. Elle régna véritablement avec lui, aux applaudissements des Francs, qui admiraient son intelligence, son énergie, son caractère résolu.

 

Les Gaulois se réjouirent de voir assise sur le trône du glorieux Sicambre une femme de ce mérite; ils se prirent à espérer que Chlodowig (Clovis) subirait jusqu'au bout l'ascendant que sa noble épouse obtenait sur lui, et qu'il finirait, instruit à son école, par confesser la foi du Christ." (C. Guenot, Le Fils aîné de l'Eglise, Épopées de l'histoire de France, Vve H. Casterman, Tournai 1883, p. 49).

 


Date du baptême de Clovis

 

On situe traditionnellement la date du baptême de Clovis à Reims avec 3000 guerriers par saint Rémi, évêque de Reims, le 25 décembre 496 ou 498, voire 506 (Source: Pierre Chaunu, Éric Mension-Rigau, Baptême de Clovis, baptême de la France, De la religion d'État à la laïcité d'État, Éditions Balland, Mayenne 1996, p. 23).

 

"L'estimation la plus prudente situe l'évènement entre 496 et 498" (Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock, Évreux 1980, p. 16).


La Sainte Ampoule et la doctrine chrétienne de l'égalité (devant Dieu)

 

"Par la sainte Ampoule (petite fiole contenant une huile sacrée qui aurait servi lors du baptême de Clovis) se trouve symbolisée la doctrine chrétienne, selon laquelle tous les hommes étant égaux, aucun d'eux ne peut exercer l'autorité sur ses semblables si ce n'est par une délégation de Dieu, à qui il devra des comptes.

 

D'ailleurs, l'expression, 'par la grâce de Dieu roi de France', telle qu'on l'employait aux temps féodaux, n'est pas autre chose qu'une forme d'humilité"

 

(Source: Georges et Régine Pernoud, Le tour de France médiévale, L'histoire buissonnière, Stock, Évreux 1982, p. 63).

 

"Autre symbole de la royauté: l'histoire de David et de Salomon, qu'on peut voir sur cette même façade de la cathédrale de Reims, au-dessus de la grande rose : c'est aux rois juifs, en effet, et aux coutumes hébraïques que se rattache la cérémonie du sacre. Le sacre de nos rois (de même qu'aujourd'hui celui des souverains d'Angleterre) et le sacre de David, que l'on voit figuré au centre de la façade de Reims, sont identiques dans leurs principaux rites.

 

Manuscrit--dit-evangeliaire-de-Morienval.jpgAvant que, sur cet autel, l'archevêque ne commence à célébrer la messe, le nouveau roi vient prêter serment sur l'Évangile. On conserve encore à la bibliothèque du chapitre de Noyon un évangéliaire sur lequel fut prêté le serment royal : c'est l'admirable évangéliaire de Morienval. Il date du IXe sièlce. Le roi jure de défendre l'Église et de conserver à chacun des évêques la loi et la justice qui lui sont dues; il jure également de rendre au peuple la justice à laquelle il a droit. À cet instant, les voûtes de la cathédrale retentissent de cris : ce sont les seigneurs et le peuple qui, par trois fois, crient ensemble en latin: 'Nous approuvons, nous voulons qu'il en soit ainsi!' Ces cris, qu'on appelle, l'"acclamation", rappellent au roi qu'il reste l'élu du peuple"

 

(Source: Georges et Régine Pernoud, ibid., p. 64).

 

"Plus tard, les révolutionnaires en s'acharnant sur Clovis avec une fureur dévastatrice (son sarcophage est profané, sa basilique détruite, la sainte ampoule solennellement brisée neuf mois après la mort de Louis XVI...), le consacrent malgré eux comme le fondateur de la royauté sacrée. L'affrontement parfois violent au cours du XIXe s. des deux France lui donne un nouveau souffle : comparé à Charlemagne, saint Louis ou Jeanne d'Arc, il devient le symbole de la France chrétienne et royaliste, opposée aux républicains laïc". (Pierre Chaunu, Éric Mension-Rigau, ibid., p. 12).

 

Le baptême de Clovis, premier sacre de nos rois de France

 

Le baptême de Clovis a été perçu comme le premier sacre de nos rois de France au IXe siècle par Hincmar de Reims (806-882).

 

L'histoire telle qu'on l'enseigne aujourd'hui dit que, le premier monarque franc à avoir été sacré fut Pépin le Bref en 751 par Saint Boniface, évêque de Soissons pour la Neustrie, et à nouveau en 754 par le pape Étienne II.

 

Or, en 869, Hincmar de Reims, archevêque de Reims, nous dit que Rémi, immédiatement après le baptême de Clovis, l’avait sacré et oint avec une huile «envoyée du ciel dans la sainte ampoule» par le truchement d’une colombe venue se poser sur l’autel même de l’Eglise. Cette histoire plaisant fort au peuple, sera reçue comme un symbole par presque tous.

 

Si l'on en croit Hincmar (et je ne vois pas pour quelle raison on devrait écarter a priori son témoignage), Clovis fut sacré et oint avec une huile sainte, ce qui est resté dans la tradition historique comme le premier sacre (de droit divin) de nos rois.


Narration du sacre et "Serment de Saint Rémi" ou "Testament"

 

"Dans la nuit de Noël 496, au jour anniversaire et à l'heure même de Sa naissance, le Christ – lors de la naissance spirituelle de notre France et de nos Rois – voulut, par un miracle éclatant, affirmer la Mission providentielle de notre pays et de notre race Royale, au moment même où saint Rémi va proclamer cette Mission au nom du Tout-Puissant, pour sanctionner solennellement les paroles (divinement inspirées) de Son Ministre. À minuit, alors que le Roi, la Reine et leur suite sont dans l'Église Saint-Pierre où l'Archevêque les a convoqués, "soudain, raconte Hincmar (Migne, Patrologie Latines, tome CXXV, p. 1159. Hincmar, Vita Sancti Remigii, chap. XXXVI), une lumière plus éclatante que le soleil inonde l'Église! Le visage de l'évêque en est irradié! En même temps retentit une voix: La paix soit avec vous ! C'est moi! N'ayez point peur! Persévérez en ma dilection! Quand la voix eut parlé, ce fut une odeur céleste qui embauma l'atmosphère. Le Roi, la Reine, toute l'assistance épouvantée, se jetèrent aux pieds de saint Rémi qui les rassura et leur déclara que c'est le propre de Dieu d'étonner au commencement de Ses visites et de réjouir à la fin.

 

Puis soudainement illuminé d'une vision d'avenir, la face rayonnante, l'œil en feu, le nouveau Moïse s'adressant directement à Clovis, Chef du nouveau Peuple de Dieu, lui tint le langage – identique quant au sens – de l'ancien Moïse à l'ancien peuple de Dieu :

 

"Apprenez, mon fils, que le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l'Église romaine, qui est la seule véritable Église du Christ".

 

"Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes et il embrassera toutes les limites de l'Empire romain ! Et il soumettra tous les peuples à son sceptre ! Il durera jusqu'à la fin des temps ! Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera fidèle à la foi romaine. Mais il sera rudement chatié les fois qu'il sera infidèle à sa vocation." (Migne, Patrologie Latines, tome CXXXV, p. 51, Flodoard, Historia Ecclesiae Remensis, Lib. I, chap. XIII).

 

Cette prophétie est faite à la race royale, pour bien marquer que la race royale doit être aussi inséparable de la France que la France doit être inséparable de l'Église... (Cf. Marquis de la Franquerie, Saint Rémi,Thaumature et Apôtre des Francs, Éditions Résiac, Montsurs 1981, p. 10).


Le baptême de Clovis : une réelle démarche de foi

 

Notons bien que d'un point de vue politique, le choix du catholicisme (associé à l'empire romain, faible et lointain) plutôt que de l'arianisme (peuplades barbares voisines) ne fut certainement pas le choix le plus facile...

 

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Le Baptême de Clovis, Paul-Joseph Blanc v. 1881

 

"Tous les peuples vaincus de l'Empire romain étaient catholiques, mais toutes les nations barbares et victorieuses étaient ariennes, en Gaule, en Espagne, en Italie, en Afrique. Il fallait donc au Roi se séparer de tous les peuples amis, issus de la même origine, pour adopter la religion des peuples de race étrangère et ennemie ! C'était la vraie difficulté. Elle était si grande que le prince avait vu s'introduire l'arianisme jusque dans sa propre famille. Sa sœur Alboflède, qu'il aimait beaucoup, et qui sans doute exerçait une grande influence sur son esprit était arienne. Aussi sommes-nous convaincu que Rémi ménagea le mariage de Clotilde et de Clovis pour combattre avec plus de succès auprès du roi l'influence de sa sœur. Car non seulement, Clotilde était catholique, mais elle était de plus l'ennemie personnelle des ariens" (qui avaient assassiné ses parents et ses frères).

 

Si Clovis avait été astucieux et rusé (comme certains historiens le prétendent...) il aurait feint la conversion, se réservant de revenir plus tard à ses convictions, quand sa domination eût été assurée; il ne le fit pas: lui aussi préféra rester impuissant, plutôt que de se mentir à lui-même. Dieu pour fonder la France avait préparé deux grandes âmes, nobles toutes deux, dignes de s'entendre, de s'estimer et de s'aimer.

 

Aussi à partir du baptême du roi, l'intimité devint plus grande (encore), Rémi prit part aux affaires de la nouvelle royauté; tous deux de concert s'appliquèrent à réaliser l'unité religieuse et territoriale des Gaules. Dans toutes les guerres de Bourgogne et d'Aquitaine, Saint Rémi était intervenu, les avait approuvées et pratiquement dirigées, en plein accord avec Clovis.

 

Le pape saint Hormisdas – le zélé défenseur de l'orthodoxie contre les euthychéens fit signer par l'empereur Justin, le formulaire de foi qui proclamait l'infaillibilité de l'Église en matière de foi, institua saint Rémi légat avec pleins pouvoirs pour toute l'ancienne Gaule, toute la France : "Nous vous donnons tous nos pouvoirs pour tout le royaume de notre cher Fils spirituel Clovis, que par la grâce de Dieu vous avez converti avec toute sa nation, par un apostalat et des miracles dignes du temps des Apôtres" (Hincmar, Vita Sancti Remigii, chap. LIV, cité in Marquis de la Franquerie, ibid., p. 26-27).

 

C'est qu'au moment du baptême de Clovis, à la fin du Ve s., l'Eglise et les fidèles sont opprimés de tous côtés par des princes hérétiques. "L'empereur Anastase, en Orient, est livré aux Eutychiens; Theodorick, roi d'Italie, Alaric, roi des Wisigoths en Espagne et en Aquitaine, Gondebald, roi des Burgondes, Trasamond, roi des Vandales en Afrique, professent les erreurs d'Arius" (Source: C. Guenot, Le Fils aîné de l'Eglise, Épopées de l'histoire de France, Vve H. Casterman, Tournai 1883, p. 77).

 

Il faut aussi se rappeler que "Clovis croyait aux dieux des anciens Germains : Wotan, dieu des batailles, Thor, le génie de la guerre armé d'un marteau, Thunar, le dieu du tonnerre, Frea, l'épouse de Wotan et la mère de tous les demi-dieux personnifiant les forces de la nature. [...] Il croyait aux devins et aux sorciers. Il croyait aussi à lui-même, puisqu'il avait une origine divine. Pouvait-il concevoir que ce Jésus-Christ qui parlait d'amour, de pardon et de résignation fût un dieu, c'est-à-dire pour Clovis l'équivalent d'un prince ? Un prince se fût-il laissé capturer, fouetter, enchaîner? Eût-il accepté de subir le supplice le plus infamant, celui de la croix ?

 

En outre, en abjurant les croyances germaniques, Clovis abjurait sa propre identité, anéantissait le prestige que ses origines réputées divines lui valaient. Il perdait le caractère sacré que lui reconnaissaient les Francs. Il courait le risque d'offenser gravement ceux-ci, de se voir abandonné par une partie de ses fidèles." (Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Clovis, J'ai lu, Edition illustrée, Paris 2001, p. 91).

 

On est donc très loin d'une conversion "par calcul politique" telle que l'histoire officielle la présente dans nos écoles et universités. Cette conversion entrainait mécaniquement un effet contraire au calcul politique: l'hostilité de tous les rois barbares alentour, l'hostilité de ses soldats avec le risque d'une sécession, et à terme une guerre contre toute l'Europe... En terme de "calcul politique", on fait mieux ! La conversion à des fins politiques est une absurdité.

 

Pour surmonter ces inconvénients, il fallut donc que se trouve chez Clovis une véritable foi.

 

Il reste vrai néanmoins que les Gaules des campagnes étaient, déjà à ce moment au Ve siècle, largement acquises au catholicisme. Dans ces conditions, la conversion lui ouvrit probablement des portes dans les provinces et affermit davantage son autorité chez les peuples gaulois. Mais, il reste qu'à l'extérieur, voire même tout prêt des frontières du royaume franc (Burgondie, Espagne, Allemagne, Italie), les autres princes ne partageaient pas la même foi...


Un roi aimé de ses peuples

 

"Le roi des Francs, chose rare en ces temps de redoutable souvenir, possédait l'affection des peuples: Francs et Gaulois soumis à sa domination, proclamaient sans cesse leur amour pour l'illustre guerrier. Cette main si terrible dans les combats, était légère dans l'administration intérieure; tous bénissaient le sceptre étendu comme une protection sur les têtes. Les Gallo-Romains de l'Est et du Sud supplient Chlodowig de les ranger au nombre de ses sujets; il s'empresse de remplir leurs vœux. Les évêques assis au berceau du nouveau peuple, n'élèvent jamais en vain leur voix respectée; leurs ambassadeurs obtiennent la liberté des vaincus de Tolbiac, celle des prisonniers de Voulon; un prêtre sollicite le pardon des révoltés de Verdun, et il est exaucé.

 

L'Orient s'associe à l'admiration de l'Occident pour le Fils des Sicambres, et l'empereur de Constantinople Anastase Ier (491-518) lui envoie les insignes de la dignité suprême [510: pour le remercier de sa victoire sur les Barbares, l'empereur d'Orient lui offre les insignes de consul honoraire de Rome, ce qui le fait considérer par les évêques comme le successeur des empereurs romains, avec le titre d’"Auguste" ("nouveau Constantin")].

 

Remigius (Rémi), le saint évêque de Reims, vient l'entretenir des devoirs d'un roi chrétien, et il est docilement écouté… Chlodowig a bien compris sa mission, qui est celle de la France; il est le fils aîné de l'Église."

 

(Source: C. Guenot, Le Fils aîné de l'Eglise, Épopées de l'histoire de France, Vve H. Casterman, Tournai 1883, p. 146-147).

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 19:47

Dans un entretien à La Provence dimanche, le prince Louis de Bourbon se dit "prêt à servir la France". Il défend un modèle d'Etat minime : "un contrôle minime mais efficace exercé par le minimum d'État qu'est la royauté" et montre un intérêt pour le "système de protection sociale (de la France) que Saint Louis aurait sûrement soutenu". Une royauté "construite sur du réel, c'est-à-dire, au départ, une famille, des fiefs, des communes, des artisans, des commerçants, des entrepreneurs, etc. Tout un tissu social travaillant chacun pour soi et pour le bien de tous". Un système qui "donnait ainsi beaucoup de libertés aux individus".

 

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Louis de Bourbon : "Je suis prêt à servir la France"


 

Marseille / Publié le Dimanche 27/04/2014 à 05H17

 

L'héritier du trône de France était à Aigues-Mortes pour célébrer Saint Louis

 

Si la France était encore une monarchie, le prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou, serait notre souverain sous le nom de Louis XX. Le prince, qui s'est rendu vendredi à Aigues-Mortes pour commémorer le 800e anniversaire de la naissance de Saint Louis, a accepté de répondre aux questions de La Provence.

Monseigneur, vous vous êtes rendu, vendredi, à Aigues-Mortes pour commémorer le 800e anniversaire de la naissance de Saint Louis. Que représente ce roi, majeur dans notre histoire, pour vous ? Et pourquoi célébrer sa naissance, qui est aussi le jour de votre quarantième anniversaire, à Aigues-Mortes ?
Louis de Bourbon : C'est vrai que la concordance des dates et des prénoms est amusante : Saint Louis est né le 25 avril 1214, je suis né 760 ans plus tard et nos épouses se prénomment Marguerite... Mais plus sérieusement, oui, il m'a paru important de venir à Aigues-Mortes à l'occasion du 800e anniversaire de Saint Louis. J'ai accepté cette invitation des autorités civiles et religieuses car honorer ce saint roi, bon époux et bon père de famille, est tout un symbole. Il fonda cette cité en 1240, ouvrant à la France une porte sur la Méditerranée qui ne s'est jamais refermée depuis. Roi réformateur, bâtisseur, juste, il était très aimé car il avait grand souci du faible. Tout cela est présent à Aigues-Mortes, mais j'irai cette année dans d'autres lieux, tant en France qu'à l'étranger, à commencer par le Grau-du-Roi pour la restauration d'un reliquaire.

Alors que notre pays semble de plus en plus divisé, quel serait, selon vous, l'intérêt d'une restauration de la monarchie ?
Louis de Bourbon : L'avantage de la royauté, c'est précisément de faire l'union. D'ailleurs, ce fut tout au long de l'Histoire le leitmotiv de nos rois : unir, rassembler, lutter contre les intérêts particuliers au profit de l'intérêt général. Un roi, par nature, est au-dessus de tous les partis. Il est au service de tous. Au service de son pays et c'est naturellement qu'il mettra tout en oeuvre pour le transmettre à son successeur en bonne santé. C'est la concordance commune d'intérêts qui est l'un des secrets de la réussite du système, et cela est unique et irremplaçable.

Peut-on encore concilier modernité et monarchie, notamment en ce qui concerne les problèmes de société ?
Louis de Bourbon : Déjà, on peut constater que des monarchies existent en Europe et, en général, les pays concernés révèlent une adaptation plus dynamique, tant sur le plan social qu'économique. La France est très attachée à son système de protection sociale que Saint Louis aurait sûrement soutenu, lui qui, à l'époque, créait les grands hôpitaux et les premiers fonds de retraite pour les soldats. Mais pour garder cette protection, il faut être vigilant et lucide. Rien n'est pire que l'utopie. La royauté, elle, s'est construite sur du réel, c'est-à-dire, au départ, une famille, des fiefs, des communes, des artisans, des commerçants, des entrepreneurs, etc. Tout un tissu social travaillant chacun pour soi et pour le bien de tous, grâce à un contrôle minime mais efficace exercé par le minimum d'État qu'est la royauté. Ce système donnait ainsi beaucoup de libertés aux individus. Où en sommes-nous avec les libertés ?

Dans la France actuelle, quel rôle entendez-vous jouer ?
Louis de Bourbon : Un rôle à la fois discret et concret. Les autorités, tant civiles que religieuses, qui m'ont invité savent très bien qui je suis et c'est bien en tant qu'aîné de la Maison de Bourbon, descendant direct de Saint Louis, que je suis venu à Aigues-Mortes. Les choses sont claires et je suis très heureux de pouvoir incarner cet attachement profond des Français à leur Histoire. Chaque année, le programme des Célébrations nationales présente beaucoup d'occasions d'évoquer ce lien si particulier qui existait entre le Roi et son peuple, un lien à la fois charnel et spirituel, là encore quelque chose d'irremplaçable. Que vous dire d'autre ? J'existe, je suis là et si je peux un jour oeuvrer plus concrètement pour la France, je prendrai mes responsabilités. J'ai aujourd'hui 40 ans, trois enfants, une vie active, je sens bien que ma génération et celle qui suit attendent un changement profond et pacifique.

 

Source: http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/2855596/louis-de-bourbon-je-suis-pret-a-servir-la-france.html

 

 

 

. Les avantages de la monarchie

. La constitution de la France monarchique

. Le rêve égalitaire et libéral, racines du mal totalitaire détruisant le réel : les princes des nuées ou l'"art royal"

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 12:43

L-engrenage-revolutionnaire.jpg

Assemblée nationale: la balance de la justice

 

"On ne met pas Dieu en discussion avec Satan"

"On ne met pas le bien en discussion avec le mal"

"Deus non irridetur". De Dieu, on ne se moque pas (Saint Paul, Galates VI, 7.)

 

Comment lutter efficacement contre les idées révolutionnaires, la destruction du réel, de la vérité et du bien que l'on rencontre dans les débats de groupe à un contre plusieurs, ou à l'occasion de référendums ? Comment ne pas faire le jeu de l'Adversaire ? Cette question a taraudé la grande éducatrice catholique Luce Quenette* (1904-1977), auteur de L'Education de la Pureté (1974), qui se demandait comment lutter efficacement contre ce qu'elle appelait "l'engrenage révolutionnaire". L'engrenage révolutionnaire peut être défini comme un mécanisme tendant à faire accepter la règle du jeu révolutionnaire qui met en balance, dans une discussion, dans un débat de groupe, le bien et le mal, Dieu et Satan. Peu importe le fonds des idées, la qualité des arguments..., seul compte la participation au jeu (débat ou référendum), qui aboutit à l'acceptation subliminale des idées révolutionnaires, pour peu que l'unique défenseur de la vérité soit maladroit, ou par le seul fait que la question antichrétienne soit soumise au vote.

Cette grande éducatrice, en avance sur son temps, avait déjà compris que la Révolution fonctionnait comme une machine: "Les idées n'importent plus, mais le mécanisme de la machine." Cf. Principe du moteur de la Révolution.

 

Luce-Quenette--1904-1977-.jpgComment lutter efficacement contre l'engrenage révolutionnaire (Luce Quenette)

 

«La révolution est un tout intrinsèquement pervers, c'est un engrenage "impardonnable", une destruction du réel sans rémission. De même que l'esprit chrétien peut habiter tout entier dans la plus humble des actions, ainsi tout l'esprit de la subversion habite dans la plus insignifiante en apparence de ses démarches» (Luce Quenette)

 

«- Le but de la technique révolutionnaire ce n'est pas de convaincre, c'est de faire accepter la règle du jeu c'est-à-dire le moyen.

 

Le but n'est pas de nier, ni d'affirmer, mais de former, dans les esprits, la conviction que tout ce qui se dit n'est et ne peut être que l'opinion de l'individu qui s'exprime.

 

Le contenu de la discussion, le sujet qu'on traitera dans la réunion à laquelle on vous invite est superflu. Ce n'est pas le fond qui importe, c'est la forme qu'on va lui donner devant vous, qu'on veut que vous acceptiez par votre seule présence, même si vous ne dites pas un mot. Les idées n'importent plus, mais le mécanisme de la machine.

 

Dans cette réunion à laquelle le vicaire vous invite avec tant de gentillesse et d'insistance, on va vous demander votre avis, à vous intégriste au même titre exactement qu'on le demande au progressiste, à l'athée, au communiste également invités. Acceptez : c'est tout, vous êtes dans l'engrenage. Vous avez accepté que la vérité soit l'objet d'une information. La communauté va décider de ce qu'il faut croire pour le moment. Vous êtes entré dans le processus révolutionnaire et avec plus d'efficacité que le camarade communiste, votre voisin, justement parce que vous êtes affiché intégriste, anticommuniste. Vous jouez le rôle nécessaire d'excitant de la technique de groupe, à titre d'opposant. Vous cristallisez la majorité ou la diversité contre quelque chose. C'est ce quelque chose de réel que vous prétendez représenter qui assaisonne la fade dilution des opinions individuelles.

Résultat : donner à l'auditoire l'impression que la volonté communautaire "se dégage" = authentique fruit révolutionnaire. Le dialogue a dilué - la vérité n'a plus de définition.

 

L'absence!

 

User des moyens de la révolution, c'est déjà lui appartenir.

 

[L]a révolution ne demande pas autre chose de ses opposants que de "lui faire la politesse, la gentillesse, voire la charité, de venir contester contre elle". C'est que l'opposition à l'intérieur de son terrain est vivifiante pour la révolution. Je vous invite chez moi : rite vital, obligatoire de la révolution.

 

L'absence est-elle donc un devoir du contre-révolutionnaire ?

 

L'absence n'est pas tout le devoir - mais elle est le premier devoir. La technique révolutionnaire dite technique de groupe (voir les "techniques de communications"... NdCR.) ne redoute rien autant que l'absence systématique:

 

1) celui qui n'est pas là, systématiquement, quelles que soient les avances qui lui sont faites est l'opposant puissant, par le seul système de son absence.

 

2) Il est à craindre qu'il soit ailleurs où il fait autre chose.

 

L'absence et l'autre chose leur sont insupportables. Pas l'opposition...

 

Le silence [valable pour un référendum, voire un sondage. NdCR.]

 

Un dicton dit que "la parole est d'argent, le silence est d'or".

 

Contre le démon & la Révolution, il faut briser & rompre tout dialogue par l'absence comme on vient de le dire, ou si l'on ne peut s'absenter, par le silence.

 

Le lecteur peut méditer la signification des silences de Notre Seigneur Jésus-Christ tout au long de Sa Passion, et leur importance.» (Luce Quenette)

 

Source: tiré d'un texte sur internet de Luce Quenette, qui n'est plus en ligne.

 

Mais si on s'abstient lors d'un "débat" ou lors d'un référendum, cela n'empêche pas d'agir. Au contraire, une action efficace vaut mieux qu'un long discours.

 

Ex1: un catholique traditionaliste qui continue d'aller à sa messe "intégriste" vilipendée par les médias, et qui ne cherche pas à débattre.

Ex2: L'Eglise qui continue de prôner la culture de vie contre la culture de mort en dépit des invitations à débattre des médias officiels.

Ex3: Un défenseur du mariage naturel et des enfants qui retire ses enfants lors du Jour de retrait de l'école pour l'interdiction de la théorie du genre à l'école, en dépit des menaces de la directice et des exhortations au débat.

 

 

* Luce Quenette consacra toute sa vie à l’éducation chrétienne des enfants et des jeunes gens. Elle est née en 1904 à Saint-Etienne dans une famille à la Foi solide et profonde. Après de sérieuses études à la faculté catholique de Lyon en 1928, elle se donne avec un dévouement inlassable à l’instruction libre catholique jusqu'à sa mort en 1977.

Deux écoles sont aujourd’hui les témoins de son action : l’école la Péraudière à Montrottier dans le Rhône et l’école Sainte-Anne de la Providence à Saint Franc en Savoie.
Luce Quenette a fourni de nombreux écrits sur des sujets d’éducation et de religion, soit pour la revue Itinéraires, soit pour la revue de liaison avec les parents d’élèves, la Lettre de la Péraudière. Source: http://www.peraudiere.com/

 

 

. Le rêve égalitaire et libéral, racines du mal totalitaire détruisant le réel : les princes des nuées ou l'"art royal"

. Principe du moteur de la Révolution, la machine révolutionnaire

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 12:55

 

arton178.jpgLa constitution de la France monarchique

 

Lois de succession du Royaume de France (1984)

 

samedi 19 avril 2014 par Frédéric Bluche, Jean Barbey, Stéphane Rials

 

 

« Le terme  Lois fondamentales désigne ces coutumes, toutes forgées par additions successives au cours du moyen âge et encore au XVIe siècle ». Par la stabilité politique qu’elle suscite, cette constitution de l’Ancienne France — qui oblige, et le peuple, et son roi — préserve efficacement le bien commun en assurant la paix et la justice. En effet : « tout au long de l’histoire de la monarchie française, cette constitution bornera la volonté du prince — conformément aux commandements de Dieu d’abord, ensuite au respect des lois naturelles  — et tout acte qui y portera atteinte sera frappé de nullité. » Ainsi « la royauté, loin d’être une prérogative avantageuse, est devenue un officium, un ministerium, c’est-à-dire une fonction dévolue par Dieu et engendrant pour son titulaire devoirs et responsabilités dans l’intérêt commun. Le royaume n’appartient pas au roi comme un fief à son seigneur. »

 

L’étude suivante est tirée des Cahiers DUC N°3 (Lois fondamentales et succession de France, Diffusion Université Culture , Paris, 1984) avec l’autorisation de l’éditeur.


 

Les lois fondamentales du Royaume de France

 

Une constitution coutumière non écrite et une réalité juridique

Le XVIIIe siècle avait accrédité l’idée qu’une vraie constitution devait être nécessairement écrite et systématique. C’est pourquoi, en 1789, les Constituants prétendirent que la France n’avait pas de constitution. Opposée au « régime constitutionnel », la monarchie était ainsi identifiée au despotisme et à l’arbitraire.
Cette façon de voir repose sur un double contresens.

Un contresens politique d’abord, car toute forme politique a une structure particulière, un ordre propre. C’est depuis Aristote une constatation d’évidence, rappelée par Bonald lorsqu’il écrira que toute constitution est « existence et nature » [1].

Le contresens historique est plus grave : depuis le moyen âge, la monarchie française connaît un statut que les juristes appellent dès le XVIe siècle lois du royaume et, dès 1575, lois fondamentales du royaume [2]. Cette expression recouvre une réalité juridique, indissociable de l’idée de Couronne sous le nom de laquelle, à partir du XIVe siècle, s’édifie progressivement l’État.

La distinction institutionnelle entre la Couronne et son titulaire

Depuis l’introduction du sacre aux temps carolingiens, la royauté, loin d’être une prérogative avantageuse, est devenue un officium, un ministerium, c’est-à-dire une fonction dévolue par Dieu et engendrant pour son titulaire devoirs et responsabilités dans l’intérêt commun. Le royaume n’appartient pas au roi comme un fief à son seigneur.

 

saint-louis-lavant-les-pieds-des-pauvres.jpg

Saint Louis lavant les pieds des pauvres (manuscrit du XVe siècle)

 

Dès le XIIe siècle, cette distinction entre le royaume et son titulaire — distinction caractéristique de l’idée d’État — est autorisée par l’idée de Couronne qui symbolise précisément la communauté et son intérêt commun dont le roi est le gardien. Cette Couronne a été confiée au roi dans des conditions déterminées, qui se sont dégagées au cours des circonstances et se sont fixées en coutumes.

Les lois fondamentales, ou la monarchie réglée

Le terme de « lois fondamentales » désigne ces coutumes, toutes forgées par additions successives au cours du moyen âge et encore au XVIe siècle, et qui régissent le statut de la Couronne. Ces coutumes ont fini par former une véritable constitution, non écrite pour l’essentiel. Que cette constitution n’ait jamais été définie dans un texte n’affaiblit en rien son caractère impératif : tout au long de l’histoire de la monarchie française, elle bornera la volonté du prince — conformément aux commandements de Dieu d’abord, ensuite au respect des lois naturelles — et tout acte qui y portera atteinte sera frappé de nullité. C’est ainsi que dans les six Livres de la République, le juriste Jean Bodin, en 1576, distingue la monarchie française, monarchie réglée, de la monarchie despotique, dépourvue, elle, de tout frein « constitutionnel ».

Quelles sont ces lois fondamentales ? Les règles de dévolution de la Couronne et d’inaliénabilité du domaine royal, c’est-à-dire les règles d’attribution de la fonction royale et de dotation de cette fonction [3]. C’est à la principale de ces lois, celle de la succession à la Couronne, qu’il importe surtout de s’attacher.

La loi fondamentale de succession

La loi de succession à la Couronne apparaît fixée à la fin du XVIe siècle, époque à partir de laquelle elle sera communément et improprement appelée loi salique. Cette loi de succession s’est dégagée sans plan préconçu, sans idéologie ni théorie. Au contraire, elle s’est élaborée progressivement depuis le tout début de la dynastie capétienne et de façon pragmatique, sous la seule inspiration des événements.
Ces événements — faits naturels, mais aussi crises successorales ou politiques graves, résolues dans le seul souci de l’intérêt public — ont permis d’ériger en coutumes un certain nombre de principes :

  •  
    • . hérédité avec primogéniture (Xe-XIIe siècles),
    • . agnation et collatéralité (XIVe siècle),
    • . indisponibilité et continuité de la Couronne (XVe siècle),
    • . loi de catholicité enfin (XVIe siècle).

Ces principes, tous étroitement nécessaires et tenus pour impérieux, ont façonné la dévolution du pouvoir dans la monarchie française. Ils lui ont imprimé un double caractère : une réalité « spécifique », en ce que ces principes frappent la succession de France du sceau de l’originalité ; une réalité « statutaire » aussi, en ce qu’ils constituent un statut intéressant l’ordre public du royaume, statut que le roi régnant ne peut modifier en aucune hypothèse [4].

 

La succession de France : une dévolution au contenu spécifique

 

La loi fondamentale de succession présente des caractères originaux, organisés autour de trois grands principes : hérédité et primogéniture, agnation, catholicité du roi. Il faudra rappeler les circonstances précises de leur origine, leur acceptation tacite ou expresse et leur répétition (qui firent de ces principes des coutumes), afin de dégager leur signification profonde.

Principe d’hérédité

Trait sans doute le moins significatif car il porte l’empreinte du droit commun féodal — tout fief n’est-il pas transmissible ? —, l’hérédité s’impose entre le Xe et le XIIIe siècles pour devenir coutume et prendre place dans le droit monarchique.

C’est à l’élection, réapparue au déclin de l’époque carolingienne, que Hugues Capet doit son élévation au trône en juillet 987. Bénéficiaire du système électif, le roi cherche à se prémunir contre les dangers que celui-ci représente pour sa descendance. Prétextant une intervention militaire dans la Marche d’Espagne et le vide du pouvoir qui s’ensuivrait en son absence, Hugues fait élire et sacrer comme roi en second son fils Robert en décembre 987, avec l’assentiment des dignitaires féodaux laïcs et ecclésiastiques.
Hugues meurt en 996. Robert exerce alors les prérogatives royales : n’a-t-il pas été élu et surtout n’a-t-il pas reçu l’onction sacrale qui fait le roi ? L’élection dont a bénéficié le fils contient en germe le droit héréditaire. De règne en règne, les successeurs de Hugues font de même. Plus ou moins tôt, au gré des circonstances, leurs fils sont associés au trône comme roi désigné (rex designatus). Le jeune roi meurt-il prématurément, on se hâte de faire sacrer son frère puîné [5].

Philippe Auguste, en 1179, quelques semaines avant la mort de son père Louis VII, est encore élu et sacré. Mais c’est le dernier recours à une pratique près de deux fois séculaire ; en effet, Philippe juge inutile d’agir de même en faveur de son fils Louis VIII qui succède en 1223 sans avoir été au préalable ni sacré, ni associé au trône. Par cette habile reprise du procédé de l’association [6], la dignité royale s’était perpétuée dans la famille capétienne en permettant de substituer à l’élection, dont le souvenir s’est progressivement effacé [7], une autre tradition : la coutume d’hérédité.

Hérédité et primogéniture

S’il est plusieurs fils, auquel profitera cette hérédité ? L’aîné seul est appelé au trône. Ainsi en décide un précédent de 1027. Son fils aîné étant mort, Robert le Pieux choisit comme successeur l’aîné de ses puînés, simplement parce qu’il était l’aîné, et bien qu’une partie de son entourage en eût préféré un autre. Par la suite, toujours, l’aîné est préféré. Ce choix se comprend aisément.

  •  
    • . La primogéniture, signe naturel, est le plus simple moyen d’éviter les conflits entre descendants.
    • . En outre, l’aîné est le premier en âge de porter les armes.

La coutume de primogéniture vient donc compléter et préciser le principe d’hérédité. Cette règle, dit-on d’ordinaire, s’est imposée d’autant plus facilement qu’elle était au même moment pratiquée dans les successions aux fiefs. Cette appréciation mérite d’être nuancée. Aux Xe et XIe siècles — sauf en certaines régions comme la Normandie —, l’aînesse n’est encore que l’un des divers moyens utilisés dans les successions féodales   [8]. C’est sans doute plutôt la royauté qui, en affirmant pour elle-même la primogéniture, a assuré, par son exemple, sa généralisation dans le droit commun des fiefs au XIIe siècle. L’adoption de la primogéniture — inspirée de l’élection qui ne désignait, elle aussi, qu’un seul candidat au trône — a donc, dans une certaine mesure, une signification originale : c’est le moyen d’éviter la divisio regni, pratiquée sous les royautés mérovingienne et carolingienne, qui aboutissait à partager le royaume entre les fils du roi ainsi que le fait l’hérédité civile entre les héritiers.

Les premiers Capétiens, encouragés par l’Église [9], repoussent l’assimilation du royaume à un patrimoine privé. En ne s’associant pas tous leurs descendants, en choisissant l’aîné, ils font apparaître, dès les origines de la dynastie, l’indivisibilité de la Couronne. Indivisibilité tout autre que celle des fiefs lorsque l’aînesse se sera partout imposée. Cette dernière s’explique tant par la solidarité et la cohésion du groupe familial autour de l’aîné que par le risque d’un fractionnement du fief, qui ne permettrait plus l’entretien de ses différents détenteurs. Au contraire, la primogéniture royale enracine l’idée que la royauté est une fonction affectée d’une succession indivisible.

Masculinité et collatéralité

L’hérédité en faveur du fils aîné a fonctionné sans heurt ni défaillance jusqu’au début du XIVe siècle. La question d’une rupture de cette chaîne héréditaire — faute de mâle — ne se pose qu’en 1316 et en 1328, à l’occasion de deux crises successorales fameuses.
Louis X meurt en 1316, laissant une fille, Jeanne, née d’un premier mariage, et sa seconde femme enceinte. L’aîné des fils survivants de Philippe le Bel, Philippe, comte de Poitiers, assume de sa propre autorité la régence. La reine met au monde un fils, Jean Ier, qui meurt après quelques jours. Dans ces conditions, la Couronne doit-elle revenir à Jeanne ou à son oncle Philippe ? La question est embarrassante. Si de nombreuses coutumes féodales préfèrent les mâles aux femmes, une bonne part admet les filles à succéder faute de mâle [10]. Le royaume doit-il être assimilé à un fief et Jeanne peut-elle le revendiquer, ou bien doit-il revenir au régent ? Si ce dernier est appelé au trône, c’est alors — quelles que soient les justifications ou les arrière-pensées — admettre implicitement ou inconsciemment la nature particulière de la dévolution du royaume, en ce qu’elle échappe aux règles du droit commun féodal.

Les faits se chargeront de répondre à la question. Fort de sa position de régent et en dépit d’une certaine opposition, Philippe se fait reconnaître roi par une assemblée de dignitaires et sacrer le 9 janvier 1317. Deux précédents sont nés, qu’on ne remettra plus en question :

  1.  
    1. . les filles ne peuvent accéder au trône ;
    2. . faute de descendants mâles en ligne directe, la Couronne passe au plus âgé des frères du roi défunt.

Ces règles nouvellement fixées ne vont pas tarder à jouer.

  •  
    • . La première s’applique au bout de cinq ans. Philippe V meurt en 1322, ne laissant que des filles ; son frère Charles IV lui succède sans contestation. Plus tard, en 1515, à la mort de Louis XII, nul ne songera à ses filles.
    • . La seconde règle s’appliquera à nouveau à deux occasions. Après la mort de François II en 1560, Charles IX et Henri III relèveront successivement la Couronne ; ainsi encore pour Louis XVIII et Charles X, frères de Louis XVI.

Pourquoi cette exclusion des filles ? On a invoqué la lex salica. Cette loi salique (Titre LIX, § 5, De alodis) exclut les femmes de la succession à l’« alode », c’est-à-dire à un bien parvenu au défunt par héritage de famille. Or le rapprochement avec la succession royale n’est fait que plus tard, en 1358, par un moine de Saint-Denis, Richard Lescot. En outre, l’argument est dénué de valeur juridique : la « loi salique » n’est qu’une règle successorale des Francs, particulière à la terre de famille [11]. Sa seule valeur est d’analogie : l’esprit de l’institution repousse aussi les femmes de la succession. Quoi qu’il en soit, à partir de 1360, la loi salique s’identifie à la coutume de masculinité.


Les véritables raisons de cette coutume sont à chercher ailleurs.

  •  
    • . Il en est de circonstancielles et politiques : Jeanne n’ayant que quatre ans en 1316, certains redoutaient une minorité et — fait nouveau — la minorité d’une fille ; il a paru alors opportun ou sage de se rallier au représentant adulte de la dynastie.
    • . Il est d’autres raisons plus profondes, qui tiennent à la nature de la coutume et à la fonction royale elle-même.
Origine de la loi de masculinité dans la coutume

La coutume est une source de droit peu familière à l’esprit moderne habitué au volontarisme et au positivisme juridique   [12]. La Coutume est une source vivante du droit, ses caractères essentiels en témoignent.

C’est d’abord un droit issu de la société (ou d’une fraction intéressée ou compétente de la société) et non pas des instances, quelles qu’elles soient, qui régissent cette société. En ce sens, la coutume n’est pas une règle posée délibérément par une volonté législatrice — comme une ordonnance royale ou une loi moderne —, mais une systématisation juridique spontanée de la vie ou de la pensée collectives.

D’autre part, l’ordre juridique coutumier implique un sentiment très fort de permanence et de durée : il repose sur l’idée que ce qui a été a, par là même, le droit d’être. En conséquence, la formation des usages, leur conservation, leur formulation juridique précise enfin, dans une coutume, constituent un tout indivisible.
La coutume n’est pas déclarative d’un nouvel état de droit. Elle ne crée ni ne décrète des règles nouvelles. Au contraire, par les liens directs et immédiats qu’elle établit entre l’ordre des faits et l’ordre juridique, elle constate des pratiques répétées — parfois inconsciemment — à la faveur d’un précédent ; ce précédent les fait surgir au grand jour et cristallise sur elles l’opinion publique ; la coutume les fixe en leur donnant consistance juridique et formulation consciente.

Le principe de masculinité ne surgit pas ex nihilo en 1316 et 1322. Dès avant cette époque, les faits manifestent déjà son existence. Aucune femme n’occupe la royauté sous les deux dynasties franques. Sous les Capétiens, jamais une fille, alors même qu’elle avait l’aînesse, ne reçut la Couronne. En 1270, Philippe le Hardi succède à son père. Sa sœur, pourtant aînée de quatre ans, se trouve écartée. En 1316 même, nul n’imagine, comme possible candidate, Isabelle, aînée de Philippe V de deux ans. Loin de résulter d’une quelconque incapacité civile — les femmes peuvent être régentes —, l’exclusion des femmes s’explique par une tradition depuis longtemps admise.


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Le passage du Rhin par Louis XIV à Tolhuis (auj. faubourg de Nimègue) le 12 juin 1672 par Adam François Van der Meulen

 

Origine de la loi de masculinité dans la fonction royale

Allons plus loin encore : parmi les raisons qui rendent compte de cette tradition, ne peut-on voir figurer en bonne place les exigences postulées par la fonction royale ? Si les filles sont plus ou moins consciemment repoussées, c’est peut-être en raison des fonctions guerrières du prince, mais surtout du sacre dont la vertu infuse à la fonction royale — fonction avant tout justicière — un aspect quasi sacerdotal. L’onction royale est étroitement calquée sur la consécration épiscopale. Une femme n’a donc pas plus accès au ministerium régis qu’au ministère sacerdotal. Si les raisons politiques ont eu leur part dans les événements de 1316-1322, les inspirations directrices nées de l’opinio cammunis ne doivent pas être mésestimées.
Faute d’héritier mâle en ligne directe, l’exclusion des filles joue en 1316 et 1322 au bénéfice des frères du roi défunt.

Mais en 1328, la mort de Charles IV, troisième fils de Philippe le Bel, sans autre héritier que des filles, ouvre une nouvelle crise successorale, plus importante par ses conséquences politiques — elle déclenche en 1340 la guerre de Cent Ans — que par le problème de droit soulevé.
Qui doit-on préférer, parmi les candidats mâles possibles ?

  •  
    • . Si l’on veut que le roi soit choisi dans la ligne directe descendant des Capétiens, le parent le plus proche est Édouard III d’Angleterre, neveu des trois derniers rois par sa mère Isabelle et, par conséquent, parent au troisième degré mais en ligne féminine.
    • . Si l’on désire, au contraire, respecter les conséquences du principe de masculinité, il faut choisir, en ligne collatérale masculine, l’un des deux cousins germains du dernier roi, Philippe de Valois ou Philippe d’Évreux, parents au quatrième degré.

En raison de la proximité du degré, le droit successoral semble donner avantage à Édouard III. Cependant cette proximité ne peut être admise qu’à condition que la mère de cet éventuel successible puisse servir de « pont et planche », c’est-à-dire transmettre un droit qu’elle n’aurait pas exercé. Les partisans de la parenté masculine rétorquent à cela qu’Isabelle, exclue comme toutes les filles de la succession royale, n’a jamais possédé le moindre titre à succéder. L’inexistence du titre entraîne l’inexistence d’une transmission.
La question successorale fut tranchée — sans opposition jusqu’en 1340 [13] — par une assemblée de dignitaires dans le sens de la logique incluse dans la solution de 1316, celle de la tradition de masculinité, maintenant bien verrouillée par ce nouveau précédent.

C’est donc à un collatéral par la ligne masculine qu’est revenue la Couronne. En 1328, Philippe de Valois et Philippe d’Évreux avaient la même proximité de degré. C’est alors la primogéniture qui a déterminé le successible : Philippe VI de Valois. La Couronne est par conséquent dévolue, à l’infini, à l’aîné de la branche collatérale aînée, c’est-à-dire de celle qui se rattache au roi défunt par l’ancêtre le plus rapproché. Cette dévolution en ligne collatérale avec primogéniture jouera — outre les successions déjà signalées de frère à frère en 1316, 1322, 1560 et 1574 — entre cousins parfois éloignés : en 1498, Louis XII est cousin au cinquième degré ; en 1589, Henri IV est parent du roi défunt au vingt et unième degré.

Au début du XVIIe siècle, Antoine Loysel pourra écrire :

En France, le royaume ne peut tomber en quenouille.

La coutume de masculinité, précisée et fixée entre 1316 et 1328, ne sera jamais contestée. Deux événements majeurs en témoignent.

  • . En 1420, dans le traité de Troyes qui exhérède le dauphin, Charles VI ne songe pas à sa fille aînée pour lui succéder ; la mariant à Henri V d’Angleterre, il fait de ce dernier son successeur en l’adoptant : paradoxal hommage à l’hérédité et à la masculinité !
  • . En juin 1593, le fameux arrêt de règlement du parlement de Paris dit arrêt Lemaistre ou « de la loi salique » rappellera avec force aux ligueurs l’inviolabilité de cette dernière [14]. Voilà qui annonce la dernière règle de dévolution spécifique — au sens strict — de la Couronne de France.
Loi de catholicité

Cet ultime principe, la loi de catholicité, a été précisé dans les difficiles années du conflit politico-religieux de la fin du XVIe siècle [15]. En 1589, l’assassinat de Henri III ouvre une nouvelle crise de succession. Le successeur désigné par la coutume de masculinité et de collatéralité est le chef de la maison de Bourbon, qui descend de Robert de Clermont, sixième fils de Louis IX. Il est certain que Henri de Navarre aurait succédé sans obstacle s’il avait été catholique. Mais sa religion, depuis qu’il est successible — le duc d’Anjou, frère de Henri III, est mort en 1584 —, suscite de la part du parti catholique de la Ligue un revirement d’opinion sur la coutume de masculinité : ne doit-on pas renoncer à ce principe afin d’assurer la candidature d’un prince catholique ?

Poussé par des États généraux ligueurs, Henri III avait ajouté aux coutumes constitutionnelles en vigueur une nouvelle — mais l’était-elle vraiment ? — loi fondamentale qu’il avait promulguée sponte sua avec l’assentiment des États pour lui donner un plus grand retentissement. C’est la loi de catholicité, exceptionnellement écrite et jurée dans l’édit d’Union de juillet 1588. Dès la mort de Henri III, les ligueurs s’en autorisent pour proclamer roi, sous le nom de Charles X, le cardinal de Bourbon, oncle de Henri de Navarre et le plus proche collatéral du roi défunt après son neveu huguenot. Ce qui n’était encore qu’entorse grave à la loi salique devient bientôt violation flagrante au nom de la catholicité : au décès du prétendu Charles X en 1590, la Ligue, faisant fi de certains Bourbons catholiques mais alliés politiques de Henri de Navarre, entreprend de faire de la loi de catholicité la loi fondamentale par excellence. Elle présente la candidature de Claire-Isabelle, fille de Philippe II d’Espagne et petite-fille par sa mère de Henri II. Double violation de la coutume de masculinité, qui provoque la réaction du parlement de Paris.

Aux termes de l’arrêt Lemaistre, rien ne peut être fait « au préjudice de la loi salique et autres lois fondamentales du royaume de France ». La réplique est d’autant plus forte qu’elle réaffirme dans ses débuts, et non moins nettement, la loi de catholicité. Le but de l’arrêt est politique. Il convient de rappeler le titre de Henri de Navarre à succéder, tout en l’invitant à abjurer la religion réformée. On sait que ce dernier franchit le pas en juillet 1593, son abjuration lui ralliant la majorité d’une opinion restée légitimiste.

L’arrêt Lemaistre est très révélateur de la conception qu’on se fait au XVIe siècle de la loi de catholicité, et par conséquent de son rang dans le corpus des lois fondamentales. Consacrée par l’abjuration de Henri IV, la règle avait vu ses bases dégagées par les États de Blois de 1577 et 1588.

Dès 1577, alors que la situation n’offrait aucune urgence, Henri III étant marié depuis peu et ayant un successible en la personne de son frère le duc d’Anjou, les États signalent à Henri de Navarre que la religion catholique « n’est point seulement l’ancienne coutume, mais la principale et fondamentale loi du royaume ». Les députés fournissent une juste analyse de la Loi fondamentale : une coutume qui s’induit de l’état moral et de la pratique religieuse du royaume depuis toujours. Une coutume originaire, en quelque sorte, indissociable des origines sacrées de la royauté française.

Les États de 1588 ne proclament pas une loi nouvelle mais une règle latente depuis le baptême de Clovis et chaque fois rappelée, depuis les Carolingiens, dans la cérémonie du sacre (cérémonie qui certes n’est pas constitutive du pouvoir royal, mais qui en définit assez l’esprit) [16]. Encore une fois, il ne s’agit, à l’occasion d’une difficulté pratique, que de réaffirmer officiellement un principe menacé. La loi de catholicité, dans ces conditions, ne peut être considérée comme un appendice circonstanciel : elle est une règle prenant rang parmi les lois fondamentales de la Couronne. Mais quel rang ?

La réponse des ligueurs est connue : cette règle est la norme supérieure à toute autre. L’arrêt Lemaistre clôt cette interprétation forcée. Les rapports entre la loi de catholicité et la loi salique ne sont pas d’ordre conflictuel ou hiérarchique ; en mentionnant l’une et l’autre sans établir de primauté, il les considère comme également nécessaires et complémentaires.

  • La loi salique traduit la nature profonde, le mouvement intérieur propre à l’exercice de la fonction royale,
  • la loi de catholicité exprimant pour sa part une exigence postulée par la source divine du pouvoir.

En d’autres termes, à l’égard de la succession à la Couronne, elles ont entre elles une relation de consubstantialité. Le conflit entre masculinité et catholicité, plutôt que traduire une situation de non-droit tranchée par les circonstances, offre l’unique occasion de saisir sur le vif l’étroite connexité entre les diverses lois fondamentales.

Sans nier le réalisme politique de Henri IV, c’est vraisemblablement ce que lui-même ou son entourage a compris. Avant son abjuration, Henri IV n’en était pas moins le successeur légitime, même si la loi de catholicité lui interdisait d’être le roi légitime. À supposer que le Béarnais eût persévéré dans sa foi, la loi salique suffisait à interdire toute désignation d’un autre successeur. Cette situation aurait simplement rendu nécessaire l’établissement d’une régence d’attente — ou d’absence —, solution nullement exceptionnelle même si elle n’était pas sans inconvénients.

Bref, la loi de succession désigne le roi de droit, mais celui-ci ne peut devenir roi d’exercice que sous condition suspensive de sa catholicité [17].

 

 

La succession de France : une réalité statutaire

 

Le régime de dévolution de la Couronne suit des règles précises et rigoureuses. Hérédité de mâle en mâle avec primogéniture, collatéralité au bénéfice du plus proche parent par les mâles du roi défunt, catholicité enfin, donnent à la succession royale de France des traits qui lui sont propres.
À ces règles de dévolution proprement dites vient s’ajouter au XVe siècle un dernier principe — en vérité impliqué par elles — se rapportant au statut même de la Couronne. Ce principe — celui d’indisponibilité — et le corollaire qui vient étroitement s’y greffer — la continuité de la Couronne — achèvent de bâtir l’armature constitutionnelle de cette dernière.

Principe d’indisponibilité

Une fois de plus, un principe important est non pas créé, mais révélé à l’occasion d’un événement décisif. Ce principe préserve l’assise même de la monarchie et fait de la Couronne une réalité de droit public en la désignant comme ce qu’elle est : un État. Un État placé hors de portée de toute volonté individuelle, fût-elle celle du prince lui-même.

Depuis le XVIe siècle, le roi a plusieurs fois proclamé la supériorité de la respublica sur sa personne. Par là même il a eu l’occasion de marquer que la fonction royale et les règles qui en régissent la transmission ne sont pas la chose du roi mais les attributs de la Couronne. Ainsi François Ier dans l’édit de Madrid en 1525, Louis XIV dans un factum rédigé au moment de la guerre de Dévolution, l’édit de 1717 sur les princes légitimés insistent sur la servitude que la fonction royale fait peser sur la maison capétienne, servitude bien résumée dans l’édit de février 1771 qui précise la portée des lois fondamentales de succession, « institution que nous sommes dans l’heureuse impuissance de changer » [18].

L’événement qui fut à l’origine de ce principe d’indisponibilité est le traité de Troyes signé en mai 1420 entre Charles VI et Henri V d’Angleterre. Dressé au plus fort d’une guerre civile mêlée de guerre étrangère, ce document diplomatique repousse expressément le dauphin de la succession au trône et déclare Henri V fils adoptif de Charles VI, l’investissant par là même d’un titre à succéder. Les règles coutumières de succession n’étaient-elles donc pas à l’abri de l’arbitraire du prince ? Il convenait de préciser avec netteté que ces règles étaient supérieures à la volonté royale, d’en proclamer l’intangibilité et l’indisponibilité. C’est cette tâche que s’assigne un juriste languedocien, Jean de Terre vermeille, en 1419, un an avant la conclusion du traité de Troyes (mais ce dernier était l’aboutissement d’un processus déjà engagé de rejet du dauphin). Son analyse de la succession statutaire (et donc indisponible) est très vite officielle et devient une loi fondamentale de la Couronne.

Que dit ce juriste ? Essentiellement que la succession royale, titre de légitimité du pouvoir, est régie par une coutume spéciale dont le contenu est irréformable et qui désigne impérativement le dauphin Charles (futur Charles VII). Insistons sur ces deux aspects.

Terrevermeille met d’abord en relief la nature coutumière de la succession royale. À cette fin, il donne pour la première fois une définition de la coutume royale. La coutume, formée au gré des nécessités, adapte les données existantes qui en découlent en les explicitant et en les perfectionnant lorsque certaines exigences politiques ou juridiques le requièrent. La coutume est donc une source de droit qui émane directement de l’ordre du royaume, d’un ordre juridiquement indépendant de tout ordre constitué antérieur (et si ordre constitué il y a, il l’a été par la coutume elle-même…). Dans ces conditions, la coutume apparaîtra comme une objectivation juridique sécrétée par la communauté politique tout entière. C’est assez dire que cette source de droit, inscrite dans la membrure du royaume, est supérieure à toute raison ou volonté individuelle qui chercherait à en modifier le contenu. La coutume s’impose à quiconque.

En conséquence, leur mise en forme par la coutume a donné aux règles de la succession royale une force objective qui les a arrachées, en fonction des fins particulières de la Couronne, à l’action possible de volontés individuelles. La succession de France ne ressemble en rien à une succession privée. Loin d’être patrimoniale ou héréditaire, elle est une succession publique, « quasi héréditaire » ou, mieux, successive. Ce statut coutumier, qui établit une telle succession exorbitante du droit commun, emporte de remarquables conséquences. Dans une succession privée, la volonté du défunt a pu modifier la succession ab intestat en instituant un héritier par testament [19] ; les héritiers peuvent manifester leur volonté de refuser les effets de l’hérédité. Toutes choses impossibles dans le royaume : le statut coutumier fixe un mécanisme successoral auquel nul ne peut faire violence ; ni le roi, ni non plus l’« héritier ». Ce dernier possède, en vertu de la coutume, un droit acquis à succéder que seule explique sa filiation, c’est-à-dire le droit du sang. Ce jus sanguinis fait du successeur un héritier nécessaire, ainsi appelé parce qu’il prend simplement la place de son père une fois celui-ci disparu. Et cela quel que soit son degré de parenté avec le roi défunt : l’héritier est souvent le fils aîné, mais à défaut tout collatéral mâle selon la proximité de degré, au besoin jusqu’à l’infini. Peu importe le degré de parenté de l’appelé, puisque sa vocation successorale l’assimile au fils aîné. En d’autres termes, un collatéral n’est pas reconnu par la coutume comme possible titulaire de la Couronne en raison de son degré de parenté, mais parce que, vis-à-vis du roi régnant, il est dans la position du successeur direct. Fils aîné ou collatéral de la branche aînée suivante, l’héritier nécessaire est toujours le primogenitus. En bref, par la force du statut coutumier, la Couronne et ses règles de dévolution forment un ensemble indisponible.

Ce principe, explicitement invoqué dès 1435 [20], circule vers 1445 dans l’entourage de Charles VII [21] et se fixe à partir de cette date dans le droit monarchique. Aucun juriste ultérieur ne s’en éloignera, et l’on répétera à l’envi les formules mêmes de Jean de Terrevermeille. Tous les auteurs, comme l’opinion publique, insistent alors sur plusieurs corollaires dont certains vont connaître d’intéressants prolongements à partir du XVIe siècle.

  • Le premier d’entre eux a trait à l’impossibilité pour le roi régnant de disposer du royaume. Installé à sa tête par la vertu de la coutume qui s’impose à lui, le roi est dans l’impuissance de renoncer à la Couronne. La question se posa en 1525 lorsque François Ier, captif à Madrid après sa défaite à Pavie, prépara un édit d’abdication en faveur du dauphin. Le parlement de Paris lui fit savoir qu’un tel acte serait contraire au principe d’indisponibilité : le ministère royal ne se résigne pas, c’est ce que dicte à son titulaire la coutume du royaume. De la même façon, les abdications en 1830 de Charles X et de son aîné Louis-Antoine, duc d’Angoulême, ne furent que d’opportunité et leurs auteurs, pas plus que leur « bénéficiaire » le duc de Bordeaux (futur comte de Chambord), ne les considérèrent jamais comme valides [22].
  • La seconde manifestation de cette inaptitude à disposer du royaume — à la différence du père de famille, autorisé par le droit privé à disposer de son patrimoine — est l’impossibilité pour le roi d’amoindrir le royaume dans sa substance tant juridique que territoriale, au détriment des prérogatives de son successeur. L’intégrité territoriale du royaume est un concept qui remonte au début du XIVe siècle et s’épanouit au XVIe siècle jusqu’à acquérir une nature juridique autonome, sanctionnée en 1566 par l’ordonnance de Moulins : c’est la loi fondamentale d’inaliénabilité du domaine de la Couronne.

On sait qu’à cette dernière loi trois tempéraments sont apportés, dont l’un intéresse la succession royale : c’est la constitution d’apanages, fiefs (de statut dérogatoire, d’ailleurs) concédés aux puînés sur le domaine en compensation de leur exclusion de la Couronne au profit du seul primogenitus [23].
Quant au maintien de l’intégrité des prérogatives du successeur, deux événements viennent au XVIIe siècle en souligner l’importance. À deux reprises le roi, par des dispositions testamentaires, a restreint les prérogatives de son héritier mineur en établissant un Conseil de régence et en fixant ses règles de fonctionnement. En 1643 comme en 1715, le parlement de Paris annule ces dispositions comme contraires aux lois fondamentales. Le roi empiétait sur les prérogatives de son successeur en ne lui laissant pas l’exercice entier de ses droits de souverain ; en outre, le prince oubliait qu’en France un roi, même mineur, est toujours réputé majeur.

D’autres conséquences, tout aussi nécessaires, montrent l’autonomie de la succession royale à laquelle la coutume statutaire rive chaque roi et chacun de ses successeurs. La volonté du monarque ou de l’héritier est bridée toutes les fois qu’elle irait à l’encontre de l’ordre de dévolution de la Couronne. Ainsi l’héritier nécessaire a une aptitude inamissible à accéder au trône. Jamais le roi ne pourra l’exhéréder, le droit acquis de cet héritier le lui interdisant. Les clauses du traité de Troyes sont nulles. Tout aussi nulle aurait été l’exhérédation pour ingratitude du futur Louis XI, à laquelle aurait songé Charles VII au dire de Choppin [24] : l’indignité du successeur, quelle qu’elle soit, ne saurait l’emporter sur son droit acquis à la Couronne [25]. Nulle enfin la disposition de l’édit d’Union de 1588 qui déclare le cardinal de Bourbon premier prince du sang et parent le plus proche habilité à succéder, excluant ainsi Henri de Navarre. Le roi ne pourrait pas davantage modifier l’ordre de succession en cherchant à y intégrer de nouveaux héritiers ou en contraignant un successeur à renoncer à son droit. Deux événements éloquents illustrent cette impuissance radicale à bouleverser la coutume.

Le roi ne peut ajouter de sa propre initiative de nouveaux héritiers à ceux que la coutume désigne impérativement. L’affaire des bâtards légitimés de Louis XIV le montre à l’évidence. Pour prévenir une éventuelle défaillance de sa lignée, durement éprouvée à la fin du règne, le Grand Roi, par un édit de juillet 1714, déclara habiles à succéder ses deux bâtards, le duc du Maine et le comte de Toulouse, qu’il avait antérieurement légitimés. Se donner des successeurs par légitimation s’inscrit en violation de la loi de succession. C’est une façon d’agir qui non seulement s’oppose à l’ordre statutaire, mais, en outre, habilite à succéder des bâtards auxquels même la légitimation ne saurait conférer un jus sanguinis [26]. En juillet 1717 le Conseil de régence rendra un édit annulant la décision du roi défunt, au motif qu’il ne pouvait attribuer à des descendants de naissance illégitime une vocation successorale contraire aux exigences de la coutume [sc].

Toujours parce que l’héritier nécessaire, quelle que soit sa place dans l’ordre successoral, jouit d’un droit acquis à succéder, le roi régnant ne peut le faire renoncer à ce droit. Déjà, en 1457, Charles VII avait entendu priver le duc d’Alençon de son droit successoral [27]. Mais l’attention de l’historien se fixe surtout sur la renonciation de 1713, tout aussi nulle et que nous examinerons plus loin. Aucune renonciation n’est valable au regard des lois fondamentales. Elle viole la coutume constitutionnelle émanant de l’ordre même du royaume. Cette renonciation a beau revêtir la forme de lettres patentes, ces lettres royales, même enregistrées au Parlement, même prises en raison de nécessités internationales, ne peuvent, ainsi que tout acte issu de la volonté législatrice du monarque, parce que de valeur juridique moindre, déroger aux lois fondamentales constitutives d’un ordre juridique supérieur. C’est là — et les publicistes modernes le savent bien — le critère des constitutions rigides qu’un texte législatif ordinaire ne peut ni battre en brèche ni frapper de péremption.

Émanées de la coutume, ces lois fondamentales fixent le statut de la Couronne et de son titulaire. Attenter à cette coutume serait attenter au statut de la Couronne et ôter toute signification à la fonction royale en lui retirant son caractère de fonction « publique » gardienne et réalisatrice de l’intérêt commun. Admettre les renonciations, c’est faire perdre à la monarchie le bénéfice d’efforts séculaires qui lui ont permis, avec l’élaboration des lois fondamentales, de profiler d’abord, d’asseoir ensuite le concept juridique d’État. Par là même, nous en arrivons au dernier aspect de la coutume statutaire, qui, tout autant que l’indisponibilité, sert d’assise à l’État monarchique — comme à tout État — : le principe de continuité.

 

La continuité de la Couronne

Pendant longtemps le sacre a fait le roi. Un inconvénient ne manquait pas d’en résulter dès lors que la pratique du sacre anticipé avait cessé avec Philippe Auguste : entre la mort du roi et le sacre de son successeur existait un vide juridique.

La royauté a progressivement entrepris de combler ce vide. Philippe III, en 1270, est le premier à avoir daté ses actes à partir de la mort de son prédécesseur et non de son propre sacre. Surtout, en 1403 et 1407, deux édits rendus par Charles VI consacrent l’instantanéité de la succession. S’inspirant peut-être d’une institution de droit privé — la saisine héréditaire, par laquelle, selon l’adage « le mort saisit le vif », l’héritier est saisi de plein droit de l’hérédité par la mort du de cujus —, ces textes déclarent que le successeur du roi défunt est roi dès la mort de son prédécesseur, sans qu’il se produise la moindre interruption dans la fonction royale. Le seul fait de la mort du roi suffit à saisir son successeur, quel que soit l’âge de ce dernier et sans le préalable du sacre.

Ces textes vont recevoir, peu de temps après, une consécration doctrinale. Jean de Terrevermeille, l’auteur même de la théorie statutaire, rattache directement l’instantanéité de la succession au droit acquis du dauphin résultant de la coutume. Cette coutume, en effet, reconnaît dans le droit de filiation le fondement du droit acquis. Or le droit de filiation est renforcé par la croyance dans l’identité de nature entre le roi et le primogenitus. La nature royale est transmise de père en fils par le sang (elle est évidemment réversible sur la tête de tous les collatéraux de même souche). Les conséquences d’une telle analyse sont évidentes.

  • En premier lieu, le roi se perpétue dans son successeur. Il n’est pas une personne physique suivie d’autres. Il est une lignée, une personne immatérielle qui se profile derrière une succession de personnes charnelles. Ainsi aboutit-on à dépersonnaliser la fonction royale, à la séparer de la personne physique de ses titulaires.
  • Ensuite — et ceci découle de cela — le successeur ne peut être un héritier au sens du droit commun. Il est plutôt le support charnel de la forme royale qu’il reçoit, à travers son prédécesseur, dès le jour de sa naissance. Cette prédestination, qui le fait appartenir à une « personne » royale immatérielle, rend compte de la radicale impossibilité de modifier sa situation d’héritier nécessaire. La mort du roi régnant ne lui confère pas la qualité royale mais actualise en lui cette dernière, détenue jusqu’alors de façon latente.
  • Cette justification doctrinale résultant de la coutume statutaire s’est traduite dans l’adage « le roi ne meurt jamais en France ». Celui-ci trouve son expression concrète dans un rite oral qui se fixe au XVIe siècle et qui voulait que l’on prononçât la formule « le roi est mort, vive le roi », signifiant que la mort de la personne physique du roi ne faisait pas mourir la personne royale.

Trois corollaires s’ensuivent.

  1.  
    1. . La permanence du roi, l’absence de toute discontinuité entre deux règnes — n’y a-t-il pas, au fond, un seul règne continu ? — s’affirment au détriment du sacre. Si l’opinion publique reste longtemps fidèle à l’idée qu’il n’y a de roi que par le sacre, il n’en demeure pas moins que, dans le droit public de la monarchie à partir du XVe siècle, l’onction n’a plus la portée juridique qu’on lui connaissait auparavant, même si elle reste essentielle. Le droit du sang et la naissance font maintenant le roi ; le sacre, lui, constitue toujours dans le roi l’autorité venue de Dieu [28].
    2. . Second corollaire : la « personne » royale est, par évidence, toujours le siège d’une plénitude de pouvoir. Le jeune roi, même « mineur » et nonobstant l’organisation d’une régence, est donc toujours réputé majeur ; les actes intervenus durant la régence sont passés directement en son nom [29].
    3. . Enfin, la continuité de la Couronne emporte comme conséquence que le nouveau roi est tenu par tous les actes passés par son prédécesseur.

 

Conclusion

 

Voilà, tracé à larges traits, quel était le droit royal français : un ensemble cohérent, constitué par des « lois fondamentales » étroitement imbriquées. Il ne laisse guère de doutes aujourd’hui sur la controverse successorale.

 

 


[1Louis de Bonald, Théorie du pouvoir politique et religieux, dans Œuvres, éd. Le Clère, t. 1, p. 210. Lire aussi Joseph de Maistre, « Essai sur le principe générateur des constitutions politiques », dans Œuvres complètes, Lyon, Vitte, t. 1, 2e tirage, 1891, p. 227 ss.

[2L’expression apparaît pour la première fois, semble-t-il, dans le manifeste du parti « politique » en 1575. Lors du lit de justice du 15 juin 1586, le président de Harlay distingue en toute clarté « deux sortes de lois : les unes sont les ordonnances des rois qui se peuvent changer selon la diversité des temps et des affaires, les autres sont les ordonnances du royaume qui sont inviolables […] » La formule « loi fondamentale » est reprise en 1588 dans l’édit d’Union qui pose les bases de la catholicité du prince. Elle est couramment utilisée aux XVIIe et XVIIIe siècles. La « loi fondamentale » est à l’origine du concept de constitution dans notre ancien droit public : c’est en ce sens que l’entend déjà une déclaration royale du 26 avril 1723.

[3Certains publicistes ont tenté d’allonger la liste des lois fondamentales. De même les États généraux de 1614 prétendirent-ils faire proclamer comme loi fondamentale l’indépendance totale du roi vis-à-vis de la papauté. Dans d’autres cas, on a vu dans la « découverte » de nouvelles prétendues « lois » une manière commode de limiter les prérogatives du prince au profit, par exemple, des parlements. Mais ces prétentions n’ont jamais été que des « ballons d’essai ».

[4On se reportera particulièrement à Jean Barbey, La fonction royale, essence et légitimité, d’après les Tractatus de Jean de Terrevermeille, Paris, Nouvelles éditions latines, 1983 ; on trouvera d’utiles matériaux dans Bernard Basse, La constitution de l’ancienne France, Liancourt, Les Presses Saint-Louis, 1973.

[5Le cas se produit deux fois au cours de la période. En 1017, Robert fait élire et sacrer son fils Hugues, puis, après la mort de celui-ci, son second fils Henri Ier en 1027. En 1129, Louis VI associe son fils Philippe, puis son puîné — Louis VII — en 1131.

[6Hugues Capet et ses successeurs n’ont rien inventé en la matière : certains Carolingiens avaient déjà fait sacrer leur fils de leur vivant.

[7L’élection laissera jusqu’à Louis XIV une trace, tout à fait secondaire, dans la cérémonie du sacre, que Jean Bodin, par exemple, relève au XVIe siècle (La République, Liv. VI, ch. 5) : les évêques de Beauvais et de Laon, à un moment donné, soulèvent le roi et demandent aux assistants s’ils l’acceptent comme souverain ; la foule crie : « Amen ! Fiat ! Noël ! Noël ! » (voir Aimé Bonnefin, Sacre des rois de France, Limoges, 1982).

[8Nombreux exemples dans E. Glasson, « Le droit de succession au moyen âge », Nouvelle Revue Historique de Droit français et étranger, t. XVI. 1892, p. 543 ss. Notons également que les Libri Feudorum, compilation féodale lombarde, posent la règle du partage égal du fief entre les enfants mâles.

[9Déjà les évêques carolingiens avaient inspiré à Louis le Pieux, en 817, l’Ordinatio Imperii par laquelle l’empereur rompait avec la traditionnelle pratique du partage au bénéfice de son fils aîné Lothaire, seul futur empereur. Cette tentative éphémère fut, on le sait, ruinée lors du traité de Verdun en 843.

[10Cette admission des femmes à la succession aux fiefs doit être nuancée. Dans certaines coutumes — Normandie, entre autres — le privilège de masculinité s’étend à tous les biens mêmes non féodaux. Ensuite, certains grands fiefs sont réputés « masculins » et ne peuvent échoir à une femme. En outre, même dans les fiefs « féminins », les femmes ne sont pas mises sur le même pied que leurs frères. À égalité de degré, elles sont exclues (Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, no 470 ; Jacques d’Ableiges, Grand Coutumier, II, 25 ; Nouvelle Coutume de Paris, art. 25). Dans certaines

coutumes, la fille est préférée au frère du défunt mais écartée par le fils de celui-ci (Boutillier, Somme rurale, tit. 78 ; Coutume de Paris du XIIIe siècle ; etc.).

[11En vérité, il semble que la loi salique établisse un régime de préférence des fils, et non d’exclusion totale des filles. D’ailleurs, ses dispositions ont très vite choqué : dès la fin du VIIe siècle, dans les Formules de Marculf (II, 12), il est permis au père de rappeler à la succession ses filles à égalité avec ses fils pour tout ce qui concerne la « terra paterna ».

[12En toute rigueur juridique, l’existence d’une coutume suppose celle de deux éléments bien distincts : un élément matériel, encore dit objectif ou de fait, le corpus, l’usage, caractérisé par la répétition (mais cette exigence est relative et varie selon les domaines), la durée, la constance et la clarté ; en second lieu un élément immatériel ou psychologique, subjectif, l’animus, la conviction du caractère juridique de cet usage (voir Stéphane Rials, « Réflexions sur la notion de coutume constitutionnelle », Revue administrative, 1979, p. 265 ss.).

[13Édouard III ne revendique le titre de roi de France qu’en 1340. Dans son manifeste, il affirme qu’il est dans la première année de « son règnement en France ».

[14On reviendra plus loin sur cette importante décision.

[15Sur cette question, voir ses aspects politiques dans Robert Villers, « Aspects de la loi de catholicité », Revue Historique de Droit français et étranger, 1959, p. 196-213. Sur la controverse juridique et doctrinale voir C. Collot, L’école doctrinale de droit public de Pont-à-Mousson, Paris, 1965, p. 286 ss. et L.P. Raybaud, La royauté d’après les œuvres de Matteo Zampini, Travaux et recherches de la Faculté de Droit de Paris, 1965, surtout, p. 171-180.

[16Voir plus loin.

[17Trois compléments doivent être fournis, concernant la loi de catholicité.

Tout d’abord, si le roi doit être catholique, la question du contenu de sa foi relève de Dieu et de sa conscience seuls. Tant qu’il ne porte pas atteinte aux grands édifices dogmatiques et institutionnels de l’Église, il n’appartient pas à celle-ci de remettre en cause la légitimité du roi. Les rois excommuniés n’en sont pas moins demeurés rois.

En second lieu, de l’avis des légistes anciens et modernes (mais ce point vaudrait d’être creusé et, peut-être, partiellement nuancé), la théorie statutaire s’oppose au droit canonique sur un point : elle n’admet pas la légitimation par mariage subséquent, qui consiste à traiter comme enfant légitime celui qui est né hors mariage pourvu que le père régularise son union par un mariage avec la mère de l’enfant. C’est l’adage On naît prince du sang, on ne le devient pas.

Enfin, la loi de catholicité implique que le successible soit issu d’un mariage canoniquement valable. D’où l’exclusion des bâtards de la succession de France (voir par exemple Saguez-Lovisi, Les lois fondamentales au XVIIIe siècle, recherches sur la loi de dévolution de la Couronne, Paris, P.U.F., 1984, p. 33 ss.). C’est poser le délicat problème des Bourbon-Busset, sur lequel l’essentiel est dit par M. Hervé Pinoteau (Héraldique capétienne, réimpr., éd. La Perrière, 1979, p. 41 ss.). Louis de Bourbon, évêque titulaire de Liège mais non encore clerc (il ne sera sacré que plus tard), avait connu une jeune femme, de l’illustre famille des Gueldre selon certains (mais la chose n’est pas prouvée). Il en eut des enfants ; mais l’avait-il épousée ? Les Bourbon-Busset contemporains le prétendent, sans l’établir. Toutes les recherches sont demeurées infructueuses. La vie commune n’est pas même prouvée. Louis reçut peu après les ordres. S’il y avait eu mariage, il aurait fallu obtenir le consentement de son épouse qui aurait dû se retirer obligatoirement dans un couvent, ce qui n’aurait sans doute pas manqué de laisser des traces.

Pendant longtemps, les Busset ont accepté leur prestigieuse bâtardise et ont porté des armes de bâtards. À la mort de Henri III en 1589, il n’y eut de leur part aucune velléité de succéder. Les difficultés du temps — illustrées par l’épisode « Charles X » — leur en offraient pourtant l’opportunité.

Notons qu’il y eut d’autres branches bâtardes disparues aujourd’hui (Anjou, Bourgogne, Orléans, Longueville, Bourbon-Malause). Aucune ne fut jamais mise en avant pour la succession..

[18Isambert, Recueil des anciennes lois françaises, t. XXII, p. 515. L’édit de 1771 reprend l’affirmation qui figure dans l’édit de 1717 sur les princes légitimés.

[19Il s’agit ici du droit successoral romain et coutumier, et non du droit contemporain où la liberté de tester, rarement absolue au demeurant (même autrefois), a été mise à mal.

[20Notamment dans les milieux bourguignons qui cherchent à faire la paix avec le roi de France (voir Dom Plancher, Histoire… de Bourgogne, Dijon, 1781, t. IV, p. 151-157).

[21Sous la plume de Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims en 1449 et conseiller de Charles VII.

[22Stéphane Rials, Le légitimisme, P.U.F., « Que sais-je ? », 1983, p. 16.

[23Cette pratique des apanages, à laquelle la royauté eut très tôt recours, en détournant les puînés d’entreprendre contre les droits de l’aîné, consolide le principe de primogéniture et celui, lié, d’indivisibilité de la Couronne. Les deux autres exceptions sont les engagements du domaine en temps de guerre ou pour toute autre grave nécessité et l’existence d’un domaine casuel ou disponible constitué par les acquisitions territoriales faites depuis moins de dix ans.

[24René Choppin, Trois livres du domaine de la Couronne, éd. 1574.

[25À cet égard, il faut préciser que, contrairement au préjugé « séminaliste » entretenu et développé par certains, les descendants de Philippe Égalité, les Orléans, seraient parfaitement, successibles, mais à leur tour.

[26Voir supra la question de l’exigence d’un mariage canoniquement valable.

[scIsambert, op. cit., t. XXI, p. 147. Sur cette affaire, voir Saguez-Lovisi, op. cit.

[27Charles Dumoulin, Commentarii in consuetudines parisienses, § 12. éd. 1624. I, 487.

[28Voir l’ouvrage précité de A. Bonnefin.

[29Les édits de 1403 et 1407 sur l’instantanéité de la succession s’intitulent d’ailleurs « édits sur la suppression des régences ».


 

Source: http://www.viveleroy.fr/?La-constitution-de-la-France

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 01:02

Ahmed Atif Efendi est un haut fonctionnaire de l’Empire Ottoman. En 1798, il écrit un mémorandum destiné à fournir des arguments pour contrer les avances de Bonaparte — conquérant éphémère de l’Égypte — qui cherche à rallier les musulmans à la République française. L’envahisseur ne prétend-il pas que les Français sont de bons musulmans pour avoir chassé le pape de Rome et détruit l’Ordre de Malte ? Parce qu’il s’appuie sur la loi naturelle — accessible à tous les hommes par la seule raison —, Ahmed Atif Efendi contaste que la Révolution « fait disparaître la vergogne et la pudeur, préparant ainsi la voie à la réduction du peuple de France à l’état de bétail. »

 

Le memorandum d’Ahmed Atif Efendi, reis ul Kuttab

Les gens bien informés n’ignorent pas que la conflagration de sédition et de scélératesse qui éclata il y a quelques années en France, projetant des étincelles et des flammes de trouble et de tumulte dans toutes les directions, avait été préparée de longue date dans l’esprit de certains hérétiques maudits et était un mal sous-jacent qu’ils cherchaient à toutes les occasions de réveiller.

De la sorte, les célèbres athées Voltaire et Rousseau, et d’autres matérialistes de leur acabit avaient édité et publié divers ouvrages consistant, Dieu nous en préserve, en insultes et calomnies contre les purs prophètes et les grands rois, réclamant la suppression et l’abolition de toute religion, et pleins d’allusions à la douceur de l’égalité et du républicanisme, tout cela exprimé dans des mots et des phrases aisément intelligibles, sous forme de moquerie, dans le langage du peuple.

Séduits par la nouveauté de ces écrits, la plupart des gens, jusqu’aux jeunes et aux femmes, ont eu de l’inclination pour eux et y ont accordé une grande attention, de sorte que l’hérésie et la scélératesse se sont répandues comme la syphilis dans les artères de leur cerveau et ont corrompu leurs croyances. Lorsque la révolution s’intensifia, personne ne se formalisa de la fermeture des églises, de l’assassinat et de l’expulsion des moines, et de l’abolition de la religion et de la doctrine : ils avaient tourné leur cœur vers l’égalité et la liberté, par lesquelles ils espéraient atteindre la parfaite félicité en ce monde, selon les enseignements mensongers de plus en plus colportés dans le peuple par cette pernicieuse équipe qui a fomenté la sédition et le mal par égoïsme ou intérêt.

Nul n’ignore que l’ordre et la cohésion de tous les États reposent avant tout sur la solidité des racines et des branches de la sainte loi, de la religion et de la doctrine ; que seuls les moyens politiques ne suffisent pas à assurer la tranquillité du pays et l’obéissance des sujets ; que la nécessité de la crainte de Dieu et le respect du châtiment dans les cœurs des esclaves de Dieu sont un des décrets divins les plus indéracinables ; que jadis comme aujourd’hui chaque État et chaque peuple a sa propre religion, vraie ou fausse.

Pourtant, les chefs de la sédition et des maux surgis en France, avec une ampleur sans précédent, afin de faciliter l’accomplissement de leurs projets néfastes, et dans le plus complet mépris de leurs redoutables conséquences, ont ôté au peuple la peur de Dieu et du châtiment, ont autorisé toutes sortes d’actions abominables et entièrement fait disparaître la vergogne et la pudeur, préparant ainsi la voie à la réduction du peuple de France à l’état de bétail.

Non contents de se satisfaire de cela, ils ont partout cherché leurs semblables, afin d’occuper les autres États à la protection de leurs propres régimes et ainsi prévenir une attaque contre eux, ils ont fait traduire dans toutes les langues et publier en tous lieux la déclaration rebelle qu’ils appellent les « droits de l’homme » et se sont efforcés d’inciter le peuple de toutes les nations et de toutes les religions à se rebeller contre les rois dont ils sont les sujets.

Ahmed Atif Efendi, reis ul Kuttab

Ce texte est cité par Bernard Lewis in Islam et Laïcité - Fayard - Paris - 1988 - p. 64-65.
Bernard Lewis est un orientaliste anglo-américain, spécialiste de l’Orient médiéval et de la Turquie ottomane. Auteur de nombreux ouvrages, dont plusieurs ont été traduits en français, il est, dit-on, l’inspirateur de la politique de Georges Bush au Moyen Orient. En 1995, il a été condamné par le Tribunal de Grande Instance de Paris pour négationnisme du génocide arménien. Il apparaît, donc, comme fort éloigné du courant de pensée légitimiste.

 

Source: http://www.viveleroy.fr/?La-Revolution-francaise-analysee

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 00:13

Le site Democratrie royale publie un extrait d'une lettre à Louis XVI d'un Maupeou extra-lucide sur l'Oligarchie :

 

Jeudi 23 janvier 2014

Oligarchie par Maupeou : Lettre à Louis XVI

 

« Ne serait-il pas à craindre qu'on ne vît bientôt s'élever une espèce d'oligarchie qui d'abord s'appuierait sur le peuple pour attaquer le souverain, et qui, après avoir enchaîné le souverain, retomberait sur le peuple de tout son poids. »

 

Source: http://www.democratie-royale.org/article-maupeou-lettre-a-louis-xvi-67687728.html

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e1/Ren%C3%A9-Augustin_de_Maupeou.PNG/220px-Ren%C3%A9-Augustin_de_Maupeou.PNGMaupeou fut à l'origine du "Coup de majesté" de 1770 qui réussit pour la première fois à faire passer dans le droit français la réforme tant désirée de l'égalité devant l'impôt.

 

De 1770 à 1774, le gouvernement est constitué par le "Triumvirat". L'abbé Terray est aux Finances, le Duc d’Aiguillon est aux Affaires étrangères, Maupeou, est chancelier (Garde des Sceaux). Le "coup de majesté" sera une supression des parlements qui jusqu'ici s'étaient opposés à l'égalité devant l'impôt, une réfome qui rendit à la justice sa gratuité et son indépendance, en même temps que la noblesse et le clergé se voyaient imposés :

  • - Exil du Parlement de Paris qui est démantelé,
  • - Suppression des parlements régionaux, de la Cour des aides et création à la place de « Conseils supérieurs », la vénalité des offices de judicature est supprimée (1771),
  • - La justice devient gratuite,
  • - et les revenus de la noblesse et du Clergé sont imposés : c’était "une des réformes les plus désirées par le pays" (Jacques Bainville). 
  •  

"La suppression des parlements, acte d’une politique hardie, permettait de continuer cette rationalisation administrative de la France qui depuis des siècles, avait été entreprise par la monarchie" (J. Bainville). Mais la réforme sera malheureusement immédiatement annulée par un Louis XVI mal mal conseillé en 1774.

L’administration Terray avait commencé à corriger les abus, elle avait adouci d’abord les impositions les plus vexatoires avec l’intention des les abolir ensuite ; elle organisait les fameux vingtièmes (1771) qui avaient soulevé tant de résistances... ; elle s’occupa enfin de créer des taxes équitables, telle que la contribution mobilière reprise plus tard par l’ "Assemblée constituante" (1789-1791) (!) en un mot tout ce qui était rendu impossible par les parlements.

 

Autres articles sur ce sujet de l'obstruction parlementaire au XVIIIe siècle à toute tentative royale de faire la réforme de l'égalité devant l'impôt (des choses que l'école de la république ne vous apprendra pas !) :

 

. Face au deux poids deux mesures : prôner l'égalité et la liberté

. 14 juillet 1789 : La Révolution dite "française"

. La guerre des juges contre l'Eglise et la monarchie au XVIIIe siècle (Marion Sigaut)

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 16:45

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2a/Arms_of_the_Kingdom_of_France.svg/100px-Arms_of_the_Kingdom_of_France.svg.png Au XVIIIe siècle, la France « ne revendique pas encore la LIBERTE (une abstraction alors que les libertés au pluriel sont des réalités concrètes, recherchées, enviées, étendues)". Elle rêve de plus d'EGALITE »

(François Bluche, Louis XV, Coll. Tempus, La Flèche 2003, p. 94.)

 

 

Aujourd'hui nos lecteurs réguliers savent que les Français sont devenus des citoyens de second, voire troisième rang, dans leur propre pays, victimes d'un deux poids deux mesures permanent.


Dans ces conditions de guerre non déclarée qui nous est faite, la meilleure tactique est de pousser l'hypocrisie républicaine dans son retranchement. Il faut exiger concrètement cette liberté et cette égalité , pousser la république à montrer son vrai visage clivant, divisant, discriminant, stigmatisant, et débusquer la bête du fond du bois, qui ne trompera désormais plus personne.

 

Le dernier exemple en date qui montre que nous ne sommes plus chez nous est le traitement qui a été réservé à la liberté d'expression et de réunion de Dieudonné à Nantes, sous le diktat d'un Lobby étranger ultra-minoritaire mais occupant toutes les institutions de la dite "chose de tous" (res publica).

 

Il s'agit de recouvrir la notion d'universalisme qui est au coeur du projet catholique (le grec kajolik´ov, catholicos signifiant "universel" avait été employé par saint Ignace d'Antioche vers 107 ap. .-C., dans sa Lettre aux Chétiens de Smyrne).

 

Quel risque aurions-nous à nous prévaloir de la liberté et de l'égalité quand la république absolue qui a pris les rênes de l'Etat nous a elle-même usurpé la devise "Liberté, égalité, fraternité" ?  

 

Le constat que nous faisons est simple : plus nous nous éloignons du règne du Christ dans et sur la société et plus les libertés et l'égalité en droit (comme de fortune) entre les personnes se retreignent jusqu'à complète disparition :

 

. 1793 (atteintes criminelles à la liberté religieuse, génocide vendéen),

. 1870 (répression contre la Commune),

. 1945 (épuration),

. 1962 (massacre et abandon des harkis),

. 1975 (avortement laissant sur le carreau des millions de bébés, ce qui fait que l'endroit le moins sûr aujourd'hui sur terre est le ventre des mères !),

. 2013 (néo-esclavagisme, explosion des inégalités et des écarts de richesse, contrats sur les personnes, sur les enfants, "mariage" homosexuel, arrestations arbitraires, prison pour les dissidents).

 

Tout ceci est anormal. Ces inégalités ne sont pas tolérables, elles sont une honte et un déshonneur pour notre pays. Croyons donc et tenons bien que l'universalisme, mais aussi la justice et le droit sont de notre côté.

 

 

Les libertés sous la Monarchie se déclinaient au pluriel 

(François Bluche, Louis XV.)

 

Une religion d'Etat, la reconnaissance du catholicisme comme religion de la France ne s'oppose nullement à la "liberté de culte" des autres religions ni aux libertés civiles.

 

Mieux, c'est le règne du Christ qui garantit la liberté et qui, en France, est devenu un exemple pour le monde entier :

 

. Lettre du 21 octobre 1239, du pape Grégoire IX au roi de France Louis IX (saint Louis) :

 

Emile_Signol_-_Louis_IX,_dit_Saint_Louis"Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi ici-bas des royaumes différents, suivant la diversité des langues et des climats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des missions spéciales pour l'accomplissement de Ses desseins.

Et comme autrefois Il préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob et comme Il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi Il choisit la France, de préférence à toutes les autres nations de la terre, pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, la France est le Royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ.

 

Cette lettre a été rappelée par saint Pie X le 13 décembre 1908 lors de la béatification de Jeanne d'Arc, et fut reçue avec une sainte ferveur par un gouvernement anticlérical, réuni à la cathédrale pour l'occasion.

 

Source: http://www.contreculture.org/AT%20Mission%20divine.html

 

.  Le moine Guibert de Nogent (1055-1125) écrit une histoire de la première croisade qu'il intitule "Gesta Dei per Francos" : "L'action de Dieu passe par les Francs".

 

"carolingien"

 

. Déclaration du pape Etienne II à Pépin Le Bref en 756

 

"Au dessus de toutes les nations qui sont sous le ciel, votre peuple franc s'est montré le plus dévoué envers moi, Pierre, apôtre de Dieu".

 

. Testament de Saint Rémi (Baptême de Clovis)

 

"Que de cette race sortent des rois et des empereurs qui, confirmés dans la vérité et la justice pour le présent et pour l'avenir suivant la volonté du Seigneur pour l'extension de sa sainte Eglise, puissent régner et augmenter tous les jours leur puissance et méritent ainsi de s'asseoir sur le trône de David dans la céleste Jérusalem ou ils règneront éternellement avec le Seigneur."

 


Source: http://www.contreculture.org/AT%20Mission%20divine.html

 

Lire :  "Un juif parle du "rôle de la France" : "la délivrance se fera par la France" (Rav Dynovisz)"

 

Concrètement, la liberté de culte s'est manifestée la première fois en France lorsqu'en 1562 un édit royal octroya la liberté de culte aux protestants au XVIe siècle, c'est-à-dire en pleine monarchie de droit divin :

 

Dès 1562, sous Charles IX, roi de France (1560-1574), soit en pleine monarchie de droit divin, le 17 janvier 1562, le roi octroie aux protestants l'"édit de tolérance", dit édit de "Saint-Germain" ou encore "Edit de janvier", qui donnait la liberté de culte aux réformés ainsi que le droit de se réunir à l'extérieur des villes fortifiées.

 

Cet édit eut paradoxalement des conséquences inattendues : il décupla le radicalisme des Huguenots, attisa la haine entre les deux communautés (catholiques et protestantes) et provoqua les guerres de religion qui devaient durer trente ans ! Le Parlement de Paris refusa de ratifier l'édit. On estime qu'à ce moment-là, plus d'un tiers de la noblesse française était alors acquise au protestantisme. Les protestants qui crièrent à la persécution, prirent les armes. En mars 1562, la guerre civile commençait, et un manifeste du prince protestant de Condé l’ouvrit.

 

 

D'une manière générale, les libertés privées et civiles étaient bien plus étendues sous la monarchie que sous la république.

 

Portrait imaginaire de Charlemagne, par Albrecht Dürer. Le manteau et les blasons au-dessus de sa tête montrent l'aigle allemand et le lys français.

 

La loi du roi dès le Haut Moyen Âge ne pouvait pas aller contre la loi des gens, les traditions du peuple parce que cette loi appartenait au peuple :

 

Sous Charlemagne, la loi est "intangible" parce qu'elle "appartient au peuple", le roi ne peut y "toucher quant au fond" (Jean Favier, Charlemagne, Texto, Le Goût de l'histoire, Lonrai 2013, p. 334-335).

 

"Le roi n'a rien d'un autocrate. Pour bien des affaires législatives ou politiques, qui ne sont pas dans le champ d'application du ban royal, la rédaction de l'assemblée paraît avoir infléchi ou déterminé la décision royale" (J. Favier, ibid., p. 303).

 

"En 792, il (le roi) évoque les nombreuses plaintes de ceux qui 'n'ont pas conservé leur loi'. Si quelqu'un dit qu'on lui a refusé le bénéfice de sa loi, écrit le roi, les missi (sorte de préfets de l'époque NdCR.) doivent bien dire que ce n'est ni la volonté ni l'ordre du roi. On punira le missus ou le comte qui aura confondu les lois. Pour limiter les contentieux, le roi prescrit que l'on fasse enquête pour savoir 'quelle est la loi de chacun, d'après son nom' !

 

Christiane Taubira en juin 2013.

 

Lorsque le roi ajoute aux lois, c'est pour clarifier les ambiguïtés et combler les lacunes, non pour changer le sens de la législation" (J. Favier, ibid., p. 347-348.) Encore moins changer de civilisation (!) comme a pu le déclarer en toute impunité une "ministre de la Justice" de la Ve république, Christiane Taubira. Ce qui notons-le est du jamais vu dans l'histoire de France et peut-être du monde :

 

"C'est une réforme de société et on peut même dire une réforme de civilisation", déclara Christiane Taubira, le 7 novembre 2012 au sujet du projet de loi sur l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels, dans un entretien publié dans "Ouest France".

 

Au IXe siècle, "Charlemagne ne s'aventure pas à harmoniser en force les lois qui régissent son royaume, à plus forte raison l'empire. Mais par le jeu des capitulaires 'à ajouter aux lois', dont il peut étendre l'effet sur tout un territoire et éventuellement sur tous ses sujets, il commence d'atténuer les discordances. Il n'ira pas plus loin. Même lorsqu'un Agobard jugera souhaitable, dans les années 830, d'unifier le droit des peuples soumis à l'empereur franc, il sera seul de son avis." (J. Favier, ibid., p. 349).

 

Quelques exemples :

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3f/Br%C3%A9viaire_d%27Alaric_%28Clermont%29.jpg/220px-Br%C3%A9viaire_d%27Alaric_%28Clermont%29.jpg. La Bourgogne gardera une loi qui n'a plus rien de national, "une loi purement territoriale".

. La loi romaine que résumait pour les Visigoths le  Bréviaire d'Alaric, on ne songe pas à y toucher.

. On ne touche pas davantage lors de la constitution de la Marche d'Espagne, à la loi du royaume visigothique dérivée du Bréviaire et codifiée en un Livre des Juges rédigé à Tolède en 654 par le roi Réceswinthe.

 

Jean Favier résume le degré maximal que pouvait atteindre un Charlemagne législateur :

 

"Les mesures d'exception du capitulaire saxon mises à part, le roi des Francs n'a guère osé 'ajouter' vraiment aux lois.

 

Limitée était sa capacité à l'être (législateur) sans dresser contre lui les tenants de la tradition germanique, réticente envers l'innovation comme envers la fixation par écrit d'un droit par principe oral et largement tributaire de l'interprétation. Limités étaient aussi les domaines dans lesquels il pouvait intervenir, et les esprits ne paraissaient pas prêts à accepter une uniformisation du droit dans le royaume, à plus forte raison dans l'empire." ( J. Favier, ibid., p. 351).

 

 

Sous l'"Ancien Régime", du XVIe siècle à 1789 :    


La France d'"Ancien Régime" était un "pays hérissé de libertés" (F. Funck-Brentano)

 

"Les libertés (françaises)... offraient une résistance à l'arbitraire 'plus efficace, dit Ségur, que celle des lois" (Tocqueville cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 528).

 

http://www.images-chapitre.com/ima3/newbig/753/1054753_3027410.jpg

 

"Le monarque absolu au royaume de France n’est donc ni un tyran ni un despote. (F. Bluche)

 

C’est pourquoi certains auteurs ont songé à remplacer monarchie 'absolue' par monarchie 'administrative' ou même de monarchie 'tempérée'..." (François Bluche, Louis XIV, Fayard, Paris 2002, p. 195).

 

 

"L'Etat de nos jours est plus directif que sous l'Ancien Régime" (Jean-Louis Harouel)

 

"La plus libérale des démocraties actuelles est bien plus absolue que la monarchie dite 'absolue'... En effet, l’autorité étatique y est beaucoup plus à même d’imposer sa volonté..." (Jean-Louis Harrouel, L’esprit des institutions d’Ancien Régime, Le miracle capétien, Perrin, 1987).

 

"On aurait bien tort de croire que l'Ancien Régime fut un temps de servilité et de dépendance: il y régnait plus de liberté que de nos jours'..." (Tocqueville cité in Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 529).

 

"Prise dans le carcan administratif qu'elle porte depuis plus d'un siècle sans révolte et qui favorise si bien les tyrannies sectaires ou césariennes, la France d'aujourd'hui est sans résistance et sans force contre les ministres et les bureaux..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 11).

 

http://www.histoire-image.org/photo/zoom/dub3_duplessis_001f.jpg

Louis XVI

 

Un pays traversé de "chartes, de droits, de statuts, d'immunités de toute grandeur et de toute nature" (Pierre Gaxotte)

 

"La "conception (révolutionnaire-napoléonienne) d'un gouvernement bureaucratique servi par une armée de fonctionnaires, promulguant pour une nation d'administrés une seule législation, est peut-être ce qu'il y a de plus étranger à l'Ancien Régime...

"Les plus grands réformateurs, les plus amoureux d'unité, Colbert, Machault, Maupeou, Lamoignon, ne pouvaient même pas imaginer pareille uniformité [que celle de la révolution], ni pareille docilité..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 6-7).

 

 

"Les rois du vieux temps laissaient se gouverner leurs sujets à l'abri de leur autorité souveraine" (F. Funck-Brentano)

 

"En tête de ses Considérations sur le Gouvernement, vers 1737, le Marquis d'Argenson mettait cette épigraphe: 'La liberté est l'appui du trône' .

"Sénac de Meilhan ne croyait pas formuler un paradoxe quand il écrivait: 'La nation devait à ses souverains la liberté dont elle jouissait'.

"Les étrangers ne s'y trompent pas. Dallington va jusqu'à définir la France sous le gouvernement de ses princes, 'une vaste démocratie'..." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 525-526)

 

Des historiens n'ont pas craint de d'écrire que l'ancien régime était "hérissé de libertés" libertés et autorités, en effet, des organisations professionnelles, des familles, des corps intermédiaires, des provinces, des communes, mais aussi de l'Etat et de l'Eglise" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926,)

 

Ces libertés "grouillent, innombrables, actives, variées, enchevêtrées et souvent confuses, en un remuant fouillis. Chacune d'elle s'anime de pouvoirs particuliers, dont la variété aussi est infinie: autorités locales actives,... illimitées, empiétant les unes sur les autres et se contrariant souvent." (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 527).


"Nous sommes bien éloignés, aujourd'hui, d'une telle conception de la société et des rapports entre les hommes, mais il n'est pas interdit, précisément, d'y réfléchir..." (Alphonse, duc d'Anjou et de Cadix dans un message du 25 janvier 1987). 

 


"La royauté française, marquée par le christianisme, (...) était fondée sur la justice, la paix et les vraies libertés qui sont les incessantes aspirations du peuple français..." (Alphonse, duc d'Anjou et de Cadix dans une lettre aux directeurs de "Mémoire" en date du 21 juin 1985).

 

On votait plus sous l'ancien régime qu'aujourd'hui :

 

- votes dans les communes,

- votes dans les corps de métiers,

- cahiers de doléance et états généraux, parlements provinciaux, etc..

 

http://img.over-blog.com/750x868/0/51/11/65/a-venir-9/Femmes-Moyen-Age.jpg

 

Les femmes votaient dès les "temps barbares de l'obscur Moyen Age..."

C'était un vote au niveau local qui avait beaucoup plus de puissance et d'efficacité car le sujet du vote était proche des Français. Un vote sain car les gens connaissaient bien le sujet du vote, les problèmes au niveau local, ils pouvaient donner un avis éclairé. Sous la monarchie dite 'absolue', l'élection a donc eu un rôle plus important qu'on ne dit.

Tout d'abord lorsque le Roi réunissait les Etats Généraux pour leur demander conseil ou créer un nouvel impôt, les trois ordres (noblesse, clergé, tiers état ) élisaient leurs représentants sur la base de circonscriptions régionales.

Plusieurs provinces dites pays d'états possédaient un parlement autonome (en matière financière ou d'administration régionale par exemple).

 

. La femme au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime : l'exclusion des femmes ne date pas des "siècles obscurs" mais vient plus tard, de la modernité

 

Le parlement local était élu par la population locale.

 

Chaque grande ville élisait ses dirigeants, désignés parfois sous le terme d' échevin.

"Dans les provinces les plus tardivement réunies à la couronne, avaient longtemps subsisté des Etats particuliers dont les pouvoirs étaient vastes: ils dirigeaient l'administration locale, géraient leur budget privé et votaient les impôts généraux. A la veille de la Révolution, ce système fonctionnait partiellement en Bourgogne, en Provence, en Flandre et dans plusieurs pays des Pyrénées, absolument en Languedoc et en Bretagne. les Etats de Languedoc avaient une forme bonne réputation et passaient pour assez traitables. Ceux de Bretagne étaient difficiles. L'emploi de commussaires du Roi y était considéré comme une épouvantable corvée ...

Aussi originale était la situation des terres alsaciennes et lorraine... Beaucoup d'Allemands viennent s'installer chez nous. Huit ou neuf mille servent dans notre armée et tiennent précisément garnison dans l'Est. les jeunes seigneurs du Palatinat ou du Wurtemberg (Forêt noire) rêvent de Versailles, parlent notre langue, achètent nos livres et collectionnent nos oeuvres d'art. les universités de Bonn et de Mayence sont toutes pénétrées de notre civilisation et quand Goethe songe à être professeur, c'est pour enseigner à Strasbourg.

"Il ne faut point toucher aux usages du pays d'Alsace", avait écrit un ministre de Louis XIV. En vertu de cet adage, ni le Concordat de 1516, ni la révocation (1685) de l'Edit de Nantes (1598) n'y sont appliqués. Les églises y vivent sous le régime en vigueur au moment de la réunion (Traité de Westphalie 1648); les protestants y pratiquent leur culte à peu près sans entraves. La langue, les coutumes, les tribunaux, les libertés bourgeoises, les constitutions municipales sont fidèlement respectées. Ni taille, ni aides, ni droits d'enregistrement; des impôts locaux perçus selon la forme traditionnelle (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 9-10).

 

. Des impôts dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient avant 1789 !

 

Chaque corporation ou métier élisait ses représentants salariés et patronaux.

Les évêques et les abbés étaient élus par les membres du clergé.

Pour finir la Charte de 1814 octroyée par Louis XVIII instituait une chambre des députés. Mais il s'agit probalement là d'une concession faite au principe révolutionnaire de la souveraineté populaire détenue et déclinée par l'Oligarchie..

N'oublions pas non plus que la république, qui se veut en France un modèle, a exclu les femmes du vote jusqu'en 1945, et non la monarchie...

 

"Dans certaines provinces, les sujets du roi pouvait naître, vivre et mourir sans avoir directement affaire à l’Etat..." (Michel Antoine, Louis XV, Fayard, 1989).

 

Sous "l'Ancien Régime", "le principe des libertés nationales était posé dans cette maxime fondamentale de l'Etat français : Lex fit consensu populi et constitutione regis. "Consentement de la nation et décret du prince", voilà l'antique formule du pouvoir législatif en France, depuis l'établissement de la monarchie." (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 33.) 

 

 

 

L'égalité : une cause royale

 

 

L'égalité correspond à l'âme française, dès l'époque de la monarchie.   

 

Bien avant 1789 et la franc-maçonnerie, la France Fille aînée de l'Eglise a inventé l'égalité.

   

  220px-Clovis.jpg

Baptême de Clovis

 

"Par la sainte Ampoule (qui aurait servi au baptême de Clovis NdCR.) se trouve symbolisée la doctrine chrétienne, selon laquelle tous les hommes étant égaux, aucun d'eux ne peut exercer l'autorité sur ses semblables si ce n'est par une délégation de Dieu, à qui il devra des comptes. D'ailleurs, l'expression, 'par la grâce de Dieu roi de France', telle qu'on l'employait aux temps féodaux, n'est pas autre chose qu'une forme d'humilité." (Georges et Régine Pernoud, Le tour de France médiévale, Stock, Évreux 1982, p. 63).

 

. C'est la France mérovingienne qui la première au VIIe siècle a aboli l'esclavage sur le territoire franc.  

La reine sainte Bathilde (626-680), épouse de Clovis II "interdit les marchés d'esclaves, ce qui revient à prohiber l'esclavage sur ses terres."

(Source: Régine Pernoud, Les saints au Moyen Age, la sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ? Plon, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 204-205.)

 

. "Le mariage consenti met l'homme et la femme à égalité au moins sur le plan des principes, ce qui n'était pas le cas auparavant" (La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, Fayard, Vitry-sur-Seine 1983, p. 35.)

 

Jean-Favier--La-France-feodale.jpg

 

"Le mouvement communal a été, dès son origine dans les années 1070, le fruit d'une prise de conscience collective et l'expression de la construction spontanée de solidarités horizontales entre hommes libres et égaux." (Jean Favier,  La France féodale, 1984, réed. Le Grand Livre du Mois, Paris 1995, p. 115.)

 

http://passiondhistoire.saint-setiers.com/lespersonnages/lesrois/louis10/louis10.jpg

 

. C'est la France capétienne qui sous Louis X le Hutin  a publié un édit affirmant que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc », c'est-à-dire libre.

 

Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ». Il n'y aura plus d'esclaves sur le sol métopolitain depuis ce jour sur le sol métropolitain.

 

"[L']affirmation de l'individu au sein du groupe défini par ses privilèges favorise l'établissement de relations horizontales entre personnes de rang égal." (Jean Favier, La France féodale, 1984, rééd. Le Grand Livre du Mois, Paris 1995, p. 11)

 

Les rois de France n'ont cessé depuis la fin du XVIIe siècle de vouloir faire la grande réforme fiscale d'égalité devant l'impôt : "capitation" 1695, "dixième" 1710, "vingtième" 1750, "Subvention territoriale" 1786. Ils en furent empêchés par les parlements qui refusaient d'enregistrer les édits... (Cf.  Les révolutions françaises, Sous la Direction de Frédéric Bluche et Stéphane Rials, Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1989, chapitre "La pré-Révolution 1788-1789, rédigé par Jean-Marie Harouel).

Cette réforme eut sauvé la monarchie et nous aurait évité la Révolution, le génocide vendéen, les guerres napoléoniennes, les génocides et les totalitarismes du XXe siècle qui s'en inspirèrent.

 

Lire : "14 juillet 1789 : La Révolution dite "française".

 

Description de cette image, également commentée ci-aprèsJean-Baptiste de Machault d'Arnouville

 

En 1749, le vingtième est un impôt direct voulu par le contrôleur général des finances Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville qui souhaitait établir un impôt direct touchant l'ensemble de la population (tiers-état, nobles et clergé) dont le montant correspondait à 5 % (1/20) des revenus.

 

Description de cette image, également commentée ci-aprèsCalonne, Projet de "Subvention territoriale" de 1786

 

Le 20 août 1786, Calonne présente son projet de Subvention territoriale, adresse à Louis XVI le Précis d’un plan d’amélioration des finances dans lequel il propose de "revivifier l’État entier par la refonte de tout ce qu’il y a de vicieux dans sa constitution". Il s'agit notamment de supprimer les douanes intérieures, de supprimer les traites, de réduire la taille, de remplacer les corvées par une prestation en argent, de transformer la Caisse d’escompte en une banque d’État et surtout de créer de nouveaux impôts en taxant les propriétés de la noblesse et du clergé.

 

Cette réforme ne put se faire à cause de l'opposition de la Haute-noblesse et du Haut-Clergé sous Louis XIV ("Capitation" de 1695), la franc-maçonnerie sous Louis XV et Louis XVI ("Vingtième" et "Subvention territoriale"). Ces gens qui avaient colonisé le Parlement de Paris ainsi que les parlements de France et de Navarre, pratiquaient une obstruction parlementaire acharnée contre tout projet royal visant à établir l'égalité devant l'impôt. La franc-maçonnerie, alliée de la banque qui devait prendre le pouvoir en 1789 et le garder jusqu'à aujourd'hui, ne défendit cette égalité qu'en 1789... une fois la "Révolution" déclenchée, afin de se tirer la couverture à elle.

 

 

La monarchie française a inventé la liberté et l'égalité. Ces concepts sont les nôtres. Ne nous les laissons plus voler, exigeons-les immédiatement. Fin du deux poids deux mesures !

 

. Affaire Dieudonné : Deux poids deux mesures du candidat PS Vincent Feltesse à la mairie de Bordeaux (17 janvier 2014) 

. Deux poids deux mesures : Quand Valls défendait la liberté d’expression… à propos de "Golgota Picnic" (10 janvier 2014)

. Deux poids deux mesures entre Dieudonné, Castelluci et les femen (4 janvier 2014)

. Violences policières en France et en Ukraine, deux poids deux mesures (11 décembre 2013)

. Deux poids deux mesures. Elle scie une croix, elle est félicitée par un nouveau timbre à son effigie / il coupe un "arbre de la liberté", le parquet réclame 2 ans de prison avec sursis ! (24 septembre 2013)

. Deux poids deux mesures : asile de la femen Inna Shevchenko mais refus d'asile pour Edward Snowden (9 juillet 2013)

. Deux poids deux mesures encore : Femen à Notre-Dame: 0 GAV, Hommen à Roland-Garros: 11 GAV (10 juin 2013)

. "Indignés" contre "Printemps français" : deux poids deux mesures (26 mai 2013)

. Deux poids deux mesures : Quand les pro mariage homosexuels appelaient à violer la loi établie (26 mai 2013)

. Emeutes du PSG qatari : deux poids deux mesures (15 mai 2013)

. Deux poids deux mesures: "Sur le concept du visage du fils de Dieu" (26 octobre 2011)

. Piss Christ : Mgr Cattenoz dénonce le "deux poids deux mesures" et accuse la “franc-maçonnerie” (17 avril 2011)

. Piss Christ Avignon : deux poids deux mesures (6 avril 2011)

 

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 11:45
Redonnons à la France un véritable hymne ! Dieu sauve le Roi à nouveau !

En ces moments de Résistance, nous conseillons à tous de cesser d'entonner ce chant horrible qu'est la "Marseillaise" qui n'est rien d'autre que le chant des oligarques mondialistes... destructeurs, pilleurs intéressés de la France, qui se partagent le pouvoir entre eux depuis 1791 et ont inventé la république dite française en 1792.

Puisons là où se trouve la force de notre nation, dans notre patrimoine musical royal français, un patrimoine qui, jusqu'ici, a inspiré les grandes nations européennes qui y ont trouvé la source pour réaliser leur propre hymne ! Redonnons donc à la France le rang qu'elle a perdu avec la Marseillaise et l'odieuse Marianne Femen sur les timbres "français" ! Dieu sauve le Roi à nouveau !

Grand Dieu sauve le Roi (Lully - 1686) - monarchie française

Paroles originales de la version française écrite par Madame de Brinon, supérieure des Demoiselles de Saint-Cyr. Musique de Lully (1686) :

 

 

Grand Dieu sauve le Roi !

Longs jours à notre Roi !

Vive le Roi

À lui la victoire

Bonheur et gloire

 

Qu'il ait un règne heureux

Et l'appui des Cieux

 

Que Dieu sauve le Roi

Que Dieu venge le Roi

Vive le Roi !

 

Que toujours Glorieux

Louis Victorieux

Voye ses ennemis

Toujours soumis

 

Que Dieu sauve le Roi !

Que Dieu venge le Roi !

Vive le Roi

 

 

Source :

http://www.lovapourrier.com/god-save-the-queen-lhymne-national-anglais-est-dorigine-francaise

 

Paroles (1795) :

 

De notre jeune Roi prends pitié Dieu puissant,
Dieu bienfaisant !
Contre les oppresseurs que ton bras foudroyant
Signale son pouvoir ; c'est l'effroi du méchant.

C'est le fils de Louis, c'est le sang de Henri,
Ce sang chéri
Que ces titres sacrés t'intéressent pour lui,
Dieu juste, des bons Rois tu dois être l'appui.

Il est infortuné ce jeune et faible Roi,
Tu sais pourquoi
Il est fils de ces Rois, protecteurs de ta loi,
Protège un tel enfant, venge le, venge toi.

Grand Dieu, du haut des Cieux écoute tes sujets,
Les vrais Français,
Dans leurs justes douleurs, exauce leurs souhaits
Sauve le Roi, la France et leur donne la paix.

 

 

 

 

"Grand Dieu sauve le Roy" de Lully (1686) fut ensuite adapté pâr Haendelqui l'orchestra pour en faire un hymne royal adopté par plusieurs monarchies d'Europe : le "God save the queen" ou "king" selon les règnes, actuel hymne britannique; le God save the tsar pour la Russie; et en Allemagne, "Gott erhalte Franz den Kaiser" ("Dieu sauve l'Empereur Franz"), adapté par Haydn en 1797, hymne tant de l'empereur du saint Empire romain germanique, dans la version originale "Gott, schütze Unser Kaiser !", que du Roi de Prusse, de l'Empereur d'Autriche-Hongrie, pays où il était chanté quotidiennement par tous les écoliers jusqu'en 1918..., plus souvent connu aujourd'hui comme Chant des Allemands (dans sa version de 1841, surtout pour la première ligne de son premier couplet, "Deutschland, Deutschland über alles" ("l'Allemagne au-dessus de tout")...

 

Angleterre :

 

 

 

Note de Christ-Roi. La video ci-dessus n'est pas une video de soutien à la monarchie britannique de Hanovre Saxe-Cobourg, alliée de la franc-maçonnerie universelle, qui non contente d'avoir décapité Louis XVI usurpe de surcroît notre hymne.

 

Russie tsariste : 

 

Photos (couleur) d'époque : Exposition de 150 photos de Prokudin-Gorski (musée Zadkine)

 

 

 

 

 

 

Saint Empire romain germanique, royaume de Prusse, empire d'Autriche-Hongrie, Allemagne, etc. :

 

 

 

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/11/Visit_of_Louis_XIV_at_Saint_Cyr.jpg/800px-Visit_of_Louis_XIV_at_Saint_Cyr.jpgL'ancêtre du « God save the King » est le chant « Grand Dieu sauve le Roi », composé en 1686 par Mme de Brinon, supérieure de la Maison royale de Saint-Louis (futur lycée militaire de Saint-Cyr) pour l'inauguration de son établissement en septembre par le roi. Pour les paroles, elle s'inspira du motet traditionnel, tiré du dernier verset du psaume XIX de David, « Domine, salvum fac Regem et exaudi nos in die qua invocaverimus te », inclus dans les Te Deum de longue date sur différentes musiques, comme dans celui de Marc-Antoine Charpentier. L'hymne de Saint Cyr ayant été exécuté en novembre de la même année, Jean-Baptiste Lully le reprit dans son  Te deum, composé en 1687.

 


Traduit en latin « Domine, salvum fac Regem », devint l'hymne royal français jusqu'en 1792, date de la dissolution de la monarchie par l'Oligarchie.

 

 

 

  Royaume de France
(496-1791)

Hymne : Domine salvum fac regem (Dieu sauve le Roy)
 
 

 

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 21:43

En ces temps calamiteux, où la plupart des autorités temporelles et spirituelles se sont ralliées à l’esprit de monde qui proclame les « Droits de l’Homme », de l’homme tout puissant, de l’homme maître de la nature, de l’homme maître de sa nature, de l’homme qui décide du bien et du mal — et donc de l’homme qui se fait Dieu —, du fond des âges une petite voix dérangeante, une petite voix entêtante retentit : Antigone rappelle aux tyrans de la modernité qu’il existe une loi naturelle indépendante de la volonté de l’homme, une loi de notre nature, cette loi de raison qu’on ne saurait violer sans violer notre humanité. RÉSISTANCE ! Droit naturel, mieux, droit divin — si on reconnaît comme Antigone que ce droit vient de Dieu —, voilà le combat ultime que montre la jeune fille, voilà son testament sublime pour la grande guerre eschatologique contre l’asservissement planétaire qui se profile…


Table des matières
  • Antigone de Sophocle (495-406 av. J.-C.)
  • La question de la loi naturelle
  • La postérité d'Antigone et de Créon
  • Conclusion

Antigone de Sophocle (495-406 av. J.-C.)
Résumé de la pièce

Le siège de Thèbes vient de finir ; les Argiens sont en fuite ; Étéocle et Polynice se sont entre-tués dans la bataille. Créon, devenu roi par la mort de ses neveux, a promulgué un édit inhumain : il veut que le cadavre de Polynice « soit abandonné sans larmes et sans sépulture à la voracité des oiseaux » et il a décrété la peine capitale contre les impudents qui enfreindraient cet édit.

Au début du drame, Antigone sort du palais avec un vase sur l’épaule. Courageuse, elle a résolu de verser sur le corps de son frère l’eau lustrale et la poussière prescrite par les rites ; elle se dirige seule vers la campagne où gît le cadavre de Polynice.
Superbe et fier, Créon descend — comme autrefois Œdipe — les marches du palais. En termes énergiques, il renouvelle au peuple son ordre sacrilège. Il sera inflexible pour quiconque lui désobéira.

À peine a-t-il achevé cette proclamation qu’un garde arrive, tremblant. Avec une frayeur comique, il raconte au roi qu’un téméraire inconnu a jeté un peu de terre sur le cadavre de Polynice et, par conséquent, a accompli les rites prescrits. Créon s’emporte à cette nouvelle. Il insulte le Chœur ; il menace le garde et promet de faire un exemple terrible sur les responsables, si le coupable n’est pas découvert et livré.
Le Chœur, resté seul, chante le génie inventif de l’homme et ses merveilleuses victoires sur la nature. Mais il regrette qu’égaré par son orgueil, l’être humain « viole les lois de la patrie et les droits sacrés des dieux ».

Le garde revient tout joyeux. Il amène Antigone à Créon et dénonce au roi la jeune fille. C’est elle qui a inhumé Polynice ; c’est elle qu’on a surprise versant de la poussière sur le mort. Alors s’engage entre le tyran et l’héroïne un dialogue immortel (relaté ci-après).
Aux reproches et aux invectives de Créon, Antigone réplique par l’affirmation des lois « non écrites, mais immuables », par la revendication hautaine de l’équité divine sur la justice des hommes. Créon défendait ; les dieux ordonnaient… Elle a écouté la voix des dieux et tient tête au tyran qui écume de rage et hurle la sentence de mort.
Antigone trouve un défenseur résolu : c’est son fiancé, son cousin germain, le fils de Créon. Respectueux, quoique ferme, Hémon supplie son père de réfléchir et d’accorder la vie à Antigone. Mais son éloquence émue et insinuante ne peut rien contre l’implacable entêtement du roi. Injurié grossièrement, le jeune homme s’éloigne désespéré, en prononçant des paroles lugubres qui impressionnent péniblement le Chœur.

Condamnée à être murée dans une caverne où elle attendra que la mort la prenne, Antigone traverse la scène, escortée par Créon et des gardes. Raillée lâchement par le Chœur, elle a un moment de défaillance bien explicable et pleure sur ses espérances de jeunesse. Puis elle se redresse et marche au supplice avec l’exaltation d’une martyre, avec la conscience qu’elle périt victime du devoir.
Dans un hymne purement mythologique, le Chœur énumère les personnages qui furent traités comme va l’être Antigone et qui subirent la force du Destin.

Créon triomphe ; mais l’expiation est proche. Voici venir Tirésias, le messager des dieux. Au nom de la divinité, il commande à Créon de délivrer Antigone et d’ensevelir Polynice. Le tyran raille et injurie ; puis, effrayé par les prédictions sinistres du devin, il se précipite pour contremander l’ordre fatal.
Le Chœur appelle Bacchus, le dieu protecteur de la ville, au secours des Thébains menacés de nouveaux malheurs.

Il est trop tard ! Les malheurs se suivent et s’accumulent. Un messager nous apprend qu’Antigone s’est pendue dans la caverne et qu’Hémon s’est suicidé auprès d’elle, après avoir craché au visage de son père. Cette catastrophe désespère la femme de Créon, qui se tue. Et, tout écrasé par cet amas inouï d’expiations, le tyran, devant les cadavres de son fils et de son épouse, comprend qu’il y a des dieux qui jugent et qui savent châtier même les rois.

Extrait de l’affrontement entre Antigone et Créon

L’affrontement entre la jeune fille et le tyran est immédiat et total : elle affirme l’illégitimité de l’édit royal en se réclamant des lois divines, non écrites et éternelles.

Créon --- Connaissais-tu la défense que j’avais fait proclamer ?

Antigone --- Oui, je la connaissais ; pouvais-je l’ignorer ? Elle était des plus claires.

Créon --- Ainsi tu as osé passer outre à ma loi ?

Antigone --- Oui, car ce n’est pas Zeus qui l’avait proclamée ! Ce n’est pas la Justice, assise aux côtés des dieux infernaux ; non, ce ne sont pas là les lois qu’ils ont jamais fixées aux hommes, et je ne pensais pas que tes défenses à toi fussent assez puissantes pour permettre à un mortel de passer outre à d’autres lois, aux lois non écrites, inébranlables, des dieux ! Elles ne datent, celles-là, ni d’aujourd’hui ni d’hier, et nul ne sait le jour où elles ont paru. Ces lois-là, pouvais-je donc, par crainte de qui que ce fût, m’exposer à leur vengeance chez les dieux ? Que je dusse mourir, ne le savais-je pas ? et cela, quand bien même tu n’aurais rien défendu. Mais mourir avant l’heure, je le dis bien haut, pour moi, c’est tout profit : lorsqu’on vit comme moi, au milieu des malheurs sans nombre, comment ne pas trouver de profit à mourir ? Subir la mort, pour moi n’est pas une souffrance. C’en eût été une, au contraire, si j’avais toléré que le corps d’un fils de ma mère n’eût pas, après sa mort, obtenu un tombeau. De cela, oui, j’eusse souffert ; de ceci je ne souffre pas. Je te parais sans doute agir comme une folle. Mais le fou pourrait bien être celui même qui me traite de folle.

Créon --- […] Puisque seule dans la cité je l’ai trouvée rebelle, j’entends ne pas tromper la confiance du peuple : je la condamne à mort […]
L’anarchie est le pire des fléaux ; elle ruine les cités, détruit les foyers, rompt les lignes du combat, sème la panique, alors que la discipline sauve la plupart de ceux qui restent à leur poste. C’est pourquoi notre devoir est de défendre l’ordre et de ne jamais souffrir qu’une femme ait le dessus. Mieux vaut tomber, s’il le faut, sous les coups d’un homme, que d’être appelé le vaincu d’une femme. [1]

Brève analyse

L’orgueil de Créon est immense, et ses dernières paroles trahissent sa contrariété d’être désobéi et repris pour des motifs raisonnables, d’autant plus que ceux-ci sont exposés par une femme (probablement est-ce d’ailleurs une raison importante de son entêtement). Cependant, il se doit de défendre rationnellement sa loi inique, sous peine de perdre tout crédit, aussi invoque-t-il son utilité, son efficacité pour maintenir l’ordre de la Cité. Cet argument — « positiviste » avant l’heure — est réfuté par le jurisconsulte romain Cicéron (106-43 av. J.C.) qui déclare à ce propos :

Il est impossible qu’une chose soit utile si elle n’est pas en même temps moralement bonne. Et ce n’est point parce qu’elle est utile qu’elle est moralement bonne, mais parce qu’elle est moralement bonne qu’elle est utile. [2]

Dans sa pièce Sophocle montre que l’ordre et la paix ne sauraient en aucun cas s’obtenir au dépens de la loi morale, la loi commune au genre humain, ou loi de nature, cette loi d’origine divine. Violer la loi naturelle provoque au contraire la déchéance et la mort.

 


La question de la loi naturelle

La loi naturelle définie par Aristote

Quand Aristote (384-322 av. J.C.) traite de la « loi commune » à tous les hommes et du droit naturel qui lui est associé, il recourt tout naturellement à l’héroïne de Sophocle :

[…] il y a une justice et une injustice dont tous les hommes ont comme une divination et dont le sentiment leur est naturel et commun, même quand il n’existe entre eux aucune communauté ni aucun contrat ; c’est évidemment, par exemple, ce dont parle l’Antigone de Sophocle, quand elle affirme qu’il était juste d’enfreindre la défense et d’ensevelir Polynice ; car c’était là un droit naturel : « Loi qui n’est ni d’aujourd’hui ni d’hier, qui est éternelle et dont personne ne connaît l’origine. » C’est aussi celle dont Empédocle s’autorise pour interdire de tuer un être animé ; car on ne peut prétendre que cet acte soit juste pour certains, et ne le soit pas pour d’autres : « Mais la loi universelle s’étend en tous sens, à travers l’éther qui règne au loin et aussi la terre immense. » [3]

Il existe donc une loi naturelle et des droits imprescriptibles qui garantissent à tout être humain la liberté d’accomplir cette loi : le droit naturel. La légitimité d’une autorité, l’amour qu’elle obtient de ses subordonnés, provient précisément de sa soumission à la loi naturelle, de son zèle à la défendre et à garantir à chacun les droits de lui obéir.
Remarquons que le moindre des sujets — ici une femme que Créon méprise —, peut signifier au monarque son devoir quand il s’écarte de la loi naturelle.

La loi naturelle définie par Cicéron

Environ cinquante ans avant Jésus-Christ, dans son De republica, Cicéron définit la loi naturelle comme la loi de droite raison :

Il est, en effet, une loi véritable, la droite raison conforme à la nature, immuable et éternelle qui appelle l’homme au devoir par ses commandements et le détourne du mal par ses défenses et dont les commandements ni les défenses ne restent jamais sans effet sur les bons, ni sans action sur les méchants. On ne peut
  • ni l’infirmer par d’autres lois,
  • ni déroger à quelques-uns de ses préceptes,
  • ni l’abroger tout entière.

Ni le sénat, ni le peuple ne peuvent nous soustraire à son empire ; elle n’a pas besoin d’interprète qui l’explique.
Il n’y en aura pas une à Rome, une autre à Athènes, une aujourd’hui, une autre demain, mais une seule et même loi éternelle, inaltérable qui dans tous les temps régit à la fois tous les peuples.
Et l’univers entier est soumis à un seul maître, à un seul roi suprême, au Dieu tout-puissant qui a conçu et médité cette loi.
La méconnaître, pour un homme, c’est se fuir soi-même, renier sa nature et par là même subir les plus cruels châtiments, lors même qu’on échapperait à tout ce qu’on regarde comme des supplices. [4]

Ce texte est remarquable à plus d’un titre ; en effet, quarante ans avant le message du Christ, un païen établit la synthèse de tout ce que l’homme peut connaître sans la Révélation — sans ce que Dieu révèle de Lui et de Sa Création —, par la simple observation du réel, de la nature, par ce que peut conclure la seule raison humaine dans une civilisation avancée, fût-elle polythéiste.

La loi naturelle définie par saint Thomas d’Aquin

DÉFINITION


Saint Thomas explique dans la Somme Théologique que Dieu gouverne le monde par la loi éternelle qui est Sa volonté. Dans la créature raisonnable, la loi naturelle participe à la loi éternelle car la lumière de notre raison nous fait distinguer le bien et le mal comme une impression de la lumière divine en nous.

[...] la lumière de notre raison naturelle, nous faisant discerner ce qui est bien et ce qui est mal, n’est autre chose qu’une impression en nous de la lumière divine. [...] la loi naturelle n’est pas autre chose qu’une participation de la loi éternelle dans la créature raisonnable. [5]
la loi naturelle émane de la raison, de même qu’une phrase énoncée est œuvre de la raison […] les préceptes de la loi naturelle jouent dans l’homme le même rôle vis-à-vis de l’action que les principes premiers vis-à-vis de la science. [6]

IL FAUT DÉSOBÉIR AUX LOIS CONTRAIRES AUX COMMANDEMENTS DE DIEU

[…] les lois peuvent être injustes par leur opposition au bien divin : telles sont les lois tyranniques qui poussent à l’idolâtrie ou à toute autre chose en contradiction avec la loi divine. Il n’est jamais permis d’observer de telles lois car, « il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes ». […] Cet argument vise les lois humaines, contraires au commandement de Dieu ; et contre lequel aucune autorité humaine ne prévaut. Il ne faut donc pas obéir à de telles lois. [7]

CONTENU DE LA LOI NATURELLE

Tout ce qui agit, le fait en vue d’une fin qui a valeur de bien. C’est pourquoi le principe premier, pour la raison pratique, est celui qui se base sur la notion de bien, à savoir qu’il faut faire et rechercher le bien et éviter le mal. Tel est le premier précepte de la loi. [8]
Tout ce qui assure la conservation humaine et tout ce qui empêche le contraire de cette vie, c’est-à-dire la mort, relèvent de la loi naturelle. [9]
[…] appartient à la loi naturelle ce que l’instinct naturel apprend à tous les animaux, par exemple l’union du mâle et de la femelle, le soin des petits, etc. [10]
On trouve dans l’homme un attrait vers le bien conforme à sa nature d’être raisonnable, qui lui est propre ; ainsi se sent-il un désir naturel de connaître la vérité sur Dieu et de vivre en société. En suite de quoi appartient à la loi naturelle tout ce qui relève de cet attrait propre : par exemple qu’il évite l’ignorance, ou ne fasse pas de tort à son prochain avec lequel il doit entretenir des rapports, et en général toute autre prescription de ce genre. [11]

On le constate, la recherche chrétienne sur l’homme ne nie pas les conclusions de la réflexion païenne d’avant la Révélation, au contraire, elle les incorpore, elle les continue et les perfectionne dans une synthèse éclairée par la Parole de Dieu.

La loi naturelle du respect dû aux morts et de l’obligation de pourvoir à leur sépulture
Quand le respect voulu est manifesté envers les parents décédés et perpétré après leur mort, c’est là que la force morale d’un peuple atteint son point culminant. (Confucius, Entretiens, I, 9.)

Le devoir envers les défunts — et en particulier celui de leur assurer une sépulture — se retrouve effectivement dans toutes les grandes civilisations, et Saint Augustin en donne la raison :

Le corps ne nous a pas été donné comme un ornement ou un aide extérieur, il appartient à la nature même de l’homme. De là vient qu’une piété attentive s’est empressée de rendre aux anciens justes les soins funèbres, de célébrer leurs obsèques, et de pourvoir à leur sépulture ; et tandis qu’ils vivaient, ils ont eux-mêmes prescrit à leurs enfants d’ensevelir leurs corps et parfois aussi de les transporter d’un lieu en un autre (Gen. XXIII, XXV, 9, 10, et XLVII, 30).

C’est en ensevelissant les morts que Tobie a mérité les faveurs de Dieu : c’est à ce titre qu’il est loué, et un ange même en rend témoignage (Tob. II, 9, et XII, 12).

Le Seigneur lui-même, qui devait pourtant ressusciter le troisième jour, publie et recommande de publier la bonne œuvre de cette femme pieuse qui avait répandu une huile parfumée sur ses membres, et parce qu’elle l’avait fait en vue de sa sépulture (Matt. XXVI, 7-13). [12]

Bien entendu, ces prescriptions de la loi naturelle sont reprises dans le monde chrétien et le Catéchisme de saint Pie X rappelle au Chapitre des œuvres de miséricorde :

--- Quelles sont les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement ?

— - Les bonnes œuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement sont les œuvres de miséricorde.

— - Qu’entend-on par œuvre de miséricorde ?

— - L’œuvre de miséricorde est celle par laquelle on secourt les besoins spirituels ou corporels du prochain.

— - Quelles sont les œuvres de miséricorde corporelle ?

— - Les œuvres de miséricorde corporelle sont :

  1. donner à manger à ceux qui ont faim,
  2. donner à boire à ceux qui ont soif,
  3. vêtir ceux qui sont nus,
  4. abriter les étrangers,
  5. visiter les infirmes,
  6. visiter les prisonniers,
  7. ensevelir les morts.

Insistons encore pour dissiper toute équivoque : nous ne parlons pas du droit d’un mort à être enterré (ce qui n’a pas vraiment de sens), mais bien de l’obligation pour les vivants d’inhumer leurs morts. Cette loi naturelle assure à tout être humain le droit de remplir ce devoir. C’est ce droit naturel que Créon refuse à Antigone.


La postérité d’Antigone et de Créon 
Hétéronomie traditionnelle et autonomie moderne

S’il existe un exemple frappant de la continuité entre la pensée antique et la pensée chrétienne, c’est bien Antigone. La jeune fille incarne la créature humaine, soumise aux lois naturelles et divines ; elle est le symbole de la cité hétéronome qui admet une loi supérieure à l’arbitraire d’une volonté humaine, quand un Créon symbolise au contraire le tyran, l’État autonome de la cité moderne ne reconnaissant que sa propre loi. C’est bien ainsi que le philosophe Léo Strauss définit les sociétés postrévolutionnaires :

Le changement fondamental que nous tentons de décrire se manifeste dans la substitution des droits de l’homme à la loi naturelle : la loi qui prescrit des devoirs a été remplacée par des droits, et l’homme a remplacé la nature. Les droits de l’homme sont l’équivalent moral de l’Ego cogitans. L’ego cogitans s’est entièrement émancipé de la tutelle de la nature, et finalement, il refuse d’obéir à toute loi qu’il n’ait engendrée en totalité, ou de se dévouer à toute valeur dont il ne soit certain d’être le créateur. [13]

À l’opposé, dans cette tragédie de Sophocle vieille de 2500 ans, Antigone reste le modèle de la piété, de l’ordre et du devoir. Antigone incarne l’exact contraire du révolutionnaire : elle ne remet pas en cause l’autorité, elle ne souhaite pas la renverser, elle la respecte même, mais elle se dresse contre celle-ci et lui désobéit quand ses ordres sont illégitimes. Elle défend l’ordre divin contre l’orgueil humain qui prétend changer les lois de la nature. Un Maurras le concède : « Antigone est une légitimiste héroïque et farouche. » [14]

Sainte Jeanne d’Arc : l’autre figure d’Antigone

En évoquant ainsi la figure de l’héroïne de Sophocle, on ne peut s’empêcher de songer à sainte Jeanne d’Arc, cette Antigone de la monarchie très chrétienne qui rappelle la volonté de Dieu aux Créons de l’époque pour restaurer la loi juste, cette légitimité qui seule établit et préserve le bien commun. Durant son procès la Pucelle réaffirme, devant ses juges et bourreaux, de par Dieu et jusqu’à la mort, la légitimité du roi Charles VII.

Roi d’Angleterre, et vous, duc de Bedford, qui vous dites régent du royaume de France [...] Rendez à la Pucelle, qui est ici envoyée de par Dieu, le Roi du Ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est ici venue de par Dieu pour proclamer le sang royal. [...] n’ayez point d’autre opinion, car vous ne tiendrez pas le royaume de France de Dieu, le Roi du Ciel, fils de sainte Marie ; mais le tiendra le Roi Charles, vrai héritier ; car Dieu, le Roi du Ciel, le veut, et cela lui est révélé par la Pucelle, et il entrera à Paris à bonne compagnie. [15]

Or, cette ténacité — répétons-le, jusqu’à la mort — ne laisse pas de surprendre. En effet, pourquoi cette libéralité divine alors qu’objectivement Charles VII se révèle être un roi si peu reluisant ?

  • ce n’est pas un prince vaillant. Il ne prend jamais les armes pour affirmer ne serait-ce qu’une « légitimité de conquête ».
  • il abandonne lâchement la Pucelle à ses ennemis, et pour un sort qu’il sait cruel. Pourtant il l’a bien reconnue comme messagère divine, et il est bien conscient de lui valoir son sacre.
  • il est le premier Capétien à instaurer la scandaleuse habitude de la maitresse royale officielle, en la personne de la favorite Agnès Sorel.

Comment alors expliquer que Dieu soit si miraculeusement intervenu pour placer sur le trône un tel roi ? L’épopée de sainte Jeanne d’Arc, ainsi posée, ne peut se comprendre qu’en terme de restauration, non de la personne du roi, mais de l’institution qui le fait roi. Dieu, par la geste de Sa sainte, fait la grâce insigne aux Français d’affirmer la primauté des Lois Fondamentales du Royaume — qui désignent le successeur légitime —, par dessus toute volonté humaine et par delà tous les intérêts partisans, pour le bien commun. De même que la loi naturelle est accessible à la raison, mais que Dieu la rappelle aux Hébreux dans la révélation du décalogue faite à Moïse, de même en cette période trouble de la Guerre de cent-ans, Dieu rappelle aux Français les lois de succession de leur pays par l’intermédiaire de sainte Jeanne.

Conscient du caractère véritablement extraordinaire de ces lois, Jean-Baptiste Colbert de Torcy, ministre de Louis XIV et neveu du grand Colbert, ne craint pas d’écrire :

Suivant ces lois, le prince le plus proche de la couronne en est héritier nécessaire… il succède, non comme héritier, mais comme le monarque du royaume… par le seul droit de sa naissance. Il n’est redevable de la couronne ni au testament de son prédécesseur, ni à aucun édit, ni a aucun décret, ni enfin à la libéralité de personne, mais à la loi. Cette loi est regardée comme l’ouvrage de celui qui a établi toutes les monarchies, et nous sommes persuadés, en France, que Dieu seul la peut abolir. [16]

La ressemblance stupéfiante entre Antigone et sainte Jeanne — même affirmation de l’hétéronomie et de la légitimité, même résolution dans les actes et les propos, même courage, même destin tragique — n’a pas échappé à un Robert Brasillach [17], qui dans sa préface au Procès de Jeanne d’Arc écrit :

La préfiguration la plus parfaite de Jeanne dans le monde païen, Antigone, l’Invocatrice des Lois Éternelles, nous touche moins que cette enfant insolente […] c’est bien une voix vivante que nous entendons, cette voix têtue, acharnée, qui si magnifiquement riposte, — ou qui, soudain éclairée par un avertissement miraculeux, dépasse son insolence même et prophétise. [18]

Véritable incarnation de la mythique Antigone, la Pucelle déclare au sujet de l’origine de « ses voix » :

Cette voix vient de par Dieu. Et je crois que je ne vous dis pas pleinement ce que je sais. J’ai une plus grande peur de faillir, en disant chose qui déplaise à ces voix, que je n’en ai à vous répondre. [19]
Conclusion 

Puisse le souvenir d’Antigone et de la Pucelle nous encourager à toujours rappeler la loi naturelle avec cette même voix forte qui traverse les siècles, à nous opposer ainsi aux lois iniques des Créons de la Modernité, ces démiurges autonomes qui violent toute humanité [20] en légalisant : avortement, « mariage » homosexuel, euthanasie, eugénisme, manipulation du génome humain et, à terme, confiscation des enfants à leurs parents afin de permettre à l’État de les conditionner au gré des passions de quelques décideurs omnipotents.
Mais en toute logique, les deux héroïnes doivent d’abord nous motiver dans notre combat pour le rétablissement de la monarchie, car, seul ce régime naturel est par essence fondé sur l’hétéronomie comme le rappelle si bien un cardinal de Richelieu au roi dans son Testament politique :

Dieu étant le Principe de toutes choses, le souverain Maître des Rois, et celui seul qui les fait régner heureusement, si la dévotion de V.M. [Votre Majesté] n’était connue de tout le monde, je commencerais ce chapitre qui concerne sa personne, en lui représentant, que si elle ne suit les volontés de son Créateur, et ne se soumet à ses lois, elle ne doit point espérer de faire observer les siennes, et de voir ses sujets obéissants à ses ordres. [21]

[1Sophocle, Antigone, 449-455, Les Belles Lettres, 1981, p. 30-31.

[2Cicéron, De officiis, III, 30.

[3Aristote, Rhétorique, 1373b.

[4Cicéron, De republica, libri, III, 17.

[5Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, La Loi, Question 91. Traduction française par M.-J. Laversin, O.P. Éditions de la revue des jeunes, Société Saint Jean l’Évangéliste, Desclée et Cie, Paris Tournai Rome, 1935.

[6Saint Thomas d’Aquin, Op. cit., La Loi, Question 94, p. 107.

[7Saint Thomas d’Aquin, Op. cit., La Loi, Question 96, p. 177.

[8Saint Thomas d’Aquin, Op. cit., La Loi, Question 94, p. 109-110.

[9Saint Thomas d’Aquin, Op. cit., La Loi, Question 94, p.111.

[10Saint Thomas d’Aquin, Op. cit., La Loi, Question 94, p. 111.

[11Saint Thomas d’Aquin, Op. cit., La Loi, Question 94 , p.111-112.

[12Œuvres complètes de saint augustin, « Des devoirs à rendre aux morts », traduites pour la première fois en français sous la direction de M. Raulx, Tome XII, Bar-le-Duc, 1866. Traduction de M. Defourny.

[13Léo Strauss, La cité et l’homme, Le livre de poche, Biblio/essais, Paris, 2005, p.62.

[14Charles Maurras, Antigone, vierge-mère de l’ordre, collection Au signe des trois anneaux, Les Trois anneaux, s.l. [Genève], 1948.

[15Lettre de Jeanne au Roi d’Angleterre, citée par Robert Brasillach, in Le Procès de Jeanne d’Arc, NRF Gallimard, Paris, 1941, p.60-61.

[16Jean-Baptiste Colbert de Torcy, ministre de Louis XIV, cité par Th. Derisseyl in Mémoire sur les droits de la maison d’Anjou à la couronne de France, Fribourg, 1885.

[17On se demande par quel égarement cet admirateur de sainte Jeanne d’Arc se retrouve pendant la guerre dans le camp de l’Occupant à soutenir le Gouvernement de Vichy avec toute sa clique socialo-communiste issue du Front Populaire (Déat, Doriot, Belin, Laval...) et au coté d’une idéologie ennemie de la loi naturelle. En effet Adolf Hitler ne déclare-t-il pas :

Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique du déchet humain. (T1 p.51.) [...] Les hommes se dépossèdent les uns des autres, et l’on s’aperçoit en fin de compte que c’est toujours le plus fort qui triomphe. N’est-ce pas là l’ordre le plus raisonnable ? (T1 p.40) (Libres Propos sur la Guerre et la Paix, Le temps présent, Flammarion,)

[18Robert Brasillach, Le Procès de Jeanne d’Arc, NRF Gallimard, Paris, 1941, p. 11.

[19Robert Brasillach, Op. cit., p. 41.

[20C. S. Lewis : L’abolition de l’homme, Éditions Raphaël, Suisse, 2000, Traduction de Denis Ducatel.

[21Reprod. de l’éd. d’Amsterdam, 1689, Bibliothèque de philosophie politique et juridique, Centre de philosophie politique et juridique de Caen, 1985.

 

Source: http://www.viveleroy.fr/?Antigone-heroine-de-la-loi

 

 

. Considérations sur la violence suscitée par la loi Taubira : une guerre de religions ?

. L’ordre injuste et le réveil des consciences

. Michel De Jaeghere aux veilleurs : réflexions sur la loi

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 11:57

Mis à jour le 5 octobre 2015.

Une étude de l'Institut Coppet, qui a publié le livre "Dépasser la démocratie ", indique que sous l'"Ancien Régime", au XVIIIe siècle, les Français travaillaient 18 jours de l'année pour financer les dépenses de l'Etat (impôts).

Cette étude confirme ce que nous écrivions le 25 juillet dernier : les Français aujourd'hui travaillent 208 jours, du 1er janvier au 26 juillet pour financer les "dépenses publiques". Comparés aux 18 jours réclamés sous les Rois, le taux d'imposition actuel est "dix fois" supérieur à ce qu'il était avant 1789 ! 

"De quoi se demander si la Révolution française a servi à améliorer notre condition, et s’il ne serait pas temps d’en produire une nouvelle" :

 

Des impôts dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient avant 1789 !

L’arbitraire fiscal. L’impôt sous l’Ancien Régime et en 2013

 

Article initialement paru dans Laissons Faire, Numéro 5, Octobre 2013, pp. 18-22

 

On connaît tous l’abominable fiscalité de l’Ancien Régime, et l’image d’Épinal qui lui est associée : celle d’un paysan accablé sous le poids de l’impôt. En vérité, pourtant, le travailleur français moyen sous l’Ancien Régime payait l’équivalent de 18 jours de travail en impôts (gabelle, taille, vingtième, etc.). Aujourd’hui, il n’est quitte qu’après … 208 jours, soit dix fois plus. De quoi relativiser l’abomination de l’Ancien Régime, ou la supériorité de notre époque — ou les deux.

 

La question fiscale n’a, semble-t-il, jamais cessée d’être actuelle. C’est elle qui remue les débats contem-porains ; c’est elle aussi, qui les remuait par le passé. Au début du XVIIIe siècle, c’est en adressant cette problématique éminemment importante que l’économie politique française fut fondée et se développa. Un auteur comme le maréchal Vauban consacrait son œuvre à la réforme de l’impôt, et conseillait la création d’une dîme royale (qui est le titre de son livre), c’est-à-dire d’un impôt proportionnel sur le revenu des personnes (flat tax), en remplacement de l’imposante fiscalité de l’époque. Le grand Boisguilbert, à la même époque, proposa une réforme similaire.

 

Écrivant un demi-siècle plus tard, les physiocrates, réunis autour de François Quesnay, eurent aussi en vue l’arbitraire fiscal de l’Ancien Régime. Ils publièrent leurs œuvres traitant du produit net et autres bizarreries, afin d’analyser les maux de la fiscalité du temps, et de dessiner les contours d’une réforme intelligente.

 

Ces écrits et ces hommes, si glorieux pour l’histoire de notre science, masquent cependant une réalité : que la fiscalité de l’Ancien Régime avait moins de défauts que la nôtre aujourd’hui. Ce sera le thème de notre article. Confrontant la fiscalité de l’Ancien Régime avec les mythes et les légendes dans lesquels les historiens, consciemment ou inconsciemment, l’ont trop longtemps enfermé, il tâchera de la mettre en balance avec celle de notre époque contemporaine, en prenant des critères d’évaluation les plus objectifs possibles.

 

 

[...] Même habitués à l’arbitraire fiscal et à un montant considérable de prélève-ments, nous ignorons souvent que pendant les siècles précédents, les impôts devaient systématiquement être légitimés, et expliqués, et qu’ils l’étaient en effet sous l’Ancien Régime. Chose étonnante pour nous, citoyens modernes, chaque nouvel impôt, durant l’Ancien Régime, était accompagné d’un édit royal qui en expliquait la finalité, souvent très précise (et souvent cette cause était une guerre).

 

L’impôt de l’Ancien Régime se fondait donc sur la constatation objective d’un besoin de l’État. La mentalité associée était donc tout à fait particulière, et les révoltes anti-impôts, qui suivront bientôt, s’expliquaient en grande partie par cette disposition. « Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, écrivait bien l’historien François Hincker, a persisté l’opinion que seule la guerre légitime vraiment l’impôt. »

 

Cette justification est fragile, on s’en doute. Elle sera rapidement balayée. Non pas que les guerres nouvelles aient vu les nouveaux impôts correspondants être attaqués ou refusés violemment par le peuple. Mais la progression du périmètre de l’Etat, et le creusement de ses déficits, aura pour conséquence de multiplier les occasions pour le Roi et les ministres de dire au peuple : Cet impôt, créé pour la guerre, restera valide en temps de paix. Et là naquirent les révoltes, qui fleurirent au XVIIe siècle, pour diminuer en nombre et en portée au cours du XVIIIe siècle.

 

Voilà un autre point que nous négligeons souvent : les révoltes anti-fiscalité furent des événements assez rares au cours du XVIIIe siècle. Aussi étonnant que cela puisse nous paraître, il est même établi que les impôts liés au système féodal, celui qui nous paraît le plus repoussant, furent dans l’ensemble mieux considérés, et nettement moins l’objet de révoltes, que les impôts royaux. Cela ne peut pas s’expliquer par notre distinction fictive entre impôts locaux et impôts nationaux. Cela provient de la réalité intrinsèque du système féodal. Dans ce système, les percepteurs des impôts jouaient un rôle social important : ou ils assuraient la sécurité de tous, ou ils constituaient un filet de sécurité en cas de mauvaises récoltes et de disette, ou encore, par leurs activités, ils faisaient naître autour d’eux un certain ordre, une certaine stabilité rassurante. Pour cet ordre, pour ce filet de sécurité, pour cette stabilité, le paysan français du Moyen Âge et de l’Ancien Régime semblait assez enclin à payer. Peu fréquentes sont en effet les révoltes qui concernent les tributs à verser aux seigneurs et propriétaires terriens.

 

La fiscalité d’Ancien Régime avait tout de même, certainement, de nombreux défauts. Nous verrons ce qu’il en est de la pression fiscale par la suite. Com-mençons par étudier les modalités d’organisation du vote et de la perception.

 

C’est un lieu commun que de dire que les impôts n’étaient pas levés, dans l’Ancien Régime, de façon démocratique : la main de l’Etat était implacable et la sévérité était insupportable. Cet énoncé est clairement excessif. D’abord, il y avait bel et bien des régions où l’impôt, ou du moins certains impôts, étaient votés, et non décidés d’en haut par les intendants et les ministres. La France de l’Ancien Régime se distinguait en effet entre « Pays d’état » et « Pays d’élection ». Comme le terme est très malhabile, précisons que les pays d’élection étaient les régions dans lesquelles l’impôt était décidé par en haut, par l’intendant (c’était le cas dans le Limousin de Turgot, ou dans l’Orléanais), et non par un parlement ou des instances régionales, comme c’était le cas dans les pays d’état (en Bretagne par exemple).

 

En outre, les quelques intrusions de la « souplesse » tant vantée, ainsi que de l’individualisation de l’imposition, étaient dans l’Ancien Régime des sources infinies d’abus. La taille, notamment, rassemblait toutes les dérives et tous les défauts fondamentaux de ce principe de souplesse. 1 Cet impôt, qu’on nous présente parfois comme le moins pire des impôts de l’Ancien Régime (sans doute parce que notre très actuel Impôt sur le Revenu en est l’héritier direct), laissait beaucoup de place pour la « souplesse », et semble admiré pour cela. Et pourtant, combien peu glorieuse est cette souplesse ! Déterminé subjectivement, le montant à verser par chaque « taillable » motivait les comportements d’esquive. Il fallait se montrer malin, feindre continuellement une incapacité à payer, sans quoi la rigueur du fisc était implacable. L’historien de l’économie Marcel Marion a bien décrit ce fait :

 

« Le collecteur de la taille était guidé par son sentiment de favoritisme, ou d’antipathie ou de crainte, ou de vengeance, ou plus souvent encore par la prévision de la difficulté plus ou moins grande qu’il trouverait à recouvrer chaque cote. Malheur au taillable dénué de protection, ayant ses biens à jour, ou ayant la déplorable réputation d’être un payeur exact ! C’est pour lui que la répartition de la taille réservait toutes ses rigueurs, alors qu’elle ménageait infiniment le plaideur endurci, le propriétaire influent, ou le contribuable forain. »

 

Notre TVA, qu’on dit moderne, avait aussi un équivalent à l’époque de l’Ancien Régime, bien que l’on ne s’en souvienne pas, et que peu de livres d’histoire en fassent mention. La gabelle du sel, qu’on présente comme une taxe particulière, levée sur une denrée bien spécifique, avait en réalité un application bien plus large, à peu près comparable à notre TVA. Parce que le sel était utilisé pour la conservation des aliments, en plus de la salaison, les énormes besoins provoquait des rentrées fiscales considérables. Nous ne serons pas surpris d’apprendre, dans ces conditions, que cet impôt qu’on présente comme limité, rapportait un dixième de toutes les rentrées fiscales juste avant la Révolution. 2 L’impact de cette fiscalité sur le prix du sel n’est pas non plus à sous-estimer. Si nous considérons d’un côté la Bretagne, qui était exempte de la gabelle sur le sel, et de l’autre les régions qui la payaient, la différence de prix, de 5 deniers à 12 sous la livre, sont dans un multiple de 1 à 30.

 

Lorsque nous considérons la fiscalité de l’Ancien Régime, nous sommes aussi obsédés, obnubilés par une disposition certes essentielle, mais qui provoqua très peu d’émeutes fiscales ou de réactions anti-impôt : je veux parler des privilèges, de ceux qui ne payaient pas d’impôts. Il n’est pas question de minimiser la portée des privilèges de la Noblesse ou du Clergé, mais il faut la mettre en perspective, afin d’expliquer pourquoi si peu de révoltes eurent comme motif précis ces inégalités flagrantes et majeures. L’une des réponses tient dans le fait que, compte tenu de l’organisation très lâche et multiforme de la fiscalité dans la France de l’Ancien Régime, le paysan breton, qui ne payait pas la gabelle sur le sel, paraissait tout autant si ce n’est davantage privilégié que le noble propriétaire de la terre, qu’on connaissait, qu’on fréquentait parfois, et qui nous avait peut-être aidé matériel-lement une fois ou deux.

 

D’ailleurs, les privilèges n’étaient pas aussi inexcusables qu’on veut bien le croire — du moins ceux de la Noblesse, car ceux du Clergé sont très difficilement défen-dables, et son davantage l’objet de plaintes de la part des paysans. Nous l’avons dit, l’impôt était souvent levé pour des raisons de guerre. Il servait à financer les expéditions militaires. Or, dans ces opérations militaires, si le paysan payait par sa bourse, le noble payait par sa présence au combat, et ce n’était pas un argument si facilement écartable, ni à l’époque, ni même aujourd’hui.

 

De ce dernier fait découle une caractéristique majeure du système fiscal de l’Ancien Régime, caractéristique que l’on retrouve malheureusement dans notre fiscalité contemporaine : la superposition de minuscules privilèges provoquait une paralysie complète du système, et l’empêche de se réformer. Chacun ayant conscience d’être un peu privilégié par rapport aux autres sur un point particulier, il en oublie vite tous les autres domaines où il aurait beaucoup à gagner d’une réforme, et se met à refuser énergiquement toute évolution.

 

Au fond, dirons-nous pour conclure, la fiscalité de l’Ancien Régime n’était pas si atroce qu’on le croit, et, à tout prendre, si nous le croyons, des comparaisons avec notre époque devraient nous faire frémir. Écoutons les mots de François Hincker, qui nous aide à faire cette comparaison dans son livre sur l’impôt sous l’Ancien Régime :

 

« Utilisons un étalon artificiel mais qui a l’avantage d’être parlant. Les 25 millions d’habitants que compte probablement la France ont donc à payer 470 millions d’impôts, soit chacun entre 18 ou 19 livres. À ce moment le salaire journalier d’un compagnon maçon à Paris se situe à un peu moins d’une livre. Ainsi un salarié moyen travaillerait un peu plus de sept jours pour payer tailles, capitation et vingtièmes, un peu plus de deux pour payer la gabelle, et un peu plus de neuf pour payer les autres impôts indirects. »

 

Dix-huit jours de travail : c’était la contribution que la fiscalité française de l’Ancien Régime réclamait au travailleur. Qu’en est-il aujourd’hui ?  Avec un taux moyen d’imposition de 56,9% (chiffre 2013), il faut pas moins de 208 jours de travail pour payer en moyenne ses impôts de l’année. De quoi se demander si la Révolution française a servi à améliorer notre condition, et s’il ne serait pas temps d’en produire une nouvelle.

 

___________________________

 

 

 

1 Son autre inconvénient, et non des moindres, est qu’elle (la taille Ndlr.) était fixée ou répartie après constatation du montant des besoins de l’Etat : en d’autres termes, on commençait par décider combien on voulait prendre, puis on appliquait le taux d’impôt permettant d’obtenir la somme correspondante. S’il est bien un système qui, assurément, empêche l’Etat de se contenter de ses ressources, c’est bien celui-ci.

 

2 Marcel Marion fournit, pour l’année 1715, les chiffres suivants : Recettes : 180 millions de livres, provenant pour 120 à 125 millions d’impôts irects, dont taille et capitation, et pour 55 à 60 millions d’impôts indirects comme la gabelle.

 

 

Source: Institut Coppet

via https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=561442317264638&id=545299165545620

 

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Quelques mots sur la fiscalité au Moyen Âge tirés d'un ouvrage de F. Funck-Brentano. Sous les premiers Capétiens : il n'y avait pas d'impôt public !

 

"Quant aux ressources qui leur étaient nécessaires, les premiers Capétiens les tiraient de l'exploitation de leurs domaines particuliers, subvenant à leurs besoins sans lever d'impôts, grâce à des revenus personnels, cens et fermages, dont le montant leur était apporté non pas quatre fois l'an, comme ils le seraient de nos jours, mais aux trois termes de la Saint-Rémi, la Chandeleur et de l'Ascension.

[...] Nul impôt public, et pour la raison, comme le note Ch.-V. LANGLOIS, que le roi n'avait à subvenir qu'à des "dépenses domestiques". Conception qui persistera jusqu'à la Renaissance. Après cinq siècles de monarchie, les Etats généraux de 1484 estimeront encore que les propriétés du roi doivent lui suffire à lui et à toute sa maison, voire aux dépenses publiques. Aux yeux du peuple, l'impôt n'est toujours qu'un secours momentané, une aide, pour reprendre l'expression consacrée. Aussi, jusqu'aux deux derniers siècles de la monarchie, appellera-t-on finances ordinaires les produits du domaine royal et finances extraordinaires le produit des impôts."

Source: Frantz FUNCK-BRENTANO, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 54-56.

 

. Taxes et impôts : 10 % du PIB en 1914, près de 50 % en 2012

. 70 milliards d'impôts nouveaux inventés, décrétés, votés et prélevés en trois ans, entre 2011 et 2013

. Le "cadeau" de François Hollande aux ménages en 2015 est une hausse de 88 milliards d'euros

. Vous travaillez toujours plus pour l’État que pour vous : 53% des revenus moyens d'un Français vont dans la poche de l'Etat

. La crise des bonnets rouges est le dernier avertissement : au-delà de cette limite, la démocratie ne sera plus valable (Paris Match)

. La spoliation c'est maintenant ! Aucune baisse d’impôts n’est prévue avant 2017 !

. Le taux des prélèvements obligatoires atteint 56,6% : Les salariés français travaillent jusqu'au 26 juillet pour financer les dépenses publiques

. Alerte aux livres d'histoire mensongers !

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 11:57

 

Au début du XXe siècle, Claire Ferchaud prétend que Jésus-Christ demande au Président de la République d’apposer le Sacré-Cœur sur le drapeau tricolore pour sauver la France et la faire triompher de ses ennemis. D’illustres voix du catholicisme s’émeuvent de ce millénarisme et de ces « chimères » — comme les dénonce le très traditionaliste cardinal Billot —, pourtant l’engouement pour la voyante de Loublande et ses messages prend de l’ampleur.

L’Église a toujours défendu les fidèles contre les faux-prophètes, contre les illuminés et contre leurs doctrines cancers ou parasites de la vraie foi.

Aussi le Saint-Siège publie en 1920 une réprobation des « faits de Loublande » que l’on trouve dans les Acta Apostolicae Sedis.

Cependant, pour le national-catholicisme — qui néglige ou minimise la portée du décret pontifical —, Claire Ferchaud et son drapeau demeurent des icônes.

 

Introduction de Vive le Roy

 

Texte tiré des Actes de Benoit XV, Encycliques, Motu-Proprio, Brefs, Allocutions, Actes des dicastères, etc... , Maison de la Bonne Presse, Tome 2, Paris, 1918-Septembre 1920, (Traduction française officielle), p. 234.

 

Déjà paru sur ce sujet :

 

. Les messages du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie pour Louis XIV

. L’inacceptable drapeau tricolore frappé du Sacré-Cœur, par le cardinal BILLOT

. Le mythe de la « bonne république » chez les catholiques

 

 

Texte de la réprobation des « prétendus faits de Loublande » par le Pape Benoît XV

 

Décret touchant « les faits de Loublande »

 

 

PDF - 959.6 ko
Décret de Réprobation des faits de Loublande

Dans l’assemblée plénière du mercredi 10 mars 1920, relation faite des prétendues visions, révélations, prophéties, etc., vulgairement connues sous les noms de faits de Loublande, et les écrits qui s’y rapportent ayant été examinés, les Éminentissimes et Révérendissimes Cardinaux Inquisiteurs Généraux en matière de foi et de mœurs, après le vote préalable des Consulteurs, ont décrété :

 

Toutes choses mûrement pesées, la S. Congrégation déclare que les prétendues visions, révélations, prophéties, etc., vulgairement comprises sous le nom de faits de Loublande, ainsi que les écrits qui s’y rapportent, ne peuvent être approuvés.

 

Et le jeudi suivant, 11 du même mois, Notre Très Saint Père le Pape Benoît XV, dans l’audience ordinaire accordée au Révérendissime Assesseur du S.O., a approuvé et confirmé la résolution des Éminentissimes et Révérendissimes Pères, et en a ordonné la publication dans les Acta Apostolicae Sedis.

 

Donné à Rome, du Palais du Saint-Office, le 12 mars 1920.

L.Castellano, notaire de la Sup. Congr. du Saint-Office. [1]

 

Précision de la S. Congrégation sur la traduction française précédente

 

Après la promulgation, dans les Acta Apostolicae Sedis, du décret du Saint-Office du 12 mars dernier, touchant les prétendues visions, révélations, prophéties, etc., connues vulgairement sous l’appellation de « faits de Loublande », ainsi que les écrits s’y rapportant — décret porté le 10 du même mois et, le jour suivant 11, approuvé et confirmé par le Saint-Père, — certains journaux et périodiques français ont publié des traductions, interprétations et explications de ce décret, qui s’efforcent d’exclure absolument un sens de réprobation de ces faits et écrits, sens énoncé et expressément voulu par la S. Congrégation, ou tâchent de le restreindre au simple défaut d’approbation juridique de la suprême autorité ecclésiastique.

 

Afin que les traductions, interprétations, explications arbitraires et fausses de ce genre ne risquent point d’induire en erreur les fidèles sur le véritable sentiment de la S. Congrégation, les Éminentissimes Cardinaux inquisiteurs en matière de, foi et de mœurs ont, avec l’approbation du Saint-Père, ordonné de publier la traduction française authentique suivante du susdit décret.

(Voir le texte français dans la partie latine.) [2]

 

[1] Actes de Benoit XV, Encycliques, Motu-Proprio, Brefs, Allocutions, Actes des dicastères, etc... , Maison de la Bonne Presse, Tome 2, Paris, 1918-Septembre 1920, (Traduction française officielle), p. 234.

 

[2] Actes de Benoit XV, Encycliques, Motu-Proprio, Brefs, Allocutions, Actes des dicastères, etc... , Maison de la Bonne Presse, Tome 2, Paris, 1918-Septembre 1920, (Traduction française officielle), p. 234.

 

 

Source: http://www.viveleroy.fr/?Reprobation-des-pretendues

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/32/Benedictus_XV.jpg/280px-Benedictus_XV.jpg

Benoit XV

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 07:32
L’abolition de l’homme, par C.S. LEWIS (1898-1963)

L’éducation traditionnelle a pour finalité de montrer à chacun comment se conformer à notre nature, à cette loi naturelle que Lewis — l’auteur du Monde de Narnia — choisit par commodité d’appeler : le Tao. « Seul le Tao fournit à l’action humaine une loi commune qui peut englober à la fois les gouvernants et les gouvernés. La croyance dogmatique en une valeur objective est nécessaire à la notion même d’une autorité qui ne soit pas tyrannie ou d’une obéissance qui ne soit pas esclavage. » À l’opposé, l’éducation dans la modernité se réduit à un conditionnement par des techniques propagande et de manipulation. La conquête ultime de l’homme sur la nature consiste alors dans le viol de sa propre nature : « il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres… la maîtrise de l’homme sur lui-même signifie alors simplement la domination des conditionneurs sur le matériau humain conditionné ». Plus effrayant : puisant ses racines dans la volonté d’autonomie de la modernité, « ce processus qui abolira l’homme va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes ».

 

 

Table des matières

 

Introduction de Vive le Roy

De l'existence d'une loi commune à l'humanité

Le conditionnement, ou l'éducation dans la modernité

Le viol ultime du Moderne contre la Nature

Psychologie et arbitraire des conditionneurs

 

Introduction de Vive le Roy 

 

Extraits du livre de C. S. Lewis :  L’abolition de l’homme.

Éditions Raphaël, Suisse, 2000, Traduction de Denis Ducatel.

 

Nous conseillons vivement ce livre dont les quelques citations qui suivent ne sauraient épuiser la richesse.

 

AVERTISSEMENT : Les titres et inter-titres ont été rajoutés par VLR pour faciliter la lecture en ligne.

 

De l’existence d’une loi commune à l’humanité

 

Saint Augustin

 

Saint Augustin a défini la vertu comme un ordo amoris, un état bien ordonné des affections selon lequel tout objet reçoit le genre et le degré d’amour qui lui est approprié [1].

 

Aristote

 

Aristote dit que le but de l’éducation est d’apprendre aux gens à aimer et à haïr ce qu’il convient d’aimer et de haïr [2]. Quand vient l’âge de la réflexion mûre, celui qui aura été formé aux « affections ordonnées » ou aux « sentiments appropriés » trouvera aisément les premiers principes de l’éthique ; mais ils seront invisibles à l’homme corrompu, incapable de progrès dans cette science [3].

 

Platon

 

Platon avant lui avait dit la même chose. Le petit animal humain ne peut avoir du premier coup des réactions justes. Il doit être entraîné à ressentir du plaisir, de l’attirance, de la répugnance et de la haine envers les choses qui sont réellement plaisantes, attirantes, répugnantes et haïssables [4]. Dans  La République, le jeune homme bien élevé est celui qui

 

voit très clairement le désordre et la laideur dans les œuvres mal faites de l’homme et dans les malformations de la nature et qui, avec un juste dégoût, blâme et hait le laid dès ses plus jeunes années et loue avec délice la beauté, en l’accueillant dans son âme et en s’en nourrissant pour devenir ainsi un homme au cœur doux. Tout cela avant qu’il ait atteint l’âge de raison ; si bien que quand la raison vient, formé comme il l’a été, il l’accueille à bras ouverts et la reconnaît à cause de l’affinité qu’il ressent vis-à-vis d’elle. [5]

 

Hindouisme primitif

 

Dans l’hindouisme primitif, le comportement qu’on peut appeler bonne conduite consiste à se conformer — et presque à participer — au Rta , ce grand rituel, ou canevas, où s’entremêlent le naturel et le surnaturel qui se révèlent à la fois dans l’ordre cosmique, dans les vertus morales et dans le cérémonial du temple. Le Rta, c’est-à-dire la justice, la congruence, l’ordre, est constamment identifié à la saty, ou vérité, à ce qui correspond à la réalité. Tout comme Platon a dit que le bien était « au-delà de l’existence » et Wordworth que la vertu faisait la force des étoiles, les maîtres indiens disent que les dieux eux-mêmes sont nés du Rta [6] et lui obéissent.

 

Chine ancienne

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b7/Dao-caoshu.png/150px-Dao-caoshu.pngLes Chinois aussi parlent d’une grande chose (la plus grande de toutes) qu’ils appellent le  Tao. C’est la réalité au-delà de tous les prédicats, l’abysse qui était avant le Créateur lui-même. C’est la Nature, la Voie, le Chemin. C’est la Voie que poursuit l’univers, la Voie sur laquelle les choses émergent éternellement, sereinement et tranquillement, pour entrer dans l’espace et le temps. C’est aussi la Voie que tout homme doit suivre pour imiter cette progression cosmique et supra-cosmique, en conformant toutes ses activités au grand modèle [7].

 

Dans les rituels, peut-on lire dans les Entretiens, c’est l’harmonie avec la Nature qui compte par-dessus tout. [8]

 

Les Hébreux

 

Les Hébreux des temps anciens louaient de même la loi, déclarant qu’elle était vraie [9].

 

Un choix pratique : loi naturelle = Tao

 

Pour des raisons de concision, je donnerai désormais simplement le nom de Tao à cette conception des choses, quelle que soit la forme qu’elle revêt, platonicienne, aristotélicienne, stoïcienne, chrétienne ou orientale. Certains des exemples que j’en donne dans cet ouvrage sembleront peut-être à d’aucuns quelque peu bizarres, voire proches du magique. Mais nous ne pouvons nous permettre d’ignorer ce qu’ils ont tous en commun. J’entends par là la doctrine de l’objectivité des valeurs, la conviction que certaines attitudes sont véritablement conformes à la réalité de ce qu’est l’univers et de ce que nous sommes, tandis que d’autres ne le sont pas. Ceux qui connaissent le Tao peuvent soutenir qu’appeler les enfants « mignons » et les vieillards « vénérables » n’est pas simplement restituer un fait psychologique au sujet de nos propres émotions parentales ou filiales du moment ; c’est plutôt reconnaître une qualité qui exige une certaine réaction de notre part, que nous l’ayons ou non. (p. 30, 33)

 

 

Le conditionnement, ou l’éducation dans la modernité 

 

L’éducation moderne contre raison et sentiment au nom de la rationalité

 

[…] notre conception de l’éducation est complètement différente selon qu’on se situe à l’intérieur ou à l’extérieur du Tao.

 

Pour ceux qui sont à l’intérieur, la tâche principale consiste à faire naître chez l’élève les réactions au monde qui sont en elles-mêmes correctes et adéquates, qu’on les adopte ou non, et dont le développement est ce qui fait la nature même de l’homme.

 

Ceux qui sont à l’extérieur du Tao, s’ils veulent être logiques, doivent considérer tous les sentiments comme étant non rationnels, de manière égale, et comme une sorte de brouillard entre nous et les objets réels. En conséquence, ils doivent :

 

. soit décider d’écarter tout sentiment aussi loin que possible de la pensée de l’élève,

. soit encourager certains sentiments plutôt que d’autres pour des raisons qui n’ont rien à voir avec leur « justesse » intrinsèque ou avec leur conformité à l’ordre objectif des choses.

 

Cette seconde option les entraîne dans le processus contestable qui consiste à créer chez les autres, par suggestion ou par incantation, un mirage que leur propre raison a réussi à dissiper chez eux. (p.35)

 

La nouvelle éducation n’initie plus mais conditionne

 

[…] la différence entre l’ancienne et la nouvelle éducation sera d’importance. Là où l’ancienne initiait, la seconde « conditionne ». Avec l’ancienne, on traitait les élèves comme les oiseaux traitent leurs petits pour leur apprendre à voler ; dans la nouvelle, on les traite plutôt comme un éleveur traite ses jeunes volailles, pour des raisons dont elles ignorent tout. En un mot, l’ancienne éducation était une sorte de propagation — des hommes transmettant la force de leur humanité aux hommes —, la nouvelle n’est que propagande. (p.37)

 

Les idéologies, cancers de la loi naturelle

 

Le but principal est de veiller à ce que les gens soient nourris et vêtus, et en œuvrant dans ce sens on peut, selon le Novateur, mettre de côté des scrupules concernant la justice et l’honnêteté. Bien entendu, le Tao est d’accord avec lui quant à l’importance qu’il y a à ce que les gens soient nourris et vêtus. Si le Novateur n’avait pas lui-même recours au  Tao, il n’aurait jamais pu apprendre l’existence de ce devoir envers les autres. Parallèlement à ce devoir, nous trouvons néanmoins dans le Tao ces autres devoirs, ceux de justice et d’honnêteté, que le Novateur est prêt à discréditer. Et de quel droit ?

 

Il se peut que notre Novateur soit chauvin, raciste ou d’un nationalisme exacerbé et qu’il soutienne que l’avancement de son propre peuple est la cause à laquelle tout le reste doit être subordonné. Toutefois, aucune observation des faits, aucun appel à l’instinct ne peuvent étayer son point de vue. De nouveau, il tire en fait son opinion du Tao, d’un devoir envers notre propre sang, parce que c’est notre propre sang, d’une partie de la morale traditionnelle. Mais à côté de ce devoir, et le limitant, nous trouvons dans le Tao l’exigence inflexible de justice et la règle qui dit qu’en fin de compte tous les hommes sont nos frères. D’où est-ce que le Novateur tire alors cette autorité de prendre et de choisir ce qui lui convient ?

 

Comme je ne parviens pas à trouver de réponses à ces questions, je tirerai les conclusions suivantes : ce que j’ai appelé jusqu’à présent le Tao, et que d’autres peuvent appeler la loi naturelle, la morale traditionnelle ou encore les premiers principes de la raison pratique, ou les vérités de base, n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur.

 

. Si on le rejette, on rejette toute valeur.

. Si on en conserve une seule valeur, on le conserve tout entier.

. Tout effort qui consisterait à le réfuter pour le remplacer par un nouveau système de valeurs se contredirait lui-même. Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais, de jugement de valeur radicalement nouveau dans l’histoire de l’humanité.

 

Ces choses qui prétendent être de nouveaux systèmes ou (comme on les appelle aujourd’hui) de nouvelles idéologies ne sont rien d’autre que des fragments Tao lui-même, arbitrairement arrachés à leur contexte global et démesurément gonflés jusqu’à la folie dans leur isolement — cependant, c’est au  Tao, et à lui seul, qu’ils doivent le peu de validité qu’ils possèdent.

 

. Si mon devoir envers mes parents est une superstition, il en est de même de mon devoir envers la postérité.

. Si la justice est une superstition, il en est de même de mon devoir envers ma patrie ou ma race.

. Si la recherche scientifique possède une valeur réelle, il en est de même de la fidélité conjugale.

 

La rébellion des nouvelles idéologies contre  Tao est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (p. 60, 62)

 

 

Le viol ultime du Moderne contre la Nature

 

La modernité ou l’homme « maître » de sa nature

 

Je tente […] d’expliquer ce que signifie réellement la conquête humaine de la nature, en particulier le stade final de cette conquête, qui n’est peut-être pas si loin de nous. L’étape ultime sera atteinte lorsque l’homme, par l’eugénisme, par le conditionnement prénatal et par une éducation et une propagande fondées sur une psychologie parfaitement appliquée, sera parvenu à exercer un contrôle total sur lui-même.

 

La nature humaine sera la dernière composante de la Nature à capituler devant l’homme. La bataille sera alors gagnée. Nous aurons ôté le fil de la vie des mains de la Parque et serons désormais libres de façonner notre espèce conformément à notre bon vouloir. La bataille aura, certes, été gagnée, mais qui, exactement, l’aura remportée ?

Car, comme nous l’avons vu, le pouvoir qu’a l’homme de faire de l’espèce humaine ce qui lui plaît est en fait le pouvoir qu’ont certains hommes de faire des autres ce qui leur plaît.

 

Il est certain qu’à toutes les époques on a essayé, dans une certaine mesure, d’exercer ce pouvoir par l’éducation et l’instruction. Mais la situation à laquelle nous devons nous attendre sera nouvelle à deux égards.

 

Le progrès des techniques de conditionnement

 

D’abord, le pouvoir aura pris des dimensions considérables. Jusqu’à présent, les projets des théoriciens de l’éducation ont atteint bien peu des objectifs qu’ils s’étaient proposés, et il est vrai que lorsque nous lisons leurs écrits

 

. que Platon voulait faire de chaque petit enfant un « bâtard élevé dans un bureau »,

. qu’Elyot proposait que les garçons ne voient pas d’homme avant l’âge de sept ans et pas de femmes après [10], et

. que Locke voulait que les enfants aient des chaussures qui prennent l’eau et qu’ils n’aient aucun goût pour la poésie [11]—,

 

… nous sommes reconnaissants pour l’entêtement salutaire des vraies mères, des vraies nourrices et par-dessus tout des vrais enfants, qui ont permis à l’espèce humaine de préserver son bon sens, si tant est qu’il lui en reste. Mais les façonneurs des humains de l’ère nouvelle seront dotés des pouvoirs d’un État omnicompétent et armés de techniques scientifiques irrésistibles ; nous serons enfin face à une race de conditionneurs qui pourront réellement façonner toute postérité dans le moule qui leur convient.

 

Le choix arbitraire par quelques uns d’une morale artificielle

 

La seconde différence est même plus importante encore. Dans les anciens systèmes, le genre d’homme que les enseignants souhaitaient produire, et les motivations qui les poussaient dans ce sens, étaient prescrits par le Tao, une norme à laquelle les enseignants eux-mêmes étaient soumis et dont ils ne souhaitaient pas se départir. Ils ne façonnaient pas l’homme selon un modèle choisi. Ils transmettaient ce qu’ils avaient reçu ; l’enseignant initiait le jeune néophyte au mystère de l’humain qui les recouvrait l’un et l’autre de sa majesté. C’étaient comme des oiseaux adultes apprenant aux plus jeunes à voler.

Cela change désormais. Les valeurs ne sont plus que de simples phénomènes naturels. Dans le cadre du conditionnement, on s’efforce de produire chez l’élève des jugements de valeur. Le Tao, ou ce qui va en tenir lieu, ne sera plus la motivation, mais le produit de l’éducation. Les conditionneurs se sont émancipés de tout cela. C’est une partie supplémentaire de la nature qu’ils ont conquise. Les ressorts fondamentaux de l’action humaine ne sont plus pour eux une donnée pure et simple ; ils ont livré tous leurs secrets — comme l’électricité ; la fonction des conditionneurs consiste à les contrôler, non à leur obéir. Ils savent comment produire une conscience et décident quel genre de conscience ils veulent produire. Eux-mêmes se situent en dehors, au-dessus. Car c’est bien du dernier stade de la lutte de l’homme avec la nature qu’il s’agit.

 

La victoire finale a été remportée. La nature humaine a été conquise — et, bien sûr, elle s’est conquise elle-même —, quel que soit le sens que ces mots peuvent désormais revêtir.

 

La question de l’arbitraire des références des idéologues conditionneurs

 

Les conditionneurs vont par conséquent devoir choisir quel genre de Tao artificiel ils veulent, pour des raisons qui leur sont propres, produire dans l’espèce humaine. Ils pousseront les autres à agir, ils seront créateurs de motivations. Mais d’où tireront-ils eux-mêmes leurs motifs d’agir ?

 

Pendant un temps, ils seront peut-être motivés par ce qui subsistera du vieux Tao naturel dans leurs pensées. Ainsi se considéreront-ils probablement eux-mêmes comme les serviteurs et les gardiens de l’humanité et penseront-ils qu’ils ont le « devoir » de faire « le bien ». Mais s’ils peuvent rester dans cet état, c’est uniquement parce que leurs idées sont confuses. Pour eux, le concept du devoir est le résultat de certains processus qu’ils peuvent désormais contrôler. Leur victoire consiste précisément à passer de l’état où ils étaient dominés par ces processus à un état où ils s’en servent comme instruments. Et il leur faut maintenant décider si oui ou non ils vont conditionner le reste d’entre nous de manière que nous conservions notre vieille idée du devoir et nos vieilles réactions à son égard. Comment le devoir peut-il les aider à prendre cette décision ? Il est directement au banc des accusés ; comment peut-il être juge et partie ? Quant au « bien », il n’est guère mieux loti. (p.76, 79)

 

 

Psychologie et arbitraire des conditionneurs

 

« j’ai envie » au lieu de « c’est bien »

 

Quand tout ce qui dit « c’est bien » a été discrédité, il ne reste plus que ce qui dit « j’ai envie ». Et ce n’est pas là une attitude qui peut être dynamitée ou contestée, puisqu’elle n’a jamais eu aucune prétention.

 

Par conséquent, les conditionneurs en viendront forcément à n’être motivés que par leur propre plaisir. Je ne parle pas ici de l’influence corruptrice du pouvoir et je n’exprime pas non plus la crainte de voir les conditionneurs dégénérer sous son influence. Les termes mêmes de corrompre et dégénérer impliquent l’existence d’une échelle de valeurs et perdent par conséquent tout sens dans ce contexte.

 

Ce que je veux montrer, c’est que ceux qui se situent en dehors de tout jugement de valeur ne peuvent avoir aucune raison de préférer un désir à un autre, à moins que cette raison ne se situe dans l’intensité émotionnelle du désir.

 

Nous pouvons légitimement espérer que, parmi les intentions qui naîtront dans la tête de gens ainsi privés de toute motivation « rationnelle » ou « spirituelle », il y en aura de bienveillantes.

 

Je doute toutefois que les intentions bienveillantes auront beaucoup de poids, dès lors qu’elles seront dépouillées des notions de préférence et d’encouragement que le Tao nous apprend à leur conférer et qu’elles ne pourront compter que sur leur force naturelle et sur la fréquence de leur apparition en tant que phénomènes psychologiques.

 

Je doute que nous puissions trouver dans l’Histoire l’exemple d’un seul homme qui, après s’être départi de toute moralité traditionnelle et avoir accédé au pouvoir, ait utilisé ce pouvoir avec bienveillance. Je suis enclin à penser que les conditionneurs haïront les conditionnés. Ils auront beau considérer comme une illusion la conscience artificielle qu’ils auront produite en nous, leurs sujets, ils constateront rapidement que celle-ci crée en nous l’illusion d’un sens à la vie qui soutient favorablement la comparaison avec l’absurdité de leur propre vie, et ils nous envieront comme des eunuques peuvent envier des hommes. Mais je ne veux pas insister sur ce point, car c’est une pure conjecture.

 

Ce qui ne l’est pas, en revanche, c’est que notre espoir d’un bonheur, même « conditionné », reposera sur ce qu’on appelle communément le hasard — nous devrons compter sur la chance que les intentions bienveillantes prédominent chez nos conditionneurs. Car sans le jugement qui affirme « la bienveillance est une bonne chose » — c’est-à-dire sans retour au Tao —, les conditionneurs n’ont aucune raison de promouvoir ou d’encourager telles intentions plutôt que d’autres. Selon la logique de leur position, ils prendront leurs intentions comme elles viennent, du hasard. Et le hasard est synonyme ici de nature. C’est de l’hérédité, de la digestion, de la météo et de l’association d’idées que naîtront les motifs des conditionneurs. Leur rationalisme extrême, qui « perce à jour » tout motif irrationnel, fait d’eux des créatures au comportement totalement irrationnel. Si on ne veut ni obéir au  Tao ni se suicider, il ne nous reste pas d’autre possibilité que d’obéir à nos pulsions … (p. 82-84)

 

Donne-moi cette âme à laquelle tu ne veux plus croire

 

C’est le marché du magicien : « Donne-moi ton âme, je te donnerai le pouvoir ! » Mais dès que nous avons abandonné notre âme, c’est-à-dire notre moi, le pouvoir ainsi acquis ne peut nous appartenir. En fait, nous devenons les marionnettes et les esclaves de ce à quoi nous avons donné notre âme.

 

Il est dans le pouvoir de l’homme de se traiter lui-même comme un simple « objet naturel » et de traiter ses propres jugements de valeur comme un matériau brut que l’on peut modifier à son gré pour des manipulations scientifiques. L’objection que l’on peut avoir face à ce comportement ne tient pas au fait que cette perspective demeure choquante et douloureuse (comme le premier jour passé dans la salle de dissection) jusqu’à ce que nous nous y soyons habitués. La douleur et le choc sont, au pire, un avertissement et un symptôme. La véritable objection tient plutôt au fait que si un homme choisit de se traiter lui-même comme un matériau brut, il sera effectivement matériau brut : non pas une matière première qu’il pourra façonner lui-même à son gré, comme il se plaît naïvement à l’imaginer, mais qui sera manipulée par de simples appétits, c’est-à-dire, par la nature, en la personne de ses conditionneurs déshumanisés.

 

Comme le roi Lear, nous avons voulu gagner sur deux tableaux :

 

. abandonner nos prérogatives humaines et

. les conserver en même temps. C’est impossible.

 

Soit nous sommes des esprits rationnels obligés pour toujours d’obéir aux valeurs absolues du  Tao, soit nous sommes purement nature, une sorte d’argile bonne à être pétrie et moulée en de nouvelles formes pour le plaisir de maîtres qui ne peuvent, par hypothèse, n’avoir d’autres motifs que leurs propres pulsions « naturelles ».

 

Seul le Tao fournit à l’action humaine une loi commune qui peut englober à la fois les gouvernants et les gouvernés. La croyance dogmatique en une valeur objective est nécessaire à la notion même d’une autorité qui ne soit pas tyrannie ou d’une obéissance qui ne soit pas esclavage.

 

Je ne fais pas allusion ici seulement, ni même principalement, à ceux qui sont pour le moment nos ennemis publics. Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes [NDLR : Ces lignes ont été écrites pendant la Seconde Guerre mondiale.].

 

Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres « chanceux » d’une génération « chanceuse » qui a appris comment s’y prendre.

 

La conviction que l’on peut inventer des idéologies à volonté et donc traiter les gens comme des υλη, des préparations chimiques, des spécimens, commence à affecter notre langage. Autrefois on tuait les malfaiteurs ; aujourd’hui on liquide les « éléments antisociaux ». La vertu est devenue intégration et le zèle dynamisme, et des garçons qui semblent avoir le potentiel d’exercer des responsabilités sont du « matériau à faire des cadres ». Plus surprenant encore, les vertus d’économie et de tempérance, et même celle d’intelligence ordinaire, sont des « freins au chiffre d’affaires ».

 

Pouvoir moderne ou domination du matériau humain conditionné

 

La véritable portée de ce qui est en jeu ici est obscurcie par l’usage abstrait qu’on fait du mot « homme ». Ce terme ne désigne pas nécessairement une pure abstraction. Tant qu’on demeure dans le Tao lui-même, nous trouvons la réalité concrète à laquelle participer veut dire être véritablement humain ; j’entends par là la réelle volonté commune et la raison universelle de l’humanité, vivante, qui grandit comme un arbre et se ramifie, selon que les situations varient, pour produire sans cesse de nouvelles beautés et d’excellentes applications. Tant qu’on parle du point de vue du Tao, on peut logiquement parler du pouvoir que l’homme exerce sur lui-même dans le même sens où l’on parlerait de la maîtrise de soi d’un individu particulier.

 

Mais dès l’instant où nous sortons du Tao et le considérons comme un produit purement subjectif, cette possibilité disparaît. Ce qui est désormais commun à tous les hommes, c’est un universel abstrait, un plus petit dénominateur commun, et la maîtrise de l’homme sur lui-même signifie alors simplement la domination des conditionneurs sur le matériau humain conditionné, le monde de l’après humanité que presque tous les hommes d’aujourd’hui, certains consciemment, d’autres inconsciemment, s’évertuent à produire. (p. 88, 91)

 

Il y a quelque chose qui unit la magie et la science appliquée tout en les séparant toutes les deux de ce que les siècles précédents appelaient la « sagesse ».

 

. Pour les sages d’autrefois, le problème essentiel était de mettre l’âme en conformité avec la réalité, et les moyens d’y parvenir étaient principalement la connaissance, l’autodiscipline et la vertu.

. Pour la magie, aussi bien que pour la science appliquée, le problème principal est de soumettre la réalité aux désirs humains ; et la solution est une technique […]

 

L’objectif véritable consiste à étendre le pouvoir de l’homme au point que tout lui sera possible. (p.92-93)

 

[1] Saint Ausustin, La cité de Dieu, XV, 22 ; cf. idem IX, 5 ; XI, 28.

 

[2] Aristote, Éthique à Nicomaque, 1104b.

 

[3] Idem, 1095b.

 

[4] Platon, Les lois, 653.

 

[5] Platon, La République, 402a.

 

[6] A.B. Keith, cf.« Righteousness » (hindouiste) Encyclopedia of Religion and Ethics, vol. X.

 

[7] Idem, tome II, 454b ; IV, 12b ; IX, 87a.

 

[8] Confucius, Entretiens, I, 12.

 

[9] Psaume 119. 151. Le terme utilisé ici est emeth, « vérité ». Là où le mot hindou satya met l’accent sur la vérité en tant que « correspondance » ou « adéquation », le mot emeth (rattaché à un verbe qui veut dire « être ferme ») souligne plutôt le caractère fiable de la vérité. Les hébraïsants proposent aussi des mots comme fidélité et fiabilité en guise d’alternatives dans la traduction. Emeth est ce qui ne trompe pas, ce qui ne cède pas, ce qui ne change pas, ce qui est étanche. (Cf. T.K. Cheyne dans Encyclopedia biblica, 1914, sous la rubrique « Truth »).

 

[10] The Boke Named the Governour, (1531), 1.4 et 1.6.

 

[11] Some Thoughts concerning Education(1693) § 7 et § 174 : « Je recommanderai aussi qu’on lui lave les pieds chaque jour à l’eau froide et qu’on lui fasse porter des souliers si minces qu’ils prennent l’eau quand il pleut. » « S’il a des dispositions pour la poésie, ce serait pour moi la chose la plus étrange au monde que son père désire ou même tolère qu’elles soient entretenues ou améliorées. À mon avis, les parents devraient mettre tout en œuvre pour les étouffer ou les faire disparaître. » Et pourtant, Locke fait partie des auteurs les plus raisonnables parmi tous ceux qui ont écrit sur l’éducation.

 

Source: http://www.viveleroy.fr/?L-abolition-de-l-homme-par-C-S

 

 

. "La Volonté générale ne pouvait que finir par vouloir changer toutes les lois, aujourd'hui la loi naturelle, demain peut-être les lois de la gravitation universelle" (Jean-Claude Martinez)

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 17:55

 

Source image: Libertarien TV https://www.facebook.com/photo.php?fbid=404426729659242&set=a.246006518834598.38992.209729082462342&type=1

via https://fr-fr.facebook.com/Hollandouille1er/posts/599089273468233

 

Un schéma trouvé sur "Libertarien Tv" un peu simplificateur mais pas complètement faux, explique assez bien le socialisme, son origine et son évolution. Nous relevons une erreur toutefois. Mettre Gollnisch dans le "socialisme caviar" est abusif: cette personnalité du FN est une des personnalités historiques du parti qui a toujours lutté contre le "fiscalisme" !

En partant du paléo-socialisme (Marx, Lénine, Staline, Mao Tse Toung, Hilter), le proto-socialisme français passe par Pétain, Mittérand, et de Gaulle..., évolue vers les archéo-socialistes (Pompidou et sa loi Rothschild de 1973... qui - ce qui ne se dit nulle part! - bien que transférant le monopole régalien de la création monétaire à des banques privées ne rompt pas avec la pratique du financement des services de l'Etat par la dette...), le socialisme radical (Poutou, Arthaud, Besancenot) et de nouvelles branches à la fin du XXe siècle et début XXIe : socialisme sécuritaire (Valls, Pasqua, Dupont Aignan), socialisme caviar (Chirac, Aubry, Royal), socialisme nationaliste (Le Pen), crypto-socialisme (Fillon, Copé), socialisme conservateur (Sarkozy), socialisme mou (Hollande, Bayrou), ultra-néo socialisme (Taubira, Fabius), socialisme vert (Joly, Duflot).

Et si l'auteur du schéma avait voulu être tout à fait complet, il aurait fait remonter le socialisme au "libéralisme" des "Lumières"... Donc le petit bonhomme à la tronçonneuse devrait plutôt porter le petit écriteau "monarchiste" (et non "libéralisme") qui tronçonne l'arbre de la "liberté" avec ses "droits de l'homme de 1789..." et les mythes fondateurs de la "démocratie" totalitaire oligarchique (Souveraineté nationale, Volonté générale...)

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b8/LibertyTreePlanting.jpg

La plantation d’un arbre de la liberté en 1790 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_la_libert%C3%A9

 

 

. La première logique totalitaire apparaît sous la "Révolution française" (Stéphane Courtois)

. Dépasser la démocratie

. Deux poids deux mesures. Elle scie une croix, elle est félicitée par un nouveau timbre à son effigie / il coupe un "arbre de la liberté", le parquet réclame 2 ans de prison avec sursis !

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 14:59

Aux milliers de participants du Congrès ecclésial du diocèse de Rome tenu hier, le pape François a souhaité des chrétiens "révolutionnaires" qui propagent l'Évangile par leur "témoignage".

 

"Aujourd'hui, un chrétien, s'il n'est pas révolutionnaire, n'est pas chrétien!", a lancé le pape argentin.

 

Dans la Salle Paul VI, parfois grave et parfois blagueur, le pape a notamment fustigé les communautés chrétiennes "fermées". "Je ne comprends pas les communautés chrétiennes qui sont fermées", a-t-il confié avant de s'exclamer :

  • "Il y a eu beaucoup de révolutionnaires dans l'histoire, mais aucun n'a eu la force de la révolution apportée par Jésus, une révolution (...) qui change en profondeur le coeur de l'homme. ... Dans l'histoire, les révolutions ont changé les systèmes politiques, économiques, mais aucune n'a vraiment modifié le coeur de l'homme".

 

"La vraie révolution, celle qui transforme complètement la vie", a été "accomplie" par Jésus, a-t-il soutenu, dans une salle d'audiences noire de monde et enthousiaste.

Citant Benoît XVI, le pape François a assuré que cette révolution était "la plus grande mutation de l'histoire de l'humanité".

 

Source : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/06/18/97001-20130618FILWWW00296-le-pape-veut-des-fideles-revolutionnaires.php

 

Sur ce thème de la "révolution" chrétienne et ce que le christianisme a réellement apporté de neuf au monde depuis l'Antiquité (et que la modernité a souvent fait disparaître : droits des femmes, esclavage, sacrifices humains..., laïcité), on peut lire : 

 

- Les sacrifices humains en Grèce et à Rome

- Apocalypto : Mythes-Mystères-Polémique (sur les sacrifice humain chez les Mayas et les Aztèques)

- Histoire et actualité du satanisme : Les évêques du Gabon contre les sacrifices humains

- L'abolition de l'esclavage : qui a aboli l'esclavage le premier ?

- La femme au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime : l'exclusion des femmes ne date pas des "siècles obscurs" mais vient plus tard, de la modernité

- L'invention de la laïcité

- Les exigences chrétiennes : "des préceptes radicalement révolutionnaires que notre société ne peut que refuser" (J.-L. Marion)

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:34

Un article publié sur Le Bréviaire des Patriotes évoque la monarchie comme "une idée moderne pouvant parfaitement répondre aux attentes légitimes du peuple au XXIème siècle". Extrait: 

 

Le Château de Versailles en 1668 | Huile sur toile de Pierre Patel (1668), Château de Versailles. 

Le Château de Versailles en 1668 | Huile sur toile de Pierre Patel (1668), Château de Versailles.

 

Divagation ou exaspération réelle du corps militaire français pouvant amener à une tentative de coup de force ? Dans tous les cas de figure, face au délabrement évident du système, envisageons ensemble une autre voie institutionnelle que peut fort bien représenter une Monarchie.

 

Qu’il se nomme Louis XX, Henri VII ou encore Napoléon VII, le Roi (ou l’Empereur) peut-il être le sauveur de la France ; l’instigateur de la restauration de cette Monarchie française moult fois séculaire qui fut à l’origine de la grandeur de notre beau pays ; le juge inflexible de cette république bananière dont la plupart des coreligionnaires font la une des rubriques judiciaires depuis trop longtemps ; mais surtout, le Père du peuple qui incarne la France, au dessus des partis politiques, loin de cette démocratie d’apparence où seul l’argent permet d’arriver à la tête de l’État à coup de campagne publicitaire démagogique ?

Il n’est certes pas aisé de débattre sur ce sujet sans se heurter aux quolibets ou caricatures absurdes ; mais il faut bien comprendre que l’idée monarchique est loin d’être désuète mais bien moderne, pouvant parfaitement répondre aux attentes légitimes du peuple au XXIème siècle. Comment cela ? En citant un exemple du quotidien.

 

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Dans un régime monarchique, la Nation est organisée sur le modèle traditionnel de la Famille.

  • Le père, en qui réside le pouvoir ;
  • La mère, qui modère le pouvoir paternel et le maintient dans de justes limites ;
  • Les enfants, qui obéissent.

À moins de faire montre d’une mauvaise fois sans borne ou de citer des exemples minoritaires, l’autorité du père n’est point arbitraire, tout comme la sujétion des enfants à ce dernier n’est point absolue, dans le sens où les actes du chef de famille sont déterminés par les besoins des enfants.

En transposant tout cela, le rôle du père est confié au Roi, qui règne et gouverne ; le rôle de la mère est dévolu aux Groupements sociaux qui limitent le pouvoir monarchique, et les gouvernés sont les citoyens.

Tout comme la Famille, si l’une des trois parties venait à disparaître, elle entrainerait la dissolution de l’ensemble. Ils ont donc un intérêt commun, celui d’être constamment unis dans le but d’assurer leur conservation mutuelle.

 

De plus, l’on constate chaque jour que le manque de continuité au sein de l’État nuit gravement à situation de la France (suppression des réformes du candidat étant au pouvoir précédemment, restriction des libertés des adversaires par une justice à deux vitesses, etc…) ; seul l’hérédité peut assurer la pérennité d’une Nation du fait que le sort du Monarque soit intimement lié au sort de cette dernière. Peut-on supposer, chez un père de famille, l’inconscience de servir les intérêts d’une famille étrangère au détriment de la sienne propre ? Non, car il agirait contre ses propres intérêts.

Terminons en citant Mgr Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Louis XX : « La monarchie est une forme de continuité, un lien avec l’Histoire. C’est une notion évolutive, moderne. Avec la mondialisation, on perd parfois le nord … La monarchie est un repère. Vous ne pouvez pas vous construire un futur si vous ne connaissez pas votre passé. »

 

Source et suite: http://www.lebreviairedespatriotes.fr/2013/06/12/la-monarchie-simpose-t-elle-a-la-france/

 

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 08:06

L'illusion démocratique et son droit de vote
 

 


Françaises, Français, il est temps d'ouvrir les yeux...

 Le système Républicain n'est qu'un leurre; Ayant comme fille la démocratie, et comme arme le droit de vote ! Le premier acte de résistance : se détacher de sa carte d'électeur, ET NE PLUS ALLER VOTER !


ODYS-7 Production © 2013

 

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Merci à J.

 

Note de Christroi. La démocratie a été confisquée par la caste ploutocratique à son profit au travers du mythe du "peuple souverain" ou de la "souveraineté nationale" (art. 3 DDH 1789).

 

Comme le dit la video, l'illusion de la représentativité via la "souveraineté nationale" (et la "majorité parlementaire") fonde la légimité de l'Etat pseudo-démocratique. La démocratie n'a jamais existé nulle part dans l'histoire (hormis dans les petits pays comme la Suisse). Dans le but d'organiser une représentation plus sincère et réelle de la société, on remplacera la "représentation" par l''élection (la loi du nombre héritée de 1789), par la représentation par poids réel des corps sociaux : poids des cadres, employés, ouvriers, familles, fonctionnaires, artisans, professions libérales, étudiants, etc. Représentation par poids plutôt que représentation abstraite par têtes qui n'a jamais été que le masque de l'oligarchie ploutocratique et maçonnique.

La démocratie directe existait largement plus sous l'Ancien Régime que de nos jours en France depuis 1789. Les Françaises votaient dès le Moyen Âge... Après 1789, il faudra attendre 1945. L'exclusion des femmes ne date pas des "siècles obscurs" mais vient plus tard de la modernité.

 

- Contre le Nouvel Ordre mondial : en finir avec la révolution (IIIe partie)

- La femme au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime : l'exclusion des femmes ne date pas des "siècles obscurs" mais vient plus tard, de la modernité

- L'imposture démocratique

- Il y a toujours eu un lien étroit entre élection et manipulation

- 1789 : Une aristocratie en chasse une autre, naissance de la bourgeoisie d'affaires et de l'Argent-Roi, la ploutocratie

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 09:03

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a6/Oskar_Freysinger_IMG_2614.JPG/200px-Oskar_Freysinger_IMG_2614.JPGA l'occasion de la votation suisse sur l’interdiction de nouveaux minarets en 2009, les ténors de l'Union démocratique du Centre (UDC), premier parti de Suisse, représentant la droite conservatrice et nationaliste à l'origine de la votation, ont dénié à des «juges étrangers» la compétence de juger la Suisse dans ce domaine.
 
Très bien. Seulement l'argumentaire que reprend aujourd’hui le parlementaire UDC Oskar Freysinger pour dénier à des juges étrangers la compétence de juger la Suisse n'est pas juste. Cet argumentaire n'est même pas libéral... Puisque rappelons-le, l'argumentaire consistant à constitutionnaliser la souveraineté du peuple (comme en France d'ailleurs... Là-dessus il n'y a aucune différence entre la république dite "française" et la démocratie suisse...) contient une virtualité illibérale, celle du pire qui peut devenir possible.
 
Le conseiller national Oskar Freysinger explique en effet que « quand on voit certains pays qui ont un bilan catastrophique en matière de droits de l’homme faire la leçon à la Suisse, quand on voit en particulier des pays islamiques nous faire la morale, tout en ne respectant pas du tout pour eux-mêmes ce qu’ils exigent des autres, j’ai beaucoup de peine à accepter ce verdict ». «Nos institutions, dit-il, ont été créées pour garantir un filtre de sécurité énorme par rapport à l’arbitraire possible de l’Etat. Il n’y a pas d’autres pays avec une telle sécurité garantie juridiquement et politiquement au simple citoyen et à ses droits. » Oskar Freysinger tient qu’en Suisse, c’est le peuple qui a le dernier mot.

 

 

Pour le juriste suisse Walter Kälin, argumenter que la tradition démocratique suisse permet au peuple souverain de décider sans tenir compte des droits humains finit par remettre en cause l’universalité des droits de l’homme, comme l’a fait en son temps Lee Kuan Yew. Dans les années 90, le père-fondateur de la cité-Etat de Singapour brandissait en effet la supériorité des «valeurs asiatiques» pour répondre aux critiques des Occidentaux sur le respect des droits de l’homme en Asie.
 
A sa manière, Oskar Freysinger confirme les propos du juriste: «La conception des droits de l’homme que vous avez en Chine, en Inde, dans le monde islamique et chez nous montre qu’il n’y a pas d’universalité. »

 

Source: http://www.swissinfo.ch/fre/politique_suisse/L_universalite_des_droits_de_l_Homme_contestee.html?cid=34133224

 

C'est là qu'Oskar Freysinger se trompe, il y a bien une universalité des droits de l'homme à la vie, à la liberté, à l'éducation, à la sûreté, à la liberté d'adorer Dieu... Des droits qui sont universels depuis les Tables de la Loi de Moïse. Et si l'on décrète que le peuple est "souverain", comme il le fait, la loi peut être soupçonnée de potentialités liberticides (ce qui n'était apparemment pas son but au départ...), « étant donné que, bien qu''expression de la ' volonté générale', (dans le système hérité de 1789, Ndlr.) la loi est concrètement la volonté des majorités, qui peuvent léser la minorité, ou l' individu... » (Lucien Jaume, Les Origines philosophiques du libéralisme , 2000, réed. Champs essais, Paris 2010, p. 122.)

 

Toutes les "déclarations des droits de l'Homme" depuis 1789, fondées sur le faux principe de la souveraineté populaire, devraient être dans ces conditions automatiquement déclarées nulles et non avenues, car potentiellement liberticides et totalitaires. Y compris la Déclaration des droits de l'homme dite "universelle" de 1948 servant ici de fondement pour attaquer la votation du peuple suisse qui du coup n'est plus "souverain"... Ainsi, les mondialistes qui déclarent la souveraineté du peuple la suspendent et l'annulent dès lors que celle-ci se prononce contre leurs visions immigrationnistes.

 

Quoiqu'il en soit, cette déclaration des droits de l'homme de 1948 recycle le mensonge de la "souveraineté du peuple" déclinée sous le terme de la "volonté du peuple" "fondement de l'autorité des pouvoirs publics", via "des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement au suffrage universel" (article 21 de la DDH de 1948). Elle a été forgée par le juif René Cassin, président de la Cour européenne des droits de l'Homme, doctor honoris causa de l'université hébraïque de Jérusalem et président de l'Alliance israélite universelle... de 1943 à sa mort en 1976. Elle sert aujourd'hui à annuler le principe de la souveraineté du peuple (suisse) qu'elle déclare pourtant dans son article 21...

 

Si au-dessus du peuple, il y a bien des normes universelles à respecter (loi naturelle de Dieu, le Décalogue) sous peine de tomber dans la tyrannie du nombre (démocratie directe) ou la dictature d'une oligarchie (démocratie "représentative"), et si la Suisse a pu légitimement s'opposer à la construction de nouveaux minarets, cela ne peut être au nom de la "souveraineté" du peuple suisse comme le prétend Oskar Freysinger (DDH de 1948, article 21...), mais au nom de la loi naturelle (Décalogue) tout court et notamment le droit des suisses de pas voir leur pays transformé en islamistan qui verrait leurs libertés fortement réduites !

 

Redisons-le ici, ce n'est pas la "souveraineté populaire", ni même la "souveraineté nationale" comme le prétend mensongèrement l'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789 (""'le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation'") ou la "volonté du peuple" (article 21 DDH de 1948) qui fonde la légitimité politique; ce qui fonde cette dernière, c'est la loi naturelle. Il n'y a pas à sortir de là, toutes les autres tentatives de légitimation sur d'autres fondements ont échoué dans le totalitarisme (1793, 1917, 1933, 1948...?).

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 23:59

Extraits du nouveau livre d’Yves-Marie Adeline*, La droite impossible (éditions de Chiré). Un livre à lire de toute urgence alors que la gauche détient presque tous les pouvoirs politiques et métapolitiques.

 

(…) qu’est-ce qu’un homme de droite, ou ce qui en tient lieu, en 1789, à la convocation des États généraux ? Un sujet de Louis XVI. Il est encore trop tôt pour qu’il se dise royaliste, mais enfin c’en est un, naturellement. Dans quelques jours cependant, il sera déjà « d’extrême-droite », pour peu qu’il refuse le premier bouleversement imposé par la gauche : un serment au Jeu de Paume, et la constitution d’une assemblée nationale se substituant aux réunions par ordres – clergé, noblesse et tiers-état. Etre de droite ne commence donc que le jour où, ayant accepté, ou au moins subi passivement cette initiative de la gauche – donc acceptant d’entrer dans le mécanisme de la gauche – on se range, résolument tout de même, à la droite du Roi. Mais pour combien de temps ? Déjà la droite se subdivise entre les partisans d’une monarchie à l’anglaise et ceux qui souhaitent préserver les pouvoirs de la Couronne. À leur tour, les premiers sont d’extrême-droite : on a déjà oublié la période d’avant la Constituante, il n’est déjà plus permis d’y penser. Mirabeau, animateur du Serment du Jeu de Paume, donc de gauche, en tient pour une monarchie constitutionnelle : le temps n’est pas loin où cette idée-là passera de la gauche à la droite, puis à l’extrémité de la droite, puis au néant. « Tenir le pas gagné », dira Rimbaud : un phénomène de cliquet permet de passer d’un cran à un autre, selon un processus non-rétrogradable. Un jour, l’homme de droite, quand il sera de nouveau autorisé à l’être, après que la Révolution ait été réputée « finie », ne sera plus désigné que sous l’étiquette de « conservateur ». Mais pour conserver quoi ? Légitimiste sous Louis-Philippe, il sera royaliste au début de la IIIe République, puis républicain de droite. Hostile à l’avortement avant Giscard, partisan de la peine de mort avant Mitterrand, l’abrogation de l’un et le rétablissement de l’autre lui apparaissent aujourd’hui impensables, ou même indésirables : le cliquet est déjà fixé trop loin, il s’agit désormais du mariage des homosexuels, de leur possibilité d’adopter des enfants, de la légalisation de l’euthanasie, du droit de vote pour les immigrés, etc. La gauche poursuit sa révolution, la droite la subit, tout simplement parce que notre système politique a été imaginé par la gauche. La droite, volontiers appelée au pouvoir par le peuple, parce qu’elle ne manque pas de qualités de gouvernement, n’y sera jamais que locataire : le propriétaire est naturellement la gauche.

 

 

Imaginons que se rencontreraient aujourd’hui Danton et un homme de gauche. Quelle émotion ! Ils ont tant de choses la droite impossible à se dire, tant d’idées à comparer, et la comparaison est d’autant plus facile qu’elles s’enracinent toutes dans un terreau philosophique commun : une même méfiance à l’égard du pouvoir en soi, jugé aliénant pour l’individu, un même refus de toute valeur transcendante. Pour son interlocuteur, Danton est l’un de ces « Grands Ancêtres » que la République honore, et rassemble même par-delà la mort. Ainsi le nom de Robespierre est-il gravé sur le même marbre, tant il est vrai qu’aujourd’hui où les dissensions se sont éteintes, leurs fils spirituels retiennent ce qui les unissait, et oublient naturellement ce qui les séparait.

En revanche, la rencontre serait insolite entre l’homme de droite d’hier et celui d’aujourd’hui. Non pas que le deuxième soit devenu révolutionnaire : il ne l’a jamais été, il déteste les convulsions, il méprise l’arrogance et la bêtise des foules fanatisées autant que ses prédécesseurs. Mais il fête le 14 Juillet avec ferveur, car c’est la fête nationale, la célébration de la patrie. Pour son interlocuteur, cette gaîté est du plus mauvais goût : le 14 Juillet 1789 fut une journée de sang, la première où l’on commença à découper des têtes – avec un couteau de boucher – et à les planter sur des piques. Assurément, l’homme de droite est gêné par cette évocation, parce que, contrairement à l’homme de gauche, il réprouve la violence sauvage, aussi bien celle de la Saint-Barthélémy – qu’il regarde comme un débordement condamnable – que celle des « enragés » de la Bastille.

« Le fanatisme de la gauche est consubstantiel à son idéologie. »

C’est qu’en fait, l’intolérance n’a pas la même origine selon qu’elle vient de droite ou de gauche, même si une erreur coutumière veut qu’elles soient rangées dans un même sac d’opprobre. La gauche en effet rappelle volontiers les excès criminels parfois commis par la droite pour des raisons religieuses. Certes, il n’est pas question d’en nier l’immoralité. Pourtant, ce fanatisme-là s’appuie sur une fidélité mal comprise envers un dieu extérieur, quelqu’un ou quelque chose de supérieur à soi-même, de sorte que cette extériorité permanente, cette distance considérable entre lui-même et le sujet ou l’objet de son fanatisme fait office de chambre de décompression, permettant toujours à sa fièvre criminelle de retomber. Mais dès lors que l’idéologie de gauche supprime cette transcendance et fait de nous-mêmes notre propre dieu, au nom de la liberté de redéfinir ce qui est bien et ce qui est mal, tout ce qui menace ou contribue à menacer cette liberté fondatrice doit être impitoyablement extirpé. En cela, on observe que le fanatisme de la droite est occasionnel, circonstanciel : encore une fois, pour l’homme de droite, la Saint-Barthélémy est un excès regrettable, et il n’en éprouve aucune fierté, même s’il reste franchement du parti catholique. Tandis que le fanatisme de la gauche, fut-il moins visible quand rien ne menace sa domination, comme c’est le cas aujourd’hui, est consubstantiel à son idéologie, en raison de la nature même de cette idéologie, qui tend à s’ériger en une religion laïque dont l’individu est l’idole.

C’est pourquoi, pour l’homme de gauche, le sang qui coule à la Bastille ou ailleurs est un mal nécessaire ("La fin sanctifie les moyens" dixit Adam Weishaupt, Ndlr.) en vertu du principe selon lequel on ne fait pas une bonne omelette sans devoir casser des œufs. Plus encore, dans sa « mystique » révolutionnaire, il y a quelque chose de sacrificiel, au sens païen du terme, dans le sang ennemi qu’il répand, un « sang impur » qui doit être versé pour régénérer le monde.

 

C’est alors que l’homme de droite découvrira dans une encyclopédie quelconque qu’en réalité, le 14 juillet qu’il célèbre est celui de 1790, Fête de la Fédération. Mais rien n’est moins certain que la gauche y pense ce jour-là. Et d’ailleurs, pour l’homme de droite d’il y a deux siècles, cette journée de la Fédération, quoique pacifique, n’a rien non plus de réjouissant. D’abord, elle fêtait le 14 juillet précédent, celui de 1789… Ensuite, il se souvient de cette mascarade, de cette messe probablement invalide où le célébrant était l’évêque Talleyrand, futur défroqué, disant à ses proches : « Surtout, ne me faites pas rire ! »

L’homme de droite aujourd’hui chante à tue-tête la Marseillaise, l’hymne sacré de la Patrie française. On imagine la stupeur de son interlocuteur. Le « sang impur » dont on a « abreuvé les sillons » est le sien. Et voici que son fils spirituel en redemande ! Il peut rappeler posément que ce chant de la Révolution a toujours été entendu, dans toute l’Europe, puis dans le monde entier, comme un symbole non pas de la France elle-même, mais de ses idées révolutionnaires, avant d’être supplanté tardivement par l’Internationale. Durant les premiers jours de la Révolution russe de 1917, l’authentique révolution, celle de mars (1), l’air était rempli de Marseillaises, pas encore d’Internationales.

Enfin, l’homme de droite d’aujourd’hui baise pieusement les plis du drapeau tricolore, « qui s’est couvert de gloire sur les champs de bataille » de nos guerres franco-allemandes, mondiales et coloniales. Parce que la vie après la mort est un apaisement, son visiteur, l’homme de droite d’hier, répond sans élever la voix que pour la gauche, et pour la République française, le drapeau tricolore signifie autre chose. S’il avait fallu choisir un symbole de gloire purement militaire et nationale, les lys sur champ d’azur eussent amplement répondu à cette attente. Mais les Trois Couleurs ont un sens politique précis : elles sont d’abord cette cocarde que les Sans-Culottes enfoncèrent dans la coiffure de Louis XVI. Elles pavoisaient autour de l’échafaud quand le Roi fut guillotiné. Ces couleurs vinrent chercher leurs premières gloires militaires en Vendée, et en ce temps-là, lui, l’homme de droite, les regardaient comme ennemies, symbole de la Terreur dans toute la France, et dans le contexte du génocide vendéen, symbole de l’épouvante. Puis ce drapeau franchit les frontières : de l’Espagne à la Russie, il se fixa sur les frontons des églises transformées en écuries ; en Europe il répandit la révolution, quitte à épuiser toute la puissance française et tomber en loques à Waterloo. N’est-il pas d’autres drapeaux, exécrés aujourd’hui par l’homme de droite, qui se couvrirent d’une même gloire comme d’une même honte ? Le drapeau rouge des Russes n’a-t-il pas triomphé héroïquement à Stalingrad, puis flotté durant un demi-siècle à Berlin ? N’a-t-il pas conquis la moitié du Continent ? La Croix Gammée n’a-t-elle pas claqué aux vents du Cercle polaire jusqu’aux îles grecques ? En outre, quelles sont toutes ces guerres dont le drapeau tricolore est revenu vainqueur ? Je ne dis pas glorieux, mais vainqueur ? Celle de Crimée, celle de la Péninsule italienne au moment de son unification, et celle de 14. A tout prendre, les lys d’or ont ramené plus de gloire militaire que les Trois Couleurs n’en auront jamais.

Pourtant, de ces trois fourvoiements : fête nationale, Marseillaise et drapeau, l’homme de droite aujourd’hui ne peut pas même imaginer qu’il soit possible de s’en dégager. Il étonnera de nouveau son prédécesseur en lui exposant qu’il existe un sens de l’histoire contre lequel on ne peut rien. Voilà encore une idée de gauche, tant il est vrai que ce sens unique de l’histoire, c’est la gauche qui l’a emprunté, puis imposé à la droite : encore le fameux procédé du cliquet. Mais l’homme de droite d’aujourd’hui a un frère, un cousin – voire une cousine désormais : émancipation oblige – à Saint-Cyr. S’il est cultivé, il répondra à son prédécesseur une naïveté du même genre que pour le 14 juillet : les Trois Couleurs étaient les couleurs des livrées royales. Autrement dit, les Sans-Culottes étaient des royalistes qui s’ignoraient, de même que les Socialistes brandissent un drapeau rouge destiné sans doute à reproduire l’oriflamme de Saint-Denis… (…)

(1) On sait en effet qu’il n’y a pas eu à proprement parler de « révolution » d’octobre – l’expression a été forgée par la propagande communiste – mais un coup d’État.

 

 

* Yves-Marie Adeline est né le 24 mars 1960 à Poitiers.

Docteur de l’Université de Paris 1, il a enseigné l’esthétique musicale à l’université de Poitiers, de 1986 à 1989. Il fut aussi directeur de cabinet de Jean Arthuis, qu’il quitta avant que ce dernier n’entre au gouvernement Juppé : à cette occasion, il écrivit La droite piégée (1996).

Il préconise, en 2001, un engagement des royalistes sur la scène électorale comme moyen de faire ressurgir la question des institutions dans le débat politique contemporain en créant l’Alliance Royale, dont il fut président et candidat jusqu’à 2008. Depuis, il se consacre uniquement à l’écriture et à l’enseignement. Il a collaboré à différents périodiques, en particulier Le légitimiste, Royal-Hebdo et Lecture et Tradition. Auteur de plusieurs ouvrages de philosophie politique et d’histoire de la pensée, il a également publié quelques recueils de poésie et une pièce de théâtre.

 

Source: Ndf.fr, Les bonnes feuilles de La Droite impossible d'Yves-Marie Adeline

 

Note de Christroi. Si cette analyse d'Yves-Marie Adeline est pertinente quant à la droite locataire des institutions et d'une gauche propriétaire, d'où l'effet de cliquet et "la droite où l'on arrive jamais", il faut néanmoins préciser qu'aujourd'hui l'idée d'un "sens de l'histoire" contre lequel on ne peut rien - idée de gauche, issue du mythe de 1789 -, cette idée est morte en 1991 avec la chute de l'URSS, et qu'avec cette chute c'est le socle idéologique de la gauche qui est sapé. Ce qui a fait dire à Patrice Gueniffey: "La Révolution est morte" (Conférence du 3 octobre 2011).

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Le phénomène de cliquet

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 14:00

 

C’est dans un opuscule au titre résolument provocateur de La République des imbéciles que Gabriel Prévost, futur auteur de L’angoisse de nos temps (1896) et Le bonheur comme phénomène social (1907), se fait mi-pamphlétaire mi-essayiste et dénonce une loi du nombre qui, érigée en garante de la démocratie, opprime en réalité un peuple qu’elle prétend libérer et dont elle flatte l’apparence de souveraineté. Aux députés assurant une représentation collective, vague, éloignée des électeurs (en réalité oligarchique, Ndlr.) et agissant au demeurant à rebours de leurs intérêts, il propose de substituer des Chambres dotées de pouvoirs par domaines de compétence, de façon à embrasser toute la vitalité du pays.

 

Voyant en la démocratie, organisée comme elle l’est, un abominable mensonge sur lequel ne peut se greffer rien de sérieux ni de durable, observant brièvement combien les « immortels principes » révolutionnaires défient les lois de la nature humaine et ne constituent que mots sur le papier qu’aucun moyen réellement mis à disposition du peuple ne vient soutenir, Prévost en vient aux conséquences de l’ersatz de souveraineté populaire tenant lieu de modèle politique censé assurer un avenir serein au pays et à ses citoyens.

 

« Nous avons, depuis 1789, des étiquettes, des emblèmes, des mots. Nous allons de provisoire en provisoire, d’expédients en expédients. Nous nous estimons heureux quand nous voyons dix-neuf ans s’écouler sans guerre civile ; mais de gouvernement, nous n’en avons pas l’ombre. A défaut de gouvernement — nous définirons ce mot tout à l’heure — la France marche à grands pas, et sûrement, vers un cataclysme, que tout le monde pressent. Elle s’affaisse lentement comme un corps privé de vie. C’est pis que la décadence ; c’est l’effritement où s’anéantiront sa grandeur, son génie, sa richesse et peut-être son nom.

 

(...)

 

La richesse est le produit de la circulation des valeurs ; mais, pour qu’il y ait circulation, il faut la confiance bien assise que, pendant vingt, trente ou quarante ans, aucun bouleversement politique ou social n’entraînera la diminution ou la perte totale de ces valeurs ! Or, qui répond aujourd’hui, non seulement de vingt ans, mais de dix ans, mais de cinq ? Et l’on vient nous dire que la Révolution a trouvé sa consécration définitive dans la forme de gouvernement qui nous régit ! Allons donc !

 

« Etant donné le point de notre histoire auquel nous sommes parvenus, est-il possible d’asseoir un gouvernement ? Nous le croyons. Mais, avant de le démontrer, il est nécessaire de bien connaître la maladie qui nous mine. La France se meurt du despotisme le plus terrible dont puisse souffrir un peuple, la mauvaise organisation du gouvernement de tous par tous, autrement dit la fausse application de la loi du nombre. (...) Cette loi du nombre, qui n’est pas d’hier, a été le signal de l’agonie des nations, et cette vieille machine des temps passés est un fléau pour le peuple lui-même, qui n’imagine pas le leurre et le danger de l’arme qu’on lui a mise entre les mains.

 

« Pour mieux accentuer la dérision du rôle qu’on lui fait jouer, on l’intitule le Peuple Souverain. Acceptons un instant cette dénomination, qui n’a rien de républicain, et voyons en quoi consiste cette Souveraineté. Elle consiste précisément, pour la collectivité régnante, à en faire un usage d’un jour, tous les quatre ou cinq ans, au moyen de morceaux de papiers déposés dans une urne, et à l’abdiquer ainsi périodiquement, entre les mains de mandataires, qui, une fois élus, deviennent des maîtres.

 

« Rions-en un peu, la comédie est bouffonne. Des fruits secs de toutes les carrières, des avortons de tous les métiers se promènent pendant un mois, de clubs en meetings, faisant outrageusement leur propre éloge, avec l’impudence de pitres à la foire. Tous ces Chaloupet, tous ces Duflambart et autres célébrités nationales, que Gambetta appelait des sous-vétérinaires, pour ne pas leur donner leur vrai nom : — Des ratés, — abandonnent presque toujours un cabinet d’avocat où il ne venait personne, un cabinet de consultation où ils ne traitaient pas un rhume, un comptoir sans clients, une caisse sans capitaux. Incapables de faire de bons clercs de notaires, ils se jugent dignes d’être élus députés, c’est-à-dire, comme le disait devant nous un député républicain, de devenir un des cinq ou six cents rois qui dirigent le pays.

 

« Singuliers rois, mais enfin ! le poste est enviable, à en juger par les efforts qu’ils mettent à l’obtenir. Une fois nommés, ils ne se gênent guère pour repousser du pied tous ces tas d’électeurs qui les ont hissés sur le pavois ! Aussi, pour employer des noms en rapport avec ces vieilleries, Brutus promet à ses électeurs le pain à discrétion ; mais Cincinnatus s’engage à fournir les faisans truffés et les gâteaux. Gracchus demande la participation de l’ouvrier au capital ; mais Cinna s’offre pour anéantir le capital et le bourgeois par-dessus le marché. Scipion s’inscrit pour la séparation de l’Église et de l’État ; mais Glabrion, moins clérical, exige la transformation des églises en lupanars. Icinius veut la réforme des lois criminelles, mais Virginion met dans son programme l’abolition des délits politiques, avec récompense aux délinquants. Tribonien se déclare partisan de la magistrature élective ; mais Pomponius, moins réactionnaire, veut le remplacement des magistrats par les détenus.

 

« Assaut de bourdes, qui n’engagent à rien. Le tour est joué. Le plus blagueur l’emporte. Il lui est permis d’ignorer jusqu’à l’orthographe. Nous connaissons un pur de cette force. Et après ? Après, on attendra quatre ans pour nommer un autre pur, encore plus pur, qui, certainement cette fois, réalisera le progrès qu’on attend toujours et qui n’arrive jamais ! Pour l’instant, le candidat est élu. Que fera-t-il de ses promesses ? Ce qu’on fait d’un tremplin, quand on a sauté. On l’éloigne. Tous les Pomponius, Glabrion et compagnie savent bien comment on s’allège du fardeau des engagements. Chaque député a six cents camarades pour en partager le poids. Qu’il soit sincère ou non, la comédie sera la même. Rien ne coûte de lancer une proposition ; si elle est acceptable, elle passera par la force des choses ; si elle ne l’est pas, il aura conquis, en la lançant, la popularité, et de Belleville à Ménilmontant, on s’écriera : — Comme il a bien parlé !

 

 

(...)

 

« On ne saurait trop s’étonner de ce fonctionnement de la loi du nombre, où des gens qui ne savent pas ce qu’ils veulent, s’adressent à d’autres gens pour voir s’ils le sauront mieux qu’eux. Ce peuple qui a des intérêts, des besoins précis, qui aurait tout à gagner à s’occuper de l’amélioration matérielle de ses affaires, se laisse, ici et là, catéchiser par deux ou trois commissionnaires en élection, qui détournent son attention sur les questions oiseuses, dont la solution, supposée possible, ne lui donnerait pas un morceau de pain à mettre en plus sous sa dent. Ces farceurs ambitieux lui démontrent qu’il est très malheureux, démonstration facile, qui n’engage à rien. Cela fait, l’un lui affirme que c’est la faute au Sénat, l’autre que c’est la faute aux prêtres. Admettons le Sénat expulsé et les prêtres pendus. Et après ? Où sera le morceau de pain ?

 

« Les électeurs ont fait de la politique, ce qui ne sert pas à grand-chose, et ils ont donné des mandats politiques, ce qui ne sert à rien. Eh parbleu ! soyez tranquille ; ils vous en feront de la politique, vos mandataires ; ils vous en feront tant que vous voudrez, plus que vous n’en voudrez. Ont-ils tort ? Pourquoi les blâmer ? Après, tous vos élus fraternisent à la buvette de la Chambre, et les moyens ne leur manquent pas pour se débarrasser des solutions gênantes ; « Nomination d’enquête » pour constater, dans un rapport officiel, que la lune est toujours à sa place ; « renvoi aux commissions », autrement dit aux calendes grecques ; « prises en considération », ils ne disent pas si c’est une considération distinguée ; etc., etc., tout autant d’échappatoires pour payer les mandants en monnaie de singe. Et après ? Les électeurs sont contents : ils sont en République !

 

(...)

 

« La loi du nombre est à modifier en ce qui touche aux mandataires et en ce qui touche aux mandants. Pourquoi, d’abord, donner aux élus un mandat général et vague, dont le tort est de se résoudre en tournois stériles ? La Chambre actuelle compte 584 députés [nous sommes en 1887], qui, collectivement et individuellement, sont sans programme. Nous n’appellerons pas programme les deux ou trois phrases creuses qui ont servi de base à leur élection. Admettons que telle ou telle fraction obtienne des suffrages de la Chambre, l’adhésion aux idées qu’elle représente, en serons-nous plus avancés ? Aurons-nous fait un pas vers la stabilité gouvernementale ou l’amélioration des affaires ? Eh ! non. Peut-être au contraire.

 

« Nos mandataires bavardent, discutent. Sans s’en douter, ils donneraient presque raison aux anarchistes, qui les suppriment théoriquement. Leur besogne actuelle est tellement stérile qu’on est soulagé par leur absence et qu’on ne s’apercevrait pas de leur disparition. (...) Ils font de la politique. Qu’est-ce donc que la politique ? Recourons au dictionnaire : « La politique est la science du gouvernement. Mais le gouvernement est-il un but ou un moyen ? Gouverne-t-on pour gouverner ? On comprendrait, à la rigueur, l’art pour l’art ; mais le gouvernement pour le gouvernement, c’est idiot. Le pilote qui gouverne un bateau, part d’une station pour arriver à une autre. D’où partent et où nous mènent nos gouvernants ? Posez-leur la question. Vous pouvez être certain qu’ils ne le savent pas eux-mêmes.

 

(.. .)

 

« Il s’agit de donner à tous, dans la mesure du possible, le moyen pratique d’arriver au mieux. Or, le parlementarisme actuel, avec son mandat général et mal défini, est le plus grand obstacle qu’on puisse opposer à ce but. (...) Le mandat doit être spécialisé, tant au point de vue du mandataire qu’au point de vue du mandant. En un mot, à la représentation collective et vague, il faut substituer la représentation précise des intérêts, réunis par groupes, et avoir une Chambre subdivisée en autant de Chambres que le comportent ces intérêts groupés.

 

(...)

 

« Avec un maximum de douze groupes, il serait facile d’embrasser toute la vitalité du pays : travail manuel — travail intellectuel — industrie — commerce — finances — circulation sur terre ou sur mer — défense du territoire (guerre et marine) — instruction publique et cultes. Au lieu de formuler eux-mêmes un programme plus ou moins alléchant, les élus de chaque groupe recevraient de leurs commettants la formule nette et détaillée des vœux et des intérêts de ces groupes. Les vingt ou trente membres investis de ce mandat auraient à suivre une route toute tracée, et pourraient alors, sans danger de divagations, rester en rapport constant avec leurs électeurs, pour toutes les communications utiles, propositions et pétitions. Le dernier but de leurs travaux serait l’établissement du budget spécial de leur groupe.

 

(...)

 

« — Mais, va-t-on s’écrier, ce système est le retour aux corporations abolies ; c’est le rétablissement des castes. L’objection serait de mauvaise foi, car on ne choisissait pas sa corporation, ni sa caste, et l’électeur sera absolument libre dans le choix du groupe où il voudra voter. Voulez-vous, contre toute vraisemblance, prendre le cas où l’électeur sera, tout à la fois, ingénieur, banquier et musicien. L’hypothèse est absurde. N’importe. Il est sûr qu’il y a une de ces trois professions qui le fait vivre, à l’exclusion des autres. Ce sera donc celle-là qui le déterminera dans le choix de son groupe ; mais alors il apportera dans ce choix les deux qualités qui rendront son vote utile, tant pour lui que pour ses co-intéressés : 1° la capacité, 2° l’intérêt.

 

« L’intérêt sans la capacité, la capacité sans l’intérêt sont les deux causes qui font du suffrage universel actuel l’obstacle le plus fatal à la stabilité et au progrès ; car chaque électeur, écrasé par la loi du nombre, subit bon gré mal gré, le vote d’un autre électeur, aussi dépourvu que lui-même de capacité et d’intérêt, et se voit, en fin de compte, aux mains d’un mandataire insignifiant, qui piétine sur place, sans pouvoir faire mieux. Un ouvrier maçon ou menuisier, sait parfaitement ce qui lui est utile, en tant qu’ouvrier. Ce n’est pas parce que cent mille ou cinquante mille rentiers auront voté à sa place qu’ils seront mieux éclairés que lui. Réciproquement, ce n’est pas parce qu’un million d’ouvriers se sont prononcés dans une question de finances, qu’ils y ont vu plus clair que dix financiers. Cependant, par le mandat général, l’ouvrier se prononce implicitement dans les questions de finances et le financier dans les questions ouvrières. Que peut-il ressortir de pareils votes, si ce n’est la cacophonie dont nous sommes témoins !

 

« On nous rebat les oreilles avec le suffrage libre et éclairé. Est-il libre aujourd’hui ? Est-il éclairé ? Que n’invente-t-on pas, étant donnée la loi du nombre, pour amener l’électeur à déposer dans l’urne le bulletin forcé ! Que de couleuvres patriotiques ne lui fait-on pas avaler, en les lui présentant comme des anguilles ! Que de vessies ne lui fait-on pas prendre pour des lanternes ! Et cela, notez-le bien, dans un camp comme dans l’autre, car, à droite et à gauche, les candidats se ressemblent. Ils courtisent le même roi, aveugle et sourd, le nombre.

 

« Avec le vote par groupe, l’électeur choisira d’abord ses représentants parmi les siens, parce que ceux-là seuls seront à même de comprendre et de bien gérer ses affaires. Mais, en outre (à l’encontre de ce qui se passe aujourd’hui), il choisira les meilleurs, parce qu’il les connaîtra et que son intérêt sera de donner sa confiance au plus capable, à l’homme le mieux en mesure d’améliorer son état.

 

 

(...)

 

« Que de gens indifférents aujourd’hui ne se donnent même pas la peine de voter, par cet unique raisonnement : — Que m’importent Pierre ou Paul, Jacques ou Mathurin ? Feront-ils mieux que les autres ? Nous rendront-ils plus heureux ? Ne croyez pas que ces découragés du suffrage universel soient plus mauvais citoyens que d’autres. Non ; ils sentent intérieurement qu’ils font un métier de dupes ; et leur nombre, qui va croissant, peut arriver, dans l’avenir, à être l’abstention en masse. Ne vous figurez pas non plus que ces indifférents sont tous des bourgeois. Beaucoup d’ouvriers commencent à comprendre que leur sort ne changera pas parce que tel ou tel député sera envoyé à la Chambre. Aucun ouvrier n’a obtenu jusqu’ici le mandat législatif. Mais supposez qu’il y en ait quatre-vingts ou cent qui l’obtiennent ; qu’iraient-ils faire dans cette galère, si ce n’est d’augmenter en pure perte, les nullités opposantes ?

 

« Les choses en iraient tout autrement avec la représentation par groupes. Ainsi, dans la chambre des travailleurs manuels, il ne devrait y avoir, il n’y aurait très probablement que des ouvriers ; mais ces ouvriers seraient compétents, et l’on n’en saurait dire autant de leurs avocats du jour, qui connaissent l’ouvrier comme on connaît les sauvages, par les récits des voyageurs. Moins de politique et plus de progrès ; c’est là ce que désirent la majorité des Français et ce que peut seule donner la représentation par groupes. »

 

Source: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article5750

 

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. Les Islandais se prononcent sur une nouvelle Constitution écrite par "des gens ordinaires"

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 15:07

"Le bonheur est inséparable de la possession de la vérité" (Saint Augustin, Les Confessions, liv. Xe, chap. XXIII)

 

III - La représentation de la société par corps plutôt que par têtes

 

(1) Le mensonge de la démocratie "gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple" : la démocratie n'a jamais existé nulle part

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/67/Pericles_Pio-Clementino_Inv269.jpg/220px-Pericles_Pio-Clementino_Inv269.jpgContrairement à la légende, dans l'Antiquité, à Athènes, la démocratie n'existait pas. Celui qui dirigeait Athènes, Périclès, le pseudo-inventeur de la "démocratie", dirigeait la foule, il ne se laissait pas diriger par elle. L'historien Thucydide écrit: "au lieu de se laisser diriger par elle, il la dirigeait. ... Sous le nom de démocratie c’était en fait le premier citoyen qui gouvernait » (Thucydide, Guerre du péloponnèse, II, 65).

 

"La démocratie peut bien établir une égalité de droit et d'influence entre les membres du corps politique, elle ne peut supprimer l'inégalité que la nature a établie entre les hommes.

... Athènes considérait ses citoyens si égaux que de nombreuses charges étaient conférées par la voie du tirage au sort, mais le gouvernement réel n'en était pas moins l'affaire de Périclès" (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 106.)

 

La démocratie athénienne n'avait guère la côte cher les auteurs antiques. Elle était accusée de corrompre les masses (déjà...) en rétribuant les services publics.

 

Les poètes comiques, tel Aristophane se moquaient de l'"Olympien" Périclès.

"La très grande majorité des penseurs grecs ont été hostiles à ce système" (Yves-Marie Adeline, Histoire mondiale des idées politiques,Ellipses, Paris 2007, p. 94.)

 

Platon, dans Gorgias (qui n'est certes pas le Platon de La République, présentant l'état d'un collectivisme parfait, sorte d'ancêtre de l'Etat totalitaire) met en effet en scène son maître Socrate aux prises avec le sophiste relativiste Calliclès (sorte d'ancêtre de nos actuels francs-maçons). Calliclès tentait de convaincre Socrate de l'illégitimité de la morale. Pour Calliclès, la morale objective n'existait pas, chacun pouvait se constituer sa propre morale, une morale subjective.

Socrate, scandalisé par ce relativisme aboutissant à une remise en question de la vérité et à une réduction de la pensée à un simple utilitarisme, lui répondit qu'il avait entendu "dire que Périclès a rendu les Athéniens paresseux, lâches, bavards et avides d'argent, en établissant le premier un salaire pour les fonctions publiques" (Gorgias 515 b-515e), et qu'il avait livré Athènes à la canaille, démoralisé les honnêtes gens et préparé ainsi la ruine de la cité..."

Que de ressemblances avec 1789 ! "Tu vantes, lui dit-il, des hommes qui ont régalé les Athéniens en leur servant tout ce qu'ils désiraient... Mais, ... ils (ces hommes) n'avaient point en vue la témpérance et la justice. ... Quand viendra l'accès de faiblesse, les Athéniens accuseront ceux qui se trouveront là et donneront des conseils, mais ils n'auront que des éloges pour les Thémistocle, les Cimon, les Périclès, auteurs de leurs maux" (Gorgias, 518 e - 519 a.)  

Le platonisme définissait de cette manière l'idée du bien comme principe de l'être intelligent par quoi il découvrait Dieu, c'est-à-dire qu'il définissait l'existence d'une morale objective tendant à la ressemblance à Dieu, donc la vérité. Le platonisme constituait la première énonciation d'un système spiritualiste complet, qui devait être aussi le modèle classique antigonien d'une vérité et d'une morale objective à rechercher et à découvrir, sans quoi nous tombons dans la tyrannie. Sur le caractère réellement oligarchique de la démocratie athénienne (d'oligarchia, "gouvernement du petit nombre, gouvernement d'une minorité), voir Mogens H. Hansen, La Démocratie athénienne à l'époque de Démosthène, Structure, principes et idéologies , 1991, trad. S. Bardet et Ph. Gauthier, Les Belles Lettres, Paris 1993, p. 307-330.)

 

Le philosophe et historien Xénophon, autre élève de Socrate, encouragé par l'enseignement qu'il reçut de son maître, s'opposait par principe au démocratisme. La condamnation de Socrate par le régime démocratique ne fit que le confirmer dans ses sentiments. En quoi cette condamnation était-elle juste ? Parce que la démocratie serait juste ?

Reprenant la technique socratique du dialogue, Xénophon se paie la tête de Périclès. Dans les Mémorables, il imagine un Périclès vieilli aux prises avec le jeune Alcibiade. Ce dernier lui demande une définition précise de la loi. Périclès répond : 

 

- 'La loi est toute délibération en vertu de laquelle le peuple assemblé décrète ce que l'on doit faire ou non'.

- Alcibiade glisse malicieusement : 'Et qu'ordonne de faire le peuple ? Le bien ou le mal ?'

- Périclès s'indigne de cette insolence: 'Voyons jeune homme! Le bien, naturellement! Voudrais-tu que le peuple ordonne le mal ?'

- Non bien sûr... Alcibiade demande : 'à propos, si l'autorité qui prescrit la loi n'est pas le peuple, mais seulement une oligarchie, est-ce encore la loi ?

- Oui reconnaît... Périclès. Dès que le gouvernement ordonne quelque chose, cela s'appelle une loi.

- Bien. Mais si cette autorité n'est même plus une oligarchie, mais seulement un tyran ? Ce qu'il ordonne mérite-t-il encore le nom de loi ?

Périclès est un peu gêné, mais objectivement il estime que, en dehors de ce que l'on pense du contenu même de cette loi, si c'est le pouvoir, quel qu'il soit, qui a prescrit cette loi, il faut bien l'appeler une loi.

 

Sur le fond, l'auteur (Xénophon) soulève une vraie question : le nombre suffit-il à fonder la raison ? Le nombre suffit-il à garantir que la loi veut le bien ?" (Cf. Yves-Marie Adeline, Histoire mondiale des idées politiques,Ellipses, Paris 2007, p. 107-108.)

 

De même en 1789, les lointains descendants de Périclès, inventaient l'idée de vertu, sorte de conscience civique rousseauiste, non comme obéissance à une majorité (système électoral) ou à des représentants parlant au nom de la nation ou du peuple (députés), mais comme obéissance à la loi, considérée comme bonne et juste dès lors que partant de tous les individus elle s'applique à tous (peu importe si la loi est juste ou injuste, bonne ou pas. Tel est le vrai sens de la souveraineté populaire chez Rousseau.)

 

"Les principes expliqués par Périclès triomphent au Ve siècle av. J.-C., échouent, disparaissent, connaissent une éclipse de vingt siècles." (Y.-M. Adeline, ibid., p. 464.)

 

patriciens-t3016.jpgÀ Rome, la "république romaine", fondée par les Etrusques, était d'abord une dictature plus oligarchique que monarchique, avec un roi. Suite au coup d'Etat de Pélopidas qui chassa les oligarches, s'instaura une démocratie populaire. La "république romaine" devenait un régime d'assemblée unique (le Sénat de Rome) que dirigeait la caste fermée des patriciens au détriment de la plèbe (le peuple). Cette assemblée se livra à de redoutables combats d'influences aboutissant à des guerres civiles et armées mobilisant les légions des généraux-sénateurs. L'empire y mit un terme...

 

La république romaine qui était théoriquement une démocratie, puisque les lois devaient être approuvées par une assemblée de citoyens, était en fait "organisée en aristocratie, ou oligarchie à base élargie", puisqu'elle était "gouvernée par un assez petit groupe de gens appartenant à une cinquantaine de familles (comme à Athènes, ndlr.), détenant régulièrement toutes les magistratures... Durant toute l'époque républicaine, les plus hautes charges politiques, militaires et religieuses étaient monopolisées par les nobles." (Dictionnaire de l'Antiquité, mythologie, littérature, civilisation, sous la direction de M.C. Howatson, Bouquins Robert Laffont, Turin 1998, p. 857.)

 

Rome demeure [...] une sorte de république oligarchique. [...] Au IIe siècle, un tiers des consuls sont issus de seulement six familles. [...] Ce pouvoir endogame est monopolisé par quelques familles qui sont toutes alliées entre elles. Ces hommes se nomment les optimates - on parlerait aujourd'hui de cartels ; la République, avec tous ses rouages politiques, militaires en quête de pouvoir, d'argent et de gloire. Au début de la révolte de Spartacus, le Sénat de Rome compte 600 membres, mais parmi eux seule une élite très étroite détient la réalité du pouvoir. (Eric TEYSSIER, Spartacus, Entre le mythe et l'histoire, Perrin, Tempus, Paris 2012, p. 19-26.)

 

En 1789, comme sous Périclès, "dans le régime démocratique, ... (e)n théorie, le nouveau citoyen se voit reconnaître un pouvoir de contribuer à la formation des décisions, ... Mais en réalité, il a moins de prise sur la décision qu'il n'en a jamais eu (Voir P. Gueniffey, Le Nombre et la raison, p. 208-213). En effet, la participation démocratique" transfère "le pouvoir théoriquement possédé par les individus à une oligarchie composée de professionnels de la politique. Cette oligarchie trie les problèmes et définit les termes dans lesquels ils peuvent être résolus, médiation indispensable pour transmuer la poussière des volontés individuelles en 'volonté collective'. La toute-puissance de la 'machine', ou du parti, est la réalité de la liberté du citoyen moderne. ...[L]e pouvoir réel se trouve entre les mains du 'cercle intérieur'. ... [L]e peuple est réellement dépossédé de son pouvoir au profit du parti indispensable au fonctionnement de la démocratie. ... [L]e mensonge: la dictature d'une minorité prétendant énoncer la Volonté générale au nom du peuple mais à la place du peuple" (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206-207).

 

Augustin Cochin a montré en fait que "l'égalité pure - théorique - entre les individus réduits à leur volonté a pour nécessaire contrepartie pratique la transgression du principe (égalitaire), non par la réinstitution subreptice de l'ascendant des supériorités sociales réelles, mais par la formation d'une oligarchie militante et cachée, confisquant la démocratie à son profit.
'La clé secrète du jacobinisme', écrit François Furet, 'c'est la machine cachée à l'ombre du Peuple'; ou encore, pour citer Cochin : le système 'repose sur cette règle essentielle ... que tout vote officiel de la société [de pensée] est précédé, déterminé par une délibération officieuse du cercle intérieur'. tout groupe social est profane par rapport à un groupe initié, plus restreint, plus uni, plus actif, plus clairvoyant'. La machine décide, le peuple opine" (Patrice Gueniffey, Le Nombre et la Raison, La Révolution française et les élections, préface de François Furet, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, Paris 1993, p. 22.)

 

 

http://www.laprocure.com/cache/couvertures_mini/9782262033330.jpgLes "élections" de juin 1791 se traduisirent par une forte abstention. "La participation avait atteint son étiage; elle ne devait plus remonter de façon significative, les consultations organisées les années suivantes,... n'ayant jamais mobilisé plus du cinquième des électeurs. ... En l'absence de votants, le système électif se transforme très vite en un système de cooptation, les uns accédant aux charges que les autres viennent de quitter, et réciproquement. La promotion aux responsabilités se fait en circuit fermé : les fonctionnaires peuplent les assemblées chargées d'élire les fonctionnaires. ...La réalité du système répondait à un besoin, celui de la formation d'une classe politique ... qui soit assurée de la continuité en étant délivrée de l'incertitude inséparable du suffrage universel. Mais l'oligarchie née de ces pratiques n'était pas moins un démenti des attentes. On imaginait en effet avec une certaine ingénuité que la vertu première d'un système électif consistait à assurer le renouvellement permanent du personnel dirigeant et l'élargissement constant de son recrutement. On n'imaginait pas que l'élection puisse conduire à la formation d'une 'classe' politique distincte du reste de la société" (Patrice Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire, Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 86-88).

 

"L'exercice du suffrage, quel qu'en fût le régime, censitaire ou universel, a été l'affaire de minorités dont les 'candidats' se disputaient les voix" (François Furet, Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution française, Champs Flammarion, Manchecourt 1992, p. 127.)

 

"Jusqu'au bout, les hommes de la Révolution auront refusé de faire des électeurs, même au second degré, les arbitres de la dévolution du pouvoir" (François Furet, préface in Patrice Gueniffey, Le Nombre et la Raison, La Révolution française et les élections, préface de François Furet, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, Paris 1993, p. XI.)

 

"Délibérer, légiférer, dire et incarner ... la volonté 'nationale' ... telle est la vaste prérogative donnée par la Révolution - Assemblée constituante, Assemblée Législative, et Convention ensemble - à la représentation nationale, à l'abri de tout contrôle d'en bas; si vaste que Carré de Malberg l'a analysée comme un 'absolutisme parlementaire', et Marcel Gauchet, comme un 'rousseauisme à représentants'" (François Furet, préface in Patrice Gueniffey, Le nombre et la raison, ibid., p. V-VI.)

 

 

Au fil du temps, "les Français voient fleurir de nouveaux partis et de nouveaux sigles qui n'ont pas toujours de sens bien précis et changent au gré des modes. L'art consiste, pour les uns, à maintenir une référence au "socialisme", présenté comme un garant de la justice sociale, des privilèges et des monopoles; pour les autres, à fondre en un seul titre et quel que soit l'ordre plusieurs mots porteurs de grands symboles: Démocratie, Peuple, France ou Français, plus rassemblement ou Union. Ces partis décident de tout et tiennent d'une main ferme les ressorts des scrutins. [N]i le président ni même les députés, représentants du Peuple, ne sont  désignés par les seules élections. Les citoyens n'ont pas le libre choix des candidats; ceux-ci leur sont dictés, imposés, par des instances où ils n'ont pas la parole et par des stratèges que, généralement ils n'ont pas nommés" (Jacques Heers, Un Homme un vote? Editions du Rocher, Monaco 2007, p. 188-189). 
 

http://johanlivernette.files.wordpress.com/2012/08/democratie-bombes.jpg?w=490Ces instances, ces stratèges, les amis du parti sont les actionnaires de grandes compagnies qui attendent un retour sur leurs commandites. Les hommes mis en place ne sont que des guignols, des pantins manipulés par ces groupes. Ce système est dirigé comme standard planétaire et est imposé par la force aux Etats rebelles, au nom de la "démocratie" et de la liberté.
 

"On ne choisit pas, on ne délègue personne: on se borne à approuver un choix déjà fait par d'autres. Un choix fait par qui? Eh bien, par les dirigeants du parti, par le comité central, par le comité directeur, par le bureau, par le centre national... Si bien que ces députés que nous croyons élire, ils sont en réalité sélectionnés, ils nous sont en réalité imposés par la caste gouvernementale déjà en place, laquelle, agissant comme toutes les oligarchies, s'agrège les sujets qui lui conviennent et dont le caractère, les penchants, les alliances ont été soigneusement éprouvés. Nous croyons vivre sous un régime de suffrage universel, en réalité nous vivons sous un régime de cooptation" (Maurice Bardèche,  Les Temps modernes, Editions Les Sept Couleurs, Montargis 1956, p. 25-26).
 
"Cette impuissance du peuple, cette dépossession du peuple, c'est la contradiction fondamentale des démocraties modernes. Elles veulent défendre la démocratie sous prétexte que la démocratie est le pouvoir du peuple. Et elles défendent la démocratie en empêchant qu'il puisse y avoir sur la scène politique autre chose que des partis démocratiques... La démocratie ainsi conçue se retourne contre le peuple. Elle lui assure une liberté qui n'est qu'un mot, elle lui donne un bulletin de vote qui est sans valeur" (Maurice Bardèche, ibid., p. 32-33).  
"Les puissances occultes qui dominent la société contemporaine ont parfaitement compris que dans un système politique basé sur la loi du Nombre, seul l'Argent pouvait influencer le Nombre, que l'Intelligence ne gagnerait la masse à ses idées qu'aidée par l'Argent : l'Argent qui signifie le moyen de communication, le véhicule de la pensée" (Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 13-14).

    

La belle "démocratie" issue des principes de 1789 instituant la "Volonté générale" comme le peuple "choisissant" ses "représentants" - eux-mêmes choisis par d'autres instances non-élues triant les problèmes et définissant les termes et les limites dans lesquels ils pourront être résolus - n'est rien d'autre qu'une oligarchie.

 

La liberté proclamée dans ces conditions confine au ridicule : le peuple déclaré "libre" n'a de liberté que la liberté de l'oiseau dans sa cage, libre d'aller d'un barreau à l'autre, ou celle d'un prisonnier dans sa cellule, libre d'aller d'un mur à l'autre, sans jamais pouvoir sortir de sa cellule. Cette image n'est pas excessive. Ainsi, selon l'article bien nommé "89"... de la Constitution de la Ve république actuellement en vigueur, "La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l'objet d'une révision". C'est la dernière phrase de la constitution de 1958. Le peuple tout en étant déclaré "libre" et source de la loi via la Volonté générale ne peut revenir sur la "forme républicaine du gouvernement", même s'il le voulait, cela ne lui est pas permis. Le peuple n’est donc pas "libre", ni même "souverain".  

 

Un exemple concret de ce refus opéré par les révolutionnaires, de laisser libre le peuple de choisir (entre république ou monarchie) est celui de 1797. Cette année-là, un coup d'Etat opéré par trois directeurs - Barras, Reubell, La Revellière, le 18 fructidor an V, 4 septembre 1797 - avec l'appui de Bonaparte, contre leurs deux collègues Carnot et Barthélemy "annihile... l'écrasant succès des royalistes aux élections législatives, qui pouvait ouvrir la voie à une restauration monarchique" (Frédéric Bluche, Stéphane Rials, Jean Tulard, La Révolution française, Que-sais-je ? Puf, Vendôme 2004, p. 116.) Autrement dit, encore une fois, une minorité refuse le jugement "souverain" du peuple... On verra la chose se reproduire en 2005 par exemple, lorsque le referendum rejeté par le peuple français sur le Traité européen fut malgré tout imposé de force au "Parlement" sur décision de Nicolas Sarkozy.

 

 

Patrice Gueniffey explique en ourtre, que de ce système "représentatif" ... "on ne peut dire qu'un peuple est libre parce qu'il jouit de la faculté d'élire ses gouvernants" (les électeurs sélectionnent ceux qui décideront en leur nom sans réellement les choisir) ou même parce qu'il jouit de la faculté "de choisir une politique plutôt qu'une autre parmi les programmes qui lui sont proposés" (les termes des problèmes sont délimités par d'autres instances non-élues), ... il s'agit là, écrit-il, "de conditions indispensables à la liberté, mais en elles-mêmes insuffisantes. Un peuple est libre lorsqu'il dispose de moyens qui lui permettront d'approuver ou de sanctionner régulièrement" (P. Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003,  p. 210.)

 
Cette approbation et cette sanction impliquent des suffrages réguliers, sans doute, mais aussi et surtout que l'élu suprême de la nation, le président de la République, ne marche pas sur la décision claire des Français exprimée dans un referendum. Elle implique aussi de supprimer une "représentation" par têtes qui n'est que le masque d'une oligarchie. Et surtout elle implique d'instituer à la place de la représentation par têtes une représentation sincère des citoyens, représentés par corps, dotée de mandats impératifs, sans lesquels les élus en gros font ce qu'ils veulent. Cette représentation a en outre l'intérêt de courcircuiter la division des Français et son instrumentalisation par le système des partis politiques.

 

 

(2) Le mépris d'un peuple jugé "stupide", appelé la "populace", est à l'origine de l'adoption du régime "représentatif" par têtes.

 

La représentation par têtes permet la confiscation du pouvoir par une oligarchie "éclairée" - toujours en lien avec la banque - régime représentatif qui incarne le  soit-disant "pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple".

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRJ08Rnvmi3Xd46HmfW8mlKbxy3-0odjJFf-tDqvN8eDlGTebtQ&t=1Tocqueville (dans La Démocratie en Amérique) percevait qu'un Etat sans religion devenait lui-même une religion. C'est particulièrement vrai dans la démocratie moderne dite "représentative", où la libre définition du bien et du mal, des valeurs collectives, est laissée au choix d'une 'majorité'" par le jeu de la Volonté générale. La religion devait empêcher l'état démocratique "de tout concevoir", lui défendait "de tout oser" (Tocqueville cité in Yves-Marie Adeline, Histoire mondiale des idées politiques,Ellipses, Paris 2007,p. 372.) Mais très vite, la démocratie représentative, suivant sa pente naturelle du nombre, s'est émancipée de cette exigence morale et du frein représenté par la religion.

 

Le projet de Tocqueville consistant donc à se servir de la religion comme contre-pouvoir, refuge de valeurs stables et antigoniennes (une morale d'obligation, de ob-ligere: lier par le haut), rempart à la tyrannie démocratique  est inopérante quand le régime soit-disant "représentatif" du peuple ne représente que les intérêts de l'oligarchie.

 

 

Pour solutionner ce problème de la confiscation du pouvoir par une minorité ploutocratique (banque) il faut penser et réfléchir à un autre type de "représentation" que le régime "représentatif" qui est issu de 1789.

L'idée est d'affranchir la "représentation" des principes révolutionnaires hérités de 1789 [voir la Ière partie : âge d'or, homme nouveau, volontarisme, constructivisme, volonté humaine, volonté générale, souveraineté nationale] et de permettre à tous les corps de la nation de participer réellement à la vie politique suivant leurs poids réels dans la société. Cette représentation sincère existait sous l'Ancien Régime sous la forme des Etats généraux où les députés étaient dotés de mandats impératifs de sorte qu'ils ne pussent être otages d'intérêts oligarchiques. Dans tous les cas, et quoiqu'il en soit de l'histoire des Etats généraux,  "absolutus, venant du verbe absolvere (délier), ... monarchia absoluta signifie monarchie sans liens, et non pas sans limites" (François Bluche, Louis XIV, Fayard, Paris 2002, p. 186.) La personne du roi était indépendante, elle ne dépendait d'aucune puissance (d'argent), d'aucun parti, d'aucun lobby... Ceci explique pourquoi la banque au XVIIIe siècle a tout fait pour supprimer la monarchie "absolue" de droit divin. Un roi indépendant et souverain est bien plus difficile à corrompre qu'une majorité de députés "représentatifs".

 

Dans ces conditions, il faudra bien cerner le rôle réel des "partis politiques" et analyser de quelle manière leurs dirigeants sont des pantins aux mains de l'oligarchie. 

 

« On aurait donc bien tort de croire que l'ancien régime fut un temps de servilité et de dépendance. Il y régnait beaucoup plus de liberté qu'aujourd'hui. »
(Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, 1856)

 

Rappelons que dans la rhétorique révolutionnaire de 1789, le "peuple" est tenu comme "toujours prompt à l'erreur". Quantité de textes illustrent le propos.

 

"Citons Condorcet : 'Comme ces Messieurs - il s'agit des parlementaires - ignorent l'opinion ou la méprisent, ils ne seront jamais jaloux que d'avoir les faveurs de la populace', (Correspondance inédite de Condorcet et de Turgot, p. 202). Et encore Condorcet, Réflexions sur le commerce des blés, Londres, 1776, p. 140 : 'Quand on parle d'opinion, il faut en distinguer trois espèces : l'opinion des gens éclairés, qui précède l'opinion publique et finit par lui faire la loi; l'opinion dont l'autorité entraîne l'opinion du peuple ; l'opinion populaire enfin, qui reste celle de la partie du peuple la plus stupide et la plus misérable..." (Condorcet cité in Mona Ozouf, L'homme régénéré, Essais sur la révolution française, Nrf Editions Gallimard, Mayenne 1989, p. 33).

 

"Pour d'Holbach, 'quoiqu'on nous répète tous les jours que l'homme est un être raisonnable, il n'y a qu'un très petit nombre d'individus de l'espèce humaine qui jouissent réellement de la raison ou qui aient les dispositions et l'expérience qui la constituent' (D'Holbach, Système de la Nature, 1770, t. 1, p. 129, cité in  Xavier Martin, Nature humaine et Révolution française, Du siècle des Lumières au Code Napoléon, Dominique Martin Morin, Mayenne 2002, p. 219.)

 

... Pour Voltaire, le peuple français 'sera toujours un peuple ignorant et faible, qui a besoin d'être conduit par le petit nombre des hommes éclairés' (A Chamfort, en 1764; Voltaire, Corr., t. 7., p. 624, cité in X. Martin, ibid., p. 219-220.)

 

... [A]ux yeux de Rousseau, il ne convient pas de dilapider les connaissances auprès d''une populace indigne d'en approcher' (Rousseau, Discours sur les Sciences et les Arts, 1750, dans oeuvres complètes, t. 3., p. 29. Un thème si voltairien (Cf. Par ex. Voltaire, Corr. t. 8, p. 819, en 1767, à Frédéric II, sur la 'canaille qui n'est pas digne d'être éclairée'.); la 'multitude aveugle' avait besoin d'un grand législateur pour faire à sa place le contrat social (Rousseau, Contrat social, 1762, L. II, chap. 6, p. 380, cité in X. Martin, ibid., p. 219-220.) 219-220.)

 

... On comprend dans ces conditions, que Cabanis ait pu saluer dans la constitution du Consultat ce qu'il appelle 'la bonne démocratie', pour cette raison expresse, et sans ambiguïté, que rien ne s'y ferait par le peuple !" (X. Martin, ibid., p. 221.)

 

Ce mépris du peuple explique pourquoi les démocrates républicains ont choisi de limiter l'exercice réel du pouvoir à la désignation de "représentants" choisis par eux-mêmes.

 

"Les sophistes l'ont dit, pour le triomphe de leur égalité et de leur liberté, il faut que les suffrages cessent de se peser par ordre, qu'ils se comptent par têtes." (A. Barruel, ibid., p. 456). Pour le triomphe de l'égalité, sans doute, mais pour le triomphe de la liberté, c'est moins sûr !

 

S'agissant de cette "liberté", il se pose ici un problème d'ordre philosophique. Yves-Marie Adeline se demande si le souci de l'égalité, la représentation par têtes, c'est-à-dire le nombre, suffisent à "fonder la raison" et à "garantir que la loi veut le bien ?" (Cf. Yves-Marie Adeline dans  Histoire mondiale des idées politiques, Ellipses, Paris 2007, p. 108.) Le bien donc la liberté du peuple. Or, le nombre (représentation par têtes) ne fait pas toujours la vérité, et l’erreur ne devient pas vérité en se multipliant. C'est donc que le bien et la liberté du peuple ne peuvent être induits du nombre, mais d'un autre fondement, comme nous le verrons ci-dessous.

 

Dans le régime dit "représentatif", les élus ont des mandats indirects, ils sont indépendants de leurs commettants, et sont transformés en "représentants" de la nation ... "chargés, nous dit François Furet, de la part véritablement royale du procès politique: élaborer par leur délibération collective la volonté nationale. ... Délibérer, légiférer, dire et incarner cette volonté ... telle est la vaste prérogative donnée par la Révolution - Assemblée constituante, Assemblée Législative, et Convention ensemble - ... à la 'représentation nationale', à l'abri de tout contrôle d'en-bas; si vaste que Carré de Malberg l'a analysée comme un 'absolutisme parlementaire' et Marcel Gauchet, plus récemment, comme un 'rousseauisme à représentants'." (F. Furet, préface in Patrice Gueniffey, Le Nombre et la Raison, La Révolution française et les élections , préface de François Furet, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, Paris 1993, p. V-VI.)

 

Pourquoi nous ne fêtons pas 1789 Vidéo basée sur le poème que Pierre d'Angles fit en janvier 1989, afin d'expliquer son refus de fêter le bicentenaire de la révolution de 1789.

De la continuité à la souveraineté, de la paix favorisée par une paisible dévolution du pouvoir à l'économie d'argent réalisée (une monarchie héréditaire est moins honéreuse qu'une république : chaque élection "démocratique" coûte une fortune), de la vue politique à long terme à la représentation nationale (la monarchie est l'emblème national par excellence), de la mémoire à l'unité nationale, de la compétence à la responsabilité, de la légitimité à la liberté, de la démocratie sincère à la représentation réelle, autant d'arguments en faveur de la monarchie, autant d'arguments qui renvoient définitivement l'"élection" et le régime dit "représentatif" aux rangs d'expériences funestes.

 
Le Livre noir de la Révolution française explique que dans la représentation par têtes, dans le parlementarisme représentatif (en réalité oligarchique) issu de 1791, "c'est le principe de la dictature, de la tyrannie sans bornes, sans entrave, de la majorité parlementaire. ... "Aucune barrière ni droit naturel ni règle constitutionnelle" ne devait s'opposer, selon Mirabeau, à une majorité législative (en l'occurrence issue d'une minorité activiste dans le pays). Ce régime n'est en fait qu'une forme de la tyrannie. Sous l'angle de l'Etat de droit, elle marque une régression par rapport à la pratique, au XVIIIe siècle, de l'Ancien Régime. C'est ce que Hayek appelle une "démocratie illimitée", ce que Benjamin Constant avait stigmatisé comme une "souveraineté illimitée" (Le Livre noir de la Révolution française, Les Editions du Cerf, Paris 2008, p. 14) et Carré de Malberg, un "absolutisme parlementaire" ou un "parlementarisme absolu" (Raymond Carré de Malberg, Contribution à la théorie générale de l'Etat, Editions du CNRS, Paris 1962, vol. 2, chap. 2 : le gouvernement représentatif.) Sur Christroi, nous appelons ce régime, république absolue de droit occulte ou maçonnique, tout simplement.
 
Mais comment sortir de l'absolutisme parlementaire ?
 
La séparation de la franc-maçonnerie et de l'Etat est déjà une première étape nécessaire si l'on veut courcircuiter la menace d'une direction occulte de la "représentation". Cette séparation permettra de retrouver une juste délibération sans qu'une oligarchie cachée y mette son nez. Le souci de transparence démocratique doit être mis en avant, contre le despotisme de l'oligarchie.
 
Dans un deuxième temps on réfléchira à la manière de doter les députés, comme sous l'Ancien Régime, de mandats impératifs. Il s'agit de supprimer les mandats indirects organisés par l'arrêté du 17 juin 1789 qui transformait les Etats généraux composés de mandataires des trois ordres dotés de mandats impératifs, en une assemblée 'représentant' soit-disant la nation et de députés dotés de mandats non-impératifs.
 
Dans cette étape, il s'agit de réfléchir à la manière de revenir à une représentation oragnique, plus réelle et concrète des Français, réalisée non plus par têtes (représentation individualiste) mais par poids des corps dans la société (poids des cadres, employés, ouvriers, familles, fonctionnaires, artisans, professions libérales, étudiants, etc.). De la sorte la puissance de nuisance des partis politiques, sera circonscrite, la justice et le droit rétablis.
 
(3) La démocratie royale organique ou système de représentation par corps plutôt que par têtes
 
"La démocratie c'est ce que Bonald appelle "la division légale de l’unité du pouvoir. Or Bonald explique que la loi première de toute société, son dogme fondamental, c'est l'unité du pouvoir : tout royaume qui s’écartera donc de cette unité sera désolé : désolé par les factions, désolé par les haines, désolé par les ambitions ; il sera désolé et détruit, car deux pouvoirs forment deux sociétés toujours en guerre l’une contre l’autre" (Bonald Cité par Paul Bourget et Michel Salomon in Bonald, librairie Bloud & Cie, Paris, 1905, p.218.)
 
"Les partis doivent disparaître. Personne n'est jamais né membre d'un parti politique; par contre, nous sommes nés membres d'une famille; nous sommes tous voisins dans une municipalité; nous peinons tous dans l'exercice d'un travail. Or, si ce sont là nos unités naturelles, si la famille, la municipalité et la corporation sont les cadres dans lesquels nous vivons, pourquoi aurions-nous besoin de l'instrument intermédiaire et pernicieux des partis qui, pour nous unir en des groupements artificiels, commencent par nous désunir dans nos réalités authentiques ?" (José Antonio Primo de Rivera in Jacques Ploncard d'Assac, Doctrines du nationalisme, Edition du Fuseau, Meaux 1965, p. 165).

"La France est déchirée parce que ceux qui la gouvernent ne sont pas hommes d'Etat, mais hommes de parti. Honnêtes, ils songent seulement au bien d'un parti; malhonnêtes, à remplir leurs poches. Les uns et les autres sont les ennemis de la France. La France n'est pas un parti" (Charles Maurras, La Dentelle du rempart, Choix de pages civiques en prose et en vers (1886-1936), Préface de Bernard Grasset, Editions Bernard Grasset, Mayenne 1937, p. 120.)

"[S]ous le nom de souveraineté nationale, on aura le régime de l'Anonymat, de l'Irresponsabilité, de l'Election, de l'Argent et de l'Etranger" (Charles Maurras, L'Ordre et le désordre, Les idées positives et la Révolution, Les Îles d'Or Editions Self, Paris 1948, p. 52).

Conférence de Patrice Gueniffey sur la Révolution française et l'Empire aux Jeudi La Procure 28/05/11

Avec la Volonté générale, en 1789, Patrice Gueniffey dans la video ci-dessus (à partir de 18:05) explique que "le peuple est confisqué, on se met à sa place..."

En mettant la volonté du peuple (Volonté générale) au-dessus de la loi pour renverser la loi existante,  les révolutionnaires ont détruit l'idée même de la loi. Par la suite, explique Patrice Gueniffey, on a gardé cette Volonté générale pour renverser la constitution révolutionnaire. A partir de là, dit-il, il n'y a plus de loi qui tienne devant la volonté supérieure du peuple ou de ceux qui sauront incarner le peuple... Dès lors comment fonder la loi ? Comment fonder une nouvelle légitimité politique sur une destruction de l'ancienne ? Les révolutionnaires essaient un peu toutes les formules pour essayer de résoudre une question et une seule: comment refonder une légimité politique sur la destruction de l'ancienne ? Et c'est dans ce problème que s'épuise la Révolution depuis 1789 jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs, la France ne va jamais sortir de ce problème. C'est-à-dire que le consensus sur les formes politiques ne se refera plus: il existait sous la forme monarchique du gouvernement et une fois la monarchie décapitée, l'accord sur les formes politiques ne se fera plus. Et comme en plus, en France, il n'y a pas d'accord sur les formes sociales, il y a une impossibilité de refonder une légitimité politique sur cette destruction radicale de 1789. Les révolutionnaires s'épuisent et cherchent toutes les formules, ils expérimentent et cela ne marche jamais...
 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d4/Karl_Marx_001.jpg/220px-Karl_Marx_001.jpgAu XXe siècle, une expérience similaire consistant à prétendre atteindre la "démocratie" et la liberté par la table rase et le dogme du gouvernement "au nom du peuple, par le peuple" a été entreprise par le communisme sur la base révolutionnaire de la "fin sanctifiant les moyens" (voir Iere partie).
 
Ainsi, "la notion de guerre civile est au coeur du projet communiste, tel qu'il apparaît dès 1848 dans le Manifeste du Parti communiste où Marx, évoquant la lutte des classes, parle de 'la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu'au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondations de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie'. 
La conclusion du  Manifeste est fort claire : 'Les communistes déclarent ouvertement qu'ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu'en détruisant par la violence l'ancien ordre social'" (Stéphane Courtois, Communisme et totalitarisme, Tempus, Paris 2009, p. 76.)
Le mot "communisme" "prendra tout son sens avec Marx et Engels, auteurs du Manifeste du Parti communiste, datant de 1848. 'Communisme' et 'communiste' deviennent alors synonymes de 'marxisme' et 'marxiste'. (S. courtois, ibid., p. 310.)
 
Dès 1914-1915, Lénine s'empare de cette conclusion de Marx, dans le Manifeste de 1848, "pour inaugurer un slogan appelé à un grand retentissement : 'tranformer la guerre impérialiste en guerre civile'" (S. courtois, ibid., p. 77.)
"Après avoir visé une classe sociale et après l'échec de la révolution de 1848 en Europe centrale, Marx stigmatisa dans son journal, La Nouvelle gazette rhénane, les petits peuples contre-révolutionnaires, qualifiés de 'déchets de peuples'" (S. courtois, ibid., p. 371.)
"Le dernier acte se joue le 18 janvier 1918, d'abord dans la rue, où Lénine, pour la première fois depuis mars 1917, fait tirer sur une manifestation pacifique de partisans de l'Assemblée, provoquant une douzaine de morts et des dizaines de blessés. ... La nuit même l'Assemblée est dispersée par la force. ... L'assassinat prémédité de la première assemblée élue en Russie au suffrage universel - et la dernière avant 1991 - ... officialise la naissance du régime totalitaire" (S. courtois, ibid., p. 86-87.)
 
En fait, il est temps de se pencher sur ce problème, ce n'est pas la Volonté générale qui fonde la loi et la légitimité (article 3 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789 stipulant que "'le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation'"), ce qui fonde la loi, c'est sa conformité ou non au droit naturel, un droit supérieur aux hommes, un droit que les hommes n'ont pas choisi et auquel ils doivent se soumettre sous peine de tomber dans l'illégimité et la tyrannie.
 
Le gouvernement du nombre ne fonde pas la légitimité (des décisions prises par une majorité ne sont pas toujours justes ni bonnes), mais le droit naturel seul, c'est-à-dire Dieu et le Décalogue... Autrement dit, la démocratie moderne fondant la loi dans le nombre via la Volonté générale est une impasse, dans laquelle continuent de se débattre les démocraties modernes sans jamais trouver la solution, roulant ainsi de révolutions en révolutions, de tyrannies en oligarchies...
 
Dans son livre "Les Origines philosophiques du libéralisme", Lucien Jaume a bien identifié le "conflit possible entre les droits que l'on reconnaît à l'individu (les droits de l'homme) et la loi soupçonnée de potentialités liberticides, étant donné que, bien qu''expression de la volonté générale', la loi (dans le système hérité de 1789, Ndlr.) est concrètement la volonté des majorités, qui peuvent léser la minorité, ou l'individu..." (Lucien Jaume, Les Origines philosophiques du libéralisme , 2000, réed. Champs essais, Paris 2010, p. 122.)
 
Dans son livre Jeanne d'Arc et la Monarchie (1910), l'abbé Vial explique que la représentation par poids suivant la hiérarchie, la logique et le bon sens, c'est la raison, la justice et (l'Etat de) droit qui triomphe, quand dans la seconde, les votes étant comptés au lieu d'être pesés, c'est le triomphe de l'irrationnel, de l'injustice et de la folie: la destruction même de la loi en somme.
En fait, la représentation par poids est toujours juste là où la représentation par têtes ne l'est que par exception. Et cette représentation par poids permet précisément la légitimité politique que recherche en vain les révolutionnaires fondant la loi dans ce dogme funeste et fou de la Volonté générale. Recherche dans laquelle s'épuisent tous les gouvernements depuis 1789.
 
Sur le site "Démocratie royale", on peut lire : "La Démocratie en France avant la révolution française s'exerçait à l'intérieur des corps sociaux corporatifs, une démocratie qui a duré 7 siècles non seulement en France d'ailleurs mais dans la majorité des peuples européens surtout à l'ouest.
 
"Cette démocratie n'arrangeant pas les nouvelles fortunes financières, ils la firent abolir définitivement dans leur schéma le 4 août 1789, en abolissant les corporations par la suppression des privilèges de celles-ci et des provinces, le peuple a plus perdu le 4 août que la Noblesse et le Clergé.
 
"La seule démocratie vertueuse est celle qui s'exerce donc à l'intérieur de corps sociaux car les hommes ont alors à l'intérieur de ceux-ci des intérêts réellement communs pragmatiques et non idéologiques et peuvent ainsi exercer leurs mandats électifs de défense du corps social au mieux."
 
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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 17:17

http://www.viveleroy.fr/IMG/arton137.jpgContrairement aux artificiels Droits de l’Homme — que l’Occident décadent essaie d’imposer au reste du monde —, le droit naturel apparaît aux civilisations traditionnelles comme la source du droit. En effet, il n’existe qu’une nature humaine et tous les hommes sont soumis à des mêmes lois qu’ils n’ont pas choisies ; des lois physiques et physiologiques bien sûr, mais aussi des lois de bon comportement, ou lois morales, dont le païen Cicéron nous rappelle l’origine : la raison qui nous distingue de l’animal. À l’instar d’un Confucius ou d’un Aristote, il reconnaît lui aussi le droit divin ; la loi naturelle ne saurait provenir que du Dieu auteur de la nature humaine.

 

Source et suite

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