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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 12:10
Des droits de l'Homme à la Terreur : lecture  critique de la Constitution de 1791

Dès que, par un véritable coup d’État, les États Généraux se sont déclarés Assemblée Nationale représentant la Nation souveraine, ils ont proclamé qu’ils étaient appelés à fixer la Constitution du royaume, à opérer la régénération de l’ordre public et à maintenir les vrais principes de la monarchie. Ils ont juré, au jeu de paume, de rester assemblés jusqu’à ce que la Constitution du Royaume « soit établie et affermie sur des fondements solides ». Dès son origine, l’Assemblée s’impose l’établissement d’un ordre constitutionnel stable comme but de son action révolutionnaire.

 

Fixer la Constitution, ou en créer une ?

 

Fixer la Constitution française : la tâche allait immédiatement s’avérer épineuse. La Révolution française devait, dès ses premières années, révéler une incompatibilité absolue entre les notions de révolution et de constitution : il fallait bien s’en douter. On allait découvrir qu’il serait impossible de trouver une traduction constitutionnelle au mouvement révolutionnaire, et, d’ailleurs, de 1789 à 1799, les constitutions vont fleurir. Lorsqu’on a commencé à les appliquer, on s’est dépêché de les violer, de les tourner, puis de les suspendre.

 

La Constitution de 1791 est donc un intéressant sujet d’investigations, d’abord parce qu’elle est la première du genre, et ensuite parce qu’elle est une sorte de modèle de ce qu’il ne faut pas faire.

 

Pour tenter de comprendre, nous examinerons d’abord les difficultés d’élaboration, et puis nous verrons les fruits de ce chef d’œuvre inlassablement célébré.

 

Des difficultés existaient d’abord en un point précis de l’esprit des députés. On s’était solennellement et inconsidérément grisé de discours en jurant qu’on allait « fixer » la Constitution du Royaume mais le mot lui-même recouvrait une ambiguïté :

 

allait-on préserver et défendre la constitution coutumière existante ? ou

allait-on en créer une ?

 

Du sens donné au mot Constitution

 

La Constitution de l’Ancienne France : entre sa déformation par le janséniste Le Paige et sa négation par un abbé Mably socialisant

 

Cette ambiguïté prolongeait en réalité un conflit ancien, engagé au milieu du siècle. En effet, aux côtés du parlement, Le Paige avait, dans ses Lettres historiques [1] évoqué la Constitution de la Monarchie, et il s’était empressé, comme ses amis parlementaires, de déformer cette constitution pour attribuer aux magistrats un partage de fait du pouvoir législatif royal, partage totalement incompatible avec la réelle Constitution qui existait, et sur laquelle on vivait.

 

Contre cette doctrine artificielle, badigeonnée d’histoire, Mably a nié l’existence d’un ordre constitutionnel et il a cherché à démontrer la présence d’une espèce de champ intellectuel instable qui était marqué par les alternances d’anarchie et de despotisme. Dans son ouvrage Observations sur l’Histoire de France (Genève, 1765, 2 vol.) Mably avait exposé que les Français n’avaient pas encore de Constitution parce qu’ils n’avaient pas encore été en mesure de manifester une volonté politique soutenue, volonté politique absolument nécessaire à la fixation des formes de leur existence politique et à la préservation de leur liberté.

 

Vattel et Rousseau changent le sens du mot « Constitution »

 

Dans les pamphlets politiques pré-révolutionnaires, le conflit entre Le Paige et Mably trouve un écho d’autant plus large qu’un autre débat se développe autour de la notion même de constitution. Vattel, dans son Droit des gens, puis Rousseau, ont changé la signification traditionnelle de « constitution ».

 

« Constitution » jusque là, désignait le mode d’existence, la disposition d’une entité quelconque comme, par exemple, la constitution du corps humain dont, depuis l’Antiquité, la Cité était regardée comme le prolongement. Dans la conception française, le Royaume est un corps dont le Roi est la tête, et dont les groupes sociaux naturels sont les membres.

 

Vattel, lui, analyse la Constitution comme une forme de gouvernement instituée par une nation pour s’assurer les plus grands avantages de l’association politique, association politique individualiste et volontariste.

 

L’argumentation de Vattel est développée dans un sens encore plus radical, bien sûr, dans le Contrat social. À partir de ce moment-là, (mais le processus était déjà commencé précédemment) on rejette l’analogie classique entre la Constitution de la Cité et la constitution du corps humain. Le Contrat social souligne que si la première est l’œuvre de la nature, la seconde est un acte politique, produit de la volonté de la nation, par lequel un peuple souverain crée sa forme spécifique de gouvernement. Cet acte n’est d’ailleurs pas accompli définitivement, selon l’interprétation de Rousseau. Ce serait trop simple ; une fois la Constitution fixée, l’instance souveraine doit se rassembler régulièrement pour manifester sa présence et sa force. En de pareils moments où l’être politique suprême, le peuple souverain, se rassemble, les effets de la Constitution sont suspendus. En somme, la Constitution ne dépend pas seulement d’un acte fondateur, mais aussi d’une réaffirmation perpétuelle de cet acte. Citons Rousseau :

 

« Il n’y a dans l’État aucune loi fondamentale qui ne se puisse révoquer, non pas même le pacte social. »

 

L’abbé Sieyès, ou la Constitution expression d’une volonté nationale

 

Sieyès a exprimé avec clarté les implications de ce volontarisme dans sa brochure Qu’est-ce que le Tiers-État ? Il rejette le sens traditionnel de « constitution » entendue comme un ordre social et politique inhérent à la nature des choses, et il lui préfère le sens d’une institution artificielle de gouvernement. Pour Sieyès, la nation est l’ultime réalité politique :

 

« La volonté de la nation est toujours légale, elle est la loi elle-même ; il suffit que sa volonté paraisse pour que tout droit positif cesse devant elle comme devant la source et le maître suprême de tout droit positif. »

 

Ces lignes étaient écrites contre les partisans d’une Constitution traditionnelle de la Monarchie française, mais elles étaient en même temps très inquiétantes pour les auteurs mêmes de la nouvelle Constitution.

 

Chronologie de la Constitution de 1791

 

Un préambule à la Constitution : la Déclaration des droits de l’homme du 4 Août 1789

 

Malgré tout, le jour du 4 Août, l’Assemblée décida que la Constitution serait précédée d’une Déclaration des droits. Elle choisit ainsi implicitement de créer une Constitution, au lieu de préserver la précédente. La solution la pire était adoptée.

Après des délibérations consécutives aux événements de la nuit du 4 Août, les députés passèrent à la rédaction d’une Déclaration des droits de l’homme, avant même de commencer leur œuvre constituante. L’affirmation des principes fondamentaux devait précéder l’œuvre constituante. Les articles de la Déclaration destinés à fixer la Constitution française étaient ambigus, et parfois même ils se contredisaient les uns les autres, ce qui ne manque pas de surprendre le lecteur.

 

« Article 16 : Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».

 

Cela pouvait signifier, bien sûr, que la France n’avait jamais eu de Constitution : elle avait mené une existence de ludion... Mais ce n’était pas incompatible avec l’idée que, sur les fondements anciens de la Monarchie, on bâtirait un système de garanties individuelles contre les lettres de cachet à propos desquelles les parlementaires avaient contribué à élaborer un roman horrifique et qu’ils évoquaient de temps à autre pour se donner des sensations fortes. Mais le texte laissait planer l’incertitude sur les pouvoirs à séparer.

 

Sur la nature de la séparation, rien n’était précisé non plus. Et ce thème s’accordait aussi avec la notion, tirée de Rousseau, d’une division entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, indispensable à l’épanouissement de la volonté générale. Cette interprétation était encouragée par l’article 6 :

 

« Article 6 : La loi est l’expression de la volonté générale. »

 

Seulement une nouvelle difficulté surgissait dès la ligne suivante :

 

« Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. »

 

Or, l’affirmation de la volonté générale était fâcheusement incompatible avec la notion même de représentation que Rousseau, avait radicalement écartée.

 

Les ambiguïtés étaient innombrables et ces ambiguïtés ne risquaient pas d’être dissipées par la formulation du principe de la souveraineté de la nation qui était contenue dans l’article 3 de cette étonnante Déclaration des droits de l’homme :

 

« Article 3 : le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »

 

Affirmer que le principe de toute autorité réside dans la nation ne signifie pas que l’exercice de la souveraineté émane directement de la nation en tant que telle. La formulation adoptée par l’Assemblée nationale masquait mal la différence entre la version radicale, rousseauiste, du principe de la souveraineté nationale, et la version molle chère aux modérés, amis de Mounier.

 

Septembre 1789 : la Constitution proclame que le gouvernement français est monarchique

 

Tel était le prélude au débat sur la Constitution elle-même. L’assemblée avait repris à son compte les principes de la souveraineté de la nation et de la volonté générale, mais leur interprétation était trouble : la Constitution devait être l’instrument d’une séparation des pouvoirs que l’on se gardait bien de définir. Enfin, en septembre 1789, on n’était pas encore certain de ce qu’on allait faire. Allait-on créer, ou allait-on restaurer une Constitution ? Le conflit a surgi dès la discussion du premier article :

 

« Le gouvernement français est un gouvernement monarchique. »

 

Les députés s’affrontèrent immédiatement sur la nature du gouvernement monarchique français, puis, sur leur rôle dans ce gouvernement.

 

Certains firent remarquer qu’ils n’avaient pas été envoyés aux États Généraux pour faire une Constitution nouvelle, mais pour confirmer et régénérer l’ancienne monarchie.

D’autres rappelèrent que la vocation des États Généraux était de conseiller le Monarque — (ne sont-ils pas un conseil élargi du royaume ?) — puis ils rentrèrent chez eux : ce fut le cas de Cazalès et de ses collègues que ne désespérait pas la perspective de quitter la société interlope gravitant autour de l’Assemblée.

D’autres, enfin, ont insisté sur le fait qu’ils avaient été envoyés comme représentants d’une nation souveraine pour exercer la totalité du pouvoir constituant de cette nation ; on était plus loin de la vérité, mais l’heure n’était pas aux scrupules de conscience.

 

Entre nation souveraine, séparation des pouvoirs, corps législateur unique, corps exécutif subordonné et veto royal

 

C’est le débat sur le veto royal qui a réglé la question ; les porte-paroles du comité de constitution, Lally-Tollendal et Mounier, n’ont pas pu défendre leur interprétation modérée. L’idée selon laquelle la France avait une Constitution coutumière précise, réglant exactement la dévolution et les limites du pouvoir, a été rejetée dans les ténèbres extérieures, tout comme a été écartée l’hypothèse même selon laquelle il y avait eu au moins dans la France d’Ancien Régime des rudiments de Constitution :

 

« Commençons donc par écarter tous les faits » avait proclamé Rousseau dans le Discours sur l’inégalité [2].

 

On a préféré créer ex nihilo une Constitution par un acte de volonté de la nation souveraine, en accord avec les principes abstraits du droit politique ; pour résumer les débats, les députés ont eu à se prononcer entre trois options :

 

ou bien choisir la Constitution historique améliorée, dans laquelle l’autorité royale et la représentation nationale se seraient, finalement, contrebalancées dans un système d’équilibre des pouvoirs inspiré de Montesquieu,

 

ou bien instituer une Constitution radicalement nouvelle sur la base du principe de la souveraineté de la nation, avec une division radicale entre une Assemblée législative et un exécutif subordonné, confié au Roi, le veto suspensif étant dans ce système le mécanisme capable de réconcilier la théorie de la volonté générale avec la pratique de la représentation,

 

ou enfin, troisième hypothèse, proposée par Sieyès : une Constitution créée, bien sûr, à partir du principe de la table rase par un acte de la nation souveraine, mais dans laquelle l’ultime expression de la volonté générale ne réside pas dans un appel à la volonté du peuple telle qu’elle s’exprime dans les assemblées primaires mais dans la délibération — sereine, bien sûr, et rationnelle — du corps unitaire des représentants.

 

Au cours des votes qui ont conclu ces débats, les arguments de Siéyès n’ont pas été pris davantage en considération que ceux de Mounier. L’Assemblée a rejeté

magnifiquement, les recommandations de son Comité de Constitution en faveur d’un équilibre des pouvoirs conjugués au veto royal absolu, et elle s’est prononcée en faveur d’un corps législateur unique, d’un exécutif subordonné, représenté par la Couronne, et d’un veto royal suspensif.

 

Ces décisions, qui étaient prévisibles, non parce qu’elles étaient les plus désastreuses, mais parce que tout le mécanisme avait été préparé, ces décisions ont eu, évidemment, des conséquences considérables.

 

Octobre 1789, ou l’abolition la monarchie traditionnelle

 

Une première conséquence a été le triomphe de la vision radicale et rousseauiste de la constitution. Tous les doutes ont été effacés par les journées d’Octobre, qui ont réglé une fois pour toutes l’hypothèse d’une forme royale d’acceptation de la Constitution.

Lorsque, le 1er octobre 1789, Louis XVI fut sommé par l’Assemblée de répondre s’il acceptait ou non la Déclaration des droits de l’homme, et les articles déjà votés de la Constitution, il répondit, le 5 octobre, en donnant son adhésion — et non pas son acceptation — avec la réserve expresse que la Constitution, une fois complétée, maintienne entre les mains du Monarque le pouvoir exécutif dans la totalité de sa prérogative. Cette réponse fut trouvée insidieuse et inacceptable par les députés. Selon eux, en laissant intacte la possibilité que le Roi, plus tard, puisse faire modifier ou refuser la Constitution, on risquait de restaurer le « despotisme », et l’anéantissement du principe même de souveraineté de la nation. Ils connaissaient mal Louis XVI ! C’était l’opinion de Robespierre, c’était l’opinion de Pétion. Pétion a en effet réaffirmé la suprématie du pouvoir constituant sur le pouvoir constitué et s’est exprimé dans des termes qui sont parfaitement clairs :

 

« On dit qu’il y a un contrat social entre le Roi et la Nation, je nie le principe. Le Roi ne peut que gouverner selon les lois que la nation lui présente. »

 

Juste avant l’arrivée des femmes venues de Paris, avec Maillard, le 5 octobre, l’Assemblée a voté que le Roi se verrait demander de donner à la Constitution son acceptation pure et simple ; et la demande de l’Assemblée a été portée au Château par une délégation commune de députés et de manifestantes ! (Les liens entre les unes et les autres étaient déjà d’ailleurs tissés depuis un certain temps, et ils se prolongèrent). Et Louis XVI accepta.

 

La Constituante allait mettre encore deux ans à accomplir son œuvre, mais l’essentiel de la Révolution constitutionnelle était accompli à ce moment-là. Trois jours après, l’Assemblée vota que Louis XVI était seulement Roi des Français, par la grâce constitutionnelle de l’État. Ce point est important : la Constituante, partie pour fixer les formes d’une Constitution monarchique traditionnelle, en était arrivée à l’acte décisif, consistant à créer une monarchie constitutionnelle fondée et organisée sur le principe de la souveraineté de la nation.

 

Vers l’instabilité d’une souveraineté populaire capable de modifier ou d’abolir la Constitution

 

Toutefois, si une Constitution pouvait être créée ex nihilo en accord avec le principe de la souveraineté populaire, il fallait envisager qu’elle puisse aussi être abolie, et remplacée par la même souveraineté populaire. Si l’intervention du peuple pouvait imposer l’acceptation de principes constitutionnels au nom de la nation elle pouvait aussi organiser leur révision et leur répudiation une fois qu’ils avaient été acceptés.

 

L’Assemblée a pris brutalement conscience de cette réalité après Varennes et le massacre du Champ-de-Mars, lorsque, dans une atmosphère d’extrême agitation des clubs, elle décida de la forme des changements constitutionnels.

 

Dans la Constitution de 1791, elle avait solennellement déclaré :

 

« la nation a le droit imprescriptible de changer sa Constitution. »

 

Et la même Assemblée se hâta d’ajouter que :

 

« le droit de révision constitutionnelle ne peut concerner que des articles précis, dont l’expérience avait fait sentir les inconvénients. »

 

De plus, la révision n’était possible que si trois législatures s’étaient prononcées en sa faveur. L’Assemblée de révision ne peut être que la quatrième législature, augmentée de membres spécialement choisis pour cette tâche.

 

L’Assemblée avait donné libre cours au principe de la souveraineté de la nation, et en 1791, elle ne savait plus comment lui imposer des limites raisonnables.

 

Une autre contradiction de la Constitution était lourde de conséquences déplorables et elle allait conjuguer ses effets avec la précédente. Les députés avaient accepté le principe selon lequel ils instituaient une Constitution par un acte de volonté souveraine, mais en même temps ils avaient repoussé la suggestion de placer dans le corps des représentants de la nation l’expression de la souveraineté de la nation. Le veto royal suspensif était destiné à harmoniser souveraineté et représentation, en permettant un ultime appel au peuple.

 

Lorsque la Constitution fut adoptée, elle comportait donc une contradiction génératrice d’une paralysie constitutionnelle. En effet, pour protéger la souveraineté nationale des dangers de la représentation, la Constitution permettait au Roi d’user de son droit de veto. Aussi dérisoire que fût ce droit, il pouvait retenir l’Assemblée pendant deux législatures, mais pour protéger la Constitution elle-même d’une action populaire menée au nom de la souveraineté de la nation, le texte constitutionnel de 1791 requérait de l’Assemblée un délai de trois législatures avant de pouvoir réviser la Constitution. Ces dispositions en elles-mêmes suffiraient à expliquer, par le blocage politique légal, le conflit qui a éclaté dans les semaines précédant le 10 août 1792 — il y avait d’autres explications, naturellement !

 

La place du Roi dans le nouveau régime

 

Vers la fin de l’autorité monarchique

 

Brouillonne donc dans ses fondements, la Constitution allait organiser la dislocation de l’autorité. Cette Constitution, tout d’abord, n’était en aucun cas monarchique ; on peut même se demander si elle n’était pas tout simplement républicaine, car il fallait bien qu’elle fût quelque chose.

 

Les rédacteurs, en agissant ainsi, ont tout bonnement avalisé une situation de fait. La royauté, en effet, était renversée depuis le jour où les États Généraux s’étaient proclamés de leur propre autorité Assemblée nationale, assemblée qui devait obéir, et qui a obéi révérencieusement au peuple souverain, ou à ceux qui, par sociétés de pensée interposées, s’en faisaient les guides.

Louis XVI, ramené à Paris dans des conditions ignominieuses, les 5 et 6 octobre 1789, par des bandes, était prisonnier aux Tuileries, et il était tombé dans un esclavage qui entravait même sa conscience de chrétien.

 

Après Varennes, il a été plus sévèrement gardé que les anciens pensionnaires de la Bastille qui, d’après Diderot lui-même, ne se portaient pas mal de leur séjour. Il avait été suspendu de ses fonctions, et l’ombre même de la Monarchie s’est effacée.

 

La Constitution pouvait-elle rendre son trône à Louis XVI, en se proclamant monarchique ? Dans son Titre III, la Constitution assurait que le gouvernement était monarchique, mais elle était aussi illusoire dans ses titres essentiels que dans la Déclaration des droits qui lui servait de préambule. Le Titre III « Des pouvoirs publics » comportait ceci :

 

« La souveraineté est, une, indivisible, inaliénable, imprescriptible. Elle appartient à la Nation. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. »

 

Un point était d’ores et déjà évident : Louis XVI n’était plus un souverain, puisque la nation, de qui émanait tous les pouvoirs, était déclarée seule souveraine. Lorsqu’on est en présence de deux souverains, il y en a incontestablement un de trop. La Constitution accorde bien à Louis XVI le droit de sanction, mais son veto n’est que suspensif, et il ne s’applique pas à toutes les lois. Il ne s’applique pas, par exemple, aux actes du corps législatif, concernant la constitution en assemblée délibérante, ni aux actes relatifs à la responsabilité des ministres, ni aux lois de finances. L’Assemblée a ainsi retenu d’une main ce qu’elle donnait de l’autre, jusqu’au droit de proposer une loi quelconque (chap.III, art.14).

 

1790 : l’Assemblée s’octroie le droit régalien de guerre ou de paix

 

En 1790, il ne restait à Louis XVI que le droit le plus inhérent à la souveraineté, le droit de paix et de guerre, droit que, seul, peut exercer l’homme placé au centre de l’État, et en mesure de connaître toutes ses ressources. La question de la reconnaissance au Roi de ce droit par la Constitution a été posée par l’Assemblée : alors, le spectacle fut grandiose. L’Assemblée retentit de discours humanitaires qui déclarèrent immédiatement à toutes les nations paix et fraternité. Barnave, acclamé par les vingt mille individus qui assiégeaient la salle, a tenu alors, à ce moment-là, des propos étonnants :

 

« Les guerres déclarées par le seul corps législatif, c’est-à-dire par le peuple, seront presque toujours heureuses ; l’histoire de tous les siècles prouve qu’elles le sont quand la nation les entreprend. N’affligez pas le cœur du Roi en lui confiant le droit terrible de nous entraîner dans une guerre, de faire couler ce sang avec abondance, de perpétuer ce système fou et terrible qui déshonorerait les nations. »

 

La Constituante décréta que le droit de paix et de guerre appartiendrait à l’Assemblée, et ne pourrait être exercé par le Roi que sur ses décrets. En somme, c’est à l’époque troublée où l’autorité personnelle du Roi serait la plus nécessaire que cette autorité était anéantie.

 

Un Roi au pouvoir exécutif quasi-inconsistant

 

On devait attribuer au Roi, cependant, le pouvoir exécutif et c’était peut-être le moyen d’assurer cette séparation des pouvoirs sans laquelle, selon le préambule de la Déclaration, la société n’a point de constitution. Or, à peine a-t-on donné au Roi ce pouvoir, qu’on le lui retire, en spécifiant qu’il doit être exercé sous son autorité par des ministres et autres agents responsables. Le texte dit bien « sous l’autorité du Roi », mais en fait ces mots ne signifient rien, puisque les ministres ne sont responsables que devant l’Assemblée, seule qualifiée pour les poursuivre, et puisqu’en aucun cas « l’ordre du Roi, verbal ou écrit, ne peut soustraire un ministre à sa responsabilité ».

 

Quant au choix et à la révocation des ministres, le texte déclare qu’il appartient au Roi seul, mais ce texte est illusoire, puisque le jeu de bascule des partis, des sectes, des clubs, des factions et des loges oblige Louis XVI à renvoyer les ministres les plus fidèles ou à appeler les ministres les plus hostiles.

 

C’est en fait une république parlementaire qu’établit la constitution de 1791, une république où l’arbitrage suprême d’un chef serait remplacé par les interventions et par les pressions les plus prosaïques des clubs et de leurs affiliés. Tous les ressorts du gouvernement étaient faussés ou détruits entre les mains d’un Roi qu’on proclamait malgré tout le chef suprême de l’administration du Royaume, chargé de veiller au maintien de l’ordre et de la tranquillité publique. On déclarait le Roi chef suprême de l’armée, mais en même temps on tournait contre son autorité toutes les forces militaires. Les auteurs eux-mêmes, Lameth, Barnave, Duport jugèrent l’édifice constitutionnel monstrueux. Quant à Albert Sorel, dont la sensibilité libérale était pourtant incontestable, il estimait, à la fin du siècle dernier, qu’il suffisait de mettre en mouvement cette machine absurde pour en faire éclater l’incohérence.

 

14 septembre 1791 : le Roi, humilié, entérine sa servitude

 

Le fait est donc indiscutable : la constitution de 1791, même si l’on s’en tient à son texte, n’est pas une constitution monarchique. Le Roi des Français reste une espèce de secrétaire des commandements de l’Assemblée ; on a retiré à Louis XVI les titres de Sire et de Majesté : c’était une mesquinerie, sectaire et démagogique, mais cette mesure était fondée, car il aurait été absurde de donner les titres portés par Louis XIV au Roi de la Constitution de 1791, comme il aurait été ridicule de les appliquer à la machine à signer que Condorcet avait suggérée pour remplacer le Roi-citoyen.

Louis XVI a souscrit à ce code du désordre. Burke écrivit à Marie-Antoinette :

 

« Si le Roi accepte la constitution, vous êtes tous deux perdus. Votre salut consiste dans la patience, le silence et le refus. »

 

Louis XVI a pensé sans doute que les révolutionnaires se seraient empressés de confisquer le Dauphin en cas de refus — c’est la version la plus optimiste — et il n’a pas pu y consentir. Le 14 septembre, il prêta serment à l’Assemblée. Et cette attitude condamnait le pouvoir à la servitude.

 

Les membres de la Législative ont favorisé contre le Roi les agissements des factions, et ils se sont efforcés de lui enlever ce qui lui restait encore de dignité et d’indépendance ; ils savaient les insultes dont on abreuvait la famille royale tous les jours aux Tuileries. Pendant que Marat tonnait contre le palais « où une Reine perverse fanatisait un Roi imbécile », des bandes de mégères patriotes allaient, sous les fenêtres de la Reine, crier des chansons ordurières qui étaient leur pain quotidien. L’Assemblée n’a pas perdu une seule occasion d’arracher au Roi ses dernières garanties de force et de prestige. Un des exemples les plus significatifs a été le licenciement de la garde constitutionnelle du Roi, qui avait été accordée à Louis XVI par la Constituante.

 

29 mai 1792 : licenciement de la Garde royale

 

Le Roi en nommait les officiers, il les payait sur sa liste civile. La garde était un rempart pour la famille royale. Formée en mars 1792, elle avait été placée sous le commandement du duc de Brissac, qui était fidèle, et elle était composée de soldats qui étaient prêts à se faire tuer pour défendre le Roi, donc le titulaire de l’exécutif. On aurait pu avec cette garde d’ailleurs (tentation que n’a pas eue Louis XVI) réunir un corps de six mille hommes qui auraient sauvé de l’émeute la Famille royale et qui auraient peut-être débarrassé Paris de ses éléments les plus douteux.

 

Les ennemis du Roi ont voulu empêcher ce recours. Des rassemblements se sont formés aux abords des Tuileries pour insulter les officiers de cette garde, on les a accusés de conserver un drapeau blanc, on les a dénoncés à l’Assemblée, qui, aussitôt, s’est déclarée en permanence, comme en face d’un danger immense et brûlant.

 

Le 28 mai 1792, a commencé à l’Assemblée une séance particulièrement tumultueuse qui s’est prolongée toute la nuit. Bazire a demandé le licenciement de la garde constitutionnelle, en la présentant comme un ramassis de prêtres réfractaires, d’émigrés et d’aristocrates. Brissot appuya la proposition de dissolution et, conformément à une règle absolue mainte fois vérifiée, elle fut votée à l’unanimité.

Le colonel Hervilly, commandant en second de la garde se rendit chez Malouet et chez Montmorin :

 

« Quel que soit le décret, je suis sûr de mon corps, et, si le Roi le permet, avec dix-huit cents hommes, je chasserai l’Assemblée demain [3]. »

 

Bonne et heureuse idée, mais le Roi n’y a pas souscrit. Le ministre Montmorin supplia le Roi de refuser la sanction au décret, mais Louis XVI se savait parfaitement incapable d’aller jusqu’au bout, et il recula devant l’hypothèse d’une effusion de sang. Louis XVI était aussi sourcilleux à propos du sang de ses ennemis, qu’il se révéla désinvolte à propos du sang de ses amis. Le lendemain, la garde assemblée aux Tuileries reçut l’ordre de licenciement, et Lameth a laissé un intéressant témoignage de cette cérémonie :

 

« L’abattement, la fureur ou la méprisante indignation se montraient sur tous les visages [4]. »

 

La plus élémentaire garantie de l’exécutif disparaissait. L’Assemblée annulait un jour ce que l’Assemblée précédente avait décidé deux ans auparavant. L’exécutif, dont le Roi était en principe le dépositaire, disposait du droit de veto : Louis XVI pouvait-il en faire usage dans ce contexte ?

 

Le Roi se résout au supplice

 

Quelques temps après la dissolution de la garde, Servan, le nouveau ministre de la guerre, proposa lui-même à l’Assemblée de former à Paris un corps de vingt mille fédérés, c’est-à-dire, de concentrer autour du pouvoir exécutif les militants révolutionnaires les plus résolus de toute la France et les adversaires les plus assurés du Roi. Louis XVI refusa, à ce moment, d’armer, de ses propres mains, le parti qui voulait déjà sa mort.

 

En plein conseil, Roland osa, alors, lire au Roi une véritable mise en demeure rédigée par madame Roland. Cette déclaration outrageait la conscience même du Roi, puisqu’au décret sur le camp des fédérés était joint un décret sur les prêtres qu’on voulait déporter. Louis XVI renvoya Roland, qui fit appel à Dumouriez, mais Dumouriez ne voulait servir qu’un pouvoir qui renoncerait à ses droits les plus élémentaires ; par conséquent, trois jours après, le 18 juin 1792, Dumouriez quitta le Roi pour l’armée. Louis XVI déclara qu’il s’attendait à la mort, et qu’il pardonnait d’avance à ses bourreaux.

 

Il n’y avait plus aux Tuileries, à partir de ce moment-là, qu’un condamné à mort résigné au supplice, et dont l’attitude, selon le mot de Taine, ressemblait à celle d’un chrétien dans le cirque. « J’en ai fini avec les hommes », écrit Louis XVI au supérieur des Eudistes, son confesseur,

 

« c’est vers le ciel que se tournent mes regards, on annonce pour demain de grands malheurs, j’aurai du courage. »

 

Le lendemain, 20 juin, des bandes révolutionnaires envahissent les Tuileries pour forcer physiquement le Roi à sanctionner les décrets : Louis XVI eut du courage, il eut même celui de coiffer du bonnet rouge des galériens sa tête déjà promise à l’échafaud.

 

Le pouvoir dont disposait le Roi était ainsi neutralisé par les textes et les manœuvres des factions, dès la fin de 1789, et d’une façon de plus en plus oppressante à partir de 1791.

 

La place des ministres sous le nouveau régime

 

Des ministres asservis par la seule Assemblée

 

Les ministres constituent un élément de l’exécutif : ils se sont vu appliquer, quelle quel soit leur origine politique, un traitement équivalent à celui du Roi.

 

À l’égard du Roi, les ministres étaient libres de toute sujétion, puisque l’intervention royale se bornait, dans le système de la Constitution de 1791, à signer les décrets : il était une machine à signer.

En revanche, vis-à-vis de l’Assemblée, la dépendance des ministres était totale ; elle était si grande que leur autorité en devenait parfaitement inexistante.

 

Sous la Constituante, il y avait eu des ministres de talent, mais ils en avaient été d’autant plus suspects. Les comités nommés par l’Assemblée étaient devenus de véritables comités exécutifs pour les diverses parties de l’administration, alors que les ministres, privés de toutes leurs prérogatives les unes après les autres, perpétuellement en butte aux attaques des factions, avaient dû se résigner à jouer le rôle d’agents passifs de la volonté populaire.

 

Sous la Législative, les ministres furent uniformément des hommes médiocres, des politiciens de second ordre qui laissèrent glisser le pouvoir de leurs mains avec une évidente complaisance. Ils sont devenus très vite les souffre-douleur de l’Assemblée. Le 10 mars 1792, Vergniaud, d’ailleurs montrant du doigt les Tuileries, s’écriait :

 

« L’épouvante et la terreur sont souvent sorties dans les temps antiques de ce palais fameux, qu’elles y rentrent aujourd’hui au nom de la loi ! »

 

Épouvante et terreur sont en effet rentrées aux Tuileries, et les ministres ont été les premiers terrorisés.

 

Au cours des séances de l’Assemblée, les tribunes étaient remplies des affiliés des clubs qui hurlaient des injures à l’endroit des ministres et qui applaudissaient lorsqu’un député accusait de trahison l’un d’entre eux. Les discours et les textes des députés eux-mêmes témoignent de cette violence à l’encontre des ministres. Dans une diatribe d’Isnard, dont l’Assemblée a voté aussitôt l’impression et l’envoi aux départements, les menaces les plus précises étaient ouvertement proférées.

 

« Disons à nos ministres, expliquait Isnard, que nous ne sommes pas très satisfaits de la conduite de chacun d’eux, que désormais ils n’ont qu’à choisir entre la reconnaissance publique et la vengeance des lois, et que par le mot de responsabilité, nous entendons la mort [5]. »

 

Selon le Mercure de France, les ministres courbèrent l’échine : ils ne songèrent plus qu’à faire des compliments à l’Assemblée et à éviter les galères [6].

 

Les ministres « fusibles » d’une Assemblée omnipotente et préfiguration de l’État totalitaire dont le mode de gouvernement repose sur la terreur

 

La responsabilité de fait des ministres à l’égard de l’Assemblée était telle qu’on leur a même reproché, sous la Législative, les crimes commis par la faction qui les asservissait. Ainsi, en juillet 1792, deux prêtres assermentés furent massacrés à Bordeaux, et les émeutiers, selon le rituel habituel, promenèrent les têtes des victimes enfoncées sur des piques. Les ministres furent accusés d’avoir provoqué ces meurtres, et Vergniaud déclara tout uniment à l’assemblée :

 

« Apprenez à la France que désormais les ministres répondent sur leur tête de tous les désordres dont la religion est le prétexte. »

 

Ducos, à son tour, désignait les coupables :

 

« Le sang qui vient de couler à Bordeaux doit retomber sur le pouvoir exécutif ; depuis qu’il a mis son veto sur les lois répressives du fanatisme, les exécutions populaires commencent à se renouveler. »

 

C’était là le réflexe des Jacobins ; les crimes commis en France étaient dus au fanatisme religieux. Cette démarche fut l’un des moteurs de la Terreur. En juillet 1792, Condorcet remarquait :

 

« Tandis que les autres pouvoirs ne peuvent légitimement agir que s’ils sont spécialement autorisés par une loi expresse, l’Assemblée peut faire tout ce qui lui est pas formellement interdit par la loi. »

 

En d’autres termes, il n’existe pas d’autre pouvoir que la volonté de l’Assemblée, et ce pouvoir étant sans limite morale ni constitutionnelle, il n’avait pas d’autre règle que le caprice du « peuple » qui n’avait pas besoin d’avoir raison pour valider ses actes, comme le disait Jurieu un siècle auparavant. En réalité, le peuple des clubs gouvernait, et le ressort de son pouvoir était la peur.

 

 

[1] Louis-Adrien Le Paige, Lettres historiques sur les fonctions essentielles du Parlement, sur le droit des pairs et sur les lois fondamentales du royaume, Amsterdam, 1753, 2 vol.

[2] Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes, éd. Pléiade, 1965, t.III, p. 132.

[3] Mémoires de madame la duchesse de Tourzel, publié par le duc Jean des Cars, Paris, 1883, 3 vol., t.II, p. 119.

[4] Théodore de Lameth, Mémoires, éd. Welvert, Paris, 1913.

[5] Moniteur, t.XII, p. 138.

[6] Mercure de France, 10 mars 1792.

 

Source: Vive le Roy

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 12:08

Mis à jour le 2 juin 2021

Pendant les siècles où la France créa ses traditions, puis ... - leur resta fidèle, elle est demeurée la première nation du monde. Puisse-t-elle s'en souvenir!

Frantz FUNCK-BRENTANO, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 245.

Les libertés et l'égalité : des principes monarchiques millénaires dévoyés ou le bilan effroyable de la République "française"

Ne nous y trompons pas : le christianisme, dans la Gaule du IVe siècle, c'est une révolution, beaucoup plus semblable qu'on ne le croirait à la Révolution de 89 et fondée sur les mêmes principes, Liberté, Egalité, Fraternité. La violence en fut exclue, parce qu'elle ne fut pas conduite par des politiciens ambitieux, avides de pouvoir et de biens; elle fut toute de foi, d'enthousiasme et de coeur. Loin de se faire par l'ambition, elle se fit par le dévouement, par la renonciation, par le sacrifice : saint Martin.

Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 189

Les libertés et l'égalité : des principes monarchiques millénaires dévoyés ou le bilan effroyable de la République "française"

Dans cet article, nous présenterons les concepts de libertés et d'égalité au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime. Nous verrons en conclusion comment ils ont été dévoyés et réduits à néant.

En effet, il s'agit ici de répondre à un ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a dit récemment au terme de deux jours d'Etats généraux du christianisme organisés par La Vie, que "les valeurs républicaines sont aussi largement celles de l'Evangile".

Bernard Cazeneuve : "les valeurs républicaines sont aussi largement celles de l'Evangile" Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr/alsace/bas-rhin/strasbourg/etats-generaux-du-christianisme-cazeneuve-mis-en-garde-contre-les-propos-qui-attisent-les-tensions-821953.html

Bernard Cazeneuve : "les valeurs républicaines sont aussi largement celles de l'Evangile" Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr/alsace/bas-rhin/strasbourg/etats-generaux-du-christianisme-cazeneuve-mis-en-garde-contre-les-propos-qui-attisent-les-tensions-821953.html

Comme l'explique le site Reinformation.tv, "pour être percutant, ce message n’est ni tout à fait original, ni même absolument faux.

 

Le problème est que, sous l’influence de la "laïcité" dite républicaine (pour faire court), la république n'est plus qu'un théâtre du vide, bâti sur la subversion des principes monarchiques et le nihilisme. Tous les principes de libertés et d'indépendance hérités des Gaulois et ceux d'égalité, du Moyen Âge à l'Ancien Régime, ont été subvertis et renversés, pour ne plus être aujourd'hui que lettres mortes. Voici, bien qu'incomplète et parcellaire, une petite histoire de ces principes.

Le "droit divin" a longtemps été le rempart à l'Oligarchie et aux maîtres de la monnaie qui parvinrent à créer les banques centrales au XIXe siècle.

 

Au "Moyen Âge", le droit canonique de l'Eglise catholique interdisait formellement de prêter de l'argent avec intérêt. Ce concept avait déjà été édicté par Aristote et saint Thomas d'Aquin. L'intérêt était contraire à la raison et à la justice. En accord avec les règles de l'Eglise au "Moyen Âge", l'Europe a interdit les intérêts sur prêts de monnaie et qualifait ce délit d'"usure". Ce délit et cette interdiction "de droit divin" fondait l'économie française jusqu'à la Révolution "française" où les banques prirent le pouvoir et l'Empire de Napoléon où la Banque dite "de France" fut créée en 1800 sur injonction des banquiers.

 

En comparaison, on sait que de nos jours, nos gouvernants ne sont que des hommes de paille derrière lesquels se tient "une super-classe invisible" (Philippe de Villiers, Entretien intégral à Reinformation.tv), les vrais tireurs de ficelles, eux-mêmes manipulés par d’autres instances occupant des échelons supérieurs:

 

« Il y a dans tout pouvoir démocratique (…) une oligarchie cachée, à la fois contraire à ses principes et indispensable à son fonctionnement », relevait le célèbre historien François Furet dans Penser la Révolution française (p. 241).

 

Déjà en 1889, René de la Tour du Pin  relevait :

 

 « Le siècle actuel porte la marque de l’usure et mérite d’en conserver le nom. » (R. de la Tour du Pin, Vers un Ordre social chrétien, p. 71.)

 

Et dans l'encyclique Quadragesimo Anno (1931), le Pape Pie XI avertissait le monde des deux conséquences du pouvoir discrétionnaire des maîtres de l’argent sur l’économie moderne :
 

- la « déchéance du pouvoir politique (…) tombé au rang d’esclave et devenu le docile instrument (…) de toutes les ambitions de l’intérêt ».

- l’ « internationalisme ou impérialisme international de l’argent, funeste et exécrable, pour lequel là où est la fortune, là est la patrie ».

 

Cette double caractéristique des temps modernes (développement de l’usure, domination de l’économie et de la politique par la dette et donc les puissances d'argent) a été reconnue aussi bien par des hommes de finance et des hommes politiques que par des doctrinaires de ces deux disciplines. Elle tranche avec la saine pratique de droit divin, qui, pendant des siècles permit d'éviter la soumission du politique à l'Argent.

 

En somme, tout se passe comme si à mesure que nous nous éloignons du règne du Christ sur la société, et plus le pouvoir est soumis à l'Argent. Le Christ Notre Seigneur ne dit-il pas : "Nul ne peut servir deux maîtres" ? Les libertés et l'égalité en droit comme de fortune suivent ce mouvement et se restreignent jusqu'à complète disparition aujourd'hui.

 

Les libertés au "Moyen Âge" et sous l'"Ancien Régime"

 

"Le mot de liberté, que nos pères ont laissé trop souvent s'obscurcir au cours de leurs frivoles querelles, reprendra le sens religieux que lui donnèrent jadis nos ancêtres celtes. La liberté française deviendra du même coup la liberté du genre humain. [...] Nous aurons raison de vous et des vôtres, si nous avons su garder notre âme !"
 
 
(Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune, dans Essai et écrits de combats, t. I,  p. 450, cité in Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Paris 2008, p. 725).

 

"Les libertés sous la Monarchie se déclinaient au pluriel" (François Bluche dans son Louis XV)

 

La France a dès le Moyen Âge porté la responsabilité d'une défense de la liberté de l'Eglise. Dans une lettre du 21 octobre 1239, le pape Grégoire IX écrit au roi de France Louis IX (saint Louis):

 

 

Emile_Signol_-_Louis_IX,_dit_Saint_Louis"Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi ici-bas des royaumes différents, suivant la diversité des langues et des climats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des missions spéciales pour l'accomplissement de Ses desseins.

Et comme autrefois Il préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob et comme Il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi Il choisit la France, de préférence à toutes les autres nations de la terre, pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, la France est le Royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ.

 

Cette lettre a été rappelée par saint Pie X le 13 décembre 1908 lors de la béatification de Jeanne d'Arc, et fut reçue avec une sainte ferveur par un gouvernement anticlérical, réuni à la cathédrale pour l'occasion.

 

La liberté de culte pour les croyants d'autres religions s'est manifestée pour la première fois en France en 1562 dans un édit royal qui octroya la liberté de culte aux protestants.

 

Dès 1562 sous Charles IX (roi de France 1560-1574), soit en pleine monarchie de droit divin, le roi octroie aux protestants l'"édit de tolérance", dit édit de "Saint-Germain" ou encore "Edit de janvier" (17 janvier 1562). Cet édit royal donnait la liberté de culte aux réformés, ainsi que le droit de se réunir à l'extérieur des villes fortifiées. L'"édit de tolérance" eut paradoxalement des conséquences inattendues. Il décupla le radicalisme des Huguenots, attisa la haine entre les deux communautés (catholiques et protestantes) et provoqua les Guerres de religion qui devaient durer trente ans. Le Parlement de Paris refusa de le ratifier. On estime qu'à ce moment, plus d'un tiers de la noblesse française était acquise au protestantisme. Les protestants qui crièrent à la persécution, prirent les armes. En mars 1562, la guerre civile commençait et un manifeste du prince protestant de Condé l’ouvrit.

 

D'une manière générale, aujourd'hui, avec le recul, on constate que les libertés privées et civiles étaient bien plus étendues sous la monarchie que sous la république dite "française".

 

La loi du roi dès le Haut Moyen Âge ne pouvait pas aller contre la loi des gens, ce qu'on appelait les traditions du peuple (coutume) parce que cette loi appartenait au peuple. Ainsi, sous Charlemagne, au VIIIe siècle la loi est "intangible" parce qu'elle "appartient au peuple", le roi ne peut y "toucher quant au fond" (Jean Favier, Charlemagne, Texto, Le Goût de l'histoire, Lonrai 2013, p. 334-335). "Le roi n'a rien d'un autocrate. Pour bien des affaires législatives ou politiques, qui ne sont pas dans le champ d'application du ban royal, la rédaction de l'assemblée paraît avoir infléchi ou déterminé la décision royale" (J. Favier, ibid., p. 303).

 

"En 792, il (le roi) évoque les nombreuses plaintes de ceux qui 'n'ont pas conservé leur loi'. Si quelqu'un dit qu'on lui a refusé le bénéfice de sa loi, écrit le roi, les missi doivent bien dire que ce n'est ni la volonté ni l'ordre du roi. On punira le missus ou le comte qui aura confondu les lois. Pour limiter les contentieux, le roi prescrit que l'on fasse enquête pour savoir 'quelle est la loi de chacun, d'après son nom' !

 

En fait, "lorsque le roi ajoute aux lois, c'est pour clarifier les ambiguïtés et combler les lacunes, non pour changer le sens de la législation" (J. Favier, ibid., p. 347-348.) Encore moins pour changer de civilisation comme a pu le déclarer en toute impunité une "ministre de la Justice" de la Ve république, Christiane Taubira (ce qui, notons-le, est du jamais vu dans l'histoire) :

 

"C'est une réforme de société et on peut même dire une réforme de civilisation", déclara Christiane Taubira, le 7 novembre 2012 au sujet du projet de loi sur l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels, dans un entretien publié dans "Ouest France".

 

Le roi avait-il le droit comme madame Taubira de changer la civilisation ? L'excellent Frantz Funck-Brentano, évoquant les coutumes du Royaume, répond :

 

"Le roi a-t-il le droit de modifier ces usages ? ... [C]ertains jurisconsultes, comme Jean de Terre-Rouge, déclaraient-ils qu'il n'était puissance humaine qui eût pouvoir de modifier les coutumes du royaume. Les Etats généraux eux-mêmes n'auraient pu s'en arroger le droit. Sur ce point, l'excellent Bodin, de sa pensée si vivante, répand sa claire lumière: 'Quant aux coutumes générales et particulières, on n'a pas accoutumé d'y rien changer, sinon après avoir bien et dûment assemblé les trois Etats de France en général et de chacun bailliage en particulier.'

 

Etienne Pasquier reconnaît à son tour que les rois ont toujours plié leur volonté aux constitutions locales des pays de France, Bossuet, pour grand que soit son culte de l'absolutisme monarchique, déclare que le roi doit se plier aux privilèges des provinces et aux libertés diverses du pays.

 

Et l'historien d'expliquer que nous voyons Louis XIV, lui-même, proclamer que le roi ne peut modifier les "lois de son Etat":

"'Qu'on ne dise point que le souverain ne soit pas sujet aux lois de son Etat, puisque la proposition contraire est une vérité du droit des gens, que la flatterie a quelquefois attaquée, mais de de bons princes ont toujours défendue comme une divinité tutélaire', paroles impressionnantes sous la plume du roi-soleil.'" (Louis XIV cité in F. Funck-Brentano, Ce qu'était un roi de France, Hachette, Corbeil 1940, p. 202-203.)

 

Au IXe siècle,

 

"Charlemagne ne s'aventure pas à harmoniser en force les lois qui régissent son royaume, à plus forte raison l'empire. Mais par le jeu des capitulaires 'à ajouter aux lois', dont il peut étendre l'effet sur tout un territoire et éventuellement sur tous ses sujets, il commence d'atténuer les discordances. Il n'ira pas plus loin. Même lorsqu'un Agobard jugera souhaitable, dans les années 830, d'unifier le droit des peuples soumis à l'empereur franc, il sera seul de son avis." (J. Favier, ibid., p. 349). Quelques exemples :

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3f/Br%C3%A9viaire_d%27Alaric_%28Clermont%29.jpg/220px-Br%C3%A9viaire_d%27Alaric_%28Clermont%29.jpg. La Bourgogne gardera une loi qui n'a plus rien de national, "une loi purement territoriale".

. La loi romaine que résumait pour les Visigoths le  Bréviaire d'Alaric, on ne songe pas à y toucher.

. On ne touche pas davantage lors de la constitution de la Marche d'Espagne, à la loi du royaume visigothique dérivée du Bréviaire et codifiée en un Livre des Juges rédigé à Tolède en 654 par le roi Réceswinthe.

 

L'historien Jean Favier résume le degré maximal que pouvait atteindre un Charlemagne législateur :

 

"Les mesures d'exception du capitulaire saxon mises à part, le roi des Francs n'a guère osé 'ajouter' vraiment aux lois. Limitée était sa capacité à l'être (législateur) sans dresser contre lui les tenants de la tradition germanique, réticente envers l'innovation comme envers la fixation par écrit d'un droit par principe oral et largement tributaire de l'interprétation. Limités étaient aussi les domaines dans lesquels il pouvait intervenir, et les esprits ne paraissaient pas prêts à accepter une uniformisation du droit dans le royaume, à plus forte raison dans l'empire." ( J. Favier, ibid., p. 351).

 

Sous l'"Ancien Régime", du XVIe siècle à 1789, la France était un "pays hérissé de libertés", au point que pour Tocqueville, "les libertés (françaises)... offraient une résistance à l'arbitraire 'plus efficace,... que celle des lois" (in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 528).

 

"Selon le mot de Montesquieu : 'Chaque partie de l'Etat était un centre de puissance.'

 

'Tout village, disait Richelieu, est une capitale.'

 

Le Parlement de Provence déclarait: 'Chaque commune parmi nous est une famille qui se gouverne elle-même, qui s'impose ses lois, qui veille à ses intérêts.'

 

Les parlements de province auraient pu parler de même. Les assemblées de village, où les gens des campagnes délibéraient de leurs affaires, soit sur la place commune, soit dans l'église, ont été souvent étudiées: 'C'est là, écrit Emile Cheysson, c'est sur cette place, sous cet orme, que nos pères se réunissaient et délibéraient de leurs fors. Aujourd'hui ces villages sont absorbés par la centralisation et ressentent tous au même moment la même impulsion bureaucratique. Ils ont perdu leur vie propre et leur relief.'

 

Le pays de France était hérissé de libertés. Par elles il se gouvernait, libertés renforcées par les hiérarchies sociales et l'indépendance des provinces." (F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 179)

 

"Louis XIV et Colbert unirent vainement leurs efforts pour faire disparaître les douanes intérieures qui séparaient nos provinces les unes des autres. ... Vainement tentèrent-ils de doter les français de l'unité des poids et mesures." (F. Funck-Brentano, ibid., p. 181.)

 

"La France en semblait une agrégation de peuples distincts. En Provence, le roi n'était pas considéré comme roi, mais comme comte de Provence. Le Languedoc et la Provence voulaient délimiter précisément leurs frontières.

 

... En Dauphiné, le roi était dauphin du viennois, en Bretagne, duc de Bretagne. Le Parlement de Pau déclare que les Béarnais habitent un pays 'étranger à la France', 'indépendant sous une suzeraineté commune.'

 

En chacune de ces provinces, les habitants avaient le droit d'être administrés par les hommes de la province, jugés chez eux par des magistrats de la province; de même en Artois, en Bourgogne, en Alsace, en lorraine; Marseille est une ville franche qui ne fait pas corps avec le Royaume, un petit Etat à part, de même que Bayonne et Dunkerque. (F. Funck-Brentano, ibid., p. 183.)

 

"Au XVIIe siècle encore, Pascal et Domat pourront dire : 'la coutime, c'est la loi.' Et les Capétiens ne légiféreront plus jusqu'à la Révolution." (F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 56-57.)

 

"Le monarque absolu au royaume de France n’est donc ni un tyran ni un despote. (F. Bluche)

 

C’est pourquoi certains auteurs ont songé à remplacer monarchie 'absolue' par monarchie 'administrative' ou même de monarchie 'tempérée'..." (François Bluche, Louis XIV, Fayard, Paris 2002, p. 195).

 

"L'Etat de nos jours est plus directif que sous l'Ancien Régime" (Jean-Louis Harouel)

 

"La plus libérale des démocraties actuelles est bien plus absolue que la monarchie dite 'absolue'... En effet, l’autorité étatique y est beaucoup plus à même d’imposer sa volonté..." (Jean-Louis Harrouel, L’esprit des institutions d’Ancien Régime, Le miracle capétien, Perrin, 1987).

 

"On aurait bien tort de croire que l'Ancien Régime fut un temps de servilité et de dépendance: il y régnait plus de liberté que de nos jours'..." (Tocqueville cité in Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 529).

 

"Prise dans le carcan administratif qu'elle porte depuis plus d'un siècle sans révolte et qui favorise si bien les tyrannies sectaires ou césariennes, la France d'aujourd'hui est sans résistance et sans force contre les ministres et les bureaux..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 11).

 

Un pays traversé de "chartes, de droits, de statuts, d'immunités de toute grandeur et de toute nature" (Pierre Gaxotte)

 

"La "conception (révolutionnaire-napoléonienne) d'un gouvernement bureaucratique servi par une armée de fonctionnaires, promulguant pour une nation d'administrés une seule législation, est peut-être ce qu'il y a de plus étranger à l'Ancien Régime... Les plus grands réformateurs, les plus amoureux d'unité, Colbert, Machault, Maupeou, Lamoignon, ne pouvaient même pas imaginer pareille uniformité [que celle de la révolution], ni pareille docilité..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 6-7).

 

"Les rois du vieux temps laissaient se gouverner leurs sujets à l'abri de leur autorité souveraine" (F. Funck-Brentano)

 

"En tête de ses Considérations sur le Gouvernement, vers 1737, le Marquis d'Argenson mettait cette épigraphe: 'La liberté est l'appui du trône' .

 

"Sénac de Meilhan ne croyait pas formuler un paradoxe quand il écrivait: 'La nation devait à ses souverains la liberté dont elle jouissait'.

 

"Les étrangers ne s'y trompent pas. Dallington va jusqu'à définir la France sous le gouvernement de ses princes, 'une vaste démocratie'..." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 525-526)

 

Des historiens n'ont pas craint de d'écrire que l'ancien régime était "hérissé de libertés" libertés et autorités, en effet, des organisations professionnelles, des familles, des corps intermédiaires, des provinces, des communes, mais aussi de l'Etat et de l'Eglise" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926,)

 

Ces libertés "grouillent, innombrables, actives, variées, enchevêtrées et souvent confuses, en un remuant fouillis. Chacune d'elle s'anime de pouvoirs particuliers, dont la variété aussi est infinie: autorités locales actives,... illimitées, empiétant les unes sur les autres et se contrariant souvent." (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 527).


"Nous sommes bien éloignés, aujourd'hui, d'une telle conception de la société et des rapports entre les hommes, mais il n'est pas interdit, précisément, d'y réfléchir..." (Alphonse, duc d'Anjou et de Cadix dans un message du 25 janvier 1987). 


"La royauté française, marquée par le christianisme, (...) était fondée sur la justice, la paix et les vraies libertés qui sont les incessantes aspirations du peuple français..." (Alphonse, duc d'Anjou et de Cadix dans une lettre aux directeurs de "Mémoire" en date du 21 juin 1985).

 

On votait plus au "Moyen-Âge" et sous l'"Ancien régime" qu'aujourd'hui

 

Et des votes au plus près de la personne au niveau local dans les communes, les syndics, les corps de métiers, parlements provinciaux, au niveau national, les cahiers de doléance et Etats généraux.

 

http://img.over-blog.com/750x868/0/51/11/65/a-venir-9/Femmes-Moyen-Age.jpg

 

Les femmes votaient dès les "temps barbares de l'obscur Moyen-Âge..."

 

C'était un vote au niveau local qui avait beaucoup plus de puissance et d'efficacité car le sujet du vote et l'élu lui-même était plus proche de la personne. Un vote sain car les gens connaissaient bien le sujet du vote, les problèmes au niveau local, ils pouvaient donner un avis éclairé. Sous la monarchie dite 'absolue', l'élection a donc eu un rôle plus important qu'on ne dit.

Tout d'abord lorsque le Roi réunissait les Etats Généraux pour leur demander conseil ou créer un nouvel impôt, les trois ordres (noblesse, clergé, tiers état ) élisaient leurs représentants sur la base de circonscriptions régionales.

Plusieurs provinces dites pays d'états possédaient un parlement autonome (en matière financière ou d'administration régionale par exemple).

 

. La femme au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime : l'exclusion des femmes ne date pas des "siècles obscurs" mais vient plus tard, de la modernité

 

Le parlement local était élu par la population locale.

 

Chaque grande ville élisait ses dirigeants, désignés parfois sous le terme d' échevin.

"Dans les provinces les plus tardivement réunies à la couronne, avaient longtemps subsisté des Etats particuliers dont les pouvoirs étaient vastes: ils dirigeaient l'administration locale, géraient leur budget privé et votaient les impôts généraux. A la veille de la Révolution, ce système fonctionnait partiellement en Bourgogne, en Provence, en Flandre et dans plusieurs pays des Pyrénées, absolument en Languedoc et en Bretagne. les Etats de Languedoc avaient une forme bonne réputation et passaient pour assez traitables. Ceux de Bretagne étaient difficiles. L'emploi de commussaires du Roi y était considéré comme une épouvantable corvée ...

Aussi originale était la situation des terres alsaciennes et lorraine... Beaucoup d'Allemands viennent s'installer chez nous. Huit ou neuf mille servent dans notre armée et tiennent précisément garnison dans l'Est. les jeunes seigneurs du Palatinat ou du Wurtemberg (Forêt noire) rêvent de Versailles, parlent notre langue, achètent nos livres et collectionnent nos oeuvres d'art. les universités de Bonn et de Mayence sont toutes pénétrées de notre civilisation et quand Goethe songe à être professeur, c'est pour enseigner à Strasbourg.

"Il ne faut point toucher aux usages du pays d'Alsace", avait écrit un ministre de Louis XIV. En vertu de cet adage, ni le Concordat de 1516, ni la révocation (1685) de l'Edit de Nantes (1598) n'y sont appliqués. Les églises y vivent sous le régime en vigueur au moment de la réunion (Traité de Westphalie 1648); les protestants y pratiquent leur culte à peu près sans entraves. La langue, les coutumes, les tribunaux, les libertés bourgeoises, les constitutions municipales sont fidèlement respectées. Ni taille, ni aides, ni droits d'enregistrement; des impôts locaux perçus selon la forme traditionnelle (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 9-10).

 

Chaque corporation ou métier élisait ses représentants salariés et patronaux.

 

Les évêques et les abbés étaient élus par les membres du clergé.

 

Pour finir la Charte de 1814 octroyée par Louis XVIII instituait une chambre des députés. Mais il s'agit probalement là d'une concession faite au principe révolutionnaire de la souveraineté populaire détenue et déclinée par l'Oligarchie..

N'oublions pas non plus que la république, qui se veut en France un modèle, a exclu les femmes du vote jusqu'en 1945, et non la monarchie...

 

"Dans certaines provinces, les sujets du roi pouvait naître, vivre et mourir sans avoir directement affaire à l’Etat..." (Michel Antoine, Louis XV, Fayard, 1989).

 

Sous "l'Ancien Régime", "le principe des libertés nationales était posé dans cette maxime fondamentale de l'Etat français : Lex fit consensu populi et constitutione regis. (La loi est faite par le consentement du peuple et la constitution du roi. Ndlr.)

 

"Consentement de la nation et décret du prince", voilà l'antique formule du pouvoir législatif en France, depuis l'établissement de la monarchie." (Mgr Freppel, La Révolution française, Autour du centenaire de 1789, Paris: A. Roger et F. Chernoviz, 1889, p. 33.) 

 

Le self-government rural ou la "démocratie" et des élections à la pluralité des voix dans chaque village

 

Description de cette image, également commentée ci-après"Parmi les écrivains de l'Ancien Régime, il en est un d'une valeur unique quand il s'agit de la vie populaire, ville ou campagne; nous l'avons déjà cité, le célèbre, trop célèbres par certains côtés, Rétif de la Bretonne. Paysan bourguignon, demeuré en relations avec les gens de son village, il décrit avec une plume fidèle la vie des siens. L'un de ses livres, presque exclusivement consacré à la vie rurale, La Vie de mon père, est un chef d'oeuvre. Parlant des deux villages de Sacy et de Nitry (département de l'Yonne), Rétif écrit :
 
'...Les habitants étaient possesseurs de leur finage, chacun cultivait ses terres, avait des bestiaux en proportion de ses fourrages et des engrais dont il avait besoin.' Outre les propriétés particulières, chacun de ces villages (on disait communauté) possédait des communes (biens communaux) appartenant généralement à tous. Mais laissons la parole à notre paysan : 'La petite paroisse de Sacy, dit Rétif, ayant des communes, elle se gouverne comme une famille.' Chaque mot ici est à retenir : 'Tout s'y décide à la pluralité des voix, dans des assemblées qui se tiennent sur la place publique, les dimanches et fêtes au sortir de la messe, et qui sont indiquées par le son de la grosse cloche. C'est à ces assemblées qu'elle - la petite paroisse - nomme les syndics, les collecteurs pour la taille, les garde-finages pour la sûreté des terres ensemencées et des vignes, enfin les pâtres publics.'
 
C'était comme on le voit, le self-government rural dans son intégrité. Notons que ce tableau de l'assemblée du village, donné par Rétif pour la Bourgogne, concorde, et jusque dans ses détails, avec celui que le cardinal Mathieu présentera pour la Lorraine d'après ses recherches dans les archives locales, avec le tableau que trace M. Jean Barruol pour la Provence et le Comtat-Venaissin, avec le tableau que donne Emile Cheysson de la vie rurale dans nos provinces du Sud-Ouest. 'Quarante mille associations naturelles, écrit Albert Babeau, délibéraient sur leurs propres intérêts et choisissaient leurs agents.'
 
Et Jean Barruol en ses précieuses études sur La Vie rurale dans l'Ancienne France : '1789 donnera aux habitants des campagnes des droits politiques souvent illusoires, qui ne remplaceront pas les libertés et privilèges de plus modeste allure, mais aussi plus pratiques, élaborés par l'expérience et les rapports millénaires du Prince, du Seigneur et des antiques souches paysannes.' (Frantz FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, p. 33-35.)
 
... Et les documents d'archives, pièces inédites, ajoute M. Jean Barruol (La Vie rurale dans l'Ancienne France) confirment de tous points le tableau des ménages rustiques tracé par Rétif de la Bretonne et par Marmontel. (Frantz FUNCK-BRENTANO, ibid., p. 395.)
 
 
En 1788, dans ses Mémoires sur les états généraux, leurs droits, et la manière de les convoquer, le Comte d'Antraigues écrit que les rois ne sont que les simples dépositaires de la volonté du peuple. (La Contre-Révolution, Origines, Histoire, Postérité, sous la dir. De Jean TULARD, Perrin 1990, rééd. CNRS Éditions, Biblis, Paris 2021, p. 24.) Il est l'un des premiers à voir dans le Tiers état la "nation". Dans un passage célèbre, il écrit : "Le Tiers état est le Peuple et le Peuple est le fondement de l'État ; il est en fait l'État lui-même… C'est dans le Peuple que réside tout le pouvoir d'une nation et c'est pour le Peuple qu'existent tous les états." 

 

Ce même comte d'Antraigues, député de la noblesse, défendra pendant l'été 1789 la nécessité d'une déclaration des droits de l'homme. (La Contre-Révolution, Origines, Histoire, Postérité, ibid. p . 25) Ceci ne l'empêche pas de défendre Louis XVI, de revendiquer les prérogatives de la noblesse, de s'opposer au système d'emprunt du ministre Necker, et de publier par la suite de nombreux pamphlets contre la Révolution et contre Napoléon.

 

"La plupart des absolutistes – comme des monarchiens – adoptaient une autre explication... Beaucoup de ceux qui ont été appelés aristocrates furent dans cette période des démocrates, écrit Sénac de Meilhan. Les grands, la haute noblesse, le clergé, les dames, les nobles de robe demandaient alors un changement dans le gouvernement. Ils voulaient obtenir, en usant de leur influence sur la nation,  plus de considérations des ministres. Ils voulaient être honorés dans leur province [...] Ces aristocrates sont les vrais auteurs de la Révolution." (La Contre-Révolution, Origines, Histoire, Postérité, sous la dir. De Jean TULARD, Perrin 1990, rééd. CNRS Éditions, Biblis, Paris 2021, p. 29-30.)

 

"La plupart des cahiers de doléances – tous les cahiers généraux du Tiers, le gros de ceux de la Noblesse et une partie de ceux du clergé –  demandaient la consécration de droits nombreux.

"[...] On prend clairement la mesure de cet engouement lorsqu'on voit un Jacob-Nicolas Moreau – adversaire des ''cacouacs'' (les philosophes) et ultime ''légiste'' de l'ancienne France – livrer au mois de mai 1789 des Maximes fondamentales du gouvernement françois ou profession de foi nationale renfermant tous les dogmes essentiels de notre symbole politique, présentées sous la forme d'articles et comportant certes un playdoyer pour la ''monarchie pure'', mais aussi quelques-uns des éléments d'une déclaration des droits." (La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Présentée par Stéphane Rials, Hachette, Pluriel Inédit, Paris 1988, p. 115, 118.)

 
 
En 1790, certains contre-révolutionnaires "ont été parmi les premiers, avant les révolutionnaires, à penser le pluralisme politique. C'est Cazalès, leader de l'opposition noire, qui déclara : "Quels que soient les principes qu'il professe, le parti de l'opposition est et sera toujours le parti du peuple. Le parti qui lutte contre l'autorité dominante, est toujours le parti de la liberté, Roi, Sénat, Assemblée nationale, Parlement, partout où l'autorité n'est pas contredite, le peuple est esclave et le gouvernement tyrannique." (Opinion de M. de Cazalès, dans l'affaire de Nancy, s.l.n.d, in-8°, 22 p. in La Contre-Révolution, Origines, Histoire, Postérité, sous la dir. De Jean TULARD, Perrin 1990, rééd. CNRS Éditions, Biblis, Paris 2021, p. 53.)
 
On doit la consécration elle-même du droit de résistance à l'oppression dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 à une initiative du député monarchien Mounier. (La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Présentée par Stéphane Rials, Hachette Pluriel Inédit, Paris 1988, p. 402.) Ce député royaliste réformateur est également à l'origine  des premiers articles de la Déclaration affirmant les "droits naturels et imprescriptibles de l'homme" et la rédaction définitive elle-même de la Déclaration (La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Présentée par Stéphane Rials, ibid., p. 179, 385, 392.)
 
 
Une instruction plus développée qu'on ne le croit
 
"Quant à l'instruction, elle était beaucoup plus développée qu'on ne le croit généralement. [D]ans la Vie de mon père, (de Rétif, (mort en 1806 Ndlr.) encore, nous trouvons des détails précis sur l'école populaire des villages de sacy et de Nitry en Bourgogne.
 
M. T., receveur de l'enregistrement, à B... (Gironde), nous faisait l'honneur de nous écrire, écrit F. Funck-Brentano :
 
"En classant dernièrement de vieux papiers dans le Lot-et-Garonne, j'ai trouvé un document qui confirme votre opinion sur l'instruction primaire dans les campagnes sous l'Ancien Régime. Il s'agit d'un cahier d'écolier de novembre 1686." Ce dernier appartenait à une famille de laboureurs, d'est-à-dire de paysans. Ce qui au surplus, est remarquable, écrit M. T., c'est que cet écolier demeurait dans un coin du Lot-et-Garonne, à Lastraules, où, il y a une soixantaine d'années, il n'y avait encore aucun chemin pour s'y rendre, mais de simples pistes. Nous sommes en un modeste petit village comme perdue parmi ses cultures. ... Dans le corps du cahier on trouve diverses manières d'additionner, de soustraire, une table pour apprendre à bien multiplier, laquelle il faut savoir par coeur. La réduction des monnaies y tient une grande place. Le tout est accompagné d'exemples et de problèmes. "J'appaprtiens à une très ancienne famille du Rouergue, poursuit notre correspondant, rapporte F. Funck-Brentano. Voilà un mois, je conduisais mon grand-père dans le petit cimetière d'un village près de Millau. Lorsque, dans la douloureuse nuit où nous veillions son corps inanimé, les premières lueurs de l'aube vinrent se mêler à la clarté vacillante des cierges, je demandai à mon père de me montrer les archives familiales. Une liasse de vieux papiers jaunis où revit une partit de ma race. Jamais encore je n'avais pu obtenir de mon grand-père de me les montrer. Parmi ces paysans, mes ancêtres, qui précédèrent la Révolution, tous sont doués d'une belle écriture, d'une phrase parfaitement correcte. ... Après la Révolution au contraire, vers 1840, je trouve un de mes pères complètement illettré, puis le père de mon grand-père écrit difficilement; mon grand-père aussi. Qu'est-ce à dire sinon que, sous l'Ancien Régime, l'instruction était très répandue. J'ai des testaments qui sont de vrais chefs- d'oeuvre de correction, de style et j'ajoute, de charité. Tous donnaient une part aux pauvres du village. Ne serait-ce pas la Révolution qui aurait fermé les écoles et ne donne-t-on pas à l'Ancien Régime une réputation d'ignorance et d'obscurantisme qui, en réalité, reviendrait à l'époque qui lui a succédé ?"
 
"Observations, explique F. Funck-Brentano, confirmées de la manière la plus précise par M. Lucien Noël dans le précieux ouvrage qu'il vient de publier, Montfermeil et sa région: Ces institutions (assistance et instruction publiques) léguées à la Révolution par les gouvernements antérieurs, formaient un splendide patrimoine que les assemblées révolutionnaires paraissent ne pas avoir apprécié à sa valeur... Elles ne s'occupèrent de l'instruction primaire que pour l'amoindrir." (Frantz FUNCK-BRENTANO, La Société sous l'Ancien Régime, Flammarion, Lagny 1934, p. 46-48.)

 

Cliché le peuple d'illettrés

 

"...les livres scolaires, au lendemain des lois sur l'obligation scolaire (Lois scolaires Jules Ferry), endoctrinaient les enfants dès leurs jeune âge. Les manuels d'histoire accusaient, sans nuance et sans crainte du ridicule, l'Eglise médiévale d'avoir mis tout en oeuvre pour maintenir les hommes dans un état de totale inculture; tous disaient que, pour le clergé, "la diffusion des livres était le triomphe du diable". À les lire, s'imposait l'idée que l'Eglise avait "réservé jalousement pour ses moines, dans le mystère des cloîtres, des bribes de science qu'elle se garda bien de communiquer au grand public"... Ces responsables de l'enseignement, appliqués à forger des esprits, suivaient de très près leurs maîtres, Michelet surtout qui intitulait les chapitres de son Histoire de France, consacrés à l'Eglise: "De la création d'un peuple de fous" ou encore "La proscription de la nature"... Certains diraient qu'avant Jules Ferry rien n'avait été fait pour l'instruction du peuple! En tout cas, truisme constamment rappelé, aux temps "médiévaux" (pourquoi pas 'moyenâgeux' ?) aucune école ni dans les villages, ni dans les divers quartiers des villes, si ce n'est pour quelques privilégiés... aussitôt destiné aux carrières ecclésiastiques.

 

"Or nous voici dans l'erreur la plus totale car toutes sortes de documents (archives comptables des municipalités et archives judiciaires, registres fiscaux) témoignent amplement, pour différents pays, de l'existence, outre le curé et ses assesseurs, de maîtres d'école de profession, régulièrement patentés et rémunérés.

 

À Paris, en 1380, Guillaume de Salvadille, professeur de théologie au collège des Dix-Huit, chef des "petites écoles" de la ville, réunit les directeurs de ces écoles où l'on apprenait aux enfants la lecture, l'écriture, le calcul et le catéchisme; sont présents vingt-deux "maîtresses" et quarante et un "maîtres", tous non-clercs, dont deux bacheliers en droit et sept maitres ès arts (J. Hillairet, L'Ile de la Cité, Paris 1969, p. 48)" (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Vérités et Légendes, Perrin, Perrin Malesherbes 2001, p. 217-218).

Les libertés et l'égalité : des principes monarchiques millénaires dévoyés ou le bilan effroyable de la République "française"

"L'enseignement était obligatoire et gratuit" (F. Funck-Brentano, ibid., p. 50) :

 

"Par les ordonnances du 15 avril 1695 et du 13 décembre 1698, Louis XIV déclare : 'Que les pères et mères ainsi que les tuteurs ou autres personnes chargées de l'éducation des enfants devront envoyer les enfants aux écoles jusqu'à quatorze ans.'

 

"Albert Babeau a noté qu'en  Normandie il y avait, avant la Révolution, 94% de gens sachant lire et écrire; en Lorraine, 87%. 40.000 écoles gratuires avaient été construites pour une population sensiblement inférieures à celles de la France d'aujourd'hui (en 1934 Ndlr.).
 
Au cours de son livre l'Ecole sous la Révolution, V. Pierre constate qu'il y avait en 1789 des écoles dans chaque paroisse 'et presque dans chaque hameau'. (Frantz FUNCK-BRENTANO, ibid. p. 50-51.)
 
"[N]ous regretterions de ne pas terminer en citant un auteur qui ne sera pas taxé d'une tendresse excessive pour la France de l'ancien temps, ni d'hostilité aux réformes nouvelles: il s'agit de Voltaire. 'Je ne sais, dit l'auteur de Candide et du Siècle de Louis XIV, je ne sais comment il arrivé que, dans nos villages, où la terre est ingrate, les impôts lourds, la défense d'exporter le blé qu'on a semé intolérable, il n'y ait pourtant un colon qui n'ait un bon habit de drap, qui ne soit bien chaussé, bien nourri', et nous ajouterons "bien instruit", comme on vient de le voir !" (Voltaire cité in Frantz FUNCK-BRENTANO, ibid. p. 55)

 

 

"Les grands services de l'Etat, la justice, l'armée, la perception des impôts, l'instruction publique échappaient au pouvoir central.

 

De toutes parts le gouvernement se trouvait endigué par des forces plus maîtresses de l'Etat que lui-même."

 

A la tête de la magistrature française, le chancelier est 'l'interprète de la volonté souveraine, devant les cours de justice.' ... Magistrats qui ne craignaient pas de tenir en échec la volonté souveraine.

 

... 'Les parlements, dira Louis XV, élèvent leur autorité à côté et même au-dessus de la nôtre, puisqu'ils réduisent notre pouvoir législatif à la simple faculté de leur proposer nos volontés en se réservant d'en empêcher l'exécution!' (F. Funck-Brentano, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 185-187.)

 

Quant aux forces de police armée, on peut dire que dans le royaume, elles n'existaient pas ! (Funck-Brentano, ibid., p. 189.)

 

"L'instruction publique, on sait comment, depuis le sommet jusqu'au dernier échelon, elle était hors les mains de l'Etat. L'idée que l'Etat pût se substituer comme éducateur au père de famille eût plongé nos ancêtres dans un grand étonnement." (Funck-Brentano, ibid., p. 191.)

 

"Notre administration (aujourd'hui NdCR.) a dans les mains la gendarmerie, les gardes mobiles, le corps enseignant, le monde des préfets, sous-préfets, contrôleurs, percepteurs, instituteurs, employés des postes et des chemins de fer, ingénieurs et agents des ponts et chaussées, des eaux et forêts, douaniers, sans oublier les intarissables speakers de la T.S.F (radio Ndlr.); multitude immense installée dans les coins et recoins les plus divers du pays et sur laquelle du fond de son cabinet, du matin au soir, le ministre peut agir, s'il le faut, par la rapidité du télégraphe et du téléphone....

 

[L]e plus modeste de nos secrétaires d'Etat dispose de moyens d'action plus nombreux et plus forts que le Roi-soleil en sa toute puissance.... (Funck-Brentano, ibid., p. 195-196.)

 

Peut-être à ces conclusions objectera-t-on les lettres de cachet.

 

... En trois années, la Révolution a délivré plus de lettres de cachet pour affaires d'Etat - et dont le plus grand nombre ont eu l'issue tragique -, que le gouvernement royal en trois siècles." (Funck-Brentano, ibid., p. 197.)

L'égalité

Saint Thomas d'Aquin définit la loi comme une "ordonnance de la raison, promulguée par celui qui a autorité sur la communauté, pour le bien commun" (I-II, Q. 90, a. 4).

 

La loi ne lie pas de sa propre autorité mais de celle de Dieu, et nous sommes tenus d'obéir à la loi dans la mesure où elle porte l'autorité de Dieu. Par conséquent, si une loi viole la loi de Dieu - la loi naturelle ou divine - alors non seulement elle ne nous lie pas en conscience, mais nous sommes plutôt tenus de désobéir à ces lois, au moins par une résistance passive (comme le refus de participer à l'avortement ou l'euthanasie).

 

Thomas d'Aquin dit que les lois sont contraignantes si elles remplissent trois critères:

 

Premièrement, la "fin": la loi doit servir le bien commun de la société pour laquelle elle est promulguée et destinée, et elle ne doit pas seulement être "bonne en général". Il peut être bénéfique pour les étudiants de faire de la gymnastique le matin, mais il serait étrange qu'un collège l'exige comme partie du régime du matin de chaque classe. 

 

Deuxièmement, "l'auteur": la loi doit être promulguée par l'autorité compétente. Un évêque ne peut décréter des lois liturgiques et autres que dans les limites géographiques (ou spirituelles) de son propre diocèse. Il y a des cardinaux et des archevêques qui voudraient imposer leurs protocoles de Covid à des provinces, des États ou des nations entières, mais eh bien, tant pis.

 

Troisièmement, la "charge" de la loi - car toute loi a sa dimension coercitive - ne peut être disproportionnée par rapport au bien recherché ou au mal évité (le remède ne doit pas être pire que le mal). La loi ne doit pas non plus retomber de manière disproportionnée sur une partie de la population plutôt qu'une autre. Les impôts doivent être imposés de manière équitable, de même que la conscription, la fonction de juré, et personne ne devrait bénéficier d'un traitement préférentiel indu. Tous sont égaux devant la loi, sans que certains soient plus égaux que d'autres.

L'égalité correspond à l'âme française, dès l'époque de la monarchie.   

 

Bien avant 1789 et la franc-maçonnerie, la France Fille aînée de l'Eglise a inventé l'égalité.

   

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"Par la sainte Ampoule (qui aurait servi au baptême de Clovis NdCR.) se trouve symbolisée la doctrine chrétienne, selon laquelle tous les hommes étant égaux, aucun d'eux ne peut exercer l'autorité sur ses semblables si ce n'est par une délégation de Dieu, à qui il devra des comptes. D'ailleurs, l'expression, 'par la grâce de Dieu roi de France', telle qu'on l'employait aux temps féodaux, n'est pas autre chose qu'une forme d'humilité." (Georges et Régine Pernoud, Le tour de France médiévale, Stock, Évreux 1982, p. 63).

 

. C'est la France mérovingienne qui la première au VIIe siècle a aboli l'esclavage sur le territoire franc.  

La reine sainte Bathilde (626-680), épouse de Clovis II "interdit les marchés d'esclaves, ce qui revient à prohiber l'esclavage sur ses terres." (Régine Pernoud, Les saints au Moyen Age, la sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui ? Plon, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 204-205.)

 

. Apparition du principe du consentement dans le mariage chrétien. "Le mariage consenti met l'homme et la femme à égalité au moins sur le plan des principes, ce qui n'était pas le cas auparavant" (La France médiévale , Sous la Direction de Jean Favier, Fayard, Vitry-sur-Seine 1983, p. 35.)

 

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"Le mouvement communal a été, dès son origine dans les années 1070, le fruit d'une prise de conscience collective et l'expression de la construction spontanée de solidarités horizontales entre hommes libres et égaux." (Jean Favier,  La France féodale, 1984, réed. Le Grand Livre du Mois, Paris 1995, p. 115.)

 

. C'est la France capétienne qui sous Louis X le Hutin  a publié un édit affirmant que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc », c'est-à-dire libre.

 

Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ». Il n'y aura plus d'esclaves sur le sol métopolitain depuis ce jour sur le sol métropolitain.

 

"[L'affirmation de l'individu au sein du groupe défini par ses privilèges favorise l'établissement de relations horizontales entre personnes de rang égal." (Jean Favier, La France féodale, 1984, rééd. Le Grand Livre du Mois, Paris 1995, p. 11)

 

Les rois de France n'ont cessé depuis la fin du XVIIe siècle de vouloir faire la grande réforme fiscale d'égalité devant l'impôt

 

"Capitation" 1695, "dixième" 1710, "vingtième" 1750, "Subvention territoriale" 1786. Ils en furent empêchés par les parlements qui refusaient d'enregistrer les édits... (Cf.  Les révolutions françaises, Sous la Direction de Frédéric Bluche et Stéphane Rials, Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1989, chapitre "La pré-Révolution 1788-1789, rédigé par Jean-Marie Harouel).

Cette réforme eut sauvé la monarchie et nous aurait évité la Révolution avec ses bains de sang, le génocide vendéen, les guerres napoléoniennes, les génocides et les totalitarismes du XXe siècle qui s'en inspirèrent.

 

Lire : "14 juillet 1789 : La Révolution dite "française".

 

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Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville

 

En 1749, le vingtième est un impôt direct qui fut voulu par le contrôleur général des finances Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville qui souhaitait établir un impôt direct touchant l'ensemble de la population (tiers-état, nobles et clergé) dont le montant correspondait à 5 % (1/20) des revenus.

 

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Calonne,

Projet de "Subvention territoriale" de 1786

 

Le 20 août 1786, Calonne présente son projet de Subvention territoriale. Il adresse à Louis XVI le Précis d’un plan d’amélioration des finances dans lequel il propose de "revivifier l’État entier par la refonte de tout ce qu’il y a de vicieux dans sa constitution". Il s'agit de supprimer les douanes intérieures, de supprimer les traites, de réduire la taille, de remplacer les corvées par une prestation en argent, de transformer la Caisse d’escompte en une banque d’État et surtout de créer de nouveaux impôts en taxant les propriétés de la noblesse et du clergé. Cette réforme ne put se faire à cause de l'opposition de la Haute-noblesse et du Haut-Clergé sous Louis XIV ("Capitation" de 1695), la franc-maçonnerie sous Louis XV et Louis XVI ("Vingtième" et "Subvention territoriale"). Ces gens (qui avaient colonisé le Parlement de Paris ainsi que les parlements de France et de Navarre), pratiquaient une obstruction parlementaire systématique contre tout projet royal visant à établir l'égalité devant l'impôt.

 

La franc-maçonnerie, alliée de la banque qui devait prendre le pouvoir en 1789 et le garder jusqu'à aujourd'hui, ne défendit cette égalité fiscale qu'en 1789... c'est-à-dire qu'une fois que leur "Révolution" aura été mise en place, afin de se tirer la couverture à elle.

 

En 1789, le l'abbé Mably estimait que "c'était toute la nation, y compris le Tiers-État qui participait de l'égalité et de la liberté originelles des guerriers (Francs) fondateurs" (La Contre-Révolution, Origines, Histoire, Postérité, sous la dir. De Jean TULARD, Perrin 1990, rééd. CNRS Éditions, Biblis, Paris 2013, p. 31.)

 

"Les théoriciens chrétiens proposaient depuis longtemps des théories sur la nature de l'égalité et sur les droits de l'individu. Le travail ultérieur de théoriciens politiques 'laïques' tels que John Locke a été explicitement fondé sur des axiomes égalitaires posés par les penseurs religieux." (Jeremy Waldron, God, Locke, and Equality, Cambridge University Press, 2002, cité in Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Éditions Presses de la Renaissance, Paris 2007, p. 11). 

 

"Beaucoup expriment également de l'admiration pour les œuvres de John Locke au XVIIe siècle comme étant une source majeure de la théorie démocratique moderne, apparemment sans se rendre compte le moins du monde que Locke fonda explicitement toute sa thèse sur les doctrines chrétiennes concernant l'égalité morale." (Jeremy Waldron, ibid.cité in Rodney STARK, Le Triomphe de la Raison, ibid., p. 119.)

 

"Il (le christianisme) est surtout admirable, écrit Chateaubriand dans Génie du Christianisme (1802) pour avoir transformé l'homme physique en homme moral.

 

"Tous les grands principes de Rome et de la Grèce, l'égalité, la liberté, se trouvent dans notre religion, mais appliqués à l'âme et au génie, dans des rapports sublimes." (Chateaubriand cité in La Contre-Révolution, Origines, Histoire, Postérité, sous la dir. de Jean TULARD, Perrin 1990, rééd. CNRS Éditions, Biblis, Paris 2021, p. 341)

 

Et dans les Mémoires d'Outre-Tombe, il démontre l'idée que le christianisme a apporté au monde la véritable notion de liberté et que cette notion toute chrétienne doit être la pierre angulaire des sociétés politiques de l'avenir.

 

"Il n'y a pas de véritable religion sans liberté ni de véritable liberté sans religion" (1831).

 

"La liberté est sur la croix du Christ, elle en descend avec lui." (1836, Chateaubriand cité dans La Contre-Révolution, Origines, Histoire, Postérité, ibid., p. 343)

 

"La disparition de l'esclavage sous la double action des femmes et de l'Evangile" (Régine Pernoud)

 

 

"On est frappé du dynamisme, de la capacité d'invention de ces femmes que l'Evangile a libérées. Un exemple est frappant: celui de Fabiola… Elle fait partie de ces dames de l'aristocratie romaine qui sont devenues les disciples de saint Jérôme; frappées de voir le nombre de pèlerins qui viennent à Rome et là se trouvent sans ressources, elle fonde une "Maison des malades", nosokomïon, à leur intention. Autrement dit, Fabiola fonde le premier hôpital. C'est une innovation capitale et il est inutile de souligner l'importance qu'elle aura au cours des siècles. Un peu plus tard, de nouveau, elle fera preuve d'invention en créant à Ostie, port de débarquement des pèlerins, le premier centre d'hébergement, xenodochion. On a souvent affecté de reprocher à la femme un certain manque d'imagination: Fabiola offre à cette réputation un démenti éclatant, et lorsqu'on visite ces chefs d'œuvres d'architecture fonctionnelle et de réalisation artistique que sont l'hôpital de Tonnerre ou celui de Beaune, on devrait se souvenir qu'ils sont le fruit, l'aboutissement d'une œuvre de femme attentive aux besoins de son temps qui sont ceux de tous les temps… Le système hospitalier du Moyen Age, extrêmement développé, celui des hospices routiers qui jalonnent les routes de pèlerinage, témoignent de la fécondité de cet héritage.

 

"Il y aurait tout un chapitre à écrire sur les religieuses (p. 28) hospitalières; contentons-nous de rappeler ici la fondation à Paris de l'Hôtel-Dieu, l'an 651, où pendant mille deux cents ans des religieuses et religieux soignèrent gratuitement les malades [pas besoin de sécurité sociale] qui se présentaient. Pour donner une idée de son activité, il suffira de rappeler la requête de la prieure de l'Hôtel-Dieu de paris, sœur de Philippe du Bois, rédigée le 13 décembre 1368, où elle indique que la consommation journalière de l'Hôtel-Dieu s'élève à 3500 draps ou autres de toile. A cette même date de 1368, l'Hôpital parisien de Saint-Jacques, non loin de l'Hôtel-Dieu, donnait asile en un an à 16 690 pèlerins.

 

"Pour en revenir aux contemporaines de Fabiola, il faut signaler les deux Mélanie, l'ancienne et sa petite-fille, Mélanie la jeune; celle-ci, héritière des immenses domaines de sa grand-mère (on sait que dans la province d'Afrique, la moitié des terres appartenaient à six propriétaires!), donc Mélanie la jeune et Pinien son époux distribuent cet immense territoire à leurs esclaves (plus d'un millier); Pinien devient évêque sur les pas de l'évêque d 'Hippone, saint Augustin, et Mélanie se retire en Terre sainte où sa grand-mère a fondé une communauté de libération des esclaves, Mélanie a eu une action concrète, certaine.

 

"N'est-il pas surprenant que l'on ait pas souligner cette mutation que représente la disparition de l'esclavage ? Les manuels scolaires sont muets sur un fait social dont l'importance pourtant primordiale semble avoir quelque peu échappé aux historiens...

 

"Le retour de l'esclavage à l'époque de la Renaissance aurait dû cependant attirer leur attention sur le processus inverse qui s'était amorcé dès le IVe siècle...

 

"L'esclave, totalement dépourvu de droit, l'esclave-chose, tel qu'il était dans le monde romain, ne pouvait évidemment survivre longtemps à la diffusion de l'Evangile. Déjà l'affranchissement des esclaves était largement facilité au IVe siècle, et dès Constantin Ier, l'une des réformes stipulant que les membres de la famille de l'esclave ne seraient plus séparés impliquaient pour l'esclave ce droit à la famille et au mariage qui lui avait été refusé jusqu'alors… Enfin, le rôle joué par l'Eglise dans les affranchissements de fait est consacré par le Code Justinien pour lequel le séjour au monastère dans le dessein d'y entrer suspend toute servitude. Justinien avait aboli la loi romaine du Bas-Empire interdisant d'affranchir plus de cent esclaves à la fois.

 

"Les conciles ne cesseront d'édicter des mesures pour humaniser le sort de l'esclave et peu à peu amener à le reconnaître en tant que personne humaine. Ainsi mesure-t-on les progrès entre le concile d'Elvira de 305 qui impose sept ans de pénitence à celui qui aurait tué son esclave jusqu'au concile d'Orléans (511) où le droit d'asile des églises est proclamé pour les esclaves fugitifs, ou celui d'Eauze (551) qui affranchit d'autorité le serf que son maître aurait fait travailler le dimanche.

 

"Mais pour comprendre l'évolution qui s'est produite, il faut rappeler qu'au moment du concile d'Elvira on se trouve encore en pleine civilisation païenne, où le meurtre d'un esclave n'est aucunement considéré comme un crime puisqu'il est légalement permis.

 

"On peut aussi relever ces canons des conciles d'Orange (441) et Arles (452) dans lesquels il est précisé que les maîtres dont les esclaves auraient cherché asile dans l'église ne pourront pas compenser cette défection en s'emparant des esclaves des prêtres.

 

"Il est toute une étude à faire, dont il faut bien constater qu'elle n'a été entreprise que dans le cadre stricte du juridique, pour suivre l'influence de la mentalité chrétienne, imprégnant peu à peu les mœurs, sur la législation civile proprement dite. Au Ve siècle, saint Césaire s'écrie, répondant à ceux qui le blâment d'avoir payé pour l'affranchissement d'esclaves: "Je voudrais bien savoir ce que diraient ceux qui me critiquent s'ils étaient à la place des captifs que je rachète. Dieu, qui s'est donné lui-même pour prix de la rédemption des hommes, ne m'en voudra pas de racheter des captifs avec l'argent de son autel"…

 

(Source: Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock, Évreux 1980, p. 27)

 

L'esclave qui était une chose devient une personne (Régine Pernoud)

 

"C'est donc une constatation qui s'impose: au cours de cette époque réputée brutale s'accomplit le changement peut-être le plus important de l'histoire sociale: l'esclave, qui était une chose, devient une personne; et celui qu'on appellera serf désormais jouira des droits essentiels de la personne: soustrait à ce pouvoir de vie et de mort qu'avait sur lui son maître, il pourra avoir une famille, fonder un foyer, mener sa vie avec la seule restriction à sa liberté que sera l'obligation de demeurer sur le sol selon des modalités qu'on étudiera plus aisément à l'époque féodale proprement dite.

 

Enfin, il faut en revenir aussi à ces pieuses femmes groupées autour de saint Jérôme à la fin du IVe s. pour découvrir les racines de la culture religieuse féminine. En effet, le monastère fondé à Bethléem où se sont retrouvées Paula, Eustochium et leurs compagnes est un véritable centre d'étude; il est vrai que sous l'impulsion de l'infatigable traducteur et exégète auquel on doit le texte de la Vulgate l'activité intellectuelle dont elles témoignent est toute naturelle. Il reste que Paula par exemple apprend l'hébreu: "elle y réussit si bien qu'elle chantait les psaumes en hébreu et parlait cette langue sans y rien mêler de la langue latine", écrira saint Jérôme. L'étude des psaumes, de l'Ecriture sainte, de leurs premiers commentateurs, est familière aux moniales de Bethléem, et c'est à leur demande, par exemple, que Jérôme lui-même compose son Commentaire sur Ezéchiel.

 

Une tradition de savoir va s'établir, dont le point de départ est ce premier monastère féminin de Bethléem. Les monastères d'hommes rassembleront plutôt des êtres désireux d'austérité, de recueillement, de pénitence, les monastères de femmes, à l'origine, ont été marqués par un intense besoin de vie intellectuelle en même temps que spirituelle.

 

A considérer la vie de l'Eglise dans la perspective de ce qu'elle fut à l'époque féodale, on constate que les femmes en ont été les auxiliaires sans doute les plus dévouées, les plus ardentes. Et il est curieux de trouver en germe parmi ces femmes qui agissent avec un tel esprit d'invention aux IVe et Ve siècles ce qui va caractériser la civilisation féodale: à travers Fabiola qui crée les premiers hôpitaux, Mélanie qui abolit l'esclavage dans ses domaines, Paula qui veille à sa propre instruction et à celle des filles groupées autour d'elle, (p. 31) on discerne les éléments de la vie domaniale, le début des monastères où s'épanouit une haute culture, ceux de la chevalerie où la double influence de l'Eglise et de la femme contribueront à faire l'éducation du mâle, à lui inculquer l'idéal du prince lettré et le souci de la défense du faible.

 

C'est pourquoi il nous faut commencer par étudier ce type de femme totalement inconnu de l'Antiquité qu'est la religieuse.

 

(Source: Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales, Stock, Évreux 1980, p. 29-30).

 

L'abolition de l'esclavage au VIIe siècle par Sainte Bathilde, Reine de France" (Mgr Paul Guérin)

 

"Elle veille à la régularité du Clergé, elle met des saints sur les sièges épiscopaux, elle relève les monastères et en fonde de nouveaux, elle travaille à l'affranchissement du peuple, crée un grand nombre d'hôpitaux, abolit l'esclavage en France, assure le maintien de la paix, fait rendre exactement la justice, entetient des ambassadeurs en Espagne et en italie, et évangélise l'Allemagne par ses missionnaires.

 

"[...] Elle s'éteignit... dans le service de Dieu, le 30 janvier de l'an 670. La petite ville de Chelles a le bonheur de posséder encore les reliques de Sainte Bathilde (Mgr Paul Guérin, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Editions D.F.T., Argentré-du-Plessis 2003, p. 64.)

 

L'idéal humain sous Saint Louis: la "prud'homie"

 

"L'idéal humain de Saint Louis est ... la "prud'homie", qu'on ne saurait définir autrement que comme une conduite conforme au code de l'honnête homme tel que pouvait le concevoir le XIIIe siècle.

 

"Parmi ses composantes figurent la courtoisie, l'esprit de justice, la modération, la franchise et le souci d'observer les convenances" (Jean Richard, Saint Louis, Librairie Arthème, Éditions Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1991, p. 146).

 

La justice au coeur des institutions médiévales

 

Dans les instructions laissées par Saint Louis à son fils, on lit:

 

"Cher fils, s'il advient que tu deviennes roi, prends soin d'avoir les qualités qui conviennent à un roi; c'est-à-dire que tu sois si juste, que, quoi qu'il arrive, tu ne t'écartes pas de la justice. Soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu'à ce que tu saches la vérité; et, quand tu la connaîtras, fais justice" (Jean Richard, Saint Louis, Librairie Arthème, Éditions Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1991, p. 304).

 

Fraternité.

Economie et société au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime

Le "Moyen Âge", l'âge d'or de l'Occident

 

"En ce temps-là (Xe-XIIIe s.), seigneurs et paysans vivaient l'âge d'or économique de l'Occident, grâce à l'amélioration des alliages metalliques qui leur permettait de remplacer l'araire de bois par un soc de charrue en métal, source de meillures cultures. le paysan partait travailler avec une hache et des outils tranchants, qui lui donnaient l'occasion de défricher, de gagner des surfaces cultivables sur les forêts, et donc d'augmenter ses bénéfices" (Magazine Histoire du Christianisme, Dossier Les Croisés en Terre sainte 1095-1099, N° 28, juin 2005, p. 76).

 

Grandeur et gloire de la féodalité (Funck-Brentano)

 

"Telle fut l'âme de la féodalité; en elle la France s'organisa. Tout ce qui en est sorti de grand et glorieux, est-il utile de le rappeler?" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 17).

 

La plus belle époque de notre histoire

 

"Mais le XIIe siècle s'écoule et la majeure partie du XIIIe: la plus belle époque de notre histoire.

 

"Sous la douce suzeraineté de Saint Louis la société féodale devait jeter un dernier éclat. "Âge d'or" diront cinquante ans plus tard nobles et roturiers" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 119-120).

La féodalité, "une famille véritable"

 

La "seigneurie est un Etat en miniature, avec son armée, ses coutumes, son ban qui est l'ordonnance du seigneur, son tribunal" (Seignobos in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux ESR, p. 17.)

 

Une économie "bonne et loyale" (Régine Pernoud)

 

"Telle est l'économie médiévale qui a bien mérité son nom d'économie "bonne et loyale".

 

"L'historien Pirenne la déclare "digne des cathédrales dont elle est contemporaine"; et d'énumérer ses caractères:

 

"Elle a assuré aux bourgeois le bienfait de la vie à bon marché; elle a impitoyablement poursuivi la fraude, protégé le travailleur contre la concurrence et l'exploitation, réglementé son labeur et son salaire, veillé à son hygiène, pourvu à l'apprentissage, empêché le travail de la femme et de l'enfant (On se reportera avec fruit aux deux volumes qu'Henri Pirenne a consacrés à la question, sous le titre Les villes au Moyen Age)" (Georges et Régine Pernoud, Le tour de France médiévale, L'histoire buissonnière, Stock, Évreux 1982, p. 283).

 

La compassion pour le pauvre. "La fraternité fut le sentiment qui présida à la formation des communautés des marchands et d'artisans constituées sous le règne de Saint Louis." (Mgr Gaume)

 

"La fraternité fut le sentiment qui présida à la formation des communautés des marchands et d'artisans constituées sous le règne de Saint Louis.

 

Dans ce Moyen Âge qu'animait le souffle du christianisme; mœurs, coutumes, institutions, tout s'était coloré de la même teinte. Le style même des statuts se ressentait de l'influence dominante de l'esprit chrétien.

 

La sollicitude pour les déshérités de ce monde se fait jour à travers les règlements de l'antique jurande. Si l'on reconnaît dans les corporations l'empreinte du christianisme, ce n'est pas seulement parce qu'on les voit dans les cérémonies publiques promenant solennellement leurs religieuses bannières; ces pieuses cérémonies exprimaient les sentiments que fait naître l'unité des croyances. Une passion qui n'est PAS aujourd'hui dans les mœurs ni dans les choses publiques rapprochait alors les conditions et les hommes : LA CHARITE." (Mgr Gaume, L'Europe en 1848.)

 

"Protéger les faibles avait été une des préoccupations du législateur chrétien" (Louis Blanc)

 

Les métiers formaient autant de groupes pressés dans la même rue ou sur les bords du fleuve, et ne reconnaissaient d'autre rivalité que celle d'une fraternelle concurrence.

 

"Protéger les faibles avait été une des préoccupations du législateur chrétien. Loin de se fuir, les artisans d'une même industrie se rapprochaient l'un l'autre pour se donner des encouragements réciproques et se rendre de mutuels services. Les métiers formaient autant de groupes pressés dans la même rue ou sur les bords du fleuve, et ne reconnaissaient d'autre rivalité que celle d'une fraternelle concurrence."

 

"Qui écrivit ces lignes, où respire le génie du christianisme dans ses rapports avec l'industrie? Ce n'est ni M. de Chateaubriand, ni M. De Maistre, c'est Louis Blanc !" (Louis Blanc cité par Martin-Doisy in Mgr Gaume, L'Europe en 1848.)

 

"L'esprit de charité était très développé dans toutes les corporations industrielles et marchandes" (Luchaire)

 

"A la même époque, la "frairie" des marchands de drap de la même ville (Valenciennes, vers 1114) publiait ses ordonnances, qui débutaient ainsi:

 

"Frères, nous sommes images de DIEU, car il est dit dans la Genèse: "Faisons l'homme à l'image et semblance nôtre". Dans cette pensée, nous nous unissons, et, avec l'aide de Dieu, nous pourrons accomplir notre œuvre, si dilection fraternelle est épandue parmi nous; car par la dilection de son prochain, on monte à celle de DIEU. Donc frères, que nulle discorde ne soit entre vous, selon la parole de l'Evangile: "Je vous donne nouveau commandement de vous entr'aimer, comme je vous ai aimés et je connaîtrai que vous êtes mes disciples en ce que vous aurez ensemble dilection."

 

L'esprit de charité, dit M. Luchaire, était très développé dans toutes les corporations industrielles et marchandes, à plus fortes quand elles se constituaient en confréries.

 

Non seulement les confréries sont, à tous les points de vue, des sociétés de secours mutuel, mais une partie de leur trésor commun est généralement consacrée au soulagement des malheureux.

 

Larges aumônes faites le jour de la fête patronale, invitation d'un certain nombre de pauvres aux repas de corps, argent fourni aux hôpitaux et maladredries, fondations d'hospices: tels sont les usages bienfaisants qui sont en pratique dans la plupart de ces associations." (Luchaire, Manuel des Institutions françaises, période des Capétiens directs, p. 368, cité in Mgr Delassus, L'esprit familial, dans la famille, dans la cité et dans l'Etat, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, Lille 1910, réédité aux éditions.Saint Rémi p. 96.)

 

Sous l'Ancien Régime, le paysan le plus pauvre était assuré de sa subsistance

 

"Ce n'est pas que le pays fût malheureux: le servage, qui subsistait dans plusieurs autres pays de l'Europe, en avait disparu. Le XVIIIe siècle avait été pour le paysan une ère de prospérité relative. Les hommes de la glèbe s'étaient enrichis jusqu'à acquérir et posséder plus de la moitié du sol. Voltaire dit leur bien-être.

 

[...] L'industrie était généralement prospère, le commerce avec l'étranger très florissant; depuis Louis XIV, il avait plus que quadruplé. le célèbre banquier genevois Necker, estime que la France détenait, sous Louis XVI, la moitié de l'argent monnayé en circulation dans l'Europe entière.

 

La population du pays montait à vingt-cinq millions d'habitants - chiffre égal à celui de l'Angleterre et de l'Allemagne réunies." (Frantz Funck-Brentano, La Révolution française, Flammarion, Paris 1935, p. 3-4.)

 

"Le servage avons-nous dit, était aboli, les corvées étaient supprimées; les protestants jouissaient de tous les droits d'un citoyen. Les communications avaient été rendues plus faciles et plus rapides par cet admirable réseau de routes dont l'administration de nos intendants sillona la France. Depuis 1784, le régime des lettres de cachet n'existait pratiquement plus.

 

Mais sous l'influence des doctrines abstraites, du fameux laissez faire, laissez passer, le gouvernement venait (1788) de renverser les barrières fermant la France aux produits manufacturés anglais. ... Sous l'afflux des produits industriels anglais, de qualité inférieure mais vendus meilleur marché, des centaines d'ateliers durent congédier leurs artisans. Nos incomparables faïenceries, si belles et si prospères, Rouen, Limoges, Strasbourg, Nevers, Moustiers, Oiron, combien d'autres furent ruinées ! L'industrie de la dentelle, de la bonneterie, les tissages, la ferronnerie, en furent mortellement atteints, des milliers de chômeurs jetés sur le pavé. Des troubles inquiétants en résultèrent." (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 5.)

 

""En 1789, avril, on a commencé à se ressentir du blé cher. Beaucoup de commerçants le retenaient dans leurs magasins pour le vendre plus cher. le pain qui ne valait que 14 sols, est venu en peut de temps à 20. Il y avait à Orléans beaucoup de murmure." Le 20 avril, une émeute éclatait dans la ville, accompagnée de pillage. 'Cela fait un rude vacarme', dit Samelin. Ces scènes de violence se renouvelèrent sur divers points du pays.

 

Nous avons vu que le traité de commerce (libre-échange NdCR.) passé avec l'Angleterre avait produit une crise de chômage. Paris était rempli de mendiants et dont la quémanderie s'accompagnait d'étranges menaces." (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 8.)

 

Auparavant: "la distribution (du blé) se faisait régulièrement toutes les semaines sous l'inspection d'un préposé. Si la provision de quelque loge venait à s'épuiser, ON PRENAIT DANS LE TAS DU SEIGNEUR TOUTE LA QUANTITE NECESSAIRE pour la famille qui en manquait, à charge par elle d'en rendre la même quantité à la moisson nouvelle. AINSI LE PAYSAN LE PLUS PAUVRE ETAIT ASSURE DE SA SUBSISTANCE. Qu'on décide si ce régime ne vaut pas celui des mendiants libres & mourants de faim..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. II, p. 247.)

 

"Il n'y a guère un colon de nos villages "qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri" (Voltaire)

 

Sur la richesse de l'Ancienne France et la richesse des paysans, notons ce témoignage capital d'un ennemi acharné de l'Eglise, Voltaire:

 

"Je ne sais comment il est arrivé que, dans nos villages, où la terre est ingrate, les impôts lourds, la défense d'exporter le blé qu'on a semé intolérable, il n'y ait guère pourtant un colon qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri..." (Voltaire cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 410-411).

 

Une nourriture "substantielle et abondante" (Frantz Funck-Brentano)

 

"Vers le début du règne de Louis XVI, les habitants de Nouans (canton de Marolles-les-Braults, Sarthe)... vivaient ainsi: "La nourriture des habitants, même les moins aisés, était substantielle et abondante. Le pain, dans lequel il n'entrait qu'un tiers d'orge sur deux tiers de blé, était fort bon et le cidre, plus ou moins affaibli par l'eau, ne manquait à personne. La soupe du dîner et au souper était suivie d'un plat de viande ou d'œufs ou de légumes; au déjeuner et à la collation, on avait toujours deux plats, beurre et fromage, puis souvent un troisième de fruits crus, ou cuits, ou secs, pommes, noix, etc." (Bernard, Souvenirs d'un nonagénaire, cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 419).

 

"Legrand d'Aussy parle des paysans d'Auvergne...: les dimanches et fêtes la soupe s'enrichit d'un morceau de lard; les autres jours, elle s'assaisonne de beurre ou simplement de sel. A la table des paysabs aisés on sert du lait et du fromage. Ils mangent tous du pain de sèigle. Quant à la boisson ils ne connaissent, en dehors de l'eau pure, que le 'petit lait'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 419).

 

"La vie paisible, souvent aisée, quelquefois large des paysans" (Pierre Gaxotte)

 

"Au-dessous de la troupe dorée des bourgeois enrichis, y a-t-il une masse énorme de paysans affamés et sans ressources ? Beaucoup l'ont prétendu (évidemment)...

 

"Et aussitôt de citer le célèbre passage de La Bruyère: "L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles... noirs, livides et tout brûlés par le soleil...", sans réflechir que cette page, vieille d'un siècle, n'était qu'un morceau de littérature fignolé par un moraliste qui, comme tous ses contemporains, prenait la charmante vallée de Chevreuse pour un sauvage désert...

 

"On a glané aussi à travers les écrits de certains économistes des peintures effrayantes de la vie des champs... on a cité des témoignages de voyageurs, mais en face de chaque note affligeante on a pu décrire une autre qui la contredit. Comment d'ailleurs, tirer de ces indications fugitives une conclusion générale ? En une heure de voiture, on passe d'un bon pays dans un mauvais, d'une terre grasse à un sol ingrat... Il suffit d'un jour de grêle pour mettre un village dans la désolation. Une récolte qui s 'annonce bien en juin est misérable en juillet. un printemps ensoleillé rachète un hiver détestable. D'une année à l'autre, tout change. D'une province à l'autre, tout varie. Il serait imprudent de donner à de menus faits,strictement localisés, une portée qui dépasserait la limite de leur canton.

 

"Et puis, il faut avoir à présent à la mémoire un fait capital et indiscutable, à savoir que le système d'impôts qui pesait sur le paysan lui faisait des APPARENCES de la pauvreté une nécessité presque absolue. l'impôt rural, la taille, était un impôt sur le revenu grossièrement réparti d'après les signes extérieurs de la richesse, par des collecteurs choisis à tour de rôle entre les paysans eux-mêmes... Malheur au taillable exact et sincère! C'est sur lui que retombera tout le fardeau. Ayant à percevoir une somme fixée globalement à l'avance, désireux d'être débarassés au plus vite de leur horrible mission, enchantés de trouver un naïf de bonne foi, une "poire" comme on dirait aujourd'hui, les taxateurs malgré eux se hâtent de doubler ou de tripler sa cote, tandis qu'ils ménagent ceux dont ils craignent les difficultés: les malins qui ont dissimuler leurs revenus, les mauvais têtes qui ont la réputation de ne pas se laisser faire, les plaideurs endurcis qui ne craignent pas les complications ni les "histoires"!

 

"C'est un dogme profondément ancré dans les esprits populaires que le seul moyen de ne pas payer pour les autres, la seule façon de ne pas être écrasé par les estimations injustes, c'est de restreindre ses dépenses, de paraître sans ressources, d'affecter les dehors du plus profond dénuement ! "Le plus riche d'un village, écrivait en 1709 le grand bailli de l'Ile de France, n'oserait à présent tuer un cochon que nuitamment, car si cela se faisait en public, on lui augmenterait ses impositions"... Le contribuable de l'Ancien Régime est rétif, dissimulé et hargneux, à un point que nous ne soupçonnons plus. Sa mauvaise volonté est sans bornes. Il ne s'exécute qu'à la dernière extrémité. Le plus souvent, il est en retard de deux ou trois ans. Tel qui a de l'argent caché, dit Boisguillebert, ne se laisse pas arracher un sou avant la quarantième sommation. plutôt que d'avouer son aisance, en payant dans les délais, on préfère être traîné en justice et menacé de saisie. On harcèle l'intendant de réclamations et de plaintes. On fait intercéder le seigneur, le juge et le curé ! On gémit, on crie, on proteste sans arrêt et c'est à qui gémira, criera et protestera le plus fort et le plus longtemps, afin de ne paraître ni plus riche ni plus facile que le voisin...

 

"Telle est exactement la situation des paysans de l'Ancien Régime: une grande affectation de misère et, derrière ce manteau de guenilles, une vie paisible, souvent aisée, quelquefois large..." (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 22-23).

 

"En 1789, les Français n'étaient pas malheureux. (Pierre gaxotte)

 

Les documents les plus sûrs nous prouvent, au contraire, que la richesse s'était considérablement accrue depuis un demi-siècle et que l'état matériel de toutes les classes de la société, sauf celui de la noblesse rurale, s'était sensiblement amélioré. Le régime corporatif n'avait pas empêché la naissance et la mise en place de la grande industrie..." (Pierre Gaxotte, ibid., p. 19).

 

Et si "en 1789 la partie la moins favorisée de la population paysanne était en révolte virtuelle contre la transformation capitaliste de l'agriculture, il n'en reste pas moins que, depuis un siècle, les campagnes s'étaient enrichies..." ( Pierre Gaxotte, ibid., p. 30).

 

"Aussi, (en 1789) on peut dire que la vie est devenue plus sûre pour tout le monde. Plus de famines.

 

Les disettes qui au siècle précédent, avaient provoqué une raréfaction des mariages et une restriction des naissances ne sont plus que souvenirs ou imprécises menaces. Les meilleurs rendements, le maïs, la pomme de terre, les communications plus faciles en sont venus à bout. A défaut de signe, l'accroissement régulier de la population suffirait à le prouver" (Pierre Gaxotte, ibid., p. 31).

 

Le pauvre avait toujours "pains, vêtements et asile..., un service public et vraiment royal de charité..., le tout sans coûter un denier à l'Etat..." (Mgr Gaume)

 

"Les splendides caisses d'épargne du travailleur"

 

"L'Europe, devenue chrétienne, embrassa avec ferveur cette double loi. Le riche fut magnifique dans sa charité; ses fondations en faveur des pauvres couvrirent longtemps le sol de l'Europe et de la France en particulier. Confiées à la garde fidèle de la religion, elles (ces fondations) devinrent les splendides caisses d'épargne du travailleur, l'inépuisable patrimoine du malheureux.

 

"Non seulement le pauvre eut du pain, des vêtements, un asile; mais encore on créa pour lui un service public et vraiment royal de charité.

 

"Aussi nombreux que sont les besoins moraux et matériels de l'homme, aussi nombreuses furent les branches de l'admirable service dont nous parlons. L'enfant eut des instituteurs, l'orphelin des pères et des mères, le malade, des médecins et des gardes, le vieillard, le blessé, le lépreux, le pestiféré, le coupable même, en un mot, le malheureux, quel qu'il fut, se vit entouré de soins assidus et d'amis dévoués; tout cela se faisait sans coûter un denier à l'Etat" (Mgr Gaume, L'Europe en 1848.)

 

Fêtes commémoratives, danses & repas pris en commun

 

"Cette noblesse vit familièrement avec ses vassaux & les plus humbles.

 

Elle se mêle, avec femme & enfants, aux fêtes populaires, où le seigneur et la châtelaine et leurs demoiselles dansent avec les paysans. Aux fêtes commémoratives en des repas en commun, dans la prairie verdoyante, sous les grands ormes de la place, le gentilhomme s'attable avec ses tenanciers, ayant apporté vin et gibier et les épices pour relever le menu" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 133).

 

Le seigneur joue avec les gars et trinque avec eux

 

"Le Seigneur joue aux boules, aux quilles avec les gars et trinque avec eux; il intervient dans leurs querelles; apaise leurs différents, familièrement" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 133).

 

"Jusqu'au coeur de la Révolution, en Vendée, dans le Bocage poitevin et dans le Marais, seigneurs et paysans ont gardé cette union étroite: 'Ils se rencontraient aux champs, à l'église, dans les marchés, écrit Pierre de la Gorce; les jours de fête le château prêtait sa pelouse pour les danses'... Seigneurs et métayers allaient chasser ensemble.

 

"On vit jusqu'au cœur de la Révolution, en Bourbonnais, les paysans arracher de l'église le banc du maire jacobin qui avait remplacé celui du châtelain.

 

"- ' Ils avont brûlé le banc de not' bon seigneur ', disaient les braves gens pour leur défense" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 437).

 

Cliché, le paysan attaché à sa glèbe

 

"Le Moyen Age est le théâtre de grandes migrations : pour explorer des terres lointaines, des villages entiers se déplacent" (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 27).

 

"L'image du paysan attaché à sa terre s'est profondément ancrée dans notre bagage culturel; nous y croyons, nous en parlons volontiers: contraintes seigneuriales qui interdisaient de se dépalcer, impossibilité de s'établir à son gré... L'image s'est largement diffusée et appliquée à toute condition paysanne. C'est à tort. Les hommes de nos campagnes acceptaient alors l'aventure, en de nombreuses occasions. Les grandes errances, les déplacements de communautés, les Croisades, les défrichements de terres lointaines, le repeuplement des pays repris aux musulmans jusqu'en Andalousie, tous ces phénomènes parfaitement situés et analysés nous éclairent sur cette aptitude, cette propension parfois à la mobilité; sur ce goût de l'inconnu même" (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 166)

 

Cliché, le paysan misérable

 

(p. 27) Certes, quand un accident climatique ruine la récolte, la famine menace. Il en sera ainsi bien au-delà du Moyen Age, donc bien après la fin de la féodalité, tant qu'on aura pas maîtrisé les techniques de fertilisation des sols et de stockage des grains.

 

Des paysans pauvres, il y en a toujours au XXIe siècle.

 

Dès le Moyen Age, certains s'enrichissent soit en se mariant, soit en héritant, soit en travaillant beaucoup.

 

On voit des laboureurs plus fortunés que les petits nobles ruinés par la guerre.

 

L'alleu, terre (libre) appartenant à un paysan, se rencontre en Languedoc, en Provence, dans le Mâconnais, en Bourbonnais, dans le Forez, en Artois, en Flandre.

 

Locataires de leur exploitation, les tenanciers ne peuvent en être expulsés. Ils possèdent le droit de le transmettre à leurs héritiers, (une sorte de fonction publique, d'emploi à vie transmissible à ses héritiers. Ndlr.) ce qui institue de facto des tenures héréditaires.

 

"De nos jours, le locataire d'une maison, d'un champ, d'une exploitation rurale quelconque, est-il assuré de le rester tout le temps lui sied, aux mêmes conditions, sans augmentation de son loyer quelles que soient la conjoncture et l'inflation de la monnaie ? Est-il assuré de ne pas devoir quitter les lieux si le propriétaire veut s'y installer, ou établir l'un des siens, ou vendre à une entreprise qui promettrait d'y construire un plus bel immeuble, de plus fort rapport ? Est-il assuré encore de transmettre cette maison ou cette ferme à ses enfants, ainsi de génération en génération, pour le même prix, sans que le propriétaire puisse rien y contrevenir ? peut-il vendre son droit d'occupation à bon prix, équivalent à la valeur réelle du bien au jour de l'opération, à un tiers qui prendrait sa place, s'y installerait, ne versant au "seigneur" qu'un pourcentage, au demeurant assez faible, du prix de cette vente ? Peut-il sous-louer avec un fort bénéfice et exiger plusieurs fois le loyer qu'il paie, lui, et qui n'a pas varié depuis des lustres ? Partager le terrain en plusieurs lots pour en tirer de meilleurs revenus ? Enfin, vous est-il loisible, locataire d'aujourd'hui, d'hypothéquer ce bien, de le mettre en gage contre un prêt d'argent ? Tout ceci, nombre de tenanciers 'non propriétaires' pouvaient, à la ville comme à la campagne, le faire et ne s'en privaient pas...

 

(Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 171)

 

Cliché le seigneur qui pressure le serf en lui confisquant tout

 

(p. 29) ...jusqu'aux grains à semer ! Quel intérêt aurait un propriétaire agricole à tarir sa propre source de revenu ?

 

Cliché, le serf "esclave"

 

(p. 28) Un serf n'est certes pas un homme libre. Il n'est pas non plus un esclave. Le droit romain reconnaissait le droit de vie et de mort sur l'esclave : rien de tel n'existe au Moyen Age [grâce à l'Évangile qui petit à petit a imprégné les moeurs. Ndlr.].

 

L'étymologie des deux mots a beau être commune (servus), l'esclave est une chose tandis que le serf est un homme, mais un home dont le statut social est grevé d'incapacités. Si le serf est tenu de rester sur le domaine et de le cultiver, s'il peut être vendu avec les terres, il ne peut en être expulsé et reçoit sa part de la moisson. Il est libre de se marier contrairement à l'esclave antique et de transmettre sa terre et ses biens à ses enfants (tenures héréditaires).

 

Le servage personnel, transmissible à ses descendants, se distingue du servage réel, qui tient à la terre que l'on exploite: prenant l'exploitation d'une terre servile, des hommes libres peuvent volontairement devenir des serfs.

 

Le mouvement d'émancipation est encouragé par l'Église

 

Au fil du temps, les incapacités frappant les serfs se transforment en taxes. Puis le servage recule.

 

Encouragé par l'Église, le mouvement d'émancipation s'accélère dès le IXe siècle.

 

Le moine Suger, ami et conseiller de Louis VI puis de Louis VII, est fils de serf. Le roi donne l'exemple: il affranchit les serfs de son domaine. À la mort de Saint-Louis, le servage a pratiquement disparu en France (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 29).

 

Cliché les impôts insupportables

 

. Des impôts dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient avant 1789 !

 

Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 171-178:

 

"Tout indique que l'idée que nous nous faisons, de nos jours encore, des charges fiscales qui, au Moyen Age, pesaient sur les paysans, que ces condamnations des abus que, inlassablement, rappellent nos manuels ou nos récits romancés, résulte d'un parti pris... ou d'un manque de réflexions. celles-ci devraient, pour une vue plus sereine et plus exacte des choses, s'orienter en deux directions.

 

D'une part, admettre que la ponction fiscale est un procédé inhérent à toute sorte de gouvernement, de quelque nature qu'il soit: aux temps médiévaux, en Occident, les villes marchandes et les princes avaient établi des organismes de perception plus expérimentés et plus contraignants que ceux des seigneurs féodaux aux réputations pourtant si détestables. De toute évidence, les taxes n'étaient ni plus nombreuses ni plus élevées en ces temps de barbarie féodale que dans l'Antiquité ou dans les temps dits modernes. Hors d'Occident, ces organismes et officiers sévissaient certainement avec autant de soin et d'exigence.

 

D'autre part, considérer comme établi que tout renforcement de l'État contre les structures particularistes, en l'occurrence la féodalité, a provoqué, au fil des siècles, un alourdissement des prélèvements et, en même temps, une plus grande sévérité dans les processus de perception (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin Malesherbes 2001, p. 178-179).

 

Cliché, les "corvées effrayantes"

 

(p. 27) Les corvées auxquelles les manuels de jadis faisaient une réputation effrayante, se bornent à un ou deux jours de travail par an, six au maximum (à comparer aujourd'hui avec le nombre de jours que l'État nous vole par le biais de l'impôt sur les revenus)... Avant la lettre, c'est une forme de contribution locale.

 

Cliché, le paysan "taillable et corvéable à merci"

 

(p. 28) Le paysan paie la taille. Certains "à merci", ce qui signifie que cet impôt direct est fixé par le seigneur (l'impôt royal apparaît relativement tard, à la fin du XIVe s.) Dans la pratique, la taille est négociée sous forme d'un abonnement communautaire qui fixe la part de chacun.

 

"La ponction fiscale, remarque Jaques Heers, est de tout gouvernement: les taxes médiévales ne sont pas plus nombreuses ni plus élevées que dans l'Antiquité ou les temps modernes" (Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin, 1992)

 

 

L'Ancien Régime. "L'industrie et le commerce étaient interdits à la noblesse" (Funck-Brentano)

 

Comme l'explique très bien Frantz Funck-Brentano, "on parle des PRIVILEGES de la noblesse, mais ils se payaient d'une terribles rançon par l'interdiction de pratiquer le commerce et l'industrie." (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 137)

 

"La noblesse demeurait, en raison de sa constitution, étrangère au "grand mouvement commercial et industriel de la Renaissance".

 

La noblesse était "héréditairement constituée pour le service militaire et pour le patronnat agricole. C'était sa fonction. TOUTE AUTRE LUI ETAIT INTERDITE, et les plus lucratives, celles qui donnent la fortune, la puissance de l'argent. En regard, la bourgeoisie avait héréditairement dans ses attributions la pratique du commerce et de l'industrie.

 

"Conception de la plus grande beauté, féconde et simple. Sur elle la France s'est bâtie. Elle s'était formée spontanément" (ibid, p. 137).

 

"La noblesse anglaise faisait le commerce: la différence tenait aux différences d'origine. La noblesse anglaise ne s'était pas formée familièrement, féodalement: noblesse conquérante, d'importation étrangère.

 

"La noblesse française était faite pour combattre, tandis qu'à l'ombre de sa valeur, le paysan travaillait la terre et le marchand commerçait. C'était son labeur à elle (la noblesse): un patronat armé; comme ce travail n'était pas rétribué, il était juste, non seulement que la noblesse fût exempte de certains impôts, comme la taille, mais qu'elle perçut des redevances, les sources de la fortune étant taries pour elle...

 

"Nous touchons à l'un des points de l'histoire de notre Ancien Régime sur lesquels on se fait souvent des idées incomplètes. Que si notre ancienne aristocratie s'abstenait systématiquement du commerce et de l'industrie, on (les Révolutionnaires) l'attribue à des sentiments de vanité, à son orgueil? Nous sommes loin du compte indique Funck-Brentano. Le commerce et l'industrie, poursuit-il, étaient INTERDITS à la noblesse, à la requête du Tiers-Etat lui-même (...) qui faisait valoir ses droits, ses PRIVILEGES à lui, et les faisait valoir énergiquement (Etats-Généraux du XVIe s.)... La bourgeoisie ne veut aucune concurrence: elle défend son MONOPOLE, en échange de quoi elle abandonne à la noblesse l'exemption de la taille, les grades militaires et les charges de Cour" (ibid, p. 138).

 

"La noblesse... sa condition agrandissait pour elle les moyens de dissiper sa fortune sans lui offrir les moyens d'en acquérir! On la vit tomber de toutes parts dans une pauvreté extrême" (Frantz Funck-Brentano, ''L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 139).

 

Décadence et pauvreté de la noblesse rurale

 

Funck-Brentano parle de "décadence de la noblesse rurale" (Frantz Funck-Brentano, ''L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 141), ainsi que de "misère de la noblesse rurale" (ibid, p. 154).

 

"Morceau par morceau, les terres qui entouraient le manoir familial ont été vendues à des paysans, à d'anciens fermiers, sous réserve des droits seigneuriaux qui y étaient attachés à titre inaliénable. on voit ainsi des gentilshommes qui n'ont plus pour subsister (le commerce et l'industrie leur étant interdits), eux et leur famille que le produit des redevances!" (ibid, p. 156).

 

"Les écrivains sont unanimes à constater la pauvreté de la noblesse rurale.

 

"[...] Dans les environs d'Auch, observe Arthur Young, les nobles labourent leurs propres champs. 'Et ceux-là, ajoute notre gentleman, sont peut-être des membres de la société plus estimables que les insensés et les coquins qui se moquent d'eux'.

 

"Il en est même qui travaillent dans des fermes voisines, en qualité de journaliers, chargés des plus rudes emplois!

 

"Le délabrement du manoir fait contraste avec le bon aspect des bonnes maisons du village. Pierre Retil, laboureur à Nitry en Bourgogne dit à son fils Edmond: 'Tu as vu ces gentilshommes chasseurs de la Puisaye, en guêtres, en souliers ferrés, portant sous le bras une vieille épée rouillée, mourant de faim... Voudrais-tu être à leur place?' (ibid, p. 157).

 

"En Berry, les 'trois-quart des gentilshommes meurent de faim' (1754). Turgot fera la même constatation pour le Limousin.

 

"En 1750, l'intendant de Besançon fait à son successeur une peinture de la noblesse rurale en Franche-Comté: "La noblesse de ce pays est assez bonne, mais fort pauvre, elle est autant fière qu'elle est pauvre. Elle est très humiliée en proportion de ce qu'elle était autrefois" (ibid, p. 158)

"Le peuple était opprimé" : un mensonge de la secte "républic-haine"; richesse de l'Ancienne France

 

"Albert Mathiez, "champion du robespierrisme", convient que "ce n'est pas dans un pays épuisé, mais au contraire dans un pays florissant qu'éclate la Révolution..." René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 201).

 

Voici donc le type même d'hérésie-blasphème, historiquement incorrect, que l'on n'enseigne pas. Il ne faut surtout pas enseigner que le pays était florissant à la veille de la Révolution!...

 

Non il faut noircir et mentir: "le peuple était opprimé", etc.

 

"L'industrie augmente tous les jours,... on croirait que l'opulence est vingt fois plus grande qu'autrefois" (Voltaire)

 

"L'industrie augmente tous les jours, écrit Voltaire; à voir le luxe des particuliers, ce nombre prodigieux de maisons agréables bâties dans Paris et dans les provinces, cette quantité d'équipages, ces commodités, ces recherches qu'on appelle 'luxe', on croirait que l'opulence est vingt fois plus grande qu'autrefois... Le moyen ordre s'est enrichi par l'industrie.. Les gains du commerce ont augmenté. Il s'est trouvé moins d'opulence qu'autrefois chez les grands et plus dans le moyen ordre et cela a mis moins de distance entre les hommes... aujourd'hui, l'industrie a ouvert mille chemins qu'on ne connaissait pas il y a cent ans" (Voltaire cité in Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 485).

 

Ce témoignage du chef des impies est capital pour contrer le manichéisme farfelu des marxistes agitant aujourd'hui encore le spectre du peuple, pauvre, dominé et opprimé par la noblesse sous l'Ancien Régime...

 

Témoignages d'étrangers sur la richesse et la prospérité de la France d'Ancien Régime

 

"L'air d'abondance et de constentement répandu dans les campagnes de France" (Lady Montague)

 

"Puis voici le témoignage d'étrangers qui jugent nos conditions sociales sans arrière-pensée, celui de Lady Montague qui note en 1739 'l'air d'abondance et de constentement (contentement)répandu dans les campagnes en France'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 411).

 

Un "pays prodigieusement enrichi" (Horace Walpole)

 

[...] celui d'Horace Walpole traversant l'Artois en 1765: "Je trouve ce pays-ci prodigieusement enrichi... les moindres villages ont un air de prospérité'.

 

"Un intendant du Roussillon note les nombreux repas que font les campagnards, "quatre, cinq, six repas par jour et, à chaque repas, de la viande et du vin...'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 411).

 

La prospérité des grandes foires (René Sédillot)

 

"A défaut de statistiques globales sur le commerce intérieur, la prospérité des grandes foires porte témoignage.

 

"En 1788, c'est-à-dire en une année qu'Ernest Labrousse considère comme mauvaise sur le plan commercial, la foire de Beaucaire réalisait un chiffre d'affaires de 41 millions. Sa notoriété remontait au Moyen Age, et sur l'axe du Rhône elle restait, chaque mois de juillet, le grand rendez-vous des marchands de textiles. Lyon était le premier marché européen de la soie. Orléans et Rouen fixaient les cours de la laine. Mais les foires elles-mêmes n'avaient plus le monopole des grandes transactions… Les richesses circulaient dans une véritable ivresse de communications facilitées par les progrès des techniques." (René Sédillot, René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 201-202).

 

Le meilleur réseau routier (René Sédillot)

 

"C'est d'abord le réseau routier qui devenait exemplaire. Jamais depuis Rome on n'avait vu un réseau d'une telle ampleur et d'une telle qualité. Il était l'œuvre de Daniel Trudaine, demeuré vingt-six ans directeur des Ponts et Chaussées.

 

"Quarante mille kilomètres d'anciens chemins de terre ou de routes fatiguées étaient redressés, élargis, empierrés, bordés d'arbres et de fossés, avec, de lieue en lieue, de hautes bornes de granit, fleurdelisées, qui marquaient les distances par rapport au point zéro – le parvis de Notre-Dame.

 

"Le corps des Ponts et Chaussées recevait son statut: à la base, une école dont les élèves étaient recrutés au concours; trois années d'études savantes; un ingénieur en chef par généralité, assisté de sous-ingénieurs; quatre inspecteurs généraux, un intendant-directeur au sommet de la hiérarchie. Devant les routes du royaume, les étrangers se récriaient d'admiration.

 

"Elles sont "superbes jusqu'à la folie", s'exclamait le voyageur Arthur Young. De la voie qui reliait Limoges à Brive, sur laquelle avait veillé Turgot, le même Young enchérissait: "Le plus beau chemin du monde, parfaitement construit, parfaitement tenu; on n'y voit pas plus de poussière, de sable, de pierre, d'inégalité que dans l'allée d'un jardin…"

 

"Un inspecteur des Travaux publics, Pierre Trésaguet, avait (p. 203) inventé un revêtement bombé qui superposait une couche épaisse de pierraille à une assise de moellons: le drainage était plus efficace et l'entretien plus facile.

 

"Ce qui subsistait de péages et de douanes n'apparaissait que comme normale contrepartie des libertés locales.

 

(René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 203).

 

L'explosion des échanges extérieurs (René Sédillot)

 

"A l'extérieur, les chiffres parlent: d'environ 50 millions de livres à l'avènement de Louis XV, les exportations passaient à la veille de la révolution à plus de 450 millions. En soixante-dix ans, elles avaient été multipliées par neuf.

 

"Dans le même temps, les importations passaient de 40 à 240 millions: multiplication par six.

 

"Le commerce extérieur de la France, égal à la moitié du commerce anglais au temps de la Régence, le rejoignait en 1789. Il laissait à la France, en permanence un excédent substantiel (p. 204) (sauf en quatre années de la décennie 1770-1780).

 

"Excédent sur l'étranger: 70 millions.

 

"Jamais on n'avait assisté à pareille exubérance de l'activité marchande et à pareil enrichissement.

 

"Quand Necker brossait le tableau de la balance commerciale avec les pays étrangers, en excluant de ses calculs tout ce qui venait des colonies (Saint-Domingue, île du Vent) ou ce qui leur était destiné, il évaluait les entrées à 230 millions – dont 70 de matières premières, 20 de diamants et métaux précieux, 40 d'objets manufacturés, 40 de comestibles, 10 de tabacs, le reste concernant des bois, des plants, des mâts, des marchandises d'Extrême-Orient; en regard, il estimait les sorties à 300 millions, dont 150 en objets manufacturés, 70 à 75 en denrées des îles (réexportées), 35 à 40 en vins, eaux-de-vie et liqueurs, 22 en blés, beurre, sel, safran, cuirs, bois, 18 en réexportations de produits orientaux (thé, étoffes, riz de Chine, café, poivre…)

 

"A la veille de la révolution, tous les ports de France battaient leurs records de trafic et se grisaient de leur propre croissance. On ne devait plus, avant longtemps, leur connaître une telle allégresse" (René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 205-207).

 

Un développement prodigieux du commerce extérieur (Pierre Gaxotte)

 

"Le commerce extérieur... a pris un développement prodigieux que - fait rare dans l'histoire économique de l'Ancien Régime - nous pouvons suivre d'année en année, grâce aux statistiques dressées par un commis du Contrôle général nommé Arnould et que corroborent les renseignements réunis par la Compagnie des Indes. Depuis la mort de Louis XIV, il a plus que quadruplé. En 1788, il atteint 1061 millions et cet énorme chiffre ne se retrouvera plus avant 1848...

 

"Marseille accapare le commerce du Levant. Sur ses quais et dans ses magasins, s'entassent les tapis, les indiennes, les liqueurs, le riz, les blés, les vins de Chypre, les huiles, les peaux, les mousselines, les toiles peintes. Bordeaux et Nantes ont le monopole des denrées coloniales. A elle seule, Saint-Domingue leur fournit la moitié du sucre consommé dans le monde. Un moment ébranlés par le traité de 1763, leurs grands armateurs se sont vite ressaisis. les victoires de la guerre de l'Indépendance américaine leur ont donné une audace nouvelle. Là où on lançait sept navires en 1738, on en construit trente-trois en 1784. Les vins de Bordeaux se vendent jusqu'en Russie. Les Bourgognes règnent sur la Belgique et sur l'Allemagne" (Pierre Gaxotte, La Révolution française, 1928, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 21).

 

Le commerce intérieur suit une marche parallèle (Pierre Gaxotte)

 

Un progrès étonnant du commerce

 

"En 1715, on avait que de mauvais chemins coupés de fondrières et ravagés par les eaux, avec quelques chaussées pavées qui se disloquaient. En 1789, il y a dix mille lieues de bonnes routes, solidement empierrées, régulièrement entretenues, que n'arrêtent ni les rivières ni les montagnes. Les messageries réorganisées par Turgot, sont plus rapides et moins coûteuses. Dans aucun pays, on ne voyage aussi vite, aussi bien et à si peu de frais. Arthur Young qui visita la France sous Louis XVI, au début de la Révolution, ne tarit pas d'admiration (quoique très porté à dénigrer tout ce qui n'est pas anglais) sur la beauté et la commodité des routes françaises" (Pierre Gaxotte, La Révolution française, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 21).

 

La vie paisible, souvent aisée, quelquefois large des paysans en 1789

 

"En 1789, les Français n'étaient pas malheureux. Les documents les plus sûrs nous prouvent, au contraire, que la richesse s'était considérablement accrue depuis un demi-siècle et que l'état matériel de toutes les classes de la société, sauf celui de la noblesse rurale, s'était sensiblement amélioré. Le régime corporatif n'avait pas empêché la naissance et la mise en place de la grande industrie..." (Pierre Gaxotte, ibid., p. 19).

 

Et si "en 1789 la partie la moins favorisée de la population paysanne était en révolte virtuelle contre la transformation capitaliste de l'agriculture, il n'en reste pas moins que, depuis un siècle, les campagnes s'étaient enrichies..." (Pierre Gaxotte, ibid., p. 30).

 

"Aussi, on peut dire que la vie est devenue plus sûre pour tout le monde. Plus de famines. Les disettes qui au siècle précédent, avaient provoqué une raréfaction des mariages et une restriction des naissances ne sont plus que souvenirs ou imprécises menaces. les meilleurs rendements, le maïs, la pomme de terre, les communications plus faciles en sont venus à bout. A défaut de signe, l'accroissement régulier de la population suffirait à le prouver" (Pierre Gaxotte, La Révolution française, 1928, Nouvelle édition établie par Jean Tulard, Éditions Complexe, Bruxelles 1988, p. 31).

Conclusion

 

 

Les concepts de liberté et d'égalité sont des valeurs chrétiennes et monarchiques avant d'être des principes dévoyés par la Révolution libérale de 1789 qui a charrié des idéologies (libéralisme et communisme) totalitaires.

 

Le capitalisme dit "libéral" (capitalisme moderne coupé du droit divin) et le communisme (matérialisme athée mondialiste) ne sont plus que les deux seules options pour des peuple soumis au seul dieu qui reste, l'Argent.

 

Les conséquences de la proclamation de la liberté et de l'égalité par la république dite française a engendré la ruine de ces principes millénaires.

 

Les écarts de richesses n'ont jamais été aussi importants. Les libertés publiques sont réduites (atteintes aux libertés de manifestation, d'expression, emprisonnements pour délit d'opinion). Le peuple est en voie d'esclavagisation par la dette et l'impôt. Le droit de propriété est méthodiquement détruit (taxes foncières impayables), des impôts dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient en 1789. La liberté de culte et de religion est foulée aux pieds par l'imposition de normes générales et particulières contraires à l'Evangile. Un nombre de sans-domiciles fixes qui bondit, des migrants toujours plus nombreux. La progression et la montée de l'illetrisme. L'ascenseur social de l'école en panne (enquête Pisa). Le bilan social de la république est effroyable.

 

Contre la décadence des principes de liberté et d'égalité, et la montée d'un Etat Leviathan totalitaire déshumanisant, un seul remède: le règne social de Jésus-Christ sur les sociétés.

Comme en d'autres temps troublés, la France retrouvera sa paix et sa grandeur par l'union autour de ce qui a toujours fait sa force et sa constance, ses valeurs, puisées aux sources de son histoire.

Louis de Bourbon, duc d’Anjou, à Paris. Le 14 novembre 2015

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 07:28

Mise à jour le 10/02/2017

Contredisant un sociologue qui prétendait que la Gaule était sans rapport avec notre pays, Braudel protestait : "Comme si l'histoire n'allait pas jusqu'aux fonds des âges, comme si la préhistoire et l'histoire ne constituaient pas un seul processus." (Fernaud BRAUDEL, L'Identité de la France, Arthaud, 1986). Pierre Chaunu pensait de même : "La clef de notre identité est enterrée là sous nos pieds. La France est faite avant la Gaule, mot tardif inventé par les Romains." (Pierre CHAUNU, L'obscure Mémoire de la France. De la première pierre à l'an mille, Perrin, 1988).

Cet article se propose de rapporter quelques faits historiques encore soigneusement cachés par les historiens officiels et l'histoire officielle républicaine héritée des clichés du Petit Lavisse.

LES CLICHES émis par Lavisse dans ses manuels d'histoire de France ont la vie dure. Image tirée de la Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 18

LES CLICHES émis par Lavisse dans ses manuels d'histoire de France ont la vie dure. Image tirée de la Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 18

Le manuel qui devait être dénommé "le petit Lavisse", paru en 1884, fit l'objet de dizaines et dizaines de rééditions, sans cesse remanié. "Nos ancêtres les Gaulois" y sont dépeints comme des barbares qui n'ont aucune unité..., aucune discipline. Le contraire des Romains. ... Le manuel scande l'apologie de la République, ... justifie la colonisation qui amène les sauvages à la civilisation, comme les Romains ont fait pour les Gaulois ! (Christian Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 185-189.)

 

"Et en effet, il est étrange de constater le peu de curiosité que l'on a manifesté jusqu'à notre temps, envers nos ancêtres les Gaulois. En fait - et cela pendant plusieurs siècles - l'Université et en général les lettres ont délibérément ignoré le monde celtique. En dehors des pays anglo-saxons, on ne s'est intéressé aux Gaulois qu'à l'instant où l'on pouvait les appeler 'Gallo-Romains'; il était communément admis que la seule histoire digne de ce nom était celle de Rome et du monde antique, et le cliché des armées de Jules César apportant aux Gaulois le flambeau de la Civilisation persiste encore." [1]

 

Le druide dans la société gauloise Les historiens républicains comme Michelet (1798-1874) font débuter l'histoire de la "nation française" avec la Révolution dite "française", qui, pourtant, seule serait fidèle au modèle gaulois. Ils ne craignent pas de se contredire et d'énoncer une contre-vérité historique grossière. La contradiction : comment une nation née en 1789 peut-elle, en même temps, naître il y a deux mille ans ?... La contre-vérité historique et l'anachronisme : les Gaulois (Arvernes, Carnutes, Séquanes, Eduens, Bituriges, Parisii, Vénètes, etc.) ne vivaient pas sous une république "laïque", mais sous des monarchies électives, parfois héréditaires, où le clergé druidique était constitué en une "fédération de dignitaires" hiérarchisée (Camille Jullian), et où les druides représentaient pour les Gaulois ce qu'étaient pour le peuple romain pontifes et augures. "Les Gaulois n'eurent pas, tant s'en faut, l'esprit plus laïque que les Grecs et les Romains." (Camille Jullian) [2]

"Les druides ne vont point à la guerre et ne paient aucun des tributs imposés aux autres Gaulois ; ils sont exempts du service militaire et de toute espèce de charges. [...] Toute la nation gauloise est très superstitieuse." (Jules César, Guerre des Gaules, liv VI, ch. 13 à 16.)

"Les pratiques religieuses mais également politiques s'abreuvaient d'une philosophie morale et d'une connaissance mythologique totalement contrôlées par la classe sacerdotale et les druides en particulier. Le caractère oral de ce savoir préservait évidemment un pouvoir qui était de nature aristocratique.... Les ministres du culte étaient de véritables fonctionnaires du sacré, pris en charge par la collectivité." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 38; 69)

 

"S'ils n'ont guère écrit, ce n'était pas qu'ils en étaient intellectuellement incapables, ni qu'ils avaient rien à transmettre, mais qu'ils ne voulaient pas confier leur tradition à l'écriture pour des raisons qui ne manquaient pas de logique. [...] Bon nombre de nos belles légendes remontent jusqu'à ce vieux fonds celte de même qu'une bonne part de notre folklore : pèlerinages plus ou moins christianisés à des sources ou des pierres 'miraculeuses', fêtes équinoxiales ou solsticiales telles que feux de la Saint-Jean." (Claude STERCKX, La mythologie du Monde celtique, Poche Marabout, Allemagne 2014, p. 9-11.)

 

Les Gaulois avaient le souci de la justice. C'est rapporté par le géographe Strabon (60 av. J.-C. - 20 ap. J.-C.) : "Ils courent en masse aux armes; et cela sans dissimuler leurs projets, et sans y apporter la moindre circonspection. Cela fait qu'on peut aisément les vaincre en employant les ruses de la guerre. [...] La franchise et la simplicité de leur caractère font que chacun ressent les injustices qu'on fait à son voisin, et qu'elles excitent chez eux une telle indignation qu'ils se rassemblent promptement pour les venger." (Strabon, Géographie, liv. IV, ch. 4.)

 

Retraçons rapidement les débuts de la guerre des Gaules avec Frantz Funck-Brentano. Vers l'années 62 av. J.-C. la pression des Germains sur le Rhin devenait de plus en plus forte. Arioviste, le chef de la coalition germanique s'empressa de répondre à l'appel des Séquanes établis dans la Franche-Comté actuelle, et qui supportaient impatiemment la domination des Eduens devenus la plus puissante nation de la Gaule depuis la chute de l'hégémonie arverne. Arioviste marcha au secours des Séquanes. Les Eduens furent vaincus. Arioviste commença par réclamer la Haute-Alsace.

 

Un druide éduen, Diviciac, vint alors à Rome où il multiplia les démarches. De leurs côtés, les Helvètes, population gauloise de Suisse, conduits par Orgétorix, quittaient leur pays pour venir en Gaule vers l'Océan. Ils passèrent le Jura, arrivèrent chez les Eduens. Les Eduens redoublèrent leurs plaintes à Rome. Jules César y gouvernait en qualité de proconsul. Il vit dans ce conflit l'occasion d'un succès qui le placerait d'emblée au-dessus de ses rivaux. Il se mit en marche pour intervenir, disait-il, en faveur des Eduens, "alliés de Rome", et en "protecteur des Gaulois" contre les Germains. Le début de la guerre des Gaules a été fixé au 28 mars 58 av. J.-C. César franchissant le col du Saint-Bernard dans les Alpes poursuivit les "400 000 Helvètes environ", femmes et enfants, leur infligea une défaite complète, et obligea ceux qui survécurent  à regagner leur pays. 

 

Après quoi, César se retourna contre les Suèves (les Germains d'Arioviste) qui descendaient la vallée de la Saône en menaçant la Provincia, province romaine (Gaule transalpine). La victorie de César, ici  encore, fut complète. Arioviste et ses Suèves s'enfuirent jusqu'au Rhin, où les Romains arrivèrent. Aux environs de Bâle, ce fut un égorgement formidable : soldats, femmes, enfants, vieillards, César fit tout tuer. Nombre de Germains se noyèrent en essayant de traverser le fleuve. Des peuplades germaniques qui sur la rive droite, attendaient le moment de passer le cours d'eau à leur tour, rétrogradèrent en désordre et se firent massacrer à leur tour en détail par les habitants des pays qu'ils traversèrent. Ces évènements se passent en 58 av. J.-C. Les Gaulois ne virent pas tout d'abord dans les Romains des ennemis, mais des auxiliaires plutôt contre leurs envahisseurs. Et quand ils eurent compris que les Romains ne visaient qu'à étendre leur Empire, encore que dans la plupart des cités de l'aristocratie, les riches se déclarèrent-ils pour César, la cause de l'indépendance trouvera son appui dans les masses populaires, dans la plèbe, le "commun".

Depuis deux siècles, les Gaulois n'avaient guère modifié leur pratique de la guerre; ils la faisaient encore en batailleurs primitifs, comme au temps d'Ambigat et de Sigovèse. Marcher droit à l'ennemi, sans précaution particulière... Ils partaient en guerre en troupes nombreuses, avec femmes et enfants. Vercingétorix conçut une manière de faire la guerre plus réfléchie, plus habile, adaptée aux moyens et aux ressources de l'adversaire. Mais il aura la plus grande peine d'emêcher ses soldats de courir sus à l'ennemi, aveuglément, de se précipiter à l'attaque en rangs serrés, au pas de courses, de manière à arriver haletants, épuisés, au contact de l'ennemi (les phalanges romaines) et sans précaution aucune.

 

Le Gaulois tenait à l'honneur de se présenter la poitrine nue face à l'ennemi. Il était armé, il est vrai, d'un bouclier qu'il prenait la précaution d'attacher fermement à son bras gauche par des courroies. Ce bouclier était très grand, montant à hauteur d'homme, mais fait de bois ou d'une cloiserie d'osier que les javelots romains transperçaient à la première attaque. Hérissé de javelots comme une pelotte d'épingles, le bouclier demeurait attaché au bras gauche du guerrier qui était obligé de s'en défaire et de demeurer sans protection. ... En face du Gaulois qui se présentait la poitrine nue, le soldat romain apparaissait vêtu de fer et de cuir.

 

César commença la conquête de la Gaule par le pays des Belges, renommés entre tous, avec les Arvernes, pour leur valeur guerrière. Les Belges semblent avoir compris le danger. Une de leurs peuplades cependant, les Rèmes (Reims) demeurèrent fidèles à l'alliance conclue avec les Romains. La campagne fut rude, dirigée par le meilleur lieutenant de César, Titus Labiénus. Elle se termina, sous la conduite de César lui-même, par la sanglante défaite des Nerviens (Hainaut) sur les bords de la Sambre.

 

On a pu diviser la guerre des Gaules en trois périodes :

 

- la première de 58 à 55 av. J.-C., est remplie d'entreprises désordonnées, sans entente commune: les Gaulois ne comprenaient pas encore, ils ne pouvaient pas encore comprendre que leur indépendance à tous était en jeu.

 

Par malheur, ce temps devait être horriblement mis à profit par les conquérants. La campagne de l'année 56 est occupée par la guerre en Armorique et en Aquitaine. Les peuplades de l'Ouest s'étaient levées sous l'impulsiona de l'active et énergique nation des Vénètes (Vannes). Les Vénètes étaient les maîtres de la mer. Ils faisaient du commerce avec l'Angleterre avec leurs grands navires dont le vent enflait les voiles de cuir. César et son lieutenant Brutus réalisèrent une marine pour combattre les Vénètes. Il trouva des rameurs de Provence et des auxiliaires chez les Celtes aquitains de la Saintonge et de la Vendée dont une rivalité ancienne avait fait les concurrents des Vénètes. Le tromphe de César fut complet. On massacra beaucoup de monde. Tous les sénateurs du pays furent égorgés; ce qui restait de la population fut mis en vente comme du bétail. "Cette forte et laborieuse nation des Vénètes, conclut Camille Jullian, dont les origines et la puissance remontaient aux hommes des domens, la plus ancienne et la plus originale de toute la Gaule, s'effondra dans l'esclavage et dans la mort", et la vie, maintenue en Armorique, s'y éteignit jusqu'au Moyen Âge.

 

Mais ces hauts faits devaient être surpassés par César lui-même en son expédition contre les peuplades du Rhin (quatrième campagne, 55 av. J.-C.), le proconsul marcha contre les Usipiens et les Teuctères qu'il trouva rassemblés en une foule où les femmes et les enfants étaient en grand nombre. Les chefs de la nation s'adressèrent à lui en termes émouvants. César répondit en les convoquant et les principaux de leur peuple dans son camp. Conviés à cette entrevue, Usipiens et Teuctères s'y rendirent. César fit entourer par ses soldats les chefs et notables usipiens et teuctères qui s'étaient fiés à lui, il les fit ligoter, sourd à leurs observations et à leurs prières, tandis que le gros de son armée attaquait la masse de leurs compatriotes privés de leurs chefs, la plupart désarmés. Femmes et enfants furent égorgés. Ceux qui prirent la fuite se trouvèrent coïncés dans l'angle que formait le confluent de la Meuse et du Rhin, où la cavalerie romaine, lancée à leur pousuite, put les tuer à plaisir. César avait remporté la plus belle de ses victoires. Il en écrit lui-même avec orgueil : "Les Romains délivrés d'une guerre si redoutable, où ils avaient en tête 430 000 ennemis - Oh oh ! - rentrèrent dans leur camp sans aucune perte." A Rome, Plutarque rapporte qu'au Sénat, Caton d'utique parla avec véhémence, flétrissant l'infamie commise et proposant de livrer César à l'ennemi pour apaiser les dieux... Mais on lui rit au nez et les sénateurs décrètèrent des fêtes et des sacrifices en l'honneur de ce nouveau triomphe.

 

César compléta cette attaque contre les Germains par une attaque contre la Grande-Bretagne, foyer du druidisme dont les flammes animaient les Gaulois. Il prétexta les secours dont les Armoricains recevaient des Bretons. Il s'embarqua à hauteur de Boulogne, refoula les Bretons au-delà de la région de Londres, mais il était sans grande ardeur en un pays où il n'y avait rien à piller. Plutarque a soin de le noter. César n'y fit pas grand profit, dit-il., "car on ne savait rien prendre ni gagner qui eût valeur, sur des hommes pauvres et nécessiteux, de quoi la guerre n'eut pas telle issue que César espérait." Aussi remit à la voile pour la Gaule, après avoir reçu des Bretons - un bon billet à La Châtre - leur acte de soumission et de fidélité enforcée de serments solennels.

 

- la deuxième période, des années 54 et 53 av. J.-C., devait être marquée par des mouvements pour l'indépendance de plus en plus imortants. Les crimes répétés des Romains finissaient par éveiller le sentiment national.

 

Nous sommes au temps de la grande curée. Non moins que la Gaule en Occident, les armées romaines se couvrent de gloire en orient. Suétone dit que César en Gaule "détruisait plus souvent les villages pour le pillage (ob praedam) qu'en punition de quelque tort." Il bourre les temples romains d'ex voto volés dans les sanctuaires gaulois pour se magnifier aux yeux des Romains.

 Avec la cinquième campagne de César, marquée par la seconde guerre de Belgique (54 av. J.-C.), nous entrons dans la deuxième période de la guerre des Gaules, celle où les Gaulois, violentés depuis quatre ans, dupés, volés, égorgés ou vendus comme esclaves en un des plus répugnants spectacles qu'ait offerts l'histoire de l'humanité, commencent à s'unir, autant qu'il leur était possible à cette époque, pour la délivrance de leur pays.

Les Romains coupaient les récoltes sur pied, livraient les villages aux flammes, femmes et enfants étaient égorgés, des villiards périrent dans les plus affreux supplices.

César voulait s'emparer d'Ambiorix, roi des Eburons, qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C., peut-être dans la vallée du Geer (rivière de Belgique et des Pays-Bas, affluent de la Meuse.) Servi par des partisans, par les espions, par les agents qu'il entretenait dans le pays, il organisa une chasse à l'homme, sauvage, minutieuse, savante. Ambiorix s'était entouré de quatre compagnons fidèles, énergiques, ardents et rapides comme lui. En quelques semaines il passa avec son héroïque escorte à l'état de figure légendaire. "Tout fut détruit, écrit Aulus Hirtius, par le meurtre, le feu et le vol (rapinis)."

Et tandis qu'Ambiorix courait toujours, César ramena ses soldats à Reims, parmi les Rèmes, ses fidèles amis (septembre 54 av. J.-C.) (Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre VIII, 24,25.)

Le pays était dévasté. César ne ménageait le blé et les fourrages que dans les régions où il pouvait en avoir besoin pour ses troupes et où il s'en emparait d'ailleurs. Certaines contrées furent saccagées à fond, deux et trois fois, voire quatre fois, comme le pays des Carnutes, la Beauce, les nombreuses villes prises d'assaut furent mises à sac, pillées, incendiées, la population égorgée ou réduite en esclavage, vendue comme du bétail. Le vol dans les temples et dans les demeures privées fut organanisé méthodiquement, avec une régularité digne de la grande administration romaine. Le proconsul des Gaules, certes, était un guerroyeur de génie,

 

"Mais les voleurs n'ont pas de place au Panthéon..."

 

Le vers est de Paul Déroulède. Il ne peut être question d'y laisser Jules César ! (Frantz Funck-Brentano, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 85-118)

 

Selon Plutarque, César aurait fait, entre 58 et 51, un million de morts, et réduit en esclavage un million de Gaulois.

Image illustrative de l'article Commentaires sur la Guerre des Gaules Les Gaulois se soulevèrent en 52 à l'initiative du généreux et grand roi des Arvernes, Vercingétorix, fils de Celtill, qui réussit à fédérer, unifier les tribus gauloises sous son sceptre, en dépit de leurs divisions proverbiales. Il venait de s'emparer de la royauté arverne au nom de la défense de la liberté gauloise (Bellum Gallicum, La Guerre des Gaules, Livre VII, 4.)

 

 

"Nos ancêtres les Gaulois", une civilisation millénaire

 

Les Proto-Celtes... sont en place vers 1000 av. J.-C

 

"Les Proto-Celtes... sont en place vers 1000 av. J.-C. ou peu après, de même que les Proto-Latins et les Proto-Germains, explique Karl Ferdinand WERNER. Tous ont un fond linguistique commun très large, fait non seulement de vocables, mais aussi de structures grammaticales.

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Les civilisations décelables en Europe dans le courant du IIe millénaire doivent nécessairement correspondre aux 'ancêtres' de ces peuples, ou plutôt de ces populations à langue commune." [3]

Chose peu connue, si l'on fait le décompte des siècles sous lesquels l'Hexagone a vécu sous le régime politique de la monarchie, nous dépassons allègrement les deux millénaires et pouvons remonter aux frontières des temps préhistoriques. Il y avait en effet encore avant les Celtes, les Ibères et les Ligures dont les institutions étaient voisines et qui vivaient eux aussi sous la monarchie.

 

Régine Pernoud écrit que s'"il y a une date pour la fondation de Rome,... les Celtes se situent à l'intersection de la Préhistoire et de l'Histoire; entre eux et les peuplades qui ont élevé des monuments mégalithiques, ou même celles qui ont peuplé de dessins fantastiques les grottes de Lascaux, archéologues et historiens ne placent aucun jalon précis." [4]

 

Une apparition entre le deuxième et le troisième millénaire avant J.-C.

 

L'Europe celtique à l'âge du Fer (VIIIe - Ier siècle) par [Buchsenschutz, Olivier] "Compte tenu de la continuité entre les cultures archéologiques qui se succèdent dans le domaine nord-alpin depuis l'âge du Bronze final et l'âge du Bronze moyen, divers auteurs ont cru pouvoir faire remonter l'apparition des Celtes au deuxième millénaire. Pour d'autres, on peut la chercher dans les phénomènes complexes qui touchent le domaine nord-alpin au Chalcolithique, au troisième millénaire [Brun 2006]" [L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, Nouvelle Clio, PUF, Mayenne 2015, p. 78.] Cet ouvrage confronte les sources classiques aux données les plus récentes de l'archéologie.

 

"Les Celtes de ces périodes ne paraissent pas attachés à un territoire. Ces princes, rois, roitelets, offrent de multiples points de comparaison avec les basileis du monde homérique (armes exceptionnelles, chars d'apparat et véhicules pour se déplacer sur leurs terres, banquets)." (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), ibid., p. 282.)

 

"La région nord-alpine qu'ils (les Celtes) occupent à la fin du dernier millénaire avant J.-C., exprimait déjà une homogénéité culturelle plus de 1500 ans auparavant. (Patrice BRUN, Princes et Princesses de la Celtique, Le premier Âge du fer en Europe, 850 – 450 av. J.-C., Collection des Hespérides, Editions Errance, Paris 1987, p. 15)

 

"Les premières mentions des 'Celtes' dans la littérature antique remontent à la fin du VIe siècle (Hécatée de Milet, Fragm. 53 à 58) et au Ve s. (Hérodote, Histoires). " (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 75.)

 

Les populations pré-celtiques, Ibères et Ligures

 

L'ensemble des hommes 'préceltiques' Ibères et Ligures "représente sans doute une part considérable dans la constitution génétique comme dans l'héritage culturel des populations postérieures", écrit K.F. Werner. [5]

Camille Jullian (1859-1933) estime que Ligures et Celtes ont parlé la même langue : selon lui, les Celtes étaient une tribu ligure qui fonda un Etat dans le domaine ligure.

Les Ligures ont occupé le bassin du Rhône tout entier. Quelques auteurs estiment que c'est de là qu'ils sont partis pour la conquête de la Haute-Italie puis, en 'Gaule', ils ont débordé sur les régions avoisinantes, dans les parties supérieures du bassin de la garonne et de la Seine. Auguste Longnon s'est même appuyé sur le nom de la Thiérache, dont la forme originelle serait Teorasca, pour étendre le domaine des Ligures jusqu'à la Mer du Nord.

L'habitation lacustre apparaît donc à l'âge de la pierre polie et s'étend, après l'âge du cuivre relativement court, jusque sur l'âge du bronze. Ce dernier s'ouvre vers le milieu du IIIe millénaire (environ 2500 av. J.-C.), pour finir vers le début du IXe siècle av. J.-C.

Plus nombreux et plus intéressants que les monuments funéraires creusés dans les grottes, apparaissent ceux qui s'élevaient au-dessus du sol, et souvent en des proportions grandioses : les dolmens (constructions funéraires mégalithiques préhistoriques), les menhirs (monolithe vertical) les cromlechs (alignements de monolithes verticaux). On a voulu en faire des monuments druidiques; mais on en trouve, et des plus importants dans des contrées où les druides n'ont jamais paru. Les mégalithes sont bien antérieurs aux Celtes et aux druides.

Poulnabrone dolmen in the Burren, County Clare, Ireland

Poulnabrone dolmen in the Burren, County Clare, Ireland

Menhir de Kerloas, Plouarzel (Finistère), plus grand menhir encore dressé de Bretagne

Menhir de Kerloas, Plouarzel (Finistère), plus grand menhir encore dressé de Bretagne

"Les menhirs seraient des piliers funéraires." (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 26.)

Nous sommes parvenus aux frontières des temps préhistoriques. Déjà nous avons cité un nom de peuple, les Ligures, auprès desquels viennent se placer les Ibères. Il est vrai que ces derniers, les historiens ne s'accordent guère. Le mot 'Ibère' désignerait, non une race, mais un Etat, l'empire de l'Ebre, nom que les Grecs encore lui auraient donné. Au début du Ve siècle (500-475 av. J.-C.), le royaume des Ibères, débordant les Pyrénées, se serait étendu en Languedoc jusqu'au Rhône. Bordeaux devient ibérique. L'euskarien, c'est-à-dire le basque, qui va s'accrocher avec la ténacité que l'on sait au flanc des monts, serait la langue des Ibères. La péninsule espagnole doit son nom - Ibérie - aux Ibères, nom d'origine grecque, et au Ier siècle av. J-C., un de leurs groupements, sous le nom d'Aquitains, occupait la région qui s'étend entre les Pyrénes et la Garonne, où les soldats de César les trouveront.

 

Quels que soient le caractère et le nom des populations diverses, Celtes, Ligures ou Ibères, il n'y a pas entre elles de divergences fondamentales : 'Nous retrouvons chez toutes des formes politiques et des superpositions analogues.' (C. Jullian) [6]

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Les Celtes ont une origine d'Outre-Rhin. Plusieurs vagues vers l'Hexagone entre 1500 et 300 av. J.-C.

 

Les divers auteurs font venir les Celtes dans l'Hexagone par vagues successives d'un vaste territoire à cheval sur les deux rives du Rhin entre Alpes et Baltique, du Danube à la Bohême, en passant par le nord de l'Italie.

 

"C'est de là que, par deux fois, partent vers l'Ouest les hommes ("Proto-Celtes" Ndlr.) qui appartiennent à des civilisations dont l'empreinte sera profonde sur l'Hexagone : la civilisation des 'Tumulus de bronze' à l'âge du bronze moyen (1500 à 1100 av. J.-C. Ndlr.), et celle des 'Champs d'urne' à l'âge du bronze final (1200 à 700 av. J.-C. Ndlr.)

Les hommes des Champs d'urne occupent... des territoires autour du haut et du moyen Danube, qui seront ultérieurement ceux des Celtes.

Il est certain que la civilisation des 'Champs d'urne' a précédé et préparé au moins en partie les conditions dans lesquelles on trouvera celle des Celtes." [7]

 

"L'apparition dans l'Hexagone de populations parlant une langue celtique - et mentionnées chez les auteurs anciens depuis le milieu du premier millénaire avant J.-C. sous le nom de Celtes - coïncide ... avec l'apparition du fer dans cette partie de l'Europe. (vers - 800 av. J.-C. Ndlr.) La première grande civilisation européenne au nord du monde méditerranéen est, au IIIe siècle, une civilisation celtique, ... caractérisée par une domination parfaite du fer et de son emploi diversifié. [8]

 

"Par des réchauffements savamment dosés et par l'utilisation d'un noyau en fer pur, donc souple, on arriva à produire des épées moins larges et plus longues (115 à 120 cm au lieu de 80 à 90 cm) que les épées de bronze. Cet armement supérieur apparaît à partir du VIIIe siècle. ... Il s'agit là d'un évènement historique qui bouleverse l'équilibre des forces politiques, rend possible les exploits des Celtes et influence profondément les structures sociales.

 

C'est à partir du Ve et du IVe siècles, l'âge de l'expansion des Celtes

 

Les auteurs grecs anciens avaient des doutes sur l'origine antique des Gaulois. Selon Poseidonios d'Apamée, 'une partie de ce peuple était d'origine indigène mais que celle-ci s'était trouvée grossie de populations venant d'îles lointaines et de régions situées au-delà du Rhin, chassées de leur demeures par la fréquence des guerres et par les raz-de-marée'. L'auteur précise que ces théories étaient diffusées par les druides.

Une information que César a recueillie auprès des Rèmes donne le plus grand crédit à cette histoire druidique: il rapporte que

'la plupart des Belges étaient issus de chez les germains, qu'ils avaient franchi le Rhin autrefois.'

... Les druides conservaient la mémoire de ces faits remontant à plusieurs siècles." [9]

 

Ce second âge du fer, d'environ, 450 à 50 av. J.-C. est celui d'une civilisation celtique à travers l'Europe: il sera à l'origine ... d'une 'Gaule' largement celtisée." [10]

 

"La nation celtique ne pénétra d'ailleurs pas tout entière en 'Gaule'; une partie demeura sur la rive droite du Rhin qui se trouva ainsi celtique sur les deux rives, de même que les deux versants des Alpes étaient ligures, et ibériques les deux versants des Pyrénées. (Frantz FUNCK-BENTANO) [11]

Le "IVe siècle (av. J.-C.) marque l'apogée de l'Empire celte

 

C'est le second âge du fer dont nous avons parlé. Les Celtes ont conquis la Grande-Bretagne; ils ont conquis l'Espagne, moins les côtes de la Méditerranée, la 'France' entière à l'exception du bassin du Rhône, le Nord de l'Italie : ils règnent sur l''Allemagne' entière en exceptant les contrées du nord; ... leur domination est assurée sur le Moyen et sur le Bas-Danube, sur une partie de la Hongrie; en Silésie actuelle, elle s'étend jusqu'à Liegnitz; en Roumanie jusqu'à Isakscha; en Russie jusque sur le Bas-Dniester : un empire plus grand que celui de Charlemagne et que celui de Napoléon; un empire qui va du détroit de Gibraltar à la Mer noire, au temps où Alexandre de Macédoine s'engageait dans la conquête de l'Asie (334 av. J.-C.) ... En 283, les gaulois apparaîtront en Grèce (conduits par Brennos ou Brennus Ndlr.), où ils pilleront le trésor de Delphes (278); ils fonderont un Empire en Thrace, un autre en Phrygie et, à l'ouest de la Phrygie, dans la région qui a conservé leur nom, la Galatie." [12]

 

"Certains groupes celtiques purent atteindre, si l'on en croit Théopompe de Chios (né vers 378 av. J.-C.), vers le milieu du IVe siècle, les régions illyriennes dans les Balkans. La consolidation du nouveau pouvoir celtique dans la cuvette capatique est reflétée par la tradition selon laquelle les Celtes établirent des relations diplomatiques avec Alexandre le Grand en 335, alors stationné sur le Bas Danube." (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 206.)

 

"L'invasion de la Macédoine et de la Grèce ne représente qu'une partie du flot celtique, ... ce fut surtout hors de la Grèce que la poussée gauloise laissa des traces durables. D'autres bandes en effet envahirent la Thrace, où un royaume celtique, dit royaume de Tylis (v. 280 Ndlr.), qui devait subsister jusque vers la fin du siècle, occupa une grande partie de l'ancien domaine de Lysimaque, et surtout l'Asie mineure occidentale." (Edouard WILL) [13]

Les invasions celtiques (en Gaule) se sont arrêtées au IIIe siècle av. J.-C.

 

Sur la frontière Nord-Est les Germains font sentir leur poussée. Déjà ils ont fait refluer en Gaule les Celtes qui s'étaient établis sur la rive droite du Rhin; après quoi ils ont passé le fleuve et ont multiplié leurs établissements dans les vallées de la Somme, de l'Oise, de l'Aisne, de la Moselle, se mélangeant aux indigènes pour constituer au nord de la Seine et de la Marne ce peuple distinct des Celto-Ligures et que l'on appela les Belges. (F. Frantz-Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 77.)

 

"Le plus grand changement, et de loin, tient à ce que la pression des Germains, qui se déplacent lentement vers le sud (surtout depuis 300) oblige les Celtes à abandonner entre 250 et 120 av. J.-C. tous leurs territoires situés au nord d'une ligne qui va du delta du Rhin à la forêt de Thuringe. Ce n'est seulement qu'à l'ouest de la Weser qu'ils se maintiennent plus longtemps. Par exemple, bon nombre de Celtes, surpris par l'invasion de Belges ont préféré s'en aller vers l'Angleterre actuelle, où nous trouvons leur trace dans le Sussex, le Wessex et le Kent. Inquiets de la poussée des Belgae, les Parisii ont également quitté pour une part importante les rives de la Seine pour aller s'installer dans le Yorkshire actuel où l'on retrouve leur nom. On place le départ des Séquanes de la Seine vers la France-Comté à la même époque." (Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid.p. 147)

Carte de l'expansion celtique maximale au Ier s. av. J.-C.

Carte de l'expansion celtique maximale au Ier s. av. J.-C.

La "Gaule" : une définition romaine

 

Le mot se trouve pour la première fois dans un traité de Caton, Les Origines (deuxième quart du IIe siècle av. J.-C.). De Gallus, Galli, est venu le nom de la Gaule et des Gaulois.

 

Pour les Anciens, les trois dénominations, Celtes, Galates, Gaulois, étaient synonymes. Auguste Longnon (1844-1911) estime qu'originairement elles devaient désigner trois rameaux de la même race.

 

Jules César a appelé les Celtes, Galli, "gaulois", dans sa "Guerre des Gaules" (58-52 av. J.-C.)

 

Tandis que les Ligures étaient petits avec des cheveux bruns, les Celtes étaient grands, blonds; ils avaient le teint rose et clair. Les Celtes aux têtes blondes, écrit Claudien, 'fiers de leur haute stature méprisaient la petite taille des Romains' (J. César).

 

Frantz Funck-Brentano dans son livre Les origines propose cette répartition en 1925 :

 

"Que s'il fallait, parmi les races diverses dont s'est formée la nation française, chercher un type prédominant, c'est sans aucun doute chez les Ligures qu'il se trouverait et chez les autochtones, en admettant que les Ligures aient été eux-mêmes des immigrants. ... L'alliage pourrait peut-être se chiffrer très approximativement de la manière suivante : Dans la formation de la nation française seraient entrés 50% d'autochtones, Ligures et Ibères, 20% de Celtes, 5% de Latins, 16% de Germains, en y comprenant l'élément gothique, 4% de Normands et 5% d'éléments divers : Grecs, Basques, Sémites, Syriens, Africains...

 

..La langue des Celtes, pareille au Ligure, avait des rapports étroits avec l'ombro-latin. Des dialectes néo-celtiques se parlent de nos jours encore en notre Bretagne bretonnante, en Irlande, en Pays de Galles, en Haute-Ecosse et dans l'Île de Man, mais ces idiomes n'ont plus que des rapports éloignés ave ce que l'épigraphie a conservé du celte primitif. [14]

 

Karl Ferdinand WERNER confirme que "les Celtes ne bouleverseront pas notablement" le fondement ethnique de la population de Gaule pré-celtique : "la base biologique des populations de l'Hexagone était en place avant l'établissement et les dominations successives des Celtes, des Romains et des Francs." (Les Origines, ibid., p. 119.)

 

"Galli et son dérivatif Gallia ne sont point des termes 'gaulois', mais des mots latins." [15]
 

Tous les Gaulois sont des Celtes, mais tous les Celtes ne sont pas des gaulois

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Le mot "Galli" se trouve pour la première fois dans un traité de Caton l'Ancien, intitulé Les Origines (deuxième quart du IIe siècle avant J.-C.), oeuvre en grande partie perdue mais dont on possède des fragments, qui raconte l'histoire ancienne des villes italiennes, en particulier Rome depuis sa fondation jusqu'à la préture de Servius Sulpicius Galba). De Gallus, Galli, est venu le nom de la Gaule et des Gaulois. (Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,p. 31.)

 

L'archéologue Jean-Louis Brunaux explique que "tous les Gaulois sont des Celtes, mais tous les Celtes ne sont pas des gaulois" ("Faut-il dite Celtes ou Gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, "Gaulois, qui étais-tu ?", n° 61 Octobre-Décembre 2008.) Tous les Celtes ne sont pas gaulois au sens sens géographique donné par César.

 

Il faut attendre les années 100 avant notre ère pour qu'un grand savant, géographe et astronome (grec Ndlr.), Poseidonios d'Apamée (135-51 avant notre ère) effectue un véritable travail de géographie physique et humaine de notre région. Il le fait d'autant mieux qu'il entreprend, le premier, un voyage en Gaule intérieure, même si celui-ci est limité au Languedoc et à la vallée de la Garonne. Il donne à la Gaule ses frontières naturelles, qui seront plus tard reproduites par César (100-44 avant notre ère) : les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées, l'Océan et le Rhin (voir carte ci-dessus. Ndlr.) Il en indique les différents peuplements, dont il évoque l'histoire. Au centre de la Gaule se trouve la Celtique, occupée par un peuple indigène très tôt hellénisé, les Celtes. Les autres peuples, sous l'influence civilisatrice des Celtes sont les Belges, de la loire (ou de la Seine pour César) au Rhin, et les Aquitains, au sud de la Garonne. Les Belges résultent d'un mélange entre les populations indigènes et immigrants du Nord et de l'Est du Rhin, arrivés au IVe et IIIe siècles avant notre ère. Les Aquitains sont des peuples riverains des Pyrénées, en partie d'origine ibère. Notons le renversement de perspective : pour Poseidonios, la Celtique est une partie de la Gaule, alors que dans l'usage actuel de ces termes, c'est la Gaule qui est une partie de la Celtique.

Poseidonios rapporte une légende grecque adoptée par les gaulois à propos de l'ethnogénèse du peuplement de la gaule. Héraclès, entré en Celtique après avoir vaincu le roi Géryon, s'unit à la fille de celui-ci, qui en conçut un enfant, Galatès. A l'âge adulte, ce fils devint roi à son tour. Il entreprit de vaincre et de civiliser les peuples à demi-sauvages et nomades entourant la Celtique. Il y parvint et leur octroya son nom, qui devint celui du pays tout entier, la "Galatia", autrement dit la Gaule. [16]

Vercingétorix. Source image : http://www.e-stoire.net/article-camille-jullian-vercingetorix-_-chap-ix-p-7-101168682.html

Vercingétorix. Source image : http://www.e-stoire.net/article-camille-jullian-vercingetorix-_-chap-ix-p-7-101168682.html

Les Francs Gaulois chez les humanistes

 

Après avoir démontré la fausseté de l'origine troyenne des Francs, les humanistes des XV et XVIe siècles développèrent une thèse originale peu connue : les Germains et les Celtes n'étaient que des Gaulois. Les Francs redevenaient dans leur opinion les descendants de Barbares germaniques qui avaient détruit, avec l'Empire romain, la culture, les arts et la civilisation de l'Antiquité.

 

"Pendant les siècles qui précédèrent le mouvement humaniste, on ne parla guère des Gaulois. [...] Le mot Gaule resta d'usage courant, sans interruption depuis l'époque romaine. On l'employait surtout dans le domaine ecclésiastique, où il pouvait avoir un caractère officiel, par exemple à propos des conciles. Abbé de Saint-Denis et biographe du roi Louis VI, Suger parle au XIIe siècle de la Francia et du Regnum grancorum dans un contexte politique, mais de la Gallicana Ecclesia pour les questions ecclésiastiques.

 

"Les humanistes donnèrent une actualité toute nouvelle aux notions de 'Gaule' et de 'Germanie'. Elles perdirent leur coloration ecclésiastique. Ces mots (Gallia, Germania) servirent aux adeptes du latin classique pour exprimer les notions de 'France' et d''Allemagne'. Cette identification est donc l'oeuvre des humanistes.

 

"[...] Vers 1510-1513, Jean Lemaire des Belges, historiographe officiel et poète humaniste, se fondait encore sur l'origine troyenne des Francs pour faire des Français, dans ses Illustrations de Gaule et singularitez de Troye, les égaux des Romains.

 

"[...] Il y avait en fait un choix déchirant. Il fallait admettre ou bien une population gauloise supplantée par un peuple barbare (les Francs) ou bien l'existence de deux peuples au sein du royaume : les Gaulois vaincus et les Francs vainqueurs. Pour éviter ces deux éventualités, on lança une version palliative dont l'incroyable succès montre combien était ressentie la difficulté que nous venons de résumer: n'étant plus troyens, les Francs ne sont pas pour autant Germains. En vérité, ce sont des Gaulois qui ont quitté leur patrie, conquise par les Romains - ou avant même cette conquête -, selon quelques auteurs - et sont revenus triompher pour libérer leur pays de ces Romains. C'était là faire d'une pierre deux coups: venger l'humiliation de la défaite gauloise devant les Romains (sous Vercingétorix), éviter l'hypothèse de la soumission à l'envahisseur germanique, préserver l'unité de l'origine nationale - qui, pour la première fois est imaginée comme purement gauloise." (Karl Ferdinand WERNER, Les Origines (avant l'an mil), Histoire de France sous la Direction de Jean Favier, tome 1, Fayard, Evreux 1984, p. 34-37.)

 

"Les Francs ne seraient autres que des Gaulois qui, ayant fui la Gaule lors de la conquête romaine pour se réfugier en Franconie (région centrale d'Allemagne), seraient revenus quatre siècles plus tard pour la libérer des Romains." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 5)

 

"C'est Jean Bodin (1529-1596), [...] qui l'exprime le mieux. Pour lui aussi, les Francs descendent des Germains mais, ajoute-t-il, les Germains, à leur tour, sont d'origine gauloise .[...] L'analyse de Bodin est poussée plus loin que celle de son inspirateur. Là où Beatus Rhenanus voyait des ressemblances qu'il interprétait en termes de parenté, Bodin s'appuie sur des faits historiques : la migration mythique des Celtes de Gaule conduite par Sigovèse est attestée, du temps de César, par la présence des Gaulois, les Volques Tectosages précisément, dans l'actuelle Bavière. [...] La démonstration [...] avait l'avantage de faire des francs, en quelque sorte, des non-étrangers, sans fragiliser la cohésion nationale : tout le peuple français était issu de ces Francs conquérants, eux-mêmes descendants de peuples gaulois plus anciens." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Celtes, Histoire d'un mythe, Belin, Paris 2014 , p. 199.)

 

L'hypothèse des Humanistes des Francs Gaulois que l'on trouve chez les humanistes des XV et XVIe s., n'est pas complètement impossible si l'on se rappelle que les Proto-Celtes viennent d'une région située à cheval sur les deux rives du Rhin entre Alpes et Baltique :

Source image : http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/La-carte-de-l-installation-des-Celtes-2016-08-07-1200780564

Source image : http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/La-carte-de-l-installation-des-Celtes-2016-08-07-1200780564

Dans cette hypothèse les Germains deviennent des Celtes. La Celtique (keltike en grec) est un espace géographique correspondant à peu près à la Gaule (Gallia en latin) et peuplé, selon les Grecs, de « barbares » – c’est-à-dire d’hommes ne parlant pas le grec – dont les Celtes et, parmi ces Celtes, les Gaulois.

 

"Tous les Celtes ne sont pas des Gaulois. C’est César qui, lors de la conquête des Gaules, décide de n’attaquer que les Celtes situés à l’ouest du Rhin, bien qu’il y en ait aussi à l’est, les Germains occupant le nord." (Les Celtes, Européens sans le savoir, La Croix, Denis Sergent, le 07/08/2016 à 10h56 )

 

Historien allemand qui ne reconnaît pas l'existence d'une "nation gauloise", - et donc peu susceptible de parti pris, Karl Ferdinand WERNER écrit dans "Les Origines" :

 

"On voit donc comment l'histoire d'une nation, qui commence vraiment, selon Michelet, avec la Révolution, peut-être favorable au 'modèle gaulois' si celui-ci permet à cette nation nouvelle (en 1789 Ndlr.) de se reconnaître dans un lointain passé gaulois. Cela supposerait évidemment, pour être historiquement exact, que les Gaulois n'aient ni connu ni accepté la domination d'une aristocratie..." [17]

 

"La Révolution de 1830 apporte la consécration des honneurs officiels et populaires à l'ascendance gauloise des Français.

 

Le 'coq gaulois' est piqué sur les hampes des drapeaux sous un Louis-Philippe qui doit chercher la popularité cocardière plutôt que la légitimité du descendant de Clovis. ... L'expression 'Nos ancêtres les Gaulois' s'implante définitivement. Son contenu domine les manuels, la vague gauloise étant particulièrement forte entre 1871 et 1914 dans l'enseignement primaire, tandis que l'enseignement secondaire donne plus de place à l'apport de la civilisation romaine. La quête d'une identité si possible totale entre Gaulois et Français conduit l'historien Henri Martin à observer chez les Français des poumons plus importants et des entrailles plus réduites que chez les Allemands. Selon lui, ces caractéristiques correspondent certainement à celles des Gaulois et des Germains." [18]

 

Pour l'historien Henri Martin, auteur d'une Histoire de France, les Français sont "fils des Gaulois par la naissance et le caractère, fils des Romains par l'intelligence." (On a envie de dire merci pour l'intelligence des Gaulois ! Ndlr.) La manière dont les Français considèrent leurs origines en sera jusqu'à nos jours profondément marquée.

 

"Il fallut attendre la Révolution pour que l'ascendance gauloise des masses populaires fût clairement annoncée et assumée par un historien, constamment attaché au club des Jacobins, nommé en septembre 1792 à la Convention dite "nationale", qui se prononça lors du procès de Louis XVI, d’abord pour l’appel du peuple, avant de voter la mort sans sursis et sans appel, J.A. DULAURE dans son Histoire critique de la noblesse (1790) :

 

'Ah, malheureux peuple, vous étiez au pied des Barbares, dont les aïeux ont massacré vos ancêtres. Ils sont tous des étrangers, des sauvages échappés des forêts de la Germanie, des glaces de la Saxe... Il est probable qu'ils descendent d'un brigand.'

 

Et l'auteur de déclarer fièrement : 'Je suis de race gauloise...' [19]

 

A l'origine, les républicains sont donc des racialistes acharnés.

 

Cette remarque est importante tant on voit aujourd'hui leurs descendants spirituels renier ce qu'ils ont adoré hier, jusqu'à nier même qu'il y ait une nation française avant 1789... [20], un "peuple" français de souche... [21] Ou même "nos ancêtres les gaulois..." Pourtant, sans doute devrions-nous dire encore aujourd'hui à l'instar de J. A. Dulaure, nous sommes "de race gauloise" !

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

La nation gauloise préexiste à l'entité politique

 

Les historiens qui, aujourd'hui, ne reconnaissent pas l'existence d'une "nation" gauloise avancent pour appuyer leur thèse qu'il n'y avait pas en "Gaule" de cohérence politique, pas d'administration commune, pas de frontières, comme dans la "république" romaine à la même époque par exemple. Se servant du sens moderne du mot "nation", défini comme "groupe humain assez vaste qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun" (Le Robert, Dictionnaire d'aujourd'hui)", ils avancent, à l'instar de Karl Ferdinand WERNER, que "César a donc créé la nation gauloise". Sous-entendu : auparavant elle n'existait pas.

 

Or, César n'a fait que placer arbitrairement la frontière entre Gallia et Germania sur le Rhin. "Peu lui importaient alors les Celtes qui peuplaient toujours l'Allemagne méridionale..." (K. F. WERNER) [22] Peu lui importait les Celtes peuplaient également toute la Germanie et l’arc nord-alpin.

 

Jean-Louis Brunaux dans Nos Ancêtres les Gaulois, est plus circonspect. Il explique que le concept de "nation" est "vague et fluctuant selon les époques."

 

Le premier sens (de la nation), le "sens ancien", "dont on peut reprendre la définition du Petit Robert : 'Groupe d'hommes auxquels on suppose une origine commune', correspond à une "représentation essentiellement ethnique." [23]

 

La nation n'implique pas la présence de frontières.

 

"La royauté n'implique pas l'existence d'un royaume. La cité ne possède pas de territoire unifié mais des pagi, chacun irréductible. La cité est une structure souple pouvant absorber ou perdre un ou plusieurs pagi, accueillir de nouveaux peuples ou se séparer d'une part non négligeable de sa population (migrations)." (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, Nouvelle Clio, PUF, Mayenne 2015, p. 282.)

 

« Les Celtes pratiquaient la colonisation de terres plus lointaines, déléguant à une partie de leur population, le soin de les conquérir en Italie, en Allemagne méridionale et en méditerranée orientale. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 09.)

 

Le Petit Larousse illustré 2007 ajoute le sens moderne de la nation héritée des Romains : c'est une "grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique plus ou moins forte."

 

La nation gauloise, bien qu'établie sur des territoires aux limites fluctuantes, répond à l'ensemble de ces définitions :

. une origine commune (Petit Robert), pas forcément installée sur un même territoire (sens ancien),

. qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique" (sens moderne, Petit Larousse),

. et même qui se caractérise par la "conscience de son unité" au sens moderne (Le Robert, Dictionnaire d'aujourd'hui). La lutte pour l'indépendance sous Vercingétorix, le premier empire Gaulois de Sabinus en 69 après J.-C., le second empire gaulois de Postume en 260 ap. J.-C., ainsi que toutes les révoltes gauloises après la conquête de Jules César montrent assez combien le souvenir de l'unité était un sentiment suffisamment puissant pour soulever nos ancêtres.

 

La nation gauloise préexiste donc à la frontière fixée par César, ainsi qu'à l'entité politique, elle se caractérise par un peuple d'origine commune situé sur les deux côtés du Rhin, bien que divisé en diverses tribus, chacune sous l'autorité d'un chef particulier, le vergobret qui disposait de l'autorité royaleavec chaque année la réunion des druides dans un centre religieux commun, de même que la réunion chaque année d'un "Conseil de toute la Gaule" (voir plus bas)

 

Cette nation gauloise avait comme nous le verrons un même mode de vie, des traditions, des coutumes communes, une religion commune, des traits et caractères communs.

 

De la même façon qu'on ne voit pas comment on pourrait dire que la nation grecque n'existait pas au Ve siècle av. J.-C. du fait d'une guerre entre Athéniens (Ligue de Délos) et Spartiates (Ligue du Péloponnèse)..., on ne voit pas très bien pourquoi on pourrait dire des Gaulois qu'ils ne formaient pas une "nation" du fait de leurs divisions ?

 

Ou encore pourquoi dirait-on que la nation française n'existait pas au XIV et XVe siècle, du fait de l'opposition entre Armagnacs et Bourguignons, durant la Guerre de Cent Ans ?

 

Ou encore pourquoi ne dirions-nous pas, selon le même argument, que cette nation française n'existait pas non plus en 1789 du fait de la guerre civile, du génocide et de la Révolution qui fit deux millions de morts ?

 

Camille Jullian précise que les Celtes, "semblables encore en cela aux Grecs des temps de l'indépendance (et nos fameux basileis des temps homériques, Agamemnon et Priam), avaient le sentiment de leur unité morale, et ce sentiment survivait aux discordes intestines. Ils parlaient tous la même langue; ils portaient des noms formés de la même manière; ils adoraient quelques grands dieux, commun à toute leur race; les nations de la Gaule avaient des qualités et des défauts analogues, et leurs institutions politiques ne différaient pas sensiblement. Surtout, elles avaient le souvenir ou la persuasion d'une identité d'origine.

 

Si les rivalités entre peuplades empêchaient la cohésion politique, un vague instinct de conscience nationale maintenait le goût de l'unité", écrit Camille Jullian, dans Vercingétorix. (Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 26.)

 

Un centre politique commun : le "Conseil de toute la Gaule"

 

Outre un sanctuaire commun (voir plus bas), plus récemment, l'archéologue Jean-Louis BRUNAUX, a évoqué un "Conseil de toute la Gaule".

 

« Chaque année, écrit-il, un "Conseil de toute la Gaule" (Concilium totius Galliae) se réunissait et les élus de chacun des peuples y accordaient le principat (le leadership) à un peuple-patron. Cette assemblée, dont les pouvoirs paraissent avoir été limités, avait l'avantage de matérialiser un espace dont la nature était avant tout politique. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 07)

 

Une forme de fédéralisme

 

« Très tôt - au moins dès le IIIe siècle avant J.-C. -, les peuples prirent l'habitude de réunir leurs chefs et des délégués des différentes assemblées dans le "Conseil de toute la Gaule"... qui avait pour mission d'accorder à l'un d'entre eux ce que César nomme un "principat". ... En 52 avant J.-C., c'est lui qui décida la création d'une gigantesque armée confédérale. Mais le contrôle des accords, le respect des prérogatives de chaque population, l'arbitrage des conflits étaient délégués à une autre assemblée annuelle, celle des druides. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid.,, p. 11.)

 


... sous l'autorité d'un roi élu, chargé de fonctions exécutives :

 

 

« Ce pouvoir, le souverain le partage avec le sénat ou assemblée du peuple (publicum concilium des Cénomans), lequel se compose des représentants des clans et des hommes libres; le souverain est l'exécuteur des décisions du sénat / peuple. S'agissant des fonctions du roi, les sources sont peu explicites.

 

Chef militaire, le roi avait la faculté de convoquer l'assemblée et le conseil armée, prélude à toute opération belliqueuse. La royauté n'implique pas l'existence d'un royaume (frontières). La cité ne possède pas de territoire unifié mais des pagi, chacun irréductible. La cité est une structure souple pouvant absorber ou perdre un ou plusieurs pagi, accueillir de nouveaux peuples ou se séparer d'une par non négligeable de sa population (migrations). Les Celtes de ces périodes ne paraissent pas attachés à un territoire. ... Ces princes, rois, roitelets offrent de multiples points de comparaison avec les basileis du monde homérique.
 

 

Les modalités de désignation sont en revanche totalement inconnues. Si l'aval des grands était indispensable, une sanction plus populaire est vraisemblable [Brunaux 2004, 28-29]

 

L'épigraphie monétaire (Colbert de Beaulieu, Fischer 1998) confirme la survivance des anciennes charges avec l'identification d'un certain nombre de magistratures - Rex, Basileus, Vergobreto, Argantodan, Argantokomaterekos, Ulatus (Gruel 1989, 136) - jusqu'à la conquête romaine.

 

Quelques-uns de ces monnayages de cité sont identifiables par des légendes monétaires au nom du peuple (Volcae, Eburones), au nom du roi ou du vergobret. On a aussi quelques rares cas de mention de magistrats monétaires : arcantodan (Colbert de Beaulieu, Fischer 1998). » (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 281-291)

 

L'importance et le souvenir de ce Conseil de toute la Gaule se révèlera encore en janvier 70 ap. J.-C. Alors que l'Empire des Gaules avait été proclamé par Classicus, Tutor et que Sabinus, autoproclamé "empereur des Gaulois" (Tacite, Histoires, IV, 67), vit certaines légions lui firent allégeance (69), le Congrès de Reims se prononça contre l'"empire gaulois", suite à un discours habile du général romain Cerialis qui, tel César, su instrumentaliser nos divisions, ainsi que la crainte de la domination germanique. (Tacite, Histoires, IV, 68-74.) 

 

Les traits physiques

Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951

Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951

Régine Pernoud précise que "l'étude des Celtes à l'époque de la Tène réserve une bonne surprise : il est impossible en effet de n'être pas frappé des traits de ressemblances évidents qui relient entre eux le peuple celte et le peuple français. Alors que dans d'autres pays le caractère de la population primitive a été complètement bouleversé par les invasions - c'est le cas par exemple pour la majeure partie de l'Angleterre (le pays de Galles excepté) après l'arrivée des Saxons - il semble que chez nous les apports successifs de populations aient à peine modifié le fond de notre race, tant nous pouvons nous reconnaître, reconnaître les Français d'aujourd'hui et plus encore ceux du Moyen Âge, dans les Celtes d'avant la conquête romaine", écrit-elle.

 

S'agissant des traits physiques, Régine Pernoud indique que "les auteurs antiques, du moins ceux qui comme Strabon, avaient assez voyagé pour connaître et des Celtes et des Germains, étaient surtout frappés par les différences physiques entre les deux races : 'Les Germains, dit-il, diffèrent quelque peu de la race celtique par une nature plus sauvage, une taille plus grande, une chevelure plus blonde. Ils s'en rapprochent par tout le reste, par l'aspect, les moeurs et les lois'... Et il suffit aussi de regarder ce que sont les peuples demeurés profondément celtes : les Irlandais, entre autres, pour comprendre que le type gaulois n'a rien à voir avec l'idée que l'on s'en fait généralement. Nos ancêtres devaient être de taille moyenne, cheveux châtains, yeux noisettes. Comme le dit Ferdinand Lot, si l'on veut savoir à quoi ressemblait un Gaulois, regardons-nous dans la glace", écrit encore Régine Pernoud. [24]

 

Les inventions

 

Loin des clichés du Petit Lavisse et de l'histoire républicaine, la nation gauloise est à l'origine d'un certain nombre d'inventions. Elle a inventé les vêtements moqués par Rome (le pantalon, le costume) et que Rome adopta ensuite, le savon, la fertilisation des terres par le marnage et le chaulage, "à l'étonnement stupide des Romains surpris qu'un peuple s'employât à 'engraisser la terre par la terre'" (F. Funck-Brentano, Les Origines, p. 68), la literie à matelas, la carroserie.

 

Les Gaulois prenaient leur repas assis devant des tables basses, et non pas couchés comme les Latins. Ils ont inventé le matelas. Ils dormaient sur des matelas de laine, alors que les peuples du midi ne connaissaient que les paillasses (R. Pernoud, Histoire du peuple français, ibid., p. 36.)

 

La nation gauloise disposait d'une verrerie très avancée : "les Gaulois étaient parvenus à des couleurs  d'une intensité et d'une limpidité incomparables et que notre temps se trouverait incapable de reproduire ...

 

On sait que c'est en France que les édifices religieux connaîtront les premières verrières où la lumière se filtera au jeu des plus vives couleurs; dans la France du XIIe siècle, l'art des vitraux connaîtra une magnificence et une perfection qu'aucune autre nation, aucun autre temps, ne pourront égaler. Les Gaulois appliquaient plus particulièrement leur technique verrière à la fabrication des bijoux, en imitation du corail et de l'ambre, de l'ambre fauve, du corail rouge si recherchés", écrit Funck-Brentano. [25]

 

S'agissant des méthodes de culture, elles sont déjà ce qu'elles devaient rester jusqu'à l'époque moderne ... des champs ouverts sur lesquels la culture se renouvelle tous les trois ans : une année de blé ou les autres céréales riches, la seconde année des céréales pauvres ou des plantes à racines, la terre restant en friche la troisième année. Les Gaulois ont inventé la faux pour récolter le foin, invention qui se répandra peu à peu dans tous les pays européens, la charrue à roues, la herse.

 

"Contrairement à ce qui se passait en territoire romain, la culture de la terre n'est pas faite par des esclaves, mais par des hommes libres. L'esclavage semble avoir été moins pratiqué chez les Celtes que chez les peuples méditerranéens", écrit Régine Pernoud dans un livre remarquable : "Histoire du peuple français, des Origines au Moyen Âge." [26]

 

"Les transports ne se faisaient pas à dos d'hommes. C'est l'honneur des Gaulois de n'avoir jamais considéré leurs semblables comme des bêtes de somme. Les transports se faisaient sur leurs charrettes à deux roues, ou à quatre roues, et qui ne se sont guère modifiées. ...La carrosserie des Gaulois étaient en renom parmi les Romains, au point que ceux-ci allèrent jusqu'à leur emprunter les principaux termes du métier." [27]

 

Les voies de communication, les routes seront élargies, renforcées par les Romains; mais elles ne feront que suivre les longs chemins gaulois, traversant le pays, reliant leurs capitales. Ces chemins gaulois n'ont pas été appréciés à leur juste valeur. Ils seront assez larges et assez fermes pour permettre à César de faire circuler ses armées et leurs impedimenta. Fleuves et rivières étaient franchis sur des ponts de bois. Les rivières étaient activement utilisées. [28] (Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 66.)

 

Régine Pernoud explique que "les grandes routes gauloises sont d'ailleurs assez souvent des routes préhistoriques. Le commerce de l'étain par exemple, qui frayait sa voie à travers toute l'étendue de la Gaule avait lieu certainement avant l'époque de la Tène (ou second âge du fer de 450 av. J.-C. à 25 av. J.-C.) Aux premiers siècles av. J.-C., écrit-elle, quatre routes principales permettaient d'acheminer l'étaint des Îles britanniques nommées alors Îles Cassitérides, du nom grec de l'étain, jusqu'aux pays méditerranéens. (R. Pernoud, Histoire du peuple français, des Origines au Moyen Âge, Nvelle Librairie de France, Paris 1951, p. 40)

 

Les arts et métiers
 

L'ingéniosité. César ne peut s'empêcher, notamment lors du siège de Bourges, de reconnaître cette supériorité des Gaulois sur le Romain :

 

'A l'exceptionnelle valeur de nos soldats, écrit-il, les Gaulois opposaient toutes sortes de moyens. C'est une race d'une extrême ingéniosité et ils ont de singulières aptitudes à imiter ce qu'ils voient faire. A l'aide de lacets, ils détournaient les coups de nos faux et quand ils les avaient bien serrées dans leurs noeuds, ils les tiraient avec des machines à l'intérieur des remparts; ils faisaient écrouler notre terrassement en creusant des sapes, d'autant plus savants dans cet art qu'il y a chez eux de grandes mines de fer et qu'ils connaissent et emploient tous les genres de galeries souterraines'.


Il n'est donc pas exagéré d'attribuer à notre ascendance celtique la réputation dont n'a cessé de jouir l'ouvrier de France, - réputé partout le plus habile , - et aussi cette spécialité que constitue chez nous l'artisanat, l'objet d'art, depuis la tapisserie française jusqu'à la mode et aux articles de Paris.

Un archéologue, Olivier BUCHSENSCHUTZ, dans la revue Dossier pour la Science, explique que les Gaulois étaient d'excellents forgerons. Ils ont créé la faux, un outil spécifiquement européen pour récolter le foin, des fourreaux métalliques pour protéger le tranchant des épées... [29]

 

En agriculture, tandis que les Romains ne connaissaient encore que l'araire au soc fixe, péniblement tiré par l'esclave, les Gaulois, eux, avaient inventé la charrue à roues avec avant-train indépendant et coutre mobile. Ils se servaient de la herse, que tous les peuples européens ont adopté peu à peu... Ils furent ainsi les premiers à mécaniser l'agriculture, et Pline parle avec étonnement de leurs machines à faucher avec lesquelles ils coupaient les foins en un temps incroyable pour les Romains. Ils se servaient même de moissoneuses à dents de fer fixées à une grande caisse évasée où retombaient les épis coupés. (R. Pernoud, Histoire du Peuple français, p. 28)

 

Régine pernoud explique que les épées gauloises étaient remarquablement trempées et conçues pour frapper de taille mesuraient plus d'un mètre de long. Leurs javelots avaient aussi la réputation d'être excellents. ... Les Gaulois savaient aussi fabriquer les piques et les arcs qui servaient à leurs fantassins.

...Ce sont eux qui ont inventé la cotte de mailles, qui allait devenir d'une usage général chez les guerriers et le demeurer jusqu'au XIVe siècle, époque où les lourdes armures compliquées commencent à remplacer la cotte de mailles de l'époque féodale.

Il faut leur rapporter l'invention de l'argenture et celle aussi de l'étamage dont les conséquences se sont fait sentir de tous temps, puisque c'est l'étamage du cuivre qui permet de l'utiliser dans les usages domestiques.

Ils prenaient leur repas assis devant des tables basses, et non pas couchés comme les Latins. En revanche, ce sont eux qui ont inventé cette précieuse pièce de mobilier qu'est le matelas. Ils dormaient sur des matelas de laine, alors que les peuples du Midi ne connaissaient que les paillasses.

La céramique est longtemps restée chez eux assez grossière, mais à l'époque de la conquête romaine on voit se développer le goût pour la poterie peinte.

Les Gaulois ont également pratiqué le tissage. ... Ils semble qu'ils aient poussé très loin l'industrie textile et en aient fait un art véritable. Les textiles découverts dans les sépultures aristocratiques de l'Europe celtique révèlent un haut degré technique atteint par les Celtes au cours du premier âge du fer (VIIIe-Ve siècle), où  apparaît le métier vertical à quatre barres qui remplace le traditionnel métier à tisser vertical à deux barres hérité du Néolithique, le métier à tablettes, l'apparition de nouvelles sources de colorants, comme le kermès... A partir du IXe siècle avant notre ère, c'est grâce à cette évoluition du métier que les armures de tissage se diversifient. L'amure principale est le sergé, qui sert de base à d'autres armures dérivées, tels le chevron et le losange qui apparaissent au même moment. ... L'usage des textiles associés aux épées, apparu au début du IXe siècle avant notre ère, se perpétue tout au long du premier âge du fer. L'emballage des épées par tissu est indissociable des pratiques funéraires aristocratiques du premier âge du fer et se retrouve dans tous les types de sépultures d'Europe celtique. ... De nouvelles techniques, telle celle de la navette volante, où des fils de trame supplémentaires sont utilisés pour réaliser un motif au cours du tissage, sont observées à Hochdorf. ... En 1978, la découverte de la sépulture exceptionnellement bien conservée de Hochdorf, dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne du sud, a permis d'apprécier l'éventail des réalisations textiles au cours du VIe siècle avant notre ère. ... Les Celtes utilisaient des étoffes colorées avec des motifs géométriques (losanges, svastikas, etc.), à des fins vestimentaires et décoratives. De tels tissus ont été découverts da,s plusieurs sépultures princières. ... La plupart possèdent des traces de coloration bleue et rouge. [30]

 

Ils ont été les premiers, leur goût pour la couleur aidant, à fabriquer ces tissus que nous appelons écossais, précisément parce que l'usage s'en est conservé dans les régions demeurées en partie celtiques, et notamment en Ecosse. Ces larges plaids dont le goût est revenu sur le continent, ce sont en réalité les manteaux gaulois; César parle des manteaux tissés de couleurs diverses formant des carrés, sur lequels s'asseyaient les chefs et les nobles gaulois durant leurs conseils de guerre. Les rares tissus retrouvés dans les tombes gauloises attestent de leur fabrication.

... Il faut bien dire d'ailleurs qu'à côté du costume grec ou romain, le costume gaulois apparaît singulièrement adapté et pourrait être l'indice d'une civilisation beaucoup plus développée, si paradoxale que paraisse cette affirmation. Il est à la portée de n'importe quel primitif de se draper dans un tissu quelconque comme le faisaient les Grecs ou les Romains dans leurs toges. Alors que les Gaulois ont inventé toutes les pièces de vêtements caractéristiques de la civilisation occidentale: les braies ou pantalons - on les appelle encore brayes ou brayettes dans le Midi de la France - les justaucorps ou tuniques courtes fendues par devant et pourvues de manches et qui sont nos vestons actuels; enfin, les saies ou manteaux dans lequels ont peut se draper comme dans une pèlerine, ou que l'on agrafe sur la poitrine. ... Un empereur romain a même été surnommé Caracalla, qui était le nom de la blouse gauloise qu'il avait adoptée pour son usage personnel. C'est donc notre peuple qui, dans l'Antiquité a trouvé la meilleure façon de se vêtir, la plus adaptée aux besoins du corps, au point que leur vêtement est devenu celui de toute l'Europe.

D'autre part, les Gaulois étaient connus aussi parmi les peuples antiques pour être de parfaits cordonniers. Alors que la plupart des autres peuples ne connaissaient que la sandale, on leur doit l'invention du soulier montant ou galoche dont le nom atteste l'origine (c'étaient les 'chaussures gauloises' : gallicae).
... Et c'est à eux également que l'ensemble du monde civilisé doit cette invention inestimable: le savon. Les premiers, les Celtes ont connu la fabrication et l'usage du savon dont le nom même est d'origine gauloise (sapo). Ils le fabriquaient, si l'on en croit Pline, à l'aide d'une sorte de potasse extraite de la cendre végétale, et mélangée avec du suif. Encore un trait qui atteste l'extrême ingéniosité de notre race. Les Gaulois avaient d'ailleurs la réputation d'être extrêmement propres." [31]

 

'Le savon, dit Pline, inventé par les Gaulois aux cheveux rutilants.'" Les Gaulois "vendaient aux Romains le savon." [32]

 

"Les Gaulois sont propres sur eux, dit Ammien, soignant leurs longs cheveux, leurs longues moustaches, tombantes, la fraîcheur de leur teint. Ammien ajoute 'Vous ne trouverez pas chez eux, comme vous trouverez ailleurs, homme ou femme, pour pauvres qu'ils soient, en vêtements sales ou loqueteux !'" (F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 69.) ... "Les villes étaient généralement bien tenues. On vantait la propreté gauloise." (F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 148.)

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

"Le savon, une forme de dentifrice, des techniques avancées de tissage produisant des étoffes aux décors géométriques de différentes couleurs, l'émail sont d'autres innovations gauloises." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 13.)

 

"Le dépôt fréquent dans les tombes de La Tène ancienne du rasoir et d'instruments de toilette, pincettes et scalptorium, puis, à partir de la Tène moyenne, de l'association de forces et de rasoirs, attestent l'importance des soins corporels." (Olivier BUCHSENSCHUTZ, L'Europe celtique à l'âge du Fer, VIIIe – Ier siècles, ibid., p., 234)

 

Les Transports. Les Gaulois construisent des attelages : "le mot 'char', qui est passé dans toutes les langues antiques, vient du celtique" (Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 22.)

 

"Pour bâtir leurs demeures, les Gaulois faisaient peu usage de la pierre : maçons malhabiles, écrit Frant Funck-Brentano, jusqu'à l'arrivée des Romains et médiocres carriers. Leurs dieux mêmes ne connaissaient guère les temples bâtis. (F. Brentano, Les Origines, ibid.,p. 62.)

 

Plus tard, sous les Gallo-Romains, ce sera différent. "Les temples consacrés à leurs dieux imitaient l'architecture grecque, ils l'imitaient à la Romaine, oeuvres d'écoliers habiles, attentifs, ayant sous les yeux de bons exemples, mais sans la délicate maîtrise du modèle, sans la flamme ni la vie de l'originalité. ... Avec les thermes, les monuments les plus importants de la ville était les arènes et les théâtres, édifices immenses disposés pour contenir des foules nombreuses, car les spectacles étaient gratuits. Tout le monde y était admis, jusqu'aux esclaves." (F. Brentano, Les Origines, ibid.,p. 142, 143.)

 

Religion, moeurs et coutumes particulières

 

"César définit les Celtes comme un 'peuple très adonné aux pratiques religieuses'. Et en effet le sens mystique paraît avoir été chez eux extrêmement développé.

 

Les prêtres en étaient les druides qui formaient une sorte de classe à part dans le peuple, bien que mêlés à toutes les activités de la vie courante. Ces druides subissaient une très longue formation qui s'étendait parfois sur vingt années d'études et, trait caractéristique, ils n'ont pas laissé d'écrit. ... Leur tradition se transmettait oralement.

 

La religion gauloise était spécifique. Dans les religions préhistoriques européennes en effet, la religiosité reposait essentiellement sur la croyance en des forces naturelles et associait l'environnement à la divinité dans une forme de panthéisme. L'arbre y avait par exemple une place spéciale. Or, dans la religion gauloise, cette religiosité primitive a disparu peu à peu de nos contrées pour laisser place à des religiosités plus élaborées. Ainsi, à la fin du IVe siècle avant .-C., les ensembles architecturaux ont succédé aux lieux remarquables (montagnes, grottes, sources, arbres, etc.), même si ces derniers peuplaient encore les poèmes et les chants qui envahissaient encore la mémoire des Gaulois :

 

"Les arbres et les cultes purement naturistes ont disparu à l'époque de La Tène (450-25 aV. J.-C.). Seuls des noms divins associés aux rivières et aux montagnes ont survécu. Les arbres ne sont plus chez les Gaulois un objet de culte comme ils le sont encore à la même époque chez les Germains." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 92-93.)

 

L'écriture et l'usage des monnaies sont venus aux Gaulois, non des Romains, mais des Grecs, depuis Marseille, fondée vers 600 av. J.-C. (Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 54, 55.) 

 

L'idée reçue "les Celtes ne connaissaient pas l'écriture" est fausse. L'usage de l'écriture est ancien : de Castelletto Ticino, Via Aronco, en Italie du Nord, provient une inscription celtique sur vase à boire datée du deuxième quart du VIème av. J.-C. ; elle est donc aussi ancienne que les plus vieilles inscriptions latines. Elle est gravée dans l'alphabet dit de Lugano, dérivé de l'alphabet nord-étrusque, qui a couramment servi aux Celtes d'Italie du Nord dès le VIème siècle. Plus tard, l'usage de l'écriture est devenu très courant de part et d'autre des Alpes. En Gaule intérieure, c'est souvent, en particulier à partir du IIème siècle av. J.-C., l'alphabet grec qui est employé par les Celtes pour transcrire leur langue.

 

"L'utilisation de l'écriture est attestée par des graffitis sur la céramique et par la découverte de styles (poinçons servant à l'écriture)" (Olivier Buchsenschutz, Sous l'oeil des archéologues, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 28.)

 

"A l'arrivée de César,... ils (les Gaulois) battaient monnaie, se servaient de l'écriture." (Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 169.)

Inscription gauloise en alphabet grec, de Vaison-la-Romaine. Dédicace d'un nemeton (enclos sacré) à la déesse Belisama, IIème siècle av. J.-C.

Inscription gauloise en alphabet grec, de Vaison-la-Romaine. Dédicace d'un nemeton (enclos sacré) à la déesse Belisama, IIème siècle av. J.-C.

 

"Ce clergé des druides formait une société hiérarchisée. Les druides obéissaient à un chef unique détenant l'autorité suprême et qui à sa mort était remplacé par un autre chef désigné par élection. ils avaient auprès des peuples et des rois un double rôle social, comme magistrats et comme conseillers." (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 36.)

 

En quoi consistait la doctrine des druides? On est certain qu'ils professaient les croyances en l'immortalité de l'âme. On en retrouve l'écho chez Lucain, qui mentionne l'existence d'un autre monde (orbe alio) où les âmes pourraient se mouvoir, alors que les autres auteurs (Posidonius, César, Diodore, Strabon et Ammien Marcellin)  laissent entendre que les âmes des trépassés reviennent sur terre (réincarnation). Le mort pourrait connaître différents destins suivant la vie qu'il a menée et la mort qu'il a connue. Les rites funéraires avaient aussi leur importance dans ces passages et ces cheminements. L'historien de la philosophie Diogène Laërce nous donne une idée révélatrice du contenu des préceptes moraux druidiques. "Ils disaient qu'il faut honorer les dieux, ne rien faire qui soit mal, s'exercer au courage." L'expression "ne rien faire de mal" sous-entend qu'il existe un tableau du bien et du mal et suggère que les idées de péché et de salut existaient chez les Gaulois. (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 100-102; 110). Pour le reste on ne sait que peu de choses, sinon que les druides maintenaient chez tous les peuples de race celtique une unité d'ordre religieux.

 

Lors de l'assemblée annuelle, c'était eux qui faisaient office de juges et qui immolaient les criminels. Lorsque les Romains après la conquête voudront détruire l'unité du monde celte, ils traqueront les druides et ce sont leurs sacrifices humains qui leur en fourniront le prétexte.

 

"La doctrine druidique... était un agrégat de croyances religieuses souvent archaîques et irrationnelles voisinant avec des théories beaucoup plus développées sur la vie, la mort et l'univers. ... Les arbres ne sont plus chez les Gaulois un objet de culte comme ils le sont encore à la même époque chez les Germains." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), ibid., p. 93.)


"Ils portaient des sortes de toges blanches, garantes de la pureté de leur âme, ils suivaient l'enseignement d'un maître, tout au long d'une période d'une vingtaine d'années, ils proscrivaient l'écriture.

 

Les druides sont également des théologiens; Eux seuls connaissent la nature des dieux. (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 24.)


Aux druides revenaient entre autres charges l'éducation de la jeunesse. Et il est remarquable que les Celtes aient été les seuls peuples antiques à confier ainsi à une classe spéciale la fonction d'éducation.

 

"Il existait une histoire indigène (orale), celle que les druides avaient consciencieusement compilée et qui faisait partie du savoir transmis à leurs élèves." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid., p. 13)

Druides cueillant le gui au 6e jour de la nouvelle lune, Henri-Paul Motte, v. 1900

Druides cueillant le gui au 6e jour de la nouvelle lune, Henri-Paul Motte, v. 1900

"Les druides sont entourés du plus grand respect. Ils statuent en effet sur presque tous les différents publics ou particuliers." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid., p. 25)

 

... Les dieux gaulois sont associés en triades : les noms de Teutatès, Hésus et Taranis apparaissent ainsi réunis, et l'on possède des sculptures représentant un dieu à trois têtes. Cf. En particulier les divinités tricéphales trouvées à Reims, aujourd'hui au Musée de Saint-Germain-en-Laye (Aisne), Dennevy, (Saône-et-Loire), au Faubourg Saint-Jacques, à Beaune et à Paris (Le dieu tricéphale gaulois, séance du 29 octobre 1875, Par Jean-Joseph De Wittesem, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1875 Volume 19 Numéro 4, p. 336.)

Le dieu à trois têtes, IIe siècle ap. J-C. On trouve cette image dans le livre de Régine Pernoud, "Les Gaulois", avec cette légende : "Le dieu à trois têtes. IIe siècle ap. J.-C. Beaucoup plus tardive que la pièce précédente, cette stèle de pierre monte trois têtes semblables, mais distinctes et non fondues en une seule. L'influence de la sculpture romaine est ici très nette, encore qu'il s'agisse d'une triade celtique, et que le dieu à trois têtes porte le torque bouleté. Trouvée à Condat-sur-Trincou (Dordogne). Musée d'Aquitaine, Bordeaux."(R. PERNOUD, Les Gaulois, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 43.)

Le dieu à trois têtes, IIe siècle ap. J-C. On trouve cette image dans le livre de Régine Pernoud, "Les Gaulois", avec cette légende : "Le dieu à trois têtes. IIe siècle ap. J.-C. Beaucoup plus tardive que la pièce précédente, cette stèle de pierre monte trois têtes semblables, mais distinctes et non fondues en une seule. L'influence de la sculpture romaine est ici très nette, encore qu'il s'agisse d'une triade celtique, et que le dieu à trois têtes porte le torque bouleté. Trouvée à Condat-sur-Trincou (Dordogne). Musée d'Aquitaine, Bordeaux."(R. PERNOUD, Les Gaulois, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 43.)

Camille Jullian avait bien vu que ces triades pouvaient n'être qu'un triple aspect du même personnage. Pour Régine Pernoud, la religion celtique dépasse infiniment la mythologie gréco-latine que n'effleure aucun sens d'une transcendance divine, ou même l'ensemble des doctrines philosophiques et morales d'une sagesse tout humaniste, sur lequel vécurent les populations méditerranéennes. Elle s'apparentait beaucoup plus facilement à la religion biblique, puisque comme cette dernière, elle eut la prescience de l'immortalité de l'âme, et peut-être d'un dieu unique. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 45.)

 


Ce qui ressort surtout de l'ensemble de la mythologie gauloise, c'est la radicale incompatibilité avec la mythologie gréco-latine, son caractère mystique et l'incontestable sens surnaturel qui s'en dégage. Nous sommes loin avec les druides du paganisme grossier des Germains et de cette non moins grossière réduction des divinités aux hommes qui constitue la religion du monde classique. Il n'y a rien eu de comparable, en Occident, aux collèges druidiques et à leur doctrine. Plus qu'aucun autre peuple antique, les Gaulois vivaient dans une atmosphère toute imprégnée de pratiques religieuses. Aucun évènement : naissance, fiançailles, mariage, maladie et mort, chasse et guerre, arrivée et départ ne se passe sans l'assistance de la religion et le secours des dieux. Comme l'a écrit Jullian, la religion chez les Gaulois était 'à la fois une manière de vivre et une façon d'expliquer les choses'. C'est elle qui discipline le rythme des saisons, des mois, des jours.



Quant à l'importance de la religion dans la vie quotidienne des Gaulois, nous avons le témoignage unanime des écrivains antiques qui considéraient les Celtes comme les gens les plus religieux qui soient; "peuple très adonné aux pratiques relgieuses", dit César, et Strabon de son côté indique que les Celtes se caractérisent par leur piété. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, ibid, p. 38.)

 

Il est hors de doute que cette religion gauloise, si éloignée des simples marchandages dans lequels consistaient les rapports des Romains avec leurs dieux, a eu également son aspect barbare : rites sanglants et immolations de victimes humaines faisaient partie des cérémonies publiques. Souvent on sacrifiait ainsi les prisonniers de guerre ou les criminels, mais parfois aussi il s'agissait d'innocents offerts en sacrifice d'apaisement.

 

Ce qui confond d'imagination, c'est que ces mêmes druides, organisateurs de sacrifices atroces, étudiaient le mouvement des astres et la constitution des éléments, parlaient de la grandeur de l'univers, enseignaient une morale élevée, épurée, où dominait la plus noble croyance en l'immortalité de l'âme. Ils combattaient l'idolâtrie. (Frantz Funck-Brentano, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 36-39)

 

... La croyance en l'immortalité de l'âme était, dans la pensée des Gaulois, d'une intensité particulière. Elle était si vive que les Grecs et les Romains, qui cependant la partageaient, en était frappés. Ils lui attribuaient ce mépris de la mort qui faisait marcher les gaulois la poitrine découverte contre des ennemis casqués et cuirassés. Déjà aurait-on pu dire d'eux ce que les Italiens diront des gentilshommes français au temps de Louis XIII : 'Ils vont au combat comme s'ils devaient ressusciter le lendemain.'

 

Diodore de Sicile dit que les Gaulois méprisent la mort au point qu'ils se battent en duel et se tuent les uns les autres pour les causes les plus futiles : tels encore les gentilshommes français au temps de Louis XIII..

 

Un centre religieux

 

"Chaque année à date fixe, ils (les druides) tiennent leurs assises en un lieu consacré dans le pays des Carnutes qui passe pour occuper le centre de la Gaule", écrit César dans une page des Commentaires que la plupart des historiens ont cité (6.13).

 

Description de l'image Camille Jullian.jpg.Camille Jullian évoque un sanctuaire commun à toutes les tribus.
 
 
"Chaque année, à des jours solennels, les prêtres des tribus, ... les druides, se réunissaient en un lieu consacré pour y tenir leurs assises; et ce lieu était, comme je l'ai indiqué, sur la Loire, près de la forêt d'Orléans. 
 
 
En apparence, ce n'était que concile et cénacle de prêtres : en réalité, c'était assemblée nationale, image et symbole de patrie.
 
[...] Deux mille ans plus tard, lorsque les moines bénédictins voudront refaire l'unité intellectuelle et morale de cette Gaule devenue chrétienne, c'est au même endroit, à Fleury-sur-Loire, qu'ils installeront un puissant monastère et leurs plus célèbres écoles : car, là, diront-ils, on touche à la fois à la France, Aquitaine et Bourgogne. [...] Là où était le centre du pays, là s'assemblaient ses prêtres." (Camille Jullian, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, Librairie Hachette, Paris 1922, p. 96-98)
 
 
Dans le pays des Carnutes, deux villes sembleraient indiquées comme lieu des assemblées des druides: Chartres et Orléans. Or, les érudits n'ont pas encore résolu la question. Chartres a une cathédrale qui recèle une source, le Puits des Saints-Forts, située dans sa crypte à trente-trois mètres de profondeurs et qui passe pour avoir été voué dès l'Antiquité païenne à la Vierge qui doit enfanter. Mais d'autres raisons militeraient en faveur d'Orléans qui fut toujours le point de départ de ces sursauts de résistance qui ponctuent l'histoire du pays tout entier: qu'il s'agisse  de Vercingétorix, de Jeanne d'Arc ou de 1940, Orléans a toujours un rôle décisif. Un troisième lieu s'offre aux érudits: le lieu d'assemblée des Gaules n'aurait-il pas été Saint-Benoît-sur-Loire? Un lieu de culte important sur lequel fut implanté l'ancienne abbaye de Fleury-sur-Loire. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, ibid.p, 35.)

 

Camille Jullian, historien du début du XXe siècle, auteur d'une monumentale Histoire de la Gaule, a été à la Gaule ce que Régine Pernoud a été au "Moyen Âge". Il a mis fin à un certain nombre de clichés sur les Gaulois barbares incultes civilisés par les Romains..., qui n'avaient aucune "unité", dont le sol était "mal cultivé", avec un territoire où l'on ne "voyait presque point de routes et pas de villes", "le contraire des Romains" (Cf. le Petit Lavisse d'Ernest Lavisse, dit l'"Institueur national", dont les "manuels Lavisse", manuels de la IIIe république, ont été constamment réédités jusqu'en 1950, et ont donc déformé de multiples générations de professeurs, d’instituteurs et d’élèves en leur inculquant des contre-vérités historiques).

 

L'archéologue Christian Goudineau explique par exemple, qu'après la parution du Vercingétorix de Camille Jullian (1901) "seuls les quelques inévitables illuminés de service écriront encore d'invraisemblables sornettes, mais leur nombre diminuera considérablement" (C. Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 218.)

 

Jullian a "fait justice du cliché des demi-sauvages ne rêvant que d'en découdre". Il a insisté sur leur organisation, leurs institutions, leur vie publique, qu'il compare à celles des cités grecques d'avant l'âge classique. .

.. Non la Gaule n'était pas barbare, oui, c'était une patrie (ou en tout cas, elle était prête à le devenir).

Oui, Vercingétorix a pris la tête d'un 'parti national', auxquels se sont opposés de malheureux chefs, complices ou dupes du proconsul. Il a perdu, la tête haute, mais les germes de son entreprise démontreraient plus tard leur fécondité. Le premier 'résistant'." (Christian Goudineau) [33]


Des caractères particuliers

Ce que les historiens soulignent surtout, c'est la hantise d'indépendance dont les Gaulois font preuve. C'est un peuple résolument individualiste. Alors qu'un peu partout dans l'Antiquité, mais surtout à Rome, la famille restait plus ou moins dépendante de la tribu la famille gauloise apparaît comme une entité bien déterminée et formée des seuls membres qui lui sont essentiels : père, mère, enfants. Les individus agissent en leur nom propre et en celui-là seul. Au point que des parents très proches par le sang peuvent se trouver complètement séparés ou ennemis dans l'action : ce fut le cas pour Vercingétorix qui est combattu à outrance par son oncle, le frère de son propre père. On n'eût jamais pu voir en Gaule ce que l'on vit à Rome: tous les hommes de la gens fabia se proposer pour partir en guerre contre une ville ennemie.

Importance de la femme. Les Celtes sont strictement monogames. La femme n'est pas regardée comme l'esclave, explique Régine Pernoud, mais comme l'associée de l'homme; elle paraît avoir joué dans la vie de son époux un très grand rôle.

 

Même dans les querelles, elle intervient à ses côtés et, s'il faut en croire Ammien, c'est un adversaire redoutable dont les poings s'abattent rapides et durs 'comme les engins de catapulte'.

 

Plutarque raconte même que les Gauloises intervenaient dans les Conseils où se décidaient la paix et la guerre et que l'on recourait à leur arbitrage dans les contestations avec les étrangers. [34]

 

Frantz Funck-Brentano indique que "les femmes vont et viennent librement, elles tiennent boutique : la parfumerie est leur spécialité. On entend parler haut, fortes en bec, les marchandes des quatre-saisons. ... On n'a pas encore de femmes avocats, mais on a des femmes médecins." (F. Funck-Brentano, Les origines, ibid., p. 148.)

 

Des femmes juges

 

"Alors que leurs femmes, s'avançant au milieu des armes et prenant en main leurs querelles, furent pour eux des arbitres et des juges si exempts de reproches qu'il naquit de là entre tous, et de cité à cité, de maison  à maison, une merveilleuse amitié." (Plutarque, Des vertus des femmes, VI, 6, cité in Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 27.)

 

La femme sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu. (F. Funck-Brentano, Les origines, ibid., p. 41.)



Un trait qui va distinguer la société qui s'élabore, c'est la place qu'y tiendra la vie de famille. Cela, c'est nouveau; les affections familiales étaient à peu de choses près absentes des lettres comme de la mentalité antiques. Ce qui s'explique d'autant mieux que, du point de vue juridique, la famille dans l'Antiquité classique n'existait pas: dans le droit romain, elle tient tout entière dans la personnalité du père de famille, le pater familias, qui exerce un droit de propriété sur les membres dont elle se compose, femme, enfants, esclaves, comme sur ses biens meubles et immeubles, avec une autorité pratiquement presque illimitée.

 

En Gaule, la famille paraît avoir eu dès les premiers temps une existence véritable. La femme tient sa place aux côtés de l'homme jusque dans les combats et les liens de parenté sont vivants comme ils le seront dans les sociétés barbares, germaniques ou nordiques. 

 

Le premier écho de ces affections familiales dans la littérature, nous le trouvons chez le poète Ausone. ... Cette société du IVe siècle ap. J.-C., est imprégnée de christianisme; la vie de famille va s'en ressentir profondément, puisque la femme est considérée désormais comme l'égale de l'homme. [34]

 

La fidélité conjugale

 

"En dehors de leur réputation de beauté, de fécondité et de courage, les femmes de la Gaule ont souvent fourni aux moralistes du temps de remarquables exemples de fidélité conjugale", écrit Régine Pernoud.

 

"L'histoire en particulier de Sabinus et d'Eponine a été pour les générations antiques le modèle classique d'amour et du dévouement entre époux, et ce modèle n'était pas tiré d'un roman mais bien de la vie réelle: Eponine pendant neuf années partagea la vie sauvage de Sabinus recherché par les Romains pour rébellion et contraint de se cacher dans des cavernes dans lesquelles sa femme venait lui apporter de la nourriture; lorsqu'il fut découvert et condamné à mort, Eponine demande et obtint de mourir avec lui. [35]

 

"Les archéologues sont frappés du très grand nombre de stèles funéraires élevées en Gaule par l'époux ou l'épouse survivant à son conjoint disparu, et dont les inscriptions sont conçues dans les termes les plus touchants."

 

Le poète gaulois bordelais, sans doute chrétien, Ausone (IVe siècle), dont le père médecin s'exprime encore plus facilement en gaulois qu'en latin, a consacré toute une série de poèmes aux membres de sa famille. L'un des plus émouvants portraits qu'il trace est celui d'Attusia Lucana Sabina, sa femme : "J'ai parlé d'êtres chers selon les modes pieux du chant funèbre. Mais c'est à présent un chagrin, une torture, une plaie toujours vive, que je dois rappeler : la mort de mon épouse. Noble depuis ses bisaïeux, illustre depuis l'origine du sénat, Sabina s'est illustrée plus encore par les mérites de sa vie. C'est bien jeune, dans les premières années, que j'ai gémi sur toi qui m'as été si tôt enlevée, et voici que, veuf depuis 36 ans, je te pleure encore. Je ne pouis cicatriser ni endormir ma douleur: elle se ravive toujours comme si elle était nouvelle. D'autres reçoivent du temps un soulagement à leurs peines : ma blessure, elle, s'aggrave chaque jour."

 

De l'avis général, les Celtes étaient un peuple remarquablement doué sous le rapport de l'intelligence : 'Ils ont l'esprit pénétrant et non sans aptitude pour le savoir', remarqua Diodore de Sicile; et nous avons déjà vu comment leur ingéniosité forçait l'admiration de César.

Les Gaulois étaient très hospitaliers. ... Par contre, aucun de leurs récits ne permet de soupçonner que cette gaieté ait eu quelques rapport avec ce que nous appelons de nos jours des 'gauloiseries'. Cette réputation et l'emploi du terme dans ce sens sont totalement modernes et ne remontent pas au-delà du XIXe siècle; on les voit apparaître chez les auteurs de romans-feuilletons sans la moindre base dans la réalité.

 

"Les Gaulois avaient une conception de la nation qui mêlait droit du sang et droit du sol : on devenait gaulois en s'installant en Gaule, ce qu'avaient fait les Belges". [36]

Les Celtes s'excitent facilement à tout propos. Ils sont épris d'équité et Strabon, l'un des écrivains qui les connaissait le mieux, insiste sur la facilité avec laquelle ils s'associent pour venger une injustice. On trouve déjà chez eux cette sorte d'idéalisme qui fait que le peuple français est toujours prêt à partir en guerre pour l'Espagne ou pour la Pologne opprimées.

 

"Une âme généreuse." Chevaleresques, les Gaulois punissent le meurtre d'un étranger plus sévérement que celui d'un concitoyen; honnêtes, ils laissent ouvertes les portes de leurs demeures; mais très économes, écrit Strabon, - Diodore de Sicile dit "extrêmement avares." (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 53.)

Ce qu'ils aiment, ils l'aiment avec passion; ils sont enclins aux coups de têtes, aux accès de colère. Ainsi reproche-t-on aux Irlandais de nos jours d'avoir la tête près du bonnet. Chez eux les disputes s'élèvent fréquemment. Les bons repas auxquels ils se plaisent se terminent souvent en rixes et les querelles dégénèrent en combats. Le drame de Vercingétorix, c'est qu'il eut à lutter tout autant contre cet incurable défaut de ses compagnons d'armes que contre César et ses légions. ... Il avait réussi, pour la première fois, à obtenir que tous les peuples de Gaule fissent front commun devant l'envahisseur. La patience, la maîtrise de soi, étaient certainement, avec le sens de la cohésion, les qualités qui manquaient le plus aux Gaulois.

Les Gaulois étaient bons, d'abord simple et franc. La franchise celte était même dans l'Antiquitié une sorte de lieu commun comme on parlait de la mauvaise foi carthaginoise.


Ils étaient vantards et bavards; en toutes choses ils se montraient bruyants et exubérants; que ce soit dans la bataille, à table ou dans les assemblées, les chants et les cris se succédaient. ... Ils aimaient à parler d'eux-mêmes, de leurs exploits, et prenaient volontiers un ton farouche ou superbe. 'Dans leurs discours, dit Diodore de Sicile, la parole est brève, énigmatique, procédant par allusions et sous-entendus, souvent hyperboliques quand il s'agit de se grandir eux-mêmes et de rabaisser les autres. Ils ont le ton menaçant, hautain, tragique'. ... La place que tient chez eux la poésie, la rapidité avec laquelle se transmettent oralement les nouvelles, et surtout leur système d'éducation uniquement par voie orale, tout atteste l'importance de la parole chez les Gaulois.

 

L'éloquence des Gaulois. "Les Gaulois, dit Caton, ont deux passions : se battre et parler" (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 53.)

 

Les Gaulois en arrivent "à fournir aux Romains leurs meilleurs discoureurs : Domitius Afer, le maître de Quintilien, qui place son éloquence au-dessus de toute autre, était de Nîmes; Montanus était de Narbonnes, Julius Africanus, origainaire de Saintes.

 

... Tacite met sur les lèvres du représentant de leur éloquence en son dialogue des Orateurs: 'Vous cherchez la perfection et vous croyez qu'elle est signe de santé... Allons donc ! s'écrie le Gaulois de Tacite. Le véritable orateur vaut par la force, la gaîté, la vivacité, le luxe des mots et la variété des mouvements. N'être qu'en bonne santé littéraire est déjà signe de faiblesse: l'avocat n'est pas un gens-de-lettres, c'est un combattant.' 

 

Comme elles formaient des orateurs, les écoles gallo-romaines en arrivèrent à former des poètes, mais ceux-ci ne brilleront de leur plus vif éclat qu'au IVe siècle, avec Ausone et, au siècle suivant encore, avec Sidoine Apollinaire. Et par un paradoxe plein d'ironie, ce sera cette terre martyrisée par le divin Jules, au nom de Rome, qui donnera à Rome les derniers chants latins qui aient célébré sa gloire...

 

Mais ici encore le vice irrémédiable qui anémie cette littérature est le manque d'originalité." (F. Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 153-154.)
 

Les Gaulois aiment la parure; ils prennent un soin extrême de leur corps et nous avons vu qu'ils sont soucieux de propreté au point d'avoir inventé le savon. Ils ont les cheveux teints, des bracelets d'or au cou, et des vêtements de couleur. ... Virgile dépeint le Celte 'la chevelure dorée, vêtu d'une tunique d'or, recouvert d'un manteau aux raies de mille couleurs, un collier d'or entourant son cou d'une blancheur de lait'. Le grand nombre de bijoux retrouvés dans les tombes, le soin avec lequel ils aimaient sertir le corail ou l'émail dans le cuivre, attestent ce goût de l'ornement qui demeurera tout à fait caractéristique de notre peuple, jusqu'à la fin du Moyen Âge et plus tard encore."

 

C'est Rome qui a ajouté au concept de "nation" le sens moderne d'une "volonté de vivre en commun et un gouvernement partagé"

 

Dans le sens premier de "nation", il est indéniable que les Gaulois soulevés à l'instigation de Vercingétorix avaient ensemble la conscience d'une unité ethnique, sociale, historique, culturelle et religieuse à défendre face au danger romain : la nation fédérée et décentralisée en quelque sorte préexistait à l'administration, à la frontière, au gouvernement "partagé" et à la "volonté de vivre ensemble", qui sont des concepts modernes.

 

Inversement, la romanisation constitue un retour en arrière et une régression terrible pour l'ascension de la jeune nation gauloise. Rome a aiguisé la concurrence entre les tribus, exacerbé leurs spécificités, les dotant de différences ethniques artificielles, joué des divisions pour régner...

 

Il fallut des siècles à la jeune civilisation gauloise pour se reconstituer.

 

Frantz Funck-Brentano l'explique très bien dans son ouvrage Les Origines. Il fallut "plus de dix siècles, et des malheurs inouïs, des catastrophes effroyables, une anarchie affreuse et des efforts sublimes", "tout un millénaire", pour que "la sève printanière d'un grand peuple" "remonte lentement, obstinément à l'air libre, au soleil, au vent, à la pluie qui font vivre, et y développer ses frondaisons",... une époque qu'il situe "au XIIe siècle." (p. ibid., 75; 114, 147). "La nation gauloise a gardé en elles, intactes, ses forces vives, et ses coutumes, et, du jour où elle pourra se mouvoir en liberté, elle déroulera, avec la magnificence que l'on sait, l'incomparable histoire de France." (ibid., p. 75)

 

"Selon la remarque de Camille Jullian, il faut descendre jusqu'aux plus beaux temps du Moyen Âge français, jusqu'aux XIIe-XIIIe siècles, pour retrouver une fièvre de bâtisse comparable à celle dont semblent avoir été dévorés aux II-IIIe siècles les Gallo-Romains" (ibid.p, 147.)

 

Pour étayer sa thèse selon laquelle il n'y a pas de "nation" gauloise, K. F. WERNER cherche la solution dans l'élément "patriotique". Pour les Gaulois, "la patrie", "c'est la tribu, devenue cité. D'une grande patrie de tous les Celtes, nul ne parle alors, pas même pendant les combats contre César".

 

K. F. WERNER ne confondrait-il pas "patrie" et "nation" ? La patrie suppose l'existence de frontières que ne possédaient pas les Celtes à cette époque pré-romaine, en effet. Cependant, si la patrie ne peut pas ne pas avoir de frontières, la nation si. 

 

A cette époque d'ailleurs, peu de nations avaient leur état constitué, avec des frontières bien délimitées, une cohérence politique établie. Pourtant est-ce à dire qu'elles n'existaient pas et ne jouaient aucun rôle dans la géopolitique de cette époque ? Est-ce à dire qu'hormis Rome, c'était le désert ? Camille Jullian fait observer que la conception d'une unité nationale n'apparaît chez aucun peuple de l'Antiquité. Une nation préexiste à l'entité politique et à la délimitation de frontières. C'est l'historiographie maçonnique ou maçonnisante qui prétend qu'en France, la nation est une construction de l'Etat et nie que la nation a préexisté à l'état. Cela lui permet de prétendre que la nation est née en 1789 avec la république, tout en affirmant que cette nation plonge ces racines en Gaule. (Bonjour la contradiction!)

 

Un exemple bien connu est la nation juive qui appela de ses voeux pendant deux mille ans la (re)création d'un état juif, cet état juif qui avait été définitivement anéanti par les Romains de l'empereur Hadrien, en 135 ap. J.-C. [37] Les Israélites durent attendre 1948 pour voir leur état de nouveau exister, avec des frontières physiques. Qui s'aventurera à leur dire qu'avant 1948, leur "nation" n'existait pas ? Pas grand monde...

 

Pourtant, deux poids deux mesures s'agissant de la France et des Français. Les républicains aujourd'hui nous expliquent de long en large, le plus sérieusement du monde, que la nation française aujourd'hui n'existe pas (ou plus !) Un journaliste représentant parfaitement cette mentalité, Yann Moix, dans l'émission de Ruquier "On n'est pas couché", prétend que le peuple français n'existe pas, que ce "peuple" est introuvable... Sa collègue, la journaliste d'I-télé, Léa Salamé, pour enfoncer le clou, demande au philosophe Michel Onfray ce qu'est un "français" ! Il faudra leur dire de lire nos auteurs dans cet article !

 

La monarchie gauloise

Au berceau de la royauté française, comme du temps de nos ancêtres les Gaulois,

le Roi franc était à l'origine élevé sur le Pavois.

Jean Favier, Charlemagne, Texto, Le Goût de l'histoire, lonrai 2013, p. 36-37.

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Le roi sous la "Gaule" pré-romaine

C'était du souvenir de l'unité primitive que s'inspiraient les traditions ou les légendes indigènes. - Elles racontaient que la Celtique avait formé autrefois un seul royaume, et n'ayant qu'un souverain. Ce roi lui était donné par les hommes du Centre, les Bituriges: le chef qui commandait tous les Celtes siégeait au milieu même du pays. On conserva longtemps la mémoire d'un de ces rois, Ambigat.

Camille JULLIAN, La Gaule avant César, Editions du Trident, Paris 2012, p. 69.

« La royauté, souvent mentionnée par les auteurs antiques, reste méconnue (informations peu nombreuses, disparates et tardives). Les sources les plus anciennes ne sont pas antérieures au IIe s. (Polybe) et concernent en premier lieu la Cisalpine et la Galatie en Asie mineure. Polybe parle de hégoumenoi (II, 21, 4) pour désigner les chefs, de proestôtes (chefs), de basileis (rois). Tite-Live, un siècle plus tard, désigne les chefs par les vocables regulus (roitelet) (XXI, 29,6; XXIV, 42,8; XXV, 22,3/5; XXXIII, 36) et nobilis (imperatores nobiles, XXXI, 21,17).
 

La royauté, en recul dans la dernière période, reste mal connue. Le premier roi mentionné, Ambigat, renvoie à un passé mythique où un individu exerçait une souveraineté suprême sur l'ensemble de la Celtique (Tite-Live, V, 34).
 

La royauté celtique comportait différents degrés, comme en Irlande où il y avait toute une hiérarchie de rois échelonnés depuis celui de la tuath jusqu'au roi suprême de l'Irlande (Hubert 1932b, 232). [...] Chef militaire, le roi avait la faculté de convoquer l'assemblée et le conseil armé, prélude à toute opération belliqueuse. » (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 281-282; 284; 291)

 

"Rien, dans ces sociétés d'autrefois, ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître, à un tyran gouvernant à sa guise. Le despotisme y était inconnu. Au-dessus du père de famille était le devoir familial ; au-dessus du roi de tribu était l'Esprit de la tribu. Les êtres passaient, familles et tribus restaient. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Ce qui commande véritablement à ces hommes, ce n'est pas un chef, c'est la loi, qui est la même pour tous, aussi bien pour le chef que pour les autres. Un souffle de liberté et d'égalité anime ces hommes. Rappelons-nous la manière indépendante dont les grecs d'Homère parlent à leur rois : c'est un dernier écho de la tradition primitive des Indos-Européens." (Camille Jullian, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, Librairie Hachette, Paris 1922, p. 91-92)

 

Frantz Funck-Brentano évoque la figure du roi myhtique Ambigat, "monarque patriarcal", "roi des Bituriges", "qui paraissent avoir été le peuple dominant". "On l'a nommé le Charlemagne des Celtes." Aux Bituriges serait due l'invention de l'étamage. (Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 57)

 

"Les poètes gaulois racontaient que les deux conquérants de l'Europe avait été Bellovèse et Ségovèse, neveux du roi Ambigat (Ve siècle av. J.-C.) : ils s'étaient mis en route, l'un pour franchir les Alpes, l'autre pour traverser le Rhin, mais le roi Ambigat était resté en sa résidence du Berry pour gouverner les Celtes. [...] Ces courses triomphales n'étaient point inutiles au maintien de l'entente celtique. Elles contribuaient à former un esprit national. L'écho des victoires du Danube ou du Tibre revenait en Gaule, mêlé de rumeurs de miracles.

 

On racontait les hauts faits d'un Brennos, vainqueur de Rome (390 av. J.-C. Ndlr.) d'un autre Brennos, adversaire de l'Apollon de Grèce (279 av. J.-C.). Des hymnes et des poèmes naissaient sous les pas des conquérants; et c'était un ferment de plus pour accroître la cohésion du nom gaulois et soulever l'orgueil de ceux qui le portaient.

 

"La légitimité des princes était avant tout généalogique." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 62.)

Brennus (IVe siècle av. J.-C.) Buste de Brennos provenant de la figure de proue du cuirassé Brennus, Musée national de la Marine.

Brennus (IVe siècle av. J.-C.) Buste de Brennos provenant de la figure de proue du cuirassé Brennus, Musée national de la Marine.

Brennus marcha sur Rome. L'affrontement entre les deux armées ennemies a lieu le 18 juillet -390 sur la rive gauche du Tibre, à l'endroit où se jette un modeste affluent, le ruisseau appelé Allia, (peut-être le Fosso Maestro, près de Marcigliana), qui donna son nom à la bataille (Bataille de l'Allia). L'armée romaine fut terrassée par l'armée gauloise, plus expérimentée et avide de vengeance. La défaite est si grave, que le 18 juillet (le Dies Alliensis) fut dès lors considéré comme un jour néfaste dans le calendrier romain. En proie à la famine, les assiégés finissent par négocier leur reddition contre rançon. La tradition rapporte que celle-ci est de 1000 livres d'or. Lors de la pesée de la rançon, les historiens rapporteront également que les Gaulois utilisent à cette occasion des poids truqués. Aux protestations romaines, Brennos répondra de manière éloquente en ajoutant son épée aux poids incriminés, se justifiant du droit des vainqueurs par la phrase « Vae Victis » (« Malheur aux vaincus »).

 

La prise même de Delphes sera, comme celle de Rome, sans lendemain; les Gaulois se retirent comme il s'étaient retirés après le sac de la Ville. Mais, par la suite, certains d'entre eux s'établiront au nord de la Macédoine, où ils fonderont la ville de Singidunum (ajourd'hui Belgrade); d'autres fondent en Thrace u nroyaume gaulois qui durera une centaine d'années; d'autres enfin s'établiront en Asie mineure (Turquie actuelle), aux confins de la Phrygie, et y organiseront le plus durable des établissements celtiques: l'Empire des galates dans lequel vont se perpétuer les peuples qui avaient pris part à l'expédition de Brennus: Tectosages, Trocmes et Tolitsoboï, qui chaque année envoient leurs délégués à une assemblée commune et possèdent un sanctuaire au nom bien celtique de Dunemeton. Ces Galates seront au début de l'ère chrétienne évangélisées par Saint Paul, et encore au IVe siècle à l'époque de Saint Jérôme, qui déclare que les Galates d'Asie Mineure emploient le même dialecte que les gaulois de la région de Trèves. Le parler celtique s'était conservé chez ce médecin qui fut le père du poète Ausone. [38]

  Bituitos - Roi des Arvernes au IIème siècle avant J.-C. Fils du roi Luernos, il fut vaincu par les Romains en 121 avant J.-C., mettant fin à la domination des Arvernes sur les peuples de la Gaule. Athénée dans le Banquet des sophistes parle d'un poète qui avait reçu du roi Bituit une bourse pleine d'or et avait alors improvisé un poème célébrant le souverain et sa générosité.  Strabon, Géographie, IV, 3: "Bituit, qui guerroya contre Maximus et Domitius, avait pour père, ce Luérius [Luernos] dont les richesses et le faste étaient si extraordinaires que, pour faire montre à ses amis de son opulence, il se promenait sur un char dans la campagne, en semant çà et là de la monnaie d'or et d'argent, que ramassaient les gens de sa suite."  Camille Jullian résume ainsi l'impression produite sur les Grecs par le royaume arverne: "Le charme des vers, l'ivresse des repas, le foisonnement de l'or, les tumultes des grandes assemblées et par-dessus tout l'apothéose d'un héros vivant, voilà ce qu'étalait aux yeux des étrangers la royauté de Luern et de Bituit, et pour tout cela, cette monarchie arverne fut l'expression la plus complète de la vie et de l'humeur gauloises."  Appien, Histoire Romaine, IV, 12 : "Sur le refus des Allobroges, ils envoyèrent une expédition commandée par Cneius Domitius. Au moment où le général quittait le territoire des Salyens, un ambassadeur de Bituit, roi des Allobroges [en réalité, des Arvernes], en somptueux équipage, vint au devant de lui : il était escorté de gardes richement vêtus et de chiens. Les barbares en ces contrées ont aussi une garde de chiens. Un poète suivait, qui dans une poésie barbare chantait le roi Bituit, puis les Allobroges, puis l'ambassadeur lui-même, leur naissance, leur courage et leurs richesses ; c'est même pour cela surtout que parmi les ambassadeurs ceux qui sont illustres emmènent avec eux des gens de cette sorte. Celui-ci demanda grâce pour les chefs des Salyens, mais sans rien obtenir."  Il ne s'agit pas d'un simple topos littéraire : certains deniers romains frappés en commémoration de leur victoire figurent Bituit en compagnie d'un chien. A rapprocher, peut-être, du nombre particulièrement élevé de crânes de chiens et de restes de canidés sur le sanctuaire de Corent, contemporain des règnes de Luern et de Bituit, qui a conservé la trace de leurs fastueux festins dont Posidonios se fait l'écho.  Florus, Histoire Romaine, III, 3: "On remarqua tout particulièrement dans le cortège triomphal leur roi Bituitus avec ses armes de diverses couleurs et son char d'argent, comme au jour du combat."  Tite Live, Periochae, 61: "Le consul Q. Fabius Maximus, petit-fils de Paul Émile, remporte une victoire sur les Allobroges et sur Bituitus, roi des Arvernes. Cent vingt mille hommes de l'armée de Bituitus furent taillés en pièces. Lui-même, étant parti pour Rome afin de satisfaire aux ordres du sénat, fut retenu et mis en surveillance à Albe, parce que son retour en Gaule paraissait dangereux. On ordonne aussi par un décret de saisir son fils Congennetiacus, et de l'envoyer à Rome."Source : http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/bituitos-bituit-2150.htm

Bituitos - Roi des Arvernes au IIème siècle avant J.-C. Fils du roi Luernos, il fut vaincu par les Romains en 121 avant J.-C., mettant fin à la domination des Arvernes sur les peuples de la Gaule. Athénée dans le Banquet des sophistes parle d'un poète qui avait reçu du roi Bituit une bourse pleine d'or et avait alors improvisé un poème célébrant le souverain et sa générosité. Strabon, Géographie, IV, 3: "Bituit, qui guerroya contre Maximus et Domitius, avait pour père, ce Luérius [Luernos] dont les richesses et le faste étaient si extraordinaires que, pour faire montre à ses amis de son opulence, il se promenait sur un char dans la campagne, en semant çà et là de la monnaie d'or et d'argent, que ramassaient les gens de sa suite." Camille Jullian résume ainsi l'impression produite sur les Grecs par le royaume arverne: "Le charme des vers, l'ivresse des repas, le foisonnement de l'or, les tumultes des grandes assemblées et par-dessus tout l'apothéose d'un héros vivant, voilà ce qu'étalait aux yeux des étrangers la royauté de Luern et de Bituit, et pour tout cela, cette monarchie arverne fut l'expression la plus complète de la vie et de l'humeur gauloises." Appien, Histoire Romaine, IV, 12 : "Sur le refus des Allobroges, ils envoyèrent une expédition commandée par Cneius Domitius. Au moment où le général quittait le territoire des Salyens, un ambassadeur de Bituit, roi des Allobroges [en réalité, des Arvernes], en somptueux équipage, vint au devant de lui : il était escorté de gardes richement vêtus et de chiens. Les barbares en ces contrées ont aussi une garde de chiens. Un poète suivait, qui dans une poésie barbare chantait le roi Bituit, puis les Allobroges, puis l'ambassadeur lui-même, leur naissance, leur courage et leurs richesses ; c'est même pour cela surtout que parmi les ambassadeurs ceux qui sont illustres emmènent avec eux des gens de cette sorte. Celui-ci demanda grâce pour les chefs des Salyens, mais sans rien obtenir." Il ne s'agit pas d'un simple topos littéraire : certains deniers romains frappés en commémoration de leur victoire figurent Bituit en compagnie d'un chien. A rapprocher, peut-être, du nombre particulièrement élevé de crânes de chiens et de restes de canidés sur le sanctuaire de Corent, contemporain des règnes de Luern et de Bituit, qui a conservé la trace de leurs fastueux festins dont Posidonios se fait l'écho. Florus, Histoire Romaine, III, 3: "On remarqua tout particulièrement dans le cortège triomphal leur roi Bituitus avec ses armes de diverses couleurs et son char d'argent, comme au jour du combat." Tite Live, Periochae, 61: "Le consul Q. Fabius Maximus, petit-fils de Paul Émile, remporte une victoire sur les Allobroges et sur Bituitus, roi des Arvernes. Cent vingt mille hommes de l'armée de Bituitus furent taillés en pièces. Lui-même, étant parti pour Rome afin de satisfaire aux ordres du sénat, fut retenu et mis en surveillance à Albe, parce que son retour en Gaule paraissait dangereux. On ordonne aussi par un décret de saisir son fils Congennetiacus, et de l'envoyer à Rome."Source : http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/bituitos-bituit-2150.htm

Du jour où il y eut un roi de guerre, conducteur de Celtes, les chefs des différentes tribus aspirèrent à ce titre, à être 'le roi des rois', et plus d'une fois on se combattit à qui le posséderait. Acquérir 'le principat de toute la Gaule' devint le rêve suprême de quiconque se sentit le désir de commander à des hommes. Mais, par cela seul qu'elle existait, cette ambition d'une royauté unique entretenait la suprématie de l'honneur convoité. Il appartint longtemps au chef des tribus du Berry, au roi des Bituriges, et nous venons de voir le fameux Ambigat, le Charlemagne celtique, vieillard puissant et sage, mais qui, à la différence de Charlemagne guerroyant aux côtés de son neveu Roland, demeure majestueux et immobile en son Palais, se bornant à donner à ses neveux le mot d'ordre pour conquérir le monde. Celui-là, évidemment, la légende l'a obscurci de ses nuages. Mais il est impossible de ne pas y reconnaître un grand fond de vérité, tout ainsi que la légende de Charlemagne n'empêche pas de croire à son existence et à son Empire", écrit Camille Jullian.

 

Le Sénat de Rome n'aimait point les grandes royautés: il y avait, entre elles et lui, incompatibilité d'ambitions. Les principaux obstacles à sa domination universelle lui vinrent des rois, Pyrrhus, Philippe, Antiochus, Persée, et en ce moment même Mithridate. Les aristocraties étaient moins dangereuses pour le Sénat : aucune n'avait des velléités conquérantes excessives. Ce fut sur elles que les chefs de Rome s'appuyèrent, aussi bien chez les peuplades gauloises qu'à Athènes ou à Capoue. ... Le régime aristocratique, çà et là, se substituait à la monarchie. (Camille Jullian, Vercingétorix, Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 43)

 

"Nous connaissons par l'histoire quelques-uns des rois de la Gaule qui régnèrent après lui (Ambigat), Luern et Bituit, dont l'autorité, dit-on, s'étendit au-dessus des Belges et des Celtes, jusqu'aux Pyrénées et jusqu'au Rhin. Ceux-ci étaient l'un le père, l'autre le fils: ce qui permit de supposer que les gaulois acceptèrent un instant une royauté héréditaire. Tous deux étaient des Arvernes, rois des Puys et de la Limagne en même temps que dictateurs militaires de la Gaule.[...] Luern et Bituit sont, je le répète, des figures d'histoire. Des voyageurs grecs ou italiens les ont vus, ont été reçus à leur cour. Ils nous ont montré Luerne paradant à travers les routes en un cortège de fête, debout sur un char plaqué d'argent, lançant des pièces d'or, et près de lui un poète chantant sa gloire, pareille à celle d'un laboureur divin qui fait lever la richesse sous le soc de sa charrue. Et ils nous ont aussi montré Bituit, marchant contre les Romains à la tête de cent cinquante mille hommes et de ses meutes de chiens de guerre. Si folle et si vaniteuse qu'elle ait pu être, je ne trouve pas que cette royauté d ela gaule soit moins grandiose que celle d'un Cyrus ou d'un Alexandre. [...] Luern et Bituit, ... sont moins les maîtres d'un Empire que les symboles vivants et directeurs d'une unité nationale. Leur pouvoir ne sort pas des frontières de la Gaule, et ils l'exercent du centre même de cette Gaule, à l'ombre de ses plus hautes montagnes et sous l'appui de ses plus grands dieux." (Camille Jullian, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, Librairie Hachette, Paris 1922, p. 130)

 

Au IIe siècle av. J.-C., c'était donc au tour des Arvernes de prétendre à l'hégémonie de la Gaule. Mais les Eduens, pour faire pièce aux Arvernes, se rapprochèrent des Romains. Les Eduens avait, comme les Romains, un gouvernement aristocratique sous forme républicaine ; tandis que chez les Arvernes, sous la direction de leur roi, le célèbre Bituit, prédominait l'élément populaire, le 'commun', comme dira le Moyen Âge.

 

Les Allobroges, alliés des Arvernes, accueillirent avec honneur les Salyens (Provençaux) fugitifs qui avaient été vaincus par les Romains dans une première campagne en 125 av. J.-C. par le consul Caius Sextius, vendit la plus grande partie de la population à l'encan, et fonda sur le territoire une colonie, 'les eaux de Sextius', Aquae Sextiae, Aix.

 

Comme les Eduens se déclaraient pour Rome, Bituit, alliés des Allobroges, ravagea leur territoire. En 122 av. J.-C., le consul Cnéius Domitius Ahénobarbus se mit en route avec une armée puissante où se trouvaient des éléphants. Il s'agissait d'épouvanter les Gaulois qui n'en avaient jamais vu. L'entrevue entre l'ambassadeur de Bituit et l'Ahénobarbus est demeurée céléèbre. Bituit fit les offres les pls conciliantes, mais l'Ahénobarbus ne voulut rien entendre. La bataille s'engagea au confluent de l'Isère et du Rhône. La tactique des Romains, la supériorité de leurs armement et leurs gros éléphants remportèrent la victoire (121 av. J.-C.) ; encore les historiens latins, 120 000 Gaulois auraient péri contre 15 (sic) Romains. Le noble chef arverne fut traîné à Rome et promené comme un bœuf gras dans le cortège triomphal. La plèbe romaine poussait des cris d'enthousiasme à la vue du prince gaulois en son armure resplendissante. Pour se donner la crertitude que la tentative de Bituit ne serait pas reprise, le sénat de Rome se fit livrer son fils Congentiat, par l'aristocratie arverne, et se crut désormais tranquille de ce côté.

 

Rome vainquit Bituit, ... et après cette défaite, elle coupa la Gaule en deux : comme territoire en annexant les terres du midi, Provence, Languedoc et Dauphiné; comme nation, en supprimant l'hégémonie arverne et en soutenant, à l'aide de son alliance, les prétentions des Eduens.

 

[…] Un demi siècle plus tard, Celtill, chez les mêmes Arvernes, tenta à nouveau l'aventure. Il rétablit momentanément la suprématie de son peuple sur les peuples voisins. Le succès durable de son entreprise aurait pu amener l'unité de la Gaule et, par l'union, l'indépendance : Celtill fut renversé par la faction rivale, par les chefs des familles patriciennes. […] Il périt sur le bûcher ; mais sur les traces laissées par l'oeuvre du père marchera le fils, l'un des plus grands parmi les hommes : Vercingétorix. (Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 78-83)

 

La guerre civile éclata entre les deux partis gaulois. Ils rivalisèrent de maladresse et de crédulité. Les uns se confièrent en des mercenaires germains, dont le chef, Arioviste, finit par réclamer la Gaule pour lui-même. Les autres se confièrent en un proconsul de Romes, Jules César, qui ne procéda pas autrement que bandit d'Outre-Rhin, mais qui, plus fort que lui, sut prendre la Gaule et la garder.

 

En vain l'héritier des chefs arvernes, Vercingétorix, réussit-il à soulever un instant toutes les cités contre Jules César. Il le vanquit devant Gergovie, la ville royale de ses aïeux. Mais il fut vaincu par le Romain devant Alésia, la cité sainte des Celtes. Alors, tout fut fini pour la Gaule."
 

"On a compté en Gaule quatre à cinq cents tribus, lesquelles se sont groupées en soixante-douze peuplades ou nations, d'après le calcul de César, laissant de côté la Narbonnaise. Ce fut donc une moyenne de quatre ou cinq, jusqu'à dix tribus, dont le groupement forma une peuplade.

 

Réunies en peuplades, les tribus n'en conservaient pas moins une certaines indépendance; chacune d'elles gardait son caractère propre, ses traditions, une vie commune sous la direction d'un chef particulier : tel pourra apparaître Ambiorix, au temps des guerres pour l'indépendance (Ier siècle av. J.-C.), chef de l'une des tribus qui composaient la peuplade des Eburons.

 
Ambiorix, roi des Eburons, peuple gaulois du nord de la Gaule qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C.

Ambiorix, roi des Eburons, peuple gaulois du nord de la Gaule qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C.

Et ces chefs de tribus conservaient leur pouvoir dans le cadre plus étendu de la peuplade ou nation : magistrats locaux avec droits de police. La réunion en formait une assemblée délibérante, un conseil, où l'on discutait des intérêts communs et prenait les décisions utiles à la peuplade ou nation. Cette assemblée sera appelée par les Romains le sénat de la cité. Les sénats des cités gauloises sont composés des chefs de clans ou grandes familles, chef des 'gestes' qui formaient la tribu; la réunion de plusieurs tribus, le plus souvent au nombre de quatre ou de cinq formant la cité. En temps de guerre, chacun de ces sénateurs, de ces chefs de clan ou de geste, marchera à la tête des siens - tel encore le baron féodal au XIe siècle. Au cours des luttes pour l'indépendance, on verra les six cents sénateurs Nerviens mourir les armes à la main, chacun d'eux au milieu des siens : au dire de César, il n'en survécut que trois. C'est le tableau que nous offrira, vers le XIe siècle, la chanson de Guillaume d'Orange.

 

A la tête de ces peuplades ou nations, constituées chacune par la réunion de plusieurs tribus, elles-mêmes composées de la réunion de plusieurs familles, se trouve placé, dans l'origine tout au moins, un chef commun, un prince, un roi, de caractère familial, patriarcal, et de caractère religieux.

 

La monarchie unique disparut généralement en Gaule sur la fin du IIe siècle av. J.-C. Les familles s'étant progressivement hiérarchisées par les liens de la clientèle, les chefs des familles principales constituèrent une aristocratie qui se débarrassa de la royauté.

 

Toutefois, plusieurs des nations gauloises, après s'être dépouillées de leur constitution monarchique n'en remirent pas moins leur gouvernement entre les mains d'un magistrat suprême, mais un magistrat élu, pour une année ou deux ans, nommé le vergobret. Le vergobret disposait de l'autorité royale; mais il ne pouvait pas, en matière de politique extérieure, ou quand il s'agissait d'une déclaration de guerre, se passer du conseil de la nation, du sénat.

 

Le vergobret était magistrat suprême, avec droit de vie et de mort. Il était le chef des armées, mais à la manière de notre Président de la république : il ne paraissait pas aux armées en guerre, laissant aux généraux le soin de les diriger.

 

L'on vit renaître en Gaule l'autorité royale, mais avec un caractère tout différent de celui de la monarchie patriarcale et religieuse du premier âge; elle prit les caractères de la tyrannie; ou bien le peuple renforça l'autorité du vergobret, ce qui revint au même, ou bien il se donna, plus simplement encore, un chef qu'il suivait sans titre déterminé.

 

Comme en Grèce, le gouvernement de l'aristocratie représentait la liberté; le gouvernement populaire incarnait la tyrannie; et ce fut ce dernier gouvernement qui constituera le parti de l'indépendance, le parti national. [39]

 

Comme les Bituriges, les Arvernes se gouvernaient par une royauté élective assistée d'un sénat : magistrature à vie avec autorité souveraine; royauté élective qui, en fait, devenait souvent héréditaire. Le roi des Arvernes, Luern et son fils Bituit, qui, après la mort de son père, fut roi également, ont laissé dans l'histoire une courte page mais un vif éclat. Ils vécurent au IIe siècle. Leur autorité s'étendit sur la Gaule presque tout entière. Ils auraient commandé aux Belges eux-mêmes. [40]

 

Rien, dans ces sociétés d'autrefois, ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître, à un tyran gouvernant à sa guise. Le despotisme y était inconnu. Au-dessus du père de famille était le devoir familial; au-dessus du roi de tribu était l'Esprit de la tribu. Les êtres passaient, familles et tribus restaient. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Ce qui commande véritablement à des hommes, ce n'est pas un chef, c'est la loi, qui est la même pour tous, aussi bien pour le chef que pour les autres. Un souffle de liberté et d'égalité agite ces hommes", écrit Camille Jullian dans De la Gaule à la France, Nos origines historiques. [41]

 

Milieu du Ier siècle, il y avait par exemple :

 

Adiatuanos, roi des Sotiates

 

Commios, roi des Atrébates et des Morins

 

Dumnorix, prince éduen, frère du druide Diviciacos

 

Epanactos, prince arverne

 

Litaviccos, prince éduen

 

Luctérios, lieutenant cadurque de Vercingétorixqui qui sera le dernier à résister avec le sénon Drappès en 51

 

Sédullos, vergobret des Lémovices

 

Tasgetios, roi des Carnutes

 

et biensûr Vercingétorix, fils de Celtill, le roi des Arvernes, que la faction patricienne (le parti pro-romain), avait fait brûler sur un bûcher pour sa prétention à la royauté. Son fils, né entre 82 et 74 av. J.-C., avait grandi portant au coeur le désir de la vengeance." Il est possible que l'oncle de Vercingétorix, Gobannitio, ait contribué à la sentence : il allait devenir un des gardiens de cette autorité des grands que son frère Celtill avait tenté de renverser.

 

Amédée Thierry, dans L'histoire des Gaulois depuis les temps les plus reculés (1828), explique que "Vercingétorix sut de bonne heure effacer, par des vertus et des qualités brillantes, la défiance et la défaveur imprimées sur sa famille; sa grâce, son courage le rendirent l'idole du peuple. [...] Gergovie, cette fois, ouvrit ses portes; Gobanitio et ses partisans furent chassés."

 

La majorité des tribus gauloises et généralement toutes les cités armoricaines répondirent à l'appel de Vercingétorix. On organisa d'abord un conseil suprême. Le conseil lui remit d'une commune voix le commandement de la guerre.

 

'Vercingétorix' était un nom propre, c'était bien celui du héros : il signifiait en celte 'grand roi des guerriers', et ce nom, qui a retenti et ne cessera de retentir à travers les siècles, resplendissait déjà comme un drapeau, comme une fanfare. 'Il semblait fait, dit l'historien Florus, pour inspirer l'épouvante.' [42]

Une langue gauloise commune, comprise "du Rhin à la Garonne"

 

"César, dans son récit de la guerre, montre des gaulois qui, bien qu'appartenant à des peuples très divers, communiquent parfaitement entre eux.

 

... Le gaulois rassemblait un ensemble de parlers plus ou moins distincts, des dialectes en quelque sorte, mais compréhensibles, avec plus ou moins d'efforts, par toute la population s'étendant du Rhin à la Garonne.

 

Notre langue, et contrairement aux idées reçues, a conservé beaucoup de mots gaulois. Ce sont surtout des termes qui concernent la nature, les animaux, les pratiques agricoles et certains outils. La plupart d'entre eux, à cause de leur usage intensif, ont résisté au latin et ont pris place dans les parlers régionaux où ils peuvent encore figurer. Mais ils ne sont plus mentionnés aujourd'hui dans les dictionnaires.

 

Enfin, la syntaxe du français, bien plus éloignée qu'on le dit habituellement de celle du latin, doit probablement beaucoup à la langue gauloise, moins rigide et formaliste." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 62.)

Vercintérorix, Alésia. Au pied de la statue élevée à Vercingétorix sur les hauteurs d'Alise-Sainte-Reine, on a gravé ces paroles de César : "Unie, la Gaule défierait le monde."

Vercintérorix, Alésia. Au pied de la statue élevée à Vercingétorix sur les hauteurs d'Alise-Sainte-Reine, on a gravé ces paroles de César : "Unie, la Gaule défierait le monde."

Vercingétorix. "Son nom avait été cité, dès le XVIe siècle, dans certaines généalogies qui faisaient remonter au Déluge les ancêtres des Rois de France."

Les peuples qui prirent part à la guerre pour l'indépendance

 

Il importe de préciser les peuples qui prirent part à la guerre pour l'indépendance et que nous pouvons nommer la guerre de Vercingétorix : les Arvernes (Auvergne) et les Carnutes (pays de Chartres et d'Orléans), qui en furent les promoteurs.

 

Si Vercingétorix "a réussi à grouper les Celtes sous ses ordres, c'est parce que, depuis quatre générations, ils étaient habitués à voir, dans les chefs de l'Auvergne, les maîtres naturels de la nation gauloise". (Camille JULLIAN) [43]

Statère d’or à la tête de face frappé par les Carnutes. Date : Ier siècle av. J.-C.

Statère d’or à la tête de face frappé par les Carnutes. Date : Ier siècle av. J.-C.

Se joignirent à eux sans retard :

 

. les Parisii (Parisiens). Selon César (53 av. J.-C.), leur ville principale (oppidum) aurait été l'Île de Lutetia. Quelques érudits ont trouvé dans la racine par le sens de 'bateau'. Ainsi les Parisiens auraient été nommés les bateliers. A cette époque, l'Ïle de la Cité était déjà un lieu saint où les dieux gaulois et ceux des Romains plus tard faisaient bon ménage, Esus et ses grues, Cernunos et ses cornes n'effarouchaient pas en leur temple Castor et Pollux, qui leur souriaient du haut de leur constellation. Sur la rive gauche, gravissant la pente du mont de Lutèce (colline Saint Geneviève), c'était une agglomération d'édifices de tous genres, édifices publics, qu'un quartier peuple; réserve faite pour les logis et les ateliers des céramistes qui avaient fait ressembler le sol de la butte à une écumoire. Sur cette rive gauche, le forum parisien qui occupait l'espace compris entre le boulevard du Palais et la rue de la Cité actuesl (en 1925. Ndlr.), le théâtre sur l'emplacement du lycée Saint-Louis et les arènes, où elles sont toujours. L'empereur Julien habitait au Palais de justice dont la transformation fera la demeure de nos vieux rois. Un marché couvrait l'emplacement de la rue Soufflot; enfin un grand bâtiment aux fortes voûtes et dont les restes subsistent au square Cluny, semble avoir été un lieu de réunion où les membres du Collège des nautes ou bateliers patriciens discouraient de leurs intérêts, organisaient leurs fêtes corporatives. Les nautes qui donneront à la ville de Paris son écusson, paraissent remonter à l'époque de l'indépendance.

 

Au IIIe siècle, le nom de Lutèce disparut, du moins du langage officiel et du parler populaire car les lettrés ne l'oublieront jamais. La ville prit le nom du peuple auquel elle avait toujours commandé, Parisii, d'où est venu notre mot Paris. Pareille chose se produisit dans quarante cités. Ainsi Avaricum est devenu Bituriges, Bourges; Augusta est devenue Treveri, Trèves; Bellovaques, Beauvais; Rèmes, Reims; Lémoviques, Limoges; Carnutes, Chartres.

 

On pourrait y ajouter les Senons, Sens. C'est ainsi que la plupart des noms de peuples gaulois ont survécu jusqu'à nos jours. "Où que vous viviez, vous avez plus d'une chance sur deux de vous rattacher à un toponyme gaulois..."

La Celtica, à la fin du Ier siècle av. J.-C., après la conquête romaine, avec la mention des diverses peuplades gauloises

La Celtica, à la fin du Ier siècle av. J.-C., après la conquête romaine, avec la mention des diverses peuplades gauloises

. les Sénons (Sens). "Senon" en celtique signifie "ancien" et vient du mot gaulois senos qui a donné sen en brittonique et hen en breton moderne, avec le même sens. Se nommer "les Anciens" était une façon d'affirmer l'antériorité, une sorte de primature. Leurs voisins les Rèmes s'appelant eux "les Premiers".

 

. les Aulerques (Maine), ensemble de quatre peuples gaulois, dont trois sont voisins, établis entre la rive gauche de la Seine et la Loire.

 

. les Lémovices (Limoges), peuple gaulois provenant d'Europe centrale puis ayant migré dans l'actuelle région française du Limousin auquel ils ont donné leur nom ainsi qu'à la ville de Limoges.

 

. les Turons (Tours)

Bronze au bige frappé par les Turones. Date : 80-50 av. J.-C., Description revers : Bige lancé à droite, un guerrier debout, brandissant une lance de la main droite et tenant un bouclier de gauche, dans le char ; un pentagramme au-dessus de la roue du char ; légende sous la ligne d’exergue. Description avers : Tête de Vénus, diadémée à droite, légende devant le visage ; grènetis

Bronze au bige frappé par les Turones. Date : 80-50 av. J.-C., Description revers : Bige lancé à droite, un guerrier debout, brandissant une lance de la main droite et tenant un bouclier de gauche, dans le char ; un pentagramme au-dessus de la roue du char ; légende sous la ligne d’exergue. Description avers : Tête de Vénus, diadémée à droite, légende devant le visage ; grènetis

. les Andécaves (Angers)

 

. et les populations de la fédération armoricaine, dans les deux presqu'îles et sur la côte, entre l'embouchure de la Seine et de la Loire.

 

. les Pictons (Poitou) adhérèrent au mouvement, mais en partie seulement, la ville principale Limonum (Poitiers) restant attachée au parti des Romains.

 

. au sud de l'Auvergne, les Nitiobroges (Agenais), les Gabales (Gévaudan) et ceux des Rutènes (Rouergue) qui n'avaient pas été englobés dans la province romaine, donnèrent leurs concours, entraînés par les Cadurques (Quercy) qui se montrèrent en ces cantons les agents résolus de l'indépendance nationale.

Drachme “à la tête triangulaire frappé par les Cadurques. Date : IIe siècle av. J.-CDescription avers : Tête triangulaire à gauche ; le nez figuré par un triangle, avec un point cerclé en guise d'œil ; le tout dans un entourage de bâtonnets et arcs de cercles bouletés et liés ; un collier de perles à la base du cou et un fleuron devant le visage

Drachme “à la tête triangulaire frappé par les Cadurques. Date : IIe siècle av. J.-CDescription avers : Tête triangulaire à gauche ; le nez figuré par un triangle, avec un point cerclé en guise d'œil ; le tout dans un entourage de bâtonnets et arcs de cercles bouletés et liés ; un collier de perles à la base du cou et un fleuron devant le visage

La Gaule Belgique avait été décimée, ravagée par la guerre récente; elle était incessamment menacée par la pression germanique sur le Rhin : elle ne put se décider que tardivement et partiellement.

 

Les Bellovaques (Beauvaisis) se prononcèrent contre Rome mais ne voulurent pas suivre Vercingétorix. les Rèmes (Reims) et les Lingons (Langres) se déclarèrent pour les romains. 'Chez ces deux peuples, dit Jullian, la haine de l'indépendance était passée à l'état de vertu.'

 

Les Eduens ne cessèrent de balancer d'un parti à l'autre. Les Santons (Saintonge) se déclarèrent pour les Romains. Les Aquitains (Gascogne) demeurèrent neutres. La Narbonnaise enfin était à César et les Allobroges (Dauphiné) semblaient se résoudre à la suzeraineté romaine.

 

Frantz Funck-Brentano écrit :

 

"Vercingétorix fut donc loin d'avoir avec lui la Gaule entière, à peine en eut-il le tiers; généralement la partie correspondant au Nord-Ouest et au Centre, la Celtique proprement dite. Dans la partie même de la Gaule qui adhéra à la cause de l'indépendance, la faction aristocratique ne cessera de se montrer indifférente, voire hostile au jeune patricien salué par les éléments populaires de l'Auvergne; elle se montrera toujours prêtre à le trahir et le trahira souvent.

 

En dehors des Belges, des Armoricains et des Aquitains, et sans parler de la Narbonnaise, la Gaule s'était en effet divisée en deux grandes fédérations, dont l'une suivait les Arvernes (Auvergne) et l'autre les Eduens (Bourgogne); une division semblable, note Jullian, à celle qui avait partagé la Grèce entre Athènes et Sparte..., une division semblable à celle qui partagera la France des XIVe et XVe siècles entre Armagnacs et Bourguignons...; et dans chaque état la division se fragmentait à nouveau. Les cités qui suivaient la direction des Arvernes fournissaient des partisans aux Eduens et inversement.

 

Inversement à ce qui passa pendant la Guerre de Cent Ans, les Eduens représentaient le parti du patriciat, les meliores, ce que seront les Armagnacs sur la fin du XIVe siècle; les Arvernes le parti populaire, les minores, ce que seront les Bourguignons, le parti populaire avec ses 'tyrans' et ses foules impulsives; mais, contrairement à ce qui se produira dans la lutte contre les Anglais, ce sont les démocrates, dans la lutte contre Rome, qui représenteront le parti national. 

 

"Pas une seule fois Vercingétorix ne parla  ou ne combattit au nom des Arvernes, mais toujours au nom de la Gaule. Cette Gaule était sa vraie patrie et le mot sacré du ralliement de ses hommes. Dans ses heures d'espérance et d'enthousiasme, il eut la vision de la Gaule entière, levée contre l'étranger, ne formant qu'un seul corps, n'ayant qu'une seule volonté, unie et invincible, et, par la vertu de sa concorde, imposant à l'univers le respect de son droit et de sa liberté.

 

"Au pied de la statue élevée à Vercingétorix sur les hauteurs d'Alise-Sainte-Reine, on a gravé ces paroles de César : 'Unie la Gaule défierait le monde.'" [44]

 

Vercingétorix proclame (se) unum consilium totius Galliae effecturum, cujus consensui ne orbis quidem terrarum possit obsistere. (De Bello Gallico, VII, 29). Je suis convaincu que César rapporte des paroles réellement prononcées. (Camille Jullian). [45]

 

"Notre patrie fût née plus tôt si Rome avait laissé la Gaule à ses rois et à la liberté" (Camille Jullian)

 

"La paix romaine nous a valu cinq siècles de veulerie plate, médicore, insignifiante, aux entiments incolores et rétrécis, à l'égoïsme stérile, cinq siècles d'imitation enfantine ou sénile, comme on voudra, d'où rien n'est sorti, d'où rien ne pouvait sortir.

 

... On répète que Rome a sauvé la Gaule des invasions germaniques, écrit Camille Jullian. Ce n'est point vrai. Tant que les proconsuls du Sénat ne se sont point présentés au delà des Alpes pour affaiblir et diviser les peuples, la Gaule d'Ambigat et de Bituit n'eut rien à craindre des Barbares d'Outre-Rhin. C'est Rome, à la fin, qui nous a livrés à eux, par la sottise criminelle de ses discordes, par la puérilité de ses rêves pacifiques, l'impéritie de son service aux frontières. [46]

 

Regardez, écrit Camille Jullian, dans quel état se trouvait le pays après trois siècles de règne latin : les villes détruites par les soldats ou les Germains, les champs en friche, la population réduite de plus de la moitié, partout la misère ou l'anarchie. Jamais la terre de France n'a été plus dévastée et plus malheureuse que sous les empereurs romains. [47]

 

Lors même que Rome était assiégée par Alaric en 410 ap. J.-C., elle était encore pleine de statues païennes, puisqu'on les dépouilla ou fondit pour financer la défense, vaine on le sait. Nulle part on ne vit de personnalité païenne défendre efficacement la société romaine contre les Barbares. Partout cette défense était assurée par les évêques qui seront ainsi les derniers représentants authentiques de la romanitas, de Saint Aignan à Orléans, à Saint Loup à Troyes, à Saint Sidoine Apollinaire en Auvergne, au pape Saint Léon à Rome.

 

Depuis Caracalla (début IIIe siècle) tous les sujets de l'empire sont citoyens romains; la carrière militaire en a perdu son principal avantage. Les empereurs essayèrent d'y remédier en rendant le métier militaire ... héréditaire et d'une hérédité que l'on ne pouvait récuser. Valentinien (365) décide que les fils de soldats seront soldats; mais la contrainte donne les résultats faciles à prévoir : les réfractaires recourent à tous les moyens pour échapper au service. Les recrues désertent. On doit les poursuivre, les traquer dans leurs repaires, rechercher et condamner ceux qui leur donnent asile... De jeunes gens se coupent le pouce de la main droite pour se mettre dans l'impossibilité de tenir une épée. [48]

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3a/Milvbruck.jpg/290px-Milvbruck.jpgEt cependant, à considérer l'ensemble de l'empire romain, dans ce délabrement général..., c'est encore en Gaule que se trouve le plus de vie et de vigueur. Le vieux peuple gaulois, celto-ligure, explique Frantz Funck-Brentano, n'a pas disparu. Il vit toujours, humble et patient, tenace, opiniâtre. Il suffit à animer cette Gaule, sous sa carapace étrangère, d'une vigueur que les autres provinces de l'Empire ne connaissaient plus.

 

La Gaule a ses empereurs à elle (empereurs gaulois qui se considéraient néanmoins comme les authentiques empereurs de tout l'Empire romain. Ndlr.).

 

De cette terre féconde partira Constantin (bataille du Pont Milvius en 312 ap. J.-C., où les légions gauloises et chrétiennes permirent à Constantin de vaincre les légions païennes de Maxence. Ndlr.) pour proclamer le triomphe du Christianisme.

 

Pauvre Gaule mutilée par César et qui donne ses dernières forces au monde romain, foyer ultime de la culture latine. L'Italie et l'Espagne sont muettes, seule la Gaule chante encore en la langue de Virgile et d'Horace. Le mot célèbre appliqué à Rome et à la Grèce "Graecia capta ferum victorem cepit, peut être modifié : "La Gaule écrasée était le soutien de ses dominateurs." [49]

 

La religion du Christ sera la religion des humbles, des faibles, des pauvres. La femme y sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu. Aussi, dès l'arrivée du Christianisme en Gaule, les masses populaires, les masses actives de la nation lui donneront-elles leur sève et l'irrésistible puissance de leur foi.

 

"'Qu'on ne parle plus de génie latin, s'écrie Jullian, qu'on ne fasse pas de la France l'élève de ce génie. Elle vaut mieux.'"

 

... Ne nous y trompons pas : le christianisme, dans la Gaule du IVe siècle, c'est une révolution, beaucoup plus semblable qu'on ne le croirait à la Révolution de 89, écrit F. Funck-Brentano et fondée sur les mêmes principes, Liberté, Egalité, Fraternité. La violence en fut exclue, parce qu'elle ne fut pas conduite par des politiciens ambitieux, avides de pouvoirs et de biens; elle fut toute de foi, d'enthousiasme et de coeur. Loin de se faire par l'ambition, elle se fit par le dévouement, par la renonciation, par le sacrifice : saint Martin de Tours. [50]

 

C'est un étrange spectacle, écrit Camille Jullian, que celui de la Gaule à la fin du IVe siècle. D'un côté les contingents étrangers, qui forment les armées de l'Empire; de l'autre côté la société romaine, toute civile, on peut même dire intellectuelle, qui donne aux hommes d'étude la meilleure partie de la richesse et de l'autorité'; - mais cette autorité passait aux mains des évêques... La masse du peuple, ce qui vit, comme dit Jullian, en dehors de la culture latine, plèbe et paysans, le peuple gaulois, vient de se retrouver sous l'égide du Christianisme.

 

Camille Jullian, encore, le dit en termes parfaits:

 

'Rome après avoir privé la Gaule de son existence nationale, a aboli jusqu'aux oeuvres et au souvenir de son histoire. Elle l'a frappée dans son présent, elle l'a effacée dans son passé, elle l'a retardée dans ses destins naturels.

Mais la nature finit toujours par s'imposer aux hommes et les morts par se rappeler aux vivants.

Rome n'avait pas pu détruire les énergies propres à la Gaule ni celles qu'y avait fondés le travail incessant des générations disparues. Ces énergies vont se montrer et agir à nouveau lorsque l'empire romain s'affaiblira à son tour.'

 

Au IVe siècle, l'évêque a dans ses mains le seul pouvoir vraiment fort en Gaule, parce que ce pouvoir est le seul qui repose sur des assises populaires. Il dirige l'administration de la cité, rend la justice, assure le ravitaillement de la population. [51]

Une autre démonstration convaincra d'un seul coup d'oeil, tout esprit impartial. La comparaison de trois cartes : celle de l'extension territoriale du christianisme aux IIIe et IVe siècles, celle des invasions barbares, et celle de l'Empire romain chrétien d'Orient au VIe siècle. Ces cartes se trouvent aussi bien dans les Grands courants de Pirenne, dans la Méditerranée dirigée par Braudel, dans l'Histoire de l'Eglise par elle-même de Loew et Meslin, dans le Grand Larousse encyclopédique, etc.



On constate immédiatement, par la comparaison de ces cartes, que les invasions barbares ont pénétré l'Empire romain là où il n'était pas christianisé.
Les Francs par les bouches du Rhin; les Alamans, Suèves, Burgondes, Lombards par le Rhin moyen; les Vandales, Ostrogoths, Wisigoths et Alains par le Danube moyen. On constate aussi que les invasions barbares n'ont été bloquées qu'à l'Est, devant le Bosphore, l'Egée et l'Asie mineure, seule partie de l'Empire romain massivement chrétienne au IVe siècle.


On constate encore, revenant à l'ouest, que la seule contre-attaque victorieuse de l'Empire romain, contre les Barbares, celle débouchant d'Orient sous Justinien, au VIe siècle, rétablit la romanité seulement dans les zones de christianisme majoritaire. L'Italie y compris, la Vénétie d'Aquilée, la Tripolitaine, le Maghreb carthaginois et numide, l'Andalousie, et la portion du Rif qui lui fait face où, fait frappant, la romanité chrétienne, à Ceuta, subsistera exactement jusqu'à la conquête musulmane de l'Espagne. Ce cheminement de la reconquête romaine, atteignant des extrémités géographiques apparemment aberrantes (quelle distance de Ceuta à Constantinople!) est révélateur. Il répondait à un appel, était une croisade. A la fin de l'Empire, l'authentique et volontaire romanité est bien la romanité chrétienne.

La plus longue vie historique de la romanité est celle de sa partie toute chrétienne, l'Empire de Byzance, qui dure un millénaire de plus (Ve-XVe siècle) que celle de sa partie majoritairement païenne l'Empire d'Occident. Un Empire de Byzance profondément romain, jusque dans ce qui était a-chrétien, puisque nous lui devons la codification définitive du droit romain, cette essence a-chrétienne de Rome.


Que cet empire de Byzance fût de plus en plus grec tout en restant romain (les Ottomans appelaient les Byzantins les Roms), avec un sens du mystère, de la transcendance et de la joie eschatologique plus vivement présent que dans la chrétienté latine, très rationnelle, ne fait que renforcer encore la démonstration. La Grèce et Rome, ces deux colonnes de la tradition antique, peuplaient librement de leurs traditions particulières l'espace de la basilique chrétienne, leur commune demeure. [52]

 

A partir du IIIe siècle, les Francs firent leurs apparitions en Gaule. Ils se mélangèrent si bien aux indigènes qu'au IVe siècle, le mot Gaule a été remplacé par le mot Francia. La Table de Peutinger, carte géographique mentionnant le mot FRANCIA date de cette époque.

 

Conclusion

 

. Une patrie qui fût née plus tôt si Rome avait laissé la Gaule à ses rois et à la liberté.

. Des populations pré-celtiques, Ibères et Ligures, peuples voisins des Celtes et à la langue voisine.

. Les Celtes sont originaires d'Outre-Rhin, d'une région comprise au nord avec la Baltique et les Alpes au sud, des régions du moyen Danube, de la Mer Noire au Rhin, arrivèrent dans l'Hexagone au long des siècles par vagues successives entre 1500 et 300 av. J.-C., sous la poussée d'autres peuples, les "Germains", eux-mêmes peuples voisins des Celtes.

. La Gaule est une civilisation millénaire jusqu'à l'arrivée de César en 58 av. J.-C.. Cette civilisation a parfaitement maîtrisé le fer (épée en fer pur, second âge du fer d'environ 450 à 50 av. J.-C. qui a rendu possible les exploits militaires des Celtes), développé l'écriture, utilisé la monnaie, réalisé des inventions capitales pour le progrès de l'humanité : en agriculture (charrue à coutre, moisonneuse mécanique, grande faux, engrais), artisanat (épées en fer pur, fourreaux pour épées, verrerie, étamage, tissage, literie, invention des matelas de laine), habillement (invention des souliers montants ou gallicae.., invention du pantalon..), hygiène (invention du savon), transports (attelages, le mot "char" est passé dans toutes les langues antiques vient du celtique)...

. Les Gaulois avaient des caractères particuliers : l'éloquence, "les Gaulois ont deux passions : se battre et parler" (Caton); une âme généreuse, l'hospitalité envers les étrangers; l'altruïsme, les Gaulois sont épris d'équité. Strabon insiste sur la facilité avec laquelle les Gaulois s'associent pour venger une injustice. Régine Pernoud évoque l'idéalisme d'un peuple "toujours prêt à partir en guerre" pour les autres comme les Français "pour l'Espagne ou pour la Pologne opprimées."

. Les Celtes avaient "le sentiment de leur unité morale", "le souvenir ou la persuasion d'une identité d'origine" (Camille Jullian, Vercingétorix)

. La Gaule possédait une religion commune avant J.-C. (sanctuaire de Fleury-sur-Loire), une religion commune après J.-C.: le christianisme, religion des humbles, des faibles, des pauvres, religion des masses populaires, des forces vives et des masses actives de ce qui restait de l'Empire romain..., pour lui donner leur sève et l'irrésistible puissance de leur foi.

La femme y sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu.

. La nation gauloise a préexisté à l'entité politique. Bien que sans cohérence politique forte à partir du III-IIe siècle av. J-C., mais avec des frontières établies par le géographe grec Poseidonios d'Apamée dessinant déjà l'Hexagone (frontières de la France d'aujourd'hui, Alpes, Méditerranée, Pyrénées, Océan Atlantique, Rhin.)

Pierre CHAUNU pensait de même : "La clef de de notre identité est enterrée là sous nos pieds. La France est faite avant la Gaule, mot tardif inventé par les Romains." (Pierre CHAUNU, L'Obscure Mémoire de la France. De la première pierre à l'an mille, Perrin 1988, cité in Jean Sévillia, Historiquement incorrect, Fayard, La Flèche 2011, p. 284)

Source image: Louis XX Facebook https://www.facebook.com/Louis.XX.de.Bourbon/posts/979379842124491

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Notes

 

[1] Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 5.

[2] Camille Jullian, Vercingétorix, Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 31.)

[3] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, Histoire de France sous la Direction de Jean Favier, tome 1, Fayard, Evreux 1984, p. 109.

[4] Régine Pernoud, Les Gaulois, ibid., p. 21.

[5] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 20.

[6] Plusieurs pages de Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 22, 23, 28 et 46.

[7] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 111-112.

[8] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 121.

[9] J.-L. BRUNAUX, Nos ancêtres les Gaulois, Editions du Seuil, Points Histoire, Villeneuve d'Asq 2012, p. 69.

[10] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 122-124.

[11] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 34.

[12] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 50-51.

[13] Edouard WILL, Histoire politique du monde hellénistique (323-30 av. J.-C.), Editions du Seuil, Points Histoire, Manchecourt 2003, p., 106.

[14] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 31, 32, 33.

[15] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 151.

[16] Jean-Louis BRUNAUX, Faut-il dire celtes ou gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 12.

[17] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 43.

[18] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 43. Sur l'origine du "coq gaulois", l'historien allemand Karl Ferdinand Werner nous livre cette anedocte amusante : "Avant d'en parler, soulignons quelques enseignements tirés des recherches récentes sur la période hallstattienne (vers 1000 av. J.-C.)

[19] Jacques-Antoine Dulaure, cité in Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 42.

[20] « Historiquement, c'est la gauche qui a inventé la nation, en 1789 » (Manuel Valls, en déplacement à Forbach, mardi 8 octobre 2013.)

[21] "Il n'y a pas de peuple premier en France, il n'y a pas de Français de souche" (Eric Besson, ministre de l'Immigration lançant le "débat sur l'identité nationale" en novembre 2009 sur RMC.)

[22] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 153.

[23] J.-L. BRUNAUX, Nos ancêtres les Gaulois, ibid., p. 63.

[24] Régine Pernoud, Histoire du Peuple français, ibid., chapitre "Le portrait du peuple français", p. 24-27.

[25] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,p. 65.

[26] Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951, p. 29.

[27] Frantz FUNCK-BENTANO, ibid.p. 65-66.

[28] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 66.

[29] Olivier Buchsenschutz, Sous l'Oeil des archéologues, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 27.

[30] Christophe MOULHERAT, Les textiles des princes celtes, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 36-37.

[31] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 38-39.

[32] F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 65, 67.

[33] Christian Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 201, 207

[34] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 50.

[35] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 50.

[36] Jean-Louis Brunaux, Faut-il dire celtes ou gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 12.

[37] De 132 à 135 ap. J.-C., eut lieu le dernier soulèvement juif contre l'occupation romaine, connu sous le nom de révolte de Simon Ben Koseba, dit Bar Kokhba ("fils de l'Etoite"), qui avait été pris pour le Messie politique d'Israël devant libérer les juifs. "Ben Koziba", "fils du mensonge"..., pour les sources chrétiennes. Ben Koseba persécuta les judéo-chrétiens (juifs christianisant) comme de mauvais juifs (Cf. J. DANIELOU, L'Église des premiers temps, des origines à la fin du IIIe s., Points Histoire, Tours 1999, p. 56.) Selon Dion Cassius, la révolte que ce pseudo "Messie" engagea prit des proportions considérables : "Les juifs du monde entier se soulevèrent et les rejoignirent et créèrent beaucoup d’ennuis aux Romains." Publius Marcellus, le gouverneur de Syrie, fit appel à la XXIIe légion d’Égypte, qui fut bientôt anéantie par les insurgés. Le théâtre des opérations se situa essentiellement en Judée. On n’a pas pu établir si Ben Koseba était parvenu à s’emparer de Jérusalem et à y rétablir le culte sacrificiel. Bar Kokhba, Nessi Israël ("prince d’Israël") frappa des monnaies à l’effigie du Temple, à la devise "An I de la liberté de Jérusalem", et Rabbi Aqiba, le chef spirituel révéré, le proclama "Roi-Messie". Selon les sources rabbiniques, l'empereur Hadrien en personne prit le commandement des troupes romaines et mena les opérations jusqu’à la chute de la cité forte de Bethar. En fait, rappelé de Bretagne, le général romain Julius Sévère vainquit les insurgés, qui se retranchèrent dans Béthar bientôt prise d’assaut. En 135, Bar Kochba, rabbi Akiba et leurs partisans (on parle de 500.000 hommes mais il s'agit sûrement d'une exagération) furent contraints à se retrancher dans la place forte de Bétar, près de Jérusalem, et y succombèrent après un très long siège. Le "Fils de l'Étoile" tomba lors de l'ultime combat, tandis que rabbi Akiba fut brûlé vif après avoir été longuement et horriblement torturé. Les pertes juives, considérables, s'élevaient à 580.000 morts, cinquante places fortes et 985 agglomérations juives détruites. Les Romains traquèrent les chefs spirituels afin d’interrompre la transmission de la Loi. L'empereur Hadrien édifia à la place de Jérusalem une cité grecque nommée "Aelia Capitolina", dédiée à Jupiter Capitolin et interdite aux juifs. Ce fut alors la diaspora des juifs qui s'établiront un peu partout dans le monde.

[38] Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 22 et 118.

[39] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 47-49.

[40] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 59.

[41] Camille JULLIAN, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, ibid., p. 91-92.

[42] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 101.

[43] Camille Jullian, Vercingétorix, Marabout Université, 1979, p. 25

[44] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 82

[45] Camille JULLIAN, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, ibid., p. 153.

[46] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 118-119.

[47] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 181.

[48] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 180.

[49] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 183.

[50] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 189.

[51] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 190.

[52] Jean DUMONT, L'Eglise au risque de l'histoire, préface de Pierre Chaunu de l'Institut, Editions de Paris, Ulis 2002, p. 47-52.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 13:12
L'accès libre et facile des Français au Roi sous l'Ancien Régime vs "Défilé du 14 juillet"

Dans le cadre du tricentenaire de la mort du Grand Roi, voici un autre article traitant d'un thème jamais décrit par les historiens propagandistes de la république: le libre accès des Français à leur Prince, au temps des "siècles obscurs". Et pour cause, comparé à l'accès au président en 2015, il y a eu comme ... un changement !

"S'il est un caractère singulier de cette monarchie, écrit Louis XIV lui-même, c'est l'accès libre et facile des sujets au prince"; et, dans ses célèbres Instructions pour le Dauphin: "Je donnai à tous mes sujets sans distinction la liberté de s'adresser à moi, à toute heure, de vive voix et par placets."

Louis XIV, cité in F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 110.

Frantz Funck-Brentano dans Ce qu'était un roi de France, explique la facilité d'approcher le Souverain:

Il est facile de souper avec le roi sous l'Ancien Régime

 

"Le roi de France - écrit en 1603, l'ambassadeur vénitien Angelo Badoer, - quand il est en représentation, donne une plus haute idée de sa grandeur que ne le fait le roi d'Espagne; mais, hors d'apparat, il est le monarque le plus affable du monde." 

 

"Cette grande familiarité, note Michel Suriano, rend, il est vrai, les sujets insolents, mais aussi fidèles que dévoués..."

 

Opinion que confirme Robert Dallington, Secrétaire de l'Ambassadeur anglais auprès de Henri IV :

 

"Les rois de France sont affables et familiers - plus qu'il ne convient, écrit le diplomate anglais; mais c'est la coutume du pays." [1]

 

Dans L'Ancien Régime, l'historien F. Funck-Brentano écrit: "on entrait dans le palais du roi comme dans un moulin" :

 

"En leurs célèbres dépêches, les ambassadeurs vénitiens constatent que nulle personne n'est exclue de la présence des monarques français et que les gens de la classe la plus vile pénètrent à leur gré dans les pièces du caractère le plus intime, au point dit l'Italien, que quand on veut traiter avec le prince d'une question importante, il faut parler à voix basse pour ne pas être entendu.

 

C'est ainsi que s'exprime, en 1561, Michel Suriano. Il ajoute:

 

"Les Français ne désignent pas d'autre gouvernement que leur Roi. De là vient l'intimité qui règne entre le monarque et ses sujets. Il les traite en compagnons".

 

En 1577, un autre ministre vénitien Jérôme Lippoùano:

 

"Pendant le dîner du roi de France, presque tout le monde peut s'approcher de lui, et lui parler comme il le ferait à un simple particulier".

 

On entrait dans le palais du roi comme dans un moulin. Les étrangers ne cessent pas d'en exprimer leur surprise...

 

J'allais au Louvre, écrit Locatelli en 1665, 'Je m'y promenai en toute liberté, et traversant les divers corps de garde, je parvins enfin à cette porte qui est ouverte dès qu'on y touche, et le plus souvent par le roi lui-même. Il vous suffit d'y gratter et l'on vous introduit aussitôt. Le roi veut que tous ses sujets entrent librement'. [2]

 

Une cohue turbulente et bruyante de gens de toutes sortes de conditions

 

"La maison du roi devenait une place publique. Le premier venu s'y comportait librement. Un chacun y était chez lui... C'était, du matin au soir, une cohue turbulente et bruyante de gens de toutes sortes de conditions". [3]

 

La demeure royale reste ouverte à tout venant

 

"Il en fut d'ailleurs au palais de Versailles comme à Paris. La demeure royale reste ouverte à tout venant.

 

"'Nous passâmes, écrit Arthur Young qui en est tout surpris, à travers une foule de peuple et il y en avait plusieurs qui n'étaient pas trop bien habillés'". [4]

 

"[...] le palais de Versailles finissait par être envahi par des mendiants qui y accrochaient le monde et tendaient la main comme dans la rue". [5]

 

"Un Allemand, le docteur Nemeitz, écrit de son côté:

 

'Il était facile de voir souper Sa Majesté. Elle recevait à table toute sa famille et, à moins qu'il n'y eût déjà trop de monde, ce qui arrivait parfois, on était admis... D'ailleurs on pouvait toujours être admis quand on arrivait de bonne heure.'

 

Fréquemment, entre le roi et les assistants, les gens du peuple, la conversation s'engageait, toute familière. On en trouve trace dans les lettres de Mme de Sévigné et dans les Mémoires de Saint-Simon.

 

Le public était plus particulièrement admis au 'grand couvert' qui avait lieu régulièrement tous les dimanches et - ce qui est à noter - les jours de fêtes dans la famille royale. Celle-ci se trouvait alors réunie tout entière, y compris les princes du sang. Louis XIV s'astreignit à dîner en public jusqu'aux derniers jours de sa vie, jusqu'au 24 août 1715 - il devait mourir le 1er septembre..." [6]

 

"Sous Louis XV, les Parisiens, les provinciaux viendront assister au repas du roi pour admirer sa prestance, son élégance, mais plus encore son adresse à faire sauter le haut de la coque d'un oeuf, prestement du revers de sa fourchette!

 

'Attention! le roi va manger son oeuf!'

 

"[...] Au dessert, le roi offrait à toutes les dames présentes des fruits et des glaces. En 1772, une jeune Genevoise, Rosalie de Constant, vient assister au grand couvert.

 

'On offrit écrit-elle, les glaces du dessert aux dames qui étaient là pour voir. Je les trouvai bien bonnes'. [7]

 

On avait organisé des manières d'omnibus pour transporter à Versailles les Parisiens qui désiraient aller voir le monarque

 

Pour transporter à Versailles les Parisiens qui désiraient aller voir le monarque, on avait organisé des manières d'omnibus, appelés, les uns, des 'carabas' et les autres 'des pots de chambre'." [8]

 

'Chacun, dit Retif de la Bretonne, - ceux mêmes qui ne l'avaient jamais vu - considérait le roi comme une connaissance intime.'

 

"Les évènements qui concernent le roi et la reine, sont pour la France entière des évènements de famille. La maison du roi est au propre la 'maison de France'". [9]

 

Conclusion provisoire

 

Alors que sous l' "absolutisme", tout Français pouvait aller souper chez le Roi, discuter avec lui, manger et boire si l'envie l'en prenait, aujourd'hui il faut faire une demande écrite, dans les plus belles formes, et avec les plus belles circonlocutions, pour avoir une "chance" d'obtenir un rendez-vous avec Sa Majesté le Président de la République... et encore pas pour manger avec lui, et dans le cadre d'une entrevue vite expédiée. 

De même, si sous les rois "tyrans" (expression des propagandistes de la république) les Français pouvaient approcher librement du roi, sous la république, ils ne le peuvent que derrière des balustrades, et encore le peuvent-ils, au seul jour de la fête dite "nationale" lors du Défilé du 14 juillet, derrière deux haies de forces de l'ordre de chaque côté... Comme quoi, la vraie "démocratie" n'est peut-être pas celle qu'on dit, ni là où on pense... Et on peut ajouter que le roi "absolu", lui, était aimé du peuple et n'avait besoin d'aucune protection particulière tandis que nos présidents soit-disant "démocrates et républicains", ainsi que leurs ministres et toute la classe politique, se font protéger par des pelotons de forces de l'ordre, derrière des barrières et des balustrades, et se rendent inaccessibles, parce qu'ils se savent détestés et illégitimes.

 

L'accès libre et facile des Français au Roi sous l'Ancien Régime vs "Défilé du 14 juillet"

 

Lire: "Défilé du 14 juillet 2015 : François Hollande hué et sifflé malgré des interpellations préventives"

 

 

L'accès à toute heure des "harangères" auprès du roi et de la reine

 

"Le mot désignait les dames de la Halle. Il leur venait de celles d'entre elles qui vendaient du poisson. La consommation du hareng était très abondante dans le Paris du Moyen Âge. Il serait permis de dire que le hareng constituait au XIVe siècle la principale nourriture des Parisiens. Ils en mangeaient autant que de pain.

Les dames de la Halle avaient le privilège d'être admises à toute heure auprès du roi, de la reine, voire des ministres pour leur faire des discours en leur langue populairement imagée, présenter des doléances, formuler des griefs ou des voeux, ou généralement, quand il s'agit des souverains, leur présenter en termes savoureux leurs compliments. Elles s'expriment librement, rondement, gaillardement; qu'il s'agisse du renouvellement de l'année, de l'arrivée de la reine en sa bonne ville de Paris, de la santé du roi ou de la Saint-Louis, d'une victoire remportée sur la frontière, de la naissance d'un dauphin.

L'une de ces dames choisie parmi les fruitières-orangères - une faveur à laquelle ces dernières tenaient beaucoup, - était dénommée 'la reine de Hongrie'. C'était elle qui, annullement à la Saint-Louis, avait l'honneur de haranguer le prince au nom de ses compagnes, après quoi elle avait le privilège de l'embrasser.

Henri IV traitait ces dames de 'commères'. En leur présence, sa bonne humeur s'épanouissait; il leur devenait compère et compagnon. Avec Louis XV, les rapports du roi avec les harangères devinrent, on peut dire, affectueux. Ce furent elles qui lui donnèrent le surnom de 'Bien-Aimé' que l'histoire lui a conservé.

 

'Madame, j'apportons nos plus belles truffes à Votre Majesté. Mangez-en beaucoup et faites-en en manger au roi; cela est fort bon pour la génération. Nous vous souhaitons une bonne santé et j'espérons que vous nous rendrez tous heureux.'

 

Ces dames tenaient beaucoup à ladite génération. Elles en témoignaient aux enfants du roi une affection particulière, à l'aîné surtout, héritier de la Couronne. Elles parlaient de 'Monseigneur', pour lui donner son titre officiel, comme de leur enfant.

 

... Voici que le Dauphin tombe malade. Ce n'était qu'une indigestion, mais, au début, le mal avait été pris pour une attaque d'apoplexie. Les harangères, très émues, arrivent à Meudon en carrosses de louage. Elles sont introduites auprès du prince, se jettent au pied de son lit qu'elles couvrent de baisers: plusieurs d'entre elles versaient des larmes; puis, apprenant que l'état du malade n'était pas aussi grave qu'on avait craint, c'est le Dauphin lui-même qui est accablé des marques de leur tendresse. L'une de ces dames lui saute au collet, écrit Saint-Simon, et l'embrasse sur les deux joues, tandis que les autres, abondamment, lui couvrent les deux mains des marques de leur affection.

 

'Ah! Monseigneur, nous allons faire chanter des Te Deum dans tout Paris!'

'Il n'est pas encore temps', disait le prince, puis il ordonna de leur faire visiter son palais et de leur servir à dîner.

'En sortant, écrit Dangeau, elles jetèrent de l'argent aux soldats de la garde pour boire à la santé de Monseineur.' [10]

 

... La venue au monde de 'Monseigneur' se fait-elle attendre, ces dames de la Halle viennent le réclamer. Marie-Antoinette tarde à donner un héritier à la couronne, tandis que sa belle-soeur, la comtesse d'Artois, met successivement au monde le duc d'Angoulême, une fillette nommée Sophie et le duc de Berry. Nos harengères viennent à Versailles, dans les appartements royaux, reprocher à la reine 'en termes grossiers', écrit Pierre de Nolhac, de ne pas remplir son devoir. ... Familiarités qui résistèrent à la tempête révolutionnaire. Successivement, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe, Monsieur Thiers, le Maréchal de Mac-Mahon accueillaient les harangères; avec Jules Grevy, [3e président de la IIIe république 1879-1887. Ndlr], la tradition populaire fut rompue. [11]

L'accès libre et facile des Français au Roi sous l'Ancien Régime vs "Défilé du 14 juillet"

Frantz Funck-Brentano résume:

 

 

 

"Les enfants du roi sont les 'enfants de la France'." [12]

 

"Avec son profond sentiment social, Napoléon comprendra la raison de ces coutumes héréditairement transmises dans la maison de France. Il avait songé à rétablir le grand couvert, c'est-à-dire le repas en public de la famille régnante; puis il y avait renoncé. Il y eut été gêné. Ni Louis XIII, ni Louis XIV, ni Louis XVI ne l'avaient été. Et l'empereur (Napoléon Ier. Ndlr.) ajoute ces mots qui marquent bien le caractère de ces anciens, émouvants usage :

 

'Peut-être aurait-on dû borner cette cérémonie au Prince impérial et seulement au temps de sa jeunesse, car c'était l'enfant de la Nation; il devait, dès lors, appartenir à tous les sentiments, à tous les yeux.' [13]

 

"Il n'est pas douteux que la familiarité de ces façons royales n'ait beaucoup contribué à développer les sentiments que la personne du souverain éveillait dans le coeur des Français. Les ambassadeurs vénitiens y voient 'une cause de la force de la monarchie en France.' 'Chacun, dit Retif de la Bretonne, et ceux mêmes qui ne l'avaient jamais vu, considérait le roi comme une connaissance personnelle.'

Mot précieux où se caractérise l'union des Français et de leur prince dans les grands siècles des temps passés. Tableau qui prendra son relief en comparant cette vie populaire de nos anciens rois avec l'existence que Napoléon empereur mènera aux Tuileries.

 

'L'empereur et l'impératrice, écrit Frédéric Masson, se laissent encore aborder par les gens de la Cour, mais les gens de la ville sont derrière les balustrades; quant au peuple, contenu par une double haie de grenadiers, il voit de loin passer ses souverains comme à l'Etoile ou bien d'en bas il les aperçoit au balcon de la salle des Maréchaux.'

 

L'accouchement de la reine se fait en public

 

L'accouchement de la reine doit se faire en public, devant tout le monde, sous les yeux du peuple à qui l'enfant appartient.

 

'C'est la grandeur de vous et votre enfant', disait Henri IV à Marie de Médicis. [14]

 

A la naissance du duc de Bourgogne, fils du Grand Dauphin, août 1682, les gens crient, sautent, rient, pleurent de joie. Une foule immense. Louis XIV paraît et chacun de se jeter au-devant de lui:

'On devint presque fou', écrit l'abbé de Choisy. Chacun se donna la liberté d'embrasser le roi. La foule le porta depuis la Surintendance, où Mme la Dauphine accoucha, jusqu'à ses appartements. Il se laissait embrasser à qui voulait.' [15]

 

... Arrivons à l'accouchement, de la dernière reine de France avant la Révolution, Marie-Antoinette. La Cour remplissait la galerie et les salles voisines. Tout à coup, une voix domine : 'La reine va accoucher !'

Une foule se précipite pêle-mêle, nul n'est refusé. Le spectacle est public. La bousculade est telle que les paravents qui bordaient le lit de la reine en sont renversés. Des savoyards sont montés sur des meubles pour mieux voir. Une masse compacte emplit la pièce: 'De l'air! ' crie l'accouchée. Le roi se jette sur les fenêtres calfeutrées et les ouvre avec la violence d'un furieux. Les valets de chambre sont obligés de repousser les badauds qui se bousculent, l'eau chaude que les praticiens ont demandé n'arrivant pas, le premier chirurgien pique à sec le pied de la reine. Le sang coule. Deux savoyards, debout sur une commode, se sont pris de querelle et se disent des injures. 'Silence, taisez-vous ! ' Un vacarme. Enfin la reine ouvre les yeux; elle est sauvée.

'Quand naquit le Dauphin, écrit Taine, la joie de la France fut celle d'une famille. On s'arrêtait dans les rues, on se parlait sans se connaître, on embrassait les gens qu'on rencontrait.'

Trois jours durant, les charlatans-dentistes du pont-Neuf arrachèrent les dents gratis. Dans la grande cour du Palais, ce fut une foule de vêtements frais et élégants, lisons-nous dans les Mémoires de Mme Campan. Les bonnes gens se mettaient sur leur trente et un pour venir témoigner leur joie à leur roi et à leur reine. Des délégations ouvrières arrivaient, musique en tête. 'Des ramoneurs aussi bien vêtus que ceux qui paraissent sur le théâtre portaient une cheminée très décorée au haut de laquelle était juché un de leurs petits compagnons; les porteurs de chaises en avaient une très dorée dans laquelle on voyait une belle nourrice et un petit Dauphin; les bouchers paraissaient avec leur boeuf gras, les pâtissiers, les maçons, les serruriers, tous les métiers étaient en mouvement: les serruriers frappaient sur leur enclume, les cordonniers achevaient une paire de bottes pour le Dauphin, les tailleurs un petit uniforme de son régiment'; jusqu'au croque-morts qui exhibaient les insignes de leur corporation. Au théâtre, les acteurs ne parvenaient plus à réciter leur rôle, incessamment interrompus par les cris de Vive le roi ! Vive la reine ! Vive monseigneur le Dauphin ! [16]

 

Le roi tombe malade et meurt en public

 

"Le roi ou son fils tombent-ils malades, les portes de leur chambre s'ouvrent, ils doivent être malades en public. Des délégations populaires, non seulement viennent prendre de leurs nouvelles, mais sont admises à leur chevet. [On est loin du secret d'état dont on voudrait entourer la santé des présidents. Ndlr.]

 

Le Dauphin, fils de Louis XV, atteint du mal dont il mourra, doit accueillir la foule des courtisans. Auprès de son lit se pressent gentilshommes de la Chambre, officiers et menins. Le matin, après la messe, on fait chaque jour entrer tout le monde.

 

Comme le roi est venu au monde, ainsi en effet doit-il mourir, sous les yeux de sa famille, c'est-à-dire de tous les Français. [17]

 

Conclusion

 

Concluons avec Frantz Funck-Brentano:

 

Le roi était demeuré dans la pensée populaire, instinctivement, le père auprès duquel on cherche soutien et abri. Vers lui, à travers les siècles, s'étaient portés les regards dans les moments de détresse et de besoin.

 

Et voici que, brusquement, par le violent contrecoup de la prise de la Bastille, cette grande autorité patronale paraît renversée. Et c'est parmi le peuple de France un malaise, un effroi, vagues, irréfléchis. Oh! les rumeurs sinistres ! le danger ! et le père n'est plus là ! La grande peur est la dernière page de l'histoire de notre ancienne monarchie. En est-il de plus émouvante, où apparaisse mieux le caractère des relations qui traditionnellement, populairement, s'étaient, à travers les siècles, formées entre les Français et leur roi ? [18]

 

D'un côté le libre accès au prince, de l'autre des balustrades et une double haie de forces de l'ordre, choisissez !

 

Notes

 

[1] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 109.

[2] Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 237-238.

[3] Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 239

[4] Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 240.

[5] Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 240.

[6] Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 241.

[7] Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 241.

[8] Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 241

[9] Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 241

[10] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 126-129.

[11] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 131-132.

[12] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 141.

[13] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 143-144.

[14] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 135.

[15] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 137.

[16] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 138-140.

[17] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 142.

[18] F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 242-243.

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 17:47
Oligarques : "400 personnes contrôlent les Etats-Unis" (Lawrence Wilkerson, Ex-responsable US)

L'ancien chef de cabinet de Colin Powell affirme que seuls 0,001% des Américains ont un pouvoir politique réel dans le pays.

La politique des Etats-Unis est définie par un groupe de 400 personnes, dont la fortune dépasse plusieurs milliards de dollars, a annoncé Lawrence Wilkerson, ancien chef de cabinet de l'ex-secrétaire d'Etat Colin Powell, dans une interview accordée à la station de radio lettonne Baltkom.

"Ce sont des oligarques qui contrôlent les processus et gouvernent le pays en coulisses", a-t-il fait remarquer.

"Il s'agit de près de 400 personnes aux Etats-Unis, dont la fortune dépasse plusieurs milliards de dollars. C'est une répartition très injuste, indécente. L'inégalité est énorme. Le pouvoir n'est réellement détenu que par 0,001% de la population US", a ajouté l'ancien chef de cabinet de Colin Powell entre 2002 et 2005l.

Evoquant la politique internationale, Lawrence Wilkerson a souligné que les actions extérieures de Washington ont abouti à des résultats catastrophiques, notamment au Proche-Orient.

"L'intervention de l'armée US en Irak en 2003 a détruit l'équilibre des puissances qui a existé dans le golfe Persique pendant plus de 50 ans. La situation instable d'aujourd'hui est le résultat des actions des Etats-Unis", a-t-il conclu.

 

Source : Ex-responsable US: "400 personnes contrôlent les Etats-Unis", Sputnik,  08:28 29.08.2015(mis à jour 08:29 29.08.2015)

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 13:36
Balzac explique (encore) notre société

Cet article intéressant d'Antoine Louvard dans le magazine Marianne sur : "Comment Balzac explique (encore) notre société".
 

L'auteur de l'article conclut à propos de Balzac, "créateur visionnaire et père du roman réaliste" dont "la lecture nous renseigne sur les soubassements de notre époque" :
 

A travers cette marchandisation à marche forcée et ce triomphe de l'argent roi, c'est bien le capitalisme en expansion que Balzac expose livre après livre. Les auteurs socialistes ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Thomas Piketty le cite régulièrement dans son volumineux Capital au XXIe siècle pour illustrer sa thèse sur la rente. Mais, bien avant lui, Engels déclarait qu'il avait plus appris sur l'économie et la politique à sa lecture qu'en parcourant économistes et historiens ; et Marx le plaçait, avec Cervantès, au sommet de son panthéon littéraire.

De même, la critique marxiste a donné quelques-unes des plus érudites et des plus complètes études sur le romancier : Georg Lukacs et son Balzac et le réalisme français (1935), Pierre Barbéris, auteur de Balzac et le mal du siècle (1970) et du Monde de Balzac (1973).

C'est que, si le prolétariat n'apparaît pas dans ses pages comme il le fera chez Zola, Balzac dresse le tableau du monde moderne en sociologue, examine les rapports de classes et les transformations sociales en cours au XIXe siècle, et dresse finalement, selon Barbéris, « le plus formidable acte d'accusation qui ait jamais été lancé contre une civilisation ».

Balzac, pourtant, on le sait, était plutôt porté vers le catholicisme et la monarchie, nostalgique d'un monde à jamais disparu. Mais le révolutionnaire et le légitimiste ont ce point en commun d'avoir le même adversaire : le bourgeois, que Flaubert définissait comme « quiconque pense bassement »

 

Merci à Marc M.

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 06:35

Depuis notre plus tendre enfance, on interdit aux francophones de se souvenir que la découverte des grands espaces, les aventures et les grands exploits ont été aussi réalisés en français.

Charles-Xavier DURAND, "La Nouvelle Guerre contre l'intelligence III. Un nouveau Programme pour la conscience", éditions François-Xavier de Guibert (2002)

En cette Assomption du 15 août, jour de fête nationale en France, et date de la fête nationale des Acadiens depuis 1881, voici l'histoire des Français d'Amérique (merci à Louis-Marie pour sa contribution), une histoire oubliée, rarement abordée y compris chez nous en France, et qui mériterait pourtant d'être mieux connue.

Yves FRENETTE, professeur canadien à la fine pointe de la recherche, spécialiste de la francophonie nord-américaine et de l’histoire de l’immigration et des groupes ethniques, anciennement directeur de l’Institut d’études canadiennes à l’Université d’Ottawa, invité à l'École nationale des chartes dans le cadre de la conférence « Faire l'histoire de l'Amérique française au XIXe siècle. Sources, méthodes et problématiques », le 9 décembre 2013, expliqua ainsi (à partir de la 17e minute) qu'

"en ce qui concerne l'Amérique française post 1763, nous sommes presque en face d'un désert historiographique. De ce côté-ci de l'Atlantique, seul Ronald CREAGH y a consacré en 1988 une partie de sa synthèse "Nos cousins d'Amérique, Histoire des Français aux Etats-Unis", une série de vignettes sur la Louisiane, les réfugiés royalistes, révolutionnaires et bonapartistes, et surtout, les diverses communautés utopistes fondées par des Français, dont la plupart firent long feu."

Nous espérons que cette petite histoire des Français d'Amérique, illustrée par des images et agrémentée de superbes videos saura (re)donner aux plus curieux le goût d'en savoir plus sur cette histoire interdite :

La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique

Celui qui oublie son passé est mort pour l'avenir.

Euripide

Le texte ci-dessous est tiré de l'ouvrage "La Nouvelle Guerre contre l'intelligence III. Un nouveau Programme pour la conscience" de Charles-Xavier DURAND, éditions François-Xavier de Guibert (2002) (chapitre 1 Rétrospective canadienne sur les conséquences de l'infériorisation des élites - d'après en particulier le travail de Robert SAUVAGEAU, "Acadie, La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique", éd. Berger-Levrault, 1987).

Robert Sauvageau, "Acadie, La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique", éd. Berger-Levrault, 1987

Robert Sauvageau, "Acadie, La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique", éd. Berger-Levrault, 1987

Robert Sauvageau est professeur d'histoire. En tant que tel il préfère porter ses recherches sur les épisodes oubliés de l'Histoire récente ou plus ancienne, plutôt qu'approfondir des évènements connus. Il a publié aux éditions Flammarion "Nettoyage au phosphore", le livre sur la destruction de Hambourg par l'aviation britannique en juillet 1943, un document important sur l'un des évènements les plus spectaculaires et les plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale que les vainqueurs du conflit se sont empressés de faire oublier.

 

Par la suite, en étudiant sa propre généalogie, Sauvageau a découvert que quelques-uns de ses ancêtres avaient été expulsés de Nouvelle-France, avec les soldats français désarmés par les Anglais en 1760: un autre épisode dont la mémoire a été oblitérée de la conscience populaire.

 

En France, la plus grande partie de l'histoire de la Nouvelle-France est passée à la trappe dans les programmes scolaires. Plus de deux siècles de présence française sur le continent nord-américain se résument à une demi-page dans les livres scolaires.

Carte de la Nouvelle-France vers 1750 :

Nouvelle-France-vers-1750.png

Encore aujourd'hui, il est curieux de voir ces francophones, qu'ils soient français, Belges, ou Suisses, venant faire du tourisme au Canada pour la première fois, s'exclamer : "Regardez, les panneaux sont en français!" en arrivant à l'aéroport de Montréal-Mirabel. Ne sommes-nous pas en Amérique ? Ne parle-t-on pas anglais ici ?... Comment rendre compte de cette ignorance à l'égard de la réalité québecquoise ?

"Un peuple ne se souvient guère de ses défaites et de ses échecs", écrit Gilbert Pilleul dans "Compagnons d'Amérique". Il poursuit:

"La défaite française de 1760 au Canada a été, volontairement ou pas, rayée de notre mémoire d'autant mieux que le peu de place accordée à l'histoire de l'Amérique française dans nos programmes d'enseignement contribue à consolider ce phénomène d'amnésie collective... Cela conduit à s'interroger sur l'intérêt porté par les instances officielles de notre éduction nationale au fait français dans le monde. Je ne sais pas s'il existe un seul candidat-bachelier en France qui puisse avec certitude dire où se trouve l'Acadie!... [1] Les civilisations sont mortelles. Ne survivent que celles qui ont le respect d'elles-mêmes, de leurs traditions évolutives, de leur langue... Méritons-nous d'échapper à la louisianisation, cette forme atroce de mort collective?"

Dans la même publication, Charles-Saint Prot écrit:

"L'histoire n'est pas seulement une science, elle n'est pas le culte nostalgique du passé. Elle est au contraire ce qu'il y a de plus vivant parce qu'elle enseigne que pour continuer quelque chose, il faudra bien que nous soyons de chez nous et de notre passé. Quand le concept de modernité s'impose comme un impératif catégorique et ne tend qu'à faire table rase du passé, il conduit à couper l'homme de l'Histoire et à le déposséder de lui-même."

[...] Le poète Euripide ne disait-il pas que "celui qui oublie son passé est mort pour l'avenir" ? Ce propos est on-ne-peut-plus pertinent à propos de l'histoire franco-américaine. Tout d'abord, l'étude de cette histoire nous permet de rejeter sans ambiguïté les explications des manuels de l'Histoire officielle, telle qu'elle a été écrite par les vainqueurs, version à laquelle les vaincus se sont rapidement ralliés, sauf au Québec. Ensuite, ses divers aspects font remarquablement écho à la période contemporaine et illustrent brillamment la pérennité de certaines caractéristiques des peuples, en dépit de l'évolution des régimes politiques. Cependant, son plus grand intérêt est de démontrer indubitablement les dégâts profonds que peuvent causer ceux qui se mettent mentalement en état d'infériorité par rapport à d'autres, plus particulièrement quand il s'agit de décideurs, de chefs d'Etat, de militaires et autres soit-disant "élites". Une société qui arrive à provoquer une telle évolution mentale chez son adversaire prépare parfaitement le terrain de sa victoire et, dans de nombreux cas, elle a déjà gagné avant même d'avoir à prendre les armes.

Aiguillonné par sa curiosité et par la perspective de découvrir et comprendre l'histoire de ses propres ancêtres, Robert Sauvageau a fait des recherches au Centre d'études acadiennes de l'université de Moncton, au Nouveau Brunswick (Canada), au Service historique de l'armée canadienne à Ottawa, aux Archives du Canada et du Québec et au Centre d'études de l'Université Lafayette en Louisianne. Il a publié le résultat de ses recherches [2] en 1987 chez Berger-Levrault. Il s'agit en fait d'un décompte détaillé des guerres qui ont abouti à la chute de la Nouvelle-France et qui met particulièrement l'accent sur les théâtres d'opérations clés, tels que l'Acadie et le Bas Canada. Robert Sauvageau nous livre ses conclusions après avoir dévoilé tous les faits pertinents, qui sont d'ailleurs largement confirmés par les autres sources disponibles. Ses conclusions sont remarquables et font de son étude un ouvrage hors pair pouvant servir à la fois de référence en histoire canadienne et en sociologie des peuples de langue française. Avant de statuer, il apparaît indispensable de résumer les faits.

 

L'histoire oubliée

Entre le moment où la perte du Canada est entérinée par le Traité de Paris (1763) et le moment où Jacques Cartier en prit possession en 1534, à Gaspé, au nom de François Ier, il s'est écoulé 239 ans, soit presque un siècle de plus que l'occupation française en Algérie, une des plus anciennes colonies de la période contemporaine et dont la mémoire est encore vive, à la fois en France et en Algérie.

Verrazano avait pris possession de toute la 'Francescane' ou 'Nouvelle-France', depuis le Nord de la Floride jusqu'à l'Acadie, au nom de François Ier, en 1524, puis le malouin Cartier découvrit l'estuaire du Saint Laurent [3] le 24 juillet 1534. Toutefois, ce n'est qu'après 1600 que l'immigration deviendra significative en Nouvelle-France. [4]

En 1604, la colonisation de l'Acadie, cette région qui constitue au Canada ce qu'on appelle actuellement "Les Maritimes", est entreprise.

Québec (ville) - De haut en bas et de gauche à droite: la porte Saint-Louis, la colline parlementaire (Centre-ville), le Vieux-Québec, le Pont Pierre-Laporte et l'hôtel du Parlement du Québec.

Québec (ville) - De haut en bas et de gauche à droite: la porte Saint-Louis, la colline parlementaire (Centre-ville), le Vieux-Québec, le Pont Pierre-Laporte et l'hôtel du Parlement du Québec.

En 1608, Champlain fonde Québec. Quiconque étudie l'histoire de la Nouvelle-France doit d'abord se familiariser avec les noms des lieux, débaptisés après 1760 par les Anglais. Dans la seule Acadie, il faut distinguer deux régions, l'Acadie occidentale correspondant actuellement à l'Etat américain du Maine et le Nouveau Brunswick canadien, l'île Saint-Jean (rebaptisée l'Île du Prince Edouard) et l'Acadie orientale comprenant l'actuelle Nouvelle-Ecosse et l'Île du Cap Breton (ex-Île Royale).

L'Acadie, que l'on peut atteindre par bateau à n'importe quelle période l'année, est une région au climat océanique doux, qui contraste fortement avec celui de Québec. A l'époque de l'immigration dans cette colonie de peuplement, l'Acadie est également une région stratégique maîtresse puisqu'elle commande la fantastique voie d'accès vers l'intérieur du continent nord-américain que le Saint-Laurent constitue, tout comme l'Amazone pour le continent sud-américain.

En 1667, le traité de Breda fixe les frontières entre la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre. Temporairement occupée par les Anglais, l'Acadie revient à la France.

Les immigrants français sont principalement du Poitou. Leur principale motivation est économique. Attirés par l'appât de terres libres qu'on leur disait fécondes, ils ne sont pas déçus, puisque la pêche et le lucratif trafic de fourrures viennent s'ajouter à la très prospère activité agricole. Au cours des décennies qui suivront et tout en conservant leur langue et leur religion ainsi que d'autres caractéristiques de leurs origines, ils auront néanmoins conscience de former un peuple nouveau.

File:SalemWitchcraftTrial.jpg

Procès des Sorcières de Salem, La salle d'audience, illustration de 1876.

Les Pères pèlerins de Nouvelle-Angleterre sont venus, quant à eux, avec des intentions spirituelles. Protestants puritains, d'une foi farouche et austère, ils avaient été écoeurés par les persécutions du roi Jacques Ier d'Angleterre. Ils avaient préféré abandonner leur patrie et la vieille Europe, plutôt que de céder quoi que ce soit de leurs convictions religieuses. Boston, capitale de la Nouvelle-Angleterre, sera à leurs yeux la nouvelle Jérusalem. A l'heure actuelle, on a tendance à oublier ce caractère fanatique de la fondation des Etats-Unis. Le fameux procès des sorcières de Salem en 1692, durant lequel plusieurs dizaines d'accusés furent torturés et dix-neuf pendus, donne une assez bonne idée de la mentalité de l'époque. Sauvageau écrit:

"Le moindre soupçon de catholicisme était une accusation aussi grave que celle de sorcellerie. La religion romaine n'était pour les Puritains qu'une autre manifestation du démon. Une des raisons majeures de leur départ d'Europe était de fuir les damnés papistes et voilà qu'ils se retrouvaient à leur porte!"

A une époque où le pape est qualifié d'Antéchrist, la guerre contre la Nouvelle-France est donc une guerre sainte qui va servir aussi d'excellent prétexte pour faire main basse sur les pêcheries et le commerce de fourrures. Dans son Histoire de la Nouvelle-France, Guy Frégault cite à ce propos un hebdomadaire du Maryland de 1755 qui souligne les plus grands avantages que vaudraient à l'empire britannique la réduction des colonies françaises. Ayant par ce moyen isolé la Floride, les Anglais se verraient en état de "forcer" les établissements espagnols à ouvrir toutes grandes leurs portes au commerce britannique car, explique le journal:

"Si les Espagnols allaient s'y refuser, nous pourrions, après la conquête du Canada et de la Louisiane, faire passer nos troupes à travers la péninsule floridienne jusqu'à une place appelée Penicola (Pensacola)."

Ainsi la Floride deviendrait aux mains des Anglais une espèce d'otage duquel l'Espagne devrait laisser pénétrer les produits britanniques en Amérique du Sud; ce seul trafic "nous produirait une balance commerciale favorable de deux millions de livres... annuellement." Les préoccupations mercantiles s'entrelacent donc avec la propagande qui excite le patriotisme et qui souligne la mission protestante et la haine de l'ennemi. Un auteur qui signe Philo-Americus dans le New-York Gazette du 26 mai 1755 a des accents inspirés :

"Si je t'oublie, Ô Amérique anglaise, qua ma main droite se paralyse; si je perds ton souvenir, que ma langue s'attache à mon palais. Souviens-toi, Seigneur, des enfants de la France, qui disent de notre patrie: qu'elle soit abatue, qu'elle soit rasée. Ô fille du Canada, qui doit être détruite, heureux qui te traitera comme tu voudrais nous traiter! Heureux qui saisira tes enfants et leur brisera la tête contre la pierre!"

L'opinion, ajoute-t-on, s'élève avec "une espèce d'horreur contre les Français". En définitive, l'opinion anglaise se dresse contre la France et le Canada dans un concert très bien orchestré de réprobation, contre tout ce qui est français. En Angleterre même, où l'on est considérablement plus modéré, on se moque avec plus de dépit que d'esprit des maîtres à danser, des tailleurs, des coiffeurs et des cuisiniers français. On dénonce les Anglais qui "singent" les Français. Un passage du "London magazine" de juillet 1757 (329s) nous en donne une idée:

"Trop de jeunes Anglais apprennent le français. On dit que la langue et les modes françaises finiront par instaurer la monarchie universelle de la France. J'en suis persuadé. Chaque jour qu'un précepteur ou un répétiteur français enseigne à la jeune Miss et au jeune Master la langue de son pays, il en profite pour seriner à leurs oreilles la gloire, l'éclat, la puissance, en un mot, le Je ne sçai quoi de ce florissant royaume... Ainsi les français nous amènent à nous soumettre nous-mêmes à eux. C'est pour eux une manière bien plus facile et bien plus sûre de venir à bout de nous que s'ils s'avançaient tambour battant, l'épée au clair et la baïonnette au canon."

Revenons à 1674. Les opérations contre l'Acadie à partir de la Nouvelle-Angleterre vont reprendre en déput des traités, par le biais du corsaire hollandais Aernoutsz. Bien que les Français et les Anglais aient signé le traité d'Alliance de Douvres contre les Hollandais en 1670, les Bostoniens aidèrent d'autant plus Aernoutsz à organiser son agression contre l'Acadie que la mère patrie venait juste de signer une paix séparée avec la Hollande (traité de Westminster de février 1674).

Le Fort Pentagouet sur la côte de l'Acadie occidentale est attaqué le 10 avril 1674. Louis de Frontenac, alors gouverneur de la Nouvelle-France, avait évidemment protesté contre cet acte de piraterie, protestation dont la conséquence fut un faux procès contre les instigateurs de l'agression perpétrée contre l'Acadie.

Saint-Castin

Saint-Castin

Fort de Pentagouet en 1670.jpg

Fort de Pentagouët en 1670

 

Frontenac, réalisant l'énorme déséquilibre entre les populations d'Acadie et de Nouvelle-Angleterre, chargea alors Jean-Vincent de Saint-Castin, l'un des défenseurs de Pentagouet, arrivé en 1670 en Acadie et âgé de 22 ans à peine, de faire alliance avec les Abenaquis, tribu indienne de la région de Pentagouet. Saint Castin vivra ainsi plus d'un quart de siècle chez les Abenaquis. Il apprit leur langue [5] et leurs coutumes et se maria avec Pidianske, la fille de Madokawando, le chef des Abenaquis lui-même. L'alliance franco-indienne contre les Anglais était donc scellée.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

 

Couple d'Abénaquis au XVIIIe siècle (archives de Montréal)

Pontiac---Ce-portrait--sans-doute-imaginaire--a-ete-peint.jpgIl faut aussi préciser que, selon les apôtres de la Nouvelle-Jérusalem, les indigènes de l'Amérique appartenaient à une race maudite. Les Indiens ne relevaient pas du domaine du Seigneur, mais de celui du démon. Cette théorie était commode pour anéantir "au nom de Dieu" les tribus indiennes purement et simplement.  "Il n'est pas de bon Indien qu'un Indien mort!".

Dès leur arrivée dans le nouveau monde, les Français avaient adopté une attitude inverse vis-à-vis des autochtones. Persuadés que le Christ avaient apporté sa bonne nouvelle à toute l'Humanité, y compris la population primitive d'Amérique, ils avaient entrepris de convertir les Indiens, d'où la multiplication des missions catholiques. En accord avec le gouvernement royal, Jésuites et Récollets s'employèrent à amener les indigènes au christianisme. La prorogation de la foi catholique fut l'une des lignes de force majeures de la colonisation française. Richelieu avait fait écrire dans la Charte de la Compagnie des Cent Associés:

Image illustrative de l'article Armand Jean du Plessis de Richelieu"Les descendants des Français qui s'habitueront au dit pays (le Canada), ensemble les sauvages qui seront amenés à la connaissance de la foi, et en feront à leur mieux profession, seront censés et réputés naturels Français. S'ils viennent en France, ils jouiront des mêmes privilèges que ceux qui y sont nés."

Sauvageau souligne qu'"il s'agissait là de paroles extraordinaires si l'on songe aux massacres épouvantables d'indigènes qui se perpétraient à la même époque dans les colonies espagnoles et anglaises d'Amérique."

Le métissage des Français avec la population indienne locale fut rapide. Franco-Américains et Franco-Amérindiens étaient en train de constituer, par exemple à Pontchartrain du Détroit (le site de la ville actuelle de Détroit), une société mixte où résidaient en 1755 près de 800 familles françaises et 3000 Amérindiens de trois nations différentes - nation outaouaise, nation des Pétuns et nation des Gens de Mer - une nation métissée nouvelle, alliant la culture et la civilisation française avec la perception amérindienne de la nature et de la place de l'homme dans cette nature.

Les coureurs des bois devinrent, si vite, quasi indianisés que les protestants anglais en vinrent à dire, avec mépris "qu'en l'espace d'une génération le Français ne se distinguait plus du sauvage." Nous sommes ici confrontés à l'un de ces rares cas où c'est l'Européen qui s'assimilait au lieu du contraire.

MetacometEn dépit de la signature d'un traité d'amitié que Massasoit, un chef algonquin, avait signé, avec les dirigeants de la Nouvelle-Angleterre, son propre fils Metacomet, surnommé "le roi Philippe" par les Britanniques, se rendit compte que ces derniers recherchaient l'anéantissement des tribus indiennes. Il déclencha une guerre à outrance contre les établissements commerciaux et les villes anglaises de la côte est-américaine. Il rasa Brookfield et Springfield dans la région de Boston ainsi que Swansea, mais les Britanniques furent finalement victorieux grâce à leur supériorité en armements et, à la suite d'une trahison, ces derniers s'emparèrent de Metacomet, qu'ils torturèrent et qu'ils décapitèrent.

Cette guerre dite du "roi Philippe", qui aboutissait à un désastre pour les Algonquins, n'entraîna par la solidarité des autres tribus dans une guerre généralisée contre les envahisseurs européens. Ces tribus, constamment en concurrence les unes avec les autres pour des territoires de chasse, n'éprouvaient généralement aucune compassion pour un dversaire vaincu, qu'il soit indien ou blanc.

Cependant, la guerre reprit avec les Abenaquis.

"L'été de 1677 se passa dans la terreur", écrit un chroniqueur puritain.

Au printemps 1678, les Britanniques se résignèrent à signer le traité de Casco qui spécifiait que tout colon britannique cultivant des terres se situant en territoire indien devrait verser un impôt aux tribus. Cette revendication avait été inspirée par Saint-Castin qui avait bien conseillé Mugg, un chef indien agissant pour le compte de Madokawando.

De plus, les Abenaquis avaient été redoutablement armés, ce qui leur avait assuré leur victoire contre les Anglais. Le Béarnais Saint-Castin armait lui-même les tribus indiennes avec des fusils anglais qu'il obtenait en commerçant directement avec les colons de Boston!

Les Anglais ripostèrent en essayant d'acheter Saint Castin qu'ils avaient enfin identifié comme étant le cerveau téléguidant les opérations indiennes contre la Nouvelle-Angleterre. Il fallait faire passer dans leur camp ce dangereux personnage qui savait si bien fédérer les forces ennemies et mettait en danger leur survie. Leur tentative ayant échoué, les Anglais envisagèrent alors d'éliminer physiquement Saint Castin, ce qu'ils tentèrent quelques années plus tard par l'intermédiaire de deux déserteurs français, Armand de Vignon et François Albert, qui arrivèrent à Pentagouet le 24 octobre 1692. Avant de mettre leur plan à exécution, les deux déserteurs furent dénoncés, capturés et exécutés.

Entretemps, en dépit de l'extrême faiblesse de l'immigration, la population française se multipliait grâce à une très forte natalité.

L'Acadie avait 1 000 habitants et la Nouvelle-France 12 000. Les paysans avaient su mettre en valeur les riches terres côtières, où ils pratiquaient culture et élevage. Ils y connaissaient une prospérité très supérieure à celle de leurs cousins demeurés dans leur Poitou d'origine. En outre, ils avaient l'avantage d'être pratiquement affranchis de la plupart des servitudes féodales encore en usage dans le royaume de France.

Le projet de créer une route entre l'Acadie et le bas Canada (Québec), soutenu par Colbert, qui mourut en 1683, ne se réalisa pas.

Un projet de construction d'un canal entre la Baie verte (sur le Golfe du Saint Laurent) et la Baie française (de nos jours dénommée Baie de Fundy), qui diminuerait, lui aussi, la durée du voyage vers Québec, fut également envisagé.

Toutefois un évènement d'une portée considérable se produisit peu après, la révocation de l'Edit de Nantes; Depuis la restauration des Stuart (en Angleterre Ndlr.) en 1660, la France avait bénéficié de la neutralité du gouvernement britannique, sinon de son appui. Toutefois, les persécutions dont les Huguenots furent victimes soulevèrent l'indignation des protestants anglais. Ce mouvement d'opinion plaça le roi Jacques II Stuart dans une situation délicate d'autant plus qu'il était déjà soupçonné d'adopter une attitude complaisante vis-à-vis de la France.

Guillaume III par Godfrey KnellerGuillaume d'Orange, alors chef de la Hollande, exploita cette situation. Adversaire acharné de Louis XIV et protestant convaincu, il revendiqua le trône d'Angleterre contre Jacques II, son beau-père. En novembre 1688, il débarqua sur le sol anglais où il triompha avec la plus grande facilité du roi Stuart. A la bataille de la Boyne en Irlande, son succès fut assuré grâce à ses bataillons protestants français, commandés par Schomberg.

Rien n'est gratuit

 

Guillaume d'Orange, fils du stathouder Guillaume II, avait deux ans lors du déclenchement de la guerre de Hollande de 1672. Sous un physique fluet, il cachait une immense ambition mais ses projets avaient l'apparence du bien public et inspiraient aussi l'amour de la patrie. En juin 1672, des dizaines de milliers de soldats français avaient envahi la Hollande. La plupart des villes s'étaient rendues aux Français avant même d'avoir combattu. Amsterdam avait offert des millions pour s'affranchir du pillage. Louis XIV mit à la paix qui s'ensuivit des conditions si dures, si humiliantes qu'un peuple ne pouvait les accepter sans signer son déshonneur et sa ruine. Il provoqua ces résolutions suprêmes qui trouvent leur force dans le désespoir. Contrairement à l'amour, la haine n'est jamais gratuite. C'est durant ces évènements que la haine de Guillaume d'Orange contre Louis XIV, contre les catholiques et contre la France se forgea.

Devenu roi d'Angleterre, disposant de ressources maritimes et des trésors des deux premières nations commerçantes du monde, il devint le chef de la coalition contre la France et entra dans la lutte avec un acharnement méthodique et réfléchi qui devait profiter de toutes les fautes de son adversaire. Il avait d'abord accueilli avec empressement les réfugiés calvinistes. C'était pour lui un double avantage. Tandis que les proscrits apportaient à l'Angleterre et à la Hollande les secrets de l'industrie française, leurs rancunes donnaient un nouvel élément à la guerre. Ils répétaient, en les exagérant, les fautes du roi, les souffrances du pays, la misère des campagnes et tout ce qu'une apparence souvent trompeuse de prospérité et de grandeur cache aux yeux de faiblesse réelle.

En Amérique, sa prise de pouvoir à Londres fut accueillie avec un enthousiasme indescriptible. Lors de son débarquemet en Angleterre, il avait fait inscrire sur ses étendards "Pro Religione Protestante" (pour la religion protestante). Pour les puritains de Nouvelle-Angleterre, Dieu se manifestait en leur faveur. L'orangisme déferla bientôt sur l'Amérique avec la force du fanatisme. La guerre contre les "damnés papistes" de l'Acadie et du Canada allait donc pouvoir reprendre et s'intensifier puisque toutes les justifications économiques, religieuses et morales avaient été rassemblées. Une nouvelle vague de fureur anticatholique et anti-française souleva la Nouvelle-Jérusalem au nom de l'orangisme.

[...] Au printemps de 1690, un congrès de délégués de l'Amérique anglaise s'était réunis à New York. Il avait décidé de profiter de la guerre de la Ligue d'Augsbourg entre l'Angleterre et la France pour lancer une offensive contre l'Acadie d'abord puis, en cas de succès, contre le Canada. A la tête de la croisade puritaine se trouvait William Phips, qui prit l'offensive à Port Royal, capitale officielle de l'Acadie, située sur la côte ouest de l'Acadie orientale, sur la rive est de la Baie française (partie sud de la presqu'île de Nouvelle-Ecosse, rebaptisée aujourd'hui Annapolis-Royal).

Port-Royal était défendu par Louis Desfriches de Menneval, un homme malade, souffrant de fréquentes attaques de goutte et que son état rendait craintif et vulnérable. Il s'estimait bien incapable de défendre sa petite capitale qui fut investie et pillée par les Anglais. Le rapport des forces à ce moment là s'établissait à 200 000 Anglais contre 12 000 Français d'Amérique. Cependant en Acadie occidentale, Saint Castin, aidé des Abenaquis, était devenu maître de guerilla.

 

Buste de Frontenac au Monument aux Valeureux, à Ottawa
Buste de Frontenac au Monument aux Valeureux, à Ottawa

 

Au Canada, le gouverneur Frontenac tenta avec succès d'abuser les Anglais sur ses forces réelles, en portant la guerre sur le territoire même de la Nouvelle-Angleterre et en effectuant simultanément plusieurs opérations dans des zones différentes.

C'est ainsi que Lemoyne de Sainte-Hélène, parti de Montréal et accompagné par deux de ses frères, de Bienville et d'Iberville, s'était emparé de Schenectady, à proximité d'Albany.

Hertel, lieutenant de milice à Trois-Rivières, avait capturé Salmon Falls (de nos jours Nerwick dans le New Hampshire).

Une autre expédition punitive dirigée par Saint Castin et accompagnée de Robineau de Portneuf dévasta Casco sur la côte atlantique, en réprésailles à l'opération anglaise sur Port Royal.

Les faiblesses du système français étaient quand même devenues apparentes et, le 20 août 1690, William Phips adressa un ultimatum aux défenseurs de Québec auquel Frontenac répondit par une phrase qui le rendit célèbre :

"Je n'ai point de réponse à faire que par la bouche de mes canons et à coups de fusil!"

L'expédition de Phips échoua lamentablement et la flotte britannique endommagée regagna la Nouvelle-Angleterre.

[...] Au début de l'été 1696, une expédition d'envergure dirigée contre Naxouat par Benjamin Church et le coonel Hawthorne, et financée par le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, Stoughton, successeur de Phips, avait été repoussée par les Français. Villebon avait triomphé à un contre sept !

La guerre de la Ligue d'Augsbourg se termina "en fanfare" pour les Français d'Amérique du Nord. Après sa campagne d'Acadie aux côtés de Saint Castin, Iberville était parti avec sa flotte pour Terre-Neuve afin de capturer Saint Jean, la principale base anglaise de l'Île. Au total, la campagne, qui avait duré trois mois, avait ruiné la domination anglaise sur l'île: 36 établissements détruits, 200 000 quintaux de morue saisis pour payer les frais de l'expédition et bien au-delà!

[...] Le 20 septembre 1697 (sur le continent européen) avait été signé le traité de Ryswick qui mettait fin à la guerre entre la France et l'Angleterre.

En Amérique du nord, les Anglais se trouvaient sur tous les fronts, en Acadie, à la Baie d'Hudson, à Terre Neuve, dans une situation accablante en face des Français, en dépit de l'énormité de leurs moyens relativement à ceux des Français.

De même, la menace du projet de Frontenac contre Boston et New York, dont les services de renseignement anglais avaient été informés, pesa sur la décision de Londres d'arrêter les hostilités.

Après des triomphes aussi éclatants et qui plaçaient la France en position de force en Amérique du Nord, les diplomates français étaient en mesure d'exiger des concessions outre-atlantique, mais ils ne réclamèrent rien, sinon le maintien du statu quo. Les Anglais conservèrent Terre Neuve et la Baie d'Hudson et "rendaient l'Acadie" que, de toutes façons, ils ne possédaient pas...

 

XVIIIe siècle.

 

[...] L'attaque des Anglais en 1704 sur Port Royal défendu par Brouillan échoua mais elle fut renouvelée en juin 1707, et encore en août de la même année. Après avoir effectué une tentative de siège, les Anglais se rembarquèrent le 31 août, battus à nouveau.

Toutefois, le colonel Samuel Vetch avait élaboré un plan de conquête de l'Amérique française et ce plan avait obtenu l'assentiment de la reine Anne et de ses conseillers en 1708, qui avaient promis à Vetch le poste de gouverneur du Canada anglais en cas de réussite. Pour attaquer Port-Royal, il disposait d'une flotte de quatre gros vaisseaux de guerre, une frégate et une galiote à bombes et 30 vaisseaux de guerre. Les effectifs étaient de 5 860 hommes, une armée formidable pour l'Amérique de l'époque. Le défenseur de Port-Royal, Subercase, gouverneur de l'Acadie, commit l'erreur de s'enfermer dans sa minuscule place forte assiégée par les Anglais alors que rien ne l'empêchait de se replier. Au lieu de se battre à cinq contre un, les Anglais allaient se battre à quinze contre un. L'issue ne faisait plus de doute. Subercase était convaincu de son infériorité en matériel et en hommes, et acceptait la défaite à l'avance. [...] L'attaque eut lieu le 5 octobre 1710 et la capitulation fut conclue le 13. Au lieu de procéder à la destruction de ses canons avant de se rendre, les armements furent vendus aux Anglais, renforçant ainsi instantanément leur potentiel militaire. Le 24 octobre, les vaincus étaient embarqués sur trois navires de guerre anglais en partance pour la France et arrivèrent à destination le 1er décembre.

Pourtant l'Acadie était loin d'être défaite. Durant leur premier hiver, les Acadiens refusèrent d'approvisionner les Anglais et beaucoup d'entre eux partirent. Des opérations de harcèlement furent organisées par l'un des fils de Saint Castin, Bernard-Anselme. Port-Royal, rebaptisé Annapolis par les Anglais, fut réassiégé par leurs ennemis.

[...] Le 26 juin juin 1712, Pontchartrain informait Vaudreuil de ne plus rien tenter contre l'Acadie orientale pour ne pas interférer avec les négociations de paix entre l'Angleterre et la France qui, par le traité d'Utrecht signé en avril 1713, abandonnait l'Acadie définitivement à l'Angleterre. [...]

La collaboration avec les Anglais qui s'instaure à Versailles et qui est relayée par son antenne canadienne pour vider l'Acadie de toute résistance, et permettre aux Anglais d'en prendre possession, est proprement malsaine. [...] Les difficultés causées par la mort de louis XIV et la Régence entrainèrent une large inertie dans les prises de décisions. La période de paix qui va de 1713 à 1744 sera néanmoins traversée par quelques incursions anglaises, dont la plus spectaculaire fut la capture de Joseph Saint Castin, autre fils du célèbre Jean-Vincent, en Acadie occidentale, qui avait été accusé de cristalliser l'hostilité des Abenaquis sur les colons de Nouvelle-Angleterre.

On note aussi l'assassinat du Père Sébastien Rale, qui passa trente cinq ans chez les Abenaquis, les convertit à la foi chrétienne, et exerçait sur eux une extraordinaire influence. Ce jésuite fut le premier à rédiger un dictionnaire abenaquis-français et dont le manuscrit est actuellement détenu par l'Université Harvard, dans la proximité immédiate de Boston. L'action de ce prêtre visait moins à sauvegarder les intérêts français que de prévenir les Abenaquis des intentions des dirigeants de la Nouvelle-Angleterre qui étaient, à terme, de les déposséder de leurs terres sur la partie de leur territoire située au sud de la rivière Quinibéqui (Kennebec), où les colons anglais venaient de s'installer en grand nombre.

Mort du père Sébastien Rale de la Compagnie de Jésus, lithographie de 1856.

Mort du père Sébastien Rale de la Compagnie de Jésus, lithographie de 1856.

[...] Les Acadiens vivant en Nouvelle-Ecosse (l'ex Acadie orientale) n'avaient jamais vraiment accepté la domination anglaise de la presqu'île et ce ressentiment n'était pas écrasé par une immigration anglaise massive. Les Acadiens étaient prêts à se révolter et à prêter main forte à leurs libérateurs français dès que ces derniers se manifesteraient.

Une expédition organisée par un certain Duvivier, l'un des commerçants les plus riches de Louisbourg, échoua devant Annapolis, en octobre 1744, du fait de problèmes de coordination entre les forces terrestres et maritimes qui avaient été rassemblées par les Français, et cela en dépit du fait que la défense d'Annapolis était très largement insuffisante. Cette dernière était organisée par Paul Mascarene, un huguenot d'origine française, parlant français couramment.

[...] Une nouvelle expédition, anglaise cette fois, et qui avait réussi à débarquer à l'Île Royale parvint à capturer Louisbourg. La défaite époustouflante de cette place forte était directement liée, non pas à la qualité du corps expéditionnaire anglais, très hétéroclite dans sa compostion, mais à l'exceptionnelle nullité du commandant de la place, Louis Dupont Duchambon, oncle de 'larmateur Duvivier, tous les deux plus doués pour le commerche que pour la guerre.

En juin 1746, Louis XV envoya une flotte pour reprendre Louisbourg mais la flotte fut décimée par une tempête et une épidémie de peste et dut renoncer. Une autre expédition comprenant 18 navires de guerre et 22 bâtiments de transport fut organisée et quitta La Rochelle en mai 1747 mais elle dut affronter une escadre anglaise au large des côtes d'Espagne dont la puissance de feu était supérieure. Ce désastre mit fin aux espoirs de reconquérir l'Île Royale et l'Acadie orientale.

Entretemps (en 1747).. aidés des Acadiens, les Canadiens avaient été victorieux des Anglais à Granpré en Nouvelle-Ecosse et, surtout, les Français avaient en Europe remporté la victoire de Fontenoy. A la signature de paix d'Aix-la-Chapelle en 1748, Louis XV se borna à exiger la restitution de l'Île Royale et renonça à l'Acadie orientale.

[...] Le gouvernement de Londres changea alors de tactique en Nouvelle-Ecosse. Tout d'abord, la ville d'Halifax fut créée pour concurrencer Louisbourg dont la prospérité était revenue sous occupation française. Ensuite, le gouvernement anglais enjoignit les Acadiens de prêter serment d'allégeance au gouvernement anglais, qui les autoriserait alors à rester sur leurs terres en leur garantissant la liberté de culte. Beaucoup firent ce serment avec une restriction: le refus de porter les armes pour le roi d'Angleterre et contre leurs frères français au Canada. A l'appel de la Galissonnière toutefois, un tiers des Acadiens de Nouvelle-Ecosse vinrent s'installer en Acadie occidentale. Malheureusement, La Galissonnière ne reste à son poste que deux ans durant lesquels il avait pourtant su tirer son épingle du jeu dans une situation difficile.

 

Charles Lawrence : le nettoyage ethnique des Acadiens, premier génocide des temps modernes. Le Grand dérangement

 

En dépit des promesses faites aux Acadiens, Charles Lawrence, gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, organisa la déportation des Acadiens.

Le mot "génocide" n'est pas exagéré puisque des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants y laissèrent la vie. Charles Lawrence voulait déporter et disperser toute la population acadienne à travers toutes les colonies anglaises des Amériques afin d'anéantir les Acadiens, non en tant qu'individus - ce qu'il fit dans une large proportion - mais en tant que peuple et en tant que nation.

Lecture de l'ordre de déportation des Acadiens le 28 juillet 1755 par le colonel John Winslow dans l’église de Grand-Pré., Tableau de Charles William Jefferys

Lecture de l'ordre de déportation des Acadiens le 28 juillet 1755 par le colonel John Winslow dans l’église de Grand-Pré., Tableau de Charles William Jefferys

Il ne fallait pas que ces colons déplacés viennent grossir les rangs canadiens contre lesquels la guerre se préparait à nouveau. 6 000 Acadiens furent déportés en 1755, 2 000 autres en 1748. Environ 8 000 habitants français sur les 13 000 que comptait l'Acadie orientale (Nouvelle-Ecosse). En 1762, ce fut le tour des Acadiens de l'Acadie occidentale (l'actuel Nouveau Brunswick et une grande partie de l'Etat américain du Maine). Environ 10 000 sur une population de 18 000. Les bateaux utilisés pour la déportation n'avaient pas été loués en nombre suffisants. On y entassa les Acadiens dans des conditions épouvantables. De nombreuses familles éparpillées sur plusieurs navires, en partance pour les destinations diférentes, furent disloquées. On estime que la moitié des Acadiens déportés moururent de faim, d'épidémie et de misère. Ainsi, le "Cornwallis" qui avait quitté Chignectou, petite ville de la Baie de Fundy actuelle, avec 417 Acadiens n'en débarqua que 210 à son arrivée à Charleston, en Caroline du Sud !

Sauvageau précise qu'il a fallu beaucoup d'humour noir aux historiens pour appeler cette déportation "le Grand dérangement".

Pourtant, on est obligé de reconnaître que les Acadiens, par comparaison, ont été traités "dignement" par rapport aux Irlandais contre lesquels Cromwell avait conduit une guerre de religion et une guerre raciale. Ses campagnes d'extermination avait massacré les Irlandais par milliers.

Durant cette période particulièrement glorieuse de l'histoire britannique, le colonel Winslow "en pourchassant toute la vermine acadienne du pays" (sic) aida à rafler 43 500 bêtes à cornes, 48 500 moutons, 23 500 porcs, 2 800 chevaux sans compter les autres biens mobiliers et immobiliers volés aux Acadiens.

Par la suite, les Anglais expurgèrent des archives de la Nouvelle-Ecosse, à Halifax, de nombreux documents relatifs à ce premier génocide des temps modernes que demeure la grande déportation [6].

 

Epilogue guerrier

 

En pleine paix, à quelques semaines de novembre 1755, l'escadre anglaise de l'amiral Boscawen captura près de 300 vaisseaux français d'une valeur de 30 millions de livres, 6 000 officiers ou matelots, 1 500 soldats. Cette agression demeure connue des historiens sous le nom d'"attentat de Boscawen". [...] Il s'agissait du prélude à la Guerre de Sept Ans qui se déclencha en 1756. Le 19 août 1757, une escadre anglaise essaya de prendre Louisbourg mais échoua également. Une troisième tentative eut lieu l'année suivante, mais le gouverneur de la place, Du Bois de La Motte avait déjà regagné la France. Un certain Drucourt, qui l'avait remplacé, ne recruta pas les milices et n'engagea que partiellement ses hommes hors de la citadelle pour rejeter les Anglais à la mer. La citadelle fut bombardée, et le 26 juillet 1758, Louisbourg capitula.

 

 

Bateaux de pêche dans le havre de Louisbourg

Bateaux de pêche dans le havre de Louisbourg

Boishébert, qui s'était distingué dans de très nombreuses interventions victorieuses en Acadie contre les Anglais, fut envoyé en soutien par Vaudreuil avec... 92 hommes alors que Louisbourg était attaqué par 18 000 soldats et 8 000 marins ! Le vainqueur de Louisbourg, le général Amherst, avait immédiatement décidé de consolider la chute de Louisbourg (1758) en éliminant au mieux toute présence française en Acadie du nord et en Acadie occidentale.

Jeffery Amherst par Gainsborough vers 1785

Jeffery Amherst par Gainsborough vers 1785

Le colonel Robert Monckton était chargé de ravager les installations française de la Rivière Saint Jean (qui se jette dans la Baie française) et d'en extirper "la vermine acadienne" tandis qu'Andrew Rollo devait vider l'île Saint Jean (île du Prince Edouard) de sa population. Wolfe, le futur vainqueur de Montcalm à Québec, fut chargé de plusieurs opérations terroristes en Gaspésie. Le but de ces opérations combinées était de repousser tous les Acadiens vers la région de Québec.

Montcalm et Vaudreuil ne s'affolent guère cependant. Alors que la nouvelle capitulation de Louisbourg soulève dans la population les plus vives inquiétudes, Montcalm, alors chef militaire du Canada, et Vaudreuil s'en réjouissent presque car ils considèrent que l'Acadie et l'Île Royale sont des territoires inutiles. Dans un mémoire de 1758, Montcalm explique sa position. On ne peut qu'être surpris par une telle analyse lorsqu'on considère les efforts déployés par les Anglais depuis tant d'années pour conquérir l'Île Royale et devenir maîtres du terrain sur toute l'Acadie.

Le plan anglais de conquête du Canada comprenait 50 000 hommes, chiffre très optimiste compte tenu des possibilités réelles. Le général Amherst serait chargé d'attaquer le Canada par la route de l'Hudson et le lac Champlain. Le général Prideux devrait prendre le fort Niagara et menacer Montréal mais le coup majeur devrait être porté contre Québec. En face, Montcalm disposait malgré tout de plus de 30 000 hommes. La première lourde erreur de ce dernier consiste à croire que l'attaque viendra de l'intérieur alors que, justement, une formidable expédition vient d'enlever Louisbourg et de déblayer l'accès au Saint Laurent.

En 1753, un officier de génie, Dubois, avait déjà proposé d'installer des batteries aux endroits les plus favorables, le long du fleuve mais rien n'avait été fait.

Le 27 juillet 1759, l'expédition britannique par voie maritime contre Québec sonne comme un coup de tonnerre pour Vaudreuil et Montcalm, ce dernier ayant 16 000 hommes sous ses ordres, alors que Wolfe ne disposait que de 8 000 hommes. Le siège de la ville ne donna, au départ, aucun résultat. Wolfe, atteint de dysentrie à partir du 19 août, dut s'aliter. Les Anglais, furieux, dévastèrent autant qu'ils le pouvaient la campagne environnante. Wolfe avait écrit au général Amherst:

James Wolfe"Si nous nous apercevons que Québec ne semble pas devoir tomber entre nos mains (tout en persévérant jusqu'au dernier moment), je propose de mettre la ville à feu avec nos obus, de détruire les maisons et le bétail tant en haut qu'en bas (de Québec), d'expédier le plus de Canadiens possibles en Europe et de ne laisser derrière nous que famine et désolation. Mais nous devons montrer à ces scélérats comment faire la guerre comme des gentilhommes."

Wolfe devait lever l'ancre au plus tard le 20 septembre pour ne pas être bloqué par les glaces hivernales. Ayant repris des forces et de la combativité à la fin du mois d'août, il décida de brusquer les choses. Il y eut plusieurs plans, mais, en tant que chef direct de l'armée anglaise, il imposa le sien. Il décida de débarquer ses hommes à l'Anse aux Foulons. Ces derniers devraient ainsi escalader la falaise et prendre Québec à revers. Le risque était énorme. Si l'alarme était donnée, l'escalade finirait en tragédie sanglante pour les Anglais. Néanmoins, les soldats débarquèrent sans problème. Pour tromper les sentinelles qui attendaient là un convoi de ravitaillement, les soldats furent précédés d'officiers parlant couramment français.

Le responsable de la défense de l'Anse aux Foulons était Dupont de Vergor, responsable de la capitulation de Fort Beauséjour [7], qui avait été placé sur l'isthme marquant la frontière entre l'Acadie orientale (l'actuelle Nouvelle-Ecosse) et l'Acadie occidentale (Nouveau Brunswick), tout au fond de l'actuelle Baie de Fundy. Aussi nul que jadis à Fort Beauséjour, où il avait négligé d'organiser une garde sérieuse, il fut surpris dans son lit par les premiers assaillants. Une fois sur le plateau, l'armée de Wolfe défiait Montcalm. Ce dernier, retranché derrière ses remparts, n'avait qu'à attendre quelques jours. A l'approche de l'hiver, les Anglais devraient se réembarquer pour éviter d'être bloqués, situation dans laquelle il serait facile de les harceler et de les mettre en déroute.

Bataille des plaines d'Abraham (13 septembre 1759)

Bataille des plaines d'Abraham (13 septembre 1759)

Bien avant que toutes les troupes françaises furent rameutées, Montcalm jeta 4 500 hommes dans la bataille, force égale à celle dont Wolfe disposait sur les plaines d'Abraham. Montcalm et Wolfe furent mortellement blessés. Le général Monckton reçut une balle en pleine poitrine. En un quart d'heure d'affrontement, 547 anglais avaient été tués contre 432 chez les Français qui s'étaient à nouveau retranchés derrière les fortifications de la ville.

Pierre Rigaud de Vaudreuil, le gouverneur, qui n'avait aucune expérience guerrière, fut pris de panique et quitta Québec vers Beauport. Cette dérobade insensée démoralisa la population, déjà éprouvée par la mort de Montcalm. La décision de quitter Québec était équivalente à celle de livrer la ville aux Anglais avec ses canons, ses munitions et ses vivres.

La bataille des plaines d'Abraham est généralement considérée comme étant celle qui a consacré la perte du Canada. Il n'en fut rien, en avril 1760, le chevalier de Lévis avait vaincu les Anglais à la bataille de Sainte-Foy. Québec fut sur le point d'être repris par les Français. Cela ne put se faire car la flotte britannique avait désormais libre accès au fleuve.

 

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Montcalm à la tête de ses troupes sur les plaines d'Abraham. Aquarelle de Charles William Jefferys.

Règlements de compte

 

En France, la chute du Canada, français depuis près de deux siècles et demi, avait stupéfié l'aristocratie toute entière. Au même moment, on faisait passer en jugement Dupleix et Lally-Tollendal (ce dernier fut condamné à mort et exécuté en 1766) pour la perde des Indes orientales françaises.

La période contemporaine a été également témoin de procès similaires, tels que celui de Riom, qui eut lieu après l'armistice de 1940 et qui fut organisé par le gouvernement de Vichy pour traduire en justice tous ceux que l'on estimait responsables de la défaite.

[...] L'affaire du Canada, ou plus simplement le procès du Canada, permit d'exorciser les démons. Les sujets du Roi-très-Chrétien ne risquaient-ils pas de rendre responsables les dirigeants de Versailles et notamment le Premier ministre Choiseul(franc-maçon, "Vénérable de la Loge Les Enfants de la Gloire" en 1761 [8], Choiseul qui se disait "l'artisan du renouveau français et de la revanche contre l'Angleterre" (sic)... [9], était lié aux "philosophes" [10], le complice des Parlements dans leur obstruction au roi [11] Ndlr.)

Pour parer ce danger, il fallait trouver des paratonnerres ou, comme on dirait de nos jours, des fusibles. On résolut de mettre en accusation les officiers, civils et militaires, les administrateurs, les hommes d'affaires, les trafiquants, les spéculateurs et leurs associés, etc. Les prétextes ? Enrichissement trop rapide pour de nombreux personnages qui avaient utilisé leurs fonctions officielles pour gagner beaucoup d'argent. On parlait beaucoup à Paris des "millionnaires du Canada". Vaudreuil passait pour avoir rapporté 23 millions de livres et Bigot 29 millions ! Tout comme aujourd'hui en cinquième république, cet abus des fonctions officielles était courant. [A la différence avec notre époque que l'enrichissement indéfini sous l'Ancien Régime pour les nobles était suspect, et contrevenait aux codes de la noblesse. Ndlr.]

La morale de l'histoire

 

Sur le plan militaire, un siècle de combats avait démontré clairement que le sort d'une place dépendait souvent beaucoup plus du cartactère de son commandant que du rapport de forces. En fait les Français avaient multiplié les victoires en Amérique du nord durant les dernières années de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) avec un rapport de force de 300 000 contre 15 000 en faveur des Anglais, soit à 20 contre 1 !

Lorsque l'Amérique française s'est effondrée au cours de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), soixante ans plus tard, la disproportion s'était en fait un peu améliorée en faveur des Français puisqu'ils luttaient désormais à 1 contre 18.

A n'en pas douter, ces victoires spectaculaires de la fin du XVIIe siècle reflétaient la valeur des hommes qui conduisaient la lutte du côté français et leur stratégue efficace. Combativité, fermeté, audace mais prudence, refus de considérer les autochtones comme étant fondamentalement différents d'eux et inteligence d'en faire des alliés. Quant à leurs méthodes de guerre, écrit SAUVAGEAU :

"Elles étaients la conséquence de l'infériorité même de leurs forces et un moyen de la compenser. Refus de la 'guerre en dentelles' à l'européenne. Pratique constante de la guérilla. De même, refus de la défensive, de la guerre statique qui conduirait les Français au désastre, compte tenu de la faiblesse de leurs ressources. Adoption de stratégies offensives, visant souvent à faire illusion à l'ennemi et le tromper sur les forces réelles de l'adversaire. Utilisation de la force de l'ennemi même pour le combattre en commerçant avec lui. Utilisation des hommes des milices, bien supérieurs en nombre aux soldats réguliers, qui, à cette époque, étaient souvent des mercenaires qui n'obtenaient de la guerre que leur solde alors que les miliciens défendaient leurs terres et leurs biens, et connaissaient bien le pays. L'équipe exceptionnelle de Saint Castin, Villebon, Frontenac, Iberville qui s'estompa à la fin du XVIIe siècle ne fut malheureusement pas remplacée."

[...] Approche patiente de l'ennemi, embuscade, fuite devant un adversaire trop supérieur en nombre, attaque rapide comme la foudre dans le cas inverse, opérations conduites en tout temps, même durant les hivers les plus rudes, invention du camouflage porté à son point de perfection, ruses qui consistaient, par exemple, à annoncer aux Anglais d'une place forte qui résistait qu'ils seraient livrés aux Abenaquis à l'issue du siège, pour assouvir leurs désirs de torture si leur reddition n'était pas immédiate. [...] L'avalanche anglaise du XVIIIe siècle aurait pu être abattue, encore fallait-il un Saint Castin ou un Frontenac au poste de commande ! Lorsqu'une défaite du côté français survient, les sublaternes ou les civils sont souvent mis en accusation par des franco-Français parachutés par l'administration royale ne connaissant rien du pays. On est également étonné de la naïveté des responsables de Versailles vis-à-vis des Anglais qui demandent toujours plus de concessions avant de signer des traités qu'ils foulent aux pieds à la première occasion. Au lieu de profiter de sa position de force quand elle en a la possibilité, sa Majesté-Très-Chrétienne accepte de négocier avec les Anglais dès que ces derniers en font la demande et se contente souvent de protester à Londres lorsque les clauses des traités ne sont pas respectées (il ne faut pas oublier aussi qu'il existait chez les intellectuels français de l'époque une certaine admiration du système politique de la nation ennemie, sentiment qui n'aidait en rien à combattre. (Cf. sous le ministre Choiseul... Ndlr).

[...] Alors que les Français voient dans la paix une occasion de repartir sur de nouvelles bases, la paix pour les Anglais n'est qu'un répit qui leur permet de se renforcer, de réévaluer les plans et de se réorganiser. Pour les Français, la paix précède un nouveau départ dans l'oubli - ce que l'on voit encore aujourd'hui - alors que, pour les Anglais, elle n'est qu'une étape dans la poursuite d'un effort de guerre dont les raisons sont permanentes et dont les objectifs demeurent inchangés.

Lorsque les Anglais demandent aux Acadiens de l'Acadie orientale de leur prêter serment de renoncer à la lutte armée, ils ne cherchent qu'à gagner du temps pour organiser leur déportation. En effet, il ne s'agit pas d'intégrer les habitants du territoire conquis mais de les déposséder de leurs biens et de les exterminer en tant que peuple. La Galissonnière et son agent, l'abbé Le Loutre, le prévoyaient depuis longtemps mais l'administration royale refusa de les prendre au sérieux jusqu'à ce que les faits leur donnât raison. Il est intéressant aussi de noter que les colons de la Nouvelle-Angleterre prêtaient volontiers des intentions agressives à leurs voisins [12] et pensaient, comme c'est actuellement toujours le cas aux Etats-Unis, qu'ils étaient nécessairement l'objet de convoitises et qu'ils étaient ainsi acculés à la lutte armée ("si nous ne le détruisons pas, 'ils' nous détruiront".) Darwin a d'ailleurs cristallisé cette idée de lutte constante issue d'un sentiment manichéen, qui lui-même dérive du protestantisme (voir chapitre 4), dans sa fameuse théorie sur l'évolution des espèces, en 1859.

[...] L'effondrement de la Nouvelle-France n'était pas "un impératif de l'histoire". Dale Carnegie, qui écrit son livre "Public speaking" en 1956, cite Foch qui, lors de la bataille de la Marne en 1914, déclara:

"Le centre de mes troupes est enfoncé. L'aile droite est en retraite. La situation est excellente. Nous attaquons !"

Cette attaque sauva Paris et fut essentielle dans la mesure où elle brisa l'offensive allemande durant la Première Guerre mondiale.

Cependant, le point le plus important durant la Guerre de Sept Ans, est de noter les convictions de Vaudreuil et surtout de Montcalm qu'ils ne pourraient pas assurer leurs missions avec succès. Pour eux, la guerre est perdue d'avance, vu la disparité des forces en présence. Les deux chefs sont vaincus d'avance en pensée, condition la plus assurée pour l'être un jour effectivement. En effet, lorsqu'une situation en évolution constante peut commencer à ressembler à un échec, un individu vaincu à l'avance en pensée ne verra que ce qu'il a anticipé et ne pourra donc pas en conséquence réagir pour inverser la tendance.

La France dans la Guerre d'Indépendance américaine.

Banastre Tarleton et ses dragons sont particulièrement honnis des Américains, ayant commis de multiples atrocités dans les Etats du sud. [...] Les nombreuses exactions commises par les troupes britanniques ont choqué les opinions européennes, jetant un important discrédit sur la Couronne britannique.

[Dans le film "The Patriot" de Mel Gibson (2000), le Lieutenant-Colonel Banastre Tarleton a inspiré le personnage du colonel William Tavington incarné par l'acteur britannique Jason Isaacs. Ndlr.]

 

Une réaction tardive à la perte de la Nouvelle-France sera la financement de la révolution américaine par Louis XVI. William Piel, de l'Université Harvard, écrivait en septembre 1997 que ce que les Français dépensèrent durant la révolution américaine équivalait à trois fois les revenus annuels de l'Etat français, qui ne fut même plus en mesure de payer l'intérêt de cette dette. Ce désastre financier fut déterminant dans le déclenchement de la Révolution française et donna prématurément naissance à une force continentale, fille de l'Angleterre, portant le nom d'Etats-Unis d'Amérique...

 

L'infériorisé, qu'il se mette lui-même en état d'infériorisé ou qu'une entité extérieure lui communique ce sentiment par l'application des techniques propres à la guerre contre l'intelligence est un infirme mental, un véritable poison pour lui-même et pour sa communauté dans la mesure où il n'a plus les moyens de trouver en lui-même les raisons pour combattre, ni même le désir d'être vainqueur. Chez un militaire, un chef d'Etat, un haut fonctionnaire, un chercheur ou un industriel, cet état d'esprit entraîne une inhibition de l'action et le déclin rapide de sa société s'il se généralise. L'étude de la Nouvelle-France est d'une grande utilité car elle est l'un des meilleurs exemples qui se puissent trouver pour illustrer les dégâts que nos "élites" peuvent engendrer dans l'évolution de nos sociétés, lorsque leurs dispositions mentales sont, pour diverses raisons, négatives. Un ennemi n'a nul besoin de nous combattre s'il arrive à nous convaincre que nous sommes inférieurs à lui. La nouvelle guerre contre l'intelligence repose en grande partie sur ce principe.

Comment peut-on, après avoir étudié cette période de notre histoire, ne pas être irrité par les stupides commentaires que l'on peut trouver dans l'encyclopédie Universalis informatisée, cuvée 1997, rédigée en France, lorsque, à la section "Canada - Histoire et politique", on peut y lire que "les franco-canadiens sont mal inspirés par leur nationalisme latent" [13] ? Les exploits des combattants les plus brillants de l'Amérique française de la fin du XVIIe siècle n'ont jamais été immortalisés par Alexandre Dumas ni par Victor Hugo dans sa "Légende des Siècles". Pourtant, durant plus de deux siècles, l'histoire de l'Amérique française fut partiellement riche en épisodes susceptibles d'enflammer l'imagination des jeunes générations. Néanmoins, les franco-français ont préféré troquer les aventures d'un Saint-Castin, d'un Joseph Broussard (Acadien célèbre qui s'illustra surtout durant la période de la Grande déportation) ou d'un Boishébert pour le mythe du "garçon vacher" anglo-américain, plus connu sous la désignation de "cow boy", qui a fait l'objet de tant de romans, de bandes dessinées et de films (les films sont, eux, d'origine presque exclusivement américaine).

A l'exception des Québecquois les plus cultivés, les noms de Du Tisné, La Harpe, D'Iberville, Vényard de Bourgmont, La Vérendrye, Simard de Belle-Ile, les plus fameux des explorateurs français d'Amérique du nord sont iinconnus des Français et autres Européens francophones.

Depuis notre plus tendre enfance, on interdit aux francophones de se souvenir que la découverte des grands espaces, les aventures et les grands exploits ont été aussi réalisés en français. Actuellement, plus de 4 000 noms de lieux attestent encore l'ancienne présence francophone sur le territoire des Etats-Unis. [14]

Carte nouvelle de la partie de l'ouest de la Province de la Louisiane sur les observations et decouvertes du Sieur Benard de la Harpe

Carte nouvelle de la partie de l'ouest de la Province de la Louisiane sur les observations et decouvertes du Sieur Benard de la Harpe

Cartes de l'explorateur français D'Iberville http://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/les-explorateurs/pierre-le-moyne-diberville-1686-1702/

Cartes de l'explorateur français D'Iberville http://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/les-explorateurs/pierre-le-moyne-diberville-1686-1702/

La Guerre de Cent Ans des Français d'Amérique

Les explorateurs français

Les Français décrivent et traitent avec grand respect tous les peuples aborigènes rencontrés.

Depuis fort longtemps, notre jeunesse découvre l'Amérique par culture étrangère interposée. Nous utilisons même les désignations anglaises des anciennes tribus indiennes. Les "Agniers" sont devenus les Mohawks, les "Chaouanons" sont devenus les Shawnees, les Chenaquis sont devenus les Cherokees, etc.

Dans l'inconscient francophone populaire actuel, les héros américains n'ont jamais été français. Nous nous sommes progressivement habitués à rêver par procuration. Nous sommes ignorants du fait que ce grand dessein de création, ces grandes aspirations et ce désir de provignement (fait de marcotter la vigne) se sont réalisés dans notre culture et notre langue durant plus de deux siècles dans un territoire presque vacant qui pouvait facilement accueillir une nouvelle civilisation tout en respectant celle qui y était plus anciennement installée.

Encore aujourd'hui, ces descendants des Français d'Amérique que sont les Québecquois et les Acadiens n'ont même pas le droit d'organiser des jeux de la Francophonie sans que le gouvernement fédéral canadien ne leur impose l'usage de l'anglais (en plus du français), comme cela fut le cas en 2001 à Ottawa. Léon Dion, un intellectuel québecquois (cité par l'écrivain Doris Lussier) déclarait :

"Depuis 1763, nous n'avons plus d'histoire, sinon celle que nos conquérants veulent bien nous laisser vivre, pour nous calmer. Cette tâche leur est d'autant plus facile que nous secrétons nos propres bourreaux."

Toute défaite militaire entraîne dans son cortège un sillage de collaborateurs zélés parmi lesquels on trouve ceux chez qui l'intérêt matériel prime, mais aussi, et davantage, d'authentiques convertis qui ont été surtout vaincus en esprit. Le manque de confiance en soi et la soumission qu'il entraîne font sans doute partie des caractéristiques qui persistent le plus longtemps chez les peuples qui ont fait l'expérience de l'humiliation et de la défaite. Evoquant de Gaulle dans un entretien avec la presse après la Deuxième Guerre mondiale, Alain Peyrefitte disait :

"Le problème était d'arracher les Français à leur complexe de soumission... Le général était frappé par la propension de notre peuple à aller chercher des consignes ailleurs, à se reposer sur les autres de leur destin. Mais son réalisme foncier il montrait que l'on ne pouvait renforcer le goût de leur indépendance sans leur montrer qu'elle était viable."

[...] La défaite des plaines d'Abraham de 1760 n'apporta aux Canadiens français strictement rien de plus qu'ils n'avaient déjà, mais elle en fit, au contraire, des citoyens de seconde classe pour longtemps.

 

Dans un article intilulé "Qu'est-ce qui rend la France malade maintenant ?", paru dans le "new York Times" récemment, le professeur d'histoire européenne de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) Eugène Weber, assurait que "ce n'est pas le manque de vision qui handicape l'Hexagone, mais l'excès d'aspirations avortées !" Eugène Weber fait remontrer le "déclin de la France à la quatrième, voire à la Troisième République". Tout en qualifiant les Français de "cocus de l'histoire", il prophétise que ce déclin va empirer parce que selon lui :

"la France manque de dirigeants ayant une vision", actuellement.

Weber oublie le point le plus important, celui de l'infériorisation des élites, qui ont déjà perdu une guerre qu'elles n'ont jamais combattue, "la guerre contre l'intelligence".

Cependant, certains signes laissent à penser que lentement, très progressivement, poussés inexorablement par le temps, des changements de mentalité sont à l'oeuvre. Le 15 février 1998, l'agence de presse AFP rapportait de La Nouvelle Orléans qu'un avocat américain de Lafayette en Louisiane, descendant direct d'Acadiens, se battait actuellement pour obtenir de la Grande-Bretagne des excuses à son peuple expulsé en 1755 des terres acadiennes de Nouvelle-Ecosse. Warren Perrin* avait déposé dès 1990 une requête en ce sens auprès du gouvernement britannique et de la Couronne d'Angleterre. Il ne demandait pas de dédommagement financier mais souhaitait simplement la reconnaissance de la tragédie du peuple acadien et la construction d'un monument  en commémoration des souffrances. Il était en négociations avec des avocats de Houston (Texas) représentant le gouvernement britannique et envisageait en cas d'échec de porter l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'Homme. Monsieur Perrin avait espéré voir son voeu exaucé en 1999; date de deux rendez-vous francophones importants: le Congrès mondial des Acadiens - descendants des colons français installés aux XVIIe et XVIIIe siècles en Acadie -, en août 1999 en Louisiane, et le Sommet de la Francophonie au Nouveau Brunswick (Canada) en septembre de la même année. [...] Le traité d'Utrecht de 1713 conclu à la suite de la conquête de l'Acadie par les Anglais leur accordait (aux Acadiens Ndlr.) le droit de jouir du libre exercice de leur religion et de choisir de rester dans le pays en conservant leurs biens ou de le quitter en les emportant. Toutefois, en juillet 1755 commença "le grand dérangement" au cours duquel périrent au moins 5 000 Français. Trois mille s'installèrent en Louisiane...

Notre peuple a été victime de deux tentatives de génocide culturel", s'exclame Perrin, faisant référence au "grand dérangement" et aux tentatives d'anglicisation forcées menées par les écoles américaines dans les années 1950.

"Notre peuple a été victime de deux tentatives de génocide culturel", s'exclame Perrin, faisant référence au "grand dérangement" et aux tentatives d'anglicisation forcées menées par les écoles américaines dans les années 1950. Les "francofêtes" qui, sur toute l'année 1999, ont marqué le tricentenaire de la Louisiane française, symbolisent "la survie de notre patrimoine francophone", ajoutait M. Perrin que sa notoriété soudaine avait propulsé à la tête du Conseil pour le développement du français en Louisiane. Il se sent conforté dans son combat par l'exemple des Etats-Unis qui ont présenté en 1988 des excuses aux Américains d'origine japonaise pour le traitement subi durant la Seconde Guerre mondiale, voire celui de la Grande-Bretagne elle-même qui a, en 1995, par la voix de la reine, présenté ses excuses au peuple maori de Nouvelle-Zélande.

En cas de refus, Perrin avait l'intention de porter l'affaire auprès du tribunal des crimes de guerre des Nations Unies ou de la Cour européenne des droits de l'homme ou encore d'un tribunal fédéral américain puisque l'Angleterre a non seulement enfreint les lois britanniques et internationales mais s'est, de plus, rendue coupables de crimes contre l'humanité et de génocide. Perrin soulignait que les crimes contre l'humanité ne bénéficiant d'aucune péremption. [...] En 1997, l'Angleterre a présenté une excuse officielle aux Israéliens pour la confiscation de fonds détenus par des Juifs sur des comptes bancaires durant la Seconde Guerre mondiale. Elle a aussi annoncé l'ouverture d'une enquête judiciaire visant à éclairer l'assassinat de treize manifestants catholiques en Iralnde du nord, en 1972.

 

* Note de Christ-Roi. Warren Perrin a vu son voeu de voir la déportation des Acadiens officiellement reconnue, exaucé en 2003, avec une proclamation royale signée de la main d’Élisabeth II, reconnaissant les torts causés par le "Grand Dérangement". Cf. Warren Perrin, 25 ans de combat pour les Cadiens de Louisiane.

Source: Warren Perrin, 25 ans de combat pour les Cadiens de Louisiane, Acadie Nouvelle, Publié: 8 h 19 min, mardi 21 juillet 2015 par Simon Delattre.

Notes

 

[1] Curieusement, le nom de Saint Castin, l'un des plus brillants défenseurs de l'Acadie, a été conservé aux Etats-Unis sur les lieux où, jadis, il accomplit certains de ses plus brillants exploits alors qu'il était totalement inconnu en France. En effet, la petite ville de Pentacouet fut rebaptisée Castine (dans l'Etat du Maine) par les Américains après la Guerre d'Indépendance contre l'Angleterre, en respect de ce formidable combattant.

[2] Le lecteur trouvera dans ce chapitre des résumés de certains passages du livre de Monsieur Sauvageau et de nombreuses citations.

[3] La vallée du Mississipi, qui est le fleuve le plus long d'Amérique du Nord fut également explorée par des Français parmi lesquels se trouvent Louis Jolliet, Jacques Marquette et Robert de La Salle.

[4] Il existe aussi quelques histoires parallèles de colonisation française nord-américaine comme celle de la Floride qui fut occupée par des protestants français de 1562 à 1567. Combattus et exterminés par les Espagnols, les Français furent vengés par Dominique de Gourgues en 1567. Malheureusement, le gouvernement royal n'envoya aucun nouveau colon vers cette nouvelle Floride vidée de ses occupants espagnols.

[5] Le terme "Yankee" est une déformation indienne du terme français "Anglais" qui est devenu par étape "Anqui" = "Yanqui" et finalement "Yankee" après adaptation au système phonético-graphique anglais.

[6] Il faut noter que, en dépit du "grand dérangement", la population acadienne de langue française reste substantielle au Nouveau Brunswick, l'ex-Acadie occidentale, avec 35% du total. Toutefois, Ottawa s'est attaché à miter d'anglophones villes et villages de l'Acadie pour que les Acadiens ne soient majoritaires dans aucun territoire de surface crédible. Hubert Joly, Secrétaire général du Conseil international de langue française, écrivait que, si le sommet francophone de Moncton en septembre 1999, a permis à nombre de délégations du tiers-monde de prendre conscience que la communauté acadienne est encore colonisée, et que cet avatar peut encore arriver en l'an 2000, et ironie, même à des Blancs, il s'agissait là sans doute d'un des résultats les plus tangibles de ce sommet.

[7] L'un des rares lieux de cette région qui n'a pas été débaptisée après la conquête.

[8] Sur l'appartenance maçonnique de Choiseul : Grande Loge Suisse Alpina http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/artikel/artikel-2006-4-01.php

[9] Choiseul avait "en réalité, par calcul personnel,[...] laissé la crise morale et institutionnelle se développer jusqu'à mettre le royaume en péril" : Pierre PLUCHON, Histoire de la colonisation française, tome 1er, Le Premier empire colonial, Des origines à la Restauration, Fayard, Saint-Amand-Montrond 1996, p. 294.

[10] Pierre GAXOTTE de l'Académie française, Le siècle de Louis XV, Texto, Paris 2015, p . 295.

[11] Choiseul "de coeur avec les Parlements et presque leur complice" in P. GAXOTTE, ibid., p. 343.

[12] L'agressivité des Acadiens, bien réelle, n'était, la plupart du temps, que la réaction contr les incursions anglaises de l'époque et de la politique de dévastation systématique qu'ils appliquaient alors.

[13] Une encyclopédie historique est censée décrire les faits, expliquer les évènements. Elle ne constitue en aucun cas une plate-forme pour donner libre cours aux sentiments et opinions personnelles de ses auteurs.

[14] Au Canada anglais, à quelques exceptions prêts, la plupart des lieux ont été débaptisés. "Fort Frontenac" est devenu Kingston, "Fort Rouillé" Toronto, le Lac "Ouinipigon" le lac Winnipeg, "Chibouctou" Halifax. Aux Etats-Unis, les noms de certaines grandes villes ont été changés, comme par exemple "Fort-Duquesne" qui est devenu Pittsburgh. A la frontière Canada-Etats-Unis, "Pontchartrain duD étroit" est resté "Détroit" du côté américain et a été rebaptisé "Windsor" du côté canadien.

[15] CODOFIL = "Council for the development of french in Louisiana".

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 16:16
Si cet été vous pouvez poser vos fesses sur le sable, c'est grâce à qui ?
1936 ? Léon Blum, loi sur les Congés payés : grâce à qui ? "Si vous posez vos fesses sur le sable, c'est parce que d'autres ont bougé les leurs"

1936 ? Léon Blum, loi sur les Congés payés : grâce à qui ? "Si vous posez vos fesses sur le sable, c'est parce que d'autres ont bougé les leurs"

La gauche n’a rien inventé, elle a recopié et appliqué les lois sociales royalistes, qu’elle avait depuis la Révolution refusé aux ouvriers. [même chose que pour l'égalité fiscale des Français devant l'impôt. Cf. La Révolution dite française: les privilégiés (francs-maçons et haute-noblesse parlementaire au XVIIIe siècle) firent obstruction à ce projet pour ne le reprendre et se le réappropier qu'en 1789] Il suffit pour s’en convaincre, d’éplucher les archives comme nous l’avons fait et mettre sous les yeux du public les mensonges de l’histoire officielle.
Les maux dont nous souffrons restent principalement les mêmes dénoncés depuis des décennies.

 

- Crise économique et faillite du libéralisme avec ses conséquences
- une population salariale restant sans protection professionnelle comme les avocats et médecins qui, eux possèdent la propriété du métier.
- un nouvel esclavage avec les délocalisations où les individus peuvent être mis en concurrence avec d’autres dans des pays « sous-développés » et perdre travail et situation
- un certain patronat libéral sans foi ni loi, exporte ses entreprises à l’autre bout du monde, la main sur le cœur et parlant de république des droits de l’homme mais acceptant pour plus de profit, le déplacement de ses capitaux en mettant en faillite des familles entières de salariés…
- un Etat ayant perdu toute indépendance politique face à l’économique, devenu un satellite de l’Europe décidant de la vie ou de la mort de pan entier de son économie : agriculture, pêche, industrie au profit d’autres pays.
- un syndicalisme ne représentant plus le monde du travail mais la politique et dont les adhésions fondent comme neige au soleil
- Un Etat sacrifiant son peuple en acceptant que la misère du monde vienne s’implanter ici.
- une politique suicidaire en matière de démographie, un Etat ripoux-blicain surendetté dans une marche vers l’abîme et le néant


La plupart des lois sociales instituées, Conseil économique et sociale, sécurité sociale, participation, loi des 8 heures…n’ont pas l’étendue réelle et l’autonomie dont les royalistes rêvaient qu’elles puissent avoir dans un véritable pays libre. Ces lois furent limitées par le système républicain les restreignant pour en garder le contrôle, comme pour la décentralisation.

Alors même si toutes les formes de gouvernements possèdent leurs contraintes, il reste des gouvernements destructeurs par essence et d'autres dont les bases restent humanistes. Retrouvons les racines de l'arbre de vie d'où notre France fut le fruit et Libérons nous…

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 16:08

Alors, commençons par nous-mêmes. Respectons en nous-mêmes notre nature.

Jean de Viguerie

L’histoire du citoyen (Jean de Viguerie)

Conférence donnée par Jean de Viguerie à l'école Saint-Bernard de Bailly le samedi 9 mai 2015. Jean de Viguerie est un historien et essayiste français, spécialiste du XVIIIe siècle et de l'histoire du catholicisme français. Il est professeur honoraire de l'Université Lille III.

Extrait :

 

Image illustrative de l'article Pie VI(A partir de 31:06) "La république n'est pas un régime politique comme le croient certaines personnes. C'est un régime étrange qui ne veut connaitre le français que tel que le définit la déclaration des droits de l'homme, qui n'a ni famille ni propriété ni profession, et surtout, qui n'a pas de raison. C'est le Pape Pie VI qui l'a dit, dans son Bref "Quod Aliquantum" du 10 mars 1791. C'est le meilleur lecteur de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Le meilleur, et j'allais dire, le seul Pape qui ait bien défini cette déclaration. Il a dit :

 

"Qu'est-ce que c'est que cette liberté et cette égalité insensée qui méconnaît la raison humaine, le plus grand privilège que Dieu ait accordé à l'être humain." [1]

Elle (la déclaration des droits de l'homme de 1789) méconnaît la nature humaine, elle méconnaît surtout la Raison.

 

[...] (A partir de 1:17:44) Jean de Viguerie termine magnifiquement sa conférence par ces quelques remarques :

"L'histoire montre que la vraie Patrie des Français ne consistent pas dans la déclaration des droits de l'homme, mais qu'elle a été pour nos ancêtres - non seulement la terre et les morts comme disait Barrès -, mais les vertus, les vertus chrétiennes, la monarchie sacrée.

L'histoire montre que les droits de l'homme et du citoyen sont une illusion, un mensonge, que l'être nouveau qui n'a pas de métier ni de famille est un mythe et que ce mythe a engendré la mort des Français et le déclin de la France.

[...] Seulement ces mensonges ont la vie dure. Alors commençons par nous-mêmes. Moi c'est le conseil que je donne. Commençons par nous-mêmes, dévoilons les mensonges, cessons d'agir en 'citoyen'. Et pensons au respect. Pensons au respect de notre propre nature, nature d'être raisonnable créé par Dieu. [2]

Rappelons-nous l'Antiquité grecque, rappelons-nous Antigone, qui voulait enterrer la dépouille mortelle de son frère. Créon ne voulait pas. Elle va mourir à cause de cela. Mais elle va le faire quand même, non pas par devoir, mais par respect pour son frère.

S'agissant de l'avenir de la France, le suffrage universel, nous en sommes certains, ne ramènera pas le Bien commun. Jusqu'ici en tout cas il ne l'a pas fait. On peut même dire qu'il a agravé la situation. Tous les ans, on fait des progrès, on descend. On descend jusqu'au fond. Alors des gens me disent : 'Quand on sera au fond, on remontera.' Mais non, il n'y a pas de fond.

Le 'politique d'abord', vous savez le fameux axiome de Charles Maurras, vaut-il encore ? Je ne sais pas, j'en doute. Je sais seulement que nous affrontons non un régime mais une idéologie.

Si on affrontait un régime politique, on pourrait se soulever contre un régime. Mais contre une idéologie ce n'est pas la même chose.

Alors, commençons par nous-mêmes. Respectons en nous-mêmes notre nature, la nature de nos enfants, dans notre prochain l'homme créé à l'image de Dieu.

Et ce sera un petit commencement. Nous serons peu nombreux et la république peut durer encore longtemps grâce à ce qu'elle appelle la défense républicaine, c'est-à-dire des alliances imprévues, grâce à des fortes mobilisations.

On ne peut pas dire que nous serons sauvés par les électeurs. Je suis même convaincu du contraire.

Je mets dans ma conclusion qu'il faudra pour mettre fin à la fausse trinité ('Liberté, égalité, fraternité, NDLR.), une intervention des puissances supérieures. [...] - mon éditeur était intrigué -. Mais si mêmes peu nombreux nous dénonçons le mensonge et nous le démasquons, la république révolutionnaire, la république de l'idéologie perdra peu à peu de sa force, et nous la verrons disparaître.

Ainsi, je l'espère, si nous chassons le mensonge, la vraie cité revivra. Et elle puisera, comme elle l'a toujours fait, à la source grecque, c'est-à-dire à la justice et à l'amitié, dont Aristote dans son Ethique à Nicomaque, vante les vertus. Elle puisera aussi et biensûr à la source chrétienne, animée par la charité."

Un exemple frappant de ce citoyen déraisonnable façonné par la Déclaration des droits de l'homme de 1789 se trouve dans une déclaration contradictoire située dans le texte même de la Déclaration, et qui a bien été observée par Philippe Pichot-Bravard, docteur en droit, maître de conférences en histoire du droit, pour Monde & Vie (numéro 908) :

 

"Il y a une triple ambiguïté dans la déclaration des droits de l’homme.

Premièrement, il existe dans la déclaration une tension entre l’article 2 qui proclame l’existence de droits naturels de l’homme et l’article 6 qui définit la loi comme l’expression de la volonté générale : l’article 6 fait de la volonté de la nation souveraine la source de toute norme juridique; ce faisant, il escamote l’existence d’un ordre naturel supérieur à la volonté du législateur. Or les constituants, de manière volontaire, ont refusé d’établir un organe et une procédure juridique permettant de vérifier que les textes adoptés par le législateur soient réellement respectueux des droits naturels proclamés dans la déclaration. Avec la déclaration des droits de l’homme, la volonté du législateur ne rencontre plus aucune limite, ce qui était l’une des conditions de la régénération révolutionnaire.

Deuxièmement, comme l’a montré Edmund Burke, le caractère abstrait des droits de l’homme n’offre aucune garantie. Tout au contraire, la Liberté abstraite s’avérera très rapidement redoutablement dangereuse pour les libertés concrètes. Un exemple, parmi d’autres ? L’article premier proclame que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Or, quelques mois plus tard, l’Assemblée constituante ventile les citoyens en quatre catégories censitaires; les citoyens passifs, les citoyens actifs, les citoyens actifs éligibles et les citoyens actifs éligibles à la députation. Les deux-cinquièmes des hommes se voient ainsi privés du droit de vote et les trois-quarts sont exclus de l’éligibilité.

Troisièmement, la déclaration des droits de l’homme passe pour porter une conception élevée de l’homme; en réalité, elle exalte l’homme comme individu, mais, en escamotant la nature spirituelle et sociale de cet homme, elle l’appauvrit considérablement. J’invite ici le lecteur à consulter les ouvrages du Pr. Xavier Martin qui a mis en lumière le réductionnisme anthropologique qui découle du matérialisme et de l’individualisme des Lumières.

Aujourd’hui, notre système occidental insiste beaucoup sur la promotion de droits de l’homme, abstraits, qui restent soumis à la définition qu’en donnent les institutions, et notamment les cours suprêmes de justice, nationales et supranationales, définition qu’adopte une opinion publique changeante et partiellement mondialisée, que des campagnes de presse peuvent guider aisément.

De là d’inévitables inflexions qui permettent de concilier ces droits de l’homme avec de puissants intérêts économiques et idéologiques. Ainsi, la promotion des droits de l’homme coexiste harmonieusement avec le refus catégorique des sociétés contemporaines de protéger la vie des êtres humains depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. Comment accorder du crédit à l’idée de droits de l’homme lorsque le premier droit, celui de vivre, est non seulement nié mais combattu afin de satisfaire tout à la fois les revendications idéologiques du féminisme révolutionnaire, les préoccupations malthusiennes des organisations supranationales et les calculs financiers des laboratoires de recherches ?" (Philippe Pichot-Bravard, Monde et Vie, numéro 908.)

 

Les thèmes développés par Jean de Viguerie (méconnaissance par la déclaration des droits de l'homme de 1789 de la raison humaine et de la nature humaine) m'amènent à rappeler comme je l'écrivais le 6 novembre 2008, dans l'article "Contre-Lumières. Ebauche d'un programme politique fédérateur", ce qui se voulait être "un programme politique écologique et anthropologique véritablement fondé sur l'homme" :

 

"En réduisant l'homme à sa bouche et à son ventre" ... la vision républicaine de l'homme et des droits de l'homme "en présente une vision déformée et amputée réduite à la dimension matérielle".

"[C]ette vision de l'homme pèche par son défaut essentiel: elle est incomplète..." "Elle divise la double nature de l'homme matérielle et spirituelle, pour ne retenir que la première."

 

Ce qui en 2008 m'avait amené à cette réflexion fut une réflexion du Pape Saint Jean-Paul II en 2003, dans son livre Mémoire et identité, qui avait déjà noté que :

"Le refus du Christ et en particulier de son mystère pascal - de la Croix et de la Résurrection - se dessina à l'horyzon de la pensée européenne à cheval sur le XVIIe et le XVIIIe s., dans la période des 'Lumières'... Les 'illuministes' repoussaient la vérité sur le Christ... De ce Dieu-homme, mort et ressuscité, la pensée européenne des Lumières voulait se défaire, et elle fit de nombreux efforts pour l'exclure du continent. Il s'agit d'un effort auquel de nombreux penseurs et hommes politiques actuels continuent de rester obstinément fidèles. [...] Le Christ affirme: 'Moi, Je suis la vigne, et vous, les sarments' (Jean XV, 5). [...] C'est seulement en acceptant d'être greffé sur la vie divine du Christ que l'homme peut se réaliser pleinement lui-même. En refusant d'y être greffé, il se condamne de fait à une humanité incomplète." (Jean-Paul II, Mémoire et identité, Le testament politique et spirituel du pape, Flammarion, Mayenne 2005, p. 119-120).

 

Ainsi, la "vision catholique" des droits de l'homme intègre "la totalité des dimensions constitutives de la personne humaine" et notamment "sa relation à Dieu"...

C'est ce qu'avait expliqué le 10 décembre 2008, le cardinal Renato Martino, Président du Conseil pontifical Justice et Paix qui s'exprimait lors d'une soirée présidée par le pape Benoît XVI, salle Paul VI, en l'honneur du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Selon le prélat,

il existe une conception "individualiste" où "la revendication des droits de l'homme s'est transformée en affirmation des droits de l'individu plus que de la personne, c'est-à-dire de l'être humain amputé de sa dimension sociale et privé de transcendance"...

 

Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican, qui s'exprimait après le cardinal Martino, avait jugé que les droits de l'homme ne devaient pas être confondus "avec de simples besoins contingents souvent limités". Il estima que la Déclaration définit les droits de l'homme à partir de "la dignité commune à tout être humain", et "sans faire partir la demande de droits dans toutes les directions". Il ajouta que l'Eglise catholique "a toujours défendu le principe de l'indivisibilité des droits de l'homme" :

"Il ne semble plus possible de garantir les droits, si l’on oublie leur caractère indivisible."

"Il est toujours plus difficile, a rappelé le cardinal Bertone, de prévoir une protection des droits, efficace et universelle, sans un lien avec cette loi naturelle qui féconde les droits eux-mêmes et est l’antithèse de cette dégradation qui, dans nombre de nos sociétés, a intérêt à mettre en discussion l’éthique de la vie et de la procréation, du mariage et de la vie de la famille, mais aussi de l’éducation et de la formation des jeunes générations, en introduisant uniquement une vision individualiste sur laquelle construire arbitrairement de nouveaux droits plus ou moins bien précisés dans leur contenu et dans la logique juridique".

Il a conclu que "seule une vision faible des droits de l’homme peut considérer que l’être humain est la résultante de ses droits, en ne reconnaissant pas que ces droits restent un instrument créé par l’homme pour donner sa pleine réalisation à sa dignité innée".

 

Le pape Benoît XVI confirma les propos du cardinal Renato Martino sur les "droits de l'homme" indivisibles, dont l'approche 'individualiste' ampute la nature de l'homme, le prive de sa dimension de transcendance... Il expliqua que les droits de l'homme trouvent leur fondement en Dieu créateur. Privés de cette base éthique, ils demeurent fragiles.

Le 4 mai 2009, enfin, recevant les membres de l'Académie des sciences sociales au terme de leur XV session plénière, Benoît XVI expliqua que "l'Eglise a toujours affirmé que les droits fondamentaux, ... sont intrinsèques à la nature de l'être humain créé à l'image et à la ressemblance de Dieu"... et "partagent ainsi une caractéristique commune qui les unit et qui exige un respect universel". De même, l'Eglise a toujours enseigné que "l'ordre éthique et politique qui gouverne les relations entre les personnes trouve ses racines dans la structure même de l'être humain".

 

Afin que la pleine nature de l'homme dans toutes ses dimensions, matérielle, spirituelle et sociale soit reconnue, il est donc temps pour les politiciens et députés catholiques, à la suite de l'appel de Benoît XVI en 2008 et de l'historien Jean de Viguerie dans cette conférence, de produire une réflexion qui conduise à corriger les déclarations erronées de la déclaration des droits de l'homme de 1789.

Notes

 

[1] Le texte exact de la citation est : "que pouvoit-il y avoir de plus insensé, que d'établir parmi les hommes cette égalité et cette liberté effrénée qui semble étouffer la raison, le don le plus précieux que la nature ait fait à l'homme, et le seul qui le distingue des animaux ?" (Pie VI, Bref Quod aliquantum, 1791.)

[2] Ce conseil de Jean de Viguerie rejoint celui donné vers 500 av. J.C. par le philosophe chinois Confucius dans sa Grande étude ou Ta Hio, pour qui il fallait insister sur la nécessité universelle d’appliquer sa raison à la connaissance de la morale et de s’y conformer. Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et plus obscur, il y a un devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ... le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral. Et le Sage d’établir le programme politique du prince pour bien gouverner son royaume : les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères ; les intentions étant rendues pures et sincères, l’âme se pénètre ensuite de probité et de droiture ; l’âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée ; la personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée ; la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ; le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie. (Doctrine de Confucius ou les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine, Traduit du Chinois par M.G. Pauthier, Librairie Garnier Frères, 1921, p.73. in "Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes".)

 

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 13:54

Moment de vérité organisé le 2 mai par BFM-TV dans l'émission "Hondelatte Direct", lors d'un court débat sur la monarchie contre la république au moment où les media évoquent en boucles - y compris en France - le "royal Baby"... (la naissance du deuxième enfant du prince William, duc de Cambridge et de son épouse, qui fait les grands titres de la presse ... comme si en France on n'avait pas le prince Louis et ses enfants...)

Sur le "droit divin" évoqué par François Asselineau pour le railler, l'on peut répondre qu'il vaut mieux le "droit divin" que le droit occulte gnostique maçonnique relativiste qui aujourd'hui fonde le "droit" français et européen quoiqu'en disent les thuriféraires de la "démocratie" moderne, ou Oligarchie devrait-on dire. En outre le "droit divin" a longtemps été le rempart à l'Oligarchie et aux maîtres de la monnaie. Au "Moyen Âge", le droit canonique de l'Eglise catholique interdisait formellement de prêter de l'argent avec intérêt. Ce concept avait déjà été édicté par Aristote et saint Thomas d'Aquin. L'intérêt était contraire à la raison et à la justice. En accord avec les règles de l'Eglise au "Moyen Âge", l'Europe a interdit les intérêts sur prêts de monnaie et qualifait ce délit d'"usure". Ce délit et cette interdiction "de droit divin" fondait l'économie française jusqu'à la Révolution française où les banques prirent le pouvoir et l'Empire de Napoléon où la Banque dite "de France" fut créée en 1800 sur injonction des banquiers.

 

Sur les mauvais rois évoqués par François Asselineau, ce qui compte ce n'était pas la personne du roi mais la qualité des institutions qui entraîne un cercle vertueux et emporte un mieux sur le long terme.

S'agissant de l'argument d'"égalité", rappelons que les premiers à avoir souhaité une égalité des Français devant l'impôt furent les rois Louis XIV, Louis XV et Louis XVI..., que l'écart de richesse entre riches et pauvres n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui, et que les impôts sont 10 fois supérieurs aujourd'hui à ce qu'ils étaient en 1789.

François Asselineau marque un point néanmoins en abordant le fait que les actuelles monarchies européennes ont toutes abdiqué leur indépendance et leur souveraineté au profit de Bruxelles, de la Banque centrale européenne, et de Washington. Ce qui est une trahison et un reniement. Ce qui a pu faire dire à Marie-France Garaud, ancienne conseillère de Georges Pompidou, dans l'émission "Ce soir ou jamais" présentée par Frédéric Taddéï le mardi 23 octobre 2012: "La France n'est plus un Etat."

"La France n’est plus un État. Nous n’avons plus aucun pouvoir d’État. Nous n’avons plus le pouvoir de battre monnaie, de faire les lois, de rendre la justice ou de décider de la paix et de la guerre. On avait encore un pouvoir parlementaire de voter le budget ; on l’a perdu il y a quinze jours, dans le vote de ce malencontreux traité (traité de Lisbonne imposé par Sarkozy)…"

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 08:51
De l'absurdité du vote obligatoire (Edgard Comte)

« Cette réforme constituerait un moyen sûr de renforcer le lien avec la République. » Voilà les mots du président de l'Assemblée nationale. La réforme en question est le vote obligatoire et Claude Bartolone remet sur la table politique un vieux principe qui n'a jamais été appliqué.

Le vote obligatoire serait une manière de vous obliger, de vous contraindre, vous français à vous déplacer le dimanche pour mettre un papier dans une urne et si vous comptiez vous défiler, sachez qu'il vous faudra payer. Encore et toujours payer !

Ce qui est tout de suite intéressant à voir est la réponse des hommes politiques français à la crise actuelle : la contrainte. Vous ne voulez pas participer au pacte républicain ? Que nenni monsieur, vous n'avez pas le droit de ne pas y participer ! Alors pour des hommes qui prétendent défendre la liberté, ils en ont une drôle de définition.

Passons cette première absurdité.

"Le vote obligatoire serait un moyen de briser le fantôme de l'abstention qui hante les couloirs du pouvoir."

Pour nos chers idéologues au pouvoir, le vote obligatoire serait un moyen de briser le fantôme de l'abstention qui hante les couloirs du pouvoir. Ah ! Vade retro abstention ! Ce grand mal républicain ! C'est de l'abstention que naît la distance, la fracture et c'est donc de l'abstention que naît la contestation.

C'est pour tout séide de la République le mal à combattre ; le Satan, l'Adversaire. Pourtant, à y regarder de plus près, on voit que l'abstention croit au fil des années. En 1958, l'année de création de la Vème République, l'abstention aux élections législatives était de 25, 2%. En 2014, elle est de 44,59%.

Plus les temps avancent et plus la démocratie s'étiole. Plus les temps avancent et plus le peuple se détourne de sa prérogative suprême, désintéressé de la chose publique et plus attiré par les nouveaux tropismes hédonistes. Marianne a pourtant offert sa mamelle ensanglantée pour que le français puisse s'y allaiter ! La main de justice des monarques a pourtant été accaparée pour leur servir de hochets !

Il n'y a point de doute, pour les républicains, le peuple est ingrat. Jean-Marie Le Guen, secrétaire chargé des relations avec le Parlement, a versé aux débats : « la démocratie, ce sont des droits et aussi des devoirs, des gens sont morts pour avoir le droit de vote, que l'on considère aujourd'hui avec trop de légèreté ». Ah ! L'argument d'autorité ! On ne peut que s'y plier lorsqu'il est si délicatement prononcé. Le martyre républicain est évoqué, ô mes frères, faites silence et baissez la tête !

"Je range donc mon foulard blanc et je balaye simplement l'argument du « mort pour » d'un revers de main."

Sauf que, nous royalistes, savons aussi ce que martyre veut dire. Et nous pourrions tomber dans la surenchère émotionnelle. À nous Vendée ! À nous Louis XVI ! Mais il ne sert à rien de le faire. Oh non, ce serait donner raison à ces politiques qui ne savent faire qu'une seule chose : émouvoir. À défaut d'avoir un réel pouvoir d'action, un certain courage, ces hommes-là ne jouent que sur l'affect, oubliant toute forme de logos. Sans doute est-ce d'ailleurs l'époque qui le veut car dans tous les débats, pour toutes les « avancées sociales » proposées on utilise à profusion l'émotion. Il faut faire rire ou pleurer. Diable, je ne veux pas participer à cela ! Je range donc mon foulard blanc et je balaye simplement l'argument du « mort pour » d'un revers de main.
Revenons donc à l'obligation du vote et à sa sanction, une amende sans doute, non encore fixée mais elle ne sera sûrement que de quelques euros. « Pas de quoi fouetter un chat ! C'est surtout symbolique » les entends-je déjà me dire. Et bien c'est précisément là où le bât blesse. Celui qui ne votera pas sera sanctionné comme le conducteur qui roule trop vite ; il sera contrevenant. Oh, tout juriste sait que la contravention n'est pas grand chose, c'est moins grave que le délit et encore moins que le crime.

"En dehors du vote, point de salut"

Et pourtant, être en contravention avec la loi c'est déjà symboliquement être assimilé à un hors-la-loi. En dehors du vote, point de salut donc. Pour votre bien, allez voter. Vous y êtes obligés, certes mais c'est pour vous qu'ils le font. Et demain, il vous sera interdit de fumer et vous devrez faire votre dose de sport quotidien. Tout cela pour votre bien.

En bon juriste que je suis, je ris de ce vote obligatoire car si c'est une manifestation de l'indicible « pacte républicain », je sais moi, que pour contracter, le consentement doit être libre et éclairé. Sinon, nous tombons dans le dol. Alors plutôt que de bafouer les règles élémentaires du droit, nos politiques devraient plutôt se remettre en question car il ne faut pas voir dans le spectre de l'abstention une ingratitude populaire mais plutôt une critique sourde de ces hommes qui se pavanent de palais en plateaux, feignant d'être affairé quand ils sont pour la plupart simplement affairistes.

Et si le fruit, déjà gâté, était mûr ? Et si la République commençait sa désagrégation ? L'absurdité du vote obligatoire traduit en tout cas une réelle dégénérescence de la pensée politique. Face à la peur de l'abstention, et la perte de légitimité qui en découle, les républicains, par une terrible fuite en avant, semblent aller de Charybde en Scylla.

Edgard Comte

Vexilla-Galliae

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 11:46

Nouvelle étude de fond présentée par le site Vive le Roy : l'autorité et le pouvoir chez les classiques et les modernes.

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes
samedi 4 avril 2015 par Faoudel Enregistrer au format PDF

La forme du régime politique est-elle neutre ?

 

La république moderne légitime son pouvoir par son caractère rationnel, voire scientifique, et lui oppose l’irrationalité d’une monarchie traditionnelle légitimée par le droit divin. Que faut-il comprendre par « rationalité du pouvoir » dans la république ? Qu’est ce que cette autorité que revendique la monarchie traditionnelle ?

Il y a deux siècles tous les peuples vivaient sous des monarchies traditionnelles, comment expliquer alors l’expansion mondiale et apparemment inexorable des régimes républicains démocratiques ou autocratiques (présidents à vie) ?

Y aurait-il une affinité entre la modernité et la république ?

 

Table des matières

 

  • Problématique
  • POUVOIR ET AUTORITÉ DANS LA PENSÉE TRADITIONNELLE
  • Préalable étymologique
  • La mission du souverain
  • Tyrannie, autorité, pouvoir et légitimité
  • La dimension religieuse de l'autorité
  • POUVOIR ET AUTORITÉ DANS LA PENSÉE MODERNE
  • L'État moderne et la confusion entre autorité et pouvoir
  • Le pouvoir bureaucratique, paradigme du gouvernement moderne
  • L'autonomie ou l'abandon de la transcendance
  • Exemples d'États modernes
  • CONCLUSION ET PERSPECTIVES
  • ANNEXES

 

Problématique

 

Le pouvoir de l’État moderne est présenté par ses promoteurs comme le triomphe de la rationalité dans l’ordre politique. Ceux-ci lui opposent un prétendu « caractère irrationnel » de l’autorité dans les monarchies traditionnelles [1].

Or, paradoxalement, peu de penseurs se sont attachés à étudier l’essence du pouvoir des États modernes, comme si l’argument de rationalité légitimait tout, mais aussi, comme s’ils éprouvaient une certaine difficulté à en parler.

Pour expliquer cette gêne et pour découvrir ce qu’il faut comprendre par « rationalité du pouvoir », nous tacherons de préciser le sens à donner aux mots autorité et pouvoir successivement dans les pensées traditionnelles et modernes. Ce faisant, nous essaierons de donner une définition des régimes de monarchie et de république.

 

POUVOIR ET AUTORITÉ DANS LA PENSÉE TRADITIONNELLE

 

Préalable étymologique

Le mot pouvoir vient du latin populaire potere qui dérive du verbe classique posse signifiant « avoir de l’importance, de l’influence, de l’efficacité » mais aussi « être capable de », « être en puissance de ».
Ce mot est donc en lui-même assez indéterminé et moralement neutre.

Le mot autorité vient du latin auctoritas, qui dérive de la racine indo-européennne aug exprimant l’idée « d’augmenter », de « faire croître ».

On retrouve cette racine dans :

  • Le mot grec : auxô (augmenter).

Les mots latins :

  • augere : faire croître, augmenter, développer.
  • augustus : saint, consacré, majestueux, vénérable, auguste.
  • auctor : auteur, fondateur, promoteur, créateur.
  • Même si le mois d’août a reçu son nom en l’honneur de l’empereur Auguste, le choix du huitième mois de l’année n’est sûrement pas dû au hasard. En effet, le mois d’août (august en anglais) n’est-il pas le mois qui voit croître et mûrir les récoltes ?

Dans le mot autorité, il y a donc l’idée d’une puissance créatrice, d’une puissance qui fait croître, qui valorise, qui fait progresser, qui pousse à agir.

Mais qu’est ce que l’autorité doit faire croître dans ses subordonnés ; vers quoi doit-elle les diriger ? Pour le découvrir, il nous faut étudier le rôle dévolu à un souverain dans les sociétés traditionnelles.
Pour nous défendre du reproche de généraliser abusivement une conception occidentale et chrétienne de l’autorité, nous n’hésiterons pas à illustrer ce propos de références pré-chrétiennes tant occidentales qu’extrême-orientales.

 

La mission du souverain

 

La mission du souverain chez Confucius

Vers 500 av. J.C., le philosophe chinois Confucius insiste dans sa Grande étude ou Ta Hio [voir le texte complet en annexe] sur la nécessité universelle d’appliquer sa raison à la connaissance de la morale et de s’y conformer.

Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et plus obscur, devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ou le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral. [sc]

Pour le prince, il s’agit de faire en sorte que les hommes vivent dignement selon l’exercice de la raison :

Les anciens princes qui désiraient développer et remettre en lumière, dans leurs États, le principe lumineux de la raison que nous recevons du Ciel, s’attachaient auparavant à bien gouverner leurs royaumes. [2]
Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Et le Sage d’établir le programme politique du prince pour bien gouverner son royaume :

[…]
  • les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères ;
  • les intentions étant rendues pures et sincères, l’âme se pénètre ensuite de probité et de droiture ;
  • l’âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée ;
  • la personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée ;
  • la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ;
  • le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie. [3]

Donc la mission du souverain consiste à procurer la paix et la bonne harmonie. Pour cela, son devoir politique est d’étudier la morale, puis d’essayer d’y conformer sa vie personnelle et celle de ses sujets.
Et dans tout son enseignement, Confucius s’efforce de distinguer ce qui est moralement bon ou mauvais pour motiver les actions.

Par ailleurs, le bon exercice de la souveraineté requiert la rationalité (« le principe lumineux de la raison que nous recevons du Ciel »), non seulement pour identifier le bien à atteindre (les vertus), mais pour mettre en œuvre les moyens de réaliser ce bien.

 

La mission du souverain chez Aristote

On retrouve semblable démarche chez Aristote (384-322 av. J.C.) dans son traité de politique L’Éthique à Nicomaque.

Dès les premières pages, il montre que la connaissance de la fin de l’homme, de son bien, relève d’une science : la politique.

Si donc, parmi ce qu’on peut faire, existe une fin que nous voulions pour elle-même, si nous choisissons tout le reste en vue d’elle […] il est évident que ce peut être là le bien et même le souverain bien.

N’est-il pas vrai que, pour la vie aussi, la connaissance de ce bien est d’une grande importance et que, ayant une cible comme les archers, nous pourrions mieux atteindre ce qu’il faut ?

S’il en est ainsi, il faut essayer de circonscrire schématiquement du moins sa nature, et les connaissances et capacités dont il dépend.

Il passerait pour relever de la science fondamentale et dominante par excellence : telle est évidemment la politique […] [4]

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes

Aristote démontre ensuite que cette fin, ce souverain bien objet de la science politique, est le bonheur

car nous le [le bonheur] choisissons toujours pour lui-même et jamais pour autre chose. [5]

Plus loin, le philosophe définit le bonheur :

Qu’est-ce donc qui empêche de qualifier d’heureux celui qui agit conformément à la vertu parfaite, et qui est suffisamment pourvu de biens extérieurs, non pendant telle ou telle durée, mais pendant une vie complète ? [6]

La fin de la politique consiste donc à procurer le bonheur aux citoyens en les rendant vertueux :

le bonheur est au nombre des biens de valeur et parfaits. Il semble tel précisément parce qu’il est un principe : c’est pour le bonheur que nous faisons tout le reste, et nous posons que le principe et la cause des biens est quelque chose de précieux et de divin.

Puisque le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu parfaite, l’examen doit porter sur la vertu : peut-être aurons-nous ainsi une vue meilleure du bonheur.

L’homme d’État authentique passe pour y consacrer l’essentiel de ses efforts : il veut faire de ses concitoyens de bons citoyens, dociles aux lois.[…]

Ainsi l’homme d’État doit étudier l’âme : il doit l’étudier pour ces raisons, et juste assez pour ce qu’il recherche. [7]

Le dirigeant réalise le bonheur de la cité grâce à la loi qui incite aux actes bons et interdit les actes mauvais :

La loi prescrit
  • d’agir en homme courageux : elle interdit, par exemple, d’abandonner son poste, de fuir, de jeter les armes ;
  • d’agir en homme tempérant : elle interdit par exemple, l’adultère et la violence  ;
  • d’agir en homme doux : elle interdit par exemple, de frapper et d’insulter
  • et ainsi de suite, au regard des autres vertus et des autres vices, tantôt ordonnant, tantôt interdisant […] [8]

Et dans ce traité de politique qu’est L’Éthique à Nicomaque, Aristote passe en revue les vertus et les défauts leur correspondant. En particulier, il précise la vertu essentielle pour le souverain lui-même, la justice :

La justice est un raccourci de toutes les vertus. [9] […]

Elle est parfaite, parce que celui qui la possède peut exercer la vertu aussi envers autrui et pas seulement envers lui-même. [10]

[…] en un sens nous appelons juste ce qui produit et conserve le bonheur et ses composants pour la communauté politique. [11]

Ainsi, non seulement Aristote confirme les conclusions de Confucius, mais il précise que la politique est une science à laquelle le souverain doit s’adonner pour mener les hommes à leur fin : le bonheur.

 

La mission naturelle du souverain chez saint Thomas

Dans son De Regno, saint Thomas d’Aquin (1224-1274) ne s’exprime pas autrement, la souveraineté exige la rationalité :

L’homme, lui aussi, a une fin à laquelle toute sa vie, donc toute son action, est ordonnée, dès lors qu’il agit par intellect, dont le propre est évidemment d’opérer en vue d’une fin.

Or, il se trouve que les hommes s’avancent par des voies diverses vers la fin proposée, ce dont témoigne clairement la diversité des appétits et des actions humaines. L’homme a donc besoin d’avoir un principe qui le dirige vers sa fin. […]

Il faut donc qu’il y ait dans n’importe quelle multitude une direction chargée de régler et de gouverner. [12]

Autorité et Pouvoir chez les classiques et les modernes
Et il explicite cette fin dans l’ordre naturel :
[…] la fin ultime d’une multitude rassemblée en société est de vivre selon la vertu. En effet les hommes s’assemblent pour mener ensemble une vie bonne, ce à quoi chacun vivant isolément ne pourrait parvenir.

Or une vie bonne étant une vie selon la vertu, la vie vertueuse est donc la fin du rassemblement des hommes en société. [13]

Mais qu’est-ce donc que vivre selon la vertu ?

[…] il y a en tout humain une inclination naturelle à agir conformément à sa raison. Ce qui est proprement agir selon la vertu. [14]

Et le Docteur Angélique insiste :

[…] pour qu’un homme vive conformément à l’honnêteté naturelle, deux conditions sont requises :
  • l’une, et la principale, c’est d’agir selon la vertu (la vertu étant ce par quoi l’on vit bien, c’est-à-dire honnêtement) ;
  • l’autre est secondaire et comme instrumentale : c’est la suffisance des biens corporels dont l’usage est nécessaire à la pratique de la vertu. [15]

Saint Thomas en déduit alors la mission du souverain :

Toutefois, si l’unité même de l’homme est l’effet de la nature, l’unité de la multitude, que l’on nomme paix, doit être procurée par les soins du souverain.

Ainsi, trois conditions seront requises pour que la multitude s’établisse dans une vie conforme à l’honnêteté naturelle.

  • La première sera qu’elle se fonde sur l’unité de la paix.
  • La seconde, qu’étant unie par le lien de la paix, elle soit dirigée à bien agir. Car, s’il est impossible à l’homme de bien agir lorsque l’unité de ses parties ne se trouve préalablement réalisée, de même il sera impossible [de bien agir] à une société humaine à qui manque l’unité de la paix, en raison de ses luttes intestines.
  • La troisième condition requise est que la prudence du souverain prévoie tout ce qui suffit à [assurer] le plein développement d’une vie conforme au bien honnête.

Tels sont les moyens par lesquels le roi pourra fixer la multitude dans un genre de vie conforme à l’honnêteté naturelle. [16]

De même que le médecin, dans une opération recherche la santé, ainsi le chef de la cité, par son action recherche la paix qui consiste dans l’harmonie bien réglée des citoyens. [17]
Le roi est celui qui gouverne la multitude d’une cité ou d’une province, et ceci en vue du bien commun. [18]
 

Premières conclusions

 

Pour saint Thomas, comme pour Confucius et Aristote :

  1. La politique est une science, la science de l’agir de l’homme : non seulement elle s’applique