Saint Matthieu était probablement galiléen de naissance. Il exerçait la profession de publicain ou de receveur des tributs pour les romains, profession très odieuse parmi les juifs. Son nom fut d'abord Lévi. Il était à son bureau, près du lac de Génésareth, où apparemment il recevait le droit de péage, lorsque Jésus-Christ l'aperçut et l'appela. Sa place était avantageuse; mais aucune considération ne l'arrêta, et il se mit aussitôt à la suite du sauveur. Celui qui l'appelait par sa parole le touchait en même temps par l'action intérieure de sa grâce.
Après sa conversion, Matthieu invita Jésus-Christ et ses disciples à manger chez lui; il appela même au festin ses amis, espérant sans doute que les entretiens de Jésus les attireraient aussi à Lui. C'est à cette occasion que les pharisiens dirent aux disciples du sauveur: "Pourquoi votre maître mange-t-Il avec les publicains et les pécheurs?" Et Jésus, entendant leurs murmures, répondit : "Les médecins sont pour les malades et non pour ceux qui sont en bonne santé. Sachez-le donc bien, je veux la miséricorde et non le sacrifice; car je suis venu appeler, non les justes, mais les pécheurs."
Après l'Ascension, saint Matthieu convertit un grand nombre d'âmes en Judée; puis il alla prêcher en Orient, où il souffrit le martyr. Il est le premier qui ait écrit l'histoire de Notre-Seigneur et sa doctrine, renfermées dans l'évangile qui porte son nom. – On remarque, dans l'évangile de saint Matthieu, qu'il se nomme le publicain, par humilité, aveu touchant, et qui nous montre bien le disciple fidèle de celui qui a dit: "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur."
Clément d'Alexandrie (150-215) atteste l'austérité de l'Apôtre qui ne vivait que de légumes et de fruits sauvages.
Saint Matthieu prêchait en Ethiopie dans une ville nommée Nadaber, où il trouva deux mages Zaroïs et Arphaxus qui ensorcelaient les hommes par de tels artifices que tous ceux qu'ils voulaient paraissaient avoir perdu la santé avec l’usage de leurs membres. Ce qui enfla tellement leur orgueil qu'ils se faisaient adorer comme des dieux par les hommes. L'apôtre Matthieu entrant dans cette ville, où il reçut l’hospitalité de l’eunuque de la reine Candace baptisé par S. Philippe (Actes des Apôtres 8 26-40), découvrit si adroitement les prestiges de ces mages qu'il changeait en bien le mal qu'ils faisaient aux hommes.
Or, l’eunuque, ayant demandé à saint Matthieu comment il se faisait qu'il parlât et comprit tant de langages différents, Matthieu lui exposa qu'après la descente du Saint-Esprit, il s'était trouvé posséder la science de toutes les langues, afin que, comme ceux qui avaient essayé par orgueil d'élever une tour jusqu'au ciel, s'étaient vus forcés d'interrompre leurs travaux par la confusion des langues, de même les Apôtres, par la connaissance de tous les idiomes, construisissent, non plus avec des pierres, mais avec des vertus, une tour au moyen de laquelle tous ceux qui croiraient pussent monter au Ciel.
Alors quelqu'un vint annoncer l’arrivée des deux mages accompagnés de dragons qui, en vomissant un feu de soufre par la gueule et par les naseaux, tuaient tous les hommes. L'Apôtre, se munissant du signe de la croix, alla avec assurance vers eux. Les dragons ne l’eurent pas plutôt aperçu qu'ils vinrent à l’instant s'endormir à ses pieds. Alors saint Matthieu dit aux mages : "Où donc est votre art ? Eveillez-les, si vous pouvez : quant à moi, si je n'avais prié le Seigneur, j'aurais de suite tourné contre vous ce que vous aviez la pensée de me faire." Or, comme le peuple s'était rassemblé, Matthieu commanda de par le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ aux dragons de s'éloigner, et ils s'en allèrent de suite sans nuire à personne. Ce fut le signal de la conversion d'un grand nombre.
Ensuite saint Matthieu commença à adresser un grand discours au peuple sur la gloire du paradis terrestre, avançant qu'il était plus élevé que toutes les montagnes et voisin du ciel, qu'il n'y avait là ni épines ni ronces, que les lys ni les roses ne s'y flétrissaient, que la vieillesse n'y existait pas, mais que les hommes y restaient constamment jeunes, que les concerts des anges s'y faisaient entendre, et que quand on appelait les oiseaux, ils obéissaient tout de suite. Il ajouta que l’homme avait été chassé de ce paradis terrestre, mais que par la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ il avait été rappelé au Paradis du Ciel.
La résurrection du fils du roi d'Ethiopie, au nom de Jésus-Christ, produisit un effet plus grand encore et fut la cause de la conversion de la maison royale et de tout le pays.
Pendant qu'il parlait au peuple, tout à coup s'éleva mi grand tumulte ; car l’on pleurait la mort d'Euphranor, fils héritier du roi. Comme les magiciens ne pouvaient le ressusciter, ils persuadaient au roi qu'il avait été enlevé en la compagnie des dieux et qu'il fallait en conséquence lui élever une statue et un temple. Mais l’eunuque, dont il a été parlé plus haut, fit garder les magiciens et manda l’apôtre qui, après avoir fait une prière, ressuscita à l’instant le jeune homme (Bréviaire). Alors le roi, qui se nommait Egippus, ayant vu cela, envoya publier dans toutes ses provinces : "Venez voir un Dieu caché sous les traits d'un homme." On vint donc avec des couronnes d'or et différentes victimes dans l’intention d'offrir des sacrifices à Matthieu, mais celui-ci les en empêcha en disant : "Ô hommes, que faites-vous ? Je ne suis pas un Dieu, je suis seulement le serviteur de Notre Seigneur Jésus-Christ !"
Alors avec l’argent et l’or qu'ils avaient apportés avec eux, ces gens bâtirent, par l’ordre de l’Apôtre, une grande église qu'ils terminèrent en trente jours ; et dans laquelle saint Matthieu siégea trente-trois ans ; il convertit l’Egypte toute entière ; le roi Egippus, avec sa femme et tout le peuple, se fit Baptiser. Iphigénie, la fille du roi, qui avait été consacrée à Dieu, fut mise à la tête de plus de deux cents vierges. On attribue ainsi à saint Matthieu l'institution du premier couvent des vierges.
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L'évangile selon S. Matthieu n'indique pas le nom de son auteur. C'est la tradition apostolique qui atteste que le rédacteur était Matthieu.
L'historien de l'Église du IVe siècle Eusèbe de Césarée, vers 325, rapporte le témoignage d’un auteur chrétien du 1er siècle, ou du début du 2e, nommé Papias. Selon ce dernier, Matthieu aurait écrit en langue araméenne un document nommé les Logia rapportant les oracles et les discours de Jésus, qui par la suite auraient été traduits en grec.
S. Irénée de Lyon, 150 ans avant Eusèbe de Césarée, écrivait vers 180 que Matthieu avait écrit un Évangile à l’intention des Hébreux dans leur dialecte, tandis que Paul et Pierre prêchaient à Rome en y posant les fondements de l’Église.
Voici la traduction de la phrase de Papias, évêque de Hierapolis, telle que la rapporte Eusèbe : "Ainsi, Matthieu a en effet mis ensemble (composé) en langue hébraïque les Logia; quant à leur interprétation, chacun les traita comme il en était capable." Personne n’est certain du sens de ces Logia (doctrines ou discours?). Le témoignage d’Origène à la fin du 3e siècle, ne laisse pas de place pour le doute concernant la croyance unanime à ce sujet, et qui remontait déjà à la fin du 2e siècle. Il dit : "J’ai appris la tradition concernant les quatre Évangiles reçus sans contestation par l’Église de Dieu, sous le ciel; le premier a été écrit par Matthieu, autrefois péager, ensuite devenu apôtre de Jésus-Christ, qui le publia à l’intention des convertis juifs et le composa en langue hébraïque." (Ressources chrétiennes)
Le roi Egippe étant mort, son frère Hirtacus (Hirtace) s'empara du royaume et, pour mieux asseoir son pouvoir, voulut d'épouser Iphigénie.
Hirtace eut recours à Saint Matthieu qui lui répondit : Vienne votre Majesté au discours que je vais faire aux vierges Chrétiennes rassemblées avec Iphigénie et vous verrez vous-même avec quel zèle je vais remplir vos ordres ; Saint Matthieu fit un tel éloge de la virginité, invitant ses filles à mourir plutôt qu'à y renoncer, qu'Hirtace se résolut à le faire mourir.
Selon les récits apocryphes et les traditions hagiographiques reprises par Rufin, Saint Eucher de Lyon et Socrate, comme la Légende dorée de Jacques de Voragine, l'ancien bréviaire romain, source la plus fiable sur sa vie de S. Matthieu en Judée et sa mort en Éthiopie, rapporte qu'il a été martyrisé *pendant* la messe (''le mystère de l'autel'') :
''Parmi ses miracles, le plus remarquable fut celui où il ressuscita le fils du roi [d'Ethiopie. Ndlr.], amenant ainsi son père le roi, sa femme et toute la région à croire dans le Christ Roi.
Après la mort du roi, Hirtacus, qui lui succéda, souhaita prendre sa fille Iphigénie pour épouse, mais, sur les exhortations de Matthieu, celle-ci se vouant à Dieu fit vœu de chasteté et resta ferme dans cette sainte résolution, raison pour laquelle Hirtacus ordonna de tuer l'apôtre à l'autel alors qu'il accomplissait le mystère. Il couronna la dignité de l'apostolat par la gloire du martyre le 21 septembre.
Son corps fut transporté à Salerne, où il fut ensuite enterré dans une église dédiée à son nom sous le pontificat de Grégoire VII, et où il est vénéré et recherché par de grandes foules.'' — Ancien bréviaire romain, 21 septembre, lecture 5 sur saint Matthieu, évangéliste. (Père Dave Nix)
C'est en défendant contre les atteintes d'un prince la vierge du roi consacrée au Seigneur dont on a parlé plus haut [Iphigénie], que le saint apôtre reçut le coup de la mort sur les marches de l'autel. Aussi, jusqu'à la fin des temps, l'Église, consacrant ses vierges, reprendra pour chacune la Bénédiction que S. Matthieu prononça sur l'Éthiopienne, et que le sang de l'Apôtre-Évangéliste a pénétrée de sa vertu pour jamais.
Le corps de Saint Matthieu fut d’abord conservé avec beaucoup de vénération dans la ville de Naddaver où il avait enduré le martyre. En 956, il fut transféré à Salerne, dans le Royaume de Naples. De Salerne, le chef de Saint Matthieu fut transporté en France et déposé dans la Cathédrale de Beauvais ; une partie de ce chef fut donnée au Monastère de la Visitation Sainte-Marie de Chartres. La relique de Beauvais disparut pendant la révolution française (1793).
Sources: (1 ) ; (2); (3) Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011; Dom Guéranger, L'Année liturgique
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