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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 06:35

Depuis notre plus tendre enfance, on interdit aux francophones de se souvenir que la découverte des grands espaces, les aventures et les grands exploits ont été aussi réalisés en français.

Charles-Xavier DURAND, "La Nouvelle Guerre contre l'intelligence III. Un nouveau Programme pour la conscience", éditions François-Xavier de Guibert (2002)

En cette Assomption du 15 août, jour de fête nationale en France, et date de la fête nationale des Acadiens depuis 1881, voici l'histoire des Français d'Amérique (merci à Louis-Marie pour sa contribution), une histoire oubliée, rarement abordée y compris chez nous en France, et qui mériterait pourtant d'être mieux connue.

Yves FRENETTE, professeur canadien à la fine pointe de la recherche, spécialiste de la francophonie nord-américaine et de l’histoire de l’immigration et des groupes ethniques, anciennement directeur de l’Institut d’études canadiennes à l’Université d’Ottawa, invité à l'École nationale des chartes dans le cadre de la conférence « Faire l'histoire de l'Amérique française au XIXe siècle. Sources, méthodes et problématiques », le 9 décembre 2013, expliqua ainsi (à partir de la 17e minute) qu'

"en ce qui concerne l'Amérique française post 1763, nous sommes presque en face d'un désert historiographique. De ce côté-ci de l'Atlantique, seul Ronald CREAGH y a consacré en 1988 une partie de sa synthèse "Nos cousins d'Amérique, Histoire des Français aux Etats-Unis", une série de vignettes sur la Louisiane, les réfugiés royalistes, révolutionnaires et bonapartistes, et surtout, les diverses communautés utopistes fondées par des Français, dont la plupart firent long feu."

Nous espérons que cette petite histoire des Français d'Amérique, illustrée par des images et agrémentée de superbes videos saura (re)donner aux plus curieux le goût d'en savoir plus sur cette histoire interdite :

La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique

Celui qui oublie son passé est mort pour l'avenir.

Euripide

Le texte ci-dessous est tiré de l'ouvrage "La Nouvelle Guerre contre l'intelligence III. Un nouveau Programme pour la conscience" de Charles-Xavier DURAND, éditions François-Xavier de Guibert (2002) (chapitre 1 Rétrospective canadienne sur les conséquences de l'infériorisation des élites - d'après en particulier le travail de Robert SAUVAGEAU, "Acadie, La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique", éd. Berger-Levrault, 1987).

Robert Sauvageau, "Acadie, La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique", éd. Berger-Levrault, 1987

Robert Sauvageau, "Acadie, La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique", éd. Berger-Levrault, 1987

Robert Sauvageau est professeur d'histoire. En tant que tel il préfère porter ses recherches sur les épisodes oubliés de l'Histoire récente ou plus ancienne, plutôt qu'approfondir des évènements connus. Il a publié aux éditions Flammarion "Nettoyage au phosphore", le livre sur la destruction de Hambourg par l'aviation britannique en juillet 1943, un document important sur l'un des évènements les plus spectaculaires et les plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale que les vainqueurs du conflit se sont empressés de faire oublier.

 

Par la suite, en étudiant sa propre généalogie, Sauvageau a découvert que quelques-uns de ses ancêtres avaient été expulsés de Nouvelle-France, avec les soldats français désarmés par les Anglais en 1760: un autre épisode dont la mémoire a été oblitérée de la conscience populaire.

 

En France, la plus grande partie de l'histoire de la Nouvelle-France est passée à la trappe dans les programmes scolaires. Plus de deux siècles de présence française sur le continent nord-américain se résument à une demi-page dans les livres scolaires.

Carte de la Nouvelle-France vers 1750 :

Nouvelle-France-vers-1750.png

Encore aujourd'hui, il est curieux de voir ces francophones, qu'ils soient français, Belges, ou Suisses, venant faire du tourisme au Canada pour la première fois, s'exclamer : "Regardez, les panneaux sont en français!" en arrivant à l'aéroport de Montréal-Mirabel. Ne sommes-nous pas en Amérique ? Ne parle-t-on pas anglais ici ?... Comment rendre compte de cette ignorance à l'égard de la réalité québecquoise ?

"Un peuple ne se souvient guère de ses défaites et de ses échecs", écrit Gilbert Pilleul dans "Compagnons d'Amérique". Il poursuit:

"La défaite française de 1760 au Canada a été, volontairement ou pas, rayée de notre mémoire d'autant mieux que le peu de place accordée à l'histoire de l'Amérique française dans nos programmes d'enseignement contribue à consolider ce phénomène d'amnésie collective... Cela conduit à s'interroger sur l'intérêt porté par les instances officielles de notre éduction nationale au fait français dans le monde. Je ne sais pas s'il existe un seul candidat-bachelier en France qui puisse avec certitude dire où se trouve l'Acadie!... [1] Les civilisations sont mortelles. Ne survivent que celles qui ont le respect d'elles-mêmes, de leurs traditions évolutives, de leur langue... Méritons-nous d'échapper à la louisianisation, cette forme atroce de mort collective?"

Dans la même publication, Charles-Saint Prot écrit:

"L'histoire n'est pas seulement une science, elle n'est pas le culte nostalgique du passé. Elle est au contraire ce qu'il y a de plus vivant parce qu'elle enseigne que pour continuer quelque chose, il faudra bien que nous soyons de chez nous et de notre passé. Quand le concept de modernité s'impose comme un impératif catégorique et ne tend qu'à faire table rase du passé, il conduit à couper l'homme de l'Histoire et à le déposséder de lui-même."

[...] Le poète Euripide ne disait-il pas que "celui qui oublie son passé est mort pour l'avenir" ? Ce propos est on-ne-peut-plus pertinent à propos de l'histoire franco-américaine. Tout d'abord, l'étude de cette histoire nous permet de rejeter sans ambiguïté les explications des manuels de l'Histoire officielle, telle qu'elle a été écrite par les vainqueurs, version à laquelle les vaincus se sont rapidement ralliés, sauf au Québec. Ensuite, ses divers aspects font remarquablement écho à la période contemporaine et illustrent brillamment la pérennité de certaines caractéristiques des peuples, en dépit de l'évolution des régimes politiques. Cependant, son plus grand intérêt est de démontrer indubitablement les dégâts profonds que peuvent causer ceux qui se mettent mentalement en état d'infériorité par rapport à d'autres, plus particulièrement quand il s'agit de décideurs, de chefs d'Etat, de militaires et autres soit-disant "élites". Une société qui arrive à provoquer une telle évolution mentale chez son adversaire prépare parfaitement le terrain de sa victoire et, dans de nombreux cas, elle a déjà gagné avant même d'avoir à prendre les armes.

Aiguillonné par sa curiosité et par la perspective de découvrir et comprendre l'histoire de ses propres ancêtres, Robert Sauvageau a fait des recherches au Centre d'études acadiennes de l'université de Moncton, au Nouveau Brunswick (Canada), au Service historique de l'armée canadienne à Ottawa, aux Archives du Canada et du Québec et au Centre d'études de l'Université Lafayette en Louisianne. Il a publié le résultat de ses recherches [2] en 1987 chez Berger-Levrault. Il s'agit en fait d'un décompte détaillé des guerres qui ont abouti à la chute de la Nouvelle-France et qui met particulièrement l'accent sur les théâtres d'opérations clés, tels que l'Acadie et le Bas Canada. Robert Sauvageau nous livre ses conclusions après avoir dévoilé tous les faits pertinents, qui sont d'ailleurs largement confirmés par les autres sources disponibles. Ses conclusions sont remarquables et font de son étude un ouvrage hors pair pouvant servir à la fois de référence en histoire canadienne et en sociologie des peuples de langue française. Avant de statuer, il apparaît indispensable de résumer les faits.

 

L'histoire oubliée

Entre le moment où la perte du Canada est entérinée par le Traité de Paris (1763) et le moment où Jacques Cartier en prit possession en 1534, à Gaspé, au nom de François Ier, il s'est écoulé 239 ans, soit presque un siècle de plus que l'occupation française en Algérie, une des plus anciennes colonies de la période contemporaine et dont la mémoire est encore vive, à la fois en France et en Algérie.

Verrazano avait pris possession de toute la 'Francescane' ou 'Nouvelle-France', depuis le Nord de la Floride jusqu'à l'Acadie, au nom de François Ier, en 1524, puis le malouin Cartier découvrit l'estuaire du Saint Laurent [3] le 24 juillet 1534. Toutefois, ce n'est qu'après 1600 que l'immigration deviendra significative en Nouvelle-France. [4]

En 1604, la colonisation de l'Acadie, cette région qui constitue au Canada ce qu'on appelle actuellement "Les Maritimes", est entreprise.

Québec (ville) - De haut en bas et de gauche à droite: la porte Saint-Louis, la colline parlementaire (Centre-ville), le Vieux-Québec, le Pont Pierre-Laporte et l'hôtel du Parlement du Québec.

Québec (ville) - De haut en bas et de gauche à droite: la porte Saint-Louis, la colline parlementaire (Centre-ville), le Vieux-Québec, le Pont Pierre-Laporte et l'hôtel du Parlement du Québec.

En 1608, Champlain fonde Québec. Quiconque étudie l'histoire de la Nouvelle-France doit d'abord se familiariser avec les noms des lieux, débaptisés après 1760 par les Anglais. Dans la seule Acadie, il faut distinguer deux régions, l'Acadie occidentale correspondant actuellement à l'Etat américain du Maine et le Nouveau Brunswick canadien, l'île Saint-Jean (rebaptisée l'Île du Prince Edouard) et l'Acadie orientale comprenant l'actuelle Nouvelle-Ecosse et l'Île du Cap Breton (ex-Île Royale).

L'Acadie, que l'on peut atteindre par bateau à n'importe quelle période l'année, est une région au climat océanique doux, qui contraste fortement avec celui de Québec. A l'époque de l'immigration dans cette colonie de peuplement, l'Acadie est également une région stratégique maîtresse puisqu'elle commande la fantastique voie d'accès vers l'intérieur du continent nord-américain que le Saint-Laurent constitue, tout comme l'Amazone pour le continent sud-américain.

En 1667, le traité de Breda fixe les frontières entre la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre. Temporairement occupée par les Anglais, l'Acadie revient à la France.

Les immigrants français sont principalement du Poitou. Leur principale motivation est économique. Attirés par l'appât de terres libres qu'on leur disait fécondes, ils ne sont pas déçus, puisque la pêche et le lucratif trafic de fourrures viennent s'ajouter à la très prospère activité agricole. Au cours des décennies qui suivront et tout en conservant leur langue et leur religion ainsi que d'autres caractéristiques de leurs origines, ils auront néanmoins conscience de former un peuple nouveau.

File:SalemWitchcraftTrial.jpg

Procès des Sorcières de Salem, La salle d'audience, illustration de 1876.

Les Pères pèlerins de Nouvelle-Angleterre sont venus, quant à eux, avec des intentions spirituelles. Protestants puritains, d'une foi farouche et austère, ils avaient été écoeurés par les persécutions du roi Jacques Ier d'Angleterre. Ils avaient préféré abandonner leur patrie et la vieille Europe, plutôt que de céder quoi que ce soit de leurs convictions religieuses. Boston, capitale de la Nouvelle-Angleterre, sera à leurs yeux la nouvelle Jérusalem. A l'heure actuelle, on a tendance à oublier ce caractère fanatique de la fondation des Etats-Unis. Le fameux procès des sorcières de Salem en 1692, durant lequel plusieurs dizaines d'accusés furent torturés et dix-neuf pendus, donne une assez bonne idée de la mentalité de l'époque. Sauvageau écrit:

"Le moindre soupçon de catholicisme était une accusation aussi grave que celle de sorcellerie. La religion romaine n'était pour les Puritains qu'une autre manifestation du démon. Une des raisons majeures de leur départ d'Europe était de fuir les damnés papistes et voilà qu'ils se retrouvaient à leur porte!"

A une époque où le pape est qualifié d'Antéchrist, la guerre contre la Nouvelle-France est donc une guerre sainte qui va servir aussi d'excellent prétexte pour faire main basse sur les pêcheries et le commerce de fourrures. Dans son Histoire de la Nouvelle-France, Guy Frégault cite à ce propos un hebdomadaire du Maryland de 1755 qui souligne les plus grands avantages que vaudraient à l'empire britannique la réduction des colonies françaises. Ayant par ce moyen isolé la Floride, les Anglais se verraient en état de "forcer" les établissements espagnols à ouvrir toutes grandes leurs portes au commerce britannique car, explique le journal:

"Si les Espagnols allaient s'y refuser, nous pourrions, après la conquête du Canada et de la Louisiane, faire passer nos troupes à travers la péninsule floridienne jusqu'à une place appelée Penicola (Pensacola)."

Ainsi la Floride deviendrait aux mains des Anglais une espèce d'otage duquel l'Espagne devrait laisser pénétrer les produits britanniques en Amérique du Sud; ce seul trafic "nous produirait une balance commerciale favorable de deux millions de livres... annuellement." Les préoccupations mercantiles s'entrelacent donc avec la propagande qui excite le patriotisme et qui souligne la mission protestante et la haine de l'ennemi. Un auteur qui signe Philo-Americus dans le New-York Gazette du 26 mai 1755 a des accents inspirés :

"Si je t'oublie, Ô Amérique anglaise, qua ma main droite se paralyse; si je perds ton souvenir, que ma langue s'attache à mon palais. Souviens-toi, Seigneur, des enfants de la France, qui disent de notre patrie: qu'elle soit abatue, qu'elle soit rasée. Ô fille du Canada, qui doit être détruite, heureux qui te traitera comme tu voudrais nous traiter! Heureux qui saisira tes enfants et leur brisera la tête contre la pierre!"

L'opinion, ajoute-t-on, s'élève avec "une espèce d'horreur contre les Français". En définitive, l'opinion anglaise se dresse contre la France et le Canada dans un concert très bien orchestré de réprobation, contre tout ce qui est français. En Angleterre même, où l'on est considérablement plus modéré, on se moque avec plus de dépit que d'esprit des maîtres à danser, des tailleurs, des coiffeurs et des cuisiniers français. On dénonce les Anglais qui "singent" les Français. Un passage du "London magazine" de juillet 1757 (329s) nous en donne une idée:

"Trop de jeunes Anglais apprennent le français. On dit que la langue et les modes françaises finiront par instaurer la monarchie universelle de la France. J'en suis persuadé. Chaque jour qu'un précepteur ou un répétiteur français enseigne à la jeune Miss et au jeune Master la langue de son pays, il en profite pour seriner à leurs oreilles la gloire, l'éclat, la puissance, en un mot, le Je ne sçai quoi de ce florissant royaume... Ainsi les français nous amènent à nous soumettre nous-mêmes à eux. C'est pour eux une manière bien plus facile et bien plus sûre de venir à bout de nous que s'ils s'avançaient tambour battant, l'épée au clair et la baïonnette au canon."

Revenons à 1674. Les opérations contre l'Acadie à partir de la Nouvelle-Angleterre vont reprendre en déput des traités, par le biais du corsaire hollandais Aernoutsz. Bien que les Français et les Anglais aient signé le traité d'Alliance de Douvres contre les Hollandais en 1670, les Bostoniens aidèrent d'autant plus Aernoutsz à organiser son agression contre l'Acadie que la mère patrie venait juste de signer une paix séparée avec la Hollande (traité de Westminster de février 1674).

Le Fort Pentagouet sur la côte de l'Acadie occidentale est attaqué le 10 avril 1674. Louis de Frontenac, alors gouverneur de la Nouvelle-France, avait évidemment protesté contre cet acte de piraterie, protestation dont la conséquence fut un faux procès contre les instigateurs de l'agression perpétrée contre l'Acadie.

Saint-Castin

Saint-Castin

Fort de Pentagouet en 1670.jpg

Fort de Pentagouët en 1670

 

Frontenac, réalisant l'énorme déséquilibre entre les populations d'Acadie et de Nouvelle-Angleterre, chargea alors Jean-Vincent de Saint-Castin, l'un des défenseurs de Pentagouet, arrivé en 1670 en Acadie et âgé de 22 ans à peine, de faire alliance avec les Abenaquis, tribu indienne de la région de Pentagouet. Saint Castin vivra ainsi plus d'un quart de siècle chez les Abenaquis. Il apprit leur langue [5] et leurs coutumes et se maria avec Pidianske, la fille de Madokawando, le chef des Abenaquis lui-même. L'alliance franco-indienne contre les Anglais était donc scellée.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

 

Couple d'Abénaquis au XVIIIe siècle (archives de Montréal)

Pontiac---Ce-portrait--sans-doute-imaginaire--a-ete-peint.jpgIl faut aussi préciser que, selon les apôtres de la Nouvelle-Jérusalem, les indigènes de l'Amérique appartenaient à une race maudite. Les Indiens ne relevaient pas du domaine du Seigneur, mais de celui du démon. Cette théorie était commode pour anéantir "au nom de Dieu" les tribus indiennes purement et simplement.  "Il n'est pas de bon Indien qu'un Indien mort!".

Dès leur arrivée dans le nouveau monde, les Français avaient adopté une attitude inverse vis-à-vis des autochtones. Persuadés que le Christ avaient apporté sa bonne nouvelle à toute l'Humanité, y compris la population primitive d'Amérique, ils avaient entrepris de convertir les Indiens, d'où la multiplication des missions catholiques. En accord avec le gouvernement royal, Jésuites et Récollets s'employèrent à amener les indigènes au christianisme. La prorogation de la foi catholique fut l'une des lignes de force majeures de la colonisation française. Richelieu avait fait écrire dans la Charte de la Compagnie des Cent Associés:

Image illustrative de l'article Armand Jean du Plessis de Richelieu"Les descendants des Français qui s'habitueront au dit pays (le Canada), ensemble les sauvages qui seront amenés à la connaissance de la foi, et en feront à leur mieux profession, seront censés et réputés naturels Français. S'ils viennent en France, ils jouiront des mêmes privilèges que ceux qui y sont nés."

Sauvageau souligne qu'"il s'agissait là de paroles extraordinaires si l'on songe aux massacres épouvantables d'indigènes qui se perpétraient à la même époque dans les colonies espagnoles et anglaises d'Amérique."

Le métissage des Français avec la population indienne locale fut rapide. Franco-Américains et Franco-Amérindiens étaient en train de constituer, par exemple à Pontchartrain du Détroit (le site de la ville actuelle de Détroit), une société mixte où résidaient en 1755 près de 800 familles françaises et 3000 Amérindiens de trois nations différentes - nation outaouaise, nation des Pétuns et nation des Gens de Mer - une nation métissée nouvelle, alliant la culture et la civilisation française avec la perception amérindienne de la nature et de la place de l'homme dans cette nature.

Les coureurs des bois devinrent, si vite, quasi indianisés que les protestants anglais en vinrent à dire, avec mépris "qu'en l'espace d'une génération le Français ne se distinguait plus du sauvage." Nous sommes ici confrontés à l'un de ces rares cas où c'est l'Européen qui s'assimilait au lieu du contraire.

MetacometEn dépit de la signature d'un traité d'amitié que Massasoit, un chef algonquin, avait signé, avec les dirigeants de la Nouvelle-Angleterre, son propre fils Metacomet, surnommé "le roi Philippe" par les Britanniques, se rendit compte que ces derniers recherchaient l'anéantissement des tribus indiennes. Il déclencha une guerre à outrance contre les établissements commerciaux et les villes anglaises de la côte est-américaine. Il rasa Brookfield et Springfield dans la région de Boston ainsi que Swansea, mais les Britanniques furent finalement victorieux grâce à leur supériorité en armements et, à la suite d'une trahison, ces derniers s'emparèrent de Metacomet, qu'ils torturèrent et qu'ils décapitèrent.

Cette guerre dite du "roi Philippe", qui aboutissait à un désastre pour les Algonquins, n'entraîna par la solidarité des autres tribus dans une guerre généralisée contre les envahisseurs européens. Ces tribus, constamment en concurrence les unes avec les autres pour des territoires de chasse, n'éprouvaient généralement aucune compassion pour un dversaire vaincu, qu'il soit indien ou blanc.

Cependant, la guerre reprit avec les Abenaquis.

"L'été de 1677 se passa dans la terreur", écrit un chroniqueur puritain.

Au printemps 1678, les Britanniques se résignèrent à signer le traité de Casco qui spécifiait que tout colon britannique cultivant des terres se situant en territoire indien devrait verser un impôt aux tribus. Cette revendication avait été inspirée par Saint-Castin qui avait bien conseillé Mugg, un chef indien agissant pour le compte de Madokawando.

De plus, les Abenaquis avaient été redoutablement armés, ce qui leur avait assuré leur victoire contre les Anglais. Le Béarnais Saint-Castin armait lui-même les tribus indiennes avec des fusils anglais qu'il obtenait en commerçant directement avec les colons de Boston!

Les Anglais ripostèrent en essayant d'acheter Saint Castin qu'ils avaient enfin identifié comme étant le cerveau téléguidant les opérations indiennes contre la Nouvelle-Angleterre. Il fallait faire passer dans leur camp ce dangereux personnage qui savait si bien fédérer les forces ennemies et mettait en danger leur survie. Leur tentative ayant échoué, les Anglais envisagèrent alors d'éliminer physiquement Saint Castin, ce qu'ils tentèrent quelques années plus tard par l'intermédiaire de deux déserteurs français, Armand de Vignon et François Albert, qui arrivèrent à Pentagouet le 24 octobre 1692. Avant de mettre leur plan à exécution, les deux déserteurs furent dénoncés, capturés et exécutés.

Entretemps, en dépit de l'extrême faiblesse de l'immigration, la population française se multipliait grâce à une très forte natalité.

L'Acadie avait 1 000 habitants et la Nouvelle-France 12 000. Les paysans avaient su mettre en valeur les riches terres côtières, où ils pratiquaient culture et élevage. Ils y connaissaient une prospérité très supérieure à celle de leurs cousins demeurés dans leur Poitou d'origine. En outre, ils avaient l'avantage d'être pratiquement affranchis de la plupart des servitudes féodales encore en usage dans le royaume de France.

Le projet de créer une route entre l'Acadie et le bas Canada (Québec), soutenu par Colbert, qui mourut en 1683, ne se réalisa pas.

Un projet de construction d'un canal entre la Baie verte (sur le Golfe du Saint Laurent) et la Baie française (de nos jours dénommée Baie de Fundy), qui diminuerait, lui aussi, la durée du voyage vers Québec, fut également envisagé.

Toutefois un évènement d'une portée considérable se produisit peu après, la révocation de l'Edit de Nantes; Depuis la restauration des Stuart (en Angleterre Ndlr.) en 1660, la France avait bénéficié de la neutralité du gouvernement britannique, sinon de son appui. Toutefois, les persécutions dont les Huguenots furent victimes soulevèrent l'indignation des protestants anglais. Ce mouvement d'opinion plaça le roi Jacques II Stuart dans une situation délicate d'autant plus qu'il était déjà soupçonné d'adopter une attitude complaisante vis-à-vis de la France.

Guillaume III par Godfrey KnellerGuillaume d'Orange, alors chef de la Hollande, exploita cette situation. Adversaire acharné de Louis XIV et protestant convaincu, il revendiqua le trône d'Angleterre contre Jacques II, son beau-père. En novembre 1688, il débarqua sur le sol anglais où il triompha avec la plus grande facilité du roi Stuart. A la bataille de la Boyne en Irlande, son succès fut assuré grâce à ses bataillons protestants français, commandés par Schomberg.

Rien n'est gratuit

 

Guillaume d'Orange, fils du stathouder Guillaume II, avait deux ans lors du déclenchement de la guerre de Hollande de 1672. Sous un physique fluet, il cachait une immense ambition mais ses projets avaient l'apparence du bien public et inspiraient aussi l'amour de la patrie. En juin 1672, des dizaines de milliers de soldats français avaient envahi la Hollande. La plupart des villes s'étaient rendues aux Français avant même d'avoir combattu. Amsterdam avait offert des millions pour s'affranchir du pillage. Louis XIV mit à la paix qui s'ensuivit des conditions si dures, si humiliantes qu'un peuple ne pouvait les accepter sans signer son déshonneur et sa ruine. Il provoqua ces résolutions suprêmes qui trouvent leur force dans le désespoir. Contrairement à l'amour, la haine n'est jamais gratuite. C'est durant ces évènements que la haine de Guillaume d'Orange contre Louis XIV, contre les catholiques et contre la France se forgea.

Devenu roi d'Angleterre, disposant de ressources maritimes et des trésors des deux premières nations commerçantes du monde, il devint le chef de la coalition contre la France et entra dans la lutte avec un acharnement méthodique et réfléchi qui devait profiter de toutes les fautes de son adversaire. Il avait d'abord accueilli avec empressement les réfugiés calvinistes. C'était pour lui un double avantage. Tandis que les proscrits apportaient à l'Angleterre et à la Hollande les secrets de l'industrie française, leurs rancunes donnaient un nouvel élément à la guerre. Ils répétaient, en les exagérant, les fautes du roi, les souffrances du pays, la misère des campagnes et tout ce qu'une apparence souvent trompeuse de prospérité et de grandeur cache aux yeux de faiblesse réelle.

En Amérique, sa prise de pouvoir à Londres fut accueillie avec un enthousiasme indescriptible. Lors de son débarquemet en Angleterre, il avait fait inscrire sur ses étendards "Pro Religione Protestante" (pour la religion protestante). Pour les puritains de Nouvelle-Angleterre, Dieu se manifestait en leur faveur. L'orangisme déferla bientôt sur l'Amérique avec la force du fanatisme. La guerre contre les "damnés papistes" de l'Acadie et du Canada allait donc pouvoir reprendre et s'intensifier puisque toutes les justifications économiques, religieuses et morales avaient été rassemblées. Une nouvelle vague de fureur anticatholique et anti-française souleva la Nouvelle-Jérusalem au nom de l'orangisme.

[...] Au printemps de 1690, un congrès de délégués de l'Amérique anglaise s'était réunis à New York. Il avait décidé de profiter de la guerre de la Ligue d'Augsbourg entre l'Angleterre et la France pour lancer une offensive contre l'Acadie d'abord puis, en cas de succès, contre le Canada. A la tête de la croisade puritaine se trouvait William Phips, qui prit l'offensive à Port Royal, capitale officielle de l'Acadie, située sur la côte ouest de l'Acadie orientale, sur la rive est de la Baie française (partie sud de la presqu'île de Nouvelle-Ecosse, rebaptisée aujourd'hui Annapolis-Royal).

Port-Royal était défendu par Louis Desfriches de Menneval, un homme malade, souffrant de fréquentes attaques de goutte et que son état rendait craintif et vulnérable. Il s'estimait bien incapable de défendre sa petite capitale qui fut investie et pillée par les Anglais. Le rapport des forces à ce moment là s'établissait à 200 000 Anglais contre 12 000 Français d'Amérique. Cependant en Acadie occidentale, Saint Castin, aidé des Abenaquis, était devenu maître de guerilla.

 

Buste de Frontenac au Monument aux Valeureux, à Ottawa
Buste de Frontenac au Monument aux Valeureux, à Ottawa

 

Au Canada, le gouverneur Frontenac tenta avec succès d'abuser les Anglais sur ses forces réelles, en portant la guerre sur le territoire même de la Nouvelle-Angleterre et en effectuant simultanément plusieurs opérations dans des zones différentes.

C'est ainsi que Lemoyne de Sainte-Hélène, parti de Montréal et accompagné par deux de ses frères, de Bienville et d'Iberville, s'était emparé de Schenectady, à proximité d'Albany.

Hertel, lieutenant de milice à Trois-Rivières, avait capturé Salmon Falls (de nos jours Nerwick dans le New Hampshire).

Une autre expédition punitive dirigée par Saint Castin et accompagnée de Robineau de Portneuf dévasta Casco sur la côte atlantique, en réprésailles à l'opération anglaise sur Port Royal.

Les faiblesses du système français étaient quand même devenues apparentes et, le 20 août 1690, William Phips adressa un ultimatum aux défenseurs de Québec auquel Frontenac répondit par une phrase qui le rendit célèbre :

"Je n'ai point de réponse à faire que par la bouche de mes canons et à coups de fusil!"

L'expédition de Phips échoua lamentablement et la flotte britannique endommagée regagna la Nouvelle-Angleterre.

[...] Au début de l'été 1696, une expédition d'envergure dirigée contre Naxouat par Benjamin Church et le coonel Hawthorne, et financée par le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, Stoughton, successeur de Phips, avait été repoussée par les Français. Villebon avait triomphé à un contre sept !

La guerre de la Ligue d'Augsbourg se termina "en fanfare" pour les Français d'Amérique du Nord. Après sa campagne d'Acadie aux côtés de Saint Castin, Iberville était parti avec sa flotte pour Terre-Neuve afin de capturer Saint Jean, la principale base anglaise de l'Île. Au total, la campagne, qui avait duré trois mois, avait ruiné la domination anglaise sur l'île: 36 établissements détruits, 200 000 quintaux de morue saisis pour payer les frais de l'expédition et bien au-delà!

[...] Le 20 septembre 1697 (sur le continent européen) avait été signé le traité de Ryswick qui mettait fin à la guerre entre la France et l'Angleterre.

En Amérique du nord, les Anglais se trouvaient sur tous les fronts, en Acadie, à la Baie d'Hudson, à Terre Neuve, dans une situation accablante en face des Français, en dépit de l'énormité de leurs moyens relativement à ceux des Français.

De même, la menace du projet de Frontenac contre Boston et New York, dont les services de renseignement anglais avaient été informés, pesa sur la décision de Londres d'arrêter les hostilités.

Après des triomphes aussi éclatants et qui plaçaient la France en position de force en Amérique du Nord, les diplomates français étaient en mesure d'exiger des concessions outre-atlantique, mais ils ne réclamèrent rien, sinon le maintien du statu quo. Les Anglais conservèrent Terre Neuve et la Baie d'Hudson et "rendaient l'Acadie" que, de toutes façons, ils ne possédaient pas...

 

XVIIIe siècle.

 

[...] L'attaque des Anglais en 1704 sur Port Royal défendu par Brouillan échoua mais elle fut renouvelée en juin 1707, et encore en août de la même année. Après avoir effectué une tentative de siège, les Anglais se rembarquèrent le 31 août, battus à nouveau.

Toutefois, le colonel Samuel Vetch avait élaboré un plan de conquête de l'Amérique française et ce plan avait obtenu l'assentiment de la reine Anne et de ses conseillers en 1708, qui avaient promis à Vetch le poste de gouverneur du Canada anglais en cas de réussite. Pour attaquer Port-Royal, il disposait d'une flotte de quatre gros vaisseaux de guerre, une frégate et une galiote à bombes et 30 vaisseaux de guerre. Les effectifs étaient de 5 860 hommes, une armée formidable pour l'Amérique de l'époque. Le défenseur de Port-Royal, Subercase, gouverneur de l'Acadie, commit l'erreur de s'enfermer dans sa minuscule place forte assiégée par les Anglais alors que rien ne l'empêchait de se replier. Au lieu de se battre à cinq contre un, les Anglais allaient se battre à quinze contre un. L'issue ne faisait plus de doute. Subercase était convaincu de son infériorité en matériel et en hommes, et acceptait la défaite à l'avance. [...] L'attaque eut lieu le 5 octobre 1710 et la capitulation fut conclue le 13. Au lieu de procéder à la destruction de ses canons avant de se rendre, les armements furent vendus aux Anglais, renforçant ainsi instantanément leur potentiel militaire. Le 24 octobre, les vaincus étaient embarqués sur trois navires de guerre anglais en partance pour la France et arrivèrent à destination le 1er décembre.

Pourtant l'Acadie était loin d'être défaite. Durant leur premier hiver, les Acadiens refusèrent d'approvisionner les Anglais et beaucoup d'entre eux partirent. Des opérations de harcèlement furent organisées par l'un des fils de Saint Castin, Bernard-Anselme. Port-Royal, rebaptisé Annapolis par les Anglais, fut réassiégé par leurs ennemis.

[...] Le 26 juin juin 1712, Pontchartrain informait Vaudreuil de ne plus rien tenter contre l'Acadie orientale pour ne pas interférer avec les négociations de paix entre l'Angleterre et la France qui, par le traité d'Utrecht signé en avril 1713, abandonnait l'Acadie définitivement à l'Angleterre. [...]

La collaboration avec les Anglais qui s'instaure à Versailles et qui est relayée par son antenne canadienne pour vider l'Acadie de toute résistance, et permettre aux Anglais d'en prendre possession, est proprement malsaine. [...] Les difficultés causées par la mort de louis XIV et la Régence entrainèrent une large inertie dans les prises de décisions. La période de paix qui va de 1713 à 1744 sera néanmoins traversée par quelques incursions anglaises, dont la plus spectaculaire fut la capture de Joseph Saint Castin, autre fils du célèbre Jean-Vincent, en Acadie occidentale, qui avait été accusé de cristalliser l'hostilité des Abenaquis sur les colons de Nouvelle-Angleterre.

On note aussi l'assassinat du Père Sébastien Rale, qui passa trente cinq ans chez les Abenaquis, les convertit à la foi chrétienne, et exerçait sur eux une extraordinaire influence. Ce jésuite fut le premier à rédiger un dictionnaire abenaquis-français et dont le manuscrit est actuellement détenu par l'Université Harvard, dans la proximité immédiate de Boston. L'action de ce prêtre visait moins à sauvegarder les intérêts français que de prévenir les Abenaquis des intentions des dirigeants de la Nouvelle-Angleterre qui étaient, à terme, de les déposséder de leurs terres sur la partie de leur territoire située au sud de la rivière Quinibéqui (Kennebec), où les colons anglais venaient de s'installer en grand nombre.

Mort du père Sébastien Rale de la Compagnie de Jésus, lithographie de 1856.

Mort du père Sébastien Rale de la Compagnie de Jésus, lithographie de 1856.

[...] Les Acadiens vivant en Nouvelle-Ecosse (l'ex Acadie orientale) n'avaient jamais vraiment accepté la domination anglaise de la presqu'île et ce ressentiment n'était pas écrasé par une immigration anglaise massive. Les Acadiens étaient prêts à se révolter et à prêter main forte à leurs libérateurs français dès que ces derniers se manifesteraient.

Une expédition organisée par un certain Duvivier, l'un des commerçants les plus riches de Louisbourg, échoua devant Annapolis, en octobre 1744, du fait de problèmes de coordination entre les forces terrestres et maritimes qui avaient été rassemblées par les Français, et cela en dépit du fait que la défense d'Annapolis était très largement insuffisante. Cette dernière était organisée par Paul Mascarene, un huguenot d'origine française, parlant français couramment.

[...] Une nouvelle expédition, anglaise cette fois, et qui avait réussi à débarquer à l'Île Royale parvint à capturer Louisbourg. La défaite époustouflante de cette place forte était directement liée, non pas à la qualité du corps expéditionnaire anglais, très hétéroclite dans sa compostion, mais à l'exceptionnelle nullité du commandant de la place, Louis Dupont Duchambon, oncle de 'larmateur Duvivier, tous les deux plus doués pour le commerche que pour la guerre.

En juin 1746, Louis XV envoya une flotte pour reprendre Louisbourg mais la flotte fut décimée par une tempête et une épidémie de peste et dut renoncer. Une autre expédition comprenant 18 navires de guerre et 22 bâtiments de transport fut organisée et quitta La Rochelle en mai 1747 mais elle dut affronter une escadre anglaise au large des côtes d'Espagne dont la puissance de feu était supérieure. Ce désastre mit fin aux espoirs de reconquérir l'Île Royale et l'Acadie orientale.

Entretemps (en 1747).. aidés des Acadiens, les Canadiens avaient été victorieux des Anglais à Granpré en Nouvelle-Ecosse et, surtout, les Français avaient en Europe remporté la victoire de Fontenoy. A la signature de paix d'Aix-la-Chapelle en 1748, Louis XV se borna à exiger la restitution de l'Île Royale et renonça à l'Acadie orientale.

[...] Le gouvernement de Londres changea alors de tactique en Nouvelle-Ecosse. Tout d'abord, la ville d'Halifax fut créée pour concurrencer Louisbourg dont la prospérité était revenue sous occupation française. Ensuite, le gouvernement anglais enjoignit les Acadiens de prêter serment d'allégeance au gouvernement anglais, qui les autoriserait alors à rester sur leurs terres en leur garantissant la liberté de culte. Beaucoup firent ce serment avec une restriction: le refus de porter les armes pour le roi d'Angleterre et contre leurs frères français au Canada. A l'appel de la Galissonnière toutefois, un tiers des Acadiens de Nouvelle-Ecosse vinrent s'installer en Acadie occidentale. Malheureusement, La Galissonnière ne reste à son poste que deux ans durant lesquels il avait pourtant su tirer son épingle du jeu dans une situation difficile.

 

Charles Lawrence : le nettoyage ethnique des Acadiens, premier génocide des temps modernes. Le Grand dérangement

 

En dépit des promesses faites aux Acadiens, Charles Lawrence, gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, organisa la déportation des Acadiens.

Le mot "génocide" n'est pas exagéré puisque des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants y laissèrent la vie. Charles Lawrence voulait déporter et disperser toute la population acadienne à travers toutes les colonies anglaises des Amériques afin d'anéantir les Acadiens, non en tant qu'individus - ce qu'il fit dans une large proportion - mais en tant que peuple et en tant que nation.

Lecture de l'ordre de déportation des Acadiens le 28 juillet 1755 par le colonel John Winslow dans l’église de Grand-Pré., Tableau de Charles William Jefferys

Lecture de l'ordre de déportation des Acadiens le 28 juillet 1755 par le colonel John Winslow dans l’église de Grand-Pré., Tableau de Charles William Jefferys

Il ne fallait pas que ces colons déplacés viennent grossir les rangs canadiens contre lesquels la guerre se préparait à nouveau. 6 000 Acadiens furent déportés en 1755, 2 000 autres en 1748. Environ 8 000 habitants français sur les 13 000 que comptait l'Acadie orientale (Nouvelle-Ecosse). En 1762, ce fut le tour des Acadiens de l'Acadie occidentale (l'actuel Nouveau Brunswick et une grande partie de l'Etat américain du Maine). Environ 10 000 sur une population de 18 000. Les bateaux utilisés pour la déportation n'avaient pas été loués en nombre suffisants. On y entassa les Acadiens dans des conditions épouvantables. De nombreuses familles éparpillées sur plusieurs navires, en partance pour les destinations diférentes, furent disloquées. On estime que la moitié des Acadiens déportés moururent de faim, d'épidémie et de misère. Ainsi, le "Cornwallis" qui avait quitté Chignectou, petite ville de la Baie de Fundy actuelle, avec 417 Acadiens n'en débarqua que 210 à son arrivée à Charleston, en Caroline du Sud !

Sauvageau précise qu'il a fallu beaucoup d'humour noir aux historiens pour appeler cette déportation "le Grand dérangement".

Pourtant, on est obligé de reconnaître que les Acadiens, par comparaison, ont été traités "dignement" par rapport aux Irlandais contre lesquels Cromwell avait conduit une guerre de religion et une guerre raciale. Ses campagnes d'extermination avait massacré les Irlandais par milliers.

Durant cette période particulièrement glorieuse de l'histoire britannique, le colonel Winslow "en pourchassant toute la vermine acadienne du pays" (sic) aida à rafler 43 500 bêtes à cornes, 48 500 moutons, 23 500 porcs, 2 800 chevaux sans compter les autres biens mobiliers et immobiliers volés aux Acadiens.

Par la suite, les Anglais expurgèrent des archives de la Nouvelle-Ecosse, à Halifax, de nombreux documents relatifs à ce premier génocide des temps modernes que demeure la grande déportation [6].

 

Epilogue guerrier

 

En pleine paix, à quelques semaines de novembre 1755, l'escadre anglaise de l'amiral Boscawen captura près de 300 vaisseaux français d'une valeur de 30 millions de livres, 6 000 officiers ou matelots, 1 500 soldats. Cette agression demeure connue des historiens sous le nom d'"attentat de Boscawen". [...] Il s'agissait du prélude à la Guerre de Sept Ans qui se déclencha en 1756. Le 19 août 1757, une escadre anglaise essaya de prendre Louisbourg mais échoua également. Une troisième tentative eut lieu l'année suivante, mais le gouverneur de la place, Du Bois de La Motte avait déjà regagné la France. Un certain Drucourt, qui l'avait remplacé, ne recruta pas les milices et n'engagea que partiellement ses hommes hors de la citadelle pour rejeter les Anglais à la mer. La citadelle fut bombardée, et le 26 juillet 1758, Louisbourg capitula.

 

 

Bateaux de pêche dans le havre de Louisbourg

Bateaux de pêche dans le havre de Louisbourg

Boishébert, qui s'était distingué dans de très nombreuses interventions victorieuses en Acadie contre les Anglais, fut envoyé en soutien par Vaudreuil avec... 92 hommes alors que Louisbourg était attaqué par 18 000 soldats et 8 000 marins ! Le vainqueur de Louisbourg, le général Amherst, avait immédiatement décidé de consolider la chute de Louisbourg (1758) en éliminant au mieux toute présence française en Acadie du nord et en Acadie occidentale.

Jeffery Amherst par Gainsborough vers 1785

Jeffery Amherst par Gainsborough vers 1785

Le colonel Robert Monckton était chargé de ravager les installations française de la Rivière Saint Jean (qui se jette dans la Baie française) et d'en extirper "la vermine acadienne" tandis qu'Andrew Rollo devait vider l'île Saint Jean (île du Prince Edouard) de sa population. Wolfe, le futur vainqueur de Montcalm à Québec, fut chargé de plusieurs opérations terroristes en Gaspésie. Le but de ces opérations combinées était de repousser tous les Acadiens vers la région de Québec.

Montcalm et Vaudreuil ne s'affolent guère cependant. Alors que la nouvelle capitulation de Louisbourg soulève dans la population les plus vives inquiétudes, Montcalm, alors chef militaire du Canada, et Vaudreuil s'en réjouissent presque car ils considèrent que l'Acadie et l'Île Royale sont des territoires inutiles. Dans un mémoire de 1758, Montcalm explique sa position. On ne peut qu'être surpris par une telle analyse lorsqu'on considère les efforts déployés par les Anglais depuis tant d'années pour conquérir l'Île Royale et devenir maîtres du terrain sur toute l'Acadie.

Le plan anglais de conquête du Canada comprenait 50 000 hommes, chiffre très optimiste compte tenu des possibilités réelles. Le général Amherst serait chargé d'attaquer le Canada par la route de l'Hudson et le lac Champlain. Le général Prideux devrait prendre le fort Niagara et menacer Montréal mais le coup majeur devrait être porté contre Québec. En face, Montcalm disposait malgré tout de plus de 30 000 hommes. La première lourde erreur de ce dernier consiste à croire que l'attaque viendra de l'intérieur alors que, justement, une formidable expédition vient d'enlever Louisbourg et de déblayer l'accès au Saint Laurent.

En 1753, un officier de génie, Dubois, avait déjà proposé d'installer des batteries aux endroits les plus favorables, le long du fleuve mais rien n'avait été fait.

Le 27 juillet 1759, l'expédition britannique par voie maritime contre Québec sonne comme un coup de tonnerre pour Vaudreuil et Montcalm, ce dernier ayant 16 000 hommes sous ses ordres, alors que Wolfe ne disposait que de 8 000 hommes. Le siège de la ville ne donna, au départ, aucun résultat. Wolfe, atteint de dysentrie à partir du 19 août, dut s'aliter. Les Anglais, furieux, dévastèrent autant qu'ils le pouvaient la campagne environnante. Wolfe avait écrit au général Amherst:

James Wolfe"Si nous nous apercevons que Québec ne semble pas devoir tomber entre nos mains (tout en persévérant jusqu'au dernier moment), je propose de mettre la ville à feu avec nos obus, de détruire les maisons et le bétail tant en haut qu'en bas (de Québec), d'expédier le plus de Canadiens possibles en Europe et de ne laisser derrière nous que famine et désolation. Mais nous devons montrer à ces scélérats comment faire la guerre comme des gentilhommes."

Wolfe devait lever l'ancre au plus tard le 20 septembre pour ne pas être bloqué par les glaces hivernales. Ayant repris des forces et de la combativité à la fin du mois d'août, il décida de brusquer les choses. Il y eut plusieurs plans, mais, en tant que chef direct de l'armée anglaise, il imposa le sien. Il décida de débarquer ses hommes à l'Anse aux Foulons. Ces derniers devraient ainsi escalader la falaise et prendre Québec à revers. Le risque était énorme. Si l'alarme était donnée, l'escalade finirait en tragédie sanglante pour les Anglais. Néanmoins, les soldats débarquèrent sans problème. Pour tromper les sentinelles qui attendaient là un convoi de ravitaillement, les soldats furent précédés d'officiers parlant couramment français.

Le responsable de la défense de l'Anse aux Foulons était Dupont de Vergor, responsable de la capitulation de Fort Beauséjour [7], qui avait été placé sur l'isthme marquant la frontière entre l'Acadie orientale (l'actuelle Nouvelle-Ecosse) et l'Acadie occidentale (Nouveau Brunswick), tout au fond de l'actuelle Baie de Fundy. Aussi nul que jadis à Fort Beauséjour, où il avait négligé d'organiser une garde sérieuse, il fut surpris dans son lit par les premiers assaillants. Une fois sur le plateau, l'armée de Wolfe défiait Montcalm. Ce dernier, retranché derrière ses remparts, n'avait qu'à attendre quelques jours. A l'approche de l'hiver, les Anglais devraient se réembarquer pour éviter d'être bloqués, situation dans laquelle il serait facile de les harceler et de les mettre en déroute.

Bataille des plaines d'Abraham (13 septembre 1759)

Bataille des plaines d'Abraham (13 septembre 1759)

Bien avant que toutes les troupes françaises furent rameutées, Montcalm jeta 4 500 hommes dans la bataille, force égale à celle dont Wolfe disposait sur les plaines d'Abraham. Montcalm et Wolfe furent mortellement blessés. Le général Monckton reçut une balle en pleine poitrine. En un quart d'heure d'affrontement, 547 anglais avaient été tués contre 432 chez les Français qui s'étaient à nouveau retranchés derrière les fortifications de la ville.

Pierre Rigaud de Vaudreuil, le gouverneur, qui n'avait aucune expérience guerrière, fut pris de panique et quitta Québec vers Beauport. Cette dérobade insensée démoralisa la population, déjà éprouvée par la mort de Montcalm. La décision de quitter Québec était équivalente à celle de livrer la ville aux Anglais avec ses canons, ses munitions et ses vivres.

La bataille des plaines d'Abraham est généralement considérée comme étant celle qui a consacré la perte du Canada. Il n'en fut rien, en avril 1760, le chevalier de Lévis avait vaincu les Anglais à la bataille de Sainte-Foy. Québec fut sur le point d'être repris par les Français. Cela ne put se faire car la flotte britannique avait désormais libre accès au fleuve.

 

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Montcalm à la tête de ses troupes sur les plaines d'Abraham. Aquarelle de Charles William Jefferys.

Règlements de compte

 

En France, la chute du Canada, français depuis près de deux siècles et demi, avait stupéfié l'aristocratie toute entière. Au même moment, on faisait passer en jugement Dupleix et Lally-Tollendal (ce dernier fut condamné à mort et exécuté en 1766) pour la perde des Indes orientales françaises.

La période contemporaine a été également témoin de procès similaires, tels que celui de Riom, qui eut lieu après l'armistice de 1940 et qui fut organisé par le gouvernement de Vichy pour traduire en justice tous ceux que l'on estimait responsables de la défaite.

[...] L'affaire du Canada, ou plus simplement le procès du Canada, permit d'exorciser les démons. Les sujets du Roi-très-Chrétien ne risquaient-ils pas de rendre responsables les dirigeants de Versailles et notamment le Premier ministre Choiseul(franc-maçon, "Vénérable de la Loge Les Enfants de la Gloire" en 1761 [8], Choiseul qui se disait "l'artisan du renouveau français et de la revanche contre l'Angleterre" (sic)... [9], était lié aux "philosophes" [10], le complice des Parlements dans leur obstruction au roi [11] Ndlr.)

Pour parer ce danger, il fallait trouver des paratonnerres ou, comme on dirait de nos jours, des fusibles. On résolut de mettre en accusation les officiers, civils et militaires, les administrateurs, les hommes d'affaires, les trafiquants, les spéculateurs et leurs associés, etc. Les prétextes ? Enrichissement trop rapide pour de nombreux personnages qui avaient utilisé leurs fonctions officielles pour gagner beaucoup d'argent. On parlait beaucoup à Paris des "millionnaires du Canada". Vaudreuil passait pour avoir rapporté 23 millions de livres et Bigot 29 millions ! Tout comme aujourd'hui en cinquième république, cet abus des fonctions officielles était courant. [A la différence avec notre époque que l'enrichissement indéfini sous l'Ancien Régime pour les nobles était suspect, et contrevenait aux codes de la noblesse. Ndlr.]

La morale de l'histoire

 

Sur le plan militaire, un siècle de combats avait démontré clairement que le sort d'une place dépendait souvent beaucoup plus du cartactère de son commandant que du rapport de forces. En fait les Français avaient multiplié les victoires en Amérique du nord durant les dernières années de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) avec un rapport de force de 300 000 contre 15 000 en faveur des Anglais, soit à 20 contre 1 !

Lorsque l'Amérique française s'est effondrée au cours de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), soixante ans plus tard, la disproportion s'était en fait un peu améliorée en faveur des Français puisqu'ils luttaient désormais à 1 contre 18.

A n'en pas douter, ces victoires spectaculaires de la fin du XVIIe siècle reflétaient la valeur des hommes qui conduisaient la lutte du côté français et leur stratégue efficace. Combativité, fermeté, audace mais prudence, refus de considérer les autochtones comme étant fondamentalement différents d'eux et inteligence d'en faire des alliés. Quant à leurs méthodes de guerre, écrit SAUVAGEAU :

"Elles étaients la conséquence de l'infériorité même de leurs forces et un moyen de la compenser. Refus de la 'guerre en dentelles' à l'européenne. Pratique constante de la guérilla. De même, refus de la défensive, de la guerre statique qui conduirait les Français au désastre, compte tenu de la faiblesse de leurs ressources. Adoption de stratégies offensives, visant souvent à faire illusion à l'ennemi et le tromper sur les forces réelles de l'adversaire. Utilisation de la force de l'ennemi même pour le combattre en commerçant avec lui. Utilisation des hommes des milices, bien supérieurs en nombre aux soldats réguliers, qui, à cette époque, étaient souvent des mercenaires qui n'obtenaient de la guerre que leur solde alors que les miliciens défendaient leurs terres et leurs biens, et connaissaient bien le pays. L'équipe exceptionnelle de Saint Castin, Villebon, Frontenac, Iberville qui s'estompa à la fin du XVIIe siècle ne fut malheureusement pas remplacée."

[...] Approche patiente de l'ennemi, embuscade, fuite devant un adversaire trop supérieur en nombre, attaque rapide comme la foudre dans le cas inverse, opérations conduites en tout temps, même durant les hivers les plus rudes, invention du camouflage porté à son point de perfection, ruses qui consistaient, par exemple, à annoncer aux Anglais d'une place forte qui résistait qu'ils seraient livrés aux Abenaquis à l'issue du siège, pour assouvir leurs désirs de torture si leur reddition n'était pas immédiate. [...] L'avalanche anglaise du XVIIIe siècle aurait pu être abattue, encore fallait-il un Saint Castin ou un Frontenac au poste de commande ! Lorsqu'une défaite du côté français survient, les sublaternes ou les civils sont souvent mis en accusation par des franco-Français parachutés par l'administration royale ne connaissant rien du pays. On est également étonné de la naïveté des responsables de Versailles vis-à-vis des Anglais qui demandent toujours plus de concessions avant de signer des traités qu'ils foulent aux pieds à la première occasion. Au lieu de profiter de sa position de force quand elle en a la possibilité, sa Majesté-Très-Chrétienne accepte de négocier avec les Anglais dès que ces derniers en font la demande et se contente souvent de protester à Londres lorsque les clauses des traités ne sont pas respectées (il ne faut pas oublier aussi qu'il existait chez les intellectuels français de l'époque une certaine admiration du système politique de la nation ennemie, sentiment qui n'aidait en rien à combattre. (Cf. sous le ministre Choiseul... Ndlr).

[...] Alors que les Français voient dans la paix une occasion de repartir sur de nouvelles bases, la paix pour les Anglais n'est qu'un répit qui leur permet de se renforcer, de réévaluer les plans et de se réorganiser. Pour les Français, la paix précède un nouveau départ dans l'oubli - ce que l'on voit encore aujourd'hui - alors que, pour les Anglais, elle n'est qu'une étape dans la poursuite d'un effort de guerre dont les raisons sont permanentes et dont les objectifs demeurent inchangés.

Lorsque les Anglais demandent aux Acadiens de l'Acadie orientale de leur prêter serment de renoncer à la lutte armée, ils ne cherchent qu'à gagner du temps pour organiser leur déportation. En effet, il ne s'agit pas d'intégrer les habitants du territoire conquis mais de les déposséder de leurs biens et de les exterminer en tant que peuple. La Galissonnière et son agent, l'abbé Le Loutre, le prévoyaient depuis longtemps mais l'administration royale refusa de les prendre au sérieux jusqu'à ce que les faits leur donnât raison. Il est intéressant aussi de noter que les colons de la Nouvelle-Angleterre prêtaient volontiers des intentions agressives à leurs voisins [12] et pensaient, comme c'est actuellement toujours le cas aux Etats-Unis, qu'ils étaient nécessairement l'objet de convoitises et qu'ils étaient ainsi acculés à la lutte armée ("si nous ne le détruisons pas, 'ils' nous détruiront".) Darwin a d'ailleurs cristallisé cette idée de lutte constante issue d'un sentiment manichéen, qui lui-même dérive du protestantisme (voir chapitre 4), dans sa fameuse théorie sur l'évolution des espèces, en 1859.

[...] L'effondrement de la Nouvelle-France n'était pas "un impératif de l'histoire". Dale Carnegie, qui écrit son livre "Public speaking" en 1956, cite Foch qui, lors de la bataille de la Marne en 1914, déclara:

"Le centre de mes troupes est enfoncé. L'aile droite est en retraite. La situation est excellente. Nous attaquons !"

Cette attaque sauva Paris et fut essentielle dans la mesure où elle brisa l'offensive allemande durant la Première Guerre mondiale.

Cependant, le point le plus important durant la Guerre de Sept Ans, est de noter les convictions de Vaudreuil et surtout de Montcalm qu'ils ne pourraient pas assurer leurs missions avec succès. Pour eux, la guerre est perdue d'avance, vu la disparité des forces en présence. Les deux chefs sont vaincus d'avance en pensée, condition la plus assurée pour l'être un jour effectivement. En effet, lorsqu'une situation en évolution constante peut commencer à ressembler à un échec, un individu vaincu à l'avance en pensée ne verra que ce qu'il a anticipé et ne pourra donc pas en conséquence réagir pour inverser la tendance.

La France dans la Guerre d'Indépendance américaine.

Banastre Tarleton et ses dragons sont particulièrement honnis des Américains, ayant commis de multiples atrocités dans les Etats du sud. [...] Les nombreuses exactions commises par les troupes britanniques ont choqué les opinions européennes, jetant un important discrédit sur la Couronne britannique.

[Dans le film "The Patriot" de Mel Gibson (2000), le Lieutenant-Colonel Banastre Tarleton a inspiré le personnage du colonel William Tavington incarné par l'acteur britannique Jason Isaacs. Ndlr.]

 

Une réaction tardive à la perte de la Nouvelle-France sera la financement de la révolution américaine par Louis XVI. William Piel, de l'Université Harvard, écrivait en septembre 1997 que ce que les Français dépensèrent durant la révolution américaine équivalait à trois fois les revenus annuels de l'Etat français, qui ne fut même plus en mesure de payer l'intérêt de cette dette. Ce désastre financier fut déterminant dans le déclenchement de la Révolution française et donna prématurément naissance à une force continentale, fille de l'Angleterre, portant le nom d'Etats-Unis d'Amérique...

 

L'infériorisé, qu'il se mette lui-même en état d'infériorisé ou qu'une entité extérieure lui communique ce sentiment par l'application des techniques propres à la guerre contre l'intelligence est un infirme mental, un véritable poison pour lui-même et pour sa communauté dans la mesure où il n'a plus les moyens de trouver en lui-même les raisons pour combattre, ni même le désir d'être vainqueur. Chez un militaire, un chef d'Etat, un haut fonctionnaire, un chercheur ou un industriel, cet état d'esprit entraîne une inhibition de l'action et le déclin rapide de sa société s'il se généralise. L'étude de la Nouvelle-France est d'une grande utilité car elle est l'un des meilleurs exemples qui se puissent trouver pour illustrer les dégâts que nos "élites" peuvent engendrer dans l'évolution de nos sociétés, lorsque leurs dispositions mentales sont, pour diverses raisons, négatives. Un ennemi n'a nul besoin de nous combattre s'il arrive à nous convaincre que nous sommes inférieurs à lui. La nouvelle guerre contre l'intelligence repose en grande partie sur ce principe.

Comment peut-on, après avoir étudié cette période de notre histoire, ne pas être irrité par les stupides commentaires que l'on peut trouver dans l'encyclopédie Universalis informatisée, cuvée 1997, rédigée en France, lorsque, à la section "Canada - Histoire et politique", on peut y lire que "les franco-canadiens sont mal inspirés par leur nationalisme latent" [13] ? Les exploits des combattants les plus brillants de l'Amérique française de la fin du XVIIe siècle n'ont jamais été immortalisés par Alexandre Dumas ni par Victor Hugo dans sa "Légende des Siècles". Pourtant, durant plus de deux siècles, l'histoire de l'Amérique française fut partiellement riche en épisodes susceptibles d'enflammer l'imagination des jeunes générations. Néanmoins, les franco-français ont préféré troquer les aventures d'un Saint-Castin, d'un Joseph Broussard (Acadien célèbre qui s'illustra surtout durant la période de la Grande déportation) ou d'un Boishébert pour le mythe du "garçon vacher" anglo-américain, plus connu sous la désignation de "cow boy", qui a fait l'objet de tant de romans, de bandes dessinées et de films (les films sont, eux, d'origine presque exclusivement américaine).

A l'exception des Québecquois les plus cultivés, les noms de Du Tisné, La Harpe, D'Iberville, Vényard de Bourgmont, La Vérendrye, Simard de Belle-Ile, les plus fameux des explorateurs français d'Amérique du nord sont iinconnus des Français et autres Européens francophones.

Depuis notre plus tendre enfance, on interdit aux francophones de se souvenir que la découverte des grands espaces, les aventures et les grands exploits ont été aussi réalisés en français. Actuellement, plus de 4 000 noms de lieux attestent encore l'ancienne présence francophone sur le territoire des Etats-Unis. [14]

Carte nouvelle de la partie de l'ouest de la Province de la Louisiane sur les observations et decouvertes du Sieur Benard de la Harpe

Carte nouvelle de la partie de l'ouest de la Province de la Louisiane sur les observations et decouvertes du Sieur Benard de la Harpe

Cartes de l'explorateur français D'Iberville http://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/les-explorateurs/pierre-le-moyne-diberville-1686-1702/

Cartes de l'explorateur français D'Iberville http://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/les-explorateurs/pierre-le-moyne-diberville-1686-1702/

La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique

Les explorateurs français

Les Français décrivent et traitent avec grand respect tous les peuples aborigènes rencontrés.

Depuis fort longtemps, notre jeunesse découvre l'Amérique par culture étrangère interposée. Nous utilisons même les désignations anglaises des anciennes tribus indiennes. Les "Agniers" sont devenus les Mohawks, les "Chaouanons" sont devenus les Shawnees, les Chenaquis sont devenus les Cherokees, etc.

Dans l'inconscient francophone populaire actuel, les héros américains n'ont jamais été français. Nous nous sommes progressivement habitués à rêver par procuration. Nous sommes ignorants du fait que ce grand dessein de création, ces grandes aspirations et ce désir de provignement (fait de marcotter la vigne) se sont réalisés dans notre culture et notre langue durant plus de deux siècles dans un territoire presque vacant qui pouvait facilement accueillir une nouvelle civilisation tout en respectant celle qui y était plus anciennement installée.

Encore aujourd'hui, ces descendants des Français d'Amérique que sont les Québecquois et les Acadiens n'ont même pas le droit d'organiser des jeux de la Francophonie sans que le gouvernement fédéral canadien ne leur impose l'usage de l'anglais (en plus du français), comme cela fut le cas en 2001 à Ottawa. Léon Dion, un intellectuel québecquois (cité par l'écrivain Doris Lussier) déclarait :

"Depuis 1763, nous n'avons plus d'histoire, sinon celle que nos conquérants veulent bien nous laisser vivre, pour nous calmer. Cette tâche leur est d'autant plus facile que nous secrétons nos propres bourreaux."

Toute défaite militaire entraîne dans son cortège un sillage de collaborateurs zélés parmi lesquels on trouve ceux chez qui l'intérêt matériel prime, mais aussi, et davantage, d'authentiques convertis qui ont été surtout vaincus en esprit. Le manque de confiance en soi et la soumission qu'il entraîne font sans doute partie des caractéristiques qui persistent le plus longtemps chez les peuples qui ont fait l'expérience de l'humiliation et de la défaite. Evoquant de Gaulle dans un entretien avec la presse après la Deuxième Guerre mondiale, Alain Peyrefitte disait :

"Le problème était d'arracher les Français à leur complexe de soumission... Le général était frappé par la propension de notre peuple à aller chercher des consignes ailleurs, à se reposer sur les autres de leur destin. Mais son réalisme foncier il montrait que l'on ne pouvait renforcer le goût de leur indépendance sans leur montrer qu'elle était viable."

[...] La défaite des plaines d'Abraham de 1760 n'apporta aux Canadiens français strictement rien de plus qu'ils n'avaient déjà, mais elle en fit, au contraire, des citoyens de seconde classe pour longtemps.

 

Dans un article intilulé "Qu'est-ce qui rend la France malade maintenant ?", paru dans le "new York Times" récemment, le professeur d'histoire européenne de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) Eugène Weber, assurait que "ce n'est pas le manque de vision qui handicape l'Hexagone, mais l'excès d'aspirations avortées !" Eugène Weber fait remontrer le "déclin de la France à la quatrième, voire à la Troisième République". Tout en qualifiant les Français de "cocus de l'histoire", il prophétise que ce déclin va empirer parce que selon lui :

"la France manque de dirigeants ayant une vision", actuellement.

Weber oublie le point le plus important, celui de l'infériorisation des élites, qui ont déjà perdu une guerre qu'elles n'ont jamais combattue, "la guerre contre l'intelligence".

Cependant, certains signes laissent à penser que lentement, très progressivement, poussés inexorablement par le temps, des changements de mentalité sont à l'oeuvre. Le 15 février 1998, l'agence de presse AFP rapportait de La Nouvelle Orléans qu'un avocat américain de Lafayette en Louisiane, descendant direct d'Acadiens, se battait actuellement pour obtenir de la Grande-Bretagne des excuses à son peuple expulsé en 1755 des terres acadiennes de Nouvelle-Ecosse. Warren Perrin* avait déposé dès 1990 une requête en ce sens auprès du gouvernement britannique et de la Couronne d'Angleterre. Il ne demandait pas de dédommagement financier mais souhaitait simplement la reconnaissance de la tragédie du peuple acadien et la construction d'un monument  en commémoration des souffrances. Il était en négociations avec des avocats de Houston (Texas) représentant le gouvernement britannique et envisageait en cas d'échec de porter l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'Homme. Monsieur Perrin avait espéré voir son voeu exaucé en 1999; date de deux rendez-vous francophones importants: le Congrès mondial des Acadiens - descendants des colons français installés aux XVIIe et XVIIIe siècles en Acadie -, en août 1999 en Louisiane, et le Sommet de la Francophonie au Nouveau Brunswick (Canada) en septembre de la même année. [...] Le traité d'Utrecht de 1713 conclu à la suite de la conquête de l'Acadie par les Anglais leur accordait (aux Acadiens Ndlr.) le droit de jouir du libre exercice de leur religion et de choisir de rester dans le pays en conservant leurs biens ou de le quitter en les emportant. Toutefois, en juillet 1755 commença "le grand dérangement" au cours duquel périrent au moins 5 000 Français. Trois mille s'installèrent en Louisiane...

Notre peuple a été victime de deux tentatives de génocide culturel", s'exclame Perrin, faisant référence au "grand dérangement" et aux tentatives d'anglicisation forcées menées par les écoles américaines dans les années 1950.

"Notre peuple a été victime de deux tentatives de génocide culturel", s'exclame Perrin, faisant référence au "grand dérangement" et aux tentatives d'anglicisation forcées menées par les écoles américaines dans les années 1950. Les "francofêtes" qui, sur toute l'année 1999, ont marqué le tricentenaire de la Louisiane française, symbolisent "la survie de notre patrimoine francophone", ajoutait M. Perrin que sa notoriété soudaine avait propulsé à la tête du Conseil pour le développement du français en Louisiane. Il se sent conforté dans son combat par l'exemple des Etats-Unis qui ont présenté en 1988 des excuses aux Américains d'origine japonaise pour le traitement subi durant la Seconde Guerre mondiale, voire celui de la Grande-Bretagne elle-même qui a, en 1995, par la voix de la reine, présenté ses excuses au peuple maori de Nouvelle-Zélande.

En cas de refus, Perrin avait l'intention de porter l'affaire auprès du tribunal des crimes de guerre des Nations Unies ou de la Cour européenne des droits de l'homme ou encore d'un tribunal fédéral américain puisque l'Angleterre a non seulement enfreint les lois britanniques et internationales mais s'est, de plus, rendue coupables de crimes contre l'humanité et de génocide. Perrin soulignait que les crimes contre l'humanité ne bénéficiant d'aucune péremption. [...] En 1997, l'Angleterre a présenté une excuse officielle aux Israéliens pour la confiscation de fonds détenus par des Juifs sur des comptes bancaires durant la Seconde Guerre mondiale. Elle a aussi annoncé l'ouverture d'une enquête judiciaire visant à éclairer l'assassinat de treize manifestants catholiques en Iralnde du nord, en 1972.

 

* Note de Christ-Roi. Warren Perrin a vu son voeu de voir la déportation des Acadiens officiellement reconnue, exaucé en 2003, avec une proclamation royale signée de la main d’Élisabeth II, reconnaissant les torts causés par le "Grand Dérangement". Cf. Warren Perrin, 25 ans de combat pour les Cadiens de Louisiane.

Source: Warren Perrin, 25 ans de combat pour les Cadiens de Louisiane, Acadie Nouvelle, Publié: 8 h 19 min, mardi 21 juillet 2015 par Simon Delattre.

Notes

 

[1] Curieusement, le nom de Saint Castin, l'un des plus brillants défenseurs de l'Acadie, a été conservé aux Etats-Unis sur les lieux où, jadis, il accomplit certains de ses plus brillants exploits alors qu'il était totalement inconnu en France. En effet, la petite ville de Pentacouet fut rebaptisée Castine (dans l'Etat du Maine) par les Américains après la Guerre d'Indépendance contre l'Angleterre, en respect de ce formidable combattant.

[2] Le lecteur trouvera dans ce chapitre des résumés de certains passages du livre de Monsieur Sauvageau et de nombreuses citations.

[3] La vallée du Mississipi, qui est le fleuve le plus long d'Amérique du Nord fut également explorée par des Français parmi lesquels se trouvent Louis Jolliet, Jacques Marquette et Robert de La Salle.

[4] Il existe aussi quelques histoires parallèles de colonisation française nord-américaine comme celle de la Floride qui fut occupée par des protestants français de 1562 à 1567. Combattus et exterminés par les Espagnols, les Français furent vengés par Dominique de Gourgues en 1567. Malheureusement, le gouvernement royal n'envoya aucun nouveau colon vers cette nouvelle Floride vidée de ses occupants espagnols.

[5] Le terme "Yankee" est une déformation indienne du terme français "Anglais" qui est devenu par étape "Anqui" = "Yanqui" et finalement "Yankee" après adaptation au système phonético-graphique anglais.

[6] Il faut noter que, en dépit du "grand dérangement", la population acadienne de langue française reste substantielle au Nouveau Brunswick, l'ex-Acadie occidentale, avec 35% du total. Toutefois, Ottawa s'est attaché à miter d'anglophones villes et villages de l'Acadie pour que les Acadiens ne soient majoritaires dans aucun territoire de surface crédible. Hubert Joly, Secrétaire général du Conseil international de langue française, écrivait que, si le sommet francophone de Moncton en septembre 1999, a permis à nombre de délégations du tiers-monde de prendre conscience que la communauté acadienne est encore colonisée, et que cet avatar peut encore arriver en l'an 2000, et ironie, même à des Blancs, il s'agissait là sans doute d'un des résultats les plus tangibles de ce sommet.

[7] L'un des rares lieux de cette région qui n'a pas été débaptisée après la conquête.

[8] Sur l'appartenance maçonnique de Choiseul : Grande Loge Suisse Alpina http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/artikel/artikel-2006-4-01.php

[9] Choiseul avait "en réalité, par calcul personnel,[...] laissé la crise morale et institutionnelle se développer jusqu'à mettre le royaume en péril" : Pierre PLUCHON, Histoire de la colonisation française, tome 1er, Le Premier empire colonial, Des origines à la Restauration, Fayard, Saint-Amand-Montrond 1996, p. 294.

[10] Pierre GAXOTTE de l'Académie française, Le siècle de Louis XV, Texto, Paris 2015, p . 295.

[11] Choiseul "de coeur avec les Parlements et presque leur complice" in P. GAXOTTE, ibid., p. 343.

[12] L'agressivité des Acadiens, bien réelle, n'était, la plupart du temps, que la réaction contr les incursions anglaises de l'époque et de la politique de dévastation systématique qu'ils appliquaient alors.

[13] Une encyclopédie historique est censée décrire les faits, expliquer les évènements. Elle ne constitue en aucun cas une plate-forme pour donner libre cours aux sentiments et opinions personnelles de ses auteurs.

[14] Au Canada anglais, à quelques exceptions prêts, la plupart des lieux ont été débaptisés. "Fort Frontenac" est devenu Kingston, "Fort Rouillé" Toronto, le Lac "Ouinipigon" le lac Winnipeg, "Chibouctou" Halifax. Aux Etats-Unis, les noms de certaines grandes villes ont été changés, comme par exemple "Fort-Duquesne" qui est devenu Pittsburgh. A la frontière Canada-Etats-Unis, "Pontchartrain duD étroit" est resté "Détroit" du côté américain et a été rebaptisé "Windsor" du côté canadien.

[15] CODOFIL = "Council for the development of french in Louisiana".

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 16:16
Si cet été vous pouvez poser vos fesses sur le sable, c'est grâce à qui ?
1936 ? Léon Blum, loi sur les Congés payés : grâce à qui ? "Si vous posez vos fesses sur le sable, c'est parce que d'autres ont bougé les leurs"

1936 ? Léon Blum, loi sur les Congés payés : grâce à qui ? "Si vous posez vos fesses sur le sable, c'est parce que d'autres ont bougé les leurs"

La gauche n’a rien inventé, elle a recopié et appliqué les lois sociales royalistes, qu’elle avait depuis la Révolution refusé aux ouvriers. [même chose que pour l'égalité fiscale des Français devant l'impôt. Cf. La Révolution dite française: les privilégiés (francs-maçons et haute-noblesse parlementaire au XVIIIe siècle) firent obstruction à ce projet pour ne le reprendre et se le réappropier qu'en 1789] Il suffit pour s’en convaincre, d’éplucher les archives comme nous l’avons fait et mettre sous les yeux du public les mensonges de l’histoire officielle.
Les maux dont nous souffrons restent principalement les mêmes dénoncés depuis des décennies.

 

- Crise économique et faillite du libéralisme avec ses conséquences
- une population salariale restant sans protection professionnelle comme les avocats et médecins qui, eux possèdent la propriété du métier.
- un nouvel esclavage avec les délocalisations où les individus peuvent être mis en concurrence avec d’autres dans des pays « sous-développés » et perdre travail et situation
- un certain patronat libéral sans foi ni loi, exporte ses entreprises à l’autre bout du monde, la main sur le cœur et parlant de république des droits de l’homme mais acceptant pour plus de profit, le déplacement de ses capitaux en mettant en faillite des familles entières de salariés…
- un Etat ayant perdu toute indépendance politique face à l’économique, devenu un satellite de l’Europe décidant de la vie ou de la mort de pan entier de son économie : agriculture, pêche, industrie au profit d’autres pays.
- un syndicalisme ne représentant plus le monde du travail mais la politique et dont les adhésions fondent comme neige au soleil
- Un Etat sacrifiant son peuple en acceptant que la misère du monde vienne s’implanter ici.
- une politique suicidaire en matière de démographie, un Etat ripoux-blicain surendetté dans une marche vers l’abîme et le néant


La plupart des lois sociales instituées, Conseil économique et sociale, sécurité sociale, participation, loi des 8 heures…n’ont pas l’étendue réelle et l’autonomie dont les royalistes rêvaient qu’elles puissent avoir dans un véritable pays libre. Ces lois furent limitées par le système républicain les restreignant pour en garder le contrôle, comme pour la décentralisation.

Alors même si toutes les formes de gouvernements possèdent leurs contraintes, il reste des gouvernements destructeurs par essence et d'autres dont les bases restent humanistes. Retrouvons les racines de l'arbre de vie d'où notre France fut le fruit et Libérons nous…

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 16:08

Alors, commençons par nous-mêmes. Respectons en nous-mêmes notre nature.

Jean de Viguerie

L’histoire du citoyen (Jean de Viguerie)

Conférence donnée par Jean de Viguerie à l'école Saint-Bernard de Bailly le samedi 9 mai 2015. Jean de Viguerie est un historien et essayiste français, spécialiste du XVIIIe siècle et de l'histoire du catholicisme français. Il est professeur honoraire de l'Université Lille III.

Extrait :

 

Image illustrative de l'article Pie VI(A partir de 31:06) "La république n'est pas un régime politique comme le croient certaines personnes. C'est un régime étrange qui ne veut connaitre le français que tel que le définit la déclaration des droits de l'homme, qui n'a ni famille ni propriété ni profession, et surtout, qui n'a pas de raison. C'est le Pape Pie VI qui l'a dit, dans son Bref "Quod Aliquantum" du 10 mars 1791. C'est le meilleur lecteur de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Le meilleur, et j'allais dire, le seul Pape qui ait bien défini cette déclaration. Il a dit :

 

"Qu'est-ce que c'est que cette liberté et cette égalité insensée qui méconnaît la raison humaine, le plus grand privilège que Dieu ait accordé à l'être humain." [1]

Elle (la déclaration des droits de l'homme de 1789) méconnaît la nature humaine, elle méconnaît surtout la Raison.

 

[...] (A partir de 1:17:44) Jean de Viguerie termine magnifiquement sa conférence par ces quelques remarques :

"L'histoire montre que la vraie Patrie des Français ne consistent pas dans la déclaration des droits de l'homme, mais qu'elle a été pour nos ancêtres - non seulement la terre et les morts comme disait Barrès -, mais les vertus, les vertus chrétiennes, la monarchie sacrée.

L'histoire montre que les droits de l'homme et du citoyen sont une illusion, un mensonge, que l'être nouveau qui n'a pas de métier ni de famille est un mythe et que ce mythe a engendré la mort des Français et le déclin de la France.

[...] Seulement ces mensonges ont la vie dure. Alors commençons par nous-mêmes. Moi c'est le conseil que je donne. Commençons par nous-mêmes, dévoilons les mensonges, cessons d'agir en 'citoyen'. Et pensons au respect. Pensons au respect de notre propre nature, nature d'être raisonnable créé par Dieu. [2]

Rappelons-nous l'Antiquité grecque, rappelons-nous Antigone, qui voulait enterrer la dépouille mortelle de son frère. Créon ne voulait pas. Elle va mourir à cause de cela. Mais elle va le faire quand même, non pas par devoir, mais par respect pour son frère.

S'agissant de l'avenir de la France, le suffrage universel, nous en sommes certains, ne ramènera pas le Bien commun. Jusqu'ici en tout cas il ne l'a pas fait. On peut même dire qu'il a agravé la situation. Tous les ans, on fait des progrès, on descend. On descend jusqu'au fond. Alors des gens me disent : 'Quand on sera au fond, on remontera.' Mais non, il n'y a pas de fond.

Le 'politique d'abord', vous savez le fameux axiome de Charles Maurras, vaut-il encore ? Je ne sais pas, j'en doute. Je sais seulement que nous affrontons non un régime mais une idéologie.

Si on affrontait un régime politique, on pourrait se soulever contre un régime. Mais contre une idéologie ce n'est pas la même chose.

Alors, commençons par nous-mêmes. Respectons en nous-mêmes notre nature, la nature de nos enfants, dans notre prochain l'homme créé à l'image de Dieu.

Et ce sera un petit commencement. Nous serons peu nombreux et la république peut durer encore longtemps grâce à ce qu'elle appelle la défense républicaine, c'est-à-dire des alliances imprévues, grâce à des fortes mobilisations.

On ne peut pas dire que nous serons sauvés par les électeurs. Je suis même convaincu du contraire.

Je mets dans ma conclusion qu'il faudra pour mettre fin à la fausse trinité ('Liberté, égalité, fraternité, NDLR.), une intervention des puissances supérieures. [...] - mon éditeur était intrigué -. Mais si mêmes peu nombreux nous dénonçons le mensonge et nous le démasquons, la république révolutionnaire, la république de l'idéologie perdra peu à peu de sa force, et nous la verrons disparaître.

Ainsi, je l'espère, si nous chassons le mensonge, la vraie cité revivra. Et elle puisera, comme elle l'a toujours fait, à la source grecque, c'est-à-dire à la justice et à l'amitié, dont Aristote dans son Ethique à Nicomaque, vante les vertus. Elle puisera aussi et biensûr à la source chrétienne, animée par la charité."

Un exemple frappant de ce citoyen déraisonnable façonné par la Déclaration des droits de l'homme de 1789 se trouve dans une déclaration contradictoire située dans le texte même de la Déclaration, et qui a bien été observée par Philippe Pichot-Bravard, docteur en droit, maître de conférences en histoire du droit, pour Monde & Vie (numéro 908) :

 

"Il y a une triple ambiguïté dans la déclaration des droits de l’homme.

Premièrement, il existe dans la déclaration une tension entre l’article 2 qui proclame l’existence de droits naturels de l’homme et l’article 6 qui définit la loi comme l’expression de la volonté générale : l’article 6 fait de la volonté de la nation souveraine la source de toute norme juridique; ce faisant, il escamote l’existence d’un ordre naturel supérieur à la volonté du législateur. Or les constituants, de manière volontaire, ont refusé d’établir un organe et une procédure juridique permettant de vérifier que les textes adoptés par le législateur soient réellement respectueux des droits naturels proclamés dans la déclaration. Avec la déclaration des droits de l’homme, la volonté du législateur ne rencontre plus aucune limite, ce qui était l’une des conditions de la régénération révolutionnaire.

Deuxièmement, comme l’a montré Edmund Burke, le caractère abstrait des droits de l’homme n’offre aucune garantie. Tout au contraire, la Liberté abstraite s’avérera très rapidement redoutablement dangereuse pour les libertés concrètes. Un exemple, parmi d’autres ? L’article premier proclame que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Or, quelques mois plus tard, l’Assemblée constituante ventile les citoyens en quatre catégories censitaires; les citoyens passifs, les citoyens actifs, les citoyens actifs éligibles et les citoyens actifs éligibles à la députation. Les deux-cinquièmes des hommes se voient ainsi privés du droit de vote et les trois-quarts sont exclus de l’éligibilité.

Troisièmement, la déclaration des droits de l’homme passe pour porter une conception élevée de l’homme; en réalité, elle exalte l’homme comme individu, mais, en escamotant la nature spirituelle et sociale de cet homme, elle l’appauvrit considérablement. J’invite ici le lecteur à consulter les ouvrages du Pr. Xavier Martin qui a mis en lumière le réductionnisme anthropologique qui découle du matérialisme et de l’individualisme des Lumières.

Aujourd’hui, notre système occidental insiste beaucoup sur la promotion de droits de l’homme, abstraits, qui restent soumis à la définition qu’en donnent les institutions, et notamment les cours suprêmes de justice, nationales et supranationales, définition qu’adopte une opinion publique changeante et partiellement mondialisée, que des campagnes de presse peuvent guider aisément.

De là d’inévitables inflexions qui permettent de concilier ces droits de l’homme avec de puissants intérêts économiques et idéologiques. Ainsi, la promotion des droits de l’homme coexiste harmonieusement avec le refus catégorique des sociétés contemporaines de protéger la vie des êtres humains depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. Comment accorder du crédit à l’idée de droits de l’homme lorsque le premier droit, celui de vivre, est non seulement nié mais combattu afin de satisfaire tout à la fois les revendications idéologiques du féminisme révolutionnaire, les préoccupations malthusiennes des organisations supranationales et les calculs financiers des laboratoires de recherches ?" (Philippe Pichot-Bravard, Monde et Vie, numéro 908.)

 

Les thèmes développés par Jean de Viguerie (méconnaissance par la déclaration des droits de l'homme de 1789 de la raison humaine et de la nature humaine) m'amènent à rappeler comme je l'écrivais le 6 novembre 2008, dans l'article "Contre-Lumières. Ebauche d'un programme politique fédérateur", ce qui se voulait être "un programme politique écologique et anthropologique véritablement fondé sur l'homme" :

 

"En réduisant l'homme à sa bouche et à son ventre" ... la vision républicaine de l'homme et des droits de l'homme "en présente une vision déformée et amputée réduite à la dimension matérielle".

"[C]ette vision de l'homme pèche par son défaut essentiel: elle est incomplète..." "Elle divise la double nature de l'homme matérielle et spirituelle, pour ne retenir que la première."

 

Ce qui en 2008 m'avait amené à cette réflexion fut une réflexion du Pape Saint Jean-Paul II en 2003, dans son livre Mémoire et identité, qui avait déjà noté que :

"Le refus du Christ et en particulier de son mystère pascal - de la Croix et de la Résurrection - se dessina à l'horyzon de la pensée européenne à cheval sur le XVIIe et le XVIIIe s., dans la période des 'Lumières'... Les 'illuministes' repoussaient la vérité sur le Christ... De ce Dieu-homme, mort et ressuscité, la pensée européenne des Lumières voulait se défaire, et elle fit de nombreux efforts pour l'exclure du continent. Il s'agit d'un effort auquel de nombreux penseurs et hommes politiques actuels continuent de rester obstinément fidèles. [...] Le Christ affirme: 'Moi, Je suis la vigne, et vous, les sarments' (Jean XV, 5). [...] C'est seulement en acceptant d'être greffé sur la vie divine du Christ que l'homme peut se réaliser pleinement lui-même. En refusant d'y être greffé, il se condamne de fait à une humanité incomplète." (Jean-Paul II, Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 119-120).

 

Ainsi, la "vision catholique" des droits de l'homme intègre "la totalité des dimensions constitutives de la personne humaine" et notamment "sa relation à Dieu"...

C'est ce qu'avait expliqué le 10 décembre 2008, le cardinal Renato Martino, Président du Conseil pontifical Justice et Paix qui s'exprimait lors d'une soirée présidée par le pape Benoît XVI, salle Paul VI, en l'honneur du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Selon le prélat,

il existe une conception "individualiste" où "la revendication des droits de l'homme s'est transformée en affirmation des droits de l'individu plus que de la personne, c'est-à-dire de l'être humain amputé de sa dimension sociale et privé de transcendance"...

 

Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican, qui s'exprimait après le cardinal Martino, avait jugé que les droits de l'homme ne devaient pas être confondus "avec de simples besoins contingents souvent limités". Il estima que la Déclaration définit les droits de l'homme à partir de "la dignité commune à tout être humain", et "sans faire partir la demande de droits dans toutes les directions". Il ajouta que l'Eglise catholique "a toujours défendu le principe de l'indivisibilité des droits de l'homme" :

"Il ne semble plus possible de garantir les droits, si l’on oublie leur caractère indivisible."

"Il est toujours plus difficile, a rappelé le cardinal Bertone, de prévoir une protection des droits, efficace et universelle, sans un lien avec cette loi naturelle qui féconde les droits eux-mêmes et est l’antithèse de cette dégradation qui, dans nombre de nos sociétés, a intérêt à mettre en discussion l’éthique de la vie et de la procréation, du mariage et de la vie de la famille, mais aussi de l’éducation et de la formation des jeunes générations, en introduisant uniquement une vision individualiste sur laquelle construire arbitrairement de nouveaux droits plus ou moins bien précisés dans leur contenu et dans la logique juridique".

Il a conclu que "seule une vision faible des droits de l’homme peut considérer que l’être humain est la résultante de ses droits, en ne reconnaissant pas que ces droits restent un instrument créé par l’homme pour donner sa pleine réalisation à sa dignité innée".

 

Le pape Benoît XVI confirma les propos du cardinal Renato Martino sur les "droits de l'homme" indivisibles, dont l'approche 'individualiste' ampute la nature de l'homme, le prive de sa dimension de transcendance... Il expliqua que les droits de l'homme trouvent leur fondement en Dieu créateur. Privés de cette base éthique, ils demeurent fragiles.

Le 4 mai 2009, enfin, recevant les membres de l'Académie des sciences sociales au terme de leur XV session plénière, Benoît XVI expliqua que "l'Eglise a toujours affirmé que les droits fondamentaux, ... sont intrinsèques à la nature de l'être humain créé à l'image et à la ressemblance de Dieu"... et "partagent ainsi une caractéristique commune qui les unit et qui exige un respect universel". De même, l'Eglise a toujours enseigné que "l'ordre éthique et politique qui gouverne les relations entre les personnes trouve ses racines dans la structure même de l'être humain".

 

Afin que la pleine nature de l'homme dans toutes ses dimensions, matérielle, spirituelle et sociale soit reconnue, il est donc temps pour les politiciens et députés catholiques, à la suite de l'appel de Benoît XVI en 2008 et de l'historien Jean de Viguerie dans cette conférence, de produire une réflexion qui conduise à corriger les déclarations erronées de la déclaration des droits de l'homme de 1789.

Notes

 

[1] Le texte exact de la citation est : "que pouvoit-il y avoir de plus insensé, que d'établir parmi les hommes cette égalité et cette liberté effrénée qui semble étouffer la raison, le don le plus précieux que la nature ait fait à l'homme, et le seul qui le distingue des animaux ?" (Pie VI, Bref Quod aliquantum, 1791.)

[2] Ce conseil de Jean de Viguerie rejoint celui donné vers 500 av. J.C. par le philosophe chinois Confucius dans sa Grande étude ou Ta Hio, pour qui il fallait insister sur la nécessité universelle d’appliquer sa raison à la connaissance de la morale et de s’y conformer. Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et plus obscur, il y a un devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ... le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral. Et le Sage d’établir le programme politique du prince pour bien gouverner son royaume : les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères ; les intentions étant rendues pures et sincères, l’âme se pénètre ensuite de probité et de droiture ; l’âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée ; la personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée ; la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ; le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie. (Doctrine de Confucius ou les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine, Traduit du Chinois par M.G. Pauthier, Librairie Garnier Frères, 1921, p.73. in "Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes".)

 

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 13:54

Moment de vérité organisé le 2 mai par BFM-TV dans l'émission "Hondelatte Direct", lors d'un court débat sur la monarchie contre la république au moment où les media évoquent en boucles - y compris en France - le "royal Baby"... (la naissance du deuxième enfant du prince William, duc de Cambridge et de son épouse, qui fait les grands titres de la presse ... comme si en France on n'avait pas le prince Louis et ses enfants...)

Sur le "droit divin" évoqué par François Asselineau pour le railler, l'on peut répondre qu'il vaut mieux le "droit divin" que le droit occulte gnostique maçonnique relativiste qui aujourd'hui fonde le "droit" français et européen quoiqu'en disent les thuriféraires de la "démocratie" moderne, ou Oligarchie devrait-on dire. En outre le "droit divin" a longtemps été le rempart à l'Oligarchie et aux maîtres de la monnaie. Au "Moyen Âge", le droit canonique de l'Eglise catholique interdisait formellement de prêter de l'argent avec intérêt. Ce concept avait déjà été édicté par Aristote et saint Thomas d'Aquin. L'intérêt était contraire à la raison et à la justice. En accord avec les règles de l'Eglise au "Moyen Âge", l'Europe a interdit les intérêts sur prêts de monnaie et qualifait ce délit d'"usure". Ce délit et cette interdiction "de droit divin" fondait l'économie française jusqu'à la Révolution française où les banques prirent le pouvoir et l'Empire de Napoléon où la Banque dite "de France" fut créée en 1800 sur injonction des banquiers.

 

Sur les mauvais rois évoqués par François Asselineau, ce qui compte ce n'était pas la personne du roi mais la qualité des institutions qui entraîne un cercle vertueux et emporte un mieux sur le long terme.

S'agissant de l'argument d'"égalité", rappelons que les premiers à avoir souhaité une égalité des Français devant l'impôt furent les rois Louis XIV, Louis XV et Louis XVI..., que l'écart de richesse entre riches et pauvres n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui, et que les impôts sont 10 fois supérieurs aujourd'hui à ce qu'ils étaient en 1789.

François Asselineau marque un point néanmoins en abordant le fait que les actuelles monarchies européennes ont toutes abdiqué leur indépendance et leur souveraineté au profit de Bruxelles, de la Banque centrale européenne, et de Washington. Ce qui est une trahison et un reniement. Ce qui a pu faire dire à Marie-France Garaud, ancienne conseillère de Georges Pompidou, dans l'émission "Ce soir ou jamais" présentée par Frédéric Taddéï le mardi 23 octobre 2012: "La France n'est plus un Etat."

"La France n’est plus un État. Nous n’avons plus aucun pouvoir d’État. Nous n’avons plus le pouvoir de battre monnaie, de faire les lois, de rendre la justice ou de décider de la paix et de la guerre. On avait encore un pouvoir parlementaire de voter le budget ; on l’a perdu il y a quinze jours, dans le vote de ce malencontreux traité (traité de Lisbonne imposé par Sarkozy)…"

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 08:51
De l'absurdité du vote obligatoire (Edgard Comte)

« Cette réforme constituerait un moyen sûr de renforcer le lien avec la République. » Voilà les mots du président de l'Assemblée nationale. La réforme en question est le vote obligatoire et Claude Bartolone remet sur la table politique un vieux principe qui n'a jamais été appliqué.

Le vote obligatoire serait une manière de vous obliger, de vous contraindre, vous français à vous déplacer le dimanche pour mettre un papier dans une urne et si vous comptiez vous défiler, sachez qu'il vous faudra payer. Encore et toujours payer !

Ce qui est tout de suite intéressant à voir est la réponse des hommes politiques français à la crise actuelle : la contrainte. Vous ne voulez pas participer au pacte républicain ? Que nenni monsieur, vous n'avez pas le droit de ne pas y participer ! Alors pour des hommes qui prétendent défendre la liberté, ils en ont une drôle de définition.

Passons cette première absurdité.

"Le vote obligatoire serait un moyen de briser le fantôme de l'abstention qui hante les couloirs du pouvoir."

Pour nos chers idéologues au pouvoir, le vote obligatoire serait un moyen de briser le fantôme de l'abstention qui hante les couloirs du pouvoir. Ah ! Vade retro abstention ! Ce grand mal républicain ! C'est de l'abstention que naît la distance, la fracture et c'est donc de l'abstention que naît la contestation.

C'est pour tout séide de la République le mal à combattre ; le Satan, l'Adversaire. Pourtant, à y regarder de plus près, on voit que l'abstention croit au fil des années. En 1958, l'année de création de la Vème République, l'abstention aux élections législatives était de 25, 2%. En 2014, elle est de 44,59%.

Plus les temps avancent et plus la démocratie s'étiole. Plus les temps avancent et plus le peuple se détourne de sa prérogative suprême, désintéressé de la chose publique et plus attiré par les nouveaux tropismes hédonistes. Marianne a pourtant offert sa mamelle ensanglantée pour que le français puisse s'y allaiter ! La main de justice des monarques a pourtant été accaparée pour leur servir de hochets !

Il n'y a point de doute, pour les républicains, le peuple est ingrat. Jean-Marie Le Guen, secrétaire chargé des relations avec le Parlement, a versé aux débats : « la démocratie, ce sont des droits et aussi des devoirs, des gens sont morts pour avoir le droit de vote, que l'on considère aujourd'hui avec trop de légèreté ». Ah ! L'argument d'autorité ! On ne peut que s'y plier lorsqu'il est si délicatement prononcé. Le martyre républicain est évoqué, ô mes frères, faites silence et baissez la tête !

"Je range donc mon foulard blanc et je balaye simplement l'argument du « mort pour » d'un revers de main."

Sauf que, nous royalistes, savons aussi ce que martyre veut dire. Et nous pourrions tomber dans la surenchère émotionnelle. À nous Vendée ! À nous Louis XVI ! Mais il ne sert à rien de le faire. Oh non, ce serait donner raison à ces politiques qui ne savent faire qu'une seule chose : émouvoir. À défaut d'avoir un réel pouvoir d'action, un certain courage, ces hommes-là ne jouent que sur l'affect, oubliant toute forme de logos. Sans doute est-ce d'ailleurs l'époque qui le veut car dans tous les débats, pour toutes les « avancées sociales » proposées on utilise à profusion l'émotion. Il faut faire rire ou pleurer. Diable, je ne veux pas participer à cela ! Je range donc mon foulard blanc et je balaye simplement l'argument du « mort pour » d'un revers de main.
Revenons donc à l'obligation du vote et à sa sanction, une amende sans doute, non encore fixée mais elle ne sera sûrement que de quelques euros. « Pas de quoi fouetter un chat ! C'est surtout symbolique » les entends-je déjà me dire. Et bien c'est précisément là où le bât blesse. Celui qui ne votera pas sera sanctionné comme le conducteur qui roule trop vite ; il sera contrevenant. Oh, tout juriste sait que la contravention n'est pas grand chose, c'est moins grave que le délit et encore moins que le crime.

"En dehors du vote, point de salut"

Et pourtant, être en contravention avec la loi c'est déjà symboliquement être assimilé à un hors-la-loi. En dehors du vote, point de salut donc. Pour votre bien, allez voter. Vous y êtes obligés, certes mais c'est pour vous qu'ils le font. Et demain, il vous sera interdit de fumer et vous devrez faire votre dose de sport quotidien. Tout cela pour votre bien.

En bon juriste que je suis, je ris de ce vote obligatoire car si c'est une manifestation de l'indicible « pacte républicain », je sais moi, que pour contracter, le consentement doit être libre et éclairé. Sinon, nous tombons dans le dol. Alors plutôt que de bafouer les règles élémentaires du droit, nos politiques devraient plutôt se remettre en question car il ne faut pas voir dans le spectre de l'abstention une ingratitude populaire mais plutôt une critique sourde de ces hommes qui se pavanent de palais en plateaux, feignant d'être affairé quand ils sont pour la plupart simplement affairistes.

Et si le fruit, déjà gâté, était mûr ? Et si la République commençait sa désagrégation ? L'absurdité du vote obligatoire traduit en tout cas une réelle dégénérescence de la pensée politique. Face à la peur de l'abstention, et la perte de légitimité qui en découle, les républicains, par une terrible fuite en avant, semblent aller de Charybde en Scylla.

Edgard Comte

Vexilla-Galliae

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 11:46

Nouvelle étude de fond présentée par le site Vive le Roy : l'autorité et le pouvoir chez les classiques et les modernes.

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes
samedi 4 avril 2015 par Faoudel Enregistrer au format PDF

La forme du régime politique est-elle neutre ?

 

La république moderne légitime son pouvoir par son caractère rationnel, voire scientifique, et lui oppose l’irrationalité d’une monarchie traditionnelle légitimée par le droit divin. Que faut-il comprendre par « rationalité du pouvoir » dans la république ? Qu’est ce que cette autorité que revendique la monarchie traditionnelle ?

Il y a deux siècles tous les peuples vivaient sous des monarchies traditionnelles, comment expliquer alors l’expansion mondiale et apparemment inexorable des régimes républicains démocratiques ou autocratiques (présidents à vie) ?

Y aurait-il une affinité entre la modernité et la république ?

 

Table des matières

 

  • Problématique
  • POUVOIR ET AUTORITÉ DANS LA PENSÉE TRADITIONNELLE
  • Préalable étymologique
  • La mission du souverain
  • Tyrannie, autorité, pouvoir et légitimité
  • La dimension religieuse de l'autorité
  • POUVOIR ET AUTORITÉ DANS LA PENSÉE MODERNE
  • L'État moderne et la confusion entre autorité et pouvoir
  • Le pouvoir bureaucratique, paradigme du gouvernement moderne
  • L'autonomie ou l'abandon de la transcendance
  • Exemples d'États modernes
  • CONCLUSION ET PERSPECTIVES
  • ANNEXES

 

Problématique

 

Le pouvoir de l’État moderne est présenté par ses promoteurs comme le triomphe de la rationalité dans l’ordre politique. Ceux-ci lui opposent un prétendu « caractère irrationnel » de l’autorité dans les monarchies traditionnelles [1].

Or, paradoxalement, peu de penseurs se sont attachés à étudier l’essence du pouvoir des États modernes, comme si l’argument de rationalité légitimait tout, mais aussi, comme s’ils éprouvaient une certaine difficulté à en parler.

Pour expliquer cette gêne et pour découvrir ce qu’il faut comprendre par « rationalité du pouvoir », nous tacherons de préciser le sens à donner aux mots autorité et pouvoir successivement dans les pensées traditionnelles et modernes. Ce faisant, nous essaierons de donner une définition des régimes de monarchie et de république.

 

POUVOIR ET AUTORITÉ DANS LA PENSÉE TRADITIONNELLE

 

Préalable étymologique

Le mot pouvoir vient du latin populaire potere qui dérive du verbe classique posse signifiant « avoir de l’importance, de l’influence, de l’efficacité » mais aussi « être capable de », « être en puissance de ».
Ce mot est donc en lui-même assez indéterminé et moralement neutre.

Le mot autorité vient du latin auctoritas, qui dérive de la racine indo-européennne aug exprimant l’idée « d’augmenter », de « faire croître ».

On retrouve cette racine dans :

  • Le mot grec : auxô (augmenter).

Les mots latins :

  • augere : faire croître, augmenter, développer.
  • augustus : saint, consacré, majestueux, vénérable, auguste.
  • auctor : auteur, fondateur, promoteur, créateur.
  • Même si le mois d’août a reçu son nom en l’honneur de l’empereur Auguste, le choix du huitième mois de l’année n’est sûrement pas dû au hasard. En effet, le mois d’août (august en anglais) n’est-il pas le mois qui voit croître et mûrir les récoltes ?

Dans le mot autorité, il y a donc l’idée d’une puissance créatrice, d’une puissance qui fait croître, qui valorise, qui fait progresser, qui pousse à agir.

Mais qu’est ce que l’autorité doit faire croître dans ses subordonnés ; vers quoi doit-elle les diriger ? Pour le découvrir, il nous faut étudier le rôle dévolu à un souverain dans les sociétés traditionnelles.
Pour nous défendre du reproche de généraliser abusivement une conception occidentale et chrétienne de l’autorité, nous n’hésiterons pas à illustrer ce propos de références pré-chrétiennes tant occidentales qu’extrême-orientales.

 

La mission du souverain

 

La mission du souverain chez Confucius

Vers 500 av. J.C., le philosophe chinois Confucius insiste dans sa Grande étude ou Ta Hio [voir le texte complet en annexe] sur la nécessité universelle d’appliquer sa raison à la connaissance de la morale et de s’y conformer.

Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et plus obscur, devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ou le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral. [sc]

Pour le prince, il s’agit de faire en sorte que les hommes vivent dignement selon l’exercice de la raison :

Les anciens princes qui désiraient développer et remettre en lumière, dans leurs États, le principe lumineux de la raison que nous recevons du Ciel, s’attachaient auparavant à bien gouverner leurs royaumes. [2]
Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Et le Sage d’établir le programme politique du prince pour bien gouverner son royaume :

[…]
  • les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères ;
  • les intentions étant rendues pures et sincères, l’âme se pénètre ensuite de probité et de droiture ;
  • l’âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée ;
  • la personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée ;
  • la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ;
  • le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie. [3]

Donc la mission du souverain consiste à procurer la paix et la bonne harmonie. Pour cela, son devoir politique est d’étudier la morale, puis d’essayer d’y conformer sa vie personnelle et celle de ses sujets.
Et dans tout son enseignement, Confucius s’efforce de distinguer ce qui est moralement bon ou mauvais pour motiver les actions.

Par ailleurs, le bon exercice de la souveraineté requiert la rationalité (« le principe lumineux de la raison que nous recevons du Ciel »), non seulement pour identifier le bien à atteindre (les vertus), mais pour mettre en œuvre les moyens de réaliser ce bien.

 

La mission du souverain chez Aristote

On retrouve semblable démarche chez Aristote (384-322 av. J.C.) dans son traité de politique L’Éthique à Nicomaque.

Dès les premières pages, il montre que la connaissance de la fin de l’homme, de son bien, relève d’une science : la politique.

Si donc, parmi ce qu’on peut faire, existe une fin que nous voulions pour elle-même, si nous choisissons tout le reste en vue d’elle […] il est évident que ce peut être là le bien et même le souverain bien.

N’est-il pas vrai que, pour la vie aussi, la connaissance de ce bien est d’une grande importance et que, ayant une cible comme les archers, nous pourrions mieux atteindre ce qu’il faut ?

S’il en est ainsi, il faut essayer de circonscrire schématiquement du moins sa nature, et les connaissances et capacités dont il dépend.

Il passerait pour relever de la science fondamentale et dominante par excellence : telle est évidemment la politique […] [4]

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Aristote démontre ensuite que cette fin, ce souverain bien objet de la science politique, est le bonheur

car nous le [le bonheur] choisissons toujours pour lui-même et jamais pour autre chose. [5]

Plus loin, le philosophe définit le bonheur :

Qu’est-ce donc qui empêche de qualifier d’heureux celui qui agit conformément à la vertu parfaite, et qui est suffisamment pourvu de biens extérieurs, non pendant telle ou telle durée, mais pendant une vie complète ? [6]

La fin de la politique consiste donc à procurer le bonheur aux citoyens en les rendant vertueux :

le bonheur est au nombre des biens de valeur et parfaits. Il semble tel précisément parce qu’il est un principe : c’est pour le bonheur que nous faisons tout le reste, et nous posons que le principe et la cause des biens est quelque chose de précieux et de divin.

Puisque le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu parfaite, l’examen doit porter sur la vertu : peut-être aurons-nous ainsi une vue meilleure du bonheur.

L’homme d’État authentique passe pour y consacrer l’essentiel de ses efforts : il veut faire de ses concitoyens de bons citoyens, dociles aux lois.[…]

Ainsi l’homme d’État doit étudier l’âme : il doit l’étudier pour ces raisons, et juste assez pour ce qu’il recherche. [7]

Le dirigeant réalise le bonheur de la cité grâce à la loi qui incite aux actes bons et interdit les actes mauvais :

La loi prescrit
  • d’agir en homme courageux : elle interdit, par exemple, d’abandonner son poste, de fuir, de jeter les armes ;
  • d’agir en homme tempérant : elle interdit par exemple, l’adultère et la violence  ;
  • d’agir en homme doux : elle interdit par exemple, de frapper et d’insulter
  • et ainsi de suite, au regard des autres vertus et des autres vices, tantôt ordonnant, tantôt interdisant […] [8]

Et dans ce traité de politique qu’est L’Éthique à Nicomaque, Aristote passe en revue les vertus et les défauts leur correspondant. En particulier, il précise la vertu essentielle pour le souverain lui-même, la justice :

La justice est un raccourci de toutes les vertus. [9] […]

Elle est parfaite, parce que celui qui la possède peut exercer la vertu aussi envers autrui et pas seulement envers lui-même. [10]

[…] en un sens nous appelons juste ce qui produit et conserve le bonheur et ses composants pour la communauté politique. [11]

Ainsi, non seulement Aristote confirme les conclusions de Confucius, mais il précise que la politique est une science à laquelle le souverain doit s’adonner pour mener les hommes à leur fin : le bonheur.

 

La mission naturelle du souverain chez saint Thomas

Dans son De Regno, saint Thomas d’Aquin (1224-1274) ne s’exprime pas autrement, la souveraineté exige la rationalité :

L’homme, lui aussi, a une fin à laquelle toute sa vie, donc toute son action, est ordonnée, dès lors qu’il agit par intellect, dont le propre est évidemment d’opérer en vue d’une fin.

Or, il se trouve que les hommes s’avancent par des voies diverses vers la fin proposée, ce dont témoigne clairement la diversité des appétits et des actions humaines. L’homme a donc besoin d’avoir un principe qui le dirige vers sa fin. […]

Il faut donc qu’il y ait dans n’importe quelle multitude une direction chargée de régler et de gouverner. [12]

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes
Et il explicite cette fin dans l’ordre naturel :
[…] la fin ultime d’une multitude rassemblée en société est de vivre selon la vertu. En effet les hommes s’assemblent pour mener ensemble une vie bonne, ce à quoi chacun vivant isolément ne pourrait parvenir.

Or une vie bonne étant une vie selon la vertu, la vie vertueuse est donc la fin du rassemblement des hommes en société. [13]

Mais qu’est-ce donc que vivre selon la vertu ?

[…] il y a en tout humain une inclination naturelle à agir conformément à sa raison. Ce qui est proprement agir selon la vertu. [14]

Et le Docteur Angélique insiste :

[…] pour qu’un homme vive conformément à l’honnêteté naturelle, deux conditions sont requises :
  • l’une, et la principale, c’est d’agir selon la vertu (la vertu étant ce par quoi l’on vit bien, c’est-à-dire honnêtement) ;
  • l’autre est secondaire et comme instrumentale : c’est la suffisance des biens corporels dont l’usage est nécessaire à la pratique de la vertu. [15]

Saint Thomas en déduit alors la mission du souverain :

Toutefois, si l’unité même de l’homme est l’effet de la nature, l’unité de la multitude, que l’on nomme paix, doit être procurée par les soins du souverain.

Ainsi, trois conditions seront requises pour que la multitude s’établisse dans une vie conforme à l’honnêteté naturelle.

  • La première sera qu’elle se fonde sur l’unité de la paix.
  • La seconde, qu’étant unie par le lien de la paix, elle soit dirigée à bien agir. Car, s’il est impossible à l’homme de bien agir lorsque l’unité de ses parties ne se trouve préalablement réalisée, de même il sera impossible [de bien agir] à une société humaine à qui manque l’unité de la paix, en raison de ses luttes intestines.
  • La troisième condition requise est que la prudence du souverain prévoie tout ce qui suffit à [assurer] le plein développement d’une vie conforme au bien honnête.

Tels sont les moyens par lesquels le roi pourra fixer la multitude dans un genre de vie conforme à l’honnêteté naturelle. [16]

De même que le médecin, dans une opération recherche la santé, ainsi le chef de la cité, par son action recherche la paix qui consiste dans l’harmonie bien réglée des citoyens. [17]
Le roi est celui qui gouverne la multitude d’une cité ou d’une province, et ceci en vue du bien commun. [18]
 

Premières conclusions

 

Pour saint Thomas, comme pour Confucius et Aristote :

  1. La politique est une science, la science de l’agir de l’homme : non seulement elle s’applique à déterminer le bien à atteindre, mais aussi la façon de réaliser ce bien.
  2. Le gouvernement est un bien car il permet aux hommes d’accomplir leur fin : le bonheur. Il y parvient en réalisant le bien commun, ce qui consiste à :
  • rendre les citoyens vertueux grâce aux lois,
  • établir les conditions matérielles requises à la pratique de la vertu,
  • principalement, à établir l’unité de la paix grâce à la justice.

Maintenant, une remarque essentielle s’impose :
Si sans concertation, des savants aussi éloignés qu’un Aristote ou un Confucius parviennent rigoureusement aux mêmes conclusions sur les règles de l’agir de l’homme, on peut conclure qu’il existe objectivement une morale naturelle commune à l’humanité.

 

Tyrannie, autorité, pouvoir et légitimité

 

Le tyran

Le souverain peut cependant faillir à sa mission et Aristote précise :

Être injuste consiste à s’attribuer plus de ce qui est bon absolument et moins de ce qui est mauvais absolument.

Voilà pourquoi ce n’est pas à un homme mais à la loi que nous laissons le pouvoir, parce qu’un homme agit dans son intérêt personnel et devient un tyran  ; or le dirigeant est le gardien du juste, il est aussi celui de l’égalité. [l’égalité n’est pas ici à entendre à la manière moderne qui lui oppose l’autorité, mais dans le sens que chacun doit être soumis à la loi et dans le sens d’une égalité proportionnelle à la charge que l’on occupe pour le bien commun.(note de VLR)]

Puisqu’il passe pour n’avoir rien de plus, si toutefois il est juste (il ne s’attribue pas plus de ce qui bon absolument, sinon ce qui est en rapport avec sa personne : voilà pourquoi il travaille pour autrui, et c’est la raison pour laquelle on dit que la justice est un bien pour autrui, comme il a été dit précédemment), il faut donc lui donner un salaire, c’est-à-dire les honneurs et privilèges.

Ceux qui ne s’en contentent pas deviennent des tyrans. [19]

Saint Thomas confirme :

[…] Si donc celui qui régit un groupe d’hommes libres les ordonne au bien commun de leur collectivité, son gouvernement est droit et juste, ainsi qu’il convient à des hommes libres. Si, au contraire, c’est en vue non du bien commun du groupe, mais de son propre bien qu’il l’ordonne, son gouvernement est injuste et déréglé. [20]

En 1191, le philosophe Tchoû-Hî, disciple et commentateur de Confucius, cite un ancien texte chinois et le commente :

Le Khang-kao dit : «  Le mandat du Ciel qui donne la souveraineté à un homme, ne la lui confère pas pour toujours. » Ce qui signifie qu’en pratiquant le bien ou la justice, on l’obtient ; et qu’en pratiquant le mal ou l’injustice, on le perd. [21]

Quel est ce « mandat du Ciel » que perd le souverain quand il n’assume pas sa mission ?

 

La distinction auctoritas, potestas

Afin de bien poser le problème, on nous permettra cette petite image :

  • Imaginons un homme placé en présence d’un ours sauvage.
  • L’ours aura sur lui un réel pouvoir — la possibilité d’une domination par la violence —, mais il n’aura jamais l’autorité.

Au mot autorité, le Littré précise :

Autorité, pouvoir. Ces deux mots sont très-voisins l’un de l’autre dans une partie de leur emploi ; et pouvoir monarchique, autorité monarchique disent quelque chose de très-analogue. Pourtant, comme autorité est ce qui autorise, et pouvoir ce qui peut, il y a toujours dans autorité une nuance d’influence morale qui n’est pas nécessairement impliquée dans pouvoir. [22]

Ainsi dans la pensée traditionnelle distingue-t-on autorité (auctoritas) et pouvoir (potestas), distinction que le philosophe espagnol Jaime Bofill (1910-1965) expose ainsi :

[…] l’autorité est un pouvoir ; mais tout pouvoir n’est pas autorité ; l’autorité est un pouvoir moral, et parce qu’il est pouvoir de gouverner, c’est-à-dire, de conduire un être vers sa finalité, son sujet, son dépositaire doit être intelligent ; celui-ci doit connaître, en effet, la raison de la finalité, la congruence des moyens à cette dernière, il doit être capable d’établir les nécessaires relations de dépendance de ceux-là par rapport à celle-ci ; il doit, en un mot, être capable de légiférer. [23]

Résumons :

  • la notion de pouvoir est neutre, indéterminée, pure puissance.
  • Le pouvoir ne s’actualise en autorité que lorsque son détenteur applique son intelligence à travailler au bien commun, lorsqu’il guide les hommes vers leur fin. L’autorité est forcément bienveillante (elle veille au bien des subordonnés). Quel père — sinon un barbare ou un dégénéré — ne souhaite-t-il pas le bien de ses enfants ?
  • Au contraire, si le pouvoir est exercé pour un autre but, c’est une tyrannie.

Le sociologue français Augustin Cochin (1876-1916) synthétise ce qui précède avec la formule choc :

[…] le pouvoir sans autorité, c’est-à-dire l’obéissance sans respect, c’est la définition même de l’oppression morale. [24]

Alors le philosophe sociologue espagnol Javier Barraycoa (né en 1963) remarque :

Dans ce sens, l’autorité se transforme en limite pour le pouvoir. [25]

Ce que confirme la philosophe allemande Hannah Arendt (1906-1975) :

La source de l’autorité dans un gouvernement autoritaire est toujours une force extérieure et supérieure au pouvoir qui est le sien ; c’est toujours de cette source, de cette force extérieure qui transcende le domaine politique, que les autorités tirent leur autorité, c’est-à-dire leur légitimité, et celle-ci peut borner leur pouvoir. [26]

Donc l’autorité limite le pouvoir et peut être définie comme un pouvoir moral, un pouvoir légitime.
Pour apporter le bonheur, le souverain n’a d’autre choix que d’étudier et promouvoir la vertu. Il doit donc forcément se soumettre à une loi qu’il n’a pas choisie, la loi de l’agir de l’homme : la loi morale.
Le souverain n’est légitime, ne conserve son autorité (son mandat du Ciel) que dans la mesure où il est soumis à un ordre transcendant toute volonté humaine et se fait son instrument.

Se pose alors la question de l’origine, de la source de cet ordre indépendant de la volonté de l’homme, de l’identité de l’Auteur de la nature humaine ?

 

La dimension religieuse de l’autorité

 

De l’origine divine de la souveraineté

Par les seules lumières de la raison — avec la théologie naturelle — on peut induire certaines connaissances sur cette « force extérieure qui transcende le domaine politique », sur ce « Ciel » qui donne son « mandat » au souverain, sur cette volonté créatrice qui a pourvu l’homme de ces règles de fonctionnement que constituent les lois morales.

Cependant de telles connaissances sont forcément limitées et seule la Volonté créatrice elle-même pouvait dévoiler aux hommes l’étendue de son plan (sa loi divine) grâce à la Révélation.

C’est donc à la religion (qui relie l’homme à Dieu) qu’incombe la mission de fournir une explication plus exhaustive de la volonté divine.

Dans la religion chrétienne, Dieu révèle que la fin ultime de l’homme n’est pas le bonheur terrestre — bonheur toujours relatif — mais la vision béatifique, le bonheur parfait de la jouissance de Dieu dans l’autre monde.
Ce qui fait dire à saint Thomas :

La fin de la vie et de la société humaine est Dieu. [27]

Dans cette perspective, le souverain est tenu d’établir les conditions temporelles qui permettent au plus grand nombre de se sauver ; il devient ainsi l’auxiliaire de Dieu pour sauver les âmes.

Saint Thomas déclare :

Si donc la vie présente, le bien-être et la rectitude morale qu’elle comporte ont pour fin la béatitude céleste, il appartient en conséquence à la fonction royale de procurer le bien commun de la multitude, suivant une méthode capable de lui faire obtenir la béatitude céleste […]

Le roi, instruit dans la loi divine, doit donc porter son principal effort sur la manière dont la multitude de ses sujets pourra observer une vie conforme au bien honnête. [28]

Et dans son Épître aux Romains saint Paul écrit :

Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n’avoir pas à craindre l’autorité ? Fais le bien et tu en recevras des éloges ; car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. (Romains 13 : 1)

Non seulement l’autorité est d’origine divine — nous avons vu que dans la Chine ancienne, la souveraineté est un « mandat du Ciel » — mais le pouvoir lui-même est d’origine divine, et ceci, quelle que soit la façon dont son détenteur en use.
Dans l’Évangile Jésus dit à Pilate :

Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut. (Jean 19 : 11)

Ainsi le souverain est-il d’autant plus légitime qu’il exerce le pouvoir selon la loi du Créateur :

  • la loi naturelle — accessible par les seules lumières de la raison,
  • la loi révélée — ou loi divine.

 

Exemples de souverainetés dans les sociétés traditionnelles

Dans toutes les grandes civilisations, l’autorité politique confère à son détenteur un caractère sacré, quasi-divin.

En chine, l’Empereur est le Tian Zi (??), littéralement : le Fils du Ciel. Mais il est aussi désigné par les mots :

  • Huángdì : composé des caractères Huáng, (dieu-roi) et (roi sage)
  • Huang Shang : littéralement Empereur d’En Haut,
  • Sheng Shang : littéralement Divinité d’En Haut, ou Altesse Sainte.

Au Japon et dans les Andes, le Mikado et l’Inca sont les Fils du Soleil.

En France, le roi est le lieu-tenant de Dieu sur terre ; pour ses sujets il est la figure de Jésus-Christ, du Christ-Roi. Il est une image de la Source de l’autorité, de l’Auteur de la Création.

Loin d’être arbitraire, l’autorité du roi est circonscrite par la loi naturelle, la loi divine et par les lois de l’institution monarchique auxquelles tous doivent se soumettre — le roi comme ses sujets.

Il ne faudrait pas sous-estimer l’importance des lois de l’institution — ou Lois Fondamentales du Royaume de France car elles sont une expression de la loi naturelle. En effet, ce sont elles qui assurent la pérennité du bien commun par delà les vicissitudes de la vie humaine, les limites, les faiblesses, les erreurs mêmes du monarque.

En particulier, à la mort du Roi, elles garantissent l’unité de la paix en désignant sans ambiguïté la nouvelle autorité qui ne dépend donc plus d’un choix humain. Bien des convoitises, des coteries et des luttes pour la conquête du pouvoir sont ainsi épargnées au Pays et la transmission de la souveraineté peut s’effectuer en douceur.

À leur propos, Torcy, ministre de Louis XIV, résume bien le sentiment général de l’époque :

La loi de succession est regardée comme l’ouvrage de celui qui a établi toutes les monarchies et nous sommes persuadés, en France, que Dieu seul la peut abolir. [29]

 

Hétéronomie, monarchie et droit divin

Une société fondée sur la reconnaissance d’une norme extérieure et supérieure à toute volonté humaine, à laquelle tout le monde doit se soumettre est appelée société hétéronome.

C’est bien dans cette perspective que l’historien français du droit Guy Augé (1938-1994) définit la monarchie :

Qu’est-ce que la monarchie, en première approximation ? C’est, substantiellement, ce régime qui légitime son autorité sur une transcendance, sur la primauté du spirituel.

La monarchie, pour peu qu’elle ait un sens profond, repose sur une mystique d’origine surhumaine. [30]

Quant-au droit divin — ce fameux « mandat du Ciel » des Chinois, Monseigneur de Ségur (1820-1881) le définit ainsi :

En résumé, pour un Souverain quelconque, régner de « droit divin », c’est tout simplement régner légitimement, en vertu de droits légitimes ; c’est être le représentant légitime de Dieu pour le gouvernement d’une société, d’un peuple. De là cette formule célèbre, qui fait tant crier les impies et les ignorants : régner par la grâce de Dieu.

Remarquons-le d’ailleurs : le droit divin du Roi légitime n’est pas, comme on se l’imagine, un fait isolé dans la société. La société repose sur une foule de faits humains donnant lieu au droit divin.

  • C’est de droit divin que je possède ma maison, mon champ, et tous les fruits de mon travail ;
  • c’est de droit divin que je possède ce dont je suis devenu le propriétaire légitime, à la suite et par l’effet de faits humains, de conventions purement humaines.

[…] légitime, c’est-à-dire conforme à la loi de Dieu et aux traditions du pays. [31]

 

POUVOIR ET AUTORITÉ DANS LA PENSÉE MODERNE

 
L’État moderne et la confusion entre autorité et pouvoir
 
Machiavel : la politique est un art, l’art de dissimuler
Machiavel - Portrait posthume de Nicolas Machiavel (détail), par Santi di Tito.

Machiavel - Portrait posthume de Nicolas Machiavel (détail), par Santi di Tito.

Avec son opuscule Le Prince, Machiavel (1469-1527) marque un changement majeur dans la conception occidentale de la politique sur laquelle s’aligneront ensuite tous les dirigeants modernes — que ceux-ci soient autocrates comme un Napoléon, ou démocrates.

Si à bien des égards cet ouvrage peut sembler séduisant, ce qui frappe, c’est son amoralité, son absence totale de transcendance divine. L’objectif de celui qui commande n’est plus le bien commun mais la conservation de son pouvoir.
Sans se poser la question de la légitimité de l’entreprise, Machiavel y expose froidement une série de recettes destinées à prendre le pouvoir et à le conserver. Et à cette fin tout est permis, la violence comme la ruse.

La cruauté est même préconisée pourvu qu’elle soit efficace :

Les cruautés sont bien employées (si toutefois le mot bien peut être jamais appliqué à ce qui est mal), lorsqu’on les commet toutes à la fois, par le besoin de pourvoir à sa sûreté, lorsqu’on n’y persiste pas, et qu’on les fait tourner, autant qu’il est possible, à l’avantage des sujets.

Elles sont mal employées, au contraire, lorsque, peu nombreuses dans le principe, elles se multiplient avec le temps au lieu de cesser. [32]

[…] c’est surtout à un prince nouveau qu’il est impossible de faire le reproche de cruauté, parce que, dans les États nouveaux, les dangers sont très multipliés. [33]

Fini l’honneur, la duperie est de mise. Avec Machiavel, la politique n’est plus une science, elle devient un art, l’art de la dissimulation pour accéder au pouvoir et y rester.

[…] ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler.

Les hommes sont si aveuglés, si entraînés par le besoin du moment, qu’un trompeur trouve toujours quelqu’un qui se laisse tromper. [34]

Il faut savoir oublier ses promesses en avançant un prétexte quelconque :

Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus : tel est le précepte à donner.

Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien ; mais comme ils sont méchants, et qu’assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous leur tenir la vôtre ? Et d’ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l’inexécution de ce qu’il a promis ? [35]

Il ne s’agit donc plus de rendre les hommes vertueux car ils sont désespérément « méchants ». Il faut entériner ce fait et en tirer les conséquences.

Ainsi, pour asseoir une domination, Machiavel préconise les vices à l’égal des vertus, la vertu pouvant même se révéler nuisible :

[…] celui qui veut en tout et partout se montrer homme de bien ne peut manquer de périr au milieu de tant de méchants. Il faut donc qu’un prince qui veut se maintenir apprenne à ne pas être toujours bon, et en user bien ou mal, selon la nécessité.

[…] à bien examiner les choses, on trouve que, comme il y a certaines qualités qui semblent être des vertus et qui feraient la ruine du prince, de même il en est d’autres qui paraissent être des vices, et dont peuvent résulter néanmoins sa conservation et son bien-être. [36]

Point n’est donc besoin d’être vertueux, mais seulement de le paraître aux yeux de l’opinion de la majorité :

Il [le prince] doit aussi prendre grand soin de ne pas laisser échapper une seule parole qui ne respire les cinq qualités que je viens de nommer ; en sorte qu’à le voir et à l’entendre on le croie tout plein de douceur, de sincérité, d’humanité, d’honneur, et principalement de religion, qui est encore ce dont il importe le plus d’avoir l’apparence : car les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher.

Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain. [37]

Notons comment la religion doit, elle aussi, être simulée ; elle n’est plus qu’un instrument pour le détenteur du pouvoir qui n’est manifestement plus obligé d’y croire et de s’y soumettre.

S’il renonce à la transcendance, la source de sa légitimité ne peut qu’échoir à l’opinion de la majorité. Désormais, c’est elle qui doit faire l’objet de toutes les attentions car c’est sur elle que s’appuie le pouvoir.

À la lecture du Prince, on ne peut qu’être frappé par la ressemblance de ce portrait (duperie, promesses non tenues, simulation vertueuse masquant la corruption intime…) avec celui de l’élu démocrate contemporain, et, si l’on ajoute la violence et la cruauté, avec celui des autocrates républicains modernes (que l’on songe aux « grands libérateurs » qui parlent au nom du peuple et deviennent des présidents à vie par exemple).

Et le père de la démocratie moderne, Jean-Jacques Rousseau lui-même, ne s’y trompe pas quand il déclare dans le Contrat social :

En feignant de donner des leçons aux rois, il en a donné de grandes aux peuples. Le Prince est le livre des républicains.  [38]

En résumé, si on occulte la transcendance dans les rapports sociaux :

  • la politique ne consiste plus à apporter le bonheur aux hommes en les incitant à la vertu, car ceux-ci sont irrémédiablement méchants.
  • la politique n’est donc plus une science (la science morale par excellence), mais un art : l’art de conquérir et de garder le pouvoir en simulant les vertus, la sincérité et l’honnêteté pour se lier l’opinion de la majorité.
  • l’autorité ne vient plus ni de la transcendance de Dieu, ni des lois de l’institution, mais du seul charisme du chef. S’instaure alors un jeu de dupes : d’un coté l’opinion de la majorité est présentée comme source de la légitimité en ce qu’elle agrée le chef ou non ; de l’autre, le chef dispose de tous les artifices pour la séduire et la tromper.

Un théoricien du pouvoir dans la modernité : Max Weber

Nous l’avons dit : rares sont ceux qui ont pensé le pouvoir des États modernes, et le grand sociologue allemand Max Weber (1864-1920) qui s’est attelé à cette lourde tâche, se révèle donc incontournable.

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Comme Machiavel, il rompt avec la définition traditionnelle de la politique pour la réduire, lui aussi, à une compétition pour le pouvoir — il est suivi en cela par la majorité des Modernes.

 

[…] nous entendrons par politique l’ensemble des efforts que l’on fait en vue de participer au pouvoir ou d’influencer la répartition du pouvoir, soit entre les États, soit entre les divers groupes à l’intérieur d’un même État. [39]

 

Il n’existe plus ici de fin de l’homme, de nature à laquelle il faut se soumettre pour réaliser cette fin.

Dans ce système, l’autorité ne sert donc plus à faire grandir — à faire en sorte que les subordonnés réalisent leur nature humaine — elle est réduite à un simple moyen dont les dirigeants se servent pour légitimer leur pouvoir.

Et le sociologue de distinguer trois types d’autorité [40] :

1- L’autorité qui vient de la tradition : c’est la conception classique de l’autorité dont nous avons parlé jusqu’ici, l’autorité institutionnelle ; mais en lui niant toute transcendance, Weber lui refuse tout caractère rationnel et la réduit à une simple convention sociale. Il revisite alors l’histoire en appelant « libération » l’affranchissement de cette catégorie d’autorité :

[les] groupements politiques qui, après abolition complète ou limitation considérable du pouvoir seigneurial, se constitueront politiquement en communes « libres » — libres non dans le sens d’une libération de toute domination par la violence, mais dans celui de l’absence d’un pouvoir seigneurial légitimé par la tradition, le plus souvent consacré par la religion et considéré comme unique source de toute autorité. [41]

2- L’« autorité » qui vient du charisme : c’est l’« autorité » de l’homme politique qui réussit à se faire élire ; c’est l’« autorité » du tribun, du séducteur ou de l’autocrate qui accède au pouvoir par sa puissance, sa ruse ou son talent. C’est celle de l’homme providentiel, du libérateur qui incarne tous les fantasmes, mais en aucun cas, ce n’est celle de l’homme désigné par l’institution.

Si certains s’abandonnent au charisme du prophète, du chef en temps de guerre, du très grand démagogue au sein de l’ecclesia ou du Parlement, cela signifie que ces derniers passent pour être intérieurement appelés au rôle de conducteur d’hommes et qu’on leur obéit non pas en vertu d’une coutume ou d’une loi, mais parce qu’on a foi en eux. [42]

3- L’« autorité » qui vient de la légalité ou autorité administrative. Elle apparaît comme le type même du pouvoir « rationnel » et moderne :

Il y a enfin l’autorité qui s’impose en vertu de la « légalité », en vertu de la croyance en la validité d’un statut légal et d’une « compétence » positive fondée sur des règles établies rationnellement, en d’autres termes l’autorité fondée sur l’obéissance qui s’acquitte des obligations conformes au statut établi. C’est là le pouvoir tel que l’exerce le « serviteur de l’État » moderne, ainsi que tous les détenteurs du pouvoir qui s’en rapprochent sous ce rapport. [43]

En écartant toute nature humaine, toute transcendance, Weber et les Modernes [44] ne peuvent définir l’État et le pouvoir [45] qu’en termes de domination par la violence — violence qu’ils ne peuvent distinguer de la force.

[L’État moderne] ne se laisse définir sociologiquement que par le moyen spécifique qui lui est propre, ainsi qu’à tout autre groupement politique, à savoir la violence physique.

« Tout État est fondé sur la force », disait un jour Trotsky à Brest-Litovsk. En effet, cela est vrai. […]

Depuis toujours les groupements politiques les plus divers — à commencer par la parentèle — ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir.

Par contre il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé — la notion de territoire étant une de ses caractéristiques — revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. [46]

[…] Comme tous les groupements politiques qui l’ont précédé historiquement, l’État consiste en un rapport de domination de l’homme sur l’homme fondé sur le moyen de la violence légitime (c’est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime). [47]
Le moyen décisif en politique est la violence. [48]

Nous le voyons, à l’instar de toute domination, même la domination des parents sur leurs enfants n’est plus celle d’une autorité bienveillante qui cherche à les faire grandir, elle se pose désormais en termes de pouvoir et de violence physique.

De fait, si plus rien ne distingue l’autorité du pouvoir, plus rien ne vient borner l’exercice de ce pouvoir, l’intelligence n’a plus à lire le réel de la nature humaine et à trouver les moyens de s’y conformer.
Bien au contraire, le détenteur du pouvoir devient libre de soumettre arbitrairement, et par n’importe quel moyen, son environnement à sa seule volonté  ; de là cette définition logique du pouvoir :

[le pouvoir] signifie toute chance de faire triompher au sein d’une relation sociale sa propre volonté, même contre les résistances. [49]

Donc si la modernité prétend à la rationalité en politique, il ne faut plus l’entendre comme l’exercice de l’intelligence, mais comme l’exercice d’une volonté libre de soumettre à sa guise.

Selon Weber l’exercice du pouvoir des États modernes est fondé sur la volonté du gouvernement, dans la mesure où celui-ci a été choisi en fonction de normes ; normes elles-mêmes issues d’une volonté purement humaine et arbitraire (domination légale).

Pour résumer, dans la modernité :

  • la dimension morale de l’autorité et sa transcendance disparaissent au profit de l’efficacité ;
  • le volontarisme remplace la rationalité ;
  • l’autorité se confond avec le pouvoir ;
  • la légitimité se confond avec la légalité : la domination légitime est remplacée par la domination légale ;
  • la force se confond avec la violence.

Le philosophe allemand Éric Vœgelin (1901-1985) soupçonne d’ailleurs Weber d’une certaine malhonnêteté, car si ce dernier s’est attaqué de façon fort savante à l’étude d’une multitude de systèmes et de sociétés, en revanche, il a toujours pris soin d’éviter la société chrétienne d’avant la Réforme avec sa métaphysique et son droit naturel hérité de la pensée grecque.

On ne saurait s’engager dans une étude sérieuse de la chrétienté médiévale sans découvrir au nombre de ses « valeurs » la croyance en une science rationnelle de l’ordre humain et social, et tout particulièrement du droit naturel.

Qui plus est, cette science n’était pas une simple affaire de croyance, mais elle était effectivement étudiée comme œuvre de la raison.

La promptitude de Weber à introduire les vérités de l’ordre comme s’il s’agissait de faits historiques s’arrêta net face au seuil de la métaphysique grecque et médiévale.

[…] On ne peut attaquer la métaphysique avec bonne conscience que si l’on se tient à bonne distance de celle-ci, distance qui caractérise la connaissance imparfaite. [50]

 

Le pouvoir bureaucratique, paradigme du gouvernement moderne

 

Un visionnaire : le socialiste Saint-Simon

La domination légale dans sa modalité la plus pure, s’identifie à une domination bureaucratique ou domination administrative.
Max Weber nous l’affirme :

J’insiste tout particulièrement sur l’État bureaucratique parce qu’il caractérise au mieux le développement de l’État moderne. [51]

En effet, l’administration n’est-elle-pas une structure légale ? N’a-t-elle pas pour origine la seule volonté humaine ? Dans l’optique de la modernité, elle peut donc légalement modifier le droit en vertu de sa légalité.

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Et le père du socialisme, l’économiste et philosophe français Saint-Simon (1760-1825), l’avait parfaitement compris qui préconisait de remplacer le « gouvernement des hommes » par « l’administration des choses »  :

le gouvernement est un mal nécessaire, mais c’est un mal… [52],

La société a besoin d’être gouvernée le moins possible et pour cela il n’est qu’un moyen, c’est d’en venir à être gouverné au meilleur marché possible. [53]

La société ne sera pas gouvernée mais administrée. [sc]

Contrairement à la conception classique, « le gouvernement est un mal » dont on peut cependant atténuer la nocivité :

  • en le choisissant « au meilleur marché », autrement dit : aux « enchères démocratiques ».
  • en développant son caractère administratif.

1ère REMARQUE :
On comprend maintenant l’origine de la défiance paradoxale du démocrate envers un président qu’il a pourtant élu :

  • Ce dernier est un mal nécessaire.
  • Seuls l’ambition personnelle et l’appétit du pouvoir sont susceptibles de le motiver, et une fois parvenu à ses fins, il abuse forcément de ce pouvoir à son profit. Ce raisonnement, véritable processus d’identification, en dit long sur l’état d’esprit du démocrate lui-même qui ne ferait probablement pas autrement que son président s’il tenait sa place : il ne peut que projeter sur l’élu ses propres vices. Les hommes ne sont-ils pas irrémédiablement méchants ?
  • Pour atténuer les effets pervers de ce pouvoir forcément vicieux, il faut constituer un « contrepouvoir » : l’opinion jouera ce rôle. Et l’on verra le démocrate descendre dans la rue, manifester pour « faire masse », pour « faire reculer le gouvernement », souvent celui-là même pour qui il a voté, le tout, en proclamant que la démocratie est le meilleur des régimes (sic).

2e REMARQUE :
Si le pouvoir corrompt, on comprend aussi la marche des États modernes vers un pouvoir de moins en moins humain, de plus en plus « rationnel », désincarné, bureaucratique. En reprenant la typologie weberienne sur l’« autorité », l’évolution logique des régimes est la suivante :

  • Une première révolution remplace l’autorité traditionnelle par une « autorité » charismatique (ou pouvoir autocratique).
  • Une révolution ultérieure remplace l’« autorité » charismatique par l’« autorité » administrative (ou pouvoir bureaucratique).

C’est dans ce contexte qu’il faut situer les récentes révolutions qui secouent le monde arabe, et si l’on prend comme exemple le cas de la Libye :

 

Image illustrative de l'article Idris Ier de Libye Mouammar Kadhafi lors du sommet de l'Union africaine, en février 2009.
Idris Ier de Libye Mouammar Kadhafi
  • En 1969, une première révolution saluée par les États démocratiques voit le roi Idris Ier renversé par le coup d’État militaire du chef charismatique Mouammar Kadhafi. L’autocrate porte alors le titre de « chef et guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste ». La Libye devient une Jamahiriya, soit littéralement un « État des masses ».
  • En 2011, une seconde révolution éclate pour renverser le « libérateur » devenu le bourreau de son peuple ; révolution, elle aussi saluée et soutenue par les États démocratiques pour aider à l’instauration d’une « vraie démocratie pluraliste ».

Ainsi l’État moderne s’accompagne-t-il d’une bureaucratisation croissante, ce qui n’implique pas cependant une plus grande participation des dominés au pouvoir administratif.

Si les dominés acceptent la domination toute puissante de ce pouvoir anonyme, c’est au bénéfice de deux sentiments :

  • celui d’une libération à l’égard des autorités traditionnelles (celle du roi, du père de famille, du prêtre, et de toutes les autorités que l’on trouve dans les corps intermédiaires : communes, corporations, provinces historiques)
  • celui de peser sur les décisions du pouvoir politique par le biais de ce qu’on appelle l’opinion.

 

Sur le sentiment de « libération » à l’encontre de toute autorité

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Hannah Arendt démystifie ainsi ce « progrès de la liberté » revendiqué par nos sociétés modernes :

 

D’une manière générale, ce fut le propre des théories libérales de partir de l’hypothèse que « la constance du progrès […] dans la direction d’une liberté organisée et assurée est le fait caractéristique de l’histoire moderne [54] » et de considérer toute déviation de ce parcours comme un processus réactionnaire conduisant dans la direction opposée. Cela leur fait négliger les différences de principe entre :
  • la restriction de la liberté dans les régimes autoritaires,
  • l’abolition de la liberté politique dans les tyrannies et les dictatures,
  • et l’élimination totale de la spontanéité elle-même, c’est-à-dire de la manifestation la plus générale et la plus élémentaire de la liberté humaine, élimination à laquelle visent seulement les régimes totalitaires, au moyen de leurs diverses méthodes de conditionnement.

L’écrivain libéral, qu’intéresse l’histoire et le progrès de la liberté plutôt que les formes de gouvernement, ne voit là que des différences de degré, et méconnaît qu’un gouvernement autoritaire voué à restreindre la liberté reste lié à la liberté qu’il limite dans la mesure où il perdrait sa substance même s’il l’abolissait complètement, c’est-à-dire se transformerait en tyrannie.

La même chose vaut pour la distinction entre pouvoir légitime et illégitime, qui est le pivot de tout gouvernement autoritaire.

L’écrivain libéral tend à n’y porter que peu d’attention car sa conviction est que tout pouvoir corrompt et que la constance du progrès exige une disparition constante du pouvoir, quelle que soit l’origine de celui-ci. [55]

Et elle ajoute le démenti cinglant :

L’autorité implique une obéissance dans laquelle les hommes gardent leur liberté. [56]

 

Sur le sentiment d’exercer un « contrepouvoir par l’opinion »

La pseudo-libération de la société moderne à l’égard de toute autorité traditionnelle a consacré l’apparition de trois nouveaux concepts :

  • l’individu : homme moderne affranchi de son environnement familial, social, historique.
  • Le citoyen : désormais seul élément constitutif de la cité alors que traditionnellement ce rôle était dévolu aux corps intermédiaires. Le citoyen est seul face à un État tout-puissant.
  • La masse : société constituée d’individus.

Or le sociologue français Gustave le Bon (1841-1931) remarque l’extrême lâcheté des masses :

toujours prête à se soulever contre une autorité faible, la foule se courbe avec servilité devant une autorité forte. [57]

Dans les sociétés traditionnelles l’autorité politique est tempérée par celle qu’elle délègue aux corps intermédiaires en vertu du principe de subsidiarité.
Au contraire, le pouvoir de l’État démocratique ne cesse de croître en favorisant les conditions de formation de masses uniformes composées d’individus isolés, donc incapables de réaction et de courage.
C’est tout le sens du Discours de Harvard d’Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) sur le déclin du courage en Occident :

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. […] Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un État sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. [58]

Dans son étude intitulée L’opinion publique n’existe pas, le sociologue français et disciple de Weber, Pierre Bourdieu (1930-2002) présente l’opinion, non comme un contre-pouvoir, mais comme le moyen, l’argument suprême de pouvoir :

On sait que tout exercice de la force s’accompagne d’un discours visant à légitimer la force de celui qui l’exerce ; on peut même dire que le propre de tout rapport de force, c’est de n’avoir toute sa force que dans la mesure où il se dissimule comme tel.

Bref, pour parler simplement, l’homme politique est celui qui dit : « Dieu est avec nous ».

L’équivalent de « Dieu est avec nous », c’est aujourd’hui « l’opinion publique est avec nous ».

Tel est l’effet fondamental de l’enquête d’opinion : constituer l’idée qu’il existe une opinion publique unanime, donc légitimer une politique et renforcer les rapports de force qui la fondent ou la rendent possible. [59]

« Saint Graal » de notre temps, l’opinion apparaît en effet totalement factice et tout le travail d’Augustin Cochin montre qu’elle a immédiatement subi le contrôle de ce « bras armé » de la modernité que l’on nomme les « sociétés de pensée ».

L’objet de la Société [de pensée] n’est pas limité ni d’ordre pratique, elle ne vise que l’opinion. Il s’agit : d’« éclairer les citoyens », de faire avancer le « progrès des lumières », d’éveiller l’esprit public, d’« intéresser les gens au bien public », c’est-à-dire à la politique. [60]

Apparues au XVIIIe siècle, ces sociétés artificielles — encore appelées « groupes réducteurs » [61] — ont progressivement remplacé les corps intermédiaires. Elles se caractérisent par leur mode de fonctionnement (calqué sur sur celui des loges maçonniques) qui leur sert aussi de doctrine :

  • liberté : aucune référence extérieure au groupe lui-même, aucune norme transcendante, et en particulier aucune morale universelle, ne sont reconnues.
  • égalité apparente des membres : aucune autorité n’est tolérée.
  • fraternité sans père, donc fraternité artificielle des membres uniquement liés par la nécessité factice d’élaborer l’opinion du groupe.

Or ce mode de fonctionnement, débordant son cadre initial, a maintenant pénétré profondément le moindre espace social (assemblées démocratiques, partis, syndicats, synodes d’évêques, conciles, conseils diocésains, comités de quartier, conseils d’administration…) et les États démocratiques eux-mêmes sont devenus de gigantesques sociétés de pensées.

La toute-puissance de cette opinion publique artificielle élaborée dans les sociétés de pensée explique la lâcheté générale de l’Occident constatée par Soljenitsyne.

En effet, nous avons vu que l’individu est un orphelin social et pour conjurer cet insupportable sentiment de vulnérabilité, il ne lui reste qu’à manifester sa soumission à la toute-puissance de l’opinion en professant le mieux possible ce qu’il croit que les autres veulent entendre. Plus encore, pour s’acheter à bon compte un brevet de citoyen, sa lâcheté peut l’amener jusqu’à la délation d’un réfractaire et à sa stigmatisation bruyante.

De même pour l’ambitieux qui désire parvenir au pouvoir, il s’agit de tenir le discours qui convient :

  • Un discours stéréotypé qui contient des mots clés propres à développer une pensée réflexe. Un bon propos doit actuellement contenir les mots comme écologie, développement durable, démarche citoyenne, préserver la Planète, lutter contre les inégalités, etc.
  • Un discours dogmatique  : les « grands principes », liberté, égalité, fraternité/solidarité, doivent toujours y figurer, au moins implicitement.

La pensée unique des sociétés de pensée trouve une formidable caisse de résonance avec les médias qui se veulent justement le reflet de l’opinion. Et voilà sans aucun doute une origine de la véritable addiction dont ces derniers font l’objet : ne permettent-ils pas, à tout moment, de rester en phase avec l’opinion ?

On observe ici un processus sociologique de formatage de sa propre pensée qui vise à la séduction d’autrui par un discours convenu avec l’air sincère. Cette auto-aliénation, ainsi que la terreur sourde d’être dénoncé comme réfractaire (ou intolérant), rappellent singulièrement « l’élimination de la spontanéité elle-même » dont Hannah Arendt nous a dit qu’elle définit le régime totalitaire.

 

L’amer constat d’un pouvoir bureaucratique libre de croître sans limites

Le pouvoir bureaucratique des États modernes peut désormais grandir sans limites :

  • sans limites sur le plan législatif : il ne reconnaît aucune transcendance, aucune norme extérieure à sa volonté propre, aucune nature humaine à laquelle il faudrait se soumettre.
  • sans limites dans son exercice avec la disparition des corps intermédiaires entre les citoyens et l’État et le contrôle de l’opinion par les sociétés de pensée.

La seule limite qu’il soit susceptible de rencontrer est celle de sa propre organisation. En effet, comme toutes les machines, la machine administrative est limitée par son mécanisme. Or, justement cette limite mécanique constitue, selon Hannah Arendt, une autre caractéristique des totalitarismes :

Le pouvoir tel que le conçoit le totalitarisme repose exclusivement sur la force tirée de l’organisation. [62]

Et pour la philosophe, loin de résulter d’un abus d’autorité, les régimes totalitaires — ces régimes modernes, inédits dans l’histoire de l’humanité — proviennent au contraire du déclin des autorités traditionnelles :

Cette crise [de l’autorité], manifeste dès le début du siècle, est d’origine et de nature politiques.

La montée de mouvements politiques résolus à remplacer le système des partis, et le développement d’une forme totalitaire nouvelle de gouvernement, ont eu pour arrière-fond un effondrement plus ou moins général, plus ou moins dramatique, de toutes les autorités traditionnelles.

Nulle part cet effondrement n’a été le résultat direct des régimes ou des mouvements eux-mêmes. Tout s’est passé plutôt comme si le totalitarisme, sous la forme des mouvements aussi bien que des régimes, était le mieux fait pour tirer parti d’une atmosphère sociale et politique générale dans laquelle le système des partis avait perdu son prestige, et dans laquelle l’autorité du gouvernement n’était plus reconnue.  [63]

 

L’autonomie ou l’abandon de la transcendance

 

Nous avons vu que dans sa prétention à la rationalité, la modernité ne reconnaît que la domination légale, autrement dit une domination fondée sur des normes produites par la seule volonté humaine, affranchie de toute transcendance.

Hannah Arendt caractérise ainsi la modernité :

L’âge moderne avec l’aliénation croissante du monde qu’il a produit, a conduit à une solution où l’homme où qu’il aille ne rencontre plus que lui-même. [64]

Une société qui affirme l’autonomie de l’homme à l’encontre de toute force supérieure à lui, de toute loi n’émanant pas expressément d’une volonté humaine, est appelée société autonome.
Et en effet, l’État moderne professe l’athéisme.

 

Image illustrative de l'article Jules Ferry

Jules Ferry (1832-1893), ministre franc-maçon de l’éducation sous la IIIe République ne clame-t-il pas :

Mon but, c’est d’organiser l’humanité sans Dieu et sans roi. [65]

Or le philosophe anarchiste russe Bakounine (1814-1876) doit reconnaître que :

Il n’est pas, il ne peut exister d’État sans religion. [66]

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les anarchistes militent pour la disparition de l’État.

Pour résoudre ce paradoxe, il reste donc à l’État lui-même de revêtir le caractère religieux nécessaire à son exercice, d’apporter le Salut, le bonheur aux hommes selon un processus de sécularisation.

L’historien anglais Arnold Toynbee (1889-1975) commente alors :

Étant donné que l’homme ne peut vivre sans religion, quelle qu’en soit la forme, le recul du christianisme en Occident a été suivi par la montée de religions de remplacement sous la forme des idéologies post-chrétiennes — le nationalisme, l’individualisme et le communisme. [67]
Dans le monde où les religions supérieures avaient perdu leur pouvoir, beaucoup trouvaient des substituts aux religions supérieures perdues dans les idéologies ; et dans plusieurs pays, les convertis à ces nouveaux credos mondains avaient été suffisamment puissants pour dominer le gouvernement et utiliser tout le pouvoir de l’État pour imposer à leurs compatriotes leur doctrine et leur pratique. [68]

De fait, tous les État modernes sont inféodés à ces trois religions séculières que constituent les idéologies (libéralisme, socialisme, nationalisme).

L’historien François Furet (1927-1997) confirme ce caractère religieux de l’idéologie :

L’idéologie est un système d’explication du monde à travers lequel l’action politique des hommes a un caractère providentiel, à l’exclusion de toute divinité. [69]

Hannah Arendt insiste par ailleurs sur l’autonomie de l’idéologie par rapport au réel :

Les idéologies sont connues pour leur caractère scientifique : elles allient approche scientifique et résultats d’ordre philosophique, et ont la prétention de constituer une philosophie scientifique. [70]
Une idéologie est littéralement ce que son nom indique : elle est la logique d’une idée […] dans son pouvoir de tout expliquer, la pensée idéologique s’affranchit de toute expérience. [71]
 

Exemples d’États modernes

 

La 1re République Française, ou Convention

La 1re République illustre parfaitement les conséquences de l’autonomie de l’homme et du pouvoir amoral de l’idéologie.

La Convention est officiellement athée et substitue à la religion le culte de la « déesse Raison ».

Dans son ouvrage Du système de dépopulation ou la vie et les crimes de Carrier, Gracchus Babeuf (1760-1797) — un des pères du communisme — nous explique comment Robespierre et ses amis usent de cette même raison pour réaliser le bonheur de l’humanité.

Selon les hommes de la Convention, la France de la fin du XVIIIe siècle était trop peuplée pour envisager un partage égal des richesses et réaliser ainsi l’idéologie du Contrat social de Rousseau. Comme il leur était difficile d’augmenter les richesses à proportion, la « logique de l’idée » les a donc « scientifiquement » conduit à dépeupler notre pays grâce à un système de guerres et de massacres.

[…] les régulateurs d’un Peuple n’ont rien fait de stable et de solide pour sa régénération, s’ils n’ont réalisé la grande conclusion de J.Jacques, que pour que le gouvernement soit perfectionné, « il faut que tous les citoyens aient assez et qu’aucun d’eux n’ait trop. »

[…] un dépeuplement était indispensable, parce que, calcul fait, la population française était en mesure excédentaire des ressources du sol, et des besoins de l’industrie utile.

[…] Avec le système de dépopulation et de nouvelle disposition répartitive des richesses entre ceux qui doivent rester, on explique tout,

  • guerre de la Vendée,
  • guerre extérieure,
  • proscriptions, guillotinades,
  • foudroyades,
  • noyades,
  • confiscations,
  • maximum,
  • réquisitions,
  • préhensions,
  • largesses à certaine portion d’individus, etc. [72]

 

L’Allemagne nationale-socialiste

Dans les Libres propos sur la Guerre et la Paix, le très charismatique Hitler — le chef moderne [le führer], cet archétype de l’autocrate — prétend remplacer la religion par son idéologie :

Quand le national-socialisme aura régné durant assez longtemps, il sera possible de concevoir une forme de vie différente de la nôtre. À la longue, le national-socialisme et la religion ne pourront plus coexister. [73]

On y retrouve aussi l’aspiration à la « philosophie scientifique » et le culte de la raison humaine consubstantielle aux idéologies et à la modernité en général.

Son unique ambition [au national-socialisme] doit être de construire scientifiquement une doctrine qui soit rien de plus qu’un hommage à la raison. [74]

Par ailleurs, il déclare :

Je n’ai pourtant pas hésité à sacrifier ma patrie à l’idée du Reich. [75]

Traduisons : Hitler n’hésite pas à sacrifier la réalité de sa patrie charnelle, à l’idée artificielle (idéologie) du Reich.

Mais au fait : qu’est-ce que le Reich ?

Le Reich doit être une république, ayant à sa tête un chef élu et doté d’une autorité absolue. [76]

Y-aurait-il une affinité entre Modernité et République ?

Il y a dans les deux exemples ci-dessus beaucoup de similitudes, d’où cette question légitime : par delà les modalités d’application, y aurait-il donc un rapport, une affinité entre la modernité et la république ?

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Le philosophe français Marcel Gauchet (né en 1946) nous apporte une réponse quand il définit ainsi la république :

La république c’est le régime de la liberté humaine contre l’hétéronomie religieuse. Telle est sa définition véritablement philosophique. [77]

Ainsi, en abrogeant l’autorité et sa transcendance d’un Dieu créateur, la république se revendique-t-elle comme le régime de l’autonomie de l’homme à l’égard de la volonté divine : non seulement de la volonté révélée (la loi divine), mais même de la loi naturelle.

Remarquons tout de même que le matérialisme ambiant répugne à beaucoup de modernes. Aussi ces derniers cherchent-ils un substitut de la transcendance divine dans un « humanisme-transcendantal » par l’immanentisation du divin — une transcendance horizontale en quelque sorte. À l’instar du philosophe et ancien ministre français Luc Ferry (né en 1951) dans son ouvrage L’homme-Dieu, ils déclarent :

Pour le pire comme pour le meilleur, notre univers laïc tend donc à récuser toute référence à ce qui est extérieur aux hommes au nom d’une exigence d’autonomie. [78]

[…] Si le sacré ne s’enracine plus dans une tradition dont la légitimité serait liée à une Révélation antérieure à la conscience, il faut désormais le situer au cœur de l’humain lui-même.
Et c’est en quoi l’humanisme transcendantal est un humanisme de l’homme-Dieu : si les hommes n’étaient pas en quelque façon des dieux, ils ne seraient pas non plus des hommes. Il faut supposer en eux quelque chose de sacré ou bien accepter de les réduire à l’animalité. [79]

[…] Transcendances, donc, dans l’immanence à soi, mais néanmoins transcendances radicales au regard du matérialisme. [80]

Ainsi se posent les bases de la religion de l’homme-Dieu, compatible avec le régime républicain, car fondée elle-même sur l’autonomie.

 

CONCLUSION ET PERSPECTIVES

 

L’autorité est un pouvoir moral

Les considérations précédentes ont permis de préciser le concept d’autorité :

L’autorité est un pouvoir moral : le pouvoir de conduire les êtres à réaliser leur fin, leur nature.
L’exercice de l’autorité requiert donc la rationalité dans la légifération car l’intelligence est sollicitée, non seulement pour lire le réel, mais encore pour adapter les moyens à la fin à atteindre.

Cette fin est indépendante de la volonté de l’autorité, elle lui est extérieure et l’autorité lui est soumise. Dans ce sens on donc peut dire que l’autorité limite le pouvoir et que le pouvoir sans l’autorité est arbitraire pur, irrationnel et porte le nom de tyrannie.

Or le pouvoir fondé sur la volonté de l’homme libéré de la transcendance divine est précisément ce que revendiquent la MODERNITÉ et son expression politique : la RÉPUBLIQUE.

On comprend mieux maintenant la gêne des penseurs contemporains quand il s’agit d’expliciter la prétendue « rationalité du pouvoir des États modernes ». En effet, on a vu ce qu’il faut comprendre par cette expression :

  • un pouvoir issu de la seule volonté humaine libre de soumettre à sa guise après avoir triomphé des oppositions et
  • un pouvoir légitimé par une opinion de la majorité dont chacun sait pertinemment qu’elle est artificielle.

Le XXe siècle a montré que, loin d’apporter le paradis sur Terre, les pouvoirs modernes — tous matérialistes, autonomes et ivres d’idéologie — ont mené à l’enfer et au désespoir [81] :

  • tyrannies épouvantables et génocides sans nombre perpétrés par les républiques socialistes, nazies ou autre république gouvernée par un autocrate (souvent un président à vie). À une majorité écrasante, elles se revendiquent toutes filles de la Révolution française.
  • tyrannie de l’opinion, du « politiquement correct » avec les conséquences funestes que l’on sait dans les républiques libérales et capitalistes : lâcheté, individualisme, dépravations des mœurs, solitude, désespérance, mal-être, suicides — surtout suicides des jeunes dans des proportions inédites.

 

Les piliers de la civilisation occidentale chrétienne

Toujours perspicace, Hannah Arendt attribue — de façon trop naturelle sans doute — l’essor remarquable de la civilisation occidentale chrétienne à trois facteurs conjugués hérités de l’Empire romain : la religion, la tradition, l’autorité.

[…] partout où l’un des éléments de la trinité romaine, religion, autorité ou tradition, a été mis en doute ou éliminé, les deux qui restaient ont perdu leur solidité.
  • Ainsi, ce fut l’erreur de Luther de penser que son défit lancé à l’autorité temporelle de l’Église et son appel à un jugement individuel sans guide laisseraient intactes la religion et la tradition.
  • Ce fut aussi l’erreur de Hobbes et des théoriciens politiques du XVIIe siècle d’espérer que l’autorité et la religion pourraient être sauvées sans la tradition.
  • Ce fut aussi finalement l’erreur des humanistes de penser qu’il serait possible de demeurer à l’intérieur d’une tradition inentamée de la civilisation occidentale sans religion et sans autorité. [82]

Or que constatons-nous ?
En à peine un siècle, l’Église, par ses plus hautes instances, s’est volontairement et successivement séparée de l’autorité politique des rois et de la tradition.

1) La séparation la plus récente et la plus connue : la séparation de la tradition :

  • 1965, le Concile Vatican II proclame une manière de ralliement de l’Église au monde et pourchasse impitoyablement toute trace de tradition (en prétextant, comme une hérésie, un retour aux sources).
  • À la suite de cette révolution, on assiste à la généralisation du modèle de la société de pensée dans l’Église. Par exemple, les évêques perdent leur autorité au profit de commissions démocratiques — par le haut : collégialité de la Conférence épiscopale, et par le bas : Conseils diocésains.
  • Les résultats sont immédiats : apostasies massives des catholiques — que ceux-ci soient laïcs ou clercs. Ce sont des faits : le nombre des baptêmes diminue, les vocations se comptent sur les doigts, les catholiques sont devenus ultraminoritaires, la Foi disparait partout.

2) Une séparation plus ancienne : la séparation de l’autorité :

  • 1892, le Pape Léon XIII désire faire cesser les persécutions religieuses de la République athée. Outrepassant les limites imparties à son autorité spirituelle, dans son Encyclique Au milieu des sollicitudes, il exhorte les Catholiques au ralliement à la République. Tragiquement, ce pape pourtant antilibéral, ne comprend pas que le régime républicain est par nature opposé à l’autorité politique et consacre la disparition de cette dernière.
  • Le résultat de ce libéralisme pratique ne se fait pas attendre : les persécutions reprennent plus violentes encore, et c’est un fait, en ce début de XXIe siècle, il n’existe quasiment plus d’États catholiques. En effet, si le pouvoir des républiques vient du consensus majoritaire, pourquoi s’embarrasser de la transcendance d’un Dieu créateur ? L’apostasie des nations était inéluctable.

La modernité progresse toujours par bonds et interdit tout retour à l’état antérieur car la frange libérale érige comme un dogme la dernière position en sa faveur. Chacun a pu observer après le Concile Vatican II, l’acharnement avec lequel les réfractaires traditionalistes, fidèles à l’Église de toujours, ont été persécutés.

De même, depuis le Ralliement, il est quasi impossible de parler politique autrement que dans le cadre de la république et le catéchisme a fait du vote un devoir. Faisant une croix sur deux millénaires de civilisation chrétienne, une foule de clercs et laïcs vous assènent doctement que l’Église n’est inféodée à aucun régime politique et réduisent le tout de la politique chrétienne à la Doctrine sociale de l’Église.

Remarquons que l’acte fondateur de la Doctrine sociale de l’Église, l’Encyclique Rerum Novarum « Des Choses Nouvelles » (1891) de Léon XIII, constitue en soi une petite révolution, car ayant renoncé au soutien de l’autorité politique, désormais l’Église se met directement à « faire du social » :

  • or, ce travail incombe précisément à l’autorité politique qui doit tout mettre en œuvre pour préserver la justice. L’Encyclique Rerum Novarum s’inspire d’ailleurs largement des propositions des légitimistes du XIXe siècle en réponse à la profonde misère du monde ouvrier que la révolution bourgeoise avait suscitée (on pense à l’engagement d’un Albert de Mun, d’un René de la Tour du Pin, d’un Comte de Chambord…),
  • la Doctrine sociale de l’Église ne peut donc rester qu’un vœu pieux si aucune institution politique n’existe pour l’appliquer et la maintenir. Mais là réside justement la question politique qu’il est défendu d’aborder.

 

Retour au principe de réalité

Quelles que soient les intentions de leurs promoteurs, les politiques du ralliement à la République en 1892, puis du ralliement au Monde en 1965, se sont montrées expérimentalement suicidaires : elles n’ont apporté qu’apostasies, malheurs des peuples et affaiblissement de la civilisation occidentale. Les inductions de Hannah Arendt sur ce dernier point sont donc totalement vérifiées.

Or, le Christ lui-même nous a donné un critère infaillible pour évaluer un acte ou une politique : « Vous jugerez l’arbre à ses fruits ».

Dès lors, combien apparaît-il vain de chercher une « bonne » république catholique, cela n’a jamais existé : les rares tentatives — la république de Garcia Moréno, la « révolution nationale » de Salazar [83] (dont le seul intitulé montre toute l’incohérence) — n’ont jamais permis la pérennité du bien commun. Même l’antique démocratie athénienne, bien que hétéronome, se dressait contre l’autorité avec sa devise égalitaire :

  • Isonomia  : égalité devant la loi.
  • Isegoria  : égalité de la parole, même poids de voix.
  • Isokrateïa  : égalité des pouvoirs.

Continuer à prétendre le contraire, continuer à dire que c’est théoriquement possible parce qu’un pape (Léon XIII) l’a affirmé hors de son domaine de compétences, n’est-ce pas « bâtir dans les nuées » tant la réalité hurle le contraire ?

Un autre grand pape du XXe siècle s’est quant-à lui, opposé à la modernité en religion et en politique. Il a réaffirmé, sans être entendu, les fondements de la Cité : religion, tradition et autorité. Saint Pie X, dans son Encyclique contre le parti démocrate chrétien Le Sillon, ne déclare-t-il pas :

[…] non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : « omnia instaurare in Christo ».

Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l’Église, leur mère ; on leur apprend […] que les grands évêques et les grands monarques, qui ont créé et si glorieusement gouverné la France, n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon ! [84]

Dans la pensée traditionnelle, le Créateur manifeste Sa volonté par deux moyens : la loi naturelle et la loi divine (ou loi révélée). La cité politique relève principalement du premier et l’Église surtout du second.
Si, pour respecter cette distinction, l’Église en tant qu’institution, ne saurait privilégier l’un ou l’autre régime que peut revêtir la société politique, en revanche il est de la compétence des laïcs, à la lumière du droit naturel et du principe de réalité, de tirer des leçons de l’expérience.

 

Perspectives

Comment rétablir la civilisation dans un climat si hostile ? L’étude précédente a montré que l’effort doit porter conjointement sur la religion, la tradition et l’autorité.

 

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Quand on a des ennemis à combattre, l’empereur Marc-Aurèle (121-180) conseille :

Le meilleur moyen de se défendre contre eux, c’est de ne pas leur ressembler. [85]

Si on ne peut utiliser les méthodes de manipulation de l’opinion des sociétés de pensée sous peine de passer soi-même à la modernité, si on ne peut cautionner le système des partis et de l’élection sans perdre son âme en essayant de séduire l’opinion de la majorité, alors il reste à maintenir et à développer l’autorité traditionnelle partout où elle a résisté (familles, entreprises, éducation, associations…)

Cette action, pour austère et pour peu spectaculaire qu’elle paraisse, se révèle incontournable, car pour désirer l’autorité, l’homme à besoin d’en avoir ressenti la bienfaisance dès l’enfance.

Dans l’effondrement général de nos sociétés, en un temps où l’égoïsme et la lâcheté sont devenus la règle, les figures autoritaires apparaitront comme autant de sources de liberté et rallieront les intelligences et les cœurs.

Nous disposons pour cela de moyens surnaturels et naturels :

  • Implorer l’aide, la Grâce de la Source de toute autorité, « omnia instaurare in Christo ».
  • Identifier le bien à atteindre : appliquer son intelligence à l’étude de ce bien et de ce qui le conditionne : la loi divine, la loi naturelle et, en particulier, les lois de l’institution [86] pour ce qui concerne l’autorité politique.
  • Appliquer sa volonté à se réformer soi-même pour mener une vie conforme à ce bien.
  • Réformer ensuite son entourage partout où on le peut en donnant l’exemple d’une bonne autorité.

Nombre de ces points correspondent précisément au programme politique que Confucius énonçait il y a 2500 ans pour restaurer une Cité.

 

ANNEXES

 

Le Ta-hio (ou la Grande étude) de Confucius

Pour apporter la paix et la bonne harmonie à un pays, Confucius, puise dans la tradition de la Chine ancienne :

1. La loi de la Grande Étude, ou de la philosophie pratique, consiste à développer et remettre en lumière le principe lumineux de la raison que nous avons reçu du ciel, à renouveler les hommes, et à placer sa destination définitive dans la perfection, ou le souverain bien.

2. Il faut d’abord connaître le but auquel on doit tendre, ou sa destination définitive, et prendre ensuite une détermination ;

  • la détermination étant prise, on peut ensuite avoir l’esprit tranquille et calme ;
  • l’esprit étant tranquille et calme, on peut ensuite jouir de ce repos inaltérable que rien ne peut troubler ;
  • étant parvenu à jouir de ce repos inaltérable que rien ne peut troubler, on peut ensuite méditer et se former un jugement sur l’essence des choses ;
  • ayant médité et s’étant formé un jugement sur l’essence des choses, on peut ensuite atteindre à l’état de perfectionnement désiré.

3. Les êtres de la nature ont une cause et des effets : les actions humaines ont un principe et des conséquences : connaître les causes et les effets, les principes et les conséquences, c’est approcher très-près de la méthode rationnelle avec laquelle on parvient à la perfection.

4. Les anciens princes qui désiraient développer et remettre en lumière, dans leurs États, le principe lumineux de la raison que nous recevons du ciel, s’attachaient auparavant à bien gouverner leurs royaumes

  • ceux qui désiraient bien gouverner leurs royaumes, s’attachaient auparavant à mettre le bon ordre dans leurs familles ;
  • ceux qui désiraient mettre le bon ordre dans leurs familles, s’attachaient auparavant à se corriger eux-mêmes ;
  • ceux qui désiraient se corriger eux-mêmes, s’attachaient auparavant à donner de la droiture à leur âme ;
  • ceux qui désiraient donner de la droiture à leur âme, s’attachaient auparavant à rendre leurs intentions pures et sincères ;
  • ceux qui désiraient rendre leurs intentions pures et sincères, s’attachaient auparavant à perfectionner le plus possible leurs connaissances morales :
  • perfectionner le plus possible ses connaissances morales consiste à pénétrer et approfondir les principes des actions.

5. Les principes des actions étant pénétrés et approfondis, les connaissances morales parviennent ensuite à leur dernier degré de perfection ;

  • les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères ;
  • les intentions étant rendues pures et sincères, l’âme se pénètre ensuite de probité et de droiture ;
  • l’âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée ;
  • la personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée ;
  • la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ;
  • le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie.

6. Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et plus obscur, devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ou le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral.

7. Il n’est pas dans la nature des choses que ce qui a sa base fondamentale en désordre et dans la confusion, puisse avoir ce qui en dérive nécessairement, dans un état convenable.
Traiter légèrement ce qui est le principal ou le plus important, et gravement ce qui n’est que secondaire, est une méthode d’agir qu’il ne faut jamais suivre. [87]

[1] Nous empruntons cette problématique ainsi que de nombreuses citations à l’excellent ouvrage du philosophe espagnol Javier Barraycoa : Du Pouvoir, paru dans sa version française aux éditions Hora decima en 2005. On n’insistera jamais assez sur l’importance capitale de cette œuvre dont cette modeste étude n’offre qu’un pale reflet. Cependant nous ne suivons pas l’auteur dans toute son analyse, notamment dans le contresens qu’il fait à propos de la monarchie absolue qu’il assimile à une dérive arbitraire du gouvernement royal, alors que pour ses contemporains ce vocable était au contraire utilisé comme synonyme de monarchie parfaite (cf. François Bluche).

[sc] Confucius, Doctrine de Confucius ou les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine, Traduit du Chinois par M.G. Pauthier, Librairie Garnier Frères, 1921, p.73.

[2] Confucius, op. cit., p. 73.

[3] Confucius, op. cit., p.73.

[4] Aristote, Éthique à Nicomaque, livre I, 1094a, Agora les classiques, Presses pocket, 1992, p.33-34.

[5] Aristote, Éthique à Nicomaque, livre I, 1097b, op. cit., p.41.

[6] Aristote, Éthique à Nicomaque, livre I, 1101a, op. cit., p.51-52.

[7] Aristote, Éthique à Nicomaque, livre I, 1102a, op. cit., p.51-52.

[8] Aristote, Éthique à Nicomaque, livre V, 1129b,op. cit., p.123.

[9] Euripide, Mélanippe, Nauick, frag. 486.

[10] Aristote, Éthique à Nicomaque, livre V, 1129b, op. cit., p.123.

[11] Aristote, Éthique à Nicomaque, livre V, 1129b, op. cit., p.123.

[12] Saint Thomas d’Aquin, De Regno, Chap.II, Éditions de la Gazette Française, Paris, 1926.

[13] Saint Thomas d’Aquin. De regno, Livre II, Chap.III, cité par Denis Sureau in Petite somme politique, Téqui, 1997, p.97-98.

[14] Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, La Loi, Question 94. Traduction française par M.-J. Laversin, O.P. Éditions de la revue des jeunes, Société Saint Jean l’Évangéliste, Desclée et Cie. Paris Tournai Rome, 1935.

[15] Saint Thomas d’Aquin. De regno, Livre II, Chap.III, cité par Denis Sureau in Petite somme politique, Téqui, 1997, p.97-98.

[16] Saint Thomas d’Aquin, De Regno, Chap.XV, Éditions de la Gazette Française, Paris, 1926.

[17] Saint Thomas d’Aquin, Somme contre les gentils, III, 146, cité par Denis Sureau in Petite somme politique, Téqui, 1997, p.191.

[18] Saint Thomas d’Aquin. De regno, Chap.I. Éditions de la Gazette Française, Paris, 1926.

[19] Aristote, Éthique à Nicomaque, livre V, op. cit., p.134.

[20] Saint Thomas d’Aquin, De Regno, Chap.I, Éditions de la Gazette Française, Paris, 1926.

[21] Tchoû-Hî, Doctrine de Confucius ou les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine, op. cit.

[22] Littré, Dictionnaire de la langue française, tome1, 1973.

[23] Jaime Bofill, Autoridad, Jerarquia, Individuo, Révista de filosofia, 5 (1943), p. 365ité par Javier Barraycoa, in Du pouvoir…, Éd. Hora Decima, 2005, p.45.

[24] Augustin Cochin, La Révolution et la libre-pensée, Introduction, Éd. Plon, Paris, 1924, p.L.

[25] Javier Barraycoa, in Du pouvoir …, Éd. Hora Decima, 2005, p.45.

[26] Hannah Arendt, La crise de la culture, Folio essais, Gallimard, 2007, p.129.

[27] Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, I II 100,6, cité par Denis Sureau in, Petite somme théologique, 1997, p.137.

[28] Saint Thomas d’Aquin, De Regno, Chap. XV, Éditions de la Gazette Française, Paris, 1926.

[29] Jean-Baptiste Colbert de Torcy, cité par Th. Derisseyl in Mémoire sur les droits de la maison d’Anjou à la couronne de France, Fribourg,1885.

[30] Guy Augé, Qu’est-ce que la monarchie ? in La Science Historique, printemps-été 1992.

[31] Mgr de Ségur, Vive le roi ! in Œuvres, Paris : Tolra, 1877, 2 série, tome VI, chap. III.

[32] Machiavel, Le Prince, Chap. VIII, in Œuvres politiques de Machiavel, Éd. Charpentier, Paris, 1881, p.41.

[33] Machiavel, Le Prince, Chap. XVII, op. cit., p.71.

[34] Machiavel, Le Prince, Chap. XVIII, op. cit., p.75.

[35] Machiavel, Le Prince, Chap. XVIII, op. cit., p.75.

[36] Machiavel, Le Prince, Chap. XV, op. cit., p.66-67.

[37] Machiavel, Le Prince, Chap. XVIII, op. cit., p.76-77.

[38] Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Livre III, chap. 6, Christian Bourgeois éditeur, collection 10/18, Paris, 1973, p.140.

[39] Max Weber, Le savant et le politique, Union générale d’édition, Collection 10-18, Paris, 1963, p.101.

[40] Max Weber, Le savant et le politique, op. cit., p.102.

[41] Max Weber, Le savant et le politique, op. cit., p.111.

[42] Max Weber, Le savant et le politique, op. cit., p.103.

[43] Max Weber, Le savant et le politique, op. cit., p.102.

[44] Pour le sociologue français Pierre Bourdieu, l’État « revendique avec succès le monopole physique de l’usage légitime de la violence physique et symbolique sur un territoire déterminé et sur l’ensemble de la population correspondante. » in Raisons pratiques, Paris, Seuil, 1994, p.107.

[45] Le sociologue israélien Shmuel Noah Eisenstadt définit le pouvoir politique comme « l’organisation de la société territoriale qui possède le monopole légitime sur l’usage autorisé de la force et sur sa réglementation dans la société. » in The polical system of empires, New Brunswick (N.J.)/London, Transaction Publishers, 1993, p.5.

[46] Max Weber, Le savant et le politique, op. cit., p.102.

[47] Max Weber, Le savant et le politique, op. cit., p.101.

[48] Max Weber, Le savant et le politique, op. cit., p.70.

[49] Max Weber, Économie et société, Paris, Pocket, coll. « Agora », 1995, t.1, p.95, cité par Javier Barraycoa, in Du pouvoir …, Éd. Hora Decima, 2005, p.18.

[50] Éric Vœgelin, La nouvelle science du politique, Éd. Seuil, Coll. L’ordre philosophique, 2000, p.56-57.

[51] Max Weber, Le savant et le politique, op. cit., p.107.

[52] Saint-Simon, Œuvres choisies, Bruxelles, 1859, t.1, n.217.

[53] Saint-Simon, L’industrie, cité par Dominique Bagge, Les idées politiques en France sous la restauration, Arno presse inc., 1979, p.381.

[sc] Saint-Simon, L’industrie, cité par Dominique Bagge, Les idées politiques en France sous la restauration, op. cit., p.382.

[54] Cette formulation est celle de Lord Acton dans sa « Leçon inaugurale sur l’« Étude de l’Histoire », réimprimée in Essays on Freedom and Power, New York, 1955, p.35.

[55] Hannah Arendt, La crise de la culture, op. cit., p. 128.

[56] Hannah Arendt, La crise de la culture, op. cit., p. 140.

[57] Gustave Le Bon, Psychologie des foules, Paris, Puf, coll. « Quadrige », 2002, p.28, cité par Javier Barraycoa, in Du pouvoir …, Éd. Hora Decima, 2005, p.54.

[58] Alexandre Soljenitsyne, Le déclin du courage, (1978), www.viveleroy.fr/article65.

[59] Pierre Bourdieu, « L’opinion publique n’existe pas », exposé fait à Noroit (Arras) en janvier 1972 et paru dans Les temps modernes, 318, janvier 1973, p. 1292-1309. Repris in, Questions de sociologie, Paris, Les Éditions de Minuit, 1984, p. 222-235.

[60] Augustin Cochin, Canevas d’une conférence 1907, Appendice I, in La Révolution et la libre-pensée, Éd. Plon, Paris 1924, p.255 et suiv.

[61] Voir l’article Groupes réducteurs et noyaux dirigeants sur le site viveleroy.fr

[62] Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme. Eichmann à Jérusalem, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2002, cité par Javier Barraycoa, in Du pouvoir …, Éd. Hora Decima, 2005, p.54.

[63] Hannah Arendt, La crise de la culture, Folio Essais, p. 121-122.

[64] Hannah Arendt, La crise de la culture, Folio Essais, p.119.

[65] Jules Ferry, cité par Jean Jaurès, Préface aux Discours parlementaires, Le socialisme et le radicalisme en 1885, Présentation de Madeleine Rebérioux, « Ressources », réédition Slatkine, 1980, p. 28-29.

[66] Michel Bakounine, De la guerre à la Commune. Dieu et l’État, Paris, Éditions Anthropos, 1972, p.365.

[67] Arnold Toynbee, cité par Jean-Pierre Sironneau, Sécularisation et religions politiques, 1982, Paris, Mouton Publisher, p.206.

[68] Arnold Toynbee, A study of History, Londres, Oxford University Press, 1954, vol.VII, p.533.

[69] François Furet, Le passé d’une illusion, Éd. Livres de poche, 1995, p.17.

[70] Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme. Paris, Gallimard, 2002, p.824., cité par Javier Barraycoa, in Du pouvoir …, Éd. Hora Decima, 2005, p.23.

[71] Hannah Arendt, Le système totalitaire, Éd. Du seuil 2002, p.295-298.

[72] Gracchus Babeuf, Du système de dépopulation ou la vie et les crimes de Carrier, imprimerie de Franklin, Paris, rue de Cléry, Chapitre IV, p. 24-58.

[73] Hitler, Libres propos sur la guerre et la paix, t.1, Flammarion, 1952, p 7.

[74] Hitler, Libres propos sur la guerre et la paix, t.1, op. cit., p 39.

[75] Hitler, Libres propos sur la guerre et la paix, t.1, op. cit., p.282.

[76] Hitler, Libres propos sur la guerre et la paix, t.2, Flammarion, 1954, p.30.

[77] Marcel Gauchet, art. La république aujourd’hui, in La revue de l’inspection générale, no1, Janvier 2004.

[78] Luc Ferry, L’homme-Dieu, Grasset éditions, Paris, 1996, p. 210.

[79] Luc Ferry, L’homme-Dieu, op. cit., p. 241.

[80] Luc Ferry, L’homme-Dieu, op. cit., p. 237.

[81] Le Pape Benoît XVI, lui même reconnaît l’origine idéologique de ces agressions dans son homélie du 15 avril 2010 : « On parle souvent aujourd’hui de la libération de l’homme, de sa pleine autonomie et par conséquent de sa libération de Dieu…
Cette autonomie est un mensonge ontologique, car l’homme n’existe pas par lui même, ni pour lui même. C’est aussi un mensonge socio-politique car la collaboration et le partage des libertés est nécessaire. Et si Dieu n’existe pas, s’il demeure inaccessible à l’homme, l’ultime instance est le consensus majoritaire, qui a le dernier mot et auquel tous doivent obéir. Le siècle dernier a montré que le consensus peut être celui du mal. Sa soi-disant autonomie ne libère pas l’homme. Les dictatures nazie et marxiste n’admettaient rien au-dessus du pouvoir idéologique… Aujourd’hui, si, grâce à Dieu, nous ne vivons plus en dictature, nous subissons des formes subtiles de dictature, un conformisme selon lequel il faut penser comme les autres, agir comme tout le monde. Il a aussi des agressions plus ou moins subtiles contre l’Église, qui montrent combien ce conformisme représente une véritable dictature.
 » Benoît XVI, Homélie du 15 avril 2010, Obéir à dieu et faire pénitence, in Vatican Information Service, 16 avril 2010.

[82] Hannah Arendt, La crise de la culture, Folio Essais, p. 168.

[83] Oliveira Salazar, Le Portugal et la crise européenne, Flammarion, Paris, 1940 : « Nous considérons par principe tous les conspirateurs comme ennemis de la Révolution nationale. », p.17.

[84] St Pie X, Lettre sur le Sillon Notre charge apostolique, du 25 août 1910, PIN. 430.

[85] Pensées de Marc-Aurèle, Chp VI, pensée VI, trad J.Barthélemy-St Hilaire, Librairie Germer — Baillière et Cie, Paris, 1876, p.166.

[86] Voir l’article de Guy Augé, Brève note sur le droit royal historique français, http://www.viveleroy.fr/Breve-note-sur-le-droit-royal,99.

[87] Confucius, op. cit.

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 09:19

Il y a comme une malédiction dans l'évolution du monde moderne. On peut en retracer l'origine, avec un détour immanquable par la mythologie.

Le blason des Anglo-Saxons reprend le lion (ou dragon) ailé des celtes Gallois conquis au V et VIe siècles par les Saxons et progressivement soumis avec les deux autres nations celtes constitutives (Irlandais et écossais) jusqu'au XIIIe siècle où le roi Plantagenêt Henri II, descendant des Normands, reprit à son compte la mythologie celtique du Roi Arthur, fils illégitime d'Uther Pendragon - ("tête de dragon" en gallois), fruit de la magie de Merlin et du dragon qui fit prendre à Uther les traits du mari d'Ygraine -, en rattachant sa généalogie à cette prestigieuse histoire. Une mythologie de combat qui avait été écrite contre l'envahisseur et qui devait servir aux celtes à se libérer du joug saxon. Nul n'a mieux exprimé l'"origine démoniaque des Plantagenêts" [1] et de l'actuelle monarchie britannique que Giraud de Barri, l'un des promoteurs de l'idée d'une malédiction pesant sur les Plantagenêts. Il attribue en effet à Geoffroy de Bretagne (fils d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II) - dont le fils Arthur sera assassiné un jour par son frère Jean - la réponse faite à Geoffroy de Lucy, futur évêque de Winchester (1189-1204), émissaire de son père qui le prie de se réconcilier avec lui : "Vous ne devez pas ignorer qu'il nous a été donnés par nature, et pour ainsi dire par droit d'héritage de nos ancêtres, qui nous l'ont légué et inculqué, qu'aucun de nous n'aime l'autre, et que toujours le frère combattra le frère et le fils le père de toutes les forces dont il sera capable. Ne tâchez donc pas de nous priver de nos droits héréditaires, en vous efforçant en vain de chasser le naturel". A en croire Pierre de Blois, Henri II ne dit rien d'autre : "Je suis par nature le fils de la colère, comment pourrais-je ne pas me mettre en colère?" » [2] Richard Coeur de Lion dira lui-même : "Nous qui provenons du diable, reviendrons au diable." [3].

Le blason des Anglo-Saxons reprend le lion (ou dragon) ailé des celtes Gallois conquis au V et VIe siècles par les Saxons et progressivement soumis avec les deux autres nations celtes constitutives (Irlandais et écossais) jusqu'au XIIIe siècle où le roi Plantagenêt Henri II, descendant des Normands, reprit à son compte la mythologie celtique du Roi Arthur, fils illégitime d'Uther Pendragon - ("tête de dragon" en gallois), fruit de la magie de Merlin et du dragon qui fit prendre à Uther les traits du mari d'Ygraine -, en rattachant sa généalogie à cette prestigieuse histoire. Une mythologie de combat qui avait été écrite contre l'envahisseur et qui devait servir aux celtes à se libérer du joug saxon. Nul n'a mieux exprimé l'"origine démoniaque des Plantagenêts" [1] et de l'actuelle monarchie britannique que Giraud de Barri, l'un des promoteurs de l'idée d'une malédiction pesant sur les Plantagenêts. Il attribue en effet à Geoffroy de Bretagne (fils d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II) - dont le fils Arthur sera assassiné un jour par son frère Jean - la réponse faite à Geoffroy de Lucy, futur évêque de Winchester (1189-1204), émissaire de son père qui le prie de se réconcilier avec lui : "Vous ne devez pas ignorer qu'il nous a été donnés par nature, et pour ainsi dire par droit d'héritage de nos ancêtres, qui nous l'ont légué et inculqué, qu'aucun de nous n'aime l'autre, et que toujours le frère combattra le frère et le fils le père de toutes les forces dont il sera capable. Ne tâchez donc pas de nous priver de nos droits héréditaires, en vous efforçant en vain de chasser le naturel". A en croire Pierre de Blois, Henri II ne dit rien d'autre : "Je suis par nature le fils de la colère, comment pourrais-je ne pas me mettre en colère?" » [2] Richard Coeur de Lion dira lui-même : "Nous qui provenons du diable, reviendrons au diable." [3].

"Ce que la France perd, l'Angleterre le gagne. Plus encore sur le plan commercial que sur tout autre plan, elle (l'Angleterre) est la grande bénéficiaire de la Révolution et de ses suites."[4].

 

Pourquoi ce sont l'Angleterre et la Prusse (ces fameux Anglo-Saxons que nos rois ont repoussés tout au long des siècles - Dagobert, Charlemagne, Philippe-Auguste, Charles VII et sainte Jeanne d'Arc, Louis XIV) qui ont dominé le XIXème siècle ?

 

Voici quelques-unes des principales causes du mal qui ronge notre pays depuis 1789.

 

Outre l'oubli de son histoire et la fréquentation d'une autre narrative qui n'est pas française, la France en ce début de XXIe siècle continue de souffrir de maux apparus essentiellement à partir de 1789. Ces maux sont :

- Le mythe du grand homme charismatique, le sauveur en politique (homme providentiel, césarisme millénariste, messianisme idéologique, sécularisation du salut chrétien) associé au mépris de la vie des hommes sacrifiés pour un régime sans scrupule (bonapartisme, gaullisme pour la droite, socialisme dogmatique, communisme totalitaire pour la gauche);

- le mythe de la table rase et des lendemains radieux (permet tous les saccages iconoclastes);

- la souveraineté soit-disant nationale quand elle n'est jamais qu'oligarchie dès le départ; une "oligarchie (qui) trie les problèmes et définit les termes dans lesquels ils peuvent être résolus, ... dictature d'une minorité prétendant énoncer la Volonté générale au nom du peuple mais à la place du peuple" [5].

- le primat de l'individu, des droits de l'homme autonomes et extensifs contre commandements de Dieu et loi naturelle;

- l'illusion des catholiques imaginant changer quelque chose en politique comme si Dieu n'existait pas (Souveraineté nationale - article 3 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789 - contre Souveraineté de Dieu). Cette manière de faire qui a été identifiée comme une "apostasie silencieuse." (St Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, 9) est inhérente à la crise de l'autorité.

- le tout dans un "système de brigandage" [6] créé par et pour une oligarchie jacobine en 1789, animé d'un esprit permanent de guerre civile, de lutte, de désignation d'un ennemi politique à combattre et à vaincre lors des élections ou lors d'épurations (1793, 1945), de stigmatisation, de désignation de boucs émissaires, d'instrumentalisation des peurs et de rejet de l'autre (celui qui ne pense pas bien, celui qui est déviant);

- l'utilisation du diviser pour régner (instrumentalisation des clivages raciaux, ethniques, culturels, sexuels) comme leviers électoraux et clientélistes;

- l'utopie de la bonté naturelle des hommes contre la doctrine chrétienne du Péché originel (engendre l'aporie communiste);

- la nation-contrat, nation qui se crée contre la nation-héritage qui, elle, se reçoit et se respecte;

- l'esprit de système contre l'empirisme organisateur, le constructivisme et le volontarisme engendrant le totalitarisme (tout ce que veut l'Assemblée elle le peut) [7];

- la perversion des principes monarchiques;

- la subversion du langage (novlangue),

- un système de destruction et de déconstruction, "incroyable système de perversité et de vices" [8],

- une "école de meurtres et de barbarie établie à Paris, ayant détruit autant qu'il lui a été possible les principes et les moeurs sur lesquels reposait la civilisation de l'Europe...", qui "ne tardera pas à détruire aussi ces lois des nations..., qui ont adouci la pratique de la guerre, et qui plus que toute autre institution honorent les siècles du christianisme" [9].

 

Cet Etat moderne qui s'occupe de tout et veut organiser les religions pratique lui-même la confusion de tous les pouvoirs (temporel et spirituel, législatif, exécutif et judiciaire). Tout en affirmant pratiquer la "séparation des pouvoirs" et la "laïcité", il détruit totalement la laïcité, empêche la décentralisation parlementaire au sein des "assemblées représentatives des corps (intermédiaires) et des communautés (professionnelles)" [10] et empêche donc toute authentique démocratie et toute réelle décentralisation.

 

Etat-Leviathan qui se mêle de créer "l'islam de France" (alors qu'en Gaule le christianisme s'est implanté naturellement avant la construction de l'état mérovingien et la conversion de Clovis); Etat Leviathan qui se propose de former les imams et impose à l'école la théorie du genre dont personne ne veut; Etat Leviathan qui s'occupe du moindre détail, et, en conséquence, fait tout infiniment mal. [11].

 

Ce spectacle ignoble est "un genre de tyrannie que l'espèce humaine n'a pas encore connue", a pu écrire un commentateur de la Révolution en 1790. [12]

 

Il est vain d'imaginer changer quoique ce soit en restant dans ce système conçu, dès le départ, par et pour une "oligarchie aussi malfaisante que vile" [13]. Un système aussi détestable par ses moyens, qu'atroce dans son objet [14], engendrant une "grande crise non seulement dans les affaires de la France, mais dans celles de l'Europe tout entière", "peut-être (cette grande crise) dépasse-t-elle même les frontières de l'Europe." [15]

 

Conclusion

 

Pour en finir avec ces causes du mal qui ronge notre société, il faut commencer par retrouver chez nous cet esprit national français, retrouver l'esprit qui a fait notre force et notre rayonnement dans le monde pendant des siècles, sous Louis XV encore, par exemple, un esprit qui protégeait les Indiens d'Amérique du nord qui étaient alors assimilés par les Puritains britanniques à des sous-hommes bons à être dépouillés et essorés... dans la monarchie universelle britannique.

 

Le mondialisme impérialiste anglo-saxon ne date pas d'hier. Ce mondialisme capitaliste agressif n'avait comme contre-modèle que le modèle protecteur français. Il s'agit de le retrouver.

 

Vive Dieu, vive le Roi, vive la France !

 

Bataille de Tolbiac, fresque du Panthéon (Paris) de Paul-Joseph Blanc vers 1881

Bataille de Tolbiac, fresque du Panthéon (Paris) de Paul-Joseph Blanc vers 1881

Notes

 

[1] Jean Favier, Les Plantagenêts, Origines et destin d'un empire, XIe-XIVe siècles, Fayard, Poitiers 2004, p. 649.

[2] Martin Aurell, L'Empire des Plantagenêts 1154-1224, Edition Le Grand Livre du Mois, Paris 2002, p. 49.

[3] Martin Aurell, ibid., p. 7.

[4] René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 220.

[5] Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206-207.

[6] Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France, Pluriel Histoire, Paris 2004, p. 599.

[7] "L'association du volontarisme et du constructivisme constitue ainsi la première racine de la Terreur révolutionnaire. L'histoire de la Terreur [...] ne commence de ce point de vue ni en 1793 ni même en 1791 ni en 1792 : elle est consubstantielle à la Révolution qui, dès 1789, se présente comme une pure aventure de la volonté." (P. Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 50.)

[8] Edmund Burke, Première et deuxième lettres sur la paix régicide, 1797, in Réflexions sur la Révolution de France, ibid., p. 557.

[9] Edmund Burke, Lettre à un membre de l'Assemblée nationale de France, publiée en janvier 1791, ibid., p. 359.

[10] Charles Maurras, Kiel et Tanger, La République française devant l'Europe 1895-1921, Bibliothèque des Œuvres Politiques Versailles, Évreux 1928, p. 236.

[11] Cf. Variation d'une phrase de Charles Maurras in La Dentelle du rempart, Choix de pages civiques en prose et en vers (1886-1936), Préface de Bernard Grasset, Editions Bernard Grasset, Mayenne 1937, p. 131 : "Etat français qui se mêle de tout aujourd'hui, même de faire des écoles et de vendre des allumettes, et qui, en conséquence, fait tout infiniment mal, vendant des allumettes ininflammables et distribuant un enseignement insensé, l'Etat est lui-même impuissant à remplir sa fonction d'Etat. Il est abandonné aux représentants du pouvoir législatif."

[12] Discours de M. Burke, sur la situation actuelle de la France, cité in E. Burke, Réflexions sur la Révolution de France, Pluriel Histoire, Paris 2004, p. 329.

[13] Edmund Burke, ibid, p. 157.

[14] Cf. Variation d'une phrase d'Edmund Burke in Discours de M. Burke sur la situation de la France le 9 février 1790, ibid., p. 327 : "Tant que je vivrai, j'opposerai mes efforts à l'introduction d'une démocratie détestable dans ses moyens, atroce dans son objet. Et je déclare que, quelque soit mon respect pour les grands talents, et quelque besoin qu'ait mon âme de l'amitié, je romprai, s'il le faut, avec mes meilleurs amis, et me réunirai à mes plus grands ennemis pour repousser cette peste d'une innovation destructive de tout principe d'une saine et sûre réformation. ... La régénération dont on s'entretient dans ce pays est la destruction et non la réformation des Etats: il y a plus, elle rend impossible toute bonne réformation".

[15] Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France, ibid., p. 13.

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 11:07

Louis Chassenay démontre comment la "liberté à la française" n'est qu'une liberté relative puisque particulariste et donc non-universelle, que cette "liberté à la française" a pris comme fondement "toute rupture avec la divinité" et qu'elle conduit dans les faits à une rupture de l'égalité par l'exercice d'une liberté à double vitesse, une liberté "Janus à deux visages" :

La liberté à la française : un joli nom pour la mort de Dieu

 

Publié dans Editoriaux, le jeudi 22 janvier 2015 par Louis Chassenay

 

Rappelons d’abord que si le libertus, à Rome, désignait le statut social de l’esclave qui avait été affranchi de l’autorité de son maître, c’est en amont, en Grèce antique, que le concept d’autarkeia avait pensé cet idéal typiquement occidental de l’indépendance : était ainsi considéré comme libre tout individu singulier ou collectif dont les conditions d’existence ne dépendait que de ses propres moyens, nécessaires et suffisants au plein épanouissement de sa nature. Il faudra néanmoins tout l’effort de la doctrine libérale moderne pour fonder notre conception actuelle de la liberté sur une double fiction : celle, propre aux théoriciens du contrat social, d’un hypothétique atomisme individuel à « l’état de nature », d’abord ; celle, ensuite, d’une « dignité » désormais individuelle (tandis que seuls Dieu et le Prince, jusqu’alors, pouvaient être qualifiés de ce terme), fondée sur une tout aussi hypothétique capacité à la moralité pure, telle qu’Emmanuel Kant a pu la théoriser dans son œuvre.

[...] L’aboutissement de cette conception libérale se trouvera inscrite dans le marbre du droit naturel moderne : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (article 4 de la Déclaration des Drotis de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789). La liberté, oui, mais teintée du souci essentiel de la sécurité.

 

Mais d’une tradition nationale à une autre, ce qui « nuit » à autrui est l’objet d’interprétations diverses. Tandis que le peuple et les tribunaux français sont en général favorables à l’expression de la « satire » et de la caricature envers les diverses confessions spirituelles, aux Etats-Unis, en revanche, le New-York Times, tout en s’émouvant de l’attentat commis à Paris, refusait dans le même temps de diffuser les dessins polémiques diffusés par Charlie Hebdo, par crainte de blesser son lectorat musulman. Les deux pays n’ont donc pas la même tradition, parce qu’ils n’eurent pas la même histoire : les Etats-Unis, tout en adoptant une Constitution laïque, reconnaissent officiellement l’existence d’une Transcendance divine, qui clôt seul le corps social ; Régis Debray y voit d’ailleurs l’une des raisons profondes du patriotisme états-unien qui, à l’inverse de notre pays, ne se défait pas avec le temps. Tandis que la France a fait le choix radical, profond, sans compromis, de toute rupture avec la divinité. Que l’on ne s’y trompe pas, la laïcité à la française ne dérive pas d’une pensée « universaliste », mais bien d’une idéologie anti-traditionnaliste -inutile de préciser ici ce que signifièrent véritablement la Constitution civile du clergé, ni l’éradication physique de la Vendée militaire, durant la Révolution-. La vague d’émotions soulevée dans notre pays, et au-delà, à propos de l’attentat contre les journalistes et caricaturistes de Charlie Hebdo aurait sans doute été bien amoindrie, voire absente s’il avait été perpétré dans le camp de ceux qui prient. Car si l’on pardonne, dans notre pays, les outrances vis-à-vis des traditions spirituelles, il n’en va pas de même pour ceux qui oseraient s‘attaquer aux mythes mensongers et aux valeurs maquillées de notre régime républicain. La liberté, sauf pour les ennemis de la liberté ; ou plus précisément : la liberté, sauf pour ceux qui ne partagent pas notre interprétation profane -et donc particulariste- de la liberté.

 

La liberté d’expression, en France, vaut donc pour tout ce qui contredit le pur exercice de la raison calculante et technicienne. Il est de bon ton d’attaquer les religions. Pourtant le principe de contradiction, en bonne logique, ne saurait tolérer l’exercice partiel de cette liberté d’expression : on devrait aussi bien pouvoir moquer et dénoncer le fanatisme laïcard, rationaliste et utilitaire de nos élites, que l’obscurantisme religieux, lui-même potentiellement présent, d’ailleurs, dans toutes les confessions spirituelles, sans exception. Sauf à considérer que l’un constitue la confession publique officielle, et l’autre une « option spirituelle » bonne à claquemurer dans le domaine privé. On pourrait se demander pourquoi caricaturer Mahomet ou le Pape serait le signe d’une liberté authentique, quand s’attaquer à Voltaire serait unanimement considéré comme un crime de lèse-majesté ; or Voltaire est sans doute le personnage historique auquel nos journaleux avides de liberté et d’humanité devraient s’attaquer en priorité, tant la vie et la pensée concrètes de ce personnage furent précisément contraires à tous les idéaux officiels actuels (aurions-nous ici la cruauté de rappeler la pensée intégralement utilitariste, antisémite, raciste et antipatriote de cet homme des « Lumières » ?).

 

La Liberté semble bien être un Janus à deux visages, ouvrant ses portes à l’expression libérale-libertaire, et la fermant à ceux qui, attachés à la Vérité absolue et aux vérités historiques, aimeraient aussi pouvoir exister sur la place publique. De l’indépendance authentique à la mort de Dieu, la liberté aura fait, jusqu’ici, son chemin de croix. Que la République continue donc à ne pas voir son histoire passée, pour mieux avancer en aveugle : il faut dire que son regard de Méduse la pétrifierait aussitôt.

 

Louis Chassenay

 

 

Source: http://www.vexilla-galliae.fr/points-de-vue/editoriaux/1180-la-liberte-a-la-francaise-un-joli-nom-pour-la-mort-de-dieu

 

 

Liberté d'expression versus N.O.M Charlie Hebdo

Rediff. Video "La traque républicaine" (source: http://gloria.tv/media/e8mr2bMXGT7)

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 07:05
Dieu est le cadre privilégié de la démocratie

Devant l'échec de l'Union européenne, la crise mondialiste, et les crises engendrées par la modernité, dont la première, la crise de l'autorité, les républicains se trouvent désemparés. De marine Le Pen [1] à Jean-Pierre Chevènement [2], ils avancent tous que la nation aurait une vertu particulière. Pour les uns la nation aurait la vertu d'être un rempart au mondialisme (nationalistes et souverainistes de droite), pour les autres la nation serait "le cadre privilégié de la démocratie" (Jean-Pierre Chevènement et souverainistes de gauche). Ces deux assertions sont fausses bien évidemment. On a pu voir par exemple au XXe siècle combien la nation entendue comme source de la légitimité démocratique (souveraineté nationale) en Urss ou en Allemagne a pu effectivement conduire à la démocratie, comme aujourd'hui en France, en Chine ou en Corée du nord ! On peut voir également combien la conception d'une nation coupée de son héritage historique et de la loi naturelle peut sombrer aujourd'hui dans le totalitarisme du genre et du Grand remplacement assumé et planifié.

 

Le seul cadre privilégié capable d'assurer la démocratie, en France, c'est Dieu. Le Dieu trine de la catholicité qui a façonné la France depuis Saint Martin, Apôtre des Gaules, en passant par Clovis, Saint-Louis, sainte Jeanne d'Arc, Henri IV ou Louis XVI. Dieu qui, par ses commandements, est le seul capable de contraindre moralement les consciences, et d'être un rempart au totalitarisme, qui aujourd'hui est le mondialisme anglo-saxon déconstructeur (le changement de civilisation de Christiane Taubira et sa loi de "mariage" homosexuel), avec ses bras financiers, et militaires.

 

Des deux sources de la légitimité (l'homme et la nation depuis 1789 ou Dieu depuis l'Antiquité), il y en a une qui a suscité le totalitarisme, et ce n'est pas la légitimité venant de Dieu mais celle venant des assemblées "représentatives" et notamment la Terreur terroriste révolutionnaire de 1793, qui a inspiré les terroristes bolchéviques de 1917 et leurs répliques.

 

Dieu est le cadre privilégié de la démocratie : "démocratie athénienne" par exemple qui, dans l'Antiquité, respectait le droit naturel et divin; mais aussi démocratie locale en France au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, une démocratie et un régime politique qui protégeait les Français des ploutocrates cupides (interdiction de l'usure), n'est plus qu'un lointain souvenir depuis longtemps. 

 

Or, la démocratie moderne issue des révolutions du XVIIIe et XIXe siècle a tué le droit naturel et divin en prenant pour source de la légitimité la diabolique "souveraineté nationale" (article 3 de la Déclaration des droits de l'homme), matrice de la démocratie moderne, de l'état Leviathan et de la ploutocratie internationale.

 

Entre les deux sources de la légitimité, entre Dieu et Mamon, il faut choisir.

 

Notes

 

[1] "La nation, meilleur rempart au magma mondialisé", Marine Le Pen part en croisade contre le mondialisme au zénith de Rouen, FN Villeurbanne, 16 janvier 2012.

[2] "Les politiques ont trompé les Français sur l'Europe", Jean-Pierre Chevènement sur France 5, samedi 28 février 2015

 

. La démocratie ne peut pas être fondée sur le relativisme (Benoît XVI)

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 12:12
La Crise post-moderne trouve son origine dans la crise de l'autorité

Toutes les crises que nous connaissons dans la société (crises de l'autorité à l'école, refus d'obéissance des enfants, crises éducatives, crises morales, crises culturelles et même crises économiques, etc.), toutes ces crises trouvent leur source dans une seule et même crise, qui est une conception erronée de l'autorité formulée par les Barbares révolutionnaires de 1789. Et le drame est que cette erreur fondamentale se répand lentement par métastases dans tout le corps social jusqu'à tuer la société elle-même.

 

"Il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu". Epître aux Romains, 13, 1 : Le pouvoir vient de Dieu.

 

En 1789, la Révolution détruit cet enseignement divin. Elle détruit l’autorité et prétend que l'autorité vient d'en dessous, des inférieurs :

 

"Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. " (Article 3 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789.)

 

Cette nouvelle conception de la "souveraineté" a pu conduire en 1789 des fanatiques à détruire un million de fois plus d'oeuvres d'art qu'aujourd'hui les djihadistes de l'état islamiste.

 

Cette fausse conception de l'autorité fait des "citoyens" des commandés et des commandeurs à la fois. Or, l'homme ne peut à la fois être son propre principe de commandement (conception schizophrène,) s'il n'a pas d'abord un principe supérieur. Aujourd'hui cette erreur sur l'autorité conduit des enfants à donner quasiment des ordres à leurs parents ou à leurs professeurs, sous couvert d'égalité et de recherche de l'épanouissement personnel des enfants. Ceci se fait dans le cadre d'une politique gouvernementale issue de l'"Education nationale", relayée par des "éducateurs", des conseillers d'"éducation", des pédagogues et autres professionnels de l'"éducation".

 

La conception erronée de l'autorité issue de 1789 conduit l'école républicaine dans l'impasse. Et des ministres républicains se rendant compte du problème cherche à y remédier en copiant la monarchie verticale en établissant une nouvelle religion, la "religion de la république" (version Claude Bartolone), la "religion de la république" (version Vincent Peillon), qui devient ainsi le nouveau principe supérieur nécessaire à l'équilibre de l'édifice franc-maçonnique (C. Bartolone et V.  Peillon sont deux adeptes de la franc-maçonnerie). Ce nouveau principe supérieur vient remplacer l'ancien principe supérieur qui avait été éliminé par l'école républicaine, « laïque » et obligatoire : Dieu et la religion catholique.

 

Or, qui peut aimer et croire dans un régime politique né dans un bain de sang (génocide vendéen), et perpétué par la violence, l'orchestration de la division et du chaos institutionnalisé ? Personne.

 

Si l’on veut rétablir l’ordre naturel chrétien, supprimer le désorde maçonnique, et refonder la société sur ses bases naturelles (et donc pérennes), il faut commencer par supprimer la conception erronée de l'autorité issue de 1789, et affirmer clairement que l'autorité vient de Dieu et non du peuple. Cf. "Dieu, principe et modèle de toute autorité". Il s'agit d'affirmer que la démocratie comme "religion" horizontale est une impasse qui conduit à la destruction de la société et que les droits de l'homme de 1789 dans leur article 3 conduisent à la mort de la société par un retour inévitable à la barbarie.

 

C'est la verticalité de l'autorité que l'on trouve dans la religion catholique et la société chrétienne, qui fait qu'une société tient debout et peut progresser. Cette verticalité du pouvoir se rencontre dans la monarchie classique française. La république avec sa "religion de la république" cherche à en reproduire le modèle à son profit. L'autorité vient d'en haut et non d'en dessous. Même la république en vient à le reconnaître nécessairement. L'autorité qui se trouve en-dessous, ou à côté de moi, à mon hauteur, n'est pas respectée très longtemps car elle n'a aucune force, aucun principe supérieur pour être respectée (aucune légitimité). La "Souveraineté nationale" (article 3 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789) est une erreur qui ne peut en aucun cas fonder un ordre politique pérenne, à moins de devenir dictatoriale et totalitaire (Exemples: démocraties populaires, régimes hitlérien nazi, communiste, nouvel ordre mondial et "moyens plus contraignants encore", ce que lui permet la fiction de la "représentation" politique).

 

Une authentique résistance à la barbarie généralisée et institutionnalisée (article 3 DDH 1789) doit se concrétiser par une institutionnalisation d'une autorité fondée sur le seul roc solide : Dieu. Ce Dieu que la république a chassé et fait revenir d'une manière détournée et fausse avec sa "religion de la république".

 

Tous les partis, mouvements, et rassemblements qui se disent encore "chrétiens", doivent faire un tout autre constat qu'ils ne le font pour le moment, vu qu'ils continuent de propager le mensonge révolutionnaire de la "Souveraineté nationale", cause du mal et conséquence du cancer qui tue la société. Ils s'imaginent faire de la "politique" sur la base de la conception erronée de l'autorité. Autant vouloir vider la mer avec un dé à coudre !

 

Conclusion

 

1. Il y a une Crise de l'autorité.

2. Cette crise de l'autorité provient du modèle révolutionnaire républicain dit "laïque" fondant le pouvoir dans la "Souveraineté nationale" (humaine), conception erronée de l'autorité.

3. Cette fausse autorité a échoué. Son échec conduit des ministres de la république "laïque" à prôner une nouvelle religion comme principe supérieur, la "religion de la république". Ceci est évidemment contradictoire avec la "laïcité" de l'Etat et tous les dogmes républicains...

4. La république religieuse ne pourra pas tenir longtemps ainsi ni imposer sa "religion" dans le coeur de personne. La religion républicaine est impuissante à sauver du Mal quiconque.

5. Seul un retour à la conception verticale de l'autorité (monarchie), et à la vraie religion (la religion catholique qui était celle des Gaulois avant la conversion de Clovis) sauvera la société de la Barbarie généralisée et institutionnalisée.

 

Charles Maurras disait : "la démocratie c'est la mort", aujourd'hui nous pouvons dire : la monarchie c'est la vie !

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 11:25
Qui est le roi de France aujourd’hui ?

 

Celui que désignent les Lois fondamentales du Royaume (1984)

samedi 7 février 2015 par Frédéric Bluche, Jean Barbey, Stéphane Rials

 

En France le roi est désigné par la Loi — ou Lois fondamentales de Royaume (1) — qui préserve notre Pays de la division et permet l’unité de la paix, condition indispensable du bien commun. Les lois de dévolution de la couronne de France sont limpides : le successeur est l’aîné par voie mâle.

Or l’Aîné de la famille royale de France est actuellement le Duc d’Anjou, Chef de la Maison de Bourbon, plus connu sous le nom de Louis XX. Personne — ni lui, ni nous — n’a choisi l’attribution de cette lourde charge, mais parce qu’il en est investi par la loi et pour le bien de tous, il est à ce titre le garant de l’État de droit contre tous les arbitraires et les lobbies partisans, financiers ou idéologiques.

En France il ne peut donc y avoir de prétendant, il y a un successeur, Louis XX, qui ne prétend à rien parce qu’il est saisi par la loi.

Aussi la branche cadette d’Orléans a beau en appeler jusqu’aux tribunaux de la République (2) pour tenter d’appuyer ses prétentions, elle se heurte toujours au mur du droit. Les gesticulations orléanistes seraient presque risibles si elles n’affaiblissaient notre pays en brouillant trop d’esprits non avertis.

 

Lois fondamentales et succession de France, IIe partie « La succession de France aujourd’hui », Diffusion Université Culture, Paris, 1984, p. 31-46.

 

L’explosion du légitimisme après la mort d’Henri V en 1883

À la mort de Henri V, le 24 août 1883, quatre partis s’offraient aux royalistes fidèles, à ceux que l’on appelait « légitimistes » depuis l’usurpation de 1830.

Le parti de la fusion avec les orléanistes

Un certain nombre d’entre eux réalisa une « fusion » que d’aucuns projetaient de longue date. Il s’agissait, après la mort du comte de Chambord, dernier rejeton de la branche aînée, de considérer que la branche d’Orléans était immédiatement successible et de se rallier à son chef, le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe. Compromis dynastique, puisqu’elle faisait fi de la nouvelle aînesse des Bourbon-Anjou (v. le tableau de la succession), cette démarche revêtait aussi des allures de « compromis historique » [1].

Bien que les positions du nouveau « Philippe VII » n’aient pas toujours été très claires — hésitant entre l’adhésion au régime représentatif et les séductions passagères des techniques plébiscitaires —, il ne faisait pas de doute que l’acceptation par des monarchistes intransigeants du drapeau tricolore était lourde de signification : elle les préparait aux futurs combats, fort peu traditionnels, du nationalisme. La déchirure de la tunique sans couture de la tradition était la brèche par laquelle la pédagogie positiviste de la monarchie démontrée allait pouvoir s’engouffrer.

Le parti du ralliement à la République et autres conservateurs

D’autres royalistes, pensant que toute espérance politique était morte avec « l’enfant du miracle » — un miracle sans suites naturelles (au moins politiquement perceptibles) —, devancèrent les vœux de Rome en s’acheminant à petits pas vers le « ralliement ». Si l’encyclique Au milieu des sollicitudes de Léon XIII ne devait théoriser celui-ci qu’en 1892 [2], Mgr Czacki, nonce à Paris, en avait jeté les premiers fondements dès 1879. Certains — parcourant cinquante ans après Lamennais le même itinéraire tourmenté — vont très vite transporter leurs conceptions organicistes et anti-individualistes dans le camp de la démocratie, contribuant à doter la nouvelle démocratie chrétienne de certains de ses traits les moins libéraux.

D’autres, au premier rang desquels un Albert de Mun, vont, depuis le relatif succès des conservateurs en 1885 jusqu’à l’affaire Dreyfus en passant par le trouble épisode boulangiste, s’agréger à la mouvance conservatrice, abandonnant le combat royaliste sans pour autant devenir républicains.

Le parti survivantiste, « légitimystique » ou apparitionniste

Une poignée de fidèles ensevelit son désespoir dans le « survivantisme », la quête de la descendance de Louis XVII et le rêve millénariste du retour du « Grand Monarque ». Cette mouvance « légitimystique » n’a pas disparu aujourd’hui. Si son attention se porte plus volontiers sur Fatima que sur La Salette, elle paraît étonnamment inchangée, entremêlant le plus certain du message de l’Église et le plus douteux de la prose d’exégètes aventureux et hétérodoxes. Si elle a pu jeter des éclats fulgurants à la fin du siècle dernier — que l’on songe à Léon Bloy —, elle s’étiole dorénavant dans l’incantation répétitive. De toute façon, le point de droit importe peu à des esprits qui n’accordent nulle autonomie, même relative, provisoire et conditionnelle, au jeu des instances naturelles et qui jugent la coutume bien humaine, trop humaine.

Les légitimistes fidèles au droit traditionnel

Il n’y eut, en fin de compte, qu’une assez étroite phalange de légitimistes pour faire en 1883 le choix qu’imposait le droit traditionnel, quel que fût le caractère impolitique de ce choix : reporter sa fidélité sur les Bourbon-Anjou [3].

Dans l’entourage de Henri V, Joseph du Bourg et Maurice d’Andigné sont de ceux-là. Quelques feuilles suivent ou sont créées, des congrès ont lieu périodiquement ; mais les princes carlistes, peu capables ou sollicités prioritairement par leurs tragiques luttes espagnoles, ne s’intéressent guère à ce combat marginal, même s’ils rappellent à plusieurs reprises leurs droits imprescriptibles.

 

Renaissance de la tradition légitimiste
Traversée du désert et effort de rationalisation

L’absence de réflexion juridique sérieuse favorise les schismes : ainsi lorsque le général François-Henri de Bourbon-Séville se pose en « prétendant » au motif que don Carlos a renoncé à la France et que la branche cadette règne déjà sur l’Espagne (voir le tableau).

Ce n’est qu’au début du XXe siècle qu’une série de thèses universitaires (Watrin, La Perrière, Bourbon-Parme) tranche avec clarté dans le magma informe et inégal des argumentations contradictoires. L’intérêt pour la France de Jacques, duc d’Anjou et de Madrid, contribue à ce renouveau en dépit de la rapide croissance de la jeune Action française. Mais les suites seront modestes : quelques revues, parfois érudites ou talentueuses, quelques petits groupes de « courtisans de l’impossible » (Des Houx) vont simplement maintenir le souvenir de cette tradition nationale.

À l’époque la plus récente pourtant, les crises de l’Action française, les prises de position parfois originales du second comte de Paris, l’élargissement du goût pour l’histoire et un vif intérêt du public — imprévisible il y a encore quelques années — pour plusieurs sciences auxiliaires traditionnelles (généalogie, héraldique) ont contribué à rendre au débat dynastique une certaine actualité. Il est probable que le déclin de plus en plus manifeste des chances d’une restauration monarchique a fait beaucoup pour dépassionner cette question et donner un tour plus serein, plus intellectuel, moins politique, à la réflexion historique.

1983 : le renouveau légitimiste

En 1983, le centenaire de la mort du comte de Chambord a trouvé un écho dans la grande presse. À l’automne de la même année, le « grand monde » parisien a été secoué par l’admission du duc d’Anjou et de Cadix dans l’illustre Société des Cincinnati [4] au titre de « plus proche parent de Louis XVI ». Cet événement mondain a donné lieu à des échanges de communiqués peu amènes entre le secrétariat du comte de Paris et celui du duc d’Anjou, étendant encore un peu l’audience de la controverse [5].

 

La force du droit et l’indigence de l’argumentaire orléaniste

La gêne de la presse orléaniste dans ses diverses composantes politiques (Aspects de la France notamment) ou mondaine (Points de vue-Images du Monde) est sensible en cette affaire. Malgré la modestie des instruments dont disposent les tenants du droit traditionnel [6], leur argumentation, difficilement réfutable, emporte la conviction de ceux qui, ne se sentant pas prisonniers de fidélités ou de rancunes anciennes et jugeant le point de droit disputé plus culturel que politique au sens immédiat du terme, examinent la querelle dynastique avec sérénité.

Du point de vue juridique, la question de l’état actuel de la succession de France n’est pas obscure. Le « roi de droit », saisi par la coutume, investi par l’antique loi statutaire, ne peut être que l’aîné des Bourbons [7], le duc d’Anjou et de Cadix. Cette désignation, platonique il est vrai, n’est nullement entravée par les quatre objections qui sont parfois soulevées mais qui ne sont d’aucune valeur en droit royal français :

 
Examen de l’argument orléaniste sur les « renonciations d’Utrecht »
Le contexte des renonciations d’Utrecht de Philippe V, roi d’Espagne et petit-fils de Louis XIV

En 1700, le duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, devint roi d’Espagne sous le nom de Philippe V. Cette élévation qui troublait l’équilibre européen suscita une longue guerre, conduite au premier chef par l’Angleterre et qui s’acheva par les traités d’Utrecht, de Rastadt et de Bade, reconnaissant la royauté espagnole de Philippe à la condition qu’il renonçât pour lui et pour ses descendants à ses droits sur la Couronne de France.

L’opération fut, en vérité, complexe.

  • Philippe V renonça en novembre 1712 devant les Cortès qui enregistrèrent l’acte.

  • Louis XIV dut donner des lettres patentes, enregistrées par le Parlement en mars 1713, mais il refusa une ratification par les États généraux, que souhaitait vivement l’Angleterre mais qui, au demeurant, n’aurait eu aucune portée constitutionnelle car la possibilité de modifier la coutume n’appartenait, dans l’ancien droit, à aucune autorité quelle qu’elle fût.

De l’invalidité de ces renonciations selon le droit

La paix fut signée à Utrecht le 11 avril 1713. Louis XIV et son petit-fils avaient toutefois fait observer qu’une telle renonciation était dépourvue de la moindre valeur.

  • La violence viciait des consentements arrachés par une guerre cruelle, et surtout

  • Philippe V n’avait pas plus la capacité de renoncer à la Couronne que Louis XIV celle d’en exclure sa descendance. Dans le cadre de la coutume statutaire, la monarchie française est successive et non héréditaire, la Couronne est indisponible. Le roi est désigné par la loi de succession et non propriétaire du trône. Il ne peut pas plus renoncer qu’abdiquer [8].

De l’impossibilité pour un père d’exhéréder son fils de quelque chose qui ne lui appartient pas

N’ayant qu’une compétence, virtuelle et indépendante de toute volonté humaine, Philippe V ne pouvait renoncer pour lui-même, a fortiori pour ses successeurs [9]. Sans doute n’était-il héritier légitime qu’en tant que collatéral (après le futur Louis XV), mais la coutume — on l’a dit plus haut — ne l’en considérait pas moins comme un successeur direct, le primogenitus en puissance ; l’obliger à renoncer équivalait à l’exhérédation du fils aîné du roi. On pourrait tout au plus attribuer au serment de Philippe une portée morale et strictement individuelle ; encore le pape l’en délia-t-il et le roi d’Espagne s’apprêta-t-il plusieurs fois, lorsque circulèrent des bruits de maladie de Louis XV, à regagner Paris pour y faire valoir ses droits.

Le Parlement de Paris n’a pas compétence pour enregistrer des renonciations contraires aux Lois fondamentales du Royaume

L’enregistrement par le Parlement — qui en lui-même n’a guère de valeur car nos parlements d’ancien régime, qui enregistrèrent tout et n’importe quoi, ne jouissaient pas du pouvoir constituant, ni même législatif — cet enregistrement n’alla pas sans difficultés révélatrices.

  • Le chancelier Pontchartrain et le procureur général d’Aguesseau refusèrent d’assister à la séance.

  • Le premier président de Mesmes déclara « qu’il avait cru que le devoir de sa charge l’obligeait de prendre la liberté de représenter à Sa Majesté qu’une telle renonciation était absolument opposée aux lois fondamentales de l’État [...] »

Le sentiment de Louis-Philippe [prince d’Orléans et usurpateur selon les lois fondamentales (Note de VLR)] lui-même était identique ! Lorsqu’il maria son dernier fils, le duc de Montpensier, à la sœur cadette d’Isabelle II de Bourbon, reine d’Espagne, il considéra que la renonciation faite à la Couronne d’Espagne à l’occasion du traité d’Utrecht par son aïeul le duc d’Orléans (pour lui et sa descendance) n’avait aucune valeur et que, le cas échéant, si Isabelle mourait sans postérité, Antoine de Montpensier et son épouse pourraient valablement monter sur le trône [10].

L’argument de la supériorité du droit international sur le droit national

Certains pourraient cependant être tentés de croire que, pour être contraire à la constitution du royaume, le traité d’Utrecht n’en était pas moins valide. Des orléanistes contemporains argumentent en ce sens.

Il y a quelque paradoxe, pour d’ardents défenseurs de la « loi de nationalité » (voir infra), à invoquer un traité international pour violenter la coutume nationale française [11] ; mais il faut répondre au fond et ne pas s’en tenir à cet étonnement ironique.

En droit contemporain, il est généralement admis que le droit international a une valeur supérieure à celle du droit interne. Mais il est non moins admis que de ce droit interne il faut excepter la constitution de l’État : le traité prévaut sur la loi et sur les normes inférieures, non sur la loi fondamentale de l’État.

Il n’y a rien là que de très normal, car on imagine mal que le pouvoir de faire des traités devienne un pouvoir constituant indirect au mépris des procédures de révision constitutionnelle prévues. En droit français actuel, la ratification d’un traité contraire à la constitution passe par la révision préalable de celle-ci. On est donc renvoyé à la question de savoir si Louis XIV et le Parlement ont pu réviser les lois fondamentales en 1713, question à laquelle toute réponse — on l’a déjà dit — ne peut être que négative. Le roi en Parlement — cela s’est vérifié dans l’affaire contemporaine de la légitimation des bâtards du Grand Roi — n’avait pas le pouvoir constituant dans l’ancienne France.

Ajoutons que cette question, comme sa solution, n’était pas nouvelle au début du XVIIIe siècle. Déjà un traité avait échoué à modifier la coutume : le traité de Troyes de 1420, qui n’avait pas empêché le dauphin Charles de devenir le plus légitimement du monde le roi Charles VII.

Un traité n’est valide que si toutes ses clauses sont appliquées et s’il n’est pas abrogé par un autre

Si l’on veut à tout prix faire sa place au droit international, il ne faut pas oublier que dans les strictes perspectives de celui-ci, un traité ne demeure valide que s’il y a réciprocité. En l’espèce, toutes les parties au traité d’Utrecht ont été à nouveau en guerre par la suite, et ses dispositions toutes violées ou presque. Garnier-Pagès le notait avec humour en 1847 :

Comment parler du traité d’Utrecht ? Mais alors, il faut combler le port de Dunkerque !

En vérité, il n’y a qu’une clause du traité de 1713 dont on pourrait soutenir qu’elle conserve sa validité et échappe à la caducité de l’ensemble. Il s’agit d’ailleurs de la clause déterminante.
L’article 6 du traité, interdisant la réunion sur une même tête des couronnes de France et d’Espagne, a été plusieurs fois confirmé dans des traités ultérieurs, et en dernière analyse à Vienne en 1815. Philippe V, lorsqu’il songeait à régner en France, comptait d’ailleurs le respecter et laisser à Madrid un cadet parmi ses descendants [12] [13].

L’obstacle des renonciations n’a jamais existé. C’est d’ailleurs aujourd’hui moins celui-ci que l’existence d’un prétendu vice de pérégrinité qu’invoquent les détracteurs des droits historiques des Bourbon-Anjou.

 
Examen de l’argument orléaniste sur le « vice de pérégrinité »
Les orléanistes en appellent à l’idéologie nationaliste contre le droit de l’ancienne France

Le caractère « espagnol » des Anjou, lit-on ici ou là, les exclurait automatiquement de la succession de France. M. Guy Augé a démontré le caractère anachronique et extérieur à la tradition royale française d’une telle « règle de nationalité », manifestement post-jacobine [14].

L’ancien droit n’admettait qu’un principe de sanguinité, ce qu’attestent — pour ne retenir que les exemples les plus récents [15] — les précédents de François II (roi d’Écosse), de Henri III (roi de Pologne) et surtout de Henri IV (roi de Navarre à la seconde génération). D’ailleurs les renonciations d’Utrecht démontrent à elles seules qu’on ne croyait pas, dans l’Europe pré-nationalitaire du XVIIIe siècle, au vice de pérégrinité.

L’idée que la coutume statutaire aurait eu pour vocation, lors de sa précision au XIVe siècle, d’exclure les étrangers par préoccupation d’indépendance nationale est erronée. À une époque où l’on pensait que le fils était la reproduction du père et où l’on ignorait les mécanismes de la génération, il s’agissait bien d’écarter des étrangers de la succession, mais des étrangers au sang de France, sang transmis par les seuls mâles. D’ailleurs, les Plantagenêt n’étaient pas des étrangers au sens moderne du terme ; ils étaient des « francophones » accomplis. Bref, on ne voit guère comment un passeport républicain pourrait modifier l’immémoriale coutume du royaume.

Sur tous ces points, les sentiments des rois de France, des diverses autorités et des publicistes étaient unanimes avant 1789.

  • Les premiers les manifestèrent toujours en attribuant automatiquement le Saint-Esprit aux infants d’Espagne comme aux enfants de France, ou en affirmant, par le Pacte de Famille de 1761, l’unité de « l’auguste maison de France » à travers toutes ses branches.

  • Au couchant de la monarchie, en 1789, Louis XVI, qui n’avait pas perdu toute notion de droit traditionnel, se confia à son cousin Charles IV d’Espagne « comme chef de la seconde branche ».

L’autorité, certes fragile, du parlement de Paris ne s’exerça pas dans le sens souvent invoqué. Les détracteurs des droits des Anjou citent parfois le célèbre arrêt Lemaistre (28 juin 1593). Celui-ci

ordonne que remontrances seront faites [...] à ce qu’aucun traité ne se fasse transférer la couronne en la main de prince ou princesse étrangers ; [...] déclare tous traités faits ou à faire ci-après pour l’établissement de prince ou princesse étrangers nuls et de nul effet et valeur, comme faits au préjudice de la loi salique et autres lois fondamentales de l’État.

Passons sur la piètre rédaction du document et sur le recours à la notion impropre, mais reçue alors, de « loi salique ». Il est patent — là est l’essentiel — qu’« étranger » signifiait « étranger au sang de France ». La preuve en est que cette décision du Parlement soutenait les droits de Henri de Navarre, non seulement contre certains étrangers au sens moderne mais contre quelques parfaits Français, étrangers au sang de France, tel le duc de Mayenne, chef de la Ligue.

Quant aux publicistes en renom, ils ne varièrent jamais sous l’ancien régime. Une seule exception : le Père Poisson, mais l’homme était appointé par les Orléans dont il essayait d’établir les prétentions... [16]

La Constituante elle-même, après une riche discussion en septembre 1789, devait disposer dans le titre III de la constitution de 1791 :

Rien n’est préjugé sur l’effet des renonciations dans la race actuellement régnante [17] (sans mentionner le point de la nationalité).

C’est seulement au XIXe siècle — et pour cause — qu’il y aura, selon l’expression de Guy Augé, « estompage du droit traditionnel ».

Cela n’empêcha pas Louis XVIII (notamment lors de l’expédition d’Espagne de 1823), la duchesse de Berry ou de talentueux publicistes comme Michaud, Revelière, Lourdoueix, Carrière, Coquille et tant d’autres, de préserver en gros les positions de la constitution immémoriale.

 
L’argument orléaniste des « sentiments » d’Henri V Comte de Chambord

Les sentiments du comte de Chambord, souvent invoqués par les « fusionnistes », outre le fait qu’ils ne pouvaient avoir la moindre incidence sur le point de droit — répétons-le, on n’est pas ici dans le cadre d’un héritage privé —, n’étaient pas du tout ceux qu’on lui attribue trop souvent.

En dépit de l’évident intérêt politique qu’il y aurait eu pour lui à parler en faveur des Orléans, il s’y refusa toujours obstinément. Certes, en prince chrétien, il pardonna aux hommes. Mais pour le reste, avec l’infinie réserve du titulaire d’un principe, il se contenta de rappeler qu’il y avait une règle de succession, qu’il faudrait l’appliquer après sa mort, et il invita les princes cadets à reprendre — ce sont ses propres termes, si mal interprétés parfois — « leur rang dans la famille royale, sans aucune condition [...] ».

Les soi-disant « témoignages » intéressés et politiques de certains cadets à reprendre des hommes qui avaient des oreilles pour ne pas entendre et auxquels Henri ne parlait pas vraiment — sont sans valeur. Ils sont infirmés par les aumôniers du prince, Mgr Curé et le Père Bole — leur aurait-il menti ? — et par son exécuteur testamentaire, Huet du Pavillon, ou par des fidèles aussi proches que le général de Cathelineau, Joseph du Bourg et Maurice d’Andigné [18]. Tous affirment qu’il reconnaissait les droits des Anjou. D’ailleurs le comte de Chambord ne légua pas aux Orléans les archives royales et les croix des ordres, qui parvinrent aux Anjou.

À ses obsèques, ses neveux « les princes d’Espagne » prirent la tête du convoi. Sa veuve voulait ainsi faire respecter un vœu du défunt qui, selon l’heureuse formule de M. Hervé Pinoteau, était la « démonstration que l’ordre dynastico-politique découlait de l’ordre familial ». Ce fut l’aîné de tous les Bourbons, don Juan (Jean III), prince bien contestable pourtant à titre personnel et dans une perspective traditionaliste, qui conduisit le convoi à Goritz. Les Orléans furieux n’assistèrent pas à la cérémonie.

 
Les objections secondaires des orléanistes

Le présent essai serait incomplet s’il ne tranchait pas trois points soulevés parfois pour contester les droits des Anjou.

Les lettres patentes de Louis XIV confirmant le nouveau roi d’Espagne dans sa succebilité au trône de France

En décembre 1700, Louis XIV publia des lettres patentes conservant au nouveau roi d’Espagne, malgré son expatriation, ses droits éventuels à la Couronne de France. Est-ce à dire que le Grand Roi croyait que Philippe V pouvait les perdre ? Outre le fait qu’une erreur de droit de sa part [19] n’était pas de nature à modifier l’état du droit, il y a tout lieu de considérer qu’il n’y avait là — les juristes sont familiers de ce genre de technique — qu’un acte purement déclaratif. Guy Augé écrit plus politiquement : des « lettres de précaution, disant le droit, mais ne le créant pas » [20].

L’argument orléaniste de reconnaissance des Orléans comme « princes de sang »

Un deuxième argument a trait à la qualité de prince du sang. Celle-ci a été reconnue aux Orléans qui se sont même vu accorder le titre de « premier prince du sang », tant au XVIIIe siècle que sous la Restauration. Les Anjou, au contraire, ne furent jamais dits tels. Trois raisons permettent de n’accorder aucune portée dynastique à cet état de choses.

  • En premier lieu, des rois — même de la maison de France — ne pouvaient guère porter des titres de cour français.

  • En second lieu, de tels titres ne relevaient en aucune façon des lois fondamentales ; ils étaient le fruit d’un simple acte de volonté du roi, d’une réglementation très accessoire de l’étiquette de la cour.

  • Enfin, bien qu’en bonne logique ils eussent dû l’être, tous les successibles n’étaient pas princes du sang. Pour des raisons de bonne administration — c’est-à-dire pour éviter de geler trop d’emplois au profit des Capétiens ainsi consacrés —, le roi évitait de les multiplier [21].

L’argument orléaniste de prescription

Un dernier argument ne saurait être éludé. Certains objectent que l’incontestable vérité du XVIIIe siècle n’a pu que s’effacer peu à peu [22], selon le mécanisme de la prescription. De la fin du règne de Louis XIV à la mort de Henri V en 1883, la branche des Anjou se serait « hispanisée ». Or « admettre la prescription comme mode d’acquisition d’un droit, c’est le patrimonialiser [...]. On ne peut prescrire des choses qui ne sont pas dans le commerce [...]. La Couronne [...] est imprescriptible » [23]. Profonde vérité qui se trouve au cœur de la dévolution statutaire, mécanisme de droit public. La fragilité d’une telle construction se révèle assez par trois de ses conséquences imaginables :

  • Elle pourrait affecter le statut des princes exilés — et donc celui des Orléans eux-mêmes jusqu’à une époque récente (de 1886 à 1950) — ce qui est absurde.

  • Elle n’interdirait pas à des descendants de Philippe V ayant recouvré la nationalité française — il y en a — de redevenir successibles après un certain délai ; car ce que la prescription fait perdre, elle peut le restituer. Mais après quel délai ? On se trouve plongé, on le voit, dans le désordre que la théorie statutaire s’est employée à bannir.

  • Si l’on prend enfin la notion de prescription dans son sens le plus strict — acquisition d’un droit par possession ininterrompue ou perte d’un droit par non-exercice —, comment ne pas voir que c’est la monarchie elle-même qui en France se trouve prescrite, et que dès lors il n’y a pas plus prescription acquisitive pour les Orléans que prescription instinctive pour les Anjou ?

Il faut donc se résoudre à établir une différence définitive, au regard du droit royal historique, entre le prince étranger au sang de France et le prince capétien expatrié qui contribue à porter au delà des frontières le rayonnement d’une maison de France décidément unique. Tout le reste est anachronisme ou fantaisie de juristes amateurs.

 
L’objection du mariage morganatique

Une nouvelle difficulté a surgi au XXe siècle. Le roi Alphonse XIII d’Espagne, devenu l’aîné des Bourbons à l’extinction de la branche carliste en 1936, avait deux fils. Le plus jeune, Jean, comte de Barcelone, est le père de l’actuel roi d’Espagne Juan-Carlos Ier. L’aîné, Jacques-Henri, duc d’Anjou et de Ségovie, mort en 1975, légitime successible en France, épousa Emmanuelle de Dampierre. De ce mariage est issu notamment l’actuel duc d’Anjou et de Cadix. Or les Dampierre, pour être de bonne et ancienne noblesse, ne sont pas une maison souveraine.

Il faut écarter de la tradition royale française la théorie — valide dans tel ou tel autre pays, notamment dans le monde germanique — des mariages morganatiques (ou, si l’on préfère, inégaux), aux termes de laquelle certaines conséquences défavorables affectent le statut d’un successible s’il est issu d’une union avec une femme de condition inférieure [24]. Il n’y eut jamais, jusqu’à la Révolution, d’exclusion de la succession pour le motif de mariage inégal.

Certes, objectera-t-on, les immédiats successibles furent alliés à des épouses issues de maisons souveraines. Mais de nombreux Capétiens de branches cadettes — dont il était impossible d’affirmer qu’elles ne seraient jamais appelées à la succession — se marièrent avec des jeunes filles de la simple noblesse. Il ne fut jamais dit que, de ce fait, ils n’étaient plus successibles.

Un exemple de poids : le trisaïeul par les hommes de Henri IV, Jean II de Bourbon, comte de Vendôme, s’était uni au milieu du XVe siècle à Isabelle de Beauvau, de bonne maison sans doute mais non souveraine [25].

Aucune loi fondamentale ne s’est jamais constituée en France qui prohibe le mariage morganatique. Si les plus hautes autorités avaient été persuadées qu’il fallait garantir l’égalité des mariages des successibles, elles se seraient préoccupées d’instaurer à cette fin un mécanisme d’autorisation, ainsi qu’il put en exister sous d’autres cieux. Or seul Louis XIII eut, très provisoirement, une velléité en ce sens : en 1634, à rencontre de son frère Gaston.

Le fait que Charles VII ait interdit à son turbulent dauphin (le futur Louis XI, qui passa outre) d’épouser Charlotte de Savoie n’eut aucun effet sur la succession. Si en principe le roi, sous l’ancien régime, conduisait lui-même la politique matrimoniale de ses proches, il va de soi qu’il n’y avait pas là une condition de succession puisque le monarque ne procédait pas ainsi pour l’ensemble, innombrable, des successibles de la maison capétienne puis, au XVIIIe siècle, après disparition des derniers successibles des autres branches, de la maison de Bourbon.

Il y a là une profonde logique. La théorie statutaire présidant à la dévolution de la Couronne tendait tout entière à éviter les incertitudes dans la désignation du primogenitus. Elle bannissait la volonté — humaine et déchue — des mécanismes de la succession. Dans un climat profondément chrétien, elle s’en remettait à la providence de la coutume. L’autorisation royale au mariage aurait réintroduit la volonté, l’humeur, bref, le désordre. L’introduction de l’idée forcément approximative de « mariage inégal », soutenue par la fausse garantie d’une autorisation par le chef de maison, n’aurait pu qu’obscurcir les choses. La coutume, expression du bon sens spontané, ne l’a pas consacrée. Dans sa logique profonde, elle l’a exclue.

Ajoutons, avec Hervé Pinoteau, que

Le roi ne saurait [...] légiférer sur un sacrement ; un mariage est bon ou mauvais devant le droit canon, mais le roi très chrétien n’en est pas juge [26].

La loi de catholicité — nous avons vu comment elle se combinait avec la coutume sans entraver le mécanisme de désignation — implique seulement que le mariage du rex christianissimus et des successibles soit canoniquement valable et que seule une telle union puisse transmettre le jus successionis [27]. Loin qu’il y ait là entrave à la rigueur de la coutume, cette exigence est une condition majeure de son efficacité et du caractère incontestable de la succession : le jeu des présomptions de la filiation légitime est en effet le plus sûr garant de la certitude en la matière.

 
L’objection orléaniste de la désuétude de la coutume

Peut-on envisager une désuétude du droit royal historique ? Certainement. Alors, comme l’a écrit Guy Augé,

il n’y aurait plus [...] de dépositaire légitime de la Couronne, ni Anjou, ni Orléans [...]. Tout est possible quand la monarchie cesse d’être une tradition [28].
  • Soit la consuetudo — telle une rivière souterraine — subsiste comme principe de légitimité, et le duc d’Anjou est roi de droit sous le nom d’Alphonse II.

  • Soit la coutume est abrogée, et en ce cas c’est la royauté française qui est morte, non seulement en fait — ce qui est patent — mais aussi en droit. On peut alors inventer toutes les monarchies que l’on veut, on ne parviendra pas à gommer la solution de continuité.

Il est impossible d’envisager une modification coutumière du droit royal depuis la Révolution. Aucune exigence de l’esprit moderne — l’exigence nationalitaire par exemple — ne peut être invoquée pour « enrichir » les lois fondamentales. Car l’esprit moderne, le constitutionnalisme abstrait, le constructivisme jacobin se sont bâtis contre la coutume : ils l’ont combattue avant de l’oublier. Aucun nouveau trait coutumier, impliquant répétition, constance et conscience d’une pratique affectant le corpus coutumier en vigueur, aucun trait de cette nature ne saurait être observé — et pour cause — depuis 1830 [29].
Les prétendus « enrichissements » de la coutume ne seraient, en bonne logique, que des violations. Ce qui est au cœur de la coutume royale française, c’est que la qualité d’« héritier » ne peut jamais se perdre. L’héritier, on l’a dit, a un titre à succéder parce qu’il est héritier nécessaire par la vertu de son droit formé, communiqué dès sa naissance par le sang.

  • La coutume statutaire enchaîne inexorablement les « héritiers » qu’elle désigne, ceux-ci succédant par un mécanisme automatique que rien ne peut dérégler.

  • La coutume traditionnelle est une belle au bois dormant. On peut la laisser dans son engourdissement. On ne saurait profiter de son long sommeil pour la violenter.

 
Conclusion : le duc d’Anjou est le successeur légitime

Le duc d’Anjou ne « prétend » à rien. Il est saisi par les antiques lois fondamentales du royaume. Cela n’est aujourd’hui d’aucun effet pratique, mais les hommes de mémoire et de tradition ne doivent pas ignorer l’état du droit royal historique. Si ce droit est bien peu politique après le siècle des nationalités, l’idée royaliste en général ne l’est guère non plus à l’ère démocratique. Ce devrait être l’occasion d’éviter des manipulations juridiques d’autant plus dérisoires qu’en rompant avec la vérité et en promouvant des demi-principes, elles ne rencontrent pas pour autant le succès.

 

(1) Lire les articles de :

(2) Lire l’intervention de Jean Foyer — Ministre de la République converti à la légitimité —, qui ridiculise les prétentions orléanistes lors du procès de 1989 :

[1] Voir une histoire de la « fusion » depuis 1848 dans Rials, Le légitimisme, op. cit., p. 65 ss.

[2] Voir ce document dans Rials, Textes politiques français, Paris, P.U.F., « Que sais-je ? », 1983. p. 83-85.

[3] Sur l’histoire de ce courant depuis 1883, voir le mémoire multigraphié de Guy Augé, Les « blancs d’Espagne », Faculté de Droit de Paris, 1967 (bibliothèque Cujas).

[4] Cette société regroupe depuis deux siècles les aînés des descendants des Français qui participèrent sous Louis XVI à la guerre d’indépendance américaine.

[5] Faut-il ajouter l’extraordinaire audience du duc d’Anjou (Alphonse II) lors des cérémonies du millénaire capétien, puis, du bicentenaire de la Révolution ? Maintenant Louis XX, fils d’Alphonse II et successeur actuel, reprend le flambeau de son père et poursuit inlassablement son engagement pour la famille, notre Pays et la tradition. (Note de VLR)

[6] Notamment les revues La Légitimité, La Science historique, et les publications de l’Institut de la Maison de Bourbon.

[7] Il n’y a plus aujourd’hui de Capétiens dynastes que Bourbons. Toutes les autres branches capétiennes sont éteintes.

[8] Voir supra.

[9] Voir Paul Watrin, La tradition monarchique, retirage complété par Guy Augé, Paris, Diffusion Université Culture, 1983, et tous les maîtres de l’histoire des institutions cités par Guy Augé, Succession de France et règle de nationalité, Paris, Diffusion Université Culture, 1979, p. 108 ss.

[10] Voir les documents cités par Hervé Pinoteau, Monarchie et avenir, Paris, Nouvelles éditions latines, 1960, p. 128 ss.

[11] Guy Augé, La Légitimité, oct.-déc. 1980, n° 24, p. 15, note qu’il a « toujours trouvé étrange que de sourcilleux nationalistes fassent si grand cas d’un acte imposé par la violence à la nation française. Un peu comme si la constitution française devait l’une de ses clauses majeures au traité de Francfort de 1871 ou aux accords d’Évian de 1962 ».

[12] Il semble bien qu’il ait abdiqué la couronne d’Espagne en 1724, afin d’être prêt à toute éventualité. Mais à la mort prématurée de son aîné, il dut la ceindre à nouveau.

[13] La question ne se pose guère aujourd’hui puisque le général Franco a instauré une nouvelle monarchie en choisissant un prince cadet, Juan-Carlos. Il ne nous appartient pas de nous prononcer sur le point de droit espagnol, mais les vicissitudes de l’acclimatation de la coutume statutaire outre-Pyrénées, notamment à la fin du règne de Ferdinand VII, y rendent difficile la définition incontestable du droit traditionnel.

[14] Guy Augé, Succession de France..., op. cit., passim.

[15] Ibid., p. 37 ss. Et Watrin, op. cit., p. 132.

[16] Guy Augé, Succession de France..., op. cit., notamment p. 35 ss.

[17] Constitution de 1791, Titre III, chap. II, section 1re, art. 1er. Cette rédaction avait été violemment combattue à l’Assemblée en septembre 1789 par les partisans, avoués ou non, du duc d’Orléans (futur Philippe Égalité).

[18] Extraits des témoignages de ces fidèles dans Pinoteau, Monarchie et avenir, op. cit., p.120 ss.

[19] Erreur qui en elle-même ne serait guère étonnante puisque, malgré sa révérence plusieurs fois affichée à l’égard des lois fondamentales, Louis XIV en commit au moins deux autres : lors du très politique traité de Montmartre ( infra, note 50), et en légitimant ses bâtards (voir supra).

[20] Guy Augé, Succession de France..., op. cit., p. 43.

[21] L’affaire des Courtenay est bien connue : ces Capétiens descendant de Louis VI étaient d’assez modestes seigneurs terriens qui vivaient éloignés des fastes de la cour. Ils ne portaient pas les fleurs de lys dans leurs armes. Malgré leurs protestations, le roi leur refusa toujours la dignité de prince du sang. Ils se manifestèrent vigoureusement lors du traité de Montmartre par lequel Louis XIV, au début de son règne, ajouta les Lorraine comme successeurs à la maison de Bourbon en éliminant les Courtenay. Le motif du roi se comprend aisément : il gagnait une province à peu de frais. Mais au fond il va de soi que les Courtenay, à leur rang, ne pouvaient perdre leur qualité de successibles saliques. Àprès l’extinction de cette famille, Louis XV put, par contre, légitimement considérer, dans une déclaration royale du 26 avril 1723 rappelant la « constitution » du royaume (le mot y figure), que le roi de France ne pouvait être choisi que dans la descendance de saint Louis et que, faute de descendants, les États généraux auraient à statuer sur la désignation d’une nouvelle lignée succédant à la lignée capétienne.

[22] Un autre aspect de cette argumentation — celui d’une éventuelle modification de la coutume — sera examiné plus loin.

[23] Guy Augé, dans La Légitimité, 1980, n° 23, p. 8.

[24] À supposer valable en droit français la théorie du mariage morganatique, cela ne donnerait aux Orléans aucune aptitude nouvelle à « prétendre » ; cela soulèverait simplement la question du choix du « roi de droit » au sein de la branche aînée des Anjou.

[25] Dans l’ascendance de Louis XIV, les familles souveraines ne totalisaient que 362 quartiers sur 512, les familles nobles 127 et les familles populaires 23 ; voir Christian Carretier, Les ancêtres de Louis XIV, Paris, Éditions Christian, 1981, p. 130.

[26] H. Pinoteau, Monarchie et avenir, op. cit., p. 90.

[27] Voir plus haut ce qui a été dit des Bourbon-Busset (note 17).

[28] Succession de France..., op. cit.

[29] Les lois fondamentales sont demeurées en vigueur pendant la Restauration. La charte n’était, ainsi que cela a été démontré, qu’un acte subordonné à la constitution traditionnelle du royaume, de nature législative ; voir Stéphane Rials, « Le concept de monarchie limitée : autour de la charte de 1814 », Revue de la recherche juridique, 1982, p. 263 ss. (à paraître dans un recueil d’études chez Diffusion Université Culture en 1985). Lors du serment du sacre, Charles X promit de « gouverner conformément aux lois du royaume et à la charte constitutionnelle », marquant ainsi l’indiscutable hiérarchie des normes (Id., Textes politiques..., op. cit., p. 34).

 

 

Source: http://www.viveleroy.fr/Qui-est-le-roi-de-France-aujourd

 

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 11:18

En ce jour où nous sommes tous Louis XVI, voici une belle contribution de Gabriel Privat à l'histoire de notre France pour Vexilla Galliae :

 

[...] La table rase révolutionnaire était inédite. Dans les guerres de jadis, lorsqu'une province rejoignait le domaine du roi, ses soldats martelaient les armoiries du vaincu, faisaient disparaître son nom de tous les lieux, mais le passé demeurait présent, car les peuples conservaient jalousement leurs coutumes.

 

Le traitement par l'oubli ou la falsification, initié en 1789, devint, par la suite, la manière courante de transmettre l'histoire. Les historiens de la première moitié du XIXe siècle relurent toute l'histoire de France à l'aune de la Révolution, ne comprenant donc plus rien à rien, car plaçant dans l'esprit des hommes des siècles passés des idées, des mots qu'ils ne pouvaient pas avoir eu. La lutte des classes, l'esprit de tolérance, les principes libéraux de la liberté individuelle furent mis dans la tête des hommes du moyen âge ! Terrible erreur ! Elle conduisit des générations de Français à ne plus comprendre le sens de leur passé. Les historiens de la IIIe République calomnièrent le second empire. Ceux de la IVe République masquèrent les origines vichystes de nombre des lois de leur régime et d'une large part de leur personnel politique et administratif, tout comme on feignit d'oublier que les lois xénophobes ou liberticides de Vichy trouvaient leur source dans la réglementation administrative de la fin de la IIIe République. Enfin, les historiens de la Ve République jetèrent un voile de ridicule sur la IVe République.

 

Dans une vie civique qui est devenue l'incessante guerre civile des partis, sans qu'il ne soit plus aucune force tutélaire les contenant ou les unissant sur des points non négociables de cohésion nationale, la règle est donc celle de la calomnie historique ou de l'oubli.

 

Les programmes scolaires actuels en sont un beau condensé, où le collégien passe de Rome au XIIe siècle en ignorant Mérovingiens et Carolingiens, sans d'ailleurs avoir vraiment plus étudié les Gaulois. Il survole la féodalité sans maîtriser l'histoire politique du pays, saute sur la Renaissance en ayant flirté deux minutes avec la guerre de Cent ans, oublie les guerres de religion, dont il ne voit que les traits saillants, parvient difficilement à Henri IV, Louis XIII et Louis XIV pour lesquels il est consacré autant de temps qu'aux origines de l'Islam. Enfin, au XVIIIe siècle, Louis XV est le grand oublié, ainsi que l'empire colonial français. On en arrive à Louis XVI fin de règne, pour débouler sur la révolution et enfin retrouver une histoire de France chronologique et continue jusqu'à nos jours, avec cependant encore des faiblesses sur les points litigieux, à savoir la Restauration, la Monarchie de Juillet, le Second empire, Vichy et la IVe République. A peine survolés, ces régimes sont déconsidérés par le programme.

 

Contre toute attente, l'enseignement de l'histoire est encore plus mal logé au lycée, où les trous chronologiques sont béants.

 

Parvenus à la fin de leurs études secondaires, les jeunes français sont parfaitement ignorants de leur histoire, incultes, incapables de sortir autre chose que quelques anecdotes, quelques faits saillants, parmi lesquels la shoah arrive en bonne place. Pour eux, tous les événements survenus avant leur naissance sont rejetés dans un tohu bohu.

 

Ce peuple amnésique s'ignore, se divise contre lui-même, et se hait, car ne connaissant plus les réalisations de ses ancêtres, leurs joies et leurs peines, ne sachant plus d'où il vient, il gobe sans discernement tous les mensonges possibles, dont la mode actuelle consiste à attaquer la mémoire et la réputation du pays, que ce soit sur Vichy, sur les colonies, sur la place des femmes, le traitement des ouvriers, l'accueil des migrants, partout la France semble n'avoir fait que le mal, et l'ignare, incapable de se défendre, accepte et baisse la tête.

 

Les conséquences sociales de cette amnésie sont énormes. Non seulement elles engendrent une perte terrible du bon sens et de l'esprit d'attachement au pays, terreau de l'esprit civique, mais chez les êtres socialement fragiles, elle ouvre la voie aux modèles plus attrayants, plus forts, dont le djihadisme est actuellement le plus terrible exemple.

 

Pourtant il faut se souvenir de l'acte de naissance de la France, et de sa longue histoire, qui n'est pas faite de ruptures et de haines, mais d'une incroyable continuité, ponctuée de secousses. Quand a commencé l'histoire de notre France ? En 1945 ? En 1871 ? En 1789 ? En 843 ? En 496 ? En 52 avant Jésus-Christ ?

 

Il n'y a pas de date précise à cette naissance, mais plutôt un esprit qui insuffla la vie au pays. On peut parler d'une histoire de France à partir du moment où les peuples qui vécurent sur cette terre eurent conscience de former un ensemble cohérent de civilisation et de peuplement, et où les nations étrangères perçurent ce groupe comme tel, sans que depuis il y ait eu de rupture fondamentale dans la reconnaissance de cette aire civilisationnelle et de peuplement.

 

Pour le cas de la France, on peut ainsi remonter jusqu'aux Celtes. Quand les Celtes de la Gaule eurent-ils conscience de constituer un groupe à part des autres celtes, entre Alpes, Pyrénées et bords du Rhin, malgré leurs haines, leurs guerres et leurs divisions ? On ne peut pas le savoir. Mais certainement entre le Ve et le IIe siècle avant notre ère. A la fin du IIe siècle avant notre ère, le géographe grec Posidonius parcourut la Gaule. Il fut le premier à décrire ce pays, et le premier à le définir avec ses coutumes, sa langue, ses manières, ses traits distinctifs, comme un ensemble cohérent de civilisation et de peuplement, en dépit de ses divisions internes. César, un demi-siècle plus tard, renforça cette approche spécifique de la Gaule, qu'il eut le temps d'étudier, la parcourant en tous sens pendant huit ans. L'empire de Rome fixa des frontières provinciales qui figèrent le territoire de la Gaule et ses peuples. L'unité s'accrut avec l'appartenance à l'empire.

 

Pourtant il n'y eut pas de rupture fondamentale. Le peuple ne changea pas. Les lois demeurèrent et se modifièrent insensiblement avec l'apport du droit romain. Lorsque tomba l'empire, son droit se maintint en Gaule et fut respecté des nouveaux maîtres, Burgondes, Francs et Wisigoths. Les propriétés ne changèrent pas de main, l'ancienne littérature fut vénérée, les cités gauloises devinrent diocèses et comtés sans que leurs frontières ne bougent.

 

La Gaule, sous le sceptre des rois, demeura ce qu'elle était. Pourtant, la France de 1789 et la Gaule de 496 semblent deux patries étrangères l'une à l'autre. Ce n'est qu'une illusion. C'est bien la même patrie, la même nation qui, au fil des siècles, vit ses lois, ses habitudes, ses coutumes, se modifier, sans cesse, par un mécanisme perpétuel d'évolution, mais sans que jamais le passé ne soit renié, et sur sa base.

 

Cette permanence historique est si forte que le géographe Jean-François Gravier, en 1947, reconnaissait dans 45 départements sur 88 les frontières exactes d'anciennes cités gauloises. La permanence était telle qu'en 1988 encore l'historien Karl Ferdinand Werner estimait que le fond du peuple français de la seconde moitié du XXe siècle correspondait toujours, ethniquement, aux bassins de peuplement de la Gaule celtique.

 

C'est cette longueur de vue, cette continuité dans l'histoire que nous devons retrouver pour apprendre à nous aimer, à vivre notre présent comme un long héritage dont nous sommes les simples usufruitiers.

 

Se souvenir de Louis XVI, c'est faire un acte de résistance citoyenne capital, en ces temps d'oubli, puisqu'il s'agit de marquer un refus, celui de l'amnésie. Il s'agit de rétablir un fil faussement tranché dans l'esprit général, et de montrer à tous l'unité de l'histoire de la nation française.

 

Gabriel Privat

 

Source: http://vexilla-galliae.fr/points-de-vue/editoriaux/1157-pourquoi-se-souvenir-de-la-mort-de-louis-xvi

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d7/Peutinger.png/800px-Peutinger.png

Source: Table de Peutinger (IIIe siècle) mentionnant l'occurence "FRANCIA" en lettres majuscules.

Extrait de la copie IGN de la Table. http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Peutinger.png

La Table de Peutinger prouve que ni la nation française comme l'a dit Manuel Valls, ni la France comme pays dénommé sous ce nom, ne sont nées en 1789 : la France a commencé à être dénommée sous ce nom par les géographes romains au IIIe siècle.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 21:52

Un article important de Guy Augé, datant de 1977, vient d’être publié sur Viveleroy.fr : « Légitimité et royalisme »*. En quelques pages, l’auteur dresse le panorama d’un royalisme français lourdement handicapé par le fusionnisme orléaniste, puis il énonce les principes de la légitimité et montre combien ceux-ci manquent à la politique actuelle :

  • Legitimite-et-royalisme--par-Guy-Auge.jpg

    la reconnaissance de l’origine divine du pouvoir ;
  • le respect de la morale naturelle ;
  • le souci de l’ordre et de la justice (dans ses deux espèces, distributive et corrective) ;
  • l’observation réaliste de la nature sociale et le sens du dialogue qui s’y rattache ;
  • la distinction du spirituel et du temporel, et l’ordination de la politique à sa finalité naturelle du bien commun ;
  • la défense de la nation française dans son intégrité territoriale, comme cadre contemporain nécessaire à une revendication dynastique ;
  • l’application du principe de subsidiarité, riche d’effets pratiques ;
  • le rejet de la république (entendue comme non-royauté) ;
  • le refus de la démocratie (qu’elle apparaisse sous sa forme classique et technique d’antithèse de la monarchie, ou sous sa forme moderne virulente de prétention totalitaire).

Guy Augé rappelle que, si par le petit nombre de ces principes, le légitimisme est solidement ancré dans la tradition, il s’oppose tant aux idéologies (socialisme, nationalisme et libéralisme) qu’au conservatisme. En effet, avec une grande souplesse, dans un esprit thomiste, le courant légitimiste prend en compte la réalité ainsi que la recherche universitaire récente. Même s’il revendique haut et fort son origine catholique et parce qu’il se fonde sur le droit naturel et divin, seul le légitimisme peut désormais rassembler, tout en les respectant, des communautés ethniques et religieuses que les extrémistes de tous bords rêvent de voir se combattre et que les démocrates rêvent de voir disparaître dans un métissage acculturel planétaire.

Pour notre pays, pour le bien commun, il est grand temps de faire connaître le message de la légitimité. Ce résumé de Guy Augé dont l’UCLF fait la promotion y contribuera sûrement... à la Grâce de Dieu...

 

Marc Mabblavet

 

* (Guy Augé, « Légitimité et royalisme », La légitimité, N°13, décembre 1977)

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 17:30

Genocide-vendeen--bebes-embroches.jpg

« Au début de la Révolution, personne ou presque n'imaginait sérieusement que la France pût un jour cesser d'être une monarchie. [...] L'idée de transformer la France en république ne rassembla, jusqu'à Varennes au moins (jusqu'au complot de Varennes devrait-on dire lorsqu'on précise que c'est le franc-maçon La Fayette qui suggéra à Louis XVI de s'enfuir en empruntant tel chemin pour le faire arrêter et juger pour haute trahison... Mémoires pour servir à l'Histoire du Jacobinisme, Augustin Barruel, Nldr.), qu'une poignée de sectateurs. [...] Longtemps ils passèrent inaperçus.  [...] On commença à parler de l'existence d'une faction républicaine vers le printemps 1790, au moment d'ailleurs où le roi finissait d'être dépouillé de toute prérogative caractéristique de la souveraineté. » ( P. Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire , Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 89.)

 

La conspiration républicaine du 10 août 1792

 

Le 10 août 1792, journée au cours de laquelle fut envahie l'Assemblée ainsi que le Palais des Tuileries (siège du pouvoir Exécutif pris d'assaut), un directoire secret entre les amis de La Fayette et de Brissot lâcha des « manifestants » préparés politiquement et militairement pour susciter cette insurrection parisienne non spontanée (Cf. Gérard Maintenant, Les Jacobins, collection Que sais-je? PUF, Paris 1984, p. 52-58) qui devait aboutir à la proclamation de la « république » en septembre 1792.

 

« Dès lors, on les entend dire dans leur club, ce que Brissot écrivait ensuite aux généraux de sa Révolution: 'Il faut incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là' (Voyez Considér. sur la nature de la Révol. par M. Mallett du Pan, p. 37).

 

[...] L'historien pourra trouver toute l'histoire de cette atroce révolution du 10 août, dans les discours du député Louvet (journaliste, conventionnel régicide, député aux Cinq-Cents): 'nous la voulions, nous autres jacobins, parce qu'à coup sûr la paix tuait la république...' » (Jean-Baptiste Louvet, dit Louvet de Couvray, cité in A. Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Editions de Chiré, Chiré-en-Montreuil 2005, tome 2, p. 473.)

 

Le génocide vendéen montre ce fait historique d'un pouvoir révolutionnaire et républicain parisien qui massacra la population française qui eut le tort de s'opposer et de se lever devant des dispositions et une politique extraordinaire inconnues jusqu'ici (levée en masse, conscription obligatoire, impôts, lois liberticides d'atteinte à la liberté religieuse, liberté d'association, etc.). En voici un petit résumé.

 

Le 1er octobre 1793, un « rapport sur la Vendée » à la Convention dite « nationale », du député membre du Comité de Salut Public (CSP), Barère, prescrit l'anéantissement et l'extermination de la Vendée.

Une loi du même jour de la Convention dite « nationale » créée l'Armée de l'ouest en vue de l'« extermination des brigands vendéens ». Le mot « extermination » est employé par les « élus » de la dite « république ». Le mot « brigand » désigne tous les habitants de la Vendée qualifiés collectivement de « race impure qui souille territoire de la République ».

Ce même mois d'octobre 1793, le CSP prend la direction du génocide mis en œuvre par « petits bouts de papiers » (Reynald Secher, Du Génocide au Mémoricide). Le 27 novembre 1793, le CSP nomme Turreau général de l'armée de l'Ouest.

Barrère à la convention en décembre 1793 déclare encore :

« Les colonnes infernales (de Turreau) ont pour consigne de PASSER A LA BAIONNETTE TOUS LES HABITANTS, y compris FEMMES ET ENFANTS, qu'elles rencontreront sur leur passage…, de BRÛLER TOUS LES VILLAGES, METAIRIES, BOIS ET LANDES, après en avoir enlevé tous les subsides, grains et fourrages. »

Ces mots sont repris et mis en ordres par le général révolutionnaire Turreau en date du 17/01/ 1794 cité par Gautherot et par Grignon.

Le 21 Janvier 1794, Turreau lance ses « colonnes infernales » pour exterminer la Vendée.

L'un des chefs de ces colonnes, Amey, va jusqu'à faire jeter dans les fours de campagne les femmes et les enfants qu'on lui amène : « C'est ainsi, dit-il, que la 'République' doit faire cuire son pain! »

Un autre chef républicain, Beysser, se vante « de porter au milieu des combats et des revues un pantalon fait avec la peau préparée et tannée des Vendéens qu'on écorchait après la bataille. » Les républicains prirent des vendéens et en firent des peaux tannées.

Les troupes républicaines, massacrent jusqu'à des enfants de quelques jours, tel le petit Bossard de la Rabatelière; ailleurs, - et le fait s'est produit plusieurs fois... - on éventre les bébés vendéens qu'on tient suspendus au bout des baïonnettes.

« A Châtillon, à l'endroit dit des quatre routes, les soldats républicains égorgent une mère et son nourrisson; ils enfilent ensuite l'enfant avec une broche et le font rôtir au foyer, en mettant la broche dans la main de la mère après lui avoir coupé la tête. » (Gautherot, L'épopée Vendéenne, p. 403.)

« Une fois entre deux noyades (celles de Nantes par Carrier), s'étant rendus à Clisson, ils dressèrent un immense bûcher, placèrent dessous des barils vides et dessus cent cinquante femmes qu'ils firent brûler pendant la nuit. La graisse de ces malheureuses remplit les barils qui furent transportés à Nantes et vendus au commerce. " Cette opération économique, écrivit Carrier, produisait une graisse mille fois plus agréable que le Saindoux. » (Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire, II, 72.)

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Le 28 février 1794, aux Lucs sur Boulogne, 110 enfants âgés de moins de 7 ans furent massacrés. (Cf. Marie Auguste Huchet, "Le massacre des Lucs-sur-Boulogne et le martyrologue du curé Barbedette, 1983)

 

Les Républicains, une fois entrés dans le village, rassemblèrent la population devant l'église. Les villageois n'étaient guère en mesure de se défendre, la population comptait principalement des vieillards, des femmes, des enfants. Matincourt choisit de ne pas faire de quartier ; il souhaita que l'opération se fasse en économisant le plus de cartouches possibles. Les soldats firent entrer la population dans l'église jusqu'à ce que l'église s'avérant trop petite pour pouvoir contenir toute la population, les Républicains mirent leur baïonnette au canon, chargèrent et massacrèrent toutes les personnes restées à l'extérieur. Les portes de la chapelle furent refermées, emprisonnant les civils à l'intérieur. L'église fut incendiée et des tirs de canons provoquèrent son éboulement.

Le 28 février 1794, c'est le jour du grand massacre aux Lucs : le républicain Chapelain, marchant à la suite des assassins du général Cordelier, ceux-là même qui venaient de ravager la petite bourgade, notait dans son carnet-journal : « Aujourd'hui journée fatigante, mais fructueuse. Pas de résistance. Nous avons pu décalotter, à peu de frais, toute une nichée de calottins qui brandissaient leurs insignes du fanatisme. Nos colonnes ont progressé normalement. »

Le massacre des Lucs, ressemble au drame d'Oradour sur Glane. Dans la chapelle, plus de 500 noms sont gravés sur des plaques de marbre blanc. Ils furent brûlés vifs. Des familles entières ont péri. La chapelle Notre Dame du Petit Luc est un endroit bien émouvant, où chaque nom nous rappelle qu'en ces lieux l'homme s'est vautré dans l'ignominie. Et cette ignominie a vu la naissance de la république dite "française".

Les colonnes infernales avaient pour mission de détruire les rebelles et les soldats les poursuivaient à travers toute la campagne.

« J'ai fait fûreter les fossés, les haies et les bois. C'est là que je les ai trouvés blottis, tout a été passé par le fer. » (général Grignon, chef de la 1ère colonne).

Les gens qui étaient restés dans les villages n'étaient pas mieux traités : incendiés avec leurs maisons, ou fusillés, ou tués à coups de sabre et de baïonnettes, pour épargner la poudre et pour faire durer le plaisir.

Les tueurs étaient des tortionnaires qui coupaient des membres et des têtes, éventraient les victimes et les torturaient.

« Monsieur Morinière, sa femme et deux domestiques, sur leur refus de crier Vive la République, eurent la langue arrachée, les yeux crevés, les oreilles coupées... Un voisin, sa femme et sa soeur furent suspendus par le menton à des crampons de fer. »

En mars 1794 le nombre des victimes est de 118 à La Chapelle-Basse-Mer et de 563 aux Lucs. (Chiffres Extrait de "Les paysans en guerre" de Jean Gallet)

Le 7 février 1794, aux Landes-Genusson, une centaine de femmes, d'enfants, de vieillards sont massacrés. A une jeune fille qui préfère la mort à la souillure, on arrache un à un les ongles puis les seins.

Pendant que les bandes républicaines assassinaient, violaient, incendiaient, pillaient, liquidaient les habitants de la Vendée, la République perpétuait les mêmes exécrables forfaits dans toute la France, à Paris, à Lyon, à Angers, à Nantes, à Rochefort, etc. (Marquis de la Franquerie, La Vierge Marie dans l'Histoire de France, éd. Résiac, Montsûrs 1994, p. 219-220.)

Pendant que le peuple français était génocidé, les banquiers internationaux faisaient leur blé. Les descendants des républicains de 1789 liquidèrent la monarchie russe en 1917 avec l'aide des banques de Wall street et du lobby des trafiquants de monnaie internationaux.

http://img.over-blog.com/500x318/0/51/99/49/Juin-2014/Slaviansk---habitants-de-Slaviansk-durant-un-gros-tir-d-art.jpgIls font la même chose aujourd'hui dans le Donbass (Ukraine) avec le soutien des banques, de l'ONU, de l'OTAN et de l'Union européenne, en liquidant les habitants, violant, torturant le peuple qui s'oppose au coup d'Etat atlantiste à Kiev, comme le peuple vendéen s'était opposé au coup d'Etat de 1792-1793.

Parmi les premier décrets de l’Assemblée dite « nationale », il y a la suppression de tout le droit social (les communautés de métiers) et la libéralisation du prêt à intérêt jusque-là interdit comme délit (usure) par un millénaire en accord avec les règles de l'Eglise. 

La première Banque dite « de France » peut enfin naître sous Napoléon, prince de la Révolution. Elle arrive chez nous, un siècle après celle d'Angleterre. Elle marque la date de naissance de la ploutocratie des banksters internationaux.

Les ordres de liquidation de la Vendée vinrent d'en haut, de l'Assemblée dite « nationale » (une assemblée d'escrocs et d'assassins en grande majorité francs-maçons) et du Comité de Salut public (premier organe du gouvernement révolutionnaire).

Au total, la « République » « française » est née dans un bain de sang caché (mémoricide : aucun manuel scolaire d'histoire n'en parle, il s'agit de sauver la « république ») planifié et organisé.

Un coup d'Etat soutenu par la banque.

Le génocide vendéen fut accompagné d'une guerre européenne déclenchée à l'instigation des girondins (Brissot était l'agent de la banque britannique. Cf. R. Sédillot, Le Coût de la Terreur, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1990, p. 213, 214. Il était également accéssoirement secrétaire général et trésorier de chancellerie du duc d'Orléans, Grand Maitre du Grand Orient de France... Cf. Bernard Faÿ, La Grande révolution 1715-1815, Le Livre contemporain, Paris 1959; p. 183, 345 et suivantes, 367, 369, 407). La guerre européenne révolutionnaire se termina à Waterloo en 1815 avec le décollage de la dynastie Rothschild, l'avènement de la finance internationale et des banques centrales.

L'addition des pertes dues à la Révolution et à l'Empire est de 400 000 morts pour les guerres jusqu'en 1800; un million pour les guerres napoléoniennes; 600 000 pour les guerres intestines; et l'échafaud pour mémoire. […] Deux millions de morts" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 24-28).

S'agissant du bilan humain du « génocide en Vendée », l'historien René Sédillot explique :

 

Revolution-de-1789---Coup-d-Etat.JPG« L'estimation totale des victimes varie du simple au sextuple: au plus bas 100 000, au plus haut 600 000. Les 117 000 disparus que retient Reynald Secher (Le Génocide franco-français: la vendée-Vengé, P.U.F.) ne concernent que les départements de la "Vendée militaire". Le nombre le plus élevé est celui de Pierre Chaunu, qui s'exprime en maître démographe, celui aussi dont fait état Alexandre Sanguinetti dans son Histoire du soldat. Il s'entend pour les bleus et blancs confondus, pour les tués à l'arme blanche, au fusil de chasse, au fusil modèle 1777, pour les victimes de la maladie, de la disette sur une terre brûlée, des exécutions sommaires, pour les blessés qui succombent dans l'impossibilité où l'on est de les soigner: les guerres civiles sont inexorables.

 

On retiendra ici un nombre médian, de l'ordre de 400 000. Il concerne à la fois les insurgés morts au combat (les résistants à l'oppression), en Bretagne et en Vendée, les morts du camp républicain, et ceux des autres provinces de l'Ouest – de la Normandie à la Gironde…

 

Ce tragique décompte doit être encore complété par les victimes de multiples luttes fratricides, notamment dans le Lyonnais, en Provence ou en Corse; par les victimes des Terreurs blanches: celle de 1795 au temps des Compagnons de Jéhu, celle de 1815 au temps des "Verdets", lors de l'assassinat du maréchal Brune à Avignon, du général Ramel à Toulouse. Tous ces règlements de comptes entre Français portent le bilan global des guerres civiles aux alentours de 600 000 unités.

 

Refaisons l'addition des pertes dues à la Révolution et à l'Empire:  

400 000 morts pour les guerres jusqu'en 1800;

un million pour les guerres napoléoniennes;  

600 000 pour les guerres intestines;

et l'échafaud pour mémoire.

Voilà nos deux millions de morts. » (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 24-28).

 

Près de 80% des personnes guillotinées sous la Révolution étaient des petites gens. Les ouvriers ont été envoyés par charrettes entières à la guillotine.

 

Revolution-1789---80--des-francais-guillotines-etaient-.jpg« Les décapitations [...] concernent pour 28% des paysans, pour 31% des artisans et des ouvriers, sans doute pour plus de 20% des marchands ... 8 à 9% des nobles, pour 6 à 7% des membres du clergé... » (René Sédillot, Le Coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 24.)

 

Au XIXe siècle, c’est tout le régime manufacturier mis en place par la Ière république qui a été un génocide social.

« La Révolution aura fait reculer la législation sociale de trois-quarts de siècle. » (René Sédillot)

___________

“Vendée, du génocide au mémoricide” : entretien avec Reynald Secher [audio]

La première logique totalitaire apparaît sous la "Révolution française" (Stéphane Courtois)

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 10:58

Democratie-medievale--un-monde-sans-fin-.jpg

Pour la première fois de l'histoire de la république et de la "démocratie" républicaine, un rapport confidentiel de l'Inspection générale de l'administration (IGA) que s'est procuré Le Parisien, révèle le coût important de la démocratie, pour une efficacité politique "limitée", qui "ne facilite pas la participation à la vie démocratique" ! A comparer avec la manière dont la démocratie était pratiquée au "Moyen Âge" en plein XIIIe siècle chez nous, "dans chaque village" (he oui Attali !) au plus près des individus et de leur contrôle.

 

Quand on sait que pendant deux siècles les idéologues républicains ont affirmé et enseigné aux enfants que leur "république" coûtait moins cher que la monarchie forcément dispendieuse... Encore un mythe déconstruit.

 

Il est temps de réfléchir à revenir au réalisme politique, à ce qui a fait la France, à fuir les idéologies républicaines et les idéologues remplis de belles illusions... qui nous ont trompé et manipulé pendant deux siècles, à restaurer la monarchie et la démocratie sincère dans chaque village !... Telle qu'elle se pratiquait avant 1789 !


Les élections de 2012 ont coûté plus d'un demi-milliard d'euros

 

Le Figaro Mis à jour le 20/11/2014 à 10:36

Publié le 20/11/2014 à 10:02

 

Un rapport que s'est procuré Le Parisien chiffre le coût de la présidentielle et des législatives de 2012 à 604 millions d'euros, et révèle que 500.000 personnes ont pu voter deux fois à chaque scrutin.

 

La démocratie coûte cher. C'est ce que montre un rapport confidentiel de l'Inspection générale de l'administration (IGA) que s'est procuré Le Parisien, qui révèle que les élections législatives et présidentielles de 2012 ont coûté plus d'un demi-milliard d'euros. C'est la première fois de l'histoire de la République que le coût des élections est révélé dans ce document, commandé par Manuel Valls lorsque qu'il était ministre de l'Intérieur.

 

«Le coût total de la présidentielle et des législatives de 2012 s'est élevé, pour l'Etat et les communes, à 604 millions d'euros ... dont 70% à la charge du budget national», écrit le quotidien. «Le dispositif d'organisation des élections est coûteux» et «d'une efficacité limitée car il ne facilite pas la participation à la vie démocratique» cite Le Parisien, qui dresse une liste des différents gaspillages et dysfonctionnements mis en évidence par le rapport.

 

Les professions de foi imprimées. La prise en charge des campagnes électorales des partis politiques est le premier poste de dépenses de l'Etat pour les élections. Dont la moitié (203 millions d'euros) est consacrée à l'impression de la «propagande officielle imprimée» (bulletins de vote, professions de foi, tracts, …) et à son acheminement au domicile des électeurs.

 

Inscrite dans l'article 46 du projet de loi de finances 2015, la suppression de l'envoi des professions de foi par la poste permettrait d'économiser près de 130 millions d'euros. Les tracts et les documents seraient alors accessibles sur Internet. A l'annonce de cette réforme, les élus locaux sont montés au créneau pour défendre les personnes âgées et souligner l'existence d'une fracture numérique. L'industrie papetière avait manifesté son mécontentement et prétexté qu'une telle réforme nuirait au bon fonctionnement de la démocratie. La mesure a depuis lors été retoquée par les députés lors de son examen à l'Assemblée.

 

Le vote par procuration. Deuxième poste de dépense de l'Etat (47,3 millions d'euros), le vote à distance, par procuration, est «en forte croissance». Coûteux (10 euros environ par procuration) et fastidieux, sa mise en place a mobilisé l'équivalent du temps de travail annuel de 766 agents de la gendarmerie et de la police nationale -qui assurent la transmission des formulaires- en 2012.

 

500.000 électeurs ont pu voter deux fois. Le rapport pointe également des défaillances démocratiques. Le contrôle des listes électorales est inefficace: «en raison des défaillances du système de coordination des listes, les électeurs peuvent être inscrits dans deux communes et voter deux fois». Près de 500.000 électeurs seraient ainsi inscrits sur deux listes en même temps, soit 1,1% du corps électoral!

 

Place Beauvau, on promet que ce rapport ne restera pas lettre morte. L'Intérieur a ainsi prévu dans son budget 2015 de mettre l'accent sur la dématérialisation de l'organisation du vote. Parmi les pistes soulevées par les inspecteurs dans le rapport: numériser les procurations, créer un système centralisé de gestion des listes électorales, et supprimer les envois postaux de professions de foi des candidats.

 

Source: http://www.lefigaro.fr/politique/2014/11/20/01002-20141120ARTFIG00090-les-elections-de-2012-ont-coute-plus-d-un-demi-milliard-d-euros.php

 

 

L'article du Parisien :

 

 

Présidentielle et législatives de 2012: l'organisation a coûté 604 millios d'euros

 

Publié le 20.11.2014, 09h54

 

Source: http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/presidentielle-et-legislatives-de-2012-l-organisation-a-coute-604-millios-d-euros-20-11-2014-4307443.php

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 11:23

La civilisation espagnole a écrasé l’indien ; la civilisation anglaise l’a méprisé et négligé ; la civilisation française l’a étreint et chéri.

Francis Parkman (1823-1893), historien américain

 

 

Jean-Marc Soyez (1927-2008), historien, dans Historama (juin 1984) disait : « Car il ne faut pas oublier que de tous les étrangers qui ont abordé ou aborderont l’Amérique, les Français sont les seuls à y avoir été invités par les autochtones. »

 

Tous ces héros oubliés dont les noms sonnent encore à nos oreilles : St Castin, Beausoleil, Dumas, Magdeleine, Piskaret, d’Iberville, Cadillac, Tsohahisen, La Vérandrye, Boishébert, Kateri Tekakwitha, Langy… et toutes ces victoires, La Monongahela, Corlar, Dover, William Henry, Carillon ou Ticonderoga et Sainte Foy… Comment ne pas rappeler Pontiac, chef Ottawa, allié des Français qui faillit, en unissant les tribus amérindiennes après le Traité de Paris, mettre les anglais à la mer !!!

 

N’oublions pas les Illinois, dont toute la tribu désirait embarquer vers la France plutôt que de rester face aux Britanniques. Ils savaient leur fin proche après le départ des Français… Un vieil Ottawa dans les reportages de Kevin costner disait : « Avec les Français, nous n’avions pas de problème, nos filles se mariaient avec eux… »

 

 

Le Marquis de Montcalm fut envoyé par Louis XV en 1756 pour défendre de la Nouvelle-France de l'invasion Britannique pendant la Guerre de Sept Ans, guerre des Français et de leurs alliés Indiens contre les Anglais. Cette guerre se conclut par la signature le 10 février 1763 du Traité de Paris définitif dans lequel la France céda au Royaume-Uni le Canada et toutes les possessions à l'est du Mississipi. 

 

Pour les Amérindiens, la chute de la Nouvelle-France (1534-1763) a signifié le début du génocide de leur peuple par les anglophones protestants.

 

Lecture-de-l-ordre-de-deportation--Tableau-de-Charles-Will.jpg

Lecture de l'ordre de déportation, Tableau de Charles William Jefferys

Dans la même période, les Acadiens (francophones nord-américains), de 1755 à 1763 furent déportés, chassés des terres qu'il occupaient depuis 150 ans malgré leur pacifisme et leur neutralité.

 

Dispersés parmi les Anglophones dans le but de les assimiler, souvent séparés de leurs proches, les Acadiens s'établirent notamment en Louisiane où ils donnèrent naissance à la culture cajun.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La déportation des Acadiens constitua une opération de nettoyage ethnique de grande envergure, compte tenu de la démographie de l'époque.

 

Acadie_1754.png

Il y avait en Acadie à l'été 1755, 12.000 Acadiens d'origine française. Cette année-là, 7.000 ont été expatriés. La déportation durera 5 ans et en tout plus de 10.000 Acadiens seront exilés.

Les Anglais purent prendre les fermes et les terres des Acadiens qui étaient généralement les plus fertiles de la Nouvelle-Écosse. 

Lorsque la déportation cessa, il ne restait plus en Acadie que 165 familles françaises. Moins de 1000 personnes.

 

Après le traité de Paris de 1763, le gouvernement britannique donna 18 mois aux Acadiens pour quitter l'Empire britannique et gagner une colonie française.

 

En 1766, les Acadiens furent officiellement autorisés à s'installer au Québec, où plusieurs s'étaient réfugiés avant 1759, mais, dans les provinces maritimes (ancienne Acadie), les droits politiques leur furent refusés jusque dans les années 1830.

 

Vers 1766, d'autres Acadiens, les Cadiens, commenceront à se regrouper en Louisiane, devenue colonie espagnole.  

 

Carte de la Nouvelle-France vers 1750 :

Nouvelle-France-vers-1750.png

 

 

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Ce portrait de Pontiac, sans doute imaginaire, a été peint par John Mix Stanley près de cent ans après la mort du chef amérindien en 1769.

La "rébellion de Pontiac", "conspiration de Pontiac" ou "guerre de Pontiac",entre 1763 et 1766, opposa l'Empire britannique à une confédération de tribus amérindiennes de la région des Grands Lacs, du Pays des Illinois et de la vallée de l'Ohio, alliées des Français. Alors même que les Canadiens francophones s'efforçaient de demeurer neutres, la guerre est nommée du nom du chef outaouais Pontiac, de la nation alconquine, le plus prééminent des chefs amérindiens qui faillit rejeter les Anglais à la mer.

Le conflit fut causé par les politiques désavantageuses qu'imposaient les Britanniques après avoir battu les Français durant la guerre de la Conquête (1754-1760).

Après la chute de Québec et la prise de Montréal le 12 septembre 1760 par le major général Jeffrey Amherst , Commandant en chef des forces de Sa Majesté britannique en Amérique du Nord, les Carnets de Jeffrey Amherst révèlent qu'en plus de revendiquer leurs vastes territoires, les Britanniques adoptèrent une attitude radicalement différente de celle des Français envers les Amérindiens, assimilés à des "créatures désoeuvrées", des "vauriens de sauvages".

Cependant que l'édit de Richelieu sous Louis XIII stipulait que tout amérindien christianisé était sujet du roi de France, censé et réputé naturel français et que s'il venait en France il jouirait "des mêmes privilèges que ceux qui y sont nés" (Compagnie des Cent-Associés, 29 avril 1629), les Puritains anglo-saxons considéraient les catholiques comme des démons et les Indigènes comme des sous-hommes. Les Français eux-mêmes étaient assimilés à "un obstacle pour la paix et le commerce".

Jeffrey Amherst qui, fait chevalier le 25 octobre 1761 à Staten Island, dans la colonie New yorkaise - Quartier général des forces britanniques en Amérique du Nord -, accomplit un geste exceptionnel en matière de diplomatie et de conciliation offrit. Sachant qu'il devait gagner l'appui des Canadiens français, il promit aux membres de l'élite qu'ils pourraient conserver leurs propriétés et leur religion s'ils prêtaient serment d'allégeance à la Couronne britannique. Mais jamais ce même Jeffrey n'accorda les mêmes concessions aux peuples amérindiens.

Les guerriers de nombreuses tribus (Potawatomi, Wyandot, Dalaware, Kickapoo, Wea, Miami, Shawnee, Chippewa, Ottawa de la nation alconquine) rejoignirent le soulèvement indien dont le but était de chasser les troupes et les colons britanniques de la région.

Montcalm-a-la-tete-de-ses-troupes-sur-les-plaines-d-Abrah.jpg

Montcalm à la tête de ses troupes sur les plaines d'Abraham. Aquarelle de Charles William Jefferys.

La guerre débuta en mai 1763, quatre mois après la signature du Traité de Paris, lorsque les Amérindiens, offensés par les politiques du général britannique Jeffrey Amherst, attaquèrent plusieurs forts et implantations britanniques. Huit forts furent détruits et des centaines de colons furent tués ou capturés tandis qu'un nombre plus important quitta la région. Désespérés, les Britanniques se montrèrent impitoyables. Dans ce qui est peut-être l'incident le plus connu de la guerre, des officiers britanniques du Fort Pitt tentèrent d'infecter les Amérindiens assiégeant le fort avec des couvertures ayant été utilisées par des malades de la petite vérole, maladie extrêmement contagieuse et alors sans remède. C'est un crime de guerre, une des premières guerres bactériologiques connues.

Les nations amérindiennes virent alors en Pontiac, ancien allié du Marquis de Montcalm, un chef de guerre capable de faire plier un empire arrogant qui cherchait à les détruire, à voler leurs terres et à écraser leurs peuples. Pontiac qui avait été fait "Officier d'honneur" des Armées de Sa Majesté (le roi Louis XV) riposta au nom de la nation alconquine mais il défendait aussi la présence française en Amérique du Nord comme "fils de Louis" jusqu'à son dernier souffle, bien que la France ait capitulé depuis longtemps. Pour Pontiac et son peuple, la France était un bon père respectueux qui maintenait l'harmonie entre les différentes tribus, depuis deux siècles.

 

 

Après la signature du Traité de Paris, l'abbé Raynal, jésuite, conseilla :

 

« laissez aux colons assemblés le soin de vous éclairer de leurs besoins. Qu'ils forment eux-mêmes le code qu'ils penseront convenir à leur situation. ... Rien ne paraît plus conforme aux vues d'une politique judicieuse, que d'accorder à ces insulaires le droit de se gouverner eux-mêmes, mais d'une manière subordonnée à l'impulsion de la métropole. » 

(Histoire de la colonisation française, Pierre PLUCHON, ibid., p. 270.)

 

« Au lieu de cet éloignement pour la France, [...] on verrait naître dans les colonies cet attachement que la confiance paternelle inspire toujours à des enfants. [...] Le vœu des nations est maintenant pour la puissance qui saura les défendre contre la prétention d'un peuple (les Anglais) à la monarchie universelle des mers ; et il n'y a en ce moment que la France qui puisse les délivrer de cette inquiétude. »

(Abbé Raynal, cité in Histoire de la colonisation française, Pierre PLUCHON, ibid., p. 270-271.)

 

Pontiac mit tout en oeuvre pour faciliter le retour des Français. Mais, le 20 octobre 1763, alors qu'il était sur le point de réussir, le Commandant français au Mississipi lui fit parvenir une missive sous couvert diplomatique. La nouvelle fut dévastatrice : "Enfants des Français, Nations des Grands lacs, le Maître de la Vie a inspiré votre Père, le Grand Roi des Français et son frère, le Grand Roi des Anglais afin qu'ils fassent la paix. Dès aujourd'hui, chefs et guerriers doivent enterrer la hachette de guerre. Votre joie sera grande en voyant les Français et les Anglais fumant au même calumet, mangeant à la même écuelle, vivant enfin comme des frères." Les nations amérindiennes abandonnèrent progressivement Pontiac.

Les expéditions britanniques de 1764 entraînèrent des négociations de paix qui durèrent deux ans. Les Amérindiens furent incapables de chasser les Britanniques mais le soulèvement de Pontiac poussa le gouvernement britannique à modifier les politiques draconiennes à l'origine du conflit.
En disgrâce, le général Amherst  fut rappelé en Angleterre. Ses politiques draconiennes envers les nations indiennes échouèrent lamentablement. Elles visèrent à économiser de l'argent, elles coûtèrent plutôt une guerre. La vie à 400 soldats britanniques et 2000 colons, et pour en finir avec la rebellion de Pontiac, une somme fabuleuse. A Son retour chez lui, Amherst ne fut pas accueilli en héros pour avoir vaincu les Français. Au contraire, il lui fallut expliquer sa défaite aux mains d'un chef indien qu'il qualifia de "maudit sauvage".

Le 20 avril 1769, Pontiac est assassiné par un indien qu'il croyait son camarade. Entre autres choses, Pontiac avait montré aux colons que les tuniques rouges n'étaient pas invincibles.

 

 

Rappelons que vers 1750, la Nouvelle-France comprenait le Canada (actuel sud du Québec), l'Acadie (actuelle Île-du-Prince-Édouard et Île du Cap-Breton) et la Louisiane (actuel centre des États-Unis).

 

« Désormais, et pour longtemps, l'Angleterre capitaliste et impérialiste imposera sa loi à la nation, à l'Europe, au monde. »

 (Histoire de la colonisation française, Pierre PLUCHON, Fayard, tome I, Saint-Amand-Montrond 1996, p. 1008.)

 

Histoire-de-la-colonisation-francaise--Pierre-Pluchon.jpgToutes ces parties de la colonie firent l'objet à un moment ou l'autre des sarcasmes mercantiles d'un certain Voltaire... qui ne voyant dans le Canada et la Nouvelle-France aucun débouché économique, mais une terre glacée et improductive, ne cessait de railler ces régions. Ainsi écrit-il: « On plaint ce pauvre genre humain qui s'égorge dans notre continent à propos de quelques arpents de glace en Canada » (Lettre à M. de Moncrif, 1757).

« Cette véritable campagne contre le Canada – les 70000 Français d'Outre-Atlantique étant systématiquement ignorés – prend un tour public dans le Précis du Siècle de Louis XV (1763). En quelques lignes, Voltaire assassine littéralement la Nouvelle-France que voulait garder Machault (le ministre qui voulait la généralisation de l'impôt et l'égalité fiscale contre la côterie maçonnique de Choiseul, des parlementaires et des autres directeurs de la pensée nouvelle... Ndlr.), mais qui n'intéressait pas Choiseul, toujours au ministère. « Ces quinze cents lieues, dont les trois quarts sont des déserts glacés, explique le philosophe, n'étaient peut-être pas une perte réelle... » (Voltaire cité in Histoire de la colonisation française, Pierre PLUCHON, ibid., p. 228.)

 

Voltaire fut un des philosophes des "lumières" du nouveau Régime, un des responsables de la "première logique totalitaire de l'histoire" et de la grande exploitation capitaliste qui devait venir et allait faire «reculer la législation sociale de trois quarts de siècle» au XIXe siècle. (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 82.)

 

Vingt-six années après 1763, en 1789 :

 

«... Ce que la France perd, l'Angleterre le gagne. Plus encore sur le plan commercial que sur tout autre plan, elle (l'Angleterre ) est la grande bénéficiaire de la Révolution et de ses suites. Elle est sans doute consciente, dès le début du grand bouleversement, de la chance qui s'offre à elle: comme elle a une revanche à prendre sur la monarchie française qui a aidé l'Amérique à se libérer, elle n'est pas fâchée de voir le roi contesté et diminué... "Voici, dit Fox après la 'prise de la Bastille', l'évènement le plus important de l'histoire du monde et le plus heureux...

 

... La "Cavalerie de Saint-Georges" ne manque pas l'occasion de financer discrètement les révolutionnaires les plus corruptibles...

 

Ainsi, dans tous les domaines du commerce, sur terre comme sur mer, la Révolution et l'Empire consacrent à la fois le triomphe britannique et l'éclipse de la France. Le commerce français ne retrouvera son niveau d'activité de 1789 qu'après 1825... Encore la part de la France dans le commerce mondial sera-t-elle alors loin de rejoindre le pourcentage atteint avant la révolution... Ce pourcentage-là ne sera jamais retrouvé. En chiffres absolus, trente-cinq années ont été perdues. En chiffres relatifs, à l'échelle du monde, le recul est sans appel. » 

 

(René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 220-222).

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 13:37

 

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BREIZATAO – ISTOR (09/09/2014) Les mythes résistantialistes gonflés démesurément depuis des décennies éclatent les uns après les autres à mesure que les historiens, libérés de la tyrannie communiste dans les médiats et l’université, peuvent sereinement faire leur travail. Pour ce qui concerne notre pays, nous savons le rôle qu’a joué le PCF dans la création d’une légende visant à maquiller la véritable guerre révolutionnaire qu’il entreprit contre le peuple breton. Mais également les méthodes de censure et de terrorisme intellectuel qu’il mit en oeuvre pour la préserver. Les associations gigognes de ce parti, réduit désormais à sa plus simple expression, à l’instar de l’ANACR, ne peuvent cependant plus imposer leur dictature sourde sur les esprits.

 

“Liquider les traîtres” : la face cachée du PCF 1941-1943

 

Les ouvrages se sont multipliés, il est impossible de tous les citer. Mais on mentionnera avec régal le livre “Liquider les traîtres” de Franck Liaigre, sur l’assassinat par les commandos du PCF de militants du parti opposés au rapprochement de l’URSS avec l’Allemagne nationale-socialiste à partir d’août 1939, lors du fameux pacte germano-soviétique. Cette chasse au nom de la discipline de parti et de l’obéissance aveugle à Moscou, le PCF s’est toujours gardé d’en parler, préférant vendre l’image mensongère du parti des “75 000 fusillés”, résistant de la première heure. Pourtant le PCF commença bel et bien la guerre comme parti collaborationniste de l’Allemagne, ce qui lui valut son interdiction par le gouvernement de la Troisième République.

 

“Les listes noires du PCF”

 

Un autre ouvrage de Franck Liaigre, cosigné avec Sylvain Boulouque, revient sur cette liquidation de tous les opposants internes du PCF par les commandos de tueurs du parti. Il s’agit des “Listes noires du PCF” :

 

“Le Parti communiste français a publié vingt-huit listes noires de 1933 à 1945. Deux mille trois cents noms, traîtres ” ou supposés tels, militants stigmatisés pour leur conduite, leurs relations ou leurs choix politiques, sont inscrits sur ces brochures distribuées aux membres du Parti. Avant la guerre, ces militants sont discrédités. Souvent, le Parti communiste les désigne comme des agents potentiels de l’ennemi infiltré dans ses rangs. Pendant l’Occupation, certains sont assassinés, d’autres blessés. Les listes noires ne servent pas seulement à condamner d’anciens militants communistes. Elles servent d’abord à rappeler aux responsables locaux leurs obligations. Elles énoncent, via les motifs d’exclusion, ce que ces derniers ne doivent pas faire. Elles rappellent les conduites prescrites et les règles intangibles qui régissent le Parti. Car les listes noires sont une des marques du stalinisme à la française. Ce n’est pas un hasard si leurs auteurs ont été formés à Moscou. Pour décrypter ces listes noires, les auteurs ont consulté archives publiques et fonds privés, archives russes et françaises, nationales et départementales, policières et militantes. À travers cette étude, c’est l’identité même du communisme qu’ils interrogent et le rapport très particulier que les communistes ont entretenu avec la notion de trahison. La hantise du traître est constitutive de la représentation du monde telle que Lénine l’a lui-même défini. Le monde est en guerre, il n’y a que deux clans: qui n’est pas avec nous est contre nous.”

 

 

Source: http://breizatao.com/2014/09/09/les-listes-noires-du-pcf/

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 10:18

"Le vote est ce qui consacre cette élite de gouvernants. Sans le vote ils ne sont rien."

(Loïc Blondiaux, professeur se sciences politiques)

 

Faire sécession. Petit à petit notre idée de quitter complètement toutes les institutions de la dite "république" (res publica, chose de tous qui n'est que la chose de quelques-uns depuis 1789) fait son chemin.

 

Dans la video ci-dessous intitulée "J'ai pas voté", réalisée par Moise COURILLEAU et Morgan ZAHND, un bilan de la crise politique est dressé, des thèmes et des solutions déjà évoquées sur Christ-Roi sont abordées.

 

Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques explique que "si par hasard, comme dans le roman du romancier portugais José Saramago, les citoyens décidaient de ne plus aller voter, ou de tous aller voter blanc, le système s'effondrerait d'un seul coup..."

 

C'est notre proposition de ne plus laisser sur place qu'une coquille vide qui s'effondrera toute seule en son temps du seul fait du poids de sa propre inertie.


 

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Après avoir fait le constat suivant : "plus de neuf millions de français n'ont pas voté aux dernières élections présidentielles, un français sur cinq. La défiance envers les hommes politiques ne cesse de grandir. Face à cette crise démocratique aucun changement n'est envisagé. L'isoloir, le bulletin de vote semble le seul moyen de changer de politique", le reportage demande : "l'élection est-elle réellement le fondement de notre démocratie ?"

 

Loïc Blondiaux explique que "pour une petite fraction de la population, tout se passe bien dans le meilleur des mondes aujourd'hui puisque eux tirent profit de la démocratie. Donc pour eux, la démocratie va bien. Mais pour l'immense majorité, les 99% dont parlait le mouvement Occupy (Wall Street, Ndlr.) la démocratie objectivement va mal.

 

Pour le journaliste Hervé Kempf, "il y a au sommet des sociétés dans les sociétés occidentales actuelles, un petit nombre de gens, quelques pourcents à peine qui cumulent les pouvoirs économiques parce qu'ils sont extrêmement riches, mais aussi politiques et médiatiques extrêmement importants."

 

 

Un coup à gauche, un coup à droite... "Mais les thèmes de campagne restent immuables. ... Quelque soit le pouvoir en place, le programme économique, lui, reste inchangé."

 

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Loïc Blondiaux demande : "Comment nous étonner aujourd'hui de l'abstention croissante de la population face à cette situation de rapprochement et d'indifférenciation de l'offre politique et à la déception qu'elle produit ?"

 

Un divorce qui ne date pas d'aujourd'hui mais que les gouvernements successifs préfèrent nier. Les résultats des élections sont toujours données en pourcentage de votants en prenant bien soin d'en exclure l'abstention de manière à ne PAS REVELER L'AMPLEUR DE LA CONTESTATION ou du désintérêt des Français.

 

Le reportage établit que si les chiffres de l'abstention avait été retenus dans le résultats des élections législatives de 2012, seulement 17% des actuels députés auraient été élus sur les 577 sièges de l'Assemblée dite "nationale". Par exemples, Jérôme Cahuzac (37%) n'aurait pas obtenu la majorité dans le Lot et Garonne où l'abstention obtient 39,7%, Luc Chatel, ancien ministre de l'éducation est lui aussi battu en Haute-Marne (32,6%) contre 40,6% pour l'abstention. Dans les Vosges, l'abstention arrive également en tête avec 41,1% : Gérard Cherpion (30%) et Jack Lang (29%) sont donc battus.

  

Le reportage résume parfaitement la situation depuis 1789 : "Ce qui semblait être une révolution n'est que l'accession au pouvoir de la bourgeoisie. Le peuple est écarté de toute activité politique." Donc, explique Loïc Blondiaux, "il y a eu une sorte de substitution, une sorte de tour de passe-passe, dans lequel finalement, cette assemblée de réprésentants, en est venue à se penser comme le peuple lui-même. Il y a eu un processus d'identification entre la représentation et la souveraineté populaire. Mais il y a un élément aristocratique évident qui est que seul une petiten gouverne au nom de tous les autres et tous les autres sont clairement exclus du jeu politique (nous dirions exclus du processus de la fabrication de la loi, Ndlr.) Et cela, c'est une volonté qu'ont eu les révolutionnaires anglais, américains et Français à la fin du XVIIIe siècle."

 

"L'élection est-elle réellement le fondement de notre démocratie ?"

 

La réponse à cette question est que si l'élection est un élément central de la démocratie représentative, elle n'est pas un gage de démocratie. "Choisir qui a le pouvoir ce n'est pas avoir le pouvoir. On vit dans des aristocraties élues puisque c'est une petite minorité qui nous gouverne. On peut considérer que c'est une bonne idée, que c'est génial, que c'est mieux qu'une vraie démocratie, mais en tous les cas ce n'est pas une démocratie !" ( Francis Dupuis-Déri).

 

Loïc Blondiaux dans le reportage explique lui aussi parfaitement : "Nous sommes dans un cadre d'aristocratie élective. Et cette élite gouvernementale peut se réclamer du vote et c'est la condition pour laquelle elle peut prendre des décisions en disant 'je suis le peuple' et 'je veux en son nom'".

 

F. DUPUIS-DERI comme Marion SIGAUT soutiennent qu'"il y avait plus de démocratie avant 1789 qu'après..." (M. Sigaut); "La modernité est une époque qui est moins démocratique que celle d'avant !" (F. Dupuis-Déri).  

 

Autrement dit, il y avait plus de démocratie dans la conception de la représentation par poids des corps dans la société (états généraux) que dans la conception de la représentation par tête ("un homme un vote").

 

L'élection, le vote n'est donc pas LA solution.

 

Mais l'organisation d'une société de consensus au sein des groupes naturels de la société (employés, ouvriers, artisans, paysans, fonctions libérales, patrons, familles, etc.) semble être une meilleure piste pour faire réellement participer le peuple au processus législatif. Un corps d'états généraux de la nation qui pourrait s'organiser à Paris mais aussi bien n'importe où sur le territoire..., dans chaque ville, chaque village comme l'a parfaitement dit Etienne Chouard à Jacques Attali qui se moquait de sa proposition dans l'émission "Ce soir ou jamais" sur France 2 le 5 septembre, et donner le résultat des délibérations du peuple qui remonteraient à Paris pour les décisions engageant la nation.

 

Et bien vite, la pratique montrera aux Français ainsi consultés que la gestion de la politique au niveau national par un roi, indépendant des lobbies parce qu'au-dessus de tous les partis, est le meilleur gage du pouvoir du peuple contre les féodalités organisées, et les plus dangereuses, celles de l'Argent. (Cf. La vraie raison de la loi du 4 août 1789 dite de "suppression des privilèges")

 

Au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, les villages votaient, les Etats généraux de 1789 demandaient aux Français de se prononcer sur la politique fiscale... Le principe démocratique du consentement à l'impôt était plus important sous l'Ancien Régime qu'après. La révolte fiscale de 2013 en France (Bonnets rouges) par exemple n'a entraîné aucune remise en cause globale de nos impôts. Pire, pour toute réponse, le président de la dite chose de tous (Res publica) ou son gouvernement a déclaré à plusieurs reprises qu'il garderait le cap de sa politique. Le 8 novembre 2013, lors d'une visite au siège de la Banque mondiale à Paris, F. Hollande déclara : "Je confirmerai la stratégie qui est la nôtre, le cap qui est le mien". Lundi 24 mars 2014, malgré la déroute du gouvernement la veille au premier tour des élections municipales, Najat Vallaud-Belkacem indiqua qu'elle ne croyait pas à un "changement" de politique du gouvernement. Selon elle, l'exécutif devait "tenir le cap".

 

Le reportage termine en abordant la solution proposée par Etienne Chouard, le "tirage au sort" au sein des groupes naturels de la nation pourrait être une piste. Ce qui compte c'est de sortir du modèle "démocratie = élections au sein des partis politiques" pour lui préférer un système de tirage au sort ou suffrage universel avec mandats directs au sein des corps et groupes naturels de la nation (une "combinaison"). C'est ça qui est important. Cela s'est pratiqué en France sous la Monarchie d'Ancien Régime jusqu'en 1789. Il faut y revenir !

 

Rappel de propositions Christ-Roi :


1) Dès 1865, M. le Comte de Chambord montre le chemin à suivre pour lutter contre le "libéralisme" révolutionnaire et son succédané l'individualisme qui ont conduit la société démocratique à cet échec :

 

«Quant aux remèdes, dit-il, voici ceux que les principes et l'expérience paraissent indiquer. A l'individualisme, opposer l'association; à la concurrence effrénée le contre-poids de la défense commune; au privilège industriel la constitution volontaire et réglée  des corporations libres".

Personne ne peut nier que toute la question sociale soit contenue et résolue dans ces trois lignes : On ne dira jamais mieux. » (Comte de Chambord cité in Jacques Ploncard d'Assac, Les idées qui tuent, Société de philosophie politique, Lisbonne 1971, p. 101-102).

 

2°) Un mix de monarchie et de démocratie (tirage au sort ou suffrage universel au sein des "corporations libres".) Monarchie et démocratie n'étant pas antinomiques, la souveraineté monarchique émane de la souveraineté d'un peuple libre qui comprend qu'un roi sans liens (ab-solu) indépendant des lobbies, peut rendre à notre pays sa liberté.

 

3°) Une dose d'aristocratie non-héréditaire (entendue comme un ensemble des meilleurs choisis sur leur mérite, leurs compétences réelles, avec des devoirs envers la nation). Cf. Adrien Abauzit : Décodons la matrice sur la Libre Antenne de MetaTV.

 

 

. Ploutocratie : Etienne Chouard brise l'omerta en direct sur France 2

. La vraie raison de la loi du 4 août 1789 dite de "suppression des privilèges"

. Marion Sigaut - Comprendre les Lumières : aux sources de la prolétarisation du monde ouvrier

. Européennes: la jeunesse fait sécession de l'UE, 73% des 18-35 ans n’ont pas voté

. Des républicains s'imaginent "résister" en conservant les mêmes institutions !

. Changer les institutions pour une vraie alternative politique

. Abstention, médias, manifs: pourquoi le peuple fait sécession

. L'abstention : "une affirmation et une protestation éclatante" (Comte de Chambord, 22 septembre 1861)

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 06:34

Trouvé sur Boulevard Voltaire :

 

Le Roi, vite !

 

La mise en examen de Nicolas Sarkozy est un triste événement. Le sentiment était étrange durant l’entretien de mercredi soir d’entendre un justiciable mis en examen se faire donner du « Monsieur le Président », comme le veut la courtoise tradition républicaine.

Si le titre perdure même après la fin du mandat, c’est donc bien qu’un peu de la dignité de la fonction continue de s’incarner dans les anciens locataires de l’Elysée. Or, cette dignité se trouve désormais mêlée à de sales soupçons de corruption et de malversations financières. Bref, quelques péchés liés à l’obtention ou à la conservation de la richesse et du pouvoir.

Or, il existe une solution parfaite – et éprouvée pendant des siècles – pour s’assurer qu’un chef d’Etat ne soit soumis à aucune tentation : il suffit qu’il soit assuré de sa position de Chef d’Etat jusqu’à la fin de ses jours et qu’il soit entièrement entretenu par la nation, lui garantissant un niveau de vie très élevé.

J’entends évidemment le choeur des cerveaux lavés par deux siècles de ripoublique crier immédiatement « dictature ! ». C’est fort mal connaître l’histoire de France. Un roi, c’est au contraire la garantie donnée au peuple d’avoir un homme entièrement voué à la nation, qu’il incarne.

Il reste l’aspect financier, dont on nous rebat les oreilles pour tenter de convaincre qu’ »un roi, ça coûte extrêmement cher ». La réalité va vous surprendre.

Selon un document de l’Assemblée nationale, l’Elysée dispose en 2014 d’un budget de 101,7 millions d’euros.

Selon le Conseil Constitutionnel, l’élection présidentielle, à elle seule, coûte plus de 200 millions d’euros au contribuable.

S’il me reste encore quelques notions d’algèbre, le Président de la République, sur 10 ans, coûte donc : 2 élections + 10 années de fonctionnement = 2×200 millions + 10×100 millions =1,4 milliard d’euros, dans le bas de la fourchette. En vérité, c’est même plus.

Comparons maintenant avec la monarchie la plus flamboyante d’Europe : le Royaume-Uni.

Chaque année la reine et son mari se voient allouer un budget de fonctionnement de 30 millions d’euros. Quant au Prince Charles, il subvient à ses besoins grâce aux revenus de son duché des Cornouailles, avec ses 50.000 hectares loués, ce qui lui fait environ 20 millions d’euros de revenus, sans un penny provenant du budget de l’Etat !

Et ce n’est pas fini ! La famille royale reverse au Trésor Public environ 200 millions de livres provenant des bénéfices des domaines royaux (des milliers d’hectares), y compris des subventions de Bruxelles au titre de la politique agricole commune !

Coût brut de la couronne britannique sur 10 ans : 390 millions d’euros, c’est à dire moins d’un tiers du coût du Président en France.

Et qui sert son pays plus honorablement ? La Reine d’Angleterre qui a donné sa vie entière à son royaume, ou Hollande qui enfonce le pays, le ridiculise à l’international, Sarkozy mis en examen, etc. etc. ?

Il est des clichés qu’il est bon de revisiter.

 

Source: Le Roi, vite!, Robin de la Roche, Boulevard Voltaire

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 13:57

Un bel hommage aux Résistants royalistes de 1940, par José Meidinger sur Boulevard Voltaire.

Un bémol : le monarchiste authentique n'est pas " à l’autre extrême de l’échiquier politique..." Comme le dit un commentateur : "il (le monarchiste) n'est pas quelque part dans l'échiquier du régime politique républicain qui a désaxé et souillé la France. Non, si le monarchiste peut être considéré comme "à droite" parce qu'il est un homme d'ordre(s), de tradition(s), il peut l'être aussi en dehors tant il est attaché au(x) peuple(s) de France, éloigné des préoccupations financières du bourgeois et soucieux du bien commun. La Monarchie, c'est avant tout l'équilibre - entre les différents parties, classes, territoires - et l'harmonie entre elles. Un monarchiste est avant tout attaché à sa terre, à ses pères et dans l'idéal... à Dieu et à son Roi. Voilà pourquoi ils furent les premiers à combattre l'occupant. Pour la France et l'idée qu'ils s'en faisaient."

 

 

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N’oublions pas les royalistes, les premiers résistants !

 

A la Libération, les gaullistes et les communistes, avec les Francs-tireurs et partisans (FTP), tentèrent de s’accaparer l’exclusivité de la Résistance. C’était oublier un peu vite que c’est à l’autre extrême de l’échiquier politique, à l’initiative de militants royalistes, que se créèrent les tout premiers mouvements de résistance de la France Libre! Ce phénomène a souvent été occulté par l’histoire officielle jusqu’au livre de François-Marin Fleutot en 2000 Des royalistes dans la Résistance. On y découvre notamment l’engagement royaliste de Daniel Cordier, ancien Camelot du roi, entré dans la Résistance dès juin 1940, puis secrétaire de Jean Moulin, auquel il consacrera une biographie en plusieurs volumes pour défendre la mémoire de son ancien patron.

Dans cet ouvrage sur la résistance royaliste, l’auteur convoque solennellement la mémoire des monarchistes qui payèrent de leur vie leur engagement dans la Résistance : Honoré d’Estienne d’Orves, descendant du général vendéen Charles d’Autichamp, fusillé à la prison du Cherche-Midi, Jacques Renouvin, chef des groupes francs de Combat, mort à Mauthausen, Raymond Toublanc, membre du réseau royaliste de l’Anjou, longuement torturé par la Gestapo à Angers, avant de mourir en déportation…

Dans les Maquis de la Résistance, on croise encore Jacques Perret, cœur chouan sur la poitrine, qui racontera plus tard dans son livre pourquoi il fit Bande à part. Le colonel Romans-Petit, chef des maquis de l’Ain, puis chef départemental de l’Armée secrète s’y trouve aussi, tandis que d’autres royalistes dirigèrent des unités du Maquis dans le Tarn, en Bourgogne, dans le Jura, en Bigorre… Les visages plus familiers du colonel Rémy ou du général de Bénouville, né d’un père normand et d’une mère alsacienne, se dessinent. Sans oublier, car moins connue, la tradition monarchique de deux maréchaux de la France Libre, le « roi » Jean, de Lattre de Tassigny et Leclerc, de son vrai nom Philippe de Hauteclocque, dans la famille duquel le drapeau blanc était de rigueur.

Mais parmi les nombreux royalistes engagés dans la Résistance dès la première heure, il y eut aussi les sans-grades, d’illustres inconnus, comme cet industriel de la vallée de Thann en Alsace. Membre de l’Action Française et de la Cagoule, l’Alsacien Paul Dungler sera à l’origine, dès l’annexion par les Nazis de l’Alsace-Moselle, de la 7e colonne d’Alsace enregistrée à Londres sous le nom de Réseau Martial. Il jouera un rôle essentiel dans la réussite de l’évasion du général Giraud fait prisonnier par les troupes allemandes le 19 mai 1940 et interné à la forteresse de Königstein près de Dresde. Le réseau royaliste Martial interviendra notamment pour faciliter son passage par la Suisse puis en zone Sud.

A l’autre extrémité de la France, le breton Luc Robet, issu d’une famille profondément catholique et royaliste, demandera aux Camelots du Roi et Ligueurs de Bretagne de se joindre à la Résistance. Membre actif des réseaux Hector, Alliance et de l’Organisation de Résistance de l’Armée, le Camelot Luc Robet sera arrêté par la Gestapo le 19 janvier 1944 à Rennes, torturé au cours de 17 interrogatoires, déporté au camp de Neuengamme en 1944. Ce fut en quelque sorte la Blanche Hermine contre la croix gammée.

La paix revenue, on taira ou minimisera souvent l’engagement de ces monarchistes dans la Résistance et, à quelques rares exceptions près, leurs noms ne figurent guère dans les manuels d’Histoire. A la Libération, la résistance communiste étoffera ses rangs et règlera quelques comptes, en réécrivant l’Histoire ! Il n’est pas inutile de rappeler ici que ce fut la Chambre du Front populaire qui vota les pleins pouvoirs au régime de Vichy, alors ue les résistants royalistes, injustement oubliés, n’ont pas attendu l’invasion de l’Union Soviétique par l’Allemagne pour entrer en lutte contre l’occupant…

 

Source: http://www.bvoltaire.fr/josemeidinger/noublions-pas-les-royalistes-les-premiers-resistants,90470

 

 

 

 

La Complainte du partisan est une chanson écrite à Londres en 1943 par Emmanuel d'Astier de La Vigerie — surnommé « Bernard » dans l'armée des ombres — et Anna Marly (chanteuse française d'origine russe) pour la musique. La chanson passe pour la première fois à la British Broadcasting Corporation à destination de la France occupée et un des disques est même détruit par la DCA allemande lors d'un parachutage de résistants (Source: Site Léonard Cohen). Elle devient une chanson populaire dans les années 1950.

 

Les quatre premiers vers sont :

Les Allemands étaient chez moi,
On m'a dit « Résigne-toi »,
Mais je n'ai pas pu,
Et j'ai repris mon arme.


Elle est désormais moins connue que le presque homonyme Chant des Partisans, également composé par Anna Marly mais écrit par Joseph Kessel et Maurice Druon, devenu l'hymne officiel de la Résistance française.

Par la suite, La Complainte du Partisan est interprétée par de nombreux artistes comme Les Compagnons de la chanson, Leni Escudero, Mouloudji, Marc Ogeret, Anna Prucnal, Joan Baez, etc.

 

Ce chant connaît finalement une deuxième jeunesse quand il est repris dans sa version anglaise, Song of the French Partisan, sous le titre The Partisan, en 1969 par Leonard Cohen dans son deuxième album Songs from a Room.

 

RediffLa gauche, fut la mère de la collaboration! 80 % des collabos venaient de la gauche !

 

 

 

Petit tour d'horizon:

Pierre Laval, ministre de l'Intérieur, en 1931.Bibliothèque nationale de France. Pierre Laval, ministre de Vichy et mentor de la collaboration, membre de la SFIO depuis 1905, défenseur des syndicalistes de la CGT, député SFIO en 1914.


 Pierre Drieu la Rochelle, membre du Parti radical socialiste, directeur de la Nouvelle revue française, revue collaboratrice.

Jean Luchaire, directeur du journal "Les nouveaux temps", tribune des jeunes radicaux-sociliastes, presse collaboratrice, fusillé en 1946.

Jacques Doriot, député de la Seine (1929). Jacques Doriot, Secrétaire général de la Jeunesse communiste, créateur un comité de Défense antifasciste avec les membres de la SFIO et du Parti radical et radical-socialiste, créateur de la LVF (Légion des Volontaires Français) le 8 juillet 1941, les SS français !

Marcel Déat, député de Paris (1932).Marcel Déat, adhérent de la SFIO en 1914, créateur le 5 novembre 1933 du "Parti socialiste de France", ministre du travail et de la solidarité nationale sous Vichy.


René Bousquet, issu d'une famille radicale-socialiste de Montauban, couvé par le radical-socialiste sénateur et patron de presse (La Dépêche de Toulouse) Maurice Sarraut, secrétaire général à la police du de Vichy, organisateur de la rafle du Vél’ d'Hiv’, responsable de la déportation de 54000 juifs, ami de toujours de François Mittérand.

Maurice Papon, socialiste, secrétaire d'Etat dans les deux gouvernements Blum, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité pour des actes commis alors qu'il était secrétaire général de la préfecture de Gironde entre 1942 et 1944.

 

Simon Sabiani, membre SFIO engagé dans la SS;

Paul Perrin,

André Grisoni

Paul Rives

Maurice Levillain

Barthélémy Montagnon,

René Chateau

Claude Jamet

Camille Chautemps

Georges Bonnet

Robert Jospin (le père de Lionel), proche de Déat.

Georges Suarez, ami de Joseph Kessel dans les années 20, essayiste, biographe de Clémenceau et de Briand, pro-nazi fanatique sous Vichy, premier journaliste à être jugé pour collaboration.

Camille Planche

Léon Emery

René Gérin, déatistes,

Saint-Loup (alias Marc Augier, qui avant guerre chantai "Au-devant de la vie" avec ses camarades juifs des Auberges)

 

12 des 17 ministres SFIO de la fin de la IIIe république furent exclus de ce parti après guerre pour leur comportement collaborateur.

 

 

. La Gauche a largement collaboré, Zemmour s’en fait l’écho

. La gauche, mère de la colonisation et de la collaboration

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 09:48

Mis à jour, le 18 mars 2020, avec le livre de Martin AURELL, "La Légende du roi Arthur", Perrin, Tempus 2018.

« Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une influence directe. »

(Théodore Zeldin, Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome 5, Points Histoire, Paris-Mesnil 1981, p. 446.) 

Des nobles français ont régné durant plus de deux siècles sur l'Angleterre, influençant profondément la culture britannique et la langue anglaise. 

 

Henri-II-Plantagenet.jpgEn 1154, Henri Plantagenêt, puissant duc d'Anjou, traverse la Manche avec plus de 3000 guerriers... et revendique ses droits à la Couronne d'Angleterre. Le 19 décembre 1154, sans rencontrer aucune opposition, il se fait couronner sous le nom d'Henri II (1154-1189).

 

Son père, Geoffroy le Bel, qui était comte d'Anjou et du Maine et plus tard fut duc de Normandie (1144-1150), portait toujours un brin de genêt à son chapeau et les habitants l'avaient surnommé Plantagenêt. Son surnom donnera le nom à la prestigieuse dynastie de rois anglais. Geoffroy se maria avec Mathilde, la fille d'Henri Ier Beauclerc (plus jeune fils de Guillaume le Conquérant), roi d'Angleterre (1100-1135), avec laquelle il eut Henri.

 

Jean-Favier--La-France-feodale.jpg

 

« Il y a une même vision hiérarchique - et même monarchique - de la société. ...[L]a royauté nationale apparaît comme l'idéal de l'organisation politique. » (1)

 

Par son mariage avec Aliénor d'Aquitaine, dont le mariage avec le roi de France Louis VII fut annulé pour motif de consanguinité aux 4e et 5e degrés, Henri ajoute l'Aquitaine à ses possessions. Il règne sur un immense territoire qui s'étend des deux côtés de la Manche : l'"empire angevin" (d'après l'expression forgée en 1887 par Kate Norgate et reprise pour titre des ouvrages de James H. Ramsay (1903) et John Gillingham (1984 et 2001).

L'adjectif d'angevin adopté par Kate Norgate ... souligne les origines "étrangères" de la dynastie. (2)

Henri II et son fils Richard Coeur de Lion, ont réussi, à la suite d'un effort de guerre inouï, à conserver l'intégralité de leurs domaines.

Jean sans Terre et Henri III (1216-1272) ont perdu la Normandie, le Grand Anjou et le Poitou au profit du roi de France. L'empire Plantagenêt n'a pas su préserver son unité plus de cinquante ans, entre le couronnement d'Henri II en 1154 et la chute de la Normandie en 1204. (3)

 

Empire-angevin-Plantagenet.jpg

Empire angevin (1154-1204)

En fait, sous la domination angevine, les rois d'Angleterre passeront souvent plus de temps en France qu'en Angleterre. Ainsi Richard Coeur de Lion, fils d'Henri et d'Aliénor, n'a passé que six mois de son règne en Angleterre... et uniquement dans le but de collecter des fonds pour la Croisade. Impopulaire, il est surnommé "le roi absent" par ses sujets. Aujourd'hui, il est une icône du folklore anglais. Mais avant tout, Richard était un prince du Continent. 

Richard, Roi d'Angleterre (1189-1199)

 

Un Continent où le roi d'Angleterre n'a jamais possédé qu'une suzeraineté virtuelle. Les princes ne reconnaissent comme seigneur supérieur que le roi de France. Ainsi, en 1173 par exemple, «contraint de prêter l'hommage à Henri II, Raymond V de Toulouse formule une réserve de fidélité en faveur du roi de France, son seigneur principal. Le Royaume de France apparaît désormais comme un espace unique aux mains du Capétien, et la Couronne comme une entité entière et indivisible.» (4)

 

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Gisant des parents de Richard Coeur de Lion (Henri II et Aliénor d'Aquitaine). Abbaye de Fontevraud (Anjou). Photo Office de tourisme des Monts de Châlus.

 

 

Richard ne parlait que le français. Et jamais il n'apprit l'anglais.  

 

«Le français de France - y compris sa prononciation - demeure... la langue élégante de l'aristocratie. ... Ce français de France fait même des progrès à la cour avec l'arrivée, après 1236, de l'entourage provençal et français de la reine Aliénor (ou Eleonore) de Provence (épouse d'Henri III). C'est du français - ou plutôt de ce français que les historiens britanniques finiront par appeler à juste titre le Law French, le bas-français, que l'on commence d'user sous Edouard Ier, en concurrence avec le latin, pour la rédaction des sentences dans les tribunaux royaux.

 

...(Au XIVe siècle) Délibérément on parle français pour conforter les droits de la dynastie sur tout ou partie du royaume de France. L'anglais demeure donc la langue des gens peu instruits, donc de ceux qui parlent mal. ...Au Parlement, on dispute en français.» (5) « Même deux siècles plus tard, les compatriotes du captal de Buch Jean de Grailly qui combattait avec ses Gascons l'armée de Charles V (1364-1380) auraient été bien étonnés si on les avait traités d'Anglais.» (6)

 

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Gisant de Richard Cœur de Lion (vers 1199, abbaye de Fontevraud, Anjou, actuel Maine-et-Loire)

 

En 1214, le 2 juillet à La Roche-Aux-Moines, « tout l'édifice politique de Jean (sans Terre) s'effondre : alors que la bataille va s'engager, les grands féodaux qui entourent le roi d'Angleterre se dérobent. Ils ne se battront pas contre leur seigneur le prince Louis, ou plutôt contre le roi de France. » (7)

Au XIIIe siècle, les Plantagenêts subissent des défaites successives face aux rois de France Philippe Auguste et Saint-Louis. Ils perdent alors de vastes territoires sur le continent. Ils recentrent leurs activités sur les îles Britanniques. L'Ecosse est conquise, l'Irlande mieux contrôlée.

 

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Edouard Ier le Sec, Roi d'Angleterre (1239-1307), fils d'Henri III, lui-même fils de Jean sans Terre.

 

Les hautes fonctions d'Etat jusqu'alors réservées aux Français, commencent à s'ouvrir aux Anglais. Néanmoins, les grands nobles du royaume sont toujours français quant à leur langue et à leur culture. Les Plantagenêts sont vassaux des rois de France pour leurs possessions continentales. « Le royaume des Francs constitué par Clovis... préexiste à la multiplicité des royaumes francs que font naître aux VIe et VIIe siècles les partages successoraux des Mérovingiens. Le morcellement politique qui résulte au IXe siècle de l'effondrement de l'autorité impériale (carolingienne) et qui caractérise ensuite l'apogée de la féodalité se superpose à l'unité, déjà six fois séculaire en 1100 du "royaume des Francs", du regnum francorum, puisque telle est et sera longtemps son appellation officielle. Ce que l'on commence seulement d'appeler le "royaume d'Angleterre", le regnum Angliae, ignore cette longue tradition unitaire. » (8)  

 

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Édouard Ier rend hommage à Philippe IV le Bel, roi de France (1285-1314) (illustration du XVe siècle).

 

« L'importance que le roi (de France) ne cesse d'accorder à l'hommage qui lui est dû laissera longtemps voir dans le Capétien le suzerain - c'est-à-dire le seigneur supérieur - d'une société contractuelle. Malgré l'affaiblissement du pouvoir qui l'exprime de manière concrète, on n'a pas complètement oublié que le roi (de France) est un souverain et que, par nature, la souveraineté n'a rien de contractuel.» (9)

 

Mais lorsque la lignée directe des Capétiens s'éteint en 1328, les Plantagenêts s'opposent aux Valois pour obtenir le trône de France. C'est la guerre de Cent Ans (1328-1453).

En dépit de leurs succès initiaux, les rois d'Angleterre vont y perdre progressivement tous leurs territoires continentaux hérités d'Henri et d'Aliénor. La ville de Calais, dernier bastion anglais sur le Continent tombe en 1558.

 

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Edouard III, Roi d'Angleterre (1327-1377), fils de Jean sans Terre.

 

En 1340, quand Edouard III revendique la Couronne de France, il prend le titre de Roi d'Angleterre et de France et fait figurer les fleurs de lys dans ses armes, en écartelé avec les léopards d'Angleterre. «Tout cela n'est qu'une suite de gesticulations. Le Plantagenêt sait fort bien qu'il n'a aucun droit sur la Couronne de Saint-Louis, et qu'il n'a aucune chance de la conquérir. » (10)

 

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Edouard III adjoint les armes de France à son blason, écartelé, en 1 et 4 d'azur semé de lys d'or, en 2 et 3, de gueules aux trois léopards d'or.

 

«En 1378, nul ne songea à une reconquête de l'Aquitaine.

Lorsqu'on avait gravé l'année précédente, le sceau du nouveau roi, on avait omis de faire figurer dans la légende le titre de duc d'Aquitaine qu'avait pourtant repris Edouard III.» (11)

 

Les Plantagenêts (1154-1399) ont donné de prestigieux rois à l'Angleterre, Henri II, Richard Coeur de Lion, Edouard Ier, Edouard III... Leurs oeuvres politiques et militaires furent déterminantes dans la formation de l'Angleterre moderne. Et la culture française, déjà massivement importée par les Normands (sous Guillaume le Conquérant), a encore plus profondément influencé la Grande-Bretagne.

 

L'actuel blason de l'Angleterre (les trois lions de Richard Coeur de Lion...) est en fait le blason personnel des Plantagenêts... résultant de l'addition des deux lions de Normandie et du seul lion d'Aquitaine.

 

 

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Blason des rois d'Angleterre de 1198 à 1340.

A partir de Richard Cœur de Lion : de gueules à trois léopards d'or armés et lampassés d'azur. Au fil du temps, il se complexifie avec l'ajout des armes de France, d'Écosse et d'Irlande.

 

 

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Armes d'Édouard III et ses enfants, Trinity College Cambridge.

  

 

 

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Actuelles Armes du Royaume-Uni

En 1603, Jacques VI d'Ecosse, devenu Jacques Ier d'Angleterre, ajoute dans l'écartelé le lion d'Ecosse et la lyre d'Irlande.

George III (1760-1820) abandonnera sur les armes de la famille royale comme sur le standard de ses résidences et de ses navires, les fleurs de lys des armes de France.

S'agissant du drapeau de l'Angleterre, la Croix de Saint-Georges fut adoptée comme Symbole de l'Angleterre sous les Plantagenêts.

 

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Croix de Saint-Georges, utilisée comme drapeau de l'Angleterre, dont le saint est le patron.

 

Une de ses premières apparitions fut en juin 1063 à la bataille de Cerami, après que les Normands eurent entamé la libération de la Sicile (occupée par les Musulmans depuis deux siècles). Dans cet affrontement au nord-est de l'île, les Chrétiens remportèrent une victoire retentissante : selon le chroniqueur Geoffroi Malaterra, ils auraient été galvanisés par un mystérieux cavalier blanc armé d'une lance (soldat romain martyr au IVe siècle) dont l'extrémité portait un pennon blanc avec une croix.

 

Vers 1120, l'archevêque Baudri de Dol écrit une histoire de cette Croisade ; dans ce récit, il raconte comment, lors du siège d'Antioche contre les infidèles en 1098, saint Georges (soldat martyr au IVe siècle) donna la victoire aux Chrétiens en leur apparaissant en vision à la tête d'une armée céleste montée sur des chevaux blancs et portant des bannières blanches.

 

Durant la Troisième croisade (1189-1192), le chroniqueur Roger de Hovedon rapporte que les chevaliers français avaient des étendards blancs à croix rouge, les chevaliers anglais des bannières rouges à croix blanche, et les croisés flamands des étendards blancs à croix verte.

Vers 1275, l'archevêque de Gênes Jacques de Voragine écrit la Légende dorée et reprit le récit de l'apparition au siège d'Antioche en ajoutant que saint Georges portait un bouclier blanc orné d'une croix rouge.

La croix de saint Georges aurait été utilisée pour la première fois par les armées anglaises — comme emblème ou comme drapeau — en 1277 sous Édouard Ier pendant la guerre en Pays de Galles.

 

Malgré toutes ces tentatives du roi d'Angleterre, « la royauté des Plantagenêts, que soutient une éthique chevaleresque de caractère profondément laïque, ne parviendra pas à imposer la vue d'une monarchie sacralisée du type français. Elle ne saura rivaliser ni avec le charisme ni avec la légitimité spirituelle de l'oint de Reims. » (12)

 

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Union Jack, drapeau du Royaume-Uni

 

C'est Jacques Ier qui en 1603 crée pour la marine royale le pavillon dit « Union Jack » qui combine la croix de Saint Georges rouge sur fond blanc, et la croix de saint André, une croix en forme de X, blanche sur fond bleu.  George III (1760-1820) ajoutera en 1801 la croix de Saint Patrick, rouge sur fond blanc, à l'Union Jack, désormais drapeau national. (13)

 

L'architecture gothique (ou "style français") s'est largement répandue.

« La Renaissance du XIIe siècle est... marquée par le triomphe de l'art monumental comme expression de la foi, comme manifestation de la puissance, comme signe de la fortune. 

... Les premiers balbutiements d'une architecture fondée sur la croisée d'ogive - deux arcs croisés en diagonale - datent de la fin du XIe siècle. Mais c'est après 1130 que l'on tire vraiment les conséquences de ce nouveau progrès de la légèreté,... rendus possibles par la concentration de la poussée aux angles des travées, aux points de retombée où les ogives rejoignent leurs supports verticaux. ... L'art nouveau - on l'appellera plus tard "gothique" - qui va privilégier la lumière et le vitrail... essaime très rapidement dans une région aisément définissable. Cette région, c'est l'aire du dynamisme monarchique, le domaine capétien autour de Paris et de Saint-Denis aussi bien que la dynastie concurrente d'Anjou et de Normandie autour de Caen et d'Evreux.

 

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La Basilique Saint-Denis, 5km au nord de Paris - style gothique à partir de 1130 -, fut dénommée « basilique » dès l'époque mérovingienne. Elle s'élève sur l'emplacement d'un cimetière gallo-romain, lieu de sépulture de saint Denis, évêque de Paris, martyrisé vers 250.

Le transept de l'église abbatiale, d'une ampleur exceptionnelle, fut destiné à accueillir les tombeaux royaux. Elle est ainsi la nécropole des rois de France depuis les Robertiens et Capétiens directs, même si plusieurs rois mérovingiens puis carolingiens avaient choisi avant eux d'y reposer.

 

... Le premier jalon en est le Saint-Denis de l'abbé Suger. ... Notre-Dame de Paris et la Chapelle de la Vierge à Saint-Germain-les-Prés (6è arrondissement de Paris) suivent à partir de 1163, en attendant les rosaces de Chartres et la Sainte-Chapelle du roi Saint-Louis. Dès 1135, la catédrale de Sens commence de s'élever dans le ciel de la Bourgogne capétienne.

 

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Cathédrale de Sens, dans le style gothique dès 1135, département de l'Yonne (Champagne)

(En Picardie), à Noyon, à Senlis, à Laon, à Soissons, de nouvelles cathédrales entrent à la suite, avec Notre-Dame de Paris, dans cette première génération d'édifices gothiques. » (14) « Le Vexin, puis la Normandie adhèrent aux expériences plastiques du pays capétien. » (15)  

« Autant que de techniques désormais assurées, l'art nouveau apparaît bien, dans les années 1200, comme l'expression d'un nouvel esprit artistique.

« La verticalité l'emporte sur l'équilibre pyramidal. La lumière triomphe et se colore. Le décor n'est plus conçu qu'en étroit accord avec les structures. Comme tel, cet art rayonne bien au-delà de son berceau français, champenois et normand.

« A Bourges (Berry, actuel Centre) dès 1190 comme au Mans (Pays de Loire) vers 1220, on s'inspire des partis choisis à Notre-Dame de Paris.

« Laon (Picardie) influence Reims et Châlons-sur-Marne (Champagne). La cathédrale de Soissons est fille de celle de Noyon. » (16)

 

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Cathédrale de Bourges, style gothique dès 1190, Berry (actuelle région Centre)

 

« Le mouvement parti d'Île de France dans deux édifices proches de Paris ... la cathédrale de Sens, l'abbatiale de Saint-Denis. La première, commencée vers 1140, adopte encore les formes empruntées à l'architecture romane par leur massivité. Le choeur de la seconde, achevé dès 1143, apparaît plus novateur. Le maître de l'ouvrage, l'abbé Suger, a clairement exprimé dans différents écrits qu'il a laissés, le but poursuivi : rendre immatériel ce qui est matériel par l'introduction de la lumière, mise en rapport avec Dieu.

« [L]e célèbre abbé de Saint-Denis tente une aventure dont le premier acte est une prodigieuse réussite.

« ... Les architectes de la seconde moitié du XIIe siècle prolongent les recherches du Maître de Saint-Denis. Les recherches trouvent un point d'aboutissement à Chartres commencée en 1194 (bâtie dès 350 ap. J.-C. sur le site druidique des Saints Forts, habitants d'un village du pays carnute qui reconnurent en la Vierge Marie, Vierge Mère que leur annonçait un missionnaire, la Virgo paritura qu'adoraient leurs ancêtres, Ndlr.), ... Reims (1211), Amiens (1220), Troyes (1230), Beauvais (1235). » (17)

 

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Chapelle rayonnante, Cathédrale de Bourges, Berry

 

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Abbaye-de-Westminster (Londres).

Au XIIIe siècle, Henri III (1207-1272) décide de reconstruire l'église dans le style gothique. Il s'agit pour lui de suivre le modèle de l'abbaye de Saint-Denis et de donner un écrin splendide à la sépulture d'Édouard le Confesseur : son corps est exhumé et placé dans un nouveau tombeau en 1269.

 

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L’abbaye de Westminster fait partie des monuments qui symbolise la ville de Londres. Il s’agit d’un lieu où reposent de nombreux rois et reines, mais aussi des célébrités britanniques (Charles Dickens, William Shakespeare, Churchill, Charles Darwin, Issac Newton…).

Westminster Abbey (son nom en anglais) sert également de lieu de couronnement depuis celui de Guillaume le Conquérant en 1066 et quelques mariages royaux ont été célébrés au sein de ses murs dont celui d’Elizabeth II avec le Duc d’Edimbourg.

Ce magnifique monument, l’un de plus célèbres monuments religieux de Londres, est classé  patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987.

 

Le  « style français» passe en Angleterre.

« Henri II ébauche l'érection de l'abbaye de Westminster (Londres) en sanctuaire royal, à l'image de ce que sont pour les Capétiens Saint-Denis et Saint-Martin de Tours. En mourant sur le continent, Henri II, Richard et Aliénor porteront préjudice à Westminster : le Saint-Denis des premiers Plantagenêts, ce sera Fontevraud (en Anjou, actuel Maine-et-Loire... Ndlr.) Eglise du sacre, Westminster ne sera Reims que si l'on oublie la Sainte-Ampoule... » (18)

 

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«Tout ce qui est courtois, honorable et élégant dans la culture anglaise provient de l'invasion française

Walter Scott

La littérature courtoise ou chevaleresque fut aussi importée de France. "Le Roman de la Rose " a fortement inspiré les premiers auteurs en langue anglaise... à la fin du XIVe siècle comme Geoffrey Chaucer (Contes de Cantorbéry) ou William Langland (La Vision de Pierre le Laboureur). «Sans récuser ce qu'il doit à Jean de Meung et même à Guillaume de Machaut», Geoffrey Chaucer ne se refuse pas « les emprunts aux procédés français de l'écriture lyrique - les décasyllabes rimés - et au vocabulaire français qui lui fournissent bien des rimes... La langue anglaise accède enfin au rang de langue noble quand le remplacement du dernier des Plantagenêts, Richard II par le Lancastre Henri IV met en 1399 sur le trône, pour la première fois depuis Edouard le Confesseur, un prince dont l'anglais est la langue maternelle. Et c'est en anglais qu'il prononce les formules de son accession au trône. » (19)

 

Douce Dame Jolie, Guillaume de Machaut (1300-1377)

Douce dame jolie,

Pour dieu ne pensés mie

Que nulle ait signorie

Seur moy fors vous seulement.

 

La courtoisie est « un code d'honneur, une sorte de rituel social, qui sont ceux de la chevalerie; une certaine aisance des manières aussi; enfin une attention pleine d'égards que la femme exige de l'homme. » (20) « L'amour courtois rejoint la prouesse du guerrier, participant d'une même morale et dessinant un même comportement.

« La geste du roi s'organise, avec Berthe au grand pied (mère de Charlemagne), le Pèlerinage de Charlemagne, la Chanson d'Aspremont et bien d'autres qui sont la postérité mythique et littéraire de la Chanson de Roland. » (21)

« Il y a un savoir-vivre de la courtoisie.. L'aboutissement est est une délicatesse lyrique, par laquelle s'expriment les porte-parole de la société raffinée du XIIe siècle.

« Les vertus que l'on exalte sont, avec le désintéressement, le dévouement sans réponse, le courage physique et la dignité dans l'épreuve. » (22)

Or, « [e]ntre les premières déplorations qui suivirent la défaite de Roncevaux (774) et la Chanson de Roland (v. 1100) une continuité existe, que d'ingénieux travaux d'érudition se sont attachés à mettre en lumière.

« L'oriflamme de Saint-Denis, le cri de Montjoie (sont) : autant d'éléments d'une symbolique profondément enracinée dans le passé (français) carolingien... » (23)

 

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« La théorie diffusionniste, qui fait partir la courtoisie d'un centre français vers une périphérie des marges européennes, prévaut parmi les meilleurs spécialistes de la cour médiévale: pour Joachim Bumke, en particulier, à partir des années 1100, les routes commerciales, les déplacements des clercs et les connexions dynastiques auraient importé en Allemagne la culture aristocratique venue de la cour royale de France. La supériorité savante du monde capétien et le succès général de ses modèles de comportement sous-tendent une telle thèse. ...  

« C'est dans ce contexte que se développent les thèmes de la fin'amors, expression qu'on traduit depuis le XIXe siècle précisément par "amour courtois", que Guillaume IX d'Aquitaine a fixés dans ses chansons pour la première fois en Occident. Civilité et courtoisie vont donc de pair. » (24)

 

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Clovis recevant la fleur de lys - XVe siècle, Bedford Book of Hours, 1423, illustrant la légende du Roi Clovis recevant les fleurs de lys de son épouse sainte Clotilde.

Au XIVe siècle, l'armorial français montre Clovis arborant des fleurs de lys. Lorsque Clovis se bat contre son ennemi et le tue près de la tour Montjoie, celui-ci confesse la Trinité et fonde l'abbaye de Joyenval qui accueille alors le bouclier comme relique.

 

 Giraud de Barri (1146-1223), prêtre issu de la haute aristocratie normande du sud du pays de Galles, « considère que la vertu par excellence des Capétiens est la douceur, alors que la race diabolique des Angevins les condamne irrémédiablement à la lutte : il compare les ours, lions et léopards, bêtes féroces choisies pour leurs emblèmes héraldiques, aux fleurs de lys (symbole virginal) de leurs ennemis; d'un côté l'orgueil, de l'autre l'humilité.» (25)


«L'origine démoniaque des Plantagenêts - l'enchanteur Merlin est à la mode - et la malédiction planant sur leur lignage sont connues jusqu'en Rhénanie.  » (26)

 

Dans le domaine administratif, la Magna Carta (Grande Charte) rédigée en 1215 sur le sol français est à l'origine du "Common Law"... encore en vigueur aujourd'hui dans la plupart des pays anglophones. Martin Aurell ne s'y trompe pas : «A sa suite, cette oligarchie laïque (la noblesse anglaise) prend même de façon institutionnelle le roi sous sa coupe.» (27) «Ce qu'elle protège ainsi de l'arbitraire royal, ce sont les intérêts de l'aristocratie...» (28)

Le Parlement d'Angleterre fut créé sous les Plantagenêts. De même que les universités de Cambridge et d'Oxford.

 

Abélard d'après une gravure du XIXe siècle

Abélard d'après une gravure du XIXe siècle.

 

L'Université de Paris reçoit ses privilèges en 1200 et ses premiers statuts en 1215.

 

« Après 1150, ... Paris rassemblait plus d'écoles et d'étudiants que tout autre centre.

« A l'école épiscopale de Notre-Dame (arts libéraux et Ecritures saintes) s'ajoutaient les écoles canoniales de Saint-Victor et de Sainte Geneviève et les écoles privées tenues par de nombreux maîtres sur le Petit Pont et la montagne Sainte Geneviève.

« Une des premières et des plus fameuses fut celle dirigée par Pierre Abélard (1079-1142) qui enseignait à la fois la grammaire, la dialectique et la théologie.

« ... Dès cette époque, l'enseignement des maîtres parisiens jouissait dans toute la Chrétienté d'un prestige exceptionnel,.... qu'il drainait par suite des auditeurs d'origine parfois lointaine, parmi lesquels les Anglais semblent avoir été les plus nombreux, devant les Italiens et les Allemands.

« Ce rayonnement des écoles parisiennes, qu'on doit évidemment rapprocher de l'affermissement de la dynastie capétienne et de l'apparition à la même époque de l'"art français", c'est-à-dire gothique, était une donnée tout à fait nouvelle et désormais fondamentale de la géographie culturelle de l'Occident.

« ...Dans les années suivantes, l'ensemble de la logique d'Aristote fut traduit en latin...

« La naissance de l'Université de Paris, au début du XIIIe siècle, a été l'aboutissement normal de la croissance scolaire du XIIe siècle.» (29)

 

Fin XIIe siècle, on entend à Oxford en Angleterre un ancien maître de l'école de droit de Paris, Giraud de Barri (30), qui ne cache pas alors sa vénération pour les Capétiens, et affirme que les rois de France sont de la race de Charlemagne, roi auquel les Bretons et Écossais étaient jadis soumis. (31)

« Au lendemain de la chute de la Normandie en 1204, Giraud de Barri rapporte les causes qui ont rendu la conquête si facile à Philippe Auguste : il met alors en avant l'amour des Français pour la connaissance, qui les rend supérieurs aux autres peuples, comme dans l'Antiquité les Grecs et les Romains.» (32)

 

Sceau de l'Université de Paris au 13e siècle, dans la nic

Sceau de l'Université de Paris au 13e siècle, dans la niche supérieure, la Vierge avec l'enfant Jésus

 

« Pour l'empire Plantagenêt, le mal est réel. Il ne semble pas que Henri II, Richard ou Jean s'en soient avisés. ... L'essor du monde universitaire (français)... apporte à la Couronne du Capétien un prestige auquel le pouvoir royal est assez sensible pour favoriser le mouvement. ... Une attention royale que manifestent aussi bien les privilèges accordés à partir de 1200 aux maîtres et aux étudiants. ... La situation en Angleterre n'a rien de comparable. ... Le seul studium generale qui émerge au XIIe siècle, c'est Oxford. Or, Oxford n'est pas Londres et Londres n'a encore rien d'une capitale.

« ... Le monde universitaire est en Angleterre embryonnaire quand il est déjà à Paris comme à Toulouse, fortement ancré dans la société et conforté par une notoriété qui tient "au nombre et à la célébrité des écoles" (J. Baldwin) (33)

 

En médecine, «le changement est si profond que l'on peut parler d'une véritable renaissance médicale.

C'est à Montpellier qu'est fondée la première faculté de médecine au début du XIIe siècle. En janvier 1180, le comte Guilhem VII proclame que l'enseignement de la physique y sera désormais libre, c'est-à-dire permis à tous les maîtres quelles que soient leur nationalité ou leur religion. Dès lors, elle acquiert, dans tout l'Occident, une grande réputation pour la qualité de son enseignement. 

... Alors que jusqu'au Xe siècle, il (l'art médical) est à peu près entièrement entre les mains des moines et des prêtres, l'Église va inviter ceux-ci à s'en dégager pour se consacrer à des activités plus conformes à leur état.» (34)

 

L'actuelle langue anglaise comprend 30 à 40% de mots français. Ces mots ne proviennent non pas du latin, mais directement du français parlé par la classe dirigeante angevine.

 

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Devise - « Honi soit qui mal y pense » (devise de l'ordre de la Jarretière et du souverain d'Angleterre) au Château de Windsor

 

« Dieu et mon droit » and « Honi soit qui mal y pense » sont les actuelles devises de l'Angleterre... Ces phrases furent respectivement prononcées par Richard Coeur de Lion et Edouard III. Elles nous rappellent le temps où, selon l'historien anglais Thomas Babington Macaulay, « les rois français d'Angleterre atteignirent un prestige qui faisait l'admiration de tous les peuples. »

 

Edouard III fait broder en avril 1348 les premières jarretières bleues aux lettres d'or et d'argent : "Honni soit qui mal y pense."

Les chevaliers de la Jarretière sont recrutés parmi "les plus profitables à la Couronne et au royaume."

Les romans de la Table ronde ont offert un modèle: celui d'un groupe de chevaliers laïcs choisis par le roi et conduits par lui. L'idéal est celui de la chevalerie la protection des faibles, la défense du bon droit.

 

C'est sous le règne d'Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie et d'Aquitaine, que se réalise « la diffusion de la matière de Bretagne, qui s'impose aussi bien sur l'Île que sur le continent, comme l'un des domaines les plus porteurs, novateurs et populaires de la littérature occidentale. Des poètes nombreux en développent... les thèmes en dehors de la Grande-Bretagne... Grâce à eux, la légende du roi mythique des Bretons s'étend partout en Occident. Elle dépasse largement les frontières du Pays de Galles et des autres régions insulaires où les dialectes celtiques avaient cours, voire même de l'Armorique... Elle devient un phénomène européen à part entière. Elle est la source d'inspiration de maints auteurs qui chantent les aventures d'Arthur, de Merlin et des Chevaliers de la Table ronde aussi bien en latin que dans toutes les langues romanes et germaniques. 

Le roi Henri II, « son épouse et ses enfants animent un cercle de courtisans lettrés qui la développent et la diffusent... À la suite d'une d'une adroite manipulation idéologique, Arthur (roi celte légendaire de Grande-Bretagne qui repoussa les invasions saxonnes fin Ve, début VIe siècle, Ndlr.). serait donc devenu l'ancêtre héroïque, le modèle prestigieux et la source de droits des rois angevins d'Angleterre... » (35)

 

Le roi de France Jean le Bon (1350-1364), fils de Philippe VI de Valois, voit l'Anglais réaliser ce qu'il a naguère rêvé. L'Ordre de l'Étoile sera le pendant français de la Jarretière. Les membres en sont désignés à la fin de 1351. Les statuts sont promulgués en octobre 1352. L'Étoile garantit au roi ce dont l'assurait l'ancien hommage: la loyauté à toute épreuve d'une véritable armée. Napoléon fera de même: la Garde impériale sera une armée d'élite au sein d'une grande armée passablement disparate. Les chevaliers se réunissent en "cour plénière" le 15 août de chaque année, dans la Noble Maison de Saint-Ouen. Chacun y raconte sous serment ses prouesses et ses faiblesses à la guerre. En bref, on fait le bilan des expériences. (36)

 

Plus tard, l'hymne britannique lui-même, "God save the queen " ou "king" selon les règnes (adapté par Haendel pour le roi George Ier 1714-1727, le fondateur de la dynastie britannique maçonnique de Hanovre...) sera une copie de notre Dieu sauve le Roy de Mme de Brinon (1686), mis en musique par Lully en 1687 et Charpentier en 1785.


Cependant, «l'origine démoniaque des Plantagenêts - l'enchanteur Merlin est à la mode - et la malédiction planant sur leur lignage sont connues jusqu'en Rhénanie.» (37)


« Selon le témoignage de Giraud de Barri, le roi (Henri II) avait fait peindre dans son palais de Winchester une fresque qui représentait un grand aigle attaqué par ses quatre aiglons, afin d'être figuré avec sa progéniture séditieuse.

« ... Les Plantagenêts et leur entourage recourent spontanément aux vaticinations de Merlin pour disculper leur guerre intestine.

« ... Les vaticinations de Merlin, tout comme l'ancêtre féérique des comtes d'Anjou, appartiennent au registre folklorique des interventions du démon et de ses satellites (Merlin était le sorcier du roi Arthur Pendragon. Ndlr.)

 

Nul ne l'a mieux exprimé que Giraud de Barri, l'un des promoteurs de l'idée d'une malédiction pesant sur les Plantagenêts. Il attribue en effet à Geoffroy de Bretagne (fils d'Aliénor et d'Henri) - dont le fils Arthur sera assassiné un jour par son frère Jean - la réponse faite à Geoffroy de Lucy, futur évêque de Winchester (1189-1204), émissaire de son père qui le prie de se réconcilier avec lui : "Vous ne devez pas ignorer qu'il nous a été donnés par nature, et pour ainsi dire par droit d'héritage de nos ancêtres, qui nous l'ont légué et inculqué, qu'aucun de nous n'aime l'autre, et que toujours le frère combattra le frère et le fils le père de toutes les forces dont il sera capable. Ne tâchez donc pas de nous priver de nos droits héréditaires, en vous efforçant en vain de chasser le naturel". À en croire Pierre de Blois, Henri II ne dit rien d'autre : "Je suis par nature le fils de la colère, comment pourrais-je ne pas me mettre en colère?" » (38)

Richard Coeur de Lion dira lui-même : "Nous qui provenons du diable, reviendrons au diable." (39)


« Richard Coeur de Lion ne récusera pas les récits qui mêleront les fées et les enchanteurs aux origines de sa famille. C'est l'entrée en scène du roi Arthur, qui passe pour avoir bénéficié de la protection de Merlin (et qui serait le fils illégitime d'Uther Pendragon -  "tête(s) de(s) dragon(s)" en gallois -, fruit de la magie de Merlin et du dragon qui fit prendre à Uther les traits du mari de Igerne, Ndlr.

 

Drapeau-de-Pays-de-Galles.png

Drapeau du Pays de Galles (une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni, et parmi celles-ci, l'une des trois celtes, au centre-ouest).

 

Les Saxons ont toujours échoué à conquérir le pays de Galles, tant en raison du terrain montagneux, que de la résistance acharnée du peuple gallois. L'un des rois saxons, Offa de Mercie finit par ériger un grand mur de terre, « Offa's Dyke », à la frontière de son pays, pour délimiter la partie de la région du Powys qu'il venait de conquérir. Certains vestiges de cette construction sont encore visibles.

 

Geoffrey de Monmouth dépeint Arthur comme un roi ayant établi un empire rassemblant toute l'île de Bretagne, ainsi que l'Irlande, l'Islande, la Norvège, le Danemark et une bonne partie de la Gaule, fin 5e, début 6e siècle.

 

Les Normands finissent par dominer le pays, mais cette domination fut plus progressive que la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, en 1066. Commencée par les Saxons, au VIe siècle, la conquête du pays de Galles ne s'acheva qu'en 1282 sur un champ de bataille, avec la victoire d'Édouard Ier sur Llywelyn le Dernier, le dernier prince indépendant. Pour asseoir sa domination, Édouard bâtit dans la région plusieurs grands châteaux, dont celui de Caernarfon, celui de Conwy ou celui d'Harlech.

 

Le pays est resté celtique et l'usage de la langue galloise s'est toujours perpétué, alors même qu'en Angleterre et en Écosse, l'usage des langues celtiques s'est perdu ou a largement diminué.

 

Dès le temps de Henri II, les poètes et les historiens liés aux Plantagenêts rivalisent pour magnifier la figure du héros mythique de la Table ronde et pour forger une généalogie qui convienne au dessein politique du roi d'Angleterre. La chose est pourtant malaisée : le personnage historique ayant été le héros des combats du peuple breton contre les envahisseurs saxons... Heureusement, Geoffroy de Monmouth, dans son Histoire des rois de Bretagne , a déjà intégré, en 1138, le personnage mythique d'Arthur - comme ceux de l'enchanteur Merlin et de la fée Morgane - dans une tradition et une généalogie qui conduisent d'Enée et d'Arthur à la royauté d'Etienne de Blois [petit-fils de Guillaume le Conquérant par sa mère Adèle de Blois et dernier roi normand en Angleterre avant l'accession au trône des Plantagenêts avec Henri II (1154-1189)].

 

Ce n'est pas par hasard qu'en 1191 on annonce que, sur une indication donnée avant sa mort par Henri II, on a découvert à l'abbaye de Glastonbury aux confins du Pays de Galles, la tombe du roi Arthur et de la reine Guenièvre..., reconnaissables l'un à sa haute taille et l'autre à sa tresse de cheveux blonds. Arthur est le lien entre le société courtoise et la royauté. La découverte du corps vient de surcroît permettre d'intégrer Arthur dans la société chrétienne, puisqu'elle réduit à néant la légende de la survie magique du roi de la Table ronde et de son retour.

Dans la lignée de Charlemagne, Arthur devient le parangon des vertus du prince chrétien et le héros du combat pour la foi... (Mais) si Arthur peut faire figure de héros national (anglais), c'est aux yeux des indociles Gallois (nation celte conquise par Edouard Ier en 1282, Ndlr.) et son retour pouvait être embarrassant puisqu'il avait pour fin de chasser définitivement les Anglais (Saxons) et de rétablir la royauté celtique...

 

Sur le continent, les Plantagenêts font grand cas de l'épée d'Arthur, Excalibur... offerte, dit-on, en 1127 par Henri Beauclerc à Geoffroy Plantagenêt, encore comme comte d'Anjou, et passée dans la chapelle de Richard Coeur de Lion. Avant la découverte du corps d'Arthur en 1191, elle fait le lien nécessaire entre le roi mythique et la dynastie angevine. On retient surtout, et Wace y insiste au milieu du siècle dans son Roman de Brut, qu'Arthur est l'ancêtre prestigieux des Plantagenêts, qu'il combat les Français comme les païens et qu'il est à la fois modèle de courage, de vertu et de sagesse politique. Mais le roi Arthur ne siège qu'au sein de sa Table ronde, autrement dit de ses vassaux. Sa royauté n'est qu'une primatie, et son pouvoir est fortement marqué par les limites qu'impose au roi la nature contractuelle du lien qui unit le seigneur et le vassal... L'origine arthurienne de la monarchie des Plantagenêt est prestigieuse. Elle est fortement réductrice. » (40)

 

Notes

 

(1) Jean Favier, La France féodale, 1984, réed. Le Grand Livre du Mois, Paris 1995, p. 52.

(2) Martin Aurell, L'Empire des Plantagenêts 1154-1224, Edition Le Grand Livre du Mois, Paris 2002, p. 15.

(3)  Jean Favier, Les Plantagenêts, Origines et destin d'un empire, XIe-XIVe siècles, Fayard, Poitiers 2004, p. 830-831.

(4) L. Mace, Les Comtes de Toulouse et leur entourage (XIIe - XIIIe siècle), Toulouse 2000, p. 213, in Martin Aurell, ibid., p. 140.

(5) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., Poitiers 2004, p. 11.

(6)  Martin Aurell, ibid., p.11.

(7) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 709.

(8) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 57-58.

(9) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 63.

(10) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 850.

(11) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 858.

(12) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 774.

(13) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 865.

(14) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 122-123.

(15) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 187.

(16) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 188.

(17) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, Fayard, Vitry-sur-Seine 1983, p. 417-418.

(18) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 347.

(19) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 832.

(20) Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, 1977, Points Histoire, Mayenne 2001, p. 61.

(21) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 98.

(22) Jean Favier, La France féodale, ibid., p. 129.

(23) Martin Aurell, ibid., p. 90.

(24) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 268.

(25) Martin Aurell, ibid., p. 121.

(26) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 649.

(27) Martin Aurell, ibid., p. 183.

(28) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 723.

(29) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, Fayard, Vitry-sur-Seine 1983, p. 497/8.

(30) Martin Aurell, ibid., p. 157.

(31) La France médiévale, Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 326.

(32) Martin Aurell, ibid., p. 90.

(33) La France médiévale, Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 328-331.

(34) La France médiévale , Sous la Direc. de Jean Favier, ibid., p. 441-443.

(35) Martin Aurell, La Légende du roi Arthur, 550-1250, Perrin, Tempus, 2018, pp. 219-220.

(36) Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Editions Fayard, Le Grand Livre du Mois, Paris 2002, p. 183-185.

(37) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 649.

(38) Martin Aurell, ibid., p. 49.

(39) Martin Aurell, ibid., p. 7.

(40) Jean Favier, Les Plantagenêts, ibid., p. 350-351.

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 20:10

La solution que nous avions proposée en 2012 et 2013 en vue de fonder la légitimité politique nouvelle dans la loi naturelle (articles "Contre le Nouvel Ordre mondial : en finir avec la révolution" et "Forum civique : la famille traditionnelle base de la souveraineté d’une nation, fondement de la légitimité politique nouvelle ?") a été longuement abordée par le professeur Philippe Pichot-Bravard sur le thème "Fondements idéologiques et légitimité du pouvoir", au cours d'une conférence organisée par le site Le Rouge & le Noir, le vendredi 21 février 2014 (Cf. Videos ci-dessous).


L'auteur, spécialiste de l’Histoire des institutions, docteur en droit et maître de conférences en histoire du droit public, avait déjà expliqué dans un entretien du 26 août 2013 au site Le Rouge et le Noir, que contrairement à l'idée reçue et aux apparences, aucun des textes de la constitution de 1958, du préambule de la constitution de 1946 et de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, ne faisait référence aux principes du droit naturel et à la nécessaire soumission du droit positif au droit naturel.

 

Or, explique-il, il est « urgent de remédier à cette lacune en modifiant le préambule de la Constitution pour y intégrer la reconnaissance de l’autorité du droit naturel. En faisant référence à une tradition juridique occidentale plurimillénaire, il serait nécessaire, compte tenu des mentalités actuelles, de préciser les implications concrètes de ce droit naturel, à savoir le respect de toute vie humaine, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle, le respect de la dignité et de la liberté individuelle des personnes, la reconnaissance de la famille reposant sur le mariage entre un homme et une femme, le droit des parents de choisir l’éducation de leurs enfants, le droit de propriété, le règne de la justice qui consiste à donner à chacun la part qui lui revient, la juste part, notamment dans les relations de travail, l’existence de hiérarchies sociales impliquant pour ceux qui assument des responsabilités un surcroît de devoirs. »

 

Si en effet « la supériorité du droit naturel » est « rappelée par la doctrine unanime » et « respectée jusqu’en 1789 », « la déclaration des droits de l’homme et du citoyen marque véritablement une rupture. Texte de compromis, la déclaration est marquée par une tension entre l’influence de Locke (article deux) et celle de Rousseau (article six). A l’article trois, la déclaration des droits proclame le principe de la souveraineté nationale. Cette affirmation marquait un renversement complet de l’ordre du monde : le pouvoir ne venait plus d’en-haut mais d’en bas. Dès lors, le souverain était affranchi du respect d’un ordre juridique supérieur extérieur à sa volonté. La définition de la loi s’en trouva radicalement bouleversé. Selon l’article six, "La loi est l’expression de la volonté générale". La loi ne se définissait plus en fonction de sa finalité mais en fonction de son origine. La loi n’est plus l’acte qui participe au règne de la justice mais l’acte qui exprime la volonté du souverain. Il y avait là une tension évidente entre l’affirmation de l’existence de « droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme » et le légicentrisme contenu par l’article six. L’absence de procédure juridictionnelle de contrôle de la constitutionnalité des lois empêcha de vérifier que les volontés du législateur étaient effectivement respectueuses de ces "droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme". Cette absence était volontaire, comme le montra le débat du 8 août 1791. Les députés ne voulaient pas qu’un organe conservateur de l’ordre constitutionnel vînt faire obstacle à leur volonté souveraine. »

 

 

 

« Qu'est-ce qui fait qu'une loi est juste ? » demande Philippe Pichot-Bravard. « Pour les Anciens, elle est juste parce qu'elle contribue au règne de l'équité, elle est juste parce qu'elle respecte un ordre naturel des choses qui est supérieur à la volonté de ceux qui gouvernent. Elle est juste parce qu'elle respecte ce qu'Aristote définit comme la justice naturelle. Et ce que Cicéron appelle la loi naturelle. »


« La conception traditionnelle de la légitimité.

 

Au 5e siècle (av. J.-C.) à Athènes, la démocratie athétienne, en devenant plus populaire, a accordé moins d'influence aux magistrats de l'aéropage qui étaient un petit peu chargés d'être les gardiens du Roi. Et au contraire, elle a donné davantage d'influences à l' ecclesia, une ecclesia qui était manipulée par les orateurs, manipulée par ceux qui avaient reçu les leçons des sophistes, par ceux qui avaient appris des sophistes à plaider le pour et le contre, avec la même conviction; qui avaient appris des sophistes, notamment de Protagoras que "l'homme est la mesure de toutes choses",  qu'il n'y a rien de bon, rien de juste, ou que l'on ne peut pas le connaitre, et que s'il y a quelque chose de bon et de juste, ce n'est bon et juste que tant que la Cité le décrète.

Antigone-et-le-corps-de-Polynice.pngEt face à cette dégradation, il y a eu une réaction avec Socrate et avec Sophocle qui rappelle quels sont les données du problème..., dans cette pièce "Antigone", qui raconte l'opposition de la jeune Antigone à son oncle, le roi Créon, qui avait pris des dispositions contre des hommes qui s'étaient révolté contre son autorité (dont la peine de mort pour les rebelles, et la privation de sépultures pour les rebelles qui seraient tués ou exécutés). Ce faisant, il poursuivait les rebelles au-delà de la mort. Or, refuser la sépulture à un corps dans le monde grec c'est condamner l'âme à errer jusqu'à la fin des temps. Une sorte de peine éternelle que prononce Créon. A cela s'ajoute l'interdiction aux proches, aux parents, aux amis de ces personnes tuées de leur rendre les devoirs qu'ils sont appelés à leur rendre. Et donc il nie le droit des proches à porter le deuil à rendre à leur(s) défunt(s), les marques de respect auxquels ils ont droit. Parmi les rebelles, il y a Polynice, l'oncle du roi Créon, frère d'Antigone, qui est tué. Antigone, refusant d'obéir à l'ordre de Créon, donne une sépulture à son frère. Elle répondit à Créon que son ordre n'avait pas été édité par les dieux : il n'est pas conforme à cette règle immuable et supérieure, qui s'impose à tous, y compris au roi, qui s'impose à celui qui a le pouvoir. Parce qu'il n'est pas juste d'interdire à des proches de porter le deuil d'un défunt, cette loi est injuste et une loi injuste, en conscience, ne contraint pas à l'obéissance. 

 

Ici Sophocle montre bien l'opposition qui tout au long de l'histoire institutionnelle oppose ces deux conceptions du droit, l'idée d'un droit qui est simplement l'expression de celui qui a le pouvoir, de la volonté de celui qui a le pouvoir ou de ceux qui ont le pouvoir. Ce qui a donné l'école du "positivisme juridique", et d'autre part, l'école de ceux qui considèrent que la loi ne doit être obéie qu'à la condition d'être juste, à la condition d'être légitime, et que si elle n'est pas juste, on n'a pas à lui obéir. C'est l'idée qu'il y a des règles de droit qui sont supérieures aux règles positives, supérieures à la volonté de ceux qui ont le pouvoir d'édicter des normes. Et cela a donné naissance à des codes du droit naturel.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a4/Aristoteles_Louvre.jpg/220px-Aristoteles_Louvre.jpgCette notion de droit naturel, on la voit au coeur de la réflexion d'Aristote, qui aborde cette question du droit et de la justice dans trois de ses oeuvres, La Politique  où il traite de la nature de la société, de la notion de justice, de la constitution de la société, dans L'Ethique à Nicomaque, où il traite de la morale et de la justice, et enfin, dans  La Rhétorique où il traite du rôle de l'avocat.

 

Aristote définit la justice d'une part comme une vertu et d'autre part comme une action. Dans les deux cas, il dit que "la justice consiste dans l'attribution équilibrée des choses. Elle relève du juste milieu. Elle consiste à donner à chacun la part qui lui revient.

 

Au sujet de la justice politique, il distingue entre la justice naturelle et la justice légale (L'Ethique à Nicomaque). "Est naturelle celle qui partout a la même force et de ne dépend pas de telle ou telle opinion." "Est légale, celle qui à l'origine peut être indifféremment ceci ou cela, mais qui une fois établi s'impose."

 

La justice naturelle est fondée sur la nature. Alors que la justice légale est fondée sur la volonté de l'homme.

 

La justice naturelle est objective : elle a partout la même force. Alors que la justice légale est subjective : elle dépend de telle ou telle opinion.

 

La justice naturelle a une autorité en elle-même. Alors que la justice légale a besoin d'être établie pour être imposée.

 

La justice naturelle est stable. Alors que la justice légale est changeante.

 

S'agissant du contenu de cette justice naturelle, Aristote n'en dresse pas une liste et les juristes romains n'en dresseront pas davantage. On y retrouve l'idée que l'homme est naturellement un être social. "Une cité est la communauté des villages et des lignages menant une vie parfaite et autarcique" (La Politique). On y retrouve l'union de l'homme et de la femme en vue de la procréation; les liens de l'amitié entre les gens de la Cité; la recherche d'une vie heureuse, la recherche du bien et du juste; l'existence au sein de la Cité d'un gouvernement qui doit veiller à la conduite des affaires communes, poursuivre le Bien commun, veiller à cette communauté du bien vivre, et par conséquent la conduite du gouvernement doit être confiée aux meilleurs, à ceux qui sont au sens le plus large les plus vertueux; enfin, on trouve la propriété privée des biens qui fait partie de cette justice naturelle.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9a/M-T-Cicero.jpg/150px-M-T-Cicero.jpgAristote a exercé une influence considérable sur les juristes romains. Et en particulier sur le plus éminent d'entre eux, Cicéron (1er s. av. J.-C.) qui à 20 ans est allé en Grèce visiter les différentes cités et faire le tour des écoles philosophiques (platoniciens, aristotéliciens, stoïciens, épicuriens, sceptiques). Et il a conservé essentiellement le stoïcisme et l'aristotélisme avec une petite pointe de pensée platonicienne. Et d'Aristote, Cicéron a conservé la méthode. Et de là, il a voulu appliquer au droit la méthode qu'Aristote avait suivi pour les autres disciplines intellectuelles.

 

Et de l'idée de la loi naturelle pour définir le droit, Cicéron nous offre dans le De Republica, une définition qui est la plus complète et la plus belle qui ait été rédigée sous l'Antiquité : "Il est une loi véritable, la droite raison, conforme à la nature, universelle, immuable, éternelle, dont les ordres invitent au devoir, dont les prohibitions éloignent du mal. Cette loi ne saurait être contredite par une autre (donc elle est supérieure à la loi positive explique Philippe Pichot-Bravard), ni rapportée en quelque partie ni abrogée toute entière. Ni le Sénat ni le peuple (ceux qui détiennent la souveraineté à Rome) ne peuvent nous délier de cette obéissance à cette loi. Elle n'a pas besoin d'un interprète ou d'un organe nouveau. Elle ne sera pas autre dans Rome, autre dans Athènes. Elle ne sera pas demain autre qu'aujourd'hui. Mais dans toutes les nations et dans tous les temps, cette loi règnera toujours une, éternelle, impérissable. Et le guide commun, le Roi de toutes créatures, Dieu lui-même (au singulier, ce qui est singulier tout de même note Philippe Pichot-Bravard, cinq décennies avant la naissance du Christ, mais là on sent l'influence aristotélicienne et platonicienne) donne naissance, sanction, publicité à cette loi que l'homme ne peut méconnaitre sans se fuir lui-même et sans renier sa nature."

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/10/Corpus_Iuris_Civilis_02.jpg/220px-Corpus_Iuris_Civilis_02.jpg

 

Cette notion de droit naturel ou de loi naturelle, on la retrouve chez tous les jurisconsultes romains. Avec un petit tâtonnement. Les uns parlent de la "loi des gens", les autres de la "loi naturelle". Il reviendra au Digeste rédigé sous la conduite de l'empereur Justinien en 530 d'opérer la synthèse. Le droit naturel y reçoit trois définitions différentes. Il est d'abord "un droit toujours bon et équitable"; il est "commun à tous les êtres animés"; "commun à tous les peuples, immuable et d'origine divine."

 

Saint-Augustin--354-430-.gifSaint Augustin (fin 4e, début 5e siècle) rappelle que la loi est d'abord l'acte qui sert à faire régner la justice. "La loi est juste". "Une loi qui n'est pas juste n'est pas une loi". Et cette idée-là, elle va nourrir toute la pensée médiévale. Et le "Moyen Age" en histoire des idées, cela dure jusqu'à Mazarin, jusqu'au 17e siècle. Les conceptions classiques médiévales dominent encore sous Henri IV et sous Louis XIII, même si elles sont attaquées par les influences nouvelles.

 

Cette autorité du droit naturel, elle est réaffirmée dans le décret de Gratien au 12e siècle autour de 1140 qui à Bologne établit une mise en ordre et une synthèse du droit canonique. Et puis on la retrouve évidemment chez saint Thomas d'Aquin (1225-1274) qui rend au droit naturel son autonomie propre. Dans sa théorie de la loi, il y a trois ordres de lois placées dans une hiérarchie les unes par rapport aux autres. Il y a la loi éternelle qui est en Dieu et qui le régit; la loi naturelle, qui est l'expression de l'ordre du cosmos, de l'ordre naturel établi par le Créateur; et puis il y a la loi positive, la loi établie par ceux qui ont le pouvoir de le faire, une loi qui est là pour répondre à tous les cas auxquels le droit naturel ne répond pas et qui sont nombreux et pour mettre en oeuvre concrètement les exigences du droit naturel. »


 

 

« La Déclaration des droits de l'homme de 1789 est traversée par deux tensions.

 

La première : la tension entre l'article 2 et l'article 6. L'article 2 proclame des droits naturels (influence très lockienne), la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. L'article 6 "la loi est l'expression de la Volonté générale". Là il n'est plus question de respects de droits naturels. Il y a donc cette tension entre l'affirmation de droits naturels et puis la définition de la loi que donne Rousseau comme "expression de la volonté générale". La loi est donc simplement l'expression d'une volonté. Il suffit que la notion veuille ou ses représentants pour que la loi existe. Il n'y a rien au-dessus de la loi. Pas de lois fondamentales, pas de droits naturels, pas de commandements de Dieu. La chose a d'ailleurs bien été refusée. Le député Mirabeau dit Tonneau avait proposé de mettre le Décalogue. Cela avait été écarté. On ne voulait pas en entendre parler.

 

Cet article 6 en définissant la loi comme l'expression de la Volonté générale ruine, nie l'autotité juridique du droit naturel et crée un véritable absolutisme qui va bien plus loin que le pouvoir absolu du monarque de droit divin d'avant la Révolution puisque ce monarque de droit divin était soumis au respect des lois fondamentales, au respect du droit naturel, au respect des principes de justice et d'équité.

 

La deuxième tension nous éclaire beaucoup sur nos institutions.

 

Le système représentatif mis en place par l'abbé Sieyès supprime les mandats impératifs des Etats généraux, les remplacent par des mandats représentatifs (un député est le représentant de la nation toute entière et pas le représentant de tel ou tel baillage, il pourra résider à Paris et être élu "député de la Nièvre"...) et inaugure non pas un régime démocratique mais un régime oligarchique, un régime dans lequel le pays est gouverné par un petit groupe, qui agit, échappe à ceux qui les ont désigné aux Etats généraux (violant deux fois la constitution, celle des lois fondamentales, la souveraineté du Roi, et celle des Etats généraux pour lesquels ils avaient été mandatés pour discuter des impôts et non pour créer une nouvelle constitution). »

 

 

 

« Pendant la 3e république il y avait le système des invalidations. C'était le 3e tour ! La liste des députés de l'opposition élus et puis étaient tout simplement invalidés ... en 1876, 1877, 1881 ! C'est comme cela que la république s'est imposée en France ! En invalidant à tour de bras tous les députés monarchistes qui étaient élus avec moins de dix points d'avance. Il y avait même des élections à la majorité absolue à 58% où l'invalidation était systématique ! Après, avec la pression préfectorale on faisait passer un copain. La fois suivante les électeurs remettaient le monarchiste en selle, re-invalidé, et on a fait cela deux fois, trois fois, quatre fois...

 

En revanche, un républicain qui passait avec une voix d'avance, il était sûr de ne pas être invalidé ! Jamais. Et c'est comme cela que "la majorité" gagnait trente, quarante ou cinquante sièges... "L'art royal" des francs-maçons.

 

Le Club des Jacobins était un réseau de sociétés (maçonniques) affiliées et donc un puissant moyen de manipulation de l'opinion. J'ai constaté cela à plusieurs reprises en consultant les archives parlementaires, explique Philippe Pichot-Bravard. Avant chaque coup de force, avant chaque mouvement un peu brusque, le 10 août 1792, le 31 mai 1793, lors de l'élimination des Girondins, on assiste à une préparation psychologique de l'opinion par le biais des sociétés affiliées. Le Club a donné des consignes: faites remonter à l'Assemblée des pétitions demandant telles et telles choses. Ainsi, le 10 août, nous demandons la déchéance du roi, le 31 mai nous demandons l'élimination des Girondins. En août-septembre 1793 on recommence... - et là c'est génial... - on vient élaborer une constitution... La constitution a été ratifiée par referendum. 75% des gens n'ont pas voté, mais les autres ont voté... Or les Girondins qu'on a éliminés, aux élections ils vont revenir à l'Assemblée avec des royalistes qui eux aussi auront été élus. Les Jacobins n'ont pas fait tout ça pour ça ! Donc il faut trouver un tour de passe-passe pour que la constitution ne puisse pas être mise en oeuvre. Comment fait-on ? Et bien, consignes aux sociétés (maçonniques) locales et les pétitions qui remontent 15 jours après la proclamation de la constitution ! Et elles disent toutes la même chose ! "Que la Montagne reste à son poste, et notre triomphe est assuré !" On retrouve cela partout. Alors évidemment "la société populaire de" ne dit pas la société populaire, elle dit "le peuple d'Angers" ou "la société populaire et les citoyens d'Angers". D'ailleurs ce n'est pas complètement faux puisque dans le discours révolutionnaire, le peuple ce sont les militants révolutionnaires. Les autres ce ne sont pas le peuple... ce sont les "ennemis du peuple" ! La seule chose c'est que sur 30000 habitants, ils sont 30. Mais à 30 ils sont "le peuple".

 

La-Prise-des-Tuileries-le-10-aout-1792-par-Jacques-Bertaux.jpg

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jacques Bertaux, (Musée du chateau de Versailles)

 

On crée donc un mouvement d'opinion artificielle avec quelques centaines de pétitions et avec ce mouvement, on justifie le coup de force qui est prévu depuis le départ. Mais qui fait mine de s'appuyer sur une demande du peuple populaire. On l'a fait pour le 10 août 1792 pour la déchéance du roi, le 31 mai et le 2 juin 1793 pour l'élimination des Girondins. Et on le fait le 10 octobre 1793 pour la suspension de la Constitution et l'établissement du gouvernement révolutionnaire, qui donnant aux Jacobins les moyens d'action, va mettre en place ce programme de régénération qui est vraiment le coeur du dessein révolutionnaire depuis 1789, c'est-à-dire faire naître un monde nouveau, régénérer la France et régénérer l'homme pour rendre cet homme compatible avec ce monde nouveau.

 

Et comme nous sommes dans ce monde du "Contrat social" où tout est artificiel, tout est le fruit de la législation, on commence par la loi qui est l'"expression de la volonté générale". La loi définit tout. Elle se mêle de tout. Elle se mêle de l'éducation, elle se mêle du temps, de l'organisation de la journée avec le calendrier révolutionnaire, elle instaure une nouvelle religion avec l'Être suprême, elle se même du droit privé, elle change les règles de succession, etc.

 

Et puis la loi est là pour éliminer tout ceux qui ne sont pas régénérables. Et ils sont de plus en plus nombreux. Plus la Révolution se radicalise, moins elle a d'assise populaire, et moins elle a d'assise populaire plus elle est violente pour s'imposer, plus la liste de ceux qu'il faut éliminer est nombreuse. Et après la chute de Robespierre, sous le Directoire, sous le Consulat, l'idée de la régénération est toujours là (religion civile, calendrier républicain). Et puis ce dessein régénérateur ressurgit régulièrement : au commencement de la 3e république jusqu'à la Guerre de 14. Et on la retrouve depuis quelques années, avec les écrits d'un ministre, Vincent Peillon avec un livre dont le titre dit tout, " La Révolution n'est pas terminée" : il y est toujours question de changer de civilisation, de faire naître un homme nouveau. Et la théorie du genre est peut-être ce qu'il y a de plus redoutable dans la définition de cet homme nouveau. Les choses ne sont plus ce qu'elles sont mais ce qu'on dit qu'elles sont. C'est cela la théorie du genre.

 

Face à cette ambition totalitaire, nous avons le devoir de résister, de défendre et de promouvoir ces principes non-négociables du droit naturel, l'expression était du pape Benoît XVI. Car ce combat n'est pas un combat politique ordinaire, c'est un combat de civilisation où se joue notre survie, la conservation de ce qui tient encore debout face à une véritable entreprise de démolition et de destruction. Vous êtes le sel de la terre et c'est à vous de porter le fer. »

 

 

 

A la question de l'entrisme dans les partis politiques existant pour changer le système de l'intérieur, Philippe Pichot-Bravard répond qu'il ne croit pas trop à cette thèse : « Je suis assez méfiant avec tout ça, parce que les règles sont faites pour empêcher le pays réel de faire ce que vous dites. Le jour où le pays réel aura peut-être, de ce point de vue, une carte à jouer, et bien les règles seront changées pour qu'il ne parvienne pas au pouvoir.

 

Le bon terrain, il faut reprendre les hiérarchies des priorité, il est d'abord spirituel. Il est ensuite culturel. Il faut mener cette action culturelle, réveiller les esprits. » 

 

. En finir avec la société individualiste qui divise et catégorise, redécouvrir la souveraineté de l'Etat

. Forum civique : "la famille traditionnelle base de la souveraineté d’une nation", fondement de la légitimité politique nouvelle ?

. Contre le Nouvel Ordre mondial : en finir avec la "révolution" (Ière partie)

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 06:02

Face à une augmentation exponentielle des concurrences victimaires et des revendications communautaires en tous genres auxquelles la modernité a cherché à octroyer des droits sur le reste de la société, organisant ainsi une division et une sorte de guerre civile larvée permanente, la jeunesse du pays qui a refusé dimanche 25 mai de participer à la mascarade de la "démocratie" européenne, a voulu dire en réalité qu'elle en avait assez de cette société.

 

La jeunesse a sanctionné toute l'escroquerie de la pseudo "loi" Taubira sur le "mariage" gay et l'adoption. On doit voir dans l'abstention massive de la jeunesse dimanche, la recherche d'une autre société, plus juste, plus solidaire, moins individualiste, moins égoïste, et donc plus raisonnée et plus civique.

 

La jeunesse souhaiterait créer en fait une société plus responsable et unie. 

 

Liens-sociaux.jpgCette recherche pourrait conduire à redécouvrir les vertus de la société administrative et sociale et à rejeter la société de la pauvreté politique moderne.

 

Pour reprendre la formule de Julie Graziani, porte-parole du collectif Ensemble pour le bien commun, à l'individualisme il convient de "préférer un principe plus général de respect dû à toute personne à raison, non pas de son appartenance à tel ou tel groupe mais à raison de ma propre responsabilité de créer du lien avec ceux que je côtoie."

 

Aux Etats-Unis, Tocqueville a montré que l'essor de l'individualisme s'est accompagné de la dissolution du lien social. Or ce qui fait qu'une société s'enrichit c'est la somme des liens sociaux qu'elle aura créés, pas la somme des liens qu'elle aura détruits.  


Le sociologue et historien américain Richard Sennett ouvre son livre The Fall of public man (1977) sur une citation de Tocqueville. Il y déplore l’affaiblissement du civisme et la fin de la culture publique. Sennett en voit un symptôme dans l’augmentation des gestes d’incivilité.

 

La quête de la jeunesse pour une société plus juste pourrait la conduire à rejeter la société séparatrice pour lui préférer une société unificatrice avec une vision supérieure de l'Etat et une vision générale du Bien commun.


Cette nouvelle société sera fondée sur la souveraineté étatique. Donnons-lui ce nom. Cette souveraineté est, disons-le, le principe monarchique pur. Cette souveraineté ne se partage pas avec la souveraineté nationale qui juxtapose, additionne, mais aussi isole les individus (national républicanisme) et finit par rendre toute société schizophrène (dépersonnalisation de la personne collective, désagrégation de sa mémoire, négations de son identité..., émoussement de son affectivité, indifférences aux sort des plus faibles, aux malheurs des gens, etc.)

 

Les "droits de l'homme", ces temps-ci (dont la souveraineté nationale fait partie - article 3 DDH 1789) ont ainsi été étendus à tout et n'importe quoi, jusqu'au droit à assassiner l'enfant dans le ventre de sa mère au nom d'un "droit de la femme à disposer de son corps", ou le droit à adopter un enfant en le fabriquant à l'autre bout du monde au nom du "droit" des paires homosexuelles à avoir des enfants comme les hétérosexuels.


Pour recouvrer une société juste, la souveraineté étatique doit venir remplacer cette société individualiste composée d'adultes rendus irresponsables et dangereux, gavés de "droits" (sans jamais avoir le pendant des devoirs), par une société civique, administrative composée d'adultes rendus responsables, conscients de leurs devoirs de respecter autrui dans sa dignité de personne humaine, et donc rendus capables de mettre du lien entre les personnes là où la modernité avait déresponsabilisé, divisé, opposé, catégorisé et entretenu davantage la discrimination qu'elle ne l'avait combattue réellement.

 

Un autre problème sérieux : au lieu de régler le problème de notre rapport à autrui, l'individualisme l'a exacerbé, sans lui donner de solution. Ce qui est le propre de l'anticivisme.

 

 

. Pourquoi l’oligarchie financière ne veut pas de l’économie sociale

. Y a-t-il une possession collective en France ?

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 11:39

Mis à jour, 12 juin 2014

L'Histoire, Bouvines 1214, La plus belle bataille du Moyen

La victoire de Bouvines (Nord) est l'une des plus belles batailles du Moyen Âge. Elle sauve le royaume de France au 13e siècle d'une invasion anglo-germano-flamande cimentée par l'argent (40 000 marcs d'argent) du roi d'Angleterre Jean sans Terre (1), et ouvre à la France un siècle de prospérité. Ses retombées en termes culturel, civilisationnel et géopolitique sont considérables. Pourtant, l'Oligarchie a décidé d'ignorer son 8ème centenaire.

La situation, grave, dramatique, vit en juillet 1214 une coalition des rancoeurs et des avidités se former. Le Plantagenêt, l'empereur allemand et des féodaux jaloux de la puissance capétienne, constituèrent un terrible danger national dont l'argent et/ou l'appât du gain constituait le ressort.

Le 27 juillet prochain doit avoir lieu la reconstitution de la bataille à l'occasion du huitième centenaire. Un article de La Croix du Nord mentionne le programme des festivités, quatre temps forts et une ribambelle de rendez-vous tout cet été. Les temps forts :

1 – Le son et lumière Bouvines la Bataille, les 3,4,5 et 6 juillet. Un spectacle écrit par Alain Streck, trente tableaux combinant du théâtre, de la danse, des chants, de la cascade, de l’art équestre et de la pyrotechnie ! Réservations ouvertes sur le site www.bouvines-la-bataille.fr.

2 – Les Médiévales, des campements médiévaux, le samedi 5 et le dimanche 6 juillet, qui racontent la vie des contemporains de Philippe-Auguste.

3 – Bouvines 2014, entre Ciel et Terre : un rassemblement de géants, le dimanche 6 juillet, autour du nouveau venu, le géant Philippe Auguste !

4 – Les commémorations officielles du dimanche 27 juillet 2014 : messe, dépôt de gerbe et concert chorale dans le parc du Château !

 

Timbre-commemoratif-2014-Bataille-de-Bouvines--1214-.jpg

Le 25 et 26 avril 2014, à la salle Jean-Noël à Bouvines  a eu lieu une exposition philatélique pour l'édition d’un timbre commémoratif de la bataille (dans la série des « grandes heures de l’histoire de France »).

 

Le maire de Bouvines et président de Bouvines 2014, Alain Bernard, qui organise de juillet 2013 à juillet 2014 "des manifestations festives et culturelles, d'ampleur au moins régionales, voire nationales, de façon à rappeler au maximum de personnes ce qui s'est passé ici à Bouvines, un évènement important pour l'histoire de la France", a poussé un coup de gueule le 10 juin 2013 : « "Pas de subventions, pas de commémorations. Ou réduites à leur plus simple expression!" pour le jubilé des 800 ans de la bataille de Bouvines, une des dates majeures de l’Histoire de France, qui n'intéresse ni l’État ni les collectivités locales... qui n’ont pour l’heure accordé aucun subside à l’association qui prépare l’événement depuis cinq ans. Philippe Auguste doit se retourner dans sa tombe!».

Georges Duby mentionne qu'en 1914 déjà, à l'occasion du 7e centenaire, « il vint aussi "quelques centaines de socialistes qui sifflèrent sottement vendredi soir à Lille la retraite militaire organisée en souvenir de Bouvines". L'Echo de Paris du 29 juin le déplore. » (2) 

Les socialistes de 2014, moins sots mais plus sournois, pourraient traiter l'évènement par le silence doublé d'un refus de subventionner le jubilé du 800e anniversaire... Cette attitude est emblématique du mépris que l'Oligarchie mondialiste, financière et matérialiste porte pour notre histoire, nos héros, et finalement pour toutes les valeurs-qualités françaises qui ont fait la France (libertés des villes, des communes, des corporations professionnelles, l'égalité chrétienne, etc.), valeurs-droits qui protégeaient le petit face au grand, le faible contre le fort, que l'Oligarchie libérale marchande a détruit en 1791 (Cf. Analyse de La loi Le Chapelier par Marion Sigaut) et n'a depuis de cesse d'éliminer... Bouvines, symbole de cette société de multiples protections sociales doit être abattu !

La Bataille de Bouvines, absente des manuels scolaires, avec ses conséquences pour la France, nous montre une forme d'Etat différente de celle que nous connaissons aujourd'hui, d'une administration centralisée, que l'autorité a pu résider ailleurs qu'à Paris... Bouvines nous montre une société où le fondement des rapports d'homme à homme (féodalisme) résidait ailleurs que dans le rapport du capital et du travail (salariat), une société où l'argent était secondaire, le profit et l'utilité absents ou très secondaires. Une société où le serment vassalique imprégnant les relations d'homme à homme et irriguant toutes les valeurs d'honneur et de fidélités, amicales, familiales, professionnelles (corporations) protégeait l'individu de l'arbitraire des puissants et non l'asservissait pendant les "siècles obscurs"... (3) 

C'est la raison pour laquelle, contre cette manipulation-falsification de l'histoire mise au service de l'idéologie libérale républicaine, face au silence et au mépris oligarchique, la commémoration du 800e anniversaire de la bataille doit être l'occasion pour nous tous de porter plus loin notre réflexion sur l'Etat que nous voulons pour la France aujourd'hui, et cette alternative politique que nous avons vu ne pouvoir advenir que par un changement des institutions !

 

 

 

Par son retentissement formidable, cette bataille menée de face, et remportée grâce à notre cavalerie, est classée parmi les mythes fondateurs de notre nation.   

Régulièrement à partir de 1190, et définitivement à partir de 1204, Philippe Auguste remplace son titre de rex francorum, "roi des Francs" par rex Francie, "roi de France". Le principe héréditaire prenant le dessus sur le principe électif, Philippe II est le premier des Capétiens à ne pas prendre la peine de faire sacrer son fils de son vivant.

 De 1202 à 1206, Philippe unifie son royaume, il reconquit sans grande difficulté le duché de Normandie, les comtés du Maine, Anjou, Touraine, Poitou et Saintonge. De l'immense héritage que Jean sans Terre a reçu de son frère Richard Coeur de Lion, il ne lui reste plus sur le continent que le duché d'Aquitaine, tandis que la Bretagne demeurait hors du domaine royal que Philippe quadrupla.

 

Sortie à Bouvines

Conseil de guerre de Valenciennes : les coalisés ( flamands , Saxons, Allemands ) partagent la France avant la bataille.

 

Sortie à Bouvines

Prière du roi Philippe Auguste au matin de la bataille , dans l'église de Bouvines.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51FK8EFF0CL._SY300_.jpgDès le XIIIe siècle, Bouvines se transforme en légende. C'est le mythe de la naissance de la nation et de la royauté réunies comme l'a révélé Georges Duby dans son livre à sensation Le Dimanche de Bouvines. "Le premier sentiment de nation France" pour Max Gallo, la première expression d’une véritable conscience nationale. L’annonce de la victoire provoqua un tel "mouvement d’enthousiasme populaire", une si grande allégresse, qu’on y pourra lire la "naissance d’une nation" (J. Bainville, Histoire de France.)

 

 

« Roger de Wendower qui, dans sa Fleur des histoires, raconta entre 1219 et 1225 les évènements marquants des années 1193-1216, fournit du combat de Bouvines une relation... bien informée et qui au 13e siècle, fut maintes fois utilisée par d'autres historiens anglais. Il a bien vu comme le roi Philippe s'appuyait sur les trois "ordres", sur les comtes, les barons, les chevaliers qui l'entouraient, mais aussi sur les sergents à cheval et à pied, sur les communes des villages et des cités qui lui apportaient le soutien du peuple, les clercs et les moines se tenaient en prière, chantant sans cesse, multipliant les offices "pour l'état du royaume". » (4)

 

Philippe-Auguste--1165-1223-.JPG

Armorial-de-Philippe-II-Auguste--Roi-de-France.gif

 

 Armorial de Philippe II Auguste, D'azur semé de fleurs de lys d'or

 

La bataille a opposé l'ost royal (service militaire que les vassaux devaient à leur suzerain au Moyen Âge), une magnifique cavalerie commandée par des chefs dévoués et unis, renforcée par quelques milices communales et soutenues par Frédéric II de Hohenstaufen, à une coalition hétéroclite beaucoup plus nombreuse mais affaiblie par des rivalités, constituée de princes et seigneurs menée par Jean sans Terre, duc d'Aquitaine, de Normandie et roi d'Angleterre, et soutenue par l'empereur du saint empire Otton IV de Brunswick, les princes de l'empire, le duc de Lorraine, Ferdinand de Portugal comte de Flandre, le marquis de Namur,  le duc de Brabant, un contingent redoutable de mercenaires combattant à pied, en phalange compacte et épaisse, qu'on appelle "Brabançons", ainsi qu'un grand nombre de seigneurs et chevaliers allemands.

Le contingent anglais était commandé par le demi-frère de Jean sans Terre, Guillaume de Longue-Épée, fils illégitime d'Henri II d'Angleterre.

 

Philippe-Auguste-a-la-Bataille-de-Bouvines-1214.jpg

En 1914, dans Le Petit journal, la presse populaire célèbre le 700ème anniversaire d'une "grande victoire française."

 

 

On a vu que d'autres batailles plus anciennes peuvent prétendre à ce titre à la naissance du sentiment national, comme les antiques batailles de Tolbiac sur les Alamans en 496 (qui entraîna la conversion de Clovis et fit de la France la "Fille aînée de l'Eglise"), ou même celle en plein empire romain, du Pont Milvius en 312, une bataille qui vit deux visions du monde s'affronter, le monde païen et le monde chrétien, les légions gauloises - qui avaient déjà été fédérées par Vercingétorix à Alésia- et chrétiennes de Constantin face aux légions païennes de Maxence. Deux batailles qui aux 3e et 5e siècles marquent incontestablement à leur manière, le berceau jusqu'à nos jours, de la civilisation européenne et chrétienne.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cf/Oriflamme.png/111px-Oriflamme.png

Notons également, qu'en juillet 1124, l'invasion de l'empereur germanique Henri V (qui voulant aider son beau-père Henri Ier d'Angleterre, plus jeune fils de Guillaume le Conquérant, dans le conflit qui l'opposait à Louis VI pour la succession dans le duché de Normandie, envahit la France et avança jusqu'à Reims avec une puissante armée), vit  le capétien Louis VI faire appel à l’ost, lever en hâte une armée et convoquer les grands vassaux du royaume, qui tous envoyèrent des contingents. Pour l'historienne Régine Pernoud, c'est « la preuve la plus convaincante de l'existence du sentiment national ». « [O]n assiste alors à une levée d'armes générale dans tout le royaume; les barons les plus turbulents, parmi lesquels un Thibaut de Chartres, alors en pleine révolte, oublient leurs querelles pour venir se ranger sous l'étendard royal, le célèbre oriflamme rouge frangé de vert que Louis VI avait pris sur l'autel de Saint-Denis. La notion de patrie était donc, dès cette époque, assez ancrée pour provoquer une coalition générale, et l'on avait, à travers la diversité et l'émiettement des fiefs, conscience de faire partie d'un tout. Cette notion devait s'affirmer encore avec éclat, un siècles plus tard, à Bouvines. » (5)

L'oriflamme « que l'on dit avoir conduit les armées de Dagobert ...serait, à ce que laisse entendre la Chanson de Roland (rédigée v. 1100) et que montrera la mosaïque de Latran, la bannière de la Rome antique transmise à Charlemagne par le pape Léon III. » (6)

 

Mosaique-de-Latran--796-798-.jpg

La Mosaïque de l'archibasilique Saint-Jean-de-Latran de Rome, exécutée entre 796 et 798 à la demande du pape Léon III, représente notamment ce dernier et Charlemagne, agenouillés aux pieds de Saint Pierre qui leur remet les clefs et la bannière, symboles de leurs pouvoirs respectifs.

 

 Conservé à la Basilique Saint-Denis, l'oriflamme n'était sorti que lorsque des grands dangers menaçaient le royaume. Hissé sur le champ de bataille, il signifiait aux troupes françaises qu'il ne fallait pas donner de quartier aux ennemis.  

L'armée de Louis VI, réunie à Reims, fit une telle impression qu'à la mi-août 1124 les troupes germaniques rebroussèrent chemin sans livrer bataille. Dans un même élan patriotique, tous les Grands avaient répondu présent : le cousin du roi, le comte de Vermandois Raoul « le Borgne », le duc Hugues II de Bourgogne, le duc Guillaume IX d’Aquitaine, le comte Charles Ier de Flandre, le duc Conan III de Bretagne, le comte Foulque V d'Anjou, le comte de Champagne Hugues de Troyes, le comte Guillaume II de Nevers et même le comte de Blois, Thibaud IV. Après avoir été chercher l'oriflamme à Saint-Denis, Louis VI se retrouva donc à la tête d’une telle armée que l’affrontement que tout le monde pensait inévitable, ne se fit pas. Henri V, certainement impressionné par cette mobilisation prétexta des troubles dans sa capitale de Worms, et se retira sur Metz le 14 août sans combattre. (7)

 

Gisant-de-Louis-VI-le-Gros.jpg

Gisant de Louis VI, grand-père de Philippe Auguste

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0c/Lothaire-Face.jpg/220px-Lothaire-Face.jpgEnfin, en remontant au 10e s., nous trouvons un affrontement, moins important certes,